Introduction
La notion de contrat
8 — Introduction
Le contrat est un accord de volonté entre deux ou plusieurs personnes « destiné à créer,
modifier, transmettre ou éteindre des obligations » (art. 1101 c. civ.). Tout contrat a une force
comparable à celle de la loi, et ce parce que la loi elle-même la lui confère. L’article 1103 du
Code civil nous enseigne en effet que « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi
à ceux qui les ont faits ». Ainsi, lorsque les parties se sont engagées l’une envers l’autre,
le contrat qu’elles ont conclu produit les mêmes effets qu’une loi. Cela signifie que si l’une
des parties ne remplit pas ses engagements, elle pourra être sanctionnée. Le contrat est
omniprésent dans notre société. Il est possible d’échapper au droit pénal si on ne commet
aucune infraction, il est possible de ne pas se voir appliquer les dispositions du droit du travail
si l’on n’est partie à aucun contrat de travail mais il est impossible d’échapper au droit des
contrats. Le simple fait d’acheter du pain à la boulangerie constitue un contrat de vente ; le
seul fait d’acheter un ticket de bus constitue un contrat de transport… Pour comprendre la
notion de contrat il convient d’en maîtriser d’abord la définition (Titre 1), avant d’en identifier
les classifications (Titre 2) ainsi que les sources (Titre 3).
Titre 1 – La définition du contrat
Le contrat se définit d’abord par ses fondements (Chapitre 1) et, ensuite, par les notions
qui en sont voisines (Chapitre 2).
Chapitre 1 : Les fondements du contrat
Le contrat a pour fondement premier l’autonomie de la volonté (Section 1) bien que
d’autres fondements soient envisageables (Section 2).
Section 1 : La théorie de l’autonomie de la volonté
La théorie classique, qui explique qu’un échange de consentement donne lieu à un contrat
qui produit des obligations, est la théorie de l’autonomie de la volonté. De quoi s’agit-il ?
Il s’agit d’une théorie issue de la philosophie des Lumières selon laquelle chaque homme
est fondamentalement libre. Puisque chaque homme est libre, s’il utilise sa volonté pour
s’engager auprès de quelqu’un, c’est parce qu’il le veut, c’est parce qu’il y trouve un intérêt.
La notion de contrat — 9
INTRODUCTION – LA NOTION DE CONTRAT
Les contrats conclus
Article 1103 c. civ. "Les génèrent des obligations
Les personnes ont la
contrats légalement possibilité de s'engager
que celles et ceux qui les
formés tiennent lieu entre elles en concluant ont consenties à autrui
de loi à ceux qui les des contrats
doivent respecter au
ont faits" risque d'être
sanctionné(e)s
TITRE 1 – LA DEFINITION DU CONTRAT
CHAPITRE 1 : LES FONDEMENTS DU CONTRAT
SECTION 1 : LA THEORIE DE L'AUTONOMIE DE LA VOLONTE
ORIGINE :
AUTONOMIE DE LA VOLONTÉ
Philosophie des Lumières
SIGNIFICATION :
Chaque homme est libre donc s'il
utilise sa volonté pour s'engager
c'est parce qu'il le veut, qu'il y
trouve un intérêt.
EFFET GENERAL :
Un simple échange de
consentements donne lieu à un
contrat qui produit des
obligations.
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10 — Introduction
Un individu ne peut donc pas être assujetti à des obligations qu’il n’a pas voulues car
cela porterait atteinte à sa liberté. Mais il doit respecter toutes les obligations auxquelles
il a librement consenti. C’est donc de la rencontre des volontés que le contrat tire sa force
contraignante.
Plus précisément, la théorie de l’autonomie de la volonté produit quatre conséquences :
– L’observation du principe du consensualisme suivant lequel la volonté des parties, toute-
puissante, rend nullement nécessaire le respect de formalités, notamment écrites, pour
que le contrat soit valablement formé. En d’autres termes, l’échange des consentements
suffit à former le contrat (art. 1172 al. 1er c. civ.).
– La reconnaissance d’une liberté contractuelle. Elle signifie que les parties sont libres de
contracter ou de ne pas contracter, qu’elles peuvent choisir librement leur cocontractant
et déterminer librement le contenu du contrat (art. 1102 al. 1er c. civ.).
