Responsabilite Civile
Responsabilite Civile
RESPONSABILITE CIVILE.
INTRODUCTION :
Selon une 1ére définition synthétique, la responsabilité juridique est l’obligation de répondre
d’un dommage devant la justice, d’en assumer les conséquences civiles, pénales et
disciplinaires, soit envers la victime, soit envers la société. L’idée de la responsabilité vécue
est commune à toutes les civilisations. Dans le langage juridique, l’expression
« Responsabilité civile » désigne « L’ensemble des règles qui obligent l’auteur des dommages
à autrui à réparer ce préjudice en offrant à la victime une compensation ».
La responsabilité civile vise de nombreuses situations juridiques. Ainsi, elle peut être soit
délictuelle, soit quasi délictuelle, soit contractuelle : - La responsabilité est contractuelle si le
dommage causé résulte d’une inexécution d’un contrat liant le responsable et la victime. Cette
situation est prévue par l’article 60 du DOC qui prévoit expressément l’obligation de réparer
l’inexécution d’un contrat. Tel est le cas lorsqu’un acheteur reproche à son vendeur de lui
avoir vendu quelque chose non conforme à ce qui est commandé, ou bien encore si des
travaux ont été mal exécutes. - La responsabilité est délictuelle lorsque le dommage résulte
d’une faute intentionnelle, c.à.d. si le dommage est causé volontairement. - Enfin, la
responsabilité est quasi délictuelle si le dommage résulte d’une faute non intentionnelle,
exemple : un enfant, un salarié ou encore une chose dont on doit répondre. Ces situations sont
prévues par les articles 77, 85 et 86 du DOC. Le droit Marocain de la responsabilité vise de
nombreuses situations.
Lorsqu’un même fait constitue une infraction pénale et une faute civile, la victime peut
profiter de ce que l’auteur du dommage compare devant le juge pénal pour demander à celui
réparation de son préjudice.
En droit privé, la responsabilité juridique la plus ancienne est la responsabilité pénale existant
lorsque le dommageable est réprimé par un texte. Si la responsabilité pénale est l’obligation
de répondre des infractions commises et de subir la peine prévue par le texte qui les réprime
alors la responsabilité civile quant à elle est centrée sur la victime et l’indemnisation de son
préjudice. Il s’agit de punir l’auteur du trouble causé à l’ordre social.
Quelque soit la nature de la responsabilité, le mécanisme qui la met en œuvre est identique.
De manière générale, tout commence toujours par un dommage sans lequel il n’ya pas de
responsabilité possible. L’acte dommageable se traduit par la violation d’une règle juridique,
quel qu’en soit l’origine c.à.d. légale, que l’acte soit volontaire c.à.d. délit civil ou
involontaire c.à.d. quasi délit civil.
Dans la responsabilité pénale, le préjudice social est une atteinte à l’ordre public
suffisamment grave pour provoquer une forte réprobation sociale. Les sanctions pénales
constituent des peines dont la fonction est essentiellement punitive et répressive.
Dans la responsabilité civile, le droit cherche à assurer aux individus la réparation de leur
dommage afin de remettre les choses en l’état et de rétablir un équilibre qui avait disparu
entre les membres du groupe, contrairement à la sanction pénale. Dans la responsabilité civile,
la sanction est restitutrice et indemnitaire.
Mais la responsabilité qui nous intéresse est la responsabilité civile. La responsabilité civile
comprend plusieurs sources régies par quelques articles du DOC. Quiconque a une
connaissance du droit connait les articles 77, 78, 85 et 86 du DOC qui sont des textes
emblématiques des régimes généraux de la responsabilité civile en droit marocain. Pour la
doctrine Marocaine, ce sont des dispositions phares du système juridique marocain.
Les règles de la responsabilité civile sont des normes secondaires car elles s’attachent à établir
les conséquences juridiques de la violation des normes primaires, elles ont une dimension
constitutionnelle et sont généralement considérées comme étant d’ordre public.
En droit Marocain, il existe deux régimes de la responsabilité civile. D’une part celui de la
responsabilité contractuelle et d’autre part celui de la responsabilité délictuelle :
En droit Marocain, en principe la faute permet de former la responsabilité civile. C’est ce que
prévoit par exemple l’article 77 du DOC qui dispose : « Tout fait quelconque de l’homme,
qui, sans l’autorité de la loi cause sciemment et volontairement à autrui un dommage
matériel ou moral, oblige son auteur à remparer ledit dommage lorsqu’il est établi que ce
fait en est la cause directe ». Selon ce texte, la faute permet de fonder la responsabilité civile.
