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AGH04 Web

Ce document décrit la collection Gore des éditions Fleuve Noir, une collection de littérature d'horreur publiée entre 1985 et 1990. La collection comprenait des romans courts mettant en scène du sang, des membres arrachés et des scènes d'horreur graphiques. Le document fournit des détails sur certains des auteurs et romans de la collection.

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Raphael Cassou
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Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Ce document décrit la collection Gore des éditions Fleuve Noir, une collection de littérature d'horreur publiée entre 1985 et 1990. La collection comprenait des romans courts mettant en scène du sang, des membres arrachés et des scènes d'horreur graphiques. Le document fournit des détails sur certains des auteurs et romans de la collection.

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A Gore Hurlant n°4

GORE. Un mot qui gicle pour un Un gore qui joue la comédie, qui
genre sanglant, qui couine sous la fait son théâtrrr, qui fait son
torture, qui crisse sous la chaussure, cinéma-ahahah, qui se littératurrr,
qui gémit de douleur, qui rit de qui se contemplll, qui se pensss,
satisfaction, qui esclaffe par son qui se trav-aïe, qui se peinturrr,
grotesque, qui glace par son qui se photografff, qui se
réalisme. Le gore avec du ketchup musicalizzz, qui s’artistizzz…
qui tâche, des membres arrachés,
des cannibales en plein festin, des Du gore, qui au-delà de l’effroi,
mutilations en caves froides et évoque et provoque le dégoût, le
humides, des accidentés de la route tire au cœur devant des scènes
aux plaies béantes, du dépeçage en insoutenables et visqueuses, et
règle dans un salon très bien comme qui fascine aussi et demande des
il faut, la petite lumière de fin de « en corps ».
journée allumée et les voisins qui ne
reniflent pas le gémissement Gore comme goret, qui ne plait
The show must gore on

lancinant. pas plus, manger comme un


goret, goret-petit porc, le gore qui
De l’horreur poussée à son s’anagramme en ogre,
paroxysme, pas plus déjantée personnage effrayant et fascinant
qu’une certaine réalité réelle vrai de des contes. L’ogre qui mange les
vrai, les journaux télé qu’on regarde petits enfants, se nourrit de leurs
pour savoir parce que quand même chairs fraîches, se cache dans les
il faut bien s’informer, et qui font forêts pour les dévorer en pleine
gicler eux aussi, en pire même, des surprise.
images scoop qui ne sont pas sans
rappeler le pâté de tête dans Mais pourquoi sont-ils aussi
l’assiette de mémé, et tout ça devant méchants ? Mais parce que
des yeux pas préparés, qui eux l’horreur est humaine ma bonne
aussi feront le pire peut être un jour, dame, comme disait Coluche…
à force de l’avoir trop vu, sans le
vouloir, sans le choisir, mais c’est
une autre histoire.

1
Au menu

Lecture 
Fleuve Noir et sa collection Gore

Lecture / contre-culture
Patrice Herr Sang

Ciné
Médusa, quand le ciné fait son gore et se fanzine

Art
Antoine Bernhart

Théâtre
Le Grand-Guignol

Musique
Banane Metalik

Fiche Métier 
Chirurgien viscéral

Le fanzine en plus grand et en couleurs,


à visionner ou télécharger :
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Contact : [email protected]

ISSN 1969-8437. Sortie mars 2013

2
Un logo sanguinolent visqueux pour une
collection qui ne l’était pas moins. La collection
Gore a sévit dans les librairies entre 1985 et
1990. Des bouquins pour mordus de sang qui
gicle, membres arrachés, viscères explosées ou
sagement découpées. On en trouve encore au
détour de librairies d’occasions, parfois vendus
par lot sur le web pour dégager des greniers
empoussiérés.

Daniel Riche, un homme qui aimait d’amour à mort l’imaginaire étrange, la science-fiction, le
fantastique et l’horreur. Devenu éditeur de la revue Galaxie, sa rencontre avec Patrick Siry, alors
directeur littéraire au Fleuve Noir sera décisive dans la création de la collection.
Le genre horrifique a alors un cran d’avance aux Etats-Unis. Au-delà des films, il existe bel et bien
une littérature de genre poisseuse.

Les éditions Fleuve noir ont déjà l’expérience des romans de genre avec leurs collections
Espionnage, Angoisse ou Spécial Police. Le but du jeu avec la collection Gore est d’aller plus loin.
La dénomination Gore donne le ton, le logo confirme cet engagement, et les illustrations
de Dugévoy (pour la plupart), Jean-Paul Ferté, Gérard Marié ou Topor himself, soulignent encore
une fois la plume irrévérencieuse publiée.

Le postulat de départ est de proposer un format poche, mais surtout court, 150 pages maximum.
Cette littérature n’étant pas encore franchement développée chez les francophones, Daniel Riche
se tourne vers les anglo-saxons et publie La nuit des morts vivants, de John Russo en 1985
(initialement paru en 1974), la novellisation du film de Romero par celui qui l’a scénarisé. La barre
est donc hautement placée.

Se présentent rapidement des problèmes de traduction et surtout d’adaptation voire même de


coupes pour que les textes entrent dans le format choisi. Daniel Riche lance alors le défi à des
écrivains français d’écrire des romans sur mesure. Le premier à le relever sera Joël Houssin avec
son Autoroute du massacre (n°2 dans la collection, 1985), un « Trafic de Tati version cannibale »
selon Jean-Philippe Mochon (in Le Bel effet Gore).

« Kurt n'eut même pas le temps d'esquisser un geste avec sa pelle. Il sentit
la main crochue lui déchirer le ventre, fouiller ses entrailles... La dernière
chose qu'il entendit avant de mourir, ce fut l'atroce mastication de la
créature qui lui dévorait les tripes. » L'autoroute du massacre / de Joël Houssin

3
La patte irrévérencieuse de la collection et ses couvertures trash la place
rapidement en étrangeté littéraire, avec un public demandeur, des critiques
élogieuses et intéressées d’un côté, incendiaires de l’autre. Une chose est
sûre, l’effet est là. Et il existe désormais un équivalent aux séries B
cinématographiques.

« Elle ouvrit la porte du réfrigérateur,


plongea son regard à l’intérieur et se rejeta
vivement en arrière, horrifiée.
Je vous avais prévenue, fit remarquer Joussin,
et il ajouta :
Ce n’est qu’un pied humain après tout… »
La chair sous les ongles / François Sarkel

Daniel Riche puis Juliette Raabe ont ainsi publié au total 120 volumes, 118
titres, un hors-série grand format qui n’a pas trop marché, et Le Bel effet
gore, livre consacré à la collection, avec des interviews et des nouvelles
inédites.

Des histoires de quotidiens qui sombrent dans le cauchemar, du vice, de la


folie, de la putréfaction, des vers qui grouillent, ou davantage de fantastique
avec des monstres des marais, des créatures voraces, du vampire ou du
mort-vivant.

La collection s’achèvera en 1990 avec Les démons d’Abidjan de Richard D.


Nolane, la magie africaine et la Côte d’Ivoire pour décor.

De bon, du moins bon, du carrément malsain ou du très drôle, du gore


fantasmé, insolent, provocant et jubilatoire. On aime ou on déteste, mais on
ne peut que souligner l’audace de cette collection qui a eu le mérite d’exister
et de proposer à sa manière une belle coulée de gore textuel.

« Le sang se mit à jaillir de l'œil crevé de la jeune fille et


une petite mare se forma autour de son crâne, baignant
presque aussitôt ses cheveux blonds épars.
Adam la considéra de toute sa hauteur. « Au fond, ça n'a
pas été très difficile, se dit-il. Et il fallait que je le fasse. »
Car, après tout, il avait un tableau à terminer. »
Colore-moi rouge sang / de Hershell Gordon Lewis

En savoir plus
sur la collection Gore
Le bel effet gore / Jean-Philippe
Mochon. Fleuve noir, 1988

En savoir plus
sur les éditions Fleuve noir
Fleuve Noir : 50 ans d’édition
populaire / Juliette Raabe.
Bibliothèque des littératures
policières, 1999