– La force obligatoire du contrat. Rien n’oblige les parties à contracter ensemble, mais si
elles l’ont fait, elles doivent respecter leurs engagements (art. 1103 c. civ.). Il en résulte
qu’une partie ne peut pas mettre fin au contrat par sa seule volonté. Seul le consen-
tement mutuel peut dénouer ce qu’il a noué (arts. 1193 à 1195 c. civ.). Les parties doivent
exécuter fidèlement les obligations nées du contrat (art. 1104 c. civ.).
– L’effet relatif. Il est entendu par-là que le contrat ne produit des effets qu’entre les
parties et nullement, en principe, à l’égard des tiers qui ne se sont pas engagés par
leur volonté (art. 1199 c. civ.).
Il convient cependant de préciser d’emblée que l’autonomie de la volonté n’est pas totale.
L’article 1103 c. civ. dispose effectivement que les contrats tiennent lieu de loi à ceux qui
les ont faits, à condition que ces contrats soient légalement formés. Cela signifie que le
contrat tire sa force obligatoire de la loi. C’est parce que la loi reconnaît une valeur juridique
à l’échange de consentements que celui-ci produit des effets juridiques. La force obligatoire
ne vient donc pas de la volonté, mais de la valeur que le droit attribue à la volonté. Sans
le droit, sans la loi, la force obligatoire du contrat n’existerait pas. Sans le droit, sans la loi,
le contrat serait un engagement purement moral. C’est-à-dire une promesse dépourvue
d’effets juridiques contraignants.
La notion de contrat — 11
EFFETS PRÉCIS DE
L'AUTONOMIE DE LA
VOLONTÉ
Liberté
Principe du contractuelle :
consensualisme : Chaque individu est Force obligatoire du Effet relatif du
La seule expression de la libre de contracter contrat : contrat :
volonté suffit à former un ou de ne pas
contrat. Nul besoin, pour contracter, libre de Le contrat ne
cela, d'accomplir une choisir son co- Le contrat légalement produit des effets,
formalité. contractant, libre de formé oblige les personnes c'est à dire des
fixer le contenu du qui ont manifesté leur obligations, qu'entre
contrat. consentement. Il n'est pas les parties. Il ne peut
possible pour l'un des co- engager les tiers au
contractant de défaire seul contrat.
ce qui a été fait à deux.
PRINCIPE : "Les contrats tiennent lieu de
loi à ceux qui les ont faits" (art. 1103 c. civ.)
CONSÉQUENCE : La force
obligatoire des contrats ne provient CONDITION : Les contrats
pas de la volonté mais de la valeur doivent être "légalement
que le droit attribue à la volonté formés" (art. 1103 c. civ.)
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12 — Introduction
Section 2 : L’évolution des fondements du contrat
Depuis quelques années, la théorie de l’autonomie de la volonté connaît un certain déclin.
Elle a connu un large succès parce qu’elle reposait sur l’idée d’un intérêt à contracter et de
rapports sociaux justes : comme chacun est libre de s’engager ou non envers quelqu’un,
le fait de prendre la décision de s’engager représente nécessairement un intérêt et le libre
jeu des volontés exprimées conduit à la justice sociale. Néanmoins, pour que chacun soit
libre face à n’importe quel autre et décider pleinement de son intérêt personnel à retirer de
l’engagement par contrat, il convient de pouvoir observer l’équilibre dans les rapports entre
individus d’une même société. Or, force est de constater qu’il existe des inégalités entre les
Hommes. Ainsi, la liberté contractuelle qui découle de l’autonomie de la volonté ne reposerait
pas sur des rapports équilibrés. Elle permettrait au contraire au plus fort d’imposer sa loi aux
plus faibles. Dès lors, aujourd’hui, même si la volonté conserve un rôle essentiel, le droit
moderne des contrats connaît fatalement un recul de l’autonomie de la volonté pour céder
progressivement à un système de volonté contrôlée. Cette évolution repose d’ailleurs sur
plusieurs constats : la renaissance du formalisme au détriment du consensualisme, les contrats
imposés (ex : le contrat d’assurance pour les automobilistes) ou encore la suppression de
la liberté de déterminer le contenu de certains contrats (ex : les contrats de consommation).
