Cours RDM2013Final
Cours RDM2013Final
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RÉSISTANCE DES MATÉRIAUX
Lotfi Jaballah
Janvier 2013
Département de Génie Civil
ENSIT–Université de Tunis
[email protected]
Cours
Ce polycopié est en perpétuel correction (quand j’en prends le temps). C’est pourquoi j’en serai
reconnaissant aux étudiants de m’exposer toute suggestion susceptible d’en améliorer le contenu.
Préambule
Cet ouvrage concerne les poutres élastiques. Il comporte les notions fondamentales de la résis-
tance des matériaux (RDM).
La RDM est un cas particulier de l’élasticité classique. On y étudie des solides déformables, élas-
tiques, en petites déplacements, dont la forme est assimilable à une ligne moyenne. Cette géométrie
particulière amène, au prix de quelques hypothèses, des simplifications par rapport à l’élasticité
tridimensionnelle : les équations y sont plus simples et leurs solutions souvent accessibles analy-
tiquement. De plus, dans la vie courante, un grand nombre de construction ( ponts, bâtiments,
éléments de machines...) sont assimilables à des assemblages de poutres. Ces deux raisons ex-
pliquent le large succès de ce modèle.
On considère donc les efforts comme appliqués sur la ligne moyenne alors qu’en réalité, ils sont
appliqués sur la surface extérieure de la poutre. De même, on considère que la connaissance des
déplacements de la ligne moyenne est une information suffisante, les déplacements des autres points
de la section droite étant considérés comme peu différents.
Par contre, la description des contraintes et celle des déformations restent tridimentionnelles car
leurs variations dans la section droite sont importantes et impossibles à négliger.
Il existe un grand nombre de traités sur les poutres, dans lesquels on développe un grand nombre
de méthodes particulières pour résoudre des problèmes de poutres (et de structures de poutres).
Beaucoup d’entre-elles sont devenues obsolètes en raison du développement actuel des calculateurs
et des logiciels. Ce cours se limite donc aux fondements de la théorie des poutres et ne prétend
pas à l’exhaustivité. Il a seulement pour but d’exposer les notions indispensables à connaître pour
comprendre les limites de la modélisation, comprendre les données nécessaires au modèle, et enfin
interpréter correctement les résultats d’un calcul.
Table des matières
1 Introduction et généralités 1
1.1 Historique de la Résistance des Matériaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Objet de la Résistance des Matériaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2.1 Définition AFNOR de la RDM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2.2 Objectifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3 Éléments de base de la RDM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3.1 Origine expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3.2 Sollicitations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3.3 Chargement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.4 Sollicitations simples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.4.1 Traction–Compression . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.4.2 Cisaillement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4.3 Torsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4.4 Flexion pure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.5 Principales hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.5.1 Hypothèses sur le matériau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.5.2 Principe de l’état naturel chargé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.5.3 Hypothèses sur les solides étudiés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.5.4 Hypothèses sur les déformations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
i
Table des matières
ii
Table des matières
5.5 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Bibliographie 55
iii
Table des matières
iv
1 Introduction et généralités
Solide où chaque unité d’aire est soumise aux mêmes tensions internes,
quelques soit la section considérée (ex : la tour Eiffel).
En modifiant légèrement les données de Galilée, Bernoulli (1670) a établit la théorie en proposant
une résolution de ce problème par équations différentielles :
( 0 )
y + a (x) · y = b (x) · y α , solution S = S0 · ea x/β
Ensuite Hooke énonce le principe de proportionnalité des déformations avec les forces (1678),
Navier écrit un cours de R.D.M. en 1823. La RDM a connu depuis un développement rapide grâce
à plusieurs mécaniciens et mathématiciens (Cauchy, Poisson, Lagrange, etc.).
La recherche s’est orientée alors vers de nouveaux matériaux, l’invention de nouvelles théories
prédictives et l’intégration de ces théories dans des codes de calcul par éléments finis.
1
CHAPITRE 1. INTRODUCTION ET GÉNÉRALITÉS
autres". En complément de la Mécanique où l’on considère les corps indéformables, la RDM est
l’étude du comportement des solides réels, donc déformables.
La résistance des matériaux est basée sur les résultats théoriques de la mécanique et les propriétés
des matériaux qui ne peuvent être disponibles qu’à travers les résultats des travaux expérimentaux
comme le témoigne l’histoire du développement de la résistance des matériaux qui constitue une
combinaison fascinante de la théorie et l’expérience [1].
1.2.2 Objectifs
Déterminer, de façon rationnelle, par le calcul, les dimensions des éléments de structures -poutres,
poteaux, etc.- afin qu’elles supportent les charges auxquelles ils sont soumis dans les meilleures
conditions de sécurité et d’économie. On étudie principalement deux approches en RDM :
– Dimensionnement des poutres : déterminer les dimensions utiles d’une poutre en connais-
sant la nature du matériau, les chargements auxquels la poutre est soumise, de telle sorte que
les déformations et les tensions internes n’atteignent pas des valeurs trop importantes (par
exemple : ne pas dépasser le domaine élastique) ;
– Vérification du dimensionnement : calculer les déformations et la répartition des tensions
internes connaissant les dimensions et le chargement extérieur et vérifier que celles-ci sont
compatibles avec la nature du matériau utilisé.
1.3.2 Sollicitations
Un solide est dit sollicité lorsqu’il est soumis à des chargements extérieures –forces ou moments–
qui peuvent être d’origine mécanique, thermique, physico-chimique, etc. Les chargements extérieurs
sont appliqués au solide par :
– un autre solide,
2
1.4. SOLLICITATIONS SIMPLES
1.3.3 Chargement
On distingue deux types de chargements :
– les charges concentrées sur une faible surface, qui sera alors modélisée par une ligne ou un
point,
– les charges appliquées à tous les points d’un domaine étendu fini du solide, ces charges réparties
sont soit surfaciques (densité surfacique de force), soit volumiques (densité volumique de force,
ex : les forces de pesenteur).
