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Les Évangiles de Satan démasqués

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LE MENSONGE CHRÉTIEN

(JÉSUS-CHRIST N'A PAS EXISTÉ)

TOME VIII

LES ÉVANGILES DE SATAN (DEUXIÈME PARTIE)

PAR ARTHUR HEULHARD.

PARIS - ARTHUR HEULHARD, ÉDITEUR - 1910


I. — L'ANNÉE DE LA FAILLITE.

II. — L'AUTO-BAPTÊME DU BAPTISEUR.

III. — LA BALEINE DE JONAS.

IV. — LE SYNDIC DE LA FAILLITE.

V. — PROTESTATION DES CHRISTIENS.

VI. — LA CONDAMNATION.

VII. — LA TRANSFIGURATION.

VIII. — LA FAUSSE PISTE.


AU LECTEUR

Les Juifs disent, exposant à Jésus la théorie du christ sur leur divinité :
NOUS NE SOMMES PAS NÉS DE LA FORNICATION, NOUS N'AVONS QU'UN PÈRE, DIEU.
Jésus répond aux Juifs :
VOUS AVEZ LE DIABLE POUR PÈRE... ET IL N'EST PAS DEMEURÉ DANS LA VÉRITÉ,
PARCE QU'IL N'Y A PAS DE VÉRITÉ EN LUI. LORSQU'IL PARLE MENSONGE, IL PARLE DE
SON PROPRE FONDS, PARCE QU'IL EST MENTEUR ET LE PÈRE DU MENSONGE.
(Quatrième Évangile, VIII, 41, 44).
Le lecteur sait maintenant pourquoi nous appelons évangiles de Satan les écrits
présentés par l'Église sous les faux noms de Matthieu, de Marc et de Luc, et dont
nous commençons la publication avec le présent volume.
C'est Jésus lui-même qui nous en fournit le vrai titre.
I. — L'ANNÉE DE LA FAILLITE.

I. — BAAL-ZIR-BAAL, DIEU DU CHRIST.

Après avoir fait jurer le secret à toute la synagogue de Kapharnahum, Jésus,


suivi du disciple exorcisé, rentre dans la maison où tout à coup il est entouré
d'une telle foule, — cent quarante-quatre mille affamés ! — que cette immense
réunion d'hommes ne peut même pas toucher à certain pain pour le manger,
bien qu'elle ne se soit formée que pour cela1 ! Il s'agit du pain-Zib ou sixième
pain, celui qui devait être fait avec le blé du Moissonneur. Les cinq pains offerts à
la bénédiction de Jésus par le petit enfant du Thabor étant faits simplement avec
de l'orge, les Juifs de 788 n'avaient pas jugé à propos de se déranger. Mais celui
de Jésus est de froment pur, et de telle qualité que les voilà tous attroupés pour
en avoir !
De la scène originale il ne reste presque plus rien. Elle est en effet d'une
déplorable transparence, elle était sans doute dans les Explications de Papias.
Nous allons essayer de la reconstituer, en montrant les efforts qu'on a faits pour
en changer le sens. Bar-Jehoudda y était mis sur la sellette par ses dupes, dans
sa propre maison, et Jésus prenait sa défense sur le chapitre des exorcismes, ce
qui le fait accuser d'avoir perdu l'esprit.
MARC, III, 20. Ils vinrent dans la maison, et la foule s'y assembla
de nouveau, en sorte qu'ils ne pouvaient pas même manger le
pain.
21. Ce qu'ayant appris, les siens vinrent pour se saisir de lui, car
ils disaient : Il a perdu l'esprit.
Or non seulement il n'a point perdu l'esprit, puisqu'il est l'Esprit lui-même, mais
encore il n'en a jamais eu plus besoin qu'en ce moment pour tirer le Rabbi hors
d'affaire.
Dans Luc et dans Matthieu on est revenu sur le dispositif de Marc.
D'abord la scène ne se passe plus dans la beth léhem de Gamala ; cette maison
était trop facile à reconnaître. On prend la guérison du muet dans Marc, et on en
fait le prétexte de cette affluence.
LUC, XI, 14. Or il chassait un démon, et ce démon était muet. Et
lorsqu'il eut chassé le démon, le muet parla ; et le peuple fut
dans l'admiration.
MATTHIEU, IX, 32. Après qu'ils furent partis, on lui présenta un
homme muet, possédé du démon.
33. Or, le démon chassé, le muet parla ; et le peuple, saisi
d'admiration, disait : Jamais rien de semblable ne s'est vu en
Israël.

1 Dans Marc cette réunion a lieu après l'élection des douze, de sorte qu'Is-Kérioth
participe à tous ces événements, comme s'il avait marché avec Bar-Jehoudda.
MARC, III, 22. Et les scribes qui étaient venus de Jérusalem,
disaient : Il est possédé de Baal-Zib-Baal, et c'est par le Prince
des démons qu'il chasse les démons.
Il a paru mauvais à Luc que les scribes de Jérusalem accusassent positivement
Bar-Jehoudda d'avoir été possédé, et cela dans la beth léhem même. Il les a
remplacés par des gens du voisinage, moins instruits des Paroles du Rabbi.
LUC, XI, 15. Mais quelques-uns d'entre eux dirent : C'est par
Baal-Zib-Baal, prince des démons, qu'il chasse les démons.
Voilà en effet ce que les contemporains de Bar-Jehoudda disaient de lui. Avec
son Æon-Zib, ce n'était plus un adorateur de Dieu, c'était un possédé du dieu-
poisson qu'on adorait en Phénicie sous le nom de Dagon (de dag, poisson). C'était
un imposteur, un blasphémateur et un impie.
Dans Matthieu les scribes deviennent des pharisiens, ce qui ne les empêche pas
d'être scribes, et fort au courant des Paroles du Rabbi.
MATTHIEU, IX, 34. Mais les pharisiens disaient : C'est par le Prince
des démons qu'il chasse les démons.
En même temps on biffe le nom de ce Prince des dénions, ce Baal-Zib-Baal dont
Bar-Jehoudda disait être le signe et dont avait été formé le nom de Zibdéos. Et
cela permet au Saint-Siège de s'indigner contre les pharisiens : Comme si, dit-il,
Jésus-Christ avait eu des intelligences avec Satan.
C'est Satan lui-même, ô Saint-Siège ! Depuis la scène des trois tentations1 il est
consubstantiel à Satan. Lui est-il coéternel ? Oui, dit l'Église.
LUC, XI, 16. Et d'autres, pour le tenter, lui demandaient un
sèmeion dans le ciel.
Le sèmeion qu'ils lui demandent, c'est précisément celui qu'il devait amener en
789, celui que Bar-Jehoudda disait être le Ieou-Schanâ-os2, et que représente au
naturel le Baal-Zib-Baal de Phénicie. Telle était cette tentation, et elle était si
claire que dans Matthieu et dans Marc l'Église l'a fait disparaître, en même temps
que dans Matthieu elle enlevait à cet endroit le nos du dieu-poisson qui faisait
image et répondait direct ment à la légitime curiosité des scribes de Jérusalem
curiosité allumée par les Écritures de Bar-Jehoudda, e entretenue par celles de
Philippe, de Toâmin et à Mathias Bar-Toâmin. Scribes contre scribes ! Ceux à
Jérusalem mettent le revenant au pied du mur : Où est ton signe ?
Jésus n'entend pas de cette oreille, car s'il leur abandonne le prétendant ridicule
et criminel, il défend en lui le privilège d'exorcisme sans lequel le baptême tombe
à rien et cesse d'être vendable. En effet, si Bar-Jehoudda n'avait pas le pouvoir
de chasser les démons peccants, de quel droit remettait-il les péchés ?
MARC, III, 23. Mais Jésus, les ayant appelés, leur disait en
paraboles : Comment Satan peut-il chasser Satan ?
24. Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne
peut subsister.
23. Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison
ne peut subsister.

1 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.


2 Os, signe, shanâ, année, Ieou, Dieu. D'où par élision le nom de Ioannès.
26. Si donc Satan s'est élevé contre lui-même, il est divisé, et il
ne pourra subsister ; mais il touche à sa fin1.
Parole maladroite, où Jésus avoue qu'après comme avant Bar-Jehoudda, Satan
est toujours le maitre du monde !
Bar-Jehoudda n'était donc pas fils de Dieu, puisqu'il n'avait pu déposer Satan ? Il
était donc mort comme tout le monde ? Les entrepreneurs de sa divinité
n'étaient donc, en dehors de leurs crimes, que d'affreux menteurs capables de
mettre toute la terre à feu et à sang pour emplir leurs poches des dépouilles du
goy ?
MATTHIEU, XII, 23. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit
: Tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné, et toute ville
ou maison divisée contre elle-même ne subsistera pas.
26. Que si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même :
comment donc son Royaume subsistera-t-il ?
27. Et si, moi, je chasse les démons par Baal-Zib-Baal, par qui
vos enfants les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-
mêmes vos juges.
LUC, XI, 17. Mais Jésus, ayant vu leurs pensées, leur dit : Tout
royaume divisé contre lui-même sera désolé, et une maison
tombera sur une autre maison.
18. Que si Satan est divisé contre lui-même, comment son
Royaume subsistera-t-il ? car vous dites que c'est par Baal-Zib-
Baal que je chasse les démons.
19. Et si, moi, je chasse les démons par Baal-Zib-Baal, vos fils,
par qui les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos
juges.
Jusque-là Jésus n'avait pas voulu prendre à son compte les vulgaires exorcismes
de Bar-Jehoudda, il ne parlait qu'en paraboles, comme dit Marc, mais entré dans
l'engrenage du mensonge, il lui faut aller jusqu'au bout. Il affirme qu'il a existé
en chair, lui, Jésus, et que ces pratiques ont été la preuve de sa royauté
spirituelle.
MATTHIEU, XII, 28. Mais si je chasse les démons par l'Esprit de
Dieu, le Royaume de Dieu est donc venu jusqu'à vous.
Les pharisiens, qui sont censés l'entendre, ne protestent plus ; à une minute
d'intervalle, ils admettent que Bar-Jehoudda avait l'Esprit de Dieu et non celui de
Baal-Zib-Baal.
Le mot Esprit laissant subsister un doute sur la corporéité de Jésus, — il y a des
gens si mal intentionnés ! — l'Église dans Luc lui a donné un doigt, un seul, mais
quel doigt !
LUC, XI, 20. Mais si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les
démons2, c'est que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous.

1 En 788 il n'avait plus qu'un an à vivre. L'expression est prise à l'Apocalypse, cf. le
Charpentier.
2 Ei dè en dactulô Theou ecballô ta daimonia.
II. — ÉLOGE ET NÉCESSITÉ DU MENSONGE.

C'est à tort que les Juifs ont considéré Bar-Jehoudda comme un banal exorciste.
Les démons qu'il aurait chassés si on l'eût laissé faire, ce sont les loups de Rome
et les pourceaux gaulois. Fils de David, il était le fort armé, envoyé par le Dieu
de la milice céleste pour garder sa maison terrestre, le Temple de Jérusalem.
Faute de l'avoir soutenu, lui et ses frères, les Juifs ont livré la maison de Dieu à
Vespasien d'abord, à Hadrien ensuite.
LUC, XI, 21. Lorsque le fort armé garde l'entrée de sa maison, ce
qu'il possède est en sûreté.
22. Mais qu'un plus fort que lui survienne, en triomphe, il
emportera toutes ses armes, dans lesquelles il se confiait, et il
distribuera ses dépouilles.
MARC, III, 27. Nul ne peut entrer dans la maison du fort et ravir
ce qu'il possède, s'il ne l'a lié auparavant ; c'est alors qu'il pillera
sa maison.
MATTHIEU, XII, 29. D'ailleurs, comment quelqu'un peut-il entrer
dans la maison du fort et enlever ce qu'il possède, si auparavant
il ne lie le fort ? C'est alors qu'il pillera sa maison.
Voilà justement ce qui s'est passé après la capture et l'exécution de Ménahem
par ses sujets. Qu'ont fait ces misérables ? Ils ont eux-mêmes lié, comme pour le
compte des Romains, le dernier des frères de celui qui liait et déliait sur terre !
Le fils de David est maintenant à la droite de Celui qui lie.et délie dans le ciel.
Lier le Fort des forts, voilà ce dont Satan est incapable. Le rez-de-chaussée qu'il
occupe dans le ciel ne lui permet pas de piller la maison de Iahvé, qui est au
sommet de cette construction à trois étages. C'est ce Fort-là, cet Adonaï, qui
reste aux Juifs, terrestrement liés par ces deux Satans qui se sont appelés
Vespasien et Hadrien ; or Bar-Jehoudda est devenu son fils. Par conséquent, si
sous un vain prétexte de blasphème et de criminalité, ils répudient l'individu qui
exorcisait par Baal-Zib-Baal, Adonaï, qui peut tout, les laissera liés par la Bête et
divisés contre eux-mêmes ; et ils le seront encore davantage quand il liera Satan
pour mille ans, lors du premier jugement et de la première résurrection. Or ce
premier jugement, qui le prononcera ? Cette résurrection, qui la fera ? Celui-là
même qui chassait les démons sous Tibère. Ils se condamnent donc en le
condamnant. C'est ce qu'il explique avec une insistance diabolique.
MARC, III, 28. En vérité, je vous le dis, tous les péchés seront
remis aux enfants des hommes, même les blasphèmes par
lesquels ils auront blasphémé.
29. Mais celui qui aura blasphémé contre l'Esprit-Saint, n'en aura
jamais la rémission ; mais il sera coupable d'un péché éternel.
30. (Parce qu'ils disaient : Il est possédé d'un esprit impur.)
LUC, XI, 23. Qui n'est pas pour moi est contre moi ; et qui
n'amasse pas avec moi, dissipe.
MATTHIEU, XII, 30. Qui n'est pas avec moi, est contre moi ; et qui
ne rassemble pas avec moi, disperse.
31. C'est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème
sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre l'Esprit ne
sera point remis.
32. Et quiconque aura parlé contre le fils de l'homme1, il lui sera
remis ; mais si quelqu'un a parlé contre l'Esprit-Saint, il ne lui
sera remis ni en cet Æon ni dans l'Æon à venir.
Qu'ils continuent, si bon leur semble, à dire que Bar-Jehoudda exorcisait par
Baal-Zib-Baal, il leur sera pardonné, encore feraient-ils mieux de se taire ! Mais
s'ils méconnaissent le révélateur de leur divinité, de leur droit de juger les autres
hommes, ils sont condamnés d'avance ! Vous avez vu cette idée beaucoup plus
développée dans Cérinthe2. Qu'est-ce donc que l'Esprit-Saint ? Le Mensonge,
Satan en personne ! S'ils mentent aux goym comme font les jehouddolâtres,
celui qu'ils calomnient les sauvera ! Je ne sais s'il existe quelque part, dans
l'histoire de l'inconscience et de l'hypocrisie, un appel aussi pressant à la
perdition des âmes. On en frémit pour l'espèce humaine. La honte est tellement
forte qu'elle étouffe l'indignation.
Mais je veux m'opposer à moi-même l'interprétation du Saint-Siège sur ce
passage, car il se pourrait que je péchasse par faute de lumière :
Il résulte du contexte même que le péché contre le Saint-Esprit, dont il est ici
parlé, consiste à attribuer au démon les miracles du Sauveur. Or ce péché est dit
irrémissible, parce qu'il est moralement impossible d'en obtenir la rémission,
attendu qu'il a une malice intrinsèque naturellement opposée au pardon. Il
faudrait pour cela un miracle de la grâce que Dieu n'accorde pas selon le cours
ordinaire de sa providence. D'un autre côté, c'est un dogme de la foi catholique
qu'il n'y a aucun péché absolument irrémissible, l'Église ayant reçu le pouvoir de
remettre tous les péchés sans exception, et Dieu, dans sa miséricorde, pouvant
toucher le cœur du pécheur le plus endurci.

Jésus s'emporte ensuite contre les misérables qui s'avisent de contester la


qualité de l'arbre christien au moment où il commence à donner du fruit et du
meilleur ! On n'est pas plus sot que ces gens ! A ce degré, la maladresse est un
crime !
MATTHIEU, XII, 33. Ou estimez l'arbre bon et le fruit bon ; ou
estimez l'arbre mauvais et le fruit mauvais : car c'est par le fruit
qu'on connaît l'arbre.
34. Race de vipères3, comment pouvez-vous dire de bonnes
choses, puisque vous êtes mauvais ? C'est, en effet, de
l'abondance du cœur que la bouche parle.

1 Le Fils de l'homme est tantôt le Verbe incarné, tantôt le fils de Jehoudda. C'est de ce
dernier qu'il s'agit ici.
2 Cf. L'Evangile de Nessus.
3 Expression prise à Flavius Josèphe, qui s'en sert pour désigner les sectateurs de
Jehoudda. Cf. Le Gogotha.
35. L'homme bon tire du bon trésor de bonnes choses, et
l'homme mauvais tire du mauvais trésor de mauvaises choses1.
36. Or je vous dis que toute parole oiseuse que les hommes
auront dite, ils en rendront compte au jour du jugement.
37. Car c'est par tes paroles que tu seras justifié, el par tes
paroles condamné.
Non, mon ami, ce n'est pas par les paroles, car tu dois savoir quels mensonges
elles enferment, c'est par les actes qu'on est justifié ou condamné. Dieu, qui
n'est ni un imbécile ni un ignorant, ne juge que sur les actes. Sans doute tu
pourras prouver, par quinze cents ans de jehouddolâtrie, qu'on peut le fourrer
dedans par des paroles, mais nous sommes quelques-uns (très peu, il est vrai), qui
nous en faisons une autre idée. Ce n'est pas pour des paroles, c'est pour des
actes qu'il a puni Bar-Jehoudda. Toutes les fois que Jésus énonce des axiomes
aussi profondément immoraux, le Saint-Siège les met sur le dos de l'Évangéliste.
Il paraît, dit-il, que c'est un proverbe que l'évangéliste rapporte textuellement,
puisque les verbes sont au singulier.
Ce n'est nullement un proverbe ; et si c'en est un, Jésus a bien tort de le faire
sien. C'est une menace sous condition : absolution pour le faux témoin,
condamnation pour le véridique.

III. — LES SEPT EMPEREURS ANTÉCHRISTS.

Après les avoir ainsi évangélisés, Jésus leur prédit ce qui leur est arrivé pour
n'avoir pas cru aux sept démons qui agitaient Bar-Jehoudda et ses frères, les
bons démons des sept fils de Jehoudda et de Salomé.
MATTHIEU, XII, 43. Lorsque l'Esprit impur est sorti d'un homme, il
s'en va errant en des lieux arides2, cherchant du repos, et il n'en
trouve point.
44. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ;
et, y revenant, il la trouve libre, purifiée de ce qui la souillait, et
ornée.
45. Alors il va et prend sept autres esprits plus mauvais que lui,
et entrant ils y demeurent ; et le dernier état de cet homme est
pire que le premier. Ainsi en sera-t-il de cette génération
perverse.
LUC, XI, 24. Lorsque l'Esprit impur sort de l'homme, il va par des
lieux arides, cherchant du repos ; et, n'en trouvant point, il dit :
Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti.
25. Et, revenant, il la trouve nettoyée de ses ordures, et ornée.

1 L'image du trésor est prise à la similitude du scribe évangéliste. Cf. Les Évangiles de
Satan, 1re partie.
2 Satan fuit les lieux où il y a de l'eau, le baptême lui est contraire.
26. Alors il s'en va, et prend avec lui sept autres esprits pires que
lui, et, étant entrés dans cette maison, ils y demeurent. Et le
dernier état de cet homme devient pire que le premier.
Sous Néron Ménahem avait purifié Jérusalem, la maison de David ; il avait
chassé du Temple les démons hérodiens, tels Saül et Costobar ; il avait
également purifié Massada de sa garnison romaine1. Mais depuis, Vespasien,
Titus, Domitien, Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin ont été ramenés par Satan dans
la maison de David. Que les Juifs ne s'étonnent pas d'être dans un état pire que
le premier ! L'Église a fait sauter dans Luc la conclusion de Matthieu : Ainsi en
sera-t-il de cette génération perverse. Cette conclusion avait l'inconvénient de
dater le discours de Jésus en y introduisant sept des empereurs antéchrists
énumérés dans l'Apocalypse de Pathmos, depuis Vespasien jusqu'à Marc-Aurèle.
Contre le bon sabbat de la kabbale judaïque s'est dressé le mauvais sabbat latin,
le sabbat des sept têtes et des sept collines, et jusqu'à présent la Bête triomphe
encore : mais qu'en restera-t-il si Bar-Jehoudda revient pour juger les vivants et
les morts ?

IV. — RÉCEPTION PAR JÉSUS DE SA MÈRE ET DE SES FRÈRES


SELON LE MONDE.

Cette cynique défense du failli de 788 vaut à Jésus l'admiration d'une femme qui
intervient juste à ce moment.
27. Or il arriva que, comme il disait ces choses, une femme,
élevant la voix d'au milieu de la foule, lui dit : Heureux le sein qui
vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées !
Cette femme, vous l'avez reconnue. C'est toujours la même, successivement
redressée après dix-huit ans de veuvage2, ou pétrissant le levain judaïque dans
les trois séas3, ou appelant la vengeance de Dieu sur les successeurs du juge
inique qui a décidé pour Hérode contre David4 : c'est la mère de Jésus selon le
monde.
28. Mais Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de
Dieu, et qui la gardent !
La parole de Dieu ne varie pas, c'est l'Évangile du Royaume.
Puisqu'il est dans sa maison selon le monde, la maison dont ont été chassés sa
mère, ses frères et ses sœurs, Jésus refusera-t-il de les y recevoir sous le
prétexte que ce sont des pécheurs ? Bar-Jehoudda est à la porte, inaccessible au
remords, mais tremblant de frayeur. C'est lui qui négocie l'audience. Toute sa
famille est derrière lui, sa mère, ses six frères, Shehimon, Jacob senior, Jacob
junior, Philippe, Jehoudda Toâmin et Ménahem, ses deux sœurs, Thamar, femme
d'Éléazar, et Salomé, femme de Cléopas, ses beaux-frères et ses belles-sœurs,
tous les Cléopas et tous les Jaïr. Une foule considérable, toute la Gaulanitide,

1 Cf. Le Gogotha.
2 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
4 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
toute la Bathanée, les entoure, curieuse de savoir comment va se tirer d'affaire
ce Jésus dans la bouche de qui le mensonge ne s'est jamais trouvé1 !
MATTHIEU, XII, 46. Lorsqu'il pariait encore au peuple, voilà que sa
mère et ses frères étaient dehors, cherchant à lui parler.
47. Quelqu'un lui dit2 : Voilà votre mère et vos frères qui sont
dehors et qui vous cherchent.
MARC, III, 31. Cependant sa mère et ses frères vinrent ; et, se
tenant dehors, ils l'envoyèrent appeler.
32. Or la foule était assise autour de lui, et on lui dit3 : Voilà
dehors votre mère et vos frères qui vous cherchent.
LUC, VIII, 19. Cependant sa mère et ses frères vinrent vers lui, et
ils ne pouvaient l'aborder à cause de la foule.
20. On vint donc lui dire : Votre mère et vos frères sont là
dehors, qui voudraient vous voir.
La question est posée sans la moindre ambiguïté. L'Évangéliste veut bien parler
des frères et des sœurs de Bar-Jehoudda, son intention est formelle ; le texte
grec ne l'est pas moins : voici la mètèr de vous, voici les adelphoi de vous. On
sait que l'Église, tout en traduisant adelphoi par frères, — il n'y a pas moyen de
faire autrement ! — exige que ces frères soient simplement des cousins. Je ne
veux pas rouvrir la discussion4 ; elle est close, depuis le premier jour, par
l'histoire, par l'étymologie, par les quatre Évangiles eux-mêmes. Il n'y a plus
qu'un point de grammaire à vider. Si les adeiphoi sont seulement des cousins,
pourquoi ne pas traduire mètèr par tante ?
La scène n'aurait aucun intérêt si Jésus n'avait pas devant lui la mère, les frères
et les sœurs dont les scribes de la secte l'ont affublé.
L'intention de l'Évangéliste est que Shehimon, Jacob senior et Ménahem, qui ont
parmi les Naziréens une autorité supérieure à celle de Bar-Jehoudda, soient
traités sur un pied égal. Il s'agit d'une tentation dans le genre de celles que les
pharisiens, inspirés par l'exemple de Satan, font subir à Jésus depuis le
commencement de la fable. Vous savez par quels moyens il les repousse. Ici il
laisse entrer la mère, les frères et les sœurs de Bar-Jehoudda qui au surplus sont
chez eux. Il leur offre des sièges, puis il se tourne vers les compères habilement
disposés par la main de l'Évangéliste.
MARC, III, 33. Et leur répondant, il dit : Qui est ma mère, et qui
sont mes frères ?
34. Et, regardant ceux qui étaient assis auprès de lui : Voici, dit-
il, ma mère et mes frères,
35. Car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là es mon frère, et
ma sœur, et ma mère.

1 Cf. L'Apocalypse dans Le Roi des Juifs.


2 Eipé dé tis auto. Bar-Jehoudda, par droit d'aînesse. Il était certainement nommé dans
le dispositif original.
3 Eipon dé auto. Ce n'est plus quelqu'un de qualifié pour lui parler, comme dans Matthieu
; c'est la foule elle-même.
4 Cf. Le Charpentier.
MATTHIEU, XII, 48. Mais, répondant à celui qui lui parlait il dit :
Qui est ma mère et qui sont mes frères ?
49. Et, étendant la main vers ses disciples, il dit : Voici ma mère
et mes frères.
50. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les
cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère.
LUC, VIII, 21. Jésus, répondant, leur dit : Ma mère mes frères
sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et l'accomplissent.
Le tour est joué. Les tentateurs se retirent avec la honte d'avoir été encore une
fois battus.
Tout en reniant les parents qu'on lui donne, Jésus les avoue en qualité de
disciples de l'Agneau. Et comme il est l'Agneau, ils sont ses disciples. S'il pouvait
être franc, il dirait : ses inventeurs.
Cependant, notre explication n'étant pas revêtue sceau de l'infaillibilité, en voici
une qui offre au plus haut degré ce caractère, c'est celle du Saint-Siège : La
réponse du Sauveur signifie, selon l'explication des Pères, que, quand il s'agit de
la gloire et des intérêts de Dieu, on ne doit considérer ni parents ni amis ; pas
plus qu'on ne doit considérer la chair et le sang, dès qu'ils s'opposent à ce que
Dieu demande de nous. Enfin, Jésus-Christ nous apprend par là qu'il préfète aux
parents et aux amis selon la chair ceux qui lui sont attachés selon l'esprit, ceux
qui l'écoutent, qui l'aiment et qui le suivent. Ainsi sa réponse n'avait nullement
pour but de montrer du mépris pour sa mère et ses parents.

V. — ESSAI DE QUELQUES MANŒUVRES FRAUDULEUSES.

Dans toute cette série de scènes enfantées par son imagination, l'Évangéliste
primitif n'avait pas dissimulé que Jésus ne fût l'ombre du Fils de l'homme et non
le christ lui-même. On voyait très bien Jésus, d'un côté, Bar-Jehoudda, de
l'autre, séparés par deux siècles, et Jérusalem deux fois tombée dans l'intervalle.
L'Église a senti le besoin de revenir sur ces écritures pour faire croire aux goym
que déjà, du temps où l'action se passe, les Juifs connaissaient Jésus comme un
être réel et identique au christ, et que celui-ci avait été l'auteur de toutes les
expulsions de diables opérées par son revenant. Voici donc ce qu'elle a glissé à
ce sujet dans un autre chapitre de Matthieu :
MATTHIEU, XII, 22. Mors on lui présenta un démoniaque aveugle
et muet, et il le guérit, en sorte qu'il parlait et voyait.
23. Et tout le peuple, frappé de stupéfaction, disait : N'est-ce
point là le fils de David ?
Mon dieu, non, ce n'est pas précisément lui, mais c'est son revenant sous
quelque Constantin.
24. Or, entendant, cela, les pharisiens disaient : Celui-ci ne
chasse les démons que par Baal-Zib-Baal, prince des démons.
Bar-Jehoudda n'avait rien pu que de jour, et encore avait-il été fort médiocre.
Mais pour Jésus qui est la lumière de vingt-quatre heures, c'est un jeu de guérir
toutes les maladies la nuit. Et même, à la faveur à l'obscurité qui règne sur la
terre, l'Évangile lui fait endosser les infirmités dont Bar-Jehoudda et les siens
avaient publiquement souffert pendant le jour. C'est peut-être abuser !
MATTHIEU, VIII, 16. Le soir étant venu, on lui présenta beaucoup
de démoniaques, et par sa parole il chassait les malins esprits, et
il guérit tous les malades :
17. Afin que s'accomplit la parole du prophète Isaïe disant : Lui-
même a pris nos infirmités, et il s'est chargé de nos maladies.
MARC, I, 32. Cependant, le soir venu, lorsque le soleil fut couché,
ils lui amenèrent tous les malades et les démoniaques.
33. Et toute la ville était assemblée à la porte.
34. Et il guérit beaucoup de malades affligés de diverses
infirmités, et il chassait beaucoup de démons ; mais il leur
permettait pas de dire qu'ils le connaissaient.
Il leur défend de dire qu'ils le connaissaient pour avoir été le christ. Il veut bien
prendre son corps, il ne veut pas porter sa renommée.
LUC, IV, 40. Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient
des infirmes atteints de diverses maladies, les lui amenaient. Or
Jésus, imposant les mains sur chacun d'en les guérissait.
41. Et les démons sortaient d'un grand nombre, criant, disant :
Vous êtes le Fils de Dieu ; et, les gourmandant il ne leur
permettait pas de dire qu'ils sussent qu'il était christ.
Ou pour mieux dire : qu'il l'avait été. Ce qu'il leur défend de dire, car les goym
écoutent aux portes, c'est qu'au fond il n'est que le revenant de l'imposteur qui
se disait christ.
Jusqu'ici Jésus s'est tenu dans le pays de Nazireth et dans la beth léhem de
Gamala, mais on sent bien qu'il va lui falloir se montrer dans les villes qu'a
évangélisées Bar-Jehoudda. C'est Shehimon qui le rappelle à son devoir.
MARC, I, 35. Le lendemain, s'étant levé de grand matin, il sortit et
s'en alla en un lieu désert, où il priait.
36. Simon et ceux qui étaient avec lui le suivirent.
37. Quand ils l'eurent trouvé, ils lui dirent : Tout le monde vous
cherche1.
38. Et il leur répondit Allons dans les villages et les villes voisines,
afin que je prêche là aussi : car c'est pour cela que je suis venu2.
39. Il prêchait donc dans leurs synagogues et dans toute la
Gaulée, et il chassait les démons.
Shehimon ayant été le successeur de Bar-Jehoudda, il était tout naturel que ce
fût lui qui conduisit ses frères puinés à ce revenant.

1 On le cherchait, en effet. Ton père et moi, nous te cherchions, dit-on dans Luc. (Cf. Les
Évangiles de Satan, 1re partie). Mais ils ne le trouvèrent point.
2 Pas du tout, il est venu pour sauver Bar-Jehoudda et les siens.
Mais comme on lui a enlevé sa qualité de frère cadet du Juif consubstantiel et
coéternel au Père, l'Église l'a fait disparaître de Luc et de Matthieu.
Luc, tv, 42. Lorsqu'il fit jour, il sortit et s'en alla en un lieu désert,
et la foule le cherchait ; et ils vinrent à lui, et ils le retenaient, de
peur qu'il ne les quittait.
43. Il leur dit : Il faut que je prêche aux autres villes le Royaume
de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé.
44. Et il prêchait dans les synagogues de Galilée.
MARC, III, 9. Il dit alors à ses disciples de lui amener une barque,
à cause de la foule, de peur qu'il n'en fût accablé.
10. Car il en guérissait beaucoup, de sorte que tous ceux qui
avaient quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher
11. Les esprits impurs eux-mêmes, lorsqu'ils le voyaient, se
prosternaient devant lui et criaient, disant :
12. Vous êtes le Fils de Dieu. Mais il leur défendait avec de
grandes menaces de le révéler.
Si Jésus avait existé, il ne faudrait pas s'étonner qu'avec une pareille consigne
ses contemporains eussent refusé de reconnaître sa divinité, il ne néglige aucune
occasion de leur en cacher les preuves
Défense aux démoniaques de dire qu'ils sont guéris.
Défense aux sourds-muets de dire qu'ils entendent.
Défense aux aveugles de dire qu'ils voient.
Défense aux lépreux de dire qu'ils sont purifiés.
Défense à tous de dire qu'il est le christ.
Enfin défense aux démoniaques de dire qu'il est Fils de Dieu.
Il entend bien mal la publicité ! Jésus-Christ, dit Saint-Siège, fait cette défense
pour nous donner l'exemple de l'humilité. Nous ne devons pas aimer qu'on publie
nos vertus et nos bienfaits : à Dieu seul appartiennent l'honneur et la gloire.
Nous le pensons aussi, mais en ce cas pourquoi proclamer consubstantiel et
coéternel au Père un Juif condamné pour crimes publics ?

VI. — RÉAPPARITION DE JÉSUS APRÈS L'EMPRISONNEMENT


DE JOANNÈS.

Nous supposons qu'après avoir purifié sa maison selon le monde de tous les
démons qui la hantaient, Jésus est remonté au ciel où il a passé huit années près
de son Père, car nous perdons ses traces vers 778 et nous ne le retrouvons plus
qu'en 787. On eut le plus grand besoin de lui, cette année-là, pour tirer de prison
Bar-Jehoudda et ressusciter Jacob junior lapidé par le prince Saül. Les
synoptiseurs le sonnèrent, et il revint. L'emprisonnement de Bar-Jehoudda et de
tous ses frères, à cause du scandale qu'ils avaient soulevé à la piscine de Siloé,
était un fait indissimulable. Il était dans Flavius Josèphe1, il était dans Papias, il
était dans Cérinthe, probablement avec plus de détails qu'aujourd'hui, sans quoi
Luc et les Actes des Apôtres n'auraient pas été obligés de donner le change sur
ses véritables motifs. Car l'Église aura beau glisser dans Luc le programme
éminemment pacifique et bénin de Joannès, celui qui se disait christ prêchait tant
de choses en contradiction avec celles-là, qu'il s'est attiré des mésaventures sur
lesquelles il a paru bon de jeter le voile.
LUC, III, 18. Il disait encore beaucoup d'autres choses dans
l'Évangile qu'il annonçait au peuple.
Certes. Il lui disait tout le contraire de ce qu'on lui fait dire aujourd'hui. Aux
riches il disait : Vendez vos terres et m'en remettez l'argent ! Aux publicains :
Volez Rome si vous voulez être mes sujets ! Aux soldats : Désertez le drapeau
d'Hérode Antipas et venez sous le mien !
19. Mais comme il reprenait Hérode le tétrarque, au sujet
d'Hérodiade, femme de son frère, et à cause de tous les maux
qu'il avait faits,
20. Hérode ajouta encore celui-ci à tous les autres : il fit mettre
Ieou-Shanâ-os en prison2.
Il est possible qu'Antipas fût nouvellement remarié, lorsqu'éclata l'affaire des
Tabernacles, elle est de 787, mais ce n'est pas lui qui fit coffrer Bar-Jehoudda et
ses frères, c'est le cousin Saül, déjà stratège du Temple. En tout cas, ils
s'évadèrent tous, à l'exception peut-être de Jacob junior qui fut condamné par le
Sanhédrin et lapidé. Luc juge inutile de porter ces menus détails à la
connaissance du très excellent Théophile3. Le très excellent Théophile croira ou
fera semblant de croire que le baptiseur n'est jamais sorti de la prison, et
d'ailleurs on oublie de lui dire que cette prison est Hanoth de Jérusalem.

VII. — RÉSURRECTION DE JACOB JUNIOR.

Jésus veut bien aller au désert, c'est là qu'on est le mieux pour causer avec
Satan. Mais il ne veut pas être allé dans le Hanoth où a été enfermé le christ,
comme le constatent Cérinthe, Lue et les Actes des Apôtres. Et puis il a besoin
de toute sa liberté pour ressusciter Jacob junior qui a été lapidé par le prince
Saül en 787, peu de temps après l'affaire des Tabernacles. Cette résurrection
n'est plus que dans Luc, mais il se peut bien qu'elle ait été dans Cérinthe avant
celle d'Eléazar, car Hyménée et Philète en ont connu plusieurs avant celle de
Bar-Jehoudda4. Jacob junior figurant dans la liste des apôtres sous le nom
d'Andréas et accompagnant Jésus pendant toute la logophanie jusqu'au 14 nisan
788, il faut nécessairement qu'il ait été ressuscité à son rang, c'est-à-dire en
787.

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Katécleisé tôn Iôannen en tè phulakè. Il s'agit bien d'une mise en prison.
3 Le personnage imaginaire à qui l'Église dédie les Actes et l'Évangile de Luc.
4 C'est le premier des sept qui ait été martyr et par conséquent ressuscitable. Pour
obtenir que son aîné ait été ressuscité le premier, il a fallu antidater de six ans l'action et
la placer en l'année sabbatique 781.
LUC, VII, 11. Et il arriva qu'il s'en allait ensuite dans une ville
appelée Naïm1 : et ses disciples l'accompagnaient, ainsi qu'une
foule nombreuse.
12. Or, comme il approchait de la porte de la ville, voilà qu'on
emportait un mort ; [fils unique de] sa mère, [et celle-ci] était
veuve2 ; et beaucoup de personnes de la ville l'accompagnaient.
13. Lorsque le Seigneur l'eut vue, il fut touché de compassion
pour elle, et lui dit : Ne pleurez point.
14. Alors il s'approcha, toucha le cercueil (ceux qui le portaient
s'arrêtèrent), et il dit : Jeune homme, je te le commande, lève-toi.
15. Et celui qui était mort se mit sur son séant, et commença à
parler ; et Jésus le rendit à sa mère.
16. Et tous furent saisis de crainte ; et ils glorifiaient Dieu, disant
: Un grand prophète s'est élevé parmi nous et Dieu a visité son
peuple.
17. Et le bruit s'en répandit dans toute la Judée et à tout le pays
d'alentour.
Cela tient sans doute à ce que, contrairement à ses habitudes, Jésus ne donne
pas ordre de n'en rien dire. L'affaire des Tabernacles et la lapidation de Jacob
junior firent, en effet, un bruit énorme dans les milieux juifs.

VIII. — RÉAPPARITION DE JÉSUS APRÈS LA CRUCIFIXION DE


BAR-JEHOUDDA.

Tandis que les gardes maintiennent solidement Bar-Jehoudda dans le Hanoth


pour qu'il n'aille pas reparaître et baptiser pendant toute l'année proto-jubilaire,
Jésus revient au Jourdain par le procédé familier aux évangélistes, la simple
substitution de son nom à celui de Joannès. Et qu'y prêche-t-il ? Ce qu'y avait
prêché Bar-Jehoudda : l'Évangile du Royaume.
Dans le dispositif original de Matthieu et de Mar Jésus n'apparaissait à
Kapharnahum qu'après la livraison de Bar-Jehoudda aux Romains, par
conséquent après la crucifixion d'icelui. En bonne logique, Jésus ne pouvait être
son revenant qu'à cette condition. Il en est encore ainsi dans le dispositif actuel.
J'en suis excessivement fâché pour les exégètes, mais s'ils avaient laissé aux
mots le sens qu'ils ont dans les dictionnaires, ils sauraient cela depuis seize ou
dix-sept cents ans !
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que dans l'intervalle qui s'écoule entre les
temps de Tibère et la composition de la fable, les scribes de la secte ont
ressuscité Bar-Jehoudda sous le nom de Joannès. Somme toute, Joannès revient

1 Haggan Aïn. Cf. Le Roi des Juifs et Le Saint-Esprit.


2 Cette veuve étant beaucoup trop connue par ses sept fils, les synoptiseurs ne lui en
donnent plus qu'un ici.
sous le nom de Jésus pour essayer de se faire pardonner le mal qu'il a fait à son
pays. Il plaide les circonstances atténuantes.
MARC, I, 14. Mais après que Ieou-Shanâ-os eut été livré...1
Joannès a donc été livré, comme le Jésus de l'Évangile. Il a été livré dans une
circonstance qui n'a rien de commun avec son emprisonnement et sa
décapitation actuelles. Dans le dispositif de la décapitation Antipas le fait arrêter
chez lui. Ici, au contraire, le mot employé par l'Évangéliste ne souffre aucune
interprétation de ce genre, et quoique des exégètes l'aient rendu par mis en
prison, le Saint-Siège nous fait l'honneur inespéré de se ranger à notre
traduction.
... Jésus vint en Galilée, prêchant l'Évangile du Royaume de Dieu,
15. Et disant : Parce que le temps est accompli, et que le
Royaume de Dieu est proche, faites pénitence et croyez à
l'Évangile.
Tout ce qu'il peut faire, puisqu'il s'est réduit à la condition humaine, c'est de
reprendre l'Apocalypse au point où Joannès l'a laissée au Guol-golta. Pour
sanctionner la doctrine, il ira bientôt jusqu'à recevoir baptême des mains de son
inventeur !
Matthieu est plus explicite encore sur ce fait que Jésus est descendu dans les
Écritures longtemps après la livraison de Bar-Jehoudda aux Romains.
MATTHIEU, IV, 12. Mais quand Jésus eut appris que Ieou-Shanâ-
os avait été livré2, il se retira en Galilée.
13. Et, ayant quitté la ville de Nazireth, il vint demeurer à
Capharnaüm, ville maritime, sur les confins de Zab et de
Nephtali.
Le site de Capharnaüm, dont le nom revient si souvent dans les Évangiles, est
encore aujourd'hui un problème, dit le Saint-Siège. La malédiction prononce par
le Sauveur contre cette ville coupable s'est si littéralement accomplie, que
personne ne peut dire a' certitude où était son emplacement. En tout cas c'était
sur la rive droite du lac, et non sur la rive gauche, nous l'avons démontré3.
Avant son emprisonnement Bar-Jehoudda habits ; Gamala, mais n'y pouvait
baptiser, faute d'eau sure sante. Surveillé par Antipas, et d'ailleurs forcé Pi
l'échéance proto-jubilaire de se manifester, il vint s'installer à Kapharnahum avec
sa mère et ses frères, tout au moins Shehimon et sa famille, mais ce n'était
nullement :
14. Afin que s'accomplit la parole du prophète Isaïe, disant :

1 Metà dè to paradothènai tôn Ioannen. Paradothènai, c'est proprement le fait d'être


livré, livré au supplice qui, dans le cas particulier, fut une crucifixion et nullement une
décapitation. Cela est d'autant plus certain que, pour désigner la livraison de Bar-
Jehoudda au Temple par Is-Kérioth, les Évangélistes emploient uniformément le verbe
paradidômi.
2 Acousas dé o Iésous oti Iôannès parédothè. Livré au supplice, non mis en prison,
comme on le lit dans la plupart des traductions notamment celle du Saint-Siège.
3 Cf. L'Evangile de Nessus.
15. La terre de Zabulon et la terre de Nephtali, voie de la mer au
delà du Jourdain, Galilée des nations1,
16. Le peuple qui 'était assis dans les ténèbres, a vu une grande
lumière ; quant à ceux qui étaient assis dans la région de l'ombre
de la mort, une lumière s'est levée aussi pour eux.
De ceux-là était Bar-Jehoudda ; la grande lumière, c'est Jésus2, il est descendu
pour ressusciter le pseudo-christ quand son tour sera venu,' c'est-à-dire après
Jacob junior, Éléazar et la femme de Shehimon.
Dans Luc on ne veut plus que Joannès ait été livré à qui que ce soit, Jésus arrive
au Jourdain après l'emprisonnement des sept en 787.

IX. — L'ÉVANGILE DU ROYAUME ET LES BAPTÊMES.

Nous voilà enfin parvenus à l'année proto-jubilaire 788, dite la manifestation de


l'enfant-christ dans la Nativité, et qui vit l'étincelante faillite du Royaume des
Juifs.
Le Joannès des synoptisés n'a pas encore perdu toute forme. Certes on ne lui fait
pas encore dire comme dans le Quatrième Évangile, qu'en son vivant Jésus lui a
été préféré, — l'Église a voulu faire croire par là qu'il y avait eu deux personnes
au Jourdain, mais enfin il retient encore quelques traits de son premier état de
christ-baptiseur.
On n'en est pas encore à l'imposture du Quatrième Évangile où on lui fait
déclarer qu'il n'a été ni le christ, ni le prophète, quoique Jésus le tienne pour le
plus grand de tous les prophètes, ni Élie, quoique Jésus estime qu'il a été Élie. Il
n'avoue plus avoir été roi-christ, — on l'avoue plus loin pour lui, — mais enfin il
reconnaît encore avoir été l'Évangéliste, celui que Cérinthe appelle le héraut du
Verbe3. Ce n'est pas encore une infâme calomnie de dire qu'il a prêché le
Millénium, que celui qui devait venir après lui devait baptiser dans le Saint-Esprit
et dans le feu, agiter son van, nettoyer son aire, mettre le bon grain dans le
grenier et livrer la paille aux flammes.
On ne nie pas non plus qu'il n'ait remis les péchés — ce qui implique la qualité de
christ, comme les pharisiens le font observer dans Cérinthe, — mais on ne
prononce plus le mot Bathanéa qui répond à de fâcheuses idées pour ceux qui
l'accusent de s'être dit roi des Juifs. On ne donne plus d'armes à ceux qui
l'accusent d'avoir refusé le tribut, de s'être fait oindre en cette même Bathanée
où il baptisait, d'avoir conduit une bande de brigands à l'assaut du Temple, de
s'être enfui devant la cavalerie de Pilatus et d'être enfin l'homme qui a été
crucifié au Guol-golta ?
Nul autre que lui n'a incarné le Verbe de Dieu au Jourdain, nul antre ne fut
l'homme-verbe, comme on dit l'homme-orchestre. La Parole juive ne s'est pas
incarnée deux fois de suite dans le même lieu, la même année, le même jour et
par le même moyen, une fois en Joannès, une autre dans un nommé Jésus.

1 Citation tronquée et infidèle. Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Il est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Cf. L'Évangile de Nessus.
3 Cf. L'Évangile de Nessus.
La Parole, — et quelle ! un horrible cri de haine contre l'humanité tout entière à
l'exclusion des Juifs ! — c'est Joannès le baptiseur, Iaô-Shanâ-os le Ieôschoua, le
sauveur qui eut des témoins, et non un certain Jésus que personne ne vit jamais,
et qui, s'il eût paru avec les idées qu'on lui prête, eût péri de la main même du
christ.
Comme le dit très bien le Quatrième Évangile, il y eut un homme envoyé de son
Dieu sous le nom de Joannès, et non deux ; un homme oint de Dieu, christ de
Dieu, et non deux ; un sauveur par le baptême, et non deux. En l'an sabbatique
788, le Grand Jubilé du Zib ne fut prêché que par un individu et non par deux.
Car, au fond, qu'est-ce que le baptême du Joannès ? La preuve matérielle qu'il
disait être le christ et que sa famille au moins le croyait tel. Pourquoi baptises-tu
si tu n'es pas le christ ? lui demandent les pharisiens du Quatrième Évangile. La
période pendant laquelle il baptisa, période qui peut avoir duré sept ans ou
seulement l'année proto-jubilaire 788, c'est son christat, sa manifestation devant
le peuple, comme dit Luc.
Après avoir longtemps hésité, nous pensons qu'il n'a guère pu baptiser
officiellement et efficacement que dans la dernière année de sa vie, car en
échange du salut le prétendant exigeait des actes qu'on n'eût tolérés pendant
sept ans ni de lui ni des baptisés.
Dans Marc l'année où Bar-Jehoudda prêcha le Royaume des Juifs, est dite le
commencement de l'Évangile.
MARC, I, 1. Commencement de l'Évangile du christ-jésus,
2. Comme il est écrit dans le prophète Isaïe : J'envoie mon ange
devant votre face, qui, marchant devant vous, vous préparera le
chemin.
3. Voici la parole de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie
du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Isaïe n'a rien à voir dans la manifestation du christ en 788, mais on appelle
Ischaïtes la secte qui attend le régime prêché par lui. On donnera donc le change
aux goym : tandis que les Juifs liront Ischaï, père de David, dont le fils doit
régner selon l'Évangile du Royaume, les goym stupides liront : Isaïe qui est un
prophète mort depuis des siècles. Isaïe était si peu de l'affaire que, pour
composer ce passage, l'Évangéliste a dû en emprunter la moitié à Malachie sans
le dire1 !

X. — SIGNALEMENT DU CHRIST POUR LES INITIÉS.

Dans le dispositif des Synoptisés, analogue sur ce point à celui de Cérinthe, on


laissait aux initiés le soin de dater la manifestation baptismale de Bar-Jehoudda,
et il n'était fait aucun effort pour tromper les goym à ce point de vue. Quant à
son lieu de naissance, à son nom de circoncision, à son pouvoir de lier et de
délier, a sou régime naziréen, ils étaient suffisamment indiquée dans le
signalement que voici, incompréhensible aux étrangers.

1 Malachie, III, 1.
MATTHIEU, III, 4. Or Ieou-Shanâ-os avait un vêtement en poil de
Camélos (chameau), et une ceinture de cuir autour de ses reins ;
et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage1.
MARC, r, 6. Or Ieou-Shanâ-os était vêtu de poil de chameau ; il
avait une ceinture de cuir autour de ses reins et vivait de
sauterelles et de miel sauvage.
Gamala2, sa ville natale, veut dire en araméen chameau.
Avec le cuir de sa ceinture il peut lier et délier, dans le sens de la rémission ou
de la rétention des péchés. Il vous souvient qu'après lui son frère Shehimon est
dit pour la même raison le Corroyeur dans les Actes des Apôtres. Enfin vous
savez assez que la ceinture e Jacques, passée autour du corps de Saül, a suffi
pour transformer celui-ci en apôtre jehouddolâtre sous le nom de Paul3.
Cette ceinture est faite de cuir de Gamala, cuir à toute épreuve tanné par
Jehoudda lui-même. Elle ne ressemble en rien à celle que Jérémie enfouit dans
un trou près de l'Euphrate, sur l'ordre de Dieu, et qu'il en retira pourrie au bout
de quelques jours4. Qu'avait voulu prouver Dieu par la ceinture de Jérémie ? Que
tout ce peuple d'hommes mauvais qui ne veulent point écouter mes paroles, qui
marchent dans les égarements de leur cœur et qui courent après des dieux
étrangers pour les servir et les adorer, deviendront tous comme cette ceinture
qui n'est plus propre à aucun usage ! Car comme une ceinture s'attache autour
des reins d'un homme, ainsi m'étais-je étroitement attaché toute la maison
d'Israël et toute la maison de Juda, dit le Seigneur, afin qu'elles fussent mon
peuple, et que j'y établisse mon nom, ma louange et ma gloire ; et cependant
elles ne m'ont point écouté. En effet : elles ont passé leurs premiers-nés au feu
avec une rare intrépidité. Mais cette fois les fils de Juda se sont ravisés, ce sont
les premiers-nés des goym qu'il con' vient d'envoyer dans la fournaise. Quant au
Joannès, Dieu lui a donné ordre de passer autour de ses reins la ceinture
corroyée par lui, celle qui lie et délie salle pourrir jamais.
Que dirons-nous de la nourriture de l'homme au me et au cuir de Gamala ? Le
miel judaïque rend seul la douceur du Verbe. Du miel comme celui-là,
Ils n'en ont pas (bis) en Itali...ie !5
Consultez tous les prophètes et, si cela vous ennuie : leur syndic, Jehoudda lui-
même, tendant à son fils le Livre des destinées : Dans ta bouche il sera doux
comme du miel6. Et Bar-Jehoudda constate qu'en effet le Livre a cette saveur :
Je le dévorai, il était dans ma bouche doux comme le miel. Quant aux
sauterelles, vous n'ignorez pas qu'il n'y a pas d'autre Zib dans l'aridité des
sables, c'est la poissonnade du désert S Peut-être ne me croyez-vous pas, parce
qu'il me manque le caractère sacré. J'en souffre déjà trop pour que vous me le
rappeliez constamment. Mais nierez-vous que le Saint-Siège n'ait ce caractère ?
Or voici ce qu'il dit des sauterelles : On a toujours mangé et l'on mange encore

1 Méli agrion.
2 En grec, Camèlos ; en latin, Camelus. Il était impossible de traduire Gamala autrement
que par Camèlos.
3 Cf. Le Gogotha.
4 Jérémie, XIII, 1-7.
5 C'est le miel ethnique dont parlent aux Grecs de Thessalie les poissonniers de l'Âne
d'Or et que l'Église a changé en miel de l'Etna ! Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
6 Cf. Le Roi des Juifs.
les sauterelles en Orient. Elles sont plus grosses que celles de nos contrées. On
enlève les pattes et les ailes, et on les prépare des manières les plus diverses.
Elles ont un goût qui approche de celui de l'écrevisse ou du homard. Les rois
d'Assyrie en exigeaient comme tribut des peuples qu'ils avaient soumis.
Aucun signalement dans Luc et dans le Quatrième Évangile. Concluons-en que
cette séméiologie était encore trop claire. Et pourtant elle est faite pour que
voyant on ne voie point, et qu'entendant on n'entende point !

XI. — LE BAPTÊME D'EAU.

MATTHIEU, III, 1. Or en ces jours-là, ....


En ces jours-là, dit l'Église, c'est-à-dire au temps de Jésus-Christ, dont ce livre
contient l'histoire (sic) : car cette expression n'indique pas toujours que les faits
qui la suivent soient immédiatement arrivés après ceux qui la précèdent.
Sans doute.
... Ieou-Schanâ-os le baptiseur vint prêcher au désert de Judée1.
Ce détail topographique ne se trouve que dans Matthieu, et dans le Quatrième
Évangile où Bar-Jehoudda est en Bathanée lorsqu'il baptise. L'écrit de Cérinthe
est le seul où on le montre baptisant hors de Bathanée, aux sources de Salomon,
près de Bethléhem, dans la tribu de Juda, et en Samarie dans la tribu d'Éphraïm.
Nous voyons ici qu'avant de baptiser à Kapharnahum, il avait prêché au delà de
l'Idumée, dans le désert qui commençait à Gaza2.
MARC, I, 4. Ieou-Shanâ-os était dans le désert, baptisant3 et
prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés,
MATTHIEU, III, 2. En disant : Faites pénitence, car le Royaume
des cieux [sur la terre] est proche.
3. C'est lui qui a été marqué par le prophète Isaïe lorsqu'il dit : La
voix de celui qui crie dans le désert est : Préparez le chemin du
Seigneur, rendez droits ses sentiers.
LUC, III, 3. Et il vint dans tout le pays qui est aux environs du
Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des
péchés.

1 Jean (Yohanan, Jehovah fait grâce) surnommé Baptiste, parce qu'il baptisait dans le
Jourdain, était de race sacerdotale, fils de Zacharie et d'Élisabeth, cousine de la sainte
Vierge. Ainsi s'exprime le Saint-Siège. Bar-Jehoudda était en effet de race sacerdotale,
mais aussi de race royale, celle de David, et il était christ, sans quoi il n'aurait pas eu le
droit de baptiser. De quel droit baptises-tu si tu n'es pas le christ ? lui demandent les
envoyés du Temple en 777 dans le Quatrième Évangile. Et preuve qu'il n'a pas répondu :
Je ne suis pas le christ, il continue à baptiser, ou pour mieux dire il s'y dispose, car selon
Luc il commence en 781.
2 En souvenir de cette campagne Philippe baptise l'eunuque dans les Actes des Apôtres,
cf. Le Saint-Esprit.
3 Impossible. Il avait dû quitter Gamala, faute d'eau.
4. Ainsi qu'il est écrit au livre des Paroles du prophète Isaïe : On
entendra la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le
chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ;
5. Toute vallée sera remplie, et toute montagne et toute colline
seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les
raboteux, unis ;
6. Et toute chair verra le salut de Dieu.
Même morte, elle le verra : l'Apocalypse est formelle.
Cette rémission par l'eau pourrait embarrasser tout autre que le Saint-Siège, car
enfin, si Joannès remet les péchés dans l'eau, que vient faire la rémission par le
sang de Jésus ? Le double emploi est manifeste, et tout l'avantage de l'invention
reste à Joannès. Le Saint-Siège n'admet donc pas qu'il y ait eu rémission par
l'eau :
Le baptême de saint Jean était un symbole de la rémission des péchés, qu'il
promettait à ceux qui s'en approchaient dans un esprit de componction et de
pénitence, après avoir confessé leurs péchés.
C'est une simple pollicitation que Joannès faisait là, à l'aide d'un symbole ; mais
la rémission réelle, ce devait être le sang versé sur la croix par un second
personnage nommé Jésus. Nulla remissio sine effusione sanguinis, dit le délicieux
auteur des Lettres de Paul.

XII. — LE BAPTÊME DE FEU.

Cette partie est une de celles qui ont été les plus remaniées par les synoptiseurs.
On en a d'abord supprimé une série de questions posées par les pharisiens qui
s'inquiétaient à juste titre des raisons pour lesquelles Bar-Jehoudda se
permettait de baptiser, s'il n'était pas le christ.
LUC, III, 16. Ieou-Shanâ-os répondit1, disant à tous : Pour moi,
je vous baptise dans l'eau ; mais viendra un plus puissant que
moi, de la chaussure de qui je ne suis pas digne de délier la
courroie : lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu.
17. Son van est en sa main, et il nettoiera son aire ; paie il
rassemblera le froment dans son grenier, et brûlera la paille dans
un feu qui ne peut s'éteindre.
MATTHIEU, III, 11. Moi, à la vérité, je vous baptise dans l'eau pour
la pénitence ; mais celui qui doit venir après moi est plus puissant
que moi ; et je ne suis pas digne de porter sa chaussure : lui-
même vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu.
12. Son van est dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire
: il amassera son blé dans le grenier ; mais il brûlera la paille
dans un feu qui ne peut s'éteindre.

1 Remarquez qu'aujourd'hui personne ne lui demande rien.


Comme l'Évangéliste insistait beaucoup trop sur feu qui est l'Esprit de Moloch, les
synoptiseurs supprimé dans Marc. Et pourtant, au dire de l'Infaillible, ce feu n'est
plus la nature de l'Esprit-Saint, mais seulement une image de cet Esprit qui, dit-
il, purifie et enflamme comme le feu.
MARC, I, 6. ... Il prêchait, en disant :
7. Il en vient après moi un autre qui est plus puissant que moi ;
et je ne suis pas digne de délier le cordon de ses souliers, en me
prosternant.
8. Pour moi, je vous ai baptisés dans l'eau ; mais pour lui, il vous
baptisera dans l'Esprit-Saint.
Eh bien ! et le feu qui est la substance même de l'Esprit-Saint ? Nous n'en
parlons donc plus ? Il s'est 'une passé dans l'histoire du christianisme un
événement qui a forcé l'Église à supprimer l'élément qui devait transfigurer le
baptiseur et les baptisés ? Bar-Jehoudda n'a donc pas été millénarisé par le Fils
de l'homme à partir du 15 nisan 789 ? Puisqu'il en est ainsi, par quel élément
autre que le feu ce Juif a-t-il été fait consubstantiel et coéternel au Père ? N'est-
ce point l'élément imposture et blasphème ? Mais s'il n'est plus question du
baptême de feu dans Marc, le revenant de Bar-Jehoudda n'imite pas cette
discrétion dans Luc.
LUC, XII, 49. Je suis venu jeter un feu sur la terre ; et que veux-
je, sinon qu'il s'allume ?
50. Je dois être baptisé d'un baptême ; or combien je me sens
pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse !
Voilà définies en deux phrases l'œuvre active et passive que Bar-Jehoudda devait
accomplir en 789 : envoyer les goym dans le feu et l'Esprit mortel de Satan ;
être baptisé du feu et de l'Esprit-Saint, par conséquent consubstantialisé avec le
Père. Qui ne voit que cette définition faisait partie de l'Evangile antérieur à la
synoptisation ? Et qui croira que ces paroles étaient placées dans la bouche d'un
homme qui viendrait d'être baptisé d'eau par Joannès, comme Jésus dans la
mystification actuelle ?
Qui ne voit que ces paroles : Je dois être baptisé d'un baptême répondent mot
pour mot à cette révélation du Joannès Moi, je vous baptise d'eau, mais celui qui
viendra après moi vous baptisera dans le feu et dans le Saint-Esprit ? Quel était
le premier baptisé dans cette combinaison ? Joannès. Et le Baptiseur ? Le Fils de
Dieu. Mais qu'en dit le Saint-Siège ? Je dois être baptisé d'un baptême ; c'est-à-
dire : je dois être infailliblement baptisé ; je ne peux manquer d'être baptisé. Ce
baptême du Sauveur est sa passion. (Sic.) Quoi ! le baptême dont Bar-Jehoudda
devait être baptisé dans le feu et dans l'Esprit-Saint par l'Être qui tient le van en
sa main, met son grain dans son grenier et consume la paille dans un feu
éternel, c'est la croix sur laquelle a pâti ce scélérat ?
Les efforts que l'Eglise fait pour déguiser ce feu montrent bien qu'elle en a senti
toute la matérialité. Ce feu, dit le Saint-Siège, signifie métaphoriquement dans
l'Écriture l'amour et la tribulation. Il a ici le double sens d'après les Pères. Notre-
Seigneur apporte l'amour divin (Saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, etc.) ;
mais ses disciples auront aussi à passer par le feu de la persécution. (Tertullien,
Maldonat.) Métaphore, dit le Saint-Siège. Eh bien ! et ce qui suit, n'est-ce point le
menaçant langage du baptiseur d'eau aux non baptisés de feu ?
MATTHIEU, III, 8. Faites donc de dignes fruits de pénitence.
9. Et ne songez pas à dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham
pour père ; car je vous le dis, Dieu peut, de ces pierres mêmes,
susciter des enfants à Abraham1.
LUC, III, 8. Faites donc de dignes fruits de pénitence ; et ne
pensez pas dire eu vous-mêmes : Nous avons pour père Abraham
; puisque je vous déclare que Dieu peut faire naître de ces pierres
mêmes des enfants à Abraham.
9. Car la cognée est déjà mise à la racine des arbres. Tout arbre
donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.
Rien de tout cela dans Cérinthe et dans Marc ; il est même surprenant qu'on l'ait
laissé dans Matthieu et dans Luc, où, par sa généalogie, Bar-Jehoudda tombe
sous le coup du Premier jugement comme tous les fils m'Adam. Car avant de se
recommander d'Abraham, ils ont à répondre d'un péché plus ancien, celui
d'Adam. Abraham devra lui-même devra s'expliquer sur ses péchés, il devra dire
pourquoi il vendait sa sœur après en avoir fait sa femme, et si c'est à Iahvé ou à
Moloch qu'il voulait envoyer Isaac, son fils aîné, par le moyen du feu.
MARC, I, 5. Tout le pays de la Judée et tous ceux de Jérusalem
venaient à lui ; et confessant leurs péchés, ils étaient baptisés par
lui dans le fleuve du Jourdain.
MATTHIEU, III, 5. Alors la ville de Jérusalem, toute la Judée et
tout le pays des environs du Jourdain, venaient à lui ;
6. Et, confessant leurs péchés, ils étaient baptisés par lui dans le
Jourdain.
Et leurs péchés leur étaient remis, grâce au privilège de la maison de David. La
ceinture de cuir !

1 Car rien n'est impossible à Dieu. Pour l'idée voir Ézéchiel, XI, 20.
II. — L'AUTO-BAPTÊME DU BAPTISEUR.

I. — LA COLOMBE EUCHARISTIQUE ET LA CÉRÉMONIE


BAPTISMALE.

Nous avons démontré1 que la scène où Joannès baptise Jésus avait été fabriquée
longtemps après l'apparition de l'Évangile de Cérinthe et des Écritures
valentiniennes. Dans le dispositif original, tiré de l'Apocalypse, ce n'est pas à
Jésus, c'est à Joannès que le Père envoie la colombe qui le fait christ et le dit fils
de Dieu.
Dans la pratique baptismale la colombe ne fut point un symbole vague et
imperceptible, ce fut un signe visible, offert à l'admiration des partisans du Roi
des Juifs. La colombe faisait partie du magasin des accessoires où Bar-Jehoudda
puisait tous les éléments de sa mise en scène. C'est une grave erreur de croire
qu'il opérât simplement et qu'il lui suffit de dire : Me voici. Bien au contraire, il lui
fallait frapper les esprits et les yeux par l'étalage d'une pompe charlatanesque
relevée de signes extérieurs où se marquait l'intervention des démons avec
lesquels il était en rapport. Un homme qui se serait présenté sans les oripeaux
du despote et du pontife n'aurait attiré personne à lui. Celui qui avait donné
rendez-vous aux tribus sur le mont Garizim, pour y découvrir les vases qu'il y
avait enterrés la veille2, était étranger à toute candeur, ouvert à tout subterfuge.
Il avait façonné, avec de la terre cuite, un oiseau qu'il faisait voler au grand
ébahissement des naïfs. Ces petits jouets n'étaient point rares, surtout dans
Alexandrie ; ils étaient sans doute actionnés par l'eau, comme l'œolopyle
d'Héron, et en manœuvrant adroitement une machine de ce genre, surtout avec
des compères comme les Shehimon et les Philippe, on pouvait impressionner
facilement les rustres gaulonites perdus d'ignorance et de crédulité. A chaque
séance baptismale, la colombe eucharistique, déployant ses ailes hors de la
manche de l'opérateur adossé à l'orient, venait se reposer doucement sur la tête
de ce fils bien-aimé en qui Dieu mettait toutes ses complaisances. Ce tour
d'adresse est resté dans la mémoire des Arabes du roi Arétas comme une preuve
de la sublimité du prétendant, et Mahomet l'a consigné dans ses Écritures.
Bar-Jehoudda ayant débauché les soldats d'Antipas envoyés contre les Arabes3,
ceux-ci devaient leur victoire à cette trahison. Qu'ils lui en aient su gré, c'est tout
naturel. Mais que le sanhédrin en ait jugé différemment, c'est encore plus facile à
comprendre !
Mahomet tient pour impies et sacrilèges tous ceux qui ont fait de ce Juif un
dieu4, et la vérité est avec lui. Mais la vénération qu'il a pour l'homme est de

1 Cf. Le Charpentier, t. I du Mensonge chrétien.


2 Cf. Le Roi des Juifs.
3 Cf. Le Roi des Juifs.
4 Le Coran, ch. V, la Table, verset 116. Dieu ayant demandé à Jésus, fils de Marie, s'il
avait commandé aux hommes de l'adorer, lui et sa mère, comme des dieux : Seigneur,
répondit-il, leur aurais-je ordonné un sacrilège ? Si j'en étais coupable, ne le saurais-tu
politique profonde. Nul n'a nourri pour les Occidentaux et leurs images plus de
haine que Bar-Jehoudda. Cette haine, il ne la tirait pas que de ses mauvais
instincts, il l'avait formulée d'après la vieille kabbale abrahamique, commune aux
enfants d'Ismaël dont était Mahomet comme à ceux d'Israël dont était le
baptiseur. C'est le kabbaliste, le magicien que Mahomet admire, et il accuse les
Juifs d'avoir manqué à leur propre loi en le condamnant. Ce point de vue est
merveilleusement juste. Bar-Jehoudda possédait le véritable Esprit depuis le
berceau, dit Mahomet, jusqu'à la vieillesse. Lorsque Dieu rassemblera les
prophètes et leur demandera ce que les peuples ont répondu à leurs exhortations
: Seigneur, diront les prophètes, la science n'est point notre partage, toi seul
connais les secrets. Eh bien ! ces secrets, un homme les lui a presque dérobés !
Dieu dira au jésus, fils de Marie : Je t'ai enseigné l'Écriture1, la Sagesse2 (3), le
Pentateuque, l'Évangile3 ; tu formas de boue la figure d'un oiseau, et ton souffle
l'anima par ma permission... Je détournai de toi les mains des Juifs. Au milieu
des miracles que tu fis éclater à leurs yeux, obstinés dans leur incrédulité, ils
s'écriaient : Tout cela n'est que prestige !4
La Colombe eucharistique était le symbole de Dieu par la blancheur. Le Père à la
ressemblance de Colombe, disait Bar-Jehoudda dans les Paroles du Rabbi5. C'est
un rapport que les Assyriens avaient trouvé dans leur imagination, et ils l'avaient
traduit par l'image de cet oiseau sur leurs enseignes. Les Samaritains leur
avaient emprunté ce symbole auquel ils rendaient les honneurs divins comme
aux Séraphins (Téraphim) que Rachel avait emportés de chez Laban6 et que
Jacob enterra, dit-on, mais peu profondément car plusieurs siècles après lui on
les adorait comme au premier jour. C'est aussi la figure de la grande Sémiramis
qu'on disait avoir été nourrie par la Colombe dans la science des choses du ciel
et qui, morte, est à son tour devenue Colombe, ce qu'il faut entendre de son
retour dans le feu et l'Esprit-Saint dont elle avait été baptisée.
Les colombes qu'avait façonnées Bar-Jehoudda — il y en avait sans doute de
rechange pour le cas où l'une d'elles aurait refusé le service — devenaient
lumineuses au moment opportun. La colombe employée contenait une lampe, la
lampe de David7, et d'une telle vertu que, transfiguré par la lumière d'une huile
non moins vierge que l'opérateur, le Jourdain lui-même s'enflamma. Nous savons
cela par le dialogue intitulé Tryphon, écrit si respectable par sa véracité8.
Dans Luc il reste une trace de ces grotesques cérémonies.

pas ? Tu connais ce qui est dans mon cœur, et j'ignore ce que cache ta majesté suprême.
La connaissance des mystères n'appartient qu'au Très-Haut.
1 Les Paroles du Rabbi. Il y en eut des copies arabes.
2 Dans le sens où Bar-Jehoudda lui-même employait le mot. C'est la Gnose. Cf. Les
Evangiles de Satan, 1re partie.
3 L'Évangile du Royaume.
4 Le Coran, ch. V, la Table, versets 108-110.
5 Cf. La Sagesse de Valentin, éd. Amélineau, p. 1.
6 Épiphane, Contra hœreses, l. XI, ch. VIII.
7 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
8 Cf. Les Marchands de Christ.
LUC, III, 21. Or il arriva que, tout le peuple recevant le baptême,
[et Jésus, lui aussi, ayant été baptisé]1 comme il faisait sa prière,
le ciel s'ouvrit.
22. Et le Saint-Esprit descendit sur lui en forme corporelle à la
ressemblance d'une colombe2 ; et on entendit du ciel cette voix :
Vous êtes mon fils bien-aimé, c'est en vous que rai mis toute mon
affection !
Lorsque l'Église a synoptisé les Évangiles pour transformer les baptêmes en un
cas unique, le baptême de Jésus par Joannès, elle a supprimé de Matthieu et de
Marc ce membre de phrase qu'elle a laissé dans Luc : Comme il faisait sa prière.
C'est que cette invocation existait dans les Paroles du Rabbi et qu'elle était
encore employée dans les églises valentiniennes à l'époque où l'Église romaine
entassait faux sur faux pour décharger Jésus de toutes ces inepties et de toutes
ces turpitudes. La seule différence entre le Rabbi et les Valentiniens, c'est que
ceux-ci appliquaient au baptême de fumée la prière de Bar-Jehoudda pendant le
baptême d'eau.
Au mot Ethpethah (Ouvre-toi !), prononcé par Bar-Jehoudda comme il l'est
aujourd'hui par son revenant dans les Synoptisés3, la colombe prenait son vol, le
ciel s'ouvrait assez pour la laisser passer et, comme Jésus dans les Sagesses
valentiniennes4, le roi-pontife s'écriait :
Iaphtha5, Abbas6, Père de toute paternité, Infini de lumière, Aôi,
Iaô, Oia, Iouô.
Psinother, qui régis le Scorpion.
Thernopsin, qui régis le Sagittaire.
Nopsither, qui régis le Capricorne.
[Zackûri, qui régis le Verseau.
Dagouri - Ouridag qui régissez les Poissons]7.
Nephomaôth8, qui régis l'Agneau.

1 Ajouté quand l'Eglise pour raison de commerce eut décidé que Jésus serait baptisé par
Joannès, c'est-à-dire par lui-même.
2 Sômaticô eidei, osei peristéràn.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
4 Pistis Sophia, éd. Amélineau, p. 195. Nonobstant les erreurs copistes et les
arrangements des moines, nous pensons que le texte actuel ne s'éloigne guère de celui
des Paroles du Rabbi.
5 Écoute-moi.
6 Père. Bar-Jehoudda se disait Bar-Abbas, et c'est sous ce nom que les Alexandrins l'ont
mis en scène dans la parodie du sacre, trois ans après sa crucifixion. D'où le nom de Bar-
Abbas donné au double émissaire du crucifié dans Cérinthe. Cf. L'Evangile de Nessus.
7 Les moines coptes ont supprimé ces deux noms, parce qu'ils sont employés dans les
Evangiles, pour désigner le père de Bar-Jehoudda : l'un, Zackûri, presque sans
changement, dans la Nativité selon Luc (cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie) ; l'autre :
Dagouri, sous l'équivalent chaldéen Zibdéos, dans l'allégorie de la barque baptismale.
Nous les rétablissons.
8 On lit Netmomaôth ailleurs (p. 185 de la Pistis Sophia) dans cette même invocation que
nous avons déjà citée à l'occasion de la Nativité. Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
Nephiomaôth - Thobarrabaôth qui régissez les
Gémeaux.
Maratharthak - Marathakthar qui régissez les Ânes.
Arrivé aux Ânes, signe du quatrième jour de la Genèse et de l'entrée dans le
Royaume, Bar-Jehoudda n'allait pas plus loin dans l'énumération des signes,
puisqu'après celui-là il n'y avait plus de temps. Mais il éclatait en cris de
triomphe dont le sens est difficile à déterminer en l'état actuel du texte.
Ioishanâ !1 Ménahem !2 Amenii du ciel I Israïl3. Amen, Amen !
Coubaïbaï Abbababba4. Amen, Amen ! Deraaraï5. Amen, Amen !
Sarsarsartaoû. Amen, Amen ! Koukiminminaï. Amen, Amen ! Iaï,
Iaï tonap. Amen, Amen ! Maïr, Maril, Marei6. Amen, Amen, Amen
!
Nous supposons qu'à ce moment de l'invocation les gens entraient dans l'eau,
tout nus, tels Adam et Ève.
Écoute-moi, mon Père, ô Père de toute paternité !
Je vous invoque aussi, vous qui pardonnez les péchés, qui purifiez
les iniquités !
Pardonnez les péchés des âmes7 de ces disciples qui m'ont suivi
et purifiez leurs iniquités !
Rendez-les dignes d'être comptées dans le Royaume de mon
Père, le Père du trésor de lumière, car ils m'ont suivi et ont gardé
mes commandements !
Les gens entrés dans l'eau, Bar-Jehoudda poursuivait avec la gravité que
commandait un tel spectacle :
Maintenant donc, ô mon Père, Père de toute paternité, que
viennent ceux qui pardonnent les péchés, dont voici les noms !
Giphirepsinikh-ieou,
Zenei,
Berimou.
Sokhabrikhir,
Euthari,
Nanaïdieis balmîrich,
Menaipos8,
Khirie,

1 Armée de Dieu.
2 Consolateur.
3 Victoire.
4 Père.
5 Derrière moi, dit Jésus après ce mot. Bar-Jehoudda se tournait sans doute à ce
moment vers l'Occident.
6 Mélange des mots Maran, Seigneur, et Myriam, dont a été fait Maria.
7 Dans le sens de vies, comme l'emploient les Évangiles synoptisés.
8 Ne pas oublier qu'avant de passer dans le copte l'invocation avait été traduite en grec.
Entaïr,
Mouthiour,
Smour,
Peukhîr,
Ououskhous,
Minionor,
Isokhobortha,
Écoutez-moi, je vous invoque !
Pardonnez les péchés de ces âmes !
Effacez leurs iniquités !
Qu'elles deviennent dignes d'être comptées dans le Royaume de
mon Père, le Père du trésor de lumière, car je connais les Grands
démons et je les invoque !
Aouir.
Bebrô.
Athroni.
Ioureph.
Iove.
Souphen.
Knitoûsokhreôpit.
Maouônbi.
Mneuôr.
Souôni.
Khôkheteôph.
Khôkhe
Eteôph.
Memôkh.
Anîmph.
Nous trouvons là trente noms, qui seraient trente-six à multiplier par douze, s'il
s'agissait des trente-six décans de l'année, mais il s'agit simplement des trente
facteurs du quatrième mois de la Kabbale, les Ânes, signe de la création du soleil
et de son arrivée à la terre. C'est à bon droit que Bar-Jehoudda les qualifiait de
Grands démons, il n'y en avait pas de plus grands parmi les autres facteurs du
sabbat génésiaque !
Pardonnez les péchés de ces âmes, effacez les iniquités qu'elles
ont faites consciemment et celles qu'elles ont faites
inconsciemment, celles qu'elles ont commises dans la fornication
et dans l'adultère, jusqu'à ce jour des jours1 !
Pardonnez-les leur et rendez-les dignes d'être comptées dans le
Royaume de mon Père, de recevoir cette offrande !
Si donc, ô mon Père Saint, tu m'as exaucé, si tu as pardonné les
péchés de ces âmes, si tu as effacé leurs iniquités et si tu les as
rendues dignes d'être comptées dans ton Royaume, donne-moi
un signe en cette offrande.
Et le signe que Jésus avait dit fut fait, dit Valentin. Mais on ne sait plus en quoi il
consistait.
Tryphon nous le dit. La lampe de David s'allumait, la Colombe devenait
lumineuse2 !
Alors Ber-Jehoudda s'écriait : Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car vos
péchés vous sont remis, vos iniquités sont effacées, et vous avez été comptés
dans le Royaume de mon Père !
Sur quoi la bande de sodomistes et de prostituées qui composaient le plus
souvent son auditoire se retirait jugeant avec sévérité le reste du genre humain.
Quelle avait été l'offrande mystérieuse dont parle Valentin sans spécifier sa
nature ? Les six pains du Thabor jusqu'au pain Zib ? On n'est fixé que sur le but :
le retour au lieu où il n'y a ni mâle ni femelle3, le lieu de l'un en deux et du deux
en un.

II. — LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME DE JÉSUS PAR LE CHRIST.

Qu'on raconte au très excellent Théophile que, si le baptiseur a péché, ce fut


toujours par excès de morale, c'est bon pour une dupe de ce calibre ! Mais Jésus,
qui est le Véridique de par l'Apocalypse, sait parfaitement ce dont il retourne.
Jouer le rôle d'un individu qui a un casier judiciaire ne lui convient qu'à demi,
mais enfin, puisqu'il a accepté, il faut que ses péchés lui soient remis.
Il n'y a pas de meilleur moment que celui où Bar-Jehoudda s'envoyait l'Esprit-
Saint sous la forme de la Colombe de feu.
MATTHIEU, III, 13. Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers
Ieou-Shanâ-os, pour être baptisé par lui.
14. Or Ieou-Shanâ-os le détournait, disant : C'est moi qui dois
être baptisé par vous, et vous venez à moi !
C'est incontestablement la version la plus ancienne. Bar-Jehoudda y fait
l'objection que tout le monde attend de lui. Il vient de dire qu'il devait être
baptisé de feu à la fin de l'année par le Fils de l'homme, et voici que le Fils de

1 Les crimes ne comptent pas, ils ne font pas obstacle au retour à l'androgynisme. Et
d'ailleurs on avait besoin de criminels.
2 Ce signe n'ayant pas été couronné de succès au Jubilé de 789, les Nicolaïtes faisaient
éteindre la lampe Âne par le Chien. Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Pistis Sophia, p. 106. Placé sur la terre par le baptiseur, au ciel par Valentin.
l'homme vient, sous les traits de Jésus, lui demander le baptême de rémission,
comme s'il avait commis de nombreux péchés depuis le péché d'Adam ! C'est le
monde renversé !
15. Mais, répondant, Jésus lui dit : Laisse maintenant, c'est ainsi
qu'il convient que nous accomplissions toute justice. Alors Ieou-
Shanâ-os le laissa.
Que faut-il entendre, ici, par la justice ? La justice, c'est ce qui sert l'intérêt
ecclésiastique.
La justice commande d'abord qu'à l'égard des goym Bar-Jehoudda ne soit pas
dépouillé du privilège qu'il a de lier et de délier. Car si Jésus qui est l'image du
Créateur lui conteste le pouvoir enfermé dans la ceinture de cuir, c'en est fait de
la recette. Mais il n'y a rien à craindre de pareil, puisque, pour les initiés, il y a
identité charnelle entre le baptiseur et le baptisé. Si le fils de David n'avait pas le
droit de se remettre les péchés lui-même, il n'en aurait aucun de les remettre à
autrui. Si le médecin ne pouvait se guérir lui-même, c'est qu'il ne pourrait guérir
les autres. Et comme Jésus a pis le corps d'un pécheur avéré, nul plus que lui n'a
besoin de la rémission qu'il a inventée sous Tibère, au temps où il n'était encore
que le Signe de l'An d'Ieou-Shanâ-os.
Il est donc de toute justice, comme il le dit très bien, qu'en tant que roi des Juifs
il vienne demander l'absolution de ses crimes. C'est d'une logique irréfutable,
Jésus entend commencer par là, au rebours du baptiseur qui, lui, est mort sans
baptême. N'ayant pu se baptiser lui-même, Bar-Jehoudda était mort dans ses
péchés ; le revenant ne veut pas aller plus loin avant de recevoir son propre
sacrement.

