Syndrome de Cushing 2015
Syndrome de Cushing 2015
Service d'endocrinologie, diabétologie et nutrition, Unité de soins normalisés (USN), hôpital de Haut-
Lévêque, CHU de Bordeaux, avenue de Magellan, 33604 Pessac, France
Résumé
Le syndrome de Cushing endogène regroupe l'ensemble des symptômes secondaires à une sécrétion
chronique de glucocorticoïdes. Il s'agit d'une maladie rare correspondant à plusieurs étiologies. Le
diagnostic du syndrome de Cushing s'articule en plusieurs étapes successives : dépistage,
confirmation puis diagnostic étiologique afin de permettre un traitement adapté à l'étiologie causale.
Le respect de cette chronologie et l'utilisation rationnelle des outils diagnostiques et thérapeutiques
à notre disposition sont essentielles pour prendre en charge le syndrome de Cushing de manière
optimale. Indépendamment de son étiologie, le syndrome de Cushing est associé à une surmortalité
essentiellement d'origine cardiovasculaire, une morbidité sévère et une altération de la qualité de
vie. Si celles-ci s'améliorent habituellement après la guérison de l'hypercortisolisme, des travaux
soulignent la fréquence des séquelles morbides au long terme, ce qui souligne l'importance d'un
diagnostic précoce et la nécessité d'un suivi prolongé des patients.
Plan
Introduction
Déclaration d'intérêts
Introduction
Le tableau clinique classique est décrit tel qu'il peut être rencontré chez une femme d'âge moyen.
Ces anomalies sont acquises et peuvent être différenciées des aspects « Cushingoïdes »
constitutionnels par la comparaison avec des photographies anciennes du patient.
Figure 1
Figure 1.
Faciès typique d'un syndrome de Cushing : obésité faciotronculaire, visage bouffi, « buffalo-neck » au
niveau de la nuque, comblement des creux sus-claviculaires et érythrose faciale.A. De face.B. De
profil.
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Figure 2
Figure 2.
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Elle survient en l'absence de modification des habitudes alimentaires et est peu sensible à la
restriction calorique. Cette obésité a une topographie faciotronculaire caractéristique : le visage
devient arrondi, bouffi avec un comblement des creux sus-claviculaires. Au niveau de la nuque,
l'accumulation de tissu adipeux donne un aspect en « bosse de bison » et, dans le territoire
splanchnique, elle est responsable d'une augmentation du tour de taille. Cette répartition singulière
contraste avec une amyotrophie des ceintures. Après la guérison du syndrome de Cushing, une
diminution significative du poids et de la masse grasse est généralement observée en quelques mois.
Néanmoins, la persistance à long terme d'un excès pathologique de graisse viscérale est fréquente
[1, 2].
L'amyotrophie prédomine au niveau des ceintures et de la sangle abdominale. Elle est recherchée
par la palpation du quadriceps crural et grâce à la manœuvre du tabouret. Elle est responsable d'une
fatigabilité lors de la montée d'escaliers et peut confiner le patient au décubitus. L'aspect grêle des
membres inférieurs contraste avec l'adiposité faciotronculaire et l'abdomen protubérant par
relâchement de la sangle abdominale ;
manifestations cutanées : la peau du visage est érythrosique avec des télangiectasies. L'atrophie
cutanée est visible et palpable au niveau de la face dorsale des mains (en « feuille de papier à
cigarette »). Elle s'associe à une fragilité cutanéocapillaire, lenteur à la cicatrisation et des
ecchymoses survenant pour des traumatismes minimes. Les vergetures sont caractéristiques : larges,
pourpres, de disposition horizontale sur les flancs et à la racine des membres ou radiaire en région
mammaire et périombilicale.
La prévalence de l'ostéoporose dans le syndrome de Cushing est mal connue faute d'étude
systématique. L'ostéodensitométrie peut être faussement rassurante du fait d'un remaniement
fragilisant de l'architecture osseuse, indépendamment de sa densité minérale. Des fractures
vertébrales asymptomatiques seraient présentes chez une majorité de patients. Des fractures
pathologiques, costales ou des tassements vertébraux peuvent survenir quand l'hypercortisolisme
est intense ou prolongé. L'évolution de l'ostéoporose après la guérison de l'hypercortisolisme est
généralement favorable en quelques années, mais peut persister chez les sujets âgés ou ayant été
victimes d'un hypercortisolisme très intense.
Elle joue un rôle majeur dans l'augmentation de la mortalité associée au syndrome de Cushing et est
présente chez environ 70 % des patients. L'amélioration de la pression artérielle et la diminution des
besoins en traitement antihypertenseur sont observées chez la majorité des patients après guérison
mais l'HTA peut persister chez environ 25 % d'entre eux. Sa persistance est attribuée à un
remodelage des microvaisseaux artériels ou à la rémanence de l'adiposité abdominale et de
l'insulinorésistance. La durée de l'exposition à l'excès de cortisol est un facteur déterminant de la
rémanence de l'HTA et constitue un facteur prédictif de surmortalité. En cas d'hypercortisolisme
intense, les capacités d'inactivation du cortisol par l'enzyme 11-β-hydroxystéroïde déshydrogénase
rénale qui métabolise le cortisol en cortisone sont dépassées et le cortisol peut activer le récepteur
rénal des minéralocorticoïdes entraînant un syndrome d'excès apparent de minéralocorticoïdes avec
HTA et hypokaliémie par fuite rénale.
Elles associent une hypercoagulabilité et une inhibition du système fibrinolytique. Cet état
prédispose aux accidents thromboemboliques, en particulier durant les semaines faisant suite à une
chirurgie transphénoïdale ou dans les hypercortisolismes intenses [7].
Le syndrome de Cushing est associé à une prévalence élevée de symptômes psychiatriques. Les
symptômes dépressifs sont les plus fréquents, associés aux troubles du sommeil et du comportement
alimentaire. Leur caractère fluctuant d'un jour à l'autre est caractéristique du syndrome de Cushing.
Les symptômes d'anxiété sont également fréquents mais les tableaux d'anxiété généralisée et de
trouble de panique sont rares. Il en est de même des états psychotiques aigus qui sont plus
volontiers rencontrés chez les patients ayant une psychopathologie antérieure. L'atteinte cognitive
est fréquente et apparaît pour l'essentiel liée à une atteinte hippocampique (mémoire verbale
déclarative). Des atteintes variées des fonctions cognitives et témoignant d'une atteinte frontale ont
également été décrites (capacité d'apprentissage, performance intellectuelle) et suggèrent que
l'excès de cortisol aboutit à un vieillissement cérébral prématuré. La guérison du syndrome de
Cushing s'accompagne d'une amélioration franche des symptômes psychopathologiques.
Néanmoins, des études menées à long terme révèlent des séquelles psychologiques aboutissant
fréquemment à un état relatif de mauvaise adaptation à l'environnement professionnel ou social
(asthénie, irritabilité, anxiété, état affectif négatif). Il en est de même des troubles cognitifs,
notamment de l'altération des fonctions mémorielles [9, 10, 11]. Ces données suggèrent que le
syndrome de Cushing puisse avoir des effets irréversibles sur le système nerveux central.
Les patients souffrant de syndrome de Cushing évolutif ont un risque de surmortalité multiplié par
quatre par rapport à une population standard [5, 17]. Cette mortalité prématurée est
essentiellement d'origine cardiovasculaire (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral
[AVC], embolie pulmonaire), conséquence des effets directs et indirects de l'hypercortisolisme sur le
cœur, les vaisseaux, les facteurs de la coagulation, l'adiposité et le métabolisme. La plupart des
études atteste que la guérison du syndrome de Cushing s'accompagne d'une réduction significative
de la mortalité [17]. Il existe néanmoins une controverse quant à la persistance d'une surmortalité
résiduelle après guérison du syndrome de Cushing [17, 18, 19]. Ces données défavorables sont
compatibles avec la persistance d'adiposité viscérale, HTA et troubles de la glycorégulation chez les
patients. Dans plusieurs études, la durée de l'imprégnation excessive en cortisol, la persistance d'HTA
et d'un diabète sucré sont des facteurs associés à la surmortalité cardiovasculaire. Leur évaluation et
leur traitement éventuel après guérison du syndrome de Cushing est donc un volet important de la
prise en charge thérapeutique.
