Endodontie Simon PDF
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Biologie de la pulpe
S. SIMON
La dentine est un tissu perméable qui est traversé par des La dentine intracanaliculaire est sécrétée tout au long de la
structures tubulaires appelées tubuli ou canalicules denti-
vie de la dent et peut être accélérée dans certaines condi-
naires. Ces canalicules traversent la dentine de part en
part, de la jonction amélo-dentinaire (ou jonction tions physiopathologiques (en cas d’agression carieuse par
cémento-dentinaire dans la région de la racine) jusqu’à la exemple) aboutissant parfois à la sclérose dentinaire par-
lumière canalaire qui contient le tissu pulpaire. tielle, voire complète (Senawongse et al., 2008).
La composition biochimique des dentines intercanaliculaire
et péricanaliculaire est différente, notamment au niveau de
Les tubuli contiennent le fluide dentinaire d’origine pulpaire la trame collagénique. Ces différences ont une incidence
et le prolongement de l’odontoblaste. Le niveau d’extension directe sur certaines procédures thérapeutiques, en particu-
de ces prolongements cellulaire au sein des canalicules reste lier lors de l’agression acide dans le conditionnement préa-
controversé puisque, pour certains, le prolongement cyto- lable de la dentine pendant les étapes d’adhésion. Les
plasmique occupe la lumière canaliculaire sur toute sa lon- protocoles doivent donc être adaptés à la nature de la den-
gueur (Maniatopoulos et Smith, 1983 ; Sigal et al., 1984 et tine concernée et seront différents selon qu’il s’agit d’une
1985), alors que d’autres suggèrent que cette extension dentine sclérotique ou d’une cavité profonde sur une dent
occupe au maximum un tiers de cette même longueur (Gar- d’un patient jeune. Ces différences structurelles sont égale-
beroglio et Brannström, 1976 ; Thomas et Carella, 1983 et ment importantes en endodontie lorsque l’on envisage de
1984 ; Pashley, 2002). mettre en œuvre des systèmes d’obturation canalaire fondés
Cette particularité de structure est importante car la pré- sur des propriétés adhésives. La dentine de la région apicale
sence de ces extensions cellulaires au sein du tissu minéralisé est majoritairement fibreuse (fibrodentine) et donc considé-
peut influencer l’approche thérapeutique. Certains canali- rablement différente d’une dentine tubulaire classique ren-
cules sont partiellement oblitérés par des produits issus de contrée sur le reste de la racine (Mjör et al., 2001).
l’activité cellulaire elle-même ; après agression carieuse de la
dent, cette fermeture même partielle confère à la dentine Remarque : cette différence structurelle pose donc un pro-
des propriétés de perméabilité vers la pulpe sensiblement blème dans l’élaboration de protocoles et de produits de
différentes de celles où les diamètres des canalicules expo- collage puisque l’on doit prendre en considération la diffé-
rence de tissus présents dans une unité radiculaire.
sés sont plus importants. Ces modifications doivent être
prises en compte lors de l’établissement du plan de traite-
ment de la dent à traiter. Pour ces raisons, les techniques ayant fait leurs preuves en
La dentine circumpulpaire ou périphérique est composée de termes d’adhésion sur la dentine coronaire ne sont pas repro-
dentine intercanaliculaire (entre les canalicules) et de den- ductibles au niveau radiculaire, ce qui explique en partie les
tine péricanaliculaire ou intracanaliculaire (qui a été déposée difficultés rencontrées lors de la mise au point de nouveaux
secondairement en périphérie du canalicule et qui réduit produits qui, en termes d’étanchéité, devraient permettre de
ainsi le diamètre de sa lumière) (fig. 1.1). palier les défauts des matériaux actuellement utilisés.
1 - Dentine primaire
Il s’agit de la dentine sécrétée en première intention au cours
du développement de la dent. Elle donne la forme générale
de la couronne et de la racine et est ainsi responsable de la
morphologie de l’organe. La couche la plus externe, relative-
ment fine et immédiatement sous-jacente à la jonction
amélo-dentinaire, est sécrétée par les odontoblastes au
cours de leur différenciation terminale. Elle présente une
structure sans canalicules et est qualifiée de « dentine man-
teau » (mantle dentine).
Figure 1.2 Localisation histologique des deux types de dentines
2 - Dentine secondaire physiologiques (primaire et secondaire).
La dentine secondaire, quant à elle, est sécrétée physiologi-
quement après l’éruption de la dent dans la cavité buccale 3 - Dentine tertiaire
ou après l’apexogenèse. Elle est physiologique et ne doit en La dentine tertiaire est sécrétée en réponse à une agression
aucun cas être considérée comme une structure patholo- externe, telle que la carie ou l’abrasion, afin de protéger la
gique. Cette dentinogenèse est responsable de la diminution pulpe sous-jacente. Dans le cas d’un stress modéré, qui ne
progressive et asymétrique du volume canalaire au cours du conduit pas à la destruction des odontoblastes, la dentine
vieillissement, souvent improprement dénommée « calcifi- sécrétée est appelée « dentine réactionnelle » ; lorsque le
cation » ou « minéralisation ». stress est plus intense et que la survie des odontoblastes est
compromise, il s’agit alors de « dentine réparatrice ».
Ce processus biologique explique les différences qui La distinction entre dentine secondaire (physiologique) et
existent entre le volume canalaire d’une dent jeune et tertiaire (cicatricielle) est clairement définie, malgré une fré-
celui d’une dent plus âgée. quente confusion dans la littérature scientifique (fig. 1.3). La
bonne compréhension et connaissance de ces trois types de
dentinogenèses est primordiale pour une approche théra-
La sécrétion de dentine secondaire n’est pas uniforme ; elle peutique raisonnée.
est plus importante au niveau du toit et des parois externes
de la chambre pulpaire qu’au niveau du plancher. La compo-
sition chimique et la structure histologique des dentines pri- B - Dentine et os
maire et secondaire sont absolument identiques, bien que
ces similitudes aient rarement fait l’objet de recherches Important ! La dentine et l’os ont une composition biochi-
poussées (fig. 1.2). Seule la vitesse de sécrétion diffère : la mique très proche mais présentent des différences structu-
dentine primaire est sécrétée à une vitesse de 4 µm/j, alors relles essentielles.
que la sécrétion de dentine secondaire se fait à une vitesse
de 0,4 µm/j (Schour et Poncher, 1937 ; Ziskin et al., 1949 ; Plusieurs études récentes ont montré que la composition de
Nanci, 2003). ces tissus est beaucoup plus proche que cela a pu être appré-
cié pendant des années. Certaines molécules qui ont long-
En résumé, la dentinogenèse primaire existe au cours du temps été considérées comme spécifiques de la dentine (par
développement et conduit à la formation de la couronne exemple la DSP) ont finalement été également retrouvées
et de la racine de la dent, alors que la dentine secondaire dans l’os alvéolaire (Butler et al., 2003 ; Huang et al., 2008a). Il
est sécrétée tout au long du reste de la vie de la dent et est de plus en plus difficile de trouver des marqueurs spéci-
est responsable de la réduction de la taille de la chambre fiques permettant de caractériser chacun de ces tissus. Néan-
pulpaire, des canaux radiculaires et de la sécrétion conti- moins, l’expression des protéines SIBLINGs (small
nue de dentine péricanaliculaire (Baume, 1980).
integrin-binding ligand N-linked glycoproteins), par exemple,
Destruction
pulpaire
localisée
Dentine Dentine
réactionnelle réparatrice
Figure 1.3 La densité des canalicules dentinaires est variable au sein de l’épaisseur
dentinaire. En section transversale (Pashley, 1996), les canalicules occupent de 2 à 3 %
de la surface dentinaire en périphérie de la dent et atteignent de 20 à 25 % à proximité
de la pulpe (d’après Olgart et Bergenholtz, 2003).
D : dentine ; P : pulpe.
permet cette différenciation grâce à une mise en évidence cellules dentaires et osseuses à différents stades de leur vie
d’expression différentielle quantitative (Huang et al., 2008a). cellulaire (Simon et al., 2009).
Sur le plan structurel, l’os et la dentine présentent un certain
nombre de similitudes. Les cellules de l’os alvéolaire et de la
dentine sont toutes issues des crêtes neurales, ce qui peut
C - Canalicules dentinaires :
expliquer un certain nombre des similarités retrouvées entre une zone de communication
les deux tissus en termes de formation et de structure. Au
niveau de l’os, les ostéoblastes sont responsables de la sécré- 1 - Structure tubulaire
tion de la matrice ; une fois enfermées dans cette matrice La densité des canalicules au sein de la dentine est impor-
minéralisée, ces cellules changent d’aspect, deviennent tante (environ 30 000/mm2 en moyenne) ; ils ont un dia-
quiescentes et se transforment en ostéocytes qui commu- mètre approximatif de 1 à 3 µm en moyenne dans la dent
niquent entre eux grâce à un important réseau de prolonge- humaine (fig. 1.4).
ments cytoplasmiques cellulaires, eux-mêmes enfermés dans
des canalicules. Au niveau du complexe pulpo-dentinaire, les
odontoblastes restent en surface de la matrice dentinaire Leur répartition est inégale dans l’épaisseur de la dentine et
dont ils assurent la sécrétion ; seul un prolongement cyto- leur densité augmente à proximité de la cavité pulpaire, reflet
plasmique persiste dans l’épaisseur de la dentine au sein d’un de la confluence des odontoblastes et de leur migration en
canalicule. Ce prolongement cellulaire présente de nom- direction centripète au cours de la dentinogenèse (fig. 1.4).
breuses ramifications latérales qui permettent également Ces canalicules ont un trajet sinusoïdal au niveau de la cou-
une communication intercellulaire. Des ressemblances mor- ronne et présentent de nombreuses ramifications. Ainsi, la
phologiques entre les canalicules dentinaires et ostéocy- surface de contact entre l’odontoblaste et la matrice denti-
taires ont été mises en évidence (Lu et al., 2007) et des naire est largement augmentée grâce à la présence du pro-
données récemment publiées montrent également des simi- longement au sein des canalicules et de nombreuses
litudes à l’échelle moléculaire dans le comportement des ramifications.
D Bactéries/toxines
Dentine
P
Os
Remarque : à ce stade, il est recommandé de ne pas sécher Par exemple, il est relativement fréquent de rencontrer des
à nouveau la surface ; un excès de séchage pourrait occa- patients rapportant des douleurs postopératoires après le
sionner des dégâts irréversibles au niveau de la pulpe, res-
ponsables de douleurs postopératoires inévitables. La
collage d’un inlay/onlay en méthode indirecte. Cette sensibi-
nouvelle génération d’adhésifs prend en compte ce phéno- lité est particulièrement décrite au cours de la mastication et
mène et les produits tolèrent dorénavant l’humidité denti- peut facilement être expliquée par la théorie hydrodyna-
naire sans pour autant affecter les propriétés d’adhésion. mique. Au cours de la mastication, la couche hybride issue du
processus de collage se comporte comme un élément
« absorbeur » de choc grâce à ses propriétés viscoélastiques.
Essentiel : la perméabilité dentinaire est un facteur inévi- Les micromouvements de fluide engendrés au sein des cana-
table et nécessaire qu’il faut prendre en considération dans licules peuvent créer une surpression pulpaire responsable
les procédures cliniques en dentisterie. Une intervention au
niveau de la dent provoque inévitablement des dégâts pul- des douleurs décrites par le patient.
paires ; les réponses de défense sont nombreuses et com- Ces micromouvements du fluide dentinaire peuvent égale-
plexes et leur processus n’est, à ce jour, toujours pas ment expliquer les douleurs issues des fêlures ou fractures
complètement compris. radiculaires. Ce type de douleur est souvent troublant pour
le patient puisqu’il ne survient pas au moment de la pression
sur la dent concernée mais du relâchement. Dans le cas d’une
Néanmoins, ils sont à la base du processus de cicatrisation et
fêlure, la pression engendrée par l’occlusion provoque une
des douleurs postopératoires qui sont parfois rencontrées
séparation des deux parois dentinaires ; ainsi, le fluide pul-
après un traitement conservateur. Il est nécessaire de
paire interstitiel a tendance à pénétrer dans cette nouvelle
connaître et d’appréhender ces processus de défense afin
voie créée. Lorsque l’occlusion est relâchée, les deux parois
d’optimiser le confort du patient après un traitement quel
dentinaires ont tendance à se rapprocher, engendrant ainsi
qu’il soit.
une surpression intrapulpaire qui provoque une douleur
brève et aiguë. Le seul traitement permettant d’éviter cette
Important ! La théorie hydrodynamique pulpaire (Brannström, symptomatologie consiste à prévenir cette séparation des
1963) est probablement le processus le mieux connu permet-
tant d’expliquer les douleurs d’origine pulpaire.
parois, par exemple en protégeant la dent concernée avec
une couronne. Dans ce cas précis, et en l’absence d’autres
Obturation
Dentine
Pulpe
Couche
Couche hybride hybride
Obturation
Obturation
Fluide
Dentine
dentinaire
Pulpe
Pulpe
b c
pathologies pulpaires associées, le traitement endodontique diffusion vers la pulpe sous-jacente. La mise au point de nou-
n’est pas indiqué. veaux produits d’adhésion notamment, permettant en plus
des propriétés adhésives une possible désinfection réma-
D - Conséquences sur l’élaboration nente, est une voie de recherche actuellement largement
exploitée. Le Protect Bond® (Kuraray®, Allemagne), dans lequel
de nouvelles technologies du 12-methacryloyloxy-dodecyl-pyridinium-bromide (MDPB)
Nos connaissances actuelles sur le complexe pulpo-denti- a été ajouté à l’agent d’adhésion, est un exemple significatif
naire nous permettent d’imaginer une nouvelle ère pour la de la nouvelle génération de ce type de produit. Une autre
dentisterie, fondée sur une approche plus biologique qu’au- voie de recherche consiste à imaginer l’ajout de molécules
paravant. Par exemple, le concept de la désinfection des cavi- biostimulantes, ce qui permettrait de contrôler la cicatrisa-
tés est d’une importance primordiale pour prévenir tout tion pulpaire par le biais d’un matériau de restauration coro-
risque de pénétration bactérienne dans les canalicules et sa naire.
III - Histologie du tissu pulpaire longement odontoblastique contient un nombre limité d’or-
ganites intracellulaires (que l’on suspecte d’être responsables
La pulpe contient différentes populations cellulaires, parmi de la sécrétion tardive de dentine intratubulaire), principale-
lesquelles certaines sont très spécialisées et présentes des ment remplis par un réseau très dense de microfilaments ou
fonctions particulières (fig. 1.8). autres microtubules.
De plus, les odontoblastes coronaires sont considérés
comme des cellules différentes de celles que l’on retrouve au
Dentine niveau radiculaire (Nanci, 2003). Les odontoblastes coro-
naires sont allongés et pyramidaux, avec un noyau apical,
alors que les odontoblastes radiculaires sont plus cubiques,
ce qui confirme leur plus faible activité.
A
Cette différence est rarement prise en compte mais pour-
rait expliquer pourquoi des thérapeutiques qui ont été
Odontoblastes validées au niveau coronaire (coiffage pulpaire par
exemple) ne produisent pas les mêmes résultats au niveau
Cellules de la couche de Höhl
de la pulpe radiculaire.
Tissu pulpaire contenant des fibroblastes,
des cellules mésenchymateuses indifférenciées
(progéniteurs) et des cellulaires immunitaires B - Processus de différenciation terminale de
l’odontoblaste au cours du développement
Vaisseaux sanguins
Les odontoblastes synthétisent les composants de la pré-
dentine (collagène, glycoprotéines et autres protéines non
collagéniques) et sont responsables de sa minéralisation.
Comme pour les autres cellules de la pulpe dentaire,
Figure 1.8 Différenciation terminale de l’odontoblaste. À l’issue l’odontoblaste dérive des cellules mésenchymateuses issues
de la dernière mitose, la cellule fille en contact avec la mem- des crêtes neurales et la différenciation de ces cellules est
brane basale se différencie en odontoblaste, tandis que la
sous le contrôle de la membrane basale qui les sépare de
seconde cellule fille rejoint les cellules de la couche de Höhl.
Am : améloblaste ; BM : membrane basale ; UC : cellule indiffé- l’épithélium dentaire interne. Cette différenciation se
renciée, PO : pré-odontoblaste ; PMO : odontoblaste postmito- déclenche au niveau des pointes cuspidiennes et se poursuit
tique ; O : odontobalste sécréteur ; gf : facteur de croissance ; selon un patron temporo-spatial génétiquement prédéter-
HC : cellule de la couche de Höhl. miné. Chez la souris, les premiers odontoblastes différenciés
apparaissent au 18e jour du développement embryonnaire, au
niveau de la pointe cuspidienne de la première molaire infé-
A - Odontoblastes rieure. Le processus de différenciation s’étend graduellement
vers la région apicale et donne lieu à la formation d’un gra-
L’odontoblaste est une cellule très différenciée, post-
mitotique, organisée en palissade unicellulaire à la péri- dient de différenciation (Ruch et al., 1995).
phérie de la pulpe. La présence d’organites intracellulaires
impliqués dans les processus de sécrétion/minéralisation 1 - Du pré-odontoblaste à l’odontoblaste fonctionnel
confirme la forte activité de ces cellules, notamment au Au cours des étapes initiales du développement, les cellules
cours de la dentinogenèse primaire (Jones et Boyde, 1984). indifférenciées dérivant des crêtes neurales crâniennes
migrent vers le premier arc branchial. L’épithélium oral joue
un rôle clé dans le patron initial de la dent, en contrôlant
Les odontoblastes sont reliés entre eux par des jonctions cel- l’engagement des cellules ainsi que la morphologie générale
lulaires de type gap jonction, organisant ainsi les cellules en des germes dentaires (incisive, molaire, etc.).
une parfaite barrière perméable. Ces gap jonctions assurent La différentiation finale du pré-odontoblaste en odonto-
également la communication entre les cellules elles-mêmes, blaste mature intervient après un nombre spécifique de divi-
ce qui représente un élément important dans le processus de sions cellulaires (Ruch et al., 1995). Toutes les cellules de la
réponse cellulaire à l’agression et, à une plus grande échelle, papille dentaire ont le potentiel pour se différencier en
dans celui de la cicatrisation (Magloire, Couble et al., 2004). odontoblastes matures mais, finalement, seules les cellules
Contrairement aux ostéocytes, les odontoblastes ne sont pas en contact avec la membrane basale (qui les sépare de l’épi-
incorporés dans la matrice sécrétée, à l’exception de leur thélium dentaire interne) vont entrer dans le processus de
prolongement cellulaire qui reste enclavé dans le canalicule. différenciation terminale. Ces considérations ont des impli-
C’est l’une des raisons pour lesquelles la dentine ne doit pas cations importantes dans le processus de cicatrisation où
être considérée comme une entité individuelle mais plutôt d’autres voies de signalisation sont impliquées dans le
comme un complexe, qualifié de pulpo-dentinaire. Le pro- déclenchement de la différenciation en néo-odontoblaste.
10
11
l’épithélium dentaire interne. Ces modifications sont fonda- calcine au cours de l’odontogenèse (Bidder et al., 1998 ;
mentales pour la régulation du développement dentaire. Blin-Wakkach et al., 2001).
En étant stimulés, les facteurs de transcription sont au cœur
Les principaux composants de la membrane basale sont le des événements de la cascade moléculaire et cellulaire inter-
collagène IV, la fibronectine, la laminine (Lesot et al., 1981), venant au cours du développement dentaire ; ils sont res-
le nidogène, la tenascine, l’acide hyaluronique et des pro- ponsables en grande partie de la régulation temporo-spatiale
téoglycanes incluant les héparines sulfate (Thesleff et al., et morphologique du développement des germes dentaires.
1981). La deuxième couche remarquable au niveau de la pulpe est la
zone dense en cellules appelée la couche de Höhl, séparée
de la palissade odontoblastique par la couche dite acellulaire
4 - Facteurs de croissance de Weil. Cette zone a longtemps été considérée comme un
réservoir potentiel de cellules de remplacement, incomplè-
De nombreux facteurs de croissance et leurs récepteurs ont
tement différenciées, qui pourraient être impliquées dans les
été mis en évidence à l’interface entre l’organe de l’émail et
processus de cicatrisation, de dentinogenèse réparatrice et
la papille dentaire par immunohistochimie et hybridation in
de formation du pont dentinaire, lorsque la couche d’odonto-
situ au cours du développement dentaire, et ont été impli-
blastes est endommagée (Fitzgerald, 1979).
qués dans le processus de différenciation de l’odontoblaste :
Le réseau capillaire et le plexus nerveux qui existent entre les
- l’hormone de croissance (GH, growth hormone), qui joue un
deux couches sont importants ; seule une petite quantité de
rôle paracrine et/ou autocrine au cours du développement
fibres nerveuses accompagne l’extension cytoplasmique dans
dentaire (Zhang et al., 1997) ;
les canalicules dentinaires, et ce sur une courte distance
- les IGF-1 et 2 (de la famille des IGF, insulin-like growth fac-
(Carda et Peydro, 2006). Les capillaires, quant à eux, sont
tor) (Begue-Kirn et al., 1994 ; Joseph et al., 1996 ; Cassidy
étroitement associés avec la palissade d’odontoblastes et
et al., 1997) ;
supplémentent ces cellules en nutriments nécessaires à leur
- les TGF-β1, 2 et 3 (transforming growth factor) (D’Souza
activité de synthèse et de minéralisation.
et al., 1990 ; Thesleff et Vaahtokari 1992) et les BMP 2 4 et 6
(bone morphogenetic protein) (Vainio et al., 1993), qui jouent
un rôle dans la polarisation et la différenciation de l’odonto- C - Fibroblastes pulpaires
blaste (Begue-Kirn et al., 1994). Dans la pulpe adulte notam-
ment, le TGF-β1 joue un rôle important dans la régulation Comme tout tissu conjonctif, la pulpe est majoritairement
de la réponse inflammatoire et le processus de régénération constituée de fibroblastes ; ces cellules sont responsables de
tissulaire (Cooper et al., 2010). la formation et du renouvellement de la matrice extracellu-
Ces facteurs de croissance séquestrés dans la matrice denti- laire. Celle-ci joue un rôle important ; sa viscosité varie avec
naire lors de la minéralisation pourraient être à l’origine de le temps (la fibrose augmente avec l’âge du tissu) et avec les
signalisations cellulaires dans le processus de régénération à processus physiopathologiques. Sa viscoélasticité lui permet
partir du moment où ils sont relargués de la dentine par le de s’adapter aux variations de pression, inhérentes au proces-
processus carieux (Smith et al., 1998). Le rôle exact de ces sus inflammatoire par exemple. Grâce à cette adaptabilité, la
molécules et leur réelle implication demeurent inconnus et plupart des épisodes d’inflammation pulpaire demeurent cli-
nécessitent de plus amples recherches. niquement asymptomatiques.
12
13
14
a b
Dentine
réactionnelle
15
B - Dentinogenèse réparatrice
Les odontoblastes sont les seules cellules capables de
sécréter de la dentine. Lorsqu’ils disparaissent à la suite Remarque : plusieurs procédures cliniques ont été propo-
d’un traumatisme, la formation d’un pont dentinaire est sées pour la protection de la pulpe et l’hydroxyde de cal-
toujours possible à partir du moment où de nouvelles cel- cium a longtemps été considéré comme un matériau de
lules de phénotype odontoblastique sont disponibles sur choix. Cependant, la piètre qualité du pont dentinaire
le site lésé. obtenu et son manque d’étanchéité sont probablement à
l’origine des nombreux échecs cliniques rencontrés avec ce
matériau.
