Droit de L Environnement
Droit de L Environnement
Auteur
Emmanuel D. Kam Yogo, professeur à la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université de Douala
et à l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) de Yaoundé (Cameroun)
Coordination
E. Lionelle Ngo-Samnick, spécialiste de programme, IFDD
Yacouba Savadogo, expert juriste, UICN
Robert Wabunoha, coordonnateur régional de la gouvernance environnementale, ONU environnement
Bougonou K. Djeri-Alassani, chef division politiques et règlementations environnementales, Commission de la CEDEAO
Comité de relecture
Mohamed Ali Mekouar
Sophie Lavallée
Pulchérie Donoumassou Simeon
Harinirina Saholy Rambinintsaotra
Chikhaoui-Mahdaoui
Collaboration à l’édition
Louis-Noël Jail, chargé de communication, IFDD
Marilyne Laurendeau, assistante de communication, IFDD
Bibiane Kukosama, assistante de programme, IFDD
Simon Desrochers, attaché de programme, IFDD
Claire Schiettecatte, experte, IFDD
Révision linguistique
Louis Courteau, trad. a.
Conception graphique
Marquis Interscript
Les instruments juridiques sont de plus en plus sol- Tout en expliquant les bases théoriques et opératoires
licités pour faciliter la protection de l’environnement du droit de l’environnement, l’encadrement juridique
et l’efficacité des politiques environnementales. Pour- ainsi que les mécanismes de mise en œuvre, le manuel
tant, malgré un arsenal juridique important, le droit a le mérite de susciter la pratique des magistrats par
de l’environnement reste encore abstrait et difficile à la mise à disposition d’études de cas de qualité et
appréhender par plusieurs magistrats. d’exercices pratiques qui leurs permettront de veiller
à une meilleure appropriation du droit de l’environ-
C’est dans cette optique que l’Institut de la Fran nement. Le lecteur prendra également connaissance
cophonie pour le développement durable, organe de l’originalité de plusieurs parties de ce manuel,
subsidiaire de l’Organisation internationale de la notamment les inspections de l’environnement, qui
Francophonie, en étroite collaboration avec l’ONU permettront, je l’espère, de contribuer à l’améliora-
environnement, l’Union internationale pour la conser- tion de la formation environnementale des acteurs
vation de la nature et la Commission de la Commu- judiciaires, non seulement dans les pays d’Afrique,
nauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, mais dans tout l’espace francophone.
est fier de vous présenter le Manuel judiciaire de droit
de l’environnement en Afrique. L’élaboration de ce Je reste convaincu que, à l’aide de cet outil pédago-
manuel a été rendue possible grâce à l’implication gique, les magistrats francophones pourront efficace-
exemplaire du Pr Emmanuel Kam Yogo et la géné- ment relever les défis de la prise en compte des enjeux
reuse mobilisation d’une dizaine d’universitaires fran- émergents de l’environnement pour que la justice
cophones, que nous remercions vivement. Je saisis prenne sa place, toute sa place, dans l’édification de
également cette occasion pour saluer les critiques, les sociétés plus durables et en harmonie avec leur temps.
observations et les suggestions de tous les participants
du symposium du 5 au 9 février 2018 sur l’effectivité Jean-Pierre Ndoutoum
et l’éducation judiciaire du droit de l’environnement
en Afrique francophone, qui ont permis d’améliorer
le contenu de ce manuel.
AVANT-PROPOS
Le droit de l’environnement est une matière passion- de l’environnement n’est pas toujours enseigné dans
nante et transversale dont l’enseignement n’est pas des filières de droit privé et n’est qu’un cours option-
très répandu en Afrique dans la formation des juristes. nel dans certaines filières de droit public. Pour les
Ce manuel s’inscrit ainsi dans un contexte marqué élèves magistrats sans la moindre connaissance en
par le manque d’imprégnation de plusieurs acteurs droit de l’environnement, la formation à l’école de
judiciaires africains, notamment les magistrats, des magistrature est une occasion de s’y initier. Il faut
règles juridiques de protection de l’environnement. toutefois souligner que cette faille dans l’enseigne-
Pourtant, les acteurs judiciaires peuvent intervenir à ment universitaire du droit de l’environnement
divers niveaux pour promouvoir le droit de l’envi- n’est pas spécifique à l’Afrique. Le juge Christopher
ronnement, notamment par l’application des lois, Weeramantry mentionnait déjà ce problème presque
les transactions et l’éducation des populations lors universel dans l’introduction du Manuel judiciaire de
des audiences judiciaires. Pour ce faire, le renforce- droit de l’environnement du Programme des Nations
ment des capacités de ces acteurs judiciaires dans le Unies pour l’environnement (PNUE)1.
domaine du droit de l’environnement en Afrique
francophone est soutenu par plusieurs institutions Dès lors, le souci est d’initier les futurs magistrats au
internationales, notamment l’Institut de la Franco- droit de l’environnement, tout en leur permettant
phonie pour le développement durable (IFDD), d’avoir une formation pratique dans ce domaine au
l’ONU environnement ou l’Union internationale pour regard de la vocation professionnelle des écoles de
la conservation de la nature (UICN). magistrature.
Dès la conception de ce manuel, l’accent a été mis Pour le formateur du magistrat, ce manuel peut uti-
sur le développement d’un outil polyvalent per lement servir de support pour orienter son enseigne-
mettant de soutenir la formation initiale ou pratique, ment en y puisant de façon appropriée des éléments
afin qu’il puisse être exploité aussi bien par l’élève du cours et des exercices pratiques à travailler en
magistrat que par le formateur du magistrat. classe ou en s’en inspirant pour concevoir des sujets
d’évaluation des élèves magistrats. En effet, le système
L’expérience menée depuis plusieurs années à l’École d’évaluation des écoles de magistrature privilégie des
nationale d’administration et de magistrature (ENAM) sujets pratiques, qui mettent les étudiants devant des
du Cameroun a montré que près de 80 % des élèves situations de terrain, plutôt que des sujets théoriques
magistrats n’avaient pas suivi un cours de droit de comme la dissertation.
l’environnement pendant leurs études dans les facultés
de droit. Cette expérience peut être plus ou moins Le Manuel judiciaire de droit de l’environnement en
identique dans les autres écoles de magistrature en Afrique, qui se veut généraliste pour soutenir une
Afrique francophone. Ce pourcentage se justifie par grande diversité de pays francophones d’Afrique, peut
le fait que, dans plusieurs facultés de droit, le droit aussi aider les écoles de magistrature à développer
1. Voir l’introduction du juge C. WEERAMANTRY dans G. CANIVET, L. LAVRYSEN et D. GUIHAL, Manuel judiciaire de droit de
l’environnement, Nairobi, PNUE, 2006, p. 13.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
VIII
leurs curricula ou les manuels de formation nationale. dans le domaine de l’environnement en Afrique est
L’élaboration de ce manuel n’a pas voulu perdre de que cette règle de droit n’est pas souvent bien connue
vue le rôle du juge dans les sociétés modernes, qui de celui qui doit rendre justice. L’orientation du
sont marquées par l’existence d’un pouvoir judiciaire manuel est donc de permettre aux futurs magistrats
bien distinct des pouvoirs exécutif et législatif. de se familiariser avec cette règle de droit en la faisant
Aujourd’hui, il s’avère de plus en plus que le rôle des mieux connaître.
juges dans les États africains est de régler des litiges,
de garantir l’autorité du droit en vigueur par son Dans un contexte d’inflation législative et réglemen-
application objective et d’interpréter les règles juri- taire concernant la protection de l’environnement,
diques en cas de nécessité. L’étudiant magistrat offi- auquel s’ajoute une nouveauté normative et maté-
ciera d’abord dans une juridiction nationale en tant rielle, la maîtrise par les acteurs judiciaires en général
que juge ou magistrat de parquet. C’est pour cette des règles à appliquer n’est pas évidente. Pourtant, il
raison que le manuel met un accent particulier sur faut en tout cas que les litiges soient tranchés. La ligne
les règles juridiques nationales en vigueur et très peu pédagogique de ce manuel est dominée par le souci
sur la doctrine, tout en veillant à ne pas oublier les de doter le futur juge des connaissances juridiques
règles internationales pouvant être utilisées pour initiales et pratiques essentielles en Afrique, lui per-
motiver une décision. À ce propos, le juge Christopher mettant de traiter sereinement et objectivement des
Weeramantry indique que « pour le juge national, le plaintes qui lui seront soumises dans le domaine de
droit environnemental international est surtout per- l’environnement. Au-delà des plaintes, il faudrait que
tinent quand il a été nationalisé ou qu’il s’ajoute au les juges développent une jurisprudence environne-
corpus de lois nationales, par exemple par ratification, mentale éducative pour les citoyens. En effet, comme
incorporation ou transposition2 ». l’affirme le juge Weeramantry, « les décisions et les
attitudes judiciaires peuvent aussi jouer un grand rôle
Dans l’office d’un juge, la question principale est tou- en influençant la perception qu’a la société du danger
jours celle de savoir quelle règle de droit en vigueur sur l’environnement3 ». C’est dans cette perspective
permet de juger objectivement un différend en cours que la deuxième édition de ce manuel mettra l’accent
ou de rendre justice efficacement, et non pas quelle sur la jurisprudence environnementale dans les États
est la position doctrinale invocable pour trancher tel africains ciblés, les ressources disponibles pour la rédac-
litige. Toutefois, le juge peut s’inspirer de la doctrine tion de cette première édition ne l’ayant pas permis.
pour interpréter une règle écrite. Le problème actuel
Avant-propos............................................................................................................................................ V
Abréviations et sigles................................................................................................................................ IX
Introduction générale............................................................................................................................... 1
PREMIÈRE PARTIE
Les bases théoriques et opératoires du droit de l’environnement............................ 5
CHAPITRE 1
Les principes fondamentaux de protection de l’environnement................................................................ 7
CHAPITRE 2
Les outils de protection de l’environnement............................................................................................. 21
CHAPITRE 3
La fiscalité environnementale en Afrique.................................................................................................. 29
DEUXIÈME PARTIE
L’encadrement juridique des secteurs environnementaux.......................................... 39
CHAPITRE 4
La protection de la diversité biologique.................................................................................................... 41
CHAPITRE 5
La protection des forêts en Afrique........................................................................................................... 55
CHAPITRE 6
La protection des ressources minières....................................................................................................... 81
CHAPITRE 7
La lutte contre les pollutions et les nuisances en Afrique.......................................................................... 93
CHAPITRE 8
Les problèmes des déchets et des substances dangereuses........................................................................ 105
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
CHAPITRE 9
La protection du patrimoine culturel......................................................................................................... 121
CHAPITRE 10
La gestion des catastrophes et la prévention des risques........................................................................... 143
TROISIÈME PARTIE
Les mécanismes et cadres de mise en œuvre du droit de l’environnement
dans les États africains.................................................................................................................. 151
CHAPITRE 11
Les institutions de protection de l’environnement..................................................................................... 153
CHAPITRE 12
Les inspections environnementales........................................................................................................... 165
CHAPITRE 13
Le contentieux de l’environnement........................................................................................................... 171
Glossaire.................................................................................................................................................. 225
Index........................................................................................................................................................ 235
ABRÉVIATIONS ET SIGLES
XII
ONU : Organisation des Nations Unies. REJEFAC : Réseau des jeunes pour les forêts
PNUD : Programme des Nations Unies pour d’Afrique centrale.
le développement. REPALEAC : Réseau des populations autochtones
PNUE : Programme des Nations Unies pour et locales d’Afrique centrale.
l’environnement. REPAR : Réseau des parlementaires pour une
PACEBCO : Programme d’appui à la conservation gestion durable des écosystèmes de forêts denses
des écosystèmes du bassin du Congo. et humides d’Afrique centrale.
PFBC : Partenariat pour les forêts du bassin RIFFEAC : Réseau des institutions de formation
du Congo. forestière et environnementale de l’Afrique
centrale.
POP : Polluants organiques persistants.
SADC : Communauté du développement de
PROTOCOLE OPRC-HNS : Protocole sur la
l’Afrique australe.
préparation, la lutte et la coopération contre
les événements de pollution par les substances SVL : Système de vérification de la légalité.
nocives et potentiellement dangereuses. UA : Union africaine.
RBUE : Règlement Bois de l’Union européenne. UEMOA : Union économique et monétaire
RAAF : Réseau africain d’action forestière. ouest-africaine.
RCADI : Recueil de cours de l’Académie de droit UICN : Union internationale pour la conservation
international. de la nature.
REDD : Réduction des émissions issues de la UNESCO : Organisation des Nations Unies pour
déforestation et de la dégradation des forêts. l’éducation, la science et la culture.
REFADD : Réseau des femmes africaines pour WWF : Fonds mondial pour la nature.
le développement durable. ZEE : Zone économique exclusive.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Le droit de l’environnement peut simplement se défi- Selon la loi du Burkina Faso, l’environnement est
nir comme l’ensemble des règles juridiques visant à « l’ensemble des éléments physiques, chimiques et
réduire les atteintes à l’environnement, à les limiter biologiques naturels ou artificiels et des facteurs éco-
et, éventuellement, à y mettre fin. Mais qu’est-ce que nomiques, sociaux, politiques et culturels qui ont un
l’environnement ? Le terme « environnement » connaît effet sur le processus de maintien de la vie, la trans-
une diversité de définitions variant souvent selon la formation et le développement du milieu, les res-
discipline scientifique. L’économie générale peut pro- sources naturelles ou non et les activités humaines2 ».
poser sa définition et la science de gestion, la sienne. La loi sénégalaise définit l’environnement comme
La langue courante définit l’environnement comme « l’ensemble des éléments naturels et artificiels ainsi
« l’ensemble des éléments naturels et artificiels où se que des facteurs économiques, sociaux et culturels
déroule la vie humaine » (dictionnaire Larousse). En qui favorisent l’existence, la transformation et le
Afrique, on trouve rarement une langue ayant un développement du milieu, des organismes vivants et
vocable qui pourrait correspondre à « environne- des activités humaines3 ». La loi ivoirienne définit
ment ». Cependant, on trouve dans plusieurs langues l’environnement comme « l’ensemble des éléments
africaines des mots qui désignent les éléments consti- physiques, chimiques, biologiques et des facteurs
tutifs de l’environnement : l’air, la terre, l’eau, la forêt, socio-économiques, moraux et intellectuels suscep-
les animaux, les oiseaux, etc. La nouveauté du vocable tibles d’avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou
« environnement » explique aussi la nouveauté de la à terme sur le développement du milieu, des êtres
discipline juridique qui s’y consacre. Depuis quelques vivants et des activités humaines4 ». En République
années, des États africains ont entrepris d’élaborer des démocratique du Congo, l’environnement est défini
lois sur la protection de l’environnement. Toutes ces comme « l’ensemble des éléments naturels ou artifi-
lois contiennent des définitions assez convergentes ciels et des équilibres biologiques et géochimiques
du terme « environnement ». La loi camerounaise sur auxquels ils participent, ainsi que des facteurs écono-
la gestion de l’environnement définit celui-ci comme miques, sociaux et culturels qui favorisent l’existence,
« l’ensemble des éléments naturels ou artificiels et des la transformation et le développement du milieu, des
équilibres biogéochimiques auxquels ils participent, organismes vivants et des activités humaines5 ».
ainsi que des facteurs économiques, sociaux et cultu-
rels qui favorisent l’existence, la transformation et le Les définitions données par ces différentes lois
développement du milieu, des organismes vivants et montrent une tendance à l’harmonisation de ce qu’on
des activités humaines1 ». entend par « environnement » dans les systèmes
juridiques internes des pays africains.
1. Loi no 96/12 du 5 août 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l’environnement, art. 4-k.
2. Voir la loi no 006-2013/AN portant Code de l’environnement au Burkina Faso, art. 2.
3. Loi no 2001-01 du 15 janvier 2001 portant Code de l’environnement, art. 2, 13.
4. Article 1er de la loi no 96-766 du 3 octobre 1996 portant Code de l’environnement en Côte d’Ivoire.
5. Loi no 11/009 du 9 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement (art. 2, 16).
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
L’environnement constitue le patrimoine commun insupportable. Ainsi, les sources de ce droit sont
d’une nation. Il est une partie intégrante du patri- variées. Elles sont d’origine internationale8 (accords
moine universel et sa protection est d’intérêt général. internationaux, coutume internationale) ou interne
Pour le professeur Prieur, la reconnaissance de l’inté- (constitutions, diverses lois, parfois transversales ou
rêt général lié à l’environnement entraîne des effets sectorielles, et textes réglementaires). Au niveau du
concernant « le contrôle de légalité, l’apparition droit interne, justement, plusieurs constitutions en
d’un service public de l’environnement et d’un ordre Afrique contiennent des dispositions sur la protection
public écologique6 ». de l’environnement et les ressources naturelles ou sur
le droit à un environnement sain. Ces dispositions
Dans plusieurs pays africains, la politique nationale contribuent ainsi à renforcer l’ancrage constitutionnel
de l’environnement est définie par le président de la du droit de l’environnement.
République (voir par exemple le cas du Cameroun
avec l’art. 3 de la loi no 96/12 du 5 août 1996). L’objet du droit de l’environnement, en tant que
branche des sciences juridiques, est d’étudier les règles
Le droit de l’environnement a connu un essor parti- qui concernent l’ensemble des éléments naturels et
culier dans les années 1970 et dans les années 1990 artificiels ainsi que des facteurs économiques, sociaux
suite à la Conférence de Stockholm de 1972 sur l’en- et culturels qui favorisent l’existence, la transforma-
vironnement7 et à la Conférence du Rio de Janeiro tion et le développement du milieu, des organismes
sur l’environnement et le développement, tenue en vivants et des activités humaines.
1992. Le Sommet de Johannesburg de 2002 sur le
développement durable et la Conférence Rio+20 Mais quel est le rôle du droit dans la protection de
tenue en 2012 ont aussi été d’un apport considérable l’environnement et quelles sont les caractéristiques
aux règles de protection de l’environnement. Dans de ce « droit environnemental » ?
les États africains, c’est surtout la Conférence de
Rio de Janeiro qui a eu un impact important sur le Le chapitre 8 du programme Action 21 de l’ONU,
plan institutionnel et normatif. En effet, c’est dans qui porte sur l’« intégration du processus de prise de
la mouvance du Sommet de Rio que plusieurs États décisions sur l’environnement et le développement »,
africains se dotent d’un ministère de l’Environnement préconise la mise en place d’un cadre juridique au
et, par la suite, de textes législatifs spécifiques consa- niveau de chaque État, tout en admettant que « [d]es
crés à la protection de l’environnement et de stratégies lois et réglementations adaptées à la situation parti-
nationales de gestion de l’environnement. culière de chaque pays figurent parmi les instruments
les plus importants pour assurer l’application des
Les efforts déployés pour résoudre les problèmes politiques de l’environnement et du développement,
environnementaux peuvent faire appel à plusieurs non seulement en raison de leur caractère obligatoire
disciplines comme l’économie, la géographie ou les mais aussi de par leur effet normatif sur la planifi
sciences physiques et chimiques. Les sciences juri- cation économique et les instruments du marché »
diques font partie des disciplines les plus sollicitées (Action 21, § 8.13).
pour asseoir une protection effective de l’environne-
ment. Le droit de l’environnement comprend donc Cette affirmation d’Action 21 montre que le droit
toutes les règles découlant des traités et coutumes figure bel et bien parmi les instruments les plus
internationaux et des constitutions et autres actes importants pour la réussite d’une politique environ-
législatifs ou réglementaires nationaux concourant à nementale. Elle manifeste le caractère incontournable
protéger l’environnement contre toute dégradation des règles juridiques aujourd’hui dans la mise en
œuvre de toute politique de protection de l’environ- La dimension curative intervient lorsque la dégrada-
nement. C’est d’ailleurs dans ce sens que le professeur tion n’a pas pu être évitée. Dans ce cas, il faut souvent
Kamto souligne que le « droit est indissociable de la entreprendre des travaux de restauration d’un site
protection de l’environnement parce qu’il est étroi- dégradé, par exemple. Les principaux piliers de cette
tement lié à toute forme de protection9 ». dimension curative sont le principe de responsabilité
et le principe pollueur-payeur. En dehors de la res-
Étant donné que la fonction sommaire du droit est tauration des sites dégradés, la dimension curative vise
de prescrire et de proscrire, les règles juridiques de aussi la mise en place d’un mécanisme de réparation
protection de l’environnement indiquent aussi des financière en faveur de la victime d’un préjudice. La
prescriptions et des proscriptions, dans l’objectif de dimension curative ne doit normalement pas consister
préserver notre milieu de vie de diverses dégradations. en de simples mesures palliatives pour atténuer une
Ainsi, le droit de l’environnement joue un rôle ayant dégradation de l’environnement ; elle doit consister à
une dimension anticipative, une dimension dissuasive faire disparaître effectivement le cas de dégradation
et une dimension curative10. concerné. Il s’agit là d’un volet très ambitieux du rôle
La dimension anticipative du droit de l’environnement du droit dans la protection de l’environnement.
se dégage du fait que des règles juridiques indiquent La définition selon laquelle le droit de l’environne-
des mesures de précaution, de prévention et d’inci- ment est l’ensemble des règles juridiques concernant
tation en vue de devancer par des actions précises des des éléments naturels et artificiels ainsi que des fac-
situations de dégradation de l’environnement. teurs économiques, sociaux et culturels qui favorisent
La dimension dissuasive du droit de l’environnement l’existence, la transformation et le développement
vise à renforcer sa dimension anticipative par l’édic- du milieu, des organismes vivants et des activités
tion des sanctions applicables en cas de non-respect humaines, plante le décor des caractéristiques de cette
des mesures anticipatives. La dimension dissuasive discipline.
permet de punir ou, simplement, de discipliner des D’abord, régir des éléments naturels et artificiels et
comportements individuels ou collectifs qui ne se des facteurs économiques, sociaux et culturels ne peut
conforment pas aux prescriptions ou proscriptions se faire efficacement si on n’utilise que des connais-
anticipatives. En Afrique, par exemple, plusieurs sances juridiques. Pour développer le droit de l’envi-
populations s’attachent à la consommation de la ronnement, le juriste puise énormément dans les
viande de brousse. Lorsqu’une règle juridique consacre résultats de recherches menées en sciences physiques
la protection absolue d’une espèce faunique et la et chimiques, en sciences de la terre, en géographie,
retire de toute activité de chasse pour prévenir sa en sciences économiques, etc. Le droit de l’environ-
disparition, cette mesure préventive ne suffit pas pour nement dépasse donc les frontières disciplinaires pour
convaincre les chasseurs d’épargner ladite espèce lors revêtir une caractéristique transdisciplinaire. La trans-
de leurs activités de chasse. Il faut compléter cette disciplinarité du droit de l’environnement se mani-
règle préventive par une règle punitive applicable en feste davantage dans l’usage et l’intégration des
cas de violation de la première. En principe, c’est la notions et termes qui étaient autrefois l’apanage d’une
règle punitive qui, en définitive, convainc les chasseurs discipline précise. On y trouve donc des termes tels
de renoncer à abattre l’espèce protégée. que « gaz à effet de serre », « changement climatique »,
« couche d’ozone », « espèces de la faune et de la national. Dans l’impossibilité de parcourir toutes les
flore », « diversité biologique », « désertification », législations environnementales des pays africains dans
qui font désormais partie du jargon du juriste de ce manuel unique, un échantillon de cinq pays a été
l’environnement. choisi parmi ceux qui font figure de pionniers en
matière de droit de l’environnement ou de formation
Ensuite, régir l’existence, la transformation et le déve- des magistrats.
loppement du milieu, des organismes vivants et des
activités humaines nécessite une vitalité qui permette Le droit de l’environnement, qu’il soit international
d’appréhender rapidement les problèmes écologiques ou national, se déploie à partir de quelques bases
et d’apporter des solutions idoines. La vitalité du droit théoriques et opératoires (1re partie) pour encadrer
de l’environnement doit lui permettre d’intégrer la une diversité de secteurs environnementaux (2e par-
durabilité dans les solutions qu’il propose, afin de tie), et son effectivité dépend largement des méca-
prévoir le long terme tout en gérant le présent et le nismes et cadres de mise en œuvre (3e partie). Pour
proche avenir. La prise en compte des générations renforcer la dimension pratique de ce manuel, quatre
actuelles et futures exige aussi une grande vitalité de études de cas sont présentées ; elles portent respecti-
cette matière, et son enjeu principal est donc de déve- vement sur la participation des citoyens à la gestion
lopper des règles juridiques capables d’instaurer une de l’environnement en Afrique centrale, la délin-
équité entre les différentes générations de l’humanité quance faunique, la responsabilité civile environne-
dans l’utilisation des ressources de la nature. mentale et le droit à l’environnement. Des exercices
pratiques permettant d’aborder plusieurs aspects
En somme, la transdisciplinarité et la vitalité sont des contentieux sont proposés à la fin du manuel.
caractéristiques du droit de l’environnement, que ce
soit dans son volet international ou dans son volet
PREMIÈRE PARTIE
Les bases théoriques et opératoires du droit
de l’environnement
1. La Charte française de l’environnement, adossée à la Constitution française en 2005, est très largement inspirée des principes du
droit de l’environnement. C’est le cas par exemple de l’article 5, dont la formulation s’inspire de l’article 15 de la Déclaration de
Rio de 1992. C’est également le cas de la reconnaissance du droit de l’homme à un environnement sain, de plus en plus généralisée
en droit national.
2. Voir J.L. HALPERIN, Profils des mondialisations du droit, Paris, Dalloz, 2009, p. 233.
3. J.M. LAVIEILLE, Les principes généraux du droit international de l’environnement et un exemple : le principe de précaution, cours de
master en droit international et comparé de l’environnement, Université de Limoges, 2016, p. 4.
4. Le principe pollueur-payeur peut aussi intervenir en amont. Il a donc une portée préventive (voir, dans ce sens, S. CAUDAL,
La fiscalité de l’environnement, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 2014, p. 69).
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
Il y a lieu d’examiner d’abord les principes ayant une du 10 décembre 1982 précise, par exemple, que lors-
portée anticipatrice, ensuite les principes ayant qu’existent de « sérieuses raisons de penser que des
une portée réparatrice et, enfin, la troisième catégorie activités […] risquent d’entraîner une pollution
de principes, qui présentent une portée mixte. importante [les États] évaluent, dans la mesure du
possible, les effets potentiels de ces activités5 ».