4
PATRICE HERR SANG
Son activisme est multiple. Le fanzine NEW WAVE, la distro AL DI LA, le label
NEW ROSE, les éditions du YUNNAN, les productions TRASH SEDITIONS, le site
CELIABLEUE, la boutique HORS-CIRCUITS...
Littérature, musique, ciné, un goût pour la contre-culture au sens large !
Et puis aussi, il a fait partie des auteurs de la collection Gore...
Tu as écrit La galerie des horreurs chez Fleuve Comment t’est venue l’idée de ce bouquin ?
noir, dans la collection Gore en 1987. J’ai toujours aimé le gore, l’horreur, le fantastique. Et
Peux-tu nous en dire quelques mots ? dans mes favoris, aux côtés de Stephen King, Dario
Patrice Herr Sang : Fleuve Noir était une collection Argento, Mario Bava, Lucio Fulci, etc., il y avait
mythique pour moi. Cet éditeur déclinait toutes Hershell Gordon Lewis, le premier à avoir réalisé des
sortes de séries populaires intitulées angoisse, films gore. Le plus amusant, c’est que j’ai découvert
espionnage, policier, la méconnue Madame Atomos son film COLOUR ME IN RED après avoir écrit mon
qui multipliait les complots les plus délirants contre livre, et dont l’histoire tournait autour du même thème :
les Etats-Unis pour venger les morts de Nagasaki et des artistes construisant leur art sur l’assassinat
Hiroshima, avec les belles couvertures dessinées par d’individus. Les idées me viennent de ce que je lis,
Gourdon. J’ai découvert ces livres via mon père qui entends, vois, je m’inspire beaucoup de mon
collectionnait les romans d’espionnage, puis Atomos environnement, de l’actualité et de ma culture.
grâce à Romain Slocombe. Comme j’ai toujours
aimé écrire, un jour, je me suis dit que je ne risquais Comment ça s’est passé à l’époque ?
rien à proposer un manuscrit à un éditeur et donc, Très bien et très simplement. Tu envoies ton manuscrit
tant qu’à faire, à mon éditeur préféré. Donc en 1985, au comité de lecture et selon la quantité de ce qu’ils ont
j’ai envoyé le manuscrit de LA GALERIE DES à lire, tu attends leur réponse. Moi, ce fut un an. Après,
HORREURS à Fleuve Noir. Un an après, coup de comme ils créaient une nouvelle collection, c’était
sonnette à ma porte : un recommandé. La police ? bénéfique car le gore était populaire tant en littérature
Les impôts ? Une recherche de paternité ? Que qu’au cinéma. Il y avait les festivals organisés par les
nenni ! C’était Fleuve Noir qui m’annonçait qu’ils revues l’Ecran Fantastique et Mad Movies. Question
éditaient mon livre. Et un an après, en 1987, il finances, tu touches peu puisqu’en général, un éditeur te
paraissait dans leur toute nouvelle collection GORE. donne environ 5/7 % du prix de gros hors-taxe, ce qui,
Quel plaisir d’avoir son premier livre édité chez sur un poche vendu à l’époque moins de 10 francs, te
l’éditeur de ses rêves ! C’est comme si ta chanteuse fait vraiment rien. Sauf qu’à l’époque, le livre de poche
préférée interprétait une de tes chansons. Comme se vendait plus qu’aujourd’hui et un inconnu comme
quoi, les rêves peuvent se réaliser, il suffit d’y aller moi arrivait à vendre 16.000 exemplaires (bon, un
direct ! Et depuis il y a eu LES GRIFFES DE SANG auteur connu, chez Gore, dépassait les 40.000
et SIX CADAVRES DANS UN CERCLE aux évidemment). Ensuite, j’ai eu « l’honneur » d’être
éditions Vertiges Tabou. choisi avec 3 autres auteurs (dont Christian Vila) pour
la promotion télévisuelle de la collection. Et donc de
passer dans l’émission de Sangria, notre Vampyra /
Elvira tricolore.
5
Publier chez eux était une Quel est ton rapport au gore ?
évidence ? Je regarde entre autres des films gore
Pour moi, c’était surtout un désir, un et lis des livres gore. Pas seulement
rêve et ensuite une possibilité réaliste car j’adore aussi plein d’autres
puisqu’ils lançaient justement une genres.
collection gore.
Comment le définirais-tu ?
Comment s’est déroulée la Le gore est de décrire des situations
rencontre avec Daniel Riche ? grand-guignolesques d’horreur avec
Pas vraiment de rencontre en soi. Tu de l’humour. Gore et humour sont
envoies ton manuscrit, on te répond indissociables et se basent sur une
(lui ou quelqu’un du comité de critique de nos sociétés.
lecture). Je ne me rappelle pas l’avoir
rencontré mais, par contre, dans le A ton sens, tout est-il possible au
poche sorti pour promotionner la nom de l’Art ?
collection, il mentionne mon livre et Oui, tout est possible, le meilleur
pourquoi il l’a signé. Il avait adoré la comme le pire. Une excellente artiste
scène de dynamitage artistique…. québécoise actuelle, qu’on pourrait
  relier au gore, c’est Lyzane Potvin.
Est-ce que tu as dû adapter ton Elle, ce serait la face positive. La face
roman pour la collection ? négative est celle d’un  gore sans
Pas du tout. Il a été édité tel quel, humour, mercantile et gratuitement
sans coupure, ni censure, ni sadique genre Saw ou Hostel.
réécriture.
  Plus généralement, avec le
As-tu été amené à rencontrer vidéoclub librairie Hors circuits, et
d’autres auteurs de la collection ? même au-delà, tu partages un sens
Oui, Christian Villa et deux autres aigüe pour des artistes hors
dont j’ai oublié le nom. normes. Selon toi, la culture « en
marge » a-t-elle de beaux jours
Etais-tu un lecteur de la devant elle ou constates-tu un
collection ? manque de curiosité flagrant ?
J’ai signé avant que la collection ne Oui, la culture « en marge » a de
démarre. Mais, oui, lecteur et beaux jours car même si beaucoup de
collectionneur. gens manquent de curiosité, ils
finiront par se lasser de la merde
Y a-t-il des titres qui t’ont délivrée par les chaînes de télé, les
particulièrement marqués ? grands médias, les blockbusters et
 Les H.G. Lewis, les Shaun Huston, autres. Alors il leur faudra chercher
Christian Vila, entre autres. ailleurs car évidemment tout ce qui
est vraiment créatif est peu cité dans
les médias. Mais avec internet, la
donne est changée et il ne faut pas
faire de grands efforts pour découvrir
d’autres sentiers. Surtout que les
adeptes comme moi partagent et
diffusent beaucoup.

6
Si tu devais conseiller un bouquin,
un film ou autre…
En films, Human Centipede, A
Serbian Film, les gore italiens des
années 70/80, Dolls de S. Gordon, en
livres les classiques pour
commencer, les premiers Stephen
King, H. G. Lewis, madame Atomos
qui est très gore mâtinée de science-
fiction.

Des choses à ajouter ?


Toujours essayer de réaliser ses
rêves, créer, profiter de la vie pour se
faire plaisir car si c’est fait avec
honnêteté, ça touchera d’autres gens
et leur donnera l’envie de le faire
eux-mêmes.

VIDEOCLUB-LIBRAIRIE HORS CIRCUITS


4 rue de Nemours – 75011 PARIS
Entre République et la rue Oberkampf, dans une petite rue à l'écart du gouffre
touristique parisien, ce video-club librairie fait du bien. Un videoclub à
l'ancienne en quelque sorte, comme on en voit de moins en moins, où l'on
peut louer des films bien choisis, pas le tout venant hollywoodien, un vrai
choix de films en somme, des imports, des films rares... Et puis l'autre face de
la boutique, le coin davantage librairie, avec de la contre-culture, des
bouquins d'auteurs qui ont des choses à dire, des fanzines, quelques romans...
Des soirées sont régulièrement organisées autour de rencontres et d'échanges
avec des auteurs, des réalisateurs, des artistes...

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7
MEDUSA fanzine
Il y a plus de vingt ans, Didier cherchait un nouvel animal de compagnie et il
a choisit la méduse. Oserez-vous la regarder sans les yeux sans sourciller ?
Horreur – fantastique – trash – X – et plus encore
Des fanzines qui voisinent avec le pavé pour une bible du cinéma bis !
Médusa a plus de 20 ans. L’un des plus vieux
fanzines du genre, et qui plus est toujours en
activité. Une référence du cinéma bis en somme.
Peux-tu nous en dire quelques mots, en guise d'auto
présentation ?
Didier Lefevre : J’ai été très tôt sensibilisé à la culture
« fanzine », soit par le biais de zines musicaux comme
Espoirs Ephémères, Illusion Perdue, BKzine, etc., soit
par le biais de zines sur le cinéma : Mad Movies qui fut
d’abord un fanzine, Ciné Zine Zone, Monster Bis. Au
lycée, j’ai fondé quelques zines éphémères pour le fun,
et puis un jour, j’ai décidé de créer Médusa, de le faire
durer qu’importe le temps qui séparerait deux numéros.
Le premier numéro de Médusa est alors paru en février
1989. D’abord, principalement, axé sur le Fantastique,
mon champ d’investigation s’est au fil des années élargi
au cinéma Bis sans restriction de genre. Aujourd’hui,
Médusa a gardé son âme des premières années, l’esprit
est le même : la passion pour le cinéma Bis. Tes fanzines sont du genre pavé. Plus le temps
passe, plus ils sont volumineux non ?
Y a-t-il eu des temps morts, des périodes de doute ? Comment t’organises-tu ?
Des temps plus que morts même ! 7 ans entre le numéro Le 23 était vraiment un gros pavé car je
22 et le numéro 23 ! Une éternité… Les causes en sont souhaitais qu’il soit imposant. C’était mon come-
multiples : vie familiale et professionnelle, autres back et je ne voulais pas que les lecteurs se
loisirs, lassitude mais bon la passion du Bis est sentent frustrés par cette attente en recevant une
chevillée au corps, elle m’habite vraiment, je savais que feuille de choux en guise de Médusa. Je
je reviendrai un jour. m’organise très simplement, chaque rubrique de
Médusa est comme un puits sans fond, il me
Trouves-tu toujours autant d’inspiration qu’au suffit de la remplir, il y a toujours des inédits, des
début ? nouveaux films. Après des collaborateurs
Oui ! Je découvre sans cesse de nouveaux réalisateurs, m’apportent leurs idées, leurs chroniques. Il y a
de nouvelles cinématographies. Le Bis c’est infini, on du monde qui veut écrire dans Médusa.
cherche à creuser un genre et c’est comme tirer une Généralement, j’écris 65 % du zine, le reste est le
bobine de fil, on en découvre toujours plus… fait de collaborateurs occasionnels ou récurrents.