III. — AUTRE RAISON.

Il est une autre raison, tout aussi puissante, par laquelle on fut obligé de baptiser
Jésus. Dans ses généalogies, Bar-Jehoudda descend d'Adam et d'Abraham. On
devait revoir Adam et Abraham lors de la Résurrection annoncée pour le 15 nisan
789, et naturellement on n'avait revu ni l'un ni l'autre.
Argumentant sur la faillite du Royaume des Juifs, Tatien, qui était de Syrie, fit
observer qu'Adam, ayant été maudit par Dieu lui-même et chassé du paradis
terrestre, ne pouvait être compris dans le salut, qu'il en était ainsi de tous ses
descendants1. De son côté, Marcion, qui était du Pont, porta le même jugement
sur les prétentions christiennes : Abraham, fils d'Adam, ne ressusciterait pas au

1 Tatien niait totalement la résurrection des corps dans l'avenir et celle de Bar-Jehoudda
dans les fables judaïques, car nier qu'Adam fût ressuscitable, c'était nier que tous ses fils
le fussent. Avec une pareille théorie, comment Tatien qui, vers 170 de l'E. C., combattait
l'erreur christienne par un argument ad hominem, a-t-il pu être compté parmi les
jehouddolâtres ? Tatien a été jehouddolâtrisé par l'Eglise lorsqu'elle en a fait autant à
Justin. Comme l'auteur du Quatrième Évangile et tous les gnostiques, Tatien connaissait
l'inexistence de Jésus et refusait de croire à la résurrection de Bar-Jehoudda. Il n'est ni
prosélyte juif ni jehouddolâtre, et s'il eut à s'occuper de l'Evangile, comme le prétend
l'Eglise, ce ne fut que pour le combattre. Commue Justin, Tatien est une victime des
fraudes ecclésiastiques. Il est mort comme il a vécu, en homme de sens.
Grand jour, n'ayant point été baptisé. Jésus, qu'on présentait dans la fable
comme un homme distinct de Joannès, n'avait donc pas pu ressusciter, puisqu'il
était mort sans baptême. Tatien et Marcion étaient bien durs vraiment !
Sous le coup de la nécessité, l'Église empoigna Jésus qui ne lui opposait jamais
de résistance, et le précipita dans le Jourdain, au risque de le noyer tout à fait.
Tout en maintenant ce cas d'auto-baptême dans Marc et dans Matthieu, on a
supprimé l'objection qu'y fait le baptiseur au nom du bon sens, et l'explication
qu'en donne le baptisé au nom de la justice. On a également supprimé
l'indication formelle de Luc que la colombe avait un corps et que par conséquent
elle était un article essentiel de la cérémonie.
MARC, I, 9. En ce même temps Jésus vint de Nazireth en Galilée1
et fut baptisé par Ieou-Shanâ-os dans le Jourdain.
10. Et aussitôt qu'il fut sorti de l'eau, il vit les cieux s'ouvrir et
l'Esprit, en forme de Colombe2 descendre et demeurer sur lui.
11. Et une voix se fit entendre du ciel : ci Vous êtes mon êtes
mon fils aimé ; c'est en vous que j'ai mis toute mon affection.
MATTHIEU, III, 16. Or, ayant été baptisé, Jésus sortit aussitôt de
l'eau ; et voici que les cieux lui furent ouverts : vit l'Esprit, de
Dieu descendant en forme de colombe3 et venant sur lui.
17. Et voici une voix du ciel disant : Celui-ci est mon fils bien-
aimé, en qui j'ai mis mes complaisances.
Le tour est joué, le Verbe juif en a plus d'un dans sa gibecière ! Désormais Jésus
revivra sans remords le personnage de Bar-Jehoudda. Baptisé dès le début de
l'année 788, résolu à ne commettre aucun des crimes pour lesquels son corps a
été condamné en 788, il sera en état d'innocence absolue quand il arrivera
devant l'ombre de Pilatus. Personne ne pourra rien prouver contre lui, pas même
qu'en son vivant il se soit dit roi christ !
Le premier qui ait relevé cette énorme friponnerie, c'est le rabbin cité par Celse
le platonicien. Ce rabbin, dans la première partie de son discours, s'adressait au
christ lui-même, dans les suivantes à ceux qui, de superstition en superstition,
en étaient arrivés à croire que ce charlatan était Dieu. Nombre d'imposteurs et
de démoniaques se prétendent fils de Dieu, descendus du ciel. S'il est vrai que
nos prophètes ont annoncé la venue du Fils de Dieu sur la terre pour juger les
bons et les méchants, à quels signes reconnaît-on que la prophétie s'est réalisée
en toi ? Tous ceux qui se l'appliquent deviennent tes accusateurs4.
Tant que la fable s'est tenue dans les limites du genre, les Juifs n'ont rien dit, et
même beaucoup de synagogues sont devenues églises à cause des profits au
baptême ; mais voici que, cessant de baptiser au nom du Verbe, les christiens se
permettent de faire baptiser Jésus par un scélérat ! C'est trop fort et trop bête !
Aussi le rabbin, indigné de cette pantalonnade ridicule et impie : Tu dis, s'écrie-t-
il, qu'après que tu fus baptisé par Joannès, une figure d'oiseau vint d'en haut
voler sur toi. Personne que toi n'a vu cela, toi et celui dont tu invoques le

1 Bathanée, dit Cérinthe. Cf. L'Evangile de Nessus.


2 Manque l'adjectif sômaticos, corporel.
3 Manque l'adjectif sômaticos.
4 Notamment Apollos. Cf. Le Saint-Esprit.
témoignage et qui a fini comme toi. Et comment ce rabbin n'aurait-il pas vu
qu'étant le même homme ils avaient fini sur la même croix1 ?
Ceux qui commençaient à battre monnaie avec le cadavre ne pouvaient répliquer
que par de nouveaux mensonges, additionnés de quelques injures pour ce Juif
étourdi qui parlait sans savoir. C'est ce qu'on fait dans l'Anticelse : Puisque ce
Juif s'ingère d'équivoquer sur la personne de Jésus, il est nécessaire de montrer
combien ce Juif est peu au courant de ce qui s'est passé, car les Juifs distinguent
bien deux personnes2, ils ne confondent pas le supplice de Joannès avec celui de
Jésus. Ils confondaient, au contraire ; ils confondaient si bien qu'entre la
publication du Discours du rabbin et celle de la réfutation dite Anticelse il a fallu
couper le cou à Joannès dans les Synoptisés ! — L'évangile de Cérinthe a été
annexé trop tard pour y introduire cette opération. — J'ajoute, ô réfutateur
malavisé, que si la décollation de Joannès eût été dans les Évangiles
contemporains du rabbin, tu aurais fait passer un vilain quart d'heure aux Juifs,
car comment auraient-ils pu donner à Jésus pour compagnon de croix un homme
à qui on aurait eu coupé la tête avant sa condamnation par le sanhédrin ? C'est
précisément pour fermer la bouche aux Juifs renseignés que l'Église a supprimé
Joannès par le glaive avant sa crucifixion !
Par la substitution de Jésus en chair au Joannès, l'Église mettait à néant tous les
autres baptêmes d'Assyrie et d'Égypte. Les Juifs restaient toujours la peuple élu,
mais il y avait maintenant cette garantie pour les goym que le Verbe s'était fait
Juif pour racheter leurs péchés ! Après le baptême de Jésus on va pouvoir mâter
les coquins qui fondent leur espoir sur la vertu. Comment répondre à ces Grecs
dont les philosophes tiennent que l'âme seule est immortelle ? A ces Égyptiens
dont le corps voyage tant après la mort qu'il court risque de s'égarer ou de se
perdre ? Par Jésus baptisé, ressuscitant dans le même corps.
La résurrection du corps, vous en doutez, bons Grecs qui en êtes restés à
l'immortalité de l'âme selon Platon ? Mais elle est infaillible par la méthode juive.
Ou l'âme périt avec le corps, ou le corps ressuscite avec l'âme. Le contenu meurt
avec le contenant ou tous deux revivent, s'il plaît à l'Église. Quoi ! chez tous,
même chez ce forgeron qui bat son fer, ce savetier qui ressemelle sa chaussure,
ce boulanger qui pétrit son pain, cet esclave qui tourne sa meule ? Passe encore
pour un héros dont le nom survit au temps, un Socrate, un Périclès, un Aristote,
un Cimon ! Mais un foulon, un chamelier, un balayeur ? Oui, tout homme et
toute femme. Et, tenez, dit l'Église, voici Jésus qui était charpentier. Tout le
monde naît ressuscitable et meurt immortel. — Est-ce possible ? — Prenez et
lisez, puis payez et faites-vous juif, à la circoncision près.
Jésus fut la preuve qu'on pouvait acheter la résurrection sur le marché, qu'il y
avait là-dessus contrat passé entre Dieu et son peuple. Nations qui réclamez
l'impôt aux Juifs, c'est à vous de payer tribut. Tel fut le dogme des

1 Ais te a Joanne lotum ex aere simulacrum avis involasse. Contra Celsum, l. Ier, n° 41,
dans les Œuvres d'Origène.
Égarés par l'Eglise, qui attribue l'Anticelse à Origène (de manière à faire remonter Celse
au second siècle en le confondant avec le philosophe épicurien du même nom, ami de
Lucien), les hommes les plus distingués de l'Université, M. Pélagaud, M. Aubé, se sont
absolument trompés sur l'époque à laquelle a vécu Celse. Le noble auteur de la Vérité sur
les christiens est du quatrième siècle, il est contemporain et, je le crois, collaborateur de
l'empereur Julien. Pour la démonstration je prie les lettrés de me faire crédit jusqu'à la
publication du volume consacré plus spécialement aux fraudes de l'Eglise.
2 Certes, l'une fictive, l'autre réelle.
jehouddolâtres dispersés. Revanche terrible qui dure toujours ! Ruiner ceux
qu'on n'a pu vaincre ! Ni Pompée, ni Vespasien, ni Trajan, ni Hadrien n'avaient
prévu cela.
Qu'est-ce, en face de cette géniale usure, que les Juifs restés avec le Père à la
ressemblance de colombe ? De tout petits prêteurs à la semaine. On n'en parlera
plus que pour les brûler de temps à autre.
Il n'y a qu'un baptême sauveur, celui des Juifs. Considérez les apôtres. Vit-on
jamais dans les gorges du Liban et de l'Hermon bandits souillés de plus de
crimes ? Assurément non. Eh bien ! ils sont tous dans le ciel ou aux environs.
Et pour le prouver on attacha sur la croix, à côté de celle où était mort Bar-
Jehoudda, un abominable escarpe à qui Jésus promet toutes les félicités
paradisiaques par la seule raison qu'il était Juif de la foi nouvelle !
En Jésus le christ devient la démonstration de la puissance infinie du baptême.
Baptisé, un homme peut tout, guérir les malades, chasser les démons, changer
l'eau en vin, multiplier les pains, ressusciter, monter aux cieux : il est à nouveau
fils de Dieu comme au premier jour d'Adam. A partir du baptême rien ne lui
résiste plus, il n'y a plus de muets, plus d'aveugles, plus de sourds, plus de
paralytiques, plus de mort même. Il est la preuve éternellement vivante de la
force éternelle du sacrement. On le crucifiera et il ne mourra pas. Car la vie est
en lui.
Aucun homme au monde n'est capable des prodiges que Jésus va faire, et si le
Père à la ressemblance de colombe est descendu au Jourdain, s'il a pris la peine
d'annoncer son fils à la Judée, c'est que ce fils émane directement de lui : Parole,
Lumière et Vie. Cérinthe bien raison de dire que, s'il voulait rapporter tous les
miracles opérés par Jésus, il ferait un livre que la terre ne pourrait contenir1. Il
n'exagère point, car il lui elle fallu reprendre les choses dès l'origine du monde,
en y comprenant les douze travaux d'Hercule et les victoires de Bacchus.

IV. — LA RACE DE VIPÈRES.

Bar-Jehoudda aurait l'air de n'avoir baptisé que pour les gens perdus, si
l'Évangéliste ne lui amenait pharisiens indépendants ou hérodiens, et même
quelques-uns de ces saducéens qui, suivant la doctrine des Hanan et des
Kaïaphas, niaient que Jehoudda tombé au Recensement et Jacob junior lapidé en
787 dus sent ressusciter le 15 nisan 789.
MATTHIEU, III, 7. Mais voyant plusieurs des pharisiens et
saducéens qui venaient à. son baptême, il leur dit : Race de
vipères2, qui vous a appris à fuir la colère qui doit tomber sur
vous ?
Ton Apocalypse, eussent-ils pu répondre. Autrement, pourquoi serions-nous
venus ? Ce n'est pas une citation d'Isaïe et de Malachie, faite par l'Évangéliste

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 L'identité charnelle de Jésus et du Joannès est pour la millième fois démontrée par le
fait que, dans la plupart des cas où le revenant de Bar-Jehoudda est aux prises avec ses
ennemis selon le monde, il se sert de cette expression pour les anathématiser.
deux cents ans après l'année proto-jubilaire, qui aurait pu déterminer un pareil
mouvement. D'ailleurs, s'il est venu à toi des pharisiens, c'est que tu étais toi-
même pharisien de l'école kanaïte. Mais tu n'as pas vu de saducéens à tes
baptêmes, puisque les saducéens niaient la résurrection, tout au moins la
première !
Les saducéens ont été ajoutés, c'est de toute évidence. Vous ne les trouverez
pas dans Marc, non plus que la fameuse apostrophe : Race de vipères !
L'Évangéliste emprunte le mot à Flavius Josèphe qui l'applique aux sectateurs de
Jehoudda1 ; et par la bouche du baptiseur il le retourne à ce porte-parole des
saducéens et des pharisiens non davidistes.
Dans Luc on fait tomber le mot sur le peuple tout entier, de manière à rendre
l'emprunt moins sensible, au prix d'une injustice.
LUC, III, 7. Il disait donc au peuple qui venait en troupes pour
être baptisé par lui : Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la
colère qui doit tomber sur vous ?

V. — QUI A ÉTÉ LE CHRIST EN CHAIR ? EST-CE JOANNÈS OU


UN NOMMÉ JÉSUS ?

Y avait-il en même temps deux christs au Jourdain, l'un qui sous le nom de
Joannès remettait les péchés et ne pouvait les remettre qu'à la condition d'être
christ, comme l'observent judicieusement les envoyés du Temple dans Cérinthe,
et un autre qui sous le nom de Jésus devait être crucifié prochainement ? Et que
pensaient de la question ainsi posée les contemporains de Bar-Jehoudda ?
Réponse :
LUC, III, 15. Or le peuple croyait, et tous pensaient en leurs
cœurs, que Ieou-Shanâ-os pourrait bien être le christ.
Oui, tous croyaient cela. Et il n'y en avait pas un qui dit à Joannès : Il y a près
d'ici un nommé Jésus de Nazareth, qui n'a même pas besoin de baptiser pour
montrer qu'il est le christ, tant il est, lui aussi, fils de David ! Avant de nous
prononcer pour toi, attendons au moins que cet autre christ, le vrai, nous expose
ses titres ! Le mieux en ce cas est que le baptiseur ne confie qu'à l'Évangéliste le
soin de répondre pour lui. Celui-ci a déjà prévenu toute demande indiscrète en
supprimant son dossier. L'ambassade du Temple à Joannès n'existait pas encore
dans Cérinthe ; on l'a fabriquée pour infirmer les scènes où soit Jésus soit le
peuple reconnaît que le christ en chair avait été Joannès ; que s'il n'avait pas
régné comme on l'espérait, il avait été l'Élie du Renouvellement ; et que ce rôle
d'annonciateur, joint à son extraction davidique, validait le baptême d'eau, sinon
pour la rémission des péchés, du moins pour la préparation au baptême de feu.

1 Cf. Le Gogotha.
VI. — LA MANIFESTATION DE BAR-JEHOUDDA AVANCÉE DE
SEPT ANS.

Ayant supprimé tous les chiffres qui dans Cérinthe empêchaient d'attribuer moins
de douze ans à la carrière politique de Bar-Jehoudda, les synoptiseurs de Marc et
Mathieu étaient allés droit à l'année proto-jubilaire 788 et commençaient leur
action par les six derniers mois. Mais afin de ne pas se colleter avec l'histoire et
la chronologie réelles, qui font mourir cet imposteur à l'âge de cinquante ans,
dans l'année jubilaire 789 qui fut la dernière de la procurature de Pilatus, il a été
décidé qu'on avancerait de sept ans sa crucifixion. Dans Luc comme dans les
Actes, c'est l'année sabbatique 781 qu'on donne à la prédication de l'Évangile du
Royaume. Mais on a longtemps hésité, et nous avons montré qu'au temps du
traité Contre Marcion (troisième siècle, à tenir cet écrit pour authentique), l'Église
datait cette prédication de 778, douzième année de Tibère1.
Il importe extrêmement de remarquer qu'en faisant débuter Bar-Jehoudda dans
l'année 778, l'Église ne lui donnait pas moins de dix ans de carrière politique. Elle
se rapprochait sensiblement de la chronologie de Cérinthe qui lui en donne
douze, puisqu'il le fait débuter en 776. Nous avons montré que les synoptiseurs,
tant ceux des Évangiles que ceux des Actes, ont parfaitement connu ce dispositif.
En ces temps bénis de Dieu on pouvait mentir dans les coins, comme on voulait.
On était encore entre Juifs de langue hellène. Il n'y avait pas, comme
aujourd'hui, deux traditions sur l'âge du christ, la dernière créée par l'unique Luc,
et d'où il résulte que Jésus a trente ans lorsqu'il vient se faire baptiser au
Jourdain, l'autre, la première et la seule vraie, celle de Papias et de Cérinthe,
confirmée par les Irénée de Lyon et les Polycarpe de Smyrne, et d'où il résulte
que le Rabbi avait cinquante ans lorsqu'il prêcha le Royaume. Il n'y avait partout
qu'une seule et unique tradition, à savoir que l'homme crucifié sous Tibère et qui
s'était dit christ s'appelait en circoncision Jehoudda Bar-Jehoudda, et en Évangile
Ieou-Shanâ-os dont on avait fini par faire un nom propre. Et il n'y avait qu'une
tradition, parce qu'il n'y avait eu qu'un homme. Il y maintenant deux traditions,
parce que l'Église a mis deux hommes, Joannès et Jésus, là où il n'y en avait eu
qu'un, Bar-Jehoudda.
Mais le fait absolu, indéniable, irréfutable, constaté et par le Quatrième Évangile
que l'Église attribue aujourd'hui à un témoin oculaire, et par toute la tradition
d'Asie, c'est que, si la mort du christ à trente ans avait été dans Luc, comme elle
y est aujourd'hui, Papias, Cérinthe et tous les Juifs d'Asie ne se seraient pas
avisés d'apprendre au monde qu'il avait cinquante ans lorsqu'il enseignait.
Encore moins, si la décollation du baptiseur à l'âge d'environ trente ans avait été
dans quelques Évangiles du temps du juif Salomon que l'Église appelle Irénée et
qui disparait, évêque in partibus porcorum, à Lyon, au troisième siècle.
On comprend que Luc, à lui seul, l'ait emporté sur toute la tradition d'Asie et sur
tout l'ancien dispositif. Avec les trente ans que Luc lui donnait, Jésus, tout en
mourant sous Caïphe et sous Pilate comme le christ, ne pouvait plus être
confondu avec Bar-Jehoudda crucifié sous le même Kaïaphas et par le même
Pilatus, mais sept ans plus tard. Luc mettait l'année proto-jubilaire 788 sous clef
dès l'année sabbatique 781. On faisait de même dans les Actes des Apôtres, en y

1 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.


avançant de sept la Crucifixion du christ. L'harmonie établie entre le faux de Luc
et celui des Actes explique que l'Église ait tenu pour seule valable la version de
Luc, postérieure à Marcion qui est du troisième siècle, peut-être même à
Lactance et à Eusèbe qui sont du quatrième, et on ensevelit, de manière qu'elle
ne ressuscitât point, la tradition des sept évêchés d'Asie qui avait été la seule
bonne jusqu'à la fin du troisième siècle.
LUC, III, 1. L'an quinzième du règne de Tibère César1, Pilatus
étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée
Philippe son frère2 tétrarque d'Iturée et du pays de Trachonite, et
Lysanias tétrarque d'Abylène ;
2. Hanan et Kaïaphas étant grands-prêtres3, le Seigneur fit
entendre sa parole à Ieou-Shanâ-os, fils de Zakhûri, dans le
désert.
L'Église de Rome, qui a intercalé ce passage dans l'Évangile primitif, évite
soigneusement de se servir du nom de Zibdéos pour désigner le père de Bar-
Jehoudda elle emploie le mot Zakhûri qu'elle trouve dans le thème de Nativité
d'Ieou-Shanâ-os et qui est un équivalent.

VII. — SUPPRESSION DU DOSSIER DE BAR-JEHOUDDA.

A peine a-t-elle fait ce faux magistral que l'Église trahit la préoccupation qui l'a
dicté. C'est pour sur primer le dossier du Juif consubstantiel au Père qu'elle a
avancé de sept ans la manifestation politique de cet aimable scélérat. Il n'a pas
de casier judiciaire en 781, il en a un en 788.
Aussi le passage suivant n'est-il que dans l'écrit qui contient ce 'faux
chronologique, il en est la conséquence'
LUC, III, 10. Et le peuple lui demandant4 : Que ferons nous donc
?
11. Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques en donne une
à celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger fasse
de même.
12. Des publicains vinrent aussi pour être baptisés, demandèrent
: Maître de l'enseignement5, que ferons-nous ?
13. Et il leur répondit : Ne faites rien de plus que ce qui vous a
été prescrit.

1 Par conséquent 781. Cf. Le Charpentier, t. I du Mensonge chrétien.


2 Mort en 787. Cf. Le Roi des Juifs.
3 Hanan ne l'était plus ni en 788 ni même en 781. Mais s'il ne l'était plus au temps de la
manifestation du fils, il l'avait été pendant celle du père.
4 A Joannès que les publicains appellent plus bas Maître, et qui l'était, du moins dans sa
théorie.
5 Didascalé, le mot seul est une définition.
14. Et des soldats aussi l'interrogeaient, disant : Et nous, que
ferons-nous ? Et il leur dit : N'usez de violence ni de fraude
envers personne, et contentez-vous de votre paye.
Bien fin celui qui dans ces trois réponses reconnaîtra l'individu qui à tous prêcha
la liquidation des biens, aux publicains le détournement du tribut, et aux soldats
d'Antipas la désertion devant l'ennemi.
LUC, III, 18. C'est ainsi qu'en lui apprenant beaucoup d'autres
choses, il évangélisait le peuple1.
Parfaitement, il évangélisait le peuple. Ce faisant, il créait et le mot et la chose.
Et qu'est-ce que l'Evangile comme il l'entendait ? L'Apocalypse va répondre pour
lui. C'est l'Evangile éternel de la domination juive.

VIII. — LE MAÎTRE DE LA MOISSON ET SES DOUZE CHEFS


D'ÉQUIPE.

Avec l'année proto-jubilaire 788, Jésus entre dans la peau du christ pour n'en
sortir qu'au Guol-golta. Il est de service pendant toute l'année. Peut-être n'est-il
pas mauvais de faire observer qu'à cette date, si nous adoptons la chronologie
fabriquée par l'Eglise pour les grands événements de l'Evangile, Bar-Jehoudda
était crucifié depuis six ans sous le nom de Jésus ! Et pourtant nous allons voir
qu'à cette même date, il n'était pas encore décapité sous le nom de Joannès le
baptiseur ! Mais rien n'est impossible à Dieu.
MATTHIEU, IV, 23. Et Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant
dans leurs synagogues, prêchant l'Évangile du royaume, et
guérissant toute langueur et toute infirmité parmi le peuple.
24. Sa réputation se répandit aussi dans toute la Syrie, de sorte
qu'on lui présenta tous les malades, tous ceux qui étaient atteints
de souffrances et de maux divers, des démoniaques, des
lunatiques, des paralytiques, et il les guérit.
25. Et une grande multitude le suivit de la Galilée, de la Décapole,
de Jérusalem, de la Judée et d'au delà du Jourdain.
MATTHIEU, IX, 35. Et Jésus parcourait toutes les villes et tous les
villages, enseignant dans leur synagogues, prêchait l'Évangile du
royaume, guérissant toute maladie et toute infirmité.
36. Or, en voyant cette multitude, il en eut compassion parce
qu'ils étaient accablés et couchés comme des brebis n'ayant point
de pasteur2.
37. Alors il dit à ses disciples : La moisson est abondante, mais il
y a peu d'ouvriers.
38. Priez donc le Maître de la moisson qu'il envoie des ouvriers à
sa moisson.

1 L'Évangile de Joannès, voilà ce qu'ont connu les baptisés.


2 Sur la bergerie davidique, cf. L'Évangile de Nessus.
LUC, X, 2. Il leur disait1 : La moisson est certainement grande, et
les ouvriers en petit nombre. Priez donc le Maître de la moisson
qu'il envoie des ouvriers en sa moisson.
Salomé avait mis le levain judaïque dans les trois séas, Bar-Jehoudda était prêt à
manger le léhem du quatrième séa, mais la moisson ne devant pas commencer
avant le 15 nisan 789, Jésus, en choisissant ses ouvriers une année à l'avance,
risque fort de les trouver fourbus quand viendra l'heure de manier la faulx, et
c'est en effet ce qui arrivera au Mont des Oliviers la veille de l'échéance.
Néanmoins le mythe commande qu'il ne s'arrête pas à de pareils détails.
MARC, III, 13. Étant monté sur la montagne2, il appela à lui ceux
que lui-même voulut ; et ils vinrent à lui.
14. Il en établit Douze pour être avec lui et pour les envoyer
prêcher,
15. Et il leur donna le pouvoir de guérir les malades et de
chasser les démons3 :
16. D'abord Simon, à qui il donna le nom de Pierre ;
17. Puis Jacques, fils du Zibdéos, et Joannès, son frère, auxquels
il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre ;
18. André, Philippe, Bar-Toâmin (Matthias), Toâmin, Jacques, fils
d'Alphée, Simon le kanaïte.
19. Et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra4.
LUC, VI, 12. Or il arriva qu'en ces jours-là il se retira sur la
montagne pour prier, et y passa toute la nuit à prier Dieu.
13. Et quand le jour fut venu, il appela ses disciples, et choisit
Douze d'entre eux (qu'il nomma aussi apôtres) : Simon, auquel il
donna le surnom de Pierre, et André son frère ; Jacques et
Joannès ; Philippe et Bar-Toâmin ;
15. Matthias et Toâmin, Jacques, fils d'Alphée, et Simon, appelé
le Zélote ;
16. Judas, frère de Jacques, et Judas Iscariote, qui le livra.
MATTHIEU, X, 1. Et ayant convoqué ses douze disciples, il leur
donna puissance sur les esprits impurs, pour les chasser, et pour
guérir toute maladie et toute infirmité.
2. Or voici les noms des douze apôtres : le premier, Simon,
appelé Pierre, et André son frère ;
3. Jacques, fils de Zibdéos, et Joannès son frère ; Philippe et Bar-
Toâmin, Toâmin et Matthieu le publicain, Jacques, fils d'Alphée, et
Thaddée ;

1 Aux soixante-douze demi-décans.


2 C'eût été Sion, si l'Agneau de 789 fût venu.
3 Mais pas de ressusciter les gens.
4 Os eai parédôken auton. Toujours le verbe paradidomi employé par Marc et par
Mathieu pour la livraison du Joannès et par tous les évangélistes pour celle de Jésus :
identité d'homme, identité de terme, rien de plus logique.
4. Simon le kanaïte, et Judas Iscariote, qui le livra1.
Ces douze noms représentent les Æons, mais comme, étant hommes, ils sont fils
du péché, ils n'équivalent en réalité qu'aux six Æons à racheter de Satan, c'est-
à-dire :
L'Æon-Balance.
L'Æon-Scorpion.
L'Æon-Sagittaire.
L'Æon-Capricorne.
L'Æon-Zibdéos.
L'Æon-Zib.
C'est pourquoi ils sont accouplés, chacun étant doublé d'un Æon représentatif
d'un des six Æons antérieurs à la genèse d'Adam :
L'Æon-Agneau.
L'Æon-Taureau.
L'Æon-Gémeaux.
L'Æon-Anes.
L'Æon-Lion.
L'Æon-Vierge.
Par le simple jeu du système paternel, Bar-Jehoudda se trouvait être le premier,
comme issu de l'Æon-Vierge, et le dernier, comme issu de l'Æon-Zibdéos.
L'ordre apostolique a été renversé lors de l'irruption de l'Eglise romaine dans les
Ecritures. Le dernier Æon, c'était, vous l'avez vu dans Cérinthe, L'Æon-Zib, Bar-
Jehoudda lui-même, et c'est en cette qualité qu'il repose dans le sein du Verbe
Sauveur au Banquet de rémission. Un instant, au quatrième siècle, le pape
Clément s'était attribué ce rôle devant les goym2.
Les évangélistes, après la faillite de son système, l'avaient doublé de son Æon
contraire, Jehoudda qui se trouve aujourd'hui accouplé à Shehimon. Bar-
Jehoudda étant passé hors cadre sous le nom de Jésus, c'est Shehimon qui a pris
sa place dans le mécanisme apostolique et est ainsi devenu le premier des
douze. Il ne pouvait en être autrement, puisqu'il était le cadet du christ et son
successeur dans la gheoullah jehouddique. La machine millénariste n'ayant
jamais fonctionné, son prophète ayant été mis en croix la veille du jour où elle
devait entrer en mouvement, les douze apôtres sont réduits au rôle ironique et
mesquin des douze mois de l'année proto-jubilaire 788, chacun d'eux valant
trente deniers comme Is-Kérioth qui se trouve avoir rempli, au douzième mois, le
rôle du Zib que Bar-Jehoudda devait jouer au douzième Æon. C'est ainsi que par
un bouleversement complet de la distribution primitive les premiers ont été les
derniers, et les derniers les premiers. Nous avons par le seul chiffre des deniers
appliqués à Is-Kérioth la preuve que, dans le plan des premiers scribes, Jésus ne
procédait pas à l'élection des douze avant la pâque de 788.

1 O eai paradoùs auton. Toujours le verbe paradidômi dont on se sert dans Matthieu et
dans Marc pour désigner la façon dont le Joannès a disparu de la circulation.
2 Cf. L'Évangile de Nessus.
Au fond, à part Is-Kérioth, engagé spécialement pour jouer le rôle de traître, les
douze se réduisent à sept, tous fils du même père et de la même mère, plus
Jacques, fils d'Alphée, et Mathias bar-Toâmin qui sont des petits-fils, et Theudas
qui remplace Eléazar, martyr avant Bar-Jehoudda.
En effet nous retrouvons :
1° Joannès, devenu distinct du christ baptiseur par raison d'Eglise, et relégué au
quatrième rang ;
2° Shehimon ;
3° Jacob junior, dit Andréas dans Cérinthe et Stéphanos dans les Actes des
Apôtres ;
4° Jacob senior, dit Oblias (démon du peuple) dans d'autres Ecritures ;
5° Philippe, Evangéliste des Paroles du Rabbi ;
6° Jehoudda junior, dit Toâmin, également Evangéliste des Paroles du Rabbi ;
7° Le Nathanaël de Cérinthe, qu'on a remplacé par Mathias bar-Toâmin, afin que
les goym n'y pussent retrouver Ménahem.
Simon le Cananéen n'est, avons-nous dit, autre que Shehimon le Kanaïte ; et
pour cette raison on le dit parfois de Kana. S'il en était autrement, il y aurait
treize apôtres, puisqu'à la liste dressée dans Luc il faudrait ajouter Theudas.
Comme vous le voyez, l'élection de ces douze ouvriers moissonneurs n'est
qu'une figure de la Moisson annoncée dans l'Apocalypse. Jésus est lui-même la
figure du Moissonneur décrit dans cette prophétie. Les douze Æons ou
patriarches célestes qui devaient juger les nations et faire paître le troupeau de
David sont remplacés par douze noms d'hommes tirés des maisons de Jehoudda
et de Jaïr, tous de la tribu de Juda, à part Is-Kérioth qui est de la tribu de Dan.
Si nous ne connaissions pas le programme de Bar-Jehoudda : l'établissement de
la monarchie davidique en sa personne, avec aggravation du chrisme divin, nous
pourrions croire qu'il avait songé à laisser voix délibérative aux onze autres
tribus d'Israël. En ce cas l'apostolat eût été une manière de conseil aulique dans
lequel chaque tribu aurait été représentée par un membre. La composition seule
de la liste actuelle suffit démontrer qu'une pareille idée ne lui est pas venue et
qu'il n'y a jamais eu plus de sept disciples de premier plan, tous de la même
beth. Encore a-t-on été obligé à en dédoubler quelques-uns pour arriver au
chiffre de douze, après y avoir annexé pour la conduite de l'intrigue Is-Kérioth
qui était de l'école égalitaire. Onze tribus sur douze étaient hors de la
combinaison ; politique, et rien n'explique mieux l'indifférence, voire l'hostilité
que le prétendant a rencontrée parmi elles.
Biffons résolument les douze apôtres dont Jésus est entouré dans l'Évangile. Il
n'y en avait encore que sept deux cents ans après la mort de Bar-Jehoudda.
Papias n'a pas connu d'autres Douze que les Douze Æons de Cérinthe et de
Valentin, et Celse dit qu'à considérer la fable, on n'y voit qu'un individu1,

1 Et non deux, comme il aurait fallu si le baptiseur eût été autre que le christ.
accompagné de dix ou onze autres infâmes, publicains voleurs, mariniers
ravageurs, avec lesquels il vagabonde, quêtant honteusement sa misérable vie1.
Les Douze n'existaient donc qu'à l'état astrologique, dans le ciel d'où ils ne sont
pas plus descendus que le Fils de l'homme et les cent quarante-quatre mille
Anges. Et le nombre des disciples n'a été porté Douze que pour faire croire à
l'existence corporelle de Jésus. Encore les scribes n'ont-ils jamais pu se mettre
d'accord sur la composition de cet apostolat imaginaire. Mais sur celle de
l'apostolat réel et sur sa valeur morale il n'y a qu'une voix, mal étouffée par
l'Église.
A Celse qui déroulait l'interminable série de leurs crimes, l'Anticelse n'a pu
répondre qu'en supprimant Celse lui-même, ce qui lui permet de s'écrier avec
l'accent du mensonge triomphant : Ni Celse ni ceux qui sont avec lui n'ont pu
mettre une seule sédition à la charge des christiens !2 En effet, il n'y en a
presque plus trace dans les Evangiles, et elles sont toutes à la charge des
Kanaïtes dans Josèphe. Reste néanmoins à identifier ces Kanaïtes ; nous l'avons
fait3, ce sont les christiens eux-mêmes : et c'est pourquoi Shehimon, leur chef
après le christ, est dit Kananitès dans le grec des Évangiles et dans la traduction
copte de Valentin4. Il peut être bon de connaître le parti commercial que l'Église
a tiré de ces douze noms, disposés de manière que Shehimon fût le premier par
substitution à son frère aîné, qui jusqu'à la fin du second siècle joua le rôle du
disciple préféré de Jésus.
1. Simon, appelé Pierre5. Ce pêcheur, originaire de Bethsaïde, destiné à devenir
le premier pape et le chef de l'Eglise est qualifié premier à cause de sa primauté.
Après la Pentecôte, il agit aussitôt comme chef de l'Église : il baptise le premier
gentil converti, établit ensuite sa chaire à Antioche, puis à Rome, où il est
martyrisé sous Néron, en 67.
2. André, son frère, le premier disciple du Sauveur. Il prêcha la foi en Scythie et
en Achaïe, et mourut martyr sur une croix à Patras, en Achaïe6.
3. Jacques, surnommé le Majeur, pécheur galiléen, comme Simon Pierre, fut un
des premiers disciples du Sauveur et des plus privilégiés. Après la Pentecôte, il
prêcha l'Évangile en Judée et en Samarie. De là, la tradition le conduit en
Espagne. De retour à Jérusalem, il subit le martyre en l'an 44, avant Pâques, par

1 A en croire l'Anticelse, il dit cela pour jeter le discrédit sur les Evangiles tout entiers et
pour ne pas confesser le caractère divin de ces livres. Il aura sans doute puisé ses
renseignements dans la Lettre de Barnabé où les apôtres sont représentés comme étant
de la pire espèce d'hommes ! Il est fâcheux en effet que cette lettre ait été mise sous le
nom d'un cousin de Bar-Jehoudda, mais à part cette fausse attribution, l'opinion qu'elle
exprime est celle de tout le monde.
2 Anticelse, III, 7.
3 Cf. Le Saint-Esprit.
4 Traduction faite sur le grec.
5 Crucifié Guol-golta en 802 avec Jacob senior. Cf. Le Saint-Esprit.
6 Lapidé à Jérusalem, peut-être à Haggan-Aïn, par le prince Saül en 787. Cf. Le Roi des
Juifs et Les Marchands de Christ. À propos de Patras, on tient que Lucius de Cyrène, sous
le nom de qui on a mis l'Evangile dit de Luc, aurait été martyr dans Patras même. Cf. Les
Évangiles de Satan, 1re partie. Cette exécution se rattache sans doute à la mission de
Saül en Achaïe sous le proconsulat de Gallion. Cf. Le Saint-Esprit.
l'ordre d'Hérode Agrippa Ier, fils d'Aristobule. Il fut le premier des apôtres qui
versa son sang en témoignage de sa foi1.
4. Jean, son frère, le disciple bien-aimé du Sauveur et le plus jeune des apôtres,
fut, avec André, le premier qui s'attacha à Jésus-Christ. Son histoire, pendant la
vie du maître, est racontée dans les Évangiles. Les traits principaux de sa vie,
après la Pentecôte, sont, outre la composition de son Evangile, de ses trois
Epîtres et de son Apocalypse, son premier séjour à Ephèse, son martyre à Rome,
où il fut plongé dans une chaudière d'huile bouillante, d'où il sortit sain et sauf,
pendant la persécution de Domitien, puis sa condamnation aux mines, ensuite
son exil dans l'île de Pathmos, et enfin, sous Nerva, son retour à Ephèse et sa
mort dans cette ville à un âge très avancé2.
5. Philippe, né à Bethsaïde, un des premiers apôtres. Le Quatrième Évangile
rapporte quelques paroles de lui. Le bréviaire romain dit qu'il subit le martyre à
Hiérapolis, en Phrygie.
6. Barthélemi3 est, d'après l'opinion commune, le Nathanaël4 de Jean. Il était de
Cana en Galilée. Il porta l'Evangile dans l'Inde et en Arménie, et mourut écorché
vif.
7. Thomas5 ou Didyme, c'est-à-dire le Jumeau, célèbre par son incrédulité au
moment de la résurrection de Jésus. Il prêcha en Perse, à Edesse et dans l'Inde.
Il consomma son martyre percé d'une lance.
8. Matthieu, le publicain de Capharnaüm6, s'appelait aussi Lévi et était fils
d'Alphée. Il exerça d'abord son apostolat en Judée, puis en Ethiopie, où il subit le
martyre.
9. Jacques, fils d'Alphée7, surnommé le Mineur, cousin de Notre-Seigneur. Jésus
lui apparut après sa résurrection. (I Cor., XV, 7.) Il occupa une place importante
dans la primitive Eglise et devint le premier évêque de Jérusalem. Hégésippe
nous a conservé le récit de son martyre : il fut précipité du haut du temple, puis
lapidé, et un foulon lui brisa la tête.
10. Thadée, appelé Jude par les autres évangélistes. Il était frère de saint
Jacques le Mineur. Il porta l'Évangile à Edesse et en Mésopotamie, puis en Perse,
où il fut martyrisé8.
11. Simon le Cananéen9, ainsi surnommé, d'après saint Jérôme, parce qu'il était
de Cana en Galilée ; mais le plus grand nombre des commentateurs croient que
Cananéen signifie Zélote ou zélé, et marque le zèle de Simon pour la loi. Il
évangélisa l'Egypte et la Perse, et subit le martyre dans ce dernier pays.

1 Crucifié en 802 avec Shehimon, quinze ans après l'exécution de Jacob junior. Cf. Le
Saint-Esprit.
2 C'est complet, comme vous voyez !
3 Mathias bar-Toâmin.
4 Surnom de Ménahem.
5 Jehoudda dit Toâmin.
6 C'est Mathias bar-Toâmin.
7 Jacob junior, lapidé par Saül en 787.
8 Battu et décapité en Judée sous la procurature de Cuspius Fadus en 798. Cf. Le Saint-
Esprit.
9 Shehimon le Kanaïte, dit la Pierre.
12. Judas Iscariote, c'est-à-dire de Carioth, ville de la tribu de Juda1. Il vendit
son maître par avarice, et se pendit ensuite de désespoir2.

IX. — LES SOIXANTE-DOUZE DEMI-DÉCANS DE LA MOISSON.

LUC, X, 1. Après cela, le Seigneur désigna encore soixante-douze


autres [messagers] et les envoya par deux devant lui dans toutes
les villes et tous les lieux où lui-même devait venir.
Il est bien vrai qu'il devait venir, mais pas cette année-là, l'année suivante
seulement ; et s'il fût venu, ce n'est pas de soixante-douze demi-décans qu'il
aurai été précédé, mais de trente-six Décans, en serre-file des trois cent soixante
jours de lumière continue. C'est précisément parce qu'ils ne sont pas venus que
l'Évangéliste est obligé de les diviser en demi-décans, chez qui les ténèbres hélas
! alternent avec la lumière, tout comme dans le temps où nous sommes, car telle
est notre fâcheuse condition que le jour nous est encore disputé par la nuit.
Dans Luc, qui seul mentionne les soixante-douze demi-décans, leur nomination
par Jésus est placée plusieurs chapitres après celle des douze, mais nous le
savons qu'en réalité elle a lieu le même jour, à la même heure. S'il en était
autrement il n'y aurait pas eu d'année. Nous pensons même qu'ils ont été
nommés avant les douze : autrement il n'y aurait pas eu de mois, car, tout au
moins dans l'ordre mathématique' le facteur vient avant l'addition, l'heure avant
la eire née, total d'heures, la journée avant le décan, total dix journées, et le
décan avant le mois, total de trois décans. Vous pouvez me contester ce
principe, parce que je n'ai pas l'Esprit-Saint, mais, entre nous, vous êtes bien
forcé de reconnaître qu'il est juste.
Les soixante-douze messagers, monnaie charnelle des trente-six Décans
célestes, sont entrés dans la fable en même temps que la figure des douze mois
de l'année 788. Le mythe de Jésus et la chronométrique s'opposent à ce qu'il en
soit autrement. Les soixante-douze étaient dans l'Évangile qui a été divisé en
trois par les imposteurs de Rome ; on les a laissés par mégarde dans Luc, mais
ils ont été biffés de Marc et de Matthieu. Ils forment avec les douze les quatre-
vingt-quatre passagers de droit3, à la suite desquels le pseudo-Paul fait la
traversée de la Méditerranée sur le Gogotha, dont il complète le chargement
séméiologique (les trois cent soixante jours de l'année) avec les deux cent soixante-
quinze faux témoins qu'il amène au très excellent Théophile en Occident.
Ces soixante-douze demi-décans, Jésus les envoie deux par deux, mais l'un
relayant l'autre sans interruption, de douze heures en douze heures,
conformément à la division des vingt-quatre heures juives. Il est à remarquer
que le demi-décan de service pendant la nuit n'a pas vu clair une seule fois
pendant toute l'année 788, situation intolérable pour un messager du Verbe. Par
une faveur inconcevable, le demi-décan de service pendant le jour a joui
d'abondantes clartés, mais il a trahi son maître de la façon la plus abominable,
en répandant sur Pilatus et sur Is-Kérioth la lumière qui a permis à l'un de

1 Dan.
2 Assassiné par Shehimon. Cf. Les Marchands de Christ.
3 Cf. Les Actes des Apôtres dans Le Gogotha, t. V du Mensonge chrétien.
tomber sur les apôtres au Sôrtaba, et à l'autre d'appréhender au col le Juif
consubstantiel et coéternel au Père.
Que penseriez-vous de moi si je ne soumettld5 les soixante-douze demi-décans à
l'appréciation chi Saint-Siège apostolique et romain, dispensateur de toute grâce
et de toute vérité ? Oyez ! La liste des soixante-douze disciples ne nous a pas été
transmise' Un petit nombre seulement sont connus avec certitude. On sait qu'ils
furent choisis parmi ceux qui suivaient habituellement le Sauveur, et que le divin
Maître les associa aux apôtres pour les aider à instruire le peuple et le préparer à
sa venue. Il est certain qu'ils étaient inférieurs aux douze, puisque Mathias, l'un
d'entre eux, fut promu à l'apostolat à la place de Judas1. Saint Ignace les
assimile aux diacres, et saint Jérôme aux prêtres. Leur ministère fut transitoire
et purement personnel : ils ne transmirent à personne les pouvoirs qu'ils avaient
reçus. Au lieu de soixante-douze disciples, la plupart des manuscrits grecs
portent soixante-dix mais on peut croire que c'est un nombre rond employé pour
soixante-douze, comme lorsqu'il s'agit des inter prêtes de l'Ancien Testament, ou
des personnes dont se composait la famille de Jacob à son entrée en Égypte. On
a fait cette remarque, que ce nombre répond à celle des peuples dont Moïse fait
le dénombrement dans la Genèse, de même que le nombre douze répond à celui
des tribus d'Israël : car, d'après les Juifs, l'humanité, se composait de soixante-
dix (ou soixante-douze) peuples : quinze de Japhet, trente de Cham et vine sept
de Sem. Cet accroissement du nombre des ouvriers apostoliques, de douze à
soixante-douze, semblait annoncer l'extension prochaine de la prédication à
l'univers entier.
L'élection des soixante-douze demi-décans a été déplacée par les synoptiseurs et
transportée au chapitre X de Luc où elle a lieu trois jours avant la crucifixion de
Bar-Jehoudda. L'année n'a plus que trois jours à vivre lorsque Jésus se décide à
lancer devant lui les trente-six Décans ! Il est en retard de trois cent cinquante-
sept jours ! Quoi d'étonnant à ce que les exégètes n'aient jamais vu clair dans
cette année-là ni depuis !
A la vérité, l'Église ne pouvait pas laisser les trente-six Décans à leur place sans
avouer en même temps c da étaient restés inoccupés, par la faute des Douze
Æons. On a été obligé, pour justifier la nomination des soixante-douze, de leur
donner les mêmes instructions qu'aux douze dans Matthieu, dont le texte a été
transcrit presque littéralement dans Luc. Nous ne faisons qu'un des instructions
reçues par ces quatre-vingt-quatre personnages fictifs, ainsi que des
proclamations adressées aux cent quarante-quatre, mille anges, présentés sous
le nom de peuple ou de foule dans la mystification évangélique. Afin de montrer
l'évolution de l'idée jehouddique à travers le temps, nous réservons le tout pour
le chapitre intitulé Somme morale de l'Évangile.

X. — LA JOIE DE MENTIR.

A peine mobilisés, les soixante-douze demi-décans reviennent de leur mission


après avoir chassé une telle quantité de démons qu'on s'étonne qu'il en reste
encore.

1 Nous avons éclairci cette imposture dans Les Marchands de Christ.


LUC, X, 17. Or, les soixante-douze revinrent avec joie, disant :
Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre nom.
18. Et il leur dit : Je voyais Satan tombant du ciel comme la
foudre.
19. Voilà que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les
Serpents et les scorpions, et toute la puissance de l'ennemi ; et
rien ne vous nuira.
C'est vrai ! Bar-Jehoudda avait vu Satan précipité de ciel1, comme il avait vu les
hommes-arbres et tout le reste.
On évoque le plus d'Apocalypse qu'on peut, sans indiquer cette source peu
sympathique aux goym, désignés ici, comme dans la vision originale, sous le
nom de Serpents et de scorpions. Ces images pourraient ne pas plaire à des gens
qu'on se propose d'exploiter copieusement. Mais vous voyez que, semblable à
tous les prophètes, mahdis, révoltés de Thala et autre lieux, Bar-Jehoudda disait
à ses partisans qu'ils vaincraient sans armes, par le jeu des puissances célestes,
par une sorte de déclenchement de toute la machine.
Morts de cette prédication, abandonnés par le prophète, battus et dispersés sans
même avoir pu enterrer leurs morts, que leur consolation soit d'être inscrits au
livre de vie, transnominés sur la pierre blanche !2 Ce Livre, c'est la lecture
favorite du Dieu de la vengeance.
20. Cependant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous
sont soumis : mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont
écrits dans les cieux3.
21. En cette heure même, il tressaillit de joie par l'Esprit-Saint, et
dit : Je vous rends gloire, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre,
de ce que vous avez caché ces choses aux gens instruits et sages,
et que vous les avez révélées aux ignorants. Oui, Père, car il vous
a plu ainsi.
MATTHIEU, XI, 25. En ce temps-là, Jésus, prenant la parole, dit :
Mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, je vous rends gloire de
ce que vous avez caché ces choses aux gens instruits et sages, et
de ce que vous les avez révélées aux simples et aux ignorants.
26. Oui, Père, parce qu'il vous a plu qu'il en fût ainsi !
On comprend sa joie : tous les goym sont en passe d'être abominablement
mystifiés, ils ne comprennent rien à ce Père, à ce Fils, à ces douze, à ces
soixante-douze, à toute cette ménagerie symbolique. On commence à pouvoir
s'en féliciter à leur nez et à leur barbe. Seuls les Juifs dispersés à travers les
nations savent lire ces Ecritures cryptiques. Minerve n'y voit goutte ! Quel abîme
de félicités ! Déjà l'Evangéliste prédit les exégètes contemporains.
MATTHIEU, XI, 27. Mon Père m'a mis toutes choses entre les
mains, et nul ne connaît le Fils que le Père ; comme nul ne
connaît le Père que le Fils, et celui à qui le Fils a voulu le révéler.

1 Cf. Le Charpentier.
2 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
LUC, X, 22. Toutes choses m'ont été données par fie Père. Et
personne ne sait quel est le Fils, sinon le Père ; quel est le Père,
sinon le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler.
Ils sont trois dans la confidence de ce rébus le Père, le Fils, et le Juif que l'Eglise
va consubstantialiser un jour avec le Père en passant par-dessus le Fils. Mais elle
a eu beau faire, l'Eglise ! Il y a encore là trois personnes inconsubstantialisables :
le Père, le Fils, et un Juif qui n'est pas le Fils, mais simplement le Joannès,
l'Hermès, le révélateur du Fils. Si véritablement ce Juif est le Fils de Dieu et le
Créateur de monde, — et il n'y a pas de doute, puisque les Conciles l'ont décidé,
— c'est que Dieu a deux fils dont Bar-Jehoudda n'est que le cadet. Je demande à
faire la connaissance de l'aîné, si le Juif qui l'a évincé ne s'y oppose pas !
D'autant plus que si celui-ci est assis à la droite du Père, — et l'Infaillible
l'affirme, — l'autre est certainement assis à la gauche1, qui est la direction des
Gaules par rapport à la Judée, et j'espère qu'il y rétablit l'équilibre rompu à notre
détriment. Voilà celui que je veux voir sur nos autels !
Mais Jésus espère bien que nous en serons réduits pour toute religion nationale à
l'adoration d'un juif imbécile et scélérat.
23. Et se tournant vers ses disciples, il dit : Heureux les yeux qui
voient ce que vous voyez !
24. Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont
désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont point vu ; entendre ce
que vous entendez, et ne l'ont point entendu2.
Il est clair que les prophètes, les rois molochistes et surtout celui qui se disait
christ, eussent été enchantés de voir Satan tomber du ciel sur les goym, et,
derrière lui, l'avalanche des douze Æons, des trente-six Décans et des Cent
quarante quatre mille anges hauts de soixante-douze mètres ! Mais, à défaut de
ce spectacle, se contentent de voir les nations à plat ventre devant l'un d'eux
condamné pour trahison et crimes publics ! Ce n'est pas le Royaume que les Juifs
avaient espéré, mais c'est tout de même quelque chose de flatteur pour leur
amour-propre3 !
Telles sont les nouvelles que les soixante-douze rapportent des extrémités de la
terre. Or, connaissant leur constitution mathématique, nous savons qu'ils n'ont
pu revenir à Jésus avant l'expiration de l'année 788 ; leur nombre nous est
garant que nous ne nous trompons pas. Il y a donc là les six demi-décans dont
les trente deniers d'Is-Kérioth ne sont que la monnaie. Ces six demi-décans ont
donc collaboré de toutes leurs forces à la déconfiture de Bar-Jehoudda ; et le
dernier, celui du 10 au 15 nisan, est personnellement responsable de
l'arrestation et de la crucifixion d'icelui. Voue voyez que non seulement Jésus ne
lui adresse aucun blâme, mais qu'au contraire il ne peut retenir un long cri de
triomphe et de joie. C'est donc qu'il n'envisage la mort de ce Juif que comme une

1 A moins toutefois que Dieu n'ait deux droites, rien ne lui est impossible.
2 Renouvelé de l'exposition du système parabolique. Cf. Les Evangiles de Satan,
Première partie.
3 Tertullien, ou celui qui écrit pour lui, sent que, succédant aux paraboles, cette joie de
mentir entache quelque peu l'honneur de Jésus. Aussi combat-il de son mieux cette
fâcheuse impression : Jésus n'usait pas toujours de paraboles, dit-il, et n'en usait
qu'avec quelques-uns, car c'était ne parler qu'à quelques-uns de ne parler qu'aux Juifs.
Jésus, ô Tertullien, n'a jamais parlé à personne, faute de bouche et Bar-Jehoudda n'a
jamais ouvert la sienne que pour les surjuifs !
heureuse spéculation dont les agents, à tous les degrés de l'échelle, sont dignes
d'estime et d'intérêt. Toutefois, comme ces demi-décans n'ont pu faire que demi-
besogne, étant mi-nocturnes par leur constitution, ils ont dû renoncer à chasser
une masse de démons que, de son côté, Bar-Jehoudda n'a pu exorciser tout à
fait en 788, puisqu'il participe humainement de l'infirmité du demi-décan. Ces
démons sont les latins qui étaient avec Pontius Pilatus. Notre situation n'est donc
pas tout à fait désespérée.
C'est ce qui a paru au synoptiseur de Matthieu. If célèbre le triomphe des Juifs à
un autre endroit, moine voyant que celui-ci, et avec une addition remarquable où
se retrouve l'esprit de l'Ecclésiastique de Jésus ben-Sirach1.
MATTHIEU, XI, 28. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui
êtes chargés et je vous soulagerai.
29. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi que je suis
doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos
âmes.
30. Car mon joug est doux et mon fardeau est léger.
La différence entre Jésus ben-Sirach et celui de l'Évangéliste, c'est que celui-ci
applique ce passage, aux effets du baptême, qui furent d'étouffer le cri de la
conscience et de favoriser le vice par l'abolition du remords.

1 Particulièrement au ch. XXIV, pp. 26 et suiv.


III. — LA BALEINE DE JONAS.

I. — LA PÂQUE MANQUÉE (PRÉTENDUE MULTIPLICATION DES


PAINS).

Revenant d'un failli, Jésus est incapable de fournir le moindre des signes
annoncés dans l'Evangile du Royaume. Il ne peut se tirer d'affaire que par des
séméiologies, c'est-à-dire des semblants de signes. Les premiers sont relatifs à la
pâque manquée, et les choses se passent tout à fait entre gens de la beth léhem.
Nous retrouvons dans les Synoptisés la séméiologie connue sous le nom de
multiplication des pains, mais elle n'est bien éclairée que dans Cérinthe. Celui-ci
est formel : cette séméiologie est la pâque manquée en 789. Dans les Synoptisés
Jésus estime inutile d'exécuter cet attrape-goym sur la montagne où il a opéré
dans Cérinthe. L'Apocalypse stipule que cette montagne être celle de Sion ; il est
permis de la transporter sur le Thabor, puisqu'on possède la foi qui transporte les
montagnes, mais à quoi bon user de cette faculté quand on n'y est pas forcé ?
La plaine, ou bien un lieu riverain du lac, suffisent amplement au besoin de la
mystification. Ni Philippe, ni André ne sont nommés. Bar-Jehoudda assiste tous
les jours à la scène, mais confondu parmi les douze ; il n'est plus le petit enfant
qui offre à Jésus les cinq pains d'orge et les deux Zib, il a cinquante ans et c'est
lui qui est censé opérer le miracle. On ne veut pas s'exposer à ce que Jésus, qui
retient encore un peu du Verbe de vérité, dise : Si on lui a coupé le cou en 781,
comme on le dit dans l'Église romaine, il m'est matériellement impossible, à moi
qui suis son revenant de continuer mon rôle ou pour mieux dire le sien. Vous
allez me demander de proroger le temps. Si vous voulez soutenir devant les
goym que Joannès a été décollé, faites au moins disparaitre le petit enfant que
Cérinthe a montré tenant en main les cinq pains et les deux poissons, et
appuyant la tête, — toute sa tête, — sur mon sein au Banquet du 14 nisan 788 !
MARC, VI, 30. Or les apôtres, s'étant rassemblés auprès de.
Jésus, lui rendirent compte de tout ce qu'ils avaient fait et
enseigné.
31. Et il leur dit : Venez à l'écart en un lieu désert, et vous vous
reposerez un peu. Car ceux qui allaient et venaient étaient si
nombreux, qu'ils n'avaient pas meule le temps de manger1.
32. Ainsi, montant dans la barque, ils se retirèrent à l'écart, dans
un lieu désert.
33. Mais beaucoup de gens les ayant vus partir et ayant connu
leur dessein, y accoururent à pied de toutes les villes, et y
arrivèrent avant eux.

1 Tantôt ils ne peuvent pas manger le pain-Zib, parce qu'ils sont trop pressés dans le
même local (Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie), tantôt parce qu'ils n'ont pas le
temps. Pour une raison ou pour une autre, ils n'ont pas pu y mordre.
34. Ainsi, en débarquant, Jésus vit une grande multitude, et il en
eut compassion, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont
point de pasteur, et il commença à leur enseigner beaucoup de
choses.
MATTHIEU, XIV, 14. Lorsqu'il sortait de la barque, ayant vu une
grande quantité de personnes, il en eut compassion et il guérit
leurs malades.
LUC, XI, 10. Les apôtres, étant revenus, racontèrent à Jésus tout
ce qu'ils avaient fait ; et, les prenant avec lui, il se retira à l'écart
dans un lieu désert, qui appartient à Bethsaïda.
11. Lorsque le peuple l'eut appris, il le suivit ; et Jésus les
accueillit, et il leur parlait du Royaume de Dieu, et il rendait la
santé à ceux qui avaient besoin d'être guéris.
MARC, VI, 35. Et comme déjà l'heure était fort avancée, les
disciples s'approchèrent, disant : Ce lieu est désert, et il est déjà
tard ;
36. Renvoyez-les, afin qu'ils aillent dans les voisins acheter de
quoi manger.
37. Mais répondant, il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à
manger. Et ils lui repartirent : Irons-nous donc acheter pour deux
cents deniers de pain, afin de leur donner à manger ?
Il n'est question de ces deux cents deniers que dans Marc, ils proviennent de
Cérinthe qui les tenait des Explications de Papias. On les a fait disparaitre dans
Matthieu et dans Luc.
LUC, IX, 12. Cependant le jour commençait à baisser1, et les
douze, s'approchant, lui dirent : Renvoyez le peuple, afin qu'il
aille dans les bourgs et dans les villages d'alentour, pour y loger
et trouver de la nourriture : car ici nous sommes en un lieu
désert.
MATTHIEU, XIV, 15. Or, le soir étant venu, ses disciples
s'approchèrent de lui, disant : Ce lieu est désert, et déjà l'heure
est avancée ; renvoyez le peuple, pour qu'ils aillent dans les
villages acheter de quoi manger.
16. Mais Jésus leur dit : Il n'est pas nécessaire qu'ils aillent,
donnez-leur vous-mêmes à manger.
MARC, VI, 38. Alors il leur demanda : Combien avez-vous de
pains ? Allez et voyez. Et lorsqu'ils eurent regardé, ils dirent :
Cinq pains et deux poissons.
LUC, IX, 13. Mais il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger.
Ils lui répondirent : Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux
poissons, à moins que nous n'allions nous-mêmes acheter des
vivres pour toute cette multitude.

1 Le jour de mille ans ou Æon-Zibdéos baissait furieusement le 14 nisan 788, il n'avait


plus qu'un jour de vingt-quatre d'heure à vivre !
MATTHIEU, XIV, 17. Ils lui répondirent : Nous n'avons ici que cinq
pains et deux poissons.
18. Jésus leur dit : Apportez-les-moi ici.
Ces pains étaient des pains d'orge dans Cérinthe qui les avait mis, avec les deux
poissons, entre les mains du christ enfant. L'Église a supprimé la nature de Ces
pains ; et dans le but le plus honorable, — celui de le consubstantialiser avec le
Père, — elle a supprimé l'enfant lui-même, quoique Jésus l'ait parfaitement vu
dans Cérinthe sur les indications de Philippe, et qu'il lui emprunte les six
éléments de la séméiologie. Male l'Église l'a assez vu, cet enfant, — elle ne
demande pas à le revoir, — et même elle se prépare à lui couper le cou.
MARC, VI, 39. Il leur commanda donc de les faire tous asseoir par
groupes sur l'herbe verte1.
40. Et ils s'assirent par groupes de cent et de cinquante.
LUC, IX, 14. Or ils étaient environ cinq mille hommes. Jésus dit
alors à ses disciples : Faites-les asseoir par groupes de cinquante.
15. Et ils firent ainsi : ils les firent tous asseoir.
MARC, VI, 41. Alors il prit les cinq pains et les deux poissons, et,
levant les yeux au ciel, il les bénit ; puis il rompit les pains, et les
donna à ses disciples, pour les mettre devant la multitude ; et il
partagea les deux poissons entre tous.
42. Et ils en mangèrent tous, et ils furent rassasiés.
43. Et ses disciples emportèrent les restes, douze paniers pleins
de morceaux et une partie des poissons.
44. Or ceux qui mangèrent étaient au nombre de cinq mille
hommes.
LUC, XI, 16. Jésus ayant donc pris les cinq pains et les deux
poissons, leva les yeux au ciel, et les bénit ; puis il les rompit, et
les donna à ses disciples, pour les servir aux groupes.
17. Et tous mangèrent et furent rassasiés. Et l'on emporta, ce qui
leur resta, douze corbeilles de morceaux.
MATTHIEU, XIV, 19. Et après avoir ordonné à la multitude de
s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et,
levant les yeux au ciel, il les bénit ; puis, rompant les pains, il les
donna à ses disciples, et ses disciples au peuple.
20. Ils en mangèrent tous, et furent rassasiés ; et les disciples
emportèrent les restes, douze paniers pleins des morceaux.
21. Or le nombre de ceux qui mangèrent fut de cinq mille
hommes, [outre les femmes et les petits enfants]2.
Nous ne revenons pas sur l'explication que nous avons donnée de cette
séméiologie millénariste qui est comme nous l'avons dit, une figure de la

1 Il faut beaucoup d'herbe pour le troupeau, le probaton de la bergerie davidique.


2 La présence de femmes et d'enfants à cette séméiologie est une preuve de plus que la
Pâque du deux en un et un en deux n'a pas eu lieu. Elle n'est que dans Matthieu.
Prorogation du temps après la pâque manquée en 7891. Les synoptiseurs lui ont
enlevé toute sa signification de poissonnade pascale. Ils ne pouvaient d'ailleurs
pas faire autrement, ayant décidé que Bar-Jehoudda sous les traits de Jésus
célébrerait la pâque avant sa crucifixion, non avec la scandaleuse poissonnade
des églises primitives, mais avec l'agneau consacré.

II. — LA BARQUE DES FILS DE ZIFIDÉOS AU LENDEMAIN DE LA


PÂQUE MANQUÉE.

Dans Cérinthe la séméiologie de la Prorogation temps est suivie d'une scène où


la foule émerveillée veut enlever Jésus pour le faire roi.
Les synoptiseurs connaissent parfaitement ce dispositif, ils l'ont sous les yeux,
comme en témoigne le passage suivant, dans lequel ils ramènent Jésus seul sur
la montagne (le Thabor dans Cérinthe), alors leur séméiologie a manifestement eu
lieu en plaine, sur les rives du lac. De plus ils changent le motif pour lequel Jésus
retourne seul sur le Thabor ; dans Cérinthe, c'est pour éviter d'être proclamé roi
; ici, c'est pour prier.
MARC, VI, 45. Et aussitôt il fit monter ses disciples dans la
barque, pour le précéder de l'autre côté de la mer, à Bethsaïda2
pendant que lui-même renverrait le peuple.
46. Et après qu'il l'eut renvoyé, il s'en alla sur la montagne pour
prier.
MATTHIEU, XIV, 22. Aussitôt Jésus ordonna à ses disciples de
monter dans la barque et de le précéder à l'autre bord3 avant lui,
pendant qu'il renverrait le peuple.
23. Après l'avoir renvoyé, il monta seul sur la montagne pour
prier. Or, le soir étant venu, il se trouvait là, seul.
Vous remarquez la différence que l'Évangéliste fait ici entre les disciples de Jésus
et le peuple. Les disciples de Jésus, ce sont les quatre-vingt-quatre passagers
invisibles du Gogotha, les douze mois et les soixante-douze demi-décans de
l'année qui vient de passer avec la pâque. Tandis que Jésus se charge de souffler
sur le peuple pour le faire disparaître, il ordonne à ces quatre-vingt-quatre
disciples d'aller l'attendre à l'Orient pour se remettre à sa suite après son
passage dans l'hémisphère boréal. C'est ainsi que cela se passe chaque année,
sans quoi il arriverait ce que Bar-Jehoudda avait annoncé pour la Grande pâque :
il n'y aurait plus de temps !
MARC, VI, 47. Lorsqu'il fut soir, la barque se trouvait milieu de la
mer, et Jésus seul à terre.

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


2 La maison de pèche, Kapharnahum, où Bar-Jehoudda baptisa pendant l'année proto-
jubilaire 788. Comme Cérinthe, Marc place Kapharnahum du même côté que Nazireth,
sur la rive droite du lac, et non sur la rive gauche, comme le fait l'Eglise depuis la
construction de Nazareth.
3 On a supprimé l'indication de Bethsaïda qui aide à fixer la topographie.
48. Et voyant ses disciples qui se fatiguaient à ramer (car le vent
leur était contraire), vers la quatrième veille de la nuit, il vint à
eux, marchant sur la mer ; et il voulait les devancer.
49. Mais eux, dès qu'ils l'aperçurent marchant sur la mer, crurent
que c'était un fantôme, et jetèrent un grand cri.
50. Car tous le virent, et ils furent épouvantés. Mais aussitôt il
leur parla, et leur dit : Rassurez-vous : c'est moi ; ne craignez
point.
MATTHIEU, XI, 24. Cependant la barque était agitée par les flots
au milieu de la mer : car le vent était contraire.
25. Mais à la quatrième veille de la nuit, il vint à eux marchant
sur la mer.
26. Or, le voyant marcher sur la mer, ils se troublèrent et dirent :
C'est un fantôme ; et ils poussèrent des cris de frayeur.
27. Mais Jésus aussitôt leur parla, disant : Ayez confiance : c'est
moi ; ne craignez point.
28. Pierre, répondant, dit : Seigneur, si c'est vous, ordonnez-moi
de venir à vous sur les eaux.
29. Et Jésus dit : Viens. Et Pierre, descendant de la barque,
marchait sur les eaux pour venir à Jésus.
30. Mais, voyant la violence du vent, il eut peur ; et comme il
commençait à enfoncer, il cria, disant : Seigneur, sauvez-moi !
31. Et à l'instant même, Jésus, étendant la main, le saisit et lui
dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?
La frayeur de Pierre se comprend parfaitement quand on réfléchit qu'étant
Shehimon et plein de l'Apocalypse, il avait attendu la fin de la mer, comme celle
un Satan, après cette année 788 que Jésus lui fait revivre par manière de passe-
temps. Dès qu'il aperçoit le Fils de l'homme, il croit que la mer va s'enfoncer
sous lui et il regrette d'être monté dans la barque. Mais Jésus, qui est
Destructeur quand il s'agit d'un goy, est Sauveur quand il s'agit d'un prince de la
maison de Juda ; il trouve le moyen de sauver Pierre, sans détruire la mer dont
le lac de Tibériade joue le rôle avec un brio remarquable.
MARC, VI, 51. Et il monta avec eux dans la barque, et le vent
cessa, et leur stupeur en devint plus grande :
52. Car ils n'avaient pas compris ce qui s'était fait à l'égard des
pains, parce que leur cœur était aveuglé.
Entièrement aveuglé par l'Apocalypse, œuvre d'aveugle ! Ils en sont tous restés
à l'Évangile du Royaume, à la fin du temps, à celle de la mer, au déchaînement
des quatre Vents cardinaux, à l'apparition de l'Arche d'alliance dans une tempête
comme seul le Maître du Sabbat peut en faire. Ils n'ont pas compris un traître
mot à la séméiologie dans laquelle l'Évangéliste les a enveloppés. Il n'était point
question de telles énigmes en 788, de sorte qu'au point de vue du déchiffrement
ils ne sont guères plus avancés que les goym.
Il n'a pas paru convenable à l'Église qu'un simple Évangéliste constatât
publiquement l'irrémédiable imbécilité du Juif consubstantiel et coéternel au
Père. Elle a remplacé le pénible aveu de Marc par cette triomphante conclusion
de Matthieu :
MATTHIEU, XIV, 32. Or, lorsqu'ils furent montés dans la barque, le
vent cessa.
33. Alors, ceux qui étaient dans la barque vinrent et l'adorèrent,
disant : Vraiment, vous êtes le Fils de Dieu.
MARC, VI, 53. Et après avoir traversé la mer, ils vinrent vers [la
terre de] Ghé-Nazireth1 et y abordèrent.
54. Et dès qu'ils furent sortis de la barque, les gens de pays
reconnurent Jésus.
55. Et parcourant toute la contrée, ils commencèrent à lui
apporter de tous cités, dans leurs grabats, les malades, là où ils
entendaient dire qu'il était.
56. Et partout où il entrait, dans les bourgs, dans les villages ou
dans les villes, on mettait les malades sur les places publiques, et
on le suppliait de les laisser seulement toucher la frange de son
vêtement ; et tous ceux qui le touchaient étaient guéris.
MATTHIEU, XIV, 34. Lorsqu'ils eurent traversé la mer, ils vinrent
dans la [terre de] Ghé-Nazir.
35. Et quand les hommes de ce lieu l'eurent reconnu, ils
envoyèrent dans toute cette contrée, et lui présentèrent tous les
malades ;
36. Et ils lui demandaient de toucher seulement la frange de ses
vêtements ; et tous ceux qui la touchèrent furent guéris.
Vous voyez que Barbilô la Sangsue2 est un fournisseur de premier ordre : ses
vêtements font de l'usage.

III. — LA PÂQUE MANQUÉE, PRÉSENTÉE EN LA FORME


SABBATIQUE.

Lorsqu'on connaît bien la doctrine des sept fils de Jehoudda, on comprend que la
séméiologie des cinq pains n'ait point satisfait les disciples de l'Agneau, qu'elle
les ait même déçus complètement.
Cérinthe est critiquable, et les synoptiseurs aussi, pour n'avoir pas donné la
forme sabbatique à la Prorogation du temps. On en refit une seconde, réparatrice
de la Première, et dans laquelle Jésus apparaît ce qu'il est réellement, le Maître
du Sabbat et la Lumière héliaque du quatrième jour.
MATTHIEU, XV, 29. Et lorsqu'il fut parti de là, Jésus vint le long de
la mer de Galilée ; et, montant sur la montagne, il s'y assit3.

1 Terre de et Ghé sont un pléonasme. Jésus est en Nazireth.


2 Cf. L'Evangile de Nessus.
3 C'est le Thabor, comme dans Cérinthe.
30. Alors s'approcha de lui une grande foule, ayant avec elle des
muets, des aveugles, des boiteux, des infirmes et beaucoup
d'autres ; et on les mit à ses pieds, et les guérit :
31. De sorte que la foule était dans l'admiration, voyant des
muets parlant, des boiteux marchant, des aveugles voyant ; et
elle glorifiait le Dieu d'Israël.
32. Cependant Jésus, ayant appelé ses disciples, dit : J'ai pitié de
ce peuple, car il y a déjà trois jours qu'ils sont constamment avec
moi, et ils n'ont pas de quoi manger ; et je ne veux pas les
renvoyer à jeun, de peur qu'ils ne défaillent en chemin.
MARC, VIII, 1. En ces jours-là, comme la multitude était grande
encore et n'avait pas de quoi manger, il appela ses disciples et
leur dit :
2. J'ai pitié de cette multitude : car voilà déjà trois jours qu'ils
sont constamment avec moi, et ils n'ont pas de quoi manger ;
3. Et si je les renvoie à jeun dans leurs maisons, ils tomberont de
défaillance en chemin, car quelques-uns d'entre eux sont venus
de loin.
Ces trois jours sont les trois premiers jours de le Genèse, et valent mille ans
chacun :
Le jour de l'Agneau ;
Le jour du Taureau ;
Le jour des Gémeaux.
Les hommes qui en sont la monnaie viennent donc de plus loin les uns que les
autres. Ceux de l'Agneau ont eu plus de chemin à faire que ceux des Gémeaux.
Mais tous sont également disciples de l'Agneau, comme dit l'Apocalypse, c'est-à-
dire que pour eus tous l'année, tant religieuse que civile, n'a qu'un rosch ha
schanâ (commencement de l'année) ; dans les douze pains dits de proposition,
offerts sur l'autel à la bénédiction de Iahvé, ils n'introduisent pas ce levain qui,
pour les pharisiens et les hérodiens, consiste à faire commencer l'année civile à
l'équinoxe d'automne, en dépit de la Loi millénariste dont les douze pains de
proposition sont la tangible image. Pour les sectateurs de Jehoudda le Royaume
doit se faire dans les quatre premiers signes de Dieu, et non à un autre moment
; les disciples de l'Agneau sont donc en règle lorsqu'ils arrivent sous le
quatrième, ils mangeront le léhem du quatrième séa1. Il est à noter cependant
qu'ils ne se pressent plus dans la beth de l'Économe chargé de la distribution.
Cet Économe a fait faillite, la maison est, fermée.
Mais que la foi leur reste ! Luc, dans une allégorie que je vous ai expliquée2,
nous a montré Jésus présent à la Pâque en sa douzième année et revendiquant
sa part dans la gloire du Père, à partir du premier jour de la Création, contre les
pharisiens qui ne l'y admettaient pas avant le quatrième. Jésus reprend ici cette
thèse. C'est le quatrième jour qu'il redonnera la vie aux quatre mille affamés,
mais il y a trois jours qu'ils sont avec lui pour avoir à manger : ils savent donc
qu'il a en lui le pouvoir de les rassasier. Ce pouvoir n'éclate que le quatrième

1 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.


2 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
jour, mais le Fils est dans le Père, comme dit élégamment Cérinthe, et qu'est-ce
qui sauvera de la faim ces malheureux ? La foi qu'ils ont que Jésus a en lui la
faculté latente de les nourrir dès le premier jour. Et ils seront amplement
récompensés. Et quand ils seront rentrés chez eux après trois autres jours, ils
auront célébré la septmaine paschale, comme elle doit l'être, en bons Juifs de la
kabbale asinaire.
MATTHIEU, XV, 33. Les disciples lui répondirent : Où donc nous
procurer, dans un désert, assez de pains pour rassasier une si
grande multitude ?
34. Jésus leur demanda : Combien avez-vous de pains ? Et eux
lui dirent : Sept, et quelques petits poissons.
MARC, VIII, 4. Ses disciples lui répondirent : Comment pourrait-
on les rassasier de pain ici, dans le désert ?
5. Et il leur demanda : Combien de pains avez-vous ? Sept,
répondirent-ils.
Il semble qu'il y ait double emploi entre le miracle à cinq pains et le miracle à
sept pains. Nullement.
Les cinq pains que l'enfant-christ propose à Jésus dans la première séméiologie
sont ceux du Secoua monde, ceux du monde en cours, le pain Balance, le pain
Scorpion, le pain Sagittaire, le pain Capricorne et le pain Verseau. Ce sont des
pains dans lesquels les pharisiens et les hérodiens du Temple ont mis le levain du
monde, quand ils ont changé de mois leur Rosch ha schana ou commencement
de l'année. Ce faisant, ils ont corrompu les Azymes et manqué à la Gnose des
rois de Juda.
Les sept pains employés dans la seconde séméiologie sont les pains qui n'ont pas
reçu ce levain des pharisiens :
1. Le pain Agneau.
2. Le pain Taureau.
3. Le pain Gémeaux.
4. Le pain Anes.
5. Le pain Lion.
6. Le pain Vierge.
7. Le pain Balance.
C'est ce dernier surtout qu'il s'agit de faire bénir par Jésus, car Adam et Satan
son compère y ont mis un fâcheux levain, sous le fallacieux prétexte que le Père
fermait l'œil pour se reposer après avoir fini son ouvrage. Ce levain, hélas ! c'est
celui de la génération, et les Juifs de Jérusalem y ont encore ajouté par leur
ingratitude envers leurs rois légitimes.
MARC, VIII, 6. Alors il commanda au peuple de s'asseoir à terre ;
Puis, ayant pris les sept pains et rendu grâces, il les rompit et les
donna à ses disciples pour les servir, et ils les servirent à la
multitude.
7. Ils avaient en outre quelques petits poissons ; il les bénit aussi,
et les fit servir.
8. Ils mangèrent donc, et ils furent rassasiés ; et ses disciples
emportèrent ce qui était resté de morceaux, sept corbeilles.
9. Or ceux qui mangèrent étaient environ quatre mille ; et il les
renvoya.
MATTHIEU, XV, 35. Alors il commanda au peuple de s'asseoir sur
la terre.
36. Et, prenant les sept pains et les poissons, et rendant grâces, il
les rompit et les donna à ses disciples, et ses disciples les
donnèrent au peuple.
37. Et tous mangèrent et furent rassasiés. Et de ce qui resta de
morceaux, ses disciples emportèrent sept corbeilles pleines.
38. Or ceux qui mangèrent étaient au nombre de quatre mille
hommes [outre les petits enfants et les femmes]1.
Dans le premier cas, l'épreuve à cinq pains, il n'y a que Prorogation du monde en
cours, c'est tout à fait insuffisant. Ici il y a promesse de retour au Monde
édémique ; l'Apocalypse reçoit son exécution sur le papier.
Dans la séméiologie à cinq pains il y a environ cinq mille personnes,
représentatives des Æons dont le cinquième, le Zakhûri-Zibdéos, s'achève avec
l'année 788. Dans la séméiologie à sept pains il y a environ quatre mille
personnes, qui représentent les quatre premiers jours millénaires de la Genèse,
les quatre premiers signes, finissant aux Ânes ; et c'est pour se trouver en
coïncidence avec ce signe, jour de la création du Soleil et de l'avènement du
Royaume, qu'ils suivent Jésus depuis trois jours.
Déjà les Poissons n'ont plus la vertu spécifique qui leur est attribuée dans la
Prorogation à cinq mille. Cependant ils sont indispensables, comme signe de
l'Æon-Zib en cours depuis le 15 nisan 789, et de la poissonnade pascale en
usage dans les églises.
Il y a autre chose. Dès le moment que l'Evangéliste trouve à propos de refaire
l'opération avec sept pains' c'est qu'il la juge mal faite avec cinq. Cérinthe ne
s'est pas rappelé que les fils de Jehoudda étaient sept et non cinq, et que la fable
les mettait en face du Maître du sabbat. Les pains de l'opération à quatre mille
sont donc des pains sabbatiques. Ils tirent toute leur valeur de leur multiplication
par sept :
7 * 7 = 49.
C'est sur ce plan que l'Apocalypse est bâtie : sept années sabbatiques
s'écouleront depuis la naissance de Bar-Jehoudda jusqu'à l'année jubilaire 789,
et la Judée célèbrent les Noces de l'Agneau. Or ces sept années ont passé, les
sept démons de Myriam aussi, et la Judée est toujours sans époux, ou plutôt,
corne Jésus le dit si bien à la Samaritaine, celui avec qui elle vit n'est pas son
époux.
En sabbatisant les sept pains (et la présence de Jésus nous l'ordonne), nous
reconstituons exactement la date de l'opération dans l'esprit de l'Evangéliste.
C'est, placée en 788, une séméiologie de la pâque manquée en 789.

