Immatriculation Foncière: Procédures et Autorités
Immatriculation Foncière: Procédures et Autorités
LA PROCEDURE D’IMMATRICULATION :
CHAPITRE 1 / Généralités : SECTION 1 : Définition (Loi 14-07 modifiant Dahir de
1913). SECTION 2 : L’historique de l’immatriculation. SECTION 3 : Les caractères de
l’immatriculation : A- Le caractère facultatif de l’immatriculation. B- La spécialité
foncière. C-La perpétuité de l’immatriculation. SECTION 4 : Les avantages de
l’immatriculation.
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CHAPITRE 6 / LES EFFETS DE LA DECISION D’IMMATRICULATION :
Section 1 - L’effet de purge. A- Le principe. B- Les exceptions. Section 2 - Le problème
de la prescription en cas d’immatriculation. Section 3 - Le caractère définitif et
inattaquable du titre foncier.
Certains pays se sont inspirés des systèmes qui ont de grandes expériences notamment les
systèmes Australiens appelés «Actes Torrens» du nom de leur auteur Robert Torrens. Ce
dernier était chargé d’étudier le régime foncier Australien, d’en relever les défauts et de
proposer les remèdes qu’il convenait d’y apporter. Il a été adopté par le parlement en 1958. Ce
système a exercé une grande influence sur plusieurs législations étrangères.
L’organe chargé de l’application des textes relatifs à l’immatriculation est la conservation qui
constitue le président entre celui qui prétend à la propriété et en demande l’immatriculation et
celui qui conteste et fait une opposition. Le conservateur est la pierre angulaire du régime
foncier Marocain.
Il est à noter que le régime foncier Marocain est diversifié. A coté du régime général, il ya des
régimes spéciaux qui témoignent de cette diversité et dont il importe de noter quelques
exemples :
*Le domaine forestier : La gestion de ce domaine est confiée à l’administration des eaux et
forets. Ces biens sont inaliénables mais dans certains cas, il est permis à certaines tribus de les
exploiter moyennant une autorisation des autorités concernées.
*Les terres «Guich» : Ce sont les terres qui appartiennent à l’armée royale.
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*Les terres collectives.
LA PROCEDURE DE L’IMMATRICULATION.
L’étude de cette partie va porter sur les questions suivantes :
CHAPITRE 1 : GENERALITES.
Section 1 : Définition.
La loi 14-07 qui a modifié le Dahir du 12 aout 1913 introduit une définition claire plus
précise de l’immatriculation dans son article 1. Désormais, l’immatriculation foncière
comprend non seulement la procédure de l’immatriculation proprement dite, donnant lieu à
l’établissement d’un titre foncier mais aussi la phase d’inscription sur le titre foncier de tous
les actes prévus par la loi.
Alors que le Dahir de 1913, relatif à l’immatriculation, a donné l’ensemble des formalités qui
donnent lieu à l’établissement du titre foncier en vue de préciser la situation de l’immeuble et
de le purger de tous les droits réels qui ne sont pas révélés lors de l’immatriculation, il faut
ajouter aussi que l’immatriculation consiste à inscrire sur le titre foncier ainsi établi, tout acte
et fait ayant pour objet la constitution, la transmission, la modification, la renaissance et
l’extinction des droits réels ou charges foncières relatives à l’immeuble qui en fait l’objet.
Avant le protectorat, seuls les biens «Melk» pouvaient être acquis par des personnes privées.
Ils étaient établis par «Acte adulaire», dont la formation reposait essentiellement sur les
témoignages et les souvenirs des personnes. Cet acte n’était pas reproduit dans le registre
public, il en résultait que les faux témoignages devant les «Adouls» étaient fréquents.
Avec le protectorat français, ces problèmes ont connu un changement qui a consisté à la ruée
des colons français pour l’acquisition des domaines agricoles. Il a donc fallu trouver un autre
système pour arrêter cette anarchie et donner à la propriété une stabilité, chose qui s’est
concrétisée par la promulgation du Dahir de 1913 (DOC).
