Plaies Contusions de L'abdomen DEMS
Plaies Contusions de L'abdomen DEMS
O En Europe et hors des zones de guerres, les traumatismes abdominaux surviennent dans plus de 60 % des cas au
cours d’accidents sur la voie publique.
O L’accueil de ces urgences a considérablement évolué au cours de ces dernières années et est de plus en plus
dévolu à des structures spécialisées dans leur prise en charge. Elles permettent un accès à des praticiens entraînés
à l’accueil des urgences, et une équipe multidisciplinaire incluant toutes les spécialités qui jouent un rôle
prépondérant dans le traitement urgent des lésions vitales : réanimation, radiologie interventionnelle, chirurgie
spécialisée par organe.
O Les technologies les plus récentes et en particulier l’imagerie, ainsi que l’application des concepts novateurs en
termes d’approche mini-invasive, de traitement en plusieurs temps ou différé de l’urgence ont considérablement
diminué les effets délétères d’une approche autrefois certainement trop agressive des patients traumatisés.
O La prise en charge des patients traumatisés implique le respect de principes « conservateurs » qui ont comme
objectif de limiter l’agressivité thérapeutique initiale en privilégiant la réanimation.
O Le premier principe a été élaboré en situations de guerre : il s’agit de la chirurgie « écourtée » ou de « contrôle
aigu ». Le patient atteint de défaillance multiviscérale ou de choc hémorragique bénéficie dans un premier temps
du simple contrôle de l’hémorragie et de la prévention d’une contamination digestive, avec une fermeture de
l’abdomen sans tension.
O Après une réanimation de 24 à 96 heures, une seconde intervention est programmée à la recherche des lésions
méconnues et reconstructions anatomiques dans des conditions plus favorables.
O Le second principe vient de l’évolution de la radiologie.
O La performance et l’accessibilité de l’imagerie et en particulier du scanner, ainsi que les possibilités de la
radiologie interventionnelle ont mis cette discipline au premier plan de l’accueil des urgences, en particulier pour
le contrôle aigu de nombreuses hémorragies.
O Enfin, la laparoscopie a aujourd’hui sa place dans le contexte de l’urgence traumatique abdominale, offrant à la
fois un intérêt diagnostique et un intérêt thérapeutique dans de nombreux cas.
O Les plaies et les contusions de l’abdomen sont classiquement regroupées, pour des raisons didactiques, dans un
même chapitre.
O Cependant, plusieurs éléments les différencient : le mécanisme lésionnel, la stratégie diagnostique et
thérapeutique, et souvent le pronostic.
O D’autres éléments doivent également être pris en compte lors de l’évaluation des lésions du patient : l’état
général, du fait des pathologies associées ou du mécanisme du traumatisme (en particulier l’état de choc),
l’unicité ou la multiplicité des lésions (la distinction en urgence entre les deux étant souvent difficile, voire
impossible) et bien entendu l’expérience et les moyens pouvant être mis en œuvre pour la prise en charge du
polytraumatisme par l’équipe d’accueil (anesthésistes-réanimateurs, radiologues, chirurgiens...).
II- DEFINITION :
O Le traumatisme abdominal se définit comme un traumatisme intéressant la région comprise entre le diaphragme
en haut et le plancher pelvien en bas, quel que soit le point d’impact.
O Celui-ci peut être direct, par traumatisme pénétrant alors associé à une effraction du péritoine, ou indirect, par
choc ou onde de choc.
O Sur le plan anatomique, l’abdomen remonte très haut, jusqu’à une ligne se projetant au niveau du 5e espace
intercostal en avant.
O Le traumatisme peut être une simple atteinte de la paroi de l’abdomen, ou avoir pour conséquence des lésions
viscérales localisées à proximité ou à distance du point d’entrée.
O L’atteinte abdominale peut se faire lors d’une plaie thoracique par une brèche diaphragmatique, réalisant une
plaie thoracoabdominale. Toute plaie en apparence thoracique peut s’accompagner d’une lésion intra-
abdominale. La méconnaissance de cette atteinte abdominale est fréquente car les plaies thoraciques isolées
nécessitent rarement une exploration chirurgicale et il existe un réel risque de méconnaître une brèche
diaphragmatique et une lésion viscérale sous-jacente.
O Un traumatisme par accident sur la voie publique peut être à l’origine de lésions dont le point d’impact se situe au
niveau du pelvis. Un impact pelvien peut se rencontrer lors de tir par arme à feu ou après un empalement. Ces
lésions sont graves car elles s’accompagnent d’une importante attrition musculaire, de lésions osseuses et
d’hématomes conséquents, ainsi que de blessures vésicale, urétrale ou rectale se compliquant de gangrène
gazeuse. Les lésions vasculo-nerveuses associées sont spectaculaires : atteinte du nerf sciatique, lésion de l’artère
fessière dont l’hémostase est difficile.
O Lorsqu’il existe un impact postérieur, l’abdomen est atteint après traversée de l’espace rétropéritonéal. Ces
lésions sont donc transfixiantes et atteignent l’appareil urinaire, les glandes surrénales, les gros vaisseaux et le
rachis. Dans ce cas, des lésions intrapéritonéales par contiguïté doivent systématiquement être recherchées.
III- EPIDEMIOLOGIE :
O En Europe, les accidents sur la voie publique constituent l’étiologie principale des traumatismes de l’abdomen.
Ces accidents sont à l’origine de 60 % des lésions et responsables de 10 à 30 % des décès observés.
O Le port obligatoire de la ceinture de sécurité et, plus récemment, la présence de coussins gonflables frontaux et
latéraux ont permis de diminuer la fréquence et la gravité des lésions chez les passagers des véhicules
automobiles.
O En cas de choc direct, les mécanismes lésionnels rencontrés sont les écrasements de l’abdomen sur le volant ou
sur le tableau de bord. Ils déterminent des lésions directes comme l’écrasement du pancréas sur le billot
vertébral.
O En dehors des traumatismes directs, les lésions secondaires à une décélération brutale, en cas d’impact du
véhicule sur un obstacle fixe, peuvent être spectaculaires. L’énergie « d’arrachement » des organes est
proportionnelle à leur masse et au carré de la vitesse. Les dégâts viscéraux les plus graves sont liés aux
arrachements vasculaires de l’aorte, de la veine cave par traction du foie, et des vaisseaux mésentériques par la
traction des anses intestinales.
O Les lésions par arme blanche et surtout par arme à feu sont moins fréquentes dans nos contrées.
Les armes blanches provoquent des lésions directes des organes touchés. Le pronostic lésionnel ne dépend pas
tant de l’arme utilisée que de la façon dont elle est utilisée.
