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Module D'andromaque

Le document décrit une séquence pédagogique sur la tragédie classique d'Andromaque de Racine. Il contient une progression sur 10 séances analysant des extraits de la pièce, des œuvres picturales et des textes théoriques sur le genre tragique. Le but est d'amener les élèves à comprendre les spécificités de la tragédie classique comme le respect des unités, le registre tragique et les sources antiques.

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Module D'andromaque

Le document décrit une séquence pédagogique sur la tragédie classique d'Andromaque de Racine. Il contient une progression sur 10 séances analysant des extraits de la pièce, des œuvres picturales et des textes théoriques sur le genre tragique. Le but est d'amener les élèves à comprendre les spécificités de la tragédie classique comme le respect des unités, le registre tragique et les sources antiques.

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Séquence 7 : Andromaque, une héroïne tragique

Objets d'étude - Le théâtre (la tragédie)

Perspective - Histoire littéraire & culturelle (le classicisme)


- Genres & registres (tragique & pathétique)
- Réflexion sur la production & la singularité des textes (sources antiques)

Support(s) O.I.
Racine, Andromaque

+ Boileau, Art poétique, Chant III, 1674


Racine, première préface d’Andromaque, 1668
G.-A. Rochegrossse, Andromaque (1883)
Charles Coypel, Pyrrhus & Andromaque (1732)
Bouguereau, Oreste poursuivi par les Furies (1862)

Objectifs - Reconnaître les caractéristiques de la tragédie classique


- Savoir identifier le registre tragique & pathétique
- Savoir lire & analyser un alexandrin
- Approfondir la méthodologie du commentaire littéraire (+ introduction)

Problématique Amener les élèves à comprendre les spécificités de la tragédie classique

Evaluation Commentaire littéraire en intégralité

Progression :

Séance 1
Support : 1) Distribution des personnages 2) G.-A. Rochegrossse, Andromaque (1883)
Objectif : Comprendre l’enjeu (l’intrigue) de la tragédie ! séance à faire avant la lecture de la tragédie
____________________________________________________________________
Séance 2
Support : Boileau, Art poétique, Chant III, 1674
Objectif : Découvrir les principes de la doctrine classique
__________________________________________________________________________________
Séance 3
Support : Extrait de vers > Acte I, scène 4 Objectif : Savoir lire & analyser un alexandrin
____________________________________________________________________________________
Séance 4
Support : Acte I, scène 1
Objectif : Cerner les caractéristiques d’une scène d’exposition & le registre tragique
____________________________________________________________________________________
Séance 5
Support : Acte III, scène 8
Objectif : Cerrner le dilemme tragique & le registre pathétique
____________________________________________________________________________________
Séance 6
Support : Charles Coypel, Pyrrhus & Andromaque (1732) (en rapport avec III,6 )
Objectif : Cerner le pathétisme & le tragique de la scène. Mettre en rapport texte & image
____________________________________________________________________________________
Séance 7
Support : Acte IV, scène 5 (v. 1356-86) Objectif : Comprendre la progression tragique des émotions
____________________________________________________________________________________
Séance 8
Support : Acte V, scène 4 (v. 1565-82) Objectif : Cerner les caractéristiques du monologue
___________________________________________________________________________________
Séance 9
Support : Bouguereau, Oreste poursuivi par les Furies (1862) Objectif : L’expression tragique
__________________________________________________________________________________
Séance 10
Support : Bilan + Racine, première préface d’Andromaque, 1668
Objectif : Approfondir l’exercice de la dissertaion & Découvrir un aspect de la tragédie classique : l’imitation des Anciens

1
+ Exposé : 1) La Guerre de Troie 2) Oreste : dans le mythe & dans la tragédie
Séance 1 – Entrée dans l’œuvre

Support → 1) Liste des personnages


2) G.-A. Rochegrosse, Andromaque (1883)
Dominante → Image
Objectif → Saisir l’enjeu (l’intrigue) de la tragédie

 Quelques mots sur la pièce :


Andromaque est la première grande tragédie de Racine. La 1ère représentation (le 17 novembre 1667) a lieu dans
les appartements privés de la reine, dans la Cour de Louis XIV. Donnée le surlendemain pour une représentation
publique à l’Hôtel de Bourgogne, la pièce consacre le succès du jeune Racine (27 ans). Il se trouve alors
propulsé comme le rénovateur d’un genre, la tragédie, jusque là aux mains d’un Corneille vieillissant.
Racine puise aux sources antiques (Homère, Virgile, Euripide ou Sénèque) => l’imitation des Anciens étant
l’une des grandes règles du Classicisme du XVIIème siècle. Le dramaturge prend cependant quelque liberté avec
la tradition historique pour l’enrichissement de sa pièce.

 Analyse de la distribution des personnages :

Personnages :
Andromaque : Veuve d'Hector, prisonnière de Pyrrhus.
Pyrrhus : fils d'Achille (qui a tué Hector), roi d'Epire.
Oreste : fils d'Agamemnon, amoureux d'Hermione.
Hermione : fille d'Hélène, fiancée de Pyrrhus.
Pylade : ami d'Oreste
Cléone : confidente d'Hermione
Céphise : confidente d'Andromaque
Phoenix : gouverneur de Pyrrhus.
La scène est à Buthrote, ville d’Epire, dans une salle du palais de Pyrrhus

Les 4 personnages principaux sont : Andromaque (personnage éponyme), Pyrrhus, Oreste & Hermione.
Il s’agit d’abord de personnages appartenant à l’histoire antique et mythique. Ils appartiennent aux classes les
plus élevées de la société antique (roi, reine) et à des familles illustres (fille d’Hélène, fils d’Achille, …). Les
autres personnages, qui sont d’un rang nettement subalterne, ne sont identifiés que par leurs relations avec les
personnages précédents : ils tiennent le rôle de confidents, ne participant pas véritablement à l’action
(recueillent les pensées et les tourments des personnages précédents).
=> personnages types de la tragédie (≠ aux personnages de la comédie).
Quels sont les liens entre eux ?
Hermione est fiancée à Pyrrhus. Mais Oreste est « amoureux » d’Hermione (le terme « amoureux » au XVIIème
signifie que la personne aime sans être aimée en retour). On apprend de plus qu’Andromaque est
« prisonnière » de Pyrrhus. Pourquoi est-elle captive ? Resituons l’histoire de la Guerre de Troie.

 Quelques mots sur la Guerre de Troie : (Bref topo puisqu’un exposé sera fait sur La Guerre de Troie)
Conflit entre la Grèce et Troie :
- D’un point de vue historique : la Grèce aurait été envieuse de la richesse de la cité troyenne.
- Selon la légende homérique : Pâris, fils du roi de Troie, Priam, a enlevé Hélène, la plus belle femme au
monde, épouse de Ménélas, roi de Sparte. Ménélas va demander de l’aide à son frère Agamemnon, le plus
puissant des grecs qui va conclure une alliance avec plusieurs rois grecs. Une armée est constituée : le siège de
Troie durera plus de dix ans. Lors de cette guerre (fils de Priam, frère de Pâris) est tué par Achille (grosse perte
pour les troyens). Ulysse met au point un stratagème (le cheval de Troie). Troie est incendiée, les hommes et les
enfants mâles sont tués ; les grecs, vainqueurs, se tirent au sort les femmes troyennes. C’est ainsi que Pyrrhus
reçoit Andromaque, la veuve d’Hector.

2
 Analyse de la peinture : Cf Annexe 1

Rochegrosse, Andromaque (1883)

Cette peinture représente la scène terrible de l’incendie de Troie et de l’enlèvement d’Astyanax et


d’Andromaque.
Souffrance des victimes et barbarie de leurs bourreaux remplissent cette scène : le sang coule, les cris fusent, les
gestes et les expressions des visages sont d’une violence explosive.
Le format gigantesque de la toile (479 × 335 cm) place le spectateur dans l’impossibilité de fuir, d’échapper à
l’horreur : cadavres nus, entassement de têtes, rebord de la rampe ensanglanté (1er plan) ; les vapeurs rouges qui
irradient la partie droite du tableau sont un écho des flammes qui anéantissent Troie.
La vertigineuse diagonale ascendante oblige le regard du spectateur à découvrir les tenants et aboutissement du
drame. Plusieurs soldats empoignent Andromaque avec fermeté, qui est tendue de tout son corps vers son fils
Astyanax, prisonnier d’un grec en train de l’enlever. En haut de l’escalier, on aperçoit une silhouette
inquiétante : Ulysse ? Pyrrhus ? C’est là que Racine va se détourner de la tradition homérique.
Selon Homère, l’enfant va être précipité du haut de la muraille par Ulysse. Racine choisit de raconter
l’enlèvement d’Astyanax par Pyrrhus en même temps que sa mère.

 Enfin, Racine…

Pyrrhus détient Andromaque et son fils Astyanax, et va tomber passionnément amoureux de la veuve d’Hector.
Or, les Grecs sont mécontents de cette situation : il faut tuer tous les mâles troyens (d’autant plus qu’Astyanax
est le fils d’un grand guerrier, Hector) pour éviter une vengeance future de cette génération. Envoyé en tant
qu’ambassadeur, Oreste est censé réclamé, au nom de tous les Grecs, l’enfant à Pyrrhus. Mais, Oreste, est
l’ancien amant d’Hermione, promise à Pyrrhus : on apprendra, dans la 1ère scène, qu’Oreste se trouve en Epire
(officiellement pour récupérer l’enfant) dans le but désavoué d’enlever Hermione.

- Conclusion -

On résume généralement l’intrigue d’Andromaque de cette formule lapidaire : « Oreste aime Hermione, qui
aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort ».

3
Séance 2 – La doctrine classique au théâtre

Support → Boileau, Art poétique, Chant III, 1674 cf Annexe 2


Dominante → Lecture analytique
Objectif → Découvrir les principes de la tragédie classique

30 De ce qu'il veut, d'abord ne sait pas m'informer,


Vous donc, qui d'un beau feu pour le théâtre épris, Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,
D'un divertissement me fait une fatigue.
010 Venez en vers pompeux y disputer le prix, J'aimerois mieux encor qu'il déclinât son nom,
Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages Et dît: Je suis Oreste ou bien Agamemnon.
Où tout Paris en foule apporte ses suffrages,
Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés, 035 Que d'aller, par un tas de confuses merveilles
Soient au bout de vingt ans encor redemandés? Sans rien dire à l'esprit, étourdir les oreilles :
Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.
015 Que dans tous vos discours la passion émue Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué.
Aille chercher le coeur, l'échauffe et le remue. Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées,
Si d'un beau mouvement l'agréable fureur
Souvent ne nous remplit d'une douce «terreur», 040 Sur la scène en un jour renferme des années.
Ou n'excite en notre âme une «pitié» charmante. Là souvent le héros d'un spectacle grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier .
020 En vain vous étalez une scène savante : Mais nous, que la raison à ses règles engage,
Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Nous voulons qu'avec art l'action se ménage;
Un spectateur toujours paresseux d'applaudir,
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique 045 Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Justement fatigué, s'endort ou vous critique. Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable :
025 Le secret est d' abord de plaire et de toucher : Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Inventez des ressorts qui puissent m'attacher. Une merveille absurde est pour moi sans appas :
Que dès les premiers vers l'action préparée
Sans peine du sujet aplanisse l'entrée. 050 L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas.
Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer, Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose :
Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose;
Mais il est des objets que l'art judicieux
Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux.

