Occlusionmontagedesdents 2004
Occlusionmontagedesdents 2004
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MOTS CLÉS Résumé La réussite d’un traitement par prothèse partielle adjointe dépend essentielle-
Prothèse partielle ment de l’intégration occlusale des différentes constructions prothétiques réalisées selon
adjointe ; le plan de traitement initialement défini. Un montage sur articulateur des modèles est
Occlusion ; obligatoire tant pour l’étude du cas que pour la réalisation des prothèses et la transmis-
Montage des dents ; sion des informations au prothésiste. Selon la nature et l’importance de l’édentement, il
Choix des dents ;
faut choisir une référence dentaire : l’occlusion en intercuspidie maximale (OIM), ou
Polymérisation
articulaire : la relation centrée (RC), ainsi que des matériaux d’enregistrement adaptés.
Le choix des techniques d’empreinte est également important, en particulier dans le cas
de la réalisation de prothèses composites associant prothèse fixée et prothèse amovible.
Le choix et le montage des dents sont des étapes importantes dans la future intégration
esthétique de la (ou des) prothèse(s) partielle(s) adjointe(s). Il faut tenir compte des
souhaits du patient, des dents restantes et également de la « dentogénique » (facteur
sexe, personnalité, âge) décrite par Frush et Fisher. Il est également possible de réaliser
des maquillages de surface aussi bien sur les dents résines qu’en porcelaine. Le montage
des dents sera facilité par les préparations pré- et proprothétiques intra- et interarcades
qui permettront de rétablir des courbes fonctionnelles satisfaisantes. Enfin, la polyméri-
sation et la finition sont des étapes de laboratoire qu’il ne faut pas négliger et qui font
l’objet du même soin que les étapes cliniques. Les propriétés de la résine sont brièvement
rappelées. L’objectif final est d’obtenir des prothèses adjointes alliant esthétique dans
les zones visibles et prophylaxie et facilité d’entretien dans les zones plus postérieures.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Abstract Success of a treatment with removable partial denture (RPD) essentially de-
KEYWORDS
Removable partial pends on the occlusal integration of the different prosthetic constructions realised
denture; according to the treatment planning intially defined. An articulator’s set-up of the plaster
models is necessary as far for the case’s study as for the prosthetic realisation and
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (R. Esclassan).
cire est durcie à l’eau froide. La flamme de la rence entre moulages est à éliminer, ainsi que tout
torche ou l’eau à 52 °C réchauffent la surface utile contact entre cire et tissus mous.
du support. La cire est adaptée en bouche sur les Le pointeau incisif de l’articulateur est réglé en
cuspides d’appui des dents maxillaires grâce aux fonction de l’épaisseur de la cire (+2 à +4 mm). Du
préindentations, par une légère pression digitale. plâtre à prise rapide (Snow White® de Kerr) permet
La séquence d’enregistrement de la RC peut la solidarisation du moulage mandibulaire et de la
alors commencer. Dans la littérature, des manipu- branche inférieure de l’articulateur.
lations variées ont été proposées par différents Le montage est vérifié grâce à un second enre-
auteurs. D. Brocard9 décrit deux formes d’enregis- gistrement, réalisé à la même dimension verticale.
trement, unimanuelle et bimanuelle, donnant tou- Les deux moulages sont repositionnés sur l’articu-
tes deux de bons résultats à la condition que soient lateur sans engrènement de la double base maxil-
respectées certaines règles fondamentales. laire.
• installation du patient dans une position La double base solidaire de la branche supérieure
confortable : de l’articulateur est rabattue sur la base du mou-
C ambiance calme, sans bruit ni agitation ; lage.
C le patient est positionné confortablement, Le repositionnement exact de cette double base
assis ou allongé et la tête bien calée ; confirme ou infirme l’exactitude du premier enre-
• entraînement du patient sans interposition de gistrement. En cas d’erreur, une nouvelle séquence
matériau entre les arcades : est réalisée afin de valider l’un ou l’autre des
C effectuer des mouvements de rotation man- précédents enregistrements.
dibulaire rapides et de faible amplitude ; – Précautions, erreurs à éviter.