Traditionnellement, la cicatrisation conjonctive implique la
migration des cellules de la couche basale germinative, cel- Pour beaucoup de cliniciens, le coiffage pulpaire n’est pas
lules qui entrent en division et viennent ainsi fermer la brèche considéré comme une thérapeutique aux résultats prévi-
de façon centripète. Secondairement, une réorganisation du sibles et nombre d’entre eux considèrent que la pulpectomie
tissu permet d’obtenir une cicatrisation complète. offre un meilleur pronostic que la conservation de la vitalité
Les odontoblastes sont des cellules différenciées postmito- pulpaire. Plusieurs auteurs ont proposé de réaliser le coiffage
tiques ; ils ne sont pas capables de se diviser pour produire pulpaire directement avec le matériau d’obturation coronaire
de nouvelles cellules sécrétrices. Lorsqu’ils sont détruits, une lui-même, mais il n’existe aucune preuve histologique de la
autre forme de remplacement intervient, impliquant le recru- formation d’un pont dentinaire dans ces conditions. Même si,
tement de cellules progénitrices locales ou distantes (Fitzge- cliniquement, les résultats semblent satisfaisants, cette
rald, 1979 ; Fitzgerald et al., 1990) (fig. 1.12). Après exposition approche ne peut être considérée comme fiable à long
pulpaire et mise en place d’un matériau approprié, un pont terme. Cet exemple illustre parfaitement ce qui distingue le
dentinaire est formé en quelques semaines (fig. 1.13) par de clinicien du scientifique. Alors que les cliniciens se focalisent
nouvelles cellules de phénotype odontoblastique. L’origine sur les propriétés d’étanchéité du matériau et sur la préven-
exacte de ces cellules progénitrices n’est toujours pas claire- tion de la percolation bactérienne, les scientifiques sont plus
ment définie. Plusieurs auteurs considèrent que le processus intéressés par le caractère bioactif des matériaux et leur apti-
engagé pourrait être le même que celui du développement tude à induire une réponse tissulaire. Dans un futur proche,
initial (Smith et Lesot, 2001 ; Mitsiadis et Rahiotis, 2004) ; les matériaux existants pourront servir de tremplin à la mise
l’origine de ces cellules reste inconnue, et un recrutement à au point de biomolécules plus spécifiques afin de faire béné-
distance de la dent grâce à la vascularisation ne peut pas être ficier l’odontologie des dernières avancées biotechnolo-
complètement exclu. giques.
16
Matériau
a b
Matériau
Matériau
c d
17
Remarque : cette protection pulpaire est d’autant plus Plusieurs études in vivo ont montré que le MTA® induisait la
importante qu’il s’agit de patients jeunes, tout particulière- formation d’un pont dentinaire de bonne qualité, étanche et
ment sur les dents immatures où l’édification radiculaire est adhérant aux parois bordant la lésion, et dans lequel on peut
encore incomplète. noter la présence de canalicules dentinaires (fig. 1.14) (Simon
et al., 2008).
Le but ultime du coiffage pulpaire avec un matériau spéci- Si ce matériau présente des propriétés intéressantes, peu de
fique est d’induire la formation d’une barrière de dentine données sont actuellement disponibles sur sa composition
réparatrice entre la pulpe et le matériau d’obturation, en et son mécanisme d’action. Plusieurs études tendent à mon-
permettant aux cellules pulpaires d’exprimer leur potentiel trer que le ciment de Portland présenterait une composition
dentinogénétique (Schroder, 1985). En 1965, Kakehashi similaire et des propriétés très proches de celle du MTA®
démontrait la formation systématique d’un pont dentinaire (Estrela et al., 2000 ; Holland et al., 2001 ; Abdullah et al.,
après exposition pulpaire sur des animaux de laboratoire 2002 ; Funteas et al., 2003 ; Saidon et al., 2003).
élevés en milieu stérile (Kakehashi et al., 1965). Ses expéri-
mentations ont permis de mettre en évidence l’aptitude de
la pulpe à cicatriser en fonction de l’environnement dans Matériau v
lequel elle se trouve et le fait que le processus peut être Pulpe
engagé en l’absence de toute contamination bactérienne pd od od
(Cotton, 1974). db d
d
Depuis de nombreuses années, différents matériaux ont été
utilisés pour réaliser des coiffages pulpaires. Parmi eux, l’hy- Pulp 80 µm 80 µm
100 µm
droxyde de calcium a longtemps été considéré comme le A B C
matériau de référence. En effet, une recherche sur PubMed
(mots clés : calcium hydroxide et pulp capping) permet d’ob- db
tenir plus de 650 références (juillet 2009). Caractérisé par un
pH très basique (Faraco et Holland, 2001), l’hydroxyde de cal- E
cium ne semble plus être considéré comme le matériau idéal,
et ce pour les raisons suivantes :
100 µm 10 µm
- le pont dentinaire qu’il permet d’obtenir est inconstant et D E
poreux (Cox et al., 1996) ;
- il n’adhère pas aux parois dentinaires ; Figure 1.14 Titre à venir ?
- son aptitude au scellement est faible ;
- il a des propriétés antibactériennes limitées.
De plus, à cause de son pH très basique, l’hydroxyde de cal- 1 - Coiffage pulpaire et cicatrisation
cium en contact direct avec la pulpe provoque une destruc- Dans la plupart des cas, l’exposition pulpaire est inévitable-
tion tissulaire superficielle, créant ainsi la formation d’une ment associée à une réponse inflammatoire et le processus
couche nécrosée (Hargreaves et Goodis, 2002). de cicatrisation se déroule selon les étapes suivantes :
De nombreuses recherches sont effectuées sur les biomaté- - hémostase et formation d’un caillot sanguin ;
riaux et leurs aptitudes à induire la formation d’un pont den- - réponse inflammatoire ;
tinaire de qualité (Tarim et al., 1998). Cependant, les résultats - prolifération cellulaire et/ou recrutement ;
restent inconstants. - remodelage tissulaire.
Il y a une quinzaine d’années, l’introduction du MTA® Le processus de cicatrisation des tissus conjonctifs est tou-
(Abedi et al., 1996 ; Ford et al., 1996 ; Torabinejad et jours caractérisé par ces étapes successives. L’échec à
Chivian, 1999) a représenté la meilleure solution de rem- résoudre la réponse inflammatoire conduit à une inflamma-
placement à l’hydroxyde de calcium en tant que matériau tion chronique et, éventuellement, à la nécrose pulpaire. Le
de coiffage pulpaire. Plusieurs études ont montré que la tissu pulpaire immédiatement adjacent à l’exposition est
qualité du pont est meilleure (Nair et al., 2008) et que les caractérisé par la présence de débris nécrosés, la formation
cellules en contact direct avec le produit régénéré expri- d’un caillot sanguin et une réponse cellulaire impliquant l’in-
ment des marqueurs odontoblastiques (Simon et al., filtration significative de neutrophiles. Yamamura (1985) a
2008). décrit la chronologie du processus de cicatrisation chez le
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Comme pour toute discipline médicale, la pratique de Important ! Ce chapitre a donc pour but d’explorer la phy-
l’endodontie impose d’établir un diagnostic, de fixer un siologie de la pulpe dentaire et ses répercussions dans
objectif thérapeutique et de mettre en œuvre des pro- l’exercice endodontique. Il mettra un accent particulier sur
cédures de soins. L’étape diagnostique repose sur la l’innervation et la vascularisation.
connaissance des signes et symptômes des maladies pul-
paires, qui peuvent être compris par la connaissance de
la physiologie. Les objectifs thérapeutiques dépendent C’est en effet sur l’innervation que s’apprécient bon nombre
de la nature de la maladie et du degré d’atteinte, réel ou de situations cliniques en l’absence de tests histologiques
estimé, des tissus dentaires. Les procédures endo-
objectifs fiables et utilisables à des coûts raisonnables en cli-
dontiques sont contraintes par l’anatomie et l’histologie
des tissus ainsi que par la nature des processus patholo- nique. La description des sensations perçues par le patient de
giques à l’œuvre. façon spontanée ou après des tests de sensibilité, qui consti-
tuent une sorte d’examen neurologique simple, reste un élé-
ment fondamental de l’appréciation diagnostique et
Comprendre les formes, les structures et les processus biolo- pronostique. La fonction vasculaire est quant à elle primor-
giques normaux et pathologiques constitue donc un objectif diale pour la vie du tissu. Sans apport sanguin, les cellules ne
important dans l’amélioration de nos thérapeutiques. survivent pas au-delà de quelques minutes. Elle fait l’objet
La pulpe est un tissu difficile à étudier du fait de sa situation d’une régulation dynamique à court et long termes qui
particulière, enclose dans des tissus durs et cachée au regard influence évidemment la physiologie pulpaire mais égale-
de l’observateur. Les procédures d’investigation altèrent bien ment les sensations perçues.
souvent le tissu ou n’en explorent qu’un aspect. Néanmoins,
grâce à des techniques sophistiquées et à des approches de
recherche aux méthodologies ingénieuses, nous commen-
çons à connaître une partie des mystères pulpaires. Ces limi-
I - Anatomie descriptive du
tations se retrouvent en clinique : il n’est à l’heure actuelle complexe vasculo-nerveux pulpaire
pas possible de connaître l’état histologique de la pulpe sans
effraction dentaire.
A - Vascularisation
Les tests d’exploration de la vitalité pulpaire se classent La pulpe est un tissu très vascularisé. Environ 15 % de son
aujourd’hui en deux grandes catégories : volume est occupé par les vaisseaux (Vongsavan et Matthews,
- ceux qui explorent la réponse nerveuse à une stimula- 1992a). L’apport sanguin est issu des artérioles qui pénètrent
tion, mécanique thermique ou électrique ; la pulpe par les foramina apicaux, cheminent vers la partie
- ceux qui explorent l’état de la vascularisation. centrale et donnent naissance à de nombreuses collatérales
Aucun de ces tests n’est idéal. radiantes. Les cellules musculaires lisses des artérioles per-
mettent de moduler rapidement le débit sanguin. On observe,
dans la pulpe, des sphincters précapillaires qui permettent
Les tissus durs s’opposent à la pénétration des stimuli et de contrôler l’irrigation de territoires tissulaires. Ils se fer-
entraînent une diffusion électrique (pulp tester), thermique ment et s’ouvrent régulièrement en conditions normales. En
(tests au chaud et au froid) et lumineuse (laser Doppler, oxy- périphérie de la pulpe, un réseau capillaire préterminal dense
métrie pulsée) qui est responsable de faux positifs et de faux et un réseau sous-odontoblastique suppléent les odonto-
négatifs (Petersson et al., 1999) et de confusion quant à l’ori- blastes qui peuvent y puiser les éléments métaboliques
gine du message nerveux ; l’innervation de la pulpe et du nécessaires à leur activité. Des boucles capillaires (U-loops)
parodonte par les branches terminales d’un même neurone très fines forment un réseau dense en constant remodelage
rend parfois les tests mécaniques difficiles à interpréter. Ces du fait de l’apposition dentinaire physiologique permanente
limitations sont une motivation supplémentaire pour mieux (fig. 2.1). Le réseau peut également se remodeler rapidement
connaître la physiologie qui permettra une meilleure inter- en cas de processus pathologique. Les cellules endothéliales
prétation des tests diagnostiques. formant la paroi des vaisseaux disparaissent et une néoangio-
23
24
tion. Parmi ces molécules de signalisation, les facteurs neuro- Si certaines fibres nerveuses entrent dans la pulpe via des
trophiques tels que le facteur de croissance nerveuse (NGF, foramina accessoires, la majorité des éléments nerveux
nerve growth factor), le facteur neurotrophique dérivé du pénètre la dent au niveau du foramen principal sous forme
cerveau (BDNF, brain derived neurotrophic factor), le facteur de faisceaux de fibres myélinisées et amyéliniques. Ces fais-
nerveux dérivé de la glie (GDNF, glial derived nerve factor) et ceaux cheminent ensuite dans la partie centrale de la pulpe,
les neurotrophines de type 3 et 4 (NT3 et NT4) jouent un rôle donnent naissance à quelques ramifications à destination des
essentiel mais pas aux mêmes stades du développement zones périphériques où se produit une importante arborisa-
(Luukko et al., 2008 ; Nosrat et al., 1998). Cependant, l’expres- tion. La densité de l’innervation pulpaire est inégale. La région
sion de ces molécules cesse tandis que l’innervation du com- radiculaire est moins richement innervée que la partie coro-
plexe dentino-pulpaire n’est pas encore achevée et d’autres naire. Les régions des cornes pulpaires, qui sont également
signaux moléculaires attractifs ou répulsifs, issus des odonto- les plus sensibles, ont une densité d’innervation nettement
blastes, prennent le relais comme la sémaphorine 7A ou la supérieure au reste de la pulpe (Lilja, 1979 ; Lilja et al., 1982 ;
rééline (Maurin et al., 2004). Gunji, 1982) (fig. 2.1).
Les terminaisons nerveuses sont observées dans l’ensemble
1 - Topographie de l’innervation périphérique de la pulpe, mais c’est en périphérie que l’on en rencontre le
plus, notamment au voisinage des odontoblastes où elles
a - Innervation pulpaire forment le plexus sous-odontoblastique (dit de Raschkow)
qui est constitué de fibres fines, majoritairement amyéli-
Important ! La pulpe dentaire est un des tissus les plus niques, ou de fibres myélinisées ayant perdu leur gaine de
innervés de l’organisme : on y dénombre de 2 000 à myéline. Une partie des fibres nerveuses s’arborise à proxi-
2 500 axones environ au niveau de l’apex pour une prémo- mité des odontoblastes sans former de contacts synaptiques
laire adulte (Nair, 1995 ; Byers, 1984). Elle contient deux classiques ; d’autres traversent la couche odontoblastique.
grands types de fibres nerveuses (fig. 2.1) :
- des fibres sensitives, dont on a longtemps pensé que leur Certaines fibres nerveuses sont présentes dans la prédentine
seul rôle était de transmettre des informations périphé- et la dentine, à l’intérieur des tubules dentinaires, sur une dis-
riques vers le système nerveux central mais qui ont un rôle tance d’environ 100 µm, sans atteindre par conséquent la
actif de contrôle du milieu local, notamment via le sys- jonction amélo-dentinaire.
tème vasculaire, et de mise en jeu du système immunitaire
(Fristad et al., 2006). Leur corps cellulaire est situé dans le Remarque : il faut noter à ce propos que certaines observa-
ganglion trigéminal ; tions suggérant que la jonction amélo-dentinaire est une
- des fibres du système autonome, efférentes, qui contrôlent zone plus sensible que la dentine, plus interne, ne sont pas
la vascularisation pulpaire et participent également aux valides scientifiquement.
réactions immunitaires. Le corps cellulaire des fibres sym-
pathiques est situé dans le ganglion cervical supérieur. La
présence de fibres parasympathiques cholinergiques a fait Les fibres nerveuses intradentinaires sont des fibres qui sont
l’objet de controverses mais est maintenant établie (Borda restées dans la dentine au fur et à mesure du déplacement
et al., 2007 ; De Couto Pita et al., 2009) sans que l’origine
des odontoblastes et non des fibres qui ont colonisé l’espace
des neurones cholinergiques ait été identifiée.
tubulaire ensuite. On dénombre environ 8 % de tubules
25
innervés au niveau coronaire alors que cette proportion est sont des fibres Aβ à conduction rapide (jusqu’à 48 m/s)
de 1 % dans la partie radiculaire (Fearnhead, 1957). Au niveau (Närhi, 1985 ; Cadden et al., 1983). Ces catégories ne forment
des cornes pulpaires, la densité est plus élevée et se situe aux pas elles-mêmes une classe homogène et plusieurs sous-
alentours de 25 % (Byers et Närhi, 1999). types de fibres nerveuses peuvent être distingués.
b - Innervation parodontale périradiculaire
Note : les fibres C sont dites polymodales en raison de leur
L’innervation parodontale provient pour l’essentiel de fibres capacité à répondre à des stimulations chimiques, ther-
nerveuses issues de la région apicale et qui se distribuent miques et mécaniques, mais elles n’ont pas toutes les
ensuite dans le desmodonte, que rejoignent des fibres addi- mêmes caractéristiques biochimiques.
tionnelles issues de foramina accessoires de l’os alvéolaire
(Linden, 1990). Les fibres nerveuses amyéliniques et myélini- b - Récepteurs
sées sont réparties le long de la racine uniformément sur un
axe horizontal, mais avec des différences de densité verti- 1 - Nocicepteurs et thermorécepteurs
cale, décroissante à partir de l’apex où elle est le plus forte. Les fibres nerveuses assurent leur fonction de détection de
Les fibres amyéliniques et faiblement myélinisées sont fine- l’environnement grâce à des récepteurs dont il existe de
ment arborisées dans le desmodonte sous forme de termi- nombreux types (fig. 2.3).
naisons libres. Les grosses fibres myélinisées se terminent Récepteurs TRP1 : la pulpe dentaire contient des récepteurs à
sous forme de récepteurs spécialisés, de forme et de struc- potentiel transitoire (TRP, transient receptor potentiel),
ture diverses, dont de nombreuses terminaisons caractéris- notamment de nombreux TRPV1 (sous-classe de récepteurs
tiques des mécanorecepteurs de type Ruffini. Une partie des TRP liant les molécules de la famille des vanilloïdes comme
fibres nerveuses est connectée à des mécanorécepteurs à la capsaïcine, le principe actif des piments) qui captent des
bas et haut seuils de stimulation qui participent à l’analyse informations nociceptives thermiques et chimiques. Elle
des forces occlusales. D’autres sont des récepteurs nocicep- contient également des récepteurs TRPV2 en moindre quan-
tifs et thermiques. tité, ainsi que des récepteurs TRPM8 et TRPA1 susceptibles de
2 - Innervation sensitive capter des informations thermiques dans les gammes noci-
ceptives et non nociceptives (Hermanstyne et al., 2008 ;
Note : l’innervation sensitive de la pulpe dentaire est assu- Alvarado et al., 2007 ; Ishikawa et Sugimoto, 2001).
rée par des neurones en T dont le corps cellulaire est situé
dans le ganglion trigéminal. Remarque : il est intéressant de remarquer que certains de
ces TRP sont également présents sur les odontoblastes (Son
et al., 2009) qui pourraient donc jouer un rôle dans la sensi-
Plusieurs types cellulaires ont été décrits : de gros neurones bilité thermique et la mécanotransmission. Tous ces récep-
reliés à des fibres myélinisées et des neurones plus petits teurs ne sont pas présents sur toutes les fibres nerveuses.
reliés à des fibres amyéliniques ou faiblement myélinisées
(Kruger et al., 1989 ; Azérad et al., 1992 ; Ichikawa et al., 1995).
Les fibres sensitives intrapulpaires sont pour l’essentiel des D’autres récepteurs sont sensibles aux variations chimiques
fibres de petit diamètre, amyéliniques ou faiblement myélini- du milieu. Les récepteurs ionotropiques2 de type ASIC (acid
sées, captant des informations chimiques, thermiques et des sensing ionic chanel) sont sensibles à la présence des ions
déformations mécaniques. Ces modifications de l’environne- H+ et détectent donc les variations de pH (Ichikawa et Sugi-
ment sont détectées via des récepteurs spécialisés dont il moto, 2002). Les récepteurs purinergiques de la famille des
existe de nombreux types. Leur activité dépend de l’état P2X détectent l’adénosine triphosphate (ATP), ce qui en fait
physiologique ou pathologique de la pulpe, c’est-à-dire de la des détecteurs des lésions tissulaires quand le contenu intra-
présence de diverses molécules, inflammatoires par exemple, cellulaire, riche en ATP, est libéré dans le milieu extracellu-
dans le milieu extracellulaire, présence qui est détectée par laire (Alavi et al., 2001 ; Renton et al., 2003 ; Cook et al., 1997).
de nombreux récepteurs. Les neurones sensitifs se projettent Les récepteurs P2X3 sont principalement retrouvés dans les
dans le complexe sensitif trigéminal (CST) qui intègre les neurones sensibles au GDNF. D’autres récepteurs fixent des
informations sensitives orales dans les différentes subdivi- agents algogènes issus de la rupture des membranes cellu-
sions (Dallel et al., 2003). Le CST relaie ensuite ces informa- laires comme les récepteurs à la bradykinine B1 et B2 en cas
tions à différentes structures cérébrales selon la nature, la de lésion vasculaire. D’autres encore sont sensibles à la pré-
qualité et la quantité des informations. sence de molécules inflammatoires telles que l’histamine ou
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27
28
1 - Douleur « dentinaire »
II - Physiologie de la pulpe saine
a - Théorie hydrodynamique de Brännström
Cette théorie (Brännström, 1986 ; voir chapitre 1), selon
A - Sensations laquelle l’activation des fibres intrapulpaires résulte du
déplacement du contenu des tubules dentinaires à la suite
Important ! En l’absence de moyens diagnostiques de rou- d’un stimulus mécanique thermique ou osmotique, est
tine non invasifs et fiables, la seule façon d’approcher l’état aujourd’hui largement acceptée. Le déplacement des fluides
physiologique de la pulpe reste la symptomatologie, c’est- intratubulaires active ensuite les fibres nerveuses pulpaires
à-dire l’étude des sensations issues de la pulpe, qu’elles de type A (Nähri, 1985 ; Newton, 1969 ; Jyväsjärvi et Kniffki,
soient spontanées ou provoquées.
1987 ; Dong et al., 1985), évoquant une perception plus ou
moins douloureuse selon l’intensité du stimulus, qui ne dure
Normalement, les fibres intrapulpaires ne sont pas activables pas. Cette situation correspond à la stimulation des fibres de
de l’extérieur, sauf par des stimulations thermiques fortes du type Aδ. Charoenlarp et al. (2007) ont déterminé, chez
fait de la protection liée à l’émail ou de stimulations élec- l’homme, que le seuil de stimulation douloureuse était de
triques non physiologiques. Elles jouent un rôle trophique et – 125 mmHg (pression négative) et 200 mmHg (pression posi-
d’adaptation des conditions circulatoires aux besoins du tive), ce qui correspond respectivement à des flux de fluides
tissu, répondent aux stimulations physiologiques de la dent dentinaires de 3,29 nl/s/mm2 et 5,75 nl/s/mm2. Cependant,
(mastication) et accompagnent la sénescence pulpaire. Mais la façon dont s’opère la transduction n’est pas encore éluci-
lorsque la barrière amélaire a subi une effraction ou que l’at- dée. Plusieurs hypothèses ont été émises.
tache parodontale migre en exposant le cément, certains Pour certains, c’est l’odontoblaste qui effectue la transduc-
tubules communiquent alors avec l’extérieur et les stimuli tion. Cette hypothèse de l’odontoblaste cellule sensorielle a
externes peuvent être transmis à la pulpe. été émise depuis longtemps et a été renforcée par des obser-
Les études psychophysiques chez l’homme indiquent qu’il vations récentes. Les odontoblastes disposent en effet de
est possible de distinguer trois types de sensations princi- capteurs mécaniques ou chimiques susceptibles de détecter
pales issues des dents (Ahlquist et al., 1984 ; Anderson et les variations du micro-environnement induit par ces dépla-
Naylor, 1962 ; Anderson et al., 1970 ; Brännström et al., 1962 ; cements (changement des concentrations de calcium par
Nähri et al., 1992 ; Azérad et Woda, 1977) : exemple) sous forme de canaux ioniques mécanosensibles
- une sensation initiale, définie comme « pré-douloureuse », (TRPM3, TRPV4, TREK1), de canaux potassiques activés par le
ressentie pour les intensités de stimulation faibles, qui se calcium (KCa) ainsi que de canaux sodiques voltage dépen-
transforme en sensation de douleur aiguë quand l’intensité dants fonctionnels (Allard et al., 2006). Ils peuvent par ail-
du stimulus augmente ; leurs émettre des potentiels d’action en conditions
- une sensation de douleur aiguë brève et bien localisée ; expérimentales (Allard et al., 2006). Ils pourraient donc
- une sensation de douleur sourde, intense et mal localisée. répondre directement aux mouvements des fluides et trans-
À ces trois types de sensations semble correspondre le recru- mettre ensuite cette information (Magloire et al., 2009 et
tement de différents types de fibres nerveuses : 2010).
