Les Évangiles de Satan démasqués
Les Évangiles de Satan démasqués
TOME VIII
VI. — LA CONDAMNATION.
VII. — LA TRANSFIGURATION.
Les Juifs disent, exposant à Jésus la théorie du christ sur leur divinité :
NOUS NE SOMMES PAS NÉS DE LA FORNICATION, NOUS N'AVONS QU'UN PÈRE, DIEU.
Jésus répond aux Juifs :
VOUS AVEZ LE DIABLE POUR PÈRE... ET IL N'EST PAS DEMEURÉ DANS LA VÉRITÉ,
PARCE QU'IL N'Y A PAS DE VÉRITÉ EN LUI. LORSQU'IL PARLE MENSONGE, IL PARLE DE
SON PROPRE FONDS, PARCE QU'IL EST MENTEUR ET LE PÈRE DU MENSONGE.
(Quatrième Évangile, VIII, 41, 44).
Le lecteur sait maintenant pourquoi nous appelons évangiles de Satan les écrits
présentés par l'Église sous les faux noms de Matthieu, de Marc et de Luc, et dont
nous commençons la publication avec le présent volume.
C'est Jésus lui-même qui nous en fournit le vrai titre.
I. — L'ANNÉE DE LA FAILLITE.
1 Dans Marc cette réunion a lieu après l'élection des douze, de sorte qu'Is-Kérioth
participe à tous ces événements, comme s'il avait marché avec Bar-Jehoudda.
MARC, III, 22. Et les scribes qui étaient venus de Jérusalem,
disaient : Il est possédé de Baal-Zib-Baal, et c'est par le Prince
des démons qu'il chasse les démons.
Il a paru mauvais à Luc que les scribes de Jérusalem accusassent positivement
Bar-Jehoudda d'avoir été possédé, et cela dans la beth léhem même. Il les a
remplacés par des gens du voisinage, moins instruits des Paroles du Rabbi.
LUC, XI, 15. Mais quelques-uns d'entre eux dirent : C'est par
Baal-Zib-Baal, prince des démons, qu'il chasse les démons.
Voilà en effet ce que les contemporains de Bar-Jehoudda disaient de lui. Avec
son Æon-Zib, ce n'était plus un adorateur de Dieu, c'était un possédé du dieu-
poisson qu'on adorait en Phénicie sous le nom de Dagon (de dag, poisson). C'était
un imposteur, un blasphémateur et un impie.
Dans Matthieu les scribes deviennent des pharisiens, ce qui ne les empêche pas
d'être scribes, et fort au courant des Paroles du Rabbi.
MATTHIEU, IX, 34. Mais les pharisiens disaient : C'est par le Prince
des démons qu'il chasse les démons.
En même temps on biffe le nom de ce Prince des dénions, ce Baal-Zib-Baal dont
Bar-Jehoudda disait être le signe et dont avait été formé le nom de Zibdéos. Et
cela permet au Saint-Siège de s'indigner contre les pharisiens : Comme si, dit-il,
Jésus-Christ avait eu des intelligences avec Satan.
C'est Satan lui-même, ô Saint-Siège ! Depuis la scène des trois tentations1 il est
consubstantiel à Satan. Lui est-il coéternel ? Oui, dit l'Église.
LUC, XI, 16. Et d'autres, pour le tenter, lui demandaient un
sèmeion dans le ciel.
Le sèmeion qu'ils lui demandent, c'est précisément celui qu'il devait amener en
789, celui que Bar-Jehoudda disait être le Ieou-Schanâ-os2, et que représente au
naturel le Baal-Zib-Baal de Phénicie. Telle était cette tentation, et elle était si
claire que dans Matthieu et dans Marc l'Église l'a fait disparaître, en même temps
que dans Matthieu elle enlevait à cet endroit le nos du dieu-poisson qui faisait
image et répondait direct ment à la légitime curiosité des scribes de Jérusalem
curiosité allumée par les Écritures de Bar-Jehoudda, e entretenue par celles de
Philippe, de Toâmin et à Mathias Bar-Toâmin. Scribes contre scribes ! Ceux à
Jérusalem mettent le revenant au pied du mur : Où est ton signe ?
Jésus n'entend pas de cette oreille, car s'il leur abandonne le prétendant ridicule
et criminel, il défend en lui le privilège d'exorcisme sans lequel le baptême tombe
à rien et cesse d'être vendable. En effet, si Bar-Jehoudda n'avait pas le pouvoir
de chasser les démons peccants, de quel droit remettait-il les péchés ?
MARC, III, 23. Mais Jésus, les ayant appelés, leur disait en
paraboles : Comment Satan peut-il chasser Satan ?
24. Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne
peut subsister.
23. Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison
ne peut subsister.
1 En 788 il n'avait plus qu'un an à vivre. L'expression est prise à l'Apocalypse, cf. le
Charpentier.
2 Ei dè en dactulô Theou ecballô ta daimonia.
II. — ÉLOGE ET NÉCESSITÉ DU MENSONGE.
C'est à tort que les Juifs ont considéré Bar-Jehoudda comme un banal exorciste.
Les démons qu'il aurait chassés si on l'eût laissé faire, ce sont les loups de Rome
et les pourceaux gaulois. Fils de David, il était le fort armé, envoyé par le Dieu
de la milice céleste pour garder sa maison terrestre, le Temple de Jérusalem.
Faute de l'avoir soutenu, lui et ses frères, les Juifs ont livré la maison de Dieu à
Vespasien d'abord, à Hadrien ensuite.
LUC, XI, 21. Lorsque le fort armé garde l'entrée de sa maison, ce
qu'il possède est en sûreté.
22. Mais qu'un plus fort que lui survienne, en triomphe, il
emportera toutes ses armes, dans lesquelles il se confiait, et il
distribuera ses dépouilles.
MARC, III, 27. Nul ne peut entrer dans la maison du fort et ravir
ce qu'il possède, s'il ne l'a lié auparavant ; c'est alors qu'il pillera
sa maison.
MATTHIEU, XII, 29. D'ailleurs, comment quelqu'un peut-il entrer
dans la maison du fort et enlever ce qu'il possède, si auparavant
il ne lie le fort ? C'est alors qu'il pillera sa maison.
Voilà justement ce qui s'est passé après la capture et l'exécution de Ménahem
par ses sujets. Qu'ont fait ces misérables ? Ils ont eux-mêmes lié, comme pour le
compte des Romains, le dernier des frères de celui qui liait et déliait sur terre !
Le fils de David est maintenant à la droite de Celui qui lie.et délie dans le ciel.
Lier le Fort des forts, voilà ce dont Satan est incapable. Le rez-de-chaussée qu'il
occupe dans le ciel ne lui permet pas de piller la maison de Iahvé, qui est au
sommet de cette construction à trois étages. C'est ce Fort-là, cet Adonaï, qui
reste aux Juifs, terrestrement liés par ces deux Satans qui se sont appelés
Vespasien et Hadrien ; or Bar-Jehoudda est devenu son fils. Par conséquent, si
sous un vain prétexte de blasphème et de criminalité, ils répudient l'individu qui
exorcisait par Baal-Zib-Baal, Adonaï, qui peut tout, les laissera liés par la Bête et
divisés contre eux-mêmes ; et ils le seront encore davantage quand il liera Satan
pour mille ans, lors du premier jugement et de la première résurrection. Or ce
premier jugement, qui le prononcera ? Cette résurrection, qui la fera ? Celui-là
même qui chassait les démons sous Tibère. Ils se condamnent donc en le
condamnant. C'est ce qu'il explique avec une insistance diabolique.
MARC, III, 28. En vérité, je vous le dis, tous les péchés seront
remis aux enfants des hommes, même les blasphèmes par
lesquels ils auront blasphémé.
29. Mais celui qui aura blasphémé contre l'Esprit-Saint, n'en aura
jamais la rémission ; mais il sera coupable d'un péché éternel.
30. (Parce qu'ils disaient : Il est possédé d'un esprit impur.)
LUC, XI, 23. Qui n'est pas pour moi est contre moi ; et qui
n'amasse pas avec moi, dissipe.
MATTHIEU, XII, 30. Qui n'est pas avec moi, est contre moi ; et qui
ne rassemble pas avec moi, disperse.
31. C'est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème
sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre l'Esprit ne
sera point remis.
32. Et quiconque aura parlé contre le fils de l'homme1, il lui sera
remis ; mais si quelqu'un a parlé contre l'Esprit-Saint, il ne lui
sera remis ni en cet Æon ni dans l'Æon à venir.
Qu'ils continuent, si bon leur semble, à dire que Bar-Jehoudda exorcisait par
Baal-Zib-Baal, il leur sera pardonné, encore feraient-ils mieux de se taire ! Mais
s'ils méconnaissent le révélateur de leur divinité, de leur droit de juger les autres
hommes, ils sont condamnés d'avance ! Vous avez vu cette idée beaucoup plus
développée dans Cérinthe2. Qu'est-ce donc que l'Esprit-Saint ? Le Mensonge,
Satan en personne ! S'ils mentent aux goym comme font les jehouddolâtres,
celui qu'ils calomnient les sauvera ! Je ne sais s'il existe quelque part, dans
l'histoire de l'inconscience et de l'hypocrisie, un appel aussi pressant à la
perdition des âmes. On en frémit pour l'espèce humaine. La honte est tellement
forte qu'elle étouffe l'indignation.
Mais je veux m'opposer à moi-même l'interprétation du Saint-Siège sur ce
passage, car il se pourrait que je péchasse par faute de lumière :
Il résulte du contexte même que le péché contre le Saint-Esprit, dont il est ici
parlé, consiste à attribuer au démon les miracles du Sauveur. Or ce péché est dit
irrémissible, parce qu'il est moralement impossible d'en obtenir la rémission,
attendu qu'il a une malice intrinsèque naturellement opposée au pardon. Il
faudrait pour cela un miracle de la grâce que Dieu n'accorde pas selon le cours
ordinaire de sa providence. D'un autre côté, c'est un dogme de la foi catholique
qu'il n'y a aucun péché absolument irrémissible, l'Église ayant reçu le pouvoir de
remettre tous les péchés sans exception, et Dieu, dans sa miséricorde, pouvant
toucher le cœur du pécheur le plus endurci.
1 Le Fils de l'homme est tantôt le Verbe incarné, tantôt le fils de Jehoudda. C'est de ce
dernier qu'il s'agit ici.
2 Cf. L'Evangile de Nessus.
3 Expression prise à Flavius Josèphe, qui s'en sert pour désigner les sectateurs de
Jehoudda. Cf. Le Gogotha.
35. L'homme bon tire du bon trésor de bonnes choses, et
l'homme mauvais tire du mauvais trésor de mauvaises choses1.
36. Or je vous dis que toute parole oiseuse que les hommes
auront dite, ils en rendront compte au jour du jugement.
37. Car c'est par tes paroles que tu seras justifié, el par tes
paroles condamné.
Non, mon ami, ce n'est pas par les paroles, car tu dois savoir quels mensonges
elles enferment, c'est par les actes qu'on est justifié ou condamné. Dieu, qui
n'est ni un imbécile ni un ignorant, ne juge que sur les actes. Sans doute tu
pourras prouver, par quinze cents ans de jehouddolâtrie, qu'on peut le fourrer
dedans par des paroles, mais nous sommes quelques-uns (très peu, il est vrai), qui
nous en faisons une autre idée. Ce n'est pas pour des paroles, c'est pour des
actes qu'il a puni Bar-Jehoudda. Toutes les fois que Jésus énonce des axiomes
aussi profondément immoraux, le Saint-Siège les met sur le dos de l'Évangéliste.
Il paraît, dit-il, que c'est un proverbe que l'évangéliste rapporte textuellement,
puisque les verbes sont au singulier.
Ce n'est nullement un proverbe ; et si c'en est un, Jésus a bien tort de le faire
sien. C'est une menace sous condition : absolution pour le faux témoin,
condamnation pour le véridique.
Après les avoir ainsi évangélisés, Jésus leur prédit ce qui leur est arrivé pour
n'avoir pas cru aux sept démons qui agitaient Bar-Jehoudda et ses frères, les
bons démons des sept fils de Jehoudda et de Salomé.
MATTHIEU, XII, 43. Lorsque l'Esprit impur est sorti d'un homme, il
s'en va errant en des lieux arides2, cherchant du repos, et il n'en
trouve point.
44. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ;
et, y revenant, il la trouve libre, purifiée de ce qui la souillait, et
ornée.
45. Alors il va et prend sept autres esprits plus mauvais que lui,
et entrant ils y demeurent ; et le dernier état de cet homme est
pire que le premier. Ainsi en sera-t-il de cette génération
perverse.
LUC, XI, 24. Lorsque l'Esprit impur sort de l'homme, il va par des
lieux arides, cherchant du repos ; et, n'en trouvant point, il dit :
Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti.
25. Et, revenant, il la trouve nettoyée de ses ordures, et ornée.
1 L'image du trésor est prise à la similitude du scribe évangéliste. Cf. Les Évangiles de
Satan, 1re partie.
2 Satan fuit les lieux où il y a de l'eau, le baptême lui est contraire.
26. Alors il s'en va, et prend avec lui sept autres esprits pires que
lui, et, étant entrés dans cette maison, ils y demeurent. Et le
dernier état de cet homme devient pire que le premier.
Sous Néron Ménahem avait purifié Jérusalem, la maison de David ; il avait
chassé du Temple les démons hérodiens, tels Saül et Costobar ; il avait
également purifié Massada de sa garnison romaine1. Mais depuis, Vespasien,
Titus, Domitien, Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin ont été ramenés par Satan dans
la maison de David. Que les Juifs ne s'étonnent pas d'être dans un état pire que
le premier ! L'Église a fait sauter dans Luc la conclusion de Matthieu : Ainsi en
sera-t-il de cette génération perverse. Cette conclusion avait l'inconvénient de
dater le discours de Jésus en y introduisant sept des empereurs antéchrists
énumérés dans l'Apocalypse de Pathmos, depuis Vespasien jusqu'à Marc-Aurèle.
Contre le bon sabbat de la kabbale judaïque s'est dressé le mauvais sabbat latin,
le sabbat des sept têtes et des sept collines, et jusqu'à présent la Bête triomphe
encore : mais qu'en restera-t-il si Bar-Jehoudda revient pour juger les vivants et
les morts ?
Cette cynique défense du failli de 788 vaut à Jésus l'admiration d'une femme qui
intervient juste à ce moment.
27. Or il arriva que, comme il disait ces choses, une femme,
élevant la voix d'au milieu de la foule, lui dit : Heureux le sein qui
vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées !
Cette femme, vous l'avez reconnue. C'est toujours la même, successivement
redressée après dix-huit ans de veuvage2, ou pétrissant le levain judaïque dans
les trois séas3, ou appelant la vengeance de Dieu sur les successeurs du juge
inique qui a décidé pour Hérode contre David4 : c'est la mère de Jésus selon le
monde.
28. Mais Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de
Dieu, et qui la gardent !
La parole de Dieu ne varie pas, c'est l'Évangile du Royaume.
Puisqu'il est dans sa maison selon le monde, la maison dont ont été chassés sa
mère, ses frères et ses sœurs, Jésus refusera-t-il de les y recevoir sous le
prétexte que ce sont des pécheurs ? Bar-Jehoudda est à la porte, inaccessible au
remords, mais tremblant de frayeur. C'est lui qui négocie l'audience. Toute sa
famille est derrière lui, sa mère, ses six frères, Shehimon, Jacob senior, Jacob
junior, Philippe, Jehoudda Toâmin et Ménahem, ses deux sœurs, Thamar, femme
d'Éléazar, et Salomé, femme de Cléopas, ses beaux-frères et ses belles-sœurs,
tous les Cléopas et tous les Jaïr. Une foule considérable, toute la Gaulanitide,
1 Cf. Le Gogotha.
2 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
4 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
toute la Bathanée, les entoure, curieuse de savoir comment va se tirer d'affaire
ce Jésus dans la bouche de qui le mensonge ne s'est jamais trouvé1 !
MATTHIEU, XII, 46. Lorsqu'il pariait encore au peuple, voilà que sa
mère et ses frères étaient dehors, cherchant à lui parler.
47. Quelqu'un lui dit2 : Voilà votre mère et vos frères qui sont
dehors et qui vous cherchent.
MARC, III, 31. Cependant sa mère et ses frères vinrent ; et, se
tenant dehors, ils l'envoyèrent appeler.
32. Or la foule était assise autour de lui, et on lui dit3 : Voilà
dehors votre mère et vos frères qui vous cherchent.
LUC, VIII, 19. Cependant sa mère et ses frères vinrent vers lui, et
ils ne pouvaient l'aborder à cause de la foule.
20. On vint donc lui dire : Votre mère et vos frères sont là
dehors, qui voudraient vous voir.
La question est posée sans la moindre ambiguïté. L'Évangéliste veut bien parler
des frères et des sœurs de Bar-Jehoudda, son intention est formelle ; le texte
grec ne l'est pas moins : voici la mètèr de vous, voici les adelphoi de vous. On
sait que l'Église, tout en traduisant adelphoi par frères, — il n'y a pas moyen de
faire autrement ! — exige que ces frères soient simplement des cousins. Je ne
veux pas rouvrir la discussion4 ; elle est close, depuis le premier jour, par
l'histoire, par l'étymologie, par les quatre Évangiles eux-mêmes. Il n'y a plus
qu'un point de grammaire à vider. Si les adeiphoi sont seulement des cousins,
pourquoi ne pas traduire mètèr par tante ?
La scène n'aurait aucun intérêt si Jésus n'avait pas devant lui la mère, les frères
et les sœurs dont les scribes de la secte l'ont affublé.
L'intention de l'Évangéliste est que Shehimon, Jacob senior et Ménahem, qui ont
parmi les Naziréens une autorité supérieure à celle de Bar-Jehoudda, soient
traités sur un pied égal. Il s'agit d'une tentation dans le genre de celles que les
pharisiens, inspirés par l'exemple de Satan, font subir à Jésus depuis le
commencement de la fable. Vous savez par quels moyens il les repousse. Ici il
laisse entrer la mère, les frères et les sœurs de Bar-Jehoudda qui au surplus sont
chez eux. Il leur offre des sièges, puis il se tourne vers les compères habilement
disposés par la main de l'Évangéliste.
MARC, III, 33. Et leur répondant, il dit : Qui est ma mère, et qui
sont mes frères ?
34. Et, regardant ceux qui étaient assis auprès de lui : Voici, dit-
il, ma mère et mes frères,
35. Car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là es mon frère, et
ma sœur, et ma mère.
Dans toute cette série de scènes enfantées par son imagination, l'Évangéliste
primitif n'avait pas dissimulé que Jésus ne fût l'ombre du Fils de l'homme et non
le christ lui-même. On voyait très bien Jésus, d'un côté, Bar-Jehoudda, de
l'autre, séparés par deux siècles, et Jérusalem deux fois tombée dans l'intervalle.
L'Église a senti le besoin de revenir sur ces écritures pour faire croire aux goym
que déjà, du temps où l'action se passe, les Juifs connaissaient Jésus comme un
être réel et identique au christ, et que celui-ci avait été l'auteur de toutes les
expulsions de diables opérées par son revenant. Voici donc ce qu'elle a glissé à
ce sujet dans un autre chapitre de Matthieu :
MATTHIEU, XII, 22. Mors on lui présenta un démoniaque aveugle
et muet, et il le guérit, en sorte qu'il parlait et voyait.
23. Et tout le peuple, frappé de stupéfaction, disait : N'est-ce
point là le fils de David ?
Mon dieu, non, ce n'est pas précisément lui, mais c'est son revenant sous
quelque Constantin.
24. Or, entendant, cela, les pharisiens disaient : Celui-ci ne
chasse les démons que par Baal-Zib-Baal, prince des démons.
Bar-Jehoudda n'avait rien pu que de jour, et encore avait-il été fort médiocre.
Mais pour Jésus qui est la lumière de vingt-quatre heures, c'est un jeu de guérir
toutes les maladies la nuit. Et même, à la faveur à l'obscurité qui règne sur la
terre, l'Évangile lui fait endosser les infirmités dont Bar-Jehoudda et les siens
avaient publiquement souffert pendant le jour. C'est peut-être abuser !
MATTHIEU, VIII, 16. Le soir étant venu, on lui présenta beaucoup
de démoniaques, et par sa parole il chassait les malins esprits, et
il guérit tous les malades :
17. Afin que s'accomplit la parole du prophète Isaïe disant : Lui-
même a pris nos infirmités, et il s'est chargé de nos maladies.
MARC, I, 32. Cependant, le soir venu, lorsque le soleil fut couché,
ils lui amenèrent tous les malades et les démoniaques.
33. Et toute la ville était assemblée à la porte.
34. Et il guérit beaucoup de malades affligés de diverses
infirmités, et il chassait beaucoup de démons ; mais il leur
permettait pas de dire qu'ils le connaissaient.
Il leur défend de dire qu'ils le connaissaient pour avoir été le christ. Il veut bien
prendre son corps, il ne veut pas porter sa renommée.
LUC, IV, 40. Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient
des infirmes atteints de diverses maladies, les lui amenaient. Or
Jésus, imposant les mains sur chacun d'en les guérissait.
41. Et les démons sortaient d'un grand nombre, criant, disant :
Vous êtes le Fils de Dieu ; et, les gourmandant il ne leur
permettait pas de dire qu'ils sussent qu'il était christ.
Ou pour mieux dire : qu'il l'avait été. Ce qu'il leur défend de dire, car les goym
écoutent aux portes, c'est qu'au fond il n'est que le revenant de l'imposteur qui
se disait christ.
Jusqu'ici Jésus s'est tenu dans le pays de Nazireth et dans la beth léhem de
Gamala, mais on sent bien qu'il va lui falloir se montrer dans les villes qu'a
évangélisées Bar-Jehoudda. C'est Shehimon qui le rappelle à son devoir.
MARC, I, 35. Le lendemain, s'étant levé de grand matin, il sortit et
s'en alla en un lieu désert, où il priait.
36. Simon et ceux qui étaient avec lui le suivirent.
37. Quand ils l'eurent trouvé, ils lui dirent : Tout le monde vous
cherche1.
38. Et il leur répondit Allons dans les villages et les villes voisines,
afin que je prêche là aussi : car c'est pour cela que je suis venu2.
39. Il prêchait donc dans leurs synagogues et dans toute la
Gaulée, et il chassait les démons.
Shehimon ayant été le successeur de Bar-Jehoudda, il était tout naturel que ce
fût lui qui conduisit ses frères puinés à ce revenant.
1 On le cherchait, en effet. Ton père et moi, nous te cherchions, dit-on dans Luc. (Cf. Les
Évangiles de Satan, 1re partie). Mais ils ne le trouvèrent point.
2 Pas du tout, il est venu pour sauver Bar-Jehoudda et les siens.
Mais comme on lui a enlevé sa qualité de frère cadet du Juif consubstantiel et
coéternel au Père, l'Église l'a fait disparaître de Luc et de Matthieu.
Luc, tv, 42. Lorsqu'il fit jour, il sortit et s'en alla en un lieu désert,
et la foule le cherchait ; et ils vinrent à lui, et ils le retenaient, de
peur qu'il ne les quittait.
43. Il leur dit : Il faut que je prêche aux autres villes le Royaume
de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé.
44. Et il prêchait dans les synagogues de Galilée.
MARC, III, 9. Il dit alors à ses disciples de lui amener une barque,
à cause de la foule, de peur qu'il n'en fût accablé.
10. Car il en guérissait beaucoup, de sorte que tous ceux qui
avaient quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher
11. Les esprits impurs eux-mêmes, lorsqu'ils le voyaient, se
prosternaient devant lui et criaient, disant :
12. Vous êtes le Fils de Dieu. Mais il leur défendait avec de
grandes menaces de le révéler.
Si Jésus avait existé, il ne faudrait pas s'étonner qu'avec une pareille consigne
ses contemporains eussent refusé de reconnaître sa divinité, il ne néglige aucune
occasion de leur en cacher les preuves
Défense aux démoniaques de dire qu'ils sont guéris.
Défense aux sourds-muets de dire qu'ils entendent.
Défense aux aveugles de dire qu'ils voient.
Défense aux lépreux de dire qu'ils sont purifiés.
Défense à tous de dire qu'il est le christ.
Enfin défense aux démoniaques de dire qu'il est Fils de Dieu.
Il entend bien mal la publicité ! Jésus-Christ, dit Saint-Siège, fait cette défense
pour nous donner l'exemple de l'humilité. Nous ne devons pas aimer qu'on publie
nos vertus et nos bienfaits : à Dieu seul appartiennent l'honneur et la gloire.
Nous le pensons aussi, mais en ce cas pourquoi proclamer consubstantiel et
coéternel au Père un Juif condamné pour crimes publics ?
Nous supposons qu'après avoir purifié sa maison selon le monde de tous les
démons qui la hantaient, Jésus est remonté au ciel où il a passé huit années près
de son Père, car nous perdons ses traces vers 778 et nous ne le retrouvons plus
qu'en 787. On eut le plus grand besoin de lui, cette année-là, pour tirer de prison
Bar-Jehoudda et ressusciter Jacob junior lapidé par le prince Saül. Les
synoptiseurs le sonnèrent, et il revint. L'emprisonnement de Bar-Jehoudda et de
tous ses frères, à cause du scandale qu'ils avaient soulevé à la piscine de Siloé,
était un fait indissimulable. Il était dans Flavius Josèphe1, il était dans Papias, il
était dans Cérinthe, probablement avec plus de détails qu'aujourd'hui, sans quoi
Luc et les Actes des Apôtres n'auraient pas été obligés de donner le change sur
ses véritables motifs. Car l'Église aura beau glisser dans Luc le programme
éminemment pacifique et bénin de Joannès, celui qui se disait christ prêchait tant
de choses en contradiction avec celles-là, qu'il s'est attiré des mésaventures sur
lesquelles il a paru bon de jeter le voile.
LUC, III, 18. Il disait encore beaucoup d'autres choses dans
l'Évangile qu'il annonçait au peuple.
Certes. Il lui disait tout le contraire de ce qu'on lui fait dire aujourd'hui. Aux
riches il disait : Vendez vos terres et m'en remettez l'argent ! Aux publicains :
Volez Rome si vous voulez être mes sujets ! Aux soldats : Désertez le drapeau
d'Hérode Antipas et venez sous le mien !
19. Mais comme il reprenait Hérode le tétrarque, au sujet
d'Hérodiade, femme de son frère, et à cause de tous les maux
qu'il avait faits,
20. Hérode ajouta encore celui-ci à tous les autres : il fit mettre
Ieou-Shanâ-os en prison2.
Il est possible qu'Antipas fût nouvellement remarié, lorsqu'éclata l'affaire des
Tabernacles, elle est de 787, mais ce n'est pas lui qui fit coffrer Bar-Jehoudda et
ses frères, c'est le cousin Saül, déjà stratège du Temple. En tout cas, ils
s'évadèrent tous, à l'exception peut-être de Jacob junior qui fut condamné par le
Sanhédrin et lapidé. Luc juge inutile de porter ces menus détails à la
connaissance du très excellent Théophile3. Le très excellent Théophile croira ou
fera semblant de croire que le baptiseur n'est jamais sorti de la prison, et
d'ailleurs on oublie de lui dire que cette prison est Hanoth de Jérusalem.
Jésus veut bien aller au désert, c'est là qu'on est le mieux pour causer avec
Satan. Mais il ne veut pas être allé dans le Hanoth où a été enfermé le christ,
comme le constatent Cérinthe, Lue et les Actes des Apôtres. Et puis il a besoin
de toute sa liberté pour ressusciter Jacob junior qui a été lapidé par le prince
Saül en 787, peu de temps après l'affaire des Tabernacles. Cette résurrection
n'est plus que dans Luc, mais il se peut bien qu'elle ait été dans Cérinthe avant
celle d'Eléazar, car Hyménée et Philète en ont connu plusieurs avant celle de
Bar-Jehoudda4. Jacob junior figurant dans la liste des apôtres sous le nom
d'Andréas et accompagnant Jésus pendant toute la logophanie jusqu'au 14 nisan
788, il faut nécessairement qu'il ait été ressuscité à son rang, c'est-à-dire en
787.
1 Malachie, III, 1.
MATTHIEU, III, 4. Or Ieou-Shanâ-os avait un vêtement en poil de
Camélos (chameau), et une ceinture de cuir autour de ses reins ;
et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage1.
MARC, r, 6. Or Ieou-Shanâ-os était vêtu de poil de chameau ; il
avait une ceinture de cuir autour de ses reins et vivait de
sauterelles et de miel sauvage.
Gamala2, sa ville natale, veut dire en araméen chameau.
Avec le cuir de sa ceinture il peut lier et délier, dans le sens de la rémission ou
de la rétention des péchés. Il vous souvient qu'après lui son frère Shehimon est
dit pour la même raison le Corroyeur dans les Actes des Apôtres. Enfin vous
savez assez que la ceinture e Jacques, passée autour du corps de Saül, a suffi
pour transformer celui-ci en apôtre jehouddolâtre sous le nom de Paul3.
Cette ceinture est faite de cuir de Gamala, cuir à toute épreuve tanné par
Jehoudda lui-même. Elle ne ressemble en rien à celle que Jérémie enfouit dans
un trou près de l'Euphrate, sur l'ordre de Dieu, et qu'il en retira pourrie au bout
de quelques jours4. Qu'avait voulu prouver Dieu par la ceinture de Jérémie ? Que
tout ce peuple d'hommes mauvais qui ne veulent point écouter mes paroles, qui
marchent dans les égarements de leur cœur et qui courent après des dieux
étrangers pour les servir et les adorer, deviendront tous comme cette ceinture
qui n'est plus propre à aucun usage ! Car comme une ceinture s'attache autour
des reins d'un homme, ainsi m'étais-je étroitement attaché toute la maison
d'Israël et toute la maison de Juda, dit le Seigneur, afin qu'elles fussent mon
peuple, et que j'y établisse mon nom, ma louange et ma gloire ; et cependant
elles ne m'ont point écouté. En effet : elles ont passé leurs premiers-nés au feu
avec une rare intrépidité. Mais cette fois les fils de Juda se sont ravisés, ce sont
les premiers-nés des goym qu'il con' vient d'envoyer dans la fournaise. Quant au
Joannès, Dieu lui a donné ordre de passer autour de ses reins la ceinture
corroyée par lui, celle qui lie et délie salle pourrir jamais.
Que dirons-nous de la nourriture de l'homme au me et au cuir de Gamala ? Le
miel judaïque rend seul la douceur du Verbe. Du miel comme celui-là,
Ils n'en ont pas (bis) en Itali...ie !5
Consultez tous les prophètes et, si cela vous ennuie : leur syndic, Jehoudda lui-
même, tendant à son fils le Livre des destinées : Dans ta bouche il sera doux
comme du miel6. Et Bar-Jehoudda constate qu'en effet le Livre a cette saveur :
Je le dévorai, il était dans ma bouche doux comme le miel. Quant aux
sauterelles, vous n'ignorez pas qu'il n'y a pas d'autre Zib dans l'aridité des
sables, c'est la poissonnade du désert S Peut-être ne me croyez-vous pas, parce
qu'il me manque le caractère sacré. J'en souffre déjà trop pour que vous me le
rappeliez constamment. Mais nierez-vous que le Saint-Siège n'ait ce caractère ?
Or voici ce qu'il dit des sauterelles : On a toujours mangé et l'on mange encore
1 Méli agrion.
2 En grec, Camèlos ; en latin, Camelus. Il était impossible de traduire Gamala autrement
que par Camèlos.
3 Cf. Le Gogotha.
4 Jérémie, XIII, 1-7.
5 C'est le miel ethnique dont parlent aux Grecs de Thessalie les poissonniers de l'Âne
d'Or et que l'Église a changé en miel de l'Etna ! Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
6 Cf. Le Roi des Juifs.
les sauterelles en Orient. Elles sont plus grosses que celles de nos contrées. On
enlève les pattes et les ailes, et on les prépare des manières les plus diverses.
Elles ont un goût qui approche de celui de l'écrevisse ou du homard. Les rois
d'Assyrie en exigeaient comme tribut des peuples qu'ils avaient soumis.
Aucun signalement dans Luc et dans le Quatrième Évangile. Concluons-en que
cette séméiologie était encore trop claire. Et pourtant elle est faite pour que
voyant on ne voie point, et qu'entendant on n'entende point !
1 Jean (Yohanan, Jehovah fait grâce) surnommé Baptiste, parce qu'il baptisait dans le
Jourdain, était de race sacerdotale, fils de Zacharie et d'Élisabeth, cousine de la sainte
Vierge. Ainsi s'exprime le Saint-Siège. Bar-Jehoudda était en effet de race sacerdotale,
mais aussi de race royale, celle de David, et il était christ, sans quoi il n'aurait pas eu le
droit de baptiser. De quel droit baptises-tu si tu n'es pas le christ ? lui demandent les
envoyés du Temple en 777 dans le Quatrième Évangile. Et preuve qu'il n'a pas répondu :
Je ne suis pas le christ, il continue à baptiser, ou pour mieux dire il s'y dispose, car selon
Luc il commence en 781.
2 En souvenir de cette campagne Philippe baptise l'eunuque dans les Actes des Apôtres,
cf. Le Saint-Esprit.
3 Impossible. Il avait dû quitter Gamala, faute d'eau.
4. Ainsi qu'il est écrit au livre des Paroles du prophète Isaïe : On
entendra la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le
chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ;
5. Toute vallée sera remplie, et toute montagne et toute colline
seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les
raboteux, unis ;
6. Et toute chair verra le salut de Dieu.
Même morte, elle le verra : l'Apocalypse est formelle.
Cette rémission par l'eau pourrait embarrasser tout autre que le Saint-Siège, car
enfin, si Joannès remet les péchés dans l'eau, que vient faire la rémission par le
sang de Jésus ? Le double emploi est manifeste, et tout l'avantage de l'invention
reste à Joannès. Le Saint-Siège n'admet donc pas qu'il y ait eu rémission par
l'eau :
Le baptême de saint Jean était un symbole de la rémission des péchés, qu'il
promettait à ceux qui s'en approchaient dans un esprit de componction et de
pénitence, après avoir confessé leurs péchés.
C'est une simple pollicitation que Joannès faisait là, à l'aide d'un symbole ; mais
la rémission réelle, ce devait être le sang versé sur la croix par un second
personnage nommé Jésus. Nulla remissio sine effusione sanguinis, dit le délicieux
auteur des Lettres de Paul.
Cette partie est une de celles qui ont été les plus remaniées par les synoptiseurs.
On en a d'abord supprimé une série de questions posées par les pharisiens qui
s'inquiétaient à juste titre des raisons pour lesquelles Bar-Jehoudda se
permettait de baptiser, s'il n'était pas le christ.
LUC, III, 16. Ieou-Shanâ-os répondit1, disant à tous : Pour moi,
je vous baptise dans l'eau ; mais viendra un plus puissant que
moi, de la chaussure de qui je ne suis pas digne de délier la
courroie : lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu.
17. Son van est en sa main, et il nettoiera son aire ; paie il
rassemblera le froment dans son grenier, et brûlera la paille dans
un feu qui ne peut s'éteindre.
MATTHIEU, III, 11. Moi, à la vérité, je vous baptise dans l'eau pour
la pénitence ; mais celui qui doit venir après moi est plus puissant
que moi ; et je ne suis pas digne de porter sa chaussure : lui-
même vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu.
12. Son van est dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire
: il amassera son blé dans le grenier ; mais il brûlera la paille
dans un feu qui ne peut s'éteindre.
1 Car rien n'est impossible à Dieu. Pour l'idée voir Ézéchiel, XI, 20.
II. — L'AUTO-BAPTÊME DU BAPTISEUR.
Nous avons démontré1 que la scène où Joannès baptise Jésus avait été fabriquée
longtemps après l'apparition de l'Évangile de Cérinthe et des Écritures
valentiniennes. Dans le dispositif original, tiré de l'Apocalypse, ce n'est pas à
Jésus, c'est à Joannès que le Père envoie la colombe qui le fait christ et le dit fils
de Dieu.
Dans la pratique baptismale la colombe ne fut point un symbole vague et
imperceptible, ce fut un signe visible, offert à l'admiration des partisans du Roi
des Juifs. La colombe faisait partie du magasin des accessoires où Bar-Jehoudda
puisait tous les éléments de sa mise en scène. C'est une grave erreur de croire
qu'il opérât simplement et qu'il lui suffit de dire : Me voici. Bien au contraire, il lui
fallait frapper les esprits et les yeux par l'étalage d'une pompe charlatanesque
relevée de signes extérieurs où se marquait l'intervention des démons avec
lesquels il était en rapport. Un homme qui se serait présenté sans les oripeaux
du despote et du pontife n'aurait attiré personne à lui. Celui qui avait donné
rendez-vous aux tribus sur le mont Garizim, pour y découvrir les vases qu'il y
avait enterrés la veille2, était étranger à toute candeur, ouvert à tout subterfuge.
Il avait façonné, avec de la terre cuite, un oiseau qu'il faisait voler au grand
ébahissement des naïfs. Ces petits jouets n'étaient point rares, surtout dans
Alexandrie ; ils étaient sans doute actionnés par l'eau, comme l'œolopyle
d'Héron, et en manœuvrant adroitement une machine de ce genre, surtout avec
des compères comme les Shehimon et les Philippe, on pouvait impressionner
facilement les rustres gaulonites perdus d'ignorance et de crédulité. A chaque
séance baptismale, la colombe eucharistique, déployant ses ailes hors de la
manche de l'opérateur adossé à l'orient, venait se reposer doucement sur la tête
de ce fils bien-aimé en qui Dieu mettait toutes ses complaisances. Ce tour
d'adresse est resté dans la mémoire des Arabes du roi Arétas comme une preuve
de la sublimité du prétendant, et Mahomet l'a consigné dans ses Écritures.
