Ca 3464 FR
Ca 3464 FR
causes et solutions
Études de cas sur le sorgho, le maïs,
le niébé au Burkina Faso
Analyse des pertes alimentaires:
causes et solutions
Études de cas sur le sorgho, le maïs,
le niébé au Burkina Faso
PUBLIÉ PAR
ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE (FAO)
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL (PAM)
FONDS INTERNATIONAL DE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE (FIDA)
ROME, 2019
Citation requise:
FAO, PAM et FIDA. 2019. Analyse des pertes alimentaires: causes et solutions − Études de cas sur le sorgho, le maïs,
le niébé au Burkina Faso. Rome. 206 pp. Licence: CC BY-NC-SA 3.0 IGO.
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Remerciements ix
Abbreviations et acronymes x
PARTIE 1
Étude de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso (2015-16) 1
Approche méthodologique 4
Politiques nationales, plans et stratégies dans le domaine des pertes après récolte 10
Institutions et oganisations pertinentes dans les sous-secteurs du maïs, du sorgho et du niébé 13
Chapitre 1
Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 17
Le sous-secteur du sorgho 17
La chaîne d’approvisionnement du sorgho 23
Les pertes après récolte dans la chaîne d’approvisionnement du sorgho 31
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de sorgho 39
Chapitre 2
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 45
Le sous-secteur du maïs 45
La chaîne d’approvisionnement du maïs 48
Les pertes après récolte dans la chaîne d’approvisionnement du maïs 54
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de maïs 63
Chapitre 3
Le niébé dans la region du nord 69
Le sous-secteur du niébé 69
La chaîne d’approvisionnement du niébé 72
Les pertes après récolte dans la chaîne d’approvisionnement du niébé 79
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de niébé 85
PARTIE 2
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) 93
Objectifs et méthodologie de l’étude 95
Analyse des problématiques liées au genre et aux jeunes dans les chaînes
d’approvisionnement du sorgho, du maïs et du niébé 102
Chapitre 4
Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 107
La chaîne d’approvisionnement du sorgho 107
Les pertes après recolte dans la chaîne d’approvisionnement du sorgho 114
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de sorgho 120
vi
Chapitre 5
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 127
LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU NIÉBÉ 151
LES PERTES APRÈS RECOLTE DANS LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU NIÉBÉ 158
STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES DE NIÉBÉ 164
Chapitre 6
Le niébé dans la région du nord 151
La chaîne d’approvisionnement du maïs 127
Les pertes après recolte dans la chaîne d’approvisionnement du maïs 134
Stratégie de réduction des pertes de maïs 145
Annexes
1. Références bibliographiques 173
2. Annexes à l’étude 2015-16 175
3. Annexes à l’étude de réplication (2016-17) 181
4. Personnes-ressources 185
5. Taux de conversion 186
2.14 Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le sorgho
(région de la Boucle du Mouhoun) 122
2.15 Récapitulatif des causes des pertes de sorgho et des solutions proposées pour leur
réduction au niveau des points critiques de pertes (région de la Boucle du Mouhoun) 123
2.16 Budget prévisionnel des mesures identifiées pour le projet proposé
(région de la Boucle du Mouhoun) 125
2.17 Présentation de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs
professionnels du Houet (région des Hauts-Bassins) 128
2.18 Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des
producteurs professionnels du Houet (région des Hauts-Bassins) 128
2.19 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des
producteurs professionnels du Houet (régiondes Hauts-Bassins) 129
2.20 Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations d’après
récolte du maïs (région des Hauts-Bassins) 130
2.21 Importance des pertes de maïs selon la perception des acteurs
(région des Hauts-Bassins) 133
2.22 Pertes à la récolte du maïs pendant la phase de réplication au cours de la
campagne agricole 2016-2017 (région des Hauts-Bassins) 136
2.23 Aux de pertes à l’égrenage du maïs au cours de la campagne agricole 2016-2017
(région des Hauts-Bassins) 137
2.24 Données de suivi de cargaison du maïs au cours de la réplication de l’étude
(2016-2017), région des Hauts-Bassins 138
2.25 Processus de transformation du maïs grain en farine 139
2.26 Évolution des pertes au stockage du maïs au cours de l’année 2016-2017
(région des Hauts-Bassins) 141
2.27 Teneur en aflatoxines d’échantillons de maïs grains à la récolte et au stockage
(région des Hauts-Bassins) 141
2.28 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du maïs
(région des Hauts-Bassins) 142
2.29 Principales causes et mesures identifiées de réduction des pertes de maïs
dans la région des Hauts-Bassins 144
2.30 Analyse coûts-bénéfices des mesures préconisées de réduction des pertes du maïs
(région des Hauts-Bassins) 146
2.31 Récapitulatif des causes des pertes de maïs et des solutions proposées
pour leur réduction dans la région des Hauts-Bassins 148
2.32 Détail du coût des mesures de réduction des pertes de maïs
dans la région des Hauts-Bassins 149
2.33 Présentation de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association
formation développement et ruralité (région du Nord) 152
2.34 Importance économique de la chaîne d’approvisionnement du niébé de
l’Association formation développement et ruralité (région du Nord) 152
2.35 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association
formation développement et ruralité (région du Nord) 153
2.36 Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations
d’après récolte du niébé (région du Nord) 154
2.37 Pertes présumées de niébé (région du Nord) 157
2.38 Détermination des pertes à la récolte du niébé dans la chaîne alimentaire de
l’Association formation développement et ruralité au cours de la campagne
agricole 2016-2017 (région du Nord) 159
2.39 Résultats d’analyse de la qualité du niébé à la récolte et au stockage (région du Nord) 162
2.40 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du niébé
dans la région du Nord 163
2.41 Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le niébé
(région du Nord) 165
x
2.42 Récapitulatif des causes des pertes de niébé et des solutions proposées
pour leur réduction dans la région du Nord 167
2.43 Budget prévisionnel des actions à mener pour réduire les pertes de niébé
dans la région du Nord 170
Remerciements
Cette publication a été produite dans le cadre du projet “Intégration des initiatives de réduction des
pertes alimentaires pour les petits exploitants dans les zones à déficit vivrier” mis en œuvre conjointe-
ment par les agences des Nations Unies basées à Rome (ABR) FAO, FIDA, et le PAM, financé par le
gouvernement suisse, et en collaboration avec le Ministère de l’agriculture, des ressources hydrauliques,
de l’assainissement et de la sécurité alimentaire au Burkina Faso.
Les études ont été menées par une équipe d’experts nationaux, constituée d'Alain Tagnan (agroécono-
miste), Hado Sawadogo-Ouédraogo (spécialiste des questions de genre) et Doulaye Diancoumba (spé-
cialiste en agroalimentaire), sous la supervision du point focal national du projet, Dieudonné Ouédraogo,
appuyé par l’assistant technique du projet, Justin Savadogo et les points focaux de l’Organisation pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO) des Nations Unies, Olivier Souleymane Traoré et Madi Savadogo,
Ismaël Nignan du Programme alimentaire mondial (PAM), et Ludovic Pascal Conditamdé du Fonds
international de développement agricole (FIDA). L’équipe remercie ici les acteurs de terrain, les per-
sonnes ressources et les acteurs leaders rencontrés, qui ont contribué à faciliter la collecte des données.
Les auteurs du rapport d'étude 1 (octobre 2015 - avril 2016) sont: Alain Tagnan, Hado Sawadogo Oué-
draogo et Doulaye Diancoumba. Les auteurs de l’étude de réplication (novembre 2016 - avril 2017) sont:
Alain Tagnan, Hado Sawadogo Ouédraogo, Doulaye Diancoumba, Bouma Thio, Aboubacar Dao. La revue
technique a été effectuée par Myriam Annette (consultante pour la FAO) et Mireille Totobesola (FAO).
Les auteurs remercient également Massimo Barbieri et Francesca Gianfelici (consultante pour la FAO)
pour la cartographie, la mise en page et la coordination de la publication.
xii
Abréviations et acronymes
Mali
Niger
NORD
BOUCLE DU
MOUHOUN
HAUTS-BASSINS
Benin
Ghana
Togo
Côte d’Ivoire Les frontières et les noms indiqués et les désignations employées dans cette carte
n'impliquent aucune approbation ou acceptation officielle de la part des Nations Unies.
Source: UN Map No. 4230 Rev. 1 (August 2018). Department of Field Support – Geospatial Information Section
xvi
Résumé exécutif
TABLEAU 1
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du sorgho (UGCPA)
Volume Revenus Superficie
Marché des Nombre de
Zone de Produits commercialisé totaux moyenne
CA produits ménages Variétés
production finis (tonnes/an) générés par ménage
finis agricoles
par l’UGCPA (USD) agricole (ha)
Première étude
UGCPA Boucle du SONAGESS, Sorgho 451,4 311 140 000 0,5 à 2 Variétés
Mouhoun PAM grains améliorées:
Flagnon,
Sariasso 14 +
variétés locales
de sorgho rouge
et blanc
Réplication
UGCPA Boucle du SONAGESS, Sorgho 576,3 412 130 000 0,5 à 2 Variétés locales
Mouhoun PAM, Ets grains et améliorées
TERA Flagnon,
Wêêpoa,
Wêêmouna,
Kapelga
xvii
TABLEAU 2
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du maïs (UPPA/Houet)
CA Zone de Marché des Produits Volume Nombre Revenus Superficie Variétés
production produits finis finis commercialisé de totaux moyenne
(tonnes/an) ménages générés par
par l’UPPA agricoles (USD) ménage
agricole
(ha)
Première étude
Variétés
améliorées
SONAGESS, PAM, 1 000
UPPA/ Maïs SR22,
Houet 906 (dont 250 219 000 0,2 à 3
Houet grossistes locaux grains Masongo,
femmes)
Wari,
Espoir, etc.
Réplication
Variétés
PAM, améliorées
10 000
UPPA/ Hauts- commerçants, Maïs SR22,
6 000 (dont 16 1 229 000 0,2 à 3
Houet Bassins transformatrices, grains Masongo,
femmes)
consommateurs Wari,
Espoir, etc.
TABLEAU 3
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du niébé (AFDR et grossiste)
Revenus
Volume Nombre de Superficie moyenne
Zone de Marché des Produits totaux
CA commercialisé ménages par ménage
production produits finis finis générés
(tonnes/an) agricoles agricole (ha)
(USD)
Première étude
Centres
urbains,
Niébé
Grossiste Yatenga marché 1 000 ND 536 000 0,25 à 3
grains
frontalier du
Mali
Réplication
Province du PAM,
Niébé 2 731 (dont
AFDR Yatenga et groupements, 248 136 000 1
grains 1858 femmes)
du Zondoma individus
Commercialisation - L’UGCPA procède à l’enlèvement de la quantité mise en vente, qui est acheminée
et stockée dans ses magasins de regroupement. Le sorgho collecté est nettoyé, traité (application d’un
traitement insecticide préventif du magasin et du stock) et reconditionné en attendant son transport
chez les acheteurs (commerçants grossistes ou institutions comme le PAM et la SONAGESS). Les
xviii
producteurs vendent aussi leur surplus de production dans le réseau classique de commercialisation. Les
grossistes disposent d’un réseau de collecteurs qui s’approvisionnent dans les marchés des villages et des
communes. Les grossistes sont aussi approvisionnés par des demi-grossistes1 localisés dans les communes
rurales et les organisations de producteurs (OP). Les grains de sorgho, conditionnés dans des sacs en PP
tissés (aucun produit de traitement n’est utilisé), sont transférés chez le commerçant en camion. Lors du
chargement et du déchargement, pratiqué sans beaucoup de soin par les manutentionnaires, il arrive que
des sacs éclatent. Dans les magasins des commerçants, l’entreposage se fait presque toujours à même le
sol, collé au mur, avec un stock atteignant presque le plafond. En général, le commerçant, qui ne dispose
pas de grandes capacités de stockage, pratique le moins possible un stockage prolongé des produits, en
vue d’alléger les frais d’entretien et de minimiser les risques de contamination. En cas de nécessité, le
stock est traité de manière préventive (avec de la phosphine, sans assurer l’étanchéité des sacs traités). Ce
traitement n’est pas toujours assuré par un personnel qualifié. Le temps de collecte et d’acheminement
du produit au client ne dépasse pas un mois.
1
Le commerçant demi-grossiste est un intermédiaire entre le grossiste et le détaillant. Il traite des quantités allant de
quelques dizaines de sacs à une cinquantaine, voire une centaine de tonnes de céréales. Ces acteurs sont localisés aussi
bien dans les zones de production que dans les zones de consommation. Dans les zones de collecte, il dispose de maga-
sins pour le stockage du produit de sa collecte en vue de la vente aux grossistes. Dans les zones de consommation, le
demi-grossiste s’approvisionne auprès du grossiste.
xix
Les céréales constituent les principales productions végétales du Burkina Faso. Elles occupent à elles seules
plus de 88% des surfaces emblavées annuellement et constituent l’alimentation de base de la majorité de la
population. En dix ans, la production céréalière du pays a augmenté de 57%, atteignant près de 4,9 millions
de tonnes en 2012.
Le sorgho est la principale culture céréalière du Burkina Faso. Il est cultivé particulièrement dans la région de
la Boucle du Mouhoun où il occupe le deuxième rang après le mil en superficies emblavées pour les céréales. La
production de la campagne 2015-2016 est estimée à plus de 268 000 tonnes, pour une production céréalière
totale de 799 000 tonnes.
Dans la région des Hauts-bassins, le maïs occupe la première place parmi les céréales en superficies
emblavées. La production de la campagne 2015-2016 est estimée à 616 000 tonnes par rapport à une produc-
tion céréalière totale de 828 600 tonnes.
Le niébé est la légumineuse la plus cultivée au Burkina Faso. Du fait de nombreux avantages agroécologiques
et socioéconomiques, le niébé est passé, en quelques années, du statut de culture vivrière surtout réservée à
l’autoconsommation familiale et aux marchés locaux, à celui de culture de rente destinée également à la vente
sur les marchés urbains et à l’exportation. L’accroissement de la production a surtout été le fait des petites
exploitations qui produisent le niébé en culture secondaire associée avec les céréales. La région du Nord a pro-
duit, en 2015-2016, 114 200 tonnes, soit 20 pour cent de la production nationale.
un mortier) pour des quantités plus petites. Le vannage manuel est effectué à l’aide de plats, de calebasses,
de pelles ou de paniers. Les équipements utilisés pour la conservation du niébé sont les silos métalliques
fermiers, les sacs à triple fonds et les bidons plastiques, qui montrent de bons résultats après plusieurs
mois de stockage, et les sacs en PP tissé. Le niébé ne subit pas de traitement. Les grains de niébé, condi-
tionnés dans des sacs en PP tissés, sont ensuite transférés chez le commerçant.
Commercialisation - Le grossiste dispose d’un réseau de collecteurs de niébé qui s’approvisionnent dans
les marchés des villages et des communes. Il est aussi approvisionné par des demi-grossistes localisés
dans les communes rurales. Le grossiste assure une rotation rapide de son stock et minimise les risques
de conservation du produit. Le temps de collecte et d’acheminement du produit au client ne dépasse pas
un mois. Les producteurs commercialisent environ la moitié de leur production de niébé pour disposer
d’argent liquide afin de satisfaire les besoins de leur ménage (scolarisation, santé, etc.). Dans la région du
Nord, l’AFDR est la seule structure associative ou faitière de producteurs faisant la collecte et la commer-
cialisation du niébé. Le niébé commercialisé par l’AFDR est collecté auprès d’un réseau de producteurs
dans les localités d’Aorêma et de Sonh. La collecte est faite en fonction des marchés obtenus. Le produit
est acheminé dans les magasins de regroupement à Ouahigouya. Le stock de niébé est nettoyé/trié avant
d’être commercialisé auprès d’institutions.
MÉTHODOLOGIE
L’approche méthodologique suivie est basée sur la méthodologie pour les études de cas élaborée par la
FAO dans le cadre de l’Initiative mondiale de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires (Save
Food): « Analyse des pertes alimentaires: Causes et Solutions, Etudes de cas dans les sous-secteurs de
l’agriculture et de la pêche à petite échelle ». Les activités suivantes ont été réalisées: analyse préliminaire:
revue documentaire et consultation avec des experts; enquête d’évaluation des pertes après-récolte: entre-
tiens auprès de personnes ressources des structures techniques centrales et décentralisées, de producteurs,
de commerçants et de transformateurs, et identification des points critiques de pertes (PCP) sur la base des
discussions avec les acteurs; suivi des cargaisons: collecte d’échantillons lors de la récolte, du battage/égre-
nage, du transport chez le commerçant, de la transformation du maïs en farine dans une unité artisanale,
xx
et du stockage chez le producteur et le grossiste (suivi sur cinq mois), et analyse des pertes quantitatives
et qualitatives (taux d’infestation par les insectes et les moisissures, poids des grains consommables, etc.).
De nouvelles mesures ont été effectuées au cours de la réplication: teneur en aflatoxines, estimation des
pertes au battage au moyen de tracteurs (le sorgho analysé au cours de la première étude avait unique-
ment subi un battage manuel). L’appréciation des pertes en lien avec les jeunes2 producteurs (de moins de
35 ans) a également été prise en compte.
Problématique genre
Les chercheurs ont examiné les différents rôles joués par les femmes et les hommes, au niveau des points
critiques de pertes, en collectant des données ventilées par sexe et en identifiant les contraintes et oppor-
tunités spécifiques aux femmes et aux hommes, pour réduire les pertes alimentaires.
RÉSULTATS
Points critiques de pertes
Le sorgho dans la Boucle du Mouhoun
Les étapes suivantes sont perçues comme les points critiques de pertes (PCP) par les acteurs des chaînes
d’approvisionnement: la récolte, le transport des panicules à domicile, le battage/vannage, le trans-
port et le stockage chez le grossiste.
Niveaux indicatifs de pertes (mesures effectuées par les chercheurs sur des échantillons collectés sur
le terrain) (Tableau 4):
Les niveaux de pertes quantitatives à la récolte sont identiques lors de la première étude et de la
réplication: 5,4% en 2015-2016 et 5,3% en 2016-2017. Les pertes sont liées aux mauvaises pratiques:
degré inadéquat de séchage, temps inopportun de la récolte, éparpillement des grains lorsque les tiges
sont jetées au sol.
Les taux de pertes quantitatives au battage/vannage sont minimes (inférieurs à 1%) durant les deux
études: 0,47% en 2015-2016 et 0,66% en 2016-2017. Les pertes de grains proviennent des panicules
insuffisamment battues et des grains qui n’ont pas été séparés de la poussière lors du vannage. En 2015-
2016, il a été réalisé un essai de battage sur seulement 27 kg de panicules de sorgho à titre expérimental.
Au cours de la réplication, le battage du sorgho porte sur une moyenne d’une tonne en battage manuel
et d’environ 1,5 tonnes en battage avec un tracteur.
Le taux de pertes quantitatives à l’étape de transport chez le grossiste est estimé à 0,2% durant la
première campagne et à 0,6% durant la campagne de 2016-2017. Les facteurs critiques de risque de perte
sont l’état des voies et des véhicules utilisés, la qualité des sacs (sacs percés desquels tombent les grains)
et les mauvaises pratiques de manutention des sacs.
Les niveaux de pertes observés et mesurés au battage/vannage et au transport sont très faibles. Ces
étapes sont pourtant perçues comme des PCP par les acteurs car elles sont épuisantes et/ou les produc-
teurs utilisent des équipements inadéquats, qui sont des facteurs de risque de perte.
Les pertes qualitatives au stockage du sorgho chez le producteur sont estimées à 0,02% en 2015-
2016 et à 3,2% en 2016-2017. Les résultats de la première étude montrent que le sorgho se conserve
relativement bien en panicules dans des greniers en terre pendant deux ou trois ans. S’il est constaté
2
Lors de la réplication de la première étude, les jeunes sont ciblés comme groupe d’étude, suite à une recommandation
énoncée dans les conclusions de la première étude 2015-2016, qui ne s’était intéressée qu’aux hommes, femmes et enfants
(âgés de 14 ans maximum).
xxi
TABLEAU 4
La chaîne d’approvisionnement du sorgho, acteurs, opérations et points de pertes
Niveau de la CA Champ et exploitation Marché rural / Commune Centre urbain
rurale
Collecteurs OP
Producteurs
Transporteurs Grossistes
Acteurs Collecteurs
Demi-grossistes Clients des OP (ex.
OP
OP institutions)
Récolte
Points critiques de pertes perçus Transport des panicules à Transport chez le grossiste
par les acteurs domicile Stockage chez le grossiste
Battage/vannage
moins d’infestation que dans les grains conservés en sacs, les panicules subissent toutefois quelques
infestations par les lépidoptères après 5 mois d’entreposage. L’empilement de la production de l’année
sur des stocks vieux de 2 à 4 ans peut être l’une des causes. L’année suivante, les attaques d’insectes sont
observées aussi bien dans le stockage en grains dans les sacs que dans le stockage sous forme de panicules
dans les greniers. Les différences de qualité des panicules avant stockage et le taux d’humidité pourraient
expliquer cet écart de résultats entre les deux études. La principale différence entre les deux études est
donc au stockage.
Les niveaux de pertes obtenus à ce niveau durant la campagne 2016-2017 étant relativement élevés
(supérieurs à 3%) et montrant des infestations croissantes par les insectes au cours du temps, le stockage
chez le producteur est considéré comme une étape sensible à contrôler, qui nécessite la mise en place
d’actions ciblées.
Les niveaux de pertes quantitatives à la récolte sont de 3,5% en 2015-2016 et de 2,5% en 2016-2017.
Les grains tombés des épis sont attaqués par les termites, les fournis et la pourriture (si pluie tardive). La
récolte en moyettes n’a pas été observée dans la zone de l’étude en 2015-2016. Cette technique semble
donner de bons résultats avec un taux de pertes faible. A des fins de comparaison, si on se limite au cours
de la réplication à la récolte des épis sur pied, le taux moyen de pertes passe à 3,1%, ce qui se rapproche
du taux de 3,5% constaté au cours de la première étude.
Les niveaux de pertes quantitatives à l’égrenage mécanisé sont passés de 5,6% en 2015-2016 à 1,8%
en 2016-2017. Cette différence assez importante pourrait provenir du degré de séchage des épis et de
la dextérité du machiniste qui doit adapter la force de ventilation du produit pour ne pas propulser les
grains loin de la bâche étalée. Le rendement à l’égrenage est d’environ 80%.
Le taux de pertes quantitatives à l’étape de transport chez le grossiste a doublé entre les deux cam-
pagnes: il était de 0,77% en 2015-2016, il est passé à 1,6% en 2016-2017. Les facteurs de risques sont l’état
des sacs (souvent troués) et l’état de la carrosserie des véhicules de transport.
Les pertes qualitatives au stockage du maïs chez le producteur sont identiques d’une année sur
l’autre: elles sont estimées à 2,7%. Le maïs est sensible à la durée de stockage avec une dégradation
croissante de la qualité des grains et une infestation des stocks par les insectes et les rongeurs. Le maïs est
stocké dans des sacs en polypropylène tissés à domicile. Il n’a pas fait l’objet de traitement particulier de
conservation. La présence de moisissures a été observée, liée à une teneur élevée en humidité.
TABLEAU 5
La chaîne d’approvisionnement du maïs, acteurs, opérations et points de pertes
Niveau de la CA Champ et exploitation Marché rural / Commune rurale Centre urbain
Collecteurs OP
Producteurs Transporteurs Grossistes
Acteurs Collecteurs Demi-grossistes Clients des OP (ex.
OP OP institutions)
Transformateurs Transformateurs
Récolte
Séchage des épis Transport chez le grossiste
Points critiques de pertes
perçus par les acteurs Egrenage Transformation primaire (en
farine et en semoule)
Stockage au magasin du
producteur
Stockage chez le
1ère étude
producteur: 2,7%
Taux de pertes
qualitatives (%)
Stockage chez le
Réplication
producteur: 2,7%
Au cours de la première étude, le taux de pertes à la transformation du maïs en farine est de 20%,
survenant principalement au moment du décorticage et le rendement moyen de transformation du maïs
blanc en farine est de 62,5%. Le taux de pertes est estimé à 15,3% durant la réplication et le rendement
brut moyen à 67,7%. La transformation des grains de maïs en farine peut donc également être consi-
dérée comme un point critique de pertes.
Les résultats des analyses de la teneur en aflatoxines révèlent des teneurs en dessous du seuil de
tolérance de 20 ppb (spécifications ISO 16050).
TABLEAU 6
La chaîne d’approvisionnement du niébé, acteurs, opérations et points de pertes
Marché rural /
Niveau de la CA Champ et exploitation Centre urbain
Commune rurale
Collecteurs
Producteurs OP
Transporteurs
Acteurs Collecteurs Grossistes
Demi-grossistes
OP Clients des OP
OP
Récolte
Transport à domicile (1) Stockage chez le
grossiste
Séchage des gousses
(1) Collecte et Transport chez le client ou
Battage/pilage manuel au marché frontalier
stockage chez le
Vannage/triage manuel collecteur Stockage
Séchage manuel Transport chez le (2) Stockage au magasin
Opérations
grossiste central
Conditionnement
Stockage au magasin Nettoyage/triage
(1) Stockage chez le producteur
du demi-grossiste et
Transport au marché vente au grossiste Conditionnement en sacs
Récolte
Le taux de pertes quantitatives à l’étape de transport chez le grossiste est estimé à 0,3% durant les
deux campagnes.
Durant la première campagne, après cinq mois de stockage chez le producteur, les pertes qualitatives
ont été estimées à 35% pour ceux qui ne pratiquaient pas le stockage hermétique. Un an plus tard, les
pertes au stockage chez le producteur ont été estimées à 20%. Les différences de qualité du produit avant
stockage et le taux d’humidité pourraient expliquer cet écart de résultat entre les deux études.
TABLEAU 7
Résumé des causes des pertes après-récolte pour les chaînes d’approvisionnement des trois cultures étudiées
Materiel et equipements Organisation Infrastructures Competences
Faiblesses en matière de Insuffisance de financement du secteur agricole Inégalité dans la répartition des tâches entre
capacités techniques et hommes et femmes
Absence d’un cadre politique et réglementaire
financières des services
en matière de gestion après-récolte Pouvoir décisionnel des femmes limité,
de l’Etat en charge de
concernant les tâches d’après-récolte, le
la vulgarisation (agents Intégration insuffisante des pertes dans les
contrôle des stocks et l’affectation des recettes
d’encadrement agricole) politiques, stratégies et programmes actuels
Accès limité des femmes aux équipements,
Manque de contrôle de l’application des normes
aux services financiers (crédit), à l’information
de sécurité sanitaire et qualité des aliments
technique, aux formations
Dominance de « l’approche projet » au
Exemple de déphasage technologique: Le
niveau des ministères et des PTF, et la faible
battage dévoué aux hommes est devenu
coordination des interventions
mécanique tandis que le vannage, effectué
Insuffisance des investissements dans la par les femmes, est demeuré manuel, pour des
recherche et l’amélioration des activités après- quantités devenues plus importantes
récolte
Le volume élevé de travail des femmes, actrices
principales, constituent un handicap à la qualité
de certaines opérations et à leur réalisation à
bonne date
xxv
Causes des pertes après récolte en lien avec les problématiques de genre et liées aux jeunes
Les femmes jouent un rôle majeur dans les chaînes d’approvisionnement étudiées. Les facteurs tels
que la participation limitée des femmes à la prise de décision, leur faible accès aux stocks, leur peu d’accès
ou de contrôle sur les revenus, constituent les raisons sous-jacentes de l’inefficacité des chaînes de valeur
et, par conséquent, des pertes alimentaires. Accorder aux femmes un accès égal aux équipements, aux
ressources productives et financières et à la prise de décision contribuera à réduire les pertes alimentaires.
Les jeunes interviennent principalement dans les sous-opérations nécessitant beaucoup d’effort phy-
sique, comme la coupe des tiges, le battage manuel et le transfert des sacs. La non prise en compte des
jeunes dans les processus de prise de décisions constitue également des pertes d’opportunités pour les
activités agricoles et d’après récolte.
Des problématiques similaires se posent pour les trois cultures étudiées, résumées dans le tableau 7.
Les causes identifiées lors de la première étude trouvent écho lors de la réplication.
Impact potentiel des pertes alimentaires dans les chaînes d’approvisionnement du sorgho, du maïs et du niébé (niveaux indicatifs)
Volume de Quantité de
Valeur de la Prix de
produit ayant produit ayant
production Valeur Valeur vente du
Volume annuel subi des pertes subi des pertes
Volume annuel Production vendue au prix des des produit sur
Revenus commercialisé Revenus Taux quantitatives et quantitatives et
commercialisé annuelle au du marché rural pertes pertes le marché
générés par au niveau de la générés de qualitatives (par qualitatives (par
par ménage niveau de (hypothèse (USD/ (USD/ rural de
producteur CAA organisée totaux pertes infestation et/ou infestation et/ou
agricole la région : 50% de la an)**** an)**** références
(USD) autour de l’OP (USD) (%)* déversement) déversement)
(tonnes) (tonnes) production est (USD/tonne)
(tonnes) tonnes/an** tonnes/an***
vendue)
(USD/an)
Au niveau individuel Au niveau de la région
1,5
Sorgho 451,4 268 250 3,5
(première (2014) 450 140 000 28,7 millions 6,1 0,13 27,9 16 300 214,3
(2014) (2015-2016) millions
étude)
1,4
Sorgho 576,3 262 900 3,7
(2016) 320 130 000 19,3 millions 9,5 0,19 27,9 24 950 147
(réplication) (2016) (2016-2017) millions
0,9
Maïs 906 615 920 20,6
(première (2014) 220 219 000 86 millions 12 0,36 100 74 000 278,6
(2014) (2015-2016) millions
étude)
0,6
Maïs 6 000 588 500 7,7
(2016) 123 1 229 000 47 millions 8,2 0,18 28,8 48 260 160
(réplication) (2014) (2016-2017) millions
0,2
Niébé 540 114 220 26
(première (2014) 106 290 000 31,3 millions 41,5 0,25 137 47 400 548,2
(2014) (2015-2016) millions
étude)
* Le taux de pertes est la somme des niveaux de pertes estimés aux étapes de la récolte, du battage/vannage, du transport et du stockage (exprimé en pourcentage de la production initiale totale).
** Le poids des pertes est mesuré partir de la quantité moyenne produite par ménage agricole (données de l’étude de terrain): 2,2 et 2 tonnes/an pour le sorgho, 3 et 2,2 tonnes/an pour le maïs et 0,6 et 0,15 tonnes/an
pour le niébé.
*** Le poids des pertes est mesuré à partir de la production régionale annuelle.
**** Le produit ayant subi des pertes qualitatives (au stockage) sera jeté s’il est trop infesté ou sera vendu à un prix moindre sur le marché rural. Nous mesurons ici l’impact maximal: le produit est perdu
quantitativement. Sa valeur, s’il avait pu être vendu au prix de référence, est évaluée.
NB- Taux de conversion utilisé durant la première étude: 1 USD = 560 FCFA
Taux de conversion utilisé durant la réplication: 1 USD = 662 FCFA
xxvii
RECOMMANDATIONS
Cinq actions prioritaires de réduction des pertes sont retenues sur le plan technique: former et sensi-
biliser les agents d’encadrement agricole et les producteurs sur la thématique des pertes après-récolte et
leur prévention (causes, impacts, ampleur, et bonnes pratiques); faciliter l’accès des producteurs à des
équipements de séchage et d’égrenage/battage (bâches, aires de battage, batteuses/égreneuses, souffleurs
de grains); promouvoir le stockage hermétique (silos métalliques, sacs); promouvoir la construction de
magasins de stockage; et améliorer le rendement de la transformation du maïs.
Afin d’atteindre ces objectifs et d’inscrire les interventions recommandées dans la durée, il est néces-
saire de mener des actions aux niveaux structurel et politique, en particulier: soutenir les efforts de
recherche et de développement répondant à des besoins spécifiques identifiés au niveau local et régional,
dont l’adoption de variétés adaptées et d’équipements de transformation plus performants; mener des
activités de plaidoyer au niveau national pour le contrôle de la qualité de tous les équipements
de gestion après récolte, y compris les sacs en polypropylène tissés mis sur le marché; développer les
partenariats public-privé pour améliorer l’accès des technologies de réduction des pertes après-récolte
aux producteurs, améliorer les liens entre producteurs et fournisseurs; faire de la gestion des pertes
après-récolte une priorité dans les stratégies et les programmes gouvernementaux en cours ou en phase
d’élaboration dans le domaine du développement agricole.
TABLEAU 9
Résumé des recommandations
Materiel et equipements Organisation Infrastructures
• promouvoir l’adoption et appuyer l’acquisition de • Appuyer la création de plateformes • Renforcer les infrastruc-
technologies après-récolte adaptées (séchage, batt- interprofessionnelles pour une meil- tures clés (transport, mar-
age/égrenage, stockage), en veillant à la prise en leure coordination entre les acteurs. chés, réhabilitation des
compte des besoins spécifiques des hommes et des voies de desserte agricole,
• Développer les chaînes de valeur
femmes. etc.).
sélectionnées, en renforçant les
• Promouvoir les techniques de stockage hermétique compétences commerciales et • Appuyer la construction
(sacs, silos métalliques et/ou plastiques, autres conten- entrepreneuriales des parties pre- de magasins de stockage
ants selon leur disponibilité sur les marchés et leur nantes et en soutenant les institu- au profit d’organisation
accessibilité aux hommes et aux femmes sur les plans tions de micro-financement et de faitières.
technique et économique). crédit, afin de faciliter l’accès à des
équipements et installations effi-
• Soutenir la fabrication au niveau local d’équipements
caces.
après-récolte adaptés aux petits producteurs et
favoriser les échanges entre les utilisateurs et les arti-
sans au niveau local.
Recherche et
Capacites techniques, competences Environnement politique
developpement
• Renforcer les capacités (sensibiliser et former les • Au niveau gouvernemental, faire • Soutenir les efforts de
agents d’encadrement et de vulgarisation, les organi- de la gestion des pertes après récol- recherche et de dével-
sations faitières, les producteurs et les autres acteurs te une priorité dans les programmes oppement (variétés et
concernés), sur: agricoles en cours ou en phase technologies adaptées,
d’élaboration au niveau national. itinéraires techniques,
-- les pertes après récolte, leur prévention, la valeur
etc.) répondant à des
économique des pertes, leur impact sur les revenus • Intégrer la dimension de genre dans
besoins spécifiques iden-
et la disponibilité alimentaire; le développement des politiques de
tifiés au niveau local et
réduction des pertes alimentaires.
-- les bonnes pratiques de récolte et d’après récolte, régional et aux efforts
en tenant compte des besoins et priorités des • Promouvoir les normes de qualité d’atténuation des risques
hommes et des femmes; et de sécurité sanitaire des produits liés aux aléas climatiques
agricoles (vulgarisation) et renforc- des zones sèches.
-- la maîtrise des itinéraires techniques de production;
er leur application par des contrôles
-- l’amélioration des installations de stockage sur réguliers effectués par du personnel
l’exploitation et au niveau des magasins, y compris qualifié et équipé.
la gestion des stocks et le traitement phytosanitaire;
• Assurer, au niveau national, la qual-
-- le développement inclusif de la chaîne de valeur; ité des produits et des intrants,
de l’environnement de travail, des
-- l’égale participation hommes-femmes à la prise équipements et des emballages
de décision en matière d’activités après récolte, (dont les sacs en polypropylène tis-
l’allègement des tâches et la gestion équitables des sés mis sur le marché).
stocks.
• Renforcer les services publics, en matière de suivi et de
contrôle des installations de stockage (salubrité, ges-
tion des stocks, inspection et contrôle de la qualité et
de la sécurité sanitaire des aliments).
xxviii
Sur la base des résultats des deux études dans les régions de la Boucle du Mouhoun, des Hauts-Bassins et
du Nord, des recommandations ont été formulées, qui sont résumées dans le tableau 9. La problématique
de l’inégalité hommes-femmes est transversale.
Battage/vannage et
Bâches de 25 m2 162 000 377 000 459 900 60% 226 200 275 900
transport
Total (USD) 2 070 600 0,9 238 120 3 500 000 3 667 500 60% 2 100 000 2 200 500
Mais
Total (USD) 6 316 520 1,2 726 400 20 600 000 7 721 600 40-80% 16 520 000 3 088 450
Niebe
Sacs hermétiques de 50 kg et de
100 kg, Silos métalliques de 500
Stockage kg, Magasins communaux de 250 1 415 000 19 735 200 9 077 600 50-70% 9 867 600 6 354 310
tonnes, Magasins provinciaux de
500 tonnes
Total (USD) 12 595 730 12,7 1 448 509 25 984 680 16 019 600 50-70% 12 992 400 11 213 700
** Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au niveau individuel). Les silos de plus grande capacité (1300 kg) sont destinés aux
organisations de producteurs, à raison de 2 silos/commune.
xxx
Le stockage est une étape critique à maîtriser. L’adoption de silos métalliques au niveau individuel (1 silo
par ménage), permettrait au producteur de faire des économies significatives (près de 6 USD par an pour
le producteur de sorgho, 17,8 USD/an pour le producteur de maïs et 76,6 USD/an pour le producteur de
niébé). La durée de vie des silos métalliques est de 20 ans.
Par ailleurs, la fabrication locale de silos métalliques est faisable et rentable pour les artisans, compte
tenu de leur coût de production et de leur prix de vente. Les matériaux de construction des silos sont
disponibles et de bonne qualité sur les marchés des régions concernées. La problématique majeure des
fabricants reste le développement de leur marché, qui passe par la promotion de l’outil de stockage et par
l’amélioration de l’accessibilité des producteurs à cet outil.
La rentabilité est également évaluée pour l’adoption de sacs hermétiques de 100 kg au niveau indivi-
duel (5 à 10 sacs par ménage), d’une durée de vie de 2 ans.
TABLEAU 11
Calcul des coûts-bénéfices pour l’adoption d’un silo métallique de 500 kg
Sorgho Maïs Niébé
Coût annuel total de l’intervention 5,4 USD/an 5,4 USD/an 5,4 USD/an
Réduction du volume des pertes 0,04 tonnes/an 0,06 tonnes/an 0,15 tonnes/an
Économies liées à la réduction des pertes 5,9 USD/an 17,8 USD/an 82 USD/an
TABLEAU 12
Calcul des coûts-bénéfices pour l’adoption de sacs hermétiques de 100 kg
Sorgho Maïs Niébé
Coût individuel par tonne 2,5 USD/tonne 3,3 USD/tonne 8,3 USD/tonne
Réduction du volume des pertes 0,04 tonnes/an 0,06 tonnes/an 0,15 tonnes/an
Économies liées à la réduction des pertes 5,9 USD/an 17,8 USD/an 82 USD/an
INTRODUCTION
Le Burkina Faso est un pays sahélien où le sec- pression sur les ressources naturelles. Le mode
teur agricole joue un rôle socio-économique très d’exploitation des ressources naturelles, conjugué
important. En effet, le secteur agricole occupe à une croissance démographique élevée (3,1%),
plus de 86% de la population, fournit environ accélère la dégradation des terres agricoles.
45% des revenus des ménages agricoles, génère La variabilité des conditions agro-climatiques,
30% du produit intérieur brut (PIB) et 70% des la faible adaptation des producteurs aux change-
recettes d’exportations. En 2006, la population ments climatiques, la dégradation des ressources
agricole était estimée à 13 098 679 de personnes (6 productives et environnementales, le faible niveau
304 242 hommes et 6 794 437 femmes) (DGESS/ de développement des filières et la non maîtrise des
MASA, 2012). Les céréales constituent les prin- techniques de production, sont quelques-unes des
cipales productions végétales du Burkina Faso. contraintes de la production agricole au Burkina
En dix ans, la production céréalière du pays a Faso, qui expliquent les difficultés alimentaires
augmenté de 57%, passant de 3 119 000 tonnes en récurrentes dans certaines zones vulnérables. Les
2002 à 4 898 000 tonnes en 2012 (DGESS/MAAH, bilans céréaliers indiquent une disponibilité en
2016). La culture du niébé est également ciblée par céréales très variable, qui fluctue chaque année
la politique agricole du Gouvernement, du fait entre –250 000 et +1 000 000 tonnes. A cela
de ses nombreux avantages agro-écologiques et s’ajoute l’existence de disparités structurelles peu
socioéconomiques (Dabat M.-H. et al, 2012). favorables aux femmes et aux jeunes, en matière
L’agriculture burkinabé, avec de faibles rende- d’accès, de gestion et de contrôle des ressources.
ments, est quasiment extensive et exerce une forte Cette situation a peu évolué pour les femmes
2 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
4
Les activités après récolte comprennent la récolte elle-
même, la manutention après récolte, la transformation, la
3
MARHASA, note d’orientation politique, août 2015. distribution (grossiste et détaillant) et la consommation.
3
Approche méthodologique
L’approche méthodologique suivie dans cette l’étude à travers notamment un atelier natio-
étude est fondée sur la méthodologie élaborée nal de restitution et de validation. Sur la base
par la FAO pour les études de cas dans le cadre des résultats obtenus, des interventions sont
de l’Initiative mondiale de réduction des pertes proposées, avec pour objectif une réduction
et du gaspillage alimentaires - Save Food5 (FAO, significative des pertes sur une période de
2016). Cette méthodologie comporte les phases dix ans dans les chaînes d’approvisionnement
suivantes: étudiées.
l’analyse préliminaire (dépistage) du
sous-secteur étudié, permettant de dresser un Le choix des chaînes d’approvisionnement pour les
état des lieux des CAA existantes, d’identifier travaux sur le terrain se fait à l’issue de la phase de
sur les CAA retenues les principaux points dépistage. Il est effectué en particulier à partir des
critiques de pertes et d’évaluer les niveaux de critères suivants : la création de valeur ajoutée, la
pertes qualitatives et quantitatives telles que contribution à la génération de revenus, la capacité
perçues par les experts et autres personnes à générer des emplois non familiaux, l’importance
ressources des filières sur lesquelles porte du marché à l’exportation (génération des devises),
l’étude; et la contribution à la sécurité alimentaire. Il se fait
l’évaluation des pertes sur le terrain (enquête), également en s’appuyant sur les critères suivants:
dans les différentes régions ciblées du pays, la taille des exploitations des chaînes alimen-
via des interviews semi-structurées avec les taires;
groupes d’acteurs/actrices (producteurs, la création de valeur ajoutée par les petites et
transformateurs, transporteurs, et gestion- moyennes exploitations de la chaîne d’appro-
naires/vendeurs dont les gérants d’entrepôts, visionnement;
les grossistes et les détaillants), sur la base de la finalité des produits obtenus dans chaque
questionnaires spécifiques complétés par des chaîne d’approvisionnement;
observations faites par les chargés d’étude; l’existence des marchés urbains dans les vil-
le suivi des cargaisons du produit-échan- lages, les zones urbaines et les possibilités de
tillonnage (SC-échantillonnage) depuis les vendre à l’étranger;
champs de production jusqu’aux marchés de l’existence d’un programme d’appui en cours.
vente en gros ou au détail;
l’analyse des données collectées (synthèse) L’étude a commencé avec une rencontre de
dans les bassins de production et sur les mar- cadrage le 9 octobre 2015. Les différentes étapes se
chés pour établir un état détaillé des causes sont ensuite déroulées comme suit:
des pertes alimentaires, estimer leur ampleur, adaptation des questionnaires-guides: du 5 au
et rechercher des solutions concrètes pour 19 octobre 2015;
leur réduction aux différentes étapes critiques réalisation de l’état des lieux (diagnostic pré-
de chaque chaîne d’approvisionnement étu- liminaire): du 5 octobre au 2 novembre 2015;
diée; mission d’identification des acteurs sur le
l’élaboration et la validation du rapport de terrain: du 15 au 31 octobre 2015;
interviews de producteurs/trices, de com-
merçants et suivi des points critiques de
pertes à la récolte: du 2 au 27 novembre 2015;
5
http://www.fao.org/save-food/fr
5
suivi des points critiques de pertes au stoc- Les résultats de l’état des lieux ont été présentés
kage, à la transformation et suivi des cargai- et revus au cours d’une rencontre technique avec
sons: du 15 décembre 2015 au 16 avril 2016. les représentants du Ministère en charge de l’agri-
culture et de l’Institut de l’environnement et de
Un produit par région a été retenu pour l’étude. recherches agricoles (INERA), la responsable du
Ce choix a été fait en tenant compte de l’impor- projet conjoint, le point focal national du projet,
tance de la production de chaque produit dans la l’assistant technique du projet, et les points focaux
région. Ainsi, les régions proposées et les produits du PAM et de la FAO. Ils ont été validés le 10
retenus pour la collecte des données sur le terrain novembre 2015.
sont:
la région de la Boucle du Mouhoun pour le COLLECTE DES DONNÉES SUR LE
sorgho; TERRAIN
la région de l’Est pour le sorgho; La collecte des données sur les PAR a été faite
la région des Hauts-Bassins pour le maïs; auprès des personnes ressources des structures
la région du Nord pour le niébé. techniques centrales et décentralisées (guide d’en-
tretien), et auprès des acteurs/trices directs (ques-
QUESTIONNAIRES-GUIDES ET GUIDES tionnaire et détermination pratique des pertes).
D’ENTRETIEN UTILISÉS Les données sur les pertes à la récolte, au stockage
Des questionnaires-guides ont été élaborés et chez les producteurs/trices et commerçants/tes, et
adaptés pour la collecte de données sur les PAR de au cours de la transformation, ont été directement
sorgho, de maïs et de niébé au Burkina Faso, pour constatées et recueillies par les consultants. Les
les maillons de la production, de la transformation méthodes utilisées pour le recueil de ces données,
et de la distribution. La problématique du genre notamment au niveau des points critiques de
a été prise en compte lors de l’élaboration des pertes identifiées au préalable, sont présentées
questionnaires. comme suit:
Un guide d’entretien a été élaboré avec les Dans chaque région, deux ou trois groupes
structures d’appui technique aux niveaux central de discussion, mixtes ou de femmes, ont été
et déconcentré. identifiés, en vue d’échanger sur la probléma-
tique des PAR.