1.4.1 Traction–Compression
Une force est appliquée sur la ligne moyenne d’une poutre. Selon le sens de celle-ci, la poutre
est sollicitée en traction (figure 1.1 (a)), elle s’allonge (haubans, câbles), ou en compression (figure
1.1 (b)), elle se rétrécie (poteaux, piles d’un pont).
(a) (b)
3
CHAPITRE 1. INTRODUCTION ET GÉNÉRALITÉS
1.4.2 Cisaillement
Une force est appliquée de manière à être excentrée sur la pièce (figure 1.2). Les différents plans
de la pièce tendent à glisser les uns sur les autres (ex : goupille, bague de cisaillement).
1.4.3 Torsion
Un moment ou un couple pur est exercé à l’extrémité d’une poutre suivant sa ligne moyenne.
La poutre tend à se "torsader". On observe un angle de torsion (figure 1.3).
On applique, à l’extrémité d’une poutre, un moment perpendiculaire à son plan moyen (figure
1.4). La poutre tend à fléchir.
4
1.5. PRINCIPALES HYPOTHÈSES
Les limites de la résistance des matériaux sont celles imposées par ses hypothèses mêmes. Les
disciplines connexes telles que la théorie d’élasticité, de la plasticité ou la méthode des éléments
finis se libèrent de certaines de ces contraintes.
Les principales hypothèses de la résistance des matériaux sont les suivantes.
Les solides étudiés en RDM sont déformables. On étudie les contraintes (appelées jusqu’ici
"tensions internes") et les déformations du solide sous l’action des chargements extérieurs, donc
dans un état déformé. On devrait donc prendre en compte, dans la résolution statique, les lignes
d’actions (ou supports) des forces, ainsi que la configuration géométrique des systèmes étudiés, en
configuration "déformée" (voir le schéma ci-après).
5
CHAPITRE 1. INTRODUCTION ET GÉNÉRALITÉS
En pratique, on admet l’indépendance des forces et de l’effet des déformations de telle sorte que
les équations d’équilibre seront résolues pour le corps non déformé (par l’application du principe
fondamental de la statique "PFS").
Fig. 1.5: Cas où le principe de l’état naturel chargé n’est pas valable.
6
1.5. PRINCIPALES HYPOTHÈSES
(a) (b)
Fig. 1.6: Section droite : (a) Avant déformation ; (b) Après déformation.
Cette hypothèse est très importante pour la répartition des contraintes, un peu moins pour la
détermination des déformations globales.
7
CHAPITRE 1. INTRODUCTION ET GÉNÉRALITÉS
8
2 Géométrie des poutres
9
CHAPITRE 2. GÉOMÉTRIE DES POUTRES
Enfin, on se place dans le cadre de l’élasticité linéaire isotrope, en petites déformations et petits
déplacements : Le tenseur des déformations utilisé est donc ², et les équations d’équilibre s’écrivent
sur la configuration initiale 1 . Le matériau constituant la poutre a donc une loi de comportement
qu’on rappelle ici :
σ = 2µ² + λTr² G
1+ν ν
²= σ − Trσ G
E E
On rappelle les relations entre les coefficients de Lamé {µ, λ} 2 et les coefficients utilisés en
élasticité {E : Module de Young, ν : Coefficient de Poisson} :
µ (2µ + 3λ) λ
E= et ν =
µ+λ 2 (µ + λ)
E Eν
µ= et λ =
2 (1 + ν) (1 + ν) (1 − 2ν)
Il est facile de voir que le centre de gravité G est indépendant du choix de P et qu’on a la
relation :
1. Principe de l’état naturel chargé.
2. Dans beaucoup d’ouvrages sur les poutres, le coefficient de Lamé µ est appelé module de cisaillement et est
symbolisé par G. Ne pas confondre avec le tenseur métrique G.
10
2.2. CARACTÉRISTIQUES GÉOMÉTRIQUES DES SECTIONS
ˆ
GN ds = 0
S
Les coordonnées du centre de gravité G (YG , ZG ) d’une section droite S (figure 2.2 (b)) sont
données par les relations :
ˆ
1
YG = y ds (2.1)
S S
ˆ
1
ZG = z ds (2.2)
S S
(a) (b)
Soit S une section droite, de point courant N et soit δ une droite du plan de la section droite
(figure 2.3). Soit K la projection de N sur δ. le moment statique de S par rapport à δ est défini
par :
ˆ
A (S, δ) = KN ds
S
11
CHAPITRE 2. GÉOMÉTRIE DES POUTRES
Fig. 2.3: Moment statique d’une section droite par rapport à la droite δ.
Si on définit un repère orthonormé (O ; ~y , ~z) dans le plan normal, on appelle les moments
statiques de S par rapport aux axes (O ; ~y ) et (O ; ~z) les quantités :
ˆ
AY = z ds (2.3)
ˆS
AZ = y ds (2.4)
S
Par analogie avec le moment d’une force par rapport à un axe quelconque, le moment statique
d’une section par rapport à un axe situé dans son plan est égal au produit de l’aire de la section
par la distance de son de centre de gravité à l’axe considéré.
En utilisant les équations 2.1 et 2.2, 2.3 et 2.4 deviennent :
AY = S · ZG (2.5)
AZ = S · YG (2.6)
Remarque : Le moment statique d’une section S par rapport à un axe passant par son centre
de gravité G est nul. Les droites qui passent par G sont appelées droites centrales.
