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MH Behar 5779

Feuillet d'étude sur la paracha de la semaine réalisé par le Beth Hamidrach Torat 'Haim www.beth-hamidrach.fr

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MAYAN HAIM S’investir résolument dans l’étude de la Torah (Elie LELLOUCHE) - Parachat Béhar : le don continuel (Michaël SOSKIN) -
Sur les traces de nos pères (Ephraim REISBERG) - Une mitswa révolutionnaire (Yo’hanan NATANSON)

PARACHAT BEHAR
Un
Samedi Beth
25 MAI 2019
MAYAN HAIM
Hamidrach
20 IYAR 5779 parisien EDITION
entrée chabat : 21h18
sortie chabat : 22h39

S’INVESTIR RÉSOLUMENT DANS L’ÉTUDE DE LA TORAH


Rav Elie LELLOUCHE

Le ‘Amal HaTorah, que l’on pourrait traduire par maîtriser et encore moins assujettir. «Ré’hava Mini
un investissement intense dans l’étude, n’est pas Yam»; «Plus étendu que la mer» s’exclame Iyov pour
une disposition annexe embellissant la Mitsva liée rendre compte de l’immensité de la Torah (Iyov 11,9).
à la connaissance de la Sagesse Divine, elle en Mais c’est justement parce qu’elle dépasse l’homme
constitue l’essence même. Plus encore, la Paracha et ses aptitudes intellectuelles que la Torah exige de
Bé’houkotay consacre l’importance primordiale du celui-ci un dépassement. Le ‘Amal HaTorah est la
‘Amal HaTorah en plaçant cette injonction au premier traduction de ce dépassement. Peiner dans l’étude de
rang des conditions permettant au peuple d’Israël de la Torah c’est, en quelque sorte, porter le témoignage
bénéficier de la bénédiction divine. de l’origine divine de celle-ci et, ce faisant, se
«connecter» avec Hachem. C’est cette connexion qui
Ainsi, en préambule aux Béra’khot déclinées dans permettra l’ouverture des canaux de la bénédiction.
cette Paracha, Hachem affirme: «Im Bé’houkotay
Télé’khou VéEt Mitsvotay Tichmérou Va’assitem Pour nos Maîtres ce ‘Amal peut emprunter plusieurs
Otam,VéNatatti Guichmé’khem Bé’itam»: «Si vous voies. Ainsi, pour le Kéli Yakar il se traduira par la
allez dans mes décrets et que vous gardez mes fixation de périodes journalières et régulières affectées
commandements en les accomplissant, Je vous exclusivement à l’étude. En consacrant des moments
donnerez vos pluies en leur temps» (Vayikra 26,3). invariables et immuables à la compréhension
de la Torah, nous ancrons en nous la dimension
Rachi, au nom du Midrach Torat Cohanim, explique transcendante de la Loi Divine. C’est en ce sens
le terme Bé’houkotay en référence avec la peine que qu’il faut comprendre l’emploi du terme ‘Houka, qui
l’on doit se donner pour l’étude de la Torah. En effet, se rapproche du verbe ‘Hakak, graver, pour désigner
ce terme ne peut se référer à l’accomplissement et l’effort dans l’étude. L’assiduité et la régularité «grave»
à l’observance des Mitsvot dans leur ensemble, ces en nous l’essence divine de la Torah.
dernières étant citées nommément dans la suite
du verset. Par déduction, le terme Bé’houkotay fait Pour le Ohr Ha’Haïm HaKadoch, il y a dans la notion
nécessairement écho au second pôle du service de ‘Amal HaTorah une autre exigence. Peiner dans
divin que constitue l’étude de la Torah. l’étude c’est être à même de revenir constamment
sur les textes étudiés au point de se les approprier
Cependant, cette recommandation divine, porteuse totalement et de les «graver» en soi. Or ce retour
de bienfaits pour le ‘Am Israël, ne se limite pas à constant suppose d’être animé d’un désir ardent pour
un apprentissage purement formel ou occasionnel. la Torah. C’est pourquoi, explique le Ohr Ha’Haïm,
L’étude de la Torah, dans notre Paracha est appelée lorsque ce désir est défaillant, l’oubli s’installe
‘Houka. L’acception courante de ce terme désigne, naturellement en l’homme afin de l’amener à revoir
parmi l’ensemble des Mitsvot, celles dont l’essence ce qu’il a déjà appris. On le voit à travers ces deux
même relève de l’irrationnel, par opposition aux exemples le ‘Amal HaTorah, plus qu’une composante
Michpatim, les lois sociales, ou les ‘Edouyot, les de l’étude, en constitue, comme le souligne le Rav
témoignages, accessibles, au moins en partie, Dessler, l’objectif ultime. En conférant à la Torah sa
à l’esprit humain. L’emploi de cette expression dimension sacro-sainte, il en fait l’arme la plus sûre
pour désigner l’étude de la Torah n’est pas fortuit. du ‘Am Israël.
La Sagesse Divine n’est pas une science ou une
discipline universitaire que l’homme pourrait espérer