Cependant, ce texte ou cette règle issue de l’article 77 du DOC peut dans certains cas être
atténuée car en raison de certains mécanismes juridiques, le droit Marocain de la
responsabilité sans faute, ainsi par exemple le développement des assurances, a dévié des
règles relatives à la responsabilité ainsi que leurs finalités originelles. Dans certains cas, ce
n’est plus l’auteur du dommage qui supporte la réparation de sa faute mais son assureur qui
permet de garantir l’indemnisation des victimes.
CHAPITRE 1 : LES FONCTIONS DE LA REPONSABILITE CIVILE :
Les juges et référés disposent d’un pouvoir souverain pour ordonner les mesures qui
paraissent s’imposer pour empêcher un dommage imminent ou pour faire cesser un trouble
illicite
CHAPITRE 2 : LES CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE DE LA REPONSABILITE
CIVILE :
Par conditions on entend les raisons d’ordre juridique qui justifient la mise en œuvre d’une
responsabilité. En droit marocain, la RC n’est engagée qu’en présence de la réunion de trois
éléments constituants la condition d’ouverture, à savoir l’existence d’un dommage par la
victime, un fait générateur de la responsabilité imputable à l’auteur du dommage et un lien
de causalité unissant ce fait générateur au dommage.
En droit marocain de la responsabilité, le dommage est l’élément essentiel. En effet, pour que
la responsabilité soit engagée, il faut que la victime souffre d’un dommage. Il n’ya pas
d’action en responsabilité sans préjudice à réparer, pas de préjudice, pas de responsabilité. Il
ya donc une nécessité d’un dommage et comme le souligne la jurisprudence, le propre de la
RC est de rétablir aussi exactement que possible l’équilibre détruit par le dommage et de
replacer la victime dans la situation ou elle se serait trouvée si l’acte dommageable ne s’était
pas produit. Dés lors en droit marocain, pour engager la responsabilité délictuelle il faut
établir un dommage ou un préjudice. La nécessité d’un dommage résulte essentiellement de
deux articles du DOC. D’une part l’article 77 du DOC alinéa 1er dispose : « Tout fait
quelconque de l’homme qui sans l’autorité de la loi cause sciemment et volontairement à
autrui un dommage matériel ou moral oblige son auteur à réparer ledit dommage
lorsqu’ile est établi que ce fait en est la cause directe ». Ce texte subordonne l’obligation de
réparer le dommage causé à autrui. Selon l’article 78 du DOC alinéa 1er qui dispose que:
«Chacun est responsable du dommage moral ou matériel qu’il a causé, non seulement par
son fait mais par sa faute, lorsqu’il est établi que cette faute en est la cause directe», il en
résulte qu’à la lecture de ce texte comme pour les articles 85, 88, 89 du DOC, le dommage
est nécessaire pour engager la responsabilité. Généralement la même nécessité existe dans le
domaine contractuel puisque l’article 263 du DOC qui prévoit : « En cas de retard dans
l’exécution ou l’inexécution d’un contrat » n’envisagerait la condamnation d’un débiteur
que s’il ya un dommage. L’article 264 du DOC quant à lui évalue les dommages et intérêts
d’après les pertes faites par le créancier et le gain qu’il a manqué d’où il soit en absence de
perte ou de manque à gagner c.à.d. le préjudice. Il n’ya pas lieu de responsabilité
contractuelle. Pourtant, nous ne trouvons aucune définition légale du dommage dans le DOC.
Face à l’absence de la définition légale du dommage, la jurisprudence a fixé les conditions
auxquelles doit satisfaire un dommage pour permettre à la victime d’obtenir réparation. En
effet, la constatation et l’évaluation du dommage relève de l’appréciation souveraine des juges
de fond. Le droit à réparation implique l’existence de dommage. Le droit Marocain tente à
postuler l’existence du fait générateur de la responsabilité à partir de la constatation d’un
dommage qui absorbe lui-même la notion de préjudice. Cependant, seul un dommage qualifié
est pris en considération. Dés lors, pour ouvrir le droit à réparation, le dommage doit
traditionnellement présenter certains caractères.