29
b - Transduction directe par les fibres nerveuses Les cellules musculaires lisses de la paroi des artérioles et des
Aucun des éléments précédemment cités n’est une preuve veinules ainsi que les cellules endothéliales artériolaires et capil-
certaine du rôle sensoriel des odontoblastes. De nombreuses laires jouent un rôle actif. De plus, les cellules endothéliales sont
cellules sécrétrices sont excitables et les récepteurs obser- réunies par des gap-junctions qui permettent de les coupler et
vés pourraient jouer un autre rôle que celui de transduction. de se comporter comme une unité fonctionnelle en cas de sti-
De fait, il ne semble pas que la genèse d’une activité affé- mulation (de Wit et Griffith, 2010). Le rôle des péricytes qui les
rente après une stimulation dentinaire requière la présence entourent est de plus en plus exploré. Ils peuvent réguler la cir-
d’odontoblastes intacts (Lilja et al., 1982 ; Hirvonen et Närhi, culation capillaire via le glutamate dans d’autres modèles de
1986). Dans ce cas, les mouvements de fluides activeraient circulation terminale comme la rétine (Peppiatt et al., 2006 ;
directement les fibres nerveuses qui possèdent les mécano- Puro, 2007). Par ailleurs, des travaux récents indiquent que les
récepteurs (voir plus haut). Les récepteurs sont également hématies pourraient participer aussi à cette régulation (Jensen,
des chémorécepteurs. Or, de nombreuses fibres Aδ sont éga- 2009) : parallèlement à leur rôle d’apport d’oxygène aux tissus,
lement sensibles à des stimulations chimiques. Il est possible elles peuvent agir comme des capteurs d’activité métabolique
que les déformations tissulaires induisent la libération de et modifier en retour le débit sanguin. En effet, le diamètre des
molécules activant secondairement les récepteurs, comme capillaires fins est parfois peu supérieur à celui des globules
les lésions tissulaires induisent la libération de nombreux rouges, voire inférieur, et, dans ce cas, ces derniers s’y meuvent
ions et molécules directement ou indirectement (ATP, PG) grâce à la contraction de leur cytosquelette. La faible vitesse de
qui sont détectés secondairement par les fibres nerveuses. leur déplacement dans les capillaires et la proximité des parois
vasculaires favorisent ce rôle de senseur, qui fait par ailleurs inter-
2 - Douleur « pulpaire » venir la désoxygénation de l’hémoglobine, l’ATP et le monoxyde
d’azote (Jensen, 2009 ; Kleinbongard et al., 2007).
Important ! Une stimulation aiguë expérimentale de la
pulpe dentaire, telle qu’une stimulation thermique ou élec- a - Régulation métabolique
trique élevée ou l’application d’agents chimiques comme la Les besoins métaboliques de la pulpe en conditions normales
bradykinine, donne lieu à une sensation de douleur intense, correspondent principalement, outre à l’entretien du tissu, à
mal localisée, pénible, véhiculée par les fibres C (Nähri l’activité dentinogénique des odontoblastes qui nécessite un
et al., 1992). Ces douleurs partagent les caractéristiques des
apport en nutriments et en oxygène important. Yu et al.
douleurs viscérales (Jantsch et al., 2005).
(2002) ont montré, chez le rat, une consommation hétéro-
gène de la pulpe en oxygène plus élevée au niveau périphé-
Du fait des convergences centrales, les douleurs sont sou- rique où sont les odontoblastes. La consommation moyenne
vent ressenties dans d’autres structures faciales, dentaires et à ce niveau était de 3,2 ± 0,2 ml O2/min pour 100 g de tissu,
musculaires, ce qui les rend difficiles à localiser. Elles sont un chiffre voisin de la consommation cérébrale. Il a par ail-
dues à l’activation physiologique des fibres nociceptives, qui leurs été montré que les variations gazeuses – diminution
répondent grâce à l’équipement biochimique décrit précé- d’oxygène et augmentation de gaz carbonique – induisaient
demment. Cependant, vu la diversité des fibres C présentes une augmentation du flux sanguin (Okabe et al., 1990 ; Yu
dans la pulpe en termes de contenu neurochimique (neu- et al., 2002). D’autres molécules, comme l’ATP ou des ions H+,
ropeptides, récepteurs), il est possible qu’une analyse plus produites par activité cellulaire peuvent influencer la micro-
fine permette de distinguer des sensations plus nuancées circulation (Berggreen et al., 2003).
selon les modalités de stimulation (température, molécules
algogènes internes, etc.). Une des caractéristiques de ces b - Régulation paracrine (autacoïdes)
fibres est également d’être activées par l’anoxie et l’hypogly- Le système circulatoire est influencé par des molécules
cémie. En cas de privation d’oxygène et/ou de glucose, l’acti- vasoactives produites ou libérées à sa proximité, nommées
vité spontanée des fibres C augmente considérablement, ce autacoïdes. Ce sont principalement des peptides (endothé-
qui pourrait expliquer les douleurs de pulpite lorsque la line 1, bradykinine) et des éicosanoïdes, dérivés de l’acide ara-
microcirculation pulpaire est altérée. chidonique (prostaglandines, leucotriènes, thromboxanes).
1 - Endothéline
B - Contrôle de la microcirculation L’endothéline 11 (ET1) est un neuropeptide sécrété par l’endo-
1 - Régulation tonique du débit sanguin thélium vasculaire à partir de molécules précurseur clivées par
l’enzyme NEP (neutral endopeptidase, endopeptidase neutre)
qui dégrade également d’autres peptides comme la subs-
Les variations de flux sanguin sont difficiles à mettre en tance P. Elle a un effet vasoconstricteur puissant au niveau de
évidence en conditions basales mais la pulpe, comme les
autres tissus de l’organisme, est soumise à des influences
régulatrices métaboliques, nerveuses, paracrines/endo- 1. L’ET1 se fixe également sur le récepteur R-ET B exprimé à la surface des
crines et immunitaires. Les cellules actives dans ce proces- cellules endothéliales et qui entraîne une légère vasodilatation. Dans ce
cas, les cellules endothéliales produisent plus de monoxyde d’azote (ou
sus sont nombreuses.
NO) à effet relaxant sur les cellules musculaires lisses voisines.
30
3 - Éicosanoïdes Vaisseau
Les dérivés de l’acide arachidonique issu de la dégradation Terminaisons
des lipides membranaires peuvent également modifier la vas- nerveuses A
cularisation. L’administration de prostaglandines E2 (PGE2),
par exemple, augmente le flux sanguin et amplifie l’effet de la
bradykinine. L’anandamide, un endocannabinoïde qui module
également l’activité des récepteurs TRPV1, a des effets vaso-
dilatateurs (Movahed et al., 2005 ; Taddei, 2005). Mastocyte
SP HIS CGRP
4 - Monoxyde d’azote
Le monoxyde d’azote est synthétisé à partir de l’arginine par
BK
la NOS (nitric oxyde synthase, monoxyde d’azote synthétase), Plaquette 5-HT
par les cellules endothéliales, les macrophages et les neu- B
rones. Il joue un rôle dans la régulation basale du flux sanguin
pulpaire mais ne semble pas impliqué dans la régulation pha-
sique (Kerezoudis et al., 1993a).
HIS
5 - Autres substances
Certains composés encore mal identifiés comme l’EDHF
SP
(endothelium-derived hyperpolarizing factor, nom sous 5-HT
lequel sont sans doute réunis plusieurs composés différents
dont l’action est similaire) semblent jouer un rôle important,
en particulier dans les vaisseaux les plus petits. Ils n’ont pas
Terminaisons nerveuses C
encore été recherchés dans la pulpe. voisines
6 - Adénosine
L’adénosine est une base purique qui joue un rôle important Figure 2.4 A. Les cellules lésées libèrent des ions potassium (K+)
dans les transferts d’énergie cellulaire. Elle exerce des effets et des molécules bioactives comme les prostaglandines (PG) ou
vasodilatateurs (Yu et al., 2004.) la bradykinine (BK). Les PG augmentent la sensibilité des termi-
naisons nerveuses aux stimulations chimiques, thermiques et
2 - Régulation nerveuse de la circulation intrapulpaire mécaniques. Les potentiels d’actions sont transmis vers le sys-
tème nerveux central. B. Réflexe d’axone : les potentiels d’ac-
a - Système nerveux sensitif tion émis par une terminaison peuvent se propager dans les
terminaisons voisines où ils vont provoquer la libération de
Dans un tissu sain, les fibres nerveuses peuvent présenter neuropeptides (substance P, CGRP, NKA). Ceux-ci provoquent
une activité faible spontanée ou déclenchée par des sti- des changements vasculaires directs et indirects : vasodilata-
mulations locales sans que celles-ci soient nécessairement tion, augmentation de la perméabilité vasculaire. C. La libéra-
perçues par la conscience car trop faibles pour passer le tion d’histamine (HIS) et de sérotonine (5-HT) par les mastocytes
barrage des filtres synaptiques centraux. et les plaquettes sensibilise les nocicepteurs voisins (d’après
Fields, 1987).
31
1990 ; Heyeraas et al., 1994 ; Berggreen et Heyeraas, 2003). Le l’activation du récepteur Y1 entraînait une inhibition de l’acti-
mécanisme de ces effets est différent selon les neuropep- vité des nocicepteurs TRPV1 de la pulpe pouvant peut-être
tides. Substance P et NKA peuvent activer l’enzyme NOS qui expliquer pourquoi des pulpes enflammées n’étaient pas
synthétise, à partir de l’arginine, le monoxyde d’azote, aux nécessairement douloureuses.
propriétés relaxantes sur l’endothélium vasculaire ; le CGRP
exerce son effet via un mécanisme NOS indépendant (Hsu c - Système nerveux autonome parasympathique
et al., 2003). D’autres molécules telles que le glutamate Récemment, Borda et al. (2007) puis De Couto et al. (2009)
semblent exercer également des effets vasodilatateurs par ont établi les preuves fonctionnelles d’un contrôle choliner-
réflexe d’axone (Hofman et al., 2003 ; Braud et al., 2010). gique de l’activité vasculaire par des récepteurs muscari-
niques, via l’oxyde nitrique et les prostaglandines, dépendant
b - Système nerveux autonome sympathique de l’inflammation. La libération d’acétylcholine (ACh) entraîne
la stimulation de récepteurs muscariniques présents sur l’en-
L’élément principal de la vasoconstriction locale est
dothélium vasculaire, les fibroblastes et les macrophages.
assuré par le système sympathique (Scott et al., 1972 ;
Kerezoudis et al., 1992) (fig. 2.5). Ces fibres exercent leur Dans l’endothélium, une telle stimulation entraîne la produc-
effet via des catécholamines (NA, A, DA) et des neuropep- tion d’oxyde nitrique via l’activation de la NOS. L’oxyde
tides (NPY). nitrique diffuse vers les cellules musculaires lisses et pro-
voque leur relaxation. L’activation des récepteurs m-ACh des
macrophages et des fibroblastes entraîne la libération de
Les catécholamines se fixent principalement sur des récep- PGE2, elle aussi vasodilatatrice.
teurs adrénergiques α-1 et α-2, et dopaminergiques (D1-D6)
d - Interactions sensitives et autonomes
des parois vasculaires des artérioles et veinules avec des
effets principalement vasoconstricteurs (Yu et al., 2002). La Des interactions entre fibres autonomes et sensitives existent
quantité de catécholamines varie selon l’état inflammatoire aussi, qui permettent de réguler plus finement la vascularisa-
ou non de la pulpe (Nup et al., 2001). Le récepteur Y1 (R-Y1) du tion. Les fibres sympathiques, par exemple, exercent un effet
neuropeptide Y (NPY) a été détecté sur les parois des vais- inhibiteur sur la libération de neuropeptides via un méca-
seaux pulpaires de dents non cariées. Sur les dents cariées, il nisme adrénergique et NPY dépendant (Kerezoudis et al.,
a été observé sur les fibres nerveuses et des cellules inflam- 1993b et 1993c ; Olgart et Kerezoudis, 1994).
matoires (El Karim et al., 2006). Il y a donc une modulation de D’autres mécanismes existent certainement et suggèrent des
l’expression du Y1 en réponse à la pénétration carieuse, sug- interactions encore plus complexes. À titre d’exemple, cer-
gérant donc un rôle dans le contrôle de l’inflammation pul- tains canaux TRP présents sur les fibres nerveuses le sont éga-
paire. Par ailleurs, Gibbs et al. (2008) ont montré que lement sur les vaisseaux et modulent le tonus vasculaire (Di
et Malik, 2010).
3 - Régulation endocrine
La pulpe est sensible à l’action de molécules hormonales.
Métabolisme cellulaire Comme indiqué précédemment, elle contient des récepteurs
aux catécholamines qui peuvent capter l’adrénaline circu-
Dilatation Contraction lante. Cependant, cette composante semble faible par rap-
port à l’effet local des fibres nerveuses sympathiques. D’autres
CO2
+
hormones comme l’angiotensine exercent un effet vasculaire
ATP H NA
dans la pulpe dentaire (Berggreen et Heyeraas, 2003 ; Souza
NPY
Cytokines et al., 2007).
Cytokines
NO HormonesAdre Système nerveux
AT autonome Important ! La pulpe dentaire est donc soumise à des
BK orthosympathique influences vasoconstrictrices et vasodilatatrices qui per-
Autacoïdes mettent de réguler le débit sanguin et de l’adapter aux
CGRP ACh Système nerveux besoins physiologiques. Les fibres nerveuses jouent un rôle
His autonome important dans cette régulation mais ne sont pas les seules.
parasympathique Les fibroblastes, par exemple, peuvent produire des molé-
SP cules vasoactives.
Système nerveux sensitif Cellules immunocompétentes
32
IV - Méthodes cliniques
III - Réactions neuro-vasculaires d’exploration de la santé pulpaire
aiguës à un agent non infectieux
À la suite d’une stimulation aiguë non infectieuse, d’un frai- Essentiel : les tests permettant l’exploration de la « vitalité
sage dentinaire profond par exemple, les prolongements pulpaire » reposent sur l’exploration de la fonction ner-
odontoblastiques sont lésés, les fibres nerveuses peuvent veuse ou de la fonction vasculaire (Rowe et Pitt Ford, 1990 ;
l’être également, ce qui aboutit à la libération de substances Gopikrishna et al., 2009 ; Abd-Elmeguid et Yu, 2009a et
2009b). S’ils permettent, dans la majorité des cas, d’at-
algogènes dans le milieu interstitiel. teindre leur objectif, c’est-à-dire d’évaluer la fonction pul-
paire, ils ne sont malheureusement pas complètement
De même, si l’on fraise sans irrigation, l’échauffement fiables et conduisent parfois à des faux négatifs (dents pul-
entraîne une stimulation des fibres et la formation de pées dont la stimulation ne provoque pas de sensation) et à
lésions tissulaires qui vont entraîner un réflexe d’axone et des faux positifs (dent à pulpe nécrosée dont la stimulation
une réaction inflammatoire. provoque une sensation). L’anamnèse médicale ainsi que les
examens clinique et d’imagerie sont donc des éléments dia-
gnostiques complémentaires indispensables.
La libération a retro de neuropeptides vasoactifs déclen-
chera des phénomènes inflammatoires, en synergie avec le
système immunitaire, amplifiant les signaux intercellulaires A - Exploration de la fonction nerveuse
via par exemple les cytokines et chimiokines, recrutant les
cellules de défense et promouvant les mécanismes de répa- Important ! Ces tests sont les plus simples et les plus
ration tissulaire (fig. 2.4). Selon la modalité, l’ampleur de la employés en clinique. Ils reposent sur l’excitation des fibres
nerveuses et l’analyse des sensations qui en résultent.
stimulation et l’état du milieu, la réaction pourra varier
(Olgart et Kerezoudis, 1994) avec des effets biologiques diffé-
rents. L’extravasation des protéines plasmatiques peut par Ces tests permettent essentiellement de stimuler les fibres
exemple accompagner ou non la réaction de vasodilatation de type A, situées plus en périphérie et dont les seuils d’exci-
(Kerezoudis et al., 1993d). Dans divers modèles d’irritation tation sont plus faibles que les fibres de types C. Plusieurs
pulpaire, il a été observé une perte rapide de l’immunoréac- types de tests de sensibilité sont disponibles.
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40
D I - Principes biologiques
ans les années 1980, le chimiste Robert Langer et le
chirurgien Joseph Vacanti émettaient l’hypothèse qu’il
était possible de régénérer un tissu ou un organe en de l’ingénierie tissulaire
cultivant des cellules spécifiques sur un matériau biodégra-
dable (Langer et Vacanti, 1995). C’est ainsi qu’est née l’ingénie- Essentiel : pour imaginer pouvoir reconstruire un système
rie tissulaire. Cette approche interdisciplinaire de la médecine vivant et remplacer chez l’homme une structure détruite
fait appel aux principes de l’ingénierie de la science du vivant ou détériorée, il est primordial de connaître les principes
fondamentaux à partir duquel ce tissu s’est formé initiale-
et des effets biologiques qui permettent de restaurer, main-
ment. C’est la raison pour laquelle une connaissance par-
tenir ou améliorer la fonction d’un tissu (Skalak et Fox, 1998). faite de l’embryologie ou du développement initial est
La première application d’ingénierie tissulaire a été publiée nécessaire pour pouvoir créer de nouvelles thérapeutiques.
en 1990 et démontrait la possibilité de régénérer un tissu car-
tilagineux en forme d’oreille humaine dans le dos d’une souris
(Cao et al., 1997). Cette application très spectaculaire a réel- On reconnaît actuellement deux applications principales à la
lement fait prendre conscience à la communauté scientifique médecine régénératrice :
de l’intérêt de cette nouvelle approche médicale. Depuis, le - le traitement des maladies dégénératives (par exemple la
nombre d’applications d’ingénierie tissulaire n’a cessé de maladie de Parkinson), dans lesquelles la destruction des
croître et celles-ci permettent aujourd’hui d’avoir une cellules ou d’organes est à l’origine du développement de la
approche thérapeutique différente. La régénération de la pathologie ;
peau pour les grands brûlés et la reconstruction d’os dans les - la régénération partielle ou complète d’un organe détruit
cas de perte sévère sont des exemples de stratégies médi- par la maladie ou un accident.
cales qui sont dorénavant couramment utilisées en méde- Sur le plan pratique, il existe deux stratégies :
cine. - la thérapie cellulaire, qui consiste à transplanter des cellules
La demande médicale est parallèlement de plus en plus forte, directement dans l’organe receveur afin de permettre le
puisque le manque d’organes humains s’aggrave chaque développement ou la régénération d’un tissu ou d’un organe.
année. En 20 ans, la liste d’attente aux États-Unis pour les Cette approche permet de prévenir ou de traiter des patho-
transplantations a quadruplé (selon l’United Network for logies humaines en administrant des cellules qui ont été
Organ Sharing). sélectionnées, voire modifiées pharmacologiquement en
dehors de l’organisme à traiter ;
La découverte de niches de cellules souches adultes au - l’ingénierie tissulaire vraie qui consiste à implanter des subs-
sein de la plupart des organes, ainsi que leurs possibles tituts biologiques précédemment générés in vitro. Ces
applications thérapeutiques ont largement participé à techniques appliquent les principes de l’ingénierie et des
l’émergence de la médecine régénérative. sciences de la vie afin de créer des substituts biologiques
L’odontologie et, plus récemment, l’endodontie n’ont pas qui vont restaurer, maintenir ou améliorer la fonction du
été épargnées par l’engouement pour cette nouvelle tissu.
conception de la médecine ; l’innovation et l’intérêt crois- En odontologie, pour des raisons évidentes d’ordre écono-
sant pour cette discipline justifient à elles seules la place mique et éthique, la thérapie cellulaire trouve encore peu
de ce chapitre au sein de d’un ouvrage consacré à l’endo- d’indications. L’ingénierie tissulaire quant à elle, qui permet
dontie.
d’améliorer ou de remplacer des fonctions biologiques par la
41
combinaison de cellules, de biomatériaux et de facteurs bio- thélium et le mésenchyme dérivé des cellules des crêtes
logiques, constitue un champ d’investigation pluridiscipli- neurales (ectomésenchyme). Ces signaux permettent égale-
naire qui trouve tout son intérêt dans cette discipline et qui ment de guider le positionnement des cellules le long du
fait appel à de nombreux domaines de la recherche, notam- front de minéralisation et de sécréter de nouvelles molé-
ment : cules. Ces protéines de la matrice extracellulaire vont partici-
- aux biomatériaux employés pour diriger l’organisation, la per au processus de minéralisation de la dent. L’implication
croissance et la différenciation des cellules. Ils se com- notamment des BMP (bone morphogenetic protein) et du
portent comme un support physique permettant la crois- TGF-β (transforming growth factor beta) au cours de ces
sance du tissu et, grâce à la chimie, une signalisation phases précoces ont été décrits dans le chapitre 1er de cet
physique ou biochimique peut être envisagée ; ouvrage. Ce sont ces voies de signalisation qui sont utilisées
- aux cellules. La source de cellules utilisées peut provenir de pour les approches d’ingénierie tissulaire en odontologie,
l’organisme du malade (source autologue), d’un autre indi- que ce soit pour régénérer aussi bien le complexe pulpo-
vidu de la même espèce (source allogénique) ou encore dentinaire qu’un tissu pulpaire, voire une dent entière.
d’un individu d’une espèce différente (source xénogénique) ;
- aux aspects biomécaniques qui permettent d’étudier les Cette signalisation moléculaire spécifique à l’organe den-
propriétés des tissus originaux et d’identifier les propriétés taire reste également un modèle d’étude de la signalisa-
minimales requises pour assurer la fonction de l’organe à tion épithélio-mésenchymateuse dans les autres organes.
régénérer. Ces connaissances permettent d’assurer l’effica-
cité et la sécurité des tissus néoformés ;
- aux biomolécules, regroupant les facteurs de croissance, les Quotidiennement, le chirurgien-dentiste doit gérer des
morphogènes, les facteurs angiogéniques, les facteurs de pertes tissulaires. La destruction de l’émail par la carie, d’une
différenciation et toute autre molécule qui permet d’in- part, et de la dentine, d’autre part, l’oblige à user de subter-
duire, d’inhiber ou de contrôler une signalisation cellulaire ; fuges qui doivent permettre à la fois de stopper la progres-
- au « design » tissulaire, qui permet d’envisager une expan- sion de la maladie carieuse et de restaurer la fonction sans
sion cellulaire en deux dimensions et une croissance tissu- nuire au reste de l’organe. Pendant très longtemps la mise au
laire en trois dimensions. Ces amplifications cellulaires font point de matériaux et de systèmes adhérant aux structures
appel à des bioréacteurs et à des conditions de stockage et dentaires a représenté la quasi-totalité du domaine de la
de distribution de cellules dans les tissus ; recherche en odontologie. Néanmoins, les cliniciens savent
- à l’informatique utilisée pour le séquençage génétique et pertinemment qu’aucun matériau n’est capable de mimer
protéomique des tissus. Elle est également sollicitée pour la complètement la structure dentaire sur les plans physique,
modélisation des cellules et des tissus et, évidemment, mécanique, esthétique et biologique. Si ces matériaux ne
comme outil de gestion des données. représentent pas la panacée, il convient cependant de recon-
naître qu’ils restent encore aujourd’hui les seuls moyens
fiables et stables à long terme pour remplir les missions
II - Ingénierie tissulaire imposées.
