Article 057
Article 057
RESUME : Dans le contexte économique et stratégique actuel, où la production est de plus en plus pilotée par la
demande du marché, la filière Textile, Habillement et Distribution (THD) cherche à répondre efficacement et
rapidement aux besoins de ses clients. Les entreprises, qui ont choisi de travailler en étroit partenariat, ressentent le
besoin d’outils de gestion, d’aide à la décision et de pilotage de la chaîne logistique d'approvisionnement et de service,
étendue et partagée. Cet article traite de l'optimisation dynamique de la quantité à commander dans une chaîne
d’approvisionnement de plusieurs produits standards. Les modèles utilisés prennent en considération la connaissance
des propriétés stochastiques du processus de la demande, les caractéristiques et les contraintes logistiques, afin de
déterminer la quantité qui maximisera les profits et qui satisfera au mieux les besoins des clients sans compromettre la
rentabilité de l’entreprise.
variables. Le moyen le plus utilisé pour réduire, voire 2.2. Les hypothèses de l'optimisation
éliminer, les coûts fixes est l’externalisation des
processus non-stratégiques et non rentables (Mesnard et Les approches classiques d'optimisation de l'approvision-
Dupont, 1999). Pour les coûts variables liés aux nement comme le modèle EOQ de Harris-Wilson
commandes, il leur faut employer efficacement les (Economic Order Quantity) considèrent en général deux
ressources et chasser les surcoûts. types de fonctionnement. Le premier consiste à
déterminer une taille de lots d'approvisionnement
Cet article traite de l'optimisation dynamique des tailles optimale fixe sur tout l'horizon considéré, l'ordre
des lots à commander entre deux maillons dans un d'approvisionnement se déclenchant au fur et à mesure
réseau de la filière Textile-Habillement-Distribution des besoins en produits. La fréquence d'approvision-
(THD) pour des produits standards et permanents. nement n'est donc pas déterminée à l'avance mais elle
peut se déduire du rapport entre la vente moyenne et la
Le modèle prend en considération la connaissance des taille de lots. A l'inverse, le deuxième type de fonction-
propriétés stochastiques du processus de vente, les nement détermine la fréquence d'approvisionnement
caractéristiques et les contraintes logistiques afin de optimale, la quantité à commander étant variable à
déterminer la taille des lots d'approvisionnement qui chaque approvisionnement. Les méthodes qui optimisent
permet l’optimisation des ressources afin de dégager les deux en même temps sont un peu plus difficiles à
plus de marge et maximiser ainsi les profits. La quantité mettre en oeuvre. Nous rappelons que, pour appliquer le
ainsi déterminée correspond dans notre modèle au modèle EOQ classique, les hypothèses de base, sont
volume total des lots d’approvisionnement de plusieurs entre autres, les suivantes :
produits transportés en même temps, contrairement au
modèle classique de type EOQ (Quantité économique de – la demande est connue et constante sur
commande) (Grave et al., 1993) (Dupont, 1998) où en l’horizon d’étude (horizon infini),
général cette quantité correspond à un seul produit. Dans
cette optique, certains coûts ne seront pas affectés à un – le délai de livraison est supposé nul,
produit particulier mais pris en compte globalement.
– la quantité est déterminée pour un seul produit à
Dans la section 2, nous exposons le problème de la fois.
l’optimisation des approvisionnements entre deux
maillons. Nous rappellerons les modèles classiques Plusieurs travaux ont étendu ce modèle (Burns et al.,
d'optimisation et nous introduirons ensuite les 1985) (Giard, 1988) (Gerchak et Parlar, 1990) (Grave et
hypothèses de travail pour la maximisation des profits de al., 1993) (Hetzel, 1993) (Dupont, 1998) (Bookbinder,
l'entreprise. Puis, dans la section 3, nous exposerons le 1999) (Luciano et Peccati, 1999. Dans notre cas, les
modèle du processus d'approvisionnement. Dans la demandes sont aléatoires avec un modèle stochastique de
section 4, nous exposerons différentes stratégies de prévision de vente connu, les ventes s'effectuent sur un
détermination des quantités commandées et présenterons horizon de temps fini de quelques semaines, et le délai
enfin les résultats des simulations. de livraison est important. En outre, le modèle que nous