Formes cliniques
Formes paucisymptomatiques
Formes enrichies
Elles sont généralement secondaires à une hypersécrétion d'autres stéroïdes. L'hyperandrogénie liée
à une sécrétion excessive de déhydroépiandrostérone (DHEA) est habituellement d'intensité limitée
et se limite à un hirsutisme du visage associée à une séborrhée et des lésions acnéiques du visage.
Les symptômes majeurs de virilisation (raucité de la voix, hypertrophie clitoridienne, etc.) sont plus
rares et orientent vers un carcinome surrénalien. Une sécrétion associée à des estrogènes peut être
responsable de gynécomastie et d'atrophie testiculaire chez l'homme ou de métrorragies chez les
femmes ménopausées. La sécrétion de précurseurs des hormones minéralocorticoïdes
(déoxycorticostérone [DOC]) peut entraîner une hypokaliémie et des œdèmes des membres
inférieurs.
Une mélanodermie liée à une sécrétion excessive de peptides corticotropes est parfois notée dans
les sécrétions ectopiques d'ACTH. Il convient de signaler, enfin, les symptômes tumoraux, variables
selon l'étiologie du syndrome de Cushing, liés à un volumineux adénome hypophysaire (céphalées,
amputations du champ visuel), à un carcinome surrénalien (pesanteur, douleurs lombaires et
abdominale, compression cave, phlébites, etc.) ou à une tumeur ACTH-sécrétante ectopique
(altération de l'état général).
Syndrome de Cushing comme urgence médicale
Parfois, les périodes d'hypercorticisme alternent avec des périodes d'eucortisolisme pouvant durer
plusieurs semaines, voire plusieurs mois. L'alternance de ces deux phases est intitulée syndrome de
Cushing « cyclique ». Il faut évoquer cette possibilité lorsque l'impression clinique contraste avec une
biologie normale (voire d'insuffisance corticotrope transitoire) ou lorsque des symptômes (prise de
poids, diabète sucré, HTA) s'amendent spontanément puis réapparaissent.
Diagnostic biologique
En dehors des troubles métaboliques évoqués plus haut, une hyperleucocytose à polynucléaires
neutrophiles associée à une relative lympho- et éosinopénie est classique. L'alcalose hypokaliémique
est le fait des hypercortisolismes intenses. Une hypercalciurie isolée peut également être rencontrée.
En dehors de l'hypogonadisme fonctionnel, il convient de citer diverses anomalies endocriniennes
engendrées par l'hypercortisolisme : la diminution de la concentration de growth hormone (GH)
plasmatique en réponse aux stimuli de l'axe somatotrope associée à la concentration plasmatique
d'insulin-like growth factor-1 (IGF-1) généralement normale, mais dont la bioactivité est diminuée,
l'euthyroid sick syndrome , qui associe, selon l'intensité, l'hypercortisolisme à une baisse isolée de la
concentration de T3 par inhibition de la 5' désiodase périphérique ou à une baisse des
concentrations de T3, T4 et thyroid stimulation hormone (TSH) par inhibition centrale de l'axe
thyréotrope.
Cortisolémie
La cortisolémie matinale est peu informative du fait de larges chevauchements entre les valeurs
normales et celles rencontrées dans le syndrome de Cushing. En revanche, du fait de la décroissance
physiologique de la cortisolémie durant le nycthémère, la cortisolémie à minuit est très
discriminative et constitue un excellent test diagnostique [25]. Cette approche se heurte néanmoins
à la difficulté d'obtention d'un prélèvement vespéral ambulatoire et nécessite donc une
hospitalisation avec pose d'un cathéter veineux.
L'excrétion du cortisol libre urinaire (CLU) des 24 heures est corrélée à la quantité de cortisol bioactif
ayant circulé durant le nycthémère. La capacité de liaison de la transcortine est atteinte pour des
concentrations de cortisol telles qu'on les observe au réveil. De fait, en cas d'hypercortisolisme, le
CLU s'accroît de manière exponentielle par rapport à la cortisolémie. La mesure du CLU des 24
heures doit être réalisée à au moins deux reprises [24] et suffit au diagnostic de syndrome de
Cushing lorsqu'elle est supérieure à quatre fois la normale. Elle se heurte néanmoins à plusieurs
écueils :
•
liés au terrain : le CLU doit être rapporté à la surface corporelle chez l'enfant ou à des normes
établies en fonction du terme de la grossesse. Il peut être modérément élevé en cas de stress et états
dépressifs (« pseudosyndrome de Cushing ») et est ininterprétable en cas d'insuffisance rénale ;
techniques : la spécificité des anticorps utilisés dans les trousses de dosages est souvent imparfaite
et responsable de faux positifs (élévation modérée). La mesure du CLU est réalisée idéalement par
spectrométrie de masse ou a minima après séparation dans un laboratoire spécialisé ;
difficulté du recueil complet des urines des 24 heures. Il est indispensable d'expliquer précisément
les modalités du recueil aux patients et la mesure simultanée de la créatininurie est impérative pour
valider l'intégralité du recueil urinaire.
L'analyse du rythme circadien du cortisol plasmatique est une approche diagnostique qui se prête
peu à l'exploration ambulatoire. La modalité la plus classique consiste à réaliser des prélèvements
sanguins toutes les quatre heures pendant 24 heures. Les performances de l'étude du rythme
circadien du cortisol plasmatique ne sont pas nécessairement meilleures que celles de la simple
mesure de la cortisolémie à 0 h. Néanmoins, elle peut être utile dans le diagnostic différentiel avec
un pseudosyndrome de Cushing.
Modalités pratiques
Celle-ci est étudiée grâce à la dexaméthasone. Les protocoles de freinage les plus utilisés sont :
le freinage « minute » (overnight des Anglo-Saxons) qui comporte un dosage du cortisol plasmatique
ou salivaire matinal après la prise de 1 mg de dexaméthasone la veille vers 23 h. Cette simplicité est
compatible avec l'exploration ambulatoire ;
Écueils méthodologiques
•
le seuil critique de cortisolémie pour analyser les résultats des tests de freinage est discuté [27]. Il
n'existe pas de valeur universelle et celle-ci est un compromis entre sensibilité et spécificité. Le seuil
historique de 140 nmol/l manque vraisemblablement de sensibilité en regard de la distribution de la
cortisolémie à l'aide des immunodosages actuels (cortisol <50 nmol/l chez la majorité des sujets
sains). A contrario, une cortisolémie supérieure à 50 nmol/l peut être rencontrée chez au moins 5 %
des sujets sains et expose au risque de faux positif. L'interprétation des résultats n'est pas
dichotomique et la probabilité de syndrome de Cushing est d'autant plus importante que la
cortisolémie post-test est élevée ;
Un test de freinage ne peut donc suffire à poser ou exclure le diagnostic de syndrome de Cushing.