1 Cette addition de femmes et d'enfants ne se trouve jamais que dans Matthieu, le plus
synoptisé par l'Église.
Les quatre mille ne disent rien, mais ils sont fort mécontents, car Jésus vient de
se moquer d'eux cyniquement. Non seulement les quatre mille affamés, ou pour
mieux dire les quatre Mille d'affamés, n'ont rien eu du tout, mais encore ils ont
remporté les sept corbeilles comme on remporte une veste, elles sont vides !
Pour qu'elles fussent pleines, il aurait fallu entrer dans l'Æon-Zib, autrement
qu'en chronologie. Alors on aurait eu non seulement les sept corbeilles pleines
d'années, mais les douze et toutes celles qui s'ensuivent, on aurait eu le pain
unique, celui qui ne se divise ni ne se rompt, le pain de la vie éternelle. Le temps
devait finir, et il continue !
MATTHIEU, XV, 39. Et, le peuple renvoyé, il monta dans la barque,
et vint aux confins de Mégiddo1.
MATTHIEU, XVI, 5. Or, lorsque ses disciples étaient venus de
l'autre côté de la mer, ils avaient oublié de prendre des Pains.
C'est un oubli d'autant moins concevable qu'ils ont leur douze corbeilles pleines
depuis le premier miracle est bien vrai que Jésus a rassasié les cinq mille ; mais
les douze corbeilles pleines sont restées entre les mains des douze apôtres et
des soixante-douze demi' décans. Il est inutile que Jésus s'exténue à ces tours
de force, si ni la première fois ni la seconde ces messieurs ne se donnent la peine
d'emporter les pains dus à sa bienfaisante intervention ! De deux choses l'une,
ou tout cela n'est qu'allégorie ou ils devraient avoir avec eux dix-neuf corbeilles
de pain et de poissons. Et la barque qu'ils montent n'en peut contenir que douze
à l'année ! Marc est plus exact que Matthieu, il reconnaît qu'ils avaient un pain à
manger, un seul.
MARC, VIII, 14. Or les disciples avaient oublié de prendre des
pains, et ils n'avaient qu'un seul pain avec eux dans la barque.
Sans doute. Après la pâque manquée, il ne leur restait que le pain-Zib. Encore ce
malheureux pain était-il gâté par le levain qu'Hérode et ses enfants y avaient
mis. Vous savez ce que c'était que ce levain, c'est la destitution de l'Agneau
comme rosch ha schanâ (départ de l'année), et l'illégale promotion de la Balance à
cet office. Ce n'était pas de ce bon levain molochiste que la veuve de Jehoudda
pétrissait dans les trois séas. Afin que le sens de toute cette séméiologie
n'apparaisse pas aux vils étrangers, l'Évangéliste représente les disciples comme
privés de nourriture, parce qu'ils ont oublié de prendre des sept pains qui sont
censés être dans les Sept corbeilles. Mais ces corbeilles étant passées, comme
les quatre mille ventres qui comptaient sur le séa des Ânes pour être rassasiés,
ils ont pu les oublier sans inconvénient.
MATTHIEU, XVI, 6. Jésus leur dit : Gardez-vous soigneusement du
levain des pharisiens et des saducéens.
7. Mais eux pensaient en eux-mêmes, disant : C'est parce que
nous n'avons pas pris de pains.

1 Le texte grec porte Magadan ou Magédan, que le Saint-Siège dit être Magdala,
aujourd'hui et-Medjdel, sur la rive occidentale du lac de Tibériade et à l'extrémité
méridionale de la plaine de Génésareth, à une heure et un quart environ au nord de
Tibériade. On croit que c'est là qu'était née Marie-Madeleine et que c'est de Magdala
qu'elle tirait son surnom. Mais il s'agit très certainement du Hamm Méddigo qu'ont ont
traversé tant de fois Bar-Jehoudda et ses frères, et dont l'Apocalypse parle comme du
lieu où devait être prononcé le jugement.
MARC, VIII, 15. Et il leur commandait, disant : Gardez-vous avec
soin du levain des pharisiens et du levain d'Hérode.
16. De là ils s'entretenaient entre eux, disant : C'est parce que
nous n'avons point de pains.
Devant les goym l'Évangéliste ne veut pas avouer qu'il n'y a rien dans les sept
corbeilles, puisqu'elles sont passées ; il préfère laisser croire que les disciples se
reprochent d'avoir oublié les pains dont elles devaient être pleines.
MATTHIEU, XVI, 8. Or Jésus, le sachant, dit : Pourquoi Pensez-
vous en vous-mêmes, hommes de peu de foi, à ce que vous
n'avez pas de pains ?
9. Ne comprenez-vous pas encore, et ne vous souvient-il point
des cinq pains distribués aux cinq mille hommes, et combien de
corbeilles vous avez remportées ?
10. Ni des sept pains distribués aux quatre mille hommes, et
combien de corbeilles vous avez remportées ?
11. Comment ne comprenez-vous point que ce n'est pas au sujet
du pain que je vous ai dit : Gardez-vous du levain pharisiens et
des saducéens ?
MARC, VIII, 17. Ce qu'ayant connu, Jésus leur dit : Pourquoi
entretenez-vous de ce que vous n'avez point de pains ? n'avez-
vous donc encore ni sens ni intelligence ? avez-vous donc
toujours le cœur aveuglé ?
18. Ayant des yeux, ne voyez-vous point ? ayant des oreilles
n'entendez-vous point ? et avez-vous perdu tout souvenir ?
19. Quand je rompis les cinq pains pour les cinq mille hommes,
combien de paniers emportâtes-vous pleins de morceaux ? —
Douze, lui dirent-ils.
20. — Et quand je rompis les sept pains pour les quatre mille
hommes, combien emportâtes-vous de corbeilles pleines de
morceaux ? — Sept, lui dirent-ils.
21. Et il ajouta : Comment ne comprenez-vous point encore ?
C'est évident. Êtes-vous disciples de Jehoudda, oui ou non ? Êtes-vous
millénaristes, fils des kanaïtes et des sicaires ? En un mot êtes-vous christiens ?
Si vous l'êtes, vous devez comprendre. Si vous ne l'êtes pas, c'est que vous êtes
aussi bouchés que les exégètes. Or, si on vous explique plus ouvertement ces
énigmes, elles cesseront d'être efficaces pour la mystification et, espérons-le, la
damnation des goym. Je vous traite d'imbéciles pour mieux les aveugler sur
notre malice, mais les imbéciles, ce sont eux, vous le savez bien. Vous savez
bien que si dans la première opération j'ai prorogé le temps, c'est uniquement à
votre bénéfice, et pour attendre le Grand Sabbat que je vous ai promis dans la
seconde. Que ceux qui ont des oreilles du Jourdain entendent ! J'entends bien,
moi qui ne suis que de la Nièvre !
MATTHIEU, XVI, 12. Alors ils comprirent qu'il n'avait Fe dit de se
garder du levain des pains, mais de la doctrine des pharisiens et
des saducéens.
Cette doctrine était la négation de la kabbale messianique et par conséquent du
privilège accordé aux Juifs. Envers de telles gens Iahvé n'était pas tenu de son
serment. Songez donc ! des gens qui ne célébraient plus leur genèse divine, et
faisaient commencer l'année sous le septième signe, le signe sous lequel Satan
avait usurpé le pouvoir ! Quoi d'étonnant à ce que Iahvé se fût séparé d'eux et
n'acceptât plus le léhem dans lequel ils avaient introduit ce levain ? Comment
avaient-il osé qualifier d'azyme, à la pâque, un pain qui ne correspondait plus
mathématiquement au premier signe de la Création ? Comment avaient-ils
continué à appeler pâque des Juifs une semaine pendant laquelle ils n'avaient
pas craint de laisser des incirconcis pénétrer dans l'enceinte du Temple ? Qui,
pendant ces temps de honte et de prostitution, avait défendu la loi violée ?
Jehoudda et son sabbat de fils. La même loi qui punissait de mort ceux qui
auraient introduit du levain dans l'azyme, les christiens l'avaient étendue à ceux
qui introduisaient des païens dans le Temple. Ils avaient de leur propre main
assuré l'exécution de cette loi par des assassinats en plein sanctuaire. Et c'est ce
que Jésus rappelle à mots couverts.

IV. — LE SIGNE DU ROYAUME REFUSÉ AU PEUPLE.

Jusqu'ici personne n'a demandé à Jésus de signes du ciel. Convenablement stylé,


Satan lui a fait la grâce de n'en pas souffler mot. Mais les hérodiens et les
pharisiens contemporains du christ ne peuvent imiter la même réserve. Les voici
qui viennent tenter Jésus. Sur le papier, avec des accessoires de physicien, Jésus
peut faire tout ce qu'on veut, il n'attend même pas qu'on le demande. Il n'en est
pas de même quand on lui demande, — ce sont des hérodiens, bien entendu, —
de faire ou simplement de montrer dans le ciel un de ces prodiges comme Bar-
Jehoudda en avait annoncé, la descente des Ânes par exemple, ou simplement
celle de l'Agneau. Ils se contenteraient même, la faillite de Bar-Jehoudda et sa
culbute au Guol-golta leur ayant appris à modérer leurs vœux, de voir le Zib et
son Æon. Le peuple, qui connaît l'Évangile et qui d'ailleurs en a été victime
voudrait bien un signe qui fût l'Âne, et non des fumisteries de scribe comme la
Prorogation du temps. On a laissé dans Luc un passage où Jésus apostrophe ce
peuple trompé, le bouscule, le rudoie pour étouffer ses légitimes réclamations.
LUC, XII, 54. Il disait aussi au peuple : Lorsque vous voyez un
nuage se former au couchant, aussitôt vous dites la pluie vient ;
et il arrive ainsi.
55. Et quand vous voyez souffler le vent du midi, vous dites : Il
fera chaud ; et cela arrive.
56. Hypocrites, vous savez juger d'après l'aspect du dell et de la
terre ; mais cette occasion favorable1, comment ne la saisissez-
vous point ?
57. Comment ne discernez-vous pas de vous-mêmes ce qui est
juste ?

1 Tôn dè cairôn touton pôs ou dokimazété. Toujours mal traduit.


Cette occasion d'agir, c'est l'année proto-jubilaire, c'est la veille du temps
marqué pour le redressement des choses, pour la rétribution, le temps du
Jugement, en un mot. Et ce qui est juste, c'est la façon dont Dieu a jugé depuis
le commencement du monde, c'est-à-dire préjugé en faveur des Juifs1. Or le
peuple a laissé passer le moment favorable, il n'a point connu le temps de sa
visitation, comme dit ailleurs Jésus ; il ne s'est point levé en 788, il n'est point
fondé à réclamer des signes, il y a prescription !

V. — LE MÊME, REFUSÉ AUX PHARISIENS.

MARC, VIII, 40. Montant aussitôt dans la barque avec ses


disciples, il vint dans le pays de Dalmanutha.
11. Alors, les pharisiens, étant venus, commencèrent à disputer
avec lui, lui demandant un sèméion sortant du ciel2, pour le
sonder.
Le quatrième signe notamment dans lequel devait se consommer le triomphe de
Bar-Jehoudda ; ils se contenteraient de celui-là, qui les mettrait en possession de
l 'Eden millénaire. Conséquents avec son système, ils demandent au revenant de
Bar-Jehoudda ce que celui-ci leur avait promis à eux-mêmes. Jésus leur répond
par des pantalonnades usitées en pareil cas.
12. Mais, gémissant au fond du cœur, il dit : Pourquoi cette
génération demande-t-elle un signe ? En vérité je vous le dis, il
ne sera point accordé de signe à cette génération.
13. Et les laissant, il monta de nouveau dans la barque et sa de
l'autre côté de la mer.

VI. — LE SIGNE DES DEUX JOANNÈS PROPOSÉ AU PEUPLE.

Se tirer d'embarras par la fuite n'est ni d'un dieu ni d'un homme brave. Marc ne
l'avait pas senti, mais les synoptiseurs ont rectifié la position dans Luc, où Jésus
fait front au peuple, non pour le consoler, bien entendu, mais pour se moquer de
lui.
LUC, XI, 29. Cependant, le peuple s'amassant en foules il
commença à dire : Cette génération est une génération mauvaise
; elle demande un signe et il ne lui sera point donné de signe, si
ce n'est le signe du prophète Jonas.

1 Immédiatement après cette exécrable pensée, pour en pallier l'effet, pour détourner
l'attention, les synoptiseurs ont placé le conseil que Jésus donne aux Juifs dans Matthieu,
et qui vise non plus justice de Dieu, mais celle du goy.
2 Apô tou ouranou, de la part du ciel, et non dans le ciel, comme le dit dans l'édition du
Saint-Siège.
Pas d'autre Zib que celui du prophète Jonas ! Lequel ? Le Joannès ninivite ? Ou le
Joannès juif, celui qui s'était dit christ ? Celui-ci même, dont tous les
interlocuteurs de Jésus connaissent depuis longtemps la disparition après trois
jours et trois nuits. Jésus l'a déjà dit : cette génération a été trop adultère
envers la Gnose magique, pour qu'il lui soit donné des signes venant du ciel. Il
refuse, dit l'Église. Hé ! non, il voudrait bien, mais ne peut pas ! Le corps dans
lequel il revient était en croix avant la pâque, et c'est, disent les jehouddolâtres,
ce qui a empêché l'avènement du Royaume !

VII. — LE MÊME, PROPOSÉ AUX PHARISIENS ET AUX


SADUCÉENS.

Le désir de voir le signe de Juda est pourtant bien légitime ! Le peuple ne


demande pas plus que Joannès et ses frères n'avaient promis. Jésus répond qu'il
devra se frotter le ventre avec les Poissons, cela manque de sérieux. On ne se
moque pas à ce point des pauvres gens ! Les synoptiseurs ont senti qu'il valait
mieux mettre Jésus aux prises avec les pharisiens et les saducéens. Il pourra
leur dire des choses plus dures.
MATTHIEU, XVI, 1. Alors vinrent à lui les pharisiens et les
saducéens, pour le sonder, et ils le prièrent de leur faire voir le
signe sortant du ciel1.
Comme toujours Jésus se tire d'affaire par une ruse de renard en accusant
d'hypocrisie les interlocuteurs qui au contraire sont dans la vraie question et sur
le bon terrain.
2. Mais Jésus, répondant, leur dit : Le soir venu, vous dites : Il
fera beau, car le ciel est rouge.
3. Et le matin : Aujourd'hui, de l'orage, car le ciel est sombre et
rougeâtre.
4. Hypocrites, vous savez donc juger l'aspect du ciel, et vous ne
savez pas reconnaître les signes de la plénitude jubilaire2. Une
génération méchante et adultère demande un signe et il ne lui

1 Sémeion ec tou ouranou, un signe du ciel, et non un prodige dans le ciel, comme
traduit le Saint-Siège.
2 Sémeia tôn kairôn, le tô kairon, la joie des joies. la ruine de l'Occident et le Royaume
des Juifs. Car il faut vous dire que l'hypocrite ici, le fourbe, le menteur, c'est le nommé
Jésus. Le texte actuel porte cairôn que le Saint-Siège traduit par temps, mais c'est le
résultat d'une sophistication dans le grec. A la vérité on ne peut bien rendre le mot qu'à
la condition de connaitre à fond le système que prêchait Bar-Jehoudda. Le substantif
kairon n'existe pas et pourtant l'Evangéliste, un millénariste fieffé, l'emploie au pluriel.
C'est que cet aigrefin joue du verbe kairein, se réjouir, dont on connait quelques
applications au participe neutre, dans Plutarque notamment, to kairon, la joie. Les
sémeia tôn kairôn, ce sont les signes de la joie des joies, du jubilé des jubilés, de l'An de
grâce dont l'échéance tombait en 789 selon les calculs de Bar-Jehoudda. La joie rêvée
par lui consista surtout dans le mal éprouvé par les goym. C'est de la kairécakia, de la
joie causée par le niai d'autrui. Odium generis humani (Tacite), haine du genre humain,
voilà ce qui caractérise ce scélérat promu consubstantiel au Père par l'Eglise !
sera point donné de signe, si ce n'est le signe du prophète Jonas.
Et les ayant quittés, il s'en alla.
S'en aller pour éviter la discussion est un procédé recommandable. Néanmoins
les synoptiseurs ont refait la scène pour donner une conclusion plus conforme à
la puissance du Verbe divin.
MATTHIEU, XIII, 38. Alors quelques-uns des scribes et des
pharisiens prirent la parole après lui, disant : Maître, nous
voulons voir un signe1 de vous.
39. Jésus, répondant, leur dit : Une génération méchante et
adultère demande un signe, et il ne lui sera donné d'autre signe
que celui du prophète Jonas.
40. Car, comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre
de la Baleine2, ainsi le fils de l'homme sera dans le sein de la
terre trois jours et trois nuits.
Rien que par cette indication de délai nous voyons que ce passage a fait partie
du dispositif où Jésus ne célèbre pas la Pâque, et où Joannès ressuscite après
trois jours et trois nuits, donc le quatrième jour.
Mais comme dans le dispositif actuel on crucifie Joannès le lendemain de la
pâque au lieu de la veille, et qu'on a été conduit à le ressusciter le troisième jour
au lieu du quatrième, les synoptiseurs n'ont pas jugé prudent de reproduire dans
Luc l'indication du délai.
LUC, XI, 30. Car comme Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi
sera le fils de l'homme pour cette génération.
Comme vous voyez, le délai cesse d'être la condition essentielle de la similitude
des deux cas.
MATTHIEU, XII, 41. Les Ninivites se lèveront au jugement avec
cette génération, et la condamneront, parce qu'ils firent pénitence
à la prédication de Jonas ; et cependant il y a ici plus que Jonas3.
42. La reine du Midi4 se lèvera au jugement avec cette
génération, et la condamnera, parce qu'elle vint des extrémités
de la terre écouter la sagesse de Salomon ; et cependant il y a ici
plus que Salomon5.
LUC, XI, 31. La reine du Midi se lèvera au jugement avec les
hommes de cette génération, et les condamnera, parce qu'elle
vint des extrémités de la terre entendre la sagesse de Salomon ;
et il y a ici plus que Salomon.
32. Les Ninivites se lèveront au jugement avec cette génération
et la condamneront, parce qu'ils tirent pénitence à la prédication
de Jonas ; et il y a ici plus que Jonas.

1 Et non miracle, comme traduit le Saint-Siège.


2 Kêtos, insuffisamment traduit par poisson dans l'édition du Saint-Siège.
3 Bien sûr. Jonas n'était ni juif ni fils de David.
4 La reine de Saba.
5 C'est incontestable, D'abord il y a Salomon, dont le Joannès en le descendant, et puis il
y a plus que Salomon, car Salomon n'a pas fait l'Apocalypse, qui l'eût égalé à Elie.
De défaite en défaite, englué dans le mensonge, l'Evangéliste en vient à
prétendre que, si le Royaume n'est pas venu, c'est non la faute de Bar-Jehoudda,
mais de ses adversaires. Bar-Jehoudda n'a pas donné le signe, parce que la
génération de la Grande Année était une mauvaise génération1, il a donc bien
fait de ne pas le donner ! Il n'en a donné qu'un, celui que les scribes ont trouvé
dans Jonas. Et qu'est-ce que le signe de Jonas ? C'est le non-signe, l'impossibilité
en Jonas s'est trouvé jadis d'en donner un aux Ninivites.
Il y a une différence toutefois. Tandis que les Ninivites se sont amendés à la voix
de Jonas, les Juifs de la génération apostolique sont restés sourds à la voix de
Jehoudda et de ses fils : ils ont permis que Pilatus crucifiât leur Joannès, ils ne
connaîtront pas la Première résurrection, le Premier jugement, la Jérusalem d'or
et le Jardin aux douze récoltes. Au jugement dernier, ils ressusciteront avec les
Ninivites comme des méchants et des adultères qu'ils sont, mais pas avant ! Et
ceux-ci, — des goym ! — les jugeront. Ils ressusciteront avec la reine de Saba,
mais pas avant ! Et celle-ci (une étrangère !) les jugera. Damnation certaine pour
ces transgresseurs de la Loi. Bar-Jehoudda leur a pris la bourse et la vie, Jésus
prend l'espérance à leur postérité. C'est complet.
Jésus ne veut pas engager la discussion sur les signes messianiques devant les
goym. Jésus ne fourni pas de signes, parce que l'individu dont il est le revenant
n'en avait pu fournir aucun. Quand on lui en propose de dangereux pour sa
personne, comme de se jeter du haut du Temple, il refuse énergiquement, et il a
bien raison. Ce n'est point par la chute d'un corps qu'on mesure la hauteur d'un
édifice. On sait bien que le Temple fût un monument très élevé. Il n'en est tombé
que mieux, quand l'heure de sa chute fut venue, et elle était depuis longtemps
écoulée.

VIII. — LA SIMILITUDE DU CHRIST ET DE JONAS.

Dès le moment qu'il s'agit de donner le change aux goym l'Évangéliste emprunte
de toutes mains. Et même il fait un sacrifice qui doit coûter à son amour-propre,
il emprunte aux incirconcis ! Il prend dans Jonas ce merveilleux conte du Zib,
qu'il met dans la bouillabaisse christienne. Cependant le cas de Jonas, sortant de
la gueule du Zib, par la grâce de Dieu, ne convenait en aucune façon à celui de
Bar-Jehoudda qui était sorti de la terre du Guol-golta par l'industrie de sa mère,
à force de bras. Mais il pouvait servir de modèle comme symbole du Soleil
revenant dans l'hémisphère boréal, après avoir passé trois jours et trois nuits
d'équinoxe au fond de l'Atlantide ! Bar-Jehoudda, tiré du Guol-golta le quatrième
jour, est proposé aux Juifs comme un Jonas de terre. Eh bien ! pas plus à ce
point de vue qu'aux autres, il n'est dans les conditions requises, DI, n'a passé
que vingt-quatre heures dans le caveau provisoire du Guol-golta !2 Les deux
autres jours, 'es avait passés en croix !
Le Joannès juif n'offrait qu'un point de ressemblance absolue avec le Joannès
ninivite : il était en fuite vers l'Occident, il tournait le dos à sa destination, il
manquait à sa mission, il désobéissait à Dieu, lorsqu'il fut arrêté !

1 C'est vrai, c'était la sienne !


2 Cf. Les Marchands de Christ.
Il est vrai qu'il avait fini comme Isaïe, sinon de la même mort ; mais personne
alors n'a pensé à ce rapprochement. Au contraire l'imagination se tourna vers
Jonas dont il avait pris le nom dans son Apocalypse.
Et cette similitude, d'où toute son Assomption est sortie, s'imposait d'autant plus
impérieusement qu'en son vivant il réunissait les deux prophètes connus avant
lui sous le nom de Jonas, et celui qui était d'Assyrie, et celui qui, galiléen, fils
d'Amathi, né à Gath-Hépher1, tout près de Kana, dans la tribu de Zabulon, avait
premier assigné au royaume d'Israël les limites qu'il eut sous David, depuis
l'entrée d'Hémath jusqu'à la mer du désert d'Égypte. Ce Jonas était l'ancêtre de
tous les prophètes juifs : plus ancien qu'Osée et plus ancien qu'Amos2. C'était un
Jonas aussi que le père de Bar-Jehoudda, et le plus grand de tous ! Mais loin de
se réaliser en son fils, comme il l'avait annoncé, sa prophétie ne s'était même
pas accomplie dans la mesure qu'avait prédite le Jonas de Gath-Hépher : au lieu
de régner éternellement sur le monde, le pseudo-christ n'avait même pas pu
s'implanter en Transjordanie.
Voyons d'abord ce qu'était devenu l'apologue assyrien entre les mains des Juifs
avant Bar-Jehoudda, et disons que le cryptogramme, le signe talisman de Ninive,
c'est le Zib du Zodiaque. Les Juifs, en s'emparant du signe, avaient adapté le
conte, qu'ils donnaient comme étant du fils d'Amathi, le Jonas de Gath-Hépher.
C'est un de leurs plagiats coutumiers. L'hébreu de ce conte est mêlé d'un assez
grand nombre de mots chaldéens qui trahissent son origine. Ce n'est pas une
raison pour croire, comme beaucoup le font, qu'il a été composé après la
captivité des Juifs dans Babylone et la destruction de Ninive. Ninive existe
encore, avec cent vingt mille Hébreux, et si l'apologue datait de la fin de la
captivité soufferte sous les Chaldéens, il refléterait les sentiments de toute la
race, lesquels manquaient de la sereine philosophie qui le couronne. Enfin, dans
aucun de ces deux cas on n'aurait pu l'attribuer à Jonas, fils d'Amathi qui vécut
sous quatre rois de Juda antérieurs de beaucoup à la captivité.

IX. — JONAS, CHAPITRE PREMIER.

La scène se passe à la veille de cette fameuse Grande année que le Iaô-Shanâ-


os chaldéen annonce depuis tant de siècles, et qui est dans les desseins d'Iaô,
père la lumière, depuis l'instant même où il a créé le monde. Eh bien ! Jonas,
voilà le Grand jour qui arrive pour la ville-Zib ! C'est sa dernière Baleine et la
tienne ! Va le lui dire ! Jonas se gratte l'oreille, car s'il a de l'amour-propre pour
sa prédiction, il tient encore davantage à la vie. Primo vivere, deinde
prophetizari. S'il entre dans Ninive, il sera le premier pris, il le sent bien. Il
n'éprouve aucun besoin de voir la face du Seigneur. Il se dirige vers l'Occident ;
Tharsis en est le terme le plus éloigné, c'est à Tharsis qu'il ira.
1. Le Seigneur adressa sa parole à Jonas, fils d'Amathi, et lui dit :
2. Levez-vous, et allez dans la grande ville de Ninive, et y
prêchez, parce que la voix de sa malice s'est élevée jusqu'à moi.

1 On y montre aujourd'hui son tombeau.


2 Livre IV Rois, ch. XIV, 25.
3. Jonas, donc, se mit en chemin ; mais il résolut d'aller à Tharsis
pour fuir de devant la face du Seigneur ; il descendit au rivage de
Joppé ; et ayant trouvé un vaisseau qui faisait voile sur Tharsis, il
y entra avec les autres, et paya son voyage pour aller en cette
ville, et fuir de devant la face du Seigneur.
Jonas, qui se croit malin en fuyant l'Orient, avec ses trois cent cinquante-neuf
compagnons, est au fond un pauvre calculateur. Il devrait savoir qu'on ne fuit
pas la face du Seigneur, d'autant plus qu'en s'embarquant sur le vaisseau de
l'année battant pavillon du Taureau, premier signe du Zodiaque assyrien, il sera
fatalement ramené par le cours du soleil à son point de départ, ce qui aura lieu à
la fin du Zib, douzième signe. Et en effet, arrivé sous le Zakhûri (Verseau), il fait
naufrage, quoique jusque-là il eût vogué avec insouciance, en homme qui dit
connaître les décrets d'Iaô et savoir pertinemment que la colère divine tombera
sur Ninive et non sur Tharsis.
4. Mais le Seigneur envoya sur la mer un vent furieux et une
grande tempête s'étant élevée, le vaisseau était en danger d'être
brisé.
5. La peur saisit les matelots, chacun invoqua son Dieu avec de
grands cris, et ils jetèrent dans la mer toute la charge du
vaisseau pour le soulager1 : cependant Jonas trait descendu au
fond du navire, et dormait d'un profond sommeil.
Nous avons ici la preuve qu'à l'origine l'apologue était pas juif. S'il l'était, il n'y
aurait que des Juifs à bord, lesquels, se sachant perdus par la seule présence de
goym et d'incirconcis, auraient refusé de s'embarquer avec eux. Au contraire,
chacun a sa religion ; mais l'apologue ayant été judaïsé, il n'y a plus qu'un Dieu
sauveur, et c'est naturellement celui de Jonas, fils d'Amathi. La même prétention
s'affirme dans la traversée du Gogotha : l'élément juif, composé des quatre-
vingt-quatre jehouddolâtres de la mystification évangélique2, est le seul en état
de conduire le vaisseau et d'échapper au naufrage. C'est pourquoi Jonas dort si
tranquillement, au plus bas du navire ; il est ansé !3
6. Et le pilote s'approcha de lui, et lui dit : Comment pouvez-vous
ainsi dormir ? Levez-vous, invoquez votre Dieu, et peut-être que
Dieu se souviendra de nous et ne permettra pas que nous
périssions.
7. Ils se dirent ensuite l'un à l'autre : Allons, jetons le sort pour
savoir d'où ce malheur nous a pu venir. Et ils jetèrent le sort, et
le sort tomba sur Jonas4.
8. Ils lui dirent donc : Apprenez-nous quelle est la cause de ce
péril où nous sommes : à quoi vous occupez-vous ? d'où êtes-
vous ? où allez-vous ? et quel est votre peuple ?
9. Il leur répondit : Je suis Hébreu, et je sers le Seigneur, le Dieu
du ciel, qui a fait la mer et la terre.

1 C'est la manœuvre des passagers du Gogotha. Cf. Le Gogotha, t. VI du Mensonge


chrétien.
2 Les douze apôtres et les soixante-douze demi-décans. Cf. Le Gogotha.
3 Sur l'anse, voir Le Gogotha et les Evangiles de Satan.
4 Naturellement ! C'est lui qui les a entraînés.
10. Alors, ils furent saisis d'une grande crainte, et ils lui dirent :
Pourquoi avez-vous fait cela ? car ils avaient su de lui-même qu'il
fuyait de devant la face du Seigneur.
11. Ils lui dirent donc : Que vous ferons-nous pour nous mettre à
couvert de la violence de la mer ? car les vague s'élevaient et se
grossissaient de plus en plus.
Jonas est assyrien, il est l'auteur de la prophétie que connaissent tous les
passagers de la barque proto-jubilaire, En nous trompant sur l'origine de Jonas,
le scribe juif enlève tout le sel de l'apologue. Non contents de s'attribuer le
bénéfice des Sorts chaldéens par l'institution des Phurim1, les Juifs s'en
attribuent ici l'invention, c'est trop. Jonas sait très bien que du Verseau il
tombera dans la Baleine de Ninive et que la Baleine le sauvera. C'est pourquoi il
fait aux passagers la proposition que voici :
12. Jonas leur répondit : Prenez-moi, et me jetez dans la mer, et
elle s'apaisera ; car je sais que c'est à cause de moi2 que cette
grande tempête est venue fondre sur vous.
13. Cependant, les matelots ramaient afin de gagner la terre ;
mais ils ne le pouvaient, parce que la mer s'élevait de plus en
plus et les couvrait de ses vagues.
14. Alors, ils crièrent vers le Seigneur, et lui dirent : Nous vous
prions, Seigneur, que la mort de cet homme ne soit pas cause de
notre perte ; et ne faites pas retomber sur nous le sang innocent,
parce que c'est vous-même, Seigneur, qui faites en ceci ce que
vous voulez3.
15. Et ils prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer ; et elle s'apaisa
aussitôt.
16. Alors ces hommes coururent pour le vrai Dieu une frayeur
pleine de respect ; ils immolèrent des hosties au Seigneur et
firent des vœux.
En un mot ils célèbrent la fête des Phurim, et ils ne Peuvent faire autrement
puisque l'adaptateur les a dit Juifs. Le vrai dieu, ce n'est plus celui des Assyriens,
c'est celui de leurs plagiaires ! La propriété, c'est le vol ; et le vol, c'est la
propriété ! Mais, malgré tout, c'est le signe du Jonas d'Assyrie, c'est la Baleine de
Ninive qui va sauver le Jonas juif. Après trente jours de navigation sous ce
Poisson, Jonas a fini par tomber dedans. Cela se passe très exactement le 14
nisan, dernier jour d'une année dont nous ne connaissons pas la date, mais qui
est proto-jubilaire, comme celle des baptêmes christiens et de la traversée du
Gogotha4.
Nous sommes d'autant plus certains de ne pas nous égarer que, sous le nom
d'Hercule, il est arrivé au Soleil ce qui arrive ici à Jonas, et dans les mêmes
parages, à Tharsis, l'ultima Thulé de l'Occident. Vous savez qu'Hercule a
renouvelé sur terre les douze travaux célestes que lui assigne la sphère des

1 Sur les Phurim ou fête du renversement des Sorts chaldéens et bénéfice des Juifs, cf.
Le Charpentier et L'Evangile de Nessus.
2 Pour avoir cru qu'on pouvait fuir la face du Seigneur.
3 Ils sacrifient Jonas pour avoir la paix, le reste regarde Iaô.
4 Cf. Le Gogotha.
Mages ; il a dompté tour à tour les monstres des douze signes et des
constellations figurées : Lion de Némée, Taureau, Centaure ou Sagittaire,
Cerbère ou Chien, Typhon ou le Serpent, nous passons les autres pour ne point
humilier Jonas.
C'est dire qu'il a eu affaire au Zib, mais à la différence de Jonas il n'a invoqué
personne pour s'en tirer. S'il a sauté tout armé dans la Baleine à qui il avait
ouvert les colonnes d'Hercule, s'il y est resté trois jours et trois nuits, c'est avec
la certitude d'en sortir sain et sauf, sans autre incommodité qu'une perte de
chevelure1 dans le genre de celle de Samson2, perte peu sensible et facilement
réparable. Iaô a donc permis que son serviteur Jonas renouvelât le douzième et
dernier exploit d'Hercule et profitât de l'équinoxe pour pénétrer les mystères de
l'au-dessous. C'était une idée reçue, et elle provient de la Genèse chaldéenne,
qu'ayant été créé le quatrième jour seulement, le Soleil ou, si vous aimez mieux,
Hercule, était arrêté au passage pendant trois jours lors du renouvellement dé
l'année. On expliquait le phénomène de la précession équinoxiale par une
arrestation momentanée, une rétrogradation même. Nous l'expliquerons à notre
tour, et sur les mêmes données, lorsque nous en viendrons Li l'arrestation de
Jésus au Mont des Oliviers et à la fuite des douze signes personnifiés dans les
apôtres. Car le Fils de l'homme de l'Apocalypse, c'est l'Hercule juif, et Jésus,
c'est ce mythe en action. Ne vous étonnez pal qu'on ait ressuscité Bar-Jehoudda
le quatrième jour ; Jonas, à l'imitation d'Hercule, en avait déjà fait autant De
même Jehoudda et son frère dans l'Apocalypse3 et Eléazar dans l'Evangile de
Cérinthe4.
Matthieu nomme la Baleine comme ayant hébergé Jonas, — d'où il suit que
c'était le douzième signe du Zodiaque assyrien, plutôt que le Poisson austral
(Fomalhaut, étoile de première grandeur). Le Poisson austral ou Piscis Magnus avait
servi de signe avant les deux petits Poissons actuels. Eratosthène dit de lui : le
Grand Poisson dont naquirent les Poissons. On n'a pas toujours distingué aussi
bien qu'aujourd'hui entre le Poisson austral, poisson sud de la constellation des
Poissons, et la Baleine ou Kêtos qui est tout auprès. Les Hindous donnent le nom
de Kettong (Baleine) au douzième signe de leur Zodiaque, et nous avons là la
preuve que les Ninivites avaient fait comme eux.

X. — JONAS, CHAPITRE II.

1. Dieu fit en même temps qu'il se trouva là un grand Poisson qui


engloutit Jonas ; il demeura trois jours et trois nuits dans le
ventre de ce Poisson
2. Où, adressant sa prière au Seigneur son Dieu,

1 Lycophron, Tragœdia Herculis ; Théophylacte, Commentarii in cap. II Jonæ.


2 Cf. Le Gogotha.
3 Cf. Le Roi des Juifs.
4 Cf. L'Evangile de Nessus.
3. Il lui dit : J'ai crié vers le Seigneur dans le fort de mon
affliction, et il m'a exaucé ; j'ai crié du fond du tombeau, et vous
avez entendu ma voix1.
4. Vous m'avez jeté au milieu de la mer jusqu'au fond des eaux ;
j'en ai été inondé de toutes parts ; toutes vos vagues tous vos
flots ont passé sur moi ;
5. Et j'ai dit en moi-même : Je suis rejeté de devant vos yeux ;
mais néanmoins, je reverrai encore votre Temple saint2.
6. Je me suis vu à l'extrémité parmi les eaux qui m'environnaient
; l'abîme m'a enveloppé de toutes parts ; les flots de la mer ont
couvert ma tête.
7. Je suis descendu jusques aux racines des montagnes ; je me
vois comme exclu pour jamais de la terre par les barrières qui
m'enferment, et vous préserverez néanmoins ma vie de la
corruption, ô Seigneur, mon Dieu3 !
8. Dans la douleur profonde dont mon âme a été saisie, je me
suis souvenu de vous, Seigneur : que ma prière monte jusqu'à
vous, jusqu'en votre Temple saint !
9. Ceux qui s'attachent inutilement à la vanité abandonnent la
miséricorde qui les aurait délivrés.
10. Mais moi, je vous offrirai des sacrifices avec des cantiques de
louanges ; je rendrai au Seigneur tous les vœux que j'ai faits pour
mon salut4.
11. Alors le Seigneur commanda au Poisson, et celui-ci jeta Jonas
sur le bord.
Il n'en pouvait être autrement, et le conte assyrien nous épargnait certainement
cette jérémiade imitée des Psaumes de David. Le bord sur lequel la baleine
rejette Jonas, c'est le bord de l'hémisphère boréal. En trois jours et trois nuits ce
héros solaire a fait le tour du monde par dessous, et il est revenu dans Ninive. Il
est sorti vivant, plus vivant que jamais, de ce Poisson qui l'avait entraîné si loin
sous les eaux australes qu'on doutait à Ninive de le revoir jamais. Ressuscité
après cette passion, disons cette pâque, ce passage équinoxial du printemps,
Jonas fera par reconnaissance le devoir devant lequel il avait reculé par peur : il
annoncera le Grand Jour dans Ninive. Mais c'est un simple farceur, car l'échéance
cyclique est déjà passée depuis trois jours, il n'arrivera rien cette année-là. Il est
sorti du Poisson sans encombre, et dans quatre autres jours la septmaine
pascale sera finie. Mais puisque Iaô lui ordonne d'annoncer la fin du monde, il
dira que c'est pour la Pentecôte.

XI. — JONAS, CHAPITRE III.

1 De profondis clamavi ad te, Domine. Vous savez le reste.


2 Trace de rédaction juive.
3 Idée employée également par les Psaumes pour David et appliquée à Bar-Jehoudda par
les évangélistes.
4 Jonas est en état de naziréat.
1. Le Seigneur parla une seconde fois à Jonas et lui dit :
2. Levez-vous et allez dans la grande ville de Ninive, et prêchez-y
ce que je vous ordonne de leur dire.
3. Jonas partit aussitôt, et alla à Ninive, selon l'ordre du Seigneur
: Ninive était une grande ville qui avait trois jours chemin.
4. Et Jonas y étant entré, y marcha pendant un jour1 ; et il cria
en disant : Encore quarante jours et Ninive sera détruite.
5. Les Ninivites crurent à la parole de Dieu ; ils ordonnèrent un
jeûne public et se couvrirent de sacs, depuis le plus grand
jusqu'au plus petit2.
6. Cette nouvelle ayant été portée au roi de Ninive, il se leva de
son trône, quitta ses habits royaux, se couvrit d'un sac, et s'assit
sur la cendre.
7. Il fit crier partout et publier dans Ninive cet ordre, comme
venant de la bouche du roi et de ses princes : Que les hommes,
les chevaux, les bœufs et les brebis ne mangent rien ! Qu'on ne
les mène point aux pâturages, et qu'ils ne boivent point d'eau !
8. Que les hommes et les bêtes soient couverts de sacs, et qu'ils
crient vers le Seigneur de toute leur force ! Que chacun se
convertisse, qu'il quitte sa mauvaise voie et l'iniquité dont ses
mains étaient souillées !
9. Qui sait si Dieu ne se retournera point vers nous pour nous
pardonner ; s'il n'apaisera point sa fureur et sa colère, et s'il ne
changera point l'arrêt qu'il a donné pour nous perdre ?
10. Dieu donc considéra leurs œuvres, il vit qu'ils étaient
convertis en quittant leur mauvaise voie, et la compassion qu'il
eut d'eux l'empêcha de leur envoyer les maux qu'avait résolu de
leur faire.
De toutes les ordonnances du roi d'Assyrie la plus curieuse assurément est la
défense de boire, étendue même aux bêtes. C'est par le feu que le monde doit
finir selon les prophéties de Jonas, il n'y aura jamais trop d'eau ce jour-là ! Car
celui qui viendra après le baptisera dans le feu et dans l'Esprit-Saint ! Mais le roi
d'Assyrie est moins atroce que l'auteur de l'Apocalypse jordanique : il n'envoie
pas d'anges en Occident pour empoisonner les fontaines3 ! De son côté, le Jonas
chaldéen ne demande pas à être sacré roi par des gens qui ne veulent pas de lui.
Ancêtre des Zibdéens, organe du Pêcheur d'hommes, inventeur du baptême
assyrien, Jonas n'est pas malhonnête, il n'offre aucun moyen de sauver les
Ninivites, il ne leur vend pas le salut en échange de la couronne. C'est un

1 De manière à prendre la parole le quatrième jour, qui est celui de la création du soleil
dans la Genèse. Ainsi a fait Jésus dans le dispositif de Luc où son père et sa mère, à qui il
a échappé pendant trois jours, le retrouvent au Temple le quatrième. cf. Les Evangiles de
Satan, 1re partie.
2 Jehoudda et son frère s'étaient également couverts de sacs pendant les trois ans de
leur prédication. Cf. Le Charpentier et Le Roi des Juifs.
3 Cf. Le Roi des Juifs.
imbécile, si l'on veut, ce n'est pas un charlatan, il ne promet pas aux Chaldéens
qu'ils régneront mille ans sur la terre enjuivée, il ne menace pas sous condition,
il ne tue pas, il ne vole pas pour imposer cette théorie à ses compatriotes, il ne
fait pas appel aux plus bas sentiments de la nature humaine, à la division dans
les familles, à la haine de l'étranger ; il n'a aucune noirceur d'âme, il ne trahit
pas son pays, il n'incendie pas, il ne commet pas de crimes publics comme le
scélérat que le sanhédrin a condamné.
La Pentecôte est venue, Iaô n'a point fait sa pêche d'hommes, et il a permis que
les Ninivites repentants fissent leur moisson encore une fois, n'ayant point jugé
qu'ils fussent prêts à le voir en face. Tout est pour le mieux. Néanmoins Jonas
est piqué, il a de l'humeur, il va passer pour un mauvais prophète, s'il ne
retourne immédiatement sa veste. C'est ce qu'il fait : après avoir annoncé tout le
contraire de ce qui est arrivé, il se flattera d'avoir tout prévu, en même temps
qu'il accusera Iaô de lui avoir fait manquer sa prophétie. Il le brave maintenant !
La vie, il s'en moque ! Pour un rien il se suiciderait !

XII. — JONAS, CHAPITRE IV.

1. Alors Jonas fut saisi d'une grande affliction, et il se fâcha ;


2. Et, s'adressant au Seigneur, il lui dit : Ô mon Dieu, n'est-ce
pas là ce que je disais lorsque j'étais encore dans mon pays1 ?
C'est ce que j'ai prévu d'abord, et c'est pour cela que j'ai fui à
Tharsis ; car je savais que vous êtes un Dieu clément, bon,
patient, plein de miséricorde, et qui pardonnez les péchés des
hommes.
3. Je vous conjure donc, Seigneur, de retirer maintenant mon
âme de mon corps, parce que la mort m'est meilleure que la vie.
4. Le Seigneur lui dit : Croyez-vous que votre colère soit bien
raisonnable ?
Non certes, elle ne l'est pas. Jonas le sent, il va cacher sa honte et sa bouderie
hors de la Ville-Poisson où l'on se rit de ses oracles en fêtant la bonté du
Seigneur. D'ailleurs on verra bien ! Ce qui n'est pas venu sous le Taureau ni à la
Pentecôte, peut encore venir au solstice, sous le Tharthak-Thakthar2. Mais cet
homme qui prévoit tout, n'a pas prévu la canicule, et sans cette bonté divine
dont il se plaint quand elle ne lui profite pas personnellement, il périrait.
5. Jonas sortit ensuite de Ninive, et s'assit du côté de l'Orient ; il
se fit là un petit couvert de feuillage, où il se reposa à l'ombre,
jusqu'à ce qu'il eût vu ce qui arriverait à la ville.
6. Le Seigneur Dieu fit naître alors un lierre3 qui s'éleva au-
dessus de la tête de Jonas pour lui faire ombre, et pour le mettre

1 Avant le voyage à Tharsis.


2 Les Ânes.
3 D'autres disent un ricin. Je pense que c'est le figuier, comme dans l'Évangile du
Royaume des Juifs. Bar-Jehoudda est incapable d'inventer !
à couvert, parce qu'il était fort incommodé de chaleur ; ce qu'il
reçut avec une extrême joie.
7. Le lendemain, dès le point du jour, le Seigneur envoya un ver
qui, ayant piqué la racine du lierre, le rendit tout sec.
8. le soleil s'étant levé, le Seigneur fit souffler un vent chaud et
brillant ; et le soleil frappa sur la tête de Jonas, qui tomba dans
un abattement extrême, et demandait à mourir en disant : La
mort m'est meilleure que la vie.
9. Alors le Seigneur dit à Jonas : Pensez-vous avoir raison de
vous fâcher pour ce lierre ? Jonas lui répondit : J'ai raison de me
fâcher jusqu'à souhaiter la mort !
10. Le Seigneur lui dit : Nous vous fâchez pour un lierre qui ne
vous avait point coûté de peine, qui a crû sans vous, qui est né
en une nuit, et qui est mort la nuit suivante.
11. Et moi je ne pardonnerais pas à ta grande ville de Ninive, où
il y a plus de cent mille personnes qui ne savent discerner leur
main droite d'avec leur main gauche, et un grand nombre
d'animaux ?
Et d'où leur vient cette grâce ? Des Poissons ! On comprend que les Juifs aient
renversé les sorts chaldéens et qu'ils se soient emparés de ce signe. Je ne
voudrais pas désobliger les exégètes sacrés, mais je profite que je n'en suis point
pour dire qu'ils n'ont jamais rien compris à ce petit drame astrologique d'une
simplicité qui dessille les yeux des plus rebelles, et moins encore, s'il est
possible, à la similitude que les évangélistes instituent entre le prophète assyrien
le Joannès juif.
Cette similitude, ils ne l'ont point cherchée, elle s'est imposée à eux. Les deux
révélateurs invoquaient le signe. Tous les deux ont été avalés, l'un par le Guol-
marra1, l'autre par le Guol-golta, dans le même signe, le Zib, et à la même date,
le 14 nisan, car le Poisson assyrien était lui-même depuis trois jours et trois nuits
dans la gueule du Taureau2 lorsqu'il déposé Jonas au bord du Tigre. Vous devez
savoir, es effet, que dans le Zodiaque assyrien le Taureau crucifié fait sa
nourriture du Poisson pendant trente jours.
Voulez-vous me dire maintenant quelle différence chronométrique vous faites
entre Jonas, qui après avoir passé trois jours dans son poisson, se retrouve à
Ninive le quatrième, et Joannès qui resté trois jours dans le Ghé-Hinnom, en sort
le quatrième ? Quand vous en aurez trouvé une, si légère soit-elle, je la
signalerai dans la millième édition de ce livre, car votre incoercible amour de la
vérité le poussera jusqu'à la millième, j'en suis convaincu. Toutefois, les
imposteurs ecclésiastiques, notamment les auteurs des Actes des Apôtres3, sont
revenus sur l'ancien dispositif dans lequel le Joannès était enlevé du tombeau le
quatrième jour ; mais liés par la similitude qui s'était imposée aux évangélistes,
ils l'ont étendue au mythe de Jésus lequel, à l'instar de Jonas autour de Ninive,

1 Mara, amer, d'où est venu le mot mer.


2 Tauros, qui marque le tav, la croix solaire du printemps. Cf. Les Évangiles de Satan,
1re partie.
3 Actes, I, 3. Cf. Les Marchands de Christ.
reste quarante jours autour de Jérusalem, se nourrissant de miel et de poissons1
: de miel, parce que la Parole céleste est douce comme lui, et de poissons, parce
que dans le Zodiaque judaïque les Poissons composent la nourriture exclusive de
l'Agneau crucifié. La ressemblance était d'autant plus frappante que leur nom
était le même ; et qu'en des temps différents ils avaient prêché la même
Apocalypse, Jonas sur Ninive, Joannès sur Jérusalem, tous deux annonciateurs
d'un Renouvellement du monde, l'un au bord du Tigre, l'autre au bord du
Jourdain, et semblables en ceci que, Dieu n'étant pas venu à leur appel, ils
avaient fait une faillite éclatante !

C'est à Joppé que Jonas s'embarque pour Tharsis. C'est sur le même rivage que
Joannès avait aperçu la terrible Bête aux sept têtes qui avait fait alliance avec
Satan contre les Juifs2. C'est vers ce même port que le 13 nisan 788 il se
dirigeait, fuyant la cavalerie de Pilatus et espérant trouver une barque qui cette
fois eût été celle du salut. De même que Jonas avait invoqué Dieu du fond de
l'abime marin3, Joannès lui avait posé sur la croix une question à laquelle il ne
répond jamais quand il s'agit d'un païen, et à laquelle il répond toujours quand il
s'agit d'un juif : Éloï, Éloi, lamma sabbachtani ; mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m'avez-vous abandonné ? Et en lui envoyant Jésus pour le tirer du Guol-golta,
les évangélistes lui avaient montré que Dieu avait entendu. Le conte ne dit pas
ce qu'est devenu Jonas après la paternelle semonce que Iaô lui adresse, mais
nous le savons par l'Évangile, il est devenu Joannès. Sympathique à Ninive, le
prophète ne l'est pas du tout en Judée. C'est un fort méchant homme, et s'il n'y
avait pas le revenu du baptême où toute la race est intéressée, Jésus pourrait
l'abandonner au jugement des païens eux-mêmes, ce qui est le comble du
mépris.
Le point de départ de la mystification évangélique, c'est donc Joannès ressuscité
à l'instar de Jonas. Vous ne me croyez pas sous le vain prétexte que je ne suis
pas juif et que je n'ai pas le caractère sacré ; peut-être croirez-vous Jésus,
quoiqu'en général vous vous y refusiez lorsqu'il dit la vérité.

XIII. — LE POISSON DE JONAS ET LES HERMÉNEUTES.

Vous préférez croire que Jonas a été avalé par poisson gigantesque dans lequel il
est resté trois jours et trois nuits, et qu'échoué vers Tharsis, entre les colonnes
d'Hercule, il s'est retrouvé le quatrième jour sur les bords du Tigre ? C'est en
effet l'opinion des exégètes sacrés, voire de ceux qui se livrent à
l'herméneutique, cette science, disent-ils, qui a pour objet de donner une
connaissance exacte des Livres Saints et de tracer des règles pour en chercher le
véritable sens. Conclurons-nous contre l'herméneutique sans en exposer
loyalement l'argumentation ? A Dieu ne plaise !

1 Luc, XXIV, 42, et Quatrième Evangile, XXI, 11-13.


2 Comme Bar-Jehoudda, Jonas avait prêché à la fin d'un cycle, en vertu du système
millénaire. Mais il faisait son compte autrement, il avançait de mille ans sur le plagiaire
davidique.
3 Jonas II, 7.
Sachez d'abord que, pour les herméneutes, ce que nous avons considéré
jusqu'ici comme un apologue est une histoire authentique, on n'en peut douter
que dans la mauvaise intention de renverser tous les fondements du
catholicisme. Il est juste de reconnaître que l'histoire repose tout entière sur le
poisson de Jonas, et que, si ce poisson n'a pas existé, s'il n'a pas avalé,
conservé, promené son hôte pendant trois jours et trois nuits, si, dans cet
intervalle relativement court, il n'a pas doublé le cap de Bonne-Espérance, s'il
n'est pas entré dans l'Océan Indien, s'il n'a pas remonté le Tigre depuis
l'embouchure jusqu'à Ninive et déposé Jonas sain et sauf devant le roi et tout le
peuple d'Assyrie, il n'y a plus qu'a déchirer les Évangiles : Bar-Jehoudda ne peut
être consubstantiel au Père que si Jonas l'est également. Car c'est être
consubstantiel Père que de ressusciter après trois jours et trois nuits ; et tel est
le cas de Jonas qui, ayant vécu au temps du roi Phul, du moins selon les
herméneutes, a devancé de plusieurs siècles le Joannès de Gamala. Néanmoins
je ne demande pas qu'on adore Jonas, — cela ne se peut, puisqu'il n'était pas
juif, — je remarque simplement, c'est mon devoir de chronologiste, qu'il
constitue un précédent sans lequel la résurrection de Bar-Jehoudda, quoique juif,
est impossible. Nous admettons donc que les herméneutes ont sagement fait en
concentrant tous leurs efforts sur ce cas ancestral.
En effet, que peut-on opposer à la vérité historique du cas de Jonas ? Presque
rien. Dans ce siècle déplorable se sont élevés des hommes qui, usurpant le beau
nom d'exégètes ou de philosophes, ont renouvelé avec une incroyable audace les
arguments fallacieux des anciens ennemis du christianisme, cachant adroitement
les victorieuses réponses qui y avaient été faites, les altérant ou les affaiblissant
avec une adresse perfide ! Sur les sophismes déjà connus entassant des
sophismes nouveaux, ils ont présenté au monde les Livres saints comme autant
de fables inventées pour le tromper ! De ce nombre sont ceux qui attentent,
mais vainement, à l'historicité, si bien établie pourtant, de la résurrection de
Jonas. Dans leur humeur contentieuse ces Thersites attaquent surtout la baleine
— non en face et dans son élément, ils n'oseraient ! mais de loin —, par de petits
quolibets hérétiques et sournois. Au lieu de combattre front à front, ils se
tiennent prudemment sur la rive où ils s'excitent par des plaisanteries faciles, les
uns niant la baleine comme ils nient tout, les autres l'admettant, mais contestant
que le miracle dont elle est le moyen ait une fin digne de Dieu, d'autres elle
invoquant contre le miracle lui-même la constitution de ce cétacé.

Que disent ceux-là ? Que la dimension de son gosier où le hareng ne pourrait


s'insinuer que par des ruses interdites à son intelligence, la rend incapable
d'avaler un homme de taille élevée et majestueuse, comme doit être un prophète
; que sa masse lui défend d'approcher assez du rivage pour y déposer son hôte,
et qu'au surplus elle n'habite point la Méditerranée au fond de laquelle cet
épisode s'est déroulé à la barbe de toutes les autres baleines. Les malheureux !
Mais c'est précisément dans toutes ces impossibilités que git le miracle ! Rien
n'est impossible à Dieu. Il s'agit ici d'une baleine qui lui est consubstantielle dans
une mesure suffisante pour permettre à un élu d'y séjourner pendant soixante-
douze heures ; et le sens hospitalier qui dilate les cœurs a pu communiquer à
son gosier l'élasticité temporaire dont Jonas s'est accommodé d'autant mieux
qu'il y a dans la vie des moments où on n'a pas toutes ses aises. Et qui sait si la
preuve de flexibilité qu'elle a fournie jour-là n'a pas conduit l'observateur à tirer
de ses fanons la souple armature des corsets et des parapluies ? Ainsi
tomberaient peu à peu, si on les soumettait à l'esprit de foi, les misérables
chicanes qu'on fait à Dieu pour cette baleine, car lorsqu'il choisit une baleine
pour l'exécution de ses desseins, c'en est une qui sait se plier à toutes les
exigences de son Créateur.
Au surplus s'agit-il bien d'une baleine ? Ni le texte hébreu de Jonas ni la Vulgate
ne déterminent l'espèce du poisson dans lequel Jonas est entré. Matthieu, il est
vrai, nomme le Kêtos, mais par extension ne peut-on l'entendre d'un poisson qui,
sans être la baleine, mérite de lui être comparé par sa grosseur ? Ce pourrait
donc être le carnis carcharia, ou le lamia, le requin. N'a-t-on jamais vu les
requins avaler des hommes ? Et objectera-t-on qu'en général ils ne les rendent
pas ? Cependant Miller raconte qu'en 1759 de l'Erreur christienne lui matelot
tombé à la mer disparut sur le champ (ou mieux sur l'eau), dans la vaste gueule
d'un requin, comme dans un précipice ; mais que le monstre, ayant reçu dans le
moment même un coup de fusil bien appliqué, rendit le matelot qu'il avait avalé,
lequel en fut quitte pour de légères blessures1. Or ce requin dont on parvint
ensuite à s'emparer avait dix coudées de long sur quatre de circonférence. N'a-t-
on pas pris à Nice, Marseille, des requins dans l'estomac desquels on a trouvé
des hommes tout entiers, et même un homme tout armé ? Ces hommes y
étaient morts, parce qu'en tombant dans leur gueule ils ne se proposaient pas
une fin digne de Dieu, ou que Dieu ne se proposait pas en eux une fin digne de
lui. Mais Jonas ?
Soutiendra-t-on contre les herméneutes qu'après trois jours et trois nuits il avait
subi un commencement de digestion de la part de la baleine ? Dieu ne l'aurait po
choisi s'il ne l'avait pas estimé idoine à cette épreuve ! Il n'était pas plus difficile
à Dieu de le conserver soin et sauf dans l'estomac d'un poisson que de préserver
les trois jeunes Hébreux de l'atteinte des flammes dans la fournaise de Babylone,
et qu'il ne lui est de faire vivre les enfants neuf mois dans le sein de leurs mères.
Celui qui n'aurait jamais entendu dire qu'un enfant vit et se développe dans le
sein de sa mère, pourrait raisonner comme ceux qui s'appuient sur cette
objection pour nier le séjour de Jonas dans le ventre du monstre marin. Ce
poisson d'ailleurs ne devait pas pouvoir digérer si promptement un homme plein
de vie, qui s'agitait et qui était couvert de ses vêtements ; et en respirant il
fournissait à Jonas lui-même un air salutaire2. Tout le monde, en effet, sait la
bienfaisante influence qu'exerce l'air marin sur les organismes débilités. Au
fond, ce que Jonas a fait dans ce sanatorium, c'est une cure. Si son requin avait
avalé une morue quelques jours auparavant et distillé convenablement l'huile
essentielle que produit le foie de ce poisson, Jonas s'est présenté sous les murs
de Ninive dans des conditions hygiéniques bien supérieures à celles où il était
quand il s'est embarqué pour Tharsis.
La seule chose que nous puissions reprocher aux herméneutes, c'est de n'avoir
pas vu que le requin était transparent et projetait des rayons lumineux d'une
puissance incalculable. Ce phénomène n'étonnera personne. Étant donné les
réserves de phosphore que conçut l'élément marin, rien n'a été plus facile à Dieu
que d'éclairer l'intérieur du requin, et à Jonas que de voir, comme il le dit si bien,
le jeu des flots et les racines montagnes3. Car le texte est formel : ou Jonas
n'est pas entré dans le requin, ou il a vu à travers. Nous pensons qu'il a pu faire

1 Versuch einiger Unterhaltungstunden, Ausgbourg, 1792.


2 Herméneutique sacrée ou Introduction à l'Ecriture Sainte, par J. Hermann Janssens,
professeur de théologie à Louvain, (Paris, 1833, t. II, p. 318.) Je lui dois beaucoup.
3 Jonas, II, 6 et 7.
l'un et l'autre, surtout si l'on considère que d'assyrien il était devenu juif en
chemin.

Que disent encore les détracteurs de la foi ? Que pour mettre le cas de Jonas au
nombre des événements historiques, il faudrait que les auteurs profanes lui
eussent, de leur côté, fait l'honneur de l'y inscrire. C'est subordonner les œuvres
de Dieu à des témoignages qui, n'étant point juifs, sont par cela même
irrecevables. Le sentiment de ceux qui voient dans l'histoire de Jonas une simple
parabole est contredit par tous ses caractères, tels que les noms propres, comme
celui de Joppé où Jonas entre dans le navire ; celui de Tharsis où il avait
l'intention d'aller ; celui de Ninive où il a réellement prêché, et plusieurs autres
détails circonstanciés qui ne sont pas du genre des paraboles. Car les paraboles,
suivant la définition de saint Chrysostome, sont des récits où l'on introduit des
faits comme exemples, mais où l'on supprime les noms propres. On n'y trouve
pas celui du roi d'Assyrie ; son règne fut sans doute éphémère et sans relief. —
Cependant il a été marqué par un miracle dont la résurrection de Bar-Jehoudda
en qu'un vulgaire décalque. — Et puis cette lacune, ainsi que le silence des
auteurs profanes, ne saurait être invoquée contre l'authenticité de cette histoire.
En sommes-nous là vraiment, et sommes-nous descendue si bas qu'il faille
contester la vérité d'une chose, parce qu'il a plu à des païens de la taire pour
n'avoir pas à chanter la louange de Dieu ? Ce silence a sa source dans
l'ignorance où ils ont vécu des faits particuliers à la petite nation juive et parmi
lesquels sont les miracles. Et puis, la plupart du temps, c'est une tactique
inspirée par les sentiments les plus vils ! Ils se sont tus même sur les
événements dont ils avaient connaissance, quand ces évènements avaient pour
objet de préparer le monde à la venue de Jésus ! Ils se sont tus par mépris des
Juifs, ou simplement par incrédulité, disposition d'esprit plus condamnable
encore ! Veut-on une preuve d'historicité qui dispense de toutes les autres ?
Jésus-Christ n'aurait pas donné l'exemple de Jonas comme un fait réel et certain,
si jamais pareille chose n'était arrivée ! Cessez donc de blasphémer, et humiliez-
vous devant la face sacrée du juif coéternel et consubstantiel au Père !

XIV. — OBJECTION À L'HERMÉNEUTIQUE SACRÉE.

Il est un point toutefois où nous ne pouvons suies les herméneutes sans nous
exposer aux plus graves reproches, et même à la disqualification, de la part des
mathématiciens. Appuyés sur les deux passages de Lue dans lesquels il est dit, à
l'encontre de Matthieu, que Bar-Jehoudda est ressuscité le troisième jour1, les
herméneutes disent aujourd'hui qu'il en est de même de Jonas rendu à la vie par
son poisson. Or vous avez entendu Matthieu : De même que Jonas fut trois jours
et trois nuits dans le ventre du kêtos, ainsi le fils de l'homme sera dans le sein de
la terre trois jours et trois nuits2. Et vous avez entendu Jonas : Il demeura trois

1 XXIV, 7 et 11. Pour préparer les fidèles à cette façon de compter. Lux dans le passage
où il invoque cette similitude (XI, 29 et 30), supprime la durée du séjour de Jonas au
sein de la baleine.
2 Matthieu, XII, 40.
jours et trois nuits dans le ventre du poisson1. Nous ne saurions admettre que
sous le prétexte d'honorer incidemment Luc, qui en dépit de toute son autorité
ne fut point apôtre, les herméneutes s'insurgent contre Matthieu, qui l'est ; ils
diminuent ainsi, dans un but intéressé, le mérite de réceptivité qu'ont eu la mer
à l'égard de Jonas et la terre à l'égard de Bar-Jehoudda. Car ce n'est pas le
troisième jour, c'est le quatrième, qu'à l'exemple de Jonas sorti du Guol-mara,
Joannès fut tiré du Guol-golta. Ne diminuons pas Dieu dans ses œuvres ! Nous
savons bien que l'Église est au-dessus de Dieu, et qu'elle peut allonger ou
raccourcir les temps à son gré, sans que Dieu lui-même ait rien à y voir ; nous
entendons bien qu'avouer les trois jours et trois nuits du Guol-golta, c'est ruiner
toute la religions, puisque le christ est en croix lorsque Jésus institue
l'Eucharistie ; mais l'arithmétique, jointe au respect que nous avons pour les
textes apostoliques, nous empêche de nous associer à tout calcul tendant à
restreindre la durée d'un miracle. Nous le voulons tel que Dieu l'a voulu. Pierre
lui-même le dit : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes2. L'Église romaine
ajoute : A Pierre qu'à Jésus.
Mais moi, je tiens irrévocablement pour Jésus, il doit savoir ce qui s'est passé,
puisqu'il est le revenant du Juif coéternel et consubstantiel au Père. L'Église a
falsifié le compte qu'il fait dans le dispositif original.

XV. — LES ANCÊTRES DU POISSON DE JONAS.

Ma foi est donc de qualité supérieure à celle des herméneutes, car s'ils se sont
rejetés sur le requin, c'est pour avoir trop tôt désespéré de la baleine. Nous
avons plus de persévérance, et nous n'abandonnons pas aussi facilement les
cétacés pour les squales.
Lucien de Samosate, qui a connu et la fable de Jonas et même la similitude que
les apologistes juifs ont instituée entre leur Joannès et le prophète ninivite,
Lucien a intimement connu la Baleine, mère du Piscis magnus, père des Poissons
assyriens ; il l'a habitée sous Marc-Aurèle, un siècle et demi après l'enlèvement
du Guol-golta ; il a écrit la narration de ce séjour3, qui avait laissé dans son
esprit curieux une trace ineffaçable. Il est très vrai qu'il nous exhorte à n'y
ajouter aucune foi. Cela tient sans doute à ce qu'ayant compose le traité De la
manière d'écrire l'histoire, il s'est trouvé lié par la règle qu'il y établit de tout
sacrifier à la vérité, pris en quelque sorte dans ses propres filets. Mais puisque
l'herméneutique nous délivre de ce scrupule païen, nous soutiendrons contre
Lucien lui-même l'authenticité de ses rapports avec la Baleine de Jonas.
Et d'abord il est constant qu'après avoir déposé Jonas sous les murs de Ninive, la
Baleine était revenue à son point d'attache occidental, c'est-à-dire au delà des
colonnes d'Hercule où Jonas a été jeté à la mer et où Lucien dit s'être embarqué
pour voguer sur l'Océan d'Hespérie. En vain avoue-t-il qu'il s'inspire de certains
contes merveilleux éclos spontanément sous le soleil de l'Inde, ce pays fabuleux
où la Baleine personnifie le douzième signe du Zodiaque ; nous ne l'écoutons

1 Jonas, II, 1.
2 Actes des Apôtres, V, 29.
3 Lucien, Histoire véritable, l. I.
point. En effet il était accompagné de cinquante témoins qui, en dépit de leur
origine païenne, deviennent croyables, puisqu'ils déposent d'un fait déjà consigné
dans une Écriture juive. Ils ont vécu à bord de la même baleine que Jonas ; et
selon la méthode scientifique qui prévaut aujourd'hui dans les ouvrages
d'érudition ils ont mesuré cette reine incontestée de tous les poissons d'alentour
: elle avait cinq cent mille stades. On refusera peut-être de me croire, dit Lucien,
mais on ne m'empêchera pas de le dire. Elle était telle ouverte représente la
sphère des Mages ; la gueule ouverte, elle montrait dans la blanche écume des
flots une rangée de dents plus blanches encore, et d'un trait elle avala le
vaisseau qui portait Lucien et ses compagnons. Ainsi tombent devant les
dimensions relevées sur place, par des gens qu'on ne peut suspecter de
partialité, toutes les objections formées contre l'étroitesse de son gosier. Elle
était de taille à contenir une ville de dix mille habitants, une forêt, un temple
dédié à Neptune, quantité d'épaves, et ce qui nous touche particulièrement pour
l'alimentation de Jonas, du vin, de l'eau douce, d'excellents poissons que Lucien
fit cuire, des huîtres, des oiseaux et de la venaison. Et même il rencontra des
Chypriotes qui, portés en trois jours dans la mer Océane par la tempête, avaient
fait naufrage dans la baleine et ne s'en trouvaient pas plus mal, car ils étaient là
depuis vingt-sept ans. Lucien lui-même y passa plus de vingt mois. Il cite le nom
d'un notable qui s'appelait Scintharus. Et maintenant qu'importe qu'on ignore
celui du roi d'Assyrie au temps de Jonas. C'est une bien faible lacune en présence
de cette documentation abondante, grâce à laquelle il n'est plus permis à un
exégète sérieux de s'inscrire en faux contre le miracle de Jonas. Au surplus, si
Lucien n'avait pas commis l'inutile cruauté de mettre le feu à la baleine pour en
sortir, elle attendrait encore à Tharsis les infortunés voyageurs que les vents
entraînent dans son étroit gosier de Gibraltar.

XVI. — BAR-JEHOUDDA PLAGIAIRE DE L'APOCALYPSE


ASSYRIENNE.

Je ne vous propose pas d'adorer Lucien, quoique pour la durée du séjour dans la
baleine il soit à Jonas dans la proportion de six cents à trois. Vous n'avez même
pas voulu adorer Jonas avant qu'il ne fût juif et qu'il n'eût changé d'époque ; et
Lucien n'était que Syrien. Toutefois nous pouvons entendre les Poissons comme
témoins, car avant de passer en Judée où ils ont valu à Jehoudda le nom de
Zibdéos, de Zakhûri ou de Baal-Zib-Baal, et donné à Jésus dans la fable l'idée
d'appeler ses fils les pécheurs d'hommes, les Poissons de Ninive s'ébattaient
librement en Phénicie et en Syrie. Le mythe de Jonas dans sa baleine n'est point
particulier aux Juifs araméens qui ont fabriqué l'apothéose du Joannès baptiseur,
puisqu'il repose sur le millénarisme assyrien.
Le succès de l'Apocalypse et plus tard des Évangiles en Syrie tient à ce que les
païens de cette contrée étaient beaucoup mieux préparés à la thèse baptismale
que les Juifs de Jérusalem. Christiens à leur manière, leur année religieuse dans
le plus célèbre de tous leurs temples, celui d'Hiérapolis, n'était qu'une longue
Apocalypse jouée par des idoles. Lorsque les Juifs se firent marchands de christ,
ils trouvèrent acheteur parmi les Syriens.
Pour flatter Sémiramis, la grande reine de Babylone, les Assyriens disaient
qu'elle était fille de Dercéto, la déesse-poisson1, et Dercéto était la moitié
féminine de Dagon le dieu-poisson, celui que l'Évangile appelle Baal-Zib-Baal.
Les statues qu'elle avait en Phénicie la représentaient femme jusqu'au bassin et
poisson depuis les cuisses. Vénus sortant de l'onde est une Dercéto qui a perdu
ses écailles. Le temple d'Hiérapolis de Syrie avait été dédié à Dercéto, et ceux
qui y adoraient cette divinité l'honoraient en s'abstenant de poisson. Au cours
des temps l'affectation du temple avait changé pour rentrer dans la formule
astrologique du millénarisme auquel Jehoudda avait emprunté les grandes lignes
de son système.
Des statues magnifiques représentaient les trois personnages principaux de
l'Apocalypse, et d'abord la Junon assyrienne, Ichtar, la Vierge montée sur le Lion,
sixième signe, la tête couronnée de rayons, portant une tour, et ceinte du
diadème sidéral dont les anciens ne décoraient ordinairement que le front
d'Uranie, par conséquent enfermant les douze signes. C'est la Reine des cieux
sous les espèces de qui le Joannès a représenté sa mère dans la révélation où il
se fait roi du monde. Jupiter, à qui les fidèles donnaient un autre nom — Iaô,
Ieou, dont les Juifs ont fait Iahvé, — était porté sur le Taureau, le premier signe
des Assyriens et des Mithriastes, converti en Agneau par les Juifs. C'est le Père
tel que l'a vu le Joannès, à la différence du nom du signe qu'il a déterminé pour
la fin du Diable. Entre les deux statues il s'en trouvait une troisième, d'or
également, dont le sens était fort mystérieux pour un étranger de passage à
Hiérapolis, mais qui eût paru fort clair au Joannès juif si la Loi lui eût permis
d'arrêter les yeux sur une idole. C'était celle du Fils de l'homme, du Jésus
assyrien. On l'appelait simplement le Sèméion, le Signe, évitant de lui donner un
nom, de dire son origine et le rôle qu'il jouait dans cette mythologie figurée. Les
profanes en étaient réduits à croire que c'était Deucalion, le Noé des Assyriens,
ou Bacchus, ou bien encore, son sexe n'étant déterminé par rien, Sémiramis, à
cause de la Colombe d'or qu'il avait sur la tête. Ceux qui émettaient nette
opinion frôlaient sans s'en douter une vérité d'ordre joannique, car, étant fille de
la déesse-poisson dans l'imagination populaire, Sémiramis portait sur la tête la
colombe messagère du Sèméion. En d'autres termes elle était dans le secret des
destinées réservées à la terre et du signe de salut promis aux Assyriens :
l'Apocalypse du Iaô-Shanâ-os juif, c'est celle de la Iaô-Shanâ chaldéenne qui fut
reine de Babylone. Nous dans déjà vu le Sèméion et la Iaô-Shanâ des Juifs dans
la présentation de Bar-Jehoudda au Temple2. Je vous ai expliqué cette rencontre
du Signe favorable et de l'Année qui vit la naissance du Juif consubstantiel et
coéternel au Père, je vous y renvoie. Vous connaissez aussi la colombe qui
apporte à ce Juif la promesse contenue dans l'Arche céleste, vous l'avez vue
sortir de sa manche et se reposer sur lui au Jourdain, vous avez entendu la voix
du Père dire d'après les Psaumes au futur Roi du monde : Je t'ai engendré
aujourd'hui !3 Deux fois par an, à des dates qu'on ne nous dit pas, mais que
devine tout lecteur de l'Apocalypse, à l'équille d'automne (fête des Tabernacles
pour les Juifs) et ni l'équinoxe du printemps (fête de la Pâque solaire), on allait
puiser de l'eau à la mer, on la versait en souvenir du déluge dans un trou
pratiqué sous le temple où on la rendait à la terre, tant on était sûr que Iaô ne
recommencerait pas. Comme les Juifs et avant eux, les Assyriens pensaient que

1 De Kéto, d'où l'on a fait cetus et cétacé. Les hindous appellent la baleine le khettong.
2 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Pour peu que Bar-Jehoudda fût ventriloque, on entendait la voix.
si les hommes devaient périr une seconde fois, ce serait par le feu. Ce n'est pas
nouveau pour vous. Notre féal ami Jehoudda nous a déjà dit par la bouche de
son fils aîné qu'un premier monde avait péri par l'eau, et que le second périrait
par l'élément contraire. On n'oubliait jamais d'emmener le Sèméion à la mer et
de l'en ramener pour se ménager ses bonnes grâces, car c'est lui, vous le savez
assez, qui devait baptiser de feu les humains et qui avait créé le remède, l'eau
sourdant de la terre.
Le Joannès était dans le temple sous la figure d'Apollon, dieu des oracles.
Personne n'aurait entrepris une affaire sans consulter Apollon qui, véritable
régisseur de ce théâtre mythologique, annonçait le commencement et la fin de
l'année, les quatre saisons solsticiales, et les échéances convenues pour les deux
voyages du Sèméion à la mer. Son pouvoir d'ascension égalait celui de Bar-
Jehoudda, et c'est le plus grand éloge qu'on puisse en faire. Ne fallait-il pas, pour
savoir les intentions du Père, qu'il pût monter au troisième ciel avec la même
facilité qu'un descendant de David ? Parfois, quittant les épaules des prêtres qui
le portaient, il s'élevait tout seul. Entendez que, comme Sérapis dans le temple
d'Alexandrie, on l'attirait en l'air par le moyen d'un aimant caché dans la voûte et
qu'il y restait suspendu1.
A peu de distance du temple il y avait un lac où vivaient, nourris de la main des
prêtres, une quantité de poissons de toute espèce et dont le caractère sacré ne
vous échappera pas. Ils avaient des noms particuliers et venaient quand on les
appelait. Quelques-uns étaient d'une grosseur monstrueuse, en un mot de taille
à avaler Jonas s'il était tombé dans le lac, car l'un d'eux jouait en conscience le
rôle du Piscis magnus, de Zib précurseur du Taureau, et il portait non sans
majesté une fleur d'or à la nageoire. Au milieu du lac était un autel de marbre,
toujours couronné de guirlandes, fumant d'un encens perpétuel, et semblant
porté sur les eaux. Moins grand que l'Eden juif tel que le concevait Bar-
Jehoudda, cet autel était le terme promis aux mortels par toutes ces allégories,
et chaque jour des personnes se jetant à la nage venaient dans un baptême
spontané demander à Iaô, à la Vierge et au Sèméion de leur en permettre l'accès
lorsque luirait le Grand jour. Chaque année, au retour du Taureau, tous les dieux
du temple descendaient sur les bords du lac. C'est Junon qui venait la première,
accompagnée sans doute du Sèmeion, pour sauver les Poissons, car si par
malheur Iaô les eût perdus avant elle, c'en eût été fait du signe du salut pour les
Assyriens : le Zib serait mort, cuit au court-bouillon ! Aussi, lorsque Iaô arrivait
près du lac, Junon se plaçait devant pour l'empêcher de les voir, et, à force de
supplications, réussissait à l'éloigner. Sur quoi le Taureau, amolli par la Vierge,
poursuivait son chemin à travers le Zodiaque, tandis qu'en bas, dans le lac
sacré, le Piscis magnus avec sa fleur d'or fendait l'eau d'une nageoire
tranquillisée, entraînant dans son sillage la légion frétillante à laquelle il
commandait. Iaô avait fait grâce, le temps continuait !

Tout ce que pourra faire Jésus dans la suite de la mystification évangélique, ce


sera de s'approprier la similitude de Joannès avec Jonas, en disant à ses frères
selon le monde : Je ne sais si je pourrais recommencer ce que j'ai fait dans les
temps anciens sous les noms d'Hercule et de Jonas les temps héroïques sont
passés. Sous ces deux noms je fus autrefois avalé par le Poisson, ce grand

1 L'auteur de la Déesse de Syrie l'a vu faire à Hiérapolis. Sur le miracle du Serapeum


d'Alexandrie voyez Suidas.
Poisson qui a trente degrés de long calculés sur le Zodiaque. Si je recommençais,
je pourrais me trahir moi-même, et je couperais tout l'effet, que dis-je ? tout le
rôle de Judas Iscariote qui répète avec zèle le rôle de traître qu'on lui a distribué.
J'ai déjà apaisé une tempête à laquelle vous n'auriez rien compris si je ne l'avais
pas déchaînée dans ce verre d'eau que vous appelez la mer de Galilée : c'est une
déchéance pour moi qui, au temps où je m'appelais Jonas, j'ai déchaînée sur la
mer Méditerranée, près des colonnes que j'ai taillées lorsque j'étais Hercule. Je
ne veux pas me plagier en demandant à être immergé et mis dans un poisson. Il
faut faire quelque chose pour les terriens. J'accepte d'être avalé par le Guol-golta
comme Joannès. Si je ne sors pas du roc au bout de trois jours comme je suis
sorti du Poisson, vous pouvez me tenir pour un imposteur de plat pays.

Ce n'est donc pas Jésus, c'est Joannès qui fut le christ ou plutôt qui disait l'être.
En Afrique, sur quelques tombeaux de la province carthaginoise, à partir du
quatrième siècle, on trouve l'ancre, le poisson de Jonas, la colombe, l'Alpha et
l'Oméga constantinien, le rameau d'olivier noachique ; mais, malgré tous les
beaux textes qu'on attribue aux Tertullien et aux Cyprien, textes fabriqués pour
donner à croire que ces docteurs avaient égalé Bar-Jehoudda à Dieu, il ne reste
pas une seule trace gravée du culte direct qu'ils auraient rendu à ce Juif
nauséabond. Il en est de même dans les Gaules, malgré toutes les fariboles dont
on a perverti le millénariste Irénée. La pierre et le marbre déposent
puissamment contre l'écrit. Sans doute il y a des falsifications1, car nulle matière
n'a échappé à l'impudence ecclésiastique, mais elles sont peu nombreuses en
comparaison des suppositions, interpolations et adultérations scripturales.
La baleine a avalé Jonas, nous avons avalé la baleine.

1 Surtout en Espagne.
IV. — LE SYNDIC DE LA FAILLITE.

I. — LES MAINS IMPURES DES SEPT FILS DE JEHOUDDA.

Vous souvient-il que, tout en refusant le pain millénaire à ses disciples, Jésus
leur en a laissé emporter un comme viatique, et qu'ils l'ont avec eux dans la
barque ? Bar-Jehoudda et ses frères mourraient de faim pendant l'année proto-
jubilaire, s'ils ne mordaient sans scrupules dans le léhem que la munificence de
Jésus vient d'offrir à leurs appétits posthumes.
Il arrive en effet que, par un privilège spécial et immérité, Jésus fait manger de
ce pain à ces sept Juifs, de maison royale, il est vrai, mais dont les mains sont
souillées de toutes sortes de crimes. Tenus à l'écart, les pharisiens risquent
quelques observations sur ce singulier passe-droit.
Plus d'une fois d'ailleurs, au cours de l'année proto-jubilaire, les partisans de
Bar-Jehoudda négligèrent de se laver les mains avant de manger le fruit de leurs
pillages. C'était le moindre de leurs soucis, et cette horde infâme et sordide avait
scandalisé tout le monde. Ceux-là mêmes qui tenaient pour David avaient
déploré que le prétendant fût descendu aussi bas dans le choix des défenseurs
du trône et de l'autel réunis en sa personne, Jésus va défendre de son mieux le
christ et les christiens, en attaquant ceux qui font encore les dégoûtés. Si les
Juifs de Jérusalem avaient honoré leur Père David et leur mère Bethsabée, s'ils
avaient marché, en un mot, les fils de Jehoudda, de 788 à 819, n'auraient pas
été obligés d'aller chercher des partisans sur les ports de Tyr et de Sidon. Mais
qui veut la fin veut les moyens. Au lieu de faire des dons au Temple pour la
réussite de l'entreprise, si les pharisiens avaient donne leurs biens au
prétendant, les choses se fussent peut-être passées autrement.
Ces pharisiens viennent à lui pour lui tendre la perche' selon leur coutume ; et
par leur intervention diplomatique la question va tomber au rang d'une petite
affaire d'hygiène et de propreté rituelles.
MARC, VII, 1. Et les pharisiens et quelques scribes venus de
Jérusalem s'assemblèrent auprès de Jésus.
2. Et ayant vu quelques-uns de ses disciples manger du pain avec
des mains impures1, c'est-à-dire qui n'avaient pas été lavées, ils
les en blâmèrent.
3. Car les pharisiens et tous les Juifs ne mangent point sans s'être
souvent lavé les mains, gardant la tradition des anciens.
4. Et lorsqu'ils reviennent de la place publique, ils ne mangent
point non plus sans s'être lavés ; et il y a encore beaucoup
d'autres pratiques qu'ils tiennent de la tradition, et qu'ils doivent
observer, comme de laver les coupes, les cruches, les vases
d'airain et les lits.