La prévention consiste à empêcher la survenance La Charte de l’eau du bassin du lac Tchad consacre
d’atteintes à l’environnement par des mesures appro- le principe de prévention, « en vertu duquel il est
priées, dites préventives, avant l’élaboration d’un plan nécessaire d’analyser et d’évaluer les effets négatifs
ou la réalisation d’un ouvrage ou d’une activité. L’ac- qu’un projet envisagé pourrait avoir sur l’environne-
tion préventive est une action anticipatrice et a priori ment et la santé humaine et de concevoir les mesures
qui, depuis fort longtemps, est préférée aux mesures appropriées pour éliminer, du moins atténuer les
a posteriori de réparation, de restauration ou de effets négatifs envisagés » (art. 7). Plusieurs autres
répression, qui interviennent après une atteinte avérée instruments internationaux consacrent ce principe,
à l’environnement. On a parfois opposé ces deux par exemple la Convention sur la diversité biologique
types de mesures. (art. 14). Ce principe de prévention se matérialise
par des techniques d’évaluation environnementale
Le principe de prévention permet d’intégrer les et par des outils de planification.
exigences environnementales dès la phase de concep-
tion d’un projet et de garantir que ces exigences Le principe de prévention exige l’existence de la cer-
seront prises en compte lors des phases de concep- titude scientifique avant de prendre les mesures qui
tion, de préparation et d’exécution d’un projet. La s’imposent. En revanche, le principe de précaution
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer demande d’agir même face à l’incertitude.
5. Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, 10 déc. 1982, art. 206 ; L. BOISSON DE CHAZOURNES, R. DESGAGNÉ,
M. MBENGUE et C. ROMANO, Protection internationale de l’environnement, 2e éd., Paris, Pedone, 2005, p. 232.
Chapitre 1 – Les principes fondamentaux de protection de l’environnement
10
indique que « tout projet de développement mis en les consomme. Pour réduire les déchets, il faut éviter
place dans le pays doit tenir compte […] des principes de fabriquer des produits non recyclables. Pour lutter
ci-après […] la prévention et la précaution en matière contre la pollution atmosphérique des véhicules, il
de protection de l’environnement » (art. L4). faut imposer aux constructeurs de fabriquer des véhi-
cules non polluants. Cette façon de faire a dorénavant
La précaution vise à limiter des risques potentiels, un nom, l’écoconception6, qui est un des principes
mais scientifiquement incertains. On prend des de l’économie circulaire7. Dans son principe 8, la
mesures face à un risque mal connu ou inconnu. La Déclaration de Rio prône la réduction et l’élimina-
prévention est la gestion a priori d’un risque connu. tion des modes de production et de consommation
La prévention vise à contrôler des risques avérés. non viables8.
Le principe de précaution s’applique à la fois sur le La Charte de l’eau du lac Tchad engage les États « à
terrain pénal et sur celui des dommages et intérêts. lutter à la source contre les pollutions » (art. 21, c).
Bien sûr, ce n’est pas un remède miracle face au pro- La Charte de l’eau du bassin du Niger énonce que
ductivisme, mais il n’est pas non plus une idée ou un « les États Parties devront prendre en compte le prin-
moyen à ranger dans les accessoires inutiles. Il corres- cipe d’action préventive et de correction, par priorité
pond à une attitude à adopter face à un risque mal à la source, des atteintes à l’environnement, en utili-
connu ou inconnu ; c’est donc une sorte de guide sant les meilleures techniques disponibles à un coût
politique et éthique, mais aussi un principe de droit économiquement acceptable » (art. 7).
ayant des effets de droit et devant être contrôlé et
sanctionné juridiquement. Au niveau national, le Code de l’environnement de
la Côte d’Ivoire énonce : « Les entreprises ou ouvrages,
sources de pollutions importantes seront soumis
§ 1.1.2 Les principes permettant à un audit écologique par des experts agréés, aux
une anticipation indirecte frais de leurs promoteurs » (art. 50). La loi-cadre du
5 août 1996 portant gestion de l’environnement au
Il s’agit ici des principes qui permettent de prévenir
Cameroun énonce le « principe d’action préventive
les effets de façon indirecte par l’application ou la
et de correction à la source, des atteintes à l’envi
mise en œuvre de mesures ou d’outils précis. Nous
ronnement en utilisant les meilleures techniques dis-
avons ici le principe de correction à la source, le prin-
ponibles à un coût économiquement acceptable »
cipe de participation et le principe d’intégration.
(art. 9, 2). En RDC, la loi portant principes fonda-
mentaux relatifs à la protection de l’environnement
énonce : « L’État, la province et l’entité territoriale
A Le principe de correction à la source décentralisée veillent à ce que soient prises, dans
La gestion écologiquement rationnelle exige de s’at- toute activité humaine, artisanale ou industrielle, des
taquer à la source de la pollution en imposant une mesures d’action préventive ou de correction, par
conception et une fabrication des machines et des priorité à la source, des atteintes à l’environnement
produits qui n’engendrent pas ou très peu de nui- en utilisant les technologies moins polluantes dis
sances lorsqu’on les fait fonctionner ou lorsqu’on ponibles à un coût économiquement acceptable »
6. L’écoconception est la nécessité d’intégrer la préoccupation environnementale dès la conception des produits de manière à ce qu’ils
soient facilement recyclables.
7. L’économie circulaire s’oppose à l’économie linéaire conventionnelle, qui omet d’intégrer les préoccupations environnementales,
notamment les externalités négatives des activités économiques.
8. Afin de parvenir à un développement durable et à une meilleure qualité de vie pour tous les peuples, les États devraient réduire et
éliminer les modes de production et de consommation non viables et promouvoir des politiques démographiques appropriées.
Chapitre 1 – Les principes fondamentaux de protection de l’environnement
11
(art. 10). Au Sénégal, le Décret no 2001-282 portant Le droit du public de participer au processus de prise
application du Code de l’environnement énonce une de décision implique que lorsqu’un processus déci-
diversité de mesures de correction à la source de la sionnel est engagé, le public concerné ou qui risque
pollution (voir notamment les art. R84-R85). de l’être est informé de l’activité proposée et de ses
caractéristiques. L’article 6 de la Convention d’Aarhus
En somme, l’audit environnemental se présente permet une participation du public dans les processus
comme un des outils utilisables pour corriger à la de décision gouvernementaux en ce qui concerne
source. l’autorisation ou non d’activités susceptibles d’avoir
un impact sur l’environnement. Une fois que l’État a
informé les citoyens de la situation, le public a le droit
B Le principe de participation d’envoyer des commentaires, des informations, des
Le principe de participation publique se compose de analyses ou des opinions qui peuvent être pertinents
trois piliers : le droit d’accès aux informations envi- pour la prise de décision. En vertu de l’article 8 de la
ronnementales, le droit du public de participer au Convention, le public peut de même participer, non
processus de prise de décision et l’accès à la justice9. seulement à un projet précis, mais aussi à l’élaboration
La Déclaration de Rio, en son principe 10, fait montre de plans et de programmes relatifs à l’environnement
de cette « triple dimension » du principe de participa- en général. L’article 23 du Protocole de Carthagène
tion publique en affirmant : « La meilleure façon de à la Convention sur la diversité biologique va aussi
traiter les questions d’environnement est d’assurer en ce sens en suscitant la prise de conscience publique
la participation de tous les citoyens concernés, au et la participation du public, et en encourageant les
niveau qui convient. Au niveau national, chaque États à impliquer les acteurs non étatiques dans la
individu doit avoir dûment accès aux informations prise de décision au niveau national.
relatives à l’environnement que détiennent les auto-
Il y a plusieurs façons de susciter un débat public. Il
rités publiques, y compris aux informations relatives
reste certain que l’accès à l’information et la partici-
aux substances et activités dangereuses dans leurs
pation à la prise de décision sont deux piliers du débat
collectivités, et avoir la possibilité de participer aux
social en devenir et ont été identifiés en tant que tels
processus de prise de décision. Les États doivent faci-
par le droit international11. Ensuite, l’accès à la justice
liter et encourager la sensibilisation et la participation
implique la possibilité pour les individus d’adresser
du public en mettant les informations à la disposition
des recours effectifs aux juges en cas de dommages à
de celui-ci. Un accès effectif à des actions judiciaires
l’environnement. Cet accès doit être garanti devant
et administratives, notamment des réparations et des
les tribunaux nationaux compétents12.
recours, doit être assuré. »
Les trois piliers – accès à l’information, participation
D’autres instruments internationaux prévoient un
du public, accès à la justice – constituent le cœur du
accès à l’information. Ainsi, le Protocole de Carthagène
volet procédural du droit des humains à un environ-
sur la biosécurité, en son article 20, prévoit par
nement sain, consacré de manière prétorienne par la
exemple une procédure de partage d’information et
Cour européenne des droits de l’homme, qui met à
un centre d’échange pour la prévention des risques
la charge des États, sur chacun de ces volets, des obli-
biotechnologiques10.
gations positives extrêmement claires et précises13.
12
Ces développements touchent d’autres parties du valorisation du bassin. À cet effet, les informations
monde. Ainsi, la Convention africaine sur la conser- relatives à l’état des eaux transfrontières, d’allocation
vation de la nature et des ressources naturelles de l’eau aux différents secteurs et aux mesures prises
(ou Convention du Maputo du 11 juillet 2003) ou prévues pour prévenir, maîtriser et réduire l’im-
indique, dans son article 16, qui s’intitule « Droits pact transfrontière doivent être accessibles au public »
procéduraux » : (art. 25). L’article 26 de la même Charte énonce les
modalités de la participation.
« 1. Les Parties contractantes adoptent les mesures
législatives et réglementaires nécessaires pour assurer Le Code de l’environnement du Burkina Faso énonce
à temps et de manière appropriée : « le principe de participation et l’information du
a) la diffusion d’informations sur l’environnement ; public selon lequel les autorités publiques sont tenues
de faciliter l’accès aux informations relatives à l’en-
b) l’accès du public aux informations sur l’environ-
vironnement, la participation des groupes et popula-
nement ;
tions au processus de décisions sous réserve de la
c) la participation du public à la prise des décisions réglementation en vigueur » (art. 9). Le Code de
pouvant avoir un impact important sur l’environne- l’environnement de la Côte d’Ivoire dispose : « Toute
ment ; personne a le droit d’être informée de l’état de l’en-
d) l’accès à la justice en ce qui concerne les questions vironnement et de participer aux procédures préa-
liées à la protection de l’environnement et des lables à la prise de décisions susceptibles d’avoir des
ressources naturelles. effets préjudiciables à l’environnement » (art. 35.6).
2. Toute Partie contractante à l’origine d’un dom- En RDC, la loi portant principes fondamentaux rela-
mage environnemental transfrontière, veille à ce que tifs à la protection de l’environnement indique :
les personnes affectées par un tel dommage dans « Toute personne a le droit de participer au processus
une autre Partie contractante aient un droit d’accès de prise de décision en matière d’environnement et
à ses procédures administratives et judiciaires, égal de gestion des ressources naturelles. Le public parti-
à celui accordé à ses nationaux ou résidents en cas cipe au processus d’élaboration par des autorités
de dommage à l’environnement dans les limites de publiques des politiques, programmes, plans et règle-
ses frontières. » ments relatifs à l’environnement dans un cadre trans-
parent et équitable défini et mis en place par lesdites
Plusieurs conventions internationales consacrent la autorités. Le public concerné a également le droit de
participation du public (voir par exemple, les art. 4, participer, dès le début et tout au long, aux processus
1, i et 6, 1, a, iii de la Convention-cadre sur les chan- de prise de décisions qui ont une incidence sur son
gements climatiques, l’art. 4, 2, l’art. 6, 2 et les art. 8 existence ou peuvent avoir un effet important sur
et 9 de la Convention sur la lutte contre la désertifi- l’environnement, notamment les décisions en matière
cation, et diverses dispositions de la Convention sur d’aménagement, les autorisations de mise en chan-
la diversité biologique). tier d’un projet ou d’une activité, les autorisations de
La Charte de l’eau du bassin du lac Tchad énonce « le construction ou d’exploitation des installations clas-
principe d’information et de participation, en fonc- sées, les émissions, ainsi que les études d’impact envi-
tion duquel le public a un droit d’accès à l’informa- ronnemental et social. Il a le droit d’être informé de
tion détenue par les autorités publiques afin qu’il la décision finale » (art. 9). Pour le Code de l’environ-
puisse participer efficacement au processus de prise nement du Sénégal, la participation des populations
de décision nationale » (art. 7, g). La Charte de l’eau est un « engagement » de celles-ci « dans le processus
du bassin du Niger énonce : « Les États Parties devront de décision. La participation des populations com-
garantir à tout usager le droit d’être informé de l’état prend trois étapes, dont l’information, la consultation
de la ressource en eau et de participer à l’élabora- et l’audience publique » (art. L2, « 22 »).
tion et à la mise en œuvre des décisions relatives à la
Chapitre 1 – Les principes fondamentaux de protection de l’environnement
13
En somme, plusieurs lois consacrent le principe de équitable, le bien-être économique et social en résul-
participation en Afrique. Il faut cependant que cette tant, sans pour autant compromettre la pérennité
participation puisse influencer effectivement le pro- d’écosystèmes vitaux18.
cessus décisionnel, sinon elle restera simplement
symbolique. Au niveau national, certaines lois consacrent directe-
ment ou indirectement le principe d’intégration. En
dehors des dispositions sur les évaluations environ-
nementales dont l’application permet d’intégrer les
C Le principe d’intégration
préoccupations environnementales dans les processus
Le principe d’intégration commande d’éviter les de développement, le Code de l’environnement de
approches sectorielles traditionnelles et implique la Côte d’Ivoire énonce : « Pour réaliser un dévelop-
l’intégration de l’environnement dans toutes les déci- pement durable, il y a lieu d’éviter de porter atteinte
sions et stratégies publiques et privées comme une aux ressources naturelles telles que l’eau, l’air et les
exigence fondamentale pour garantir le développe- sols qui, en tout état de cause, font partie intégrante
ment durable. Déjà proclamé dans la Déclaration de du processus de développement et ne doivent pas
Stockholm en son principe 13, il figure dans le prin- être prises en considération isolement19. »
cipe 3 de la Déclaration de Rio : « Pour parvenir à un
développement durable, la protection de l’environ- Le principe d’intégration est véritablement au cœur
nement doit faire partie intégrante du processus de du développement durable. Son objectif est de
développement et ne peut être considérée isolément. » mettre l’harmonie entre le développement socio-
Le chapitre 8 d’Action 21, plan stratégique global de économique et la préservation de l’environnement.
mise en œuvre du développement durable, est entiè-
En définitive, l’action en amont dans la protection
rement consacré à ce principe d’intégration, qu’on
de l’environnement reste la plus préconisée. Mais
retrouve encore dans de nombreux traités à voca-
étant entendu qu’il est difficile, voire quasiment
tion universelle tels que la Convention-cadre des
impossible de juguler les effets environnementaux
Nations Unies sur les changements climatiques14, la
possibles ou probables en empêchant leur réalisation,
Convention sur la lutte contre la désertification15 et
des principes intervenant dans une action en aval de
la Convention sur la diversité biologique16.
l’événement environnemental permettent de réparer
La Convention africaine sur la conservation de la les effets survenus.
nature et des ressources naturelles dispose que les
parties « veillent à ce que la conservation et la gestion
des ressources naturelles soient traitées comme une
partie intégrante des plans de développement natio- SECTION 1.2
naux et/ou locaux17 ». La Charte de l’eau du bassin Les principes ayant une portée
du lac Tchad et la Charte de l’eau du bassin du Niger réparatrice
prévoient, chacune, la gestion intégrée des ressources
« S’il n’a pas été possible d’intervenir par anticipation,
en eau, un processus qui favorise le développement
il est souvent loisible d’agir en aval d’un événement
et la gestion coordonnés de l’eau, des terres et des
ayant perturbé un équilibre environnemental pour
ressources connexes, en vue de maximiser, de manière
14
tenter d’en pallier les aspects négatifs20. » Ainsi, sont Le Code de l’environnement du Burkina Faso consacre
recensés ici le principe préleveur-payeur, générale- aussi le principe du préleveur-payeur selon lequel
ment usité dans le droit des cours d’eau et des lacs, tout prélèvement de ressources naturelles à des fins
et le principe de responsabilité, qui permet de dégager commerciales et industrielles donne lieu au paiement
les engagements et les responsabilités des personnes d’une redevance24.
se livrant à des activités potentiellement nocives à
l’environnement.
§ 1.2.2 Le principe de responsabilité
§ 1.2.1 Le principe préleveur-payeur Mais la notion de responsabilité est polysémique.
Comme le démontre la langue anglaise qui utilise
Ce principe vaut essentiellement pour les ressources
de façon très distincte les notions de liability et de
naturelles et surtout pour l’eau. Si les pouvoirs publics
responsibility, le terme responsabilité est plurivoque :
ne peuvent ni vendre des ressources à un coût infé-
il désigne tant les obligations incombant à une per-
rieur à leur coût réel, ni subventionner la production
sonne que sa situation face aux conséquences nées
ou la distribution, le prix des ressources va augmenter,
de la méconnaissance de celles-ci. Comme le sou-
ce qui découragera le gaspillage.
ligne si justement la professeure Brigitte Stern : « Tous
L’application de ce principe aurait de lourdes consé- les ordres juridiques connaissent l’institution de la
quences, telle la disparition des productions agricoles responsabilité, définie comme le fait pour un sujet
non adaptées dès lors que l’eau d’irrigation n’est plus de droit de répondre de ses actes, lorsque ceux-ci
subventionnée. En revanche, il aurait, selon plusieurs aboutissent à une rupture de l’ordre juridique ou
études, des effets moins nets sur les ménages, pour éventuellement de l’équilibre matériel prévu par
lesquels les mesures réglementaires ou d’éducation celui-ci. L’ordre juridique international ne fait pas
seraient plus efficaces. Le principe utilisateur-payeur exception à la règle et connaît donc, bien entendu,
est également prôné par la Commission européenne, cette institution, sous le nom de responsabilité inter-
notamment dans sa politique de l’eau21. La Charte nationale. Mais en raison des spécificités de la com-
de l’eau du bassin du lac Tchad consacre le principe munauté internationale, composée de sujets souverains,
préleveur-payeur, en vertu duquel les usages non la responsabilité internationale a des caractéristiques
domestiques de l’eau donnent lieu au paiement propres25. »
d’une redevance destinée à contribuer au financement
C’est dans la sentence arbitrale de la Fonderie de Trail,
des services liés à l’eau22. Enfin, la Charte de l’eau du
rendue en 194126, que la responsabilité internationale
bassin du Niger préconise que les États Parties
d’un État pour une pollution aérienne transfrontière
prennent en compte le principe préleveur-payeur,
a été pour la première fois engagée. En l’espèce, des
appliqué aussi bien aux personnes morales qu’aux
fumées de plomb émanant d’une usine située au
personnes physiques et en vertu duquel une tarifica-
Canada avaient causé des dommages à des agriculteurs
tion de l’utilisation de l’eau est opérée selon l’usage23.
20. F. OGÉ, Introduction aux concepts et principes du droit de l’environnement, module de UVED, cours pédagogique, 2014, <https://hal.
archives-ouvertes.fr/hal-01258436>, p. 11.
21. Communication de la Commission, 26 juill. 2000, Tarification et gestion durable des ressources en eau, COM(2000) 477 final.
22. Charte de l’eau du bassin du lac Tchad, art. 7, c.
23. Charte de l’eau du bassin du Niger, art. 9.
24. Code de l’environnement du Burkina Faso, art. 9.
25. B. STERN, « Les dilemmes de la responsabilité internationale aujourd’hui », Actes du colloque : vers de nouvelles normes en droit de la
responsabilité publique, Sénat, Palais du Luxembourg, 2011.
26. Tribunal arbitral, sentence arbitrale du 11 mars 1941, affaire de la Fonderie de Trail, Nations Unies, recueil des sentences arbitrales,
vol. III, p. 1938.
Chapitre 1 – Les principes fondamentaux de protection de l’environnement
15
américains et rendu des terres impropres à toute législation nationale concernant la responsabilité
culture. S’inspirant des principes généraux du droit de la pollution et d’autres dommages à l’environne-
international, mais aussi de certaines décisions de tri- ment et l’indemnisation de leurs victimes31. » C’est
bunaux suisses et américains, le tribunal arbitral dans ce sens que des lois nationales de plusieurs États
conclut qu’« aucun État n’a le droit d’user de son ter- d’Afrique ont consacré le principe de responsabilité.
ritoire et d’en permettre l’usage, de manière que des C’est le cas, entre autres, de la loi-cadre relative à la
fumées provoquent un préjudice sur le territoire d’un gestion de l’environnement du Cameroun, dont l’ali-
autre État voisin et aux propriétés des personnes néa 9 d) énonce un « principe de responsabilité, selon
qui s’y trouvent, s’il s’agit de conséquences sérieuses lequel toute personne qui, par son action, crée des
et si le préjudice est prouvé par des preuves claires conditions de nature à porter atteinte à la santé de
et convaincantes ». l’homme et à l’environnement, est tenue d’en assurer
ou d’en faire assurer l’élimination dans des conditions
Ce principe général de responsabilité fut par la suite propres à éviter lesdits effets ». Le Code de l’environ-
reformulé de façon plus spécifique au principe 21 de nement du Sénégal énonce que la responsabilité civile
la Déclaration de Stockholm, puis au principe 2 de la du pollueur est engagée, en l’absence de toute faute,
Déclaration de Rio, consacrant textuellement qu’il lorsque l’établissement à l’origine du dommage causé
incombe aux États de veiller à ce que les activités est un établissement « à risques ».
menées sous leur juridiction ou sous leur contrôle ne
causent pas de dommages à l’environnement dans La responsabilité définie dans ce contexte ne peut
d’autres États ou dans les régions situées au-delà des être écartée qu’en apportant la preuve que la pollu-
limites de la juridiction nationale27. Enfin, dans son tion et ses conséquences dommageables sont unique-
avis de 1996 sur la licéité de la menace ou de l’emploi ment dues à un événement ayant le caractère de force
d’armes nucléaires, la CIJ va jusqu’à affirmer que majeure, ou à une faute d’un tiers ou de la victime
« l’obligation générale qu’ont les États de veiller à ce qui, par son action ou son abstention, aura contribué
que les activités exercées dans les limites de leur juri- à la réalisation du dommage (art. L71).
diction ou sous leur contrôle respectent l’environne-
ment dans d’autres États ou dans des zones ne relevant
d’aucune juridiction nationale fait maintenant partie
du corps de règles du droit international28 ». La Charte SECTION 1.3
de l’eau du lac Tchad indique que par le principe de Les principes ayant une
responsabilité, « les États Parties s’engagent à mettre portée mixte
en œuvre de bonne foi et conformément au droit
international, les obligations contractées29 » à travers Il s’agit ici des principes qui interviennent autant en
ses dispositions. amont de la survenance des événements préjudi-
ciables à l’environnement comme en aval de leur
Toujours au niveau international, plusieurs instru- réalisation. On a ici le principe pollueur-payeur, le
ments consacrent le principe des responsabilités principe de subsidiarité, le principe de développement
communes, mais différenciées30. durable, le principe de solidarité et de coopération et
le principe d’équité.
Au niveau interne, le principe 13 de la Déclaration
de Rio énonce : « Les États doivent élaborer une
27. Dans ce cas, d’aucuns qualifient ce principe de responsabilité de « principe d’utilisation non dommageable du territoire national ».
28. CIJ (avis consultatif) sur la licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, 1996, § 29.
29. Charte de l’eau du lac Tchad, art. 7, o.
30. Déclaration de Rio, Convention-cadre sur les changements climatiques, principe no 7.
31. L’article 24 de la Convention africaine pour la conservation de la nature et des ressources naturelles va dans le même sens.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
16
32. Il s’agit d’une action, dommageable ou non, d’un agent économique sur un autre, et qui est hors du marché, c’est-à-dire non prise
en compte par le circuit production-consommation. Ce sont les externalités dommageables qu’il est important d’internaliser ici.
33. Déclaration de Rio, Convention-cadre sur les changements climatiques, principe no 16.
34. Voir l’article 7, d de la Charte de l’eau du bassin du lac Tchad : « le principe pollueur-payeur, en vertu duquel les coûts des mesures
de prévention, de maîtrise et de réduction de la pollution sont intégralement ou partiellement à la charge du pollueur », et l’article 8
de la Charte de l’eau du bassin du Niger : « Les États Parties devront prendre en compte le principe pollueur-payeur, appliqué aussi
bien aux personnes morales, qu’aux personnes physiques et en vertu duquel les coûts de prévention, de maîtrise et de réduction
de la pollution sont à la charge du pollueur. Les États Parties s’engagent à mettre en place des incitations fiscales destinées à aider
les opérateurs économiques pratiquant des modalités d’utilisation de la ressource respectueuses de l’environnement. »
35. Voir S. CAUDAL, op. cit., p. 69.
Chapitre 1 – Les principes fondamentaux de protection de l’environnement
17
identifiée d’un terroir donné et avérée plus efficace protection et de mise en valeur de l’environne-
pour la protection de l’environnement s’applique ». ment. Il doit également tenir compte des principes
Dans ce contexte camerounais, peut-on parler d’une ci-après : le développement durable et la planification
« clause de préférence coutumière » ou, plutôt, intégrée ».
d’une « clause de suppléance coutumière » ? Si la cou-
tume ne peut être invoquée qu’en l’absence d’une Au Burkina Faso, le Code de l’environnement prescrit
règle juridique écrite, il s’agit d’une suppléance cou- « le principe du développement durable selon lequel
tumière. Cependant, il peut y avoir une préférence les générations présentes doivent satisfaire leurs
coutumière dans le contexte de l’article 93, 1 de la besoins sans compromettre la capacité des générations
loi-cadre camerounaise qui dispose : « Les autorités futures à subvenir aux leurs » (art. 9).
traditionnelles ont compétence pour régler des litiges À la Conférence de Rio sur l’environnement et le
liés à l’utilisation de certaines ressources naturelles, développement (1992), le développement « durable »37
notamment l’eau et le pâturage sur la base des us et devient le maître mot. La Conférence proclame
coutumes locaux, sans préjudice du droit des parties notamment, à son principe 4 : « Pour parvenir à un
au litige d’en saisir les tribunaux compétents. » Ici, les développement durable, la protection de l’environ-
parties à un litige peuvent choisir entre un règlement nement doit faire partie intégrante du processus de
sur la base des coutumes, devant l’autorité tradi développement et ne peut être considérée isolément. »
tionnelle, et un règlement sur la base du droit écrit, Entre-temps, la notion de développement durable a
devant un tribunal. En tout cas, réserver une place émergé et s’est consolidée à Johannesburg (2002),
aux normes coutumières ne peut qu’encourager la à Rio+20, et avec les 17 objectifs de développe-
participation des populations locales à la gestion ment durable (ODD) adoptés par les Nations Unies
durable des ressources naturelles, comme l’énonce la le 25 septembre 2015 à New York.