C manipuler la mandibule a minima, de façon Plusieurs points sont source d’erreur car « opé-
verticale, en évitant de la pousser vers l’ar- rateur-dépendant ». Il faut donc que :
rière ; • lors des enregistrements, la partie médiane
C utiliser une butée antérieure en résine si le renforcée de la cire soit parfaitement rigide ;
patient n’arrive pas à réaliser ces mouve- • l’abaissement mandibulaire soit faible afin de
ments. Cette butée contribue à obtenir plus rendre négligeable l’erreur résultant de la lo-
rapidement la décontraction des muscles calisation de l’axe charnière ;
masticateurs ; • les indentations sur le support d’enregistre-
• mise en évidence des contacts prématurés, en ment soient peu profondes et bien réparties
demandant au patient où il perçoit des pour assurer sans ambiguïté le repositionne-
contacts ; ment des moulages ;
• vérification visuelle de ces contacts avec un • la cire ne soit pas perforée.
papier marqueur ;
• répéter plusieurs fois cette manipulation avant La DVO est définie et l’OIM est instable
d’interposer le support d’enregistrement ; Si le polygone de sustentation occlusal est réduit
• le pouce et l’index gauches sont alors placés (OIM seulement définie par un ou deux couples de
sur les canines maxillaires. Ils maintiennent la dents en occlusion), l’utilisation d’une ou de deux
cire en place. Le pouce droit écarte la lèvre maquettes est nécessaire pour l’enregistrement de
inférieure, sans pression, pour permettre un la RC.
accès visuel, l’index droit étant sous le men- – Une seule maquette est nécessaire.
ton. On manipule doucement la mandibule de Les bourrelets sont préalablement réchauffés
haut en bas. dans un bain thermostaté.
Aucune contrainte ne doit être exercée vers l’ar- Une inocclusion de 1 mm entre les bourrelets de
rière. Quand la rotation pure de la mandibule est la maquette et les dents antagonistes est réalisée.
obtenue, les cuspides mandibulaires marquent de Une épaisseur de feuille Aluwax® est déposée sur
faibles indentations dans la cire réchauffée. Afin de les bourrelets puis réchauffée. La maquette remise
parfaire celles-ci, il est utile de recommencer les en bouche, la RC est enregistrée comme précédem-
enregistrements dans le même ordre en ajoutant de ment, en maintenant la maquette sur sa surface
la cire Aluwax® ou du Temp-Bond® côté mandibu- d’appui avec la pulpe des doigts.
laire. L’enregistrement est vérifié une deuxième – Deux maquettes sont nécessaires.
fois en situation clinique, et en affrontant les deux Il est préférable de commencer à régler la ma-
moulages. quette ayant le plus de dents antagonistes. Les
– Montage en articulateur37,40. maquettes doivent être stables pendant l’enregis-
La cire est interposée entre le moulage maxil- trement. Des crochets peuvent aussi être ajoutés
laire et le moulage mandibulaire. Toute interfé- pour améliorer la stabilisation.
8 R. Esclassan et al.
Figure 9 Empreinte anatomofonctionnelle sous contrôle de Figure 10 Dents en porcelaine pour prothèse adjointe (docu-
l’occlusion. Ce type d’empreinte est parfaitement indiqué dans ment Ivoclar) (A, B).
le cas d’un édentement bilatéral terminal (classe I de Kennedy-
Applegate) (A, B). Matériaux
une prédominance d’extéroception fibromu-
queuse. Dents en porcelaine (Fig. 10)
En présence d’une prédominance de l’extéro- Leurs qualités sont indéniables en ce qui concerne
ception, l’empreinte doit être anatomofonction- l’esthétique, leur état de surface lisse et de très
nelle pour enregistrer la situation des tissus fibro- faible porosité, leur dureté de surface et leur résis-
muqueux et des insertions périphériques dans des tance à l’abrasion. Elles sont donc indiquées pour
conditions de pression, de tension et de contraintes maintenir les rapports occlusaux et participer ainsi
proches de celles qu’ils supporteront lors des diffé- à la pérennité de l’équilibre occlusal.
