SOUS-DOSSIER N° 1 :
PROMOTION DE 3EME ANNEE
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LA COQUETE MUSULMANE EN
EUROPE OCCIDENTALE
INTRODUCTION
Les "Barbâtes" en 711, le Palais des Martyrs en 732, Zellaka en 1086 et El Arak
en 1195, autant de faits de guerre, de batailles riches en enseignements qui nous
rappellent cette épopée glorieuse de l’Islam en Europe Occidentale.
L’histoire militaire retiendra Oqba Ibn NAFÂA, Moussa Ibn NOUCAÏR, Tarik
Ibn ZIYAD, Abderrahman ED-DAKHIL et bien d’autres parmi ces chefs, ces fins
stratèges qui ont su grâce à leur foi, à leur abnégation et à leur courage, entraîner et
conduire des hommes, et par la maîtrise de l’art de la guerre, ont monté des
manœuvres, conduit et gagner des batailles.
Les stratégies utilisées à cette époque par les Musulmans, reprises par les
Occidentaux, ne différent point de celles d’aujourd’hui si ce n’est par les moyens qui
ont fort évolué.
Ainsi, seront traités successivement, la situation en Afrique du Nord et en
Europe Occidentale (la Péninsule Ibérique et la Gaule) ; ensuite, le déroulement de
certaines batailles les plus célèbres des conquêtes musulmanes; pour terminer par
quelques enseignements à tirer.
I- SITUATION GENERALE :
Tarik Ibn ZIYAD fut nommé à la tête des forces musulmanes à Tanger par
Moussa Ibn NOUCAÏR, Commandant Suprême de l’Afrique du Nord.
Installé à Tanger, il s’est rapproché de Julien, gouverneur de Ceuta, avec lequel,
il avait des liens d’amitié. Ce dernier se rendit alors à Tunis auprès de Moussa Ibn
NOUCAÏR et réussit à le convaincre de conquérir la Péninsule Ibérique. Il se trouve
que cela concordait avec les plans militaires des Musulmans qui voulaient aborder
l’Europe par Constantinople pour sécuriser la Méditerranée et en faire une mer
musulmane.
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La Péninsule Ibérique était divisée en duchés. Les populations qui vivaient dans
le chaos étaient asservies par les grands terriens et les seigneurs féodaux.
II - DEROULEMENT DES CONQUETES MUSULMANES.
21 – La conquête de la Péninsule Ibérique.
Renseigné, Moussa Ibn NOUCAÏR était un grand guerrier et un grand
diplomate. Il a envoyé Tarif Moulay Moussa en reconnaissance sur la rive nord de la
Méditerranée en juin 710 à proximité de la localité qui prendra le nom de Tarifa.
Tarik, originaire de l’Atlas, fort et grand de taille, bon orateur et excellent
cavalier, a réussi toutes les opérations.
Moussa Ibn NOUCAÏR a désigné Tarik à la tête de 7000 hommes dont la
majorité étaient des berbères pour mener les opérations.
Tarik débarqua à Algésiras et continua sa progression en passant par Tarifa,
puis demanda des renforts et reçut 5000 hommes commandés par Tarif. Averti,
Rodéric s’est empressé de se porter vers le Sud à la tête de 100 000 hommes.
Après avoir brûlé ses bateaux, Tarik prononça son célèbre discours :
« L’ennemi est devant vous, l’Océan vous coupe la retraite. Il importe que vous
soyez patients et persévérants. Sachez que dans cette île perdue, vous êtes aussi seuls
et perdus comme des orphelins sans bienfaiteur. L’ennemi est là avec une armée
puissante et bien équipée, une logistique importante. Vous n’avez alors que vos
glaives pour vous défendre pour pouvoir survivre».
Brûler les bateaux allait s’avérer une excellente tactique chez les Arabes pour
pousser les combattants à se battre jusqu’à la mort. Elle a été utilisée à trois reprises :
En Perse, en Sicile et en Crête.
211- La bataille des Barbâtes :
La bataille se déroula autour d’un lac infranchissable. Tarik avait l’avantage de
choisir le terrain et le temps nécessaire pour mettre en place ses troupes. Le lac
constituait un obstacle naturel face au Nord. Pour assurer ses avant-postes, il les a
confiés à des troupes, venant du Sud marocain,, réputées pour leur discipline ferme et
surtout pour leur sang froid.
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Les Musulmans trouvèrent des difficultés à repousser les premières attaques
sous le commandement de Rodéric le 19 juillet 711. Parallèlement, Julien et les deux
fils du Roi déchu ont incité les hommes de Rodéric à abandonner le combat en
avançant que les Musulmans étaient venus pour tuer Rodéric et récupérer les biens
qui leur ont été spoliés. Après deux jours de combat, les Musulmans prirent le dessus.
212- La poursuite de la conquête :
Réorganisées, les troupes musulmanes lancèrent des raids sur SIDONYA,
SEVILLE et ECIJA. Tarik axa son effort sur TOLEDE et répartit ses forces en quatre
groupements de manière à prendre les forces adverses en tenailles. Ces forces visaient
les directions suivantes :
- CORDOUE.
- MALAGA
- GRENADE.
- TOLEDE.
Tolède capitula après trois mois de siège et les Musulmans poussèrent jusqu’à
SARAGOSSE.
213- La campagne de Moussa Ibn NOUCAÏR :
A la tête d’une armée forte de 18 000 hommes, Moussa débarqua à ALGESIRAS
en Juin 712 ; il marcha sur SIDONYA puis CARMONA et SEVILLE, s’empara ensuite
de MERIDA après six mois de combat ; et marcha enfin sur TOLEDE.
Faisant jonction à TALAVERA, Tarik et Moussa poursuivirent ensemble la route
de Rodéric vers SALAMANCA puis à SEGOYUELA de LOS CARNEJOS où Rodéric
mourut en 713.
Tarik emprunta la route romaine allant de SARAGOSSE à ARAGON et s’empara
d’AUSTRIA et LEON. Moussa, à son tour, longea la rive Est de l’EBRE et s’empara
d’OVIEDO de GIJON.
Moussa avait l’intention de continuer la conquête et ouvrir l’axe jusqu’à
CONSTANTINOPLE mais, il fut rappelé par le Calife de Bagdad.
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214- La campagne de Abdelaziz Ben MOUSSA :
Diplomate et grand guerrier, Abdelaziz Ben Moussa, succéda à son père. Il fut le
premier Wali de l’Andalousie. Il continua l’œuvre de son père en s’emparant de
THEODOMIRE à l’Est, puis EVORA, SAN TAREM et COIMBRA. Au Sud–Est, il
s’empara de MALAGA, GRENADE et MURCIA. Il fut assassiné en 716. Sa mort
marqua la fin de la conquête de la Péninsule Ibérique et le début de celle du Royaume
des Francs.
22- La bataille de la Gaule:
Essamh IBN MALEK succéda à Abdelaziz. Il voulait propager l’Islam au-delà des
Pyrénées ; traversa la chaîne et s’empara de Toulouse où il trouva la mort dans la
bataille qui l’a opposé au Duc d’Aquitaine le 9 Juillet 721.
Remplacé par Anbassa BEN ESSAMH qui lança des raids rapides et s’empara de
CARCASSONNE et de NIMES où il fit beaucoup de prisonniers.
Après onze années de répit, Abderrahmane El GHAFIRI, (ED-DAKHIL)
nouveau Wali de l’Andalousie, décida de reprendre la conquête du Royaume des
Francs. Pour ce faire, il fit appel aux Musulmans du YEMEN, d’Egypte et d’Afrique du
Nord pour combattre les Chrétiens au nom du Jihad.
En effet, en 732 Abderrahmane quitta POMPLUNA à la tête d’une armée de 70
000 hommes. Il vainc le Duc d’AQUITAINE sur la DORDOGNE, prit ensuite la
direction de Tours en longeant la Loire par BARDHAL.
Les Chrétiens, se réunirent autour de CHARLES MARTEL, héros national en
Allemagne et dans la Gaule. A la tête d’une forte armée, il avança sur POITIERS,
cantonna à MOUSSEY à 20 Km au Nord-Ouest de Poitiers.
Installées face à face, les deux armées continuèrent leurs préparatifs pendant
huit jours.
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Les Chrétiens avaient l’avantage de :
- connaître le terrain.
- pouvoir résister aux aléas du climat.
- disposer d’une unité de cavalerie rapide d’intervention.
Les Musulmans, par contre, combattaient à plus de 1000 Km de leurs bases et
étaient alourdis par le butin qu’ils ont amassé le long de la conquête.
23- La bataille de Poitiers :
Le 18 octobre 732, les Musulmans attaquèrent et butèrent contre une résistance
farouche. Ils multiplièrent leurs attaques pendant 48 heures mais sans résultat.
Suite à une attaque sur les arrières des Musulmans qui se sont repliés, Les
Chrétiens ouvrirent une brèche dans leur dispositif, donnèrent l’assaut et semèrent le
désordre au sein des rangs adverses. Abderrahmane fut tué la nuit du 20 octobre 732.
Malgré la défaite des Musulmans, la conquête continua sous le commandement
de Youssef Ben Abderrahmane, Wali de NARBONNE, qui traversa le RHONE et
occupa ARLES puis SAN REMY et AVIGNON en 735.
Au 10ème siècle, les Musulmans ont menacé TURIN, occupé le PIEMONT et la
plaine du PÔ ainsi que GENES en 935. Ils contrôlèrent les Alpes et réussirent à
s’introduire en Suisse jusqu’au Lac CONSTANCE.
Les différentes batailles menées par les guerriers musulmans pendant la
conquête de l’Europe occidentale demeureront une source d’enseignements de
valeur.
III - ENSEIGNEMENTS A TIRER :
- La réussite des opérations dépend en majeure partie de la personnalité du
chef qui doit avoir les qualités requises pour conduire ses hommes.
- La conviction et la foi en le Jihad ont animé et guidé les Musulmans
durant leurs conquêtes, ce qui nécessite une formation morale consolidée
afin de lutter contre d’éventuelles propagandes et écarter toute défection.
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La communication directe reste aussi un facteur de réussite ( TARIK à la tête
des troupes berbères)
- Le renseignement joue un rôle prépondérant avant et pendant toute
opération.
- La surprise et la brutalité dans les actions contribuent en grande partie à
la réussite.
- Le choix des objectifs pendant l’action de combat est payant.
CONCLUSION
La conquête de l’Europe par les Musulmans s’inscrit dans une stratégie globale
visant à rallier CONSTANTINOPLE par l’Ouest et faire ainsi de la Méditerranée une
mer arabe et musulmane.
Elle a été menée par des hommes animés d'un courage exceptionnel , des chefs
militaires à la fois stratèges et diplomates qui ont fait trembler l’Europe en faisant
porter haut le flambeau de l’Islam.
Les tactiques utilisées, riches en enseignements, et surtout le comportement de
ces chefs sur le terrain demeureront, à jamais, une référence pour tout officier
appelé à commander des hommes.
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LA BATAILLE DES TROIS ROIS
INTRODUCTION
La dernière croisade de la chrétienté, n’était pas la bataille de Lépante, mais sept
ans plus tard, l’expédition portugaise devait se terminer par la bataille d’El Ksar El
Kebir le 4 Août 1578 dividende.
Le destin avait décidé que trois rois, aux caractères très différents, allaient
engager une lutte sans merci, eu égard à leur passion pour le Maroc. Elle devait
aboutir à la mort tragique de ces trois hommes dans un bain de sang, le même jour,
au même endroit et presque à la même heure.
I - NAISSANCE ET EDUCATION DE L’HERITIER DU TRONE
DU PORTUGAL :
L’annonce de la naissance de DON SEBASTIEN, fut accueillie de bien
différentes façons à la Cour des Grands Royaumes.
11 - En 1550, la Renaissance, alors à son apogée, affine l’esthétique, développe
l’esprit critique, engendre le rationalisme, et fait échec aux principes de l’autorité
quelle qu’elle soit.
- A cette époque les Etats les plus riches étaient l’Espagne, les Royaumes de
Naples et de Sicile. Le duché de Milan, les Flandres, s’étaient agrandis des
Amériques et des Philippines. Le Portugal avec ses marins hardis avait
acquis les Açores, Madère et l’immense Brésil. Puis, avec VASCO DE
GAMA qui créa des comptoirs et occupa des ports en Inde et en Chine et
tout au long des côtes africaines jusqu’au Mozambique.
Alors âgé de cinquante-cinq ans, le Roi JEAN III, régnait depuis 1521, sur
l’empire du Portugal. Le 20 juillet 1554 naissait DON SEBASTIEN, seul héritier du
trône.
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12 - Quels étaient à cette époque les alliés et ennemis du Portugal qui allaient
être les protagonistes de la tragique destinée du futur Roi ?
- En premier venaient, les deux proches parents de JEAN III qui régnaient
sur l’immense empire Espagnol : le puissant et vieillissant empereur
CHARLES QUINT et son énergique fils PHILIPPES qui lui succèdera et
deviendra, un an plus tard, PHILIPPES II. En cette année 1554, ce dernier
était très préoccupé par la guerre aux Pays-Bas contre GULLAUME Ier LE
TACITURNE.
- A la Cour d’Angleterre, MARIE TUDOR était une catholique fanatique et
venait de se marier avec PHILIPPES II.
- En France régnait l’autoritaire et raffiné HENRI II DE VALOIS fils de
FRANCOIS Ier et époux de CATHERINE DE MEDICIS.
- Dans l’empire Ottoman, SOLIMAN Ier LE MAGNIFIQUE terminait un
long et brillant règne de gloire.
- Au Maroc, le Sultan AHMED EL AREJ règne depuis 1521. Il luttait avec
succès contre les Portugais et avait repris tous les ports occupés sauf
Tanger et Ceuta.
- A Rome, le Pape JULES III ne cessait de l’assaillir, d’augmenter les
divisions entre Chrétiens et remettait en cause l’autorité du souverain
Pontife.
13 - Dès 1557, certains événements allaient modifier et changer l’avenir de
l’empire portugais.
- Le 11 Juin 1557, JEAN III mourut. En proie à de grosses difficultés tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur, le Royaume fut confié à son épouse DONNA
CATARINA qui en accepta la régence et assura également l’éducation du
jeune roi qui deviendra DON SEBASTIEN Ier en 1568. L’emprise exercée
sur lui par les jésuites et les courtisans allait, de mois en mois, révéler son
goût de l’ascétisme, du martyr, de l’aventure et de la violence.
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- Dès 1568, l’affaire des Maures enfiévra le jeune roi. Depuis la Reconquista,
ces Morisques d’Espagne avaient vécu dans la souffrance, la résignation, et
le désespoir. Maintenant, excédés par les intolérables brimades, ils
prenaient les armes et le maquis. PHILIPPES II réagit alors avec une
extrême violence. DON SEBASTIEN proposa à son oncle de se joindre aux
forces espagnoles en personne et avec ses nobles,. Très sèchement
PHILIPPES II refusa. DON SEBASTIEN en fut ulcéré.
- De son côté, le Sultan du Maroc préparait lui aussi une puissante armée
pour reprendre Ceuta et Tanger. Si bien que DON SEBASTIEN envoya de
forts contingents soutenir les garnisons portugaises installées au Maroc. La
menace que représentait les Morisques, le refus obstiné de PHILIPPES II à
son égard, voilà les mobiles de la grande guerre sainte qui allait germer
dans son esprit et devenir une véritable obsession que personne ne pourrait
arrêter.
21 - Si au temps des Saadiens, l’Empire du Maroc retrouvait une certaine
stabilité ayant récupéré la quasi-totalité des ports occupés, et en jugulant la
pesante menace turque, il n’en demeure pas moins que le Royaume était divisé.
Les intrigues étaient fréquentes ; réprimées avec la plus grande violence. Moulay
ABDELLAH EL GHALI mourut le 21 janvier 1574. Le vice roi de Fès, son fils Moulay
MOHAMED lui succéda. Cette grave entorse aux règles de succession allait précipiter
la perte du Maroc.
22 - les trois frères héritiers légitimes du Trône du Maroc, avaient fui la Cour
dépravée parsemée d’intrigues de Marrakech. Craignant pour leur vie, ils s’étaient
réfugiés chez les Turcs à Alger. Grâce à leurs qualités, leur culture, leur rigueur
morale, Moulay ABDELMOUMEN, Moulay ABDELMALEK et Moulay AHMED
allaient réussir un tour de force.
A la mort de Moulay ABDELLAH et suivant la tradition sâadienne, Moulay
ABDELMALEK était le seul prétendant au Trône du Maroc.
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23 - La situation marocaine en 1574 était telle que beaucoup s’y intéressaient.
- Moulay MOHAMED régnait sur un pays divisé et appauvri. Les rivalités
s’accentuaient et les complots se multipliaient. La répression du sultan n’en
était que plus sévère. Le Maroc devenait alors une proie alléchante.
A CONSTANTINOPLE, SELIM II voulait réaliser le vieux rêve turc
en conquérant le Nord du Maroc jusqu’à Larache et Salé afin de mieux
s’emparer des riches galions espagnols et portugais qui rentraient des
Amériques gorgés d’or.
A Madrid, PHILIPPES II voulait prendre de vitesse les Turcs afin
de les éloigner des côtes marocaines.
A Lisbonne, DON SEBASTIEN exaltait ses proches à l’idée de sa
prochaine conquête du Maroc.
A Alger, ABDELMALEK allait savamment profiter de la
situation pour convaincre les Turcs de se rallier à son projet.
III - TROIS PRINCIPES EN LICE POUR UNE LUTTE SANS
MERCI :
L’année 1575 fut l’année déterminante de cette aventure. Pendant que le cruel
despote Moulay MOHAMED, unanimement haï par toute la population
marocaine, attendait de pied ferme avec une armée de 100.000 hommes, le
belliqueux DON SEBASTIEN et son rival Moulay ABDELMALEK, DON SEBASTIEN
de son côté, mettait sur pied une solide armée bien entraînée et bien équipée, Moulay
ABDELMALEK quittait Alger à la tête d’une armée turque et prenait la direction de
Fès.
31 - En effet, aidé par deux amis influents, le gouverneur d’Alger le pacha
RAMDAN et l’amiral EL EULDJ ALI, Moulay ABDELMALEK obtient, d’AMURAD
III, une aide militaire pour reconquérir son royaume.
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De son côté, Moulay MOHAMED, averti de la marche de son oncle sur Fès,
peut-être volontairement un peu tard, quitta précipitamment Marrakech pour
affronter son adversaire à Ikrochen. Le 10 Avril au lever du jour, ABDELMALEK prit
l’initiative du combat. Ce fut un déluge de feu qui s’abattit sur les troupes de Moulay
MOHAMED. Voyant le désastre, ce dernier s’enfuit. Epuisé, il demanda la protection
de l’Espagne le 21 novembre 1577, , et c’est DON SEBASTIEN qui le protégea à
Tanger dans le but de s’allier avec lui pour faciliter l’invasion du Maroc.
32 - Après la victoire d’Ikrochen, Moulay ABDELMALEK ne perdit pas de
temps, se déclara nouveau Sultan du Maroc et se mit au travail.
- Il honora sa dette envers AMURAD III, organisa les premiers rouages de l’Etat,
fit rechercher tous les combattants de l’ancienne armée de son neveu et regroupa plus
de 20.000 hommes. Puis, il rédigea un message qu’il destina à la Reine d’Angleterre,
ELISABETH I ère, au Roi de France, HENRI III, et au Roi d’Espagne, PHILIPPES II.
Il les informait de son accession au Trône du Maroc, et son désir d’instaurer de
bonnes relations d’amitié et de coopération avec leurs Royaumes respectifs. De son
côté, le belliqueux DON SEBASTIEN, opposé aux propositions de paix du nouveau
Sultan, poursuivait son idée de l’invasion du Maroc.
33 – DON SEBASTIEN cherchait tous les moyens nécessaires pour son
expédition.
- Il rechercha l’alliance de son oncle PHILIPPES II en brandissant le danger turc
qui menaçait toujours les côtes espagnoles et portugaises.
- Il envoya un de ses fidèles émissaires aux Pays-Bas, pour recruter 3000
vétérans qui n’arriveront à Lisbonne qu’un an plus tard en mai 1578. Toujours à
l’affût, il accueillit le 14 avril 1578 un fort contingent italien conduit par THOMAS
STUKELY qui partait guerroyer en Irlande, contre ELISABETH Ière.
- Alors que le Roi se démenait pour préparer son expédition, les cadres de l’Etat
et la noblesse, habitués à ses hésitations, à ses exubérances, ne croyaient pas à ce
qu’ils appelaient la «joyeuse promenade africaine».
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- Le 7 juillet, le Roi mettait les voiles vers Tanger. Il y arriva le 8 pour prendre
contact avec Moulay MOHAMED. Il débarqua, le 11 juillet à Azila, ainsi que toute son
armée avec son impressionnant matériel et son faramineux nombre de chariots.
- En dépit des nombreuses propositions de paix par lesquelles Moulay
ABDELMALEK s’engageait à laisser treize lieux (environ 50 Km) autour des ports
occupés par les Portugais et à céder Tétouan, Larache et Agadir, DON SEBASTIEN
s’entêtait. Le Sultan proclamait alors le « Jihad ». La guerre était inévitable.
IV - DEROULEMENT DE LA BATAILLE:
- Lorsque Moulay ABDELMALEK sut que le corps expéditionnaire avait quitté
Lisbonne, il envoya des émissaires dans tout le Royaume pour proclamer la guerre
sainte contre l’envahisseur portugais. A cette époque, ce vertueux Sultan était rongé
par une maladie qui ne faisait qu’empirer. Le 24 juillet, l’armée arrivait à Souk El
Arba du Gharb où se retrouvait son frère Moulay AHMED à la tête de 22.000
cavaliers et 5.500 arquebusiers, plus une multitude de cavaliers ayant répondu à la
demande du « Jihad ».
- Le 29 juillet, DON SEBASTIEN donna le signal de départ, et une immense
colonne se mit en marche en direction de Ksar El Kébir par petites étapes. Le 2 août,
l’armée atteignit Tlata Rissana. DON SEBASTIEN installa alors ses troupes adossées
à l’oued Loukkos et à l’oued El Makhazen comme dans un cul de sac. Cette plaine
offrait un merveilleux champ de bataille propice à la cavalerie. Mais cette solution
était fort risquée face aux 55.000 cavaliers marocains.
- De l’autre côté, Moulay ABDELMALEK était très malade, sans forces. Le 3
août, il plaçait son armée en forme de large croissant ouvert. A droite Moulay
AHMED avait rangé ses 1000 arquebusiers à cheval et ses 10.000 lanciers. A gauche
Mohammed ZARCO avait rangé ses 2000 arquebusiers et 10.000 lanciers. Tout le
long de la partie centrale, après avoir aligné les 26 pièces d’artillerie, les caïds
DOUKKALI et FABA avaient ordonné les 15.000 arquebusiers en régiments espacés,.
Au centre, se tenait la garde personnelle du Chérif commandée par le capitaine
MOUSSA.
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A l’arrière-garde , le reste de la cavalerie soit 20.000 lanciers était réparti le
long du croissant. Les 15.000 cavaliers des tribus ralliées étaient cantonnés sur les
hauteurs avoisinantes, en particulier sur celles d’AHL SERIF avec l’ordre de
n’intervenir que lorsque l’armée régulière aurait engagé le combat.
- DON SEBASTIEN, quant à lui, mit son dispositif en place le lendemain matin.
Afin d’éviter leur fuite, il mit au centre les 13.000 non-combattants et le convoi des
bagages. Devant, il fit aligner son avant-garde composée de trois carrés. A l’aile
gauche, face à l’ennemi, le régiment des Espagnols avec les Italiens. A l’aile droite, le
bataillon allemand et au centre le bataillon des aventuriers et des soldats de Tanger.