Les lésions par arme à feu sont particulières. Elles entraînent des dégâts sur le trajet du projectile mais
également à distance en fonction de leur cinétique. Ainsi, les armes civiles à cinétique lente provoquent moins
de lésions d’onde de choc que les armes de guerre à cinétique rapide.
O Enfin, les plaies faisant suite à des explosions associent les lésions par contusion (effet de l’onde de choc) et les
traumatismes directs par projection d’éclats ou de corps étrangers.
O Les autres étiologies regroupent les accidents sportifs, les accidents du travail, les tentatives d’autolyse, les
catastrophes naturelles et les attentats.
O La répartition en âge et en sexe des traumatisés de l’abdomen reflète l’origine accidentelle des traumatismes. La
moitié des blessés a moins de 45 ans, et il s’agit de sujets masculins dans 78 % des cas.
O Aux États-Unis, l’étiologie des traumatismes abdominaux est plus fréquemment violente, par arme à feu ou par
arme blanche (60 % des cas dans certains trauma centers de grandes villes).
O En zone de guerre, les plaies par armes à feu, plus fréquentes que les contusions, sont responsables de dégâts
majeurs.
IV- ACCUEIL DU TRAUMATISE :
O Selon les circonstances et le lieu du traumatisme, le ramassage, le transport et le triage des patients traumatisés
sont effectués par des équipes différentes (Samu, pompiers, militaires...).
O Une première évaluation rapide et globale du patient traumatisé peut être effectuée à l’aide de scores prenant en
compte des données anatomiques et physiologiques. Ceux-ci permettent une évaluation approximative du type
d’hospitalisation nécessaire (Trauma Index), de la probabilité de survie (Trauma Score) ou du risque de décès
(Injury Severity Score) en fonction de critères d’alerte traumatique.
O Enfin, un arbre décisionnel simple peut être proposé.
A- Réanimation :
O La réanimation entreprise dès la prise en charge sur les lieux de l’accident est poursuivie à l’accueil du patient et a
pour objectif le traitement d’un état de choc ou la prévention d’un choc latent.
O Elle vise à contrôler les fonctions vitales, puis cherche des lésions méconnues ou des complications.
O Le maintien de la fonction respiratoire :
Il peut nécessiter une ventilation assistée.
Celle-ci s’impose face à une détresse respiratoire et doit être envisagée si le patient n’est pas capable
d’exécuter un ordre simple, avec un état hémodynamique instable et/ou une fréquence respiratoire
supérieure à 30 cycles/min.
O Le maintien de la fonction cardio-circulatoire :
Il passe par la correction d’un état de choc hypovolémique ou d’une hypovolémie persistante.
L’utilisation d’un pantalon antichoc permet, par une augmentation des résistances du système vasculaire
périphérique, de conserver une tension suffisante pour tenter d’amener un patient vivant au bloc opératoire.
La surveillance clinique (pression artérielle [PA], fréquence cardiaque [FC], pression veineuse centrale [PVC],
diurèse) et la transmission précise des données de réanimation (volumes et types de solutés perfusés,
transfusions) permettent d’adapter le remplissage vasculaire.
O La lutte contre l’hypothermie :
L’hypothermie est définie comme une température centrale < 35 °C.
La lutte contre l’hypothermie est fondamentale.
L’hypothermie est liée aux conditions de l’accident et au délai de transfert, mais également secondaire aux
examens répétés, aux remplissages et transfusions massifs et aux interventions.
Elle diminue la pression artérielle, la fréquence cardiaque et est responsable de troubles du rythme en dessous
de 32-30 °C.
Elle diminue le niveau fonctionnel du système nerveux et perturbe l’hémostase.
Sa correction est un objectif constant du réanimateur, et sera un des facteurs incitant à limiter les gestes
chirurgicaux à leur strict nécessaire dans un premier temps, quitte à programmer d’emblée une réintervention
à distance de la phase critique.
O En pratique, 02 tableaux doivent être distingués selon l’état hémodynamique du patient.
C- Topographie lésionnelle :
O Le point d’impact lésionnel permettra de suspecter les organes potentiellement traumatisés : ceci est vrai pour les
plaies et chocs directs, mais peu informatif pour les lésions par décélération ou par effet de souffle.
O La localisation d’une lésion au niveau de l’hypocondre gauche :
Elle permet difficilement de distinguer un traumatisme isolé de l’abdomen d’un traumatisme thoracique,
d’autant que l’inhibition respiratoire est souvent au premier plan et que l’association des deux types de lésions
est fréquente.
L’organe le plus fréquemment atteint dans cette région est la rate.
D’autres organes peuvent être lésés : le rein gauche, la glande surrénale gauche, l’angle colique gauche, le
pancréas, la coupole diaphragmatique gauche ou des gros vaisseaux pédiculaires : rénal, splénique ou colique.
O En cas d’atteinte gastrique :
Un traumatisme épigastrique entraîne une contracture d’emblée mais des nausées ou des vomissements sont
inconstants.
Un traumatisme médian peut se compliquer d’une rupture duodénale, ou d’atteintes du côlon transverse, du
bas œsophage, du thorax, du foie, du pancréas et des gros vaisseaux.
O Lorsque le traumatisme est localisé au niveau de l’hypocondre droit :
Le foie est fréquemment lésé.
On distinguera les lésions dues à un traumatisme fermé de l’abdomen et celles liées à une plaie.
De véritables ruptures hépatiques peuvent se rencontrer au cours de traumatismes fermés de l’abdomen.
Les lésions les plus graves sont celles qui touchent les veines hépatiques (plaie ou arrachement). Si le patient
ne décède pas immédiatement, ces plaies sont difficiles à traiter.
D’autres organes peuvent être lésés : vésicule biliaire, angle colique droit, duodénum ou pancréas.
O Traumatisme localisé dans le flanc gauche :
Le traumatisme peut entraîner une lésion rénale, surrénalienne, splénique, colique gauche, des voies
excrétrices gauches ou de l’intestin grêle.
O Traumatisme ombilical :
Il orientera vers une lésion de l’intestin grêle, du mésentère, des gros vaisseaux ou de l’épiploon.
O Au niveau du flanc droit :
Un traumatisme peut léser le rein droit, la surrénale, le foie, le côlon droit, les voies excrétrices droites,
l’intestin grêle et le duodéno-pancréas.
O En fosse iliaque gauche :
Les principaux organes concernés sont le côlon sigmoïde et son méso, l’annexe gauche chez la femme et les
vaisseaux iliaques gauches.
O En fosse iliaque droite :
Ce seront le cæcum, les annexes droites et les vaisseaux iliaques droits.