rentes fonctions et lors de l’utilisation des maquet- Lorsque le manque d’espace prothétique dans le
tes d’occlusion4 (Fig. 9). sens vertical impose des retouches trop importan-
Une empreinte anatomofonctionnelle des surfa- tes du talon des dents par meulage, une fracture de
ces d’appui permet d’enregistrer et de reproduire la porcelaine est à craindre. La résine est alors
sur le modèle de travail l’état de surface et la préférée, malgré ses moins bonnes qualités esthé-
forme qui seront adoptés par ces structures d’appui tiques et mécaniques dans le temps.29
durant les enregistrements occlusaux, assurant
ainsi de façon précise leur transfert au labora- Dents en composite ou en résine (Fig. 11)
toire.2 Elles sont indiquées lorsque l’espace prothétique
est insuffisant pour monter des dents en porce-
laine, lorsque les secteurs édentés présentent des
Choix des dents prothétiques crêtes flottantes non opérables chirurgicalement,
lorsque le patient est atteint de la maladie de
Seuls les matériaux et les dimensions des dents Parkinson ou lorsqu’il s’agit d’un édentement inter-
prothétiques concernent l’occlusion. calaire de très faible étendue (une ou deux dents).
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 11
Dents en résine
Informations et schémas complémentaires teinte sont directement influencées par ces para-
Le prothésiste doit connaître le sexe et l’âge du mètres. Des documents photographiques du patient
patient, car les caractérisations de forme et de lorsqu’il était denté sont également fort utiles.
14 R. Esclassan et al.
Figure 21 Prothèse adjointe partielle maxillaire et mandibu- Montage des dents en PAP
laire avant polymérisation, avec dents résines maquillées (docu-
ment Ivoclar) (A). Prothèses en bouche : excellente intégration
esthétique (B). Édentements antérieurs de grande
étendue29
Il doit :
• rétablir des contacts occlusaux nombreux, si-
multanés et bien répartis avec les dents de
l’arcade antagoniste ;
• assurer l’équilibre de la prothèse lors des mou-
vements excentrés de la mandibule, à vide et B
1 23
au cours de la mastication ; A
• être en harmonie du point de vue esthétique
avec le montage antérieur. Les règles du mon-
tage fonctionnel sont celles de la prothèse Figure 24 A. Différentes formes de contact entre les faces
complète : occlusales des dents résines (dents SR Postaris, Ivoclar). Il faut :
C montage des dents sur la ligne faîtière des favoriser les contacts 1 (contact travaillant), 2 (contact balan-
crêtes édentées ; çant) et 3 (contact et relation centrée) ; contrôler les espaces
libres de mouvement ; conserver les espaces libres interocclu-
C réalisation de courbes occlusales compati-
saux ; conserver l’Overjet.
bles avec le schéma occlusoprothétique re- B. Cuspides éloignées les unes des autres (en orange) et fosse de
tenu initialement. tolérance (en jaune).
Lorsque des dents persistent face à l’édente-
ment partiel, des aménagements sont souvent in-
dispensables. La correction des dents prothétiques risque de basculement et de diminuer la pression
par meulage, la réalisation de coronoplasties sous- sur les crêtes édentées.
tractives (améloplasties) ou additives (prothèse Le montage est validé cliniquement, puis la poly-
scellée) au niveau des dents naturelles permettent mérisation est réalisée avec rigueur afin de contrô-
d’adapter des surfaces occlusales antagonistes.10 ler au mieux les modifications occlusales qui pour-
Si le sourire s’étend jusqu’aux prémolaires, voire raient se produire par rétraction de la résine. Lors
aux molaires, le montage postérieur prend une de l’insertion, la précision des rapports est contrô-
dimension esthétique de première importance : lée et, si nécessaire, une équilibration est entre-
• le bord libre des cuspides vestibulaires doit prise.