L’ensemble, ainsi disposé, formait un carré compact que l’on protégea par des
charrettes à gauche et à droite et devant par une ligne de 36 canons. Enfin de part et
d’autre des charrettes, le Roi répartit les différents contingents de cavalerie
portugais. A droite, DON DUARTE et le Duc D’AVEIRO alignaient chacun 500
cavaliers renforcés de 500 fantassins.
- A la vue de l’impressionnant dispositif adverse, un vent de panique
commençait à secouer les rangs chrétiens. DON SEBASTIEN oubliant la promesse
faite à Moulay MOHAMED, de n’engager le combat que tard dans l’après-midi pour
profiter de la nuit afin de s’esquiver si le besoin se faisait sentir, donna l’ordre
d’attaquer. Ce Lundi 4 août à midi s’engageait la bataille des trois rois.
Donc à midi, n’y tenant plus, sentant la panique gagner les rangs de l’armée
portugaise, il rangea ses cavaliers à leur tête et s’élança sur l’aile droite marocaine
(cavalerie de Moulay AHMED). La riposte des artilleurs marocains fut immédiate.
Elle pilonna le centre du dispositif sur les milliers de non-combattants afin de
déclencher la panique. Alors que canons et arquebuses créèrent effroi et désordre
dans les rangs chrétiens, les ailes marocaines étaient renfoncées par la cavalerie. Son
chambellan Radouan EL EULDJ, avec beaucoup d’efficacité, reprit la situation en
main.
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Il fit intervenir les groupes de cavalerie de réserve et repoussa les Portugais sur
leurs positions. Il profita de l’avantage et contre-attaqua avec l’ensemble de la
cavalerie, récupéra les canons portugais, et obligea l’armée portugaise à reculer. Mais
coincée entre les charrettes et les oueds. ne pouvant plus manœuvrer, les uns se
rendirent, les autres furent massacrés. Beaucoup prirent la fuite et se noyèrent en
essayant de franchir les oueds dont les eaux avaient monté avec la marée. Conscient
de l’issue du combat, il ne restait à Moulay MOHAMED que la fuite. Il voulut
traverser l’oued El Makhazine en direction d’Azila mais son cheval s’enlisa dans la
vase, jeta à l’eau son cavalier qui se noya. DON SEBASTIEN ferraillait dur dans son
coin protégé par une poignée de fidèles, il malmenait sévèrement la cavalerie adverse.
Mais croulant sous le nombre il fut désarçonné et tué. Ayant enfoncé les
arquebusiers, bousculé les charrettes, la cavalerie de Moulay AHMED et les
moudjahiddines, ne trouvant plus de résistance, s’attaquèrent à l’arrière-garde qui fut
vite disloquée. Ce fut l’anéantissement complet de l’armée portugaise et de ses 13.000
non-combattants.
Toutes les richesses furent pillées et ceux qui tentaient de se mettre en travers
furent exécutés. Au coucher du soleil, pour quelques 3000 Marocains tués, on
comptait 14.000 morts chez les Portugais et 10.000 captifs. Seule une cinquantaine
de survivants réussit à s’échapper.
Ce ne fut qu’à l’issue de la bataille que fut révélée la mort de Moulay
ABDELMALEK. Moulay AHMED fut alors proclamé Sultan du Maroc. Ainsi prenait
fin la dernière croisade contre l’Islam.
V - ENSEIGNEMENTS A TIRER :
Les chefs :
Du côté portugais : DON SEBASTIEN est intrépide, volontaire
mais exalté et impatient.
- Son éducation a fortement marqué sa personnalité.
- Il ne tient pas compte des avis qui lui sont donnés et les ordres qu’il
donnera seront lourds de conséquence.
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- Son armée est hétéroclite
Du côté marocain, Moulay ABDELMALEK est un sage, prudent et
raisonnable
- Il a cherché à éviter cette bataille à maintes reprises… (Propositions
intéressantes).
- Il sait s’appuyer sur des hommes sûrs et compétents.
- C’est un meneur d’hommes.
Les plans de bataille :
Du côté marocain, un large croissant ouvert permit l’utilisation
efficace des canons et arquebusiers…
- Emploi de la cavalerie par vagues successives pour rétablir la situation
et contre attaquer
- Avantage du terrain, positions sur les hauteurs : «qui tient les hauts
tient les bas».
Du côté portugais, formation en carré bien agencée…
- Le choix absurde de s’installer dans un « cul de sac » a précipité la perte
de l’armée
La logistique :
- Elle était impressionnante pour l’expédition portugaise, les charrettes et
les non-combattants étaient en nombre démesuré…
- Les vivres et le soutien matériel sont pris dès le départ de Lisbonne.
- Mauvaise approche du problème, car méconnaissance du Maroc…
- Enseignements sur le plan géopolitique :
Le Maroc et l’avènement de Moulay AHMED.
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Le Maroc sera le grand vainqueur et Moulay AHMED sera le digne successeur de
son frère. Il instaurera la prospérité et la paix. Les échanges économiques, politiques
et culturels se multiplieront avec la France, l’Angleterre et l’Espagne. Il consolidera
son pouvoir autour de son armée et lancera des expéditions vers le Soudan et le Mali.
Graves conséquences pour le Portugal.
Le Portugal payera très cher « la joyeuse promenade africaine ». Avec cette bataille, la
machine économique est faussée et une grosse partie de la noblesse est restée en
otage. Pour payer les rançons, le pays va se vider de ses trésors, bijoux, pierres
précieuses et autres. De plus, tous les prisonniers et les morts privaient l’étroit
Royaume des ses cadres et de son armature militaire
C’est Philippes II qui, par le jeu des successions, héritera du Royaume du
Portugal. Ce pays aura à subir le joug de la domination espagnole jusqu’en 1640, date
de la restauration de la dynastie portugaise de BRAGANCE.
CONCLUSION
Les conséquences de cette bataille seront lourdes pour le Portugal qui mettra
un siècle pour s’en remettre, alors que le Maroc connaîtra un siècle de prospérité qui
durera jusqu’à la mort de Moulay AHMED AL MANSOUR DAHBI .
Le temps des croisades est bien révolu. Une nouvelle ère commence où les
échanges économiques, culturels et diplomatiques joueront un grand rôle. Les
grandes puissances ont défini les nouvelles règles du jeu. Dès cette époque, le
nouveau partage du monde suscitera des rivalités qui aboutiront inévitablement à
des luttes armées. Les mobiles ne seront plus religieux mais économiques.
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LA RESISTANCE MAROCAINE FACE
A LA PENETRATION FRANÇAISE
INTRODUCTION
De par sa position géographique privilégiée, le Maroc s'est avéré être une région
importante dans les relations entre la Méditerranée et l'Atlantique ; entre l'Europe et
l'Afrique.
C'est pour cette raison que les Sultans du Maroc avaient entrepris de défendre
leur territoire contre les visées européennes. Et de ce fait, accepté de signer plusieurs
traités : de commerce, de paix et d'amitié.
Avec l’avènement de Moulay EL Hassan 1er en 1873, le Maroc allait connaître de
très grandes réformes administratives. Le Sultan procéda tout d’abord à une
réorganisation du makhzen, tant sur le plan de l’administration centrale que sur celui
des finances. Appuyé sur une Armée forte, et réorganisée, il entreprit, avec succès,
plusieurs campagnes à l'intérieur du pays pour consolider son autorité. Sur le plan
extérieur, Moulay El Hassan élargit ses relations avec les puissances européennes.
Toutefois, et pour la première fois, les puissances étrangères se réunirent et
prirent une position commune vis à vis du Maroc. La Conférence de Madrid (1880)
réunissant 13 nations au sujet du Maroc, constituait la première décision vers
l'internationalisation de la question marocaine. Et avec la mort du Sultan Moulay El
Hassan en 1894, s'ouvrait alors la crise marocaine.
En effet, le mouvement d'expansion coloniale des pays européens, incitait
certaines puissances, notamment la France et l’Espagne, à tenter de prendre le
contrôle du Maroc. C'est pour cela, qu’on avait assisté au début du 20ème siècle à
l'établissement d'un embryon de tutelle collective (Conférence d'Algésiras en 1906).
18
Cette guerre diplomatique s'achèvera par la signature du Traité de protectorat
du 30 mars 1912. Toutefois, la politique et les actions menées rencontrèrent une
opposition populaire énergique.
Aussi est-il intéressant de s’interroger sur l’importance de la résistance que le
Maroc a opposé à la pénétration française ?
Le Maroc, occupant une place géostratégique privilégiée, a été l’objet de
convoitises depuis la fin du 19ème Siècle. Cependant, au cours de la pénétration
française et durant deux décennies, l’armée française, pourtant, réputée pour son
sens d’organisation exceptionnel, a subi des pertes considérables face à une
résistance farouche dont la seule vertu était de défendre sa Patrie et son Roi, symbole
de tout un peuple et de son unité.
Ainsi, sera traité successivement, la crise marocaine et l’établissement du
protectorat, puis la résistance marocaine face au colonisateur, avant de terminer par
quelques enseignements à tirer.
I - LA CRISE MAROCAINE ET L'ETABLISSEMENT DU
PROTECTORAT :
Par le jeu des échanges économiques et de l'emprise des grandes puissances sur
le reste du monde, le Maroc devient au 20ème siècle un élément prépondérant de la
politique internationale et un objet de marchandage. Moulay Abdelaziz, Sultan depuis
1894, rencontre d'énormes difficultés pour imposer son autorité à l'intérieur du pays.
Les trois crises majeures, qui se succéderont de 1901 à 1912, aboutiront au
protectorat.
11- Le Règne de Moulay Abdelaziz :
Moulay Abdelaziz a été proclamé Sultan en 1884, à l'âge de 14 ans, grâce au
dévouement du Chambellan BA Ahmed. Celui-ci, nommé Vizir, gouverna en fait le
pays jusqu'à sa mort en 1900. Mais lorsque Moulay Abdelaziz était livré à lui-même, il
s'avérait incapable de faire face à une situation qui allait conduire le Maroc, en
l'espace de douze années, sous la tutelle européenne.
19
La situation financière désastreuse du pays, tant par suite de l'insuffisance de
l'Administration du Makhzen, que du fait de l'instauration du "Tertib" Impôt agricole
provoquait de nombreuses protestations, voire rébellions :
Le Pouvoir Central :
Est assuré par le Sultan, qui gouverne ses sujets par l'intermédiaire du Makhzen
et les Administrations Locales des Caïds. En tant qu'Organisation Administrative qui
s'est développée et renforcée lors des réformes de Moulay El HASSAN à la fin du
19ème siècle, il reste dans sa composition et ses méthodes de travail, un lien
politique d'une réalité historique incontestable.
Ainsi, le Gouvernement comprend Cinq Viziriats :
- - Le Grand Vizir (Ouazir El Addam).
- - Le Vizir de la Mer (Ouazir El Bahr).
- - Le Vizir des Finances (Ouazir El Malia)
- - Le Vizir de la Guerre (Ouazir el Harb).
- - Le Vizir des Réclamations (Ouazir ESchikayat)
Dans les tribus, tous les pouvoirs étaient détenus par les Caïds issus du
Makhzen, ou plus souvent grands propriétaires terriens ou chefs de tribus qui avaient
réussi à s'imposer.
Une Armée aux actions limitées :
L'autorité du pouvoir central était renforcée par l'Armée. Celle-ci était composée
d'une dizaine de milliers d'hommes originaires des tribus qui bénéficiaient du vieil
expédiant le "guich bédouin". En effet, l'Armée était constituée par les tribus " guich"
(Cheraga, Cherarda, Oudaïa, Boukhar). Outre l'infanterie et la cavalerie, l'Armée
marocaine qui est placée sous le Commandement personnel du Sultan pendant les
opérations comprend une artillerie ,un génie et quelques unités de la marine.
20
1.2 - Les trois crises successives de 1901 à 1912 :
L'acte Général d'Algésiras : 1ère crise diplomatique.
La France qui a déjà couvert la frontière orientale de l'Algérie par le Traité du
Bardo (12 mai 1881) qui l'autorise à prendre pied en Tunisie, cherche de même à
s'implanter dans la partie occidentale du Maghreb, appuyée par un mouvement
d'opinion animé par le "Comité de l'Afrique Française". Une série de marchandages
diplomatiques avait été initiée dans le but de porter l'Empire Chérifien au premier
plan de l'actualité internationale en ce début du 20ème siècle.
Pendant cette même période, la France facilite la conclusion d’un emprunt de 62
millions et demi de francs au Sultan, auprès des banques privées, garanti par
l'exercice d'un contrôle douanier dans les ports. En février 1905, le ministre français
en exercice à Tanger, Saint René Taillandier, se rendit à Fès pour soumettre au Sultan
un programme complet de réformes du Makhzen. Mais Moulay Abdelaziz repousse
cette intervention.
A ce sujet, le 10 juillet 1905, des Accords Franco-Allemands précisent le champ
d’action et les principes des négociations. L’intérêt spécial de la France y est reconnu,
ainsi que le principe même des réformes. Les deux puissances s’entendent pour que
soient maintenues la souveraineté et l’indépendance du Sultan, l’intégrité de l’Empire
Chérifien, la liberté et l’égalité économique. En fait, ces accords et surtout le principe
de la réunion d’une Conférence Internationale constituent un grand succès
diplomatique pour l’Allemagne. Mais avant que la Conférence annoncée ne se
réunisse, la situation générale est modifiée en faveur de la France.
La seconde crise diplomatique : la conférence d’Algésiras
en 1906.
C’est le 15 Janvier 1906 que se réunissent à Algésiras, en face des trois délégués
du Sultan, Si Mohamed TORRES, Si El Hadj Mohammed EL MOKRI et Si
Abderrahmen BENNIS, les délégués des douze puissances européennes signataires de
la Convention de Madrid : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, l’Espagne, les
Etats-Unis d’Amérique, la France, la Grande Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas, le
Portugal, la Russie et la Suède.
21
Après de longues discussions où la France et l’Allemagne s’affrontent
incessamment, l’Acte Général de la Conférence est signé le 7 avril 1906 par les
plénipotentiaires européens.
Les délégués Marocains déclarent ne pas le signer. Certaines décisions
dépassent ce qu’ils avaient été autorisés à accepter et demandent à s’en référer au
Sultan personnellement. Et c’est seulement le 18 juin 1906 que Moulay Abdelaziz
déclare approuver l’Acte d’Algésiras.
Mais, sur le plan purement marocain, si l'Acte d'Algésiras confirme le droit pour
les puissances étrangères d'intervenir dans les affaires intérieures du Maroc, ceci va à
l’encontre des réformes déjà demandées par le Sultan lui-même. Selon le mot de Si
Abdelkrim BEN SLIMANE, Vizir Chérifien des Affaires Etrangères : «Le vieux Maroc
est perdu sans espoir. La conférence... s'est complètement désintéressée du Makhzen
et des réformes à introduire dans l'Administration de l'Empire... Les désordres iront
en augmentant et le Maroc sombrera dans une anarchie qui sera le prélude de la
domination étrangère ».
La 3ème crise diplomatique : les Accords franco-
allemands de (1909 et 1911) et l'établissement du Protectorat (30
mars 1912)
L'Allemagne ne cesse de mener une politique à part de celle des autres
puissances européennes et notamment de la France. C'est dans ce climat qu’éclate en
janvier 1907, l'incident des déserteurs allemands de la Légion Etrangère que le
Consulat allemand de
Casablanca essaie de soustraire aux recherches de l'autorité militaire française.
Cette affaire provoqua une vive émotion tant en France qu'en Allemagne ; elle
se règle par l'arbitrage rendu, avec certaines réserves en faveur de la France, le 29 mai
1909, par la Cour Internationale de Justice de la Haye.
22
1.3 - La France responsable du Protectorat :
Les premières réactions :
Les réformes imposées par les puissances européennes (Algésiras) ne sont pas
mieux accueillies par le Sultan lui-même, qui se rend compte qu'il a dû céder à la
mise en tutelle du pays par l'étranger. Quant aux clauses de l'Acte d’Algésiras édictées
en faveur de la France, le Sultan ne montre pas davantage de zèle pour les appliquer.
De nombreux incidents ont lieu aux confins algéro-marocains. En 1906, des
agressions contre les Européens ont été commises par les bandes de BOU Hamara à
TAZA et de Raissouli dans le Nord. Des assassinats de sujets européens à Tanger,
Marrakech et Casablanca en 1907 amènent la France à effectuer une intervention
militaire à plusieurs vitesses.
L’occupation d’Oujda :
La ville d’Oujda est le symbole de la résistance de l’Etat marocain aux pressions
françaises constantes qu’il eut à subir tout au long du 19ème siècle. Cependant, les
aspirations du peuple marocain étaient assorties d’une volonté de préserver
l’indépendance du pays et de défendre sa souveraineté.
Cet esprit fut ailleurs incarné par les gouverneurs successifs qui ont présidé aux
destinés de la ville. Ce qui a donné lieu surtout à de vives protestations de la
part de M. Jonnart gouverneur d’Algérie contre les agissements de gouverneur
Ahmed BEN KARROUM.
En plus, l’assassinat du médecin MAUCHAMP (à Marrakech), surpris en
possession d’un appareil télégraphique, avait causé une vague de protestations et par
la suite l’occupation d’Oujda.
Mais le mouvement du Jihad à Oujda et sur les confins algéro marocains allait
s’intensifier.
L’occupation de Casablanca :
Quatre mois après l’occupation d’Oujda, des événements de même nature vont à
nouveau se produire. Ils auront pour cible, la ville de Casablanca.
23
Le 30 juillet 1907, la population en colère détruit la voie ferrée et tue neuf
ouvriers (trois Français, les six autres étaient Espagnols et Italiens). Aussitôt un
contingent stationné en Algérie sous le commandement du Général Drude, la flotte
“Galilée”, sous le commandement d’Olivier, est dépêchée le 31 juillet pour lancer un
raid sanglant sur Casablanca. Ce fut l’occupation de Casablanca et par extension de la
Chaouia.
La Politique de Lyautey :
Lyautey débarqua en 1912 comme chef militaire et Résident Général disposant
de tous les pouvoirs. Il prit alors trois mesures essentielles :
Le transfert de la capitale de Fès à Rabat.
La construction du port de Casablanca et par conséquent
l'extension rapide de la ville.
La construction de port Lyautey (ville de Kenitra). Cette
dernière mesure constituait un point stratégique pour contrôler
l'axe Nord-Sud et Est-Ouest.
De plus, en 1913, Lyautey fait appel à un architecte français Henri Prost. Il lui
imposa trois règles à respecter dans les constructions :
- La séparation des villes nouvelles (quartiers français) des médinas (quartiers
ou villes traditionnelles).
- La mise en valeur des sites urbains des médinas et la sauvegarde des
monuments historiques et l’architecture traditionnelle.
- La construction de villes nouvelles en respectant les règles de l’urbanisme et de
l'architecture de l'époque.
Le but en fait n’était que de confiner les Marocains dans l’enceinte des Médinas,
et d'encourager les populations françaises et européennes à immigrer vers le Maroc
afin de l’occuper en profondeur.
24
II - LA RESISTANCE MAROCAINE :
Si la politique de Lyautey se bornait à la conquête de ce qu'il appelait le « Maroc
utile », il n'en demeure pas moins que ses forces, malgré leur nombre élevé et la
qualité de leurs cadres et les performances de leurs matériels, devaient faire face à
une résistance farouche et déterminée marocaine.
21 - Les difficultés rencontrées pour instaurer les frontières du
"Maroc Utile".
Pour la mise en place des frontières du « Maroc utile », l’opération s’était
déroulée en deux phases essentielles, pendant lesquelles Lyautey dut faire la guerre à
de glorieuses Tribus :
Les opérations militaires de 1913 à 1919 :
Dès 1912, l’action militaire s’est étendue au pays des ZAER et de TADLA. Le
Général MANGIN bouscula difficilement la MEHALLA d’EL HIBA à Sidi BOU
OTHMANE qui se retira vers TIZNIT. Dans le TADLA, il occupe toute la région située
entre l’OUM ERRABI et l’OUED BOUREGREG. Au Maroc Oriental, le Général Alix
franchit la MOULOUYA et installa un poste à GUERCIF. Au centre Sud (sud de
Meknès), le Général HENRYS parcourut le pays des BNI M’TIR. Dans la région
d’ESSAOUIRA, le Général BULARD poursuit ses hostilités vers le Sud. En 1914, le
Général ALIX prépare la jonction du Maroc Oriental avec le Maroc Occidental à
hauteur de « la Trouée de TAZA », en installant les postes de SAFSAFAT et MSOUN (
situés entre Taza et Guercif).
De plus, d’autres postes furent installés au Moyen Atlas (Timhdit, Beni Mellal,
Azilal et Tanant). Dans la région de BOUDENIB, le Colonel SIMON bouscule vers le
Nord les partisans d'ABDELMALEK (descendant d'EL AMIR ABDELKADER). Dans
le même sens, les postes d'OUTAT EL HADJ, MIDELT, ITZER furent créés.
Fin des opérations dans le « Maroc Utile »" :
En 1920, les opérations planifiées furent particulièrement importantes. Il
s'agissait de resserrer l'étau encerclant les Tribus des MARMOUCHA, des BENI
OUARAINE et d'élargir le passage à travers le Moyen Atlas.
25
Ainsi, les MARMOUCHA, les AIT SERGHOUCHENE, Sidi RAHOU, les BENI
OUARAINE et les AIT YOUSSI résistèrent avec opiniâtreté et acharnement. Les
années 1922-1926 furent marquées par les combats sur le TICHOUKT EL MERS,
IMMOUZER des MARMOUCHA, MOUSSA OU SALAH, SEKKOURA et MISSOUR.
Dans la région de TADLA, les AIT OUGADIR, les AIT BOUGUEMAZ et les ICHERN
opposèrent une grande résistance à KSIBA, TINTAGHALIN et AGBALOU
N'SERDANE. Dés lors, les troupes du protectorat devaient affronter, les Rifains,
les Arouches AIT ATTA du Sud de l'Atlas et les AIT MOUSSA de la région d’Agadir et
de TIZNIT (MOHA OU SAAD).
22 - Déroulement de la résistance par étape de 1912 à 1934
221- La résistance dans le Sud :
Son vrai nom est Ahmed HIBAT ALLAH (1876-1919). Il était l’un des
innombrables fils du Cheikh MAA El AÏNINE de CHANGUIT. Vu les liens spécifiques
qu’il entretenait avec le Sultan, il faisait figure de représentant le Roi dans tout le
Sud Saharien. La France avait la preuve que la conquête du Sahara ne se ferait pas
pacifiquement. De là, une forte expédition dirigée par le Colonel GOURAUD monta
vers le Nord. Malgré son échec à El MÏNAM, elle réussit à entrer le 9 janvier 1909 à
ATAR, bastion des forces de MAA EL AÏNINE. Celui-ci se retira alors à SEGUIA EL
HAMRA où Français et Espagnols affichaient d’égales prétentions. Laissant le soin,
de diriger la résistance à son fils LAHDAF. MAA EL AÏNINE et EL HIBA prirent la
route de Marrakech pour contacter le Sultan qui était à Fès en vue de lui demander de
l’aide. Cependant, l’occupation de la Chaouia par les troupes françaises, rendait
aléatoire les communications entre Fès et Marrakech. D’autre part, le Sultan leur
aurait fait savoir qui’ il valait mieux quitter pour le moment le Sahara et
s’installer à TIZNIT. C’est dans cette ville que le Cheikh MAA EL AÏNINE
mourut en octobre 1910.