Cette définition est identique à celle de moment d’inertie d’un solide autour d’une droite, mais
ici, le solide est bidimensionnel et plan, et sa masse surfacique vaut 1. On l’appelle ainsi souvent
12
2.2. CARACTÉRISTIQUES GÉOMÉTRIQUES DES SECTIONS
ˆ
IY = z 2 ds (2.7)
ˆ S
IZ = y 2 ds (2.8)
S
Les moments d’inertie par rapport aux axes passant par le centre de gravité de la section sont
des moments centraux.
On note :
– ~x = ~t : tangente unitaire à la ligne moyenne.
– x = l : abscisse curviligne d’une section droite sur la ligne moyenne 3 .
– ~y : première direction principale d’inertie unitaire de la section droite d’abscisse x.
– ~z : seconde direction principale d’inertie unitaire de la section droite d’abscisse x.
– (y, z) : coordonnées d’un point de la poutre dans la section droite d’abscisse x.
Les sens de ~y et ~z sont choisis tels que le repère orthonormé < = (G ; ~x, ~y , ~z) soit direct.
Les résultats de la théorie des poutres seront exprimés dans le repère (G ; ~x, ~y , ~z)
3. On utilisera plutôt x et ~x pour les poutres droites et l et ~t pour les poutres courbes.
13
CHAPITRE 2. GÉOMÉTRIE DES POUTRES
14
3 Modélisation des actions mécaniques
Pour pouvoir traiter un problème de RDM, il faut être en mesure de modéliser les actions et
les liaisons mécaniques. Leur modélisation n’est pas simple et dépend du mécanisme et même de
l’objectif de l’étude. Le poids d’un solide peut être par exemple modélisé par un glisseur lié à
son centre de gravité (mécanique du point), par une densité volumique de force (mécanique des
fluides), par une densité surfacique de force (RDM).
Ici, on se limite à l’étude de la statique, c’est à dire qu’on néglige les effets dynamiques. On
suppose que la poutre passe par une succession d’états d’équilibre, de l’état initial à l’état déformé :
hypothèse "quasi-statique".
En outre, comme cela a été précisé dans le premier chapitre, les déplacements étant petits, on peut
résoudre les équations de la statique pour la poutre non déformée (configuration initiale).
15
CHAPITRE 3. MODÉLISATION DES ACTIONS MÉCANIQUES
Les charges réparties. Il arrive que les actions mécaniques extérieures à une poutre soient mal
modélisées par leur torseur de réduction en un point. On préfère alors les exprimer par des densités
de torseur. La prise en compte de ces actions dans le calcul se fait alors par intégration des densités
de torseur sur une ligne, sur une surface, ou sur un volume.
En théorie des poutres, les charges réparties se réduisent à des densités linéiques de forces 2 . Les
densités linéiques de moment sont rares dans la pratique.
On a vu que la RDM consiste essentiellement en l’étude des poutres. Ce qui nous intéresse n’est
donc pas vraiment le type de liaison qui existe entre la poutre et le milieu extérieur mais plutôt
le nombre de degrés de liberté qu’une liaison libère en un n¡ud de la poutre. La représentation des
liaisons sur les n¡uds d’une poutre en RDM ne répond donc pas aux symboles utilisés en ciné-
matique mais à des symboles non normalisés qui répondent à une seule question : quels sont les
degrés de liberté relatif à chaque n¡ud ? Cette question concerne les degrés de liberté dans le plan,
à savoir : deux translations et une rotation.
16
3.2. ACTIONS MÉCANIQUES EXTÉRIEURES
Les liaisons parfaites. Ce sont des liaisons sans dissipation d’énergie par frottement. Les diffé-
rents coefficients de frottement sont considérés nuls.
Les liaisons dans le plan sont de trois sortes :
Les liaisons élastiques. Lorsqu’il semble difficile de modéliser une liaison par une liaison par-
faite, parce que les mouvements supposés bloqués ont en réalité une certaine souplesse, on modélise
cette rigidité imparfaite par un ressort (exemple : liaison fondation–sol).
17
CHAPITRE 3. MODÉLISATION DES ACTIONS MÉCANIQUES
Si on désigne par :
F~
i
– les torseurs de charges extérieures concentrées aux points Ai ;
M~i
Ai
p~ (l)
– les torseurs de charges extérieures linéiques réparties sur la ligne moyenne ;
~ (l)
m
G
R~k
– les torseurs d’actions de liaison aux points de liaison Bk .
W~k
Bk
Le Principe Fondamental de la Statique se traduit par les deux équations vectorielles suivantes :
∑ ∑ ˆ
F~i + ~k +
R p~ (l) dl =~0 (3.1)
∑ ∑ ∑ ∑ ˆ i i
ˆ
~ i ∧ F~i +
OA ~i +
M ~ k∧R
OB ~k + ~k +
W ~ ∧ p~ (l) dl +
OM ~ (l) dl =~0
m (3.2)
i i k k
Si on considère les charges commes connues, et les actions de liaison non nulles comme incon-
nues 3 , on peut classer les problèmes en trois catégories :
– Les problèmes isostatiques : Le système d’équations de la statique est régulier pour les incon-
nues de liaison. On peut donc déterminer les inconnues de liaison en fonction des charges, en
utilisant uniquement les équations de la statique.
– Les problèmes hyperstatiques : Le système d’équations de la statique est insuffisant pour déter-
miner les inconnues de liaison. Il faudra des équations suplémentaires (déduites de la théorie
des poutres) pour déterminer complètement la solution. Les systèmes hyperstatiques sont très
courants dans le domaine du Génie Civil.
