Université du Québec à Montréal
LA REPRÉSENTATION DE LA FEMME DANS LE CANTIQUE DES CANTIQUES
Travail présenté à
Geneviève Pigeon
dans le cadre du cours
REL2614 : Religion et sexualité
Par
Emmanuelle Boyer-Guay
BOYE17549507
17 décembre 2018
Le Cantique des Cantiques est le livre de l’Ancien Testament qui a été le plus
interprété et questionné lors de plusieurs périodes de l’histoire occidentale. Véritable
compilation de chants d’amour entre une femme et un homme, il aurait été écrit dans le
Proche-Orient Ancien1, au VIe siècle avant Jésus-Christ. Dans sa plus simple
interprétation, il célèbre la vie amoureuse et érotique à travers des louanges et
déclarations amoureuses que s’échangent l’époux et l’épouse. Cependant, les
interprétations varient selon les siècles, les époques et les courants de pensée
théologiques, et ce, jusqu’à aujourd’hui. Ce texte fut souvent considéré comme étant un
texte érotique profane et à proscrire dans l’analyse de la Bible certes, mais également
comme une preuve de dévotion totale de l’humanité envers Dieu. Qu’en est-il du rôle de
la femme dans le Cantique des Cantiques? Pour la première fois, la femme prend une
place importante dans les écrits sacrés2, puisque plusieurs images et symboles sont
présentés afin de faire l’éloge du genre et du sexe féminin. Afin de bien cerner la
représentation de l’épouse dans le Cantique des Cantiques, il sera, tout d’abord, question
de l’évolution des différentes interprétations faites dans l’histoire de ce chant amoureux.
En effet, l’Église a adopté une position centrée sur la théologie et sur Dieu, tout en
reniant le caractère érotique et sensuel des écrits du Cantique. Cependant, les
interprétations changent à partir du XIXe siècle, et se complexifient jusqu’à aujourd’hui
avec les interprétations queer. Une analyse de la condition féminine permettra également
de comprendre les relations entre les hommes et les femmes à l’époque de l’Ancien
1
SANDOZ, Jean-Pierre, « Cantique des Cantiques » dans Encyclopédie Universalis,[En ligne]
[Link] (page
consultée le 24 octobre 2018)
2
ASSOCIATION CATHOLIQUE DES ÉTUDES BIBLIQUES DU CANADA, 1995. Des femmes aussi
faisaient route avec Lui : perspectives féministes sur la Bible, Montréal, Éditions Médiaspaul, page 109 [En
ligne],
[Link]
=gbs_navlinks_s (page consultée le 25 octobre 2018)
1
Testament, et les obligations sociales de ces dernières dans la société israélienne
préchrétienne. Ainsi, le mariage sacré, quoique pas directement cité dans le Cantique,
demeure un élément central de la représentation féminine de l’époque et de son rôle au
sein de la société antique. L’absence de références à la maternité et à l’éloge de la
fécondité féminine surprend lorsqu’on tente de démontrer la représentation de la femme
dans le texte, puisque l’acte de donner la vie représentait la fonction spirituelle centrale
du genre féminin au commencement du christianisme. Enfin, en faisant une lecture
détaillée du Cantique des Cantiques, on peut observer que le corps de l’épouse est glorifié
par de nombreux chants et images qui personnifient sa grâce et sa sensualité. Puisque le
corps féminin est intégralement couvert dans le Cantique et que les interprétations à ce
propos furent abondantes au fil des siècles, cette recherche se concentrera sur les deux
parties du corps de la femme qui sont le plus intimement lié à la sexualité. En effet, les
seins et les lèvres de la femme sont chantés à plusieurs reprises dans ce livre de la Bible,
et les interprétations historiques, principalement émises par des hommes, surprennent par
leurs références quasi-omniprésentes à Dieu et au Saint-Esprit.