 Petit débat oral… : Qu’est-ce qu’une tragédie ? (Mobiliser les pré-requis des élèves)

 Présentation du texte :
- De quel ouvrage est extrait ce texte ? A quoi peut-il bien servir ?
Il s’agit de l’extrait d’un Art poétique. Ce genre littéraire est présent depuis l’Antiquité : Poétique, d’Aristote ; d’Horace.
Le terme « Poétique » vient du grec « poiesis », fabrication, élaboration. Un Art poétique désigne donc une œuvre
décrivant la manière d’écrire et de constituer des œuvres.
C’est un texte injonctif qui donne des règles aux auteurs (des conseils ou des observations pour l’écriture), un texte
exprimant les principes esthétiques d’un auteur.
Publié en 1674, l’ouvrage de Boileau (1636-1711), homme de lettres français qui fut le principal théoricien de l’esthétique
classique, ne fut pas fondamental pour des auteurs comme Racine qui écrivit la plupart de ses pièces avant la publication
de cet « art poétique ». Mais ce texte offre pour nous l’avantage de résumer les doctrines classiques édictées dès avant
1660 (notamment par D’Aubignac). Cet ouvrage montre à quel point la tragédie classique fut codifiée. Les règles de la
doctrine classique pesèrent très fortement sur les dramaturges, dans ce siècle marqué par le goût de l’ordre et de la raison.

 Analyse de l’extrait :
- Observez le système d’énonciation : qu’en concluez-vous sur la finalité (les objectifs) de l’ouvrage ?
Présence dans le 1er vers d’une apostrophe directe « vous », défini par une périphrase « qui d’un beau feu pour le théâtre
épris/ Venez en vers pompeux y disputer le prix » qui en révèle le statut : Boileau s’adresse ici aux auteurs de tragédies. Le
mode employé, l’impératif, confère à ce discours une valeur injonctive « inventez des ressorts », « n’offrez rien ».
L’injonction se manifeste aussi dans des verbes au subjonctif à valeur d’ordre : « que… l’action aplanisse » : Boileau se
livre à une série de conseils et semble même édicter les règles du genre.
4
L’emploi de la 1ère personne alterne singulier et pluriel : je => l’auteur adopte ici le point de vue du spectateur ; nous =>
l’emploi du « nous » confirme les intentions du discours : « nous », c’est-à-dire les défenseurs, les théoriciens du théâtre
tragique. Le texte constitue donc bien un « art poétique ».
- Boileau donne ici ses recommandations aux dramaturges classiques : quelles sont-elles ? Récapitulez dans l’ordre
(en précisant les vers) et en reformulant les différents points abordés par Boileau.
> V. 15-24 : Boileau s’attache aux émotions tragiques : la crainte « douce terreur » et la pitié « pitié charmante », ainsi
que l’effet recherché par le spectateur tragique (la catharsis évoquée par Aristote)
> V. 25 : Fonction de la tragédie (plaire & toucher), fonction qui s’applique à une large partie des œuvres classiques au-
delà du théâtre (La Fontaine).
> V. 26-28 : Les intrigues doivent attirer le public. Le spectateur doit entrer directement dans l’action (// in media res).
> V. 29-37 : Boileau expose ici les principes d’une exposition réussie, où se retrouve le goût de la clarté & de l’ordre qui
domine le siècle : l’intrigue doit être simple et clairement expliquée, tout comme la langue et le sujet.
> V. 38-47 : Reprise de la règle baptisée « des 3 unités » : unité de lieu, de temps et d’action. Il rejette les pièces qui
durent le temps d’une vie, ce qu’illustre avec humour l’allusion à un personnage enfant au début et vieillard à la fin.
> V. 48-55 : Deux principes fondamentaux sont abordés, vraisemblance et bienséance. Pour cela, il faut éviter
l’impossible, l’invraisemblable, et aussi ce qui serait possible, mais pourrait apparaître invraisemblable au spectateur. La
bienséance est le souci des convenances (il serait impudique de représenter la mort sur scène, d’où les nombreux récits
relatant la mort des protagonistes).

- Conclusion-
Toutes les règles énoncées par Boileau sont guidées par la volonté de « plaire et toucher ». En effet, les dramaturges
classiques sont particulièrement sensibles aux réactions du public. Boileau, en théoricien, s’attache à donner des conseils
aux dramaturges classiques pour qu’ils puissent s’attirer les faveurs du public. Voilà donc pourquoi Boileau, bien que
théoricien, se place dans ce discours dans la posture du spectateur.

 Synthèse : Quelles sont les caractéristiques principales d’une tragédie ?


- Fonction : Plaire & toucher. Inspire la terreur & la pitié (fonction morale de la tragédie qui est de purger les passions)
- Intrigue attrayante et claire (entrée directement dans une action captivante et dûment expliquée
- Un lieu, un temps, une action (règle des 3 unités)
- Une histoire vraisemblable : le spectateur doit pouvoir croire à ce qui se passe sur scène.
- Respect des bienséances : le spectateur ne doit pas être choqué (sang, meurtre sur scène)
- Personnages : condition sociale élevée ; appartiennent à des familles illustres, légendaire ou historique.
- Sujet : traite d’une époque passée (puisé dans l’histoire antique)
- langue : soutenue ; vers noble (alexandrin)

TAF. : Racine respecte-t-il ce que conseille Boileau aux dramaturges tragiques ?

> Règle des 3 unités :


- Un lieu : l’espace de la tragédie est précisé par la didascalie initiale, « Buthrote, ville d’Epire, dans une salle du palais de
Pyrrhus. L’action se déroule seulement dans cette salle ; tout ce qui se passe ailleurs est rapporté par le récit des différents
personnages (la mort de Pyrrhus devant le temple).
- Un temps : environ une journée. La journée débute par l’arrivée de l’ambassade d’Oreste. Face aux exigences des Grecs
(qu’Astyanax leur soit livré), Pyrrhus doit prendre rapidement une décision (d’où l’ultimatum à Andromaque alors qu’elle
lui résiste depuis plus d’un an).
- Une action : L’intrigue de la pièce est unique. Il y a certes plusieurs actions ( amour de Pyrrhus pour Andromaque,
amour d’Oreste pour Hermione), mais celles-ci sont liées ; si Andromaque refuse d’épouser Pyrrhus, elle perd son fils et
Oreste perd Hermione que Pyrrhus épousera ; si Andromaque épouse Pyrrhus, elle « trahit » la mémoire d’Hector et
Hermione perd Pyrrhus.
> Intrigue captivante et claire :
Dès la 1ère scène, le sujet de la pièce est clairement expliqué : l’arrivée de l’ambassade d’Oreste auprès de Pyrrhus pour
livrer le fils d’Andromaque retenue captive dans le même lieu qu’Hermione qui est aimée d’Oreste. On apprend que
Pyrrhus est tombé amoureux d’Andromaque, qui lui résiste en mémoire de son époux, Hector, et qu’Hermione brûle en
cachette de jalousie.
> Respect des bienséances :
Le récit prend le relais lorsque la représentation de certaines scènes pourrait choquer le spectateur (mort de Pyrrhus,
suicide d’Hermione, horreurs de la guerre de Troie racontés par Andromaque et Pyrrhus).
> Respect de la vraisemblance :
Le spectateur doit pouvoir adhérer, croire à ce qui se passe devant lui (pas d’action extraordinaire ; comportement
conforme des personnages à leur âge, leur condition sociale, à ce qu’o n sait d’eux).
5
Séance 3 – Le vers racinien

Support → Acte I, scène 4 cf Annexe 3


Dominante → Langue
Objectif → Savoir lire & analyser l’alexandrin

 La mesure du vers :
- Combien de syllabe comporte ce vers ? Quel nom porte ce type de vers employé dans toute la pièce ?
Et / vous/ pro/non/ce/rez/ un/ ar/ rêt/ si/ cru/el ? (v.275)
Ce vers comporte 12 syllabes ( ! on ne parle de « pieds » qu’en poésie latine) : il s’agit d’un alexandrin.
- Pourquoi ce choix ?
Racine utilise l’alexandrin qui est considéré comme un vers noble (par opposition au vers épique, le décasyllabe de
l’épopée, ou l’octosyllabe). La tragédie concerne des personnages illustres, nobles : il est donc naturel que ces
personnages censés parler dans un langage noble, utilisent l’alexandrin.
- Comment compter les syllabes ?
Règles des « e » muets :
- « e » final n’est jamais prononcé (d’où l’appellation « e » muet)
- dans le vers, on prononce le « e » quand il est devant une consonne, mais on ne le prononce pas devant une voyelle.
- Souligner dans les vers suivants les « e » que vous ne devez pas prononcer :
Hé/ las ! / On/ ne/ craint/ point/ qu'il/ ven/ge un/ jour/ son/ père ;
On/ craint/ qu'il/ n'es/su/yât/ les/ lar/mes/ de/ sa/ mère. (v.277-78)
- Effectuez le découpage syllabique du vers suivant. Que constatez-vous ?
Tant/ de/ soins/, tant/ de/ pleurs/, tant/ d'ar/deurs/ in/qui/ètes... (v.321)
Pour que le vers compte 12 syllabes, il faut marquer une diérèse sur « inquiètes » => étymon <in quietas> =celui qui n’est
pas tranquille, calme / anglais, « quiet »
Diérèse : Prononciation dissociant deux voyelles
Oui,/ mes/ vœux/ ont/ trop/ loin/ pous/sé/ leur/ vi/o/lence (v.365)
- Effectuez le découpage des vers suivants :
Je/ sais/ que/ pour/ ré/gner/ el/le/ vint/ dans/ l’E/pire ;
Le/ sort/ vous/ y/ vou/lut/ l’u/ne et/ l’au/tre a/me/ner. (v.346-47)
 Césure & coupes :
- Comment « découper » l’alexandrin ?
Un alexandrin comporte une césure qui divise le vers en deux hémistiches.
Et vous prononcerez // un arrêt si cruel ? (v.275)
A cette césure, s’ajoute (généralement) une coupe dans chaque hémistiche. Elle correspond à un accent, placé sur la
dernière syllabe d’un groupe de mots. Si cette dernière syllabe comprend un « e » (muet, ou non), l’accent remonte.
Hélas !/ On ne craint point //qu'il ven/ge un jour son père ;
2 4 2 4

On craint/ qu'il n'essuyât // les lar/mes de sa mère.