Article et contenu réalisés par TORAT HAIM VECHALOM - 35, rue Emile Lepeu 75011 PARIS - 01.44.93.51.50
Association reconnue d’utilité générale habilitée à recevoir les DONS et les LEGS. Directeur : Rav Elie LELLOUCHE
PARACHAT BEHAR : LE DON CONTINUEL
Michaël SOSKIN

« Quand vous arriverez sur la terre que permet d’apprécier toute la valeur de Le Sfat Emet dit que c’est le même
Je vous donne, la terre respectera un ce cadeau. mécanisme qui est en place pour le
« chabbat » en l’honneur d’Hachem » don de la terre d’Israël, et il suggère
Le Sfat Emet explique que le but même que c’est la raison de la
(Vayikra 25, 2). même du don de la terre d’Israël aux répétition apparente du mot « donner »
Hébreux, est qu’en l’habitant et en la dans le verset qui est lu chaque matin
C’est ainsi que la Torah nous présente possédant, ils témoignent que c’est dans la prière  : «(…)  et Tu scellas
la mitsva de la Chemita qui consiste, à Hachem qu’appartient le monde. l’alliance avec lui [Avraham] de donner
une année sur sept, à s’abstenir de Le sens de la mitsva de Chemita le pays du Cananéen, du Héthéen,
tout travail agricole. On pourrait être est alors de maintenir la sensation de l’Amorréen, du Phérézéen, du
tenté de lire ce verset comme une que la terre, in fine, appartient à Jébuséen, du Ghirgachéen de le
façon pour Hachem de se rétribuer sur Hachem. Car la propriété terrienne donner à sa descendance » (Néhémie
le don qu’il fait à son peuple de la terre entretient presque nécessairement 9, 8).
d’Israel, ou de le limiter  : «  Je vous une forme de fierté et un sentiment de
donne cette terre, mais à condition puissance et de suffisance. En nous On peut proposer que ce cadeau qui
que vous me la rendiez une année sur demandant de laisser à la terre son se répète, ce don perpétuellement
sept ». Mais ce serait passer à côté de année sabbatique, Hachem ranime en renouvelé, c’est l’ultime façon de
la beauté du message. nous ce message  : « vous êtes des donner. En effet, un cadeau est par
étrangers et des résidents auprès de définition composé de deux parties  :
Le Mechekh ‘Hokhma dit que c’est Moi » (Vayikra 25, 23). Mais là encore, le bien lui-même, bien-sûr, qui passe
justement pour éviter ce contresens cette modalité du don de la terre qui dans la propriété de l’acquéreur. Mais
que la Torah fait précéder le paraît limitative, est en fait l’ultime aussi le geste de l’offrir, le fait de le
commandement de la Chemita par bénédiction. recevoir. Cette seconde partie est
la mention du fait qu’Hachem nous peut-être la plus plaisante. Surtout
donne la terre d’Israël, comme un Imaginons un paysan qui aime sa lorsque le cadeau nous vient d’une
cadeau. Or nos Sages stipulent que terre, la cultive six années durant. Il personne importante, ou du moins
si la vente d’un champ est par défaut la connait par cœur, il s’y est attaché qui nous est chère. Mais elle ne dure
parcimonieuse (bayin raa), un cadeau par son labeur tenace, l’a modelée pas : une fois que le bien est acquis,
