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Industrie 4.0: Enjeux Et Valorisation de La Donnée Industrielle

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LIVRE BLANC

Industrie 4.0 :
enjeux et
valorisation
de la donnée
industrielle
> SOMMAIRE
00 — Édito 04/05

01 — Industrie 4.0 : Des programmes qui remodèlent 06/33


l’industrie française
- Des plans Industrie 4.0 en cours de mise en 09/18
œuvre
- Les enjeux de l’Industrie 4.0 19/28
- Concilier plans globaux et initiatives locales 29/33

02 — La donnée, enjeu majeur des plans industrie 4.0 34/49


- Collecter et exploiter la donnée : le cœur du 37/45
sujet
- Le rôle de l’IoT 46/49

03 — Exposer la donnée de production aux opérateurs 50/69

04 — Valoriser la donnée pour optimiser qualité 70/87


et maintenance

05 — Repenser l’ingénierie grâce à l’analyse 88/103


de donnée

06 — Exploiter la donnée pour gérer les flux dans et 104/115


hors de l’usine

07 — Demain, modéliser le produit et l’usine dans un 116/131


jumeau numérique ?
ÉDITO

Mettre en place une transformation


digitale est à l’agenda de la
grande majorité des dirigeants
d’entreprises industrielles
françaises que ce soit de grands
YANN BEGUE groupes, d’ETI, de PME ou de PMI.
Membre du COMEX Gfi Cette transformation prend
Référent Alliance Industrie du des formes multiples, du fait
Futur Ile-de-France de l’apparition de nombreuses
Membre du Comité Industrie innovations, comme l’impression
du Syntec Numérique 3D, l’Internet des objets, la
cobotique, l’intelligence artificielle,
la réalité augmentée et la réalité
virtuelle.

Prendre le virage de l’industrie 4.0


est devenu clairement un objectif
pour de nombreuses entreprises,
le risque serait trop grand de rater
cette 4e révolution industrielle et
de ne pas profiter de ses bienfaits.
Cette transformation contient la
promesse de pouvoir garder sur
notre territoire national, un outil de

4
production performant et pérenne. y a maintenant six mois, de créer
La digitalisation de notre industrie un groupe de travail avec des
doit lui permettre d’améliorer sa entreprises désireuses de partager
flexibilité, sa productivité et sa avec le plus grand nombre leurs
réactivité dans un monde de plus expériences en la matière. Nous
en plus ‘‘drivé’’ par la vitesse et dans les remercions vivement car, face
un contexte où les consommateurs/ à cette révolution technologique,
clients exigent de se faire livrer au nous sommes tous dans l’attente
plus vite et désirent des produits de de retours d’expériences concrets
plus en plus personnalisés. afin de mieux en appréhender
les opportunités et les risques
L’industrie 4.0 est dorénavant associés. Les échanges ont été
devenue une réalité, de riches et instructifs pour tous et
nombreuses entreprises lancent en notre ambition à la rédaction de ce
permanence de nouveaux projets document était que vous puissiez
pilotes dans ce domaine. Gfi y trouver les réponses à vos
Informatique est partie prenante nombreuses interrogations.
de cette vague et accompagne Nous espérons qu’après avoir
ses clients industriels dans parcouru cet ouvrage vous serez
cette transformation digitale. en mesure de réaliser à votre tour
Même si la cible à atteindre est votre Transformation Digitale et
souvent connue de tous, force que les différents témoignages
est de constater que beaucoup vous auront aidé à durcir votre
d’entreprises se posent encore la projet et à définir la trajectoire
question de la trajectoire à adopter, adaptée à votre contexte.
de la nature des projets à lancer et
de la capacité de leur organisation
à accepter ces changements.

Au-delà des aspects


technologiques cette quatrième
révolution industrielle va créer
l’obligation de nous interroger
plus précisément sur les
conséquences sociales, politiques
et environnementales de cette
transformation.

Avec l’EBG, nous avons décidé, il

5
Æ
Æ01
6
> CHAPITRE 01

Industrie
4.0 : des
programmes
qui
remodèlent
l’industrie
française
7
> CHAPITRE 01

La quasi-totalité des grands entreprises associent


industriels français ont lancé clairement le déploiement
des plans d’action visant à de l’Industrie 4.0 à la
déployer les technologies compétitivité de l’industrie
de l’Industrie 4.0 ou française et à la défense
intégrant ces concepts de l’emploi industriel dans
dans un programme plus l’Hexagone.
large. Le phénomène, qui
s’appuie souvent sur des Pour assurer une meilleure
prototypes dans des usines appropriation des solutions,
pilotes, s’étend également les industriels valorisent
aux ETI ou PME. Loin l’innovation née du terrain
d’être de simples vitrines et l’implication des équipes
technologiques, ces dans les usines ou les
initiatives sont associées ateliers. Une façon de rester
au minimum à des objectifs proche du terrain même si la
très précis de gains rentabilité des programmes
d’efficacité. Dans certaines Industrie 4.0 dépend
entreprises, elles visent souvent d’effets d’échelle.
plus fondamentalement Donc de la capacité à
à repenser la production, généraliser une solution
pour la rendre plus flexible, donnée sur un maximum
voire le produit lui-même, d’unités de production.
en lui associant des services
numériques. Plusieurs

8
Des plans technologique, l’Industrie 4.0 vise
à faire converger le monde virtuel,
Industrie 4.0 en de la conception aux systèmes de
gestion (logistique, finance, etc.),
cours de mise en avec les machines et les produits. À
la clef, pour les clients, la promesse

œuvre d’offres réellement personnalisées


à leurs besoins.
On parle donc bien d’une
transformation en profondeur
des logiques de production. Pas
IoT, cobots, impression 3D, étonnant donc de voir une large
maintenance prédictive… En part des trente-cinq industriels
première lecture, on pourrait voir et acteurs des services, que nous
l’Industrie 4.0 comme un agrégat avons interrogés pour réaliser
de technologies arrivant toutes cette étude, mettre en place des
plus ou moins à maturité et faisant programmes clairement identifiés
entrer massivement le numérique sur le sujet, parfois intégrés à des
dans les usines. Une vision plans plus vastes. On retrouve
réductrice. Car, plus qu’un cocktail ainsi des programmes Industrie 4.0

9
> MÉTHODOLOGIE

Pour construire et rédiger cet ouvrage, nous nous


sommes appuyés sur trente-cinq entretiens avec des
industriels ou acteurs des services, déployant des
initiatives marquées par l’Industrie 4.0 ou inspirées par
celles-ci. Pour l’essentiel, ces sociétés sont françaises.
Au minimum, elles disposent d’activités importantes en
France.

Au travers de ces entretiens, nous avons interrogé


longuement le ou les responsables du programme
Industrie 4.0 sur leur démarche, les projets
qu’ils mènent, les succès qu’ils ont obtenus ou
qu’ils entrevoient ainsi que sur les difficultés qu’ils
rencontrent. Qu’ils soient ici remerciés de leur accueil
et de la franchise des échanges que nous avons pu
avoir en amont de la rédaction de cet ouvrage.

Cette phase de collecte d’informations a été complétée


par trois ateliers, au cours desquels un groupe d’une
quinzaine de responsables – parmi les sociétés déjà
interrogées – ont pu travailler et échanger sur une ou
plusieurs thématiques de l’Industrie 4.0.

10
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

de notre CDO groupe d’accélérer


chez certains des plus grands noms
sur les sujets industriels »,
de l’industrie française, comme indique Michael Offredi, directeur
groupe PSA, Renault, Michelin ou écosystème digital et innovation
Total. Avec des genèses et des du groupe pétrolier.
objectifs propres au contexte où
évolue chacune de ces entreprises.
Mais aussi des points communs,
en particulier l’utilisation d’une
démarche exploratoire (via des Renault et groupe PSA
prototypes ou PoCs, pour proof-of-
concept). roulent pour l’Industrie
4.0
« Notre initiative Industrie
4.0 a démarré dès 2015, avec Chez les deux grands
une démarche initiée par le constructeurs automobiles français
PDG d’alors. S’inscrivant dans également, le sujet fait l’objet d’
un programme plus large de
initiatives dédiées, dotées d’une
transformation numérique
appelé Digital Enterprise, elle animation propre. « Depuis environ
a impulsé une dynamique au deux ans, Renault a structuré un
sein de l’entreprise, concrétisée plan de transformation digitale
par une série de PoCs, lancés couvrant le manufacturing, la
dans plusieurs directions dans chaîne logistique et l’ingénierie
le courant de 2016 », explique de process. Ce plan, qui fait
ainsi Fabrice Gautier, directeur l’objet d’une coordination avec
du manufacturing et de la chaîne Nissan dans le cadre de l’alliance
logistique de Faurecia. Chez Total, entre les deux constructeurs,
l’intérêt pour le sujet découle de est accompagné par une entité,
la nomination d’un Chief Digital
Officer (CDO) dans le courant
Renault Digital, qui se positionne
du second semestre 2015 et comme prestataire de services
de la volonté de ce dernier de pour le développement agile
s’entourer de sept Digital Officer de nos applicatifs », détaille
portant chacun une thématique Éric Marchiol, directeur de
précise. Parmi ceux-ci, aux la transformation digitale du
côtés du Digital Officer chargé manufacturing de Renault. Une
du management de la donnée organisation qui est montée
ou des énergies renouvelables, rapidement en puissance : créée
figure un responsable des sujets fin 2016, elle regroupe aujourd’hui
industriels, des plateformes environ trois cents personnes.
pétrolières jusqu’aux raffineries.
« Ce qui marque aussi la volonté Le plan du constructeur au losange

11
est construit autour de quatre une nouvelle échéance, 2021 »,
piliers, qui regroupent les actions racontait début janvier 2018 Yann
apportant le plus de valeur à un Vincent, le directeur industriel du
horizon de deux à trois ans. groupe PSA. Et, en parallèle de
« Pour chacun d’entre eux, nous l’ ‘‘Usine Excellente’’, regroupant
avons réalisé des benchmarks avec des technologies éprouvées dont
d’autres entreprises, y compris les bénéfices sont bien cernés, le
dans des secteurs très différents groupe travaille sur un programme
du nôtre, comme la grande ‘‘Usine du Futur’’, centré sur
distribution et le commerce des technologies présentant un
en ligne ou l’électronique », potentiel.
reprend le responsable. En « Technologies dont nous voulons
parallèle, Renault anime d’autres valider l’intérêt et la valeur avant
initiatives davantage tournées vers d’approuver leur industrialisation
l’innovation, autour de l’impression au sein de notre référentiel »,
3D ou des jumeaux numériques détaille Yann Vincent.
par exemple. Des sujets pour
lesquels la profondeur de la
transformation à mettre en place
ne permet pas d’envisager des
bénéfices à un horizon à deux ou Michelin : susciter le
trois ans.
On retrouve cette logique à deux volontariat des usines
vitesses dans la démarche du
groupe PSA, avec un programme
appelé l’“Usine Excellente”. Celui- Au sein de Michelin également,
ci consiste à définir une cible on tente de gérer en parallèle
mouvante, à trois ans, capturant plusieurs temporalités.
tous les éléments matériels et Afin d’intégrer rapidement
logiciels au service des objectifs les technologies les plus
du groupe en termes de qualité, de prometteuses. Tout en conservant
coûts et de délais. la capacité à tester celles qui
« Pour l’heure, nous travaillons restent à ce jour à l’état de
ainsi sur le programme ‘‘Usine promesses. La vision à dix ans
cohabite ainsi avec des plans
Excellente’’ 2020 et nos
d’action à deux ans, tournés vers la
différentes usines sont évaluées création de valeur. Avec, pour ces
par rapport à cet état de l’art,
qui va être mis à jour dans les derniers, la volonté de déployer
prochaines semaines pour refléter rapidement les technologies

12
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

à l’échelle du groupe (70 000 de l’industrialisation (avec déjà des


personnes sur 68 sites industriels résultats probants sur l’usine de
dans le monde). Montceau). L’industriel a décidé de
« Car, ici, la création de valeur ne pas s’appuyer sur ses systèmes
dépend beaucoup des effets d’information existant pour lancer
d’échelle », dit Alain Cuq, le vice- ces chantiers, mais de bâtir une
président innovation digitale et nouvelle plateforme, autour
écosystème de l’industriel. d’un data lake (infrastructure de
gestion des données née avec
le big data) et d’applications
dédiées. Le dispositif s’appuie
sur une équipe centrale d’une
vingtaine de personnes et des
usines volontaires. Ces dernières
financent la mise en place des
solutions, le groupe prenant à
sa charge le déploiement de
fondamentaux techniques (comme
— Michelin les data lakes). Si le mécanisme
Le numérique au service des individus s’appuie sur le volontariat des sites,
tant dans la phase de tests que lors
des déploiements, le groupe a déjà
Au sein du fabricant de annoncé qu’il interdirait la mise en
pneumatiques, les années place de solutions équivalentes à
2017-2018 sont ainsi dédiées celles dûment qualifiées au cours
à l’évaluation de premiers de ce processus.
démonstrateurs, permettant de
valider l’intérêt d’une solution,
mais aussi ses conditions de
déploiement. Les sujets sont
variés : automatisation (véhicules Solvay : explorer de
à guidage automatique ou AGV,
cobots, computer vision), nouveaux nouveaux modèles
usages de la donnée, utilisation économiques
de jumeaux numériques (pour
faire face à la multiplication des
reprogrammations de production), Chez le géant de la chimie Solvay,
guidage à distance des opérateurs le plan Industrie 4.0 se déploie
de maintenance, ou digitalisation selon trois axes, portant chacun

13
une logique économique propre. l’ensemble de ses unités,
« Le premier axe, que nous l’industriel a organisé, début
appelons “Digital Excellence”, 2016, une session de travail visant
vise à exploiter les nouvelles à définir, avec l’ensemble des
technologies au sein de notre directeurs industriels des business
modèle économique actuel, units, ainsi qu’avec certaines
racontent Florence Henriet, fonctions support, une vision de
responsable du projet de l’usine du futur. « Une usine qui
transformation digitale, et doit être écologique, efficace
Thierry Cartage, directeur de sur le plan économique, assurer
la performance industrielle le bien-être de ses employés,
des process et du digital. Pour être connectée (en mettant à
améliorer l’expérience client, disposition toutes les données
les performances de nos usines, de production et en se reliant
accélérer le développement de aux autres unités de production),
nouveaux produits ou encore fiable, agile (pour s’adapter
optimiser notre chaîne logistique. aux attentes de flexibilité et de
Le second volet touche aux qualité des clients), transférable
nouveaux modèles économiques et, évidemment, sécurisée. Sur
que nous pourrions mettre en cette base, nous avons examiné les
place. Par exemple en faisant apports possibles du numérique
reposer notre modèle commercial en recueillant des dizaines de
sur la performance du traitement suggestions », reprennent Florence
mis en œuvre avec nos produits Henriet et Thierry Cartage.
chimiques, plutôt que de vendre Cinq initiatives principales en
des tonnes. Enfin, le troisième axe ont émergé, servant de langage
touche aux dimensions culturelles commun aux différentes entités
de cette transformation, avec du groupe. Après une année 2017
le recrutement de nouvelles consacrée à la mise en place
compétences, la formation de nos de PoCs afin de démontrer le
équipes ou encore l’instauration potentiel de ces axes de travail et
d’une culture d’innovation et de rendre ces technologies concrètes,
collaboration. » Solvay travaille aujourd’hui sur la
Né dès 2014 dans le giron de la structuration et l’industrialisation
DSI, le programme est désormais de ces multiples initiatives.
placé sous la responsabilité
directe du Directeur Général de
Solvay. Signe de son importance
stratégique. Pour embarquer

14
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

formation aux techniques mises


Beneteau : le Lean en œuvre dans l’assemblage des
bateaux et entend désormais
comme préalable également former ses opérateurs
Pour le constructeur de bateaux et l’encadrement intervenant sur
Beneteau, les logiques de les ateliers à la démarche Lean
l’Industrie 4.0 viennent s’insérer Manufacturing. « Enfin, cette
dans un programme plus vaste, mutation nécessite des salariés
visant en particulier à redéfinir les impliqués. Nous souhaitons
standards de travail sur les onze donc développer le management
sites de production vendéens du participatif qui est le troisième
groupe. « Ce projet comporte huit levier. Un vrai management
axes de travail au total, dont un participatif ! ; celui qui consiste
spécifiquement dédié à aller chercher au niveau des
à l’usine connectée. Pour le opérateurs les causes réelles des
Groupe Beneteau, il s’agit d’un aléas, comme les délais ou les
programme de longue haleine, sur problèmes de qualité. Ce n’est qu’à
lequel nous devons embarquer cette condition que nous pouvons
les trois mille six cents personnes mettre en place des solutions
travaillant sur nos sites industriels robustes visant l’excellence
vendéens », résume Jean- industrielle », assure le directeur
François San Carlos, le directeur des opérations industrielles du
des opérations industrielles de groupe vendéen.
Beneteau Group.
Ce programme se déploie selon
trois axes essentiels. Avec, pour
commencer, l’implémentation
du Lean Manufacturing au sein Un équilibre entre plans
des ateliers. « C’est ce principe
méthodologique qui doit guider globaux et autonomie
la modernisation de notre outil des BU
de production », assure Jean-
François San Carlos, un ancien de
l’industrie automobile qui voit le Si la plupart des industriels
digital comme un prolongement de semblent donc s’être dotés de
ce socle essentiel qu’est le Lean. leur plan Industrie 4.0, l’exécution
Le second axe choisi par Beneteau de ce dernier et le rôle joué
porte sur la formation : le groupe par le siège vis-à-vis des filiales
dispose en interne d’un centre de dépend évidemment de la

15
culture de chaque entreprise et les trente-cinq entreprises
de ses logiques de production. interviewées dans le cadre de
Par exemple, chez Saint-Gobain, cette étude, la direction du digital
l’initiative est plutôt laissée ou celle de l’innovation viennent
aux treize branches d’activité appuyer les efforts des directions
industrielles au sein desquelles on industrielles ou des usines. « Dans
trouve des logiques de production tous ces chantiers, la direction
très variées (des processus discrets de l’innovation et du digital a
côtoient des processus continus ou l’avantage de ne pas porter un
à la commande) et où des activités P&L (compte d’exploitation),
de production cohabitent avec donc de pouvoir dépenser et se
celles axées sur la transformation. tromper. Notre intervention va
Les business units restent donc de l’identification des scénarii
autonomes dans leur stratégie en métiers, au cadrage, aux proof-of-
matière d’Industrie 4.0 et dans concept, à la définition des modèles
leurs décisions d’investissement, le économiques jusqu’aux dossiers
siège ayant un rôle d’animation et d’industrialisation », détaille Arnaud
de partage sur les différents sujets. Julien, directeur innovation et
Au total, la DSI Groupe ne compte digital de Keolis.
que 150 personnes, sur les 2 500
informaticiens du groupe.
Orano (l’ex-Areva) se positionne
dans une logique intermédiaire. Si
le groupe dispose bien en central Pas uniquement
d’un programme Industrie 4.0,
lancé en juillet 2016 par la direction l’apanage des
de l’innovation – un programme très grands groupes
identifiant cinq axes de travail et
dix technologies prioritaires – pas
question pour autant d’imposer un Si les plans les plus ambitieux,
modèle unique. « Cela aurait peu les feuilles de route les plus
de sens dans un groupe réunissant complexes restent l’apanage des
des activités aussi diverses », note grands groupes, les ETI et PME
Ana Paula Serond, manager R&D industrielles s’intéressent aussi
chez Orano, dont l’objectif est aux thématiques de l’Industrie
plutôt d’identifier des démarches 4.0. Ainsi, Socomec, un groupe
partagées par plusieurs business industriel familial de quelque
units. 3 000 personnes, qui prévoit
Dans de nombreux cas, parmi d’investir quelque 300 000 euros

16
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

sur des projets d’Industrie 4.0 en cent soixante-dix sociétés) et la


2018. « L’objectif est de lancer région des Pays de la Loire pour
des prototypes étalés sur trois à travailler sur un projet de système
quatre mois, puis d’industrialiser de contrôle qualité en fin de
la solution si les objectifs sont ligne, associant un cobot et des
atteints et si le retour sur technologies de vision assistée
investissement paraît par ordinateur. « Cette initiative
prometteur », dit Benjamin Le Caër, va permettre de rapprocher
le directeur des projets industriels une entreprise spécialisée dans
de Socomec. Et l’industrie 4.0 doit la cobotique et une société
aussi permettre à cette ETI de maîtrisant les technologies de
mieux tirer parti des capacités de vision. Nous espérons mettre au
communication de ses produits, de point cette solution avant la fin de
plus en plus connectés. l’année 2018 », précise Dominique
Socomec, qui possède deux sites Maisonneuve, chef de projet Smart
de production importants aux Industry de Lacroix Electronics.
environs de Strasbourg, a aussi L’industriel a inscrit sa démarche
pu s’appuyer sur l’écosystème Industrie 4.0 dans son plan
d’innovation de sa région. stratégique ‘‘Ambition 2020’’. À
Notamment via une collaboration la clef, un ensemble de projets
avec CEA Tech, la direction de destinés à moderniser l’outil de
la recherche technologique du production, mais pas uniquement ;
CEA, au sein de la plate-forme les services support étant
FFLOR (Future Factory @ Lorraine), également concernés.
installée dans les locaux de l’usine « On recense trois catégories de
groupe PSA de Trémery-Metz projets : ceux qui s’inscrivent dans
(Moselle). C’est là que le fabricant la continuité de nos démarches
d’équipements électriques teste la d’amélioration continue, ceux
capacité d’un cobot à manipuler qui visent à explorer le potentiel
des tôles servant à l’habillage d’un de nouvelles technologies au
de ses produits. travers de PoCs et, enfin, ceux
Une logique qu’on retrouve chez tournés vers l’adaptation de notre
Lacroix Electronics, qui fait partie architecture IT », dit Dominique
du groupe Lacroix (ETI familiale qui Maisonneuve. Un ensemble
réalise un chiffre d’affaires de d’initiatives qui n’ont finalement
430 M€). La société s’appuie pas grand-chose à envier aux plus
sur We Network (le cluster des grands groupes industriels.
industriels de l’électronique du
grand ouest, qui regroupe quelque

17
— Une agence digitale en interne ?

Dans certaines organisations, Les missions d’Engie Digital


l’accompagnement des sont de trois ordres :
directions de l’innovation ou accompagnement des
du digital va au-delà de la business units dans la création
qualification de solutions ou de leurs outils digitaux ;
de l’évaluation des pratiques fourniture de plates-formes –
des autres industriels. Avec la vues comme un facteur clef
naissance de réelles entités de succès par le groupe – et
opérationnelles venant animation de la communauté,
fournir des services et des par exemple pour rapprocher
compétences numériques aux des projets voisins ou, plus
business units. Une logique généralement, pour favoriser
à l’œuvre, chez Renault ou les échanges au sein du
Engie notamment. Créé il groupe. « Nous croyons
y a quelque dix-huit mois, beaucoup aux vertus de la
Engie Digital, qui regroupe réutilisation : quand nous
environ cinquante personnes développons un projet, nous
permanentes et au moins voulons pouvoir en réutiliser
autant de ressources issues un maximum de composantes
des métiers et des partenaires, par la suite », dit Olivier
a pour vocation d’aider à Renvoisé, qui dirige les projets
accélérer la transformation tournés vers les activités
digitale du groupe. industrielles d’Engie Digital.
CHAPITRE 01
— La donnée : enjeu majeur des plans Industrie 4.0

Les enjeux de l’Industrie 4.0 dans l’amélioration


de l’efficacité opérationnelle.
l’Industrie 4.0 Pour Bosch, qui est à la fois
utilisateur des technologies
de l’Industrie 4.0 pour doper
son efficacité opérationnelle
et vendeur de solutions dans
Si les industriels bâtissent des ce domaine, cette vague
plans dédiés à l’Industrie 4.0 et y technologique doit lui permettre
consacrent des investissements de viser une amélioration de
notables, c’est évidemment parce 30 % de sa productivité à l’horizon
qu’ils espèrent un retour sur 2020. Pas moins ! « Un objectif
investissement direct. Plusieurs ambitieux, mais réaliste, un grand
exemples donnent une idée du cabinet de conseil tablant, lui, sur
potentiel des technologies de une progression moyenne de

19
20 %, selon Pascal Laurin, le au niveau central que dans chaque
directeur Industrie 4.0 de Bosch business unit ou dans les usines.
France. Nous sommes aujourd’hui Comme celui de Data Scientist,
sur la bonne voie ! » que le groupe entend là encore
Le chimiste Solvay précise, de son déployer dans les différentes
côté, que les différents prototypes strates de l’organisation. Ou encore
ont déjà généré plusieurs millions des fonctions centrées sur le
d’euros de gains courant 2017. déploiement rapide d’applications
« Sur la base de ces résultats pensées par les utilisateurs.
encourageants, nous avons écrit Autre indication précieuse :
fin 2017 une feuille de route de Total met en avant le modèle
déploiement de ces projets au économique très solide associé à
sein de nos différentes business son projet de smart rooms, cette
units. Si cette feuille de route est forme d’assistance à distance aux
respectée, on peut viser plus d’une opérateurs sur site. Avec cette
centaine de millions d’euros de technologie, le groupe pétrolier
gains à horizon cinq ans », calculent espère économiser des millions
Florence Henriet, responsable du de dollars par an rien que sur son
projet de transformation digitale au activité en Angola.
sein du groupe, et Thierry Cartage, « Pour d’autres sujets, comme le
directeur de la performance jumeau numérique, les calculs de
industrielle des process et du rentabilité sont plus compliqués
digital. à établir. Le lancement de ces
projets découle alors avant tout de
notre perception des apports de
ce type de solutions », reconnaît
Michael Offredi, le directeur
Des ROI bien établis, écosystème digital et innovation
de Total.
la perception de gains Si les gains directs sont parfois
futurs difficiles à calculer, certains
projets visent avant tout à réduire
les risques ou la non qualité.
L’importance des économies Donc à éviter des coûts directs,
potentielles pousse Solvay à mettre comme ceux générés par les
en place un modèle d’organisation pièces partant au rebut. C’est
adapté, passant par la définition notamment la logique des projets
de nouveaux rôles. Comme celui visant à diminuer ou éliminer le
de gestionnaire de données, tant recours au papier dans les ateliers