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L’objet est de réduire les délais et d’alléger les procédures liées à l’immatriculation. Le
changement le plus important réside au niveau des conditions rigoureuses et la pénalisation
des oppositions abusives. Le législateur a donc décidé de modifier un texte préexistant datant
d’environ un siècle, au lieu de publier un nouveau texte. Le nombre d’articles concernés par
les modifications apportées par la loi 14-07 demeure néanmoins important. En effet, d’après
les statistiques, 63 articles ont été complétés et modifiés, 28 articles abrogés et remplacés, 28
articles ajoutés et 18 articles abrogés définitivement.
Ces dispositions générales figurent à la fin du nouveau texte alors que normalement, elles
devraient êtres figurés au début. Le législateur a donc suivi la même méthode qu’en 1913.
Notons enfin que ce texte rentre dans le cadre d’une reforme qui touche les immeubles au
Maroc. Plusieurs textes ont été promulgués, tels que la nouvelle loi 39-08 relative au code des
droits réels.
Il se dégage de l’article 6 du Dahir de 1913 tel qu’il a été modifié par la loi 14-07 que
l’immatriculation est facultative. Au terme de cet article, toute personne peut déposer une
réquisition d’immatriculation (c’est une sorte de demande d’immatriculation). Tant qu’elle ne
l’a pas fait, personne ne peut la contraindre à le faire mais une fois que ce dépôt a été effectué,
elle n’a pas le droit de la retirer. En effet, l’article 6 précité dispose que « L’immatriculation
est facultative, toutefois, lorsqu’une réquisition a été déposée, elle ne peut plus être
retirée ». Ici le législateur a voulu retreindre cette liberté de choix et incite à faire preuve de
sérieux lorsqu’une personne demande l’immatriculation. L’objectif est de rendre un jour
l’immatriculation obligatoire. Malheureusement, dans certains cas le requérant peut se
soustraire à la sévérité de cet article 6. C’est le législateur lui-même qui donne d’une manière
indirecte la possibilité de le faire sans qu’il puisse en résulter une sanction. Le législateur,
dans le cadre de cette reforme, aurait du prévoir certaines solutions pour échapper à ce genre
de situations. Il en est ainsi par exemple de l’article 23 du Dahir de 1913 tel qu’il a été
modifié et complété par la nouvelle loi. Cet article prévoit que si le requérant est absent lors
du bornage, la réquisition d’immatriculation est considérée nulle et non avenue si le requérant
ne présente aucune excuse valable dans le mois qui suit la sommation qui lui est adressée.
L’absence du requérant lors du bornage peut donc être un prétexte sérieux pour renoncer à
l’immatriculation. Le conservateur peut aussi refuser l’immatriculation lorsque le requérant ne
fournit pas les documents justificatifs à sa réquisition.
Malgré son caractère facultatif, l’immatriculation est obligatoire dans certains cas qui sont
considérés comme des exceptions et la possibilité de choix disparait. Ces cas sont
expressément prévus par des textes spéciaux et dans les zones à ouvrir à cet effet par arrêté du
ministre de tutelle de l’A.N.C.F.C.C sous la proposition de son directeur. (C.à.d. des zones
qui seront soumises à l’immatriculation obligatoire tel que la zone Rabat-Casablanca). A titre
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d’exemple, l’immatriculation est obligatoire dans les cas suivants : - La copropriété des
immeubles bâtis, telle qu’elle est régie par le Dahir n° 1-02-298 du 3 octobre 2002. - Les
lotissements-groupes d’habitations et morcellement (divisé en morceaux) : Ce sont les
grandes superficies dont les propriétaires procèdent à leur division en lots et qui sont destinées
à la construction d’immeubles à usage d’habitation, d’industrie, de tourisme, de commerce ou
d’artisanat. Elles sont soumises à l’immatriculation obligatoire avant de procéder à leur vente
ou leur partage. - Les secteurs soumis au remembrement : Le remembrement est une opération
qui permet de substituer à des parcelles de formes irrégulières parfois enclavées et souvent
dispersés, des lots de forme régulière aptes à l’emploi des techniques modernes de culture.