Bar-Jehoudda ayant débauché les soldats d'Antipas envoyés contre les Arabes3,
ceux-ci devaient leur victoire à cette trahison. Qu'ils lui en aient su gré, c'est tout
naturel. Mais que le sanhédrin en ait jugé différemment, c'est encore plus facile à
comprendre !
Mahomet tient pour impies et sacrilèges tous ceux qui ont fait de ce Juif un
dieu4, et la vérité est avec lui. Mais la vénération qu'il a pour l'homme est de
pas ? Tu connais ce qui est dans mon cœur, et j'ignore ce que cache ta majesté suprême.
La connaissance des mystères n'appartient qu'au Très-Haut.
1 Les Paroles du Rabbi. Il y en eut des copies arabes.
2 Dans le sens où Bar-Jehoudda lui-même employait le mot. C'est la Gnose. Cf. Les
Evangiles de Satan, 1re partie.
3 L'Évangile du Royaume.
4 Le Coran, ch. V, la Table, versets 108-110.
5 Cf. La Sagesse de Valentin, éd. Amélineau, p. 1.
6 Épiphane, Contra hœreses, l. XI, ch. VIII.
7 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
8 Cf. Les Marchands de Christ.
LUC, III, 21. Or il arriva que, tout le peuple recevant le baptême,
[et Jésus, lui aussi, ayant été baptisé]1 comme il faisait sa prière,
le ciel s'ouvrit.
22. Et le Saint-Esprit descendit sur lui en forme corporelle à la
ressemblance d'une colombe2 ; et on entendit du ciel cette voix :
Vous êtes mon fils bien-aimé, c'est en vous que rai mis toute mon
affection !
Lorsque l'Église a synoptisé les Évangiles pour transformer les baptêmes en un
cas unique, le baptême de Jésus par Joannès, elle a supprimé de Matthieu et de
Marc ce membre de phrase qu'elle a laissé dans Luc : Comme il faisait sa prière.
C'est que cette invocation existait dans les Paroles du Rabbi et qu'elle était
encore employée dans les églises valentiniennes à l'époque où l'Église romaine
entassait faux sur faux pour décharger Jésus de toutes ces inepties et de toutes
ces turpitudes. La seule différence entre le Rabbi et les Valentiniens, c'est que
ceux-ci appliquaient au baptême de fumée la prière de Bar-Jehoudda pendant le
baptême d'eau.
Au mot Ethpethah (Ouvre-toi !), prononcé par Bar-Jehoudda comme il l'est
aujourd'hui par son revenant dans les Synoptisés3, la colombe prenait son vol, le
ciel s'ouvrait assez pour la laisser passer et, comme Jésus dans les Sagesses
valentiniennes4, le roi-pontife s'écriait :
Iaphtha5, Abbas6, Père de toute paternité, Infini de lumière, Aôi,
Iaô, Oia, Iouô.
Psinother, qui régis le Scorpion.
Thernopsin, qui régis le Sagittaire.
Nopsither, qui régis le Capricorne.
[Zackûri, qui régis le Verseau.
Dagouri - Ouridag qui régissez les Poissons]7.
Nephomaôth8, qui régis l'Agneau.
1 Ajouté quand l'Eglise pour raison de commerce eut décidé que Jésus serait baptisé par
Joannès, c'est-à-dire par lui-même.
2 Sômaticô eidei, osei peristéràn.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
4 Pistis Sophia, éd. Amélineau, p. 195. Nonobstant les erreurs copistes et les
arrangements des moines, nous pensons que le texte actuel ne s'éloigne guère de celui
des Paroles du Rabbi.
5 Écoute-moi.
6 Père. Bar-Jehoudda se disait Bar-Abbas, et c'est sous ce nom que les Alexandrins l'ont
mis en scène dans la parodie du sacre, trois ans après sa crucifixion. D'où le nom de Bar-
Abbas donné au double émissaire du crucifié dans Cérinthe. Cf. L'Evangile de Nessus.
7 Les moines coptes ont supprimé ces deux noms, parce qu'ils sont employés dans les
Evangiles, pour désigner le père de Bar-Jehoudda : l'un, Zackûri, presque sans
changement, dans la Nativité selon Luc (cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie) ; l'autre :
Dagouri, sous l'équivalent chaldéen Zibdéos, dans l'allégorie de la barque baptismale.
Nous les rétablissons.
8 On lit Netmomaôth ailleurs (p. 185 de la Pistis Sophia) dans cette même invocation que
nous avons déjà citée à l'occasion de la Nativité. Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
Nephiomaôth - Thobarrabaôth qui régissez les
Gémeaux.
Maratharthak - Marathakthar qui régissez les Ânes.
Arrivé aux Ânes, signe du quatrième jour de la Genèse et de l'entrée dans le
Royaume, Bar-Jehoudda n'allait pas plus loin dans l'énumération des signes,
puisqu'après celui-là il n'y avait plus de temps. Mais il éclatait en cris de
triomphe dont le sens est difficile à déterminer en l'état actuel du texte.
Ioishanâ !1 Ménahem !2 Amenii du ciel I Israïl3. Amen, Amen !
Coubaïbaï Abbababba4. Amen, Amen ! Deraaraï5. Amen, Amen !
Sarsarsartaoû. Amen, Amen ! Koukiminminaï. Amen, Amen ! Iaï,
Iaï tonap. Amen, Amen ! Maïr, Maril, Marei6. Amen, Amen, Amen
!
Nous supposons qu'à ce moment de l'invocation les gens entraient dans l'eau,
tout nus, tels Adam et Ève.
Écoute-moi, mon Père, ô Père de toute paternité !
Je vous invoque aussi, vous qui pardonnez les péchés, qui purifiez
les iniquités !
Pardonnez les péchés des âmes7 de ces disciples qui m'ont suivi
et purifiez leurs iniquités !
Rendez-les dignes d'être comptées dans le Royaume de mon
Père, le Père du trésor de lumière, car ils m'ont suivi et ont gardé
mes commandements !
Les gens entrés dans l'eau, Bar-Jehoudda poursuivait avec la gravité que
commandait un tel spectacle :
Maintenant donc, ô mon Père, Père de toute paternité, que
viennent ceux qui pardonnent les péchés, dont voici les noms !
Giphirepsinikh-ieou,
Zenei,
Berimou.
Sokhabrikhir,
Euthari,
Nanaïdieis balmîrich,
Menaipos8,
Khirie,
1 Armée de Dieu.
2 Consolateur.
3 Victoire.
4 Père.
5 Derrière moi, dit Jésus après ce mot. Bar-Jehoudda se tournait sans doute à ce
moment vers l'Occident.
6 Mélange des mots Maran, Seigneur, et Myriam, dont a été fait Maria.
7 Dans le sens de vies, comme l'emploient les Évangiles synoptisés.
8 Ne pas oublier qu'avant de passer dans le copte l'invocation avait été traduite en grec.
Entaïr,
Mouthiour,
Smour,
Peukhîr,
Ououskhous,
Minionor,
Isokhobortha,
Écoutez-moi, je vous invoque !
Pardonnez les péchés de ces âmes !
Effacez leurs iniquités !
Qu'elles deviennent dignes d'être comptées dans le Royaume de
mon Père, le Père du trésor de lumière, car je connais les Grands
démons et je les invoque !
Aouir.
Bebrô.
Athroni.
Ioureph.
Iove.
Souphen.
Knitoûsokhreôpit.
Maouônbi.
Mneuôr.
Souôni.
Khôkheteôph.
Khôkhe
Eteôph.
Memôkh.
Anîmph.
Nous trouvons là trente noms, qui seraient trente-six à multiplier par douze, s'il
s'agissait des trente-six décans de l'année, mais il s'agit simplement des trente
facteurs du quatrième mois de la Kabbale, les Ânes, signe de la création du soleil
et de son arrivée à la terre. C'est à bon droit que Bar-Jehoudda les qualifiait de
Grands démons, il n'y en avait pas de plus grands parmi les autres facteurs du
sabbat génésiaque !
Pardonnez les péchés de ces âmes, effacez les iniquités qu'elles
ont faites consciemment et celles qu'elles ont faites
inconsciemment, celles qu'elles ont commises dans la fornication
et dans l'adultère, jusqu'à ce jour des jours1 !
Pardonnez-les leur et rendez-les dignes d'être comptées dans le
Royaume de mon Père, de recevoir cette offrande !
Si donc, ô mon Père Saint, tu m'as exaucé, si tu as pardonné les
péchés de ces âmes, si tu as effacé leurs iniquités et si tu les as
rendues dignes d'être comptées dans ton Royaume, donne-moi
un signe en cette offrande.
Et le signe que Jésus avait dit fut fait, dit Valentin. Mais on ne sait plus en quoi il
consistait.
Tryphon nous le dit. La lampe de David s'allumait, la Colombe devenait
lumineuse2 !
Alors Ber-Jehoudda s'écriait : Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car vos
péchés vous sont remis, vos iniquités sont effacées, et vous avez été comptés
dans le Royaume de mon Père !
Sur quoi la bande de sodomistes et de prostituées qui composaient le plus
souvent son auditoire se retirait jugeant avec sévérité le reste du genre humain.
Quelle avait été l'offrande mystérieuse dont parle Valentin sans spécifier sa
nature ? Les six pains du Thabor jusqu'au pain Zib ? On n'est fixé que sur le but :
le retour au lieu où il n'y a ni mâle ni femelle3, le lieu de l'un en deux et du deux
en un.
1 Les crimes ne comptent pas, ils ne font pas obstacle au retour à l'androgynisme. Et
d'ailleurs on avait besoin de criminels.
2 Ce signe n'ayant pas été couronné de succès au Jubilé de 789, les Nicolaïtes faisaient
éteindre la lampe Âne par le Chien. Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Pistis Sophia, p. 106. Placé sur la terre par le baptiseur, au ciel par Valentin.
l'homme vient, sous les traits de Jésus, lui demander le baptême de rémission,
comme s'il avait commis de nombreux péchés depuis le péché d'Adam ! C'est le
monde renversé !
15. Mais, répondant, Jésus lui dit : Laisse maintenant, c'est ainsi
qu'il convient que nous accomplissions toute justice. Alors Ieou-
Shanâ-os le laissa.
Que faut-il entendre, ici, par la justice ? La justice, c'est ce qui sert l'intérêt
ecclésiastique.
La justice commande d'abord qu'à l'égard des goym Bar-Jehoudda ne soit pas
dépouillé du privilège qu'il a de lier et de délier. Car si Jésus qui est l'image du
Créateur lui conteste le pouvoir enfermé dans la ceinture de cuir, c'en est fait de
la recette. Mais il n'y a rien à craindre de pareil, puisque, pour les initiés, il y a
identité charnelle entre le baptiseur et le baptisé. Si le fils de David n'avait pas le
droit de se remettre les péchés lui-même, il n'en aurait aucun de les remettre à
autrui. Si le médecin ne pouvait se guérir lui-même, c'est qu'il ne pourrait guérir
les autres. Et comme Jésus a pis le corps d'un pécheur avéré, nul plus que lui n'a
besoin de la rémission qu'il a inventée sous Tibère, au temps où il n'était encore
que le Signe de l'An d'Ieou-Shanâ-os.
Il est donc de toute justice, comme il le dit très bien, qu'en tant que roi des Juifs
il vienne demander l'absolution de ses crimes. C'est d'une logique irréfutable,
Jésus entend commencer par là, au rebours du baptiseur qui, lui, est mort sans
baptême. N'ayant pu se baptiser lui-même, Bar-Jehoudda était mort dans ses
péchés ; le revenant ne veut pas aller plus loin avant de recevoir son propre
sacrement.
Il est une autre raison, tout aussi puissante, par laquelle on fut obligé de baptiser
Jésus. Dans ses généalogies, Bar-Jehoudda descend d'Adam et d'Abraham. On
devait revoir Adam et Abraham lors de la Résurrection annoncée pour le 15 nisan
789, et naturellement on n'avait revu ni l'un ni l'autre.
Argumentant sur la faillite du Royaume des Juifs, Tatien, qui était de Syrie, fit
observer qu'Adam, ayant été maudit par Dieu lui-même et chassé du paradis
terrestre, ne pouvait être compris dans le salut, qu'il en était ainsi de tous ses
descendants1. De son côté, Marcion, qui était du Pont, porta le même jugement
sur les prétentions christiennes : Abraham, fils d'Adam, ne ressusciterait pas au
1 Tatien niait totalement la résurrection des corps dans l'avenir et celle de Bar-Jehoudda
dans les fables judaïques, car nier qu'Adam fût ressuscitable, c'était nier que tous ses fils
le fussent. Avec une pareille théorie, comment Tatien qui, vers 170 de l'E. C., combattait
l'erreur christienne par un argument ad hominem, a-t-il pu être compté parmi les
jehouddolâtres ? Tatien a été jehouddolâtrisé par l'Eglise lorsqu'elle en a fait autant à
Justin. Comme l'auteur du Quatrième Évangile et tous les gnostiques, Tatien connaissait
l'inexistence de Jésus et refusait de croire à la résurrection de Bar-Jehoudda. Il n'est ni
prosélyte juif ni jehouddolâtre, et s'il eut à s'occuper de l'Evangile, comme le prétend
l'Eglise, ce ne fut que pour le combattre. Commue Justin, Tatien est une victime des
fraudes ecclésiastiques. Il est mort comme il a vécu, en homme de sens.
Grand jour, n'ayant point été baptisé. Jésus, qu'on présentait dans la fable
comme un homme distinct de Joannès, n'avait donc pas pu ressusciter, puisqu'il
était mort sans baptême. Tatien et Marcion étaient bien durs vraiment !
Sous le coup de la nécessité, l'Église empoigna Jésus qui ne lui opposait jamais
de résistance, et le précipita dans le Jourdain, au risque de le noyer tout à fait.
Tout en maintenant ce cas d'auto-baptême dans Marc et dans Matthieu, on a
supprimé l'objection qu'y fait le baptiseur au nom du bon sens, et l'explication
qu'en donne le baptisé au nom de la justice. On a également supprimé
l'indication formelle de Luc que la colombe avait un corps et que par conséquent
elle était un article essentiel de la cérémonie.
MARC, I, 9. En ce même temps Jésus vint de Nazireth en Galilée1
et fut baptisé par Ieou-Shanâ-os dans le Jourdain.
10. Et aussitôt qu'il fut sorti de l'eau, il vit les cieux s'ouvrir et
l'Esprit, en forme de Colombe2 descendre et demeurer sur lui.
11. Et une voix se fit entendre du ciel : ci Vous êtes mon êtes
mon fils aimé ; c'est en vous que j'ai mis toute mon affection.
MATTHIEU, III, 16. Or, ayant été baptisé, Jésus sortit aussitôt de
l'eau ; et voici que les cieux lui furent ouverts : vit l'Esprit, de
Dieu descendant en forme de colombe3 et venant sur lui.
17. Et voici une voix du ciel disant : Celui-ci est mon fils bien-
aimé, en qui j'ai mis mes complaisances.
Le tour est joué, le Verbe juif en a plus d'un dans sa gibecière ! Désormais Jésus
revivra sans remords le personnage de Bar-Jehoudda. Baptisé dès le début de
l'année 788, résolu à ne commettre aucun des crimes pour lesquels son corps a
été condamné en 788, il sera en état d'innocence absolue quand il arrivera
devant l'ombre de Pilatus. Personne ne pourra rien prouver contre lui, pas même
qu'en son vivant il se soit dit roi christ !
Le premier qui ait relevé cette énorme friponnerie, c'est le rabbin cité par Celse
le platonicien. Ce rabbin, dans la première partie de son discours, s'adressait au
christ lui-même, dans les suivantes à ceux qui, de superstition en superstition,
en étaient arrivés à croire que ce charlatan était Dieu. Nombre d'imposteurs et
de démoniaques se prétendent fils de Dieu, descendus du ciel. S'il est vrai que
nos prophètes ont annoncé la venue du Fils de Dieu sur la terre pour juger les
bons et les méchants, à quels signes reconnaît-on que la prophétie s'est réalisée
en toi ? Tous ceux qui se l'appliquent deviennent tes accusateurs4.
Tant que la fable s'est tenue dans les limites du genre, les Juifs n'ont rien dit, et
même beaucoup de synagogues sont devenues églises à cause des profits au
baptême ; mais voici que, cessant de baptiser au nom du Verbe, les christiens se
permettent de faire baptiser Jésus par un scélérat ! C'est trop fort et trop bête !
Aussi le rabbin, indigné de cette pantalonnade ridicule et impie : Tu dis, s'écrie-t-
il, qu'après que tu fus baptisé par Joannès, une figure d'oiseau vint d'en haut
voler sur toi. Personne que toi n'a vu cela, toi et celui dont tu invoques le
1 Ais te a Joanne lotum ex aere simulacrum avis involasse. Contra Celsum, l. Ier, n° 41,
dans les Œuvres d'Origène.
Égarés par l'Eglise, qui attribue l'Anticelse à Origène (de manière à faire remonter Celse
au second siècle en le confondant avec le philosophe épicurien du même nom, ami de
Lucien), les hommes les plus distingués de l'Université, M. Pélagaud, M. Aubé, se sont
absolument trompés sur l'époque à laquelle a vécu Celse. Le noble auteur de la Vérité sur
les christiens est du quatrième siècle, il est contemporain et, je le crois, collaborateur de
l'empereur Julien. Pour la démonstration je prie les lettrés de me faire crédit jusqu'à la
publication du volume consacré plus spécialement aux fraudes de l'Eglise.
2 Certes, l'une fictive, l'autre réelle.
jehouddolâtres dispersés. Revanche terrible qui dure toujours ! Ruiner ceux
qu'on n'a pu vaincre ! Ni Pompée, ni Vespasien, ni Trajan, ni Hadrien n'avaient
prévu cela.
Qu'est-ce, en face de cette géniale usure, que les Juifs restés avec le Père à la
ressemblance de colombe ? De tout petits prêteurs à la semaine. On n'en parlera
plus que pour les brûler de temps à autre.
Il n'y a qu'un baptême sauveur, celui des Juifs. Considérez les apôtres. Vit-on
jamais dans les gorges du Liban et de l'Hermon bandits souillés de plus de
crimes ? Assurément non. Eh bien ! ils sont tous dans le ciel ou aux environs.
Et pour le prouver on attacha sur la croix, à côté de celle où était mort Bar-
Jehoudda, un abominable escarpe à qui Jésus promet toutes les félicités
paradisiaques par la seule raison qu'il était Juif de la foi nouvelle !
En Jésus le christ devient la démonstration de la puissance infinie du baptême.
Baptisé, un homme peut tout, guérir les malades, chasser les démons, changer
l'eau en vin, multiplier les pains, ressusciter, monter aux cieux : il est à nouveau
fils de Dieu comme au premier jour d'Adam. A partir du baptême rien ne lui
résiste plus, il n'y a plus de muets, plus d'aveugles, plus de sourds, plus de
paralytiques, plus de mort même. Il est la preuve éternellement vivante de la
force éternelle du sacrement. On le crucifiera et il ne mourra pas. Car la vie est
en lui.
Aucun homme au monde n'est capable des prodiges que Jésus va faire, et si le
Père à la ressemblance de colombe est descendu au Jourdain, s'il a pris la peine
d'annoncer son fils à la Judée, c'est que ce fils émane directement de lui : Parole,
Lumière et Vie. Cérinthe bien raison de dire que, s'il voulait rapporter tous les
miracles opérés par Jésus, il ferait un livre que la terre ne pourrait contenir1. Il
n'exagère point, car il lui elle fallu reprendre les choses dès l'origine du monde,
en y comprenant les douze travaux d'Hercule et les victoires de Bacchus.
Bar-Jehoudda aurait l'air de n'avoir baptisé que pour les gens perdus, si
l'Évangéliste ne lui amenait pharisiens indépendants ou hérodiens, et même
quelques-uns de ces saducéens qui, suivant la doctrine des Hanan et des
Kaïaphas, niaient que Jehoudda tombé au Recensement et Jacob junior lapidé en
787 dus sent ressusciter le 15 nisan 789.
MATTHIEU, III, 7. Mais voyant plusieurs des pharisiens et
saducéens qui venaient à. son baptême, il leur dit : Race de
vipères2, qui vous a appris à fuir la colère qui doit tomber sur
vous ?
Ton Apocalypse, eussent-ils pu répondre. Autrement, pourquoi serions-nous
venus ? Ce n'est pas une citation d'Isaïe et de Malachie, faite par l'Évangéliste
Y avait-il en même temps deux christs au Jourdain, l'un qui sous le nom de
Joannès remettait les péchés et ne pouvait les remettre qu'à la condition d'être
christ, comme l'observent judicieusement les envoyés du Temple dans Cérinthe,
et un autre qui sous le nom de Jésus devait être crucifié prochainement ? Et que
pensaient de la question ainsi posée les contemporains de Bar-Jehoudda ?
Réponse :
LUC, III, 15. Or le peuple croyait, et tous pensaient en leurs
cœurs, que Ieou-Shanâ-os pourrait bien être le christ.
Oui, tous croyaient cela. Et il n'y en avait pas un qui dit à Joannès : Il y a près
d'ici un nommé Jésus de Nazareth, qui n'a même pas besoin de baptiser pour
montrer qu'il est le christ, tant il est, lui aussi, fils de David ! Avant de nous
prononcer pour toi, attendons au moins que cet autre christ, le vrai, nous expose
ses titres ! Le mieux en ce cas est que le baptiseur ne confie qu'à l'Évangéliste le
soin de répondre pour lui. Celui-ci a déjà prévenu toute demande indiscrète en
supprimant son dossier. L'ambassade du Temple à Joannès n'existait pas encore
dans Cérinthe ; on l'a fabriquée pour infirmer les scènes où soit Jésus soit le
peuple reconnaît que le christ en chair avait été Joannès ; que s'il n'avait pas
régné comme on l'espérait, il avait été l'Élie du Renouvellement ; et que ce rôle
d'annonciateur, joint à son extraction davidique, validait le baptême d'eau, sinon
pour la rémission des péchés, du moins pour la préparation au baptême de feu.
1 Cf. Le Gogotha.
VI. — LA MANIFESTATION DE BAR-JEHOUDDA AVANCÉE DE
SEPT ANS.
Ayant supprimé tous les chiffres qui dans Cérinthe empêchaient d'attribuer moins
de douze ans à la carrière politique de Bar-Jehoudda, les synoptiseurs de Marc et
Mathieu étaient allés droit à l'année proto-jubilaire 788 et commençaient leur
action par les six derniers mois. Mais afin de ne pas se colleter avec l'histoire et
la chronologie réelles, qui font mourir cet imposteur à l'âge de cinquante ans,
dans l'année jubilaire 789 qui fut la dernière de la procurature de Pilatus, il a été
décidé qu'on avancerait de sept ans sa crucifixion. Dans Luc comme dans les
Actes, c'est l'année sabbatique 781 qu'on donne à la prédication de l'Évangile du
Royaume. Mais on a longtemps hésité, et nous avons montré qu'au temps du
traité Contre Marcion (troisième siècle, à tenir cet écrit pour authentique), l'Église
datait cette prédication de 778, douzième année de Tibère1.
Il importe extrêmement de remarquer qu'en faisant débuter Bar-Jehoudda dans
l'année 778, l'Église ne lui donnait pas moins de dix ans de carrière politique. Elle
se rapprochait sensiblement de la chronologie de Cérinthe qui lui en donne
douze, puisqu'il le fait débuter en 776. Nous avons montré que les synoptiseurs,
tant ceux des Évangiles que ceux des Actes, ont parfaitement connu ce dispositif.
En ces temps bénis de Dieu on pouvait mentir dans les coins, comme on voulait.
On était encore entre Juifs de langue hellène. Il n'y avait pas, comme
aujourd'hui, deux traditions sur l'âge du christ, la dernière créée par l'unique Luc,
et d'où il résulte que Jésus a trente ans lorsqu'il vient se faire baptiser au
Jourdain, l'autre, la première et la seule vraie, celle de Papias et de Cérinthe,
confirmée par les Irénée de Lyon et les Polycarpe de Smyrne, et d'où il résulte
que le Rabbi avait cinquante ans lorsqu'il prêcha le Royaume. Il n'y avait partout
qu'une seule et unique tradition, à savoir que l'homme crucifié sous Tibère et qui
s'était dit christ s'appelait en circoncision Jehoudda Bar-Jehoudda, et en Évangile
Ieou-Shanâ-os dont on avait fini par faire un nom propre. Et il n'y avait qu'une
tradition, parce qu'il n'y avait eu qu'un homme. Il y maintenant deux traditions,
parce que l'Église a mis deux hommes, Joannès et Jésus, là où il n'y en avait eu
qu'un, Bar-Jehoudda.
Mais le fait absolu, indéniable, irréfutable, constaté et par le Quatrième Évangile
que l'Église attribue aujourd'hui à un témoin oculaire, et par toute la tradition
d'Asie, c'est que, si la mort du christ à trente ans avait été dans Luc, comme elle
y est aujourd'hui, Papias, Cérinthe et tous les Juifs d'Asie ne se seraient pas
avisés d'apprendre au monde qu'il avait cinquante ans lorsqu'il enseignait.
Encore moins, si la décollation du baptiseur à l'âge d'environ trente ans avait été
dans quelques Évangiles du temps du juif Salomon que l'Église appelle Irénée et
qui disparait, évêque in partibus porcorum, à Lyon, au troisième siècle.
On comprend que Luc, à lui seul, l'ait emporté sur toute la tradition d'Asie et sur
tout l'ancien dispositif. Avec les trente ans que Luc lui donnait, Jésus, tout en
mourant sous Caïphe et sous Pilate comme le christ, ne pouvait plus être
confondu avec Bar-Jehoudda crucifié sous le même Kaïaphas et par le même
Pilatus, mais sept ans plus tard. Luc mettait l'année proto-jubilaire 788 sous clef
dès l'année sabbatique 781. On faisait de même dans les Actes des Apôtres, en y
A peine a-t-elle fait ce faux magistral que l'Église trahit la préoccupation qui l'a
dicté. C'est pour sur primer le dossier du Juif consubstantiel au Père qu'elle a
avancé de sept ans la manifestation politique de cet aimable scélérat. Il n'a pas
de casier judiciaire en 781, il en a un en 788.
Aussi le passage suivant n'est-il que dans l'écrit qui contient ce 'faux
chronologique, il en est la conséquence'
LUC, III, 10. Et le peuple lui demandant4 : Que ferons nous donc
?
11. Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques en donne une
à celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger fasse
de même.
12. Des publicains vinrent aussi pour être baptisés, demandèrent
: Maître de l'enseignement5, que ferons-nous ?
13. Et il leur répondit : Ne faites rien de plus que ce qui vous a
été prescrit.
Avec l'année proto-jubilaire 788, Jésus entre dans la peau du christ pour n'en
sortir qu'au Guol-golta. Il est de service pendant toute l'année. Peut-être n'est-il
pas mauvais de faire observer qu'à cette date, si nous adoptons la chronologie
fabriquée par l'Eglise pour les grands événements de l'Evangile, Bar-Jehoudda
était crucifié depuis six ans sous le nom de Jésus ! Et pourtant nous allons voir
qu'à cette même date, il n'était pas encore décapité sous le nom de Joannès le
baptiseur ! Mais rien n'est impossible à Dieu.
MATTHIEU, IV, 23. Et Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant
dans leurs synagogues, prêchant l'Évangile du royaume, et
guérissant toute langueur et toute infirmité parmi le peuple.
24. Sa réputation se répandit aussi dans toute la Syrie, de sorte
qu'on lui présenta tous les malades, tous ceux qui étaient atteints
de souffrances et de maux divers, des démoniaques, des
lunatiques, des paralytiques, et il les guérit.
25. Et une grande multitude le suivit de la Galilée, de la Décapole,
de Jérusalem, de la Judée et d'au delà du Jourdain.
MATTHIEU, IX, 35. Et Jésus parcourait toutes les villes et tous les
villages, enseignant dans leur synagogues, prêchait l'Évangile du
royaume, guérissant toute maladie et toute infirmité.
36. Or, en voyant cette multitude, il en eut compassion parce
qu'ils étaient accablés et couchés comme des brebis n'ayant point
de pasteur2.
37. Alors il dit à ses disciples : La moisson est abondante, mais il
y a peu d'ouvriers.
38. Priez donc le Maître de la moisson qu'il envoie des ouvriers à
sa moisson.
1 O eai paradoùs auton. Toujours le verbe paradidômi dont on se sert dans Matthieu et
dans Marc pour désigner la façon dont le Joannès a disparu de la circulation.
2 Cf. L'Évangile de Nessus.
Au fond, à part Is-Kérioth, engagé spécialement pour jouer le rôle de traître, les
douze se réduisent à sept, tous fils du même père et de la même mère, plus
Jacques, fils d'Alphée, et Mathias bar-Toâmin qui sont des petits-fils, et Theudas
qui remplace Eléazar, martyr avant Bar-Jehoudda.
En effet nous retrouvons :
1° Joannès, devenu distinct du christ baptiseur par raison d'Eglise, et relégué au
quatrième rang ;
2° Shehimon ;
3° Jacob junior, dit Andréas dans Cérinthe et Stéphanos dans les Actes des
Apôtres ;
4° Jacob senior, dit Oblias (démon du peuple) dans d'autres Ecritures ;
5° Philippe, Evangéliste des Paroles du Rabbi ;
6° Jehoudda junior, dit Toâmin, également Evangéliste des Paroles du Rabbi ;
7° Le Nathanaël de Cérinthe, qu'on a remplacé par Mathias bar-Toâmin, afin que
les goym n'y pussent retrouver Ménahem.
Simon le Cananéen n'est, avons-nous dit, autre que Shehimon le Kanaïte ; et
pour cette raison on le dit parfois de Kana. S'il en était autrement, il y aurait
treize apôtres, puisqu'à la liste dressée dans Luc il faudrait ajouter Theudas.
Comme vous le voyez, l'élection de ces douze ouvriers moissonneurs n'est
qu'une figure de la Moisson annoncée dans l'Apocalypse. Jésus est lui-même la
figure du Moissonneur décrit dans cette prophétie. Les douze Æons ou
patriarches célestes qui devaient juger les nations et faire paître le troupeau de
David sont remplacés par douze noms d'hommes tirés des maisons de Jehoudda
et de Jaïr, tous de la tribu de Juda, à part Is-Kérioth qui est de la tribu de Dan.
Si nous ne connaissions pas le programme de Bar-Jehoudda : l'établissement de
la monarchie davidique en sa personne, avec aggravation du chrisme divin, nous
pourrions croire qu'il avait songé à laisser voix délibérative aux onze autres
tribus d'Israël. En ce cas l'apostolat eût été une manière de conseil aulique dans
lequel chaque tribu aurait été représentée par un membre. La composition seule
de la liste actuelle suffit démontrer qu'une pareille idée ne lui est pas venue et
qu'il n'y a jamais eu plus de sept disciples de premier plan, tous de la même
beth. Encore a-t-on été obligé à en dédoubler quelques-uns pour arriver au
chiffre de douze, après y avoir annexé pour la conduite de l'intrigue Is-Kérioth
qui était de l'école égalitaire. Onze tribus sur douze étaient hors de la
combinaison ; politique, et rien n'explique mieux l'indifférence, voire l'hostilité
que le prétendant a rencontrée parmi elles.
Biffons résolument les douze apôtres dont Jésus est entouré dans l'Évangile. Il
n'y en avait encore que sept deux cents ans après la mort de Bar-Jehoudda.
Papias n'a pas connu d'autres Douze que les Douze Æons de Cérinthe et de
Valentin, et Celse dit qu'à considérer la fable, on n'y voit qu'un individu1,
1 Et non deux, comme il aurait fallu si le baptiseur eût été autre que le christ.
accompagné de dix ou onze autres infâmes, publicains voleurs, mariniers
ravageurs, avec lesquels il vagabonde, quêtant honteusement sa misérable vie1.
Les Douze n'existaient donc qu'à l'état astrologique, dans le ciel d'où ils ne sont
pas plus descendus que le Fils de l'homme et les cent quarante-quatre mille
Anges. Et le nombre des disciples n'a été porté Douze que pour faire croire à
l'existence corporelle de Jésus. Encore les scribes n'ont-ils jamais pu se mettre
d'accord sur la composition de cet apostolat imaginaire. Mais sur celle de
l'apostolat réel et sur sa valeur morale il n'y a qu'une voix, mal étouffée par
l'Église.
A Celse qui déroulait l'interminable série de leurs crimes, l'Anticelse n'a pu
répondre qu'en supprimant Celse lui-même, ce qui lui permet de s'écrier avec
l'accent du mensonge triomphant : Ni Celse ni ceux qui sont avec lui n'ont pu
mettre une seule sédition à la charge des christiens !2 En effet, il n'y en a
presque plus trace dans les Evangiles, et elles sont toutes à la charge des
Kanaïtes dans Josèphe. Reste néanmoins à identifier ces Kanaïtes ; nous l'avons
fait3, ce sont les christiens eux-mêmes : et c'est pourquoi Shehimon, leur chef
après le christ, est dit Kananitès dans le grec des Évangiles et dans la traduction
copte de Valentin4. Il peut être bon de connaître le parti commercial que l'Église
a tiré de ces douze noms, disposés de manière que Shehimon fût le premier par
substitution à son frère aîné, qui jusqu'à la fin du second siècle joua le rôle du
disciple préféré de Jésus.
1. Simon, appelé Pierre5. Ce pêcheur, originaire de Bethsaïde, destiné à devenir
le premier pape et le chef de l'Eglise est qualifié premier à cause de sa primauté.
Après la Pentecôte, il agit aussitôt comme chef de l'Église : il baptise le premier
gentil converti, établit ensuite sa chaire à Antioche, puis à Rome, où il est
martyrisé sous Néron, en 67.
2. André, son frère, le premier disciple du Sauveur. Il prêcha la foi en Scythie et
en Achaïe, et mourut martyr sur une croix à Patras, en Achaïe6.
3. Jacques, surnommé le Majeur, pécheur galiléen, comme Simon Pierre, fut un
des premiers disciples du Sauveur et des plus privilégiés. Après la Pentecôte, il
prêcha l'Évangile en Judée et en Samarie. De là, la tradition le conduit en
Espagne. De retour à Jérusalem, il subit le martyre en l'an 44, avant Pâques, par
1 A en croire l'Anticelse, il dit cela pour jeter le discrédit sur les Evangiles tout entiers et
pour ne pas confesser le caractère divin de ces livres. Il aura sans doute puisé ses
renseignements dans la Lettre de Barnabé où les apôtres sont représentés comme étant
de la pire espèce d'hommes ! Il est fâcheux en effet que cette lettre ait été mise sous le
nom d'un cousin de Bar-Jehoudda, mais à part cette fausse attribution, l'opinion qu'elle
exprime est celle de tout le monde.
2 Anticelse, III, 7.
3 Cf. Le Saint-Esprit.
4 Traduction faite sur le grec.
5 Crucifié Guol-golta en 802 avec Jacob senior. Cf. Le Saint-Esprit.
6 Lapidé à Jérusalem, peut-être à Haggan-Aïn, par le prince Saül en 787. Cf. Le Roi des
Juifs et Les Marchands de Christ. À propos de Patras, on tient que Lucius de Cyrène, sous
le nom de qui on a mis l'Evangile dit de Luc, aurait été martyr dans Patras même. Cf. Les
Évangiles de Satan, 1re partie. Cette exécution se rattache sans doute à la mission de
Saül en Achaïe sous le proconsulat de Gallion. Cf. Le Saint-Esprit.
l'ordre d'Hérode Agrippa Ier, fils d'Aristobule. Il fut le premier des apôtres qui
versa son sang en témoignage de sa foi1.
4. Jean, son frère, le disciple bien-aimé du Sauveur et le plus jeune des apôtres,
fut, avec André, le premier qui s'attacha à Jésus-Christ. Son histoire, pendant la
vie du maître, est racontée dans les Évangiles. Les traits principaux de sa vie,
après la Pentecôte, sont, outre la composition de son Evangile, de ses trois
Epîtres et de son Apocalypse, son premier séjour à Ephèse, son martyre à Rome,
où il fut plongé dans une chaudière d'huile bouillante, d'où il sortit sain et sauf,
pendant la persécution de Domitien, puis sa condamnation aux mines, ensuite
son exil dans l'île de Pathmos, et enfin, sous Nerva, son retour à Ephèse et sa
mort dans cette ville à un âge très avancé2.
5. Philippe, né à Bethsaïde, un des premiers apôtres. Le Quatrième Évangile
rapporte quelques paroles de lui. Le bréviaire romain dit qu'il subit le martyre à
Hiérapolis, en Phrygie.
6. Barthélemi3 est, d'après l'opinion commune, le Nathanaël4 de Jean. Il était de
Cana en Galilée. Il porta l'Evangile dans l'Inde et en Arménie, et mourut écorché
vif.
7. Thomas5 ou Didyme, c'est-à-dire le Jumeau, célèbre par son incrédulité au
moment de la résurrection de Jésus. Il prêcha en Perse, à Edesse et dans l'Inde.
Il consomma son martyre percé d'une lance.
8. Matthieu, le publicain de Capharnaüm6, s'appelait aussi Lévi et était fils
d'Alphée. Il exerça d'abord son apostolat en Judée, puis en Ethiopie, où il subit le
martyre.
9. Jacques, fils d'Alphée7, surnommé le Mineur, cousin de Notre-Seigneur. Jésus
lui apparut après sa résurrection. (I Cor., XV, 7.) Il occupa une place importante
dans la primitive Eglise et devint le premier évêque de Jérusalem. Hégésippe
nous a conservé le récit de son martyre : il fut précipité du haut du temple, puis
lapidé, et un foulon lui brisa la tête.