20
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

(projets dits paperless shoopfloor). à diminuer les ruptures de flux ou


Pour l’équipementier Faurecia, encore à assurer la réception des
le principal bénéfice de ce type bonnes pièces au bon moment
d’initiative réside bien dans sur la chaîne de montage. Le
ses effets induits : « ce projet découpage des tâches au sein du
permet de générer des données PLM, sur lequel travaille Beneteau,
structurées sur la production. débouchera sur un couplage à la
Via les mécanismes de saisie des maquette numérique, issue des
causes des arrêts de production bureaux d’étude. Pour l’heure, le
mis à la disposition des opérateurs constructeur a pu valider l’efficacité
sur les écrans, nous récupérons du dispositif dans une de ces
des données exploitables usines, sur un de ses modèles de
permettant de construire des bateaux.
tableaux de bord pertinents Chez Seb, un des objectifs
pour toutes les strates de centraux du programme Industrie
l’organisation », dit Fabrice Gautier, 4.0 consiste à travailler sur
directeur du manufacturing la productivité et la qualité
et de la chaîne logistique de des produits. « Pour ce faire,
l’équipementier. nous misons notamment sur
la continuité numérique entre
notre ERP, notre PLM et la ligne
de production, via des échanges
de données. L’une des promesses
Les bonnes instructions consiste ici à réduire les temps de
changement de production et à
de montage, au bon améliorer la qualité, notamment
moment en poussant les bonnes données
et instructions de contrôle sur les
écrans des opérateurs », résument
Le constat est assez similaire dans Benoît Champouillon, IT Business
une industrie voisine, l’assemblage Solutions Products & Operations
de bateaux où opère Beneteau, du groupe Seb, et Bernard Loiseau,
mais aussi au sein du groupe Seb directeur du domaine Data dans la
par exemple. Chez le premier, le même entreprise. Pour réussir son
projet de Lean Manufacturing, puis pari, l’industriel mise notamment
de numérisation des nouveaux sur la production de contenus
standards de travail qui en attrayants pour les opérateurs, en
sortiront, doit aider l’industriel à particulier via une association avec
réduire les défauts d’assemblage, la startup Picomto afin de proposer

21
les instructions de montage sous l’introduction des concepts de
de nouvelles formes. l’industrie 4.0 ne sont pas encore
tous démontrés de façon claire.
En particulier quand on parle
de technologies encore peu
déployées (citons les cobots ou la
Le sponsoring maintenance prédictive). Sur ce
terrain, les industriels apprennent
du management, en marchant.
clef de la réussite ? « Nous nous inscrivons dans une
démarche exploratoire, basée sur
des PoCs d’une durée moyenne
Comme le laissent entendre ces de six mois. Cette étape sert à
exemples, les gains d’efficacité estimer de manière préliminaire
opérationnelle découlant de la valeur créée pour le groupe et

22
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

à affiner les hypothèses initiales horizon serait trop limitatif. Car,


très modestes présentées ces concepts revêtent également
au lancement de notre plan une importance stratégique, dans
stratégique, illustre ainsi Ana Paula l’adaptation des industriels à la
Serond, manager R&D chez Orano demande de leurs clients.
(l’ex-Areva). Ces hypothèses se « Nous devons être en mesure de
sont appuyées sur des évaluations répondre aux attentes de flexibilité
chiffrées issues de benchmarks et des clients, via des productions
ont pris en compte les difficultés en petites ou moyennes séries
de mise en œuvre dans notre et, parfois, la relocalisation
secteur ». Le cas échéant, ces PoCs de certaines productions au
débouchent sur la mise en place de plus près des clients », dit ainsi
pilotes ou démonstrateurs avant le Pascal Laurin, de Bosch France.
déploiement et la généralisation de On retrouve cette logique de
la technologie. flexibilité de la production dans
Et cette démarche, assez l’automobile notamment. Renault
emblématique de ce que nous explique notamment avoir travaillé
avons rencontré au fil de nos à l’adaptation de sa production
trente-cinq entretiens, doit aussi à la demande des clients en
veiller à ne pas négliger les aspects menant un chantier de rénovation
humains. Comme l’explique Olivier de ses systèmes d’information
Renvoisé, d’Engie Digital, le rôle historiques, afin de régler les
que joue le management dans la problèmes capacitaires que ces
réussite de ces initiatives s’avère variations génèrent. Notamment
essentiel. « Si son appui n’est pas en assurant des rapprochements
affirmé, le soufflet peut très vite temps réel avec les systèmes de
retomber, en particulier dans ses fournisseurs.
le monde industriel où l’outil
numérique est souvent vu comme
secondaire, explique-t-il. Dans le
groupe, les vingt-quatre patrons
d’entités opérationnelles ont pris Une continuité de
des engagements en matière de
déploiement du digital. » la conception à la
Si on peut interpréter les maintenance en
investissements dans l’Industrie
4.0 comme un prolongement opérations
des démarches d’amélioration
continue, les cantonner à ce seul L’Industrie 4.0 débouche

23
également sur une forme de Klein, le responsable maîtrise
continuité entre le produit et d’ouvrage Usine du futur de
ses conditions de production, ce l’ex-DCNS. Pour ce faire, nous
qui permet à certains industriels imaginons d’exploiter les capteurs
d’imaginer de nouveaux services. positionnés sur les équipements
En plus de la connectivité qu’elle embarqués ».
amène à ses équipements
industriels, « ces technologies
viennent également s’insérer
dans nos propres processus de
réalisation de projets, même si le Défendre l’emploi
groupe Fives dispose finalement
d’assez peu d’ateliers, explique industriel en France ?
ainsi Yannick Leprêtre, directeur
du digital et de l’innovation de Plus fondamentalement, après
ce spécialiste des équipements le virage de la robotisation qu’a
industriels. Dans ce domaine, raté l’industrie française dans les
l’enjeu principal pour nous années 1980 et 1990, l’Industrie
est d’assurer une continuité 4.0 constitue, aux yeux de certains
numérique entre nos processus du moins, la dernière occasion
de conception d’équipements, d’améliorer sa productivité. Donc,
les processus de fabrication et potentiellement, de conserver ou
d’assemblage, la chaîne logistique, rapatrier certaines productions
puis finalement les opérations délocalisées. Comme l’explique
réalisées sur nos équipements une par exemple Bosch pour son
fois implantés chez nos clients, tels usine de Mondeville (lire page 28).
que la maintenance, par exemple. » L’ETI Socomec associe également
clairement ses investissements
Chez Naval Group, cette même dans l’Industrie 4.0 avec la
démarche a donné naissance défense de l’emploi sur ses sites
au programme appelé Virtual hexagonaux.
Ship. « L’idée ne consiste pas Même si, dans un premier temps,
uniquement à fournir aux clients les projets se traduisent par des
un double 3D figé né au bureau destructions d’emplois…
d’études, mais bien à mettre à « En 2018, à la faveur de la
disposition le reflet du bâtiment réorganisation selon les principes
tel qu’il a été construit et tel qu’il du Lean Manufacturing d’une
a évolué par la suite, après sa filière de production dans
mise en service, détaille Stéphane une usine alsacienne, nous

24
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

allons intégrer de premières employant quelque sept mille


technologies issues de l’industrie personnes), le programme “Usine
4.0. Notamment des postes de du Futur”, lancé fin 2014, en
travail connectés et des cobots, lien avec le choix du groupe
dont le potentiel est intéressant d’investir dans le digital s’inscrit
sur cette unité utilisant des dans un contexte de surcapacité
composants relativement lourds, du dispositif industriel de la
raconte Benjamin Le Caër, le compagnie ferroviaire. « Et il vient
directeur des projets industriels s’implanter sur des sites qui ont,
de l’industriel alsacien. Et pour la plupart, dépassé le siècle,
nous espérons un retour sur même si nous avions inauguré
investissement en douze mois, une nouvelle usine à Rennes en
du fait du remplacement de 2014, dit Benjamin Godreuil, le
certains emplois manuels ». Le responsable de ce programme
sujet est évidemment sensible à la direction du matériel de la
en interne, auprès des salariés et SNCF. Notre choix face à cette
des syndicats, et a fait l’objet d’un situation a été de transformer
gros travail d’accompagnement ces difficultés en opportunité de
auprès des équipes. « Car si renouvellement, via la rénovation
l’industrie 4.0 doit aider, à moyen de notre outil industriel
et long terme, à préserver (rénovation de sites et transfert de
la compétitivité de l’emploi deux anciens sites vers des usines
industriel en France, elle devrait neuves) et via l’implémentation
se traduire à court terme par la des concepts de l’Industrie 4.0 ».
disparition de certains postes, peu Si elles viennent très souvent
ergonomiques ou potentiellement aider à rénover des installations
générateurs de TMS (troubles existantes afin d’en améliorer les
musculosquelettiques) », reprend performances, les solutions nées
le responsable. Un message avec l’Industrie 4.0 permettent
aujourd’hui bien compris dans aussi de créer de nouvelles unités
l’ensemble, assure-t-il, d’autant de production, répondant à
plus que l’introduction de ces l’évolution des attentes des clients.
technologies sera accompagnée Autorisant des productions au
par un plan de formation plus près des consommateurs, des
permettant aux employés de bien productions plus flexibles, offrant
les appréhender. des capacités de personnalisation.
Au sein des technicentres de la
SNCF, chargés de la maintenance
lourde du matériel roulant (et

25
Des robots plus faciles à « Car la programmation des robots
programmer est désormais similaire à celle des
machines-outils, ce qui fait toute
la différence avec la situation qui
Comme l’indique Yannick Leprêtre, prévalait voici seulement quelques
du groupe Fives, cette seconde années. Dans la logistique, on
chance offerte à l’industrie sait désormais automatiser
française s’appuie enfin sur une l’empilement de palettes
évolution fondamentale de la hétérogènes, en optimisant la
technologie : « Dans les années géométrie de l’ensemble tout
1980 à 2000, les robots ont servi à en préservant l’intégrité des
automatiser des tâches répétitives. éléments transportés (en évitant,
Mais, aujourd’hui, il est possible de par exemple, de placer les boîtes
les employer de façon totalement d’œufs sous les packs d’eau). Des
différente, car ils savent désormais architectures de ce type, ou celle
effectuer des tâches plus variées, des AGV Kiva utilisés par Amazon,
et de façon très précise ». On sait sont rendues possibles par le
par exemple les employer dans logiciel et la capacité des systèmes
l’aéronautique afin de percer à traiter de la donnée », reprend le
des trous pour les rivets sur les directeur du digital et
fuselages. Avec une précision de de l’innovation.
quelques dixièmes de millimètres.

> LE CHIFFRE

124
l’organisation professionnelle
regroupant les fabricants français
de machines-outils. À comparer
aux 273 robots industriels pour
10 000 salariés de l’Allemagne et
aux 160 de l’Italie. En détail, la
densité de robots est très proche
pour le secteur automobile dans
C’est le nombre de robots les trois pays. Le déficit français
industriels pour 10 000 salariés est en revanche patent dans les
en France, selon le Symop, autres secteurs de l’industrie.

26
La certification industrielle processus puisse être automatisé,
réinventée ? modifiant en profondeur la nature
de notre activité », reprend le
Pour un spécialiste de la dirigeant. Aujourd’hui, Bureau
certification des équipements Veritas place déjà, à la demande
industriels comme le Bureau des assureurs, des capteurs dans
Veritas, la montée en puissance des bâtiments situés au-dessus
de l’Industrie 4.0 a deux du passage d’un tunnelier, afin de
conséquences majeures. D’abord, valider que ces travaux souterrains
le groupe fondé à Anvers en n’ont pas de répercussions sur les
1828 se doit de suivre cette structures.
évolution technologique et de la « Mais je ne crois pas à l’arrivée
maîtriser, puisque les équipements prochaine d’une forme de
et produits qu’il certifie seront, certification totalement en
demain, fabriqués avec ces continu, basée sur l’envoi de
techniques. Ensuite, certaines données sorties des chaînes
des technologies de l’Industrie de production, tempère
4.0, comme l’IoT, le traitement Laurent Midrier. Ne serait-ce
des données ou les cobots, ont que parce que la technologie
le potentiel pour bouleverser complémentaire qui serait
la façon dont le Bureau Veritas nécessaire pour y parvenir –
opère. « Par exemple, en nous l’IA – paraît peu compatible
donnant la capacité à recueillir à avec la logique de certification.
distance l’information nécessaire Rappelons que les algorithmes
à nos contrôles », dit Laurent de Deep Learning, les plus en
Midrier, vice-président stratégie et vogue actuellement, ne sont pas
innovation de Bureau Veritas. déterministes, relève le vice-
« Aujourd’hui, nos certifications, président de Bureau Veritas.
autrement dit le tampon dont a Or, une vraie certification
besoin un industriel pour mettre s’apparente à un transfert de
ses produits sur le marché, responsabilité, incompatible
sont basés sur un contrôle de avec un fonctionnement de type
cohérence d’un certain nombre boîte noire. Par contre, je pense
de propriétés. Avec l’IoT, on peut qu’on va assister au passage
imaginer que ces informations d’une certification basée sur un
nous arrivent directement, via processus discret à un système
une connexion au système plus continu, reposant davantage
d’information de nos clients ou sur l’audit des organisations. »
via nos propres capteurs, et que le

27
— Bosch :l’Industrie 4.0 régénère l’usine
de Mondeville

L’Industrie 4.0 pour répondre Mondeville, être en mesure


aux attentes de flexibilité des de passer de la très grande
clients, via des productions en série automobile à des petites
petites ou moyennes séries et moyennes séries sur des
et, parfois, la relocalisation produits n’étant qu’au début
de certaines productions au de leur industrialisation. Pour
plus près des clients ? C’est effectuer ce saut quantique,
cette tendance qu’illustre les concepts de l’Industrie
la transformation de l’usine 4.0 se sont révélés essentiels,
Bosch de Mondeville raconte Pierre Bagnon, expert
(Calvados). Industrie 4.0 de Bosch. ».
Créé dans les années 1960, Huit axes clefs ont été
au départ pour fabriquer définis pour assurer la
des téléviseurs, ce site, le transformation de Mondeville :
2e en taille pour le groupe la numérisation de la chaîne
dans l’Hexagone (six cent logistique, le déploiement
personnes), travaillait d’équipements convertibles,
auparavant pour un client la disponibilité des données
unique dans l’automobile. en temps réel, une gestion
Le plaçant sous la menace intelligente des énergies,
de la concurrence venue des supports digitaux
des pays à bas coût de main fournis aux opérateurs, la
d’œuvre. « Sa transformation maintenance prédictive, des
a consisté à ouvrir le tests auto-adaptatifs et, enfin,
savoir-faire manufacturing l’impression 3D.
à des entreprises d’objets
connectés extérieures à
Bosch. Ce qui signifiait, pour

28
Concilier Depuis toujours ou presque, les
directeurs de sites industriels

plans globaux travaillent localement à des plans


d’amélioration continue. Des

& initiatives plans qui, ces dernières années,


se sont naturellement inspirés

locales
des évolutions technologiques.
Déployer les programmes
d’Industrie 4.0 conçus au siège
d’une entreprise passe donc
également par la valorisation de
ces initiatives locales. « À l’instar
Si l’Industrie 4.0 repose sur d’un M. Jourdain, nos différents
des évolutions technologiques sites ont déjà lancé des initiatives
essentielles, elle ne vient pas se reliées aux concepts d’Industrie
déployer sur un terrain vierge. 4.0 sans vraiment les associer

29
à cette terminologie », s’amuse un accompagnement des équipes
Stéphane Klein, de Naval Group. et beaucoup de pédagogie. En
Chez Renault par exemple, le plan particulier dans un groupe très
Industrie 4.0 assume de réutiliser décentralisé comme AccorHotels,
des acquis de la transformation présent dans plus de quatre-
du système de production. En vingt-dix pays dans le monde », dit
particulier le Go Genba, méthode ainsi Maud Bailly, sa Chief Digital
qui consiste à partir du terrain et Officer. La société a ainsi conçu
non des experts (Genba signifie sa future application de gestion
“là où se trouve la réalité” en des tarifs (revenue management),
japonais). « Pour le digital, nous reposant sur une IA, avec des
gardons cette priorité : nous experts issus du terrain. Une
voulons développer des applicatifs façon de « s’assurer en amont
utilisés par nos managers de que l’applicatif correspond bien
terrain, explique Éric Marchiol, aux usages attendus par cette
de Renault. Car si, dans chaque population », relève Maud Bailly.
région, la mise en place du plan de
transformation est supportée par
un trio, réunissant une personne
des métiers, un informaticien et
un jeune talent, 90 % des concepts Cultiver l’innovation
déployés à ce jour proviennent
en réalité d’idées nées dans nos venant du terrain
usines, au plus près du terrain.
Dans un groupe comme Renault,
toute la difficulté d’un plan comme Chez Seb, la démarche est certes
celui que nous mettons en œuvre animée par la direction industrielle,
consiste à trouver le bon équilibre mais favorise les initiatives locales
entre l’implémentation rapide et le partage des résultats à
de solutions standardisées par le l’échelle du groupe. « Pour chaque
siège et la marge de manœuvre chantier ou sous-chantier, nous
laissée aux initiatives de terrain. » identifions un ou deux leaders
On retrouve ces préoccupations capables d’animer les initiatives
dans la plupart des grands groupes sur le terrain pour ensuite en
déployés sur de nombreux sites faire bénéficier les autres entités
industriels. Mais aussi chez du groupe. C’est par exemple
de grands acteurs du service, avec cette méthode que nous
comme AccorHotels. « Réussir la avons pu expérimenter les cobots
transformation digitale demande pour des tâches de palettisation

30
CHAPITRE 01
— Des programmes qui remodèlent l’industrie française

des cartons », détaillent Benoît production au sein de l’activité de


Champouillon et Bernard Loiseau. maintenance des avions, est née
Au sein de Bosch, Pascal Laurin de culture d’innovation maison.
explique que la direction du « Prognos résulte du travail de
groupe a eu « l’intelligence de quelques personnes ayant accès
faire confiance dès le départ aux aux données des avions, qui ont
équipes sur le terrain ». C’est commencé à y relever des signaux
ainsi que sont nés des projets faibles révélateurs de pannes à
pilotes sur les sites industriels, venir, raconte James Kornberg,
appuyés par le sponsoring des directeur de l’innovation
patrons d’usines et pilotés par d’Air France Industries KLM
le retour sur investissement Engineering & Maintenance. Elles
(compris entre six et vingt-quatre ont ensuite été rejointes par une
mois). « Une façon de rester très équipe de Data Scientists, afin
concret et de dépasser l’étape d’industrialiser la solution et
du prototype. Aujourd’hui, sur développer de premiers scénarii
cette base, nous avons lancé une d’usage, sur certains avions. »
phase de consolidation, avec une « La seule obligation, lorsqu’un
évaluation et une mutualisation site veut tester une technologie
des projets en central. Ce sont au sein d’un prototype, c’est de
quatre cents projets pilotes qui penser grand d’emblée, à l’échelle
deviennent ainsi des standards à de nos dix usines, dit de son côté
l’échelle du groupe, dont soixante- Benjamin Godreuil, de la SNCF.
dix technologies hardware et Cette approche accompagne
software issues de l’expérience aussi la transformation de notre
industrielle Bosch qui sont modèle d’organisation, d’une
désormais commercialisés pour fédération de PME vers une mise
accompagner les industriels dans en réseau de nos sites ». Une façon
leurs transformations digitales », de confronter immédiatement
reprend le directeur Industrie 4.0 l’innovation à la réalité du terrain.
de Bosch France. Directement sur un site industriel
Cette innovation au plus près de production. À moins de
du terrain donne, au sein de disposer, comme Total, d’un terrain
certaines entreprises que nous de jeu où tester les solutions
avons interrogées, des résultats innovantes. Le groupe pétrolier
des plus concrets. Chez Air peut en effet compter, pour ce
France KLM, le développement faire, sur la raffinerie des Flandres,
de Prognos, la solution de à Dunkerque. « Si la production y a
maintenance prédictive utilisée en été stoppée, nous avons conservé

31
une partie du site pour en faire une nos sites de production, que nous
école et un lieu d’expérimentation menons des tests sur l’IoT ou la
(en utilisant de l’eau chaude géolocalisation », détaille Michael
comme fluide). C’est par exemple Offredi, le directeur écosystème
là-bas, avec des contraintes de digital et innovation de Total.
sécurité moins strictes que sur

32
Æ
Æ02
34
> CHAPITRE 02

La donnée,
enjeu majeur
des plans
Industrie 4.0

35
> CHAPITRE 02

Au cœur des initiatives solution complémentaire


Industrie 4.0 des entreprises, pour acquérir de nouvelles
réside un travail de longue données. Et combler
haleine, de collecte et de d’éventuels lacunes dans la
consolidation des données description des phénomènes
de production. Si la que les industriels entendent
généralisation d’Ethernet modéliser.
donne à ce chantier un socle Cette volonté de collecter
technique, les industriels et exploiter des données sur
doivent composer avec la la production, parfois pour
diversité de leur parc de des applications temps réel,
machines, qui complexifie la mobilise des investissements
collecte et l’exploitation des conséquents, que les
diverses sources de données. industriels tentent de
Avec ses capteurs rentabiliser au travers de
relativement bon marché projets tournés vers la
offrant une autonomie performance opérationnelle
satisfaisante et ses plates- ou vers le développement
formes de traitement de économique (création de
données, l’IoT apporte une nouveaux services).

36
CHAPITRE 02
— La donnée , enjeu majeur des plans Industrie 4.0

sur les interventions », dit-il. Et

Collecter et de noter que c’est l’émergence


d’Ethernet comme bus de

exploiter la terrain qui a ouvert la voie à ces


interconnexions.

donnée :
« Auparavant, chaque constructeur
d’automates possédait son ou
ses bus propriétaires. Mais la
le cœur du sujet pression sur les coûts a poussé
ces industriels à standardiser leurs
solutions sur Ethernet », reprend
l’ingénieur. Démarrée il y a une
dizaine d’années, cette migration
Si l’Industrie 4.0 se concrétise s’est révélée délicate dans un
par l’émergence de technologies premier temps, les automaticiens
nouvelles comme les cobots, ne maîtrisant pas totalement les
l’impression 3D ou la maintenance spécificités de ce type de réseau
prédictive, elle prend racine sur physique, ainsi que les différents
un terreau déjà ancien, comme protocoles de communication
le raconte Yves-Marie Lecomte, associés.
directeur ingénierie automatisation Couplée à la virtualisation du
& électricité de l’usine Bic de réseau, cette mise à niveau,
Longueil-Sainte-Marie (Oise), aujourd’hui pratiquement achevée
spécialisée dans la production sur le site de Longueil-Sainte-
de lames de rasoirs. Pour lui, Marie, permet de gérer de façon
l’Industrie 4.0, un terme qu’il centralisée la programmation des
trouve d’ailleurs assez artificiel, automates, améliorant ainsi le suivi
résulte d’une avancée par paliers des modifications, notamment lors
entamée voici des années. « Un des des interventions d’urgence, mais
jalons les plus importants sur les aussi d’effectuer des opérations à
machines et les automates reste distance, y compris hors du site.
l’interconnexion des systèmes, là « Nous déployons ainsi des
où auparavant on avait affaire à machines dans une usine située
des silos d’information peu reliés au Brésil, où notre capacité à
entre eux. C’est ce qui a permis intervenir en télémaintenance
d’améliorer l’automatisation des pour l’aide au diagnostic ou la
processus, de mettre en place des mise à jour des programmes
tableaux de bord sur la production devient déterminante », assure
ou encore d’être plus réactifs Yves-Marie Lecomte. Les

37
interconnexions permettent aussi agréger les données des machines.
d’accélérer les changements de Tout sauf une sinécure.
format ou la reconfiguration des Chez Renault, un des
machines quand Bic passe d’une volets essentiels du plan de
recette de fabrication à une autre, transformation du groupe touche
via les passerelles entre les bases justement à la capture et à
de données SQL consolidant l’utilisation des données en temps
toutes les informations sur la réel. « Cela concerne tant nos
production et les automates. lignes de production que notre
Et ces informations sont aussi chaîne logistique. L’objectif de
affichées en temps réel sur la cet ensemble d’initiatives est
ligne de production elle-même, de passer d’une situation où
et mises à disposition de la les prises de décision reposent
maintenance et des responsables sur des ‘‘photos’’, des situations
de production. Des écrans de arrêtées en fin de journée ou
contrôle, positionnés à côté des de semaine, à des boucles de
machines, affichent les niveaux décision temps réel, descendant
de qualité, l’état des capteurs et au plus bas niveau possible »,
actionneurs, l’avancement par détaille Éric Marchiol, le directeur
rapport au planning, les alarmes, de la transformation digitale du
les informations de maintenance manufacturing du constructeur.
ou encore les procédures et plans Avec, en ligne de mire, la volonté
de dépannage. de travailler à terme sur les signaux
faibles, avec l’IA.
Mais, pour ce faire, encore faut-
il collecter la donnée sur les
machines et interconnecter des
La bataille de la collecte systèmes très différents, y compris
ceux des fournisseurs. « On parle
des données ici d’un effort de longue haleine,
car des équipements de tous âges
L’itinéraire suivi par l’usine de Bic, et toutes provenances cohabitent
qui aboutit aujourd’hui l’intégration dans nos usines. De ce fait, c’est
directe des données issues des bien le premier mètre, celui de la
machines dans les systèmes de capture de données, qui reste le
suivi de production, est assez plus difficile à parcourir, avec, en
emblématique du parcours fonction de l’âge des machines,
qu’emprunte les industriels. Avec, des stratégies différentes »,
pour point focal, la capacité à détaille Éric Marchiol.