s’inscrire dans la courbe du sourire déterminée Les dents SR Postaris® d’Ivoclar présentent des
par les six dents antérieures ; caractéristiques de montage intéressantes. Au ni-
• la situation des faux collets et la hauteur de veau occlusal, les cuspides sont très éloignées les
couronne clinique qu’ils déterminent doivent unes des autres et les pentes cuspidiennes forment
être en harmonie depuis les incisives jusqu’aux des espaces libres concaves (Fig. 24).
prémolaires ; Pour la cuspide travaillante, cela offre une li-
• le corridor buccal existant, lors du sourire, berté de mouvement comparable à celle obtenue
entre faces vestibulaires des dents postérieu- par la technique de la cire ajoutée.
res et angle des lèvres doit être préservé.
Dans le cas particulier des édentements mandi- Édentements antérieurs de petite étendue
bulaires uni- et bilatéraux postérieurs en exten-
sion, le montage « 3HM » d’Ackerman est recom- Ces édentements concernent une partie du groupe
mandé :8 incisivocanin.
• H : Hétéronombre. Le nombre des dents pro- Le choix de la teinte, de la forme, de la dimen-
thétiques est inférieur à celui des dents à sion et le montage des dents prothétiques sont
remplacer. La troisième molaire n’est pas rem- conduits en fonction des dents adjacentes et anta-
placée, et une prémolaire mandibulaire peut gonistes restantes.
être supprimée (classe II d’Angle) ;
• H : Hétéromorphie. Diminution des diamètres Choix de la couleur
vestibulolingual et mésiodistal ; Il est d’autant plus important que les dents prothé-
• H : Hétérotopie. La situation des dents prothé- tiques se trouvent juxtaposées aux dents naturelles
tiques n’est pas forcément conforme à celle dans une zone visible.
des dents à remplacer. Ainsi, parfois, la Le rendu de teinte est fonction de la couleur de
deuxième molaire est remplacée par une pré- base, du degré de saturation, de la luminosité et de
molaire ; la translucidité, mais aussi de la répartition de ces
• M : Médiane. Concentration des forces sur la différents paramètres au sein de la couronne den-
partie médiane de la crête. taire. Très souvent, la canine permet de définir
Ce type de montage, où les dimensions des dents plus aisément la couleur de base, les autres dents
prothétiques sont réduites, permet d’éviter tout étant moins saturées.
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 17
ques non alignés ou aucun. Le guidage doit être dents naturelles) et ne sont donc pas déséquili-
assuré par au moins trois dents prothétiques non brants pour la PAP. Pour cela, le recouvrement
alignées ou bien uniquement par les dents naturel- canin ou cuspidien doit être suffisant et la courbe
les : occlusale doit être peu accentuée dans le plan
• si les contacts s’établissent sur les seules dents frontal.
restantes, ils ne sont pas déséquilibrants pour Des contacts non travaillants ne sont pas recher-
la PAP ; chés quand les contacts travaillants se répartissent
• si les contacts s’établissent à la fois sur les entre les dents restantes et les dents prothétiques.
dents restantes et les dents prothétiques, ils La recherche de contacts non travaillants est fonc-
ne sont en général pas déséquilibrants pour la tion de l’état parodontal des dents restantes gui-
PAP ; dant la diduction, et de l’importance des aménage-
• si les contacts s’établissent sur les dents pro- ments occlusaux nécessaires à l’obtention de
thétiques uniquement, selon leur répartition, contacts non travaillants.
ils peuvent être déséquilibrants. Des contacts non travaillants sont recherchés
quand les contacts travaillants existent unique-
Contacts occlusaux en propulsion ment sur les dents prothétiques ou lorsque la pro-
En propulsion, la présence de contacts postérieurs thèse antagoniste est une prothèse complète. Cela
est liée à la qualité du guide antérieur : nécessite un faible recouvrement canin, une faible
• les contacts postérieurs sont à éviter si les profondeur cuspidienne et une courbe occlusale
contacts prothétiques antérieurs ne sont pas accentuée dans le plan frontal. Ce qui prime, c’est
déséquilibrants et si les dents antéro- l’équilibre prothétique : il faut rechercher des
inférieures et antérosupérieures sont de valeur contacts non travaillants sur la prothèse, sinon
suffisante pour assurer le guidage. Il faut donc l’instabilité prothétique provoque une traction sur
un recouvrement incisif suffisant et une courbe les dents restantes par l’intermédiaire des cro-
occlusale peu accentuée dans le plan sagittal ; chets.
