Module D'andromaque
Module D'andromaque
Support(s) O.I.
Racine, Andromaque
Progression :
Séance 1
Support : 1) Distribution des personnages 2) G.-A. Rochegrossse, Andromaque (1883)
Objectif : Comprendre l’enjeu (l’intrigue) de la tragédie ! séance à faire avant la lecture de la tragédie
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Séance 2
Support : Boileau, Art poétique, Chant III, 1674
Objectif : Découvrir les principes de la doctrine classique
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Séance 3
Support : Extrait de vers > Acte I, scène 4 Objectif : Savoir lire & analyser un alexandrin
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Séance 4
Support : Acte I, scène 1
Objectif : Cerner les caractéristiques d’une scène d’exposition & le registre tragique
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Séance 5
Support : Acte III, scène 8
Objectif : Cerrner le dilemme tragique & le registre pathétique
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Séance 6
Support : Charles Coypel, Pyrrhus & Andromaque (1732) (en rapport avec III,6 )
Objectif : Cerner le pathétisme & le tragique de la scène. Mettre en rapport texte & image
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Séance 7
Support : Acte IV, scène 5 (v. 1356-86) Objectif : Comprendre la progression tragique des émotions
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Séance 8
Support : Acte V, scène 4 (v. 1565-82) Objectif : Cerner les caractéristiques du monologue
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Séance 9
Support : Bouguereau, Oreste poursuivi par les Furies (1862) Objectif : L’expression tragique
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Séance 10
Support : Bilan + Racine, première préface d’Andromaque, 1668
Objectif : Approfondir l’exercice de la dissertaion & Découvrir un aspect de la tragédie classique : l’imitation des Anciens
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+ Exposé : 1) La Guerre de Troie 2) Oreste : dans le mythe & dans la tragédie
Séance 1 – Entrée dans l’œuvre
Personnages :
Andromaque : Veuve d'Hector, prisonnière de Pyrrhus.
Pyrrhus : fils d'Achille (qui a tué Hector), roi d'Epire.
Oreste : fils d'Agamemnon, amoureux d'Hermione.
Hermione : fille d'Hélène, fiancée de Pyrrhus.
Pylade : ami d'Oreste
Cléone : confidente d'Hermione
Céphise : confidente d'Andromaque
Phoenix : gouverneur de Pyrrhus.
La scène est à Buthrote, ville d’Epire, dans une salle du palais de Pyrrhus
Les 4 personnages principaux sont : Andromaque (personnage éponyme), Pyrrhus, Oreste & Hermione.
Il s’agit d’abord de personnages appartenant à l’histoire antique et mythique. Ils appartiennent aux classes les
plus élevées de la société antique (roi, reine) et à des familles illustres (fille d’Hélène, fils d’Achille, …). Les
autres personnages, qui sont d’un rang nettement subalterne, ne sont identifiés que par leurs relations avec les
personnages précédents : ils tiennent le rôle de confidents, ne participant pas véritablement à l’action
(recueillent les pensées et les tourments des personnages précédents).
=> personnages types de la tragédie (≠ aux personnages de la comédie).
Quels sont les liens entre eux ?
Hermione est fiancée à Pyrrhus. Mais Oreste est « amoureux » d’Hermione (le terme « amoureux » au XVIIème
signifie que la personne aime sans être aimée en retour). On apprend de plus qu’Andromaque est
« prisonnière » de Pyrrhus. Pourquoi est-elle captive ? Resituons l’histoire de la Guerre de Troie.
Quelques mots sur la Guerre de Troie : (Bref topo puisqu’un exposé sera fait sur La Guerre de Troie)
Conflit entre la Grèce et Troie :
- D’un point de vue historique : la Grèce aurait été envieuse de la richesse de la cité troyenne.
- Selon la légende homérique : Pâris, fils du roi de Troie, Priam, a enlevé Hélène, la plus belle femme au
monde, épouse de Ménélas, roi de Sparte. Ménélas va demander de l’aide à son frère Agamemnon, le plus
puissant des grecs qui va conclure une alliance avec plusieurs rois grecs. Une armée est constituée : le siège de
Troie durera plus de dix ans. Lors de cette guerre (fils de Priam, frère de Pâris) est tué par Achille (grosse perte
pour les troyens). Ulysse met au point un stratagème (le cheval de Troie). Troie est incendiée, les hommes et les
enfants mâles sont tués ; les grecs, vainqueurs, se tirent au sort les femmes troyennes. C’est ainsi que Pyrrhus
reçoit Andromaque, la veuve d’Hector.
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Analyse de la peinture : Cf Annexe 1
Enfin, Racine…
Pyrrhus détient Andromaque et son fils Astyanax, et va tomber passionnément amoureux de la veuve d’Hector.
Or, les Grecs sont mécontents de cette situation : il faut tuer tous les mâles troyens (d’autant plus qu’Astyanax
est le fils d’un grand guerrier, Hector) pour éviter une vengeance future de cette génération. Envoyé en tant
qu’ambassadeur, Oreste est censé réclamé, au nom de tous les Grecs, l’enfant à Pyrrhus. Mais, Oreste, est
l’ancien amant d’Hermione, promise à Pyrrhus : on apprendra, dans la 1ère scène, qu’Oreste se trouve en Epire
(officiellement pour récupérer l’enfant) dans le but désavoué d’enlever Hermione.
- Conclusion -
On résume généralement l’intrigue d’Andromaque de cette formule lapidaire : « Oreste aime Hermione, qui
aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort ».
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Séance 2 – La doctrine classique au théâtre
Petit débat oral… : Qu’est-ce qu’une tragédie ? (Mobiliser les pré-requis des élèves)
Présentation du texte :
- De quel ouvrage est extrait ce texte ? A quoi peut-il bien servir ?
Il s’agit de l’extrait d’un Art poétique. Ce genre littéraire est présent depuis l’Antiquité : Poétique, d’Aristote ; d’Horace.
Le terme « Poétique » vient du grec « poiesis », fabrication, élaboration. Un Art poétique désigne donc une œuvre
décrivant la manière d’écrire et de constituer des œuvres.
C’est un texte injonctif qui donne des règles aux auteurs (des conseils ou des observations pour l’écriture), un texte
exprimant les principes esthétiques d’un auteur.