Pour joindre votre correspondant, appuyez sur la touche bis


8
A combien d’exemplaires est imprimé Médusa se trouve à Paris mais aussi à
Médusa ? Comment se fait la distribution ? Bruxelles ou Lausanne. Pour compléter cette
As-tu des abonnés ? distribution, je me rends dans des festivals
Non pas d’abonnés car trop difficile à gérer avec comme celui de Bruxelles, de Toulouse ou le
de tels délais entre deux numéros. Par contre, Bloody week-end où je tiens un stand
j’ai des lecteurs fidèles, un noyau qui lit Médusa Médusa. J’ai effectué un retirage de 100
depuis souvent 15- 20 ans. Pour le numéro 23, exemplaires en juin dernier.
j’ai lancé une souscription avant la parution via J’effectue des retirages d’anciens numéros
le blog de Médusa ou les réseaux sociaux. Je ne quand la demande est suffisante, ainsi j’ai
savais pas trop comment cela allait marcher retiré les numéros 14, 15, 17 et 19 de Médusa
après 7 ans. J’ai effectué un premier tirage de profitant du succès du dernier numéro et de la
200 exemplaires qui s’est écoulé grosso modo demande de nouveaux lecteurs.
en trois semaines ! Plus de 100 souscripteurs
avaient répondu à l’appel d’offre. Le reste de la Comment choisis-tu tes illustrations de
distribution se fait en boutiques spécialisées couvertures ?
(Movies 2000, BDCiné, etc.) ou via des sites Franchement, je ne me casse pas trop la tête,
associatifs comme Sin’Art ou Culture Prohibée. souvent je choisi une affiche de film dont
J’ai même bénéficié d’une distribution dans un j’utilise le dessin. L’essentiel est que ce soit
kiosque de presse grâce à l’acharnement du Bis et suffisamment évocateur pour le lecteur.
fondateur du site revue du cinéma.net qui
distribue les fanzines à Toulon. La plupart de tes numéros sont épuisés.
Penses-tu mettre les articles en ligne un
jour ?
Un jour peut-être. Je n’en sais rien encore.

9
Pour toi, cinéma bis, c’est quoi ?
Le cinéma Bis c’est le cinéma populaire, tous les
genres décriés par la critique officielle : du
fantastique à la comédie, en passant par le porno,
l’érotisme, le kung fu, tous les sous-genres
possibles et inimaginables. Le Bis c’est un état
d’esprit qui va bien au-delà des dénominations
telles que films de genre ou films d’exploitation.

Et le gore ?
Le gore c’est d’abord des effets très sanglants
pensé au départ comme du sensationnel comme la
nudité. Il est devenu au fil des années un sous
genre à part entière : le film gore.

Un film du genre à conseiller ?


Brain dead de Peter Jackson qui est vraiment très
fun, et pour les amateurs du genre, toute la vague
ultra gore venu d’Allemagne avec des réalisateurs
comme Jorg Buttgereit, Olaf Ittenbach et consorts.

Des boutiques, des lieux, des festivals que tu


recommandes particulièrement ?
Des boutiques : Movies 2000 à Paris où l’on
trouve les fanzines, les livres sur le genre mais
aussi tout un choix de DVD et Blu-ray assez
exceptionnel. Le festival extrême cinéma de
Toulouse qui en lieu en novembre de chaque
année, un festival rétrospectif dans une ambiance
géniale, un festival qui ose…

Des choses à ajouter ?


Merci pour cet entretien et vive le fanzinat !

Infos & commandes :


MEDUSA FANZINE - Didier LEFEVRE -
4 RUE DE LA ROTONDE - 62217 ACHICOURT – FRANCE

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10
Antoine BERNHART

Antoine Bernhart est à l'affût d'un subconscient obscène.


Un univers étrange et inquiétant projeté sur des toiles aux allures de contes cruels.
A votre tour de regarder par le trou de la serrure,
et si vous entendez ricaner, c'est normal !
Tout d'abord, comment tout a commencé ?
Antoine Bernhart : Vers l’âge de cinq ans j’ai failli J’habitais alors à Paris. Revenu à Strasbourg, je me suis
étouffer en m’envoyant une fléchette à ventouse au fond laissé aller à une longue période de sexe, drogues et
de la gorge et mon père a immédiatement brisé mon rock’n’roll. Mes dessins racontaient, sous une forme
fusil en deux. Une grande boîte de crayons de couleur cryptée, mes aventures sexuelles dans toutes sortes de
m’attendait le lendemain au réveil. A l’époque cela me lieux à Strasbourg, souvent en pleine rue. Puis j’ai
paraissait une consolation dérisoire. Mais malgré tout, commencé à faire des dessins d’après mes propres
j’ai commencé à passer de plus en plus de temps à photos prises lors de séances érotiques, dont j’étais
dessiner. Des indiens, des volcans en éruption, des l’acteur masculin, au moyen d’un retardateur. Tous mes
pirogues chargées de rameurs indigènes, des pirates, ce dessins érotiques de cette époque reflètent fidèlement
genre de trucs de gamin. A l’école primaire j’ai réalisé mon vécu et rien d’autre. Parallèlement j’ai toujours fait
que mes dessins exerçaient un certain charme sur mes des dessins rock’n’roll pour soigner ma schizophrénie
camarades et j’ai fini par me livrer à un petit trafic en permettant à mes doubles de s’exprimer. Puis un
amusant. Celui ou celle qui voulait un petit dessin, me jour je me suis amusé avec du matériel que m’avait
montrait en échange sa queue ou sa chatte. C’était pas envoyé ma belle-mère du Japon. Papier et pinceaux
mal, ça marchait bien. Rares étaient les organes qui japonais, encres et couleurs en bâtons. J’avais dessiné
m’avaient échappé !! Mais tout a vraiment commencé une poupée nue assise entrain de s’enfiler un cochon et
quand j’ai fumé mon premier pétard à quinze ans. Je j’ai utilisé un gros cerne noir comme sur mes dessins
prenais toujours des notes pendant ma défonce et je rock’n’roll. Le résultat a fait son chemin dans ma tête.
passais des heures sur des dessins automatiques en noir Les couleurs donnaient un aspect vieille image,
et blanc. Hallucinations, rêve éveillé, dessins pervertie par la violence du cerne. Cet aspect décalé me
automatiques, je n’arrêtais pas. Jean-Claude MEYER, séduisait et finalement c’est la technique que j’utilise le
qui tenait la librairie 24, a vu mes dessins, il a lu les plus volontiers depuis. Quant au contenu, la mise en
poèmes de mon ami Christian BERNARD, image d’après les photos de ma vie érotique avait
actuellement directeur du MAMCO de Genève, et il besoin d’un bon dérapage et je me suis branché en prise
nous a proposé d’éditer un livre que nous avons intitulé directe sur mon inconscient. C’est lui qui me fournit
« H ». Le livre est sorti en 1968 et montrait des dessins dorénavant la came.
que j’avais fait entre seize et dix-huit ans. Le livre nous
a mis en contact avec le groupe surréaliste « PHASES »
avec lequel nous avons travaillé durant plusieurs
années.
11
Comment est venu cet intérêt sexuellement macabre ?
La présence de crânes, d’ossements et de membres divers, de
cadavres, donne peut-être un aspect macabre à certaines de
mes peintures, mais je ne ressens pas cela comme quelque
chose de négatif. Je me sens à l’aise dans ce qui peut paraître
sinistre au tout venant. Je m’y sens chez moi mais je peux
retrouver cette même sensation dans des lieux diamétralement
opposés. Les paradoxes me sont familiers. Un cadavre est
terriblement intéressant, une tête coupée est tellement
érotique. Ce sont les images de mon petit monde enchanté.
Tout petit, j’habitais dans une superbe maison avec une tour et
une grande cour pleine de grands arbres attenante à un
immense potager entouré de hautes haies qui empêchaient le
regard des passants. Un parfait terrain de jeux. Nous
occupions le premier étage et au rez-de-chaussée vivait une
petite fille avec qui je faisais le plus de cochonneries
possibles. Parfois nous regardions à l’intérieur de deux fosses
septiques qui se trouvaient dans la cour et dont les couvercles
métalliques étaient souvent déplacés. On s’allongeait et on se
touchait en observant les parois noires grouillantes d’asticots
blancs. La puanteur et la vue des asticots donnaient du piment
à notre plaisir. Je devais avoir cinq ans. Plus tard, la même
excitation fébrile nous submergeait quand nous nous
amusions à torturer des animaux. Le terrible, l’horrible font
très bon ménage avec le sexe, c’est évident.