10. Thadée, appelé Jude par les autres évangélistes. Il était frère de saint
Jacques le Mineur. Il porta l'Évangile à Edesse et en Mésopotamie, puis en Perse,
où il fut martyrisé8.
11. Simon le Cananéen9, ainsi surnommé, d'après saint Jérôme, parce qu'il était
de Cana en Galilée ; mais le plus grand nombre des commentateurs croient que
Cananéen signifie Zélote ou zélé, et marque le zèle de Simon pour la loi. Il
évangélisa l'Egypte et la Perse, et subit le martyre dans ce dernier pays.
1 Crucifié en 802 avec Shehimon, quinze ans après l'exécution de Jacob junior. Cf. Le
Saint-Esprit.
2 C'est complet, comme vous voyez !
3 Mathias bar-Toâmin.
4 Surnom de Ménahem.
5 Jehoudda dit Toâmin.
6 C'est Mathias bar-Toâmin.
7 Jacob junior, lapidé par Saül en 787.
8 Battu et décapité en Judée sous la procurature de Cuspius Fadus en 798. Cf. Le Saint-
Esprit.
9 Shehimon le Kanaïte, dit la Pierre.
12. Judas Iscariote, c'est-à-dire de Carioth, ville de la tribu de Juda1. Il vendit
son maître par avarice, et se pendit ensuite de désespoir2.
1 Dan.
2 Assassiné par Shehimon. Cf. Les Marchands de Christ.
3 Cf. Les Actes des Apôtres dans Le Gogotha, t. V du Mensonge chrétien.
tomber sur les apôtres au Sôrtaba, et à l'autre d'appréhender au col le Juif
consubstantiel et coéternel au Père.
Que penseriez-vous de moi si je ne soumettld5 les soixante-douze demi-décans à
l'appréciation chi Saint-Siège apostolique et romain, dispensateur de toute grâce
et de toute vérité ? Oyez ! La liste des soixante-douze disciples ne nous a pas été
transmise' Un petit nombre seulement sont connus avec certitude. On sait qu'ils
furent choisis parmi ceux qui suivaient habituellement le Sauveur, et que le divin
Maître les associa aux apôtres pour les aider à instruire le peuple et le préparer à
sa venue. Il est certain qu'ils étaient inférieurs aux douze, puisque Mathias, l'un
d'entre eux, fut promu à l'apostolat à la place de Judas1. Saint Ignace les
assimile aux diacres, et saint Jérôme aux prêtres. Leur ministère fut transitoire
et purement personnel : ils ne transmirent à personne les pouvoirs qu'ils avaient
reçus. Au lieu de soixante-douze disciples, la plupart des manuscrits grecs
portent soixante-dix mais on peut croire que c'est un nombre rond employé pour
soixante-douze, comme lorsqu'il s'agit des inter prêtes de l'Ancien Testament, ou
des personnes dont se composait la famille de Jacob à son entrée en Égypte. On
a fait cette remarque, que ce nombre répond à celle des peuples dont Moïse fait
le dénombrement dans la Genèse, de même que le nombre douze répond à celui
des tribus d'Israël : car, d'après les Juifs, l'humanité, se composait de soixante-
dix (ou soixante-douze) peuples : quinze de Japhet, trente de Cham et vine sept
de Sem. Cet accroissement du nombre des ouvriers apostoliques, de douze à
soixante-douze, semblait annoncer l'extension prochaine de la prédication à
l'univers entier.
L'élection des soixante-douze demi-décans a été déplacée par les synoptiseurs et
transportée au chapitre X de Luc où elle a lieu trois jours avant la crucifixion de
Bar-Jehoudda. L'année n'a plus que trois jours à vivre lorsque Jésus se décide à
lancer devant lui les trente-six Décans ! Il est en retard de trois cent cinquante-
sept jours ! Quoi d'étonnant à ce que les exégètes n'aient jamais vu clair dans
cette année-là ni depuis !
A la vérité, l'Église ne pouvait pas laisser les trente-six Décans à leur place sans
avouer en même temps c da étaient restés inoccupés, par la faute des Douze
Æons. On a été obligé, pour justifier la nomination des soixante-douze, de leur
donner les mêmes instructions qu'aux douze dans Matthieu, dont le texte a été
transcrit presque littéralement dans Luc. Nous ne faisons qu'un des instructions
reçues par ces quatre-vingt-quatre personnages fictifs, ainsi que des
proclamations adressées aux cent quarante-quatre, mille anges, présentés sous
le nom de peuple ou de foule dans la mystification évangélique. Afin de montrer
l'évolution de l'idée jehouddique à travers le temps, nous réservons le tout pour
le chapitre intitulé Somme morale de l'Évangile.
X. — LA JOIE DE MENTIR.
1 Cf. Le Charpentier.
2 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
LUC, X, 22. Toutes choses m'ont été données par fie Père. Et
personne ne sait quel est le Fils, sinon le Père ; quel est le Père,
sinon le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler.
Ils sont trois dans la confidence de ce rébus le Père, le Fils, et le Juif que l'Eglise
va consubstantialiser un jour avec le Père en passant par-dessus le Fils. Mais elle
a eu beau faire, l'Eglise ! Il y a encore là trois personnes inconsubstantialisables :
le Père, le Fils, et un Juif qui n'est pas le Fils, mais simplement le Joannès,
l'Hermès, le révélateur du Fils. Si véritablement ce Juif est le Fils de Dieu et le
Créateur de monde, — et il n'y a pas de doute, puisque les Conciles l'ont décidé,
— c'est que Dieu a deux fils dont Bar-Jehoudda n'est que le cadet. Je demande à
faire la connaissance de l'aîné, si le Juif qui l'a évincé ne s'y oppose pas !
D'autant plus que si celui-ci est assis à la droite du Père, — et l'Infaillible
l'affirme, — l'autre est certainement assis à la gauche1, qui est la direction des
Gaules par rapport à la Judée, et j'espère qu'il y rétablit l'équilibre rompu à notre
détriment. Voilà celui que je veux voir sur nos autels !
Mais Jésus espère bien que nous en serons réduits pour toute religion nationale à
l'adoration d'un juif imbécile et scélérat.
23. Et se tournant vers ses disciples, il dit : Heureux les yeux qui
voient ce que vous voyez !
24. Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont
désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont point vu ; entendre ce
que vous entendez, et ne l'ont point entendu2.
Il est clair que les prophètes, les rois molochistes et surtout celui qui se disait
christ, eussent été enchantés de voir Satan tomber du ciel sur les goym, et,
derrière lui, l'avalanche des douze Æons, des trente-six Décans et des Cent
quarante quatre mille anges hauts de soixante-douze mètres ! Mais, à défaut de
ce spectacle, se contentent de voir les nations à plat ventre devant l'un d'eux
condamné pour trahison et crimes publics ! Ce n'est pas le Royaume que les Juifs
avaient espéré, mais c'est tout de même quelque chose de flatteur pour leur
amour-propre3 !
Telles sont les nouvelles que les soixante-douze rapportent des extrémités de la
terre. Or, connaissant leur constitution mathématique, nous savons qu'ils n'ont
pu revenir à Jésus avant l'expiration de l'année 788 ; leur nombre nous est
garant que nous ne nous trompons pas. Il y a donc là les six demi-décans dont
les trente deniers d'Is-Kérioth ne sont que la monnaie. Ces six demi-décans ont
donc collaboré de toutes leurs forces à la déconfiture de Bar-Jehoudda ; et le
dernier, celui du 10 au 15 nisan, est personnellement responsable de
l'arrestation et de la crucifixion d'icelui. Voue voyez que non seulement Jésus ne
lui adresse aucun blâme, mais qu'au contraire il ne peut retenir un long cri de
triomphe et de joie. C'est donc qu'il n'envisage la mort de ce Juif que comme une
1 A moins toutefois que Dieu n'ait deux droites, rien ne lui est impossible.
2 Renouvelé de l'exposition du système parabolique. Cf. Les Evangiles de Satan,
Première partie.
3 Tertullien, ou celui qui écrit pour lui, sent que, succédant aux paraboles, cette joie de
mentir entache quelque peu l'honneur de Jésus. Aussi combat-il de son mieux cette
fâcheuse impression : Jésus n'usait pas toujours de paraboles, dit-il, et n'en usait
qu'avec quelques-uns, car c'était ne parler qu'à quelques-uns de ne parler qu'aux Juifs.
Jésus, ô Tertullien, n'a jamais parlé à personne, faute de bouche et Bar-Jehoudda n'a
jamais ouvert la sienne que pour les surjuifs !
heureuse spéculation dont les agents, à tous les degrés de l'échelle, sont dignes
d'estime et d'intérêt. Toutefois, comme ces demi-décans n'ont pu faire que demi-
besogne, étant mi-nocturnes par leur constitution, ils ont dû renoncer à chasser
une masse de démons que, de son côté, Bar-Jehoudda n'a pu exorciser tout à
fait en 788, puisqu'il participe humainement de l'infirmité du demi-décan. Ces
démons sont les latins qui étaient avec Pontius Pilatus. Notre situation n'est donc
pas tout à fait désespérée.
C'est ce qui a paru au synoptiseur de Matthieu. If célèbre le triomphe des Juifs à
un autre endroit, moine voyant que celui-ci, et avec une addition remarquable où
se retrouve l'esprit de l'Ecclésiastique de Jésus ben-Sirach1.
MATTHIEU, XI, 28. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui
êtes chargés et je vous soulagerai.
29. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi que je suis
doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos
âmes.
30. Car mon joug est doux et mon fardeau est léger.
La différence entre Jésus ben-Sirach et celui de l'Évangéliste, c'est que celui-ci
applique ce passage, aux effets du baptême, qui furent d'étouffer le cri de la
conscience et de favoriser le vice par l'abolition du remords.
Revenant d'un failli, Jésus est incapable de fournir le moindre des signes
annoncés dans l'Evangile du Royaume. Il ne peut se tirer d'affaire que par des
séméiologies, c'est-à-dire des semblants de signes. Les premiers sont relatifs à la
pâque manquée, et les choses se passent tout à fait entre gens de la beth léhem.
Nous retrouvons dans les Synoptisés la séméiologie connue sous le nom de
multiplication des pains, mais elle n'est bien éclairée que dans Cérinthe. Celui-ci
est formel : cette séméiologie est la pâque manquée en 789. Dans les Synoptisés
Jésus estime inutile d'exécuter cet attrape-goym sur la montagne où il a opéré
dans Cérinthe. L'Apocalypse stipule que cette montagne être celle de Sion ; il est
permis de la transporter sur le Thabor, puisqu'on possède la foi qui transporte les
montagnes, mais à quoi bon user de cette faculté quand on n'y est pas forcé ?
La plaine, ou bien un lieu riverain du lac, suffisent amplement au besoin de la
mystification. Ni Philippe, ni André ne sont nommés. Bar-Jehoudda assiste tous
les jours à la scène, mais confondu parmi les douze ; il n'est plus le petit enfant
qui offre à Jésus les cinq pains d'orge et les deux Zib, il a cinquante ans et c'est
lui qui est censé opérer le miracle. On ne veut pas s'exposer à ce que Jésus, qui
retient encore un peu du Verbe de vérité, dise : Si on lui a coupé le cou en 781,
comme on le dit dans l'Église romaine, il m'est matériellement impossible, à moi
qui suis son revenant de continuer mon rôle ou pour mieux dire le sien. Vous
allez me demander de proroger le temps. Si vous voulez soutenir devant les
goym que Joannès a été décollé, faites au moins disparaitre le petit enfant que
Cérinthe a montré tenant en main les cinq pains et les deux poissons, et
appuyant la tête, — toute sa tête, — sur mon sein au Banquet du 14 nisan 788 !
MARC, VI, 30. Or les apôtres, s'étant rassemblés auprès de.
Jésus, lui rendirent compte de tout ce qu'ils avaient fait et
enseigné.
31. Et il leur dit : Venez à l'écart en un lieu désert, et vous vous
reposerez un peu. Car ceux qui allaient et venaient étaient si
nombreux, qu'ils n'avaient pas meule le temps de manger1.
32. Ainsi, montant dans la barque, ils se retirèrent à l'écart, dans
un lieu désert.
33. Mais beaucoup de gens les ayant vus partir et ayant connu
leur dessein, y accoururent à pied de toutes les villes, et y
arrivèrent avant eux.
1 Tantôt ils ne peuvent pas manger le pain-Zib, parce qu'ils sont trop pressés dans le
même local (Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie), tantôt parce qu'ils n'ont pas le
temps. Pour une raison ou pour une autre, ils n'ont pas pu y mordre.
34. Ainsi, en débarquant, Jésus vit une grande multitude, et il en
eut compassion, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont
point de pasteur, et il commença à leur enseigner beaucoup de
choses.
MATTHIEU, XIV, 14. Lorsqu'il sortait de la barque, ayant vu une
grande quantité de personnes, il en eut compassion et il guérit
leurs malades.
LUC, XI, 10. Les apôtres, étant revenus, racontèrent à Jésus tout
ce qu'ils avaient fait ; et, les prenant avec lui, il se retira à l'écart
dans un lieu désert, qui appartient à Bethsaïda.
11. Lorsque le peuple l'eut appris, il le suivit ; et Jésus les
accueillit, et il leur parlait du Royaume de Dieu, et il rendait la
santé à ceux qui avaient besoin d'être guéris.
MARC, VI, 35. Et comme déjà l'heure était fort avancée, les
disciples s'approchèrent, disant : Ce lieu est désert, et il est déjà
tard ;
36. Renvoyez-les, afin qu'ils aillent dans les voisins acheter de
quoi manger.
37. Mais répondant, il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à
manger. Et ils lui repartirent : Irons-nous donc acheter pour deux
cents deniers de pain, afin de leur donner à manger ?
Il n'est question de ces deux cents deniers que dans Marc, ils proviennent de
Cérinthe qui les tenait des Explications de Papias. On les a fait disparaitre dans
Matthieu et dans Luc.
LUC, IX, 12. Cependant le jour commençait à baisser1, et les
douze, s'approchant, lui dirent : Renvoyez le peuple, afin qu'il
aille dans les bourgs et dans les villages d'alentour, pour y loger
et trouver de la nourriture : car ici nous sommes en un lieu
désert.
MATTHIEU, XIV, 15. Or, le soir étant venu, ses disciples
s'approchèrent de lui, disant : Ce lieu est désert, et déjà l'heure
est avancée ; renvoyez le peuple, pour qu'ils aillent dans les
villages acheter de quoi manger.
16. Mais Jésus leur dit : Il n'est pas nécessaire qu'ils aillent,
donnez-leur vous-mêmes à manger.
MARC, VI, 38. Alors il leur demanda : Combien avez-vous de
pains ? Allez et voyez. Et lorsqu'ils eurent regardé, ils dirent :
Cinq pains et deux poissons.
LUC, IX, 13. Mais il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger.
Ils lui répondirent : Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux
poissons, à moins que nous n'allions nous-mêmes acheter des
vivres pour toute cette multitude.
Lorsqu'on connaît bien la doctrine des sept fils de Jehoudda, on comprend que la
séméiologie des cinq pains n'ait point satisfait les disciples de l'Agneau, qu'elle
les ait même déçus complètement.
Cérinthe est critiquable, et les synoptiseurs aussi, pour n'avoir pas donné la
forme sabbatique à la Prorogation du temps. On en refit une seconde, réparatrice
de la Première, et dans laquelle Jésus apparaît ce qu'il est réellement, le Maître
du Sabbat et la Lumière héliaque du quatrième jour.
MATTHIEU, XV, 29. Et lorsqu'il fut parti de là, Jésus vint le long de
la mer de Galilée ; et, montant sur la montagne, il s'y assit3.
1 Cette addition de femmes et d'enfants ne se trouve jamais que dans Matthieu, le plus
synoptisé par l'Église.
Les quatre mille ne disent rien, mais ils sont fort mécontents, car Jésus vient de
se moquer d'eux cyniquement. Non seulement les quatre mille affamés, ou pour
mieux dire les quatre Mille d'affamés, n'ont rien eu du tout, mais encore ils ont
remporté les sept corbeilles comme on remporte une veste, elles sont vides !
Pour qu'elles fussent pleines, il aurait fallu entrer dans l'Æon-Zib, autrement
qu'en chronologie. Alors on aurait eu non seulement les sept corbeilles pleines
d'années, mais les douze et toutes celles qui s'ensuivent, on aurait eu le pain
unique, celui qui ne se divise ni ne se rompt, le pain de la vie éternelle. Le temps
devait finir, et il continue !
MATTHIEU, XV, 39. Et, le peuple renvoyé, il monta dans la barque,
et vint aux confins de Mégiddo1.
MATTHIEU, XVI, 5. Or, lorsque ses disciples étaient venus de
l'autre côté de la mer, ils avaient oublié de prendre des Pains.
C'est un oubli d'autant moins concevable qu'ils ont leur douze corbeilles pleines
depuis le premier miracle est bien vrai que Jésus a rassasié les cinq mille ; mais
les douze corbeilles pleines sont restées entre les mains des douze apôtres et
des soixante-douze demi' décans. Il est inutile que Jésus s'exténue à ces tours
de force, si ni la première fois ni la seconde ces messieurs ne se donnent la peine
d'emporter les pains dus à sa bienfaisante intervention ! De deux choses l'une,
ou tout cela n'est qu'allégorie ou ils devraient avoir avec eux dix-neuf corbeilles
de pain et de poissons. Et la barque qu'ils montent n'en peut contenir que douze
à l'année ! Marc est plus exact que Matthieu, il reconnaît qu'ils avaient un pain à
manger, un seul.
MARC, VIII, 14. Or les disciples avaient oublié de prendre des
pains, et ils n'avaient qu'un seul pain avec eux dans la barque.
Sans doute. Après la pâque manquée, il ne leur restait que le pain-Zib. Encore ce
malheureux pain était-il gâté par le levain qu'Hérode et ses enfants y avaient
mis. Vous savez ce que c'était que ce levain, c'est la destitution de l'Agneau
comme rosch ha schanâ (départ de l'année), et l'illégale promotion de la Balance à
cet office. Ce n'était pas de ce bon levain molochiste que la veuve de Jehoudda
pétrissait dans les trois séas. Afin que le sens de toute cette séméiologie
n'apparaisse pas aux vils étrangers, l'Évangéliste représente les disciples comme
privés de nourriture, parce qu'ils ont oublié de prendre des sept pains qui sont
censés être dans les Sept corbeilles. Mais ces corbeilles étant passées, comme
les quatre mille ventres qui comptaient sur le séa des Ânes pour être rassasiés,
ils ont pu les oublier sans inconvénient.
MATTHIEU, XVI, 6. Jésus leur dit : Gardez-vous soigneusement du
levain des pharisiens et des saducéens.
7. Mais eux pensaient en eux-mêmes, disant : C'est parce que
nous n'avons pas pris de pains.
1 Le texte grec porte Magadan ou Magédan, que le Saint-Siège dit être Magdala,
aujourd'hui et-Medjdel, sur la rive occidentale du lac de Tibériade et à l'extrémité
méridionale de la plaine de Génésareth, à une heure et un quart environ au nord de
Tibériade. On croit que c'est là qu'était née Marie-Madeleine et que c'est de Magdala
qu'elle tirait son surnom. Mais il s'agit très certainement du Hamm Méddigo qu'ont ont
traversé tant de fois Bar-Jehoudda et ses frères, et dont l'Apocalypse parle comme du
lieu où devait être prononcé le jugement.
MARC, VIII, 15. Et il leur commandait, disant : Gardez-vous avec
soin du levain des pharisiens et du levain d'Hérode.
16. De là ils s'entretenaient entre eux, disant : C'est parce que
nous n'avons point de pains.
Devant les goym l'Évangéliste ne veut pas avouer qu'il n'y a rien dans les sept
corbeilles, puisqu'elles sont passées ; il préfère laisser croire que les disciples se
reprochent d'avoir oublié les pains dont elles devaient être pleines.
MATTHIEU, XVI, 8. Or Jésus, le sachant, dit : Pourquoi Pensez-
vous en vous-mêmes, hommes de peu de foi, à ce que vous
n'avez pas de pains ?
9. Ne comprenez-vous pas encore, et ne vous souvient-il point
des cinq pains distribués aux cinq mille hommes, et combien de
corbeilles vous avez remportées ?
10. Ni des sept pains distribués aux quatre mille hommes, et
combien de corbeilles vous avez remportées ?
11. Comment ne comprenez-vous point que ce n'est pas au sujet
du pain que je vous ai dit : Gardez-vous du levain pharisiens et
des saducéens ?
MARC, VIII, 17. Ce qu'ayant connu, Jésus leur dit : Pourquoi
entretenez-vous de ce que vous n'avez point de pains ? n'avez-
vous donc encore ni sens ni intelligence ? avez-vous donc
toujours le cœur aveuglé ?
18. Ayant des yeux, ne voyez-vous point ? ayant des oreilles
n'entendez-vous point ? et avez-vous perdu tout souvenir ?
19. Quand je rompis les cinq pains pour les cinq mille hommes,
combien de paniers emportâtes-vous pleins de morceaux ? —
Douze, lui dirent-ils.
20. — Et quand je rompis les sept pains pour les quatre mille
hommes, combien emportâtes-vous de corbeilles pleines de
morceaux ? — Sept, lui dirent-ils.
21. Et il ajouta : Comment ne comprenez-vous point encore ?
C'est évident. Êtes-vous disciples de Jehoudda, oui ou non ? Êtes-vous
millénaristes, fils des kanaïtes et des sicaires ? En un mot êtes-vous christiens ?
Si vous l'êtes, vous devez comprendre. Si vous ne l'êtes pas, c'est que vous êtes
aussi bouchés que les exégètes. Or, si on vous explique plus ouvertement ces
énigmes, elles cesseront d'être efficaces pour la mystification et, espérons-le, la
damnation des goym. Je vous traite d'imbéciles pour mieux les aveugler sur
notre malice, mais les imbéciles, ce sont eux, vous le savez bien. Vous savez
bien que si dans la première opération j'ai prorogé le temps, c'est uniquement à
votre bénéfice, et pour attendre le Grand Sabbat que je vous ai promis dans la
seconde. Que ceux qui ont des oreilles du Jourdain entendent ! J'entends bien,
moi qui ne suis que de la Nièvre !
MATTHIEU, XVI, 12. Alors ils comprirent qu'il n'avait Fe dit de se
garder du levain des pains, mais de la doctrine des pharisiens et
des saducéens.
Cette doctrine était la négation de la kabbale messianique et par conséquent du
privilège accordé aux Juifs. Envers de telles gens Iahvé n'était pas tenu de son
serment. Songez donc ! des gens qui ne célébraient plus leur genèse divine, et
faisaient commencer l'année sous le septième signe, le signe sous lequel Satan
avait usurpé le pouvoir ! Quoi d'étonnant à ce que Iahvé se fût séparé d'eux et
n'acceptât plus le léhem dans lequel ils avaient introduit ce levain ? Comment
avaient-il osé qualifier d'azyme, à la pâque, un pain qui ne correspondait plus
mathématiquement au premier signe de la Création ? Comment avaient-ils
continué à appeler pâque des Juifs une semaine pendant laquelle ils n'avaient
pas craint de laisser des incirconcis pénétrer dans l'enceinte du Temple ? Qui,
pendant ces temps de honte et de prostitution, avait défendu la loi violée ?
Jehoudda et son sabbat de fils. La même loi qui punissait de mort ceux qui
auraient introduit du levain dans l'azyme, les christiens l'avaient étendue à ceux
qui introduisaient des païens dans le Temple. Ils avaient de leur propre main
assuré l'exécution de cette loi par des assassinats en plein sanctuaire. Et c'est ce
que Jésus rappelle à mots couverts.
Se tirer d'embarras par la fuite n'est ni d'un dieu ni d'un homme brave. Marc ne
l'avait pas senti, mais les synoptiseurs ont rectifié la position dans Luc, où Jésus
fait front au peuple, non pour le consoler, bien entendu, mais pour se moquer de
lui.
LUC, XI, 29. Cependant, le peuple s'amassant en foules il
commença à dire : Cette génération est une génération mauvaise
; elle demande un signe et il ne lui sera point donné de signe, si
ce n'est le signe du prophète Jonas.
1 Immédiatement après cette exécrable pensée, pour en pallier l'effet, pour détourner
l'attention, les synoptiseurs ont placé le conseil que Jésus donne aux Juifs dans Matthieu,
et qui vise non plus justice de Dieu, mais celle du goy.
2 Apô tou ouranou, de la part du ciel, et non dans le ciel, comme le dit dans l'édition du
Saint-Siège.
Pas d'autre Zib que celui du prophète Jonas ! Lequel ? Le Joannès ninivite ? Ou le
Joannès juif, celui qui s'était dit christ ? Celui-ci même, dont tous les
interlocuteurs de Jésus connaissent depuis longtemps la disparition après trois
jours et trois nuits. Jésus l'a déjà dit : cette génération a été trop adultère
envers la Gnose magique, pour qu'il lui soit donné des signes venant du ciel. Il
refuse, dit l'Église. Hé ! non, il voudrait bien, mais ne peut pas ! Le corps dans
lequel il revient était en croix avant la pâque, et c'est, disent les jehouddolâtres,
ce qui a empêché l'avènement du Royaume !
1 Sémeion ec tou ouranou, un signe du ciel, et non un prodige dans le ciel, comme
traduit le Saint-Siège.
2 Sémeia tôn kairôn, le tô kairon, la joie des joies. la ruine de l'Occident et le Royaume
des Juifs. Car il faut vous dire que l'hypocrite ici, le fourbe, le menteur, c'est le nommé
Jésus. Le texte actuel porte cairôn que le Saint-Siège traduit par temps, mais c'est le
résultat d'une sophistication dans le grec. A la vérité on ne peut bien rendre le mot qu'à
la condition de connaitre à fond le système que prêchait Bar-Jehoudda. Le substantif
kairon n'existe pas et pourtant l'Evangéliste, un millénariste fieffé, l'emploie au pluriel.
C'est que cet aigrefin joue du verbe kairein, se réjouir, dont on connait quelques
applications au participe neutre, dans Plutarque notamment, to kairon, la joie. Les
sémeia tôn kairôn, ce sont les signes de la joie des joies, du jubilé des jubilés, de l'An de
grâce dont l'échéance tombait en 789 selon les calculs de Bar-Jehoudda. La joie rêvée
par lui consista surtout dans le mal éprouvé par les goym. C'est de la kairécakia, de la
joie causée par le niai d'autrui. Odium generis humani (Tacite), haine du genre humain,
voilà ce qui caractérise ce scélérat promu consubstantiel au Père par l'Eglise !
sera point donné de signe, si ce n'est le signe du prophète Jonas.
Et les ayant quittés, il s'en alla.
S'en aller pour éviter la discussion est un procédé recommandable. Néanmoins
les synoptiseurs ont refait la scène pour donner une conclusion plus conforme à
la puissance du Verbe divin.
MATTHIEU, XIII, 38. Alors quelques-uns des scribes et des
pharisiens prirent la parole après lui, disant : Maître, nous
voulons voir un signe1 de vous.
39. Jésus, répondant, leur dit : Une génération méchante et
adultère demande un signe, et il ne lui sera donné d'autre signe
que celui du prophète Jonas.
40. Car, comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre
de la Baleine2, ainsi le fils de l'homme sera dans le sein de la
terre trois jours et trois nuits.
Rien que par cette indication de délai nous voyons que ce passage a fait partie
du dispositif où Jésus ne célèbre pas la Pâque, et où Joannès ressuscite après
trois jours et trois nuits, donc le quatrième jour.
Mais comme dans le dispositif actuel on crucifie Joannès le lendemain de la
pâque au lieu de la veille, et qu'on a été conduit à le ressusciter le troisième jour
au lieu du quatrième, les synoptiseurs n'ont pas jugé prudent de reproduire dans
Luc l'indication du délai.
LUC, XI, 30. Car comme Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi
sera le fils de l'homme pour cette génération.
Comme vous voyez, le délai cesse d'être la condition essentielle de la similitude
des deux cas.
MATTHIEU, XII, 41. Les Ninivites se lèveront au jugement avec
cette génération, et la condamneront, parce qu'ils firent pénitence
à la prédication de Jonas ; et cependant il y a ici plus que Jonas3.
42. La reine du Midi4 se lèvera au jugement avec cette
génération, et la condamnera, parce qu'elle vint des extrémités
de la terre écouter la sagesse de Salomon ; et cependant il y a ici
plus que Salomon5.
LUC, XI, 31. La reine du Midi se lèvera au jugement avec les
hommes de cette génération, et les condamnera, parce qu'elle
vint des extrémités de la terre entendre la sagesse de Salomon ;
et il y a ici plus que Salomon.
32. Les Ninivites se lèveront au jugement avec cette génération
et la condamneront, parce qu'ils tirent pénitence à la prédication
de Jonas ; et il y a ici plus que Jonas.
Dès le moment qu'il s'agit de donner le change aux goym l'Évangéliste emprunte
de toutes mains. Et même il fait un sacrifice qui doit coûter à son amour-propre,
il emprunte aux incirconcis ! Il prend dans Jonas ce merveilleux conte du Zib,
qu'il met dans la bouillabaisse christienne. Cependant le cas de Jonas, sortant de
la gueule du Zib, par la grâce de Dieu, ne convenait en aucune façon à celui de
Bar-Jehoudda qui était sorti de la terre du Guol-golta par l'industrie de sa mère,
à force de bras. Mais il pouvait servir de modèle comme symbole du Soleil
revenant dans l'hémisphère boréal, après avoir passé trois jours et trois nuits
d'équinoxe au fond de l'Atlantide ! Bar-Jehoudda, tiré du Guol-golta le quatrième
jour, est proposé aux Juifs comme un Jonas de terre. Eh bien ! pas plus à ce
point de vue qu'aux autres, il n'est dans les conditions requises, DI, n'a passé
que vingt-quatre heures dans le caveau provisoire du Guol-golta !2 Les deux
autres jours, 'es avait passés en croix !
Le Joannès juif n'offrait qu'un point de ressemblance absolue avec le Joannès
ninivite : il était en fuite vers l'Occident, il tournait le dos à sa destination, il
manquait à sa mission, il désobéissait à Dieu, lorsqu'il fut arrêté !
1 Sur les Phurim ou fête du renversement des Sorts chaldéens et bénéfice des Juifs, cf.
Le Charpentier et L'Evangile de Nessus.
2 Pour avoir cru qu'on pouvait fuir la face du Seigneur.
3 Ils sacrifient Jonas pour avoir la paix, le reste regarde Iaô.
4 Cf. Le Gogotha.
Mages ; il a dompté tour à tour les monstres des douze signes et des
constellations figurées : Lion de Némée, Taureau, Centaure ou Sagittaire,
Cerbère ou Chien, Typhon ou le Serpent, nous passons les autres pour ne point
humilier Jonas.
C'est dire qu'il a eu affaire au Zib, mais à la différence de Jonas il n'a invoqué
personne pour s'en tirer. S'il a sauté tout armé dans la Baleine à qui il avait
ouvert les colonnes d'Hercule, s'il y est resté trois jours et trois nuits, c'est avec
la certitude d'en sortir sain et sauf, sans autre incommodité qu'une perte de
chevelure1 dans le genre de celle de Samson2, perte peu sensible et facilement
réparable. Iaô a donc permis que son serviteur Jonas renouvelât le douzième et
dernier exploit d'Hercule et profitât de l'équinoxe pour pénétrer les mystères de
l'au-dessous. C'était une idée reçue, et elle provient de la Genèse chaldéenne,
qu'ayant été créé le quatrième jour seulement, le Soleil ou, si vous aimez mieux,
Hercule, était arrêté au passage pendant trois jours lors du renouvellement dé
l'année. On expliquait le phénomène de la précession équinoxiale par une
arrestation momentanée, une rétrogradation même. Nous l'expliquerons à notre
tour, et sur les mêmes données, lorsque nous en viendrons Li l'arrestation de
Jésus au Mont des Oliviers et à la fuite des douze signes personnifiés dans les
apôtres. Car le Fils de l'homme de l'Apocalypse, c'est l'Hercule juif, et Jésus,
c'est ce mythe en action. Ne vous étonnez pal qu'on ait ressuscité Bar-Jehoudda
le quatrième jour ; Jonas, à l'imitation d'Hercule, en avait déjà fait autant De
même Jehoudda et son frère dans l'Apocalypse3 et Eléazar dans l'Evangile de
Cérinthe4.
Matthieu nomme la Baleine comme ayant hébergé Jonas, — d'où il suit que
c'était le douzième signe du Zodiaque assyrien, plutôt que le Poisson austral
(Fomalhaut, étoile de première grandeur). Le Poisson austral ou Piscis Magnus avait
servi de signe avant les deux petits Poissons actuels. Eratosthène dit de lui : le
Grand Poisson dont naquirent les Poissons. On n'a pas toujours distingué aussi
bien qu'aujourd'hui entre le Poisson austral, poisson sud de la constellation des
Poissons, et la Baleine ou Kêtos qui est tout auprès. Les Hindous donnent le nom
de Kettong (Baleine) au douzième signe de leur Zodiaque, et nous avons là la
preuve que les Ninivites avaient fait comme eux.
1 De manière à prendre la parole le quatrième jour, qui est celui de la création du soleil
dans la Genèse. Ainsi a fait Jésus dans le dispositif de Luc où son père et sa mère, à qui il
a échappé pendant trois jours, le retrouvent au Temple le quatrième. cf. Les Evangiles de
Satan, 1re partie.
2 Jehoudda et son frère s'étaient également couverts de sacs pendant les trois ans de
leur prédication. Cf. Le Charpentier et Le Roi des Juifs.
3 Cf. Le Roi des Juifs.
imbécile, si l'on veut, ce n'est pas un charlatan, il ne promet pas aux Chaldéens
qu'ils régneront mille ans sur la terre enjuivée, il ne menace pas sous condition,
il ne tue pas, il ne vole pas pour imposer cette théorie à ses compatriotes, il ne
fait pas appel aux plus bas sentiments de la nature humaine, à la division dans
les familles, à la haine de l'étranger ; il n'a aucune noirceur d'âme, il ne trahit
pas son pays, il n'incendie pas, il ne commet pas de crimes publics comme le
scélérat que le sanhédrin a condamné.
La Pentecôte est venue, Iaô n'a point fait sa pêche d'hommes, et il a permis que
les Ninivites repentants fissent leur moisson encore une fois, n'ayant point jugé
qu'ils fussent prêts à le voir en face. Tout est pour le mieux. Néanmoins Jonas
est piqué, il a de l'humeur, il va passer pour un mauvais prophète, s'il ne
retourne immédiatement sa veste. C'est ce qu'il fait : après avoir annoncé tout le
contraire de ce qui est arrivé, il se flattera d'avoir tout prévu, en même temps
qu'il accusera Iaô de lui avoir fait manquer sa prophétie. Il le brave maintenant !
La vie, il s'en moque ! Pour un rien il se suiciderait !
C'est à Joppé que Jonas s'embarque pour Tharsis. C'est sur le même rivage que
Joannès avait aperçu la terrible Bête aux sept têtes qui avait fait alliance avec
Satan contre les Juifs2. C'est vers ce même port que le 13 nisan 788 il se
dirigeait, fuyant la cavalerie de Pilatus et espérant trouver une barque qui cette
fois eût été celle du salut. De même que Jonas avait invoqué Dieu du fond de
l'abime marin3, Joannès lui avait posé sur la croix une question à laquelle il ne
répond jamais quand il s'agit d'un païen, et à laquelle il répond toujours quand il
s'agit d'un juif : Éloï, Éloi, lamma sabbachtani ; mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m'avez-vous abandonné ? Et en lui envoyant Jésus pour le tirer du Guol-golta,
les évangélistes lui avaient montré que Dieu avait entendu. Le conte ne dit pas
ce qu'est devenu Jonas après la paternelle semonce que Iaô lui adresse, mais
nous le savons par l'Évangile, il est devenu Joannès. Sympathique à Ninive, le
prophète ne l'est pas du tout en Judée. C'est un fort méchant homme, et s'il n'y
avait pas le revenu du baptême où toute la race est intéressée, Jésus pourrait
l'abandonner au jugement des païens eux-mêmes, ce qui est le comble du
mépris.
Le point de départ de la mystification évangélique, c'est donc Joannès ressuscité
à l'instar de Jonas. Vous ne me croyez pas sous le vain prétexte que je ne suis
pas juif et que je n'ai pas le caractère sacré ; peut-être croirez-vous Jésus,
quoiqu'en général vous vous y refusiez lorsqu'il dit la vérité.
Vous préférez croire que Jonas a été avalé par poisson gigantesque dans lequel il
est resté trois jours et trois nuits, et qu'échoué vers Tharsis, entre les colonnes
d'Hercule, il s'est retrouvé le quatrième jour sur les bords du Tigre ? C'est en
effet l'opinion des exégètes sacrés, voire de ceux qui se livrent à
l'herméneutique, cette science, disent-ils, qui a pour objet de donner une
connaissance exacte des Livres Saints et de tracer des règles pour en chercher le
véritable sens. Conclurons-nous contre l'herméneutique sans en exposer
loyalement l'argumentation ? A Dieu ne plaise !