42
43
Figure 3.2 Situation clinique. En rouge est Figure 3.3 La cavité d’accès permet d’accéder
schématisée la papille apicale contenant les au canal. Il est nettoyé sans instrumentation,
SCAP (stem cells of apical papilla). simplement avec un rinçage au sérum physio-
logique.
Figure 3.4 Une application d’adhésif sur les parois dentinaires Figure 3.5 Le gel contenant les trois antibiotiques est mis en
de la cavité d’accès permet de limiter les risques de coloration place directement dans le canal après séchage avec des pointes
de la couronne de la dent inhérente à la technique. de papier stériles.
44
Figure 3.6 Schématisation de la dent traitée, Figure 3.7 Vue clinique de la médication antibiotique en place
médication en place. dans le canal.
Figure 3.8 Schématisation du canal désinfecté Figure 3.9 Création d’un saignement intraca-
au bout de 2 semaines, prêt à être traité. nalaire avec un instrument endodontique
manuel passé au-delà du foramen de la dent.
La papille apicale est désorganisée.
45
Figure 3.10 Vue clinique du canal rempli de sang. Figure 3.11 Schématisation du canal rempli
d’un caillot sanguin, surmonté par une obtura-
tion au ProRoot MTA® blanc, et de la cavité
d’accès obturé avec une restauration collée.
Figure 3.12 Vue clinique du bouchon de ProRoot MTA® placé au Figure 3.13 Radiographie de contrôle à 10 mois
contact du caillot sanguin intracanalaire. postopératoires. Noter la cicatrisation de la
lésion apicale osseuse, l’élargissement des
parois radiculaires et la probable légère édifi-
cation canalaire, laissant suspecter une apexo-
genèse en cours.
46
47
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49
Si la recherche est particulièrement active et fournit de nom- Idéalement, le remplacement d’une dent absente ou détruite
breux résultats sur les précurseurs et progéniteurs susceptibles devrait se faire par une dent autologue. Depuis quelque
d’intervenir dans le processus de cicatrisation, l’évolution est temps, cette stratégie thérapeutique est envisageable grâce,
cependant plus lente dans la mise au point des matériaux qui encore une fois, à l’ingénierie tissulaire et aux progrès faits
permettraient de recruter les cellules et de se comporter dans le domaine du développement et de la biologie des cel-
comme un environnement favorable à leur développement et lules souches. La première publication démontrant la faisabi-
à la régénération proprement dite. La création de nouveaux lité d’une régénération d’une dent avec de la pulpe, de la
biomatériaux qui présenteraient les qualités idéales pour l’in- dentine et de l’émail date des années 2000 (Young et al.,
génierie tissulaire de la pulpe a commencé il y a de nombreuses 2002 ; Duailibi et al., 2004). Ces auteurs démontraient que
années. Les matrices synthétiques fabriquées à partir de fibres non seulement la régénération d’une dent à partir d’une
d’acide polyglycolique ont été les premiers matériaux propo- biopsie autologue était possible mais également que le pro-
sés et restent à ce jour les plus utilisés. Les cellules sont cessus de régénération mimait de très près celui du dévelop-
capables d’adhérer à ces fibres, de proliférer et de se différen- pement initial comme cela avait été suggéré depuis des
cier, fournissant à terme un tissu conjonctif lâche dont la den- années. La première régénération dentaire in vitro à partir de
sité est proche de celle de la pulpe. D’autres matériaux, tels cellules souches a, quant à elle, été démontrée par Paul
que les hydrogels à base de collagène et d’alginate, ont été Sharpe et son équipe en 2005 (Sharpe et Young, 2005). Et
également utilisés, mais avec des résultats plus aléatoires. c’est finalement en 2009 qu’Ikeda et son équipe sont parve-
Enfin, d’autres biomatériaux plus rigides, tels que des phos- nus à régénérer et réimplanter une dent dans une mâchoire
phates de calcium, semblent avoir un comportement compa- murine. Cette implantation s’est avérée être viable et asso-
tible avec l’utilisation de cellules pulpaires. En présence de ce ciée à un recouvrement de la physiologie pulpaire et desmo-
matériau, les cellules sont capables d’induire des processus de dontale (Ikeda et al., 2009). Pour certains, le rêve était donc
minéralisation en sécrétant des vésicules matricielles (Wang devenu réalité, pour d’autres les choses sérieuses pouvaient
et al., 2006). Cordeiro et al., (2008) ont, quant à eux, utilisé de commencer !
l’acide polylactique (PLA, polylactic acid) pour ensemencer
des cellules souches pulpaires (DPSC et SHED) dans des
tranches de dents secondairement implantées en sous-cutané
dans le dos de souris. En 28 jours, ils ont observé la présence V - Conclusion
d’un tissu conjonctif dont la nature histologique était très
proche de celle de la pulpe. L’ingénierie tissulaire est une discipline particulièrement
excitante et l’odontologie ne sera pas épargnée par cette
évolution. Le coiffage pulpaire et la revascularisation
Toutes ces études suggèrent la possibilité de régénérer de canalaire de la dent immature représentent les premières
la pulpe dentaire avec des caractéristiques morpholo- illustrations de l’évolution de l’endodontie dans les années
giques proches de celles du tissu physiologique. Cepen- à venir. D’ores et déjà, nous devons prendre conscience de
dant, beaucoup de travail reste à faire avant d’obtenir des la tournure que vont prendre les événements, tout en
résultats cliniquement reproductibles. acceptant également l’idée que la biologie est particuliè-
rement complexe et ne nous permettra probablement pas
S’oriente-t-on vers une régénération complète de l’organe de faire autant d’erreurs que celles qui étaient tolérées
avec l’approche mécanique.
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50
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D I - Pathologie pulpaire
ans le chapitre précédent, les mécanismes de régula-
tion physiologique de la pulpe en conditions normales
et les sensations associées aux stimulations aiguës ont
été décrits. Cependant, la douleur « physiologique » résul- A - Réactions immunitaires innées
tant de l’activation normale du système nociceptif n’est pas et acquises
une situation courante en clinique : les dents saines ne
donnent pas lieu à une symptomatologie spontanée et la Les bactéries sont à l’origine de la cause majeure d’inflam-
symptomatologie provoquée provient de nos tests diagnos- mation et d’infection pulpaire. Elles colonisent les sur-
tiques. Les dents à symptomatologie spontanée font l’objet faces dentaires et s’immiscent dans les interstices de la
d’un processus pathologique, c’est-à-dire que le tissu pul- trame minérale. Si l’invasion des tubuli est souvent consé-
paire a subi des modifications plus ou moins importantes par cutive à la dissolution minérale d’origine carieuse, la porte
rapport à la pulpe saine. d’entrée est parfois plus discrète et peut passer inaperçue.
Il est difficile de faire le point sur tous les changements
pathologiques consécutifs à une exposition bactérienne. Les bactéries peuvent en effet pénétrer via des fêlures de
L’inflammation est un phénomène complexe dont les carac- l’émail et coloniser un nombre limité de canalicules denti-
téristiques varient selon la surface d’exposition à l’agent naires. Une fois dans la place, les antigènes bactériens et/ou
agresseur/l’épaisseur de dentine résiduelle, la nature de cet leurs produits métaboliques peuvent diffuser à travers les
agent, la résistance des tissus, etc. La dynamique qui en résul- canalicules dentinaires et engendrer des réponses immuni-
tant dépend de ces interactions et des molécules inflamma- taires au sein de la pulpe (Bergenholtz, 1977 et 2000 ; Warf-
toires sécrétées par de nombreux acteurs comme les vinge et al., 1985 ; Nissan et al., 1995). Les odontoblastes sont
odontoblastes, les cellules de défense, les nerfs des trois les premières cellules concernées par ces changements du
contingents et les vaisseaux. Ces réactions aboutissent à des fait de leur position à l’interface entre la pulpe et la dentine
changements locaux qui peuvent survenir plus ou moins rapi- et sont ainsi les premières à réagir via les récepteurs de l’im-
dement. munité innée dépendante des récepteurs de type Toll (TLR,
Toll like receptor) qui aboutit à la production de cytokines
Les objectifs de ce chapitre sont : inflammatoires. L’exposition bactérienne entraîne également
- d’explorer les effets des processus pathologiques sur la stimulation du système immunitaire adaptatif, immunité
l’histophysiologie pulpaire et les conséquences en acquise, mettant en jeu les lymphocytes et la production
termes de sensations perçues. C’est en effet en partie sur d’anticorps spécifiques. Les complexes immuns antigènes-
l’analyse de ces données que seront prises les décisions anticorps et les produits dérivés des réactions immunitaires,
thérapeutiques ; tels que les enzymes protéolytiques extracellulaires libérées
- de décrire les traitements à mettre en œuvre lorsque ces lors de la phagocytose, peuvent aggraver l’inflammation pul-
changements sont constatés.
paire (Bergenholz, 1977).
53
La pénétration carieuse initiale semble dominée par les bacté- alpha), les interleukines (IL) 1, 8 et 12 (Matsuguchi et al., 2003),
ries du groupe des streptocoques et des lactobacilles mais aussi de cytokines anti-inflammatoires comme l’IL10
(Loesche et al., 1973 ; Van Houte et al., 1994 ; Bowden et al., (Henderson et Wilson, 1996 ; Ginsburg, 2002) et de chémo-
1990) grâce à la production d’acides par fermentation des kines telles CCL2 et CXCL2 (tableaux 4.1 et 4.2). Ces cytokines
sucres alimentaires. Streptocoques et lactobacilles oraux permettent d’attirer les cellules dendritiques immatures et
envahissent les tubuli en se fixant au collagène dentinaire de d’induire l’angiogenèse et la perméabilité vasculaire via l’ex-
type I (McGrady et al., 1995 ; Love et al., 1997). Après déminéra- pression de VEGF (vascular endothelial growth factor)
lisation, le collagène exposé est ensuite dégradé par des (Durand et al., 2006 ; Botero et al., 2003 ; Telles et al., 2003 ;
métalloprotéinases dérivées de la matrice extracellulaire de Ferrara, 2004). De plus, l’acide lipotéichoïque induit l’apop-
l’hôte qui favorisent la progression carieuse (Tjäderhane et al., tose de nombreuses cellules, comme les fibroblastes, laquelle
1998). La progression de la lésion en profondeur s’accompagne peut rendre compte de la destruction cellulaire observée
d’une modification de la composition de la flore. Les bactéries dans les pulpites (Wang et al., 2001). L’acide lipotéichoïque
à Gram positif anaérobies facultatives sont remplacées par des peut également modifier l’orientation fonctionnelle des
lactobacilles et/ou anaérobies (Duchin et Van Houte, 1978 ; odontoblastes en favorisant la réponse immunitaire au détri-
Hoshino 1985, Milnes et al., 1985), probablement en raison d’un ment de la minéralisation via la régulation négative (down-
changement de l’écosystème (nutriments, oxygène, etc.). regulation) du TGF-β (tumor growth factor beta) (Durand
et al., 2006). Le lipopolysaccharide active par ailleurs le fac-
Parmi les constituants bactériens induisant des réactions teur de Hageman, qui entraîne la production de bradykinine,
inflammatoires, les lipopolysaccharides (LPS) et l’acide un algogène puissant (Miller et al., 1975).
lipotéichoïque (LTA, lipoteichoic acid) sont les toxines L’exposition bactérienne ne peut être réduite à un seul consti-
bactériennes les plus étudiées. Elles activent le système
tuant comme le lipopolysaccharide ou l’acide lipotéichoïque.
immun inné par des mécanismes similaires.
Il s’agit d’une stimulation complexe incluant des motifs antigé-
niques bactériens multiples, les toxines et enzymes bactériens,
Elles se lient au complexe CD14-TLR4 et activent les voies de des produits de dégradation des cellules et des tissus durs et
signalisation en aval, induisant la production de cytokines de la trame organique qui la soutient, etc. (Silva et al., 2004a et
pro-inflammatoires (tableaux 4.1 et 4.2) telles que le facteur 2004b) (fig. 4.1). Ces éléments activent des voies de signalisa-
de nécrose tumorale alpha (TNF-α, tumor necrosis factor tion multiples mais également redondantes.
54
EP2 EP
NF-κB
B1
Histamine H1
Acide
B1 B1 5-HT 5-HT2
arachidonique B2 5-HT3
Mastocytes 5-HT4
Effets hyperalgésiants
Plaquettes
Figure 4.1 Voie des kinines et cytokines. Les cytokines sont principalement pro-inflammatoires et hyperalgésiantes, en particulier via la
chaîne allant du TNF-α à l’IL6 puis à l’IL1-β, qui induit la synthèse de COX-2 et la libération des prostaglandines. Via l’IL8, le TNF-α induit
la libération de noradrénaline. Ces mécanismes sont contrebalancés par des cytokines anti-inflammatoires telles que l’IL1-ra, l’IL4, l’IL10
et l’IL13. La bradykinine (ou kallicréine chez l’homme) déclenche la libération de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL6, IL1-β et IL8)
et stimule la production d’acide arachidonique, induisant ainsi la production de prostaglandines. Elle entraîne la libération de neuropep-
tides par les fibres nerveuses afférentes primaires (substance P et CGRP) et augmente la production de monoxyde d’azote aux effets
vasodilatateurs. Un autre de ses effets est la dégranulation des mastocytes qui libèrent de l’histamine et de la sérotonine (5-HT). Ces
étapes entraînent une vasodilatation et une augmentation de la perméabilité vasculaire. Finalement, la bradykinine induit la phospho-
rylation des récepteurs TRPV1 qui abaisse son seuil d’activation et elle répond alors à température ambiante. Elle a une grande affinité
pour le récepteur B2, présent en conditions normales. Le récepteur B1 est activé par les métabolites de la bradykinine. Il est peu présent
en conditions normales mais induit par le NF-κB (nuclear factor-kappa B), qui est activé par de nombreux facteurs endogènes tels que
la bradykinine, le TNF-α et le facteur de croissance nerveuse (NGF, nerve growth factor) (d’après Coutaux et al., 2005).
2003 ; Park et al., 2004), illustrant la synergie fonctionnelle Le pus est principalement constitué de neutrophiles détruits
entre le système immunitaire et le système nerveux sensitif. par leurs propres enzymes, de restes cellulaires bactériens ou
La proximité des bactéries avec la pulpe augmente le risque endogènes. Le contenu lysosomal est riche en enzymes,
de débordement des défenses. La pulpe peut contenir une notamment des protéases qui favorisent la destruction du
agression modérée. Il a été observé des zones d’inflamma- tissu cellulaire environnant et la progression bactérienne.
tion localisée, voire des zones de micro-abcès, sans que le Déclenché par les neuropeptides et les cytokines, un rema-
phénomène ne soit étendu à toute la pulpe (Mjör et Tronstad, niement vasculaire s’opère autour de la source afin de fournir
1972). en permanence les cellules de défense qui vont contenir la
progression bactérienne (Rodd et Boissonade, 2000).
55
cours d’une inflammation, la pression hydrostatique intersti- nombreux et distendus. Ces observations sont complétées
tielle (IFP, interstitial fluid pressure) de la pulpe augmente par le fait que le lipopolysaccharide induit la production
d’un facteur 3 environ (Heyeraas et Berggreen, 1999). Il est locale de cytokines TNF-α et IL1-α et β, tandis que d’autres
souvent avancé que l’augmentation du flux sanguin pulpaire cytokines comme l’interféron gamma (IFN-γ) et l’IL6 sont
(FSP) entraîne une augmentation de la pression intrapulpaire produits à distance et amenés par la vascularisation à la
qui provoque la compression des veinules et un étrangle- pulpe (Bletsa et al., 2006). Ces cytokines locales, probable-
ment de la circulation sanguine. La stase vasculaire qui en ment issues des macrophages, augmentent la perméabilité
résulte provoquerait ensuite la nécrose tissulaire par anoxie vasculaire. On ne sait pas encore comment le drainage lym-
(théorie du cercle vicieux). Cependant, Heyeraas et al. (1994) phatique peut être altéré en cas de pulpite mais il a été mon-
ont montré que la stimulation électrique de la pulpe den- tré que le nombre des vaisseaux lymphatiques, habituellement
taire entraînait une augmentation du flux sanguin pulpaire et difficiles à mettre en évidence dans la pulpe saine, augmen-
de la pression hydrostatique interstitielle, mais transitoire, tait en cas d’inflammation (Bernick, 1977 ; Marchetti et al.,
dépendante de la libération par les fibres nerveuses de neu- 1992 ; Berggreen et al., 2009).
ropeptides. Au bout de quelques minutes, le flux reste élevé La régulation vasculaire du milieu pulpaire dépend donc de
mais la pression diminue, indiquant un découplage entre les multiples facteurs. Il a par exemple été montré que le lipo-
deux phénomènes (fig. 4.2). polysaccharide activait le système sympathique (Vayssettes-
Courchay et al., 2005) et que les cytokines interagissaient
Note : ces résultats indiquent qu’une augmentation de la avec les récepteurs adrénergiques (Szelényi et Vizi, 2007). Par
pression interstitielle favorise la réabsorption des fluides conséquent, la douleur de pulpite ne peut être attribuée uni-
vers le sang, contrebalançant une augmentation future de la quement à l’augmentation de pression pulpaire mais doit
pression pulpaire. l’être également à la stimulation nerveuse par des substances
algogènes, telles que le lipopolysaccharide ou autres motifs
antigéniques. Cette stimulation peut se faire par des voies
Bletsa et al. (2006) ont provoqué une inflammation pulpaire indirectes par la production de cytokines, par les produits du
par exposition au lipopolysaccharide, mesuré le volume des métabolisme enzymatique ou encore par des cellules lésées
fluides interstitiels (IFV, interstitial fluid volume) et la pres- libérant des ions, etc.
sion osmotique de la pulpe (COP, colloid osmotic pressure) et
évalué les effets d’une inflammation aiguë induite par le lipo- 2 - Changements chroniques
polysaccharide sur ces mesures. Ils ont alors observé que le Les stimulations locales de la pulpe entraînent des change-
volume de fluide ne changeait pas et que le flux sanguin chu- ments vasculaires dynamiques immédiats bien documentés
tait après administration de lipopolysaccharide. Donc, pen- mais il existe peu d’études explorant les changements diffé-
dant l’inflammation, les vaisseaux pulpaires ne sont pas rés. Il a été rapporté des modifications vasculaires de type
comprimés jusqu’au point d’obstruction ; plus vraisemblable- vasodilatation des artérioles et des veinules, des occlusions
ment avec la diminution du flux sanguin pulpaire, la résis- partielles et des proliférations des petits vaisseaux (Baume,
tance post-capillaire est augmentée (Donaldson, 2006). Par 1970a ; Trowbridge, 1981 ; Tønder, 1983). Une étude de Rodd et
conséquent, l’inflammation pulpaire augmente la filtration, Boissonade (2005) indique une augmentation de la vasculari-
entraînant une accumulation de fluides. Ceux-ci doivent être sation en cas de lésions carieuses, mais qui reste limitée aux
drainés par les lymphatiques qui sont modifiés dans les cornes pulpaires et ne s’étend pas à toute la pulpe. Ces
phases d’inflammation chronique où ils apparaissent plus auteurs observent même que l’augmentation vasculaire ne
semble pas due à un accroissement du nombre des vaisseaux
mais à une élévation de leur diamètre, avec d’importantes
variations interindividuelles. Les auteurs suggèrent une aug-
mentation capillaire géographiquement limitée et selon un
décours temporel spécifique. Par ailleurs, ils n’ont pas observé
de différences de vascularisation entre les pulpes symptoma-
tiques, ce qui renforce les études indiquant une absence de
corrélation entre le statut histopathologique de la pulpe et
les symptômes rapportés par le patient (Baume, 1970b ;
Tyldesley et Mumford, 1970 ; Dummer et al., 1980).
Figure 4.2 Mesure simultanée du flux sanguin pulpaire (FSP), de C - Conséquences nerveuses
la pression interstitielle (IFP) et de la pression artérielle (PA) en
réponse à une stimulation électrique dentaire chez le chat. Le 1 - Stimulation périphérique
FSP est mesuré par débitmétrie Laser Doppler et l’IFP par un
microcapteur de pression inséré dans la pulpe. Le décalage Les bactéries libèrent de nombreux produits et activent la
entre les courbes de l’IFP et DU FSP indique des mécanismes de production de cytokines qui peuvent avoir un effet direct ou
régulation découplés (d’après Heyeraas et al., 1994). indirect sur les fibres nerveuses.
56
57
IL6 Production
Ob Odontoblaste
IFN-y à distance
Polynucléaire
TLR CCL2 Production
Lymphocyte CCL3 locale
Inflammation CCL4
Gram négatif Cellule dendritique
pulpaire CCL5
LPS Macrophage TNF-α
Fibroblaste CXCL8
LTA IL1-β
Nécrose Ostéoblaste
Gram positif CXCL12
pulpaire
Ostéoclaste CXCL20
CCL20
Rank
Lésion
péri-apicale Peptides
His
SP
Artérioles, veinules, CGRP
lymphatiques, fibres nerveuses Neurones NPY
Figure 4.3 Représentation schématique des principales réactions induites dans la pulpe dentaire et les tissus péri-apicaux par une
exposition bactérienne. Les cytokines sont des éléments clés de ces réactions, agissant sur les cellules, les nerfs et les vaisseaux.