utilisons est un modèle dynamique multiproduit car
2. OPTIMISATION DES APPROVISIONNE- l'optimisation est globale pour une famille de produits.
MENTS A PARTIR D’UNE PREVISION DE LA Nous déterminerons alors la quantité de commande Qopt
DEMANDE qui maximise les profits de l'entreprise, en permettant de
faire des économies d’échelle sur les coûts variables liés
à la commande et par conséquent d’augmenter la marge
2.1. Problématique bénéficiaire totale. A l’instant t, pour ce modèle, les
éléments qui interviennent dans la détermination de la
L’objectif de notre article est de déterminer sous quantité à commander sont entre autres:
contraintes, une quantité optimale Qopt à commander qui
assure un maximum de profit à un taux de service α – le modèle de prévision des ventes qui introduit
donné. Cette quantité Qopt, qui correspond à un volume le phénomène aléatoire de la demande client,
global d'approvisionnement, est à distribuer entre N
produits selon l'évolution des besoins sur un horizon H – les caractéristiques et les contraintes de l'appro-
correspondant à la saison de vente. La quantité à visionnement et des commandes,
commander par produit à un instant donné est calculée
par rapport à une demande aléatoire, un état de stock – les caractéristiques économiques : les mouve-
magasin, la situation et les mouvements de trésorerie ments de trésorerie, les prix d'achat et de vente,
(délais de paiement, situation du compte, frais, intérêts) les cours de devise,
et les contraintes (coûts, logistiques…).
– les natures des coûts et des dépenses (charges
sociétaires fixes ou variables à la commande).
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3. LE MODELE DU CIRCUIT D'APPROVISION- – Les coûts liés à la possession du stock qui sont
NEMENT en fonction de la quantité stockée et de la durée
de stockage. D’après (Courtois et al., 1998), la
répartition des coûts de possession est d’environ
3.1. Le processus d’approvisionnement 6% pour le magasinage, le loyer et l’entretien
des locaux, l’assurance, la manutention, et de 0
La politique d’approvisionnements est dynamique et de à 10% suivant les produits, pour la
type GPA (Gestion Partagée des Approvisionnements) : détérioration. Les autres sources de coûts sont
le stockage des matières premières et des produits finis liées à l’obsolescence, etc. Dans notre cas, les
est pris en charge par le fournisseur et la livraison articles sont classiques, sans aucun effet de
s'effectue directement du fournisseur aux magasins sans mode et de durée de vie importante, ce qui
délai de stockage dans l’entrepôt central. Le fournisseur élimine l’obsolescence commerciale.
se trouve à l’étranger et la logistique est assurée par la
voie aérienne. Les produits étant très légers (articles – Les pertes des marges d’opportunité : les
textiles), l’emballage (carton, cintre, étiquettes, film…) a intérêts perdus du capital immobilisé vont de 5
donc été inclus dans notre modèle car il représente en à 15% (Courtois et al., 1998), en fonction des
moyenne 25 à 30% du poids total d’une commande. années, des manques à gagner liés à la pénurie
ou à la rupture qui dépendent du nombre et des
Les commandes peuvent être hebdomadaires et le délai délais de pénuries constatées, des frais de
de livraison du fournisseur vers les n magasins est de dL pénalité, des frais des surcoûts, des atteintes à
semaines. A l’achat, le distributeur paie dP semaines l'image de marque, des diminutions des actifs
après réception en magasin, ses produits et sa incorporels de l’entreprise, des manques à
participation forfaitaire aux frais de stockage chez le gagner futurs, etc. (Giard, 1988).
fournisseur.
Les dépenses sont séparées en coûts fixes, correspondant
La logistique import —comprenant le transport des colis, aux frais à payer quelle que soit la quantité commandée;
l'assurance, le suivi des colis— a été externalisée et et en coûts variables qui dépendent de cette dernière.
confiée à un prestataire international. Le prestataire
extérieur facture ses services au kilogramme de 3.2.1 Les coûts fixes
marchandise transporté avec la condition que les Ce sont les coûts liés à la passation de commande. Ils ne
volumes des colis ne dépassent pas une capacité Vmax en varient pas quelle que soit la quantité à commander.
m3. A la réception des colis, des frais de dédouanement Nous avons deux types de coûts :
sont facturés à un taux sur la valeur marchande. Ensuite,
au niveau national, l’éclatement est facturé par lot – coût de traitement des commandes et coût de
magasin, la livraison magasin et la manipulation des transfert bancaire Cab. Les coûts de traitement
pièces étant facturées forfaitairement par pièce traitée. des commandes sont estimés proportion-
Le magasin, pour sa gestion, facture à un taux sur la nellement à la fréquence de commandes
valeur marchande. passées. Le coût de transfert bancaire est le
même quel que soit le montant à payer.