Que disent encore les détracteurs de la foi ? Que pour mettre le cas de Jonas au
nombre des événements historiques, il faudrait que les auteurs profanes lui
eussent, de leur côté, fait l'honneur de l'y inscrire. C'est subordonner les œuvres
de Dieu à des témoignages qui, n'étant point juifs, sont par cela même
irrecevables. Le sentiment de ceux qui voient dans l'histoire de Jonas une simple
parabole est contredit par tous ses caractères, tels que les noms propres, comme
celui de Joppé où Jonas entre dans le navire ; celui de Tharsis où il avait
l'intention d'aller ; celui de Ninive où il a réellement prêché, et plusieurs autres
détails circonstanciés qui ne sont pas du genre des paraboles. Car les paraboles,
suivant la définition de saint Chrysostome, sont des récits où l'on introduit des
faits comme exemples, mais où l'on supprime les noms propres. On n'y trouve
pas celui du roi d'Assyrie ; son règne fut sans doute éphémère et sans relief. —
Cependant il a été marqué par un miracle dont la résurrection de Bar-Jehoudda
en qu'un vulgaire décalque. — Et puis cette lacune, ainsi que le silence des
auteurs profanes, ne saurait être invoquée contre l'authenticité de cette histoire.
En sommes-nous là vraiment, et sommes-nous descendue si bas qu'il faille
contester la vérité d'une chose, parce qu'il a plu à des païens de la taire pour
n'avoir pas à chanter la louange de Dieu ? Ce silence a sa source dans
l'ignorance où ils ont vécu des faits particuliers à la petite nation juive et parmi
lesquels sont les miracles. Et puis, la plupart du temps, c'est une tactique
inspirée par les sentiments les plus vils ! Ils se sont tus même sur les
événements dont ils avaient connaissance, quand ces évènements avaient pour
objet de préparer le monde à la venue de Jésus ! Ils se sont tus par mépris des
Juifs, ou simplement par incrédulité, disposition d'esprit plus condamnable
encore ! Veut-on une preuve d'historicité qui dispense de toutes les autres ?
Jésus-Christ n'aurait pas donné l'exemple de Jonas comme un fait réel et certain,
si jamais pareille chose n'était arrivée ! Cessez donc de blasphémer, et humiliez-
vous devant la face sacrée du juif coéternel et consubstantiel au Père !
Il est un point toutefois où nous ne pouvons suies les herméneutes sans nous
exposer aux plus graves reproches, et même à la disqualification, de la part des
mathématiciens. Appuyés sur les deux passages de Lue dans lesquels il est dit, à
l'encontre de Matthieu, que Bar-Jehoudda est ressuscité le troisième jour1, les
herméneutes disent aujourd'hui qu'il en est de même de Jonas rendu à la vie par
son poisson. Or vous avez entendu Matthieu : De même que Jonas fut trois jours
et trois nuits dans le ventre du kêtos, ainsi le fils de l'homme sera dans le sein de
la terre trois jours et trois nuits2. Et vous avez entendu Jonas : Il demeura trois
1 XXIV, 7 et 11. Pour préparer les fidèles à cette façon de compter. Lux dans le passage
où il invoque cette similitude (XI, 29 et 30), supprime la durée du séjour de Jonas au
sein de la baleine.
2 Matthieu, XII, 40.
jours et trois nuits dans le ventre du poisson1. Nous ne saurions admettre que
sous le prétexte d'honorer incidemment Luc, qui en dépit de toute son autorité
ne fut point apôtre, les herméneutes s'insurgent contre Matthieu, qui l'est ; ils
diminuent ainsi, dans un but intéressé, le mérite de réceptivité qu'ont eu la mer
à l'égard de Jonas et la terre à l'égard de Bar-Jehoudda. Car ce n'est pas le
troisième jour, c'est le quatrième, qu'à l'exemple de Jonas sorti du Guol-mara,
Joannès fut tiré du Guol-golta. Ne diminuons pas Dieu dans ses œuvres ! Nous
savons bien que l'Église est au-dessus de Dieu, et qu'elle peut allonger ou
raccourcir les temps à son gré, sans que Dieu lui-même ait rien à y voir ; nous
entendons bien qu'avouer les trois jours et trois nuits du Guol-golta, c'est ruiner
toute la religions, puisque le christ est en croix lorsque Jésus institue
l'Eucharistie ; mais l'arithmétique, jointe au respect que nous avons pour les
textes apostoliques, nous empêche de nous associer à tout calcul tendant à
restreindre la durée d'un miracle. Nous le voulons tel que Dieu l'a voulu. Pierre
lui-même le dit : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes2. L'Église romaine
ajoute : A Pierre qu'à Jésus.
Mais moi, je tiens irrévocablement pour Jésus, il doit savoir ce qui s'est passé,
puisqu'il est le revenant du Juif coéternel et consubstantiel au Père. L'Église a
falsifié le compte qu'il fait dans le dispositif original.
Ma foi est donc de qualité supérieure à celle des herméneutes, car s'ils se sont
rejetés sur le requin, c'est pour avoir trop tôt désespéré de la baleine. Nous
avons plus de persévérance, et nous n'abandonnons pas aussi facilement les
cétacés pour les squales.
Lucien de Samosate, qui a connu et la fable de Jonas et même la similitude que
les apologistes juifs ont instituée entre leur Joannès et le prophète ninivite,
Lucien a intimement connu la Baleine, mère du Piscis magnus, père des Poissons
assyriens ; il l'a habitée sous Marc-Aurèle, un siècle et demi après l'enlèvement
du Guol-golta ; il a écrit la narration de ce séjour3, qui avait laissé dans son
esprit curieux une trace ineffaçable. Il est très vrai qu'il nous exhorte à n'y
ajouter aucune foi. Cela tient sans doute à ce qu'ayant compose le traité De la
manière d'écrire l'histoire, il s'est trouvé lié par la règle qu'il y établit de tout
sacrifier à la vérité, pris en quelque sorte dans ses propres filets. Mais puisque
l'herméneutique nous délivre de ce scrupule païen, nous soutiendrons contre
Lucien lui-même l'authenticité de ses rapports avec la Baleine de Jonas.
Et d'abord il est constant qu'après avoir déposé Jonas sous les murs de Ninive, la
Baleine était revenue à son point d'attache occidental, c'est-à-dire au delà des
colonnes d'Hercule où Jonas a été jeté à la mer et où Lucien dit s'être embarqué
pour voguer sur l'Océan d'Hespérie. En vain avoue-t-il qu'il s'inspire de certains
contes merveilleux éclos spontanément sous le soleil de l'Inde, ce pays fabuleux
où la Baleine personnifie le douzième signe du Zodiaque ; nous ne l'écoutons
1 Jonas, II, 1.
2 Actes des Apôtres, V, 29.
3 Lucien, Histoire véritable, l. I.
point. En effet il était accompagné de cinquante témoins qui, en dépit de leur
origine païenne, deviennent croyables, puisqu'ils déposent d'un fait déjà consigné
dans une Écriture juive. Ils ont vécu à bord de la même baleine que Jonas ; et
selon la méthode scientifique qui prévaut aujourd'hui dans les ouvrages
d'érudition ils ont mesuré cette reine incontestée de tous les poissons d'alentour
: elle avait cinq cent mille stades. On refusera peut-être de me croire, dit Lucien,
mais on ne m'empêchera pas de le dire. Elle était telle ouverte représente la
sphère des Mages ; la gueule ouverte, elle montrait dans la blanche écume des
flots une rangée de dents plus blanches encore, et d'un trait elle avala le
vaisseau qui portait Lucien et ses compagnons. Ainsi tombent devant les
dimensions relevées sur place, par des gens qu'on ne peut suspecter de
partialité, toutes les objections formées contre l'étroitesse de son gosier. Elle
était de taille à contenir une ville de dix mille habitants, une forêt, un temple
dédié à Neptune, quantité d'épaves, et ce qui nous touche particulièrement pour
l'alimentation de Jonas, du vin, de l'eau douce, d'excellents poissons que Lucien
fit cuire, des huîtres, des oiseaux et de la venaison. Et même il rencontra des
Chypriotes qui, portés en trois jours dans la mer Océane par la tempête, avaient
fait naufrage dans la baleine et ne s'en trouvaient pas plus mal, car ils étaient là
depuis vingt-sept ans. Lucien lui-même y passa plus de vingt mois. Il cite le nom
d'un notable qui s'appelait Scintharus. Et maintenant qu'importe qu'on ignore
celui du roi d'Assyrie au temps de Jonas. C'est une bien faible lacune en présence
de cette documentation abondante, grâce à laquelle il n'est plus permis à un
exégète sérieux de s'inscrire en faux contre le miracle de Jonas. Au surplus, si
Lucien n'avait pas commis l'inutile cruauté de mettre le feu à la baleine pour en
sortir, elle attendrait encore à Tharsis les infortunés voyageurs que les vents
entraînent dans son étroit gosier de Gibraltar.
Je ne vous propose pas d'adorer Lucien, quoique pour la durée du séjour dans la
baleine il soit à Jonas dans la proportion de six cents à trois. Vous n'avez même
pas voulu adorer Jonas avant qu'il ne fût juif et qu'il n'eût changé d'époque ; et
Lucien n'était que Syrien. Toutefois nous pouvons entendre les Poissons comme
témoins, car avant de passer en Judée où ils ont valu à Jehoudda le nom de
Zibdéos, de Zakhûri ou de Baal-Zib-Baal, et donné à Jésus dans la fable l'idée
d'appeler ses fils les pécheurs d'hommes, les Poissons de Ninive s'ébattaient
librement en Phénicie et en Syrie. Le mythe de Jonas dans sa baleine n'est point
particulier aux Juifs araméens qui ont fabriqué l'apothéose du Joannès baptiseur,
puisqu'il repose sur le millénarisme assyrien.
Le succès de l'Apocalypse et plus tard des Évangiles en Syrie tient à ce que les
païens de cette contrée étaient beaucoup mieux préparés à la thèse baptismale
que les Juifs de Jérusalem. Christiens à leur manière, leur année religieuse dans
le plus célèbre de tous leurs temples, celui d'Hiérapolis, n'était qu'une longue
Apocalypse jouée par des idoles. Lorsque les Juifs se firent marchands de christ,
ils trouvèrent acheteur parmi les Syriens.
Pour flatter Sémiramis, la grande reine de Babylone, les Assyriens disaient
qu'elle était fille de Dercéto, la déesse-poisson1, et Dercéto était la moitié
féminine de Dagon le dieu-poisson, celui que l'Évangile appelle Baal-Zib-Baal.
Les statues qu'elle avait en Phénicie la représentaient femme jusqu'au bassin et
poisson depuis les cuisses. Vénus sortant de l'onde est une Dercéto qui a perdu
ses écailles. Le temple d'Hiérapolis de Syrie avait été dédié à Dercéto, et ceux
qui y adoraient cette divinité l'honoraient en s'abstenant de poisson. Au cours
des temps l'affectation du temple avait changé pour rentrer dans la formule
astrologique du millénarisme auquel Jehoudda avait emprunté les grandes lignes
de son système.
Des statues magnifiques représentaient les trois personnages principaux de
l'Apocalypse, et d'abord la Junon assyrienne, Ichtar, la Vierge montée sur le Lion,
sixième signe, la tête couronnée de rayons, portant une tour, et ceinte du
diadème sidéral dont les anciens ne décoraient ordinairement que le front
d'Uranie, par conséquent enfermant les douze signes. C'est la Reine des cieux
sous les espèces de qui le Joannès a représenté sa mère dans la révélation où il
se fait roi du monde. Jupiter, à qui les fidèles donnaient un autre nom — Iaô,
Ieou, dont les Juifs ont fait Iahvé, — était porté sur le Taureau, le premier signe
des Assyriens et des Mithriastes, converti en Agneau par les Juifs. C'est le Père
tel que l'a vu le Joannès, à la différence du nom du signe qu'il a déterminé pour
la fin du Diable. Entre les deux statues il s'en trouvait une troisième, d'or
également, dont le sens était fort mystérieux pour un étranger de passage à
Hiérapolis, mais qui eût paru fort clair au Joannès juif si la Loi lui eût permis
d'arrêter les yeux sur une idole. C'était celle du Fils de l'homme, du Jésus
assyrien. On l'appelait simplement le Sèméion, le Signe, évitant de lui donner un
nom, de dire son origine et le rôle qu'il jouait dans cette mythologie figurée. Les
profanes en étaient réduits à croire que c'était Deucalion, le Noé des Assyriens,
ou Bacchus, ou bien encore, son sexe n'étant déterminé par rien, Sémiramis, à
cause de la Colombe d'or qu'il avait sur la tête. Ceux qui émettaient nette
opinion frôlaient sans s'en douter une vérité d'ordre joannique, car, étant fille de
la déesse-poisson dans l'imagination populaire, Sémiramis portait sur la tête la
colombe messagère du Sèméion. En d'autres termes elle était dans le secret des
destinées réservées à la terre et du signe de salut promis aux Assyriens :
l'Apocalypse du Iaô-Shanâ-os juif, c'est celle de la Iaô-Shanâ chaldéenne qui fut
reine de Babylone. Nous dans déjà vu le Sèméion et la Iaô-Shanâ des Juifs dans
la présentation de Bar-Jehoudda au Temple2. Je vous ai expliqué cette rencontre
du Signe favorable et de l'Année qui vit la naissance du Juif consubstantiel et
coéternel au Père, je vous y renvoie. Vous connaissez aussi la colombe qui
apporte à ce Juif la promesse contenue dans l'Arche céleste, vous l'avez vue
sortir de sa manche et se reposer sur lui au Jourdain, vous avez entendu la voix
du Père dire d'après les Psaumes au futur Roi du monde : Je t'ai engendré
aujourd'hui !3 Deux fois par an, à des dates qu'on ne nous dit pas, mais que
devine tout lecteur de l'Apocalypse, à l'équille d'automne (fête des Tabernacles
pour les Juifs) et ni l'équinoxe du printemps (fête de la Pâque solaire), on allait
puiser de l'eau à la mer, on la versait en souvenir du déluge dans un trou
pratiqué sous le temple où on la rendait à la terre, tant on était sûr que Iaô ne
recommencerait pas. Comme les Juifs et avant eux, les Assyriens pensaient que
1 De Kéto, d'où l'on a fait cetus et cétacé. Les hindous appellent la baleine le khettong.
2 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
3 Pour peu que Bar-Jehoudda fût ventriloque, on entendait la voix.
si les hommes devaient périr une seconde fois, ce serait par le feu. Ce n'est pas
nouveau pour vous. Notre féal ami Jehoudda nous a déjà dit par la bouche de
son fils aîné qu'un premier monde avait péri par l'eau, et que le second périrait
par l'élément contraire. On n'oubliait jamais d'emmener le Sèméion à la mer et
de l'en ramener pour se ménager ses bonnes grâces, car c'est lui, vous le savez
assez, qui devait baptiser de feu les humains et qui avait créé le remède, l'eau
sourdant de la terre.
Le Joannès était dans le temple sous la figure d'Apollon, dieu des oracles.
Personne n'aurait entrepris une affaire sans consulter Apollon qui, véritable
régisseur de ce théâtre mythologique, annonçait le commencement et la fin de
l'année, les quatre saisons solsticiales, et les échéances convenues pour les deux
voyages du Sèméion à la mer. Son pouvoir d'ascension égalait celui de Bar-
Jehoudda, et c'est le plus grand éloge qu'on puisse en faire. Ne fallait-il pas, pour
savoir les intentions du Père, qu'il pût monter au troisième ciel avec la même
facilité qu'un descendant de David ? Parfois, quittant les épaules des prêtres qui
le portaient, il s'élevait tout seul. Entendez que, comme Sérapis dans le temple
d'Alexandrie, on l'attirait en l'air par le moyen d'un aimant caché dans la voûte et
qu'il y restait suspendu1.
A peu de distance du temple il y avait un lac où vivaient, nourris de la main des
prêtres, une quantité de poissons de toute espèce et dont le caractère sacré ne
vous échappera pas. Ils avaient des noms particuliers et venaient quand on les
appelait. Quelques-uns étaient d'une grosseur monstrueuse, en un mot de taille
à avaler Jonas s'il était tombé dans le lac, car l'un d'eux jouait en conscience le
rôle du Piscis magnus, de Zib précurseur du Taureau, et il portait non sans
majesté une fleur d'or à la nageoire. Au milieu du lac était un autel de marbre,
toujours couronné de guirlandes, fumant d'un encens perpétuel, et semblant
porté sur les eaux. Moins grand que l'Eden juif tel que le concevait Bar-
Jehoudda, cet autel était le terme promis aux mortels par toutes ces allégories,
et chaque jour des personnes se jetant à la nage venaient dans un baptême
spontané demander à Iaô, à la Vierge et au Sèméion de leur en permettre l'accès
lorsque luirait le Grand jour. Chaque année, au retour du Taureau, tous les dieux
du temple descendaient sur les bords du lac. C'est Junon qui venait la première,
accompagnée sans doute du Sèmeion, pour sauver les Poissons, car si par
malheur Iaô les eût perdus avant elle, c'en eût été fait du signe du salut pour les
Assyriens : le Zib serait mort, cuit au court-bouillon ! Aussi, lorsque Iaô arrivait
près du lac, Junon se plaçait devant pour l'empêcher de les voir, et, à force de
supplications, réussissait à l'éloigner. Sur quoi le Taureau, amolli par la Vierge,
poursuivait son chemin à travers le Zodiaque, tandis qu'en bas, dans le lac
sacré, le Piscis magnus avec sa fleur d'or fendait l'eau d'une nageoire
tranquillisée, entraînant dans son sillage la légion frétillante à laquelle il
commandait. Iaô avait fait grâce, le temps continuait !
Ce n'est donc pas Jésus, c'est Joannès qui fut le christ ou plutôt qui disait l'être.
En Afrique, sur quelques tombeaux de la province carthaginoise, à partir du
quatrième siècle, on trouve l'ancre, le poisson de Jonas, la colombe, l'Alpha et
l'Oméga constantinien, le rameau d'olivier noachique ; mais, malgré tous les
beaux textes qu'on attribue aux Tertullien et aux Cyprien, textes fabriqués pour
donner à croire que ces docteurs avaient égalé Bar-Jehoudda à Dieu, il ne reste
pas une seule trace gravée du culte direct qu'ils auraient rendu à ce Juif
nauséabond. Il en est de même dans les Gaules, malgré toutes les fariboles dont
on a perverti le millénariste Irénée. La pierre et le marbre déposent
puissamment contre l'écrit. Sans doute il y a des falsifications1, car nulle matière
n'a échappé à l'impudence ecclésiastique, mais elles sont peu nombreuses en
comparaison des suppositions, interpolations et adultérations scripturales.
La baleine a avalé Jonas, nous avons avalé la baleine.
1 Surtout en Espagne.
IV. — LE SYNDIC DE LA FAILLITE.
Vous souvient-il que, tout en refusant le pain millénaire à ses disciples, Jésus
leur en a laissé emporter un comme viatique, et qu'ils l'ont avec eux dans la
barque ? Bar-Jehoudda et ses frères mourraient de faim pendant l'année proto-
jubilaire, s'ils ne mordaient sans scrupules dans le léhem que la munificence de
Jésus vient d'offrir à leurs appétits posthumes.
Il arrive en effet que, par un privilège spécial et immérité, Jésus fait manger de
ce pain à ces sept Juifs, de maison royale, il est vrai, mais dont les mains sont
souillées de toutes sortes de crimes. Tenus à l'écart, les pharisiens risquent
quelques observations sur ce singulier passe-droit.
Plus d'une fois d'ailleurs, au cours de l'année proto-jubilaire, les partisans de
Bar-Jehoudda négligèrent de se laver les mains avant de manger le fruit de leurs
pillages. C'était le moindre de leurs soucis, et cette horde infâme et sordide avait
scandalisé tout le monde. Ceux-là mêmes qui tenaient pour David avaient
déploré que le prétendant fût descendu aussi bas dans le choix des défenseurs
du trône et de l'autel réunis en sa personne, Jésus va défendre de son mieux le
christ et les christiens, en attaquant ceux qui font encore les dégoûtés. Si les
Juifs de Jérusalem avaient honoré leur Père David et leur mère Bethsabée, s'ils
avaient marché, en un mot, les fils de Jehoudda, de 788 à 819, n'auraient pas
été obligés d'aller chercher des partisans sur les ports de Tyr et de Sidon. Mais
qui veut la fin veut les moyens. Au lieu de faire des dons au Temple pour la
réussite de l'entreprise, si les pharisiens avaient donne leurs biens au
prétendant, les choses se fussent peut-être passées autrement.
Ces pharisiens viennent à lui pour lui tendre la perche' selon leur coutume ; et
par leur intervention diplomatique la question va tomber au rang d'une petite
affaire d'hygiène et de propreté rituelles.
MARC, VII, 1. Et les pharisiens et quelques scribes venus de
Jérusalem s'assemblèrent auprès de Jésus.
2. Et ayant vu quelques-uns de ses disciples manger du pain avec
des mains impures1, c'est-à-dire qui n'avaient pas été lavées, ils
les en blâmèrent.
3. Car les pharisiens et tous les Juifs ne mangent point sans s'être
souvent lavé les mains, gardant la tradition des anciens.
4. Et lorsqu'ils reviennent de la place publique, ils ne mangent
point non plus sans s'être lavés ; et il y a encore beaucoup
d'autres pratiques qu'ils tiennent de la tradition, et qu'ils doivent
observer, comme de laver les coupes, les cruches, les vases
d'airain et les lits.
1 Quelques-uns seulement ? Quels sont donc ceux qui avaient les mains pures ?
MATTHIEU, XV, 1. Alors s'approchèrent de lui les scribes et les
pharisiens de Jérusalem, disant :
2. Pourquoi vos disciples transgressent-ils la tradition des anciens
? car ils ne lavent pas leurs mains lorsqu'ils mangent du pain.
MARC, VII, 5. Les pharisiens donc et les scribes lui demandaient :
Pourquoi vos disciples ne se conforment-ils point à la tradition des
anciens, mais qu'ils mangent le pain avec des mains impures ?
La prétention des fils de Jehoudda et de ses disciples était de se saisir du léhem
avec les mains de la violence. Ménahem officiant dans le Temple avait été
l'exemple le plus odieux de ce scandale. Eléazar Il et Absadomon n'avaient pas
été moins indignes1.
1 Cf. Le Gogotha.
13. Abolissant le commandement de Dieu par votre tradition, que
vous-mêmes avez établie ; et vous faites encore beaucoup de
choses semblables.
MATTHIEU, XV, 3. Mais Jésus leur répondit, disant : Et vous,
pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu pour votre
tradition ? car Dieu a dit :
4. Honore ton père et ta mère et Quiconque maudit son père ou
sa mère, mourra de mort.
5. Mais vous, vous dites : Quiconque dit à son père ou sa mère :
Tout don que j'offre tournera à votre profit, satisfait la loi :
6. Et cependant il n'honore point son père ou sa mère : ainsi vous
avez détruit le commandement de Dieu pour votre tradition.
7. Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de vous, disant :
8. Ce peuple m'honore des lèvres ; mais son cœur est loin de
moi.
9. Et il est vain le culte qu'ils me rendent, enseignant des
doctrines et des ordonnances humaines.
Ainsi ils avaient empêché ceux qui voulaient, comme Chouza, intendant d'Hérode
Lysanias, et Joanna, sa femme, subvenir même par le vol aux finances du
prétendant lors des levées d'hommes de 788. Tout pour l'autel, rien pour Juda,
avaient-ils dit ! Quelle morale ! Et comment rétablir une monarchie dans de telles
conditions ? Que fait à Joan devant la rôtisserie du Châtelet l'odeur des mets
qu'on y prépare ? Ce sont les mets eux-mêmes qu'il faut pour sustenter un roi.
Les pharisiens ne disent mot, faisant semblant d'être accablés. Jésus profite de
leur état pour expliquer ce discours où il manque volontairement de clarté. Mais,
infidèle à son système qui est de parler d'abord au peuple, puis de tout expliquer
en particulier à ses disciples1, il appelle le peuple pour lui expliquer en particulier
ce qui concerne l'accusation portée contre ses disciples. Il s'arrange toujours de
manière que le débat ne soit jamais contradictoire.
MARC, VII, 11. Et appelant de nouveau le peuple, il leur disait :
Ecoutez-moi, et comprenez.
13. Il n'est rien au dehors de l'homme, qui, entrant en lui, puisse
le souiller ; mais ce qui sort de l'homme, c'est là ce qui souille
l'homme.
16. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende !
MATTHIEU, XV, 10. Puis, ayant appelé à lui le peuple, il leur dit :
Ecoutez et comprenez.
11. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ;
mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l'homme.
Nous avons déjà vu cette étrange théorie d'après laquelle un homme n'est pas
jugé sur ses actes, mais sur ses paroles. Il lui suffit de nier pour n'être pas
coupable, et de suborner quelques témoins ; mais qu'importe, pourvu que le but
soit atteint ?
MARC, VII, 17. Etant entré dans la maison après avoir quitté le
peuple, ses disciples l'interrogeaient sur cette parabole.
La Parabole de la plante et des aveugles n'étant que dans Matthieu, il s'ensuit
que la parabole dont il est question dans Marc, c'est le pain mangé avec des
mains souillées par le fils aîné de Jehoudda et ses oie frères. Matthieu en a
intercalé une autre pour donner le change, car dans le dispositif original c'est à
Bar-Jehoudda que Jésus expliquait en particulier la parabole des mains impures,
et cela se conçoit, puisque dans le système allégorique de l'Évangile, Bar-
Jehoudda est l'Économe chargé de la distribution du quatrième séa1. On l'a
remplacé par Shehimon.
MATTHIEU, XV, 15. Prenant alors la parole, Pierre lui dit :
Expliquez-nous cette parabole.
1 Locution proverbiale. C'est nous qui, après la baleine, avons avalé le chameau !
2 Réfugiés à Tibériade sous la présidence des Gamaliel, fils David, passés au
pharisianisme hérodien depuis Tibère. Cf. Le Saint-Esprit.
Elles sont une bien faible expression de sa vengeance, il est chez ceux qui l'ont
condamné, après avoir tué son père dans le Temple ! Un docteur de la Loi ne
peut s'empêcher de protester contre cette sortie, mais il se garde bien de donner
ses raisons.
LUC, XI, 45. Alors un des docteurs de la loi, prenant la parole, lui
dit : Maître, en disant cela, vous nous faites injure à nous aussi.
46. Mais Jésus dit : Et à vous aussi, docteurs de la loi, malheur !
parce que vous imposez aux hommes des charges qu'ils ne
peuvent porter, et que vous-mêmes ne touchez pas les fardeaux
du bout du doigt !
47. Malheur à vous, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et
vos pères les ont tués !
48. Certes, vous témoignez bien que vous consentez aux œuvres
de vos pères : car eux les ont tués, et vous, vous leur bâtissez
des sépulcres.
49. C'est pourquoi la sagesse même de Dieu a dit : Je leur
enverrai des prophètes et des apôtres, et ils tueront les uns et
persécuteront les autres :
50. Afin qu'on redemande à cette génération le sang de tous les
prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde :
51. Depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zakhûri1, qui périt
entre l'autel et le temple. Oui, je vous le dis, il sera redemandé à
cette génération2.
MATTHIEU, XXIII, 29. Malheur à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, qui haussez les tombeaux des prophètes et ornez les
monuments des justes,
30. Et qui dites : Si nous avions été du temps de nos pères, nous
n'aurions pas été complices avec eux du sang des prophètes !
31. Ainsi vous êtes à vous-mêmes un témoignage que vous êtes
les fils de ceux qui ont tué les prophètes.
32. Comblez donc aussi la mesure de vos pères.
33. Serpents, race de vipères, comment fuirez-vous le jugement
du Ghé-Hinnom ?
34. C'est pourquoi voici que moi-même je vous col des prophètes,
des sages et des docteurs ; vous tuerez e crucifierez les uns, et
vous en flagellerez d'autres dans les synagogues, et vous les
poursuivrez de ville en ville :
35. Afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été
versé sur la terre, depuis le sang du juste Abel jusqu'au sang de
1 Jehoudda, surnommé Zakhûri dans l'horoscope de son fils n'était nullement fils d'un
certain Barachie, mais de Jacob. Mais comme, dans la transformation de son surnom
séméiologique par l'Eglise, il s'appelle aujourd'hui Zacharie, on lui donne ici le même
père qu'au prophète Zacharie. Au surplus l'infaillible admet mots : fils de Barachie, qui
manquent dans le manuscrit du Sinaï, à cet endroit de S. Matthieu, ont été introduits par
un des premiers copistes, qui aura cru qu'il s'agissait du dernier Zacharie.
2 Il n'y en a que deux d'intéressantes pour l'Evangéliste, celle de Jehoudda et celle de
Jaïr.
V. — AUTRES SORTIES CONTRE LES PHARISIENS.
1 C'est ce que nous avons pensé, lorsque nous avons fait le Mensonge chrétien.
2 Ceux-là, ce sont les Romains au Ghé-Hinnom le 14 nisan 788.
3 Celui-là, c'est celui qui devait prononcer le Premier jugement en 789, et envoyer les
uns en enfer, les autres dans l'Eden.
4 Lui, Bar-Jehoudda.
5 Celui qui devait venir en 789.
6 Le fils de l'homme davidique, Bar-Jehoudda.
7 Nous l'avons déjà vu ailleurs, chapitre Ier du présent volume.
conséquence d'un principe : l'impossibilité pour le goy d'être sauvé sans le juif.
Nous avons déjà vu cette thèse exprimée fortement dans Cérinthe1. Le salut est
une marchandise : si les Juifs qui en sont les traitants n'y adhèrent pas de toutes
leurs forces, ils seront évincés du marché. Outre cette peine temporelle, Bar-
Jehoudda qui, nonobstant ses crimes, est assis à la droite du Père d'où il a
chassé le Fils de l'homme, — un sot qui n'a pas su garder sa place ! — Bar-
Jehoudda ne les recevra ni dans la Jérusalem d'or, si le Royaume advient, ni
dans le ciel, si l'Eden ne reparaît pas. A quiconque blasphème contre l'Eglise,
authoress de l'Esprit, il ne sera jamais remis, parce que, comme le dit
parfaitement le Saint-Siège, il mourra dans l'impénitence finale : car l'Eglise a le
pouvoir de remettre toute sorte de péchés à quiconque se convertit sincèrement
à Dieu.
Parmi les difficultés que Bar-Jehoudda avait léguées aux disciples, il y avait celle
de la Première résurrection fixée par lui au 15 nisan 789. Le Premier jugement
ayant pas eu lieu, cette résurrection n'a pas eu lieu non plus. Les saducéens ne
sont pas fâchés de savoir si Jésus maintient ce dogme ou s'il le répudie. Mais
Jésus est plus malin qu'eux, vous le savez, et ils préparent son triomphe par la
façon dont ils posent la question ; ils suppriment la Première résurrection comme
un article peu important du programme, et ils passent tout de suite à la Seconde,
car ces saducéens sont des compères dont un seul en remontrerait à tous les
auteurs de revue.
MARC, XII, 18. Alors vinrent à lui les saducéens, qui disent qu'il
n'y a point de résurrection ; et ils l'interrogèrent, disant :
19. Maître, Moïse a écrit pour nous : Si le frère de quelqu'un
meurt, et quitte ainsi sa femme sans laisser d'enfants, que son
frère épouse sa femme et suscite des enfants à son frère.
20. Or il y avait sept frères : le premier prit une femme, et
mourut sans laisser d'enfants.
21. Le second la prit ensuite et mourut, et ne laissa point non
plus d'enfants, et le troisième pareillement.
22. Et ils l'ont ainsi épousée tous les sept, et ils n'ont point laissé
de postérité. Enfin après eux tous est morte aussi la femme.
23. A la résurrection donc, lorsqu'ils ressusciteront, duquel
d'entre eux sera-t-elle femme ? car tous les sept l'ont eue pour
femme.
MATTHIEU, XXI, 23. Ce jour-là, vinrent à lui les saducéens' qui
disent qu'il n'y a point de résurrection, et ils l'interrogèrent,
24. Disant : Maître, Moïse a dit : Si quelqu'un meurt n'ayant pas
d'enfant, que son frère épouse sa femme et suscite des enfants à
son frère.
25. Or il y avait parmi nous sept frères : le premier, ayant pris
une femme, mourut, et n'ayant point eu d'enfant, il a laissé sa
femme à son frère.
26. Pareillement le second et le troisième jusqu'au septième.
27. Enfin après eux tous la femme aussi est morte.
28. A la résurrection donc, duquel des sept sera-t-elle la femme,
puisque tous l'ont eue pour femme ?
LUC, XX, 27. Quelques-uns des saducéens, qui nient qu'il y ait
une résurrection, s'approchèrent alors et l'interrogèrent,
28. Disant : Maître, Moïse a écrit pour nous : Si le frère de
quelqu'un meurt ayant une femme, mais étant sans enfants, que
son frère prenne sa femme et suscite une postérité à son frère.
29. Or il y avait sept frères ; et le premier prit une femme, et
mourut sans enfants.
30. Le suivant prit la femme, et mourut lui-même sans enfants.
31. Et le troisième la prit ; et pareillement tous les sept, et ils
n'ont point laissé de postérité, et ils sont morts.
32. Enfin, après eux tous, est morte aussi la femme.
33. A la résurrection donc, duquel sera-t-elle femme, puisque les
sept l'ont eue pour femme ?
Relisez la question, estimables gogoym, elle n'est ainsi posée que pour vous
tromper, et jusqu'à présent elle a rempli son objet. C'est, semble-t-il, une
question de droit. Moise ordonne au Juif d'épouser la femme de son frère, si
celui-ci est mort sans laisser d'enfant : une femme s'est trouvée dans ces
conditions, elle a été successivement épousée par les six frères du mort, qui
n'ont pas eu de chance non plus, car ils sont tous morts et tous sans postérité. Il
est étrange qu'avec le désir d'avoir des enfants, puisque ç'a été le but de leur
union, ils se soient précisément acharnés sur une femme d'une stérilité à toute
épreuve ; c'est une fantaisie illogique, mais matériellement réalisable, et c'est
ainsi que la chose vous apparaît au premier abord. Si cependant, vous ouvrez le
Deutéronome au chapitre du mariage entre le frère du mort et la veuve de celui-
ci1, vous trouvez que pour qu'il y ait obligation, il faut que les deux frères
demeurent ensemble. Or il n'est point dit ici que cette condition soit remplie ; il
est évident qu'elle ne l'est pas, et que les six frères du mort se sont établis
chacun de son côté, comme leur a plu, pour avoir des enfants. Car si la Loi force
le Juif à épouser la femme de son frère, c'est dans le but contraire à celui
qu'auraient poursuivis les six obstinés ; c'est que le nom du mort ne meure pas
avec lui, et qu'il revive dans l'enfant de son frère. Et si le second des sept frères
eût constaté que l'absence d'enfants chez le premier tenait à la stérilité de sa
veuve, il l'eût remplacée avec l'autorisation du Lévitique et l'approbation de tous
ses voisins, aucun défaut n'étant plus grave pour les Juifs, comme le constate la
mère de Bar-Jehoudda qui, le jour où elle conçoit son premier-né, s'écrie qu'elle
a enfin été délivrée de son opprobre2 !
1 Les Ecritures, ce sont les Paroles du Rabbi, Jésus se garde bien de le dire.
2 Oi dé cataxionténtes lou aiônos ékeinou takein.
semblable, du moins égal aux anges en ceci qu'ils ne meurent pas. La
résurrection de Bar-Jehoudda n'est plus une question qui dépende des hommes,
c'est une garantie et une condition de la vie éternelle.
Reste la question de principe : Dieu se propose-t-il de ressusciter les morts au
second jugement qui devient ici le premier et le dernier ? Question tranchée
d'avance par la résurrection de Bar-Jehoudda, qui est comme une répétition pour
les Juifs seuls du spectacle réserve au dernier jour.
MATTHIEU, XXII, 31. Et touchant la résurrection des morts n'avez-
vous point lu la parole qui vous a été dite par Dieu :
32. Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et Dieu de Jacob
? Or Dieu n'est point le Dieu des morts, mais des vivants.
33. Et le peuple l'entendant, admirait sa doctrine.
MARC, XII, 26. Et quant aux morts, en tant qu'ils ressuscitent,
n'avez-vous point lu dans le livre de Moïse, à l'endroit du
buisson1, comment Dieu lui parla, disant : Je suis le Dieu
d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ?
27. Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous donc,
vous errez beaucoup.
LUC, XX, 37. Or que les morts ressuscitent, Moïse le montre
l'endroit du buisson, quand il appelle le Seigneur le Dieu
Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob.
38. Or Dieu n'est point le Dieu des morts, mais des vivants : car
tous vivent en lui2.
39. Quelques-uns des scribes, prenant la parole, lui dirent :
Maître, vous avez bien dit.
40. Et l'on n'osait plus lui faire aucune question.
1 Et non Dieu fit un homme et une femme, comme on le dit l'édition du Saint-Siège.
Arsen cai thèlu époièsen autous o Théos.
2 La maison de Kapharnahum. On a ici la preuve, nous en avons fourni et en fournirons
d'autres, que dans le prototype évangélique toutes ces questions se débattaient chez la
veuve du grand Jehoudda. Il n'en pouvait être autrement. C'est à elle que Jésus dit :
Deux en un, un en deux.
malgré : mais comment feront les autres qui se seront faits eunuques, soit par
opération, soit par volonté, et avec qui Dieu les réaccouplera-t-il ? Voilà ce que
Jésus néglige de nous dire, et c'est pourtant une chose qui eût énormément
intéressé les pharisiens, puisque l'homme dans lequel il revient s'était
précisément rendu eunuque à cause du Royaume des cieux. Que deviendra le
fœtus de la femme enceinte ou même l'enfant non adulte au moment de la
réadamisation ? Voilà également une question que Jésus ne résout point.