Nous avons précédemment dit que droit à la réparation implique l’existence d’un dommage.
Cependant pour la jurisprudence, la seule preuve exigible est que le dommage doit être certain
et direct ainsi que légitimement revendiqué.
Si la jurisprudence exige que le dommage doit être certain, cela signifie qu’il doit être réalisé.
Le dommage doit être la suite directe de l’accident de telle sorte que la victime immédiate
puisse exercer une action en réparation. Selon l’article 77 du DOC, pour mettre en œuvre la
responsabilité, le dommage doit être la conséquence directe du fait générateur. La preuve du
dommage doit être établie par la victime, c’est la raison pour laquelle la victime devra
démontrer soit une perte éprouvée due à l’appauvrissement occasionné par le fait
dommageable, par exemple que la chose a été détruite ou détériorée, soit un gain manqué
résultant d’un dommage subi, par exemple les faits de la concurrence déloyale. Pour la
jurisprudence, le préjudice futur peut également être considéré comme certain. Ainsi le
dommage certain peut être futur et aussi indemnisable si sa survenance est inévitable, par
exemple la victime d’un grave accident dont l’infirmité s’aggrave au fil des années et donc
une impossibilité d’exercer une activité professionnelle. De même, le préjudice est certain si
la perte d’une chance existe réellement, c.à.d. qu’il est probable que l’événement se réalise.
Ainsi, la personne qui évoque la perte d’une chance se plaint généralement d’avoir, par le fait
dommageable d’un individu, raté une occasion qui lui aurait été bénéfique et profitable. C’est
le cas par exemple d’un avocat négligeant qui ne respecte pas le délai des procédures et fait
perdre une chance à son client de gagner un procès. De même, l’étudiant qui se fait renverser
par une voiture la veille de son examen peut demander la réparation. Cependant, il n’y aura
indemnisation que si les études poursuivies étaient suffisamment avancées au moment ou
l’accident a mis fin à la carrière envisagée. Ce type de préjudice amène à distinguer deux
éléments. D’une part le gain espéré é et d’autre part le gain escompté : - S’agissant du gain
espéré, celui-ci doit être définitivement perdu pour que le préjudice soit certain. Par exemple
l’examen pour l’étudiant est passé ou que l’action judiciaire est forclose. - S’agissant du gain
escompté, cela signifie que rien n’établit que l’étudiant, le client, dans les conditions le
demandeur en action aurait réussi. Dans ces deux cas, le préjudice est éventuel et ce type de
préjudice ne peut donner lieu à indemnisation si l’éventualité ne s’est pas réalisée.
Les juges disposent lorsqu’ils analysent le préjudice, d’un pouvoir souverain d’appréciation
pour estimer la probabilité du gain espéré et vérifier si la chance est suffisamment réelle,
sérieuse et importante. Il ya des situations dans lesquelles des victimes indirectes, ce qu’on
appelle les victimes par ricochet peuvent avoir souffert personnellement et immédiatement
d’un préjudice qui leur est propre, notamment de la perte d’un proche ou d’un soutien
matériel que la victime leur apportait. Dés lors, les proches de la victime peuvent exercer une
action pour faire réparer à titre personnel leurs propres préjudices. On parle alors de préjudice
par ricochet mais, juridiquement, se posera le problème de la détermination des victimes par
ricochet. En d’autres termes, quel est le cercle relationnel ou familial à prendre en
considération ?
Selon l’article 1er du code Marocain de la procédure civile : « Ne peuvent agir en justice
que ceux qui ont qualité, capacité et intérêt » pour faire valoir leurs droits. Il en découle alors
que pour que le demandeur soit recevable à agir, il doit justifier d’un intérêt légitime qui doit
être suffisamment important et sérieux ainsi et dépourvu de conséquences juridiques. Par
exemple le fait de se faire marcher sur les pieds dans une file d’attente. Il n’ya pas dans ce cas
d’intérêt légitime pour saisir les tribunaux.