Publié en 1674, l’ouvrage de Boileau (1636-1711), homme de lettres français qui fut le principal théoricien de l’esthétique
classique, ne fut pas fondamental pour des auteurs comme Racine qui écrivit la plupart de ses pièces avant la publication
de cet « art poétique ». Mais ce texte offre pour nous l’avantage de résumer les doctrines classiques édictées dès avant
1660 (notamment par D’Aubignac). Cet ouvrage montre à quel point la tragédie classique fut codifiée. Les règles de la
doctrine classique pesèrent très fortement sur les dramaturges, dans ce siècle marqué par le goût de l’ordre et de la raison.
Analyse de l’extrait :
- Observez le système d’énonciation : qu’en concluez-vous sur la finalité (les objectifs) de l’ouvrage ?
Présence dans le 1er vers d’une apostrophe directe « vous », défini par une périphrase « qui d’un beau feu pour le théâtre
épris/ Venez en vers pompeux y disputer le prix » qui en révèle le statut : Boileau s’adresse ici aux auteurs de tragédies. Le
mode employé, l’impératif, confère à ce discours une valeur injonctive « inventez des ressorts », « n’offrez rien ».
L’injonction se manifeste aussi dans des verbes au subjonctif à valeur d’ordre : « que… l’action aplanisse » : Boileau se
livre à une série de conseils et semble même édicter les règles du genre.
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L’emploi de la 1ère personne alterne singulier et pluriel : je => l’auteur adopte ici le point de vue du spectateur ; nous =>
l’emploi du « nous » confirme les intentions du discours : « nous », c’est-à-dire les défenseurs, les théoriciens du théâtre
tragique. Le texte constitue donc bien un « art poétique ».
- Boileau donne ici ses recommandations aux dramaturges classiques : quelles sont-elles ? Récapitulez dans l’ordre
(en précisant les vers) et en reformulant les différents points abordés par Boileau.
> V. 15-24 : Boileau s’attache aux émotions tragiques : la crainte « douce terreur » et la pitié « pitié charmante », ainsi
que l’effet recherché par le spectateur tragique (la catharsis évoquée par Aristote)
> V. 25 : Fonction de la tragédie (plaire & toucher), fonction qui s’applique à une large partie des œuvres classiques au-
delà du théâtre (La Fontaine).
> V. 26-28 : Les intrigues doivent attirer le public. Le spectateur doit entrer directement dans l’action (// in media res).
> V. 29-37 : Boileau expose ici les principes d’une exposition réussie, où se retrouve le goût de la clarté & de l’ordre qui
domine le siècle : l’intrigue doit être simple et clairement expliquée, tout comme la langue et le sujet.
> V. 38-47 : Reprise de la règle baptisée « des 3 unités » : unité de lieu, de temps et d’action. Il rejette les pièces qui
durent le temps d’une vie, ce qu’illustre avec humour l’allusion à un personnage enfant au début et vieillard à la fin.
> V. 48-55 : Deux principes fondamentaux sont abordés, vraisemblance et bienséance. Pour cela, il faut éviter
l’impossible, l’invraisemblable, et aussi ce qui serait possible, mais pourrait apparaître invraisemblable au spectateur. La
bienséance est le souci des convenances (il serait impudique de représenter la mort sur scène, d’où les nombreux récits
relatant la mort des protagonistes).
- Conclusion-
Toutes les règles énoncées par Boileau sont guidées par la volonté de « plaire et toucher ». En effet, les dramaturges
classiques sont particulièrement sensibles aux réactions du public. Boileau, en théoricien, s’attache à donner des conseils
aux dramaturges classiques pour qu’ils puissent s’attirer les faveurs du public. Voilà donc pourquoi Boileau, bien que
théoricien, se place dans ce discours dans la posture du spectateur.
La mesure du vers :
- Combien de syllabe comporte ce vers ? Quel nom porte ce type de vers employé dans toute la pièce ?
Et / vous/ pro/non/ce/rez/ un/ ar/ rêt/ si/ cru/el ? (v.275)
Ce vers comporte 12 syllabes ( ! on ne parle de « pieds » qu’en poésie latine) : il s’agit d’un alexandrin.
- Pourquoi ce choix ?
Racine utilise l’alexandrin qui est considéré comme un vers noble (par opposition au vers épique, le décasyllabe de
l’épopée, ou l’octosyllabe). La tragédie concerne des personnages illustres, nobles : il est donc naturel que ces
personnages censés parler dans un langage noble, utilisent l’alexandrin.
- Comment compter les syllabes ?
Règles des « e » muets :
- « e » final n’est jamais prononcé (d’où l’appellation « e » muet)
- dans le vers, on prononce le « e » quand il est devant une consonne, mais on ne le prononce pas devant une voyelle.
- Souligner dans les vers suivants les « e » que vous ne devez pas prononcer :
Hé/ las ! / On/ ne/ craint/ point/ qu'il/ ven/ge un/ jour/ son/ père ;
On/ craint/ qu'il/ n'es/su/yât/ les/ lar/mes/ de/ sa/ mère. (v.277-78)
- Effectuez le découpage syllabique du vers suivant. Que constatez-vous ?
Tant/ de/ soins/, tant/ de/ pleurs/, tant/ d'ar/deurs/ in/qui/ètes... (v.321)
Pour que le vers compte 12 syllabes, il faut marquer une diérèse sur « inquiètes » => étymon <in quietas> =celui qui n’est
pas tranquille, calme / anglais, « quiet »
Diérèse : Prononciation dissociant deux voyelles
Oui,/ mes/ vœux/ ont/ trop/ loin/ pous/sé/ leur/ vi/o/lence (v.365)
- Effectuez le découpage des vers suivants :
Je/ sais/ que/ pour/ ré/gner/ el/le/ vint/ dans/ l’E/pire ;
Le/ sort/ vous/ y/ vou/lut/ l’u/ne et/ l’au/tre a/me/ner. (v.346-47)
Césure & coupes :
- Comment « découper » l’alexandrin ?
Un alexandrin comporte une césure qui divise le vers en deux hémistiches.
Et vous prononcerez // un arrêt si cruel ? (v.275)
A cette césure, s’ajoute (généralement) une coupe dans chaque hémistiche. Elle correspond à un accent, placé sur la
dernière syllabe d’un groupe de mots. Si cette dernière syllabe comprend un « e » (muet, ou non), l’accent remonte.