12
On ressent par le décor l’influence des contes, avec Je lis toujours beaucoup de contes et les éditions José
souvent la forêt en toile de fond. CORTI sont mon fourgue préféré. J’ai relevé un mot de
Quelle place tiennent-ils dans ton univers ? KAFKA sur les contes que j’aime particulièrement : « Il
Mon enfance est un conte ! J’ai toujours habité près n’y a de contes que sanglants. Tout conte est issu des
d’une forêt. Notre maison était proche de la lisière et je profondeurs du sang et de l’angoisse. C’est par là que
voyais la forêt de ma fenêtre. Le quartier de toute mon tous les contes sont apparentés. Leurs surfaces diffèrent.
enfance et adolescence, était le Neuhof. Le quartier qui Les contes nordiques ne foisonnent pas de la même
avait la plus mauvaise réputation de Strasbourg. Un faune que les contes des nègres d’Afrique. Mais le
terrain de jeu fantastique pour les enfants ! Nous noyau, la profondeur du désir est analogue. ». Mais si
habitions dans une maison individuelle, un coin l’atmosphère des contes semble se manifester dans mes
ordinaire, tranquille mais situé à cent mètres de la rue peintures, c’est toujours par le truchement de
Ballersdorf, la plus dangereuse de la cité proche. Pour l’inconscient.
nous, c’était la possibilité de passer à volonté d’un
monde à l’autre. Une sorte de sas. La proximité du Meurtres, mutilations, zoophilie…
Polygône et de ses camps de gitans offrait une autre Tu décris des scènes de torture crues qui s’illustrent
opportunité d’aventures diverses. Et il y avait les très avec une sorte d’évidence.
nombreuses traces de la guerre, bunkers, blockhaus, Est-ce une obsession pour le pire ?
trous d’obus, manoeuvres militaires dans la forêt. On Ta liste n’est pas exhaustive !! Que mes scènes de
jouait souvent dans les bunkers, excités par le danger torture s’illustrent avec une sorte d’évidence tombe
car il ne se passait pas une semaine sans histoires de sous le sens car toutes ces images me bombardent
gamins qui avaient sauté sur une grenade ! Les bunkers régulièrement. Je les attrape au vol et je ne les filtre pas.
étaient souvent occupés par des clochards hirsutes et C’est en ligne directe avec l’inconscient et si mes
colériques qui nous faisaient des propositions du genre : images perturbent, c’est indépendant de ma volonté.
«  Hé petit ! Tu viens me la sucer ? » avant de nous Moi-même j’aime être surpris et excité par les images
chasser à coups de pierres. Parfois on leur renvoyait la que je saisis et qui me font découvrir un peu ce qui se
balle à coups de lance-pierres. La forêt était encore passe de l’Autre Côté. J’apprécie quand elles
profonde et peuplée d’animaux, sangliers, chevreuils, m’emmènent faire une bonne balade et plus les
renards, lapins, oiseaux de proie... C’est dans la forêt sensations seront intenses et plus j’ai hâte d’en faire
que nous avons vu deux pendus et un noyé pris dans la d’autres plus longues, plus lointaines et plus
glace. On en a parlé à personne à l’époque . C’était dangereuses ! Je ne porte aucun jugement sur mon
notre monde. Le monde de l’enfance et des contes. On travail, ça va de soi. En revanche je suis trop souvent
se livrait à des jeux cruels et à une sexualité confronté au jugement des autres, presque toujours
déconnante, comme quand on se tapait des queues en d’ordre moral. Tous ces hypocrites qui tolèrent que des
groupe assis en rond dans la grange ! Tout était bon enfoirés bousillent la planète et qui font les chochottes
pour rendre nos émotions plus intenses. Tout était face à mes images, je les emmerde !
possible. Nous étions une bande de sales gosses et Une obsession pour le pire ? Moi pas comprendre. Je
nombreuses étaient les bandes qui erraient dans la forêt, croyais que le pire c’était le décervelage programmé par
avec les inévitables bagarres quand deux bandes se les médias, les pubs et les portables, les connards
croisaient. C’était fantastique ! d’Areva, Tepco & Cie, qui empoisonnent la terre et
toutes ces merdes dont la liste est bien trop longue !

13
Parfois, on hésite. Viols collectifs ou Les scènes exposées semblent théâtralisées. Des personnages
scènes de débauches généralisées ? aux figures de poupées cruelles, avec un genre de Monsieur
L’un ou l’autre, qu’est-ce que cela Loyal en maître de cérémonie et l’on entend presque le son
change ? Je ne me pose jamais ce genre de d’un rire glaçant.
questions. Quelle place tenez-vous dans tout ça ?
On croirait presque à un sale gosse observant les réactions de
Les femmes en prennent quand même ses spectateurs…
pour leur grade dans certains dessins. J’aime entendre le rire glaçant !! Ma place dans tout ça ?
Une volonté particulière ? Récepteur et transmetteur d’images.
Si les femmes semblent « en prendre pour
leur grade » davantage que les hommes La représentation permet une liberté sans limites. Et je revendique
c’est sans doute parce que je suis attiré par cette liberté. Plus une scène érotique est violente, sanglante, hors
les corps féminins alors que les corps normes, plus elle me permet d’entrevoir des fragments de l’Autre
masculins me laissent froid. Les hommes Côté, et plus ma jubilation, ma fascination et ma volupté sont
dans mes dessins sont presque toujours foudroyantes. C’est une drogue fantastique. Un jour en faisant du
habillés, la seule partie du corps masculin vélo, j’ai vu de près un accident assez grave. Une femme avait été
qui m’intéresse, c’est la bite, alors que le renversée par une voiture. Visiblement sa tête avait été touchée et
corps féminin me séduit dans son ensemble des matières étranges gisaient sur la chaussée. J’étais
malgré mon obsession maniaque pour les complètement sous le charme, fasciné par cette viande luisante.
chattes et les culs. Quand je dessine, je Les couleurs étaient merveilleuses. J’étais conscient de vivre un
peux me permettre tous les excès, alors moment extraordinaire, je ne voulais pas en perdre une miette car
avec un peu de violence, de cruauté, de l’excitation était proche de celle que me procuraient mes images.
sang, c’est bien plus amusant, ne trouvez- J’ai été souvent témoin de chutes de vieilles femmes et quand il
vous pas ? arrivait qu’elles se retrouvent à quatre pattes, incapables de se
relever, j’étais tenté de leur soulever la robe et de leur en mettre
une bonne dans l’cul ! Le quotidien est une source permanente
d’excitation et d’enchantement ; les événements les plus
insignifiants peuvent prendre un relief inattendu et devenir les clés
d’un monde trépidant, chargé d’occasions de s’exploser la tête et
le reste. Comme mes images me viennent de l’inconscient, je ne
les réalise pas en fonction des regardeurs mais si par hasard des
spectateurs semblent particulièrement ébranlés , alors je redeviens
le sale gosse qui se marre et qui se régale de leur malaise !!

Je participe de temps en temps à des séances photo de mon ami


Olivier Lelong. Souvent comme acteur et le fait de pouvoir vivre
dans la chair pourrait-on dire, des mises en scènes érotiques
déviantes, pour utiliser un terme convenu, est une expérience
assez excitante et qui me fournit, de surcroît, un catalogue de
corps magnifiques. Je me sers souvent de photos pour provoquer
un trouble spécifique. Dans mes images tout est irréel, les
personnages ont des têtes énormes, les proportions ne sont pas
respectées mais le réalisme de certains détails, plis de vêtements,
parties anatomiques (éléments exécutés d’après photos), rend la
membrane qui sépare le réel de l’imaginaire plus fragile, plus
transparente et le trouble devient plus profond.