La variété des dommages réparables est connue à l’époque contemporaine comme une
prolifération excessive. On distingue habituellement et traditionnellement trois sortes de
dommages, le dommage corporel, le dommage matériel et le dommage moral : - Le dommage
corporel constitue une atteinte à l’intégrité physique. - Le dommage matériel vise la perte, la
destruction, la détérioration d’un bien ou la perte d’une situation professionnelle. - Le
dommage moral quant à lui est un droit extrapatrimonial attaché à la personne et résulte
notamment de la souffrance psychique ou de l’atteinte à l’honneur, à la considération, à
l’image ou la vie privée de l’individu. Le dommage corporel et matériel constitue des
préjudices patrimoniaux alors que le dommage moral constitue un préjudice extrapatrimonial.
Paragraphe 1 : Les préjudices patrimoniaux :
2- Les personnes morales : La responsabilité pénale des personnes morales est consacrée par
l’article 127 du code pénal Marocain. D’un point de vue civil, les tribunaux civils ont
toujours accepté d’engager la RC des groupements dés lors qu’ils jouissent de la personne
juridique. Cette responsabilité concerne non seulement les personnes morales de droit privé
mais encore les personne morales de droit public lorsqu’elles accomplissent un acte de
gestion privée ou causent un dommage à l’occasion d’un contrat civil ou commercial. De
plus, la loi impose de juger conformément au droit civil les dommages causés par les
véhicules appartenant à des personnes publiques.
Il convient maintenant d’envisager distinctement les RFP avec les responsabilités du fait
d’autrui (RFA) et du fait des choses (RFC).
a- Les rapports de la RFP avec les responsabilités des articles 85, 86 et 88 du DOC : La
RFP et la RFC ont chacune un domaine propre. Pour l’une, il s’agit du fait de l’homme et
pour l’autre, du fait d’une chose inanimée (Article 88 du DOC), ou d’un animal (Article 86
du DOC). Lorsque la jurisprudence procède à cette affirmation, elle entend par là que chaque
responsable répond pour sa mise en œuvre à des conditions qui lui sont propres, et d’une
façon générale, se voit appliquer un régime juridique différent. Que leur domaines soient
propres ne signifie nullement qu’ils soient distincts et exclusifs l’un de l’autre. Le fait de
l’homme n’exclut pas le fait de la chose que le fait d’une chose n’est exclusif du fait de
l’homme, autrement dit, la responsabilité des articles 77 et 78 du DOC d’une part et les
articles 86 et 88 du DOC part ont vocation à s’appliquer concurremment à une même
situation dommageable. Ainsi, lorsque le fait dommageable entre dans le domaine
d’application du fait personnel et du fait des choses, la victime a la possibilité d’invoquer à
son choix, soit les articles 77 et 78 du DOC même si le dommage est causé par une chose,
c’est ce qu’a retenue la 2éme chambre civile de la cour de cassation en date du 21 novembre
1956, soit l’article 86 du DOC ou l’article 88 du DOC, même lorsque le dommage est du en
même temps du fait de l’homme fautif ou non, c’est ce qu’a retenue la 2éme chambre civile
de la cour de cassation en date du 28 mars 1974. Ainsi si les articles 77 et 78 du DOC d’une
part et l’article 88 du DOC d’autre part ont tous vocation à s’appliquer, la victime aura intérêt
à les invoquer simultanément. Dés lors, le cumul est possible.
2- Les rapports de la RFP avec la responsabilité du fait d’autrui (RFA) : Les articles 85
et 88 du DOC prévoient plusieurs hypothèses de la RFA qui pourront se combiner avec la
mise en œuvre de la RFP. Il faut entendre par là que la RFA, c.à.d. par exemple les pères et
mères, commettants, artisans, instituteurs et autres responsables pourraient voir leur
responsabilité engagée non seulement à ce titre, c.à.d. comme répondants du fait d’un tiers sur
la base des articles 85 et 88 du DOC, mais encore en raison de leur fait personnel par
implication des articles 77 et 78 du DOC. Jusqu’à une époque récente, il n’existait qu’un seul
véritable cas de RFA engagé indépendamment de toute référence au comportement
responsable, il s’agit de la responsabilité des commettants pour les faits de leurs préposés,
prévue par l’article 85, alinéa 3 du DOC. Aujourd’hui il faut y ajouter la RFA fondée sur
l’article 85, alinéa 1 du DOC qui est une responsabilité de plein droit, dans laquelle le
comportement du responsable est totalement indifférent. Ainsi par exemple, la responsabilité
des pères et mères entre selon l’article 85, alinéa 2 du DOC, dans cette catégorie de
responsabilités de plein droit et que la jurisprudence dans un arrêt de la 2éme chambre civile
de la cour de cassation en date du 10 mai 2001 s’y contente du simple fait causal du mineur