I. L’évolution historique de l’interprétation du Cantique des Cantiques : une vision
théocentrique et androcentrique
Pendant plus de vingt siècles, les textes sacrés de la chrétienté occidentale furent
interprétés seulement et exclusivement par des hommes. En effet, la femme fut exclue
des grands débats ecclésiastiques et n’était pas autorisée à lire les Écritures sacrées de ses
propres yeux3. Les recherches actuelles peuvent conclure que le texte, d’auteur inconnu,
aurait été écrit par un individu qui aurait voyagé en Arabie du Sud jusqu’en Inde, à l’âge
3
ASSOCIATION CATHOLIQUE DES ÉTUDES BIBLIQUES DU CANADA, Ibid.,page 103
2
d’or du commerce juif avec l’Orient. Les premières interprétations du Cantique des
Cantiques sont des interprétations allégoriques, qui comparent l’amour exprimé entre
l’époux et l’épouse à l’amour de Yahvé et de son peuple4. Vers l’an 100, les rabbins
acceptent le fait qu’il s’agit d’un dialogue amoureux. Comment ce texte érotique a-t-il pu
devenir sacré? Dans le Proche-Orient ancien, le peuple juif est en contact direct avec
d’autres peuples, tels que les Sémites et les Hittites, qui présentent dans leurs rituels
religieux des célébrations orgiaques et des rites sexuels pour plaire à leurs divinités 5. La
tradition juive ne présente aucun rite sexuel. On retrouve donc un lien entre la présence
du Cantique des Cantiques dans les textes sacrés aux célébrations orgiaques dans les
cultes funéraires babyloniens et grecs. Une idée très répandue dans la théologie
chrétienne affirme que l’amour ne serait pas un thème biblique, et que toute connotation
amoureuse associée au Cantique serait à proscrire. Les références à l’amour physique et
la sensualité furent considérées comme étant pornographiques, et donc proscrites par les
pères de l’Église chrétienne, car la sensualité était profane et peu abordée directement
dans les écrits bibliques6. Les moralistes s’offusquent des avances faites par une femme
dans cet éloge à l’amour. En effet, la montée du christianisme remet l’emphase sur les
aspirations de dévotion de l’Église avec Dieu. C’est lors du Moyen Âge, plus
particulièrement à partir du XIIe siècle, que les interprétations théologiques se
multiplient. Les philosophes scolastiques et mystiques divisent le monde théologique et
utilisent le texte de Salomon comme arme utile pour trouver les fondements et prouver
leurs doctrines. Le théologien le plus célèbre et le plus couramment cité par ses
4
KRISTEVA, Julia. 2002, « Le Cantique des Cantiques », Pardès, vol. 32-33, page 67
5
KRISTEVA ,Ibid., page 67
6
ROMER, Thomas. 2009. Dieu obscur : cruauté, sexe et violence dans l’Ancien Testament. Genève,
Éditions Labor et Fides, page 105
3
contemporains fut incontestablement Bernard de Clairvaux. Ce moine français prêche
l’amour pur de l’âme chrétienne envers Dieu et trouve de nombreuses significations
sacrées dans le texte. Il associe ces significations à de fortes prescriptions morales, telles
que la pureté, la dévotion du fidèle envers Dieu, le rejet de la tentation et les moyens de
les combattre7. La mort de l’abbé de Clairvaux laisse cependant les interprétations
incomplètes. Cependant, ses successeurs centrent leurs analyses sur des bases
théologique. La réforme protestante modifie les interprétations du Cantique des
Cantiques, puisque Luther demeure en désaccord avec les lectures de ces prédécesseurs
catholiques. En effet, ce dernier croit que Salomon célèbre des louanges envers Dieu car
ce dernier a favorisé les institutions politiques de son gouvernement 8. C’est à partir de la
fin du XVIIIe siècle que les interprétations se centrent sur l’art amoureux et sur le drame
littéraire. Avec la Révolution française et la séparation de plus en plus grandissante de la
religion et de l’État, les penseurs centrent leur lecture sur l’érotisme et la sensualité. C’est
à partir du XIXe siècle que les interprétations modernes et plus simplistes du Cantique
voient le jour. En effet, ce chant amoureux raconterait l’histoire de l’Épouse, qui est
attirée à la cour du roi Salomon pour satisfaire ses vœux sexuels. Cette dernière, fidèle et
attachée à son bien-aimé, résiste à toutes les tentations9. L’explication théologique est
rejetée, et l’amour demeure le thème central du Cantique des Cantiques. Depuis les
années 1990, ce livre de l’Ancien Testament est remis en cause par la montée de
plusieurs mouvements féministes. En effet, par exemple, l’herméneutique queer construit
un discours qui se base sur un questionnement des normes sexuelles. Cette déconstruction
7
CUNITZ, Eduard. 1834, Histoire critique de l’interprétation du Cantique des Cantiques : thèse.