- l’inhibition nerveuse par des métabolites bactériens. Pano- donne lieu à des sensations brèves et modérées. Les change-
poulos et al. (1983) ont montré que l’acide lactique produit ments tissulaires au sein d’une pulpe enflammée ont été lar-
par les bactéries des caries profondes n’excitait pas les gement décrits (Dummer et al., 1980 ; Klausen et al., 1985 ;
fibres nerveuses intratubulaires Aδ, contrairement à l’action Woda et al., 1999) : celle-ci présente des seuils de sensibilité
algogène observée dans d’autres tissus, mais diminuait de abaissés et fait l’objet de changements tissulaires qui vont
façon réversible les potentiels d’action provoqués par entraîner une allodynie/hyperalgésie. L’application de froid
d’autres stimuli. Cela pourrait expliquer en partie la relative ou de chaud provoque une douleur qui dure après la cessa-
insensibilité thermique des dents cariées fortement infec- tion du stimulus. L’allodynie mécanique résultant des tests de
tées par les lactobacilles (Hahn et al., 1993), ainsi que l’ab- percussion et pression exercés sur le desmodonte est moins
sence de corrélation entre la densité nerveuse sous les connue, bien que fréquente. Khan et al. (2007) et Owatz et al.
caries et la douleur (Rodd et al., 2001) ; (2007) ont étudié l’incidence de l’allodynie mécanique et ont
- l’éventuelle annulation de l’effet algogène de certaines montré que plus de 50 % des pulpes avec un diagnostic de
cytokines inflammatoires, comme le TNF-α et l’IL6, par la pulpite irréversible entraînaient également une allodynie
libération de peptides opioïdes (β-endorphine et/ou mécanique. De plus, les patients atteints de pulpite avec allo-
enképhalines) issus des cellules immunitaires (lymphocytes) dynie mécanique étaient plus algiques que ceux atteints de
(Członkowski et al., 1993). De même, la bradykinine induit la pulpite irréversible sans allodynie mécanique, ce qui peut
synthèse d’enképhalines à effet antalgique (Kudo et al., avoir des conséquences thérapeutiques puisque la douleur
1986) ; préopératoire est un facteur de risque pour la survenue de
- la vasoconstriction. De nombreux facteurs peuvent entraî- douleurs postopératoires (Werner et al., 2010).
ner une vasoconstriction (endothéline vasculaire, catécho-
lamines et neuropeptides des fibres sympathiques) qui L’allodynie observée peut s’expliquer de plusieurs façons,
limite les phénomènes algiques favorisés par une augmenta- par :
tion de la pression pulpaire. - activation de mécanorécepteurs nociceptifs intrapulpaires ;
Inversement certaines pulpes peuvent être douloureuses - sensibilisation de fibres collatérales pulpo-parodontales ;
sans signes marqués d’inflammation (Seltzer et al., 1963). - médiateurs inflammatoires d’origine bactérienne diffu-
sant dans le péri-apex avant nécrose complète entraînant
4 - Sémiologie l’activation de nocicepteurs parodontaux ;
Une pulpe saine n’est pas sensible spontanément et la stimu- - sensibilisation centrale causée par activation des noci-
cepteurs pulpaires.
lation provoquée dans le cadre des tests diagnostiques
58
59
et 2006b) et sont probablement responsables de la résorp- La cinétique de progression des lésions dépend des caracté-
tion osseuse et radiculaire observée dans les lésions chro- ristiques individuelles et combinées des pathogènes et des
niques. CXCL8 a par ailleurs un rôle déterminant sur l’activité défenses de l’hôte. Divers mécanismes sont impliqués dans
et le recrutement des ostéoclastes (Bendre et al., 2003). ces phénomènes. Hashioka et al. (1994) ont par exemple
RANK-L induit aussi la production de CCL2, CCL3, CCL5, et montré que les symptômes cliniques et la taille des lésions
CXCL9 par les ostéoclastes, suggérant une boucle d’amplifi- étaient corrélés à la présence d’enzymes bactériennes de
cation composée de signaux autocrines et paracrines pen- dégradation de la matrice extracellulaire (collagénase ou
dant la différenciation en ostéoclastes (Kim et al., 2006b) ; chondroïtinase et hyaluronidase). L’équipement génétique
- une voie indirecte. Les lipopolysaccharides peuvent agir joue également un rôle comme l’indiquent les expérimenta-
directement sur certaines cellules, à différentes étapes, et tions animales avec des animaux invalidés génétiquement
entraîner l’activation des ostéoclastes indépendamment de pour tel ou tel récepteur ou messager de voie de signalisa-
toute sécrétion de cytokines pro-inflammatoires. tion cellulaire, ou avec des sujets ayant des déficiences
Les réactions tissulaires décrites précédemment aboutissent congénitales (pour revue, voir Stashenko, 2002).
également à la destruction tissulaire et à la résorption
osseuse qui se matérialiseront, à l’examen radiographique, par
2 - Exacerbation
des changements quantitatifs et qualitatifs. Les signes les Le passage d’une forme asymptomatique à une forme sympto-
plus utilisés sont l’épaississement desmodontal, la radio- matique n’est pas bien connu. Les infections aiguës sont en
clarté osseuse et les changements de structure des trabécu- général liées à des bactéries virulentes au stade planctonique,
lations osseuses (Brynolf, 1978 et 1979 ; Orstavik et al., 1986 ; à des diminutions des défenses ou à des propriétés bacté-
Matossian et al., 2005) (fig. 4.4). Les phénomènes de remanie- riennes particulières. Il a été démontré, pour certains patho-
ment tissulaire touchent également la dentine et le cément gènes, que des gènes codant pour la virulence sont plus
qui présentent des résorptions à des degrés divers dans la exprimés dans les cellules planctoniques que dans les bacté-
plupart des cas (Delzangles 1989). ries quand elles sont organisées en biofilm (Furukawa et al.,
2006). L’invasion des tissus périradiculaires se fait après des
changements d’équilibre microbien et peut aboutir à la forma-
tion d’un abcès. Certaines cytokines récemment identifiées,
comme l’IL17 et l’IL27, jouent un rôle dans la modulation des
phénomènes inflammatoires et le passage de l’état chronique
asymptomatique à symptomatique (Colić et al., 2007 et 2009).
On peut également noter que le passage en phase aiguë peut
survenir à la suite d’un traitement endodontique.
60
61
Tableau 4.3 Proposition de critères diagnostiques des maladies aiguës pulpaires et parodontales d’origine pulpaire (d’après Woda
et al., 1999).
Maladie et synonymes Critères diagnostiques
Pulpite aiguë réversible • Présence d’une cause expliquant l’existence de l’inflammation pulpaire
Hyperémie pulpaire • Douleur spontanée absente ou discrète
Pulpite subaiguë • Douleur provoquée par un test de sensibilité se prolongeant peu de temps au-delà de la
Prépulpite stimulation
Pulpite aiguë débutante
Pulpite aiguë irréversible • Présence d’une voie de contamination bactérienne du tissu pulpaire
Pulpite aiguë • Douleur spontanée
Carie du troisième degré • Réponse positive aux tests de sensibilité pulpaire*
Pulpite aiguë séreuse
Pulpalgie aiguë
Pulpite aiguë purulente
Pulpo-parodontite
Parodontite apicale aiguë • Existence d’une contamination parodontale d’origine bactérienne issue de l’endodonte
Parodontite apicale aiguë non suppurée • Réponse négative aux tests de sensibilité pulpaire
Parodontite apicale symptomatique • Douleur spontanée et exacerbée par la percussion ou la pression
• Absence de douleur à la palpation apicale
Abcès apical aigu • Existence d’une contamination bactérienne parodontale d’origine endodontique
Parodontite aiguë suppurée • Réponse négative aux tests de sensibilité pulpaire
Parodontite péri-apicale aiguë suppurée • Douleur spontanée et exacerbée par la percussion
Abcès alvéolaire aigu • Douleur à la palpation apicale**
Cellulite collectée
Abcès sous-périosté
Abcès secondaire • Critères identiques à ceux de l’abcès apical aigu
Abcès phœnix • Image osseuse radio-claire de lésion d’origine endodontique
Abcès récurrent
Abcès recrudescent
Abcès apical chronique
* Réponse douloureuse à la percussion possible dans le cas d’une pulpo-parodontite.
** Tuméfaction sous-périostée ou sous-muqueuse possible.
Tableau 4.4 Proposition de critères diagnostiques des maladies chroniques pulpaires et parodontales d’origine pulpaire (d’après
Woda et al., 1999).
Maladie et synonymes Critères diagnostiques
Pulpite chronique • Dent asymptomatique
Pulpalgie chronique • Réponses atténuées aux tests de sensibilité pulpaire (la vitalité pulpaire n’est souvent
Pulpite asymptomatique objectivée que par une manœuvre invasive intrapulpaire)
Pulpite chronique ouverte • Selon la forme clinique, présence d’un ou de plusieurs signes suivants :
Pulpite ulcéreuse - pulpe exposée
Pulpite hyperplasique - polype pulpaire
Pulpite chronique fermée - calcification de l’endodonte
Pulpite dégénérative - image radiologique de granulome interne, résorption interne
Granulome interne - image radiologique d’ostéosclérose péri-apicale
Résorption interne - image radio-claire péri-apicale
• Présence d’une cause expliquant l’existence de l’inflammation pulpaire
Nécrose asymptomatique • Dent asymptomatique
Carie du quatrième degré • Réponse négative aux tests de sensibilité pulpaire*
Gangrène pulpaire
Nécrobiose
Parodontite apicale chronique • Dent asymptomatique
Granulome apical • Réponse négative aux tests de sensibilité pulpaire
Kyste radiculo-dentaire • Image radio-claire d’une lésion osseuse d’origine endodontique
Fistule • Présence d’un ostium fistulaire dont la relation avec la dent causale est objectivée à la
Parodontite apicale chronique purulente radiographie par l’introduction d’un cône de gutta
Parodontite péri-apicale chronique suppurée
Parodontite alvéolaire chronique
* Le diagnostic ne peut pas être porté dans les 6 ou 7 mois qui suivent un traumatisme.
62
sée. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé ticulier défini en fonction de l’état de santé du patient, qui
sont synthétisées dans le tableau 4.6. peut contre-indiquer certains traitements, et de la valeur
intrinsèque de la dent dans un projet thérapeutique global et
notamment prothétique (Zitzmann et al., 2009). Enfin, le trai-
tement peut être mené en plusieurs phases : une phase d’ur-
IV - Traitement d’urgence des gence et une phase retardée, le traitement d’urgence ne
pathologies pulpaires et péri-apicales devant pas compromettre les chances de succès du traite-
ment définitif à venir.
La prise en charge des pathologies douloureuses d’origine
pulpaire et parodontale s’appuie sur notre connaissance
de la physiopathologie, des informations issues de l’anam- A - Objectifs thérapeutiques
nèse, de l’examen clinique et des tests diagnostiques. Il est Les changements histo-physio-pathologiques pulpaires et
important de signaler à cet égard que de nouveaux proto- parodontaux sont principalement dus à :
coles thérapeutiques peuvent venir modifier rapidement
- des agressions non infectieuses (chocs, fraisage sans irriga-
nos comportements cliniques.
tion ou très proche de la pulpe, etc.) ;
- l’exposition aiguë de la pulpe aux pathogènes du milieu
L’utilisation du microscope opératoire permet par exemple de buccal après un traumatisme ;
mieux apprécier l’état de la plaie dentinaire et de mieux - des expositions chroniques à des pathogènes lors de caries
contrôler l’exérèse des tissus infectés sans effraction pulpaire ou après exposition aiguë traumatique et fracture d’un frag-
(Selden, 2002 ; Del Fabbro et al., 2009). La mise au point de ment coronaire.
matériaux cliniques biocompatibles et étanches de type
ciments – Pro-Root MTA® (Dentsply-Maillefer, France) ou Bio-
Les objectifs thérapeutiques seront donc différents selon
dentine® (Septodont, France) par exemple – permet d’envisa- les situations. L’objectif du traitement est :
ger des réparations tissulaires et la conservation partielle de - de stopper ou limiter l’inflammation en cours afin de
pulpes dans des situations où la pulpectomie totale était favoriser la réparation tissulaire ;
auparavant la seule thérapeutique indiquée (Modena et al., - d’éliminer les micro-organismes et les substances irri-
2009 ; Bakland, 2009 ; Witherspoon, 2008). La possible revas- tantes des tissus dentaires par :
cularisation de dents à pulpe nécrosée ouvre également la • curetage et désinfection dentinaire en cas de pulpite
voie à de nouvelles thérapeutiques (Banchs et Trope, 2004 ; réversible,
Murray et al., 2007). Ces progrès incitent à suivre la littérature • pulpotomie et désinfection pulpaire quand une partie
scientifique de près, dans un domaine en pleine évolution. de la pulpe présente une forme irréversible d’atteinte,
Il ne faut par ailleurs pas perdre de vue que le choix d’un mais que le reste garde un pouvoir de cicatrisation/
réparation,
traitement doit toujours être effectué dans un contexte par-
63
64
65
canaux. Cliniquement, si un saignement persiste après pulpo- étant les plus à risque), la prise de corticoïdes dans le cadre
tomie dans un canal, la pulpectomie devra être réalisée dans d’une affection générale et la présence d’un œdème préopé-
ce canal. ratoire. Après obturation endodontique, 40 % des patients
Les douleurs postopératoires sont plus fréquentes après pul- rapportaient des douleurs, faibles dans la plupart des cas, 12 %
pectomie qu’après pulpotomie (pour revue, voir Hargreaves des patients ressentant des douleurs modérées à sévères
et Seltzer, 2002) du fait de la différence d’indication des deux (échelle visuelle analogique : 4-5). Les facteurs prédictifs des
techniques, les pulpectomies étant conduites sur des pulpes douleurs étaient les mêmes que précédemment avec, en plus,
dont le statut bactérien n’est pas toujours facile à définir. la taille des lésions péri-apicales, un antécédent de douleur
après préparation et le traitement effectué en une séance.
c - Pulpite irréversible associée à une allodynie mécanique Si la dent est déjà traitée endodontiquement, il faut effectuer
Dans le cas d’une pulpite irréversible avec dent sensible à la le retraitement endodontique complet. Si le temps manque et
percussion, il a été montré que la mise en sous occlusion per- qu’un seul canal est à l’origine de la PAA, on peut ne retraiter
met d’améliorer le soulagement de la douleur (Rosenberg que ce canal. Le retraitement peut être compliqué par la pré-
et al., 1998). Une prescription antalgique adaptée à la douleur sence de reconstitutions et/ou d’ancrage radiculaires qu’il faut
complète le traitement. éliminer avant de désobturer le canal, négocier les obstacles
d - Parodontite apicale aiguë intracanalaires (calcifications, butées, etc.). Les douleurs étant
exacerbées par le moindre contact avec la dent, ceci est diffi-
La parodontite apicale aiguë (PAA) est liée à la présence de
cilement possible au cours de la consultation d’urgence et si
bactéries dans l’endodonte (Kakehashi et al., 1965). L’équilibre
c’est le cas la procédure ne peut être envisagée qu’après l’ob-
quiescent entre les bactéries canalaires et les défenses de
tention d’une anesthésie profonde.
l’organisme est rompu. Le desmodonte ou la lésion péri-api-
Il est souvent plus judicieux de programmer un second ren-
cale préexistante entre dans un état inflammatoire aigu qui,
dez-vous après avoir mis la dent en sous-occlusion et pres-
cliniquement, se traduit par l’apparition de douleurs impor-
crit un traitement antalgique/anti-inflammatoire adapté aux
tantes, spontanées et exacerbées par les contacts dentaires.
douleurs intenses. Dès que les signes douloureux ont disparu,
La première étape du traitement consiste à effectuer un
le démontage des éléments corono-radiculaires est entrepris
parage canalaire associé à une désinfection, c’est-à-dire ten-
et le traitement endodontique effectué. Suite à l’épisode
ter d’éliminer la totalité des débris organiques encore pré-
douloureux, il est rarement difficile de motiver et convaincre
sents dans l’endodonte (Sutherland et Matthews, 2003). La
le patient du bien-fondé de l’intervention.
question de la supériorité d’un traitement en une séance par
rapport à un traitement en deux séances n’est pas tranchée e - Abcès apical aigu
(Spångberg, 2001 ; Bergenholtz et Spångberg, 2004 ; Figini
et al., 2007 ; Penesis et al., 2008 ; Balto, 2009). Important ! Il s’agit d’une parodontite apicale suppurée. La
Si la dent n’est pas traitée endodontiquement, la cavité d’ac- présence de pus dans la lésion osseuse exacerbe les dou-
cès est réalisée, les canaux sont mis en forme et désinfectés leurs. L’objectif du traitement est double : supprimer la
conventionnellement (Simon et Pertot, 2003). Une médica- douleur et éviter la dissémination de l’infection dans les
tion à l’hydroxyde de calcium est mise en place dans les tissus environnants. Le traitement d’urgence consistera à
éliminer les tissus endodontiques infectés et à drainer la
canaux. Son pH élevé favorise le retour à la normale après collection suppurée (Matthews et al., 2003).
l’acidification induite par les bactéries et le processus inflam-
matoire (Enkel et al., 2008). La dent est ensuite obturée avec
une obturation provisoire étanche et mise en sous-occlusion. Si l’endodonte est accessible et perméable, le drainage intra-
Une prescription adaptée à la situation complète l’acte canalaire est le plus simple à obtenir. Après instrumentation
chirurgical. La disparition des douleurs s’effectue en et désinfection des canaux, une lime de petit diamètre est
48 heures. Le patient est reconvoqué pour la suite du traite- utilisée à 1 mm au-delà du foramen. Si du pus est présent
ment endodontique, qui peut être complété dans la séance dans la lésion apicale, celui-ci remonte immédiatement dans
suivante si toute symptomatologie a disparu. le canal et, grâce à cette décompression, le patient est immé-
Il faut noter que les douleurs post-traitement endodontique diatement soulagé.
sont fréquentes et concernent près de la moitié des patients La dent peut être laissée ouverte pendant 48 heures afin de
(Hargreaves et Seltzer, 2002). Deux études prospectives ont poursuivre le drainage. Cette notion a longtemps été contro-
étudié l’incidence de ces douleurs et les facteurs prédictifs de versée, arguant du fait que le canal devenait alors une voie de
leur apparition, l’une après préparation canalaire sans obtura- recontamination potentielle par les bactéries de la cavité
tion (Glennon et al., 2004), l’autre après obturation endo- buccale. Sans que l’on puisse dire aujourd’hui que l’idée de
dontique (Ng et al., 2004). Soixante-cinq pour cent des laisser la dent ouverte en interséance soit adoptée de façon
patients rapportaient des douleurs dans les 48 heures après consensuelle, une grande majorité de praticiens reconnaît
préparation canalaire, mais qui n’étaient intenses (échelle que les avantages sont largement supérieurs aux risques
visuelle analogique : 4-5) que dans 10 % des cas. Les facteurs encourus avec la fermeture de la dent.
prédictifs de ces douleurs postopératoires étaient la présence Si l’endodonte n’est pas accessible, certains proposent de
d’une douleur préopératoire, le type de dent (les molaires trépaner l’os alvéolaire en regard de la lésion enflammée
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D - Cellulites particulières
1 - Cellulite subaiguë et chronique
Ce type de cellulite résulte d’une infection installée, consé-
cutive à un traitement incomplet ou à une absence de traite-
ment. Elle peut évoluer pendant plusieurs mois et se
matérialiser par l’apparition d’une fistulisation buccale ou Figure 4.9 Vue sur crâne sec du trajet de l’aiguille jusqu’à l’échan-
transcutanée. crure mandibulaire.
69
C’est une cellulite moins virulente que les cellulites précé- b - Prise en charge primaire
demment décrites ; on observera une fistule au niveau de la La prise en charge devra être effectuée en milieu hospitalier spé-
dent causale ou du foyer infectieux. En cas de tuméfaction, cialisé dans les plus brefs délais avec le maintien des voies
celle-ci ne sera qu’intermittente. aériennes, une éradication totale des foyers infectieux et une mise
en place de drainages intrabuccaux et extra-buccaux accompa-
a - Prise en charge primaire gnés d’un traitement médical de soutien (perfusion, intubation,
La prise en charge doit se faire en milieu hospitalier spécia- anticoagulants ) et d’une hospitalisation (Zeitoun et Dhanarajani
lisé afin de procéder à l’ablation chirurgicale du foyer infec- 1995 ; Flynn, 2000 ; Parhiscar et Har-El, 2001 ; Bratton et al., 2002).
tieux et de la fistule. La dent causale sera extraite et d’autres Une antibiothérapie à large spectre sera instaurée par voie
foyers infectieux seront systématiquement recherchés. Le intraveineuse, associée à une prescription antalgique. Les
traitement pharmacologique est le même que pour les drains seront lavés à la polyvidone iodée 6 fois par jour
pathologies décrites précédemment. jusqu’à trouver 3 lavages successifs propres. Le patient restera
hospitalisé jusqu’à son rétablissement et on s’assurera de
b - Prise en charge secondaire l’absence de tout foyer infectieux avant sa sortie. Le pronos-
Le patient sera revu au bout de 48 heures et de 72 heures Il tic vital du patient dépend du temps écoulé entre la diffu-
peut s’avérer nécessaire de planifier une correction esthé- sion de l’infection et l’hospitalisation.
tique des éventuelles séquelles de la fistulisation transcuta-
née. L’évolution est globalement positive. 3 - Cellulite gangréneuse
Il s’agit d’une cellulite due à des germes anaérobies généra-
2 - Cellulite maxillo-faciale odontogène diffuse teurs de gaz et de nécrose tissulaire.
Il s’agit d’une cellulite très grave nécessitant une hospitali- a - Signes cliniques
sation dans les plus brefs délais. Elle fait en général suite à
une cellulite circonscrite mais peut cependant diffuser C’est l’évolution d’une cellulite circonscrite en l’absence ou
d’emblée. Ses complications sont graves et potentielle- malgré une antibiothérapie. À la palpation, on reconnaîtra
ment mortelles en raison de la propagation infectieuse une crépitation neigeuse, qui signe la présence de gaz, et une
vers les voies aériennes ou le médiastin. nécrose tissulaire ainsi qu’une altération de l’état général
(hyperthermie à 40 °C, pâleur, asthénie) très marquée.
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es traitements endodontiques peuvent être motivés par tinence de la décision thérapeutique. Par ailleurs, le traite-
différentes raisons qui sont essentiellement prothé- ment endodontique avait souvent modifié le niveau de
tiques, infectieuses et douloureuses, les dernières étant douleur initial. Enfin, parmi les facteurs de risque de persis-
souvent les conséquences des avant-dernières. tance des douleurs en l’absence de signes radiologiques,
étaient cités la présence et la durée d’une douleur préopéra-
toire ressentie au niveau du site dentaire considéré, des anté-
Le succès de ces traitements, qu’il s’agisse d’un traitement
orthograde sur dent pulpée ou dépulpée ou d’un traite- cédents de douleurs chroniques (dans le cou, les épaules, le
ment endodontique chirurgical est jugé selon deux cri- dos, les articulations temporo-mandibulaires) ou l’existence
tères principaux : de céphalées, des antécédents de traitements bucco-den-
- l’état parodontal périradiculaire, qui s’apprécie clinique- taires douloureux ainsi que le sexe féminin des sujets. Oshima
ment et radiographiquement ; et al. (2009) ont observé des patients consultant pour des
- la symptomatologie, c’est-à-dire le ressenti par le patient douleurs dentaires persistantes ne répondant pas au traite-
de phénomènes d’hyperalgiea, allodynieb ou de douleur ment endodontique dans 6 % des cas. Les sujets le plus fré-
spontanée consécutive au traitement. L’existence d’une quemment atteints étaient des femmes (81 %) âgées de
symptomatologie persistante en présence d’un paro- 45-50 ans et la région maxillaire était le plus souvent concer-
donte péri-apical apparemment sain conduit à s’interro- née (87 %), ce qui confirme les études précédentes (fig. 5.1).
ger sur la nature des phénomènes biologiques Nixdorf et al., dans une méta-analyse récente, ont rapporté
sous-jacents et des conséquences des traitements endo-
une occurrence de douleurs postendodontiques 6 mois
dontiques sur les tissus environnants, notamment sur les
fibres nerveuses périphériques, mais également sur le après traitement de 5 à 7 % toutes causes confondues et de
système nerveux central par l’intermédiaire de leurs pro- 3,5 % de causes non dentaires (Nixdorf et al., 2010a et 2010b).
jections. Ces données conduisent à s’interroger sur la nature de ces
douleurs et à les envisager comme des dysesthésies. Si l’on
a. L’hyperalgie correspond à une sensation de douleur intense provo- considère le traitement endodontique du point de vue ner-
quée par un stimulus habituellement douloureux. La douleur réma-
nente causée par une stimulation au chaud en cas de pulpite en est un
exemple.
b. L’allodynie est une douleur suscitée par un stimulus qui n’est norma-
lement pas ressenti comme douloureux. Si ces phénomènes semblent a
priori moins graves que les phénomènes d’hyperagésie ou de douleur
spontanée, il faut néanmoins bien réaliser qu’il peuvent être vécus de
façon très désagréable par le patient. Les douleurs engendrées par un
test au froid en cas de pulpite ou par le test de percussion en cas de
parodontite apicale sont des exemples d’allodynie.