O Au niveau hypogastrique :
L’organe principalement atteint est la vessie.
Les autres organes potentiellement traumatisés dans cette région anatomique sont le rectum, l’utérus et le
vagin chez la femme.
F- Examens complémentaires :
O Examens biologiques :
Le bilan biologique initial doit être réalisé le plus rapidement possible. Cependant l’absence des résultats ne
doit pas retarder un geste chirurgical de sauvetage dans les cas « désespérés ».
Un échantillon de sang du blessé est, au mieux, prélevé dès le ramassage et le transport, avant la perfusion de
quantités importantes de solutés macromoléculaires.
Groupe sanguin et anticorps irréguliers :
La détermination du groupe et la recherche des anticorps irréguliers est fondamentale en vue d’une
transfusion sanguine.
Cependant en cas de réelle urgence, si les solutés de remplissage macromoléculaires ne suffisent pas à
maintenir la volémie et l’oxygénation tissulaire du traumatisé, dans l’attente d’un geste d’hémostase en
urgence, le centre de transfusion sanguine peut délivrer sur prescription médicale (réanimatoire) des
concentrés globulaires O négatifs. Le sang délivré par la suite sera adapté en fonction de la détermination
post-transfusionnelle du groupe, du Rhésus et d’éventuelles agglutinines irrégulières.
Numération-formule sanguine :
L’hémoglobine et l’hématocrite sont en urgence de mauvais reflets d’un choc hémorragique.
Une microcytose dans un contexte ethnique particulier (pourtour méditerranéen), doit faire évoquer une
hémoglobinopathie, potentiellement associée à une augmentation de volume et à une fragilité de la rate.
Après un traumatisme, il existe de manière quasi constante une élévation des polynucléaires neutrophiles
liée à un phénomène de démargination.
En cas de traumatisme abdominal plus ancien, la constatation d’une neutropénie est un élément de
pronostic très défavorable.
Le taux de plaquettes n’est pas à lui seul un bon reflet de l’importance du risque de saignements diffus.
Les transfusions massives sont aujourd’hui constituées de concentrés érythrocytaires déleucocytés et
déplaquettés. Elles induisent une thrombocytopénie. Sous la limite de 100 000/mm3 atteinte après 6-8
unités de sang, elle nécessite l’administration de 1 à 2 unités de concentrés plaquettaires et de plasma frais
congelé.
Hémostase :
Les perturbations de l’hémostase, classées en coagulopathies de dilution, de consommation et de lyse sont
fréquentes chez le traumatisé.
Un allongement significatif du temps de céphaline (TCA ou TCK) en urgence peut être le témoin d’un
traitement héparinique préalable au traumatisme.
Une diminution patente du taux de prothrombine (TP < 60 %) ou mieux, une élévation de l’international
normalized ratio (INR) > 2,5 peut être liée à une prise régulière d’antivitamine K, mais peut également faire
partie d’un trouble majeur de la coagulation type coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) qui est un
facteur péjoratif.
Ces deux tests ne permettent qu’une approche de l’hémostase secondaire, et un taux de thrombocytes
normal n’élimine pas un trouble de l’hémostase primaire.
Enfin, en cas de transfusion massive, supérieure à la moitié de la masse sanguine ou d’hypothermie sévère,
il faut compenser la consommation des facteurs de coagulation par la transfusion de plasma frais et de
facteurs stables.
Les troubles majeurs de l’hémostase rencontrés chez des patients opérés en urgence de traumatismes
abdominaux graves sont en partie à l’origine de l’évolution de la chirurgie en plusieurs temps. Ceci permet
une correction des troubles secondaires aux transfusions et à l’hypothermie dans l’attente d’un geste
chirurgical majeur.
Biochimie :
L’ionogramme sanguin est souvent normal à l’admission. Il peut ensuite se modifier avec apparition d’une
hypokaliémie et d’une hypernatrémie en cas de troisième secteur intestinal par iléus réflexe.
Lors d’un traumatisme majeur, on peut observer une hyperkaliémie dans le cadre d’une rhabdomyolyse
avec une élévation concomitante de créatine phosphokinases (CPK) et de la myoglobine.
L’élévation précoce de l’urée et de la créatinine sanguine témoigne d’une insuffisance rénale préexistante,
alors que leur augmentation secondaire signe une insuffisance rénale aiguë, facteur de gravité
supplémentaire. Celle-ci est d’étiologie multiple : choc, rhabdomyolyse, iatrogène...
L’interprétation de l’amylasémie et de la lipasémie est difficile en urgence. Bien qu’il n’existe pas de
corrélation entre les taux de ces enzymes et une pancréatite aiguë traumatique, des valeurs > 5 fois la
normale dès l’admission doivent faire évoquer ce diagnostic. Les traumatismes abdominaux sont
fréquemment associés à une élévation modérée et transitoire de ces enzymes.
Le dosage des enzymes hépatiques est réalisé afin de détecter une hépatopathie préexistante et de servir
d’examen de référence en cas de traumatisme hépatique.
La classique recherche d’une hématurie à la bandelette a peu d’intérêt dans ce contexte car les lésions
urologiques graves se manifestent soit par une hématurie macroscopique, soit par une anurie. Une
hématurie microscopique est présente dans la plupart des traumatismes abdominaux, sans pour autant
signer une atteinte urologique significative.
Le dosage d’autres marqueurs, en particulier les marqueurs de l’inflammation tissulaire (interleukine IL6,
IL8...) n’ont pas fait la preuve de leur intérêt en urgence.
O Imagerie des traumatismes abdominaux :
L’imagerie a aujourd’hui une place prépondérante dans la prise en charge précoce des traumatismes de
l’abdomen.
Elle répond à 02 objectifs essentiels :
détecter et localiser, voire traiter par embolisation un saignement,
dépister les lésions viscérales nécessitant une prise en charge chirurgicale.
Chez un traumatisé abdominal, l’indication des examens d’imagerie doit toujours être pondérée par l’état
général du patient.
La réalisation de ces examens ne se conçoit que chez un patient hémodynamiquement stable car leur durée est
souvent longue et un retard à l’acte chirurgical ne doit pas être justifié par la réalisation d’une imagerie.
Lorsque l’état général du patient le permet, les examens radiologiques sont orientés par les données
anamnestiques et l’examen clinique du patient.
Il convient de ne pas se focaliser exclusivement sur la région abdominale.
Même si les examens standards gardent une place dans le cadre de l’urgence (radiographie d’abdomen sans
préparation, clichés centrés sur les coupoles diaphragmatiques, radiographie thoracique, radiographies
osseuses [colonne, bassin et côtes]), il faut reconnaître que l’échographie abdominale et la tomodensitométrie
(TDM) ont considérablement modifié les données du problème : la disponibilité de ces examens en urgence est
aujourd’hui impérative dans les centres d’accueil d’urgence.