1 Quelques-uns seulement ? Quels sont donc ceux qui avaient les mains pures ?
MATTHIEU, XV, 1. Alors s'approchèrent de lui les scribes et les
pharisiens de Jérusalem, disant :
2. Pourquoi vos disciples transgressent-ils la tradition des anciens
? car ils ne lavent pas leurs mains lorsqu'ils mangent du pain.
MARC, VII, 5. Les pharisiens donc et les scribes lui demandaient :
Pourquoi vos disciples ne se conforment-ils point à la tradition des
anciens, mais qu'ils mangent le pain avec des mains impures ?
La prétention des fils de Jehoudda et de ses disciples était de se saisir du léhem
avec les mains de la violence. Ménahem officiant dans le Temple avait été
l'exemple le plus odieux de ce scandale. Eléazar Il et Absadomon n'avaient pas
été moins indignes1.

II. — PLAIDOYER DE JÉSUS POUR SES FRÈRES SELON LE


MONDE.

Poursuivant ses calomnies avec la même duplicité que dessus, Jésus va


maintenant accuser les pharisiens de n'avoir pas donné tous leurs biens à la
famille de celui dont il est le revenant, d'avoir fait leurs dons au Temple plutôt
que d'en combler leur père David dont Jehoudda est le successeur, et leur mère
Bethsabée dont Salomé était l'image, à l'adultère près. Le peu qu'ont eu
Jehoudda et ses fils, il a fallu le prendre de force ! N'est-na pas une honte que
des sujets aient laissé la famille de leurs rois légitimes périr d'une inanition
relative, quand le Temple regorgeait de dons inutiles sur lesquels Ménahem n'a
pu mettre la main que tardivement, et dont il a si peu joui, le pauvre cher
homme ?
MARC, VII, 6. Mais, répondant, Jésus leur dit : Isaïe a bien
prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple
m'honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi ;
7. Et il est vain le culte qu'ils me rendent, en enseignant des
doctrines et des ordonnances humaines.
8. Car, laissant de côté le commandement de Dieu, vous observez
la tradition des hommes, la purification des tasses et des coupes,
et vous faites encore beaucoup d'autres choses semblables.
9. Et il leur disait : Vous rendez entièrement vain le précepte de
Dieu, pour garder votre tradition.
10. Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère. Et : Celui qui
maudira son père ou sa mère, qu'il meure de mort.
11. Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son pète ou à sa
mère : Que tout corban (c'est-à-dire don) que je fais tourne à votre
profit, il satisfait à la loi.
12. Et vous ne le laissez rien faire de plus pour son père ou pour
sa mère,

1 Cf. Le Gogotha.
13. Abolissant le commandement de Dieu par votre tradition, que
vous-mêmes avez établie ; et vous faites encore beaucoup de
choses semblables.
MATTHIEU, XV, 3. Mais Jésus leur répondit, disant : Et vous,
pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu pour votre
tradition ? car Dieu a dit :
4. Honore ton père et ta mère et Quiconque maudit son père ou
sa mère, mourra de mort.
5. Mais vous, vous dites : Quiconque dit à son père ou sa mère :
Tout don que j'offre tournera à votre profit, satisfait la loi :
6. Et cependant il n'honore point son père ou sa mère : ainsi vous
avez détruit le commandement de Dieu pour votre tradition.
7. Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de vous, disant :
8. Ce peuple m'honore des lèvres ; mais son cœur est loin de
moi.
9. Et il est vain le culte qu'ils me rendent, enseignant des
doctrines et des ordonnances humaines.
Ainsi ils avaient empêché ceux qui voulaient, comme Chouza, intendant d'Hérode
Lysanias, et Joanna, sa femme, subvenir même par le vol aux finances du
prétendant lors des levées d'hommes de 788. Tout pour l'autel, rien pour Juda,
avaient-ils dit ! Quelle morale ! Et comment rétablir une monarchie dans de telles
conditions ? Que fait à Joan devant la rôtisserie du Châtelet l'odeur des mets
qu'on y prépare ? Ce sont les mets eux-mêmes qu'il faut pour sustenter un roi.
Les pharisiens ne disent mot, faisant semblant d'être accablés. Jésus profite de
leur état pour expliquer ce discours où il manque volontairement de clarté. Mais,
infidèle à son système qui est de parler d'abord au peuple, puis de tout expliquer
en particulier à ses disciples1, il appelle le peuple pour lui expliquer en particulier
ce qui concerne l'accusation portée contre ses disciples. Il s'arrange toujours de
manière que le débat ne soit jamais contradictoire.
MARC, VII, 11. Et appelant de nouveau le peuple, il leur disait :
Ecoutez-moi, et comprenez.
13. Il n'est rien au dehors de l'homme, qui, entrant en lui, puisse
le souiller ; mais ce qui sort de l'homme, c'est là ce qui souille
l'homme.
16. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende !
MATTHIEU, XV, 10. Puis, ayant appelé à lui le peuple, il leur dit :
Ecoutez et comprenez.
11. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ;
mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l'homme.
Nous avons déjà vu cette étrange théorie d'après laquelle un homme n'est pas
jugé sur ses actes, mais sur ses paroles. Il lui suffit de nier pour n'être pas
coupable, et de suborner quelques témoins ; mais qu'importe, pourvu que le but
soit atteint ?

1 Les Evangiles de Satan, 1re partie.


12. Alors ses disciples, s'approchant, lui dirent : Savez-vous que
les pharisiens, cette parole entendue, se sont scandalisés ?
Ces pharisiens sont d'autant plus scandalisés qu'en ce qui les touchait
personnellement, les fils de Jehoudda, à la fois princes du sang de David et
kanaïtes intraitables, se seraient bien gardés de se mettre à table sans faire
apporter le bassin traditionnel, ils ne se commettaient avec le bas peuple que
pour l'employer à leurs intérêts. On abuse souvent de ces paroles, dit le Saint-
Siège, pour autoriser la violation de l'abstinence prescrite par l'Eglise. Il est vrai
que les viandes qui entrent dans le corps de l'homme ne peuvent souiller son
âme ; mais le mépris des lois de l'Eglise établie par Jésus-Christ lui-même, la
sensualité, voilà ce qui souille et rend coupable devant Dieu. C'est ainsi qu'Adam
n'a pas été souillé par le fruit qui entra dans sa bouche, mais par sa
désobéissance à la loi de Dieu.
Tout autre est l'intention de Jésus qui, voyant sourdre l'indignation des
pharisiens, interpose une parabole, sa manière habituelle quand il ne peut
répondre.
13. Mais Jésus, répondant, dit : Toute plante que mon Père
céleste n'a point plantée, sera arrachée.
14. Laissez-les : ils sont aveugles et conducteurs d'aveugles ; or,
si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans une
fosse.
Bar-Jehoudda n'est pas fâché de ce coup de patte contre le Sanhédrin de
Tibériade qui depuis Vespasien conduit le peuple juif dans la voie de l'obéissance
aux Romains ; mais au fond il est avec les pharisiens sur le chapitre des
ablutions, il se demande ce que vient faire ici cette parabole imitée de celle de la
femme aux trois séas et qui est sans aucun rapport avec la discussion engagée.
Cette parabole, en effet, n'est que dans Matthieu, et nous allons savoir dans quel
but elle a été intercalée.

III. — DEMANDE D'EXPLICATION DANS LA COULISSE.

MARC, VII, 17. Etant entré dans la maison après avoir quitté le
peuple, ses disciples l'interrogeaient sur cette parabole.
La Parabole de la plante et des aveugles n'étant que dans Matthieu, il s'ensuit
que la parabole dont il est question dans Marc, c'est le pain mangé avec des
mains souillées par le fils aîné de Jehoudda et ses oie frères. Matthieu en a
intercalé une autre pour donner le change, car dans le dispositif original c'est à
Bar-Jehoudda que Jésus expliquait en particulier la parabole des mains impures,
et cela se conçoit, puisque dans le système allégorique de l'Évangile, Bar-
Jehoudda est l'Économe chargé de la distribution du quatrième séa1. On l'a
remplacé par Shehimon.
MATTHIEU, XV, 15. Prenant alors la parole, Pierre lui dit :
Expliquez-nous cette parabole.

1 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.


16. Mais Jésus répondit : Et vous aussi, êtes-vous encore sans
intelligence ?
17. Ne comprenez-vous point que tout ce qui entre dans la
bouche va au ventre et est rejeté en un lieu secret ?
18. Mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et voilà ce qui
souille l'homme :
19. Car du cœur viennent les mauvaises pensées, les homicides,
les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les
blasphèmes.
20. C'est là ce qui souille l'homme ; mais manger sans avoir lavé
ses mains, ne souille point l'homme.
MARC, VI, 18. Et il leur dit : Ainsi vous aussi vous êtes sans
intelligence ? Ne comprenez-vous point que toute chose du
dehors entrant dans l'homme ne peut le souiller,
19. Parce que cela n'entre point dans le cœur, mais va au ventre,
et est jeté dans le lieu secret qui purifie tous les aliments ?
20. Mais, disait-il, ce qui sort de l'homme, c'est là ce qui souille
l'homme :
21. Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les
mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides,
22. Les larcins, l'avarice, les méchancetés, la fraude, les
impudicités, l'œil mauvais1, le blasphème, l'orgueil, la folie.
23. Toutes ces choses mauvaises viennent du dedans et souillent
l'homme.
S'il en est ainsi, ils sont dans un joli état, le Juif consubstantiel au Père, ses
frères et ses disciples ! Et toi, Shehimon, qui te substitues à ton aîné pour lui
sauver la mise, tu entends, n'est-ce pas ? Assassiner Ananias, Zaphira, Jehoudda
Is-Kérioth, jurer par trois fois qu'on ne connaît pas son frère quand il est arrêté,
injurié, souffleté et en marche vers la croix, voilà, mon bon ami, qui souille
l'homme !
Aussi est-il un chaud partisan des ablutions qu'observent les pharisiens et qu'il
observait lui-même au temps où il maniait la signe avec tant de dextérité. Il a
assisté au banquet de purification dans Cérinthe ; il a vu Jésus demander un
bassin et des serviettes, il a lui-même éprouvé le besoin d'avoir non seulement
les mains lavées, mais les pieds, non seulement les pieds, mais le reste, il ne
comprend rien au changement qui s'est opéré dans les idées apostoliques.
D'ailleurs sa fonction dans les Écritures est de ne jamais rien comprendre à ce
que Jésus fait ou à ce que dit Jésus.

1 La malédiction, le sort jeté.


IV. — LE REVENANT DE BAR-JEDOUDDA CONTRE LES
PHARISIENS.

On ne saurait imaginer un défenseur plus ingrat que Jésus. Les pharisiens


viennent de rendre à son client l'immense service de disparaître au moment où le
témoignage l'aurait accablé. Il va les relancer jusque chez eux pour leur dire des
injures, il pousse l'impudence jusqu'à s'asseoir à leur table avec ses mains
souillées. Abusant de la loi d'hospitalité, il leur liure la perte de la patrie qui
incombe à la secte de Jehoudda. La table est toujours présidée par Flavius
Josèphe. Celui-ci ne peut s'empêcher de trouver qu'étant le revenant d'un aussi
triste sire que Bar-Jehoudda, il pourrait bien se laver les mains avant de s'user à
côté de gens qui, s'ils ont leurs défauts, n'ont les celui d'avoir trahi leur pays
dans les plaines de Gamala. Si on ne lui demande pas de se laver les pieds, c'est
qu' a déjà subi cette opération dans Cérinthe.
LUC, XI, 37. Pendant qu'il parlait, un pharisien le prie de dîner
chez lui. Étant donc entré, il se mit à table.
38. Or le pharisien, pensant en lui-même, commença à se
demander pourquoi il ne s'était point lavé avant le repas,
39. Et le Seigneur lui dit : Vous autres, pharisiens, veut nettoyez
le dehors de la coupe et du plat ; mais ce qui est au dedans de
vous est plein de rapine et d'iniquité.
40. Insensés ! celui qui a fait le dehors n'a-t-il fait aussi le dedans
?
41. Toutefois faites l'aumône de votre superflu1 et tout sera pur
pour vous.
42. Mais malheur à vous, pharisiens, parce que vous payez la
dîme de la menthe, de la rue, et de toutes les herbes, et que vous
négligez la justice2 et l'amour de Dieu ! Il fallait faire ces choses3
et ne pas omettre les autres.
43. Malheur à vous, pharisiens, parce que vous aimez les
premiers sièges dans les synagogues et les salutations dans les
places publiques !4
44. Malheur à vous, parce que vous êtes comme les sépulcres qui
ne paraissent point ! les hommes marchent dessus sans le savoir.
Cependant ils ont bien su trouver celui de Bar-Jehoudda5, il est vrai qu'il leur a
fallu du temps !

1 Du superflu seulement ? Il montrera plus d'exigences dans un instant.


2 La justice, c'était le rétablissement de la monarchie davidique, contrairement aux vœux
et à l'intérêt du pays.
3 Comme elles sont loin ! Et puis comme elles étaient insuffisantes ! La dîme, c'était si
peu.
4 Ils sont bien modestes en comparaison de Bar-Jehoudda qui ne voulait un siège en
Judée, le sien !
5 En 362 de l'Erreur christienne. Cf. Les Marchands de Christ.
MATTHIEU, XXIII, 23. Malheur à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, qui payez la dîme de la menthe et de l'aneth et cumin,
et qui négligez les choses les plus graves de la loi, la justice, la
miséricorde et la foi ! Il fallait faire ceci, pas omettre cela,
24. Guides aveugles, qui employez un filtre pour le moucheron, et
qui avalez le chameau !1
25. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que
vous nettoyez les dehors de la coupe et du plat, tandis qu'au
dedans vous êtes pleins de souillures et de rapines !
26. Pharisien aveugle, nettoie d'abord le dedans de la coupe et du
plat, afin que le dehors soit net aussi.
27. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrite parce que
vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui au dehors
paraissent beaux aux hommes, mais au dedans sont pleins
d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture.
28. Ainsi, vous aussi, au dehors, vous paraissez justes aux
hommes ; mais au dedans vous êtes pleins d'hypocrisie et
d'iniquité.
Les synoptiseurs de Matthieu n'ont pas trouvé vraisemblable que Jésus injuriât et
anathématisât les pharisiens chez eux, à leur propre table. Dans Matthieu il fait
leur procès, en plein air, devant le peuple et les disciples, avec de nouveaux
développements.
MATTHIEU, XXIII, 1. Alors Jésus parla au peuple et à ses disciples,
2. Disant : C'est sur la chaire de Moïse que sent assis les scribes
et les pharisiens2.
3. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent ; n'agissez
pas selon leurs œuvres. Car ils disent et ne font pas.
4. Ils lient les fardeaux pesants et difficiles à porter, et les
mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas
même les remuer du doigt.
5. Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi,
ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à
leurs vêtements ;
6. Ils aiment la première place dans les festins et les premiers
sièges dans les synagogues,
7. Les salutations dans les places publiques, et à être appelés
maîtres par les hommes.
Il n'en demeure pas moins que dans le dispositif original, celui de Luc, le
revenant de Bar-Jehoudda est à la table des pharisiens avec des mains fort
malpropres, lorsqu'il vomit contre eux ces invectives.

1 Locution proverbiale. C'est nous qui, après la baleine, avons avalé le chameau !
2 Réfugiés à Tibériade sous la présidence des Gamaliel, fils David, passés au
pharisianisme hérodien depuis Tibère. Cf. Le Saint-Esprit.
Elles sont une bien faible expression de sa vengeance, il est chez ceux qui l'ont
condamné, après avoir tué son père dans le Temple ! Un docteur de la Loi ne
peut s'empêcher de protester contre cette sortie, mais il se garde bien de donner
ses raisons.
LUC, XI, 45. Alors un des docteurs de la loi, prenant la parole, lui
dit : Maître, en disant cela, vous nous faites injure à nous aussi.
46. Mais Jésus dit : Et à vous aussi, docteurs de la loi, malheur !
parce que vous imposez aux hommes des charges qu'ils ne
peuvent porter, et que vous-mêmes ne touchez pas les fardeaux
du bout du doigt !
47. Malheur à vous, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et
vos pères les ont tués !
48. Certes, vous témoignez bien que vous consentez aux œuvres
de vos pères : car eux les ont tués, et vous, vous leur bâtissez
des sépulcres.
49. C'est pourquoi la sagesse même de Dieu a dit : Je leur
enverrai des prophètes et des apôtres, et ils tueront les uns et
persécuteront les autres :
50. Afin qu'on redemande à cette génération le sang de tous les
prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde :
51. Depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zakhûri1, qui périt
entre l'autel et le temple. Oui, je vous le dis, il sera redemandé à
cette génération2.
MATTHIEU, XXIII, 29. Malheur à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, qui haussez les tombeaux des prophètes et ornez les
monuments des justes,
30. Et qui dites : Si nous avions été du temps de nos pères, nous
n'aurions pas été complices avec eux du sang des prophètes !
31. Ainsi vous êtes à vous-mêmes un témoignage que vous êtes
les fils de ceux qui ont tué les prophètes.
32. Comblez donc aussi la mesure de vos pères.
33. Serpents, race de vipères, comment fuirez-vous le jugement
du Ghé-Hinnom ?
34. C'est pourquoi voici que moi-même je vous col des prophètes,
des sages et des docteurs ; vous tuerez e crucifierez les uns, et
vous en flagellerez d'autres dans les synagogues, et vous les
poursuivrez de ville en ville :
35. Afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été
versé sur la terre, depuis le sang du juste Abel jusqu'au sang de

1 Jehoudda, tué au Recensement. Cf. Le Charpentier.


2 Il lui fut en effet redemandé pendant près de soixante ans, de 761 à 819.
Zakhûri [fils de Barachie], que vous avez tué entre le Temple et
l'autel1.
36. En vérité je vous dis, tout ceci viendra sur cette génération.
LUC, XI, 52. Malheur à vous, docteurs de la loi, parce que vous
avez pris la clef de la Gnose ; vous n'êtes pas entrés vous-mêmes
; et ceux qui entraient, vous les en avez empêchés !
La clef de la Gnose ou clef de David, c'est la kabbale apocalyptique. — On dit
encore la Clavicule de Salomé —. Non seulement ils avaient enlevé la clef, mais
ils avaient pris et tué ceux qui l'avaient. Comme c'était en deux mots l'histoire
des luttes jehouddiques depuis le Recensement jusqu'à la chute de Jérusalem, on
a mis au présent dans Matthieu ce qui était au passé dans le dispositif original.
MATTHIEU, XXIII 13. Mais malheur à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le Royaume des
cieux ! car vous n'entrez pas vous-mêmes, et vous ne souffrez
pas que les autres entrent.
14. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que,
sous le prétexte de vos longues prières, vous dévorez les maisons
des veuves !2 C'est pour cela que vous subirez un jugement plus
rigoureux.
15. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que
vous parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte et quand
il est fait, vous faites de lui un fils du Ghé-Hinnom deux fois plus
que vous !
Le fait est que cette sorte de Juifs est à jamais déplorable. Vrais fils de ceux qui
ont livré Bar-Jehoudda aux horreurs du Ghé-Hinnom, ils discréditent sa sainte
Église auprès des contribuables.
Ces malédictions tirent leur signification particulière de l'endroit où elles sont
placées dans Luc : la maison d'un Pharisien. C'est pourquoi Matthieu les a
transportées sous les murs de Jérusalem, au moment où Jésus se dispose à faire
son entrée sur les Ânes. Devant tombeaux des anciens prophètes enterrés sur le
mont des Oliviers le revenant voue au Ghé-Hinnom infernal les fils de ceux qui
les ont tués. Mais dan Luc c'est pour se venger de ces malédictions que les
pharisiens auraient conspiré contre Bar-Jehoudda.
LUC, XI, 53. Comme il leur disait ces choses, les pharisiens, et les
docteurs de la loi commencèrent à le presser, et à l'accabler d'une
multitude de questions,
54. Lui tendant des pièges, et cherchant à surprendre quelque
parole de sa bouche.

1 Jehoudda, surnommé Zakhûri dans l'horoscope de son fils n'était nullement fils d'un
certain Barachie, mais de Jacob. Mais comme, dans la transformation de son surnom
séméiologique par l'Eglise, il s'appelle aujourd'hui Zacharie, on lui donne ici le même
père qu'au prophète Zacharie. Au surplus l'infaillible admet mots : fils de Barachie, qui
manquent dans le manuscrit du Sinaï, à cet endroit de S. Matthieu, ont été introduits par
un des premiers copistes, qui aura cru qu'il s'agissait du dernier Zacharie.
2 Il n'y en a que deux d'intéressantes pour l'Evangéliste, celle de Jehoudda et celle de
Jaïr.
V. — AUTRES SORTIES CONTRE LES PHARISIENS.

LUC, XII, 1. Cependant, une grande multitude s'étant assemblée


autour de lui, de sorte qu'ils marchaient les los sur les autres, il
commença à dire à ses disciples : Gardez-vous du levain des
pharisiens, qui est l'hypocrisie.
2. Car rien de caché qui ne se révèle, ni de secret qui ne se
sache1.
3. Ainsi ce que vous avez dit dans l'obscurité se dira à la lumière ;
et ce que vous avez dit à l'oreille dans l'office sera publié sur les
hauteurs.
4. Or je vous dis à vous, qui êtes mes amis : Ne craigne point
ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent plus rien faire2.
5. Mais je vous montrerai qui vous devez craindre : craignez celui
qui, après avoir ôté la vie, a le pouvoir d'envoyer dans le Ghé-
Hinnom infernal, oui, je vous le dis, craignez celui-là3.
6. Cinq passereaux ne se vendent-ils pas deux as ? et cependant
pas un d'eux n'est en oubli devant Dieu.
7. Les cheveux mêmes de votre tête sont comptés. Ne craignez
donc point : vous valez plus que beaucoup de passereaux.
8. Or je vous le dis : quiconque m'aura confessé devant les
hommes4, le Fils de l'homme5 aussi le confessera devant les
anges de Dieu.
9. Mais qui m'aura renié devant les hommes, sera renié devant
les anges de Dieu.
10. Quiconque parle contre le fils de l'homme6 il lui sera remis ;
mais pour celui qui aura blasphémé contre l'Esprit-Saint, il ne lui
sera pas remis.
A l'époque de ce texte7 on admet encore que le fils de l'homme qui s'appelait
Bar-Jehoudda soit traité de scélérat, on ne peut décemment en vouloir à ceux qui
le disent, ils ne peuvent pas faire autrement sous peine de nier l'évidence et de
se solidariser avec le crime. Mais une affaire s'est édifiée sur son cadavre : cette
affaire est une création de l'Esprit juif qu'on a qualifié d'Esprit-Saint à cause
même de cette origine. Point de pardon pour les Juifs qui contestent le pouvoir
de rémission inclus dans l'un d'eux ! C'est logique, car ce pouvoir est la

1 C'est ce que nous avons pensé, lorsque nous avons fait le Mensonge chrétien.
2 Ceux-là, ce sont les Romains au Ghé-Hinnom le 14 nisan 788.
3 Celui-là, c'est celui qui devait prononcer le Premier jugement en 789, et envoyer les
uns en enfer, les autres dans l'Eden.
4 Lui, Bar-Jehoudda.
5 Celui qui devait venir en 789.
6 Le fils de l'homme davidique, Bar-Jehoudda.
7 Nous l'avons déjà vu ailleurs, chapitre Ier du présent volume.
conséquence d'un principe : l'impossibilité pour le goy d'être sauvé sans le juif.
Nous avons déjà vu cette thèse exprimée fortement dans Cérinthe1. Le salut est
une marchandise : si les Juifs qui en sont les traitants n'y adhèrent pas de toutes
leurs forces, ils seront évincés du marché. Outre cette peine temporelle, Bar-
Jehoudda qui, nonobstant ses crimes, est assis à la droite du Père d'où il a
chassé le Fils de l'homme, — un sot qui n'a pas su garder sa place ! — Bar-
Jehoudda ne les recevra ni dans la Jérusalem d'or, si le Royaume advient, ni
dans le ciel, si l'Eden ne reparaît pas. A quiconque blasphème contre l'Eglise,
authoress de l'Esprit, il ne sera jamais remis, parce que, comme le dit
parfaitement le Saint-Siège, il mourra dans l'impénitence finale : car l'Eglise a le
pouvoir de remettre toute sorte de péchés à quiconque se convertit sincèrement
à Dieu.

VI. — GUÉRISON DE L'HOMME À LA MAIN SÈCHE.

Jésus n'est pas seulement le défenseur de Bar-Jehoudda. Il se transforme en un


syndic qui, more nant falsification d'écritures, fait prendre aux goyim le passif du
failli pour un actif. Dieu en effet n'avait les condamné que le pseudo-christ, il
avait étendu la et' damnation à tous ses dogmes, ne voulant sous aucun prétexte
être mêlé à d'aussi affligeantes stupidités.
Mais Jésus a fléchi son Père, et d'accord avec lui, dans un but resté jusqu'ici très
mystérieux, il fait revivre la main de certain homme dont la guérison, un jour de
sabbat, au milieu de l'année 788, excite au plus haut point l'indignation des
pharisiens.
MATTHIEU, XII, 9. Etant parti de là, il vint dans leur synagogue.
10. Or voilà qu'un homme avait la main desséchée ; et ils
l'interrogeaient, disant : Est-il permis de guérir les jours de
sabbat ? afin de l'accuser.
11. Mais il leur répondit : Quel sera l'homme d'entre vous qui,
ayant une brebis, si cette brebis tombe dans une fosse le jour du
sabbat, ne la prendra pas pour l'en retirer ?2
12. Or combien un homme vaut mieux qu'une brebis ! Il en donc
permis de faire le bien les jours de sabbat.
13. Alors il dit à cet homme : Etends ta main. Il l'étendit, et elle
devint saine comme l'autre.
MARC, III, 1. Jésus entra une autre fois dans la synagogue ; or il
s'y trouvait un homme qui avait une main desséchée.
2. Et on l'observait pour voir s'il le guérirait un jour de sabbat,
afin de l'accuser.
3. Et il dit à l'homme qui avait la main desséchée : Lève-au
milieu.

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


2 Vieille similitude inspiré diverses paraboles sur Bar-Jehoudda. Cf. Les Evangiles de
Satan, 1re partie.
4. Puis il demanda aux autres : Est-il permis, un jour de sabbat,
de faire du bien ou du mal, de sauver une âme ou de la perdre ?
Mais eux gardaient le silence.
5. Alors les regardant avec colère, et, contrasté de l'aveuglement
de leur cœur, il dit à cet homme : Etends ta main. Il l'étendit, et
sa main devint saine.
LUC, VI, 6. Il arriva, un autre jour du sabbat, qu'il entra dans la
synagogue, et qu'il enseignait. Or il y avait là un homme dont la
main droite était desséchée,
7. Et les scribes et les pharisiens observaient s'il le guérirait le
jour du sabbat, afin de trouver de quoi l'accuser.
8. Mais il connaissait leurs pensées ; et il dit à l'homme qui avait
la main desséchée : Lève-toi et tiens-toi là debout au milieu. Et,
se levant, il se tint debout.
9. Alors Jésus leur dit : Je vous le demande, est-il permis, les
jours du sabbat, de faire du bien ou du mal, de sauver une âme
ou de la perdre ?
10. Et après les avoir regardés tous, il dit à l'homme : Etends ta
main. Il l'étendit, et sa main redevint saine.
L'homme à la main sèche, c'est l'auteur de l'Apocalypse. La main qui a séché,
c'est la droite. Le reste du corps n'a pas été mieux traité. Quoique royale, cette
brebis a été jetée dans une fosse (quelle peine pour lui éviter la fosse commune !), et
un jour de sabbat, le samedi 17 nisan. Il est juste qu'elle en soit tirée no jour de
sabbat par celui qui est le Maître de tout sabbat. Le Verbe devait ce salaire à la
main qui a révélé l'Année de Dieu, l'Iaô-Shanâ. En même temps il rend le
mouvement à la Révélation elle-même.
MARC, III, 6. Or les pharisiens, étant sortis, tinrent aussitôt
conseil contre lui avec les Hérodiens, comment ils le perdraient.
MATTHIEU, XII, 14. Cependant les pharisiens, étant sortis, tinrent
conseil contre lui, comment ils le perdraient.
LUC, VI, 11. Mais eux, remplis de dépit, se consultaient sur ce
qu'ils feraient à Jésus.
MARC, III, 7. Mais Jésus se retira avec ses disciples vers la mer ;
et une troupe nombreuse le suivit de la Galilée et de la Judée,
8. De Jérusalem, de l'Idumée, et d'au delà du Jourdain, et une
grande multitude des environs de Tyr et de Sidon, apprenant ce
qu'il faisait, vint à lui.
MATTHIEU, XII, 15. Mais Jésus, le sachant, partit de là ; et
beaucoup le suivirent, et il les guérit tous.
16. Et il leur ordonna de ne point le révéler,
17. Afin que soit accomplie la parole du prophète Isaïe, disant :
18. Voici mon serviteur que j'ai choisi, l'objet de ma dilection, en
qui mon âme a mis toutes ses complaisances. Je ferai reposer
mon Esprit sur lui, et il annoncera la justice des nations.
19. Il ne disputera point, il ne criera point et personne n'entendra
sa voix dans les places publiques.
20. Il n'achèvera pas de rompre un roseau à demi brisé, et
n'éteindra point une mèche encore fumante, jusqu'à ce qu'il
assure le triomphe de la justice.
21. Et les nations espéreront en son nom.
Bar-Jehoudda avait crié sur toutes les places publiques où on avait voulu
l'entendre. J'ai parlé publiquement au monde, dit son revenant dans le
Quatrième Évangile1. Ailleurs, aux disciples : Montez sur les toits et criez pour
vous faire entendre !
Que les davidistes aient un vieux compte à régler avec les Juifs latinisants,
notamment ceux qui, comme les Gamaliel, ont occupé les plus hauts sièges au
sanhédrin de Tibériade, cela se conçoit. Ils ne peuvent nourrir contre eux que
des pensées de vengeance. Mais il n'est pas de plus vils moyens que le
mensonge et la calomnie. Ce n'est pas pour avoir violé le sabbat dans un but de
charité que Bar-Jehoudda et plusieurs membres de sa famille, à commencer par
son père, ont été condamnés ; c'est, en ce qui concerne Bar-Jehoudda, pour
avoir prêché le Grand jour pend l'année proto-jubilaire 788, avec
accompagnement de pillages, d'incendies, de meurtres, et trahison au point
d'orgue. La condamnation du christ n'ayant été prononcée qu'au mois d'adar,
Jésus a tout le temps d'échapper aux pharisiens du sanhédrin et aux hérodiens
de Saül, et en effet il échappe. Comme il le dit si souvent dans Cérinthe, son
heure n'est pas encore venue.

VII. — SUBSTITUTION DE LA TRANSFIGURATION INTERNE AU


BAPTÊME DE FEU.

Maintenant qu'il a rendu à Bar-Jehoudda l'usage de la main dont il s'était servi


pour écrire tant d'inepties, Jésus va se consacrer à la révision des dogmes que
cette main a couchés sur le papyrus.
Pour le dogme de la transfiguration par le baptême de feu, Jésus se borne à faire
servir la parabole de la lampe et du chandelier2. Qu'on se transfigure soi-même
par une lumière intérieure ! On ne deviendra pas lumineux au point d'émettre
des rayons, et on devra se servir des mêmes organes que les goym pour
emmagasiner un peu de lumière ; mais étant donné que ceux-ci ne voient goutte
aux paraboles et qu'ils sont dans l'ombre du chandelier, c'est aux Juifs de savoir
utiliser l'huile que leur dispense le Maître du sabbat.
LUC, XI, 33. Personne n'allume une lampe pour la mettre en un
lieu caché, ni sous le boisseau, mais on la pose sur le chandelier,
afin que ceux qui entrent voient la lumière.

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


2 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
34. La lampe de votre corps est votre œil. Si votre œil est clair,
tout votre corps sera lumineux ; mais s'il est mauvais, tout votre
corps aussi sera ténébreux.
35. Prenez donc garde que la lumière qui est en vous ne soit
ténèbres.
36. Si donc votre corps est tout entier lumineux, n'ayant aucune
partie ténébreuse, tout sera lumineux, et vous serez éclairés
comme par la lampe qui brille.
Il ne semble pas que la jehouddolâtrie soit en état de réaliser dans l'homme
cette transfiguration interne.

VIII. — SUPPRESSION DE LA PREMIÈRE RÉSURRECTION ET DU


RÉACCOUPLEMENT ADAMIQUE.

Parmi les difficultés que Bar-Jehoudda avait léguées aux disciples, il y avait celle
de la Première résurrection fixée par lui au 15 nisan 789. Le Premier jugement
ayant pas eu lieu, cette résurrection n'a pas eu lieu non plus. Les saducéens ne
sont pas fâchés de savoir si Jésus maintient ce dogme ou s'il le répudie. Mais
Jésus est plus malin qu'eux, vous le savez, et ils préparent son triomphe par la
façon dont ils posent la question ; ils suppriment la Première résurrection comme
un article peu important du programme, et ils passent tout de suite à la Seconde,
car ces saducéens sont des compères dont un seul en remontrerait à tous les
auteurs de revue.
MARC, XII, 18. Alors vinrent à lui les saducéens, qui disent qu'il
n'y a point de résurrection ; et ils l'interrogèrent, disant :
19. Maître, Moïse a écrit pour nous : Si le frère de quelqu'un
meurt, et quitte ainsi sa femme sans laisser d'enfants, que son
frère épouse sa femme et suscite des enfants à son frère.
20. Or il y avait sept frères : le premier prit une femme, et
mourut sans laisser d'enfants.
21. Le second la prit ensuite et mourut, et ne laissa point non
plus d'enfants, et le troisième pareillement.
22. Et ils l'ont ainsi épousée tous les sept, et ils n'ont point laissé
de postérité. Enfin après eux tous est morte aussi la femme.
23. A la résurrection donc, lorsqu'ils ressusciteront, duquel
d'entre eux sera-t-elle femme ? car tous les sept l'ont eue pour
femme.
MATTHIEU, XXI, 23. Ce jour-là, vinrent à lui les saducéens' qui
disent qu'il n'y a point de résurrection, et ils l'interrogèrent,
24. Disant : Maître, Moïse a dit : Si quelqu'un meurt n'ayant pas
d'enfant, que son frère épouse sa femme et suscite des enfants à
son frère.
25. Or il y avait parmi nous sept frères : le premier, ayant pris
une femme, mourut, et n'ayant point eu d'enfant, il a laissé sa
femme à son frère.
26. Pareillement le second et le troisième jusqu'au septième.
27. Enfin après eux tous la femme aussi est morte.
28. A la résurrection donc, duquel des sept sera-t-elle la femme,
puisque tous l'ont eue pour femme ?
LUC, XX, 27. Quelques-uns des saducéens, qui nient qu'il y ait
une résurrection, s'approchèrent alors et l'interrogèrent,
28. Disant : Maître, Moïse a écrit pour nous : Si le frère de
quelqu'un meurt ayant une femme, mais étant sans enfants, que
son frère prenne sa femme et suscite une postérité à son frère.
29. Or il y avait sept frères ; et le premier prit une femme, et
mourut sans enfants.
30. Le suivant prit la femme, et mourut lui-même sans enfants.
31. Et le troisième la prit ; et pareillement tous les sept, et ils
n'ont point laissé de postérité, et ils sont morts.
32. Enfin, après eux tous, est morte aussi la femme.
33. A la résurrection donc, duquel sera-t-elle femme, puisque les
sept l'ont eue pour femme ?
Relisez la question, estimables gogoym, elle n'est ainsi posée que pour vous
tromper, et jusqu'à présent elle a rempli son objet. C'est, semble-t-il, une
question de droit. Moise ordonne au Juif d'épouser la femme de son frère, si
celui-ci est mort sans laisser d'enfant : une femme s'est trouvée dans ces
conditions, elle a été successivement épousée par les six frères du mort, qui
n'ont pas eu de chance non plus, car ils sont tous morts et tous sans postérité. Il
est étrange qu'avec le désir d'avoir des enfants, puisque ç'a été le but de leur
union, ils se soient précisément acharnés sur une femme d'une stérilité à toute
épreuve ; c'est une fantaisie illogique, mais matériellement réalisable, et c'est
ainsi que la chose vous apparaît au premier abord. Si cependant, vous ouvrez le
Deutéronome au chapitre du mariage entre le frère du mort et la veuve de celui-
ci1, vous trouvez que pour qu'il y ait obligation, il faut que les deux frères
demeurent ensemble. Or il n'est point dit ici que cette condition soit remplie ; il
est évident qu'elle ne l'est pas, et que les six frères du mort se sont établis
chacun de son côté, comme leur a plu, pour avoir des enfants. Car si la Loi force
le Juif à épouser la femme de son frère, c'est dans le but contraire à celui
qu'auraient poursuivis les six obstinés ; c'est que le nom du mort ne meure pas
avec lui, et qu'il revive dans l'enfant de son frère. Et si le second des sept frères
eût constaté que l'absence d'enfants chez le premier tenait à la stérilité de sa
veuve, il l'eût remplacée avec l'autorisation du Lévitique et l'approbation de tous
ses voisins, aucun défaut n'étant plus grave pour les Juifs, comme le constate la
mère de Bar-Jehoudda qui, le jour où elle conçoit son premier-né, s'écrie qu'elle
a enfin été délivrée de son opprobre2 !

1 Deutéronome, XXV, 5-10.


2 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
Les lecteurs du Mensonge chrétien sont trop habitués aux façons de l'Évangéliste
pour ne pas voir qui est la femme, malheureusement stérile, épousée
successivement par les sept frères, et qui sont ces sept frères mêmes. Ils savent
par la séméiologie de la Samaritaine que l'Epoux n'est jamais venu, et que les
sept frères qui ont épousé la femme dont il est ici question n'ont jamais pu la
marier avec celui qui l'aurait destérilisée. La femme, c'est la Judée ; et les sept
frères de Bar-Jehoudda, Shehimon, Jacob senior, Jacob junior, Philippe,
Jehoudda Toâmin et Ménahem ; ils sont morts et après eux la Judée, sans que
l'Époux lui ai fait des enfants immortels. C'est ce que se disent entre eux ces
fumistes de saducéens en leur énigme : la Judée ne pouvant être réaccouplée
qu'au Fils de l'homme, c'en est fait de la réadamisation. L'exemple qu'ils citent
devant les gogoym est donc inapplicable au dogme formulé dans les Paroles du
Rabbi.
MARC, XII, 24. Et Jésus, répondant, leur dit : N'êtes-vous point
pour cela même dans l'erreur, ne comprenant ni les Écritures1 ni
la puissance de Dieu ?
25. Car, lorsqu'ils ressusciteront d'entre les morts, les hommes
ne prendront point de femmes ni les femmes de maris, mais ils
sont comme des anges dans le ciel.
MATTHIEU, XXII, 29. Mais, répondant, Jésus leur dit : Vous errez,
ne comprenant ni les écritures ni la puissance de Dieu.
30. Car à la résurrection les hommes ne prendront point de
femmes, ni les femmes de maris ; mais ils seront comme les
anges de Dieu dans le ciel.
Cette réponse supprime la réadamisation. Il n'y aura pas reconjonction, puisqu'il
n'y aura pas d'Eden. Bar-Jehoudda s'est trompé ; Jésus admet qu'il y a eu chose
jugée là-dessus en 789. Au lieu de refaire le couple adamique dans le paradis
terrestre, Dieu fera de chaque et de chaque juive un ange dans le ciel, à moins
qu'il en fasse un démon dans l'enfer. Ce dispositif est conforme à celui de la
Lettre aux Thessaloniciens et très probablement il en vient.
Mais en voici un nouveau qui n'appartient qu'à Luc.
LUC, XX, 34. Jésus leur dit : Les fils de cet Æon-ci se marient et
sont donnés en mariage ;
35. Mais ceux qui seront trouvés dignes de jouir de cet Æon2 et
de la résurrection des morts, ne se marieront point et
n'épouseront point de femmes :
36. Car ils ne pourront plus mourir, parce qu'ils sont égaux aux
anges, et fils de Dieu, étant fils de la résurrection.
Tout est changé !
Dans le dispositif de Marc et de Matthieu, on ressue' cite parce que c'est dans
l'Écangue du Royaume et on devient ange par la volonté de Dieu, mais on ne'.
pas obligé de croire que le fils aîné de Jehoudda de Gamala soit ressuscité le 18
nisan 789. Au contraire, dans le dispositif de Luc, on est fait fils de Dieu par la
résurrection du Juif consubstantiel et coéternel au père, et, on devient sinon

1 Les Ecritures, ce sont les Paroles du Rabbi, Jésus se garde bien de le dire.
2 Oi dé cataxionténtes lou aiônos ékeinou takein.
semblable, du moins égal aux anges en ceci qu'ils ne meurent pas. La
résurrection de Bar-Jehoudda n'est plus une question qui dépende des hommes,
c'est une garantie et une condition de la vie éternelle.
Reste la question de principe : Dieu se propose-t-il de ressusciter les morts au
second jugement qui devient ici le premier et le dernier ? Question tranchée
d'avance par la résurrection de Bar-Jehoudda, qui est comme une répétition pour
les Juifs seuls du spectacle réserve au dernier jour.
MATTHIEU, XXII, 31. Et touchant la résurrection des morts n'avez-
vous point lu la parole qui vous a été dite par Dieu :
32. Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et Dieu de Jacob
? Or Dieu n'est point le Dieu des morts, mais des vivants.
33. Et le peuple l'entendant, admirait sa doctrine.
MARC, XII, 26. Et quant aux morts, en tant qu'ils ressuscitent,
n'avez-vous point lu dans le livre de Moïse, à l'endroit du
buisson1, comment Dieu lui parla, disant : Je suis le Dieu
d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ?
27. Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous donc,
vous errez beaucoup.
LUC, XX, 37. Or que les morts ressuscitent, Moïse le montre
l'endroit du buisson, quand il appelle le Seigneur le Dieu
Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob.
38. Or Dieu n'est point le Dieu des morts, mais des vivants : car
tous vivent en lui2.
39. Quelques-uns des scribes, prenant la parole, lui dirent :
Maître, vous avez bien dit.
40. Et l'on n'osait plus lui faire aucune question.

IX. — CONSÉQUENCES DE LA NON-RÉADAMISATION DES


JUIFS EN 789.

Parmi les solutions que Dieu avait refusé de donner au Prophète de la


Régénération, la non-réadamisation des Juifs en 789 était naturellement fort en
vue. On ne sait si les Juifs de la dispersion étaient gais, ils avaient bien des
raisons de ne point l'être, mais enfin, si par hasard ils l'étaient, le Ben-Sotada qui
prétendait régler la question de sexe par le retour à l'androgynisme, devait être
un sujet de gaieté quotidienne, et il n'était pas besoin d'attendre un jubilé pour
avoir une occasion de se réjouir honnêtement. Si le ridicule tuait, Bar-Jehoudda
ne serait jamais ressuscité. Mais il a en Jésus un avocat qui se fait fort de le tirer
de ce genre de Guol-golta.

1 Exode, III, 1 et suivants. On donne ce livre comme étant plus particulièrement de


Moïse, parce qu'il avait été fait et refait d'après les Guerres du Mage.
2 Et non pour lui comme traduit le Saint-Siège.
Comme toujours ce sont les pharisiens qui l'interrogent, dans le vain espoir de
l'embarrasser.
Les questions que Jésus se charge de résoudre sont toutes empruntées au
système de Jehoudda. On ne les aborde que de biais, et toujours par le petit
côté, afin de ne pas discréditer complètement le système. On cherche en même
temps à cacher l'origine franchement adultérine1 de l'homme dans lequel on a
incarné Jésus sans son aveu. Les pharisiens la lui opposaient toutes, les fois qu'il
passait les bornes de la modestie, et qu'il trouvait mauvais chez les Juifs
ordinaires ce qu'il pardonnait à David et à tant d'autres rois de sa maison, dont
aucun n'avait été monogame.
MARC, X, 1. Et les pharisiens, s'approchant, lui demandèrent s'il
est permis à un homme de renvoyer sa femme : c'était pour le
tenter.
MATTHIEU, XIX, 3. Et les pharisiens s'approchèrent de lui pour le
tenter, disant : Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme
pour quelque cause que ce soit ?
Si Jésus était Bar-Jehoudda lui-même, il serait tel de répondre : C'est tellement
permis que, malgré le double adultère de mon père David et de ma mère
Bethsabée, je prétends vivre mille ans pour commencer. Mais Jésus n'est que
son revenant. Il ne se juge pas tenté de répondre pour Ben-Sotada. Il répond
par une pétition déguisée du principe que Jehoudda avait énonce, à savoir
qu'entre l'Agneau et les Ânes de 789, la femme devait rentrer dans l'homme
pour ne faire quel seule chair avec lui, telle Eve avec Adam. Cependant comme il
ne lui convient pas d'évoquer les Paroles du Rabbi en constatant leur faillite à ce
point de vue comme aux autres, il répond par la Genèse. A pharisien, pharisien
et demi ! Il répond en jésuite.
MATTHIEU, XIX, 4. Jésus, répondant, leur dit : N'avez-vous pas lu
que celui qui fit l'homme au commencement, les fit mâle et
femelle, et qu'il dit :
5. A cause de cela l'homme quittera son père et sa mère, et
s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair ?
6. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce que Dieu
donc a uni, que l'homme ne le sépare point.
7. Ils lui demandèrent : Pourquoi donc Moïse a-t-il commandé de
lui donner un acte de répudiation et de la renvoyer ?
8. Il leur répondit : Parce que Moïse, à cause de la dureté de
votre cœur, vous a permis de renvoyer vos femmes ; mais au
commencement il n'en fut pas ainsi.
9. Aussi je vous dis que quiconque renvoie sa femme, si ce n'est
pour cause d'adultère, et en épouse une autre, commet un
adultère ; et celui qui épouse une femme renvoyée, se rend
adultère.
MARC, X, 3. Mais Jésus, répondant, leur dit : Que vous a ordonné
Moïse ?

1 Par Bethsabée. Cf. Le Charpentier et L'Évangile de Nessus.


4. Ils répliquèrent : Moïse a permis d'écrire un acte de
répudiation, et de la renvoyer.
5. Jésus, leur répondant, dit : C'est à cause de la dureté de votre
cœur qu'il vous a écrit ce précepte.
6. Mais au commencement de la création, Dieu vous fit homme et
femme1.
7. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère,
s'attachera à sa femme :
8. Et ils seront deux dans une seule chair. Ainsi ils ne sont plus
deux, mais une seule chair.
9. Ce que Dieu donc a uni, que l'homme ne le sépare point.
10. Dans la maison2, ses disciples l'interrogèrent encore sur le
même sujet.
11. Et il leur dit : Quiconque renvoie sa femme et en épouse une
autre, commet un adultère à l'égard de celle-là.
12. Et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle
se rend adultère.
C'est, nettement formulée par le scribe, l'indissolubilité du lien conjugal. Les
disciples de Jehoudda n'avaient jamais rien pensé de pareil. Ils sont les premiers
à faire l'objection que commandent à la fois la nature et l'intérêt social.
MATTHIEU, XIX, 10. Ses disciples lui dirent : Si telle est la
condition de l'homme à l'égard de sa femme, il n'est pas bon de
se marier.
L'argument est sans réplique : rien de plus immoral que le ménage de deux
parties qui se haïssent et se trompent. Jésus est ébranlé, mais s'il cède, il va
contre la thèse de Jehoudda sur le retour forcé à l'androgynisme originel.
11. Jésus leur dit : Tous ne comprennent pas cette parole, mais
ceux à qui il a été donné.
12. Car il y a des eunuques qui sont nés tels dès le sein de leur
mère ; il y en a que les hommes ont fait eunuques ; et il y en a
qui se sont eux-mêmes rendus eunuques, à cause du Royaume
des cieux. Que celui qui peut comprendre, comprenne.
Comprendre n'est facile qu'à ceux qui possèdent leurs Paroles du Rabbi sur le
bout du doigt. Pour ceux-là rien de plus clair. Jésus ne peut les ramener dans
l'Eden que s'il les retrouve tels qu'y était Adam avant le péché, c'est à dire la
femme ne faisant qu'un avec l'homme, et, par ce moyen radical, le péché originel
rendu impossible. Les eunuques par conformation, ceux de la première espèce,
sont d'avance dans les conditions requises, ils naissent adamiques ; on
comprend aussi les gens bien ou mal mariés, Dieu pourra les réaccoupler bon gré

1 Et non Dieu fit un homme et une femme, comme on le dit l'édition du Saint-Siège.
Arsen cai thèlu époièsen autous o Théos.
2 La maison de Kapharnahum. On a ici la preuve, nous en avons fourni et en fournirons
d'autres, que dans le prototype évangélique toutes ces questions se débattaient chez la
veuve du grand Jehoudda. Il n'en pouvait être autrement. C'est à elle que Jésus dit :
Deux en un, un en deux.
malgré : mais comment feront les autres qui se seront faits eunuques, soit par
opération, soit par volonté, et avec qui Dieu les réaccouplera-t-il ? Voilà ce que
Jésus néglige de nous dire, et c'est pourtant une chose qui eût énormément
intéressé les pharisiens, puisque l'homme dans lequel il revient s'était
précisément rendu eunuque à cause du Royaume des cieux. Que deviendra le
fœtus de la femme enceinte ou même l'enfant non adulte au moment de la
réadamisation ? Voilà également une question que Jésus ne résout point.

X. — LES CONDITIONS NOUVELLES DE L'ENTRÉE DANS


L'ÆON-ZIB.

Soumis à de telles conditions, les malheureux Juifs semblent de plus en plus loin
de l'Æon-Zib. Jésus lui-même a le sentiment qu'il est le revenant d'un méchant
homme, il veut bien être qualifié de Maître parce qu'au temps de sa chair il était
Rabbi, mais il ne veut pas qu'on l'appelle bon, c'est un blasphème. Il a lu les
Lettres de Paul dans lesquelles le Saint-Esprit consiste à faire semblant
d'abandonner l'ancien programme. Il n'y a plus d'Eden et de Jérusalem d'or,
donc il n'est pas venu pour réaliser la communauté des biens. Il S aura encore
des riches, des pauvres, et des aigrefins pour exploiter, soit, alternativement soit
concurremment, les uns et les autres. Quel conseil donnera-t-il en face d'une
situation qui prenait fin avec le Royaume ?
MARC, X, 17. Comme il se mettait en chemin, quelqu'un
accourant et fléchissant le genou, lui demanda : Bon maître, que
ferai-je pour avoir la vie éternelle ?
18. Jésus, lui répondit : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est
bon, que Dieu seul.
19. Tu connais les commandements : Ne commets point
d'adultère : ne tue point ; ne dérobe point ; ne rends point de
faux témoignage1 ; ne fais point de fraude ; honore ton père et ta
mère.
20. Mais le jeune homme, reprenant la parole, lui dit : Maître, j'ai
observé tous ces préceptes dès ma jeunesse.
LUC, XVIII, 18. Un des principaux l'interrogea, disant : Bon
maître, que ferai-je pour posséder la vie de l'Æon ?
19. Jésus lui dit : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que
Dieu seul.
20. Tu connais les commandements : Tu ne tueras point Tu ne
commettras point d'adultère : Tu ne porteras point faux
témoignage : Honore ton père et ta mère.
21. Il répondit : J'ai observé tout cela depuis ma jeunesse.
En énonçant ce principe, malheureusement juste, que la perfection n'est point de
ce monde, Jésus reconnaissait que le Rabbi dont il était le revenant ne pouvait

1 Ah ! si on appliquait la loi aux évangélistes !


pas être classé parmi les bons, étant déjà catalogué ailleurs parmi les pires.
Cette concession à l'histoire ne pouvait être admise par les aigrefins qui
l'éculaient sur son cadavre.
Les synoptiseurs ont modifié la question et la réponse dans Matthieu. Jésus ne
dit plus : Pourquoi m'appelles-tu bon ? propos dans lequel il se montre ce qu'il
est aux mains des Évangélistes, le revenant d'un failli, qui ne fut point bon, qui
était faillible et qui a failli. Cet aveu n'étant plus à sa place dans la bouche d'un
Juif qui a été déclaré consubstantiel au Père et qui par conséquent participe de
l'essence du bien, l'Église l'a enlevé.
MATTHIEU, XIX, 16. Et voilà que quelqu'un, s'approchant, lui dit :
Bon maître ; que ferai-je de bon pour avoir la vie éternelle ?1
17. Jésus lui répondit : Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est
bon ? Dieu seul est bon... Mais si tu veux entrer dans la vie,
garde les commandements.
Quels commandements ? Ceux de Bar-Jehoudda ? Ou d'autres que les
évangélistes ont trouvés depuis lui dans la Loi ?
18. Lesquels ? demanda-t-il. Jésus répondit : Tu ne tueras point ;
tu ne commettras point d'adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne
rendras point de faux témoignage ;
19. Honore ton père et ta mère, et aime ton prochain comme toi-
même2.
20. Le jeune homme lui dit : J'ai observé tout cela depuis ma
jeunesse ; que me manque-t-il encore ?
MARC, X, 21. Jésus, l'ayant regardé, l'aima, et lui dit : Une seule
chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux
pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel : puis viens, et suis-
moi.
LUC, XVIII, 22. Ce qu'entendant, Jésus lui dit : Une chose encore
te manque : vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres, et
tu auras un trésor dans le ciel ; viens alors, et suis-moi.
MATTHIEU, XIX, 21. Jésus lui dit : Si lu veux être parfait, va,
vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor
dans le ciel ; viens ensuite, et suis-moi.
Si tu veux être parfait, dit Matthieu ! La perfection, qui tout à l'heure était
impossible, devient ici à la portée de tous. Les pauvres, c'est l'Église, comme œ
l'a vu dans les Actes des Apôtres3. L'enrichir pour jouir des biens communs, puis
se séparer de la famille et se retirer de la société pour se libérer de toutes
charges, telle est la perfection du régime.
MATTHIEU, XIX, 22. Lorsque le jeune homme eut entendu cette
parole, il s'en alla triste : car il avait de grands biens.

1 Zôèn aiónion. Ici comme plus bas, verset 30, il faudrait traduire littéralement et même
ne pas traduire le mot Aión qui est le cycle millénaire annoncé par l'auteur de
l'Apocalypse, l'Æon-Zib, douzième et dernier des douze Æons dont les douze apôtres sont
la figure dans la mystification ecclésiastique.
2 Addition à Marc et à Luc.
3 Cf. Le Roi des Juifs.
23. Alors Jésus dit à ses disciples : En vérité, je vous dis qu'un
riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux.
24. Et je vous dis encore : Il est plus facile à un chameau de
passer par le chas d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le
Royaume des cieux1.
MARC, X, 22. Mais, affligé de cette parole, il s'en alla triste, car il
avait de grands biens.
23. Alors Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : Qu'il
est difficile que ceux qui ont des richesses entrent dans le
Royaume de Dieu !
LUC, XVIII, 23. Mais lui, ces paroles entendues, fut contristé
parce qu'il était fort riche.
24. Or Jésus, le voyant devenir triste, dit : Que ceux qui ont les
richesses entreront difficilement dans le Royaume de Dieu !
25. Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d'une
aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.
MARC, X, 24. Or ses disciples étaient tout étonnés de ce discours.
Mais Jésus, prenant de nouveau la parole, leur dit : Mes enfants
bien-aimés, qu'il est difficile à ceux qui se confient dans les
richesses, d'entrer dans le Royaume de Dieu.
25. Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d'une
aiguille, qu'a un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.
MATTHIEU, XIX, 25. Or, ces choses entendues, ses disciples
s'étonnaient grandement, et disaient : Qui donc pourra être sauvé
?
26. Mais Jésus, les regardant, leur dit : Aux hommes cela est
impossible, mais à Dieu tout est possible.
LUC, XVIII, 26. Et ils demeuraient encore plus étonnés, se disant
l'un à l'autre : Et qui peut donc être sauvé ?
27. Mais Jésus, les regardant, dit : Aux hommes cela est
impossible, mais non pas à Dieu : car tout est possible à Dieu.
LUC, XVIII, 26. Ceux qui l'écoutaient demandèrent : Et qui peut
donc être sauvé ?
27. Il leur répondit : Ce qui est impossible aux hommes est
possible à Dieu.
Hé quoi, non seulement le juif consubstantiel et coéternel au Père n'aurait pas
été un sauveur, comme disent les maltôtiers du baptême, mais il ne serait sauvé
au dernier jour que si Dieu lui fait grâce ! A ouïr de tels discours Bar-Jehoudda et
ses frères font une grimace qu'une plume païenne ne peut rendre avec l'énergie

1 Proverbe usité chez les Juifs et chez les Arabes, le Saint-Siège est obligé de le
reconnaître. Toutes les fois qu'une image un peu saisissante ou une maxime respectable
se trouvent sous la plume des gens qui ont fabriqué les Evangiles, cherchez au lieu
d'admirer, et vous trouverez un plagiat. La règle est absolue.
nécessaire. Si Jésus continue à exiger ce genre de perfection qui consiste à
donner au lieu de recevoir, ils vont éclater !

XI. — RÉCRIMINATIONS DE PIERRE.

Il faut que Jésus leur renouvelle l'assurance qu'il leur donne également dans
Cérinthe, à savoir qu'ils auront un traitement de faveur en raison de leur royale
origine. Car il semble vraiment qu'à la condition de donner tous ses biens à
l'Église, le goy pourrait se créer un titre à la vie millénaire ! Dans Cérinthe c'est
christ lui-même qui sous son nom de circoncision réclame une garantie contre
l'égalité de traitement ; ici, c'est Shehimon. Nobles esprits tous deux et bien
digne de l'adoration des peuples !
MATTHIEU, XIX, 27. Alors reprenant, Pierre lui dit : Et nous voici
que nous avons tout quitté pour vous suivre : qu'y aura-t-il donc
pour nous ?
28. Jésus leur dit : En vérité, je vous dis que vous qui l'avez suivi,
lorsqu'à la Régénération le Fils de l'homme sera assis sur le trône
de sa gloire, vous aussi, vous serez assis sur douze trônes,
jugeant les douze tribus d'Israël.
29. Et quiconque aura quitté ou maison, ou frères, ou sœurs, ou
père, ou mère, ou femme, ou fils, ou terre, à cause de mon nom,
recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle.
30. Mais beaucoup de premiers seront les derniers, et beaucoup
de derniers les premiers1.
Ce n'est plus cela ! Juger seulement les douze tribus, c'est une telle restriction de
compétence ! Ne devait-on pas juger toute la terre ? Les Juifs ne jugent que les
la belle affaire ! Il est vrai que les sept fils de Jehoudda occupent sept sièges
dans le tribunal, et par conséquent, sûrs de la majorité, ils pourront condamner
tous leurs ennemis sans les entendre. Mais siéger à côté d'Is-Kérioth qui aura
voix délibérative dans les choses de la tribu de Juda, Jésus déraisonne ! Ignore-
t-il que l'Apocalypse de Pathmos a rayé Dan2 de la liste des tribus ayant voix au
chapitre ? Décidément il perd la tête ! Il faudra la lui couper un jour, ne fût-ce
que sous les apparences du Joannès.
On a estimé qu'il allait trop loin et qu'il faisait trop de concessions aux églises
Nicolaïtes3 en promettant cent femmes à chaque élu dans le Royaume. Cet Eden,
où les eunuques étaient réduits à leur condition ordinaire de gardiens de sérail,
escomptait par trop celui da Mahomet. On a supprimé ces cent femmes dans
Marc et dans Luc, comme contraires au dogme de l'un en deux et du deux en un.
Pour les compenser on a insisté davantage sur la multiplication des terres et des
maisons, réalisable par la vie monastique, immédiatement, sans soucis, au
milieu même des persécutions qui atteignent les dupes.

1 Ce propos revient souvent, plus ou moins obscur selon l'emplacement qu'il occupe.
2 Cf. Le Gogotha.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
LUC, XVIII, 28. Alors Pierre dit : Et nous, voici que nous avons
tout quitté pour vous suivre.
29. Jésus leur répliqua : En vérité je vous le dis : il n'est personne
qui ait quitté ou maison, ou parents, ou frères, ou femme, ou
enfants à cause du Royaume de Dieu,
30. Qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps même ; et, dans
l'Æon à venir, la vie éternelle1.
MARC, X, 28. Alors Pierre se mit à lui dire : Voici que nous avons,
nous, tout quitté pour vous suivre.
29. Jésus, répondant, dit : En vérité je vous le dis, nul n'aura
quitté maison, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou fils, ou
terres, à cause de moi et à cause de l'Évangile,
30. Qui ne reçoive maintenant, en ce temps même, cent fois
autant de maisons, de frères, de sœurs, de mères, de fils et de
terres, [au milieu des persécutions], et2 dans l'Æon à venir, la vie
éternelle.
31. Mais beaucoup de premiers seront les derniers, et beaucoup
de derniers les premiers.

XII. — LE RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ.

Luc biffe les terres qui jouent un rôle trop important dans Matthieu et dans Marc.
On finirait par voir où vont passer les biens du jeune homme riche, et quelle est
cette classe nouvelle qui, sans rien faire et même en refusant de travailler,
possède le moyen de donner du cent pour un à tous ceux qui se dépossèdent en
sa faveur.
Le jeune homme riche, qui est un auditeur dans le genre du très excellent
Théophile, commence à se perdre dans les variations de Jésus sur le principe et
le régime de la propriété. Après avoir entendu toutes sortes de paraboles qui
l'excitent à faire de l'usure son occupation habituelle et du vol le but même de
toute sa vie, après avoir ouï toutes sortes de discours dans lesquels on reproche
aux pharisiens de ne pas s'être suffisamment ruinés pour la famille de leurs rois
légitimes, voilà maintenant qu'on lui demande de renoncer à ses biens, par
amour de la paresse et de l'irresponsabilité. Ce jeune homme dont le cerveau ne
semble pas très solide reçoit une succession de chocs capables d'anéantir l'esprit
le mieux trempé.
Il n'y a pas longtemps qu'au lieu de lui conseiller de vendre sa terre, Jésus lui
recommandait d'acheter un champ d'où dépend son salut3. Avec quoi paiera-t-il

1 En tô aiôni té erkoménô zôèn aiônion, que le Saint-Siège traduit par dans le siècle à
venir. Mais le siècle est de cent ans, tandis que le Cycle ou Æon est de mille ans ; et la
vie éternelle commençait dans le système de Bar-Jehoudda par la vie cyclique ou
millénaire.
2 Addition au texte de Matthieu.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
le champ, s'il donne le prix de ses biens à autrui ? Il ne pourra même pas l'avoir
par voie d'échange ! Sa perplexité est d'autant plus grande qu'ayant creusé l'idée
d'acheter le champ, il y a complètement renoncé pour ne pas être le complice de
l'escroquerie que Jésus lui suggère. En effet, si Jésus lui propose d'acheter ce
fonds, c'est parce qu'il y a un trésor dedans. Or le jeune homme riche, qui a la
prescience de l'avenir comme tous les personnages de l'Évangile, a consulté le
Code civil qui dispose :
LIVRE III, Art. 716. Le trésor est toute chose cachée ou enfouie
sur laquelle personne ne peut justifier sa propriété, et qui est
découverte par le pur effet du hasard.
La propriété d'un trésor appartient à celui qui le trouve dans son
propre fonds ; si le trésor est trouvé dans le fonds d'autrui, il
appartient par moitié à celui qui l'a découvert et pour l'autre
moitié au propriétaire du fonds.
Le trésor dont parle Jésus ne rentre pas dans la définition du Code civil. Sa
découverte ne sera point un pur effet du hasard ; son existence, son
emplacement même dans le fonds d'autrui sont connus de l'acheteur. Si celui-ci,
à l'instigation de Jésus, cache sa découvert, c'est pour se l'approprier tout
entière, et ç'a été uniquement pour dépouiller le propriétaire du trésor qu'il a
acheté le champ. C'est un homme d'autant plus malhonnête qu'il se promet de
revendre ensuite le trésor au propriétaire, pièce à pièce, tout en gardant le
champ. En supposant même qu'il tienne compte au propriétaire de la moitié, il
est évident que, loin d'avoir acheté champ pour le donner à la communauté, il ne
l'a ache que dans un intérêt de lucre. Il est infiniment plus coupable qu'Ananias
qui, s'il garde la moitié du prix de son champ par devers lui, a au moins la
générosité de donner l'autre moitié à Pierre1. Or Pierre assassine Ananias et sa
femme uniquement parce que ceux-ci lui ont dissimulé le prix de la vente. Donc
si le jeune homme riche achète le champ sans tenir compte au Propriétaire de la
moitié du trésor, il sera coupable dune escroquerie manifeste. Si, au contraire, il
achète le champ et donne au propriétaire du fonds la moitié du trésor, il sera
infailliblement assassiné par Pierre pour ne lui en avoir remis que l'autre moitié.
Dans ces conditions il préfère s'abstenir. Car il lourde la disposition civile plus
équitable et moins à sa conscience que la jurisprudence apostolique. Le Code
fait la part égale à l'inventeur comme au propriétaire ; un coup de pioche
heureux fait de l'ouvrier l'égal du riche à qui il a révélé son propre bien. Ici rien
de pareil, au contraire : Jésus prône un calcul ignoble comme une chose agréable
à Dieu. Il est absolument certain que, s'il était établi, comme ici, que ce Juif n'a
acheté le champ qu'après avoir eu connaissance du trésor, les tribunaux civils lui
feraient rendre gorge avec des attendus peu flatteurs. Si ceux qui ont examiné
toutes ces propositions avaient eu soin de les comparer entre elles, ils se
seraient vite assurés par incohérence des Écritures qu'elles n'étaient ni du même
temps ni de la même main, et par leur mauvaise foi qu'elles n'étaient ni d'un
dieu ni même d'un brave homme, mais tantôt d'un publicain chassé des finances
pour son indélicatesse, tantôt d'un sophiste expulsé des écoles pour son
immoralité.

1 Cf. Le Roi des Juifs.


XIII. — JUSTIFICATION DU SURNOM DE PANTHORA DONNÉ
AU PÈRE DU CHRIST.

Toutes les fois que Jésus se prononce contre la richesse, il condamne en même
temps Bar-Jehoudda, sa capitale tout en or et ses jardins aux douze récoltes.
Cependant, ne vous laissez pas surprendre par les apparences et vous verrez
que, si d'une main il repousse l'argent, de l'autre il l'accapare. L'insatiable
avarice des christiens est un fait constaté par l'histoire1. Ber Jehoudda n'aurait
nullement établi la communauté des biens s'il eût régné sur les Juifs, et
Ménahem garda tout quand il aurait pu tout donner2. Les pharisiens étant là
pour servir de boucs émissaires aux christiens, ce sont eux qui vont porter le
reproche d'avoir été avares : Mais, nous en avons la preuve, cette accusation n'a
été rattachée que par artifice aux discours de Jésus sur la question des biens. On
a eu pour but de masquer uns toute autre accusation portée contre les
pharisiens, celle d'avoir été adultères envers la Loi que Jehoudda et ses fils
avaient défendue.
Cette accusation est une des parties les plus, Or tiennes, la plus ancienne peut-
être, de toutes les Écritures empruntées à Papias. On ne pouvait la laisser
subsister sans justifier en même temps le surnom Panthora (Toute la loi) que les
vrais christiens, les Ischaïtes, les Naziréens et les Ebionites, avaient trouvé pour
Jehoudda3, et qui fut longtemps le seul sous lequel fut connu dans la secte, ceux
de Zakhûri, de Joseph, de Joannès et de Zibdéos n'étant faits que pour égarer les
goym.
Jésus était encore kanaïte, sicaire, irréductible ennemi des goym, dans les
Écritures ou il prononce les paroles suivantes :
LUC, XVI, 14. Or les pharisiens, [qui étaient avares] écoulaient
toutes ces choses et se moquaient de lui.
15. Et il leur dit : C'est vous qui vous justifiez devant les hommes
; mais Dieu connaît vos cœurs : car ce qui est grand aux yeux
des hommes, est en abomination devant Dieu.
16. La thora et les prophètes ont duré jusqu'à Joannès. Depuis, le
Royaume de Dieu est annoncé, et chacun fait effort pour y entrer.
17. Le ciel et la terre passeront, plutôt qu'il ne tombe un seul
point de la thora4.
18. Quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre,
commet un adultère ; et qui épouse une femme renvoyée par son
mari, commet un adultère.
Il ne s'agit nullement ici de morale conjugale. La question est beaucoup plus
haute, elle a été agitée par Cérinthe dans la séméiologie de la Samaritaine.

1Cf. Le Charpentier et Le Gogotha.


2Cf. Le Gogotha.
3Sur les conséquences de ce surnom pour la réputation de Salomé, voir Le Charpentier.
4 Circoncision, sacrifices sanglants, excommunication des étrangers, tout est encore
maintenu dans ce texte, un des plus anciens de l'Évangile. Les incirconcis sont hors la loi.
La femme, c'est la Loi juive, chère à Panthora : adultère, celui qui l'a répudiée
pour en accepter une autre. Le mari de la loi, c'est Dieu : adultère, celui qui
épouse une loi repoussée par Dieu, il a épousé une étrangère. Le vrai christien
doit rester avec la loi : Eden pour celui-là et Jérusalem d'or ; Enfer pour qui a
renvoyé la Loi !
C'est ce qu'explique la parabole du pauvre Eléazar1 : un faux pauvre, bien
entendu, il n'y en a pas d'autres dans l'Évangile.

XIV. — SUBSTITUTION DE LA PRIÈRE POUR LE PAIN


QUOTIDIEN À LA PRIÈRE POUR LE PAIN MILLÉNAIRE.

Vous avez vu quel genre de prières Bar-Jehoudda avait adressées à Dieu


pendant toute sa vie. La malédiction, la vengeance, la calomnie, la satisfaction
de désirs insensés, tel était le fond de sa prière, et il la renouvelait toutes les
trois heures, implorant du Père le concours du Fils pour la restauration de la
monarchie davidique et la distribution du pain millénaire. Afin de prouver que les
Valentiniens étaient des imposteurs en lui attribuant de telles invocations, et
quoiqu'ils en eussent atténué l'odieux, voici ce que l'Eglise a mis dans la bouche
de Jésus.
LUC, XI, 1. Il arriva que comme il priait en un certain lieu, un de
ses disciples lui dit, après qu'il eut fini : Seigneur, enseignez-nous
à prier comme Ieou-Shanâ-os lui-même l'a enseigné à ses
disciples.
Naturellement il va répondre tout le contraire, en supprimant la malédiction et la
calomnie qui faisaient le fond de la prière jehouddique. Il va même donner au
Pain du quatrième séa un caractère de précarité qui contraste furieusement avec
le programme de l'Econome chargé de sa distribution.
2. Et il leur dit : Quand vous priez, dites : Père, que votre nom
soit sanctifié. Que votre règne arrive.
3. Donnez-nous aujourd'hui2 notre pain de chaque jour3.
4. Et remettez-nous nos péchés, puisque nous remettons nous-
mêmes à tous ceux qui nous doivent ; et ne nous induisez point
en tentation.
Que nous voilà loin de la Jérusalem d'or, de l'Eden aux douze récoltes, de la
rémission avec invocation aux Grands démons et colombe lumineuse ! Eh bien !
si Joannès priait ainsi, comment se fait-il que dans le Sermon sur la montagne
Jésus récite cette même prière et la donne comme étant de lui, au lieu de la
rendre à son véritable auteur ?

1 Elle vient après ce discours dans Luc. Nous l'avons réservée pour la placer à sa date
dans l'année 738, c'est-à-dire lors de la mort d'Eléazar.
2 Aujourd'hui, oui, mais autrefois ?
3 Peuh ! qu'est-ce que cela ?
XV. — MAINTIEN DU SERMENT JEHOUDDIQUE.

Jehoudda et ses fils juraient par le ciel quand ils faisaient un serment1. Les
pharisiens avaient trouvé fort mauvais, et Dieu leur avait donné raison, que ces
imposteurs mêlassent perpétuellement le ciel à leurs affaires. Jésus essaie de
défendre cette façon de serment contre celle des Juifs qui juraient par le trésor
du Temple — ce qui n'implique pas un respect moins profond de la divinité, au
contraire. — Mais le trésor de Temple ayant été pillé tantôt par les ennemis
d'Israël, tantôt par ses défenseurs, et emporté à Rome pour le triomphe de
Vespasien, Jésus n'a pas de peine à démontrer que ce n'est point par les biens
meubles, mais par leur contenant, le Temple, qu'il fallait jurer avant 823. Car si
Dieu veut, il fera descendre le Temple d'or annoncé dans l'Evangile du Royaume.
MATTHIEU, XIII, 16. Malheur à vous, guides aveugles, qui dites :
Quiconque jure par le Temple, ce n'est rien ; mais quiconque jure
par l'or du Temple, doit ce qu'il a juré !
17. Insensés et aveugles ! lequel est le plus grand, l'or ou le
Temple qui sanctifie l'or ?
18. Et quiconque jure par l'autel, ce n'est rien ; mais quiconque
jure par l'offrande déposée sur l'autel, est engagé.
19. Aveugles ! lequel est le plus grand, l'offrande, ou l'autel qui
sanctifie l'offrande ?
20. Celui donc qui jure par l'autel, jure par lui et par tout ce qui
est sur lui.
21. Et quiconque jure par le Temple, jure par lui et par celui dont
il est la demeure.
22. Et celui qui jure par le ciel, jure par le trône de Dieu et par
celui qui y est assis.
Voilà le bon serment, et il n'engage qu'envers Dieu' On peut toujours y manquer
devant les hommes !

XVI. — SUBSTITUTION DE BAR-JEDOUDDA À DIEU LE PÈRE.

Voici encore l'un des passages les plus anciens de l'Évangile. Il contient les deux
commandements de Jehoudda, le Rabbi des Rabbis. C'est à ces deux
commandements qu'on reconnaît le fondateur de la secte christienne ; et d'après
Flavius Josèphe lui-même, c'est le point de départ de tout son enseignement2.
MATTHIEU, XXIII, 8. Pour vous, ne veuillez pas être appelés
maîtres : car un seul est votre maître, et vous êtes tous frères.

1 Cf. Le Roi des Juifs, où Jehoudda dans l'Apocalypse jure par le ciel qu'il n'y aura plus de
temps en 789.
2 Cf. Le Charpentier.
9. Et n'appelez sur la terre personne votre père : car un seul est
votre Père, lequel est dans les cieux.
Le Saint-Siège a parfaitement compris ce qu'il y avait de gênant dans ce principe
pour les hommes qui se font appeler Saint Père ou Monseigneur. Mais s'il en était
embarrassé, il cesserait par cela même d'être infaillible. Ce qui se lit dans ces
deux versets veut dire que nous devons mettre incomparablement notre Père
céleste au-dessus de tout père selon la chair, et que nous ne devons suivre
aucun maître qui nous détourne de Jésus-Christ. Mais cela ne nous empêche pas
d'avoir, conformément à la loi divine, tout le respect dû pour nos pères selon la
chair, pour nos pères spirituels, pour nos maîtres et nos précepteurs.
Quand ceux-là sont jehouddolâtres ! Mais quand ils ne le sont point ou pas assez,
il n'est permis ni de le respecter ni de les suivre.
L'Église ne pouvait laisser en place un principe qui ne lui permettait pas de
glisser son Juif entre les hommes et elle en qualité de Dieu. Poussant contre le
ciel une pointe hardie, elle proclame Bar-Jehoudda seul Maître en remplacement
du Père.
10. Qu'on ne vous appelle point non plus maîtres, parce qu'un
seul est votre maître, le christ.
11. Celui qui est le plus grand parmi vous1 sera votre serviteur.
12. Car quiconque s'exaltera, sera humilié ; et quiconque
s'humiliera, sera exalté2.
Que veut dire cette logomachie ? Que le plus grand des fils de Jehoudda a été
substitué à Dieu pour être le Maître des imbéciles et le serviteur de l'Eglise.
L'Eglise fait de lui ce qu'elle veut, comme d'un esclave ; après quoi elle l'impose
comme maître aux hommes. Non contente d'avoir supprimé le Fils, celui qui a
créé le monde par l'ordre du Père, elle substitue Bar-Jehoudda au Père lui-même,
car c'est incontestablement du Père qu'il est question dans les deux
commandements de Jehoudda. Au Père de se pourvoir auprès de l'Église, veut
être déclaré consubstantiel et coéternel à Bar-Jehoudda ! Le personnage de
Jésus est entièrement absorbé par le christ. Celui qui, dans Cérinthe, parle du
Père comme d'un maître sans l'ordre duquel il ne peut rien, est remplacé
définitivement par le criminel dont il est l'avocat, par le malade dont il est le
médecin, par le paralytique, l'aveugle, le sourd-muet, le possédé que la mort
seule a pu guérir de toutes ces tares !

1 Dans un passage qu'on a supprimé, mais que Valentin a conservé, — nous l'avons cité
plusieurs fois d'après lui, — Bar-Jehoudda est proclamé, avec sa mère, le plus grand des
disciples de son père.
2 Répétition et adaptation de cette idée que nous avons vue dans les paraboles. Cf. Les
Evangiles de Satan, 1re partie.
XVII. — RENONCIATION AUX DEUX GRANDS
COMMANDEMENTS DU RABBI.

Dès le moment que tout change au pays de Bar-Jehoudda, la prière elle-même, il


faut que les mœurs christiennes suivent le même cours, qu'elles se débarrassent
de tout kanaïsme.
Le premier de tous les commandements, avait dit Jehoudda, c'est de refuser le
nom de maître à l'Empereur et de père à Jupiter, pour ne donner celui de maître
qu'au fils de David et celui de père qu'au dieu des Juifs. Ce principe implique le
refus du tribut, et ce refus est an nombre des ordonnances que firent
successivement Jehoudda en 761, Bar-Jehoudda en 788, Shehimon et Jacob en
802, et Ménahem en 819. Jésus va être amené n défendre sur ce point son père
selon le monde. Comment s'y prendra-t-il ?
MATTHIEU, XXII, 34. Mais les pharisiens, apprenant qu'il avait
réduit les saducéens au silence, s'assemblèrent ;
35. Et l'un deux, docteur de la loi, l'interrogea pour le tenter :
36. Maître, quel est le grand commandement de la loi ?
37. Jésus lui dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
38. C'est là le premier et le plus grand commandement.
39. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme
toi-même.
40. A ces deux commandements se rattachent toute la loi et les
prophètes.
MARC, XII, 28. Alors s'approcha un des scribes, qui avait entendu
les saducéens l'interroger ; et, voyant qu'il leur avait si bien
répondu, il lui demanda quel était le premier de tous les
commandements.
29. Jésus lui répondit : Le premier de tous les commandements
est : Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu ;
30. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute
ton aime, de tout ton esprit et de toute ta force. Voilà le premier
commandement.
31. Le second est semblable à celui-là : Tu aimeras ton prochain
comme toi-même. Aucun autre commandement n'est plus grand
que ceux-là.

XVIII. — SUBSTITUTION DE BAR-JEHOUDDA AU FILS DE DIEU.

Si Dieu est seul au ciel, quel est donc ce Fils que Bar-Jehoudda annonçait comme
devant venir le 15 pisan 789, et régner mille ans dans le monde avant la
descente du Père ? Qu'en faisons-nous ? Et si Dieu n'a pas de Fils, quel est donc
cet Etre que Jésus invoque plus de cent fois dans le Quatrième Évangile, en
disant que son Père est en lui et qu'il est dans son Père ? Le revenant de Bar-
Jehoudda donne ici un tel démenti à son millénarisme, que l'Evangéliste n'a pas
osé lui faire soutenir plus longtemps la doctrine du monothéisme. C'est le scribe
orthodoxe qui achève la démonstration.
32. Et le scribe lui dit : Fort bien, maître ! vous avez dit en toute
vérité qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et qu'il n'y en a point d'autre
que lui ;
33. Qu'on doit l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence,
de toute son âme et de toute sa force ;
[Et qu'aimer le prochain comme soi même est plus que tous les
holocaustes et tous les sacrifices]1.
34. Jésus, voyant qu'il avait sagement répondu, lui dit : Tu n'es
pas loin du Royaume de Dieu. Et personne n'osait plus
l'interroger.
Le fait est qu'il est inutile d'interroger un revenant qui ne se rappelle même pas
la première description qu'il a faite du Fils de l'homme dans son Apocalypse, et
les nombreuses définitions qu'il a données du Royaume millénaire par tant de
paraboles et de similitudes !
Cependant il est tout à fait regrettable qu'on n'ose plus l'interroger, car nous
aurions entendu le scribe affirmer de nouveau, comme Sénèque, qu'aimer Dieu,
c'est être bon, qu'être bon, c'est l'adorer, et qu'il n'a jamais réclamé de sacrifices
et d'holocaustes, surtout dans le genre de ceux que la famille de Bar-Jehoudda
offrait à Moloch quand elle régnait sur Jérusalem. Dans tout l'Évangile Jésus n'a
pas un seul mot qui vaille celui-là. Et quel soufflet sur la joue de Bar-Jehoudda,
au cas où celui-ci aurait réellement fait le sacrifice de sa vie ! Quel soufflet sur la
joue des malheureux goym qui, sans profit pour le prochain, sont morts
théâtralement dans les cirques, fumistes par les évêques au nom de l'horrible juif
qui les eût martyrisés lui-même en 789 s'ils lui fussent tombés entre les mains !
Mais ne nous hâtons pas de féliciter le scribe. Jésus ne l'approuverait pas si
l'intérêt du mensonge ecclésiastique n'était pas en jeu. Savez-vous pourquoi le
scribe proclame que Dieu est seul au ciel ? Parce que c'est Bar-Jehoudda qui, par
substitution au Fils, à celui qui devait le baptiser de feu, devient consubstantiel et
coéternel au Père ! Le scribe est un complice du mystère de l'Incarnation.