Convention de Maputo de 200336.
Le principe de développement durable comporte aussi,
par définition, une dimension intergénérationnelle.
§ 1.3.3 Le principe de développement La référence au développement durable est contenue
durable dans un grand nombre de conventions internationales,
En RDC, l’article 3 de la loi no 11/009 du 9 juillet principalement dans le domaine de l’environnement.
2011 portant principes fondamentaux relatifs à la
protection de l’environnement dispose : « L’environ- De son côté, la Cour internationale de Justice a fait
nement congolais fait partie du patrimoine commun allusion au développement durable en 1997, dans
de la nation sur lequel l’État exerce sa souveraineté l’affaire du Barrage sur le Danube, y voyant un
permanente. Sa gestion et sa protection sont d’intérêt « concept » : « Au cours des âges, l’homme n’a cessé
général. Elles sont soumises au respect du principe d’intervenir dans la nature pour des raisons écono-
de développement durable. » miques et autres. Dans le passé, il l’a souvent fait sans
tenir compte des effets sur l’environnement. Grâce
Au Sénégal, l’art. 4L du Code de l’environnement aux nouvelles perspectives qu’offre la science et à une
énonce : « Tout projet de développement mis en place conscience croissante pour l’humanité – qu’il s’agisse
dans le pays doit tenir compte des impératifs de des générations actuelles ou futures –, de nouvelles
18
normes et exigences ont été mises au point et ont été dans tous les domaines, et ce dans le respect de la
énoncées dans un grand nombre d’instruments au souveraineté et des intérêts de tous les États. »
cours des deux dernières décennies. Ces normes nou-
velles doivent être prises en considération et ces exi- L’obligation de coopération dans le champ de l’envi-
gences nouvelles convenablement appréciées, non ronnement est également énoncée sous une forme
seulement lorsque des États envisagent de nouvelles générale dans la Déclaration de Rio sur l’environne-
activités, mais aussi lorsqu’ils poursuivent des activités ment et le développement (1992) : « Les États doivent
qu’ils ont engagées dans le passé. Le concept de déve- coopérer dans un esprit de partenariat mondial en
loppement durable traduit bien cette nécessité de vue de conserver, de protéger et de rétablir la santé
concilier développement économique et protection et l’intégrité de l’écosystème terrestre » (principe 7).
de l’environnement38. » La déclaration précise également la portée de cette
obligation, notamment dans le domaine scientifique
La quête du développement durable s’est renforcée et technique (principe 9), dans le domaine commer-
dans le monde en général avec l’adoption du Pro- cial (principe 12), concernant la notification aux
gramme du développement durable à l’horizon 2030 autres États des catastrophes naturelles et autres
indiquant les ODD et, en particulier, en Afrique avec situations d’urgence du même ordre susceptibles
l’adoption au niveau de l’Union africaine de l’Agenda d’avoir des effets transfrontières (principe 18), ou
2063 – l’Afrique que nous voulons. Il faut enfin sou- concernant l’information et la consultation des États
ligner que plusieurs États africains ont déjà des lois susceptibles d’être affectés par des activités qui
entièrement ou partiellement consacrées au dévelop- peuvent avoir des effets transfrontières sur l’environ-
pement durable. C’est notamment le cas du Burkina nement (principe 19). La déclaration se termine par
Faso39, de la Côte d’Ivoire40, du Gabon41 et du Maroc42. le principe 27 : « Les États et les peuples doivent coo-
pérer de bonne foi et dans un esprit de solidarité à
l’application des principes consacrés dans la présente
§ 1.3.4 Le principe de solidarité Déclaration et au développement du droit interna-
et de coopération tional dans le domaine du développement durable. »
Le principe dit de solidarité et de coopération est L’obligation de coopération est reprise dans plusieurs
fondamental en droit international de manière géné- conventions internationales de protection de l’envi-
rale et en droit international de l’environnement en ronnement, à l’instar de la Convention sur le droit de
particulier. L’obligation de coopérer était déjà énon- la mer.
cée au principe 24 de la Déclaration de Stockholm
sur l’environnement (1972) : « Les questions interna-
tionales se rapportant à la protection et à l’améliora- § 1.3.5 Le principe d’équité
tion de l’environnement devraient être abordées dans
un esprit de coopération par tous les pays, grands ou Le principe d’équité est intimement lié au dévelop-
petits sur un pied d’égalité. Une coopération par voie pement durable. L’équité recherchée se situe entre
d’accords multilatéraux ou bilatéraux ou par d’autres plusieurs générations successives et à l’intérieur d’une
moyens appropriés est indispensable pour limiter même génération. Ce principe suppose la construc-
efficacement, prévenir, réduire et éliminer les atteintes tion d’une conscience de justice. L’équité intergéné-
à l’environnement résultant d’activités exercées rationnelle, quant à elle, doit se réaliser dans le temps.
38. CIJ, 25 sept. 1997, Projet de barrage sur le Danube dit « Gabcikovo-Nagymaros », Hongrie c/ Slovaquie : Rec. CIJ 1997, § 140.
39. Loi no 008-2014/AN du 08 avril 2014 portant loi d’orientation sur le développement durable au Burkina Faso.
40. Loi no 2014-390 du 20 juin 2014 d’orientation sur le développement durable en Côte d’Ivoire.
41. Loi no 002/2014 du 1er août 2014 portant orientation du développement durable en République gabonaise.
42. Loi cadre no 99-12 portant Charte nationale de l’environnement et du développement durable, promulguée le 6 mars 2014.
Chapitre 1 – Les principes fondamentaux de protection de l’environnement
19
Il s’agit de la nécessité pour les générations présentes en fonction de leurs responsabilités communes, mais
de protéger l’environnement pour garantir celui des différenciées et de leurs capacités respectives. Il
générations futures. Cette nécessité est énoncée au appartient, en conséquence, aux pays industrialisés
principe 1 de la Déclaration de Stockholm : « L’Homme parties d’être à l’avant-garde de la lutte contre les
a le devoir solennel de protéger et d’améliorer l’envi- changements climatiques et leurs effets néfastes45. »
ronnement pour les générations futures. » Elle est réi- On remarquera, d’abord, le lien établi avec le concept
térée au principe 3 de la Déclaration de Rio de 199243. d’« équité » et, ensuite, qu’une conséquence directe
(« en conséquence ») en est tirée : les pays développés
L’équité intragénérationnelle est invoquée pour jus- doivent être « à l’avant-garde de la lutte contre les
tifier une responsabilité différenciée entre États du changements climatiques et leurs effets néfastes ». Le
Nord et du Sud. Cette différenciation se manifeste même principe figure ensuite au début de l’article 4,
notamment par une dualité des normes et une allo- § 1, consacré aux « engagements » communs à l’en-
cation différenciée des charges financières44. C’est semble des parties, qu’elles soient développées et en
bien au nom de l’équité (par opposition à l’égalité) développement. Il vient ici, en quelque sorte, tempé-
qu’est mis en avant le principe dit « des responsabilités rer le caractère commun de l’engagement : « Toutes
communes, mais différenciées ». La différenciation les parties, tenant compte de leurs responsabilités
entre pays du Sud ne doit pas être écartée dans le communes, mais différenciées et de la spécificité de
contexte des changements climatiques. C’est là un leurs priorités nationales et régionales de développe-
autre visage du principe. ment, de leurs objectifs et de leur situation. »
Le principe des responsabilités communes est esquissé Le principe des « responsabilités communes, mais
dans la Déclaration de Stockholm de 1972 avant d ifférenciées » est également mentionné dans le
d’être véritablement consacré à Rio en 1992. Par la Protocole de Kyoto. L’Accord de Paris adopté le
suite, le principe des responsabilités communes, mais 12 décembre 2015 réaffirme ce principe et l’exigence
différenciées a reçu, par exemple, une consécration d’équité avec force (voir l’art. 2).
dans la Convention-cadre des Nations unies sur les
changements climatiques. Le principe est d’abord
mentionné dans le Préambule : « Conscientes que le
caractère planétaire des changements climatiques
§ 1.3.6 Le principe de non-régression
requiert de tous les pays qu’ils coopèrent le plus Ce principe qui est développé dans la doctrine depuis
possible et participent à une action internationale, quelques années46 connaît déjà une consécration dans
efficace et appropriée, selon leurs responsabilités com- certaines lois nationales en Afrique. C’est le cas de la
munes, mais différenciées, leurs capacités respectives loi de 2014 sur le développement durable de la Côte
et leur situation sociale et économique ». Il est ensuite d’Ivoire, qui énonce : « L’État a l’obligation de faire en
repris dans le dispositif même de la Convention. Il sorte que les règles relatives à la protection de l’en-
figure d’abord dans les « principes » ; il est même le vironnement ne subissent pas de régressions ou de
premier d’entre eux : « Il incombe aux parties de pré- reculs qui remettraient en cause l’évolution continue
server le système climatique dans l’intérêt des géné- et progressive des politiques visant la mise en œuvre
rations présentes et futures, sur la base de l’équité et
43. Selon ce principe, « le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement
et à l’environnement des générations présentes et futures ».
44. Pour une étude approfondie de ce principe voir S. LAVALLÉE, « Le principe des responsabilités communes mais différenciées à
Rio, Kyoto et Copenhague : essai sur la responsabilité de protéger le climat », Études internationales, vol. 41, no 1, 2010, p. 51-78.
45. Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, art. 3, § 1, « Principes ».
46. Voir notamment M. PRIEUR et G. SOZZO, La non-régression en droit de l’environnement, Bruxelles, Bruylant, 2012 ; « Le principe
de non-régression à Rio+20 », Revue juridique de l’environnement, No 4/2012.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
20
du développement durable47. » Pour le juge, le prin- revenir sur les engagements souscrits lors de la Confé-
cipe de non-régression signifie que la jurisprudence rence des Nations Unies sur l’environnement et le
ne doit pas évoluer en dents de scie. Elle doit être en développement »49.
perpétuelle évolution pour parvenir à un niveau
écologiquement convenable. Souvent, les litiges relatifs aux principes de protection
de l’environnement portent sur la preuve et sur
l’opportunité d’une décision prise ou à prendre (en
ce qui concerne le principe de précaution), l’existence
Conclusion ou non d’une faute (principe de responsabilité), la
En somme, les principes de protection de l’environ- prise en compte de tous les acteurs dans un processus
nement sont nombreux et diversifiés. Leur impact décisionnel (principe de participation), le montant
actuel et futur dépend du sort que chaque collectivité des taxes à payer dans la lutte contre la pollution
ou chaque individu leur réserve. Qu’ils aient une (principe pollueur-payeur) ou le montant des indem-
portée anticipatrice ou curative, tous ces principes nisations (principe de responsabilité et principe
nécessitent d’être soutenus par une mouvance « pro- pollueur-payeur).
gressiste » qui rejette des volte-face à l’américaine.
D’où l’opportunité du principe de non-régression
qui est cher au professeur Prieur48, et la prise de posi- Pour approfondir la compréhension du principe
tion de la communauté internationale « de ne pas de participation, lire l’étude de cas no 1.
47. Loi no 2014-390 du 20 juin 2014 d’orientation sur le développement durable de la Côte d’Ivoire, art. 5, 6.
48. M. PRIEUR et G. SOZZO, op. cit. ; « Le principe de non-régression à Rio+20 », op. cit.
49. A/RES/ 66/288, L’avenir que nous voulons, § 20.
CHAPITRE 2
Les outils de protection de l’environnement
1. Loi no11/009 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement en RDC, art. 2, 22.
2. P. ANDRÉ, C.E. DELISLE et J.-P. REVÉRET, L’évaluation des impacts sur l’environnement : processus, acteurs, et pratiques pour un
développement durable, Montréal, Presses internationales polytechniques, 2010, p. 55.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
22
majeurs et celle des projets mineurs. À la suite de ces site, faire une présentation de l’état de l’environne-
deux outils, il y a également l’évaluation environne- ment et ressortir un cadre juridique adéquat qui s’im-
mentale stratégique et l’audit environnemental. poserait au projet. L’analyse de l’état initial du site et
de l’environnement ne doit pas se limiter au lieu
d’établissement du projet ; elle devrait s’étendre aussi
§ 2.1.1 L’évaluation environnementale à la zone entière circonscrivant le site où des impacts
des projets majeurs environnementaux seraient visibles.
Devant l’ampleur et l’intensité du changement qui Ensuite, les raisons du choix du site : ces raisons
se manifestent tant au niveau économique ou social doivent être convaincantes. L’on pourrait par exemple
qu’environnemental, nul ne doute que les États faire un état de la disponibilité des ressources sur
africains soient désormais appelés à assumer un rôle ce site.
décisif dans la dynamique mondiale du développe-
ment durable. À cet effet, la question de l’évaluation Puis, l’évaluation des conséquences prévisibles de la
environnementale des projets majeurs se trouve au mise en œuvre du projet sur le site et son environne-
centre de ce développement durable. Au demeurant, ment : c’est la phase la plus importante de cet outil
il s’agit d’une notion en évolution en Afrique3, où du développement durable et la plus subtile, au regard
l’on peut dire que cet outil est dorénavant le « prin- de l’incertitude de quelques-unes des données scien-
cipal instrument juridico-scientifique des politiques tifiques. En effet, cette évaluation exige une maîtrise
d’environnement4 ». parfaite du projet. Il faut étudier les conséquences
prévisibles, qu’il s’agisse des conséquences immé-
L’évaluation environnementale des projets infrastruc- diates ou médiates, éphémères ou durables, proches
turels et autres travaux majeurs doit être conforme ou lointaines.
aux prescriptions du cahier des charges. En l’absence
de cette conformité, elle sera annulée et ne produira Vient ensuite l’énoncé des mesures envisagées par le
aucun effet. Il est permis de penser que cette évalua- promoteur ou maître d’ouvrage pour supprimer,
tion, en plus d’être un instrument obligatoire5, serait réduire et, si possible, compenser les conséquences
aussi d’intérêt général6. dommageables du projet sur l’environnement et l’es-
timation des dépenses correspondantes. Le promoteur
Le contenu d’une évaluation environnementale, ou le maître d’ouvrage doit intervenir sur les impacts
presque identique partout en Afrique, est le suivant : d’un ouvrage pour en éliminer les effets négatifs ou
en intensifier les retombées positives. Pour réduire
D’abord, l’analyse de l’état initial du site et de l’envi
ou supprimer les conséquences dommageables du
ronnement : c’est la première directive, dont l’objectif
projet sur l’environnement, le promoteur ou maître
est de préciser la nature exacte du projet. L’on devrait
d’ouvrage, chargé de l’évaluation environnementale
fournir des informations nécessaires sur la nature du
3. En effet, c’est à partir des années 1980 que la plupart des États africains ont institué les évaluations environnementales des projets
infrastructurels majeurs. C’est notamment le cas de l’Algérie, avec la loi du 5 février 1983 relative à la protection de l’environnement,
qui contient un titre 5 de quatre articles (130 à 133) consacré aux études d’impact environnemental ; de la Gambie, avec la loi sur
la gestion de l’environnement national no 4 du 10 mars 1987 ; du Togo, avec le Code de l’environnement du 3 novembre 1988, qui
comporte une section de 11 articles (22 à 32) consacrée aux études d’impact environnemental. Pour ce qui est du Cameroun en
particulier, il est permis de préciser que c’est dans les années 1990 qu’il institue pareille évaluation environnementale, notamment
avec la loi du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche, qui consacre en son article 16 cet outil du
développement durable.
4. Voir M. PRIEUR, L’évaluation des impacts sur l’environnement pour un développement rural durable : étude juridique, Cahiers FAO,
étude législative no 53,Rome, 1994, p. 1.
5. Voir A. CHI MUAM, « When environmental impact assessment becomes peremptory law », Annales de la Faculté des Sciences
juridiques et politiques, Université de Dschang, t. 10, 2006, p. 97-112. note p. 98.
6. Plusieurs lois d’États africains précisent que la protection de l’environnement est d’intérêt général (par exemple le Code de
l’environnement du Burkina Faso, celui du Sénégal et la Loi relative à la gestion de l’environnement du Cameroun).
Chapitre 2 – Les outils de protection de l’environnement
23
des projets majeurs, présente les mesures techniques silence de l’administration, le promoteur ou maître
prévues pour éradiquer les impacts négatifs identifiés. d’ouvrage peut démarrer ses activités. Le Code de
l’environnement du Burkina Faso prévoit, pour des
À cet effet, l’appréciation du coût de cette éradication projets majeurs, des études d’impact environnemental
est nécessaire, afin de la rendre fiable. L’importance (art. 4) ; le Code de l’environnement de la Côte
de cette phase tient à ce que l’administration exige d’Ivoire énonce : « Les travaux de construction d’ou-
un cahier des charges au promoteur ou maître d’ou- vrages publics tels que routes, barrages, peuvent être
vrage. Lorsque les mesures d’atténuation sur l’envi- soumis à une étude d’impact environnemental »
ronnement sont insatisfaisantes pour réduire les (art. 24). « Tout projet important susceptible d’avoir
impacts au moment où ils prennent de l’ampleur, l’on un impact sur l’environnement doit faire l’objet d’une
opte pour la compensation7. Cependant, Pierre André étude d’impact préalable. Il en est de même des pro-
et ses collaborateurs rappellent que l’atténuation doit grammes, plans et politiques pouvant affecter l’envi-
toujours avoir la priorité sur la compensation8. ronnement » (art. 39). En RDC, la loiportant principes
Enfin, la présentation des autres solutions possibles fondamentaux relatifs à la protection de l’environ
et des raisons pour lesquelles, du point de vue de la nement énonce : « Tout projet de développement,
protection de l’environnement, le projet a été retenu : d’infrastructures ou d’exploitation de toute activité
il est question, à ce niveau, pour le promoteur ou industrielle, commerciale, agricole, forestière, minière,
maître d’ouvrage, de prévoir des mesures d’intensifi- de télécommunication ou autre susceptible d’avoir
cation. Celles-ci consistent à augmenter les retombées un impact sur l’environnement est assujetti à une
positives du projet soit pour l’environnement, soit étude d’impact environnemental et social préalable,
pour la société. Avec ces directives, il y a lieu de penser assortie de son plan de gestion, dûment approuvés »
que l’étude d’impact environnemental (EIE) « vise (art. 21).
l’insertion plus harmonieuse des projets dans leur Il faut noter également la participation du public à
milieu naturel et humain9 ». cette évaluation environnementale qui, bien évidem-
Il y a lieu de rappeler que toute évaluation environ- ment, est distincte de celle des projets mineurs.
nementale des projets majeurs donne lieu à une déci-
sion motivée de l’administration compétente, sous
peine d’annulation. Les délais d’intervention de cette § 2.1.2 L’évaluation environnementale
décision diffèrent selon les pays. Au Cameroun, par des projets mineurs
exemple, cette décision intervient dans un délai maxi- L’évaluation environnementale des projets infrastruc-
mum de quatre mois. Ce délai court dès notification10 turels et autres travaux mineurs est un rapport établi
de l’évaluation environnementale du projet majeur. au sujet des projets ou établissements de faible
Au demeurant, une fois ce délai passé et en cas de
7. Dans la compensation, nul n’est besoin d’intervenir immédiatement sur les conséquences dommageables du projet ; il est plutôt
question en ce moment d’apporter une contrepartie à ces conséquences.
8. Voir P. ANDRÉ, C.E. DELISLE et J.-P. REVÉRET, op. cit., p. 311. À cet effet, dans le cadre de négociations relatives aux mesures
d’atténuation et de compensation, la question de la compensation pour les risques perçus est fréquemment soulevée. Toutefois, si
le fait d’envisager tel mode de compensation entraîne un examen sommaire des éventuelles mesures d’atténuation (c’est-à-dire que
l’intéressé choisit la compensation plutôt que la prévention ou la réduction des effets nuisibles), un tel changement d’optique n’est
pas nécessairement bénéfique. À l’extrême, une vision aussi étroite de la situation peut donner lieu à la généralisation des règlements
pécuniaires, lesquels n’offrent en fait aucun avantage à long terme. Tout cela porte le conseil à croire que ni la compensation ni les
plans d’intervention d’urgence ne sauraient remplacer l’atténuation.
9. D. BITONDO, Évolution des systèmes d’études d’impact sur l’environnement en Afrique centrale : rôle des associations nationales de
professionnels, Yaoundé, Digit Print, 2013, p. 8.
10. La notification, qui se distingue de la publication, est la remise à l’intéressé de la copie in extenso de la pièce à notifier. Ceci a
même été confirmé par l’Arrêt no 636/CCA du 10 août 1957, Sieur NDJOCK Jean c/ État du Cameroun. En d’autres termes, il est
question pour le promoteur du projet de porter l’évaluation d’impact environnemental et sociétal à la connaissance personnelle du
ministre compétent.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
24
e nvergure, mais qui pourraient avoir des effets non la notice d’impact environnemental est une évalua-
négligeables sur l’environnement. Tout bien considéré, tion environnementale simplifiée destinée aux projets
l’on constate que le contenu d’une évaluation envi- légers par leurs dimensions et ne nécessitant pas une
ronnementale des projets infrastructurels et autres étude d’impact.
travaux mineurs est quasi identique à celui de l’éva-
luation environnementale des grands projets. Le public est également invité à y participer, comme
dans l’évaluation environnementale stratégique.
À cet effet, l’on a : i) le résumé de l’évaluation ;
ii) la description du projet ou de l’établissement ;
iii) la description de l’état du site et de son environ- § 2.1.3 L’évaluation environnementale
nement physique, biologique, socio-économique et stratégique
humain ; iv) l’identification des effets possibles de la
L’évaluation environnementale stratégique (EES) se
mise en œuvre du projet ou de l’établissement sur
définit comme « un processus d’évaluation et d’exa-
l’environnement naturel et humain ; v) les mesures
men des politiques, plans et programmes ou d’autres
prévues pour éviter, réduire, éliminer ou compenser
initiatives en amont des projets11 ». Le Code de l’en-
les effets dommageables du projet sur l’environne-
vironnement du Burkina Faso la définit comme un
ment et l’estimation des dépenses correspondantes ;
« processus d’évaluation et d’examen des impacts
vi) le programme de sensibilisation et d’information
appliqué aux politiques, aux plans et aux programmes
ainsi que les rapports des concertations avec les popu-
ou à toute autre initiative localisée en amont des
lations riveraines ; vii) les termes de référence ; viii) la
projets, plans et programmes » (art. 4). Elle est égale-
revue du cadre juridique et institutionnel.
ment un processus systématique, formel et exhaustif
La réalisation de cette évaluation – qui peut intervenir permettant d’évaluer les effets environnementaux
soit avant le démarrage du projet, soit au cours de d’une politique, d’un plan, d’un programme ou d’un
son fonctionnement – ainsi que les frais y afférents projet à composantes multiples. L’EES s’entend aussi
sont à la charge du promoteur du projet, comme dans comme « approches analytiques et participatives de
celle des projets majeurs. la prise de décision stratégique qui visent à intégrer
les considérations d’environnement dans les poli-
L’évaluation environnementale des projets mineurs tiques, les plans et les programmes et à évaluer leurs
est obligatoire pour tout promoteur, comme celle interactions avec les considérations d’ordre écono-
des projets majeurs. Elle doit également faire l’objet mique et social12 ». Pour le Code de l’environnement
d’une décision motivée de l’autorité compétente, et du Sénégal, elle « vise à évaluer les impacts environ-
sa réalisation donne lieu à l’établissement d’un cahier nementaux des décisions prises dans les politiques,
de charges. plans et programmes et leurs alternatives, les études
régionales et sectorielles » (art. L48).
Il s’agit ici des projets de catégorie 2 soumis à l’analyse
environnementale initiale au Sénégal (art. R40 du En instituant l’évaluation environnementale straté-
décret d’application du Code de l’environnement), gique, les États d’Afrique marquent un grand pas vers
ou soumis à une notice d’impact environnemental au la protection de l’environnement, car même si l’éva-
Cameroun ou au Burkina Faso. Dans ces deux pays, luation environnementale des projets majeurs et
25
mineurs apparaît comme un outil pertinent de cette termes, l’EES permet non pas d’établir des précisions
protection, elle semble limitée13. L’EES permet de d’impacts, mais plutôt de tracer les limites dans les-
vérifier si une politique, un plan ou un programme quelles se réaliseront les futures activités qui décou-
respecte effectivement et efficacement les règles de leront de la politique, du plan ou du programme de
protection de l’environnement. développement.
Au niveau de la politique, elle est une ligne de La particularité de cet outil est qu’il permet une
conduite générale ou une proposition d’orientation meilleure gestion à partir des décisions de nature stra-
d’ensemble qu’une organisation publique ou privée tégique jusqu’à l’étape du projet concret. C’est un
adopte ou adoptera et qui guide la prise de décision. outil qui comporte ainsi des avantages multiples :
Au niveau du plan, l’EES est stratégie ou projet éla- • D’abord, l’EES sert les objectifs de développement
boré, projeté dans l’avenir, souvent assorti de priorités, durable dans la création ou la révision des poli-
d’options et de mesures (le plan sert à étayer la tiques, plans et programmes et, ainsi, transforme
politique et à la mettre en œuvre). Au niveau du progressivement les méthodes de prise de décisions
programme, l’évaluation environnementale straté- conventionnelles des gouvernements en processus
gique constitue un calendrier structuré et cohérent intégrant le concept du développement durable.
d’engagements, d’instruments proposés ainsi que
• Ensuite, elle s’intègre au niveau de la planification
d’activités. Comme le plan, le programme sert à
des politiques, plans et programmes, permettant
étayer la politique et la mettre en œuvre.
ainsi de prendre en considération un large éventail
L’EES a pour objectifs de renseigner les décideurs14 d’impacts cumulatifs et synergiques qui ne sont
qui doivent intégrer les facteurs environnementaux pas apparents au niveau des projets.
dans l’élaboration des politiques, marquer la volonté • Enfin, l’EES permet d’évaluer plusieurs solutions
d’impliquer le public dans le processus, renforcer et de rechange aux politiques, plans et programmes
mieux encadrer l’évaluation environnementale des proposés, puisqu’elle doit être menée conjointement
projets majeurs comme mineurs, identifier très tôt les à la planification de ceux-ci15.
impacts potentiels ne pouvant être pris en compte
adéquatement au niveau des études d’impact envi- À cet effet, l’on constate que le contenu d’une éva-
ronnemental, intégrer les enjeux stratégiques associés luation stratégique est également similaire à celui
à la justification et à la localisation des projets, et d’une évaluation environnementale des projets
réduire le temps et les efforts requis pour l’évaluation majeurs ou mineurs. Retrouve-t-on le même contenu
des propositions individuelles. au niveau de l’audit environnemental ?