O Abdomen sans préparation :
Il comprend classiquement 03 incidences : 02 clichés de face, debout et couché, et un cliché centré sur les
coupoles diaphragmatiques.
Si l’état du patient ne permet pas sa verticalisation, le cliché de face debout peut être remplacé par un cliché
couché de profil.
Le but de ces radiographies est de dépister un épanchement gazeux intra- ou rétropéritonéal.
La sensibilité de cet examen est faible : elle permet le diagnostic de rupture d’un organe creux dans moins de
50 % des cas (69 % pour les ruptures gastriques ou duodénales, mais 30 % pour les ruptures de l’intestin grêle).
Ainsi, l’absence d’épanchement gazeux n’est pas le garant de l’absence de perforation d’un organe creux.
La présence d’un tel épanchement peut en outre signifier l’existence d’un pneumothorax ou d’une rupture
vésicale après sondage.
Ces clichés « de débrouillage », permettent la localisation d’un éventuel projectile abdominal et la
constatation de signes indirects d’épanchement intrapéritonéal (grisaille diffuse, espacement interanse...).
Toutefois, en présence d’un traumatisme abdominal grave ou d’un polytraumatisme, ces clichés ne seront pas
réalisés, remplacés par un examen TDM.
O Radiographie thoracique :
La radiographie thoracique, dans le cadre d’un traumatisme abdominal, recherche essentiellement une rupture
diaphragmatique et des fractures des dernières côtes.
Une rupture diaphragmatique survient dans 1 à 7 % des traumatismes abdominaux graves et passe inaperçue
dans 66 % des cas.
La radiographie thoracique recherche en outre, un pneumothorax et/ou un hémothorax, une surélévation des
coupoles diaphragmatiques, un corps étranger intrathoracique ou une fracture des arcs costaux, notamment
inférieurs.
Là encore, la valeur de cet examen est faible par rapport à l’examen TDM thoraco-abdominal.
O Radiographies osseuses :
Elles sont orientées par l’examen clinique.
En cas de troubles de la conscience, certaines équipes pratiquent systématiquement un bilan « complet » du
rachis, du bassin et des membres.
Dans le cas des traumatismes de l’abdomen, ces radiographies recherchent des traumatismes costaux bas, de la
colonne ou du bassin. Elles peuvent révéler ou confirmer la gravité du traumatisme.
La topographie des lésions peut parfois orienter vers une lésion abdominale : le foie ou la rate atteints par des
fractures des dernières côtes respectivement à droite et à gauche ; des lésions de la moelle épinière, des
lésions nerveuses ou des fractures rénales parfois liées à des fractures des dernières vertèbres dorsales ou des
premières vertèbres lombaires.
Enfin, la vessie ou l’urètre postérieur peuvent être lésés par une fracture ou disjonction pubienne.
O Échographie abdominopelvienne :
C’est actuellement l’examen de première ligne après l’examen clinique.
Elle est recommandée dans l’examen initial de tout traumatisé abdominal, en particulier lors de traumatisme
fermé.
L’échographie est non invasive, ne nécessite aucune préparation ni injection et peut être réalisée au lit du
blessé alors que les premiers soins sont apportés au patient.
Sa sensibilité pour la décision d’une intervention est de 88 à 93 % et sa spécificité de 90 à 99 %.
Les limites de cet examen en urgence sont liées au matériel disponible ou accessible en urgence, dont la
qualité n’est pas toujours optimale, à l’opérateur souvent peu aguerri à la réalisation d’examens en conditions
difficiles, en urgence chez des malades parfois agités, et enfin au malade lui-même : hémopéritoine, iléus
réflexe, emphysème sous-cutané et obésité peuvent gêner la réalisation et l’interprétation de l’examen.
De plus, pour des raisons de densité tissulaire, certaines lésions « hémorragiques » peuvent être difficiles à
déceler au cours d’une échographie réalisée précocement après le traumatisme (jusqu’à la 24e heure).
Le rôle essentiel de cet examen est la recherche d’un épanchement intrapéritonéal dont l’origine est d’abord
hémorragique. De petite abondance, cet épanchement est le plus souvent retrouvé dans les zones déclives
(cul-de-sac de Douglas, récessus de Morrison, gouttières pariétocoliques), mais il peut également se concentrer
autour des organes lésés.
Toutefois, la localisation de l’épanchement à l’échographie n’a pas valeur d’orientation topographique.
L’échographie participe également à l’inventaire des lésions parenchymateuses : lésion hépatique, splénique
ou rénale. Le bloc duodénopancréatique (hématome sous-capsulaire, hématome interne, contusion, rupture)
et le mésentère sont mal explorés.
Les lésions d’organes creux tels que la vésicule biliaire, le duodénum, l’intestin grêle ou le côlon sont
imparfaitement décelées : l’échographie ne détecte pas de façon fiable le pneumopéritoine.
L’échographie couplée au doppler, pulsé et/ou couleur, permet un examen vasculaire de qualité, en particulier
à la recherche de lésions vasculaires rénales et mésentériques.
Outre son intérêt immédiat (dont la fiabilité doit toujours être relativisée en fonction de l’état clinique du
blessé et de l’expérience de l’opérateur), l’échographie a un intérêt indéniable dans le suivi évolutif.
Cependant, une échographie réalisée très précocement, même par un opérateur entraîné, peut être prise en
défaut et il faut savoir répéter l’examen à distance, voire réaliser une TDM rapidement s’il existe une
discordance entre la clinique et l’imagerie.
O Tomodensitométrie abdominopelvienne :
La TDM abdominopelvienne est aujourd’hui la méthode d’imagerie de choix pour l’exploration de l’abdomen en
urgence.
Elle est utilisée aussi bien pour les abdomens aigus non pénétrants que pour certains traumatismes ouverts, et
détecte la plupart des lésions intra- et extrapéritonéales.
L’exploration, si possible réalisée sans et avec injection de produit de contraste intraveineux (en l’absence
d’insuffisance rénale, d’allergie et de la prise de certains antidiabétiques oraux) couvre toute la cavité
abdominale, des coupoles au pelvis.
Ainsi, la perfusion des organes peut être contrôlée et l’excrétion rénale est objectivée par un urogramme.
L’administration d’un produit de contraste hydrosoluble dilué à 1-2,5 % est réalisée par ingestion ou par une
sonde nasogastrique en cas de patient comateux ou non coopérant, alors après intubation trachéale : elle
facilite l’interprétation des clichés et peut identifier un hématome ou retrouver une brèche touchant
l’estomac, le duodénum ou l’intestin grêle.