14
Excitation ou exutoire ?
Excitation, sans l’ombre d’un doute. Je ne pense pas avoir
besoin de me soigner ou de me libérer par mes images. Je suis
trop bien dedans.

La culture japonaise semble aussi faire partie de tes


inspirations. Que t'apporte-t-elle dans tes réalisations ou
dans ta manière d’appréhender les choses ?
Je subis les influences de mon quotidien, et c’est sûrement le
terreau des images que m’envoie l’inconscient, mais je ne
cherche JAMAIS des sources d’inspiration. J’ai des carnets
remplis de centaines d’images et je ne sais pas si j’aurai le
temps de les réaliser de mon vivant, d’autant plus que sans
cesse de nouvelles images viennent s’y ajouter. Le Japon
faisait partie de mes rêves de gosse. Avant Fukushima je me
rendais souvent au Japon retrouver la famille de ma femme
qui est japonaise. J’ai aussi pas mal d’amis là-bas dont
Masami Akita (a.k.a. Merzbow), Youri san de Kinbiken... Au
Japon c’est l’enchantement permanent, la séduction totale.
Tout a l’air d’aller de soi. Les séances de kinbaku de Nureki
sensei au club Kinbiken était du rêve à l’état pur ! C’est un
peu dur d’en parler car je suis en manque. Au Japon beaucoup
de choses ont l’air d’être des petites mises en scènes, peut-être
est-ce dû en partie à l’exiguïté des lieux ? Les filles, malgré
leur apparente réserve, sont souvent prêtes à tout et leur
impudeur, ou plutôt leur manière d’exécuter spontanément
certaines choses sont auréolées d’une obscénité renversante.
Surtout quand il s’agit de produire des images, photos, films.
J’adore. La femme japonaise est mon type de femme. Grande
tête, petits seins, jambes courtes, yeux bridés. Je vais à contre-
courant de leur mode car la plupart des filles rêvent de
ressembler aux occidentales ! Grands yeux, petite tête, des
seins, des jambes interminables ! La chirurgie esthétique fait
un malheur au Japon, hélas !
L’omniprésence de la mer est aussi très importante pour moi.
L’humidité, la moiteur. J’ai passé quelques étés au Japon,
saison souvent pénible même pour les japonais, chaleur moite,
et j’en ai gardé des souvenirs merveilleux. Trevor Brown m’a
même traité de masochiste car lui quitte toujours le japon en
été. Je suis aussi très sensible aux vieux morceaux de musique
populaire japonaise. Avant-guerre et même l’immédiat après-
guerre. Quand le jazz rencontre le shamisen. J’adore aussi
Enka, le blues japonais. Ce qui ne m’empêche pas de
m’éclater avec Guitar Wolf. Je vais m’arrêter là car si je
devais faire l’inventaire de toutes les choses du Japon que je
porte dans mon coeur, il m’en faudrait des pages !

15
Côté pratique, quelles sont tes techniques favorites
pour le dessin ou la peinture ?
Actuellement j’utilise essentiellement trois techniques
pour mes dessins-peintures érotiques. Pour les petits
formats, l’aquarelle pour les couleurs, cernes à l’encre
de Chine, crayons de couleurs pour les ombres et
parfois pour les cernes autres que noirs. Pour l’encre
j’utilise la plume d’oie, des petites plumes et le pinceau.
Pour les grands formats, j’utilise comme couleurs de
base les couleurs en bâtons japonaises, avec des rehauts
à l’aquarelle et à la gouache. Cernes à l’encre de Chine
avec plume d’oie, petites plumes et pinceaux, japonais
de préférence. Pour les ombres j’utilise, presque à sec,
une encre japonaise assez épaisse et très noire, un noir
bleuté. Pour les grands formats à la pierre noire,
couleurs à l’aquarelle et gouache, puis pierre noire pour
les cernes et les ombres. Pour les dessins rock’n’roll en
noir et blanc, encre de Chine à la plume d’oie, petites
plumes et pinceaux.

16
Autre versant de ton œuvre, que l’on peut retrouver dans le livre Skull
School Royal… Des dessins qui sentent le rock’n’roll zombifiant et
l’époque où tu réalisais des pochettes de disques et des affiches de
concerts. Peux-tu nous parler de cette période ? T'arrive-t-il encore de
faire ce genre d’artwork ?
Il n’y a pas vraiment de période car je n’ai jamais arrêté de faire des pochettes
de disques et des affiches. Les dessins rock’n’roll me détendent et soignent, je
me répète, ma schizophrénie. Bien sûr j’ai eu une production rock’n’roll un
peu plus frénétique du temps où je traînais à Londres. La première fois que je
suis allé à Londres c’était en 1970, c’était encore la saison psychédélique avec
un max de drogues. Je n’y suis pas retourné avant 1976, 77, en pleine
explosion punk. C’était vraiment intense, au point que je commençais à passer
presque autant de temps en Angleterre qu’en France. J’ai fini par croiser un
soir Nick GARRARD, à un concert des Vibes au Pindar of Wakefield, à
King’s Cross, à deux pas du génial cinéma le Scala. Ce fut l’amitié profonde
au premier regard. Nick était le manager des Meteors et d’une flopée d’autres
groupes. Il dirigeait TECHNIMEDIA, une boîte de graphisme et il avait déjà
réalisé pas mal de pochettes de disques, notamment pour Ted Carrol, et il
sortait un beau fanzine appelé CAT TALK.
Quand mon pied à terre à Harlesden ne fut plus valable, Nick m’a spontanément proposé de vivre chez lui à Camden
Town. C’est chez lui que j’ai fait pas mal de pochettes et on déconnait à donf. Par Nick j’ai fait la connaissance de
Nigel Lewis et de Mark Robbertson. On traînait avec un tas de fèlés dans divers pubs de Camden. Bal des Sting
Rays puis les Earls of suave, Billy Childish et la bande de Chatham, James et les Gallon Drunk, les Vibes, Shane
Mc Gowan,et bien sûr les Tall Boys, Sexton Ming, les Surfadelics. Les Cramps sont venus au pub, Kid Congo,
Johnny Dangerfield , Screamin’ Lord Sutch … Nick m’a fait connaître Tetsuya de Vinyl Japan et j’ai fait quelques
pochettes pour des groupes Psycho japonais. J’ai fait une pochette pour Mike Spenser et ses Cannibals (Mike était le
chauffeur des New York Dolls). Il flippait car mon Moïse ressemblait étrangement à Charles Manson. C’était
délibéré. Mike craignait des représailles de la famille. Je l’ai rassuré en lui affirmant que je ne me foutais pas de
Manson, bien au contraire. Nick utilisait mes dessins dès que
l’opportunité se présentait. T-shirts,affiches pour festivals Psychos,
pochettes de disques, fanzines, programme de la tournée des
Cramps. J’ai vu mon Johnny Skull tatoué sur pas mal de bras. Les
Bon Goût (actuellement « Re : Surgo ») de Berlin ont utilisé la
même méthode et j’ai fait pas mal d’affiches de rock avec eux, la
dernière en date étant pour les Stooges. Je continue, parallèlement à
mes productions sexuelles obsessionnelles à faire des dessins
rock’n’roll que j’expose de temps à autre lors de conventions de
Tatouage. Le rock’n’roll, le punk, ont toujours été pour moi une
manière de vivre, une attitude, l’irrévérence totale, la super classe, la
liberté et une excellente médecine. Le message de base étant :
R.A.F., Rien à Foutre !

17
D’ailleurs, musicalement, quels sont tes groupes cultes, et
les disques que tu écoutes actuellement ? Je crois savoir
que tu as un goût prononcé pour le psycho et le punk…
Que représentent-ils pour toi ?
Mes goûts musicaux sont tellement vastes qu’il serait
fastidieux d’essayer d’en faire la liste. Je ne citerai donc que
quelques groupes vers lesquels je reviens régulièrement :
Captain Beefheart, Jimi Hendrix Experience, the Scientists,
The Stooges, The Velvet Underground, Albert Ayler, tous les
groupes de rockabilly déjantés des fifties, punks des sixties
comme les Sonics, punks des seventies, les premiers albums
des Cramps, le premier des Meteors.
Récemment j’ai flashé sur les Monsters et Le Reverend Beat
Man. Son « Jesus-christ twist » est superbe.
J’aime bien aussi Southern Culture On The Skids, Jon
Spencer, Eagles of Death Metal, Queens of the Stone Age,
Sepultura, Soulfly, Pantera, Nine Inch Nails…
Le rock’n’roll est le bruit le plus excitant qui soit, comme une
montée de speed, l’imagerie qui l’habille est superbe et son
insolence est une attitude souveraine !
J’écoute aussi beaucoup de vieux blues. J’ai eu la chance,
jeune lycéen, de voir Skip James ! C’était magique. J’adore
Robert Johnson et tous ces bluesmen qui ont diffusé la
musique du Diable. Parfois aussi, en dessinant, j’écoute en Im dunklen wald
boucle Das Klagende Lied, Des Knaben Wunderhorn, la 4 ème Skull skool royal
BIBLIOGRAPHIE