est en revanche toujours offert avec selon son souhait. Arrive l’année de la on se l’approprie –à juste titre. C’est-
largesse (beayin tova), à plus forte Chemita, notre paysan se sépare de à-dire qu’on troque nécessairement
raison ici où il vient d’Hachem. Le sa terre et la laisse en friche pendant le sentiment de recevoir par celui de
commandement de la Chemita est une année entière. A son retour, la posséder. Mais pour que le cadeau
donc nécessairement non pas une nature a repris ses droits, il doit se reste pleinement cadeau, il faut trouver
limite au don de la terre, mais au réapproprier son terrain. Mais il sera un moyen de perpétuer le geste du
contraire une partie du cadeau. C’est heureux de le retrouver, et de pouvoir don et l’expérience de recevoir.
en réalité la cerise sur le gâteau. de nouveau le travailler. C’est comme
s’il le recevait à nouveau. La Chemita La Chemita permet donc que notre
Car la Torah promet une fertilité est donc un dispositif inédit qui permet rapport à la terre soit cet équilibre
exceptionnelle de la terre, garantissant au cadeau de la terre d’être sans- improbable entre le sentiment qu’on
une abondance suffisante pour tenir cesse renouvelé. D’où l’usage du la possède, et en même temps qu’on
l’année de la Chemita, ainsi que la temps présent dans le verset « Quand la reçoit constamment des mains du
suivante (où l’on peut planter, mais vous arriverez sur la terre que Je vous Maître du monde qui nous la confie.
où il n’y a rien à récolter jusqu’à la fin donne ». Grâce à la Chemita, le don Plus généralement, le Chabbat a une
de l’année…)  : «  J’ordonnerai pour de la terre d’Israël est perpétuellement fonction similaire  : après six jours où
vous ma bénédiction dans la sixième renouvelé. l’homme travaille le monde, il cesse
année, et elle produira la récolte pour tout travail au septième jour pour se
trois années » (Vayikra 25, 21). Le Sfat Emet fait remarquer qu’on rappeler que le monde ne lui appartient
retrouve déjà ce motif dans la pas et qu’il lui a seulement été confié,
C’est donc, dit le Mechekh ‘Hokhma, bénédiction qu’Itshak fait à son fils nuance importante puisqu’elle donne
grâce à la Chemita qui nous force à Yaakov et qui commence par la tout son sens à son travail de la
nous arrêter de travailler la terre une phrase  : «  Et qu’Elokim te donne semaine.
année sur sept, que l’on à l’occasion (veyiten lekha) de la rosée des cieux
de se rendre compte du caractère tout et des graisses de la terre » (Berechit
à fait surnaturel de cette terre. Si on 27, 28). Le Midrach (Berechit Raba
avait continué à la travailler d’année 66,3) qui note que cette bénédiction
en année, on serait passé à côté de commence étrangement par la
cette constatation. La Chemita, plutôt conjonction «  Et  », en déduit qu’il
qu’une contrainte ou une limite au don faut la comprendre ainsi  : «  qu’Il te
de la Terre, est au contraire ce qui donne, et qu’Il te donne à nouveau ».
SUR LES TRACES DE NOS PÈRES - AVOT 3,11
Ephraim REISBERG