Hélas !/ On ne craint point //qu'il ven/ge un jour son père ;
2 4 2 4
Ces coupes font entendre le rythme du vers et permettent de mettre en relief les mots importants ( venge, larmes, …).
- Placez la césure, les coupes (ou accents) & donnez le rythme :
Seigneur,/ que faites-vous, // et que dira/ la Grèce ?
2 4 4 2
L’espace du vers ne correspond pas à la phrase syntaxique qui dépasse le vers : le vers 272 complète donc obligatoirement
le vers précédent. Il s’agit d’un enjambement.
- Comment la construction du vers suivant (rythme & musicalité) soulignent-ils son sens ?
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Séance 4 – Une scène d’ouverture
I- La scène d’exposition :
Transition Andromaque ? Mythe. C’est une histoire que les spectateurs du XVII ème siècle connaissent, qui est inscrite
dans un genre (la tragédie). Les spectateurs ont donc des attentes particulières : action tragique, personnages illustres,…
- Quel est donc l’intérêt de cette pièce, de la reprise de ce mythe par Racine ?
L’intérêt réside dans l’originalité du traitement du mythe par Racine.
Astyanax
- D’après les sources, que lui arrive-t-il ?
Il est tué, précipité du haut de la muraille par Ulysse.
- Que fait Racine ?
Astyanax a survécu au drame de Troie (v. 73-76)
L’enfant qui est au cœur de la tragédie est donc Astyanax, et non le fils qu’aurait eu Andromaque avec Pyrrhus,
c’est-à-dire, Molossos (cf. préface de 1668, extrait de l’Enéide : « nous avons enfanté dans la servitude »).
- Pourquoi Racine opère-t-il pareil changement ?
Andromaque reste ainsi fidèle à l’image que les spectateurs du XVII ème siècle ont d’elle, c’est-à-dire, la veuve d’Hector,
unie à son époux par-delà la mort (cf. le poème de Baudelaire « le Cygne », permanence de la figure d’Andromaque
comme symbole de la fidélité). Cette modification permet de rendre le personnage vraisemblable : Andromaque est
conforme à l’idée qu’on a d’elle.
Hermione
- D’après les sources ?
Elle est l’épouse de Pyrrhus (cf. préface de 1668, extrait de l’Enéide : « Puis, lorsqu’il a suivi la petite-fille de Léda,
Hermione, un hyménée lacédémonien ».
- Selon Racine ?
La situation est beaucoup plus complexe. Elle est promise à Pyrrhus, mais celui-ci hésite, car il est tombé amoureux
d’Andromaque, sa captive (v. 77-78).
Oreste
- Que pensez-vous du traitement fait à ce personnage ?
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Oreste reste, dans les deux versions, l’amant trahi, rival de Pyrrhus qu’il va assassiner (cf. préface de 1668, extrait de
l’Enéide : « Mais follement enflammé par l’amour de l’épouse qui lui était ravie, poursuivi par les furies de ses crimes,
Oreste le surprend à l’improviste et le tue devant les autels de ses pères »).
Transition Oreste ? Il s’agit du personnage principal de cette scène. Pylade tient le rôle de confident : en s’adressant à lui,
Oreste informe le lecteur de sa situation (> la double énonciation).
- Conclusion -
Cette scène d’exposition remplit parfaitement sa fonction : présentation du lieu et du temps de l’action, des personnages
dans un système de relations, puis, elle lance l’action. En même temps, elle inscrit la pièce dans un genre codifié : la
tragédie classique.
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Séance 5 – Le personnage d’Andromaque
Situation du passage :
A l’acte I (scène 4), Pyrrhus, amoureux fou d’Andromaque l’avertit du danger qui repose sur Astyanax (la venue de
l’ambassade d’Oreste). Il lui affirme qu’il protègera l’enfant si elle l’épouse. Andromaque, toujours dans le souvenir de
son défunt Hector refuse. Le spectateur découvre le personnage d’Andromaque dans une disposition d’esprit intraitable :
elle est résolue à mourir et à voir mourir son fils, plutôt que de céder aux avances de Pyrrhus.
Cependant, l’acte III présente une Andromaque très différente face à la mort imminente d’Astyanax. A la scène 4, elle
demande de l’aide à Hermione pour faire protéger son fils… qui refuse cruellement. A la scène 6, Elle s’humilie aux pieds
de Pyrrhus qui réitère son chantage (la vie de son fils contre… mariage).
Dans cette scène, tiraillée entre son amour maternel et le dégoût que Pyrrhus lui inspire, Andromaque se confie à
Céphise et tente de prendre une décision face à ce dilemme tragique.
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ses yeux : emploi du démonstratif « cette nuit » (v. 997), « ces horreurs (v. 1005), du présentatif « voilà » placé en
anaphore (v. 1006-7).
- Andromaque convoque-t-elle seulement le sens visuel ? Pourquoi ?
Elle en appelle aux autres sens : l’ouïe « Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants » (v. 1003) et
l’odorat « la flamme étouffée » (v. 1004) qui évoque l’odeur de poussière et de fumée.
L’appel à tous ces sens accentue l’impression que la scène se passe sous ses yeux.
- Quelle description Andromaque donne-t-elle de la prise de Troie ?
Bien que cette tirade soit courte (20 vers), de nombreux détails de l’horreur de cette nuit sont évoqués : description
précise de la mort d’Hector qui fut « traîné » par le char d’Achille (v. 994), de la mort de Priam (v. 995-6), de l’incendie
de Troie « palais brulants » (v. 1000), et le massacre des Troyens (v. 1001).
Transition La prise de Troie ? Evénement appartenant au passé et encore vivace dans l’esprit d’Andromaque, qui pousse
Céphise à visualiser et ne pas oublier cette nuit. Andromaque nous en offre une description concrète et détaillée par son
récit.
- Comment apparaît ici le personnage d’Andromaque (ses sentiments) ?
Il s’agit d’un personnage plein de souffrance, un personnage pathétique.
Rappel : le mot pathétique vient du grec pathos, signifiant « souffrance ». Le registre pathétique correspond à
l’expression de la souffrance sous toutes ses formes. Son but est d’émouvoir, d’éveiller la compassion, la pitié (sentiment
tragique).