1 Jésus n'a rien dit de pareil. Comparez.


V. — PROTESTATION DES CHRISTIENS.

I. — LA QUESTION DU TRIBUT.

Comme vous l'avez pu voir, nous sommes arrivés à l'année 788 sans que les
pharisiens et les Hérodiens n'aient d'autre grief contre Jésus que celui d'avoir
violé le Sabbat dans un but humanitaire. Mais cette année a été marquée dans la
carrière de Bar-Jehoudda par un acte régalien sur lequel il va falloir que le
revenant s'explique : l'ordre à tous les Juifs placés sous le gouvernement de
Pilatus, par conséquent ceux de Judée et de Samarie, de tout livrer à leur roi et
de refuser aux Romains le tribut que depuis le Recensement ils payaient en
monnaie à l'effigie de la Bête.
Cette question du tribut était restée la grosse question posée partout où il y avait
des Juifs. Sous ce rapport tous étaient christiens de naissance ; beaucoup ne
demandaient qu'à l'être de métier, quand ils considéraient le profit des
poissonneries1. La jehouddolâtrie avait renversé complètement la situation du
Juif : de contribuable il était devenu publicain, et publicain pour son propre
compte, sans l'obligation que Rome avait acceptée de reverser l'impôt en écoles,
en routes, en marchés, en aqueducs, et en thermes. De la ces capitalisations si
rapides, qu'en quelques années toute la fortune d'une ville comme Hypate passe
eux mains de l'Église sans qu'il en revienne rien au municipe2. Devant de tels
miracles le revenant nie-t-il que, sous cette forme au moins, le tribut ait du bon
? Telle est la question que lui posent les pharisiens et les Hérodiens
contemporains de Tibère.
LUC, XX, 20. Et, l'épiant, ils envoyèrent des gens qui feignaient
d'are justes, pour lui tendre des embûches et le, surprendre dans
ses paroles, afin de le livrer au magistrat et au pouvoir de celui
qui commandait3.
Ce second membre de phrase est tout à fait caractéristique. Il enveloppe deux
actions qui devaient se faire suite, exactement comme dans le cas de Jacob
junior, d'abord condamné par le sanhédrin puis conduit au supplice par le prince
Saül, commandant de la garde du Temple. Les synoptiseurs ont transporté la
scène à Jérusalem pendant le séjour qu'y fait Jésus avant la pâque de 789, de
sorte qu'aujourd'hui ce dispositif semble ne viser que la situation juridique de
Bar-Jehoudda vis-à-vis de Pilatus, depuis l'invasion de la Samarie et l'affaire du
Sôrtaba. Mais ce n'est pas du procurateur romain qu'il s'agit. Bar-Jehoudda
n'était Pas encore justiciable de Pilatus lorsqu'il s'est fait roi en Bathanée, il était
justiciable d'Hérode Antipas et da sanhédrin, c'est par les magistrats juifs qu'il
avait été condamné pour crimes publics, et c'est par Saül qu'il eût été exécuté, si

1 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.


2 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
3 Eis tô paradounai autón té archè cai tè exousia tou èghémonos.
celui-ci eût pu lui mettre la main dessus dans les quarante jours qui ont suivi la
condamnation1.
Feignant d'être justes, les émissaires d'Hérode et du Sanhédrin feignent d'être,
comme Bar-Jehoudda, attachés invinciblement à la lettre de la Loi. Ils
s'attendent donc à ce que, dans la peau où il est, Jésus réponde, comme
l'homme dont il est le revenant : Non, la Loi vous défend de payer tribut à un
souverain étranger, elle vous défend de manier de la monnaie à l'effigie de ce
souverain, mon père vous l'a défendu, je vous l'ai défendu moi-même, Ménahem
vous l'a défendu2. Shehimon et Jacob ont même défendu le tribut frumentaire3.
Mais comment embarrasser un gaillard qui a fait le Diable quinaud ?
MATTHIEU, XXII, 15. Alors les pharisiens, s'en allant, se
concertèrent pour le surprendre dans ses paroles.
16. Ils envoyèrent donc leurs disciples avec des Hérodiens, disant
: Maître, nous savons que vous êtes vrai, que vous enseignez la
voie de Dieu dans la vérité, et que vous n'avez égard à qui que ce
soit ; car vous ne considérez point la face des hommes.
17. Dites-nous donc ce qui vous en semble : Est-il permis de
payer le tribut à César, ou non ?
MARC, XII, 13. Mais ils envoyèrent vers lui quelques-uns des
pharisiens et des Hérodiens pour le surprendre dans ses paroles,
14. Lesquels étant venus, lui dirent : Maître, nous savons que
vous êtes Véridique, et que vous n'avez égard à qui que ce soit ;
car vous ne considérez point la face des hommes, mais vous
enseignez la voie de Dieu dans la vérité : Est-il permis de payer le
tribut à César, ou ne le payerons-nous point ?
Jésus en effet est qualifié de Véridique dans l'Apocalypse, et c'est ce qui donne
tant de force à ses mensonges. Quant à Bar-Jehoudda, non seulement il
considérait avec horreur la face de Tibère, mais encore il avait considéré avec le
même sentiment le revers d'Auguste sur la monnaie génethliaque dite au
Capricorne.
Et c'est ce revers qui lui avait inspiré la description de la figure de la Bête dans
l'Apocalypse. Aussi n'a-t-on pas maintenu le mot face dans Luc.
LUC, XX, 21. Ainsi ils l'interrogèrent, disant : Maître, nous savons
que vous parlez et enseignez avec droiture ; que vous ne faites
acception de personne4, mais que volis enseignez la voie de Dieu
dans la vérité :
22. Nous est-il permis de payer le tribut à César, ou non ?

1 Dans ce même Luc (XXIV, 20) Cléopas, un des beaux-frères de Bar-Jehoudda, met très
bien l'intervalle convenable entre le jugement de mort prononcé par le sanhédrin en adar
et la crucifixion qui s'en est suivie le 14 nisan. Et il invoque le témoignage de tous les
étrangers alors présents à Jérusalem.
2 Cf. Le Gogotha.
3 Cf. Le Saint-Esprit.
4 Ceci dans la bouche d'un monsieur qui mettait sa tribu au-dessus de toutes les autres,
qui se mettait lui-même au dessus de sa tribu, et se disait oint, christ de Dieu, pour la
vie éternelle !
23. Considérant leur ruse, il leur dit : Pourquoi me tentez-vous ?
24. Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l'image et
l'inscription ? Ils lui répondirent : De César.
25. Et il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à
Dieu ce qui est à Dieu1.
26. Et ils ne purent reprendre aucune de ses paroles devant le
peuple ; mais ils admirèrent sa réponse, et se turent,
MARC, XII, 15. Jésus, connaissant leur malice, leur dit : Pourquoi
me tentez-vous ? Apportez-moi un denier, que je le voie.
16. Et ils le lui apportèrent ; et il leur demanda : De qui est cette
image et cette inscription ? — De César, lui firent-lis.
17. Alors reprenant, Jésus leur dit : Rendez donc à César ce qui
est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils étaient en
admiration de lui.
MATTHIEU, XXII, 18. Mais Jésus, leur malice connue, dit :
Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ?
19. Montrez-moi la monnaie du tribut. Et eux lui présentèrent un
denier.
20. Jésus leur demanda : De qui est cette image et cette
inscription ?
21. Ils lui répondirent : De César. Alors il leur répliqua : Rendez
donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
22. Ce qu'ayant entendu, ils furent saisis d'admiration ; et le
laissant, ils s'en en allèrent.
Cette admiration, les synoptiseurs la ressentent pour leur propre malice : ils sont
en train de rouler les goym, comme Jésus a roulé Satan au désert. Car non
seulement Bar-Jehoudda conseille ici, sous Tibère, le paiement du tribut que son
père a refusé de payer sous Auguste, mais encore il a l'air de n'avoir jamais vu le
revers de la monnaie romaine qu'il a décrite dans son Apocalypse.
De plus, et c'est l'intérêt qu'a poursuivi l'Église en fabriquant cette tentation, il ne
se borne pas à conseiller un tribut, il en conseille deux, l'un à César, l'autre à
Dieu, jusqu'à ce qu'on mette César hors us l'Empire comme on a mis Dieu hors
du ciel. En attendant, le goy qui payait un impôt en paiera deux. C'est le progrès
!

II. — LE POISSON D'OR.

Des critiques — ah ! la triste engeance ! — firent observer que, si Jésus


conseillait de payer le tribut, on ne voyait pas qu'il l'eût payé lui-même. A la
vérité, montrer le revenant de Bar-Jehoudda dans ce geste adultère, c'était un

1 Pour le pour premier dispositif, si différent de celui-là, voir Le Roi des Juifs.
peu raide ! Voici ce qu'ont imagine les synoptiseurs dans Matthieu. Dans
Matthieu seulement !
MATTHIEU, XVII, 23. Lorsqu'ils vinrent à Capharnaüm, ceux qui
recevaient les didrachmes s'approchèrent de Pierre, et lui
demandèrent : Est-ce que votre maître ne paye pas le didrachme
?1
24. Il répondit : Il le paye. Et lorsqu'il fut entré dans la maison,
Jésus le prévint, disant : Que t'en semble, Simon ? De qui les rois
de la terre2 reçoivent-ils le tribut se le cens ? de leurs enfants ou
des étrangers ?
25. Et Pierre répondit : Des étrangers. Jésus lui dit : Ainsi, les
enfants en sont exempts.
26. Cependant, pour ne les point scandaliser, va à la mer, jette
hameçon ; et le poisson qui le premier montera, prends-le ; puis,
ouvrant sa bouche, tu trouveras un statère ; l'ayant pris, donne-
le pour moi et pour toi.
Ce passage est un de ceux qui ont le plus exercé l'érudition des numismates. Ils
n'ont pas encore réussi à se mettre d'accord, comme en témoignent les
dissertations que j'ai sous la main au moment où j'écris et où s'entassent les
incohérences. Je me contenterai de citer la note de l'Infaillible sur le didrachme.
Le didrachme était la contribution d'un demi-sicle, ou de deux drachmes, que les
familles juives étaient habituées à payer pour l'entretien du Temple. Vespasien le
fit percevoir plus tard pour le Capitole. Les collecteurs s'adressent à Saint-Pierre,
soit par respect pour le Sauveur, soit pour engager le disciple à s'acquitter à la
place du maître. La réponse du Sauveur suppose clairement sa divinité3. Pour ne
pas scandaliser ceux qui l'ignorent, il consent à payer ; mais il fait observer qu'il
n'est pas soumis à l'impôt, et il relève par un miracle cet acte de
condescendance. Le statère avait la valeur d'un tétradrachme, trois francs
environ, et par conséquent suffisait pour deux personnes.
Le statère valait quatre drachmes, dit le Saint-Siège. Nullement. Le statère était
une monnaie grecque en or qui valait vingt drachmes, environ dix-huit fraie
cinquante, et le statère de Cyzique valait jusqu'à vingt' huit drachmes, environ
vingt-cinq francs. Il n'y avait qu'un seul statère en argent, celui d'Egine, qui
valait trois drachmes, et par conséquent n'eût pu suffire all paiement. En outre,
le tribut se payait en monnaie (deniers) à l'effigie de la Bête, ainsi qu'il appert de
l'Apocalypse et des Synoptisés eux-mêmes. Si l'Évangéliste eût visé le subside
dû au Temple avant 823 et payable en monnaie juive (c'est pourquoi il y avait tant
de changeurs sous les portiques), il aurait employé le mot schekel, sicle, et Jésus
aurait dit à Pierre : Donne deux sicles, le sicle valant deux drachmes.
On peut donc être certain que si, par nécessité politique, le revenant de Bar-
Jehoudda conseille de payer le tribut à Rome en deniers à l'effigie de l'Empereur,
il ne conseillerait pas de payer le subside au Temple en une monnaie qui offre

1 Capitation payée par chaque Juif à partir de la chute de Jérusalem en 823. Et nous
sommes en 788 ! Pour les commentaires, cf. Le Roi des Juifs.
2 Les rois de Juda, dont Bar-Jehoudda était le descendant ainsi que Shehimon.
3 Nullement, mais son origine royale qui le met, lui et ses frères, au-dessus de tout
impôt, soit romain, soit juif.
d'un côté la tête de Minerve et de l'autre la chouette, attribut de cette vigilante
déesse.
Il s'agit donc de tout autre chose ; et Jésus, selon ses habitudes mystificatrices,
donne encore une fois le change aux goym. Ce change est dans le poisson, le
glorieux Zib qui se vendait si cher au temps d'Apulée sur les marchés de
Macédoine et de Thessalie.
Ce poisson est de la bonne eau edénique, laquelle vous le savez assez par la
Samaritaine de Cérinthe, est inépuisable comme la vie qu'Ale donne. Ce poisson,
lui aussi, est la mine d'or sans fin ; c'est le poisson jubilaire, c'est le Zib
éternellement multipliable par dix. La première monnaie qu'il ait fournie, c'est dix
didrachmes, quand il n'en eût fallu qu'un pour Bar-Jehoudda. Dix fois dix, cent :
Centuplum reddit ! Dix fois cent, Millenium accipies ! C'est en un mot le signe de
l'Æon-Zib. Derrière le statère que Pierre lui a extrait de la bouche, se pressent
mille autres statères myriamétriques.
Ce poisson, c'est la baleine de Jonas ! Une baleine à Kapharnahum ?
Parfaitement. C'est le signe du retour l'âge d'or et à l'Ane d'or. C'est celui qu'ont
promis Jehoudda, le fameux Zibdéos, et après lui ses sept fils, les sept démons
qui, multipliés eux-mêmes par sept, Trillent quarante-neuf, l'année sabbatique et
proto-jubilaire 788. Et jamais vous ne saurez ce qu'il y a d'Agneaux derrière ce
Zib, de Taureaux derrière ces Agneaux, de Gémeaux derrière ce Taureau, d'Ânes
derrière ces Gémeaux, de Lions derrière ces Ânes, de Vierges derrière ces Lions,
de Balances derrière ces Vierges, d'années sabbatiques après ce sabbat de
signes, d'années jubilaires après ce sabbat d'années sabbatiques, d'années
millénaires après ce sabbat d'années jubilaires ! Multipliez éternellement sept par
sept, et alors seulement vous trouverez le compte. Voilà un exercice hygiénique
pour M. Poincaré !
Fiscalement la séméiologie a un tout autre sens. Payez le didrachme, Juifs, mais
uniquement pour avoir la paix, car vous ne devez rien ! Faites-vous
jehouddolâtres, vous aurez pour caisse le lit de tous les fleuves où coule l'eau du
baptême ! Jette tes filets, évêque de Rome qui te dis successeur de Pierre, le
premier poisson que tu prendras vaudra dix ; tes deux drachmes payées, il t'en
restera encore huit !

III. — ADMISSION DES PUBLICAINS À L'APOSTOLAT.

A partir de ce moment, la réconciliation est faite avec les publicains. Les


publicains deviennent la compagnie ordinaire de Jésus. Il reste moins de place
aux sodomistes de la première génération. Honneur aux publicains, gloire aux
publicains ! Il n'y en aura jamais trop autour du revenant ! Il faut absolument
qu'on en mette un au nombre des apôtres !
MARC, II, 13. Or Jésus-se relira de nouveau près de la mer ; et
tout le peuple venait à lui, et il les enseignait.
14. Et lorsqu'il passait, il vit Lévi, fils d'Alphée, assis au bureau
des impôts, et il lui dit : Suis-moi. Et, se levant, il le suivit.
15. Et il arriva que, comme Jésus était à table dans la maison de
cet homme, beaucoup de publicains et de pécheurs y étaient
également avec lui et ses disciples ; car il Y en avait beaucoup qui
le suivaient aussi.
16. Les scribes et les pharisiens, voyant qu'il mangeait avec les
publicains et les pécheurs, dirent à ses disciples : Pourquoi votre
maître mange-t-il et boit-il avec les publicains et les pécheurs ?
17. Ce que Jésus ayant entendu, il leur dit : Ce ne sont pas ceux
qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades :
car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.
LUC, V, 27. Après cela il sortit, et vit un publicain nomme Lévi,
assis au bureau des impôts ; et il lui dit : Suis-moi.
28. Et lui, ayant tout quitté, se leva et le suivit.
29. Or Lévi lui fit un grand banquet dans sa maison ; et il y avait
une foule nombreuse de publicains et d'autres qui étaient à table
avec eux.
30. Et les pharisiens et les scribes en murmuraient, et disaient à
ses disciples : Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les
publicains et les pécheurs ?
31. Et Jésus répondant leur dit : Ce ne sont pas ceux qui se
portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades.
32. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, à la
pénitence.
Il a beau, devant les goym, manger avec les publicains impériaux pour
ressembler le moins possible au fils aîné de Jehoudda, il considère ces agents
comme des pécheurs et des malades. La Loi est là, il lui rend hommage, même
en feignant d'y manquer. Car c'est le renversement complet de sa mission
judiciaire dans l'Apocalypse. Il commence par cette énormité, lui qui, vivant, a
ordonné le refus du tribut et le massacre des Publicains, de choisir la maison
d'un juif à la solde de à Bête pour s'y attabler et y boire du vin, lui, Nazir ! Une
pareille attitude doit fatalement amener des réclamations, qui jadis se seraient
traduites par des coups de sique en plein abdomen. Elles se produiront bientôt.

IV. — SUBSTITUTION DE MATHIAS BAR-TOÂMIN À LÉVI.

Ne sachant par quel moyen introduire Mathias-bar-Toâmin parmi les douze, les
synoptiseurs l'ont substitué à Lévi et l'ont assis, en remplacement de celui-ci, au
bureau des impôts. Toute l'Église soutient que le publicain Lévi n'est autre que
Mathias, sous le nom de qui elle a préalablement mis l'Evangile où il est question
de ce Lévi. Lévi, c'est saint Matthieu, dit-elle1. Mais Lévi est un pécheur dans
cette scène, et Mathias avait la prétention d'être un juste.

1 Voyez la note sur le verset 27 dans l'édition du Saint-Siège et l'Introduction à l'Evangile


de Matthieu.
MATTHIEU, IX, 9. Lorsqu'il fut sorti de là, Jésus vit un homme
nommé Mathieu assis au bureau des impôts, et il loi dit : Suis-
moi. Et, se levant, il le suivit.
10. Or il arriva que, Jésus étant à table dans la maison beaucoup
de publicains et de pécheurs vinrent s'y asseoir avec lui et ses
disciples.
11. Les pharisiens, voyant cela, disaient à ses disciples : Pourquoi
votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?
12. Mais Jésus, entendant, dit : Ce ne sont pas ceux qui se
portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades.
13. Allez donc et apprenez ce que veut dire : J'aime mieux
épargner que de punir1. Car je ne suis pas venu appeler les
justes, mais les pécheurs.
Certes Mathias-bar-Toâmin fut un pécheur, mais il se croyait juste comme son
père ; ne vous étonnez pas de le voir percevant l'impôt et maniant du matin au
soir la monnaie de la Bête. Dorénavant, c'est pour le compte de son oncle déifié.
Avant la fin des Évangiles nous verrons son grand-père Jehoudda déguisé en
chef des publicains de Jéricho, et nous avons vu son oncle Shehimon acquittant
le tribut pour lui-même et pour le roi des Juifs !
Aucun mot qui ne soit à double sens dans cette infernale composition. Sait-on
pourquoi Jésus aime mieux épargner que de punir ? Parce que le premier
bénéficiaire de cette pensée, c'est le Juif, — Lévi ou Mathias, le nom ne fait rien à
l'affaire ! — qu'on a publicanisé malgré lui, et qui, ayant manqué aux
ordonnances de Jehoudda s'il eût été réellement publicain, eût mérité d'être puni
et l'eût été en effet par les disciples de l'Agneau. Grâce à Jésus, il semble que ce
Juif ait pu continuer son métier sans être tué par les Sicaires et sans perdre ses
droits à l'Æon-Zib.
Moralité : les goym sont mystifiés comme il convient. Car si par justes ils
entendent les braves gens de tout pays, ils se trompent fort ! Les païens
honnêtes sont des pécheurs à raison de leur origine, et des malades à cause de
leur incirconcision ; relativement à eux les Kanaïtes et les Sicaires sont des
justes et des hommes sains de corps.

V. — PARABOLE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN.

Cu donne un tel change sur les sentiments de Jehoudda et de sa secte à l'égard


des publicains, qu'on fait à ceux-ci une part meilleure devant Dieu qu'aux
Pharisiens ! Cela tient à ce que l'Église naissante a ses publicains qui lèvent la
dîme sur les fidèles. Il convient de réhabiliter la fonction ; sinon, que répondront
les néophytes aux collecteurs institués par les Lettres de Paul ? Ils leur diront :
Vous m'êtes comme le goy et comme le publicain. Lever un nouvel impôt et
repousser les publicains serait chose illogique et dépourvue d'eurythmie.

1 Eieon thélô eai ou thusian, que traduisent plus littéralement, mais moins clairement,
les mots : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice.
LUC, XVIII, 9. Il dit encore cette parabole pour quelques' uns qui
se confiaient en eux-mêmes comme étant justes et méprisaient
les autres.
10. Deux hommes montèrent au Temple pour prier : un pharisien
et un publicain.
11. Le pharisien, se tenant en avant, priait ainsi en lui-même : Ô
Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le
reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères ; ni
même comme ce publicain.
12. Je jeûne deux fois la semaine ; je paye la dîme de tout ce que
je possède.
13. Et le publicain, se tenant éloigné, n'osait pas même lever les
yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine, disant : Ô Dieu, ayez
pitié de moi qui suis un pécheur.
14. Je vous le dis, celui-ci s'en retourna justifié dans sa maison,
et non pas l'autre : car quiconque s'exalte sera humilié, et
quiconque s'humilie sera exalté.
Nous avons vu cette sentence employée au Repas de noces1, et elle revient
souvent dans les Évangiles. C'est toujours le verset des Psaumes : Deposuit
potentes de sede. Elle est dirigée ici contre les pharisiens qui, après avoir fait
cause commune avec les publicains impériaux, s'élèvent maintenant contre les
publicains ecclésiastiques. Ces pharisiens sont ceux du Talmud. Il ne nous est
donc pas possible de nous rai' lier à cette exégèse de l'Infaillible : Ni le pharisien
ni le publicain n'étaient dans le temple proprement dit ou maison de Dieu,
puisqu'on n'y entrait point, mais dans une Cour du temple. Le pharisien se
mettait en vue et cherchait à attirer l'attention de tous ; le publicain, au
contraire, ne pensait qu'à Dieu, et n'aurait voulu être remarqué par personne.
Ni l'un ni l'autre n'ont été vus dans le Temple, et il n'eût pas été bon pour le
publicain d'y être rencontré par un christien.

VI. — GUÉRISON DU SERVITEUR DU CENTURION.

C'est assurément l'invention la plus invraisemblable de tout l'Évangile, elle n'y


est entrée que par collusion avec les Actes des Apôtres et les Lettres de Paul,
quand le baptême fut commercialisé et par conséquent étendu aux goym. Cette
extension était diamétralement opposée à l'ordonnance apostolique de Jésus
dans le dispositif original : N'allez pas chez les Gentils ! Ordonnance inspirée par
l'Évangile du Royaume tel que l'avait prêché Bar-Jehoudda. Il ne suffisait point
de montrer Shehimon baptisant un centurion à Césarée2 et le prince Saül
répandant la jehouddolâtrie parmi les Grecs, il fallait établir qu'en son vivant
celui qui, de faux en faux, était devenu Jésus-Christ n'aurait pas hésité à entrer

1 Les Evangiles de Satan, 1re partie.


2 Cf. Le Saint-Esprit.
chez un romain, ce romain fût-il centurion, si celui-ci eût eu besoin des secours
de sa thérapeutique.
LUC, VII, 1. Lorsqu'il eut fini de faire entendre toutes paroles au
peuple, il entra dans Capharnaüm.
2. Or un centurion avait un serviteur malade, qui se mourait, et
qu'il aimait beaucoup.
3. Ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya des anciens
d'entre les Juifs, le priant de venir guérir son serviteur.
4. Ceux-ci, étant venus vers Jésus, le priaient avec grande
instance, lui disant : Il mérite que vous fassiez cela pour lui :
5. Car il aime notre nation, et il nous a même bâti la synagogue.
Remarquez que les synoptiseurs n'osent pas mobiliser le centurion lui-même. La
démarche est faite par les Anciens des Juifs, et l'expression a de quoi
surprendre. L'Infaillible fait observer que cet endroit des Évangiles est le seul où
le titre d'Anciens ne désigne pas les membres du Sanhédrin. Mais ce sont
précisément les membres du Sanhédrin que l'Évangéliste a en vue. Depuis la
suppression du dispositif dans lequel Bar-Jehoudda et son beau-frère Eléazar
sont condamnés par le Sanhédrin1, quarante jours avant la pâque, il n'y a aucun
inconvénient à ce que les magistrats marquent par une prière l'état qu'ils font de
la majesté da prétendant. Il est bien certain que la synagogue de Kapharnahum,
où Bar-Jehoudda prêchait le Royaume n'avait point été bâtie par les Romains,
mais il n'en était pas de même de celle de Tibériade, ville neuve en toutes ses
parties et construite sur le plan romain par Hérode Antipas, tétrarque de Galilée.
C'est de celle-là que parlent et que viennent les Anciens des Juifs. Bar-Jehoudda
n'y avait jamais mis les pieds, c'était une synagogue d'adultères et de maudits.
6. Jésus donc allait avec eux. Or, comme il n'était plus loin de la
maison, le centurion envoya de ses amis lui dire : Seigneur, ne
vous donnez point tant de peine, car je ne suis pas digne que
vous entriez sous mon toit.
7. C'est pourquoi je ne me suis pas jugé digne de venir moi-
même à vous : mais dites un mot, et mon serviteur sera guéri.
8. Car, moi qui suis un homme soumis à la puissance d'un autre,
ayant sous moi des soldats, je dis à celui-ci : Va, et il va : à un
autre : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela, et il le
fait.
L'Evangéliste a mis la chose en scène de manière que Jésus ne soit entouré que
de Juifs, et ne voie pas le centurion. Celui-ci, qui connaît la Loi, sait que Jésus
n'entrera pas chez lui. Que Jésus parle, à telle distance qu'il lui plaira, cela suffit
! Ce centurion est un compère à qui l'Evangéliste a soufflé l'esprit jésuite. Aussi
l'admiration qu'il excite, éclate-t-elle en un transport.
9. Ce qu'ayant entendu, Jésus fut dans l'admiration et, se
tournant vers la foule qui le suivait, il dit : En vérité je vous le dis,
je n'ai pas trouvé en Israël même une si grande foi.

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


10. Revenu à la maison, ceux que le centurion avait envoyés
trouvèrent le serviteur qui avait été malade, bien Portant.
Le tour est joué, le goy roulé, Jésus tourne les talons et s'en va sans avoir vu le
centurion !
Matthieu fait un pas de plus dans la mystification. Certes Jésus n'entre pas chez
le centurion, — jamais personne n'aurait cru cela du Rabbi ! — mais il le voit et il
lui parla.
MATTHIEU, VIII, 5. Et comme il était entré dans Capharnaüm, un
centurion s'approcha de lui, le priant,
6. Et disant : Seigneur, mon serviteur git paralytique dans ma
maison, et il souffre violemment.
7. Jésus lui dit : J'irai, et je le guérirai.
Parole imprudente, s'il en fut ! Jésus ne se rappelle plus un traître mot de la Loi
qui défend d'entrer chef les goym et que les Juifs ont respectée en refusent
d'entrer dans le prétoire de Pilatus le 14 nisan 788, afin de ne point se souiller et
de pouvoir manger la pâque le soir. Heureusement que le centurion, stylé par
l'Evangéliste, a étudié la loi juive depuis le jour où il a conclue le Rabbi au Guol-
golta. C'est lui qui va tirer Jésus d'affaire, car dans le fond le revenant aimerait
mie être crucifié une seconde fois que de guérir un goy, un Romain surtout !
8. Mais le centurion, répondant : Seigneur, dit-il, je au suis pas
digne que vous entriez sous mon toit ; mais dites seulement une
parole, et mon serviteur sera guéri.
9. Car moi, qui suis un homme soumis à la puissance d'un autre
et qui ai sous moi des soldats, je dis à : Va, et il va ; et à un
autre : Viens, et il vient : et à mon serviteur : Fais cela, et il le
fait.
Par analogie il suffira que Jésus donne ordre au serviteur de guérir, pour que cela
soit. Et le supplice d'entrer chez un goy lui sera épargné. Le centurion est devenu
plus juif que Bar-Jehoudda et plus jésuite que Jésus !
10. Or Jésus, l'entendant, fut dans l'admiration, et il dit à ceux
qui le suivaient : En vérité, je vous le dis : je n'ai pas trouvé une
si grande foi dans Israël.
11. Aussi je vous dis que beaucoup viendront de l'Orient et de
l'Occident, et auront place dans le royaume des cieux avec
Abraham, Isaac et Jacob ;
12. Tandis que les enfants du Royaume1 seront jetés dans les
ténèbres extérieures : là sera le pleur et le grincement de dents.
13. Alors Jésus dit au centurion : Va, et que selon que tu as cru il
te soit fait. Et son serviteur fut guéri à cette heure même.
Malheureux ! si Bar-Jehoudda t'avait vu guérir le serviteur d'un des centurions
envoyés contre son père au Recensement ! Si surtout il avait entendu dire qu'il y

1 Le Royaume primitif (la Jérusalem d'or et l'Eden aux douze récoltes), création de Bar-
Jehoudda, par opposition au royaume des cieux, évoqué au verset précédent, et création
de l'Eglise.
aurait des Occidentaux dans le Royaume avec Abraham, Isaac et Jacob, avec
Jehoudda et sou frère assumés en 761 ! Des Occidentaux ? Dis tout de suite des
Romains et de ces immondes Gaulois comme il y en avait dans la garde d'Hérode
!

VII. — LA QUESTION DES JEÛNES ET DU RÉGIME.

Les disciples de Jehoudda restés en Palestine, les Juchai-tes, Ebionites et


Naziréens, sont quelque peu étonnés des façons de ce Verbe sauveur. Ce n'est
pas ainsi que le Rabbi se le figurait et que le Joannès baptiseur l'avait décrit. Que
penseront-ils, eux qui connaissent la Loi du naziréat, lorsqu'ils verront le
revenant du Nazir boire le vin avec les publicains et n'observer aucun jeûne, eux
qui respectent encore l'heure qu'il est, au fond de la Judée, toutes les
ordonnances de son père ? Tous comme un seul homme se mettent en
mouvement pour protester.
MARC, II, 18. Les disciples de Ieou-Shanâ-os et les pharisiens
jeûnaient ; or ils vinrent et lui dirent : Pourquoi les disciples de
Ieou-Shanâ-os et ceux des pharisiens jeûnent-ils, et que vos
disciples ne jeûnent point ?
19. Et Jésus leur dit : Les fils des Noces1 peuvent-ils jeûner
pendant que l'Epoux est avec eux ? Aussi longtemps qu'ils ont
avec eux l'Epoux, ils ne peuvent jeûner.
20. Mais viendront des jours où l'Epoux leur sera enlevé ; et alors
ils jeûneront en ces jours-là.
MATTHIEU, IX, 14. Alors s'approchèrent de lui les disciples de
Ieou-Schanâ-os, disant : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-
nous fréquemment, et vos disciples ne jeûnent-ils point ?
15. Jésus leur répondit : Les fils de l'Epoux peuvent-ils s'attrister
pendant que l'Epoux est avec eux ? Mais viendront des jours où
l'Epoux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront.
En un mot, ils n'auront suspendu la loi de naziréat que pendant la logophanie de
Jésus, — douze mois c'est peu ! — mais sitôt Jésus remonté au ciel, on verra
bien qu'ils ont conservé leurs habitudes.
Cette levée unanime et directe des disciples contre Jésus a paru fort
compromettante ; les synoptiseurs de Luc l'ont remplacée par une banale
observation des pharisiens et des docteurs de là Loi.
LUC, V, 33. Alors ils lui demandèrent : Pourquoi les disciples de
Ieou-Schanâ-os jeûnent-ils et prient-ils souvent de même que
ceux des pharisiens, et que les vôtres mangent et boivent ?
34. Il leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les fils de l'Époux
tandis que l'Epoux est avec eux ?

1 Des noces de l'Agneau.


35. Mais viendront des jours où l'Epoux leur sera enlevé ; alors ils
jeûneront en ces jours-là.
36. Il leur faisait aussi cette comparaison : Personne ne met une
pièce d'un vêtement neuf à un vêtement vieux : autrement ce qui
est neuf déchire le vieux, et la pièce du neuf ne convient pas au
vieux.
37. De même, personne ne met du vin nouveau dans des Outres
vieilles : autrement le vin nouveau rompra les outres, et se
répandra, et les outres seront perdues.
38. Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves ; et
l'un et l'autre sont conservés.
MATTHIEU, IX, 16. Personne ne met une pièce d'étoffe neuve à un
vieux vêtement : car elle emporte du vêtement tout ce qu'elle
recouvre, et la déchirure devient plus grande.
17. Et l'on ne met point de vin nouveau dans des outres vieilles :
autrement les outres se rompent, le vin se répand, et les outres
sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres
neuves, et tous les deux se conservent.
MARC, II, 21. Personne ne coud une pièce d'étoffe neuve à un
vieux vêtement : autrement l'étoffe neuve emporte une partie de
la vieille, et la déchirure devient plus grande.
22. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles autres :
autrement le vin rompra les outres, et le vin se répandra, et les
outres seront perdues ; mais le vin nouveau kit se mettre dans
des outres neuves.
Selon sa coutume, et il faut convenir qu'il ne peut en adopter une autre, Jésus ne
répond pas à la question, car ce n'est pas répondre pour tout le monde que de
répondre par cette parabole, c'est répondre pour les seuls initiés. Le temps des
jeûnes est passé. Où sont les vêtements et les outres contemporains du Rabbi ?
Où sont les jeûnes de ce temps-là ? Il faut de nouvelles outres pour une
génération nouvelle et de nouveaux vêtements pour des corps nouveaux. Usées
les vieilles outres, usés les vieux vêtements ! Passés les vieux usages ! Mais il
faut du temps pour que les estomacs des disciples de Jehoudda s'habituent au
vin nouveau.
LUC, V, 39. Et personne, venant de boire du vin vieux, n'en veut
aussitôt du nouveau, parce qu'il dit : Le vice est meilleur.

VIII. — JÉSUS DANS LA VILLE NATALE DE BAR-JEHOUDDA.

Le nouvel esprit dans lequel Jésus engage ses quatre vingt-quatre apôtres fait la
plus mauvaise impression sur les disciples de Bar-Jehoudda qui ne pouvaient
s'attendre à un pareil revirement dans les idées du Verbe. Aussi Jésus, prudent
comme le serpent, attend-t-il pour paraître à Gamala que Bar-Jehoudda se soit
fixé à Kapharnahum ; il a peur d'être mal reçu dans la ville natale de celui dont il
est le revenant.
LUC, IV, 14. Et Jésus retourna en Galilée1 par la vertu de l'Esprit,
et sa renommée se répandit dans tout le pays.
15. Et ii enseignait dans leurs synagogues, et il était exalté par
tous.
16. Et il vint à Nazireth, où il avait été élevé, et il entra, suivant
sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, el' il se leva
pour lire.
Que va-t-on lui donner à lire ? Ce qu'on voudra, Pourvu que ce ne soit ni
l'Apocalypse ni les Paroles du Rabbi. Il s'agit, en cherchant bien, de trouver une
autre Écriture dans laquelle il soit question moins Formellement, moins
mathématiquement, de l'An de grâce, de l'Ieou-Schanâ que le christ a prêché en
785.
Dans Luc la visite de Jésus à Nazireth se place avant les miracles de
Kapharnahum. C'est une faute d'ordre. On en a la preuve dans le passage
même. Ce que nous avons appris avoir été accompli à Kapharnahum, accomplis-
le pareillement ici, dans ton pays. Il s'agit surtout des guérisons ; le bruit en est
venu aux oreilles des Naziréens. Mais ce qu'ils demandent, eux, ce sont les
signes. Gens simples, Parmi lesquels il n'y a ni scribes ni pharisiens, ils se
Contenteront parfaitement de l'un des signes annoncés dans l'Apocalypse. A
Nazireth Jésus n'a point les douze avec lui, encore moins les soixante-douze ; il
est seul, dans un milieu où l'on attend encore ce que le fils de David avait
promis. Allons ! un sèméion seulement, rien qu'un petit sèméion, aussi petit que
tu voudras ! Il ne peut en faire aucun. Il a beau expliquer que nul n'est prophète
en son pays, — le Fils de Dieu se fait moins grand qu'il n'est ! — que de toutes
les veuves d'Israël Elle n'en avait soulagé qu'une seule, à Sarepta en Sidonie,
que de tous les lépreux d'Israël Élisée n'en avait guéri qu'un, Naiman le Syrien,
on ne donne pas dans cette défaite humiliante, On prend fort mal la chose, on se
lève en tumulte, on chasse hors de la ville ce Nazir qui ne peut ou ne veut rien
faire pour elle, on le pourchasse jusqu'au précipice au bord duquel elle était
bâtie, et, s'il ne disparaissait grâce à son vêtement, on le pousse rait dans les
profondeurs du gouffre !
17. On lui donna le livre du prophète Isaïe ; et l'ayant déroulé, il
trouva l'endroit où était écrit :
18. L'esprit du Seigneur est sur moi : c'est pourquoi il m'a
consacré par son chrisme, et m'a envoyé pour évangéliser les
pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé,
19. Annoncer aux captifs leur délivrance, aux aveugles le
recouvrement de la vue, rendre à la liberté ceux qu'écrasent leurs
fers, publier l'An de grâce du Seigneur, et le Jour de la
rétribution.
20. Et ayant replié le livre, il le rendit au ministre, et s'assit. Et
tous, dans la synagogue, avaient les yeux attachés sur lui.
On tronque la citation pour en atténuer la portée et en émousser la pointe. Aux
initiés de la rétablir. Il y a dans Isaïe : cc Jour de vengeance, jour où le Seigneur
se vengera de ses ennemis1, c'est-à-dire des paieras, quels qu'ils soient.

1 Galilée transjordanique ou Gaulanitide.


Aussi les Gamaléens qui sont censés contemporaine de Bar-Jehoudda ne
reconnaissent-ils pas le christ dans ce revenant si modeste dans ses prétentions.
Ils écarquillent vainement des yeux que la mort a depuis longtemps fermés,
vidés. Jésus pourrait les leur rendre, ruais alors ils verraient, et c'est ce qu'il faut
éviter.
21. Or il commença à leur dire : C'est aujourd'hui que-cette
écriture que vous venez d'entendre est accomplie.
22. Et tous lui rendaient témoignage, et, admirant les paroles de
grâce qui sortaient de sa bouche, ils disaient : N'est-ce pas là le
fils de Joseph ?
Mon Dieu, oui, c'est bien lui, mais comme il a changé ! Comme il est devenu
jésuite ! D'autre part, comme il est devenu fécond en miracles depuis qu'il
s'appelle Jésus ! Pourvu que les Gamaléens ne lui demandent pas de faire dans
sa ville natale les pseudo-signes qu'il fournit si abondamment à quelques
kilomètres de là, chez l'illustre veuve de Kapharnahum, sa mère selon le monde !
Il se débarrassera d'eux comme il s'est débarrassé successivement du Diable,
des saducéens et des Pharisiens. Il va au devant de la critique.
23. Alors il leur dit : Assurément vous m'appliquerez ce proverbe
: Médecin, guéris-toi toi-même, et me direz : Ces grandes choses
faites à Capharnaüm et dont nous avons ouï parler, fais-les ici
dans ta patrie ?
Mais ils ont le bon goût de ne rien lui demander de-Semblable à la guérison de la
femme qui n'a pas pu regarder le ciel depuis dix-huit ans, de l'hydropique-Vidé
de son eau par un simple attouchement, de L'aveugle, du sourd-muet, du
paralytique et du démoniaque rendus à la santé par sa seule volonté. Que ses
concitoyens le prennent tel qu'il les a quittés en 788, lorsqu'il est allé à
Kapharnahum remettre les péchés dans l'eau du baptême ! C'est le truc qu'il
s'agit d'appliquer aux goym. Qu'en échange de ce bon tour les Gamaléens ne lui
demandent pas l'impossible !
24. Et il ajouta : En vérité je vous dis qu'aucun prophète n'est
accueilli dans sa patrie.
25. Je vous le dis en vérité, il y avait aux jours d'Elie beaucoup de
veuves en Israël, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six
mois, et qu'il y eut une grande famine sur toute la terre ;
26. Et Elie ne fut envoyé à aucune d'elles, mais à une femme
veuve, à Sarepta de Sidon2.
Une Sidonienne !

1 Isaïe, XLII, 2. Vous savez dans quel esprit de basse fourberie opère le malheureux qui
donne ce change aux goym sur la vie et le caractère du baptiseur. C'est par l'Apocalypse
que Bar-Jehoudda s'était fait christ de Dieu, et Isaïe n'avait rien prédit qui le concernât.
Tel n'est pas l'avis du Saint-Siège. Le texte d'Isaïe, dit-il, s'applique à Jésus-Christ,
même dans le sens littéral. En effet, Jésus-Christ était Fils coéternel et consubstantiel au
Père par sa nature divine ; mais il s'est rendu son serviteur, comme le dit saint Paul (aux
Philippiens, II, 7) en se revêtant de la chair et des infirmités humaines.
2 Bar-Jehoudda avait été précédé par son père dans le personnage d'Elie. Cf.
L'Apocalypse dans Le Roi des Juifs.
27. Et il y avait en Israël beaucoup de lépreux au temps du
prophète Elisée, et aucun d'eux ne fut guéri, sinon Naaman le
Syrien.
Un Syrien !
Il a déjà dit que le jour du jugement les gens de Ninive et ceux de Saba seraient
préférés à sa génération... Ici ce sont ceux de Phénicie et de Syrie. 00
commence à en avoir assez.
28. En entendant ces paroles, ils furent tous remplis de colère
dans la synagogue.
29. C'est pourquoi ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville, et le
menèrent au sommet du mont sur lequel leur ville était bâtie,
pour l'en précipiter.
30. Mais Jésus, passant au milieu d'eux, s'en alla.
Il a de la chance de n'être qu'un revenant ! Car s'il eût eu un corps, il aurait
passé un vilain quart d'heure sur la bosse de son chameau natal. Une bosse étaie
l'assiette de la ville où Bar-Jehoudda avait été élevé. Elle est bâtie sur une
éminence qui se dresse au milieu d'une haute montagne, ce qui lui a fait donner
le nom de Gamel qui signifie chameau ; mais les habitants l'ont corrompu, et la
nomment Gamal au lieu de Gamel. Sa face et son côté sont remparés par des
vallées inaccessibles. Le côté attaché à la montagne n'est pas d'un abord naturel
aussi difficile ; mais les habitants Pont aussi rendu inaccessible par un grand
retranchement qu'ils y ont fait. La pente était couverte d'un grand nombre de
maisons ; et en regardant du côté du Midi cette ville bâtie comme sur un
précipice, il semblait qu'elle fût toute prête de tomber. De ce même Côté s'élève
une colline extrêmement haute, et flanquée d'une vallée si profonde qu'elle
servait de citadelle ; et, la limite de la ville il y avait une fontaine enfermée dans
son enceinte1.
Nul doute que la maison de Jehoudda et de Salomé ne fût bâtie au sommet de la
ville, ne formât château. Ce n'est sans doute pas sans raison que de toutes les
villes de la Gaulanitide ils avaient choisi la plus forte, la seule qu'on pût opposer
aux Hérodiens en cas de difficultés avec le tétrarque de la région. Bar-Jehoudda
s'y était jeté pendant la guerre d'Antipas avec les Arabes et il y avait défié tout
châtiment.
Les rues étaient si étroites et si raides que les soldats de Vespasien n'y pouvaient
tenir pied ; les maisons bâties en porte-à-faux sur les précipices étaient si
légères qu'elles ne pouvaient porter un poids supérieur à celui de leurs habitants

1 Guerre des Juifs, livre IV, ch. II, 286. Josèphe qui en fait cette description la fortifia de
fossés et de mines pendant l'expédition de Vespasien en 820, après l'exécution de
Ménahem par les habitants de Jérusalem. Lorsque Josèphe fut passé aux Romains,
Vespasien assisté d'Agrippa qui avait eu tant à souffrir de Ménahem, assiégea la ville
avec trois légions, la quinzième, la cinquième et la dixième ; et parmi tant de soldats et
d'officiers il n'y en avait pas un qui ne connût. à la résurrection près, l'histoire de Bar-
Jehoudda. Aussi, d'après ce que dit Josèphe, Guerre des Juifs, IV, VIII, 295, nulle part
les Romains, frères de ceux que Ménahem avait égorgés à Massada, n'exercèrent
vengeance plus complète. Ils n'épargnèrent que les enfants de Philippe bar-Jacim qui
avait constamment marché avec Saül contre les christiens, depuis l'expédition de Damas
jusqu'à la retraite de Saül en Italie. Sur Philippe bar-Jacim, cf. Le Roi des Juifs, Les
Marchands de Christ et Le Gogotha.
ordinaires. La Nazireth des Évangiles étant sur la rive orientale du lac de
Tibériade, il n'est pas surprenant qu'à Nazareth, ville construite vers le huitième
siècle dans les montagnes occidentales de la Galilée, le mont de la Précipitation,
c'est-à-dire la montagne sur laquelle les habitants de Nazareth conduisirent
Notre-Seigneur, dans l'intention de l'en précipiter, ne soit pas identifié d'une
manière certaine. Ce site traditionnel est au sud de la ville, à une heure de
chemin. Il y a là un rocher qui aurait pu très bien servir aux mauvais desseins
des compatriotes du Sauveur. Les franciscains ont élevé une église en cet
endroit. De là on découvre la plaine d'Esdrelon1.
Mais ce qu'on y découvre le mieux, c'est l'édifice du Mensonge chrétien.
L'expulsion de Jésus par les Naziréens n'est que dans Luc. Mais sans désigner
son pays natal par le nom de Nazireth, Matthieu et Marc reconnaissent que le
revenant de Bar-Jehoudda est aussi peu estimé de -ses concitoyens au troisième
siècle, que lorsqu'il les a quittés au premier.
MATTHIEU, XIII, 53. Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, il
partit de là2.
54. Et étant venu en son pays, il les instruisait dans leurs
synagogues, de sorte qu'étant saisis d'étonnement, ils disaient :
D'où est venu à celui-ci cette sagesse et ces miracles ?
55. N'est-ce pas là le fils de ce charpentier ? Sa mère ne
s'appelle-t-elle pas Myriam ? Et ses frères Jacques, Joseph3,
Simon et Jude ?
56. Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D'où
viennent donc à celui-ci toutes ces choses ?
MARC, VI, 1. Étant parti de là, il s'en alla dans son pays, et ses
disciples le suivirent.
2. Or, un jour de sabbat étant venu, il commença à enseigner
dans la synagogue ; et beaucoup, l'entendant, étaient dans
l'admiration de sa doctrine, disant : D'où lui viennent toutes ces
choses ? quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? et ces
merveilles si surprenantes qui se font par ses mains ?
3. N'est-ce pas là ce charpentier, fils de Myriam, frère de Jacques
et de Joseph, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles
pas ici parmi nous ? Et ils se scandalisaient de lui.
C'est que ce charpentier, successeur de son père dans la barque zibdéenne, avait
une réputation déplorable, et on pouvait s'étonner que Jésus consentit à
reprendre son rôle, malgré toutes les modifications qu'il y apportait. La
réputation de Joseph n'étant pas meilleure, quelque chose de bon peut-il venir
de Nazireth ? dit Nathanaël dans Cérinthe4, — on le supprime comme père ; on
supprime également deux de ses fils : Jacob, junior, parce qu'il a été martyrisé
par Saül, plus tard converti sous le nom de Paul, et Philippe l'Évangéliste, parce
qu'il a été le secrétaire du christ.

1 Note de l'édition du Saint-Siège.


2 Il est censé partir de Kapharnahum.
3 Ménahem, Nathanaël dans Cérinthe. Cf. L'Evangile de Nessus.
4 Cf. L'Evangile de Nessus.
MATTHIEU, XIII, 57. Et ainsi ils se scandalisaient à cause de lui.
Mais Jésus leur dit : Un prophète n'est pas sans honneur, si ce
n'est dans sa patrie et dans sa maison.
58. Et il ne fit pas la beaucoup de miracles, à cause de leur
incrédulité.
MARC, VI, 4. Mais Jésus leur disait : Un prophète n'est sans
honneur que dans sa patrie, dans sa maison et dans sa famille.
5. Et il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit
quelques malades en leur imposant les mains.
6. Et il s'étonnait de leur incrédulité ; il parcourait toutefois les
villages d'alentour et il y enseignait.
Il ne put faire aucun miracle non par défaut de puissance de son côté, dit le
Saint-Siège, mais par défaut de dispositions de leur part. Leur mauvais vouloir
tient la divinité en échec.
Cérinthe avait déjà constaté que Bar-Jehoudda n'était pas prophète en son
pays1, mais il entendait par là tous les pays dans lesquels il le montre prêchant
sa propre candidature, c'est-à-dire la Bathanée, la Judée et la Samarie. Les
synoptiseurs restreignent cette mauvaise impression à la seule ville de Nazireth.
Et comme ils ne veulent pas reproduire la scène où Jésus est expulsé de Gamala
par les Naziréens eux-mêmes, ils n'en laissent que la moralité. Cette moralité,
nous l'avons déjà donnée : pour les Naziréens, les Ébionites et les Ischaïtes,
restés fermes dans l'attente du Royaume, Jésus n'est que l'ombre du christ, et
vains sont tous ses discours en comparaison des Paroles du Rabbi.

IX. — PROTESTATIONS DE DAR-JENOUDDA ET DEMANDE


D'EXPLICATIONS À JÉSUS.

Pendant que Jésus revenu à Kapharnahum envoie ses quatre-vingt-quatre


apôtres en mission, Bar-Jehoudda est dans la coulisse. Mais tout ce qui se passe
au Jourdain et à Gamala, tout ce qu'y fait Jésus, tout ce qu'il dit, lui est
fidèlement rapporté par l'Esprit-Saint. Dame, il n'est pas content ! Jésus est-il
bien celui qui devait venir ? N'est-ce pas plutôt l'image de celui qui n'est pas
venu ? Où est son van ? Son feu ? Son glaive ? Bar-Jehoudda envoie Philippe et
Jehoudda Toâmin à la découverte. Dans Luc cette ambassade Part au lendemain
de la résurrection de Jacob junior Bar-Jehoudda considère qu'il y a là un
précédent dont il pourra se réclamer un jour prochain. Ce dispositif est
indubitablement le plus ancien.
LUC, VII, 18. Cependant, les disciples de Ieou-Shanà-os lui ayant
rapporté toutes ces choses,
19. Il en appela deux, et les envoya vers Jésus, disant : Êtes-
vous celui qui doit venir, ou est-ce un autre que nous attendons ?

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


Ces deux disciples sont Philippe et Jehoudda Toâmin qui ont transmis
l'enseignement du Rabbi. C'est par eux que Joannès négocie avec son revenant
devenu méconnaissable sous les traits de Jésus. Mais comme, en les mobilisant
le lendemain de la résurrection d'un de ses frères, il reconnaît que celui-ci a été
l'objet de cette mesure avant lui, les synoptiseurs n'ont pas pu laisser en place
un dispositif aussi contraire à l'intérêt de l'Église. Dans Matthieu il est en prison
lorsqu'il dépêche Philippe et Toâmin à Jésus.
MATTHIEU, XI, 2 Or, Ieou-Shanâ-os quand il eut appris dans la
prison les œuvres de Jésus [Christ]1, envoyant deux de ses
disciples2,
3. Lui dit : Est-ce vous qui devez venir, ou est-ce un autre que
nous attendons ?
LUC, VII, 20. Étant donc venus vers lui, ces hommes lui dirent :
Ieou-Shanâ-os Baptiseur nous a envoyés vers vous pour vous
demander : Est-ce vous qui devez venir, ou est-ce un autre que
nous attendons ?3
MATTHIEU, XI, 4. Et Jésus, répondant, leur dit : Allez, rapportez à
Ieou-Shanâ-os ce que vous avez entendu et vu ;
5. Des aveugles voient, des boiteux marchent, des lépreux sont
guéris, des sourds entendent, des morts ressuscitent4, des
pauvres sont évangélisés :
6. Et heureux est celui qui ne se scandalisera point de moi.
Des morts ressuscitent. Quels ? Nous n'en avons encore vu aucun, en dehors de
Jacob junior. Pour employer le pluriel, il faut ou que l'Évangéliste connaisse la
résurrection de Jehoudda et de son frère en 761, ou qu'il escompte dans son
bilan celles de la femme de Shehimon et d'Eléazar qui sont toutes deux du
dernier mois de 788. En tout cas on ne voit pas pourquoi les Naziréens se
scandaliseraient, si tous ces miracles étaient advenus sous le pontificat de
Kaïaphas. S'ils se scandalisent, comme les gens de Gamala, c'est que
l'Évangéliste les repait de fumée. Et puis, qu'eût-ce été que ces quatre ou cinq
résurrections en comparaison de celles qu'avait annoncées le christ pour le 15
nisan 789 ? Qui a revu les sept mille hommes tombés avec Jehoudda et son frère
au Recensement ? Où est Jacob junior lapidé par le prince Saül en 787 ? Où est
Éléazar tué en adar 788 ? Le christ lui-même n'est-il pas toujours dans le roc de
Machéron ? Évangéliser les pauvres, c'est très joli ! Mais est-ce qu'il devait y
avoir des pauvres sur le pavé d'or de la Jérusalem millénaire ?
Ce dispositif était excessivement maladroit, puisque les deux envoyés de Joannès
s'en retournaient n'ayant rien vu et rien entendu qu'un goy ne pût entendre et
'voir par le même moyen, la lecture de l'Évangile. On décida que Jésus opérerait
dans Luc, devant eux, ce qu'il avait opéré loin d'eux dans le premier dispositif.
Jésus sent bien qu'il n'est pas en règle avec les signes et qu'il ne répond pas à la

1 Christ a été ajouté après qu'on eut décidé que Jésus aurait eu chair et que Joannès
cesserait d'être le christ historique.
2 Pour que le témoignage soit deutéronomique.
3 Ils reproduisent la question dans les mêmes termes, en un mot on copie.
4 Les synoptiseurs récapitulent, mais en escomptant les résurrections.
définition du Fils de Dieu dans l'Apocalypse. Il exécute en hâte quelques tours
usuels du Verbe.
LUC, VII, 21. A cette heure même Jésus guérit un grand nombre
de personnes affligées de maladies, de plaies et d'esprits malins,
et rendit la vue à beaucoup d'aveugles.
22. Et répondant, il leur dit : Allez annoncer à Ieou-Shanâ-os ce
que vous avez entendu et vu : que des aveugle voient, des
boiteux marchent, des lépreux sont purifiés, des sourds
entendent, des morts ressuscitent, des pauvres sont évangélisés :
23. Et bienheureux est celui qui ne sera point scandalisé de moi.
En fait de résurrections, il n'en compte encore que trois, dont deux remontent à
761 et sont déjà presque oubliées. C'est bien peu vraiment, et il faut que Philippe
et Toâmin soient furieusement intéressés dans la combinaison Jésus-Christ pour
accepter un si maigre chiffre. Mais on a déjà triomphé de résistances autrement
fortes chez Ménahem en faisant valoir à celui-ci l'intérêt de la famille. Philippe et
Toâmin se taisent donc. Reste à convaincre le peuple, Jésus s'en charge.

X. — FICHE DE CONSOLATION À BAR-JEHOUDDA.

Dès le moment que le Joannès au fond de la tombe se contente de ce Jésus,


celui-ci lui doit bien quelque chose en échange. Il entreprend sa justification non
plus comme roi-christ, — il est clair qu'il n'a pas règne mille ans ! — mais comme
auteur de l'Apocalypse. Ce n'est pas que cette Révélation se soit réalisée, non,
muta elle demeure. Le prophète a été crucifié, oui, mais Sa prophétie est là,
enfermant tout l'Ancien Testament les Juifs sont dieux en comparaison des
autres hommes, le Royaume du monde leur appartient en attendant l'autre. Voilà
ce que, divisés sous l'autorité des procurateurs et des tétrarques, les Juifs n'ont
pas voulu voir ; voilà ce que, dispersés parmi les nations, les Juifs doivent
comprendre. A ce point de vue, Joannès était christ, il était l'oint du Verbe ; on
peut considérer qu'il remplace Élie, et qu'Élie ne viendra pas, comme Certains le
croient d'après le prophète Malachie. Sans être Élie en personne, il est venu dans
la vertu d'Élie1, le pouvoir d'Élie. Il s'est trompé d'échéance en annonçant le
Royaume des Juifs pour les Ânes de 789, mais il ne s'est trompé qu'en cela :
Dieu a parlé par lui, il ne préviendra plus, il arrivera sans dire gare.
Il suit de là que Joannès est plus qu'un prophète, il est oint de Dieu parmi les
prophètes, il est le dernier, le thav de la série, après lui il n'y en aura plus
d'autres. Sans doute il est inférieur au plus petit des Douze, des Trente-six et
des Cent-quarante-quatre mille qui ont une taille à laquelle il ne peut se hausser,
mais il est le plus grand après les soldats de la milice céleste. Isaïe, Jérémie ne
sont que des pygmées.
En effet, sous un petit volume son Apocalypse contient toute la Loi et tous les
Prophètes : c'est la projection lumineuse du plan divin en ce qui touche les
destinées du monde.

1 Luc, I, 17.
Aussitôt donc que les deux secrétaires de Joannès Se sont éloignés,
MATTHIEU, XI, 7. Comme ils s'en retournaient, Jésus commença à
dire de Ieou-Shana-os à la multitude : Qu'êtes-vous allés voir au
désert ?1 un roseau agité par le vent ?
8. Mais encore, qu'êtes-vous allés voir ? un homme vêtu
mollement ? Mais ceux qui se vêtent mollement sont dans les
maisons des rois2.
9. Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le
dis, et plus qu'un prophète3 :
10. Car c'est lui dont il est écrit : Voici que moi j'envoie mon Ange
devant votre face, lequel préparera votre voie devant vous4.
En vérité, je vous le dis, il ne s'est pas élevé entre les enfants des femmes de
plus grands que Ieou-Shana-os Baptiseur, mais celui qui est le plus petit du
Royaume des cieux est plus grand que lui.
LUC, VII, 24. Et lorsque les envoyés de Ieou-Shana-os furent
partis, il commença à parler ainsi de Ieou-Shana-os au peuple :
Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?
25. Mais encore, qu'êtes-vous allés voir ? un homme vêtu avec
mollesse ? Or ceux qui portent des vêtements précieux et vivent
dans les délices, habitent les maisons des rois.
26. Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le
dis, et plus qu'un prophète.
27. C'est celui dont il est écrit : Voici que j'envoie mon ange
devant votre face, pour préparer votre voie devant vous.
28. Car je vous le dis : entre ceux qui sont nés des femmes nul
n'est plus grand prophète que Ieou-Shana-os le baptiseur, mais le
plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui.
MATTHIEU, XI, 12. Or, depuis les jours de Ieou-Shana-os
Baptiseur jusqu'à présent5 le Royaume des cieux s'obtient par la
violence6, et ce sont les violents qui le ravissent.
13. Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu'à Ieou-
Shana-os7.
14. Et si vous voulez le comprendre, il est lui-même Élie qui doit
venir1.

1 Si le baptiseur a pris le désert, ce n'a été que dans les derniers temps.
2 Parfaitement, Joannès était de maison royale et prétendait au trône. Mais on ne veut
plus qu'il ait été vêtu mollement, qu'il descende de David et se soit dit roi-christ ; c'est
maintenant Jésus qui est fils de David, les généalogies ont été mises à son nom. C'est lui
qui sera vêtu de pourpre lors de la comparution devant Pilatus.
3 Il y a ici plus que Jonas.
4 Répétition de l'emprunt fait à Malachie.
5 Marc-Aurèle, au moins.
6 La violence kanaïte et le sicariat. Cf. Le Saint-Esprit et Le Gogotha.
7 Pour les kabbalistes du genre de Bar-Jehoudda, la Loi n'est qu'une prophétie. Nous
avons déjà vu cette idée exprimée dans les mêmes termes par Cérinthe.
15. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.
Nous en avons, car Jésus ne nous en a pas encore enlevé l'usage, non plus que
de nos yeux, et nous entendons fort bien. Kanaïsme et sicariat furent choses
légitimes en dépit de l'insuccès. Malgré leurs crimes les disciples ont forcé les
portes du ciel. Mais depuis les Jours du Joannès la génération a changé, comme
les Vêtements et les outres. Elle a été insensible aux plaintes qu'il a poussées,
mais aussi elle ne tonnait pas les joies qu'il a promises.
LUC, VII, 19. Et tout le peuple qui l'écoutait et les publicains
reconnurent la justice de Dieu, s'étant fait, baptiser du baptême
de Ieou-Shana-os.
30. Mais les pharisiens et les docteurs de la loi méprisèrent le
dessein de Dieu sur eux, ne s'étant point fait baptiser par Ieou-
Shana-os2.
Les synoptiseurs ont ajouté cela dans Luc, mais ils savent bien que la prédication
de Bar-Jehoudda n'a point eu de succès.
C'est comme s'il avait gémi devant des gens qui n'avaient point d'yeux pour
pleurer, chanté devant des gens qui n'avaient pas de jambes pour danser !
LUC, VII, 31. Le Seigneur dit encore : A qui donc comparerai-je
les hommes de cette génération ? et à qui sont-ils semblables ?
32. Ils sont semblables à des enfants assis dans la place se
parlant l'un à l'autre, et disant : Nous vous avons joué de la flûte,
et vous n'avez point dansé : nous avons entonné des chants
lugubres, et vous n'avez point pleuré.
MATTHIEU, XI, 16. Mais à qui comparerai-je cette génération ? Elle
est semblable à des enfants assis dans la place, qui, criant à leurs
compagnons,
17. Disent : Nous avons chanté pour vous, et vous n'avez point
dansé ; nous nous sommes lamentés, et vous n'avez poussé ni
plaintes ni gémissements.

XI. — ANTINOMIE DE RÉGIME ENTRE LE CHRIST ET JÉSUS.

Ah ! s'ils avaient eu pour danser les jambes que Bar-Jehoudda et Shehimon ont
eues pour fuir, il est clair qu'il y aurait eu plus de mouvement sur les places !
Mais au lieu d'écouter les fils de Jehoudda, les Juifs les ont traités de
démoniaques, de Baals-Zib-Baals, comme leur père.
LUC, VIII, 33. Car Ieou-Shana-os est venu ne mangeant point de
pain et ne buvant point de vin, et vous dites : Il a un démon en
lui.

1 C'est ce qu'on dit dans la Nativité selon Luc, I, 17, et ce que confirment les disciples au
Concile de Césarée de Philippe.
2 A fortiori les saducéens, quoiqu'ailleurs on nous les dépeigne accourant en foule au
baptême avec les pharisiens.
34. Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, et vous
dites : C'est un homme de bonne chère et qui aime le vin, ami
des publicains et des pécheurs.
35. Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants.
MATTHIEU, XI, 18. Ieou-Shana-os, en effet, est venu ne mangeant
ni ne buvant, et ils disent : Il est démoniaque.
19. Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, et ils disent
: Voilà un homme de bonne chère et adonné au vin, ami des
publicains et des pécheurs. Mais la sagesse a été justifiée par ses
enfants.
Que celui qui a des oreilles entende !
Bar-Jehoudda mangeait et buvait, sans quoi il n'aurait pas vécu jusqu'à
cinquante ans, mais il s'abstenait de certaines viandes et des boissons
fermentées, notamment du vin que Jésus boit à la pâque. En ce sens, il n'a ni
mangé le pain ni bu le vin. En un mot il n'a pas célébré la pâque, et pour ses
contemporains il n'a Jamais été qu'un démoniaque. Mais depuis les jours du
Joannès, comme le dit élégamment Matthieu, on a Inventé Jésus qui rompt avec
le régime jadis imposé au nazie, puisqu'il boit du vin aux Noces de Kana et qu'il
célèbre la pâque avec cette boisson fermentée. En ce sens il est mangeant et
buvant ; on l'a fait de Nazireth, mais il n'est point nazie. Si on lui imposait le
Même régime qu'au Joannès, on verrait immédiatement qu'il n'est que son
ombre. Le scribe ne peut s'empêcher de reconnaître qu'ablation faite de Jésus
dans ces Ecritures, les enfants de Dieu, Ischaïtes, Naziréens, Ebionites, sont
demeurés dans la sagesse de leur régime et de leurs jeûnes prolongés. Par
conséquent, le mal qu'aurait fait Jésus, s'il s'était comporté comme dans ces
Ecritures, a été effacé par la conduite des enfants de la Sagesse, c'est-à-dire de
la Loi juive. Ceux-là ne sont pas dupes d'une mystification dirigée avant tout
contre les goym.
il se peut aussi, tant ces idées sont diffuses et obscures, qu'en face des horreurs
pascales dont les disciples du Joannès se sont rendus coupables1, l'Evangéliste
proclame sages en comparaison d'eux ceux qui ont accepté la pâque de Jésus,
c'est-à-dire l'Eucharistie, avec toutes ses conséquences.

1 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.


VI. — LA CONDAMNATION.

I. — LA DATE DE L'ACTION MONARCHIQUE DE BAR-


JEHOUDDA.

Bar-Jehoudda et ses frères étaient célèbres dans l'histoire pour les incendies, les
pillages et les excès de tout genre qu'ils avaient commis pendant les années
sabbatiques, particulièrement l'année proto jubilaire 788. A leur Sauveur, à leur
Paraclet1, de prendre leur défense. Il n'y peut arriver qu'en dissimulant leurs
actes ordinaires, et plus particulièrement la date de ceux qui étaient imputables
au baptiseur. Et pourtant, malgré toutes leurs fraudes, les synoptiseurs ont laissé
cette date au beau milieu de la fable. Et savez-vous dans quel texte ? Dans celui
de Luc, où l'Eglise a introduit ses deux grands faux chronologiques : le
Recensement de 760 comme date de la pseudo-Nativité de Jésus et l'année 781,
quinzième de Tibère, comme date de la manifestation publique du baptiseur !
LUC, VI, 1. Or il arriva qu'un jour du sabbat premier du deux2...
Les synoptiseurs ont été plus circonspects dans Matthieu et dans Marc, ils ont
enlevé le mot premier du deux qui faisait de l'année sabbatique 788 une année
proto-jubilaire et donnait la véritable date de la crucifixion de Bar-Jehoudda en
même temps que, confrontée avec sa naissance dans une double année, elle
donnait mathématiquement son véritable âge.
MATTHIEU, XII, 1. En ce temps-là, Jésus passait le long des blés,
aux jours sabbatiques3 ; et ses disciples, ayant faim, se mirent à
cueillir des épis et à les manger.
2. Les pharisiens, voyant cela, lui dirent : Voilà que vos disciples
font ce qu'il n'est pas permis de faire au sabbat.
MARC, II, 23. Il arriva encore que le Seigneur passant le long des
blés, aux jours sabbatiques, ses disciples, et marchant,
commencèrent à rompre les épis.
24. Sur quoi les pharisiens lui dirent : Pourquoi font-ils aux jours
sabbatiques ce qu'il n'est point permis de faire ?
LUC, VI, 1. ... Comme Jésus passait le long des blés, ses disciples
se mirent à rompre les épis, et les froissant de leurs mains, ils
mangeaient.

1 Avocat. Cf. L'Evangile de Nessus.


2 En sabbató deutéroprôtó. Le mot deutéropróton n'existe pas en grec, il est spécial au
cas chronologique évoqué par l'Evangile de Luc, et il emprunte toute sa signification à la
manière de compter des Juifs. Le véritable mot, c'est deutérouprôton, littéralement du
deuxième le premier, et il est impossible de désigner plus clairement la première de la
double année 788-789.
3 Én tois sabbasi. La même expression est employée dans Marc et dans Matthieu. Il ne
faut pas la traduire par un jour de sabbat, comme on le fait. Tous les jours de cette
année-là sont sabbatiques.
2. Alors quelques-uns des pharisiens leur dirent : Pourquoi faites-
vous ce qu'il n'est point permis de faire aux jours sabbatiques ?
S'ils n'étaient passés que le long des blés, personne ne leur aurait rien dit, mais
ils avaient pillé les greniers publics et particuliers, sous le prétexte que tout
devait faire retour à la maison de David le 15 nisan suivant.
MARC, II, 25. Il leur répondit : N'avez-vous jamais lu ce que fit
David dans le besoin où il se trouva, lorsque lui et ceux qui
l'accompagnaient furent pressés de la faim ?
26. Comment il entra dans la maison de Dieu, du temps du
grand-prêtre Abiathar, et mangea les pains de proposition et en
donna à ceux qui étaient avec lui, quoiqu'il n'y eut que les prêtres
à qui il fût permis d'en manger ?
LUC, II, 3. Jésus prenant la parole leur dit : N'avez-vous donc pas
lu ce que fit David, lorsque lui et ceux qui l'accompagnaient furent
pressés par la faim ?
4. Et comment il entra dans la maison de Dieu et prit les Pains qui
y étaient exposés, en mangea et en donna à ceux qui étaient
avec lui, quoiqu'il n'y ait que les prêtres seuls à qui il soit permis
d'en manger ?
MATTHIEU, XII, 3. Mais il leur dit : N'avez-vous point lu ce que fit
David, lorsqu'il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui.
4. Comme il entra dans là maison de Dieu, et mangea les Pains
de proposition, qu'il ne lui était pas permis de manger, ni à ceux
qui étaient avec lui, mais aux prêtres seuls ?
Vous voyez la thèse : la faim justifie les moyens. Tout était permis à Bar-
Jehoudda pour ressaisir la couronne. Roi-christ comme son père David, il avait
tous les droits, non seulement contre Rome et contre les Hérodes, mais contre le
Temple. Pour distribuer aux Juifs le léhem du Zib dans le quatrième séa, ne
fallait-il pas d'abord qu'il rentrât dans tous les biens que le temps lui avait ravis ?
L'année proto-jubilaire n'était-elle pas celle de la réintégrande ?1

L'exemple de David était parfaitement choisi, il dénote chez l'Évangéliste une


connaissance profonde des Écritures. Sans doute David n'était accompagné de
personne lorsqu'il mangea les pains de proposition, il ne tenait pas encore la
campagne avec une bande de pillards, il était seul, fugitif, en danger mortel, et
malgré ses protestations de pureté, peu digne de manger de ces pains
consacrés2. Nazir né, Bar-Jehoudda était infiniment plus pur que son ancêtre,
lequel posséda tout un harem en dehors de ses femmes légitimes. Mais la
virginité ne se communique pas et, quoique robuste, la sienne ne suffit pas à
couvrir les femmes perdues et les gens de mauvaise vie qui lui faisaient escorte
pendant l'année de la réintégrande. Les récoltes de ses concitoyens étaient à lui,
puisque le monde entier lui appartenait à partir du 15 nisan, et elles n'étaient
nullement consacrées à Dieu. Ce que l'Évangéliste soutient à la décharge du
prétendant, c'est qu'étant le roi-christ aux termes de sa propre Apocalypse, ses

1 Cf. Le Charpentier.
2 I Rois, XXI.
compagnons participaient aux mêmes droits, malgré leur ignominie manifeste.
C'est ce qu'avait soutenu David lorsqu'il s'était fait délivrer les cinq pains
d'Achimélech (Abiathar). Aussi ses frères et toute la maison de son père vinrent-
ils le trouver (pour avoir de ce léhem). Et tous ceux qui avaient de méchantes
affaires, et ceux qui étaient accablés de dettes ou mécontents s'assemblèrent
auprès de lui, et il devint leur chef1. C'est ce qui était arrivé à son descendant, le
Roi des voleurs de 7882.
5. Ou n'avez-vous pas lu dans la loi qu'aux jours sabbatiques les
prêtres dans le temple violent le sabbat, et sont sans péché ?
6. Or je vous dis qu'il y a ici quelqu'un de plus grand que le
Temple.
7. Et si vous compreniez ce que signifie : Je veux la miséricorde
et non le sacrifice3, vous n'auriez jamais condamné les innocents.
LUC, VI, 5. Et il ajouta : Le Fils de l'homme est maître au sabbat
même.
MATTHIEU, XII, 8. Car le Fils de l'homme est maître du sabbat
même.
MARC, II, 27. [Et il leur dit encore : Le sabbat a été fait pour
l'homme et non l'homme pour le sabbat.]
28. C'est pourquoi le Fils de l'homme est maître du sabbat même.
Les innocents, c'est Bar-Jehoudda et Eléazar, condamnés par la même sentence
en adar 788. Ils avaient le droit de tout prendre, ayant celui de tout avoir.

II. — BAR-JEHOUDDA ET LES POURCEAUX GAULOIS.

Nous avons donné sous le titre de Journée des Porcs le récit de la bataille de
Gamala et de la trahison pour laquelle Bar-Jehoudda fut condamné. Nous y
renvoyons le lecteur, nous bornant à préciser certains points qui facilitent le
déchiffrement de cette histoire proposée sous la forme énigmatique dans l'intérêt
du Juif coéternel et consubstantiel au Père.
Le dispositif le plus ancien met en scène Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et
de Pérée, dans le personnage d'un démon qui occupe depuis de longues années
la rive transjordanique du lac de Tibériade et les terres de Pérée devant la ville
de Gamala. Pour mieux dire il possède un Gaulonite, habitant anonyme de
Gamala, à qui reviennent de droit et cette ville et ces terres et toutes celles de la
Bathanée, de la Galilée et de la Samarie, de la Judée et de l'Idumée, et toutes
celles de la Décapole qui avaient fait partie du royaume de David. Ce possédé
récalcitrant, c'est Bar-Jehoudda lui-même, le futur Roi du monde.
MARC, V, 1. Et ils vinrent de l'autre côté de la mer, dans le pays
des Géraséniens1.

1 I Rois (Samuel), XXII, 1-2.


2 Sur cette épithète, cf. Le Roi des Juifs.
3 Cette formule a déjà servi pour le cas des publicains utilisés par l'Eglise.
LUC, VIII, 26. Ensuite ils abordèrent au pays des Géraséniens, qui
est vis-à-vis de la Galilée.
27. Et quand Jésus fut descendu à terre, il vint au-devant de lui
un homme qui avait en lui un démon depuis longtemps ; il ne
portait aucun vêtement, et ne demeurait point dans les maisons,
mais dans les sépulcres.
Le malheureux qui est la victime de cette possession diabolique est absolument
nu. Shehimon aussi est nu dans sa barque2 lors de la pâque aux poissons ; et ce
qu'on ne dit pas, c'est que tous ceux qui sont avec lui, ses six autres frères,
étaient également nus avant que Jésus les reçût dans la lumière. Dans la
doctrine millénariste tout Juif est nu, qui n'a pas les habits blancs dont le
Sauveur doit le revêtir un jour. Mais ici il est nit, faute d'être investi de la robe
royale qui lui est due. Quant au démon qui le possède contre tout droit, depuis la
construction de Tibériade sur un ancien cimetière3, il habite les sépulcres, mais il
ne demande pas mieux d'entrer dans les douze maisons du Seigneur, à
commencer par la douzième, celle du Zib, dont il n'est séparé que par quelques
semaines. Malheureusement pour lui, il n'y a qu'un homme en état de le mener
dans cette beth léhem. Cet homme, c'est celui qu'il possède, et auquel il devrait
être soumis, si les choses étaient à leur place.
MARC, V, 2. Et comme Jésus sortait de la barque, tout à Coup
accourut à lui d'au milieu des sépulcres un homme possédé d'un
esprit impur,
3. Lequel habitait dans les sépulcres ; et nul ne pouvait le tenir
lié, même avec des chaînes.
4. Car souvent, serré de chaînes et les pieds dans les fers, il avait
rompu ses chaînes et brisé ses fers, et personne ne le pouvait
dompter.
5. Et sans cesse, le jour et la nuit, il était parmi les tombeaux et
sur les montagnes, criant et se meurtrissant avec des pierres.
6. Or, voyant Jésus de loin, il accourut et l'adora.
7. Et, criant d'une voix forte, il dit : Qu'y a-t-il entre moi et vous,
Jésus, Fils du Dieu très haut ? (Que me voulez-vous ?) Je vous
adjure par Dieu, ne me tourmentez point !
8. Car il lui disait : Esprit impur, sors de cet homme !
LUC, VIII, 28. Celui-ci, dès qu'il vit Jésus se prosterna devant lui,
et, criant d'une voix forte, dit : Que me voulez-vous, Jésus, Fils
du Dieu très haut ? Je vous en conjure, ne me tourmentez point !
29. Car il commandait à l'esprit impur de sortir de cet homme.
Depuis longtemps, en effet, il s'en était emparé ; et, quoiqu'il fût
lié de chaines et gardé, les fers aux pieds, il rompait ses liens, et
il était poussé par le démon dans le désert.

1 Dominé par la montagne de Gamala.


2 Cf. L'Evangile de Nessus.
3 Cf. Le Roi des Juifs.
Le personnage est double, comme vous voyez. Il y a en lui le possédé, Bar-
Jehoudda, et l'esprit impur, Antipas. S'il en était autrement et que le personnage
fût un, loin de conjurer Jésus de ne pas le tourmenter, il le supplierait de le
débarrasser de son démon. Au lieu de cela, c'est le démon qui réclame parce que
Jésus lui donne ordre de sortir de son possédé.
MARC, V, 9. Et il lui demanda : Quel est ton nom ? Et il lui
répondit : Légion est mon nom, car nous sommes beaucoup.
10. Et il le suppliait avec instance de ne point le chasser hors de
ce pays.
La similitude d'Antipas et du démon est aussi topique que le permet ce genre de
littérature. Antipas arrive de Tibériade, bâtie sur les sépulcres1 ; grâce à l'appui
de la Bête, il s'est maintenu contre de furieux assauts, notamment celui de
Jehoudda en 760, mais il a beau se nommer Légion, quand il aperçoit le Maître
du sabbat, il se précipite à ses genoux, le suppliant de ne point le chasser hors
du pays de Pérée que lui contestaient à la fois le roi des Arabes, son beau-père
de la veille, et le prétendant davidique, hier encore habitant de Gamala.
Cette prière ayant un caractère historique et géographique trop précis, les
synoptiseurs l'ont modifiée dans Luc.
LUC, VIII, 30. Jésus l'interrogea, disant : Quel est ton nom ? Il lui
dit : Légion, parce que beaucoup de démons étaient entrés dans
cet homme.
31. Et ils le priaient de ne pas leur commander d'aller dans
l'abîme.
Les démons d'Antipas n'avaient rien à craindre de l'abîme infernal avant le 15
nisan ; et Leur supplication n'a aucune raison d'être. Même victorieux, Antipas
aura toujours sa légion de démons, tandis que, s'il est battu, il sera chassé du
pays. C'est ce qu'il fait observer lui-même dans Marc. Toutefois deux mille
d'entre eux sont menacés d'un abîme dont ils ne se doutent guère 4 ce moment
de la similitude.
Les synoptiseurs de Matthieu ont compris qu'il ne fallait pas circonscrire la
démonologie entre Antipas et Bar-Jehoudda aux prises l'un avec l'autre dans le
Même personnage.
Au lieu d'un démoniaque, ils en ont mis deux qui sont Antipas et son beau-père
Arétas, lesquels adressent à Jésus une prière en harmonie avec la peur
manifestée par les démons dans la dispositif de Luc, la Peur d'être envoyés en
enfer. De cette façon ils n'ont Plus l'air de se disputer le pays à force ouverte.
MATTHIEU, VIII, 28. Lorsqu'il fut venu de l'autre côté de la mer,
dans le pays des Géraséniens, coururent au-devant de lui deux
démoniaques, sortant des sépulcres, extrêmement furieux, au
point que personne n'osait passer par ce chemin2 :

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 C'est exact, les Hérodiens et les Arabes barraient la route.
29. Et ils se mirent à crier, disant : Qu'y a-t-il entre nous et vous,
Jésus fils de Dieu ? (Que nous voulez-vous ?)1 Etes-vous venu ici
avant le temps pour nous tourmenter ?
Le Fils de l'homme ne devant apparaître sur les nuées que le 15 nisan 789 pour
juger les vivants et les morts, Antipas et Arétas s'étonnent de le voir en fonctions
avant l'échéance, et ils craignent l'un et l'autre d'être envoyés en enfer,
puisqu'ils se disputent le bien de Bar-Jehoudda.
Comment tout cela va-t-il finir ?
MARC, V, 11. Or il y avait là, le long de la montagne2, un grand
troupeau de pourceaux qui paissaient.
LUC, VIII, 32. Or il y avait là un grand troupeau de pourceaux, qui
paissaient sur la montagne ;
MATTHIEU, VIII, 30. Or était non loin d'eux3 un grand troupeau de
pourceaux qui paissaient.
Quels sont ces pourceaux ou pour mieux dire ces hommes à image porcine ? Une
troupe engagée au service d'Antipas, non seulement contre les Arabes, mais
contre ses ennemis de l'intérieur. Juive ? Non, étrangère, uniquement composée
de bêtes, et de bêtes qui n'avait point l'aigle dans leurs enseignes, sinon ils
seraient comparés à des loups4, mais un autre animal connu par ses défenses.
La similitude des pourceaux est fournie à l'Evangéliste par la nationalité de ces
hommes. Saluez, adorateurs du Juif coéternel et consubstantiel au Père, ce sont
des Gaulois ! Hérode en avait engagé qui le servirent très fidèlement contre les
davidistes et qui à son enterrement marchaient en tête du cortège. La plupart
restèrent au service de ses fils. Ce furent proprement leurs Suisses, et quand au
Recensement Archélaüs fut dépossédé de l'ethnarchie de Jérusalem5, c'est dans
les Gaules qu'il fut exilé, à Lyon où il y avait déjà beaucoup de Juifs, au milieu
desquels parut à la fin du deuxième siècle le premier jehouddolâtre connu,
Salomon dit Irénée. Antipas conserva l'habitude hérodienne d'entretenir des
mercenaires gaulois, et c'est, je pense, a cela qu'il faut attribuer la légende qui le
fait mourir eu Gaule, avec Pontius Pilatus. A l'instar des Romains d'avant Marius,
beaucoup de ces Gaulois avaient Papen le porc sauvage, dans leurs enseignes ;
on le voit figurer sur l'arc de triomphe d'Orange parmi leurs dépouilles, et ce
n'est pas le seul exemple6.
Les Gaulois étaient rangés en bataille dans la plaine qui s'étend devant Gamala,
— le long de la montagne, dit très bien Luc, — et ils comptaient sur l'appui des
Bathanéens qui avaient eu la démoniaque idée de s'enrôler sous la bannière
hérodienne. Mais ces démoniaques Bathanéens, fortement travaillés, évangélisés
par l'homme que possédait Antipas, se disposaient, en trahissant, à rejeter le
choc arabe sur les pourceaux venus des Gaules.