38
CHAPITRE 02
— La donnée , enjeu majeur des plans Industrie 4.0

Le constat est identique chez générer des frustrations, voire des


Lacroix Electronics. Dominique doutes. Yann Vincent, le directeur
Maisonneuve, son chef de projet industriel du groupe PSA, relève
Smart Industry, explique lui aussi par exemple que l’interconnexion
que tout démarre par l’unification des machines présentes dans les
des données de l’atelier : « or, cela usines du groupe reste parcellaire
s’apparente à une véritable tour de et, même quand l’acquisition de
Babel où cohabitent les multiples données au niveau d’une machine
langages des machines que nous a bien lieu, la consolidation de ces
employons ». L’industriel a déjà informations dans un data lake est
raccordé environ 90 % de ses encore loin d’être une réalité.
machines, mais fait désormais face « De toute façon, à ce jour, je reste
à l’hétérogénéité des langages. déçu des capacités qu’on nous
« Si bien que la majorité de propose pour faire dialoguer ces
l’information reste pour l’instant données entre elles et en extraire
localisée dans les machines, des éléments signifiants, note-t-il.
détaille Dominique Maisonneuve. La diversité des matériels présents
Nous allons donc nous équiper sur nos lignes de fabrication fait
d’une plateforme technologique clairement figure de handicap
capable de collecter la donnée, sur ce terrain ». Et Yann Vincent
de monitorer l’information en d’espérer trouver quelques
temps réel et d’alimenter notre solutions à ces difficultés via Opel
data lake ». Des prérequis pour (que groupe PSA vient d’acquérir),
s’ouvrir les portes d’applications apparemment plus en avance sur
analytiques appliquées à une ces sujets, « peut-être en raison du
chaîne de production dans son niveau de standardisation de ses
ensemble. matériels ».
Pour Emmanuelle Fines-Laurent,
directrice de la gouvernance IT
de Saint-Gobain, et Yann Dufief,
coordinateur ERP et sharing
La diversité knowledge au sein du même
groupe, connecter le parc de
des machines ? machines fait figure de travail de
« Un handicap », course de fond. Particulièrement
en raison des coûts que ce
selon groupe PSA chantier engendre. Certes,
au sein de Saint-Gobain, une
Tant et si bien que le chantier peut bonne partie des machines de

39
production sont déjà connectées, d’Engie Digital. En effet, pour
souvent via des PLC (automate espérer progresser encore dans
programmable industriel) ou l’optimisation de notre outil
des équipements Scada. « industriel, il nous faut imaginer
Mais, du fait de leur capacité des solutions réellement
de stockage, ces dispositifs ne disruptives, issues par exemple
conservent qu’une vision limitée de croisements de données
dans le temps de l’information, jusqu’alors impossibles ».
nuancent les responsables de Car collecter la donnée ne suffit
Saint-Gobain. De plus en plus, on pas, il faut également gérer la
assiste à une généralisation de la volumétrie de l’information ainsi
conservation de ces données, au agrégée, en assurer la qualité,
niveau d’une usine, voire d’une puis en préparer l’exploitation
business unit. Ce mouvement – un travail complexe quand on
s’effectue toutefois par étapes récupère des données de sources
successives, du fait des niveaux variées et de formats divers. Sans
d’investissement requis pour oublier de veiller à la sécurisation
mettre ces infrastructures en place de ces silos de données
». On retrouve d’ailleurs cette
problématique dans des activités
de service. Comme au sein du
spécialiste de la restauration
collective Elior, confronté à la La donnée au centre
nécessité de collecter les caisses
enregistreuses de ses restaurants. de nouveaux modèles
Chez les industriels, ce besoin économiques
de collecter la donnée se traduit
souvent par l’installation, dans les
usines elles-mêmes, de data lake. Ces investissements sont
Une logique qu’on retrouve chez évidemment plus faciles à
Faurecia ou chez Michelin. Au sein consentir quand ils viennent
d’Engie, ce service d’agrégation impacter directement le modèle
de données, qui vise à casser les économique de la société.
silos d’information, est même Comme chez Fives, qui a créé une
proposé en mode Cloud « afin structure dédiée au traitement
notamment d’établir des ponts de la donnée sur le modèle d’une
entre les données de production startup interne. Cette structure
et celles issues des achats ou de a pour vocation de produire des
la finance, dit Olivier Renvoisé, tableaux de bord, des algorithmes

40
CHAPITRE 02
— La donnée , enjeu majeur des plans Industrie 4.0

de maintenance prédictive ou des Henriet et Thierry Cartage. Nous


systèmes de détection de dérives surveillons à distance la santé des
accompagnant les machines que équipements, même si pour l’heure
commercialise le groupe. nous n’intervenons pas encore
« Nous avons ainsi développé une directement sur le process. Mais
application prédictive pour une nous étudions déjà la possibilité
machine servant à la maintenance d’arrêter et de relancer la
de rames de la SNCF. Et nous production à distance ».
avons pour projet de créer une Une logique déjà présente dans la
plateforme unique d’acquisition gestion de l’eau. Notamment au
de données pour nos machines sein du groupe Saur, où la logique
tournantes, afin de faciliter tant de numérisation des réseaux d’eau
le travail de développement de a démarré dès 2002. « À l’époque,
nos ingénieurs de conception de j’étais le directeur général d’une
machines-outils que celui de nos filiale au Sénégal. En contrepartie
ingénieurs de maintenance », dit d’un financement pour le réseau
Yannick Leprêtre, le directeur du d’eau potable de Dakar, la Banque
digital et de l’innovation. Mondiale nous avait imposé un
Moins attendu, le géant de la contrat de performances via
chimie Solvay voit également la lequel nous devions identifier
consolidation des données de les fuites, les isoler, les réparer
production comme un facteur et remettre le réseau en service
susceptible de bousculer ses dans des délais très serrés, détaille
pratiques et la relation avec Frédéric Renaut, le directeur de
ses clients. D’ici à la fin 2018, l’innovation digitale. Pour tenir
le groupe entend mener un ces engagements, nous avons
projet pilote de centralisation de développé notre premier centre
données, en partant d’un nombre de pilotage opérationnel (CPO),
limité de machines. « Le suivi des apportant une vision temps
équipements à distance entre réel, partagée de bout en bout
en résonance avec un nouveau du service de l’eau et assurant
concept d’usine, que nous mettons la gestion des interventions,
en œuvre dans l’eau oxygénée. effectuées par des véhicules dotés
Plutôt que d’acheminer le produit de GPS ».
depuis des unités de production Aujourd’hui, ce concept initial a
géantes, nous installons une petite été largement amélioré et couvre
unité à côté du papetier utilisateur désormais plus de trois cents
du produit, qui va alors opérer tâches différentes. Installés en
l’installation, détaillent Florence France depuis 2006, les CPO sont

41
de supervision appelé Visio.
devenus les hubs des données
Aujourd’hui, l’évolution des
que génèrent les équipements,
technologies permet au groupe
les réseaux et les équipes. Ils sont
français d’étendre ce principe à
aujourd’hui connectés à quelque 4
des installations de taille moyenne.
000 usines de traitement,
Mais aussi de redéployer ce savoir-
21 000 ouvrages, 180 000 km de
faire sur d’autres métiers, comme
réseau d’eau potable, 50 000 km
la gestion des déchets (collecte et
de réseau d’eaux usées et 3 500
traitement) ou la Smart City.
collaborateurs en mobilité. Ces
CPO, au nombre de 6 en France
et de 2 dans les Dom-Tom, gèrent
environ 4 millions d’actes par an.
La logique est identique chez
Suez, avec un modèle de centre
— Solvay
Mini usine d’eau oxygénée

42
CHAPITRE 02
— La donnée , enjeu majeur des plans Industrie 4.0

> LE CHIFFRE

17
C’est l’âge moyen du parc de machines-outils
en France, alors qu’il n’est que de 9 ans en
Allemagne. En tout cas, il en était ainsi lors
de la dernière étude connue sur le sujet… en
1999. Ce qui en dit long sur l’intérêt accordé à
cette question de ce côté-ci du Rhin.

— Connecter toutes les machines :


un espoir nommé OPC UA

Pour mettre en place leur allemands en charge du


modèle d’usine connectée, programme Industry 4.0
nombre d’industriels se outre-Rhin. Indépendant
heurtent aux difficultés liées de tout constructeur et
à la collecte et à l’agrégation multiplateforme, OPC UA
dans un modèle unique des vise à rendre l’ensemble des
données de leurs machines. systèmes interopérables,
Un réel point dur d’autant tout en garantissant un haut
que les parcs de machines niveau de sécurité et en
sont très disparates et que assurant l’intégration des
les concepteurs de ces modèles métiers utilisés
équipements ont tendance à dans l’industrie. De quoi
s’arcbouter sur des standards faciliter l’intégration des
propriétaires. Dans ce données de production dans
chantier, une lueur d’espoir les systèmes MES ou ERP,
provient d’un standard voire les échanges directs
appelé OPC UA (pour Unified entre machines, y compris de
Architecture). Proposé constructeurs différents. Par
par l’OPC Foundation, ce exemple pour émettre une
protocole a été adoubé par la alerte.
communauté des industriels

43
AVIS D’EXPERT

L’accélération de la génération
des données issues du contexte
Usine 4.0 apporte son lot de
nouveautés et de découvertes.
ALVIN RAMGOBEEN C’est un peu comme disposer du
Group Practice Manager film ‘digital’ de tout ce qui se passe
BI & Big Data sur les processus de production,
Gfi Informatique de disposer d’une vision holistique
de la chaine logistique, etc.
Ainsi, même les experts métiers
aguerris revisitent leurs univers de
certitudes et de convictions sur
le fameux plan du ‘comment ça
ASSOCIER LES marche’. De facto, les initiatives
de collecte et de valorisation des
MÉTIERS POUR données brutes supportées dans
les environnements « Datalakes/
RÉUSSIR SON Datalabs » ou « Plateforme de
Services Digitales Analytics»
PROJET BIG DATA nécessitent d’organiser des
échanges rapprochés entre des
& ANALYTICS acteurs métiers et les experts de
ces technologies de pointe peu

44
CHAPITRE 02
— La donnée , enjeu majeur des plans Industrie 4.0

dociles. vite dans une logique de test, fail


L’une des singularités des projets & learn fast. Une des clés consiste
Big Data/Analytics est de, très vite, donc à partir d’une contrainte
faire émerger un certain nombre de réelle, ou d’un catalogue de
problématiques qui peuvent parfois use cases, et d’avancer vers des
s’avérer bloquantes. Par exemple le réalisations concrètes en mode
travail depuis le détail de la donnée agile et itératif. Si un cas d’usage
(Data Driven) enseigne sur le rencontre un obstacle majeur, il
niveau réel – et parfois désastreux faut basculer sur le suivant. En
- de qualité de certains référentiels respectant cette logique, il est
jusqu’alors pensés maitrisés en possible d’optimiser le chemin du
interne. Difficile alors de savoir à succès.
l’avance ce qui va émerger. Autant Le choix du partenaire pour
de complexités dont il faut avoir développer cette application est
conscience avant de se lancer dans donc crucial. Il pourra s’inscrire
ce type de projets innovants. D’où comme un accompagnant (posture
le recours à des professionnels de coach) faisant profiter de ses
ayant déjà eu ces expériences. retours d’expériences ou bien partir
De même, en interne, ces projets d’une page blanche en adoptant
doivent être réalisés par des une double posture de maître
équipes qui peuvent d’œuvre et de coach pour mener le
« penser autrement » et avec des projet de A à Z.
« Mindset » ouverts...Une des
raisons essentielles qui fait souvent
initier ces projets au niveau
d’entités Innovation ou Digitale.
Une erreur consiste aussi à
vouloir en faire trop tout suite.
Par exemple comme chercher à
atteindre dès le départ la fameuse
« vision 360° ». D’expérience,
on obtient plus facilement
des résultats plus probants en
embarquant les métiers sur un
sujet précis (cas d’usage) en mode
« vision 120°». Et de multiplier
cette approche : adjoindre des
visions 120° les unes par rapport
aux autres permettront d’avancer

45
Le rôle de l’IoT protocole assure notamment une
connectivité en sous-sol ou sous
terre.
« Les technologies actuelles
amènent une miniaturisation
En amenant des capteurs des capteurs et une baisse des
désormais relativement bon coûts, permettant d’envisager la
marché et dotés d’une autonomie multiplication des points d’écoute.
intéressante, l’IoT offre une Nous travaillons ainsi sur des
solution pratique pour acquérir partenariats visant à placer des
de nouvelles données. Et capteurs acoustiques directement
combler d’éventuels trous dans sur la lame d’eau, ajoute Frédéric
la description des phénomènes Renaut (Groupe Saur). Ces
qu’on entend modéliser. Un évolutions devraient améliorer
apport qu’ont bien compris la qualité de la surveillance en
les gestionnaires de réseaux. temps réel du réseau ». Saur
Comme Suez, qui a développé vient également d’acquérir la
son propre protocole réseau, au jeune pousse française ImaGeau,
sein de l’alliance Wize. Développé qui développe des capteurs
en partenariat avec GRdF, ce pour modéliser l’évolution de la

46
CHAPITRE 02
— La donnée , enjeu majeur des plans Industrie 4.0

ressource souterraine en eau. Météo France. Parmi les initiatives,


Ce qui permet, par exemple, de l’équipement de véhicules afin de
déterminer le niveau de pompage mieux comprendre le phénomène
optimal pour préserver la quantité des îlots de chaleur urbains, un
et la qualité des ressources. partenariat avec un équipement
« Là encore, nous sommes automobile (Continental) ou
devant le même phénomène de encore une app mobile permettant
multiplication des capteurs et aux passionnés de remonter leurs
de remontée de l’information en observations météo.
temps réel. Si ce type de mesures Les projets sont en revanche
existait déjà auparavant, les plus limités ou plus jeunes
solutions d’ImaGeau amène une dans le manufacturing. Solvay
plus grande finesse de gestion de travaille ainsi avec deux startups
la ressource », reprend le directeur sur la détection de corrosion
de l’innovation digitale de la Saur. sous isolant et sur des capteurs
de positionnement de vannes
manuelles. Si, chez le chimiste, les
vannes critiques pour le process
Nouvelles données pour industriel sont aujourd’hui toutes
motorisées et instrumentées,
nouveaux services ce n’est pas le cas de certaines
vannes manuelles, qui ne sont
L’attrait pour l’IoT est également actionnées que tous les deux ou
très présent chez Météo trois jours et pour lesquelles le
France, qui y voit une façon de coût du câblage ne se justifierait
densifier ses mesures. « Avec pas. D’où le recours à des capteurs
nos mécanismes d’acquisition connectés sans fil. Idem chez Total,
classiques, nous avons bâti des qui a lancé une expérimentation
services descendant à la maille portant sur l’utilisation d’un boîtier
du kilomètre pour la France. fonctionnant sur le réseau Lora
Les données de l’IoT nous pour équiper des vannes manuelles
permettront de gagner encore dans les raffineries.
en précision et d’imaginer des « Cet équipement a pour vocation
traitements sur de nouvelles de suivre à distance la position de
échelles spatio-temporelles, la vanne, sans qu’il soit nécessaire
afin de proposer de nouveaux de tirer un câble », résume Thierry
services », détaille Nadine Aniort, Adolphe, le directeur digital pour
adjointe au directeur marketing l’industrie du groupe pétrolier.
en charge des partenariats de Au sein de l’usine de production

47
de lames de rasoirs de Bic, Yves- souvent plus chers, et ce même si
Marie Lecomte explique avoir de la standardisation qu’ils amènent
plus en plus recours à des capteurs du fait de leur polyvalence
et actionneurs, installés sur des débouche sur la rationalisation des
machines existantes et reliés au stocks de maintenance, détaille
réseau Ethernet. Par exemple, le directeur de l’ingénierie de
sur le processus d’affûtage, où l’usine de Longueil-Sainte-Marie.
sont positionnés des actionneurs La pertinence de l’utilisation
gérant le déplacement des meules, de cette nouvelle génération
équipements ne nécessitant qu’une d’équipements doit donc être
alimentation et une connexion scrupuleusement évaluée au cas
réseau. « Si ces équipements par cas. »
sont pratiques lors de la
conception - du fait de leur faible
encombrement - ils sont aussi

48
« Plusieurs facteurs freinent tout pragmatiques. Ainsi, chez
encore les projets d’IoT » Total, nous avons signé un projet
de détection d’ouverture ou
Spécialisé sur les métiers de la de fermeture de vannes à la
transmission de données, de la raffinerie de Feyzin (Rhône), en
vidéosurveillance, de la sécurité atmosphère explosive. Quand la
incendie et du contrôle d’accès, production s’arrête, il faut en effet
SNEF Connect (environ cinq cents vérifier l’état de ces vannes. Une
personnes au sein de dix agences opération auparavant manuelle
réparties sur tout le territoire) qui peut donc être automatisée
a développé un boîtier IoT via l’IoT. Étant donné le prix assez
multifonction, le SBox, compatible modeste de la solution, le retour
avec les réseaux Sigfox et Lora. sur investissement est immédiat
Stéphane Couturier, directeur pour l’industriel. À la SNCF, un
de SNEF Connect, détaille le prototype que nous avons mené
déploiement de l’IoT chez les en 2017 à la gare de Chambéry,
acteurs industriels : notamment utilisée pour laver
« Plusieurs freins handicapent des wagons, a permis de mettre
encore le lancement de projets de en évidence des anomalies dans
grande échelle. À commencer par la consommation d’eau, de gaz
la diversité des réseaux (Sigfox, et d’électricité, via la télérelève.
Lora, 5G, etc.), qui égare un peu les Ce prototype concluant a donné
entreprises. Ensuite, même si la naissance à un appel d’offres de
technologie de l’objet connecté en la SNCF, visant à monitorer la
elle-même s’avère assez simple à consommation de ses gares. »
maîtriser, gérer un grand nombre
d’équipements reste complexe,
tant en matière de provisioning,
que de gestion des batteries
ou de cybersécurité. Enfin, les
entreprises sont confrontées à
la multiplication des plateformes
logicielles d’IoT, ce qui retarde les
investissements. À ces facteurs
technologiques, s’ajoute la
question centrale du modèle
économique, qui n’est pas toujours
au rendez-vous, loin s’en faut.
Car les industriels sont avant

49
Æ
Æ03
50
> CHAPITRE 03

Exposer
la donnée de
production
aux
opérateurs

51
> CHAPITRE 03

Au cœur des initiatives performance opérationnelle


Industrie 4.0 des entreprises, ou vers le développement
réside un travail de longue économique (création de
haleine, de collecte et de nouveaux services).
consolidation des données L’exposition de l’information
de production. Si la de production aux
généralisation d’Ethernet opérateurs, via des
donne à ce chantier un socle terminaux mobiles, fait
technique, les industriels figure d’utilisation la plus
doivent composer avec la immédiate de la donnée
diversité de leur parc de de production. Celle
machines, qui complexifie la permettant de lui trouver
collecte et l’exploitation des une valeur immédiate. Sur
diverses sources de données. le plan technique, au-delà
Avec ses capteurs de la collecte de la donnée
relativement bon marché et de sa transformation en
offrant une autonomie information, cette initiative
satisfaisante et ses plates- revient souvent à construire
formes de traitement de une couche applicative
données, l’IoT apporte une nouvelle, basée sur des apps
solution complémentaire mobiles co-construites avec
pour acquérir de nouvelles les équipes sur le terrain.
données. Et combler Nombre d’industriels ne
d’éventuels lacunes dans la se contentent pas des
description des phénomènes gains de productivité que
que les industriels entendent cette exposition porte en
modéliser. germe, mais font un lien
Cette volonté de collecter entre l’arrivée des écrans
et exploiter des données sur mobiles et la refonte des
la production, parfois pour standards de travail. Les
des applications temps réel, tablettes mises à disposition
mobilise des investissements des équipes permettent un
conséquents, que les suivi à l’opération unitaire
industriels tentent de et une intégration temps
rentabiliser au travers de réel avec l’ingénierie, qui
projets tournés vers la gagne ainsi en visibilité

52
> CHAPITRE 03

sur les opérations. Elles de valeurs s’accompagne


servent aussi de socle à d’un mouvement visant à
une responsabilisation des réduire les tâches les plus
opérateurs, avec la mise en difficiles et à améliorer
place d’équipes autonomes l’ergonomie et la sécurité, via
travaillant sans manager. des technologies comme les
En descendant les décisions cobots ou les exosquelettes.
au plus près des problèmes,
les industriels espèrent de
nouveaux gains d’efficacité.
Cette montée dans la chaîne

53
— Groupe Avril
Données sur la trituration de graines

Consolider la donnée, mais pour les trente-cinq sociétés que nous


quoi faire ? Si les industriels, par avons interrogées pour réaliser
essence pragmatiques, investissent cette étude. Soit simplement
dans la collecte des données de pour exposer des informations.
production, des chantiers longs Soit pour relever des données
et ardus (voir chapitre précédent), sur le terrain. Soit pour offrir au
c’est qu’ils en escomptent un personnel un moyen d’interagir
retour sur investissement. Et avec le système d’information, afin
le premier d’entre eux provient de remonter des alertes, ouvrir des
de l’exposition de cette donnée tickets, etc.
aux opérateurs, via des écrans
positionnés en bord de ligne ou Au sein du groupe Avril (une
via des tablettes. Que l’on parle société de l’agro-alimentaire,
de production discrète, d’industrie comprenant des marques comme
de process ou d’activités de Lesieur ou Puget), le prototype le
maintenance voire de services, la plus avancé d’Industrie 4.0 a ainsi
volonté de mettre la donnée entre consisté à stabiliser un procédé
les mains des équipes présentes de fabrication, en permettant aux
sur la chaîne ou dans les ateliers opérateurs de mieux réguler les
revient comme un leitmotiv parmi paramètres de la production. Grâce

54
CHAPITRE 03
— Exposer la donnée de production aux opérateurs

à l’exposition de la donnée. « Ce premiers résultats montrent une


projet, mené sur cinq à six mois amélioration de la production sur
et déployé sur un site spécialisé deux paramètres essentiels de ce
dans la trituration des graines, procédé ». Ce qui, couplé aux gains
repose sur la visualisation (de constatés sur la consommation
données, NDLR) en temps réel sur d’énergie, suffit à justifier
un écran en salle de contrôle et, en l’investissement dans ce projet,
complément, sur l’équipement des selon le groupe.
opérateurs en tablettes, raconte
Marc Raffo, le directeur de la
chaîne logistique. Ces dernières
permettent d’exposer des données Les bonnes
clefs de la production, mais aussi informations,
de passer des consignes ».
au bon endroit
Un prototype considéré comme
un succès par le groupe, qui a Pour Michelin, exposer la donnée
décidé de l’étendre à l’ensemble aux opérateurs revient à lui
du site pilote – l’usine située à trouver une valeur immédiate.
Le Mériot (Aube) - mais aussi En permettant par exemple à
de le généraliser à l’échelle du ces derniers de prendre des
domaine de la transformation décisions plus éclairées. « Parmi
végétale, une des activités les démonstrateurs que nous
principales d’Avril. « Le projet a avons lancés, nous travaillons
d’emblée associé les opérateurs sur un projet de tablette qui
et toute la ligne managériale. Les affiche les informations utiles aux
résultats sont là : le bilan effectué opérateurs en fonction de l’endroit
à la mi-décembre 2017 a mis en où ils se trouvent dans l’atelier.
évidence le fait que l’ensemble Ce qui nous permet d’envisager
du personnel s’est emparé de la le remplacement pur et simple
solution, reprend Marc Raffo. des écrans que possèdent
Les opérateurs disposent sur une actuellement nos machines »,
tablette, équipée de la solution détaille Jean-Philippe Ollier,
Usitab, d’informations adaptées à vice-président Manufacturing
leur profil. Et la salle de contrôle, Engineering de Michelin. Travaillant
qui affiche les compteurs issus de au défilé, sur des temps de
la solution Braincube reflétant cycle très brefs le plus souvent,
l’état de la production, est entrée Renault envisage plutôt d’équiper
dans le quotidien des équipes. Les de tablettes le premier niveau

55
d’encadrement : écrans en bord de ligne, supprimer
« sur la base de nos systèmes les papiers dans l’atelier via les
historiques, il s’agit de construire terminaux mobiles ou permettre
une couche nouvelle, basée sur des aux opérateurs de déclarer et
apps mobiles donnant aux équipes caractériser un problème. « Ce
sur le terrain l’information dont système de ticketing offrira
elles ont besoin », dit Éric Marchiol, également une meilleure visibilité
le directeur de la transformation aux responsables d’atelier, un
digitale du manufacturing du moyen de prioriser leurs actions
constructeur. et d’identifier les problèmes
récurrents », estime Benjamin
Le potentiel de ce type de projets Le Caër, le directeur des projets
est également identifié par un industriels de ce groupe industriel
industriel produisant de grandes familial de plus de trois mille cent
séries comme Seb. « L’une des personnes.
promesses réside dans la réduction
des temps de changement de
production et dans l’amélioration
de la qualité, notamment en Les apps mobiles pour
poussant les bonnes données et
instructions de contrôle sur les fluidifier le quotidien
écrans des opérateurs », disent
Benoît Champouillon et Bernard Plus classiquement, les terminaux
Loiseau, du groupe Seb. Mais aussi mobiles sont également vus
par un spécialiste des chantiers comme un moyen de gagner en
de grande envergure comme productivité pour les activités
Naval Group. « En se basant sur effectuées sur le terrain
des tablettes ou des solutions de et nécessitant de la saisie
scans 3D, nous pourrions mettre d’informations. Comme les rondes
en œuvre des applications de de contrôle. Le chimiste Solvay
contrôle de la complétude qui cherche par ce biais à améliorer la
feraient sens pour notre outil de communication entre la salle de
production et nos équipes sur le contrôle et les opérateurs présents
terrain », relève Stéphane Klein, sur la chaîne de production. En
responsable maîtrise d’ouvrage remplaçant en particulier les
Usine du futur de l’ex-DCNS. procédures papier, comme celles
Ou encore par une ETI comme utilisées par les rondiers, par une
Socomec, pour assurer un suivi tablette permettant par exemple
en temps réel du planning sur des de comparer via une photo l’état

56
CHAPITRE 03
— Exposer la donnée de production aux opérateurs

d’une jauge à un instant t à un ces petites applications mobiles ».


niveau nominal. Résultat : dans l’unité de
« Cette application mobile vient production concernée, le nombre
par ailleurs s’intégrer directement de ces petites applications mobiles
à notre back-office SAP, expliquent fluidifiant le quotidien est ainsi
Florence Henriet et Thierry passé de deux à quinze, sur des
Cartage, du groupe Solvay. Et, en la thématiques comme le relevé
matière, nous avons choisi de nous d’incidents ou le rangement des
placer en rupture par rapport aux outils.
pratiques habituelles de la DSI. Le On retrouve cette même logique
développement de l’application chez Total, au sein de ce que le
a été effectué sur site, à côté des groupe pétrolier appelle son projet
rondiers, qui ont pu prendre en d’opérateur du futur. Objectif là
main les premières versions et encore : donner aux salariés les
les améliorer de façon itérative. outils mobiles leur permettant
Au sein de cette usine, nous d’effectuer leurs tournées ou leur
avons aussi choisi de former une monitoring d’équipements sans
personne au développement de avoir à repasser par un bureau

— Solvay
Rondier utilisant une tablette pour vérifier le niveau d’une jauge

57
pour ressaisir notes ou relevés plus ni moins à « redécouper le
d’anomalies. Après une phase de système d’information sous forme
projets pilotes, Total affiche des d’un catalogue de services, afin
objectifs ambitieux pour 2018. d’adapter l’interface homme-
Avec, pour méthode, la mise machine à l’outil de production ».
sur pied d’un app store pour Lancé depuis environ six mois,
applications industrielles et un le projet, baptisé RCPS 4.0 (pour
hébergement de l’initiative par le Rémy Cointreau Production
Booster, l’accélérateur des projets System 4.0), passe par une
digitaux de Total. « Aujourd’hui, de conduite du changement auprès
premiers applicatifs sont déployés des opérateurs, mais aussi des
et le catalogue sera peu à peu managers. « Les objectifs centraux
enrichi, détaille Michael Offredi, consistent à responsabiliser
le directeur écosystème digital et les opérateurs et à rendre la
innovation du groupe. Et le projet production plus flexible, détaille le
opérateur du futur s’est construit chef de projet. Pour ce faire, nous
en association avec les métiers, simplifions l’accès à l’information
ceux qui s’y sont impliqués en pour les opérateurs, par exemple
amont bénéficiant d’ailleurs d’un en rendant la documentation
financement par le siège, qui technique accessible sur tablette
prend en charge une partie des via des QR Code disposés sur les
investissements. » chaînes de production ».