3.2. Les coûts d'approvisionnement
– frais de participation au stock de produits finis
Stocker un produit se chiffre entre 20 et 30% voire 40% du fournisseur Cspf. Le fournisseur facture, pour
des capitaux immobilisés (frais immobiliers, les frais de gestion des stocks de produits finis,
équipement, charge et gestion, coûts ou perte une somme forfaitaire fixe à chaque commande.
d’opportunité liée à la valeur du produit stocké)
(Harrison et Ganeshan, 1995) (Dupont, 1998) Ces dépenses fixes sont modélisées par un coût de
(Lambersend, 1999). Les dépenses générées sont au commande :
minimum de deux ordres de coût et de perte
d’opportunité2 : N
0 si ∑Qi,t = 0
Cdf,t = [Cab + Cspf τ$,t] δt avec δt = i=1 (1)
– Les coûts d’acquisition liés à la commande
(passation, contrôle…) et à la livraison, qui sont
1, si non
entre autres les coûts administratifs. Ils sont en
où Qi,t est la commande d'articles i, et τ$,t le taux de
général estimés proportionnellement à la
conversion en devise à l'instant t.
fréquence de commandes passées. Ils sont, en
général, de l'ordre de 60 à 120 Francs par
3.2.2 Les coûts variables
commande.
Ce sont les coûts qui varient en fonction des volumes
commandés. Nous les séparons en deux coûts : les coûts
2 hors France indiqués en dollars et les coûts en francs.
Nous préférons utiliser la notion pertes d’opportunité à celle
des coûts « d’opportunité », « de pénurie » ou « de rupture ».
MOSIM’01 – du 25 au 27 avril 2001 - Troyes (France)
Cette distinction permet une optimisation selon les Tt = (1+ τ+) T+t−1 + (1+ τ−) T−t-1 + PvTVt − Ct−d (6)
P
évolutions des cours de conversion du dollar.
où Pv,i est le prix de vente du produit i, Pv ∈ IRN est le
– Coût hors France en dollars (Cfd,t) : ce sont les vecteur des prix de vente, PvTVt est le chiffre d’affaire de
coûts et dépenses correspondant aux achats, la semaine t, dP le délai de paiement, et Ct = Cdv,t + Cdf,t
imports, emballages, poids et frais d'agent. Ils est le total des dépenses de la semaine t, d’après (1) (2).
sont facturés en dollars et demandent la prise en
compte du taux de conversion USD/FF. Contrainte de capacité magasins : la quantité de produits
présents dans le magasin est limitée par Qmin : la quantité
– Coût en France en franc français (Cff,t) : il y a ou seuil minimum pour assurer les ventes (stock de
deux types des coûts. Les coûts qui sont présentation), et Qmax : la capacité maximum du magasin
facturés sur la base de la quantité achetée Cqa (tailles et nombres des broches de présentation).
comme le traitement des colis et la logistique, et
les coûts facturés sur la base de valeur L'objectif de l'optimisation est le suivant :
marchandise Cvm comme le dédouanement et les
frais magasins.
Vi,t = min (Di,t, Si,t) (4) L’optimisation du problème ci-dessus est théoriquement
faisable mais demande énormément de calculs, surtout
où Vi,t est la vente effectuée, à l’instant t, et Si,t est le quand le nombre de produits N augmente. Une telle
stock disponible de produits i en magasin. approche ne sera pas possible dans la pratique. Les
heuristiques que nous testons dans cet article
Le stock en magasin à l’instant t est modélisé par correspondent à des adaptations possibles de modèle de
type EOQ (Grave et al., 1993) (Dupont, 1998). Pour un
Si,t = Si,t-1 + Li,t – Vi,t (5) problème multiproduit en temps fini, est prise en
compte. Nous avons étudié l’optimisation avec deux
où Li,t = Qi,t-d est la livraison à la semaine t, Qi,t-d est la stratégies différentes pour atteindre l’objectif de
L L
commande de produits i à l'instant t-dL, dL est le délai de maximisation de la trésorerie finale.
livraison, et Si,t le stock de produits i en magasin à
4.1. Stratégie d’approvisionnement 1
l’instant t, avec un stock initial Si,0 = 0.