ÉTAT DES LIEUX DES CHAÎNES DE De ces groupes de discussion, quatre produc-
VALEUR DANS LES RÉGIONS ÉTUDIÉES teurs et deux productrices échantillons ont
Cette phase comprend la revue documentaire, la été retenus.
consultation des experts nationaux. Ces missions Par la suite, la qualité de leurs produits a été
dans les quatre régions ont eu pour objectif d’in- suivie par observation et prélèvement systé-
former les partenaires sur les enjeux de l’étude, matique d’échantillons pour analyse au labo-
d’identifier les acteurs/trices, de les sensibiliser sur ratoire au cours du stockage en 3 passages.
leur rôle, et de conduire les activités préalables aux Un à deux commerçants ont été également
enquêtes auprès des acteurs/trices et au suivi des identifiés, par région, pour estimer les pertes
cargaisons. lors des opérations d’approvisionnement, de
Le rapport sur l’état des lieux a porté sur: stockage et pour le suivi des cargaisons.
la synthèse des données bibliographiques; Le sorgho et le niébé étant faiblement trans-
la description des chaînes d’approvisionne- formés au niveau artisanal et semi-industriel,
ment de sorgho, maïs et niébé existantes dans une unité artisanale et une unité semi-in-
les régions de l’étude; dustrielle de transformation de maïs ont été
les propositions de chaînes d’approvisionne- retenues pour la détermination des pertes à la
ment à retenir pour l’étude; transformation.
l’identification des points critiques de
pertes ressortis de la revue documentaire et MÉTHODES DE DÉTERMINATION DES
selon les acteurs/trices rencontrés; PERTES SUR LE TERRAIN
les services d’appui accompagnant les chaînes Les pertes alimentaires quantitatives se réfèrent à
d’approvisionnement dans les régions de une diminution de la masse des aliments consom-
l’étude; mables par les humains à travers les différents
l’implication des hommes, des femmes et des segments de la chaîne d’approvisionnement ali-
enfants dans les chaînes d’approvisionnement. mentaire. En plus des pertes quantitatives, les pro-
6 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
duits alimentaires perdent également en qualité, d’humidité est mesuré. Une moyenne du poids des
entraînant une baisse de leur valeur économique grains collectés sur les 3 films plastiques est alors
et nutritionnelle, avec des risques de sécurité faite; cette moyenne du poids constitue les pertes
sanitaire (contamination par les mycotoxines par sur une superficie de 22m². Ces pertes de grains
exemple), affectant la santé et la sécurité nutrition- sont ramenées à l’hectare ou au poids de la pro-
nelle des populations (FAO, 2016). duction de sorgho d’un hectare, car 2 ou 3 carrés
Le suivi de la qualité des grains est réalisé avec de rendement ont également été posés, permettant
les paramètres suivants: de déterminer la production du champ à l’hectare.
le taux d’humidité; En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
le poids de 1000 grains; rendement à l’hectare = (moyenne des carrés de
le degré d’infestation des grains; rendement sur 25 m² / 25) x 10 000 m² (en kg)
le type de nuisible présent; pertes au champ / ha = (pertes au champ sur
le taux de produit endommagé; 22 m²/ 22) x 10 000 m² (en kg)
le taux d’impuretés totales; taux de pertes au poids = poids des pertes sur
le poids du produit consommable. 1 ha / (rendement par ha + poids des pertes
sur 1 ha)
Une évaluation économique des pertes quantita-
tives est également réalisée en tenant compte des Détermination des pertes au battage/vannage
prix des produits sur le marché au mois d’avril Il s’agit du battage et du vannage manuels. Un
2016, diffusés par le système d’information sur les poids donné de panicules de sorgho est battu et
marchés (SIM) de la Société nationale de gestion vanné. Après ces 2 opérations, on récupère la
des stocks de sécurité alimentaire (SONAGESS). paille issue des panicules battues, et les résidus
Elle est présentée à la section 4 de chaque chapitre (poussière) du vannage. Il est alors procédé à la
avec les données suivantes: récupération des grains restés adhérés aux épis et
Pour le sorgho, la valeur considérée est le prix au tri des grains se trouvant dans les résidus de
sur le marché rural de référence de Solenzo vannage. Ces grains sont alors pesés et constituent
dans la région de la Boucle du Mouhoun. Il les pertes au battage/vannage. Le taux de pertes
est de l’ordre de 214 USD par tonne. au cours de l’opération est rapporté à la quantité
Pour le maïs, la valeur considérée est le totale de grains obtenus. Le battage est assuré par
prix sur le marché de référence de Colma les hommes et le vannage par les femmes.
à Bobo-Dioulasso, dans la région des Les pertes sont calculées comme suit:
Hauts-Bassins. Il est de l’ordre de 278,6 USD pertes totales de grains = pertes de grains
par tonne. dans la poussière + pertes de grains dans la
Pour le niébé, la valeur du produit considérée paille
est le prix moyen sur le marché de Gourcy. Il % de pertes par rapport à la quantité totale
est de 548,2 USD/tonne. de grains = pertes totales de grains / (poids
des grains obtenus + poids des pertes) x 100
Détermination des pertes de sorgho
Détermination des pertes au champ à Détermination des pertes au cours du transfert
l’abattage des plants des sacs chez le commerçant (SC)
La première étape de la récolte du sorgho dans La méthode de détermination des pertes à ce
les régions visitées consiste à couper les plants à niveau est similaire à celle utilisée pour le maïs
la base à l’aide d’une machette ou d’une houe, et détaillée ci-après.
à les déposer au sol. Au cours de cette opération
menée uniquement par les hommes, des grains Détermination des pertes de maïs
tombent au sol et ne peuvent plus être récupérés, Détermination des pertes à la récolte
constituant ainsi des pertes à l’abattage des plants. La superficie du champ de maïs a été mesurée au
Pour la quantification de ces pertes, trois films départ en tenant compte de sa forme. A la suite
plastiques de 2,2m x 10m chacun ont été disposés du passage des personnes (les femmes en général)
dans le champ à récolter. Au cours de l’abattage, effectuant la récolte pour le compte du (de la)
une partie des plants tombent sur le film plas- producteur/trice, il a été délimité trois carrés de
tique avec des grains qui se détachent. En fin 5m x 5m dans le champ, où l’équipe de consultants
d’opération, le film plastique est récupéré avec les accompagnée du personnel d’appui, ont récupéré
grains; ces derniers sont nettoyés, pesés et le taux les épis de maïs non récoltés.
7
Ces épis issus d’un carré, égrenés, nettoyés sur la rafle, et ceux retrouvés dans la poussière.
et pesés par un laboratoire agréé, constituent les Le taux de pertes à l’égrenage peut être calculé par
pertes en grains au champ sur une superficie de 25 rapport à la quantité totale de grains obtenue au
m² (en tenant compte de sa teneur en eau). Étant cours de l’égrenage.
donné que trois carrés ont été posés, une moyenne Parallèlement, cinquante kilogrammes d’épis
de ces pertes est alors calculée. Cette moyenne est ont été décortiqués manuellement, afin d’apprécier
extrapolée à l’hectare ou rapportée à la production la performance de l’égreneuse utilisée.
totale du champ en grain, qui est demandée au En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
producteur après sa récolte pour le calcul du taux pertes totales = grains détachés des rafles
de pertes au champ. + grains issus du vannage de la poussière +
En résumé, les calculs utilisés sont les suivants: grains projetés sur le plastique en kg
pertes sur 1 ha = (moyenne des pertes sur 3 taux de pertes = pertes totales (kg) / (poids
carrés de 25 m² / 25) x 10 000 des grains mis en sacs + pertes totales) en %
production récoltée d’1 ha = production
totale récoltée / superficie mesurée Détermination des pertes au cours du transfert
production totale d’1 ha = production récol- des sacs chez le commerçant (SC)
tée sur 1 ha + pertes sur 1 ha La détermination des pertes de grain au cours du
taux de pertes = pertes sur 1 ha (en kg) / transfert des sacs de maïs est faite en déduisant le
production totale d’1 ha poids des sacs à l’arrivée de son poids au départ.
Pour cela, un échantillon de sacs a été identifié,
Détermination des pertes à l’égrenage numéroté et pesé au départ du lot. Ces mêmes sacs
Une certaine quantité (50 kg et 150 kg suivant ont été pesés à l’arrivée au magasin, afin d’iden-
les capacités des contenants disponibles) d’épis tifier une différence de poids suite au transfert,
de maïs est égrenée mécaniquement en 2 fois par ce qui correspondrait à des pertes de grains au
les opérateurs de l’égreneuse dans les conditions cours du trajet. Il est également décrit différentes
habituelles de travail. Les opérateurs placent au sol observations faites au cours du transfert du lot, à
une bâche afin de récupérer les grains rejetés par savoir l’état des sacs utilisés, l’état de la carrosserie
l’égreneuse. La taille de la bâche n’est pas suffisante du véhicule et de la route, la distance à parcourir,
surtout quand le souffleur de la machine fonctionne la manière de manutentionner les sacs par le per-
avec un gros débit de ventilation, ce qui améliore le sonnel au cours du chargement/déchargement, etc.
nettoyage des grains à la sortie, mais projette des Le nombre de sacs à retenir comme échantillon
grains assez loin de la bâche disposée. a été retenu en fonction de la cargaison à transférer
L’équipe a alors mis en place un film plastique et cela selon les règles en matière d’échantillonnage.
après la bâche pour récupérer les grains qui L’appareil de pesage utilisé est une bascule de
tombent en dehors de la bâche des opérateurs ; ces marque OHAUS, série SD 200L, de portée de
grains tombés en dehors de la zone de récupération 200 kg ± 100 g (sensibilité). Les pertes au cours du
des opérateurs, sont considérés comme une partie transfert du sorgho et du niébé ont été estimées
des pertes au cours de l’opération d’égrenage. Un selon la même méthode. Le suivi de cargaison
ramassage manuel des grains se retrouvant au-delà a porté seulement sur les pertes quantitatives;
du film plastique a complété la récupération des les collecteurs procèdent au regroupement des
grains perdus. petites quantités achetées et procèdent souvent au
Les rafles issues de l’égrenage sont en général reconditionnement selon la destination des pro-
mises de côté pour être utilisées comme combus- duits, ce qui ne facilite pas le suivi de la traçabilité
tibles. Ces rafles ont été récupérées pour y retirer du producteur au commerçant grossiste.
les grains adhérés. Ces grains nettoyés et pesés ont En résumé, le calcul utilisé est le suivant:
constitué une autre partie des pertes à l’égrenage. pertes au transport = poids du sac au départ
Enfin, le mélange de morceaux de rafles et de – poids du sac à l’arrivée
grains est vanné pour récupérer les grains qui s’y
trouvent. Le reste est jeté comme déchets. Ces Détermination des pertes au cours du stockage
déchets (poussière) ont été fouillés pour y retirer Ces pertes ont été déterminées au laboratoire et
le restant des grains qui ont constitué une autre portent sur la part de grains consommables dans
partie des pertes à l’égrenage. l’échantillon, mis à part les impuretés, les grains
Les pertes à l’égrenage comprennent alors, les endommagés et altérés. Un suivi en trois passages
grains projetés hors de la bâche, ceux récupérés du stock chez le (la) producteur/trice et le commer-
8 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
çant a été prévu. A chaque passage, un échantillon Détermination des pertes au battage/vannage
est prélevé du stock et transmis au laboratoire Un poids de gousse est battu avec un bâton sur
pour déterminer le niveau d’infestation (nombre un espace nettoyé sur lequel un film plastique est
d’insectes vivants ou mort pour une quantité de posé; après battage il est procédé au vannage. Au
grain), le poids des grains consommables et le taux cours du battage des grains sont projetés au-delà
de pertes du produit consommable. Ces trois para- de l’aire de battage; par ailleurs, suite au vannage,
mètres nous ont permis de suivre l’évolution du des grains sont récupérés dans les résidus de van-
produit au cours du stockage, en termes de pertes nage. Les grains propulsés hors de l’aire de battage
qualitatives et quantitatives. Les mêmes analyses et ceux issus des résidus de vannage sont alors
ont été effectuées pour le sorgho et le niébé. pesés et constituent les pertes enregistrées au cours
de cette opération. Le taux de pertes est déterminé
Détermination des pertes à la transformation par rapport à la quantité de grains de niébé obte-
Pour la production d’une farine conservable et nue. Habituellement l’opération de battage est
commercialisable, le décorticage vise à débarrasser du ressort des hommes, le vannage étant réservé
le grain de son péricarpe et du germe qui représente exclusivement aux femmes.
en général environ 17% du grain. Ainsi, la perte au En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
cours de la transformation du maïs en farine est pertes totales = pertes au battage + pertes au
constituée de la part d’albumen qui est mélangée vannage
aux sous-produits (péricarpe et germe) normale- % pertes sur total des grains = pertes totales /
ment ôtés au cours des opérations de décorticage (poids des grains obtenus + poids des pertes)
et de broyage. La perte en farine correspond à la
différence entre le poids des grains transformés et PRISE EN COMPTE DE LA
celui du produit fini obtenu, déduction faite de la PROBLÉMATIQUE DU GENRE
part du péricarpe et du germe qui sont sources des La méthodologie élaborée par la FAO, stipule
sous-produits, en tenant compte de la teneur en «qu’une analyse des dimensions “genre” doit être
eau des deux produits. considérée quelle que soit la méthode, et surtout
dans les enquêtes, le SC-échantillonnage et la
Détermination des pertes de niébé synthèse».
Détermination des pertes à la récolte L’adaptation des guides d’entretiens, la déter-
Après le dernier passage dans le champ de niébé, mination des échantillons et la collecte des don-
signe de la fin de la récolte, trois carrés de 5m x nées ont matérialisé cette dimension par la prise
5m sont placés dans le champ, pour rechercher et en compte:
récupérer les gousses qui n’ont pas été récoltées. des données désagrégées par sexe;
Les gousses collectées dans chaque carré ont par de la charge de travail des producteurs et des
la suite été décortiquées, les grains ont été net- productrices au moment des activités après
toyés, pesés, et le taux d’humidité est mesuré. La récolte;
moyenne du poids de ces grains sur un carré de 25 du processus décisionnel dans les différentes
m² représente les pertes à la récolte sur la superfi- opérations après récolte;
cie concernée. Pour l’exploitation des données, le de l’accès et du contrôle de la gestion des
niveau de ces pertes est ramené à l’hectare ou à la stocks de maïs, de sorgho et de niébé;
quantité totale de la production de niébé. de la recommandation de solutions pour la
La superficie du champ a été mesurée en tenant réduction des pertes après récolte «contribuant
compte de sa forme et la quantité totale de grains à la réduction des inégalités entre les hommes
récoltée a été communiquée par le producteur et les femmes ou ne les aggravant pas».
après battage des gousses.
En résumé, les calculs utilisés sont les suivants: Des groupes de discussion complémentaires ont
production récoltée par hectare = production été organisés dans les régions du Nord, de la
totale récoltée / superficie du champ Boucle du Mouhoun et des Hauts-Bassins pour
pertes de grains par ha = (pertes sur parcelle approfondir certains concepts. Les points focaux
de 25 m² / 25) x 10 000 m² (en gramme) de la problématique du genre de la FAO, du
% pertes sur la production de niébé = poids PAM et de la Direction du développement et de
des pertes par ha / (production récoltée sur 1 la coopération (DDC), ont été associés à l’étude
ha en kg + poids des pertes par ha) en tant que personnes ressources dans le domaine
du genre.
9
Afin de tenir compte de la difficulté des aux échanges dédiés aux femmes. Les propos
femmes à s’exprimer en présence des hommes, de ces groupes de femmes sont différents de
il était essentiel de mener des entretiens avec ceux tenus dans le cadre de discussions avec
des groupes composés uniquement de femmes. des groupes mixtes. Ceci est la preuve que la
Il n’a malheureusement été possible de le présence masculine lors des discussions entre
faire qu’avec trois groupes de discussion, car femmes est une source de retenue et de biais
les hommes se sont systématiquement invités dans les propos tenus par les femmes.
10
PRISE EN COMPTE DES PERTES APRÈS cadre législatif est renforcé par l’adoption de
RÉCOLTE DANS LES DOCUMENTS DE politiques et stratégies, dont le PNSR, qui a pour
POLITIQUE AGRICOLE objectif global de «contribuer de manière durable
Le Burkina Faso a élaboré et adopté en février à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, à une
2016 les ‘Priorités Résilience Pays’ avec l’appui croissance économique forte, et à la réduction
de l’Union européenne et l’accompagnement de la de la pauvreté». Des plans d’actions de la filière
Communauté économique des États de l’Afrique céréales (mil, sorgho, maïs) et de la filière niébé
de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union économique ont été élaborés entre 2001 et 2003. Ces plans
et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans le s’inscrivent dans le cadre de l’élaboration de
but d’atteindre l’objectif de réduction des pertes politiques sectorielles agricoles du Gouvernement
de moitié d’ici 2025 (UA, 2014), ce document devant participer de manière durable à la sécurité
comporte les actions prioritaires pour renforcer la alimentaire. L’exécution du Plan d’actions pour
résilience, comprenant les actions pour la réduction le développement de la filière niébé (PAN) avait
des PAR. Dans le document de référence au niveau comme objectif d’entraîner l’augmentation de la
national du Plan de développement économique production nationale de niébé de 180 000 tonnes
et social (PNDES), en cours d’élaboration, sont (niveau 2003) à plus de 400 000 tonnes à l’horizon
inscrites les priorités pour la réduction des PAR. 2010. Le PAN comporte sept volets d’activités
Dans le nouveau Programme national du secteur dont l’un est consacré à l’amélioration du stockage
rural (PNSR), en cours d’élaboration, il est prévu et de la conservation du niébé.
des plaidoyers auprès des organisations faitières En plus de ces plans d’actions, plusieurs projets
de producteurs/trices, en vue d’encourager des et programmes ont été mis en œuvre pour appuyer
actions de réduction de PAR. Le bilan du PNSR le développement des filières maïs, sorgho et
a relevé une insuffisance d’infrastructures de stoc- niébé. A ce titre, le Programme d’appui aux filières
kage et de conservation des produits agricoles. agro-sylvo-pastorales (PAFASP), le Projet pour la
promotion des filières (PROFIL), le Programme
DOCUMENTS DE POLITIQUE d’appui au développement de l’agriculture au
NATIONAUX PERTINENTS DANS LE Burkina Faso, phase 2 (PADAB II), le Programme
DOMAINE DES PERTES ALIMENTAIRES de productivité agricole en Afrique de l’Ouest
La Stratégie de croissance accélérée et de dévelop- (PPAAO), le Projet d’amélioration de la producti-
pement durable (SCADD), adoptée en décembre vité agricole et de la sécurité alimentaire (PAPSA),
2010 comme référentiel national de développe- le Programme de sécurité alimentaire et nutrition-
ment, a réaffirmé l’importance du secteur rural nelle au Burkina Faso (PSAN-BF) (composante 1),
dans le développement socioéconomique du pays. et le Programme de croissance économique dans le
Sur le plan législatif, le secteur rural est régi secteur agricole (PCESA) peuvent être cités.
par un certain nombre de textes de lois6 aux-
quels s’ajoutent différents accords et conventions LA PRISE EN COMPTE DE LA
internationaux ratifiés par le Burkina Faso. Ce PROBLÉMATIQUE DU GENRE DANS LES
DOCUMENTS DE POLITIQUE AGRICOLE
Parmi les principes de mise en œuvre du PNSR,
6
Ces lois sont relatives au foncier rural, au pastoralisme,
figure «la prise en compte du genre, la participa-
aux semences, engrais et pesticides, aux interprofessions, tion équitable des hommes et des femmes dans les
à la recherche scientifique et à l’innovation, etc. analyses, les orientations, les choix stratégiques,
11
ainsi que la formulation et la mise en œuvre des trie. Chaque année, des zones sont chroniquement
investissements prioritaires, l’accès et le contrôle déficitaires, particulièrement dans la partie sep-
égal et équitable aux ressources et aux sphères tentrionale du territoire. Le recours au marché
de décisions, dans le respect de leurs droits fon- pour couvrir les besoins alimentaires est donc une
damentaux». Le Plan stratégique genre du déve- tradition pour une partie de la population, le maïs
loppement agricole (PS-GDA), élaboré en 2005, et le niébé étant considérés comme des cultures de
constitue le référentiel pour la prise en compte rente à la faveur de l’augmentation de leur volume
du genre dans les différents documents comme de production.
le PNSR, l’un des axes stratégiques du PS-GDA La commercialisation des céréales et du niébé
étant, le renforcement de la prise en compte du au Burkina Faso a été pendant longtemps domi-
genre dans les politiques et programmes de déve- née par les commerçants. Néanmoins, avec la
loppement agricole. sécheresse des années 1970, l’État a été contraint
Des dispositions institutionnelles ont également d’intervenir dans ce secteur afin de réguler les prix
été prises pour la prise en compte du genre dans le et surtout de motiver la production nationale. La
secteur agricole. Un point focal genre au sein de la libéralisation du commerce et des prix à partir
Direction de la vulgarisation et de la recherche-dé- des années 1990 a eu comme corollaire le désen-
veloppement (DVRD) et une cellule ‘genre’ au gagement de l’État de la commercialisation des
sein de chaque Direction régionale ont été mis en produits agricoles.
place dans le cadre de l’appui du Projet national Ce désengagement a été soutenu par la création
de développement des services agricoles/Banque du Systèmes d’information sur les marchés (SIM).
mondiale (PNDSA/BM). A la faveur de l’adoption L’accompagnement des acteurs et actrices s’est tra-
de la politique nationale ‘genre’ en 2009, le maillage duit par des appels à concurrence pour les achats
institutionnel a permis au ministère en charge de institutionnels (SONAGESS, PAM, Ministères),
l’agriculture de mettre en place une cellule ‘genre’ la mise en place des interprofessions et la consti-
de douze personnes, présidée par le Directeur tution des banques de céréales, l’organisation de
général des études et des statistiques. foires, de journées promotionnelles et de bourses
Au Burkina Faso, la réduction des PAR va de produits agricoles.
renforcer les actions du Gouvernement qui a Bien plus tard, le système de commercialisation
instruit l’élaboration du PNDES, comme nou- des céréales et du niébé a connu une évolution avec
veau cadre de référence des interventions pour la le développement des infrastructures de stockage
période 2016-2020. Ce nouveau référentiel a eu et des infrastructures marchandes, la création
entre autres priorités, «d’en finir avec les cycles de structures commerciales des producteurs, le
récurrents de déficits céréaliers pour améliorer développement du ‘warrantage’, l’élargissement
la sécurité alimentaire à l’horizon 2020», énoncé de l’accompagnement des institutions bancaires et
dans le programme du Président du Burkina Faso. de microfinance.
Le niveau de réduction des inégalités dans le Le système commercial autour des céréales et du
secteur agricole, est apprécié à travers la note niébé au Burkina Faso a également recours au SIM
d’orientation politique, intitulé «Prise en compte de seconde génération, aux centres d’information
du genre dans le secteur rural: mythe ou réalité?». et de veille commerciale (CIVC), aux plateformes
Cette note élaborée sous la tutelle du Minis- multiacteurs ces dernières années. Sont également
tère de l’agriculture, des ressources hydrauliques, mis en place des instruments de régulation aux
de l’assainissement et de la sécurité alimentaire frontières, notamment les réglementations com-
(MARHASA) en août 2015, conclut que des merciales communautaires de l’UEMOA entrées
efforts sont consentis pour garantir l’égalité entre en vigueur depuis 2002. Malgré le développement
hommes et femmes dans la vie économique et des nouvelles technologies de l’information et de
sociale en milieu rural au Burkina Faso. Cepen- la communication et celui des SIM de seconde
dant, il est toujours noté des inégalités dans l’accès génération, le prix d’achat au producteur est
à la terre, au crédit agricole, à la micro finance, à toujours fixé par les commerçants en fonction
l’encadrement et aux revenus. des opportunités de ventes qui leur sont offertes
incluant leurs charges. A l’exception des ventes
POLITIQUES DE COMMERCIALISATION groupées, le prix d’achat au producteur fait rare-
ET DE MARCHÉ ment l’objet d’un consensus entre le producteur
Au Burkina Faso, la production vivrière agricole et le commerçant ou entre le consommateur et le
annuelle est fortement tributaire de la pluviomé- commerçant.
12 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
Au nombre des institutions intervenant dans les INSTITUTIONS DES NATIONS UNIES
sous-secteurs du sorgho, du maïs et du niébé, se Le Fonds des Nations Unies pour l’investis-
trouvent les départements ministériels, les institu- sement et le développement agricole (FIDA)
tions des Nations Unies s’occupant des questions appuie le Gouvernement dans la mise en
d’alimentation et d’agriculture, les organisations place de projets de développement de l’agri-
sous régionales, les organisations non gouverne- culture dans les régions du Burkina Faso où
mentales (ONG) internationales, et les associa- le taux de pauvreté semble le plus élevé. Les
tions et unions d’acteurs. principaux projets mis en œuvre ces dernières
années sont le Programme de développe-
MINISTÈRES ment rural durable dans la région du Nord
Le Ministère de l’agriculture et des amé- (PDRD), PROFIL, le Programme d’inves-
nagements agricoles (MAAH) a en charge tissement communautaire pour la fertilité
l’élaboration des politiques en lien avec agricole dans la région de l’Est (PICOFA),
le développement de la productivité agri- le Projet d’irrigation et de gestion de l’eau à
cole, l’organisation des acteurs des filières petite échelle dans le Sud-ouest (PIGEPE), le
agricoles. Il assure la diffusion des paquets Projet Neer-tamba, etc.
technologiques sur les bonnes pratiques de Le Programme alimentaire mondial (PAM)
production du sorgho, du maïs et du niébé, est chargé de l’aide alimentaire. Cette aide
et appuie la mise en place d’organisations des est un des nombreux instruments qui peut
producteurs des filières porteuses et straté- contribuer à améliorer la sécurité alimentaire,
giques. laquelle «existe lorsque tous les êtres humains
Le Ministère du commerce de l’industrie et ont, à tout moment, un accès physique et
de l’artisanat (MCIA) organise la commer- économique à une nourriture suffisante, saine
cialisation des produits agricoles au niveau et nutritive leur permettant de satisfaire leurs
national et dans la sous-région. Le MCIA besoins énergétiques et leurs préférences ali-
encadre l’importation des emballages pour mentaires pour mener une vie saine et active»
les denrées à mettre sur le marché, le déve- (Sommet mondial de l’alimentation, 1996).
loppement des unités semi-industrielles et Dans le cadre du projet Purchase for progress
industrielles de transformation des céréales, (P4P), le PAM accompagne des organisations
l’élaboration des normes pour les produits de producteurs à acquérir des connaissances
agricoles bruts et transformés (Agence bur- sur la qualité commerciale de leurs produits,
kinabé de normalisation, de la métrologie et et sur la réduction des pertes alimentaires par
de la qualité, ABNORM). la subvention de matériels de stockage et de
Le Ministère de l’enseignement supérieur, de conservation de leurs produits.
la recherche scientifique et de l’innovation a La FAO a pour mission de fournir une
en charge la recherche dans les domaines de assistance technique aux pays en développe-
la production et transformation des produits ment, de conseiller les gouvernements et de
agricoles (INERA et DTA/IRSAT). L’Institut leur fournir un espace de débat multilatéral,
pour l’environnement et la recherche agricole de développer en collaboration avec l’Or-
(INERA) propose des semences adaptées ganisation mondiale de la santé (OMS) la
au changement climatique, et les itinéraires normalisation des produits alimentaires, et
techniques pour des productions efficientes. de sensibiliser les populations aux problèmes
14 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
de la faim chronique dans le monde. Dans ce céréales sont rencontrées dans la zone d’étude,
cadre, la FAO accompagne le Gouvernement telles que:
burkinabé dans la mise en œuvre de projets Les filières maïs et sorgho sont structurées
de développement de production agricole tels autour du Comité interprofessionnel des
que le PSAN-BF, le Food security thematic céréales et niébé du Burkina Faso (CIC-B).
program (FSTP), le projet Capacity deve- Cette organisation faîtière mise en place en
lopment and experience sharing for sustai- 2003 dispose dans la région d’une struc-
nable rice value chain development in Africa ture régionale qui collabore avec les unions
through south-south cooperation, etc. provinciales (Houet, Kénédougou, Tuy) et
la Fédération des professionnels agricoles
ORGANISATIONS SOUS RÉGIONALES du Burkina (FEPA-B) pour exploiter toutes
Le Comité inter-États de lutte contre la séche- les opportunités de commercialisation des
resse au sahel (CILSS) cherche à mobiliser les céréales. Des producteurs agricoles spécia-
populations sahéliennes et la communauté lisés dans la production de semences dont
internationale autour de l’aide d’urgence et celles de maïs et du sorgho, sont organisés
de la mise en œuvre des programmes dans les au sein de l’Union nationale des producteurs
domaines de l’agriculture pluviale et irriguée, semenciers (UNPS).
de l’hydraulique, de l’environnement, etc. L’Union des producteurs professionnels du
Dans la recherche de la sécurité alimentaire Houet (UPPA/Houet) est un démembre-
de la zone sahélienne, le CILSS mène des ment au niveau provincial de la FEPA-B, qui
réflexions et des études sur des thèmes d’ac- est une structure faitière nationale. Créée en
tualité comme la protection des récoltes avec 1998, l’UPPA/Houet a été reconnue offi-
les produits naturels, la réduction des PAR, ciellement en 2007 et est représentée dans
etc. les treize départements de la province. Les
Dans le cadre de la sécurité alimentaire activités principales de l’UPPA/Houet sont
sous-régionale, la CEDEAO et l’UEMOA l’information et la communication, l’appui
mènent des études et mettent en œuvre des à la production, à la transformation et à la
projets innovants sur les bonnes pratiques commercialisation des céréales, l’expérimen-
de production et après récolte. L’UEMOA tation, et la formation.
a appuyé, ces deux dernières années, des L’UPPA/Houet dans son ensemble, ses
unions de producteurs à acquérir des maga- unions et ses groupements de base membres,
sins de stockage de grandes capacités. commercialisent annuellement environ 5
000 tonnes de céréales (dont le maïs) et
COOPÉRATIONS MULTILATÉRALES ET de niébé. La SONAGESS, l’ONG Catholic
BILATÉRALES relief services (CRS), le PAM, les unités de
Différentes coopérations multilatérales (Union transformation, les commerçants grossistes
européenne par exemple) et bilatérales accom- et les consommateurs individuels sont les
pagnent la mise en place de projets de dévelop- principaux clients de l’UPPA/Houet. Pour
pement des filières agricoles. Le présent projet la campagne commerciale 2013, une quantité
conjoint des agences des Nations Unies basées à de 220 tonnes de maïs a été livrée au PAM,
Rome (RBA/GLO/001/SWI) bénéficie de l’appui 400 tonnes à la SONAGESS et 70 tonnes à
de la Direction du développement et de la coopé- l’Union provinciale des transformatrices de
ration suisse (DDC). céréales du Houet.
L’Union des groupements de commercia-
ASSOCIATIONS ET UNIONS DES lisation de produits agricoles (UGCPA) a
ACTEURS été créée en 1993. En 2010, elle comptait 2
Des filières agricoles se sont organisées grâce aux 100 membres répartis dans 85 groupements
acteurs eux-mêmes et dans les régions, afin de de base. En 2015, l’UGCPA totalisait 3 100
mener leurs activités de production, et aussi pour membres provenant de 105 groupements.
une participation efficiente dans les cadres de Parmi ces membres, 1 350 sont des femmes.
concertation avec l’État et les autres partenaires. L’Union régionale des groupements de com-
Des organisations de distributeurs d’intrants mercialisation des céréales de la Boucle du
et d’équipements, de producteurs, de transfor- Mouhoun (URGCC/BM) a été créée en
mateurs et des associations de commerçants de Juillet 2005 avec trois unions provinciales, à
15
savoir: l’Union provinciale des groupements tion groupée du surplus de leur production
de paysans pour la commercialisation des agricole.
céréales du Mouhoun, l’Union provinciale
des céréaliers de la Kossi, et l’Union des ORGANISATIONS NON
groupements paysans pour la commercialisa- GOUVERNEMENTALES
tion des céréales des Balé. L’URGCC/BM est De nombreuses organisations non gouverne-
composée de 22 organisations de producteurs mentales (Oxfam, Agriterra, Projet de gestion
(OP) avec un effectif de 572 personnes dont du risque agricole pour l’Afrique - FARMAF,
265 femmes (soit 46%), réparties dans les Alliance pour la révolution verte en Afrique -
trois unions provinciales. Elle appuie princi- AGRA, Agriculteurs français et développement
palement les producteurs pour l’acquisition international - AFDI, Association pour la pro-
d’intrants et la commercialisation de céréales motion de la sécurité et de la souveraineté alimen-
dont le sorgho. taires au Burkina - APROSSA/Afrique Verte, etc.)
L’Association formation développement et appuient les organisations de producteurs dans
ruralité (AFDR) est une association créée les régions. Les domaines d’appui sont variés et
en 2000 et reconnue officiellement en 2001. portent sur: i) la production, la transformation
Elle intervient dans trois domaines: la forma- et la commercialisation des céréales et du niébé,
tion/alphabétisation, l’appui à la production ii) l’appui en équipements après récolte (égre-
(aménagements et équipements) et la com- neuse, palettes, bascules, magasins de stockage),
mercialisation groupée. En vue du renfor- iii) la construction d’infrastructures, iv) l’appui en
cement de la résilience de ses membres, l’as- intrants (fonds de roulement engrais, Coopérative
sociation dispose d’un centre de formation d’utilisation de matériel agricole - CUMA), et v)
initiale en agriculture de 10 ha, d’un magasin le fonds de garantie auprès des caisses populaires
de 300 tonnes, et a initié la commercialisa- pour le crédit agricole des femmes.
17
Chapitre 1
Le sorgho dans les régions de la Boucle du
Mouhoun et de l’est
TABLEAU 1.1
Données sur la production de sorgho blanc et rouge pour la campagne 2015-2016 au niveau national
Production annuelle Surface Rendement
(tonnes/an) cultivée (ha) moyen (kg/ha)
7
Le taux moyen d’accroissement annuel sur les 5 dernières
années est de -16% pour le sorgho blanc et de -22% pour
le sorgho rouge.
18 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.2
Mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments au Burkina Faso
Contrôleur Contrôle Situation réelle dans la CAA Agent responsable
N’existe pas
Récolte Aucun
Réglementations
Transport Faible
et exigences Laboratoire national
Fréquence des contrôles
gouvernementales de santé publique +
(Aucun, Faible, Moyen, Stockage Moyen
Département technologie
Élevée)
alimentaire de l’IRSAT
Transformation Faible
Marché/commercialisation Moyen
Dans la région de l’Est et particulièrement dans tion du déficit agricole s’appuient sur la néces-
la province de la Gnagna, la commercialisation sité de réaliser des infrastructures de stockage
du sorgho est faible, et intervient dans le ménage et de conservation. Ces infrastructures sont
en cas d’événements imprévus nécessitant des nécessaires pour le stockage prolongé des
ressources. Le sorgho est produit essentiellement productions des zones excédentaires. Elles
pour l’autoconsommation des ménages. permettent également le développement du
warrantage8 et facilitent l’accès des produc-
Inventaire des activités et enseignements teurs au crédit pour le développement de leurs
tirés des interventions passées et en cours activités. La construction d’infrastructures de
dans le domaine des pertes de sorgho stockage est couplée à la vulgarisation des
Des expériences antérieures menées au niveau techniques de stockage et de conservation.
national pour la réduction des pertes, il faut Les réflexions sur les difficultés de la femme
principalement noter la construction d’infrastruc- en milieu rural (Programme du candidat
tures de stockage et le traitement des produits Roch Marc Kaboré à l’élection présidentielle
au cours du stockage, par le biais d’activités de de 2015) sont prises en compte dans les
renforcement des capacités des agents techniques priorités du secteur agricole pour les cinq ans
d’encadrement. La construction d’infrastructures
de stockage a été également favorisée ces dernières
années par la nécessité de regrouper les produits 8
Le crédit warrantage, aussi appelé crédit stockage ou
des producteurs/trices des organisations faitières crédit warranté, est un système de crédit rural qui
en vue de faciliter la commercialisation groupée. consiste, pour une organisation paysanne et/ou ses
Depuis les engagements pris en 2014 par les membres producteurs, à obtenir un prêt en mettant
en garantie leur production (de mil, sorgho, riz, maïs,
chefs d’État de l’UA à Malabo, les PAR sont prises arachide etc.) susceptible d’augmenter de valeur. Les
en compte dans les projets et les programmes systèmes de warrantage ont deux objectifs principaux:
élaborés. C’est ainsi que: éviter aux petits producteurs de vendre juste après la
Dans le cadre du programme présidentiel en période de soudure (lorsque les prix sont au plus bas) et
leur donner la possibilité d’accéder à un crédit (https://
cours relatif au domaine agricole (Priorités www.microfinancegateway.org/fr/library/le-warran-
du secteur agricole pour le quinquennat), les tage-un-système-au-service-du-financement-des-pro-
engagements formulés en matière de réduc- ducteurs-agricoles).
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 19
TABLEAU 1.3
Présentation de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de produits
agricoles
Nombre Projets
Chaîne Zone de Volume Marché des
Produit fini de petits d’appui en
d’approvisionnement production (tonnes/an) produits finis
producteurs cours
PAM
Boucle du
UGCPA Sorgho grains 451,4 311 SONAGESS, PAM IFDC
Mouhoun
Oxfam
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.
TABLEAU 1.4
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles
Importance
Chaîne Emplois
économique Contribution à la génération de revenus pour les acteurs
d’approvisionnement générés
(FCFA)
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016 (taux de conversion: 1 USD = 560 FCFA).
et permet par la suite d’organiser des tables de Dans la région de l’Est, deux chaînes d’approvi-
négociation entre producteurs et acheteurs. Les sionnement, organisées autour de groupements
contrats signés sont suivis par un comité. Le deu- de producteurs, ont également été étudiées. Mais
xième canal de commercialisation portant sur de pour ces chaînes, le suivi des cargaisons n’a pas
faibles quantités, est la collecte et la vente directe été effectué parce qu’il n’existait pas de circuit de
aux commerçants de céréales. commercialisation du sorgho bien défini dans la
zone de l’étude.
Filière du sorgho dans la région de l’Est Les estimations des pertes consécutives à l’étude
La chaîne d’approvisionnement passe surtout par sur le terrain n’ont été effectuées que pour les
le circuit classique du commerçant avec de faibles chaînes de la région de la Boucle du Mouhoun. En
quantités, pour les mêmes raisons évoquées que effet, au regard de l’importance relative de la pro-
celles de la chaîne d’approvisionnement classique duction du sorgho et des chaînes d’approvisionne-
de la filière du sorgho dans la Boucle du Mou- ment dans la région de la Boucle du Mouhoun par
houn. Cependant, les commerçants grossistes sont rapport à celle, moindre, de la région de l’Est, et
relativement rares dans la zone de l’étude, ceux qui en raison du fait que les récolte sont intervenues à
ont été recommandés proviennent de Pouytenga la même période, l’équipe a privilégié la collecte de
dans la région du Centre Est. données dans la Boucle du Mouhoun.
On note néanmoins l’existence de groupements
villageois de production de céréales dans toutes Pertes présumées dans les chaînes
les provinces de cette région, notamment dans d’approvisionnement sélectionnées
la province de la Gnagna. Les producteurs sont Les tableaux 1.5 et 1.6 présentent l’importance
regroupés au sein de l’Union nationale des pro- des pertes alimentaires selon la perception des
ducteurs semenciers (UNPS). acteurs/trices rencontrés au cours des entretiens
Les données collectées auprès des commerçants semi-structurés.
de céréales participant à l’étude sont insuffisantes
et ne permettent pas de renseigner des tableaux
similaires à ceux fournis pour la chaîne de l’UG- Les points critiques de pertes identifiés au niveau
CPA (voir les tableaux 1.3 et 1.4). En effet, il a de la Boucle du Mouhoun sont: la récolte (abat-
été observé que les commerçants sont réticents à tage des plants), le transport des panicules à
communiquer sur leurs activités commerciales. domicile (localité de Tchériba), le battage (tracteur
montant sur le tas d’épis ou battage sur le sol), le
Sélection des chaînes d’approvisionnement prélèvement des épis dans le grenier pour le bat-
pour l’étude des pertes sur le terrain tage, le stockage chez le collecteur, le transport et
Dans la Boucle du Mouhoun, les chaînes d’appro- stockage chez le grossiste.
visionnement retenues pour la détermination des
PAR sont celle de l’UGCPA (pour les OP) et celle
organisée autour d’un commerçant grossiste:
L’UGCPA a une expérience de plus d’une
vingtaine d’années dans la collecte et la com-
mercialisation du sorgho; elle dispose d’une
grande capacité propre de stockage et est bien
connue au niveau national dans le domaine
de la vente de céréales aux institutions de la
place (SONAGESS, PAM, Catholic relief
services - CATHWEL, etc.). En 2014, l’UG-
CPA a commercialisé 451,4 tonnes de sorgho
collectées auprès de 311 producteurs. Le
chiffre d’affaires a été de 78 986 250 FCFA,
soit une génération de revenus par produc-
teur de 253 975 FCFA.
Le grossiste de la chaîne d’approvisionne-
ment classique retenue a des relations de
collaboration avec l’UGCPA.
22 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.5
Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs dans la Boucle du Mouhoun
Importance des différentes opérations en termes de pertes de sorgho
Mise en tas
x x
des épis
Séchage des
x x
épis au champ
Transport
des épis à x x
domicile
Prélèvement
x x
du grenier
Pertes qualitatives
importantes quand
le tracteur monte
sur les grains pour
les détacher des épis
Battage x x et pour le battage
au sol
Grains éparpillés
Résidus contenant
des grains
Vannage x x
Mise en sacs x x
Stockage au
Les sacs utilisés sont de
magasin de x x
bonne qualité
regroupement
Stockage
au magasin x x
central
Stockage au
domicile du x x
producteur
Grains éparpillés et
Transport chez
x x versés à partir des sacs
le grossiste
percés
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 23
TABLEAU 1.6
Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs dans la région de l’Est
Importance des différentes opérations en termes de pertes de sorgho
Séchage des
x x
épis au champ
Vannage x x
Mise en sacs x x
Stockage au
Les sacs utilisés sont
magasin de x x
de bonne qualité
regroupement
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.
rencontrés. Il s’agit des membres du groupement regroupés en fin de journée en un grand tas qui
«Kangouaporé» de Kodiéni dans la commune de est laissé au soleil une à deux semaines avant le
Bilanga, et des producteurs du village de Tiongo battage ou avant d’être acheminé pour le stockage
Pani dans la commune de Piéla. en grenier.
Les membres du groupement «Kangouaporé» Les épis de sorgho sont séchés sur une terrasse
entreposent au magasin du groupement le sorgho ou sur un espace nettoyé à cette fin. Une bâche
destiné à la vente. Les collecteurs du village et (ou un film plastique) est placée au sol pour le
des commerçants provenant de Bilanga, de Pièla séchage, si elle est disponible. Peu de producteurs/
et de Pouytenga sont les clients potentiels du trices disposent de bâches; souvent le séchage est
groupement. En cas de nécessité, les producteurs fait à même le sol. La bâche permet de protéger la
s’organisent pour transporter leur sorgho et le couche inférieure des épis des fourmis et des ter-
vendre sur le marché de Pouytenga. mites, et aussi de couvrir les produits en cours de
Au niveau du village de Tiongo Pani, la com- séchage, pour éviter la reprise d’humidité avec les
mercialisation du sorgho se fait individuellement pluies tardives de fin de campagne. Le séchage est
au domicile du producteur avec les collecteurs, une étape fondamentale pour la suite du stockage.
ou le sorgho est transporté à vélo ou en moto au Tous les membres du ménage (hommes, femmes,
marché de Piéla. La vente du sorgho par le chef de et enfants) sont mis à contribution pour cette
ménage est occasionnelle et vise à faire face à des opération.
besoins financiers spécifiques. La difficulté rencontrée au séchage est donc
surtout liée à l’acquisition de bâches permettant de
Description des chaînes d’approvisionnement disposer d’une aire de séchage adaptée.
sélectionnées
Récolte Battage, vannage
Les plants de sorgho sont abattus par les hommes, Le sorgho est battu manuellement dans la région
les femmes s’occupant de la coupe de la panicule. de l’Est. Les quantités battues sont relativement
Ces panicules sont entreposées en petits tas sur faibles: moins d’un sac à quelques sacs de grains
des tiges aménagées à même le sol comme support. après le conditionnement. Dans la région de la
Ces tas sont ramassés en fin de journée pour Boucle du Mouhoun, le battage est effectué à l’aide
constituer les gros tas de séchage. d’un tracteur qui passe sur le tas d’épis étalés. Les
épis issus d’une superficie de 5 ha sont ainsi battus
Séchage en 2 heures environ. Ce mode de battage est soup-
Le premier traitement appliqué aux produits suite çonné engendrer une proportion assez importante
à la récolte est le séchage. Après la coupe de la de grains brisés.
panicule, les épis de sorgho sont pré-séchés dans S’ensuit le vannage pratiqué essentiellement
le champ, en exposant de petits tas d’épis au soleil par les femmes. Un groupe de sept femmes a mis
toute la journée. Les petits tas d’épis sont alors trois jours pour vanner la quantité battue en deux
PHOTO 1.1
Différents types de battage du sorgho
Battage avec une batteuse motorisée, Battage manuel au bâton, village Battage avec un tracteur, village
village de Passakongo (Boucle du de Poundou, 13 décembre 2016 de Poundou, 14 décembre 2016
Mouhoun), 5 février 2016
©DOULAYE DIANCOUMBA
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 25
©DOULAYE DIANCOUMBA
niveau national une unité de fabrication de sacs en Les organisations faitières de producteurs/
PP tissé (FASOPLAST). trices pratiquant la vente groupée collectent leurs
produits dès la récolte pour une vente différée.