2 4 2 4

Il m'aurait/ tenu lieu // d'un père/ et d'un époux ; (v.277-79)


3 3 2 4

Ces coupes font entendre le rythme du vers et permettent de mettre en relief les mots importants ( venge, larmes, …).
- Placez la césure, les coupes (ou accents) & donnez le rythme :
Seigneur,/ que faites-vous, // et que dira/ la Grèce ?
2 4 4 2

Faut-il/ qu'un si grand cœur // mon/tre tant de faiblesse ?


2 4 1 5

Voulez-vous/ qu'un dessein // si beau/, si généreux,


3 3 2 4

Pas/se pour le transport // d'un esprit/ amoureux ? (v.297-300)


6
1 5 3 3

 Enjambements, rejets, contre-rejets :

- Observez les vers suivants : que constatez-vous ?


Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor
Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector. (v.271-72)

L’espace du vers ne correspond pas à la phrase syntaxique qui dépasse le vers : le vers 272 complète donc obligatoirement
le vers précédent. Il s’agit d’un enjambement.

- Observez les vers suivants : que constatez-vous ?


Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé,
Seigneur ? / Quelque Troyen vous est-il échappé ? (v.267-68)
Le vers 267 finit syntaxiquement au vers suivant : on appelle cet isolement d’un mot au vers suivant un rejet.
- Observez les vers suivants : que constatez-vous ?
J'ai fait des malheureux, sans doute ; / et la Phrygie
Cent fois de votre sang a vu ma main rougie. (v.313-14)
Le vers 314 commence syntaxiquement au vers précédent : cette relation de construction qui isole un mot (ou un petit
groupe de mots) à la fin du 1er vers s’appelle un contre-rejet.

 La « musicalité » expressive du vers racinien :

- Analysez le vers suivant :


1) Quelle gradation dans la longueur des groupes grammaticaux observe-t-on ?
2) Combien de « e » muet ? Quel élément atténue la césure ?
3) Où sont placés les accents (ou coupes) ? Quelles répétitions de sons mettent-ils en valeur ?
Captive,/ toujours triste,// importu/ne à moi-même (v.301)
3 3 3 3
1) Trois groupes grammaticaux de plus en plus long : impression que le vers se déploie de plus en plus, prend son envol.
2) Il y a trois « e » muet dans le vers. C’est la présence de l’un d’eux qui atténue la césure (obligation de faire la liaison
sur le mot suivant : « triste, importune ».
3) « Captive, triste, importune ». Les accents mettent en valeur la répétition du son [t] : allitération en [t].

- Comment la construction du vers suivant (rythme & musicalité) soulignent-ils son sens ?

Le seul bien/ qui me reste // et d'Hector/ et de Troie, (v.262)


3 3 3 3
Il s’agit d’une périphrase (= figure qui exprime en plusieurs mots ce que l’on pourrait dire en un seul) qui désigne
Astyanax.
Rythme 3333 : la régularité et la solennité du vers souligne la fermeté d’Andromaque. Elle expose clairement les choses :
mise en valeur des éléments accentués.

7
Séance 4 – Une scène d’ouverture

Support → Acte I, scène 1


Dominante → Lecture analytique
Objectif → Cerner les caractéristiques d’une scène d’exposition & le registre tragique

- Comment appelle-t-on le début d’un roman ? Quelle est son utilité ?


Il s’agit d’un incipit : il informe le lecteur sur les personnages, les lieux et l’action (l’intrigue).
- Qu’en est-il au théâtre ?
Il s’agit d’une scène d’exposition. Elle a les mêmes fonctions.
- Selon Boileau, comment justement doit se faire l’entrée dans une tragédie classique ?
On doit entrer directement dans l’action, dans une intrigue captivante et clairement explicitée.
- Est-ce ce qui se passe dans la scène d’exposition d’Andromaque ?

I- La scène d’exposition :

- A quoi voit-on que l’on entre directement dans l’action ?


La 1ère réplique « Oui » fait entrer le spectateur dans une action en cours => réponse à une question dont on ignore le
contenu. Le rideau se lève sur deux personnages dont on ignore les noms jusqu’au v. 6.
- Qu’apprend-on dans cette scène ? Remplit-elle sa fonction d’exposition ?
Le sujet de la pièce est clairement explicité : l’arrivée de l’ambassade d’Oreste auprès de Pyrrhus pour livrer le fils
d’Andromaque retenue captive dans le même lieu qu’Hermione, ancienne maîtresse d’Oreste. On apprend par Pylade que
Pyrrhus est tombé amoureux d’Andromaque (v.108-9), que celle-ci lui résiste ; qu’Hermione brûle en cachette de jalousie
(v. 125-26/ 130) ; qu’Oreste, sous couvert d’enlever Astyanax (v.89-92), souhaite enlever Hermione (v. 93-94/ 26) ; que
Pyrrhus se sert d’Astyanax pour faire vaciller Andromaque (v. 110-113).

Transition Andromaque ? Mythe. C’est une histoire que les spectateurs du XVII ème siècle connaissent, qui est inscrite
dans un genre (la tragédie). Les spectateurs ont donc des attentes particulières : action tragique, personnages illustres,…
- Quel est donc l’intérêt de cette pièce, de la reprise de ce mythe par Racine ?
L’intérêt réside dans l’originalité du traitement du mythe par Racine.

II- L’originalité de Racine :

 Astyanax
- D’après les sources, que lui arrive-t-il ?
Il est tué, précipité du haut de la muraille par Ulysse.
- Que fait Racine ?
Astyanax a survécu au drame de Troie (v. 73-76)
 L’enfant qui est au cœur de la tragédie est donc Astyanax, et non le fils qu’aurait eu Andromaque avec Pyrrhus,
c’est-à-dire, Molossos (cf. préface de 1668, extrait de l’Enéide : « nous avons enfanté dans la servitude »).
- Pourquoi Racine opère-t-il pareil changement ?
Andromaque reste ainsi fidèle à l’image que les spectateurs du XVII ème siècle ont d’elle, c’est-à-dire, la veuve d’Hector,
unie à son époux par-delà la mort (cf. le poème de Baudelaire « le Cygne », permanence de la figure d’Andromaque
comme symbole de la fidélité). Cette modification permet de rendre le personnage vraisemblable : Andromaque est
conforme à l’idée qu’on a d’elle.

 Hermione
- D’après les sources ?
Elle est l’épouse de Pyrrhus (cf. préface de 1668, extrait de l’Enéide : « Puis, lorsqu’il a suivi la petite-fille de Léda,
Hermione, un hyménée lacédémonien ».
- Selon Racine ?
La situation est beaucoup plus complexe. Elle est promise à Pyrrhus, mais celui-ci hésite, car il est tombé amoureux
d’Andromaque, sa captive (v. 77-78).

 Oreste
- Que pensez-vous du traitement fait à ce personnage ?

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Oreste reste, dans les deux versions, l’amant trahi, rival de Pyrrhus qu’il va assassiner (cf. préface de 1668, extrait de
l’Enéide : « Mais follement enflammé par l’amour de l’épouse qui lui était ravie, poursuivi par les furies de ses crimes,
Oreste le surprend à l’improviste et le tue devant les autels de ses pères »).

Transition Oreste ? Il s’agit du personnage principal de cette scène. Pylade tient le rôle de confident : en s’adressant à lui,
Oreste informe le lecteur de sa situation (> la double énonciation).

III- Le personnage d’Oreste :

- Dans quel état psychologique se présente Oreste dans cette scène ?


Que ce soit à travers les propos inquiets de Pylade (qui était soucieux pour sa vie) ou ses propres révélations, Oreste
apparaît comme un personnage malheureux. En effet, le champ lexical dominant est celui de la souffrance et du
malheur : « malheurs », « cette mélancolie », « votre âme ensevelie », « un malheureux » (2×), « mon désespoir »,
« déplorable Oreste » = déplorable (> pleur).
- Quels sont précisément ses sentiments pour Hermione ?
Il éprouve pour elle des passions extrêmes mais aussi confuses : à l’évocation de sa fureur et de sa haine succède l’aveu
de sa tendresse et de son amour.
- Pourquoi ce personnage malheureux, confus dans ses sentiments, n’arrive-t-il pas à contrôler ce qui lui arrive ?
Il ne peut rien maîtriser car il est soumis à des forces qui le dépassent, à un destin contraire qui s’acharne sur lui. (v.25 &
v. 98, le terme « destin » est sous l’accent).

- Conclusion -

Cette scène d’exposition remplit parfaitement sa fonction : présentation du lieu et du temps de l’action, des personnages
dans un système de relations, puis, elle lance l’action. En même temps, elle inscrit la pièce dans un genre codifié : la
tragédie classique.

Synthèse : le registre tragique


 Le registre tragique exprime une vision particulière de l’homme aux prises avec des forces qui le dépassent et le
détruisent (v. 27-28 : « Mais qui sait ce qu’il doit ordonner de mon sort, / Et si je viens chercher ou la vie ou la
mort ? »). Les Grecs croyaient en effet au destin comme force toute puissante.
 Le personnage tragique se trouve au milieu de deux désirs contradictoires (dilemme tragique). Il est
complètement aveuglé par ses passions.
 L’expression du tragique : - fortes antithèses (passions contradictoires : amour & haine)
- lexique de la violence, de la mort
- lexique du destin funeste, de la fatalité
- recours à la P3 pour marquer la dépossession
- sentiments exacerbés ( exclamatives, interjections, vocabulaire des sentiments, …)

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Séance 5 – Le personnage d’Andromaque

Support → Acte III, scène 8 (v.992-1011)


Dominante → Lecture analytique
Objectif → Cerner le dilemme tragique & le registre pathétique

 Situation du passage :
A l’acte I (scène 4), Pyrrhus, amoureux fou d’Andromaque l’avertit du danger qui repose sur Astyanax (la venue de
l’ambassade d’Oreste). Il lui affirme qu’il protègera l’enfant si elle l’épouse. Andromaque, toujours dans le souvenir de
son défunt Hector refuse. Le spectateur découvre le personnage d’Andromaque dans une disposition d’esprit intraitable :
elle est résolue à mourir et à voir mourir son fils, plutôt que de céder aux avances de Pyrrhus.
Cependant, l’acte III présente une Andromaque très différente face à la mort imminente d’Astyanax. A la scène 4, elle
demande de l’aide à Hermione pour faire protéger son fils… qui refuse cruellement. A la scène 6, Elle s’humilie aux pieds
de Pyrrhus qui réitère son chantage (la vie de son fils contre… mariage).
Dans cette scène, tiraillée entre son amour maternel et le dégoût que Pyrrhus lui inspire, Andromaque se confie à
Céphise et tente de prendre une décision face à ce dilemme tragique.