• les contacts postérieurs sont à rechercher si
les contacts prothétiques antérieurs sont désé- Concepts occlusaux et prothèse composite
quilibrants ou si les dents antérieures sont En PAP, les coronoplasties occlusales des dents
absentes ou de faible valeur parodontale. Pour restantes permettent d’établir un schéma occlusal
cela, un faible recouvrement incisif est néces- favorable à l’équilibre de la prothèse.
saire, associé à une accentuation de la courbe En prothèse composite, la réalisation d’éléments
occlusale dans le plan sagittal pour obtenir des fixés dont la morphologie occlusale répond parfai-
contacts postérieurs. tement au schéma occlusoprothétique retenu
contribue à améliorer l’équilibre de la prothèse
Contacts occlusaux en diduction
amovible. Pour un résultat optimal et pour que les
Lors de la diduction, la présence de contacts non
relations clinique-laboratoire soient efficaces, le
travaillants est directement dépendante de la si-
projet prothétique global doit être matérialisé
tuation et de la qualité des contacts du côté tra-
d’emblée grâce aux moulages d’étude mis en arti-
vaillant.
culateur et à un montage directeur global.
Contacts du côté travaillant Pour atteindre cet objectif, à chaque étape pro-
Si la valeur parodontale des canine est bonne ou s’il thétique il faut transférer le montage directeur sur
existe une attelle ou un bridge intéressant la ca- le moulage de travail concerné. Ce transfert peut
nine, une fonction canine est recherchée. se faire en utilisant la technique du montage direc-
Si les canines sont déficientes, il faut établir une teur polymérisé ou en adaptant le montage direc-
fonction de groupe : teur initial sur les moulages de travail successifs,
• soit sur les dents naturelles ; après enregistrement des rapports interarcades à
• soit à la fois sur les dents naturelles et prothé- l’aide d’une maquette d’occlusion stabilisée.
tiques ;
• soit, dans certains cas extrêmes, uniquement Apports de la prothèse composite au schéma
sur les dents prothétiques. occlusal 3
– Restauration d’un guidage antérieur en propulsion
Contact du côté non travaillant et en diduction : la prothèse composite, grâce à la
Des contacts non travaillants sont évités quand les restauration des faces palatines et des faces occlu-
contacts travaillants s’effectuent sur les dents na- sales des dents restantes, facilite l’élaboration du
turelles (fonction canine ou fonction de groupe des concept occlusoprothétique choisi.
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 19
Ce sont surtout :
• propriétés mécaniques, physiques et chimi- C absence d’adhérence des aliments ou
ques : d’autres éléments introduits en bouche afin
C résistance, élasticité et résistance à l’abra- de faciliter l’entretien de la prothèse ;
sion dans des conditions de port normales ; • qualités esthétiques :
C stabilité dimensionnelle et en bouche ; C aspect final du matériau suffisamment trans-
C densité basse et conductivité thermique éle- lucide, de manière à reproduire fidèlement
vée ; la gencive avec possibilité de le teinter ou
• absence d’interférences avec le milieu buccal d’inclure des colorations ;
C insolubilité dans la salive ou les liquides ingé- C stabilité des couleurs et de l’apparence du
rés ; matériau après finition et une fois en bou-
C température de ramollissement supérieure à che ;
celle des corps chauds introduits en bouche ; C grande qualité de transparence : un échan-
C imperméabilité aux fluides buccaux afin de tillon de 3 mm d’épaisseur transmet environ
rester saine et de ne générer ni goût, ni 90 % de la lumière incidente ;
odeur désagréables ; • facilité de réparation :
C absence de goût, d’odeur, de toxicité et C réparation facile et durable en cas de frac-
d’effet irritant ; ture à l’aide d’un matériel simple.