Transfert des sacs chez le commerçant Pour cela, elles réalisent un traitement préventif
Les grains de sorgho, conditionnés dans des sacs du magasin et du stock (insecticide ou fumiga-
en PP tissés, sont transférés chez le commerçant en tion). Les produits stockés dans les magasins des
camion. Ces camions peuvent transporter exclusi- structures faitières et des commerçants de grains
vement du sorgho ou du sorgho en association avec se conservent bien en général.
d’autres produits et parfois avec des personnes. Les commerçants utilisent les mêmes types
Le chargement et le déchargement sont assurés d’infrastructures que les organisations de pro-
par des manutentionnaires, dont les commerçants ducteurs pratiquant la vente groupée de leurs
récriminent la brutalité de leurs gestes qui peuvent produits. Ces magasins sont acquis sur fonds
conduire à l’éclatement des sacs. propres ou par location. L’entreposage des sacs en
PP tissé se fait à même le sol, collé au mur, avec un
Conservation du sorgho au niveau stock atteignant presque le plafond. Des stockages
communautaire ou chez le commerçant respectant les normes techniques sont également
Le stockage au niveau communautaire est fait observés: utilisation de palettes, existence d’une
dans un magasin du groupement ou de l’union. Ce distance entre le mur et le stock etc.
dernier est en général construit en dur avec une Ordinairement, le commerçant pratique le
capacité variant de quelques dizaines à quelques moins possible un stockage prolongé des produits.
centaines de tonnes, selon le dynamisme de l’OP La rotation du stock est appliquée dans la mesure
pour la commercialisation de ses produits. Cer- du possible en vue d’alléger les frais d’entretien du
taines organisations faitières de producteurs ont stock de produits qui passe entre leurs mains. Le
une capacité de stockage d’environ 5 000 tonnes. stockage du sorgho est fait sur une courte période
TABLEAU 1.7
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles (Boucle du Mouhoun)9
Mois de l’année Quantité par
Lieu Produits Sous- Durée/
Étapes de la CAA producteur
géographique principaux produits Distance
de à (tonnes)
sorgho
Récolte Kosso novembre 2,2 néant 2 semaines
panicules
sorgho 3 mois/
Stockage Ouarkoye janvier avril 1,5 néant
grains 30 km
sorgho
Transport Ouarkoye janvier avril 1,3 néant
grains
sorgho
Ventes aux marchés Dedougou janvier avril 1,2 néant 35 km
grains
sorgho
Transformation néant néant néant néant
grains
sorgho
Stockage Dédougou janvier avril 1 néant
grains
Ouagadougou/ sorgho
Transport janvier avril 1 néant 230 km
Ouahigouya grains
Ouagadougou/ sorgho
Vente en gros janvier avril 1 néant
Ouahigouya grains
sorgho
Vente au détail Ouagadougou janvier avril néant
grains
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 27
FIGURE 1.1
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho dans la Boucle du Mouhoun
Récolte
Prélèvement au Battage
grenier (bâton/tracteur)
Battage
Vannage
au bâton
Vannage Conditionnement
Transport
Stockage
Stockage à domicile
Magasin de regroupement
Contrôle qualité
Transport au marché
et poids
Stockage Stockage
Collecteur Magasin central
Transport Nettoyage
chez grossiste (selon marché)
Stockage Stockage
Grossistes Institutions
l’absence de jouissance des revenus issus de la de la vente du sorgho se fait par consensus», condi-
vente du sorgho ne constitue pas une contrainte à tionnalité apparemment non remplie. Par contre
leur pleine participation aux activités après récolte. des exemples de femmes entretenant uniquement
Il est à souligner que ces réponses ont été données leur champ personnel (et non le champ familial),
au cours de rencontres mixtes. bien que mariées, ont été donnés comme attitudes
Le processus décisionnel est du ressort de développées par certaines en guise de réaction à
l’homme. Par ailleurs, les femmes, tout en affir- la gestion unilatérale des stocks familiaux par les
mant que les décisions se prennent en concertation maris. La conclusion tirée par les femmes, «en tant
avec elles, n’ont pas pu donner un exemple concret que femme, il faut travailler à ce qu’il y ait l’entente
de cette décision collective; en guise de réponse entre toi et ton mari», indique dans l’absolu qu’elles
elles ont plutôt énoncé que «si l’entente existe entre doivent veiller à cette entente même au détriment
un homme et ses épouses, l’utilisation des revenus de leurs droits. Aussi le langage mesuré des femmes
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 29
FIGURE 1.2
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho dans la région de l’Est
Récolte
Stockage
dans le grenier
Battage
(au sol balayé)
Décorticage Vannage
Mouture Conditionnement
(au moulin) en sacs
Stockage au magasin
(3 mois maximum)
Transport au marché
Stockage
chez grossiste
observé au cours des échanges, traduit les difficultés illustre bien la charge et la pénibilité du vannage
qu’elles ont à dénoncer une telle situation qu’elles effectué par les femmes. Une production de 5 ha,
déplorent pourtant, en présence des hommes. égrenée par un tracteur en 2 heures, a été vannée et
ensachée par sept femmes en trois jours.
Au niveau du battage/vannage du sorgho
Le battage est effectué par les hommes ou les Stockage chez les commerçants
femmes en fonction de la quantité destinée au Deux groupes de femmes ont été interviewés dans
battage. Les producteurs font de plus en plus la région de la Boucle du Mouhoun. Les tâches
appel au service du tracteur pour les quantités plus des femmes consistent à vanner, tamiser, trier les
importantes. cailloux et les grains cassés ou de mauvaise qualité,
Le vannage effectué par les femmes devient et à enlever les impuretés. Les femmes apportent
de plus en plus fastidieux au regard du volume l’essentiel des outils de travail, ledit travail se fai-
relativement important du sorgho à vanner, les sant en station debout, assise ou accroupie et sans
superficies emblavées étant plus importantes. Le réel matériel de protection. La poussière dégagée,
cas du producteur de la Boucle du Mouhoun les postures incommodes de travail et l’absence
30 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.8
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du sorgho – Environnement
PRODUCTION Quantité Unité
Matériels, produits chimiques Matériel de traitement des plants + insecticides ND ND
Outils, équipements, logistique Charrette asine, motos tricycles, camion ND ND
Énergie Gazoil – –
– – – –
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.9
Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement du sorgho
Facteurs Description
Impacts sur les écosystèmes Plante à racines fasciculées, qui épuisent l’horizon superficiel des sols
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
d’abri épuisent les femmes et les exposent aux Les femmes sont unanimes à reconnaitre qu’en
maladies et à la fatigue. Les maux de tête, le absence d’emploi, cette activité, même si elle est
rhume, la toux sont quelques-unes des pathologies difficile, leur permet de faire face à certains de
développées. En matière de prévention, certaines leurs besoins.
femmes utilisent des cache-nez, et humectent leurs Les tableaux 1.8 et 1.9 suivants fournissent des
narines de beurre de karité. Bien que mis un peu éléments sur l’évaluation environnementale.
à l’écart du lieu de travail, les enfants ne sont pas La production du sorgho se fait sur de faibles
moins exposés que leurs génitrices, les alentours superficies de 0,5 à 2 ha en moyenne dans la
étant chargés de poussière. Boucle du Mouhoun. C’est une activité pratiquée
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 31
TABLEAU 1.10
Pertes à l’abattage des plants de sorgho au champ au niveau d’Ouarkoye et de Tchériba (Boucle du Mouhoun)
Pertes au Taux de pertes
Rendement Rendement/ha Pertes au
Localité Exploitant(e) Sexe champ sur au poids
/carré (kg) (kg) champ/ha (kg)
22 m² (kg) (%)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
32 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.11
Pertes collectées au séchage des petits tas de panicules de sorgho au champ (Boucle du Mouhoun)
Pertes issues des petits tas de panicules
Exploitant(e)
Tas 1 (g) Tas 2 (g) Moyenne (g)
Exploitant 1 20 80 50
Exploitant 2 80 70 80
Exploitant 3 12 20 16
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.12
Données sur les pertes de sorgho au battage/vannage manuel (Boucle du Mouhoun)
Grains Poussière Pertes de grains Pertes de Pertes Taux de pertes
Épis Paille
obtenus et glumes dans la poussière grains dans la totales en des grains
(kg) (kg)
(kg) (kg) (kg) paille (kg) grains (kg) (%)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.13
Données de suivi de cargaison de sorgho de Bokuy à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.14
Données de suivi de cargaison de sorgho de Bendougou Arbinda à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.15
Estimation des pertes de grains de sorgho sur l’axe Tankuy-Dédougou (Boucle du Mouhoun)
Localité Distance jusqu’à Pertes moyenne Estimation du nombre de Pertes estimées sur la période pour
de départ Dédougou (km) par sac (kg) sacs de décembre à avril l’ensemble des cargaisons (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
à remarquer que la manutention est faite sans Transport des sacs de Bendougou Arbinda à
attention particulière, ce qui a endommagé Dédougou: Cette route est de 25 km, dont 13
trois sacs, qui ont dû être reconditionnés. km de piste d’état moyen. Là-aussi, la perte
La perte moyenne par sac (100 g) n’est pas moyenne par sac (100 g) n’est pas significa-
significative car elle correspond à la marge tive car elle correspond à la marge d’erreur de
d’erreur de la bascule utilisée. la bascule utilisée.
34 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.16
Données du premier suivi de cargaison de sorgho de Tankuy à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.17
Données du second suivi de cargaison de sorgho de Tankuy à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Transport des sacs de Tankuy à Dédougou: qui est inférieur à la marge d’erreur de la
Tankuy est à 80 km de Dédougou sur une bascule utilisée (±100 g) (voir le tableau 1.16).
voie bitumée. L’état des sacs à l’arrivée est Le deuxième suivi a donné une moyenne de
bon, avec les bordures plus froissées à cause pertes de 0,160 kg par sac, pour un total de 61
de la manutention. Le véhicule était en bon sacs transportés (voir le tableau 1.17).
état avec une bâche étalée sur la carrosse-
rie pour récupérer les grains tombés des L’estimation des pertes de grains au cours de cette
sacs et amoindrir le frottement entre les campagne sur l’axe Tankuy-Dédougou pour l’ap-
sacs et le plancher de la carrosserie. Malgré provisionnement de l’UGCPA est présentée dans
cette disposition, les planches latérales de le tableau 1.15.
la carrosserie ont percé un sac de sorgho La perte en grains sur l’axe Tankuy-Dédougou
au déchargement, laissant tomber le sorgho par l’UGCPA est faible au regard de la quantité
en dehors du camion. Deux suivis ont été totale transportée (61 sacs). La perte est de l’ordre
réalisés sur cet axe. Le premier suivi a donné de 10 kg.
une moyenne de pertes par sac de 60 g, ce
TABLEAU 1.18
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du sorgho (Boucle du Mouhoun)
% de pertes Causes de pertes/ Baisse de Impact/acteurs Perception des
Étape de la % de pertes dans Solutions
Type de perte dans cette chaîne raisons de faibles valeur affectés acteurs (hommes/
chaîne/processus ce processus recommandées
d’approvisionnement pertes marchande (hommes/femmes) femmes)
Mode
d’abattage Hommes/femmes
des plants au Pertes de revenus Amélioration
champ Niveau de pertes variétale
Récolte Quantitative 5,4 91,7 Non Impact négatif sur très bien perçu par
Qualité du la disponibilité les acteurs Récolte à
matériel alimentaire au niveau bonne date
végétal du ménage
(variété)
Insuffisance
du matériel de
travail (bâches) Appuyer les
Hommes/femmes producteurs/
Faible
trices pour
mécanisation Pertes de revenus
Niveau de pertes acquérir des
des opérations
Battage/Vannage Quantitative 0,47* 8 Non Impact négatif sur très peu perçu par bâches
Pénibilité la disponibilité les acteurs Mécanisation
du vannage alimentaire au niveau pour réduire la
manuel du ménage pénibilité des
Charge de opérations
travail élevée
des femmes
Utilisation de
silos ou de sacs
de type PICS
Conservation
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est
* Pour rappel, les points dits critiques de pertes (PCP) ont d’abord été identifiés par les acteurs de la chaîne d’approvisionnement et par les personnes ressources rencontrées; les évaluations pratiques des
pertes au niveau de certains PCP ont donné des valeurs plutôt faibles. Il est alors recommandé de répliquer les mesures faites lors d’une nouvelle étude sur le terrain.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
35
36 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
sensibilisation pour la prise de mesures correc- Les causes transversales aux points critiques de
tives. C’est ainsi que de nombreuses organisations pertes sont:
de producteurs/trices, à défaut d’acquérir des Récolte, battage/vannage:
véhicules de transport avec une carrosserie en la faible participation des femmes aux déci-
bon état, déposent une bâche sur la carrosserie sions relatives aux activités après récolte.
pour minimiser les dégâts et pouvoir récupérer les En tant qu’actrices dans les trois activités
grains tombés au cours du transport. Une part non après récolte, les femmes sont peu associées
négligeable des pertes au transport provient égale- aux décisions qui y sont relatives. Certaines
ment de la manutention brutale des sacs, surtout femmes déplorent cette situation, leur avis
quand les responsables ne sont pas présents. pouvant contribuer à des décisions perti-
Les mesures identifiées de réduction des pertes nentes.
au transport sont: l’accès contrôlé des femmes aux stocks des-
sensibiliser les manutentionnaires sur les tinés à l’alimentation et la quasi-absence de
bonnes pratiques; contrôle des revenus générés par la vente du
utiliser des bâches pour protéger les sacs sorgho.
des déchirures causées par la carrosserie des
camions de transport. La mesure identifiée d’atténuation de ces causes
est la sensibilisation des organisations faitières, des
Stockage productrices et producteurs, en vue d’une pleine
Infestation des déprédateurs (faibles). Les participation des femmes aux sphères de décision
panicules sont généralement moins infes- des opérations après récolte.
tées que les grains en sacs. Les greniers en
banco observés dans la zone de Tchériba sont Points de faibles pertes et bonnes pratiques
reconnus pour offrir une plus grande protec- Les résultats des analyses au laboratoire ont révélé
tion pour le sorgho conservé en panicules. que chez les producteurs suivis, le sorgho peut être
Néanmoins, quelques infestations d’Ephestia conservé en panicules dans des greniers en terre,
sp. et de Sitotroga sp. (des lépidoptères) (en pendant plusieurs mois, voire pendant des années.
très faible densité) ont été observées sur le Un point de faibles pertes est le stockage du
sorgho stocké, après 5 mois d’entreposage sorgho en panicules dans les greniers en terre
des panicules. L’empilement de la production observé dans la zone de Tchériba dans le Mou-
de l’année sur des stocks vieux de 2 à 4 ans houn. Après six mois de conservation, le taux de
peut être l’une des causes. pertes est de l’ordre de 0,02%. Cette technique,
combinant la conservation en panicules et dans les
Les mesures identifiées de réduction des pertes au greniers en terre, permet de conserver le sorgho
stockage sont: pendant plusieurs années. Selon les ménages qui
promouvoir le conditionnement hermétique les utilisent, la dégradation du grain y est faible
dont les silos métalliques au niveau des pro- et elle est insignifiante lorsque le grenier est bien
ducteurs et des productrices mais surtout entretenu à l’abri des infiltrations d’eau.
proscrire l’utilisation à grande échelle du Le second point de faibles pertes constaté
Phostoxin11 qui a un impact négatif sur les au niveau de la chaîne d’approvisionnement est
hommes/femmes/enfants et sur leur environ- le transport, avec un taux de pertes de 0,2%.
nement; La perte au transfert est surtout constatée au
sensibiliser sur la nécessité du déstockage des niveau de la commercialisation (commerçants et
vieux stocks avant le stockage de la nouvelle organisations faitières de producteurs/trices). Les
récolte. intéressés constatent la perte et estiment que la
quantité perdue par sac peut atteindre 2 kg, ce qui
est un facteur de sensibilisation pour la prise de
11
Le Phostoxin (phosphure d’aluminium) dégage du phos-
mesures correctives. Cette estimation des pertes
phure d’hydrogène (PH3) au contact de l’humidité au transport selon les commerçants a conduit
de l’air, après exposition à l’atmosphère et selon les les chercheurs à classer initialement cette étape
conditions de température et d’hygrométrie. Le phos- comme un PCP. Suite aux mesures physiques
phure d’hydrogène est le fumigant le plus utilisé dans le
monde. Il est employé comme insecticide pour le traite-
effectuées au cours des suivis de cargaison, des
ment des céréales et des locaux destinés au stockage des données enregistrées, il s’avère que cette étape est
céréales. en fait un point de faibles pertes.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 39
STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES Les économies réalisées sur les pertes peuvent
ALIMENTAIRES DE SORGHO financer, au bout de trois ans, des mesures suscep-
Impact des pertes tibles de réduire de manière considérable les pertes
La production de sorgho blanc de la région de la au niveau des points de pertes les plus importants.
boucle du Mouhoun pour la campagne agricole Les principales conséquences des pertes pour
2015/2016 est de 227 850 tonnes. Cette produc- les producteurs de sorgho sont i) la réduction
tion a varié d’environ - 0,75% par an au cours de leurs revenus, ii) la difficulté pour les petits
des cinq dernières années, elle est par conséquent producteurs d’investir dans la production agricole,
considérée comme stable pour les dix prochaines iii) la réduction de la disponibilité alimentaire dans
années au moins (variation inférieure à 10%). Le la région, et iv) l’accroissement de l’utilisation de
taux de pertes globales estimé au cours de cette nouvelles terres de culture.
étude est de 6,1%, ce qui représente une perte ali-
mentaire de 14 000 tonnes environ chaque année Analyse coûts-bénéfices des mesures de
pour cette région. Au prix du marché, c’est-à- réduction des pertes au niveau des points
dire 214 USD la tonne (prix relevé par le SIM critiques de pertes
SONAGESS sur le marché rural de référence de Les ressources nécessaires pour la réduction des
Solenzo en octobre 2015), cette perte alimentaire pertes dans la région de la Boucle du Mouhoun
correspond à une valeur de 3 millions d’USD de sont estimées à partir du modèle qui utilise la
pertes économiques. Elle sera encore plus impor- production de sorgho dans la région, la valeur du
tante si les producteurs vendent au mois d’avril produit et la valeur du taux de pertes total mesuré
sur les marchés urbains. sur le terrain. Les axes d’intervention les plus
De manière générale, le prix du sorgho fluc- importants ont également été valorisés et la réduc-
tue peu. Cela s’explique par le fait que dans les tion désirée du taux de perte pris en compte pour
ménages, le sorgho est commercialisé une fois que l’analyse coûts-bénéfices des mesures préconisées
toutes les autres sources de revenus sont épuisées. (voir le tableau 1.19).
TABLEAU 1.19
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le sorgho (Boucle du Mouhoun)
Codes
pour les Rubriques Valeurs Unités Calculs
calculs
f Amortissement 10 années
Les interventions proposées sont décrites dans et les pertes économiques annuelles qui en
le tableau 1.20 et sont développées au niveau des découlent sont estimées à 3,5 millions d’USD
axes stratégiques de la section suivante). Pour par an, soit près de 2 milliards de francs CFA
chaque étape de la chaîne d’approvisionnement, par an pour cette région. En réduisant de
nous avons fait l’hypothèse que la combinaison 60% le taux de pertes mesuré au niveau des
de plusieurs interventions contribuera à réduire points critiques, les économies estimées liées
les pertes alimentaires de 60% au niveau du point à la réduction des pertes se chiffrent à plus de
critique ciblé par l’action. Le coût de chaque inter- 2 millions d’USD soit environ 1,180 milliards
vention s’étale sur une période de dix ans. Il est de francs CFA (prix du SIM SONAGESS du
possible d’évaluer la rentabilité des interventions mois d’avril 2016).
en déduisant le coût amorti de la valeur écono- Le coût annuel total des mesures propo-
mique de la réduction des pertes. sées de réduction des pertes au niveau des
La quantité de produit: il s’agit de la produc- points critiques retenus ne devraient pas
tion de sorgho (blanc et rouge) de la région être supérieur à la valeur de l’économie liée
de la boucle du Mouhoun pour la campagne à la réduction des pertes envisagée. Sur cette
agricole 2015/2016 (268 250 tonnes). base, la rentabilité du projet est estimée à
La valeur du produit est le prix sur le marché près de 1,9 millions d’USD, soit plus de 1
de production au mois d’avril 2016 suivant milliard de francs CFA par an (1 USD = 560
les prix diffusés par le SIM SONAGESS pour francs CFA).
le marché rural de référence de Solenzo dans
la région de la Boucle du Mouhoun. Il est de Coûts, axes d’intervention et plan d’action
l’ordre de 120 000 francs CFA la tonne, soit pour réduire les pertes après récolte de
214 USD/tonne. sorgho
Le taux de pertes est la somme des taux de Le coût des interventions pour réduire les PAR est
pertes des PCP considérés (soit 6,1% de la une estimation du montant des mesures proposées
production totale) pour cette étude sur le pour réaliser le taux escompté de réduction des
sorgho dans la Boucle du Mouhoun. pertes. Il est de 2 070 600 d’USD pour une réduction
La réduction désirée du taux de pertes est une des pertes anticipée de 60%. Une telle intervention,
estimation du taux de réduction souhaitée sous la forme d’un projet prévu sur dix ans, aura
au bout de dix ans; elle est estimée à 60% une rentabilité estimée de 1 862 000 d’USD chaque
compte tenu de l’envergure du projet qui ne année pour le sorgho dans la Boucle du Mouhoun.
pourra pas toucher tous les ménages même au Les axes d’intervention identifiés et recomman-
bout de dix ans. dés sont les suivants:
Le coût des interventions est une estimation la sensibilisation et la formation des agents
du montant des mesures proposées pour réa- d’encadrement et de vulgarisation (des ser-
liser ce taux de réduction des pertes. Il repré- vices techniques et des organisations fai-
sente la valeur des mesures qui permettront tières), des acteurs/trices directs, sur les PAR
de réduire le taux de pertes indiqué. Le détail et sur la réduction des inégalités hommes/
du budget est présenté dans le tableau 1.21. femmes en lien avec les PAR;
Les caractéristiques techniques et les aspects la sélection de variétés réduisant les pertes à
de faisabilité technique et économique (ren- la récolte, la diffusion et la vulgarisation des
tabilité) pour les artisans et les fabricants bonnes pratiques de récolte et d’après récolte;
des technologies recommandées et pour les la promotion de matériels de séchage et de
producteurs individuels sont présentés dans battage/vannage;
l’annexe 2. l’appui à l’acquisition de matériels de stoc-
L’amortissement est la durée souhaitée des kage (silos métalliques, sacs hermétiques de
interventions pour réduire les pertes aux type PICS12) pour les petits producteurs/
points critiques identifiés.
Le coût annuel des opérations représente
le coût de la mise œuvre des mesures. Il
12
représente 15% du coût annuel des investis- PICS est la marque des sacs hermétiques développés
par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
sements. produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
Sur la base du taux de pertes mesuré, les pertes plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais
alimentaires sont estimées à 16 300 tonnes elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
TABLEAU 1.20
Récapitulatif des causes des pertes de sorgho et des solutions proposées pour leur réduction au niveau des points critiques de pertes (Boucle du Mouhoun)
Ampleur des pertes Réduction des pertes
Taux de
Coût des
Points Taux de pertes/ Pertes Économies
Poids Causes Interventions pour Taux interventions
critiques pertes quantité économiques liées
(t) des pertes réduire les pertes (%) sur 10 ans
de pertes (%) initiale (USD) (USD/an)
(USD)
(%)
Sensibiliser les
manutentionnaires
Mauvais état des emballages Utiliser les bâches
Transport 550 0,2 0,2 120 000 pour protéger les sacs 60 72 000
Mauvaise manutention des sacs
des déchirures causées
par la carrosserie des
camions de transport
Conserver le sorgho
en panicules
Stockage 50 0,02 0,019 10 700 Attaques de déprédateurs (faibles) Utiliser des silos ou 60 6 420 107 200
des sacs de type PICS
(hommes et femmes)
trices pour le stockage et la conservation de ment pour un second groupe puis un troi-
leurs produits en vue de la commercialisation. sième dans le même cycle de vie du projet. La
prise en compte du principe de «contribution
Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan de à la réduction des inégalités entre les hommes
suivi et d’action suivant est recommandé: et les femmes ou la non aggravation de
ces inégalités» dans l’opérationnalisation des
1. Titre du projet proposé: Intégration des actions sera primordiale.
initiatives de réduction des pertes alimen-
taires pour les petits exploitants (hommes 4. Mise en œuvre du projet
et femmes) de sorgho dans la région de la La mise en œuvre du projet proposé concernera
Boucle du Mouhoun au Burkina Faso. la réalisation des activités suivantes dans la région:
Sensibilisation des agents de vulgarisation et
2. Résultats attendus de lobbying. Réalisation de reportages dans
La réduction des PAR est prise en compte les médias (audio visuels), communications
dans la politique agricole et par le projet et sur l’ampleur des pertes alimentaires et sur
programme en élaboration. les causes, y compris celles liées aux inégalités
Les agents de vulgarisation agricole (services entre les hommes et les femmes, sur les effets,
techniques et organisations faitières) ont été et sur la nécessité de leur prise en compte
sensibilisés et formés sur les techniques de comme facteur de productivité des denrées
réduction des PAR et sur la réduction des agricoles.
inégalités homme/femme en lien avec les Diffusion des bonnes pratiques de récolte
pertes après récolte. et d’après récolte. Activités de recherche de
La réduction des PAR d’au moins 60% variétés de sorgho plus adaptées au type de
dans les localités d’intervention du projet est récolte pratiqué avec moins de pertes; sensi-
effective. bilisation et renforcement des capacités des
producteurs/trices aux techniques d’après
3. Stratégie d’intervention récolte. Cet accompagnement se fera à travers
L’intervention du projet sera orientée selon les les organisations faitières existantes dans la
axes suivants: zone d’intervention.
la sensibilisation et la formation des agents Promotion de matériels post récolte. Appui
d’encadrement et de vulgarisation (services des producteurs/trices pour l’acquisition de
techniques et organisations faitières), des bâches, etc. L’utilisation d’égreneuses/bat-
acteurs/trices directs, sur les PAR et sur la teuses polyvalentes permettrait également
réduction des inégalités homme/femme en de réduire les pertes au battage. Son coût
lien avec les pertes après récolte; (prix unitaire: 3 500 USD) n’est pas intégré
la sélection de variétés réduisant les pertes à dans le budget de l’intervention proposée ici
la récolte, la diffusion et la vulgarisation des (tableau 1.21).
bonnes pratiques de récolte et d’après récolte; Appui pour l’acquisition de matériels de stoc-
la promotion de matériels de séchage, de bat- kage. Accompagnement des acteurs/trices
tage/vannage au profit des petits exploitants/ pour acquérir des silos métalliques fermiers,
tes dans les 37 communes de la région; des sacs hermétiques et des magasins de
l’appui à l’acquisition de matériels de stockage stockage pour le stockage sécurisé de leurs
(silos métalliques, sacs hermétiques) pour les produits.
petits producteurs/trices, et à la construction Programmation des activités à mener au cours
de magasins de stockage au profit d’organi- d’une année, ainsi que le budget y afférent.
sations faitières provinciales ou communales
pour le stockage et la conservation de leurs 5. Budget et coût des mesures identifiés
produits en vue de la commercialisation; Le budget prévisionnel du projet proposé est esti-
la proscription par le projet de distribu- mé à 2 070 600 d’USD soit 1 159 536 000 de francs
tions ou de réalisations sans contrepartie. CFA sur une durée de dix ans. Le financement
L’expérience du PAM, avec une contribution du projet pourra être assuré par l’État en relation
d’au moins 25% de la valeur du matériel ou avec les partenaires techniques et financiers (PTF)
de la réalisation, devrait être retenue, pour bilatéraux ou multilatéraux et également par le
permettre de reconstituer un fond de roule- secteur privé national ou international.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 43
TABLEAU 1.21
Budget prévisionnel des mesures identifiées pour le projet proposé (Boucle du Mouhoun)
Points critiques Prix unitaire Durée / Coût (USD)
Mesures de réduction des pertes
de pertes (USD) quantité sur 10 ans
Chapitre 2
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins
les unités de transformation et les aviculteurs pour céréales, dont huit transforment le maïs. Selon la
la production de provende. Par exemple, l’unité la responsable chargée du suivi, ces unités transfor-
plus importante de production d’œufs au niveau ment annuellement 132 tonnes de maïs. Il existe
national utilise annuellement 3 500 tonnes de maïs peu d’unités semi-industrielles transformant le
en grain. maïs. L’entreprise MELS, basée à Ouagadougou, a
Les mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire collaboré avec l’équipe chargée de l’étude pour la
des aliments au Burkina Faso qui s’appliquent au quantification des pertes à la transformation. Elle
maïs sont présentés dans le tableau 1.2 (Chapitre 1). a transformé 4 600 tonnes de maïs en gritz, farine
et semoule en 2015.
Enseignements tirés des interventions L’Union des producteurs professionnels du
passées et en cours dans le domaine des Houet (UPPA/Houet) dispose d’un petit labora-
pertes de maïs toire acquis avec l’appui du Projet de gestion du
A l’instar de l’étude sur le sorgho, la construc- risque agricole pour l’Afrique (FARMAF) dans
tion d’infrastructures de stockage et le traite- le cadre de sa collaboration avec la Confédération
ment des produits au cours du stockage, par le Paysanne du Faso, pour les analyses simples sur les
biais d’activités de renforcement des capacités des céréales à commercialiser. Elle a également bénéfi-
agents techniques d’encadrement, représentent cié de la construction de magasins avec l’appui de
les principales expériences menées antérieure- l’Union économique et monétaire ouest-africaine
ment au niveau national pour réduire les pertes (UEMOA), de la mise à disposition d’une ligne de
dans les chaînes d’approvisionnement du maïs. La nettoyage et de la subvention à 75% de silos métal-
construction d’infrastructures de stockage a été liques fermiers par le projet Purchase for Progress
favorisée ces dernières années par la nécessité de (P4P) du PAM. Elle dispose d’une dizaine de
regrouper les produits des producteurs/trices au magasins avec une capacité totale de plus de 3 000
sein d’organisations faitières en vue de faciliter la tonnes.
commercialisation groupée. Depuis les engagements pris en 2014 par les
Des expériences de conservation des denrées chefs d’État de l’UA à Malabo, les PAR sont
agricoles par l’utilisation de produits naturels (ex. prises en compte par de nombreux projets et
feuilles et graines de neem, extrait de tabac, de programmes.
piment, etc.) ont été également encouragées, dans
le but de faciliter l’accès à des produits de traite- Chaînes d’approvisionnement les plus
ment et de mettre à disposition des produits moins importantes du sous-secteur
nocifs pour la santé. Au regard de la facilité d’utili- Deux types de chaînes d’approvisionnement ont
sation des produits chimiques, ces expériences ont été identifiés dans la région des Hauts-Bassins:
eu des résultats mitigés. les chaînes de collecte et de commercialisation
L’introduction du silo métallique fermier en mises en place par les organisations de produc-
2001 par la FAO n’a pas eu le succès escompté, teurs (UPPA/Houet, coopérative de production
en particulier en raison du manque d’appui pour agricole-COPA, la FECOPAO), et les chaînes
sa diffusion, eu égard à la nouveauté de la techno- d’approvisionnement classiques, organisées
logie proposée. S’appuyant sur les leçons tirées de autour des commerçants grossistes de la localité
cette expérience, le PAM accompagne depuis 2 ans (Établissement Téra, Zida, etc.).
des OP des régions des Hauts-Bassins, du Nord
et de la Boucle du Mouhoun à acquérir des silos La chaîne d’approvisionnement de l’Union des
métalliques, de 500 et 1 300 kg, avec une subven- producteurs professionnels du Houet (UPPA/
tion dégressive sur 3 ans (75% en année 1, 50% en Houet)
année 2 et 25% en année 3). Cela a créé un engoue- L’UPPA/Houet permet aux producteurs/trices
ment des producteurs de ces régions pour les silos d’opérer des transactions groupées, l’achat d’in-
métalliques. Le silo, auparavant surtout utilisé trants, et la vente de produits céréaliers à des prix
pour le stockage du niébé, l’est de plus en plus beaucoup plus rémunérateurs.
pour le stockage du maïs au niveau des ménages de Maillon production: La production de maïs et de
producteurs. Il est très efficace pour le stockage à céréales est assurée par les OP de base, au nombre
domicile de céréales pour la consommation en les de 483 en 2011, comprenant 20 500 membres
protégeant efficacement contre les rongeurs. (10 000 hommes et 10 500 femmes). Les appuis
A Ouagadougou, l’ONG Afrique Verte enca- obtenus auprès de l’UPPA/Houet permettent aux
dre un réseau de seize unités de transformation de membres d’augmenter les rendements de produc-
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 47
TABLEAU 1.22
Présentation de la chaîne d’approvisionnement du maïs de l’Union des producteurs professionnels du Houet
Nombre/sexe Projet(s)
Chaîne Zones de Volume Marché des
Produit fini des petits d’appui en
d’approvisionnement production (tonnes/an) produits finis
producteurs cours
SONAGESS PAM
1 000 IFDC
Maïs PAM
UPPA/Houet Houet 906 (dont 250
(grains) Oxfam
femmes) Grossistes
locaux Agriterra
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.23
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement du maïs de l’Union des producteurs professionnels du
Houet
Chaîne Importance économique Emplois Contribution à la génération
d’approvisionnement (FCFA) générés de revenus pour les acteurs
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.
tion de maïs et des autres céréales, et d’améliorer la avec un grossiste, ils reçoivent des ressources de
qualité des produits mis sur le marché. ce dernier pour l’achat du maïs dans les marchés
Maillon transformation: L’UPPA/Houet a des localités. Le point des quantités collectées est
acquis un centre de transformation de céréales en fait au grossiste chaque semaine. Ces collecteurs
2016, dans le cadre du projet d’appui à la valorisa- reçoivent du grossiste des bonus au prorata des
tion des produits agricoles, avec l’appui de l’ONG quantités collectées.
Oxfam. Elle approvisionne également en matière Grossistes. Ils disposent de moyens financiers,
première, à la demande, l’union provinciale des logistiques et d’infrastructures suffisants pour
transformatrices de céréales du Houet, qui effec- mener leurs activités de collecte et de mise sur
tue des commandes groupées. le marché. Les commerçants grossistes peuvent
Des informations relatives à la production disposer de leurs propres collecteurs. Ils approvi-
et à la contribution économique de la chaîne de sionnent les demi-grossistes.
l’UPPA/Houet sont présentées dans les tableaux Demi-grossistes. Les demi-grossistes des centres
1.22 et 1.23. urbains sont approvisionnés par les grossistes. Ils
approvisionnent les détaillantes et vendent des
La chaîne d’approvisionnement classique quantités variant de quelques assiettées (mesure
Le maillon commercialisation classique comprend locale d’environ 3 kg de maïs) à quelques sacs de
les collecteurs, les demi-grossistes, les commer- maïs. Les demi-grossistes des zones rurales sont
çants grossistes et les détaillants. Ce maillon est des collecteurs indépendants qui approvisionnent
organisé autour du grossiste qui met en place son les grossistes.
réseau de collecte. Détaillantes. Le maïs est vendu au détail surtout
Collecteurs. Ils sont indépendants ou travaillent par les femmes dans les marchés de quartiers et de
sous le couvert d’un commerçant grossiste. Les villages. Les différentes mesures (mesures locales)
collecteurs indépendants disposent de leurs vont d’un demi-kilogramme à environ 3 kg.
propres ressources, collectent le maïs qu’ils Au niveau de la chaîne d’approvisionnement clas-
revendent selon les opportunités. Parmi les col- sique, les commerçants grossistes identifiés sont
lecteurs indépendants, sont dénombrés des com- réticents à fournir les informations économiques
merçants demi-grossistes des communes rurales permettant de disposer de données comparables
qui collectent une certaine quantité de maïs avant à la chaîne d’approvisionnement alimentaire de
de la livrer aux grossistes des villes selon des prix l’UPPA/Houet. Les volumes commercialisés sont
convenus. Pour les collecteurs travaillant en lien gardés secrets.
48 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
Chaînes d’approvisionnement pour l’étude Le maïs collecté est acheminé dans les magasins
des pertes sur le terrain de regroupement (de l’UPPA/Houet). Puis, il est
Deux chaînes d’approvisionnement alimentaire transporté chez le commerçant. Les sacs de maïs
(CAA) ont été retenues pour la collecte de don- sont transportés des communes de Missidougou,
nées sur les PAR: la CAA de maïs grains de l’UP- Séguéré, Banfora et Karankasso Sambla vers la
PA/Houet et la CAA d’un commerçant grossiste ville de Bobo-Dioulasso, capitale de la région des
(Établissement Téra). Le grossiste de la chaîne Hauts-Bassins, de la province du Houet et préfec-
d’approvisionnement classique retenue entretient ture du département du même nom.
des relations de collaboration avec l’UPPA Houet.
En 2014, l’UPPA/Houet a commercialisé 906 Description des chaînes d’approvisionnement
tonnes de maïs au PAM, à la SONAGESS et aux sélectionnées
grossistes locaux. Le produit de la vente a été de L’UPPA/Houet est représentée dans les 13 dépar-
122 310 000 FCFA au profit de 1 000 petits pro- tements de la province. Les Unions départemen-
ducteurs/trices dont 25% étaient des femmes. Le tales des professionnels agricoles (UDPA) en sont
revenu généré par producteur ayant livré son maïs les membres. Pour rappel, les activités principales
a été en moyenne de 122 310 FCFA15. de l’UPPA/Houet sont (i) information et commu-
nication (ii) appui à la production, à la transfor-
Pertes présumées dans les chaînes mation et à la commercialisation des céréales (iii)
d’approvisionnement sélectionnées expérimentation et (iv) formation.
Le tableau 1.24 présente l’importance des pertes La CAA classique est organisée autour d’un
alimentaires selon la perception des acteurs/trices commerçant grossiste. Ce dernier dispose de col-
rencontrés au cours d’entretiens semi-structurés. lecteurs qui assurent son approvisionnement en
maïs. Il est également approvisionné par les com-
merçants de céréales demi-grossistes des départe-
Selon la perception des acteurs/trices, les princi- ments et par une partie de la collecte assurée par
pales pertes quantitatives et qualitatives de maïs les organisations de producteurs qui sont dans une
sont rencontrées au niveau des étapes de la récolte dynamique de vente groupée.
(plants tombés), du séchage des épis (moisissure), Parmi les OP qui collectent pour approvi-
de l’égrenage, du stockage au magasin des pro- sionner la chaîne d’approvisionnement classique,
ducteurs (grains mal séchés, absence de palettes), l’équipe a rencontré le groupement Allah soutra de
du transport chez les grossistes (sacs percés utilisés Kouakoualé et le groupement Bendia de Farako -
par les collecteurs), et au niveau de la transforma- ba. Ces groupements commercialisent une partie
tion primaire (farine et semoule). de leurs productions de maïs à des commerçants,
tels que les Établissements Téra Saibou et Zida
Inoussa à Bobo-Dioulasso. Ici, le groupement
LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT de producteurs fait office de collecteur pour le
DU MAÏS grossiste.
Description des chaînes d’approvisionnement De manière générale, le flux des opérations
sélectionnées dans la CAA du maïs dans la région est organisé
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées de la manière suivante:
Les lieux de production visités sont six exploita-
tions des communes de Missidougou et Gonion Récolte
dans les localités de Kouakoulé et Farako - ba Sud La récolte du maïs, qui se fait sur pied, est réalisée
respectivement. par les femmes. Les épis récoltés sont déposés
La production du maïs se fait dans les champs dans différents contenants (des sacs en PP tissé,
de cases et les parcelles environnantes dans les des plats, etc.), qui, une fois remplis, sont versés à
villages de Kouakouale et de Farako - ba Sud. l’endroit aménagé pour le séchage et le déspathage.
L’égrenage se déroule en général dans les
champs de cases ou dans les concessions habitées Séchage
par les ménages (Missidougou et Gonion). Le premier traitement appliqué aux produits suite
à la récolte est le séchage. Ainsi, les épis de maïs
déspathés sont séchés sur une terrasse (si dispo-
15
Le revenu est indiqué sans que soient déduits les frais de nible), ou sur un espace nettoyé à cette fin. Une
fonctionnement de la structure. bâche ou un film plastique est alors placé au sol
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 49
TABLEAU 1.24
Importance des pertes de maïs selon la perception des acteurs/trices (région des Hauts-Bassins)
Importance des différentes opérations en termes de pertes
Déspathage x x
Moisissure des
Séchage des épis x x couches inférieures
des épis
Tri x x
Égrenage x x
Les résidus
Vannage x x d’égrenage ne sont
pas vannés
Teneur en humidité
Stockage/ élevée des
magasin x x grains, action des
producteurs déprédateurs (souris,
insectes)
Stockage/
x x Rotation rapide
collecteurs
Manutention x x
Transformation x x
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.
transportés par les femmes pour ensachage. Des en atmosphère confinée, qui empêche le déve-
enfants (filles et garçons) contribuent au travail, en loppement des insectes et de leurs larves. Il est
ouvrant les sacs neufs pour faciliter l’ensachage. Le également une solution à l’attaque des grains par
vannage/triage de la ‘poussière’ et des rachis par les rongeurs à domicile. Les avantages attendus des
les femmes permet de récupérer les grains qui s’y silos sont triple: i) le maintien de la qualité sanitaire
trouvent. des grains (sous réserve que le produit soit sain et
Avant 2012, dans la région des Hauts-Bassins, bien séché au départ, c’est-à-dire sans déjections
l’égrenage du maïs était fait en faisant passer le d’animaux et sans l’utilisation d’insecticides) ; ii)
tracteur sur le tas d’épis préalablement déspathé la possibilité de différer la vente, permettant ainsi
et séché. En 2017, le maïs est égrené à l’aide d’une l’accroissement du revenu des producteurs/trices,
égreneuse motorisée, ce qui a favorisé la multipli- et, iii) la bonne conservation des semences pour la
cation du nombre d’artisans ferblantiers fabricants prochaine campagne agricole, améliorant ainsi la
d’équipements d’égrenage au niveau régional. sécurité alimentaire du ménage.
L’adoption de ce mode d’égrenage motorisé par les
producteurs/trices est en adéquation avec la taille Transfert et stockage des sacs chez le
actuelle des exploitations destinées à la production commerçant
de maïs, qui varie de 2 à plus de 20 ha. De même que pour le sorgho, les grains de maïs,
conditionnés dans des sacs en PP tissés, sont
Conservation du maïs au niveau individuel transférés chez le commerçant en camion (voir le
Dans la région de l’étude, au niveau du produc- chapitre 1 sur le sorgho).
teur/trice, les silos métalliques fermiers et les sacs
en PP tissés sont utilisés pour le stockage du maïs. Commercialisation
Ce dernier type d’emballage est le plus utilisé par Comme cela a déjà été décrit, l’achat du maïs au
les producteurs et productrices pour le stockage à niveau des villages et des départements est assuré
domicile ou dans un magasin communautaire. par les collecteurs. Ces derniers travaillent en colla-
Silo métallique fermier. Le principe de conser- boration avec les demi-grossistes des provinces ou
vation du silo est celui du stockage des grains directement avec des grossistes des grands centres
TABLEAU 1.25
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans les Hauts-Bassins
Mois de l’année Quantité
Lieu Produits moyenne par
Étapes de la CAA Sous-produits
géographique principaux producteur
de à (tonnes)
Décortiqueuses Farine
Transformation et Moulins de Janvier Décembre
quartier Semoule
Transport – Janvier
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 51
urbains. Un collecteur peut collaborer avec plu- la faible capacité financière des commerçants
sieurs demi-grossistes ou grossistes généralement ne leur permettant pas de tirer profit des
appelés «commerçants de céréales». Des produc- stockages de longue durée;
teurs/trices organisés assurent également la com- les coûts de manutention et les prélèvements
mercialisation du maïs. C’est le cas, par exemple de illicites lors du transport. En effet, en dehors
l’UPPA/Houet, membre de la FEPA-B. des prélèvements officiels (taxes, péages), les
transporteurs routiers sont victimes de frais
Transformation illicites dont les montants sont jugés exorbi-
Le maïs est transformé en farine, semoule ou tants dans certains pays voisins.
gritz, par des unités artisanales ou semi-indus-
trielles. Leurs produits sont commercialisés sur le La synthèse du diagramme de flux des CAA du
marché. La majeure partie du maïs consommé est maïs dans la région des Hauts-Bassins est présen-
décortiquée et broyée en farine ou semoule par les tée dans la figure 1.3.