- Que lui conseille Céphise ?


Elle lui conseille d’épouser Pyrrhus désigné par « un roi victorieux ».
- Quel est le nom de cette figure de style ? Pourquoi l’utiliser ?
Il s’agit d’une périphrase (=figure qui exprime en plusieurs mots ce que l’on pourrait dire en un seul). Elle permet de
désigner Pyrrhus de manière valorisante et élogieuse. La périphrase est un moyen détourné d’évoquer Pyrrhus sous le jour
qui lui est le plus favorable, et ce, sans le nommer, afin de ménager les sentiments d’Andromaque.
- Quels sont les arguments de Céphise ?
Pyrrhus, par cet acte, remet Andromaque sur le trône (de captive, elle retrouve son rang de reine). Elle lui montre aussi
que par amour pour elle, Pyrrhus trahit son parti (les grecs), renie sa victoire et sa lignée (son père, Achille).

 Lecture analytique de l’extrait v. 992-1011 :

- Dans ce passage, de quoi parle Andromaque ? Pourquoi ?


Andromaque évoque un événement traumatisant pour elle : la prise de Troie. Elle force ainsi Céphise à se souvenir de
l’horreur de cette nuit au cours de laquelle périrent tous les proches d’Andromaque et à comprendre la douleur vive qui en
découle.
- A quel type de texte avons-nous à faire ? Pourquoi ?
Il s’agit d’un récit : celui d’un événement passé par rapport à la situation d’énonciation (Andromaque raconte son
souvenir de la prise de Troie). De plus, il aurait été interdit pour un dramaturge classique de montrer sur scène cet
événement en raison du respect des bienséances (pas de scènes sanglantes).
Enjeu :
Comment l’épisode de la Guerre de Troie devient pour Andromaque un argument pour ne pas épouser Pyrrhus ?

I- Le souvenir de la prise de Troie :


- Sur quel argument repose le refus d’Andromaque d’épouser Pyrrhus ?
Son argumentation repose sur le souvenir de la prise de Troie et du rôle que le roi d’Epire y a joué : elle garde en souvenir
le spectacle de désolation auquel elle a assisté avant d’être faite prisonnière.
- Quelle attitude a Andromaque par rapport à Pyrrhus ?
Pyrrhus, on vient de le voir, par amour pour Andromaque, semble tout oublier (v. 990). Au contraire, Andromaque marque
son refus d’oublier « Dois-je les oublier, s’il ne s’en souvient plus ? » : l’opposition radicale de ces deux réactions est
accentuée par leur position dans le vers (l’un et l’autre dans un hémistiche).
- Par quels procédés Andromaque accentue-t-elle sa volonté de ne pas oublier ?
Emploi de questions rhétoriques (= fausse question dont la réponse est évidente) : « Dois-je oublier… ? » (v. 992-96)
Emploi de l’anaphore « Dois-je oublier » (= répétition du même mot ou groupe de mots en tête de phrase).
 Désir inébranlable de se souvenir, que cela reste présent à l’esprit
- Qu’attend-t-elle de Céphise ? Comment veut-elle que le souvenir de Troie lui apparaisse ?
Elle pousse Céphise à visualiser le plus concrètement possible ce que fut cette nuit d’horreur, comme le soulignent les
impératifs d’exhortation appartennant au champ lexical de la vue : « Songe, songe » (v. 997 & 1003) ; « figure-toi »
(v.999) ; « Peins-toi » (v. 1005).
Cette figure de rhétorique qui vise à rendre un récit vivant, à mettre sous les yeux ce qui n’est que raconté est
l’hypotypose. On peut d’ailleurs noter certains procédés qui donnent l’impression que la scène racontée se déroule sous

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ses yeux : emploi du démonstratif « cette nuit » (v. 997), « ces horreurs (v. 1005), du présentatif « voilà » placé en
anaphore (v. 1006-7).
- Andromaque convoque-t-elle seulement le sens visuel ? Pourquoi ?
Elle en appelle aux autres sens : l’ouïe « Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants » (v. 1003) et
l’odorat « la flamme étouffée » (v. 1004) qui évoque l’odeur de poussière et de fumée.
L’appel à tous ces sens accentue l’impression que la scène se passe sous ses yeux.
- Quelle description Andromaque donne-t-elle de la prise de Troie ?
Bien que cette tirade soit courte (20 vers), de nombreux détails de l’horreur de cette nuit sont évoqués : description
précise de la mort d’Hector qui fut « traîné » par le char d’Achille (v. 994), de la mort de Priam (v. 995-6), de l’incendie
de Troie « palais brulants » (v. 1000), et le massacre des Troyens (v. 1001).

Transition La prise de Troie ? Evénement appartenant au passé et encore vivace dans l’esprit d’Andromaque, qui pousse
Céphise à visualiser et ne pas oublier cette nuit. Andromaque nous en offre une description concrète et détaillée par son
récit.
- Comment apparaît ici le personnage d’Andromaque (ses sentiments) ?
Il s’agit d’un personnage plein de souffrance, un personnage pathétique.

Rappel : le mot pathétique vient du grec pathos, signifiant « souffrance ». Le registre pathétique correspond à
l’expression de la souffrance sous toutes ses formes. Son but est d’émouvoir, d’éveiller la compassion, la pitié (sentiment
tragique).

II- Une tirade pathétique :


- Quelle vision précise conserve & rapporte Andromaque de la prise de Troie ?
La prise de Troie apparaît comme un spectacle épouvantable, un « carnage » (v. 1002) dirigé par un chef diabolique :
l’emploi de nombreuses hyperboles (= procédé d’exagération) accentue l’horreur de cette nuit. La ville, livrée aux Grecs,
se transforme peu à peu, sous le regard du personnage féminin, en Enfer : « palais brûlants » (v. 1000), « les yeux
étincelants » (v. 999). Il ne s’agit pas d’exagérer la scène mais de rendre sensible l’ampleur de l’horreur, d’insister sur ce
tableau afin de susciter un sentiment de terreur chez le destinataire (Céphise et le public), ce qui est le but de la tragédie.
L’hyperbole a également pour but de mettre en valeur la perte éprouvée par la ville de Troie : « tout un peuple » (v. 998),
« tous mes frères morts » (v. 1001). Le massacre de Troie apparaît comme un génocide (= extermination totale du peuple
troyen).
- Comment apparaît la souffrance des Troyens ?
Cette souffrance se perçoit à travers le champ lexical de la mort (les différentes morts possibles « dans la flamme
étouffés, sous le fer expirants » (V. 1004)), les « cris » poussés par les victimes.
- Et l’émotion d’Andromaque ?
La ponctuation expressive (interjection, interrogation & exclamation) traduit l’emportement pathétique d’Andromaque..
On a aussi une représentation d’Andromaque faite par elle-même lors du sca de Troie : « éperdue ». L’emploi de la P3
même, constitue un procédé propre à rendre compte du déchirement intérieur du personnage : elle n’a plus de prise sur
elle-même.

- Conclusion-
Face à Céphise qui lui conseille d’épouser Pyrrhus, Andromaque offre une argumentation de choc : en poussant Céphise
(et le spectateur) à se souvenir de l’horreur de Troie, des souffrances endurées cette nuit cauchemardesque, Andromaque
nous persuade de l’impossibilité d’épouser Pyrrhus : notons l’ironie du terme « exploits » (V. 1007).
Face au « roi victorieux » de Céphise, se présente un Pyrrhus dénué de tout héroïsme, mis en accusation de ses « crimes »
(v. 1009).
Céphise feint la résignation « Hé bien, allons donc voir expirer votre fils ». En lui rappelant que se refuser à Pyrrhus
équivaut à condamner son fils à mort, elle espère que l’amour maternel aura raison de la répulsion inspirée par Pyrrhus.
Le dilemme tragique est donc loin d’être résolu.

Synthèse : le registre pathétique


 Le registre pathétique réside dans l’évocation de la souffrance des personnages (pathos signifiant
« souffrance »). Les thèmes abordés sont donc : la mort, la maladie, la misère, l’amour malheureux, ...
 Le but de ce registre est véritablement d’amener le spectateur à compatir avec le personnage, à ce qui le prenne
en pitié. On veut littéralement faire pleurer le spectateur !
 Les procédés les plus courants sont : - ponctuation expressive (interrogation et exclamation)
- interjection
- lexique de l’affectivité
- exagération (hyperbole)

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Séance 6 –Pyrrhus & Andromaque, entre domination & supplication

Support → Charles Coypel (1694-1752), Pyrrhus & Andromaque (1732) cf Annexe 4


Dominante → Image ( en rapport avec III, 6, v. 901 - 924)
Objectif → Cerner le pathétisme & le tragique de cette scène. Mettre en rapport texte & image

 Présentation de la peinture :

Coypel est un artiste du XVIIIème siècle. Il laissera des oeuvres essentiellement inspirées de l'histoire et de la mythologie.
Les dimensions de cette peinture sont de 127 x 160 cm. S’agissant d’une peinture historique, ces dimensions sont
appropriés (souvenez-vous des sept mètres de la peinture de Courbet qui fit scandale en 1850 !)

 Analyse de la scène & de la peinture :

- Lisez l’acte III, scène 6 : quels éléments permettent de dire que cette peinture représente ce passage de la pièce de
Racine (personnage, gestuelles, émotions, ...) ?

On distingue les quatre personnages présents dans la scène de Racine : Pyrrhus, Andromaque, Céphise et Phoenix.

a) Pyrrhus :
- Chez Racine, il se présente comme un souverain intraitable, autoritaire ; il a décidé de livrer l’enfant aux grecs (v. 901 ;
911 ; 924) comme le soulignent les impératifs destinés à Phoenix.
- Chez Coypel, Pyrrhus est debout, présenté de ¾ au centre de l’image. Il surplombe les autres personnages ce qui lui
donne une place cruciale. Il tourne plus ou moins le dos à Andromaque, dans une attitude de refus ou d’indifférence. Le
mouvement de sa jambe en avant indique son intention de quitter la place ; il esquive un geste de commandement en
direction de Phoenix.
Son casque avec ce cimier en crins de cheval, sa toge rouge sont les marques du guerrier et du souverain tout puissant.

b) Andromaque :
- Chez Racine, elle a une attitude suppliante, elle vient implorer la clémence de Pyrrhus (v. 901-2). Elle se présente
comme un personnage pathétique (interjection « hélas ! », lexique de la souffrance « tout m’abandonne », « pleurer »,...).
Elle est à genoux devant Pyrrhus (v. 915-6), donc dans une position de soumission.
- Chez Cloypel, son pathétisme se perçoit dans sa gestuelle (corps tendu vers Pyrrhus, les deux bras en avant),
l’expression d’effroi de son visage. Le parallélisme des deux lignes formés par les bras d’Andromaque et de Pyrrhus
renforce le pathétisme de la scène ! Le vêtement endeuillé d’Andromaque participe au symbolisme du personnage : la
veuve d’Hector éternellement fidèle.

c) Phoenix & Céphise :


- Chez Racine, Phoenix, dans cette scène, pousse Pyrrhus à se rendre auprès d’Hermione. Chez Coypel, il est dans
l’attente de l’ordre de Pyrrhus. Sa peau de bête, sa barbe, et son casque noir renforce l’aspect cruel (> la terreur). Il tient
l’enfant dans ses bras, prêt à le livrer aux Grecs.
- Céphise joint ses supplications à celle d’Andromaque.