Soumis à de telles conditions, les malheureux Juifs semblent de plus en plus loin
de l'Æon-Zib. Jésus lui-même a le sentiment qu'il est le revenant d'un méchant
homme, il veut bien être qualifié de Maître parce qu'au temps de sa chair il était
Rabbi, mais il ne veut pas qu'on l'appelle bon, c'est un blasphème. Il a lu les
Lettres de Paul dans lesquelles le Saint-Esprit consiste à faire semblant
d'abandonner l'ancien programme. Il n'y a plus d'Eden et de Jérusalem d'or,
donc il n'est pas venu pour réaliser la communauté des biens. Il S aura encore
des riches, des pauvres, et des aigrefins pour exploiter, soit, alternativement soit
concurremment, les uns et les autres. Quel conseil donnera-t-il en face d'une
situation qui prenait fin avec le Royaume ?
MARC, X, 17. Comme il se mettait en chemin, quelqu'un
accourant et fléchissant le genou, lui demanda : Bon maître, que
ferai-je pour avoir la vie éternelle ?
18. Jésus, lui répondit : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est
bon, que Dieu seul.
19. Tu connais les commandements : Ne commets point
d'adultère : ne tue point ; ne dérobe point ; ne rends point de
faux témoignage1 ; ne fais point de fraude ; honore ton père et ta
mère.
20. Mais le jeune homme, reprenant la parole, lui dit : Maître, j'ai
observé tous ces préceptes dès ma jeunesse.
LUC, XVIII, 18. Un des principaux l'interrogea, disant : Bon
maître, que ferai-je pour posséder la vie de l'Æon ?
19. Jésus lui dit : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que
Dieu seul.
20. Tu connais les commandements : Tu ne tueras point Tu ne
commettras point d'adultère : Tu ne porteras point faux
témoignage : Honore ton père et ta mère.
21. Il répondit : J'ai observé tout cela depuis ma jeunesse.
En énonçant ce principe, malheureusement juste, que la perfection n'est point de
ce monde, Jésus reconnaissait que le Rabbi dont il était le revenant ne pouvait
1 Zôèn aiónion. Ici comme plus bas, verset 30, il faudrait traduire littéralement et même
ne pas traduire le mot Aión qui est le cycle millénaire annoncé par l'auteur de
l'Apocalypse, l'Æon-Zib, douzième et dernier des douze Æons dont les douze apôtres sont
la figure dans la mystification ecclésiastique.
2 Addition à Marc et à Luc.
3 Cf. Le Roi des Juifs.
23. Alors Jésus dit à ses disciples : En vérité, je vous dis qu'un
riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux.
24. Et je vous dis encore : Il est plus facile à un chameau de
passer par le chas d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le
Royaume des cieux1.
MARC, X, 22. Mais, affligé de cette parole, il s'en alla triste, car il
avait de grands biens.
23. Alors Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : Qu'il
est difficile que ceux qui ont des richesses entrent dans le
Royaume de Dieu !
LUC, XVIII, 23. Mais lui, ces paroles entendues, fut contristé
parce qu'il était fort riche.
24. Or Jésus, le voyant devenir triste, dit : Que ceux qui ont les
richesses entreront difficilement dans le Royaume de Dieu !
25. Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d'une
aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.
MARC, X, 24. Or ses disciples étaient tout étonnés de ce discours.
Mais Jésus, prenant de nouveau la parole, leur dit : Mes enfants
bien-aimés, qu'il est difficile à ceux qui se confient dans les
richesses, d'entrer dans le Royaume de Dieu.
25. Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d'une
aiguille, qu'a un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.
MATTHIEU, XIX, 25. Or, ces choses entendues, ses disciples
s'étonnaient grandement, et disaient : Qui donc pourra être sauvé
?
26. Mais Jésus, les regardant, leur dit : Aux hommes cela est
impossible, mais à Dieu tout est possible.
LUC, XVIII, 26. Et ils demeuraient encore plus étonnés, se disant
l'un à l'autre : Et qui peut donc être sauvé ?
27. Mais Jésus, les regardant, dit : Aux hommes cela est
impossible, mais non pas à Dieu : car tout est possible à Dieu.
LUC, XVIII, 26. Ceux qui l'écoutaient demandèrent : Et qui peut
donc être sauvé ?
27. Il leur répondit : Ce qui est impossible aux hommes est
possible à Dieu.
Hé quoi, non seulement le juif consubstantiel et coéternel au Père n'aurait pas
été un sauveur, comme disent les maltôtiers du baptême, mais il ne serait sauvé
au dernier jour que si Dieu lui fait grâce ! A ouïr de tels discours Bar-Jehoudda et
ses frères font une grimace qu'une plume païenne ne peut rendre avec l'énergie
1 Proverbe usité chez les Juifs et chez les Arabes, le Saint-Siège est obligé de le
reconnaître. Toutes les fois qu'une image un peu saisissante ou une maxime respectable
se trouvent sous la plume des gens qui ont fabriqué les Evangiles, cherchez au lieu
d'admirer, et vous trouverez un plagiat. La règle est absolue.
nécessaire. Si Jésus continue à exiger ce genre de perfection qui consiste à
donner au lieu de recevoir, ils vont éclater !
Il faut que Jésus leur renouvelle l'assurance qu'il leur donne également dans
Cérinthe, à savoir qu'ils auront un traitement de faveur en raison de leur royale
origine. Car il semble vraiment qu'à la condition de donner tous ses biens à
l'Église, le goy pourrait se créer un titre à la vie millénaire ! Dans Cérinthe c'est
christ lui-même qui sous son nom de circoncision réclame une garantie contre
l'égalité de traitement ; ici, c'est Shehimon. Nobles esprits tous deux et bien
digne de l'adoration des peuples !
MATTHIEU, XIX, 27. Alors reprenant, Pierre lui dit : Et nous voici
que nous avons tout quitté pour vous suivre : qu'y aura-t-il donc
pour nous ?
28. Jésus leur dit : En vérité, je vous dis que vous qui l'avez suivi,
lorsqu'à la Régénération le Fils de l'homme sera assis sur le trône
de sa gloire, vous aussi, vous serez assis sur douze trônes,
jugeant les douze tribus d'Israël.
29. Et quiconque aura quitté ou maison, ou frères, ou sœurs, ou
père, ou mère, ou femme, ou fils, ou terre, à cause de mon nom,
recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle.
30. Mais beaucoup de premiers seront les derniers, et beaucoup
de derniers les premiers1.
Ce n'est plus cela ! Juger seulement les douze tribus, c'est une telle restriction de
compétence ! Ne devait-on pas juger toute la terre ? Les Juifs ne jugent que les
la belle affaire ! Il est vrai que les sept fils de Jehoudda occupent sept sièges
dans le tribunal, et par conséquent, sûrs de la majorité, ils pourront condamner
tous leurs ennemis sans les entendre. Mais siéger à côté d'Is-Kérioth qui aura
voix délibérative dans les choses de la tribu de Juda, Jésus déraisonne ! Ignore-
t-il que l'Apocalypse de Pathmos a rayé Dan2 de la liste des tribus ayant voix au
chapitre ? Décidément il perd la tête ! Il faudra la lui couper un jour, ne fût-ce
que sous les apparences du Joannès.
On a estimé qu'il allait trop loin et qu'il faisait trop de concessions aux églises
Nicolaïtes3 en promettant cent femmes à chaque élu dans le Royaume. Cet Eden,
où les eunuques étaient réduits à leur condition ordinaire de gardiens de sérail,
escomptait par trop celui da Mahomet. On a supprimé ces cent femmes dans
Marc et dans Luc, comme contraires au dogme de l'un en deux et du deux en un.
Pour les compenser on a insisté davantage sur la multiplication des terres et des
maisons, réalisable par la vie monastique, immédiatement, sans soucis, au
milieu même des persécutions qui atteignent les dupes.
1 Ce propos revient souvent, plus ou moins obscur selon l'emplacement qu'il occupe.
2 Cf. Le Gogotha.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
LUC, XVIII, 28. Alors Pierre dit : Et nous, voici que nous avons
tout quitté pour vous suivre.
29. Jésus leur répliqua : En vérité je vous le dis : il n'est personne
qui ait quitté ou maison, ou parents, ou frères, ou femme, ou
enfants à cause du Royaume de Dieu,
30. Qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps même ; et, dans
l'Æon à venir, la vie éternelle1.
MARC, X, 28. Alors Pierre se mit à lui dire : Voici que nous avons,
nous, tout quitté pour vous suivre.
29. Jésus, répondant, dit : En vérité je vous le dis, nul n'aura
quitté maison, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou fils, ou
terres, à cause de moi et à cause de l'Évangile,
30. Qui ne reçoive maintenant, en ce temps même, cent fois
autant de maisons, de frères, de sœurs, de mères, de fils et de
terres, [au milieu des persécutions], et2 dans l'Æon à venir, la vie
éternelle.
31. Mais beaucoup de premiers seront les derniers, et beaucoup
de derniers les premiers.
Luc biffe les terres qui jouent un rôle trop important dans Matthieu et dans Marc.
On finirait par voir où vont passer les biens du jeune homme riche, et quelle est
cette classe nouvelle qui, sans rien faire et même en refusant de travailler,
possède le moyen de donner du cent pour un à tous ceux qui se dépossèdent en
sa faveur.
Le jeune homme riche, qui est un auditeur dans le genre du très excellent
Théophile, commence à se perdre dans les variations de Jésus sur le principe et
le régime de la propriété. Après avoir entendu toutes sortes de paraboles qui
l'excitent à faire de l'usure son occupation habituelle et du vol le but même de
toute sa vie, après avoir ouï toutes sortes de discours dans lesquels on reproche
aux pharisiens de ne pas s'être suffisamment ruinés pour la famille de leurs rois
légitimes, voilà maintenant qu'on lui demande de renoncer à ses biens, par
amour de la paresse et de l'irresponsabilité. Ce jeune homme dont le cerveau ne
semble pas très solide reçoit une succession de chocs capables d'anéantir l'esprit
le mieux trempé.
Il n'y a pas longtemps qu'au lieu de lui conseiller de vendre sa terre, Jésus lui
recommandait d'acheter un champ d'où dépend son salut3. Avec quoi paiera-t-il
1 En tô aiôni té erkoménô zôèn aiônion, que le Saint-Siège traduit par dans le siècle à
venir. Mais le siècle est de cent ans, tandis que le Cycle ou Æon est de mille ans ; et la
vie éternelle commençait dans le système de Bar-Jehoudda par la vie cyclique ou
millénaire.
2 Addition au texte de Matthieu.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.
le champ, s'il donne le prix de ses biens à autrui ? Il ne pourra même pas l'avoir
par voie d'échange ! Sa perplexité est d'autant plus grande qu'ayant creusé l'idée
d'acheter le champ, il y a complètement renoncé pour ne pas être le complice de
l'escroquerie que Jésus lui suggère. En effet, si Jésus lui propose d'acheter ce
fonds, c'est parce qu'il y a un trésor dedans. Or le jeune homme riche, qui a la
prescience de l'avenir comme tous les personnages de l'Évangile, a consulté le
Code civil qui dispose :
LIVRE III, Art. 716. Le trésor est toute chose cachée ou enfouie
sur laquelle personne ne peut justifier sa propriété, et qui est
découverte par le pur effet du hasard.
La propriété d'un trésor appartient à celui qui le trouve dans son
propre fonds ; si le trésor est trouvé dans le fonds d'autrui, il
appartient par moitié à celui qui l'a découvert et pour l'autre
moitié au propriétaire du fonds.
Le trésor dont parle Jésus ne rentre pas dans la définition du Code civil. Sa
découverte ne sera point un pur effet du hasard ; son existence, son
emplacement même dans le fonds d'autrui sont connus de l'acheteur. Si celui-ci,
à l'instigation de Jésus, cache sa découvert, c'est pour se l'approprier tout
entière, et ç'a été uniquement pour dépouiller le propriétaire du trésor qu'il a
acheté le champ. C'est un homme d'autant plus malhonnête qu'il se promet de
revendre ensuite le trésor au propriétaire, pièce à pièce, tout en gardant le
champ. En supposant même qu'il tienne compte au propriétaire de la moitié, il
est évident que, loin d'avoir acheté champ pour le donner à la communauté, il ne
l'a ache que dans un intérêt de lucre. Il est infiniment plus coupable qu'Ananias
qui, s'il garde la moitié du prix de son champ par devers lui, a au moins la
générosité de donner l'autre moitié à Pierre1. Or Pierre assassine Ananias et sa
femme uniquement parce que ceux-ci lui ont dissimulé le prix de la vente. Donc
si le jeune homme riche achète le champ sans tenir compte au Propriétaire de la
moitié du trésor, il sera coupable dune escroquerie manifeste. Si, au contraire, il
achète le champ et donne au propriétaire du fonds la moitié du trésor, il sera
infailliblement assassiné par Pierre pour ne lui en avoir remis que l'autre moitié.
Dans ces conditions il préfère s'abstenir. Car il lourde la disposition civile plus
équitable et moins à sa conscience que la jurisprudence apostolique. Le Code
fait la part égale à l'inventeur comme au propriétaire ; un coup de pioche
heureux fait de l'ouvrier l'égal du riche à qui il a révélé son propre bien. Ici rien
de pareil, au contraire : Jésus prône un calcul ignoble comme une chose agréable
à Dieu. Il est absolument certain que, s'il était établi, comme ici, que ce Juif n'a
acheté le champ qu'après avoir eu connaissance du trésor, les tribunaux civils lui
feraient rendre gorge avec des attendus peu flatteurs. Si ceux qui ont examiné
toutes ces propositions avaient eu soin de les comparer entre elles, ils se
seraient vite assurés par incohérence des Écritures qu'elles n'étaient ni du même
temps ni de la même main, et par leur mauvaise foi qu'elles n'étaient ni d'un
dieu ni même d'un brave homme, mais tantôt d'un publicain chassé des finances
pour son indélicatesse, tantôt d'un sophiste expulsé des écoles pour son
immoralité.
Toutes les fois que Jésus se prononce contre la richesse, il condamne en même
temps Bar-Jehoudda, sa capitale tout en or et ses jardins aux douze récoltes.
Cependant, ne vous laissez pas surprendre par les apparences et vous verrez
que, si d'une main il repousse l'argent, de l'autre il l'accapare. L'insatiable
avarice des christiens est un fait constaté par l'histoire1. Ber Jehoudda n'aurait
nullement établi la communauté des biens s'il eût régné sur les Juifs, et
Ménahem garda tout quand il aurait pu tout donner2. Les pharisiens étant là
pour servir de boucs émissaires aux christiens, ce sont eux qui vont porter le
reproche d'avoir été avares : Mais, nous en avons la preuve, cette accusation n'a
été rattachée que par artifice aux discours de Jésus sur la question des biens. On
a eu pour but de masquer uns toute autre accusation portée contre les
pharisiens, celle d'avoir été adultères envers la Loi que Jehoudda et ses fils
avaient défendue.
Cette accusation est une des parties les plus, Or tiennes, la plus ancienne peut-
être, de toutes les Écritures empruntées à Papias. On ne pouvait la laisser
subsister sans justifier en même temps le surnom Panthora (Toute la loi) que les
vrais christiens, les Ischaïtes, les Naziréens et les Ebionites, avaient trouvé pour
Jehoudda3, et qui fut longtemps le seul sous lequel fut connu dans la secte, ceux
de Zakhûri, de Joseph, de Joannès et de Zibdéos n'étant faits que pour égarer les
goym.
Jésus était encore kanaïte, sicaire, irréductible ennemi des goym, dans les
Écritures ou il prononce les paroles suivantes :
LUC, XVI, 14. Or les pharisiens, [qui étaient avares] écoulaient
toutes ces choses et se moquaient de lui.
15. Et il leur dit : C'est vous qui vous justifiez devant les hommes
; mais Dieu connaît vos cœurs : car ce qui est grand aux yeux
des hommes, est en abomination devant Dieu.
16. La thora et les prophètes ont duré jusqu'à Joannès. Depuis, le
Royaume de Dieu est annoncé, et chacun fait effort pour y entrer.
17. Le ciel et la terre passeront, plutôt qu'il ne tombe un seul
point de la thora4.
18. Quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre,
commet un adultère ; et qui épouse une femme renvoyée par son
mari, commet un adultère.
Il ne s'agit nullement ici de morale conjugale. La question est beaucoup plus
haute, elle a été agitée par Cérinthe dans la séméiologie de la Samaritaine.
1 Elle vient après ce discours dans Luc. Nous l'avons réservée pour la placer à sa date
dans l'année 738, c'est-à-dire lors de la mort d'Eléazar.
2 Aujourd'hui, oui, mais autrefois ?
3 Peuh ! qu'est-ce que cela ?
XV. — MAINTIEN DU SERMENT JEHOUDDIQUE.
Jehoudda et ses fils juraient par le ciel quand ils faisaient un serment1. Les
pharisiens avaient trouvé fort mauvais, et Dieu leur avait donné raison, que ces
imposteurs mêlassent perpétuellement le ciel à leurs affaires. Jésus essaie de
défendre cette façon de serment contre celle des Juifs qui juraient par le trésor
du Temple — ce qui n'implique pas un respect moins profond de la divinité, au
contraire. — Mais le trésor de Temple ayant été pillé tantôt par les ennemis
d'Israël, tantôt par ses défenseurs, et emporté à Rome pour le triomphe de
Vespasien, Jésus n'a pas de peine à démontrer que ce n'est point par les biens
meubles, mais par leur contenant, le Temple, qu'il fallait jurer avant 823. Car si
Dieu veut, il fera descendre le Temple d'or annoncé dans l'Evangile du Royaume.
MATTHIEU, XIII, 16. Malheur à vous, guides aveugles, qui dites :
Quiconque jure par le Temple, ce n'est rien ; mais quiconque jure
par l'or du Temple, doit ce qu'il a juré !
17. Insensés et aveugles ! lequel est le plus grand, l'or ou le
Temple qui sanctifie l'or ?
18. Et quiconque jure par l'autel, ce n'est rien ; mais quiconque
jure par l'offrande déposée sur l'autel, est engagé.
19. Aveugles ! lequel est le plus grand, l'offrande, ou l'autel qui
sanctifie l'offrande ?
20. Celui donc qui jure par l'autel, jure par lui et par tout ce qui
est sur lui.
21. Et quiconque jure par le Temple, jure par lui et par celui dont
il est la demeure.
22. Et celui qui jure par le ciel, jure par le trône de Dieu et par
celui qui y est assis.
Voilà le bon serment, et il n'engage qu'envers Dieu' On peut toujours y manquer
devant les hommes !
Voici encore l'un des passages les plus anciens de l'Évangile. Il contient les deux
commandements de Jehoudda, le Rabbi des Rabbis. C'est à ces deux
commandements qu'on reconnaît le fondateur de la secte christienne ; et d'après
Flavius Josèphe lui-même, c'est le point de départ de tout son enseignement2.
MATTHIEU, XXIII, 8. Pour vous, ne veuillez pas être appelés
maîtres : car un seul est votre maître, et vous êtes tous frères.
1 Cf. Le Roi des Juifs, où Jehoudda dans l'Apocalypse jure par le ciel qu'il n'y aura plus de
temps en 789.
2 Cf. Le Charpentier.
9. Et n'appelez sur la terre personne votre père : car un seul est
votre Père, lequel est dans les cieux.
Le Saint-Siège a parfaitement compris ce qu'il y avait de gênant dans ce principe
pour les hommes qui se font appeler Saint Père ou Monseigneur. Mais s'il en était
embarrassé, il cesserait par cela même d'être infaillible. Ce qui se lit dans ces
deux versets veut dire que nous devons mettre incomparablement notre Père
céleste au-dessus de tout père selon la chair, et que nous ne devons suivre
aucun maître qui nous détourne de Jésus-Christ. Mais cela ne nous empêche pas
d'avoir, conformément à la loi divine, tout le respect dû pour nos pères selon la
chair, pour nos pères spirituels, pour nos maîtres et nos précepteurs.
Quand ceux-là sont jehouddolâtres ! Mais quand ils ne le sont point ou pas assez,
il n'est permis ni de le respecter ni de les suivre.
L'Église ne pouvait laisser en place un principe qui ne lui permettait pas de
glisser son Juif entre les hommes et elle en qualité de Dieu. Poussant contre le
ciel une pointe hardie, elle proclame Bar-Jehoudda seul Maître en remplacement
du Père.
10. Qu'on ne vous appelle point non plus maîtres, parce qu'un
seul est votre maître, le christ.
11. Celui qui est le plus grand parmi vous1 sera votre serviteur.
12. Car quiconque s'exaltera, sera humilié ; et quiconque
s'humiliera, sera exalté2.
Que veut dire cette logomachie ? Que le plus grand des fils de Jehoudda a été
substitué à Dieu pour être le Maître des imbéciles et le serviteur de l'Eglise.
L'Eglise fait de lui ce qu'elle veut, comme d'un esclave ; après quoi elle l'impose
comme maître aux hommes. Non contente d'avoir supprimé le Fils, celui qui a
créé le monde par l'ordre du Père, elle substitue Bar-Jehoudda au Père lui-même,
car c'est incontestablement du Père qu'il est question dans les deux
commandements de Jehoudda. Au Père de se pourvoir auprès de l'Église, veut
être déclaré consubstantiel et coéternel à Bar-Jehoudda ! Le personnage de
Jésus est entièrement absorbé par le christ. Celui qui, dans Cérinthe, parle du
Père comme d'un maître sans l'ordre duquel il ne peut rien, est remplacé
définitivement par le criminel dont il est l'avocat, par le malade dont il est le
médecin, par le paralytique, l'aveugle, le sourd-muet, le possédé que la mort
seule a pu guérir de toutes ces tares !
1 Dans un passage qu'on a supprimé, mais que Valentin a conservé, — nous l'avons cité
plusieurs fois d'après lui, — Bar-Jehoudda est proclamé, avec sa mère, le plus grand des
disciples de son père.
2 Répétition et adaptation de cette idée que nous avons vue dans les paraboles. Cf. Les
Evangiles de Satan, 1re partie.
XVII. — RENONCIATION AUX DEUX GRANDS
COMMANDEMENTS DU RABBI.
Si Dieu est seul au ciel, quel est donc ce Fils que Bar-Jehoudda annonçait comme
devant venir le 15 pisan 789, et régner mille ans dans le monde avant la
descente du Père ? Qu'en faisons-nous ? Et si Dieu n'a pas de Fils, quel est donc
cet Etre que Jésus invoque plus de cent fois dans le Quatrième Évangile, en
disant que son Père est en lui et qu'il est dans son Père ? Le revenant de Bar-
Jehoudda donne ici un tel démenti à son millénarisme, que l'Evangéliste n'a pas
osé lui faire soutenir plus longtemps la doctrine du monothéisme. C'est le scribe
orthodoxe qui achève la démonstration.
32. Et le scribe lui dit : Fort bien, maître ! vous avez dit en toute
vérité qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et qu'il n'y en a point d'autre
que lui ;
33. Qu'on doit l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence,
de toute son âme et de toute sa force ;
[Et qu'aimer le prochain comme soi même est plus que tous les
holocaustes et tous les sacrifices]1.
34. Jésus, voyant qu'il avait sagement répondu, lui dit : Tu n'es
pas loin du Royaume de Dieu. Et personne n'osait plus
l'interroger.
Le fait est qu'il est inutile d'interroger un revenant qui ne se rappelle même pas
la première description qu'il a faite du Fils de l'homme dans son Apocalypse, et
les nombreuses définitions qu'il a données du Royaume millénaire par tant de
paraboles et de similitudes !
Cependant il est tout à fait regrettable qu'on n'ose plus l'interroger, car nous
aurions entendu le scribe affirmer de nouveau, comme Sénèque, qu'aimer Dieu,
c'est être bon, qu'être bon, c'est l'adorer, et qu'il n'a jamais réclamé de sacrifices
et d'holocaustes, surtout dans le genre de ceux que la famille de Bar-Jehoudda
offrait à Moloch quand elle régnait sur Jérusalem. Dans tout l'Évangile Jésus n'a
pas un seul mot qui vaille celui-là. Et quel soufflet sur la joue de Bar-Jehoudda,
au cas où celui-ci aurait réellement fait le sacrifice de sa vie ! Quel soufflet sur la
joue des malheureux goym qui, sans profit pour le prochain, sont morts
théâtralement dans les cirques, fumistes par les évêques au nom de l'horrible juif
qui les eût martyrisés lui-même en 789 s'ils lui fussent tombés entre les mains !
Mais ne nous hâtons pas de féliciter le scribe. Jésus ne l'approuverait pas si
l'intérêt du mensonge ecclésiastique n'était pas en jeu. Savez-vous pourquoi le
scribe proclame que Dieu est seul au ciel ? Parce que c'est Bar-Jehoudda qui, par
substitution au Fils, à celui qui devait le baptiser de feu, devient consubstantiel et
coéternel au Père ! Le scribe est un complice du mystère de l'Incarnation.
I. — LA QUESTION DU TRIBUT.
Comme vous l'avez pu voir, nous sommes arrivés à l'année 788 sans que les
pharisiens et les Hérodiens n'aient d'autre grief contre Jésus que celui d'avoir
violé le Sabbat dans un but humanitaire. Mais cette année a été marquée dans la
carrière de Bar-Jehoudda par un acte régalien sur lequel il va falloir que le
revenant s'explique : l'ordre à tous les Juifs placés sous le gouvernement de
Pilatus, par conséquent ceux de Judée et de Samarie, de tout livrer à leur roi et
de refuser aux Romains le tribut que depuis le Recensement ils payaient en
monnaie à l'effigie de la Bête.
Cette question du tribut était restée la grosse question posée partout où il y avait
des Juifs. Sous ce rapport tous étaient christiens de naissance ; beaucoup ne
demandaient qu'à l'être de métier, quand ils considéraient le profit des
poissonneries1. La jehouddolâtrie avait renversé complètement la situation du
Juif : de contribuable il était devenu publicain, et publicain pour son propre
compte, sans l'obligation que Rome avait acceptée de reverser l'impôt en écoles,
en routes, en marchés, en aqueducs, et en thermes. De la ces capitalisations si
rapides, qu'en quelques années toute la fortune d'une ville comme Hypate passe
eux mains de l'Église sans qu'il en revienne rien au municipe2. Devant de tels
miracles le revenant nie-t-il que, sous cette forme au moins, le tribut ait du bon
? Telle est la question que lui posent les pharisiens et les Hérodiens
contemporains de Tibère.
LUC, XX, 20. Et, l'épiant, ils envoyèrent des gens qui feignaient
d'are justes, pour lui tendre des embûches et le, surprendre dans
ses paroles, afin de le livrer au magistrat et au pouvoir de celui
qui commandait3.
Ce second membre de phrase est tout à fait caractéristique. Il enveloppe deux
actions qui devaient se faire suite, exactement comme dans le cas de Jacob
junior, d'abord condamné par le sanhédrin puis conduit au supplice par le prince
Saül, commandant de la garde du Temple. Les synoptiseurs ont transporté la
scène à Jérusalem pendant le séjour qu'y fait Jésus avant la pâque de 789, de
sorte qu'aujourd'hui ce dispositif semble ne viser que la situation juridique de
Bar-Jehoudda vis-à-vis de Pilatus, depuis l'invasion de la Samarie et l'affaire du
Sôrtaba. Mais ce n'est pas du procurateur romain qu'il s'agit. Bar-Jehoudda
n'était Pas encore justiciable de Pilatus lorsqu'il s'est fait roi en Bathanée, il était
justiciable d'Hérode Antipas et da sanhédrin, c'est par les magistrats juifs qu'il
avait été condamné pour crimes publics, et c'est par Saül qu'il eût été exécuté, si
1 Dans ce même Luc (XXIV, 20) Cléopas, un des beaux-frères de Bar-Jehoudda, met très
bien l'intervalle convenable entre le jugement de mort prononcé par le sanhédrin en adar
et la crucifixion qui s'en est suivie le 14 nisan. Et il invoque le témoignage de tous les
étrangers alors présents à Jérusalem.
2 Cf. Le Gogotha.
3 Cf. Le Saint-Esprit.
4 Ceci dans la bouche d'un monsieur qui mettait sa tribu au-dessus de toutes les autres,
qui se mettait lui-même au dessus de sa tribu, et se disait oint, christ de Dieu, pour la
vie éternelle !
23. Considérant leur ruse, il leur dit : Pourquoi me tentez-vous ?
24. Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l'image et
l'inscription ? Ils lui répondirent : De César.
25. Et il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à
Dieu ce qui est à Dieu1.
26. Et ils ne purent reprendre aucune de ses paroles devant le
peuple ; mais ils admirèrent sa réponse, et se turent,
MARC, XII, 15. Jésus, connaissant leur malice, leur dit : Pourquoi
me tentez-vous ? Apportez-moi un denier, que je le voie.
16. Et ils le lui apportèrent ; et il leur demanda : De qui est cette
image et cette inscription ? — De César, lui firent-lis.
17. Alors reprenant, Jésus leur dit : Rendez donc à César ce qui
est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils étaient en
admiration de lui.
MATTHIEU, XXII, 18. Mais Jésus, leur malice connue, dit :
Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ?
19. Montrez-moi la monnaie du tribut. Et eux lui présentèrent un
denier.
20. Jésus leur demanda : De qui est cette image et cette
inscription ?
21. Ils lui répondirent : De César. Alors il leur répliqua : Rendez
donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
22. Ce qu'ayant entendu, ils furent saisis d'admiration ; et le
laissant, ils s'en en allèrent.
Cette admiration, les synoptiseurs la ressentent pour leur propre malice : ils sont
en train de rouler les goym, comme Jésus a roulé Satan au désert. Car non
seulement Bar-Jehoudda conseille ici, sous Tibère, le paiement du tribut que son
père a refusé de payer sous Auguste, mais encore il a l'air de n'avoir jamais vu le
revers de la monnaie romaine qu'il a décrite dans son Apocalypse.
De plus, et c'est l'intérêt qu'a poursuivi l'Église en fabriquant cette tentation, il ne
se borne pas à conseiller un tribut, il en conseille deux, l'un à César, l'autre à
Dieu, jusqu'à ce qu'on mette César hors us l'Empire comme on a mis Dieu hors
du ciel. En attendant, le goy qui payait un impôt en paiera deux. C'est le progrès
!
1 Pour le pour premier dispositif, si différent de celui-là, voir Le Roi des Juifs.
peu raide ! Voici ce qu'ont imagine les synoptiseurs dans Matthieu. Dans
Matthieu seulement !
MATTHIEU, XVII, 23. Lorsqu'ils vinrent à Capharnaüm, ceux qui
recevaient les didrachmes s'approchèrent de Pierre, et lui
demandèrent : Est-ce que votre maître ne paye pas le didrachme
?1
24. Il répondit : Il le paye. Et lorsqu'il fut entré dans la maison,
Jésus le prévint, disant : Que t'en semble, Simon ? De qui les rois
de la terre2 reçoivent-ils le tribut se le cens ? de leurs enfants ou
des étrangers ?
25. Et Pierre répondit : Des étrangers. Jésus lui dit : Ainsi, les
enfants en sont exempts.
26. Cependant, pour ne les point scandaliser, va à la mer, jette
hameçon ; et le poisson qui le premier montera, prends-le ; puis,
ouvrant sa bouche, tu trouveras un statère ; l'ayant pris, donne-
le pour moi et pour toi.
Ce passage est un de ceux qui ont le plus exercé l'érudition des numismates. Ils
n'ont pas encore réussi à se mettre d'accord, comme en témoignent les
dissertations que j'ai sous la main au moment où j'écris et où s'entassent les
incohérences. Je me contenterai de citer la note de l'Infaillible sur le didrachme.
Le didrachme était la contribution d'un demi-sicle, ou de deux drachmes, que les
familles juives étaient habituées à payer pour l'entretien du Temple. Vespasien le
fit percevoir plus tard pour le Capitole. Les collecteurs s'adressent à Saint-Pierre,
soit par respect pour le Sauveur, soit pour engager le disciple à s'acquitter à la
place du maître. La réponse du Sauveur suppose clairement sa divinité3. Pour ne
pas scandaliser ceux qui l'ignorent, il consent à payer ; mais il fait observer qu'il
n'est pas soumis à l'impôt, et il relève par un miracle cet acte de
condescendance. Le statère avait la valeur d'un tétradrachme, trois francs
environ, et par conséquent suffisait pour deux personnes.
Le statère valait quatre drachmes, dit le Saint-Siège. Nullement. Le statère était
une monnaie grecque en or qui valait vingt drachmes, environ dix-huit fraie
cinquante, et le statère de Cyzique valait jusqu'à vingt' huit drachmes, environ
vingt-cinq francs. Il n'y avait qu'un seul statère en argent, celui d'Egine, qui
valait trois drachmes, et par conséquent n'eût pu suffire all paiement. En outre,
le tribut se payait en monnaie (deniers) à l'effigie de la Bête, ainsi qu'il appert de
l'Apocalypse et des Synoptisés eux-mêmes. Si l'Évangéliste eût visé le subside
dû au Temple avant 823 et payable en monnaie juive (c'est pourquoi il y avait tant
de changeurs sous les portiques), il aurait employé le mot schekel, sicle, et Jésus
aurait dit à Pierre : Donne deux sicles, le sicle valant deux drachmes.
On peut donc être certain que si, par nécessité politique, le revenant de Bar-
Jehoudda conseille de payer le tribut à Rome en deniers à l'effigie de l'Empereur,
il ne conseillerait pas de payer le subside au Temple en une monnaie qui offre
1 Capitation payée par chaque Juif à partir de la chute de Jérusalem en 823. Et nous
sommes en 788 ! Pour les commentaires, cf. Le Roi des Juifs.
2 Les rois de Juda, dont Bar-Jehoudda était le descendant ainsi que Shehimon.
3 Nullement, mais son origine royale qui le met, lui et ses frères, au-dessus de tout
impôt, soit romain, soit juif.
d'un côté la tête de Minerve et de l'autre la chouette, attribut de cette vigilante
déesse.
Il s'agit donc de tout autre chose ; et Jésus, selon ses habitudes mystificatrices,
donne encore une fois le change aux goym. Ce change est dans le poisson, le
glorieux Zib qui se vendait si cher au temps d'Apulée sur les marchés de
Macédoine et de Thessalie.
Ce poisson est de la bonne eau edénique, laquelle vous le savez assez par la
Samaritaine de Cérinthe, est inépuisable comme la vie qu'Ale donne. Ce poisson,
lui aussi, est la mine d'or sans fin ; c'est le poisson jubilaire, c'est le Zib
éternellement multipliable par dix. La première monnaie qu'il ait fournie, c'est dix
didrachmes, quand il n'en eût fallu qu'un pour Bar-Jehoudda. Dix fois dix, cent :
Centuplum reddit ! Dix fois cent, Millenium accipies ! C'est en un mot le signe de
l'Æon-Zib. Derrière le statère que Pierre lui a extrait de la bouche, se pressent
mille autres statères myriamétriques.
Ce poisson, c'est la baleine de Jonas ! Une baleine à Kapharnahum ?
Parfaitement. C'est le signe du retour l'âge d'or et à l'Ane d'or. C'est celui qu'ont
promis Jehoudda, le fameux Zibdéos, et après lui ses sept fils, les sept démons
qui, multipliés eux-mêmes par sept, Trillent quarante-neuf, l'année sabbatique et
proto-jubilaire 788. Et jamais vous ne saurez ce qu'il y a d'Agneaux derrière ce
Zib, de Taureaux derrière ces Agneaux, de Gémeaux derrière ce Taureau, d'Ânes
derrière ces Gémeaux, de Lions derrière ces Ânes, de Vierges derrière ces Lions,
de Balances derrière ces Vierges, d'années sabbatiques après ce sabbat de
signes, d'années jubilaires après ce sabbat d'années sabbatiques, d'années
millénaires après ce sabbat d'années jubilaires ! Multipliez éternellement sept par
sept, et alors seulement vous trouverez le compte. Voilà un exercice hygiénique
pour M. Poincaré !
Fiscalement la séméiologie a un tout autre sens. Payez le didrachme, Juifs, mais
uniquement pour avoir la paix, car vous ne devez rien ! Faites-vous
jehouddolâtres, vous aurez pour caisse le lit de tous les fleuves où coule l'eau du
baptême ! Jette tes filets, évêque de Rome qui te dis successeur de Pierre, le
premier poisson que tu prendras vaudra dix ; tes deux drachmes payées, il t'en
restera encore huit !
Ne sachant par quel moyen introduire Mathias-bar-Toâmin parmi les douze, les
synoptiseurs l'ont substitué à Lévi et l'ont assis, en remplacement de celui-ci, au
bureau des impôts. Toute l'Église soutient que le publicain Lévi n'est autre que
Mathias, sous le nom de qui elle a préalablement mis l'Evangile où il est question
de ce Lévi. Lévi, c'est saint Matthieu, dit-elle1. Mais Lévi est un pécheur dans
cette scène, et Mathias avait la prétention d'être un juste.
1 Eieon thélô eai ou thusian, que traduisent plus littéralement, mais moins clairement,
les mots : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice.
LUC, XVIII, 9. Il dit encore cette parabole pour quelques' uns qui
se confiaient en eux-mêmes comme étant justes et méprisaient
les autres.
10. Deux hommes montèrent au Temple pour prier : un pharisien
et un publicain.
11. Le pharisien, se tenant en avant, priait ainsi en lui-même : Ô
Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le
reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères ; ni
même comme ce publicain.
12. Je jeûne deux fois la semaine ; je paye la dîme de tout ce que
je possède.
13. Et le publicain, se tenant éloigné, n'osait pas même lever les
yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine, disant : Ô Dieu, ayez
pitié de moi qui suis un pécheur.
14. Je vous le dis, celui-ci s'en retourna justifié dans sa maison,
et non pas l'autre : car quiconque s'exalte sera humilié, et
quiconque s'humilie sera exalté.