Il est une coutume répandue dans précédemment cités, l’individu engendrer, on le sait, une souffrance
tout le peuple juif d’étudier les malintentionné a pour but d’effacer, insupportable, bien plus grave que cette
enseignements des Pirké Avot durant d’annuler, de réduire à néant les forces provoquée par l’attaque d’un inconnu.
chaque semaine séparant Pessa’h et de sainteté qui ont été introduites dans
Chavouot. le monde par l’homme lui-même. L’annulation de l’alliance d’Avraham
Nous savons que la sanctification du Avinou. Que vient faire le nom de notre
Intéressons-nous à la Michna suivante monde provient de D., à travers les vertueux ancêtre dans cette partie de
(chapitre 3, michna 11): enseignements de la Torah. Celui qui la Michna? Elle vient, dans le même
accomplit les enseignements qu’elle sens des propos précédents, mettre
Rabbi Eleazar Hamodaï dit : celui qui : prescrit réalise la volonté de D. et en évidence l’implication particulière
1 - profane les choses sacrées, c’est permet le repos de la Présence Divine de l’homme, ici “l’Ami d’Hachem”,
à dire les sacrifices qu’on amenait au dans notre monde. lorsque qu’il est question du fait que
Temple [en .les rendant finalement la sainteté doit investir jusque dans le
inaptes] Mais il faut savoir que cette corps de l’Homme.
2 - Méprise et dédaigne les temps sanctification est parfois due à
[saints], tels que les jours de fête et de l’intervention de l’Homme lui-même. Le détournement du sens de la Torah:
‘Hol Hamo’ed Ré-étudions de nouveau la liste l’Homme apprend la Torah de la
3 - fait pâlir le visage de son prochain précédente. parole de son Rav. C’est à dire que
en public sa compréhension de la parole de D.
4 - annule l’alliance d’Avraham notre - Profaner les sacrifices: l’écrasante vient par l’intermédiaire de l’homme, et
père (c’est à dire la brit-mila, en ne majorité des sacrifices n’est pas que chaque maillon de la chaîne a dû
pratiquant pas cette mitsva ou bien sanctifiée d’office par le Ciel. Leur au préalable déployer de nombreuses
en utilisant certains procédés pour sainteté vient du fait que l’Homme forces pour comprendre, assimiler
montrer à tous que cette Mitsva ne le déclare de sa bouche et investit et transmettre de nouveau les
concerne pas) de sainteté un animal ou un extrait enseignements divins. La participation
5 - et qui montre des aspects de la végétal profane pour l’approcher sur de chacun dans la transmission de
Torah qui ne vont pas d’après la Loi, l’Autel: la Terouma, le Maaser, les cette parole est vitale pour la pérennité
en excluant certaines lois de leur offrandes volontaires et expiatoires de la sainteté toraïque.
contexte et en inventant d’autres etc…)
statuts. Dans tous les cas de figure, celui qui
quand bien même  aurait-il à son actif - Le mépris des fêtes : Nous savons oserait détruire ce souffle pur venant
les mérites de l’étude de la Torah et que les fêtes juives (qui inclut Hol des forces de l’homme et de sa volonté
de la pratique des  Mitsvot, n’a pas de Hamoed) sont fixées de manière profonde à investir chaque chose de
part au monde futur. concrète par le Beth Din du peuple sainteté, s’attaque particulièrement
d’Israël. Le juif peut, par sa capacité aux cinq domaines précités, car
Le Rabbi de Loubavitch, dans son de décider la fixation des jours de Yom chacun symbolise une facette de cette
commentaire sur cette Michna pose Tov, investir le temps d’une sainteté implication.
plusieurs questions fondamentales. considérable. Dans le même sens, on Par sa faute, il ruine le principe même
Trois d’entre elles sont les suivantes: constate que la Michna ne parle que de la descente de l’homme dans
- En quoi consiste la gravité des fautes de Moadot (‘Hol Hamo’ed), et non de ce monde, descente justifiée par le
précitées? Quelle différence existe- Chabbat qui est lui, au contraire, le besoin de “transformer toute chose en
t-il entre celles-ci et tous les autres résultat d’une sanctification d’origine moyen de s’approcher de la Divinité,,
interdits de la Torah pour que le Tana divine, exclusivement. de polariser l’ensemble de la création
ait pris la peine de les sélectionner? du côté positif et moral.
- En admettant que ces fautes relèvent - Humilier son prochain (litt. son
d’une gravité particulière, se peut-il ami) en public: l’amitié entre deux Il s’expose d’ailleurs à une sanction
qu’il existe un point commun entre hommes est le fruit d’une implication gravissime. Celle de perdre l’accès
celles-ci, un fil conducteur invisible mentale entre eux, forgée par la au monde futur, car il nie à l’homme
reliant les composantes de cette liste? Mitsva de Ahavat Israel (l’amour du toute possibilité d’utiliser ses forces
- En admettant une nouvelle fois, la prochain), encore appelée “la sainteté pour réaliser ce rôle. Il nie de ce fait
gravité de ces cinq sujets, comment investissant les liens sociaux”. le principe général de la Création,
comprendre une punition aussi grave et ne peut donc être puni à son tour
que “la privation” pure et simple - La création de ces liens provient que d’une manière générale tel que
du monde futur, punition que nous de la force de l’homme. C’est lui qui mentionné dans la Michna, et non
retrouvons si rarement, voire jamais, décide - ou pas - d’investir ces forces pas d’un châtiment particulier, comme
pour les autres interdits religieux? saintes dans le cadre d’une relation c’est le cas pour les autres fautes.
amicale..
La gravité particulière que l’homme Cela se vérifie parfaitement lors de Investissons toutes nos forces dans
commettant l’une des cinq choses de l’humiliation provoquée par un ami. tout ce qu’il est possible pour nous
la liste est la suivante. La destruction du lien, soit la perte de sanctifier afin de rendre le monde
Dans tous les cas de figure de la sainteté liée à leur amitié, peut encore plus digne de son Créateur.
UNE MITSWA RÉVOLUTIONNAIRE
Yo’hanan NATANSON