Nous calculons les besoins pour les N articles en
La trésorerie : pour les N produits et durant H semaines,
fonction des stocks de présentation (Qmin), du délai
une somme d’argent a été bloquée pour gérer la saison.
d’approvisionnement dL, des prévisions des demandes
Le paiement s’effectue dans un délai dP après la livraison
Di,t, et de l'état des stocks Si,t. A chaque instant t, la
magasin. Durant cette période, cette trésorerie subit des
quantité totale de commandes est dynamiquement
mouvements de fonds dus aux opérations d’achat et de
composée de quantités à commander pour les N articles
vente mais aussi à la situation bancaire. La trésorerie
proportionnellement aux ventes réelles des articles.
initiale est notée T0 ∈ IR. On note Tt+ = max (0, Tt), Tt− = L’équation (7) permet à la stratégie 1 de repartir la
min (0, Tt), τ+ le taux d'intérêt moyen si la trésorerie est commande à l’instant t d’un volume total Q sur les
positive, et τ− est le taux moyen des frais bancaires différents produits. Q[1]i,t est la commande à l’instant t
(agios) si la trésorerie est négative. La trésorerie à
l’instant t est modélisée par
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1800
3
1600
1400 2.5
1200
Commandes
2
1000
800 1.5
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
4
600 Q x 10
Figure 2. Evolution des commandes avec la stratégie 1 où Q[2]i,t est la commande à l’instant t de l’article i en
appliquant la stratégie 2, Q[1]i,t est la quantité donnée par
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l’équation (7) et Bi[t+d,tf] est la prévision du besoin de période où la devise est passée de 6.5235 F à 7.3374 F,
produits i jusqu'à tf au seuil de probabilité κα. la taille du lot optimal Qopt pour la stratégie 1, passe de
500 à 450 articles et les profits chutent de 14.4%.
Le paramètre à optimiser est ici aussi la taille du lot Q de
600
l’équation (7), mais en faisant intervenir l’équation
supplémentaire (8). La figure 3 montre que la taille de
lots optimale est Qopt = 1780. L’interprétation du 550
Q
450
inférieure à Qopt. Sur la figure 3, on peut voir que pour
Q > 5000, le profit reste presque constant puisqu'on
n'achète pas plus de produits. Il n’est donc pas nécessaire 400
1800
300
4 4.5 5 5.5 6 6.5 7 7.5 8 8.5 9
1600
Taux de Conversion
1400
Figure 5. Qopt en fonction du cours des devises
1200
5
300 x 10
3
250
2
200
1
tresorerie
vente
150
0
100
-1
50
-2
0
0 10 20 30 40 50 60 70 -3
0 10 20 30 40 50 60 70
Semaines Semaines
Figure 6. Simulation des ventes pour quatre produits Figure 9. Simulation de la trésorerie
4000
3500
5. CONCLUSION
2000
donné. Dans notre cas, le critère est la maximisation de
1500
l’espérance de profit global dégagé sur une saison
complète de vente tout en assurant un taux de service
1000 satisfaisant. L’ensemble des contraintes et des coûts sur
le circuit d’approvisionnement a été méticuleusement
500 étudié et modélisé. Deux stratégies d’approvision-
nement, basées sur la taille des lots, ont été testées, ce
0
0 10 20 30 40 50 60 70 qui a permis de dégager une marge moyenne
Semaines supplémentaire de 7.63%. Une comparaison avec ce qui
a été réalisé dans l’entreprise sera effectuée dès la fin de
la saison de vente en-cours. D’autres stratégies vont être
Figure 7. Simulation des stocks pour quatre produits développées et testées par la suite, par exemple celles
basées sur une fréquence fixe mais à taille de lots
variable. Notre démarche consistant à déterminer la taille
3000 de lots qui maximise les profits semble être inscrite dans
la nouvelle génération des outils de pilotage (Bironneau,
2500 2000). Sans se focaliser sur la dimension de coût et
l’économie des moyens, ce qui pourrait causer une
commande
6. RÉFÉRENCES
0
0 10 20 30 40 50 60 70
Semaines Bhaskaran S, 1998. Simulation analysis of a
manufacturing supply chain. Decision Sciences, Eté
Figure 8. Quantités commandées pour quatre produits 1998, 29, No 3, 633–657.
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Bironneau L, 2000. Le pilotage par les contraintes en University Park USA. http://silmaril.smeal.psu.edu/-