77
veux, plusieurs situations peuvent être rencontrées. La pulpe l’objet d’abondantes descriptions et de nombreuses
dentaire est en effet un tissu hautement plastique, capable recherches mais restent en revanche relativement mal
de réagir aux stimulations environnementales, par exemple connues des chirurgiens-dentistes, qui sont pourtant les prati-
aux contraintes mécaniques exercées sur les dents (bruxisme), ciens de santé réalisant le plus de désafférentations nerveuses
aux agressions bactériennes ou aux diverses procédures de en pratique quotidienne, au cours des traitements endo-
fraisage dentinaire, par des remodelages tissulaires, vascu- dontiques et des extractions. Rappelons qu’une pulpe de pré-
laires et nerveux notamment. Ces changements, incluant des molaire adulte contient environ 2 000 fibres nerveuses
modifications de l’expression des phénotypes neuronaux sensitives et autonomes et que le nombre de désafférenta-
périphériques et centraux (champs récepteurs, excitabilité, tions en France peut être estimé à 12 millions rien que pour
bourgeonnements ou dégénérescences centrales, etc.) sont les traitements endodontiques, sans compter les extractions
susceptibles de retentir sur la fonction nerveuse et d’expli- ni les interventions chirurgicales (30 000 chirurgiens-den-
quer certains phénomènes tels que douleurs référées, altéra- tistes, 200 jours par an, 2 traitements endodontiques par jour).
tions de la sensibilité oro-faciale, douleurs persistantes mais Enfin, les traitements endodontiques ont également pour
également difficultés anesthésiques (Hargreaves et Keiser, caractéristique de donner lieu à une obturation canalaire
2002 ; Boucher, 2006). La libération de diverses molécules destinée à emplir la vacuité endodontique et à l’isoler du
signal conduit également, après des phases inflammatoires, à péri-apex par un scellement imperméable aux bactéries. Au
une réduction du volume de la chambre pulpaire et des den- cours de cette étape, il peut arriver que du matériau d’obtu-
sités d’innervation et de vascularisation jusqu’à leur dispari- ration soit projeté dans le péri-apex. Ces dépassements de
tion complète. Dans certains cas, la douleur précède la pâte d’obturation sont parfois sans conséquences cliniques.
nécrose complète de la pulpe (pulpite aiguë), dans d’autres Ils peuvent cependant donner lieu à des complications péri-
(environ 50 %), la nécrose est asymptomatique (Michaelson apicales du fait de la toxicité de certains matériaux, de la pré-
et Holland, 2002). sence de germes spécifiques, etc. (Nair, 2006) et avoir
Lorsqu’il est consécutif à une nécrose pulpaire totale, le trai- également à des conséquences nerveuses dont les plus évi-
tement endodontique n’interfère pas avec les fibres ner- dentes sont observées notamment à la mandibule du fait de
veuses de l’endodonte qui ont disparu. En revanche, lorsque la proximité du canal mandibulaire.
la pulpe est encore présente, les procédures chirurgicales
visant à élimination du contenu endodontique entraîneront Le but de ce chapitre est donc de décrire les conséquences
donc une éviction brutale des composants nerveux. potentielles des désafférentations nerveuses causées par
Cette désafférentation nerveuse peut être soit naturelle, suc- les procédures endodontiques. Il passera en revue les prin-
cédant ainsi à la phase de nécrose, soit volontaire, chirurgi- cipaux changements neuronaux connus, associés aux
cale, du fait de la procédure de traitement endodontique désafférentations nerveuses pulpaires observées dans des
modèles animaux, et les conséquences cliniques de ces
destinée à supprimer la source nociceptive en l’absence d’al-
lésions documentées chez l’homme.
ternative thérapeutique. Dans les deux cas, un nombre impor-
tant de fibres nerveuses seront sectionnées/arrachées/
dilacérées et les terminaisons disparaîtront. Si les procédures
chirurgicales peuvent être identiques d’une situation à l’autre,
l’environnement biologique où elles se déroulent peut, lui,
I - Changements induits
être très différent. Il pourra être sain dans le cas d’une « bio- par des lésions nerveuses
pulpectomie » à visée prothétique par exemple et altéré
dans d’autres cas, comme dans celui d’une pulpite en phase A - Changements périphériques
aiguë ou chronique, avec de nombreux changements portant
sur les molécules présentes dans le milieu, les modifications 1 - Changements morphologiques et biochimiques
d’expression de récepteurs présents sur les membranes cellu- Le tissu nerveux possède d’importantes capacités de répara-
laires, de voies enzymatiques et de signalisation cellulaire. tion. Lors d’un traumatisme, des réactions complexes se pro-
duisent, impliquant les cellules nerveuses et les cellules de
Note : ces différences d’environnement peuvent expliquer Schwann qui les entourent. Ces réactions permettent la plu-
la persistance de symptômes douloureux du fait des phé- part du temps aux axones soit de se réparer s’ils n’ont été que
nomènes de sensibilisation périphérique et centrale. légèrement lésés, soit de repousser après dégénérescence du
segment distal s’ils ont été plus sévèrement endommagés. Le
guidage des axones dans les gaines nerveuses joue un rôle
Les effets des désafférentations nerveuses sont relativement important dans ce phénomène et, par conséquent, l’intégrité
bien connus des neurologues, notamment dans le domaine de de ces gaines est un facteur clé de la cicatrisation (Horch,
la douleur. Les douleurs dites neuropathiques étaient aupara- 1979). Ces processus de cicatrisation s’accompagnent de
vant appelées douleurs de désafférentation d’après les dou- modifications phénotypiques dans les neurones dont le
leurs « de membre fantôme », ressenties après l’amputation contenu neurochimique se modifie. De nombreuses études
d’un membre ou la lésion de troncs nerveux. Elles ont fait ont révélé des changements portant sur l’expression et la
78
A
iGlu-R Interneurone
Canaux ioniques Corps mGlu-R
cellulaire
Cellules Neurone
Récepteurs Neurone sensitif primaire
de Schwann 2e ordre
Microglie,
Terminaison astrocytes
périphérique
Expression génique →
Lésion nerveuse Production neuropeptides, Modification
GABA,
récepteurs, canaux ioniques circuiterie
TRPV1-4 glycine
neuronale
TRPM8
NaV1.7, 1.8, 1.9
TRPA1 Modification
ASICs PKC, PKA
activité
P2X3 NOS, COX
électrique
TREK
Cytokines Glu,
TASK
(IL1, IL6, TNF-α, SP, CGRP,
ATP, IL1, IL6,
Phosphorylations enzymatiques CCL2…) BDNF, ATP Microglie,
TNF-α, CCL2,
Expression récepteurs CCL2, CCL3 astrocytes
Recrutement CXCL3
Expression canaux ioniques NO
Cellule
Modification de l’activité électrique Macrophage, Activation
inflammatoire
mastocytes,
Diminution du seuil d’excitation
lymphocytes
Décharges ectopiques
Figure 5.2 Représentation schématique des changements susceptibles d’affecter les neurones nociceptifs après lésion nerveuse
périphérique. A. Neurone sain. B. Neurone lésé. Ces changements incluent des modifications de l’expression des récepteurs, des
canaux ioniques et des neuropeptides, des modifications de l’excitabilité neuronale. Ils font intervenir les éléments neuronaux, les
cellules gliales et les cellules immunitaires. Ils affectent également le neurone post-synaptique qui devient plus excitable.
79
80
Le nombre de neurones ne répondant qu’aux stimulations Important ! Il est intéressant de constater que l’activation
mécaniques diminue, tant au maxillaire qu’à la mandibule, des récepteurs Toll-like (TLR) qui détectent certains motifs
mais le nombre de neurones ayant des champs récepteurs antigéniques présents à la surface des bactéries pathogènes
s’étendant aux 2 ou 3 branches du trijumeau augmente. entraîne également la production de cytokines pléiotro-
Cependant, là encore, dans les conditions expérimentales, piques telles que le TNF-α, l’IL1-β et l’IL6, impliquées dans
l’effet observé était transitoire et semblait affecter plutôt l’établissement et le maintien des douleurs neuropathiques
les neurones non nociceptifs que nociceptifs. (Miller et al., 2009). Cela suggère que lésions et infections
partagent des mécanismes d’activation neurogliaux et
peuvent se potentialiser.
Coull et al. (2003) ont montré qu’après lésion nerveuse, des
neurones inhibiteurs pouvaient se transformer en neurones
excitateurs : l’activation gliale spinale après lésion nerveuse 3 - Modifications des contrôles s’exerçant
entraîne une libération de BDNF ATP-dépendante qui modi- sur les informations sensitives
fie le potentiel de membrane des neurones GABAergiques de Il existe de nombreux filtres physiologiques permettant aux
la corne dorsale. Il en résulte une inversion des courants centres nerveux supra-segmentaires de moduler la transmis-
ioniques GABAergiques dans ces neurones qui contribuent à sion des informations ascendantes. Or, les changements péri-
l’allodynie mécanique postlésionnelle. phériques et centraux induits par les lésions nerveuses décrits
Plusieurs études ont montré que les lésions nerveuses pou- précédemment peuvent conduire à des modifications du
vaient entraîner des remaniements importants au niveau de traitement des informations douloureuses. Certains travaux
la circuiterie fonctionnelle des neurones trigéminaux. Par le ont par exemple montré que les contrôles inhibiteurs des-
biais de neuromédiateurs excitateurs (glutamate) et inhibi- cendants issus du tronc cérébral étaient réduits de moitié
teurs (GABA) ou modulateurs (glycine, D-sérine), l’architec- chez des animaux neuropathiques (Zimmermann, 1991) ;
ture du réseau neuronal peut être modifiée. Les fibres de gros d’autres au contraire indiquent une facilitation descendante
diamètre transmettant les informations tactiles non doulou- (Porreca et al., 2001 ; King et al., 2009).
reuses deviennent capables d’exciter des neurones nocicep-
tifs et de générer des sensations désagréables (Miraucourt
et al., 2007 ; Dieb, 2009). D - Autres territoires
Autre phénomène marquant des altérations nerveuses, des
2 - Réactions immunitaires
modifications de sensibilité peuvent être ressenties non seu-
Les lésions nerveuses entraînent le recrutement et l’activa- lement dans le territoire du nerf lésé mais également dans
tion de cellules immunitaires au niveau du site lésionnel, des territoires nerveux voisins du territoire lésé (Moalem
dans les ganglions spinaux ainsi que dans les sites de pro- et al., 2005 ; Iwata et al., 2004).
jection centrale de la moelle épinière et du complexe sen-
sitif trigéminal. La sensibilisation centrale qui résulte de la lésion est à
l’origine du phénomène et pourrait expliquer la fluctua-
tion des territoires douloureux ressentis dans certains cas
Les macrophages, lymphocytes T et mastocytes envahissent
de douleurs oro-faciales chroniques (Marbach, 1996).
le site lésionnel autour des extrémités lésées. Les cellules de
Schwann prolifèrent, se dédifférencient et forment des
bandes de Büngner, qui servent de guide aux axones en phase
de régénération. Des macrophages et quelques lympho-
cytes T sont présents dans les ganglions spinaux avant la
II - Conséquences cliniques
lésion. Leur nombre augmente de façon importante. Les des lésions nerveuses associées
macrophages se déplacent dans la gaine formée par les cel- aux traitements endodontiques
lules satellites autour des corps cellulaires des neurones sen-
sitifs primaires. Les cellules satellites prolifèrent et montrent
des signes d’activation. Une semaine après la lésion, des amas
A - Considérations
denses de cellules microgliales sont visibles dans les cornes générales/neuropathies trigéminales
ventrales autour des motoneurones. Une activation massive post-traumatiques
est présente dans les cornes dorsales au niveau des sites de
projection des afférences primaires lésées. Ces changements Remarque : il est toujours difficile d’extrapoler les résultats
sont également objectivables au niveau trigéminal (Dieb, obtenus au cours d’études animales à l’homme en raison des
2009 ; Dauvergne et al., 2008). différences biologiques et psychologiques entre espèces. De
Ces changements induisent des altérations rapides des pro- plus, les différents modèles utilisés pour étudier les change-
ments postlésionnels ne sont pas équivalents.
priétés des canaux ioniques contrôlant l’excitabilité nerveuse
81
Remarque : il s’agit également de modèles où la sensation L’éventail des sensations anormales rapportées après lésions
de l’animal est inférée à partir de modifications comporte-
mentales et non, évidemment, de description verbale. Il
d’origine endodontique du nerf alvéolaire inférieur inclut de
existe cependant des études et observations cliniques chez simples dysesthésies plus ou moins gênantes, des douleurs
l’homme ainsi que des enregistrements effectués chez des d’intensité et de qualité variables allant de la douleur conti-
patients qui corroborent certaines données expérimentales nue légère du type brûlure ou tiraillements à des décharges
et permettent de valider une partie des changements électriques paroxystiques insupportables. Des signes d’allo-
observés chez l’animal. dynie locale à la mobilisation dentaire ou à la palpation du
site osseux sont également décrits. Le territoire de ressenti
Au niveau buccal, les neuropathies lésionnelles trigéminales est celui du V3 avec parfois des irradiations à l’oreille ou aux
consécutives à des extractions, de dents de sagesse le plus autres branches du trijumeau. Dans certains cas, le patient
souvent, à de la chirurgie orthognathique ou implantaire sont peut ressentir une douleur aiguë en dépit de l’anesthésie
bien connues et suivies dans les consultations spécialisées de (LaBlanc et Epker, 1984) mais, dans d’autres, les effets de la
neurologie généralement ou dans les centres antidouleur. lésion peuvent ne se manifester qu’après la disparition de
l’anesthésie. Il est même possible que ces dysesthésies ne
soient ressenties qu’après un certain temps, période qualifiée
Les traitements médicamenteux de ces douleurs et dyses-
de « lucid period », jusqu’à 36 heures après les soins (Pogrel,
thésies reposent sur des classes pharmacologiques diffé-
rentes de celles utilisées pour le traitement des douleurs 2007).
aiguës nociceptives, ce qui est une preuve supplémentaire 1 - Causes
de leur spécificité.
Les causes lésionnelles potentielles sont multiples :
• surinstrumentation. L’action mécanique des instruments
endodontiques au-delà de l’apex peut léser ou couper des
B - Neuropathies trigéminales fibres nerveuses (fig. 5.3) ;
postendodontiques • lésion chimique des solutions d’irrigation. Bien qu’il n’existe
Les données cliniques directement liées à l’endodontie sont pas, à notre connaissance, de cas décrits dans la littérature
moins nombreuses que celles se rapportant aux trauma- médicale, le pouvoir irritant des solutions d’irrigation endo-
tismes. Plusieurs situations peuvent être rencontrées. dontique semble suffisant pour provoquer des dommages
tissulaires nerveux en cas de dépassement apical ;
1 - Lésions liées à l’anesthésie locorégionale
La cause des douleurs/dysesthésies peut être reliée à la pro-
cédure anesthésique et soit être d’origine mécanique, du fait
du caractère piquant/tranchant de l’aiguille, soit relever de la
toxicité de la molécule. Les lésions semblent plus fréquentes
lors de l’anesthésie locorégionale du nerf alvéolaire inférieur
au foramen mandibulaire (tronculaire à l’épine de Spix). La
prévalence de ces accidents est faible : de 1/20 000 à
1/850 000 (Pogrel, 2007). La lésion est réversible dans la
majorité des cas, mais parfois irréversible. Il faut également
noter que des dysgueusies, temporaires ou définitives, sont
quelquefois rapportées après bloc nerveux mandibulaire
(Paxton et al., 1994 ; Hotta et al., 2002 ; Haas et Lennon, 1995).
82
Figure 5.4 A. Représentation des effets nerveux iatrogènes pos- Figure 5.5 Bilan d’imagerie avant chirurgie endodontique sur la
sibles du bourre-pâte de Lentulo dans le cas d’un apex situé à 44 (scanner cone beam). L’émergence du nerf mentonnier est
proximité du canal mandibulaire. Le ciment d’obturation peut nettement visible (flèches jaunes). Un foramen accessoire est
être propulsé dans le canal, au voisinage des éléments nerveux. également objectivé (flèches rouges).
Il peut rester à l’extérieur de l’épinèvre ou s’insérer entre les
fascicules nerveux constituant le nerf alvéolaire inférieur. B, C et
D. Exemples cliniques de projections iatrogènes de ciment d’ob-
turation dans le canal mandibulaire.
83
Pogrel (2007), sur des plus grandes séries publiées portant sur
douleurs qui surviennent après traitement endodontique
61 patients présentant des projections de matériau d’obtura-
sans lésion apparente autre que la pulpectomie. La douleur
tion dans le canal mandibulaire, observe que : peut être contemporaine de l’acte et la correspondance
- 8 patients étaient asymptomatiques, probablement parce sera facilitée.
que le matériau était resté à la périphérie de l’épinèvre sans
pénétrer dans l’endonèvre et/ou que le ciment n’était pas
neurotoxique ;
- 42 patients présentaient des symptômes légers et ont été Cependant, le fait qu’on ne puisse objectiver la lésion est
suivis sans intervention avec une amélioration des symp- une source d’incertitude et d’incompréhension entre le
tômes dans le temps pour 10 % d’entre eux ; patient et le praticien, ce dernier ayant souvent tendance
- 11 patients ont été traités chirurgicalement, dont 5 l’ont été à minimiser le problème et à attendre une éventuelle amé-
lioration. Avec le temps, la douleur s’installe et la plainte
dans les 48 heures et ont récupéré complètement. Les
du patient s’accentue, amplifiée par la non-reconnaissance
6 patients restants ont été opérés dans un délai de 10 jours de sa douleur.
à 3 mois et 4 d’entre eux ont ressenti une amélioration tan-
dis que 2 n’en ont ressenti aucune. L’auteur suggère qu’une
intervention précoce est la plus à même d’amener la résolu-
Du fait de la douleur persistante, le praticien peut penser
tion des symptômes. Ces résultats confortent ceux de Grötz
s’être trompé de diagnostic et proposer d’autres traitements
et al. (1998) qui observent également une amélioration
comme une chirurgie apicale ou l’extraction de la dent incri-
significative après chirurgie d’exérèse. Le type d’approche
minée. Parfois viennent s’ajouter des traitements endo-
chirurgicale est variable selon les auteurs et le type de
dontiques et/ou des extractions des dents voisines, sans
situation clinique incluant résection apicale et débride-
résultat. Non seulement la douleur va persister mais va s’y
ment, extraction et curetage, ostéotomie corticale d’accès
ajouter une incapacité fonctionnelle liée à l’édentement
par voie endobuccale ou exobuccale.
(Marbach et al., 1982). De plus, du fait de la sensibilisation de
la zone édentée, les prothèses seront mal tolérées, ce qui
Important ! Il est cependant difficile de juger du type de aggravera la plainte du patient.
lésion sur les documents d’imagerie et de la réversibilité
des symptômes. Le risque de lésion consécutive à une inter-
vention mal maîtrisée est important. Le choix de l’interven- Remarque : cenpendant, Vickers et Cousins (2000) rap-
tion chirurgicale doit donc être bien pesé, après examens pellent qu’il est impossible, en l’état actuel des connais-
d’imagerie 3D notamment, et la technique opératoire doit sances, d’affirmer que les procédures endodontiques sont
être particulièrement sûre. des facteurs causaux principaux du développement des
douleurs neuropathiques trigéminales. Les changements
pathologiques à l’œuvre en cas de pulpite (sensibilisation
Les progrès réalisés en matière d’aides optiques et de piézo- périphérique et centrale, changements phénotypiques et
fonctionnels, activation gliale, etc.) pourraient être au
tomes sont en ce sens prometteurs dans la mesure où les
moins aussi importants que les lésions nerveuses trauma-
risques de lésion nerveuse sont moindres avec ces instru- tiques.
ments qu’avec les instruments rotatifs. La connaissance de la
structure du nerf alvéolaire inférieur permet d’éviter les
écueils lors de la chirurgie (Carpentier et al., 2009 ; Pogrel
et al., 2009). 3 - Douleurs retardées
◆ Traitement médicamenteux
Note : quand le lien entre la lésion et l’apparition de la dou-
L’utilisation de corticoïdes a été conseillée par certains
leur n’est pas immédiat, il est plus difficile d’établir avec
auteurs (Morse, 1997 ; Gatot et Tovi, 1986) afin de diminuer certitude un lien de cause à effet.
l’œdème et la réponse inflammatoire au matériau d’obtura-
tion et apporter une amélioration de la symptomatologie ou
permettre d’attendre pendant 24 ou 48 heures une interven- Cependant, en raison des changements neuronaux décrits
tion. Cependant, il n’existe aucun consensus ni aucune précédemment, il est fort probable que les traitements
recommandation officielle pour ce traitement tant pour la endodontiques puissent expliquer certains tableaux cliniques
molécule que pour la posologie ou la durée du traitement. tels que l’odontalgie atypique, l’algie faciale atypique ou les
En cas de symptomatologie douloureuse installée, le traite- syndromes douloureux régionaux complexes (SDRC).
ment est celui des douleurs neuropathiques (Attal et al., 2010). Il faut noter également que l’effet des désafférentations
pourrait être cumulatif. Des lésions localisées et intéressant
b - Autres lésions peu de fibres nerveuses peuvent ne pas se traduire clinique-
ment tandis que des lésions intéressant un nombre de fibres
Note : les cas de lésions du nerf alvéolaire inférieur sont les plus important, soit lors de la même lésion soit à la suite de
mieux documentés car le tronc nerveux est important et
facilement objectivable en imagerie. Il existe également des lésions cumulées, deviendraient suffisantes pour affecter le
traitement des informations douloureuses (Woda, 2009).
84
Tableau 5.1 Critères diagnostiques de l’odontalgie atypique (d’après Woda et Pionchon, 2001).