pour engager ses parents. Pour toutes ces responsabilités prévues par l’article 85 du DOC, le
fait générateur est celui de l’auteur du dommage et non celui du responsable. En revanche, la
responsabilité des instituteurs et des fonctionnaires de la jeunesse et du sport implique selon
l’article 85bis, alinéa 1et 2 du DOC, une faute du responsable qui doit être prouvée
conformément au droit commun par le demandeur à l’instance, ce qui l’assimile à une
responsabilité personnelle. Selon cet article, la responsabilité des instituteurs pour les
dommages causés ou subis par les élèves qui sont sous leur surveillance ne peut être engagée
que si leur faute est prouvée. Cette responsabilité est donc une véritable RFP dont le régime
se confond avec celle des articles 77 et 78 du DOC. Cependant lorsque l’instituteur est
membre de l’enseignement public et il est fonctionnaires du service du sport et de la jeunesse,
l’état sera obligatoirement substitué à son agent. Dés lors, la victime mais aussi et surtout
l’instituteur auront intérêt à voir le juge appliquer l’article 85 bis, alinéa 1 et 2 du DOC. Le
régime de responsabilité applicable aux instituteurs publics est même exclusif du droit
commun dans la mesure où la substitution de l’état s’impose aux juges comme aux parties.
C’est ce qui résulte d’un arrêt rendu par la 2éme chambre civile de la cour de cassation en
date du 10 mai 2001. Les RFA sur le fondement des articles 85 et 88 du DOC offrent à la
victime certains avantages et spécialement celui de la dispense de prouver la faute personnelle
du responsable. Cependant, lorsqu’une condition d’application fait défaut, généralement la
victime cherchera à impliquer la responsabilité du répondant sur le fondement des articles 77
et 78 du DOC. Cette possibilité est admise aussi bien pour la responsabilité des parents, des
artisans que celle des commettants. Dés lors la victime pourra solliciter cumulativement
l’application du fait personnel et du fait d’autrui ou bien opter pour l’une ou pour l’autre
responsabilité. Quant au juge, il pourra choisir librement le fondement juridique de la
condamnation dés lors que les deux chefs d’accusation des responsabilités du fait personnel et
du fait d’autrui sont invoqués et applicables.
1- La nécessité d’une faute : En principe une faute doit être prouvée à l’encontre du
responsable pour que celui-ci puisse être condamné en raison de son fait personnel. Il n’ya pas
de RFP sans faute. Selon la doctrine, la faute consiste en la violation d’un devoir ou d’une
obligation préexistante. Il peut s’agir d’une norme générale et abstraite imposant en toutes
circonstances de se conduire loyalement et avec prudence et diligence. En droit Marocain,
c’est le demandeur qui supportera la charge de la preuve de la faute mais le devoir
extracontractuel peut aussi être déterminé ou explicité par une disposition écrite. Dans ce cas,
la faute sera alors selon la doctrine, présumée à partir de la preuve de la transgression du
devoir. La faute s’apprécie normalement «in-abstracto », c.à.d. par référence à l’attitude
qu’aurait eue le bon père de famille. Il existe quelques cas ou la RFP peut être engagée en
l’absence de faute. En principe un texte est nécessaire pour déroger à la règle de l’exigence de
faute, formulé par les articles 77 et 78 du DOC, mais la plupart du temps lorsqu’un texte
spécial édicte une responsabilité sans faute, il s’agira d’une RFC, par exemple les aéronefs ou
encore l’énergie nucléaire. Dés lors, les cas légaux de RFP sans faute sont très rares.
Toutefois, la jurisprudence a ajouté une portée plus générale, c’est le cas de la responsabilité
pour troubles anormaux du voisinage. On dénombre quelques dérogations légales à la
nécessité de la faute. Ce sont d’une part la législation sur les accidents de travail et les
maladies professionnelles dans la mesure où le dommage est du au fait personnel de
l’employeur, et d’autre part le Dahir du 3 octobre 1984 relatif à l’indemnisation des victimes
d’accidents causés par des véhicules terrestres qui a créé un droit à indemnisation autonome
naissant indépendamment de toute faute prouvée contre le débiteur d’indemnisation et
notamment contre le conducteur du véhicule. Enfin on observera que désormais selon un arrêt
de la 2éme chambre civile de la cour de cassation en date du 19 février 1997, que la
responsabilité des pères et mère est engagée de plein droit du fait du mineur. Sans doute il
s’agit de la RFA mais elle n’est pas subordonnée à la responsabilité de l’auteur du dommage
et est directement imputée aux parents. Cette responsabilité des pères et des mères est
devenue responsabilité personnelle sans faute.