Nous avons vu cette sentence employée au Repas de noces1, et elle revient
souvent dans les Évangiles. C'est toujours le verset des Psaumes : Deposuit
potentes de sede. Elle est dirigée ici contre les pharisiens qui, après avoir fait
cause commune avec les publicains impériaux, s'élèvent maintenant contre les
publicains ecclésiastiques. Ces pharisiens sont ceux du Talmud. Il ne nous est
donc pas possible de nous rai' lier à cette exégèse de l'Infaillible : Ni le pharisien
ni le publicain n'étaient dans le temple proprement dit ou maison de Dieu,
puisqu'on n'y entrait point, mais dans une Cour du temple. Le pharisien se
mettait en vue et cherchait à attirer l'attention de tous ; le publicain, au
contraire, ne pensait qu'à Dieu, et n'aurait voulu être remarqué par personne.
Ni l'un ni l'autre n'ont été vus dans le Temple, et il n'eût pas été bon pour le
publicain d'y être rencontré par un christien.
1 Le Royaume primitif (la Jérusalem d'or et l'Eden aux douze récoltes), création de Bar-
Jehoudda, par opposition au royaume des cieux, évoqué au verset précédent, et création
de l'Eglise.
aurait des Occidentaux dans le Royaume avec Abraham, Isaac et Jacob, avec
Jehoudda et sou frère assumés en 761 ! Des Occidentaux ? Dis tout de suite des
Romains et de ces immondes Gaulois comme il y en avait dans la garde d'Hérode
!
Le nouvel esprit dans lequel Jésus engage ses quatre vingt-quatre apôtres fait la
plus mauvaise impression sur les disciples de Bar-Jehoudda qui ne pouvaient
s'attendre à un pareil revirement dans les idées du Verbe. Aussi Jésus, prudent
comme le serpent, attend-t-il pour paraître à Gamala que Bar-Jehoudda se soit
fixé à Kapharnahum ; il a peur d'être mal reçu dans la ville natale de celui dont il
est le revenant.
LUC, IV, 14. Et Jésus retourna en Galilée1 par la vertu de l'Esprit,
et sa renommée se répandit dans tout le pays.
15. Et ii enseignait dans leurs synagogues, et il était exalté par
tous.
16. Et il vint à Nazireth, où il avait été élevé, et il entra, suivant
sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, el' il se leva
pour lire.
Que va-t-on lui donner à lire ? Ce qu'on voudra, Pourvu que ce ne soit ni
l'Apocalypse ni les Paroles du Rabbi. Il s'agit, en cherchant bien, de trouver une
autre Écriture dans laquelle il soit question moins Formellement, moins
mathématiquement, de l'An de grâce, de l'Ieou-Schanâ que le christ a prêché en
785.
Dans Luc la visite de Jésus à Nazireth se place avant les miracles de
Kapharnahum. C'est une faute d'ordre. On en a la preuve dans le passage
même. Ce que nous avons appris avoir été accompli à Kapharnahum, accomplis-
le pareillement ici, dans ton pays. Il s'agit surtout des guérisons ; le bruit en est
venu aux oreilles des Naziréens. Mais ce qu'ils demandent, eux, ce sont les
signes. Gens simples, Parmi lesquels il n'y a ni scribes ni pharisiens, ils se
Contenteront parfaitement de l'un des signes annoncés dans l'Apocalypse. A
Nazireth Jésus n'a point les douze avec lui, encore moins les soixante-douze ; il
est seul, dans un milieu où l'on attend encore ce que le fils de David avait
promis. Allons ! un sèméion seulement, rien qu'un petit sèméion, aussi petit que
tu voudras ! Il ne peut en faire aucun. Il a beau expliquer que nul n'est prophète
en son pays, — le Fils de Dieu se fait moins grand qu'il n'est ! — que de toutes
les veuves d'Israël Elle n'en avait soulagé qu'une seule, à Sarepta en Sidonie,
que de tous les lépreux d'Israël Élisée n'en avait guéri qu'un, Naiman le Syrien,
on ne donne pas dans cette défaite humiliante, On prend fort mal la chose, on se
lève en tumulte, on chasse hors de la ville ce Nazir qui ne peut ou ne veut rien
faire pour elle, on le pourchasse jusqu'au précipice au bord duquel elle était
bâtie, et, s'il ne disparaissait grâce à son vêtement, on le pousse rait dans les
profondeurs du gouffre !
17. On lui donna le livre du prophète Isaïe ; et l'ayant déroulé, il
trouva l'endroit où était écrit :
18. L'esprit du Seigneur est sur moi : c'est pourquoi il m'a
consacré par son chrisme, et m'a envoyé pour évangéliser les
pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé,
19. Annoncer aux captifs leur délivrance, aux aveugles le
recouvrement de la vue, rendre à la liberté ceux qu'écrasent leurs
fers, publier l'An de grâce du Seigneur, et le Jour de la
rétribution.
20. Et ayant replié le livre, il le rendit au ministre, et s'assit. Et
tous, dans la synagogue, avaient les yeux attachés sur lui.
On tronque la citation pour en atténuer la portée et en émousser la pointe. Aux
initiés de la rétablir. Il y a dans Isaïe : cc Jour de vengeance, jour où le Seigneur
se vengera de ses ennemis1, c'est-à-dire des paieras, quels qu'ils soient.
1 Isaïe, XLII, 2. Vous savez dans quel esprit de basse fourberie opère le malheureux qui
donne ce change aux goym sur la vie et le caractère du baptiseur. C'est par l'Apocalypse
que Bar-Jehoudda s'était fait christ de Dieu, et Isaïe n'avait rien prédit qui le concernât.
Tel n'est pas l'avis du Saint-Siège. Le texte d'Isaïe, dit-il, s'applique à Jésus-Christ,
même dans le sens littéral. En effet, Jésus-Christ était Fils coéternel et consubstantiel au
Père par sa nature divine ; mais il s'est rendu son serviteur, comme le dit saint Paul (aux
Philippiens, II, 7) en se revêtant de la chair et des infirmités humaines.
2 Bar-Jehoudda avait été précédé par son père dans le personnage d'Elie. Cf.
L'Apocalypse dans Le Roi des Juifs.
27. Et il y avait en Israël beaucoup de lépreux au temps du
prophète Elisée, et aucun d'eux ne fut guéri, sinon Naaman le
Syrien.
Un Syrien !
Il a déjà dit que le jour du jugement les gens de Ninive et ceux de Saba seraient
préférés à sa génération... Ici ce sont ceux de Phénicie et de Syrie. 00
commence à en avoir assez.
28. En entendant ces paroles, ils furent tous remplis de colère
dans la synagogue.
29. C'est pourquoi ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville, et le
menèrent au sommet du mont sur lequel leur ville était bâtie,
pour l'en précipiter.
30. Mais Jésus, passant au milieu d'eux, s'en alla.
Il a de la chance de n'être qu'un revenant ! Car s'il eût eu un corps, il aurait
passé un vilain quart d'heure sur la bosse de son chameau natal. Une bosse étaie
l'assiette de la ville où Bar-Jehoudda avait été élevé. Elle est bâtie sur une
éminence qui se dresse au milieu d'une haute montagne, ce qui lui a fait donner
le nom de Gamel qui signifie chameau ; mais les habitants l'ont corrompu, et la
nomment Gamal au lieu de Gamel. Sa face et son côté sont remparés par des
vallées inaccessibles. Le côté attaché à la montagne n'est pas d'un abord naturel
aussi difficile ; mais les habitants Pont aussi rendu inaccessible par un grand
retranchement qu'ils y ont fait. La pente était couverte d'un grand nombre de
maisons ; et en regardant du côté du Midi cette ville bâtie comme sur un
précipice, il semblait qu'elle fût toute prête de tomber. De ce même Côté s'élève
une colline extrêmement haute, et flanquée d'une vallée si profonde qu'elle
servait de citadelle ; et, la limite de la ville il y avait une fontaine enfermée dans
son enceinte1.
Nul doute que la maison de Jehoudda et de Salomé ne fût bâtie au sommet de la
ville, ne formât château. Ce n'est sans doute pas sans raison que de toutes les
villes de la Gaulanitide ils avaient choisi la plus forte, la seule qu'on pût opposer
aux Hérodiens en cas de difficultés avec le tétrarque de la région. Bar-Jehoudda
s'y était jeté pendant la guerre d'Antipas avec les Arabes et il y avait défié tout
châtiment.
Les rues étaient si étroites et si raides que les soldats de Vespasien n'y pouvaient
tenir pied ; les maisons bâties en porte-à-faux sur les précipices étaient si
légères qu'elles ne pouvaient porter un poids supérieur à celui de leurs habitants
1 Guerre des Juifs, livre IV, ch. II, 286. Josèphe qui en fait cette description la fortifia de
fossés et de mines pendant l'expédition de Vespasien en 820, après l'exécution de
Ménahem par les habitants de Jérusalem. Lorsque Josèphe fut passé aux Romains,
Vespasien assisté d'Agrippa qui avait eu tant à souffrir de Ménahem, assiégea la ville
avec trois légions, la quinzième, la cinquième et la dixième ; et parmi tant de soldats et
d'officiers il n'y en avait pas un qui ne connût. à la résurrection près, l'histoire de Bar-
Jehoudda. Aussi, d'après ce que dit Josèphe, Guerre des Juifs, IV, VIII, 295, nulle part
les Romains, frères de ceux que Ménahem avait égorgés à Massada, n'exercèrent
vengeance plus complète. Ils n'épargnèrent que les enfants de Philippe bar-Jacim qui
avait constamment marché avec Saül contre les christiens, depuis l'expédition de Damas
jusqu'à la retraite de Saül en Italie. Sur Philippe bar-Jacim, cf. Le Roi des Juifs, Les
Marchands de Christ et Le Gogotha.
ordinaires. La Nazireth des Évangiles étant sur la rive orientale du lac de
Tibériade, il n'est pas surprenant qu'à Nazareth, ville construite vers le huitième
siècle dans les montagnes occidentales de la Galilée, le mont de la Précipitation,
c'est-à-dire la montagne sur laquelle les habitants de Nazareth conduisirent
Notre-Seigneur, dans l'intention de l'en précipiter, ne soit pas identifié d'une
manière certaine. Ce site traditionnel est au sud de la ville, à une heure de
chemin. Il y a là un rocher qui aurait pu très bien servir aux mauvais desseins
des compatriotes du Sauveur. Les franciscains ont élevé une église en cet
endroit. De là on découvre la plaine d'Esdrelon1.
Mais ce qu'on y découvre le mieux, c'est l'édifice du Mensonge chrétien.
L'expulsion de Jésus par les Naziréens n'est que dans Luc. Mais sans désigner
son pays natal par le nom de Nazireth, Matthieu et Marc reconnaissent que le
revenant de Bar-Jehoudda est aussi peu estimé de -ses concitoyens au troisième
siècle, que lorsqu'il les a quittés au premier.
MATTHIEU, XIII, 53. Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, il
partit de là2.
54. Et étant venu en son pays, il les instruisait dans leurs
synagogues, de sorte qu'étant saisis d'étonnement, ils disaient :
D'où est venu à celui-ci cette sagesse et ces miracles ?
55. N'est-ce pas là le fils de ce charpentier ? Sa mère ne
s'appelle-t-elle pas Myriam ? Et ses frères Jacques, Joseph3,
Simon et Jude ?
56. Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D'où
viennent donc à celui-ci toutes ces choses ?
MARC, VI, 1. Étant parti de là, il s'en alla dans son pays, et ses
disciples le suivirent.
2. Or, un jour de sabbat étant venu, il commença à enseigner
dans la synagogue ; et beaucoup, l'entendant, étaient dans
l'admiration de sa doctrine, disant : D'où lui viennent toutes ces
choses ? quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? et ces
merveilles si surprenantes qui se font par ses mains ?
3. N'est-ce pas là ce charpentier, fils de Myriam, frère de Jacques
et de Joseph, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles
pas ici parmi nous ? Et ils se scandalisaient de lui.
C'est que ce charpentier, successeur de son père dans la barque zibdéenne, avait
une réputation déplorable, et on pouvait s'étonner que Jésus consentit à
reprendre son rôle, malgré toutes les modifications qu'il y apportait. La
réputation de Joseph n'étant pas meilleure, quelque chose de bon peut-il venir
de Nazireth ? dit Nathanaël dans Cérinthe4, — on le supprime comme père ; on
supprime également deux de ses fils : Jacob, junior, parce qu'il a été martyrisé
par Saül, plus tard converti sous le nom de Paul, et Philippe l'Évangéliste, parce
qu'il a été le secrétaire du christ.
1 Christ a été ajouté après qu'on eut décidé que Jésus aurait eu chair et que Joannès
cesserait d'être le christ historique.
2 Pour que le témoignage soit deutéronomique.
3 Ils reproduisent la question dans les mêmes termes, en un mot on copie.
4 Les synoptiseurs récapitulent, mais en escomptant les résurrections.
définition du Fils de Dieu dans l'Apocalypse. Il exécute en hâte quelques tours
usuels du Verbe.
LUC, VII, 21. A cette heure même Jésus guérit un grand nombre
de personnes affligées de maladies, de plaies et d'esprits malins,
et rendit la vue à beaucoup d'aveugles.
22. Et répondant, il leur dit : Allez annoncer à Ieou-Shanâ-os ce
que vous avez entendu et vu : que des aveugle voient, des
boiteux marchent, des lépreux sont purifiés, des sourds
entendent, des morts ressuscitent, des pauvres sont évangélisés :
23. Et bienheureux est celui qui ne sera point scandalisé de moi.
En fait de résurrections, il n'en compte encore que trois, dont deux remontent à
761 et sont déjà presque oubliées. C'est bien peu vraiment, et il faut que Philippe
et Toâmin soient furieusement intéressés dans la combinaison Jésus-Christ pour
accepter un si maigre chiffre. Mais on a déjà triomphé de résistances autrement
fortes chez Ménahem en faisant valoir à celui-ci l'intérêt de la famille. Philippe et
Toâmin se taisent donc. Reste à convaincre le peuple, Jésus s'en charge.
1 Luc, I, 17.
Aussitôt donc que les deux secrétaires de Joannès Se sont éloignés,
MATTHIEU, XI, 7. Comme ils s'en retournaient, Jésus commença à
dire de Ieou-Shana-os à la multitude : Qu'êtes-vous allés voir au
désert ?1 un roseau agité par le vent ?
8. Mais encore, qu'êtes-vous allés voir ? un homme vêtu
mollement ? Mais ceux qui se vêtent mollement sont dans les
maisons des rois2.
9. Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le
dis, et plus qu'un prophète3 :
10. Car c'est lui dont il est écrit : Voici que moi j'envoie mon Ange
devant votre face, lequel préparera votre voie devant vous4.
En vérité, je vous le dis, il ne s'est pas élevé entre les enfants des femmes de
plus grands que Ieou-Shana-os Baptiseur, mais celui qui est le plus petit du
Royaume des cieux est plus grand que lui.
LUC, VII, 24. Et lorsque les envoyés de Ieou-Shana-os furent
partis, il commença à parler ainsi de Ieou-Shana-os au peuple :
Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?
25. Mais encore, qu'êtes-vous allés voir ? un homme vêtu avec
mollesse ? Or ceux qui portent des vêtements précieux et vivent
dans les délices, habitent les maisons des rois.
26. Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le
dis, et plus qu'un prophète.
27. C'est celui dont il est écrit : Voici que j'envoie mon ange
devant votre face, pour préparer votre voie devant vous.
28. Car je vous le dis : entre ceux qui sont nés des femmes nul
n'est plus grand prophète que Ieou-Shana-os le baptiseur, mais le
plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui.
MATTHIEU, XI, 12. Or, depuis les jours de Ieou-Shana-os
Baptiseur jusqu'à présent5 le Royaume des cieux s'obtient par la
violence6, et ce sont les violents qui le ravissent.
13. Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu'à Ieou-
Shana-os7.
14. Et si vous voulez le comprendre, il est lui-même Élie qui doit
venir1.
1 Si le baptiseur a pris le désert, ce n'a été que dans les derniers temps.
2 Parfaitement, Joannès était de maison royale et prétendait au trône. Mais on ne veut
plus qu'il ait été vêtu mollement, qu'il descende de David et se soit dit roi-christ ; c'est
maintenant Jésus qui est fils de David, les généalogies ont été mises à son nom. C'est lui
qui sera vêtu de pourpre lors de la comparution devant Pilatus.
3 Il y a ici plus que Jonas.
4 Répétition de l'emprunt fait à Malachie.
5 Marc-Aurèle, au moins.
6 La violence kanaïte et le sicariat. Cf. Le Saint-Esprit et Le Gogotha.
7 Pour les kabbalistes du genre de Bar-Jehoudda, la Loi n'est qu'une prophétie. Nous
avons déjà vu cette idée exprimée dans les mêmes termes par Cérinthe.
15. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.
Nous en avons, car Jésus ne nous en a pas encore enlevé l'usage, non plus que
de nos yeux, et nous entendons fort bien. Kanaïsme et sicariat furent choses
légitimes en dépit de l'insuccès. Malgré leurs crimes les disciples ont forcé les
portes du ciel. Mais depuis les Jours du Joannès la génération a changé, comme
les Vêtements et les outres. Elle a été insensible aux plaintes qu'il a poussées,
mais aussi elle ne tonnait pas les joies qu'il a promises.
LUC, VII, 19. Et tout le peuple qui l'écoutait et les publicains
reconnurent la justice de Dieu, s'étant fait, baptiser du baptême
de Ieou-Shana-os.
30. Mais les pharisiens et les docteurs de la loi méprisèrent le
dessein de Dieu sur eux, ne s'étant point fait baptiser par Ieou-
Shana-os2.
Les synoptiseurs ont ajouté cela dans Luc, mais ils savent bien que la prédication
de Bar-Jehoudda n'a point eu de succès.
C'est comme s'il avait gémi devant des gens qui n'avaient point d'yeux pour
pleurer, chanté devant des gens qui n'avaient pas de jambes pour danser !
LUC, VII, 31. Le Seigneur dit encore : A qui donc comparerai-je
les hommes de cette génération ? et à qui sont-ils semblables ?
32. Ils sont semblables à des enfants assis dans la place se
parlant l'un à l'autre, et disant : Nous vous avons joué de la flûte,
et vous n'avez point dansé : nous avons entonné des chants
lugubres, et vous n'avez point pleuré.
MATTHIEU, XI, 16. Mais à qui comparerai-je cette génération ? Elle
est semblable à des enfants assis dans la place, qui, criant à leurs
compagnons,
17. Disent : Nous avons chanté pour vous, et vous n'avez point
dansé ; nous nous sommes lamentés, et vous n'avez poussé ni
plaintes ni gémissements.
Ah ! s'ils avaient eu pour danser les jambes que Bar-Jehoudda et Shehimon ont
eues pour fuir, il est clair qu'il y aurait eu plus de mouvement sur les places !
Mais au lieu d'écouter les fils de Jehoudda, les Juifs les ont traités de
démoniaques, de Baals-Zib-Baals, comme leur père.
LUC, VIII, 33. Car Ieou-Shana-os est venu ne mangeant point de
pain et ne buvant point de vin, et vous dites : Il a un démon en
lui.
1 C'est ce qu'on dit dans la Nativité selon Luc, I, 17, et ce que confirment les disciples au
Concile de Césarée de Philippe.
2 A fortiori les saducéens, quoiqu'ailleurs on nous les dépeigne accourant en foule au
baptême avec les pharisiens.
34. Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, et vous
dites : C'est un homme de bonne chère et qui aime le vin, ami
des publicains et des pécheurs.
35. Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants.
MATTHIEU, XI, 18. Ieou-Shana-os, en effet, est venu ne mangeant
ni ne buvant, et ils disent : Il est démoniaque.
19. Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, et ils disent
: Voilà un homme de bonne chère et adonné au vin, ami des
publicains et des pécheurs. Mais la sagesse a été justifiée par ses
enfants.
Que celui qui a des oreilles entende !
Bar-Jehoudda mangeait et buvait, sans quoi il n'aurait pas vécu jusqu'à
cinquante ans, mais il s'abstenait de certaines viandes et des boissons
fermentées, notamment du vin que Jésus boit à la pâque. En ce sens, il n'a ni
mangé le pain ni bu le vin. En un mot il n'a pas célébré la pâque, et pour ses
contemporains il n'a Jamais été qu'un démoniaque. Mais depuis les jours du
Joannès, comme le dit élégamment Matthieu, on a Inventé Jésus qui rompt avec
le régime jadis imposé au nazie, puisqu'il boit du vin aux Noces de Kana et qu'il
célèbre la pâque avec cette boisson fermentée. En ce sens il est mangeant et
buvant ; on l'a fait de Nazireth, mais il n'est point nazie. Si on lui imposait le
Même régime qu'au Joannès, on verrait immédiatement qu'il n'est que son
ombre. Le scribe ne peut s'empêcher de reconnaître qu'ablation faite de Jésus
dans ces Ecritures, les enfants de Dieu, Ischaïtes, Naziréens, Ebionites, sont
demeurés dans la sagesse de leur régime et de leurs jeûnes prolongés. Par
conséquent, le mal qu'aurait fait Jésus, s'il s'était comporté comme dans ces
Ecritures, a été effacé par la conduite des enfants de la Sagesse, c'est-à-dire de
la Loi juive. Ceux-là ne sont pas dupes d'une mystification dirigée avant tout
contre les goym.
il se peut aussi, tant ces idées sont diffuses et obscures, qu'en face des horreurs
pascales dont les disciples du Joannès se sont rendus coupables1, l'Evangéliste
proclame sages en comparaison d'eux ceux qui ont accepté la pâque de Jésus,
c'est-à-dire l'Eucharistie, avec toutes ses conséquences.
Bar-Jehoudda et ses frères étaient célèbres dans l'histoire pour les incendies, les
pillages et les excès de tout genre qu'ils avaient commis pendant les années
sabbatiques, particulièrement l'année proto jubilaire 788. A leur Sauveur, à leur
Paraclet1, de prendre leur défense. Il n'y peut arriver qu'en dissimulant leurs
actes ordinaires, et plus particulièrement la date de ceux qui étaient imputables
au baptiseur. Et pourtant, malgré toutes leurs fraudes, les synoptiseurs ont laissé
cette date au beau milieu de la fable. Et savez-vous dans quel texte ? Dans celui
de Luc, où l'Eglise a introduit ses deux grands faux chronologiques : le
Recensement de 760 comme date de la pseudo-Nativité de Jésus et l'année 781,
quinzième de Tibère, comme date de la manifestation publique du baptiseur !
LUC, VI, 1. Or il arriva qu'un jour du sabbat premier du deux2...
Les synoptiseurs ont été plus circonspects dans Matthieu et dans Marc, ils ont
enlevé le mot premier du deux qui faisait de l'année sabbatique 788 une année
proto-jubilaire et donnait la véritable date de la crucifixion de Bar-Jehoudda en
même temps que, confrontée avec sa naissance dans une double année, elle
donnait mathématiquement son véritable âge.
MATTHIEU, XII, 1. En ce temps-là, Jésus passait le long des blés,
aux jours sabbatiques3 ; et ses disciples, ayant faim, se mirent à
cueillir des épis et à les manger.
2. Les pharisiens, voyant cela, lui dirent : Voilà que vos disciples
font ce qu'il n'est pas permis de faire au sabbat.
MARC, II, 23. Il arriva encore que le Seigneur passant le long des
blés, aux jours sabbatiques, ses disciples, et marchant,
commencèrent à rompre les épis.
24. Sur quoi les pharisiens lui dirent : Pourquoi font-ils aux jours
sabbatiques ce qu'il n'est point permis de faire ?
LUC, VI, 1. ... Comme Jésus passait le long des blés, ses disciples
se mirent à rompre les épis, et les froissant de leurs mains, ils
mangeaient.
1 Cf. Le Charpentier.
2 I Rois, XXI.
compagnons participaient aux mêmes droits, malgré leur ignominie manifeste.
C'est ce qu'avait soutenu David lorsqu'il s'était fait délivrer les cinq pains
d'Achimélech (Abiathar). Aussi ses frères et toute la maison de son père vinrent-
ils le trouver (pour avoir de ce léhem). Et tous ceux qui avaient de méchantes
affaires, et ceux qui étaient accablés de dettes ou mécontents s'assemblèrent
auprès de lui, et il devint leur chef1. C'est ce qui était arrivé à son descendant, le
Roi des voleurs de 7882.
5. Ou n'avez-vous pas lu dans la loi qu'aux jours sabbatiques les
prêtres dans le temple violent le sabbat, et sont sans péché ?
6. Or je vous dis qu'il y a ici quelqu'un de plus grand que le
Temple.
7. Et si vous compreniez ce que signifie : Je veux la miséricorde
et non le sacrifice3, vous n'auriez jamais condamné les innocents.
LUC, VI, 5. Et il ajouta : Le Fils de l'homme est maître au sabbat
même.
MATTHIEU, XII, 8. Car le Fils de l'homme est maître du sabbat
même.
MARC, II, 27. [Et il leur dit encore : Le sabbat a été fait pour
l'homme et non l'homme pour le sabbat.]
28. C'est pourquoi le Fils de l'homme est maître du sabbat même.
Les innocents, c'est Bar-Jehoudda et Eléazar, condamnés par la même sentence
en adar 788. Ils avaient le droit de tout prendre, ayant celui de tout avoir.
Nous avons donné sous le titre de Journée des Porcs le récit de la bataille de
Gamala et de la trahison pour laquelle Bar-Jehoudda fut condamné. Nous y
renvoyons le lecteur, nous bornant à préciser certains points qui facilitent le
déchiffrement de cette histoire proposée sous la forme énigmatique dans l'intérêt
du Juif coéternel et consubstantiel au Père.
Le dispositif le plus ancien met en scène Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et
de Pérée, dans le personnage d'un démon qui occupe depuis de longues années
la rive transjordanique du lac de Tibériade et les terres de Pérée devant la ville
de Gamala. Pour mieux dire il possède un Gaulonite, habitant anonyme de
Gamala, à qui reviennent de droit et cette ville et ces terres et toutes celles de la
Bathanée, de la Galilée et de la Samarie, de la Judée et de l'Idumée, et toutes
celles de la Décapole qui avaient fait partie du royaume de David. Ce possédé
récalcitrant, c'est Bar-Jehoudda lui-même, le futur Roi du monde.
MARC, V, 1. Et ils vinrent de l'autre côté de la mer, dans le pays
des Géraséniens1.
1 Formule déjà employée par Cérinthe pour la séméiologie des Noces de Kana (Cf.
L'Evangile de Nessus), et par les synoptiseurs pour la guérison du démoniaque dans la
synagogue de Kapharnahum. (Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie.)
2 L'indication topographique est exacte, étant donnée la position de Gamala.
3 L'indication primitive a fini par disparaître.
4 Cf. L'Evangile de Nessus.
5 Cf. Le Charpentier.
6 D'Arbois de Jubainville, Les Druides et les dieux celtiques à forme d'animaux, Paris,
1906, in-12°.
LUC, VIII, 32. Et ils le priaient de leur permettre d'entrer en ces
pourceaux, et il leur permit.
MARC, V, 12. Et les démons suppliaient Jésus, disant : Envoyez-
nous dans ces pourceaux, afin que nous entrions en eux1.
13. Et Jésus le leur permit aussitôt. Les esprits impurs, sortant
donc du possédé, entrèrent dans les pourceaux ; et le troupeau,
d'environ deux mille, se précipita impétueusement dans la mer2,
et s'y noya.
MATTHIEU, VIII, 31. Et les démons le priaient, disant : Si vous
nous chassez d'ici, envoyez-nous dans ce troupeau de pourceaux.
32. Il leur répondit : Allez ! Eux donc, étant sortis, entrèrent dans
les pourceaux ; et voilà que le troupeau tout entier se précipita
impétueusement dans la mer ; et ils moururent dans les eaux.
LUC, VIII, 33. Les démons sortirent donc, et entrèrent dans les
pourceaux ; et le troupeau courut impétueusement se précipiter
dans le lac, et s'y noya.
Après la part qu'ils avaient prise à la répression des troubles fomentés par son
père, on comprend que le revenant de Bar-Jehoudda autorise les démons à
entrer dans ces deux mille Gaulois. Et puis, devant l'auteur de l'Apocalypse,
Jésus est excessivement embarrassé. Apocalyptiquement qu'eût-il fait s'il fût
venu le 15 nisan 789 ? Il eût précipité Satan et ses anges dans l'abîme où il les
eût enfermés pour mille ans, après quoi son Père les eût condamnés à la seconde
mort. Les deux mille pourceaux d'Antipas eussent été détruits, étant donné leur
incirconcision et leur provenance, tandis que les Bathanéens débauchés du
service d'Antipas, rentrés en grâce par leur opportune désertion, avaient tout
pour être sauvés. Ils n'avaient qu'un défaut, c'est que l'histoire de leur trahison
et le nom de celui qui la leur avait conseillée, étaient tout au long dans Flavius
Josèphe3. C'est ce qui empêche Jésus de célébrer cet exploit autrement qu'en
énigme. Mais il lui reste une ressource : appliquer la loi de malédiction aux deux
mille mercenaires porcins et laisser aux traîtres l'espoir de ressusciter un jour en
récompense de leur belle action. C'est ce qu'il vient de faire.
Les Bathanéens ont rejeté leurs démons sur les Gaulois par un moyen
qu'autorise le Lévitique. Ils les ont présentés au Seigneur, comme l'est le bouc
émissaire par le prêtre, puis ils les ont chargés du péché qu'ils allaient, eux Juifs,
commettre en servant avec des Gaulois, alors que le roi légitime avait besoin
d'eux Contre tout le monde. Voici ce qu'on faisait au bouc émissaire. Le prêtre
après qu'il aura purifié le sanctuaire, le tabernacle et l'autel, offrira le bouc
vivant, et lui ayant mis les deux mains sur la tête, il confessera toutes les
iniquités des enfants d'Israël, toutes leurs offences et tous leurs péchés ; il en
chargera avec imprécations la tête de ce boue, et l'enverra au désert par un
nomme destiné à cela. Après que le bouc aura porté l'aura leurs iniquités dans
un lieu solitaire et qu'on l'aura laissé aller dans le désert, Aaron ayant quitté les
vêtements dont il était revêtu dans le sanctuaire et les ayant laissés là, lavera
son corps dans le lieu saint et se revêtira de ses habits ordinaires4. Au lieu de
C'est après l'affaire des Porcs que se place la tournée de Bar-Jehoudda parmi les
Juifs de Phénicie et de la Décapole. Cérinthe nous a complètement caché cette
tournée dans les anciens états de David, les synoptiseurs n'ont pas cru pouvoir
faire de même.
MATTHIEU, XV, 21. Jésus, étant parti de là, se retira du côté de
Tyr et de Sidon.
MARC, VII, 24. Partant ensuite de là, il s'en alla sur les-connus de
Tyr et de Sidon ; et étant entré dans une maison, il voulait que
personne ne le sût, mais il ne put demeurer taché.
1 Cf. Le Saint-Esprit.
2 Cf. Le Saint-Esprit.
3 Lévitique, XV, 19-31.
4 On a enlevé Pierre dont la présence aux côtés de sa femme éclairait toute l'allégorie.
32. Et il regardait tout autour, pour voir celle qui l'avait fait.
Jésus le sait bien, il la connaît depuis le Figuier !
MATTHIEU, IX, 22. Mais Jésus s'étant retourné, la vit.
LUC, VIII, 47. La femme, voyant qu'elle n'était pas restée cachée,
vint toute tremblante, et se jeta à ses pieds ; et elle déclara
devant tout le peuple pourquoi elle l'avait touché, et comment
elle avait été guérie à l'instant.
MARC, V, 33. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce
qui s'était passé en elle, vint et se prosterna devant lui, et lui dit
toute la vérité.
Cette vérité, nous la connaissons par les Paroles du Rabbi : Mon règne sera
quand ce qui est dehors sera dedans et que vous aurez foulé aux pieds le
vêtement de la pudeur, en un mot quand Ève sera rentrée dans Adam.
MARC, V, 34. Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a sauvée : allez
en paix, et soyez guérie de votre infirmité.
LUC, VIII, 48. Et Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a sauvée,
allez en paix.
MATTHIEU, IX, 22. ... Et il dit : Ma fille ayez confiance, votre foi
vous a guérie. Et cette femme fut guérie à l'heure même.
MARC, V, 29. Et aussitôt la source du sang tarit, et elle sentit en
son corps qu'elle était guérie de son mal.
LUC, VIII, 44. Et aussitôt sa perte de sang s'arrêta.
Nous pouvons être tranquilles. Dès le moment que la femme de Shehimon est
guérie de sa division en deux, et par conséquent capable d'être réadamisée avec
son homme, la fille de Jaïr n'est pas morte.
MARC, V, 35. Comme il parlait encore, des gens du chef de
Synagogue vinrent, disant : Votre fille est morte ; pourquoi
tourmentez-vous davantage le Maître ?
LUC, VIII, 49. Comme il parlait encore, quelqu'un vint dire au chef
de la synagogue : Ta fille est morte, ne le tourmente pas.
Il est étrange que la fille de Jaïr soit morte, puisque Jésus vient de la guérir dans
la rue et de la rendre apte à vivre éternellement dans son mari. Ces gens sont
des compères évidemment ! Puisqu'elle a vécu dans cette foi, et que cette foi l'a
sauvée, elle ne peut être qu'en sommeil.
MARC, V, 36. Mais Jésus, cette parole entendue, dit au chef de
synagogue : Ne craignez point ; croyez seulement.
37. Et il ne permit à personne de le suivre, sinon à Pierre,
Jacques [et à Ieou-Shanâ-os, frère de Jacques.]
LUC, VIII, 50. Mais Jésus, ayant entendu cette parole, dit au père
de la jeune fille : Ne crains point, crois seulement, et elle sera
sauvée.
51. Et quand il fut venu à la maison, il ne laissa entrer personne
avec lui, si ce n'est Pierre, Jacques [et Ieou-Shanâ-os] et le père et
la mère de la jeune fille.
Cette scène étant jouée par des revenants, il semble que Jaïr existât encore lors
de la mort de sa fille. Mais mort ou vivant, il faut qu'il soit présent avec sa
femme pour être témoin que, s'ils sont morts divisés, ils seront un jour
réadamisés, puisque d'ores et déjà leur fille est réadamisable uniquement pour
avoir été la femme de Shehimon. Nous sommes également certains que si
Shehimon avec Jacob senior entra dans la maison où sa femme était étendue
morte, le Joannès ne put les suivre, empêché par son naziréat. Personne n'eût
accepté qu'il violât son vœu : nous avons vu ses deux sœurs, Thamar et Maria
Cléopas, aller au-devant de lui pour lui éviter la souillure qu'il aurait contractée
en voyant par mégarde le cadavre d'Eléazar1. On l'a introduit dans cette
résurrection pour donner le change aux goym sur son état de Nazir.
MARC, V, 38. En arrivant à la maison du chef de synagogue, il vit
du tumulte, des gens pleurant et poussant de grands cris.
39. Or, étant entré, il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous et
pleurez-vous ? la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort.
MATTHIEU, IX, 23. Or, lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef
de synagogue, et qu'il eut vu les joueurs de flûte et la foule
tumultueuse, il disait : Retirez-vous : car la jeune fille n'est pas
morte, mais elle dort.
LUC, VII, 52. Or tous pleuraient et se lamentaient sur elle. Mais
Jésus dit : Ne pleurez point, la jeune fille n'est pas morte, mais
elle dort.
MATTHIEU, IX, 24... Et ils se moquaient de lui.
MARC, V, 40. Et ils, se riaient de lui. Mais Jésus, les ayant tous
renvoyés, prit le père et la mère de la jeune fille, et ceux qui
étaient avec lui, et entra dans le lieu où la jeune fille était
couchée.
41. Et tenant la main de la jeune fille, il lui dit : Talitha, koumi !
(c'est-à-dire, fille, levez-vous) je vous le commande !
42. Au même instant la fille se leva et se mit à marcher, [car elle
avait déjà douze ans]2, et ils furent merveilleusement étonnés.
43. Mais il leur recommanda très expressément de prendre garde
que personne ne le sût ; et il leur dit qu'on lui donnât à manger3.
LUC, VIII, 53. Et ils se riaient de lui, sachant qu'elle était morte.
54. Mais Jésus, prenant sa main, éleva la voix, disant : Jeune
fille, lève-toi !
55. Et l'esprit lui revint, et elle se leva aussitôt ; et il lui fut
donner à manger.
56. Et ses parents étaient hors d'eux-mêmes d'étonnement, et il
leur commanda de ne dire à personne ce qui s'était passé4.
1 Cf. la parabole dite de l'enfant prodigue, dans Les Évangiles de Satan, 1re partie.
2 Ta elkè, traduites généralement par ulcères et qui doivent l'être par plaies et blessures,
étant donné la façon dont est mort Eléazar.
3 Si l'on disait comment et par qui, il n'y aurait plus de parabole.
4 Il est dans une situation un peu inférieure à celle de Shehimon et de Cléopas, ses
beaux-frères qui, eux, sont devenus anges de leur propre mouvement. Cf. L'Évangile de
Nessus.
5 C'est sa place de par l'Apocalypse, et même de par la géographie, car il fut enseveli en
terre espagnole, au milieu des goym.
6 Malgré tout, Abraham est le père d'Antipas, comme il était celui d'Eléazar ; mais
Antipas est d'Esaü par Amalech, tandis qu'Eléazar est de Jacob par Juda.