20 R. Esclassan et al.
que, photochimique) d’un composé qui donne des radiations solaires (photodégradation), l’élévation
radicaux libres. La phase d’initiation correspond à de température, les constituants salivaires, les mo-
l’activation du monomère par les radicaux libres difications du pH (peroxydes alcalins des produits
ainsi formés ; d’entretien). Monsenego30 a montré de manière
– propagation. Cette phase correspond à l’addi- expérimentale que des PAP en résine anciennes
tion successive des unités de monomère sur la sont plus perméables que des prothèses récentes.
partie active de la chaîne moléculaire de crois-
sance ;
– terminaison. Cette phase correspond à la dispa-
Finition
rition des centres actifs de la chaîne macromolécu- Après la mise en moufle et la polymérisation, la
laire. finition est une étape à ne pas négliger. L’état de
surface des prothèses et leur aspect doivent donner
Les 5 phases de la formation de la pâte résine22 une illusion de naturel. Il faut trouver un équilibre
Le mélange passe classiquement par plusieurs pha- entre d’une part le rendu esthétique des muqueu-
ses qu’il faut impérativement reconnaître : ses, et d’autre part la facilité de nettoyage et
• sédimentation du polymère dans le mono- d’entretien par le patient.
mère : le mélange présente un aspect sableux ; La finition des cires, la cuisson et le
• phase liquide de dissolution (ou liquide) : le grattage/polissage de la résine doivent être réali-
monomère diffuse dans le polymère ; le mé- sés avec autant d’attention qu’en prothèse ad-
lange présente un aspect mousseux ; jointe complète.23
• phase chimique d’attaque (ou collante : la
masse devient collante, il se forme des fils si on Aspect de surface
l’étire ;
• phase plastique : les particules de poudre sont Impératif de prophylaxie
toutes dissoutes. La masse devient plastique, Seules les parties visibles de la PAP (lors du sourire
ne colle pas au pot, ni aux mains. C’est la phase et des fonctions) sont sculptées afin d’avoir une
d’utilisation, la consistance est idéale pour le illusion de naturel. Pour les parties postérieures
bourrage ; non visibles, l’objectif est de permettre une hy-
• phase élastique (ou évaporation) : le mono- giène efficace, grâce à un état de surface le plus
mère finit par disparaître par pénétration dans souvent convexe et lisse afin d’éviter tout dépôt de
le polymère. Le mélange devient élastique et plaque dentaire.
poreux ; il ne peut plus être moulé.
Traitement de l’état de surface
Dégradation des polymères Le polissage de la prothèse doit être rigoureux afin
Plusieurs types de réaction peuvent conduire à une de limiter le dépôt de tartre et de plaque bacté-
modification de la structure initiale des polymères, rienne.
libérant des composés qui peuvent remettre en Les surfaces prothétiques doivent également fa-
cause la biocompatibilité des résines acryliques. Le ciliter la mise en place des prothèses et n’occasion-
monomère résiduel entraîne des réactions allergi- ner aucune blessure. L’intrados ne comporte donc
ques. pas de partie saillante ou d’anfractuosités. Il doit
être poli à l’aide d’une fraise douce (caoutchouc ou
Vieillissement physique silicone). Les bords sont arrondis (environ 2 mm)
Il correspond à tout phénomène d’évolution irré- afin d’éviter des blessures muqueuses sous l’effet
versible du matériau non induit par une modifica- de tassement des prothèses (Fig. 28).
tion chimique des macromolécules. Il est lié à la
disparition des plastifiants, à l’absorption des sol- Choix des instruments de polissage (Fig. 29)
vants, aux contraintes mécaniques. Burdairon11
souligne que ce type de vieillissement est plus Grattage
fréquent que le vieillissement chimique. Les instruments rotatifs pour le surfaçage et le
grattage des prothèses en résine suivent l’évolution
Vieillissement chimique des pièces à main. Leurs performances de coupe,
Il regroupe des mécanismes entraînant une altéra- associées à une bonne manipulation du micromo-
tion des macromolécules par coupure des chaînes, teur, en font des outils très efficaces.
par réticulation de chaînes initialement linéaires, Le résultat obtenu avec un instrument rotatif
par réaction au niveau des groupes latéraux. Les varie selon la dureté de la résine choisie (sèche ou
facteurs de ce type de vieillissement sont : les grasse) et selon la vitesse de rotation.