Techniquement, le remembrement se traduit par la réunion de toutes les parcelles du secteur
en un certain nombre de lots de valeurs productives équivalentes, attribuées au propriétaire au
prorata (proportionnellement) de ce qui procédait avant le remembrement. Compte tenu de la
dispersion des terres agricoles, le Maroc a procédé à leur remembrement en vue de leur
répartition sous une forme qui permettra une meilleure exploitation.
Notons enfin qu’à coté de ces cas exceptionnels, la loi 14-07 apporte une nouveauté
concernant l’immatriculation obligatoire qui prévoit l’ouverture du secteur à l’immatriculation
obligatoire. Il s’agit d’imposer dans certaines zones géographiques l’obligation aux
propriétaires d’immatriculer leurs biens immeubles dans le but de généraliser
l’immatriculation à tous les immeubles dont la part demeure aujourd’hui insignifiante.
D’après certaines estimations, plus de 70% du sol national n’est pas encore concerné par
l’immatriculation. Pour les zones concernées par l’immatriculation, la procédure est gratuite
afin d’encourager les intéressés à demander l’immatriculation. Il est prévu que
l’immatriculation obligatoire va concerner dans un premier temps l’axe Rabat- Casa. La loi
14-07 a prévu certaines dispositions relatives à l’immatriculation obligatoire. En vertu de ces
dispositions, les zones d’immatriculation obligatoire sont délimitées par arrêté qui doit être
publié et affiché dans les locaux de l’autorité locale de la commune du TPI et de la
conservation foncière. Le déroulement des opérations relatives à l’immatriculation obligatoire
est confié à une commission dite commission d’immatriculation obligatoire.
B- La spécialité foncière.
C’est un autre caractère de l’immatriculation qui signifie que chaque immeuble possède son
propre titre foncier et l’immatriculation ne concerne que cet immeuble. Peut importe que
l’immeuble soit composé d’une seule ou plusieurs parcelles indépendantes les unes des autres
ou que la propriété appartienne à une ou plusieurs personnes. Si une personne dispose de
plusieurs immeubles et qu’il désire demander leurs immatriculations, il doit déposer à part
une réquisition d’immatriculation pour chaque immeuble et chaque immeuble est immatriculé
à part comme si ces immeubles appartenaient à différents propriétaires.
C- La perpétuité de l’immatriculation.
Il découle de l’article 1 du Dahir de 1913 tel qu’il a été modifié et complété par la loi 14-07
que l’immeuble une fois immatriculé ne perd plus ce caractère et ne peut être soustrait
ultérieurement aux dispositions du présent dahir.
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foncier une certaine force qui ne peut être remise en cause (Le principe de purge). Cette
immunité de l’immatriculation découle de la précision qui caractérise sa procédure et la
description précise de l’immeuble par les soins d’un géo-topographe compétant. De même, le
déroulement de la procédure permet de se manifester pour contester le droit de propriété ou un
autre droit réel foncier dans l’immeuble ou en contester les limites.
L’application des dispositions du Dahir du 18 aout 1913 tel qu’il a été modifié et complété
par la loi 14-07 incombe à deux autorités distinctes, l’une administrative et l’autre judiciaire.
En principe, l’autorité administrative est chargée de l’application des textes relatifs à
l’immatriculation. Quant à l’autorité judiciaire, elle est compétente pour connaitre des litiges
produits par l’immatriculation comme l’opposition par exemple.
A-L’A.N.C.F.C.C.
Elle a été créée par la loi n° 58-000 promulguée par le Dahir 1-02-125 du 13 juin 2002. Cette
agence dont le siège est à Rabat est un établissement public doté de l’autonomie financière et
il est placé sous la tutelle du ministre de l’agriculture.
a- Les fonctions de l’A.N.C.F.C.C : Cette agence joue un rôle très important et peut
accomplir plusieurs fonctions, notamment : 1 - L’immatriculation de la propriété foncière. 2 -
La publicité et la conservation des droits réels et charges foncières. 3 - La conservation des
archives et des documents. 4 - L’établissement et la conservation du cadastre national. 5 -
L’établissement et la révision de la carte topographique du Royaume. 6 et 7 - Elle peut aussi
effectuer des études et fournir l’assistance technique et juridique en relation avec des missions
au profit des établissements publics, des collectivités locales et toute personne qui en fait la
demande.