Un lavement rectal opaque recherche une éventuelle plaie du rectum ou du côlon gauche.
Enfin, un remplissage vésical par un produit de contraste dilué à 2 % permet de préciser le siège, sous- ou
intrapéritonéal d’une rupture vésicale.
La réalisation de coupes avec une « fenêtre osseuse » permet un bilan lésionnel de la colonne vertébrale dans
le même temps.
La qualité et la rapidité de réalisation de l’examen TDM, lorsqu’il est réalisé sur des machines modernes et
performantes, en ont fait l’examen de référence. Il doit être systématique, et au moindre doute « corps
entier ». Un examen TDM doit être réalisé systématiquement chez des patients admis pour polytraumatisme,
et être en particulier centré sur la région céphalique. Il permet de détecter jusqu’à 38 % de lésions non
suspectées initialement et modifie l’attitude de la prise en charge dans 25 % des cas.
Cet examen est moins opérateur-dépendant que l’échographie et offre une représentation des images
interprétable par un médecin qui n’a pas réalisé lui-même l’examen.
Il permet de visualiser la cavité péritonéale et les espaces anatomiques contigus (thorax, rétropéritoine, paroi,
petit bassin et pelvis).
Cet examen est plus performant que l’échographie pour la recherche d’un pneumopéritoine, d’un hématome
intramural d’une portion du tube digestif, d’une lésion pancréatique, de certaines lésions vasculaires.
La TDM peut toutefois être prise en défaut pour le diagnostic de certaines lésions duodénopancréatiques et
grêles.
Si la spécificité et la sensibilité de cet examen, quels que soient l’opérateur et la machine, n’atteignent jamais
100 %, une TDM « normale » constitue un argument important en faveur de l’absence de lésion significative.
O Imagerie par résonance magnétique (IRM) :
La réalisation de cet examen ne fait pas partie de l’arsenal conventionnel utilisé en urgence devant un
traumatisme abdominal.
Son bénéfice par rapport à l’examen TDM est faible.
Sa principale indication est la recherche d’une rupture diaphragmatique lorsque la radiographie thoracique est
équivoque. Il permet alors de mettre en évidence la poche et le contenu herniaire.
L’IRM sera, en revanche, un examen de seconde intention en cas de doute concernant des lésions viscérales ou
vasculaires.
O Artériographie :
Si son rôle diagnostique exclusif tend à diminuer, l’artériographie prend aujourd’hui une place de plus en plus
importante dans le cadre de l’urgence en raison de son potentiel thérapeutique.
Les progrès de la radiologie interventionnelle ainsi que la disponibilité du matériel et des opérateurs dans les
centres d’accueil des urgences ont permis de multiplier les indications de cette technique.
Les injections artérielles sélectives sont de plus en plus réalisées, parfois afin d’établir un diagnostic précis,
complétées par des embolisations sélectives afin d’obtenir une stabilité tensionnelle avant un geste chirurgical.
Comme exemples, on citera des embolisations spléniques dans un but de conservation d’une rate traumatique
avec 88 % de succès, hépatiques et mésentériques dans un but hémostatique.
Dans certains cas, l’embolisation est volontairement à l’origine d’une ischémie (intestinale par exemple), mais
elle contrôle une hémorragie aiguë et permet d’obtenir une stabilisation hémodynamique du patient afin de le
réanimer et de compléter le bilan lésionnel avant d’intervenir dans des conditions idéales.
La mise en place de prothèses expansives endovasculaires (stents) pour ponter une rupture artérielle est une
voie en cours d’évaluation.
Le traitement conservateur d’une lésion hépatique grave avec embolisation artérielle et stent en regard d’une
plaie de la veine cave ont également été réalisés avec succès.
O Autres examens :
En fonction du contexte clinique, d’autres examens peuvent être exceptionnellement demandés.
Le bilan urologique comprend parfois une urographie intraveineuse (UIV) ou une cystographie rétrograde selon
la localisation du traumatisme. Il s’agit alors d’examens de seconde intention envisageables chez des patients
hémodynamiquement stables.
Les examens endoscopiques n’ont que peu de place dans le bilan lésionnel des traumatismes de l’abdomen. On
citera de rares indications comme une opacification rétrograde du Wirsung à la recherche d’une rupture
canalaire.
O Ponction-lavage du péritoine (PLP) :
La pratique de la PLP est actuellement remise en cause dans de nombreux centres.
L’intérêt de cet examen est diversement apprécié en fonction des équipes car il est grandement dépendant du
plateau technique disponible en urgence et de l’habitude des équipes.
Depuis l’avènement de l’échographie et du scanner, les équipes bénéficiant en urgence du matériel et du
concours de radiologues entraînés ont peu recours à la PLP : les renseignements fournis par ces deux examens
d’imagerie apportent le plus souvent un nombre d’informations supérieur à la PLP.
Cependant, en l’absence de plateau technique adéquat ou disponible, la PLP reste un examen relativement
performant en urgence pour les traumatismes abdominaux.
Elle garde alors, dans ce contexte de dénuement clinique, la valeur qu’elle avait à son origine.
La PLP se pratique chez un blessé en décubitus dorsal dont la vessie a été si possible préalablement vidée.
Sous anesthésie locale, une courte incision médiane sous-ombilicale est pratiquée de manière aseptique.
Une extravasation sanguine signe immédiatement une lésion vasculaire abdominale grave imposant une
exploration chirurgicale.
Sinon, un cathéter est introduit dans la cavité péritonéale et dirigé vers le cul-de-sac de Douglas ; 500 à 1000 ml
de sérum physiologique ou de solution de Ringer sont perfusés.
Ce liquide est ensuite recueilli par simple déclivité.
Un minimum de 500 ml de liquide est nécessaire pour le comptage des globules rouges et blancs.
En cas d’épanchement abdominal, du liquide est recueilli avant instillation.
Les critères de positivité de la PLP ont été définis en 1970 et sont toujours d’actualité : aspiration initiale de
plus de 5 ml de sang, compte de globules rouges supérieur à 100 000/mm3, compte de globules blancs
supérieur à 500/mm3, présence d’autres produits (matières fécales, germes ou pus, bile, urine...).
L’opérateur peut ainsi évaluer l’existence d’une complication.
Des prélèvements peuvent également être réalisés pour dosage de l’amylase ou examen bactériologique.
Bien réalisée, la PLP a une sensibilité de 90 à 99 % et une spécificité supérieure à 85 %.
Ses complications propres sont exceptionnelles.