Strasbourg : Éditions Frédéric-Charles Heitz, page 20
8
CUNITZ, Ibid., page 29
9
CUNITZ, Ibid., page 36
4
des normes se fait principalement par un questionnement des oppositions de genre et des
identités sexuelles si souvent imposées dans l’histoire. Le Cantique des Cantiques
demeure le livre de la Bible qui permet la meilleure interprétation des genres et les
relectures féministes. Cinq aspects principaux sont abordés lorsqu’on interprète le
Cantique des Cantiques à l’aide de l’herméneutique queer. La marginalité de la bien-
aimée, la réciprocité du désir amoureux, le brouillage des frontières sexuelles, l’absence
d’allusion à la procréation et l’amour malgré l’oppression sociale demeurent les thèmes
les plus explorés10.
II. La condition féminine au commencement de l’histoire chrétienne
L’Ancien Testament, livre fondateur du judaïsme et des fondements de la
chrétienté, fut écrit dans le Proche-Orient ancien, dans la société juive antique. Il existe
un éloignement évident entre notre société et la société juive de l’époque de l’Ancien
Testament. Il demeure difficile de lire ces textes sans notre jugement actuel, puisque ces
derniers furent interprétés pendant des siècles avec des normes et des valeurs bien
différentes11. L’Ancien Testament présente une panoplie de personnages féminins, qui
démontrent bien la condition féminine à cette époque. L’Ancien Testament demeure donc
la principale source historique qui nous permet d’explorer la condition féminine au début
de l’histoire chrétienne. En effet, peu de sources primaires relatent la vie des femmes de
cette époque, mais nous savons aujourd’hui que la relation entre les hommes et les
femmes étaient centrée sur la fécondité de l’épouse. Il est également connu que la
10
LÉTOURNEAU, Anne et LAVOIE, Jean-Jacques. 2010. « Herméneutique queer et Cantique des
Cantiques ». Laval théologique et philosophique. Vol. 66, no.3, page 513. Dans Érudit, [En ligne],
[Link] (page consultée le 27 octobre 2018)
11
PELLETIER, Anne-Marie. 2001. Le christianisme et les femmes: vingt siècles d’histoire. Paris: Les
Éditions du Cerf, page 13
5
monogamie n’était pas la seule union maritale possible à cette époque. En effet, la
polygamie était également chose courante. La femme est représentée comme une
nécessité vitale à l’homme, bien que la méconnaissance et la rivalité engendre un côté
obscur à la condition féminine12. Principalement centrée sur le mariage, la condition
féminine du Proche-Orient ancien impose certaines qualités à la bonne épouse. Cette
dernière doit être aimable, dévouée, intègre et courageuse13. La femme détient le pouvoir
au sein du foyer, tandis que le pouvoir religieux et politique est accordé exclusivement
aux hommes. Bien que la femme demeure essentielle par sa fécondité dans l’Ancien
Testament, elle également présentée comme un objet de désir dangereux. La littérature de
la sagesse associe la féminité à la méchanceté et à la querelle. La femme serait la source
des tourments et des mauvais génies de l’homme14. Le Cantique des Cantiques est le
premier livre de la Bible à présenter la femme sous un autre jour, où la femme est vantée
de sa beauté et son amour inconditionnel pour son époux.