Douleur Localisée au niveau d’une dent présente ou extraite récemment
Présente depuis plus de 4 à 6 mois ou revient périodiquement sous la même forme pour une
durée supérieure à plusieurs mois ou années
Continue, présente pendant tout ou partie de la journée, ne perturbe pas le sommeil
Ne présente pas de caractère paroxystique majeur
Examens cliniques et radiologiques Ne révèlent pas de cause locale manifeste
Éléments fréquents Allodynie (nommée hyperesthésie par Graff-Radford et Solberg, 1992)
Effet de l’anesthésie locorégionale ambigu
85
nerveuse, tandis que l’événement initial est un événement D - Reconnaissance des douleurs
douloureux sans lésion nerveuse apparente dans ceux de
type I (autrefois appelés neuro-algodystrophies ou algodys-
non dentaires
trophies sympathiques) (Merskey et Bogduk 1994). L’histoire
Les douleurs neuropathiques ont fréquemment une
clinique indique un œdème, des anomalies vasomotrices et expression clinique différente de celle des autres types de
des sudations dans la région douloureuse depuis l’événe- douleurs et dysesthésies et les patients utilisent des
ment les ayant déclenchés. L’examen clinique ne permet pas termes différents pour les qualifier. Un questionnaire pré-
d’identifier un problème particulier. Ces syndromes ont été sentant de bonnes sensibilité et spécificité vis-à-vis des
décrits au niveau de la face avec des caractéristiques un peu douleurs neuropathiques, le DN4, a été mis au point.
différentes (Lynch et Elgeneidy, 1996 ; Saxen et Campbell,
1995 ; Veldman et Jacobs, 1994) et un rapprochement avec les
algies faciales atypiques a été proposé (Woda et Pionchon, Ce questionnaire, simple à mettre en œuvre, comprend une
2001 ; Melis et al., 2002). Dans les syndromes douloureux liste de qualificatifs les plus employés par les patients pour
régionaux complexes oro-faciaux comme dans l’algie faciale décrire les douleurs neuropathiques (Bouhassira et al., 2004),
atypique, les phénomènes sudomoteurs sont le plus souvent tels que fourmillement, décharges électriques, picotement
absents (Lynch et Elgeneidy, 1996 ; Jaeger et al., 1986) et les ou sensation de froid douloureux. Le DN4 comporte en outre
signes associés vasculaires ainsi que l’œdème sont moins une recherche clinique de dysesthésie et d’allodynie dyna-
visibles et/ou moins fréquents qu’au niveau des membres mique (douleur évoquée par un frottement habituellement
(Jaeger et al., 1986). Parallèlement, les signes sympathiques non douloureux). Sans se substituer à l’examen neurologique,
associés à l’algie faciale atypique semblent moins fréquents il constitue une aide précieuse pour le dépistage des dou-
et moins intenses que dans le syndrome douloureux régional leurs neuropathiques.
complexe de type I. Ces différences peuvent s’expliquer par Dans le même état d’esprit, Aggarwal et al. (2008) ont com-
le fait qu’il y a moins de fibres sympathiques dans le triju- paré les douleurs oro-faciales inexpliquées (DOI) et les dou-
meau que dans les racines dorsales de la moelle épinière leurs dentaires à l’aide des qualificatifs utilisés pour les
(Hoffmann et Matthews, 1990). décrire. Ils ont rapporté que les patients souffrant des pre-
mières les décrivaient plus fréquemment comme des picote-
ments douloureux et harcelant, elles étaient accrues par le
C - Conséquences gustatives stress, mal localisées, persistantes et chroniques, fortement
Plusieurs études ont montré que le système somesthésique
trigéminal et le système gustatif interagissaient à différents
niveaux. Les deux systèmes activés en parallèle lors de l’in- 120 % Contrôles
gestion alimentaire exercent l’un sur l’autre des modulations DD 1-3
bidirectionnelles. 100 % DD 4-6
DD 7-9
La stimulation des nerfs somesthésiques peut par exemple DD > 9
80 %
Seuil EGM (µV)
86
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90
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É
tat général et endodontie ? Il est normal, il est déonto- décrite à partir des corrélations retrouvées entre la flore
logique, il est professionnel de se poser la question. Les endodontique et les bactéries prélevées sur les valves conta-
relations entre les thérapeutiques endodontiques et un minées. L’utilisation de techniques de biologie moléculaire,
certain nombre de pathologies sont connues, mais sont-elles telles que la transcription inverse de la réaction en chaîne par
réellement démontrées scientifiquement ? Par exemple, l’in- polymérase (RT-PCR, reverse transcription polymerase chain
fection focale sur une valve cardiaque ou une prothèse arti- reaction) ou la PCR quantitative (q-PCR, quantitative PCR), a
culaire reste théoriquement possible mais peu de preuves permis d’affiner les connaissances sur la microbiologie endo-
médicales et scientifiques permettent de la confirmer. Le dontique et, notamment, sur les biofilms.
plus souvent, et dans le meilleur des cas, des conférences de
consensus sont établies aux dires d’experts qui se fondent sur À ce jour, les répercussions cardiaques des procédures
la littérature scientifique disponible. Pour la cardiologie, ces endodontiques ne sont toujours pas scientifiquement
consensus sont de plus en plus nombreux et parfois contra- démontrées et de nouvelles recherches cliniques restent
dictoires. Quant aux prothèses articulaires, il n’y a actuelle- nécessaires pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.
ment aucun consensus à propos de la conduite à tenir.
Dans le doute, seul le principe de précaution impose des Au quotidien, le patient considéré comme à risque, pour un
recommandations, dont les conséquences sont un grand acte réputé lui aussi à risque, est au cœur d’une décision
nombre d’avulsions et des prescriptions antibioprophylac- médicale partagée entre le chirurgien-dentiste et le cardio-
tiques préventives probablement excessives et sans preuve logue, l’un ne maîtrisant que très peu les pathologies car-
d’une réelle efficacité. Cette attitude préventive doit diaques, l’autre ne connaissant que très peu les actes
constamment être révisée. Les objectifs de ce chapitre bucco-dentaires et leurs complications éventuelles.
sont de rappeler les recommandations actuelles concer-
nant l’endodontie et de décrire leurs fondements afin de
guider le praticien dans ses décisions thérapeutiques. Cette rencontre entre deux « ignorances » conduit à une
antibioprophylaxie presque systématique et des décisions
draconiennes du type avulsion.
I - Endodontie et endocardite À titre d’exemple, dans le cas d’un patient avec un prolapsus
infectieuse valvulaire mitral, le chirurgien-dentiste ne maîtrise peut-être
pas totalement l’importance de cette pathologie en fonction
de l’existence ou non d’un souffle, avec ou sans épaississe-
A - Théories, principe de précaution ment, caractérisé à l’échographie ou non. A contrario, le
et recommandations médecin généraliste ou le cardiologue auront du mal à éva-
luer le risque infectieux d’un retraitement endodontique.
La cavité buccale est considérée comme la porte d’entrée Dans ces conditions, le praticien doit se fonder sur les recom-
principale de nombreuses infections dites focales, notam- mandations en vigueur dans son pays d’exercice même si,
ment cardiaques, depuis de nombreuses années. À défaut parfois, celles-ci peuvent se révéler être contradictoires
de trouver l’origine de la pathologie, la bouche est sou- (Horstkotte et al., 2004 ; Danchin et al., 2005 ; Gould et al.,
vent incriminée. 2006 ; Naber et al., 2007 ; Wilson et al., 2007 ; Bonow et al.,
2008 ; Nishimura et al., 2008 ; Richey et al., 2008). Ces recom-
mandations sont régulièrement révisées, en fonction de
Des générations de praticiens ont été formées à partir de ce l’évolution des connaissances en microbiologie, des
modèle d’infection focale, considérant que des bactéries recherches en santé publique, du vieillissement de la popula-
essentiellement d’origine endodontique pouvaient coloniser tion et de l’accroissement de la population vieillissante et
les valves cardiaques à l’issue d’une bactériémie peropéra- fragilisée par les pathologies cardiaques. En revanche, une
toire. L’origine de cette endocardite infectieuse (EI) a été meilleure prise en charge des pathologies infantiles influence
93
considérablement le nombre de patients ayant souffert d’un - addiction à des substances illicites par voie intraveineuse ou
rhumatisme articulaire aigu (RAA) et justifiant une prise en nasale (Friedman et al., 2002).
charge préventive. Un certain nombre d’études reflète l’accroissement des
En France, nous nous référons toujours à la conférence de infections à staphylocoque au détriment des infections à
2002, elle-même évolution du consensus de 1992. Or, depuis streptocoques buccaux (Moreillon et Que, 2004). Cela est
quelques années, de nombreuses conférences de consensus notamment le cas aux États-Unis d’Amérique et c’est proba-
sont publiées : il s’agit de recommandations établies aux dires blement lié à la forte prévalence des hémodialyses (par le fait
d’experts, s’appuyant sur la littérature scientifique ; tous ces d’une voie veineuse), du diabète sucré et du fort nombre de
travaux insistent sur le fait que le niveau de preuve dans le patients porteurs d’un dispositif intracardiaque (Cabell et al.,
domaine est faible. 2002 ; Fowler et al., 2005). Dans d’autres pays, la prévalence
Récemment (en 2007), s’appuyant notamment sur le fait que de l’endocardite infectieuse à Staphylococcus aureus (sta-
depuis les premières recommandations la prévalence de l’en- phylocoque doré) dépend davantage du nombre de consom-
docardite infectieuse n’avait pas été modifiée, l’American mateurs de stupéfiants par injection intraveineuse (Ribera
Heart Association (American Heart Association, 2007) a et al., 1998).
bousculé les principes érigés depuis des années en se focali-
sant sur une définition de patients à risque beaucoup plus L’endocardite infectieuse touche majoritairement le cœur
restreinte qu’auparavant. gauche, mais le cœur droit est atteint dans 5 à 10 % des cas
En 2008, la publication du National Institute for Health and (Frontera et Gradon 2000 ; Hoen et al., 2002 ; Wilson
Clinical Excellence (Richey et al., 2008) abonde en ce sens, en et al., 2002).
remettant grandement en cause nos protocoles.
En 2009 enfin, l’European Society of Cardiology (ESC) (Habib
et al., 2009) publie des recommandations. Cette pathologie peut concerner, d’une part, les patients
En 2011, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits porteurs d’un stimulateur cardiaque (pacemaker) permanent,
de santé (ANSM) publie des recommandations sur la pres- d’un défibrillateur implantable, d’une maladie cardiaque
cription des antibiotiques en pratique buccodentaire et congénitale et, d’autre part, les consommateurs de stupé-
reprend les recommandations de l’ESC. fiants par injection intraveineuse (Wilson et al., 2002 ; Gebo
et al., 2006). Pour ces derniers, les particules de drogue injec-
Important ! L’endocardite infectieuse est une maladie qui tée bombardent la valve tricuspide (cœur droit) et peuvent
présente les particularités suivantes : en altérer la surface. Dans de mauvaises conditions d’hygiène,
- ni l’incidence ni la mortalité n’ont baissé depuis 30 ans qui plus est en cas de déficit immunitaire, une endocardite
(Moreillon et Que, 2004) ; infectieuse peut apparaître, dans laquelle le staphylocoque
- les formes cliniques sont diverses, en fonction de la lésion
doré est le plus souvent impliqué (Moss et Munt, 2003)
cardiaque sous-jacente, des micro-organismes impliqués,
de l’existence ou non de complications… ; (fig. 6.1).
- les recommandations préventives sont établies aux dires
d’experts compte tenu d’un niveau de preuves scienti-
fiques faible.
Valve mitrale
Thrombus
B - Épidémiologie de l’endocardite
infectieuse
Il y a plusieurs années, l’endocardite infectieuse concernait
essentiellement des adultes jeunes présentant des lésions
valvulaires identifiées, notamment associées à des antécé-
dents de rhumatisme articulaire aigu. Aujourd’hui, l’endocar- Végétations
dite infectieuse affecte principalement des patients âgés,
sans antécédents cardiaques connus ou porteurs d’une valve
prothétique.
Une étude récente conduite dans des pays industrialisés
montre une augmentation des endocardites infectieuses
chez les patients porteurs d’une valve prothétique ou souf-
frant d’un prolapsus valvulaire mitral (Tleyjeh et al., 2007). De
nouveaux facteurs de prédisposition se détachent désor- Figure 6.1 Valve mitrale présentant des végétations consécu-
mais : tives à une endocardite infectieuse. Noter la présence d’un
- valve prothétique ; thrombus proche d’un feston vestibulaire altéré. Photographie
- dégénérescence valvulaire sclérotique ; peropératoire sans préparation (Pr J.F. Godin, CHU de Nantes).
94
Tableau 6.1 Classification des endocardites infectieuses à visée prothétique (d’après les recommandations de la Société européenne
de cardiologie, 2009).
En fonction de la localisation de l’infection Cœur gauche sur valve native
et de la présence ou non de matériel
Cœur gauche sur valve prothétique :
intracardiaque
❒ précoce (< 1 an après chirurgie)
❒ tardive (> 1 an après chirurgie)
Cœur droit
Dispositif médical (pacemaker ou défibrillateur)
En fonction du mode de contamination Endocardite infectieuse liée à un soin (nosocomiale ou non)
Communautaire (symptômes d’endocardite infectieuse < 48 heures après une admission d’un
malade ne présentant pas tous les signes d’endocardite infectieuse liée aux soins)
Drogue par voie intraveineuse
Endocardite Infectieuse active Avec fièvre persistante et culture positive
Ou morphologie inflammatoire observée en chirurgie
Ou patients toujours sous antibiothérapie
Ou résultats histopathologiques d’endocardite infectieuse
Récidive Rechute
Réinfection
95
théliale et à la fibronectine circulante, facilitant ainsi le dépôt et donc très fréquentes. Cela expliquerait pourquoi la plu-
de S. aureus et autres pathogènes de l’endocardite infec- part des endocardites infectieuses ne seraient pas en rap-
tieuse sur la valve concernée. port avec des procédures invasives (Van der Meer et al.,
Il y aurait de la sorte deux grandes situations d’infection pri- 1992 ; Strom et al., 1998 ; Roberts et al., 1999 ; Duval et al.,
maire d’une valve : 2006 ; Forner et al., 2006) ;
- sur un endothélium physiquement modifié, favorisant l’in-
fection par la plupart des micro-organismes ; Il est ainsi établi que le risque de bactériémie serait de
- sur un endothélium indemne, propice à l’endocardite infec- 1 000 à 8 000 fois plus important dans la vie quotidienne
tieuse à S. aureus. qu’à la suite d’une procédure thérapeutique dentaire (Pal-
lasch et Wahl, 2003). Cela met l’accent sur l’importance du
maintien d’une bonne hygiène orale et d’un suivi régulier.
G - Diagnostic de l’endocardite infectieuse
L’endocardite infectieuse peut être suspectée cliniquement
- le risque de choc anaphylactique lié à l’emploi d’antibiotiques
dans les situations suivantes :
ne peut être écarté, bien qu’aucun cas fatal n’ait été rapporté
• apparition d’un nouveau souffle cardiaque ;
dans la littérature médicale à ce jour (Shanson, 2008) ;
• événement embolique de cause inconnue ;
- cette antibioprophylaxie systématique pourrait favoriser
• bactériémie de cause inconnue ;
l’apparition de résistances aux antibiotiques ;
• fièvre, notamment en cas :
- les preuves scientifiques montrant l’intérêt de l’antibiopro-
- de présence de matériel prothétique intracardiaque (valve
phylaxie sont inexistantes. En effet, les différentes études
prothétique, pacemaker, défibrillateur implanté),
concernant ce sujet sont souvent contradictoires (Hall et al.,
- d’antécédents d’endocardite infectieuse,
1993 ; Lockhart et al., 2008). À ce jour, aucune étude au
- d’antécédent de maladie valvulaire ou de maladie car-
niveau de preuve suffisant (prospective, randomisée, en
diaque congénitale.
double aveugle ) n’a permis de justifier une attitude théra-
peutique par rapport à une autre.
Essentiel : le diagnostic d’endocardite infectieuse sera C’est ainsi que plusieurs recommandations ont été proposées
fondé sur l’observation clinique, l’échocardiographie trans- par les sociétés cardio-vasculaires à travers le monde afin de
thoracique ou transœsophagienne et le prélèvement
microbiologique (avec PCR, polymerase chain reaction).
définir des protocoles (Danchin et al., 2002 ; Wilson et al.,
2007 ; Naber et al., 2007).
Le traitement consiste en une administration d’amoxicilline Important ! Même si des divergences subsistent, toutes ces
(de 100 à 200 mg/kg/j) par voie intraveineuse en 4 à 6 doses recommandations se rejoignent sur trois points :
pendant 4 semaines. Environ 50 % des patients hospitalisés - la large prescription antibioprophylactique n’est plus d’ac-
seront opérés (Castillo et al., 2000 ; Hoen et al., 2002 ; Wal- tualité ;
- l’antibioprophylaxie doit être limitée au haut risque d’en-
lace et al., 2002).
docardite infectieuse ;
La mortalité des patients hospitalisés varie entre 9,6 et 26 % - une bonne hygiène bucco-dentaire et un suivi régulier des
(Hoen et al., 2002 ; Thuny et al., 2005 ; Delahaye et al., 2007 ; patients sont des éléments déterminants dans la préven-
San Román et al., 2007). Ce taux variable s’explique par diffé- tion de l’endocardite infectieuse.
rents facteurs : le patient lui-même, la présence ou non de
complications cardiaques et la nature du germe impliqué.
96
Antibioprophylaxie
À l’exception des groupes à risque, les prescriptions antibio-
prophylactiques sont de plus en plus limitées et les précau-
Asepsie stricte Séance Endodonte totalement tions d’asepsie locale, notamment la pose du champ
(digue étanche obligatoire) unique accessible (monoradiculées) opératoire, restent les moyens les plus appropriés pour
En tout temps : avis du cardiologue, information et consentement du patient,
prévenir tout risque de dissémination bactérienne. Afin de
praticien compétent, instauration d’un suivi préciser la ou les pathologies (tableau 6.1), le contact systé-
*RTE : retraitement endodontique.
matique avec le médecin traitant et/ou le cardiologue est
indispensable. Dans l’exemple de gauche (tableau 6.3), le
Figure 6.2 Résumé de la conduite à tenir chez un patient pré- courrier conduira probablement le cardiologue à prescrire
sentant un risque d’endocardite infectieuse. une antibioprophylaxie, le plus souvent parce qu’il ne connaît
97
pas la nature du risque lié à l’acte dentaire à venir. L’exemple A - Risque d’infection
de droite, quant à lui, permet au chirurgien-dentiste de
prendre une décision thérapeutique en toute connaissance
sur prothèse articulaire
de cause. Le risque est multifactoriel et complexe à analyser. En résumé,
il dépend de quatre facteurs : la bactériémie, le statut général
du patient, la prothèse en elle-même et la nature des micro-
organismes impliqués.
III - Patients porteurs de prothèse Les traitements endodontiques génèrent une bactériémie
articulaire faible, notamment par rapport aux extractions et aux soins
Le remplacement d’une prothèse articulaire (hanche et genou parodontaux. En revanche, les activités courantes (brossage,
principalement) est devenu une intervention courante en mastication) ont une probabilité plus élevée de déclencher
chirurgie orthopédique (fig. 6.3). Si le risque de contamina- une bactériémie, d’intensité plus importante (Olsen, 2008).
tion préopératoire a diminué grâce à l’amélioration des Souvent comparé à l’endocardite infectieuse, le sepsis d’un
conditions d’asepsie et à l’utilisation des antibiotiques, le implant articulaire se différencie par ses mécanismes physio-
risque d’infection secondaire persiste et s’élève en raison du pathologiques et sa bactériologie. Les travaux de Gristina et
nombre croissant d’arthroplasties et de l’augmentation de la Costerton (1985) ont montré que la présence d’un corps
durée de vie des patients (Bauer et al., 2007). L’infection étranger favorisait le développement d’un germe habituelle-
d’une arthroplastie constitue une complication dévastatrice, ment anodin. Ces auteurs décrivent une zone d’immuno-
notamment en termes de fonctionnalité, dont les évolutions incompétence autour de l’implant. Certaines particules de
les plus dramatiques sont l’amputation du membre concerné dégradation des matériaux de l’implant (métal, polyéthylène)
et le décès du patient. saturent les macrophages et diminuent leurs capacités de
Les soins bucco-dentaires représentent une cause poten- phagocytose. De la même manière, les débris de ciment de
tielle d’infection de prothèse articulaire par contamination méthacrylate réduisent le chimiotactisme et les fonctions
secondaire après les foyers cutanés et urinaires (Jacobson des macrophages. La prothèse en elle-même constitue un
et al., 1986 ; Maderazo et al., 1988). Les infections d’origine substrat favorable pour la formation de biofilm.
dentaire sont cependant difficiles à incriminer de manière
précise : pour confirmer le diagnostic étiologique, il faut Important ! Les prothèses de grande taille (caractérisées
retrouver le même micro-organisme au niveau de la prothèse par une grande cavité articulaire), les prothèses contraintes
et de la cavité buccale ainsi que dans les hémocultures, avec (entraînant une synovite) et les prothèses descellées pré-
sentent un risque accru d’infection par contamination
une relation chronologique entre les soins dentaires et la sur-
secondaire.
venue de l’infection. Les infections d’origine dentaire sont
donc rarement individualisées et on peut supposer qu’elles
restent sous-estimées (Bauer et al., 2007). La fréquence de Blomgren et Lindgren (1981) ont démontré que la présence
survenue d’une infection de prothèse articulaire à point de d’une prothèse articulaire provoquait une diminution des
départ bucco-dentaire serait de l’ordre de 0,04 à 0,2 % et défenses locales antibactériennes et que le risque d’infection
représenterait de 6 à 11 % des infections tardives survenant était plus important en postopératoire immédiat (première
sur arthroplasties (Waldman et al., 1997 ; La Porte et al., 1999). semaine) que tardif. Le délai pendant lequel les prothèses
restent sensibles aux infections diffère selon les auteurs,
allant de 3 semaines à 2 ans (Hanssen et al., 1997).
Les streptocoques sont retrouvés dans 37 à 78 % des cas lors
des hémocultures après infection sur prothèse associée à des
soins dentaires. Les staphylocoques sont responsables de
plus de 25 % des infections des prothèses articulaires après
des soins dentaires alors qu’ils ne représentent que 0,05 % de
la flore buccale. Leur pouvoir pathogène dans le risque de
contamination d’une prothèse articulaire est donc certaine-
ment plus important que celui du streptocoque. (Kim et
Weiss, 1993).
98
B - Suggestions
pour la pratique endodontique
Le dépistage et le traitement des foyers infectieux à dis-
tance, chez un patient porteur d’un implant articulaire, se
font tout au long de la vie. Avant la pose d’une prothèse,
l’ensemble des soins nécessaires à la remise en état de la
cavité buccale doit être réalisé.
Dans la mesure où, dans la plupart des cas, la pose d’une pro- Figure 6.4 Fracture au niveau du
thèse n’est pas une chirurgie urgente, il est préférable de réa- fémur sur une prothèse orthopé-
liser les soins au moins 3 mois avant l’intervention. Si le dique.
patient est considéré comme « sain », tous les traitements
peuvent être envisagés dans les conditions d’asepsie clas-
sique (champ opératoire étanche). En revanche, s’il présente
un risque lié à son état général, les dents peu stratégiques ou C - Controverses
ayant un pronostic incertain seront extraites sous antibiopro- L’antibioprophylaxie chez le sujet porteur de prothèse arti-
phylaxie (Cottreel et al., 2006 ; Académie nationale de culaire reste cependant très controversée (indication, délai
chirurgie dentaire, 2007). de l’intervention, choix de l’antibiotique).
Après la pose de la prothèse, les recommandations par
accord professionnel entre l’Association dentaire américaine Les soins dentaires et notamment les traitements endo-
et l’Académie américaine de chirurgiens de 2003 retiennent dontiques entraînent théoriquement moins de bactérié-
le délai de 2 ans comme période à risque. Les traitements mie qu’un brossage de dents ou la mastication de
endodontiques sur des dents stratégiques pourront être chewing-gum mais ils sont soumis à une antibioprophy-
envisagés sous antibioprophylaxie tandis que pendant cette laxie.
période, toute dent suspecte ou à pronostic réservé sera L’amoxicilline reste la référence dans quasiment toutes les
extraite avec les mêmes précautions. recommandations pour la prévention de l’infection de la
Au-delà de cette période « critique » de 2 ans, les traitements prothèse articulaire car son spectre est large mais, d’après
Cioffi et al. (1988), la céphalosporine serait plus adaptée.
endodontiques pourront être envisagés ; se pose alors la
question de la nécessité de l’antibioprophylaxie.