- Conclusion-
Face à Céphise qui lui conseille d’épouser Pyrrhus, Andromaque offre une argumentation de choc : en poussant Céphise
(et le spectateur) à se souvenir de l’horreur de Troie, des souffrances endurées cette nuit cauchemardesque, Andromaque
nous persuade de l’impossibilité d’épouser Pyrrhus : notons l’ironie du terme « exploits » (V. 1007).
Face au « roi victorieux » de Céphise, se présente un Pyrrhus dénué de tout héroïsme, mis en accusation de ses « crimes »
(v. 1009).
Céphise feint la résignation « Hé bien, allons donc voir expirer votre fils ». En lui rappelant que se refuser à Pyrrhus
équivaut à condamner son fils à mort, elle espère que l’amour maternel aura raison de la répulsion inspirée par Pyrrhus.
Le dilemme tragique est donc loin d’être résolu.
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Séance 6 –Pyrrhus & Andromaque, entre domination & supplication
Présentation de la peinture :
Coypel est un artiste du XVIIIème siècle. Il laissera des oeuvres essentiellement inspirées de l'histoire et de la mythologie.
Les dimensions de cette peinture sont de 127 x 160 cm. S’agissant d’une peinture historique, ces dimensions sont
appropriés (souvenez-vous des sept mètres de la peinture de Courbet qui fit scandale en 1850 !)
- Lisez l’acte III, scène 6 : quels éléments permettent de dire que cette peinture représente ce passage de la pièce de
Racine (personnage, gestuelles, émotions, ...) ?
On distingue les quatre personnages présents dans la scène de Racine : Pyrrhus, Andromaque, Céphise et Phoenix.
a) Pyrrhus :
- Chez Racine, il se présente comme un souverain intraitable, autoritaire ; il a décidé de livrer l’enfant aux grecs (v. 901 ;
911 ; 924) comme le soulignent les impératifs destinés à Phoenix.
- Chez Coypel, Pyrrhus est debout, présenté de ¾ au centre de l’image. Il surplombe les autres personnages ce qui lui
donne une place cruciale. Il tourne plus ou moins le dos à Andromaque, dans une attitude de refus ou d’indifférence. Le
mouvement de sa jambe en avant indique son intention de quitter la place ; il esquive un geste de commandement en
direction de Phoenix.
Son casque avec ce cimier en crins de cheval, sa toge rouge sont les marques du guerrier et du souverain tout puissant.
b) Andromaque :
- Chez Racine, elle a une attitude suppliante, elle vient implorer la clémence de Pyrrhus (v. 901-2). Elle se présente
comme un personnage pathétique (interjection « hélas ! », lexique de la souffrance « tout m’abandonne », « pleurer »,...).
Elle est à genoux devant Pyrrhus (v. 915-6), donc dans une position de soumission.
- Chez Cloypel, son pathétisme se perçoit dans sa gestuelle (corps tendu vers Pyrrhus, les deux bras en avant),
l’expression d’effroi de son visage. Le parallélisme des deux lignes formés par les bras d’Andromaque et de Pyrrhus
renforce le pathétisme de la scène ! Le vêtement endeuillé d’Andromaque participe au symbolisme du personnage : la
veuve d’Hector éternellement fidèle.
- Quelles sont cependant les principales différences entre la scène de Racine et la peinture de Cloypel ? Pourquoi ?
Chez Racine, Astyanax n’est pas présent (il n’est d’ailleurs jamais sur scène !). Sa présence dans la peinture renforce
l’émotion de la scène (visualisation de l’enlèvement de l’enfant et de sa mort sous-entendue).
De plus, la scène se déroule à l’intérieur du palais ; ici, on est à l’extérieur : cette ouverture sur l’extérieur (notons le ciel
bleu apaisant et calme) contraste avec le confinement oppressant du palais grec. Peut-être une note d’espoir chez Coypel,
inexistante chez Racine.... car il a écrit une tragédie !
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Séance 7 – Hermione, la menace tragique
Situation du passage :
Dans l’acte IV, scène 1, Andromaque a décidé d’épouser Pyrrhus afin de sauver Astyanax et de se suicider ensuite.
Hermione, apprenant par Cléone, le mariage de Pyrrhus et d’Andromaque, demande à Oreste de tuer Pyrrhus. Après
quelques hésitations, ce dernier finit par accepter. A la scène 3, elle envoie Cléone auprès d’Oreste : elle veut être sûre que
Pyrrhus sache que sa mort est de son chef, qu’Oreste l’a tué en son nom et non pas pour des raisons d’Etat (vengeance des
Grecs).
Dans cette scène, on assiste à la première rencontre entre Hermione et Pyrrhus (rencontre qu’Hermione attend depuis
l’acte II, scène 5 : v. 665 « Allez voir Hermione ... »).
Enjeu :
En quoi cette tirade apparait comme une véritable menace de mort ?
Analyse du texte :
I- Le discours d’Hermione :
- De quel type de discours (au théâtre) s’agit-il ? Pourquoi pareille longueur ?
Il s’agit d’une longue tirade : Hermione semble monopoliser la parole. On peut également penser que Pyrrhus se tait car il
n’a plus rien à lui dire (v. 1375 : « Vous ne répondez point ? ») : Hermione semble parler toute seule face à un Pyrrhus qui
ne l’écoute déjà plus. S’il est présent physiquement, il est déjà tout entier occupé par Andromaque (v. 1376-79).
- Comment Hermione s’adresse-t-elle à Pyrrhus (marques d’énonciation) ? Que remarquez-vous ?
Hermione alterne le tutoiement au vouvoiement :
> v. 1356-68 : Passage marqué par le tutoiement et deux apostrophes « cruel » et « ingrat » (v.1356 & 1368) qui sont
mises en valeur par leur position dans le vers (cruel > césure & diérèse ; ingrat > sous l’accent).
- De quoi parle Hermione dans cette 1ère partie ?
Hermione fait une véritable déclaration d’amour : elle répond finalement ici à la fausse-accusation de Pyrrhus. Elle
témoigne de la force de son amour en lui montrant tout ce qu’elle a accepté par amour pour lui :
- renoncement aux autres princes (notons le renforcement du pronom « toi » à la césure)
- elle s’est elle-même déplacée dans sa patrie
- elle a fermé les yeux quant à son infidélité
- Que ressent-elle encore aujourd’hui pour lui ?