– Les probèmes hypostatiques : Le système d’équations de la statique n’a pas de solution. Cela
signifie qu’il n’y a pas d’équilibre possible sous l’action des charges avec de telles liaisons. Soit
on veut étudier le mouvement et il faut alors écrire les lois de la dynamique, soit on veut que
le système prenne une position d’équilibre sous les charges et il faut ajouter des liaisons pour
s’opposer au mouvement.
3. Le nombre d’inconnues de liaison dépend du type de liaison qui a été choisie dans la phase de modélisation,
d’où l’importance de l’analyse de liaison.
18
3.3. EFFORTS INTÉRIEURS
L’objet de ce cours étant la statique des poutres, on n’envisagera pas les problèmes hypostatiques.
( )
Soit (E) la poutre et Ē le milieu extérieur à la poutre. Soit < (O; ~x, ~y , ~z) le repère de la
poutre utilisé pour la résolution statique et dont ~x est l’axe confondu avec la tangente unitaire à
la ligne moyenne (C) . Soit un plan (P ) perpendiculaire à (C) et générant une section droite (S) .
Soit G, d’abscisse curviligne l, le centre de surface de S. OG ~ = l ~x définit la position de la section
droite fictive (S) . La coupure fictive de (E) par le plan (P ) partage la poutre en deux tronçons
(E1 ) et (E2 ) (voir figure 3.1). L’étude des sollicitations de la poutre consiste à déplacer le plan (P )
d’une extrémité à l’autre de la poutre de telle sorte que (E1 ) soit le tronçon dont le volume croît
et (E2 ) le tronçon dont le volume décroît.
19
CHAPITRE 3. MODÉLISATION DES ACTIONS MÉCANIQUES
~ et M
Il est important de comprendre que R ~ G sont des fonctions de l, abscisse de G.
( )
La poutre (E) est soumise de la part de Ē à un chargement extérieur : actions mécaniques
de contact ou à distance, concentrées ou réparties, issues des liaisons avec d’autres solides ou non
(voir figure 3.2). La poutre est en équilibre, on peut donc appliquer le Principe Fondamental de la
Statique :
{ } R~ ~
(Ē→E ) = 0
τs(Ē→E ) = {0} ce qui donne au point G
M
~ ~
G(Ē→E ) = 0
G
20
3.3. EFFORTS INTÉRIEURS
Le tronçon (E1 ) représenté sur la figure 3.3 est en équilibre sous l’action de deux torseurs
d’actions mécaniques que l’on peut exprimer en G :
– Le torseur dû au chargement extérieur,
{ } R~ ¯
(E1 →E1 )
τs(E¯1 →E1 ) = ; (3.4)
G M
~ ¯
G(E1 →E1 )
G
soit
R~ ~ ~
(E¯1 →E1 ) + R = 0
M~ ¯ ~ ~
G(E1 →E1 ) + MG = 0
Donc, compte tenu de la relation 3.3, on peut résoudre le torseur de cohésion par deux voies :
R~ = −R ~ ¯
R ~ =R ~ ¯
(E1 →E1 ) ou (E2 →E2 )
M ~ G = −M ~ ¯
M ~G = M ~ ¯
G(E1 →E1 ) G(E2 →E2 )
21
CHAPITRE 3. MODÉLISATION DES ACTIONS MÉCANIQUES
{ } { }
On choisira le torseur le plus simple à calculer entre τs(E¯1 →E1 ) et τs(E¯2 →E2 ) pour évaluer
G G
le torseur de cohésion.
Projection spatiale dans <. Le torseur de cohésion, réduit en G, est composé d’une résultante
~ et d’un moment M
R ~ G . Il est donc composé spatialement de 6 composantes qui correspondent aux
~ G dans < (voir la figure 3.4) :
~ et M
projections de R
R~ = N · ~x + Ty · ~y + Tz · ~z
M~ G = Mt · ~x + Mf y · ~y + Mf z · ~z
Relation avec les sollicitations simples. Ces six composantes permettent de définir les quatre
sollicitations simples, définies dans le premier chapitre (voir section 1.4) :
– La présence en G de la composante N invoque la Traction–Compression dans la poutre. N ~,
projection de R~ sur (G, ~x) est appelé "effort normal". Si toutes les composantes de {τcoh }
sont nulles sauf N~ , la poutre est sollicitée soit en "Traction Simple", soit en "Compression
Simple" (selon le signe de N ).
– La présence en G de la composante Ty et/ou Tz invoque le Cisaillement dans la poutre.
T~ = Ty · ~y + Tz · ~z, projection de R~ dans le plan (G; ~y , ~z) est appelé "effort tangentiel"
22
3.3. EFFORTS INTÉRIEURS
ou "effort tranchant". Si toutes les composantes de {τcoh } sont nulles sauf T~ , la poutre est
sollicitée en "Cisaillement Simple".
– La présence en G de la composante Mt invoque la Torsion dans la poutre. M ~ t , projection de
M~ G sur (G, ~x) est appelé "moment de torsion". Si toutes les composantes de {τcoh } sont nulles
sauf M ~ t , la poutre est sollicitée en "Torsion Simple".
– La présence en G de la composante Mf y et/ou Mf z invoque la Flexion dans la poutre. M ~f =
Mf y · ~y + Mf z · ~z, projection de M ~ G dans le plan (G; ~y , ~z) est appelé "moment de flexion".
Si toutes les composantes de {τcoh } sont nulles sauf M ~ f , la poutre est sollicitée en "Flexion
Pure".
On retrouve ces quatre sollicitations sur la figure 3.5 sous forme vectorielle.