13. P. ANDRÉ, C.E. DELISLE et J.-P. REVÉRET, op. cit., p. 389. Les auteurs estiment que l’évaluation environnementale des projets
infrastructurels est limitée dans la mesure où elle offre rarement l’occasion de débattre de manière constructive de la justification,
voire du choix de développement que les projets pris individuellement sous-tendent.
14. Ibid. Pour ces auteurs, « le décideur est la personne ou l’organisme qui détient l’autorité et à qui revient la prise de décision en regard
d’un projet » (p. 145).
15. D. BOURSIER-LÉPINE, L’évaluation environnementale stratégique : une procédure à intégrer au système d’évaluation environnementale
québécois, mémoire de maîtrise, Centre de formation universitaire en environnement, Université de Sherbrooke, 2012, p. 9.
16. P. ANDRÉ, C.E. DELISLE et J.-P. REVÉRET, op. cit., p. 433.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
26
même définition que consacre le Code de l’environ- programmes de participation des organismes de régle-
nement du Burkina Faso (art. 4). Le Code de l’envi- mentation et du public. Une telle amélioration
ronnement du Sénégal le définit comme « un outil de rehaussera la rentabilité et l’efficacité du processus
gestion qui comprend une évaluation systématique, d’évaluation environnementale des projets infrastruc-
documentée, périodique et objective de la manière turels. C’est également un outil de gestion utilisé
dont fonctionnent l’organisation, la gestion et le maté- surtout dans le domaine des entreprises industrielles.
riel en matière d’environnement, dans le but de sau- À cet effet, le terme audit désigne l’examen interne,
vegarder l’environnement » (art. L8) et la loi de la systématique, périodique et objectif des pratiques de
RDC le définit comme un « outil de gestion consistant gestion de l’environnement au sein des entreprises.
en une évaluation systématique, documentée, pério-
dique et objective de l’efficacité des systèmes et des L’audit environnemental facilite le contrôle opéra-
processus organisationnels et gestionnaires conçus tionnel des pratiques susceptibles d’avoir des inci-
pour assurer la protection de l’environnement17 ». dences sur l’environnement, ainsi que l’évaluation
de la conformité de ces pratiques avec les normes
Plus précisément, il s’agit d’une procédure qui permet édictées et les politiques environnementales de
de suivre le niveau de respect des normes établies l’entreprise. Il a évidemment pour objectif de mettre
(audit de conformité environnementale), d’assurer en évidence les impacts négatifs et d’y apporter
la garantie d’une qualité, d’un label (audit de certifi- des mesures correctives afin d’améliorer la gestion de
cation), et de vérifier les performances environne- l’environnement au sein de l’entreprise. L’audit amé-
mentales d’un processus de production. liore aussi les performances techniques et la produc-
tivité des entreprises, d’où sa notoriété dans les pays
En effet, il est souhaitable de réaliser régulièrement développés, très souvent à la demande des industriels.
des audits de différentes structures. Ces audits visent
les objectifs suivants : L’on doit souligner que l’évaluation environnementale
• Vérifier les modèles de prévision, les politiques et se compose d’une variété de processus qui ont tous
les méthodes générales des études d’impact envi- en commun la protection de l’environnement dans
ronnemental pour des applications futures en com- la planification des opérations, voire du développement
parant les prévisions et les hypothèses antérieures des projets. Cette planification contient des outils
avec les impacts mesurés et documentés. différents de ceux de l’évaluation environnementale.
• Vérifier et améliorer l’efficacité des méthodes
d’évaluation d’impact environnemental, de la
surveillance des impacts ainsi que des mesures
SECTION 2.2
d’atténuation et de compensation pour des appli-
cations futures. Les outils de la planification
Pour les États africains, la planification territoriale est
L’audit peut améliorer divers éléments du processus
un outil de prévision essentiel qui, en plus de protéger
d’étude d’impact environnemental, notamment les
l’environnement, favorise l’écodéveloppement18.
politiques, la planification initiale, le cadrage de l’éva-
À cet effet, elle ne doit pas être seulement un slogan
luation, les méthodes d’étude, les modèles de pré
de type gouvernemental ou intergouvernemental ni
vision et les stratégies d’atténuation, ainsi que les
17. Loi no 11/009 du 9 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement en RDC, art. 2, 4.
18. Dans cette perspective, l’article 30 de la loi no 2014-390 du 20 juin 2014 d’orientation sur le développement durable de la Côte
d’Ivoire dispose : « La politique et le plan d’urbanisme, des schémas directeurs d’aménagement, des plans d’occupation des sols et
bien d’autres plans prennent en compte les impératifs liés à la lutte contre les changements climatiques, à la gestion des catastrophes,
à la conservation de la diversité biologique, à la protection de l’environnement et de la santé humaine, dans la réalisation des zones
d’activités économiques, de résidence et de loisirs. » La loi no 2008-43 du 20 août 2008 portant Code de l’urbanisme du Sénégal
contient plusieurs dispositions relatives, entre autres, à l’aménagement du territoire et à la planification urbaine.
Chapitre 2 – Les outils de protection de l’environnement
27
un simple concept pour embellir les textes juri- durable du territoire national. Il est un stimulateur
diques en Afrique. Dès lors, les outils de planifica- de l’absorption des investissements et un outil de
tion qui seront développés ici sont les documents rationalisation de la dépense publique et privée. Le
d’aménagement du territoire et les documents de schéma régional, qui concerne la région, est révisé
planification urbaine. périodiquement. Quant au schéma sectoriel, il est
élaboré sur la base des besoins, des ressources, des choix
stratégiques, des options de développement physique
§ 2.2.1 Les documents et de la cohérence régionale ou sous-régionale, selon
d’aménagement du territoire une démarche concertée et participative. Il fait éga-
lement l’objet d’une évaluation et d’une actualisation
Les documents concernés ici sont au moins au nombre
périodiques.
de trois : le schéma national d’aménagement, le
schéma régional d’aménagement et le schéma
sectoriel d’aménagement.
§ 2.2.2 Les documents de
Le schéma national d’aménagement est un ensemble planification urbaine
documentaire présentant les orientations, les objectifs Les documents de planification urbaine comprennent
et les résultats attendus d’une vision du développe- le plan directeur d’urbanisme, le plan d’occupation
ment spatial, physique et environnemental basée sur des sols, le plan de secteur et le plan sommaire
des options politiques, sur la gestion des ressources d’urbanisme.
naturelles disponibles, sur la dynamique sociale ainsi
que sur le patrimoine environnemental, artistique Le plan directeur d’urbanisme (PDU) prend en compte
et culturel. les impératifs de protection de l’environnement dans
le choix des emplacements prévus pour les zones
Le schéma régional d’aménagement est un document d’activités économiques, résidentielles et de loisir. Le
régional d’aménagement et de développement PDU est un document qui fixe les orientations fon-
durable du territoire. C’est un document de planifi- damentales de l’aménagement d’un territoire urbain,
cation physique et spatiale régionale fixant les orien- la destination générale des sols et la programmation
tations fondamentales en matière d’implantation des équipements. Les études du PDU sont suivies par
des équipements structurants, d’environnement et un comité technique de pilotage, dont la composition
d’organisation de la territorialité du développement, et le fonctionnement sont fixés par décret.
sur la base des options retenues dans le schéma natio-
nal d’aménagement, et de développement durable Le plan d’occupation des sols est un document qui fixe
du territoire. l’affectation des sols et les règles qui la régissent pour
le moyen ou le long terme. Il définit le périmètre de
Le schéma sectoriel d’aménagement est une traduction chacune des zones d’affectation et édicte, pour cha-
cohérente du schéma directeur national d’aménage- cune d’entre elles, les règles, restrictions et servitudes
ment et de développement durable du territoire dans particulières d’utilisation du sol. Les dispositions du
un secteur d’activités donné, permettant à travers une plan d’occupation des sols doivent être compatibles
planification physique et spatiale d’anticiper les avec les orientations du PDU.
besoins en infrastructures et autres mesures d’accom-
pagnement à appliquer dans ledit secteur. Le plan de secteur est un document qui, pour une
partie de l’agglomération, précise de façon détaillée
Le schéma national d’aménagement et de dévelop- l’organisation et les modalités techniques d’occupa-
pement durable du territoire fixe les orientations tion du sol, les équipements et les emplacements
fondamentales à long terme en matière d’aménage- réservés, et les caractéristiques techniques et finan-
ment de l’environnement et de développement cières des différents travaux d’infrastructures. Le plan
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
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1. S. CAUDAL, La fiscalité de l’environnement, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 2014, p. 29.
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les régimes de taxes et redevances au profit de chances d’une meilleure protection de l’environ
l’environnement et les systèmes de consigne. Cette nement sur le continent, malgré leur participation
tendance devrait être encouragée, compte tenu des active aux rendez-vous internationaux. Une posi
conditions particulières de chaque pays2. Fidèle à la tion continentale s’est presque affirmée, allant dans
logique économique qui inspire tout dispositif fiscal, le sens de susciter à l’échelle mondiale les finance
Action 21 affirme néanmoins très clairement la voca ments alternatifs en contrepartie des limites imposées
tion dissuasive de la fiscalité environnementale. Et contre l’exploitation abusive de l’environnement.
comme on le verra par la suite, la transposition de ce Aujourd’hui, l’Afrique est amenée à tirer elle-même
principe dans différents contextes repose sur deux les leçons, au vu des avancées du désert, de la défo
piliers : celui de faire tirer à la communauté entière restation ou de la sécheresse, et à prendre conscience
avantage du produit de l’exploitation de la ressource de l’absence de contradiction qu’il y a entre la pro
naturelle, et celui d’opérer des prélèvements dissua motion du développement et la nécessité de préserver
sifs et compensatoires des atteintes à l’environne les écosystèmes.
ment. En raison de son lien indéfectible avec la vie,
mais aussi du fait qu’elle constitue la ressource la Le développement progressif du dispositif conven
plus directement affectée par les changements clima tionnel (régional et sous-régional) témoigne d’un
tiques (assèchement, glaciation, évaporation), l’eau véritable éveil politique consécutivement à l’adoption
représente une catégorie privilégiée. Le chapitre 18 de la Convention africaine sur la conservation de
d’Action 21 ne s’est pas réservé du droit de prévoir la nature et des ressources naturelles (juillet 2003),
un aménagement spécifique visant à établir, en fonc laquelle affirme la nécessité de prendre « des mesures
tion de la situation de chaque pays et lorsque les d’incitation économique destinées à prévenir ou à
moyens le permettent, des taxes sur l’eau qui tiennent réduire les dommages à l’environnement, à restaurer
compte du coût marginal et du coût d’opportunité ou à améliorer la qualité de l’environnement, et à
de l’eau, notamment lorsqu’elle est destinée à des mettre en œuvre les obligations internationales qui
activités de production3. Le programme consolide de leur incombent dans ces domaines » (art. 13, 2, b).
ce point de vue la Déclaration de Rio, qui invite les L’objectif devrait mobiliser le développement et le
autorités nationales à promouvoir l’internalisation transfert de technologies (art. 19) en s’appuyant
des coûts de protection de l’environnement et l’uti sur le renforcement de la coopération en matière de
lisation d’instruments économiques, en vertu du prin développement et d’utilisation de technologies res
cipe selon lequel c’est le pollueur qui doit assumer le pectueuses de l’environnement, ainsi qu’en matière
coût de la pollution, dans le souci de l’intérêt public d’accès à ces technologies et à leur transfert, dans
et sans fausser le jeu du commerce international et des conditions mutuellement convenues, en vue
de l’investissement4. d’accélérer la transition au développement durable
(art. 19, 1).
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de maîtrise et de réduction de la pollution sont inté en contrepartie des incitations fiscales destinées à
gralement ou partiellement à la charge du pollueur aider les opérateurs économiques pratiquant des
(art. 19, 1, d) –, et le principe préleveur-payeur – en modalités d’utilisation de la ressource respectueuses
vertu duquel les usages non domestiques de l’eau de l’environnement (art. 8). À la charge du préleveur
donnent lieu au paiement d’une redevance destinée également, le texte prévoit des obligations financières
à contribuer au financement des services liés à l’eau résultant d’une tarification de l’utilisation de l’eau
(art. 7, c). (art. 9). Des dispositions semblables qui ont été
prises par la Charte des eaux de l’Organisation pour
Le régime fiscal environnemental est donc indisso la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), signée
ciable de nombreux enjeux. La Charte de l’eau du en mai 2002, instituent au sein des États parties7 des
lac Tchad d’avril 20125 institue deux sortes de pré taxes à l’encontre des usagers pollueurs de l’environ
lèvements perçus par les autorités nationales confor nement afin de financer la gestion écologiquement
mément à leurs règles et procédures financières. Le rationnelle de la ressource (art. 18). Ce mécanisme
premier de ces prélèvements concerne la taxe annuelle est destiné, en gros, à assurer la contribution financière
pour contribution aux coûts de mobilisation des de chaque usager au financement des investisse
ressources en eau pour la satisfaction des besoins ments, des charges récurrentes et au remboursement
socio-économiques et environnementaux, dite taxe des dettes contractées (art. 7).
de prélèvement (art. 18), à laquelle sont assujetties les
personnes physiques ou morales, privées ou publiques, Il faut enfin citer ici l’exemple du Traité relatif à la
qui bénéficient d’autorisations de prélèvement. Le conservation et à la gestion durable des écosystèmes
deuxième est la taxe de pollution, prévue par l’ar forestiers d’Afrique centrale et instituant la commis
ticle 26 de la Charte, qui énonce : « Les personnes sion des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), signé
physiques ou morales, privées ou publiques, qui en 20058, qui prévoit en son article premier que
bénéficient d’autorisations de rejet sont assujetties à les États Parties au traité s’engagent, dans le cadre de
une taxe annuelle pour contribution aux coûts des la conservation et de la gestion durable des éco
mesures de prévention, de maîtrise et de réduction systèmes forestiers d’Afrique centrale, à développer
des pollutions engagées par les pouvoirs publics. » une fiscalité forestière adéquate et des mesures d’ac
La taxe sur la pollution ne s’assimile pas et ne dis compagnement nécessaires à sa mise en œuvre pour
pense pas les personnes physiques ou morales, pri soutenir de manière pérenne les efforts de conserva
vées ou publiques, de leur responsabilité civile en cas tion, d’aménagement durable et de recherche sur les
de dommages causés aux personnes et aux biens ou écosystèmes forestiers.
de leur responsabilité pénale en cas de comporte
ments constitutifs d’infractions conformément à leur Au vu des différentes sources juridiques, on peut
droit interne. dégager deux principes essentiels de la fiscalité envi
ronnementale en Afrique : le principe préleveur-
Dans un même esprit, la Charte de l’eau du Niger payeur et le principe pollueur-payeur, dont la
d’avril 20086 engage les États à mettre à la charge du combinaison aboutit à deux types de taxes, la taxe de
pollueur, personne morale ou physique, les coûts de prélèvement et la taxe de pollution.
prévention, de maîtrise et de réduction de la pollution
5. Parties : la République du Cameroun, la République centrafricaine, la Libye, la République du Niger, la République Fédérale du
Nigeria, la République du Tchad.
6. Parties prenantes : la République du Bénin, le Burkina Faso, la République du Cameroun, la République de Côte d’Ivoire, la
République de Guinée, la République du Mali, la République du Niger, la République fédérale du Nigeria, la République du Tchad.
7. Parties : la République du Mali, la République islamique de Mauritanie, la République du Sénégal.
8. Parties : la République du Burundi, la République du Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, la République
démocratique du Congo, la République gabonaise, la République de Guinée équatoriale, la République du Rwanda, la République
de Sao Tomé et Principe, la République du Tchad.
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l’environnement prévoit en son article 39 que en douane (art. 1). Il est admis à ce titre que les per
« toute installation classée est assujettie au paiement sonnes physiques ou morales dont les agissements ou
d’une taxe d’implantation, d’une taxe rémunératoire les activités causent ou sont susceptibles de causer
annuelle et d’une taxe de pollution ». Le taux de ces des dommages à la forêt soient soumises à une taxe
taxes est fixé selon la législation en vigueur. ou redevance destinée à la réparation des dommages
causés, et assurent en outre toutes mesures de remise
en état, sans préjudice d’autres sanctions prévues par
§ 3.2.2 La conservation et la gestion la loi. Dans cet ordre d’idées, sont assujetties au paie
durable des ressources ment de droits, taxes et redevances, dont les modalités
de la biodiversité sont fixées par voie réglementaire, aussi bien l’exploi
tation, la transformation et la commercialisation des
Les taxes de conservation et de gestion durable des
produits forestiers (art. 102), que la cession, la loca
ressources de la biodiversité ont été instituées dans
tion, l’exploitation, la transformation ou la commer
de nombreux pays ayant adopté en particulier les
cialisation des produits forestiers (art. 103). De même,
lois forestières.
les personnes physiques ou morales exerçant dans
Au Burkina Faso, la loi forestière du 5 avril 2011 pré l’exploitation, la transformation, la valorisation, la
voit que toute exploitation forestière à des fins com promotion ou la commercialisation des produits
merciales ou industrielles donne lieu à paiement de forestiers sont assujetties, dans le cadre de leurs acti
taxes et redevances (art. 58) ; la délivrance des permis vités, aux paiements des droits, taxes et redevances
d’exploitation est subordonnée à l’acquittement prévus par les textes en vigueur (art. 104).
d’une taxe dont le taux, l’assiette et les modalités de
Au Sénégal, c’est la loi no 96/03 du 8 janvier 1998
perception sont fixés par la loi de finances (art. 62) ;
portant Code forestier, en son article L.3, qui pose le
les redevances et les taxes collectées dans le cadre de
principe d’un paiement de taxes et redevances préa
la valorisation des réserves de faune font l’objet d’une
lable à l’exploitation commerciale de toute ressource
répartition entre le budget de l’État et celui des col
forestière.
lectivités locales (art. 97) ; la gestion des refuges
locaux et des zones villageoises d’intérêt cynégétique S’agissant du Cameroun, il faut se reporter aux nom
est assujettie à des redevances et à des taxes détermi breuses dispositions de la loi no 94/01 du 20 janvier
nées par les textes d’application du code (art. 106) ; 1994 sur le régime des forêts et de la faune, qui déter
les redevances et les taxes collectées dans le cadre de mine les charges financières et fiscales applicables aux
la gestion des refuges locaux et des zones villageoises ventes de coupe et aux conventions d’exploitation
d’intérêt cynégétique sont réparties entre les budgets forestière (art. 66, 1). Outre la patente prévue par le
locaux et les organisations villageoises de gestion de Code général des Impôts, les charges financières
la faune ; enfin, l’abattage de tout animal dans le cadre que prévoit la loi sont constituées de la redevance
de la chasse donne lieu à l’acquittement de taxes forestière annuelle assise sur la superficie et dont le
d’abattage, dans des conditions qui sont déterminées taux est fixé par la loi de finances ; de la taxe d’abat
par arrêté conjoint des ministres responsables de la tage des produits forestiers, c’est-à-dire la valeur par
faune et des finances (art. 122). espèce, par volume, poids ou longueur, estimée selon
des modalités fixées par décret ; de la surtaxe progres
Le Code forestier ivoirien issu de la loi no 2014-427
sive à l’exportation des produits forestiers non trans
du 14 juillet 2014 pose le principe de la légalité
formés ; de la contribution à la réalisation des œuvres
du produit forestier, concept qui englobe le produit de
sociales ; de la réalisation de l’inventaire forestier ; de
la forêt exploité, transporté, stocké, transformé ou
la participation aux travaux d’aménagement. À l’ex
exporté en respectant la législation nationale relative
ception de ces deux derniers cas, toute autre catégorie
aux activités forestières, à la protection de l’environ
de charge financière est fixée annuellement par la
nement, aux droits des travailleurs, au commerce,
loi de finances, qui prévoit en général deux méca
notamment au paiement des taxes, à la déclaration
nismes de taxation, dont l’un, assis sur l’exploitation
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par permis d’exploitation et l’exploitation par auto fixé par la loi de finances (art. 94). Sous réserve de
risation personnelle de coupe, donne lieu uniquement s’acquitter des taxes et/ou droits y afférents (art. 96),
à la perception du prix de vente des produits fores les personnes titulaires d’un permis de chasse dis
tiers, et l’autre, assis sur les services produits par les posent librement des dépouilles et des trophées des
forêts domaniales, donne lieu à la perception des animaux régulièrement abattus par elles.
droits correspondants.
En République démocratique du Congo, en vertu
Il est à noter, pour ce qui est des exonérations, que la de la loi no 14/003 du 11 février 2014 relative à la
loi accorde très peu d’avantages fiscaux, surtout conservation de la nature, l’accès aux ressources bio
lorsque le produit de l’exploitation est tourné vers logiques et génétiques et aux savoirs traditionnels
l’exportation. Les bénéficiaires des ventes de coupe associés est assujetti au partage juste et équitable des
et des concessions, quel que soit le régime fiscal dont avantages monétaires et non monétaires découlant de
ils bénéficient, ne peuvent être exonérés ni du paie leur utilisation (chap. IV). Les avantages monétaires
ment des taxes d’abattage des produits forestiers ni prévus par l’article 60 de cette loi comprennent les
du versement de toute taxe forestière relative à leur paiements initiaux, les paiements par étapes, la rede
titre d’exploitation. De même, aucun exportateur des vance de la conservation et de l’utilisation durable de
produits non transformés ne peut être exonéré du la diversité biologique, les droits d’accès par échan
paiement de la surtaxe progressive à l’exportation. tillon collecté ou autrement acquis, les droits de
Les taxes environnementales sont programmées pour licence en cas de commercialisation et les prestations
aider les communautés de base dont le milieu de vie de service. Les avantages non monétaires, quant à eux,
est directement affecté. Aussi, au titre de l’exploi sont basés sur l’appui institutionnel et social durable
tation de leurs forêts, les communes perçoivent le ainsi que le transfert de technologie. D’autres textes,
prix de vente des produits forestiers et la redevance telle la loi no 011/2002 du 29 août 2002 portant Code
annuelle assise sur la superficie. Pour les forêts dont forestier, vont plus loin en déterminant les modalités
ils sont propriétaires, les communautés villageoises et de prélèvement des taxes et redevances ainsi que leur
les particuliers perçoivent quant à eux le prix de vente clé de répartition. L’article 121 du Code forestier
des produits tirés (art. 67, 1 à 3). retient en substance cinq types de prélèvements. La
redevance de superficie concédée est prélevée au taux
Ce qui est valable pour la flore l’est presque aussi minimal fixé par l’administration, augmenté de l’offre
pour la faune. Les sommes émanant du recouvrement supplémentaire proposée par le concessionnaire au
des droits de permis et licences de chasse ainsi que moment de l’adjudication. Elle est reversée à 40 %
les produits des taxes d’abattage, de capture et de aux entités administratives décentralisées de prove
collecte sont reversés pour 70 % au Trésor public nance des bois ou des produits forestiers et à 60 % au
et pour 30 % à un fonds spécial d’aménagement et Trésor public. La taxe d’abattage, répartie à parts
d’équipement des aires de conservation et de protec égales de 50 % au Fonds forestier national et au Trésor
tion de la faune, suivant les modalités fixées par décret public, est prélevée à un taux variable selon la classe
(art. 105). Les droits et produits des taxes concernés des essences forestières et la zone de prélèvement.
sont prélevés sur deux catégories d’activités essen Les taxes à l’exportation, payées au taux de taxes
tielles : d’une part, l’abattage et la capture des animaux à l’exportation des produits bruts, sont reversées à
dont la liste est arrêtée ; de l’autre, la chasse en zone 100 % au Trésor public. La taxe de déboisement, dont
cynégétique non affermée et les expéditions de chasse le taux correspond au coût du déboisement à l’hec
par un guide de chasse ou dans toute autre zone de tare, se répartit à parts égales entre le Trésor public
forêt du domaine forestier national. La première caté et le Fonds forestier national. La taxe de reboisement,
gorie donne lieu à la perception des taxes dans les dont le taux correspond à 10 % du coût de reboi
taux fixés par la loi de finances et à la délivrance d’un sement à l’hectare, est destinée à 100 % au Fonds
certificat d’origine (art. 91) ; la seconde donne lieu à forestier national (art. 122).
la perception d’une taxe journalière dont le taux est
Chapitre 3 – La fiscalité environnementale en Afrique
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ou de redevance forfaitaire. Les ressources de ces pré artisanales commerciales, des carrières artisanales
lèvements sont réparties entre quatre fonds miniers : semi-mécanisées et des carrières industrielles ; la rede-
le Fonds de développement local, le Fonds de réha vance superficiaire, qui est la somme due en contre
bilitation et de fermeture de la mine, le Fonds de partie de la superficie occupée par l’activité ; la
réhabilitation et de sécurisation des sites miniers redevance minière, prélevée lors de la première vente
artisanaux et de lutte contre l’usage des produits et dont le montant est dû au titre de la valeur de la
chimiques prohibés, et le Fonds de financement de la production sur le carreau de la mine (art. 4).
recherche géologique et minière et de soutien à la
formation sur les sciences de la Terre (art. 25). En
Côte d’Ivoire, la loi no 95-553 du 17 juillet 1995 § 3.2.5 Les incitations pour
portant Code minier impose, outre les redevances et comportement favorable
taxes prévues au Code général des impôts, y compris à l’environnement
l’impôt sur le bénéfice industriel et commercial (BIC),
La fiscalité environnementale fait partie de tout sys
le paiement d’un droit fixe, d’une redevance superfi
tème de gestion de l’environnement et comporte un
ciaire et d’une taxe ad valorem ou proportionnelle
volet important de prévention des atteintes au milieu
par le titulaire d’un titre minier ou bénéficiaire d’une
naturel. De nombreux États, à l’exemple du Burkina
autorisation (art. 80). En règle générale, le prélève
Faso, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Cameroun,
ment des taxes ou redevances en matière minière
ont érigé des dispositifs fiscaux destinés à l’incitation
dépend des conditions liées à l’activité et au statut de
au changement de comportement. Le Code de l’en
l’exploitant. La taxe ad valorem ou proportionnelle
vironnement burkinabè prévoit la création d’un fonds
est perçue dans les mêmes conditions et selon les
de soutien au service public de l’environnement
mêmes procédures, sanctions et sûretés que les taxes
dénommé « Fonds d’intervention pour l’environ
sur le chiffre d’affaires (art. 83). L’exploitation de
nement » (art. 16). En Côte d’Ivoire, le Code de
gîtes de substances classés en régime de carrières
l’environnement prévoit un fonds national de l’envi
donne lieu à la perception d’un droit fixe d’une rede
ronnement (FNDE), mais la protection de l’environ
vance superficiaire, d’une taxe d’extraction et d’une
nement en droit ivoirien est également organisée
taxe d’exploitation de substances de carrière. Les
autour des « fondations » prévues par la loi no 2002-
montants, taux, et modalités de recouvrement de ces
102 du 11 février 2002 relative à la création, à la
droits et taxes sont définis par la réglementation
gestion et au financement des parcs nationaux et des
minière (art. 90). Au Sénégal, la loi no 206-32 portant
réserves naturelles, qui sont les personnes morales
Code minier retient deux ordres de prélèvements, à
créées en vue de réaliser un but d’intérêt général. Ces
savoir les recettes minières, qui sont le produit des
institutions bénéficient d’une exonération de tous
droits, redevances et taxes relatifs aux titres miniers
impôts et taxes, notamment de l’impôt sur les suc
(art. 1, 38), et la redevance minière ou redevance
cessions sur leurs fonds recueillis ainsi que sur les
ad valorem due sur la production et la commerciali
revenus de leurs placements (art. 47). Au Sénégal, la
sation des substances minérales (art. 1, 40). En droit
loi no 2001-01 du 15 janvier 2001 portant Code de
camerounais, la loi no 2016/17 du 14 décembre 2016
l’environnement mentionne le Fonds pour la protec
portant Code minier assujettit les titulaires des titres
tion de l’environnement (art. 26). Au Cameroun, la
miniers, des autorisations et des permis d’exploitation
loi no 96/12 du 5 août 1996 portant loi-cadre relative
à quatre formes de prélèvements : la taxe ad valorem,
à la gestion de l’environnement consacre un dispositif
équivalente à la somme due à l’État ou aux institu
incitatif autour du Fonds national de l’environnement
tions sectorielles nationales, au titre de la valeur de la
et du développement durable, dont la philosophie
production sur le carreau de la mine des produits
repose sur des mesures incitatives en faveur de toute
miniers et les eaux de source, eaux minérales et ther
opération contribuant à enrayer l’érosion ou à com
mominérales et les gîtes géothermiques ; la taxe à
battre efficacement la désertification, ou encore de
l’extraction, qui représente la somme due au titre de
toute opération de boisement ou de reboisement et
la valeur de la production des substances de carrières
Chapitre 3 – La fiscalité environnementale en Afrique
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de toute opération contribuant à promouvoir l’uti des activités de développement durable9. Au Gabon,
lisation rationnelle des ressources renouvelables, le Fonds de développement durable a été institué dans
notamment dans les zones de savane et la partie sep la loi no 002/2014 portant orientation du développe
tentrionale du pays (art. 75). Ce soutien va dans le ment durable (art. 9).
même sens que les réductions de tarifs douaniers
accordées aux entreprises industrielles qui importent
des équipements leur permettant d’éliminer dans leur
Conclusion
processus de fabrication ou dans leurs produits les
gaz à effet de serre ou toute forme de pollution, ou Le droit des États africains est émaillé de textes
encore les déductions sur le bénéfice imposable des a doptés sous forme de codes ou de lois-cadres,
personnes physiques ou morales qui entreprennent qui constituent les fondements de la fiscalité
les actions de promotion de l’environnement (art. 76, environnementale.