26
Bataille de SIDI BOU OTHMANE :
Ayant pris conscience de son erreur, EL HIBA tenta de temporiser, fit savoir
qu’il fallait attendre la fin du Ramadan pour reprendre le combat. Le Général
LYAUTEY cependant, lâcha la bride à MANGIN qui avança jusqu’à SIDI BOU
OTMANE.
El HIBA mis au pied du mur, donna l’ordre à son frère MEREBBI REBBOH de
se préparer à la bataille. Les partisans sortirent dans un grand élan d’enthousiasme
mais dans un désordre indescriptible, s’avancèrent au devant des troupes françaises,
confiants dans une issue miraculeuse.
A l’aube du 24 Ramadan (6 septembre 1912), commença ce qui fut plutôt un
massacre qu’une bataille : en deux heures, deux mille Marocains furent massacrés.
Dès que l’issue de la rencontre fut connue, les chefs du mouvement se réunirent
autour d’EL HIBA, d’avis qu’il fallait continuer la lutte. Cependant, la nuit venue,
celui-ci décida brusquement de quitter la ville. De retour à TIZNIT, El HIBA retrouva
sa popularité. Au moment où une petite garnison française était débarquée à Agadir,
il occupa brusquement TAROUDANT, puis s’installer à KERDOUS.
222- La résistance au Moyen Atlas
Dans la région de Meknès et de Fès, le Général HENRYS attaqua le bloc Zaiane
et occupa la Kasbat de KHENIFRA et ce après d'énormes difficultés. En effet, le bloc
Zaiane dont le Chef était MOHA OU HAMMOU, symbole de la cavalerie libre,
courageux et intrépide, réussit à mettre en déroute les forces d’occupation. Mis à la
tête des Tribus AIT HARKAT et aidé par son frère qui commandait les AIT MAI et les
AIT MARZOUGH. Il infligea une terrible défaite au régiment du Lieutenant-colonel
LA VERDURE à la bataille d'EL HRI en novembre 1914 dont le bilan était lourd.
223- Occupation de la poche de TAZA :
La situation de contact qu’offre Taza entre le Maroc Occidental et Oriental est
unique. C’est aussi un point de passage obligé entre le Moyen Atlas au Sud et la
montagne rifaine au Nord.
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Située dans une zone charnière, entre deux des plus grands pôles de résistance
marocaine (le Moyen Atlas et le Rif), Taza devait plus que toute autre ville du Maroc,
ressentir l’impact du poids militaire tant dans le domaine de l’infrastructure et de
l’emprise foncière que dans celui de la démographie.
224- La Guerre du RIF :
L’Avènement de MOHAMED BEN ABDELKRIM :
C'est en pleine crise d'effectifs due à la démobilisation, que se produisit sur le
front du RIF une attaque brusque des DJEBALA. Toute la région de OUEZZAN et la
Vallée de L'OUERGHA se prêtaient à l’appel de RAISSOUNI et l'influence
d'ABDELMALEK.
Très vite, MOHAMED BEN ABDELKRIM évinça RAISSOUNI et
ABDELMALEK. Il s’installa à TARGUIST. Il sera le premier à organiser de façon
cohérente la lutte et à rallier les tribus en s'appuyant sur leur Chef.
intervention massive de la France
La situation dans le Rif connut un revirement dans les événements marqués par la
célèbre bataille d’Anouale du 21 juillet 1921 où les forces espagnoles conduites par le
Général Sylvestre subirent d’énormes pertes. Sylvestre se suicida. Les forces de
Mohamed BEN ABDELKRIM libérèrent par la suite Nador et Ouislane
A la suite de cette victoire, les Espagnols se retirèrent dans le littoral
méditerranéen. Les Français, quant à eux, commencent à être incommodés par la
présence de la résistance rifaine à leurs frontières.
Le Général Lyautey décida alors de mettre fin au mouvement rifain. Bien que le
rapport de forces s’avèrent en faveur des Français, Mohamed BEN ABDELKRIM
parvint à remporter quelques victoires notamment à OUERDIGHA ; ses forces
atteignirent presque la ville de TAZA. Le Général Lyautey fut écarté de ses postes et
remplacé par STIG (nouveau Résident Général) qui reçut des directives de coopérer
avec les Espagnols contre la résistance rifaine. Le Maréchal Pétain prit le
commandement des troupes au Maroc et il mena de concert avec les Espagnols des
combats contre les forces d’ABDELKRIM.
28
L’Alliance des deux pays européens mit fin au mouvement de libération du Rif.
Mohamed BEN ABDELKRIM fut contraint de se rendre le 27 mai 1926 aux autorités
françaises puis exilé à l’île de la Réunion.
23 - Le Djebel SAGHRO et la fin de l’occupation :
La prise de Tafilalet
Dans le but de relier le Nord au Sud comme elle l’avait fait pour l’Est et l’Ouest à
travers le couloir de TAZA, le France décide de conquérir la région de Tafilalet qui
abrite les poches de résistances les plus farouches. Le commandement français
estimait que le terrain n’était pas favorable et le ratissage de la région devrait être
mené par des opérations classiques nécessitent des forces très importantes.
La première offensive lancée le 13 février 1933 réalise les premiers objectifs.
Cette opération enclencha d’autres soulèvements tribaux (AIT ATTA, AIT
YAFELMEN, AIT SOUKHMAN et AIT KHABBACH).
Après une résistance vaillante, les irréductibles combattants sont cernés par les
forces coloniales ; se constituèrent alors en plusieurs fractions dont les plus
importantes se retranchèrent dans le massif du Saghro à Bou Ghafer.
La Résistance du SAGHRO :
Après la prise du Haut Atlas central, le jbel Saghro était la future cible. C’est, en
1890, à 2 km de Tinghir dans le territoire de Tafraout et dans la lignée de Taghya
NILIMSAHAN que naquit ASSOU OU BASLAM, le grand combattant de l’Atlas qui
mena la résistance armée contre les Français au jbel Saghro et au sud du Haut Atlas
entre 1933 et 1934. Les plus dures batailles pour les Français furent celles qui les
opposèrent à cet homme.
La bataille de Bou Ghafer dura du 12 février au 24 mars 1933. Elle se déroula en
deux étapes :
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Au cours de la première période, toutes les attaques françaises furent
repoussées. Devant cet échec, le Général A. Huré, commandant en chef des forces
françaises, décida de venir à bout de ses adversaires par la famine et la soif ; il
ordonna alors l’interdiction des points d’eau et de toute communication avec
l’extérieur.
Malgré le blocus et le déluge de feu, la deuxième période fut marquée par la
résistance des partisans jusqu’au 24 mars 1933. ils ne furent réduits que par la famine
et la soif. Avant de se rendre, leur chef ASSOU OU BASLAM, qui n’avait pas l’âme
d’un soumis, imposa au commandement français de nombreuses conditions et entra
de nouveau en conflit avec les autorités françaises qui le destituèrent et l’exilèrent.
III - LES ENSEIGNEMENTS :
31 - Les Enseignements Militaires :
L'évolution de la Résistance Marocaine est passée de la simple action de Harka
isolée à la lutte armée de tribus ; de tout un peuple.
* Au départ les tribus manifestent leur opposition sur le plan politique. Puis elles
se révoltent contre l’occupant par de simples attaques très dispersées (diversion) en
utilisant l'effet de surprise.
* Entre 1914 et 1921, poussées par la révolte des tribus, les attaques deviennent
plus précises et ponctuées. Elles ressemblent à des opérations militaires de masse,
notamment avec EL HIBA, MOHA OU HAMMOU ZAIANI, ASSOU OU BASLAM et
MOHAMED BEN ABDELKRIM EL KHATTABI.
* A partir de 1925 nous pouvons retenir les schémas suivants appliqués des deux
côtés :
1°- La guérilla tout azimut avec MOHAMED BEN ABDELKRIM EL KHATTABI
menée par des commandos rapides. Que seul l'emploi massif d'unités dans un
rapport de force de 10 contre 1 fera plier.
30
2°- La guerre de position avec le JBEL SAGHRO qui se terminera après 40 jours
de blocus et de bombardements. Ce qui illustrera l'échec des techniques d’assauts
classiques.
3°- La guerre de mouvement pour déstabiliser plusieurs fronts à la fois, selon les
techniques napoléoniennes.
* De même, faut-il citer deux paramètres importants pour la réussite de toute
mission à savoir, le renseignement et la logistique.
3-2 Les Combattants et leurs Chefs :
Du côté marocain : des tribus convaincues et audacieuses, d'autres
farouchement hostiles et qui tiendront en échec l'armée française pendant de longues
années. Ces tribus ont été conduites par des chefs prestigieux et exemplaires dont
malheureusement peu de noms figurent encore dans les livres d'histoire.
Certains noms sont restés comme EL HIBA, MOHA OU HAMMOU ZAIANI,
MOHAMED BEN ABDELKRIM EL KHATTABI, ASSOU OU BASLAM, MOHA OU
SAID et SIDI RAHO.
33 - Pour la France, le Protectorat est :
Une expérience unique.
Un fait historique.
CONCLUSION
Au lendemain de la signature du Traité de protectorat (30 mars 1912 à Fès), le
but était l’exploitation des ressources naturelles, économiques et humaines du
Maroc. Le peuple marocain, agissant comme un seul homme, a mené des combats
héroïques contre des armées beaucoup mieux entraînées et équipées en effectifs et en
armement. Toutes les tentatives coloniales, avortées souvent, ne firent que renforcer
les liens existant entre le peuple, le Trône et l’armée marocaine.
L’histoire retiendra les cuisantes défaites qu’ont connu les agresseurs sur
divers fronts face à des Marocains déterminés à défendre l’indépendance et la
souveraineté de leur pays.
31
LA GUERRE DU RIF
INTRODUCTION
Le Maroc a été le dernier des pays du Maghreb à perdre son indépendance.
L’acte de protectorat, signé à Fès le 30 mars 1912, répartit le pays en deux zones.
L'occupation du nord du Maroc par l'Espagne devient l'affaire de tout un peuple ;
offensé dans sa dignité et privé de sa liberté. Le Rif prit alors les armes sous la
conduite de Mohammed BEN ABDELKRIM EL KHATTABI pour faire écho à la
protestation généralisée contre l’oppresseur. La guerre du Rif a connu, et pour la
première fois, une tactique propre adaptée au relief, à la situation du moment et au
tempérament des hommes.
Comprendre cet épisode héroïque de la résistance marocaine contre la présence
de l’étranger sur le sol de la Patrie, revient à saisir la véritable signification de cette
guerre s’inscrivant dans une logique de résistance armée qui a mis fin aux velléités
étrangères.
I - LES ORIGINES DE LA GUERRE DU RIF :
11 - Répartition des tribus :
Les soixante-six tribus vivant dans la zone nord du MAROC se répartissaient en
quatre groupes : Deux de ces groupes occupaient le versant atlantique : les SANHAJA
à l'Est et les JEBALA à l'Ouest. Sur le versant méditerranéen, la partie occidentale est
peuplée par les GHOMARA, celle de l'Est par les RIFAINS.
12 - L'héritage espagnol :
L'Espagne a hérité le contrôle du Nord du Maroc. Sa part n'est pas la plus
lucrative mais l’Espagne contrôlait depuis le XVI° siècle CEUTA, MELILLA et deux
îlots, l'un dans la crique de BADIS, l'autre dans la BAIE d'AL HOCEIMA. Elle
maintenait dans ces places des unités chargées de contrôler les activités maritimes.
32
- Les difficultés relatives au milieu étaient :
Les conditions géographiques étaient telles que les Espagnols butaient partout
sur un relief difficile. La chaîne du RIF, s'étendant d'Est en Ouest, est un massif
« épineux » s'étalant sur 300 Km ; il présente peu de cols franchissables et une ligne
de crêtes présentant des versants Sud-Nord.
13- L’avènement de Mohammed BEN ABDELKRIM:
Après des études à la Qaraweyine de Fès, Mohamed BEN ABDELKRIM
deviendra instituteur dans une petite école à MELILLA. Puis journaliste au quotidien
espagnol le « TELEGRAMA DEL RIF » dans lequel, par des écrits, il prendra
largement part pour l'action de l’Espagne. Il attaquera en revanche très vertement
l'action de LYAUTEY.
Mais allant de déception en déception, Mohamed BEN ABDELKRIM prendra
parti pour la lutte contre l'occupant. Il mènera ses hommes jusqu'à la victoire
d'Anoual en 1921.
Pour mieux comprendre la situation de l’époque, trois éléments principaux ont
caractérisé le mouvement rifain :
- Une levée de masses qui surgit spontanément des montagnes sera le potentiel
guerrier (123.000 hommes). Le noyau central repose sur les rifains, en particulier les
BENI OURIAGHEL, soit 23 000 hommes. Cette armée possédera un armement et un
moral pouvant mettre en échec les troupes du protectorat. Mohamed BEN
ABDELKRIM mit en place un soutien logistique approprié et entreprit de grands
travaux d'aménagement du terrain.
- Mohamed BEN ABDELKRIM organise, commande et contrôle.
- La France et l'Espagne affrontent un adversaire susceptible de mobiliser toute
une partie du Maroc septentrional en donnant aux gens des raisons pour se battre.
La guerre du Rif interpelle l'opinion internationale.
33
II- LA GUERRE DU RIF :
Le 20 Décembre 1921, soit cinq mois après la débâcle espagnole, LYAUTEY
expose au gouvernement de la République Française, la menace qui pèse sur le nord
du Maroc. Pour y faire face, il fait occuper Ouezzane, ville sainte et centre
commercial des JEBALA. Une série de postes avancés, limitrophes de la zone
espagnole, protègent cette région contre la percée de BEN ABDELKRIM.
21- Evolution de la situation de 1921 à 1925 :
- Retombées du désastre d'Anoual :
Le désastre d'Anoual eut des répercussions en Espagne suite à la chute du Roi
ALPHONSE XIII et l'avènement d'une dictature militaire avec PRIMO DE RIVERA.
Ce dernier opposé à la présence espagnole au MAROC, fait cesser toutes les activités
militaires en décembre 1924. Dès lors, les Européens s'attendirent à l'abandon officiel
du Maroc par l'Espagne et aux graves conséquences qui pourraient en découler, plus
particulièrement pour le protectorat français.
- BEN ABDELKRIM passe à l'offensive :
Les Rifains s'infiltrèrent en avril 1924 chez les BENI ZEROUAL, provoquant la
levée en masse des tribus. Loin de rester sur une attitude défensive, ils contre-
attaquèrent avec une stratégie de grande mobilité. Sur le terrain, l'armée française,
bien qu'ayant reçu les renforts demandés, fut submergée, frôlant ainsi le désastre. La
résistance battait déjà les murs de Fès et de Taza.
- Les objectifs de BEN ABDELKRIM :
Arrêté au Nord sur la route de Fès, BEN ABDELKRIM décida de manœuvrer
par l'Ouest et lança une attaque sur Ouezzane. Les combats furent sanglants mais la
garnison aidée par l'aviation ne capitula pas. Contrarié dans son offensive, BEN
ABDELKRIM se lança vers Taza. Cette ville permettait non seulement d’assurer les
communications et le soutien logistique avec et à partir de l'Algérie, mais elle offrait
le moyen, si elle était prise, de soutenir les tribus révoltées du Moyen Atlas.
34
22- La coalition franco-espagnole et la chute de BENABDELKRIM :
Dès Juillet 1925, le gouvernement français de Mr. PAINLEVE va mener des
tractations secrètes avec PRIMO DE RIVERA, dans le but de mener une action
commune au Maroc. L'idée de mettre fin définitivement aux agissements de BEN
ABDELKRIM est abordée. L’impact de la guerre du RIF est très dangereux et risque
de faire tache d'huile dans les autres colonies d'outre mer. L’Angleterre et l'Italie
soutiennent ce projet. PETAIN est alors envoyé au Maroc comme chef des opérations.
Lyautey désabusé, démissionne et rentre en France après.
A partir d'août 1925, date de l'arrivée de PETAIN, des renforts - soit 110.000
hommes et des matériels très importants, l'action sur le terrain va reprendre jusqu'en
mai 1926. Les officiers des affaires indigènes avec les goumiers, spahis, tirailleurs et
partisans vont récupérer progressivement le terrain perdu. L'arrivée massive des
renforts à partir de l’Algérie n'est pas sans impressionner les BRANES et les TSOULS
qui déposent les armes. L'action se prolonge chez les MARNISSA, les M'TIOUA et
SENHAJA.
- La reddition de BEN ABDELKRIM :
- La campagne sera préparée et commandée par le Général BOICHUT. Elle
durera trois semaines. Dans la nuit du 8 au 9 mai, les forces d'occupation françaises
se déploient sur trois fronts avec les groupements de TAZA, Fès et d'Ouezzane. Les
Espagnols, de leur côté, lancèrent deux colonnes à partir d'AJDIR et TAFRANT, se
déplaçant du Nord vers le Sud. C'est au groupement de TAZA que revint la plus
grande part de la victoire ; presque tous les attaquants de BEN ABDELKRIM étaient
repoussés. Le 25 mai 1926, le chérif de la ZAOUIA de SNADA, apporte la soumission
de sa tribu et la reddition de BEN ABDELKRIM. Les prisonniers sont échangés (42
Français et 111 Espagnols). Le 27 mai 1926, BEN ABDELKRIM arrive au col de TIZI
MOUREN escorté par trois officiers des affaires indigènes. Le Général IBOS le reçoit
devant les troupes rassemblées. Le 29 mai 1926, il quitte TARGUIST et part en exil à
l’île de la REUNION. La guerre de RIF se termina en 1927 avec la reddition de deux
farouches guerriers : MOULAY AMRANE, chef des BENI MESTARA et SLITTEN EL
KHAMLICHI chef d'une fraction des SENHAJA.
35
III- ENSEIGNEMENTS A TIRER :
Les opérations du RIF ont été menées de main de maître par un chef
connaissant parfaitement son ennemi. Devenu maître des techniques de la guérilla,
BEN ABDELKRIM a su profiter des faiblesses et des lourdeurs des unités françaises,
puissantes et rompues au combat classique mais n'ayant aucune idée de la guérilla.
Pour venir à bout de ce soulèvement qui risquait de faire tache d'huile aussi bien dans
le reste du MAROC que dans tout l'empire colonial français et espagnol, il a fallu que
les hauts commandements des deux pays s'allient et étudient avec minutie les
méthodes de l'adversaire, sa tactique et le terrain sur lequel il évoluait. Les réflexions
et les enseignements sont de trois ordres.
31- Sur le plan militaire :
- Le rapport de forces :
Les Rifains et leurs alliés alignent 15 à 30.000 hommes répartis en Mehallas et
Harkas. Ces unités sont souples et parfaitement fluides sur le terrain. En face, le
protectorat aligne 20.000 hommes environ répartis le long de l'Ouergha. Les 34
bataillons du Maréchal PETAIN dont 12 escadrons chars, 19 batteries, 4 escadrilles
(portant à 109 le nombre d'avions) forment un un rapport de force écrasant ; 350.000
hommes au moins dans les forces coalisées franco-espagnoles (terre, air, mer).
- La Stratégie de BEN ABDELKRIM :
D’abord il évolue sur un terrain accidenté qui est parfaitement favorable à ses
troupes mobiles, encore plus apte aux embuscades qu'aux batailles rangées.
Bien avant MAO TSE TOUNG, BEN ABDELKRIM appliquera les quatre règles
de la guérilla à savoir :
- Quand l'ennemi avance en force, je bats en retraite.
- Quant il s’arrête, je campe et je le harcèle.
- Quand il cherche à éviter la bataille, je l'attaque.
- Quand il se retire, je le poursuis et je le détruis.
36
Le déclenchement des opérations s'opère en avril, au moment des relèves des
contingents de l'armée coloniale et à l'époque où la saison des pluies complique,
sinon paralyse, l'acheminement des renforts et l'emploi de l'artillerie lourde.
Une fois l'effet de surprise passé, BEN ABDELKRIM passe à la phase suivante :
encerclement des postes par de petites unités obligeant l'envoi des renforts ou
l'intervention des groupes mobiles pour les secourir. Ces derniers étaient alors
harcelés ou tombaient dans des embuscades.
Ayant usé l'armée coloniale, il passe alors à la guerre des mouvements en juillet.
Lourde erreur, car lorsque ses unités s’aventurèrent en dehors des collines escarpées
du pré-RIF, propices au combat rapproché, elles enregistrèrent des pertes
importantes.
- Les opérations franco-espagnoles:
Ces opérations étaient menées méthodiquement sous l'impulsion du Général
PETAIN sous forme d'action de forces, largement soutenue par l'artillerie lourde
mais, surtout, par l'emploi massif de l'aviation pour la reconnaissance, l'appui au sol
et les bombardements sauvages et aveugles.
Le potentiel de forces fait état de : 216 avions, 23 900 heures de vol, 11 300
missions de combat et 10 000 tonnes de bombes. L'emploi de l'aviation avait des
effets psychologiques incontestés en plus de l'action combinée du char et du
fantassin. Ajouter à cela, une bonne logistique et une coordination entre les unités.
Cette guerre avait servi de test pour expérimenter des méthodes qui seront utilisées
plus tard à grande échelle.
Ce qu’il faut retenir :
- La concentration des efforts (Alliance franco-espagnole).
- L'emploi massif des armes à haut pouvoir de destruction.
- La tactique qui repose sur la liberté d'action.
- La guerre des mouvements sur plusieurs axes.
- Les grandes unités éclairées à l'avant par des unités légères.
37
Ainsi, face à un ennemi insaisissable dans des zones d'action importantes,
l'emploi des moyens modernes et puissants, appuyés et précédés par des troupes
légères expérimentées et rapides, ont permis de remporter la décision. La présence
des troupes classiques, venant en appoint, pour tenir le terrain conquis et réduire les
résistances dépassées.
32- Sur le plan humain : Les chefs
- Côté marocain
BEN ABDELKRIM était le héros de la résistance par ses qualités de meneur
d'hommes et d'organisateur. Il a manqué de moyens et a dû céder devant la
supériorité impressionnante des moyens matériels et humains mis en place par les
forces coalisées franco-espagnoles.
En fait, l'action originale de BEN ABDELKRIM était de mettre en place une
organisation qui ne manque pas d'ambition et de détermination. Il est important de
noter que jamais BEN ABDELKRIM, tout comme EL HIBA et MOHA OU HAMOU,
n'a prétendu être sultan du Maroc. Ce n'était que pour désavouer son action auprès
du Sultan MOULAY YOUSSEF que les services du protectorat s’ingénièrent à le
présenter comme étant contre le Trône.
- Côté espagnol
PRIMO DE RIVERA, qui était hostile à la guerre, deviendra un farouche
défenseur d'une reddition définitive de BEN ABDELKRIM. Le commandement
espagnol s'est parfaitement intégré aux opérations françaises conduites par le général
BOICHUT.
- Côté français
La période était marquée par l'opposition de méthodes de guerre de deux
hommes : le Général LYAUTEY et le Maréchal PETAIN.
Rappelons que :
Le Général LYAUTEY n'avait pas le soutien politique du gouvernement. Il relie
toujours l'action militaire à l'action politique car il n'y avait pas des objectifs à
prendre mais des populations à rallier.
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Quant au Maréchal PETAIN (l’homme de Verdun), en arrivant au Maroc, il
mène une action diamétralement opposée et fera de la stratégie à la place de la
politique, d'où l'emploi massif des hommes et des matériels. Ces procédés militaires
étaient identiques à ceux de la 1ère Guerre Mondiale.
33- Les erreurs :
- Commandement français:
* Transport des méthodes de guerre européennes sur le front marocain.