D’une manière générale, une poutre est soumise à plusieurs actions mécaniques définies sur des
points de la ligne moyenne. On appelle ces points "les n¡uds". Une poutre est ainsi composée de
plusieurs zones qui sont séparées par les les n¡uds. Le calcul du torseur de cohésion doit être effectué
pour chaque zone de la poutre. Chaque torseur de cohésion calculé est valable dans sa zone de
calcul. On peut alors représenter les variations du torseur de cohésion le long de la poutre étudiée
à l’aide de diagrammes.
La représentation des fonctions N (l) , Ty (l) , Tz (l) , Mt (l) , Mf y (l) , Mf z (l) , donne les dia-
grammes des composantes algébriques du torseur de cohésion {τcoh } . Il faut bien se souvenir que
le point G est le centre de surface d’une section droite (S) que l’on fait évoluer le long de ~x et
23
CHAPITRE 3. MODÉLISATION DES ACTIONS MÉCANIQUES
qui a pour abscisse curviligne l 5 . Les six composantes du torseur de cohésion sont donc bien des
fonctions de l dans le sens mathématique du terme.
– L’action du reste de la poutre sur le point B, qui est par définition le torseur de cohésion en
B:
R~ = (N + dN ) · ~x + (T + dT ) · ~y
B y y
M~ B = (Mf z + dMf z ) · ~z
L’équilibre du morceau de poutre compris entre les sections droites d’abscisses l et l + dl s’écrit :
−N + N + dN + px (l) dl =0 (3.5)
−Ty + Ty + dTy + py (l) dl =0 (3.6)
2
dl
−Mf z + Mf z + dMf z + Ty dl − py (l) + mz (l) dl =0 (3.7)
2
5. On rappelle qu’on utilisera x pour les poutres droites et l pour les poutres courbes.
6. Pour simplifier la démarche, on prend le cas de deux densités de force et une densité de moment.
24
3.5. CONTRAINTES GÉNÉRALISÉES
En négligeant le terme quadratique en dl2 dans l’équation 3.7, on obtient les équations d’équilibre
local :
dN
+ px (l) =0 (3.8)
dl
dTy
+ py (l) =0 (3.9)
dl
dMf z
+ Ty + mz (l) =0 (3.10)
dl
Dans le cas général, l’équilibre local des poutres est donné par les deux équations différentielles
vectorielles suivantes :
~G
dR ~G
dM
+ p~ (l) = ~0 et + ~t ∧ R
~G + m
~ (l) = ~0
dl dl
~ M,n = σM ~n
C
ˆ ˆ
~G = C
R ~ M ds = σM ~x ds
S S
25
CHAPITRE 3. MODÉLISATION DES ACTIONS MÉCANIQUES
ˆ ˆ
~G =
M ~ ∧C
GM ~ M ds = ~ ∧ σM ~x ds
GM
S S
Si on détaille les composantes du tenseur des contraintes en M sur la base locale de la poutre
(G ; ~x, ~y , ~z) , on a :
σxx σxy σxz
σ= σ σ σ
yx yy yz
En projetant les égalités vectorielles sur la base locale de la poutre en G, on obtient les compo-
santes du torseur de cohésion {τcoh } :
ˆ
N= σxx ds (3.11)
ˆS
Ty = σxy ds (3.12)
ˆS
Tz = σxz ds (3.13)
ˆS
Il est remarquable de constater qu’il suffit de connaître les champs σxx , σxy et σxz dans la section
droite (c’est à dire les contraintes dans la section droite pour la seule direction ~x) pour déterminer
26
3.5. CONTRAINTES GÉNÉRALISÉES
La recherche du champ des contraintes associé au torseur des efforts intérieurs est l’objet du
chapitre suivant.
27
CHAPITRE 3. MODÉLISATION DES ACTIONS MÉCANIQUES
28
4 Étude de l’effort normal
On se propose ici d’étudier les contraintes et les déformations dans une section droite de poutre
uniquement soumise à un effort normal (traction ou compression). La traction et la compression
d’une poutre obéissent aux mêmes lois de comportement.
4.1 Traction
4.1.1 Définition
Une poutre est sollicitée en traction pure si elle est soumise à deux forces égales et directement
opposées, appliquées aux centres surfaciques de ses sections extrêmes et tendant à l’allonger.
29
CHAPITRE 4. ÉTUDE DE L’EFFORT NORMAL
30
4.1. TRACTION
dN
+ px = 0 (4.1)
dx
L’allongement relatif (déformation) est :
1. Les équations d’équilibre et loi de comportement sont les mêmes en traction et compression.
31
CHAPITRE 4. ÉTUDE DE L’EFFORT NORMAL
du σxx N
²xx = = + α ∆T avec σxx = (4.3)
dx E A
d’où :
Fig. 4.4
32
4.2. COMPRESSION
D’une façon générale, la contrainte normale maximale ne doit pas atteindre la limite d’élasticité
du matériau. On adopte par ailleurs un coefficient de sécurité – appelé coefficient d’incertitude ou
d’ignorance – qui traduit notre ignorance vis à vis des caractéristiques réelles du matériau, des
sollicitations mécaniques, des phénomènes imprévus, etc.
σe
σ≤ (4.7)
s
Remarques :
σe
σadm = (4.8)
s
– Même lorsque la condition de résistance est vérifiée, une poutre soumise à la traction pure
peut casser sous l’action des contraintes de cisaillement, ceci arrive particulièrement pour des
matériaux très ductiles (éprouvette de cuivre).
4.2 Compression
4.2.1 Définition
Une poutre est sollicitée en compression pure si elle est soumise à deux forces égales et directe-
ment opposées, appliquées aux centres surfaciques de ses sections extrêmes et tendant à rétrécir
sa longueur.