Rémy Cointreau porte une


attention particulière aux
interfaces graphiques, pour faciliter
Déconstruire le système l’accès à l’information technique,
d’information ? mais aussi de sécurité (comme le
taux d’alcool dans l’atelier).
« Avant tout, il s’agit de
Chez plusieurs industriels que remettre en cause un ensemble
nous avons interrogés, l’exposition d’applications complexes pour
de la donnée de production aux les opérateurs, de déconstruire
opérateurs est aussi l’occasion de façon itérative ces silos de
de repenser le standard de données pour repartir des besoins
travail. Pour Loïc Ladreyt, chef de métier exprimés par le terrain »,
projet informatique du domaine dit Loïc Ladreyt. Premiers jalons de
manufacturing chez Rémy cette déconstruction, qui s’effectue
Cointreau, l’ambition consiste ni en parallèle de l’équipement des

58
CHAPITRE 03
— Exposer la donnée de production aux opérateurs

ateliers en écrans : la création l’appui d’un terminal mobile,


de procédures et la saisie et de réduire ainsi les temps
d’interventions par les opérateurs. d’apprentissage », reprend le
« Au total, sur notre roadmap, nous responsable.
avons déjà recensé entre 10 et 15
services liés au manufacturing qui
sont candidats à une refonte en
profondeur ».
Ce lien entre arrivée des écrans Suivi unitaire des
mobiles et refonte des standards opérations
de travail est également très
net chez le fabricant de bateaux L’accès des opérateurs aux
Beneteau. Une fois la formalisation données de la production présente
des bonnes pratiques achevée, également un potentiel important
en principe à l’automne 2018, de refonte des pratiques dans
le groupe vendéen espère les les activités de maintenance.
déployer sur les tablettes mises Comme en témoignent les
entre les mains des opérateurs. projets que mène la SNCF dans
« Ce qui, pour notre activité, ses technicentres, chargés de la
présente un intérêt énorme. maintenance lourde du matériel
Contrairement à l’automobile où roulant et employant quelque
les opérateurs interviennent entre 7 000 personnes. Ainsi, du projet
quelques secondes et quelques ‘‘DigiMR’’ (MR pour matériel
minutes sur une voiture, nos roulant) qui vise à construire un
collaborateurs travaillent plusieurs outil de gestion de production
heures, parfois même plusieurs (MES) propre à cette activité et
jours, sur un même bateau. La dont la SNCF espérait, début
mémorisation des tâches est donc 2018, achever les principaux
difficile et l’apprentissage très développements en milieu d’année.
long ». Beneteau imagine fournir L’engagement du personnel, équipé
demain des modes opératoires de tablettes (3 000 terminaux
filmés, automatiquement proposés étaient déployés début 2018),
sur les outils mobiles une fois se fera via le MES, qui renverra
entrés la référence du bateau aux opérateurs leurs ordres de
et le poste concerné. « Pour les travail et les connectera à la
nouvelles recrues en formation, documentation appropriée.
cette approche permettrait par « Ce qui a nous poussé à travailler
exemple d’effectuer les séances sur une documentation plus
directement dans le bateau, avec structurée et granulaire, afin

59
d’amener la bonne information au un MES spécifique, avec des
bon moment, raconte Benjamin logiques différentes de celles
Godreuil, le responsable du mises en œuvre dans la rénovation
programme Usine du futur à de matériel roulant. Mais avec la
la direction du matériel de la même volonté de continuité : le
SNCF. Surtout, au lieu de faire suivi descend à l’opération unitaire
de la planification autour d’une - via les tablettes des opérateurs -
quinzaine de macro-tâches, on va et l’outil propose une intégration
arriver à une granularité de 1 500 temps réel avec l’ingénierie, qui
opérations en moyenne, sachant gagne ainsi en visibilité sur les
que la rénovation d’un matériel opérations. « Ce qui lui permet,
roulant mobilise couramment par exemple, de revoir les règles
entre 10 000 et 50 000 heures de de maintenance ou d’analyser
travail ». les niveaux de fiabilité, reprend
Benjamin Godreuil. Et notre
Ainsi encore, d’un second projet suivi pourra descendre jusqu’au
nommé DigiPRM (PRM pour pièces niveau de la pièce unitaire, grâce
réparables du matériel), qui porte à l’intégration future de la RFID ».
sur les pièces de rechange et vise à Sur DigiPRM, la compagnie
effectuer un suivi de cette activité. ferroviaire livre déjà une mise à
Là encore, la SNCF développe jour de son MES chaque mois.

— SNCF
Utilisation de tablette dans l’atelier

60
CHAPITRE 03
— Exposer la donnée de production aux opérateurs

Partir des besoins relève James Kornberg, le directeur


des opérateurs de l’innovation au sein de cette
activité de la compagnie aérienne.

« Notre pari, c’est que cette Et la logique portée par l’exposition


démarche tournée vers de la donnée dans l’atelier, via des
l’expérience collaborateur terminaux mobiles, a de profondes
- on peut parler d’UX usine - implications managériales. Que
débouchera sur des gains de Air France KLM a en particulier
performances, en éliminant les mises en œuvre au sein de ce
temps inutiles dans nos processus qu’il appelle son hangar du futur,
de production », résume le à Amsterdam. « On y trouve des
responsable du programme Usine équipes autonomes travaillant
du futur. Comme les attentes de sans manager, mais encadrées
pièces ou d’outils ou encore les par un leader. L’objectif ?
longues réunions de coordination. responsabiliser les employés, afin
« Pour isoler ces poches qu’ils puissent prendre la bonne
d’efficacité supplémentaire, décision au bon moment. Car
nous partons du terrain, via des si la technologie sert de levier,
méthodologies comme le Design on parle également ici d’une
Thinking, exploité par exemple transformation de l’organisation,
tout au long du développement de en lien avec l’arrivée d’une
notre MES ». nouvelle génération », plaide
James Kornberg.
Intervenant sur des activités
similaires, mais sur des avions, Air
France Industries KLM Engineering
& Maintenance planche aussi sur
un MES (système de gestion de « Une maison de verre
production) offrant une vision
complète des tâches et de leur et non plus dans une
ordonnancement, en lien avec le boîte noire »
déploiement de milliers de tablettes
pour les mécaniciens travaillant
sur les appareils. « Pour construire Un message que distille également
cette vision, nous avons mené Benjamin Godreuil, de la SNCF.
des ateliers avec les mécaniciens Pour qui la « logique d’intégration
eux-mêmes, afin de comprendre des processus au sein d’un ‘jumeau
les évolutions qu’ils attendent », numérique’ aboutit, en effet, à

61
instaurer une réelle transparence des alarmes, ces tâches pouvant
sur l’activité, de l’opérateur à la être largement automatisées ».
direction générale ». Ce qui conduit Si la volonté de responsabiliser
à une adaptation en profondeur du les opérateurs est clairement
modèle de management : « on ne affichée, de telles initiatives
travaille pas dans une maison de doivent être passées au crible des
verre comme, hier, dans une boîte réglementations sur la collecte des
noire. Plutôt qu’un management données personnelles des salariés,
directif, c’est une forme de en particulier du RGPD (Règlement
coaching qu’il faut mettre en général sur la protection des
place », assure-t-il. Sur le site de données personnelles) entré en
Biesheim (Haut-Rhin), la SNCF a vigueur le 25 mai 2018.
ainsi bâti le projet d’établissement
en se basant sur les remontées
des opérateurs. « La technologie,
la transformation managériale
et le changement de modèle Descendre les décisions
d’organisation sont, pour nous,
indissociables », résume Benjamin au plus proche des
Godreuil. problèmes
Les espoirs de responsabilisation
des opérateurs sont les mêmes Michelin aussi voit l’organisation
chez Solvay, où on compte qui découle de cette rupture
bien voir les rondiers se muer managériale comme une
en véritables responsables de nouvelle étape dans sa recherche
l’amélioration continue de l’usine. d’efficacité opérationnelle. « Rien
« Ils vont voir leur niveau de ne sert d’exposer la donnée
compétences augmenter. Ce aux équipes de production,
qui se traduira, probablement, si celles-ci ne disposent
par la disparition d’un niveau d’aucune autonomie », dit Jean-
hiérarchique, analysent Florence Philippe Ollier, vice-président
Henriet et Thierry Cartage. Nous Manufacturing Engineering
voulons que les ouvriers aient de l’industriel de Clermont-
sous les yeux les indicateurs Ferrand. Au sein du groupe, la
clefs leur permettant de jauger digitalisation apparaît comme un
du niveau de réussite de la prolongement des initiatives de
production d’une journée. Et qu’ils Lean Manufacturing, largement
passent moins de temps à traiter déployées mais qui, désormais,

62
CHAPITRE 03
— Exposer la donnée de production aux opérateurs

n’apportent plus réellement de


nouvelles améliorations. Pour Pour Fabrice Gautier, directeur
l’industriel, aller plus loin passe par du manufacturing et de la chaîne
la responsabilisation des équipes logistique de Faurecia, cette
de production. transformation peut aujourd’hui
s’appuyer sur une évolution
Cette réflexion est entrée dans des mentalités. Comme le
une logique opérationnelle montre l’exemple de l’usine
dès 2013, avec de premiers de l’équipementier à Caligny
démonstrateurs de la démarche (Orne), aujourd’hui labellisée
MAPP (management autonome ‘Vitrine industrie du futur’ grâce
de la performance et du progrès), à l’implication du management
déclinaison maison de l’entreprise local. « La transformation de ce
libérée promue par Isaac Getz site montre que les mentalités ont
dans son livre ‘‘Liberté & Cie’’. évolué : aujourd’hui, les employés
Aujourd’hui, une quinzaine français comprennent la nécessité
d’usines Michelin dans le monde de robotiser certaines tâches pour
ont adopté ce principe. Et le conserver la compétitivité des
groupe prévoit de le généraliser usines hexagonales », veut croire
à tous ses sites d’ici à 2021. La Fabrice Gautier.
logique ? Descendre les décisions
au plus proche des problèmes, en
définissant de façon collective les
degrés d’autonomie des uns et des
autres. « Dans l’atelier, ce sont les
équipes qui décident de leur mode
d’organisation, dit Alain Cuq, le
vice-président innovation digitale
et écosystème de l’industriel.
Entre des îlots de production
similaires, on peut donc trouver
des modes de fonctionnement
différents ». Et les résultats sont
là, assure l’industriel, qui reconnaît
toutefois qu’il s’agit là d’un réel
changement culturel et que trois à
cinq années sont nécessaires avant
que la démarche soit réellement
opérationnelle au sein d’une usine.

63
— La réalité virtuelle pour former les opérateurs

Plusieurs industriels ont à sa généralisation », notent


identifié le potentiel – mais toutefois Emmanuelle Fines-
aussi les limites - des outils Laurent et Yann Dufief, de la
mobiles (tablettes, mais aussi DSI groupe de Saint-Gobain.
lunettes connectées) pour
accélérer la formation de Le spécialiste des
leurs équipes. Chez Saint- équipements électriques
Gobain, Lapeyre mène ainsi Socomec a lancé des
un PoC (proof-of-concept) réflexions dans la même
visant à guider les opérateurs direction. Objectif : tenter de
dans l’assemblage d’une réduire le temps de formation
fenêtre, via une solution de d’un nouvel opérateur sur
réalité augmentée montrant les techniques de production
aux opérateurs comment maison, s’étalant actuellement
positionner les différents sur 3 à 4 mois. « Nous
éléments en fonction de la pensons que la réalité
commande à réaliser. augmentée est susceptible de
« À l’échelle du groupe, les raccourcir ces délais. Cette
retours des utilisateurs technologie est également
sur ces solutions sont très prometteuse sur les lignes de
différents d’une usine à production, afin de réduire les
l’autre, et dépendent des temps de montage », détaille
conditions et de la nature des Benjamin Le Caër, le directeur
processus concernés. Dans les des projets industriels. Cible
environnements poussiéreux, prioritaire de l’industriel :
les casques rencontrent une ligne de montage d’une
ainsi des problèmes de dizaine de postes où chaque
fiabilité. Dans les usages où séquence dure 55 minutes
l’opérateur doit porter le en moyenne. « Pour les
casque longtemps, l’inconfort opérateurs, la charge cognitive
de la solution reste un frein est très importante. La réalité

SUITE PAGE SUIVANTE

64
CHAPITRE 03
— Exposer la donnée de production aux opérateurs

SUITE

augmentée pourrait servir centres de tri ou


d’ appui, en guidant les égoutiers). « En la matière, la
salariés dans les différentes réalité virtuelle apporte une
étapes du montage », solution pour éviter à ces
espère Benjamin Le Caër. derniers de se déplacer
Total mène également des dans les égouts. Un jumeau
expérimentations autour de la numérique, bâti avec un robot
réalité augmentée ou filmant les canalisations en
virtuelle, pour accélérer la 3D, aurait une utilité pour des
formation des opérateurs ou applications de formation,
encore faciliter les plans mais aussi de maintenance
d'intervention avec les prédictive », assure Meriem
nouveaux sous-traitants. Riadi, la Chief Digital Officer
Le potentiel de la réalité du groupe. Pour mesurer
virtuelle intéresse également le potentiel réel de la
Suez qui y voit une piste pour technologie, Suez est en
réduire la pénibilité de certains train de modéliser en 3D des
de ses métiers (opérateurs en kilomètres d’égouts de Paris.

— Impression 3D : do it yourself !
Libérer l’innovation née du l’ingénierie pour mieux coller
terrain par l’impression 3D : à leurs besoins. « Avec déjà
c’est le pari de Renault qui de premières inventions
a implanté ce qu’il appelle enthousiasmantes ! », assure-
des ateliers Kaizen 4.0 dans t-on du côté de la marque au
certaines de ses usines. losange.
Ceux-ci mettent à disposition
des opérateurs scanners et
imprimantes 3D afin qu’ils
puissent modifier eux-mêmes
les équipements fournis par

65
Cobots, exosquelettes… : travail dans les usines. La SNCF
comment réduire les tâches a ainsi déployé de la cobotique
pénibles sur des tâches de ponçage, avec
des bras manipulateurs conçus
par une spin-off du CEA List, afin
Les technologies de l’Industrie de diminuer la pénibilité de ces
4.0 pour éliminer les tâches les travaux pour les opérateurs. « Ce
plus difficiles ? Ou, autre face de chantier est tout entier tourné
la même pièce, pour supplanter vers la qualité de vie au travail
les emplois qui y sont affectés... et il est d’ailleurs piloté par un
En tout cas, les industriels ergonome», assure Benjamin
identifient fréquemment les cobots Godreuil, le responsable du
– cette nouvelle génération de programme Usine du futur à
robots censés collaborer avec la direction du matériel de la
les opérateurs -, mais aussi les compagnie ferroviaire.
exosquelettes, comme des leviers
— Faurecia
pour s’attaquer à la pénibilité du Utilisation d’un cobot

66
Michelin teste lui aussi les ne sont aujourd’hui pas réellement
cobots sur des tâches peu exploités dans des situations
ergonomiques. « Nous avons réussi de collaboration, mais plutôt en
à identifier quelques applications remplacement d’un opérateur.
sur lesquelles ces machines Un cobot se résume souvent
améliorent à la fois la performance à un robot moins cher et plus
et le bien-être des personnes. Le facilement implantable. Nous les
premier exemple testé se trouve employons sur des opérations
sur une machine de coupe de pénibles sur le plan ergonomique
produits calandrés. Le cobot ou présentant un risque important
permet d’éviter un mouvement de en termes de qualité ». Et de
rotation du corps assez pénible souligner les facteurs freinant leur
laissant l’opérateur accomplir généralisation. En particulier leur
une opération d’aboutage dont la lenteur sur certaines opérations.
précision est essentielle pour la Pénalisant dans l’industrie
qualité du produit final », détaille automobile, où bon nombre
Jean-Philippe Ollier, le vice- d’opérations sont réalisées au
président de l’ingénierie industrielle défilé. « Dans le contexte d’une
du fabricant de pneumatiques. chaîne mobile, les cobots perdent
Faurecia a également lancé un beaucoup de temps à se repérer
chantier spécifiquement centré dans l’espace », reprend le
sur les cobots. Avec quelques responsable.
succès, notamment sur des
tâches consistant à positionner Si les cobots sont assez largement
et enlever des pièces avec des expérimentés par les industriels,
temps de cycle très brefs. Des les tests sur les exosquelettes sont
mouvements générateurs de TMS beaucoup moins nombreux. Si
(troubles musculosquelettiques). Suez y songe pour la collecte des
Mais Fabrice Gautier, directeur déchets, ou si Air France KLM les
du manufacturing et de la chaîne exploite pour le port de charges
logistique de Faurecia, pointe lourdes, la société la plus avancée
aussi les limites de l’exercice : « de sur le sujet, parmi celles que
nombreux challenges perdurent nous avons interrogées, semble
autour des normes de sécurité, être la SNCF. « Sur le marché, les
qui régissent les limites de la solutions sont soit
‘collaboration’ homme-machine. » un peu trop gadget, soit trop
Un constat sur lequel s’aligne Yann chères », tranche Benjamin
Vincent, directeur industriel du Godreuil. La compagnie nationale
groupe PSA : « ces équipements a donc signé un partenariat

67
d’innovation pour développer un besoin de vigilance particulier
un modèle léger, peu cher et se fait sentir. Chez Faurecia, via
adaptable. Ce contrat de co- un système d’évaluation basé sur
développement innovant, avec la la technologie Microsoft Kinect
société Ergosanté, devrait aboutir et permettant de détecter les
à un modèle industrialisable avant postes à risque et de corriger
la fin 2018. La SNCF s’est engagée les postures des opérateurs.
auprès du partenaire à acheter un Chez Michelin, via des montres
certain nombre de modèles sur 9 connectées permettant d’avertir
ans et touchera des royalties sur des opérateurs travaillant sur des
les matériels vendus à l’extérieur machines de plusieurs dizaines
de l’entreprise. Les premiers de mètres de long de la survenue
prototypes opérationnels de cet de problèmes. « Ce sont les
exosquelette, dont l’objectif est de opérateurs eux-mêmes qui ont
peser moins de 7 kg et de coûter défini les paramètres à afficher
moins de 7 000 euros, ont déjà été et la forme de ces alertes, dit
testés par la compagnie ferroviaire Jean-Philippe Ollier. Le bilan est
sur plusieurs tâches. très positif : quand la montre est
silencieuse, les opérateurs peuvent
quitter la machine des yeux et
travailler à d’autres tâches. Ils
expliquent que la montre a permis
de réduire leur niveau de stress ».

Enfin, signalons les travaux menés


par plusieurs industriels sur
l’ergonomie des postes de travail.
Chez groupe PSA, via des tests sur
des vêtements connectés, pour
corriger la posture des opérateurs
ou leur envoyer des alertes quand

68
CHAPITRE 03
— Exposer la donnée de production aux opérateurs

— Inspections : la parade des drones

Voilà un domaine où, sur le nommé un responsable


terrain, les bonnes volontés drones au niveau du groupe.
ne manquent pas. Plusieurs « Sur les inspections
industriels, notamment ceux verticales, celles visant nos
ayant à mener des inspections torches hautes parfois d’une
de sites étendus ou d’endroits centaine de mètres, les
peu accessibles, n’hésitent bénéfices sont immédiats
pas à faire appel aux : pour 10% du coût et de
passionnés de drones parmi la durée d’une inspection
leur personnel pour accélérer traditionnelle, et un risque
ces opérations. L’activité ramené à zéro, on peut
maintenance d’Air France mener l’opération à bien tout
KLM se sert ainsi de ces en enregistrant les images
équipements pour inspecter et en y greffant le profil
des carlingues d’appareils, thermique de la torche, via
Solvay les fait voler pour un capteur à infrarouges »,
contrôler des cheminées, détaille Michael Offredi, le
évaluer le niveau de stocks directeur écosystème digital et
de matières entassées à l’air innovation du pétrolier.
libre, vérifier des clôtures, des
toitures ou même l’intérieur
de cuves. Total a même

69
Æ
Æ04
70
> CHAPITRE 04

Valoriser la
donnée pour
optimiser
qualité et
maintenance

71
> CHAPITRE 04

En récoltant les données des ils abordent pour la plupart


machines, voire directement ce chantier avec prudence.
celles issues des produits, Après avoir touché du doigt
un industriel peut espérer l’exigence de ce type de
détecter au plus tôt les solutions lors de prototypes.
dérives dans la production Car le recours à l’IA impose
et limiter ainsi les coûts de de disposer de grands
la non qualité. Si la piste est volumes de données de
séduisante, elle implique bonne qualité. Les succès
un effort de longue haleine, sur ce terrain demeurent
passant par une logique de pour l’instant l’exception.
centralisation des données, Bénéficiant de données
puis de déploiement abondantes générées par
progressif d’applications les avions, la maintenance
analytiques. En commençant aéronautique a toutefois
par des applications simples, déjà pris son envol.
comme des dépassements de
seuils par exemple.
Si les industriels lorgnent
également vers le potentiel
de l’Intelligence Artificielle
(IA), afin de basculer dans
la maintenance prédictive,

72
Une unité de production dérives, pour les corriger, voire les
fonctionnant sans sautes de anticiper. D’abord en isolant des
qualité, ni interruptions dues à atypies ou en mettant en œuvre
la panne d’un équipement. Si ce de nouveaux croisements de
rêve de tout industriel ne date pas données. Puis, éventuellement en
d’hier, il trouve avec la collecte déployant l’Intelligence Artificielle
de la donnée de production (IA), susceptible de détecter,
un nouveau socle pour gagner dans l’océan de données que les
en réalité. Car, en récoltant les systèmes agrègent, les signaux
données des machines, voire faibles annonciateurs de la panne
des produits, un industriel peut ou d’un problème de qualité.
imaginer détecter en temps réel les C’est en somme cette voie que

73
tentent de suivre de nombreux connectées, tempère de son
industriels que nous avons côté Éric Marchiol, directeur
interrogés. Une voie difficile, de la transformation digitale
où il faut savoir avancer du manufacturing de Renault.
prudemment. Sans brûler les La maintenance prédictive
étapes. En commençant par viendra dans un second temps,
agréger les données disponibles. quand nous aurons accumulé
« La connexion des automates suffisamment de données. On
au réseau industriel permet parle ici d’un effort de longue
désormais de consolider toutes les haleine, car des équipements de
informations issues des processus tous âges et toutes provenances
industriels - des milliards de cohabitent dans nos usines ».
données venant des machines et Cette logique de centralisation
des actions des opérateurs - et des données, puis de déploiement
les alertes portant sur la qualité. progressif d’applications
Nous disposons ainsi d’un socle analytiques, se retrouve dans la
pour transformer l’automate démarche de plate-forme que
en élément décisionnel, afin de mène Engie. Ainsi, une solution
réagir rapidement à d’éventuels baptisée Darwin connecte déjà
problèmes de qualité, en plus de 500 éoliennes à travers le
automatisant le paramétrage des monde et supervisera, fin 2018,
machines », raconte ainsi Yves- tous les actifs du groupe dans
Marie Lecomte, directeur ingénierie l’éolien et le solaire. « Sur cette
automatisation & électricité au sein base, un premier module d’analyse
du département lames de rasoirs a été déployé fin 2017 ; il porte
de Bic. sur la détection de formation
de glace sur les pales avant le
démarrage des éoliennes. Cinq
autres scénarii sont désormais en
développement, afin de prévenir
Commencer par réagir des pannes ou déclencher des
actions de maintenance », raconte
aux dépassements de Olivier Renvoisé, qui dirige les
seuils projets tournés vers les activités
industrielles chez Engie Digital.
La logique est identique dans
« Dans un premier temps, il s’agit la production thermique (avec
de réagir aux dépassements Delta) ou sur les réseaux de
de seuils sur les machines froid et de chaleur (avec Nemo).

74
CHAPITRE 04
— Valoriser la donnée pour optimiser qualité et maintenance

On retrouve ce monitoring solutions mobiles utilisées par les


d’équipements critiques à distance équipes de maintenance pour
par exemple chez Total, sur des assurer un meilleur suivi de leurs
turbo-compresseurs, « machines interventions.
sur lesquelles les défaillances
sont très coûteuses », relève
Thierry Adolphe, directeur digital
pour l’industrie du groupe.
Objectif : planifier les opérations Les interventions
de maintenance en fonction de
l’évolution de l’état de la machine. de maintenance :
« Cette anticipation nous permet un nouveau corpus
aussi de mieux gérer la charge du
turbo-compresseur le temps que de données
le technicien puisse intervenir, on
parle généralement ici de délais de Via son projet d’équipement de ses
l’ordre de la semaine ». salariés en tablettes, le fabricant
Chez Seb, la supervision en temps de bateaux Beneteau imagine lui
réel des lignes de production via aussi récupérer un nouveau corpus
l’analyse de données est abordée de données. « Aujourd’hui, après
avec prudence. Car le sujet un certain nombre d’étapes de
peut aussi s’avérer explosif, les production, un contrôle de qualité
opérateurs pouvant y voir une est effectué et consigné sur
volonté de ‘fliquer’ leurs activités. papier. Demain, on peut imaginer
« Même si le chantier vise avant que les contrôleurs saisissent
tout à faciliter et optimiser les les défauts sur leur tablette,
paramétrages des machines et à directement dans le bateau, et
assurer un meilleur dialogue avec que ces données complétées
les équipes de maintenance », de photos et de vidéos soient
remarquent Benoît Champouillon, partagées immédiatement, ce
IT Business Solutions Products qui contribuerait à sécuriser la
& Operations du groupe Seb, et production, lance le directeur
Bernard Loiseau, son collègue des opérations industrielles,
directeur du domaine Data. Jean-François San Carlos. Car, si
L’industriel avance donc pas l’on veut qu’un opérateur sache
à pas, tout en réfléchissant à quel défaut il a généré, il faut lui
l’acquisition de nouvelles données, donner l’information au plus vite. »
via des capteurs ou a collecte L’équipementier automobile
de l’information remontant des Faurecia a également équipé

75
ses techniciens de maintenance société a par exemple, installé des
de tablettes. Le terminal mobile capteurs pour mesurer le niveau
délivre les alertes et donne de sable utilisé dans le freinage
accès aux notices techniques des tramways, pour vérifier quels
des différentes machines, à la bus sont bien passés par la station
commande de pièces de rechange de lavage avant de rejoindre le
et sert à archiver les opérations réseau ou encore pour afficher
effectuées. Ce qui permet à la disponibilité des places pour
l’industriel de générer un nouveau les personnes à mobilité réduite
corpus de données sur les sur les parkings relais à Rennes.
interventions réalisées. «Via notamment l’installation
De son côté, l’opérateur de de capteurs IoT et l’ingestion de
transports Keolis mise plutôt sur toujours davantage de données,
l’installation de capteurs IoT pour nous voulons désormais aller vers
récupérer de nouvelles données du préventif », dit Arnaud Julien,
utiles pour sa maintenance ou directeur innovation et digital du
pour améliorer l’exploitation. La groupe.

— Maintenance virtuellement assistée

Comment mettre à disposition rapprocher d’ingénieurs


de multiples sites isolés les spécialisés pour contrôler des
experts techniques à même paramètres ou les aider dans
de traiter des problèmes la résolution de problèmes. La
pointus ? Confronté à cette prochaine étape ? Prendre la
problématique, Total a conçu main à distance sur certains
un support à distance pour équipements, ce qui est
les opérateurs présents en techniquement déjà possible
salle de contrôle sur ses sur les machines les plus
sites difficiles d’accès. Une récentes.
smart room permet de les

76
CHAPITRE 04
— Valoriser la donnée pour optimiser qualité et maintenance

— Une marketplace pour les pièces de rechange

Au sein du groupe Engie, une première version, offrant


chaque usine de production les fonctions de recherche,
d’énergie dispose de son est sur pied. Engie Digital
propre magasin de pièces. entend désormais y greffer
D’où l’idée d’une marketplace, les fonctions logistiques, à
appelée EngiEbay, permettant commencer par l’Europe.
à un site de mettre certaines « Et des fournisseurs se sont
pièces immobilisées ‘sur le déjà déclarés intéressés par
marché’ et de les céder à une l’approche et souhaiteraient
autre usine ou d’émettre des venir s’y greffer », se réjouit
besoins qui pourront être Olivier Renvoisé, d’Engie
couverts en interne. À ce jour, Digital.