symphonie et tous les autres lieder de Gustav Mahler. Ou Let's have some fun
encore Wozzeck et Lulu de Alban Berg, et bien sûr la Schneck machine in belz bummere
tétralogie de Wagner. Le Château de Barbe-bleue de Bartok et Spellbound
Le Pierrot Lunaire de Schoenberg sont d’autres favoris. Je Skull skool vol 1
vais assez souvent à l’Opéra. J’ai toujours aimé passer d’un Skull skool vol 2
univers à un autre. C’est comme quand j’étais gosse et que je Skull skool vol 3
quittai la rue tranquille de mes parents pour rejoindre, à deux Igyou no soiree
pas delà, mes amis voyous de la cité. Pareil pour les filles, Kinshoku club
passer d’une super bourge à une punk déglingue était plutôt Naburi Naburare
amusant. J’ai toujours mené plusieurs histoires de front. Rope, rapture & bloodshed
Des projets à venir ? Aux éditions BonGoût ou Mondo Bizzarro
Des envies particulières ?
Avoir toujours la force de répandre le venin.

Infos
http://www.antoine-b.com/

18
Théâtre du

GRAND-GUIGNOL
Montmartre à la fin du 19è siècle. Le crime sanglant monte sur les planches. Dans le cul-de-
sac de l’impasse Chaptal, le théâtre du Grand-Guignol ouvre ses portes pour se spécialiser
petit à petit vers du spectacle d’épouvante. Là-bas, on étrangle, on découpe, on torture, on
élimine, on fait gicler.

7 cité Chaptal Oscar Méténier (1859-1918) travaille


Ironie du sort, le théâtre de la cité Chaptal a d’abord comme secrétaire dans un
abrité il y a bien longtemps une chapelle du commissariat de police pendant 8 ans. Il
couvent des sœurs de l’Immaculée Conception démissionne en 1889 et rejoint le milieu
mis en pièce à la Révolution. L’endroit littéraire, s’adonne à l’écriture, fréquente
deviendra successivement atelier par le peintre entre autres Edmond de Goncourt,
Georges-Antoine Rochegrosse puis théâtre par Aristide Bruant, Jean Lorain et ses fêtes
Maurice Magnier. Son concept de théâtre-salon travesties, Maupassant, André Antoine.
ne fait pourtant pas fait long feu puisqu’il ferme Il affûte son goût pour la marginalité dans
ses portes 15 jours plus tard malgré un succès des textes graveleux sur un ton argotique.
non négligeable. Oscar Méténier reprend alors Il écrit des pièces et publie des romans
l’affaire en 1896. Zézette en 1891 et Madame La Boule en
1892. Ses premières pièces seront jouées
au Théâtre-Libre dirigé par André
Antoine, créateur du théâtre naturaliste.
Dans ses pièces, il met en scène
prostituées, apaches et autres gens de la
rue. Il côtoie de près la censure avec
plusieurs de ses pièces comme
Mademoiselle Fifi (adaptée d’une
nouvelle de Maupassant) en 1896
(Théâtre-Libre), et Lui ! en 1897 où il met
en scène une prostituée et un meurtrier
dans une chambre d’hôtel. Mais il en faut
plus pour le déstabiliser. Méténier puise sa
force dans les méandres de la morale et le
revendique.

« Je suis de taille à me défendre hardiment, j’ai bec et


ongles, étant parfaitement indépendant et ne craignant ni le
bruit, ni le scandale, puisque je n’ai pas de place à perdre ;
j’ai tout à gagner, au contraire, au bruit qui se fera autour
de ma pièce ». (Oscar Méténier,in Les voyous au théâtre)

19
En 1896, Méténier fait l’acquisition de ce qui
deviendra le théâtre du Grand-Guignol en avril
1897. Un théâtre qui se joue de la bienséance, et
propose des pièces controversées qui ravissent
le public.
Le théâtre titille la bienséance, flirte
régulièrement avec la censure et connaît des
périodes de fermeture par la Préfecture de
police. Et qui dit réputation sulfureuse attise la
critique, ce qui ne mettra pas à mal son succès.
Méténier en joue et lance une revue comme
une tribune d’argumentation face aux
médisants. 7 numéros seront publiés durant
l’année 1898.
Le théâtre fait le plein tous les soirs, Méténier
jubile. Il est d’autant plus étonnant de le voir
abandonner son théâtre si rapidement, un an
après l’ouverture. Les rumeurs de l’époque
évoquent la maladie, mais cette raison ne
semble pas suffisante. Le mystère plane
toujours.
Le tournant aura lieu en 1903, avec la pièce Le système
Ce n’est donc pas à Méténier que l’on doit le
du Dr Goudron et Pr Plume, adaptation d’une nouvelle
théâtre d’épouvante. A l’ouverture, le choix du
de Poe par André de Lorde. Maurey saisit la balle au
nom est un clin d’œil à la marionnette lyonnaise
bond et joue la carte du tragi-comique, l’accumulation
créée par Laurent Mourguet en 1808. Méténier
du dramatique garnissant la farce.
veut proposer un guignol pour les grands, avec
des comédiens en chair et en os en lieu et place
des marionnettes de bois. Mais il s’agit André de Lorde a été avocat au barreau de Paris, puis
davantage d’un théâtre de foire, se jouant des secrétaire aux Finances du ministre Burdeau. Il est
mœurs et de l’immoral. De grands noms sont désormais attaché à la Bibliothèque de l’Arsenal et
adaptés, Edgar Poe, Robert-Louis Stevenson, occupe son temps libre à l’écriture. Ces pièces relèvent
Fédor Dostoïevski… et des auteurs maison du répertoire comique et de Lorde jouit d’une certaine
comme Max Maurey, André de Lorde, Adrien notoriété.
Vély, ou… Oscar Méténier ! En vacances à Etretat, une nuit de tempête, il lit la
nouvelle de Poe et profite du climat saisissant qui
l’entoure pour l’adapter en grossissant le trait, allant
Max Maurey prend la suite de Méténier en crescendo jusqu’à l’épouvante.
1899. Journaliste et metteur en scène, il compte Refusé par André Antoine du Théâtre-Libre, il propose
dans ses amis André Antoine, directeur du sa pièce au Grand-Guignol.
Théâtre-Libre. Max Maurey prône d’abord « un
nouveau théâtre de foire », avec un crédo entre Max Maurey saute sur l’occasion. L’affiche est illustrée
farces et comédies, et loue même un par le caricaturiste Adrien Barrière, et placardée dans la
emplacement à l’Exposition universelle de ville. Elle fait son effet et attire. Le spectacle fait salle
1900. comble. En coulisse, Maurey compte les
évanouissements.

20
Il instaure ainsi l’épouvante au Grand-Guignol et en fait
un Temple de l’horreur. Il puise ses idées dans les faits
divers et les affaires criminelles. Il se délecte des effets
spéciaux maison, multiplie les stratagèmes pour
reproduire les bruits du vent ou de la pluie, use de
vaisselle cassée. Le sang des abattoirs de la Villette est
rapidement remplacé par de la confiture de groseilles, ou
un mélange de vaseline et de carmin liquide. Les
démangeaisons sont risquées mais l’odeur insupportable
du sang qui tourne n’est plus.

André de Lorde prend goût à ce nouveau style de théâtre.


Pour le Grand-Guignol, il démembre des corps, sectionne
et tranche.

Dans L’homme de la nuit (1921), il met en scène


l’histoire d’un nécrophile, basée sur l’histoire vraie du
sergent Bertrand, un homme condamné en 1849 pour
avoir violé des tombes et des cadavres.

Dans L’Horrible passion (1934), il dépeint une jeune


nounou qui étrangle les enfants à sa charge.

De Lorde se penche sur des cas médicaux, fréquente des


asiles, interroge des spécialistes, et produit des pièces,
accompagné de Alfred Binet.
Leur rencontre remonte à 1900. Binet s’intéresse alors
aux auteurs dramatiques, cherchant à savoir comment leur
cerveau fonctionne… Il s’est déjà penché sur Alexandre
Dumas fils, Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt… Sa
contribution au Grand-Guignol le distrait et il apporte la
caution scientifique dont de Lorde a besoin. De Lorde
évoque un théâtre médical, explore dissection et
médecine expérimentale. Un théâtre de la démesure où
l’on découpe, opère et torture.