Le risque de faux positif est important en cas d’hématome sous-péritonéal ou de fracture du bassin.
Le principal reproche de la technique est de ne donner aucune information sur l’organe lésé et le volume de
l’hémopéritoine. Elle entraîne donc un nombre non négligeable de laparotomies inutiles, d’autant que le
traitement conservateur des lésions hépatiques et spléniques, souvent à l’origine de l’hémopéritoine, est de
plus en plus souvent proposé.
Elle détecte rapidement les hémorragies, mais doit être répétée car une lésion d’organe creux peut se traduire
par une infection péritonéale après un délai de quelques heures. 3 à 5 heures sont nécessaires pour qu’une
élévation significative des leucocytes permette de suspecter une plaie d’organe creux.
L’utilisation de la PLP dépend donc de l’environnement médical et technique.
On lui préférera dans la majorité des cas un examen ultrasonographique, rapidement complété par un examen
TDM ou une laparoscopie exploratrice en cas de doute.
O Cœlioscopie diagnostique exclusive :
La cœlioscopie diagnostique ne doit pas se substituer aux examens d’imagerie habituels.
Elle implique un acte chirurgical susceptible de faire décompenser un patient pouvant bénéficier du traitement
conservateur de ses lésions.
Toutefois, en cas de doute, elle permet une exploration complète de la cavité péritonéale, à la recherche de
lésions viscérales ou parenchymateuses.
Dans certains centres, elle est proposée au lit du patient en réanimation.
Cela ne correspond pas à la pratique européenne pour laquelle elle est réservée au bloc opératoire.
Sa meilleure indication réside dans l’exploration des plaies par arme blanche.
V- INTERVENTIONS CHIRURGICALES :
O La solution de l’exploration chirurgicale de tout patient traumatisé de l’abdomen présentant un syndrome
abdominal douloureux et un choc hypovolémique est une règle encore souvent rencontrée.
O Toutefois, le « triage » de ces patients, effectué à la lumière du premier bilan clinique et d’imagerie, est de plus en
plus fréquent, tant pour des raisons de coûts que pour éviter les complications liées à des laparotomies inutiles.
O Enfin, dans certains centres, le nombre de patients présentant un traumatisme abdominal ne permettrait pas de
les explorer chirurgicalement d’une façon systématique.
O Pour ces raisons, la fréquence des interventions chirurgicales pour traumatisme abdominal diminue ces dernières
années et l’évolution se fait vers une attitude conservatrice. Bien entendu, la chirurgie en urgence reste la règle
chez le traumatisé abdominal dont l’hémodynamique est instable malgré une réanimation bien menée, ou en cas
de lésion évidente d’organe creux.
O Enfin, le problème se pose différemment selon qu’il s’agit d’une contusion abdominale ou d’une plaie abdominale.
O Il y a encore peu de temps, face à une plaie pénétrante abdominale, le « dogme » était celui de l’exploration
chirurgicale systématique. Cette attitude, considérée comme classique pour de nombreuses équipes européennes,
tend à être battue en brèche par la pratique des trauma-centers américains. Ces équipes intervenant en urgence
ont une attitude de moins en moins interventionniste et bénéficient en particulier de l’amélioration de l’imagerie.
Leurs résultats sont satisfaisants en termes de mortalité et de morbidité.
En effet, 10 % des plaies pénétrantes de l’abdomen ne s’accompagnent d’aucune lésion viscérale.
Dans certains cas, le résultat du traitement chirurgical en urgence de certaines lésions n’apporte pas de
bénéfice significatif. Une plaie hépatique isolée est au mieux traitée dans un premier temps de façon
conservatoire. La décision opératoire sera prise après avis de tous les membres de l’équipe intervenante : le
réanimateur, le chirurgien et le radiologue. Cependant, le chirurgien reste seul juge de l’attitude pratique à
adopter qui dépend de son expérience et des moyens techniques à sa disposition.
L’exploration locale de l’orifice de pénétration et du trajet d’une plaie abdominale est impérative.
La laparotomie exploratrice n’est plus systématiquement réalisée et la laparoscopie peut aujourd’hui en être
une alternative.
O En fait, de plus en plus de lésions sont l’objet d’une « surveillance chirurgicale armée », au besoin en réanimation.
C’est le cas pour certaines lésions hépatiques, spléniques, rénales, pancréatiques ou certains hématomes, et ce
d’autant plus qu’ils sont rétropéritonéaux.
O En cas de contusion abdominale, il faut savoir ne pas passer à côté d’une indication chirurgicale.
O Les moyens diagnostiques actuels d’imagerie permettent une bonne évaluation lésionnelle et évitent le recours à
l’exploration chirurgicale de principe.
O En pratique, dans la plupart des centres européens, les indications de laparotomie exploratrice en urgence restent
de mise en cas de doute diagnostique, et le taux de laparotomie exploratrice « blanche » (laparotomie ne
révélant aucune lésion abdominale) avoisine les 30 %.
C- Laparoscopie :
O La laparoscopie exploratrice de l’abdomen est réalisée depuis plusieurs décennies, même au lit du patient
traumatisé dans certains cas, et son intérêt en urgence pour une équipe entraînée est certain.
O Cependant, il faut attendre le développement de la chirurgie laparoscopique viscérale et son évolution
technologique (caméras tri-CCD, lumières froides, instrumentation) pour voir la laparoscopie d’urgence prendre
son essor.
O Depuis 1992, de nombreuses équipes font état de leur expérience tant pour l’exploration et le triage que le
traitement des traumatismes abdominaux en urgence : plaies par arme blanche ou par arme à feu, lésions
spléniques ou diaphragmatiques.
O Cette nouvelle approche n’est pas encore consensuelle, mais elle est inéluctable et doit aujourd’hui faire partie
des gestes envisagés dans la prise en charge des traumatismes abdominaux.
O La laparoscopie doit être considérée comme un moyen et non comme une fin en soi.
O Il faut cependant reconnaître qu’une exploration abdominale laparoscopique dans le but de juger du caractère
pénétrant ou non d’une plaie est moins agressive qu’une laparotomie.
O Pour les équipes les plus entraînées à cette chirurgie laparoscopique, disposant de matériel de qualité pour la
pratique de l’urgence, certains gestes thérapeutiques peuvent être réalisés : suture de plaie viscérale,
splénectomie ou mise en place de filet périsplénique, hémostase, toilette péritonéale.
O Les contre-indications de laparoscopie exploratrice sont aujourd’hui bien cernées : ce sont tout d’abord
l’instabilité hémodynamique ou le choc cardio-circulatoire.
O En effet, l’hyperpression intra-abdominale diminue le retour veineux central en augmentant les résistances
périphériques, et fait chuter l’index cardiaque.