Ne plus seulement réagir aux machines de conditionnement.


dérives des équipements, mais les « Mais ce chantier implique de
anticiper pour ‘réparer’ la machine réfléchir sur notre infrastructure
avant même qu’elle ne tombe en de gestion des données et, dans
panne. Cette étape, consistant certains cas, sur la connectivité
à exploiter l’IA pour déployer de l’outil industriel et l’ajout de
des applications de maintenance capteurs IoT », tempère Marc
prédictive, est abordée avec Raffo, le directeur de la chaîne
prudence par la plupart des logistique.
industriels, tant les succès sur ce
terrain demeurent l’exception.
Le groupe Avril (agro-industrie)
espère détecter des signaux faibles
précurseurs de pannes sur ses

77
Maintenance disponibles, les ingénieurs
prédictive : prennent des marges de sécurité
et assurent la continuité de
les industriels prudents services via un maximum
de redondance dans les
équipements », reprend le
Le sujet suscite également responsable. De son côté, Seb
bien des espoirs chez un explique avoir démarré la collecte
gestionnaire de réseaux d’eau de données de plasturgie sur
comme le groupe Saur. Un deux sites de production, en
groupe qui aujourd’hui effectue positionnant des capteurs pour
des opérations de maintenance récupérer l’information. « Dans
programmées sur la base des un premier temps, nous voulons
recommandations des fabricants. améliorer le paramétrage de
Mais, en réalité, un même ces machines et faire le tri
équipement peut fonctionner des données récupérées pour
dans des environnements très travailler ensuite sur des scénarii
différents, et donc s’user à des de maintenance prédictive »,
rythmes très inégaux. « Nous détaillent Benoît Champouillon et
avons donc besoin d’être plus Bernard Loiseau, qui parlent de
pertinents que les préconisations premiers résultats prometteurs sur
standards des industriels », dit les presses à injection des coques
Frédéric Renaut, son directeur d’aspirateurs.
de l’innovation digitale. Car, si Même approche prudente chez
l’eau est un service bon marché, Faurecia, où Fabrice Gautier,
l’infrastructure pour la transporter directeur du manufacturing et
est, elle, onéreuse. Financée par de la chaîne logistique, explique
la collectivité, elle est énergivore, toutefois que l’IA a délivré de
doit être maintenue avec soin premiers résultats concrets, en
(car elle transporte un produit isolant « des corrélations dans
alimentaire) et elle est construite la masse de donnée étudiée,
pour des durées allant de 50 à que nous n’aurions pas pu
100 ans. « En tant qu’exploitant trouver sans ces méthodes ».
de ces infrastructures, nous Et l’équipementier a l’ambition
pensons qu’en analysant plus de déployer à large échelle un
finement les données remontant système d’alertes prédictives
du terrain, nous pourrons aboutir permettant d’anticiper les bonnes
à des réseaux plus optimisés. Car, décisions opérationnelles. « Cela
aujourd’hui, faute de données passe par une parfaite maîtrise

78
CHAPITRE 04
— Valoriser la donnée pour optimiser qualité et maintenance

de toute la chaîne, de la collecte abondantes et les plus fiables


des données, de leur hygiène, des que la maintenance prédictive
règles d’appellation des signaux commence à décoller. Dans
jusqu’aux méthodes d’analyse l’aviation. « L’enjeu sur les avions
incluant la préparation des consiste, à travers l’analyse
données et l’implémentation des des paramètres de l’appareil,
algorithmes mathématiques pour à identifier les pannes à venir,
l’analyse », avertit Fabrice Gautier. pour éviter que les appareils
ne se retrouvent bloqués,
donc inexploitables pour les
compagnies », résume James
Kornberg, directeur de l’innovation
L’IA a besoin de d’Air France Industries KLM
Engineering & Maintenance.
données abondantes et Débuté il y a plus de trois ans, le
bien préparées projet de maintenance prédictive
a donné naissance à une solution
industrielle, Prognos, fonctionnant
Si les succès réels restent en production sur les flottes Air
l’exception, certains industriels France et KLM et qui va être
commencent à entrevoir le bout prochainement déployée auprès
du tunnel. Après une ou deux des autres clients de l’activité
expériences pas réellement maintenance du groupe, assure le
concluantes, le chimiste Solvay responsable.
explique ainsi avoir relancé un « Le premier scénario exploité en
prototype plutôt prometteur. Avec production touche au système
un taux de prédiction des incidents carburant de l’A380, qui faisait
de 82%. « Une fois mis en œuvre partie des systèmes engendrant
, nous serons capables d’avertir le plus de retards sur ces
assez tôt l’usine qu’un équipement appareils, détaille James Kornberg.
a un comportement anormal. Aujourd’hui, grâce à Prognos,
Charge ensuite aux opérateurs ces équipements ont reculé très
d’isoler précisément la cause », nettement dans ce classement
détaille Thierry Cartage, directeur et nous avons pu confirmer que
de la performance industrielle des les pièces que nous remplaçons,
process et du digital au sein du sur la base des résultats de notre
groupe. solution, sont bien sur le point de
Mais, sans réelle surprise, c’est tomber en panne ». Car l’arrivée
là où les données sont les plus d’une telle solution nécessite un

79
accompagnement sur le terrain : la gestion du stock de pièces.
pour un technicien, remplacer « C’est un facteur différenciateur
une pièce qui fonctionne encore pour notre activité, assure James
de façon normale s’avère contre- Kornberg. Et notre solution est
intuitif en première approche. complémentaire de celles des
constructeurs, qui proposent
également des applications
basées sur d’autres paramètres.
Prognos aide à la compétitivité
Un impact direct sur la de notre offre de maintenance
d’appareils, habituellement
compétitivité facturée à heure de vol, sur un
secteur où la concurrence est
ardue ». Seules limites, selon
Pour le responsable, cette lui : les difficultés d’accès aux
maintenance prédictive permet à données sur les avions d’ancienne
l’activité d’améliorer son service génération et la disponibilité
de base, consistant à fournir des des ressources en interne pour
pièces détachées en support travailler sur une application de ce
des flottes aériennes, et à mieux type, en particulier de personnes
programmer les opérations de de l’ingénierie connaissant très
maintenance, limitant ainsi le bien les systèmes et susceptibles
blocage des appareils aux escales. de développer les algorithmes aux
Cette programmation facilite aussi côtés des Data Scientists.

80
CHAPITRE 04
— Valoriser la donnée pour optimiser qualité et maintenance

— L’impression 3D pour diminuer les stocks de


pièces de rechange

L’accélération de la génération problématiques qui peuvent


des données issues du parfois s’avérer bloquantes.
contexte Usine 4.0 apporte Par exemple le travail depuis
son lot de nouveautés et le détail de la donnée (Data
de découvertes. C’est un Driven) enseigne sur le niveau
peu comme disposer du réel – et parfois désastreux
film ‘digital’ de tout ce qui - de qualité de certains
se passe sur les processus référentiels jusqu’alors pensés
de production, de disposer maitrisés en interne. Difficile
d’une vision holistique de la alors de savoir à l’avance
chaine logistique, etc. Ainsi, ce qui va émerger. Autant
même les experts métiers de complexités dont il faut
aguerris revisitent leurs avoir conscience avant de se
univers de certitudes et de lancer dans ce type de projets
convictions sur le fameux plan innovants. D’où le recours
du ‘comment ça marche’. De à des professionnels ayant
facto, les initiatives de collecte déjà eu ces expériences. De
et de valorisation des données même, en interne, ces projets
brutes supportées dans les doivent être réalisés par des
environnements « Datalakes/ équipes qui peuvent « penser
Datalabs » ou « Plateforme de autrement » et avec des
Services Digitales Analytics » « Mindset » ouverts...Une des
nécessitent d’organiser des raisons essentielles qui fait
échanges rapprochés entre des souvent initier ces projets au
acteurs métiers et les experts niveau d’entités Innovation ou
de ces technologies de pointe Digitale.
peu dociles. Une erreur consiste aussi
L’une des singularités des à vouloir en faire trop tout
projets Big Data/Analytics est suite. Par exemple comme
de, très vite, faire émerger chercher à atteindre dès le
un certain nombre de départ la fameuse vision 360°.

SUITE PAGE SUIVANTE

81
SUITE

D’expérience, on obtient plus rencontre un obstacle majeur,


facilement des résultats plus il faut basculer sur le suivant.
probants en embarquant les En respectant cette logique,
métiers sur un sujet précis (cas il est possible d’optimiser le
d’usage) en mode vision 120°. chemin du succès.
Et de multiplier cette Le choix du partenaire
approche : adjoindre des pour développer cette
visions 120° les unes application est donc crucial.
par rapport aux autres Il pourra s’inscrire comme un
permettront d’avancer vite accompagnant (posture de
dans une logique de test, fail coach) faisant profiter de ses
& learn fast. Une des clés retours d’expériences ou bien
consiste donc à partir d’une partir d’une page blanche en
contrainte réelle, ou d’un adoptant une double posture
catalogue de use cases, et de maître d’œuvre et de coach
d’avancer vers des réalisations pour mener le projet de A à Z.
concrètes en mode agile et
itératif. Si un cas d’usage

82
Les autres scénarii grande complexité : la qualité
d’utilisation de l’IA du produit est liée à un grand
nombre de paramètres, rattachés
au matériau, au processus de
Limiter l’utilisation de l’Intelligence production, mais aussi aux
Artificielle à la maintenance conditions atmosphériques
prédictive serait un non-sens. Les lors du refroidissement des
algorithmes auto-apprenants ont plaques sortant des fours. Des
bien d’autres applications, dans phénomènes thermodynamiques
le contrôle qualité en particulier. très complexes. En consolidant
Florilège de quelques initiatives les paramètres de production,
parmi les 35 industriels que nous collectés par des capteurs, au
avons interrogés. sein d’une ‘Bubble Database’
renfermant désormais 4 années
Bic : détecter les lames non d’historique, Saint-Gobain
conformes parvient désormais à effectuer des
La géométrie de plusieurs millions corrélations entre les conditions
de lames que produit chaque de fabrication et l’apparition de
jour l’usine de Bic dans l’Oise est défauts dans le verre (les bulles en
contrôlée selon une quarantaine particulier, d’où le nom de la base
de paramètres différents. En de données).
particulier via de la computer vision
(vision assistée par ordinateur). Michelin : détecter les problèmes
Une des applications traite 90 de qualité plus tôt
images par seconde - chacune Le fabricant de pneus travaille
pesant 3 mégapixels - et y effectue sur les technologies de computer
une reconnaissance de forme et vision afin d’automatiser certains
de positionnement. La détection contrôles qualité sur ses pneus.
d’une non-conformité par le Aujourd’hui, ces vérifications sont
système entraîne une décision réalisées par des opérateurs, qui
immédiate, comme l’arrêt de la ont appris à identifier un certain
machine ou l’éjection d’un produit nombre de défauts et à remonter
non conforme. les éventuels problèmes à la
fabrication. En automatisant ces
Saint-Gobain : maîtriser les tâches avec des technologies
paramètres de production du de reconnaissance d’images,
verre Michelin espère intervenir plus
Pour ancienne qu’elle soit, la tôt et corriger les dérives plus
production de verre masque une rapidement sur la chaîne de

83
production, limitant ainsi les coûts d’ensembles d’actifs, autrement dit
de la non-qualité. les gains qui pourraient découler
d’une vision globale de son réseau
Seb : automatiser les contrôles d’ usines.
qualité
Via une solution achetée sur Aramisauto : inspecter l’état d’un
étagère, l’industriel a mis en place véhicule
une détection automatisée des Spécialiste de la vente en ligne
défauts de marquage, via une de voitures, Aramisauto possède
caméra installée en sortie de aussi un site de reconditionnement
tampographie. Aujourd’hui, si de véhicules d’occasion, situé à
certains tests qualité sont déjà Donzère (Drôme). Une véritable
automatisés, d’autres restent usine dont l’activité consiste
assurés par des humains sur les à amener les véhicules qui y
lignes de production, comme les transitent vers un état standardisé
contrôles d’aspect ou le contrôle avant commercialisation sur
sonore des fonds à induction le Web. La société teste la
des ustensiles de cuisson. Autant technologie de reconnaissance
d’applications potentielles pour l’IA. d’images, à l’entrée de son site,
pour caractériser les défauts
Solvay : contrôler les paramètres s’écartant du standard sur un
de production véhicule et calculer son parcours
La chimiste explore le potentiel des optimal dans l’atelier. Mais
algorithmes de Machine Learning Aramisauto juge la technologie
pour optimiser ses paramètres encore peu mature pour bâtir une
de production. « Sur une usine solution industrielle d’inspection
italienne, nous avons pu atteindre automatique des voitures
20 % de gains en production via d’occasion.
une meilleure compréhension des
paramètres clefs d’optimisation
de ce procédé », raconte
Thierry Cartage, le directeur
de la performance industrielle
des process et du digital. La
technologie ainsi mise au point
a pu être exploitée sur d’autres
sites dans le monde. Solvay
explore désormais l’optimisation

84
— Aramisauto
Inspection d’un véhicule
85
— L’impression 3D pour diminuer les stocks de
pièces de rechange

Imprimer ses pièces de de pièces au sein de son


rechange plutôt que les atelier moteurs d’Orly.
commander ou en maintenir Le constat est similaire au sein
un stock ? Sur le papier, de la direction du matériel
la piste est séduisante. Et de la SNCF. Le principe
plusieurs industriels explorent d’utilisation de la fabrication
le potentiel de l’impression additive y a été validé comme
3D pour réduire les coûts moyen de fourniture pour
de leurs stocks de pièces. les pièces d’aménagement
Avec quelques succès, mais intérieur, comme des éléments
aussi en affrontant les limites de siège ou de fenêtre.
d’une technologie encore « La première des pièces que
non généralisée. Au sein de nous avons fabriquée, en
l’activité maintenance d’Air impression aluminium, était
France KLM, le procédé, un encadrement de store,
d’abord exploité sur des pour laquelle l’économie
outillages ou pour réaliser des était assez immédiate du
gabarits avant l’intégration fait de la faible rotation de
d’une pièce, est aujourd’hui cette pièce et des coûts fixes
utilisé pour des pièces en des procédés classiques »,
cabine. « Plus de 200 pièces détaille Benjamin Godreuil, le
réalisées par fabrication responsable du programme
additive volent déjà sur les Usine du futur. Selon la
flottes que nous maintenons SNCF, la fabrication additive
», détaille James Kornberg, présente un intérêt tant
le directeur de l’innovation pour éviter d’entretenir des
au sein de cette activité, qui stocks importants de pièces,
souligne tout de même les qu’en raison des coûts de
difficultés que cette technique production qu’elle propose.
soulève en matière de « Sans oublier les possibilités
certification. Air France KLM a d’évolution de la pièce en
ouvert il y a quelques mois un fonction des éventuelles
laboratoire d’impression 3D difficultés mécaniques
pour le design et l’impression rencontrées ».

86
CHAPITRE 04
— Valoriser la donnée pour optimiser qualité et maintenance

L’obstacle de la coût, n’intégrant pas les bénéfices


certification associés dans la gestion des
stocks et la logistique, ne donnent
pas, à ce jour, un avantage
Olivier Renvoisé, qui dirige les immédiat à l’impression 3D, ce
projets tournés vers les activités qui ralentit l’introduction de cette
industrielles chez Engie Digital, technologie ». À ce jour, Ana Paula
se montre plus circonspect. Serond évalue à moins de 10% le
Si l’industriel ambitionne bien taux de pièces éligible si l’industriel
d’intégrer l’impression 3D parmi se contente de travailler à iso-
les options ouvertes, aux côtés design. « La question consiste à
de la fabrication en fonderie ou savoir si cette part sera suffisante
de la commande à un fournisseur, pour donner naissance à une filière
« définir le modèle économique spécialisée dans nos métiers,
permettant d’orienter ce choix comportant des contraintes
demeure complexe », note le spécifiques, et dans quelle mesure
responsable. « Car il faut projeter nous pourrons exploiter de
le nombre d’objets à imprimer nouveaux design ou l’intégration
pour effectuer une comparaison des pièces », s’interroge la
précise », ajoute-t-il. Toutefois, responsable d’Orano.
une des business units d’Engie Et les difficultés liées à la
(Generation Europe) a développé certification ne sont pas réservées
un kit permettant de scanner une à un secteur ultra-sensible comme
pièce en 5 minutes et de chiffrer le le nucléaire. Socomec, fabricant
prix d’une impression 3D, à plus ou d’équipements électriques,
moins 20%. rencontre des freins de même
Travaillant dans un secteur nature, en particulier liés aux
sensible – le nucléaire -, Orano normes américaines UL pour les
reconnaît qu’aucune pièce obtenue produits électriques, normes qui
par impression 3D n’est encore restreignent les matières agréées.
qualifiée dans ses processus de « Or, très peu de matières
maintenance. « Nous sommes à la exploitées en impression 3D
recherche de pièces éligibles, mais disposent aujourd’hui de cet
pas critiques, car ces qualifications agrément. Ce qui constitue une
demandent du temps dans un réelle contrainte avant d’envisager
secteur comme le nôtre, détaille une utilisation en production », dit
Ana Paula Serond, manager R&D Benjamin Le Caër, directeur des
au sein de l’ex-Areva. Par ailleurs, projets industriels de Socomec.
les comparaisons directes de

87
Æ
Æ05
88
> CHAPITRE 05

Repenser
l’ingénierie
grâce à
l’analyse
de données

89
> CHAPITRE 05

L’analyse des données Par ailleurs, de plus en plus


de production débouche d’industriels s’intéressent
sur une meilleure au potentiel des produits
compréhension des connectés non seulement
dynamiques de celle- pour mieux maîtriser les
ci. Et ouvre la voie à de paramètres de ceux-ci tout
nouvelles optimisations au long de leur durée de vie,
de l’outil industriel. La mais aussi pour mettre en
visibilité que les données place de nouveaux modèles
amènent sur les process économiques, basés sur
industriels, mais aussi sur des logiques de services.
les interactions entre les Démarche via laquelle les
réglages des machines, les acteurs espèrent créer de
caractéristiques des pièces nouveaux flux de revenus
ou matières employées et fidéliser leurs clients,
et la qualité du produit grâce à la mise en place d’un
final permet à l’ingénierie cercle vertueux, les données
d’affiner les techniques de captées servant à la fois
production. Pour certains à améliorer l’usage et la
industriels, l’exploitation conception des produits.
de ce nouveau gisement de
gains dans la performance
industrielle passe par
des partenariats de co-
ingénierie ou des accords
avec des fournisseurs ou
prestataires, permettant
d’assurer une continuité
entre les conditions
de fonctionnement en
utilisation d’un produit et les
paramètres de fabrication.
Afin, en particulier, de
retravailler le design des
futures versions.

90
Disposer, en temps réel, de nouvelles optimisations », illustrent
données sur l’évolution de la Benoît Champouillon, IT Business
production permet de modéliser Solutions Products & Operations
celle-ci, et d’identifier d’éventuels au sein du groupe Seb, et Bernard
goulets d’étranglement ou sources Loiseau, directeur du domaine data
de dysfonctionnement. Donc chez ce même industriel.
de retravailler les processus de Chez Michelin également, les
fabrication. « Avec la capacité bénéfices potentiels de l’analyse
à descendre à un niveau de des données de production sur
traçabilité plus fin sur la chaîne l’ingénierie sont étudiés avec
de production - via un suivi au attention. En particulier sur un
numéro de série -, nous pourrions, scénario lié à l’industrialisation des
en partant d’une panne, remonter mélanges de gommes constituant
à des lots de matière et à des les pneus. « Aujourd’hui,
réglages de machines. Donc, cette phase, qui peut prendre
potentiellement, trouver de des semaines, passe par des

91
collectes de mesures effectuées prédéterminer les paramètres
à la main par les techniciens. du procédé en fonction des
Demain, nous automatiserons caractéristiques d’un mélange de
cette collecte de données, ce gommes, sans passer par plusieurs
qui pourrait nous permettre phases d’itérations manuelles.
d’économiser jusqu’à 25 % du « Ce projet déboucherait
temps d’industrialisation », détaille également sur une plus grande
Jean-Philippe Ollier, vice-président flexibilité de notre outil de
Manufacturing Engineering de production, ce qui correspond aux
l’industriel auvergnat. Plutôt que attentes d’un marché demandant
d’exploiter ces gains pour réduire des profils de pneus de plus en
la taille des équipes, Michelin plus variés », reprend Jean-Philippe
entend les utiliser pour accélérer Ollier.
l’industrialisation des matériaux Et cette logique d’intégration de
et réduire les pertes de matières données peut s’étendre jusqu’au
associées à ce travail. « On parle ici produit lui-même. Un produit dont
de gains se chiffrant probablement les conditions de fonctionnement
en dizaines de millions d’euros : en utilisation peuvent être
bien plus que ce que nous analysées et mises en regard de
pourrions économiser en réduisant ses paramètres de fabrication,
les effectifs », ajoute le dirigeant, pour modifier les processus
qui reconnaît qu’il ne sait pas de production et le design des
encore si les résultats sur ce projet futures versions. Une intégration
seront totalement à la hauteur de des données de bout en bout qui
ses attentes. fait plutôt figure de perspective
à moyen terme parmi les trente-
cinq industriels que nous avons
interrogé. Sauf pour le concepteur
de boîtiers de navigation routière
Quand le produit émet Coyote Systems, chez qui cette
logique est déjà en place. La
ses premières données première connexion d’un boîtier au
dès la production réseau, dès la chaîne de production,
correspond en effet à sa ‘naissance’
dans les systèmes d’information
En complément, le fabricant de du groupe. À partir de là, grâce à
pneumatiques travaille aussi sur l’intégration avec ses partenaires
des machines auto-apprenantes, industriels (la production étant
qui seraient capables de externalisée), mais aussi de la

92
CHAPITRE 05
— Repenser l’ingénierie grâce à l’analyse de données

logistique, Coyote peut suivre le en commun avec nos partenaires »,


produit à chaque étape, le bloquer détaille Aurélien Dargirolle,
si une donnée n’est pas conforme, directeur des opérations de Coyote
mais aussi effectuer ses propres Systems.
contrôles à distance, tout en ayant
une visibilité en temps réel sur les
flux. Cette logique permet ainsi
à Coyote de s’assurer que les Intégration avec
produits livrés ont bien franchi
avec succès toutes les étapes du les systèmes des
contrôle qualité. partenaires
Et ce principe de connexion en
temps réel avec ses partenaires « Si nos produits sont par essence
s’étend au SAV. Ce qui permet, connectés, et nous permettent
en cas de retour d’un produit, de récupérer des données
de réexaminer les paramètres techniques tout au long de leur
de production. En pointant un utilisation, cette volonté de
matériel défectueux, Coyote suivre le produit au numéro de
permet ainsi à ses partenaires série, dès sa création, impose de
industriels de redescendre aux s’interfacer avec nos partenaires,
lots de composants employés de la production ou de la logistique
lors de l’assemblage et donc, », reprend le dirigeant. Le système
éventuellement, d’isoler des d’information de Coyote Systems
défauts. Ce suivi unitaire sert aussi se connecte ainsi aux bancs de
de socle à un travail de plus long tests des usines, afin de récupérer
terme sur la typologie des défauts des informations techniques
rencontrés sur le parc, afin de faire comme le niveau des signaux
évoluer la conception des produits. ou la performance du boîtier.
En novembre 2017, Coyote a ainsi Une remontée d’informations en
mis sur le marché son premier temps réel qui impose de travailler
boîtier tenant compte des retours en amont avec les partenaires
au SAV. « Son design s’écarte industriels. « Facilitée par des
du modèle de conception des Web Services, l’intégration d’un
smartphones pour proposer une nouveau partenaire dans notre
nouvelle gestion de l’alimentation. écosystème se traduit tout de
Une problématique qui était même par un projet informatique,
présente sur nos boîtiers depuis qui peut prendre entre six mois
l’origine, mais que nous avons pu et un an, même si la charge est
caractériser grâce au travail mené évidemment bien moindre et court

93
souvent en parallèle de la phase de réalisé qu’il est possible d’enrichir
conception du produit », détaille nos données en associant les
Pierre Chicourrat, le DSI de Coyote paramètres des machines de
Systems. Pour ce dernier, ce mode production aux numéros de série.
de fonctionnement crée finalement C’est cette capacité d’évolution
peu d’interdépendances entre qui nous a poussé à choisir un
partenaires, car il reste souple et ERP facilement extensible et
ouvert aux améliorations. « Ainsi, que nous pourrions maîtriser »,
récemment, au travers de nos reprend le directeur des systèmes
discussions avec l’usine Bosch de d’information.
Mondeville (Calvados), nous avons

— Bosch
Échange entre collaborateurs

94
CHAPITRE 05
— Repenser l’ingénierie grâce à l’analyse de données

À ce jour, trois industriels, remplacement », détaille Aurélien


un spécialiste du SAV et une Dargirolle.
plateforme logistique échangent
ainsi des données avec le
concepteur des boîtiers de
navigation. « Et ils n’ont jamais
vécu ces exigences comme une Améliorer les
contrainte. Tout simplement diagnostics en entrée
parce qu’ils en retirent également
des bénéfices ; par exemple, du SAV
les industriels peuvent ainsi
connaître l’origine des défauts sur Coyote Systems espère désormais
leurs produits », assure Aurélien améliorer les diagnostics en
Dargirolle. La démarche a été entrée du SAV, en se basant sur
entamée dès 2013, quand la l’analyse des réparations déjà
société a commencé à fabriquer effectuées sur les produits et
certains boîtiers en Chine. Coyote celle des traitements des appels
voulait alors s’assurer que quand par le service client. « Car, nous
un produit quitte le sol chinois, constatons aujourd’hui trop
il respecte bien certains critères d’écart entre le premier éclairage
de qualité. « Petit à petit, nous donné au client par la hotline
sommes allés de plus en plus et les constats techniques
loin dans l’intégration avec les réalisés ensuite, chez notre
processus de production », précise partenaire », explique Aurélien
le directeur des opérations. La Dargirolle. L’ambition ? Permettre
logique s’est ensuite étendue aux téléconseillers de réaliser
au SAV, avec un suivi plus fin de des diagnostics plus fiables en
chaque produit dès l’instant où travaillant sur les arbres des
un client appelle la hotline pour causes permettant de dérouler
signaler un dysfonctionnement. les questions de la hotline dans
« En plus d’améliorer la un ordre pertinent. Sans oublier
communication avec nos clients, la volonté affichée d’avancer dans
ce suivi vise à réduire le temps la prise en main à distance des
moyen de traitement des appareils boîtiers. De quoi entrer dans l’ère
envoyés en réparation, à éliminer de la télémaintenance.
les cas de dépassement des délais
contractuels ou encore à améliorer
la part des produits réparés par
rapport à ceux qui font l’objet d’un

95
AVIS D’EXPERT

On réduit trop souvent l’Internet


of things au « thing », voire au
capteur. Alors que l’IoT regroupe
tout un ensemble de technologies
DAVID LAURENDEAU et nécessite un travail important
Group Practice Manager IoT pour fonctionner : connexion aux
Gfi Informatique objets et aux machines, collecte
des données, transformation de
cette donnée en information,
stockage, analyse, étude de
corrélations avec des facteurs
extérieurs, visualisation voire
enclenchement d’actions ou de
remédiations automatisées. Certes,
du réseau de communication à la
SANS IoT, PAS DE plateforme de traitement, le choix
des solutions est important et doit
TRANFORMATION être mis en regard des cas d’usage.