* L'envoi tardif et par petits paquets de renforts demandés.
* Des divisions ont changé de chef cinq fois en six mois.
* Les Français ont remanié leur dispositif plusieurs fois.
* Le manque de coordination sur les différents secteurs du front.
* L'arrivée massive d'éléments non expérimentés.
- Commandement espagnol :
Les erreurs des Espagnols furent incalculables avant, pendant et après les
hostilités.
* De nombreux officiers désignés pour servir au Maroc avaient l'impression de
servir une cause qui n'était pas la leur.
* les Généraux espagnols accumulèrent trop de fautes tactiques et
psychologiques.
* l'Espagne cherchait une nouvelle expansion sans avoir une force expansive.
- Coté marocain :
BEN ABDELKRIM ne fut ni un génie de la guerre, ni un stratège. Il fut un apôtre
de la liberté, mais commit des erreurs d'appréciation qui sauvèrent in extremis les
troupes espagnoles et françaises. Il n’a pas osé investir Fès et s’est laissé prendre au
piège des négociations qui n’avaient pour finalité que de gagner pour l’arrivée et la
prise en plus des renforts franco-espagnols.
39
* Après la victoire d'Anoual en 1921, il pouvait sans coup férir exploiter en
direction de Mélilla mais ne le fit point.
* BEN ABELKRIM change de tactique et passe de la guérilla à la guerre dont il
n'avait pas les moyens.
* Il accordait beaucoup d’interview à des reporters qui interprétèrent très
souvent ses déclarations d'une manière abusive et éhonté.
CONCLUSION
La guerre du Rif aura été extrêmement sanglante et les résistants marocains
n'auront pas, non plus, épargné leur sang pour l'indépendance du pays. L'échec
subi dans le Rif permettra de prendre conscience qu'en dehors d'une unité nationale
solide et bien organisée, il n'y a pas de salut. De même, grâce à la résistance rifaine,
le monde entier était informé qu'au Maroc il existait un peuple qui luttait contre le
colonialisme et pour sa liberté. L'écho de cette résistance ne restera pas lettre
morte. La guerre du Rif aura été le banc d'essai de la guérilla moderne, développée
plus tard en Indochine, en Algérie et en Amérique Latine. MAO TSE TOUNG
disait au sujet de la guérilla à des Arabes qui voulaient des enseignements sur la
guerre populaire chinoise « Pourquoi venir en Chine prendre des leçons, quand
vous avez eu ABDELKRIM, le maître auprès duquel nous nous étions nous-
mêmes instruits».
40
LES INTERVENTIONS EXTERIEURES DES F.A.R.
INTRODUCTION
Nous avons coutume de dire que l’histoire du Maroc se confond avec celle de son
peuple, un peuple fort qui a toujours fait montre d’une rare bravoure et d’un
héroïsme légendaire. Les prouesses et la détermination farouche de ce peuple, a aussi
voué de profonds sentiments d’admiration aux Forces Armées Royales qui se sont
illustrées à plus d’un titre aussi bien dans le cadre national que sur le plan
international.
Le Maroc est à même de s’enorgueillir des traditions séculaires de son armée
aux actions d’éclat à travers tant de champs de bataille. Fidèle à ses principes
devenus, grâce à leur pertinence, universels, et fier de ses Forces Armées, le Maroc
s’est spontanément associé à tous les efforts de rétablissement et de maintien de la
paix dans le monde.
Découlant des considérations géopolitiques et géostratégiques et s’inscrivant
dans le cadre de la sécurité collective, les interventions extérieures des F.A.R, qui ont
mis à l’épreuve les capacités du soldat marocain, sont pour le Royaume du Maroc une
véritable évaluation de ses potentialités opérationnelles aux normes de l’ONU.
Pour comprendre les tenants et les aboutissants de ces interventions, seront
traités successivement les fondements de ses missions, ensuite leur déroulement et
leurs particularités ; enfin les enseignements à tirer.
41
I – FONDEMENTS DES INTERVENTIONS EXTERIEURES DES
F.A.R :
Les interventions extérieures des F.A.R ne sont pas des aventures; le soldat
marocain défend des valeurs auxquelles le Maroc adhère et, avant tout, son pays et
ses intérêts. Si elles puisent leurs racines dans l’histoire millénaire du pays, elles n’en
sont pas moins fondées sur le droit international, sur la diplomatie mais aussi sur des
considérations stratégiques.
11- Fondements historiques : (une tradition millnaire)
Ces interventions résultent d’une tradition qui ne date pas d’aujourd’hui et qui
procèdent de l’esprit guerrier, qualité intrinsèque du Marocain. Rappelons que le
soldat marocain a participé au deuxième conflit mondial durant lequel il a réalisé des
exploits sur tous les fronts (Italie, France). La libération de la France en est un
exemple tangible.
Très peu de temps après sa création le 14 mai 1956, la jeune armée marocaine
passe son premier test en 1960, inaugurant ainsi une série d’interventions à
l’extérieur du pays.
Ces interventions ne peuvent que puiser leurs racines dans l’histoire millénaire
du Maroc. Cependant, sans une légalité et une légitimité, le soldat marocain
risquerait d’être confondu avec un mercenaire
12 - Fondements juridiques : (la légalité)
Dans leurs traditions, les F.A.R. n’interviennent que dans la légalité et la
légitimité internationale – ONU – ou régionale - OUA -, ou par solidarité arabo-
musulmane comme c’était le cas pour la Syrie et l’Egypte.
L’action du soldat marocain donne, sur le plan juridique, un poids diplomatique
important à son pays sur la scène tant régionale qu’internationale.
42
13 - Fondements diplomatiques : ( la crédibilité régionale et internationale)
Les interventions extérieures des F.A.R. toutes réussies renforcent la crédibilité
du Maroc non seulement auprès de ses amis mais, aussi, au sein de la communauté
internationale. Il faut aussi placer ces interventions dans leur cadre stratégique.
14 – Fondements stratégiques : (une stratégie de défense)
Les interventions extérieures des F.A.R. font partie intégrante de la stratégie
nationale pour contribuer aux intérêts régionaux. Les interventions marocaines, aussi
bien en Somalie, en Bosnie qu’au Kosovo, s’inscrivent dans le cadre de la solidarité
avec d‘autres pays ou nations pour la défense de la dignité et de la liberté. Ces
missions sont au nombre de dix :
Congo en 1960, Egypte en 1967, Syrie et Egypte en 1973, Zaïre en 1977 et en
1978, Arabie Saoudite en 1990 et 1991, Somalie en 1992, Bosnie-Herzégovine depuis
1996, Kosovo depuis 1999 et enfin la RDC depuis avril 2001.
Le déroulement de ces missions va nous rapprocher de la réalité de quatre
décennies d’expérience.
II – DEROULEMENT :
En Afrique subsaharienne, en juillet 1960 et après l’effondrement de l’appareil
administratif au Congo, la situation était devenue incontrôlable. Le Conseil de
Sécurité a décidé, deux jours après le début de la crise, l’envoi des casques bleus
«O.N.U.C » dont le Maroc contribuera par des soldats et des civils. Leur mission
consistait à aider le gouvernement congolais à maintenir l’ordre dans le pays et à
organiser son armée et son administration.
En mars 1977, des rebelles entraînés et abrités par les pays voisins envahissent
la province de SHABA au Zaïre, le Président MOBOTO lance un appel à l’aide
internationale, le Maroc a participé par l’envoi d’un contingent fort de 3000
militaires sous les ordres du Colonel LOUBARIS, où la moitié restera au Maroc
comme réserve générale.
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En avril 1978, le Zaïre fait appel à l’OUA pour l’aider à repousser les
envahisseurs venant de l’Angola, le Maroc accepte d’y intervenir mais dans le cadre
d’une force interafricaine.
En 1992, la Somalie frappée par la sécheresse et la guerre civile, a été
transformée en un enfer sans précédent. Face à cette situation, Monsieur Ali MAHDI
Mohammed s’est installé au pouvoir après le renversement du Président Siad
BARRE, adressa une demande au Conseil de Sécurité, pour examiner la situation
dans son pays et demander une intervention militaire onusienne.
Animé par ses visions pacifiques, Feu SM le Roi Hassan II a décidé alors de
participer aux côtés d’autres forces internationales, à venir en aide à ce peuple par
l’envoi aussi bien des forces militaires (pour la première fois dans l’histoire du pays)
que d’unités médicales et sociales visant à venir en aide aux populations sinistrées.
En décembre 2000. SM le Roi Mohammed VI, fidèle aux traditions de ses
prédécesseurs, a décidé d’envoyer un contingent marocain à la R.D.C pour participer,
au sein des forces onusiennes, au maintien de la paix dans la région en vue d’éliminer
les séquelles d’une guerre civile dévastatrice.
A côté des interventions des F.A.R opérées en Afrique subsaharienne, prennent
place celles menées au Moyen-Orient où la solidarité arabe est mise à contribution.
Au Moyen Orient, en Syrie 1973, l’intervention marocaine a été considérée
comme la plus difficile car elle s’est déroulée dans un environnement très particulier,
contre un ennemi très bien entraîné, bien équipé et soutenu par la plus grande
puissance du monde, les Etats-Unis d’Amérique.
En Egypte 1973, le contingent marocain, même s’il avait rejoint après le
déclenchement des hostilités, avait pour mission d’empêcher toute infiltration par les
axes de communication menant au Caire.
En Arabie SAOUDITE 1990, le Maroc envoyait un corps expéditionnaire dans ce
pays pour l’aider à se défendre contre une attaque supposée imminente de l’Irak, qui
avait envahi le Koweït le 2 août.
44
Ainsi, l’expérience des Marocains, leur savoir-faire et leur esprit de discipline
restent légendaires et ont été, encore une fois prouvés en Arabie Saoudite, ce qui va
leur permettre d’aborder d’autres missions même en Europe.
En Europe, suite à l’éclatement de l’ex-Yougoslavie en mars 1996, le Maroc
dépêcha un contingent de 1200 hommes en Bosnie-Herzégovine, dans le cadre des
forces d’interposition IFOR d’abord, puis celui de la force de stabilisation SFOR.
Pour la phase IFOR, le contingent marocain intègre la Division Multinationale
Sud-Est sous commandement français qui lui confia des missions difficiles: la
sécurité du Mont IGMAN, la protection de MOSTAR et du PC de la Division.
En ce qui concerne la phase SFOR, le contingent marocain a assuré d’autres
missions qui vont de la protection des sites et du contrôle des facteurs rivaux au
soutien des opérations politiques ou encore à la participation au sein de l’élément de
réaction immédiate E.R.I.
Dans le cadre du maintien de la paix et dans le but d’apporter aide et réconfort
aux populations éprouvées, un contingent des FAR est déployé au Kosovo au sein de
la KFOR. Son travail est relayé sur le terrain par celui de plusieurs organisations non
gouvernementales marocaines. L’action du bataillon marocain, basé à MITROVICA
sous le commandement de la Brigade Multinationale Nord, a plus que sa mission
militaire, une mission humanitaire à deux volets :
- Médical, par l’installation de l’hôpital médicochirurgical de campagne.
- Social, par la distribution de vivres et médicaments aux victimes de la guerre.
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ENSEIGNEMENTS A TIRER :
Les interventions des FAR opérées dans un cadre multinational sont une
expérience très enrichissante pour nos forces, notamment celles du maintien de la
paix et d’aide humanitaire.
Par leur caractère extrêmement sensible, elles exigent du militaire des
compétences et un sens du devoir poussé, car il ne devra pas seulement étudier les
monographies des pays où il va servir, maîtriser la langue anglaise qui est l’outil de
travail et connaître le droit international humanitaire, mais surtout avoir le sens de la
communication vu qu’il est appelé à travailler dans un environnement multinational.
CONCLUSION
Les interventions extérieures des F.A.R. reposent essentiellement sur des
fondements géopolitiques et géostratégiques tout en s’inscrivant dans le cadre du
droit international humanitaire.
Dans cette optique, le soldat marocain a pu confirmer qu’il est
incontestablement l’homme des situations difficiles, capable de s’adapter en
s’adonnant à fond pour réussir honorablement sa mission, à même de représenter
dignement son pays et participer à son rayonnement sur la scène internationale.
Compte tenu de la conjoncture internationale, marquée par la diversité et la
complexité des conflits internes qui embrasent encore certaines régions du monde,
ne serait-il pas opportun de s’interroger sur le devenir de la guerre ?
Ne faudrait-il pas redéfinir la mission du soldat dans ce nouveau contexte?
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SOUS-DOSSIER N° 2 :
PROMOTION DE 4° ANNEE
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LA GUERRE DE 1914 – 1918 LA
GUERRE DES TRANCHEES
INTRODUCTION
La guerre de 1914–1918 est un événement mondial important. Il constitue dans
l’histoire un phénomène complètement nouveau, car 27 pays au total participeront à
ce conflit. La lutte sera une question de vie ou de mort où toutes les forces vives et les
ressources des nations seront engagées.
De cette guerre totale, il ressort que la volonté des peuples, bandée jusqu’à son
paroxysme, allait être plus forte que les pertes, les souffrances et les privations de
toutes sortes. Prévue pour durer deux mois, elle durera plus de quatre années : du 2
aoùt 1914 au 11 novembre 1918. Elle comprend trois grandes phases très
caractéristiques :
- D’août à novembre 1914, une période de guerre de mouvement.
- De novembre 1914 à mars 1918, une longue période de trois ans et demi
pendant laquelle les belligérants, étroitement imbriqués et ayant épuisé toutes
possibilités de manœuvre, vont s’installer dans un combat d’usure extrêmement
meurtrier. Ce sera la guerre des tranchées.
- De mars à novembre 1918, une reprise décisive de la guerre de mouvement qui
déboucha sur la victoire des Alliés.
I – LES ORIGINES DE LA GUERRE :
11- Les causes profondes :
La guerre de 1870, avait établi l’hégémonie de l’Allemagne en Europe. Seule
l’Angleterre pouvait rivaliser avec le puissant empire allemand.
Il se constitua en Europe, par le jeu des alliances, une répartition des puissances
en deux groupes :
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- La Triple Entente : constituée de la France, de la Russie et de la Grande
Bretagne.
- La Triple Alliance : qui se compose de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de
la Bulgarie.
Les autres nations étaient neutres. Mais sûre de sa force et de son prestige,
l’Allemagne jalouse des autres qui s’étaient octroyé des territoires, ne restait pas les
mains liées.
12- La course aux armements :
L’Allemagne développera considérablement son armement et entraînera
fatalement derrière elle, les autres puissances alliées ou rivales.
En effet, la puissante industrie d’armement qu’elle entretiendra, sera à la fois
une garantie de paix, et une perpétuelle menace contre toutes velléités des autres
puissances en particulier de la France, qui avait perdu l’Alsace et la Loraine.
Les lois militaires vont se succéder permettant la montée en puissance des
différentes armées.
En 1913, l’Allemagne disposait de 715 000 hommes dotés d’un armement
puissant et très nouveau pour l’époque. En face, la France alignait péniblement
500 000 hommes dotés d’un matériel périmé. Par le jeu des alliances, l’Europe
s’installait sur une poudrière.
13- L’étincelle qui mettra le feu aux poudres :
En 1908, l’annexion de la Bosnie-Herzegovine par l’Autriche provoqua
l’indignation de la Russie et de la Serbie. La pression monte et l’attentat de Saraevo
sera l’etincelle. L’archiduc François Ferdinand héritier de l’empire austro-hongrois y
sera assassiné le 28 juin 1914.
Le 28 juillet, l’Autriche-Hongrie déclara la guerre à la Serbie. La Russie mobilise
ses troupes face à l’Autriche.
L’Europe va s’épuiser dans une guerre suicidaire à laquelle les gouvernements
ont fini par se résigner car, aucun n’a su voir l’intérêt commun, qui pouvait
rapprocher et indigner leur nationalisme particulier.
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II LA GUERRE DES TRANCHEES:
La guerre des tranchées allait commencer, elle durera jusqu’en mars 1918. On
découvrit alors qu’il fallait des bombardements inouïs pour obtenir le succès d’une
attaque. C'est-à-dire, une pénétration de quelques centaines de mètres rarement
quelques kilomètres et au prix de nombreuses vies humaines. Le bilan de l’année 1915
fait état de 430 000 morts, un million de blessées et de disparus.
L’année 1916 fut pour la France l’année de Verdun et de la Somme. Le grand
déferlement allemand sur Verdun, en février, contenu d’abord avec la seule énergie
du désespoir, sera stoppé et ramené presque au point de départ après des mois de
résistance surhumaine. Cette bataille historique ne peut être dissociée de l’offensive
française sur la Somme, en juin, car cette dernière aura permis de gagner à Verdun.
L’année 1917 sera marquée par deux événements d’une importance extrême qui
marqueront le tournant de cette guerre :
- L’entrée en guerre des Etats-Unis d’Amérique.
- La révolution bolchevik en Russie.
Sur le terrain, l’année 1917 sera aussi l’année trouble. Le plan du Général Nivelle
sera un échec et une fois de plus une hécatombe. Car les discussions entre les chefs
militaires et le gouvernement traîneront et compromettront la discrétion des
opérations.
La situation est devenue critique dans les tranchées, le froid glacial immobilise
les troupes. Le char qui faisait son apparition était trop lourd, lent et mal employé, ce
sera un échec à Juvincourt. Devant
cet échec, la colère des soldats et des parlementaires grandira. Nivelle sera
remplacé par Pétain.
Pétain relèvera le moral des troupes par : une alimentation meilleure, des
permissions régulières, des relèves permanentes des troupes et des visites aux unités
sur le terrain.
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II- LA FIN DE LA GUERRE :
Foch prendra alors le commandement de l’ensemble des forces et conduira les
armées alliées vers la victoire par une guerre de mouvement sur l’ensemble du front
entre Reims et Amiens. La grande offensive alliée se terminera le 11 novembre 1918.
L’armistice du 11 novembre 1918 marquera la fin de la guerre. Mais si la France a
gagné la guerre, elle perdit la paix.
III- LES ENSEIGNEMENTS A TIRER :
31- Les grands changements :
- Sur le plan matériel :
Des armes individuelles et collectives nouvelles.
Evolution des canons d’artillerie (de 75 à 400 m/m).
Apparition d’armes nouvelles, canon de 37 m/m à tir direct,
grenade, mortier…
Emploi des gaz : ypérite…
Emploi du lance-flammes…
Evolution de l’emploi de l’aviation qui sera un élément décisif
dans la guerre.
- Si les matériels évoluent, leurs principes d’emploi changent aussi :
De l’offensive, déployée sur tout un front, on passe à l’attaque
d’objectifs limités.
Organisation des lignes de défense dans la profondeur.
Création d’unités d’intervention chargées de briser l’élan ennemi.
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32- Les points forts :
La logistique sera organisée dès 1915 et connaîtra son apogée lors
de la bataille de Verdun.
Les pertes étant importantes (1 mort pour 4 blessés), un effort
considérable sera fait sur les moyens de secours.
Un atout essentiel qui se prolongera pendant toute la guerre est
celui de la maîtrise des mers. Grâce à cet acquis, les
approvisionnements seront assurés pour permettre d’alimenter les
industries de guerre et surtout pour permettre l’acheminement des
renforts en troupes venues de partout.
Enseignements d’ordre politique et géopolitique :
Le but des Alliés était de mettre les vaincus hors d’état de nuire et leur interdire
toute hégémonie sur le reste du monde. Les traités de Versailles, de Saint-Germain,
Trianon, Neuilly et Sèvres ne contenaient en fait que d’innombrables germes de
conflits.
Ainsi, loin de fortifier l’Europe, le tracé des frontières, la multiplication des
petits Etats en accroissait la faiblesse des proportions considérables. Par contre, deux
nouvelles forces émergeaient :
Les Etats-Unis d’Amérique sur le plan économique.
La Russie sur le plan idéologique, car le communisme allait se répandre dans le
monde.
52
CONCLUSION
Ainsi, en sortant de la galerie des glaces du château de Versailles, les
plénipotentiaires alliés laissaient libre cours à leur optimisme. Qui penserait alors,
que les traités, loin d’assurer la paix aux peuples, leur fourniraient, vingt ans plus
tard, tous les ingrédients pour déchaîner une nouvelle guerre ? En effet, la deuxième
guerre mondiale y puisera ses origines. De plus, la crise économique qui secouera
très durement l’Europe, sera un terrain propice pour les idées communistes,
nationalistes et surtout fascistes.
La guerre des tranchées s’est donc terminée en mars 1918. A près trois années
et demi de combats acharnés… Mais que de morts, de blessés, de cauchemars. Si le
défilé du 14 juillet 1919 marque l’euphorie de la victoire, il serait difficile d’oublier…
Ce sera pour cette raison qu’entre les deux guerres, la Mittel Europa explosera sur
les cendres du traité de Versailles et que la France encore marquée par cette terrible
guerre se renfermera sur elle-même.
53
L'OFFENSIVE ALLEMANDE MAI 1940
INTRODUCTION
La seconde guerre mondiale a souvent été décrite comme une guerre totale. Bien
qu’elle ait commencé sous forme d’un conflit relativement restreint, entre alliés
franco-britaniques et l’Allemagne à propos du sort politique de la Pologne, au début
de septembre 1939. Elle s’est étendue graduellement en impliquant pays après pays.
Encore plus que la première guerre mondiale, le conflit de 1939 à 1945 toucha tous les
aspects de la société humaine.
I - LES ORIGINES DE LA GUERRE :
Pendant la période d’entre deux guerres, de nombreux pays vont choisir la voix
du nationalisme-fasciste comme idéal politique. Ces dictatures militaires vont
installer à nouveau l’Europe sur une poudrière, et ce malgré les efforts des
démocraties qui veulent maintenir la paix coûte que coûte.
L’Allemagne avait été vaincue à l’issue du premier conflit mondial. Des mesures
avaient été prises par les vainqueurs (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis) pour
éviter de nouvelles entreprises d’expansion et de domination de sa part.
Hitler regroupera tous les mécontents autour de son parti le « National
Socialisme ». Il développera l’idée que le nationalisme trouvera sa justification dans
la suprématie de la race. En 1929, son parti atteindra une puissance redoutable. Il
deviendra chancelier puis Président du Reich le 2 août 1934. Il entreprit quelques
coups d’éclats qui ne rencontrèrent qu’une timide protestation de la part de la France
et de l’Angleterre. Le 13 janvier 1935, la Sarre fut rattachée à l’Allemagne. Le 1er
mars, il rétablit le service militaire. En 1936, il annexa la Tchécoslovaquie par le
Traité de Munich et signa un pacte de non agression avec la Russie. Vient par la suite
l’invasion du Danemark et de la Norvège. L’Europe s’installe alors dans une nouvelle
guerre qui prendra une dimension mondiale.
54
II- L’OFFENSIVE ALLEMANDE DE MAI 1940 :
Le 10 mai 1940, l’offensive longtemps attendue se déchaîna à l’Ouest.
21- Les plans et les rapports de forces :
Alliés : le commandement allié établit un front défensif continu à
l’Est (frontière Suisse) et à l’Ouest (de la Meuse jusqu’à la Mer du
Nord).
Allemands : la manœuvre revêtait la forme d’un double
enveloppement et comprenait deux attaques profondes (l’une vers
Bruxelles, l’autre vers Chimay).
les forces en présence : la France alignera 11 Divisions auxquelles
s’ajouteront 10 Divisions anglaises rejointes par 22 Divisions belges et
12 Divisions hollandaises dès le 14 mai. L’Allemagne amassera sur le
front ouest 140 Divisions dont 12 blindées.