7 L'eau du baptême. Eléazar avait été baptisé par son beau-frère.
8 Le ciel.
9 L'enfer.
passer au ciel où les portes lui ont été ouvertes par la mort de son descendant,
car vous l'avez vu déjà1, Bar-Jehoudda descendait d'Abraham. Si c'est la mort de
Bar-Jehoudda qui a ouvert le ciel à Abraham, celui-ci y est monté le vendredi 17
nisan 789 vers trois heures du soir. Éléazar étant mort environ un mois
auparavant, en adar 788, il en résulte qu'il n'a pu trouver Abraham au ciel
lorsque les anges l'y ont transporté, il est arrivé un mois avant lui ! Ce n'est donc
pas Éléazar qui a été transporté dans le sein d'Abraham. C'est Abraham, s'il a
suivi la doctrine du Saint-Siège, qui a été transporté dans le sein d'Éléazar. Or on
ne peut douter qu'il l'ait suivie, puisque le Saint-Siège est infaillible. Sacrifierons-
nous Jésus au Saint-Siège ? Sans aucune hésitation. Jésus est donc un
abominable imposteur, lorsque, dans cette parabole, il nous montre Éléazar
habitant le sein d'Abraham, — au ciel, il spécifie bien, — un mois avant
l'ascension de ce patriarche.
Mais qu'arrive-t-il si nous sacrifions Jésus au Saint-Siège ? Ceci, qu'Abraham
étant monté au ciel le 17 nisan par la mort de Bar-Jehoudda, celui-ci, lorsqu'il y
est monté lui-même, a trouvé la place occupée par Éléazar. En effet, nous
savons par Cérinthe qu'en 802, quatorze ans après sa crucifixion, il était encore
sur terre où il attendait que Jésus vînt pour l'assumer, et même il avait eu la
douleur de voir son frère Shehimon glorifié avant lui2. Il apparaît donc bien que
le Juif consubstantiel au Père n'est monté au ciel que le dernier, comme
Hyménée et Philète l'ont fait doctement observer. En outre il apparaît qu'entre
l'assomption d'Éléazar par les anges en adar 788 et celle de Bar-Jehoudda qui ne
peut être antérieure à 802, il y eut l'ascension d'Abraham le 17 nisan 789. Car
nous ne pouvons supposer qu'ayant vu les portes du ciel ouvertes par la mort du
Juif consubstantiel au Père commun, Abraham n'ait pas su — lui qui, ayant pris
sa sœur pour femme, la faisait passer pour sa sœur afin de la mieux vendre —,
profiter d'une aussi belle occasion pour s'offrir au sein qui lui procurât, même
tardivement, le voisinage de Dieu. On peut donc être sûr qu'il est allé au ciel
aussitôt qu'il a pu. Or le voici qui, à une date antérieure non seulement au 17
nisan, mais au 14, jour de la crucifixion de Bar-Jehoudda, déclare à Antipas que
désormais il y a entre la terre et le ciel un abîme infranchissable aux mortels.
Bar-Jehoudda est donc resté à Machéron par la volonté d'Abraham ; il est dans le
même enfer qu'Antipas, à la latitude près. Car on ne Peut douter qu'Antipas ne
soit en enfer, et si on avait des doutes, le Saint-Siège les lèverait tous par ce
commentaire : Le mauvais riche, dit Saint-Jean Chrysostome, n'est pas damné
parce qu'il fut riche, mais parce qu'il ne fut pas miséricordieux. Le mauvais riche,
dit saint Grégoire, n'est pas damné pour avoir dérobé le bien d'autrui, mais pour
n'avoir pas fait de son propre bien un légitime usage. Le mauvais riche, dit saint
Ambroise, n'est pas damné pour avoir frappé le pauvre, mais pour avoir été
réellement homicide envers lui, en le laissant mourir sans secours.
Cependant Antipas ne se considère pas comme condamné définitivement par la
déclaration d'Abraham. 11 n'a pas perdu tout espoir, à l'encontre de ce que
Pensent Jean Chrysostome, Grégoire et Ambroise. Cette déclaration toutefois lui
est pénible, et il a déjà cinq frères logés dans cinq maisons qui ne répondent pas
précisément aux bons signes :
Le premier, dans la Balance.
Le second, dans le Scorpion.
Grâce aux chiffres donnés par Cérinthe dans sa séméiologie du sacre, nous avons
pu rétablir la date à, laquelle Bar-Jehoudda se fit roi en Bathanée. Pour-donner le
change aux goym, les synoptiseurs de Luc ont fait de cet événement un épisode
sans caractère et qui se serait passé dans un village qui n'est plus bathanéen,
réservant le sacre pour les tout derniers jours de la logophanie.
Après avoir enlevé tout ce qui s'est passé dans la maison d'Eléazar, ainsi que la
livre de parfum et les trois cents deniers qui nous ont permis de fixer la date du
sacre, l'Evangéliste enlève à Salomé, en Evangile Myriam Magdaléenne, son titre
maternel et son rôle-Politique dans cette circonstance, de sorte qu'aujourd'hui
elle n'est plus que la sœur de Thamar, laquelle cesse d'être la femme d'Eléazar,
ressuscité par Jésus plusieurs jours avant le supplice de Bar-Jehoudda.. Avouez
que l'Evangéliste ne pouvait laisser en place la séméiologie du sacre.
LUC, X, 38. Or il arriva que, pendant qu'ils étaient en chemin, il
entra dans un village ; et une femme, nommée Marthe, le reçut
dans sa maison,
Laquelle était la maison de son mari, comme il appert de Cérinthe.
Ce village, dit l'Infaillible, était dans la partie méridionale de la Galilée, non loin
de Naïm. Selon Mgr Darboy, c'était Béthanie ; selon d'autres commentateurs
Marthe avait pour sœur Marie-Madeleine et pour frère Lazare ; ils appartenaient
à une famille considérable. Il semble que Marthe fut l'ainée, car elle est toujours
citée la première1 : c'est aussi à cause de cette qualité sans doute qu'on la voit
faire à Jésus-Christ les honneurs de la maison et déployer plus que personne les
sollicitudes de l'hospitalité. Sa sœur Marie était d'une nature moins agissante2.
On pense que Lazare, Marthe et Marie-Madeleine quittèrent la Galilée avec leur
maître et ami divin, et fixèrent leur séjour en Judée, non loin de Jérusalem. Il est
certain, dans tous les cas, qu'ils habitaient le bourg de Béthanie, à quinze stades
ou trois quarts de lieue de la Ville sainte, durant les six mois qui précédèrent la
mort du Sauveur.
39. Et celle-ci (Thamar) avait une sœur, nommée Myriam,
laquelle, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Thamar avait en effet une sœur appelée Salomé, et mariée à Cléopas, et il est
bien vrai que dans les Évangiles elle porte le même surnom, Myriam, que sa
mère. Mais c'est de celle-ci qu'il s'agit, et non de la femme de Cléopas. Au fond
tout le monde en convient.
40. Cependant Marthe s'occupait avec empressement des soins
nombreux du service ; elle s'arrêta, et dit : Seigneur, ne voyez-
vous pas que ma sœur me laisse servir seule ? dites-lui donc
qu'elle m'aide.
41. Mais le Seigneur, répondant, lui dit : Marthe, Marthe, vous
vous inquiétez et vous vous troublez de beaucoup de choses.
42. Or une seule chose est nécessaire. Myriam a choisi la
meilleure part qui ne lui sera pas ôtée.
Une seule chose était nécessaire en février 788 : mentir dans l'intérêt de Bar-
Jehoudda candidat à la Royauté universelle ; une seule chose est devenue
nécessaire avec le temps : mentir dans l'intérêt de l'Eglise. En disant que
Magdaléenne a choisi la meilleure part, ce n'est pas que le Seigneur voulût
blâmer Marthe, car elle eut aussi sa récompense, c'est-à-dire le don de la foi et
de la charité, mais il voulait recommander la noble occupation de Marie, qui a
tant d'influence sur les destinées de l'âme humaine. L'antiquité ecclésiastique a
toujours vu dans ces deux femmes le double symbole de la vie active et
répandue en bonnes œuvres, et de la vie contemplative et consumée en ardentes
prières.
L'antiquité ecclésiastique n'a jamais varié : elle a toujours su que la Myriam du
sacre était la mère de Bar-Jehoudda. En voici une nouvelle preuve.
1 Son fils répare cet oubli dans l'allégorie du Mont des Oliviers.
2 Selon la formule de Cérinthe. Cf. L'Évangile de Nessus.
3 Bar-Jehoudda les remettait bien !
4 Cf. L'Évangile de Nessus.
5 Jehoudda-Is-Kérioth est censé y être, puisqu'il est censé n'être pas chez son père
quand Jésus s'y attable !
6 Dans le sens de puissances. L'Église déshonore celle qu'elle appelle la mère de Dieu en
donnant un sens diffamatoire au mot daimonia.
7 Inconnue. La veuve de Jaïr peut-être.
IX. — QU'EST-CE QUE JÉSUS POUR ANTIPAS ET LES
HÉRODIENS ? JOANNÈS RESSUSCITÉ.
Jésus ordonne ensuite de passer de l'autre côté du lac, ce qui montre une fois de
plus que Kapharnahum était bien sur la rive orientale, du même côté que Gamala
où venait de se livrer la bataille entre Antipas et les Arabes. Cet ordre n'est que
dans Matthieu. Placé avant la Journée des Porcs, il doit se placer après. Le
revenant commande ce qu'il a commandé en 788, de passer sur la rive
occidentale et de traverser rapidement la Galilée.
MATTHIEU, VIII, 18. Or Jésus, voyant une grande foule autour de
lui, ordonna de passer à l'autre côté de la mer.
19. Alors un scribe, s'approchant, lui dit : Maître, je vous suivrai
partout où vous irez.
20. Et Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux
du ciel, des nids ; mais le fils de l'homme1 n'a pas où reposer sa
tête.
21. Un autre de ses disciples lui dit : Seigneur, permettez-moi
d'aller d'abord et d'ensevelir mon père.
22. Mais Jésus lui dit : Suis-moi, et laisse les morts ensevelir
leurs morts.
Cette parole est parfaitement à sa place ici, et si Eléazar avait eu un fils en âge
de combattre, elle lui conviendrait mieux qu'à tout autre. Aux Hérodiens, c'est-à-
dire ceux qui ne ressusciteront que pour con- naître la seconde mort, à ceux-là
d'ensevelir leurs morts. Quant au disciple, pourquoi se donner cette peine ? Dans
quelques jours, son père ressuscitera pour jamais. C'est en somme pour
confirmer cette doctrine, et peut-être ce propos, que dans Cérinthe Jésus se met
en marche afin de ressusciter Eléazar.
Dans Luc les synoptiseurs ont placé ce propos, avec quelques autres de même
farine, immédiatement après la déconfiture de Bar-Jehoudda en Samarie. Il fait à
cet endroit le plus singulier effet, quand on sait la panique qui s'empara de tous
ces preux devant la cavalerie de Pontius Pilatus.
LUC, IX, 57. Et il arriva, comme ils étaient en chemin, que
quelqu'un lui dit : Je vous suivrai partout où vous irez.
58. Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du
ciel des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête.
59. Mais il dit à un autre : Suis-moi. Celui-ci répondit : Seigneur,
permettez-moi d'aller et d'ensevelir mon père.
60. Et Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour
toi, va, et annonce le Royaume de Dieu.
1 On a enlevé les mots son frère dans Matthieu et dans Luc, à une époque où on ne
voulait plus avouer ce frère-là ni aucun autre.
2 Tout autre en effet. Il devient non pas bon, mais moins méchant ; non pas divin ni
même génial, mais moins bête.
3 Il y a Rabbi dans le texte.
4 Kurié. Les Paroles du Rabbi ont été traduites en grec sous le titre de Logia kuriou. Cf.
Les Évangiles de Satan, première partie.
5 Luc aussi, plus loin.
31. Paraissant en grande majesté ; et ils parlaient de sa fin1, qui
devait s'accomplir à Jérusalem.
32. Cependant Pierre et ceux qui se trouvaient avec loi, étaient
appesantis par le sommeil.
Shehimon, Jacob et Joannès ont d'heureuses dispositions pour le sommeil ; le
parti qu'ils en tirent ici fait bien augurer de celui qu'ils en tireront au Mont des
Oliviers. Ces dispositions sont confirmées par uns longue habitude, il y a bien
deux cents ans qu'ils sont morts !
MARC, IX, 6. Cependant il se fit une nuée qui les couvrit de son
ombre ; et il vint de la nuée une voix disant : Celui-ci est mon fils
bien-aimé ; écoutez-le.
MATTHIEU, XVII, 5. Il parlait encore, lorsqu'une nuée merveilleuse
les couvrit. Et voici une voix de la nuée, disant : Celui-ci est mon
fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances. Ecoutez-
le.
Dans ces paroles les disciples de l'Agneau reconnaissent une aimable
combinaison de ce que Dieu avait dit à Bar-Jehoudda par la colombe de
l'Apocalypse avec ce que Moïse avait dit du prophète semblable à lui et que tous
les Juifs devaient écouter comme lui-même ; ils se sont rapprochés.
6. Or les disciples, entendant cela, tombèrent sur leur face, et
furent saisis d'une frayeur extrême.
7. Mais Jésus s'approcha et les toucha ; et il leur dit : Levez-vous
et ne craignez point.
8. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus personne, si ce n'est
Jésus, seul.
MARC, IX, 7. Et aussitôt, regardant tout autour, ils ne virent plus
personne, si ce n'est Jésus seul avec eux.
Dans Luc Jésus ne touche pas les disciples, mais en voyant sa gloire ceux-ci se
réveillent.
LUC, IX, 32... Et, se réveillant, ils virent sa gloire, et les deux
hommes qui étaient avec lui.
33. Et il arriva que, lorsqu'ils le quittèrent, Pierre dit à Jésus :
Maître, il nous est bon d'être ici ; faisons trois entes, une pour
vous, une pour Moïse, et une pour Élie ; ne sachant ce qu'il disait.
Il est censé ne pas savoir ce qu'il dit, parlant en 788 ; mais il sait très bien ce
qu'il fait, parlant deux siècles après.
Il n'y a qu'une tente, qui les contient toutes ; c'est la tente de David, la tente fixe
qui doit couvrir le monde et remplacer toutes les tentes particulières. Vous vous
rappelez sans doute qu'en attendant la ceinture du frère Jacques, le pseudo-Paul
s'essaye à la confection et à la pose de cette tente chez les Corinthiens2.
Cependant, Moïse et Elie s'étant retirés, il reste deux tentes disponibles, en
dehors de la première qui est celle du Joannès transfiguré. La seconde sera pour
1 Cf. Le Charpentier.
13. Alors les disciples comprirent qu'il leur avait parlé de Ieou-
Shanâ-os le baptiseur.
Voilà qui est entendu. On traitera Jésus exactement comme on a traité Joannès,
l'ombre comme on a traité le corps, et il ressuscitera, puisque tout le monde
convient que Joannès est ressuscité. Mais comme on lui fera en tout comme à
Joannès, c'est que celui-ci est mort crucifié et non décapité. Nous le savons
depuis longtemps, mais nous ne sommes pas fâchés de l'entendre dire par Jésus
lui-même. De plus nous apprenons de sa bouche qu'il n'a pas été victime
d'Hérodiade, mais condamné par les magistrats réunis en sanhédrin pour le
juger, ce qu'ils ont pu faire comme ils ont voulu, l'ayant condamné par
contumace. Enfin nous avons déjà vu que, s'il a été crucifié par les Romains,
c'est après leur avoir été livré par les sergents du Temple, et que par conséquent
Antipas ne l'a pas fait saisir chez lui pour lui trancher la tête, comme nous allons
le lui voir faire dans un instant.
1 Jésus ou le Dieu-Fils en forme d'homme, tel qu'il est défini par l'Apocalypse.
2 Cf. Le Roi des Juifs.
MATTHIEU, XX, 17. Or Jésus, montant à Jérusalem, prit à Part les
douze disciples et leur dit :
18. Voilà que nous montons à Jérusalem, et le fils de l'homme1
sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le
condamneront à mort.
19. Et ils le livreront aux Gentils pour être moqué et flagellé et
crucifié ; et le troisième jour il ressuscitera2.
Dans le dispositif qui suit on supprime le fait de la condamnation à mort
prononcée par le sanhédrin, et on prépare la combinaison dans laquelle Bar-
Jehoudda n'est condamné que le matin de sa crucifixion, sans preuves et même
sans instruction préalable.
MARC, VII, 31. Il commença en même temps à leur enseigner
qu'il fallait que le fils de l'homme souffrit beaucoup qu'il fût rejeté
par les anciens, par les princes des prêtres et par les scribes, qu'il
fût mis à mort, et qu'après trois joue il ressuscitât3.
LUC, IX, 22. Il ajouta : Il faut que le fils de l'homme souffre
beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, par les princes des
prêtres et par les scribes, qu'il soit mis à mort et qu'il ressuscite
le troisième jour.
MATTHIEU, XVI, 21. Dès lors Jésus commença à découvrir à ses
disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrit beaucoup
de la part des anciens, des scribes et à princes des prêtres ; qu'il
fût mis à mort, et que le troisième jour il ressuscitât.
22. Et, le prenant à part, Pierre se mit à le reprendre disant :
Dieu ne plaise, Seigneur ! cela ne vous arriver point.
23. Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : Retire-toi de moi,
Satan ; tu es un scandale pour moi, parce que t ne goûtes pas ce
qui est de Dieu, mais ce qui est de hommes.
MARC, VIII, 32. Et il en parlait ouvertement. Alors Pierre, le tirant
à part, commença à le reprendre.
33. Mais Jésus, se retournant et regardant ses disciples
gourmanda Pierre, disant : Retire-toi de moi, Satan parce que tu
ne goûtes pas ce qui est de Dieu, mais ce qu'est des hommes.
Shehimon est mort, crucifié comme son frère le christ, dans la poursuite du
Royaume de ce monde, et c'est Pourquoi Jésus le traite de Satan, car c'est à
Satan qu'appartiennent tous les royaumes de la terre, ainsi qu'il est dit au
chapitre des trois tentations4. Cet anathème entraînant celui de Bar-Jehoudda,
les synoptiseurs de Luc l'ont supprimé ; et comme ils sont en même temps les
auteurs des Actes des Apôtres, ils ont prêté à Pierre dans ce recueil un mot par
1 Ils font bien, car il lui serait difficile d'expliquer comment il se fait que les synoptiseurs
de Marc comptent trois jours entre sa mort (vendredi 16 nisan, deux ou trois heures
avant la fin de la journée) et son enlèvement du Guol-golta (dimanche 18, deux ou trois
heures après la fin du sabbat.) Ne jamais oublier que la journée juive commençait à six
heures du soir.
2 Rédaction moderne en contradiction avec le dispositif emprunté à Jonas par identité de
cas, et qui stipule le quatrième jour.
3 Les Actes des Apôtres le reconnaissent. Cf. Le Saint-Esprit.
LUC, XVIII, 31. Ensuite Jésus prit à part les douze1 et leur dit :
Voici que nous montons à Jérusalem, et que s'accomplira tout ce
qui a été écrit par les prophètes touchant le Fils de l'homme :
33. Car il sera livré aux Gentils, et raillé, et flagellé, et couvert de
crachats ;
33. Et après qu'ils l'auront flagellé, ils le feront mourir, et le
troisième jour il ressuscitera.
34. Mais ils ne comprirent rien de ces choses, et cette parole leur
était cachée : ainsi ils ne comprenaient, point ce qui leur était dit.
Ils n'en comprenaient pas un traitre mot, car il n'y a Pas une ligne dans tous les
prophètes qui n'annonce le règne éternel du Fils de l'homme ; comme dans la
Nativité selon ce même Luc, et vous savez assez par Cérinthe que le christ se
croyait immortel au moins Pour mille ans. Pour mettre ces paroles en harmonie
avec le dispositif nouveau dans lequel Jésus célèbre la Pâque (ce qui retarde la
crucifixion d'un jour), on lui fait dire qu'il ressuscitera le troisième jour, ce qui est
en opposition avec le dispositif cérinthien dans lequel il se Présente pour
ressusciter Bar-Jehoudda le quatrième Jour, et ne l'ayant pas trouvé au Guol-
golta, remet l'opération à plus tard.
L'indignation des dix est fondée sur le droit des douze tribus à l'égalité de
traitement, droit qui avait été violé par celle de Juda et défendu par Is-Kérioth
pour celle de Dan. Les autres martyrs de la famille, Eléazar, Shehimon, Jacob
senior et Ménahem, font entendre également des réclamations fort vives dans
lesquelles Ils sont soutenus par les disciples. Car on les sacrifie tous à leur frère
aîné qui fut loin d'être brillant au Sôrtaba et ailleurs. L'Evangéliste a abusé de
ces dis-Pales de préséance, elles éclatent, jusque dans la Cène ! Jésus sent le
besoin d'y mettre un terme. Déjà dans Cérinthe il leur a expliqué les avantages
du silence1.
MATTHIEU, XX, 25. Mais Jésus les appela à lui, et leur dit : Vous
savez que les princes des nations les dominent, et que les grands
exercent la puissance sur elles.
26. Il n'en sera pas ainsi parmi vous, mais que celui qui voudra
être le plus grand parmi vous, soit votre serviteur ;
27. Et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera votre
esclave :
28. Comme le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi,
mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption d'un grand
nombre.
Dans Matthieu et dans Marc les synoptiseurs s'arrangent de manière que Jésus
arrive aux confins de la Judée sans être passé par la Samarie. Selon
l'interprétation du Saint-Siège, il part de Kapharnahum, — Cérinthe fait partir
Bar-Jehoudda de Bathanée six jours avant la pâque, — et se dirige vers
Jérusalem par la Pérée, à l'est du Jourdain, pour ne pas traverser la Samarie,
pays hostile aux Juifs. Mais nous savons par Flavius Josèphe qu'il s'est jeté en
Samarie avec sa bande. Nous allons avoir confirmation de ce fait par Luc, et nous
savions déjà par Cérinthe qu'il avait négocié avec les Samaritains en 7851, dans
l'espoir qu'ils lui livreraient passage et s'assembleraient sur la Garizim, d'où il les
conduirait à l'assaut de Jérusalem.
MARC, X, 1. Partant de là, il vint aux confins de la Judée, au-delà
du Jourdain2 ; et le peuple s'assembla de nouveau près de lui, et,
selon sa coutume, il recommença à les instruire.
MATTHIEU, XIX, 1. Or il arriva que, lorsque Jésus eut achevé ses
discours, il partit de Galilée et vint aux confins de la Judée, au
delà du Jourdain ;
2. Et de grandes troupes le suivirent, et il les guérit.
Ces grandes troupes, ce sont les cent quarante-quatre mille anges de soixante-
douze mètres de haut. Mais la statistique officielle les réduit à environ huit cents
hommes beaucoup plus habitués à montrer leur derrière que leur devant.
Luc est le seul dans lequel on évoque la déconfiture du roi des Juifs en Samarie
et l'arrestation qui s'ensuivit à Lydda.
LUC, IX, 51. Or il arriva que, quand les jours où il fut pris3
s'accomplissaient, il fixa son visage pour aller à Jérusalem.
Analambanomai, c'est être pris. Et quand les Évangélistes entendent que cette action se
produit dans le sens de la terre au ciel, ils l'indiquent en ajoutant eis tón ouranon.
1 Fils du tonnerre.
2 Cf. Le Roi des Juifs.
Tandis qu'il fuyait devant Pilatus, Antipas le faisait Poursuivre par Saül, à qui
Shehimon, soit dans la rencontre de Lydda, soit auparavant, enlevait l'oreille
droite d'un coup d'épée1. Jésus qui est décidé à la lui remettre dans trois jours
au Mont des Oliviers, — il aime encore mieux cela que de voir Flavius Josèphe
Protester contre cet itinéraire ! — Jésus poursuit son Chemin vers Jéricho avec la
certitude de n'être arrêté ni Crucifié par personne.
32. Et il leur dit : Allez, et dites à ce renard : Voilà que je chasse
les démons et guéris les malades aujourd'hui et demain, et c'est
le troisième jour que je dois être consommé.
33. Cependant il faut que je marche aujourd'hui et demain, et le
jour suivant, parce qu'il ne peut se faire qu'un prophète périsse
hors de Jérusalem.
Il s'est donc écoulé trois jours, les 12, 13 et 14 nisan, entre la fuite du roi des
Juifs au Sôrtaba et sa crucifixion au Guol-golta. C'est le second jour, 13, qu'il fut
arrêté à Lydda par Is-Kérioth.
34. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides
ceux qui te sont envoyés2, combien de fois ai-je voulu rassembler
tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses
ailes, et tu ne l'as point voulu !
MATTHIEU, XXIII, 37. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les
prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-
je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses
petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu !
Le Saint-Siège en substituant le mot oiseau3 au mot poule, détruit tout le sens
de l'allégorie préparée par le nom de renard appliqué à Antipas qui avait fait son
terrier en Galilée, d'où il courait la poule davidique jusqu'à Gamala. Jésus envoie
un souvenir en passant au coq tué dans le Temple en 761, et à l'un des poussins
lapidé par le prince Saül en 787. Mais Jérusalem en a été punie, ainsi que de
toutes les exécutions q ont suivi !
LUC, XIII, 35. Voici que votre maison vous sera laissée déserte4.
Je vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu'à ce qu'il arrive que
vous disiez : Béni celui qui vient au nom du Seigneur !
MATTHIEU, XXIII, 38. Voilà que votre maison vous sera laissée
déserte.
39. Car je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce que
vous disiez : Béni celui qui vient au nom du Seigneur.
Le passage suivant, un des plus curieux, n'est que dans Luc. Il a trait à deux
circonstances historiques dont nous avons parlé et qui embrassent un intervalle
de trente-et-un ans ou de trente-cinq : le massacre des Partisans de Bar-
Jehoudda dans le Temple le 14 nisan 788 an moment où ils sacrifiaient l'agneau
pour la pâque du soir1 ; l'écrasement des derniers fidèles de Ménahem, soit en
819 dans l'Ophlas, soit en 823 à la fontaine de Siloé2.
LUC, XIII, 1. En ce même temps, quelques-uns vinrent lui
annoncer ce qui s'était passé touchant les Galiléens dont Pilatus
avait mêlé le sang à leurs sacrifices.
2. Et. Jésus, répondant, leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens
fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu'ils
ont souffert de telles choses ?
3. Non, je vous le dis ; mais si vous ne faites pénitence, vous
périrez tous de la même manière.
4. Comme ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé, et qu'elle
tua, croyez-vous qu'ils fussent plus condamnables que tous les
autres habitants de Jérusalem ?
5. Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous
périrez tous de la même manière.
Nous avons fourni tous les éclaircissements possibles sur ces deux événements,
nous n'y revenons pas. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que le revenant de Bar-
Jehoudda ait appris l'entrée de Pilatus dans le Temple le 14 nisan 788. Revenant
au troisième ou au quatrième siècle, il a eu plusieurs années jubilaires derrière
lui pour enrichir, en ouvrant Philon et Josèphe au bon endroit, le bagage de ses
connaissances historiques. Mais depuis que l'Église fait mourir Bar-Jehoudda sept
ans avant la date réelle, son revenant ne fait plus d'histoire, il fait de la
divination !
Luc est également le seul qui mette en scène, et à deux reprises, un Samaritain
anonyme dont l'attitude envers Jésus contraste d'une singulière façon avec le
malveillance des Juifs de Samarie. Quel peut être ce Samaritain ?
LUC, XVII, 11. Et il arriva qu'en allant à Jérusalem, il traversait le
pays de Samarie (et la Galilée)4.
1 Zôén aiônion, l'Æon-Zib, le Cycle de mille ans. C'est en propre termes la question que
lui pose, également pour le tenter, le jeune homme riche qui l'appelle bon maître.
2 Cf. Le Roi des Juifs.
3 Cf. Les Evangiles de Satan, 1re partie et Les Marchands de Christ.
4 Cf. L'Evangile de Nessus.
35. Et le jour suivant, il tira deux deniers, et, les donnant à l'hôte,
dit : Aie soin de lui ; et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le
rendrai à mon retour.
L'homme qui reviendra est le crucifié lui-même, il est en voyage sous les traits
du Samaritain. Tu n'es qu'on Samaritain, lui disent les gens de Jérusalem1.
Tertullien l'appelle le Samaritain, peut-être par allusion An rôle qu'il joue ici. Il
s'est rencontré avec l'Haramathas — comme Myriam avec Éloï-schabed2 — à la
première heure du samedi 17 nisan, lorsque cet étranger a lavé ses plaies et les
a entourées de bandelettes avec l'aide de Nicodème (Cléopas) ; et pendant toute
cette journée son corps a reçu l'hospitalité du caveau où personne avant lui
n'avait été placé. Le dimanche, qui est le second des jours où il a été recueilli
dans cette hôtellerie, l'Haramathas s'est trouvé avoir dépensé les deux deniers
qui, aux termes de la comptabilité allégorique dont nous avons donné tant
d'exemples, valent deux journées d'ouvrier3, qui sont le samedi et le dimanche,
et ces deux journées avec tout ce qui a été dépensé de plus, l'hospitalisé les lui
doit depuis le 18 nisan 789. Il les lui rendra lorsqu'il reviendra. Et naturellement
il les lui rendra au centuple ! Du prêtre et du lévite qui l'ont laissé au Guol-golta,
et de l'étranger qui lui a facilité l'accès de sa dernière demeure :
36. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui
tomba entre les mains des voleurs ?
37. Le docteur répondit : Celui qui a été le plus compatissant pour
lui. Et Jésus lui dit : Va, et fais de même.
Oui, et surtout ne va pas dire aux goym le sens secret de la parabole ! Ne va pas
leur dire non plus que Si le Royaume s'était réalisé à la pâque de 789, Bar-
Jehoudda en aurait impitoyablement chassé le fossoyeur incirconcis qui remuait
les crânes à la pelle dans le charnier des criminels !
Luc fait des avances à ces Samaritains que les christiens de Matthieu et de Marc
regardent comme une immondice laissée par le Démon sur la terre juive. C'est
que les circonstances commandaient un rapprochement. Les Samaritains étaient
nombreux dans Alexandrie où ils formaient une secte que l'auteur de la fausse
Lettre d'Hadrien4 se garde de confondre avec les Juifs et les christiens
gnostiques ou jehouddolâtres. Le temps avait passé depuis la chute de
Jérusalem. Cérinthe, en vrai politique (car il est meilleur comme politique que comme
théologien), essaie de les amadouer dans le Quatrième Évangile5. Maudits par les
Juifs, exclus des avantages conférés à ceux-ci, regardés comme de faux : frères,
ils étaient des témoins dangereux pour les jehouddolâtres, le roi-christ ayant été
battu puis enterré chez eux. Les christiens firent sans doute des recrues parmi
eux, en leur rendant cette part de vie éternelle que leur refusaient les Juifs
impitoyables. Mais il fallait Io mot de Jésus qui réconciliât au moins les
Samaritains et les Davidistes. Ce mot, ni Matthieu ni Marc, ne le prononçaient.
Au contraire, haine aux Samaritains, la folle nation qui demeure à Sichem,
comme dit l'Ecclésiastique ! Dans Cérinthe Jésus franchit le pas : il parle à la
Samaritaine, il lui demande à boire, elle lui tend la cruche, et dans l'eau du puits
Jésus veut bien jouer le rôle de Bar-Jehoudda jusqu'à la fin, mais il ne veut pas
repasser par le chemin qui lui a été si fatal. Il n'ira point à Lydda, il se tiendra
toujours à l'est de la route qu'il a suivie après l'affaire du Sôrtaba. Il se dirige
vers Jérusalem par Jéricho. C'est à Jéricho que Bar-Jehoudda comptait opérer sa
Jonction avec les bandes qui devaient lui arriver par la vallée du Jourdain.
Mais comme il a été arrêté à Lydda, se dirigeant vers Joppé, il n'a pu voir l'entrée
qu'il se proposait de faire à Jéricho. Il y a un moyen bien simple pour qu'il ait vu
cela, c'est de lui ouvrir encore une fois les yeux, car s'il n'a rien vu, c'est
apparemment qu'il était toujours aveugle, malgré l'application de salive et de
limon que Jésus lui avait faite devant la Maison de pèche2.
LUC, XVIII, 35. Or il arriva, lorsqu'il approchait de Jéricho, qu'un
aveugle était assis au bord du chemin, mendiant.
36. Et entendant la foule qui suivait le chemin, il demanda ce que
c'était.
37. On lui dit que Jésus de Nazareth passait.
38. Alors il cria, disant : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi !
Tous les pseudonymes de la fable ayant été percés à Jour, il arriva que celui de
Zakhûri fut atteint dans sa noblesse et passa pour être le nom d'un pécheur, tout
Comme celui de Jésus, qualifié de pécheur dans Cérinthe1, et celui de Myriam
Magdaléenne qualifiée de pécheresse dans Luc. On savait, on avait dit que ce
nom de Zakhûri venait de Zakhû2 et couvrait l'homme qui avait été le chef des
kanaïtes révoltés au Recensement de Quirinius. Afin que Jésus ne puisse plus
être dit fils de Zakhûri, comme il l'est dans la Nativité3, on imagine de donner le
nom de Zakhû à un habitant de Jéricho dont on fait le chef des publicains, et on
justifie ainsi la mauvaise renommée qui jusqu'ici ne s'attachait qu'au nom ! C'est
encore un change.
LUC, XIX, 1. Jésus, étant entré dans Jéricho, le traversait.
2. Or il y avait un homme appelé Zakhaios4 ; il était chef des
publicains, et même fort riche.
3. Et il cherchait à voir qui était Jésus, et il ne le pouvait, à cause
de la foule, parce qu'il était très petit de taille.
Si petit qu'il fût, rien ne lui eût été plus facile que de voir Jésus, si Jésus fût
venu, le moindre de ses anges n'ayant pas moins de soixante-douze mètres de
haut5.
Dans Matthieu, comme plus tard dans Offenbach, il Y a deux aveugles à qui
Jésus ne rend la vue qu'à sa sortie de Jéricho. Ils n'ont pas pu voir Zakhaios sur
son figuier, mais ils auront vu son fils sortir de Jéricho en nisan 788, ce qui est
encore plus fort ! Ces deux aveugles ne sont autres que les deux frères de Bar-
Jehoudda qui ont transmis les Paroles du Rabbi : Philippe et Jehoudda Toâmin3.
L'Eglise leur fait voir au troisième siècle des choses que naturellement ils n'ont
pu voir en 788, puisqu'à cette date ils avaient l'inconvénient d'être aveugles.
Entendez que, n'ayant pas pu voir l'entrée de leur frère aîné dans Jéricho à cause
de leur infirmité, ils n'ont pas pu la consigner dans leurs écrits. Grâce à la
lumière du Verbe, voilà cette lacune réparée, non dans leurs écritures, — il est
trop tard ! mais dans celle-ci.
MATTHIEU, XX, 29. Lorsqu'ils sortaient de Jéricho, une grande
foule le suivit.
1 Il l'est, soit que les Juifs de Jérusalem le considèrent dans l'histoire kanaïte, soit que
ses disciples le considèrent dans sa fonction de publicain.
2 Idée exprimée plusieurs fois sous cette même forme.
3 Cf. Les Évangiles de Satan, 1re partie.
30. Et voilà que deux aveugles assis sur le bord du Chemin
entendirent que Jésus passait ; et ils élevèrent la voix, disant :
Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous.
31. Et la foule les gourmandait pour qu'ils se tussent ; mais eux
criaient encore plus, disant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de
nous.
32. Alors Jésus s'arrêta, les appela1 et dit : Que voulez-vous que
je vous fasse ?
33. Ils lui répondirent : Seigneur, que nos yeux s'ouvrent.
34. Et ayant pitié d'eux, Jésus toucha leurs yeux ; aussitôt ils
recouvrèrent la vue, et ils le suivirent.
Au sortir de Jéricho, Jésus poursuit son chemin vers Jérusalem, ayant toujours
soin de se tenir à l'Orient.
La concentration idéale des disciples se fait à Béthanie-lez-Jérusalem. Il s'agit
d'occuper les trois jours qui se sont écoulés entre la déconfiture du christ et la
pâque. Topographiquement Matthieu, Mare et Luc ne font qu'un. Béthanie
remplace Bathanéa trans Jordanem, indiquée par Cérinthe comme étant le lieu
où Bar-Jehoudda s'était fait sacrer roi et d'où il était Parti avec sa bande pour
passer le Jourdain et se jeter en Galilée. A la suite de cette translation conforme
aux Préceptes de Jésus sur la foi, les synoptiseurs ont glissé dans le texte de
Cérinthe que Bathanéa était quinze stades de Jérusalem1, alors qu'elle était au-
delà du Jourdain.
MARC, XI, 1. Comme ils approchaient de Jérusalem et de
Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoya deux de ses
disciples,
2. Et il leur dit : Allez à ce village qui est devant vous ; et dès que
vous y serez entrés, vous trouverez un ânon lié, sur lequel aucun
homme ne s'est encore assis ; déliez-le, et me l'amenez.
3. Et si quelqu'un vous demande : Que faites-vous ? dites que le
Seigneur en a besoin ; et aussitôt il le laissera amener ici.
4. S'en étant donc allés, ils trouvèrent l'ânon lié dehors, devant la
porte, entre deux chemins, et ils le délièrent.
5. Et quelques-uns de ceux qui étaient là leur disaient : Que
faites-vous, déliant cet ânon ?
6. Ils leur répondirent comme Jésus le leur avait commandé, et
on le leur laissa.
7. Et ils amenèrent l'ânon à Jésus, et ils le couvrirent de leurs
vêtements, et il monta dessus.
L'observation qu'aucun homme, pas même Ménahem, n'a délié l'Âne dans les
conditions voulues par l'horoscope de Jacob à Juda, ne se trouve que dans Marc
et dans Luc ; la position de l'animal à la rencontre de deux chemins formant la
croix, n'est que dans Marc.