Elle continue à l’aimer comme le souligne la litote (= figure qui en disant le moins en fait entendre le plus) du vers 1368.
Face à ce sentiment, Hermione semble se calmer.
> v. 1369-75 : Passage marqué par le vouvoiement et une apostrophe positive « Seigneur » (v. 1369). Ce changement
d’énonciation marque une pause dans l’expression des sentiments. Hermione donne ici l’impression d’accepter le mariage
de Pyrrhus et d’Andromaque (v. 1371 : « Achevez votre hymen, j’y consens »).
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> v. 1376-86 : Retour au tutoiement et à une apostrophe péjorative « perfide », ce qui marque également le retour d’un
registre aggressif (voyant l’abscence de réactions de Pyrrhus, Hermione s’emporte de nouveau) ce que souligne les
impératifs menaçants.
Transition Nous savons qu’Hermione a orchestré le meurtre de Pyrrhus. Comment cette menace émerge dans son
discours ?
II- La menace :
-Conclusion-
Pyrrhus en essayant bien maladroitement de justifier sa décision, ne fait qu’attiser la colère d’Hermione. Elle réalise
finalement ici ce qu’elle avait commandé à Oreste, soit que Pyrrhus sache que sa mort est une vengeance de sa part.
Pyrrhus comprend-il cette menace ?
Non. Phoenix (témoin muet de la scène) a lui bien compris la teneur du discours d’Hermione. Pyrrhus ne l’a pas saisi car
il est déjà tout tourné vers Andromaque.
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Séance 8 – Le monologue d’Oreste
Situation du passage :
L’acte V s’ouvre sur les interrogations d’Hermione qui vient de commanditer le meurtre de Pyrrhus : doit-elle ou non
arrêter le crime qui se prépare (= discours délibératif) ? Mais Hermione, en apprenant par Cléone, le déroulement du
mariage (bonheur de Pyrrhus & les hésitations d’Oreste), veut mourir. C’est alors qu’Oreste arrive et lui annonce la mort
de Pyrrhus. Il a assisté à son assassinat par les Grecs, dont on ne sait s’ils ont agi totalement sur son ordre ou si cet acte
fut davantage spontané (v. 1516-19 & v. 1526-30). Hermione lui reproche alors violemment ce crime qu’elle a prémédité,
puis s’enfuit ne pouvant davantage supporter sa vue.
Oreste, resté seul sur scène, s’interroge sur ce qui lui arrive.
Analyse du passage :
- De quel type de discours (au théâtre) s’agit-il ?
Il s’agit d’un monologue (= discours d’un personnage seul sur scène).
- A quoi sert ici ce monologue ? Qu’apprenons-nous ?
Le monologue est un moyen artificiel pour le spectateur d’accéder à l’intériorité du personnage, qui va, seul sur scène,
livrer l’expression de ses sentiments. Ici, le monologue est révélateur du tumulte intérieur d’Oreste, qui sombre peu à peu
dans la folie.
Notons que le monologue est parfois aussi un moment de réflexion : le personnage s’interroge sur les décisions à prendre
(cf. le monologue d’Hermione, V, 1, où elle s’interroge sur les décisions à prendre (> valeur délibérative).
En quoi le monologue d’Oreste révèle-t-il la progression de la folie du personnage ?
I- L’énonciation :
Souvent pour donner un certain dynamisme au monologue, et éviter un effet trop statique et artificiel, le dramaturge
introduit des marques de dialogue (emploi de la P2, apostrophe de personnes absentes, …).
- Y a-t-il ici des marques de discours dialogué ? Pourquoi ?
Non, il n’y a pas de marques directes d’un discours dialogué, mais seulement des questions qu’Oreste s’adresse à lui-
même (= forme un dialogue avec lui-même). Oreste est seul sur scène, dans une profonde solitude tragique (Hermione
vient de l’abandonner). Son discours a donc bien deux destinataires : Oreste et le public (double énonciation).
Le vers 1574 sonne comme une condamnation, qui prend un caractère solennel par le rythme ternaire (3333) : « Je
deviens parricide, assassin, sacrilège ».
- Oreste semble capable de raisonner sur sa situation : est-ce tout à fait exacte ?
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Avant dernière scène de la tragédie, ce monologue prépare le dénouement tragique d’Oreste : préparation de la folie
d’Oreste qui sera plus sensible dans la scène finale à l’annonce du suicide d’Hermione ?
-Conclusion-
Oreste apparaît ici comme le parfait héros tragique, « ni tout à faits bons, ni tout à faits méchants » (préface de Racine). Il
inspire à la fois la terreur et la pitié : certes, il a tué Pyrrhus (même indirectement), mais il est en même temps victime (de
sa passion pour Hermione). L’effroi dans lequel le plonge son crime conduise le spectateur à une certaine pitié (et ce,
d’autant plus que son acte sauve du même coup Andromaque et Astyanax.
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Séance 9 – Oreste, personnage tragique
Présentation de l’image :
Le sujet de la peinture :
- Quel est le thème & la fonction (informer, argumenter, déranger, raconter) de cette peinture ?
Bouguereau traite ici d’un thème antique : le personnage d’Oreste & les furies. Elle nous raconte un épisode de la vie
d’Oreste. L’image a donc bien ici un rôle narratif. Le choix et le traitement du sujet sont révélateurs de l’académisme du
peintre.
- A quel moment de l’histoire d’Oreste se réfère cette peinture ?
Bref rappel sur le personnage d’Oreste : Cette peinture évoque de manière explicite le meurtre de Clytemnestre,
assassinée par son fils Oreste, qui est aussitôt pourchassé par les Furies, déesses de la vengeance, qui le torturent en lui
inspirant le remords.
- Qui sont les Furies ?
Furie = (du latin furere, être en colère)
Les Furies correspondent aux Erinyes de la tradition grecque. Au nombre de trois (Mégère, Alecto & Tisiphone), elles
sont représentées munies de fouets, de torches, avec un corps ailé, une chevelure faite de serpents et aux regards
menaçants. Ce sont des déesses chargées de poursuivre les criminels.
- Quelles sont les causes de ce matricide ?