Les fonctions du conseil d’administration : Il est chargé des arrêtés de débits ainsi que des
modalités de financements, des arrêtés de comptes et de décider de l’affectations de résultats,
de proposer la création des conservations foncières, de proposer la modification des droits de
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la conservation foncière qui seront fixés conformément à la réglementation en vigueur, fixer
les prix des services rendus aux usager et élaborer le statut du personnel.
B- Le conservateur régional.
Le conservateur est tenu d’accomplir les missions suivantes : * La réception des réquisitions
d’immatriculation et l’accomplissement de toutes les formalités que nécessite l’inscription sur
le titre foncier. * La conservation des titres et documents relatifs aux immeubles immatriculés
ainsi que les plans cadastraux établis par le service du cadastre. * La délivrance des copies des
documents insérés dans les dossiers fonciers. * La perception des taxes sur les transactions.
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C- Le conservateur général.
Etant donné que les affaires qui sont soumises aux conservateurs sont complexes, le
législateur a prévu un organe à qui il a confié la coordination entre les différentes
conservations foncières du Maroc. Dans cette perspective a été promulgué le Dahir du 25
décembre 1953. Le conservateur général a plusieurs fonctions. Il est chargé notamment de
rapprocher les points de vue des conservateurs dans le but d’appliquer correctement les textes
de l’immatriculation, recevoir les affaires importantes qui nécessitent un nouvel examen,
transmettre au conservateurs toutes les instructions en vue de faciliter leur travail et contrôler
les conservateurs afin qu’ils fassent leurs missions en de bonnes conditions.
En cas de litige, l’affaire peut être portée devant les tribunaux de droit commun. Il s’agit des
tribunaux suivants :
A- Le TPI : Le tribunal de première instance qui est une juridiction de droit commun a une
compétence générale. Il peut connaitre de toutes les affaires privées, y compris celles de
l’immatriculation. Il peut être divisé en plusieurs chambres. Cette juridiction est compétente
soit en premier et dernier ressort, soit à charge d’appel dans des conditions déterminées par le
code de procédure pénale et le code de procédure civile.
B- Les cours d’appel. Elles sont compétentes pour voir les appels interjetés à l’encontre des
décisions rendues en premier ressort par les TPI. Autrement dit, les affaires dont les valeurs
sont indéterminées ou inférieures à 20.000 dirhams.
L’article 10 du Dahir de 1913 complété et modifié par la loi 14-07 a désigné les personnes
habilitées à déposer la réquisition d’immatriculation qui doit contenir certaines mentions.
A- Qui peut déposer une réquisition d’immatriculation. La réponse à cette question est
donnée par l’article 10 du Dahir de 1913 au termes duquel, la réquisition d’immatriculation
peut être déposée par les personnes suivantes : - Le propriétaire. - Le copropriétaire. - Les
bénéficiaires des droits réels énumérés ci après : * L’usufruit, * La superficie, * L’emphytéose
« Bail de longue durée », * Le droit de « Zina » (une personne qui a construit des choses sur
un terrain et peut donc en jouir) , * Le droit de « Houa ». Cette liste est limitative, cela veut
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dire qu’en dehors des personnes visées par l’article 10, personne d’autre n’a le droit de
déposer une réquisition d’immatriculation.
B- La forme de la réquisition.
Le législateur n’a imposé aucune forme particulière. Il en résulte que la réquisition peut être
écrite ou orale. Aux termes de l’article 13 du Dahir de 1913 tel qu’il a été complété et
modifié par la loi 14-07, le requérant de l’immatriculation remet au conservateur de la
propriété foncière qui en délivre un récépissé, une réquisition signée par lui-même ou par un
mandataire muni d’une procuration régulière qui doit contenir certaines mentions prévues par
l’article 13. Le conservateur remplit un imprimé spécialement réservé à cet effet, que le
requérant doit signer. Si le requérant ne peut ou ne sait pas signer, mention en est faite par le
conservateur qui certifie que le remise de la réquisition lui a été faite par l’intéressé après
vérification de son identité.