Les Alliés aligneront 2000 chars entre la Manche et Sedan contre 2600 pour
l’Allemagne.
22- Les combats du Nord :
L’offensive allemande fut déclenchée le 10 mai à 1 h 30 mn du matin. Elle fut
précédée par des attaques aériennes contre les terrains d’aviation alliés et par des
opérations de parachutage. Les colonnes blindées allemandes foncèrent à travers la
Hollande, l’Est de la Belgique et le Luxembourg.
23- La campagne de France :
Au Sud, secteur essentiel de l’offensive, le plan Manstein avait été appliqué.
Trois groupes blindés avaient traversé le massif boisé des Ardennes. Les
bombardements de la Luftwaffe, les piqués des Stukas avec sirènes, hurlements et
mitraillages avaient provoqué parmi les soldats des divisions de réservistes, une
hallucination collective qui s’était traduite en de nombreux points par un « sauve qui
peut ».
55
L’effondrement des armées alliées en mai 1940 s’accompagna en Hollande, en
Belgique et en France, d’une débacle civile dont l’histoire offre peu d’exemples. La
bataille de France s’engageait, elle durera quelques jours. Pétain signera l’armistice le
17 juin 1940.
III - LES ENSEIGNEMENTS A TIRER :
31 – Les grandes divergences :
La plupart des spécialistes et des généraux allemands estimaient incontestable
la supériorité des armes alliées qui paraissaient comme une arme improvisée. Du côté
des Allemands, l’armée était moderne et commandée par des officiers jeunes,
dynamiques et motivés.
32 – Les raisons de l’échec français :
L’Etat-Major français avait ignoré les leçons de la campagne polonaise. Il s’en
tenait aux théories défensives, héritées de la guerre de position.
Sur le plan tactique, l’engagement d’une force de manœuvre alliée était une
bonne chose encore aurait-il fallu que les Etats-Majors alliés aient pris contact entre
eux avant la guerre pour faciliter l’application des plans de manœuvre. La neutralité
des Belges et des Hollandais aura été une énorme erreur politique et stratégique.
CONCLUSION
Les leçons des premiers combats de l’année 1940 ont mis en évidence la
supériorité stratégique de l’Allemagne et la pénible déroute des armées alliées.
Weygand déclarera « la France a commis l’immense erreur d’entrer en guerre en
n’ayant ni matériel, ni la doctrine militaire qu’il fallait ». Depuis 1933, les
gouvernements successifs et les Etats-Majors français n’avaient pas su tirer les
leçons de ce qui se passait en Europe Centrale, en Italie ou en Espagne.
La surprise de l’offensive du 10 mai 1940, renversait les lignes de défense
alliées et en juin 1940, l’armistice était signé à Rotondes près de Compiègne. Peu de
français réalisaient que le pays allait payer chèrement l’arrêt des combats.
Cependant une poignée d’hommes ne se résignait guère et décida de poursuivre la
lutte ; le Général Charles De Gaule à leur tête.
56
LA 2° GUERRE MONDIALE LA
GUERRE DES MOUVEMENTS
INTRODUCTION
Le second conflit mondial mobilise presque tous les pays du globe. Il débute en
Europe par une série d'offensives qui permettent à l'Allemagne de conquérir un
certain nombre de pays. Il devient mondial avec l'entrée en guerre de l'URSS, du
Japon et des Etats-Unis. Toutefois, contraints et forcés à se défendre, les pays alliés
ont repris l'offensive jusqu'à la victoire finale sur les dictatures.
I- LA MONTEE DES PERILS ET LA CONQUETE DE L'EUROPE.
La seconde guerre mondiale découle des initiatives agressives de l'Allemagne
nazie et de l'impuissance des démocraties occidentales à juguler la montée des périls.
En 1939, « la wermacht » envahit la Tchécoslovaquie tandis qu'Hitler conclut un
pacte de non agression avec Staline.
En septembre de la même année, l'Allemagne et l'URSS envahissent la Pologne,
suite à quoi, La France et l'Angleterre réagissent en déclarant la guerre à l'Allemagne
qui entreprend alors une guerre «éclair» triomphale vers l'Ouest et écrase l'armée
française en mai 1940.
Hitler ne parvient pas à faire soumettre l'Angleterre qui résiste après six mois
d'affrontements acharnés.
II- L'EXTENTION DU CONFLIT AU DELA DE L'EUROPE.
En 1941, l'Allemagne, rompant le pacte de non-agression, envahit aussi l'URSS
(opération BARBAROSSA) et lui fait subir de lourds pertes. Ainsi la guerre s'étend
au-delà de l'Europe. A la fin de l'année 1941, le Japon poursuivant son expansion
dans le Pacifique, bombarde les cuirassés américains à « Pearl Harbor », ce qui
provoque l'entrée en guerre des Etats-Unis. Le camp allié se renforce et se structure,
marquant ainsi un tournant de la guerre.
57
A partir de 1942, commence une guerre totale, qui tourne cette fois à l'avantage
des Alliés.
III- LES CONTRE-OFFENSIVES DES PAYS ALLIES.
D'abord, les victoires américaines de Midway et de Guadalcanal dans le
pacifique et le revers infligé aux Allemands par l'URSS à Stalingrad commencent à
faire plier les forces de l'axe Berlin - Rome et Tokyo.
Ensuite, après le débarquement allié en Afrique du nord, le processus de
libération de l'Europe commence d'abord en Italie en 1943, et connaît une étape
décisive lorsque les troupes alliées débarquent en Normandie le 6 juin 1944, puis en
Provence.
Le 8 mai 1945, l'Allemagne capitule, cernée par la progression des troupes
alliées, mais dans le Pacifique, les combats font rage jusqu'à ce que Hiroshima et
Nagasaki aient été détruites par les premières bombes atomiques de l'histoire. Le
Japon capitule à son tour le 15 août 1945.
IV- ENSEIGNEMENTS A TIRER :
41- Les grandes divergences
411- Rapport de forces
L'infériorité de l'armement alliée était due au vieillissement des machines face à
la nouvelle technologie allemande en matière d’armement. L'armée Allemande était
moderne et commandée par des officiers jeunes, dynamiques et motivés.
412- Le principe de « la guerre éclair »
Le secret des victoires terrestres allemande de 1939-1942 consiste à paralyser
l'ennemi au moyen de colonnes blindées rapides appuyées par l'aviation. Les troupes
qui suivaient les chars réduisaient les poches de résistance. Cette même tactique fut
reprise par les Alliés lors de la percée en Normandie en 1944.
58
42- Les nouvelles techniques.
421- L'emploi massif de l'aviation
L'aviation allemande trouvera sa vraie grandeur dans l'offensive. Mais la grande
nouveauté était la création des troupes parachutistes.
422- L'emploi des blindés.
L'emploi des chars au sein d'un corps unique, puissant et rapide est ancienne,
mais Hitler concrétisa cette idée.
423- Autres techniques.
o L'utilisation des véhicules amphibies et des canots pneumatiques
pour franchir les coupures.
o L'utilisation du radar.
o Les agents infiltrés.
CONCLUSION
Les démocraties ont montré qu'elles étaient capables sur le plan stratégique, de
résister à toute agression et de vaincre. Toutefois, le bilan de la 2° guerre mondiale
fut catastrophique sur tous les plans; particulièrement humain, économique, social
et politique. La fin de cette guerre a donné naissance à un genre nouveau de conflit
appelé « guerre froide »
59
LA BATAILLE DE MONTE CASSINO
INTRODUCTION
Le deuxième conflit mondial éclata en 1939 en Europe, mettant en prise
l’Allemagne et l’Alliance franco-britanique, mais ce conflit se généralisa ensuite,
touchant presque toutes les nations du globe. Ceci implique, plus que les conflits
précédents, la mobilisation de la totalité des ressources humaines et économiques des
nations engagées.
L’Allemagne, pays sorti vaincu à l’issue du premier conflit mondial, juge que le
Traité de Versailles imposé n’était qu’un diktat inadmissible, se lança alors dans une
politique d’expansionnisme, visant à conquérir de nombreux territoires européens.
L’objectif stratégique des Alliés est de libérer l’Europe de l’occupation et de
l’idéologie nazies. La libération de l’Europe va donc se faire à travers la campagne de
l’Italie.
Devant la stratégie alliée, la tactique allemande reposait sur une défense mobile,
s’appuyant sur des lignes de terrain successives présentant un paysage impénétrable.
La ligne de défense ferme appelée « ligne Gustav » passe par Monte Cassino devenant
alors le point névralgique des attaques alliées au début de l’année 1944.
Comment donc s’est déroulée cette bataille ?
La bataille de Monte Cassino fut certainement l’une des plus acharnées et des
plus meurtrières de la Deuxième Guerre Mondiale. Quatre tentatives alliées,
destinées à faire sauter le verrou de la ligne Gustav qui commandait la route de
Rome, marquèrent cette bataille de janvier à mai 1944 où la quatrième bataille fut
couronnée de succès grâce à l’exploit du Corps Expéditionnaire Français constitué en
majorité par des Troupes Marocaines.
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Pour mettre en valeur le bien fondé de cette thèse, une étude du cadre général de
la bataille nous expliquera le pourquoi des échecs des attaques frontales alliées avant
de révéler le plan Juin qui finalement couronnera le succès allié lors de la quatrième
bataille du printemps 1944.
I - CADRE GENERAL DE LA BATAILLE :
En vue de maintenir les opérations en Méditerranée et ouvrir plus d’un front
contre les forces de l’axe, les Alliés mettent sur pied des unités à même de s’adapter
au milieu difficile de la botte italienne pour remporter la décision.
11- Les raisons de la campagne d’Italie
La progression alliée depuis la Tunisie vers la Sicile et le Sud d’Italie semble
logique et inévitable. Rome était le premier objectif d’importance non seulement pour
des raisons politico-militaires mais également pour des raisons psychologiques.
Ainsi, plus d’une raison justifie le lancement de la campagne d’Italie en vue de
repousser l’expansionnisme nazi et fasciste et ouvrir plusieurs fronts contraignant les
Allemands à disperser leurs forces et par conséquent hâter leur affaiblissement.
Cependant, la bataille de Monte Cassino s’avérait ne pas être une mission facile,
compte tenu des difficultés que présentait le milieu de la Péninsule.
12- Les forces en présence :
- Forces alliées :
8° Armée (à base de 4 Divisions britanniques et une canadienne)
5° Armée (4 Divisions américaines et 3 anglaises)
1 Corps Expéditionnaire Français, formé à base de troupes
africaines de 8 Divisions (françaises, marocaines et algériennes)
- Forces adverses :
14° Armée de réserve.
10° Armée (portée à 12 Divisions par un renfort de trois Divisions)
61
Ainsi, le rapport de forces a été estimé à trois contre un en effectif en faveur des
Alliés. Cependant, la puissance de feu allemande était dix fois supérieure. Décidés à
faire sauter le verrou de la ligne Gustav, les Alliés lancèrent trois attaques frontales
sans atteindre leurs objectifs escomptés.
II- ECHEC DES ATTAQUES FRONTALES ALLIEES :
A partir du 15 janvier 1944, la ligne Gustav fut atteinte par les forces alliées sur
toute sa longueur et c’est ainsi que commença une série de tentatives en vue de
prendre Monte Cassino qui commandait la route de Rome, mais l’offensive entamée
par l’armada alliée depuis le débarquement ne réussit point. L’obstacle est vraiment
de taille.
21- Première bataille de Monte Cassino :
Cette bataille amorce une série d’attaques frontales, d’un caractère meurtrier
mais sans que les Alliés n’aient des avances notables sur le terrain. Un premier bilan
faisait état de 2000 morts. Ce premier échec où l’offensive s’accompagne de combat
d’une âpreté sans précédent a donné à cette tentative sa tragique célébrité. Ce qui n’a
pas empêché les Alliés de préparer une seconde action.
22- Deuxième bataille de Monte Cassino :
En mars 1944, les Alliés modifièrent leur plan et orientèrent la deuxième
offensive du 25 janvier au 18 février sur la ville de Cassino.
L’attaque débuta à l’aube dans un magnifique élan, deux bataillons du 4°
régiment de tirailleurs tunisiens franchissent les premières lignes de défense
allemande, traversent les eaux glacées du Secco et abordent les pentes abruptes et
rocailleuses du Belvédère. A l’issue de leur offensive, les Tunisiens, exténués, étaient
relevés, et épuisés. Le régiment avait perdu 1372 hommes entre tués, blessés et
disparus. Soit plus des deux tiers de son effectif.
62
Malgré cette malheureuse tentative, les Etats-Majors alliés ne renoncèrent pas et
se sont ingénié à briser la ligne Gustav, mais le mauvais temps stoppe toute opération
d’envergure jusqu’au 15 mars, date d’une troisième tentative alliée.
23- Troisième bataille de Monte Cassino :
La troisième bataille fut remarquable en ce sens que ce fut la première grande
bataille au cours de laquelle les Alliés engagèrent des chars.
Le rythme des opérations qui commençaient en mars 1944 devait s’accélérer.
Elles consistaient en des attaques aériennes massives sur les cols, les ponts, les trains
de marchandise et les colonnes motorisées de ravitaillement. Le but était d’isoler les
troupes au combat des arrières, de les démoraliser et de les affaiblir en conséquence.
Cependant, le commandement allemand avait profité de l’hiver pour accumuler près
du front les approvisionnements nécessaires pour un séjour prolongé.
Il est à noter que jusqu’au mois d’avril, la lutte pour Cassino était devenue une
petite bataille de Verdun, dans laquelle chaque élément de tranchée, chaque pan de
mur sont farouchement disputés. Mais la ligne Gustav demeure impénétrable, l’accès
à la vallée de Liri reste interdit et la route de Rome fermée.
Les échecs cuisants et répétés dus aux attaques frontales sans issue permirent au
plan du Général Juin d’être enfin pris en considération.
III- SUCCES ALLIE DU PRINTEMPS 1944 :
A la lumière des expériences vécues par les forces alliées durant la campagne
d’Italie où les attaques frontales sont toutes vouées à l’échec, le nouveau plan du
Général Juin prend le devant de la stratégie alliée.
31- Le plan du Général Juin :
Ce plan paraît plutôt audacieux, puisqu’on ne peut passer par le fond de la vallée
sans se heurter au Mont Cassin, ne vaut-il pas mieux de détourner ce goulot par une
manœuvre de débordement par le Sud.
63
32- L’exploit du C. E. F et son rôle dans le succès des alliés :
L’exploit du Corps Expéditionnaire Français a bien marqué la bataille de Monte
Cassino et a mis en valeur la combativité des troupes marocaines constituant ce
Corps.
Dans le secteur du C. E. F , les dès étaient déjà jetés. Pendant la nuit du 11 au 12
mai, le Général Juin avait déclenché une attaque mordante contre les positions
allemandes sur le cours supérieur de Garigliano. Au cours de la même nuit, la 2°
Division d’Infanterie marocaine, fer de lance de l’attaque, s’est emparée du Mont
Faito, site d’une grande importance tactique et le Mont Maio, pilier sud de la porte de
Rome. Ce succès avait favorisé aussi les actions des autres forces qui devaient
franchir la coupure du Garigliano pour progresser dans la vallée de Liri.
Devant le développement de la situation, les Allemands se trouvèrent dans
l’obligation de jeter sans délai, toutes leurs réserves.
33- Victoire des Alliés et la marche sur Rome :
La percée de Cassino ouvrait la route de Rome à partir du 19 mai, les Alliés
pouvaient reprendre leur marche en avant. Rome fut effectivement prise au début de
juin malgré les actions retardatrices menées avec obstination par un ennemi qui ne se
résignait pas à s’avouer vaincu. Cassino était tombée le 25 mai 1944, pourtant cette
victoire avait coûté très cher aux Alliés, particulièrement en vies humaines.
IV- ENSEIGNEMENTS A TIRER :
Une grande particularité qui a marqué cette bataille est, d’une part,
l’engagement massif des forces sur un terrain inhospitalier, affrontant un hiver long
et très dur, d’autre part, les plans des manœuvres alliés envisageant des attaques
frontales n’ont, du moins pour les trois premières, pas abouti. Donc, les
enseignements à tirer de cette série de batailles sont liés aux forces en présence et
l’utilisation des moyens, à la doctrine d’emploi des forces de manœuvre et aux chefs
militaires.
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41- Rapport de forces :
Les forces alliées : 300 000 hommes.
Les forces allemandes : 100 000 hommes.
Ce constat montre qu’il s’agit d’un rapport de forces de trois contre un, mais il
fallut trois mois et quatre opérations aux Alliés pour qu’ils arrivent à s’emparer du
Monte Cassino afin d’ouvrir la route de Rome.
42- Doctrine d’emploi des forces de manœuvre :
Echec de toutes les attaques frontales et des tentatives de
débarquement par voie maritime, notamment à Anzio où le chef
militaire n’arriva pas à piéger les troupes allemandes qui lui faisaient
face.
Bombardement du Monastère de Monte Cassino, destruction qui a
permis aux Allemands d’en faire une forteresse.
43- Chefs militaires :
Bref succès lors du débarquement d’Anzio, mais la peur et le
manque d’initiative renversent la situation au profit des Allemands.
L’entêtement de deux officiers généraux en faveur des attaques
frontales à Monte Cassino.
Le Général Juin, partisan d’un long débordement, dont le plan
n’est pris en considération qu’à la quatrième bataille de Cassino.
Au départ des Généraux Eisenhower et Montgomery, appelés à
préparer l’opération « Overlord », bon nombre de troupes et
d’équipements (notamment du matériel amphibi), sont réquisitionnés
pour le futur débarquement en France.
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CONCLUSION
La campagne d'Italie, menée par les Alliés de 1943 à 1945 en vue de la
reconquête de l'Europe Centrale, était marquée par la bataille de Cassino qui a mis
en jeu d'énormes forces terrestres, aériennes et amphibies alliées.
Evoluant sur un terrain inhospitalier marqué par un relief prédominant,
entaillé de vallées profondes, les forces alliées ont engagé de coûteuses offensives
frontales et mirent de longs mois pour forcer le verrou de Cassino, après la 4°
tentative qui fut décisive.
La victoire fut possible grâce aux capacités de mobilisation humaines et
industrielles des forces de la grande alliance. Elle se caractérisa aussi par les
capacités manœuvrières des combattants du C. E. F , constitué alors de soldats issus
des colonies : Spahis algériens, Tabors marocains et tunisiens.
L'on peut juger que cette bataille, malgré les répercussions très lourdes qu'elle
a engendrées sur le plan moral et politique, a finalement libéré l'Europe et peut-être
le monde d'une idéologie fasciste.
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LE DEBARQUEMENT EN NORMANDIE
INTRODUCTION
En septembre 1939, pour réaliser sa politique d'expansion, Hitler attaqua la
Pologne. L'Angleterre et la France lui déclarèrent la guerre. La supériorité militaire de
l'Allemagne lui permit d'assurer rapidement sa domination sur la majeure partie des
territoires européens. Elle écrasa la Pologne en trois semaines (septembre 1939),
occupa le Danemark et la Norvège, attaqua la France qui signa un armistice le 25 Juin
1940.
Maître de l'Europe du Nord, maître de la France, allié de l'Italie et profitant de la
neutralité russe (pacte d'Août 1939), Hitler occupa les Balkans.
Les forces alliées, en majorité américaines et anglaises devaient agir vite et en
force pour mettre fin à la progression des forces de l'axe. Le plan d'ensemble des
Alliés comportait la mise hors d’état de nuire de l'Allemagne-Italie d'abord, et du
Japon ensuite.
Au début de 1944, cette action a déjà commencé en Russie et en Italie. Il s'agit
de l'entreprendre à l'Ouest grâce au débarquement en Europe occidentale. Aussi
peut-on se demander sur le but, le lieu de ce débarquement et sur les facteurs qui
ont contribué à sa réussite ?
Face à l'occupation allemande et la défense ferme de l'Europe occidentale, le 6
Juin 1944 commença le débarquement des forces alliées, partant du Royaume-Uni,
sur les côtes Normandes, en vue d'assurer des têtes de pont d'où pourront être
développées, ultérieurement, des actions offensives. L'action menée par une armada
a réussi grâce à une préparation minutieuse, à la supériorité aérienne et navale, à
l'emploi des techniques révolutionnaires et aux grandes manoeuvres de déception.
67
Pour étayer cette thèse, sera décrite tout d'abord la situation qui prévalait en
Europe de l'Ouest avant le 6 Juin, ensuite relatés les différents préparatifs qui
ont précédé le débarquement, et enfin sera mis en lumière le débarquement
proprement dit avant de tirer les enseignements découlant de cette grande et
mémorable opération.
I - SITUATION GENERALE :
1- les forces en présences :
Les troupes d'occupation des ouvrages et de défense immédiate sont souvent de
qualité médiocre. Cependant, les troupes de réserve sont toutes de bonne ou
d'excellente qualité. Voici la composition et la répartition de ces forces :
Forces allemandes
- Groupe d'Armées G, commandé par BLASKOWITZ se trouvant au sud de la
Loire et comprenant :
1ère Armée commandée par VON Chevallerie.
19ème Armée commandée par SUDENSTERN.
- Groupe d'Armées B commandé par ROMMEL se trouvant entre la Loire et les
Pays-Bas et comprend :
83ème Corps d'Armée stationné aux Pays-Bas.
15ème Armée commandée par VON SALMUTH, de la frontière
belge à laSeine.
7ème Armée (DOLLMAN) comprenant :
84ème Corps d'Armée (Marks) de la Seine à la Sélune.
Deux autres Corps d'Armée en Bretagne.
Le 2ème Corps d'Armée parachutiste (Meindl) en réserve d'Armée.
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- Réserves de l'OKW (ces unités sont à la disposition exclusive d’ Hitler).
1er Corps d'Armée SS blindés (à 3 Panzerdivisioner n°1, n°12,
n°17).
La Panzer Lehr, Division blindée d'instruction.
La 2ème Panzer SS Das Reich, arrivant du Sud-Ouest.
Forces alliées :
Le Général EISENHOWER est le commandant en chef des forces alliées,. Il
dispose du 21ème Groupe d'Armées commandé par MONTGOMERY et comprenant 2
armées. La 1ère Armée américaine et la 2ème Armée britannique.
La 1ère Armée US commandée par BRADLEY comprend :
Le 7ème Corps d'Armée US commandé par COLLINS.
Le 5ème Corps d'Armée US commandé par GEROW.
La 2ème Armée britannique commandée par DEMPSY comprend :
Le 3ème Corps d'Armée britannique commandé par HORROKS.
Le 1er Corps d'Armée canadien commandé par CREAR
Trois Divisions aéroportées étaient désignées pour participer à cette bataille : La
82ème, la 101ème U.S et la 6ème britannique.
En plus des forces terrestres, les deux antagonistes disposaient de forces
aériennes et navales.
La grande faiblesse allemande ne réside pas dans l'insuffisance des troupes
terrestres, mais dans celles de la marine et l'aviation.
La flotte allemande de surface est une force infime face à l'armada alliée. La
flotte sous marine est à peine plus importante. En réalité l'aviation est presque aussi
complètement anéantie que la marine allemande. L'estimation de la supériorité
anglo-américaine est de 50 contre 1 selon les Allemands et de 15 contre 1 selon les
Alliés. La 3 ème Division de chasse est d'ailleurs maintenue à METZ. C'est seulement
au moment du débarquement qu'elle devrait venir se baser sur les terrains de l'Ouest.
69
II - PREPARATIFS DU DEBARQUEMENT :
21- Choix des zones de débarquement :
Le choix du débarquement va être déterminé par des considérations techniques :
- Aériennes : Pour que la chasse des forces alliées, destinée à couvrir l'opération
depuis les aérodromes anglais, ait la supériorité, il faut que l'opération soit bien à
proximité de ses bases.