2- La suffisance d’une simple faute : S’il n’ya pas de RFP sans faute, en principe toute
faute suffit à engager la responsabilité de son auteur quelque soit son degré de gravité. Ainsi
la faute simple, légère est suffisante non seulement pour mettre en œuvre la responsabilité
personnelle de son auteur mais encore pour mettre à sa charge la réparation de l’intégralité du
dommage. Cette règle est clairement exprimée par l’article 78, alinéa 1er du DOC qui précise
que «Chacun est responsable du dommage moral et matériel qu’il a causé non seulement
par son fait mais par sa faute lorsqu’il est établi que cette faute en est la cause directe ».
Cependant il existe quelques cas dans lesquels une faute d’une certaine gravité est exigée pour
engendrer la responsabilité. Il peut s’agir des hypothèses de responsabilité contractuelle telles
que la responsabilité du salarié pour faute lourde ou de l’employeur pour faute intentionnelle
ou inexcusable mais également, il peut s’agir selon l’article 80 du DOC, des agents de l’état
et des municipalités qui peuvent engendrer leur responsabilité personnelle en cas de
dommages causés par de fautes lourdes dans l’exercice de leurs fonctions. Ainsi, une faute
qualifiée a pour conséquence d’aggraver la responsabilité de l’auteur. Ce n’est plus une
condition de mise en œuvre de la responsabilité mais une simple cause d’aggravation.
2- Le sursis à statuer : En vertu de la règle «Le criminel tient le civil en l’état », la juridiction
civile saisie par la victime doit sursoir à statuer tant que la juridiction répressive ne s’est pas
prononcée par une décision définitive sur l’action publique, lorsqu’elle a été mise en
mouvement. Cette règle qui tend à assurer la priorité du criminel sur le civil, a surtout pour
but d’éviter une contrariété de décisions entre les juridictions civiles et pénales. Dés lors, cette
règle s’appliquera chaque fois qu’un tel risque existe. Il en sera ainsi lorsque l’action civile est
fondée sur une faute, car l’infraction pénale implique elle-même la constatation d’une faute
par le juge. Dés lors que les faits, objet de la poursuite pénale, coïncidera avec ceux de la
cause du procès civil, le juge civil devra sursoir à son jugement. La jurisprudence affirme que
la juridiction statuant en matière civile doit sursoir à statuer lorsque la décision d’intervenir
sur l’action publique est susceptible d’exercer une influence sur la solution du litige. Il
appartient donc au juge civil de rechercher si la décision pénale est susceptible d’exercer une
influence sur la solution de l’instance civile.
3- L’autorité de la chose jugée : La chose jugée au pénal ayant une autorité absolue, le juge
civil est tenu de respecter les décisions du juge pénal. Il en résulte que les constatations et les
appréciations du juge pénal qui lui ont permis de motiver sa décision et en auront été le
soutien nécessaire ne pourront pas être contredites par le juge civil. Or lorsque le juge est
appelé à statuer sur une demande fondée sur les articles 77 et 78 du DOC, le principe de
l’unité des fautes civiles et pénales impose au juge civil le strict respect de la décision pénale.
Selon un arrêt de la 1ére chambre civile de la cour de cassation en date du 18 décembre 1992,
cette règle n’était affirmée qu’à propos des infractions d’homicide et blessures involontaires.
La juridiction répressive est autorisée à prononcer une condamnation civile dés lors que les
faits sont caractéristiques d’une faute civile distincte du délit intentionnel. Si la chose jugée au
pénal a une autorité absolue, en revanche la chose jugée au civil n’a qu’une autorité relative.