33
CHAPITRE 4. ÉTUDE DE L’EFFORT NORMAL
σe
| σ |≤ (4.9)
s
σe0
| σ |≤ (4.10)
s
Avec
– σe (P a) : contrainte limite d’élasticité en traction,
– σe0 (P a) : contrainte limite d’élasticité en compression, unité usuelle, le (M P a) ,
– s (s.u) : coefficient de sécurité ou d’incertitude.
Remarques : En compression, cette condition n’est pas suffisante. Si la poutre est trop élancée,
elle peut subir du flambage. Ce phénomène peut se rencontrer si :
L > 7 · emini
34
4.3. DÉFORMATIONS GLOBALES D’UNE POUTRE
N · l0
∆l = (4.11)
E·S
Avec :
– ²Txx (s.u) : déformation d’origine thermique suivant la direction x,
– ²Tyy (s.u) : déformation d’origine thermique suivant la direction y,
– ²Tzz (s.u) : déformation d’origine thermique suivant la direction z,
– α (K −1 ) : coefficient de dilatation thermique du matériau,
– ∆T (K) : variation de température du matériau.
35
CHAPITRE 4. ÉTUDE DE L’EFFORT NORMAL
T
∆lxx = α · ∆T · l0
36
5 Étude du moment de flexion
L’action des forces latérales sur une poutre se traduit en une déformation de l’axe longitudinal
initialement droit en une courbe curviligne. L’état d’une section de poutre ou de toutes les compo-
santes des efforts internes, seule un moment fléchissant Mf y ou Mf z n’est pas nul, est dit état de
flexion plane pure. La déformation résultante de ce genre de sollicitation est connue sous le nom de
la flèche. Lorsque l’effort tranchant n’est pas nul, en ce cas la sollicitation est dite flexion simple.
Dans le chapitre de modélisation des actions mécaniques nous avons vu comment déterminer
le diagramme des moments fléchissants le long de la ligne moyenne d’une poutre d’une structure
isostatique. Dans ce chapitre nous nous proposons d’étudier les contraintes et les déformations
dans une section droite de poutre uniquement soumise à un moment de flexion.
Lorsque une poutre est soumise en flexion pure, le torseur de cohésion s’écrit :
0 0
{τcoh }G = 0 Mf y
0 Mf z G
Comme cela a été précisé dans le chapitre 3, le vecteur moment de flexion M ~ f ne dépendent que
des contraintes normales dans la section droite (σxx ) . Les composantes du tenseur des contraintes
dans la base principale de la section droite, soumise à un moment de flexion M ~ f sont :
σxx 0 0
σ=
0 0 0
0 0 0
37
CHAPITRE 5. ÉTUDE DU MOMENT DE FLEXION
L’allongement relatif d’une fibre se trouvant à une distance y de l’axe neutre peut être écrit :
a0 b0 − ab (R − y) dθz − dx
²xx = = (5.1)
ab dx
Avec :
dx = R dθz (5.2)
y
²xx = − (5.3)
R
La loi de Hooke peut s’écrire :
σxx
²xx = (5.4)
E
Les équations 5.3 et 5.4 donnent :
E
σxx = − y (5.5)
R
La condition d’équilibre qui lie les contraintes et les efforts internes dans la section droite d’une
poutre est :
38
5.1. CHAMP DU TENSEUR DES CONTRAINTES
ˆ
Mf z = −y σxx ds (5.6)
S
E IZ
Mf z = (5.8)
R
´
Avec IZ = S
y 2 ds est le moment d’inertie de S par rapport à l’axe (O ; ~z) .
En introduisant l’équation 5.5 dans 5.8, la contrainte normale en tout point de la section de la
poutre distante de y de l’axe (O ; ~x) a pour valeur :
Mf z y
σxx = − (5.9)
IZ
Losque une poutre est soumise à deux composantes de flexion Mf y et Mf z , le torseur de cohésion
s’écrit :
0 0
{τcoh }G = 0 Mf y
0 Mf z G
Mf y Mf z
σxx = z− y (5.10)
IY IZ
L’équation 5.10 est appelée formule de Navier.
Remarques :
– Dans une section droite d’abscisse x, le tenseur des contraintes dû à M ~ f est une fonction
linéaire en y et z, et les contraintes dans la section droite pour la direction (O ; ~x) se réduisent
à des contraintes normales.
– Les contraintes sont proportionnelles aux moments fléchissants et inversement proportionnelles
aux moments d’inertie.
– La fibre la plus sollicitée (la contrainte de traction ou de compression maximale) est située au
point le plus éloigné de l’axe neutre.
39
CHAPITRE 5. ÉTUDE DU MOMENT DE FLEXION
Mf y Mf z
z− y=0 (5.11)
IY IZ
− +
ymax = ymax = ymax (5.12)
− Mf z ymax
| σmax |=| σmax
+
|= σmax = (5.13)
IZ
Avec :
−
– σmax : contrainte de compression maximale.
+
– σmax : contrainte de traction maximale.
− +
– ymax et ymax : distances des fibres comprimée et tendue les plus éloignées.
– Mf z : moment fléchissant par rapport à l’axe (O ; ~z) .
– IZ : moment d’inertie de S par rapport à l’axe (O ; ~z) .
IZ
On désigne par Wy = le module résistant de la section.
ymax
Avec
40
5.3. DÉFORMATION ET DÉPLACEMENT DE LA LIGNE MOYENNE
Cas d’une section non symétrique. Dans ce cas les contraintes de traction et de compression
maximales sont différentes.