équipements du quartier (décortiqueuse de type
Engelberg et broyeur à meule ou à marteaux), puis Implication des parties prenantes, en
transformée en mets dans les ménages. particulier des femmes, le long de la chaîne
d’approvisionnement
Description du système de commercialisation
des chaînes d’approvisionnement Récolte
sélectionnées Les femmes s’occupent de la récolte, en détachant
Le système de commercialisation du maïs dans les épis des tiges et en les déposant dans divers
les CAA de l’UPPA/Houet est constitué du rem- contenants. Une fois les récipients remplis, elles
boursement en nature (céréales) par les membres les transportent au lieu aménagé pour recueillir les
du crédit de campagne contracté, des achats de épis. Le déspathage des épis est assuré principale-
céréales opérés auprès des producteurs/trices, des ment par les femmes âgées.
contributions volontaires de certains membres, et Au niveau de cette région, les femmes des
des recettes (payées en nature) des prestations des deux groupes rencontrés ont parlé sans retenue,
égreneuses de maïs. même si à la fin, une femme a révélé avoir reçu des
Les stocks de céréales sont regroupés au niveau menaces verbales et vouloir se taire.
départemental et acheminés au magasin central Elles ont évoqué leur non implication dans
de l’UPPA/Houet à Bobo-Dioulasso. L’UPPA/ les décisions concernant les activités post récolte
Houet dans son ensemble, ses unions et ses du maïs, notamment la vente. Elles se contentent
groupements de base membres, commercialisent des explications peu convaincantes fournies par
annuellement environ 5 000 tonnes de céréales les époux sur la destination des fonds générés par
(dont le maïs) et de niébé. La SONAGESS, le ces ventes, ceux-ci ne disposant pas de preuves de
Catholic Relief Services (CRS), le PAM, les unités leurs propos. Des hommes présents à la rencontre
de transformations locales, les commerçants gros- se sont défendus en déclarant que les femmes ima-
sistes et les consommateurs individuels sont les ginent des choses qui n’existent pas. Cet aveu des
principaux clients de l’UPPA/Houet. hommes, de la non implication des femmes dans la
La CAA classique organisée autour d’un com- gestion financière, laisse libre cours à l’imagination
merçant grossiste. Ce dernier dispose de collec- des femmes, et témoigne de l’opacité qui entoure
teurs/trices qui assurent son approvisionnement la gestion des stocks par les hommes.
en maïs. Il est également approvisionné par les
commerçants de céréales demi-grossistes des Égrenage mécanisé/vannage
départements et par des organisations de produc- A l’observation, le travail qui échoit aux femmes
teurs/productrices qui sont dans la dynamique de est plus important que celui des hommes. Elles
vente groupée. assurent le transport des épis, des grains et des
Plusieurs facteurs internes et externes affectent rachis et le vannage. La performance des égre-
le fonctionnement normal des marchés, induisant neuses, oblige les femmes à adopter une cadence
souvent des coûts élevés des céréales, notamment accélérée entre le stock d’épis et l’égreneuse, afin
le maïs sur les marchés de consommation. Il s’agit d’éviter l’interruption d’alimentation.
essentiellement de: Au cours d’une discussion de groupe (focus
l’état défectueux des routes dans les zones de group), des femmes interviewées estiment que bien
production; que le rythme soit très soutenu, cette activité est
52 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
FIGURE 1.3
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans les Hauts-Bassins
Récolte
(coupe des épis)
Déspathage
Tri
Egrenage
Vannage
(si nécessaire)
Conditionnement
Transport
Vente groupée/
Transport au marché
producteurs
Commercialisation
(institutions, export)
un jeu pour elles en comparaison des travaux des Il est toutefois possible d’imaginer que les effets
champs plus fatigants. A la fin des travaux d’égre- de ce travail sur ces femmes sont similaires à ceux
nage/vannage, une certaine quantité de grains est observés durant d’autres activités.
donnée aux femmes qui la repartissent entre elles.
Transformation
Stockage chez les commerçants La transformation du maïs en farine, semoule et gritz
Les interviews réalisées auprès des commerçants est assurée par quelques unités semi- industrielles et
de maïs ont révélé que les femmes interviennent une multitude d’unités artisanales mises en place par
dans le nettoyage des stocks. Cependant, compte des groupements de femmes ou des promotrices
tenu des difficultés de collaboration avec certains individuelles. La majeure partie des besoins en farine
commerçants, il n’a pas été possible d’interroger des ménages est satisfaite par le biais des moulins de
ces femmes. quartier, tenus par les hommes. La transformation
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 53
TABLEAU 1.26
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du maïs - Environnement
PRODUCTION Quantité Unité
Énergie Essence ND
Énergie Électricité
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
de la farine et de la semoule en produits prêts à être de la charrue pour certaines opérations comme le
consommés est faite dans les ménages. labour et le sarclage, et quelques fois le semis et le
Au plan national, l’étude du CILSS sur l’ana- buttage. Ce sont les mêmes opérations culturales
lyse des pertes après récolte et de la sécurité qui sont aussi réalisées au moyen de tracteurs dans
alimentaire au Burkina Faso (CILSS, 2015) estime certaines exploitations beaucoup plus grandes. Les
que la transformation du maïs est réalisée à 98,2% exploitations agricoles de maïs utilisent beaucoup
par les femmes et à 1,8% par les hommes. plus d’engrais (urée et NPK) que les exploitations
Les tableaux 1.26 et 1.27 suivants fournissent vivrières (sorgho, mil, niébé, fonio, etc.), ce qui,
des éléments sur l’évaluation environnementale. en conjugaison avec la fumure organique et le
La production du maïs dans les Hauts-Bassins potentiel productif de certaines variétés améliorées
se fait durant la période de l’hivernage (de juin de maïs, rentabilise mieux les investissements sur
à octobre) bien qu’une importante quantité soit l’exploitation. Le maïs est particulièrement utilisé
produite sur les plaines aménagées dans cette en rotation avec le coton pour lui faire profiter de
région en saison sèche (de novembre à mai). Le l’arrière effet de l’engrais coton.
maïs est produit en monoculture ou en culture Le stockage du maïs se fait dans un premier
associée avec le niébé ou le sorgho. C’est une temps en épis au champ. Dans certaines exploi-
culture en grande partie manuelle utilisant la tations, le stockage en épis peut perdurer lorsque
daba pour les opérations culturales telles que le les épis sont conservés à domicile. Dans la majo-
défrichage, le semis, le sarclo-binage et surtout la rité des exploitations, les grains de maïs issus de
récolte (pour constituer les moyettes). l’égrenage sont stockés en sacs traités avec des
La production du maïs est beaucoup plus insecticides. L’utilisation des silos métalliques, de
mécanisée que celle du sorgho avec l’utilisation sacs triple fond ou même les magasins individuels
54 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.27
Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement du maïs
Facteurs Description Détails
Végétation constituée
Degré de dégradation et qualité du sol Sols moyens
d’arbres et d’arbustes
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
ou communautaires, est de plus en plus observée LES PERTES APRÈS RÉCOLTE DANS LA
pour le stockage des grains. CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU
Le moyen de transport privilégié est la charrette MAÏS
asine. De plus en plus de ménages font appel aux Points critiques de pertes: types et niveaux
motos tricycles à essence pour les transferts des des pertes après récolte dans les chaînes
récoltes (épis ou grains) des champs vers les lieux d’approvisionnement sélectionnées
de stockage. Les camions diesels sont essentielle- La revue documentaire, les personnes-ressources
ment utilisés pour les transferts des quantités com- rencontrées, et les échanges avec les groupes de
mercialisées des marchés vers les grands centres discussion (focus groupes) de producteurs/trices
urbains. ont permis de collecter des avis et appréciations
La commercialisation du maïs est faite au sur les points pour lesquels sont enregistrées les
moyen des unités de mesure locales (yoruba16, principales pertes quantitatives et qualitatives. Ces
boîte de tomate, tine17, etc.) puis en sacs de 100 points critiques sont:
kg en polypropylène. L’utilisation des bascules la récolte (plants et épis tombés),
intervient bien souvent dans le cadre de transac- le séchage des épis (pourriture),
tions beaucoup plus formelles comme les achats l’égrenage (grains brisés, projetés, etc.),
institutionnels. le stockage au magasin des producteurs
Il est à noter que ces informations ne sont pas (attaques de déprédateurs),
documentées par les OP faîtières même au niveau le transport chez les grossistes (grains tombés
national. des sacs),
la transformation primaire (perte de farine et
importance des sous-produits).
Pertes quantitatives
Les pertes quantitatives ont été effectivement
déterminées aux étapes de la récolte, de l’égrenage
16
Un yoruba de maïs équivaut à 2,864 kg. Un bol ou un mécanique, du transport des sacs chez le commer-
plat fait office de contenant. çant, et de la transformation.
17
La tine (bassine émaillée d’un format toujours iden- Des évaluations physiques ont été faites sur le
tique) est une unité de volume correspondant à son
remplissage maximum. La tine vaut 7 plats. Une tine de
terrain en vue de quantifier les pertes aux points
maïs équivaut à 17 kg. critiques indiqués par les acteurs et personnes-res-
sources.
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 55
TABLEAU 1.28
Pertes à la récolte du maïs à Kouakoualé et Farako-ba (région des Hauts-Bassins)
Superficie Production Pertes Production Taux de
Localité Exploitant Sexe suivie totale récoltée au champ/ha récoltée/ha pertes au
(ha) (kg) (kg) (kg) champ (%)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.29
Taux de pertes à l’égrenage du maïs à Missidougou (région des Hauts-Bassins)
Pertes de grains à l’égrenage (kg)
Poids Poids Grains
Opérations menées des épis des rafles obtenus
(kg) (kg) (kg) Dans la poussière/
Sur les rafles
plastique
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.30
Taux de pertes à l’égrenage du maïs à Gonion (région des Hauts-Bassins)
Pertes de grains à l’égrenage (kg)
Poids Poids Grains Taux de pertes
Opérations menées des épis des rafles obtenus des grains
(kg) (kg) (kg) Dans la poussière/ (%)
Sur les rafles
plastique
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Les données sur l’égrenage manuel visaient à parmi lesquels un échantillon de 10 sacs a été suivi.
comparer les performances des égreneuses uti- La perte moyenne par sac sur cet axe d’approvision-
lisées. Cette voie n’a pas été convenablement nement est de 0,21 kg (voir le tableau 1.31).
explorée.
Transport des sacs entre Séguéré et Bobo-
Pertes au transport des sacs chez le Dioulasso
commerçant (suivi des cargaisons) La route Séguéré-Bobo-Dioulasso est distante de
Quatre suivis de cargaison de maïs à livrer dans le 60 km avec 17 km de piste en mauvais état. Le
magasin d’un commerçant ont été effectués. véhicule transportait une cargaison de 47 sacs de
maïs et un échantillon de 10 sacs a été suivi. L’état
Transport des sacs entre Missidougou et Bobo- des sacs utilisés pour le conditionnement du maïs
Dioulasso a été jugé moyen. La perte moyenne par sac sur
La distance entre Missidougou et le magasin du cet axe d’approvisionnement est de 0,56 kg (voir
commerçant à Bobo-Dioulasso est de 40 km sur une le tableau 1.32).
piste en mauvais état au moment du suivi. Le véhi-
cule assurait en même temps le transport d’autres Transport des sacs entre Banfora et Bobo-
marchandises avec une carrosserie pouvant abîmer Dioulasso
les sacs neufs dans lesquels le maïs a été conditionné. Un suivi de cargaison a été réalisé sur l’axe Banfo-
La quantité totale de maïs transportée est de 20 sacs, ra-Bobo-Dioulasso distant de 80 km et bitumé.
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 57
Perte moyenne par sac 0,41 Perte moyenne par sac 1,84
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2
novembre 2015 et le 16 avril 2016. novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.35
Estimation des pertes de maïs sur les axes suivis (région des Hauts-Bassins)
Distance de Pertes moyennes Estimation du nombre Pertes estimées sur la période
Localité
N° Bobo-Dioulasso par sac de sacs de décembre sur l’ensemble des cargaisons
de départ
(km) (kg) à avril (kg)
Karankasso
4 42 1,84 5 102 9 387
Sambla
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Les sacs utilisés ont été jugés de bonne qualité Les données de pertes sur un axe d’appro-
et un échantillon de 10 sacs a été suivi sur un visionnement étant spécifiques à cet axe, le
total de 87 sacs. L’état du véhicule était passable tableau 1.35 fait une estimation des pertes sur
avec une route en bon état. La perte moyenne en chaque axe suivi.
grains déterminée par sac est de 0,41 kg (voir le Les pertes par sac varient de 0,21 à 1,84 kg selon
tableau 1.33). les axes et les tronçons de route empruntés, et les
pertes globales par axe pour une campagne de
Transport des sacs entre Karankasso Sambla et collecte varient de 2,5 tonnes à 9,3 tonnes environ.
Bobo-Dioulasso L’ensemble des pertes pour les axes d’approvision-
Un suivi de cargaison a été réalisé entre Karankas- nement suivis est d’environ 21 tonnes.
so Sambla et Bobo-Dioulasso, sur un tronçon de
42 km dont l’état est médiocre; l’échantillon suivi Pertes à la transformation
était de 10 sacs sur une cargaison totale de 68 sacs Les pertes à la transformation ont été suivies pour
de maïs. L’état du véhicule a été jugé passable les transformations artisanales et semi-industrielles
et les sacs utilisés étaient en bon état. La perte du maïs en farine ou semoule. Selon le responsable
moyenne déterminée par sac est de 1,84 kg (voir de l’unité, la collecte de données auprès de l’unité
le tableau 1.34). semi-industrielle n’a pu être achevée pour des
58 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.36
Données de transformation du maïs en farine par le procédé artisanal (1er essai)
Facteur (taux)
Procédé Produit Poids de 100 Observations
de conversion
Lavage à l’eau/
Essorage
Source: résultats du diagnostic préliminaire et de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.37
Données de transformation du maïs en farine par le procédé artisanal (essai 2)
Facteur (taux) de
Procédé Produit Poids de 100 Observations
conversion
Lavage à l’eau/
Maïs nettoyé et trempé 93,1 1,07 Reprise d’eau suite au trempage
Essorage
Source: résultats du diagnostic préliminaire et de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.38
Détermination des pertes au stockage du maïs (région des Hauts-Bassins)
Taux de pertes quantitatives de produits consommables en %
Exploitant(e)s
A la récolte Avant égrenage Au stockage Au stockage
(15/11/15) (20/12/15) (29/01/16) (15/04/16)
*Stock infesté
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Le taux de pertes de produits consommables Causes des pertes après récolte et mesures
chez tous les producteurs échantillonnés augmente identifiées pour les réduire
globalement de la récolte jusqu’à la fin du suivi, Récolte et séchage
soit sur une période de 5 mois. Le taux moyen de Charge de travail élevée des membres du
pertes observé au stockage retenu est de 2,7%. ménage. La saison pluvieuse (de juin à
octobre) est la période au cours de laquelle
Pertes qualitatives au stockage les activités de production végétale sont les
Une forte infestation des grains de maïs par les plus intenses, particulièrement dans la région
insectes a été observée lors du dernier suivi. Cela des Hauts-Bassins, qui jouit de faveurs cli-
témoigne de la dégradation du produit au cours de matiques permettant de mener à la même
son stockage. Pour rappel, le maïs est stocké dans période plusieurs activités champêtres. Plu-
des sacs en PP tissés et gardés à domicile. Il n’a pas sieurs cultures ont un cycle relativement
fait l’objet de traitement particulier de conservation. semblable et leur maturité intervient en fin
Le maïs conditionné en silos ou en sacs de type de saison, comme c’est le cas pour le maïs, le
PICS18 n’a pas été concerné par ces investigations coton, le sésame, le niébé, l’arachide, etc.
au regard de la difficulté à prélever des échantil- Pour les ménages agricoles, c’est un défi d’en-
lons dans des structures hermétiques. En effet, ces granger le maximum de produits en un temps
structures, qui permettent de préserver la qualité relativement court pour ne pas voir le fruit de
du stock, risquaient d’être contaminées si elles leurs efforts de plus de trois mois s’évanouir
étaient ouvertes en milieu de stockage. Aussi, peu du fait d’aléas climatiques, de déprédateurs,
de producteurs/trices utilisent ces technologies d’animaux sauvages et domestiques et même
dans les CAA sélectionnées. des hommes. Relever ce défi entraîne une
En moyenne, pour les échantillons de maïs multiplication des activités pour tous les
collectés au cours des trois missions successives membres des ménages, surtout pour ceux
de suivi des stocks, le poids des grains sains est qui pratiquent la maïsiculture en saison plu-
supérieur à 85%, autrement dit, les stocks sont vieuse. A cette complexité des tâches de tous
encore de bonne qualité pour être commercialisés. les acteurs et actrices, s’ajoute le calendrier
Dans le cadre de la présente étude, les échantillons habituellement chargé des femmes.
collectés indiquent que les stocks de maïs sont de Pluies tardives. Le cycle végétatif du maïs
qualité A ou B (normes SONAGESS), donc conser- est compris entre trois et quatre mois et
vables dans les conditions de leur prélèvement. généralement, le maïs est l’une des cultures
qui est implantée tôt en début de saison pour
sa contribution à la réduction de la période de
soudure. Bien souvent, les variations clima-
18
PICS est la marque des sacs hermétiques développés tiques entraînent des pluies qui interviennent
par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
bien longtemps après la maturité des grains.
plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais Comme la dormance est très courte, surtout
elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso. pour les variétés améliorées, les grains des
TABLEAU 1.39
60
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du maïs (région des Hauts-Bassins)
Étape de la % de pertes % de pertes sur les Impacts/acteurs Perception
Type Causes des pertes / Baisse de valeur Solutions
chaîne/ dans ce points critiques des affectés des acteurs
de perte raison des faibles pertes marchande recommandées
processus processus pertes étudiées (hommes/femmes) (hommes/femmes)
Pluies tardives
Charge de travail
élevée pendant la
période, surtout pour Pertes de
les femmes revenus Planification de la
Impact production
Épis de petite taille Niveau de pertes
Récolte Quantitative 3,5 30 cachés dans les herbes Non négatif sur la très peu perçu par Sensibilisation des
disponibilité les acteurs producteurs/trices
Séchage insuffisant alimentaire
des épis au niveau du
Non implication des ménage
femmes dans les
décisions au niveau
des ménages
Amélioration
du dispositif de
séchage des épis
Taux d’humidité élevé Pertes de (cribs, bâche, etc.)
des grains fortement revenus Niveau de pertes
adhérés aux épis Sensibilisation des
Impact très peu perçu, et
producteurs/trices
Égrenage/ Faible performance négatif sur la ce d’autant plus
Quantitative 5,6 47 Non sur l’organisation
vannage des égreneuses disponibilité que les grains sont
du travail
alimentaire picorés ensuite
Organisation
au niveau du par la volaille Promotion de
insuffisante des
ménage l’utilisation
opérations menées
d’égreneuses/
batteuses
multifonctionnelles
Pertes de
revenus Pertes très
Utilisation de
Impact perceptibles par
Quantitative Attaques des matériels adéquats
Stockage négatif sur la les acteurs, d’où
2,7 23 déprédateurs (souris, Oui (silos métalliques,
(5 mois) Qualitative disponibilité la recherche de
insectes, etc.) sacs de type PICS*,
alimentaire méthodes de
bidons, etc.)
au niveau du stockage efficaces
ménage
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 61
épis qui sont en contact avec le sol ou même riels acquis ou loués plus ou moins perfor-
sur pied, dans certaines conditions hygromé- mants. La faible performance de l’égreneuse,
triques, commencent à germer. conjuguée au séchage inadéquat des épis,
Épis tombés ou cachés. La verse des plants du peut engendrer de nombreux grains cassés
fait de certaines conditions agro-climatiques, ou brisés, plus vulnérables par la suite aux
des termites et des mauvaises herbes en attaques d’insectes et aux infestations par
abondance (surtout les dicotylédones qui ont les microorganismes, et qui ne peuvent plus
une croissance très rapide en fin de saison), être conservés ou même commercialisés. Les
cachent les épis tombés dans les champs. cassures et brisures des grains augmentent
Dans la zone d’étude, l’utilisation d’herbi- donc les risques de pertes qualitatives et
cides (atrazine, Roundup, etc.) en début de quantitatives aux étapes ultérieures.
cycle pour le maïs est quasi générale, afin de Grains projetés. Les grains sont projetés sous
lutter contre les mauvaises herbes. Ensuite l’effet du débit d’air trop important de l’égre-
intervient le sarclage puis le buttage. Entre neuse, assurant un vannage du produit issu de
le buttage et la maturité des grains, il peut l’égrenage. La maîtrise du débit d’air pour un
s’écouler plus de trente jours au cours des- égrenage et vannage optimum est nécessaire
quels la croissance des mauvaises herbes n’est dans le but d’avoir des grains suffisamment
plus réprimée. Il arrive alors que la récolte propres pour la commercialisation. Afin de
soit réalisée au milieu de hautes herbes, qui réduire les pertes à ce stade, il faut soit
constituent des poches dans lesquelles des disposer de suffisamment de bâches pour la
épis peuvent se retrouver cachés, du fait aussi récupération des grains projetés, soit assurer
de leur petite taille. un meilleur réglage de la ventilation de l’équi-
Séchage insuffisant des épis ou des grains. pement pour éviter les pertes par projection.
Le séchage insuffisant des épis engendre des
pourritures et dans une moindre mesure des Les mesures identifiées pour réduire les pertes au
moisissures. La pratique de la récolte du maïs niveau de l’égrenage/vannage sont: i) améliorer
dans cette région consiste à casser les épis sur l’accessibilité aux dispositifs de séchage des épis
les plants sur pied puis à procéder au déspa- (cribs, bâches); ii) disposer de suffisamment de
thage des épis sous un abri ou un arbre. Ce bâches pour pallier à la projection des grains; iii)
sont les épis déspathés qui sont mis à sécher sensibiliser les producteurs pour une meilleure
bien souvent en tas. Ce séchage est réalisé à organisation de l’activité d’égrenage/vannage; iv)
même le sol avec ou sans bâche. Au cours du promouvoir l’utilisation d’égreneuses multifonc-
séchage, il peut survenir des pluies tardives tionnelles (maïs et sorgho) qui sont plus perfor-
qui auront des conséquences sur le séchage mantes.
des épis des couches inférieures mal aérées.
Transport
Les mesures identifiées pour la réduction des pertes Mauvais état des emballages. Tout comme
lors de la récolte et du séchage sont: i) former et le sorgho, les sacs en PP généralement uti-
sensibiliser sur le planning de la production végé- lisés pour le conditionnement des grains
tale en hivernage et sur la diminution de la charge sont bien souvent de très mauvaise qualité
de travail des femmes, pour que les activités du (même neufs) ou en mauvais état (percés par
ménage soient organisées et planifiées; ii) renforcer endroits).
les capacités sur l’itinéraire technique; iii) améliorer Mauvaise manutention des sacs. Les manu-
l’accessibilité aux semences améliorées; iv) amélio- tentionnaires sont payés à la tâche et pour
rer le dispositif paysan pour le séchage des épis par gagner plus, ils manipulent les sacs avec peu
la diffusion de nouvelles technologies de séchage au de soin pour aller vite, provoquant ainsi des
profit des ménages. déchirures, surtout pour les sacs de 100 kg
bien remplis.
Égrenage/vannage Mauvais état des routes et des véhicules de
Grains brisés. L’égrenage mécanisé du maïs transport du grain. Les voies de communi-
est quasi généralisé dans la région, surtout cation dans les zones de production sont
au niveau des ménages qui exploitent des généralement en mauvais état. Elles sont
superficies relativement importantes en maïs. très peu entretenues et bien souvent ravinées
Les épis sont égrenés au moyen de maté- par les eaux de pluies chaque année. Sur ces
62 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
voies, les opérateurs ne mettent en circulation décorticage du maïs génère des brisures avec une
que des véhicules en très mauvais état, ce qui part importante d’albumen (farine) qui se mélange
provoquent des déchirures au niveau des sacs au péricarpe et au germe (sous-produits).
et par la suite la chute des grains tout le long
du transport. Le rendement de la transformation artisanale du
maïs pourrait être amélioré par la réduction des
Les mesures identifiées pour la réduction des pertes pertes au niveau du décorticage, grâce à l’utilisa-
lors du transport sont: i) conditionner le maïs tion de décortiqueuses plus performantes à recher-
dans des sacs en bon état; ii) sensibiliser les manu- cher (abrasif à disque, etc.). Des investigations plus
tentionnaires sur les opérations de chargement/ poussées sont à mener.
déchargement; iii) protéger les sacs au cours du
transport, en déposant des bâches sur les carrosse- Causes transversales
ries des véhicules qui sont en mauvais état. La faible participation des femmes aux décisions
relatives aux activités après récolte, l’accès contrô-
Stockage lé des femmes aux stocks destinés à l’alimentation
Les insectes, en particulier les coléoptères (Sito- et la quasi-absence de contrôle des revenus générés
philus sp., Rhizopertha dominica, etc.), infestent par la vente du maïs démotivent les femmes.
les grains au cours du stockage si aucun traitement
n’est fait, ce qui est le cas du stockage du maïs Les mesures identifiées pour réduire les pertes de
chez les producteurs à domicile. Au cours de maïs après récolte portent sur la sensibilisation/
l’entreposage du maïs blanc et jaune, la dynamique formation des agents d’encadrement des services
de population des insectes est favorisée par les techniques, des acteurs/trices et des organisations
conditions hygrométriques très favorables et ces faîtières sur les causes des pertes, dans le but d’un
ravageurs primaires prolifèrent très rapidement. changement de comportement positif en faveur de
Les pertes, relativement faibles à la récolte, plus d’équité entre les hommes et les femmes. Les
deviennent importantes après seulement trois à mesures techniques préconisées doivent veiller à la
quatre mois de stockage à domicile ou en magasins. prise en compte des besoins spécifiques des hommes
Le maïs est aussi attaqué par les rongeurs durant et des femmes afin de garantir des résultats perfor-
le stockage. Une des solutions à ces infestations mants.
est l’utilisation de silos métalliques fermiers, qui
suscitent un réel engouement actuellement. Points de faibles pertes et bonnes pratiques
La conservation du maïs en grains dans des sacs Par rapport aux étapes suivies, il a été constaté
avec traitement à la phosphine donne des résultats un taux de pertes relativement faible au niveau
satisfaisants si un minimum de précaution est pris du transport des sacs de maïs. Certains acteurs,
par l’opérateur lors de l’utilisation de ce produit. utilisant de vieux véhicules avec une carrosserie
défectueuse, étalent une bâche pour éviter que la
Les mesures identifiées pour la réduction des pertes carrosserie ne déchire les sacs de grains, et pour
lors du stockage portent sur l’utilisation de maté- permettre également la récupération des grains
riels assurant la sécurité des denrées, tout en qui s’échappent des sacs (sacs percés, couture
préservant la santé des utilisateurs, contrairement manuelle mal faite, etc.). Ces pratiques permettent
à l’utilisation du PH3 utilisé à large échelle, même de réduire les pertes. Mais elles ne sont pas suffi-
dans les domiciles. L’utilisation d’emballages her- santes au vu des facteurs de risque importants. Des
métiques de type PICS ou de silo est également mesures devront être prises au niveau du renforce-
encouragée. ment des infrastructures (transport, emballages).
Par ailleurs, les grains de maïs se conservent
Transformation bien en milieu paysan dans les silos métalliques,
Les principales pertes à la transformation arti- les sacs triples fonds et dans d’autres conditions
sanale du maïs sont enregistrées au niveau du de stockage hermétique (bidons, fûts plastiques et
décorticage. La décortiqueuse utilisée est de type métalliques).
‘Engelberg’, avec une technologie très ancienne
et non spécifique au décorticage du maïs. Ce
type d’équipement est également utilisé pour le
décorticage du sorgho et du mil et même du riz
dans ces régions. Son adaptation non maitrisée au
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 63
STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES Les conséquences des pertes de maïs dans la
ALIMENTAIRES DE MAÏS Boucle du Mouhoun sont: i) la réduction des
Impact des pertes dans les chaînes revenus des producteurs et des commerçants, ii) la
d’approvisionnement sélectionnées réduction de la disponibilité alimentaire dans la
L’impact des pertes est ressenti au niveau indivi- région et dans les ménages, iii) l’accroissement
duel (producteur ou commerçant) et au niveau de nouvelles terres de cultures par l’abattage des
national. arbres.
Les pertes à la récolte (3,5%) et à l’égrenage
(5,6%) diminuent les revenus du producteur et Ressources nécessaires et analyse coûts-
influencent négativement la disponibilité alimen- bénéfices des mesures de réduction des
taire au niveau du ménage. Cette situation renforce pertes
la faiblesse économique du producteur, ce qui est Le tableau 1.40 présente les ressources nécessaires
un frein à l’amélioration de la performance de son et l’analyse coûts-bénéfices des mesures de réduc-
exploitation par l’acquisition d’équipements et de tion des pertes pour une durée de dix ans au niveau
matériels nécessaires. des points critiques de pertes.
A l’échelle de la région des Hauts-Bassins, ces Les solutions proposées pour réduire les pertes
pertes affectent négativement la disponibilité et la de maïs sont décrites dans le tableau 1.41 et
sécurité alimentaire. L’estimation de l’importance développées au niveau des axes stratégiques de la
économique de ces pertes (voir le tableau 1.40) section suivante. Pour chaque étape de la chaîne
est une base sur laquelle pourrait s’appuyer un d’approvisionnement, l’hypothèse est que la com-
plaidoyer pour encourager leur réduction. binaison de plusieurs interventions contribuera à
La production du maïs dans la région des réduire les pertes alimentaires de 80% à la récolte,
Hauts-Bassins au cours de la campagne agricole à l’égrenage, au transport et au stockage. Le coût
2015/2016 pour les campagnes de saison de pluie de chaque intervention s’étale sur une période de
et de saison sèche a été de 615 920 tonnes. dix ans. Il est possible d’évaluer la rentabilité des
TABLEAU 1.40
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le maïs (région des Hauts-Bassins)
Codes
pour les Rubriques Valeurs Unités Calculs
calculs
c Taux de pertes 12 %
f Amortissement 10 années
interventions en déduisant le coût amorti de la Sur la base du taux de pertes mesuré, les pertes
valeur économique de la réduction des pertes. alimentaires totales sont estimées à 74 000 tonnes
La faisabilité économique, l’acceptabilité annuellement soit une valeur de 20,6 millions
sociale, l’impact environnemental et la gestion d’USD, c’est-à-dire 11,5 milliards de francs CFA.
de la mise en œuvre pratique de ces interventions Les économies liées à la réduction des pertes avec
doivent être soigneusement étudiés au préalable. la mise en œuvre des mesures sont estimées à plus
Leur formulation et leur exécution devraient être de 16 millions d’USD pour une baisse attendue de
inclusives et impliquer les parties prenantes perti- 59 200 tonnes. La rentabilité attendue des mesures
nentes burkinabés. est de 15,8 millions d’USD chaque année dans
La quantité de produit est la production de la région des Hauts-Bassins, soit 8,8 milliards
maïs de la région des Hauts-Bassins pour la de francs CFA.
campagne agricole 2015/2016 (saison sèche, Il est à noter que Les pertes à la transformation
saison humide); elle est estimée à 615 920 du maïs ne sont pas prises en compte dans l’étude
tonnes, dont 548 tonnes au titre de la cam- car les quantités transformées au niveau artisanal
pagne sèche. Cette quantité est en hausse de sont faibles.
19% environ par rapport à la production de
la campagne précédente dans cette région. Axes d’intervention et plan d’action pour
Par rapport aux cinq dernières années, cette réduire les pertes après récolte de maïs
hausse est de l’ordre 8%. Sur la base des résultats obtenus, les axes d’inter-
La valeur du produit est le prix sur le marché vention suivants ont été retenus pour réduire les
de production au mois d’avril 2016 suivant les pertes après récolte de maïs:
prix diffusés par le SIM SONAGESS pour le la sensibilisation et le renforcement de capa-
marché de référence de Colma à Bobo-Diou- cités des agents de vulgarisation, et le lob-
lasso, dans la région des Hauts-Bassins. Il est bying auprès des structures d’appui privés;
de l’ordre de 140 000 FCFA la tonne, soit 250 la diffusion des bonnes pratiques de récolte et
USD en octobre 2015, et de 156 000 FCFA d’après récolte;
(278,6 USD) au mois d’avril 2016. la promotion à l’utilisation de matériels après
Le taux de pertes est la somme des taux de récolte pour l’égrenage/vannage du maïs;
pertes des PCP considérés pour l’étude dans l’appui pour l’acquisition de matériels et
la région des Hauts-Bassins (12% de la pro- d’infrastructures de stockage.
duction totale initiale).
La réduction désirée du taux de pertes est une Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan de
estimation du taux de réduction souhaitée au suivi et d’action suivant est recommandé:
bout des 10 ans ; elle est estimée à 80%.
Le coût des interventions est estimé à 6,3 1. Titre du projet proposé : Intégration des
millions d’USD, soit 3,5 milliards de francs initiatives de réduction de pertes alimentaires
CFA. Il représente la valeur des mesures de maïs pour les petits exploitants (hommes
identifiées pour leur mise en œuvre. Les et femmes) dans les zones à déficit vivrier.
caractéristiques techniques et les aspects de
faisabilité technique et économique (ren- 2. Résultats attendus
tabilité) pour les artisans et les fabricants La réduction des PAR est prise en compte
des technologies recommandées et pour les dans la politique agricole et par les projets et
producteurs individuels sont présentés en programme en élaboration.
annexe. Les agents de vulgarisation agricoles (services
L’amortissement est la durée souhaitée des techniques et organisations faîtières) ont été
interventions pour réduire les pertes sur les sensibilisés et formés sur les techniques de
points critiques identifiés. Il est prévu sur réduction des PAR et sur la réduction des
dix ans. inégalités hommes/femmes en lien avec les
Le coût annuel des opérations représente le PAR.
coût de la mise œuvre des mesures. Il est La réduction des PAR d’au moins 25% dans
estimé à 15% du coût des investissements les localités d’intervention du projet pour le
annuels. maïs.
TABLEAU 1.41
Récapitulatif des causes des pertes de maïs et des solutions proposées pour leur réduction dans la région des Hauts-Bassins
Réduction des
Ampleur des pertes
pertes
Coût des
Points Pertes interventions
critiques Taux Taux de économiques Causes des pertes Solutions pour réduire les pertes
Économies sur 10 ans
de pertes Poids de pertes/ (USD) Taux
liées (USD)
(tonnes) pertes quantité (%)
(USD/an)
(%) initiale (%)
Promouvoir l’utilisation de
matériels adéquats (silos
métalliques, sacs de type PICS*,
Stockage 2,7 2,45 4 179 000 Attaques par les déprédateurs bidons, etc.) en tenant compte 80 3 343 200 4 577 620
15 000
des spécificités hommes/femmes
Appuyer la construction de
magasins de stockage
PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude (2015-2016).
66 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.42
Budget prévisionnel des mesures identifiées de réduction des pertes de maïs dans les Hauts-Bassins
Points critiques Prix unitaire Durée / Coût (USD) sur
Mesures pour réduire les pertes
de pertes (USD) quantité 10 ans
Égrenage/vannage
Égreneuse multifonctionnelle (maïs + sorgho) 3 570b 99 353 400
et transport
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
a
Estimation des membres de l’équipe chargée de l’étude
b
Chiffre fourni par un fabricant travaillant avec le PAM
c
Coût moyen de réalisation d’un magasin de 250 tonnes au niveau national
d
Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au
niveau individuel). Les silos de plus grande capacité (1300 kg) sont destinés aux organisations de producteurs en raison de 2 silos/commune.
Source: résultats de l’étude (2015-2016).
Chapitre 3
Le niébé dans la region du nord
19 20
Le gonré est un met traditionnel burkinabé à base de PICS est la marque des sacs hermétiques développés
farine de niébé, à laquelle est joutée de la potasse. La par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
purée obtenue est passée à la vapeur. Plat typique du produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
plateau Mossi, il se déguste accompagné de friture de plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais
poisson ou de viande. elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
70 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.43
Informations sur la production de niébé au niveau national (Burkina Faso)
Production annuelle
Surface cultivée Rendement moyen
(tonnes/an en
(ha) (kg/ha)
2015/2016)
Chaînes d’approvisionnement les plus Maillon production: Le niébé est produit par de
importantes du sous-secteur nombreux producteurs/trices organisés en grou-
La filière du niébé comporte plusieurs chaînes pements et en unions, et cela dans les quatre
d’approvisionnement, aussi bien dans la région du provinces de la région du Nord. Les superficies
Nord qu’au niveau national. Malgré la multitude vont de 0,25 ha (surtout pour les femmes) à 2 ou
de ces chaînes d’approvisionnement, il est possible 3 ha. Les producteurs/trices commercialiseraient
de les classer en deux types: environ la moitié de leur production de niébé
i. La chaîne la plus courante, dite classique, est pour disposer d’argent liquide afin de satisfaire
organisée autour d’un commerçant grossiste les besoins de leur ménage (scolarisation, santé,
qui organise sa collecte de niébé en vue d’ap- etc.). Cette vente est faite au marché de la localité
provisionner le marché national ou l’export. ou à domicile. Certains producteurs/trices, dans
Il existe une dizaine de grossistes céréaliers le cadre de leur organisation, pratiquent la vente
dans la région. La chaîne d’approvision- groupée de leur niébé.
nement classique draine la grande partie
commercialisée dans la région. Maillon commercialisation: Le maillon commer-
ii. La chaîne mise en place par des organisations cialisation comprend les collecteurs/trices, les
faitières de producteurs agricoles ou des commerçants grossistes, les demi-grossistes, et les
associations de développement organisant détaillants/tes. Ce maillon est organisé autour du
des producteurs de niébé dans ce sens. Dans grossiste qui met en place son réseau de collecte.
la région du Nord il n’existe qu’une struc- Selon l’étude commanditée par le CILSS en 2015
ture associative ou faitière de producteurs sur l’analyse des pertes après récolte et de la
faisant la collecte et la commercialisation sécurité alimentaire au Burkina Faso, la majorité
du niébé: l’Association formation dévelop- des commerçants sont des hommes. En termes de
pement et ruralité (AFDR). La chaîne de proportion, les grossistes ne sont que des hommes,
l’AFDR collecte le niébé auprès d’un réseau tandis que les femmes sont demi-grossistes (30%),
de producteurs/trices, et assure le nettoyage/ collectrices (37,8%) et détaillantes (47,4%). Ces
triage du stock avant de le commercialiser à statistiques concernent l’ensemble des produits
des institutions. agricoles.
TABLEAU 1.44
Présentation des chaînes d’approvisionnement du niébé sélectionnées
Nombre/ Projets
Chaînes Zones de Volume Marché des
Produit fini sexe de petits d’appui en
d’approvisionnement production (tonnes/an) produits finis
producteurs cours
Centres urbains,
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.45
Importance économique des chaînes d’approvisionnement du niébé choisies
Contribution à la Contribution à
Chaînes Importance Emplois Contribution à la sécurité
génération de revenus la génération
d’approvisionnement économique générés alimentaire
pour les acteurs de devises
59 318 FCFA
Amélioration de la
162 000 000 (déduction non
AFDR 2 731 – disponibilité du niébé dans les
FCFA faite des frais de
zones appuyées par le PAM
fonctionnement)
Amélioration de l’accessibilité
8 du niébé aux centres urbains
Commerçant 300 000 000 – –
collecteurs aux niveaux régional et
national
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.
21
Les quantités commercialisées ainsi que le prix de vente
ont été donnés avec approximation.
22
Déduction non faite des frais de fonctionnement de
l’Association.
72 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
Pertes présumées dans les chaînes bâches. Souvent, le séchage est fait à même le sol.
d’approvisionnement sélectionnées Le séchage de faibles quantités de gousses de niébé
Le tableau 1.46 ci-dessous présente l’importance des se fait en général sur un espace nettoyé dans la
pertes alimentaires selon la perception des acteurs parcelle d’habitation.
rencontrés au cours des interviews semi-structurés. La difficulté rencontrée au séchage est surtout
liée à l’acquisition de bâches en l’absence d’une
aire de séchage adaptée.
Les points critiques de pertes des chaînes d’appro- Battage, pilage, vannage
visionnement alimentaires du niébé portent sur les Le battage des gousses de niébé, effectué par les
opérations de récolte (pluie tardive, gousses non hommes ou les femmes, est utilisé pour une quan-
récoltées), de séchage (pluie tardive ralentissant tité importante de niébé.
le séchage et provoquant la moisissure), de bat- Il est pratiqué manuellement, pour des quanti-
tage/pilage manuel (grains brisés), et de stockage tés variant entre 300 à 1 000 kg de grains. Le projet
au niveau de certains producteurs (attaque de PROFIL a appuyé la diffusion d’une batteuse/
bruches). décortiqueuse de niébé qui en est à sa deuxième
génération chez le fabricant.
Le pilage (dans un mortier) est effectué par les
femmes pour des quantités plus petites.
LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT Les femmes procèdent au vannage manuel en
DU NIÉBÉ utilisant des plats et des calebasses. L’opération
Description des chaînes d’approvisionnement peut être menée par des hommes à l’aide de pelle
sélectionnées ou de paniers.
Les lieux de production visités sont quatre exploi-
tations des localités d’Aorêma, et Sonh dans la Stockage/conservation du niébé au niveau
province du Yatenga, et des localités de Gourcy et individuel
Kagapessogo dans la province du Zandoma. Dans les régions de l’étude, au niveau du produc-
Pour le suivi des cargaisons, les sacs de niébé teur/trice, les infrastructures et matériels utilisés
sont transportés des communes de Zogoré et Tallé pour la conservation du niébé sont les silos métal-
vers le magasin du commerçant grossiste dans la liques fermiers, les sacs à triple fonds, les bidons
ville de Ouahigouya, chef-lieu de la province du plastiques, et les sacs en PP tissés.
Yatenga dans la région du Nord. Les détails sur les silos métalliques fermiers et
Le niébé commercialisé par l’AFDR est collecté les sacs en PP tissés ont été fournis au niveau de la
dans les localités d’Aorêma et de Sonh et acheminé chaîne d’approvisionnement du maïs (chapitre 2).
dans les magasins de regroupement (de l’AFDR) à Seuls les sacs à triple fonds et les bidons plastiques
Ouahigouya (voir le tableau 1.47). sont présentés ici.
Sac à triple fonds. Avec l’appui des chercheurs de
Récolte l’Université de Purdue aux USA et de l’INERA, un
La production de niébé est récoltée deux ou dispositif de conditionnement des grains a été mis
trois fois en fonction de l’état de maturation des au point ces dix dernières années: il s’agit de deux
gousses. Les femmes en charge de cette opération sachets en polyéthylène (PEHD de 80 microns) et
utilisent plusieurs contenants pour collecter les d’un sac en polypropylène tissé ordinaire (PP), le
gousses (plats, morceaux de tissus noués sous tout appelé communément ‘triple ensachage’ ou
forme de sacs, sacs en PP tissés, etc.). Les gousses sac hermétique de type PICS (Purdue Improved
récoltées sont transportées à domicile pour séchage Crops Storage).
sur un espace préparé à cet effet avant battage. Le sac hermétique de type PICS permet un
conditionnement en milieu confiné des grains,
Séchage comme le silo métallique. Il est surtout utilisé
Le premier traitement appliqué au niébé suite à depuis la récolte par le producteur/trice pour la
la récolte est le séchage. Ainsi, les gousses sont conservation du niébé afin de mettre sur le marché
séchées sur une terrasse si disponible, ou sur un un produit de bonne valeur marchande (avec des
espace nettoyé à cette fin. Une bâche ou un film grains ayant le minimum de perforation).
plastique peut être utilisé pour le séchage des Les sacs de type PICS sont également utilisés
gousses. Peu de producteurs/trices disposent de par les producteurs semenciers et les commerçants
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 73
TABLEAU 1.46
Importance des pertes de niébé selon la perception des acteurs (région du Nord)
Importance des différentes opérations en termes de pertes
Observations/causes
Non importantes Importantes Très importantes
Opérations des pertes selon
les acteurs
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives
Gousses tombant de la
Transport à
x x charrette au cours du
domicile
transport
Séchage des
x x
grains
Conditionnement x x
Transport au
x x
marché
Stockage chez le
x x
collecteur
Transport au
x x
grossiste
Manutention x x
Stockage chez le
x x
grossiste
Transport chez
x x
client
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.
74 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
de niébé, hommes et femmes. Il est de plus en plus revenu (notamment les femmes chefs de ménage).
utilisé pour sécuriser le stockage de différentes L’étude du CILSS estime à 51,2% la proportion
semences agricoles. des ménages utilisant les bidons comme mode de
Autres contenants hermétiques – bidons en plas- stockage/conservation (CILSS, 2015).
tique. L’introduction du silo métallique fermier Dans la région du Nord, au cours du stockage,
a favorisé la compréhension des producteurs/ du fait du conditionnement en atmosphère confi-
trices agricoles vis-à-vis du conditionnement her- née par triple ensachage, le niébé n’est plus traité
métique et a développé leur intérêt pour cette avec des produits de conservation.
technique de conservation des grains. C’est ainsi
que s’est développé le stockage des grains en
bidons plastiques de capacités diverses (20, 40
ou 60 litres), surtout pour les petites quanti- PHOTO 1.7
Bidons plastiques utilisés pour la conservation du
tés de produits (pour la consommation ou les niébé, village de Sonh (région du Nord), 4 novembre
semences), et cela au profit des ménages à faible 2015
PHOTO 1.6
Sacs de type PICS utilisés par les producteurs pour la
conservation du niébé, village de Tankuy (Boucle du
Mouhoun), 5 février 2016
TABLEAU 1.47
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association formation développement et
ruralité – AFDR (région du Nord)
Mois de l’année
Lieux Produits Quantité
Étapes de la CAA
géographiques principaux (tonnes)
de à
Transport néant
Transformation néant
Vente au détail
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 75
La conservation du niébé en atmosphère confi- lien avec un grossiste, ils reçoivent des ressources
née dans des sacs hermétique de type PICS, dans de ce dernier pour l’achat de niébé dans les mar-
des silos ou des bidons plastiques pouvant se chés des localités. Le point des quantités collectées
fermer hermétiquement, donne de bons résul- est fait au grossiste chaque semaine. En retour, ils
tats après plusieurs mois de stockage. L’intérêt reçoivent du grossiste des ristournes au prorata
majeur de ce type de conservation est que le des quantités collectées.
produit est conservé sans traitement insecticide, Grossistes. Ils disposent de moyens financiers et
qui peut entraîner des risques sanitaires lorsque logistiques et d’infrastructures pour mener leur
les produits sont stockés à domicile (souvent dans activité de collecte et de mise sur le marché. Le
la maison d’habitation). Selon les producteurs/ grossiste est approvisionné par les collecteurs/
trices rencontrés, le niébé se conserve bien de trices ou par des demi-grossistes en période de
cette façon. Il s’agit d’un point de faible perte si le collecte. Les commerçants grossistes peuvent dis-
stockage hermétique est pratiqué. poser de leurs propres collecteurs. Ils approvi-
sionnent les demi-grossistes. Certains grossistes
Transfert et stockage des sacs au niveau vendent le niébé à l’export.
communautaire ou chez le commerçant
Les grains de niébé, conditionnés dans des sacs Demi-grossistes. Les grossistes approvisionnent
en PP tissés, sont transférés chez le commerçant à toute l’année les demi-grossistes des centres
l’aide de véhicules de transport. urbains, et ceux des communes rurales en période
de faible disponibilité des produits chez le produc-
Système de commercialisation des chaînes teur/trice. Les demi-grossistes approvisionnent les
d’approvisionnement sélectionnées détaillants/tes et vendent des quantités variant de
Chaîne d’approvisionnement organisée autour quelques assiettées (mesure locale d’environ 3 kg
du grossiste classique de niébé) à quelques sacs de niébé. Les demi-gros-
Le grossiste classique dispose d’un réseau de sistes des zones rurales sont des collecteurs indé-
collecteurs/trices de niébé qui s’approvisionnent pendants qui approvisionnent les grossistes.
dans les marchés des villages et des communes
avoisinantes. Il est aussi approvisionné par des Détaillants/tes. Le niébé est vendu au détail,
commerçants/tes demi-grossistes localisés dans les principalement par les femmes dans les marchés
communes rurales. Le grossiste, en général, col- de quartiers et de villages. Les différentes mesures
lecte le niébé en vue de satisfaire une commande. (mesures locales) vont d’un demi-kilogramme à
Il assure une rotation rapide de son stock et mini- environ 3 kg.
mise les risques de conservation du produit. Le
temps de collecte et d’acheminement du produit Le niébé est vendu aux commerçants exportateurs
au client ne dépasse pas un mois. à Ouagadougou ou est acheminé vers le marché de
La commercialisation du niébé est assurée dans Djibasso, frontalier au Mali. La période de collecte
les différents maillons de cette filière de la région. commence deux semaines après la récolte, ceci
Le maillon commercialisation comprend les pour permettre un bon séchage des grains, et se
collecteurs, les demi-grossistes, les commerçants poursuit jusqu’au mois de mars. Une autre collecte
grossistes, et les détaillants. Ce maillon est organi- se fait en juin, période à laquelle les producteurs/
sé autour du grossiste qui met en place son réseau trices vendent une partie de leur stock de niébé
de collecte. pour faire face aux dépenses de préparation de la
campagne agricole.