Ensemble, ils produisent notamment L’Obsession (1905),


Une leçon à la Salpêtrière (1908), L’Horrible
Expérience (1909), L’Homme mystérieux (1910), ou
encore Un crime dans une maison de fous (1910).
Ils y abordent la folie, critiquent Charcot,
l’expérimentation médicale et le comportement des
aliénistes.

De Lorde écrira tous genres confondus plus de 150 pièces


pour le Grand-Guignol.

21
Le théâtre connaît toujours plus
de succès. Dans le public, on
compte des habitants du quartier,
des artistes, des figures
décadentes, des policiers, des
médecins. Un public varié entre
bourgeois et franges populaires,
une population qui aime les
affaires sordides, avec un
mélange de fascination et de
curiosité pour le sang qui coule.
Certains préfèrent ne pas être vus
et profitent des sièges grillagés.
Le flirt a bon train, certaines Des tournées sont organisées en province dès 1903. De passage à
femmes épouvantées se jetant Paris, l’acteur américain Holbrook Blinn, rencontre Maurey, et
dans les bras de leur voisin. Le ramène aux Etats-Unis un théâtre à la manière du Grand-Guignol.
personnel du théâtre rapporte un Il reproduit les recettes de Maurey et compte à son tour les
nettoyage régulier des sièges… évanouissements.
En 1922 et 1924, le Grand-Guignol s’exporte au Royaume-Uni,
Certaines soirées atteignent 4h30 aux Etats-Unis, en Amérique du sud, en Russie…
de spectacle, avec plusieurs
pièces par soir ou l’épouvante
côtoie le comique, où le macabre
flirte avec le grotesque, pour un [ Le mouvement naturaliste naît au
effet saisissant à la fois bouillant cours du 19è siècle, de l’intérêt croissant pour les
et glaçant. Malaises et problèmes sociaux et la psychologie, et marqué par
évanouissements sont monnaie l’influence des sciences, le développement de la
courante. Les gens cherchent à se médecine expérimentale et les débuts de la
faire peur. Maurey installe un bar psychiatrie.
avec des remontants, et
embauche un médecin pour les En littérature on nommera par exemple Emile Zola.
plus épouvantés. Au théâtre, André Antoine prône le naturalisme au
sein du Théâtre-Libre qu’il dirige de 1887 à 1897,
Le Grand-Guignol c’est aussi le pour un théâtre populaire et social. Un jeu d’acteur
théâtre de la peur. Peur du particulier, cherchant à reproduire au plus près la
prolétariat, de l’étranger, de la nature humaine. On y verra de nombreuses pièces
contagion, par le sang versé, le parmi lesquelles des adaptations de Emile Zola,
sperme éjaculé, la maladie avec Léon Tolstoï, Alphonse, Daudet, Henry Bernstein
la lèpre et la syphilis. La peur,
ou Jules Renard. ]
mais aussi les limites, la perte de
conscience, de contrôle avec
l’usage des drogues ou l’hypnose.

22
Entre 1914 et 1930, Camille Choisy ajoute des effets De 1930 à 1937, Jack Louvin propose
spéciaux et apporte davantage de soin à l’éclairage et au davantage de drames psychologiques. Il
son. La mise en scène évolue, Choisy a le sens du décor. renvoie Maxa qu’il accuse de voler la vedette.
Il va même jusqu’à acheter une salle d’opération Il ne réussit pas à renouveler le genre,
équipée pour une nouvelle pièce. conduisant l’épouvante à la parodie manquant
En 1917, il engage la comédienne Paula Maxa qui cruellement de crédibilité pour un public qui
deviendra « la femme la plus assassinée au monde ». commence à se détourner du lieu.

Marie-Thérèse Beau (1898-1970) suit les cours d’art dramatique, joue dans quelques pièces, prend
rapidement le surnom de Maxa, et se fait remarquer au Grand-Guignol dans Le Poison noir, de Jean
Bernac, en 1917. Elle porte alors une robe de soie blanche pour sa première scène de torture.
Les pièces dramatiques et épouvantables s’enchaînent et les cris de Maxa font fureur. Avec son partenaire
Georges Paulais, ils connaissent le succès, et Maxa subit des supplices on ne peut plus variés : vitriol,
violée, brûlée, guillotinée, enfermée avec des lépreux, fusillée, écartelée, ébouillantée, piétinée par un
troupeau de taureaux, empoisonnée, éviscérée… une longue liste qui lui vaudra les surnoms La Princesse
du sang, La Dame du Père-Lachaise, La Prêtresse de l’horreur et du vice, La morte vivante, La Sarah
Bernhardt de l’impasse Chaptal, La Rachel de tous les martyres, ou encore La femme la plus assassinée du
monde ».
Actrice pour le Grand-Guignol jusqu’en 1938, elle est congédiée par Jack Louvin, directeur de l’époque.

Quant à Georges Paulais (de son vrai nom René Chimier), il abandonne le Grand-Guignol à la direction
d’Eva Berkson pour fonder le Centre spiritualiste de France. Emule d’Allan Kardec, il devient expert en
phénomènes paranormaux.

23
Par la suite, le théâtre changera encore plusieurs fois de direction. Il
faut dire que la période d’après-guerre est difficile. Avec les nazis
et leurs camps de concentration, la réalité a dépassé la fiction et le
sang qui coule n’a plus la même légèreté. Un tournant érotico-
macabre prend alors le relais, donnant la part belle aux poitrines
dénudées plutôt qu’aux gorges tranchées. On y verra notamment
l’actrice Denise Dax dans les années 50, davantage érotisée
qu’ensanglantée, dans Les Coupeurs de tête, ou Le Cercueil flottant
de Eddy Guilain.

Sur la fin, Robert Hossein ou Raymonde Machard, s’inspirent


davantage du roman noir dans le choix de leurs pièces (Boileau-
Narcejac), sonnant la fin des grandes heures du Grand-Guignol.
L’époque triomphante est révolue, les spectateurs se tournent
davantage vers le cinéma, les sièges du théâtre se vident.

En 1962, Marcel Lupivici rachète le théâtre et vend aux enchères


affiches, décors et costumes, faisant disparaître petit à petit la
touche si particulière du Grand-Guignol qui devient alors le
Théâtre 347.

Depuis 2002, nous trouvons en lieu et place l’IVT, International


Visual Theatre, qui héberge une compagnie de théâtre de sourds.

« Le Grand-Guignol est situé dans


une ruelle sombre. Personne n’irait
imaginer qu’un théâtre se trouve
dans environnement pareil : sordide
et miteux. Il ferme une impasse aux
pavés irréguliers. Dans les siècles
passés, le bâtiment abritait un
monastère. On peut encore voir le
plafond voûté comme celui d’une
église et les lustres en fer forgé
suspendus aux poutres. Tout autour
de la salle courent des lambris en
chêne décorés d’anges étranges. Les
murs sont recouverts de coûteuses
tapisseries. L’atmosphère, d’une
grande sévérité, inspire la peur. »
(Maxa)

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Quand le Grand-Guignol se bouquine
Maxa : la femme la plus assassinée du monde / Agnès Pierron. L'Entretemps. 2011
Le spectaculaire dans les arts de la scène du romantisme à la Belle Epoque / dir. Isabelle Moindrot. CNRS. 2006
Les nuits blanches du Grand-Guignol / Agnès Pierron. Seuil. 2002
Le Grand-Guignol. Revue Europe n°835-836. 1998
Le Grand-Guignol : le théâtre des peurs de la Belle Epoque. Robert Laffon. 1995
Contes du Grand-Guignol / André de Lorde. Fleuve noir. 1993
Grand-Guignol / François Rivière, Gabrielle Wittkop. Editions Henri Verrier. 1979
L'histoire du Grand-Guignol – théâtre de l'épouvante et du rire / Camillo Antona Traversi. Librairie théâtrale.
1933

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Mettez-vous à table pour un carpaccio de banane qui crisse sous la dent.
Ingrédients : rock'n'roll, sang frais, tronçonneuse, sel, poivre
Cuisson : saignant

Petite présentation pour ceux qui ne vous Au départ, c’était une évidence
connaissent pas ? de faire du gore’n’roll ou c’est
Comment est venu ce nom de BANANE METALIK ? Venu petit à petit ?