−
− Mf z ymax
| σmax |= (5.15)
IZ
+
Mf z ymax
| σmax
+
|= (5.16)
IZ
IZ IZ
On distingue deux modules résistants de la section : +
et − .
ymax ymax
Lorsque la limite d’élasticité est la même en traction et en compression, la condition de résistance
en flexion s’écrit :
( − )
max | σmax |, | σmax
+
| ≤ σe (5.17)
−
| σmax | ≤ σe0 (5.18)
| σmax
+
| ≤ σe (5.19)
41
CHAPITRE 5. ÉTUDE DU MOMENT DE FLEXION
dθz
Mf z = E IZ (5.22)
dx
duz
= θz (5.23)
dx
ˆ x
Mf z (s)
θz (x) = θzi + ds (5.24)
0 E IZ
ˆ x
uz (x) = uzi + θz (s) ds (5.25)
0
Cas des poutres courbes. Pour les poutres courbes ou pour les poutres droites dont la base
locale (~x, ~y , ~z) varie le long de la ligne moyenne, on préfère donner les résultats sous forme intégrée
avec les formules de Bresse.
Si toutes les sections de la poutre ne travaillent qu’à l’effort normal et au moment de flexion, on
obtient :
ˆ B ( )
Mf y Mf z
θ~B = θ~A + ~y + ~z dl (5.26)
A E IY E IZ
ˆ B ˆ B ( )
N ~ Mf y Mf z
u~B = u~A + θ~A ∧ AB
~ + t dl + ~y + ~z ∧ GB
~ dl (5.27)
A ES A E IY E IZ
42
5.5. APPLICATIONS
σxx 0 0
1
0
où σxx = Mf y z − Mf z y
²= −νσxx
E
0 IY IZ
0 0 −νσxx
5.5 Applications
Les calculs de poutres en flexion sont très importants dans la pratique. Presque tous les éléments
de construction modélisables par des poutres ont un moment de flexion dans leur torseur des efforts
intérieurs.
Toutefois, il est rare que le moment de flexion soit seul. Il est presque toujours associé avec un
effort tranchant. Aux contraintes dues au moment de flexion devront s’ajouter celles dues à l’effort
tranchant. Cependant, en ce qui concerne les déplacements de la ligne moyenne, on verra que
l’effort tranchant ne joue aucun rôle. Bien que les contraintes soient incomplètes, les déplacements
uy et uz de la ligne moyenne calculés ici sont donc corrects.
43
CHAPITRE 5. ÉTUDE DU MOMENT DE FLEXION
44
6 Étude de l’effort tranchant
Nous étudions ici les contraintes tangentielles engendrées par un effort tranchant seul.
Ces contraintes tendent à cisailler la section et provoquent ainsi des déformations angulaires. Si
en pratique il est difficile de séparer les sollicitations les unes des autres, il est encore plus difficile de
réaliser des déformations de cisaillement dans sa forme pure, elles sont généralement accompagnées
de déformations de flexion. Cependant les exemples considérés comme étant en cisaillement pur
sont nombreux : les composants des assemblages métalliques constituent la majorité.
Une section droite S, d’une solide, est sollicité en cisaillement simple ssi, au centre de surface G
de S, le torseur de cohésion s’écrit :
{ }
{τcoh }G = R = T ; MG = 0
~ ~ ~ ~ avec T~ = Ty · ~y + Tz · ~z
G
ou encore :
0 0
{τcoh }G = Ty 0 (6.1)
Tz 0 G
45
CHAPITRE 6. ÉTUDE DE L’EFFORT TRANCHANT
Remarque : Une vis ne devait jamais subir du cisaillement transversal. La bague de cisaillement
sert, justement, à éviter ce problème en protégeant la vis.
Dans une section S de normale ~n, l’état de cisaillement pur est défini par une contrainte normale
σnn nulle et une contrainte tangentielle τnt uniforme en tout point (on l’appelle aussi contrainte de
cisaillement et on l’écrit aussi τ ou mieux σnt ). τnt est une contrainte mécanique, donc son unité
est Pascal (P a) :
σ
nn =0
∀A∈S
σnt 6= 0
Un état de cisaillement pur est observable dans un échantillon qui subit une compression et
une traction d’intensité équivalente suivant deux directions perpendiculaires ~x et ~y . Les facettes
orientées à 45◦ subissent alors un cisaillement pur τnt tel que :
Avec
– G (P a) : module de Coulomb ou module d’élasticité transversal,
– γnt (s.u) : distortion, notée courament γ, et appelée "déformation en cisaillement".
Un matériau isotrope a la propriété suivante :
E
G= (6.3)
2 (1 + ν)
46
6.4. DÉFORMATION ÉLASTIQUE
∆y
γ ≈ tan γ =
∆x
Si l’effort tangentiel est augmenté au point de dépasser la limite d’élasticité du matériau, le
matériau subit un glissement plastique irréversible puis une rupture après fissuration.
τe
τmoy ≤ (6.6)
s
47
CHAPITRE 6. ÉTUDE DE L’EFFORT TRANCHANT
Avec
– τmoy (P a) : contrainte moyenne de cisaillement,
– τe (P a) : limite d’élasticité en cisaillement,
– s (s.u) : coefficient de sécurité.
On appelle le second terme de cette relation "contrainte pratique admissible" ou "contrainte pra-
τe
tique de glissement" : τadm = .
s
Les expériences permettent, en outre, d’introduire les caractéristiques suivantes :
σe
– Pour les matériaux ductiles : τe ≈ ;
2
σe
– Pour les matériaux peu ductiles : τe ≈ ;
1, 5
σe
– Pour les matériaux fragiles : τe ≈ .