- Quelles sont cependant les principales différences entre la scène de Racine et la peinture de Cloypel ? Pourquoi ?

Chez Racine, Astyanax n’est pas présent (il n’est d’ailleurs jamais sur scène !). Sa présence dans la peinture renforce
l’émotion de la scène (visualisation de l’enlèvement de l’enfant et de sa mort sous-entendue).
De plus, la scène se déroule à l’intérieur du palais ; ici, on est à l’extérieur : cette ouverture sur l’extérieur (notons le ciel
bleu apaisant et calme) contraste avec le confinement oppressant du palais grec. Peut-être une note d’espoir chez Coypel,
inexistante chez Racine.... car il a écrit une tragédie !

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Séance 7 – Hermione, la menace tragique

Support → Acte IV, scène 5 (v. 1356-86)


Dominante → Lecture analytique
Objectif → Comprendre la progression tragique des émotions

 Situation du passage :
Dans l’acte IV, scène 1, Andromaque a décidé d’épouser Pyrrhus afin de sauver Astyanax et de se suicider ensuite.
Hermione, apprenant par Cléone, le mariage de Pyrrhus et d’Andromaque, demande à Oreste de tuer Pyrrhus. Après
quelques hésitations, ce dernier finit par accepter. A la scène 3, elle envoie Cléone auprès d’Oreste : elle veut être sûre que
Pyrrhus sache que sa mort est de son chef, qu’Oreste l’a tué en son nom et non pas pour des raisons d’Etat (vengeance des
Grecs).
Dans cette scène, on assiste à la première rencontre entre Hermione et Pyrrhus (rencontre qu’Hermione attend depuis
l’acte II, scène 5 : v. 665 « Allez voir Hermione ... »).

- Que vient faire Pyrrhus ?


Il vient faire part à Hermione de sa décision d’épouser Andromaque (v. 1275-1308) et par là-même de la rupture
définitive de leurs fiancailles.
- Comment Pyrrhus justifie-t-il sa décision ?
Pyrrhus tente bien maladroitement de justifier son choix : il s’appuie sur le fait que leur mariage ait été arrangé par leurs
pères, qu’il n’y a jamais eu d’amour entr’eux (v. 1286 : « nous fûmes sans amour engagés l’un à l’autre »). Pyrrhus
affirme donc ici qu’Hermione a toujours été indifférente, qu’elle ne l’aime pas (cf. I,1 où Pylade montrait qu’Hermione,
en public, paraissait indifférente : « Hermione, Seigneur, au moins en apparence, / Semble de son amant dédaigné
l’inconstance »).
- Comment réagit Hermione ?
Elle laisse éclater sa colère mais également ses sentiments à l’égard de Pyrrhus.
- Comment Pyrrhus peut-il interpréter cette colère ? Comment, nous spectateurs, l’entendons-nous ?
Là où Pyrrhus ne peut lire que le dépit d’une amante, le spectateur entend et voit la rage d’un personnage, qui a déjà
condamné son amant à la mort.

Enjeu :
En quoi cette tirade apparait comme une véritable menace de mort ?

 Analyse du texte :

I- Le discours d’Hermione :
- De quel type de discours (au théâtre) s’agit-il ? Pourquoi pareille longueur ?
Il s’agit d’une longue tirade : Hermione semble monopoliser la parole. On peut également penser que Pyrrhus se tait car il
n’a plus rien à lui dire (v. 1375 : « Vous ne répondez point ? ») : Hermione semble parler toute seule face à un Pyrrhus qui
ne l’écoute déjà plus. S’il est présent physiquement, il est déjà tout entier occupé par Andromaque (v. 1376-79).
- Comment Hermione s’adresse-t-elle à Pyrrhus (marques d’énonciation) ? Que remarquez-vous ?
Hermione alterne le tutoiement au vouvoiement :
> v. 1356-68 : Passage marqué par le tutoiement et deux apostrophes « cruel » et « ingrat » (v.1356 & 1368) qui sont
mises en valeur par leur position dans le vers (cruel > césure & diérèse ; ingrat > sous l’accent).
- De quoi parle Hermione dans cette 1ère partie ?
Hermione fait une véritable déclaration d’amour : elle répond finalement ici à la fausse-accusation de Pyrrhus. Elle
témoigne de la force de son amour en lui montrant tout ce qu’elle a accepté par amour pour lui :
- renoncement aux autres princes (notons le renforcement du pronom « toi » à la césure)
- elle s’est elle-même déplacée dans sa patrie
- elle a fermé les yeux quant à son infidélité
- Que ressent-elle encore aujourd’hui pour lui ?
Elle continue à l’aimer comme le souligne la litote (= figure qui en disant le moins en fait entendre le plus) du vers 1368.
Face à ce sentiment, Hermione semble se calmer.
> v. 1369-75 : Passage marqué par le vouvoiement et une apostrophe positive « Seigneur » (v. 1369). Ce changement
d’énonciation marque une pause dans l’expression des sentiments. Hermione donne ici l’impression d’accepter le mariage
de Pyrrhus et d’Andromaque (v. 1371 : « Achevez votre hymen, j’y consens »).

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> v. 1376-86 : Retour au tutoiement et à une apostrophe péjorative « perfide », ce qui marque également le retour d’un
registre aggressif (voyant l’abscence de réactions de Pyrrhus, Hermione s’emporte de nouveau) ce que souligne les
impératifs menaçants.

Transition Nous savons qu’Hermione a orchestré le meurtre de Pyrrhus. Comment cette menace émerge dans son
discours ?

II- La menace :

- Où apparaît en premier la menace d’Hermione ?


Elle est d’abord implicite et voilée :
- v. 1367 : « le trépas » => c’est un terme polysémique. Il signifie d’abord la fin de l’amour et de ses espoirs. Mais,
on peut également le comprendre comme l’annonce de la mort de Pyrrhus.
- v. 1369 : « si le ciel en colère » => la menace prend ici une dimension tragique (comme si les dieux lui étaient
contraires, opposés à ce mariage).
- v. 1373 : « pour la dernière fois je vous parle peut-être » => Pyrrhus l’entend comme l’annonce de son départ
(elle va retourner dans sa patrie), alors que le spectateur comprend qu’Hermione évoque la mort de Pyrrhus (ou la
sienne, sous forme de suicide).
Dans la dernière partie la menace se fait de manière plus directe.
- Pourquoi Hermione pousse-t-elle Pyrrhus à se rendre immédiatement à l’autel ?
V. 1380-86 : « sauve-toi de ces lieux », « Va... » en anaphore, « va, cours »,... Hermione le pousse ainsi car elle sait qu’il
y trouvera la mort, et donc, que sa vengeance sera assouvie.
- S’agit-il seulement de sa vengeance ?
Non, elle place sa vengeance sous la colère des dieux (ils sont complices de son crime : Pyrrhus n’a pas seulement trompé
Hermione, il a aussi outragé les dieux.
- Comment comprenez-vous le dernier vers « Va, cours ; mais crains encor d’y trouver Hermione » ?
Hermione prononce ici un dernier avertissement : devant l’autel, il va trouver un assassin envoyé par elle. Elle emploie la
3ème personne pour marquer sa dépossession : elle se projette elle-même comme une menace pour lui.

-Conclusion-
Pyrrhus en essayant bien maladroitement de justifier sa décision, ne fait qu’attiser la colère d’Hermione. Elle réalise
finalement ici ce qu’elle avait commandé à Oreste, soit que Pyrrhus sache que sa mort est une vengeance de sa part.
Pyrrhus comprend-il cette menace ?
Non. Phoenix (témoin muet de la scène) a lui bien compris la teneur du discours d’Hermione. Pyrrhus ne l’a pas saisi car
il est déjà tout tourné vers Andromaque.

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Séance 8 – Le monologue d’Oreste

Support → Acte V, scène 4 (v. 1565-82)


Dominante → Lecture
Objectif → Cerner les caractéristiques du monologue

 Situation du passage :
L’acte V s’ouvre sur les interrogations d’Hermione qui vient de commanditer le meurtre de Pyrrhus : doit-elle ou non
arrêter le crime qui se prépare (= discours délibératif) ? Mais Hermione, en apprenant par Cléone, le déroulement du
mariage (bonheur de Pyrrhus & les hésitations d’Oreste), veut mourir. C’est alors qu’Oreste arrive et lui annonce la mort
de Pyrrhus. Il a assisté à son assassinat par les Grecs, dont on ne sait s’ils ont agi totalement sur son ordre ou si cet acte
fut davantage spontané (v. 1516-19 & v. 1526-30). Hermione lui reproche alors violemment ce crime qu’elle a prémédité,
puis s’enfuit ne pouvant davantage supporter sa vue.
Oreste, resté seul sur scène, s’interroge sur ce qui lui arrive.

 Analyse du passage :
- De quel type de discours (au théâtre) s’agit-il ?
Il s’agit d’un monologue (= discours d’un personnage seul sur scène).
- A quoi sert ici ce monologue ? Qu’apprenons-nous ?
Le monologue est un moyen artificiel pour le spectateur d’accéder à l’intériorité du personnage, qui va, seul sur scène,
livrer l’expression de ses sentiments. Ici, le monologue est révélateur du tumulte intérieur d’Oreste, qui sombre peu à peu
dans la folie.
Notons que le monologue est parfois aussi un moment de réflexion : le personnage s’interroge sur les décisions à prendre
(cf. le monologue d’Hermione, V, 1, où elle s’interroge sur les décisions à prendre (> valeur délibérative).
 En quoi le monologue d’Oreste révèle-t-il la progression de la folie du personnage ?

I- L’énonciation :
Souvent pour donner un certain dynamisme au monologue, et éviter un effet trop statique et artificiel, le dramaturge
introduit des marques de dialogue (emploi de la P2, apostrophe de personnes absentes, …).
- Y a-t-il ici des marques de discours dialogué ? Pourquoi ?
Non, il n’y a pas de marques directes d’un discours dialogué, mais seulement des questions qu’Oreste s’adresse à lui-
même (= forme un dialogue avec lui-même). Oreste est seul sur scène, dans une profonde solitude tragique (Hermione
vient de l’abandonner). Son discours a donc bien deux destinataires : Oreste et le public (double énonciation).