a- Les mentions relatives au requérant. Le but de ces mentions est de vérifier l’identité du
requérant et sa qualité. Il faut indiquer : - Le nom et le prénom (du requérant). - Sa qualité. -
Son domicile. - Son état civil. - Sa nationalité. - Le nom de l’épouse (si elle existe). Si
l’immeuble est en état d’indivision, les mêmes indications seront reçues pour chaque Co-
indivisaire. Si le requérant est une personne morale (société, association… etc.), il faut
mentionner sa dénomination, sa forme juridique, son siège social et le nom de son
représentant légal, notamment que le Dahir de 1913 n’a pas fait allusion aux personne
morales alors que la nouvelle loi a fait allusion dans son article 13 à cette éventualité :
*L’adresse du requérant lorsqu’il na pas son domicile au lieu de la conservation foncière dans
le ressort de laquelle est situé l’immeuble, il doit désigner un domicile dans ce ressort. * Les
références de la carte d’identité nationale ou tout autre document attestant son identité.
b- Les mentions relatives à l’immeuble. Elles doivent être très précises pour faire accélérer
la procédure. L’insuffisance de précision de ces mentions peut entraver la tache du
conservateur et retarder indéfiniment la procédure. Ces mentions sont prévues par l’article 13
précité. Il s’agit de la description de l’immeuble, de l’indication des construction qui s’y
trouvent, de sa consistance, de sa nature, du nom et adresse des riverains (voisins) et le nom
sous lequel il est connu (si le nom existe), de l’affirmation de la possession de l’immeuble par
le requérant en totalité ou en partie, de l’estimation de sa valeur vénale (en argent) et de
l’indication des droits réels existants sur l’immeuble avec la désignation des ayants droits.
Il s’agit bien sûr du conservateur de la propriété foncière car la réception des réquisitions
d’immatriculation fait partie de ses attributions, tel qu’il découle de l’article 9 du Dahir de
1913, complété et modifié par la loi 14-07.
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Le requérant dois payer des taxes prévues à l’occasion de l’immatriculation dès le dépôt de la
réquisition. Ceci en contre partie d’un récépissé délivré à l’intéressé qui justifie d’une part, le
paiement de ses frais de conservation et d’autre part la date du dépôt de la réquisition. Les
frais de conservation sont exigibles dès le dépôt de la réquisition.
Conclusion : Dans le but de faciliter la procédure, les autorités précitées sont tenues
d’envoyer un certificat attestant que les formalités relatives à l’affichage et la publicité ont été
effectivement accomplies, au conservateur. L’affichage comme la publicité posent ainsi de
nombreux problèmes vu le nombre des affiches. Les tableaux consacrés à l’affichage sont
souvent encombrés par des affiches qui n’ont aucun rapport avec l’immatriculation. Il en
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résulte que la consultation des affiches n’est pas aisée. Par conséquent, il faut réserver
quelques tableaux exclusivement à l’immatriculation.
Section 4 : Le bornage.
Le bornage est une opération technique dirigée par le conservateur et effectuée par un
ingénieur géomètre topographe qui se déplace sur les lieux pour effectuer une requête sur
l’immeuble, objet du bornage. Le bornage est l’une des phases les plus importantes de
l’immatriculation, il permet de déterminer la situation matérielle et juridique de l’immeuble.
Tout intéressé a le droit porter opposition s’il estime que la procédure d’immatriculation lui
porte préjudice. Le conservateur va convoquer les parties et essaye de régler le problème. S’il
n’arrive pas à atteindre son objectif, l’affaire est renvoyée au tribunal.
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L’opposition se déroule suivant deux étapes, la première administrative et la deuxième
judiciaire. Signalons que le changement le plus marquant de la loi 14-07 porte sur les
oppositions.
Peuvent intervenir dans la procédure par voie d’opposition les personnes suivantes : -
L’intéressé lui-même. - Les représentants légaux. - Le juge chargé de tutelle. - Le curateur aux
biens des absents et disparus.