DIGITALE DE Mais l’IoT dépasse ces seuls aspects


techniques pour s’inscrire au cœur
L’INDUSTRIE de la transformation digitale de
l’entreprise. Une transformation

96
CHAPITRE 05
— Repenser l’ingénierie grâce à l’analyse de données

qui, particulièrement dans le permettant d’estimer un ROI


monde industriel, passe par la avant de se lancer, l’entreprise
valorisation de la donnée. peut se tourner vers d’autres
alternatives plus opportunistes à
Comment ? Améliorer ou repenser partir des données et informations
les processus existants que l’IoT déjà capturées en les exposant
aura permis de comprendre de aux opérateurs. Ceux-ci peuvent
manière concrète et chiffrée alors considérer des cas d’usages
est une piste à suivre. Mais applicables. Un modèle qui part
cette amélioration et l’économie d’un investissement raisonnable
associée sera forcément limitée tout en pouvant évoluer à l’échelle
bien qu’appréciable en matière industrielle.
de retour sur investissement. En
revanche, la création de nouveaux Commencer petit mais voir grand.
services constitue une piste plus
prometteuse de valorisation.

La connaissance de l’usage parfois


en temps réel d’un produit par son
constructeur lui permet ainsi de
se réintermédier avec l’utilisateur
final. Il est alors possible d’imaginer
toute une chaîne de nouvelles
offres à valeur ajoutée comme
l’emblématique développement de
services de maintenance prédictive
ou d’autres services alternatifs
d’accompagnement, voire de
changement complet de modèle
comme aller vers le paiement à
l’usage. En ce sens, l’IoT apporte la
possibilité de basculer d’un modèle
de vente de produits et donc
d’investissement pour les clients à
la consommation de services.

Reste à mettre en œuvre l’IoT. Si


le déploiement par cas d’usage
est considéré comme le standard

97
AddUp ou comment issues de cette collaboration.
Michelin commercialise Et développe en parallèle une
activité d’accompagnement
l’innovation en portant sur la reconception de
ingénierie pièces pour l’impression 3D, un
passage souvent obligé pour que
la technologie puisse se traduire
Une co-entreprise née… d’un par des bénéfices économiques.
problème d’ingénierie. C’est en « Car, sur ce domaine nouveau,
résumé l’histoire de AddUp, une les entreprises tâtonnent encore ;
initiative lancée par Michelin et le elles ont besoin de conseil,
Groupe Fives et visant à mettre sur d’assistance dans les phases
pied un des leaders mondiaux des d’industrialisation », reprend
imprimantes 3D métalliques. Yannick Leprêtre. En complément,
À l’origine de ce projet, un nouveau AddUp sera également en mesure
pneumatique que concevait de réaliser des petites séries pour
l’industriel auvergnat, le Cross le compte de clients. Ce qui se
Climate. Pour obtenir un profil justifie d’autant plus que, du fait de
de rainures particulier, Michelin l’utilisation de poudres métalliques,
avait besoin de pièces métalliques la production s’effectue en
spécifiques qu’il souhaitait insérer environnements confinés,
dans ses moules. « C’est ce qui impliquant l’utilisation d’ateliers
l’a poussé à s’intéresser à une dédiés.
technologie d’impression 3D
métallique basée sur des dépôts
successifs de poudre, soudés entre Favoriser des logiques de sous-
eux au fur et à mesure par un traitance
laser », détaille Yannick Leprêtre, Plusieurs marchés se font jour pour
le directeur du digital et de cette activité, selon le directeur
l’innovation du Groupe Fives. Pour du digital et de l’innovation du
capitaliser sur le savoir-faire acquis Groupe Fives. Les petites séries
dans cette technologie, l’industriel pour l’aéronautique, même si les
de Clermont-Ferrand s’est associé obligations de qualification de
au spécialiste de l’ingénierie pièces inhérentes à ce secteur
pour concevoir des équipements ralentissent l’industrialisation.
d’impression 3D industriels, et en Les moules ou les parties de
faire une activité à part entière. moules, comme les tubulures. Ou
Aujourd’hui, AddUp commence encore les systèmes d’injection
à commercialiser les machines de fluides, l’impression 3D

98
permettant d’éviter les pertes de
charge ou les fragilités nées des
soudures. Sans oublier l’intérêt
de cette technologie pour la
personnalisation des produits ou
la santé. Domaine où AddUp vient
de signer un partenariat avec le
concepteur de cœurs artificiels
Carmat, afin d’accélérer les phases
d’industrialisation sur ce projet.

99
Derrière classiques de vente de produits
ou de commodités soient tous

le produit voués à muter vers ce nouveau


paradigme, les offres de services

connecté, de sont indéniablement intéressantes


pour fidéliser la clientèle et créer

nouveaux
de la valeur. »
La logique est identique chez
Fives, spécialiste des équipements
modèles industriels. Ce dernier a, par
exemple, développé des solutions
économiques de suivi de la production des
tôles d’acier pour l’automobile
permettant de qualifier le produit
La fin de la vente de produits et en cours de fabrication, voire
la généralisation des modèles de le requalifier pour un autre
économiques de service ? Si les usage si les paramètres s’écartent
industriels restent prudents face des standards attendus par les
au basculement annoncé vers une constructeurs. « Nous fournissons
économie de l’usage, plusieurs soit un logiciel, soit un service
d’entre eux n’en testent pas moins complet d’accompagnement,
de nouveaux services, autorisés comme dans un contrat que nous
par les produits connectés. Dans avons signé avec un industriel de
l’agro-alimentaire, le Groupe Avril a l’acier chinois qui vient de se lancer
lancé une offre baptisée Canopée, sur le marché de l’automobile »,
basée sur les données récupérées détaille Yannick Leprêtre, directeur
dans les exploitations laitières, du digital et de l’innovation du
où les vaches sont suivies par Groupe Fives.
une batterie de capteurs. « Fort
de l’analyse de ces données et de On retrouve cette démarche
notre expertise, en particulier dans la production de sucre, où
en matière de nutrition, nous le fabricant d’équipements met
proposons un service de conseil à profit son expérience de la
aux exploitants, explique Marc conception d’usines complètes
Raffo, le directeur de la chaîne pour ce procédé - Fives est né
logistique du groupe agro- autour de cette activité - pour
alimentaire. Même s’il faut embarquer cette connaissance
rester prudent face au fantasme métier au sein d’un logiciel.
qui voudrait que les modèles « Ici, nous commercialisons

100
CHAPITRE 05
— Repenser l’ingénierie grâce à l’analyse de données

non pas ce logiciel, mais des économique est favorable


recommandations basées sur pour Michelin et pour le client
ce dernier et les données que utilisateur», dit Alain Cuq, le vice-
nous rapatrions des unités de président innovation digitale et
production, dont certaines issues écosystème de Michelin
directement de nos équipements Ce modèle s’est depuis diffusé
connectés, reprend Yannick aux flottes de camions et dans
Leprêtre. Dans cette filière, nous l’industrie minière notamment.
occupons une position centrale « Cette démarche nous permet de
fédératrice qui nous permet de rentrer dans un cercle vertueux,
consolider les données issues de puisque les données captées
nombreux acteurs ». servent à la fois à améliorer l’usage
et la conception des produits.
Ne plus vendre des pneus, mais Nous proposons même des
un nombre d’atterrissages. services additionnels, basés sur
les données remontées par nos
Très en vogue aujourd’hui, pneus, mais aussi sur des données
cette mutation des modèles externes, afin d’aider nos clients à
économiques vers des logiques optimiser leurs usages », reprend
de service n’est pas forcément Alain Cuq. Comme Effifuel qui
une découverte pour tous. permet aux gestionnaires de flottes
Chez Michelin, cette histoire a de poids lourds d’économiser sur
débuté depuis un certain temps leur consommation de carburants.
déjà avec les pneus utilisés Demain, Michelin imagine
sur les trains d’atterrissage des services similaires sur ses
d’avions, qui ont été bardés gammes de pneus de tourisme,
de capteurs afin de diminuer en particulier sur les flottes de
les incidents (en détectant voitures.
d’éventuels dysfonctionnements)
et d’améliorer la maintenance en
planifiant notamment certaines
opérations comme le rechapage. De la donnée météo
Une évolution du produit liée à
une transformation du modèle à l’aide à la décision
économique, avec une facturation basée sur la météo
désormais basée sur l’utilisation.
« Autrement dit, on ne vend plus
un pneu, mais un service. Et plus La création de modèles
le pneu dure, plus l’équation économiques de services n’est

101
pas réservée aux seuls industriels. avec le véhicule ». L’exemple de la
Elle touche aussi des sociétés voiture connectée illustre bien la
évoluant déjà dans des logiques mutation en cours des modèles
des services. Comme Météo économiques de Météo France qui,
France, qui mise sur les données de fournisseur de données, devient
de l’IoT pour enrichir ses systèmes de plus en plus fournisseur de
de production et ses modèles services verticaux pour différents
de prévision météo. Notamment métiers, à des fins de sécurité,
via les informations remontant d’aide à la décision ou de confort.
des véhicules connectés, sujet On retrouve cette même logique
sur lequel l’établissement public de corrélation des données métier
s’est associé à l’équipementier avec les prévisions météo dans
Continental sur un projet appelé le projet ‘‘Prosnow’’, (outil d’aide
eHorizon Weather. « Depuis le à la décision pour la gestion
début de cette expérimentation, il de la neige sur les domaines
y a dix-huit mois, nous avons déjà skiables). « Et les secteurs météo-
pu confirmer l’intérêt des mesures sensibles sont nombreux :
de température remontant des distribution, où on peut imaginer
véhicules. Par exemple pour bâtir des services d’optimisation des
des profils de températures très approvisionnements en rayons
précis sur un trajet, ce qui présente en fonction des prévisions
un intérêt pour déterminer la météo, transports, avec des
limite pluie-neige notamment, recommandations d’heures de
détaille Nadine Aniort, l’adjointe pause pour les conducteurs
au directeur marketing en charge de camion en fonction des
des partenariats chez Météo événements climatiques, ou,
France. L’intérêt des données évidemment, agriculture, où des
indirectes qu’on peut traduire objets connectés permettraient,
théoriquement en phénomènes là aussi, de fournir demain un
météo, comme le déclenchement service encore plus pointu, capable
des essuie-glaces, est à ce jour de descendre plus précisément à
moins évident ». l’intérieur d’une parcelle », reprend
« Avec des véhicules de plus en la responsable.
plus en autonomes, les données
météo vont devenir un service de
base, essentiel à la sécurité, ajoute
Nadine Aniort. On peut, dès lors,
imaginer qu’elles fassent partie
d’un bouquet de services vendu

102
103
Æ
Æ06
104
> CHAPITRE 06

Exploiter la
donnée pour
mieux gérer
les flux dans
et hors de
l’usine

105
> CHAPITRE 06

Pour ne pas gâcher Pour gagner en précision


leurs initiatives en sur ce terrain, certains
matière d’optimisation industriels, en particulier
de la production par des dans les activités
indisponibilités de pièces ou d’assemblage ou de
d’outillage, les industriels maintenance, testent ou
travaillent à améliorer le déploient la géolocalisation
suivi de leurs flux internes de pièces, de conteneurs ou
et externes. Un domaine d’outillages. Si les promesses
où l’automobile apparaît en de ces technologies sont
pointe. C’est aussi ce secteur attrayantes, certaines
qui semble le plus avancé questions restent
dans l’automatisation de ses aujourd’hui en suspens.
flux internes via les AGV, En particulier sur le plan
des véhicules autoguidés qui économique. Il est encore
déplacent les pièces dans un peu tôt pour imaginer
l’usine. Une technologie qui un suivi unitaire des pièces,
suppose, au préalable, une même si l’automobile et
modélisation des flux dans l’aéronautique y pensent
l’atelier. déjà.

106
— Groupe PSA
AGV en déplacement

La volonté des industriels de mieux de l’usine. Rien ne sert en effet de


suivre les opérations unitaires sur tenter d’optimiser les facteurs de
leurs chaînes de fabrication ou lors production, si celle-ci se trouve
des opérations de maintenance entravée par des indisponibilités
appelle un autre effort : une de composants, de matières
traçabilité sans faille des flux de premières ou d’outillages. Chez Air
matière et de produits dans et hors France KLM par exemple, l’activité

107
d’ingénierie et de maintenance Vincent, le directeur industriel
entend poursuivre, en 2018, la du groupe PSA. Car il ne faut pas
mise en place de sa vision de oublier que 70% du coût d’une
l’environnement de travail du futur voiture - et une part identique des
pour ses mécaniciens, incluant une pannes constatées - provient de
meilleure traçabilité des pièces. pièces achetées à des fournisseurs.
« Certaines de nos pièces À l’avenir, nous devons, sur cette
voyagent par avion pour rejoindre chaîne étendue, parvenir à une
le lieu où sera réalisée une gestion proactive, et non plus
intervention programmée ou de réactive, de ces données».
dépannage. Or, aujourd’hui, la
traçabilité est parfois supérieure
sur une simple commande Amazon
que sur ce processus assez
critique », dit James Kornberg, Automatiser tous les
directeur de l’innovation au sein de
cette entité. transports des pièces
L’objectif ? Ne pas voir la réactivité
que doivent amener les nouveaux Et c’est aussi cette industrie qui
standards de travail mise en péril semble la plus en pointe dans le
par l’absence de maîtrise des flux déploiement des AGV (Automatic
de pièces. Guided Vehicles), ces véhicules
Dans l’automobile, des industriels autoguidés servant à déplacer
sont très avancés en matière des pièces dans l’usine. On en
de pilotage de leurs flux. Un dénombre par exemple environ
constat logique étant donné le 300 dans l’usine groupe PSA de
fonctionnement de cette industrie, Mulhouse, des véhicules couplés
où les constructeurs assemblent à un système de pilotage offrant
un grand nombre de pièces une visibilité sur les flux dans les
issues de sous-traitants. Mais ateliers. Selon le constructeur
ces industriels ont pourtant le hexagonal, les résultats de ces
sentiment de pouvoir aller encore déploiements sont encourageants,
plus loin. « Ma conviction ? On même s’ils se heurtent parfois à
devrait pouvoir mettre en œuvre des difficultés liées à la couverture
davantage d’actions préventives Wifi ou radio à basses fréquences,
sur le contrôle de la qualité en des réseaux employés pour faire
exploitant mieux les données sur dialoguer AGV et automates
la chaîne étendue, dit ainsi Yann industriels.

108
CHAPITRE 06
— Exploiter la donnée pour mieux gérer les flux dans et hors de l’usine

l’opérateur, les pièces étant livrées


« Notre objectif, à une échéance par AGV. « Toutes les avancées
pas si lointaine, est bien d’éliminer technologiques jugées matures
toute intervention humaine dans seront implémentées, dit Yann
le transport des pièces. Pour Vincent. Ce compactage de nos
le déchargement, le stockage, usines reste le chantier le plus
le picking - pour lequel on voit important, celui qui porte les gains
arriver de premières solutions économiques les plus significatifs
à base de cobots - et la livraison pour groupe PSA, même s’il s’agit
en bordure de ligne via des de projets lourds et complexes ».
AGV », avance Yann Vincent. Le Des gains issus de la réduction
rythme de déploiement de ces de l’emprise au sol, des frais de
technologies dépend toutefois maintenance, des coûts d’énergie
de l’environnement des usines. À ou encore des flux internes. À
Mulhouse, groupe PSA est ainsi Sochaux par exemple, groupe PSA
passé de deux à une seule ligne de compte supprimer des kilomètres
production, plus flexible. de convoyeur, compacter quatre
« Nous avons donc arrêté les lignes bâtiments de tôlerie en un seul,
de fabrication existantes pour rapprocher l’emboutissage de la
installer un nouveau processus tôlerie, passer de deux chaînes de
de montage, couplé à une révision montage réparties sur deux étages
des approvisionnements. Nous à une seule chaîne sur un étage
partions donc presque d’un unique. À la clef, des flux simplifiés
terrain vierge, plus propice à et automatisés.
une implémentation rapide
de nouvelles technologies
qu’un contexte d’amélioration Interfacer le système
progressive d’une installation »,
reprend le directeur industriel. de guidage des AGV
et le MES
Le groupe affiche une ambition
similaire pour l’usine historique
de Peugeot, à Sochaux. Le L’évolution des constructeurs
projet ‘‘Sochaux 2022’’ entend automobiles rejaillit évidemment
aboutir à une configuration du sur leurs sous-traitants, qui doivent
site se rapprochant de celle jongler avec les attentes de leurs
de Mulhouse, une plate-forme exigeants clients (consistant à
tractée supportant alors la mettre à disposition la bonne
voiture en cours d’assemblage et pièce dans le bon timing, avec

109
des produits de plus en plus L’intérêt pour les AGV s’étend
customisés). Faute de quoi ils également à Michelin, qui entend
doivent s’acquitter de lourdes progresser dans l’automatisation
pénalités. Pas étonnant dès des transports à l’intérieur des
lors de voir Faurecia se lancer usines. « Un sujet sur lequel
également dans une vague de nous avons buté pendant des
déploiement d’AGV. « Nous années, faute de technologies
étions jusqu’à récemment peu réellement satisfaisantes. Il y
équipés en la matière et avons pu a dix ans par exemple, il fallait
automatiser ainsi de nombreux modéliser très exactement l’usine
flux. La prochaine étape consistera pour que les chariots puissent
à mettre en place des flottes s’y déplacer. Aujourd’hui, les
d’AGV accomplissant de façon chariots découvrent eux-mêmes
autonome des missions complexes, leur environnement à mesure
composées de plusieurs tâches », qu’ils avancent, ce qui rend les
raconte Fabrice Gautier, directeur projets plus simples à mener »,
du manufacturing et de la chaîne assure Jean-Philippe Ollier, le
logistique de l’équipementier. Ce vice-président Manufacturing
dernier met toutefois en exergue Engineering du fabricant de
l’importance de la connexion du pneumatiques.
MES avec la solution de gestion
de flottes accompagnant les AGV.
« Si ce besoin n’est pas anticipé,
on va au-devant de grosses
difficultés, assure le responsable Géolocalisation : des
de l’équipementier automobile.
La question de l’interfaçage est promesses, mais encore
clef, particulièrement si les AGV des limites
doivent effectuer des missions
complexes. » Un interfaçage
d’autant plus essentiel que Fabrice Comme le notent toutefois
Gautier imagine, demain, nourrir plusieurs interlocuteurs que
un modèle opérationnel de type nous avons interrogés, la mise en
jumeau numérique avec les place de véhicules de transport
données temps réel issues de ces automatisés suppose, pour la
AGV. Afin notamment de simuler majeure partie des technologies
des scénarii de fonctionnement au existantes, une modélisation
sein d’une usine. des flux dans l’usine. « Donc
une certaine maturité des

110
CHAPITRE 06
— Exploiter la donnée pour mieux gérer les flux dans et hors de l’usine

processus industriels », dit ainsi usines s’avère pertinente ». Le


Dominique Maisonneuve, chef constructeur automobile espère
de projet Smart Industry de ainsi économiser « des sommes
Lacroix Electronics, une ETI conséquentes » sur un sujet où les
française spécialisée dans les pertes peuvent être importantes.
composants électroniques.
Même discours chez Jean- Renault imagine déjà aller plus loin
François San Carlos, le directeur avec une stratégie baptisée «Full
des opérations industrielles du track and trace», visant à assurer
groupe Beneteau (construction un suivi unitaire des pièces, des
navale) qui, s’il voit dans les AGV emballages et des véhicules au
la piste d’automatisation la plus sein de ses usines. « Il s’agit d’une
intéressante pour son activité, rupture assez fondamentale
prévient qu’il faut « en passer dans nos méthodes de travail,
par une clarification des flux et puisque nous allons aboutir à
de l’implantation des process une vision complète des pièces
industriels ». composant tel ou tel véhicule et
de leur provenance. Nous allons
Pour gagner en visibilité sur les commencer par taguer les pièces
flux internes, plusieurs industriels critiques et les emballages, sur
lorgnent vers la géolocalisation, la base des technologies RFID
de pièces, de conteneurs ou ou Lora », indique Éric Marchiol,
d’outillage. Un domaine où, malgré directeur de la transformation
la disponibilité de nombreuses digitale du manufacturing de
technologies ( WiFi, RFID, Renault. En 2018, le constructeur
computer vision), et le discours des au losange prévoit d’acheter 800
fournisseurs, plusieurs questions 000 emballages marqués par une
restent en suspens avant une puce. Si le sujet est porté par
généralisation des solutions. C’est le programme ‘‘Industrie 4.0’’, il
en tout cas l’avis de Yann Vincent, implique en réalité de nombreuses
le directeur industriel du groupe entités de l’entreprise. Car les
PSA : « pour l’instant, même si la scénarii d’utilisation sont multiples
technologie est au rendez-vous, : « cette source de données fiables
le bilan économique ne permet sur la manière dont une voiture
pas d’envisager un suivi pièce a été fabriquée pourra être
par pièce, depuis le fournisseur exploitée pour réduire les stocks,
jusqu’à nos lignes d’assemblage. améliorer les processus qualité
En revanche, une traçabilité des internes, mais aussi faciliter
emballages utilisés dans nos la maintenance après-vente

111
(compréhension des incidents, la surface considérable. Comme
campagnes de rappel...) », énumère Naval Group (l’ex-DCNS), qui y
le responsable. voit un moyen de réduire le temps
perdu à chercher l’outillage sur ses
sites industriels. La société entend
mener un premier test sur les
postes à souder. Même volonté du
Retrouver plus côté d’Air France KLM Engineering
& Maintenance, qui teste la
rapidement l’outillage géolocalisation tant en indoor
(dans ses hangars de maintenance)
qu’à l’extérieur (sur ses plates-
Chez les fournisseurs de l’industrie formes aéroportuaires). Même si
automobile, comme Faurecia, on les technologies sont souvent très
retrouve cette volonté de gagner différentes dans les deux cas. «
en précision dans le suivi des flux Pour l’instant, cette solution n’a
logistiques, via les données de pas été industrialisée, tant pour
géolocalisation. L’équipementier des questions de financement
mise sur la RFID, afin d’automatiser qu’en raison des évolutions très
le suivi des composants, lors rapides de cette technologie »
des réceptions ou envois de indique toutefois James Kornberg,
marchandises, mais aussi lors le directeur de l’innovation de
des changements de zones dans cette activité.
l’usine. L’enjeu ? Progresser sur la
réalité des stocks enregistrés dans
le système d’information. « Dans
la majeure partie de cas, nous
avons tagué des contenants qui Acquérir des données
passent sous des portiques pour
assurer leur suivi. Ce système de traçabilité sans
fonctionne aujourd’hui très bien », action des opérateurs
détaille Fabrice Gautier, directeur
du manufacturing et de la chaîne
logistique de Faurecia. Intervenant sur des métiers
Le suivi unitaire des pièces ou similaires, la direction du matériel
outillages intéresse également de la SNCF évalue également le
les activités d’assemblage ou de potentiel de la géolocalisation pour
maintenance, dont les opérations effectuer un suivi des flux dans ses
se déploient sur des ateliers à ateliers sans ajouter de contraintes

112
CHAPITRE 06
— Exploiter la donnée pour mieux gérer les flux dans et hors de l’usine

aux opérateurs. « Notre métier, qui l’instant l’implémentation d’une


consiste à partir d’un produit fini, solution combinant un bouton
pour le démonter, l’expertiser, le connecté en Lora et le RFID passif,
réparer, l’améliorer et le remonter, afin de réaliser de l’acquisition de
est assez particulier et soulève données sans tablette. « Notre
beaucoup d’enjeux de gestion de vision consiste à créer le jumeau
flux, souligne Benjamin Godreuil, le numérique de l’usine, pour qu’à
responsable du programme Usine tout instant, toute action dans le
du futur à la direction du matériel monde réel trouve son pendant
de la SNCF. Mais la géolocalisation dans un système d’information »,
indoor reste peu mature à ce jour ». plaide Benjamin Godreuil.
La compagnie ferroviaire teste pour

— Garantir la traçabilité grâce à la Blockchain

Les chaînes de blocs la crise du Fipronil, etc.»,


au service des labels énumère Marc Raffo, le
alimentaires ? C’est en tout directeur de la supply chain.
cas une piste sérieusement Aujourd’hui, Avril ne dispose
étudiée par le groupe agro- pas d’un système homogène
alimentaire Avril (qui compte de traçabilité : celle-ci est
des marques comme Lesieur assurée par des moyens
ou Puget). « L’apport de cette disparates, partiellement
technologie nous semble informatisés.
intéressant pour répondre La Blockchain pourrait fournir
à nos enjeux en matière de une réponse universelle à
traçabilité et d’origination : cette problématique.
origine de l’huile de palme « Reste à savoir avec
en respect de notre politique quelles technologies et
RSE, garantie de l’origine quels partenaires se lancer
française, voire régionale, de sur ce sujet en pleine
certains produits, absence effervescence… », tempère
d’OGM, traçabilité rapide le dirigeant.
et tangible des œufs après

113
Prédire la de premiers résultats en avril de la
même année, avec des prévisions

demande de fréquentation à la journée, à 7,


15 et 30 jours. Des jalons définis

grâce aux avec les opérationnels, afin de


toucher à la fois la production, la
supply chain et la planification,
technologies notamment en matière de RH.
« Pour l’instant, le modèle, qui
analytiques repose sur trois ans d’historique,
fournit des recommandations à
quatre gérants de restaurants,
en parallèle de leurs propres
De nombreux industriels sont prévisions. Ces gérants alimentent
confrontés à des problématiques aussi le système en entrant
de prévision de la demande. leurs propres données quand
Mais aussi des acteurs du ils sont en désaccord avec le
service, comme le groupe Elior modèle. Au fil des semaines,
(restauration collective). Pour grâce à ce mécanisme, nous
améliorer l’adéquation entre les avons vu les prévisions de
plats produits et la consommation l’algorithme se rapprocher des
des usagers de ses restaurants, hypothèses des gérants, qui ont
la société a lancé un prototype de plus en plus confiance dans les
basé sur un jeu de données recommandations du logiciel »,
collectées dans une dizaine reprend le CDO. Ce premier jalon
d’établissements. « Sur la base a permis au groupe, dès janvier
des tickets de caisse anonymisés, 2018, de lancer une extension du
mais aussi de données externes projet à vingt sites. Pour l’heure, les
(météo, jours fériés, etc.), prévisions sont livrées aux gérants
nous avons construit une via une interface Web, mais celles-
segmentation clients, identifiés ci ont vocation, à terme, à intégrer
des facteurs déterminants dans le système gérant la production,
la consommation des clients pour optimiser par exemple la
de nos restaurants et bâti un commande d’ingrédients.
premier modèle prédictif de
fréquentation », indique Frédéric Prédire le taux de prise des plats…
Lezy, le Chief Digital Officer donc réduire le gaspillage
(CDO) d’Elior. Commencé en
janvier 2017, cet effort a fourni

114
« Cette base nous permet Digital Officer. Elior a commencé
également de commencer à à collecter manuellement ces
travailler sur le taux de prise de informations dans 57 collèges, afin
plats, autrement dit leur niveau de mettre en place des modèles de
de consommation. Pour l’heure, suivi du gaspillage, mais également
nous disposons d’assez peu de de mesure des ruptures dans la
données réellement fiables sur ce disponibilité d’un plat. Car, dans
sujet : si Elior a informatisé depuis l’activité d’Elior, la lutte contre
longtemps ses recettes, celles- le gaspillage doit tenir compte
ci sont fréquemment adaptées de contraintes contractuelles.
localement. Nous avons lancé En particulier de l’obligation de
un projet de normalisation afin maintenir une offre diversifiée -
que les données récupérées en par exemple trois plats - jusqu’au
caisse reflètent bien la réalité des dernier client du dernier service.
assiettes, mais celui-ci prendra
nécessairement du temps dans
un groupe comptant quelque
20 000 restaurants dans le
monde », raconte Frédéric Lezy.
De premiers tests, réalisés via une
analyse de textes sur les tickets
de caisse, donnent des résultats
encourageants. En fonction des
recettes soumises par les chefs,
Elior a pu fournir des prévisions de
prise de plats qui se sont parfois
révélées fiables à 1 ou 2% près.