- Qu’essaye de faire Oreste à travers ce dialogue adressé à lui-même ?


Il essaye d’analyser la situation tragique dans laquelle il se trouve : comment et pourquoi a-t-il a commis pareil crime ?

II- Une tentative d’analyse :


- Quelles sont les 1ères réactions d’Oreste face à son crime ?
Les premiers vers marquent l’étonnement d’Oreste face à son propre crime : ponctuation expressive (les interrogations &
exclamations des v. 1565-69).
- Comment Oreste perçoit-il son crime ? Pourquoi a-t-il tué Pyrrhus ?
Il perçoit son crime comme insensé :
> Il s’agit d’abord d’un crime passionnel : victoire de la passion sur la raison : v. 1569 « Quoi ? j’étouffe en mon cœur la
raison qui m’éclaire » (cœur > à la césure).
> Un crime sans motifs personnels, puisqu’ Oreste assassine Pyrrhus "à regret" : « J’assassine à regret un roi que je
révère » (v. 1570).
> Un crime inutile puisqu’il a tué pour l’amour d’Hermione, et que celle-ci se détourne de lui : « une ingrate » (2x), « je
la vois pour jamais s’éloigner de mes yeux » (v. 1580).
- Sur quel plan Oreste se condamne-t-il ? (v.1570-74)
> Dimension politique : « j’assassine à regret un roi que je révère »
> Dimension morale : « je viole en un jour des droits des souverains, / Ceux des ambassadeurs, et tous ceux des
humains »
> Dimension religieuse : « ceux même des autels, où ma fureur l’assiège »

Le vers 1574 sonne comme une condamnation, qui prend un caractère solennel par le rythme ternaire (3333) : « Je
deviens parricide, assassin, sacrilège ».
- Oreste semble capable de raisonner sur sa situation : est-ce tout à fait exacte ?

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Avant dernière scène de la tragédie, ce monologue prépare le dénouement tragique d’Oreste : préparation de la folie
d’Oreste qui sera plus sensible dans la scène finale à l’annonce du suicide d’Hermione ?

III- La folie d’Oreste :


- A quoi voit-on qu’Oreste est un personnage prêt à sombrer dans la folie ?
La réalité devient incohérente et incompréhensible : il s’interroge sur ce qu’il a vu, entendu, et fait. Il doute de la réalité
de ce qui vient de se passer (v. 1565-66)
De plus, on peut observer une perte d’identité. Il s’interroge également sur qui il est : « suis-je Oreste enfin ? » (v. 1568).
Il perd également toute faculté de raison, comme le souligne le terme "furieux", renforcé par la diérèse (v. 1579) (= la
démesure).
… même s’il garde une certaine lucidité, notamment quant aux sentiments d’Hermione : « Elle l’aime ! » (v.1579).

-Conclusion-
Oreste apparaît ici comme le parfait héros tragique, « ni tout à faits bons, ni tout à faits méchants » (préface de Racine). Il
inspire à la fois la terreur et la pitié : certes, il a tué Pyrrhus (même indirectement), mais il est en même temps victime (de
sa passion pour Hermione). L’effroi dans lequel le plonge son crime conduise le spectateur à une certaine pitié (et ce,
d’autant plus que son acte sauve du même coup Andromaque et Astyanax.

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Séance 9 – Oreste, personnage tragique

Support → Bouguereau, Oreste poursuivi par les Furies (1862) Cf Annexe 6


Dominante → Image
Objectif → Cerner l’expression tragique dans une peinture.
! L’exposé sur Oreste (malédiction des Atrides aura été fait avant cette séance (cf annexe 5)

 Présentation de l’image :

- A quel genre (type) appartient cette image ? Et à quel mouvement artistique ?


Il s’agit d’une peinture de Bouguereau. Elle date de 1862.
Bouguereau est un peintre appartenant à l’académisme, art issu du néo-classicisme. Souvenez-vous de la peinture
d’Ingres, Le compositeur Chérubini & la muse de la poésie lyrique. Qu’est-ce qui caractérisait cette peinture ? Un sujet
antique, privilégie le trait, le dessin.
Bouguereau est connu pour s’être largement opposé à l’Impressionisme : art qui, contrairement à l’Académisme,
privilégie les sujets contemporains « plein air » & moderne, le mouvement (le flou), les couleurs criantes.

 Le sujet de la peinture :

- Quel est le thème & la fonction (informer, argumenter, déranger, raconter) de cette peinture ?
Bouguereau traite ici d’un thème antique : le personnage d’Oreste & les furies. Elle nous raconte un épisode de la vie
d’Oreste. L’image a donc bien ici un rôle narratif. Le choix et le traitement du sujet sont révélateurs de l’académisme du
peintre.
- A quel moment de l’histoire d’Oreste se réfère cette peinture ?
Bref rappel sur le personnage d’Oreste : Cette peinture évoque de manière explicite le meurtre de Clytemnestre,
assassinée par son fils Oreste, qui est aussitôt pourchassé par les Furies, déesses de la vengeance, qui le torturent en lui
inspirant le remords.
- Qui sont les Furies ?
Furie = (du latin furere, être en colère)
Les Furies correspondent aux Erinyes de la tradition grecque. Au nombre de trois (Mégère, Alecto & Tisiphone), elles
sont représentées munies de fouets, de torches, avec un corps ailé, une chevelure faite de serpents et aux regards
menaçants. Ce sont des déesses chargées de poursuivre les criminels.
- Quelles sont les causes de ce matricide ?
> Cause immédiate : poussé par sa soeur Electre, Oreste a commis un matricide pour venger la mort de son père.
> Cause sociale : Rejet de la société grec qui l’aurait trouvé indigne de sa naissance (la vengeance du père est obligatoire
aux yeux de la société grecque)
> Cause religieuse : la malédiction des Atrides, le rôle de l’oracle (Apollon a des pouvoirs divinatoires, et les hommes
d'État grecs consultent son oracle à Delphes avant de prendre des décisions importantes). Oreste est bien un personnage
tragique dans le sens où il est aux prises avec des forces qui le dépassent destin funeste, fatalité).
- Bien que cette scène ne soit pas présente dans la tragédie d’Andromaque, quels éléments nous permettent de
mettre en relation ces deux supports ?
> Oreste est là encore dans la position d’un assassin (meurtre de Pyrrhus & de Clytemnestre), mais un meurtrier bien
malgré lui. Dans la tragédie de Racine, il tue Pyrrhus, un roi qu’il respecte, en raison de sa passion pour Hermione. De
plus, il ne le fait pas de ses propres mains (V, 3 : lorsqu’Oreste annonce à Hermione la mort de Pyrrhus, il raconte que ce
sont les Grecs qui l’ont tué : « Il expire ; et nos Grecs irrités / ont lavé dans son sang ses infidélités. » v. 1496-97. Il a
assisté à son assassinat par les Grecs, dont on ne sait s’ils ont agi totalement sur son ordre ou si cet acte fut davantage
spontané (v. 1516-19 & v. 1526-30).
> Oreste évoque dans le dénouement ses "filles d’enfer" qui viennent l’enlever : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent
sur vos têtes » (v. 1638)
> Tout comme dans la tragédie, Oreste sombre dans la folie.

 Analyse du tableau :

- Cette peinture évoque explicitement le meurtre de Clytemnestre. Mais comment la construction-même du


tableau, nous permet de lire cette scène (de connaître l’histoire) ? Rappelez-vous cette peinture appartient au

17
mouvement de l’Académisme qui joue surtout sur le dessin. Appuyez-vous donc bien sur le dessin (lignes de force,
les couleurs, personnages & gestuelles) ?

Identification des personnages :


> à gauche, Clytemnestre poignardée en plein coeur.
> de gauche à droite, les trois Furies.
> au 1er plan, Oreste : il vient de commettre le crime. Il se bouche les oreilles pour ne pas entendre les cris des déesses,
mais aussi ses propres remords.
Notons qu’Oreste tourne le dos aux Furies & au personnage de Clytemnestre => ce qui se passe au 2nd plan est donc un
souvenir obsédant (d’ailleurs pas de décor, aspect un peu nébuleux de la scène).
Construction du tableau :
- Par où entre-t-on dans le tableau : vers quel élément notre regard se dirige en 1er ?
On entre par le visage d’Oreste.
- Quelles sont les lignes de force que vous avez repérées ? Quel sens leur donnez-vous ?
On a une diagonale qui relie la jambe et le visage d’Oreste, et le visage de la Furie la plus à droite (celle qui tient une qui
tient une torche). Puis une autre ligne part du regard de cette furie, suit son bras et sa main pour rejoindre le poignard
planté dans le coeur de Clytemnestre.
 On passe donc du visage plein d’effroi d’Oreste à la raison de cet effroi, le matricide.
Les couleurs :
- Comment le jeu des couleurs met-il en relation Oreste et Clytemnestre ?
Ils portent tous les deux un drapé blanc. Mais ils sont séparés par le tissu rouge : la fluidité de ce tissu rappelle
l’écoulement du sang.

- Quelles émotions dominent dans ce tableau ?


Les émotions dominantes sont la terreur et la pitié, c’est-à-dire les émotions tragiques.

 L’émotion tragique :

La terreur :
> La terreur tient déjà dans le sujet-même représenté : la figuration violente d’un crime (le poignard, la couleur rouge
dominante à droite), d’autant plus terrifiant qu’il s’agit d’un matricide.
- Ce crime aurait-il pu d’ailleurs être représenté dans une pièce de théâtre classique ?
Non, en raison des bienséances : il ne faut pas choquer le spectateur (donc pas de crime, de sang sur scène). Le théâtre
classique raconterait le crime à travers le récit d’un personnage-témoin.
> L’expression menaçante du visage des Furies : bouches ouvertes, elles le persécutent de leurs cris ; leurs index pointant
avec insistance le crime ; la couleur verdâtre (couleur démoniaque) du drapé contraste avec le blanc.

La pitié :
> Le personnage d’Oreste : sa posture souligne la soumission et la persécution dont il est l’objet. Il semble avoir une
volonté de fuir (marqué par le pied en avant), mais cette fuite semble impossible. En se bouchant les oreilles, il tente de
ne pas entendre les cris des Furies (en vain), comme le souligne son visage plein d’effroi. La folie s’empare de lui.
> Le personnage de Clytemnestre : position en arrière qui marque la souffrance de cette mort.

- Conclusion-

Oreste apparaît comme un personnage tragique, suscitant à la fois la terreur et la pitié. Que ce soit dans la pièce ou dans la
peinture, ce sont finalement les mêmes émotions qui sont exprimées (terreur & pitié) mais les modalités sont différentes
(représentation vs récit du crime).

- Comment apparaît Oreste dans la peinture de Bouguereau vis-à-vis de son crime ?


Il apparaît comme une victime.

- Qu’en est-il dans la tragédie :

Dans Andromaque, Oreste est-il coupable ?