> Cause immédiate : poussé par sa soeur Electre, Oreste a commis un matricide pour venger la mort de son père.
> Cause sociale : Rejet de la société grec qui l’aurait trouvé indigne de sa naissance (la vengeance du père est obligatoire
aux yeux de la société grecque)
> Cause religieuse : la malédiction des Atrides, le rôle de l’oracle (Apollon a des pouvoirs divinatoires, et les hommes
d'État grecs consultent son oracle à Delphes avant de prendre des décisions importantes). Oreste est bien un personnage
tragique dans le sens où il est aux prises avec des forces qui le dépassent destin funeste, fatalité).
- Bien que cette scène ne soit pas présente dans la tragédie d’Andromaque, quels éléments nous permettent de
mettre en relation ces deux supports ?
> Oreste est là encore dans la position d’un assassin (meurtre de Pyrrhus & de Clytemnestre), mais un meurtrier bien
malgré lui. Dans la tragédie de Racine, il tue Pyrrhus, un roi qu’il respecte, en raison de sa passion pour Hermione. De
plus, il ne le fait pas de ses propres mains (V, 3 : lorsqu’Oreste annonce à Hermione la mort de Pyrrhus, il raconte que ce
sont les Grecs qui l’ont tué : « Il expire ; et nos Grecs irrités / ont lavé dans son sang ses infidélités. » v. 1496-97. Il a
assisté à son assassinat par les Grecs, dont on ne sait s’ils ont agi totalement sur son ordre ou si cet acte fut davantage
spontané (v. 1516-19 & v. 1526-30).
> Oreste évoque dans le dénouement ses "filles d’enfer" qui viennent l’enlever : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent
sur vos têtes » (v. 1638)
> Tout comme dans la tragédie, Oreste sombre dans la folie.
Analyse du tableau :
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mouvement de l’Académisme qui joue surtout sur le dessin. Appuyez-vous donc bien sur le dessin (lignes de force,
les couleurs, personnages & gestuelles) ?
L’émotion tragique :
La terreur :
> La terreur tient déjà dans le sujet-même représenté : la figuration violente d’un crime (le poignard, la couleur rouge
dominante à droite), d’autant plus terrifiant qu’il s’agit d’un matricide.
- Ce crime aurait-il pu d’ailleurs être représenté dans une pièce de théâtre classique ?
Non, en raison des bienséances : il ne faut pas choquer le spectateur (donc pas de crime, de sang sur scène). Le théâtre
classique raconterait le crime à travers le récit d’un personnage-témoin.
> L’expression menaçante du visage des Furies : bouches ouvertes, elles le persécutent de leurs cris ; leurs index pointant
avec insistance le crime ; la couleur verdâtre (couleur démoniaque) du drapé contraste avec le blanc.
La pitié :
> Le personnage d’Oreste : sa posture souligne la soumission et la persécution dont il est l’objet. Il semble avoir une
volonté de fuir (marqué par le pied en avant), mais cette fuite semble impossible. En se bouchant les oreilles, il tente de
ne pas entendre les cris des Furies (en vain), comme le souligne son visage plein d’effroi. La folie s’empare de lui.
> Le personnage de Clytemnestre : position en arrière qui marque la souffrance de cette mort.
- Conclusion-
Oreste apparaît comme un personnage tragique, suscitant à la fois la terreur et la pitié. Que ce soit dans la pièce ou dans la
peinture, ce sont finalement les mêmes émotions qui sont exprimées (terreur & pitié) mais les modalités sont différentes
(représentation vs récit du crime).
TAF : Cherchez des arguments dans la pièce pour répondre à cette question (2 ou 3 arguments pour chaque partie).
Exemple d’introduction :
Le 17ème siècle est une époque particulièrement riche dans le domaine de la littérature française : c’est à cette
époque que se constituent notamment les règles de construction et de représentation des pièces de théâtre. Ainsi, Racine,
en écrivant Andromaque, illustre bien cet état de fait : sa tragédie respecte scrupuleusement les règles des trois unités
mises en place durant le Classicisme. Andromaque est publié pour la première fois en 1668 et nous rapporte les aventures
tragiques de l’héroïne du même nom. Cependant, parallèlement à cette intrigue, de multiples autres histoires apparaissent,
notamment celle du personnage d’Oreste, pris dans une passion sans limite pour Hermione, la promise de Pyrrhus qui,
lui-même, éprouve une passion irraisonnable pour Andromaque : toutes les intrigues, malgré leur diversité, sont liées par
ce schéma amoureux de base qui va conduire Oreste, sur l’ordre funeste d’Hermione, à tuer le roi Pyrrhus. Cependant,
même si le geste lui-même le déclare coupable, peut-on dire qu’Oreste soit vraiment responsable de cet acte et qu’il en
assume toute la faute ? Nous verrons dans un premier temps comment Racine, dans Andromaque, présente Oreste comme
un coupable potentiel et dans un second temps, nous essaierons d’analyser plus précisément les données de la pièce pour
montrer qu’Oreste n’a qu’une part de responsabilité minime dans cette tragédie.
Argument 1 : un personnage caractérisé par la manigance, l’hypocrisie, les plans cachés : cf les projets d’enlèvement, le
meurtre préparé de Pyrrhus.
Argument 2 : il fait passer son amour avant son devoir : il veut tout faire pour que son ambassade échoue pour pouvoir
emmener légitimement Hermione avec lui ! Donc l est prêt à provoquer la guerre pour avoir Hermione !
Argument 3 : il tue un roi qu’il apprécie pourtant
Argument 1 : la faiblesse amoureuse, victime de la manipulation d’Hermione = circonstance atténuante en quelque sorte
Argument 2 : il ne l’a pas tué de ses propres mains + lucidité, regret ensuite
Argument 3 : le destin, la fatalité : Oreste est un héros tragique, il est en prise à des forces qui le dépassent et ne peut rien
y faire, c plus fort que lui cf les contradictions, les hésitations, le destin qui l’entraîne…
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Séance 10 – Aux sources du classicisme
Présentation du texte :
- De quel type de texte s’agit-il ? Quelle en est la visée ?
Il s’agit d’une préface, c’est-à-dire un texte placé en tête d’un livre, rédigé par un auteur ou une autre personne et qui sert
à présenter l’oeuvre au lecteur. La visée de ce texte est souvent de défendre l’œuvre, les choix esthétiques de l’auteur.