Dés lors, cette autorité est donc conditionnée en vertu de l’article 451 du DOC par la triple
identité des parties, de l’objet et de la cause. Or selon la jurisprudence, les différents
fondements juridiques de l’action en RC constituent autant de causes distinctes au sens de ce
texte. Ainsi, le rejet d’une demande fondée sur les articles 77 et 78 du DOC n’interdira pas à
la victime de former une nouvelle demande dans une autre instance, à condition de la fonder
sur une cause différente, par exemple sur les articles 85 et 88 du DOC. Réciproquement, la
victime pourrait exercer une nouvelle action sur le fondement des articles 77 et 78 du DOC
après avoir été déboutée sur le terrain des articles 85 et 88 du DOC.
Le DOC prévoit deux systèmes spéciaux de la RFC. D’une part une responsabilité du fait des
animaux, prévue à l’article 86 du DOC et d’autre part la responsabilité du fait des bâtiments
prévue à l’article 89 du DOC. La RFC se caractérise par l’intervention d’une chose dans le
dommage. Alors dans ce cas, la faute est étrangère à cette responsabilité. Il en résulte que la
faute entendue comme violation d’une norme de comportement ou comme violation d’une
obligation préexistante n’a pas toujours constitué le fondement premier du droit de la
responsabilité. L’article 88 du DOC prévoit le régime général de la RFC en disposant que :
« chacun doit répondre du dommage causé par les choses qu’il a sous sa garde lorsqu’il est
justifié que ces choses sont la cause directe du dommage ». C’est à partir de cet article que la
jurisprudence a développé un régime autonome de la RFC. En effet, avec le développement
de l’industrialisation et la mécanisation de l’outil de production, le nombre d’accidents de
travail a augmenté mettant ainsi les victimes dans une quasi impossibilité d’apporter la preuve
de la faute de leur employeur, propriétaire des machines. La doctrine a soutenu que l’article
89, alinéa 1er du DOC n’est pas seulement un texte d’annonce mais qu’il instaure une
responsabilité objective qui ne repose pas sur la faute mais sur la propriété de la chose, cause
du dommage. Dés lors, cette responsabilité est donc fondée sur la notion de risque et seule la
faute de la victime pourrait permettre d’écarter la responsabilité de l’employeur. Il apparait
donc que la faute n’est plus une condition de RFC. La doctrine s’harmonise parfaitement avec
une jurisprudence rendue en 1896, qui consacre l’autonomie de l’article 88, alinéa 1er du
DOC et dispense ainsi de la recherche d’une faute de l’employeur lorsque le préposé est
blessé par une machine. Cependant la jurisprudence indique que l’article 88, alinéa 1er du
DOC n’instaure qu’une présomption de faute et le gardien peut donc s’exonérer en prouvant
qu’il n’a pas commis une faute. La théorie du risque est alors rejetée au profit de la
présomption de faute fondée sur la responsabilité de chose qu’on a sous sa garde. Le gardien
peut prouver qu’il avait pris selon l’article 88, alinéa 1er du DOC toutes les précautions
nécessaires afin d’empêcher le dommage. L’examen de ce texte permet d’affirmer qu’une
présomption améliore simplement la situation de la victime. Enfin, une jurisprudence a permis
d’indiquer très clairement que la présomption de faute du gardien ne peut être détruite que par
la démonstration soit d’un cas fortuit, soit de force majeure prévus par les articles 268 et 269
du DOC. C’est ce que prévoit l’article 88, alinéa 3 du DOC.
L’application de la RFC de l’article 88, alinéa 1er du DOC suppose l’existence de trois
éléments. D’abord une chose, ensuite le fait d’une chose et enfin la garde de la chose.