Vous répondrez à cette question en un développement composé prenant appui sur la tragédie de Racine.

- Face à ce sujet, quelles questions devez-vous vous posez ?


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On affirme qu’Oreste est un personnage coupable. A partir de là, il est nécessaire de se demander :
De quoi est-il coupable ? Est-il coupable d’une seule chose ? Pourquoi est-il coupable ? Quels sont les personnes, les
sentiments, les intérêts qui l’ont poussé à commettre l’acte (ou les actes) qui le rendent coupable ?

TAF : Cherchez des arguments dans la pièce pour répondre à cette question (2 ou 3 arguments pour chaque partie).

Corrigé de la dissertation sur Andromaque de Racine.

Sujet : Oreste est-il coupable ?


- Paragraphe d’introduction : présentation de l’époque, de l’œuvre, de l’auteur et résumé très rapide de l’œuvre en
fonction de la question (donc du point de vue de ce qui arrive à Oreste).
- Un développement en temps : oui / non en justifiant. Utilisez des mots de liaisons, des arguments et des exemples.
- Une conclusion qui résume les grandes lignes du développement, des deux positions.

Exemple d’introduction :
Le 17ème siècle est une époque particulièrement riche dans le domaine de la littérature française : c’est à cette
époque que se constituent notamment les règles de construction et de représentation des pièces de théâtre. Ainsi, Racine,
en écrivant Andromaque, illustre bien cet état de fait : sa tragédie respecte scrupuleusement les règles des trois unités
mises en place durant le Classicisme. Andromaque est publié pour la première fois en 1668 et nous rapporte les aventures
tragiques de l’héroïne du même nom. Cependant, parallèlement à cette intrigue, de multiples autres histoires apparaissent,
notamment celle du personnage d’Oreste, pris dans une passion sans limite pour Hermione, la promise de Pyrrhus qui,
lui-même, éprouve une passion irraisonnable pour Andromaque : toutes les intrigues, malgré leur diversité, sont liées par
ce schéma amoureux de base qui va conduire Oreste, sur l’ordre funeste d’Hermione, à tuer le roi Pyrrhus. Cependant,
même si le geste lui-même le déclare coupable, peut-on dire qu’Oreste soit vraiment responsable de cet acte et qu’il en
assume toute la faute ? Nous verrons dans un premier temps comment Racine, dans Andromaque, présente Oreste comme
un coupable potentiel et dans un second temps, nous essaierons d’analyser plus précisément les données de la pièce pour
montrer qu’Oreste n’a qu’une part de responsabilité minime dans cette tragédie.

Argument 1 : un personnage caractérisé par la manigance, l’hypocrisie, les plans cachés : cf les projets d’enlèvement, le
meurtre préparé de Pyrrhus.
Argument 2 : il fait passer son amour avant son devoir : il veut tout faire pour que son ambassade échoue pour pouvoir
emmener légitimement Hermione avec lui ! Donc l est prêt à provoquer la guerre pour avoir Hermione !
Argument 3 : il tue un roi qu’il apprécie pourtant

Argument 1 : la faiblesse amoureuse, victime de la manipulation d’Hermione = circonstance atténuante en quelque sorte
Argument 2 : il ne l’a pas tué de ses propres mains + lucidité, regret ensuite
Argument 3 : le destin, la fatalité : Oreste est un héros tragique, il est en prise à des forces qui le dépassent et ne peut rien
y faire, c plus fort que lui cf les contradictions, les hésitations, le destin qui l’entraîne…

19
Séance 10 – Aux sources du classicisme

Support → Racine, première préface d’Andromaque, 1668


Dominante → Lecture
Objectif → Découvrir un aspect de la tragédie classique : l’imitation des Anciens

 Présentation du texte :
- De quel type de texte s’agit-il ? Quelle en est la visée ?
Il s’agit d’une préface, c’est-à-dire un texte placé en tête d’un livre, rédigé par un auteur ou une autre personne et qui sert
à présenter l’oeuvre au lecteur. La visée de ce texte est souvent de défendre l’œuvre, les choix esthétiques de l’auteur.
- Pourquoi Racine a-t-il pris la peine de rédiger cette préface ?
La pièce, quand elle fut jouée pour la 1ère fois en 1667 (d’abord pour une représentation privée dans les appartements de la
reine, puis une publique à l’Hôtel de Bourgogne), remporta un vif succès. Andromaque n’est pas la 1ère tragédie de Racine
(La Thébaïde ou les Frères ennemis), mais c’est elle qui lui apporte la consécration. Quel besoin avait donc Racine
d’écrire une préface ? C’est que ce « coup de génie », ce coup d’éclat, attise les critiques et les jalousies. Jusque-là, la
scène dramaturgique est dominée par le théâtre cornélien et ses valeurs (honneur, devoir, générosité ; exploits héroïques et
problématiques politiques). Le succès de Racine, le génie qu’on lui attribue si jeune, sont vus pour les partisans de
Corneille comme autant d’affronts. Racine a rénové un genre, et malgré le succès des spectateurs, il va devoir répondre à
ses détracteurs et défendre son œuvre.

 Analyse de la préface :
- Comment Racine débute-t-il sa préface ?
Racine commence sa préface par un extrait de l’Enéide de Virgile.
Quelques mots sur l’Enéide : Il s’agit d’une épopée (genre littéraire narratif qui met en scène des actions et des héros hors
du commun) qui relate les périples d’Enée (après la chute de Troie jusqu’à son arrivée au Latium où il fondera Rome).
C’est donc un texte appartenant à la culture antique.
L’extrait évoque l’arrivée d’Enée sur les rivages de l’Epire (royaume de Pyrrhus) et sa rencontre avec Andromaque
éplorée ; le discours d’Andromaque résume son sort depuis la chute de Troie : devenue captive du fils d’Achille, elle en
eut un fils, puis fut abandonnée lors du mariage de Pyrrhus avec Hermione ; Pyrrhus fut finalement tué par Oreste,
l’amant d’Hermione. Racine montre ici que le sujet de sa pièce réside dans les sources antiques
- Quels sont les autres textes auxquels fait référence Racine ? Que remarquez-vous ?
> Euripide, et sa tragédie Andromaque, notamment à propos du personnage d’Hermione
> Sénèque et la Troade, au sujet de la cruauté de Pyrrhus
> Horace, philosophe latin, & Aristote, philosophe grec
Racine évoque ici différents textes et auteurs, tous appartenant à la culture antique. Ces références constituent les sources
de Racine et révèlent une pratique fondatrice de la culture classique : l’imitation des Ancien.
- Pourquoi ces références aux textes antiques sont-elles si nombreuses et si marquées dans le texte ?
Prouver que l’on a su reprendre les grands modèles antiques est la garantie de la valeur du texte. L’Antiquité est vue au
XVIIème siècle comme un idéal de perfection jamais égalé et donc incontestable. Ainsi, loin de chercher à démontrer ses
innovations et son originalité, Racine s’efforce de souligner sa fidélité aux modèles convoqués : « voilà en peu de vers
tout le sujet de cette tragédie », « on verra fort bien que je les ai rendus tels que les anciens poètes nous les ont donnés »,
et il raille ceux « qui voudraient que l’on réformât tous les héros de l’Antiquité ».
Ainsi, Racine défend son œuvre en montrant qu’il puise dans les sources antiques.
- De quelles attaques se défend Racine ? Comment répond-il à ses détracteurs ?
> « pour peu qu’on la connaisse, on verra fort bien que je les ai rendus tes que… » : réponse à ceux qui l’ont accusé
d’avoir produits des personnages excessifs ; s’ils le sont, c’est selon le modèle antique.
> « des gens qui se sont plaints qu’il s’emportât contre Andromaque » : réponse à ceux qui jugeaient que Pyrrhus
manquait de tendresse et de galanterie (composants de l’amour selon les codes mondains et littéraires du XVII ème siècle).
> « qui voudraient qu’on réformât … héros parfaits » : réponse à la principale critique faite à Racine. Racine prend appui
sur Horace, qui exige une fidélité dans la représentation de la nature, et sur Aristote, qui définit le héros tragique comme
un personnage « moyen », c’est-à-dire « ni tout à fait bon, ni tout à fait méchant » au nom de la pitié que le spectacle
tragique doit susciter (catharsis).

-Conclusion-
Dans cette préface, Racine, malgré le succès de sa tragédie, répond aux critiques faite à son égard (jeune dramaturge qui
rénove le genre jusque-là dominé par la tragédie cornélienne). Sa défense repose principalement sur l’imitation des
anciens (pratique importante dans le courant classique), puis sur les règles du théâtre : la catharsis d'Aristote (définition

20
du personnage tragique qui permet la purgation des passions, l’application des émotions tragiques (terreur &
pitié).
D.S. n° 7 : Andromaque, une héroïne tragique
Hermione, seule

Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?


Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?
Errante et sans dessein je cours dans ce palais.
Ah ! ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ?
Consignes :
Le cruel ! de quel oeil il m’a congédiée !
1 - Faites l’introduction de cette scène en Sans pitié, sans douleur au moins étudiée !
respectant les quatre étapes vues en classe (15
L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?
lignes).
A vous de dégager la problématique de l’extrait. En ai-je pu tirer un seul gémissement ?
Les axes vous sont donnés ci-dessous.
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,
2 - Vous rédigerez le commentaire littéraire de la
Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ?
scène 1 de l’acte V à partir des idées forces (des
axes) suivantes : Et je le plains encore ! Et pour comble d’ennui,

I) Montrez en quoi le personnage est en proie à Mon coeur, mon lâche coeur s’intéresse pour lui !
l’égarement (la folie) Je tremble au seul penser du coup qui le menace !

II) Montrez en quoi le personnage est tragique Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce !
Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux :
N’oubliez pas de citer le texte, de vous appuyez sur les
procédés et de mettre en avant la versification lorsqu’elle Qu’il périsse ! aussi bien il ne vit plus pour nous.
peut amener un plus à l’interprétation. Le perfide triomphe, et se rit de ma rage :
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;

3 - En guise de conclusion, vous développerez les Il croit que, toujours faible et d’un coeur incertain,
fonctions principales que l’on peut donner à ce Je parerai d’un bras les coups de l’autre main.
passage (15 lignes) :
- par rapport à la progression de l’action Il juge encor de moi par mes bontés passées.
- par rapport au public
Mais plutôt le perfide a bien d’autres pensées :
Comme pour l’introduction, la conclusion ne forme qu’un Triomphant dans le temple, il ne s’informe pas
seul paragraphe.
Si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
Il me laisse, l’ingrat ! cet embarras funeste.
Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste.