1 et 2). Au Maroc, la loi portant charte nationale de
Cette fiscalité a un caractère spécifique. Elle est
l’environnement et du développement durable a
multisectorielle. Elle a un objectif qualitatif.
transformé le Fonds national pour la protection et la
mise en valeur de l’environnement en Fonds national Elle est répartie entre le Trésor public, les établisse
de l’environnement et du développement durable, ments publics, les collectivités décentralisées et les
dont les ressources servent à financer des activités et communautés villageoises.
projets de protection de l’environnement et de déve
loppement durable (art. 28 et 29). Au Burkina Faso, Les litiges liés à la fiscalité environnementale peuvent
il a été créé le Fonds pour les générations futures, naître du non-paiement des sommes dues à l’État par
placé sous la tutelle du ministère responsable du le contribuable, de la contestation des montants à
développement durable, alimenté par une partie des payer ou de la discrimination de certains contri
revenus provenant de l’exploitation des ressources buables par l’État en matière d’octroi des avantages
naturelles non renouvelables et destiné au financement fiscaux.
9. Loi no 008-2014/AN du 08 avril 2014 portant loi d’orientation sur le développement durable au Burkina Faso, art. 16.
DEUXIÈME PARTIE
L’encadrement juridique des secteurs
environnementaux
1. En RDC, loi no 11/009 du 9 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement (art. 2) ; au
Burkina Faso, loi no 006-2013/AN portant Code de l’environnement (art. 4) ; au Sénégal, loi no 2001-01 du 15 janvier 2001 portant
Code de l’environnement (art. 2L) ; en Côte d’Ivoire, loi no 96-766 du 3 octobre 1996 portant Code de l’environnement (art. 1).
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
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§ 4.1.1 La Convention sur la diversité que les Parties doivent élaborer les stratégies, plans et
biologique et ses protocoles programmes pour assurer la conservation. Plus loin,
la convention distingue la conservation in situ et ex situ.
La Convention sur la diversité biologique2 dégage un
certain nombre de principes sur lesquels repose sa
mise en œuvre3, en vue de la réalisation des objectifs La conservation in situ
qui ont été énoncés. La conservation in situ est définie dans l’article 2
comme étant « la conservation des écosystèmes et des
L’article premier de la Convention sur la diversité habitats naturels et le maintien et la reconstitution
biologique énonce trois objectifs à atteindre : la de populations viables d’espèces dans leur milieu
conservation de la diversité biologique, l’utilisa naturel et, dans le cas des espèces domestiquées et
tion durable de ses éléments et le partage juste et cultivées, dans le milieu où se sont développés leurs
équitable des avantages découlant de l’exploitation caractères distinctifs ».
des ressources génétiques, dont la réalisation est pos
sible grâce à un accès satisfaisant aux ressources géné On retient ici qu’elle est naturelle et artificielle. Elle
tiques et à un transfert approprié des techniques est naturelle lorsqu’elle s’opère dans le milieu natu
pertinentes. rel des espèces (l’écosystème). Par contre, elle est
artificielle lorsqu’il s’agit d’espèces domestiquées
À la lecture des règles internationales de protection et cultivées.
de la diversité biologique, on relève les obligations de
natures diverses. On verra d’abord la conservation Cette convention complète le tableau en énonçant
en vue d’une utilisation durable, puis l’on abordera un certain nombre d’obligations vis-à-vis des Parties
le partage des avantages. afin d’assurer la conservation in situ (art. 8).
La conservation ex situ
A La conservation et l’utilisation durable La conservation ex situ est définie dans l’article 2
Selon les dispositions de la Convention et de ses comme étant « la conservation d’éléments constitutifs
protocoles, la protection de la diversité biologique de la diversité biologique en dehors de leur milieu
passe par la conservation et l’utilisation durable des naturel ». La conservation ex situ se déroule en dehors
éléments de cette diversité biologique. du milieu naturel, mais de préférence dans le pays
d’origine (art. 9). Lorsqu’il s’agit d’espèces menacées,
1. La conservation de la diversité biologique les Parties adoptent les mesures en vue d’assurer leur
reconstitution et leur régénération, ainsi que leur
C’est le premier objectif énoncé par l’article premier.
réintroduction dans leur habitat naturel (art. 9).
L’article 6 détermine les moyens et conditions de
conservation. On peut dès lors retenir à titre indicatif
2. La Convention sur la diversité biologique a été signée à Rio de Janeiro, le 5 juin 1992. Parti du constat selon lequel la diversité « est
un atout universel, d’une valeur inestimable pour les générations présentes et futures », le Programme des Nations Unies pour
l’environnement a initié des études en vue d’explorer l’opportunité d’élaborer une convention sur la diversité biologique. Après
plusieurs sessions de l’organe technique et juridique créé à cet effet, celui-ci a été transformé en Comité intergouvernemental de
négociation, en février 1991. En mai 1992, le texte a été adopté à la conférence de Nairobi, et il a été ouvert à la signature un mois
plus tard. Ce texte constitue le socle du régime juridique créé pour le statut de la diversité biologique.
3. Au-delà des principes traditionnels du droit de l’environnement, un double principe a été consacré par l’article 3 de la Convention.
D’après cette disposition, les États ont le « droit souverain sur leurs propres ressources selon leur politique d’environnement ».
Cependant, les États ont également l’obligation de contenir les effets de leurs activités de telle sorte que ceux-ci ne causent pas de
dommage sur l’environnement d’autres États. En réalité, il s’agit de véritables obligations susceptibles d’engager la responsabilité
internationale de la partie au traité qui pourrait les violer. Ainsi, conférer à un État le droit souverain d’exploiter ses ressources crée
vis-à-vis des tiers l’obligation de reconnaître et de respecter ce droit. C’est d’ailleurs pourquoi, dans le Protocole de Nagoya sur
l’accès et le partage des avantages, il est prévu à l’alinéa 1 de l’article 6 « un consentement préalable donné en conséquence de
cause » de la partie qui fournit lesdites ressources.
Chapitre 4 – La protection de la diversité biologique
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4. Cette procédure consiste en l’accompagnement de l’État qui s’est retrouvé dans l’incapacité de satisfaire ses engagements.
5. Les conventions suivantes ont élaboré des régimes de responsabilité qui participent de la protection de l’environnement : Convention
de Vienne de l’Agence internationale de l’énergie atomique relative à la responsabilité civile en matière de dommages nucléaires,
1963 ; Convention relative à la responsabilité internationale pour les dommages causés par les objets spatiaux, 1972 ; Convention
internationale sur la responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures, 1992 ; Protocole de Bâle sur
la responsabilité et l’indemnisation en cas de dommages résultant de mouvements transfrontières de déchets dangereux, 1999.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
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6. Cette procédure est très répandue dans les conventions environnementales. Elle est une réponse aux difficultés que certaines parties,
notamment les pays en voie de développement, éprouvent à appliquer et à mettre en œuvre les conventions environnementales.
La Conférence des Parties reçoit ainsi les rapports des États Parties, lesquels exposent leurs difficultés pour espérer un accompa
gnement. Il s’agit en définitive d’une procédure d’assistance qui vise à encourager les Parties à appliquer les textes.
Chapitre 4 – La protection de la diversité biologique
45
A La protection de la diversité espèce provient d’un État qui l’a inscrite à l’annexe III,
biologique par la réglementation un permis d’exportation est nécessaire. En cas de
du commerce des spécimens réexportation, un certificat est nécessaire.
La réglementation du commerce des spécimens
d’espèces contribue essentiellement à la protection Les outils de réglementation
de la diversité biologique. En effet, la disparition de Le permis et le certificat sont les principaux instru
certaines espèces concourt au déséquilibre des éco ments. Le permis est utilisé en cas d’exportation et
systèmes, dont on connaît l’importance dans la bio d’importation. En cas de réexportation, la preuve
diversité. Il s’agit de la variété d’espèces fauniques doit être présentée à l’organe de gestion de l’État de
et floristiques. réexportation que le permis d’importation a été déli
vré. Il s’agit d’une autorisation ou d’une permission
Les catégories d’espèces sous réglementation donnée à celui qui en fait la demande. Cela suppose
donc que le requérant ne peut agir sans ce titre.
Pour mieux protéger les espèces, la Convention les
classe en trois groupes : Par contre, le certificat est une attestation qui marque
la traçabilité sur le parcours suivi. À ce niveau, une
Les espèces de l’annexe I. Il s’agit de toutes les espèces
autorisation ne semble pas nécessaire, soit parce
menacées d’extinction susceptibles d’être affectées
qu’elle a déjà été émise dans lors de l’importation
par le commerce. Leur réglementation est stricte.
pour ce qui concerne la réexportation (exemple :
Leur commerce ne doit être autorisé que dans des
art. 3, 4, c), soit parce qu’elle n’a pas lieu d’être,
conditions exceptionnelles. Leur exportation et leur
comme dans le cas d’une introduction à partir des
importation ne sont possibles que sur présentation
mers. Toutefois, l’autorité compétente doit établir
d’un permis, lequel doit satisfaire à de nombreuses
que l’introduction du spécimen ne nuit pas à la sur
conditions (art. 3, 2, a). Par contre, leur réexportation
vie de l’espèce, que sa conservation et son traite
et leur introduction en provenance de la mer néces
ment seront satisfaisants, et qu’il ne sera pas utilisé à
sitent la délivrance d’un certificat par l’organe de
des fins commerciales.
gestion de l’État dans lequel l’espèce a été introduite
ou celui de réexportation.
Les espèces de l’annexe II. Il s’agit des espèces non B La sanction à l’inobservation
encore menacées d’extinction, mais susceptibles de des obligations conventionnelles
l’être s’il n’y a pas de réglementation stricte contre le Malgré quelques dérogations, les violations des obli
commerce incompatible avec leur survie. Ces espèces gations conventionnelles sont susceptibles d’être sanc
doivent faire l’objet d’une réglementation afin de tionnées. Ainsi, les différends entre les parties qui
rendre efficace le contrôle du commerce des spéci pourraient naître de l’application ou de l’interpréta
mens d’espèces inscrites à l’annexe II. tion des dispositions de la Convention sont soumis à
Les espèces de l’annexe III. Ce sont toutes celles la négociation. En cas d’échec de la négociation, le
qu’une Partie déclare soumises, dans les limites de sa différend est soumis à l’arbitrage, notamment celui
compétence, à une réglementation ayant pour but de la Cour permanente d’arbitrage (art. XVIII).
d’empêcher ou de restreindre leur exploitation. La
coopération des autres Parties est nécessaire. En cas
d’exportation, le permis doit être délivré et présenté. § 4.1.3 La Convention de Ramsar
Leur importation nécessite par contre la présentation La Convention relative aux zones humides d’impor
préalable d’un certificat d’origine. Lorsque ladite tance internationale particulièrement comme habitats
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
46
des oiseaux d’eau est également appelée « Convention lorsqu’ils désignent les zones humides de son terri
de Ramsar », du nom de la ville iranienne où elle a été toire à inscrire sur la Liste. Le 4e alinéa de l’article 4
adoptée le 2 février 1971. Ses dispositions laissent poursuit en énonçant que ces États contractants
apparaître une double protection de la diversité s’efforcent d’accroître les populations d’oiseaux
biologique : la protection des écosystèmes que consti d’eau sur les zones humides appropriées. De plus, le
tuent les zones humides et celle d’une espèce fau premier alinéa du même article énonce que les États
nique (oiseaux d’eau). L’on peut dès lors déceler contractants favorisent la conservation des oiseaux
une relation de dépendance entre cet écosystème d’eau, en créant des réserves naturelles.
et l’espèce protégée. En effet, la survie des oiseaux
d’eau dépend de l’existence des zones humides
(art. 1, 2). Il conviendra d’étudier les règles relatives § 4.1.4 La Convention africaine sur
à la conservation des zones humides et à la protection la conservation de la nature
des oiseaux d’eau. et des ressources naturelles
La Convention africaine sur la conservation de la
nature et des ressources naturelles a été adoptée
A La conservation des zones humides le 11 juillet 2003 à Maputo, au Mozambique. Elle
d’importance internationale vise elle aussi à protéger la diversité biologique. La
C’est dans le préambule que l’on trouve la première Convention africaine sur la conservation de la nature
manifestation de la volonté des États membres d’as et des ressources naturelles a une portée géographique
surer la conservation des zones humides. Suivant ces limitée à l’Afrique. Elle a été adoptée dans le cadre
dispositions, cette conservation porte sur la faune et de l’Union africaine, plus précisément en la deuxième
la flore, qui constituent l’expression même de la diver session ordinaire de sa conférence ordinaire.
sité biologique. À cet effet, pour protéger la diversité
biologique des zones humides, les États créent des La protection de la diversité biologique par cette
réserves naturelles dans les zones humides et pour conférence repose sur une obligation fondamentale,
voient de façon adéquate à leur surveillance (art. 4, 1). laquelle exige que les États parties prennent et
mettent en œuvre les mesures nécessaires pour la
La Conférence des Parties fait des recommandations réalisation des objectifs de la Convention. Quels sont
aux parties contractantes au sujet de la conservation, ces objectifs ?
de la gestion et de l’utilisation rationnelle des zones
humides, de leur flore et de leur faune (art. 6, 2, d). L’article II de la Convention énonce trois objectifs
Les États contractants doivent assurer la notification majeurs :
de ces recommandations aux responsables de la ges 1. améliorer la protection de l’environnement ;
tion des zones humides. Il est question des recom 2. promouvoir la conservation et l’utilisation durable
mandations issues des conférences relatives à la des ressources naturelles ;
conservation, à la gestion et à l’utilisation rationnelle 3. harmoniser et coordonner les politiques dans ces
des zones humides et de leur flore et de leur faune domaines.
(art. 6, 3).
La Convention de Maputo contribue à la protection
de l’environnement à travers une triple protection :
B La protection des oiseaux d’eau qualitative, quantitative et transversale.
Le 6e alinéa de l’article 2 oblige les États à tenir Par ailleurs, la Convention insiste sur la protection de
compte de la conservation, la gestion et l’utilisation la diversité biologique en cas de conflit.
rationnelle des populations migratrices d’oiseaux d’eau,
Chapitre 4 – La protection de la diversité biologique
47
7. Plusieurs textes internationaux, spécifiques ou non à la protection de l’environnement, protègent la diversité biologique. Les textes
suivants portent nommément sur la protection de l’environnement : le Protocole I additionnel aux Conventions de Genève de 1949
(art, 35, 2, art. 55) ; la Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires
ou toutes autres fins hostiles (Convention « ENMOD » adoptée dans le cadre des Nations Unies le 10 décembre 1976) (art. 1 et 2).
Les textes protégeant indirectement l’environnement sont : le Protocole concernant la prohibition d’emploi, à la guerre, de gaz
asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques, adopté à Genève le 17 juin 1925 ; la Convention sur l’interdiction
de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction,
adoptée le 10 avril 1972. Voir Antoine BOUVIER, « La protection de l’environnement naturel en période de conflit armé », Revue
internationale de la Croix-Rouge, 1991, <https://www.icrc.org/fre/resources/documents/misc/5fzez4.htm>.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
48
Les principes qui découlent du Code de l’environne locales, d’autres personnes morales de droit public ou
ment et qui concourent à la protection de la diversité de droit privé, des personnes physiques. Ainsi, il existe
biologique comportent un certain nombre d’obliga des procédures préventives et répressives de protec
tions ayant pour destinataires l’État, les collectivités tion de la diversité biologique.
territoriales décentralisées, les personnes physiques,
etc. Il s’agit de mécanismes préventifs de protection Les procédures préventives sont constituées essen
qui portent, par exemple, sur des interdits d’exploi tiellement d’interdits portant sur un certain nombre
tation abusive des espèces fauniques ou floristiques. d’actions ou d’activités :
L’article 76 du Code interdit le rejet dans les zones • l’interdiction de rejeter des substances ou des corps
maritimes et lagunaires de toute substance susceptible polluants dans l’air, les eaux et la forêt, dans l’op
de détruire la faune et la flore et qui constitue un tique de protéger les espèces fauniques ou
danger pour la santé des êtres vivants. floristiques ;
• l’interdiction d’importer des déchets dangereux,
L’article 87 renchérit lorsqu’il énonce qu’il est interdit
de tuer ou blesser des animaux appartenant aux
de tuer, de blesser, de capturer ou de faire périr les
espèces protégées et d’endommager les habitats
animaux, ou encore d’endommager les végétaux
des espèces protégées.
appartenant aux espèces protégées.
Elles consistent à énoncer les peines encourues et la
Le Code de l’environnement de la République de
mise en œuvre de la sanction en cas d’atteinte à
Côte d’Ivoire a prévu des dispositions spécifiques à
la diversité biologique.
la protection de la diversité biologique. Cette protec
tion porte sur les ressources naturelles et les espèces Pour ce qui est des peines encourues, on peut noter
qui nécessitent une protection. Pour ce qui est de la des amendes, des peines d’emprisonnement. Ces der
protection des espèces, qu’elles soient animales ou nières ne portent en rien atteinte au droit d’obtenir
végétales, les articles 16 et 17 du Code de l’environ réparation qu’ont les victimes de dommages liés à la
nement prévoient des mécanismes de protection : dégradation de la diversité biologique.
l’autorisation préalable à l’introduction, à l’importa
tion et à l’exportation de toute espèce animale ou Quant à la mise en œuvre de la sanction, les infrac
végétale ; l’émission de permis de chasse ; la réglemen tions sont constatées sur procès-verbal par les agents
tation de la commercialisation de la viande de chasse assermentés de l’autorité nationale compétente. Toute
et de la pêche. personne intéressée par la protection de la dégrada
tion de la diversité biologique peut engager la respon
Quant à la protection des ressources naturelles, des sabilité de l’auteur des atteintes à celle-ci. Cependant,
mesures sont prévues par le Code pour prévenir leur la procédure de transaction est admise entre l’admi
dégradation en vue de la préservation de la diversité nistration chargée de l’environnement et l’auteur
biologique. À ce titre, le principe pollueur-payeur et de l’infraction.
l’obligation d’information et de coopération per
mettent de préserver les éléments constitutifs de
la diversité. B Le Cameroun
La protection de la diversité biologique prévue par La loi no 96/12 du 5 août 1996 portant loi-cadre rela
le Code de l’environnement de la République de Côte tive à la gestion de l’environnement envisage la pro
d’Ivoire, qu’elle soit directe ou indirecte, pourrait tection de la diversité biologique d’un point de vue
entraîner des responsabilités. En fait, les obligations substantiel et processuel.
consacrées pour protéger la diversité biologique sont
destinées à plusieurs acteurs : l’État, les collectivités
Chapitre 4 – La protection de la diversité biologique
49
L’article 27 de cette loi énonce que les plaines dont ils font partie, ce qui englobe la diversité au sein
d’inondation, en tant que milieu récepteur, doivent des espèces et entre espèces ainsi que celle des éco
être protégées pour le rôle qu’elles jouent pour systèmes (art. L.2, 9). Le Code préconise également
la diversité biologique. Ainsi, l’article 29 interdit un programme d’action pour la préservation de la
tout type de déversement susceptible de mettre diversité biologique.
en danger cet espace. Par ailleurs, l’article 31 interdit
tout déversement dans des eaux maritimes de toute
substance dangereuse. § 4.2.2 Les codes et lois sur les forêts,
la faune et les zones protégées
La protection de la diversité biologique passe égale
ment par la protection du milieu contre des déchets A Le Sénégal
et autres substances nocives ou dangereuses. C’est le
cas de la gestion des déchets, abordée à l’article 42. Le Code forestier du Sénégal comporte deux parties :
Suivant les termes de cet article : « Les déchets doivent une partie législative (loi no 98/03 du 8 janvier 1998)
être traités de manière écologiquement rationnelle et une partie réglementaire (décret no 98-164 du
afin d’éliminer ou de réduire leurs effets nocifs sur la 20 février 1998). Le Code forestier sénégalais contri
santé de l’homme, les ressources naturelles, la faune bue à sa manière à la protection de la diversité bio
et la flore. » De plus, les substances chimiques nocives logique. Mais sa contribution ne s’éloigne pas de la
ou dangereuses doivent être éliminées (art. 57). logique observée dans d’autres textes sectoriels. De
fait, il s’agit de l’apport des règles substantielles et
La protection des écosystèmes passe par la préserva celui des règles de procédure. On traitera ainsi de la
tion des terres pour lutter contre la désertification. protection de la diversité biologique par la gestion
La protection de la diversité biologique est égale des forêts et par la sanction des infractions perpétrées
ment possible par la préservation des habitats natu sur la forêt. La gestion des forêts comprend l’aména
rels des espèces (art. 64, 2). Il en va de même des gement et l’exploitation. L’aménagement des forêts
réserves naturelles et parcs nationaux qui constituent requiert que soient pris en compte un certain nombre
des cadres de développement des espèces. de facteurs écologiques et sociaux. Ainsi, une étude
d’impact est nécessaire lorsque les travaux d’aména
En cas de pollution soit par des hydrocarbures, soit gement pourraient entraîner un certain bouleverse
par n’importe quelle substance nocive ou dangereuse, ment du milieu (art. R.12). Quant à l’exploitation
le responsable est tenu de réparer le préjudice causé, forestière, son encadrement concourt à protéger la
sans préjudice de sa responsabilité pénale (art. 77). biodiversité dans la mesure où le Code interdit
La responsabilité pénale, quant à elle, porte sur la l’exploitation des fruits forestiers non susceptibles
pollution, la dégradation des sols, sous-sols et l’alté d’arriver à maturité (art. R.18). De plus, l’exploitation
ration de la qualité de l’eau (amende de un à cinq des produits forestiers ligneux ou non, dans les forêts
millions de francs CFA, emprisonnement de six mois du domaine national notamment, est assujettie à l’ob
à un an, ou l’une ou l’autre de ces peines). tention d’un permis d’exploitation, à l’exception de
l’exercice du droit d’usage reconnu aux populations
environnantes (art. R.19).
C Le Sénégal Les coupes sont réglementées de manière à assurer
Le Code de l’environnement du Sénégal découle de la protection des essences et surtout celles qui sont
la loi no 2001-01 du 15 janvier 2001. Il définit la menacées d’extinction. Une autorisation est néces
diversité biologique comme des variabilités des orga saire pour toute activité de coupe en dehors du plan
nismes vivants de toute origine, y compris les éco d’aménagement (art. R.27). Cependant, on peut
systèmes terrestres, les écosystèmes marins et autres regretter que cette protection n’aille pas au-delà de
écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques cette autorisation.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
50
L’interdiction de feu de brousse (art. R.56) participe D’autres obligations et pouvoirs sont dégagés pour
à la protection de la diversité biologique forestière. protéger et conserver les forêts qui concourent à la
Le feu occasionne la destruction de certaines espèces, protection de la diversité biologique, notamment
y compris des micro-organismes. Par ailleurs, le pâtu l’obligation d’établir la liste d’espèces protégées
rage est interdit dans les zones de reboisement ou de (art. 57) et le pouvoir reconnu à l’administration de
restauration. Certaines essences sont protégées, soit « mettre en réserve certaines espèces ou de prendre
intégralement, soit partiellement. Dans l’un ou l’autre des restrictions jugées utiles » (art. 60).
cas, l’abattage, l’arrachage, la mutilation et l’ébran
chage sont interdits, sauf dérogation du service des Par ailleurs, pour l’article 73, des espèces de faune
eaux et forêts. et de flore protégées sont insusceptibles d’appropria
tion par des personnes physiques ou morales de droit
Le constat de l’infraction se fait par voie de procès- privé ivoirien. L’exception soulevée par l’article 73
verbal. Les chefs de service régionaux des eaux et est étendue aux communautés rurales (art. 77).
forêts sont autorisés à transiger avant et après le juge
ment (art. L.26). Lorsqu’il s’agit d’un jugement défi L’article 130 énonce les sanctions suivantes : de cinq
nitif, la transaction ne peut porter que sur l’amende, mois à trois ans de prison, une amende de 2 millions
les restitutions, les frais et les dommages-intérêts. à 20 millions de francs CFA ou l’une de ces peines
La transaction éteint l’action publique. en cas d’infraction parmi les suivantes : coupe,
mutilation ou destruction des espèces forestières
L’article L.31 indique que tous les bois et produits protégées.
provenant d’espèces protégées abattues ou récoltées
sans autorisation sont obligatoirement saisis. L’article 133 énonce les sanctions suivantes : de deux
mois à un an d’emprisonnement et une amende de
L’article L.41 énonce que quiconque porte atteinte aux 100 000 à 1 million de francs CFA pour celui qui
plants ou arbres d’espèce locale ou exotique classée construit une habitation dans une forêt protégée, pro
dans la catégorie d’espèces protégées est puni d’une cède à déboisement non autorisé dans le domaine
amende de 20 000 à 500 000 francs et d’un empri forestier protégé, ou ébranche, émonde et effeuille
sonnement d’un mois à deux ans ou de l’une de ces sans autorisation des essences protégées.
deux peines, sans préjudice des dommages-intérêts.