A- Une chose : Les choses entrant dans le champ d’application de l’article 89, alinéa 1er du
DOC doivent faire l’objet d’une identification précise afin de déterminer par la suite, dans
quelle mesure le fait de la chose permet d’amputer une responsabilité à son gardien. L’article
88, alinéa 1er du DOC intéresse les choses de toutes sortes et sans distinction. Dés lors, il en
résulte que toute chose est susceptible d’engager la responsabilité de son gardien car cet
article est d’une généralité absolue. Cependant les choses sans maitre ne permettent pas en
principe, une indemnisation sur le fondement de cet article. Ainsi par exemple, pourront
constituer des choses susceptibles de générer un dommage n’importe quoi dés lors qu’il suffit
que la chose, objet du dommage, soit présente lors du dommage. Ainsi, l’article 88, alinéa 1er
du DOC rattache la garde de la chose et non à la chose elle-même. De même, il n’importe pas
que la chose soit mobilière ou immobilière, par exemple un accident survenu lors de la chute
d’un arbre. En revanche, si le dommage résulte de la ruine d’un immeuble bâti, la victime ne
peut pas invoquer l’article 88, alinéa 1er du DOC car le régime des responsabilités prévues
aux articles 88, alinéa 1er et 89 du DOC ne se cumulent pas. De plus, en droit les animaux
constituent des choses, c.à.d. des biens corporels mais sont soumis au régime spécial de
l’article 86 du DOC. Enfin les véhicules automobiles sont également exclus des champs
d’application de l’article 88, alinéa 1er du DOC dans la mesure où ils font l’objet d’une
réglementation particulière. Egalement, il importe peu que la chose soit mise en mouvement
ou non par l’intervention de l’homme. Ainsi par exemple, il a été jugé et retenu la
responsabilité de l’exploitant d’un café car la victime s’était blessée en traversant la terrasse
du café pour entrer dans l’établissement et avait buté contre une chaise tombée au sol. Dans
cette affaire, le juge affirme que la loi ne distingue pas suivant que la chose qui a causé le
dommage était ou non actionnée par la main de l’homme.
B- Le fait de la chose : Pour mettre en œuvre l’article 88, alinéa 1er du DOC, un lien de
causalité doit exister le préjudice et le fait dommageable. Dés lors, pour mettre en œuvre la
responsabilité des choses dont a la garde, il faut démontrer deux choses. D’une part il faut
démontrer la présence de la chose et d’autre part la chose, c.à.d. l’instrument du dommage qui
a joué un rôle actif dans la réalisation du dommage.
1- La présence de la chose : Dés l’instant où l’on constate qu’une chose est intervenue dans
la réalisation du dommage, la responsabilité du gardien peut être mise en cause. La victime
doit prouver que la chose a contribué matériellement à la réalisation du dommage, ce qui
signifie que sans cette chose, le dommage n’aurait pas du se produire. De son coté, la
jurisprudence a admis que le contact avec la chose n’est pas nécessaire.
2- le rôle actif de la chose: La RFC n’est pas une responsabilité pour faute, le seul fait de la
chose suffit à engager la responsabilité de son gardien. Cependant il faut que la chose soit la
cause du dommage et que cette chose ait joué un rôle actif dans sa réalisation. En
jurisprudence, le fait de la chose consiste en une intervention de celle-ci dans la réalisation du
dommage. Dans ce cas il est nécessaire pour la victime de rapporter que la cause de la chose
est de quelque manière que soit, l’instrument du dommage. Par exemple le propriétaire d’une
droguerie renverse par maladresse une bouteille de javel et brule gravement les yeux d’un
client. Dans cet exemple, la bouteille joue un rôle actif dans la production du préjudice car
sans le renversement de la bouteille, la victime n’aurait pas été blessée. Dans ce cas il suffit
que la victime démontre que la chose a contribué à la réalisation du dommage pour que le
gardien soit tenu de réparer. Il appartient au gardien d’apporter la preuve contraire pour ne pas
engager sa responsabilité.
Lorsque le gardien est identifié et que la chose qu’il détient a été l’instrument du dommage, il
est tenu d’indemniser la victime. Toutefois le gardien peut encore tenter de s’exonérer de sa
responsabilité. Dans ce cas, la jurisprudence indique que la présomption de responsabilité
établie par l’article 88, alinéa 1er du DOC à l’encontre de celui qui a sous sa garde la chose
inanimée qui a causé un dommage à autrui ne peut être détruite que par la preuve d’un cas
fortuit ou de force majeure ou d’une cause étrangère qui ne lui soit pas imputable. La
jurisprudence rappelle aussi que l’absence de faute ne constitue pas une cause d’exonération.
Cependant, le gardien peut s’exonérer de sa responsabilité soit totalement, soit partiellement.
La responsabilité de plein droit des choses instaurée sur le fondement de l’article 88, alinéa
1er du DOC resterait lettre morte si le gardien pouvait s’exonérer facilement en démontrant la
force majeure. Juridiquement, l’événement qualifié de force majeure doit revêtir trois
caractères : être extérieur, imprévisible et irrésistible. Cependant l’analyse de la jurisprudence
a démontré que c’était l’irrésistibilité, c.à.d. l’impossibilité de prévenir (éviter ?) le dommage
qui était le critère déterminant pour le juge.
FIN.