1 Formule déjà employée par Cérinthe pour la séméiologie des Noces de Kana (Cf.
L'Evangile de Nessus), et par les synoptiseurs pour la guérison du démoniaque dans la
synagogue de Kapharnahum. (Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.)
2 L'indication topographique est exacte, étant donnée la position de Gamala.
3 L'indication primitive a fini par disparaître.
4 Cf. L'Evangile de Nessus.
5 Cf. Le Charpentier.
6 D'Arbois de Jubainville, Les Druides et les dieux celtiques à forme d'animaux, Paris,
1906, in-12°.
LUC, VIII, 32. Et ils le priaient de leur permettre d'entrer en ces
pourceaux, et il leur permit.
MARC, V, 12. Et les démons suppliaient Jésus, disant : Envoyez-
nous dans ces pourceaux, afin que nous entrions en eux1.
13. Et Jésus le leur permit aussitôt. Les esprits impurs, sortant
donc du possédé, entrèrent dans les pourceaux ; et le troupeau,
d'environ deux mille, se précipita impétueusement dans la mer2,
et s'y noya.
MATTHIEU, VIII, 31. Et les démons le priaient, disant : Si vous
nous chassez d'ici, envoyez-nous dans ce troupeau de pourceaux.
32. Il leur répondit : Allez ! Eux donc, étant sortis, entrèrent dans
les pourceaux ; et voilà que le troupeau tout entier se précipita
impétueusement dans la mer ; et ils moururent dans les eaux.
LUC, VIII, 33. Les démons sortirent donc, et entrèrent dans les
pourceaux ; et le troupeau courut impétueusement se précipiter
dans le lac, et s'y noya.
Après la part qu'ils avaient prise à la répression des troubles fomentés par son
père, on comprend que le revenant de Bar-Jehoudda autorise les démons à
entrer dans ces deux mille Gaulois. Et puis, devant l'auteur de l'Apocalypse,
Jésus est excessivement embarrassé. Apocalyptiquement qu'eût-il fait s'il fût
venu le 15 nisan 789 ? Il eût précipité Satan et ses anges dans l'abîme où il les
eût enfermés pour mille ans, après quoi son Père les eût condamnés à la seconde
mort. Les deux mille pourceaux d'Antipas eussent été détruits, étant donné leur
incirconcision et leur provenance, tandis que les Bathanéens débauchés du
service d'Antipas, rentrés en grâce par leur opportune désertion, avaient tout
pour être sauvés. Ils n'avaient qu'un défaut, c'est que l'histoire de leur trahison
et le nom de celui qui la leur avait conseillée, étaient tout au long dans Flavius
Josèphe3. C'est ce qui empêche Jésus de célébrer cet exploit autrement qu'en
énigme. Mais il lui reste une ressource : appliquer la loi de malédiction aux deux
mille mercenaires porcins et laisser aux traîtres l'espoir de ressusciter un jour en
récompense de leur belle action. C'est ce qu'il vient de faire.
Les Bathanéens ont rejeté leurs démons sur les Gaulois par un moyen
qu'autorise le Lévitique. Ils les ont présentés au Seigneur, comme l'est le bouc
émissaire par le prêtre, puis ils les ont chargés du péché qu'ils allaient, eux Juifs,
commettre en servant avec des Gaulois, alors que le roi légitime avait besoin
d'eux Contre tout le monde. Voici ce qu'on faisait au bouc émissaire. Le prêtre
après qu'il aura purifié le sanctuaire, le tabernacle et l'autel, offrira le bouc
vivant, et lui ayant mis les deux mains sur la tête, il confessera toutes les
iniquités des enfants d'Israël, toutes leurs offences et tous leurs péchés ; il en
chargera avec imprécations la tête de ce boue, et l'enverra au désert par un
nomme destiné à cela. Après que le bouc aura porté l'aura leurs iniquités dans
un lieu solitaire et qu'on l'aura laissé aller dans le désert, Aaron ayant quitté les
vêtements dont il était revêtu dans le sanctuaire et les ayant laissés là, lavera
son corps dans le lieu saint et se revêtira de ses habits ordinaires4. Au lieu de

1 Pour les perdre. Les démons sont complices de Jésus.


2 Le lac de Tibériade.
3 Cf. Les Marchands de christ.
4 Lévitique, XVI, 20-24.
porter les iniquités des Bathanéens dans un désert de sable, les Gaulois les ont
portées dans un désert d'eau, mais sans le baptême préalable qui leur eût assuré
la résurrection au 15 nisan !
Tandis que les Bathanéens se réfugiaient dans Gamala dont Bar-Jehoudda leur
ouvrait les portes, les gardiens des pourceaux, c'est-à-dire les chefs hérodiens,
tels que Saül et Philippe Bar-Jacim, prenaient en désordre le chemin de
Tibériade.
MARC, V, 14. Ceux qui les gardaient, s'enfuirent, et répandirent
cette nouvelle dans la ville1 et dans les champs. Aussitôt les gens
sortirent pour voir ce qui était arrivé.
MATTHIEU, VIII, 33. Et les gardiens s'enfuirent ; et, venant dans
la ville, ils racontèrent tout ceci, et le sort de ceux qui avaient été
démoniaques2.
34. Aussitôt toute la ville3 sortit au-devant de Jésus ; et, l'ayant
vu, ils le priaient de sortir de leurs confins4.
LUC, VIII, 34. Ce qu'ayant vu, les gardiens s'enfuirent, et
l'annoncèrent dans la ville et dans les villages.
35. Et plusieurs sortirent pour voir ce qui était arrivé, et vinrent à
Jésus ; ils trouvèrent assis à ses pieds, vêtu et sain d'esprit,
l'homme dont les démons5 étaient sortis, et ils furent remplis de
crainte.
36. Et ceux qui l'avaient vu6, leur racontèrent comment il était
échappé sain et sauf de la légion.
MARC, V, 15. Ils vinrent vers Jésus, et ils virent celui qui avait été
tourmenté par le démon, assis, vêtu et sain d'esprit et ils furent
saisis de crainte.
16. Et ceux qui avaient vu leur racontèrent ce qui était arrivé au
possédé et aux pourceaux ;
17. Et ils commencèrent à prier Jésus de s'éloigner de leurs
confins.
L'effet de cette démonologie est que le possédé n'est Plus nu, mais vêtu à la
royale, investi de tout ce que détenait son démon, et délivré de la possession
dont il souffrait. Tel Bar-Jehoudda après l'expulsion d'Antipas hors de Pérée,
grâce à l'évangélisation des Bathanéens. Il a débarrassé ceux-ci des mauvais
esprits qui les avaient poussés à s'enrôler dans les troupes d'Antipas, il les a
passés aux deux mille pourceaux qui ont expié Pour eux. Toutefois le triomphe
de Bar-Jehoudda semble devoir être de courte durée. Je ne suis pas pleinement
tranquille pour lui, car le démon qui le possédait n'a pas été noyé avec les
pourceaux, il vit encore, il occupe toujours la rive occidentale du lac, il peut se
venger et il se vengera. Les concitoyens du possédé le prient d'évacuer le

1 La ville aux sépulcres, Tibériade, capitale de la Galilée.


2 Les Bathanéens.
3 La ville de Gamala.
4 Prévoyant les représailles qu'exercèrent Saül et Philippe bar-Jacim. Cf. Le Roi des Juifs.
5 Les hérodiens, tant Juifs que Gaulois.
6 Bar-Jehoudda, l'homme possédé.
territoire pour éviter qu'à leur tour ils ne payent pour les traîtres. Et quand ce
possédé demande à Jésus de le garder avec lui, celui-ci refuse à cause des
conséquences.
MARC, V, 18. Lorsqu'il montait dans la barque, celui qui avait été
tourmenté par le démon, le supplia de lui permettre de rester
avec lui ;
19. Mais il le lui refusa et lui dit : Va dans ta maison1, vers les
tiens, et annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi, et
comme il a eu pitié de toi.
20. Il s'en alla donc, et commença à publier dans la Décapole tout
ce que Jésus avait fait pour lui ; et tous étaient dans l'admiration.
LUC, VIII, 37. Alors tout le peuple du pays des Géraséniens le pria
de s'éloigner d'eux, parce qu'ils étaient saisis d'une grande
frayeur. Jésus donc, montant dans la barque, s'en retourna.
38. Et l'homme dont les démons étaient sortis, lui demandait
instamment de rester avec lui. Mais Jésus le renvoya, disant :
39. Retourne en ta maison, et raconte quelles grandes choses
Dieu t'a faites. Et il s'en alla, publiant par toute la ville les
grandes choses que Jésus lui avait faites.
C'est en effet le Verbe juif qui lui avait inspiré cette magnifique trahison par où il
mettait en péril, pour l'unique satisfaction de sa vengeance, toute la région qui
borde les rives du lac, Pérée, Gaulanitide et Galilée. Mais il fut obligé de quitter
Gamala, tellement haut perchée et remparée que, s'il eût eu la population avec
lui, il eût pu y tenir non seulement contre Antipas, mais même contre Vitellius,
proconsul de Syrie.
MARC, V, 21. Jésus ayant repassé dans la barque de l'autre côté
de la mer, il s'assembla une grande multitude autour de lui ; et il
était près de la mer.

III. — LE REVENANT ET LA DÉMONIAQUE SYRO-


PHÉNICIENNE.

C'est après l'affaire des Porcs que se place la tournée de Bar-Jehoudda parmi les
Juifs de Phénicie et de la Décapole. Cérinthe nous a complètement caché cette
tournée dans les anciens états de David, les synoptiseurs n'ont pas cru pouvoir
faire de même.
MATTHIEU, XV, 21. Jésus, étant parti de là, se retira du côté de
Tyr et de Sidon.
MARC, VII, 24. Partant ensuite de là, il s'en alla sur les-connus de
Tyr et de Sidon ; et étant entré dans une maison, il voulait que
personne ne le sût, mais il ne put demeurer taché.

1 Elle était alors à Kapharnahum.


25. Car une femme dont la fille était possédée d'un esprit impur,
sitôt qu'elle eut ouï dire qu'il était là, entra et se jeta à ses pieds.
MATTHIEU, XV, 29. Et voici qu'une femme chananéenne, seigle de
ces contrées, s'écria, lui disant : Seigneur, [fils de David,] ayez
pitié de moi ; ma fille est cruellement tourmentée par le démon.
MARC, III, 26. C'était une femme païenne, Syro-Phénicienne de
nation. Et elle le priait de chasser le démon hors de sa fille.
MATTHIEU, XV, 23. Jésus ne lui répondit pas un mot. Et ses
disciples s'approchant de lui, le priaient, disant : Renvoyez-la, car
elle crie derrière nous.
24. Mais Jésus, répondant, dit : Je n'ai été envoyé qu'aux brebis
perdues de la maison d'Israël.
25. Elle cependant vint, et l'adora, disant : Seigneur, secourez-
moi !
MARC, VII, 27. Jésus lui dit : Laissez d'abord rassasier les enfants
: car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter
aux chiens.
28. Mais elle répondit et lui dit : Il est vrai, Seigneur ; cependant
les petits chiens mangent sous la table les miettes des enfants.
MATTHIEU, XV, 26. Jésus, répliquant, dit : Il n'est pas bien de
prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens.
27. Mais elle repartit : Il est vrai, Seigneur ; mais les petits chiens
mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
28. Alors reprenant la parole, Jésus lui dit : Ô femme, grande est
votre foi ; qu'il vous soit fait comme vous désirez. Et sa fille fut
guérie dès cette heure-là.
MARC, VII, 29. Alors, il lui dit : A cause de cette parole1, allez, le
démon est sorti de votre fille.
30. Et lorsqu'elle revint dans sa maison, elle trouva se fille
couchée sur son lit, et que le démon était sorti.
Sa chienne de mère avait gagné son procès ! Nous avons montré la barbarie de
Jésus, son orgueil, son injustice, son insociabilité2. L'Eglise a bien senti qu'il y
avait là de quoi révolter un homme de cœur : Jésus-Christ, dit-elle, ne répondit
rien à cette femme pour éprouver sa foi. Si nous n'étions pas dans la fiction, on
ne comprendrait guère que la chananéenne ne tombât point sur ce coquin à
coups de manche à balai !
L'Eglise s'est emparée de cette allégorie pour faire de la chananéenne un être
réel qui vient à l'appui de l'existence réelle de Jésus. On la dit originaire de
Césarée Panéas, aux sources du Jourdain. Assez riche et très reconnaissante, —
de quoi ? bon Dieu ! — elle fait, au dire d'Eusèbe3, élever une statue à Jésus sur
la place publique de la ville. En sa qualité de païenne, elle a le droit de témoigner

1 La parole de soumission aux Juifs.


2 Cf. Le Roi des Juifs.
3 Eusèbe, Histoire ecclésiastique, l. VII, 1.
sa gratitude par cette infraction à la loi juive. — Jésus l'avait guérie, mais non du
culte des idoles. — Plus de trois cents ans après, cette statue existe encore, — ce
qui, si c'était vrai, déposerait beaucoup plus de la magnifique tolérance romaine
que de l'existence de Jésus —. Julien étant venu à Antioche, la statue est
renversée et remplacée par celle de cet empereur : les Païens s'emparent de
l'image de Jésus, la traînent dans. les rues et la mettent en pièces : mais les
christiens en recueillent les débris et les déposent dans l'église. Quant à celle de
Julien, elle est, comme de juste, détruite par la foudre. Sozomène, qui habita la
Phénicie, la vit quelques années après, sans tête, le torse en partie brisé.
Pour ce qui est de celle-là nous pouvons croire Sozomène sur parole : aucun
chef-d'œuvre n'arrêta jamais la fureur stupide des jehouddolâtres.

IV. — GUÉRISON DU SOURD-MUET DE LA DÉCAPOLE.

Jésus opère d'une façon cabalistique dans la guérison de ce sourd-muet. Il y


introduit l'Esprit de Dieu Pur les sept portes de l'âme qui sont les deux yeux, les
deux oreilles, la bouche et les deux fosses nasales, le sabbat de la genèse
intellectuelle et sensorielle.
MARC, VII, 31. Quittant de nouveau les confins de Tyr, il vint par
Sidon à la mer de Galilée, à travers le pays de la Décapole.
32. Or on lui amena un sourd-muet, et on le suppliait de lui
imposer les mains.
33. Le tirant de la foule à l'écart, il lui mit les doigts dans les
oreilles, et toucha sa langue avec de la salive ;
34. Puis, levant les yeux au ciel, il souffla et dit : Ephphétha,
c'est-à-dire, ouvre-toi.
35. Et aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, et le lien de sa langue se
rompit, et il parlait distinctement.
36. Cependant il leur défendit de le dire à personne. Mais las ii le
leur défendait, plus ils le publiaient.
37. Et plus ils étaient dans l'admiration, disant : Il a lien fait
toutes choses : il a fait entendre les sourds et parler les muets.

V. — RÉSURRECTION DE LA FEMME DE SHEHIMON.

A son retour, le revenant de Bar-Jehoudda trouve -diverses choses qui le portent


à réfléchir sur les inconvénients de trahir ses compatriotes, de débaucher les
soldats de celui qui a la garde de la Pérée et de causer la mort de deux mille
goym à ligure porcine. Dans Cérinthe il trouve Eléazar tué par les chiliarques
d'Antipas et il le ressuscite. Ici il trouve la femme de 'Shehimon tuée par Saül et
il la ressuscite également. Dans la furieuse revanche que prit Saül, et que les
Actes des Apôtres flétrissent du nom de persécution, les femmes ne furent point
épargnées1.
LUC, VIII, 40. Or il arriva que, lorsque Jésus fut de retour, la foule
du peuple le reçut : car tous l'attendaient.
MARC, V, 22. Or vint un chef de synagogue, nommé Jaïr ; le
voyant, il se jeta à ses pieds,
23. Et il le suppliait instamment, disant : Ma fille est à l'extrémité
; venez, imposez votre main sur elle, afin qu'elle guérisse et
qu'elle vive.
LUC, VIII, 41. Et voilà qu'il vint un homme nommé Jaïr, qui était
chef de synagogue, et qu'il se jeta aux pieds de Jésus, le priant
d'entrer dans sa maison.
42. Parce qu'il avait une fille [unique] d'environ douze ans2, qui
se mourait. Et il arriva que, comme il y allait, il était pressé par la
foule.
MATTHIEU, IX, 18. Comme il leur disait ces choses, un chef de
synagogue3 s'approcha de lui et l'adorait, disant : Seigneur, ma
fille vient de mourir ; mais venez, imposez votre main sur elle, et
elle vivra.
19. Et Jésus, se levant, le suivait avec ses disciples.
Cette parabole en action est assez difficile à comprendre. En voici l'explication :
Jésus vient de se présenter aux disciples de Jehoudda comme étant l'Époux
qu'avait attendu la Judée et qu'elle attendait encore. Jaïr, beau-frère de
Jehoudda et père d'Éléazar, est mort dans l'espérance de la réadamisation, sa
fille aussi. Il vient avertir Jésus que celle-ci est à la mort. Or c'était en même
temps la femme de Shehimon, ce que l'Évangéliste se garde bien de dire. Jésus
la rencontre en chemin, et elle serait guérie, sauvée, en un mot elle ne serait pas
morte, si elle eût pu toucher un pan de ce vêtement de lumière que le Fils de
l'homme porte dans l'Apocalypse, car en ce cas elle eût été baptisée de feu et
reconjointe avec son mari.
LUC, VIII, 43. Or il y avait une femme malade d'une perte de
sang depuis douze ans, laquelle avait dépensé tout son bien en
médecins, et n'avait pu être guérie par aucun.
44. Elle s'approcha par derrière, toucha la frange de son
vêtement.
MATTHIEU, IX, 20. Et voilà qu'une femme affligée d'une perte de
sang depuis douze ans s'approcha de lui par derrière, et toucha la
frange de son vêtement.
21. Car elle disait en elle-même : Si je touche seulement son
vêtement, je serai guérie.

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Addition mensongère au texte de Marc qui est incontestablement le premier.
3 Dans toutes les paraboles où il figure (Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie), Jaïr,
descendant du Jaïr des Juges, est dit chef de synagogue, Archisynagogus.
MARC, V, 25. Alors, une femme qui avait une perte de sang
depuis douze années,
20. Et qui avait beaucoup souffert de plusieurs médecins, et avait
dépensé tout son bien sans aucun fruit, se trouvant plu tôt dans
un état pire,
27. Ayant entendu parler de Jésus, vint dans la foule, par
derrière, et toucha son vêtement.
28. Car elle disait : Si je touche seulement son vêtement, je serai
guérie.
Elle était morte après douze ans de mariage avec Shehimon dont elle avait eu
Jehoudda surnommé Joannès-Marcos1, et une fille nommée Rhodè2. Vivante, elle
ne devrait pas être dans les rues en l'état où elle est, elle devrait être chez elle,
et séparée. La femme qui souffre ce qui dans l'ordre de la nature arrive chaque
mois, sera séparée pendant sept jours (délai imparti à sa purification). Quiconque la
touchera sera Impur jusqu'au soir, et toutes les choses sur lesquelles elle aura
dormi et où elle se sera assise pendant les Jours de sa séparation seront
souillées... Quiconque aura touché à toutes les choses sur lesquelles elle se Sera
assise lavera ses vêtements, et s'étant lui-même lavé dans l'eau, il sera souillé
jusqu'au soir. Si un homme s'approche d'elle lorsqu'elle sera dans cet état qui
vient chaque mois, il sera impur pendant sept Jours, et tous les lits sur lesquels il
dormira seront souillés. La femme qui, hors le temps ordinaire, souffre plusieurs
jours cet accident qui ne doit arriver qu'à chaque mois, ou dans laquelle cet
accident ordinaire continue quand il aurait dû cesser, demeurera impure, comme
elle est chaque mois, tant qu'elle sera sujette à cet accident... Vous apprendrez
donc aux enfants d'Israël à se garder de l'impureté, afin qu'ils ne meurent point
dans leurs souillures, après avoir violé la sainteté de mon tabernacle qui est au
milieu d'eux3. Et voilà la femme qui se promène au milieu de la foule et qui
touche Jésus ! Une femme que Bar-Jehoudda n'eût Pu frôler sans perdre son
naziréat ! Il doit donc Y avoir une raison secrète pour laquelle cette femme
S'approche de celui qui est Maître du sabbat, du sabbat de purification comme
des autres. Cette raison, personne ne la connaît mieux que son mari, qui est à
ses côtés dans la foule.
LUC, VIII, 45. Jésus dit alors : Qui est-ce qui m'a touché ?
Comme tous s'en défendaient, Pierre dit, ainsi que ceux qui
étaient avec lui : Maître, la foule vous presse et vous accable, et
vous demandez : Qui m'a touché ?
46. Mais Jésus repartit : Quelqu'un m'a touché : car j'ai connu
moi-même qu'une vertu était sortie de moi.
MARC, V, 30. Au même moment Jésus, connaissant en lui-même
la vertu qui était sortie de lui, et se retournant vers la foule,
demandait : Qui a touché mes vêtements ?
31. Ses disciples4 lui répondaient : Vous voyez la foule qui vous
presse et vous demandez : Qui m'a touché ?

1 Cf. Le Saint-Esprit.
2 Cf. Le Saint-Esprit.
3 Lévitique, XV, 19-31.
4 On a enlevé Pierre dont la présence aux côtés de sa femme éclairait toute l'allégorie.
32. Et il regardait tout autour, pour voir celle qui l'avait fait.
Jésus le sait bien, il la connaît depuis le Figuier !
MATTHIEU, IX, 22. Mais Jésus s'étant retourné, la vit.
LUC, VIII, 47. La femme, voyant qu'elle n'était pas restée cachée,
vint toute tremblante, et se jeta à ses pieds ; et elle déclara
devant tout le peuple pourquoi elle l'avait touché, et comment
elle avait été guérie à l'instant.
MARC, V, 33. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce
qui s'était passé en elle, vint et se prosterna devant lui, et lui dit
toute la vérité.
Cette vérité, nous la connaissons par les Paroles du Rabbi : Mon règne sera
quand ce qui est dehors sera dedans et que vous aurez foulé aux pieds le
vêtement de la pudeur, en un mot quand Ève sera rentrée dans Adam.
MARC, V, 34. Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a sauvée : allez
en paix, et soyez guérie de votre infirmité.
LUC, VIII, 48. Et Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a sauvée,
allez en paix.
MATTHIEU, IX, 22. ... Et il dit : Ma fille ayez confiance, votre foi
vous a guérie. Et cette femme fut guérie à l'heure même.
MARC, V, 29. Et aussitôt la source du sang tarit, et elle sentit en
son corps qu'elle était guérie de son mal.
LUC, VIII, 44. Et aussitôt sa perte de sang s'arrêta.
Nous pouvons être tranquilles. Dès le moment que la femme de Shehimon est
guérie de sa division en deux, et par conséquent capable d'être réadamisée avec
son homme, la fille de Jaïr n'est pas morte.
MARC, V, 35. Comme il parlait encore, des gens du chef de
Synagogue vinrent, disant : Votre fille est morte ; pourquoi
tourmentez-vous davantage le Maître ?
LUC, VIII, 49. Comme il parlait encore, quelqu'un vint dire au chef
de la synagogue : Ta fille est morte, ne le tourmente pas.
Il est étrange que la fille de Jaïr soit morte, puisque Jésus vient de la guérir dans
la rue et de la rendre apte à vivre éternellement dans son mari. Ces gens sont
des compères évidemment ! Puisqu'elle a vécu dans cette foi, et que cette foi l'a
sauvée, elle ne peut être qu'en sommeil.
MARC, V, 36. Mais Jésus, cette parole entendue, dit au chef de
synagogue : Ne craignez point ; croyez seulement.
37. Et il ne permit à personne de le suivre, sinon à Pierre,
Jacques [et à Ieou-Shanâ-os, frère de Jacques.]
LUC, VIII, 50. Mais Jésus, ayant entendu cette parole, dit au père
de la jeune fille : Ne crains point, crois seulement, et elle sera
sauvée.
51. Et quand il fut venu à la maison, il ne laissa entrer personne
avec lui, si ce n'est Pierre, Jacques [et Ieou-Shanâ-os] et le père et
la mère de la jeune fille.
Cette scène étant jouée par des revenants, il semble que Jaïr existât encore lors
de la mort de sa fille. Mais mort ou vivant, il faut qu'il soit présent avec sa
femme pour être témoin que, s'ils sont morts divisés, ils seront un jour
réadamisés, puisque d'ores et déjà leur fille est réadamisable uniquement pour
avoir été la femme de Shehimon. Nous sommes également certains que si
Shehimon avec Jacob senior entra dans la maison où sa femme était étendue
morte, le Joannès ne put les suivre, empêché par son naziréat. Personne n'eût
accepté qu'il violât son vœu : nous avons vu ses deux sœurs, Thamar et Maria
Cléopas, aller au-devant de lui pour lui éviter la souillure qu'il aurait contractée
en voyant par mégarde le cadavre d'Eléazar1. On l'a introduit dans cette
résurrection pour donner le change aux goym sur son état de Nazir.
MARC, V, 38. En arrivant à la maison du chef de synagogue, il vit
du tumulte, des gens pleurant et poussant de grands cris.
39. Or, étant entré, il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous et
pleurez-vous ? la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort.
MATTHIEU, IX, 23. Or, lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef
de synagogue, et qu'il eut vu les joueurs de flûte et la foule
tumultueuse, il disait : Retirez-vous : car la jeune fille n'est pas
morte, mais elle dort.
LUC, VII, 52. Or tous pleuraient et se lamentaient sur elle. Mais
Jésus dit : Ne pleurez point, la jeune fille n'est pas morte, mais
elle dort.
MATTHIEU, IX, 24... Et ils se moquaient de lui.
MARC, V, 40. Et ils, se riaient de lui. Mais Jésus, les ayant tous
renvoyés, prit le père et la mère de la jeune fille, et ceux qui
étaient avec lui, et entra dans le lieu où la jeune fille était
couchée.
41. Et tenant la main de la jeune fille, il lui dit : Talitha, koumi !
(c'est-à-dire, fille, levez-vous) je vous le commande !
42. Au même instant la fille se leva et se mit à marcher, [car elle
avait déjà douze ans]2, et ils furent merveilleusement étonnés.
43. Mais il leur recommanda très expressément de prendre garde
que personne ne le sût ; et il leur dit qu'on lui donnât à manger3.
LUC, VIII, 53. Et ils se riaient de lui, sachant qu'elle était morte.
54. Mais Jésus, prenant sa main, éleva la voix, disant : Jeune
fille, lève-toi !
55. Et l'esprit lui revint, et elle se leva aussitôt ; et il lui fut
donner à manger.
56. Et ses parents étaient hors d'eux-mêmes d'étonnement, et il
leur commanda de ne dire à personne ce qui s'était passé4.

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Ajouté pour enlever aux goym le peu d'yeux qui leur reste après cette obscure
allégorie.
3 De ce bon léhem posthume qui répond au Zib !
4 Toujours la même consigne.
MATTHIEU, IX, 25. Après donc qu'on eut renvoyé la foule, il entra,
prit la main de la jeune fille, et elle se leva.
26. Et le bruit s'en répandit dans tout le pays.

VI. — ASSOMPTION D'ÉLÉAZAR.

Luc est le seul qui contienne la parabole d'Eléazar après sa résurrection. La


résurrection d'Eléazar était la seule de l'Evangile de Cérinthe, et d'autant plus
célèbre (en dehors de celles de l'Apocalypse), qu'à la fin du second siècle Jésus,
descendu dans les Ecritures et n'ayant pas trouvé le corps de Bar-Jehoudda au
lieu où il avait été déposé par l'Haramathas, avait été obligé de remettre sa
résurrection à une autre fois. N'osant supprimer tout à fait la résurrection
d'Eléazar dont le nom était attaché au dernier soupir du sicariat, ne pouvant
toutefois donner raison à Hyménée et à Philète qui avaient dénoncé l'imposture
des fables judaïques1, les synoptiseurs eurent l'idée de payer son salaire à
Eléazar en l'envoyant au ciel dans une parabole que conterait Jésus, sans le faire
passer par l'opération résurrectionnelle. De cette manière ceux qui tenaient
Eléazar Ier pour plus grand que Bar-Jehoudda et Eléazar II pour plus grand que
Ménahem2, auraient satisfaction abondante, et la résurrection de Bar-Jehoudda
sous le nom de Jésus passerait pour être la première et la seule. De plus on
désarmerait Hyménée et Philète qui dès lors descendraient au rang de
calomniateurs, méprisables par leur ignorance des choses.
Enfin les étrangers, le bétail, éprouveraient l'effet ordinaire des paraboles, en ce
sens qu'ils verraient sans voir et entendraient sans entendre : l'idéal !
LUC, XVI, 19. Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre
et de fin lin ; et il faisait chaque jour une splendide chère.
Cet impudent, cet usurpateur de la pourpre davidique, n'est autre qu'H érode
Antipas, lequel donnait des festins où l'on s'échauffait énormément. Celui de Tyr
où, après avoir bu plus que de coutume, il fit reproche à Agrippa d'avoir eu
besoin de ses subsides, est dans Flavius Josèphe où vous le pouvez voir3.
20. Il y avait aussi un certain mendiant, du nom d'Eléazar, lequel
était couché à sa porte, couvert de plaies,
21. Désirant se rassasier des miettes qui tombaient de la tête du
riche, et personne ne lui en donnait : mais les chiens venaient et
léchaient ses blessures.
Cet Eléazar est un personnage fictif, dit l'Eglise. Et Proudhon : Jésus donne un
nom propre à un personnage d'invention. Il faudrait consulter la philologie pour
savoir si ce nom n'a pas par lui-même quelque signification étymologique ou
typique qui rende raison de la chose. En tout cas on peut dire que ce type du
Lazare est devenu dans Jean — Proudhon croit à Jean, comme tout le monde, et
cela se comprend, il croit à Jésus ! — un personnage réel, supposé frère de
Marthe et de Marie, et sujet de la fameuse résurrection racontée Par le

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Cf. Le Gogotha.
3 Antiquités judaïques, l. XVIII, ch. VIII, 186.
quatrième Evangéliste. Nous allons démontrer qu'Éléazar n'est nullement un
personnage fictif, — c'est Jésus qui est le personnage fictif, — et que son nom
n'a aucune signification cachée. Personnage historique dans Cérinthe, il devient
héros de parabole dans Lue, cela n'enlève rien à la réalité de 'son existence.
Le contraste entre Eléazar et Antipas est exagéré, mais le mendiant n'est pas
dans une situation pire que celle de Jacob devant les cosses destinées aux
pourceaux1. Quant à ses plaies2, Jésus peut les guérir à sa venue, et déjà les
chiens du Pasteur sont en fonctions, gardant le probaton davidique dont le
mendiant fait partie. Les Juifs avaient l'horreur des chiens qu'ils considéraient
comme des animaux immondes, mais ceux-là sont de la bergerie céleste.
22. Or il arriva que le mendiant mourut3, et fut porté par les
anges4 dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et fut
enseveli dans l'enfer5.
23. Or, levant les yeux, lorsqu'il était dans les tourments, il vit de
loin Abraham, et Eléazar dans son sein ;
24. Et s'écriant il dit : Père Abraham6, ayez pitié de moi,
envoyez-moi Eléazar afin qu'il trempe le bout de son doigt dans
l'eau7 pour rafraichir ma langue : car je suis tourmenté dans
cette flamme.
25. Et Abraham lui dit : Mon fils, souviens-toi que pendant ta vie
tu as revu les biens, de même qu'Eléazar les maux ; or
maintenant il est consolé, et toi tu es tourmenté.
26. De plus, entre nous et vous il y a pour jamais un grand abîme
: de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici8 à vous, ou de là9
venir ici, ne le peuvent pas.
Le sein d'Abraham est donc un sein où l'on vit éternellement ? Certes, car avant
que le christ repose sur le sein de Jésus dans Cérinthe, Abraham l'y a précédé, et
Même — ceci entre nous — il devait revenir avec quelques autres patriarches de
marque (nous citerons Isaac et Jacob), à une date qui flotte entre l'Agneau et les
Ânes de 789. Il n'était pas revenu (Jésus lui-même n'ayant point reçu du Père l'ordre
de venir), et c'est même ce qui confirme l'Évangéliste dans l'opinion qu'il était
encore au ciel. Le Saint-Siège, il est vrai, n'est point du même avis, il pense que
le sein d'Abraham est le lieu de repos des âmes des saints, jusqu'à ce que le
Sauveur eût ouvert le ciel par sa mort. C'est assez dire que pour le Saint-Siège
Abraham était dans une manière d'enfer dont il est sorti le 18 nisan 789 pour

1 Cf. la parabole dite de l'enfant prodigue, dans Les Évangiles de Satan, 1re partie.
2 Ta elkè, traduites généralement par ulcères et qui doivent l'être par plaies et blessures,
étant donné la façon dont est mort Eléazar.
3 Si l'on disait comment et par qui, il n'y aurait plus de parabole.
4 Il est dans une situation un peu inférieure à celle de Shehimon et de Cléopas, ses
beaux-frères qui, eux, sont devenus anges de leur propre mouvement. Cf. L'Évangile de
Nessus.
5 C'est sa place de par l'Apocalypse, et même de par la géographie, car il fut enseveli en
terre espagnole, au milieu des goym.
6 Malgré tout, Abraham est le père d'Antipas, comme il était celui d'Eléazar ; mais
Antipas est d'Esaü par Amalech, tandis qu'Eléazar est de Jacob par Juda.
7 L'eau du baptême. Eléazar avait été baptisé par son beau-frère.
8 Le ciel.
9 L'enfer.
passer au ciel où les portes lui ont été ouvertes par la mort de son descendant,
car vous l'avez vu déjà1, Bar-Jehoudda descendait d'Abraham. Si c'est la mort de
Bar-Jehoudda qui a ouvert le ciel à Abraham, celui-ci y est monté le vendredi 17
nisan 789 vers trois heures du soir. Éléazar étant mort environ un mois
auparavant, en adar 788, il en résulte qu'il n'a pu trouver Abraham au ciel
lorsque les anges l'y ont transporté, il est arrivé un mois avant lui ! Ce n'est donc
pas Éléazar qui a été transporté dans le sein d'Abraham. C'est Abraham, s'il a
suivi la doctrine du Saint-Siège, qui a été transporté dans le sein d'Éléazar. Or on
ne peut douter qu'il l'ait suivie, puisque le Saint-Siège est infaillible. Sacrifierons-
nous Jésus au Saint-Siège ? Sans aucune hésitation. Jésus est donc un
abominable imposteur, lorsque, dans cette parabole, il nous montre Éléazar
habitant le sein d'Abraham, — au ciel, il spécifie bien, — un mois avant
l'ascension de ce patriarche.
Mais qu'arrive-t-il si nous sacrifions Jésus au Saint-Siège ? Ceci, qu'Abraham
étant monté au ciel le 17 nisan par la mort de Bar-Jehoudda, celui-ci, lorsqu'il y
est monté lui-même, a trouvé la place occupée par Éléazar. En effet, nous
savons par Cérinthe qu'en 802, quatorze ans après sa crucifixion, il était encore
sur terre où il attendait que Jésus vînt pour l'assumer, et même il avait eu la
douleur de voir son frère Shehimon glorifié avant lui2. Il apparaît donc bien que
le Juif consubstantiel au Père n'est monté au ciel que le dernier, comme
Hyménée et Philète l'ont fait doctement observer. En outre il apparaît qu'entre
l'assomption d'Éléazar par les anges en adar 788 et celle de Bar-Jehoudda qui ne
peut être antérieure à 802, il y eut l'ascension d'Abraham le 17 nisan 789. Car
nous ne pouvons supposer qu'ayant vu les portes du ciel ouvertes par la mort du
Juif consubstantiel au Père commun, Abraham n'ait pas su — lui qui, ayant pris
sa sœur pour femme, la faisait passer pour sa sœur afin de la mieux vendre —,
profiter d'une aussi belle occasion pour s'offrir au sein qui lui procurât, même
tardivement, le voisinage de Dieu. On peut donc être sûr qu'il est allé au ciel
aussitôt qu'il a pu. Or le voici qui, à une date antérieure non seulement au 17
nisan, mais au 14, jour de la crucifixion de Bar-Jehoudda, déclare à Antipas que
désormais il y a entre la terre et le ciel un abîme infranchissable aux mortels.
Bar-Jehoudda est donc resté à Machéron par la volonté d'Abraham ; il est dans le
même enfer qu'Antipas, à la latitude près. Car on ne Peut douter qu'Antipas ne
soit en enfer, et si on avait des doutes, le Saint-Siège les lèverait tous par ce
commentaire : Le mauvais riche, dit Saint-Jean Chrysostome, n'est pas damné
parce qu'il fut riche, mais parce qu'il ne fut pas miséricordieux. Le mauvais riche,
dit saint Grégoire, n'est pas damné pour avoir dérobé le bien d'autrui, mais pour
n'avoir pas fait de son propre bien un légitime usage. Le mauvais riche, dit saint
Ambroise, n'est pas damné pour avoir frappé le pauvre, mais pour avoir été
réellement homicide envers lui, en le laissant mourir sans secours.
Cependant Antipas ne se considère pas comme condamné définitivement par la
déclaration d'Abraham. 11 n'a pas perdu tout espoir, à l'encontre de ce que
Pensent Jean Chrysostome, Grégoire et Ambroise. Cette déclaration toutefois lui
est pénible, et il a déjà cinq frères logés dans cinq maisons qui ne répondent pas
précisément aux bons signes :
Le premier, dans la Balance.
Le second, dans le Scorpion.

1 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.


2 Cf. L'Évangile de Nessus.
Le troisième, dans le Sagittaire.
Le quatrième, dans le Capricorne.
Le cinquième, dans le Zibdéos.
Quant à lui, le fait qu'il attend un peu de l'eau vive dont Jésus parle à la
Samaritaine1 montre assez qu'il est sous les Poissons, signe convertissable, s'il
plaît à Dieu. En effet, dans le système millénariste auquel l'Évangéliste rapporte
toutes ces inventions, Antipas est sous ce signe depuis le 15 nisan 789. Il va
donc essayer d'arranger les choses avec Éléazar, qui a converti le Zib en bon
signe par le baptême. Ah ! si cet Éléazar pouvait passer de la maison de Jacob
dans celle d'Esaü, père des Iduméens ! Malheureusement, au lieu de s'adresser à
Jésus qui peut faire cela, Antipas s'adresse de nouveau à Abraham, le priant de
lui envoyer Éléazar.
27. Et le riche dit : Je vous prie donc, père, de l'envoyer dans la
maison de mon père2.
28. Car j'ai cinq frères, afin qu'il leur atteste ces choses, et qu'ils
ne viennent pas aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments.
Comment peut-il croire qu'Éléazar, logé dans la maison où il faut être, en
descendra pour sauver un damné et ses cinq frères ?
29. Mais Abraham lui repartit : Ils ont Moïse et les prophètes,
qu'ils les écoutent !3
Parfaitement. Qu'ils se fassent fils de Dieu par le baptême et ils seront logés
dans la même maison qu'Éléazar, c'est-à-dire qu'ils feront partie de la Première
résurrection et seront exempts de la Seconde Mort, après l'extinction du
douzième Millénium. Mais Antipas ne croit à rien de tout cela. Il a fait lapider
Jacob junior par Saül, il a fait tuer Éléazar et condamner Bar-Jehoudda, il n'a pas
vu qu'ils fussent ressuscités sous les Ânes de 789, il en a conclu comme tout le
monde que Bar-Jehoudda était un imposteur Comme prophète et un criminel
comme prétendant.
30. Et il dit : Non, père Abraham ; mais si quelqu'un va des morts
vers eux, ils feront pénitence.
31. Abraham lui répondit : S'ils n'écoutent point Moïse et les
prophètes, quand même quelqu'un des morts ressusciterait, ils ne
croiraient pas !
En effet, les cinq frères sataniques d'Antipas sont morts, le premier depuis cinq
mille ans, et Antipas, le sixième, est mort à son tour. Si quelqu'un des morts de
la maison de David. ne ressuscite et ne va vers les morts de la maison d'Hérode,
ceux-ci et leurs aînés seront de Ces morts qui ne ressuscitent pas, ils seront de
ces morts qui enterrent leurs morts, comme dit Jésus. C'est Antipas qui, par
cette réflexion, a donné l'idée à l'Église de faire descendre Bar-Jehoudda aux
enfers pendant les trois jours qu'il a passés au Guol-golta, afin de se montrer
vivant aux autres morts et de leur prouver exemplairement que la Première
résurrection, annoncée Par lui dans son Apocalypse, n'était que remise et aurait
lieu quand Dieu le voudrait.

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Esaü, dont sont les Hérodes.
3 Jusques et y compris Joannès ; c'est là ce que veut dire Abraham.
Avant de croire à l'Apocalypse, il faut croire à la divinité des Juifs. Ni le Joannès
Ier ni le Joannès baptiseur ne sont les auteurs du millénarisme. C'est Jacob, c'est
Joseph, c'est Moïse qui l'ont révélé. Si les Juifs n'écoutent pas ceux-là d'abord, il
est inutile d'aller plus loin, jamais, ne croyant point au système, ils ne croiront à
la résurrection d'Éléazar, racontée par Cérinthe. Et s'ils ne croient point à celle-
là, comment croiront-ils à celle de son beau-frère Bar-Jehoudda, quand on la
mettra dans l'Évangile, comme les synoptiseurs sont en train de le faire ?
Antipas n'a qu'un tort dans tout cela, c'est de ne pas avoir admis la suprématie
de Jacob sur Esaü, et celle de Juda sur ses onze frères. S'il avait admis ce
principe et résigné en faveur de Bar-Jehoudda, peut-être serait-il aujourd'hui où
est Éléazar. Pour le reste son raisonnement est irréprochable. Il demande un
signe, une résurrection, par exemple ; il voudrait voir un davidiste qui, sauvé de
la corruption par le baptême, descendrait en enfer pour y porter l'Évangile aux
autres morts. Désir absolument légitime, surtout énoncé devant des christiens
qui se disent en état d'administrer cette preuve par divers exemples dont le plus
célèbre est celui d'Éléazar. Si vraiment Éléazar est ressuscité conformément à
l'Apocalypse de son beau-frère, eh bien ! qu'il aille réveiller les autres morts et
qu'il les tire du Scheôl ! L'Évangéliste n'a pas osé, faire trancher la question par
Jésus lui-même. C'est Abraham qui répond pour lui. Rien à faire avec les morts
hérodiens, ils verraient qu'ils ne croiraient pas ! Et crussent-ils, ils ne paieraient
pas ! Travaillons avec les vivants qui croient sans voir, qui aiment mieux croire
que d'y aller voir et qui, — c'est tout ce qu'on leur demande, — paient
raisonnablement !

VII. — DÉGUISEMENT DU LIEU ET DE LA SCÈNE DU SACRE.

Grâce aux chiffres donnés par Cérinthe dans sa séméiologie du sacre, nous avons
pu rétablir la date à, laquelle Bar-Jehoudda se fit roi en Bathanée. Pour-donner le
change aux goym, les synoptiseurs de Luc ont fait de cet événement un épisode
sans caractère et qui se serait passé dans un village qui n'est plus bathanéen,
réservant le sacre pour les tout derniers jours de la logophanie.
Après avoir enlevé tout ce qui s'est passé dans la maison d'Eléazar, ainsi que la
livre de parfum et les trois cents deniers qui nous ont permis de fixer la date du
sacre, l'Evangéliste enlève à Salomé, en Evangile Myriam Magdaléenne, son titre
maternel et son rôle-Politique dans cette circonstance, de sorte qu'aujourd'hui
elle n'est plus que la sœur de Thamar, laquelle cesse d'être la femme d'Eléazar,
ressuscité par Jésus plusieurs jours avant le supplice de Bar-Jehoudda.. Avouez
que l'Evangéliste ne pouvait laisser en place la séméiologie du sacre.
LUC, X, 38. Or il arriva que, pendant qu'ils étaient en chemin, il
entra dans un village ; et une femme, nommée Marthe, le reçut
dans sa maison,
Laquelle était la maison de son mari, comme il appert de Cérinthe.
Ce village, dit l'Infaillible, était dans la partie méridionale de la Galilée, non loin
de Naïm. Selon Mgr Darboy, c'était Béthanie ; selon d'autres commentateurs
Marthe avait pour sœur Marie-Madeleine et pour frère Lazare ; ils appartenaient
à une famille considérable. Il semble que Marthe fut l'ainée, car elle est toujours
citée la première1 : c'est aussi à cause de cette qualité sans doute qu'on la voit
faire à Jésus-Christ les honneurs de la maison et déployer plus que personne les
sollicitudes de l'hospitalité. Sa sœur Marie était d'une nature moins agissante2.
On pense que Lazare, Marthe et Marie-Madeleine quittèrent la Galilée avec leur
maître et ami divin, et fixèrent leur séjour en Judée, non loin de Jérusalem. Il est
certain, dans tous les cas, qu'ils habitaient le bourg de Béthanie, à quinze stades
ou trois quarts de lieue de la Ville sainte, durant les six mois qui précédèrent la
mort du Sauveur.
39. Et celle-ci (Thamar) avait une sœur, nommée Myriam,
laquelle, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Thamar avait en effet une sœur appelée Salomé, et mariée à Cléopas, et il est
bien vrai que dans les Évangiles elle porte le même surnom, Myriam, que sa
mère. Mais c'est de celle-ci qu'il s'agit, et non de la femme de Cléopas. Au fond
tout le monde en convient.
40. Cependant Marthe s'occupait avec empressement des soins
nombreux du service ; elle s'arrêta, et dit : Seigneur, ne voyez-
vous pas que ma sœur me laisse servir seule ? dites-lui donc
qu'elle m'aide.
41. Mais le Seigneur, répondant, lui dit : Marthe, Marthe, vous
vous inquiétez et vous vous troublez de beaucoup de choses.
42. Or une seule chose est nécessaire. Myriam a choisi la
meilleure part qui ne lui sera pas ôtée.
Une seule chose était nécessaire en février 788 : mentir dans l'intérêt de Bar-
Jehoudda candidat à la Royauté universelle ; une seule chose est devenue
nécessaire avec le temps : mentir dans l'intérêt de l'Eglise. En disant que
Magdaléenne a choisi la meilleure part, ce n'est pas que le Seigneur voulût
blâmer Marthe, car elle eut aussi sa récompense, c'est-à-dire le don de la foi et
de la charité, mais il voulait recommander la noble occupation de Marie, qui a
tant d'influence sur les destinées de l'âme humaine. L'antiquité ecclésiastique a
toujours vu dans ces deux femmes le double symbole de la vie active et
répandue en bonnes œuvres, et de la vie contemplative et consumée en ardentes
prières.
L'antiquité ecclésiastique n'a jamais varié : elle a toujours su que la Myriam du
sacre était la mère de Bar-Jehoudda. En voici une nouvelle preuve.

VIII. — RÉMISSION DES PÉCHÉS DE LA FEMME AU CHRISME.

Dans Cérinthe Jésus pardonne à Bethsabée, sa grande aïeule selon le monde3,


bien qu'elle fût coupable d'adultère. Dans Luc, il pardonne à sa mère, bien que
celle-ci fût pécheresse d'une autre nature. Pénétrant chez un pharisien qu'on ne
nomme pas d'abord, un de ceux qui n'ont pas marché avec les davidistes en 788,

1 C'est le contraire dans l'habitude juive.


2 Moins agissante ! Une gaillarde qui, selon l'Eglise, avait sept diables au corps !
3 Cf. L'Évangile de Nessus.
il se met à table avec lui. Disons-le tout de suite, c'est Simon, père de Jehoudda
Is-Kérioth, un de ceux qui connurent et dénoncèrent l'imposture des vases que
Bar-Jehoudda disait avoir été enterrés par David au Garizim pour servir à sa
royale onction. Une femme qu'on ne nomme pas non plus — mais nous l'avons
vue dans Cérinthe avec la livre de parfums1 qu'Is-Kérioth estime plus de trois
cents deniers —, entre et recommence sur le revenant le chrisme qu'elle a fait en
788 sur son fils, au moyen du subterfuge dynastique dont nous avons parlé.
LUC, VII, 36. Or un des pharisiens le pria de manger avec lui.
Etant donc entré dans la maison du pharisien, il se mit à table.
37. Et voilà qu'une femme connue dans la ville pour une
pécheresse, ayant su qu'il était à table dans la maison du
pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfums ;
38. Et se tenant par derrière, à ses pieds, elle commença à les
arroser de ses larmes, et les essuyant avec ses cheveux, elle les
baisait et les oignait de parfums2.
39. Ce que voyant, le pharisien qui l'avait invité dit en lui-même :
Si celui-ci était prophète, il saurait certainement qui est et ce
qu'est la femme qui le touche : il saurait que c'est une
pécheresse.
Or Jésus est mieux qu'un prophète, il est le revenant de celui que la femme a
touché en 788, par conséquent il sait qui elle est et qui elle a oint ce jour-là.
40. Alors Jésus, prenant la parole, lui dit : Simon, j'ai quelque
chose à te dire. Il répondit : Maître, dites.
Le père d'Is-Kérioth était millénariste comme son fils, il ne commet aucune
hypocrisie en appelant Jésus : Maître. C'est ainsi que l'appelle Is-Kérioth lui-
même dans toutes les allégories faites sur lui. Jésus ne peut mieux reconnaître la
correction religieuse de cette famille qu'en acceptant à dîner chez le père, et plus
tard en invitant le fils à la pâque.
Is-Kérioth a défendu les intérêts de sa tribu qu'il jugeait compromis par la
prétentieuse incapacité de Bar-Jehoudda. Maintenant qu'ils sont morts tous les
deux, Bar-Jehoudda arrêté par Is-Kérioth, Is-Kérioth éventré par Shehimon, ils
sont quittes.
Jésus essaie de le démontrer dans une parabole fort obscure pour les goym,
mais fort claire pour les initiés.
41. Un créancier avait deux débiteurs ; l'un lui devait cinq cents
deniers, et l'autre cinquante.
42. Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur remit la dette à
tous deux. Lequel donc l'aime le plus ?
43. Simon répondit : Celui, je pense, à qui il a le plus remis.
Jésus lui dit : Tu as bien jugé.
Vous n'avez pas compris ? Voyons cependant, réfléchissez un peu. Le créancier,
c'est Dieu, invisible héros de plusieurs paraboles chiffrées ; tous les Juifs sont
ses débiteurs, mais dans une mesure inégale d'après le système de la

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Cf. L'Évangile de Nessus.
pécheresse. Bar-Jehoudda lui devait une somme de cinq chiffres que les
traducteurs font ici de cent deniers chacun, mais qu'il faut faire de cent décans
de deniers, chaque denier comptant pour un an dans la théorie millénariste. Le
denier compte pour un jour quand il est employé dans la figure de l'année, — la
séméiologie du sacre dans Cérinthe, par exemple, — mais il compte pour un
décan d'années, lorsqu'il est employé dans la figure de l'Æon ou Cycle millénaire.
Il faut donc multiplier cinq cents par dix.
500 * 10 = 5.000.
Vous obtenez ainsi cinq Millénia : autant que l'enfant-christ a de pains d'orge sur
le Thabor1, autant que la piscine de Siloé a de portiques2, autant que la
Samaritaine a de maris3, autant qu'il y a de vierges folles allant à la rencontre de
l'Époux4, autant qu'il y a de doubles bœufs dans la parabole5, autant qu'Antipas
a de frères désireux d'avoir l'eau d'Éléazar sur leur langue.
Ces cinq Millénia sont :
Le millénium Balance.
Le millénium Scorpion.
Le millénium Sagittaire.
Le millénium Zakhûri6.
Le millénium Zibdéos.
Tel était, moins cinquante ans, le passif des tribus, lorsque sous les traits de
Salomé, la Vierge donna naissance au Roi des Juifs. Qu'est-ce que devait à Dieu
Is-Kérioth, né simple citoyen d'une tribu, celle de Pan, en qui n'était pas la
promesse ? Is-Kérioth, c'est-à-dire Dan, n'était rien avant la naissance de Bar-
Jehoudda, il n'a eu part à l'héritage que dès ce jour-là. Combien s'est-il écoulé de
temps depuis la naissance Jusqu'au sacre ? Combien d'années avait Bar-
Jehoudda lorsqu'il a été crucifié ? Cinquante. Cinquante deniers d'un an, voilà
tout ce qu'Is-Kérioth devait à Dieu lorsqu'il a été éventré par Shehimon. Encore
ces deniers sont-ils pris sur le compte de Juda à qui Dan les doit. Pour la
vingtième fois voilà l'indication de l'âge du christ à sa mort : cinquante ans. Mais
celle-ci, plus Précise encore, montre qu'il les avait au sacre.
Que Simon pleure son fils en secret comme Salomé Pleure le sien, ce qu'il pleure,
c'est une vie d'homme écourtée par la vengeance de Shehimon ! Ce que pleure
Salomé, c'est tout le Royaume !
Une fois certain que Simon ne révélera pas le sens de la parabole, Jésus lui
envoie un paquet de reproches absolument immérités.
44. Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : Vois-tu cette
femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne n'as point donné
d'eau pour mes pieds ; elle, au contraire, les a arrosés de ses
larmes et les a essuyés avec ses cheveux.

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Cf. L'Évangile de Nessus.
3 Cf. L'Évangile de Nessus.
4 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
5 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
6 Nom chaldéen du Capricorne.
45. Tu ne m'as point donné de baiser1 ; mais elle, depuis qu'elle
est entrée n'a cessé de baiser mes pieds.
46. Tu ne m'as pas oint la tête d'huile ; mais elle a oint mes pieds
de parfums2.
47. C'est pourquoi je te dis : Beaucoup de péchés lui sont remis,
parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui l'on remet moins,
aime moins.
48. Alors il dit à cette femme : Vos péchés vous sont remis.
49. Ceux qui étaient à table avec lui commencèrent à dire en eux-
mêmes : Qui est celui-ci, qui remet même les péchés ?3
59. Mais Jésus dit à la femme : Votre foi vous a sauvée ; allez en
paix.
Pouvait-il faire pour Salomé moins que pour Bethsabée ; pour la mère coupable
seulement d'avoir trop aimé son fils, moins que pour l'aïeule coupable d'avoir
trop aimé David ?
Vous avez dû remarquer que toute la partie relative au rôle de la pécheresse
dans le sacre provenait de Cérinthe. Mais celui-ci ayant eu le tort de nommer
Myriam, pseudonyme de Salomé, comme étant la femme qui avait procédé au
chrisme chez Eléazar4, les synoptiseurs de Luc ont fait disparaître ce nom
malencontreux. Il en résulte que, si Jésus ne lui remet pas ses péchés dans une
autre circonstance, les Synoptisés vont finir sans que la reine-mère bénéficie,
sous son nom évangélique, du pardon qui lui est accordé ici anonymement. Cette
considération incite les synoptiseurs à la comprendre dans une grande tournée
de rémission, avec toutes les femmes qui, soit veuves, soit mariées, l'avaient
aidée dans son entreprise de la restauration davidique.
LUC, VIII, 1. Et il arriva ensuite que Jésus parcourait les villes et
les villages, prêchant et annonçant le Royaume de Dieu ; et les
douze étaient avec lui5,
2. Ainsi que quelques femmes, qu'il avait délivrées des esprits
malins et de leurs maladies : Myriam appelée Magdaléenne, de
laquelle sept démons étaient issus6 ;
3. Jeanne, femme de Chusa, intendant d'Hérode ; Suzanne7 et
beaucoup d'autres, qui l'assistaient de leurs biens.

1 Son fils répare cet oubli dans l'allégorie du Mont des Oliviers.
2 Selon la formule de Cérinthe. Cf. L'Évangile de Nessus.
3 Bar-Jehoudda les remettait bien !
4 Cf. L'Évangile de Nessus.
5 Jehoudda-Is-Kérioth est censé y être, puisqu'il est censé n'être pas chez son père
quand Jésus s'y attable !
6 Dans le sens de puissances. L'Église déshonore celle qu'elle appelle la mère de Dieu en
donnant un sens diffamatoire au mot daimonia.
7 Inconnue. La veuve de Jaïr peut-être.
IX. — QU'EST-CE QUE JÉSUS POUR ANTIPAS ET LES
HÉRODIENS ? JOANNÈS RESSUSCITÉ.

A travers la buée transparente des allégories, tout le monde continuait à voir


Joannès derrière Jésus. Les disciples de Jehoudda sont unanimes : Jésus, c'est
Joannès ressuscité. Jésus lui-même nous l'a dit : C'est Joannès qui, semblable à
Jonas, est ressuscité près trois jours et trois nuits. De son côté, qu'en pense
Hérode Antipas ? Ce qu'en pense Jésus.
Or Bar-Jehoudda ayant été condamné en partie pour avoir débauché les soldats
bathanéens d'Antipas, il fallait que celui-ci eût sinon vu Jésus, — c'était difficile,
— du moins entendu parler de ce miraculeux personnage. Autrement ils auraient
l'air de n'avoir existé ni l'un ni l'autre. Voici comment Antipas devient, au
troisième siècle environ, témoin de Jésus, et comment, au quatrième, il se résout
à décapiter Joannès pour que l'identité de celui-ci avec le crucifié de Pilatus
n'apparaisse plus.
MATTHIEU, XLV, 1. En ce temps-là Hérode le tétrarque apprit la
renommée de Jésus ;
9. Et il dit à ses serviteurs : Celui-ci est Ieou-Shanâ-os, le
baptiseur1, c'est lui-même qui est ressuscité des morts, et voilà
pourquoi des miracles s'opèrent par lui.
Dans Matthieu la décapitation de Joannès vient immédiatement après, mais sans
qu'Antipas déclare, comme dans Luc et dans Marc, qu'il y a procédé lui-même.
C'est donc le dispositif le plus ancien.
LUC, IX, 7. Cependant Hérode le tétrarque entendit parler de tout
ce que faisait Jésus ; et il ne savait que penser, parce qu'il était
dit
8. Par quelques-uns : Joannès est ressuscité d'entre les morts ;
par quelques autres : Elie est apparu ; et par d'autres : Un des
anciens prophètes est ressuscité.
9. Ainsi Hérode dit : [J'ai décapité Joannès.] Quel est donc celui-
ci, de qui j'entends dire moi-même de telles choses ? Et il
cherchait à le voir.
On confie à celui qui a été victime de la trahison de' Bar-Jehoudda le soin de
résumer l'opinion des christiens du troisième siècle sur ce qu'est Jésus en tant
qu'homme. Les gens renseignés disaient tous : Le revenant de Bar-Jehoudda.
Les mots : J'ai décapité Joannès, sont un retour manifeste des synoptiseurs dans
le texte primitif, et un retour fort mal placé, car le fait que Jésus est le revenant
du Joannès est constaté par tout le monde au verset 8, avant qu'Hérode ne dise
l'avoir décapité au verset 9. Ces trois mots sont la seule tentative que l'Eglise,
l'unique décapitrice du christ, ait faite pour synoptiser Luc à ce point de vue.
Ôtez ces trois mots, la vérité apparait aussi clairement que dans Cérinthe :
Jésus, c'est le Verbe juif dans le corps de Bar-Jehoudda.

1 Outos estin Iôannès o Battistès.


Quant au désir qu'exprime Antipas de voir le revenant du Joannès, nous avons
peine à le concevoir chez un homme qui, faute d'avoir vu la première
résurrection se produire à l'échéance, attend pour se convertir au Millénarisme,
qu'Eléazar ressuscité des morts et assumé bien avant Joannès, descende des
cieux pour le tirer des tourments infernaux. Comment Antipas peut-il Croire à la
résurrection de Joannès le 18 nisan 789, lui qui refuse de croire à celle d'Eléazar
advenue en 788, et à celle de Jacob junior advenue en 787 ?
Dans Marc et dans Matthieu, Antipas n'a aucunement cherché à voir Jésus : cet
homme n'a aucun goût. Celui qu'il cherchait à voir, après la journée des Porcs,
pour le tuer1, c'est Bar-Jehoudda.
Le dispositif le plus moderne est celui de Marc où les synoptiseurs tentent
d'établir par la décapitation de Joannès que Jésus est un personnage réel, et que
le ressuscité, c'est lui et non Joannès.
MARC, VI, 14. Or le roi Hérode entendit parler de Jésus (car son
nom s'était répandu), et il disait : C'est que Ieou-Shanâ-os le
baptiseur est ressuscité d'entre les morts, et c'est pour cela que
des miracles s'opèrent par lui.
15. Mais d'autres disaient : C'est Elie. Et d'autres : C'est un
prophète semblable à l'un des prophètes.
16. Ce qu'ayant entendu, Hérode dit : [Depuis que j'ai décapité
Ieou-Shanâ-os,] c'est celui-ci (Jésus) qui lui-même, est ressuscité
d'entre les morts2.
La fourberie des synoptiseurs se retourne immédiatement contre eux, car Jésus
ne peut être pris pour Joannès ressuscité qu'à la condition de lui être identique
en tout, d'avoir une tête sur les épaules d'abord, celle du Joannès, avec la même
voix, les mêmes traits, les mêmes yeux, le même nez, la même barbe et surtout
ces mêmes cheveux naziréens dont les sept touffes évoquent les sept jours de la
semaine3. II faut qu'il ait le même âge, la même mère, les mêmes frères et les
mêmes sœurs, qu'il habite la même maison, qu'il monte la même barque, qu'il
fasse et prêche les mêmes choses. Or il ne peut être Joannès ressuscité, puisque
celui-ci n'a été crucifié que le dernier jour de 788, et que dans la chronologie
ecclésiastique Jésus est crucifié depuis le dernier jour de 781 ! C'est donc par un
ressuscité qui n'est pas encore décapité, par un décapité qui n'est pas encore
ressuscité, que Jésus fait ses miracles. Dans la seconde hypothèse, Jésus opère
sans tête, et en ce cas comment Antipas peut-il reconnaître en lui Joannès ?
C'est donc un ressuscité qu'Hérode va décapiter, et il s'est écoulé assez de temps
entre cette résurrection et cette décapitation pour que, dans l'intervalle, Jésus
puisse opérer par lui des miracles empruntés à son système. Ô ma tête, ma tête

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Oti an egô apekephalisa Iôannèn, outos estin autos ègerthè ec necrôn. Phrase
embarrassée, toujours mal traduite et dans laquelle transpire le procédé employé par
l'Eglise pour substituer définitivement Jésus à Joannès. C'est parce que (c'est-à-dire
depuis que) l'Eglise a coupé la tête de Joannès, que Jésus est le ressuscité. Auparavant,
c'était Joannès. Le faussaire crée une relation de cause à effet entre la décapitation de
Joannès et l'existence charnelle du Jésus. Cette décapitation est faite pour démontrer
que Jésus a eu un corps personnel, crucifiable et crucifié.
3 Comme ceux de Samson. Cf. Le Gogotha.
! Mais voici l'enclouure : Joannès n'a fait aucun miracle1 ; c'est donc depuis la
résurrection du Joannès, le 18 nisan 789, que Jésus a fait les siens : or, selon
Luc, il est crucifié depuis la pâque de 782, date adoptée jusqu'au sixième Siècle
par toute l'Eglise. Exégètes, j'attends votre centaure avec angoisse. Et en
attendant, les hommes de bonne nue foi, malheureusement beaucoup plus rares,
conviendront que Jésus et ses miracles ne sont entrés dans l'Évangile que fort
longtemps après la crucifixion de Joannès. Mais sitôt qu'on eut pourvu à
l'Assomption de celui-ci, — ce fut, je pense, sous Hadrien, — et qu'on put dire où
il avait été inhumé, il se fit sur sa tombe2 des miracles éclatants à l'aide de
convulsionnaires et d'épileptiques.

X. — QU'EST-CE QUE JÉSUS POUR LES CHRISTIENS ?


JOANNÈS RESSUSCITÉ.

Cependant le moment approche où il va falloir que' Jésus monte à Jérusalem


pour y être crucifié dans la Personne de Bar-Jehoudda. Cela lui est absolument
Indifférent, puisqu'il connait l'imposture qui lui a permis tout à l'heure de
comparer le cas guol-goltesque du Joannès juif au cas sous-marin de son
homonyme ninivite, et qu'en sa qualité de Verbe, c'est lui qui a suggéré cette
similitude aux évangélistes. Mais avant de partir, il tient à régler le sort du christ
dans ce Second monde dont il vient de renouveler le cours aventureux. Il faut
absolument que ce scélérat juif soit promu en coéternel et consubstantiel au
Père, sans que les goym puissent reprendre un jour l'usage de leur raison.
MATTHIEU, XVI, 13. Or Jésus vint aux environs de Césarée de
Philippe, et il interrogeait ses disciples, disant : Quel est celui que
les hommes disent être le fils de l'homme ?
14. Ceux-ci répondirent, les uns : Ieou-Shanâ-os le baptiseur.
D'autres : Elie. D'autres : Jérémie, ou quelqu'un des prophètes.
MARC, VIII, 27. De là Jésus se rendit avec ses disciples dans les
villages de Césarée de Philippe ; en chemin il interrogeait ses
disciples, disant : Qui dit-on que je suis ?
28. Ils lui répondirent, disant : Ieou-Shanâ-os le baptiseur.
D'autres : Elie. D'autres : Comme un des prophètes.
LUC, IX, 18. Or il arriva que, comme il priait seul3, n'ayant avec
lui que ses disciples, il les interrogea, disant : Qui dit-on que je
suis ?
19. Ils lui répondirent et dirent : Ieou-Shanâ-os le baptiseur.
D'autres : Elie. D'autres : Un des anciens prophètes qui est
ressuscité.
C'est tout à fait cela : les christiens sont en parfais accord avec les Hérodiens ; et
cet accord, ils l'exprimaient dans les mêmes termes qu'Antipas. Jésus, pour ceux

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


2 Julien constate que c'est elle qui a donné le branle.
3 On supprime le renseignement topographique donné par Matthieu et par Marc.
qui connaissent l'économie de la fable, c'est le Joannès baptiseur revenant dans
son pays natal, revenu de quelques-unes de ses erreurs et innocent de tous ses
crimes. D'autres, non moins bien renseignés, voient en lui la figure d'Elie ; mais
Joannès est lui-même Elie. Cet autre, étant donné les nombreux emprunts faits à
leurs ouvrages, voit en lui l'un des grands prophètes.
Toutefois l'Evangéliste aurait pu se dispenser de dire que Joannès le baptiseur
passait pour être ressuscité, et que Jésus, de son côté, passait auprès des
christiens Pour être ce ressuscité-là. Il aurait d'autant mieux fait de s'en
dispenser, que la résurrection de Joannès était — Jésus vient de l'avouer — le
seul signe donné à la génération contemporaine de Kaïaphas et de Pontius
Pilatus. Car c'est comme s'il collait sur le dos de Jésus cette étiquette ; Celui-ci
est Bar-Jehoudda ressuscité.

XI. — CONCILE DE FAMILLE.

Puisque tous les Ischaïtes, Ebionites et Naziréens connaissent l'inexistence de


Jésus, il n'y a rien à faire avec ces gens-là. Jamais ils n'accepteront que Bar-
Jehoudda soit fait dieu après sa mort. Mais, devant les gogoym, il faut que ses
frères procèdent de son vivant même à cette apothéose. Personne n'est mieux
qualifié que Shehimon pour prendre une telle initiative, car il u été son
successeur éventuel au trône.
C'est vers lui que l'Eglise se tourna pour avoir satisfaction sur ce point, car elle
est revenue des prétentions de Clément. Il est entendu que Clément n'aura pas
été des douze et qu'il n'aura pas reposé sur le sein de Jésus pendant la Cène, on
a trouvé quelqu'un pour jouer le rôle1. On a également fait dire au Joannès dans
le Quatrième Evangile : Je ne suis pas le christ2, quoiqu'il remît les péchés dans
l'eau, pouvoir qui n'appartient qu'au christ.
MARC, VIII, 29. Alors il leur demanda : Mais vous, qui dites-vous
que je suis ? Pierre, prenant la parole, lui dit : Vous êtes le christ.
LUC, IX, 10. Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Simon
Pierre, répondant, dit : Le christ de Dieu.
MATTHIEU, XVI, 15. Jésus leur demanda : Et vous, qui dites-vous
que je suis ?
16. Prenant la parole, Simon Pierre dit : Vous êtes le christ, le Fils
du Dieu vivant.
Ceci n'est que dans Matthieu et a été ajouté après la consubstantialisation du
scélérat juif avec Dieu dans le Symbole des Apôtres. Le Dieu vivant, ç'avait été le
Fils de l'homme de l'Apocalypse. Mais par suite de la substitution de Bar-
Jehoudda à ce Fils de l'homme, celui-ci recule d'un ciel, il se place au troisième
d'où il déloge son Père, laissant le second au Juif qui, de cette façon, expulse à la
fois le Père et le Fils.

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Cf. L'Évangile de Nessus.
LUC, IX, 21. Mais il leur défendit, avec menace, de le dire à
personne.
MARC, VIII, 30. Et il leur défendit, avec menace, de le dire à
personne.
Cette défense est toute naturelle. Puisque pour ceux du dehors, comme dit Marc,
il est un être réel, à ceux du dedans (et quels ? ses frères !) il défend de dire que le
baptiseur est celui qui pour eux était le christ. Et comme ceux du dehors ne
connaissent pas l'identité charnelle du personnage, ils seront mis dedans. Il
appert de Matthieu que le coup a réussi. Sous le nom de Pierre, Shehimon est
devenu l’arbitre souverain dans les choses théologiques.
MATTHIEU, XVI, 17. Et Jésus, répondant, lui dit : Tu es heureux,
Simon, fils de Joannès1, car ni la chair ni le sang ne t'ont révélé
ceci, mais mon Père qui est dans les cieux.
18. Aussi, moi, je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre bâtirai
mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre
elle.
19. Et je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; et tout ce
que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux ; et tout ce
que tu délieras sur la terre, sera aussi délié dans les cieux.
20. Alors il commanda à ses disciples de ne dire à personne qu'il
était lui-même Jésus le christ.
Vous avez bien saisi, n'est-ce pas ? le mécanisme de ce nouveau mensonge.
Jésus, en sa qualité de Véridique, ne ment pas personnellement. Il fait mentir
Shehimon qui n'est pas responsable, étant mort depuis trois Siècles, et il le
félicite d'avoir menti en déclarant à ses contemporains que son frère aîné n'avait
pas été crucifié en 788 ; mais dans ces félicitations il laisse passer non pas
seulement le bout de l'oreille, mais la tête tout entière du père aux sept fils,
Joannès Ier, le grand Jehoudda de Gamala. Car qui avait révélé à Shehimon que
son frère était christ moyennant l'homologation du Verbe ? La chair et le sang de
David, dont ils étaient issus l'un et l'autre. Qui avait révélé à Shehimon
l'existence au ciel d'un Fils de l'homme qui n'est nullement le fils d'homme dont
on est entrain de faire un dieu ? Jésus lui-même, en tant que Verbe.
Jésus aime tant les vrais fils de Juda, comme ceux à qui il a affaire ici, qu'il
consent à collaborer au mensonge d'où sortira la jehouddolâtrie. Dans Cérinthe il
avait déjà collaboré avec Myriam Magdaléenne pour cacher l'enlèvement du
corps du crucifié au Guol-golta ; ici, il va plus loin, il accepte que le crucifié lui
soit substitué dans le ciel. Puisqu'il le faut, eh bien ! il lui laissera la place ! En
même temps il cessera d'être ; et il n'y aura plus que ce coquin comme Verbe.
C'est le plus beau change qui ait jamais été fait !
Toutefois Jésus n'a rien pu sans Shehimon qui a succédé à son frère dans
l'emploi de christ. Si Shehimon n'avait pas signé la substitution, tout échouait ;
Jésus aurait eu affaire ensuite à Ménahem qui aurait été moins accommodant.
C'est bien pour cela qu'il traite avec la Pierre !
En dehors du fameux calembour, Pierre et la pierre, sur lequel est fondée toute
l'Église catholique, il y a dans ce travail un passage tout à fait curieux et qui n'a

1 Ne jamais oublier que Bar-Jehoudda n'est que Joannès II.


jamais été bien compris, c'est celui où le faussaire dit : Les portes de l'enfer ne
prévaudront pas contre l'Eglise. Voici d'abord ce qu'en dit l'Infaillible : Les portes
de l'enfer, c'est-à-dire le palais, le royaume de l'enfer, l'enfer lui-même. Comme
partie principale d'un édifice, les portes sont mises pour le tout. On dit la Porte
Ottomane pour le royaume ottoman. Remarquez aussi que l'enfer est souvent
représenté dans l'Ecriture comme un palais ayant des verrous. Mais ce n'est pas
ce qu'a entendu dans son Apocalypse le Juif coéternel et consubstantiel au Père.
Ce Juif a entendu que le 15 nisan 789 Satan serait précipité dans l'abime où il
serait enfermé à clef pour mille ans1, après lesquels il briserait les portes de
l'enfer Pour tenter un dernier mais inutile assaut contre le Royaume des Juifs2,
dont la capitale serait depuis ces mille ans la Jérusalem d'or. Bar-Jehoudda est
censé avoir vaincu la mort, c'est-à-dire Satan, en 789. Mais l'avait-il vaincue
pour toujours, ou seulement pour la période millénaire commencée le 15 nisan ?
Voilà ce qu'on ignorait. Le mercanti qui a synoptisé Matthieu déclare que le
retour offensif de Satan n'est plus à craindre : l'Église ne lui ouvrira pas. Elle est
héritière de Simon le Corroyeur, lequel était lui-même héritier de l'homme à la
ceinture de cuir. Cette ceinture a la propriété de lier et de délier, vous l'avez vue
à l'œuvre, remettant ou retenant les péchés. Comme le dit très bien l'Infaillible,
les mots lier et délier sont synonymes d'ouvrir et de fermer, parce
qu'anciennement on ouvrait les portes en déliant la barre et on les fermait en la
liant.
Eh bien Pierre, fils de Joannès Ier, a ici les clefs en cuir de Gamala qu'avait
Joannès le baptiseur Nous sommes d'accord, c'est bien le baptiseur qui est
devenu Dieu. Et de son vivant déjà tous se demandaient en leur cœur si Joannès
ne serait pas le christ.
Mesdames et messieurs, vous venez d'assister au Concile de Nicée, il n'y en a
jamais eu d'autre. On -va maintenant pouvoir couper la tête du Joannès.

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Cf. Le Roi des Juifs.
VII. — LA TRANSFIGURATION.

I. — ORDRE DE PASSER DE BATHANÉE EN GALILÉE.

Jésus ordonne ensuite de passer de l'autre côté du lac, ce qui montre une fois de
plus que Kapharnahum était bien sur la rive orientale, du même côté que Gamala
où venait de se livrer la bataille entre Antipas et les Arabes. Cet ordre n'est que
dans Matthieu. Placé avant la Journée des Porcs, il doit se placer après. Le
revenant commande ce qu'il a commandé en 788, de passer sur la rive
occidentale et de traverser rapidement la Galilée.
MATTHIEU, VIII, 18. Or Jésus, voyant une grande foule autour de
lui, ordonna de passer à l'autre côté de la mer.
19. Alors un scribe, s'approchant, lui dit : Maître, je vous suivrai
partout où vous irez.
20. Et Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux
du ciel, des nids ; mais le fils de l'homme1 n'a pas où reposer sa
tête.
21. Un autre de ses disciples lui dit : Seigneur, permettez-moi
d'aller d'abord et d'ensevelir mon père.
22. Mais Jésus lui dit : Suis-moi, et laisse les morts ensevelir
leurs morts.
Cette parole est parfaitement à sa place ici, et si Eléazar avait eu un fils en âge
de combattre, elle lui conviendrait mieux qu'à tout autre. Aux Hérodiens, c'est-à-
dire ceux qui ne ressusciteront que pour con- naître la seconde mort, à ceux-là
d'ensevelir leurs morts. Quant au disciple, pourquoi se donner cette peine ? Dans
quelques jours, son père ressuscitera pour jamais. C'est en somme pour
confirmer cette doctrine, et peut-être ce propos, que dans Cérinthe Jésus se met
en marche afin de ressusciter Eléazar.
Dans Luc les synoptiseurs ont placé ce propos, avec quelques autres de même
farine, immédiatement après la déconfiture de Bar-Jehoudda en Samarie. Il fait à
cet endroit le plus singulier effet, quand on sait la panique qui s'empara de tous
ces preux devant la cavalerie de Pontius Pilatus.
LUC, IX, 57. Et il arriva, comme ils étaient en chemin, que
quelqu'un lui dit : Je vous suivrai partout où vous irez.
58. Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du
ciel des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête.
59. Mais il dit à un autre : Suis-moi. Celui-ci répondit : Seigneur,
permettez-moi d'aller et d'ensevelir mon père.
60. Et Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour
toi, va, et annonce le Royaume de Dieu.

1 Bar-Jehoudda traqué, et chassé de partout.


61. Un autre dit : Je vous suivrai, Seigneur ; mais permettez-moi
d'abord de renoncer à ce qui est dans ma maison.
62. Jésus lui répondit : Quiconque, ayant mis la main à la
charrue, regarde en arrière, n'est pas propre au Royaume de
Dieu.

II. — TRANSFIGURATION DE JOANNÈS EN JÉSUS.

La transfiguration de Bar-Jehoudda devait avoir lieu sur la montagne de Sion à la


vue de tous les Juifs. C'est là que le Fils de l'homme, descendant avec les Douze,
les Trente-six et les Cent quarante-quatre mille, le baptisait de feu, le
consubstantialisait avec lui et par conséquent avec le Père. Is-Kérioth ayant fait
échouer cette partie du programme aux environs de Lydda, les synoptiseurs
éprouvent le besoin de transfigurer Joannès en Jésus avant de l'engager sur la
route où l'attendait Pontius Pilatus le 14 nisan 788. Pour faire leur expérience ils
se contenteront de la première montagne venue, Pourvu que ce ne soit ni le
Garizim ni le Sôrtaba de fâcheuse mémoire, ni le Thabor sur lequel on ne peut
guères monter en ce moment, Antipas faisant bonne garde dans la plaine. On
croit communément, dit le Saint-Siège, que c'est le Thabor dans la Galilée. C'est
l'opinion qui a été soutenue par Eusèbe et S. Jérôme. Elle est néanmoins
aujourd'hui très contestée, parce que le Sauveur était précédemment fort loin du
Thabor, à Césarée de Philippe, et qu'après la Transfiguration les évangélistes
parlent de son retour en Galilée1 sans mentionner aucun voyage dans
l'intervalle. On pense donc que la montagne de la Transfiguration était située ;
plus au nord, et à l'est du Jourdain, mais sans pouvoir ; la déterminer d'une
manière précise.
MATTHIEU, XVII, 1. Six jours après...
MARC, IX, 1. Six jours après...
La Transfiguration a lieu six jours après quelque, chose que nous ne savons pas
et qui semble être la mort d'Éléazar. En tout cas, elle a lieu six jours avant la
pâque, car Cérinthe nous a dit qu'à cette date Bar-Jehoudda était encore au-delà
du Jourdain en Bathanée2. Ici se présente une grande difficulté d'exécution ! A
ce moment Bar-Jehoudda, vêtu de pourpre et couronné d'or, se disposait à
traverser la Galilée3. Jésus se substituant désormais au christ, il faut qu'il cesse
d'être ; rouge avant de franchir le Jourdain, car à l'état normal il est toujours
vêtu de lumière, c'est-à-dire blanc.
MARC, IX, 1. Jésus prit Pierre, Jacques et Ieou-Shanâ-os et il les
conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne, et il fut
transfiguré devant eux.
2. Ses vêtements devinrent resplendissants et très blancs comme
la neige, d'une blancheur telle qu'aucun foulon, sur ta terre, ne
pourrait l'égaler.