Collecteurs. Ils sont indépendants ou travaillent
sous le couvert d’un commerçant grossiste. Les Chaîne d’approvisionnement organisée avec
collecteurs/trices indépendants ont une autonomie l’Association formation développement et
financière pour collecter le niébé, qu’ils revendent ruralité
selon les opportunités, ou à un grossiste ou aux Le réseau de collecte du niébé de l’AFDR couvre
demi-grossistes de la commune. Parmi les col- les communes de la province du Yatenga et une
lecteurs indépendants, sont dénombrés des com- partie de la province du Zondoma. La collecte est
merçants demi-grossistes des communes rurales faite en fonction des marchés obtenus. L’associa-
qui collectent une certaine quantité de niébé avant tion peut avoir 3 ou 4 commandes à satisfaire après
de la livrer aux grossistes des villes selon des prix la récolte. Le temps mis pour collecter la quantité
convenus. Pour les collecteurs/trices travaillant en de niébé auprès des producteurs/trices membres
76 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
FIGURE 1.4
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du niébé dans la région du Nord
Récolte
Transport à domicile
Battage/
Pilage manuel
Vannage/
triage manuel
Regroupement local
Conditionnement
par le village
Stockage
ne dépasse pas un mois. Les produits sont en Implication des parties prenantes, en
général acheminés aux clients à Ouagadougou: le particulier des femmes
PAM, la SONAGESS, etc. La description des conditions, dans lesquelles les
La synthèse des diagrammes de flux des chaînes hommes et les femmes participent aux opérations
d’approvisionnement du niébé dans la région du dans les chaînes d’approvisionnement, peut aider à
Nord est présentée dans la figure 1.4 ci-dessous. mieux comprendre l’enjeu de la «prise en compte
de la réduction des inégalités entre hommes et
femmes» dans les mesures de réduction des pertes
après récolte.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 77
TABLEAU 1.48
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé – Environnement
PRODUCTION Quantité Unité
Énergie Gazoil ND ND
Eau – Faible –
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.49
Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement du niébé
Facteurs Description Détails
Pratiques de préparation Nettoyage, labour, principalement Après l’utilisation de la daba pour le labour, vient la
du sol à la daba ou à la charrue charrue asine
Impacts sur les écosystèmes Plante enrichissant le sol en azote Palliatif à la faible utilisation d’engrais minéral
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
transferts des récoltes des champs vers les lieux de La commercialisation du niébé est faite au
stockage. Les camions diesels sont essentiellement moyen d’unités de mesure locales (yoruba, boîtes
utilisés pour les transferts des quantités com- de tomate, tines, etc.), puis en sacs en polypropy-
mercialisées des marchés vers les grands centres lène de 100 kg. L’utilisation des bascules intervient
urbains. dans le cadre de transactions avec les institutions
telles que le PAM et la SONAGESS.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 79
TABLEAU 1.50
Détermination des pertes à la récolte du niébé à Gourcy dans la province du Zandoma (région du Nord)
Superficie Production Production Pertes sur Pertes % Pertes sur
Type
Désignation Sexe du champ totale par ha 5x5m par ha production
de culture
(ha) (kg) (kg) (gr) (kg) en niébé
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.51
Pertes au battage/vannage de gousses de niébé au bâton à Gourcy (région du Nord)
Poids des Poids des grains Pertes au Pertes au Pertes % pertes sur
N°
gousses (kg) après vannage (kg) battage (g) vannage (g) totales (g) total des grains
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.52
Estimation des pertes totales de niébé au battage/vannage à Gourcy chez l’exploitant 2 (région du Nord)
% de pertes des grains Production totale en grains (kg) Pertes22 totales en grains (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
80 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.53
Pertes de niébé au battage/vannage et au triage à Sonh chez l’exploitante 1 (région du Nord)
Poids des grains Pertes au battage Grains pourris Pertes % pertes sur
Poids des gousses (kg)
après vannage (kg) et vannage (g) (g) totales (g) total des grains
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.54
Pertes au transport de sacs de niébé de Zogoré à Ouahigouya (région du Nord)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
TABLEAU 1.55
Estimation des pertes de grains de niébé sur l’axe Tallé-Ouahigouya (région du Nord)
Distance Pertes moyenne Pertes estimées sur la période pour
Localité Estimation du nombre de
d’Ouahigouya par sac l’ensemble des cargaisons
de départ sacs de décembre à avril
(km) (kg) (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Transport du niébé de Zogoré à Ouahigouya 3,1 kg, sur 1 056,9 kg transportés au départ, soit
Le niébé a été transporté sur une distance de 40 km 0,3% par rapport à la quantité transportée.
sur une piste en mauvais état. L’état des sacs était L’estimation des pertes de grains sur l’axe
mauvais au départ, et certains sacs étaient percés. Tallé-Ouahigouya pour l’approvisionnement de
La perte moyenne par sac de 0,02 kg est inférieure l’AFDR, au cours de cette campagne est présentée
au seuil de sensibilité de la bascule (±100 g) (voir dans les tableaux 1.55 et 1.56 ci-dessous.
le tableau 1.54).
Pertes qualitatives
Transport du niébé de Tallé à Ouahigouya par Les pertes qualitatives du niébé ont été identifiées
AFDR aussi bien à la récolte qu’au niveau du stockage.
Le niébé est conditionné dans des sacs en mauvais La présence de grains altérés au niveau de la
état. La distance parcourue est de 90 km sur une récolte est maîtrisée par les opérations de tri, ce
piste également en mauvais état. Sur 58 sacs trans- qui n’affecte pas la qualité marchande du niébé.
portés, 15 sacs étaient percés à l’arrivée, dont 7 de La qualité des grains de niébé après conservation
l’échantillon. La perte totale pour les 10 sacs est de auprès de l’échantillon de producteurs est bonne.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 81
TABLEAU 1.56
Pertes au transport de sacs de niébé de Tallé Gousses non récoltées au champ. La période
à Ouahigouya chez l’Association formation de récolte est une période où les membres des
développement et ruralité – AFDR (région du Nord) ménages sont très sollicités, en particulier les
Poids des sacs Poids des sacs Pertes femmes. Du fait que presque toutes les cultures en
N° au départ à l’arrivée par sac production pluviale arrivent à maturité en même
(kg) (kg) (kg)
temps, les ménages définissent les activités qui
1 107,80 107,40 0,4 sont prioritaires à leurs yeux; ce qui les amène à
2 104,80 104,80 0,0 ‘négliger’ certaines opérations.
Il a été constaté par ailleurs sur le terrain que la
3 106,30 106,30 0,0
récolte du niébé cultivé en association avec le mil
4 106,00 105,80 0,2 ou le sorgho est très pénible. Il faut rechercher les
5 112,70 112,50 0,2 gousses de niébé au sol entre les tiges de céréales.
La pénibilité de l’opération a un impact négatif
6 103,10 103,00 0,1
sur son efficacité, d’où un taux de pertes très élevé
7 104,50 104,40 0,1 dans le ménage échantillon (16%).
8 104,30 104,20 0,1 En plus de la charge de travail, le faible accès
et le non contrôle des revenus du niébé par les
9 104,10 104,10 0,0
femmes semblent être l’un des facteurs exacerbant
10 103,30 101,30 2,0 les pertes pendant la récolte.
Total 1 056,90 3,1
Les mesures identifiées pour réduire les pertes
de niébé sont relatives:
% de pertes par rapport au poids
de niébé transporté
0,31 au renforcement des capacités des agents de
vulgarisation sur les techniques après récolte;
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2
novembre 2015 et le 16 avril 2016.
à la sensibilisation des producteurs/trices sur
les pertes à la récolte sur la base des données
disponibles et sur la participation des femmes
Les grains sont stockés dans des sacs de type PICS aux décisions et à la gestion des stocks;
ou des bidons plastiques bien fermés. Le niébé à l’organisation des activités dans l’exploita-
stocké dans ces emballages n’a pas été ouvert. Les tion agricole (planification des tâches).
producteurs concernés sont très satisfaits de ce
mode de conservation au déstockage pour la vente Les activités de sensibilisation et de formations
ou la consommation du ménage. devront tenir compte des spécificités liées au
Par-contre, selon les constats et les avis d’autres genre afin de permettre la pleine participation des
producteurs recueillis au cours de cette étude, le femmes (moment de disponibilité, prise de parole
taux de pertes qualitatives du niébé après 3 mois de difficile en public, femmes ayant des enfants en
stockage, peut atteindre 100% de grains troués et bas âge). Ces mesures d’équité sont transversales à
environ 70% de pertes de produits consommables, toutes les activités de sensibilisation et de renfor-
lorsque ces types de matériel de stockage adaptés cement de capacités prévues.
ne sont pas utilisés.
Au battage/vannage
Causes des pertes après récolte et mesures Le battage est fait en général à l’aide d’un bâton
identifiées pour les réduire par les hommes pour des quantités moyennes à
À la récolte importantes de gousses, et à l’aide d’un mortier/
Au moins trois passages manuels sur les champs pilon par les femmes pour de faibles quantités. Une
sont nécessaires pour récolter le niébé. Ceci s’ex- batteuse de gousse de niébé a été introduite dans la
plique par une arrivée progressive des gousses à région du Nord par le projet PROFIL; elle est en
maturité. A cette étape de la production, sont phase d’amélioration (2e génération) et est encore
constatées des pertes dues à la non collecte peu connue des producteurs en 2016. L’équipe de
de gousses aux champs (en cause, la charge de consultants a assisté à une démonstration de cette
travail importante des membres du ménage, batteuse manuelle à Ouahigouya (voir la photo 1.8),
surtout des femmes, et la difficulté de récolter où les utilisatrices l’ont trouvée d’utilisation moins
des gousses en culture associée avec des cultures pénible et plus adaptée (c’est-à-dire qu’elle est
hautes), à la pourriture des grains, et aux attaques rapide, brisant moins de grains, et laissant peu de
de termites. gousses non ouvertes). Cette batteuse ne vanne pas.
82 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
diverse. La particularité de ces véhicules est l’état bitation). Le niébé se conserve bien de cette façon,
de leur carrosserie, qui, au cours du transport, selon les producteurs/trices rencontrés (point de
détériorent les sacs, causant de pertes de grains. faibles pertes).
Pour pallier à cela, des organisations faitières Une synthèse de l’analyse des pertes du niébé
placent des bâches sur la carrosserie, ce qui permet est présentée dans le tableau 1.57.
de protéger les sacs et de permettre la récupération S’il y a des causes spécifiques à chaque niveau
des grains s’échappant le long de la couture du sac de pertes, les échanges au niveau des groupes de
réalisée à la main. discussion ont révélé certaines causes transversales
aux points critiques de pertes: récolte et battage/
État des routes. Enfin, la dernière cause importante vannage. Ces causes sont l’absence d’implication
des pertes de grains au cours de transfert des des femmes dans les décisions relatives à ces opé-
sacs de niébé est le mauvais état des routes. Les rations, leur charge de travail élevée impactant sur
voies bitumées provoquent moins de secousses la qualité du travail, ainsi que la non jouissance des
et de ce fait limitent les pertes, contrairement aux revenus générés par la vente des produits, qui est
pistes et routes en mauvais état. Selon les com- un facteur démotivant.
merçants, dans le cas extrême, les pertes de grains
surviennent lorsque les véhicules se renversent, Points de faibles pertes et bonnes pratiques
perdant ainsi une bonne partie du contenu des sacs Le point de plus faible perte constaté au niveau
à transporter. de la chaîne d’approvisionnement est le transport,
avec un taux de pertes de 0,3%.
Au cours du stockage chez le producteur/trice La perte au transfert est surtout constatée au
La cause principale de l’altération du niébé au niveau de la commercialisation (commerçants et
cours du stockage est la poursuite du développe- organisations faitières de producteurs/trices). Les
ment de l’infestation par les bruches commencée intéressés constatent la perte et estiment que la
depuis les champs, ce qui provoque, dans un quantité perdue par sac peut atteindre 2 kg, ce qui
premier temps, la baisse de la qualité commerciale est un facteur de sensibilisation pour la prise de
du produit sur le marché. Avec une durée de mesures correctives.
stockage de plusieurs mois, l’altération des grains C’est ainsi que de nombreuses organisations
peut déboucher sur une perte totale de la qualité de producteurs/trices, à défaut d’acquérir des
commerciale et même de la qualité alimentaire du véhicules de transport avec une carrosserie en
niébé. Les services techniques agricoles (étatiques bon état, déposent une bâche sur la carrosserie
et privés) de la région du Nord se sont investis pour minimiser les dégâts et pouvoir récupérer les
depuis quelques années dans la production et grains tombés au cours du transport.
l’amélioration de la conservation du niébé. Le Ces pratiques permettent de réduire les pertes.
résultat obtenu à ce jour est une diminution très Mais elles ne sont pas suffisantes au vu des facteurs
importante des pertes au stockage et même une de risque importants. Des mesures devront être
stabilité de la qualité des grains à cette étape. prises au niveau du renforcement des infrastruc-
L’appui étant limité, il ne concerne à ce jour que tures (transport, emballages).
peu de producteurs/trices. Cela implique la néces- Une part non négligeable des pertes au trans-
sité d’amplifier cette dynamique de promotion de port provient également de la manutention brutale
silos, de sacs de type PICS, et de bidons plastiques, des sacs, surtout quand les responsables ne sont
à l’instar des actions menées par le PAM, les ONG pas présents, d’où la nécessité de désigner un
et associations (AFDR, etc.) et des projets tels que responsable chargé du suivi du transfert et des
PROFIL, PAPSA, Ner Taamba, au profit de ces manutentionnaires.
producteurs/trices. Sans être à ce jour un point de faible niveau
La conservation du niébé en atmosphère confi- de perte, le stockage performant du niébé est de
née dans des sacs de type PICS, dans des silos plus en plus connu et adopté, ce qui a contribué à
ou dans des bidons plastiques pouvant se fer- une diminution considérable du taux de pertes de
mer hermétiquement, donne de bons résultats presque 100% dans certains ménages, en comparai-
après plusieurs mois. L’intérêt majeur de ce type son avec l’utilisation des méthodes traditionnelles
de conservation est que le produit est conservé de stockage. L’utilisation de silos métalliques, des
sans traitement insecticide pouvant entraîner des sacs de type PICS et des bidons plastiques hermé-
risques pour la santé lorsque les produits sont tiques pour la conservation du niébé assure au niébé
stockés à domicile (souvent dans la maison d’ha- une stabilité de la qualité initiale.
TABLEAU 1.57
84
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du niébé (région du Nord)
% de % de pertes
Étape de Causes de pertes/ Baisse de Impact/acteurs
Type de pertes sur les points PCP/ Perception des acteurs Solutions
la chaîne/ raison de faibles valeur affectés
perte dans ce critiques des PFP (hommes/femmes) recommandées
processus pertes marchande (hommes/femmes)
processus pertes étudiés
Difficulté de
Planifier les tâches à la
récolter avec des Manque à gagner
production et à la récolte
cultures associées d’environ 63 kg
Pas perçue comme une
de grains pour 1 Encourager la production
Multiplicité des perte car les fanes de
Récolte Quantitatif 8,7 19,3 – PCP producteur sur 1 en monoculture
tâches, surtout niébé sont données aux
ha en monoculture
pour les femmes à animaux Sensibiliser pour améliorer
soit 22 050 FCFA
la même période l’équité entre hommes et
(37 USD)
femmes
Pourriture, termites
Difficulté de séchage
Insuffisance de des gousses avec les
Appuyer l’acquisition des
bâches pour le pluies tardives par
bâches pour le séchage
séchage, battage, manque de bâches
des gousses et pour le
vannage pour couvrir le tas si
Battage/ battage et vannage
Quantitatif 1,1 2,3 – PFP Faible nécessaire
Vannage Non disponibilité Appuyer les groupements
de batteuse Faiblesse des ressources
de producteurs à acquérir
des producteurs pour
Multiplicité des des batteuses de gousses
l’acquisition d’une
tâches des femmes de niébé
batteuse mécanique au
niveau individuel
La lenteur du séchage
Faible utilisation par manque de bâches
de matériels ne permet pas de
sécuriser le stock dans Promouvoir l’utilisation
Quantitatif adéquats de
23 un emballage adéquat des silos métalliques, des
Stockage 35 77,7 stockage: silos Oui PCP –
Qualitatif sacs de type PICS* et des
métalliques, sacs Les méthodes bidons plastiques
de type PICS* et traditionnelles de
bidons plastiques conservation sont
aléatoires
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES Les pertes totales du niébé durant la récolte et le
ALIMENTAIRES DE NIÉBÉ battage/vannage (avant la commercialisation) dans
Impact des pertes dans les chaînes la région du Nord sont donc de 18 860 tonnes.
d’approvisionnement Avec l’hypothèse que 50% de la production
L’impact des pertes est ressenti au niveau indi- totale de niébé de la région (soit 57 115 tonnes) est
viduel (producteur/trice ou commerçant) et au commercialisée, donc transportée avec un taux de
niveau national. pertes de 0,3%, les pertes au transfert de sacs de
Les pertes à la récolte et au battage diminuent niébé sont estimées à 170 tonnes dans la région.
le revenu du producteur/trice et influencent néga- Les pertes totales du niébé sur l’ensemble de la
tivement la disponibilité alimentaire au niveau région du Nord et portant sur les opérations de
du ménage. Cette situation renforce la faiblesse récolte, de battage/vannage et de transfert de sacs
économique du producteur/trice, ce qui est un sont alors estimées à 19 030 tonnes.
frein à l’amélioration de la performance de son Le prix moyen du niébé sur la période de
exploitation par l’acquisition d’équipements et de l’étude est de 307 000 FCFA/tonne (548,2 USD/
matériels nécessaires. tonne). Le montant des pertes sur la base de ce prix
A l’échelle de la région du Nord, ces pertes moyen est d’environ 6 milliards de francs CFA
affectent négativement la disponibilité et la sécu- (plus de 10 millions d’USD).
rité alimentaire. L’estimation de l’importance éco- Il est à noter que les pertes au stockage chez
nomique de ces pertes est une base sur laquelle le producteur/trice n’ont pas été intégrées à cette
pourrait s’appuyer un plaidoyer pour leur réduc- estimation compte tenu du fait que cette quantité
tion. sert à la consommation familiale; la durée de stoc-
La production de niébé dans la région du Nord kage est variable selon l’évolution de la qualité des
au cours de la campagne agricole 2015/2016 a été grains au stockage et les besoins du ménage.
de 114 220 tonnes, dont 5 320 tonnes en mono-
culture, 763 tonnes en culture associée avec le Ressources nécessaires et analyse coûts-
niébé comme culture principale, et 108 140 tonnes bénéfices des mesures de réduction des
en culture associée avec le niébé comme culture pertes
secondaire. Pour des questions pratiques, la pro- Le tableau 1.58 ci-dessous présente les ressources
duction de niébé en monoculture et celle associée nécessaires et l’analyse coûts-bénéfices des mesures
avec le niébé comme culture principale seront de réduction des pertes pour une durée de dix ans
confondues sous l’appellation ‘monoculture’ avec au niveau des points critiques de pertes dans la
une production globale de 6 080 tonnes. région du Nord.
Il est rappelé ici, qu’au regard de la difficulté Les interventions proposées sont décrites dans
de récolter le niébé, la perte est plus importante le tableau 1.59 et développées au niveau des
quand ce dernier est ‘noyé’ au milieu des pieds de axes stratégiques de la section suivante. Pour
cultures hautes (mil ou sorgho); alors que pour chaque étape de la chaîne d’approvisionnement,
une culture associée avec le niébé en culture prin- l’hypothèse est que la combinaison de plusieurs
cipale, les plants de cultures hautes ne sont pas si interventions contribuera à réduire les pertes
importants pour constituer une difficulté majeure alimentaires de 50% au niveau du point critique
à la récolte du niébé. Cette différenciation entre ciblé par l’action. Le coût de chaque intervention
les types de culture du niébé est importante, du s’étale sur une période de dix ans. Il est possible
fait de la grande différence constatée sur le terrain d’évaluer la rentabilité des interventions en dédui-
au niveau des taux de pertes à la récolte, entre sant le coût amorti de la valeur économique de la
monoculture (5%) et culture associée (16%). réduction des pertes.
Sur la base de la production de niébé au cours La quantité du produit dans la région est la
de la campagne agricole 2015/2016, les quantités production de niébé de la région du Nord pour
de pertes suivantes ont été estimées : la campagne agricole 2015/2016 (114 220 tonnes).
6,1% (en monoculture): 5% durant la récolte La valeur du produit est le prix moyen sur le
et 1,1% durant le battage/vannage, soit 370 marché de production au mois d’avril 2016 suivant
tonnes. les prix diffusés par le SIM SONAGESS (548,2
17,1% (en culture associée): 16% durant la USD/tonne sur le marché de Gourcy).
récolte et 1,1% durant le battage/vannage, Le taux de pertes est la somme des taux de
soit 18 490 tonnes. pertes considérés pour cette étude sur le niébé,
relatifs aux PCP de la récolte, du battage/vannage,
86 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.58
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le niébé dans la région du Nord
Codes
pour les Rubriques Valeurs Unités Calculs
calculs
f Amortissement 10 années
du transport et du stockage (soit 41,5% de la Le coût total pour le client qui investit dans les
production initiale totale). mesures représente la valeur des pertes à investir
La réduction des pertes anticipées est une esti- annuellement sur dix ans.
mation du taux de réduction souhaitée au bout des La rentabilité des mesures est le bénéfice dégagé
dix ans. Elle est estimée à 50%, compte tenu de l’en- de l’opération par an suite à la mise en œuvre des
vergure du projet qui ne pourra pas toucher tous les mesures identifiées. Cette rentabilité est de l’ordre
ménages (même au bout de 10 ans), mais aussi de de 11,5 millions d’USD par an pour la région, soit
l’importance des cultures associées dans la région. environ 6,5 milliards de francs CFA.
Le coût de l’intervention est une estimation du
montant des mesures proposées pour réaliser ce Axes d’intervention pour réduire les pertes
taux de réduction des pertes (12 595 730 USD). après récolte de niébé
Les caractéristiques techniques et les aspects de Sur la base des résultats obtenus, identifiant et
faisabilité technique et économique (rentabilité) confirmant les points critiques de pertes et leurs
pour les artisans et les fabricants des technologies causes majeures, les axes d’intervention suivants
recommandées et pour les producteurs individuels ont été retenus, en vue de réaliser des actions
sont présentés en annexe. permettant la réduction des pertes:
L’amortissement est la durée souhaitée des le renforcement des capacités des agents
interventions pour réduire les pertes sur les points de vulgarisation agricole, l’information et la
critiques identifiés. Il est de dix ans. sensibilisation des acteurs/trices directs des
Le coût annuel des opérations représente une chaînes de valeur du niébé sur la question des
proportion de 15% du coût annuel des mesures PAR et les problématiques liées au genre, la
identifiées. diffusion des bonnes pratiques en techniques
Le coût annuel total des mesures est la somme post récolte;
du coût annuel des investissements et du coût la facilitation de l’accessibilité des produc-
opérationnel annuel. teurs/trices aux matériels, équipements après
TABLEAU 1.59
Récapitulatif des causes des pertes de niébé et des solutions proposées pour leur réduction dans la région du Nord
Ampleur des pertes Réduction des pertes
Coût des
Points Pertes Économies
Poids Taux de pertes Causes Interventions pour réduire les Taux interventions
critiques économiques liées
(t) (%) des pertes pertes (%) sur 10 ans
de pertes (USD) (USD/an)
(USD)
41,5% de la
TOTAL 47 400 production 25 984 680 12 992 340 12 595 730
initiale totale
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude (2015-2016).
87
88 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
par les résultats obtenus. Une contribution des Tenues des séances d’animation dans les
bénéficiaires au coût de l’investissement sera familles, à raison de huit animations en
exigée. Ces actions devront également induire moyenne par famille.
des comportements en faveur de la réduction des 6. Organisation de rencontres bilan/planifi-
inégalités entre les hommes et les femmes dans les cation: établissement de bilans d’activités,
opérations après récolte. leçons apprises de la mise en œuvre et pers-
pectives.
Concernant le renforcement des capacités et la Suivis transversaux à toutes les étapes, réali-
sensibilisation, les activités à mener seront: sés à plusieurs niveaux: (1) suivi rapproché
L’application de «l’approche dialogue en famille24» des services techniques et des associations;
pour un échantillon de 100 familles de deux com- (2) étude de cas répétée régulièrement pour
munes (50 familles/commune), à travers les étapes suivre l’impact de l’approche sur les familles
suivantes: bénéficiaires; (3) étude d’évaluation de fin de
1. Étude de base: elle sera conduite dans deux phase.
communes au Zandoma et au Yatenga en L’information/sensibilisation des produc-
vue d’établir les connaissances, attitudes et teurs, productrices des zones non pilotes sur
pratiques d’un échantillon des familles béné- «l’approche dialogue en famille» et des autres
ficiaires en matière de mesures endogènes acteurs/trices sur les pertes enregistrées dans
ciblant les causes, y compris celles liées la chaîne d’approvisionnement de la région
au genre, dans la réduction des PAR. Les du Nord: causes, effets, ampleur, et bonnes
résultats de cette étude devront permettre pratiques.
de circonscrire les thématiques du dialogue La documentation et le lobbying sur les
dans les familles et de valoriser les bonnes PAR en vue de sensibiliser l’opinion et les
pratiques existantes. décideurs sur la problématique (réalisation
2. Formations à l’adresse des animateurs et des d’émissions sur les radios locales, à la télévi-
agents de vulgarisation des services tech- sion, articles dans la presse écrite, etc., por-
niques et des organisations faitières sur les tant sur les causes des pertes, y compris celles
techniques d’animation, «l’approche dialogue relatives aux questions de genre, les effets,
en famille», et sur la problématique des PAR. l’ampleur des pertes, et les bonnes pratiques
3. Identification et formation des membres des à promouvoir).
familles bénéficiaires sur les PAR, causes,
effets, ampleurs, et bonnes pratiques. Concernant la facilitation de l’accessibilité des
4. Élaboration des contenus des supports producteurs/trices aux matériels, équipements et
d’animation: rédaction du contenu sur les infrastructures de stockage du niébé, les actions à
PAR, causes, effets, ampleurs, bonnes pra- mener seront:
tiques (sensibles aux problématiques du l’appui à l’acquisition de bâches de qualité
genre), enregistrements pour des sessions pour les activités de séchage et de battage/
d’écoute. vannage;
5. «Forum des leaders d’opinion»: leaders cou- l’appui à l’acquisition de batteuses/égre-
tumiers, leaders religieux et personnes-res- neuses de niébé;
sources influentes. Ce public sera informé l’appui à l’acquisition de silos métalliques
et sensibilisé à la problématique des PAR, de 500 kg (le choix de la capacité de tonnage
à leurs causes et effets, et aux bénéfices qui est fait au regard de la quantité moyenne
résulteront de la réduction des pertes. Leur produite par ménage);
consentement et leur soutien seront utiles à la l’appui à l’acquisition de sacs triple ensachage
réussite des activités et surtout à la durabilité de type PICS;
des résultats attendus. la construction de magasins de stockage de
500 tonnes pour les OP faîtières provinciales
et de 250 tonnes au profit de groupements
de producteurs/trices dans 31 communes de
24
«L’approche dialogue en famille» est un processus de grande production de niébé.
recherche de l’équilibre ou de solution au sein d’une
famille. Le «dialogue en famille» est une approche de
convergence des opinions des membres d’une même Les acquisitions et la gestion des matériels, équipe-
famille autour d’un sujet précis. ments et infrastructures de stockage doivent tenir
90 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
TABLEAU 1.60
Budget prévisionnel des actions à mener pour réduire les pertes de niébé dans la région du Nord
Montant (USD)
Étape Actions à mener PU (USD) Quantité
sur 10 ans
310
Promotion d’égreneuses/batteuses de niébé 313 97 030
machines
Battage/vannage
1860
et transport Appui en bâches de bonne qualité 45 83 700
bâches
620
Stockage Promotion des silos métalliques de 500 kg** 125 77 500
silos
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
** Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au
niveau individuel).
*** Coût moyen de réalisation de magasins au niveau national pour la taille indiquée.
Source: résultats de l’étude (2015-2016), estimations prévisionnelles au regard de la zone d’intervention.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 91
Pourcentage (%) d’hommes sensibilisés Le taux de pertes aux points critiques identi-
impliquant leur(s) épouse(s) dans les déci- fiés pour chaque produit a baissé d’au moins
sions relatives à la gestion des stocks de niébé. 50% au bout de 10 ans.
Les producteurs/trices de 80% des organisa-
tions d’acteurs appuyés ont une bonne connais- Mécanismes institutionnels
sance des techniques de réduction des PAR. Le projet proposé sera rattaché à la Direction
70% des producteurs/trices membres (par générale des productions végétales (DGPV) du
sexe) des OP accompagnées disposent de Ministère de l’agriculture et des aménagements
bâches pour le séchage de leurs produits et hydrauliques. Il sera dirigé par un chef de projet
utilisent des équipements mécanisés pour les sous la supervision d’un comité de pilotage, qui
opérations de battage/égrenage. sera à mettre en place. En plus des services tech-
Au moins 62 000 sacs de type PICS de 50 kg niques de l’administration burkinabé, le comité
et 31 000 sacs de 100 kg sont acquis au profit de pilotage comprendra les Agences des Nations
des producteurs/trices membres (par sexe) et Unies basées à Rome (PAM, FIDA et FAO).
les OP utilisent du matériel adapté pour le En ce qui concerne l’application de «l’ap-
stockage du niébé (silos, sacs de type PICS, proche dialogue en famille», un appel à candida-
bidons plastiques, etc.). ture sera fait sur la base d’un certain nombre de
Trente-et-un magasins de 250 tonnes ont été critères, afin d’établir une structure de mise en
construits au profit des OP des plus grandes œuvre. Les services techniques de l’agriculture et
communes de production de niébé, et deux de la promotion du genre seront impliqués dans
magasins de 500 tonnes dans chaque chef-lieu la formation, le suivi et la supervision du projet
de province de la région. proposé.
PARTIE 2
Rapport de synthèse de la réplication
de la première étude (2016-17)
INTRODUCTION
Le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé Pour faire face aux enjeux de l’augmentation de
d’environ 18 millions d’habitants. Situé en Afrique la production, dans un contexte d’accès au foncier
de l’Ouest, il fait partie des pays à faible revenu plus complexe, d’aléas climatiques en hausse et de
et à déficit vivrier (PFRDV). Le secteur agricole baisse de la fertilité des sols, les systèmes d’exploi-
représente la principale activité économique du tation doivent évoluer vers des systèmes plus rési-
pays et contribue pour 30% au produit intérieur lients et plus intensifs. Les systèmes d’exploitation
brut (PIB). La population reste très largement mettant en œuvre des techniques agro-écologiques
rurale (77% des 18 millions d’habitants) et la devraient être en mesure d’affronter ces défis (Lent
sécurité alimentaire y est préoccupante. La pro- et Martin, 1991). La mise en œuvre de stratégies
duction céréalière a connu une forte augmentation et d’interventions de réduction des pertes après
ces dernières années (+ 20% en 10 ans, + 30% en récolte s’inscrit dans le cadre de ces enjeux globaux.
20 ans) sans pour autant suivre la croissance de la Le projet «Intégration des initiatives de réduc-
population (+ 30% en 10 ans), (DGESS/MAAH, tion des pertes alimentaires au profit des petits
2016). La croissance de la production céréalière exploitants dans les zones à déficit vivrier» (projet
s’est réalisée en grande partie par l’augmentation RBA/GLO/001/SWI) est mis en œuvre par les
des surfaces cultivées comme en témoigne la sta- agences des Nations-Unions basées à Rome (ABR).
gnation des rendements ces dix dernières années. Au Burkina Faso, ce projet a permis de conduire
Avec la dégradation des terres et l’augmentation de une étude pour la réduction des PAR sur le sorgho,
la pression foncière, l’intensification durable de la le maïs et le niébé respectivement dans les régions
production demeure incontournable. de la Boucle du Mouhoun, des Hauts-Bassins et du
94 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Nord au cours de la campagne agricole 2015-2016. principales causes, les taux de pertes quantitatives
Les résultats issus de cette première campagne associés aux PCP et les propositions de mesures
ont été jugés satisfaisants et ont mis en évidence de réduction de pertes sur le sorgho, le maïs et le
les principaux points critiques de pertes, leurs niébé dans les régions ci-dessus indiquées.
95
1
Selon l’Union africaine (UA) et la Communauté écono- Ces cinq sorties ont été précédées de l’élaboration
mique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), est d’un rapport d’organisation de la réplication, et de
jeune celui dont l’âge est compris entre 15 et 35 ans. Au
niveau national, cette même définition est donnée par la
l’actualisation des guides d’entretien. Au cours de
politique nationale de la jeunesse du Burkina Faso (2015- la troisième et quatrième sorties, les consultants
2024). Lors de la présente réplication de la première ont animé des interviews semi-structurées avec
étude, les jeunes sont ciblés comme groupe d’étude, suite des focus groupes qui ont permis la collecte d’in-
à une recommandation énoncée dans les conclusions de
la première étude 2015-2016, qui ne s’était intéressée
formations sur les PCP, les causes de ces PCP, les
qu’aux hommes, femmes et enfants (âgés de 14 ans maxi- conditions de travail des femmes et des hommes
mum). ainsi que leurs besoins et les priorités dans les dif-
96
férentes opérations d’après récolte. Les interviews issus d’un carré, égrenés, nettoyés et pesés, consti-
ont aussi couvert les spécificités liées aux jeunes tuent le rendement au champ sur une superficie de
producteurs/trices et leurs liens avec les PAR. 25 m² (en tenant compte de sa teneur en eau). Une
Malgré les dispositions prises pour la réplica- moyenne des trois carrés de rendement est calculée
tion, le démarrage des missions est intervenu avec et extrapolée à l’hectare.
un retard de quelques jours par rapport au dérou-
lement des opérations de récolte dans la plupart rendement sur 1 ha = (moyenne des rendements
des régions couvertes. En effet, la saison pluvieuse sur 3 carrés de 25 m² / 25) x 10 000 m²
s’est achevée de manière abrupte en 2016, notam-
ment dans le Nord et dans les Hauts-Bassins. Détermination des pertes au champ à
Par ailleurs, les difficultés de collaboration avec l’abattage des plants
les commerçants, dans le cadre de cette étude, La première étape de la récolte du sorgho dans les
ont été à nouveau vécues par les consultants sur régions visitées est la coupe des plants, à la base,
le terrain. Cela explique pourquoi, pour chaque à l’aide d’une machette ou d’une houe. Les plants
culture étudiée, les CAA organisées autour de coupés sont rabattus au sol. Au cours de cette
commerçants grossistes n’ont pas été suivies dans opération menée par les hommes, des grains sont
les régions concernées au cours de cette étude. En perdus de la panicule. Le niveau de pertes varie
rappel, les données économiques ont manqué pour selon la variété, le degré de maturité des grains et
les CAA animées par des commerçants au cours de la façon de rabattre les pieds coupés. Ces grains,
la précédente étude. qui ne peuvent plus être récupérés, constituent les
pertes à l’abattage.
MÉTHODOLOGIE DE LA RÉPLICATION Pour la quantification de ces pertes, trois films
La méthodologie de la réplication pour la présente plastiques de 2,2 m x 10 m chacun sont placés
campagne agricole (2016-2017) est similaire à celle dans le champ à récolter, en tenant compte de
mise en œuvre au cours de la campagne agricole la direction d’avancement des opérateurs. Au
antérieure et basée sur la méthodologie élaborée cours de l’abattage, une partie des plants tombe
par la FAO pour les études de cas (FAO, 2016). sur le film plastique avec les grains qui se sont
Celle-ci comporte quatre étapes: (1) analyse pré- détachés. En fin d’opération, le film plastique est
liminaire des PAR, (2) enquêtes d’évaluation des récupéré avec les grains détachés; ces derniers sont
pertes, (3) suivi des cargaisons et échantillonnage, nettoyés, pesés, et le taux d’humidité est mesuré.
(4) recherche de solutions aux PAR. Une moyenne du poids des grains collectés sur
les trois films plastiques est faite; cette moyenne
MESURES DES PERTES APRÈS RÉCOLTE du poids constitue les pertes sur une superficie de
La collecte des données pour la mesure des pertes 22 m². Ces pertes de grains sont ramenées à l’hec-
quantitatives après récolte a concerné les opéra- tare ou au poids de la production de sorgho d’un
tions suivantes: la récolte, le battage/égrenage, le hectare, car il sera posé trois carrés de rendement
transport2 chez le grossiste, le stockage pour le permettant de déterminer le rendement du champ
maïs, le sorgho et le niébé. La collecte des données par hectare. Pour la détermination du rendement
s’est étendue à la transformation pour le maïs. à l’hectare, les épis sont directement coupés sur
le plant sans abattage préalable, évitant ainsi la
Mesures des pertes quantitatives après chute importante des grains, source de pertes à
récolte du sorgho cette étape.
Détermination du rendement L’ensemble des pertes à l’abattage est calculé
La superficie du champ a été mesurée au GPS et selon la formule suivante:
l’évaluation du rendement faite à partir de trois pertes sur 1 ha = (pertes au champ sur
carrés de 5 m x 5 m placés dans le champ. Les épis 22 m² / 22) x 10 000 m²
taux de pertes = pertes sur 1 ha / rendement
par ha
2
Les produits sont transportés des localités productrices
vers les marchés des localités à l’aide de charrettes asines, Détermination des pertes au battage/vannage
de motos tricycles et de vélos. Le transport ensuite de ces Pour mesurer les pertes au battage, un film plas-
marchés vers les marchés des centres urbains se fait en
véhicules (camions de capacité diverse). C’est ce dernier
tique de 2,2 m est installé sur le demi-périmètre,
maillon de transport vers les commerçants grossistes qui généralement rectangulaire, de l’aire de battage.
a fait l’objet du suivi des cargaisons. Généralement, les grains projetés pendant le bat-
97
PHOTO 2.1
Détermination des pertes au champ à l’abattage des plants de sorgho, village de Moukouna
(Boucle du Mouhoun), 17 novembre 2016.
PHOTO 2.2
Dispositifs de détermination des pertes au battage/vannage du sorgho, région de la Boucle du Mouhoun,
13 décembre 2016
tage, que ce soit lors du battage manuel ou au taux de pertes par rapport à la quantité totale
tracteur, ne sont pas récupérés au-delà de cette de grains = (pertes totales de grains) x 100 /
distance. Les grains récupérés sont rapportés au (poids des grains obtenus + pertes totales de
périmètre entier de l’aire de battage. grains)
Pour mesurer le poids des grains qui sont
demeurés sur la paille après battage, toute la paille Détermination des pertes au cours du transfert des
issue du battage est récupérée, et les grains perdus sacs chez le commerçant (suivi des cargaisons)
sont minutieusement récupérés puis pesés. La détermination des pertes de grains au cours du
Pour la mesure des grains au vannage, c’est dans transfert des sacs de sorgho est faite en déduisant
une partie de la quantité de poussière issue du van- le poids des sacs à l’arrivée du poids de ces mêmes
nage que les grains perdus sont récupérés. Cette sacs au départ. Pour cela, un échantillon de sacs
quantité est rapportée au poids total de poussière a été identifié, numéroté et pesé au départ du
estimé sur l’aire de battage. lot. Ces mêmes sacs ont été pesés à l’arrivée au
La perte totale de grains au battage/vannage est magasin, afin d’observer une différence éventuelle
la somme des pertes au battage (grains projetés), de poids, suite au transfert, ce qui correspondrait
au vannage et dans la paille. Cette perte est ensuite à des pertes de grains au cours du trajet. Il est
comparée à la quantité de grains issue du battage également décrit les différentes observations faites
sur cette aire. au cours du transfert du lot, à savoir l’état des sacs
Les pertes sont calculées comme suit, pour une utilisés, l’état de la carrosserie du véhicule et de la
aire de battage donnée: route, la distance à parcourir, la manière de manu-
pertes totales de grains = pertes de grains au tentionner les sacs par le personnel au cours du
battage + perte de grains dans la poussière + chargement/déchargement, etc. Le nombre de sacs
pertes de grains dans la paille à retenir comme échantillon est retenu en fonction
98 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
de la cargaison à transférer et cela selon les règles La superficie totale du champ est par la suite
en matière d’échantillonnage. mesurée par GPS. Le calcul du rendement à l’hec-
L’appareil de pesage utilisé est une bascule de tare est fait comme suit:
marque OHAUS, série SD 200L, de portée de
200 kg ± 100 g (sensibilité). Le suivi des cargaisons rendement sur 1 ha = production totale récoltée /
a porté seulement sur les pertes quantitatives; les superficie mesurée en ha
collecteurs procèdent au regroupement des petites
quantités achetées et font souvent un recondition- Détermination du taux de pertes par hectare à la
nement selon la destination des produits, ce qui ne récolte
facilite pas le suivi de la traçabilité du producteur La détermination des pertes par hectare est faite
au commerçant grossiste. i) soit par le carré d’estimation des pertes, ii) soit
par le glanage sur l’ensemble du champ quand la
pertes au transport par sac = poids du sac au récolte a déjà été faite par le producteur.
départ – poids du sac à l’arrivée À partir du carré d’estimation des pertes: Trois
carrés de 5 m x 5 m sont placés dans le champ de
Les pertes au cours du transfert du maïs et du manière représentative. Les épis récupérés après
niébé ont été estimées selon la même méthode. récolte sont ramassés dans chaque carré puis
égrenés, nettoyés et pesés avec une mesure de
Mesures des pertes après récolte du maïs l’humidité des grains. Ils constituent les pertes du
La détermination des PAR est faite en prenant en maïs à la récolte dans chaque carré. La moyenne
compte les paramètres suivants: des trois carrés de pertes est extrapolée à l’hectare.
Le calcul du pourcentage de pertes est le sui-
Détermination du rendement à l’hectare vant:
La superficie des champs a été mesurée par GPS. pertes sur 1 ha = (pertes au champ sur
L’évaluation du rendement a été faite i) à partir du 25 m² / 25 m²) x 10 000
carré de rendement ou ii) à partir de la production taux de pertes = pertes sur 1 ha x 100 / ren-
en maïs et de la superficie totale concernée. dement par ha
À partir du carré de rendement: Trois carrés
de 5 m x 5 m (25 m²) sont placés dans le champ La méthode du carré de rendement considère que
en suivant une des diagonales pour une représen- la récolte est faite sans pertes, correspondant alors
tativité du choix. Les épis issus d’un carré, sont au potentiel de production.
égrenés, nettoyés et pesés; ces grains constituent À partir de la quantité récoltée: La récolte
le rendement au champ sur une superficie de 25 des épis peut se faire directement sur pied ou en
m². Il est considéré que la quantité obtenue sur faisant d’abord des moyettes (tas) sur l’ensemble
cette superficie représente le potentiel de produc- du champ. Les épis sont par la suite collectés dans
tion, qui peut être compris comme la production les moyettes.
qui va être effectivement récoltée, plus les pertes. Après la récolte sur pied, trois carrés sont placés
Il est également tenu compte de la teneur en eau pour la détermination des pertes. La moyenne des
des grains. Une moyenne des trois (3) carrés pertes pour les trois carrés est alors déterminée et
de rendement est alors calculée et extrapolée à extrapolée à l’hectare. Ce poids de grains de maïs
l’hectare. représente les pertes de maïs sur un hectare.
Le calcul du rendement à l’hectare est fait Avec les moyettes, il est procédé au glanage des
comme suit: épis après leur collecte. Les épis sont alors égrenés
et pesés. Ce poids des grains représente les pertes
rendement sur 1 ha = (moyenne des rendements sur l’ensemble du champ. La perte par hectare
sur 3 carrés de 25 m² / 25 m²) x 10 000 m² est obtenue en tenant compte de la superficie de
l’ensemble du champ.
Dans le cas où le producteur a déjà procédé à la La détermination des pertes par hectare se fait
récolte, la quantité de maïs récoltée est pesée, et comme suit:
l’humidité des grains mesurée. La quantité pro- pour la récolte sur pied: pertes = (moyenne
duite par la récolte de l’ensemble du champ génère des pertes des carrés de 25 m² / 25 m²) x
des pertes qui seront prises en compte dans la 10 000
détermination du taux de pertes par la suite.