1, 1
En première approche, cette approximation associée à la relation 6.3 permettent de dimensionner
une pièce soumise à du cisaillement, en ne connaissant que le module de Young E, le coefficient
de Poissson ν, et la limite d’élasticité en traction. Par exemple, pour dimensionner une pièce en
cuivre sollicitée par un effort tranchant T~ , on écrira :
k T~ k σe
≤
S 2s
Traction–Compression Cisaillement
N T
Valeur de la contrainte σxx = τnt =
S S
Relation contrainte–déformation σxx = E · ²xx τnt = G · γnt
σe τe
Condition de résistance | σ |≤ τmoy ≤
s s
¨ ¥ ¨ ¥ ¨ ¥ ¨ ¥
Déformation élastique ⇒ Déformation plastique ⇒ Fissuration ⇒ Rupture
§ ¦ § ¦ § ¦ § ¦
6.7.2 Différences
– Le cisaillement simple ne s’applique pas à tout le solide mais seulement à une section droite,
– La contrainte tangentielle n’est pas uniforme dans la section cisaillée,
– L’essai de cisaillement simple est inutilisé car difficilement réalisable.
48
7 Étude du moment de torsion
Si de toutes les efforts seul le moment Mt est présent, il provoque une torsion. Ce type de
sollicitation est très répandu dans les structures de mécanique et surtout au niveau des arbres
traînés par les moteurs. L’analyse des éléments des structures de Génie Civil soumis à la torsion
est moins fréquente car l’existence du moment de torsion entraîne que les forces extérieures doivent
obligatoirement appartenir à un plan perpendiculaire à celui de l’élément, et cela n’est pris en
compte que lors de l’analyse des structures en 3 D, comme par exemple l’installation de tuyauterie
d’un système de refroidissement d’une centrale nucléaire ou d’une base de pompage de pétrole
(figure 7.1).
Lorsqu’on sollicite en torsion une poutre circulaire, on constate qu’une section quelconque tourne
dans son plan d’un angle proportionnel à son abscisse (figure 7.2). Si l’angle de rotation est petit,
alors la longueur de la barre et le rayon de la section restent inchangés.
49
CHAPITRE 7. ÉTUDE DU MOMENT DE TORSION
De plus, une ligne longitudinale sur la surface de la barre ab tourne d’un petit angle vers la
position ab’ (figure 7.3 (a)). On constate qu’un élément rectangulaire infinitésimal sur la surface
de la barre de longueur dx se déforme en parallélogramme (figure 7.3 (b)).
(a) (b)
bb0
tan γ = (7.1)
ab
Avec :
bb0 = r dϕ et ab = dx
En tenant compte du fait que l’angle γ est petit on assimilera tan γ à γ et on obtient alors :
dϕ
γ=r (7.2)
dx
dϕ ∆L
est la rotation relative analogue à : déformation relative longitudinale.
dx L
τ =Gγ (7.3)
50
7.1. CONTRAINTES ET DÉFORMATIONS
dϕ
τ =Gr (7.4)
dx
La relation entre le moment de torsion et l’angle de rotation ϕ peut être obtenue sachant que
les contraintes tangentielles τ réparties sur la section sont statiquement équivalentes à un couple
égal et opposé au couple de torsion Mt :
ˆ
Mt = r τ ds (7.5)
S
ˆ
dϕ
Mt = r2 G ds (7.6)
S dx
ˆ
dϕ
Mt = G r2 ds (7.7)
dx S
dϕ Mt
= (7.9)
dx G Ip
dϕ
En remplaçant par sa valeur dans l’expression 7.4, on obtient :
dx
Mt r
τ= (7.10)
Ip
Cette formule montre que les contraintes sont proportionnelles à la distance du point considéré
au centre de gravité de la section. On peut alors tracer le graphe de répartition de la contrainte
dans une section. La contrainte tangentielle est maximale sur les fibres extérieures (figure 7.4) :
Mt R
τmax = (7.11)
Ip
51
CHAPITRE 7. ÉTUDE DU MOMENT DE TORSION
Ip
La quantité Wp = est appelée module de torsion.
R
L’angle de rotation d’une poutre de longueur L peut être obtenue de l’expression 7.9 :
ˆ L
Mt
ϕ= dx (7.12)
0 G Ip
Mt L
ϕ=
G Ip
L’hypothèse des sections planes ne peut être admise lors de la torsion des section non-circulaires
et donc les méthodes de la résistance des matériaux ne peuvent pas être appliquées.
Dans ce paragraphe, on utilisera les formules obtenues par les méthodes de la théorie d’élasticité
pour le cas des sections rectangulaires.
La distribution des contraintes d’une section rectangulaire est représentée dans la figure ci-
dessous et la contrainte maximale est donnée par la formule suivante :
Mt
τmax = (7.13)
Wt
Avec : Wt = α h b2
52
7.3. CONDITIONS DE RÉSISTANCES ET RIGIDITÉ
τ 0 = β τmax (7.14)
Mt L
ϕ= (7.15)
G It
Avec : It = η h b3
Les coefficients α, β et η sont données en fonction du rapport h/b dans le tableau suivant :
53
CHAPITRE 7. ÉTUDE DU MOMENT DE TORSION
54
Bibliographie
[1] GARRIGUES J.. Statique des poutres élastiques. ESM2, mai 1999.
[2] ROUX J.. Résistance des matériaux par la pratique, tome 1. 1995.
[3] TIMOSHENKO S.P.. Résistance des matériaux, vol 1. 1968.
[4] DELAPLACE A., GATUINGT F. et RAGUENEAU F.. Mécanique des structures : Résistance
des matériaux. Dunod, PARIS, 2008, ISBN 978-2-10-051142-6.
55
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abal
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Cour
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Rési
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