- Pourquoi Racine a-t-il pris la peine de rédiger cette préface ?
La pièce, quand elle fut jouée pour la 1ère fois en 1667 (d’abord pour une représentation privée dans les appartements de la
reine, puis une publique à l’Hôtel de Bourgogne), remporta un vif succès. Andromaque n’est pas la 1ère tragédie de Racine
(La Thébaïde ou les Frères ennemis), mais c’est elle qui lui apporte la consécration. Quel besoin avait donc Racine
d’écrire une préface ? C’est que ce « coup de génie », ce coup d’éclat, attise les critiques et les jalousies. Jusque-là, la
scène dramaturgique est dominée par le théâtre cornélien et ses valeurs (honneur, devoir, générosité ; exploits héroïques et
problématiques politiques). Le succès de Racine, le génie qu’on lui attribue si jeune, sont vus pour les partisans de
Corneille comme autant d’affronts. Racine a rénové un genre, et malgré le succès des spectateurs, il va devoir répondre à
ses détracteurs et défendre son œuvre.
Analyse de la préface :
- Comment Racine débute-t-il sa préface ?
Racine commence sa préface par un extrait de l’Enéide de Virgile.
Quelques mots sur l’Enéide : Il s’agit d’une épopée (genre littéraire narratif qui met en scène des actions et des héros hors
du commun) qui relate les périples d’Enée (après la chute de Troie jusqu’à son arrivée au Latium où il fondera Rome).
C’est donc un texte appartenant à la culture antique.
L’extrait évoque l’arrivée d’Enée sur les rivages de l’Epire (royaume de Pyrrhus) et sa rencontre avec Andromaque
éplorée ; le discours d’Andromaque résume son sort depuis la chute de Troie : devenue captive du fils d’Achille, elle en
eut un fils, puis fut abandonnée lors du mariage de Pyrrhus avec Hermione ; Pyrrhus fut finalement tué par Oreste,
l’amant d’Hermione. Racine montre ici que le sujet de sa pièce réside dans les sources antiques
- Quels sont les autres textes auxquels fait référence Racine ? Que remarquez-vous ?
> Euripide, et sa tragédie Andromaque, notamment à propos du personnage d’Hermione
> Sénèque et la Troade, au sujet de la cruauté de Pyrrhus
> Horace, philosophe latin, & Aristote, philosophe grec
Racine évoque ici différents textes et auteurs, tous appartenant à la culture antique. Ces références constituent les sources
de Racine et révèlent une pratique fondatrice de la culture classique : l’imitation des Ancien.
- Pourquoi ces références aux textes antiques sont-elles si nombreuses et si marquées dans le texte ?
Prouver que l’on a su reprendre les grands modèles antiques est la garantie de la valeur du texte. L’Antiquité est vue au
XVIIème siècle comme un idéal de perfection jamais égalé et donc incontestable. Ainsi, loin de chercher à démontrer ses
innovations et son originalité, Racine s’efforce de souligner sa fidélité aux modèles convoqués : « voilà en peu de vers
tout le sujet de cette tragédie », « on verra fort bien que je les ai rendus tels que les anciens poètes nous les ont donnés »,
et il raille ceux « qui voudraient que l’on réformât tous les héros de l’Antiquité ».
Ainsi, Racine défend son œuvre en montrant qu’il puise dans les sources antiques.
- De quelles attaques se défend Racine ? Comment répond-il à ses détracteurs ?
> « pour peu qu’on la connaisse, on verra fort bien que je les ai rendus tes que… » : réponse à ceux qui l’ont accusé
d’avoir produits des personnages excessifs ; s’ils le sont, c’est selon le modèle antique.
> « des gens qui se sont plaints qu’il s’emportât contre Andromaque » : réponse à ceux qui jugeaient que Pyrrhus
manquait de tendresse et de galanterie (composants de l’amour selon les codes mondains et littéraires du XVII ème siècle).
> « qui voudraient qu’on réformât … héros parfaits » : réponse à la principale critique faite à Racine. Racine prend appui
sur Horace, qui exige une fidélité dans la représentation de la nature, et sur Aristote, qui définit le héros tragique comme
un personnage « moyen », c’est-à-dire « ni tout à fait bon, ni tout à fait méchant » au nom de la pitié que le spectacle
tragique doit susciter (catharsis).
-Conclusion-
Dans cette préface, Racine, malgré le succès de sa tragédie, répond aux critiques faite à son égard (jeune dramaturge qui
rénove le genre jusque-là dominé par la tragédie cornélienne). Sa défense repose principalement sur l’imitation des
anciens (pratique importante dans le courant classique), puis sur les règles du théâtre : la catharsis d'Aristote (définition
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du personnage tragique qui permet la purgation des passions, l’application des émotions tragiques (terreur &
pitié).
D.S. n° 7 : Andromaque, une héroïne tragique
Hermione, seule
I) Montrez en quoi le personnage est en proie à Mon coeur, mon lâche coeur s’intéresse pour lui !
l’égarement (la folie) Je tremble au seul penser du coup qui le menace !
II) Montrez en quoi le personnage est tragique Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce !
Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux :
N’oubliez pas de citer le texte, de vous appuyez sur les
procédés et de mettre en avant la versification lorsqu’elle Qu’il périsse ! aussi bien il ne vit plus pour nous.
peut amener un plus à l’interprétation. Le perfide triomphe, et se rit de ma rage :
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;
3 - En guise de conclusion, vous développerez les Il croit que, toujours faible et d’un coeur incertain,
fonctions principales que l’on peut donner à ce Je parerai d’un bras les coups de l’autre main.
passage (15 lignes) :
- par rapport à la progression de l’action Il juge encor de moi par mes bontés passées.
- par rapport au public
Mais plutôt le perfide a bien d’autres pensées :
Comme pour l’introduction, la conclusion ne forme qu’un Triomphant dans le temple, il ne s’informe pas
seul paragraphe.
Si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
Il me laisse, l’ingrat ! cet embarras funeste.
Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste.