L’étape d’après ? Prévoir et limiter


le gaspillage, qui résulte tant des
plats délaissés sur les présentoirs
que des aliments jetés à la
poubelle par les consommateurs.
« Si cette information est
très attendue, notamment en
restauration scolaire, elle reste
difficile à produire, car nous
ne disposons pas de données
sur le sujet », relève le Chief

115
Æ
Æ07
116
> CHAPITRE 07

Demain,
modéliser le
produit et
l’usine dans
un jumeau
numérique ?

117
> CHAPITRE 07

La collecte et l’agrégation numérique lors de phases


de données sans cesse de montage et d’assemblage
plus nombreuses amène afin de diminuer les erreurs,
les industriels à réfléchir à fourniture d’un avatar 3D
des avatars numériques de pour améliorer l’exploitation
leurs usines et processus d’un équipement lourd,
de production, souvent comme un bateau ou un
proposés au sein d’interfaces bâtiment. A ce jour, le coût
en 3D. Pour l’heure, des de la technologie reste un
questions subsistent quant frein à sa généralisation.
à la pertinence réelle Même si certains secteurs
de cette technologie en ont déjà dépassé le stade
production, via l’intégration de l’expérimentation. Le
des données de la logistique bâtiment est ainsi attiré par
et de la fabrication. Mais les progrès en termes de
les industriels testent des qualité que pourrait amener
cas d’usage plus ciblés : le jumeau numérique sur des
modélisation de l’outil de chantiers où se succèdent
production pour faciliter la de multiples intervenants.
maintenance ou améliorer On parle de BIM (Building
la formation des opérateurs, Information Modelling).
utilisation de la maquette

118
En consolidant peu à peu des en train de reproduire, dans le
données sur leurs machines, leurs virtuel, la réalité de leurs processus
flux à l’intérieur des usines, leurs de fabrication. Logiquement,
opérateurs ou leurs actions de l’industrie anticipe la naissance
maintenance, les industriels sont de doubles virtuels des usines,

119
avatars numériques 3D au sein Un avatar numérique
desquels il serait aisé de tester de du produit
multiples scénarii d’optimisation.
Voire de laisser une intelligence
artificielle décider de la meilleure Pour le spécialiste de l’industrie
implantation des machines, navale de défense, le jumeau
du séquencement optimal des numérique a aussi un sens pour les
opérations ou des flux internes aux produits qu’il conçoit. En proposant
usines. On peut même imaginer un avatar de ses vaisseaux,
que la reprogrammation des robots l’industriel offrirait à ses clients un
associés à l’avatar numérique soit outil facilitant la maintenance. « Ce
elle-même automatique, afin de sujet fait l’objet d’un programme
déployer les optimisations déduites à part entière au sein de Naval
par les IA. Group, un programme appelé
Virtual Ship. L’idée consiste bien
Science-fiction ? Certes, à fournir non pas un double 3D
cette vision n’est aujourd’hui figé né au bureau d’études, mais
concrétisée chez aucun des bien le reflet du bâtiment tel
trente-cinq industriels que nous qu’il a été construit et tel qu’il a
avons interrogés longuement évolué par la suite, après sa mise
pour réaliser cette étude. Mais en service. Pour ce faire, nous
elle est bel et bien esquissée imaginons d’exploiter les capteurs
chez plusieurs d’entre eux. Par positionnés sur les équipements
exemple, chez Naval Group, embarqués », reprend Stéphane
l’ex-DCNS, qui réfléchit à des Klein. Le programme Virtual Ship
jumeaux numériques de ses sites est aussi couplé à un volet de
industriels. « Par nature, notre maintenance prédictive, basé
activité est cyclique : optimiser les sur des comparaisons entre le
sites en fonction de la charge de fonctionnement prévu et les
travail présente donc un potentiel données remontant des bâtiments
intéressant, explique Stéphane en service. Comme l’illustre le
Klein, responsable maîtrise cas de Naval Group, la logique
d’ouvrage Usine du futur de de jumeau numérique d’un
l’industriel. Ce projet pourrait être produit permet aux industriels
couplé, demain, à une supervision d’imaginer de nouveaux services,
de l’état de nos machines outils, transformant le produit en plate-
mais aussi à une géolocalisation de forme technologique offrant un
nos équipements. » accès direct aux clients finaux,
notamment dans la grande

120
CHAPITRE 07
— Demain, modéliser le produit et l’usine dans un jumeau numérique ?

consommation. On peut aussi y Seulement pour


voir un atout commercial dans la les décisions
compétition mondiale.
S’il ne cible pas une modélisation structurantes ?
3D de ses sites pour l’instant,
Total travaille aussi à un projet
de jumeau numérique. « Nous Si les perspectives qu’ouvrent
voulons construire un portail les jumeaux numériques sont
de la donnée statique ou temps enthousiasmantes, certains
réel, détaille Thierry Adolphe, doutent encore de leur capacité
directeur digital pour l’industrie réelle à transformer les activités
au sein du groupe pétrolier. Ce industrielles. Notamment quand
projet, baptisé Quantum, implique il s’agit de modéliser des activités
un management de la donnée temps réel. « Car les jumeaux
assez pointu, pour consolider, numériques ont vite fait de
dans une base unique, tous types s’éloigner de la réalité, fait valoir
de données : fiches techniques, Yann Vincent, directeur industriel
spécifications, plans de régulation, du groupe PSA. La configuration
plans d’instrumentation, modèles d’une usine évolue rapidement
3D d’équipements, etc., mais dès qu’on descend dans les détails,
aussi données temps réel issues or c’est à ce niveau que se situent
de la production ou données les enjeux de performance. La
transactionnelles. » Quantum doit modélisation 3D a du sens pour
permettre de gérer les impacts les décisions structurantes, mais
d’une modification sur les éléments beaucoup moins quand on tente
connexes. Avec des enjeux majeurs de l’utiliser en continu ».
tant en termes d’efficacité de la
maintenance que de simplicité Dans les faits, les premières
des transitions entre conception initiatives sur le terrain sont, de
et production. Reste qu’il s’agit toute façon, assez ciblées. Il s’agit
là d’une initiative complexe, par exemple de modéliser un
nécessitant la participation de processus à des fins de formation,
toutes les équipes d’un site, de fournir à l’ingénierie un outil
reconnaît-on chez Total. Pour pour réfléchir à l’implantation des
l’heure, les équipes chargées machines, de valider la conformité
de l’innovation cherchent un d’un équipement ou encore
site pilote pour démontrer les d’étudier l’ergonomie des postes
bénéfices du concept au sein du de travail. Par exemple, l’activité
groupe. lames de rasoir de Bic réfléchit à

121
créer, dans son PLM, des doubles afin d’éviter les erreurs de montage
numériques de ses machines. provenant d’interprétations
« La transition est en cours et je erronées des plans. « Avec un
souhaiterais que cette logique soit montage ‘‘bon du premier coup’’,
étendue à la partie électrique et nous pensons pouvoir économiser
même aux programmes de nos quelques millions d’euros, raconte
automates, détaille Yves-Marie Stéphane Klein. Aujourd’hui, un
Lecomte, le directeur ingénierie projet pilote a été lancé sur le site
automatisation & électricité de Lorient, et nous pensons mettre
de l’usine Bic de Longueil- l’application en production dès
Sainte-Marie (Oise). Cela nous la mi-2018, en la focalisant sur le
permettrait de disposer d’une placement des tuyaux à l’intérieur
vraie maquette numérique des navires ».
de l’outil de production et d’y
embarquer les dossiers des Le chimiste Solvay modélise, lui,
machines, ce qui serait un atout en ses procédés de fabrication et
particulier sur le volet relatif à la salles de contrôle afin d’entraîner
conformité réglementaire ». les opérateurs, de tester les phases
de transition sur les procédés ou
encore d’améliorer le système
de contrôle. « Comme dans
Préparer les opérateurs l’aviation, l’un des enjeux est,
ici, de préparer les opérateurs
à réagir aux incidents à réagir aux incidents, dans
un contexte où la fiabilité des
installations ne leur permet plus
Très actif sur le sujet, Naval Group a de maintenir ces connaissances,
développé une première application explique Thierry Cartage, directeur
de réalité augmentée couplée au de la performance industrielle
jumeau numérique des navires. des process et du digital au
Celle-ci projette dans le réel la sein du groupe de chimie.
maquette en 3D du bâtiment, sur Mais les jumeaux numériques
des tablettes, voire des lunettes restent difficiles à généraliser,
connectées. L’idée directrice ? en raison des coûts élevés de
Libérer les mains des chaudronniers cette technologie, car il faut
ou électriciens, qui interviennent à la fois modéliser le procédé
à l’intérieur des navires en physico-chimique et la salle de
construction. L’application les aide contrôle ». Solvay travaille sur
à contrôler le placement des pièces, un jumeau pour ses usines de

122
CHAPITRE 07
— Demain, modéliser le produit et l’usine dans un jumeau numérique ?

silice, au nombre de huit dans le de temps en temps, d’une


groupe. Une mutualisation qui opération de démontage et
permettra d’amortir les coûts remontage impliquant quelque
fixes et de trouver un retour sur 2 000 personnes. Ou de son
investissement au projet, dans utilité en fonctionnement
l’optimisation des réactions de courant, pour améliorer la
l’installation et la réduction des sécurité des opérateurs ou
temps de formation. mieux gérer des contrats avec
des prestataires. « Par exemple,
les avatars numériques seraient
Les coûts très utiles lors de la commande
d’échafaudages. En raison de
d’investissement difficultés qui apparaissent lors de
freinent les avatars l’installation de ces équipements,
ces contrats aboutissent très
souvent à de nombreux et coûteux
Indubitablement, la question des avenants, illustre le responsable.
coûts de construction des jumeaux Partir d’un modèle 3D permettrait
numériques handicape pour de passer des commandes plus
l’instant leur déploiement. Comme précises ». Car, dans le monde
le remarque également Olivier virtuel, une simulation ne coûte
Renvoisé, Lead digital operation rien ou presque. A condition
chez Engie Digital. Si le groupe d’avoir fait l’effort de bâtir cet
français réfléchit à la création univers parallèle.
de jumeaux numériques 3D de
ses usines thermiques, les coûts
d’investissement pèsent lourds
dans la balance. « Même pour
des unités de production neuves
comme celles que nous mettons
en service au Moyen-Orient ou
au Chili, car il s’agit de réponses à
des appels d’offres. Or, construire
un jumeau numérique vient
invariablement gréver le budget »,
remarque Olivier Renvoisé.
Et ce, même en tenant compte de
la pertinence de cette technologie
pour ces usines faisant l’objet,

123
— Certifier des maquettes numériques et non plus
des produits ?

En permettant d’explorer des systèmes actifs, comme


plus amplement les domaines des voitures autonomes,
d’usage d’un produit que des apparaît bien plus complexe,
tests classiques, la simulation relève Laurent Midrier, le
numérique apparaît comme vice-président stratégie et
un outil complémentaire pour innovation de la société.
délivrer des certifications. On est ici face à des sujets
C’est en tout cas l’avis de passionnants. D’autant que
Bureau Veritas, qui certifie des produits comme les
déjà la fiabilité de simulations voitures autonomes sont
effectuées par ses clients aujourd’hui sur le chemin d’un
sur des calculs de structure déploiement massif au sein
(ponts, bâtiments...). « Mais de nos sociétés ».
adopter cette logique sur

124
BIM : la déconstruction du bâtiment,
en intégrant les contraintes

quand le réglementaires inhérentes


à cette fin de vie », indique

bâtiment se Frédéric Toquin, le directeur du


digital, qui mise pour ce faire,
sur un BIM (Building Information
reconstruit Modeling, soit la modélisation
des données du bâtiment) suivant
sur le jumeau pas à pas toutes les phases
de la construction. « Car, dans
numérique nos métiers, les tolérances
sont de l’ordre de la dizaine de
centimètres. Bâtir le plan 3D d’un
Encore au stade de la vision ou bâtiment ne suffit donc pas, il
de l’expérimentation dans l’usine, faut l’adapter au fil du chantier
le jumeau numérique intéresse pour réconcilier réalité et jumeau
aussi des secteurs comme le numérique », note-t-il. C’est cet
bâtiment. Car il répond à plusieurs avatar 3D que Quartus prévoit
besoins bien identifiés dans cette de remettre à la copropriété et
industrie. En particulier dans la aux habitants lors de la livraison
vente en VEFA (vente en l’état d’un bâtiment, afin de simplifier
futur d’achèvement), où il permet son exploitation ultérieure. Et le
déjà d’améliorer la relation client, promoteur imagine aussi, à l’avenir,
en projetant les acheteurs dans intégrer au bâtit des capteurs qui
leur futur appartement ou maison transmettront des données en
et en leur offrant la possibilité de temps réel au modèle 3D, afin
modifier certains éléments. Mais d’effectuer de la maintenance
ses bénéfices vont bien au-delà. préventive.
C’est en tout cas le pari que fait
Quartus, un jeune promoteur L’adhésion de tous : du directeur
immobilier (la société a été créée de l’opération à l’artisan
fin 2016), qui mise clairement sur
cette technologie. Le promoteur a lancé plusieurs
PoCs (proof-of-concept) de son
« En réalité, c’est l’ensemble système de BIM au cours du
de la vie du bâtit qu’il s’agit premier semestre 2018 : deux
d’accompagner : de la création sur dans le résidentiel, un dans le
plan, à la construction et jusqu’à tertiaire et un dernier sur un

125
entrepôt logistique. « L’enjeu de est censé permettre de simuler,
ces tests consiste à faire émerger dans la durée, l’avancement des
la valeur d’une solution de travaux et de vérifier la conformité
centralisation de données pour tout au long des opérations. Et ce,
l’ensemble des utilisateurs, du de façon très visuelle. En parallèle
directeur de l’opération à l’artisan de vérifications humaines, Quartus
qui pose le parquet, observe étudie l’utilisation de petits robots
Frédéric Toquin. Car on ne pourra pour des contrôles en continu, via
avoir des données à jour que si par exemple de la prise de côtes.
tous les utilisateurs adhèrent à la « Ce qui nous permettra aussi,
démarche ». D’où la construction dans le BIM, d’effectuer des
d’interfaces tactiles simples évaluations des prestataires et
d’emploi. fournisseurs », relève Frédéric
Toquin. Pour Quartus, amener une
« Même si les workflows seront information à jour sur les délais
différents de ceux de l’industrie, et sur le contrôle qualité doit
c’est bien une usine de création contribuer à réduire le nombre
d’un bâtiment, associée à un de réserves le jour de la livraison.
configurateur, qui est en train Les premiers ‘‘bébés’’ Quartus, des
d’être mise sur pied. L’objectif programmes conçus d’emblée sur
est d’entrer dans un processus ce modèle, doivent débuter leur
de construction identique à ceux commercialisation en 2018, avant
en vigueur dans l’industrie, en d’être construits.
intégrant la chaîne d’achats », « Nous allons alors pouvoir
reprend le directeur du digital. Une mesurer les gains réels qu’amène
approche radicalement nouvelle le BIM, sur la qualité des
dans le bâtiment. En maîtrisant réalisations d’abord. Nous ne
mieux ses achats, Quartus espère travaillerons à réduire la durée
parvenir à une parfaite adéquation des chantiers que dans un second
entre la commande et le réalisé, temps », assure le directeur du
diminuant ainsi les problèmes de digital.
maintenance par la suite.
Dans le tertiaire et la logistique,
D’abord améliorer la qualité des autres marchés où opère
bâtiments Quartus, les clients ont perçu
assez rapidement les promesses
Le BIM doit également servir à du BIM et de son association à
mieux gérer l’ordonnancement des des capteurs surveillant l’état du
opérations sur le chantier. Car il bâtit (température, luminosité,

126
surveillance de la ventilation, flux de traitement. Effectuer
etc.). En particulier en raison des 50 simulations en 3D coûtera
gains en exploitation qu’il laisse toujours moins cher qu’en faire
entrevoir. « Disposer d’un avatar 3 ou 4 sur plans », glisse Frédéric
3D a déjà été un plus indéniable Toquin.
auprès de clients comme UPS
ou Amazon, qui ont besoin de
solutions de ce type pour simuler
l’intégration de machines dans
un entrepôt et modéliser les

— Le BIM comme cheval de Troie marketing

Pour Saint-Gobain, l’intérêt plafonds, les canalisations


des acteurs du bâtiment ou encore le comportement
pour le BIM est avant tout… thermique d’un bâtiment. Ces
une opportunité marketing. développements permettent
Le groupe met à disposition au groupe de mettre en avant
des architectes, bureaux ses produits très tôt dans le
d’étude ou promoteurs une processus de production d’un
bibliothèque de composants bâtiment.
- la version numérique
de ses produits couplée
à leurs caractéristiques
techniques -, ainsi que des
outils de modélisation pour
les façades, les cloisons, les

127
Dans le monde virtuel,
une erreur ne coûte rien ou presque
Dans le cadre de la numérisation de ses activités, l’usine de
variateurs de vitesse Siemens à Congleton (Grande-Bretagne)
mise largement sur la réalité virtuelle et les jumeaux numériques.
Pour accélérer les phases de conception, des produits mais aussi
des processus industriels. Mais aussi pour modéliser l’ergonomie
des postes de travail.

Installée en 1971 à Congleton, à Pour y remédier, l’unité se lance


une quarantaine de kilomètres de dans un programme visant à
Manchester, l’usine de Siemens accélérer ses efforts dans le Lean
Reportage

fabriquant des variateurs de Manufacturing, efforts entrepris


vitesse n’est pas passée loin d’un dès 2000. Objectif principal : faire
destin funeste lors de la crise progresser la productivité de 5,5 %
de 2008-2010. Environ 200 par an en s’appuyant en particulier
personnes prennent alors la porte. sur les technologies de l’Industrie
Les indicateurs de production 4.0. C’est la stratégie Congleton
ne sont alors pas au niveau des 2020, qui se décline en 10
meilleures usines du groupe initiatives stratégiques et qui a valu
industriel allemand. à l’usine plusieurs reconnaissances
internationales. « Une façon aussi
d’affirmer en interne : comment
pourrait-on fermer une unité ainsi
reconnue par des organismes
indépendants ? », glisse une
employée, qui retrace cette histoire
au sein du centre d’expérience
client qu’a monté l’usine
britannique.

Au total, la direction de Congleton,


qui voit le Lean Manufacturing
comme un préalable à tout

128
projet dans l’Industrie 4.0, dit son ensemble. En particulier, cet
dépenser environ un quart de son outil est exploité pour ce que les
budget d’investissement dans la équipes de Siemens appelle le
numérisation de ses ateliers. L’usine Lean Cell Design. « Cette activité
emploie aujourd’hui quelque 500 consiste à faire travailler des
employés, dont plus de 70 dans la opérateurs une semaine ou deux
R&D de produits. sur le redesign de leur unité de
production, à l’intérieur de la
Individualiser le traitement des chaîne », détaille Adrian Webster,
produits par la RFID en charge de la transformation
digitale à Congleton. Le passage de
Congleton 2020 tente notamment cette activité dans le monde virtuel,
de pousser l’automatisation, portée en tout cas pour une large partie,
en particulier par l’identification a permis d’en réduire la durée
individuelle des circuits imprimés globale.
qui constituent le système
cœur des variateurs. Plusieurs
dizaines de variantes de ces
cartes électroniques circulent
simultanément sur la chaîne
de production, sur un socle de
transport marqué d’une puce RFID.
Ce qui permet de personnaliser
traitements de finitions et tests
de qualité sans intervention d’un
opérateur. Pour faire progresser la
digitalisation de l’atelier, Congleton
pioche également largement dans
le portefeuille logiciel de sa maison
mère. En matière d’IoT, avec la
plate-forme Mindsphere. Mais Evaluer les nouveaux
aussi en matière de modélisation. équipements… en 3D

L’usine de variateurs de vitesse Mais, pour Adrian Webster,


est ainsi équipée d’une salle l’objectif est d’aller bien au-delà.
de réalité virtuelle permettant Vers une conception complète
de déployer différents scénarii, dans le virtuel des produits, des
allant du design de produits à postes de travail, en passant par les
la configuration de l’usine dans processus de production, les flux à

129
l’intérieur de l’usine ou l’ergonomie évidemment, le potentiel de la
des tâches confiées aux opérateurs. technologie est particulièrement
Même si l’expert reconnaît que intéressant pour designer
Congleton en est encore aux simultanément un produit et le
prémices de cette transition vers processus de production associé.
les jumeaux numériques, modéliser « 70 % de la simplicité de
la complexité d’une usine restant production d’un produit réside
un travail de (très) longue haleine. dans sa conception », rappelle
« Mais, de plus en plus, quand Andrew Peters.
nous évaluons un équipement, nos
ingénieurs demandent son jumeau
3D. Récemment, nous avons ainsi
pu répondre à une quarantaine de
questions sur un nouveau modèle
de convoyeur sans perturber
la production », illustre Adrian
Webster. Surtout, le virtuel permet
Reportage

de faire tourner de multiples


simulations à un coût proche de
zéro : « dans le virtuel, éliminer des
erreurs ne coûte rien ». Il en va
évidemment tout autrement dans
le monde réel, où chaque arrêt de
la production entraîne des pertes
substantielles pour un industriel. Optimiser l’espace dans l’usine

Pour Andrew Peters, le directeur Pour ce dernier, l’investissement


de l’usine de Congleton, l’usage consenti dans la salle de réalité
de la réalité virtuelle permet virtuelle il y a quatre ans a été
aussi d’instaurer une culture de amorti en 18 mois à 2 ans. Autour
la transformation au sein de ses de quatre usages principaux :
équipes. « C’est essentiel à un le développement de nouveaux
moment où, avec la révolution produits – et les interactions avec
de l’Industrie 4.0, la direction clients et fournisseurs associées
que nous devons prendre reste à cette étape - ; le design d’unités
peu claire et où nous ignorons de production (Lean Cell Design)
encore largement quels sont les ; l’implantation des équipements
emplois et compétences dont nous dans une usine qui – c’est une
aurons besoin demain », dit-il. Et, particularité de Congleton - ne

130
dispose d’aucune marge de numérique, de la conception à la
manœuvre pour s’étendre ; et, logistique, en passant par toutes
enfin, la sécurité et l’ergonomie les étapes de production.
des postes de travail, afin de
prévenir accidents et TMS (troubles
musculo-squelettiques).

Pour l’heure, si la modélisation


est largement employée lors
des phases de conception, la
perspective de son usage en
production demeure lointaine,
même si certaines données temps
réel sont exploitées pour simuler
le fonctionnement de l’usine
dans le jumeau numérique. Pour
Congleton, la priorité réside plutôt
dans l’intégration du PLM, de l’ERP
et du MES. « Prendre les données
des systèmes de conception
pour les amener sous forme
numérique dans l’atelier, personne
ne fait encore cela aujourd’hui
ou presque !, dit Andrew Peters.
Et cette intégration de bout en
bout n’est pas très mature sur
le plan technologique. » Elle
devient pourtant stratégique pour
Congleton, qui s’apprête à lancer
un nouveau produit accessible dans
des milliers de variantes aux clients.
« Non plus de la customisation
sur la base de modules optionnels
décrits sur catalogue, mais
bien de la production à la
commande sortant dans la journée
de l’atelier », résume le directeur
de l’unité. Une nouvelle logique qui
appelle une plus grande continuité

131
ÆÆ
PARTICIPANTS

132
> PARTICIPANTS

Biographies

133
de la transformation du métier des
10 000 contrôleurs et des 3 000
agents d’escale.
En mai 2015, elle entre à l’hôtel
Matignon et devient Chef du pôle
économique en charge des affaires
budgétaires, fiscales, industrielles
et numériques auprès du 1er
ministre, Manuel Valls.
Elle quitte Matignon en décembre
— Maud Bailly dernier pour rejoindre l’Inspection
Diplômée de l’ENA, Maud Bailly Générale des Finances où elle
débute sa carrière en 2007 à dirige une mission sur les enjeux
l’Inspection Générale des finances. du véhicule connecté.
En 2011, elle rejoint la SNCF et En avril 2017, Maud Bailly est
est nommée Directrice de la Gare nommée Chief Digital Officer,
Paris-Montparnasse, ainsi que en charge du Digital, de la
Directrice déléguée de l’animation Distribution, des Ventes et des
du produit TGV sur la région de Systèmes d’information, et membre
Paris Rive Gauche. En 2014, elle du comité exécutif du groupe
devient Directrice des trains, en AccorHotels.
charge de l’animation du réseau et

ventes, Responsable Maintenance


des avions long courrier d’Air
France avec 75 personnes,
Responsable Produit et Business
Développement du produit
Aérostructures avec 50 millions
d’euros de chiffres d’affaire.
James Kornberg est maintenant
Directeur Innovation d’Air France
Industries KLM Engineering and
— James Kornberg Maintenance.
Avec plus de 20 ans d’expérience
sur des fonctions de marketing et

134
PARTICIPANTS
— Biographies

expérience dans la création d’un


accélérateur pour BNP Paribas.
Il est passionné par la gestion de
l’innovation dans les entreprises,
de la phase d’idéation aux tests
de l’idée avec le client jusqu’à
la phase d’industrialisation. Ses
sujets de prédilections couvrent les
programmes d’innovation et de la
relation grands groupes/startups.
— Hugo Delabie
Responsable innovation chez
Aramisauto avec une précédente

la direction d’un site en France puis


en Pologne.
Il poursuit sa carrière chez
Faurecia comme Directeur de
Production sur un énorme site de
production dans les mécanismes
de sièges d’automobiles et produits
d’horloger a très haut volume.
Fort de cette expérience, le
Groupe Faurecia le nomme
— Jean-François San alors Directeur des opérations
internationales des mécanismes de
Carlos sièges. 8 usines mondiales de 400
Issu d’une formation ingénieur
à 1500 personnes.
SUPELEC, Jean-François San
C’est en décembre 2016, qu’il
Carlos a commencé sa carrière
intègre le Groupe Beneteau en
chez groupe PSA et y a occupé
tant que Directeur des opérations
différents postes pendant plus de
industrielles afin d’améliorer leurs
10 ans.
performances en matière de
Il a ensuite rejoint le Groupe
Sécurité, Qualité, Délais et bien sûr
Brandt en qualité de Responsable
performance économique.
de Production puis Directeur
d’usine. En 2005, en entrant chez
Valeo il prend alors successivement