L’article 135 énonce les sanctions suivantes : de six
mois à cinq ans et une amende de 300 000 à 10 mil
lions de francs CFA pour celui qui ébranche, émonde,
B La Côte d’Ivoire
écorce et effeuille des espèces de plantes protégées.
Le Code forestier de la Côte d’Ivoire énonce un cer L’article 143 énonce les sanctions suivantes : de trois
tain nombre d’obligations à la charge des États et mois à cinq ans et une amende de 2 millions à 20 mil
d’autres acteurs du secteur forestier. Certaines de ces lions de francs CFA ou l’une des deux peines seule
obligations concourent à protéger la diversité biolo ment, pour celui qui importe ou exporte des spécimens
gique forestière. Ainsi, ces acteurs ont l’obligation de de plantes ou semences forestières sans autorisation,
protéger les espèces naturelles menacées d’extinction exploite ou exporte des ressources génétiques fores
(art. 7) ; l’obligation de réglementer l’utilisation des tières sans autorisation. L’article 144 punit d’un
ressources génétiques des forêts de même que l’accès emprisonnement de trois à dix ans et d’une amende
aux résultats et avantages découlant des biotechno de 10 millions à 500 millions de francs CFA ou de
logies issues desdites ressources (art. 12) ; l’obligation l’une de ces peines, celui qui déverse en forêt des
de réglementer le commerce des produits forestiers ressources ou substances dangereuses et préjudi
(art. 13) ; enfin, l’obligation de réglementer l’exploi ciables aux ressources forestières.
tation des ressources génétiques des forêts et la pro
tection des espèces menacées d’extinction (art. 15).
Chapitre 4 – La protection de la diversité biologique
51
52
53
à la pêche artisanale, sauf exception expresse. Viennent d’avoir des effets défavorables sur la santé humaine
ensuite les infractions graves de pêche industrielle, et animale, la biodiversité et l’environnement. Cette
tels le non-respect des règles relatives à la limita loi régit aussi la sécurisation des produits dérivés de
tion de capture de certaines espèces, la capture et la la biotechnologie moderne susceptibles d’avoir des
rétention de certaines espèces marines en viola effets défavorables sur la santé humaine et animale,
tion des dispositions prescrites, etc. (art. 127). Suivant la biodiversité ou l’environnement.
les dispositions de l’article 129, ces infractions
s’appliquent à la pêche artisanale, hormis quelques Par ailleurs, l’accord ou le consentement préalable en
exceptions. connaissance de cause de l’État d’importation ou de
transit prévu dans cette loi constitue également une
mesure de prévention des risques biotechnologiques
pour la diversité biologique.
§ 4.2.4 Les lois sur la biosécurité
Cette loi impose d’abord l’obligation de respecter une
A Burkina Faso période d’observation des génomes et traits des OGM
La loi no 064-2012/AN du 20 décembre 2012 portant avant leur dissémination (art. 23), ensuite l’obligation
Régime de sécurité en matière de biotechnologie de notification des autorités compétentes en cas de
porte essentiellement sur la prévention et la préser dissémination d’OGM ou de produits dérivés sus
vation des ressources génétiques. ceptibles de porter atteinte à la diversité biologique
(art. 28). L’acquittement de cette obligation n’exempte
Cette loi détermine les conditions d’utilisation des pas l’auteur de cette dissémination d’informer les
organismes génétiquement modifiés et de leurs pro personnes susceptibles d’être affectées.
duits dérivés au Burkina Faso. Elle définit les mesures
de prévention des risques biotechnologiques et
éthiques en matière de biotechnologie moderne, dans
les procédures du mouvement transfrontière et de la
Conclusion
commercialisation des organismes génétiquement Les litiges dans le secteur de la biodiversité sont, eux
modifiés et de leurs produits dérivés. Elle précise les aussi, très diversifiés. Ils peuvent porter sur des aspects
mécanismes d’évaluation, de gestion, d’information très variés, par exemple : l’introduction illégale d’armes
et de contrôle des risques inhérents à l’utilisation, à à feu ou d’autres instruments de chasse ; la détention
la dissémination et au mouvement transfrontière des ou le transport d’une espèce de faune ou de flore
organismes génétiquement modifiés ou de leurs pro sauvage vivante, de sa peau ou d’autres dépouilles ;
duits dérivés, susceptibles d’avoir des effets néfastes l’introduction intentionnelle d’une espèce exotique
sur l’environnement ou sur la santé humaine et ani susceptible de menacer un écosystème, un habitat ou
male et qui pourraient affecter la conservation et une espèce ; la pratique illégale d’une activité de
l’utilisation durable de la diversité biologique. pêche ; la destruction des œufs ou des nids de cer
taines espèces ; la destruction d’un biotope, d’une
espèce de faune ou de flore sauvage, ou d’autres res
B Cameroun sources naturelles biologiques ou génétiques ; le
déplacement ou l’enlèvement de bornes servant à
C’est la loi no 2003/006 du 21 avril 2003 portant
délimiter une aire protégée ; la pollution directe ou
Régime de sécurité en matière de biotechnologie
indirecte des eaux, rivières et cours d’eau ; les cas
moderne au Cameroun qui régit la sécurité et le déve
de fausse légitime défense ; la chasse ou la capture
loppement ou la mise au point, l’usage (y compris
d’espèces sauvages sans autorisation ; le stockage,
l’utilisation en milieu confiné), la manipulation et le
l’enfouissement ou le déversement de déchets toxiques,
mouvement transfrontalier (y compris le transit) de
de substances chimiques, de polluants ou de tout
tout organisme génétiquement modifié susceptible
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
54
autre produit dangereux dans une réserve naturelle, compétente ; l’exploitation à des fins commerciales,
un parc national ou une réserve de biosphère ; l’ex scientifiques ou autres des savoirs traditionnels ou
ploitation forestière ou minière dans une aire proté innovations associées aux ressources génétiques d’une
gée ; la destruction ou le déracinement d’une essence communauté locale sans avoir obtenu au préalable
forestière protégée ; l’importation d’une espèce exo l’accord écrit de ces communautés.
tique sans l’autorisation écrite de l’autorité nationale
CHAPITRE 5
La protection des forêts en Afrique
1. El Hadji SENE, « Génération des connaissances et capacités, partage des informations pour une gouvernance éclairée et une gestion
commune des ressources », dans Actes de la 3e CEFDHAC, Conférence sur les écosystèmes de forêts humides d’Afrique centrale,
Bujumbura-Burundi, 2000, p. 275.
2. « Les forêts du bassin du Congo – Forêts et changements climatiques », numéro spécial de L’état des forêts, 2015, p. 13.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
56
pourtant en rien leur pertinence du point de vue de et la surveillance, la conservation, les études d’impact
la protection des forêts, dès lors que l’on ne perd pas et la réduction d’effets nocifs.
de vue qu’une telle activité de protection s’inscrit
dans une démarche systémique, les divers éléments D’abord, l’article 7 de la Convention traite de l’iden-
de l’environnement étant en interaction. Une telle tification et de la surveillance des éléments de la
dualité caractérise aussi bien les règles universelles diversité biologique. Les Parties y conviennent notam-
(5.1.1) que bilatérales (5.1.2) dévolues à la protection ment qu’elles ont, chacune, les devoirs suivants : iden-
des écosystèmes forestiers d’Afrique. tifier les éléments constitutifs de la diversité biologique
importants pour sa conservation et son utilisation ;
ensuite, surveiller, par prélèvement d’échantillons et
d’autres techniques, les éléments constitutifs de la
§ 5.1.1 Les règles universelles diversité biologique identifiés et prêter une attention
Les règles universelles de protection des forêts sont particulière à ceux qui doivent d’urgence faire l’objet
issues des instruments conventionnels à portée uni- de mesures de conservation ainsi qu’à ceux qui offrent
verselle conclus dans des cadres de négociations plus de possibilités en matière d’utilisation durable ;
a priori multilatérales. Ces règles sont donc contenues puis, identifier les processus et catégories d’activités
dans les principales conventions ci-après. qui ont ou risquent d’avoir une influence défavorable
sensible sur la conservation et l’utilisation durable de
La Convention sur la diversité biologique la diversité biologique et surveiller leurs effets par
Les assises de Rio de Janeiro ont constitué le lieu de prélèvement d’échantillons et d’autres techniques ;
la prise de conscience décisive sur les grands enjeux enfin, conserver et structurer à l’aide d’un système
écologiques de la planète. La centralité des accords les données résultant des activités d’identification et
ayant résulté de la Conférence des Nations Unies sur de surveillance.
le développement indique l’importance de ce moment ; Par ailleurs, certaines dispositions de la Convention
et la Convention sur la diversité biologique est l’un ont une importance particulière pour la conserva-
des accords majeurs qui donnent sa substance maté- tion des forêts : il s’agit des dispositions sur la conser-
rielle au droit contemporain de l’environnement. vation in situ et la conservation ex situ.
Les plénipotentiaires de Rio de Janeiro ont ainsi La Convention permet une certaine protection des
exprimé la conscience qu’ils avaient de la valeur forêts d’Afrique en instituant des études d’impact
intrinsèque de la diversité biologique et de la valeur afin de réduire les effets nocifs des activités humaines
de la diversité et de ses éléments constitutifs sur les sur les écosystèmes en général et les forêts en parti-
plans environnemental, génétique, social, économique, culier. C’est dans cette veine qu’aux termes de l’ar-
scientifique, éducatif, culturel, récréatif et esthétique. ticle 14, la Convention dispose que chaque Partie,
L’article 2 de la Convention consacre juridiquement dans la mesure du possible et selon qu’il conviendra,
l’écosystème comme « le complexe dynamique formé s’engage à :
de communautés de plantes, d’animaux et de micro- • adopter des procédures permettant d’exiger l’éva-
organismes et de leur environnement vivant et non luation des impacts sur l’environnement des pro-
vivant, qui par leur interaction, forment une unité jets qu’elle a proposés et qui sont susceptibles de
fonctionnelle ». Cette disposition conventionnelle, nuire sensiblement à la diversité biologique en vue
qui permet d’étendre le champ d’application de la d’éviter et de réduire au minimum de tels effets,
Convention à la protection des forêts, augure de l’in- et s’il y a lieu, permettre au public de participer à
térêt que cet instrument accorde aux forêts. La quête ces procédures ;
de durabilité est au cœur de son élaboration. Des • prendre les dispositions voulues pour qu’il soit
mesures générales visant la conservation et l’utilisa- dûment tenu compte des effets sur l’environne-
tion durable de la diversité biologique sont renforcées ment de ses programmes et politiques susceptibles
par d’autres, plus spécifiques, axées sur l’identification de nuire sensiblement à la diversité biologique.
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
57
58
La littérature sur les projets consacrés à la lutte convenu que les Parties doivent s’assurer que les
contre les changements climatiques nous instruit décisions concernant la conception et l’exécution des
sur le lien entre cette lutte et la protection des forêts programmes de lutte contre la désertification ou d’at-
en général et celles africaines en particulier3. Ces ténuation des effets de la sécheresse seront prises avec
forêts étant à la fois des réservoirs et des puits au la participation des populations et des collectivités
sens de la CCNUCC, elles sont bien visées par la locales, et qu’un environnement porteur sera créé
Convention-cadre, qui est l’un des instruments inter- aux échelons supérieurs pour faciliter l’action au
nationaux applicables aux forêts, à côté de l’instru- niveau local.
ment spécifiquement axé sur la problématique de la
désertification. De ce qui précède, le lien avec la conservation des
forêts s’atteste à partir de deux considérations au
moins. D’abord, la Convention pose une définition
La Convention des Nations Unies sur la lutte
qui établit de manière dérivée, mais ferme, la corré-
contre la désertification
lation entre la lutte contre les changements clima-
En 1994, presque concomitamment à la probléma- tiques, la lutte contre la désertification et la protection
tique de la déforestation et à celle des changements des forêts. À cet égard, la manière dont la Convention
climatiques à travers le monde, est abordée celle, non consacre la notion de « terres » est intéressante. Cette
moins préoccupante, de la désertification. notion est en fait définie comme « le système bio
Les membres du Comité chargé d’élaborer une conven- productif terrestre qui comprend le sol, les végétaux,
tion internationale sur la lutte contre la désertification les autres êtres vivants, et les phénomènes écologiques
dans les pays gravement touchés par la sécheresse ou et hydrologiques qui se produisent à l’intérieur de ce
la désertification, en particulier en Afrique, recon- système ». La présence de l’élément « végétal » dans
naissent que ces problèmes ont une dimension mon- cette définition matérialise le lien entre la Convention
diale puisqu’ils touchent toutes les régions du monde, sur la lutte contre la désertification et la protection
et qu’une action commune de la communauté inter- des forêts africaines en établissant fermement la cor-
nationale s’impose pour lutter contre la sécheresse rélation entre la déforestation, donc la destruction de
ou en atténuer les effets. la végétation, et la désertification ou la sécheresse,
ainsi qu’entre la protection des forêts et la régulation
Conscientes de ces défis, les Parties se donnent des du climat mondial. Ensuite, la gestion durable est
objectifs en la matière à atteindre par l’application l’une des notions centrales du droit forestier. Les
de la Convention. Elles conviennent de ce fait que la nouveaux codes forestiers africains issus des réformes
Convention vise à lutter contre la désertification et des années 1990 font de la gestion durable des forêts
à atténuer les effets néfastes de la sécheresse dans un impératif et de la participation des populations
les pays gravement touchés par la sécheresse ou la une condition incompressible. Et précisément, une
désertification, en particulier en Afrique, grâce à des fois les populations instruites des enjeux liés à la
mesures efficaces à tous les niveaux, appuyées par déforestation et à la désertification, leur participation
des arrangements internationaux de coopération et est déterminante pour l’application effective de la
de partenariat dans le cadre d’une approche intégrée Convention et la réalisation de son objectif. Il en res-
compatible avec le programme Action 21, en vue de sort clairement que dans les pays gravement touchés
contribuer à l’instauration d’un développement par la sécheresse ou la désertification, en particulier
durable dans les zones touchées. ceux d’Afrique, la Convention sur la lutte contre la
désertification est bien un élément décisif du régime
La réalisation de cet objectif est appuyée par la défi- juridique international de la protection des forêts.
nition d’un ensemble de principes auxquels les Parties
à la Convention se soumettent. Il est notamment
3. Voir, entre autres, Mohamed ALI MEKOUAR, « L’Afrique à l’épreuve de l’Accord de Paris : ambitions et défis », Revue juridique de
l’environnement, HS, no spécial, 2017, p. 59-71.
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
59
Ce fait est d’autant plus important que la protection L’article 3 de la Convention porte sur la réglementa-
des forêts induit celle de l’habitat naturel des espèces tion des spécimens inscrits à l’annexe I.
menacées, que prend en charge un instrument spéci-
fique de l’ordre juridique international. L’article 4 est axé sur la réglementation du commerce
des spécimens répertoriés à l’annexe II. Il s’agit des
espèces vulnérables dont le commerce n’est pas inter-
La Convention sur le commerce international
dit, mais réglementé. Cette annexe accueille approxi-
des espèces de faune et de flore sauvages
mativement 32 500 espèces vulnérables dont le
menacées d’extinction
commerce n’est pas interdit, mais réglementé.
Les responsables de divers États réunis à Washington
en 1973 ont posé l’un des jalons les plus importants L’article 5 de la CITES a pour objet la réglementation
dans le sens de l’édification d’un régime juridique du commerce des espèces classées à l’annexe III. Sont
international de protection des forêts. Si, dans le cadre concernées par cette annexe quelque 300 espèces
de leur rencontre, ils s’intéressent plus particuliè inscrites dans le cadre national d’un pays.
rement à la faune, il convient de reconnaître que les
problèmes de conservation de la faune sont indisso- De manière transversale, l’on peut retenir que le com-
ciables des enjeux de la protection des forêts, celles-ci merce des espèces (de faune et de flore) menacées
étant l’habitat naturel de celle-là. La Convention d’extinction est soumis à un régime international de
sur le commerce international des espèces de faune réglementation qui enserre toute la sériation des
et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) espèces opérée par annexe. Il existe alors des dispo-
est donc d’un grand intérêt pour la conservation des sitions communes qui matérialisent cette réglemen-
forêts africaines. tation, lui conférant un caractère universel4. Les
articles 3, 4 et 5 disposent notamment dans les mêmes
Les signataires de ce traité reconnaissent que la faune termes que tout commerce de spécimens d’une
et la flore sauvages constituent, de par leur beauté et espèce inscrite à l’annexe I nécessite la délivrance et
leur variété, un élément irremplaçable des systèmes la présentation préalables d’un permis d’exportation.
naturels qui doit être protégé par les générations pré-
sentes et futures. Ils reconnaissent par ailleurs que les Il semble donc que l’objet fondamental de la CITES
peuples et les États sont et devraient être les meilleurs est de protéger les espèces animales et végétales sau-
protecteurs de leur faune et de leur flore sauvages. vages menacées d’extinction par les échanges inter-
Cette prise de conscience est au fondement de la nationaux en contrôlant leur commerce. En effet, ce
consécration conventionnelle d’un certain nombre de commerce transcende le cadre national et nécessite
principes fondamentaux axés sur la protection des une coopération internationale pour préserver cer-
forêts. Les plénipotentiaires de Washington, dans taines espèces de la surexploitation. Il s’agit d’une
un souci d’exhaustivité et d’efficacité, ont adopté un démarche d’autant plus judicieuse que lesdites espèces
système de protection compartimenté et gradué. font partie intégrante des richesses de l’humanité. Il
faut souligner que les essences forestières précieuses,
Ils ont ainsi procédé par répartition des espèces en comme le bois rose de Madagascar, figurent au nombre
catégories contenues dans une annexe précise, le des espèces protégées par la CITES.
degré de protection variant d’une annexe à une autre.
Un tel effort de systématisation de la protection La Convention pour la protection du patrimoine
des spécimens se traduit concrètement à travers cer- mondial culturel et naturel
taines dispositions précises de la CITES qu’il convient La Convention pour la protection du patrimoine
d’exposer. mondial culturel et naturel a été adoptée à Paris, en
4. Cette universalité se donne à voir dans le fait que le contrôle du commerce de ces espèces s’applique aussi bien aux (animaux)
végétaux, vivants ou morts, qu’à toutes les parties reconnaissables, ainsi qu’aux produits dérivés (produits alimentaires, instruments
de musique en bois, œuvres d’art, médicaments, etc.).
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
60
novembre 1972, par la Conférence générale de L’article 2 de cet instrument conventionnel autorise
l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la à intégrer les forêts dans son champ d’application en
science et la culture (UNESCO). La signature de cet regard de la détermination matérielle des contours
accord se fonde sur le constat que le patrimoine cultu- du « patrimoine naturel » qui y est consacrée. Il est
rel et le patrimoine naturel sont de plus en plus mena- précisément dit que sont considérés comme « patri-
cés de destruction, non seulement par les causes moine naturel » :
traditionnelles de dégradation, mais aussi par l’évo- • les monuments naturels constitués par des for
lution de la vie sociale et économique qui les aggrave mations physiques et biologiques ou par des
par des phénomènes d’altération ou de destruction groupes de telles formations qui ont une valeur
tout aussi redoutables. Ce constat a amené les repré- universelle exceptionnelle du point de vue esthé-
sentants des Etats membres à prendre conscience de tique ou scientifique ;
faits significatifs : 1) la dégradation ou la disparition
• les formations géologiques et physiographiques
d’un bien du patrimoine culturel et naturel constitue
et les zones strictement délimitées constituant
un appauvrissement néfaste du patrimoine de tous
l’habitat d’espèces animales et végétales menacées,
les peuples du monde ; 2) la protection de ce patri-
qui ont une valeur universelle exceptionnelle du
moine à l’échelon national reste souvent incomplète
point de vue de la science ou de la conservation ;
en raison de l’ampleur des moyens qu’elle nécessite
et de l’insuffisance des ressources économiques, scien- • les sites naturels ou les zones naturelles strictement
tifiques et techniques du pays sur le territoire duquel délimitées, qui ont une valeur exceptionnelle du
se trouve le bien à sauvegarder. Or, c’est précisément point de vue de la science, de la conservation ou
le cas des forêts africaines situées sur le territoire de la beauté naturelle.
d’États aux moyens modestes. Ces forêts trouvent par Une telle énumération invite à être attentif sur le fait
conséquent un élément important de leur régime que ces éléments constitutifs du « patrimoine naturel »
juridique international de protection dans la Conven- se retrouvent fondamentalement dans les forêts.
tion de 1972 portée par l’UNESCO.
La Convention va plus loin en mettant à la charge
A priori, le lien n’est pas immédiat entre les forêts et des autorités les devoirs d’assurer la conservation du
la convention de l’instance onusienne vouée à la pro- patrimoine culturel.
tection du patrimoine mondial culturel et naturel.
Suspendant un débat sur le caractère naturel des À travers l’article 3, la Convention de l’UNESCO
forêts, il importe pourtant de reconnaître que ce lien prescrit à chaque État partie d’identifier et de déli-
est fort et intrinsèque. Les forêts africaines revêtent miter les différents biens du patrimoine culturel et
en effet une dimension culturelle avérée. La quasi- naturel situés sur son territoire. Cette obligation
totalité des études d’impacts socio-économiques prend un relief plus fort dans les articles 4 et 5.
menées sur des sites visés par de grands projets de
D’une part, l’article 4 dispose que chacun des États
développement dans les zones forestières d’Afrique
parties à la Convention reconnaît que l’obligation
centrale met en lumière l’importance des forêts, en
d’assurer l’identification, la protection, la conserva-
particulier pour les populations autochtones fores-
tion, la mise en valeur et la transmission aux géné
tières. C’est au regard de cette dimension culturelle
rations futures du patrimoine culturel et naturel situé
que les forêts africaines peuvent être inscrites au
sur son territoire lui incombe au premier chef.
bénéfice du régime de protection que la Convention
de l’UNESCO contribue à matérialiser dans l’ordre D’autre part, l’article 5 dispose que, afin d’assurer une
juridique international. protection et une conservation aussi efficaces ainsi
qu’une mise en valeur aussi active que possible du
En effet, la Convention contient des dispositions qui
patrimoine culturel et naturel situé sur leur territoire
permettent de dire qu’elle contribue à la protection
et dans les conditions appropriées à chaque pays, les
des forêts africaines.
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
61
États parties à la Convention s’efforceront dans la alors une sorte d’action publique internationale en
mesure du possible : faveur de la protection et la conservation des forêts.
• d’adopter une politique générale visant à assigner L’Accord international sur les bois tropicaux de 2006
une fonction au patrimoine culturel et naturel dans est le marqueur de l’institutionnalisation d’une telle
la vie collective, et à intégrer la protection de ce action publique.
patrimoine culturel et naturel dans les programmes
Les Parties à cet accord ont reconnu l’importance des
de planification générale ;
multiples bienfaits économiques, environnementaux
• d’instituer sur leur territoire, dans la mesure où il et sociaux que procurent les forêts, y compris le bois
n’en existe pas, un ou plusieurs services de protec- d’œuvre et les produits forestiers autres que le bois et
tion, de conservation et de mise en valeur du patri- les services environnementaux, dans le contexte de
moine culturel et naturel, dotés d’un personnel gestion durable des forêts, aux niveaux local, national
approprié, et disposant des moyens lui permettant et mondial, et la contribution de la gestion durable
d’accomplir les tâches qui lui incombent ; des forêts au développement durable, à l’atténuation
• de développer les études et recherches scientifiques de la pauvreté et à la réalisation des objectifs inter-
et techniques et perfectionner les méthodes d’in- nationaux de développement. Elles ont en outre
tervention qui permettent à un État de faire face reconnu le besoin de promouvoir et d’appliquer des
aux dangers qui menacent son patrimoine culturel critères et indicateurs comparables pour la gestion
ou naturel ; durable des forêts en tant qu’outils importants per-
• de prendre les mesures juridiques, scientifiques, mettant aux membres d’évaluer, de suivre et de
techniques, administratives et financières adé- promouvoir les progrès accomplis en vue d’une ges-
quates pour l’identification, la protection, la tion durable de leurs forêts. C’est sur la base de tels
conservation, la mise en valeur et la réanimation constats qu’ils ont arrêté certains objectifs dans
de ce patrimoine. leur convention.