O Ensuite, les troubles de l’hémostase non corrigés, l’hypertension intracrânienne ou la présence d’une valve de
Leveen sont les plus classiques.
O Un trouble de conscience non étiqueté ou la suspicion d’un hématome intracérébral seront également considérés
comme des contre-indications.
O Toutefois, le contexte de l’urgence en lui-même n’est pas une contre-indication.
O Les indications opératoires de la laparoscopie recouvrent tous les champs d’application de la chirurgie
exploratrice devant un traumatisme. Ainsi, elle évaluera l’étiologie et la gravité d’un hémopéritoine, recherchera
l’origine d’un syndrome septique et jugera de la nécessité d’un geste opératoire complémentaire.
O En cas de doute lors de l’exploration par laparoscopie sur une lésion ou un organe, ou en cas d’impossibilité
d’explorer de façon satisfaisante une partie de la cavité abdominale en raison de l’hématome ou de l’occlusion
réflexe, la démarche diagnostique doit être poursuivie jusqu’à son terme et une conversion en laparotomie est de
mise.
O Les limites de la technique peuvent être liées au matériel. Pour permettre une exploration de bonne qualité, un
matériel adéquat est requis : caméra tri-CCD, seule à même de faire la distinction entre des couleurs proches
(intestin viable ou nécrosé, aspect de caillots), lumière de forte puissance pour pallier la perte de lumière liée à la
présence de sang dans le champ opératoire (par absorption et non-réflexion de l’onde lumineuse par l’hème de
l’hémoglobine) et optiques de bonne qualité. Le personnel médical doit également avoir une bonne expérience de
cette chirurgie qui nécessite une parfaite collaboration entre le chirurgien et l’anesthésiste.
O Dans ces conditions, la laparoscopie apporte un bénéfice certain au patient en limitant les conséquences pariétales
et souvent les complications respiratoires ou septiques d’une laparotomie inutile.
D- Minilaparotomie :
O La minilaparotomie représente l’alternative entre l’exploration par une laparotomie classique et la laparoscopie.
O Elle n’est plus de mise si cette dernière peut être réalisée.
O Elle est souvent complémentaire de la PLP en permettant une exploration restreinte de la cavité abdominale mais
elle est un geste chirurgical à part entière.
O La minilaparotomie n’est pas indiquée si le patient présente des signes imposant une exploration abdominale :
celle-ci doit être de bonne qualité et complète, par laparoscopie ou par laparotomie.
O Un examen négatif risquerait de faussement rassurer l’équipe médicochirurgicale et de retarder la prise en charge
d’une lésion majeure.
E- Laparotomie :
O La laparotomie par voie médiane est préférable en urgence aux autres voies d’abord.
O L’incision est orientée par le diagnostic lésionnel préopératoire.
O En cas d’exploration systématique, l’incision est périombilicale, sur environ 10 cm. Elle permet une exploration
systématique de l’ensemble de la cavité abdominale.
O Elle pourra être élargie vers le haut ou vers le bas selon les résultats de l’exploration, ou vers le thorax en cas de
nécessité.
O Elle permet le traitement des lésions rencontrées et de lésions associées méconnues en préopératoire.
O Elle est indiquée de première intention, avant tout examen complémentaire risquant de retarder la chirurgie en
cas de syndrome hémorragique persistant malgré une réanimation bien conduite.
O L’état hémodynamique du blessé est donc le premier argument de décision du geste chirurgical.
O Une laparotomie est indiquée en cas de positivité de la PLP ou d’échec ou d’insuffisance de la laparoscopie.
1- Lésions vasculaires :
O Les plaies des mésos (mésentère, mésocôlon et mésorectum) doivent être recherchées systématiquement.
O Certaines dilacérations ou plaies avec arrachement vasculaire peuvent nécessiter des résections intestinales,
coliques ou grêles étendues.
O Les atteintes des vaisseaux pelviens provoquent le plus souvent un hématome rétropéritonéal qui, en l’absence
de signes hémodynamiques alarmants, doit être traité par surveillance simple. Si toutefois un geste s’avère
nécessaire, il faut préférer une embolisation sous contrôle angiographique, lorsque cela est possible, à une
hémostase par abord chirurgical direct dont la morbi-mortalité n’est pas négligeable.
O Les plaies de l’aorte ou de ses collatérales nécessitent un clampage en urgence, plus rarement la mise en place
d’une sonde à ballonnet occlusive.
O Les plaies de la veine cave ou de ses branches, comme toutes les plaies veineuses, sont de réparation difficile.
Une compression hémostatique doit être réalisée en urgence. La réparation de ces gros troncs, d’indication et de
réalisation compliquées, doit être confiée à un chirurgien entraîné à ce type de chirurgie. Leur pronostic est
gravissime, associé à une lourde mortalité.
2- Lésions de la rate :
O La prise en charge des traumatismes spléniques a considérablement évolué ces dernières années.
O Le dogme de la résection splénique systématique devant un traumatisme a évolué et les conservations, avec ou
sans mise en place de filet, les résections partielles et les embolisations font partie des choix thérapeutiques à la
disposition des opérateurs.
O Ici encore, l’habitude et la disponibilité des équipes sont des éléments importants de ce choix.
O Du fait d’infections potentiellement mortelles après splénectomie, les indications d’un geste radical ont été
revues à la baisse, tout particulièrement chez l’enfant.
O Avant l’âge de 4 ans, le risque d’infection gravissime est tel qu’une splénectomie ne doit être envisagée qu’en
dernier recours.
O Le traitement est bien entendu conditionné par la gravité des lésions et l’état général du patient.
O Les traumatismes spléniques peuvent être classés en fonction de leur lésion anatomique ou échographique.
O Le geste chirurgical dépend de la clinique.
O Des tableaux de gravité variable peuvent être rencontrés, ce seront :
Une vague gêne, une douleur de l’hypocondre gauche ou une douleur irradiant à l’épaule homolatérale.
Un état de choc d’emblée, ou des signes généraux apparaissant de manière retardée après un intervalle libre
de quelques heures ou quelques jours, signent généralement la rupture d’un hématome sous-capsulaire.
O En cas d’hémopéritoine massif avec collapsus cardiovasculaire, véritable urgence vitale, il y a souvent une
nécessité de splénectomie d’hémostase. La voie d’abord la plus classique reste l’incision abdominale médiane
plutôt sus-ombilicale. Certaines équipes préfèrent la voie sous-costale qui, si elle n’est réalisée que sur la partie
gauche de l’abdomen, expose à une difficulté majeure pour l’exploration et le traitement d’éventuelles lésions
associées.