III. Le Cantique des Cantiques et le mariage sacré : l’état matriarcal
Dans le Cantique des Cantiques, l’époux et l’épouse s’échangent des louanges
amoureuses afin de démontrer leur désir et leur affection fusionnelle. L’épouse donc vit
donc au sein d’un mariage, tel que valorisé par la tradition juive de l’époque de l’Ancien
Testament. Le Cantique se présente comme un chant, et on peut observer que l’épouse a
plus souvent la parole que son époux. En effet, la jeune fille chante environ soixante-dix
versets, contre les quarante-cinq versets chantés par l’homme15. Ce phénomène est
12
PELLETIER, Ibid., page 17
13
PELLETIER, Ibid., page 19
14
PELLETIER, Ibid., page 24
15
ASSOCIATION CATHOLIQUE DES ÉTUDES BIBLIQUES DU CANADA, Ibid., page 104
6
unique dans la Bible16 et va à l’encontre des mœurs patriarcales d’Israël. Cependant,
l’épouse présentée dans le texte sacré possède toute les vertus. Elle est attentive,
laborieuse, fidèle et délicate, et peut ainsi réaliser sa mission auxiliaire à celle de
l’homme17. Bien que l’union polygame fût chose courante à l’époque de l’Ancien
Testament, le Cantique démontre l’importance de l’union monogame. Le mariage était
décidé par le père, qui était en charge de sa fille jusqu’à son mariage. Un fait étonne dans
le Cantique des Cantiques par rapport à l’union maritale. L’aspect patriarcal du mariage
n’est pas mentionné et c’est, au contraire, un système matrilinéaire qui est représenté. Cet
état de matriarcat ignore les structures sociales de l’époque, puisque c’est la femme qui,
selon les coutumes, rentre dans la maison de la famille de l’époux. Au contraire, dans le
Cantique des Cantiques, l’époux entre dans la maison de la mère pour s’y établir. « Je l’ai
saisi et ne le lâcherai pas que je l’aie fait entrer dans la maison de ma mère, dans la
chambre de cette qui m’a conçue »18. L’épouse exprime son amour dans le cadre de son
mariage de manière égale à l’homme, puisque l’amour peut dépasser les inégalités entre
les genres sexuels19. Les mouvements féministes auraient donc tort de rejeter les
traditions bibliques, puisque ce vieux texte présente une image de la femme plus juste
que le reste de la Bible.
16
GAGNON, Micheline. 1997, « Les femmes de la Bible : Le double rapport stérilité-fécondité et
virginité-maternité ». Thèse de doctorat. Montréal. Université de Montréal, page 82 . Dans Proquest ,[En
ligne], [Link]
[Link]/docview/304410485/previewPDF/265E436204C44AC8PQ/1?accountid
=14719 (page consultée le 28 octobre 2018)
17
ASSOCIATION CATHOLIQUE DES ÉTUDES BIBLIQUES DU CANADA, Ibid., page 103
18
Ancien Testament, Cantique des Cantiques, 3;4
19
ROMER, Ibid., PAGE 105
7
IV. La maternité dans le Cantique des Cantiques :une absence étonnante
Tel que mentionné précédemment, le rôle principal de la femme dans le Proche-
Orient ancien fut associé principalement à sa capacité de donner la vie par sa fécondité.
Plusieurs écrits de l’Ancien Testament accordent une grande importance à la descendance
et des problèmes futurs que la stérilité peut engendrer20. La femme est mère et épouse et
assure le bien-être de son époux et de ses enfants au sein du foyer. Dans l’histoire, la
maternité reste un élément central de la condition féminine, et on pourrait croire que cet
élément serait abondamment exploré dans le texte le plus érotique de la Bible. Au
contraire, l’absence de références à l’acte sexuel étonne et surprend les contemporains,
puisqu’une lecture simpliste pourrait mener à une interprétation directement liée à la
l’accouplement. Bien qu’étonnant, la maternité n’est pas directement citée dans le
Cantique des Cantiques. En effet, ce fait remarquable étonne puisque la maternité était la
principale source de respect et d’estime accordée à la femme en Israël. L’épouse n’est pas
seulement considérée comme un ventre et réduite à sa capacité de féconder, ce qui libère
cette dernière de l’étau patriarcal imposé dans les autres livres bibliques. On insiste
davantage sur le fait que l’amour du couple consacré à la loi religieuse est un pilier de la
société juive. Les époux sont dévoués et leur fidélité est maintenue par la jalousie du mari
et par le maintien de la sécurité de la femme21. Dans les interprétations historiques
actuelles, l’absence d’allusion à l’acte sexuel et à la fécondité de la femme reviennent à
plusieurs reprises22.