Dans une démarche diagnostique courante, il convient d'organiser les explorations en deux étapes
successives, une première de dépistage (de préférence peu dispendieuse et réalisable en
ambulatoire) et une seconde étape de confirmation [27]. Pour le dépistage, les performances
diagnostiques du CLU, du cortisol salivaire à 0 h et du test de freinage minute sont globalement
équivalentes [29]. Le choix entre ces différentes techniques dépend donc de leur disponibilité, des
performances du laboratoire qui les réalise et des éventuelles sources d'erreurs techniques propres
au patient. L'étape de confirmation multiplie les investigations biologiques en privilégiant celles
n'ayant pas été réalisées lors de l'épreuve de dépistage et est réalisée en milieu spécialisé. En cas de
suspicion de syndrome de Cushing intermittent, les phases d'hypercortisolisme peuvent être mises
en évidence à l'aide du cortisol salivaire en demandant au patient de recueillir de manière répétée
leur salive au coucher pendant plusieurs semaines [30].
Figure 3
Figure 3.
Arbre décisionnel. Algorithme de diagnostic positif du syndrome de Cushing. CLU : cortisol libre
urinaire ; CRH : corticotropin-releasing hormone.
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Obésité
Hypercorticismes iatrogènes
Lors de la corticothérapie exogène, l'aspect clinique contraste avec le profil biologique d'insuffisance
corticotrope par freinage de l'axe corticotrope (cortisol plasmatique et urinaire, ACTH plasmatique
effondrés). Si la corticothérapie est le plus souvent générale, des syndromes de Cushing iatrogènes
ont été décrits avec l'utilisation chronique de corticoïdes locaux, notamment par voie transcutanée
ou sprays pour le traitement de l'asthme, notamment lorsque ceux-ci sont associés à des
médicaments qui diminuent le catabolisme des corticoïdes par inhibition du CYP3A4 [31]. Dans les
cas de prise de corticoïdes inavouée, l'analyse des urines par spectrométrie de masse permet le
diagnostic.
Ce syndrome rare est secondaire à une mutation inactivatrice du gène du récepteur aux
glucocorticoïdes. Du fait de la relative résistance hypothalamohypophysaire au cortisol, l'activité de
l'axe corticotrope est désinhibée et entraîne un hypercortisolisme biologique avec des
concentrations plasmatiques d'ACTH normales ou élevées, une résistance partielle au freinage par la
dexaméthasone et qui contraste avec l'absence de signes cliniques d'hypercortisolisme. La
stimulation surrénalienne chronique par l'ACTH est à l'origine d'une hyperandrogénie clinique par
sécrétion excessive de DHEA associée à une HTA par sécrétion excessive de DOC et saturation de
l'enzyme 11-β-hydroxystéroïde déshydrogénase rénale par le cortisol. L'enquête familiale et l'analyse
génomique vont permettre le diagnostic.
Pseudosyndrome de Cushing
Un stress chronique ou une dysrégulation des mécanismes d'adaptation au stress entraînent une
activation du système nerveux sympathique et de l'axe corticotrope induisant un hypercorticisme
fonctionnel corticotropin-releasing hormone (CRH)-dépendant. Le tableau biologique associe de
manière variable une élévation du CLU et une résistance relative au freinage par la dexaméthasone.
La concentration plasmatique d'ACTH suit les mêmes fluctuations que celles du cortisol selon un
rythme nycthéméral généralement conservé à un niveau élevé. En pratique, ces anomalies prêtent
surtout à confusion chez les patients dépressifs ou éthyliques (notamment en sevrage) et qui
présentent des symptômes cliniques non spécifiques (obésité, HTA, diabète). Le diagnostic
différentiel entre « pseudosyndrome de Cushing » et maladie de Cushing d'intensité modérée peut
alors être délicat. Dans certains cas, seule l'épreuve du temps et/ou la rétrocession des anomalies
biologiques avec la cure de l'anomalie causale (sevrage éthylique, traitement antidépresseur adapté)
permettent de retenir, in fine, le diagnostic. Le plus souvent, cette distinction repose sur un faisceau
d'arguments qui plaident en faveur du pseudosyndrome :
•
l'intensité faible de l'hypercortisolisme biologique (CLU et cortisolémie à minuit). Si l'échappement
au freinage « minute » par la dexaméthasone est classique, la résistance au freinage « standard » est
moins fréquente ;
le rythme nycthéméral du cortisol plasmatique est généralement respecté à un niveau absolu plus
élevé que la normale ;
le test à la desmopressine, qui est un agoniste puissant des récepteurs rénaux V2 de la vasopressine
et un agoniste faible des récepteurs V3 hypophysaires. Ainsi, son administration n'influence pas
l'activité corticotrope des individus sains et des sujets présentant un pseudosyndrome de Cushing. En
revanche, une élévation franche de l'ACTH plasmatique (>6 pmol/l) oriente fortement vers une
maladie de Cushing du fait d'une expression accrue des récepteurs V3 et V2 dans les adénomes
corticotropes [33] ;
test couplé dexaméthasone-CRH, qui consiste à réaliser un test au CRH au décours d'un freinage
standard à la dexaméthasone et qui vise à potentialiser deux singularités de la maladie de Cushing :
l'exagération de la réponse au CRH et la relative résistance au rétrocontrôle par les corticoïdes. Une
augmentation franche de la cortisolémie après l'injection de CRH est évocatrice de la maladie de
Cushing. Les performances de ce test complexe ne sont toutefois pas supérieures à celles de la
simple mesure de la cortisolémie à minuit ou test à la desmopressine [33, 34].
un hypercortisolisme ACTH-dépendant dans environ 80 % des cas : les surrénales sont stimulées par
une sécrétion inappropriée d'ACTH. Dans environ 90 % des cas, l'ACTH est d'origine eutopique et
sécrétée par un adénome hypophysaire corticotrope, c'est la maladie de Cushing. Dans environ 10 %
des cas, l'ACTH est d'origine ectopique, produit par une tumeur neuroendocrine extrahypophysaire.
Cette sécrétion ectopique d'ACTH est responsable d'un syndrome de Cushing paranéoplasique. Le
syndrome de Cushing paranéoplasique par sécrétion ectopique exclusive de CRH est exceptionnel.
La première étape du diagnostic étiologique du syndrome de Cushing vise donc à établir l'ACTH-
dépendance ou indépendance du syndrome.
Cette enquête repose exclusivement sur la biologie et non l'exploration morphologique. En effet, la
maladie de Cushing peut être associée à des nodules surrénaliens, parfois unilatéraux, pouvant
simuler un adénome cortisolique, certaines étiologies de syndrome de Cushing ACTH-indépendant ne
s'accompagnent pas d'anomalies morphologiques surrénaliennes et environ 10 % des sujets
indemnes de maladie de Cushing présentent des anomalies hypophysaires à l'imagerie par résonance
magnétique (IRM) compatibles avec un microadénome [35, 36].
Cette étape repose sur le l'immunodosage de l'ACTH plasmatique [27]. Il implique des précautions
préanalytiques particulières liées à l'instabilité de la molécule d'ACTH (tubes contenant de l'acide
éthylène diamine tétra-acétique [EDTA], maintient à 4° C, séparation rapide du plasma, congélation
en cas de dosage différé). Plusieurs prélèvements pour le dosage du cortisol et de l'ACTH sont
réalisés. Un taux d'ACTH inférieur à 5 pg/ml signe l'ACTH-indépendance et un taux supérieur à 15
pg/ml signe l'ACTH-dépendance du syndrome. En cas de concentrations d'ACTH intermédiaires, la
répétition des dosages et la réalisation d'un test au CRH sont utiles, un pic d'ACTH inférieur à 15
pg/ml lors du test signant l'ACTH-indépendance de l'hypercorticisme.
Cette étape consiste à différencier la maladie de Cushing des sécrétions ectopiques d'ACTH.
Les adénomes corticotropes de la maladie de Cushing sont, dans 90 % des cas, des microadénomes
parfois de très petite taille (<1 mm). Les cellules tumorales présentent certaines caractéristiques du «
phénotype corticotrope » qui sont mises à profit lors des investigations biologiques : elles expriment
les CRH receptor 1 (CRHR1), les récepteurs V2 et V3 de la vasopressine et sont donc stimulables par
les agonistes pharmacologiques de ces récepteurs ; elles sont équipées de récepteurs aux
glucocorticoïdes fonctionnels et leur sécrétion peut être partiellement freinée par de fortes doses de
dexaméthasone.