«  Vous sanctifierez l’année des cinquante Voilà ce qui «  est  » un Yovel pour nous, inégalités, aussi justifiées qu’elles soient. Le
ans, vous appellerez la liberté dans le pays voilà sa véritable essence. C’est un temps Yovel remonte le cours du temps, et nous
pour tous ses habitants, elle sera pour vous de régénération, de reconstruction de ramène à la structure sociale première, en
un jubilé (Yovel), vous retournerez [chaque] nous-mêmes comme personnes, et comme restituant à chacun une part égale de la
homme vers sa tenure (son héritage), et vous peuple. Lorsque nous faisons pleinement terre d’Israël. La vie politique revient à la
retournerez [chaque] homme vers sa famille. correspondre notre comportement avec conscience initiale, venue de l’expérience
C’est un jubilé, l’année des cinquante ans sa promesse, et la bénédiction qui fondatrice du désert, que notre sécurité et
sera pour vous... » l’accompagne, comme la Torah nous y invite, notre bien-être dépendent entièrement de
Wayikra, 25,10-11 alors ce « sera » un Yovel. notre relation avec Hashem Yitbarakh.
Cette double dimension de l’événement
Dans ces versets, qui proclament temporel n’est pas un cas unique. On pourrait Cette « renaissance » nationale ne peut avoir
l’extraordinaire mitswa du Yovel, du « jubilé », même en faire un modèle. lieu que si la Communauté d’Israël en prend
le langage de la Torah semble hésiter entre sa part. Il faut libérer les esclaves, restituer la
deux temps de la grammaire, c’est-à-dire Yom Kippour, par exemple, est en lui-même terre à son propriétaire initial, laisser le terrain
entre deux concepts. un jour qui apporte la kappara (la réparation). agricole en friche (comme dans l’année de
C’est un cadeau merveilleux que Hashem la shemita), et annoncer le Yovel au son du
C’est la question que se pose le Rav a conçu pour permettre à l’homme un Shofar. Si le Klal joue son rôle, il est en droit
Shimshon Raphael Hirsch zl : est-ce que la renouvellement radical, une reconstruction d’attendre les bienfaits qui ne peuvent venir
cinquantième année «  est  » un Yovel  ? Ou là aussi, un rétablissement du lien perdu ou que de Hashem.
bien, comme le suggère le verset suivant, endommagé avec autrui et avec le Créateur.
« sera »-t-elle un Yovel ? On sait que, selon Rabbi, le jour de Kippour Une mitswa proprement révolutionnaire !
En d’autres termes, le Yovel se manifeste-t-il prodigue le pardon à chaque enfant d’Israël, Et dont on sait à quel point il a été difficile
« naturellement », du seul fait de l’inexorable même s’il ne fait pas Téshouva. de l’accomplir au cours de l’histoire juive,
écoulement des années ? Ou bien la véritable Cependant, pour les Sages, en prenant comme le proclame le Prophète Yirmiyahou :
existence du Yovel dépend-elle de la manière conscience du potentiel exceptionnel de « C’est pourquoi ainsi parle Hashem : Vous
dont l’homme se conformera à la mitsva du ce jour, on doit répondre à sa promesse ne m’avez pas obéi, vous, quand il s’agissait
temps, de sorte que la cinquantième année de renouvellement en nous abstenant des pour chacun de proclamer la liberté de son
deviendra le Yovel, seulement lorsqu’elle travaux et des joies interdites ce jour-là, et frère, de son prochain; eh bien ! Moi, dit
« sera » traitée comme tel ? par une authentique Téshouva (Shevouot Hashem, je vais proclamer contre vous la