Les forêts africaines trouvent un intérêt certain dans Les parties contractantes conviennent, aux termes de
l’existence de la Convention pour la protection du l’article 1, que les objectifs de l’Accord international
patrimoine mondial culturel et naturel. En effet, le de 2006 sur les bois tropicaux sont de promouvoir
principe de conservation et de transmission des élé- l’expansion et la diversification du commerce inter-
ments de ce patrimoine des générations présentes aux national des bois tropicaux issus de forêts faisant l’ob-
générations futures est le même qui est au cœur de jet d’une gestion durable et d’une exploitation dans
la gestion durable des forêts. Obligation est notam- le respect de la légalité, et de promouvoir la gestion
ment faite aux acteurs de la filière bois d’éviter une durable des forêts productrices de bois. Pour cela, elles
exploitation anarchique des forêts africaines dans le se sont engagées, entre autres, à :
cadre de leurs activités commerciales. D’où l’institu- • faciliter une organisation efficace des consultations,
tionnalisation d’instruments de gestion durable tels de la coopération internationale et de l’élaboration
que le régime de certification, l’aménagement des de politiques entre tous les membres en ce qui
forêts, le zonage entre autres. C’est d’ailleurs une telle concerne tous les aspects pertinents de l’économie
idée de durabilité du patrimoine culturel et naturel mondiale du bois ;
que sont les forêts qui irrigue l’Accord international • renforcer la capacité des membres de mettre en
de 2006 sur les bois tropicaux. œuvre une stratégie visant à ce que les exporta-
tions de bois tropicaux et de produits dérivés pro-
L’Accord international de 2006 viennent des sources gérées durablement ;
sur les bois tropicaux • favoriser et appuyer la recherche-développement
Les années 2000 sont marquées par la prégnance des en vue d’une meilleure gestion des forêts, d’une
questions relatives à la protection forestière dans les utilisation plus efficace du bois et d’une plus grande
enceintes diplomatiques. On peut dire qu’il existe compétitivité des produits dérivés par rapport aux
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
62
matériaux concurrents, ainsi que pour accroître la posées dans le cadre des transactions diplomatiques
capacité de conserver et de promouvoir d’autres régionales, bilatérales et des accords subséquents.
richesses de la forêt dans les forêts tropicales
productrices de bois d’œuvre ;
• favoriser dans les pays membres producteurs une § 5.1.2 Les règles régionales
transformation accrue et plus poussée de bois tro- et bilatérales
picaux provenant de sources durables, en vue de La protection des forêts en Afrique s’opère aussi à
stimuler l’industrialisation de ces pays et d’ac- travers des instruments conventionnels régionaux et
croître ainsi leurs possibilités d’emploi et leurs bilatéraux, dont l’exposé de quelques-uns suit.
recettes d’exportation ;
• encourager les membres à soutenir et à développer La Convention africaine sur la conservation
des activités de reboisement en bois tropicaux, de la nature et des ressources naturelles
ainsi que la remise en l’état et la restauration des
La question de la protection des forêts africaines est
terres forestières dégradées, compte tenu des inté-
inscrite à l’agenda de la plus haute instance diploma-
rêts des communautés locales qui dépendent des
tique continentale qu’est l’Union africaine (UA). En
ressources forestières ;
effet, réunis dans ce cadre de concertations multi
• renforcer la capacité des membres de rassembler, latérales, les chefs d’État et de gouvernements des
de traiter et de diffuser des statistiques sur leur États membres de l’UA réaffirment que leurs États
commerce de bois d’œuvre et des informations sur ont la responsabilité de protéger et conserver leur
la gestion durable de leurs forêts tropicales ; environnement et leurs ressources naturelles, et de
• encourager les membres à élaborer des politiques les utiliser de manière durable. Ils déclarent aussi être
nationales visant à l’utilisation durable et à la conser- conscients du danger qui menace le patrimoine irrem-
vation des forêts productrices de bois d’œuvre et plaçable qu’est l’environnement en général et les
au maintien de l’équilibre écologique, dans le forêts en particulier. C’est dans une telle disposition
contexte du commerce des bois tropicaux ; d’esprit que les chefs d’État s’engagent internationa-
• renforcer la capacité des membres d’améliorer l’ap- lement à protéger la nature et les ressources naturelles
plication du droit forestier et la gouvernance et de dont elles regorgent. Il en résulte la signature de la
lutter contre l’abattage illégal des bois tropicaux Convention africaine sur la conservation de la nature
et le commerce lié. et des ressources naturelles à Maputo, en 2003. Figurent
parmi les ressources naturelles visées le couvert
Au regard des clauses qui précèdent, donnant sa subs- végétal et donc, de manière un peu dérivée, les forêts.
tance matérielle à la partie du droit forestier interna-
tional conventionnel que recèle l’Accord international En effet, l’article 8 de la Convention est spécifiquement
de 2006 sur les bois tropicaux, on peut dire qu’il consacré à la protection du couvert végétal. Il y est
existe un véritable régime juridique international de disposé que les Parties prennent toutes les mesures
protection des forêts, dont bénéficient les écosystèmes nécessaires de protection, de conservation, d’utilisa-
forestiers africains. tion durable du couvert végétal. À cette fin, elles :
• adoptent des plans scientifiquement établis et qui
Ni le caractère universel des conventions ni le fait que s’appuient sur des traditions judicieuses pour la
certaines d’entre elles ne visent la protection des conservation, l’utilisation et l’aménagement des
forêts que de manière dérivée n’autorisent à préjuger forêts, terres boisées, pâturages, zones humides et
de l’inefficacité d’un tel régime international pour la autres zones de couvert végétal, en tenant compte
protection des forêts africaines. Ces règles posées dans des besoins sociaux et économiques des popula-
des instruments conventionnels à caractère universel tions concernées, de l’importance du couvert végé-
et visant parfois indirectement la protection des forêts tal pour le maintien de l’équilibre hydrologique
sont autant pertinentes et efficaces que celles qui sont
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
63
d’une région, pour la productivité des sols et pour matérielles propres à permettre la protection des
conserver l’habitat des espèces ; forêts d’Afrique centrale à travers deux articles spé-
• prennent des mesures concrètes en vue de contrô- cifiques. La lecture des dispositions de cet instrument
ler les feux, l’exploitation des forêts, le défriche- conventionnel est instructive à cet égard.
ment, le pâturage par les animaux domestiques et
L’article 1 du Traité dispose que les États d’Afrique
sauvages, et les espèces envahissantes ;
centrale s’engagent, dans le cadre de la conservation
• créent des réserves forestières et appliquent des et de la gestion durable des écosystèmes forestiers
programmes de reboisement là où ils s’avèrent d’Afrique centrale, à :
nécessaires ;
• inscrire dans leurs priorités nationales la conserva-
• limitent le pâturage en forêt à des saisons et à une tion et la gestion durable des forêts ;
intensité qui n’empêche pas la régénération
• adopter des politiques nationales harmonisées
forestière.
en matière de forêts et accélérer la mise en place
Cette protection dérivée ne préjuge en rien le sérieux d’instruments d’aménagement, notamment des
des efforts déployés par les autorités africaines en vue systèmes de certification reconnus internationale-
de la protection des forêts sur le continent. En ment, agréés par les États de l’Afrique centrale, et
témoigne l’un des plus grands efforts endogènes développer les ressources humaines pour leur mise
entrepris en matière de protection des forêts sur le en œuvre ;
continent africain. • mettre en place des mesures destinées à conci-
lier les actions en faveur de la conservation et la
Le Traité constitutif de la COMIFAC gestion durable des écosystèmes forestiers, et les
politiques de développement dans d’autres sec-
Le 17 mars 1999, les chefs d’État d’Afrique centrale
teurs, notamment le reboisement, les transports
se sont mobilisés à Yaoundé, au Cameroun, dans le
et l’agriculture ;
cadre du premier sommet sur la conservation et la
gestion durable des forêts tropicales. La fin du sommet • inciter leurs gouvernements à mettre en œuvre
est sanctionnée par la signature de la Déclaration de les actions prioritaires du Plan de convergence,
Yaoundé. Les signataires y proclament leur attache- à savoir : l’identification des zones prioritaires
ment au principe de conservation de la biodiversité de conservation, la création des aires protégées,
et de la gestion durable des écosystèmes forestiers. et l’élaboration et la mise en œuvre des plans de
C’est dans cette optique, et pour se doter d’un cadre gestion des aires protégées ;
juridique internationalement reconnu, que les États • développer une fiscalité forestière adéquate et des
membres décident de conclure un traité ordonné à mesures d’accompagnement nécessaires à sa mise
régir et à consolider la coopération sous-régionale en en œuvre pour soutenir de manière pérenne les
matière de protection des forêts. C’est ainsi que naît efforts de conservation, d’aménagement durable
dans l’ordre juridique international le Traité relatif à et de recherche sur les écosystèmes forestiers ;
la conservation et à la gestion durable des écosystèmes • renforcer la coordination ainsi que la coopération
forestiers d’Afrique centrale et instituant la Commis- entre toutes les organisations nationales et inter-
sion des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC)5. nationales impliquées dans les actions et la réflexion
sur l’utilisation durable et la conservation des res-
Bien structuré en 31 articles, le dispositif du Traité
sources biologiques et des écosystèmes forestiers.
constitutif de la COMIFAC consacre des règles
5. Alors que le Traité est signé en 2005, la Commission avait déjà été créée de fait en l’an 2000, sous la forme de la Conférence des
ministres responsables des forêts d’Afrique centrale, en charge de concrétiser les engagements pris par les chefs d’État dans la
Déclaration de Yaoundé. Sont parties au Traité constitutif de la COMIFAC : la République du Burundi, la République du Cameroun,
la République centrafricaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, la République gabonaise, la République
de Guinée équatoriale, la République du Rwanda, la République de Sao Tomé et Principe, la République du Tchad.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
64
À travers l’article 2 du Traité, les États s’obligent à menaces naturelles et anthropiques qui pèsent sur les
financer les actions relatives à la gestion durable des forêts, en particulier celles qui peuvent avoir des effets
écosystèmes forestiers et à développer le partenariat transfrontières. Ensuite, les États parties doivent adop-
avec la communauté internationale, dans le but de ter, renforcer et mettre en œuvre des mesures natio-
mobiliser des ressources nécessaires pour le finance- nales et, le cas échéant, régionales pour contrôler les
ment des engagements visées à l’article 1. activités humaines qui menacent les forêts, y compris
les pratiques d’utilisation des terres et des ressources
Les États membres de la COMIFAC ont signé, à naturelles qui sont en conflit avec les principes de la
Brazzaville en 2008, l’Accord sous-régional sur le gestion durable des forêts. Les États doivent par ail-
contrôle forestier en Afrique centrale, dont le but est leurs mettre en œuvre des stratégies pour la conser-
de promouvoir la coopération entre eux en vue de vation des forêts, prévenir et supprimer les feux
renforcer le contrôle de la production et de la circu- incontrôlés et faciliter l’assistance transfrontière dans
lation commerciale des produits forestiers provenant les situations d’urgence (art. 15).
d’Afrique centrale (art. 3). L’Accord engage encore
les États d’Afrique centrale à s’acquitter de leurs
Les accords de partenariat entre l’Union
obligations découlant du Traité constitutif de la
européenne et certains États africains
COMIFAC et précise que chaque partie a le devoir
de faire en sorte que les activités menées sur son ter- Le régime juridique international de protection des
ritoire n’entraînent pas une dégradation de ses forêts forêts est enrichi depuis un certain nombre d’années
ni des dommages aux écosystèmes et ressources fores- d’une catégorie d’instruments juridiques particulière.
tières des autres États de la sous-région (art. 4). Il s’agit précisément des accords de partenariat volon-
taire conclus entre l’Union européenne et certains
pays forestiers africains, en vue d’une meilleure pro-
Le Protocole du secteur forestier
tection des forêts d’Afrique. L’on retiendra les cas
de la Communauté du développement
de l’Afrique australe spécifiques du Cameroun et de la RDC pour la pré-
sente restitution, ces deux pays figurant parmi les
Le Protocole du secteur forestier de la Communauté
deux plus grands États forestiers d’Afrique, du point
du développement de l’Afrique australe (SADC),
de vue de leurs avancées institutionnelles et de
adopté en 2002, est entré en vigueur en 2009. Il inté-
l’importance de leur couverture forestière respective.
resse certains pays francophones comme la RDC. Le
Protocole s’applique à toutes les activités relatives au
développement, à la conservation, à la gestion durable Le Cameroun et l’Accord de partenariat
volontaire
et à l’utilisation de tous les types de forêts et d’arbres,
et au commerce des produits forestiers en Afrique Dans le cadre du processus d’accords de partenariat
australe (art. 2). Ses objectifs sont les suivants : volontaire (APV) du Plan d’action de l’UE relatif à
d’abord, promouvoir le développement, la conserva- l’application des réglementations forestières, à la gou-
tion, la gestion durable et l’utilisation de tous les types vernance et aux échanges commerciaux (Forest Law
de forêts et d’arbres ; ensuite, promouvoir le com- Enforcement, Governance and Trade – FLEGT), le
merce des produits forestiers dans l’ensemble de la Cameroun s’est engagé à développer un système
région afin de réduire la pauvreté et de créer des pers- censé permettre de détecter le bois et les produits
pectives économiques pour les peuples ; enfin, assurer dérivés issus de l’exploitation illégale des forêts.
une protection efficace de l’environnement et sauve- Un tel engagement est bénéfique du point de vue de
garder les intérêts des générations présentes et futures la régulation du climat mondial, car la réduction de
(art. 3). Le Protocole contient des dispositions parti- l’exploitation illégale des forêts entraîne celle de la
culières sur la protection des forêts. D’abord, il engage réduction des émissions des GES résultant de la défo-
les États parties à prendre toutes les mesures législa- restation et à la base des changements climatiques.
tives et administratives nécessaires pour faire face aux L’APV conclu entre l’État camerounais et l’Union
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
65
européenne, entré en vigueur en décembre 2011, par le développement d’un système de vérification
s’applique à tous les bois et produits dérivés, y com- de légalité crédible et fiable, car il permet de faire la
pris le bois importé ou en transit au Cameroun. distinction entre les produits forestiers obtenus léga-
lement et ceux obtenus de manière illégale.
Cet instrument juridique novateur s’attaque essen-
tiellement à l’exploitation illégale des forêts à travers L’un des aspects intéressants de tout APV signé par
des dispositions ayant des implications techniques l’UE et un État forestier africain est le volet complé-
considérables résumées sous la notion de « système mentaire que constitue le Règlement Bois de l’Union
de vérification de la légalité » (SVL). Ce système est européenne (RBUE), qui offre une garantie supplé-
un moyen de distinguer les produits forestiers d’ori- mentaire contre l’exploitation anarchique et, donc,
gine légale de ceux d’origine illégale. Il permet ainsi contre la destruction des forêts africaines. Adopté en
que seul le bois légal soit exporté du Cameroun vers 2010, le RBUE interdit depuis le 3 mars 2013 aux
le marché européen. Le fonctionnement du SVL opérateurs de mettre du bois d’origine illégale sur le
repose sur les éléments suivants : la vérification de marché européen. La particularité du RBUE réside
la légalité de l’entité forestière, le suivi national de dans le fait que la responsabilité et la charge de la
l’activité forestière, le contrôle national de l’activité preuve de la légalité incombent aux opérateurs.
forestière, la vérification de la conformité de la Ceux-ci sont donc tenus d’exercer une diligence rai-
chaîne d’approvisionnement, l’émission des autorisa- sonnée afin de réduire les risques d’illégalité et de
tions FLEGT, l’audit indépendant et le montage veiller à ce que seul le bois légal récolté dans l’UE ou
institutionnel. au-delà de ses frontières soit mis sur le marché de
l’UE. Pour y parvenir, l’opérateur doit mettre en place
Le SVL est destiné à s’appliquer à toutes les sources un « système de diligence raisonnée », aussi appelé
de production, c’est-à-dire à tous les types de titres « système de gestion des risques ». Ce système permet
ou d’acquisition de bois. Ce système de traçabilité en fait :
couvre les produits du marché intérieur du bois came-
• d’avoir accès aux informations, telles que le pays
rounais, le bois CEMAC, c’est-à-dire issu des pays
de récolte, la quantité, le nom commercial et le
de la Communauté économique et monétaire de
type de produit, le nom et l’adresse du fournisseur
l’Afrique centrale, importé au Cameroun, et le bois
auquel s’est adressé l’opérateur, les documents ou
CEMAC en transit sur le territoire camerounais.
informations sur la conformité avec la législation
du pays de récolte, etc. ;
La République démocratique du Congo
et l’Accord de partenariat volontaire • d’évaluer le risque d’illégalité en tenant compte de
la complexité de la chaîne d’approvisionnement,
En date du 4 février 2010, la RDC demande à l’UE
la prévalence des pratiques illégales dans les pays
d’ouvrir les négociations en vue de la conclusion d’un
de récolte ou dans la région, etc. ;
APV. Suite à cette demande, le 20 octobre 2010, le
gouvernement congolais et l’UE font une déclaration • d’atténuer le risque que du bois illégal entre dans
commune dont quelques extraits significatifs ren- le marché de l’UE en adoptant des mesures sup-
seignent sur la vocation de l’APV envisagé de consti- plémentaires si le risque n’est pas négligeable. Une
tuer un élément du cadre juridique international de politique d’approvisionnement qui privilégie du
la protection des forêts africaines. bois accompagné d’un certificat de légalité ou de
gestion durable pourrait constituer une mesure
L’objectif de l’APV ainsi sollicité de la part de la RDC d’atténuation du risque.
est de garantir que seul le bois d’origine légale accè-
dera au marché européen. Autrement dit, une fois L’on comprend que la RDC a engagé un certain
que ce pays aura signé l’APV avec l’UE, il aura l’obli- nombre de réformes en vue d’améliorer la gestion de
gation de n’exporter que du bois accompagné d’une ses forêts. Les pouvoirs publics congolais sont en effet
autorisation FLEGT pour pouvoir espérer le vendre convaincus qu’un APV entre leur pays et l’UE reste
sur le marché européen. Cette garantie se matérialise une approche adaptée pour répondre aux défis de la
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
66
67
La conservation des forêts au Burkina Faso se réalise soit le régime des forêts en cause, le ministre chargé
principalement à travers les techniques juridique- des forêts peut, par arrêté, déterminer les zones sous-
ment instituées de classement et de déclassement. traites à tout défrichement en considération de leur
L’article 17 est instructif à cet égard lorsqu’il dispose importance particulière pour l’équilibre écologique.
que toute forêt publique peut faire l’objet d’un clas-
sement au nom de l’État dans un but d’intérêt général Les feux de brousse sont eux aussi réglementés de
national. Les services forestiers de l’État sont garants manière précise. Aux termes de l’article 50 du Code
de la préservation des ressources forestières, consi forestier, afin de prévenir les incendies de forêt, les
dérées comme éléments du patrimoine national. Le feux de brousse sont prohibés en dehors du cadre
Code garantit la préservation du milieu naturel au défini par la législation en vigueur. Selon l’article 51,
profit des générations futures, tout en assurant la satis- lorsque les mises à feu précoces ou contrôlées dans
faction des besoins socio-économiques et culturels certaines zones sont utilisées comme instrument d’ac-
des générations présentes. tion et d’aménagement forestier, elles sont réalisées
dans le strict respect de la réglementation en vigueur.
Par ailleurs, un fragment spécifique du Code forestier
est consacré à la protection des forêts : il s’agit du L’exploitation commerciale et industrielle est aussi
chapitre 2 (art. 41 à 51), qui contient des dispositions encadrée par des règles visant à protéger les forêts.
générales y relatives, ainsi que celles relatives à deux Selon le Code, les exploitants sont tenus de se confor-
modalités particulières de dégradation des forêts. mer aux prescriptions des plans d’aménagement éta-
blis en vue de la gestion des forêts, sur la base d’une
S’agissant des dispositions générales, l’article 41 dispose conciliation des intérêts de la population et de ceux
que les forêts sont protégées contre toutes formes de de la conservation. Le Code dispose aussi que, dans
dégradation et de destruction, qu’elles soient natu- le but de contrôler et de suivre des prélèvements, un
relles ou provoquées. Par la suite, l’article 42 précise permis de coupe est exigé pour l’abattage d’arbres à
que la protection des forêts incombe à l’État, aux l’intérieur d’une forêt.
collectivités territoriales décentralisées et aux com-
munautés villageoises riveraines. Dans le même sil- Autant l’attention est portée sur des activités relatives
lage, aux termes de l’article 43, la protection s’étend à la conservation, autant la régénération des forêts est
à l’ensemble des opérations d’entretien, de régénéra- inscrite au cœur des préoccupations des pouvoirs
tion et de conservation du patrimoine forestier. Elle publics en République du Burkina Faso, ainsi que le
implique le respect de la réglementation en vigueur témoigne le Code forestier de 2011 adopté dans ce
des plans d’aménagement et des contrats de gestion. pays forestier d’Afrique de l’Ouest.
Les services forestiers concourent au respect de cette Le Code montre un intérêt certain pour la régénéra-
obligation dans les conditions fixées par les textes tion du patrimoine forestier national. Il pose à son
d’application. article 43 que la protection des forêts s’entend comme
Quant aux dispositions relatives aux modalités pré- l’ensemble d’opérations d’entretien, de régénération
cises de dégradation des forêts, elles portent sur le et de conservation du patrimoine forestier. Le même
défrichement, les feux de brousse et les opérations article indique que cette protection implique le res-
d’exploitation forestière. Aux termes de l’article 47, pect de la réglementation en vigueur, des plans d’amé-
tout défrichement portant sur une portion de forêt nagement et des contrats de gestion. L’article 44 peut
supérieure à une superficie donnée fixée par voie être considéré comme un adjuvant à l’orientation
réglementaire est soumis à autorisation préalable. prescrite par la disposition précédente. Il énonce
À la suite, l’article 48 dispose que toute réalisation notamment que certaines espèces forestières, en rai-
de grands travaux entraînant un défrichement est son de leur intérêt ethno-botanique spécifique ou des
soumise à une autorisation préalable du ministre risques de disparition qui les menacent, bénéficient
chargé des forêts sur la base d’une étude d’impact sur de mesures de protection particulières. Leur liste est
l’environnement. L’article 49 précise que, quel que déterminée par arrêté du ministre chargé des forêts.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
68
Il en va de même pour l’article 46, qui dispose que, les ressources génétiques du patrimoine national
sur l’ensemble du domaine forestier, l’administration appartiennent à l’État du Cameroun. Nul ne peut les
chargée des forêts est habilitée à prendre toutes les exploiter à des fins scientifiques, commerciales ou
mesures nécessaires dans les conditions spécifiques culturelles sans en avoir obtenu l’autorisation. L’ar-
du milieu, notamment la fixation des sols en pente, ticle 14 énonce qu’il est interdit de provoquer sans
la protection des terres et ouvrages contre l’action autorisation préalable, un feu susceptible de causer
érosive, la conservation des espèces rares et des bio- des dommages à la végétation du domaine forestier
topes fragiles, et la protection des sources et des cours national. L’article 16 affirme que le défrichement
d’eau. Les orientations en termes de régénération sont de tout ou partie d’une forêt domaniale ou d’une
fondées sur les dispositions précises de la loi forestière forêt communale est subordonné au déclassement
du Burkina Faso. Dans cette veine, l’article 4 dispose total ou partiel de cette forêt. Outre ces articles annon-
que les forêts constituent des richesses naturelles et ciateurs du régime restrictif de l’usage des forêts, le
sont partie intégrante du patrimoine national. Elles Code forestier camerounais procède à une division
doivent être protégées dans l’intérêt de l’humanité et du domaine forestier national en vue d’une meilleure
valorisées en vue de l’amélioration des conditions de conservation.
vie de la population. Chacun a le devoir de respecter
ces éléments du patrimoine national et de contribuer L’article 20 dispose que le domaine forestier national
à leur conservation. comprend les domaines forestiers permanent et non
permanent. Le domaine forestier permanent est
Une telle orientation est également perceptible au constitué de terres définitivement affectées à la forêt
Cameroun, l’un des pays forestiers parmi les plus ou à l’habitat de la faune. Le domaine forestier non
importants d’Afrique. permanent est constitué de terres forestières suscep-
tibles d’être affectées à des utilisations autres que
forestières. Selon l’article 22, les forêts permanentes
B Les règles visant la conservation et la doivent couvrir au moins 30 % de la superficie totale
régénération des forêts au Cameroun du territoire national et représenter la diversité éco-
logique du pays. Chaque forêt permanente doit faire
Le Cameroun est l’un des pays forestiers parmi les
l’objet d’un plan d’aménagement arrêté par l’admi-
plus importants d’Afrique. Son Code forestier, adopté
nistration compétente. Aux termes de l’article 21, les
à travers la loi no 94/01 du 20 janvier 1994 por-
forêts permanentes sont constituées des forêts doma-
tant régime des forêts, de la faune et de la pêche, est
niales et des forêts communales.
considéré comme l’un des instruments juridiques
les plus novateurs en la matière, en Afrique centrale Les forêts domaniales, qui peuvent être considérées
tout au moins. comme le haut lieu de la conservation des ressources
forestières, relèvent du domaine privé de l’État, aux
Cet instrument accorde une attention particulière à
termes de l’article 23. Elles sont classées par un acte
la conservation et à la régénération des ressources
réglementaire qui fixe leurs limites et leurs objectifs,
forestières. Il pose une série d’articles prémonitoires
qui sont notamment de production, de récréation, de
du régime restrictif de l’usage des forêts.
protection ou à buts multiples englobant la production,
C’est dans ce sens que son article 2 donne une défi- la protection de l’environnement et la conservation
nition claire de ce que l’on doit entendre par « forêts ». de la diversité du patrimoine biologique national.
Il y voit les terrains comportant une couverture végé-
C’est sous la forme de reboisement que la régénération
tale dans laquelle prédominent les arbres, arbustes et
est envisagée dans la Code forestier camerounais.
autres espèces susceptibles de fournir des produits
autres qu’agricoles. En vertu de l’article 11, la pro- Le reboisement est envisagé et imposé comme partie
tection du patrimoine forestier est assurée par l’État. intégrante de l’aménagement forestier. Or, ce dernier
L’article 12 va poser les bases d’un usage restrictif est une condition substantielle, dans la mesure où
des forêts en vue de leur conservation. Il dispose que
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
69
aucune concession forestière ne peut se dérouler sans est constitué des forêts classées, lesquelles com-
plan d’aménagement. C’est ce que dit notamment prennent, selon les objectifs principaux fixés, les forêts
l’alinéa 3 de l’article 64, qui pose précisément que le de protection, les forêts de production, les forêts de
plan d’aménagement forestier est un élément obliga- récréation et les forêts d’expérimentation.
toire du cahier de charges confectionné pendant l’exé-
cution de la convention provisoire prévue l’article 50. L’orientation en matière de conservation des forêts
découle aussi du régime de classification desdites
forêts selon le régime de propriété. Ainsi, l’article 29
dispose que le domaine forestier de l’État est consti-
C Les règles visant la conservation
tué d’un domaine forestier public et d’un domaine
et la régénération des forêts
forestier privé comprenant :
en Côte d’Ivoire
• les forêts classées en son nom ;
La Côte d’Ivoire est l’un des principaux États fores-
• les forêts protégées situées sur des terres non
tiers d’Afrique de l’Ouest. Grande plateforme por-
immatriculées ;
tuaire, ce pays est le point de départ de ressources
forestières ligneuses en direction du marché inter • les forêts protégées situées sur des terres sans
national. La loi no 2014-427 du 14 juillet 2014 maître.
adoptée par les autorités de cet État encadre l’exploi-
L’article 31 dispose que font partie du domaine fores-
tation de ces ressources en fixant autant les règles
tier privé de l’État, les forêts de production, les forêts
relatives à leur conservation que celles axées sur
protégées situées sur des terres non immatriculées et
leur régénération.
les forêts protégées situées sur des terres sans maître.