L’opposition ne concerne pas que les personnes physiques, elle peut être faite par une
personne morale. Ainsi, l’état peut aussi faire opposition chaque fois que la réquisition porte
atteinte à ses intérêts.
Ce délai est fixé par l’article 24 de l’ancien texte tel qu’il a été modifié et complété par la loi
14-07. Ce délai est de 2 mois qui court de la publication au B.O à l’avis de clôture. Après
expiration de ce délai, aucune opposition n’est recevable. Le législateur a fait preuve de
souplesse lorsqu’il a admis à titre exceptionnel la réception d’une opposition tardive. Toute
personne qui na pas pu inscrire son opposition pour un motif valable dans les délais prévus
peut bénéficier de cette dérogation tant que le dossier n’a pas été transmis au tribunal. Ici, la
loi 14-07 a innové par rapport à l’ancien texte pour mettre fin aux oppositions abusives. Avec
l’ancien texte, l’opposant n’était pas tenu de justifier son retard alors qu’avec le nouveau
texte, l’opposant doit indiquer au conservateur les raisons qui ‘ont empêché de formuler son
opposition dans les délais prévus avec des documents à l’appui. Il doit en outre s’acquitter de
la taxe judicaire et des droits de plaidoirie ou justifier qu’il a obtenu l’assistance judicaire.
Notons qu’en matière d’opposition tardive, comme l’opposant doit justifier son retard, le
conservateur peut refuser la réception de cette proposition s’il n’est pas convaincu par les
arguments invoqués par l’opposant. C’est là l’un des amendements introduits par la loi 14-07.
Le dernier mot revient donc au conservateur qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire. Sa
décision n’est susceptible d’aucun recours judicaire.
Le législateur n’a imposé aucune forme. Il en résulte que l’opposition peut être faite
oralement ou par écrit. Dans le cas ou l’opposition est faite oralement, il est dressé en
présence de l’intéressé un P.V (procès verbal) en double exemplaire dont l’un est remis à
l’opposant.
Il s’agit de la loi 14-07 telle qu’elle a abrogé l’article 25 du Dahir de 1913 en indiquant que
l’opposition doit contenir les mentions suivantes : - Identité de l’opposant. - Etat civil. -
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Adresse réelle du domicile élu. - Nom de la propriété. - Nature de la réquisition. - Nature et
étendue des droits contestés. - Enonciation des titres et pièces appuyant la demande.
La loi 14-07 telle qu’elle a abrogé et remplacé l’article 25 a fait allusion aux autorités
chargées de recevoir les oppositions. Il s’agit du conservateur et de l’IGT (l’ingénieur
géomètre topographe). La loi 14-07 leur a confié cette mission en supprimant la possibilité de
s’adresser au tribunal ou à l’autorité locale. Ceci dans le but d’accélérer la procédure. La
nouvelle loi a donc mis fin à la situation antérieure qui posait beaucoup de problèmes. En
effet, les autorités locales et le tribunal ne voulaient pas recevoir les oppositions surtout quand
elles étaient faites oralement car elles avaient d’autres occupations considérées prioritaire.
Elles refusaient de recevoir ces oppositions sans avoir le droit de les refuser. Compte tenu de
ce problème, le législateur a mis fin à cette situation et a confié cette tache au conservateur et
à l’ingénieur géomètre topographe, ensuite quand ces deux dernières autorités sont devenues
les seules habilitées à recevoir les oppositions, il a été prévu la création de plusieurs
conservations foncières dans une même préfecture et province et qui seront chargées de
recevoir toutes les oppositions.
L’opposition donne lieu à la perception de la taxe judiciaire. L’opposant peut être exonéré
moyennant le recours à l’assistance judiciaire. S’il ya plusieurs opposants pour une même
réquisition, chacun est tenu de s’acquitter de la taxe judiciaire. C’est la conservation qui est
chargée de sa réception au profit du secrétariat greffe du TPI. Si l’opposant ne s’acquitte pas
de la taxe judiciaire, l’opposition est réputée non avenue.