Comme on le sait, la Torah n’est pas un 13a). liberté du glaive, de la peste et de la famine,
ouvrage littéraire conçu par l’esprit humain. et je ferai de vous un objet d’épouvante pour
Pas un mot, pas une lettre ne sont arbitraires Si Yom Kippour efface l’ardoise de nos tous les royaumes de la terre. » (34,17)
ou fortuits. Ce présent et ce futur ont donc transgressions, le Yovel abolit quant à lui les
à nous révéler une lumière propre à chacun disparités qui sont une source de tension au En d’autres termes, Hashem nous place
d’eux. sein de la Nation sainte. Dans les décennies devant un choix crucial et permanent : devenir
Pour Rashi, le mot «  Yovel  » est à à qui l’ont précédé, les inégalités ont affaibli pleinement le modèle du Peuple de D.ieu, ou
rapprocher de la sonnerie du shofar qui le tissu social du Peuple. Alors qu’à l’entrée agir comme s’il était possible de se libérer de
l’annonce  : «  Cette année-là est différente dans le Pays, nous avions tous démarré sur Sa protection !
des autres en ce qu’elle fait l’objet d’une le même pied (chacun recevant une part
dénomination spécifique. Et quelle est-elle ? équivalente de la terre), les inégalités se Nos Sages nous ont appris que, depuis l’exil
Le Yovel (corne), à cause de la sonnerie du sont progressivement installées. Certains des tribus de Réouven et de Gad, et de la
shofar. » se sont enrichis, d’autres se sont appauvris. demi-tribu de Ménashé, la mitswa du Yovel ne
Des groupes économiques se sont formés, s’applique plus, comme il est écrit dans notre
Mais le Rav Hirsch, dont on sait avec leur propres cultures. Des réseaux de verset  : «  pour tous ses habitants  » (c’est-
l’exceptionnelle érudition linguistique, dépendances se sont créés, qui retirent aux à-dire lorsque tous les Juifs habitent le Pays
indique le sens d’  «  apporter  ». Il y ajoute uns leur dignité, aux autres leur humilité. – ‘Arkhin 32a).
la connotation d’un «  apport  » approprié,
correct, adéquat, conforme à la manière Notez que la Torah ne considère pas ces L’accès au rétablissement d’une justice
prescrite. Ainsi, le produit du sol est inégalités comme foncièrement injustes. Nos sociale radicale nous est fermé.
« youval », la terre ayant été créée dans ce Sages, approfondissant la problématique Mais la leçon du Yovel est éternelle. Le Klal
but. L’année du Yovel nous ramène (nous du ‘eved ‘ivri (le serviteur hébreu), indiquent Israël est face au même choix : on peut laisser
«  rapporte  ») à notre lieu. Physiquement, à l’enchaînement des fautes qui conduisent passer l’occasion de servir D.ieu en temps
la parcelle du Pays qui était destinée à nous l’homme qui ne fait pas Téshouva à vendre et en heure, selon les formes que prescrit
appartenir ; spirituellement, vers le lieu où sa terre, puis sa maison, puis sa propre fille la Torah. Ou bien accepter chaque mitswa
nous existons en tant que nation de Torah, et enfin lui-même (Qiddoushin 20a). comme un cadeau divin, et en recevoir les
dans une relation appropriée à la Terre, à Pour autant, le Yovel vient rappeler que bienfaits, individuellement et collectivement.
autrui, et au Maître du monde. nous n’avons pas à nous satisfaire de ces

Ce feuillet d’étude est offert à la mémoire de Elicha ben Yaacov DAIAN

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