135
projets de R&D, de conception et
d’industrialisation d’équipements
de contrôle et de machines
spéciales, avec un déploiement à
l’international.
Ses différents projets, initialement
axés sur la conception mécanique
et optique, l’ont rapidement amené
à intégrer des systèmes complexes,
alliant automatisme, robotique,
— Yves-Marie Lecomte vision et informatique industrielles.
Yves-Marie Lecomte est Depuis 2009, il conçoit et met
responsable du pôle électricité & en œuvre l’architecture de réseau
automatisme chez BIC Rasoirs. industriel et les outils permettant
Entré en 2008 au sein du de faire converger automatisme et
département Lames, il conduit des systèmes d’information.

observe depuis près de 14 ans les


grandes évolutions technologiques
du monde industriel ainsi que
les impacts et opportunités
commerciaux liés. Fort de sa
double formation commerciale-
marketing et technologique, il met
aujourd’hui cette expérience en
dirigeant le programme industrie
4.0 pour l’ensemble des entités
— Pascal Laurin de Bosch en France et mixe
Directeur Industrie du futur 4.0 avec passion, les technologies
pour Bosch France, Pascal Laurin innovantes avec les opportunités
est un pionnier de la mécatronique commerciales de la digitalisation
au sein du groupe Bosch et pour la réussite et l’excellence de
de la profession (Président l’industrie du futur 4.0 en France.
mécatronique ARTEMA/FIM), il

136
PARTICIPANTS
— Biographies

Entreprises de Bercy.
Il rejoint l’entreprise Bureau
Veritas en 2008 dans laquelle il
a été successivement en charge
des activités nucléaires jusqu’en
2012, puis de la stratégie et
la performance pour l’activité
industrie de 2012 à 2014, et
est actuellement Vice Président
en charge de la stratégie et de
— Laurent Midrier l’innovation du groupe depuis
Diplômé de Mines ParisTech et 2014. Dans le cadre de ses
de l’École Normale Supérieure, responsabilités actuelles, il a piloté
Laurent Midrier a commencé le plan 2020 de l’entreprise et des
sa carrière, en 2001, au sein du lancements de services innovants.
Ministère de l’Environnement en Par ailleurs, Laurent Midrier
charge du contrôle des installations est au board du cluster Eureka
classées en Midi Pyrénées où Eurogia consacré aux énergies
il a été confronté aux suites de décarbonnées, et participe
l’explosion de AZF. Il a ensuite activement à l’initiative Factory Lab
rejoint la Direction Générale des sur l’industrie 4.0.

a développé de solides
compétences en développements
et industrialisation de produits
électroniques. Il a travaillé pendant
10 ans dans la production
électronique (Sagem, Sagemcom,
BMS Circuits) pour différents
clients (Ingenico, Aastra, GE,
Coyote, etc.). Il a ensuite rejoint
Coyote en mai 2014 en tant que
— Aurélien Dargirolle Directeur Adjoint Produits avant sa
Diplômé de l’ESIEE spécialisation nomination comme Directeur des
Génie des Systèmes de Opérations en juin 2015.
Production, Aurélien Dargirolle

137
digitales, Frédéric Lezy a
essentiellement travaillé dans les
secteurs de la Distribution des
Biens de Grande Consommation. Il
dispose de compétences expertes
en stratégie digitale, gestion
de projet et CRM, y compris
dans des contextes difficiles. Un
professionnel du marketing avec
de bonnes connaissances en IT, en
— Frédéric Lezy somme.
Fort d’une longue expérience
internationale à des fonctions

chimiques pour le compte de


TECHNIP puis de centrales
électriques pour le compte d’Engie.
Il a ensuite occupé différents
postes de DSI au sein d’entités
d’Engie dédiées à la production
d’électricité, assurant toujours le
lien entre l’informatique temps réel
et celle de gestion.
Depuis 2016, il a rejoint l’entité
— Olivier Renvoisé Engie Digital pour diriger le
De formation d’Ingénieur en programme en charge de la
Instrumentation et Automatisme, transformation digitale des actifs
Olivier Renvoisé a débuté sa industriels du Groupe Engie.
carrière en participant à la
construction & démarrage d’usines

138
PARTICIPANTS
— Biographies

le secteur de l’ingénierie du groupe


motopropulseur, Fabrice Gautier
rejoint Faurecia en 2013 au poste
de chef de programme dans la
business groupe Emission Control
technologies. Depuis 2016, il est
en charge, pour le groupe, de
la coordination de l’innovation
manufacturing et supply chain.

— Fabrice Gautier
De formation Ingénieur généraliste,
après dix années chez Renault dans

groupes industriels internationaux


(notamment Arcelor, Legris
et Gorgé), spécialisés dans la
réalisation d’usines de production
clés en mains et d’équipement
de procédé, en France comme à
l’international.
En 2011, il a rejoint Fives, au
poste de Directeur Général de
Fives DMS, une filiale du groupe
— Yannick Leprêtre Fives spécialisée dans la réalisation
Yannick Leprêtre est ingénieur, d’équipements de procédé pour
diplômé de l’École Polytechnique. l’industrie sidérurgique, avant
Il détient également un doctorat en de devenir en 2014 Directeur
métallurgie. Technique de la division Metal
Au cours de sa carrière, Yannick Cutting | Composites. Depuis
Leprêtre a exercé la fonction de 2016, il est Chief Innovation
Directeur Général de différentes and Digital Officer (Directeur
unités opérationnelles de plusieurs Innovation et Digital) du Groupe.

139
un passage chez A.T Kearney, il
retrouve les équipes de Capgemini
Consulting en 2011 au sein du
secteur Grande Consommation, de
la Distribution et du Luxe, où il a
développé deux grandes valences
autour de la transformation
d’entreprise et du Digital de ce
vaste secteur : les Opérations
– avec une prédominance pour
— Marc Raffo des sujets de Supply Chain, et
Marc a découvert le métier l’Expérience Client.
de consultant chez Andersen Marc a rejoint le Groupe AVRIL en
Consulting en 1989 avant de novembre 2016 comme Directeur
passer 3 ans dans l’industrie du Supply Chain Groupe au sein
packaging. Il s’y occupe déjà de de l’équipe de la Direction des
performance opérationnelle, de Opérations. Il a principalement en
qualité et de stratégie industrielle. charge de définir la stratégie de
Il sera ensuite, pendant près l’ensemble des Supply Chains du
de 7 ans, un des acteurs de groupe, ainsi que les meilleures
l’aventure entrepreneuriale avec la trajectoires pour attendre
création de Kea&Partners. Après l’excellence dans ce domaine.

Il rejoint ensuite l’industrie de la


construction navale en 1995 en
entrant dans le groupe Alstom
Division Marine / Chantiers
de l’Atlantique où il occupe
différents postes .dont celui de
Responsable du Département
Études Électricité/Automatisme,
Responsable Etudes (tous
métiers) pour la construction d’un
— Stéphane Klein paquebot et enfin Directeur R&D
Stephane Klein a été diplômé de de STX France SA
chez Supelec en 1991. Il a débuté Il a rejoint Naval Group le 1er Juillet
sa carrière chez ESSO SAF (Groupe 2018 pour prendre la direction du
EXXON) en tant que chef de projet programme Usine du Futur.
Telecom/ System d’Information.

140
PARTICIPANTS
— Biographies

Elle débute sa carrière en 2007 au


poste de Product Manager chez
Affinion International.
En 2010, elle devient Head of
Product et puis est promu Head of
Marketing en 2012.
Par la suite, elle rejoint HomeServe
en 2015 en qualité de Chief
Innovation Officer puis devient
Chief Digital & Innovation Officer
— Linda Ghodbani en 2017.
Linda Ghodbani est diplômée
d’un Master Marketing et
Développement Commercial à
l’Université d’Auvergne en 2006.

Directeur Digital et Multi-Accès


pour MMA où il a pris en charge
la refonte du site [Link] et des
espaces clients. Il a d’abord fait
ses preuves chez SFR et Orange
après avoir été diplômé de l’ISEP
en 1995.

— Arnaud Julien
Arnaud Julien est Directeur
Innovation et Digital chez Keolis
depuis 2015. Il était auparavant

141
fonctions électroniques pour des
secteurs tels que l‘aéronautique,
la défense, le médical, ou
l’automobile.
Le programme ‘‘Industrie du
Futur’’ repose principalement sur
l’automatisation, la digitalisation
des process et l’exploitation de la
Data.
Ingénieur de production, diplômé
— Dominique du CNAM-ITII, Dominique
Maisonneuve a débuté sa carrière
Maisonneuve comme chef de projets en
Dominique Maisonneuve est
industrialisation chez MAGNETI
chargé du déploiement du
MARELLI, a rejoint le Groupe
programme Industrie du Futur pour
LACROIX en 2005 pour y
Lacroix Electronics.
structurer la démarche projet.
LACROIX Electronics conçoit,
industrialise et fabrique des

le domaine de la génération
automatique de textes...
Son goût pour l’innovation et
les nouvelles technologies l’ont
amenée à évoluer vers les
supports digitaux et à s’orienter
vers le webmarketing. Elle
s’attache aujourd’hui à nouer
des partenariats innovants plus
particulièrement dans le domaine
— Nadine Aniort de l’internet des objets.
Nadine Aniort est adjointe du a 1500 personnes.
Directeur Marketing chez Meteo- C’est en décembre 2016, qu’il
France. Après une maîtrise intègre le Groupe Beneteau en
universitaire de physique et tant que Directeur des opérations
un diplôme d’ingénieur en industrielles afin d’améliorer
météorologie, elle a occupé divers leurs performances en terme de
postes au sein de l’établissement Sécurité, Qualité, Délais et bien sur
: développeuse en statistiques performance économique.
appliquées, chef de projets dans

142
PARTICIPANTS
— Biographies

et guides, Alain Cuq a rejoint la


Direction Digitale du Groupe lors
de sa création en 2015. Son rôle
est de promouvoir l’innovation en
connectant Michelin à l’écosystème
digital, en particulier dans le
domaine industriel. Avant ce
parcours ‘‘digital’’, Alain a exercé
des responsabilités de direction
dans divers pays. Ingénieur Arts et
— Alain Cuq Métiers, il a un MBA de l’Université
Après avoir fondé ViaMichelin et de Californie à Berkeley
fusionné ces activités numériques
avec celles d’édition de cartes

technique d’usine, directeur de


sites de fabrication en France et
au Brésil, directeur industriel en
Amérique du Sud, puis Directeur
industriel de la ligne produit
Tourisme camionnette entre 2005
et 2008.
Dans le domaine business, il
a piloté les activités Tourisme
camionnette en Amérique du Sud,
— Jean-Philippe Ollier la ligne produit Avion au niveau
Ingénieur formé à l’École Centrale mondial, puis les activités de la
de Lyon. zone Amérique du Sud entre 2009
Chez Michelin depuis 1988 et 2015.
avec un double parcours comme Depuis début 2016, JP Ollier est
industriel et comme responsable responsable du Manufacturing
de différents business. Engineering, en charge de la
Dans le domaine industriel, Jean- transformation conduisant à
Philippe Ollier a assuré différentes l’amélioration de nos coûts
missions en tant que responsable d’investissement.

143
experience dans le domaine des
Master Data et une coopération
active au sein d’organismes inter-
professionnels

— Frédéric Loriaux
Frédéric Loriaux vient d’être
nommé Chief Data Officer de
Nestlé en France, après une riche

Métallurgique par l’Université


Catholique de Rio de Janeiro,
Brésil, sa carrière R&D a débuté
à l’Université Fédérale de Rio de
Janeiro. En 2001, elle a rejoint
l’École des Mines de Paris comme
chargée de recherche. En 2007, elle
intègre la Direction de la Recherche
et de l’Innovation d’AREVA où
elle occupe différents postes :
— Ana Paula Serond responsable de la R&D moyen et
Ana Paula Serond, 51 ans, PhD, long terme de l’amont du cycle du
est en charge des programmes combustible nucléaire, responsable
innovation dans les domaines de analyse stratégique et prospective
la fabrication additive, matériaux et manager de technologies
avancés et santé des travailleurs au transverses.
sein de la Direction Innovation du
Groupe ORANO depuis 2016.
Diplômée en Ingénierie

144
PARTICIPANTS
— Biographies

divers postes au sein de Renault:


Responsable Finance et IT;
Directeur de l’usine de production
véhicules de Douai; Directeur de
programme du segment gamme
moyenne; Directeur qualité et
Responsable de l’exploitation de la
coentreprise Avtovaz.
Il rejoint Alstom Transport en
2009, où il a exercé diverses
— Yann Vincent responsabilités: Directeur
Yann Vincent est diplômé de l’École Industriel matériel roulant et
Centrale Paris et titulaire d’un MBA stratégie; Directeur Industriel
en administration des affaires de matériel roulant et composants;
l’INSEAD. puis Directeur Performance
Il a commencé sa carrière en opérationnelle (membre du comité
1980 en intégrant Alstom exécutif).
Atlantique en tant qu’ingénieur En septembre 2014, il décide
en Essais mécaniques. En 1982, il de rejoindre le Groupe PSA en
rejoint le groupe Renault en tant tant que Directeur Industriel &
qu’architecte. Supply Chain (membre du comité
De 1982 à 2009, il a occupé exécutif).

postes, tout d’abord en tant que


chef de produit e-commerce,
jusqu’à devenir directeur du
e-commerce et d’Internet.
En juin 2008, il intègre SeLoger
au poste de directeur des portails
et de l’innovation. Il sera nommé
directeur du digital de l’entreprise
en janvier 2013.
Consultant digital indépendant
— Frédéric Toquin depuis mai 2016, Frédéric Toquin
En 1999, Frédéric Toquin débute est nommé directeur du digital de
sa carrière chez le transporteur Quartus en juillet 2017.
DHL. Il y occupera différents

145
été nommé Chef de projet depuis
septembre 2017. Il s’occupe des
projets en lien avec le domaine
manufacturing et l’ERP du groupe
Rémy Cointreau, il est aussi
l’interlocuteur privilégié sur les
projets en lien avec le concept
industrie 4.0. Enfin, il a lancé
un catalogue de services avec
les équipes métiers de la chaîne
— Loïc Ladreyt logistique pour le projet RCPS
Loïc Ladreyt est entré dans le 4.0 (Rémy Cointreau Production
groupe Rémy Cointreau en avril System 4.0) qui consiste à la
2012, il a démarré en tant que transformation numérique de nos
responsable d’applications et a sites industriels.

(premier véhicule électrique). À


partir de mai 2013, en qualité de
directeur, il encadre les systèmes
de production Renault à travers
le monde et, également, le plan
d’amélioration de la performance
industrielle pour l’ensemble
des fournisseurs Renault qui
était assuré auparavant par le
département des Achats. Il a
— Éric Marchiol travaillé en collaboration avec
Éric Marchiol est diplômé de Nissan afin de concevoir l’Alliance
l’École Centrale de Lyon. Il entre Production System.
chez Renault en 1989.Éric a En avril 2016, il devient Digital
occupé de nombreuses fonctions, Officer for manufacturing and
entre ingénierie et manufacture. Supply chain, et prend en charge le
En janvier 2011, il se charge du plan de transformation ‘‘Industrie
lancement de la Clio 4 et de la Zoé 4.0’’ pour Renault.

146
PARTICIPANTS
— Biographies

Directrice de La Gouvernance
IT pour la DSI Groupe de Saint
Gobain depuis 2013. Elle anime
le partage d’expérience entre
les différentes équipes de Saint
Gobain, en particulier sur le
Manufacturing 4.0.

— Emmanuelle Fines
Laurent
Emmanuelle Fines Laurent est

de Moscou, Directeur général de


la Sénégalaise des Eaux, filiale de
SAUR, Chief Operations Officer de
AES SONEL, société en charge du
service d’électricité du Cameroun.
À son retour en France, il a pris la
responsabilité de l’exploitation, des
achats, du QSE et de la clientèle
pour le groupe SAUR. En 2013,
en qualité de directeur Smart
— Frédéric Renaut technologies, membre du COMEX,
Frédéric Renaut développe il a pilote le programme Phoenix
depuis 27 ans son expertise dans de transformation de tout le
la gestion déléguée des services système informatique du groupe
publics d’eau, d’assainissement, de SAUR pour intégrer dans tous les
propreté et d’électricité. Il a ainsi eu métiers les révolutions numériques
l’occasion de travailler au Canada, actuelles. Depuis janvier 2018,
au Royaume uni, en Pologne, en Directeur de l’innovation digitale,
Russie, au Sénégal, au Cameroun il construit la future performance
et bien sûr en France. Ses derniers et différenciation du groupe en
postes à l’étranger furent Directeur s’appuyant sur une dynamique
général de Rossa, la joint-venture d’open innovation.
de SAUR avec la société des eaux

147
2017.
Après une formation ingénieur
généraliste, complétée par
un diplôme en informatique
industrielle, Bernard Loiseau a
démarré sa carrière en tant que
consultant et a mené des missions
dans les secteurs du luxe, de
l’environnement et des media.
Il intègre ensuite le Groupe Canal+
— Bernard Loiseau où il occupe différentes fonctions
Bernard Loiseau est responsable à la DSI avant de devenir directeur
du domaine BI et Data mangement du domaine BI & Data.
au sein du Groupe Seb depuis mai

programme Usine Du futur de


SNCF.
Ce programme de transformation
digitale des technicentres
industriels (10 usines, 7 000
collaborateurs) a été désigné
parmi les premières ligne pilote par
l’alliance industrie du futur pour
les initiatives prises autour de la
maintenance, des installations, et
— Benjamin Godreuil des outillages sur son site d’Oullins
Ingénieur diplômé de l’ISEL (Institut (région Lyonnaise).
Supérieur d’Etudes Logistiques) en
2004, il intègre SNCF au sein du
domaine matériel (en charge de la
maintenance du matériel roulant
SNCF).
Après plusieurs postes
opérationnels et projets dans le
domaine Supply Chain, il est en
charge, depuis début 2015, du

148
PARTICIPANTS
— Biographies

Business Plan and Applications


Senior Manager, GPRS/EDGE
Product Director et GSM/UMTS
Access Product Marketing Director.
De 2006 à 2008, il intègre
Samsung en qualité de Head of
Home and Broadband Networks
Division.
Par la suite il rejoint a la SNEF au
poste de Responsable Télécom/
— Stéphane Couturier Systèmes de Communications,
Diplômé de Telecom Paris et puis Eastern Europe Director et
de London Business School, Managing director Low Voltage /
Stéphane Couturier a commencé Network solution.
sa carrière chez Nortel en 1997 C’est en 2015, qu’il entre en
où il occupera successivement les fonction à son poste actuel de
postes de Technical Sales Support, Connect Managing Director.

Tunisie pour Socomec. De retour


en France depuis l’été 2017, je
suis notamment en charge de
l’implémentation du 4.0 dans le
groupe.

— Benjamin Le Caer
De formation ingénieur généraliste,
j’ai réalisé la majeure partie
de ma vie professionnelle à
l’étranger où j’ai dirigé des sites
de production en Chine et en

149
charge chez Solvay de projets de
R&D et Technologie pour nos
usines, puis responsable de la
partie technologie de la division
Génie des Procédés, et maintenant
Directeur Performance des
Procédés et Digital au sein de la
Fonction Industrielle du Groupe.

— Thierry Cartage
Ingénieur mécanicien, docteur
en Sciences Appliquées (UCL,
Belgique, 1987). D’abord en

2013 à aout 2017, elle avait


auparavant été Responsable de la
transformation digitale pendant un
an, en charge du recrutement et du
pilotage de l’équipe transformation
digitale et de la mise en œuvre de
la roadmap digitale Groupe.
De juin 2006 à mars 2013, Meriem
Riadi, diplômée d’ESCP Europe,
a travaillé pour le cabinet Roland
— Meriem Riadi Berger Strategy Consultants
Meriem Riadi est Chief Digital pendant 7 ans, exerçant les
Officer de Suez Groupe depuis fonctions de Chef de Projets
septembre 2017 et est en charge Practices Media Télécom, Services
de la définition et l’implémentation Financiers et Private Equity.
du Groupe dans la roadmap
digitale, l’accélération de la data,
de l’intelligence artificielle et des
projets en Open Innovation.
Anciennement Chief Digital Officer
Groupe de Groupama d’aout

150
PARTICIPANTS
— Biographies

Leader et Process & Operations


engineer – Total representative.
Par la suite, il obtiendra le poste
d’Ingénieur de Chantier au Nigéria
jusqu’en 2010 où il sera promu
Chef de site de mise en service en
Russie.
Il occupera alors la fonction de
Chef de production à distance –
RSES-D de 2012 à 2014.
— Thierry Adolphe C’est en 2014, qu’il obtient le
Diplômé de l’École Nationale poste de Gestionnaire d’installation
Supérieure de Mécanique et offshore – RSES au Royaume Uni
d’Aérotechnique ainsi que de l’IFP jusqu’à son retour en France en
School, Thierry Adolphe a débuté sa 2018 en qualité de Digital Officer
carrière chez Total en 2005 comme Industry.
Junior Process Engineer.
En 2008, il est successivement
nommé Process & Operations
Engineer – Operations Safety

151
LE PÔLE ÉTUDES DE L’EBG
L’EBG édite cinq collections d’ouvrages
uniques en leur genre, permettant de
recueillir les témoignages les plus pointus et
Avec 660 sociétés adhérentes, les visions de nos adhérents sur des sujets
dont l’intégralité du CAC 40 et d’actualité.
du SBF 120 et plus de 160 000
professionnels, Les Référentiels :
l’EBG constitue le principal think-tank –– étude de grande ampleur sur l’évolution
français sur l’économie digitale. d’un métier d’un secteur, ou une grande
L’EBG a pour vocation d’animer un
mutation des organisations
réseau de décideurs, en suscitant
des échanges permettant aux cadres –– 100 interviews de Directeurs
dirigeants –– de grands groupes
de se rencontrer et de partager bonnes –– pages d’analyses, cas concrets et
pratiques et retours d’expérience. citations
Plus de 200 événements et 25 Sélection de titres parus : Référentiels de
ouvrages sont réalisés chaque année, la Transformation Digitale, Référentiels des
permettant de fédérer des décideurs Directeurs Achats, Référentiels
d’entreprises issus de tous les métiers :
des Directeurs Marketing...
Directeurs Marketing, Directeurs
Digital, DSI, DRH, DG, Directeurs
Achats, etc.

Le Conseil d’Administration de l’EBG se


compose des personnalités suivantes :
• Stéphane Richard, CEO d’Orange –
• actuel Président de l’EBG
• Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF Les Livrets de synthèse :
• Steve Ballmer, ex-CEO de Microsoft ––restitution des réflexions issues d’un cycle
• François-Henri Pinault, Président de ––d’événements (ateliers ou conférences)
Kering ––événement par événement : synthèse des
• Pierre Louette, Directeur Exécutif, enjeux, interview, compte-rendu
Secrétariat général et opérateurs France,
––60 pages d’analyses thématiques et de
Orange
retours d’expériences
• Patrick Le Lay, Ancien PDG de TF1
• Grégoire Olivier, Directeur des Services Titres parus : Digital Insurance, Chief
• de Mobilité du groupe PSA Peugeot- Data Officer,Data & Analytics, Intelligence
Citroën Artificielle...
• Didier Quillot, Directeur Général de la
Ligue de Football Professionnel (LFP)
• Sir Martin Sorrell, Président de WPP
• Jean-Daniel Tordjman, Ambassadeur,
• Inspecteur Général des Finances
• Philippe Rodriguez, Trésorier
• Pierre Reboul, Secrétaire Général

152
Les Livres Blancs : POUR PLUS D’INFORMATIONS
––étude sur un sujet innovant SUR LES ÉVÉNEMENTS OU LE PÔLE
––interviews de Décideurs qui portent un
projet lié à la thématique
ÉTUDES DE L’EBG :
––entre 30 et 150 pages d’analyses, cas
concrets et citations
François Edom
Titres parus : Cloud et nouveaux usages de Responsable des contenus
l’IT, Data Visualization, Big Data, Marketing .................................................
comportemental, API : 10 témoignages-clés,
Génération Y/Z : Panorama des nouvelles + 33 (0)1 48 00 00 38
pratiques RH pour 2018… franç[Link]@[Link]

Stella Gay
Assistante de Publication
.................................................
+ 33 (0)1 45 23 05 12
[Link]@[Link]

L’ Auteur :
Digital Marketing : Reynald Fléchaux
––200 fiches pratiques .................................................
––60 études de cas
––20 infographies + 33 (0)6 08 73 56 82
@rflechaux

Reynald Fléchaux possède une


expérience d’une quinzaine d’années
dans la presse IT B2B. D’abord au sein
du Monde Informatique, dont il a été
le rédacteur en chef. Puis, au sein du
Les Baromètres : MagIT, un titre qu’il a cofondé et dont
––étude quantitative menée auprès de il a piloté la conception éditoriale. Plus
toute la communauté EBG pertinente récemment, Reynald Fléchaux a été
––entre 500 et 1 000 répondants par étude directeur des rédactions de [Link] et
––40 à 50 pages d’analyses, de tableaux et [Link]. Il est désormais analyste
graphiques senior au sein du cabinet d’études IDC.
Titres parus : Performance du Marketing
Digital, État des lieux du Programmatique en
Ingénieur HEI (Hautes Etudes
France, Data-Driven Entreprise, Innovation et
Industrielles), il est par ailleurs diplômé
Open Innovation…
de l’École Supérieure de Journalisme
(ESJ) de Lille.

153
Acteur européen de référence des services informatiques à valeur ajoutée
et des logiciels, Gfi Informatique occupe un positionnement stratégique
différenciant entre les opérateurs de taille mondiale et les acteurs de
niche. Avec son profil de multi-spécialiste, le Groupe met au service
de ses clients une combinaison unique de proximité, d’organisation
sectorielle et de solutions de qualité industrielle.

• 25M€ de CA en 2017, 200 ressources, 60 projets réalisés : audit de maturité,


cadrage Industrie 4.0, roadmap de transformation digitale, schéma directeur,
accompagnement opérationnel

• Présence active au sein de l’écosystème : Alliance Industrie du Futur, Syntec


Numérique, Comité Industrie Ile-de-France, French Fab, Collectif Continuité
Numérique, Offreur de Solutions

• Couverture régionale forte avec 40 agences en France et 3 Fablab

Pour plus d’informations : [Link]

VOS CONTACTS PRIVILÉGIÉS :

Pierre MONTCEL
Directeur Business
Yann BEGUE Développement et
Directeur BL Consulting Marketing
[Link]@[Link] [Link]@[Link]

Stéphane RAYNAUD Stéphane BOSSY


Global Practice Manager Senior Manager – Gfi
Industry 4.0 Business Transformation
[Link]@[Link] [Link]@[Link]

154
Industrie
De l’Usine France
vers l’Industrie du futur

Roadmap : clarification de votre trajectoire Industrie 4.0 • Digital Manufacturing : fiabiliser et rendre
155
plus flexible la production en numérisant davantage vos processus • Continuité numérique : intégrer
de bout en bout votre chaine de valeur, des opérations internes à vos clients et fournisseurs.
Impression : Imprimé en France par Grillet Impressions,
78140 Vélizy-Villacoublay
Conception graphique / maquette : Julie Robert
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retransmission par voie informatique sans autorisation des éditeurs, EBG-Elenbi,
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les omissions involontaires qui auraient pu subsister dans cet ouvrage malgré
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