Les tumeurs ectopiques ACTH-sécrétantes se développent à partir de nombreux organes. Leur siège
est donc variable [37, 38, 39] mais, dans près de la moitié des cas, les tumeurs sont bronchiques. Ces
tumeurs sont toutefois hétérogènes avec un degré de différenciation neuroendocrine variable qui est
inversement corrélé à l'agressivité tumorale et à l'expression du phénotype corticotrope. Ainsi, les
tumeurs neuroendocrines bronchiques bien différenciées (« carcinoïdes » typiques) ont une
évolution lente, peuvent être occultes radiologiquement dans environ 20 % des cas lors de la
présentation des patients et peuvent le demeurer pendant plusieurs années [37, 38, 39]. Les cellules
tumorales peuvent être équipées de récepteurs V3 ou aux corticoïdes, ce qui explique les cas de
réponses à l'administration d'analogues vasopressinergiques ou de dexaméthasone in vivo et in vitro
pouvant mimer celles observées dans la maladie de Cushing. Un phénotype inverse est observé dans
les tumeurs endocrines peu ou moyennement différenciées tels que les cancers bronchiques à
petites cellules et qui posent peu de problème de diagnostic différentiel avec la maladie de Cushing.
Il faut citer les exceptionnels cas de tumeurs ectopiques sécrétant de la CRH. Ces tumeurs sécrètent
généralement de manière préférentielle de l'ACTH mais des rares cas où la physiopathologie du
syndrome de Cushing était liée à la sécrétion prédominante de CRH ont été décrits et présentent des
difficultés diagnostiques qui ne sont pas envisagées ici [40].
Une néoplasie endocrinienne multiple de type 1 est rarement à l'origine d'un syndrome de Cushing
ACTH-dépendant lié à un adénome hypophysaire, à une sécrétion ectopique d'ACTH ou à une tumeur
surrénalienne. Néanmoins, lorsque le tableau survient chez un sujet jeune, qu'il existe un contexte
familial ou des comorbidités évocatrices, l'analyse génétique peut être justifiée. Les mutations du
gène AIP ont été exceptionnellement retrouvées dans les cas des maladies de Cushing survenant
chez l'enfant ou les adolescents [41].
Aspects généraux
Typiquement, la maladie de Cushing intéresse des femmes d'âge moyen et les manifestations
cliniques s'installent sur plusieurs années. À l'inverse, les sécrétions ectopiques d'ACTH intéressent à
part égale hommes et femmes et l'âge médian des patients est plus avancé. Le tableau « historique »
de syndrome de Cushing paranéoplasique (lié à un carcinome bronchique à petites cellules) ne prête
pas à confusion avec la maladie de Cushing. Il est rapidement évolutif, les symptômes cataboliques
sont marqués et l'hypercortisolisme est intense. En revanche, le tableau clinique et biologique des
tumeurs ectopiques bien différenciées et l'intensité des anomalies peut simuler celui de la maladie
de Cushing [37, 38, 39].
L'analyse de paramètres biologiques simples couplée aux données cliniques est d'une grande utilité
pour l'orientation diagnostique. Ainsi, la probabilité a priori de maladie de Cushing est de l'ordre de
90 % chez une femme d'âge moyen chez laquelle le syndrome de Cushing s'est installé
progressivement, que la kaliémie est normale et que le CLU et l'ACTH plasmatique ne sont que
modérément élevés. Le corollaire de cette approche est que, pour être réellement discriminants, les
outils utilisés pour le diagnostic étiologique du syndrome de Cushing doivent posséder une acuité
diagnostique franchement supérieure à 90 % [42].
Aspects biologiques
C'est la procédure la plus anciennement utilisée pour différencier les sécrétions ectopiques d'ACTH
de la maladie de Cushing. Une diminution franche de l'hypercortisolisme est attendue dans la
maladie de Cushing contrairement aux sécrétions ectopiques d'ACTH. Quels que soient la modalité
précise du test et le seuil de freination retenu, son interprétation est difficile et plusieurs études
objectivent un chevauchement complet des valeurs de cortisol ou CLU entre les deux groupes de
patients [42]. Si ce test « historique » aux performances médiocres est réalisé, il ne saurait résumer
l'exploration biologique.
Elle repose sur l'IRM. Elle comporte la réalisation de coupes coronales fines de moins de 3 mm
d'épaisseur sans solution de continuité, de coupes sagittales, séquences T1 et T2 ainsi que l'injection
de gadolinium. Le choix des séquences utilisées est variable mais la plupart des équipes ont recours à
des séquences en écho de spin et à des séquences dynamiques avec injection de gadolinium qui
augmente la sensibilité de l'IRM pour leur visualisation [44]. À ce jour, l'augmentation des champs
magnétiques à 3 teslas n'a pas fait la preuve d'un apport diagnostique sensible.
Figure 4
Figure 4.
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La petite taille des microadénomes et la fréquence des lésions hypophysaires non adénomateuses ou
non sécrétantes millimétriques rendent délicate l'identification radiologique des adénomes
corticotropes [36]. Globalement, la sensibilité de l'IRM pour la détection des adénomes
hypophysaires corticotrope varie de 50 à 70 % et est entachée de 10 à 20 % de faux positifs [45, 46].
La prévalence de ces derniers est d'autant plus importante que la taille de l'image est réduite. La
négativité de l'imagerie hypophysaire n'exclut donc pas le diagnostic de maladie de Cushing et, à
l'inverse, on ne retient comme plausible le diagnostic de maladie de Cushing à l'IRM qu'en cas de
lésion de taille supérieure ou égale à 6 mm [27].
Figure 5
Figure 5.
Cathétérisme des sinus pétreux.A. Angiographie réalisée lors du cathétérisme. 1. Sinus caverneux
gauche ; 2. sinus pétreux inférieur gauche ; 3. veine jugulaire gauche ; 4. sinus caverneux droit ; 5.
sinus pétreux inférieur droit ; 6. veine jugulaire droite.B. Résultats du dosage de
l'adrenocorticotrophic hormone (ACTH) (pg/ml) dans une veine antébrachiale (Per.) et dans les sinus
pétreux inférieur droit (SPID) et sinus pétreux inférieur gauche (SPIG) avant, deux et cinq minutes
après l'injection de corticotropin-releasing hormone (CRH). Un gradient centropériphérique d'ACTH
dans le SPID est évident avant et exacerbé après l'injection de CRH témoignant de l'origine
hypophysaire de sa sécrétion.
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Le CSPI doit être réalisé par une équipe entraînée pour garantir ses performances diagnostiques [49].
Les variations anatomiques du système veineux de drainage hypophysaire et le bon positionnement
des cathéters conditionnent également les résultats de la procédure. Il s'agit d'un examen invasif
mais dont la tolérance est acceptable, la prévalence des effets indésirables neurologiques est
nettement inférieure à 0,5 % [50]. Un gradient d'ACTH centropériphérique supérieur ou égale à 2 sur
les prélèvements de base ou supérieur ou égale à 3 après stimulation pharmacologique signe la
maladie de Cushing. Les sensibilité et spécificité du CSPI sont de l'ordre de 95 % [45]. Il constitue
donc « l'étalon or » pour le diagnostic étiologique du syndrome de Cushing ACTH-dépendant. Les
faux du CSPI sont généralement des faux négatifs (gradient peu élevé dans la maladie de Cushing) liés
à un positionnement imparfait des cathéters. L'utilisation du dosage de la prolactine dans
l'échantillon veineux a été proposée afin de corriger les asymétries de flux veineux grâce au calcul de
gradient d'ACTH/prolactine. Les faux positifs du CSPI sont rarement rencontrés chez les patients avec
une sécrétion ectopique d'ACTH et résultent d'une suppression incomplète de la sécrétion d'ACTH. Il
est donc fondamental que le cathétérisme soit réalisé en situation d'hypercortisolisme chronique.