20
ASSOCIATION CATHOLIQUE DES ÉTUDES BIBLIQUES DU CANADA, Ibid., page 105
21
KRISTEVA, Ibid., page 74
22
LÉTOURNEAU et LAVOIE, Ibid., page 513
8
IV. La représentation du corps de la femme : Les seins et la bouche
Lorsqu’on concentre la lecture du Cantique des Cantiques sur la représentation de
la femme, on peut observer que les allusions à cette dernière sont principalement centrées
sur son corps. En effet, l’Époux glorifie le corps de sa douce en énumérant et en
établissant des métaphores à propos de toutes les parties du corps. L’épouse est analysée
de la tête aux pieds, en passant par ses dents, sa chevelure et son ventre. À travers les
époques, nombreux sont les auteurs qui ont tenté de comprendre les différentes louanges
faites au corps féminin dans le Cantique. « Le Cantique chante le corps tantôt des pieds
à la tête, tantôt de la tête aux pieds »23. Puisque les interprétations sont trop nombreuses
et le corps au complet est scruté par l’Époux, cette présente analyse sera centrée sur les
parties du corps féminins pourvus d’une signification sensuelle et érotique plus forte. En
effet, les seins et les lèvres de l’épouse sont chantés par des louanges amoureuses et
sensuelles.
Les interprétations dans l’histoire se concentrent sur la théologie chrétienne, et non sur la
sensualité féminine. Cependant, aucune forme n’est officiellement reconnue ou adoptée
par l’Église chrétienne ou juive. Les lèvres de l’homme et de la femme sont chantées
dans le Cantique, et ces lèvres s’ouvrent pour laisser partir les paroles humaines24.
« Comme un ruban d’écarlate, tes lèvres ; tes paroles : une harmonie. Comme une moitié
de grenade, ta joue au travers de ton voile »25. Les lèvres sont comparées à une porte par
les auteurs du Moyen Âge, car ces dernières sont le lieu par excellence de la
23
CHRÉTIEN, Jean-Louis. 2005. Symbolique du corps. La tradition chrétienne du Cantique des Cantiques.
Paris : Presses Universitaires de France. Page 11 Dans Cairn, [En ligne], [Link]
[Link]/[Link] (page consultée le 30 octobre
2018)
24
CHRÉTIEN, Ibid., page 105
25
Ancien Testament, Cantique des Cantiques, 4;3
9
communication, de la vérité ou du mensonge. Les lèvres de la femme sont des « […]
prédicateurs de la parole de Dieu »26. Cependant, certains théologiens, tels qu’Ambroise
de Milan et Bède le Vénérable, associent les lèvres à la passion. Il ne s’agirait pas d’une
passion amoureuse, mais bien d’une passion pour le Christ et le Seigneur27. La couleur
rouge écarlate est mentionnée dans le Cantique des Cantiques, et cette couleur fait
souvent référence, dans la mythologie, à la passion et le désir. Cette couleur enflamme
par l’amour de la vie éternelle, et les lèvres rouges de la femme sont porteuses de cet
amour.
Les seins de la femme portent deux messages principaux, tel que démontré par les
individus qui ont analysé le Cantique dans l’histoire. En effet, ces derniers sont comparés
à plusieurs animaux, tels que des cabris, des chevreuils ou des faons. Les interprétations
qui relient la poitrine féminine à ces animaux demeurent contestées. En effet, cette
surdité poétique est libre d’interprétation. Cependant, dans la symbolique médiévale, le
faon est décrit comme étant un animal perçant, qui se distingue par la rapidité de sa
course et sa liberté dans ses déplacements. Les faons suivent leurs désirs et se nourrissent
de lis dans le Cantique, symbole de pureté et de chasteté28. Guillaume de Saint-Thierry
associe les seins de la femme à un objet pour contrer la tentation, et que le désir éprouvé
par l’époux lorsqu’il s’exprime sur les seins de sa femme présente un signe de faiblesse29.