Votre devoir sera entièrement rédigé en respectant les Qu’il meure, puisque enfin il a dû le prévoir,
règles de mise en forme. Veillez à la qualité de votre Et puisqu’il m’a forcée enfin à le vouloir...
expression ainsi qu’à la ponctuation, la syntaxe et
l’orthographe. À le vouloir ? Hé quoi ? c’est donc moi qui l’ordonne ?
Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ?
Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois
A votre stylo & Bon Courage !
Avec tant de plaisir redire les exploits,
À qui même en secret je m’étais destinée
Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée,
Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’États,
Que pour venir si loin préparer son trépas,

21
L’assassiner, le perdre ? Ah ! devant qu’il expire...
Acte V, scène 1
- Correction -

1- Introduction

Rappel méthodologique : les 4 étapes de l’introduction

1) Trouver une phrase d’amorce : au choix


- Sur le contexte de l’époque - Sur l’auteur ou ses idées :
- Sur l’actualité - Sur le genre, le mouvement littéraire :
2) Présentation du texte :
- L'auteur, le titre, la date ou le siècle, le genre & chiffrez (chapitre, scène, acte, …)
- Si vous connaissez l’œuvre dont le texte est extrait : situation du passage (les principaux événements qui précèdent l’extrait
et en permettent la compréhension).
Si vous ne connaissez pas l’œuvre, présentez le thème de l’œuvre et son importance dans la littérature
3) Formulez la problématique (l’intérêt, l’enjeu) sous la forme d’une question : en quoi le texte est-il… ?
4) Annoncez clairement le plan du commentaire en ne précisant que les principaux axes d’étude sous la forme d’une phrase
affirmative au futur à valeur de projet.

Le XVIIème siècle est une période littéraire riche en changements et en productions, notamment dans le
domaine du théâtre où les règles classiques se mettent en place. C’est ainsi qu’en 1667, Racine publie Andromaque,
une tragédie conforme à ces nouvelles exigences, s’appuyant sur un thème antique : la guerre de Troie, et plus
précisément les événements qui la suivent. Racine nous relate dans cette pièce le dilemme tragique d’Andromaque,
captive du roi d’Epire, qui, pour sauver la vie de son fils, accepte d’épouser Pyrrhus. A l’acte V scène 1, nous
assistons au monologue d’Hermione, promise au roi d’Epire : celle-ci vient d’apprendre par Pyrrhus en personne
sa décision d’épouser Andromaque. Restée seule, elle s’interroge sur la suite des événements : laisser ou non son
ancien amant Oreste tuer Pyrrhus comme elle l’avait demandé. En quoi ce monologue va-t-il mettre en évidence le
dilemme qui bouleverse Hermione ? Nous verrons d’abord comment Hermione est en proie à l’égarement. Puis,
nous étudierons les caractéristiques qui font de ce personnage un être tragique.

2- Commentaire

I- Un personnage en proie à l’égarement :


- Un personnage seul qui s’adresse à lui-même : monologue (la didascalie initiale) entièrement tourné vers elle :
pas de marque de discours dialogué (cf. les pronoms de la première personne : je ou nous, avec les impératifs).
- Un personnage qui s’interroge : modalité interrogative fortement présente (personnage perdue). Marque de la
perte de soi « Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? » … « C’est donc moi qui l’ordonne ? »
- Un personnage en proie à un conflit intérieur. Expression d’émotions violentes et contradictoires : aimer/ haïr,
qui se succèdent très rapidement (antithèses, incertitude sur l’action à entreprendre).
- Façon dont elle se désigne « errante et sans dessein » ; dédoublement de la personnalité (mon cœur, Hermione)
- Projection délirante sur ce qu’éprouverait Pyrrhus (« le perfide triomphe, et se rit de ma rage …ou son trépas. »)

II- Un personnage tragique :


- Un personnage aux prises de ses émotions, émotions exacerbées (« courroux », « ennui », « rage », …) et
contradictoires : le dilemme tragique.
- Un personnage malheureux, en souffrance.
- Caractère destructeur de la passion (de soi et des autres)
- Un personnage soumis à la fatalité (un destin funeste)

3- Conclusion
- par rapport à la progression de l’action :
Espoir d’un revirement possible, d’une ultime péripétie (cf. le dernier vers). Maintien en suspens l’action à venir :
le meurtre de Pyrrhus va-t-il avoir lieu ?
- par rapport au public :
- Possibilité pour le spectateur d’avoir accès à l’intériorité du personnage

22
- Phénomène de catharsis par les émotions ressenties : crainte face à la démesure d’Hermione et pitié face à son
égarement et sa souffrance.

23
Annexe 1

Annexe 2

24
Vous donc, qui d'un beau feu pour le théâtre épris, D'un divertissement me fait une fatigue.
J'aimerois mieux encor qu'il déclinât son nom,
10 Venez en vers pompeux y disputer le prix, Et dît: Je suis Oreste ou bien Agamemnon.
Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages
Où tout Paris en foule apporte ses suffrages, 35 Que d'aller, par un tas de confuses merveilles
Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés, Sans rien dire à l'esprit, étourdir les oreilles :
Soient au bout de vingt ans encor redemandés? Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.
Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué.
15 Que dans tous vos discours la passion émue Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées,
Aille chercher le coeur, l'échauffe et le remue.
Si d'un beau mouvement l'agréable fureur 40 Sur la scène en un jour renferme des années.
Souvent ne nous remplit d'une douce «terreur», Là souvent le héros d'un spectacle grossier,
Ou n'excite en notre âme une «pitié» charmante. Enfant au premier acte, est barbon au dernier .
Mais nous, que la raison à ses règles engage,
20 En vain vous étalez une scène savante : Nous voulons qu'avec art l'action se ménage;
Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir
Un spectateur toujours paresseux d'applaudir, 45 Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
Justement fatigué, s'endort ou vous critique. Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable :
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
25 Le secret est d' abord de plaire et de toucher : Une merveille absurde est pour moi sans appas :
Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.
Que dès les premiers vers l'action préparée 50 L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas.
Sans peine du sujet aplanisse l'entrée. Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose :
Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer, Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose;
Mais il est des objets que l'art judicieux
30 De ce qu'il veut, d'abord ne sait pas m'informer, Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux.
Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,
Boileau, Art poétique, Chant III, 1674

Annexe 3

Je distribue à chaque élève un tableau, et je le passe au rétroprojecteur…

1. La mesure du vers
Seigneur, que faites-vous, et que dira la Grèce ?
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ? (v.275)
Faut-il qu'un si grand coeur montre tant de faiblesse ?
Voulez-vous qu'un dessein si beau, si généreux,
Hélas ! On ne craint point qu'il venge un jour son père ;
Passe pour le transport d'un esprit amoureux ? (v.297-300)
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère. (v.277-78)

Tant de soins, tant de pleurs, tant d'ardeurs inquiètes... 3. Enjambements, rejets, contre-rejets
(v.321)
25
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor
Oui, mes vœux ont trop loin poussé leur violence (v.365) Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector.
(v.271-72)
Je sais que pour régner elle vint dans l’Epire ;
Le sort vous y voulut l’une et l’autre amener. (v.346-47) Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé,
Seigneur ? Quelque Troyen vous est-il échappé ?
2. Césure & coupes
(v.267-68)
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ? (v.275)
J'ai fait des malheureux, sans doute ; et la Phrygie
Hélas ! On ne craint point qu'il venge un jour son père ; Cent fois de votre sang a vu ma main rougie. (v.313-14)
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
Il m'aurait tenu lieu d'un père et d'un époux ; (v.277-79) 4. La « musicalité » expressive du vers racinien

Captive, toujours triste, importune à moi-même (v.301)


Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troie, (v.262)

Annexe 4

26
Annexe 5

Selon l’exposé des élèves, voici ce que j’ai complété (distribution de l’arbre généalogique).

Qui est Oreste ?

Il fait partie de la famille des « Atrides », famille célèbre en raison de la malédiction qui poursuivit tous ses
membres.

Pourquoi cette malédiction ?


La cause des malheurs qui s’abattirent sur cette famille fut le comportement de Tantale, roi de Lydie, qui
offensa les Dieux : invité à un banquet, il servit aux dieux, pour les tromper, son fils, Pélops, cuisiné en ragoût
au lieu des aliments divins (le nectar & l’ambroisie). S’apercevant de la tromperie de Tantale, les dieux

27
l’envoyèrent dans le Tartare (supplice de Tantale). Pélops, à qui il manquait une épaule, en maudissant son
aïeul, maudit la famille entière.

Origine de la malédiction des  Atrides ?


Pélops va avoir deux fils : Atrée & Thyeste. Thyeste, jaloux du pouvoir d’Atrée, va séduire la femme de son
frère, Aéropée. Atrée chasse alors Thyeste de son royaume… Cette vengeance ne lui suffisait pas : faisant mine
de lui pardonner, Atrée invite son frère à un banquet, auquel, prenant exemple sur son grand-père, il servit ses
neveux. Lorsque Thyeste identifie ce qu’il vient de consommer, il maudit son frère et toute sa génération.

La malédiction…. La Guerre de Troie


Atrée va avoir deux fils : Agamemnon & Ménélas. Tous deux vont épouser les filles de Léda, Clytemnestre et
Hélène, femmes courtisées par la Grèce entière.
 Hélène sera à l’origine de la Guerre de Troie (la malédiction opère…)
 Qu’en est-il pour Clytemnestre ? Agamemnon prend la direction de la flotte grecque. Mais à cause de
l’absence de vents, ils ne purent embarqués (vengeance de la déesse Artémis en colère contre
Agamemnon qui la défia). Pour pouvoir embarquer, Artémis demande qu’Iphigénie, sa fille, soit
sacrifiée.

Le retour d’Agamemnon
10 ans de guerre… Agamemnon rentre chez lui. Mais pendant son absence, Clytemnestre, pour se venger de la
mort de sa fille Iphigénie, a pris pour amant, Egisthe (dernier enfant de Thyeste, seul survivant du banquet) ;
ensemble, ils tuent Agamemnon.

Oreste & la fin de la malédiction


Agamemnon, en plus d’Iphigénie, avaient 3 autres enfants : à sa mort, Oreste, part en exil à Delphes (où il se lia
d’amitié avec Pylade) tandis que sa sœur Electre reste au service du couple meurtrier.
7 ans plus tard, sur l’ordre d’Apollon dont il est allé consulter l’oracle, Oreste rentre au royaume et assassine sa
mère et son amant. Horrifié par ce matricide, les dieux lui envoient les Erinyes (déesses de la vengeance) pour
le persécuter.
Apollon l’envoie à Athènes auprès de la déesse d’Athéna : là, le tribunal, l’Aréopage, jugea son acte. Il fut
disculpé, et, ainsi se termine la malédiction des Atrides.

Les sources
De nombreux auteurs se sont inspirés de ce mythe (Sophocle, Euripide, Eschyle). Aujourd’hui encore, Frank
Herbert, auteur de science-fiction, s’en servit pour brosser le portrait de la famille des Atréïdes dans Dune.

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Annexe 6

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