L'analyse du gradient d'ACTH entre les deux SPI a donc été proposée afin d'aider le chirurgien dans
l'exploration de l'hypophyse, voire de le guider dans la réalisation d'une hémihypophysectomie en
cas d'exploration négative. Les résultats de cette approche restent très controversés, la localisation
prédite étant en accord avec les constatations opératoires et anatomopathologiques dans 69 % des
cas dans la série la plus importante publiée à ce jour et reflétant l'expérience d'une équipe
particulièrement entraînée [46]. La prédiction de la localisation des microadénomes corticotropes est
particulièrement pénalisée lorsque le drainage pétreux est franchement asymétrique [51].
Les tumeurs endocrines peu différenciées, les cancers médullaires de la thyroïde, les
phéochromocytomes, les carcinomes pancréatiques et thymiques sont aisément identifiables
radiologiquement. Néanmoins, dans environ 20 % des cas, la source de sécrétion d'ACTH est occulte
lors de la présentation des patients. Il s'agit alors généralement de tumeurs neuroendocrines bien
différenciées bronchiques [37, 38, 39]. Du fait de leur petite taille, de leur situation proximale dans le
tiers moyen des champs pulmonaires et d'un signal scanographique proche de celui des vaisseaux
pulmonaires, les carcinoïdes bronchiques requièrent une technique d'imagerie irréprochable.
L'utilisation de la scintigraphie des analogues marqués de la somatostatine (octréoscan) est fondée
sur le constat qu'un grand nombre de tumeurs neuroendocrines exprime des récepteurs pour cette
hormone. La sensibilité de l'octréoscan est de l'ordre de 50 % et l'examen met rarement en évidence
des tumeurs réellement occultes en imagerie conventionnelle mais peut orienter vers des lésions
ignorées au scanner [52]. Par ailleurs, l'octréoscan n'est pas spécifique des tumeurs ectopiques
ACTH-sécrétantes et peut révéler des tumeurs non endocrines ainsi que des lésions inflammatoires
et granulomateuses. Récemment, la tomographie par émission de positrons (TEP)-scan au
fluorodésoxyglucose (FDG) et celle à la fluororine-dihydroxyphénylalanine (F-DOPA) ont été utilisées
[53]. Leur sensibilité, nettement inférieure à l'imagerie de coupe, est de l'ordre de 50 %. En revanche,
la spécificité de la TEP à la F-DOPA paraît intéressante avec une valeur prédictive positive de l'ordre
de 100 %. En pratique, la stratégie optimale pour détecter ces lésions repose en première intention
sur le couple scanner/IRM et octréoscan [27].
Figure 6
Figure 6.
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Figure 7
Figure 7.
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La première étape dans ce cas de figure est de déterminer grâce à l'imagerie conventionnelle
l'existence de lésions surrénaliennes uni- ou bilatérales.
Le scanner est l'examen de choix, il analyse d'abord la densité spontanée du tissu surrénalien puis la
cinétique d'apparition et de disparition (wash-out ) de produit de contraste. L'IRM surrénalienne
autorise la réalisation de séquences en opposition de phase, permettant d'apprécier le contenu
graisseux de la masse surrénalienne, mais elle apporte peu de renseignements supplémentaires par
rapport au scanner et son protocole est moins codifié [22]. Actuellement, la scintigraphie au
noriodocholestérol, qui fournit des informations sur la fonctionnalité des lésions surrénaliennes, a
des indications réduites.
Les tumeurs unilatérales sont rencontrées dans environ 95 % des syndromes de Cushing ACTH-
indépendants. Elles correspondent pour les deux tiers des cas à un adénome bénin dont la
pathogénie moléculaire jusqu'ici inconnue vient récemment d'être appréhendée pour environ un
tiers d'entre eux (mutations activatrices de la protéine kinase A) [54]. La différenciation avec un
carcinome primitif surrénalien (corticosurrénalome) repose sur certains arguments.
Clinique
En cas de carcinome surrénalien, le syndrome de Cushing peut être enrichi avec des manifestations
liées à l'excès de production d'autres stéroïdes (androgènes, estrogènes, minéralocorticoïdes) ou à la
masse tumorale (pesanteur abdominale, lombalgie, œdème des membres inférieurs par
envahissement de la veine cave).
Biologie
Le bilan hormonal du corticosurrénalome peut mettre en évidence des sécrétions additionnelles
évoquées ci-dessus (composé S, 17-hydroxyprogestérone [17-OHP], delta-4-androstènedione,
hypokaliémie avec taux de rénine effondré, déoxycorticostérone [DOC], sulfate de DHEA [SDHEA],
testostérone), le couple le plus évocateur associant une hyperandrogénie à l'hypercortisolisme. Si,
classiquement, environ 50 % des corticosurrénalomes malins apparaissent sécrétants [55], des
études par spectrométrie de masse ont mis en évidence des profils d'excrétion particulière de
stéroïdes non dosés en pratique clinique et réalisant une signature caractéristique chez la plupart des
corticosurrénalomes [56].
Imagerie (Figure 8)
Au scanner, les adénomes ont une taille généralement inférieure à 4 cm, du fait d'un fort contenu en
lipides, leur densité spontanée est faible (<10 UH) et il existe un wash-out rapide du produit de
contraste [22]. Les carcinomes sont classiquement de grande taille et de densité élevée. La TEP-scan
au FDG a prouvé son utilité dans le diagnostic de malignité des lésions corticosurrénaliennes [57,
58]. Un hypersignal est fortement évocateur, même si cette anomalie n'est pas spécifique (fixation
courante des phéochromocytomes, faux positif de quelques adénomes surrénaliens). L'examen a une
forte valeur d'exclusion, une tumeur surrénalienne sans hypersignal ayant une très faible probabilité
d'être maligne.
Figure 8
Figure 8.
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(190 Ko)
Iconosup 9
Iconosup 9.
Les connaissances dans cette entité ont très récemment évolué avec deux travaux menés par des
équipes françaises. Le premier de nature physiopathologique concerne la mise en évidence d'une
production d'ACTH par des groupes cellulaires au sein des nodules hyperplasiques [62]. L'activation
des récepteurs aberrants stimule cette sécrétion locale d'ACTH et, in vitro, les antagonistes du
récepteur de l'ACTH inhibent la sécrétion de cortisol stimulée par l'activation des récepteurs. Cela
suggère un mécanisme très particulier d'hypercortisolisme ACTH-indépendant au niveau systémique
mais médié de manière paracrine par de l'ACTH produit au sein des macronodules. Le second
concerne la génétique des hyperplasies macronodulaires bilatérales. Plusieurs familles atteintes de
cette affection ont été décrites avec une présentation suggérant une transmission autosomale
dominante. En l'absence d'étude systématique, la prévalence de ces cas familiaux est inconnue mais
certains auteurs [60] recommandent un screening des ascendants au premier degré âgés de plus de
30 ans. Très récemment, des mutations germinales inactivatrices du gène ARMC5 , un anti-oncogène,
ont été mises en évidence chez environ la moitié des 33 patients présentant une hyperplasie
macronodulaire bilatérale, cependant que les nodules hyperplasiques contenaient une seconde
mutation génétique répondant donc au modèle du « second-hit » de Knudson [63]. Même si cette
cohorte de patients est réduite, elle suggère que l'hyperplasie macronodulaire bilatérale familiale
soit beaucoup plus fréquente qu'il n'y paraisse. L'identification de ce gène pourrait amener à
modifier la stratégie d'enquête génétique pour cette pathologie rare.