- Navales : La côte choisie doit permettre un débarquement sans grandes
difficultés. Or, de la Somme à la Seine il y a des falaises à pic. Restent donc deux
secteurs : De la Seine au Cotentin et de la somme au Rhin (flandres notamment).
- Terrestres : Le secteur des Flandres pour les Allemands est le mieux défendu et
le plus surveillé. La surprise n'y jouera pas. En outre, la côte est basse, la mer peu
profonde, les gros navires de guerre y seront mal à l'aise pour appuyer de leur
artillerie les premiers éléments débarqués.
22- Matériel :
Un total de 130 000 hommes et 20 000 véhicules constituèrent les trois
premières marées (dont 50.000 hommes et 7000 véhicules dès la 1ère vague
d'assaut). Pour assurer le transport de cette vague d'assaut, les Alliés durent
rassembler une flottille impressionnante. Ces forces navales commandées par
Ramsay comprenaient 6 cuirassés, 23 croiseurs, 104 destroyers, 152 navires d'escorte,
4 monitors, 5000 navires divers (chalands de débarquement, navires marchands,
dragueurs de mines, chalutiers, navires auxiliaires...etc).
Pour entretenir une grande armée en opération, des installations protégées sont
nécessaires à bref délai. Une solution consiste à s'emparer d'un grand port dès les
premiers jours. Une autre solution consistait en la création de 2 ports artificiels l'un à
Ammoranches dans la zone de débarquement britannique et l'autre à Vierville dans la
zone Américaine.
70
III- DEBARQUEMENT :
La minutieuse planification nécessaire à la réalisation de cette gigantesque
entreprise était soumise à une incertitude majeure égale à celle de la météorologie.
Le début de juin fut beau mais les pronostics pour le 5° jour étaient
défavorables. Le débarquement fut retardé jusqu'au 6. Les Allemands de leur coté,
rassurés par le mauvais temps, baissèrent leur garde de façon sensible.
- Phase aéronavale :
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, une flottille de dragueurs, accompagnés de
dizaines de petits bâtiments de combat avaient déminé des chenaux et les avaient
jalonnés de bouées. Derrière les bâtiments dragueurs venaient les bâtiments de
débarquement, puis les bâtiments armés, chargés de participer à la préparation sur
les défenses de la côte, enfin les navires portant les éléments à débarquer en second
échelon. A Sainte MERE Eglise, bien avant que le premier engin d'assaut des forces
de mer est mis à l'eau, la bataille s'était déjà engagée et les éclaireurs des forces
américaines et britanniques été largués pour jalonner les zones d'atterrissage des
troupes aéroportées.
La 101ème Division américaine avait été minutieusement préparée. A l'aube, elle
ne comptait que 1100 hommes sur les 6000 largués. En fin de journée, 1400 hommes
seulement les avaient rejoint. La 82ème division U.S réussit à atterrir relativement
prés de l'objectif désigné (Saint-Mère-Eglise) et c'est elle seule qui assuma la charge
de l'opération aéroportée.
Les combats livrés par les deux divisions au cours de ce premier jour prirent
donc un caractère décousu, fragmentaire, dont il est difficile d'établir l'histoire et
d'apprécier l'efficacité. Mais la confusion chez l'ennemi ne fut pas moindre, et par
moment, frisa l'affolement.
Devant les plages attribuées aux Anglais, l'approche a été plus tardive. Les
transports se sont avancés jusqu'à 7 miles de la côte.
A Deanville, les coups venant de l'artillerie allemande en position au Nord de
l'Estuaire de la Seine empêchaient le débarquement.
71
Caen n'a pu être atteint et ne le sera pas avant plusieurs semaines. En outre le
commandement allemand restera plusieurs jours avant de se rendre compte qu'il
avait devant lui, en Normandie, l'effort principal des alliés. Il hésitera à dégarnir le
secteur situé au Nord de la Seine. Ce retard sera une lourde faute.
Le débarquement en Normandie s'était achevé avec réussite. Au cours de cette
opération, 261 navires avaient été endommagés, plus de 600 bâtiments avariés ou
détruits par le mauvais temps.
V - ENSEIGNEMENTS A TIRER :
51- La logistique :
Les projets logistiques et leur exécution furent d'une importance capitale pour le
succès de l'assaut des troupes alliées sur les plages de Normandie, leur réussite est
due à :
- La sélection des plages.
- Le volume et la répartition des forces de débarquement.
- Le calcul du nombre et du type de navires, de véhicules de débarquement
et d'assaut.
- Le plan de rassemblement et la mise sur pied de la logistique.
- La procédure d'embarquement des soldats et de leur équipement ainsi
que le chargement du ravitaillement, des munitions, des explosifs et des
véhicules dans les navires, et les bâtiments d'assaut.
- Les plans pour ouvrir des brèches dans le mur de l'Atlantique en tenant
compte des marais et l’établissement des voies de sécurité pour permettre
aux navires d'assaut d'atteindre la plage et de débarquer les hommes et les
matériels.
- Le développement, les essais et la production de nouveaux équipements
militaires de véhicules militaires.
72
52 - La Conservation du secret :
- Le souci de protection et de conservation du secret a été poussé à un point
inconnu jusqu'alors. Le débarquement aurait échoué si les Allemands avaient pu
percer à l'avance le secret du lieu de débarquement. La surprise était un facteur
déterminant dans la réussite du débarquement.
53 - La Surprise :
- Tous les éléments de surprise avaient été réunis :
Manoeuvre de déception de grande ampleur.
Choix d'un débarquement initial diurne à basse mer, surprise
d'ailleurs renforcée par les mauvaises conditions météorologiques.
CONCLUSION
Le débarquement en Normandie, effectué le 6 juin 1944 a ouvert une brèche
importante dans le dispositif de défense allemand et permis d’agrandir des têtes de
pont en profondeur en appui aux actions offensives des Alliés. Leur flotte avait
repoussé les attaques en mer et surmonté la résistance au débarquement. La
victoire était due d'abord à la supériorité aéronavale mais aussi à une organisation
admirable des plans de débarquement et à la surprise dans l’action.
73
LA GUERRE DU PACIFIQUE
INTRODUCTION
Le Japon pays du « soleil levant » est un archipel volcanique des terres
cultivables, dont le sous sol n’offre aucune richesse minière. Il dépend entièrement du
monde extérieur pour son approvisionnement notamment pour les matières
stratégiques, telles : le pétrole, le fer, Le nickel et le zinc. Conscient de cette lacune
majeure, le Japon a pris la décision politique pour développer à outrance sa marine et
son aviation pour assurer la sécurité de ses approvisionnements et surtout garantir la
sécurité de ses routes maritimes. Cette stratégie a été renforcée par l’arrivée au
pouvoir de l’institution militaire du Général «Tojo» nommé premier ministre.
Ainsi, le Japon attaqua « la Mandchourie » et créa le «Mandchoukou» en 1932. Cette
affaire provoqua le mécontentement de Washington. Le Japon réagit et quitta la S
.D .N en 1933. En 1934, toute la façade maritime de la Chine est conquise, ce qui
provoqua plusieurs incidents avec les représentants des puissances occidentales.
Conscient de son isolement sur la scène internationale, le Japon se rapprocha de
l’Allemagne en 1940, puis signa avec ce pays un pacte leur garantissant une aide
mutuelle en cas d’agression par une tierce puissance. Le gouvernement américain
décida alors de réagir en bloquant les avoirs japonais et en déclarant un embargo
économique sur l’archipel. Le Japon durcit sa position vis à vis des Etats Unis, et
attaqua « Pearl Harbor » le 7 décembre 1941.
II- LES ATTAQUES JAPONAISES
Profitant de leur avantage ponctuel suite à l’attaque de « Pearl Harbor »,
l’Amirauté japonaise va développer l’essentiel de son effort vers le Sud : Les
possessions anglaises en Pacifique sont considérées comme premier objectif, à
savoir : HONG KONG, la Malaisie, Bornéo, Singapour. Le deuxième objectif majeur
de la conquête japonaise concerne les possessions américaines et particulièrement les
Philippines.
74
L’attaque commença par un bombardement massif des aérodromes suivit d’un
débarquement sur les côtes. Après les Philippines, c’est le tour de Java défendue par
les Hollandais qui capituleront le 28 février 1942.
Lors des conquêtes du Sud, l’Etat-Major nippon va développer une nouvelle
attaque au Sud-Est, visant à s’emparer de l’Australie. Pour ce faire, il fallait d’abord
assurer la maîtrise de la Mer de Corail et des îles Salomon. C’est là que va se dérouler,
étrangement, une bataille navale qui va changer les plans de l’Amirauté Japonaise.
Un mois après les événements de la Mer de Corail, où plusieurs bâtiments
nippons furent endommagés, l’Etat-Major de la marine japonaise changea de plan et
porta son effort sur le Pacifique central en direction des îles Hawaii où va se produire
la première défaite navale décisive des Japonais dans la bataille de Midway, le 7 juin
1942.
III- LES CONTRES OFFENSIVES AMERICAINES :
Après la débâcle de Midway, l’Amirauté japonaise orienta une deuxième fois son
effort vers le Sud-Est, notamment vers les îles Salomon où vont se dérouler des
combats à Gudalcanal, Santa cruz , Gendova , Tulagui et à Munda en Août 1943.
Les pertes sont énormes des deux côtés notamment en porte-avions et en équipages,
mais l’initiative des opérations bascula en faveur de la marine américaine qui va opter
pour deux plans jusqu’à la fin de la guerre.
1er plan : Conçu par l’Amiral Nimitz, commandant en chef de la flotte
américaine, ce plan consistait à foncer directement sur le cœur du Japon à travers
l’Océan sans engagement terrestre majeur, surtout que la maîtrise du ciel était
acquise.
2ème plan : Conçu par le Général Douglass Mac Arthur, le commandant en chef
des forces américaines en Pacifique, qui préférait reconquérir d’abord les archipels
perdus au début de la guerre en particulier les Philippines qu’il avait quitté trois ans
auparavant.
75
Le 29 Juillet 1945, les Présidents Truman, Churchill et Chang Kaïchek
envoyèrent au Japon un ultimatum de reddition inconditionnelle. Devant le refus
Japonais, les 6 et 7 Août 1945, les Américains larguèrent deux bombes atomiques,
l’une sur Hiroshima et l’autre sur Nagasaki . Devant l’ampleur des dégâts,
l’empereur HiroHito demanda la paix. La cérémonie de capitulation eut lieu le 2
septembre 1945 à bord du cuirassé le Missouri, sous l’œil vigilant du Général Mac
Arthur.
IV- LES ENSEIGNEMENTS A TIRER :
* Comme facteur de décision : IL a permis aux Américains d’être au courant des
intentions de manœuvre de l’Amirauté nippone, et ce dès la fin de 1942.
* Comme facteur majeur de cette guerre : le rôle prépondérant, sinon capital du
porte-avions comme moyen de projection de forces.
* Le rôle déterminant de la logistique, véritable nerf de la guerre. Pour les
« Marines » qui défendaient les Philippines, il fallait traverser 5000 Km pour Pear
Harbor et des semaines de navigation pour acheminer les renforts et les matériels. Et
c’était exactement la même chose pour les Japonais.
Enfin, le Japon a mené une politique militaire qui a abouti à sa destruction. Les
Américains sont sortis gagnant de la guerre, puis vont s’affirmer comme la 1ère
superpuissance du monde.
76
LE CONFLIT ISRAELO-ARABE GUERRES DE
1967 ET 1973
INTRODUCTION
Répartis dans le monde depuis la destruction de Jérusalem par les Romains en
70 après J.C, les Juifs rêvaient depuis toujours d’une patrie.
Les persécutions auxquelles ils furent soumis au 19ème siècle en Europe,
particulièrement les massacres de Russie et de Pologne, amenèrent un juif Hongrois
Théodore HERZEL à fonder un mouvement se donnant pour but la création d’un Etat
Juif en Palestine. Ce fut le sionisme (relatif à la colline de Sion à Jérusalem).
Depuis la déclaration en 1917 d’Arthur James BALFOUR, relative à la création
d’un foyer national juif, la migration juive en Palestine s’est accentuée.
En 1920, la Grande-Bretagne fut mandatée par la Société des Nations (S.D.N)
pour administrer la Palestine, afin de favoriser l’établissement d’un foyer national
pour les juifs qui y résident.
La période du mandat britannique fut marquée par de multiples conflits nourris,
de part et d’autre, par des nationalismes intransigeants, qui vont se muer en conflits
d’Etats à Etats lorsqu’en 1948, Israël proclama son indépendance en application du
plan de partage de la Palestine élaboré en 1947 sous l’égide de l’Organisation des
Nations Unis (O.N.U).
Suite à cette décision, la colère des Etats Arabes ne tarde pas à se manifester sur
le terrain, dès le lendemain de la déclaration d’indépendance. Le 15 mai 1948, les
troupes égyptiennes, syriennes, libanaises et celles de la Transjordanie envahissent le
nouvel Etat. Cette organisation concertée transforme en guerre les multiples actions
de guérilla qui ont eu lieu depuis 1947. Mais les Armées arabes sont défaites et
contraintes d’accepter un armistice en 1949.
77
En 1956, la nationalisation du canal de Suez par Gamel Abdennasser a engendré
la coalition de la Grande Bretagne et de la France pour aider Israël à déclencher la
guerre contre l’Egypte avec toutes les garanties de l’emporter. Ce qui provoqua la
guerre de 1956. L’arrêt des hostilités a été décrété par l’U.R.S.S et les U.S.A qui ont
contraint les pays de la coalition à se retirer du territoire égyptien. Ce climat de
tension a fait naître plusieurs crises et menaces ayant marqué l’histoire de cette
région.
Peut-on s’interroger sur les raisons qui ont légitimé ces deux guerres ?
Si la guerre de 1967 est due essentiellement au climat de tension engendré par
les précédentes guerres, celle de 1973 a été provoquée suite au non respect par Israël
de la résolution 242 de l’ONU relative au retrait inconditionnel des territoires
occupés. Le Bilan de ces deux conflits armés a été en faveur d’Israël.
Pour défendre le bien fondé de cette thèse, seront décrites dans ce
développement, les deux guerres avec leurs causes, leur déroulement et les
enseignements qui en sont tirés.
I- LA GUERRE DES SIX JOURS (1967) :
11- Causes :
Suite à l’accroissement du sentiment nationaliste arabe, et compte tenu de
l’unification Syro-Egyptienne et la sollicitude de l’aide de l’U.R.S.S pour s’équiper en
matériels modernes, les Etats-Unis et Israël s’inquiétèrent pour leurs intérêts
économiques, stratégiques et idéologiques. L’Egypte fut alors attiré vers une guerre
où ses forces seront détruites. Les conséquences en sont à l’origine de la guerre de
1967.
12- Déroulement :
121- Les opérations aériennes :
L’offensive aérienne a été lancée, en même temps que les opérations terrestres,
par Israël le 5 juin 1967 vers huit heures du matin, avec pour objectif, s’assurer de la
supériorité aérienne par la destruction de l’aviation adverse et des installations
préventives.
78
Ainsi, la quasi-totalité des moyens a été employée en priorité contre l’Egypte ;
l’adversaire le plus dangereux sur tous les plans : aérien et terrestre.
Le déroulement des opérations semble indiquer que les Israéliens s’étaient fixés
pour priorité d’attaquer les terrains d’aviation à la bombe pour empêcher les avions
adverses de décoller, ensuite de détruire ces derniers au sol, au même titre que les
installations de repérage, de détection et de défense aérienne. Au cours de ces raids,
Israël perdait 20 avions contre 400 du côté arabe.
De ce fait, vers la fin de la journée du 5 juin 1967, Israël avait acquis la
supériorité aérienne, même si les forces aériennes arabes n’avaient pu être
entièrement anéanties.
Ce résultat est dû essentiellement à l’effet de surprise, car le choix de l’heure
d’attaque fut à cet égard déterminant. En effet, c’était l’heure où les patrouilles
égyptiennes étaient rentrées de leurs premières missions et où la vigilance se relâche
sur les terrains et dans les dispositions d’alerte. Ces choix sont appuyés évidement
par d’excellents renseignements.
Au cours des journées suivantes, l’aviation israélienne a assuré l’appui
prioritaire, puis en Cisjordanie. Quant au front syrien, l’activité a consisté
essentiellement à bombarder les positions jusqu’au 8 juin, date du cessez le feu avec
la Jordanie qui permettait d’accentuer l’effort de bombardement sur la Syrie.
Le 9 juin, tout l’effort aérien a pu être reporté sur la frontière syrienne. Ce bref
aperçu montre à quel point l’action de l’aviation est décisive pour la suite des
opérations.
122- Les opérations terrestres :
L’effort principal des Israéliens auquel ils ont consacré un peu plus de trois
Divisions était naturellement dirigé contre les forces égyptiennes installées au Sinaï.
Ainsi, dans le nord du pays, le dispositif avait été choisi en vue de contenir une
éventuelle poussée syrienne qui était supposée devoir s’amorcer assez rapidement.
Face aux Jordaniens dont l’intervention leur paraissait suffisamment incertaine, les
Israéliens ne semblaient avoir prévu initialement qu’une couverture.
79
Dans la soirée du 5 juin, les Israéliens avaient retiré les forces du front syrien,
entraient en CisJordanie en faisant apparemment leur effort principal au Nord, mais
en attaquant également au centre et au Sud en direction de Ramallah. Entre temps,
les combats avaient commencé dans la vieille ville de Jérusalem. En trois jours, ils
étaient arrivés à la rive ouest du Jourdain tandis que le secteur arabe de Jérusalem
tombait entre leurs mains.
Les deux premiers jours, les Israéliens ont engagé une bataille de rupture contre
les lignes de défense égyptiennes organisées à proximité de la frontière ; ils ont
combiné au cours de cette phase les attaques frontales, les héliportages d’infanterie
sur les arrières immédiats et les percées dans les intervalles à travers des zones
réputées infranchissables en raison de la nature du terrain (désert de Sable). Les
jours suivants, par une exploitation rapide sur les différents axes, ils ont réussi à
gagner de vitesse les éléments égyptiens qui se replièrent en désordre, et à
contrôler les passages donnant accès à la zone du canal de Suez, ce qui leur a
permis de barrer la route aux colonnes blindées en retraite et de parachever leur
destruction au cours de plusieurs batailles de chars successives.
Le 9 Juin, les israéliens qui avaient pu ramener des moyens blindés dans le Nord
du pays, lancèrent une première attaque frontale sur l’axe Banat Yakoub – Quneitra,
Dès lors, le repli s’imposait aux Syriens pour s’organiser sur une deuxième ligne
que les Israéliens ne devaient pas atteindre. Ces derniers se sont par conséquent,
heurtés à un dispositif défensif utilisant d’une manière cohérente la configuration du
terrain. Mais faute de n’avoir jamais pu être coordonné avec ceux des pays voisins, ce
dispositif avait ses points faibles aux deux ailes, ainsi que l’a prouvée la percée
israélienne au Nord.
13- Enseignements à tirer :
Cette brève analyse a fait apparaître quelques unes des raisons qui expliquent la
victoire militaire des Israéliens :
- La défaite des pays Arabes est due essentiellement à la non diffusion des
conclusions formulées par les services de renseignement aux échelons concernés.
80
- Contrairement aux Israéliens, les Arabes ne disposent pas d’un véritable
commandement unifié, d’où l’absence de coordination des opérations.
- L’exiguïté du territoire, non protégé par des obstacles naturels et l’absence
d’une profondeur stratégique peuvent être compensées par une attitude offensive.
- Application rigoureuse par les Israéliens de quelques principes de guerre :
* effet de surprise.
* concentration des moyens face à un seul front.
* sauvegarde du moral.
* prise de l’initiative.
II- LA GUERRE DE 1973 :
21- Causes :
Après les acquis territoriaux de 1967, Israël ne s’était pas plié à la résolution 242
de l’O.N.U qui stipulait un retrait inconditionnel des territoires occupés. Le 9 Avril
1973, cette attitude a nourri la détermination du Président Anouar ES-SADATE à
recourir à la guerre après avoir épuisé tous les moyens pour aboutir à une paix juste.
22- Déroulement :
La guerre s’avéra donc inévitable, et s’est déroulée en deux phases :
221- Première phase de l’offensive égyptienne :
Le 6 octobre 1973 à 14 heures, les escadrilles d’aviation égyptiennes ont franchi
la ligne du canal de Suez en direction des objectifs assignés dans la profondeur.
Parallèlement, l’artillerie effectuait des tirs de préparation nourris (environ 3000
tonnes d’obus tirés).
Bien que les réactions de l’aviation israélienne se sont avèrées limitées,
l’opération terrestre égyptienne n’a pas été interrompue. Cinq heures après le début
de l’offensive, la plupart des points forts de la ligne de « Barleev » étaient conquis par
les forces égyptiennes qui commençaient à élargir leur tête de pont.
81
Ces forces conquirent également le terrain à une profondeur de huit kms, et se
mirent immédiatement à organiser le terrain et à renforcer leurs positions par des
champs de mines.
* Les contre attaques israéliennes :
Le 6 octobre, à partir de 14 heures, les difficultés de franchissement rencontrées
par la 3° Armée au Sud permirent au commandement israélien de basculer son effort
au Nord.
La 14e Brigade israélienne lança des contre-attaques de courte portée pour
tenter d’arrêter l’offensive des unités d’infanterie égyptiennes et pour recueillir les
unités israéliennes qui étaient sur les fronts de la ligne « Barleev ».
Le secteur nord, dans son offensive, subit des pertes très importantes
contrairement aux prévisions israéliennes. De même la Brigade blindée n° 600 a subi
d’énormes pertes au moment où elle s’attaquait aux positions occupées par la 16°
Division d’Infanterie égyptienne en direction « d’Al Ismaïlia ».
Quant à l’aviation israélienne, à partir du 9 octobre, elle a concentré ses attaques
sur port-Saïd, dans le but de faire croire au commandement égyptien qu’il y avait des
préparations de débarquement maritime ou aérien auront lieu dans la région.
222- Deuxième phase de l’offensive égyptienne : (14 octobre 1973).
Dans le but d’alléger l’offensive israélienne sur le front syrien, le haut
commandement égyptien décida de lancer une opération offensive, relativement
limitée, par des forces blindées et mécanisées. Les objectifs de cette offensive se
résument en :
- L’acquisition davantage de profondeur.
- Le contrôle de la rocade utilisée par les forces israéliennes pendant les attaques
des têtes de pont. Par voie de conséquence, ne pas laisser de liberté d’action ou de
manœuvre aux Israéliens.
82
Vers 15 heures de la même journée, le commandement égyptien décida de se
replier vers ses positions de départ et de se préparer à une contre-offensive
israélienne, surtout que les Américains avaient commencé à équiper l’armée
israélienne par des matériels sophistiqués.
L’opération « El Ghazala » a débuté le 15-10-1973 à 17 heures avec une attaque
de diversion blindée au nord de la région de « Tassa ». Cette attaque a été précédée
par un puissant pilonnage des positions égyptiennes. Alors que l’attention de l’Etat-
Major de la 3°Armée était orientée sur l’éventualité d’une attaque d’envergure au
Nord.
Les premiers éléments parachutistes israéliens ont franchi le canal au niveau de
son déversoir . Profitant du retard de la réaction égyptienne et malgré des difficultés
techniques, le Général ERIK SHARON a engagé une brigade blindée qui atteint la
rive ouest du Canal de Suez. Dans la matinée du 16-10-1973, le groupement de force
Sharon consolide la tête de pont établie dans la nuit du 15 au 16 octobre, malgré les
contre-attaques égyptiennes. Le 17 octobre, les groupements de forces Sharon ont
achevé l’encerclement de la 3° Armée au Sud. Ils ont, par contre, échoué à couper les
lignes logistiques de la 2° Armée au Nord.