Tant que le dossier n’a pas été transmis au tribunal, le conservateur a le pouvoir de concilier
les parties. Il doit dresser un procès verbal de conciliation signé par les parties. Il s’agit d’un
arrangement à l’amiable sans le recours aux juridictions. Cette possibilité est prévue par
l’article 31 du Dahir de 1913 tel qu’il a été complété et modifié par la loi 14-07. D’ailleurs,
les conservateurs sont favorables à la conciliation car elle permet de trouver une solution au
litige qui satisfait les deux parties, alors que le jugement ne satisfait que l’une des parties. La
conciliation dispense également les parties du paiement des frais de la justice et des
honoraires de l’avocat. La conciliation est un procédé expéditif qui permet de délivrer
rapidement un titre foncier à son titulaire. Si un opposant s’est manifesté et le conservateur
n’arrive pas à concilier les parties, il transfère le dossier au tribunal du lieu la situation de
l’immeuble qui suivent l’expiration du délai de faire opposition.
Le droit de faire opposition, comme n’importe quel autre droit, n’est pas absolu et ne peut être
exercé sans limites ou porter préjudice à autrui. Ici, le législateur a voulu confirmer ce
principe tel qu’il découle de l’article 94 du DOC. En plus de ce principe général, le
législateur a consacré à cette notion d’abus de droit un article spécial. Il s’agit de l’article 48
du Dahir de 1913 tel qu’il a été modifié et complété par la loi 14-07. Certaines personne ont
abusé de ce droit pour faire opposition dans le but de retarder ou de paralyser le déroulement
de la procédure en la bloquant parfois pour des années. Elles fondent leur opposition sous
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pièces justificatives à l’appui. Il en résulte un grand retard qui porte atteinte au droits du
requérant et ceci, malgré les dispositions de l’article 48 du même dahir qui a prévu une
amende de 100 à 10.000 dirhams sans préjudice des dommages et intérêts envers la partie
lésée. Cette situation devrait changer avec la nouvelle loi car le législateur a prévu une
amende beaucoup plus importante pour pénaliser les oppositions abusives et non justifiées. Il
découle de l’article 48 du Dahir de 1913 que toute opposition à l’immatriculation reconnue
par le tribunal et qui soit abusive, vexatoire ou de mauvaise, donne lieu contre celui qui l’a
portée à une amende au profit de l’ANCFCC et dont le montant ne peut être inférieur à 10%
de la valeur de l’immeuble. La partie lésée a aussi droit à des dommages et intérêts. Cette
amende est prononcée par la juridiction saisie qui peut statuer, le cas échéant, sur les
demandes en dommage et intérêts. Ces nouvelles dispositions qui ont prévu des pénalités
beaucoup plus dissuasives s’il s’avère que l’opposition est infondée peuvent être considérées
comme l’un des grands apports de la loi 14-07. Elles vont sans aucun doute permettre
d’accélérer la procédure car l’immatriculation de l’immeuble prend actuellement une
moyenne de 2 ans. Lorsque le juge rapporteur estime que l’affaire est en état, il faut avertir les
parties du jour ou elles seront appelées en audience publique au moins 8 jours à l’avance à
compter de la réception de la convocation. A l’ouverture du débat, le juge rapporteur expose
l’affaire, les parties sont entendues et le ministère public donne des conclusions. L’affaire est
jugée soit immédiatement soit après délibérés. Le tribunal indique dans son jugement les
limites et la superficie reconnue au profit des opposants et, en cas d’indivisions, la part
revenant à chacun d’eux.
En matière d’immatriculation, l’appel est recevable quelque soit la valeur de l’immeuble. Dès
la réception du dossier au secrétariat greffe de la cours d’appel, le 1er président nomme un
conseiller rapporteur. Ce dernier peut accomplir toutes les mesures nécessaires pour trouver
une solution au litige. Il peut accomplir toute mesure complémentaire, notamment se
transporter sur le lieu des biens en compagnie d’un ingénieur géomètre topographe. Dès que
l’affaire est en état, le conseiller rapporteur fait prévenir les parties 15 jours à l’avance, du
jour ou l’affaire sera appelée à l’audience. Le conseiller rapporteur expose l’affaire puis les
parties sont entendues et le ministère public donne ses conclusions. L’affaire est jugée par la
cour d’appel soit immédiatement soit après délibéré. L’arrêt rendu par la CA est susceptible
de pourvoi en cassation.