Face à ces évolutions, d’autres théories ont été proposées pour fonder le contrat. La
théorie la plus connue est celle du solidarisme contractuel. Selon cette théorie, le contrat
n’est pas le produit de la conciliation d’intérêts égoïstes et divergents. Au contraire, le contrat
est une œuvre de coopération entre des individus unis par des liens de solidarité qui résulte
de leur appartenance au groupe social. En d’autres termes, le contrat ne serait pas le lieu
des bonnes affaires. Le contrat serait un lieu de sociabilité et d’amitié. La devise du contrat
serait la suivante : « loyauté, solidarité, fraternité ». Dans la conception du solidarisme
contractuel, les parties au contrat ne doivent pas seulement tenir compte de leurs intérêts
individuels. Elles doivent également prendre en considération les intérêts de l’autre partie
et même, pourquoi pas, les privilégier au détriment de leurs intérêts personnels. Bien que
séduisante, cette théorie ne correspond pas à la réalité.
Le plus souvent, on passe un contrat pour faire des affaires, pas pour se faire des amis.
La réalité est que le contrat est le produit d’un rapport de forces. (ex : le vendeur veut vendre
la chose au prix le plus élevé et l’acheteur veut acheter cette chose au prix le plus bas).
La notion de contrat — 13
SECTION 2 : L’EVOLUTION DES FONDEMENTS DU CONTRAT
Idée de Intérêt Rapports
Autonomie Liberté personnel à sociaux
base de la volonté contractuelle
contracter équilibrés
Rapports Liberté
Autonomie Volonté
Évolution de la volonté
sociaux contractuelle
contrôlée
déséquilibrés ?
Fonder le contrat sur le solidarisme contractuel ?
CONSÉQUENCE :
SENS :
Les parties ne doivent pas
Le contrat est une oeuvre de
seulement prendre en compte leurs
coopération entre des individus
intérêts personnels mais également
unis par des liens de solidarité.
ceux de leur cocontractant.
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14 — Introduction
Chapitre 2 : Les notions voisines du contrat
Selon l’article 1100-1 al. 1er c. civ. « Les actes juridiques sont des manifestations de volonté
destinées à produire des effets de droit. Ils peuvent être conventionnels ou unilatéraux ».
Plusieurs enseignements sont à extraire de ce texte. D’abord, si les actes juridiques ont
pour finalité la production d’effets de droit – c’est-à-dire des obligations – au même titre que
les faits juridiques, les premiers se distinguent nettement des seconds quant à la source
des effets produits. Pour l’acte juridique, c’est la volonté individuelle qui est à l’œuvre alors
que pour le fait juridique, c’est la loi. Ensuite, au sein même des actes juridiques, il convient
de distinguer les actes unilatéraux d’un côté et les conventions de l’autre (Section 1). Enfin,
parmi les conventions, une distinction est faite entre celles qui créent des obligations – alors
baptisées « contrats » – de celles qui n’en créent pas (Section 2).
Section 1 : Les conventions et les actes juridiques unilatéraux
Les conventions sont des accords de volontés conclus entre deux ou plusieurs personnes.
Souvent, l’accord de volontés génère des obligations entre les parties qui l’ont conclu. Il
s’agit alors d’un véritable contrat qui doit être distingué de l’acte unilatéral de volonté. Pour
y parvenir, il convient de s’intéresser à la définition de l’acte juridique unilatéral (§1) avant
de traiter la question de savoir s’il est ou non une source d’obligation (§2).
§1) Définition de l’acte juridique unilatéral
Comme le contrat, l’acte juridique unilatéral est une manifestation de volonté destinée à
produire des effets de droit. Cependant, n’étant pas un « accord » de volontés, il n’émane
que d’une seule personne. Le droit nous en fournit plusieurs exemples : le testament qui est
l’acte par lequel une personne dispose de ses biens pour la période qui suivra sa mort ; la
reconnaissance d’enfant qui permet à un homme ou une femme de faire établir sa qualité de
père ou de mère sur le fondement de sa volonté ; la démission d’un salarié dans le contrat
de travail ; le congé donné par le locataire ou par le bailleur dans un contrat de bail…
Dans toutes ces hypothèses, une seule volonté s’exprime et produit des effets de droit
indépendamment de toute acceptation ou adhésion émanant d’autrui, de sorte qu’il est, à
l’évidence, impossible de parler de contrat ou de convention.