Des rares cas d'hyperplasie macronodulaire bilatérale associée à un syndrome de Cushing ont
également été décrits dans d'autres maladies génétiques familiales comme la néoplasie
endocrinienne multiple de type 1, la polypose colique familiale et mutation des gènes fumarate
hydratase .
Le PPNAD peut s'intégrer dans le cadre du syndrome de Carney, une affection héréditaire
autosomique dominante dont le diagnostic repose sur l'identification d'au moins deux manifestations
majeures. Celles-ci incluent en dehors du PPNAD des lentigines pigmentées et des naevi bleus de la
face du cou et du tronc, des tumeurs endocrines (tumeur sertolienne calcifiée testiculaire, adénome
hypophysaire somato- et lactotrope, adénome et carcinome thyroïdien) ; des tumeurs non
endocriniennes, parmi lesquelles les myxomes cardiaques, sont les plus préoccupantes et peuvent
être responsables de mort subite. Trois gènes ont été identifiés comme étant à l'origine du PPNAD et
du complexe de Carney : PRKAR1A , PDE11A , PDE8B . Les mutations de PRKAR1A sont les plus
fréquentes et concernent un gène suppresseur de tumeur (sous-unité régulatrice R1A de la protéine
kinase A). En cas de mutation inactivatrice, la protéine kinase A est activée et la voie de l'AMPc
stimulée. Les mutations de PRKAR1A sont présentes chez environ 70 % des cas de complexe de
Carney. Les patients porteurs de la mutation semblent avoir une survenue de la maladie plus précoce
et une maladie plus sévère.
Syndrome de McCune-Albright
Ce syndrome sporadique rare est lié à une mutation somatique ARGE 201-6 ou ARGE 201-10 au
niveau du gène codant pour la sous-unité alpha de la protéine Gs couplée à l'adénylate cyclase. Selon
le pourcentage de cellules mutées au sein des tissus, divers tableaux cliniques peuvent être
rencontrés. Le syndrome de Cushing est caractérisé par un aspect morphologique normal des
glandes surrénales et l'association aux autres manifestations du syndrome (dysplasie des os plats,
taches cutanées de type café au lait, pseudopuberté précoce isosexuelle, etc.).
Enfant [65]
Le syndrome de Cushing chez l'enfant et l'adolescent est très rare. Les étiologies ACTH-
indépendantes prédominent dans les cinq premières années de la vie puis la maladie de Cushing et
les lésions surrénaliennes sont prépondérantes chez l'enfant et l'adolescent. La prépondérance
féminine de la maladie de Cushing notée chez l'adulte disparaît chez l'enfant avec un sex-ratio
d'environ 50 %. L'hypothèse d'une sécrétion ectopique d'ACTH ne doit pas être exclue chez
l'adolescent, mais elle est exceptionnelle chez l'enfant [66]. L'élément clinique du syndrome de
Cushing le plus évocateur est le contraste entre une prise pondérale excessive et un ralentissement
de la croissance staturale, cette dernière caractéristique permettant de faire la distinction avec une
obésité banale. Si le retard de croissance statural est constant, il n'en est pas de même de la
maturation osseuse qui peut être synchrone à l'âge civil du fait de la sécrétion androgénique associée
à la maladie de Cushing. Cette dissociation entre la croissance staturale et la maturation du cartilage
de conjugaison associée à une insuffisance somatotrope fonctionnelle, souvent rémanente pendant
plusieurs mois après la guérison du syndrome de Cushing, sont responsables d'un pronostic de taille
définitif généralement défavorable et inférieur à la taille cible. Dans le cas particulier de l'enfant et
de l'adolescent, les indications larges du traitement par hormone de croissance se poursuivant après
la guérison du syndrome de Cushing, voire d'un blocage de la puberté et de la maturation de
conjugaison chez l'enfant prépubère grâce à l'utilisation d'agonistes du GnRH et/ou d'inhibiteurs de
l'aromatase sont discutées [67].
Il s'agit d'une entité rare du fait de l'infertilité induite par l'hypercortisolisme, mais qui mérite d'être
reconnue précocement car elle s'associe à une morbidité maternelle particulière dominée par l'HTA,
le diabète gestationnel et la prééclampsie. La morbidité fœtale est dominée par la prématurité et
l'avortement spontané. L'élévation du CLU doit être interprétée prudemment du fait d'une
augmentation physiologique de la production du cortisol, en particulier lors des deuxième et
troisième trimestres. De même, la freination par la dexaméthasone est amoindrie durant la
grossesse, ce qui peut être à l'origine de faux positifs, en particulier pour le test de freinage minute.
De manière singulière, les étiologies du syndrome de Cushing de la femme enceinte se partagent de
manière équivalente entre les tumeurs surrénaliennes et la maladie de Cushing. Au sein des tumeurs
surrénaliennes, la prévalence du corticosurrénalome malin semble accrue dans les cas révélés durant
la grossesse.
Les microadénomes étant la règle en matière de maladie de Cushing, la voie transsphénoïdale est
habituellement indiquée. L'exploration du contenu sellaire doit être complète et minutieuse quels
que soient les résultats de l'imagerie préopératoire afin de découvrir un adénome ignoré par
l'imagerie ou de ne pas se laisser abuser par le leurre d'un « incidentalome » hypophysaire associé.
Idéalement, une adénomectomie sélective associée à l'ablation d'une collerette de tissu
hypophysaire adjacent sont réalisées. Lorsque aucun adénome n'est découvert, l'hypophysectomie
subtotale, réséquant environ 80 % de l'hypophyse et laissant en place un moignon pituitaire attaché
à la tige hypophysaire, a la faveur de nombreuses équipes. Le succès et la morbidité de la chirurgie
dépendent étroitement de l'expérience du chirurgien.
Figure 9
Figure 9.
Cibles thérapeutiques pour le traitement médical de la maladie de Cushing (d'après [86]). ACTH :
adrenocorticotrophic hormone ; GR : glucocorticoid receptor ; CYP : cytochrome.
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Résultats
L'analyse précise des résultats de la chirurgie hypophysaire dans la maladie de Cushing est difficile du
fait de l'absence de standardisation des critères utilisés pour affirmer la guérison. Il convient en effet
de différencier rémission transitoire et guérison « définitive » de la maladie [70, 71]. Globalement, le
pourcentage de rémission immédiate définie par une cessation de l'hypercortisolisme est de l'ordre
de 70 à 85 %. Celle-ci est plus volontiers observée lorsqu'un adénome est identifiable en
peropératoire et confirmé à l'analyse anatomopathologique, même si une guérison peut être
obtenue en l'absence de lésion identifiable (minuscules adénomes aspirés lors de l'intervention).
L'influence pronostique de la visualisation préopératoire d'une image compatible avec un adénome
est discutée. Lorsque l'attitude chirurgicale adoptée est une hypophysectomie subtotale en l'absence
de lésion indentifiable en peropératoire, le taux de guérison à court et moyen termes n'est pas
différent selon qu'une lésion hypophysaire ait été identifiée ou non à l'IRM préopératoire [72]. Enfin,
les macroadénomes et les adénomes envahissant la paroi du sinus caverneux ou le plancher sellaire
sont une source d'échec chirurgical.
Malgré une rémission immédiate, la maladie de Cushing récidive chez 10 à 25 % des patients dans un
délai d'environ dix ans [71, 73, 74, 75]. Les récidives sont rares après 15 ans de suivi [75]. La
fréquence des récidives implique donc un suivi prolongé des patients en rémission postopératoire.