223- Les contres attaques égyptiennes :
Dans l’après midi du 17 octobre 1973, la 3° Armée a lancé une contre-attaque
blindée en vue d’empêcher les forces de Sharon de réussir leur exploitation en
direction du Nord, ce qui a empêché l’encerclement de la ville d’Ismaïlia. Le front
s’est stabilisé à l’ouest du canal jusqu’au 22 octobre où le 1er accord sur un cessez le
feu a été conclu.
224- La Bataille de Jabal Ech-cheikh :
Le 6 octobre 1973 à 14 heures, Jbal Ech-Cheikh, considéré comme un
observatoire important, fut attaqué par un raid aérien syrien qui obligea les 55
soldats israéliens à se réfugier dans des abris. Peu de temps après, des commandos
héliportés livrèrent un combat acharné dans les tranchées et les abris. Après une
demi heure, l’observatoire fut entre les mains des Syriens. Le bilan de cette action
surprise se résume à : 11 soldats israéliens ont pris la fuite et 44 furent soit tués, soit
emprisonnés.
83
Le Corps Expéditionnaire Marocain, qui occupait les versants sud de Jabal Ech-
Cheikh, avait pour mission de contrecarrer toute tentative israélienne de récupérer
l’observatoire.
Après de violents combats qui avaient duré toute la nuit du 21 au 22 octobre
1973, les forces israéliennes ont conquis tous les observatoires de ce mont. Quelques
timides tentatives menées par les forces syriennes demeurent sans résultats palpables
jusqu’au 29 mai 1974, date de la signature d’un second accord sur le cessez le feu.
23- Enseignements à tirer :
Il ressort donc de la guerre de 1973 que l’initiative, prise pour la première fois
par les Arabes, a apporté ses fruits. De ce fait, plusieurs points sont à souligner, à
savoir :
* la guerre mobile permet la conquête des têtes de ponts,
* les attaques simultanées sur plusieurs fronts ont permis de réaliser la
dispersion des forces israéliennes,
* la surprise est un facteur de réussite :
- franchissement du canal de Suez.
- franchissement de la ligne « Barleev ».
CONCLUSION
Les Israéliens ont réussi à s’affranchir des facteurs défavorables qui
handicapent leur sûreté en se forgeant de remarquables atouts et en s’attachant à
les conserver par un effort permanent.
Leur succès relatif est dû au fait qu’ils se sont attelés à appliquer
rigoureusement les principes de la guerre qui sont pourtoutes les armées du monde
des leçons tirées de toutes les guerres du passé.
Bien que cette guerre ait été gagnée par Israël, ce dernier n’est pas prêt à
oublier la défaite écrasante et les lourdes pertes subies lors de l’extraordinaire
traversée du canal de Suez et le franchissement de la ligne Barlev par les Egyptiens.
84
LE CONFLIT IRAK-IRAN
INTRODUCTION
La guerre Irak-Iran se situe dans le cadre des conflits traditionnels qu’Arabes et
Perses n’ont cessé de se livrer au cours des siècles le long des rives du Tigre et de
l’Euphrate et plus spécialement au confluent des deux, sur les bords de Chatt El Arab.
Ainsi l’antagonisme arabo-persan trouve ses racines dans l’histoire la plus ancienne.
Après la 1° guerre mondiale et l’éclatement de l’empire ottoman, l’Irak accéda à
l’indépendance en 1921. Ce n’est qu’en 1929 que le chah d’Iran reconnut l’existence de
l’Irak.
Pendant la période qui a précédé la seconde guerre mondiale, les relations entre
les deux pays étaient fragiles. La délimitation des frontières en constitua le maillon
faible entre 1936 et 1938.
A partir de 1958, le conflit rebondit de nouveau. A la fin de 1959, l’Iran a
concentré ses troupes le long du Chatt El Arab. En 1968, la tension entre les deux
pays s’accentua. De nombreux incidents éclatèrent et l’Iran occupa les deux îles de
Tomb et d’Abou Moussa.
Le 3 décembre 1971, Bagdad rompt ses relations diplomatiques avec Téhéran.
Après une courte période d’accalmie et à la suite des accords de mars 1975,
signés à Alger, les relations se détériorèrent une fois de plus à partir de 1979.
C’est ainsi que le 22 septembre 1980, le conflit, le plus long et le plus meurtrier
qu’ait connu le tiers-monde depuis 1945 éclata entre l’Irak et l’Iran. L’on s’interroge
alors sur les causes et le panorama militaire de cette guerre ?
La guerre Irak-Iran, loin d’être liée au conflit Est-Ouest, trouve ses origines
lointaines dans la rivalité arabo-persane ayant pour enjeu le contrôle des eaux du
Golfe, nourrie du danger d’une expansion idéologique.
85
Pour étayer cette thèse, après avoir rappelé les causes du conflit, présenté le
rapport des forces en présence et évoqué les principales étapes de son déroulement il
importe d’en tirer les enseignements tactiques.
I- LES CAUSES DU CONFLIT ET RAPPORT DE FORCES :
Le désaccord sur le tracé des frontières, le danger de l’expansionnisme
idéologique et la désorganisation de l’armée iranienne ont favorisé le déclenchement
du conflit.
Le Chatt El Arab a fait l’objet en 1975, d’un accord signé à Alger par le Président
Saddam Hussein et le chah d’Iran. Il prévoyait que la frontière irakienne, qui depuis
le traité de « Constantinople » en 1913, se trouvait sur la rive Est du fleuve; soit
ramenée en son milieu.
En 1979, le gouvernement islamique de Khomeiny prend le pouvoir à Téhéran. Il
ne faisait pas mystère de ses intentions d’exporter son idéologie en particulier dans la
zone peuplée de chiites. Un conflit idéologique s’instaure, symbolisant un
affrontement de deux mythes également mobilisateurs. Le premier laïc « d’une
nation arabe unifiée » suivant les principes du « Baath », le second, religieux suivant
la doctrine chiite.
L’armée iranienne, qui avait été sous le régime du chah, la première puissance
militaire de la région,est en pleine crise . Elle a été décapitée par la révolution
islamique à la suite des nombreuses exécutions, d’épurations importantes et de
désertions. Elle se trouve brusquement privée d’un tiers de sa capacité opérationnelle
à partir 1979.
L’Irak pensait que la désorganisation de l’armée iranienne était une occasion
pour l’établissement de sa suprématie militaire dans la région. En effet, sur le plan
militaire, les deux belligérants abordent la guerre dans des situations différentes.
86
II - LES PRINCIPALES ÉTAPES DU CONFLIT
21- L’offensive irakienne :
L’offensive irakienne a abouti essentiellement à une guerre d’usure face à une
réorganisation rapide de l’armée iranienne qui a pu reconquérir les positions
occupées.
En effet jusqu’à la fin du mois de novembre 1980, les Irakiens mènent une
guerre de mouvement dont l’objectif est la prise de gages territoriaux. L’offensive
terrestre initiale, complétée par une série de raids aériens dans la profondeur sur des
objectifs militaires et économiques, se développe sur deux axes :
- Au Sud, un Corps d’Armée de trois Divisions mène une attaque frontale sur la
ville de Khoramchar et contre l’installation pétrolière de la ville d’Abadan.
- Au Centre, le Corps d’Armée qui couvre Baghdad, s’enfonce en direction de
Qasr-Echirine et de Meheran qui seront conquises par la suite.
Le 27 Septembre 1980, une percée est réussie au Khouzistan : Les rivières
Karkeh et Karun sont atteintes et les villes Desfoul et Ahwaz, noeuds de
communication vitaux, sont menacées. Après des attaques qui ont surpris les forces
iraniennes, les Irakiens occupent les premiers contreforts du Zagros au centre du
front et investissent Khoramchar, tenant le site d’Abadan sous le feu de leur
artillerie,.
A ce moment, le commandement Irakien estimant qu’il est en mesure d’imposer
un cessez- le feu à Téhéran, s’est déclaré prêt à une médiation et annonçant son
intention d’arrêter le mouvement de ses forces sur les positions conquises.
Cependant, l’Iran n’ayant donné aucune suite à ces propositions et son armée
paraissant reprendre de l’assurance, Bagdad donne l’ordre à ses troupes de
poursuivre l’offensive.
87
En fait, cette pause vient briser l’élan de l’armée irakienne. Le Karun est franchi
le 10 octobre 1980, ce qui permet aux forces irakiennes de poursuivre d’une part leur
progression en direction d’Abadan, coupée désormais de l’arrière ; d’autre part de
renforcer l’encerclement de Khoramchar qui, à la suite de combats d’une extrême
violence, allant souvent jusqu’au corps à corps, finit par tomber le 14 octobre.
A la fin du mois de Novembre 1980, la résistance iranienne s’est affermie tandis
que déjouant bien des pronostics, la cohésion nationale s’est renforcée autour du
guide de la révolution pour « Défendre la partie en Danger ». Le 25 décembre 1980,
Malgré l’annonce, par le Président irakien, de l’ouverture d’un troisième front dans le
Kurdistan iranien, dans la région de Merivan, la situation reste bloquée sur tous les
fronts. Le 5 janvier 1981, une première contre-offensive iranienne est lancée ; les
résultats sont médiocre., L’armée irakienne reprenant presque aussitôt les positions
perdues, notamment autour de Susangerd.
A partir de cette date, l’ensemble du front se stabilise pour onze mois. Les
hostilités se limitant à une guerre de positions, marquée par de courtes offensives et
contre-offensives qui malgré leur coût énorme en hommes et matériels n’auront pas
d’effets décisifs. Au printemps 1981, le commandement irakien renonce à une
offensive d’envergure qui pourrait enfoncer ses unités plus profondément en
territoire adverse mais qui lui poserait, du même coup, de sérieux problèmes de
logistique, domaine dans lequel il excelle.
Un an après le début de la guerre, l’Iran et l’Irak continuent de multiplier les
communiqués triomphalistes, tandis que les combats s’éternisent dans une sanglante
guerre de position. Le bilan des pertes, à la fin de cette période de l’offensive
irakienne, est impossible à évaluer avec précision. Il est déjà énorme, les
communiqués ont fait état des pertes colossales à la fin de cette période de l’offensive
irakienne.
Après une année de combats pratiquement ininterrompus, marqués par un flux
et reflux incessant des forces adverses, la situation se présente ainsi :
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- Au Nord, près de la ville de Mérivan, les Irakiens du 1° Corps d’Armée
occupent en territoire iranien une saillie qui leur sert de tête de pont.
- Au centre, à hauteur de Qsar-E-chirine, qui commande l’un des accès sur
Bagdad, les Irakiens dominent Gilan El Glarb. Il en est de même quelques kilomètres
plus loin, au Sud, pour la ville de Mehran occupée elle aussi par les éléments du 2°
Corps d’Armée.
- Au khouzistan-nord, le 4° Corps d’Armée piétine toujours devant Desfoul,
stationne devant Susangerd sans vouloir ou pouvoir s’en saisir. Baston est
sérieusement menacée par les Iraniens.
- Au Khouzistan-Sud, dans le « triangle pétrolier », le 3° Corps d’Armée est
accroché à Khoramchar, tient Abadan sous les feux.
A partir de septembre 1981, les Iraniens, après avoir réussi à endiguer l’offensive
adverse, vont s’employer à repousser les assaillants.
22- La contre offensive iranienne :
Le 27 septembre 1981, les forces iraniennes déclenchent par surprise une
offensive dans le Khouzistan-sud pour briser l’encerclement d’Abadan. Elles
repoussent les Irakiens à l'ouest de Karun. Une attaque aérienne iranienne sur les
installations pétrolières du Koweït, le 1° octobre, fait aussitôt renaître les craintes
d’une extension de la guerre. L’Irak a repris de son côté, les bombardements des
oléoducs conduisant au terminal pétrolier de l’île de Kharg.
Le 29 novembre, une deuxième offensive iranienne permet de libérer la ville de
Bastan ôtant aux Irakiens le contrôle de l’importante route stratégique qui assurait, à
partir de cette localité, les ravitaillements des autres places fortes de Hoveizeh et
Hamid. En outre, des combats meurtriers se déroulent plus au Nord, autour de Gilan
El Gharb, l’enjeu restant la ville de Qsar-E-chirine. La pression iranienne persiste
durant tout le mois de Décembre, imposant aux Irakiens, la défensive.
89
Désormais, l’initiative des opérations semble bien revenir aux Iraniens, même si,
à la mi-février 1982, les Irakiens parviennent à s’assurer pour quelque temps le
contrôle de la région de Bastan. Le 17 mars 1982, commence la première longue série
d’offensives iraniennes. Baptisée « Fath Al Moubine », elle permet aux soldats de
Téhéran, partis de Desfoul et de Suse, d’effectuer une percée spectaculaire en
direction de la frontière. Le 4° Corps d’Armée irakien est bousculé, ne se rétablissant
qu’à hauteur de la frontière internationale, laquelle n’est cependant pas franchie par
les Iraniens.
A la fin du mois d’avril, c’est autour de Khoramchar d’être menacée par
l’offensive baptisée « Al Qods ». Le 3° Corps d’Armée résiste, puis décide tardivement
d’évacuer la ville, le 24 mai. C’est un important revers, l’essentiel des Divisions
irakiennes est indemne, mais nombre de combattants sont faits prisonniers. Sur ce
front, l’armée irakienne réussit à se rétablir solidement sur la frontière, Khouzistant
est perdu. En quelques jours, les Irakiens, serrent les rangs, rassemblent tous les
moyens pour ériger un redoutable système de défenses combinées et successives,
notamment autour de Bassorah qui parait la plus menacée. Ainsi donc, la capacité
manoeuvrière acquise par l’armée iranienne apparaît comme le fait marquant de
cette période. Ce qui obligea le Président irakien à décréter un cessez-le-feu en juin ;
il fait effectuer un repli unilatéral de ses troupes jusqu’à la frontière. Lors de la prise
de Bassora, les troupes irakiennes bloquées au Sud-Ouest par des zones
marécageuses, n’avaient pu s’opposer aux attaques de flanc.
Cependant, pendant la phase offensive irakienne, des travaux d’organisation de
terrain étaient effectués leur permettant de contenir l’écrasante poussée adverse sur
l’ensemble du front.
L’opération « KHEIBAR » qui débute fin Février est, par contre, un succès pour
les troupes de Khomeiny qui établissent, à l’occasion, une tête de pont sur les îles
Majnoun.
90
La perte de ces îles confirme, par la suite, la solidité de l’installation défensive
irakienne. En effet, les attaques iraniennes, menées presque exclusivement par des
fantassins, ne parviennent pas à percer. Il s’ensuit un blocage qui va donner lieu à
une évolution du conflit: la guerre du pétrole et la guerre chimique.
C’est le Président Saddam Hussein qui déclencha la guerre du pétrole au cours
de l’été 1982 en décrétant « le blocus total » du terminal pétrolier de l’île de Kharg. Il
dispose pour cela de son aviation jusqu’alors sous-employée. Effectivement, le 18
août, Kharg est bombardée.
Au printemps 1984, la guerre connaît un nouveau tournant ; l’Irak s’achemine
vers l’impasse : ses initiatives de paix se heurtent à des refus catégoriques, les espoirs
d’une victoire militaire se sont évanouis.
L’économie est au bord de l’asphyxie. Il ne semble avoir d’autre issue que de
tenter à son tour d’asphyxier l’économie de son adversaire, ce qui revient à
l’empêcher d’exporter son pétrole. Pour cela il lui faut intensifier ses bombardements
sur les installations de Kharg et attaquer les pétroliers à destination de l’Iran. La
France lui a accordé les moyens politiques en lui louant cinq « Super Etendard »
équipés d’Exocet au cours de l’automne 1983.
Cette stratégie est inacceptable pour Téhéran qui menace officiellement de
transformer le monde en champ de bataille si on l’empêche de commercialiser son
pétrole. Pour commencer et en guise de riposte, il s’attaque aux pétroliers qui vont
s’approvisionner dans les pays Arabes du Golfe en espérant que ces derniers feront
pression sur l’Irak pour qu’il renonce à ses propres attaques.
Le problème de la libre circulation dans les eaux du Golfe dépasse largement le
cadre des pays riverains. Il concerne tous les consommateurs de pétrole et
notamment les Etats-Unis qui ont également d’autre raisons de s’intéresser à la
région. Ils sont à l’origine d’une résolution adoptée à l’unanimité par le conseil de
sécurité de l’O.N.U qui exige des deux adversaires un cessez-le-feu.
L’extension du conflit aux eaux du Golfe n’en a pas pour autant suspendu les
opérations terrestres.
91
Les Irakiens ont bien résisté aux assauts iraniens jusqu’au 9 Février 1986, date
de l’offensive « Aurore 8 » au cours de laquelle les troupes de Khomeiny sont
parvenues à franchir le Chatt El Arab et à s’emparer de l’ancien port pétrolier de Fao.
L’importance de ce succès est à souligner; en effet, il va accroître la crainte des
pays Arabes du Golfe et, par voie de conséquence, les inciter à renforcer leur soutien à
Bagdad.
L’Iran a abandonné les offensives du type « marée humaine ». Il se livre de plus
en plus à des attaques coordonnées de petites unités appuyées par des hélicoptères
dont le but est de maintenir une pression constante sur l’ensemble du front. Par son
importance, l’attaque de Fao constitue une exception.
L’internationalisation du conflit à la suite des attaques de pétroliers, arborant
différents pavillons, a permis de mettre fin à cette guerre aux enseignements riches et
forts intéressants.
III- ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE
Au cours de ce conflit, les deux adversaires ont été amenés à plusieurs reprises à
modifier leur tactique et recourir à des méthodes de combat adaptées au terrain et
aux matériels qui offrent de sérieuses analogies avec certains procédés déjà utilisés
dans le passé. De cette guerre, des enseignements méritent d’être tirés.
31- Terrain :
Le conflit s’est déroulé sur un front de 1600 Km le long de la frontière irano-
irakienne, du Golfe arabo-persique au Sud, jusqu’aux confins turcs au Nord. Dans
l’ensemble, ce terrain qui est peu accessible favorise des manoeuvres statiques de
défense ferme, qui peuvent s’appuyer sur la chaîne montagneuse de Zagros à l’Est et
sur les zones marécageuses à l’Ouest. Seul Khourzistan permet de développer des
opérations blindées de grande envergure.
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32- Physionomie de la guerre :
La guerre Irak-Iran remet en cause les idées trop facilement admises :
- Une guerre moderne est courte, celle-ci aura duré sept années et rien ne
permettait à l’époque d’en prévoir la fin.
- Une guerre moderne privilégie le mouvement ; en six années, le front n’a
pratiquement pas bougé.
33- Moyens employés :
331- Terre:
Les blindés, arme de la décision en principe, n’ont pas pu jouer le rôle qui leur
est dévoué ; ils ne pouvaient pas évoluer dans un terrain marécageux ou montagneux.
Mais l’efficacité des missiles A/C était incontestable
L’artillerie aura acquis une importance croissante surtout en défensive.
L’action du génie des uns et des autres mérite une mention particulière.
* Côté irakien:
- L’aménagement des axes de pénétration pendant l’offensive
- L’équipement du réseau logistique pendant la défensive.
- L’édification de fortifications de campagne le long de la frontière.
* Côté Iranien :
- Le franchissement par bateau hors-bord, de Chatt El Arab en Février 1986.
- Le Lancement de ponts sur le fleuve, malgré sa largeur et l’influence des
marées.
332- Mer
Sur mer, c’est l’emploi des mines par l’Iran qui retient l’attention, faciles à
déposer, difficiles à détecter.
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333- Air
L’aviation a été sous-employée par les Iraniens en raison du manque de pièces
détachées et de spécialistes.
34- Enseignements tactiques majeurs:
- Les missiles sol-sol conventionnels de longue portée font peser une menace
capitale.
- Il n’existe plus de conflit conventionnel limité en ce qui concerne l’emploi des
systèmes d’armes. La mise en place de toutes les fonctions opérationnelles doit être
systématiquement planifiée dans le cadre des différentes hypothèses d’intervention.
L’impératif de la mobilité tactique passe par:
* une capacité amphibie pour tous les engins.
* une capacité de transport de chars
* une capacité de soutien optimum dans les domaines du ravitaillement, du
maintien en condition et de l’action sanitaire.
CONCLUSION
La guerre Irak-Iran, qui n’aurait dû être dans l’esprit de commandement
irakien que de courte durée, s’est transformée en l’un des plus longs et sanglants
conflits du Moyen-Orient.
Elle a profondément marqué les pays concernés dans les domaines
économique, industriel (guerre du pétrole), démographique, psychologique (guerre
des villes) et militaire (intensité des combats, mise en oeuvre d’armes de destruction
massive, importance des pertes humaines...).
Elle a également marqué, de façon durable, les pays de la région qui ont d’une
manière ou d’une autre eu à souffrir de ses effets directs et indirects.
Le nouvel équilibre qui s’est mis en place a pris en considération des enseignements
tirés de ce conflit par les pays voisins, mais aussi par les Occidentaux; qui ont défini
leurs stratégies diplomatique, militaire et économique.
94
LE CONFLIT IRAK-KOWEIT
INTRODUCTION
Conflit qui s'est déroulé principalement au Koweït et en Irak de janvier à février
1991 et a opposé les armées de Saddam Hussein à une coalition internationale
conduite par les États-Unis, sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (ONU).
I- L’INVASION DU KOWEÏT
La crise éclate le 2 août 1990, lorsque l'Irak, dirigé par le Président Saddam
Hussein, envahit et annexe le Koweït. Cette invasion a des causes lointaines et
récentes. L'Irak n'a jamais reconnu l'indépendance du Koweït décidée par les
Britanniques en 1961, alors que ce territoire était autrefois rattaché à l'Irak. D'autre
part, Saddam Hussein reproche à l'émir Jaber al-Sabah de maintenir les cours du
pétrole trop bas et de priver ainsi l'Irak d'une partie de ses revenus, tandis que la
guerre contre l'Iran, menée avec le soutien des monarchies arabes de la région, a
plongé l'économie irakienne dans la crise. Les forces koweïtiennes sont rapidement
débordées et la population soumise à un brutal régime d'occupation. L'Irak décrète
officiellement que le Koweït devient la 19e province irakienne, le 28 août 1990. Entre
août et novembre, le Conseil de Sécurité des Nations Unies entérine une série de
résolutions, puis exige finalement de l'Irak un retrait inconditionnel et total du
Koweït, le 15 janvier 1991 au plus tard.
Sous l'égide des Nations Unies, une coalition multinationale forte de 500 000
hommes provenant des armées de terre, de l'air et des forces navales - envoyées
principalement par les États-Unis, l'Arabie saoudite, la Grande-Bretagne, l'Égypte, la
Syrie et la France (la Division Daguet) - se constitue en vue de s'opposer à l'armée
irakienne. Dans le même temps, l'Irak décide de retenir en otage tous les Occidentaux
présents sur son territoire et de les installer comme «bouclier humain» sur des sites
civils ou militaires susceptibles d'être bombardés par la coalition internationale.
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Ces otages sont finalement relâchés en décembre. Le rassemblement des
troupes de la coalition, dans l'opération « Bouclier du désert », est initialement
destiné à protéger l'Arabie Saoudite d'une autre attaque. Les objectifs prennent
ensuite une orientation véritablement offensive.