Selon les théologiens, qui partagent cette opinion pendant plusieurs siècles, Le lait sortant
des seins de la femme sont les paroles et les enseignements de Dieu. Cet élixir maternel
est aussi charnel, donc relatif à l’instinct sexuel. Le lait est associé à l’acte de donner la
26
CHRÉTIEN, Ibid., page 110
27
CHRÉTIEN, Ibid., page 111
28
CHRÉTIEN, Ibid., page 214
29
CHRÉTIEN, Ibid., page 207
10
vie30. Malgré toutes les références aux seins et aux lèvres de l’Épouse dans le Cantique
des Cantiques, et qu’une lecture plus simpliste peut mener à la conclusion que ce livre
biblique est entièrement érotique et axé sur l’acte sexuel, les représentations faites dans le
passé nous démontrent le contraire.
En conclusion, la représentation de la femme dans le Cantique des Cantiques
demeure un sujet très peu exploré dans le monde de la chrétienté et du judaïsme, et la
principale raison que les interprétations liées à l’érotisme de la femme se font si discrètes
pourrait être que les grandes fonctions dans la chrétienté furent menées par des hommes,
et ce, jusqu’à aujourd’hui. En effet, en établissant une lecture plus moderne de ce texte, il
ne serait qu’un chant amoureux, un éloge à l’amour, ou bien une expression pure du
désir, de la sensualité et de passion sexuelle qui dévore les deux époux. Bien au contraire,
les interprétations qui suivent ce discours n’apparaissent qu’au XIXe siècle et se font plus
rares que les nombreuses interprétations du Moyen Âge, de la Renaissance et des
premiers siècles de l’ère chrétienne. Cependant, le Cantique des Cantiques regorge de
modernité, notamment par la place centrale qu’obtient cette femme du Proche-Orient
ancien, ce qui va à l’encontre de la condition des femmes qui vécurent des siècles avant
notre ère. L’épouse vit dans un mariage considéré comme étant matriarcal, ce qui est
contraire aux normes maritales de l’époque, et jouit d’une certaine liberté dans
l’expression de ses désirs. De plus, les références à la maternité, bien que présentes dans
le texte, ne sont pas l’élément central de la représentation de la femme. Le corps de la
femme, notamment par ses seins et ses lèvres, semble être l’objet de désir de l’homme,
qui démontre une réelle passion pour ce corps. Cependant, les lectures du passé nous ont
30
CHRÉTIEN, Ibid., page 202
11
démontré que ce corps ne démontrerait qu’un désir envers Dieu, et une passion pour
Jésus-Christ et le Saint-Esprit. Les historiographies, actuelles, telles que l’herméneutique
queer, permettent déjà d’offrir une vision plus féministe des textes de la Bible. Bien que
le Cantique des Cantiques demeure un mystère encore aujourd’hui, il est l’expression
pure d’une passion, d’un désir et d’un éloge à l’amour.
12
Bibliographie
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faisaient route avec Lui : perspectives féministes sur la Bible, Montréal, Éditions Médiaspaul, 230 pages,
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5- GAGNON, Micheline. 1997, « Les femmes de la Bible : Le double rapport stérilité-fécondité et
virginité-maternité ». Thèse de doctorat. Montréal. Université de Montréal, 635 pages. Dans Proquest ,[En
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7- KRISTEVA, Julia. 2002, « Le Cantique des Cantiques », Pardès, vol. 32-33, pages 65 à 78. [En ligne],
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8- LÉTOURNEAU, Anne et LAVOIE, Jean-Jacques. 2010. « Herméneutique queer et Cantique des
Cantiques ». Laval théologique et philosophique. Vol. 66, no.3, pages 503-508. Dans Érudit, [En ligne],
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9- PELLETIER, Anne-Marie. 2001. Le christianisme et les femmes: vingt siècles d’histoire. Paris: Les
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10- ROMER, Thomas. 2009. Dieu obscur : cruauté, sexe et violence dans l’Ancien Testament. Genève,
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11- SANDOZ, Jean-Pierre, « Cantique des Cantiques » dans Encyclopédie Universalis,[En ligne]
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13