Ced 666 : Formé à Rennes il y a un paquet d’années, Disons que notre identité visuelle
nous avons baptisé notre musique Gore'n'roll et la s’est affirmée au fil du temps, mais
décrivons comme un mélange d'horreur et de rock'n'roll ! dès nos premiers titres, nos
Nous avons depuis la chance de tourner régulièrement en morceaux se voulaient un mix de
France et à l’étranger (Usa, Japon, Brésil, Russie, rock’n’roll saupoudré de thèmes
Europe…), il en va de même pour les sorties de nos horrifiques. Ils s'inspirent de cette
différents albums. culture, mais revendiquent
Concernant ce nom, il est le fruit de notre adolescence également pour certains le refus du
agitée ! À l'époque, nous avions découvert la bande conformisme artistique.
dessinée de Franck Margerin « Banane métallique » et De plus nous en avions marre
trouvions que son univers rock'n'roll correspondait à notre d’être catalogués musicalement
quotidien. Parallèlement nous aimions l’univers décadent parlant à tort et à travers. Nous
et provocant de l’ultra violence du film « Orange avons en réponse décidé de nous
mécanique ». coller notre propre étiquette ! Ceci
Pour l'anecdote, METALIK s'est finalement écrit avec un K pour éviter d'entendre trop de
parce le mec réalisant nos premiers badges ne parvenait conneries sur notre style musical et
pas à insérer le mot « métallique » dans la surface du avoir au moins une appellation non
badge. Il a donc résolu ce problème en l'écrivant avec un contrôlée fidèle à notre état
K et nous avons adopté cette écriture à l’unanimité. d’esprit.

Quelles sont vos sources


d’inspiration ?

Excepté l’univers rock’n’roll et


horrifique, tout ce qui peut
concerner l’art, le cinéma, la
littérature, etc. Mais nous puisons
également notre inspiration dans le
lot quotidien de nos concitoyens, à
savoir celles et ceux qui se battent
contre les coups durs, les coups du
sort, celles et ceux qui refusent les
normes d’un monde culturel
aseptisé ! Aussi nous avons
beaucoup de respect pour les
activistes de divers champs
culturels et sociaux.

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Un album est en prévision.
Des nouveautés ?
Des envies particulières ?
Des guests ?

Oui nous en discutons activement


après ces deux ans de break…
Nous bossons actuellement sur un
clip basé sur un ancien morceau
quasi inédit et nous repartirons
ensuite en tournée avec un
nouveau show.
Notre envie reste la même depuis
nos débuts, partager notre
musique et communier notre folie
gore’n’roll de continent en
continent.
Notre public est une chance, il
nous fait preuve de son soutien à
de maintes occasions. Nous
profitons d’ailleurs de cet interview
pour l’en remercier avec sincérité !

Banane Metalik c’est un son, un Par exemple pour le clip de Strip or die, comme un clin
univers, mais aussi un visuel d’œil à Tim Burton, mais qui n’a pas dû être simple à
fort, réaliser…
Du show, des maquillages, des
clips. Vous faites tout entre vous Exactement en voilà un très bon exemple, nous avons eu
ou vous la chance de rencontrer des individus non seulement
faites parfois appel à d’autres motivés, mais également très doués. Ils avaient une asso
gens, pour du décor, des coups du nom de Blink, j’avais depuis longtemps en tête l’idée
de griffe, d’un clip d’animation, mais le groupe n’en avait
mise en œuvre, réalisation, aucunement les moyens. Ils ont de suite accroché sur le
etc. ? morceau et le concept. Au début je les ai accompagnés
sur la mise en place de ce clip d’animation (story-board,
Nous avons toujours réalisé la recherche graphique des caractères ect), mais ensuite ils
majorité des éléments constituant ont réellement capturé l’esprit du projet pour nous en livrer
notre univers. Du disque en une version d’enfer !
passant par la scène, c’est
énormément de travail. Néanmoins
nous faisons régulièrement appel à Le killer bananas c’est quoi ?
d’autres personnes. Des
passionnés, des gens compétents Celles et ceux qui soutiennent avant tout notre démarche,
dans des domaines particuliers ou mais aussi l’association qui nous permet de mettre en
de simples coups de main… place la majorité de nos projets artistiques (albums, clips
En résumé, toute aide extérieure etc).
est généralement très appréciée.
Avec le temps, nous la sollicitons
de plus en plus en raison de la
charge de travail et des spécificités
de nos projets (vidéos, visuels,
shows..).

https://www.facebook.com/bananemetalik
http://www.bananemetalik.com/ http://www.killerbananas.com/

27
Qu’est-ce qui vous fascine dans le
gore, et à l’inverse, qu’est-ce
qui vous insupporte (dans son
Discographie
utilisation, sa mise en scène, son
imagerie, etc.) ? × Requiem de la depravation (1994)

Disons plutôt que l’imagerie


horrifique nous berce depuis notre
× Sex, blood and Gore'N'Roll (2005)
adolescence et nous permet une
créativité aussi jouissive que × Nice to meat you (2008)
libératrice.
Un bon nombre de films ont
contribué à notre engouement pour
ce genre, que ce soit pour leurs
effets spéciaux, la mise en scène, le
gore, le second degré, le jeu
d’acteurs, le scénario, le talent de
certains réalisateurs...
Sur scène, nos shows sont de
véritables mises en scène à base de
décors, de maquillage, de zombies,
de freaks... Accompagné d’une go-
gore danseuse dégénérée,
l'esthétique visuelle du groupe est
importante. Nous cherchons à
engendrer un sentiment de folie
contagieuse pour prendre un malin
plaisir à en donner.

Des choses à ajouter ?

In gore’n’roll we trust !!
Merci à toutes et à tous de votre
soutien, rendez-vous sur notre page
facebook pour des news bien
fraîches !

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Fiche METIER
Je veux tripoter de la viscère !
Si tu ne veux être ni boucher ni artisan joallier en boyauterie,
et que tu as de la patience, tu pourras peut être devenir...

CHIRURGIEN VISCERAL
Il est des spécialités dont on se demande si c’est une vocation. Bien sûr, il en faut,
et heureusement il y en a, mais effectivement sans remettre en cause leur intérêt
passionnant, il faut bien reconnaître qu’à première vue, il est difficile de rêver être
podologue, proctologue, gynécologue ou encore chirurgien viscéral. Pour le coup,
les boyaux dilapidés dans les films d’horreur sont bien peu de choses face à la
tripaille qui garni nos bides…

Ce que le dictionnaire médical en dit


Cette spécialité prend en charge les organes abdominaux (estomac, intestin, foie, rate…), même si
étymologiquement le mot viscère désigne l’ensemble des organes (cerveau, poumon, vessie…). Les
interventions peuvent être pratiquées par de larges ouvertures sur le ventre ou par cœlioscopie,
technique consistant à introduire dans l’abdomen des instruments (pince, caméra) par des incisions
Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?

de petite taille. Les instruments sont ensuite guidés grâce à la caméra qui transmet des images que
le chirurgien peut visualiser sur une télévision.
L’éventail des interventions pratiquées par les chirurgiens viscéraux est très large, allant de
l’appendicectomie à la greffe de foie… Les opérations les plus complexes nécessitent souvent la
présence de plusieurs chirurgiens et ne sont réalisées que dans des centres très spécialisés. Les
chirurgiens viscéraux peuvent être amenés à intervenir en urgence (plaie, infection, hémorragie
interne…) ou de façon programmée.

29
La chirurgie en général, et la viscérale en particulier, manque
de spécialistes. La voie est donc libre mais il faut savoir être
patient et motivé puisqu’il faut 12 à 15 ans d’études après le
bac…

Bac Scientifique, puis la fac de médecine. Une première


année commune à tous, puis le DCEM (Deuxième Cycle des
Etudes Médicales) pendant 4 ans, puis un 3 e cycle et un
examen classant national, et l’internat. DES (Diplôme
d’Etudes de Spécialités) pendant 5 ans, chirurgie générale par
exemple. Pour finir, 2 ans de DESC (Diplôme d’Etudes de
Spécialités Complémentaires) pour affiner encore, au pif, la
chirurgie viscérale...

Au programme Juan Valverde de Amusco (anatomiste)


1559
 Chirurgie de l'oesophage et du diaphragme
 Chirurgie de l'estomac, du duodénum et du jéjuno-iléon
 Chirurgie colorectale et proctologique
 Chirurgie du foie, de la rate et du système porte
 Chirurgie des voies biliaires et du pancréas
 Chirurgie pariétale
 Chirurgie des cavités péritonéale et pelvienne
 Chirurgie du sein et des glandes endocrines

Bon après ça, vous êtes tranquille, un chirurgien débutant


gagne en moyenne 4000€ brut par mois…

Si finalement vous n’êtes pas très à l’aise, vous pouvez


toujours retourner jouer au Docteur Maboul !

Govard Bidloo (anatomiste)


Gérard de Lairesse (artiste)
1690

30
Lyzane Potvin
Une artiste québécoise à découvrir !
De l'humain, de la douleur, du corps, de la faille.
Que l’on considère ses oeuvres comme démonstration de colère, de souffrance, de tragique, ou
encore de digestion ou bien de jouissance, cette femme assurément libère ses démons.
Des expositions, des installations, des performances, qui marquent.

http://www.lyzanepotvin.fr/

31
32
Trevor Brown

Seungyea
Park

33
Roberto Osti

Juan Gatti

34
Merci de fermer la porte derrière vous

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