22 R. Esclassan et al.
Ponçage et polissage
Le choix des brosses à polir s’effectue suivant les Figure 30 Prothèses adjointe partielle (PAP) maxillaire et pro-
mêmes critères que les instruments rotatifs. La thèse adjointe complète (PAC) mandibulaire polymérisées et
résine a évolué, et présente une dureté à l’abrasion polies, avant la mise en bouche (A, B). PAP et PAC en bouche :
parfois supérieure à celle des dents du commerce : noter la bonne correspondance des contacts occlusaux.
il faut faire attention à ne pas diminuer les faces
occlusales précédemment réglées après équilibra- jours, le traitement par PAP a évolué : le praticien
tion, avec un polissage trop « agressif ». ne se contente pas de remplacer les dents absen-
L’objectif final est d’obtenir une prothèse bio- tes. Il cherche à rétablir la fonction et l’esthétique
fonctionnelle tout en limitant le dépôt de plaque tout en préservant les dents restantes dans un
dentaire grâce à un polissage appliqué. Cette étape environnement parodontal sain.4
est d’autant plus aisée que l’on aura correctement Pour atteindre ces objectifs, un abord pluridisci-
traité le relief alvéoloprothétique, dès l’étape de plinaire et des connaissances dans le domaine de
sculpture de la cire et de grattage (Fig. 30). l’occlusion sont nécessaires. L’occlusion prend une
grande importance en PAP, car l’harmonie des
Conclusion contacts dentaires est primordiale dans le maintien
de l’équilibre physiologique et anatomique de l’ap-
La conception d’une PAP est un acte thérapeutique pareil manducateur tant sur le plan statique que
global et non « une prouesse technique ».23 De nos dynamique.
Selon Schittly,38 cinq conditions doivent impéra-
tivement être réunies afin de tendre vers un « suc-
cès » prothétique en PAP :
• être en présence de tissus sains ;
• exploiter les propriétés des prothèses transi-
toires ;
• maîtriser les différentes techniques de prise
d’empreinte ;
• maîtriser les problèmes liés à l’enregistrement
de l’occlusion ;
Figure 29 Instruments utilisés pour la finition (grattage/ • adapter la conception prothétique aux exigen-
polissage) des prothèses adjointes en résine. ces d’équilibres prothétique et tissulaire.
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 23
Le choix et le montage des dents ne doivent pas 4. Begin M, Mollot P. Édentement bi-maxillaire de classe I et
se faire de façon aléatoire, et doivent prendre en prothèse composite. Proposition de plan de traitement.
Cah Prothèse 1991;76:74–82.
compte les exigences esthétiques du patient et la
5. Benbelaïd M, Postaire M. Indices faciaux et choix de la
recherche du naturel, garantes d’une bonne inté- dimension des dents antérieures en prothèse adjointe
gration. Les matériaux, associés au sens clinique du complète. Cah Prothèse 1995;89:45–54.
praticien et au savoir-faire du prothésiste, permet- 6. Bergman B, Hugoson A, Olsson CO. Caries, periodontal and
tent aujourd’hui d’obtenir de très bons résultats prosthetic findings in patients with removable partial den-
tant esthétiques que fonctionnels dans le domaine tures. A 10-year longitudinal study. J Prosthet Dent 1982;
48:506–514.
de la PAP.