1 Matthieu, XVII, 21 ; Marc, IX, 29.


2 Cf. L'Evangile de Nessus.
3 Cf. Le Rois des Juifs.
MATTHIEU, XVII, 1. Jésus prit Pierre, Jacques et Ieou-Shanâ-os
son frère1, et les conduisit sur une haute montagne, à l'écart.
2. Et il fut transfiguré devant eux : sa face resplendit comme le
soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme neige.
On a modéré le ton descriptif dans Luc où l'on place la Transfiguration huit jours
environ après le Concile de Césarée.
LUC, IX, 28. Or il arriva (environ huit jours après qu'il eut dit ces
paroles), qu'il prit Pierre, Jacques et Ieou-Shanâ-os, et monta sur
la montagne pour prier.
29. Et, pendant qu'il priait, l'aspect de sa face devint tout autre2,
et son vêtement d'une éclatante blancheur.
MARC, IX, 3. Et Élie leur apparut avec Moïse ; et ils
s'entretenaient avec Jésus.
4. Alors, prenant la parole, Pierre dit à Jésus : Rabbi3, il nous est
bon d'être ici ; faisons trois tentes, une pour vous, une pour
Moïse, et une pour Élie.
5. Car il ne savait ce qu'il disait, parce qu'ils étaient saisis de
crainte.
MATTHIEU, XVII, 3. Et voilà que Moïse et Élie leur apparurent,
s'entretenant avec lui.
4. Or, prenant la parole, la Pierre dit à Jésus : Seigneur4, il nous
est bon d'être ici ; si vous voulez, faisons-y trois tentes, une pour
vous, une pour Moïse et une pour Élie.
Moise apparaît, parce que la Montagne est l'image de Celle où il a reçu de Dieu la
pierre sur les deux côtés eh laquelle l'Apocalypse juive était écrite. Élie apparaît
pour résigner en faveur de Joannès qui désormais le supplée. Shehimon propose
de demeurer là éternellement, parce qu'il est la figure de la Pierre apocalyptique.
Mais comme il a avec lui l'auteur de l'Apocalypse de Gamala, et Jacob junior, le
premier témoin qui ait versé son sang pour elle, c'est six tentes qu'il faudrait, si
Jésus ne faisait pas double emploi avec Joannès et que Moise fût présent avec
Elie. Mais, comme dit Marc5, la Pierre ne sait pas ce qu'il dit, étant donné la peur
qu'il a d'être jugé selon ses œuvres, peur partagée par ses deux frères.
Luc a senti le besoin de présenter le revenant de Bar-Jehoudda sous des
apparences plus assurées.
LUC, IX, 30. Et voilà que deux hommes s'entretenaient avec lui.
Or c'était Moïse et Elie,

1 On a enlevé les mots son frère dans Matthieu et dans Luc, à une époque où on ne
voulait plus avouer ce frère-là ni aucun autre.
2 Tout autre en effet. Il devient non pas bon, mais moins méchant ; non pas divin ni
même génial, mais moins bête.
3 Il y a Rabbi dans le texte.
4 Kurié. Les Paroles du Rabbi ont été traduites en grec sous le titre de Logia kuriou. Cf.
Les Évangiles de Satan, première partie.
5 Luc aussi, plus loin.
31. Paraissant en grande majesté ; et ils parlaient de sa fin1, qui
devait s'accomplir à Jérusalem.
32. Cependant Pierre et ceux qui se trouvaient avec loi, étaient
appesantis par le sommeil.
Shehimon, Jacob et Joannès ont d'heureuses dispositions pour le sommeil ; le
parti qu'ils en tirent ici fait bien augurer de celui qu'ils en tireront au Mont des
Oliviers. Ces dispositions sont confirmées par uns longue habitude, il y a bien
deux cents ans qu'ils sont morts !
MARC, IX, 6. Cependant il se fit une nuée qui les couvrit de son
ombre ; et il vint de la nuée une voix disant : Celui-ci est mon fils
bien-aimé ; écoutez-le.
MATTHIEU, XVII, 5. Il parlait encore, lorsqu'une nuée merveilleuse
les couvrit. Et voici une voix de la nuée, disant : Celui-ci est mon
fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances. Ecoutez-
le.
Dans ces paroles les disciples de l'Agneau reconnaissent une aimable
combinaison de ce que Dieu avait dit à Bar-Jehoudda par la colombe de
l'Apocalypse avec ce que Moïse avait dit du prophète semblable à lui et que tous
les Juifs devaient écouter comme lui-même ; ils se sont rapprochés.
6. Or les disciples, entendant cela, tombèrent sur leur face, et
furent saisis d'une frayeur extrême.
7. Mais Jésus s'approcha et les toucha ; et il leur dit : Levez-vous
et ne craignez point.
8. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus personne, si ce n'est
Jésus, seul.
MARC, IX, 7. Et aussitôt, regardant tout autour, ils ne virent plus
personne, si ce n'est Jésus seul avec eux.
Dans Luc Jésus ne touche pas les disciples, mais en voyant sa gloire ceux-ci se
réveillent.
LUC, IX, 32... Et, se réveillant, ils virent sa gloire, et les deux
hommes qui étaient avec lui.
33. Et il arriva que, lorsqu'ils le quittèrent, Pierre dit à Jésus :
Maître, il nous est bon d'être ici ; faisons trois entes, une pour
vous, une pour Moïse, et une pour Élie ; ne sachant ce qu'il disait.
Il est censé ne pas savoir ce qu'il dit, parlant en 788 ; mais il sait très bien ce
qu'il fait, parlant deux siècles après.
Il n'y a qu'une tente, qui les contient toutes ; c'est la tente de David, la tente fixe
qui doit couvrir le monde et remplacer toutes les tentes particulières. Vous vous
rappelez sans doute qu'en attendant la ceinture du frère Jacques, le pseudo-Paul
s'essaye à la confection et à la pose de cette tente chez les Corinthiens2.
Cependant, Moïse et Elie s'étant retirés, il reste deux tentes disponibles, en
dehors de la première qui est celle du Joannès transfiguré. La seconde sera pour

1 Ils n'en parlent ni dans Marc ni dans Matthieu.


2 Cf. Le Saint-Esprit.
le père des disciples, la troisième pour leur oncle, en conformité de l'Apocalypse
où ils sont dits les deux prophètes tri se tiennent devant Dieu1.
LUC, IX, 34. Comme il parlait ainsi, il se forma une nuée qui les
enveloppa de son ombre ; et les disciples furent saisis de frayeur
en les voyant entrer dans la nuée.
35. Et une voix vint de la nuée, disant : Celui-ci est mon fils bien-
aimé ; écoutez-le.
36. Et pendant que la voix parlait, Jésus se trouva seul. Mais,
gardant eux-mêmes le silence, ils ne dirent à personne, en ces
jours-là, rien de ce qu'ils avaient vu.
En ces jours-là, c'est-à-dire au mois de nisan 788, ile n'en dirent rien aux
disciples de leur père. De leur côté, ceux-ci n'en ont soufflé mot avant que
l'Evangéliste ne les ait tirés de leur sommeil.
MATTHIEU, XVII, 9. Et comme ils descendaient de la montagne,
Jésus leur commanda, disant : Ne parlez à personne de cette
vision, jusqu'à ce que le fils de l'homme ressuscite d'entre les
morts.
MARC, IX, 8. Mais lorsqu'ils descendaient de la montagne, il leur
commanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu,
jusqu'à ce que le fils de l'homme fût ressuscité d'entre les morts.
9. Et ils gardèrent cette parole en eux-mêmes, se demandant ce
que voulait dire : Jusqu'à ce qu'il fût ressuscité d'entre les morts.
10. Et ils l'interrogeaient, disant : Pourquoi donc les Pharisiens et
les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie vienne auparavant ?
11. Jésus, répondant, leur dit : Elle viendra auparavant, et
rétablira toutes choses ; et, comme il est écrit du fils de l'homme,
il faudra qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté avec mépris.
12. Mais je vous dis qu'Elie est déjà venu, et ils lui ont, fait tout
ce qu'ils ont voulu, ainsi qu'il est écrit de lui.
Oui, tant dans les auteurs profanes, comme Philon, Flavius Josèphe et Juste de
Tibériade, que dans les Écritures qu'on dira sacrées quand le mensonge y sera et
forme, on trouvait l'histoire de Bar-Jehoudda, avec cette seule différence que
dans les auteurs profanes il figurait sous son nom de circoncision, tandis que
dans les Écritures de Papias et consorts auxquelles renvoie l'Évangéliste il figurait
sous le nom de Joannès.
MATTHIEU, XVII, 10. Et les disciples l'interrogèrent, disant :
Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'auparavant Élie
vienne ?
11. Jésus, répondant, leur dit : Elie, en effet, doit venir, et il
rétablira toutes choses.
12. Mais je vous le dis : Elie est déjà venu, et ils ne sont point
connu, et ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu. C'est ainsi que le
Fils de l'homme lui-même1 doit être traité par eux.

1 Cf. Le Charpentier.
13. Alors les disciples comprirent qu'il leur avait parlé de Ieou-
Shanâ-os le baptiseur.
Voilà qui est entendu. On traitera Jésus exactement comme on a traité Joannès,
l'ombre comme on a traité le corps, et il ressuscitera, puisque tout le monde
convient que Joannès est ressuscité. Mais comme on lui fera en tout comme à
Joannès, c'est que celui-ci est mort crucifié et non décapité. Nous le savons
depuis longtemps, mais nous ne sommes pas fâchés de l'entendre dire par Jésus
lui-même. De plus nous apprenons de sa bouche qu'il n'a pas été victime
d'Hérodiade, mais condamné par les magistrats réunis en sanhédrin pour le
juger, ce qu'ils ont pu faire comme ils ont voulu, l'ayant condamné par
contumace. Enfin nous avons déjà vu que, s'il a été crucifié par les Romains,
c'est après leur avoir été livré par les sergents du Temple, et que par conséquent
Antipas ne l'a pas fait saisir chez lui pour lui trancher la tête, comme nous allons
le lui voir faire dans un instant.

III. — L'EXPLOITATION DU CADAVRE.

La Transfiguration n'est en somme que pour faciliter l'exploitation du cadavre de


Bar-Jehoudda. Le baptême ayant perdu tout crédit par l'indignité avérée de soit
auteur, on fonda la spéculation sur le cadavre du baptiseur transfiguré en
prophète de sa propre résurrection ; par conséquent en dieu. Il fallait pour cela
qu'il n'est pas été condamné par le sanhédrin le 5 adar 788 ; qu'il eût prévu,
prédit, annoncé sa livraison aux Romains ; que, loin de chercher à s'y soustraire,
il fût allé au-devant sans frémir, et que délibérément il eût fait le, sacrifice de sa
vie, mais dans une mesure diminuée aux yeux d'un observateur impartial par la
certitude d'une résurrection immédiate.
Pour être fixé sur la valeur de ce sacrifice rappelons-nous qu'a la date de sa
transfiguration, Bar-Jehoudda était condamné à mort depuis trente-quatre jours
sur le chef de trahison et de crimes publics2. Il y est fait, dans le premier
dispositif de l'Évangile, une allusion qui a été supprimée de l'arrangement
définitif.
Voici le dispositif ancien.
MARC, X, 32. Or ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem ;
Jésus marchait devant eux, et ils en étaient tout étonnés, et ils le
suivaient pleins de crainte. Et prenant encore à part les douze, il
commença à leur dire ce qui devait lui arriver :
33. Voilà que nous montons à Jérusalem, et le fils de l'homme
sera livré aux princes des prêtres, aux scribes et aux anciens ; ils
le condamneront à mort, et le livreront aux Gentils,
34. Et ils l'insulteront, cracheront sur lui, le flagelleront et le
tueront ; et le troisième jour, il ressuscitera.

1 Jésus ou le Dieu-Fils en forme d'homme, tel qu'il est défini par l'Apocalypse.
2 Cf. Le Roi des Juifs.
MATTHIEU, XX, 17. Or Jésus, montant à Jérusalem, prit à Part les
douze disciples et leur dit :
18. Voilà que nous montons à Jérusalem, et le fils de l'homme1
sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le
condamneront à mort.
19. Et ils le livreront aux Gentils pour être moqué et flagellé et
crucifié ; et le troisième jour il ressuscitera2.
Dans le dispositif qui suit on supprime le fait de la condamnation à mort
prononcée par le sanhédrin, et on prépare la combinaison dans laquelle Bar-
Jehoudda n'est condamné que le matin de sa crucifixion, sans preuves et même
sans instruction préalable.
MARC, VII, 31. Il commença en même temps à leur enseigner
qu'il fallait que le fils de l'homme souffrit beaucoup qu'il fût rejeté
par les anciens, par les princes des prêtres et par les scribes, qu'il
fût mis à mort, et qu'après trois joue il ressuscitât3.
LUC, IX, 22. Il ajouta : Il faut que le fils de l'homme souffre
beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, par les princes des
prêtres et par les scribes, qu'il soit mis à mort et qu'il ressuscite
le troisième jour.
MATTHIEU, XVI, 21. Dès lors Jésus commença à découvrir à ses
disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrit beaucoup
de la part des anciens, des scribes et à princes des prêtres ; qu'il
fût mis à mort, et que le troisième jour il ressuscitât.
22. Et, le prenant à part, Pierre se mit à le reprendre disant :
Dieu ne plaise, Seigneur ! cela ne vous arriver point.
23. Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : Retire-toi de moi,
Satan ; tu es un scandale pour moi, parce que t ne goûtes pas ce
qui est de Dieu, mais ce qui est de hommes.
MARC, VIII, 32. Et il en parlait ouvertement. Alors Pierre, le tirant
à part, commença à le reprendre.
33. Mais Jésus, se retournant et regardant ses disciples
gourmanda Pierre, disant : Retire-toi de moi, Satan parce que tu
ne goûtes pas ce qui est de Dieu, mais ce qu'est des hommes.
Shehimon est mort, crucifié comme son frère le christ, dans la poursuite du
Royaume de ce monde, et c'est Pourquoi Jésus le traite de Satan, car c'est à
Satan qu'appartiennent tous les royaumes de la terre, ainsi qu'il est dit au
chapitre des trois tentations4. Cet anathème entraînant celui de Bar-Jehoudda,
les synoptiseurs de Luc l'ont supprimé ; et comme ils sont en même temps les
auteurs des Actes des Apôtres, ils ont prêté à Pierre dans ce recueil un mot par

1 Le fils de l'homme qui s'appelait Jehoudda bar-Jehoudda, et non le Fils de l'homme-


Verbe de Dieu et créateur du monde. Celui-là, c'est Jésus qui en est l'image.
2 Modification faite par les synoptiseurs. Ce n'est pas le troisième Jour, c'est après trois
jours, par conséquent le quatrième. C'est le quatrième jour, en effet, que le corps de
Bar-Jehoudda fut enlevé du Guol-golta par ses parents.
3 Après trois jours, donc le quatrième.
4 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
où ils le relèvent de cette satanisation. Après s'être entendu dire par Jésus qu'il
ne goûtait pas ce qui est de Dieu, Mais ce qui est des hommes, Pierre proclame
aujourd'hui ce principe : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Jésus a
donc l'air de ne pas savoir ce qu'il dit. C'est qu'il est faillible, tandis que Pierre ne
doit pas l'être. Aussi est-on revenu sur le dispositif ancien Pour aller droit à
l'arrestation de Bar-Jehoudda sans passer par sa condamnation du 5 adar.
LUC, IX, 44. Et tous étaient fort étonnés de la grandeur de Dieu ;
et comme ils admiraient tout ce que faisait Jésus, il dit à ses
disciples : Mettez, vous autres, ces paroles dans vos cœurs : li
arrivera que le Fils de l'homme sera livré entre les mains des
hommes.
45. Mais eux n'entendaient pas cette parole ; elle était Voilée
pour eux, de sorte qu'ils ne la comprenaient point ; et ils
craignaient de l'interroger sur cette parole.
Pas un mot de sa condamnation.
MARC, IX, 29. Étant Partis de là, ils traversèrent la Galilée ; et il
ne voulait pas que personne le sût.
30. Cependant il instruisait ses disciples et leur disait : Le Fils de
l'homme sera livré entre les mains des hommes, et ils le tueront,
et, le troisième jour après sa mort, il ressuscitera.
31. Mais ils ne comprenaient point cette parole, et ils craignaient
de l'interroger1.
Pas un mot de sa condamnation.
MATTHIEU, XVII, 21. Or, tandis qu'ils se trouvaient en Galilée,
Jésus leur dit : Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains
des hommes ;
22. Et ils le tueront, et le troisième jour2 il ressuscitera. Et ils
furent extrêmement contristés.
Pas un mot de sa condamnation.
Voici maintenant le dispositif suprême. Depuis ceux que nous venons de voir, on
a travaillé le sujet, on a décidé que la mort de Bar-Jehoudda, faute d'avoir été
prédite par lui, l'aurait été par des prophètes dont o :1 ne peut fournir le nom,
par la bonne raison qu'ils n'existent pas. — Il a fallu torturer le second Isaïe pour
: appliquer au crucifié de Pilatus le passage qui s'appliquait au premier Isaïe3.

1 Ils font bien, car il lui serait difficile d'expliquer comment il se fait que les synoptiseurs
de Marc comptent trois jours entre sa mort (vendredi 16 nisan, deux ou trois heures
avant la fin de la journée) et son enlèvement du Guol-golta (dimanche 18, deux ou trois
heures après la fin du sabbat.) Ne jamais oublier que la journée juive commençait à six
heures du soir.
2 Rédaction moderne en contradiction avec le dispositif emprunté à Jonas par identité de
cas, et qui stipule le quatrième jour.
3 Les Actes des Apôtres le reconnaissent. Cf. Le Saint-Esprit.
LUC, XVIII, 31. Ensuite Jésus prit à part les douze1 et leur dit :
Voici que nous montons à Jérusalem, et que s'accomplira tout ce
qui a été écrit par les prophètes touchant le Fils de l'homme :
33. Car il sera livré aux Gentils, et raillé, et flagellé, et couvert de
crachats ;
33. Et après qu'ils l'auront flagellé, ils le feront mourir, et le
troisième jour il ressuscitera.
34. Mais ils ne comprirent rien de ces choses, et cette parole leur
était cachée : ainsi ils ne comprenaient, point ce qui leur était dit.
Ils n'en comprenaient pas un traitre mot, car il n'y a Pas une ligne dans tous les
prophètes qui n'annonce le règne éternel du Fils de l'homme ; comme dans la
Nativité selon ce même Luc, et vous savez assez par Cérinthe que le christ se
croyait immortel au moins Pour mille ans. Pour mettre ces paroles en harmonie
avec le dispositif nouveau dans lequel Jésus célèbre la Pâque (ce qui retarde la
crucifixion d'un jour), on lui fait dire qu'il ressuscitera le troisième jour, ce qui est
en opposition avec le dispositif cérinthien dans lequel il se Présente pour
ressusciter Bar-Jehoudda le quatrième Jour, et ne l'ayant pas trouvé au Guol-
golta, remet l'opération à plus tard.

IV. — PROTESTATIONS DE SALOMÉ AU NOM DE LA JUSTICE.

Ces arrangements si nouveaux, si peu prévus, inquiètent Salomé, parce qu'ils


préparent une injustice contre deux de ses fils au moins : Jacob junior, qui a été
martyr avant Bar-Jehoudda, et Ménahem, le seul qui soit entré dans le Temple
en qualité de roi-christ. Sort ce rapport, c'est le dernier qui a été le premier.
Sous le rapport du martyre, Bar-Jehoudda n'a été que le second et le voilà qui
passe sur le corps de Jacob !
MATTHIEU, IX, 20. Alors la mère des fils du Zibdéos s'approcha de
lui avec ses fils, l'adorant et lui demandait quelque chose.
Le Zibdéos ne figure pas dans cette scène, il est mort depuis 761. Il n'y a que sa
veuve avec ses fils, réduits à six par la lapidation de Jacob junior, mais ramenés
à sept par la résurrection de celui-ci. On ne dit nullement, comme aujourd'hui,
qu'ils ne fussent que deux, Joannès et Jacob senior. Au contraire, dans la
demande que Salomé se propose de faire à Jésus elle désigne Jacob junior2,
martyr en 787. Ce Jacob devrait être glorifié avant son aîné3, puisqu'il a été
martyr avant lui.
21. Jésus lui dit : Que voulez-vous ? Elle lui répondit : Ordonnez
que mes deux fils que voici soient assis, l'un à votre droite, l'autre
à votre gauche, dans votre royaume.

1 Et les soixante-douze, où sont-ils ? Mais où sont les Cent quarante-quatre mille ?


2 Elle les désigne du doigt.
3 La question d'identité est ici réglée par la chronologie. Nous nous sommes trompé
quand nous avons dit qu'il s'agissait de Jacob senior crucifié avec Shehimon en 802.
Diable ! Salomé est exigeante ! Et pourtant elle n'est que logique. Elle demande
que Jésus paie leur salaire aux deux fils de Jehoudda qui ont été martyrs en deçà
de l'échéance, du terme qui avait été assigné à la Régénération par leur père. Ce
qu'elle demande, c'est l'exécution de la promesse du Verbe, du serment d'Eloï,
de l'Eloï-Schabed que le Père a mis en elle1. Jésus lui a fait sept démons. Voici
les deux premiers martyrs de leur naziréat, que Jésus les paie !
Dans Matthieu l'intervention de Salomé est provoquée Pu un scrupule contraire à
l'intérêt de l'Eglise. Les synoptiseurs l'ont supprimée dans Marc ; ce sont les
deux intéressés qui posent eux-mêmes la question. Par conséquent Joannès, qui
est l'un deux, a encore toute sa tête.
MARC, X, 35. Alors s'approchèrent de lui Jacques et Ieou-Shanâ-
os, fils de Zibdéos, disant : Maître, nous voudrions que tout ce
que nous volis demanderons, vous le fissiez pour nous.
36. Mais il leur répondit : Que voulez-vous que je fasse pour vous
?
37. Et ils dirent : Accordez-nous que nous soyons assis l'un à
votre droite et l'autre à votre gauche, dans votre gloire.
Leur demande est absolument légitime, particulièrement celle de Jacob. Jacob
est le premier en droit : chronologiquement il a le pas sur son aîné, et pourtant
c'est celui-ci qui doit s'asseoir à la droite de Dieu, les Psaumes sont formels, et
Jésus va y faire une allusion prochaine dans les Evangiles qui règlent
protocolairement ce privilège. Comment trancher cette difficulté ?
38. Mais Jésus leur dit : Vous ne savez ce que vous baptisés :
pouvez-vous boire le calice que je bois, ou être baptisés du
baptême dont je suis baptisé ?
MATTHIEU, XX, 22. Mais, répondant, Jésus dit : Vous ne savez ce
que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je vais boire
?
MARC, X, 39. Ils lui répondirent : Nous le pouvons.
MATTHIEU, XX, 22. Ils lui répondirent : Nous le pouvons.
Joannès répond peut-être un peu trop tôt, mais Jacob est sûr de son fait depuis
plus d'un an.
MARC, X, 39. Mais Jésus leur dit : A la vérité, le calice que je bois,
vous le boirez, et vous serez baptisés du baptême dont je suis
baptisé ;
40. Mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne
m'appartient pas de vous l'accorder à vous, mais à ceux, qui il a
été préparé.
41. Or, entendant cela, les dix s'indignèrent contre Jacques et
Ieou-Shanâ-os.
MATTHIEU, XX, 23. Il leur dit : Vous boirez en effet mon calice ;
mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient

1 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.


pas de vous l'accorder à vous, mais à ceux qui mon Père l'a
préparé.
24. Or, entendant cela, les dix s'indignèrent contre les deux
frères.
Dans Matthieu les synoptiseurs ont supprimé le non' des deux intéressés, en
même temps qu'ils enlevaient une chose qui éclaire tout : le baptême dont Jésus
est baptisé par sa constitution même, c'est-à-dire le baptême d'Esprit-Saint qui
est le feu.
Jésus baptise de feu et d'Esprit-Saint, Joannès noue l'a dit au Jourdain. Il devait
baptiser les deux frères, c'est-à-dire se les consubstantialiser le 15 nisan 789.
Pour qu'ils puissent être l'un à sa droite, l'autre à se gauche, il faut que Jésus les
assume près de leur père, l'homme de lumière, comme dit Salomé dans les
Sagesses valentiniennes. Il vient de ressusciter Jacob, il peut donc l'assumer
quand il lui plaira, mais il lui est plus difficile de régulariser la situation de
Joannès qu'il n'a pas pu ressusciter en temps voulu, faute de l'avoir trouvé dans
le caveau du Guol-golta.
Les dix ont donc bien tort de se fâcher, car on ne sait si Jésus accorde ou refuse
ce que lui ont demandé Jacob et Bar-Jehoudda. Il semble toutefois qu'il le leur
accorde, sous réserve de l'approbation du Père, laissant aux anges le soin de les
placer dans les hiérarchies comme ils l'entendront.

V. — EXHORTATIONS À LA PAIX DANS L'INTÉRÊT DU


MENSONGE.

L'indignation des dix est fondée sur le droit des douze tribus à l'égalité de
traitement, droit qui avait été violé par celle de Juda et défendu par Is-Kérioth
pour celle de Dan. Les autres martyrs de la famille, Eléazar, Shehimon, Jacob
senior et Ménahem, font entendre également des réclamations fort vives dans
lesquelles Ils sont soutenus par les disciples. Car on les sacrifie tous à leur frère
aîné qui fut loin d'être brillant au Sôrtaba et ailleurs. L'Evangéliste a abusé de
ces dis-Pales de préséance, elles éclatent, jusque dans la Cène ! Jésus sent le
besoin d'y mettre un terme. Déjà dans Cérinthe il leur a expliqué les avantages
du silence1.
MATTHIEU, XX, 25. Mais Jésus les appela à lui, et leur dit : Vous
savez que les princes des nations les dominent, et que les grands
exercent la puissance sur elles.
26. Il n'en sera pas ainsi parmi vous, mais que celui qui voudra
être le plus grand parmi vous, soit votre serviteur ;
27. Et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera votre
esclave :
28. Comme le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi,
mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption d'un grand
nombre.

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


MARC, X, 42. Mais Jésus, les appelant, leur dit : Vous savez que
ceux qui passent pour régner sur les nations, les dominent, et
que leurs princes ont puissance sur elles.
43. Il n'en est pas ainsi parmi vous : mais quiconque voudra
devenir le plus grand, sera votre serviteur :
44. Et quiconque voudra être le premier parmi vous, sera le
serviteur de tous.
45. Car le Fils de l'homme même n'est pas venu pour être servi,
mais pour servir, et donner sa vie pour la rédemption d'un grand
nombre.
Is-Kérioth reçoit satisfaction, un peu tardivement toutefois et parce qu'il n'y a
pas moyen de faire autrement. Dan jugera sa tribu comme les autres, avait dit
Jacob dans son horoscope. — Soit, dit Jésus, mais alors ne vous disputez plus
devant les goym, et surtout n'allez pas leur raconter que celui d'entre vous qui
se disait christ a été crucifié la veille de la pâque claie laquelle je vais donner
mon corps et mon sang pour la rédemption d'un grand nombre. Vous croyez
peut-être que ce grand nombre est par nature exclusif de la totalité ? Sans doute
on peut l'entendre ainsi en arithmétique, mais il n'en est pas de même en
théologie, et l'Infaillible nous le fait observer judicieusement ! Un grand nombre,
dit-il, c'est-à-dire tous, tout le monde (ce qui constitue en effet un grand nombre),
comme l'explique saint Jean dans sa première Epitre (II, 2). On pourrait encore
entendre cette expression de ceux-là seulement qui, par leur foi et leur conduite
vraiment chrétienne, ont une part réelle aux mérites du Sauveur, mérites que les
autres ont involontairement refusé de s'appliquer.
Toutefois il est clair qu'à cet endroit l'Evangéliste ne songe qu'aux Juifs
jehouddolâtres. Qu'importe le rang assigné aux sept fils de Jehoudda dans ces
Ecritures ? L'essentiel est que les goym soient roulés.

VI. — DÉCAPITATION POSTCRUCIALE DU CHRIST.

Il y a d'ailleurs au point de vue psychologique un tournant difficile à passer, c'est


où Jésus, ayant accepté te rôle du christ, déclare qu'en conséquence il va lui
falloir aller à Jérusalem, être mis à mort et ressusciter le troisième jour. Il
devient impossible de laisser en place le christ historique, celui qui baptisait
encore au Jourdain sur la rive droite, car si Jésus passe sur la rive gauche,
Comme il y est obligé pour aller à Jérusalem, il va y avoir à vingt mètres de lui1
un autre christ en plein fonctionnement.
Les goym vont se demander comment il se fait que, de son vivant, tous les
disciples du Joannès abandonnent le baptiseur pour suivre un inconnu dont tout
le mérite est de le plagier sans vergogne. Il y aura là une situation inexplicable.
Empoignons ce christ baptiseur, tranchons-lui la tête : de cette manière il ne
réclamera pas, et on ne s'étonnera plus que ses disciples, après l'avoir
convenablement inhumé, aient adopté un autre Maître.

1 Dans sa plus grande largeur le Jourdain n'a que vingt mètres.


Du reste, si d'ici au 14 nisan l'Eglise n'a pas coupé le cou du Juif coéternel et
consubstantiel au Père, les goym vont le retrouver la tête sur le sein de Jésus
pendant la Cène, et alors à quoi servira que Clément déclare avoir occupé cette
position privilégiée ?
Nous avons démontré si clairement l'imposture monstrueuse de la décapitation1,
que nous nous bornons ici à reproduire sans commentaires le texte des
synoptiseurs dans Marc et dans Matthieu.
C'est le nœud de la fourberie ecclésiastique. La fable reposait sur un
dédoublement de personne qui permettait de substituer tantôt Jésus à Joannès
tantôt Joannès à Jésus. Mais sur leur identité charnelle il n'y avait qu'une voix,
on ne différait que sur le moment précis auquel Jésus y mettait un terme. Pour
les uns il s'échappait de l'homme immédiatement après les baptêmes ; pour les
autres, au moment de l'arrestation ; pour d'autres encore, avant l'interrogatoire
par Pilatus ; pour d'autres encore avant la crucifixion. Ce dernier dispositif est
celui du Quatrième Evangile. Personne, parmi les lecteurs et surtout parmi les
auteurs de la fable, n'avait prétendu dire qu'il eût existé, à côté de Joannès, un
second individu nommé Jésus. Non, personne jusqu'au quatrième siècle, quoi
que vous puissiez lire aujourd'hui dans les pseudo-Justin, les faux Tertullien, les
faux Origène et toute la série des faux Grands-Pères que l'Eglise s'est donnés.
Papias, Cérinthe, Valentin, Ptolémée-Luc et tous les arrangeurs valentiniens du
Quatrième Evangile sont morts sans avoir entendu dire que Bar-Jehoudda eût
été décapité ; les auteurs des Lettres de Paul et des Actes des Apôtres sont
morts sans avoir connu cette nouvelle. Clément de Rome, successeur de Pierre,
est mort sans avoir appris que Bar-Jehoudda eût été décapité ; mieux que cela, il
s'est attribué sa tête pour reposer sur le sein de Jésus au banquet de rémission.
A quel moment intercaler ce faux dans l'Evangile ? Il n'y en a qu'un seul, celui où
dans l'histoire le roi-christ marche sur la Ville Sainte à travers la Samarie —
observation faite que le revenant s'est abstenu d'aller jusqu'ici à Jérusalem pour
ne pas se colleter dans les rues avec lui-même.
MATTHIEU, XIV, 3. Car Hérode s'était saisi de Ieou-Shanâ-os2,
l'avait chargé de fers et jeté en prison, à cause d'Hérodiade ;
femme de Philippe son frère.
4. Car Ieou-Shanâ-os lui disait : Il ne t'est pas permis de l'avoir.
5. Et voulant le faire mourir, il craignit le peuple, qui le tenait
pour prophète.
6. Or au jour de la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodiade dansa
au milieu de sa cour, et plut à Hérode.
7. D'où il lui promit, avec serment, de lui donner ce qu'elle lui
demanderait.

1 Cf. Les Marchands de Christ.


Ce n'était pas la première fois qu'embarrassée par les dépositions de l'histoire, l'Eglise
coupait la tête d'un crucifié. Elle avait déjà dans les Actes coupé celle de Jacob senior
crucifié avec Shehimon en 802. Cf. Le Saint Esprit.
2 Il l'avait envoyé prendre, lit-on dans Marc. Le pape qui a fabriqué ce récit aurait bien
pu y mettre plus de soin. S'il dit mieux connu ses Evangiles, il y aurait vu que le
baptiseur avait été livré.
8. Mais elle, instruite à l'avance par sa mère : Donnez-moi, dit-
elle, ici, dans un bassin, la tête de Ieou-Shanâ-os baptiseur.
9. Et le roi fut contristé ; cependant, à cause du serment et de
ceux qui étaient à table avec lui, il commanda qu'on la lui donnât.
10. Et il envoya décapiter Ieou-Shana-os dans la prison.
11. Et sa tête fut apportée dans un bassin, et donnée à la jeune
fille, qui la porta à sa mère.
12. Or ses disciples, étant venus, prirent son corps et
l'ensevelirent ; puis ils vinrent l'annoncer à Jésus.
LUC, VI, 17. Car Hérode lui-même avait envoyé prendre Ieou-
Shana-os et l'avait retenu, chargé de fers, en prison, à cause
d'Hérodiade, qu'il avait épousée, quoique femme de Philippe son
frère :
18. Parce que Ieou-Shanâ-os disait à Hérode : Il ne t'est pas
permis d'avoir la femme de ton frère.
19. Or Hérodiade lui tendait des pièges, et voulait le faire périr ;
mais elle ne le pouvait pas.
20. Hérode, en effet craignait Ieou-Schanâ-os, sachant que c'était
un homme juste et saint : il le protégeait, faisait beaucoup de
choses d'après ses avis, et l'écoutait volontiers.
21. Mais un jour opportun arriva, le jour de la naissance
d'Hérode, où il fit un festin aux grands de sa cour, et aux
chiliarques, et aux principaux de la Galilée.
22. Or la fille d'Hérodiade même étant entrée, et ayant dansé et
plu à Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui, le roi dit à la
jeune fille : Demandez ce que vous voudrez, et je vous le
donnerai.
23. Et il lui jura, disant : Tout ce que vous demanderez, je vous le
donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume.
24. Lorsqu'elle fut sortie, elle dit à sa mère : Que demanderai-je ?
Et sa mère répondit : La tête de Ieou-Shanâ-os Baptiseur.
25. Aussitôt, s'étant rendue en grande hâte près du roi, elle fit sa
demande, disant : Je veux que vous me donniez à l'instant, dans
un bassin, la tête de Ieou-Shanâ-os Baptiseur.
26. Le roi fut contristé ; cependant, à cause de son serinent, et à
cause de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas la
contrarier.
27. Aussi, ayant envoyé l'un de ses gardes, il lui ordonna
d'apporter la tête de Ieou-Shanâ-os dans un bassin. Et le garde le
décapita dans la prison ;
28. Et, apportant sa tête dans un bassin, il la donna à la jeune
fille, et la jeune fille la donna à sa mère.
29. Ce qu'ayant appris, ses disciples vinrent, prirent son corps, et
le déposèrent dans un tombeau.
Ce faux change quatre choses, outre l'identité du baptiseur avec le christ le fait
de la condamnation par le sanhédrin, le motif, le genre de la peine et le lieu où
elle fut appliquée. On y gagne ceci qu'à part le genre de supplice et l'endroit de
l'exécution, le Joannès meurt bien de la vengeance des t'érodes, mais sans avoir
été condamné par le sanhédrin pour trahison et crimes publics. Au contraire, il
est victime de la rigidité de ses mœurs et plus encore de la pureté de ses
origines qui lui permettent (à lui que le Talmud poursuit de ses calomnies jusqu'à
l'appeler Ben-Sotada !) de donner des consultations à ses ennemis sur la validité
des mariages.

C'est l'Eglise qui, doublant d'une honteuse supercherie l'artifice parfaitement


régulier des fabulistes, u fabriqué l'individualité physique de Jésus, l'a fait vivre
d'une vie propre et distincte, parallèlement à Joannès qu'elle a décapité dans le
tombeau trois cents ans après Tibère, pour débarrasser Jésus de l'exécrable
mémoire qu'avait laissée le christ. Cette manœuvre fut celle de la dernière
heure. On put alors se présenter devant les païens avec le corps de Jésus, et
soutenir que le christ n'était pas aussi juif qu'il en avait la marque, l'air et la
chanson. En même temps on commença à cacher l'âge de l'Apocalypse, en disant
qu'elle était postérieure d'un demi-siècle à Tibère, — Tibère datant l'Évangile, —
et qu'au surplus elle était l'œuvre d'un homme appelée il est vrai, Joannès
comme le Baptiseur, mais qui, loin d'être mort sous Tibère, vivait encore sous
Trajan et offrait l'avantage énorme d'avoir été le disciple préféré de Jésus.
L'Apocalypse qui témoignait si fort contre Jésus en chair, devenait ainsi la preuve
de son existence !
En créant le mythe national de Jésus, les Juifs davidistes ont appliqué la loi du
genre. Certains mène ont pu y être trompés, lorsque la clef de l'allégorie fut
perdue. Mais l'Eglise, dans Matthieu et dans Marc, a se ce qu'elle faisait
lorsqu'elle a décollé à l'âge de trente ans l'homme qui pendant plus de deux
siècles mourait sur la croix à l'âge de cinquante. Elle a trompé, avec l'intention
de tromper, elle a menti sciemment, elle a blasphémé Dieu par spéculation, dans
un intérêt eu' gent et d'usurpation. Jusque-là les efforts impies qu'elle avait faits
pour imposer le nouveau Dieu à l'ignorance humaine, s'étaient brisés contre la
révolte des gens honnêtes et instruits qui dénonçaient la fourberie e criaient :
Halte-là ! Pour l'honneur de Dieu, ne proposez point un Juif imposteur et criminel
à l'adoration des hommes !
C'est surtout par l'enquête de Julien qu'on vit combien l'individu qui s'était dit
christ dans son Apocalypse était compromettant pour Jésus. L'Eglise avait eu
beau faire baptiser Jésus par Joannès, et essayer de démontrer qu'il y avait eu
deux personnes au Jourdain, Puisque, mise en prison, l'une envoie une
ambassade à l'autre. — Nenni, répondaient les gens un peu au courant, et
d'ailleurs y en eût-il eu deux, que Joannès n'eût jamais voulu reconnaître d'autre
christ que lui ! Le seul moyen de parer cette botte, c'était de décoller Joannès
immédiatement après l'ambassade, et de le faire enterrer profondément par ses
disciples. C'était très facile. Encore fallut-il attendre que la dépouille du christ,
déposée à Machéron, fût déterrée et donnée aux chiens dans une émotion
populaire1, afin que, lien ne restant plus de lui, pas même ses os, on pût
soutenir bans réplique possible qu'il était mort non sur la croix, mais décapité. La

1 En 362 de l'E. C. Cf. Les Marchands de Christ.


décollation de Joannès ne peut donc avoir été décidée qu'après Julien ; encore
n'a-t-on osé l'introduire que dans deux Evangiles sur quatre.
Quant à Jésus il prend les choses avec une philosophie inaltérable, il ne croit pas
pouvoir célébrer cette décapitation postcruciale autrement que par une partie de
bateau !
MATTHIEU, XIV, 13. Ce que Jésus ayant entendu, il partit de là
dans une barque pour se retirer à l'écart en un lieu désert ; mais
le peuple, l'ayant su, le suivit à pied des villes.
14. Et comme il sortait de la barque, il vit une grande foule, et il
eut pitié d'eux, et il guérit leurs malades.

VII. — LE REVENANT EN SAMARIE.

Dans Matthieu et dans Marc les synoptiseurs s'arrangent de manière que Jésus
arrive aux confins de la Judée sans être passé par la Samarie. Selon
l'interprétation du Saint-Siège, il part de Kapharnahum, — Cérinthe fait partir
Bar-Jehoudda de Bathanée six jours avant la pâque, — et se dirige vers
Jérusalem par la Pérée, à l'est du Jourdain, pour ne pas traverser la Samarie,
pays hostile aux Juifs. Mais nous savons par Flavius Josèphe qu'il s'est jeté en
Samarie avec sa bande. Nous allons avoir confirmation de ce fait par Luc, et nous
savions déjà par Cérinthe qu'il avait négocié avec les Samaritains en 7851, dans
l'espoir qu'ils lui livreraient passage et s'assembleraient sur la Garizim, d'où il les
conduirait à l'assaut de Jérusalem.
MARC, X, 1. Partant de là, il vint aux confins de la Judée, au-delà
du Jourdain2 ; et le peuple s'assembla de nouveau près de lui, et,
selon sa coutume, il recommença à les instruire.
MATTHIEU, XIX, 1. Or il arriva que, lorsque Jésus eut achevé ses
discours, il partit de Galilée et vint aux confins de la Judée, au
delà du Jourdain ;
2. Et de grandes troupes le suivirent, et il les guérit.
Ces grandes troupes, ce sont les cent quarante-quatre mille anges de soixante-
douze mètres de haut. Mais la statistique officielle les réduit à environ huit cents
hommes beaucoup plus habitués à montrer leur derrière que leur devant.
Luc est le seul dans lequel on évoque la déconfiture du roi des Juifs en Samarie
et l'arrestation qui s'ensuivit à Lydda.
LUC, IX, 51. Or il arriva que, quand les jours où il fut pris3
s'accomplissaient, il fixa son visage pour aller à Jérusalem.

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


2 En partant de l'Orient.
3 Tâs émeras tès analépseôs autou, les jours de sa prise, de son arrestation. On traduit
analèpsis par assomption (M. Ledrain) ou par ascension (le Saint-Siège) ; mais il n'est
nullement question ici de ce genre d'analepse. L'analépsis de Bar-Jehoudda, c'est
proprement l'action d'avoir été pris pendant sa fuite ; et les jours de cette action, le sont
les 12 et 13 nisan. Il est impossible de traduire autrement le passif d'analambanô.
52. Il envoya donc devant lui des messagers, qui, étant partis,
entrèrent dans une ville des Samaritains, pour lui préparer un
logement.
53. Mais il ne fut pas reçu, parce que son visage était celui de
quelqu'un allant à Jérusalem.
L'attitude des Samaritains, qui ont demandé du secours à Pilatus contre
l'envahisseur, a le don d'irriter les ombres vengeresses des deux Boanerguès1
qui ont le plus souffert de leur hostilité : Jacob junior à l'Haggan-Aïn en 787, Bar-
Jehoudda à Sichar le 12 nisan 788. L'esprit dont ils sont, l'esprit qu'ils avaient en
leur vivant, et dans lequel ils espéraient être confirmés à la Grande pâque les
ramène aux seules idées dont ils fussent Capables, les idées de malédiction,
caractérisées par l'incendie des villages réfractaires au rétablissement de la
monarchie davidique.
54. Ce qu'ayant vu, ses disciples Jacques et Ieou-Shanâ-os dirent
: Seigneur, voulez-vous que nous disions que le feu descende du
ciel, et les consume ?
55. Mais se tournant, il les gourmanda, disant : Vous ne savez
pas de quel esprit vous êtes.
56. Le Fils de l'homme n'est pas venu perdre les vies, mais les
sauver. Et ils s'en allèrent dans un autre village.
Ce village, on le sait, c'est celui du Sôrtaba2 devant lequel Bar-Jehoudda mit le
siège.
A cet endroit les synoptiseurs de Lue ont placé la scène où Jésus tranche du
matamore devant les disciples affolés de peur. Ce petit rideau a pour but de
masquer l'issue de l'opération. Malgré tout, c'est à qui parmi les disciples de
Jésus trouvera un prétexte pour ne pas aller plus loin. Sans avoir le temps
d'enterrer leurs morts, ils sont retournés en arrière, sauf Bar Jehoudda quia
marché en avant, mais dans la direction de l'ouest, opposée à celle que va
prendre Jésus pour dépister le hideux goy. Une des conséquences de la '
Transfiguration est que Jésus se rend à Jérusalem par Jéricho, qui est à
l'opposite oriental de Lydda où Bar-Jehoudda fut pris. Il en résulte qu'il sera
arrêté au Mont des Oliviers où, de son côté, Is-Kérioth, enveloppé dans la même
parallèle, sera transporté en ternie voulu.

VIII. — LA JOURNÉE DU 12 NISAN.

LUC, XIII, 31. Ce même jour, quelques-uns des pharisiens


s'approchèrent, disant : Allez-vous-en, retirez-vous d'ici : car
Hérode veut vous faire mourir.
A la condition de le prendre !

Analambanomai, c'est être pris. Et quand les Évangélistes entendent que cette action se
produit dans le sens de la terre au ciel, ils l'indiquent en ajoutant eis tón ouranon.
1 Fils du tonnerre.
2 Cf. Le Roi des Juifs.
Tandis qu'il fuyait devant Pilatus, Antipas le faisait Poursuivre par Saül, à qui
Shehimon, soit dans la rencontre de Lydda, soit auparavant, enlevait l'oreille
droite d'un coup d'épée1. Jésus qui est décidé à la lui remettre dans trois jours
au Mont des Oliviers, — il aime encore mieux cela que de voir Flavius Josèphe
Protester contre cet itinéraire ! — Jésus poursuit son Chemin vers Jéricho avec la
certitude de n'être arrêté ni Crucifié par personne.
32. Et il leur dit : Allez, et dites à ce renard : Voilà que je chasse
les démons et guéris les malades aujourd'hui et demain, et c'est
le troisième jour que je dois être consommé.
33. Cependant il faut que je marche aujourd'hui et demain, et le
jour suivant, parce qu'il ne peut se faire qu'un prophète périsse
hors de Jérusalem.
Il s'est donc écoulé trois jours, les 12, 13 et 14 nisan, entre la fuite du roi des
Juifs au Sôrtaba et sa crucifixion au Guol-golta. C'est le second jour, 13, qu'il fut
arrêté à Lydda par Is-Kérioth.
34. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides
ceux qui te sont envoyés2, combien de fois ai-je voulu rassembler
tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses
ailes, et tu ne l'as point voulu !
MATTHIEU, XXIII, 37. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les
prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-
je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses
petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu !
Le Saint-Siège en substituant le mot oiseau3 au mot poule, détruit tout le sens
de l'allégorie préparée par le nom de renard appliqué à Antipas qui avait fait son
terrier en Galilée, d'où il courait la poule davidique jusqu'à Gamala. Jésus envoie
un souvenir en passant au coq tué dans le Temple en 761, et à l'un des poussins
lapidé par le prince Saül en 787. Mais Jérusalem en a été punie, ainsi que de
toutes les exécutions q ont suivi !
LUC, XIII, 35. Voici que votre maison vous sera laissée déserte4.
Je vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu'à ce qu'il arrive que
vous disiez : Béni celui qui vient au nom du Seigneur !
MATTHIEU, XXIII, 38. Voilà que votre maison vous sera laissée
déserte.
39. Car je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce que
vous disiez : Béni celui qui vient au nom du Seigneur.

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Jacob junior lapidé par Saül.
3 Dans Luc.
4 Emprunté par le scribe aux Psaumes. Il s'agit ici du Temple dont les Romains ont
enlevé la table aux douze pains et le chandelier à sept branches.
IX. — LE MASSACRE DES GALILÉENS DANS LE TEMPLE LE 14
NISAN.

Le passage suivant, un des plus curieux, n'est que dans Luc. Il a trait à deux
circonstances historiques dont nous avons parlé et qui embrassent un intervalle
de trente-et-un ans ou de trente-cinq : le massacre des Partisans de Bar-
Jehoudda dans le Temple le 14 nisan 788 an moment où ils sacrifiaient l'agneau
pour la pâque du soir1 ; l'écrasement des derniers fidèles de Ménahem, soit en
819 dans l'Ophlas, soit en 823 à la fontaine de Siloé2.
LUC, XIII, 1. En ce même temps, quelques-uns vinrent lui
annoncer ce qui s'était passé touchant les Galiléens dont Pilatus
avait mêlé le sang à leurs sacrifices.
2. Et. Jésus, répondant, leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens
fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu'ils
ont souffert de telles choses ?
3. Non, je vous le dis ; mais si vous ne faites pénitence, vous
périrez tous de la même manière.
4. Comme ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé, et qu'elle
tua, croyez-vous qu'ils fussent plus condamnables que tous les
autres habitants de Jérusalem ?
5. Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous
périrez tous de la même manière.
Nous avons fourni tous les éclaircissements possibles sur ces deux événements,
nous n'y revenons pas. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que le revenant de Bar-
Jehoudda ait appris l'entrée de Pilatus dans le Temple le 14 nisan 788. Revenant
au troisième ou au quatrième siècle, il a eu plusieurs années jubilaires derrière
lui pour enrichir, en ouvrant Philon et Josèphe au bon endroit, le bagage de ses
connaissances historiques. Mais depuis que l'Église fait mourir Bar-Jehoudda sept
ans avant la date réelle, son revenant ne fait plus d'histoire, il fait de la
divination !

X. — JOSEPH L'HARAMATHAS3 PURIFIÉ.

Luc est également le seul qui mette en scène, et à deux reprises, un Samaritain
anonyme dont l'attitude envers Jésus contraste d'une singulière façon avec le
malveillance des Juifs de Samarie. Quel peut être ce Samaritain ?
LUC, XVII, 11. Et il arriva qu'en allant à Jérusalem, il traversait le
pays de Samarie (et la Galilée)4.

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Cf. Le Gogotha.
3 Le fossoyeur du Guol-golta, Cf. Les Marchande de Christ.
4 Il y a interversion. La Galilée vient avant la Samarie.
12. Et comme il entrait dans un village, il rencontra dix lépreux,
qui s'arrêtèrent loin de lui.
Il leur était défendu de s'approcher des personnes, fortiori des personnes royales
et naziréées comme était Bar-Jehoudda.
13. Et ils élevèrent la voix, disant : Jésus, maître, ayez pitié de
nous.
14. Dès que Jésus les vit, il dit : Allez, montrez-vous aux
prêtres1. Et il arriva, pendant qu'ils y allaient, qu'ils furent
purifiés2.
15. Un d'eux, se voyant purifié, revint sur ses pas, glorifiant Dieu
à haute voix ;
16. Et il tomba sur sa face aux pieds de Jésus, lui rendant grâces
; or celui-ci était Samaritain3.
17. Alors Jésus, prenant la parole, dit : Est-ce que les dix n'ont
pas été purifiés ? et les neuf autres, où sont-ils ?
18. Il ne s'en est point trouvé qui revint et rendit gloire à Dieu, si
ce n'est cet étranger !
19. Et il lui dit : Lève-toi, va ; ta foi t'a sauvé !
Ce Samaritain était, il n'y a qu'un instant, aussi lépreux que les neuf Juifs qui
sont avec lui, mais les neuf Juifs appartiennent au dernier décan de la quarante-
neuvième année, l'année proto-jubilaire qui a vu la crucifixion, tandis que le
Samaritain appartient au Premier décan de l'année jubilaire qui a vu la
résurrection. En une circonstance que l'Evangéliste nous laisse le soin de deviner
il a permis que la loi de naziréat fût respectée, et que l'homme dont Jésus est le
revenant sur terre eût une sépulture honorable. L'Haramathas était donc
Samaritain ? Le nom d'étranger qu'on lui dorme ici et l'emploi sinistre qu'il
exerçait nous avaient Porté à le croire. Mais les deux paraboles qui le réhabilitent
nous en apportent la preuve. Neuf Juifs de Samarie ont repoussé Bar-Jehoudda
vivant, c'est un Samaritain qui l'a déposé de la croix et enseveli au Guol-golta.
Cet impur a touché le corps vierge du Nazir, el ce contact l'a purifié lui-même. Il
peut donc s'approcher de Jésus sans crainte de le souiller. De plus Bar Jehoudda
est devenu son prochain par le tombeau4 ; tumulairement il est Samaritain, il
purifie tous les Samaritains qui se feront jehouddolâtres.

XI. — LES DEUX DENIERS DUS À L'HARAMATHAS.

C'est l'origine de la parabole du voyageur dont la Samarie, plus hospitalière que


la Ville de David, pansé les plaies et recueilli le corps à Machéron. Cette parabole
est amenée par une question captieuse que pose à Jésus, pour le tenter, un
docteur de la Loi, de ceux qui siègent au sanhédrin de Tibériade, collaborent au

1 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.


2 Un regard de Jésus a suffi pour cela.
3 Non pas Juif de Samarie, mais Assyrien d'origine.
4 Machéron est en Samarie, ne l'oublions pas.
Talmud et répudient la secte de Jehoudda. Mais ceux qui ont vu comment Jésus
répond à Satan peuvent être tranquilles, il ne tombera pas dans le panneau.
LUC, X, 25. Et voilà qu'un docteur de la loi, se levant pour le
tenter, dit : Maître, que ferai-je pour posséder la vie de l'Æon ?1
26. Jésus lui dit : Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi ? qu'y lis-tu ?
27. Celui-ci, répondant, dit : Tu aimeras le Seigneur ton pieu de
tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, et de tout
ton esprit ; et ton prochain comme toi-même.
28. Jésus lui dit : Tu as bien répondu ; fais cela, et tu vivras.
29. Mais lui, voulant se justifier lui-même, dit à Jésus : Et qui est
mon prochain ?
Ce docteur veut justifier les Juifs de Jérusalem enfle-mortels des Samaritains,
surtout les frères de Bar-Jehoudda qui portèrent la même haine aux uns et aux
autres après sa déconfiture. Vous n'avez pas oublié la défense du revenant aux
disciples : N'allez pas dans les villes des Samaritains ! Pour cette raison, tirée de
l'Evangile lui-même, un Samaritain ne fait pas partie du prochain2.
30. Jésus reprenant, dit : Un homme descendait de Jérusalem à
Jéricho, et il tomba entre les mains des voleurs, l'ayant dépouillé
et couvert de plaies, s'en allèrent, le laissant à demi-mort.
Complètement mort, avec des trous aux mains, aux pieds et dans le côté, et
après l'avoir dépouillé de sa pourpre.
C'est en cet état qu'on le descendit non pas de Jérusalem à Jéricho, mais par un
chemin parallèle, celui de Jérusalem à Machéron par Rama3. Quant à l'épithète
de voleurs que l'Evangéliste applique aux Romains, elle n'est point nouvelle pour
nous ; nous l'avons vue employée dans le même sens par Cérinthe4.
31. Or il arriva qu'un prêtre descendait par le même chemin ; et,
l'ayant vu, passa outre.
32. Pareillement un lévite, se trouvant près de là, le vil, et passa
outre aussi.
33, Mais un Samaritain, qui était en voyage, vint près de lui, et,
le voyant, fut touché de compassion.
34. Et, s'approchant, il banda ses plaies, y versant de l'huile et du
vin ; et, le mettant sur sa monture, il le conduisit en une
hôtellerie, et prit soin de lui.
Cette hôtellerie, c'est la demeure où le christ arriva le quatrième jour après son
supplice par les spoliateurs et les voleurs romains, sans qu'aucun prêtre, aucun
lévite eût songé à prendre soin de sa royale dépouille.

1 Zôén aiônion, l'Æon-Zib, le Cycle de mille ans. C'est en propre termes la question que
lui pose, également pour le tenter, le jeune homme riche qui l'appelle bon maître.
2 Cf. Le Roi des Juifs.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie et Les Marchands de Christ.
4 Cf. L'Evangile de Nessus.
35. Et le jour suivant, il tira deux deniers, et, les donnant à l'hôte,
dit : Aie soin de lui ; et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le
rendrai à mon retour.
L'homme qui reviendra est le crucifié lui-même, il est en voyage sous les traits
du Samaritain. Tu n'es qu'on Samaritain, lui disent les gens de Jérusalem1.
Tertullien l'appelle le Samaritain, peut-être par allusion An rôle qu'il joue ici. Il
s'est rencontré avec l'Haramathas — comme Myriam avec Éloï-schabed2 — à la
première heure du samedi 17 nisan, lorsque cet étranger a lavé ses plaies et les
a entourées de bandelettes avec l'aide de Nicodème (Cléopas) ; et pendant toute
cette journée son corps a reçu l'hospitalité du caveau où personne avant lui
n'avait été placé. Le dimanche, qui est le second des jours où il a été recueilli
dans cette hôtellerie, l'Haramathas s'est trouvé avoir dépensé les deux deniers
qui, aux termes de la comptabilité allégorique dont nous avons donné tant
d'exemples, valent deux journées d'ouvrier3, qui sont le samedi et le dimanche,
et ces deux journées avec tout ce qui a été dépensé de plus, l'hospitalisé les lui
doit depuis le 18 nisan 789. Il les lui rendra lorsqu'il reviendra. Et naturellement
il les lui rendra au centuple ! Du prêtre et du lévite qui l'ont laissé au Guol-golta,
et de l'étranger qui lui a facilité l'accès de sa dernière demeure :
36. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui
tomba entre les mains des voleurs ?
37. Le docteur répondit : Celui qui a été le plus compatissant pour
lui. Et Jésus lui dit : Va, et fais de même.
Oui, et surtout ne va pas dire aux goym le sens secret de la parabole ! Ne va pas
leur dire non plus que Si le Royaume s'était réalisé à la pâque de 789, Bar-
Jehoudda en aurait impitoyablement chassé le fossoyeur incirconcis qui remuait
les crânes à la pelle dans le charnier des criminels !
Luc fait des avances à ces Samaritains que les christiens de Matthieu et de Marc
regardent comme une immondice laissée par le Démon sur la terre juive. C'est
que les circonstances commandaient un rapprochement. Les Samaritains étaient
nombreux dans Alexandrie où ils formaient une secte que l'auteur de la fausse
Lettre d'Hadrien4 se garde de confondre avec les Juifs et les christiens
gnostiques ou jehouddolâtres. Le temps avait passé depuis la chute de
Jérusalem. Cérinthe, en vrai politique (car il est meilleur comme politique que comme
théologien), essaie de les amadouer dans le Quatrième Évangile5. Maudits par les
Juifs, exclus des avantages conférés à ceux-ci, regardés comme de faux : frères,
ils étaient des témoins dangereux pour les jehouddolâtres, le roi-christ ayant été
battu puis enterré chez eux. Les christiens firent sans doute des recrues parmi
eux, en leur rendant cette part de vie éternelle que leur refusaient les Juifs
impitoyables. Mais il fallait Io mot de Jésus qui réconciliât au moins les
Samaritains et les Davidistes. Ce mot, ni Matthieu ni Marc, ne le prononçaient.
Au contraire, haine aux Samaritains, la folle nation qui demeure à Sichem,
comme dit l'Ecclésiastique ! Dans Cérinthe Jésus franchit le pas : il parle à la
Samaritaine, il lui demande à boire, elle lui tend la cruche, et dans l'eau du puits

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


2 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
4 L'Empereur Hadrien à son beau-frère sur les sectes d'Alexandrie, particulièrement celle
des christiens. Nous en parlerons.
5 Cf. L'Evangile de Nessus.
de Jacob il délaie le ciment de l'alliance. Ainsi tombe la vieille sentence de
malédiction lancée contre Samarie.
Le coup était habile. Je crois qu'il porta en Egypte où les Samaritains
d'Alexandrie formaient un parti séparé parmi les Juifs à qui Ptolémée Soter avait
donné droit de bourgeoisie comme aux Macédoniens ; ils avaient prospéré dans
cette ville où la vie et le lucre étaient si faciles, mais sans jamais se mêler aux
Juifs de Juda, Il' les uns ni les autres ne voulant se départir de leurs coin turnes,
les Juifs tenant pour Sion et les Samaritains pour Garizim irrévocablement.
Quoique condamnés par Ptolémée Philométor qu'ils avaient fait juge, les
Samaritains avaient persisté dans leurs prétentions. Alors que les offrandes des
Juifs allaient au Temple de Jérusalem, celles des Samaritains allaient toujours à
celui du Mont Garizim qui pour eux était le véritable. A ces deux partis si on
ajoute les Kanaïtes de 8231, on voit qu'Alexandrie était un champ de bataille tout
indiqué Pour les questions qui divisaient la vieille famille hébraïque. Pris entre les
Hérodiens et les Kanaïtes, qui pour des raisons différentes les exécraient autant,
les Samaritains sentirent probablement le prix des avances que les christiens leur
faisaient par la plume diplomatique des Cérinthe et des Luc.
L'auteur de l'Apocalypse avait codifié la haine des Juifs contre les nations,
l'Evangéliste avait formulé celle des christiens contre les Juifs latinisants. Il y
avait là un terrain d'entente qui n'existait pas avant la chute de Jérusalem et du
Temple.

XII. — LE POSTVOYANT DE JÉRICHO.

Jésus veut bien jouer le rôle de Bar-Jehoudda jusqu'à la fin, mais il ne veut pas
repasser par le chemin qui lui a été si fatal. Il n'ira point à Lydda, il se tiendra
toujours à l'est de la route qu'il a suivie après l'affaire du Sôrtaba. Il se dirige
vers Jérusalem par Jéricho. C'est à Jéricho que Bar-Jehoudda comptait opérer sa
Jonction avec les bandes qui devaient lui arriver par la vallée du Jourdain.
Mais comme il a été arrêté à Lydda, se dirigeant vers Joppé, il n'a pu voir l'entrée
qu'il se proposait de faire à Jéricho. Il y a un moyen bien simple pour qu'il ait vu
cela, c'est de lui ouvrir encore une fois les yeux, car s'il n'a rien vu, c'est
apparemment qu'il était toujours aveugle, malgré l'application de salive et de
limon que Jésus lui avait faite devant la Maison de pèche2.
LUC, XVIII, 35. Or il arriva, lorsqu'il approchait de Jéricho, qu'un
aveugle était assis au bord du chemin, mendiant.
36. Et entendant la foule qui suivait le chemin, il demanda ce que
c'était.
37. On lui dit que Jésus de Nazareth passait.
38. Alors il cria, disant : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi !

1 Décimés par Tibère Alexandre, cf. Le Gogotha.


2 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
39. Ceux qui allaient devant, le gourmandaient pour qu'il se tût.
Mais il criait beaucoup plus encore : Fils de David, ayez pitié de
moi !
40. Or Jésus, s'arrêtant, ordonna qu'on le lui amenât. Et quand il
se fut approché, il l'interrogea,
41. Disant : Que veux-tu que je te fasse ? Il répondit : Seigneur,
que je voie.
42. Et Jésus lui dit : Vois, ta foi t'a sauvé.
43. Et aussitôt il vit, et il le suivait glorifiant Dieu. Et tout le
peuple, voyant cela, donna louange à Dieu.
Voyant Bar-Jehoudda postvoir, les Juifs sont appelés à voir ce qu'il postvoit. Or il
va se voir entrant en similitude à Jéricho.

XIII. — LE PÈRE DU CHRIST SUR LE FIGUIER-MYRIER.

Tous les pseudonymes de la fable ayant été percés à Jour, il arriva que celui de
Zakhûri fut atteint dans sa noblesse et passa pour être le nom d'un pécheur, tout
Comme celui de Jésus, qualifié de pécheur dans Cérinthe1, et celui de Myriam
Magdaléenne qualifiée de pécheresse dans Luc. On savait, on avait dit que ce
nom de Zakhûri venait de Zakhû2 et couvrait l'homme qui avait été le chef des
kanaïtes révoltés au Recensement de Quirinius. Afin que Jésus ne puisse plus
être dit fils de Zakhûri, comme il l'est dans la Nativité3, on imagine de donner le
nom de Zakhû à un habitant de Jéricho dont on fait le chef des publicains, et on
justifie ainsi la mauvaise renommée qui jusqu'ici ne s'attachait qu'au nom ! C'est
encore un change.
LUC, XIX, 1. Jésus, étant entré dans Jéricho, le traversait.
2. Or il y avait un homme appelé Zakhaios4 ; il était chef des
publicains, et même fort riche.
3. Et il cherchait à voir qui était Jésus, et il ne le pouvait, à cause
de la foule, parce qu'il était très petit de taille.
Si petit qu'il fût, rien ne lui eût été plus facile que de voir Jésus, si Jésus fût
venu, le moindre de ses anges n'ayant pas moins de soixante-douze mètres de
haut5.

1 Cf. L'Evangile de Nessus.


2 Nom chaldéen du Capricorne, père du Zakhûri ou Verseau.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
4 Zachée, dit le Saint-Siège, était probablement, chargé par le collecteur romain de lever
les impôts que devaient payer les Juifs dans le riche district de Jéricho, ce qui devait être
pour lui une source de richesses. D'après une tradition, Zachée vint mourir en gaule, à
Roc-Amadour.
A approcher de la version qui fait mourir sa femme, Myriam Magdaléenne, à la Sainte-
Baume.
5 Cf. Le Roi des Juifs.
4. Courant donc en avant, il monta sur un figuier-myrier pour le
voir, parce qu'il devait passer par là.
Zakhaios, déguisé en chef des publicains à cause des goym, n'en conserve pas
moins tous ses avantages comme chef des kanaïtes et toutes ses opinions
comme père et précurseur du christ. Entre tous les arbres qui s'offrent à lui, il
prend bien soin, lui, si petit, de monter sur le plus grand, le figuier-myrier, arbre
inexistant en dehors de l'Eden, et sous lequel Jésus voit Nathanaël dans le
prologue de Cérinthe1. Dans la pensée de Luc, il s'agit du sukè-myria, le figuier
aux douze récoltes2. On a traduit par sukè-morea qui donne sycomore3, mais ce
n'est point du sycomore qu'il est question ici, c'est du figuier, l'Arbre de la
connaissance du bien et du mal (génération), l'Arbre aux douze récoltes4 que
Jésus devait ramener au milieu de l'Éden. Il y a là un jeu de mots intraduisible
en français et dont le fond lui-même ne peut s'expliquer que par l'étymologie de
myria, la même que celle de Myriam, Ce nom myriamétrique5 dont les
Evangélistes ont affublé la mère de Bar-Jehoudda. Le fils de David devait en effet
passer sous ce figuier, son père était mort dans cette espérance.
5. Et lorsqu'il arriva en cet endroit, Jésus leva les yeux, l'aperçut,
et lui dit : Zakhaios, descends vite, parce qu'aujourd'hui il faut
que je loge dans ta maison.
6. Et il descendit à la hâte, et le reçut avec joie.
Il est bien vrai qu'il doit entrer dans la maison du Zakhûri, nous pouvons même
dire qu'il y est resté trente jours, cette année-là, ce dont les exégètes ne
semblent aucunement se douter. Mais il en était déjà sorti quand Zakhaios
monte sur le figuier myriamétrique, il était dans la maison du Zib depuis vingt-
sept jours.

1 Nathanaël, c'est Ménahem. Cf. L'Evangile de Nessus, t. VI de Mensonge chrétien.


2 Cf. L'Apocalypse dans Le Roi des Juifs, t. II du Mensonge chrétien.
3 Le nom de sycomore qui signifie figuier-mûrier, dit le Saint-Siège, provient de ce que
cet arbre a les fruits du figuier et le feuillage du mûrier. Il ne faut pas entendre par ce
nom le sycomore de nos pays, dont le nom vulgaire est érable blanc ou faux platane,
dont les feuilles larges et dentées, à cinq lobes pointus, sont blanche en dessous, d'un
vert foncé en dessus ; les fleurs, petites et verfhltre5, pendant en grappes allongées. Le
sycomore de l'Evangile est le sycomore à figues, Ficus sycomorus. ll ne pousse que dans
les pays très chauds : dans la vallée brûlante du Jourdain, à Jaffa, dans la basse Galilée
et en Egypte, où l'on en voit encore aujourd'hui formant alla dans les villes, d'où le nom
de figuier d'Egypte par lequel on le désigne également. H s'élève à une hauteur de douze
à quinze mètres. Ses grandes et fortes branches se déploient horizontalement, de
manière à former un pavillon touffu, qui peut avoir jusqu'à une quarantaine de pas de
diamètre. Les figues qu'il produit ne poussent pas sur les rameaux couverts de feuilles,
mais s'étalent en grappes, soit sur le tronc, soit sur les grosses branches. Elles mûrissent
au commencement de juin, et, depuis cette époque jusqu'à l'hiver, l'arbre porte
constamment des lieurs, des fruits verts et des fruits mûrs. Le bois de e sycomore servait
en Egypte à faire des boites de momies, et on l'employait en Palestine couine bois de
construction. En un mot, c'est le figuier-géant, et le père de Bar-Jehoudda en avait
millénarisé la durée et les proportions.
4 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
5 Cf. Le Gogotha, t. V du Mensonge chrétien.
7. Voyant cela, tous murmuraient, disant qu'il était allé luger chez
un homme pécheur1.
8. Mais, se tenant devant le Seigneur, Zakhaios lui dit : Seigneur,
voici que je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j'ai
fait tort à quelqu'un, je lui rends le quadruple.
Ses biens, c'est trente deniers, ni plus ni moins, il n'en a pas plus que Jehoudda
Is-Kérioth ; il en donne la moitié aux pauvres, c'est très gentil de sa part, mais
en logeant le Fils de l'homme en cette circonstance, il fait tort, lui, Verseau, à
quatre de ses frères qui viennent avant lui sur le Zodiaque millénaire et qui sont
la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, et le Capricorne. Il offre de leur rendre à
chacun le quadruple de ses trente deniers, sitôt qu'il sera sous le Zib. On n'est
pas plus raisonnable, Jésus est bien obligé de le reconnaître.
9. Jésus lui dit : Aujourd'hui, cette maison a reçu le salut, parce
que celui-ci aussi est enfant d'Abraham.
Certes il l'est, et avant celui dont Jésus est le revenant dans la séméiologie. Il ne
descend pas seulement d'Abraham, comme le montre sa généalogie, il descend
aussi de David ; sa maison est celle du salut par le baptême, et sans lui il n'y
aurait eu ni christ ni christianisme. Jésus n'est venu que pour le tirer d'affaire
avec tous les siens.
10. Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui
était perdu2.
Il est juste qu'il commence par le père — ah ! son faux nez de chef des
publicains, comme il est loin déjà !

XIV. — LES DEUX ÉVANGÉLISTES POSTVOYANTS.

Dans Matthieu, comme plus tard dans Offenbach, il Y a deux aveugles à qui
Jésus ne rend la vue qu'à sa sortie de Jéricho. Ils n'ont pas pu voir Zakhaios sur
son figuier, mais ils auront vu son fils sortir de Jéricho en nisan 788, ce qui est
encore plus fort ! Ces deux aveugles ne sont autres que les deux frères de Bar-
Jehoudda qui ont transmis les Paroles du Rabbi : Philippe et Jehoudda Toâmin3.
L'Eglise leur fait voir au troisième siècle des choses que naturellement ils n'ont
pu voir en 788, puisqu'à cette date ils avaient l'inconvénient d'être aveugles.
Entendez que, n'ayant pas pu voir l'entrée de leur frère aîné dans Jéricho à cause
de leur infirmité, ils n'ont pas pu la consigner dans leurs écrits. Grâce à la
lumière du Verbe, voilà cette lacune réparée, non dans leurs écritures, — il est
trop tard ! mais dans celle-ci.
MATTHIEU, XX, 29. Lorsqu'ils sortaient de Jéricho, une grande
foule le suivit.

1 Il l'est, soit que les Juifs de Jérusalem le considèrent dans l'histoire kanaïte, soit que
ses disciples le considèrent dans sa fonction de publicain.
2 Idée exprimée plusieurs fois sous cette même forme.
3 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
30. Et voilà que deux aveugles assis sur le bord du Chemin
entendirent que Jésus passait ; et ils élevèrent la voix, disant :
Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous.
31. Et la foule les gourmandait pour qu'ils se tussent ; mais eux
criaient encore plus, disant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de
nous.
32. Alors Jésus s'arrêta, les appela1 et dit : Que voulez-vous que
je vous fasse ?
33. Ils lui répondirent : Seigneur, que nos yeux s'ouvrent.
34. Et ayant pitié d'eux, Jésus toucha leurs yeux ; aussitôt ils
recouvrèrent la vue, et ils le suivirent.

XV. — TROISIÈME ÉVANGÉLISTE POSTVOYANT.

Dans Marc, troisième aveugle sous un nom hellénisé.


MARC, X, 46. Ils vinrent ensuite à Jéricho ; et comme il partait de
Jéricho avec ses disciples et une grande multitude, le fils de
Timaios (bar-Timaios) l'aveugle, qui était assis sur le bord du
chemin, demandant l'aumône,
47. Ayant entendu que c'était Jésus de Nazareth, se fuit à crier,
disant : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi !
48. Nombre de personnes le menaçaient pour le faire taire ; mais
lui criait beaucoup plus encore : Fils de David, ayez pitié de moi !
40. Alors Jésus, s'arrêtant, ordonna qu'on l'appelât. On appela
donc l'aveugle en lui disant : Aie confiance, lève-toi, il t'appelle.
50. Celui-ci, jetant son manteau, s'élança et vint à Jésus.
51. Et Jésus lui demanda : Que veux-tu que je te fasse ?
L'aveugle lui répondit : Maître, que je voie.
52. Va, lui dit Jésus, ta foi t'a guéri. Et aussitôt, il vit, et il le
suivait dans le chemin.
Le troisième aveugle, donc mendiant de lumière, qui ait vu Jésus sortir de
Jéricho, c'est Mathias Bar-Toâmin2, c'est-à-dire fils de Jehoudda Toâmin. C'est le
plus grand des trois scribes jehouddiques après son Père et son oncle Philippe. Il
a laissé la renommée d'un grand docteur dans les Sagesses valentiniennes3. S'il
déclare que son autre oncle, le christ, est entré dans Jéricho et qu'il en est sorti,
son témoignage viendra confirmer celui que viennent de rendre les précédents
postvoyants. Car il ne s'agit pas seulement de rouler les goym, il faut d'abord
rouler les Juifs capables de croire à la résurrection du Royaume en la personne
de son prophète.

1 Il n'y a pas de danger qu'il les appelle par leur nom !


2 Toâmin, jumeau, rendu par Timaios dans Je grec.
3 Il y est, en effet, classé troisième.
Par ce moyen Bar-Toâmin, dont on fera plus tard un (et même deux) des douze,
— sous le nom de Mathias et sous celui de Barthélemi, — Bar-Toâmin se trouve
avoir vu une chose qui n'est ni dans ses écrits, ni dans ceux de son père ni dans
ceux de son oncle Philippe, mais dont il témoigne dans celui qu'on met sous le
nem de son cousin germain Jehoudda dit Marcos, fils de Shehimon. Voilà Bar-
Toâmin et Marcos passés témoins deutéronomiques. Lorsque Bar-Toâmin sera
dédoublé dans la liste apostolique et qu'on aura mis un Evangile sous son nom
de circoncision, Mathias, on aura trois témoins deutéronomiques, un témoin de
plus qu'il ne faudra. Quand ensuite on aura enlevé son Evangile à Cérinthe pour
le donner au pseudo-Jochanan, apôtre engagé spécialement pour avoir reposé
sur le Sein de Jésus pendant la Cène, on regorgera de témoins. Est-il besoin de
dire qu'a l'époque on les synoptiseurs Ouvrent les yeux aux trois grands scribes
jehouddiques qui méritent vraiment le nom d'Evangélistes, ils ne peuvent en
trouver plus de trois pour leur faire voir le fils de David ailleurs qu'aux environs
de Lydda ? Ni Marc ni Luc, ni à fortiori Jochanan, ne sont encore inventés.
VIII. — LA FAUSSE PISTE.

I. — LES ÂNES ET LE TRIOMPHE DE JÉSUS À JÉRUSALEM.

Au sortir de Jéricho, Jésus poursuit son chemin vers Jérusalem, ayant toujours
soin de se tenir à l'Orient.
La concentration idéale des disciples se fait à Béthanie-lez-Jérusalem. Il s'agit
d'occuper les trois jours qui se sont écoulés entre la déconfiture du christ et la
pâque. Topographiquement Matthieu, Mare et Luc ne font qu'un. Béthanie
remplace Bathanéa trans Jordanem, indiquée par Cérinthe comme étant le lieu
où Bar-Jehoudda s'était fait sacrer roi et d'où il était Parti avec sa bande pour
passer le Jourdain et se jeter en Galilée. A la suite de cette translation conforme
aux Préceptes de Jésus sur la foi, les synoptiseurs ont glissé dans le texte de
Cérinthe que Bathanéa était quinze stades de Jérusalem1, alors qu'elle était au-
delà du Jourdain.
MARC, XI, 1. Comme ils approchaient de Jérusalem et de
Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoya deux de ses
disciples,
2. Et il leur dit : Allez à ce village qui est devant vous ; et dès que
vous y serez entrés, vous trouverez un ânon lié, sur lequel aucun
homme ne s'est encore assis ; déliez-le, et me l'amenez.
3. Et si quelqu'un vous demande : Que faites-vous ? dites que le
Seigneur en a besoin ; et aussitôt il le laissera amener ici.
4. S'en étant donc allés, ils trouvèrent l'ânon lié dehors, devant la
porte, entre deux chemins, et ils le délièrent.
5. Et quelques-uns de ceux qui étaient là leur disaient : Que
faites-vous, déliant cet ânon ?
6. Ils leur répondirent comme Jésus le leur avait commandé, et
on le leur laissa.
7. Et ils amenèrent l'ânon à Jésus, et ils le couvrirent de leurs
vêtements, et il monta dessus.
L'observation qu'aucun homme, pas même Ménahem, n'a délié l'Âne dans les
conditions voulues par l'horoscope de Jacob à Juda, ne se trouve que dans Marc
et dans Luc ; la position de l'animal à la rencontre de deux chemins formant la
croix, n'est que dans Marc.
LUC, XIX, 28. Ces choses dites, il marchait devant eux, montant à
Jérusalem.
29. Or il arriva, comme il approchait de Bethphagé et à Béthanie,
près du mont nommé des Oliviers, qu'il envoya deux de ses
disciples,

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


30. Disant : Allez au village qui est là devant ; en u entrant, vous
trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est
jamais assis ; déliez-le et l'amenez.
31. Et si quelqu'un vous demande : Pourquoi le déliez-vous ?
vous lui répondrez ainsi : Parce que le Seigneur veut s'en servir.
32. Ceux donc qui étaient envoyés s'en allèrent, et trouvèrent,
comme il leur avait dit, l'ânon arrêté.
33. Mais comme ils déliaient l'ânon, ses maîtres leur dirent :
Pourquoi déliez-vous l'ânon ?
34. Ils répondirent : Parce que le Seigneur en a besoin.
35. Et ils l'amenèrent à Jésus. Et, jetant leurs vêtements sur
l'ânon, ils mirent Jésus dessus.
La demande des maîtres de l'ânon sur ce qu'ils font ou croient faire en déliant
cette bête n'est que dans Marc et dans Luc. Les disciples ne répondent pas à
Cette demande qui provient de compères, car les maîtres de l'âne, ce sont les fils
de Jehoudda eux-mêmes.
La séméiologie astrologique des Ânes n'est complète que dans Matthieu.
L'Evangéliste y a mis les deux ânes exigés par l'horoscope de Jacob à Juda,
tandis que Cérinthe1, Luc et Marc n'en n'ont mis qu'un.
MATTHIEU, XXI, 1. Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem et qu'ils
furent venus à Bethphagé, près du mont des Oliviers, Jésus
envoya deux disciples,
2. Leur disant : Allez au village qui est devant vous, et soudain
vous trouverez une ânesse attachée, et son ânon avec elle ;
déliez-les et amenez-les moi.
3. Et si quelqu'un vous dit quelque chose, répondez que le
Seigneur en a besoin ; et aussitôt il les laissera emmener.
Ce dispositif diffère des deux autres en ce qu'on y répond à la demande des
témoins de cette scène et des maîtres de l'âne. On y répond par une prophétie
anodine et qui n'a aucun rapport avec celle que les premiers scribes ont visée
dans leur séméiologie.
4. Or tout cela fut fait afin que s'accomplit la parole du prophète
en disant :
5. Dites à la fille de Sion : Voici que votre Roi vient à vous plein
de douceur, monté sur une ânesse, et sur l'ânon de celle qui est
sous le joug.
6. S'en allant donc, les disciples firent comme Jésus leur avait
commandé :
7. Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent dessus leurs
vêtements et l'y firent asseoir.

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


MARC, XI, 8. Beaucoup de personnes aussi étendirent leurs
vêtements le long de la route ; d'autres coupaient des branches
d'arbres, et en jonchaient le chemin.
9. Et ceux qui marchaient devant, et ceux qui suivaient, criaient,
disant : Hosanna !
10. Béni celui qui vient au nom du Seigneur ; béni le règne qui
arrive de notre père David1 ; hosanna au plus haut des cieux !
LUC, XIX, 36. Partout où il passait, le peuple étendait ses
vêtements sur le chemin.
37. Et comme il approchait de la descente du mont des Oliviers,
toute la foule des disciples, pleine de joie, commença à louer Dieu
à haute voix de tous les prodiges qu'ils avaient vus,
38. Disant : Béni celui qui vient roi au nom du Seigneur ! paix
dans le ciel et gloire au plus haut des cieux !
MATTHIEU, XXI, 8. La plus grande partie du peuple étendit ses
vêtements le long de la route, d'autres coupaient des branches
d'arbres et en jonchaient le chemin.
9. Or la foule qui précédait, et celle qui suivait, criaient, disant :
Hosanna au fils de David ! béni celui qui vient au nom du
Seigneur ! hosanna au plus haut des cieux !
10. Lorsqu'il fut entré dans Jérusalem, toute la ville fut émue,
demandant : Qui est celui-ci ?
11. Et la multitude répondait : C'est Jésus, le prophète de
Nazireth en Galilée.
Cet acte de notoriété est un progrès sur Marc et sur Luc.
LUC, XIX, 39. Alors quelques-uns des pharisiens, du milieu de la
foule, lui dirent : Maître, réprimez vos disciples.
40. Il leur répondit : Je vous déclare que si ceux-ci se taisent, les
pierres crieront.
41. Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur elle,
disant :
42. Si tu connaissais, toi aussi, au moins en ce jour qui t'est
encore donné, ce qui importe à ta paix !2 Mais maintenant ces
choses sont cachées à tes yeux3.
43. Car des jours viendront sur toi, où tes ennemis
t'environneront de tranchées, t'enfermeront, te serreront de
toutes parts.
44. Et te renverseront par terre, toi et tes enfants qui sont au
milieu de toi ; et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre1,
parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée.