L'activité de l'axe corticotrope en postopératoire immédiat est un paramètre pronostique
fondamental. L'obtention d'une insuffisance corticotrope reflétée par des concentrations de cortisol
matinal effondrées est un argument robuste en faveur d'une rémission prolongée de la maladie et
celle-ci est d'autant plus probable que le déficit corticotrope est profond et prolongé [73]. Les
patients ayant présenté une insuffisance corticotrope postopératoire prolongée peuvent néanmoins
faire l'objet d'une récidive de la maladie [74]. La valeur pronostique du test à la desmopressine en
postopératoire immédiat apparaît médiocre [76]. En pratique, il n'existe pas de modalité
consensuelle pour l'exploration postopératoire des patients opérés de maladie de Cushing.
Néanmoins, la plupart des sociétés savantes s'accorde sur l'importance de la détermination de la
cortisolémie à huit heures en postopératoire immédiat [70]. Des rémissions peuvent survenir de
manière légèrement différées et c'est parfois le bilan à trois mois qui permet d'évaluer précisément
le statut cortisolique [75, 77]. Les modalités du suivi ultérieur chez les patients en rémission doivent
reposer avant tout sur les données cliniques et biologiques et non l'imagerie hypophysaire. L'histoire
naturelle des récidives de la maladie de Cushing est mal connue mais plusieurs travaux récents ont
évoqué le caractère progressif de ces récidives avec une augmentation tardive du CLU. La mesure du
cortisol salivaire à minuit, l'étude du rythme nycthéméral du cortisol et de l'ACTH et un test couplé
associant freinage à la dexaméthasone suivi d'un test à la desmopressine pourraient permettre
d'identifier la récidive à un stade précoce [78, 79].
Malgré une substitution physiologique en glucocorticoïde, de nombreux patients en
hypocortisolisme postopératoire présentent l'équivalent d'un syndrome de sevrage aux
glucocorticoïdes : symptômes généraux à type d'anorexie, nausées, asthénie, chute de poids ainsi
que symptômes non spécifiques tels que myalgies, arthralgies et troubles dépressifs. Cet état peut
perdurer plusieurs mois, voire plus d'une année. Il n'existe pas de thérapeutique consensuelle pour
atténuer ce syndrome et la majoration de la posologie de l'hydrocortisone à des doses légèrement
supraphysiologiques a des effets souvent modestes.
Effets indésirables
Radiothérapie hypophysaire
Du fait de la rareté du syndrome de Cushing, la plupart des études d'impact des traitements
médicaux sont méthodologiquement imparfaites : rétrospectives, comportant peu de patients,
utilisant des critères de jugement variables, sans groupe contrôle, ni traitement de référence. Il
convient de rappeler que tous les traitements évoqués ci-dessous sont susceptibles d'entraîner une
insuffisance surrénalienne, témoin parfois souhaité de l'efficacité du traitement et dont la recherche
doit faire partie de la surveillance de tout patient.
Les analogues du sous-type 2 des récepteurs de la somatostatine (octréotide, lanréotide) ne sont pas
actifs dans la maladie de Cushing du fait d'une faible expression de leur récepteur cible dans les
adénomes corticotropes. Le récepteur de sous-type 5 est, en revanche, plus fréquemment exprimé
et les analogues de ces récepteurs inhibent significativement la sécrétion d'ACTH in vitro [87]. Le
pasiréotide est un panagoniste des récepteurs de la somatostatine avec une affinité marquée pour le
sous-type 5. À la posologie de 600 ou 900 μg deux fois par jour par voie sous-cutanée, le pasiréotide
permet de normaliser le CLU et d'améliorer les manifestations cliniques de l'hypercortisolisme (poids,
pression artérielle, etc.) chez environ un quart des patients [88]. Le nadir de CLU est généralement
atteint en deux mois, ce qui permet une identification rapide des patients « répondeurs ». Une
diminution de taille des adénomes corticotropes mesurables a également été constatée. Les effets
indésirables de cette thérapeutique sont l'intolérance digestive, généralement régressive, et
l'hyperglycémie liée à une inhibition de la sécrétion d'insuline et d'incrétines qui survient chez
environ 75 % des patients. L'existence d'un diabète ou d'une intolérance au glucose préalablement à
la mise en route du traitement augmente le risque d'hyperglycémie. Une vigilance toute particulière
incluant éducation du patient et surveillance glycémique est indispensable si ce traitement est
entrepris [89]. Le pasiréotide a également pu permettre le contrôle de l'hypercortisolisme chez des
patients en association à la cabergoline ou kétoconazole [90].
La cabergoline est un agoniste dopaminergique D2 utilisé dans le traitement de l'hyperprolactinémie.
La plupart des adénomes corticotropes expriment des récepteurs D2 et la normalisation du CLU au
bout de quelques mois de traitement de cabergoline a été décrite chez 25 à 50 % des patients
présentant une maladie de Cushing [85, 87]. Un échappement secondaire au traitement peut
survenir chez 20 % des patients initialement contrôlés. À long terme, 30 à 40 % des patients ont un
CLU normalisé. La dose médiane de cabergoline est significativement plus élevée que pour le
traitement des macroprolactinomes. Une réduction du volume de l'adénome corticotrope a été
parfois décrite.
Drogues agissant au niveau des tumeurs ectopique sécrétant de l'« adrenocorticotrophic hormone »
Les tumeurs ectopiques ACTH-sécrétantes peuvent être riches en analogues du sous-type 2 des
récepteurs de la somatostatine et leur sécrétion in vivo peut être inhibée de manière significative par
l'octréotide et le lanréotide [87]. Un échappement au traitement est souvent observé et il est
exceptionnel que cette seule approche thérapeutique puisse contrôler l'hypercorticisme des
sécrétions ectopiques d'ACTH. Quelques cas ont fait état de contrôle de l'hypercortisolisme avec la
cabergoline.
Une étude rétrospective récente incluant 200 patients traités par kétoconazole sur le territoire
français [93] révèle qu'en monothérapie, à des doses de 400 à 1200 mg par jour, le kétoconazole
permet la normalisation du CLU et une amélioration clinique parallèle chez environ 50 % des
patients. Quinze à 20 % des patients arrêtent le traitement pour intolérance. Parmi les effets
indésirables, il convient de mentionner l'hypogonadisme mâle et la gynécomastie liée à l'inhibition
de la stéroïdogenèse testiculaire. L'effet le plus redouté est l'hépatite toxique qui survient chez
moins de 15 % des patients et souvent la forme d'une élévation modérée des transaminases. Celles-
ci doivent être surveillées régulièrement, en particulier dans les premières semaines du traitement.
Pour être actif, le kétoconazole nécessite l'acidité gastrique et l'utilisation d'inhibiteurs de la pompe à
protons (IPP) réduit considérablement son efficacité. Le kétoconazole interfère avec le CYP450 et
modifie la pharmacocinétique de nombreux médicaments, et notamment des antivitaminiques K. Le
kétoconazole a également été utilisé avec succès en monothérapie ou en association dans le cadre
de syndrome de Cushing par sécrétion ectopique d'ACTH ou de tumeurs surrénaliennes.
LCI699 [95] : il s'agit d'une nouvelle drogue en développement qui, comme la Métopirone®, agit en
inhibant puissamment la 11-bêta-hydroxylase. Une étude proof of concept fait état de son efficacité
à des posologies relativement faibles dans le contrôle de la cortisolurie.
Étomidate [96] : il inhibe la stéroïdogenèse en 24 heures à des doses non hypnotiques plus faibles
que celles utilisées en anesthésie. Du fait de cette demi-vie courte, le médicament doit être
administré en perfusion continue intraveineuse à des posologies d'au plus 0,1 mg/kg par heure. Une
surveillance régulière de la cortisolémie doit être réalisée et des auteurs ont proposé l'association à
une perfusion d'hydrocortisone intraveineuse de manière à maintenir les niveaux de cortisolémie
proches de la normale (<500 nmol/l). Il s'agit donc d'un traitement complexe dans sa surveillance et
son monitoring qui doit être réalisé en milieu spécialisé et réservé aux situations d'urgence.