7. Berteretche MV, Ciers JY, Hüe O. Vieillissement des dents
En dépit du caractère amovible de ces prothèses naturelles et maquillage des dents en prothèse amovible.
et des contraintes engendrées, Vanzeveren44 a 1re partie: les dents résines. Strat Prothét 2000;2:271–283.
montré dans une étude récente que les PAP res- 8. Borel JC, Schittly J, Exbrayat J. Manuel de prothèse amov-
taient des restaurations prothétiques fiables dans ible. Paris: Masson; 1994.
le temps. Des études longitudinales ont également 9. Brocard D. Relation centrée. Occlusodontie pratique.
Paris: CdP; 2000. p.213.
montré que les patients ayant une PAP bien conçue
10. Buch D, Batarec E. Abrégé de prothèse partielle adjointe.
en sont satisfaits.6,31
Paris: Masson; 1989 195p.
Les études sur la durée de vie des PAP ne sont pas 11. Burdairon G. Abrégé de biomatériaux dentaires. Paris:
fréquentes, et sont généralement réalisées avec Masson; 1990. p. 247–265.
des patients bien contrôlés, dans des unités de 12. Carlier F, Schittly J. Le plan de référence occlusal en
formation et de recherche (UFR) dentaires ou par prothèse partielle amovible. Inf Dent 1992;8:555–564.
des équipes spécialisées.44 La durée de vie 13. Catarina A. Traitement de l’édentement partiel par pro-
moyenne d’une PAP dans ces conditions est de 8-10 thèse composite: les différentes étapes de réalisation
[thèse pour le diplôme d’État de docteur en chirurgie
ans, avec des visites de contrôles régulières et une dentaire]. 2003.
bonne maintenance.34 14. Cheylan JM, Buch D. Couronnes fraisées. Principes de
Bien évidemment, aujourd’hui l’implantologie conception. Cah Prothèse 2002;119:59–65.
doit être indiquée en première intention lorsque les 15. Dawson P. L’occlusion clinique. Évaluation, diagnostic,
conditions générales et locales le permettent. traitement. Paris: CdP; 1991.
Néanmoins, elle présente aussi ses limites (coût, 16. Derrien G, Jardel V. Prothèse amovible partielle et réta-
blissement de la fonction occlusale. Cah Prothèse 2002;
durée du traitement...). La PAP reste donc un
120:81–90.
traitement d’actualité.19,43 17. Descamp F. Analyse occlusale et simulation du projet
prothétique sur articulateur. Cah Prothèse 2002;120:
53–65.
Remerciements 18. Dupas PH. Les articulateurs semi-adaptables. Comment ?
pourquoi ? quand ? Guide clinique. Paris: CdP; 1996 118p.
19. Esclassan R, Champion J, Esclassan-Noirrit E, Guyonnet JJ.
Nous tenons à remercier la société Ivoclar pour
Plan de traitement en prothèse partielle amovible. Encycl
sa collaboration à cet article, et tout particulière- Méd Chir 2003:10p (Elsevier SAS, Paris). Odontologie,
ment Catherine Nardari pour nous avoir transmis de 23-310-E-10.
nombreux documents iconographiques ainsi que 20. Escure S. Enregistrement de l’occlusion en prothèse amo-
pour sa compétence. vible. Cah ADF 2000;8:25–35.
Nous remercions monsieur le Docteur Marcel 21. Ferrari JL. Rationalisation de la réalisation des prothèses
composites. Cah Prothèse 1991;74:72–82.
Blandin (MCU-PH) pour ses précieux conseils, ainsi
22. Ferrary B. De la bonne utilisation des résines au labora-
que pour son iconographie. toire. Prothèse Dent 1999;153/154:17–18.
Nous remercions enfin pour leur fidélité, le labo- 23. Fromentin O, Pretto P, Ogolnick R. Réflexions sur la con-
ratoire Atelier Dentaire à Toulouse et monsieur ception des prothèses partielles amovibles. Art Tech Dent
Jean-Michel Garcia, prothésiste à Toulouse ainsi 1998;9:177–182.
qu’Alexis Gaudin, interne à Toulouse pour leur par- 24. Frush J, Fisher R. Dentogenics. J Prosthet Dent 1958;8:
ticipation. 558–581.
25. Grimonster J, Vanzeveren Ch, Simon JF, Honorez P. Pro-
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