Votre devoir sera entièrement rédigé en respectant les Qu’il meure, puisque enfin il a dû le prévoir,
règles de mise en forme. Veillez à la qualité de votre Et puisqu’il m’a forcée enfin à le vouloir...
expression ainsi qu’à la ponctuation, la syntaxe et
l’orthographe. À le vouloir ? Hé quoi ? c’est donc moi qui l’ordonne ?
Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ?
Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois
A votre stylo & Bon Courage !
Avec tant de plaisir redire les exploits,
À qui même en secret je m’étais destinée
Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée,
Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’États,
Que pour venir si loin préparer son trépas,
21
L’assassiner, le perdre ? Ah ! devant qu’il expire...
Acte V, scène 1
- Correction -
1- Introduction
Le XVIIème siècle est une période littéraire riche en changements et en productions, notamment dans le
domaine du théâtre où les règles classiques se mettent en place. C’est ainsi qu’en 1667, Racine publie Andromaque,
une tragédie conforme à ces nouvelles exigences, s’appuyant sur un thème antique : la guerre de Troie, et plus
précisément les événements qui la suivent. Racine nous relate dans cette pièce le dilemme tragique d’Andromaque,
captive du roi d’Epire, qui, pour sauver la vie de son fils, accepte d’épouser Pyrrhus. A l’acte V scène 1, nous
assistons au monologue d’Hermione, promise au roi d’Epire : celle-ci vient d’apprendre par Pyrrhus en personne
sa décision d’épouser Andromaque. Restée seule, elle s’interroge sur la suite des événements : laisser ou non son
ancien amant Oreste tuer Pyrrhus comme elle l’avait demandé. En quoi ce monologue va-t-il mettre en évidence le
dilemme qui bouleverse Hermione ? Nous verrons d’abord comment Hermione est en proie à l’égarement. Puis,
nous étudierons les caractéristiques qui font de ce personnage un être tragique.
2- Commentaire
3- Conclusion
- par rapport à la progression de l’action :
Espoir d’un revirement possible, d’une ultime péripétie (cf. le dernier vers). Maintien en suspens l’action à venir :
le meurtre de Pyrrhus va-t-il avoir lieu ?
- par rapport au public :
- Possibilité pour le spectateur d’avoir accès à l’intériorité du personnage
22
- Phénomène de catharsis par les émotions ressenties : crainte face à la démesure d’Hermione et pitié face à son
égarement et sa souffrance.
23
Annexe 1
Annexe 2
24
Vous donc, qui d'un beau feu pour le théâtre épris, D'un divertissement me fait une fatigue.
J'aimerois mieux encor qu'il déclinât son nom,
10 Venez en vers pompeux y disputer le prix, Et dît: Je suis Oreste ou bien Agamemnon.
Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages
Où tout Paris en foule apporte ses suffrages, 35 Que d'aller, par un tas de confuses merveilles
Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés, Sans rien dire à l'esprit, étourdir les oreilles :
Soient au bout de vingt ans encor redemandés? Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.
Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué.
15 Que dans tous vos discours la passion émue Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées,
Aille chercher le coeur, l'échauffe et le remue.
Si d'un beau mouvement l'agréable fureur 40 Sur la scène en un jour renferme des années.
Souvent ne nous remplit d'une douce «terreur», Là souvent le héros d'un spectacle grossier,
Ou n'excite en notre âme une «pitié» charmante. Enfant au premier acte, est barbon au dernier .
Mais nous, que la raison à ses règles engage,
20 En vain vous étalez une scène savante : Nous voulons qu'avec art l'action se ménage;
Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir
Un spectateur toujours paresseux d'applaudir, 45 Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
Justement fatigué, s'endort ou vous critique. Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable :
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
25 Le secret est d' abord de plaire et de toucher : Une merveille absurde est pour moi sans appas :
Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.
Que dès les premiers vers l'action préparée 50 L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas.
Sans peine du sujet aplanisse l'entrée. Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose :
Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer, Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose;
Mais il est des objets que l'art judicieux
30 De ce qu'il veut, d'abord ne sait pas m'informer, Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux.
Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,
Boileau, Art poétique, Chant III, 1674
Annexe 3
1. La mesure du vers
Seigneur, que faites-vous, et que dira la Grèce ?
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ? (v.275)
Faut-il qu'un si grand coeur montre tant de faiblesse ?
Voulez-vous qu'un dessein si beau, si généreux,
Hélas ! On ne craint point qu'il venge un jour son père ;
Passe pour le transport d'un esprit amoureux ? (v.297-300)
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère. (v.277-78)
Tant de soins, tant de pleurs, tant d'ardeurs inquiètes... 3. Enjambements, rejets, contre-rejets
(v.321)
25
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor
Oui, mes vœux ont trop loin poussé leur violence (v.365) Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector.
(v.271-72)
Je sais que pour régner elle vint dans l’Epire ;
Le sort vous y voulut l’une et l’autre amener. (v.346-47) Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé,
Seigneur ? Quelque Troyen vous est-il échappé ?
2. Césure & coupes
(v.267-68)
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ? (v.275)
J'ai fait des malheureux, sans doute ; et la Phrygie
Hélas ! On ne craint point qu'il venge un jour son père ; Cent fois de votre sang a vu ma main rougie. (v.313-14)
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
Il m'aurait tenu lieu d'un père et d'un époux ; (v.277-79) 4. La « musicalité » expressive du vers racinien
Annexe 4
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Annexe 5
Selon l’exposé des élèves, voici ce que j’ai complété (distribution de l’arbre généalogique).
Il fait partie de la famille des « Atrides », famille célèbre en raison de la malédiction qui poursuivit tous ses
membres.
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l’envoyèrent dans le Tartare (supplice de Tantale). Pélops, à qui il manquait une épaule, en maudissant son
aïeul, maudit la famille entière.
Le retour d’Agamemnon
10 ans de guerre… Agamemnon rentre chez lui. Mais pendant son absence, Clytemnestre, pour se venger de la
mort de sa fille Iphigénie, a pris pour amant, Egisthe (dernier enfant de Thyeste, seul survivant du banquet) ;
ensemble, ils tuent Agamemnon.
Les sources
De nombreux auteurs se sont inspirés de ce mythe (Sophocle, Euripide, Eschyle). Aujourd’hui encore, Frank
Herbert, auteur de science-fiction, s’en servit pour brosser le portrait de la famille des Atréïdes dans Dune.
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Annexe 6
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