Le mitotane (op'DDD) est une drogue cytotoxique pour le cortex surrénalien via son action sur le
métabolisme mitochondrial et qui est essentiellement utilisée dans le traitement des carcinomes
surrénaliens. Il inhibe également la stéroïdogenèse au niveau de l'enzyme P450 side chain cleavage
enzyme (SSC) et réduit la disponibilité du cholestérol pour la conversion en prégnénolone. L'attitude
communément adoptée en France est une stratégie block and replace mettant à profit l'effet
adrénolytique du mitotane [97]. En utilisant cette stratégie, un contrôle de l'hypercortisolisme est
observé chez environ 80 % des patients, que ce soit en première intention ou après échec de la
chirurgie. Contrairement aux autres inhibiteurs de la stéroïdogenèse, la normalisation du CLU se fait
de manière tardive après une médiane d'environ six mois, ce qui implique l'utilisation en association
d'autres traitements pharmacologiques. La posologie nécessaire pour contrôler l'hypercortisolisme
est plus faible que celle utilisée dans le traitement des corticosurrénalomes malins. Le mitotane
augmente la production de CBG et la mesure de la cortisolémie totale plasmatique est augmentée
artificiellement et non utilisable pour le monitoring du traitement. Celle-ci repose essentiellement
sur la mesure du CLU ou du cortisol salivaire. Le contrôle de l'hypercortisolisme est obtenu dans
cette stratégie au prix d'une insuffisance surrénalienne qui justifie un traitement substitutif par
hydrocortisone. Le mitotane active le CYP450 3A4 qui augmente la clairance métabolique de
l'hydrocortisone [98]. Il est donc nécessaire d'augmenter la posologie de solution de l'hydrocortisone
d'au moins un tiers. Du fait de son caractère lipophile, le mitotane est stocké dans le tissu adipeux et
induit une insuffisance surrénalienne prolongée. Cependant, en l'absence d'irradiation hypophysaire,
l'hypercortisolisme récidive chez la plupart des patients plusieurs mois à plusieurs années après
l'arrêt du mitotane. L'intérêt de ce traitement est limité par ses nombreux effets indésirables et sa
tolérance médiocre. Les plus fréquents sont l'intolérance digestive, l'asthénie, une sensation
ébrieuse et des troubles de la mémoire qui surviennent chez plus de la moitié des patients. La
gynécomastie et un hypogonadisme sont rencontrés chez 20 à 50 % des hommes [98]. Il faut noter
également l'élévation quasi constante des gamma-glutamyltranspeptidases (GGT), même si l'hépatite
toxique clinique est très rare et l'hypercholestérolémie liée à l'inhibition de l'hydroxy-3-méthyl
glutaryl coenzyme A réductase (HMG co-A réductase). Le traitement doit être arrêté chez environ 30
% des patients du fait d'effets indésirables. Le mitotane est tératogène et ses effets persistent
pendant des mois après l'arrêt du traitement, interdisant toute grossesse pendant plusieurs années
après l'arrêt de celui-ci. Le mitotane permet de contrôler l'hypercortisolisme chez la majorité des
patients traités pour une sécrétion ectopique d'ACTH [99]. Là également, du fait du délai dans
l'obtention du contrôle de la cortisolémie, l'association à un traitement inhibiteur de la
stéroïdogenèse pendant quelques semaines ou mois est indispensable.
Surrénalectomie
La chirurgie surrénalienne dans le syndrome de Cushing, qu'elle soit unilatérale ou bilatérale, est le
plus souvent réalisée par laparoscopie qui permet un abord trans- ou rétropéritonéal, minimisant les
problèmes de cicatrisation postopératoire qui sont importants dans un contexte d'imprégnation
cortisolique. Pour des raisons carcinologiques, un abord large à ciel ouvert, permettant une résection
en bloc de la tumeur, du rein et des organes adjacents, est réalisé en cas de corticosurrénalome
malin étendu (stades III ou IV). Le choix de la voie d'abord en cas de corticosurrénalome malin, a
priori sans extension régionale (stades I et II), reste particulièrement polémique [100].
Indications thérapeutiques
Maladie de Cushing
Chirurgie hypophysaire
L'objectif du traitement est de faire disparaître les manifestations cliniques, de restaurer un
fonctionnement normal de l'axe corticotrope tout en préservant la fonction antéhypophysaire. La
chirurgie hypophysaire est le seul moyen d'accéder à cet objectif et a, par ailleurs, fait la preuve de
l'amélioration de l'espérance de vie des patients guéris de maladie de Cushing et a donc des
indications larges [70]. À l'instar de plusieurs équipes, la chirurgie est réalisée lorsque l'IRM est
négative, mais lorsque l'origine hypophysaire du syndrome de Cushing est affirmée par le CSPI [72].
La « préparation » préopératoire des patients par des agents anticortisoliques n'est pas habituelle et
réservée généralement aux patients présentant un hypercortisolisme intense.
En cas d'échec de la chirurgie, il n'existe aucun consensus sur la stratégie à adopter. Toutes les
stratégies présentant avantages et inconvénients distincts et doivent être discutées au cas par cas de
manière pluridisciplinaire dans une équipe experte et, idéalement, avec le patient. Il convient de citer
:
les drogues à action surrénalienne au long cours associées à une surveillance hypophysaire régulière
par IRM avec réintervention en cas de croissance adénomateuse ;
•
la surrénalectomie bilatérale.
Cas particuliers
Enfant et adolescent
Le traitement de choix est l'ablation chirurgicale de la source d'ACTH. Cet objectif peut ne pas être
réalisable (tumeur occulte ou inextirpable). Dans tous les cas de figure, il est nécessaire dans un
premier temps de contrôler médicalement l'hypercortisolisme qui est souvent intense. Parmi les
différents agents utilisables, le kétoconazole et la Métopirone®, éventuellement associés au
mitotane, sont les plus documentés et permettent souvent d'éviter le recours à la surrénalectomie
bilatérale [38, 39]. En cas de tumeur occulte, une surveillance morphologique, en particulier
thoracique, est réalisée tous les six mois environ à la recherche de la source d'ACTH et afin de réaliser
son exérèse différée. On ne tombera pas dans le piège d'une hypertrophie thymique « rebond »
pouvant simuler une tumeur lors de la cessation de l'hypercortisolisme [104]. En cas de tumeur
ACTH-sécrétante évidente mais non extirpable, le traitement palliatif fait appel, selon sa nature, à la
chimiothérapie et/ou à la radiothérapie. Le pronostic est corrélé au stade tumor, node, metastasis
(TNM) et degré de différenciation de la tumeur avec un pronostic satisfaisant pour les tumeurs
occultes et les carcinoïdes bronchiques bien différenciés [38, 39].
Adénome cortisolique
Le pronostic est très sombre et dépend essentiellement du stade initial qui conditionne les capacités
d'exérèse chirurgicale et des indices histologiques de prolifération (index mitotique, KI-67).
L'association à un syndrome de Cushing est un facteur de mauvais pronostic [55]. En dehors de la
chirurgie d'exérèse, le traitement du syndrome de Cushing est assuré par le mitotane également
prescrit à visée oncologique et à de fortes doses. En cas d'hypercortisolisme persistant, on prescrit
volontiers des inhibiteurs de la stéroïdogenèse en association.
Le traitement de choix est la surrénalectomie bilatérale. Néanmoins, des alternatives peuvent être
discutées au cas par cas dans ces situations rares pour éviter le caractère définitif de l'insuffisance
surrénalienne. La prescription d'un inhibiteur de la stéroïdogenèse peut permettre de contrôler
l'hypercortisolisme quand celui-ci est intermittent et la surrénalectomie unilatérale être discutée en
cas d'hypercortisolisme d'intensité modérée.