II- L’OPERATION TEMPETE DU DESERT
Sous le commandement du Général américain H. Norman Schwarzkopf, la
coalition multinationale déclenche des bombardements aériens sur des cibles
militaires en Irak et au Koweït dans les 24 heures qui suivent l'expiration de
l'ultimatum des Nations Unies. L'opération est baptisée « Tempête du désert ».
Après avoir conquis la supériorité aérienne, les forces alliées neutralisent les
postes de commandement et de contrôle irakiens, en particulier à Bagdad et à
Bassorah, ainsi que les routes et les moyens de communication, coupant Bagdad du
front. Enfin, elles attaquent l'infanterie irakienne qui s’est retranchée le long de la
frontière koweïto-saoudienne, ainsi que les 125 000 hommes d'élite de la garde
républicaine postés au sud-est de l'Irak et au nord du Koweït. Les pertes subies par la
coalition sont relativement légères. Du côté irakien, quelques avions sont abattus en
vol et beaucoup sont bombardés dans leurs abris ou convoyés vers l'Iran. L'Irak
riposte à l'aide de lanceurs mobiles qui envoient des missiles Scud sur l'Arabie
Saoudite et sur Israël. Saddam Hussein tente de déplacer l'enjeu du conflit et
d'apparaître comme le champion de la cause palestinienne, afin de briser l'unité de la
coalition internationale en obligeant les pays Arabes qui en font partie, à la quitter.
Afin d'éviter que le conflit ne dégénère et ne s'étende, le Président Bush obtient
d'Israël de ne pas riposter et décide de contrer la menace avec l'utilisation de missiles
antimissile Patriote et des opérations commando menées contre les plates-formes de
lancement des Scuds.
A la mi-février, constatant un accroissement rapide de ses pertes militaires et
civiles, l'Irak se déclare prêt à se retirer du Koweït. La coalition rejette une série de
propositions irakiennes de retrait négocié, présentées par l'intermédiaire de l'Union
Soviétique.
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III- LA DEFAITE DE L’IRAK
Pour toute réponse, les forces alliées lancent conjointement une offensive terre-
air, baptisée « Opération Sabre du désert », et parviennent à percer la principale ligne
de défense irakienne à la frontière koweïto-saoudienne. Dès lors, elles s'introduisent
rapidement au sud de l'Irak, débordent le gros de l'armée irakienne et coupent la
principale ligne de retraite de la garde républicaine. En l'espace de cent heures,
Koweït City est libérée. Les pertes militaires de la coalition sont faibles : le 28 février,
date de suspension des opérations offensives, on dénombre 149 morts et 513 blessés
parmi les soldats alliés. Quant aux Irakiens, leurs pertes sont estimées entre 100 et
200 000 morts.
Les représentants irakiens se rendent aux termes des Alliés : une trêve
provisoire à partir du 3 mars, suivie d'un cessez-le-feu définitif dès le 6 avril, en
contrepartie, l'Irak consent à verser des réparations au Koweït, à révéler
l'emplacement et la quantité de ses stocks d'armes chimiques et biologiques et
détruire ses armes de destruction massive.
IV- LES CONSEQUENCES DE LA GUERRE DU GOLFE
Les conséquences de cette guerre ont été multiples. Sur le plan diplomatique,
des pays jusqu'alors isolés comme la Syrie et l'Iran ont pu revenir sur la scène
internationale, tout en n'intervenant pas dans le conflit.
En affaiblissant considérablement la position de Yasser Arafat, qui a soutenu
l'Irak, la guerre du Golfe a également favorisé l'ouverture des négociations au sujet du
problème palestinien, comme en témoigne la conférence de Madrid en décembre
1991. En ce qui concerne l'Irak, les suites du conflit ont été dramatiques. Les Kurdes
au Nord et les chiites au Sud du pays ont profité de l'affaiblissement du régime
irakien pour se soulever. Des zones d'exclusion ont été instaurées au Nord comme au
Sud, interdisant à l'aviation irakienne de les survoler afin d'éviter tout bombardement
des populations civiles.
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Depuis l'arrêt des hostilités, l'Irak n'a jamais retrouvé une indépendance totale.
Il demeure aujourd'hui sous embargo commercial, militaire et pétrolier, même si
certaines mesures d'aide ont été prises en faveur des civils menacés par la famine. Si
Saddam Hussein a dû accepter le démantèlement de sa puissance militaire, il
conserve néanmoins toujours le pouvoir. Enfin, la question de la destruction des
armes chimiques est demeurée au centre des rapports entre l'O.N.U et l'Irak. Le refus
manifesté à plusieurs reprises de Saddam Hussein de permettre aux inspecteurs
onusiens de visiter tous les sites susceptibles de receler ou produire des armes
chimiques, a entraîné des crises graves qui ont débouché (comme en 1998) sur de
nouveaux bombardements de l'Irak par les États-Unis et la Grande-Bretagne. De ce
fait, aucune solution globale n'a été jusqu'à présent apportée aux problèmes soulevés
lors de la deuxième guerre du Golfe.
V- LES ENSEIGNEMENTS A TIRER :
Sur le plan stratégique, trois facteurs semblent avoir joué un rôle déterminant
dans le succès de la coalition
41- Le prépositionnement des forces a permis d’abord, de faire appliquer
immédiatement l’embargo décidé par le conseil de sécurité et surtout, de dissuader
l’Irak de riposter à cet embargo par une nouvelle initiative militaire.
42- L’importance du renseignement stratégique et de théâtre a été confirmée
tout au long de la crise et du conflit.
43- Les capacités de transport stratégique: aérien et maritime des nations alliées
ont contribué au succès final.
L’insertion efficace des pays d’une coalition dans un dispositif commun passera
donc par les conditions ci-après:
-L’interopérabilité des matériels, des procédures et des ondes d’action alliées.
-Le renforcement des structures interarmées et la définition de nouveaux
principes de coopération, tant au niveau des Etats Majors qu’à celui des forces.
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Grâce à de nouveaux moyens de guidage, les armes de haute technologie ont
permis une meilleure sélection des cibles et la limitation des dommages collatéraux.
Parallèlement, les systèmes spatiaux ont apporté une contribution décisive à la
préparation et à la conduite des opérations dans les différents domaines du
renseignement, des télécommunications, de la navigation terrestre, aérienne et
maritime, de la cartographie, de l’alerte et de la mise en oeuvre de nombreux
systèmes d’armes.
CONCLUSION
La 4ème armée, rang conféré à l'armée irakienne, s’est écroulée comme un
château de cartes. en fait, elle ne méritait ce classement que sur le papier, lorsque
les Etats-Majors se contentaient de comptabiliser les matériels en présence, sans
pouvoir mesurer les qualités des chefs et des combattants. De ce point de vue, seule
la guerre est la sanction qui révèle l’état réel des forces qui s’affrontent.
Sous la pression d’une coalition qui a jou, à la fois la vitesse, la violence, la
diversion et la surprise, la défaite militaire des Irakiens est une déroute
technologique, logistique et tactique. Mais elle est aussi et surtout, le fait de la
débandade et de la démotivation d’une armée.
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LA 3° GUERRE DU GOLFE
INTRODUCTION
L’histoire se souviendra pendant longtemps du début du XXI siècle, marqué par
le succès relativement facile et la démonstration de la puissance de feu de la coalition
anglo-américaine face à des armées du Tiers-Monde. Cette démonstration a ouvert la
porte à de nouvelles aventures appuyées sur la violence et le non-droit international.
Sous prétexte de chercher les armes de destruction massive qui auront servi à justifier
l’invasion irakienne, la Troisième Guerre du Golfe a été programmée depuis le 11
septembre 2001. Ou encore, un des mobiles importants est, outre le contrôle du
pétrole irakien, l’extension considérable prise par les Etats-Unis dans la région
asiatico-moyen orientale, grâce à leurs implantations stratégiques militaires, est une
conséquence planifiée des nouvelles stratégies décidées à Washington et qui
devraient servir à intimider des pays comme l’Iran et la Syrie.
Peut-on s’interroger sur ce qui a légitimé cette guerre ?
Si la deuxième guerre du Golfe a permis d’asseoir et de consolider le régime de
Saddam Hussain, le troisième conflit amorce une nouvelle donne où la région du
Sud-Ouest asiatique est devenue, pour les Etats-Unis d’Amérique, un objectif
prioritaire de leur stratégie, en l’absence de toute hégémonie potentielle. Les
événements du 11 septembre 2001 légitiment l’action des Américains qui s’accordent
la possibilité de planter les premiers jalons de leur influence dans la région.
Pour mieux comprendre les dessous de cette guerre, il serait judicieux d’aborder
le contexte international puis le déroulement de la guerre et enfin les enseignements
tirés de ce grand événement.
100
I- LE CONTEXTE INTERNATIONAL :
Le troisième conflit du Golfe, le premier du XXI° siècle, est sans doute le
prolongement du second conflit dans cette région. La crainte de nouvelles
représailles par l’Irak pesait encore dans l’esprit des pays voisins ; chose que les
Etats-Unis d’Amérique prennent pour alibi pour justifier leur présence dans la
région.
11. Cadre général :
L’effondrement du bloc de l’Est a permis aux Etats-Unis de s’imposer en
superpuissance. Cette situation exige du leadership de repenser sa politique de
stratégie mondiale et de légitimer ses interventions militaires.
Les événements du 11 septembre 2001 ont laissé le champ libre aux Etats-Unis
pour déclencher leur offensive contre le terrorisme et la mise en œuvre de l’option
« guerre préventive » à même de renverser le régime irakien.
En effet, pour légitimer cette dernière option, les Etats-Unis accusent le régime
irakien d’avoir violé ses obligations envers les Nations-Unies, de disposer
illégalement des armes de destruction massive ; d’abriter des terroristes et soutenir
leurs actions.
Parallèlement, devant l’ampleur du problème israélo-palestinien, pris dans son
ensemble, la région est entrée dans une phase critique où le monde arabe et
islamique (visé par le monde occidental comme étant générateur du terrorisme
international) doit encore prendre en charge et gérer ce problème.
12. Réactions internationales :
L’axe du mal étant défini, la guerre contre l’Irak se précise. Pour ce faire, les
Etats-Unis, soutenus par la Grande Bretagne, s’engagent dans une campagne
médiatique et diplomatique pour convaincre l’opinion internationale de la légitimité
de leurs actions militaires.
101
Les principaux membres du Conseil de Sécurité tels que : la Chine, la France,
l’Allemagne et la Russie, ont manifestement exprimé leur refus quant à l’emploi de la
force contre l’Irak ; ont, à cet effet, opté pour une résolution onusienne.
A l’exception de la Bulgarie, l’Espagne et l’Italie, le reste du monde a
catégoriquement condamné la décision américaine. Des manifestations, témoignant
des mécontentements populaires, ont été signalées dans plusieurs pays occidentaux,
même aux Etats-Unis.
Dans ce même ordre d’idée, au sein des pays Arabes, d’importantes
manifestations se sont organisées, désapprouvant l’utilisation de la force contre
l’Irak ; d’autres pays Arabes, notamment ceux du Moyen Orient en litige avec l’Irak,
se sont alignés du côté des Américains, ce qui a généré une disparité au sein du
monde arabo-musulman.
Certes, les motivations nationales se multiplient mais rien ne semble arrêter la
machine de guerre américaine. La mise sur pied des forces en présence, leur
entraînement et leur projection future sur les théâtres d’opérations s’activent.
13. Les forces en présence :
Les forces anglo-américaines et alliées déployées dans la région, avant la fin de
l’ultimatum accordé au régime irakien pour se plier aux exigences des Américains,
s’élève à 250 000 hommes (chiffre susceptible d’évoluer). Les porte-avions en place
sont au nombre de sept.
Les forces irakiennes, quant à elles, comptent un effectif de 400 000 soldats
environ. Les forces républicaines sont estimées à 650 000 combattants.
Compte tenu des résolutions imposées par l’O.N.U depuis 1991, les autres
composantes de l’Armée irakienne (chars, véhicules, forces de l’air et marine) sont
loin d’égaler les techniques de pointe utilisées par leur adversaire. Le rapport de force
est nettement en faveur de l’Alliance anglo-américaine.
Pour comprendre la particularité de cette guerre qui diffère des autres conflits
dans la région, le déroulement des différentes phases des manœuvres nous permettra
par la suite de tirer quelques enseignements.
102
II- DEROULEMENT :
21. Stratégie militaire américaine :
Compte tenu des zones où les combats sont susceptibles d’avoir lieu, le terrain
s’annonce difficile ; accidenté au Nord et au Nord-Est (favorable à l’infanterie et aux
forces spéciales), désertique au Sud et à l’Ouest (désert de Syrie et le plateau de
Hadjara qui permettent l’emploi de tous types d’engins blindés et d’autres
composantes terrestres), marécageux à l’aval du Tigre et de l’Euphrate au Sud-Est,
deux fleuves principaux qui coupent le pays en trois compartiments, Est, centre et
Ouest.
La stratégie américaine vise les points clés qui pourraient être les cibles des
attaques aériennes ; entre autres, les ports, les aéroports, les villes importantes
(Bagdad et Bassora), les grands axes logistiques, les palais présidentiels et les sites de
lancement des missiles.
Cette stratégie consiste en la neutralisation des forces républicaines et la défaite
des forces irakiennes par un engagement des forces de l’Alliance par le Sud (le
Koweït) et par le Nord (la Turquie). Ces opérations pourraient être jumelées par des
actions d’héliportage des forces spéciales à partir de l’Est (désert de Syrie). Des
actions préliminaires de la troisième dimension précéderont ces opérations pour
désorganiser la défense irakienne qui permettrait l’occupation facile du territoire
irakien.
22. Différentes phases de la guerre :
Première phase :
A l’expiration de l’ultimatum fixé pour le jeudi 20 mars 2003 à minuit, les forces
alliées ont précédé cette sommation par des frappes aériennes intenses et à partir du
porte-avions Cook (Mer Rouge).
Ces frappes ont concerné plus particulièrement la ville de Bagdad et ont visé les
palais présidentiels.
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Cette première manœuvre avait pour objectif le Président Saddam Hossein (le
tuer ou le capturer).
Des incursions terrestres ont suivi cette première phase à partir du Sud où les
Américains comptent probablement sécuriser d’abord la région de Chatt Al Arabe,
tout en s’emparant du terminal pétrolier d’El Fao afin de préparer l’accès vers
Bassora (deuxième grande ville de l’Irak).
Cette opération serait le prélude d’une future action de force qui consistait à
couvrir l’action principale visant l’enveloppement du centre du pays et l’isolement de
Bagdad.
Des bombardements intensifs se sont poursuivis pendant les jours qui suivent et
ont concerné les palais présidentiels et les infrastructures gouvernementales. La
stratégie américaine n’a pas été concrétisée à partir du Nord devant le refus de la
Turquie quant à l’engagement des forces terrestres américaines à partir du territoire
turc. L’utilisation de l’espace aérien turc, par contre, était autorisée ; ainsi que
l’acheminement de la logistique par la voie terrestre.
Devant cette nouvelle situation, les Américains ne disposent que d’un seul front,
celui du Sud (à partit du Koweït) ; ont mis beaucoup de temps pour remanier leur
dispositif.
Parallèlement à cette offensive, une guerre médiatique s’est instaurée entre les
deux belligérants. D’un côté, les Américains (agissant en libérateurs) misent sur le
soutien de la population, mais contrairement à leurs espoirs, les civils irakiens ont
participé à la guerre contre l’envahisseur. D’un autre côté, l’arme médiatique
irakienne a mis à nu la propagande américaine. D’autre part, l’absence des réfugiés le
long des frontières irakiennes a changé la donne et a renforcé la popularité du
Président Saddam.
Pour ouvrir le front du Nord et en attente des renforts, en provenance de la
Turquie, devant rejoindre le front sud, des opérations aéroportées américaines,
précédées par des bombardements intenses sur Bagdad, Mossoul et Kirkuk, ont été
effectuées au nord et à l’Ouest de Bagdad. Des milices kurdes ont soutenu ces
actions.
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Le 26 mars 2003, les forces américano-britaniques ont réussi à prendre le
contrôle d’Oum Qasr, seul débouché irakien sur le Golfe. D’autre part, on signale de
fortes résistances irakiennes autour des villes notamment au Sud.
- Deuxième phase :
Une semaine après le début de la guerre en Irak, les planifications américaines
semblent ne pas aboutir (capturer Saddam, persuader les civils et l’armée de se rallier
à leur côté, trouver et détruire les armes de destruction massive) ; ajouter à cela,
d’importantes pertes humaines et matérielles. Conscients de leur échec, les
Américains ont décidé de renforcer leur dispositif. Ainsi, le Pentagone a décidé de
l’envoi de 100 000 soldats supplémentaires en plus des 90 000 déjà déployés en Irak.
Alors que l’offensive terrestre marque le pas depuis quelques jours, le 30 mars
2003, les Américains, arrivés à quelques 100 kms de Bagdad, s’efforcent de réduire
les capacités de résistance des forces irakiennes tout en faisant pression sur la
population par des bombardements qui font de plus en plus de victimes civiles afin
qu’ils se révoltent contre le régime.
Les Britanniques, quant à eux, ont effectué une incursion (5 kms) à l’intérieur de
la ville de Bassora. Les bombardements n’ont pas cessé de s’abattre, durant les jours
qui suivent, notamment sur la ville de Bagdad. Les forces terrestres progressent
jusqu’à traverser et dépasser les villes du Sud et celles du Nord. La concentration des
activités militaires de l’Alliance anglo-américaine est fixée sur la capitale irakienne.
L’étau se resserre de plus en plus autour de cette ville.
- Troisième phase :
La date du 5 avril 2003 marque un tournant de la 3° guerre du Golfe,
l’événement majeur de cette journée est celui des combats autour de l’aéroport
international de Bagdad. Les combats décisifs ont commencé, les soldats américains
et forces paramilitaires irakiennes s’affrontent dans les rues. Le nombre des victimes
du côté irakien s’alourdit. Des convois de chars et de véhicules blindés prennent
position autour de la capitale qui a été l’objet de plusieurs bombardements effectués
par l’aviation et l’artillerie lourde américaines.
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Au Nord, de nouveaux raids des forces américano-britanniques ont visé les villes
de Mossoul et Kirkuk, ainsi que les zones occupées par les forces irakiennes, facilitant
l’avance des forces américaines. La journée du 5 avril 2003 aurait marqué le
parachèvement de l’encerclement de Bagdad.
Au Sud, au terme de violents combats, qui ont duré 48 heures, entre troupes
américaines et paramilitaires irakiens, la ville de Kerbala est sous le contrôle des
Américains. Les troupes britanniques sont aux portes de Bassora
La journée du 8 avril 2003 :
Au Nord, le dispositif américain se renforce progressivement. Le déploiement
des bases logistiques à Erbil laisse penser que les Américains vont accentuer leur
pression sur Kirkuk et Mossoul.
Au Centre, Bagdad a été l’objet d’une nouvelle série de bombardements intensifs
et de violents affrontements entre les troupes américaines et les combattants irakiens
autour des entrées au Nord, à l’Ouest et au Sud de Bagdad. Le renforcement du
dispositif américain autour de Bagdad se précise.
Au Sud, la ville de Bassora est sous contrôle de l’armée britannique ; mais cette
métropole est en proie aux pillages et les Britanniques ont du mal à maîtriser la
situation.
Le 9 avril 2003, 21ème jour de la guerre, la bataille entre dans sa phase finale
après d’intenses raids sans répit la veille et sans que la DCA irakienne n’intervienne.
Des colonnes blindées ont traversé la rive gauche du Tigre achevant quasiment le
mouvement en tenaille opéré par les troupes américaines pour prendre la capitale.
Ces troupes se sont déployées dans la capitale irakienne.
Bien que de rares habitants aient manifesté leur joie à la vue des troupes de
coalition, Bagdad est entrée dans une nouvelle phase d’affrontement, le combat de
rue.
Le bilan des pertes humaines américaines s’élève à 96 morts.
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III - ENSEIGNEMENTS A TIRER :
L'augmentation considérable du budget militaire américain, a permis aux Etats-
Unis de déclencher des guerres préventives, bouleversant ainsi toute les données du
droit international.
C'est au lendemain du 11 septembre 2001 que l'administration Bush décida de
faire du renversement du régime irakien un axe de sa stratégie. Les armes de
destruction massive en sont aussi un mobile certain que les Etats-Unis ont décidé
l'assaut contre l’Irak. Malgré les importantes manifestations qui se sont déroulées de
part le monde pour condamner l’action anglo-américaine en Irak, le non respect de la
charte des Nations Unies est flagrant.
La première victime de cette guerre sera le peuple irakien, qui subit depuis de
longues années les méfaits d'une dictature sanglante et de sanctions criminelles. Une
nouvelle guerre imposée à un pays dont la population est à bout de souffle.
Il va sans dire que les objectifs militaires des Américains étaient tout d’abord
les points d’entrée au territoire irakien. Le Koweït offre un point d’entrée à partir du
Sud. Bien entendu, la Turquie, malgré son appartenance à l’OTAN et son qualificatif
d’allié privilégié des Etats-Unis, les Américains n’ont pu obtenir l’autorisation
d’engager leurs forces terrestres à partir de ce pays.
Les points faibles des Etats-Unis :
- Le facteur temps revêt donc une importance capitale dans la
concrétisation des objectifs.
- L’influence du terrain sur les opérations envisagées d’où le type de
forces à engager.
- le Nord, présente un terrain accidenté,
- L’Ouest et le Sud sont désertiques,
- Le Sud-Est, zone marécageuse.
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- Le bilan de la première semaine des combats a contraint les
responsables américains et britanniques de marquer un temps d’arrêt (4 à 6
jours). Cette décision laisse supposer l’échec ou du moins la mise en cause de
la première planification.
Face à la riposte de la l’armée irakienne et à la résistance menée par une
population motivée, le rythme de la progression a diminué, ce qui a contraint les
Américains à dépêcher des renforts sur place.
Les points forts américains se résument en :
- Effectifs terrestres considérables.
- Les forces aériennes étant le fer de lance des Américains et de leurs
alliés.
- Forces navales très puissantes, contrôlent la totalité du Golfe.
Grande capacité de collecte de renseignements grâce aux avions de
reconnaissance et autres moyens scientifiques.
Les points faibles des Irakiens :
Parmi les points faibles irakiens, après deux guerres successives et un embargo
international de douze ans :
- Structure démographique très fragilisée.
- Ce pays ne peut supporter des bombardements intensifs pendant une
longue durée.
- Le rapport de forces très défavorable.
- Le moral de la troupe est très bas.
- Le risque d’un soulèvement populaire très probable.
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CONCLUSION
Trois semaines de guerre ont suffit, après douze années d’embargo qui ont
affaibli ce pays, pour occuper l’Irak. Le peuple irakien, dans sa totalité est resté au
pays durant cette période, démontrant sa motivation et sa détermination dès le
début de l’invasion anglo-saxon, n’a pas fléchi devant l’interminable déluge de
bombes et missiles, qui s’est abattu sans répit sur l’Irakien. Une leçon de sacrifice
que ce peuple aguerri n’est pas prêt à oublier. L’histoire retiendra aussi longtemps
et à jamais cet exemple de bravoure, qu’il faut garder en mémoire. Une nation
humiliée , n’ayant pas accepté une situation d’occupation de son pays ; dont les
forces armées ne disposant ni d’aviation pour le soutien des unités au sol, ni de
liberté d’action pour mener des attaques d’envergure.
Après la chute du régime de Saddam et le vide laissé par la confusion, l’Irak est
abandonné à son triste sort sur le plan politique et socioéconomique.
Encore une fois, la légitimité internationale est bafouée et la crédibilité de
l’Organisation des Nations Unies est remise en cause.
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