1 Il est le père de Jérusalem. On disait la ville de David.


2 La paix jubilaire, consacrée par la disparition de tout obstacle.
3 Jérusalem est dans une situation pire que celle des quatre postvoyants de Jéricho. A
aucun moment elle n'a vu Bar-Jehoudda sur les ânes.
La malheureuse ! Elle ne l'a que trop connu ! Elle résistait à ces enragés
visiteurs, ils l'ont assassinée !
MARC, XI, 11. Et il entra à Jérusalem, dans le Temple ; et, après
avoir regardé toutes choses, comme l'heure était déjà fort
avancée, il se retira à Béthanie avec les douze2.

II. — NETTOYAGE DU TEMPLE.

Il se retire sans avoir nettoyé le Temple, il réservé cette opération pour le


lendemain3. Mais dans Luc et dans Matthieu il y procède dès le premier jour.
LUC, XIX, 45. Et étant entré dans le Temple, il commença à
chasser ceux qui y vendaient et y achetaient.
48. Leur disant : Il est écrit : Ma maison est une maison de prière
; mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.
47. Et il enseignait tous les jours dans le Temple. Cependant les
princes des prêtres, les scribes et les principaux du peuple
cherchaient à le perdre ;
48. Mais ils ne trouvaient que lui faire, parce que tout le peuple
était suspendu en l'écoutant.
MATTHIEU, XXI, 12. Et Jésus entra dans le Temple de Dieu, et
chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple ; il
renversa même les tables des changeurs et les sièges de ceux qui
vendaient des colombes ;
13. Et il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée maison de
prière ; mais vous en avez fait une caverne de voleurs.
14. Et des aveugles et des boiteux s'approchèrent de lui dans le
Temple, et il les guérit4.
15. Mais les princes des prêtres et les scribes, voyant les
merveilles qu'il faisait et les enfants qui criaient dans le Temple et
disaient : Hosanna au fils de David, s'indignèrent.
16. Et ils lui dirent : Entendez-vous ce que disent ceux-ci ? Jésus
leur répondit : Oui. N'avez-vous jamais lu : C'est de la bouche
des enfants et de ceux qui sont à la mamelle que vous avez tiré la
louange la plus parfaite ?5
17. Et, les ayant quittés, il s'en alla hors de la ville, à Béthanie, et
s'y' arrêta.

1 Sous Vespasien d'abord, sous Hadrien ensuite.


2 Cela est censé se passer le 12 nisan, dans la même journée que l'entrée à Jéricho.
3 Lundi 13 nisan. Bar-Jehoudda était condamné à mort et recherché depuis trente-huit
jours.
4 De sorte qu'ils deviennent témoins actifs et oculaires.
5 Sur toutes ces mystifications, cf. Le Gogotha. Ces enfants jouissent de leur reste. A
partir du 15 il n'y en avait plus.
Selon Marc Jésus est bien entré dans le Temple le Premier jour, mais il ne le
nettoie que le second. Nous n'y voyons pas d'inconvénient, au contraire, car
nous devons croire que Jésus réserve cette opération pour le 14, jour de la
préparation à la pâque.
MARC, XI, 15. Ils vinrent ensuite à Jérusalem. Or, étant entré
dans le Temple, il commença à chasser ceux qui vendaient et
achetaient dans le Temple ; il renversa même les tables des
changeurs et les sièges de ceux qui vendaient des colombes.
16. Et il ne souffrait que personne transportât de vases par le
Temple.
Marc est le seul qui évoque, à cet endroit, le scandale dei vases, pour lequel Bar-
Jehoudda fut emprisonné dans le Hanoth avec ses frères1 ; l'affaire remontait
aux Tabernacles de 787 : Jésus-Christ, dit le Saint-Siège, regarde comme un
manquement de respect, non seulement de vendre les colombes des sacrifices,
niais d'y tenir de petits comptoirs de change de monnaie, et de porter des
paquets à travers le parvis extérieur.
17. Il enseignait aussi, leur disant : N'est-il pas écrit : Ma maison
sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Et vous,
vous en avez fait une caverne de voleurs.
18. Ce qu'ayant entendu, les prêtres et les scribes cherchaient
comment ils le perdraient : car ils le craignaient, parce que tout le
peuple était dans l'admiration de sa doctrine.
C'est un bien faible nettoyage en comparaison de celui qu'avait annoncé Bar-
Jehoudda pour le surlendemain. Il n'y emploie même plus le fouet comme dans
Cérinthe2. Mais où est le van avec lequel il devait nettoyer son aire ?
19. Lorsque le soir était venu, il sortait de la ville.

III. — LA MALÉDICTION DU FIGUIER-MYRIER.

Vous vous rappelez le figuier myriamétrique sous lequel vous avez vu Ménahem
dans le prologue de Cérinthe, et sur lequel, avec une agilité surprenante chez un
si petit homme, Zakhaios se hissait hier à Jéricho ? Qu'en faire maintenant que,
par la faute des habitants de Jérusalem, Bar-Jehoudda n'a pu manger de ses
fruits millénaires ?
MARC, XI, 12. Le lendemain, comme ils sortaient de Béthanie, il
eut faim.
13. Or, voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il vint pour
voir s'il y trouverait quelque fruit. Mais, lorsqu'il s'en fut
approché, il n'y trouva que des feuilles : car ce n'était pas le
temps des figues3.

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Cf. L'Évangile de Nessus.
3 Pour ce petit figuier peut-être, mais pour l'Arbre de la Régénération ?
14. Alors prenant la parole, il lui dit : Que jamais personne ne
mange plus de fruit de toi ! Et ses disciples l'entendaient.
MATTHIEU, XXI, 18. Le lendemain matin, comme il revenait à la
ville, il eut faim.
19. Or, apercevant un figuier près du chemin, il s'en approcha ;
et, n'y trouvant rien que des feuilles, il lui dit : Que jamais fruit
ne naisse de toi désormais ! Et à l'instant le figuier sécha1.
20. Ce qu'ayant vu, les disciples s'étonnèrent, disant : Comment
a-t-il séché sur-le-champ ?
21. Alors Jésus, prenant la parole, leur dit : En vérité, je vous dis
: Si vous avez de la foi et que vous n'hésitiez point, non
seulement vous ferez comme j'ai fait au figuier. Mais même si
vous dites à cette montagne : Lève-toi et te jette dans la mer,
cela se fera.
22. Et tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous
l'obtiendrez.
Il transmet aux christiens le pouvoir de malédiction dont Bar-Jehoudda usa jadis
contre les Gaulois d'Antipas.
Cette similitude a subi des changements sensibles dans Marc où Jésus, sans
précisément regretter le pouvoir de malédiction qu'il transmet aux christiens,
exhorte ceux-ci à ne pas attirer l'attention sur cette preuve de leur incurable
méchanceté.
MARC, XI, 20. Et comme le lendemain matin ils passaient, ils
virent le figuier desséché jusqu'à la racine.
21. Alors Pierre, se ressouvenant, lui dit : Maître, voilà que le
figuier que vous avez maudit a séché.
22. Et Jésus répondant, leur dit : Ayez foi en Dieu,
23. En vérité je vous dis que quiconque dira à cette montagne :
Lève-toi et jette-toi dans la mer, et n'hésitera, point dans son
cœur, mais croira que tout ce qu'il aura dit se doit faire, il lui sera
réellement fait.
24. C'est pourquoi je vous le dis : Tout ce que vous demandez
dans la prière, croyez que vous l'obtiendrez, et il vous arrivera.
25. Et quand vous serez pour prier, pardonnez, si vous avez
quelque chose contre quelqu'un, afin que votre Père qui est dans
les cieux vous pardonne aussi vos péchés.
26. Car, si vous ne pardonnez point vous-mêmes, votre Père qui
est dans les cieux ne vous pardonnera point non plus vos péchés.
Oui, pardonnez-vous, non pas certes de bon cœur, mais par politique, à cause
des goym qui vous entendent ! Et puisque le Figuier aux douze récoltes, l'Arbre
de la vie édénique, ne reverdira jamais, partagez-vous sans bruit les profits de la
mystification à laquelle se prête le Verbe juif !

1 Tel l'arbre sous lequel s'était abrité Jonas.


Je dois dire honnêtement que Bossuet ne l'entend point ainsi
C'est, dit-il, une parabole de choses, semblable à celle de paroles qu'on trouve
en saint Luc, XIII, 6. Il ne faut donc point demander ce qu'avait fait ce figuier, ni
ce qu'il avait mérité (car qui ne sait qu'un arbre ne mérite rien ?), ni regarder cette
malédiction du Sauveur par rapport au figuier, qui n'était que la matière de la
Parabole. Il faut voir ce qu'il représentait, c'est-à-dire la créature raisonnable qui
doit toujours des fruits à son Créateur, en quelque temps qu'il lui en demande ;
et lorsqu'il ne trouve que des feuilles, un dehors apparent et rien de solide, il la
maudit. Jésus-Christ continua son voyage et revint à Béthanie, selon sa coutume
; et la matinée d'après, ses disciples s'arrêtèrent au figuier qu'ils trouvèrent
desséché depuis la racine ; et Pierre dit au Sauveur : Maître, le figuier que vous
avez maudit est séché. Jésus-Christ ne voulait pas sortir de ce monde sans faire
voir les effets sensibles de sa malédiction, voulant faire sentir ce qu'elle pouvait ;
mais, Par un effet admirable de sa bonté, il frappe l'arbre et épargne l'homme.
Ainsi quand il voulut faire sentir combien les démons étaient malfaisants, et
jusqu'où allait leur puissance lorsqu'il leur lâchait la main, il le fit paraître sur un
troupeau de pourceaux que les démons précipitèrent dans la mer (Matth., VIII,
32). Qu'il est bon et qu'il a de la peine à frapper l'homme ! — Il faut d'ailleurs
remarquer, dit le Saint-Siège, que Notre-Seigneur pouvait s'étonner, en
Palestine, de ne pas trouver de figue sur un figuier, quoique ce ne fût pas le
temps ordinaire des figues (Marc, XI, 13), parce que, en Palestine, les figuiers ont
des fruits à peu près toute l'année (voir Luc, XIII, 6). Josèphe dit que l'on cueillait
des figues sur les figuiers des bords du lac de Génésareth pendant dix mois de
l'année. Souvent, surtout sur les vieux arbres, il y a des figues qui ne sont pas
encore mitres quand les feuilles tombent et que la végétation s'arrête ; elles ne
se détachent point des branches, mais y restent suspendues pendant tout l'hiver,
et deviennent bonnes à manger quand la végétation recommence au printemps.
Notre-Seigneur pouvait donc trouver des fruits sur l'arbre aux environs de
Pâques. Les figuiers étaient nombreux autrefois sur le mont des Oliviers, et il y
en a encore quelques-uns aujourd'hui.
Mais de cette sorte, pas uni Il n'y a jamais eu qua celui du Paradis terrestre.

IV. — LE SAUVETAGE DE LA RECETTE.

Il est entendu que Jésus ne sauvera pas le corps du christ qui est en ce moment
aux environs de Lydda où Is-Kérioth se prépare à l'arrêter dans son élan vers
Joppé, mais il peut sauver son baptême, c'est-à-dire la recette. On ne lui
demande pas autre chose.
MATTHIEU, XXI, 23. Or, comme il vint dans le Temple, les princes
des prêtres et les anciens du peuple s'approchèrent, de lui tandis
qu'il enseignait, et dirent : Par quelle autorité faites-vous ces
choses ? et qui vous a donné ce pouvoir ?
24. Jésus, répondant, leur dit ; Je vous ferai, moi aussi une
demande ; si vous y répondez, je vous dirai par quelle autorité je
fais ces choses.
25. Le baptême de Ieou-Shanâ-os, d'où était-il ? du ciel ou des
hommes ?
MARC, XI, 27. Ils vinrent de nouveau à Jérusalem, et comme il se
promenait dans le Temple, les princes de-prêtres, les scribes et
les anciens s'approchèrent de lui,
28. Et lui dirent : Par quelle autorité faites-vous ces choses : et
qui vous a donné ce pouvoir de les faire ?
29. Jésus, répondant, leur dit : Je vous ferai, moi aussi, une
demande ; répondez-moi et je vous dirai par quelle autorité je
fais ces choses :
30. Le baptême de Ieou-Shanâ-os était-il du ciel ou des hommes
? Répondez-moi.
LUC, XX, 1. Or il arriva qu'un de ces jours-là, comme il enseignait
le peuple dans le Temple et qu'il annonçait l'Evangile, les princes
des prêtres et les scribes y vinrent avec les anciens.
2. Et lui adressèrent la parole en disant : Dis-nous par quelle
autorité tu fais ces choses ? ou : Qui est celui qui t'a donné ce
pouvoir ?
3. Et Jésus, répondant, leur dit : Je vous interrogerai, moi aussi,
mais sur une seule chose. Répondez-moi :
4. Le baptême de Ieou-Shanâ-os était-il du ciel ou des hommes ?
Vous avez bien remarqué la condition que pose Jésus. Si les princes des prêtres,
les scribes et les Anciens1 répondent à sa question, il répondra. Sinon, non.
MATTHIEU, XXI, 25. Mais eux pensaient en eux-mêmes, disant :
26. Si nous répondons : Du ciel, il nous dira : Pourquoi donc n'y
avez-vous pas cru ? Et si nous répondons : Des hommes, nous
avons à craindre le peuple. Tous en effet, tenaient Ieou-Shanâ-os
pour prophète.
27. Ainsi, répondant à Jésus, ils dirent : Nous ne savons. Et
Jésus aussi leur répondit : Ni moi non plus je ne vous dirai par
quelle autorité je fais ces choses.
MARC, XI, 31. Mais eux pensaient en eux-mêmes, disant : Si nous
répondons Du ciel, il dira : Pourquoi donc n'y avez-vous pas cru ?
32. Si nous répondons : Des hommes, nous avons à craindre le
peuple ; car tous croyaient que Ieou-Shanâ-os était vraiment
prophète.
33. Répondant donc, ils dirent à Jésus : Nous ne savons. Et
répliquant, Jésus leur dit : Ni moi non plus je ne vous dis par
quelle autorité je fais ces choses.
LUC, XX, 5. Mais ils pensaient en eux-mêmes, disant : Si nous
répondons : Du ciel, il dira : Pourquoi donc n'y avez-vous point
cru ?

1 Les Anciens sont les membres du sanhédrin qui avait condamné Jehoudda le 5 adar.
6. Et si nous répondons : Des hommes, tout le peuple nous
lapidera, car ils tiennent pour certain que Ieou-Shanâ-os était
prophète.
7. Ils répondirent donc qu'ils ne savaient d'où il était.
8. Et Jésus leur dit : Ni moi non plus je ne vous dis par quelle
autorité je fais ces choses.
Le tour est joué. En refusant de répondre que le bar tome était simplement un
privilège de la maison de David, les princes des prêtres et autres compères ont'
fait tout ce qu'il fallait pour dispenser Jésus de cette confession. Et Jésus n'étant
descendu dans les Evangiles que pour sauver le privilège des rois de Juda, le
baptême est déclaré de Dieu plutôt que des ancêtres du Joannès, de son père,
de sa mère, de ses frères, de ses sœurs et de toute sa famille. De plus nous voilà
loin des épisodes de Cérinthe où Bar-Jehoudda nie être prophète1, où les
habitants de Jérusalem contestent qu'il le fût2, où ils prennent des pierres pour
le lapider3 et le chassent de la ville en l'appelant Samaritain4, la plus grosse de
toutes les injures de leur vocabulaire. Ici tous sans exception reconnaissent qu'il
était vraiment prophète. Et ce sont les Anciens, c'est-à-dire les soixante-dix
membres du sanhédrin, qui ont peur d'être lapidés par le peuple !

V. — DAVID, CAUTION DE LA DIVINITÉ DE BAR-JEHOUDDA.

Voici un des passages les plus écœurants de tout l'Evangile. Originairement Jésus
signifiait aux jehouddolâtres qu'ils eussent à cesser leurs entreprises Contre Dieu
et qu'ils y renonçassent à lui substituer un Juif Condamné pour ses crimes.
Aujourd'hui il semble bien que, s'appuyant sur une citation des Psaumes, Jésus
Prenne David pour caution de la divinité de son descendant. Le dispositif le plus
ancien est celui de Marc.
MARC, XII, 35. Mais prenant la parole, Jésus demandait en
enseignant dans le Temple : Comment les scribes disent-ils que le
christ est fils de David ?
36. Car David lui-même a dit par l'esprit saint : Le Seigneur a dit
à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j'aie
fait de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
37. Ainsi David lui-même5 l'appelle son Seigneur : comment est-il
son fils ? Et une grande foule l'écoutait avec plaisir.
Dans Luc et dans Matthieu ce tendancieux propos n'est plus tenu dans le Temple.
LUC, XX, 41. Mais il leur demanda : Comment dit-on que le christ
est le fils de David ?

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2 Cf. L'Évangile de Nessus.
3 Cf. L'Évangile de Nessus.
4 Cf. L'Évangile de Nessus.
5 Nullement. Le psaume auquel on emprunte ce passage n'est pas de David, à supposer
que David ait fait des Psaumes, il est d'un scribe parlant de David.
42. Puisque David lui-même dit dans le livre des Psaumes : Le
Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite,
43. Jusqu'à ce que je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos
pieds.
44. Ainsi David l'appelle son Seigneur : comment donc est-il son
fils ?
MATTHIEU, XXII, 41. Or, les pharisiens étant assemblés, Jésus les
interrogea,
42. Et leur dit : Que vous semble du christ ? de qui est-il fils ? Ils
lui répondirent : De David.
43. Il leur répliqua : Comment donc David l'appelle-t-il en esprit
son Seigneur, disant :
44. Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite,
jusqu'à ce que je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds ?
45. Si donc David l'appelle son Seigneur, comment est-il son fils ?
46. Et personne ne pouvait lui rien répondre ; et, depuis ce jour,
nul n'osa plus l'interroger.
Cette conclusion n'est que dans Matthieu où elle a été glissée quand les aigrefins
de Rome eurent réussi leur coup.
Tournant plus spécialement contre les écrivains juifs les vieilles invectives de
Jésus contre les pharisiens, l'Eglise essaie de les déconsidérer en bloc, parce
qu'ils sont contraires à leur déplorable compatriote.
LUC, XX, 45. Or, tout le peuple l'écoutant, il dit à ses disciples :
46. Gardez-vous des scribes, qui se plaisent à se promener avec
de longues robes, aiment les salutations dans les places
publiques, les premiers sièges dans les synagogues, et les
premières places dans les festins1 ;
47. Qui dévorent les maisons des veuves sous prétexte de
longues prières. Ceux-ci subiront une condamnation plus
rigoureuse.
MARC, XII, 38. Il leur disait encore dans son enseignement :
Gardez-vous des scribes qui aiment à se promener avec de
longues robes, et à être salués dans les places publiques,
39. Et à s'asseoir sur les premiers sièges dans les synagogues, et
qui veulent les premières places dans les festins ;
40. Qui dévorent les maisons des veuves sous le prétexte de
longues prières : ces hommes-là subiront un jugement plus
sévère.
Vous avez déjà vu tous ces lieux communs, vous les reverrez encore. Des injures
superficielles qu'on transporte de Matthieu en Luc ou de Luc en Marc aux
endroits où on en a besoin, voilà toute la polémique contre les Juifs anti-
jehouddolâtres. On n'ose pas aborder la discussion sur son vrai terrain.

1 Copié dans Luc même, XI, 43.


Achevant leur déroute, qui est celle de la vérité historique et de la morale :
MATTHIEU, XXI, 42. Jésus leur demanda : N'avez-vous jamais lu
dans les Écritures : La pierre1 rejetée par ceux qui bâtissaient,
est devenue un sommet d'angle. Ceci2 est l'œuvre du Seigneur,
et elle est admirable à nos yeux ?
43. C'est pourquoi je vous dis que le Royaume de Dieu vous sera
ôté, et qu'il sera donné à un peuple qui en produira les fruits.
44. Celui qui tombera sur cette pierre, se brisera ; et celui sur qui
elle tombera, elle l'écrasera3.
45. Or, lorsque les princes des prêtres et les pharisiens eurent
entendu ses paraboles, ils comprirent que c'était d'eux qu'il
parlait.
46. Et cherchant à se saisir de lui, ils craignirent le peuple parce
qu'il le regardait comme un prophète4.

VI. — LE TRÉSOR DU TEMPLE ET LES DEUX DENIERS DE LA


VEUVE.

Les synoptiseurs avaient vu avec effroi l'audace de Cérinthe qui n'avait pas craint
de montrer Jésus remettant l'adultère de Bethsabée dans la Cour des femmes ou
Cour du trésor. Ils n'ont pas reproduit cette invention, qui avait le tort de mettre
en scène la grande aïeule de Bar-Jehoudda ; mais à l'aspect des treize troncs :
où s'engouffrait l'argent destiné au Temple, le revenant éprouve des sentiments
plus en rapport avec l'économie financière de son Évangile. Il voit sa mère
mettant en similitude (car elle ne devait rien), dans le septième tronc, deux petites
pièces que Dieu devait millénariser, livrant à ses sept fils tout l'or de la terre et
tous les fruits du figuier-myrier. Cette vision n'est que dans Marc et dans Luc.
MARC, XII, 41. Après cela5, étant assis vis-à-vis du
Gazophylakion6, Jésus regardait de quelle manière le peuple
jetait l'argent dans le Gazophylakion ; or nombre de riches y en
jetaient beaucoup.
42. Et une pauvre veuve, étant venue, y mit deux lepta valant le
quart d'un as7.

1 La pierre du témoignage de Dieu en faveur des Juifs, donnée d'abord à Moïse, puis
reprise par Jehoudda. Shehimon en joue le rôle dans les Evangiles, notamment pendant
la Transfiguration.
2 La pierre elle-même. Iahvé dit qu'elle est de lui dans Zacharie.
3 Parfaitement. Cette pierre est devenue l'Église au concile de Césarée de Philippe.
4 Ce n'est pas lui, c'est Joannès que tout le peuple regardait comme un prophète. Les
synoptiseurs viennent de nous le dire à l'instant. On ne peut pas reconnaître plus
maladroitement l'identité charnelle de Joannès et de Jésus.
5 La proposition de Jésus quant à la divinité de Bar-Jehoudda prédite par David.
6 Cour du trésor.
7 Donc deux deniers.
43. Appelant alors ses disciples, il leur dit : En vérité je vous le
dis, cette pauvre veuve a déposé plus que tous ceux qui ont mis
dans le tronc :
44. Car tous ont mis de ce qu'ils avaient de superflu ; mais celle-
ci a mis, de son indigence même, tout ce qu'elle avait, tout son
vivre.
LUC, XXI, 1. Or Jésus, regardant, vit des riches qui mettaient
leurs aumônes dans le Gazophylakion.
2. Il vit aussi une pauvre veuve mettant deux deniers.
3. Et il dit1 : En vérité je vous le dis, cette pauvre veuve a mis
plus que tous les autres.
4. Car tous ceux-là ont mis, pour offrandes à Dieu, de leur
superflu ; mais elle, elle a mis, de son indigence même, tout le
vivre qu'elle avait.
Il est bien vrai que la veuve de Jehoudda a fait la première avance de fonds
nécessaire au rétablissement de la monarchie davidique et à l'établissement du
Royaume, mais elle devait être remboursée au centuple. Ne la plaignons donc
pas, sa misère n'est qu'une similitude, comme la mendicité d'Éléazar. Les deux
petites pièces de monnaie qu'elle met dans le tronc sabbatique et proto-jubilaire
répondent au Zib (le signe est double) et aux deux journées qui la séparent de la
vie de l'Æon. A elle seule elle avait mis plus que tout le monde, puisque la
Jérusalem d'or devait descendre du Trésor de lumière2 en entendant les deux
dernières pièces de 788 tomber dans le tronc.
Car Salomé, guidée par son homme de lumière3, avait mis ses deux deniers dans
les deux troncs qu'il fallait, celui du septième Jour de la Genèse, afin d'avoir
rémission du péché d'Ève, et celui du Zib, le douzième, où cette grâce devait
venir, tandis que les riches hérodiens jetaient indifféremment leur argent dans
les treize troncs, sans l'affectation cabalistique que la veuve donne à son geste.
Eux faisaient un don, elle, un placement. L'idée est claire, et c'est ce qui
dispense les synoptiseurs d'évoquer de nouveau le poisson symbolique dans la
bouche duquel Pierre a trouvé le statère d'or, alors qu'il n'avait besoin que de
quatre drachmes.

VII. — LA FIN HISTORIQUE DU TEMPLE.

Un des disciples, le préféré, le christ, intéressé dans la suite de cette affaire,


s'approche de Jésus pour savoir comment finira le Temple.
MARC, XIII, 1. Lorsque Jésus sortit du Temple, un de ses disciples
lui dit : Maître, regardez quelles pierres ! et quelles constructions
!

1 Il n'appelle plus les disciples, comme dans Marc.


2 Le Trésor de lumière est dans le trône de Dieu. On en parle à chaque instant dans les
Sagesses valentiniennes.
3 Son mari dans les Sagesses valentiniennes.
2. Jésus lui répondit : Vois-tu ces grandes constructions ? Il ne
restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée1.
Dans Matthieu on fait disparaître prudemment ce disciple qui se permet, le jour
où il est en croix dans Cérinthe, de poser de telles questions à Jésus.
MATTHIEU, XXIV, 1. Et Jésus, étant sorti du Temple, s'en alla.
Alors ses disciples s'approchèrent pour lui faire remarquer les
constructions du Temple.
2. Mais lui-même, prenant la parole, leur dit : Voyez-vous toutes
ces choses ? En vérité je vous dis, il ne restera Pas là pierre sur
pierre qui ne soit détruite.
Comme il parait peu naturel que Jésus ait attendu le dernier jour pour révéler
aux disciples le sort du Temple, c'est aux Juifs qu'il s'adresse dans Luc :
LUC, XXI, 5. Et quelques-uns disant du Temple qu'il était bâti de
belles pierres et orné de dons, il répondit :
6. Viendront des jours où de ce que vous voyez il ne restera pas
pierre sur pierre qui ne soit détruite.
MARC, XIII, 3. Comme il était assis sur le mont des Oliviers en
face du Temple, Pierre, Jacques, Ieou-Shanâ-os et André lui
demandaient en particulier :
4. Dites-nous quand ceci arrivera, et quel sera le signe que toutes
ces choses commenceront de s'accomplir ?
Ici les quatre premiers martyrs sont placés par ordre de supplice en allant des
derniers (802), Shehimon et Jacob senior, aux premiers, Bar-Jehoudda (788) et
Jacob junior dit Andréas (787). Bar-Jehoudda est à son rang. On supprime les
noms de ces interlocuteurs dans Matthieu et on les remplace par des disciples
quelconques.
MATTHIEU, XXIV, 3. Et comme il était assis sur le mont des
Oliviers, ses disciples s'approchèrent de lui en particulier, disant :
Dites-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de
votre avènement et de la consommation de l'Æon ?
Il s'agit de l'Æon qui s'achève le lendemain à six heures du soir, l'Æon-Zibdéos
(Verseau).
Quant au signe, c'est l'Âne, et il est bien vrai que le Temple, détruit par Titus en
823, devait faire place dès le premier solstice de 789 au Temple d'or et de
pierreries descendu d'en haut après les trois signes du printemps. Dans Cérinthe
ce sont les pharisiens qui posent la question ; Jésus leur répond que par le signe
il entend le temple de son corps2 ressuscité après trois jours. Et à la vérité il a
bien prévenu tout le monde que le seul signe qui serait donné, c'est celui du
Joannès juif ressuscité à l'instar du Jonas ninivite. Mais ici la question lui est
posée par les disciples eue mêmes, les disciples revenus de l'analcade de tout à
l'heure et qui trouvent l'âne de Juda aussi vide de résultats que le poisson d'avril.
Jésus se moque d'eux ! Le Temple a été détruit, d'accord, mais par l'ennemi
vainqueur, et trente-cinq ans après la date qu'annonçait Bar-Jehoudda pour la

1 Ce disciple devrait savoir cela, puisqu'il est censé l'avoir entendu déjà la veille.
2 Cf. L'Evangile de Nessus.
descente du Trésor de lumière. Où est le Temple descendu d'en haut ? Où est le
pavé d'or de la ville ? Où sont les douze portes de pierres précieuses ?
Bar-Jehoudda étant parmi les questionneurs, il a paru plus naturel à Luc que
Jésus ne quittât pas le Temple et qu'il y fût interrogé par de vagues Juifs restés
jusque là étrangers à sa prédication.
LUC, XXI, 7. Et ils l'interrogèrent, disant : Maître, quand ces
choses arriveront-elles, et quel sera le signe qu'elles
commenceront de s'accomplir ?

VIII. — LES JOURS DE LA TRIBULATION.

Certain de n'être point trahi par Satan avec lequel il s'est mis d'accord après une
négociation qui n'a pas duré moins de quarante jours, Jésus ne répond ni aux
disciples ni aux habitants. La cause du mensonge est entre bonnes mains. Il y
aura une quantité de signes, mais aucun dans le ciel. On les trouvera tous dans
les livres d'histoire.
LUC, XXI, 8. Jésus dit : Prenez garde d'être séduits ; car
beaucoup viendront en mon nom1, disant : C'est moi et le temps
approche2 ; ne les suivez donc point3.
9. Et quand vous entendrez parler de guerres et de séditions,
n'en soyez point effrayés : il faut auparavant que ces choses
arrivent ; mais ce n'est pas encore sitôt la fin.
10. Alors il leur disait : Une nation se soulèvera contre une
nation, un royaume contre un royaume.
11. Il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux4 et
des pestes, et des famines, et des signes effrayants dans le ciel,
et de grands prodiges5.
MATTHIEU, XXIV, 4. Et Jésus, répondant, leur dit : Prenez garde
que quelqu'un ne vous séduise ;
5. Car beaucoup viendront en mon nom, disant : Je suis le christ,
et beaucoup seront séduits par eux.
6. Vous entendrez parler de combats et de bruits de combats.
N'en soyez point troublés, car il faut que ces choses arrivent ;
mais ce n'est pas encore la fin.

1 C'est-à-dire prêchant l'Apocalypse révélée par lui, Verbe juif. Il y avait eu Ânenias,
Apollos (nous ne comptons pas Theudas qui est un parent), Ménahem, Jonathas à Cyrène
sous Vespasien, Andreas à Chypre et à Cyrène sous Trajan, Bar-Kocheba en Judée sous
Hadrien.
2 C'est en propres termes ce qu'avait dit Bar-Jehoudda.
3 Les Juifs ont donc bien fait de ne pas suivre le Joannès.
4 Les plus célèbres sont les deux éruptions du Vésuve sous Néron et sous Titus, et celui
qui sous Claude fit surgir l'île de Théra dans la Méditerranée.
5 Phlégon en raconte une quantité dans ses Chroniques.
7. Car peuple se soulèvera contre peuple, royaume contre
royaume ; et il y aura des pestes et des famines, et des
tremblements de terre en divers lieux.
8. Mais toutes ces choses sont le commencement des douleurs.
MARC, XIII, 5. Et répondant, Jésus commença par leur dire :
Prenez garde que personne ne vous séduise :
6. Car beaucoup viendront en mon nom, disant : C'est moi ; et
beaucoup seront séduits par eux.
7. Lorsque vous entendrez parler de guerres et de bruits de
guerres, ne craignez point : car il faut que ces choses arrivent ;
mais ce n'est pas encore la fin.
8. Car une nation se soulèvera contre une nation, un royaume
contre un royaume, et il y aura des tremblements de terre en
divers lieux, et des famines. C'est là le commencement des
douleurs.
MARC, XIII, 12. Un frère livrera son frère à la mort, et un père
son fils ; et des enfants s'élèveront contre leurs parents, et, ils les
feront mourir.
13. Et vous serez en haine à tous, à cause de mon nom. Mais
celui qui restera ferme jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.
LUC, XXI, 16. Vous serez livrés par vos pères et vos mères, par
vos frères, vos parents et vos amis, et ils en mettront à mort
d'entre vous1.
17. Et vous serez en haine à tous à cause de mon nom2 :
18. Mais pas un cheveu de votre tête ne périra.
19. C'est par votre patience3 que vous posséderez vos vies.
MATTHIEU, XXIV, 9. Alors on vous livrera aux tribulations et à la
mort, et vous serez en haine à toutes les nations à cause de mon
nom.
10. Alors beaucoup se scandaliseront ; ils se trahiront et se
haïront les uns les autres.
11. Beaucoup de faux prophètes aussi s'élèveront, et beaucoup
seront séduits par eux.
12. Et parce que l'iniquité aura abondé, la charité d'un grand
nombre se refroidira.
13. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.

1 Tout cela s'était vu en Judée, en Achaïe, en Asie, à Alexandrie, à Antioche, à Cyrène, à


Chypre.
2 Le nom du christ était exécré. Et comment ne l'eût-il point été ? C'était un équivalent
du mot : scélératesse.
3 Dans le sens de passion. Le martyre vous vaudra la résurrection, celle-ci toujours
prochaine malgré les remises.
14. [Et cet Évangile du royaume sera prêché dans le monde
entier, en témoignage à toutes les nations ; et alors viendra la
fin].
Il s'agit ici non de l'Évangile du Royaume du monde, tel que l'ange de
l'Apocalypse le porte aux extrémités de la terre1, mais de l'Évangile inverse,
celui du Royaume céleste et qui s'acquiert par le martyre, à l'exemple du christ
dont les mystificateurs transforment l'exécution en suicide.
Ce dispositif est relativement moderne. Nous le soulignons à cause de
l'incohérence des synoptiseurs, car ils font dire successivement à Jésus : 1° que
les apôtres n'auront pas fini d'évangéliser toutes les villes d'Israël que tout cela
ne soit accompli ; 2° qu'ils ne doivent sous aucun prétexte entrer dans les villes
païennes ou simplement samaritaines ; 3° que tout cela viendra sur la
génération en cours2.
Ce dispositif provient de la fin de l'Évangile mis sous le nom de Matthieu, et il a
pour but de le rectifier, car Jésus y reste le compagnon des apôtres jusqu'à la fin
de l'Æon en cours, l'Æon-Zib, tandis qu'ici il n'assigne plus aucun terme à
l'avènement du Royaume. Et ce Royaume n'est plus ni de ce monde ni de l'autre
: c'est le Royaume du néant.
MARC, XIII, 14. Or, quand vous verrez l'abomination de la
désolation3 là où elle ne doit pas être (que celui qui lit, entende) :
alors, que ceux qui sont dans la Judée fuient vers les montagnes ;
15. Et que celui qui est sur le toit, ne descende point dans la
maison, et n'y entre point pour emporter quelque chose de sa
maison.
16. Et que celui qui sera dans le champ, ne retourne point sur ses
pas pour prendre son vêtement.
17. Mais malheur aux femmes enceintes et à celles qui nourriront
en ces jours-là !
18. Priez donc que ces choses n'arrivent point en hiver,
19. Car ces jours seront des tribulations telles, qu'il n'y en a point
eu depuis le commencement des créatures que Dieu a faites
jusqu'à présent, et qu'il n'y en aura point.
20. Et si le Seigneur n'avait abrégé ces jours, nulle chair n'aurait
été sauvée ; mais, à cause des élus qu'il a choisis, il a abrégé ces
jours.
MATTHIEU, XXIV, 15. Quand donc vous verrez l'abomination de la
désolation, prédite par le prophète Daniel, régnant dans le lieu
saint (que celui qui lit4, entende) :
16. Alors, que ceux qui sont dans la Judée fuient sur les
montagnes ;

1 Cf. Le Roi des Juifs.


2 Voir le verset 34.
3 La statue d'Hadrien sous les traits de Jupiter Capitolin.
4 Le synoptiseur laisse percer son procédé, il est en train de composer ou de copier.
17. Et que celui qui sera sur le toit ne descende pas pour
emporter quelque chose de sa maison ;
18. Et que celui qui sera dans les champs ne revienne pas pour
prendre sa tunique.
19. Mais malheur aux femmes enceintes et à celles qui nourriront
en ces jours-là !
20. Priez donc que votre fuite n'arrive pas en hiver1, ni en un jour
de sabbat2.
21. Car alors la tribulation sera grande, telle qu'il n'y en a point
eu depuis le commencement du monde jusqu'à présent, et qu'il
n'y en aura point.
22. Et si ces jours n'eussent été abrégés, nulle chair n'aurait été
sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés.
Cette dernière phrase ne saurait être obscure pour un bon lecteur du Mensonge
chrétien. Les jours qui devaient s'écouler depuis le commencement du monde
formaient le chiffre de douze mille ans, d'abord fixé par Dieu pour la
consommation de son œuvre. Si Dieu avait persisté dans son dessein, nulle
chair, même juive, n'aurait été sauvée. Mais ayant abrégé ces jours-là de mille
ans (le Millénium du Zib), au profit de Bar-Jehoudda, il s'ensuit que toute chair,
même païenne, peut être rachetée par le baptême, puisque le baptême confère
la rémission des péchés. Les jours du Zib seront encore abrégés par Dieu à cause
des élus, c'est-à-dire de manière que les baptisés puissent être admis dans le
Royaume, et que les morts bénéficient de la résurrection avant la fin de l'Æon.
Leur tribulation sera donc abrégée d'autant. Or elle n'était pas mince, si nous en
croyons le Saint-Siège. Et pourquoi ne l'en croirions-nous pas quand il dit : Les
tribulations qu'endurèrent les Juifs pendant le dernier siège de Jérusalem et dont
Josèphe nous a raconté les détails, dépassent toute imagination ? Toutes les
prophéties du Sauveur s'accomplirent à la lettre, et le peuple déicide expia son
crime par la ruine totale de ce pays dont il était si fier. Les yeux plutôt que les
oreilles, dit saint Jérôme, peuvent juger de ce que sont devenues les villes et les
places fortes de la Judée ; nous qui pouvons voir l'état de cette province dans
laquelle nous habitons, nous pouvons certifier l'exactitude de tout ce qui a été
écrit. A peine découvrons-nous quelques vestiges de ruines là où s'élevaient
autrefois de grandes villes... Les vignerons perfides3, après avoir tué les
serviteurs et enfin le Fils de Dieu lui-même, n'ont plus maintenant le droit
d'entrer dans Jérusalem que pour y pleurer ; et, afin qu'ils puissent pleurer sur
les ruines de leur capitale, ils sont obligés de payer une somme d'argent, de
sorte que ceux qui avaient acheté le sang du christ achètent maintenant la
permission de verser des larmes, et les pleurs mêmes ne leur sont permis qu'à
prix d'argent. Voyez venir au jour anniversaire de la prise et de la destruction de
Jérusalem par les Romains, voyez venir ce peuple lugubre ; ces vieilles femmes
décrépites, ces vieillards chargés de haillons et d'années sont, par leur tenue et
par leur extérieur, autant de témoins de la colère de Dieu. La troupe misérable
se rassemble ; et, tandis que brillent l'instrument du supplice du Seigneur et

1 Sous les signes pendant lesquels Satan est le maître.


2 Parce que ce jour-là il est défendu de faire plus de deux mille pas, et que le Dieu des
Juifs se repose, laissant trop d'initiative à Satan.
3 Cf. la parabole des vignerons dans les Evangiles de Satan, 1re partie.
l'église de la Résurrection, tandis que l'étendard de la croix est déployé tout
éclatant sur le mont des Oliviers, ce peuple malheureux pleure sur les ruines de
son temple.
Quelle douceur, quelle charité dans ces réflexions de l'Eglise ! Et aussi quelle
sûreté de jugement !
LUC, XXI, 20. Or, quand vous verrez Jérusalem investie par une
armée1, sachez que sa désolation est proche :
21. Alors, que ceux qui sont dans la Judée fuient vers les
montagnes ; et que ceux qui sont au milieu d'elle, s'en éloignent ;
et que ceux qui sont dans les contrées2, n'y entrent point3.
22. Parce que ce sont là des jours de vengeance4, afin que
s'accomplisse tout ce qui est écrit5.
23. Mais malheur aux femmes enceintes et à celles qui nourriront
en ces jours-là !6 [car il y aura une détresse affreuse dans le
pays, et une grande colère contre ce peuple]7.
24. Et ils tomberont sous le tranchant du glaive et seront
emmenés captifs dans toutes les nations8, et Jérusalem sera
foulée aux pieds par les Gentils, jusqu'à ce que les temps des
nations soient accomplis9.
25. Et il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les
étoiles ; et, sur la terre, la détresse des nations, à cause du bruit
confus de la mer et des flots10,
26. Les hommes séchant de frayeur dans l'attente de ce qui doit
arriver à tout l'univers : car les vertus des cieux seront ébranlées
;
27. Et alors ils verront le fils de l'homme venant dans une nuée,
avec une grande puissance et une grande majesté.
28. Or, quand ces choses commenceront à s'accomplir, regardez
et levez la tête, parce que votre rédemption1 approche.

1 Ceci, spécial à Luc, vise les sièges de Jérusalem par Titus et par les lieutenants
d'Hadrien.
2 Les contrées étrangères.
3 C'est le contraire du rendez-vous donné à tous les Juifs par l'Apocalypse. Le rendez-
vous était à Jérusalem le 15 nisan 189. La Judée est le centre du monde et l'axe de la
croix. Simon de Cyrène y était venu avec son frère Lucius et peut-être ses fils, Alexandre
et Rufus.
4 À cause de Jehoudda tué dans le Temple, et de ses fils jusqu'à Ménahem.
5 Tout ce qui est écrit dans les histoires. Le revenant s'attribue le mérite de l'avoir
annoncé.
6 Elles étaient condamnées par le principe du deux en un et un en deux.
7 Générale, après les exécutions ordonnées par Ménahem dans Jérusalem et le massacre
de la garnison romaine de Massada.
8 Première dispersion sous Vespasien, seconde sous Hadrien.
9 Mille ans avec Gog et Magog, selon l'Apocalypse. Beaucoup moins dans l'idée de
l'Evangéliste.
10 La mer disparaissait le 15 nisan 189. Tout cela, c'est l'art d'accommoder les restes de
la faillite de Bar-Jehoudda et nième de celle de Bar-Kocheba.
IX. — RETOUR ET VENGEANCE DE BAR-JEHOUDDA.

Maintenant que l'Église bat monnaie avec la résurrection de Bar-Jehoudda, elle


prédit par l'organe du revenant qu'il n'y aura plus d'autre christ, que tous les
christs qui sont venus contre lui, comme Ananias et Apollos, ou depuis lui,
comme Theudas, Ménahem, Andréas et Bar-Kocheba, étaient faux. En effet ils
sont morts, lui seul est ressuscité. Il s'en est présenté d'autres, et beaucoup
d'élus les ont suivis ; ils ont eu tort, c'est lui qu'il eût fallu suivre. Ils sont élus
tout de même, puisque longtemps le Royaume s'est obtenu par la violence, mais
s'ils en suivent d'autres à l'avenir, Bar Jehoudda les punira lors de son retour, il
n'admet pas la concurrence. Aussi le Saint-Siège est-il très dur pour tous ces
faux prophètes, au nombre desquels il met Cérinthe !
MARC, XIII, 21. Et alors si quelqu'un vous dit : Voici le christ ici,
le voilà là, ne le croyez point.
22. Car il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes, et ils
feront des signes et des prodiges pour séduire, s'il peut se faire,
même des élus.
22. Vous donc, prenez garde : voilà que je vous ai tout prédit.
MATTHIEU, XXIV, 23. Alors, si quelqu'un vous dit : Voici le christ,
ici, ou là, ne le croyez pas.
24. Car il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes ; et ils
feront de grands signes et des prodiges, en sorte que Soient
induits en erreur (s'il peut se faire) même les élus.
25. Voilà que je vous l'ai prédit.
LUC, XVII, 23. Et l'on vous dira : Le voici ici, et le voilà là. N'y
allez point, et ne les suivez point.
24. Car, comme l'éclair, qui, brillant sous un côté du ciel, lance sa
lumière sur tout ce qui est sous le ciel, ainsi sera le. Fils de
l'homme en son jour.
23. Mais il faut auparavant qu'il souffre beaucoup de choses, et
qu'il soit rejeté par cette génération2.
MATTHIEU, XXIV, 26. Si donc on vous dit : Le voici dans le
désert3, ne sortez point : Le voilà dans le lieu le plus retiré de la
maison, ne le croyez pas.
27. Car, comme l'éclair part de l'orient et apparait jusqu'à
l'occident, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme.
28. Partout où sera le corps, là aussi s'assembleront les aigles.

1 Les élus seront rachetés des morts par le revenant.


2 C'est entendu. Jésus jouera jusqu'au bout le rôle qu'il a accepta dans la
Transfiguration.
3 Comme Theudas au désert de Syrie, et Jonathas dans celui de Cyrène.
LUC, XVII, 36. Prenant la parole, les disciples lui dirent : Où,
Seigneur ?
37. Et il leur répondit : Partout où sera le corps, là s'assembleront
aussi les aigles.
Il s'agit des aigles-phénix, probablement au nombre de six, qui ont marqué les
périodes1, et qui ressusciteront de leurs cendres pour participer à la Cène des
oiseaux de proie décrite dans l'Apocalypse2.
Vous ne me pardonneriez jamais si je passais sous silence l'interprétation
approuvée par le Saint-Siège : Tous les hommes ressuscités et renouvelés
comme des aigles, s'assembleront autour du corps de Jésus-Christ qui a été
immolé pour eux. Car le corps, dit-il, c'est le cadavre. Quant aux aigles, l'aigle
proprement dit ne se nourrit pas de cadavres, ordinairement du moins.
L'oiseau de proie dont il s'agit ici est le vautour percnoptère, qui ressemble
beaucoup à l'aigle et que Pline considère comme formant la quatrième espèce du
genre aigle. Nous avons du reste ici une locution proverbiale.
Pas le moins du monde, nous avons une image empruntée aux écrits du
revenant ; mais au lieu de la réaliser contre les goym avec des vautours
percnoptères, Dieu s'est plu à rassembler autour du cadavre de Bar-Jehoudda
quelques chiens qui ont dévoré ses os en 3623.
Pour toute part dans le Royaume, les jehouddolâtres devront se contenter de
n'être pas compris dans la Cène des aigles-phénix. Et bienheureux ceux qui,
prévoyant le retour prochain de Bar-Jehoudda, lui sacrifient leurs premiers-nés
pour désarmer sa vengeance ! Depuis la publication de l'Apocalypse de Pathmos
il n'y a plus que les pharisiens de 788 pour ignorer le dispositif arrêté quant au
Royaume4. Ce dispositif, on l'introduit dans Luc.
LUC, XVII, 20 Interrogé par les pharisiens : Quand vient le
Royaume de Dieu ? leur répondant, il dit : Le Royaume de Dieu
ne vient point de manière à être remarqué ;
Non, c'est le chat ! L'Occident dévasté, le monde renouvelé, la chute des étoiles,
la fusion du soleil et de la lune, la descente du Fils de l'homme, des Douze, des
Trente-six et des Cent quarante-quatre mille, la résurrection des morts, la
disparition de la mer, etc., cessent d'être des choses qu'ont eût remarquées.
21. Et l'on ne dira point : Il est ici, ou il est là....
Comment ! la capitale du Royaume n'est plus Jérusalem-Nazireth avec son pavé
d'or et ses douze portes de pierres précieuses ?
... Car voici que le Royaume de Dieu est au dedans de vous.
Où allons-nous ? Du temporel le Royaume est passé au spirituel ? On se perd
dans cette orgie d'incohérences auxquelles préside Satan lui-même du haut du.
premier ciel !

1 Sur l'aigle-phénix qui a emporté Bar-Jehoudda en Egypte, cf. Le Charpentier.


2 Cf. Le Roi des Juifs.
3 Cf. Les Marchands de Christ.
4 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
22. Il dit ensuite à ses disciples : Viendront des jours où vous
désirerez voir un seul des jours du Fils de l'homme, et vous ne le
verrez pas.
Il est donc vrai ? le christ est donc un vil imposteur ? Pas un seul des jours de
mille ans ne viendra ? Alors pourquoi Jésus dit-il quelques heures auparavant :
En vérité parmi ceux qui sont ici, il en est qui ne mourront point sans voir le Fils
de l'homme venant sur les nuées du ciel ? La vérité est que ces jours étaient
passés, sans que Dieu eût exaucé le désir des christiens.

X. — LES JOURS DE LA VENGEANCE ET DE LA RÉTRIBUTION.

Après ces longues prophéties au passé, véritable synthèse historique, on


retourne au dispositif de l'Apocalypse qui, postérieurement à la période
embrassée par tous ces événements, a été enlevée au christ pour être donnée
sous le titre d'Apocalypse de Pathmos au pseudo-Joannès apôtre et évangéliste.
On peut donc lui emprunter quelques traits.
L'Église ne pouvait pas ne pas remarquer que dans toute cette prophétie les
événements qui devaient s'accomplir à la ruine de Jérusalem sont mêlés avec
ceux qui ne doivent se réaliser qu'à la fin du monde, sans qu'il soit toujours
possible de bien les démêler les uns des autres. Le Seigneur, dit un ancien
auteur ecclésiastique à qui l'on doit l'Opus imperfectum publié dans les œuvres
de S. Jean Chrysostome, le Seigneur n'a pas spécifié quels sont les signes qui
appartiennent à la destruction de Jérusalem et quels sont ceux qui appartiennent
a la fin du monde, de sorte que les mêmes signes semblent convenir à l'une et à
l'autre, parce qu'il n'expose point avec ordre, comme dans une histoire, ce qui
devait se passer, mais il annonce d'une manière prophétique ce qui arrivera.
MATTHIEU, XXIV, 29. Mais aussitôt après la tribulation de ces
jours, le soleil s'obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière
; les étoiles tomberont du ciel, et les vertus des cieux seront
ébranlées1.
30. Alors apparaitra le signe2 du fils de l'homme dans le ciel alors
pleureront toutes les tribus de la terre3, et elles verront le fils de
l'homme venant dans les nuées du ciel, avec une grande
puissance et une grande majesté.
31. Et il enverra ses anges4, qui, avec une trompette et une voix
éclatante, rassembleront ses élus5 des quatre vents de la terre,
du sommet des cieux jusqu'à leurs dernières profondeurs.
MARC, XIII, 24. Or en ces jours-là, après cette tribulation, le soleil
sera couvert de ténèbres, et la lune ne donnera plus sa lumière ;

1 Réduction de l'Apocalypse, particulièrement au ch. XVI.


2 La croix.
3 Même ceux qui l'ont percé, comme dit l'Apocalypse de Pathmos.
4 Les sept anges de l'Apocalypse. Cf. Le Roi des Juifs.
5 Cette fois les païens sont admis.
25. Et les étoiles du ciel tomberont, et les vertus qui sont dans les
cieux seront ébranlées.
26. Alors on verra le fils de l'homme venant dans les nuées avec
une grande puissance et une grande gloire ;
27. Alors aussi il enverra ses anges, et il rassemblera ses élus,
des quatre vents, de l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du
ciel.
MATTHIEU, XXIV, 37. Et comme aux jours de Noé, ainsi sera
l'avènement du fils de l'homme.
38. Car, comme ils étaient aux jours d'avant le déluge, mangeant
et buvant, se mariant et mariant leurs enfants, jusqu'au jour où
Noé entra dans l'arche,
39. Et qu'ils ne reconnurent point le déluge, jusqu'à ce qu'il arriva
et les emporta tous : ainsi sera l'avènement même du fils de
l'homme.
LUC, XVII, 26. Et comme il est arrivé aux jours de Noé, ainsi en
sera-t-il aussi dans les jours du fils de l'homme.
27. Ils mangeaient et buvaient ; ils se mariaient et mariaient
leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; et le
déluge vint, et les perdit tous.
28. Et comme il est arrivé encore aux jours de Lot : ils
mangeaient et buvaient, ils achetaient et vendaient, ils plantaient
et bâtissaient :
29. Mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit pleuvoir le feu
et le soufre du ciel, et il les perdit tous.
30. Ainsi en sera-t-il le jour où le fils de l'homme sera révélé.
31. En cette heure-là, que celui qui se trouvera sur le toit et dont
les meubles sont dans la maison, ne descende point pour les
emporter ; et que celui qui est dans le champ, ne retourne point
non plus en arrière.
33. Souvenez-vous de la femme de Lot.
33. Quiconque cherchera à sauver son âme la perdra ; et
quiconque la perdra, lui donnera la vie1.
MATTHIEU, XXIV, 40. Alors de deux hommes qui seront dans un
champ, l'un sera pris et l'autre laissé.
41. De deux femmes qui moudront ensemble, l'une sera prise et
l'autre laissée.
LUC, XVII, 34. Je vous le dis : en cette nuit-là deux seront en un
lit, l'un sera pris et l'autre laissé ;
35. Deux femmes moudront ensemble, l'une sera prise et l'autre
laissée ; deux hommes seront dans un champ, l'un sera pris et
l'autre laissé.

1 Toujours cette même idée qu'on est racheté de la mort par les supplices.
Voilà encore du nouveau. Plus de réaccouplement ! L'homme ne sauve plus la
femme en l'absorbant. Chacun pour soi dans la débâcle finale. L'homme et la
femme, sur le même lit — j'aime à croire que les deux sexes sont représentés
dans l'hypothèse cubiculaire —, seront séparés pour le jugement et ne se
rejoindront plus, comme Jésus le disait dans les Paroles du Rabbi et comme
Salomé le croyait. Et ce ne sera pas un accident de ménage. Salomé, la grande
accoupleuse de femmes, aura une autre déconvenue : il pourra arriver que de
deux femmes l'une soit laissée à Satan, l'autre prise par Dieu, et ainsi de deux
hommes. De sorte que ni dans le mariage ni hors du mariage il n'y aura
régénération par réadamisation. Dans quel monde ces tératologies se passeront-
elles ? C'est à en perdre l'esprit ! Quel coup pour les sept démons que Jésus a
extraits de la mère des fils du Zibdéos !
MARC, XIII, 30. En vérité, je vous dis que cette génération ne
passera point que toutes ces choses ne s'accomplissent.
31. Le ciel et la terre passeront, mais mes Paroles1 ne passeront
point.
32. Mais sur ce jour ou sur cette heure nul ne sait rien, ni les
anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seulement.
MATTHIEU, XXIV, 34. En vérité je vous dis que cette génération ne
passera point jusqu'à ce que toutes ces choses s'accomplissent.
35. Le ciel et la terre passeront2, mais mes Paroles ne passeront
point.
36. Mais pour ce jour et cette heure, personne ne les sait, pas
même les anges du ciel ; il n'y a que le Père.
Comment ! Bar-Jehoudda ne savait pas ce qu'il disait lorsqu'il annonçait le
Royaume pour le 15 nisan 789 ? Mais alors il n'est pas consubstantiel au Père !
Le Fils-Verbe non plus. D'où vient que Jésus répète plus de vingt fois dans le
Quatrième Evangile qu'il est dans son Père et que son Père est en lui ?
MATTHIEU, XXV, 31. Or, quand le fils de l'homme viendra dans sa
majesté, et tous les anges avec lui, alors il s'assiéra sur le trône
de sa majesté.
32. Et toutes les nations seront rassemblées devant lui, et il les
séparera les uns d'avec les autres, comme le pasteur sépare les
brebis d'avec les boucs ;
33. Et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
34. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez les
bénis de mon Père ; possédez le Royaume préparé pour vous
depuis la fondation du monde :
35. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif,
et vous m'avez donné à boire ; j'étais sans asile, et vous m'avez
recueilli :

1 Les Paroles du Rabbi. Logoi mou, dit le texte. Ce sont les Logia kuriou de Papias. Cf.
Les Evangiles de Satan, 1re partie.
2 La mer elle-même.
36. Nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en
prison, et vous êtes venus à moi.
Cela, c'est l'histoire de Bar-Jehoudda ; il est plus reconnaissant ici que dans
d'autres passages, il avoue même qu'il a été tiré de la prison du Hanoth par une
émeute. Mais il n'est rien arrivé de pareil à Jésus, le Roi tel que le décrit
l'Apocalypse. Les justes, de quelque nation qu'ils soient, même Juifs, ne pourront
donc pas invoquer de titres à sa grâce, et c'est ce qu'ils font observer.
37. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que
nous vous avons vu ayant faim1, et que nous vous avons rassasié
; ayant soif, et que nous vous avons donné à boire ?2
38. Quand est-ce que nous vous avons vu sans asile3, et que
nous vous avons recueilli ; ou nu, et que nous vous avons vêtu ?
39. Ou quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en
prison, et que nous sommes venus à vous ?
40. Et le Roi répondra, disant : En vérité je vous le dis, chaque
fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits d'entre mes
frères4, c'est à moi que vous l'avez fait.
Tel est le langage qu'il tiendra à ceux qui seront assis à sa droite, l'Orient. Quant
à ceux qui seront assis à sa gauche — l'Occident dont étaient les Romains de
Pilatus et les deux mille Gaulois d'Antipas —, les Juifs qui n'ont pas rétabli Bar-
Jehoudda sur le trône de ses pères seront précipités avec eux dans l'abîme où le
feu ne s'éteint point, car :
41. Alors il dira aussi à ceux qui seront à sa gauche : Allez loin de
moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses
anges :
42. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez point donné à manger ;
j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire ;
43. J'étais sans asile, et vous ne m'avez point recueilli ; nu, et
vous ne m'avez point vêtu ; malade et en prison, et vous ne
m'avez point visité.
44. Alors eux aussi lui répondront, disant : Seigneur, quand est-
ce que nous vous avons vu ayant faim, ou soif, ou sans asile, ou
nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne vous avons point
assisté ?
45. Alors il leur répondra, disant : En vérité je vous le dis, chaque
fois que vous ne l'avez point fait à l'un de ces petits, à moi non
plus vous ne l'avez point fait.
46. Et ceux-ci s'en iront à l'éternel supplice, et les justes dans la
vie éternelle.

1 Si Jésus avait eu chair, il répondrait : Tout à l'heure, près du figuier.


2 Si Jésus avait eu chair, il répondrait : Au puits de Jacob où la Samaritaine m'a tendu sa
cruche.
3 Si Jésus avait eu chair, il répondrait : Il n'y a qu'un instant je me plaignais de n'avoir
où reposer ma tête.
4 Les christiens dispersés après la chute définitive de Jérusalem.
XI. — LE ROI DES VOLEURS VIENDRA COMME L'UN D'EUX.

Voici maintenant quelques conseils qui sont la moralité des paraboles sur les
veilleurs et serviteurs de garde, et qui se rattachent à cette idée, exprimée dans
l'Envoi de Pathmos1, que Bar-Jehoudda reviendra comme un de ces voleurs dont
il avait été le Roi.
MATTHIEU, XXIV, 42. Veillez donc, parce que vous ne savez à
quelle heure votre Seigneur doit venir.
43. Mais sachez ceci : si le père de famille savait à quelle heure le
voleur doit venir, il veillerait certainement et ne laisserait pas
percer sa maison.
44. C'est pourquoi vous aussi tenez-vous prêts : car vous ignorez
l'heure à laquelle le fils de l'homme doit venir.
LUC, XXI, 32. En vérité je vous le dis, cette génération ne passera
point, jusqu'à ce que toutes ces choses soient accomplies.
33. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront
point.
34. Faites donc attention à vous, de peur que vos cœurs ne
s'appesantissent dans la crapule, l'ivresse et les soins de cette
vie, et que ce jour ne vienne soudainement sur vous :
35. Car, comme un filet2, il enveloppera tous ceux qui habitent
sur la terre.
36. Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous soyez
trouvés dignes d'éviter toutes ces choses qui doivent arriver, et
de paraître avec confiance devant le fils de l'homme.
MARC, XIII, 33. Tenez-vous sur vos gardes, veillez et priez,
puisque vous ne savez quand ce temps viendra,
34. Comme un homme qui, partant pour un voyage, et laissant sa
maison, donne pouvoir à ses serviteurs, à chacun suivant sa
fonction, et commande au portier de veiller.
35. Veillez donc, (car vous ignorez quand viendra le maître de la
maison, le soir3, ou au milieu de la nuit4, ou au chant du coq5, ou
le matin6),
36. De peur que, venant subitement, il ne vous trouve endormis.
37. Et ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez.

1 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.


2 Le filet du Pêcheur d'hommes. Cf. la similitude de la pêche finale dans Les Evangiles de
Satan, 1re partie.
3Première veille, neuf heures.
4Seconde veille, minuit.
5Troisième veille, trois heures.
6Quatrième veille, six heures.
Voilà les recommandations que Jésus fait aux apôtres la veille de l'arrestation de
Bar-Jehoudda. Nous allons voir quel compte ils en tiennent dans la nuit de la
pâque, composée, elle aussi, de quatre veilles.
Quant à Jésus, fatigué de toutes ces inepties, il va se coucher chaque soir du
côté des colonnes d'Hercule pour reparaître le lendemain à l'Orient. Mais comme,
en allant coucher à l'Occident selon sa coutume, il risque de rencontrer Bar-
Jehoudda dans les environs de Lydda, il renverse tout l'ordre de la nature pour
s'aller coucher chaque soir sur le Mont des Oliviers.
LUC, XXI, 37. Or le jour il enseignait dans le Temple ; mais la
nuit, sortant, il se retirait sur la montagne appelée des Oliviers.
38. Et tout le peuple venait de grand matin vers lui, au Temple,
pour l'écouter.
Cérinthe vous l'a dit, le Verbe, c'est la Lumière héliaque, mais ici le Verbe se
conduit comme un suppôt de Satan, prince des ténèbres.

XII. — TRANSLATION DE BATHANÉA À BÉTHANIE ET


CONVERSION D'ELÉAZAR EN SIMON IS-KÉRIOTH.

Aucun des synoptiseurs ne peut cacher que Bar-Jehoudda ait été arrêté avant la
pique : ils sont liés non-seulement par l'histoire, qui est encore dans Josèphe au
moment où ils composent, mais plus encore par les premiers évangiles, où il est
dit que Bar-Jehoudda avait été crucifié avant le repas de l'agneau. Pour comble
d'embarras, Cérinthe, le diabolique auteur du Quatrième Evangile, avait écrit que
le sacre de Bar-Jehoudda s'était passé à Bathanéa trans Jordanem, d'où le roi-
christ était parti six jours avant la pâque, c'est-à-dire le 9 nisan1. Ayant installé
Jésus à Béthanie-lez-Jérusalem le 12 nisan, il fallait que les synoptiseurs tissent
entrer le sacre, et l'allégorie chronométrique relative à Is-Kérioth, dans les deux
jours qui s'étaient écoulés entre la déconfiture de Bar-Jehoudda au Sôrtaba et
son arrestation. On n'avait que ces deux jours-là pour mettre en forme la
prétendue trahison d'Is-Kérioth.
Le plus ancien dispositif est celui de Marc et de Luc.
MARC, XIV, 1. Or, deux jours après, c'était la pâque et les azymes
; et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment ils
se saisiraient de lui par ruse, et le feraient mourir.
2. Mais ils disaient : Non pas un jour de la fête, de peur qu'il ne
s'élevât quelque tumulte dans le peuple.
Comme vous le voyez, les gens du Temple décident que Bar-Jehoudda sera
arrêté avant le premier jour de la fête qui commençait à la première heure du 15
nisan par le repas de la pâque.
LUC, XXII, 1. Cependant approchait la fête des azymes, qu'on
appelle Pâque.

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


2. Et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment
ils pourraient faire mourir Jésus ; mais ils craignaient le peuple.
Vous remarquez que dans Luc on supprime l'intervalle de deux jours qui s'écoule
dans Marc, et aussi dans Matthieu, entre la délibération des gens du Temple et la
pâque. Les synoptiseurs de Matthieu ont pensé qu'au point où en était
l'imposture ecclésiastique, Jésus ne devait pas laisser à un tiers le soin de
constater que Bar-Jehoudda avait été arrêté avant la Cène. C'est Jésus qui
l'annonce, et dans sa bouche cette vieille histoire prend le caractère d'une
prophétie.
MATTHIEU, XXVI, 1. Or il arriva que lorsque Jésus eut achevé tous
ces discours, il dit à ses disciples :
2. Vous savez que la pâque se fera dans deux jours, et que le fils
de l'homme sera livré pour être crucifié.
3. Alors les princes des prêtres et les anciens du peuple
s'assemblèrent dans la salle du grand prêtre, appelé Caïphe,
4. Et tinrent conseil pour se saisir de Jésus par ruse, et le faire
mourir.
5 Mais ils disaient : Non pas un jour de la fête, de peur qu'il ne
s'élevât du tumulte parmi le peuple.
Le plus ancien dispositif de la trahison, c'est celui de Marc où le marché d'Is-
Kérioth avec le Temple a lieu immédiatement après le sacre. On a placé le sacre
chez Simon, père d'Is-Kérioth, qu'on a fait lépreux pour la circonstance, afin de
le rendre méconnaissable, et qu'on a transporté de Kérioth à Béthanie1.
De tous les évangélistes Cérinthe est, le seul qui nous ait transmis le nom du
père d'Is-Kérioth, et Luc le seul qui nous montre Jésus entrant chez ce Simon,
s'attablant avec lui pour acheter son silence sur le truc du vase employé au
chrisme par Salomé, et remettant à celle-ci le péché de mensonge qu'elle a
ajouté à tous les autres ce jour-là. Nous avons reproduit et expliqué cette scène
où Simon est toujours pharisien. Dans Marc et dans Matthieu, il est atteint de la
même maladie que les neuf Juifs de Samarie auxquels Jésus préfère
l'Haramathas, il a la lèpre. Ou plutôt il l'a eue, car dès le moment que Jésus est à
sa table, il est purifié. Toutefois Jésus ne lui donne pas l'ordre d'aller se montrer
aux prêtres, comme il le donne à tous les lépreux qu'il a guéris jusqu'ici. S'il
donnait un tel ordre et que Simon l'exécutât, les gens du Temple, au lieu
d'envoyer à Lydda pour arrêter Bar-Jehoudda, enverraient à Béthanie pour
arrêter Jésus, qui de cette façon ne pourrait plus célébrer la pâque et instituer
l'Eucharistie.
L'Infaillible s'est demandé si le repas qui a lieu chez Éléazar était différent de
celui qui a lieu ici chez Simon le lépreux et que Luc a déjà placé chez Simon le
pharisien. Voici ses explications :
Il est probable que le repas décrit par saint Jean est le même que saint Matthieu
nous dit avoir eu lieu chez Simon : les deux évangélistes placent la scène à
Béthanie ; les récits présentent les mêmes circonstances et se rapportent à la
même époque. Le Sauveur revint dans ce bourg six jours avant Pâques, comme
le dit saint Jean, le samedi soir par conséquent, un peu avant le repas, ou le

1 Cf. L'Évangile de Nessus.


vendredi, si l'on compte les six jours à partir du jeudi soir, où la fête
commençait. Si saint Matthieu parle de deux jours avant Pâques quelques
versets plus haut, c'est à propos d'un autre fait, de la résolution prise par le
sanhédrin de faire mourir Jésus ; et cette anticipation n'empêche pas qu'il ne
décrive ensuite très naturellement ce repas de Béthanie, qui a fourni à Judas
l'occasion de quitter son maître et de le vendre aux Juifs. Que Lazare et ses
sœurs assistent à ce repas, ce n'est pas une preuve qu'il eut lieu chez eux. Celui
qui l'offrait ne pouvait-il pas être de leurs parents ou de leurs amis ? C'est même
probablement parce qu'on n'était pas chez eux que saint Jean croit devoir
signaler leur présence et surtout le zèle de Marthe à servir les convives. Ici
comme ailleurs, le dernier Évangile complète les précédents, eu ajoutant à leur
récit de nouveaux traits. Saint Matthieu et saint Marc disent : une femme ; saint
Jean dit : Marie, sœur de Lazare. Ils parlent de l'onction de la tête seulement ;
lui, signale l'onction des pieds.
Le repas dont parle saint Luc eut lieu assez longtemps auparavant, en Galilée, et,
selon toute apparence, à Naïm. On ne peut donc pas le confondre avec celui qui
eut lieu à Béthanie six jours avant Pâques, où Notre-Seigneur eut à reprendre les
sentiments de Judas, et non ceux de Simon. Seulement, on peut demander si ce
n'est pas le même Simon qui les a donnés l'un et l'autre. La plupart distinguent
Simon le pharisien de Simon le lépreux : ils ne semblent pas, disent-ils, avoir le
même domicile, ni le même caractère, ni les mêmes dispositions envers le
Sauveur. Ces raisons ne sont cependant pas une démonstration. Il n'est pas sûr
que Simon fût de Naïm, ni même de Galilée : saint Luc ne le dit pas ; et, quoique
pharisien, il avait pu être guéri de la lèpre par Notre-Seigneur et changer de
sentiment à son égard.
Nous sommes heureux de voir que l'Infaillible admet l'identité ; en la prouvant
nous ne cessons pas d'être orthodoxes. La seule différence entre Luc et les
synoptiseurs de Marc et de Matthieu, c'est que dans ces derniers Simon a
déménagé de Kérioth, afin que, le sacre de Jésus ayant lieu à Béthanie, son fils
puisse arrêter le revenant plus près de Jérusalem que de Lydda.
MARC, XIV, 3. Et comme Jésus se trouvait à Béthanie, dans la
maison de Simon le lépreux, et qu'il était à table, il vint une
femme ayant un vase d'albâtre plein d'un parfum de nard d'épi1

1 Ptolémée dit que le nard est une plante odoriférante qui croit principalement à
Rangamati, sur les frontières du pays qu'on nomme maintenant le Bootan. Pline en
reconnait douze espèces : il met en première ligne celui des Indes, puis le syriaque, le
gaulois, celui de Crète, etc. Il décrit ainsi le nard indien : C'est un arbuste à racine
épaisse et lourde, mais courte, noire et cassante, quoique onctueuse en rame temps.
L'odeur ressemble beaucoup à celle du cypérus : le goût est âcre, les feuilles sont petites
et viennent en touffes. Les sommités du nard se développent en épis barbus. De là vient
que le nard est si fameux pour sa double production : l'épi barbu et la feuille. Le prix de
ce nard était alors de cent deniers la livre (environ 85 francs) Les autres sortes, qui
n'étaient que des herbes, coûtaient beaucoup moins cher et pouvaient s'obtenir, pour
quelques deniers. Galien et Dioscoride parlent du nard (en grec nardostachys, nard à
épis) à peu près dans les mêmes termes. Ce dernier auteur prétend toutefois que le nard
connu sous le nom de syrien venait en réalité des Indes et était apporté en Syrie, d'of,
on l'expédiait sur divers points... Sir William Jones, orientaliste distingué, fit une étude
spéciale de cette question ardue, et finit par découvrir que le nard était une espèce de
valériane appelée par les Arabes sumbul, ce qui signifie épi barbu, et par les Indiens
jatamansi ou mèche de cheveux, noms dus tous deux à la forme de la tige, qui
ressemble à la quelle d'une hermine ou d'une belette. Il lui donna donc la dénomination
d'un grand prix. Or le vase rompu, elle répandit le parfum sur sa
tête.
MATTHIEU, XXVI, 6. Or, comme Jésus était à Béthanie, dans la
maison de Simon le lépreux,
7. Vint auprès de lui une femme ayant un vase d'albâtre plein
d'un parfum de grand prix, et elle le répandit sur sa tête lorsqu'il
était à table.
Vous savez depuis longtemps qui est et se qu'est la femme au vase d'albâtre.
Mais pour le Saint-Siège qui est-elle ?
On croit, dit-il, que c'est Marie-Madeleine. Le sentiment commun est qu'il n'y a
point de distinction à faire entre la pécheresse de saint Luc (Marie-Madeleine,
délivrée de sept démons), Marie, sœur de Marthe, et Marie de Béthanie. Ce
sentiment parait bien fondé. En effet, 1° tel est l'avis des docteurs et des Pères
les plus anciens, celui que l'Église romaine a toujours suivi dans sa liturgie. S'il
s'agissait, dans ces passages, de personnes différentes, serait-il possible que les
apôtres n'en eussent pas instruit les premiers fidèles, ou qu'il se fût établi dès les
premiers temps une tradition opposée à leur enseignement ? — 2° Lorsqu'on lit
simplement l'Évangile, l'idée de ces distinctions ne s'offre pas à l'esprit. — Après
avoir rapporté la conversion de la pécheresse chez Simon, saint Luc parle
aussitôt de plusieurs femmes qui avaient été guéries ou délivrées du démon par
le Sauveur, et qui l'assistaient de leurs biens : or la première de toutes est Marie,
surnommée Madeleine. — Quand saint Jean parle de Marie, sœur de Lazare et de
Marthe, il ajoute, pour la faire connaître, que c'est la personne qui a essuyé de
ses cheveux les pieds du Sauveur. A qui peut-on penser, sinon à la pécheresse
qu'on sait avoir fait à Naïm cet acte d'humilité et de religion ? — On ne peut pas
la méconnaître davantage chez Simon, où cette action est renouvelée, ni au pied
de la croix, ni au tombeau, où elle parait sous le nom de Marie-Madeleine. Si ce
n'était pas là, en effet, Marie de Béthanie, comment s'expliquer son absence,
l'absence de la sœur de Lazare, en pareilles circonstances ? D'ailleurs, ce sont les
mêmes habitudes qui se manifestent partout, et l'identité du caractère indique
l'identité de la personne. Mais si Marie de Béthanie est Marie-Madeleine, délivrée
de sept démons, peut-on douter que ce ne soit la pécheresse de Naïm, celle qui a
témoigné à Notre-Seigneur tant de repentir et tant d'amour ? — 3° On ne peut
opposer à ce sentiment aucune difficulté réelle. — Une même personne ne peut-
elle pas s'être trouvée en Galilée, chez Simon le pharisien, avoir possédé un bien
à Magdala, et être venue chez sa sœur à Béthanie ? — Il est des esprits qui
répugnent à croire que le Sauveur ait témoigné tant de bonté à une pécheresse,
même après sa conversion. Mais n'a-t-il pas dit lui-même à Simon ce qu'on doit
penser d'un tel sentiment ? N'est-ce pas pour les pécheurs qu'il est venu sur la
terre, et ne voulait-il pas qu'on connût ses dispositions ? Ce qu'il a fait pour
Madeleine, ne l'a-t-il pas fait pour la Samaritaine et pour une infinité d'autres ?
N'était-ce pas un présage, une figure de la grâce qu'il destinait à toute la
gentilité ? Ne l'a-t-il pas aussi convertie ? ne l'a-t-il pas régénérée, honorée du
nom d'épouse, et mise à la place de la Synagogue infidèle ? — Enfin, Si Marie,
sœur de Marthe, n'était pas Marie-Madeleine, ne faudrait-il pas dire que l'Église

de Valeriana jalamansi, qui a été acceptée par tous les botanistes modernes. Le mot nard
parait être dérivé du mot tamoul nar, qui désigne une foule de substances odorantes...
Le nard des anciens était probablement un nom générique sous lequel ils désignaient les
parfums les plus exquis. Note de l'édition du Saint-Siège.
est loin de remplir les intentions du Sauveur ; qu'elle ne comprend même pas la
prédiction qu'il a faite au repas de Béthanie, puisqu'elle attribue à sainte
Madeleine et qu'elle honore particulièrement en sa personne l'acte de religion
qu'il a signalé en Marie comme devant être pour elle la, source de tant de gloire
? Le caractère de Madeleine contraste admirablement avec celui de Judas à
Béthanie, comme il contraste avec celui de Simon à Naïm.
MARC, XIV, 4. Quelques-uns s'en indignèrent en eux-mêmes, et
ils disaient : Pourquoi avoir ainsi perdu ce parfum ?
5. Il pouvait en effet, ce parfum, se vendre plus de trois cents
deniers, et être donné aux pauvres. Et ils murmuraient contre
elle.
MATTHIEU, XXVI, 8. Ce que voyant, ses disciples s'indignèrent,
disant : Pourquoi cette perte ?
9. Il pouvait en effet, ce parfum, se vendre très cher et être
donné aux pauvres.
Dans Cérinthe c'est Is-Kérioth qui prend l'intérêt des pauvres et qui suppute la
valeur chronométrique du vase à parfum. On a même supprimé dans Matthieu
l'évaluation en jours du vase de l'année au moment du chrisme. On n'a pas voulu
laisser à Is-Kérioth le rôle qui contraste si étrangement avec la vénalité dont il va
faire preuve dans un instant. On prend contre lui la défense de Salomé à qui
Jésus a remis son péché dans le premier repas qu'il a fait avec Simon.
MARC, XIV, 6. Mais Jésus dit : Laissez-la ; pourquoi lui faites-vous
de la peine ? C'est une bonne œuvre qu'elle a faite envers moi.
7. Car les pauvres, vous les avez toujours avec vous, et, quand
vous vouiez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne
m'avez pas toujours.
8. Ce qu'a pu celle-ci, elle l'a fait : elle a d'avance parfumé mon
corps pour la sépulture.
9. En vérité je vous le dis : Partout où sera prêché cet Évangile,
dans le monde entier, ce que celle-ci vient de faire sera même
raconté en mémoire d'elle.
MATTHIEU, XXVI, 10. Mais Jésus, le sachant, leur dit : Pourquoi
faites-vous de la peine à cette femme ? C'est une bonne œuvre
qu'elle a faite envers moi.
11. Car vous avez toujours les pauvres avec vous, mais moi, vous
ne m'avez pas toujours.
12. Cette femme, en répandant ce parfum sur mon corps, l'a fait
pour m'ensevelir.
13. En vérité je vous le dis, partout où sera prêché cet Évangile,
dans le monde entier, on dira aussi, en mémoire d'elle, ce qu'elle
vient de faire.
XIII. — LE MARCHÉ D'IS-KÉRIOTH AVEC LE TEMPLE.

Matthieu commet une gaffe énorme dans le marché qu'il suppose entre Is-
Kérioth et le Temple. Il laisse le chiffre de pièces qui fait remonter pour le moins
le sacre au 15 adar, et qui par ce seul fait replace la scène à son véritable
endroit, Bathanéa trans Jordanem ! Ah ! le maladroit !
MATTHIEU, XXVI, 14. Alors un des douze, appelé Judas Iscariote,
alla vers les princes des prêtres,
15. Et leur dit : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai
? Et ceux-ci lui assurèrent trente pièces d'argent.
16. Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer.
Ici les prêtres lui assurent les trente pièces du dernier mois, mais ils ne les lui
donnent pas ; ils le voudraient d'ailleurs qu'ils ne le pourraient pas, puisqu'a la
date de la convention, 15 adar, ils ne sont pas sûrs eux-mêmes de les avoir à
l'échéance. S'ils meurent avant le 15 nisan, ils ne les auront pas. Il n'en reste
pas moins que sur les soixante-douze demi-décans de l'année 788, en voilà six
qui ont trahi un mois avant la pâque !
Ayant vu que Matthieu, avec son chiffre de pièces, indiquait approximativement
la date du sacre, — lequel à ce compte ne pouvait plus avoir lieu dans Béthanie-
lez-Jérusalem où Jésus n'arrive que le 12 nisan, — les synoptiseurs de Marc ont
supprimé le chiffre. Toutefois, ils ont, comme ceux de Matthieu, placé le marché
avant la scène des parfums.
MARC, XIV, 10. Alors Judas Iscariote, un des douze, alla trouver
les princes des prêtres, pour le leur livrer.
Ceux-ci, l'entendant, se réjouirent, et promirent de lui donner de l'argent. Aussi
cherchait-il une occasion favorable pour le leur livrer.
Dans ces conditions, Is-Kérioth qui selon Matthieu a vendu Bar-Jehoudda
pendant trente jours, ne le vend plus selon Marc que pendant deux jours.
L'honneur d'Is-Kérioth remonte de vingt-huit trentièmes.
La trahison d'Is-Kérioth baisse également de vingt-huit trentièmes dans Luc qui
la place avant le sacre, ce qui l'a conduit à imiter Marc dans la suppression des
trente pièces.
Luc, XXII, 3. Or Satan entra dans Judas, qui était surnommé
Iscariote, étant arithmétiquement1 des douze (tribus).
4. Et il s'en alla, et il conféra avec les princes des prêtres et les
magistrats, comment il le leur livrerait.
5. Et ils se réjouirent, et convinrent de lui donner de l'argent.
6. Il s'engagea donc. Et dès lors il cherchait l'occasion de le livrer
en l'absence du peuple.

1 Onta ec tou arithmou tôn dôdeca. Au moment où cette phrase fut écrite la liste des
douze apôtres n'était pas faite. Is-Kérioth n'était encore qu'un douzième des tribus :
Dan.
La question d'argent étant la seule qui ait inspiré tous ces faux, la supposition de
ce marché est venue d'elle-même à l'esprit des synoptiseurs. C'est pour avoir de
l'argent qu'ils travaillent, il leur parait tout naturel que l'un des douze ait vendu
son maître dans le même but.
En tout cas, il résulte du Quatrième Évangile, conféré avec les trois autres, que
Bar-Jehoudda n'a pas été sacré moins de trois fois : une fois chez Éléazar à
Bathanéa trans Jordanem, et deux fois chez le père d'Is-Kérioth, la première on
ne sait où ni quand, la seconde à Béthanie deux jours avant la pâque, c'est-à-
dire le 13 nisan. Sans nous arrêter aux frais énormes que Simon a dû avancer
pour les deux cérémonies qui ont eu lieu chez lui, demandons à l'Infaillible
pourquoi Marc, Matthieu et Luc ont fait disparaître totalement le banquet du 14,
où Jésus lave les pieds, c'est-à-dire remet les péchés de tous les personnages
engagés dans la fable.
Et attendons sa réponse sous le figuier-myrier.

FIN DU HUITIÈME TOME

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