99
PHOTO 2.3
Récolte du maïs sur pied, dans les moyettes et recherche de pertes au champ (dans les carrés de pertes)
PHOTO 2.4
pour la récolte en moyettes: pertes sur 1 ha Dispositif de détermination des pertes à l’égrenage
= pertes totales collectées / superficie du du maïs, village de Farako-Bâ (Hauts-Bassins), 7
champ en ha décembre 2016
en général environ 17% de l’ensemble du grain. En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
Ainsi, la perte au cours de la transformation du pertes sur 1 ha = (pertes au champ sur
maïs en farine sera constituée de la part d’albumen 25 m² / 25 m²) x 10 000
qui sera mélangée aux sous-produits (péricarpe et taux de pertes = (pertes sur 1 ha) x 100 /
germe) normalement ôtés au cours des opérations (rendement3 par ha + pertes sur 1 ha)
de décorticage et de broyage. La perte en farine
correspond à la différence entre le poids des grains Détermination des pertes au battage/vannage
transformés et celui du produit fini obtenu, déduc- Un poids de gousse est battu avec un bâton sur
tion faite de la part du péricarpe et du germe qui un espace nettoyé sur lequel un film plastique est
sont sources des sous-produits, en tenant compte posé. Après battage, il est procédé au vannage.
de la teneur en eau des deux produits. Au cours du battage, des grains sont projetés
Sur la base de 100 kg de grains, les calculs sont au-delà de l’aire de battage. Par ailleurs, suite au
les suivants: vannage, les grains sont récupérés dans les résidus
perte optimale à la transformation = 100 kg x de vannage. Les grains propulsés hors de l’aire
0,17 = 17 kg de battage et ceux issus des résidus de vannage
sont alors pesés et constituent les pertes de cette
La perte totale en farine est de 100 kg – Y (en kg), opération. Le taux de pertes est déterminé par
Y% étant le rendement de transformation. rapport à la quantité de grains de niébé obtenue
perte effective en farine à la transformation = par le producteur.
100 kg – Y (en kg) – 17 kg (déduction faite du En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
poids du germe et du péricarpe) pertes totales de grains = pertes au battage +
taux de pertes à la transformation = [100 kg pertes au vannage
– Y (en kg) – 17 kg] x 100 / poids des grains taux de pertes = (pertes totales de grains) x
au départ. 100 / (poids total des grains obtenus + pertes
totales de grains)
Détermination des pertes au cours du transfert des
sacs chez le commerçant (suivi des cargaisons) Détermination des pertes au cours du transfert des
La méthode de détermination des pertes est simi- sacs chez le commerçant (suivi des cargaisons)
laire à celle utilisée pour le sorgho. La méthode de détermination des pertes de niébé
au cours du transfert des sacs chez le commerçant
MESURES DES PERTES APRÈS RÉCOLTE est similaire à celle utilisée pour le maïs et le sorgho.
DE NIÉBÉ
Détermination du rendement à l’hectare ANALYSES AU LABORATOIRE
Comme la pose des carrés n’a pas pu se faire du Les analyses au laboratoire concernent principa-
fait des récoltes déjà réalisées lors du passage de lement:
l’équipe, une estimation du rendement est faite par le degré d’infestation des grains,
le pesage de l’ensemble des grains récoltés sur la le type de nuisible présent,
superficie du (de la) producteur/trice: le taux de grains endommagés,
la teneur en aflatoxines,
rendement par ha = quantité totale récoltée / le taux d’impuretés totales.
superficie mesurée en ha
Environ 60 échantillons, répartis comme suit, sont
Détermination des pertes à la récolte analysés:
Après le dernier passage dans le champ de niébé, il un échantillonnage (1 à la récolte, 1 à l’égre-
est placé trois carrés de 5 m x 5 m dans le champ, nage et 3 au stockage) à raison de trois
pour rechercher et récupérer les gousses qui n’ont producteurs/trices pour trois produits soit 45
pas été récoltées. Les gousses collectées dans échantillons;
chaque carré sont décortiquées, et les grains sont vingt échantillons pour les analyses spécifiques
nettoyés et pesés avec la mesure du taux d’humi- de qualité et pour la transformation du maïs.
dité. La moyenne du poids de ces grains sur un
carré de 25 m² représente les pertes à la récolte sur
la superficie concernée. Pour l’exploitation des
données, le niveau de ces pertes est ramené à l’hec- 3
Ici le rendement correspond à une production effective-
tare ou à la quantité totale de niébé du producteur ment mesurée, raison pour laquelle les pertes générées
qu’il a communiquée à l’équipe. lors de la récolte sont ajoutées.
101
Les laboratoires d’analyses déjà impliqués lors kinabé essentiellement agricole, occupe près de 86
de la première étude (DTA/IRSAT, Société % de la population active, en majorité des jeunes.
nationale de gestion des stocks de sécurité ali- Au regard de leur importance dans ledit secteur,
mentaire - SONAGESS) ont réalisé ces analyses. il est recommandé qu’ils deviennent un groupe
Pour l’analyse du taux d’aflatoxines sur le maïs, cible de l’étude afin d’apprécier leurs rôles dans
il est fait appel au laboratoire de l’Université de les PAR. La méthodologie s’inspire également
Ouagadougou. La méthode d’analyse utilisée est des enseignements tirés de la précédente étude et
la suivante: l’analyse physique est réalisée selon comporte essentiellement:
la Référence de l’Union européenne Ph. Eur. l’intégration de la problématique liée aux
7.2. et les aflatoxines totales sont déterminées jeunes dans les questionnaires utilisés dans la
selon les protocoles établis par l’Association des précédente étude;
chimistes analytiques officiels (16ème édition, la prise en compte des jeunes dans les échan-
AOAC International, Washington, DC, États- tillons de producteurs et de productrices;
Unis, 1999). la conduite simultanée de groupes de discus-
sions (ou focus groupes) masculins et fémi-
PRISE EN COMPTE DES nins évitant ainsi aux hommes de s’inviter
PROBLÉMATIQUES DE GENRE dans les focus groupes féminins;
ET LIÉES AUX JEUNES la collecte d’expériences existantes en termes
La méthodologie de prise en compte des inégalités de prise en compte du genre dans le domaine
entre les hommes et les femmes développée dans agricole ou dans d’autres secteurs au niveau
la précédente étude est élargie à la problématique des trois régions;
liée aux jeunes au cours de la réplication de l’étude, l‘identification de modèles endogènes de ges-
dans le but d’apporter une réponse à la recomman- tion égalitaire et équitable de foyers.
dation de l’atelier de validation. L’économie bur-
102
LES JEUNES DANS LES POLITIQUES EN pour la période 2016-2019, afin d’accroitre l’im-
LIEN AVEC L’AGRICULTURE plication des femmes et des jeunes dans ses actions
La revue documentaire permet de noter l’existence (Henry et Toe, 2016).
d’une Politique nationale de la jeunesse au Burkina Au niveau de l’UPPA, les jeunes font partie
Faso, définie pour la période 2015-2024. Elle met également des cibles bénéficiaires privilégiés des
en exergue les acquis des politiques précédentes, projets et programmes. Même s’il n’existe pas de
mais également les problèmes auxquels la jeunesse groupements spécifiques de jeunes, ils sont pris en
reste toujours confrontée. Parmi ces problèmes, compte dans les actifs des exploitations agricoles
on peut citer: familiales.
la faible autonomisation des jeunes et les iné-
galités entre garçons et filles (environ 56 % RÉSULTATS DE L’ANALYSE DE GENRE
des jeunes occupés sont des aides familiaux EFFECTUÉE SUR LE TERRAIN
dont 53% sont des aides familiaux agricoles); Les focus groupes mixtes et féminins tenus en
la faible participation des jeunes au dévelop- 2015-2016 ont permis de déterminer les rôles
pement et aux instances de prise de décision des hommes, des femmes et des enfants dans les
(MJFPE, 2015). activités après récolte, les causes des pertes en lien
avec la problématique de genre, et de proposer des
En termes d’actions, la promotion de l’emploi des mesures en conséquence.
jeunes dans le secteur agro-sylvo-pastoral et inno- Les focus groupes masculins et féminins orga-
vant, et le renforcement des capacités des jeunes nisés en 2017 confirment les différents rôles joués
pour une contribution positive à la vie politique par les hommes et les femmes, avec des variantes
et au niveau des sphères de prise de décisions, ont observées au niveau du sorgho et du maïs. La répli-
été retenus. cation de l’étude a été une opportunité pour mieux
Dans les trois régions couvertes, l’UPPA, comprendre les moyens utilisés pour maintenir ces
l’UGCPA et l’AFDR, dont les CAA sont concer- rôles différenciés selon le sexe, défavorables aux
nées par cette étude, prennent en compte les jeunes femmes la plupart du temps.
producteurs et productrices dans leurs démarches Les résultats présentés ci-dessous sont une
et programmes de développement. synthèse des focus groupes conduits en 2016-2017.
L’UGCPA a conduit des réflexions sur la relève Ils ne diffèrent pas fondamentalement de ceux
par les jeunes au sein de son réseau. Un pro- obtenus durant la campagne précédente.
gramme ciblant les problématiques de genre et
liées aux jeunes a été élaboré et est en cours d’exé- Au niveau décisionnel, quatre cas de figures sont
cution. En 2016, les instances de l’UGCPA étaient identifiés: (1) La prise de décision est du fait de
composées de 29% de femmes, 29% de jeunes et l’homme seul. Ce cas de figure est le plus domi-
42% d’hommes adultes. nant. Les femmes, principales actrices, sont dans
L’AFDR, dans son Centre de formation agri- un état d’attentisme. (2) La prise de décision est du
cole et artisanale de Tangaye, promeut la forma- fait de l’homme, en prenant en compte l’avis de la
tion agricole des jeunes filles et des jeunes garçons. femme («parfois», disent les femmes). (3) La prise
Les jeunes formés au sein de ce centre constituent de décision est du fait de la femme en tant que
un réseau de compétences pour le renforcement chef de ménage. Toutefois pour certaines activités
des activités de l’AFDR sur le terrain. L’AFDR a après récolte, cette décision est prise en concer-
élaboré sa «politique d’égalité femmes/hommes» tation avec les hommes qui doivent intervenir
103
dans certaines sous-opérations. Elles ne peuvent maïs par exemple) l’analyse comparative du temps
prendre les décisions et s’imposer aux hommes de travail de l’opération reste défavorable aux
comme ceux-ci le font dans le cadre familial. (4) femmes responsables des sous-opérations comme
La prise de décision est du fait des femmes, quand le transport des épis pour l’égrenage, le vannage
la quasi-totalité de la gestion du foyer leur est des résidus, etc.
imposée du fait de la «démission» des conjoints de
leurs responsabilités. CAUSES DES PERTES APRÈS RÉCOLTE
Au niveau de l’accès aux ressources: les femmes ont EN LIEN AVEC LES PROBLÉMATIQUES
un accès aux ressources (stock d’aliments, connais- DE GENRE ET LIÉES AUX JEUNES
sances, technologies…) presque proportionnel à Comme en 2015-2016, la réplication ne permet
leur niveau d’intégration aux prises de décisions. pas de dégager une corrélation évidente entre sexe
À titre illustratif, une femme a demandé à son mari et taux de pertes. Le même constat est observé au
l’autorisation de se rendre à une réunion profes- niveau des jeunes. Toutefois, il est aisé de penser
sionnelle, et s’est heurtée à son refus, prétextant que certaines situations de fait constituent des
qu’il ne veut pas la voir écrasée accidentellement entraves à une gestion efficace des activités après
en cours de route. En définitive, elle a pu parti- récolte:
ciper à ladite rencontre, qui s’est tenue dans sa Les prises de décision unilatérales des
ville de résidence, grâce à l’intervention de son hommes sur les tâches après récolte ne per-
employeuse. mettent pas de tenir compte des retours d’ex-
Au niveau du contrôle des stocks agricoles: dans le périences de terrain des femmes. Si cela était
domaine de l’après récolte, la gestion des stocks le cas, cela pourrait permettre d’exécuter une
constitue un enjeu de taille dans le foyer. La activité à une meilleure période (la récolte par
distribution des rôles dans les activités agricoles exemple), ou d’utiliser les revenus financiers
confère aux femmes une plus grande responsabi- de façon plus appropriée.
lité. En dépit de ces rôles importants, les femmes La non prise en compte des jeunes dans
pour la plupart du temps, n’ont pas d’emprise les décisions constitue également des pertes
sur la gestion des stocks d’aliments et ignorent d’opportunités pour les activités agricoles,
la destination finale des revenus provenant des donc pour les activités après récolte.
ventes de ces produits agricoles. Sur les sept focus Le peu d’accès ou de contrôle sur les res-
groupes féminins organisés dans les trois régions, sources constitue des manques d’opportu-
les femmes de quatre focus groupes sont unanimes nités pour les femmes et les hommes et
sur l’absence de contrôle. Les femmes d’un focus démotive les femmes dans leurs activités.
groupe reconnaissent contrôler les stocks parce La charge de travail élevée des femmes influe
qu’elles sont seules à conduire l’essentiel des acti- sur l’exécution des activités à bonne date,
vités agricoles. Les femmes de deux focus groupes quantitativement et qualitativement, avec en
n’ont pas de position tranchée. l’occurrence l’application des bonnes pra-
Au niveau de la charge de travail: les producteurs tiques.
et productrices produisent simultanément plu-
sieurs cultures au cours de la même campagne. SOURCE DES INÉGALITÉS ET
La charge de travail est alors élevée pour tous, STRATÉGIES DE PERPÉTUATION
notamment pour les femmes qui doivent générale- Us et coutumes: Les us et coutumes burkinabés
ment faire face à une triple charge, avec les activités confèrent à l’homme le rôle de chef de famille.
familiales, personnelles et agricoles. En sus des Aussi, certains entendent l’exercer de façon abso-
rôles agricoles «traditionnels» des femmes, ceux lue afin de corroborer ce proverbe moaga4 qui dit
dévolus aux hommes sont en train d’être délaissés que «quelle que soit la stature de la femme, elle
au profit des femmes et des enfants. Les femmes ne dirige jamais le foyer». Pour ce faire, des règles
fustigent de tels comportements et qualifient de gouvernance sont érigées ou des stratégies sont
de «futiles» les occupations de substitution des développées par l’homme pour asseoir son autorité
hommes: réunions, marchés, promenades de vil- et faire valoir cette «norme» sociétale défavorable
lage en village, etc. L’absence de technologie, pour à la femme et parfois même à l’homme.
les activités d’après récolte relevant de la responsa-
bilité des femmes, est un autre facteur qui aggrave
la charge de travail des femmes. Même dans le cas 4
Les moagas sont une des trois ethnies majoritaires du
de l’existence d’une technologie (égreneuse de Burkina Faso.
104 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Absence de transparence dans les rapports: Au alimentaire qui s’en est suivie a affecté davantage
nom des traditions, la société burkinabé attend les femmes. Elles se sont retrouvées seules à s’oc-
de l’homme des résultats qu’il n’est pas toujours cuper de la satisfaction des besoins alimentaires de
à même d’atteindre. «Être incapable de faire face la famille. Cet échec a convaincu les femmes que
aux besoins de sa famille» est mal vu par la société les hommes ne vont jamais changer. Elles se sont
burkinabé, et mal vécu par l’homme. Il est alors résolues alors à chercher des solutions pour mieux
obligé d’user de stratagèmes pour rester conforme assumer leurs responsabilités.
à cette valeur. Par exemple, au nom de l’honneur, L’étude précédente enregistre également des atti-
un homme peut emprunter en cachette des céréales tudes similaires, en réponse à des situations d’inéga-
pour subvenir au besoin de sa famille, le rembour- lité: refus de récolter le niébé, entretien de champs
sement devant se faire au moment de la prochaine personnels au détriment des champs familiaux, etc.
récolte. La sortie de tels sacs ne peut être expliquée Des attitudes de désarroi, de fatalité, de révolte,
à la famille, ni à la femme, qui développe alors des de soulagement (opportunité d’expression), de
suspicions, comme nous ont confié les hommes mutisme (peur de ce que dira cette femme, ori-
d’un focus groupe mixte. ginaire de la famille de mon mari), des vœux de
Sous-estimation de la contribution sociale et écono- changement au moins pour leurs progénitures
mique de la femme: Par exemple, les hommes esti- sont observés au cours de ces focus groupes.
ment qu’en termes de charge de travail, l’homme
est plutôt à plaindre: «l’homme commence les Contraintes et leçons apprises
travaux champêtres très tôt, tandis que la femme La tenue simultanée de focus groupes masculins et
traine à la maison, fait la cuisine et rejoint tardi- féminins sécurise les femmes, qui, de ce fait, sont
vement le champ; les hommes les trouvent ainsi beaucoup plus loquaces. En effet durant l’étude
oisives». précédente, il était impossible d’avoir des focus
Limitation du pouvoir économique de la femme: groupes composés uniquement de femmes, tant
Une femme avec une assise financière est sys- que les hommes n’étaient pas occupés par ailleurs.
tématiquement présentée comme une libertine, Deux raisons sont invoquées pour favoriser le
ce qui est mal vu par la société burkinabé. Alors maintien des inégalités entre les hommes et les
se développe une certaine phobie du pouvoir femmes: (1) «L’amour maternel», avec l’expression
économique de la femme qui doit faire face à des «c’est à cause de mes enfants que j’accepte cette
comportements tendant à restreindre sa liberté situation» est revenue souvent dans les causeries;
d’entreprendre ou même à l’en priver. Par exemple, (2) une volonté de respect de ces normes de valeur
les femmes d’un focus groupe ont témoigné de sociétales par certaines femmes se résume par l’ex-
l’interdiction qui leur est faite de cultiver le maïs, pression d’un focus groupe de l’étude précédente:
sous prétexte d’éviter des conflits d’intérêts. «En tant que femme, il faut travailler à ce qu’il y
Développement de pressions sur les femmes: Selon ait l’entente entre toi et ton mari».
celles-ci, si des comportements de résistance ou Dans ces groupes de discussions, apparait
contraires à l’ordre établi sont perçus ou pres- la difficulté d’identifier des exemples de foyers
sentis, par les hommes, ceux-ci développent des modèles, en termes d’égalité, d’équité de genre,
méthodes de dissuasion: diminution des dotations afin de les proposer en tant qu’«ambassadeurs»
alimentaires journalières, ou abandon aux femmes endogènes de la thématique. Le seul témoignage
de la charge de tous les besoins quotidiens sco- obtenu est celui d’une transformatrice qui s’est
laires des enfants par exemple. réjouit du soutien permanent reçu de la part son
époux pour la gestion de son unité artisanale.
RÉACTIONS DES FEMMES FACE AUX Le mutisme des jeunes femmes lors de la tenue
RAPPORTS INÉGAUX HOMMES- des focus groupes féminins ne permet pas d’appré-
FEMMES hender leurs problèmes spécifiques.
Des réactions sporadiques de rébellion sont rap- La non tenue de focus groupes de jeunes, à
portées, au cours des focus groupes féminins: à cause de la limitation de temps de terrain, ne per-
titre illustratif, les femmes d’un village ont estimé met pas d’appréhender toute la problématique liée
que leurs hommes s’occupaient peu des travaux aux jeunes dans les PAR.
champêtres. En guise de réaction à cette défection, Les jeunes (femmes comme hommes) assistent
elles ont refusé de conduire les activités agricoles aux rencontres en tant qu’observateurs plutôt que
du maïs au cours d’une année afin de contraindre participants. Cette situation est résumée dans la
leurs maris à plus de responsabilité. La pénurie politique nationale pour les jeunes en ces termes:
105
«Les aînés ne permettent pas aux jeunes de s’expri- Des indicateurs de suivi sexo-spécifiques et
mer. Quand tu veux dire la vérité, ils disent que tu sur les jeunes dans le système de suivi-évalua-
ne les respectes pas». tion des programmes de réduction des PAR
Mesures pour la prise en compte du genre et des sont prévus.
jeunes dans les stratégies de réduction des pertes Au moment de l’élaboration des politiques
après récolte et des programmes de réduction des PAR,
Les causes liées aux problématiques de deux principes sont pris en compte: (1) la
genre et liés aux jeunes et leurs effets sur réduction des inégalités de genre, liées aux
les hommes, les femmes, les jeunes, l’en- jeunes ou leur non aggravation; (2) le main-
semble de la famille font partie du contenu tien du niveau économique des femmes et
proposé pour les activités de renforcement des jeunes, et mieux, l’augmentation de leur
des compétences: information, formation, pouvoir économique.
sensibilisation.
Les catégories sociales, hommes, femmes et Stratégies proposées
jeunes sont prévues de façon explicite dans le Les stratégies proposées sont les suivantes:
public cible bénéficiaire des mesures. le développement de partenariat entre le
Les situations spécifiques des femmes, des Ministère en charge de l’agriculture et de
jeunes femmes, des jeunes en général sont à la sécurité alimentaire et les organisations
prendre en compte au moment de la planifi- locales expérimentées en matière de prise en
cation, de l’opérationnalisation des activités compte du genre, des jeunes, pour la conduite
de renforcement des capacités; ainsi que le des activités de renforcement de capacité;
calendrier de travail journalier des femmes, la promotion de synergies d’actions entre
les endroits ou activités opportunes pour le programme de réduction des pertes et
toucher les jeunes, les femmes allaitantes, et d’autres programmes, pour résoudre cer-
la prise de parole des femmes… taines causes de pertes comme le manque
L’opérationnalisation de la promotion des d’eau et pour maintenir ou augmenter le
technologies de réduction des PAR pren- pouvoir économique des femmes ou des
dra en compte les besoins spécifiques des jeunes menacés par l’adoption des nouvelles
hommes, des femmes, et des jeunes. technologies.
107
Chapitre 4
Le sorgho dans la région de la Boucle du
Mouhoun
TABLEAU 2.1
Production de sorgho blanc et rouge pour la campagne 2016-2017
Production annuelle Rendement moyen
Surface cultivée (ha)
(tonnes/an) (kg/ha)
TABLEAU 2.2
Mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments au Burkina Faso
Contrôleur Contrôle Situation réelle dans la CAA Agent responsable
Récolte Aucun
Réglementations Transport Faible Laboratoire national
et exigences Fréquence des contrôles de santé publique
gouvernementales (Aucun, Faible, Moyen, Stockage Moyen (LNSP) + Département
Élevé) technologie alimentaire
Transformation Faible (DTA) de l’IRSAT
Marché/commercialisation Moyen
Acteurs de la BPH/BPA/HACCP/normes
x Responsable qualité
CAA - volontaires
Système de
gestion de la Identification des dangers
sécurité sanitaire potentiels
des aliments
TABLEAU 2.3
La chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de produits agricoles (région de
la Boucle du Mouhoun)
Nombre/ Marchés des Projets
Chaîne Zone de Volume (tonnes
Produit fini sexe* de petits produits d’appui en
d’approvisionnement production en 2016)
producteurs finis cours
SONAGESS,
Boucle du Sorgho
UGCPA 576,3 412 PAM, Ets PAM, IFDC
Mouhoun grain
TERA
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
*La liste des producteurs n’a pas été communiquée en prenant en compte le genre.
TABLEAU 2.4
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles (région de la Boucle du Mouhoun)
Importance économique Contribution à la génération
Chaîne d’approvisionnement Emplois générés
(FCFA) de revenus pour les acteurs
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017. (Taux de
conversion: 1 USD = 662 FCFA)
TABLEAU 2.5
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles (région de la Boucle du Mouhoun)*
Mois de l’année Quantité
Étapes de la Produits par Sous- Durée/
Lieu géographique
CAA principaux producteur produits distance
de à (tonnes)
Production sorgho
Tankuy mai novembre 2 néant 5 mois
primaire (pieds)
sorgho
Récolte Tankuy novembre 2 néant 2 semaines
panicules
Manutention sorgho
Tankuy janvier 1,8 néant
après récolte grains
sorgho 3 mois/80
Stockage Dédougou janvier avril 1,5 néant
grains km
sorgho
Transport Dédougou janvier avril 1,3 néant
grains
sorgho
Transformation néant néant néant néant
grains
sorgho
Stockage Dédougou janvier avril 1 néant
grains
Ouagadougou/ sorgho
Transport janvier avril 1 néant 230 km
Ouahigouya grains
Ouagadougou/ sorgho
Vente en gros janvier avril 1 néant
Ouahigouya grains
sorgho
Vente au détail Ouagadougou janvier avril néant
grains
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
*Les produits principaux sont les mêmes dans la chaîne de l’UGCPA et la chaîne classique, et bien souvent les coûts unitaires ne varient pas
sur une même période dans la même zone. Les instruments de référence sont les prix du SIM.
pré-séchées dans le champ en petits tas exposés au vannage puis du conditionnement et du transport
soleil toute la journée. Les petits tas de panicules vers les lieux de stockage généralement dans les
sont ensuite regroupés en fin de journée en un maisons d’habitation pour une grande partie des
tas plus grand qui est laissé au soleil une à deux producteurs qui ne disposent pas de magasins.
semaines avant le battage ou avant d’être acheminé Chez certains producteurs/trices, les panicules
pour le stockage dans un grenier. sont transportées et stockées dans des greniers
Les panicules de sorgho sont séchées sur une généralement en terre.
terrasse quand elle est disponible, ou sur un espace Une partie de la production est utilisée pour
nettoyé à cette fin. Une bâche ou un film plastique l’alimentation du ménage tandis que l’autre partie
peut être placé au sol pour le séchage. Peu de pro- est affectée à la vente. L’UGCPA procède à l’enlè-
ducteurs/trices disposent de bâches et souvent, le vement de la quantité mise en vente, qui est stoc-
séchage est fait à même le sol. La bâche permet de kée dans ses magasins de regroupement. Le sorgho
protéger les panicules des dégâts occasionnés par collecté est à nouveau nettoyé, traité, recondi-
les fourmis et les termites, de couvrir les produits tionné et emmagasiné en attendant son transport
en cours de séchage et d’éviter la reprise d’humi- chez les acheteurs, qui sont soit des commerçants
dité avec les pluies tardives de fin de campagne. Le grossistes soit des institutions comme le PAM et
séchage est une étape fondamentale pour la suite la SONAGESS.
du stockage du sorgho.
Dans la région de la Boucle du Mouhoun, le Genre et activité après récolte du sorgho
battage est effectué en grande partie à l’aide d’un Le tableau 2.6 permet de décrire les rôles des
tracteur qui passe sur le tas de panicules étalées hommes, des femmes et des jeunes dans la conduite
(parfois sur une bâche). Le battage est suivi du des opérations agricoles notamment dans les acti-
TABLEAU 2.6
110
Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations après récolte du sorgho (région de la Boucle du Mouhoun)
Implication des femmes Implication des hommes Groupes sociaux
Niveau
principalement Genre / typologie sociale
d’organisation
impliqués Observations et remarques qui expliquent les qualificatifs
Femmes Hommes des acteurs de
Étapes de la Filles Garçons (femmes, choisis et/ou informations supplémentaires
adultes adultes la CAA*
CAA hommes, jeunes)
(1) Coupe des pieds par les hommes, spécifiquement les jeunes.
(2) Coupe des panicules par les femmes et mise en petits tas
ménages, (sauf à Moukouna où cette opération est effectuée par des
femmes, groupe de hommes) (3) Ramassage des petits tas et transport pour le gros
Récolte 1 1 1 1
hommes, jeunes femmes ou de tas par les femmes.
jeunes
Haches, couteaux, plats, et paniers sont utilisés pour ces
différentes sous-opérations.
Ventes aux
homme individuel La vente est assurée principalement par l’homme.
marchés
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
*
Les niveaux d’organisation sont par exemple, le niveau individuel, les ménages, la coopérative.
**
Les qualificatifs des équipements, des conditions, de l’accès aux services et à la formation sont les suivants: 4: excellent, 3: bon, 2: moyen, 1: mauvais.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 111
vités après récolte et donne une appréciation qua- que leur surplus de production est collecté et
litative des outils utilisés. Chaque étape de la CAA commercialisé en fonction des opportunités qui se
est subdivisée en sous-opérations dont l’exécution présentent.
incombe à l’un ou à plusieurs des trois groupes
sociaux susnommés. On note que les jeunes inter- Maillon commercialisation
viennent principalement dans les sous-opérations Le sorgho est acheté à un prix de base déterminé
nécessitant beaucoup d’effort physique. À titre et fixé au début de chaque campagne agricole. Le
d’exemple, les jeunes sont sollicités dans la coupe produit enlevé à la fin de la récolte est acheminé
des tiges, le battage manuel et le transfert des sacs. dans les magasins de regroupement dans lesquels
la vérification de la quantité et de la qualité des
La commercialisation du sorgho dans la grains collectés est faite. À son siège, l’UGC-
chaîne d’approvisionnement PA dispose d’infrastructures d’une capacité de
Dans la Boucle du Mouhoun, les commerçants stockage de près de 6 000 tonnes. Les quantités
grossistes classiques de céréales disposent d’un collectées auprès des membres de l’Union sont
réseau de collecteurs/trices de sorgho qui s’ap- traitées (nettoyage et reconditionnement) pour
provisionnent dans les marchés des villages et être placées auprès des institutions demandeuses
des communes avoisinantes. Ils sont aussi appro- ou auprès de commerçants grossistes. Au terme du
visionnés par des commerçants demi-grossistes5 processus de mise en vente, l’Union détermine des
localisés dans les communes rurales. ristournes à reverser aux membres contributeurs.
En dehors de quelques grands commerçants La synthèse du diagramme de flux de la chaîne
de la place, le grossiste ne dispose pas de grandes d’approvisionnement du sorgho de l’UGCPA
capacités de stockage. En début de période de (Boucle du Mouhoun) est présentée à la figure 2.1.
commercialisation du sorgho, le grossiste collecte
le produit en vue de satisfaire les commandes. Le Pertes présumées dans la chaîne
grossiste de céréales assure une rotation rapide d’approvisionnement alim entaire du sorgho
de son stock en début de période et minimise les Le tableau 2.7 présente l’importance des pertes
risques de conservation du produit à long terme. alimentaires selon la perception des acteurs/trices
Le temps de collecte et d’acheminement du pro- rencontrés au cours des entretiens semi-structurés.
duit au client ne dépasse pas un mois. La collecte
réalisée un peu plus tard est conservée pour être
vendue pendant la période de soudure avec une Les points critiques de pertes identifiés en 2017
plus-value. au niveau de la Boucle du Mouhoun sont (tels que
L’UGCPA a pour mission de commercialiser le perçus par les acteurs interrogés): la récolte (abat-
surplus de production de céréales de ses membres, tage des plants), le transport des panicules à domi-
après avoir déduit les besoins de consommation cile (localité de Moukouna), le battage (tracteur
de ceux-ci. montant sur le tas des panicules ou battage sur le
sol), le prélèvement des panicules dans le grenier
Maillon production pour le battage, le stockage chez le collecteur, le
Les producteurs membres de l’UGCPA béné- transport et le stockage chez le grossiste. Il n’existe
ficient de renforcement de capacités dans les donc pas de différence avec les données collectées
domaines de l’intensification de la production, en 2015-2016.
de la gestion de leur exploitation, et aussi, dans
la réduction des PAR. C’est dans cette démarche
Évaluation environnementale
La région de la Boucle du Mouhoun est la plus
grande des régions du pays et couvre six provinces
5
Le commerçant demi-grossiste est un intermédiaire sur les 45 que compte le pays. Sa partie la plus
entre le grossiste et le détaillant. Il traite des quantités
allant de quelques dizaines de sacs à une cinquantaine,
au sud, avec la province du Mouhoun (zone de
voire une centaine de tonnes de céréales. Ces acteurs l’étude de réplication), bénéficie de conditions
sont localisés aussi bien dans les zones de production pédoclimatiques favorables comparées aux pro-
que dans les zones de consommation. Dans les zones vinces du nord. La province du Mouhoun est à
de collecte, il dispose de magasins pour le stockage du
produit de sa collecte en vue de la vente aux grossistes.
cheval entre un climat soudano-guinéen et un
Dans les zones de consommation, le demi-grossiste s’ap- climat soudano-sahélien plus sec.
provisionne auprès du grossiste.
112 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
FIGURE 2.1
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho de l’Union des groupements de
commercialisation de produits agricoles dans la Boucle du Mouhoun
Récolte
Prélèvement au Battage
grenier (bâton/tracteur)
Battage
Vannage
au bâton
Vannage Conditionnement
Transport
Stockage
Stockage à domicile
Magasin de regroupement
Contrôle qualité
Transport au marché
et poids
Stockage Stockage
Collecteur Magasin central
Transport Nettoyage
chez grossiste (selon marché)
Stockage Stockage
Grossiste Institutions
Transport des
x x
panicules à domicile
Prélèvement du
x x
grenier
Battage x x
Grains éparpillés
Résidus contenant des grains
Vannage x x
Mise en sacs x x
Stockage au magasin
x x Les sacs utilisés sont de bonne qualité
de regroupement
Stockage au magasin
x x
central
Stockage au domicile
x x
du producteur
Stockage chez le
x Utilisation de sacs en mauvais état
collecteur
Transport chez le
x Grains éparpillés et versés à partir des sacs percés
grossiste
Stockage chez le
113
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
114 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Le stockage du sorgho en panicules n’est pas village soit un total de six producteurs/trices.
très fréquent dans les villages suivis6 dans le cadre Dans la commune d’Ouarkoye, l’étude est mise
de cette seconde étude. Il est plutôt réalisé dans en œuvre dans les villages de Poundou (3 pro-
des greniers en terre. Les grains de sorgho sont ducteurs/trices), Bekuy (2 producteurs/trices) et
généralement conservés en sacs. L’utilisation de Kamako (1 producteur), soit également six pro-
moyens modernes de stockage, comme les silos ducteurs/trices. L’augmentation de l’échantillon
métalliques, les sacs à triple fonds et les magasins de 6 à 12 (8 hommes dont 4 jeunes, et 4 femmes
de stockage (communautaires), est de plus en plus dont 3 jeunes) permet d’élargir le champ d’investi-
vulgarisée. Les stocks de sorgho ne sont pas traités gation et la prise en compte des problématiques de
dans les greniers, mais ils le sont dans les magasins genre et liées aux jeunes.
modernes. La revue documentaire, les avis des personnes
Le moyen de transport privilégié est la charrette ressources rencontrées, et les échanges avec les
asine. De plus en plus de ménages font appel groupes de discussion de producteurs/trices per-
aux motos tricycles à essence pour le transfert mettent d’identifier les points critiques de pertes,
des récoltes (panicules ou grains) des champs présentés comme suit.
vers les lieux de stockage. Les camions diesels
sont essentiellement utilisés pour le transport des Pertes quantitatives du sorgho à la récolte
quantités collectées des marchés des localités vers Les niveaux de pertes quantitatives sont estimés
les marchés des grands centres urbains. aux étapes: de l’abattage des plants à la récolte, du
La commercialisation du sorgho est faite au battage/vannage et du transport des sacs chez le
moyen d’unités de mesure locales (yoruba7, boîte commerçant.
de tomate, tine8, etc.), puis en sacs de 100 kg en
polypropylène. L’utilisation des bascules inter- Pertes à la récolte
vient bien souvent dans le cadre de transactions La récolte du sorgho commence par l’abattage des
beaucoup plus formelles comme les achats insti- plants à l’aide de la daba ou de la machette, suivie
tutionnels. de la coupe des panicules avec le couteau.
Les pertes à l’abattage du sorgho sont com-
LES PERTES APRÈS RECOLTE DANS LA prises entre 54,4 et 126,8 kg par hectare pour un
CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU taux moyen de pertes de 6,7% dans la commune
SORGHO de Bondokuy; les pertes à l’abattage du sorgho
Résultats d’évaluation des pertes ont varié entre 19,1 et 77,6 kg par hectare pour un
quantitatives taux moyen de pertes de 3,8% dans la commune
La réplication de l’étude portant sur les PAR d’Ouarkoye.
du sorgho est conduite au cours de la campagne
agricole 2016-2017 dans deux communes de la
région de la Boucle du Mouhoun avec pour chef- Au cours de la réplication de l’étude (campagne
lieu Dédougou, située à 230 km de Ouagadougou agricole 2016-2017), le taux moyen de pertes à
la capitale. Les communes d’Ouarkoye et de la récolte du sorgho est estimé à 5,3% contre un
Bondokuy sont situées respectivement à 45 et 80 taux moyen de 5,4% en 2015-2016. Les données
km de Dédougou. collectées portant sur les pertes à la récolte à
Dans la commune de Bondokuy, l’étude est l’abattage des plants dans la région de la Boucle
conduite dans les villages de Moukouna et de du Mouhoun pour la réplication de l’étude sont
Tankuy et concerne trois producteurs/trices par présentées dans le tableau 2.8.
6
Pour rappel, cette seconde étude n’a pas été menée dans Pertes au battage/vannage
les mêmes villages que ceux suivis lors de la première
étude. Le stockage du sorgho en panicules était encore
Les formes de battage du sorgho rencontrées dans
fréquent dans les villages suivis lors de la première étude. la Boucle du Mouhoun sont: avec le bâton (bat-
7
Un yoruba de maïs équivaut à 2,864 kg. Un bol ou un tage manuel) pour de petites quantités (besoins
plat fait office de contenant. ponctuels) ou en faisant passer un tracteur sur le
8
La tine (bassine émaillée d’un format toujours identique)
est une unité de volume correspondant à son remplissage
tas de panicules disposé sur une aire de battage.
maximum. La tine vaut sept plats. Une tine de maïs équi- L’utilisation de batteuses mécanisées de sorgho n’a
vaut à 17 kg. pas été observée dans la zone d’étude.
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 115
PHOTO 2.5
Récolte du sorgho (abattage et coupe des panicules), région de la Boucle du Mouhoun, 17 novembre 2016
TABLEAU 2.8
Pertes à la récolte à l’abattage des plants de sorgho au champ (région de la Boucle du Mouhoun)
Sexe/âge Taux moyen
Pertes au Taux de Taux moyen
(M: masculin, Rendement de pertes par
Localité Exploitant(e) champ (kg/ pertes au annuel de
F: féminin, (kg/ha) commune
ha) poids (%) pertes (%)
J: jeune) (%)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
PHOTO 2.6
Battage du sorgho, village de Bèkuy (Boucle du Mouhoun), 13 décembre 2016
TABLEAU 2.9
Pertes au battage manuel, au battage au tracteur et au vannage manuel du sorgho (région de la Boucle du
Mouhoun)
Pertes de Pertes de
Type de Pertes de Pertes Taux de
Grains grains sur Poussière et grains dans
battage/ grains dans totales en pertes des
obtenus (kg) aire de glumes (kg) la poussière
vannage la paille (kg) grains (kg) grains (%)
battage (kg) (kg)
Moyenne
955 5,29 323 1,31 0,56 7,16 0,74
Manuel
Moyenne
1 345 4,38 454 1,84 1,27 7,49 0,55
Tracteur
Moyenne - - - - - - 0,66
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
TABLEAU 2.10
Données de suivis des cargaisons du sorgho de Bondokuy à Dédougou (région de la Boucle du Mouhoun)
Paramètres mesurés
Kosso à 75 km dont 57 km de
10 100,9 100,7 0,2
Dédougou voie bitumée
Miana à 57 km dont 53 km de
10 101,2 101,1 0,1
Dédougou voie bitumée
Kakin à 79 km dont 57 km de
10 102,0 101,0 1,0
Dédougou voie bitumée
93 km dont 57 km de
Konkuykoro 10 104,4 103,4 1,0
voie bitumée
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
TABLEAU 2.11
Évolution des pertes au stockage du sorgho au cours de la réplication de l’étude (région de la Boucle du Mouhoun)
Taux de pertes quantitatives de produits consommables (PPC) en %
Exploitant(e) Sexe/âge
(M: masculin, À la récolte (novembre
Au stockage (mars 2017) Au stockage (avril 2017)
F: féminin, 2016)
J: jeune)
Causes des pertes après récolte et mesures plus difficile car les plants s’enchevêtrent
de réduction identifiées souvent. Il existe également des variétés qui
Des pertes sont constatées dans toutes les opéra- versent beaucoup à l’abattage.
tions après récolte du sorgho, avec des taux plus Coupe et regroupement des panicules: La
ou moins importants en fonction des opérations. coupe et le regroupement des panicules à
Il s’agit des opérations de récolte, de battage, de même le sol entraînent également des pertes.
vannage, de transport et de stockage. Charge de travail des femmes: La constitu-
tion du gros tas à partir des petits tas ne se
Pertes à la récolte fait pas toujours au cours de la journée de
Les principales causes des pertes à la récolte sont récolte pour des raisons d’indisponibilité des
les suivantes: femmes.
Récolte tardive: La période de la récolte du
sorgho coïncide avec celle de nombreuses Pertes au battage/vannage
autres productions, telles que le coton, le Les principales causes des pertes au battage/van-
mil, le maïs, le niébé, etc., ce qui entraîne, sur nage sont les suivantes:
une même période, une charge importante la faible mécanisation des opérations,
de travail pour les membres de la famille l’insuffisance du matériel de travail (manque de
et un manque de main d’œuvre. Au niveau bâche),
des producteurs suivis dans le cadre de cette la pénibilité du vannage manuel,
étude, la récolte est conditionnée aussi par la charge de travail élevée pour les femmes impac-
les autres travaux champêtres du ménage tant sur la qualité du vannage.
(la récolte du niébé, du sorgho, du mil, des
arachides, du soja, du sésame et surtout du Pertes au transport
coton) et la disponibilité des infrastructures Les principales causes des pertes au transport sont
de stockage. les suivantes:
Mode d’abattage des plants au champ: Elle se Mauvais état des emballages: Les sacs en
fait à la daba ou à la machette. Bien souvent, polypropylène généralement utilisés pour le
cette tâche est réalisée par les bras valides conditionnement des grains sont bien sou-
des ménages, qui ne ménagent pas les plants vent de très mauvaise qualité (faible densité
coupés et abattus. de tissage, non traitement aux ultraviolets).
La qualité du matériel végétal: Il existe des Mauvaise manutention des sacs: Les manu-
variétés de grande taille dont l’abattage est tentionnaires sont payés à la tâche et pour
TABLEAU 2.12
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du sorgho (région de la Boucle du Mouhoun)
% de % de
Étape de la Type de perte Baisse de Impact/acteurs Perception des
pertes pertes Causes de pertes / raisons
chaîne/ (quantitative/ valeur affectés acteurs (hommes/ Solutions recommandées
dans ce dans la de faibles pertes
Processus qualitative) marchande (hommes/femmes) femmes)
processus CAA
Récolte quantitative 5,3 54,3 Mode d’abattage des non Hommes/femmes Niveau de pertes Utilisation des bonnes
plants au champ très bien perçu par pratiques (précaution
Pertes de revenus
les acteurs dans l’abattage des plants
Qualité du matériel
Impact négatif sur de sorgho)
végétal (variété plus ou
la disponibilité
moins soumise à la verse) Amélioration variétale
alimentaire au niveau
Taille des plants du ménage Récolte à bonne date et
très tôt le matin
Récolte en fin de matinée
(après 10 heures du matin) Allègement de la charge
de travail des femmes
Charge de travail des
femmes
Battage/ quantitative 0,66 6,7 Insuffisance du matériel non Hommes/femmes Niveau de pertes Disponibilité de bâches
Vannage de travail (bâches) très peu perçu par pour les opérations après
Pertes de revenus
les acteurs récolte
Pénibilité du vannage
Impact négatif sur
manuel Allègement de la charge
la disponibilité
de travail des femmes
Charge de travail élevée alimentaire au niveau
des femmes du ménage
Faible mécanisation des
opérations
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun
Transport chez quantitative 0,6 6,2 Emballages de mauvaise non Impact négatif sur Niveau de pertes Utilisation d’emballages
le commerçant qualité la disponibilité peu perçu car de qualité
(suivi des alimentaire au niveau considéré comme
Mauvais état de la voie et Utilisation de bâches pour
cargaisons) du ménage faible
du camion réduire les pertes
Stockage chez quantitative 3,2 32,8 Attaques de déprédateurs, non Insignifiant Niveau de pertes Utilisation de silos ou de
le producteur principalement sur les grains perçu grâce aux sacs de type PICS*
(5 mois) dégâts dus aux
Utilisation de produits de
insectes
traitement
Utilisation de palettes
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
119
120 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
aller vite et gagner plus, ils manipulent les pour une équité dans les tâches d’égrenage
sacs avec peu de soin, engendrant des déchi- entre les hommes et les femmes.
rures surtout pour les sacs de 100 kg bien
remplis. Au transport
Sensibilisation des manutentionnaires sur les
Pertes au stockage bonnes pratiques.
Les principales causes des pertes au stockage sont Utilisation des bâches pour protéger les sacs
les suivantes: des déchirures causées par la carrosserie des
les dégâts dus aux insectes et aux rongeurs; camions de transport.
l’utilisation de points de stockage non appro-
priés et de sacs d’emballage et de matériel Au stockage
de conditionnement inadaptés (stockage aux Promotion des emballages hermétiques type
domiciles, emballage dans les sacs en PP, etc.); PICS9 et des silos métalliques au niveau des
l’utilisation de magasins mixtes (vivres et producteurs et des productrices.
autres matériels) et insuffisamment équipés. Sensibilisation à la nécessité du déstockage
des vieux stocks avant le stockage des nou-
Les principales causes de pertes et les mesures velles productions.
de réduction identifées sont regroupées dans le
tableau 2.13. Points de faibles pertes
Le transport du sorgho jusqu’au commerçant est
Solutions recommandées pour la réduction perçu par les acteurs interrogés comme un point
des pertes après récolte critique. Les mesures sur le suivi de cargaison
permettent de classer cette étape comme un point
À la récolte de faibles pertes. Les pertes enregistrées sont de
Professionnalisation des agriculteurs. 0,5%. Le transport est assuré par des camions
Amélioration des pratiques culturales: ren- sur des routes relativement bien entretenues et
forcement des connaissances en matière de dont les carosseries sont couvertes de bâches,
bonnes pratiques de récolte (abattage du permettant la récupération des grains tombés des
sorgho avec plus de soins et au bon moment). sacs. Les distances parcourues sont d’environ 100
Utilisation de variétés améliorées: La kilomètres.
recherche et la vulgarisation de variétés amé-
liorées adaptées aux effets du changement cli- STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES
matique, mais surtout moins sensibles à l’ef- ALIMENTAIRES DE SORGHO
fet des facteurs environnementaux induisant Impact des pertes dans la chaîne
l’ouverture des glumelles et le détachement d’approvisionnement alimentaire du sorgho
des grains à maturité, doivent être envisagées. dans la Boucle du Mouhoun
Par ailleurs, la réduction de la taille du plant De manière générale, le prix du sorgho fluctue
pourra contribuer à la diminution des pertes très peu; ceci s’explique par le fait que dans
de grains à l’abattage des plants. les ménages, le sorgho n’est commercialisé que
Réduction de la charge de travail des femmes lorsque toutes les sources de revenus sont épui-
afin de rendre leur travail plus efficient. sées. Les économies réalisées sur les pertes peuvent
financer, au bout de dix ans, des mesures suscep-
Au battage/vannage tibles de réduire de manière considérable les pertes
Introduction de matériel mécanique de bat- au niveau des points de pertes les plus importants
tage et surtout de vannage pour réduire la (récolte, stockage et battage/vannage).
pénibilité des opérations et alléger les tâches Les principales conséquences des pertes pour
des femmes, source de la faible attention les producteurs de sorgho sont i) la réduction de
accordée aux pertes à ce stade.