O Devant un tableau d’hémopéritoine nécessitant une transfusion sanguine, l’abstention chirurgicale n’est pas
appropriée. Différentes options sont possibles.
O Si le patient est stable hémodynamiquement, une laparoscopie peut être envisagée. Les options thérapeutiques
dépendent des lésions observées, de l’expérience et des habitudes des équipes : simple décaillotage, avec ou sans
drainage, filets résorbables périspléniques, splénoraphies, produits hémostatiques locaux (collagènes, celluloses)
et colles biologiques ou splénectomie, totale ou partielle.
O Un traitement conservateur est actuellement possible dans plus de 50 % des cas avec un faible taux de récidive
hémorragique.
O En cas de contusion simple et d’hémopéritoine ne nécessitant pas de transfusion, l’attitude actuelle est la
surveillance « armée » et constante, en milieu chirurgical ou de réanimation (unité de soins intensifs). Cette
surveillance est classiquement d’une durée de 21 jours.
O Les critères de contre-indication du geste chirurgical différé sont :
patient hémodynamiquement instable (pression artérielle systolique < 90 mmHg, pouls > 110/min) après
remplissage vasculaire > 2 l ;
âge supérieur à 55 ans ;
traumatisme crânien associé (sauf enfant de moins de 15 ans) ;
importance des lésions à l’examen ultrasonographique ou TDM ;
apparition de signes péritonéaux (lésions associées) ;
chute du taux d’hémoglobine nécessitant une transfusion sanguine.
O La présence ou l’apparition de l’un de ces éléments conduit le plus souvent à une option chirurgicale.
O Le risque de rupture splénique en deux temps doit rester à l’esprit : il n’est pas négligeable, 1 à 20 % selon les
séries, et responsable d’une importante mortalité (5 à 15 %).
O Les suites opératoires après splénectomie totale nécessitent une surveillance de la numération plaquettaire qui
s’élève classiquement dans les 10 jours suivant l’intervention, pouvant dépasser 800 000 à 1 million
d’éléments/mm3, et imposant, pour certains, un traitement antiagrégant. Le risque d’infection postopératoire
précoce et tardif, essentiellement à pneumocoque, justifie une vaccination antipneumococcique et, chez l’enfant,
une antibioprophylaxie.
3- Lésions du foie :
O Les traumatismes hépatiques restent graves, bien que leur pronostic se soit largement amélioré.
O Leur traitement est aujourd’hui dans la majorité des cas conservateur.
O La classification de Moore permet de décrire les différents types de lésions.
O Les hématomes sous-capsulaires du foie nécessitent exceptionnellement une intervention chirurgicale.
O Il en est de même des hémopéritoines chez un patient hémodynamiquement stable.
O Cette notion de stabilité hémodynamique est le principal argument permettant de surseoir à un abord chirurgical
en cas de lésion hépatique. Lorsque ces lésions sont de découverte peropératoire, il n’y a pas de traitement
codifié : l’évolution de la prise en charge tend à limiter les gestes à effectuer en urgence. Aucun geste doit être
réalisé en présence d’une lésion qui ne saigne plus, les éraillures et petites fractures du parenchyme hépatique
sont traitées par électrocoagulation, tamponnement, colles biologiques...
O Les sutures, traumatiques, sont évitées.
O Les résections hépatiques à la demande sont exceptionnelles, réservées aux traumatismes majeurs et associées à
une mortalité importante.
O Dans les faits, il n’existe pratiquement aucune indication de résection hépatique anatomique dans le cadre de
l’urgence du fait de la très lourde morbidité et mortalité dans ce contexte.
O De la même façon, la réalisation de gros points de rapprochement hépatiques, source d’hématome et d’infection,
ne doit plus être faite. On lui préfère, en urgence, le « packing hépatique ».
Il s’agit d’un tamponnement périhépatique (et non intrahépatique) qui permet de contrôler la grande majorité
des hémorragies d’origine hépatique en tassant autour du foie des champs abdominaux et/ou de grandes
compresses. Ceci comprime le foie en haut et en arrière, permettant ainsi une hémostase transitoire des
plaies.
La fermeture abdominale se fait champs en place et le patient est réanimé.
Une artériographie et un geste endovasculaire (embolisation ou stent vasculaire) permettent un contrôle des
lésions hémorragiques.
Une seconde intervention est réalisée de manière semi-réglée entre la 24e et la 72e heure afin d’ôter ces
champs et de réaliser un geste d’hémostase complémentaire si cela s’avère nécessaire.
Ce principe de chirurgie « de guerre » a permis de modifier considérablement le pronostic des traumatismes
graves du foie.
Il a l’avantage d’être rapide, de limiter les risques d’hypothermie et les conséquences de l’enchaînement
transfusion-hypothermie-acidose-troubles de l’hémostase rapidement à l’origine de complications vitales chez
ces patients.
Un geste chirurgical a minima permet en outre le transfert du patient, si besoin, vers un centre spécialisé.
5- Lésions épiploïques :
O Les lésions épiploïques sont le plus souvent hémorragiques par arrachement, responsables de volumineux
hématomes disséquants rendant le bilan lésionnel difficile.
O Leur traitement est une résection permettant d’obtenir une hémostase rapide et complète.
O Elles s’associent dans certains cas à une désinsertion mésentérique, responsable d’une ischémie intestinale
souvent étendue.
6- Lésions rénales :
O La découverte d’un hématome rétropéritonéal, en l’absence de saignement évolutif, ne doit pas entraîner son
exploration systématique. En effet, un tel hématome est souvent contrôlé spontanément. L’exploration des reins
n’est, de ce fait, pas systématique non plus.
O Les lésions rénales sont habituellement classées en 04 types.
O Si les lésions de types I et II ne nécessitent pas de traitement.
O Il est aujourd’hui admis que les lésions de type III peuvent, elles aussi, bénéficier d’un traitement différé, ce qui
permettrait de sauver le rein dans un nombre non négligeable de cas. Les décès observés sont le plus souvent liés
aux lésions associées.
O La seule indication chirurgicale urgente concerne l’atteinte du pédicule rénal. Il peut s’agir d’une rupture ou d’une
thrombose artérielle. Le diagnostic est scanographique, avec injection, ou artériographique. Le pronostic pour le
rein est grave et la néphrectomie en urgence souvent requise. Une thrombose bilatérale entraîne le plus souvent
la perte des reins.
Classification des lésions rénales.
Type I Contusions mineures
Type II Contusions et plaies sans atteinte de l’arbre excréteur
Type III Plaies importantes et/ou fragmentation, avec ou sans extravasation urinaire
Type IV Atteinte du pédicule rénal