Les patients porteurs de prothèse articulaire doivent-ils sys- Le délai de 2 ans après chirurgie comme période à risque est
tématiquement recevoir une antibioprophylaxie ? À l’heure également un sujet à controverse et certains auteurs
actuelle, les données scientifiques sont insuffisantes pour réduisent ce délai à plusieurs mois après l’intervention
répondre de manière précise et péremptoire. Il existe en (Sandhu et al., 1997 ; Seymour et al., 2003 ; Scott et al., 2005).
revanche des recommandations par accord professionnel
entre l’Association dentaire américaine et l’Académie améri-
caine de chirurgiens orthopédistes datées de 1997 et mises à
jour en 2003. En l’absence de plus d’éléments scientifiques IV - Diabète et endodontie
nous les retiendrons (American Dental Association, American
Academy of Orthopedic Surgeons, 2003). Le diabète est la première cause non seulement de cécité
avant 65 ans mais aussi d’amputations non traumatiques,
une des principales causes de dialyse et une source impor-
Important ! L’antibioprophylaxie n’est pas indiquée pour les tante de complications cardio-vasculaires.
soins de routine, mais elle est recommandée dans toutes
les situations où il existe un risque important de contamina-
tion des prothèses, c’est-à-dire lors de soins dentaires à À ce jour, en France, plus de 2 millions de personnes sont
haut risque de bactériémie réalisés chez certains patients
dits à haut risque d’infection hématogène (fig. 6.4). traitées pour cette pathologie. Ce chiffre est en constante
augmentation et est corrélé avec l’accroissement de la préva-
99
lence de l’obésité. La prévalence du diabète augmente d’envi- En revanche, peu de données relatives à la pathogenèse, à la
ron 3 % par an (www.diabete.fr). progression et à la cicatrisation des lésions péri-apicales en
Le diabète se caractérise par un taux de sucre dans le sang relation directe avec le diabète sont disponibles.
(glycémie) trop élevé survenant lorsque l’organisme ne Les auteurs d’une étude rétrospective sur des cas traités non
fabrique plus d’insuline ou qu’il ne l’utilise pas correctement. chirurgicalement (Fouad et Burleson, 2003) ont noté que le
En l’absence d’insuline, le sucre entre mal dans le muscle et pronostic des dents atteintes de lésions endo-parodontales
s’accumule dans le sang. était inférieur, chez les patients diabétiques, à celui des non-
Il existe deux types de diabètes (tableau 6.4) : celui de type 1 diabétiques. Ils ont également remarqué que le pourcentage
touche les sujets jeunes alors que celui de type 2 touche les de réussite des traitements endodontiques était inférieur
personnes âgées de plus de 50 ans, souvent en situation de chez eux lorsqu’une lésion était décelable radiologiquement
surpoids. au début du traitement.
Le dépistage du diabète se fait en mesurant le taux de sucre Les lésions péri-apicales chez les patients diabétiques anciens
dans le sang. On parle de diabète lorsque la glycémie à jeun sont, en moyenne, plus importantes en taille que celles des
(le matin) est supérieure à 1,26 g/l lors de deux dosages sujets diabétiques récents ou non diabétiques (Falk et al.,
consécutifs ou lorsque la glycémie est supérieure à 2 g/l, 1989).
quel que soit le moment de la journée.
En revanche, le suivi d’un patient diabétique se fait en mesu-
rant un autre paramètre : l’hémoglobine glyquée (HBA1c).
C - Conduite à tenir
Celle-ci est réalisée tous les 3 ou 4 mois et reflète, l’équilibre chez le patient diabétique
des glycémies pendant une plus longue période que la glycé- Les patients diabétiques sont généralement suivis par leur
mie à jeun (jusqu’à 6,5 %, le contrôle est optimal ; en dessous médecin traitant en partenariat avec un diabétologue.
de 7 %, il est acceptable ; au-dessus de 8 % il est mauvais et il
faut revoir le traitement).
Important ! Il est important de prendre contact avec l’un de
ces deux médecins afin de connaître :
A - Implications orales - précisément le statut du patient (équilibré/non équili-
bré) ;
Le diabète peut entraîner différentes complications orales : - les éventuelles complications de la maladie (cardiaques,
- une xérostomie ; ophtalmologiques, nerveuses…).
- des infections ;
- un retard de cicatrisation ;
- une augmentation de la fréquence et de la sévérité des Le patient équilibré est considéré comme un sujet sain. Les
lésions carieuses ; traitements endodontiques initiaux et les retraitements
- une augmentation des risques de candidose ; endodontiques peuvent être réalisés en respectant les pré-
- une gingivite ; cautions d’usage, notamment la mise en place du champ
- une parodontite. opératoire étanche. Il n’y a pas non plus de contre-indication
à un traitement chirurgical (fig. 6.5 et 6.6).
Pour le patient non équilibré chez lequel un traitement endo-
B - Implications en endodontie dontique d’urgence est nécessaire, deux cas de figure sont
possibles :
Les patients diabétiques présentent une augmentation de la - s’il s’agit d’un traitement initial sur une dent pulpée, le trai-
prévalence des parodontites apicales par rapport aux patients tement peut être envisagé ;
non diabétiques (Britto et al., 2003 ; Fouad, 2003). Les flam- - s’il s’agit d’un traitement initial ou d’un retraitement sur une
bées infectieuses (flare-up) après traitement endodontique dent infectée présentant une lésion osseuse péri-apicale,
sont plus fréquentes chez les premiers (Fouad, 2003).
l’antibioprophylaxie fondée sur le protocole de l’endocar-
100
a b
101
a b
102
600
A - Données acquises sur l’infection 500 104
400
par le VIH 300
103
Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est un rétrovi- 200
rus infectant l’homme et qui est responsable du syndrome 100
d’immunodéficience acquise (sida). Celui-ci est défini par 0 102
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une « défi- 0 3 6 9 12 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
cience acquise de l’immunité cellulaire par l’infection au VIH, Semaines Années
caractérisée par une numération des lymphocytes T CD4+
inférieure à 200/mm3 ou à 15 % des lymphocytes totaux, et Figure 6.7 Les différentes phases de la maladie en fonction de
une sensibilité accrue aux infections opportunistes et aux la charge virale et du taux de lymphocytes.
néoplasmes malins » (www.oms.org).
103
Important ! Il n’existe pas de complications spécifiques Du point de vue des effets secondaires, on peut noter la clas-
directement liées au sida en rapport avec un acte endo- sique hyperplasie gingivale sous traitement par cyclosporine
dontique (Suchina et al., 2006). Le pronostic des traite- associée à un inhibiteur calcique (Nifédipine®).
ments endodontiques n’est pas affecté chez les patients Qu’en est-il exactement des complications endodontiques
porteurs du virus (Shetty et al., 2006, Alley et al., 2008). chez ces patients ? Actuellement, aucune étude ne montre
Il n’existe donc pas de contre-indication aux traitements
endodontiques initiaux et aux retraitements endo- de corrélation certaine entre ce type de traitement et des
dontiques, ni à l’anesthésie locale ou locorégionale (Pour- complications endodontiques inflammatoires ou infec-
riat et al., 2001). tieuses (Dodds et al., 1989 ; Teixeira et al., 2000).
Dans ces conditions, quelle peut être la meilleure conduite à
tenir avec ces patients ?
La première démarche consiste à prendre contact avec le
médecin traitant, afin de connaître les pathologies dont
C - Conduite à tenir souffrent le patient et la nature de son traitement.
Le contact avec le médecin traitant est important afin de En cas de greffe, il est recommandé d’effectuer les soins,
préciser : notamment endodontiques, à distance de la greffe.
- le taux sanguin de lymphocytes CD4+ (< 200/mm3 = risque
infectieux majeur) ; Important ! Le principe de précaution faisant souvent loi,
- la charge virale ; lorsqu’il y a allogreffe d’organe, le patient doit dès lors être
- la numération des plaquettes ; placé sous antibioprophylaxie pour tout acte endodontique
- la numération des polynucléaires neutrophiles (< 800/mm3 (Little et al., 1997).
= risque infectieux majeur) ;
- la nature du traitement médicamenteux en cours. En dehors de ces allogreffes, le traitement initial et le retraite-
ment n’imposeront pas de précautions particulières. En revanche,
Remarque : lorsque le risque infectieux est réel, notamment en cas de chirurgie endodontique, notamment si le patient est
en cas de neutropénie sévère, il faudra envisager de réaliser sous glucocorticoïdes, une prescription antibiotique s’impose.
les soins endodontiques sous antibioprophylaxie. Une attention particulière sera portée aux greffés rénaux, pour
lesquels certains médicaments pourraient être néphrotoxiques
(Bots et al., 2006 ; Grassi et al., 2006). Plus généralement, il faut
En cas de bilan d’hémostase perturbé et/ou de fonctions être très vigilant sur les interactions médicamenteuses entre
immunitaires perturbées, la chirurgie endodontique est traitement immunosuppresseur et traitement à visée odontos-
contre-indiquée. tomatologique (tableau 6.5).
104
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dans la zone apicale du canal sont bordés par des tissus péri-
L’avancée des connaissances en microbiologie endo-
dontique a été le résultat de progressions technologiques apicaux enflammés, une zone d’accumulation de polynu-
dans les techniques de prélèvement, de culture et, récem- cléaires neutrophiles et des couches de tissu épithélial situé
ment, de biologie moléculaire. au niveau du foramen apical. C’est le résultat du système de
défense mis en place et entretenu par l’organisme pour limi-
ter, voire empêcher, la dissémination de l’infection. Il existe
ainsi un équilibre entre l’agent d’agression et l’hôte qui abou-
La contamination bactérienne de l’endodonte par les micro-
tit à l’apparition d’une inflammation de type chronique
organismes a été mise en évidence dès la fin du XVIIe siècle
autour de la zone infectée.
par van Leeuwenhoek et notamment l’invasion des tubuli
dentinaires par les travaux de Miller à la fin du XIXe siècle (Mil-
ler, 1890). Il fut le premier à observer la relation entre bacté- L’infection d’une pulpe peut donc résulter de deux pro-
ries et infection endocanalaire. Plus tard, ce sont les travaux cessus :
de Kakehashi (Kakehashi et al., 1965), qui ont contribué à - une nécrose septique de la pulpe par pénétration bacté-
comprendre l’étiologie de la parodontite d’origine endo- rienne dans l’endodonte ;
- une infection secondaire d’une pulpe nécrosée (la pulpe
dontique en montrant qu’en condition axénique, quand des
se nécrose puis les bactéries colonisent l’endodonte).
pulpes de rats étaient laissées ouvertes à la cavité buccale, Quelle que soit la situation, les bactéries expriment leur
elles restaient vitales et ne provoquaient pas l’apparition de pouvoir pathogène par trois aptitudes :
lésions au niveau apical ; toutefois la présence de bactéries - la capacité de coloniser l’endodonte ;
dans la cavité buccale de rats conventionnels non germ-free - la capacité de détruire les tissus ;
dans les mêmes conditions d’exposition pulpaire aboutissait, - la capacité d’échapper aux défenses propres à l’espace
chez ces derniers, à une nécrose pulpaire et à l’apparition de endodontique.
lésions au niveau péri-apical. Puis ce sont Möller (Möller,
1966 ; Möller et al., 1981), Fabricius (Fabricius et al., 1982a) et
Sundqvist (Sundqvist, 1976) qui ont amélioré la compréhen- Il existe différents types d’infections endodontiques en rela-
sion des mécanismes bactériens en montrant notamment tion avec des conditions cliniques différentes. La parodontite
que seule une pulpe nécrosée et infectée pouvait être à l’ori- apicale d’origine endodontique est principalement causée
gine d’une pathologie péri-apicale. Cela a permis de détermi- par une infection microbienne localisée dans le canal radicu-
ner le rôle essentiel des micro-organismes dans l’étiologie, la laire. Les manifestations cliniques initiales peuvent être dou-
mise en place et la persistance des parodontites apicales loureuses ou non (généralement appelées respectivement
d’origine endodontique. Cette dénomination de parodontite « aiguës » ou « chroniques »). Si l’infection est secondaire ou
apicale est liée à la localisation de ces lésions inflammatoires persistante, elle sera à l’origine de lésions périradiculaires
périradiculaires d’origine endodontique (LIPOE) qui se chroniques ou secondaires caractérisées par une symptoma-
mettent en place généralement près de l’extrémité radicu- tologie persistante, un exsudat ou un échec du traitement
laire, en regard du foramen, principale voie de communica- endodontique.
tion entre l’endodonte et le parodonte. En effet, bien qu’il ait L’apparition d’une infection endodontique dépend d’un équi-
été démontré que les facteurs chimiques et physiques sont libre fragile entre les agents agresseurs que sont les bactéries
capables d’induire une inflammation au niveau pulpaire et et les mécanismes de défense de l’hôte et la thérapeutique
péri-apical, le rôle des agents microbiens est essentiel dans la passera à la fois par un contrôle de l’infection microbienne
progression et l’installation de ces lésions péri-apicales. L’in- dans le canal et par une non-recontamination de l’endodonte
fection de l’endodonte constitue l’élément déterminant en évitant que d’autres agents bactériens de la cavité buccale
pour que se produise l’irritation des tissus péri-apicaux. Les ne pénètrent à l’intérieur du canal.
micro-organismes tendent à se loger dans des zones spéci- La compréhension de la microbiologie de l’endodonte est le
fiques du système canalaire nécrosé qui garantissent leur sur- résultat de nombreuses évolutions au cours du temps. Tradi-
vie ainsi que le pouvoir d’exprimer leurs facteurs de tionnellement, les cultures effectuées à partir de prélève-
pathogénicité. Ils peuvent alors s’y agglutiner, pénétrer et ments intracanalaires permettaient d’obtenir une image des
coloniser les tissus touchés. Les micro-organismes situés espèces bactériennes présentes au moment du prélèvement
109
110
a b
Figure 7.2 Bacilles et cocci sur la paroi canalaire (a) et pénétrant les tubuli (b) (microscope électronique à balayage).
a b
Figure 7.3 Streptococcus sanguis colonisant les tubuli dentinaires (microscope électronique à balayage).
Les tubuli servent à la fois de canaux de diffusion pour des l’hôte sont débordés, la progression de la pathologie pul-
substances exogènes ou d’invasion pour les bactéries de la paire se met en place, passant du stade de pulpite à la
cavité buccale. Des éléments comme le fluide dentinaire, la nécrose, puis à l’infection de la chambre pulpaire et du sys-
sclérose des tubuli, la formation de dentine réactionnelle et tème canalaire. Cette progression se fait ensuite en direction
la réponse inflammatoire permettent au complexe dentino- des tissus périradiculaires et une pathologie inflammatoire
pulpaire de lutter contre l’invasion bactérienne (Cooper péri-apicale s’établit (Love, 2009 ; Perez et al., 1993a).
et al., 2010 ; Simon et al., 2009). À côté de la barrière phy- Cette colonisation des tubuli est cependant soumise à plu-
sique que constituent la dentine et l’émail, la défense de sieurs facteurs : une adhésion bactérienne aux tissus hôtes
l’hôte au niveau pulpaire est assurée par trois types de cel- par l’intermédiaire de Fimbriae ou d’adhésines puis une coo-
lules immunocompétentes : les cellules dendritiques, les pération entre les bactéries une fois qu’elles ont commencé
macrophages et les lymphocytes T. Ces derniers, bien que à adhérer. Elles doivent aussi être capables d’utiliser les nutri-
moins nombreux que les autres cellules, participent avec les ments disponibles, d’affronter les autres espèces et de lutter
macrophages à l’élimination des bactéries par les interac- contre les moyens de défense de l’hôte. Lorsque la division
tions qu’ils établissent. La cellule dendritique, en fixant les et la croissance se produisent, les bactéries s’accumulent
antigènes protéiques « étrangers » à sa surface, permet leur dans différents sites et l’organe est alors colonisé. Outre les
dégradation et leur exposition (ou présentation) à des lym- nombreuses adhésines, l’adhésion des bactéries de la cavité
phocytes T4 pulpaires qui activent alors les cellules de l’im- buccale à la dentine se fait par l’intermédiaire de glycopro-
munité locale : les lymphocytes B et les macrophages (Farges téines ou des dépôts salivaires. De plus, les streptocoques
et Magloire, 2001). Cependant, si les moyens de défense de présentent une forte affinité pour le collagène I, composant
111
a b
Figure 7.4 a. Prevotella intermedia à l’entrée des tubuli (microscope électronique à balayage). b. Flore mixte (P. intermedia et S. san-
guis) colonisant les tubuli. Histologie (coloration de Brown et Brenn).
a b
Figure 7.5 a. Actinomyces naeslundii sur la paroi canalaire (microscope électronique à balayage). b. A. naeslundii (en violet) coloni-
sant la paroi sans envahissement des tubuli .Histologie (coloration de Brown et Brenn).
112
2 - Par voie générale, via la circulation sanguine, L’infection endodontique est le résultat d’un déséquilibre
par anachorèse (fig. 7.1 [5]) entre les bactéries de la flore buccale ayant pénétré les
tubuli dentinaires habituellement coronaires et les moyens
Cette voie est toujours un sujet de controverse mais une bac- de défense mis en place par l’organisme.
tériémie transitoire peut être produite par des traumatismes,
des procédures parodontales, au cours desquels les micro-
organismes circulants sont attirés vers le tissu pulpaire déjà L’écologie du canal dépend de déterminants écologiques
enflammé et peuvent le coloniser. La bactériémie produite généraux, tels que les nutriments, le taux d’oxygène et le
permet le passage de germes par l’orifice canalaire depuis potentiel d’oxydoréduction, liés aux conditions spécifiques
l’extérieur vers l’intérieur de la cavité endodontique où ils se de l’endodonte et qui permettent d’opérer une sélection
développent ; la nécrose de la pulpe, d’abord stérile (nécro- bactérienne entre les espèces présentes, spécifiques de l’en-
biose), s’infecte secondairement par anachorèse. Un trauma- vironnement canalaire. Cette infection est généralement
tisme sans fracture, ayant entraîné une mortification confinée au canal ; elle peut néanmoins s’étendre par les
aseptique, peut être suivi d’une fixation de bactéries véhicu- tubuli dentinaires et les canaux latéraux et accessoires du
lées par le sang ; ainsi explique-t-on la présence d’une infec- réseau canalaire, voire s’extérioriser dans le péri-apex et
tion bactérienne dans des dents indemnes de toute lésion déclencher une réaction inflammatoire aiguë (parodontite
mais ayant des antécédents de traumatisme. À l’origine de apicale aiguë), générer une infection extra-radiculaire (acti-
cette bactériémie, on trouve le plus souvent des foyers infec- nomycose péri-apicale par exemple), voire une ostéomyélite
tieux bucco-dentaires, aigus ou chroniques, tels que les (Saleh et al., 2004).
poches parodontales, les abcès alvéolaires… La fixation bac-
térienne peut se produire dans les 30 minutes qui suivent la
bactériémie si la pulpe présente une inflammation. La conta- A - Conditions de l’infection
mination primitive de la pulpe par voie sanguine (pulpite endodontique
hématogène ou gangrène) semble exceptionnelle, elle n’ap-
Pour qu’un micro-organisme atteigne son objectif, les condi-
paraîtrait que dans des cas de maladie générale pyogène ; les
tions suivantes doivent être remplies :
autres cas ne seraient que des coïncidences. La notion de
- les micro-organismes doivent être présents en quantité suf-
bactériémie est bien connue chez l’humain. Cependant, les
fisante pour provoquer et entretenir une lésion péri-apicale
bactéries sont généralement éliminées de la circulation san-
(LIPOE, lésions inflammatoires périradiculaires d’origine
guine et le fait que certaines espèces sont rarement retrou-
endodontique) ;
vées dans les dents traumatisées sème un doute sur la
- ils doivent posséder des facteurs de pathogénicité qui
possibilité d’anachorèse comme voie de contamination d’une
seront exprimés pendant le processus infectieux ;
pulpe nécrosée.
- ils doivent être localisés spatialement dans le canal radicu-
laire pour que ces facteurs de pathogénicité atteignent les
D’une manière générale, on peut dire que l’infection endo- tissus péri-apicaux ;
dontique d’une dent indemne de toute lésion est rare car - le canal doit permettre la survie et la croissance des micro-
le système de défense immunitaire est très performant ; il
organismes ;
113
- les relations antagonistes entre ces derniers doivent être tion d’acide lactique par les germes anaérobies facultatifs.
limitées ; L’acidose tend ensuite à disparaître pour faire place à un
- l’hôte peut se défendre en inhibant la dissémination de l’in- milieu neutre, voire alcalin, favorable aux germes anaérobies.
fection, ce qui peut aboutir à des atteintes du tissu péri-api-
cal (Baumgartner et al., 2003 ; Khemaleelakul et al., 2006 ; c - Température
Siqueira, 2002 ; Siqueira et al., 2002). La température buccale est proche de 37 °C mais tend à varier
transitoirement par l’ingestion d’aliments chauds ou froids,
ce qui permet d’éliminer des micro-organismes de manière
B - Déterminants écologiques transitoire.
Les micro-organismes de la flore orale cohabitent dans des
écosystèmes primaires réglés par une série de facteurs d - Potentiel d’oxydoréduction
connus comme les déterminants écologiques qui sont de L’habitat des germes anaérobies est pauvre en oxygène et en
cinq types : physico-chimiques, d’adhésion, d’agrégation et potentiel d’oxydoréduction diminué ; c’est la conséquence
de coagrégation, et nutritionnels, indispensables à la survie de l’activité métabolique des micro-organismes qui consom-
et à la persistance de bactéries buccales dans un environne- ment de l’oxygène par leur respiration. Cela permet une
ment canalaire. sélection des micro-organismes anaérobies stricts et de
quelques anaérobies facultatifs ainsi que, beaucoup plus
1 - Facteurs d’adhésion, d’agrégation et de coagrégation rarement, des aérobies stricts. L’oxygène entrant dans le canal
par la salive sera consommé par les anaérobies facultatifs.
a - Adhésion
Ces bactéries tolèrent la présence d’oxygène grâce à leurs
C’est la relation existant entre les micro-organismes et l’hôte enzymes qui catalysent l’élimination des produits toxiques.
qui permet la colonisation des tissus, première étape indis- Cet environnement assure une prédominance des anaérobies
pensable au développement d’une pathologie. stricts dans des biofilms denses.
b - Autoagrégation et coagrégation
3 - Facteurs nutritionnels
Il s’agit de l’association entre des bactéries d’une même
espèce ou d’espèces différentes qui leur permet de s’accu- La flore de l’endodonte obtient ses nutriments de trois
muler, de former des colonies et d’échapper aux défenses sources différentes :
immunitaires de l’hôte. Les bactéries des infections endo- - endogène, constituée par les tissus ou les sécrétions de
dontiques réalisent des coagrégations et des autoagrégations l’hôte (tissu pulpaire nécrosé, diffusion de l’exsudat inflam-
(Khemaleelakul et al., 2006). Parmi les espèces les plus com- matoire à travers le foramen apical, les canaux latéraux et
munes de la flore endodontique, on retrouve, notamment, les tubuli dentinaires ouverts) ;
Fusobacterium nucleatum qui montre une grande affinité à se - exogène, par le régime alimentaire ;
coagréger in vitro avec la majorité des autres bactéries de la - interbactériennes, par d’autres micro-organismes.
cavité orale. Dans les biofilms, les bactéries coagrégées pour- Tous ces éléments fournissent le minimum nécessaire en car-
raient transférer du matériel génétique et ainsi des facteurs bone, azote, sels et énergie ainsi que les éléments spécifiques
de virulence. tels que les acides aminés, les nucléotides, les vitamines et
l’hémine (Sundqvist, 1994). La dégradation de macromolé-
cules comme les protéines ou les glycoprotéines fournit éga-
D’autres facteurs écologiques importants déterminent le
lement des nutriments, par l’action concertée des enzymes
succès ou l’échec de la colonisation des micro-organismes
dans le système canalaire ainsi que leur survie et leur relarguées par les différentes espèces de la communauté
croissance, ce sont les facteurs physico-chimiques. microbienne. Les hydrates de carbone servent de nutriments
et de source d’énergie pour beaucoup d’habitants du biofilm.
Les organismes du biofilm peuvent aussi bénéficier des
2 - Facteurs physico-chimiques chaînes alimentaires internes microbiennes ou de produits
de fin de métabolisme tels que l’ammoniac (NH3) et le
a - Humidité d