Promotion des bâches ou des films plastiques
pour la récupération des grains éparpillés lors
9
des opérations de battage et de vannage. PICS est la marque des sacs hermétiques développés
par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
Promotion des égreneuses multifonction- produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
nelles pour le sorgho et le maïs, tout en veil- plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais
lant à une meilleure organisation de travail elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
TABLEAU 2.13
Principales causes des pertes après récolte du sorgho et mesures de réduction des pertes (région de la Boucle du Mouhoun)
Points critiques Causes complémentaires Solutions complémentaires
Causes identifiées en 2015-2016 Solutions préconisées en 2015-2016
de Pertes identifiées en 2016-2017 préconisées en 2016-2017
Récolte Récolte tardive Améliorer les pratiques culturales Multiplicité des tâches Cibler les jeunes (principaux
Mode d’abattage des plants au Améliorer les techniques de récolte pour tous les acteurs/trices acteurs de cause de verse) sur les
champ techniques de récoltes améliorées
Utiliser des variétés améliorées
Qualité du matériel végétal Sensibiliser à la réduction
Alléger la charge de travail des femmes du nombre de cultures
Charge de travail élevée des (professionnalisation) ou à une
femmes meilleure planification des
productions afin d’éviter plusieurs
récoltes simultanées
Battage/vannage Séchage des épis inapproprié à Introduire le matériel mécanique de battage et de Utiliser des aires de battage adaptées
même le sol vannage
Faible mécanisation des opérations Promouvoir des bâches ou des films plastiques
Insuffisance du matériel de travail Promouvoir les égreneuses multifonctionnelles
(bâches) Sensibiliser sur l’allègement des tâches des femmes
Pénibilité du vannage manuel
Charge de travail élevée des
femmes
Transport Mauvais état des emballages Sensibiliser les manutentionnaires aux bonnes
Mauvaise manutention des sacs pratiques
Mauvais état de la carrosserie des Utiliser les bâches pour protéger les sacs des
camions de transport déchirures
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun
Stockage chez le Infestation des déprédateurs (faible) Promouvoir les emballages hermétiques et les Diminution plausible Renforcer les capacités des
producteur silos métalliques au niveau des producteurs et des de la qualité des grains productrices et des producteurs sur
productrices, et proscrire l’utilisation à grande longtemps stockés en les effets de l’humidité sur le sorgho
échelle du Phostoxin<?> (PH3) panicules (odeur se au stockage
Sensibiliser sur la nécessité du déstockage des vieux dégageant de ces grains)
stocks avant les nouveaux stockages Humidité élevée des
grains stockés
Causes liées au Charge de travail élevée des Sensibiliser les organisations faitières, les Faible participation des Tenir compte des besoins
genre et aux femmes productrices et producteurs à la prise en compte jeunes aux prises de spécifiques des jeunes dans la mise
jeunes Faible participation des femmes aux des femmes dans les processus de prise de décisions (constat dans les à disposition des équipements
prises de décisions décisions, à la gestion équitable des stocks et à focus groupes féminins) Sensibiliser les organisations
l’importance d’alléger la charge de travail des faitières, les productrices et
Accès contrôlé des femmes aux femmes
stocks et quasi-absence de contrôle producteurs à la prise en compte
des revenus générés par la vente Tenir compte des besoins spécifiques des femmes des femmes et des jeunes dans les
du sorgho et des hommes dans la mise à disposition des prises de décisions
équipements
Inclure dans le contenu des formations les
problématiques «genre» et «pertes après récolte»
Prendre des mesures pour une participation
efficace des femmes aux activités de renforcement
121
de capacités
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
122 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
TABLEAU 2.14
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le sorgho (région de la Boucle du Mouhoun)
Codes pour
Rubriques Valeurs Unités Calculs
les calculs
f Amortissement 10 années
leurs revenus, ii) la difficulté des petits produc- urbains comme Sankariaré à Ouagadougou (286
teurs à investir dans la production agricole, iii) USD la tonne au mois de novembre 2016).
la réduction de la disponibilité alimentaire dans Les ressources nécessaires pour la réduction des
la région, et iv) l’accroissement de l’utilisation de pertes, dans la région de la Boucle du Mouhoun,
nouvelles terres de culture. sont estimées à partir du modèle qui utilise la
production de sorgho dans la région, la valeur
Ressources nécessaires et analyse coûts- du produit et le taux de pertes total mesuré sur le
bénéfices des mesures terrain. Les axes d’intervention les plus importants
La production de sorgho blanc et rouge, dans la ont également été valorisés et le taux désiré est
région de la Boucle du Mouhoun, pour la cam- pris en compte pour l’analyse coûts-bénéfices des
pagne agricole 2016-2017, est estimée à 262 900 mesures préconisées (tableau 2.14).
tonnes. Cette production a très peu varié au cours La quantité de produit correspond à la produc-
des dix dernières années (variation inférieure à tion de sorgho (blanc et rouge) de la région de la
10%); elle est par conséquent considérée comme boucle du Mouhoun pour la campagne agricole
stable pour les dix prochaines années au moins. 2016-2017 (262 900 tonnes).
Le taux de pertes cumulées par rapport à la La valeur du produit est le prix sur le marché de
production totale est de 9,49%. Par rapport à la production au mois de novembre 2016 suivant les
production totale de sorgho blanc dans la Boucle prix diffusés par le SIM SONAGESS pour le mar-
du Mouhoun, ce taux représente une perte ali- ché rural de référence de Solenzo dans la région de
mentaire de 24 950 tonnes. Au prix du marché, la Boucle du Mouhoun. Il est de l’ordre de 97 000
c’est-à-dire 147 USD la tonne (prix relevé par le francs CFA la tonne, soit 147 USD la tonne.
SIM SONAGESS sur le marché rural de référence Le taux de pertes est la somme des taux de
de Solenzo au mois de novembre 2016), cette perte pertes des PCP par rapport à la production totale
alimentaire correspond à une perte économique de de la région (soit 9,49%) pour cette campagne.
plus de 3,6 millions d’USD. Elle peut être plus éle- La réduction désirée du taux de pertes est une
vée si cette production est vendue sur les marchés estimation du taux de réduction souhaitée au bout
TABLEAU 2.15
Récapitulatif des causes des pertes de sorgho et des solutions proposées pour leur réduction au niveau des points critiques de pertes (région de la Boucle du Mouhoun)
Réduction des
Ampleur des pertes
pertes
Coût des
Points
Interventions pour réduire les interventions
critiques Poids (t) Taux de Taux de Pertes Causes des pertes Taux Économies
pertes sur 10 ans
de pertes pertes (%) pertes/ économiques (%) liées (USD)
quantité (USD) (USD/an)
initiale (%)
Récolte au 13 930 5,30 5,30 2 048 250 Récolte tardive Améliorer les pratiques 60 1 228 950 1 801 400
champ culturales
Mode d’abattage des plants
au champ Améliorer les techniques de
récolte
Qualité du matériel végétal
(variété) Utiliser des variétés améliorées
Non-participation des femmes Sensibiliser pour une pleine
aux prises de décisions participation des femmes aux
décisions et diminuer la charge
Charge de travail élevée des
de travail
femmes
Battage/ 1 660 0,66 0,63 243 470 Faible mécanisation des Sensibiliser sur la réduction de 60 146 080 162 000
vannage opérations la charge de travail des femmes
et sur la gestion équitable des
Insuffisance de matériels de
stocks de sorgho
travail (bâches)
Promouvoir l’utilisation de
Pénibilité du vannage manuel
bâches pour la récupération des
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun
Transport 1 470 0,60 0,56 216 400 Mauvais état des emballages Sensibiliser les 60 129 850
manutentionnaires
Mauvaise manutention des
sacs Utiliser les bâches pour protéger
les sacs des déchirures causées
par la carrosserie des camions
de transport
Stockage 7 890 3,20 3,00 1 159 390 Attaques de déprédateurs Utiliser des silos ou des sacs type 60 695 630 107 200
(faibles) PICS* (hommes et femmes)
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays.
D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude (2016-2017).
123
124 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
des dix ans; elle est estimée à 60% compte tenu de pour le stockage et la conservation de leurs
l’envergure du projet qui ne pourra pas toucher produits en vue de la commercialisation.
tous les ménages, même au bout de dix ans.
Le coût des interventions est une estimation du Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan de
montant des mesures proposées pour réaliser ce suivi et d’action suivant est recommandé:
taux de réduction des pertes. Il est estimé à envi- Titre du projet proposé: Intégration des initiatives
ron 2 070 600 d’USD (voir détail budgétaire dans de réduction des pertes alimentaires pour les petits
le tableau 2.16). Il représente la valeur des mesures exploitants (hommes et femmes) de sorgho dans la
qui permettront de réduire le taux de pertes indi- région de la Boucle du Mouhoun au Burkina Faso.
qué. L’inflation des prix des équipements entre
2016 et 2017 a été plus ou moins compensée par le Résultats attendus
renchérissement du cours du dollar (1,2%). La réduction des PAR est prise en compte
L’amortissement est la durée souhaitée des dans la politique agricole et par les projets et
interventions pour réduire les pertes aux points programmes en cours d’élaboration.
critiques identifiés. Il est de dix ans. Les agents de vulgarisation agricole (ser-
Le coût annuel des opérations représente le vices techniques et organisations faitières)
coût de la mise œuvre des mesures. Il représente ont été sensibilisés et formés aux techniques
15% du coût annuel des investissements. de réduction des PAR et à la réduction des
Sur la base du taux de pertes mesuré, les pertes inégalités hommes/femmes, liées aux jeunes,
alimentaires sont estimées à 24 950 tonnes et les en lien avec les PAR.
pertes économiques annuelles qui en découlent La réduction des PAR d’au moins 60%
sont estimées à plus de 3,6 millions d’USD par an. dans les localités d’intervention du projet est
En réduisant de 60% le taux de pertes mesuré au effective.
niveau des points critiques, les économies réalisées
s’élèvent à 2,2 millions d’USD. Sur cette base, Stratégie d’intervention
la rentabilité du projet est estimée à plus de 1,9 L’intervention du projet sera orientée sur les axes
million d’USD, soit environ 1,3 milliard de francs suivants:
CFA par an (1 USD = 662 FCFA). la sensibilisation et la formation des agents
d’appui conseil et de vulgarisation (services
Plan stratégique pour la réduction des pertes techniques et organisations faitières), des
Le coût des interventions pour réduire les PAR acteurs/trices directs, et le plaidoyer sur
est une estimation du montant des mesures pro- les PAR et sur la réduction des inégali-
posées pour réaliser le taux escompté de réduction tés hommes/femmes, la problématique des
des pertes. Il est de 2 070 600 d’USD pour une jeunes en lien avec les PAR;
réduction des pertes anticipée de 60%. Une telle la sélection de variétés réduisant les pertes à
intervention sous la forme d’un projet prévu sur la récolte, la diffusion, et la vulgarisation des
dix ans aura une rentabilité estimée de plus de 1,9 bonnes pratiques de récolte et d’après récolte;
million d’USD pour le sorgho dans la Boucle du la promotion de matériels de séchage, au
Mouhoun. profit des petits exploitants/tes dans les 37
Les axes d’intervention identifiés sont les sui- communes de la région;
vants: l’appui à l’acquisition de matériels de stoc-
la sensibilisation et la formation des agents kage (silos métalliques, sacs hermétiques de
d’appui conseil et de vulgarisation (services type PICS) pour les petits producteurs/trices,
techniques et organisations faitières), des et à la construction de magasins de stockage
acteurs/trices directs sur les PAR et sur la au profit d’organisations faitières provin-
réduction des inégalités hommes/femmes, ciales ou communales pour le stockage et la
liées aux jeunes en lien avec les PAR; conservation de leurs produits en vue de la
la sélection de variétés réduisant les pertes à commercialisation;
la récolte, la diffusion et la vulgarisation des la proscription par le projet de distributions
bonnes pratiques de récolte et d’après récolte; ou de réalisations sans contrepartie. C’est
la promotion de matériels de séchage; pourquoi l’expérience du PAM avec une
l’appui à l’acquisition de matériels de stoc- contribution d’au moins 25% de la valeur
kage (silos métalliques, sacs hermétiques de du matériel ou de la réalisation devra être
type PICS) pour les petits producteurs/trices retenue pour permettre de reconstituer un
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 125
TABLEAU 2.16
Budget prévisionnel des mesures identifiées pour le projet proposé (région de la Boucle du Mouhoun)
Prix unitaire Coûts (USD) sur
Points critiques de pertes Mesures de réduction des pertes Durée/ quantité
(USD) 10 ans
fonds de roulement pour un second puis un fera à travers les organisations faitières
troisième groupe dans le même cycle de vie existantes dans la zone d’intervention; les
du projet. La prise en compte du principe jeunes sont à prendre en compte dans le
«contribution à la réduction des inégalités public bénéficiaire de la promotion des
entre les hommes et les femmes ou la non bonnes pratiques.
aggravation de ces inégalités» dans l’opéra- Promotion de matériels d’après récolte. Appui
tionnalisation des actions sera primordiale. des producteurs/trices pour l’acquisition de
La dimension liée aux jeunes est également à bâches, etc. L’utilisation d’égreneuses/bat-
prendre en compte. teuses polyvalentes permettrait également de
réduire les pertes au battage.
Mise en œuvre du projet Appui pour l’acquisition de matériels de stoc-
La mise en œuvre du projet concernera la réalisa- kage. Accompagnement des acteurs/trices
tion des activités suivantes dans la région: pour acquérir des silos métalliques fermiers,
Sensibilisation des agents de vulgarisation et des sacs hermétiques de type PICS et des
plaidoyer. Réalisation de reportages dans les magasins de stockage pour le stockage sécu-
médias (audio visuels), communications sur risé de leurs produits.
l’ampleur des pertes alimentaires et sur les Programmation des activités à mener au cours
causes, y compris celles liées aux inégalités d’une année, ainsi que le budget y afférent.
entre les hommes et les femmes, aux jeunes,
les effets, et la nécessité de leur prise en Budget et coût des mesures identifiées
compte comme facteur de productivité des Le budget prévisionnel de l’intervention proposée
denrées agricoles. est estimé à 2 070 600 d’USD soit 1 370 737 200 de
Diffusion des bonnes pratiques de récolte francs CFA sur une durée de dix ans. Par rapport
et d’après récolte. Activités de recherche de à l’année 2016, l’inflation des prix des équipements
variétés de sorgho plus adaptées aux types en 2017 est plus ou moins compensée par le ren-
de récolte pratiqués avec moins de pertes, chérissement du cours du dollar (1,2%).
sensibilisation et renforcement des capa- Le détail du coût des mesures de réduction des
cités des producteurs/trices en techniques PAR de sorgho dans la région de la Boucle du
d’après récolte. Cet accompagnement se Mouhoun est donné dans le tableau 2.16.
126 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Chapitre 5
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins
TABLEAU 2.17
Présentation de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs professionnels du Houet (région des
Hauts-Bassins)
Volume
Nombre/sexe Prix de Projets
Chaînes Zones de Produit (tonnes) Marchés des
des petits vente /tonne d’appui
d’approvisionnement production fini en 2016- produits finis
producteurs (en FCFA) en cours
2017
UPPA/ Houet Hauts- Maïs 6 000 10 000 PAM: 730 tonnes 160 000 Oxfam
Bassins grain
9 984 hommes Ladji Terra: 1 070 140 000 UEMOA
tonnes
16 femmes 130 000 AARA
Autres
130 000
commerçants:
4 020 tonnes 140 000
Transformatrices:
60 tonnes
Consommateurs:
120 tonnes
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisées entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
TABLEAU 2.18
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs professionnels du Houet
(région des Hauts-Bassins)
Importance
Chaîne Emplois Contribution à la génération de revenus pour les acteurs
économique (en
d’approvisionnement générés (en FCFA)
FCFA)
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisées entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
d’appui à la valorisation des produits agricoles, avec remplis, sont versés à l’endroit aménagé pour le
l’appui de l’ONG OXFAM. Elle approvisionne séchage et le déspathage.
également en matières premières, à la demande,
l’Union provinciale des transformatrices de céréales Séchage
du Houet qui effectue des commandes groupées. Le premier traitement appliqué aux produits suite
L’UPPA/Houet dispose d’un petit laboratoire à la récolte est le séchage. Ainsi, les épis de maïs
acquis avec l’appui du projet FARMAF (Projet de déspathés sont séchés sur une terrasse (si dispo-
Gestion du Risque Agricole pour l’Afrique) dans nible), ou sur un espace nettoyé à cette fin. Une
le cadre de sa collaboration avec la Confédération bâche (ou un film plastique) est alors placée au sol
paysanne du Faso, pour les analyses simples sur quand elle est disponible. Le séchage des épis peut
les céréales à commercialiser. Elle a également se faire en utilisant un crib. Peu de producteurs/
bénéficié de magasins construits avec l’appui de trices disposent de bâches. Souvent le séchage est
l’UEMOA, de la mise à disposition d’une ligne fait à même le sol.
de nettoyage et de la subvention à 75% de silos La difficulté rencontrée au séchage est sur-
métalliques fermiers par le projet Purchase for tout liée à l’acquisition de bâches permettant un
Progress (P4P) du PAM. Elle dispose d’une dizaine séchage adapté.
de magasins avec une capacité totale de plus de
3 000 tonnes. Égrenage
L’égrenage du maïs est en général fait avec une
Description de la chaîne égreneuse mécanique. C’est un travail à la chaîne
d’approvisionnement alimentaire de l’union où les femmes prélèvent du stock les épis avec
des producteurs professionnels du houet leurs plats pour les amener à l’égreneuse. À ce
Récolte niveau, les hommes les déchargent pour transva-
La récolte du maïs, qui se fait sur pied ou en ser le contenu dans la trémie d’alimentation de
moyettes, est réalisée par les femmes. Les épis l’égreneuse. Un machiniste assure le fonctionne-
récoltés sont déposés dans différents contenants ment, et les grains récupérés dans des récipients
(des sacs en PP tissés, des plats, etc.), qui, une fois (par un homme) sont transportés par les femmes
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 129
TABLEAU 2.19
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs professionnels du Houet (région
des Hauts-Bassins)
Mois de l’année Quantité moyenne
Lieux Produits Sous-
Étapes de la CAA par producteur
géographiques principaux produits
de à (tonnes)
moulins de
Transformation farine
quartier
Transport - janvier
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
pour ensachage. Des enfants (filles et garçons) travaillent en collaboration avec les demi-gros-
contribuent au travail, en ouvrant les sacs neufs sistes des provinces ou directement avec des gros-
pour faciliter l’ensachage. Le vannage/triage de la sistes des grands centres urbains. Un collecteur
«poussière» et des rachis par les femmes permet de peut collaborer avec plusieurs demi-grossistes ou
récupérer les grains qui s’y trouvent. grossistes généralement appelés «commerçants
de céréales». Des producteurs/trices organisés
Conservation du maïs au niveau individuel assurent également la commercialisation du maïs.
Dans la région de l’étude, au niveau du produc- Parmi ceux-ci, se trouve l’UPPA/Houet, membre
teur/trice, les silos métalliques fermiers et les de la FEPA-B.
sacs en polypropylène tissés sont utilisés pour le
stockage du maïs. Ce dernier type d’emballage est Transformation
le plus utilisé par les producteurs et productrices Le maïs est transformé en farine, semoule ou
pour le stockage à domicile ou dans les magasins gritz, par des unités artisanales ou semi-indus-
communautaires. trielles. Leurs produits sont commercialisés sur le
marché. La majeure partie du maïs consommé est
Transfert et stockage des sacs chez le décortiquée et broyée en farine ou semoule par les
commerçant équipements du quartier (décortiqueuse de type
De même que pour le sorgho, les grains de maïs, Engelberg et broyeur à meule ou à marteaux), puis
conditionnés dans des sacs en polypropylène transformée en mets au sein des ménages.
tissés, sont transportés chez le commerçant en
camion ou en motos tricycles ou encore au moyen Genre et activité après récolte du maïs
de charrettes asines (voir les données de l’étude sur Le tableau 2.20 permet de décrire les rôles des
le sorgho, chapitre 4). hommes, des femmes et des jeunes/enfants dans
la conduite des opérations agricoles, notamment
Commercialisation celles relatives aux activités d’après récolte et
L’achat du maïs au niveau des villages et des dépar- donne une appréciation qualitative des outils uti-
tements est assuré par les collecteurs. Ces derniers lisés. Chaque étape de la CAA est subdivisée
TABLEAU 2.20
130
Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations d’après récolte du maïs (région des Hauts-Bassins)
Implication des femmes Implication des hommes
Groupes sociaux Niveau Genre / typologie sociale
impliqués (femmes, d’organisation des Observations et remarques qui expliquent les qualificatifs choisis
Étapes de la Femmes Hommes hommes, jeunes) acteurs de la CAA* et/ou informations supplémentaires
Filles Garçons
CAA adultes adultes
(1) Coupe des pieds et mise en moyettes par des hommes, notamment les
jeunes (2) Détachement des épis directement des tiges ou des moyettes
ménages, par des femmes ou des groupes de femmes, (3) Transport par des femmes
Récolte 1 1 1 1 femmes, hommes pour stockage, (4) Déspathage par famille ou groupe de femmes.
groupements
Les couteaux, les sacs, les plats sont utilisés pour ces sous-opérations de
récolte.
(1) Séchage par hommes et femmes (2) Égrenage avec concours des
hommes (jeunes et adultes) et des femmes (3) Vannage des résidus
(femmes) (4) Ensachage (hommes et femmes) (5) Transport mécanique
Manutention femmes, hommes, ménages, groupes, pour stockage (jeune).
2 2 3 3
après-récolte jeunes opérateurs privés
Les bâches sont parfois utilisées pour le stockage et le séchage. Les
femmes utilisent les plats pour le transport, le vannage et l’ensachage.
Les sacs en PP tissés sont utilisés pour conditionner les grains de maïs.
Ventes aux
1 1 hommes, femmes individuel La vente est assurée principalement par les hommes.
marchés
Unités artisanales: stockage court dans des petits magasins par les
unités artisanales
Stockage 3 3 femmes transformatrices. Le produit est parfois stocké dans des sacs, ou exposé
unités industrielles
sur des étagères.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
*
Les niveaux d’organisation sont par exemple, le niveau individuel, les ménages, la coopérative.
**Les qualificatifs des équipements, des conditions, de l’accès aux services et à la formation sont les suivants: 4: excellent, 3: bon, 2: moyen, 1: mauvais.
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 131
FIGURE 2.2
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans la région des Hauts-Bassins
Récolte
(coupe des épis)
Déspathage
Tri
Égrenage
Vannage
(si nécessaire)
Conditionnement
Transport
Vente groupée/
Transport au marché
producteurs
Transport
Stockage (grossiste)
au grossiste
Commercialisation
(institutions, export)
Le stockage du maïs se fait dans un premier Le moyen de transport privilégié est la charrette
temps en épis au champ. Dans certaines exploita- asine. De plus en plus de ménages font appel aux
tions, le stockage en épis peut perdurer lorsque les motos tricycles à essence pour les transferts des
épis sont conservés à domicile. Dans la majorité des récoltes (épis ou grains) des champs vers les lieux
exploitations, les grains de maïs issus de l’égrenage de stockage. Les camions diesel sont essentiel-
sont stockés en sacs et quelque fois traités avec des lement utilisés pour les transferts des quantités
insecticides. L’utilisation des silos métalliques, de commercialisées des marchés des localités vers les
sacs triple fond ou même les magasins individuels marchés des grands centres urbains.
ou communautaires, est de plus en plus observée La commercialisation du maïs est faite au
pour le stockage des grains. moyen d’unités de mesure locales (yoruba, boîte
TABLEAU 2.21
Importance des pertes de maïs selon la perception des acteurs (région des Hauts-Bassins)
Importance des différentes opérations en termes de pertes
Observations
Non importantes Importantes Très importantes
Opérations
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives
Déspathage x x
Tri x x
Égrenage x x
Manutention x x
Transport chez le client Les sacs utilisés pour fournir les institutions sont
x x
(institution, export) neufs
Transformation x x
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisées entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
133
134 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
de tomate, tine, etc.), puis en sacs de 100 kg en ducteurs/trices ont permis d’identifier les points
polypropylène. L’utilisation des bascules inter- critiques suivants, pour lesquels on enregistre les
vient bien souvent dans le cadre de transactions principales pertes quantitatives et qualitatives.
beaucoup plus formelles comme les achats insti- Les points où les pertes ont été évaluées sont, la
tutionnels. récolte, l’égrenage, le transport, le stockage et la
transformation en farine.
LES PERTES APRÈS RECOLTE DANS LA
CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU Pertes quantitatives du maïs
MAÏS Les pertes quantitatives sont déterminées aux
Résultats de l’évaluation des pertes étapes de la récolte, de l’égrenage mécanique, du
quantitatives stockage, du transport des sacs chez le commer-
La réplication de l’étude sur les pertes après récolte çant et de la transformation.
du maïs est conduite au cours de la campagne agri-
cole 2016-2017 dans la région des Hauts-Bassins. Pertes à la récolte
La zone d’étude est située dans la commune de Le taux de pertes à la récolte est le rapport des
Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso pertes au champ sur la production totale pour un
située à 365 kilomètres de la capitale Ouagadou- exploitant donné. Deux modes de récolte ont été
gou. observés (photo 2.8):
Les villages retenus pour la réplication La récolte sur pied est observée dans les
sont situés dans un rayon de 30 km autour de localités de Baré, Tolotama et chez deux
Bobo-Dioulasso. Trois exploitants/tes sont iden- exploitants au niveau de Farako-Bâ, soit un
tifiés par localité (Farako-Bâ, Baré, Dafinso et total de huit exploitants.
Tolotama). La récolte en tas (moyettes) est réalisée dans
Avec six exploitants/tes suivis lors de la sai- la localité de Dafinso et chez une exploitante
son précédente, la présente étude de réplication à Farako-Bâ, soit quatre exploitants: elle
concerne douze producteurs/trices, ceci afin de consiste à couper les plants de maïs avec
disposer de plus d’information sur les points l’épi, à les rassembler ensuite en moyettes sur
critiques de pertes (PCP) en couvrant une diversité une période plus ou moins longue (quelques
de pratiques dans les activités d’après récolte du jours à plusieurs semaines). Ensuite, les épis
maïs dans la région. Pour prendre en compte les sont enlevés et déposés sous un abri ou sous
problématiques liées au genre et aux jeunes dans un arbre pour déspathage.
les PAR, l’échantillon comprend neuf hommes,
dont quatre jeunes et trois femmes. Au cours de la phase de réplication, les pertes à
La revue documentaire, les avis des personnes la récolte sont plus importantes au niveau de la
ressources rencontrées, et les échanges avec les localité de Baré avec un taux moyen de 4,6%;
groupes de discussion (focus groupes) de pro- les pertes sont comparables pour les localités de
PHOTO 2.8
Évaluation des pertes à la récolte du maïs en épis sur pied et en moyettes
Village de Tolotama (Hauts-Bassins), 12 novembre 2016 Village de Dafinso (Hauts-Bassins), 13 novembre 2016
©DAO ABOUBACAR SIDIKI ©THIO BOUMA
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 135
Pertes à la récolte du maïs pendant la phase de réplication au cours de la campagne agricole 2016-2017 (région des Hauts-Bassins)
Sexe/âge Taux de
Production Taux moyen
(M: masculin, Mode de Superficie Pertes au Production Taux de pertes pertes par
Localité Exploitant totale récoltée de pertes par
F: féminin, récolte suivie (ha) champ/ha (kg) récoltée/ ha (kg) au champ (%) localité
(kg) an (%)
J: jeune) (%)
Farako Ba Exploitant 2 M/J sur pied 0,40 884 73 2 209 3,1 2,5
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
TABLEAU 23
Aux de pertes à l’égrenage du maïs au cours de la campagne agricole 2016-2017 (région des Hauts-Bassins)
Opérations menées
Essai d’égrenage manuel ou Pertes de grains à l’égrenage (kg) Taux moyen Taux moyen
Localités
mécanisé Poids des Poids des Grains Taux de pertes de pertes de pertes
épis (kg) rafles (kg) obtenus (kg) Récupéré sur le Détaché des des grains (%) par localité dans la
plastique rafles (%) région (%)
2e Essai d’égrenage
100 17,8 80,6 0,03 1,93 2,4 2,0
Farako-Bâ mécanisé
Sud
3e Essai d’égrenage
100 18,2 80,3 0,03 1,83 2,3
mécanisé
3e Essai d’égrenage
Tolotama 100 15,9 83,4 - 0,83 1,0
mécanisé
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
137
138 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
TABLEAU 2.24
Données de suivi de cargaison du maïs au cours de la réplication de l’étude (2016-2017), région des Hauts-Bassins
Paramètres mesurés
Trajet État de la route Poids moyen des Poids moyen des Pertes Pertes
Nombre
sacs au départ sacs à l’arrivée moyennes moyennes
de sacs
(kg) (kg) par sac (kg) par sac (kg)
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
TABLEAU 2.25
Processus de transformation du maïs grain en farine
Produit Maïs blanc
Décorticage
maïs décortiqué
87,80 1,23 15,4% 87,90 1,27 13,7% 88,70 1,26 11,2%
et vanné
Vannage
maïs nettoyé et
Lavage à l’eau / essorage 126,31 0,86 42,0 % 126,20 0,89 42,1 % 128,10 0,87 41,7 %
trempé
Mouture farine humide 120,70 0,89 40,7 % 121,30 0,92 42,0 % 120,80 0,93 41,2 %
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
139
140 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
TABLEAU 2.26
Évolution des pertes au stockage du maïs au cours de l’année 2016-2017 (région des Hauts-Bassins)
Taux de pertes quantitatives de produits consommables en %
Exploitant(e) Sexe/âge
(M: masculin, À la récolte Au stockage Au stockage
F: féminin, (décembre 2016) (février 2017) (avril 2017)
J: jeune)
TABLEAU 2.27
Teneur en aflatoxines d’échantillons de maïs grains à la récolte et au stockage (région des Hauts-Bassins)
Aflatoxines totales (B1, B2, G1, G2)
(en ppb)
Limites selon
Localités Appréciation
ISO 16050
À la récolte Six mois après
(novembre 2016) (avril 2017)
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du maïs (région des Hauts-Bassins)
% de % de Impact/secteurs
Étape de Baisse de Perception des acteurs
Type de pertes pertes Causes de pertes/raisons de faibles affectés
la chaîne/ valeur (hommes/ Solutions recommandées
perte dans ce dans la pertes (hommes/
processus marchande femmes)
processus CAA femmes)
Pertes de revenus
Utiliser des sacs en bon état pour le
des commerçants Niveau de pertes perçu
Mauvais état des sacs de maïs transport du maïs
Influence par les acteurs mais les
Transport quantitative 1,60 18,7 Mauvais état de la carrosserie des non Déposer les sacs sur une bâche
négative sur la causes sont liées plutôt
véhicules (camions) à l’état des routes afin d’éviter que la carrosserie ne
disponibilité
détériore les sacs
alimentaire
Pertes de revenus
Impact Ces pertes sont très
Attaques des déprédateurs (souris, négatif sur la perceptibles par Utiliser du matériel adéquat (silos
quantitative 2,70 31,6 insectes, etc.) oui disponibilité les acteurs, d’où la métalliques, sacs de type PICS*, bidons,
Mauvais stockage alimentaire recherche de méthode palettes, etc.)
au niveau du de stockage efficace
Stockage ménage
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 143
Pertes au stockage
Utilisation de magasins mixtes (vivres et
pour le maïs, le coton, le sésame, le niébé, autres matériels).
l’arachide, etc.; Attaques des grains par les insectes et les ron-
les pluies tardives et inachevées; geurs au cours de leur stockage à domicile.
les épis tombés ou cachés et attaqués par les
termites (photo 2.10); Pertes à la transformation
le séchage insuffisant des épis ou des grains. Les principales pertes à la transformation artisanale
du maïs sont enregistrées au niveau du décorticage
Pertes à l’égrenage/vannage et de la mouture. La décortiqueuse utilisée est de
Grains brisés: L’égrenage mécanisé du maïs type Engelberg et le moulin est généralement à
est quasi généralisé dans la région, surtout au meule en pierre.
niveau des ménages exploitant des superficies
relativement importantes en maïs. Les épis Propositions de solutions pour la réduction
sont égrenés au moyen de matériel loué plus des pertes alimentaires de maïs
ou moins performant du fait de l’insuffisance Pertes à la récolte
des égreneuses. La performance de l’égre- Les mesures identifiées pour réduire les pertes de
neuse conjuguée avec le degré de séchage maïs à la récolte sont:
des épis peut engendrer de nombreux grains la sensibilisation sur le planning de la produc-
cassés ou brisés qui ne peuvent plus être tion végétale en hivernage (professionnalisa-
conservés ou même commercialisés. tion) et la diminution de la charge de travail
Grains projetés: Les grains sont projetés des femmes pour que les activités du ménage
sous l’effet du débit d’air du ventilateur de soient organisées et planifiées;
l’égreneuse. La maîtrise du débit d’air pour le renforcement de capacités sur l’itinéraire
un égrenage et un vannage optimum est donc technique;
nécessaire pour avoir des grains suffisam- l’amélioration de l’accessibilité aux semences
ment propres pour leur commercialisation; améliorées;
ou bien, il faut disposer de suffisamment l’amélioration du dispositif paysan pour le
de bâches pour la récupération des grains séchage des épis par la diffusion de nou-
projetés. velles technologies de séchage au profit des
ménages.
Pertes au transport
Mauvais état des emballages: Tout comme le Pertes à l’égrenage et au vannage
sorgho, les sacs en polypropylène générale- Les mesures identifiées pour réduire les pertes de
ment utilisés pour le conditionnement des maïs à l’égrenage et au vannage sont:
grains sont bien souvent de très mauvaise disposer de suffisamment de bâches pour
qualité, qu’ils soient usagers ou neufs. pallier à la projection des grains;
TABLEAU 2.29
Principales causes et mesures identifiées de réduction des pertes de maïs dans la région des Hauts-Bassins
144
Causes Solutions
Points critiques complémentaires complémentaires
Causes identifiées en 2015-2016 Solutions préconisées en 2015-2016
de Pertes identifiées en préconisées en
2016-2017 2016-2017
Récolte et Qualité du matériel végétal Former et sensibiliser sur le planning de la production végétale en Absence de Disposer de charrettes
séchage Charge de travail élevée des membres du hivernage et la diminution de la charge de travail des femmes charrettes pour le transport des
ménage Renforcer les capacités sur l’itinéraire technique pour assurer épis
le transport
Pluies tardives Améliorer l’accessibilité aux semences améliorées
rapide des épis
Épis tombés ou cachés dans les herbes Améliorer les techniques de récolte (activités de formation et de récoltés au lieu
Séchage insuffisant des épis ou des grains sensibilisation) de stockage
Dégâts dus aux termites Diffuser des nouvelles technologies de séchage au profit des ménages,
sensibiliser aux bonnes pratiques
Égrenage/ Grains brisés (séchage insuffisant des épis) Disposer de suffisamment de bâches Disponibilité Rendre accessible les
vannage Grains projetés par l’insuffisante maîtrise Améliorer l’accessibilité aux dispositifs de séchage des épis (cribs, bâches) insuffisante égreneuses
du débit d’air d’égreneuses
Promouvoir l’utilisation d’égreneuses multifonctionnelles (maïs et sorgho)
Équipements peu performants qui sont plus performantes
Insuffisante organisation des opérations Sensibiliser les producteurs à une meilleure organisation de cette activité
Transport Mauvais état des emballages Conditionner le maïs dans des sacs en bon état
Mauvaise manutention des sacs Sensibiliser les manutentionnaires sur les opérations de chargement/
Mauvais état de la carrosserie des déchargement
camions de transport Protéger les sacs au cours du transport, en déposant des bâches sur la
carrosserie des véhicules quand ces derniers sont en mauvais état
Stockage Infestation par des coléoptères et attaque Promouvoir l’utilisation de matériel adéquat (silos métalliques, sacs de Améliorer la qualité
par des rongeurs type PICS*, bidons, etc.) et le temps de
Absence de traitement et sacs de Utiliser des sacs avec un traitement à la phosphine avec des précautions séchage aux étapes
mauvaise qualité de protection antérieures
Appuyer la construction de magasins de stockage
Causes liées au Charge de travail élevée des femmes Sensibiliser les organisations faitières, les productrices et producteurs à Faible Sensibiliser les
genre et aux Faible participation des femmes aux la prise en compte des femmes dans les processus de prise de décisions, participation organisations
jeunes prises de décisions à la gestion équitable des stocks et à l’importance d’alléger la charge de des jeunes faitières, les
travail des femmes aux prises productrices et
Accès contrôlé des femmes aux stocks
Tenir compte des besoins spécifiques des femmes et des hommes dans la de décisions producteurs à la
Quasi-absence de contrôle des revenus (constat dans prise en compte des
mise à disposition des équipements
générés par la vente du maïs les focus femmes et des jeunes
Inclure dans le contenu des formations les problématiques «genre» et
groupes dans les prises de
«pertes après récolte»
féminins) décisions
Prendre des mesures pour une participation efficace des femmes aux
activités de renforcement de capacités
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 145
TABLEAU 2.30
Analyse coûts-bénéfices des mesures préconisées de réduction des pertes du maïs (région des Hauts-Bassins)
Codes pour
Rubriques Valeur Unité Calculs
les calculs
f Amortissement 10 années
2016 SH). Le taux d’accroissement de la produc- La quantité de produit: est la production de maïs de
tion est de plus de 10% par an et la compétitivité la région des Hauts-Bassins pour la campagne agri-
de la filière permet de maintenir cette tendance cole 2016-2017. Elle est estimée à 588 500 tonnes,
pour les dix prochaines années. pour la campagne agricole humide uniquement.
Le taux de pertes cumulées par rapport à la La valeur du produit est le prix sur le marché de
production totale mesurée dans le cadre de cette production au mois de novembre 2016 sur le mar-
étude est de 8,2% (hors transformation). Mesuré ché d’Houndé dans la région des Hauts-Bassins,
par rapport à la production totale de maïs dans la marché de référence du SIM SONAGESS.
région, ce taux représente une perte alimentaire Le taux de pertes est la somme des taux de pertes
de 48 260 tonnes. Au prix du marché, c’est-à-dire des PCP (hors les pertes à la transformation) par
160 USD la tonne (prix relevé par le SIM SONA- rapport à la production totale dans la région des
GESS sur le marché rural de référence d’Houndé Hauts-Bassins (soit 8,2%).
au mois de novembre 2016), cette perte alimentaire La réduction désirée du taux de pertes est une
représente une perte économique de 7,7 millions estimation du taux de réduction souhaitée au bout
d’USD. Elle peut être plus élevée si cette produc- des dix ans; elle est réévaluée à 40% (par rapport à
tion était vendue sur les marchés urbains comme la campagne 2015-2016), compte tenu de l’enver-
Sankariaré à Ouagadougou (252 USD la tonne). gure du projet qui ne pourra pas toucher tous les
Les ressources nécessaires pour la réduction des ménages, y compris au bout de dix ans.
pertes dans la région des Hauts-Bassins sont esti- Le coût des interventions est estimé à 6,3 millions
mées à partir du modèle qui utilise la production d’USD, soit 4,2 milliards de francs CFA (voir le
de maïs dans la région, la valeur du produit et du détail budgétaire dans le tableau 2.32). Il représente
taux de pertes total mesuré sur le terrain. Les axes la valeur des mesures identifiées pour être mises en
d’intervention les plus importants sont également œuvre afin de réduire les pertes. L’inflation du prix
valorisés et le taux désiré est pris en compte pour des équipements entre 2016 et 2017 est plus ou
l’analyse coûts- bénéfices des mesures préconisées moins compensée par le renchérissement du cours
(tableau 2.30). du dollar (1,2%).
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 147
Récolte au 14 710 2,5 2,5 2 354 000 Charge de travail élevée des membres Sensibiliser sur le planning de la 40 941 600 1 138 000
champ du ménage, surtout des femmes production végétale en hivernage
Petite taille des épis en lien avec la Renforcer les capacités sur
qualité du matériel végétal (petits épis) l’itinéraire technique
Non respect des itinéraires techniques Améliorer l’accessibilité en
Enherbement des parcelles pendant la semences améliorées et
récolte l’implication des femmes aux prises
de décision
Dates de récolte inappropriées
Améliorer le dispositif pour le
Pluies tardives faisant germer les grains
séchage des épis
au champ
Pourritures de grains dues aux
moisissures
Faible participation des femmes aux
prises de décisions
Égrenage/ 10 000 1,75 1,7 1 600 720 Insuffisance du matériel de travail, Matériel de séchage disponible 40 640 290 600 900
vannage notamment les bâches (cribs, bâche, etc.)
Qualité des égreneuses/batteuses Sensibiliser les producteurs et
Degré de séchage des épis après récolte productrices sur l’organisation du
travail
Promouvoir l’utilisation
d’égreneuses/ batteuses
multifonctionnelles
Transport 8 830 1,6 1,5 1 412 400 Mauvais état de la route Conditionner le maïs dans des sacs 40 564 960
Mauvais état du camion en PP en bon état
Fragilité et le mauvais état des sacs en Sensibiliser les manutentionnaires
PP sur la bonne conduite des
opérations de chargement/
déchargement
Protéger les sacs au cours du
transport par une bâche
Stockage 14 710 2,7 2,5 2 354 000 Attaques par les déprédateurs Promouvoir l’utilisation de matériel 40 941 600 4 577 620
adéquat (silos métalliques, sacs
de type PICS*, bidons, etc.) en
tenant compte des spécificités des
hommes et des femmes
Appuyer la construction de
magasins de stockage
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude (2016-2017).
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 149
TABLEAU 2.32
Détail du coût des mesures de réduction des pertes de maïs dans la région des Hauts-Bassins
Points critiques de Prix unitaire Durée/ Montant (USD)
Mesures pour réduire les pertes
pertes (USD)) quantité sur 10 ans
Égrenage/vannage
Égreneuse multifonctionnelle (maïs + sorgho) 3 570b 99 machines 353 400
et transport
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
ª Estimation des membres de l’équipe.
b
Chiffre fourni par un fabricant travaillant avec le Programme alimentaire mondial.
c
Coût moyen de réalisation des magasins au niveau national pour la taille indiquée.
d
Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au
niveau individuel). Les silos de plus grande capacité (1300 kg) sont destinés aux organisations de producteurs, à raison de 2 silos/commune.
Source: résultats de l’étude (2016-2017).
Chapitre 6
Le niébé dans la région du nord
TABLEAU 2.33
Présentation de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association formation développement et ruralité
(région du Nord)
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017
TABLEAU 2.34
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association formation développement et
ruralité (région du Nord)
Chaînes Emplois Contribution à la génération de revenus pour
Importance économique (FCFA)
d’approvisionnement générés les acteurs
TABLEAU 2.35
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association formation développement et
ruralité (région du Nord)
Mois de l’année Quantité
Étapes de la Produits moyenne par Durée/
Lieux
CAA principaux producteur Distance
de à (tonnes)
Production
Oula juillet septembre 0,15
primaire
Manutention
Oula novembre niébé grains 0,12
après récolte
Transport néant
Ventes aux
AFDR/Ouahigouya décembre niébé grains 0,11 45 km
marchés
Transformation néant
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
d’un sac en polypropylène tissé ordinaire (PP), le estime à 51,2% la proportion des ménages utilisant
tout appelé communément «triple ensachage» ou les bidons comme mode de stockage et de conser-
sac hermétique de type PICS13 (Purdue Improved vation (CILSS, 2015).
Crops Storage). Dans la région du Nord, au cours du stockage,
Le sac hermétique de type PICS permet un du fait du conditionnement en atmosphère confi-
conditionnement en milieu confiné des grains, née par triple ensachage, le niébé n’est plus traité
tout comme le silo métallique. Les sacs de type avec des produits de conservation.