Si les frais d’immatriculation sont à la charge du requérant, les frais d’opposition à la charge
de la partie qui échoue.
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Une fois que le conservateur a décidé l’attribution d’un titre foncier appelé aussi « titre de
propriété », il est procédé à l’inscription de l’immeuble sur le titre foncier avec un numéro
différent de celui qui figure sur la réquisition. Le numéro de la réquisition concerne
l’immeuble en cours d’immatriculation et l’immeuble continue de porter ce numéro à
l’établissement foncier. Par contre, le numéro du titre foncier l’immeuble immatriculé et se
substitue en numéro de la réquisition. Signalons que l’attribution du numéro du titre foncier
relève de la compétence du conservateur qui doit prendre en considération l’ordre
chronologique des titres fonciers. Le plan y est annexé. En ce qui concerne le nom de
l’immeuble, son choix incombe au propriétaire inscrit qui peut demander le changement de la
dénomination de l’immeuble concerné. L’intéressé doit adresser une demande au conservateur
qui procède à la publication de cette dernière au B.O. Le titre foncier va comporter une
description détaillée de l’immeuble, le ou les noms des propriétaires et l’indication de la part
de chacun d’eux en cas d’indivision. Le titre foncier doit également mentionner tous les droits
réels qui grèvent sur l’immeuble inscrit.
Section 2 : Le duplicata.
Toute personne qui a falsifié, contrefait ou altéré ces documents (le titre foncier et le
duplicata), ou fait usage de documents falsifiés, contrefaits ou altérés, est passible de
sanctions pénales.
La décision d’immatriculation produit un effet de purge. Ce principe n’est pas absolu, il subit
des exceptions.
A- Le principe.
L’effet de purge donne à la propriété un point de départ précis. Il la débarrasse de tous les
droits réels et charges foncières antérieures à l’immatriculation et non révélés en temps
opportun. Tout droit antérieur non retenu pendant a procédure est désormais considéré comme
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non existant tel qu’il découle de l’article 62 du dahir d’immatriculation. Aux termes de cet
article, le titre foncier est définitif et inattaquable. Il forme le point de départ à l’exclusion des
autres droits non inscrits. Seuls les droits qui se sont révélés pendant l’immatriculation ont
une existence juridique. Le titre foncier fait table rase du passé. Il n’est donc grevé d’aucun
droit réel à l’exception des droits obtenus par la décision d’immatriculation. Et le bénéficiaire
de la décision d’immatriculation devient propriétaire par le seul effet de cette décision.
B- Les exceptions.
L’effet de purge subit des exceptions. A titre d’exemple, le domaine public n’est pas atteint
par l’effet de purge dans la mesure où le titre foncier établi au profit d’un particulier lui est
inopposable car il est inaliénable et imprescriptible. Il en est de même pour les bien
«Habous», l’administration des biens Habous ne subit pas l’effet de purge. Il en est de même
aussi pour les droits miniers (exemple : permis de recherche) et des droits privatifs d’eau.
Si la décision a un aspect négatif dans la mesure où elle purge de tous les droits antérieurs non
révélés au moment opportun, elle a aussi un aspect positif puisque le titre foncier est définitif
et inattaquable. C’est ce qui résulte de l’article 62 du Dahir du 12 aout 1913. Le titre foncier
est définitif et inattaquable, c’est une forme de point de départ unique des droits réels et des
charges foncières existants sur l’immeuble au moment de l’immatriculation à l’exclusion de
tous autres droits non inscrits. Ce caractère définitif et inattaquable concerne le sol ainsi que
les constructions et plantations qui se trouvent au jour de son établissement.
En principe, les personnes dont les droits sont lésés suite à une immatriculation ne peuvent
exercer aucun recours. Toutefois, en vertu des dispositions de la loi 14-07, les intéressés
peuvent mais seulement en cas de DOL, exercer une action personnelle.
FIN.
2015/2016. (E.R.Y).
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