LUC, XIX, 28. Ces choses dites, il marchait devant eux, montant à
Jérusalem.
29. Or il arriva, comme il approchait de Bethphagé et à Béthanie,
près du mont nommé des Oliviers, qu'il envoya deux de ses
disciples,
Vous vous rappelez le figuier myriamétrique sous lequel vous avez vu Ménahem
dans le prologue de Cérinthe, et sur lequel, avec une agilité surprenante chez un
si petit homme, Zakhaios se hissait hier à Jéricho ? Qu'en faire maintenant que,
par la faute des habitants de Jérusalem, Bar-Jehoudda n'a pu manger de ses
fruits millénaires ?
MARC, XI, 12. Le lendemain, comme ils sortaient de Béthanie, il
eut faim.
13. Or, voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il vint pour
voir s'il y trouverait quelque fruit. Mais, lorsqu'il s'en fut
approché, il n'y trouva que des feuilles : car ce n'était pas le
temps des figues3.
Il est entendu que Jésus ne sauvera pas le corps du christ qui est en ce moment
aux environs de Lydda où Is-Kérioth se prépare à l'arrêter dans son élan vers
Joppé, mais il peut sauver son baptême, c'est-à-dire la recette. On ne lui
demande pas autre chose.
MATTHIEU, XXI, 23. Or, comme il vint dans le Temple, les princes
des prêtres et les anciens du peuple s'approchèrent, de lui tandis
qu'il enseignait, et dirent : Par quelle autorité faites-vous ces
choses ? et qui vous a donné ce pouvoir ?
24. Jésus, répondant, leur dit ; Je vous ferai, moi aussi une
demande ; si vous y répondez, je vous dirai par quelle autorité je
fais ces choses.
25. Le baptême de Ieou-Shanâ-os, d'où était-il ? du ciel ou des
hommes ?
MARC, XI, 27. Ils vinrent de nouveau à Jérusalem, et comme il se
promenait dans le Temple, les princes de-prêtres, les scribes et
les anciens s'approchèrent de lui,
28. Et lui dirent : Par quelle autorité faites-vous ces choses : et
qui vous a donné ce pouvoir de les faire ?
29. Jésus, répondant, leur dit : Je vous ferai, moi aussi, une
demande ; répondez-moi et je vous dirai par quelle autorité je
fais ces choses :
30. Le baptême de Ieou-Shanâ-os était-il du ciel ou des hommes
? Répondez-moi.
LUC, XX, 1. Or il arriva qu'un de ces jours-là, comme il enseignait
le peuple dans le Temple et qu'il annonçait l'Evangile, les princes
des prêtres et les scribes y vinrent avec les anciens.
2. Et lui adressèrent la parole en disant : Dis-nous par quelle
autorité tu fais ces choses ? ou : Qui est celui qui t'a donné ce
pouvoir ?
3. Et Jésus, répondant, leur dit : Je vous interrogerai, moi aussi,
mais sur une seule chose. Répondez-moi :
4. Le baptême de Ieou-Shanâ-os était-il du ciel ou des hommes ?
Vous avez bien remarqué la condition que pose Jésus. Si les princes des prêtres,
les scribes et les Anciens1 répondent à sa question, il répondra. Sinon, non.
MATTHIEU, XXI, 25. Mais eux pensaient en eux-mêmes, disant :
26. Si nous répondons : Du ciel, il nous dira : Pourquoi donc n'y
avez-vous pas cru ? Et si nous répondons : Des hommes, nous
avons à craindre le peuple. Tous en effet, tenaient Ieou-Shanâ-os
pour prophète.
27. Ainsi, répondant à Jésus, ils dirent : Nous ne savons. Et
Jésus aussi leur répondit : Ni moi non plus je ne vous dirai par
quelle autorité je fais ces choses.
MARC, XI, 31. Mais eux pensaient en eux-mêmes, disant : Si nous
répondons Du ciel, il dira : Pourquoi donc n'y avez-vous pas cru ?
32. Si nous répondons : Des hommes, nous avons à craindre le
peuple ; car tous croyaient que Ieou-Shanâ-os était vraiment
prophète.
33. Répondant donc, ils dirent à Jésus : Nous ne savons. Et
répliquant, Jésus leur dit : Ni moi non plus je ne vous dis par
quelle autorité je fais ces choses.
LUC, XX, 5. Mais ils pensaient en eux-mêmes, disant : Si nous
répondons : Du ciel, il dira : Pourquoi donc n'y avez-vous point
cru ?
1 Les Anciens sont les membres du sanhédrin qui avait condamné Jehoudda le 5 adar.
6. Et si nous répondons : Des hommes, tout le peuple nous
lapidera, car ils tiennent pour certain que Ieou-Shanâ-os était
prophète.
7. Ils répondirent donc qu'ils ne savaient d'où il était.
8. Et Jésus leur dit : Ni moi non plus je ne vous dis par quelle
autorité je fais ces choses.
Le tour est joué. En refusant de répondre que le bar tome était simplement un
privilège de la maison de David, les princes des prêtres et autres compères ont'
fait tout ce qu'il fallait pour dispenser Jésus de cette confession. Et Jésus n'étant
descendu dans les Evangiles que pour sauver le privilège des rois de Juda, le
baptême est déclaré de Dieu plutôt que des ancêtres du Joannès, de son père,
de sa mère, de ses frères, de ses sœurs et de toute sa famille. De plus nous voilà
loin des épisodes de Cérinthe où Bar-Jehoudda nie être prophète1, où les
habitants de Jérusalem contestent qu'il le fût2, où ils prennent des pierres pour
le lapider3 et le chassent de la ville en l'appelant Samaritain4, la plus grosse de
toutes les injures de leur vocabulaire. Ici tous sans exception reconnaissent qu'il
était vraiment prophète. Et ce sont les Anciens, c'est-à-dire les soixante-dix
membres du sanhédrin, qui ont peur d'être lapidés par le peuple !
Voici un des passages les plus écœurants de tout l'Evangile. Originairement Jésus
signifiait aux jehouddolâtres qu'ils eussent à cesser leurs entreprises Contre Dieu
et qu'ils y renonçassent à lui substituer un Juif Condamné pour ses crimes.
Aujourd'hui il semble bien que, s'appuyant sur une citation des Psaumes, Jésus
Prenne David pour caution de la divinité de son descendant. Le dispositif le plus
ancien est celui de Marc.
MARC, XII, 35. Mais prenant la parole, Jésus demandait en
enseignant dans le Temple : Comment les scribes disent-ils que le
christ est fils de David ?
36. Car David lui-même a dit par l'esprit saint : Le Seigneur a dit
à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j'aie
fait de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
37. Ainsi David lui-même5 l'appelle son Seigneur : comment est-il
son fils ? Et une grande foule l'écoutait avec plaisir.
Dans Luc et dans Matthieu ce tendancieux propos n'est plus tenu dans le Temple.
LUC, XX, 41. Mais il leur demanda : Comment dit-on que le christ
est le fils de David ?
Les synoptiseurs avaient vu avec effroi l'audace de Cérinthe qui n'avait pas craint
de montrer Jésus remettant l'adultère de Bethsabée dans la Cour des femmes ou
Cour du trésor. Ils n'ont pas reproduit cette invention, qui avait le tort de mettre
en scène la grande aïeule de Bar-Jehoudda ; mais à l'aspect des treize troncs :
où s'engouffrait l'argent destiné au Temple, le revenant éprouve des sentiments
plus en rapport avec l'économie financière de son Évangile. Il voit sa mère
mettant en similitude (car elle ne devait rien), dans le septième tronc, deux petites
pièces que Dieu devait millénariser, livrant à ses sept fils tout l'or de la terre et
tous les fruits du figuier-myrier. Cette vision n'est que dans Marc et dans Luc.
MARC, XII, 41. Après cela5, étant assis vis-à-vis du
Gazophylakion6, Jésus regardait de quelle manière le peuple
jetait l'argent dans le Gazophylakion ; or nombre de riches y en
jetaient beaucoup.
42. Et une pauvre veuve, étant venue, y mit deux lepta valant le
quart d'un as7.
1 La pierre du témoignage de Dieu en faveur des Juifs, donnée d'abord à Moïse, puis
reprise par Jehoudda. Shehimon en joue le rôle dans les Evangiles, notamment pendant
la Transfiguration.
2 La pierre elle-même. Iahvé dit qu'elle est de lui dans Zacharie.
3 Parfaitement. Cette pierre est devenue l'Église au concile de Césarée de Philippe.
4 Ce n'est pas lui, c'est Joannès que tout le peuple regardait comme un prophète. Les
synoptiseurs viennent de nous le dire à l'instant. On ne peut pas reconnaître plus
maladroitement l'identité charnelle de Joannès et de Jésus.
5 La proposition de Jésus quant à la divinité de Bar-Jehoudda prédite par David.
6 Cour du trésor.
7 Donc deux deniers.
43. Appelant alors ses disciples, il leur dit : En vérité je vous le
dis, cette pauvre veuve a déposé plus que tous ceux qui ont mis
dans le tronc :
44. Car tous ont mis de ce qu'ils avaient de superflu ; mais celle-
ci a mis, de son indigence même, tout ce qu'elle avait, tout son
vivre.
LUC, XXI, 1. Or Jésus, regardant, vit des riches qui mettaient
leurs aumônes dans le Gazophylakion.
2. Il vit aussi une pauvre veuve mettant deux deniers.
3. Et il dit1 : En vérité je vous le dis, cette pauvre veuve a mis
plus que tous les autres.
4. Car tous ceux-là ont mis, pour offrandes à Dieu, de leur
superflu ; mais elle, elle a mis, de son indigence même, tout le
vivre qu'elle avait.
Il est bien vrai que la veuve de Jehoudda a fait la première avance de fonds
nécessaire au rétablissement de la monarchie davidique et à l'établissement du
Royaume, mais elle devait être remboursée au centuple. Ne la plaignons donc
pas, sa misère n'est qu'une similitude, comme la mendicité d'Éléazar. Les deux
petites pièces de monnaie qu'elle met dans le tronc sabbatique et proto-jubilaire
répondent au Zib (le signe est double) et aux deux journées qui la séparent de la
vie de l'Æon. A elle seule elle avait mis plus que tout le monde, puisque la
Jérusalem d'or devait descendre du Trésor de lumière2 en entendant les deux
dernières pièces de 788 tomber dans le tronc.
Car Salomé, guidée par son homme de lumière3, avait mis ses deux deniers dans
les deux troncs qu'il fallait, celui du septième Jour de la Genèse, afin d'avoir
rémission du péché d'Ève, et celui du Zib, le douzième, où cette grâce devait
venir, tandis que les riches hérodiens jetaient indifféremment leur argent dans
les treize troncs, sans l'affectation cabalistique que la veuve donne à son geste.
Eux faisaient un don, elle, un placement. L'idée est claire, et c'est ce qui
dispense les synoptiseurs d'évoquer de nouveau le poisson symbolique dans la
bouche duquel Pierre a trouvé le statère d'or, alors qu'il n'avait besoin que de
quatre drachmes.
1 Ce disciple devrait savoir cela, puisqu'il est censé l'avoir entendu déjà la veille.
2 Cf. L'Evangile de Nessus.
descente du Trésor de lumière. Où est le Temple descendu d'en haut ? Où est le
pavé d'or de la ville ? Où sont les douze portes de pierres précieuses ?
Bar-Jehoudda étant parmi les questionneurs, il a paru plus naturel à Luc que
Jésus ne quittât pas le Temple et qu'il y fût interrogé par de vagues Juifs restés
jusque là étrangers à sa prédication.
LUC, XXI, 7. Et ils l'interrogèrent, disant : Maître, quand ces
choses arriveront-elles, et quel sera le signe qu'elles
commenceront de s'accomplir ?
Certain de n'être point trahi par Satan avec lequel il s'est mis d'accord après une
négociation qui n'a pas duré moins de quarante jours, Jésus ne répond ni aux
disciples ni aux habitants. La cause du mensonge est entre bonnes mains. Il y
aura une quantité de signes, mais aucun dans le ciel. On les trouvera tous dans
les livres d'histoire.
LUC, XXI, 8. Jésus dit : Prenez garde d'être séduits ; car
beaucoup viendront en mon nom1, disant : C'est moi et le temps
approche2 ; ne les suivez donc point3.
9. Et quand vous entendrez parler de guerres et de séditions,
n'en soyez point effrayés : il faut auparavant que ces choses
arrivent ; mais ce n'est pas encore sitôt la fin.
10. Alors il leur disait : Une nation se soulèvera contre une
nation, un royaume contre un royaume.
11. Il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux4 et
des pestes, et des famines, et des signes effrayants dans le ciel,
et de grands prodiges5.
MATTHIEU, XXIV, 4. Et Jésus, répondant, leur dit : Prenez garde
que quelqu'un ne vous séduise ;
5. Car beaucoup viendront en mon nom, disant : Je suis le christ,
et beaucoup seront séduits par eux.
6. Vous entendrez parler de combats et de bruits de combats.
N'en soyez point troublés, car il faut que ces choses arrivent ;
mais ce n'est pas encore la fin.
1 C'est-à-dire prêchant l'Apocalypse révélée par lui, Verbe juif. Il y avait eu Ânenias,
Apollos (nous ne comptons pas Theudas qui est un parent), Ménahem, Jonathas à Cyrène
sous Vespasien, Andreas à Chypre et à Cyrène sous Trajan, Bar-Kocheba en Judée sous
Hadrien.
2 C'est en propres termes ce qu'avait dit Bar-Jehoudda.
3 Les Juifs ont donc bien fait de ne pas suivre le Joannès.
4 Les plus célèbres sont les deux éruptions du Vésuve sous Néron et sous Titus, et celui
qui sous Claude fit surgir l'île de Théra dans la Méditerranée.
5 Phlégon en raconte une quantité dans ses Chroniques.
7. Car peuple se soulèvera contre peuple, royaume contre
royaume ; et il y aura des pestes et des famines, et des
tremblements de terre en divers lieux.
8. Mais toutes ces choses sont le commencement des douleurs.
MARC, XIII, 5. Et répondant, Jésus commença par leur dire :
Prenez garde que personne ne vous séduise :
6. Car beaucoup viendront en mon nom, disant : C'est moi ; et
beaucoup seront séduits par eux.
7. Lorsque vous entendrez parler de guerres et de bruits de
guerres, ne craignez point : car il faut que ces choses arrivent ;
mais ce n'est pas encore la fin.
8. Car une nation se soulèvera contre une nation, un royaume
contre un royaume, et il y aura des tremblements de terre en
divers lieux, et des famines. C'est là le commencement des
douleurs.
MARC, XIII, 12. Un frère livrera son frère à la mort, et un père
son fils ; et des enfants s'élèveront contre leurs parents, et, ils les
feront mourir.
13. Et vous serez en haine à tous, à cause de mon nom. Mais
celui qui restera ferme jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.
LUC, XXI, 16. Vous serez livrés par vos pères et vos mères, par
vos frères, vos parents et vos amis, et ils en mettront à mort
d'entre vous1.
17. Et vous serez en haine à tous à cause de mon nom2 :
18. Mais pas un cheveu de votre tête ne périra.
19. C'est par votre patience3 que vous posséderez vos vies.
MATTHIEU, XXIV, 9. Alors on vous livrera aux tribulations et à la
mort, et vous serez en haine à toutes les nations à cause de mon
nom.
10. Alors beaucoup se scandaliseront ; ils se trahiront et se
haïront les uns les autres.
11. Beaucoup de faux prophètes aussi s'élèveront, et beaucoup
seront séduits par eux.
12. Et parce que l'iniquité aura abondé, la charité d'un grand
nombre se refroidira.
13. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.
1 Ceci, spécial à Luc, vise les sièges de Jérusalem par Titus et par les lieutenants
d'Hadrien.
2 Les contrées étrangères.
3 C'est le contraire du rendez-vous donné à tous les Juifs par l'Apocalypse. Le rendez-
vous était à Jérusalem le 15 nisan 189. La Judée est le centre du monde et l'axe de la
croix. Simon de Cyrène y était venu avec son frère Lucius et peut-être ses fils, Alexandre
et Rufus.
4 À cause de Jehoudda tué dans le Temple, et de ses fils jusqu'à Ménahem.
5 Tout ce qui est écrit dans les histoires. Le revenant s'attribue le mérite de l'avoir
annoncé.
6 Elles étaient condamnées par le principe du deux en un et un en deux.
7 Générale, après les exécutions ordonnées par Ménahem dans Jérusalem et le massacre
de la garnison romaine de Massada.
8 Première dispersion sous Vespasien, seconde sous Hadrien.
9 Mille ans avec Gog et Magog, selon l'Apocalypse. Beaucoup moins dans l'idée de
l'Evangéliste.
10 La mer disparaissait le 15 nisan 189. Tout cela, c'est l'art d'accommoder les restes de
la faillite de Bar-Jehoudda et nième de celle de Bar-Kocheba.
IX. — RETOUR ET VENGEANCE DE BAR-JEHOUDDA.
1 Toujours cette même idée qu'on est racheté de la mort par les supplices.
Voilà encore du nouveau. Plus de réaccouplement ! L'homme ne sauve plus la
femme en l'absorbant. Chacun pour soi dans la débâcle finale. L'homme et la
femme, sur le même lit — j'aime à croire que les deux sexes sont représentés
dans l'hypothèse cubiculaire —, seront séparés pour le jugement et ne se
rejoindront plus, comme Jésus le disait dans les Paroles du Rabbi et comme
Salomé le croyait. Et ce ne sera pas un accident de ménage. Salomé, la grande
accoupleuse de femmes, aura une autre déconvenue : il pourra arriver que de
deux femmes l'une soit laissée à Satan, l'autre prise par Dieu, et ainsi de deux
hommes. De sorte que ni dans le mariage ni hors du mariage il n'y aura
régénération par réadamisation. Dans quel monde ces tératologies se passeront-
elles ? C'est à en perdre l'esprit ! Quel coup pour les sept démons que Jésus a
extraits de la mère des fils du Zibdéos !
MARC, XIII, 30. En vérité, je vous dis que cette génération ne
passera point que toutes ces choses ne s'accomplissent.
31. Le ciel et la terre passeront, mais mes Paroles1 ne passeront
point.
32. Mais sur ce jour ou sur cette heure nul ne sait rien, ni les
anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seulement.
MATTHIEU, XXIV, 34. En vérité je vous dis que cette génération ne
passera point jusqu'à ce que toutes ces choses s'accomplissent.
35. Le ciel et la terre passeront2, mais mes Paroles ne passeront
point.
36. Mais pour ce jour et cette heure, personne ne les sait, pas
même les anges du ciel ; il n'y a que le Père.
Comment ! Bar-Jehoudda ne savait pas ce qu'il disait lorsqu'il annonçait le
Royaume pour le 15 nisan 789 ? Mais alors il n'est pas consubstantiel au Père !
Le Fils-Verbe non plus. D'où vient que Jésus répète plus de vingt fois dans le
Quatrième Evangile qu'il est dans son Père et que son Père est en lui ?
MATTHIEU, XXV, 31. Or, quand le fils de l'homme viendra dans sa
majesté, et tous les anges avec lui, alors il s'assiéra sur le trône
de sa majesté.
32. Et toutes les nations seront rassemblées devant lui, et il les
séparera les uns d'avec les autres, comme le pasteur sépare les
brebis d'avec les boucs ;
33. Et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
34. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez les
bénis de mon Père ; possédez le Royaume préparé pour vous
depuis la fondation du monde :
35. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif,
et vous m'avez donné à boire ; j'étais sans asile, et vous m'avez
recueilli :
1 Les Paroles du Rabbi. Logoi mou, dit le texte. Ce sont les Logia kuriou de Papias. Cf.
Les Evangiles de Satan, 1re partie.
2 La mer elle-même.
36. Nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en
prison, et vous êtes venus à moi.
Cela, c'est l'histoire de Bar-Jehoudda ; il est plus reconnaissant ici que dans
d'autres passages, il avoue même qu'il a été tiré de la prison du Hanoth par une
émeute. Mais il n'est rien arrivé de pareil à Jésus, le Roi tel que le décrit
l'Apocalypse. Les justes, de quelque nation qu'ils soient, même Juifs, ne pourront
donc pas invoquer de titres à sa grâce, et c'est ce qu'ils font observer.
37. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que
nous vous avons vu ayant faim1, et que nous vous avons rassasié
; ayant soif, et que nous vous avons donné à boire ?2
38. Quand est-ce que nous vous avons vu sans asile3, et que
nous vous avons recueilli ; ou nu, et que nous vous avons vêtu ?
39. Ou quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en
prison, et que nous sommes venus à vous ?
40. Et le Roi répondra, disant : En vérité je vous le dis, chaque
fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits d'entre mes
frères4, c'est à moi que vous l'avez fait.
Tel est le langage qu'il tiendra à ceux qui seront assis à sa droite, l'Orient. Quant
à ceux qui seront assis à sa gauche — l'Occident dont étaient les Romains de
Pilatus et les deux mille Gaulois d'Antipas —, les Juifs qui n'ont pas rétabli Bar-
Jehoudda sur le trône de ses pères seront précipités avec eux dans l'abîme où le
feu ne s'éteint point, car :
41. Alors il dira aussi à ceux qui seront à sa gauche : Allez loin de
moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses
anges :
42. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez point donné à manger ;
j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire ;
43. J'étais sans asile, et vous ne m'avez point recueilli ; nu, et
vous ne m'avez point vêtu ; malade et en prison, et vous ne
m'avez point visité.
44. Alors eux aussi lui répondront, disant : Seigneur, quand est-
ce que nous vous avons vu ayant faim, ou soif, ou sans asile, ou
nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne vous avons point
assisté ?
45. Alors il leur répondra, disant : En vérité je vous le dis, chaque
fois que vous ne l'avez point fait à l'un de ces petits, à moi non
plus vous ne l'avez point fait.
46. Et ceux-ci s'en iront à l'éternel supplice, et les justes dans la
vie éternelle.
Voici maintenant quelques conseils qui sont la moralité des paraboles sur les
veilleurs et serviteurs de garde, et qui se rattachent à cette idée, exprimée dans
l'Envoi de Pathmos1, que Bar-Jehoudda reviendra comme un de ces voleurs dont
il avait été le Roi.
MATTHIEU, XXIV, 42. Veillez donc, parce que vous ne savez à
quelle heure votre Seigneur doit venir.
43. Mais sachez ceci : si le père de famille savait à quelle heure le
voleur doit venir, il veillerait certainement et ne laisserait pas
percer sa maison.
44. C'est pourquoi vous aussi tenez-vous prêts : car vous ignorez
l'heure à laquelle le fils de l'homme doit venir.
LUC, XXI, 32. En vérité je vous le dis, cette génération ne passera
point, jusqu'à ce que toutes ces choses soient accomplies.
33. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront
point.
34. Faites donc attention à vous, de peur que vos cœurs ne
s'appesantissent dans la crapule, l'ivresse et les soins de cette
vie, et que ce jour ne vienne soudainement sur vous :
35. Car, comme un filet2, il enveloppera tous ceux qui habitent
sur la terre.
36. Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous soyez
trouvés dignes d'éviter toutes ces choses qui doivent arriver, et
de paraître avec confiance devant le fils de l'homme.
MARC, XIII, 33. Tenez-vous sur vos gardes, veillez et priez,
puisque vous ne savez quand ce temps viendra,
34. Comme un homme qui, partant pour un voyage, et laissant sa
maison, donne pouvoir à ses serviteurs, à chacun suivant sa
fonction, et commande au portier de veiller.
35. Veillez donc, (car vous ignorez quand viendra le maître de la
maison, le soir3, ou au milieu de la nuit4, ou au chant du coq5, ou
le matin6),
36. De peur que, venant subitement, il ne vous trouve endormis.
37. Et ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez.
Aucun des synoptiseurs ne peut cacher que Bar-Jehoudda ait été arrêté avant la
pique : ils sont liés non-seulement par l'histoire, qui est encore dans Josèphe au
moment où ils composent, mais plus encore par les premiers évangiles, où il est
dit que Bar-Jehoudda avait été crucifié avant le repas de l'agneau. Pour comble
d'embarras, Cérinthe, le diabolique auteur du Quatrième Evangile, avait écrit que
le sacre de Bar-Jehoudda s'était passé à Bathanéa trans Jordanem, d'où le roi-
christ était parti six jours avant la pâque, c'est-à-dire le 9 nisan1. Ayant installé
Jésus à Béthanie-lez-Jérusalem le 12 nisan, il fallait que les synoptiseurs tissent
entrer le sacre, et l'allégorie chronométrique relative à Is-Kérioth, dans les deux
jours qui s'étaient écoulés entre la déconfiture de Bar-Jehoudda au Sôrtaba et
son arrestation. On n'avait que ces deux jours-là pour mettre en forme la
prétendue trahison d'Is-Kérioth.
Le plus ancien dispositif est celui de Marc et de Luc.
MARC, XIV, 1. Or, deux jours après, c'était la pâque et les azymes
; et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment ils
se saisiraient de lui par ruse, et le feraient mourir.
2. Mais ils disaient : Non pas un jour de la fête, de peur qu'il ne
s'élevât quelque tumulte dans le peuple.
Comme vous le voyez, les gens du Temple décident que Bar-Jehoudda sera
arrêté avant le premier jour de la fête qui commençait à la première heure du 15
nisan par le repas de la pâque.
LUC, XXII, 1. Cependant approchait la fête des azymes, qu'on
appelle Pâque.
1 Ptolémée dit que le nard est une plante odoriférante qui croit principalement à
Rangamati, sur les frontières du pays qu'on nomme maintenant le Bootan. Pline en
reconnait douze espèces : il met en première ligne celui des Indes, puis le syriaque, le
gaulois, celui de Crète, etc. Il décrit ainsi le nard indien : C'est un arbuste à racine
épaisse et lourde, mais courte, noire et cassante, quoique onctueuse en rame temps.
L'odeur ressemble beaucoup à celle du cypérus : le goût est âcre, les feuilles sont petites
et viennent en touffes. Les sommités du nard se développent en épis barbus. De là vient
que le nard est si fameux pour sa double production : l'épi barbu et la feuille. Le prix de
ce nard était alors de cent deniers la livre (environ 85 francs) Les autres sortes, qui
n'étaient que des herbes, coûtaient beaucoup moins cher et pouvaient s'obtenir, pour
quelques deniers. Galien et Dioscoride parlent du nard (en grec nardostachys, nard à
épis) à peu près dans les mêmes termes. Ce dernier auteur prétend toutefois que le nard
connu sous le nom de syrien venait en réalité des Indes et était apporté en Syrie, d'of,
on l'expédiait sur divers points... Sir William Jones, orientaliste distingué, fit une étude
spéciale de cette question ardue, et finit par découvrir que le nard était une espèce de
valériane appelée par les Arabes sumbul, ce qui signifie épi barbu, et par les Indiens
jatamansi ou mèche de cheveux, noms dus tous deux à la forme de la tige, qui
ressemble à la quelle d'une hermine ou d'une belette. Il lui donna donc la dénomination
d'un grand prix. Or le vase rompu, elle répandit le parfum sur sa
tête.
MATTHIEU, XXVI, 6. Or, comme Jésus était à Béthanie, dans la
maison de Simon le lépreux,
7. Vint auprès de lui une femme ayant un vase d'albâtre plein
d'un parfum de grand prix, et elle le répandit sur sa tête lorsqu'il
était à table.
Vous savez depuis longtemps qui est et se qu'est la femme au vase d'albâtre.
Mais pour le Saint-Siège qui est-elle ?
On croit, dit-il, que c'est Marie-Madeleine. Le sentiment commun est qu'il n'y a
point de distinction à faire entre la pécheresse de saint Luc (Marie-Madeleine,
délivrée de sept démons), Marie, sœur de Marthe, et Marie de Béthanie. Ce
sentiment parait bien fondé. En effet, 1° tel est l'avis des docteurs et des Pères
les plus anciens, celui que l'Église romaine a toujours suivi dans sa liturgie. S'il
s'agissait, dans ces passages, de personnes différentes, serait-il possible que les
apôtres n'en eussent pas instruit les premiers fidèles, ou qu'il se fût établi dès les
premiers temps une tradition opposée à leur enseignement ? — 2° Lorsqu'on lit
simplement l'Évangile, l'idée de ces distinctions ne s'offre pas à l'esprit. — Après
avoir rapporté la conversion de la pécheresse chez Simon, saint Luc parle
aussitôt de plusieurs femmes qui avaient été guéries ou délivrées du démon par
le Sauveur, et qui l'assistaient de leurs biens : or la première de toutes est Marie,
surnommée Madeleine. — Quand saint Jean parle de Marie, sœur de Lazare et de
Marthe, il ajoute, pour la faire connaître, que c'est la personne qui a essuyé de
ses cheveux les pieds du Sauveur. A qui peut-on penser, sinon à la pécheresse
qu'on sait avoir fait à Naïm cet acte d'humilité et de religion ? — On ne peut pas
la méconnaître davantage chez Simon, où cette action est renouvelée, ni au pied
de la croix, ni au tombeau, où elle parait sous le nom de Marie-Madeleine. Si ce
n'était pas là, en effet, Marie de Béthanie, comment s'expliquer son absence,
l'absence de la sœur de Lazare, en pareilles circonstances ? D'ailleurs, ce sont les
mêmes habitudes qui se manifestent partout, et l'identité du caractère indique
l'identité de la personne. Mais si Marie de Béthanie est Marie-Madeleine, délivrée
de sept démons, peut-on douter que ce ne soit la pécheresse de Naïm, celle qui a
témoigné à Notre-Seigneur tant de repentir et tant d'amour ? — 3° On ne peut
opposer à ce sentiment aucune difficulté réelle. — Une même personne ne peut-
elle pas s'être trouvée en Galilée, chez Simon le pharisien, avoir possédé un bien
à Magdala, et être venue chez sa sœur à Béthanie ? — Il est des esprits qui
répugnent à croire que le Sauveur ait témoigné tant de bonté à une pécheresse,
même après sa conversion. Mais n'a-t-il pas dit lui-même à Simon ce qu'on doit
penser d'un tel sentiment ? N'est-ce pas pour les pécheurs qu'il est venu sur la
terre, et ne voulait-il pas qu'on connût ses dispositions ? Ce qu'il a fait pour
Madeleine, ne l'a-t-il pas fait pour la Samaritaine et pour une infinité d'autres ?
N'était-ce pas un présage, une figure de la grâce qu'il destinait à toute la
gentilité ? Ne l'a-t-il pas aussi convertie ? ne l'a-t-il pas régénérée, honorée du
nom d'épouse, et mise à la place de la Synagogue infidèle ? — Enfin, Si Marie,
sœur de Marthe, n'était pas Marie-Madeleine, ne faudrait-il pas dire que l'Église
de Valeriana jalamansi, qui a été acceptée par tous les botanistes modernes. Le mot nard
parait être dérivé du mot tamoul nar, qui désigne une foule de substances odorantes...
Le nard des anciens était probablement un nom générique sous lequel ils désignaient les
parfums les plus exquis. Note de l'édition du Saint-Siège.
est loin de remplir les intentions du Sauveur ; qu'elle ne comprend même pas la
prédiction qu'il a faite au repas de Béthanie, puisqu'elle attribue à sainte
Madeleine et qu'elle honore particulièrement en sa personne l'acte de religion
qu'il a signalé en Marie comme devant être pour elle la, source de tant de gloire
? Le caractère de Madeleine contraste admirablement avec celui de Judas à
Béthanie, comme il contraste avec celui de Simon à Naïm.
MARC, XIV, 4. Quelques-uns s'en indignèrent en eux-mêmes, et
ils disaient : Pourquoi avoir ainsi perdu ce parfum ?
5. Il pouvait en effet, ce parfum, se vendre plus de trois cents
deniers, et être donné aux pauvres. Et ils murmuraient contre
elle.
MATTHIEU, XXVI, 8. Ce que voyant, ses disciples s'indignèrent,
disant : Pourquoi cette perte ?
9. Il pouvait en effet, ce parfum, se vendre très cher et être
donné aux pauvres.
Dans Cérinthe c'est Is-Kérioth qui prend l'intérêt des pauvres et qui suppute la
valeur chronométrique du vase à parfum. On a même supprimé dans Matthieu
l'évaluation en jours du vase de l'année au moment du chrisme. On n'a pas voulu
laisser à Is-Kérioth le rôle qui contraste si étrangement avec la vénalité dont il va
faire preuve dans un instant. On prend contre lui la défense de Salomé à qui
Jésus a remis son péché dans le premier repas qu'il a fait avec Simon.
MARC, XIV, 6. Mais Jésus dit : Laissez-la ; pourquoi lui faites-vous
de la peine ? C'est une bonne œuvre qu'elle a faite envers moi.
7. Car les pauvres, vous les avez toujours avec vous, et, quand
vous vouiez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne
m'avez pas toujours.
8. Ce qu'a pu celle-ci, elle l'a fait : elle a d'avance parfumé mon
corps pour la sépulture.
9. En vérité je vous le dis : Partout où sera prêché cet Évangile,
dans le monde entier, ce que celle-ci vient de faire sera même
raconté en mémoire d'elle.
MATTHIEU, XXVI, 10. Mais Jésus, le sachant, leur dit : Pourquoi
faites-vous de la peine à cette femme ? C'est une bonne œuvre
qu'elle a faite envers moi.
11. Car vous avez toujours les pauvres avec vous, mais moi, vous
ne m'avez pas toujours.
12. Cette femme, en répandant ce parfum sur mon corps, l'a fait
pour m'ensevelir.
13. En vérité je vous le dis, partout où sera prêché cet Évangile,
dans le monde entier, on dira aussi, en mémoire d'elle, ce qu'elle
vient de faire.
XIII. — LE MARCHÉ D'IS-KÉRIOTH AVEC LE TEMPLE.
Matthieu commet une gaffe énorme dans le marché qu'il suppose entre Is-
Kérioth et le Temple. Il laisse le chiffre de pièces qui fait remonter pour le moins
le sacre au 15 adar, et qui par ce seul fait replace la scène à son véritable
endroit, Bathanéa trans Jordanem ! Ah ! le maladroit !
MATTHIEU, XXVI, 14. Alors un des douze, appelé Judas Iscariote,
alla vers les princes des prêtres,
15. Et leur dit : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai
? Et ceux-ci lui assurèrent trente pièces d'argent.
16. Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer.
Ici les prêtres lui assurent les trente pièces du dernier mois, mais ils ne les lui
donnent pas ; ils le voudraient d'ailleurs qu'ils ne le pourraient pas, puisqu'a la
date de la convention, 15 adar, ils ne sont pas sûrs eux-mêmes de les avoir à
l'échéance. S'ils meurent avant le 15 nisan, ils ne les auront pas. Il n'en reste
pas moins que sur les soixante-douze demi-décans de l'année 788, en voilà six
qui ont trahi un mois avant la pâque !
Ayant vu que Matthieu, avec son chiffre de pièces, indiquait approximativement
la date du sacre, — lequel à ce compte ne pouvait plus avoir lieu dans Béthanie-
lez-Jérusalem où Jésus n'arrive que le 12 nisan, — les synoptiseurs de Marc ont
supprimé le chiffre. Toutefois, ils ont, comme ceux de Matthieu, placé le marché
avant la scène des parfums.
MARC, XIV, 10. Alors Judas Iscariote, un des douze, alla trouver
les princes des prêtres, pour le leur livrer.
Ceux-ci, l'entendant, se réjouirent, et promirent de lui donner de l'argent. Aussi
cherchait-il une occasion favorable pour le leur livrer.
Dans ces conditions, Is-Kérioth qui selon Matthieu a vendu Bar-Jehoudda
pendant trente jours, ne le vend plus selon Marc que pendant deux jours.
L'honneur d'Is-Kérioth remonte de vingt-huit trentièmes.
La trahison d'Is-Kérioth baisse également de vingt-huit trentièmes dans Luc qui
la place avant le sacre, ce qui l'a conduit à imiter Marc dans la suppression des
trente pièces.
Luc, XXII, 3. Or Satan entra dans Judas, qui était surnommé
Iscariote, étant arithmétiquement1 des douze (tribus).
4. Et il s'en alla, et il conféra avec les princes des prêtres et les
magistrats, comment il le leur livrerait.
5. Et ils se réjouirent, et convinrent de lui donner de l'argent.
6. Il s'engagea donc. Et dès lors il cherchait l'occasion de le livrer
en l'absence du peuple.
1 Onta ec tou arithmou tôn dôdeca. Au moment où cette phrase fut écrite la liste des
douze apôtres n'était pas faite. Is-Kérioth n'était encore qu'un douzième des tribus :
Dan.
La question d'argent étant la seule qui ait inspiré tous ces faux, la supposition de
ce marché est venue d'elle-même à l'esprit des synoptiseurs. C'est pour avoir de
l'argent qu'ils travaillent, il leur parait tout naturel que l'un des douze ait vendu
son maître dans le même but.
En tout cas, il résulte du Quatrième Évangile, conféré avec les trois autres, que
Bar-Jehoudda n'a pas été sacré moins de trois fois : une fois chez Éléazar à
Bathanéa trans Jordanem, et deux fois chez le père d'Is-Kérioth, la première on
ne sait où ni quand, la seconde à Béthanie deux jours avant la pâque, c'est-à-
dire le 13 nisan. Sans nous arrêter aux frais énormes que Simon a dû avancer
pour les deux cérémonies qui ont eu lieu chez lui, demandons à l'Infaillible
pourquoi Marc, Matthieu et Luc ont fait disparaître totalement le banquet du 14,
où Jésus lave les pieds, c'est-à-dire remet les péchés de tous les personnages
engagés dans la fable.
Et attendons sa réponse sous le figuier-myrier.