PICS sont également utilisés par les producteurs La conservation du niébé en atmosphère confi-
semenciers et les commerçants de niébé, hommes née dans des sacs hermétiques de type PICS, dans
et femmes. Il est de plus en plus utilisé pour sécu- des silos ou des bidons plastiques pouvant se
riser le stockage de différentes semences agricoles. fermer hermétiquement, donne de bons résultats
après plusieurs mois de stockage. Le niébé se
Autres contenants hermétiques – bidons en plas- conserve bien ainsi, selon les producteurs/trices
tique. L’introduction du silo métallique fermier a rencontrés (il s’agit d’un point de faible perte si le
facilité la compréhension des producteurs/trices stockage hermétique est pratiqué).
agricoles vis-à-vis du conditionnement hermétique
et a développé leur intérêt pour cette technique Transfert et stockage des sacs au niveau
de conservation des grains. C’est ainsi que s’est communautaire ou chez le commerçant
développé le stockage des grains en bidons plas- Les grains de niébé, conditionnés dans des sacs en
tiques de capacités diverses (20, 40 ou 60 litres), polypropylène tissés, sont transférés chez le com-
surtout pour les petites quantités de produits merçant à l’aide de véhicules de transport (camions
(pour la consommation ou les semences), et cela de capacités diverses).
au profit des ménages à faible revenu (notamment
les femmes chefs de ménage). L’étude du CILSS Genre et activités après récolte du niébé
Le tableau 2.36 permet de décrire les rôles des
hommes, des femmes et des jeunes dans la conduite
des opérations agricoles, notamment celles rela-
13
PICS est la marque des sacs hermétiques développés tives aux activités d’après récolte et donne une
par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
appréciation qualitative des outils utilisés. Chaque
plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais étape de la CAA est subdivisée en sous-opéra-
elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso. tions, dont l’exécution incombe à tous ou à l’un
TABLEAU 2.36
154
Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations d’après récolte du niébé (région du Nord)
Implication des femmes Implication des hommes Groupes sociaux Niveau Genre / typologie sociale
impliqués d’organisation Observations et remarques qui expliquent
Étapes de la Femmes Hommes (femmes, hommes, des acteurs de la les qualificatifs choisis et/ou informations
Filles Garçons jeunes) CAA * supplémentaires
CAA adultes adultes
Stockage 3 3 3 3 femmes, hommes ménages Les moyens de stockage sont des sacs de type PICS***,
des bidons, des silos métalliques qui sont performants.
Il subsiste de façon sporadique des pratiques
traditionnelles mais en perte de vitesse.
* Les niveaux d’organisation sont par exemple, le niveau individuel, les ménages, la coopérative.
** Les qualificatifs des équipements, des conditions, de l’accès aux services et à la formation sont les suivants: 4: excellent, 3: bon, 2: moyen, 1: mauvais.
*** PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres
marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Chapitre 6 – Le niébé dans la région du nord 155
des trois groupes sociaux susmentionnés. On Détaillants/tes: Le niébé est vendu au détail,
note que les jeunes interviennent principalement principalement par les femmes dans les marchés
dans les sous-opérations nécessitant beaucoup de quartiers et de villages. Les différentes mesures
d’efforts physiques. Pour cette CAA, les jeunes (mesures locales) vont d’un demi-kilogramme à
interviennent dans le battage manuel, le transport environ trois kilogrammes.
et la manutention des sacs. Le niébé est vendu aux commerçants exporta-
teurs à Ouagadougou ou est acheminé vers le mar-
La commercialisation du niébé dans la chaîne ché de Djibasso, (frontière du Mali). La période de
d’approvisionnement collecte commence deux semaines après la récolte,
La commercialisation du niébé fait intervenir des ceci pour permettre un bon séchage des grains,
collecteurs, des demi-grossistes, des commerçants et se poursuit jusqu’au mois de mars. Une autre
grossistes, et des détaillants. Elle est organisée collecte se fait en juin, période à laquelle les pro-
autour du grossiste, qui met en place son réseau ducteurs/trices vendent une partie de leur stock de
de collecte. niébé pour faire face aux dépenses de préparation
de la campagne agricole.
Collecteurs: Ils sont soit indépendants ou tra-
vaillent sous le couvert d’un commerçant gros- Le réseau de collecte du niébé de l’AFDR couvre les
siste. Les collecteurs/trices indépendants ont une communes de la province du Yatenga et une partie
autonomie financière pour collecter le niébé, qu’ils de la province du Zondoma. La collecte est faite en
revendent selon les opportunités, ou à un grossiste fonction des marchés obtenus. L’association peut
ou aux demi-grossistes de la commune. Parmi avoir trois ou quatre commandes à satisfaire après
les collecteurs indépendants, sont dénombrés la récolte. Le temps mis pour collecter la quantité
des commerçants demi-grossistes des communes de niébé auprès des producteurs/trices membres
rurales qui collectent une certaine quantité de ne dépasse pas un mois. Les produits sont en
niébé avant de la livrer aux grossistes des villes général acheminés aux clients à Ouagadougou: le
selon des prix convenus. Pour les collecteurs/trices PAM et la SONAGESS.
travaillant en lien avec un grossiste, ils reçoivent Le diagramme de flux de la chaîne d’approvi-
des ressources de ce dernier pour l’achat de niébé sionnement du niébé dans la région du Nord est
dans les marchés des localités. Le point des quan- présenté dans la figure 2.3.
tités collectées est fait au grossiste chaque semaine.
En retour, ils reçoivent du grossiste des ristournes Pertes présumées dans la chaîne
au prorata des quantités collectées. d’approvisionnement du niébé
Le tableau 2.37 présente l’importance des pertes
Grossistes: Ils disposent de moyens financiers et présumées de niébé.
logistiques et d’infrastructures pour mener leur
activité de collecte et de mise sur le marché. Le
grossiste est approvisionné par les collecteurs/ Comme dans le cas de la première étude, les
trices ou par des demi-grossistes en période de points critiques de pertes des chaînes d’approvi-
collecte. Les commerçants grossistes peuvent dis- sionnement alimentaires du niébé portent sur les
poser de leurs propres collecteurs. Ils approvi- opérations de récolte (pluie tardive, gousses non
sionnent les demi-grossistes. Certains grossistes récoltées), de séchage (pluie tardive ralentissant
vendent le niébé à l’export. le séchage et provoquant la moisissure), de bat-
tage/pilage manuel (grains brisés), et de stockage
Demi-grossistes: Les grossistes approvisionnent au niveau de certains producteurs (attaque des
toute l’année les demi-grossistes des centres bruches).
urbains, et ceux des communes rurales en période
de faible disponibilité des produits chez le produc-
teur/trice. Les demi-grossistes approvisionnent les
détaillants/tes et vendent des quantités variant de Évaluation environnementale
quelques assiettées (mesure locale d’environ 3 kg Le climat de la région du Nord est de type sou-
de niébé) à quelques sacs de niébé. Les demi-gros- dano-sahélien et est marqué par une pluviométrie
sistes des zones rurales sont des collecteurs indé- faible, irrégulière et inégalement répartie dans le
pendants qui approvisionnent les grossistes. temps et dans l’espace. La pluviométrie est com-
prise entre 600 et 800 mm de pluies par an. Les sols
156 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
FIGURE 2.3
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du niébé dans la région du Nord
Récolte
Transport à domicile
Battage/
Pilage manuel
Vannage/
triage manuel
Regroupement local
Conditionnement
par le village
Stockage
sont dans un état de dégradation avancée. C’est la de niébé est observée essentiellement en produc-
région de production de niébé par excellence car la tion de semences.
culture est peu exigeante et s’adapte bien à des sols Les semences sont obtenues auprès des services
relativement peu fertiles. étatiques de l’agriculture ou de la recherche mais
La production du niébé est essentiellement plu- des cas d’utilisation de semences de variétés locales
viale et est pratiquée en monoculture ou en culture ont été signalés. Les exploitations agricoles de niébé
associée avec le sorgho ou le mil; la monoculture en monoculture utilisent l’engrais et les pesticides.
TABLEAU 2.37
Pertes présumées de niébé (région du Nord)
Importance des différentes opérations en termes de pertes de niébé
Dégâts d’animaux
Conditionnement x x
Transport au marché x x
Manutention x x
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
157
158 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
159
160 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
estimée à 11,9%. Dans la commune de Oula, les 2016-2017 puisque les facteurs déterminants des
pertes à la récolte ont varié entre 5,9 et 13,5 kg par pertes au transport (routes, sacs d’emballages et
hectare soit une perte de 4,5 à 15,5%. La moyenne véhicules de transport) ne connaissent pas d’évo-
des pertes à la récolte pour le niébé est estimée à lution significative dans cette région.
12,0%.
Pertes qualitatives du niébé au stockage
Pendant la réplication de l’étude au cours de la Les pertes qualitatives du niébé sont évaluées
campagne agricole 2016-2017, les pertes à la aussi bien à la récolte qu’au cours du stockage. La
récolte pour le niébé sont estimées à 12% alors présence de grains altérés au niveau de la récolte
qu’elles étaient de 8,7% en 2015-2016. Cette peut être maîtrisée par les opérations de tri, ce qui
année, les monocultures de niébé n’ont pas pu n’affecte pas la qualité marchande du niébé.
être suivies dans l’échantillon de sorte que le Les grains sont stockés dans des sacs de type
taux de pertes obtenu est proche de celui obtenu PICS ou des bidons plastiques bien fermés
l’année dernière sur la culture associée (sorgho et (photo 2.12). Les producteurs concernés sont très
niébé) qui était de 16%. satisfaits de ce mode de conservation au déstockage
pour la vente ou la consommation du ménage.
En revanche, selon les constats et les avis
Pertes au battage/vannage d’autres producteurs au cours de cette étude, le
Les difficultés de la campagne agricole 2016-2017 taux de pertes qualitatives du niébé après trois
ne permettent pas d’évaluer les pertes au battage/ mois de stockage, lorsque ces types de matériels
vannage au cours de cette réplication. Pour rappel, de stockage adaptés ne sont pas utilisés, peut
les évaluations de pertes conduites au battage/ atteindre 100% des grains (grains troués).
vannage du niébé au cours de la campagne agricole Les dégâts occasionnés par les insectes sont
2015-2016 ont été estimées à un taux moyen de importants à la récolte du niébé avec des taux de
pertes de 1,1%; cette valeur est reconduite en 2017. grains attaqués de 3,3 à 8,0%. Le pourcentage de
grains moisis était compris entre 0,3 et 1,8%. Les
Pertes au transport des sacs chez le dégâts observés sur les grains de niébé au stockage
commerçant (suivi des cargaisons) au mois de février 2017 soit cinq mois après récolte
La faible disponibilité du niébé au cours de cette sont plus faibles et sont compris entre 0 et 3,2%
campagne, conjuguée au démarrage tardif du début (tableau 2.39).
des activités de terrain ne permettent pas de dispo-
ser de données sur les pertes au cours du transport
des sacs, au niveau de l’AFDR. Pour rappel,
les pertes au transport du niébé ont été jugées
faibles au cours de la campagne agricole 2015-2016
(0,3%). Cette valeur est reconduite pour l’année
PHOTO 2.12
Stockage du niébé, village de Guidiyiri (région du Nord), 15 février 2017
Dans des sacs contenant des sachets plastiques Dans des bidons
©HADO SAWADOGO/OUÉDRAOGO ©DOULAYE DIANCOUMBA
Chapitre 6 – Le niébé dans la région du nord 161
Pertes au battage/vannage
Les analyses des grains de niébé au stockage effec- Des observations faites au cours de la première
tuées au mois d’avril 2017 (sept mois après récolte) étude, il est ressorti que le battage est fait en géné-
chez les producteurs qui pratiquent le stockage ral à l’aide d’un bâton par les hommes pour des
hermétique révèlent des taux de grains attaqués quantités moyennes ou importantes de gousses, et
compris entre 0,2 et 9,6%. Chez les producteurs, à l’aide d’un mortier/pilon par les femmes pour de
qui ne pratiquent pas le stockage hermétique, le faibles quantités.
taux de grains attaqués par les insectes ou altérés Les pertes constatées au cours du battage/
par différents facteurs est estimé cette année à vannage sont dues aux grains éparpillés et non
20% des quantités stockées, contre un taux de récupérés en dehors de l’aire de battage, aux
perte estimé à 35% au cours de la précédente grains brisés à cause de la force non mesurée de
étude (campagne 2015-2016). battage, à la proportion de gousses qui n’ont pas
été ouvertes, et à ceux que les femmes n’ont pas
pu séparer des morceaux de paille (poussière) au
De manière générale, la teneur en eau des grains, cours du vannage.
d’environ 10%, est satisfaisante. L’évolution de la La perte des grains éparpillés est due à la faible
qualité du niébé au cours du stockage est donnée disponibilité des bâches auprès des producteurs/
dans le tableau 2.39. trices. La taille de la bâche utilisée n’est pas
suffisante pour contenir une grande partie des
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes grains éparpillés. Aussi, du fait de l’insuffisance de
alimentaires du niébé bâches, le séchage n’est pas suffisant, ce qui réduit
Le tableau 2.40 présente la matrice des résultats le taux d’ouverture des gousses au battage. Enfin,
sur les pertes alimentaires du niébé dans la région l’importance du pourcentage de grains brisés est
Nord. liée à l’insuffisance de batteuses/égreneuses dans
la région.
Causes des pertes et mesures de réduction À ce niveau, la charge de travail des femmes est
identifiées également l’un des facteurs de pertes quantitatives
Pertes à la récolte et qualitatives. Les bonnes pratiques connues et
Découragés par le faible rendement de la cam- décrites par les femmes nécessitent plus de temps
pagne 2016-2017, les paysans ont procédé à une et sont par conséquent peu appliquées par manque
ou deux récoltes de niébé, au lieu de trois récoltes de temps. Les grains sont éparpillés ou cassés au
habituellement. cours de l’opération de pilage. Il ressort également
Gousses non récoltées au champ: la période que le battage ou pilage du niébé provenant
de récolte est une période où les membres du champ individuel de la femme n’intervient
des ménages sont très sollicités, notamment qu’après le battage du niébé familial. Ce battage
les femmes. Du fait que presque toutes les qui intervient plus tard joue parfois négativement
cultures en production pluviale arrivent à sur la qualité du niébé de la femme qui peut se
maturité en même temps, les ménages défi- retrouver avec des grains plus troués.
nissent les activités prioritaires à leurs yeux; Toutefois il existe une entente tacite entre les
ce qui les amène à «négliger» certaines opé- hommes et les femmes (mode de gestion du stock),
rations. Il est constaté sur le terrain que la les premiers tolérant un prélèvement des grains par
récolte du niébé cultivé en association avec les femmes au cours du vannage et du tri. Des pra-
le mil ou le sorgho est très pénible. Il faut tiques de prélèvement rapportées par les femmes et
rechercher les gousses de niébé au sol entre connues également des hommes consistent à:
les tiges de céréales. La pénibilité de l’opéra- laisser verser intentionnellement des grains
tion a un impact négatif sur son efficacité, ce dans les résidus;
qui entraîne un taux de pertes très élevé dans trier volontairement de façon laxiste des
le ménage échantillon. grains de bonne qualité qui se retrouvent en
En plus de la charge de travail, le faible accès quantité dans les grains dégradés.
et le non contrôle des revenus du niébé par Un second travail de vannage et de triage
les femmes semblent être des facteurs exacer- permet à la femme de récupérer les grains de
bant les pertes pendant la récolte. bonne qualité pour son propre usage, grains
qui sont par la suite réinvesti dans l’entretien
de la famille.
TABLEAU 2.39
162
N° exploitant sexe/âge
(M: masculin, GAI* GM** GAI* GM** GAI*
% Humidité % Humidité % Humidité GM** (%)
F: féminin, (%) (%) (%) (%) (%)
J: jeune)
Exploitante 1 F 10,1 6,1 1,0 9,3 0,8 0,4 6,6 1,4 1,9
Exploitant 4 M 8,3 5,9 1,8 7,6 1,1 0,8 6,8 2,2 1,1
Exploitant 5 M 10,3 5,0 1,7 8,8 1,1 0,4 8,2 0,2 1,2
Exploitante 6 F/J 9,2 5,0 1,4 7,7 3,2 3,5 7,8 2,0 1,3
Exploitant 7 M/J 11,7 3,9 1,8 10,9 0,9 0 9,9 1,5 1,2
Exploitant 8 M 10,0 3,3 1,0 10,1 1,7 0,3 9,3 1,9 2,2
Exploitant 10 M 10,2 4,9 0,3 9,5 1,5 1,7 8,5 9,4 0,6
Exploitante 12 F/J 9,1 6,1 0,3 8,4 0,4 0 8,1 3,9 1,1
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
* GAI: pourcentage de grains attaqués par les insectes
** GM: pourcentage de grains moisis.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
TABLEAU 2.40
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du niébé dans la région du Nord
Étape de la % de pertes % de pertes Baisse de
Causes de pertes/raison Impact/ acteurs affectés Perception des acteurs Solutions
chaîne/ Type de perte dans ce sur les PCP valeur
de faibles pertes (hommes/femmes) (hommes/femmes) recommandées
Processus processus étudiés marchande
Récolte quantitatif 12,0 37,5 Difficulté de récolter - Pertes de revenus Les oublis de Planifier les tâches
avec des cultures gousses ne sont pas à la production et à
Impact négatif sur
associées perçus comme des la récolte
la disponibilité
pertes car elles sont
Multiplicité des alimentaire au niveau Promouvoir la
consommées par les
tâches, surtout pour du ménage production en
animaux
les femmes à la monoculture
même période
Sensibiliser pour
Pourriture, termites améliorer les rôles
entre les hommes
et les femmes
Utiliser des bâches
pour le séchage du
niébé
Chapitre 6 – Le niébé dans la région du nord
Stockage quantitatif 20,0* 62,5 Faible utilisation de oui Pertes de revenus La lenteur du Promouvoir
matériel adéquat séchage par l’utilisation des silos
qualitatif Impact négatif sur
de stockage: silos manque de bâches métalliques, des sacs
la disponibilité
métalliques, sacs de ne permet pas de de type PICS** et des
alimentaire au niveau
type PICS** et bidons sécuriser le stock bidons plastiques
du ménage
plastiques dans un emballage
adéquat
Moins de dégâts
perçus car
l’utilisation des
bidons et de
techniques de
stockage (sacs et
plastiques simples)
permettent de
conserver le
niébé à un niveau
acceptable
* Ce chiffre correspond au niveau de pertes estimé, au regard du niveau de diffusion des méthodes améliorées de stockage.
** PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
163
164 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Le second vannage pourrait être également bâches, si le pouvoir financier individuel s’avérait
une cause de pertes, la fatigue pouvant jouer insuffisant.
sur le taux de récupération de ces grains.
Au cours du transport
Pertes au cours du transfert des sacs Pour la réduction des pertes à cette étape les
L’étude de 2015-16 a révélé que le transfert de sacs mesures identifiées sont:
est fait entre les collecteurs/trices et le grossiste ou conditionner le niébé dans des sacs en bon
entre le grossiste et ses clients. Plusieurs facteurs état,
influencent ces pertes lors du transfert, au nombre sensibiliser les manutentionnaires sur les
desquels il y a le mauvais état ou la faible qualité opérations de chargement/déchargement,
des emballages, la mauvaise manutention des sacs protéger les sacs au cours du transport en
au chargement/déchargement, l’état du véhicule de déposant des bâches sur les carrosseries des
transport, et celui de la route. véhicules de transport (camions) quand ce
dernier est en mauvais état.
Pertes au cours du stockage chez le producteur/
trice Au stockage
La cause principale de l’altération du niébé au cours La conservation du niébé en atmosphère confinée
du stockage est la poursuite du développement de dans des sacs de type PICS, dans un silo ou dans
l’infestation par les bruches, commencée depuis le un bidon plastique pouvant se fermer herméti-
champ, ce qui provoque, dans un premier temps, quement, donne de bons résultats après plusieurs
la baisse de la qualité commerciale du produit sur mois. L’intérêt majeur de ce type de conservation
le marché. Avec une durée de stockage de plusieurs est que le produit est conservé sans traitement
mois, l’altération des grains peut déboucher sur insecticide, ce qui réduit les risques de contamina-
une perte totale de la qualité commerciale et même tion dans la mesure où ces produits sont souvent
alimentaire du niébé. stockés dans la maison d’habitation. Le niébé se
conserve bien ainsi, selon les producteurs/trices
Mesures identifiées pour réduire les pertes rencontrés (point de faibles pertes).
alimentaires de niébé
À la récolte Points de faibles pertes
Les mesures potentielles de réduction des pertes La mauvaise campagne de production du niébé
sont relatives au renforcement de capacités des en 2017 ne permet pas le suivi des points critiques
agents de vulgarisation en techniques après de pertes identifiés le long de la chaîne d’approvi-
récolte, à la sensibilisation des producteurs/trices sionnement. En effet, les étapes du battage et du
sur les pertes à la récolte sur la base des données transert des sacs chez le grossiste, identifiées au
disponibles, et sur la participation des femmes aux cours l’étude précédente comme points de faibles
décisions et à la gestion des stocks, et à l’organisa- pertes n’ont pas pu être confirmées par la présente
tion des activités dans l’exploitation agricole par étude car elles n’ont pas été suivies.
une planification des tâches.
STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES
Au battage/vannage DE NIÉBÉ
Les mesures potentielles de réduction de pertes Impact des pertes dans la chaîne
portent sur la sensibilisation des producteurs/ d’approvisionnement alimentaire du niébé
trices, l’appui à l’acquisition de bâches pour le Les conséquences des pertes du niébé dans le
séchage rapide des gousses et pour les opérations Nord sont i) la réduction des revenus des pro-
de battage/vannage, et sur l’appui des groupements ducteurs et des commerçants, ii) la réduction de la
de producteurs/trices à acquérir des batteuses de disponibilité alimentaire dans les ménages, et iii)
niébé, tout en veillant à la réduction des inégalités l’augmentation des surfaces cultivées par l’abattage
entre les hommes et les femmes. La culture du des arbres. Le respect des itinéraires techniques à
niébé étant une activité phare des femmes dans la 80% permet d’atteindre des rendements de l’ordre
région, l’acquisition des bâches devraient concer- de 800 kg/ha en monoculture pluviale (INERA,
ner également les femmes (chefs de ménages ou DGPER 2011).
pas). Les femmes, si nécessaire, pourraient éven- La production de niébé dans la région du Nord
tuellement se constituer en groupe d’affinité (de au cours de la campagne agricole 2016-2017 est
trois femmes par exemple) pour l’acquisition des estimée à 93 200 tonnes. La faiblesse des rende-
Chapitre 6 – Le niébé dans la région du nord 165
TABLEAU 2.41
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le niébé (région du Nord)
Codes
pour les Rubriques Valeurs Unités Calculs
calculs
f Amortissement 10 années
ments puis de la production est attribuable à la d’USD environ. Les interventions proposées pour
répartition temporelle des pluies dans le Nord. réduire ces pertes sont décrites dans le tableau 2.42
Dans ce contexte, Les pertes à la récolte, au battage et développées au niveau des axes stratégiques
et au stockage diminuent le revenu du producteur/ (voir la section suivante). L’inflation des prix des
trice et influencent négativement la disponibilité équipements en 2016 et 2017 a été plus ou moins
alimentaire au niveau du ménage. Cette situation compensée par le renchérissement du cours du
renforce la faiblesse économique du producteur/ dollar (1,2%).
trice, ce qui est un frein à l’amélioration de la Pour chaque étape de la chaîne d’approvision-
performance de son exploitation par l’acquisition nement, l’hypothèse est la suivante: la combinai-
d’équipements et de matériels nécessaires. L’esti- son de plusieurs interventions contribue à réduire
mation de l’importance économique de ces pertes les pertes alimentaires de 70% au niveau du point
est une base sur laquelle pourrait s’appuyer un critique ciblé par l’action. Le coût de chaque inter-
plaidoyer pour leur réduction. vention s’étale sur une période de dix ans. Il est
possible d’évaluer la rentabilité des interventions
Ressources nécessaires et analyse en déduisant le coût amorti de la valeur écono-
coûts-bénéfices mique de la réduction des pertes.
Le tableau 2.41 présente une analyse coûts-béné- La quantité du produit dans la région est la
fices des mesures de réduction des pertes pour une production de niébé de la région du Nord pour
durée de dix ans au niveau des points critiques de la campagne agricole 2016-2017, elle est de 93 200
pertes du niébé dans la région du Nord. tonnes.
Mesuré par rapport à la production totale de La valeur du produit est le prix moyen sur le
la région, le taux de pertes estimé de cette cam- marché de production suivant les prix diffusés par
pagne est de 30,5%. Ce taux représente une perte le SIM SONAGESS (563 USD/tonne en février
alimentaire de 28 450 tonnes de niébé. Malgré la 2017 sur le marché de Gourcy).
faiblesse de la production, ces pertes représentent Le taux de pertes est la somme des taux de
une valeur économique importante de 16 millions pertes considérés pour cette étude sur le niébé,
166 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
relatifs aux PCP de la récolte, du battage/vannage, niébé, silos métalliques, sacs de type PICS,
du transport et du stockage par rapport à la pro- magasins, etc.).
duction totale (30,5%) au mois de mars 2017.
La réduction des pertes anticipées est une esti- Concernant le renforcement des capacités des
mation du taux de réduction souhaitée au bout des agents, l’information et la sensibilisation des
dix ans. Elle est estimée à 70%. acteurs directs (hommes et femmes) de la CAA sur
Le coût de l’intervention est une estimation du les PAR:
montant des mesures proposées pour réaliser ce De nos jours, les agents techniques de l’agricul-
taux de réduction des pertes (12 595 730 d’USD). ture ne sont pas bien outillés sur les questions
L’inflation des prix des équipements en 2016 et de réduction de pertes au champ. Les thèmes y
2017 a été plus ou moins compensée par le renché- afférents ne sont pas développés au cours des
rissement du cours du dollar (1,2%). rencontres de sensibilisation qui sont beaucoup
Les caractéristiques techniques et les aspects de plus orientées sur les techniques de production et
faisabilité technique et économique (rentabilité) le traitement des plants. Les actions à prévoir sur
pour les artisans et les fabricants des technologies dix ans dans ce domaine portent sur:
recommandées et pour les producteurs individuels la formation des agents de vulgarisation de la
sont présentés en annexe. région du Nord aux techniques après récolte
L’amortissement est la durée souhaitée des du niébé, aux problématiques liées au genre
interventions pour réduire les pertes sur les points et aux jeunes;
critiques identifiés. Il est de dix ans. l’information/sensibilisation des produc-
Le coût annuel des opérations représente une teurs, des productrices et des autres acteurs/
proportion de 15% du coût annuel des mesures. trices sur les pertes enregistrées dans la
Le coût annuel total des mesures est la somme chaîne d’approvisionnement de la région
du coût annuel des investissements et du coût du Nord (causes, effets, ampleur, et bonnes
opérationnel annuel. Le coût total pour le client pratiques);
qui investit dans les mesures représente la valeur la documentation et le plaidoyer sur les
des pertes à investir annuellement pendant dix ans. PAR en vue de sensibiliser l’opinion et les
La rentabilité des mesures est le bénéfice dégagé décideurs sur la question (réalisation d’émis-
de l’opération, par an, suite à la mise en œuvre des sions sur les radios locales, à la télévision,
mesures identifiées. Cette rentabilité est de l’ordre d’articles dans la presse écrite, etc., portant
de 9,8 millions d’USD par an pour la région, soit sur les causes des pertes, y compris celles
environ 6,5 milliards de francs CFA (1 USD = liées au genre, liées aux jeunes, sur les effets,
662 FCFA). l’ampleur des pertes, et les bonnes pratiques
Les solutions proposées pour une réduction des à promouvoir).
pertes de niébé sont données dans le tableau 2.42.
Concernant la facilitation de l’accessibilité des
Plan stratégique de réduction des pertes de producteurs/trices aux matériels, équipements et
niébé infrastructures de stockage du niébé, les actions à
Afin de permettre la réduction des pertes de niébé, mener, sur une période de dix ans, seront relatives
sur la base des résultats obtenus lors de cette étude à:
de réplication, identifiant et confirmant les points l’acquisition de bâches de qualité pour les
critiques de pertes et leurs causes majeures, deux activités de séchage et de battage/vannage;
axes d’intervention principaux sont retenus: l’acquisition de batteuses/égreneuses de
le renforcement des capacités des agents niébé;
de vulgarisation agricole, l’information et la l’acquisition de silos métalliques de 500 kg14;
sensibilisation des acteurs/trices directs des l’acquisition de sacs hermétiques de type
chaînes de valeur du niébé sur la question des PICS;
PAR et les problématiques liées au genre et
aux jeunes, la diffusion des bonnes pratiques
en techniques après récolte;
14
la facilitation de l’accessibilité des produc- Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs indivi-
duels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la
teurs/trices aux matériels, équipements quantité produite au niveau individuel). Les silos de plus
d’après récolte et aux infrastructures de stoc- grande capacité (1300 kg) sont destinés aux organisations
kage (bâches ou aires de battage, batteuses de de producteurs.
TABLEAU 2.42
Récapitulatif des causes des pertes de niébé et des solutions proposées pour leur réduction dans la région du Nord
Ampleur des pertes Réduction des pertes
Coût des
Pertes
Points critiques Taux de Intervention pour réduire les interventions
Taux de économiques Causes des pertes
de pertes Poids pertes/ pertes Taux Économies sur 10 ans
pertes (USD)
(tonnes) quantité (%) liées (USD/an) (USD)
(%)
initiale (%)
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent
mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
a
Ce montant porte sur des actions transversales de renforcement des capacités, de communication, prenant en compte la récolte, le genre, etc.
b
Les niveaux de pertes au battage/vannage et au transport présentés dans le tableau sont ceux de la campagne 2015-2016.
c
La mesure des pertes sur le battage et le transport n’a pas pu être réalisée durant cette étude réalisée de novembre 2016 à avril 2017; pour des propositions d’actions plus globales et prenant en compte les
167
principales étapes de pertes, les données sur les points de pertes du battage/vannage et du transport des sacs chez le grossiste sont celles de l’étude de l’année 2016.
d
Le taux de pertes est estimé, au regard du niveau de diffusion des méthodes améliorées de stockage, selon les avis exprimés
Source: résultats de l’étude (2016-2017).
168 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Les modalités d’acquisition et de gestion de ces Concernant l’axe de renforcement des capacités
matériels, équipements et infrastructures, destinés et la sensibilisation, les activités à mener concer-
aux producteurs et productrices, veilleront à ce neront l’application de «l’approche dialogue en
que les inégalités de rapports entre les produc- famille»15 pour un échantillon de 100 familles de
teurs et productrices ne soient pas reproduites. deux communes (50 familles/commune), à travers
Les besoins spécifiques des jeunes sont à prendre les étapes suivantes:
également en compte. Étude de base: elle sera conduite dans deux
Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan de communes au Zondoma et au Yatenga en
suivi et d’action suivant est recommandé: vue d’établir les connaissances, les attitudes
et les pratiques d’un échantillon des familles
Titre du projet proposé: Réduction des pertes bénéficiaires en matière de mesures endo-
alimentaires dans la chaîne d’approvisionnement gènes ciblant les causes, y compris celles
du niébé dans la région du Nord liées au genre, dans la réduction des PAR.
Les résultats de cette étude vont permettre
Contexte et justification de circonscrire les thématiques du dialogue
La région du Nord en 2016-2017 a produit 93 200 dans les familles et de valoriser les bonnes
tonnes de niébé. La production en association de pratiques existantes.
cultures, avec le niébé comme culture secondaire, Formations à l’adresse des animateurs et des
est la plus importante (environ 95%). Le taux de agents de vulgarisation des services tech-
PAR cumulées par rapport à la production totale niques et des organisations faitières sur les
est de 30,5% (si on tient compte des taux de techniques d’animation, sur «l’approche dia-
pertes au battage et au transport mesurés l’année logue en famille», et la problématique des
précédente). PAR.
Cette situation justifie la prise de mesures Identification et formation des membres
ciblant les causes des pertes, afin de réduire les des familles bénéficiaires sur les PAR, leurs
volumes de pertes au niveau régional. causes, leurs effets, les ampleurs, et sur les
Ces actions, par la réduction des pertes alimen- bonnes pratiques.
taires, contribueront à une augmentation de la Élaboration des contenus des supports d’ani-
disponibilité alimentaire, et par conséquent à une mation: rédaction des contenus sur les PAR,
amélioration du statut nutritionnel de la popula- causes, effets, ampleurs, bonnes pratiques
tion, notamment des groupes vulnérables. (sensibles aux problématiques du genre),
La stratégie d’intervention du projet sera orien- enregistrement pour des sessions d’écoute.
tée sur deux axes principaux: «Forum des leaders d’opinion»: leaders
l’information et le renforcement des capacités coutumiers, leaders religieux et personnes
des agents de l’agriculture, des organisations ressources influentes. Ce public sera informé
faitières et des acteurs directs (hommes et et sensibilisé à la problématique des PAR,
femmes, des jeunes) de la CAA sur les PAR; à leurs causes et effets, et aux bénéfices qui
la facilitation de l’accessibilité des produc- vont résulter de la réduction des pertes. Leur
teurs/trices aux matériels, équipements et consentement et leur soutien sont utiles à la
infrastructures de stockage du niébé. réussite des activités et surtout à la durabilité
des résultats attendus.
Les actions à mener auront un but éducatif et
de démonstration de l’efficacité des propositions
technologiques. Aussi, il sera procédé à la subven-
15
tion des équipements à acquérir afin de permettre «L’approche dialogue en famille» est un processus de
recherche de l’équilibre ou de solution au sein d’une
aux bénéficiaires d’être convaincus par les résultats famille. Le dialogue en famille est une approche de
obtenus. Une contribution des bénéficiaires au convergence des opinions des membres d’une même
coût de l’investissement sera exigée. Ces actions famille autour d’un sujet précis.
Chapitre 6 – Le niébé dans la région du nord 169
Tenues des séances d’animation dans les et des femmes, des jeunes dans toute la zone du
familles en raison de huit animations en projet, y compris dans les deux communes pilotes
moyenne par famille. de «l’approche dialogue en famille».
Organisation des rencontres bilan et de plani-
fication: établissement des bilans d’activités, Les résultats attendus sont:
leçons apprises de la mise en œuvre et pers- Les capacités des agents de vulgarisation des
pectives. parties prenantes de la région sont renfor-
Suivi transversal à toutes les étapes, réali- cées dans le domaine des techniques après
sé à plusieurs niveaux: (1) suivi rapproché récolte et des problématiques liées au genre
des services techniques et des associations; et aux jeunes.
(2) étude de cas répétée régulièrement pour La disponibilité des équipements après récolte
suivre l’impact de l’approche sur les familles (bâches, équipements de battage et stockage)
bénéficiaires; (3) étude d’évaluation de fin de chez les producteurs et productrices de niébé
phase. s’est améliorée dans la région du Nord.
Information et sensibilisation des produc- Les pertes sur la production annuelle de
teurs/trices des zones non pilotes sur «l’ap- niébé de la région sont réduites de 70%.
proche dialogue en famille» et des autres
acteurs/trices sur les pertes enregistrées dans Le budget prévisionnel de l’intervention est estimé
la chaîne d’approvisionnement de la région à environ 12,6 millions d’USD sur dix ans. La
du Nord (causes, effets, ampleur, et bonnes répartition du budget par étape est fournie dans le
pratiques). tableau 2.43.
Documentation et plaidoyer sur les PAR en
vue de sensibiliser l’opinion et les décideurs Suivi-évaluation
sur cette question (réalisation d’émissions sur Les principaux indicateurs de suivi du projet
les radios locales, la télévision, d’articles dans proposé sont les suivants:
la presse écrite, etc., portant sur les causes Nombre d’acteurs directs, par sexe, (pro-
des pertes, y compris celles relatives au genre, ducteurs/trices, transformateurs/trices, com-
les effets, l’ampleur des pertes, et les bonnes merçants/tes), informés et sensibilisés sur
pratiques à promouvoir). la nécessité de prendre en compte les pertes
alimentaires dans la zone d’intervention du
Concernant l’axe de facilitation de l’accessibilité projet.
des producteurs/trices aux matériels, équipements Nombre de jeunes ayant bénéficié des activi-
et infrastructures de stockage du niébé, les activités tés de renforcement des capacités.
à mener concerneront: Pourcentage de femmes sensibilisées partici-
l’appui à l’acquisition de bâches de qualité pant aux décisions relatives aux opérations
pour les activités de séchage et de battage/ après récolte au niveau de leurs ménages.
vannage; Pourcentage d’hommes sensibilisés impli-
l’appui à l’acquisition de batteuses/égre- quant leur(s) épouse(s) dans les décisions
neuses de niébé; relatives à la gestion des stocks de niébé.
l’appui à l’acquisition de silos métalliques Les producteurs/trices de 80% des orga-
de 500 kg (le choix de la capacité de tonnage nisations d’acteurs appuyés ont une bonne
est fait au regard de la quantité moyenne connaissance des techniques de réduction des
produite par ménage); PAR.
l’appui à l’acquisition de sacs triple ensachage 70% des producteurs/trices membres (par
de type PICS; sexe) des OP accompagnées disposent de
la construction de magasins de stockage de bâches pour le séchage de leurs produits et
500 tonnes pour les OP faîtières provinciales utilisent des équipements mécanisés pour les
et de 250 tonnes au profit de groupements opérations de battage/égrenage.
de producteurs/trices dans 31 communes de Au moins 62 000 sacs de type PICS de 50 kg
grande production de niébé. et 31 000 sacs de 100 kg sont acquis au profit
des producteurs/trices membres (par sexe) et
Les acquisitions et la gestion des matériels, équi- les OP utilisent du matériel adapté pour le
pements et infrastructures de stockage doivent stockage du niébé (silos, sacs de type PICS,
tenir compte des besoins spécifiques des hommes bidons plastiques, etc.).
170 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
TABLEAU 2.43
Budget prévisionnel des actions à mener pour réduire les pertes de niébé dans la région du Nord
Prix unitaire
Étapes Actions à mener Quantité Montant (USD)
(USD)
310
Promotion d’égreneuses/batteuses de niébé 313 97 030
machines
Battage/vannage et
1860
transport Appui en bâches de bonne qualité 45 83 700
bâches
Stockage Promotion des silos métalliques de 500 kg** 125 620 silos 77 500
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
** Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au
niveau individuel).
*** Coût moyen de réalisation des magasins au niveau national pour la taille indiquée.
Source: résultats de l’étude (2016-2017), estimations prévisionnelles au regard de la zone d’intervention.
Trente-et-un magasins de 250 tonnes ont été En ce qui concerne l’application de «l’ap-
construits au profit des OP des plus grandes proche dialogue en famille», un appel à candida-
communes de production de niébé, et deux ture sera fait sur la base d’un certain nombre de
magasins de 500 tonnes dans chaque chef-lieu critères, afin d’établir une structure de mise en
de province de la région. œuvre. Les services techniques de l’agriculture
Le taux de pertes aux points critiques identi- et de la promotion du genre seront impliqués
fiés pour chaque produit a baissé d’au moins dans la formation, le suivi et la supervision du
70% au bout de dix ans. projet proposé.
2. faciliter l’accessibilité des producteurs et pro- FCFA (pour le niébé), une marge de 11 950
ductrices aux bâches ou aux aires de battage FCFA et un chiffre d’affaires de 66 000 FCFA
(sorgho et niébé); (pour le maïs) et une marge de 3 950 FCFA
3. promouvoir l’utilisation du conditionnement et un chiffre d’affaires de 69 500 FCFA (pour
hermétique (silos métalliques de 500 et 1300 le sorgho). Les silos de 1300 kg sont destinés
kg, sacs hermétiques de 100 kg); aux groupements de producteurs.
4. promouvoir la construction de magasins de Une égreneuse/batteuse multifonctionnelle
stockage (de 250 et 500 tonnes); coûte 1,4 million de francs CFA et est amortie
5. améliorer le rendement de la transformation sur dix ans; elle génère une marge de 256 600
artisanale du maïs. FCFA par an pour un producteur individuel
ou un groupement de producteurs.
De ce fait, les réflexions sont orientées vers une Disponibilité des silos sur place: la fabrication
amélioration de l’opérationnalisation des mesures des silos métalliques est faisable et rentable
identifiées. Les pistes suivantes sont concernées: pour les artisans locaux compte-tenu des
Les mesures de renforcement des capacités coûts de production et des prix de vente. Les
devront s’intéresser non seulement à la pro- matériaux de construction des silos sont dis-
blématique des femmes, mais aussi à celle ponibles et de bonne qualité sur les marchés
des jeunes. La politique de la jeunesse a fait des régions concernées. Le souci majeur de
ressortir le besoin d’espaces d’expression des ces fabricants reste le développement de leur
jeunes, en vue de faire valoir leurs besoins marché qui passe par la promotion de l’outil
spécifiques. Les points de regroupements des de stockage et l’amélioration de l’accessibilité
jeunes agriculteurs peuvent êtres des plate- des producteurs à ce type d’équipement.
formes de sensibilisation et de renforcement
de leurs capacités dans le domaine de l’après Au terme de l’analyse, les recommandations sui-
récolte. vantes, déjà formulées lors de la précédente étude,
L’État devra appuyer, en matière de stratégie sont reprises:
de réduction des pertes après récolte et de appuyer l’adoption de technologies après
renforcement des capacités, les organisations récolte (bâches, équipements de battage/égre-
faitières et les ONG telles que: l’UPPA (13 nage, structures de stockage hermétiques)
unions communales), l’Association femme pour la conduite adéquate des opérations
et vie (AFV), association ayant contribué à après récolte, éviter la distribution gratuite
la mise en place de 15 Réseaux communaux qui n’est pas durable, en veillant à la prise en
de concertation sur les questions de genre et compte des besoins spécifiques des hommes
de droits des femmes (RECOGEF) dans les et des femmes;
Hauts-Bassins, l’UGCPA pour la Boucle du soutenir le développement des chaînes de
Mouhoun, l’AFDR (réseau d’accompagne- valeur sélectionnées: renforcer la capacité
ment des producteurs/trices, centre de for- des acteurs à évaluer la faisabilité et la renta-
mation agricole et artisanale), l’Action pour bilité, dans le contexte local, des différentes
le monde rural (réseau d’accompagnement solutions par le renforcement de leurs com-
des citoyens/nes, expériences de warrantage pétences commerciales et entrepreneuriales,
au Zandoma) dans la région du Nord. et à augmenter leurs revenus par la réduction
Des mesures d’accompagnement des femmes, des pertes et l’amélioration des liens avec les
sur la base des besoins identifiés, devront être acheteurs, et les fournisseurs de services et
prévues et favorisées, afin d’annihiler la perte d’équipements;
de revenu de ces dernières grâce à l’adoption en coopération avec les institutions de
de nouvelles technologies. recherche (INERA, DTA/IRSAT), soute-
nir les efforts de recherche-développement
Le choix des matériels et équipements proposés répondant à des besoins spécifiques identifiés
dans le cadre des actions de réduction des PAR au niveau local et régional, dont l’adoption
s’appuient sur l’argumentaire suivant: de variétés plus adaptées aux techniques de
Silo métallique: avec une durée de vie de 20 récolte et d’équipements de transformation
ans, le silo métallique sera rentabilisé par un artisanale plus performants;
producteur individuel, avec une marge de 21 mener des activités de plaidoyer au niveau
450 FCFA sur un chiffre d’affaires de 160 500 national pour le contrôle de la qualité de tous
172 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Annexe 1
Références bibliographiques
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174
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à: http://ecowas-agriculture.org/sites/default/files/dc3a9claration-de-malabo-fr.pdf
175
Annexe 2
Annexes à l’étude 2015-16
Capacité 500 kg
Diamètre 64 cm
Hauteur 160 cm
Forme cylindrique
Diamètre de 15 cm
Gorge d’apport des grains
Hauteur de 25 cm
Forme cylindrique
Diamètre de 15 cm
Gorge de sortie des grains
Hauteur de 10,5 cm
Supervision de la qualité du
PM* PM*
travail par le chef d’atelier
Délai pour la fabrication d’un silo 6 silos par jour 5 silos par jour
Prix de 5 sacs vides en PP tissé pour 5 sacs à raison de 200 F/sac ; remplacé
1 000 1 000 1 000
le conditionnement (FCFA) chaque année
EPI de mil
Gousse de niébé
Spéculations traitées
EPI de sorgho
Type diesel de 12 à 15 CV
Démarrage manuel
1 à 2 battes tournant dans une chambre munie à sa partie inférieure d’un contre batteur à trous
pouvant être amovible et remplaçable suivant la spéculation.
Sortie de récupération grains propres équipée d’un convoyeur à vis ou d’une pente permettant
la sortie des grains sans retour des résidus de récolte
NB: Toutes les pièces dangereuses (arbres, poulies, courroies, etc.) doivent être correctement
protégées
NB: les trous du contre batteur et des tamis/grille doivent être percés latéralement par rapport
au sens de rotation du tambour et/ou du batteur.
Désignation Caractéristiques
Le fournisseur se doit de former les utilisateurs de l’équipement en une journée sur l’utilisation
Services après-vente
et son entretien adéquat.
Charges de fonctionnement de
443 400
l’égreneuse
* 4 litres par heure pour un temps de travail estimé à 105 heures en 3 mois
179
Largeur 70 cm
Dimensions
Longueur 125 cm
Chaîne: bandelette de 3 mm
Type tissage
Trame: bandelette de 3 mm
Contexture 333x480 mm
Couleur Blanc
L’ensemble, sac polypropylène et ses doubles gaines intérieures assurent une bonne
Remarque
imperméabilité à l’eau et à l’air
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Prix du niébé en janvier 2016 100 kg 270 27 000 Selon le SIM SONAGESS
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
181
Annexe 3
Annexes à l’étude de réplication (2016-17)
CARACTÉRISTIQUES ET DONNÉES
D’EXPLOITATION DES SILOS
MÉTALLIQUES, D’UNE ÉGRENEUSE/
BATTEUSE POLYVALENTE ET D’UN SAC
À TRIPLE FONDS
6 silos 5 silos
Délai de fabrication d’un silo
par jour par jour
Données sur la rentabilité de l’exploitation d’un silo métallique de 500 kg par un producteur
Désignation Niébé Maïs Sorgho Observations
Prix de 5 sacs vides en PP tissés pour le 5 sacs à raison de 200 FCFA/sac. Ils sont
1 000 1 000 1 000
conditionnement (FCFA) remplacés chaque année.
Charges de fonctionnement de
443 400
l’égreneuse
* Pour les frais de carburant, il est considéré que quatre litres de carburant sont consommés par heure, pour un temps de travail estimé à
105 heures sur 3 mois (de novembre à janvier).
183
Prix du niébé en janvier 2016 100 kg 270 27 000 Selon le SIM de la SONAGESS
* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
185
Annexe 4
Personnes-ressources
Mme Koanda Habibou Chargée de programme, point focal genre Coopération suisse
186
Annexe 5
Taux de conversion
Pour l’étude, le taux de conversion utilisé est le suivant: 1 USD = 560 FCFA
Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)
Viale delle Terme di Caracalla, 00153 Rome, Italie
www.fao.org
ISBN 978-92-5-131310-7
9 789251 313107
CA3464FR/1/09.19