L’article 1 de la loi de 2014 portant Code forestier
La spécificité de la loi forestière ivoirienne est qu’elle
définit la conservation comme étant la planification
consacre une attention particulière à la conservation
et l’aménagement des ressources forestières en vue
des forêts. Il s’agit du chapitre 3 du titre 6. L’article 68
d’assurer leur utilisation à grande échelle et la conti-
prescrit que les forêts domaniales soient aménagées
nuité de leur approvisionnement tout en maintenant
selon les modalités déterminées par l’administration
ou en améliorant leur qualité, leur valeur et leur diver-
forestière. À la suite, l’article 70 précise, dans le même
sité biologique. À la suite, l’article 7 dispose que l’État
sens, que dans leur ressort territorial, les collectivités
prend toutes mesures nécessaires en vue de fixer les
territoriales sont tenues d’élaborer et de mettre en
sols, de protéger les terres, berges et ouvrages contre
œuvre, en conformité avec la politique forestière
les risques d’érosion et d’inondation, et de conserver
nationale, des programmes d’aménagement forestier,
les espèces naturelles menacées d’extinction. Dans le
dans un cadre de gestion participative durable. L’ar-
même sens, l’article 8 pose que l’État prend toutes
ticle 72 met à la charge des personnes physiques et
mesures nécessaires pour que la gestion des forêts à
morales propriétaires de forêts le devoir d’élaborer et
des fins de production, de protection, de récréation,
de mettre en œuvre un plan d’aménagement forestier
d’expérimentation et d’écotourisme soit une mise en
simplifié en vue de leur gestion durable.
valeur compatible avec l’aménagement du territoire.
Outre cette conservation déductible du régime géné- Ces dispositions indiquent une réelle volonté de
ral des obligations de l’État en la matière, les forêts conservation des forêts en Côte d’Ivoire, la régénéra-
bénéficient aussi d’une conservation à partir des tion n’étant pas en reste.
régimes de classification qui leur sont applicables.
La régénération des forêts est, ici aussi, envisagée sous
D’une part, les forêts sont classées selon le régime de la forme de reboisement. L’article 1 indique que le
protection. L’article 22 de loi dispose qu’en fonction reboisement est l’opération qui consiste à planter
du régime de protection, le domaine forestier national des essences forestières sur des terres temporaire-
comprend les forêts classées et les forêts protégées. ment déboisées. L’article 6 abonde dans le sens de
Aux termes de l’article 23, le domaine forestier classé la régénération en disposant que la protection et la
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
70
reconstitution des ressources forestières incombent à par le Code pénal seront appliquées. L’article 140
l’État, aux collectivités territoriales, aux communau- dispose que quiconque aura déboisé ou entrepris
tés rurales, aux personnes physiques et personnes de déboiser, par quelque moyen que ce soit, une
morales de droit privé, notamment les concession- parcelle de forêt en violation des dispositions de l’ar-
naires et exploitants des ressources forestières. ticle 31 du Code ou des règlements pris en application
de celui-ci, sera puni d’une amende de 100 000 à
La République du Congo est elle aussi engagée dans 500 000 FCFA et/ou d’un emprisonnement d’un à
une telle voie dans la gestion de ses forêts. six mois. Toujours dans le sens de la conservation des
forêts, l’article 141 indique que quiconque coupera,
arrachera ou endommagera d’une façon quelconque
D Les règles visant la conservation et des plans ou des arbres plantés de main d’hommes
la régénération des forêts au Congo sera puni d’une amende de 10 000 à 50 000 FCFA
La préservation des forêts ne saurait induire de faire par pied et d’un emprisonnement d’un mois à cinq ans
l’économie de toute exploitation des ressources fores- ou de l’une de ces deux peines seulement, sans pré-
tières, à toutes fins utiles, au regard des multiples judice des dommages et intérêts. L’article 142 dis-
services environnementaux et sociaux que rendent pose que quiconque, dans la forêt protégée, coupera,
les forêts. C’est conscient de cet aspect que le légis- mettra à feu, mutilera, écorcera ou arrachera des
lateur congolais de 2000 a envisagé les activités de arbres, ou exploitera des produits forestiers acces-
conservation et de reboisement du point de vue soires, sans avoir été dûment autorisé ou sans jouir
de leur encadrement, en dépit du fait qu’aucun titre du droit d’usage, sera puni d’une amende de 10 000
de la loi forestière n’y est explicitement consacré. à 100 000 FCFA. S’il y a eu exploitation à caractère
commercial, l’auteur de l’infraction sera puni d’une
La conservation n’est pas systématisée ; c’est à travers amende de 100 000 à 500 000 FCFA. Si l’infraction
une lecture transversale des dispositions du Code a été commise dans le domaine forestier permanent,
forestier (loi no 16-2000 du 20 novembre 2000) que son auteur sera puni d’une amende de 100 000 à
l’on prend acte de la volonté du législateur à œuvrer 500 000 FCFA et d’un emprisonnement d’un mois
en vue de la conservation des forêts. Le chapitre à deux ans ou l’une de ces deux peines seulement.
consacré à la répression des infractions commises dans
les activités liées aux forêts est instructif à cet égard. Quant à la régénération, elle n’est pas non plus envi-
D’abord, l’article 136 du Code est consacré aux pâtu- sagée de manière systématisée par le législateur
rages. Il dispose que les propriétaires d’animaux trou- congolais. C’est aussi à travers une lecture transversale
vés dans le domaine forestier permanent ou en dehors du Code forestier que l’on découvre des dispositions
des parcelles ouvertes au pâturage sont condamnés à allant dans ce sens. La régénération des forêts congo-
une amende de 300 à 5 000 FCFA par tête de bétail, laises est abordée sous forme de reboisement dans
et de 10 000 à 50 000 FCFA s’il s’agit d’un semis, le chapitre consacré au classement, au déclasse-
d’une jeune plantation ou d’une parcelle récemment ment et au reboisement (titre 2, chapitre 3). C’est
incendiée. L’article 138 a trait aux incendies en forêt. une démarche qui semble avoir toute sa pertinence
Aux termes de ses prescriptions, quiconque par négli- dans la mesure où le domaine forestier non perma-
gence, imprudence, inattention ou inobservation des nent recouvre la portion de forêts pouvant être affec-
règlements pris en application de la loi portant Code tée à d’autres usages que la conservation, d’où la
forestier, cause un incendie dans le domaine fores- nécessité de régénérer ou de reboiser pour les géné-
tier permanent sera puni d’une amende de 20 000 à rations futures. L’article 21 du Code forestier prescrit
200 000 FCFA et d’un emprisonnement d’un an que les terrains dont le reboisement ou la restauration
maximum ou de l’une de ces deux peines seulement. est reconnu nécessaire sont classés par décret pris
Si l’incendie a été allumé volontairement, la peine en Conseil des ministres comme périmètre de reboi-
d’emprisonnement sera alors prononcée. Si l’incendie sement, sur l’initiative du ministre chargé des eaux
a causé des pertes en vies humaines, les peines prévues et forêts. Le décret de classement est révisé après
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
71
achèvement du reboisement ou de restauration, dans L’article 14 précise que les forêts classées doivent
le délai qu’il prescrit. À la suite, l’article 22 dispose représenter au moins 15 % de la superficie du terri-
que l’aliénation ou le déboisement de tout ou partie toire national. L’article 17 énonce que chaque forêt
d’une forêt classée est précédé du déclassement des classée fait l’objet d’un plan d’aménagement dans
parcelles concernées par décret pris en Conseil les conditions fixées par un arrêté du ministre. À la
des ministres, après avis favorable de la commission suite, l’article 18 indique que la mise en valeur des
des classements. forêts classées est faite conformément à l’acte de clas-
sement et aux dispositions du plan d’aménagement.
L’article 16 du Code forestier dispose que l’arrêté de
E Les règles visant la conservation classement détermine la localisation et les limites
et la régénération des forêts en RDC de la forêt concernée, sa catégorie, sa dénomination,
le mode de gestion de ses ressources, les restrictions
La RDC est un pays en proie à des crises majeures,
qui lui sont applicables et les droits d’usage suscep-
notamment des conflits armés qui induisent un dépla-
tibles de s’y exercer.
cement continu des populations dans les forêts qui
se trouvent ainsi menacées. Ce facteur se combine à Aux termes de l’article 10 de la loi portant Code
l’exploitation forestière à tendance anarchique dans forestier de la RDC, les forêts protégées sont celles
l’un des pays forestiers les plus vastes de la planète, qui n’ont pas fait l’objet d’un acte de classement et
et signale la nécessité d’actions significatives en vue sont soumises à un régime juridique moins restrictif
de la conservation et de la régénération des éco quant aux droits d’usage et aux droits d’exploita-
systèmes de forêts de ce pays. tion. L’article 20 dispose que ces forêts font partie du
domaine privé de l’État et constituent le domaine
La loi no 011/2002 du 29 août 2002 portant Code
forestier protégé. Cette protection ressort à la lec-
forestier définit la conservation comme l’ensemble
ture de l’article 21, qui dispose expressément que les
des mesures de gestion permettant une gestion
forêts protégées peuvent faire l’objet d’une conces-
durable des ressources et des écosystèmes forestiers,
sion moyennant un contrat dont la durée ne peut
y compris leur protection, leur entretien, leur restau-
excéder 25 ans.
ration et leur amélioration. Pour atteindre l’objectif
de conservation, le législateur, à travers le Code fores- Les règles de conservation sont aussi présentes dans
tier, a procédé à une répartition des forêts. La loi la conduite des activités d’exploitation commerciale
forestière consacre ainsi l’existence, dans le domaine des produits forestiers. C’est ce que laissent voir les
forestier, des forêts classées, des forêts protégées et obligations qui sont mises à la charge de l’exploitant
des forêts de production permanentes. forestier par la loi. En vertu de l’article 100, l’exploi-
tation de toute portion de forêt domaniale doit être
L’article 10 de la loi forestière de 2002 définit les
effectuée conformément aux prescriptions du plan
forêts classées comme étant celles soumises en appli-
d’aménagement s’y rapportant. Elle est subordonnée
cation d’un acte de classement à un régime juridique
à un inventaire préalable des ressources forestières
restrictif concernant les droits d’usage et d’exploi
réalisé dans les conditions prévues par les disposi-
tation. Ces forêts sont spécifiquement affectées à
tions du Code. Aux termes de l’article 107, toute
des fonctions expressément écologiques. L’article 12
exploitation des produits forestiers doit être effectuée
fixe le contenu des forêts classées. Il est notam-
dans le respect des clauses du cahier des charges
ment constitué des réserves naturelles intégrales, des
annexé au contrat ou des dispositions mentionnées
forêts situées dans les parcs nationaux, des jardins
dans le permis.
botaniques et zoologiques, des réserves de faune et
domaines de chasse, des réserves de biosphère, des C’est sous les formes de reboisement et de la recons-
forêts récréatives, des forêts urbaines et des secteurs titution des forêts que la régénération est envisagée
sauvegardés. dans le code forestier de la RDC. Elle est prise en
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
72
charge dans le chapitre 2 du titre 4, dédié au contrôle l’administration responsable des forêts, et la répression
du déboisement. L’article 52 dispose que tout déboi- des infractions relatives aux forêts.
sement doit être compensé par un reboisement
équivalent, en qualité et en superficie, au couvert Au Sénégal, la loi no 74-46 du 18 juillet 1974 portant
forestier initial réalisé par l’auteur du déboisement Code forestier trace la voie suivie plus tard par le
ou à ses frais. législateur moderne. En effet, en vue de moderniser
la gestion des forêts sénégalaises et de l’arrimer à l’exi-
Quant à la reconstitution des forêts, le chapitre 3 du gence de durabilité, le législateur sénégalais a élaboré
titre 5 du Code lui est consacré. L’article 77 dispose un nouveau code forestier adopté à travers la loi
à cet égard que l’administration chargée des forêts no 98/3 du 8 janvier 1998 et le décret no 98/164 du
assure la reconstitution des forêts à travers l’élabora- 20 février 1998. Presque comme son devancier de 1974,
tion et l’application des programmes de régénération le Code de 1998 sur la gestion des forêts au Sénégal
naturelle et de reboisement qu’elle met à jour pério- commence, dans sa partie législative, par préciser les
diquement. Par ailleurs, aux termes de l’article 78, la pouvoirs des services responsables de la gestion des
reconstitution des ressources forestières incombe à forêts, après avoir tracé le cadre répressif des infrac-
l’État, aux entités décentralisées, aux concession- tions y relatives. Ce n’est que dans sa partie réglemen-
naires, aux exploitants forestiers et aux communau- taire que le Code forestier fixe les règles matérielles
tés locales. Cette orientation holistique de la prise expressément dévolues à la conservation des forêts.
en charge de la régénération est présente dans l’ar-
ticle 79, aux termes duquel l’État encourage l’impli- D’une part, le titre 3 de cette loi est axé sur les ser-
cation de tous les citoyens, des communautés locales vices des Eaux et Forêts. Son article L.55 dispose que
et des entités décentralisées dans les opérations de le service des Eaux et Forêts est chargé de la gestion
reboisement. L’article 80 s’inscrit dans le renforce- du domaine forestier de l’État. En ce qui concerne
ment de cette orientation lorsqu’il dispose que les les zones situées hors du domaine de l’État, le repré-
personnes et communautés qui réalisent des déboi- sentant de l’État approuve les mesures de gestion
sements bénéficient, en tout ou en partie, des produits prises par les collectivités locales ou par les proprié-
forestiers qui en sont issus, dans les conditions fixées taires de boisement et veille à leur bonne application.
par arrêté du ministre. L’article L.56 précise que les agents des Eaux et Forêts
sont chargés de la protection, de la conservation et
À travers ce qui précède, l’on peut voir que la conser- du développement des ressources forestières. Les
vation et la régénération des ressources forestières divers articles du chapitre 3 du même titre indiquent
sont réellement prises en charge au plan juridique par les pouvoirs de ces agents. L’article L.66 dispose
le législateur forestier de la RDC, en vue d’une gestion que les agents des Eaux et Forêts, les agents commis-
durable des forêts. sionnés des Eaux et Forêts et les officiers de police
judiciaire requis sont chargés de rechercher et consta-
ter les infractions prévues par le Code forestier.
F Les règles visant la conservation Aux termes de l’article L.67, ces agents peuvent, en
et la régénération au Sénégal cas de flagrant délit, procéder à l’arrestation des délin-
quants et les conduire devant le procureur de la
Le Sénégal présente la particularité d’être un grand
République, son délégué ou, à défaut, devant le pré-
pays agropastoral en dépit du fait qu’il est situé dans
sident de tribunal compétent. L’article L.69 dispose
l’une des zones les moins couvertes en forêts en
que lesdits agents, assermentés, revêtus de leurs
Afrique. Ce paradoxe est sans doute l’un des fac-
uniformes ou munis des signes distinctifs de leurs
teurs explicatifs d’une constante dans la politique
fonctions, peuvent s’introduire dans les entrepôts,
de conservation de ses ressources forestières. Il
magasins, scieries, menuiseries et chantiers pour y
s’agit d’une orientation qui singularise la politique
exercer leur surveillance ou rechercher le corps des
forestière du Sénégal depuis l’ancien régime fores-
infractions ou les produits venant de ces infractions.
tier jusqu’à l’actuel : l’accent mis sur les pouvoirs de
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
73
Aux termes de l’article L.70, ils peuvent s’introduire l’article R.46, cette commission se réunit dans les
dans les maisons, cours et enclos, soit en présence ou 30 jours suivant la réception du dossier de demande
sur réquisition du procureur de la République ou du de classement ou de déclassement présenté par la
juge d’instruction, soit en compagnie d’un officier de commission régionale. En cas d’avis défavorable, le
police judiciaire requis à cet effet, ou encore en com- rejet est notifié à l’intéressé. En cas d’avis favorable,
pagnie du chef de la circonscription administrative elle transmet au président de la République le dossier
du lieu, du représentant de la collectivité locale ou avec son avis motivé, dans les 15 jours suivant la
du chef de village. réunion. Le classement ou le déclassement de la forêt
est prononcé par décret du président de la Répu-
D’autre part, la partie réglementaire du Code fores- blique. En cas de déclassement, le décret fixe, s’il y a
tier du Sénégal prend en charge la conservation des lieu, les conditions précises de l’exploitation par les
ressources forestières à travers la notion de protection, bénéficiaires en fonction du plan d’aménagement de
dans son titre 3, dont l’essentiel du contenu porte la zone concernée.
sur le classement et le déclassement des forêts. L’ar-
ticle R.38 dispose que lorsque l’État l’estime néces- La protection des forêts africaines n’est ni envisa-
saire, dans l’intérêt général ou pour la sauvegarde de gée ni entreprise du seul point de vue des règles
certaines formations naturelles, il peut procéder au relatives à la conservation des ressources fores-
classement des forêts. Ledit classement doit être tières. Elle est aussi réalisée à travers un encadrement
motivé par des considérations de conservation des juridique de l’exploitation commerciale des res-
ressources naturelles telles que la protection des eaux sources forestières, dont principalement les ressources
de surface, des sols, de la faune, d’une végétation par- forestières ligneuses.
ticulière et seulement si cette protection s’avère
impossible dans le cadre d’une forêt située hors du Le Code forestier sénégalais traite de la régénération
domaine forestier de l’État. L’article R.39 pose que des forêts sous la forme de reboisement. C’est notam-
le déclassement d’une forêt ne peut intervenir que ment dans sa partie réglementaire que la question du
pour un motif d’intérêt général ou de transfert des reboisement est prise en charge. L’article R.5 dispose
responsabilités de l’État en matière de gestion fores- dans cette perspective que les périmètres de reboise-
tière au profit d’une collectivité locale qui garantit la ment ou de restauration sont des terrains dénudés ou
pérennité de la forêt. Le déclassement n’entraîne pas, insuffisamment boisés sur lesquels s’exerce ou risque
de la part de l’État, renonciation de ses droits sur de s’exercer une érosion grave, et dont le reboisement
la parcelle de forêts déclassées. Aux termes de l’ar- ou la restauration est reconnue nécessaire du point
ticle R.42, il est créé, au chef-lieu de chacune des de vue agronomique, économique ou écologique.
régions administratives du Sénégal, une commission Ces terrains sont temporairement classés en vue d’en
régionale de conservation des sols. Cette commis- assurer la protection, la reconstitution ou le reboise-
sion examine les demandes de classement et de ment. Les buts atteints, ils peuvent être aménagés ou
déclassement. Et lorsque, dans un département, le soustraits du régime des forêts classées.
domaine forestier représente moins de 20 % de la Dans le même ordre d’idée, l’article R.12 dispose que
superficie, les demandes de déclassement ne peuvent l’aménagement doit tenir compte des conditions éco-
être étudiées que dans la mesure où elles sont assorties logiques et des conditions socio-économiques. Il doit
de propositions de classement portant sur des surfaces notamment comprendre des actions de régénération,
équivalentes. En outre, dans la zone sylvicole et pas- d’amélioration sylvicole, d’éclaircie, de délimitation,
torale où la plus grande partie du domaine forestier d’inventaire, de protection, de reboisement, de trai-
est utilisée en vue de l’alimentation du bétail, le taux tement sanitaire et d’exploitation.
de classement ne doit pas être inférieur à 50 %.
Les dispositions relatives au Fonds forestier national
L’article R.45 consacre la création d’une commission sont également instructives quant à l’intérêt que les
nationale de la conservation des sols. Aux termes de pouvoirs publics sénégalais portent à la régénération
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
74
des forêts. L’article R.35 indique que sont financés A L’exploitation commerciale des forêts
sur le Fonds forestier national, entre autres : au Burkina Faso
• les actions de protection et de conservation des L’exploitation forestière tient une place importante
ressources forestières comme la lutte contre les dans l’économie nationale du Burkina Faso. C’est
feux de brousse et le braconnage, la gestion de la un secteur d’activité qui contribue à l’alimentation
chasse, de la pêche et de l’exploitation, la délimi- du budget de l’État et génère des emplois, contri-
tation et la surveillance du domaine forestier et des buant ainsi à réduire le chômage. Pour éviter que cette
plans d’eau, l’éducation, l’information et la sensi- importance des forêts ne conduise à une coupe anar-
bilisation de la population en matière de gestion chique, le Code forestier réglemente de manière
de la forêt ; précise l’exploitation commerciale des ressources
• les actions de gestion, de restauration des res- forestières.
sources forestières et de conservation des sols
comme le reboisement, l’aménagement et les L’article 58 du Code forestier adopté en 2011 (loi
travaux de génie. no 003-2011/AN portant Code forestier au Burkina
Faso) dispose que toute exploitation forestière à des
De ce qui précède, il ressort que la conservation et la fins commerciales ou industrielles donne lieu à paie-
régénération sont des axes majeurs consacrés par les ment de taxes et redevances. Dans le même ordre
pays forestiers dans leurs instruments juridiques des- d’idées, l’article 62 énonce que la délivrance des per-
tinés à rendre possible la protection, ou tout au moins mis d’exploitation est subordonnée à l’acquittement
la gestion durable des forêts en Afrique. S’il s’agit d’une taxe dont le taux, l’assiette et les modalités de
d’axes majeurs des politiques forestières, ils n’en sont perception sont fixés par la loi de finances.
pas pour autant exclusifs, car l’exploitation commer-
ciale des forêts est aussi l’un des versants que les États L’article 59 dispose que les exploitants sont tenus de
réglementent vigoureusement en vue de la protection se conformer aux prescriptions des plans d’aménage-
de leurs forêts. ment forestier établis en vue de rationaliser la gestion
des forêts, sur la base d’une conciliation des intérêts
de la production et de ceux de la protection. Aux
termes de l’article 60, les forêts sont exploitées soit
§ 5.2.2 Les règles concernant
directement par leurs propriétaires, soit par des
l’exploitation commerciale
exploitants non propriétaires et selon le cas, sur la
La commercialisation du bois et des produits fores- base d’une autorisation administrative, d’un contrat
tiers est juridiquement encadrée en vue de permettre ou en régie. Le contrat, la régie ou l’autorisation admi-
une exploitation durable, de telle sorte que les besoins nistrative spécifient les conditions et les formes d’ex-
des générations présentes soient satisfaits sans com- ploitation des forêts qui en font l’objet. L’article 68
promettre les intérêts des générations futures ; mais subordonne le stockage et la circulation des produits
par-delà cet aspect de durabilité, c’est aussi le service forestiers à des fins commerciales à une autorisation
écologique que rendent les forêts à l’humanité en préalable. Le ministre chargé des forêts et ceux char-
matière de régulation du climat mondial qui est au gés du transport et du commerce déterminent par
cœur du concept d’« exploitation soutenue » et des voie d’arrêté conjoint les conditions de circulation et
pratiques ordonnées pour la concrétiser. Une telle de stockage de ces produits.
orientation est observable dans certains pays fores-
tiers africains ; nous examinerons ci-après les cas L’article 61 prévoit que dans un but de contrôle et
du Cameroun, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du de suivi des prélèvements de la forêt, un permis
Burkina Faso, de la RDC et du Congo Brazzaville. d’exploitation est exigé pour tout abattage d’arbre
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
75
et toute exploitation des produits forestiers ligneux que, conformément au plan d’investissement dûment
ou non ligneux à l’intérieur d’une forêt. Le permis approuvé par cette administration, les dispositions
d’exploitation est accordé à titre individuel par les requises sont prises par l’exploitant en vue de trans-
services compétents du ministère chargé des forêts former la totalité de la production de grumes issue
pour une période donnée. de sa concession. Toute défaillance grave entraîne la
suspension ou le retrait définitif de la concession.
Il apparaît que l’exploitation commerciale des forêts
au Burkina Faso est soumise à un régime d’enca Toujours dans une perspective destinée à réglemen-
drement qui intègre une dimension administrative ter la commercialisation des produits forestiers,
et une dimension fiscale qui peuvent être de nature l’article 72 dispose que sauf dérogation spéciale du
à freiner l’exploitation anarchique du patrimoine ministre chargé des forêts, les produits forestiers bruts
forestier national. ou transformés destinés à la commercialisation sont
soumis aux normes définies par arrêté conjoint des
Le Cameroun s’inscrit dans une orientation qui n’est ministres chargés des forêts et du commerce.
pas fondamentalement différente.
Dans la même perspective, l’article 73 dispose qu’en
cas de réalisation d’un projet de développement sus-
B L’exploitation commerciale des forêts ceptible de causer la destruction d’une partie du
au Cameroun domaine forestier national, ou en cas de désastre natu-
rel aux conséquences semblables, l’administration des
L’exploitation commerciale des forêts et autres
forêts procède à une coupe des bois concernés suivant
produits forestiers au Cameroun est encadrée par
des modalités fixées par décret.
la loi no 94/01 du 20 janvier 1994 portant Régime
des forêts, de la faune et de la pêche. C’est précisé-
ment le chapitre 5 du titre 3 qui traite de la promo-
tion et de la commercialisation du bois et des produits C L’exploitation commerciale des forêts
forestiers. en Côte d’Ivoire
Face au rythme alarmant de la disparition de ses
L’article 71 de la loi de 1994, en ses divers alinéas, pose forêts, la République de Côte d’Ivoire a adopté une
les bases de la prise en charge normative de la com- loi en vue de juguler la déforestation et les problèmes
mercialisation des produits forestiers au Cameroun. connexes qu’elle induit pour la société ivoirienne et
Il dispose notamment, en son alinéa 1, que les grumes la communauté internationale. Il s’agit précisément
sont transformées par essence à hauteur de 70 % de de la loi no 2014-427 du 14 juillet 2014 portant Code
leur production par l’industrie locale pendant une forestier. De manière globale, cette loi vise à instaurer
période de cinq ans à compter de la date de promul- une gestion durable des forêts ivoiriennes, et l’avène-
gation de la loi de 1994. Passé ce délai, l’exportation ment d’une telle gestion ne saurait faire l’économie
des grumes est interdite et la totalité de la production d’une stricte réglementation de la commercialisation
nationale est transformée par l’industrie locale. des produits forestiers. C’est sans doute la raison pour
laquelle le Code forestier ivoirien consacre des dis-
Suivant l’alinéa 2 de la même disposition, l’exportation positions spécifiques à cette question.
des produits spéciaux non transformés est, suivant les
modalités fixées par décret, soumise à une autorisa- Le titre 7 du Code forestier de la République de Côte
tion annuelle préalable délivrée par l’administration d’Ivoire est en effet consacré à l’exploitation, la valo-
chargée des forêts et au paiement de la surtaxe pro- risation, la promotion et la commercialisation des
gressive fixée en fonction du volume exporté. produits forestiers.
Aux termes de l’alinéa 4, trois ans après l’entrée en D’une part, le chapitre premier de ce titre comporte
vigueur de la loi, l’administration chargée des forêts des dispositions spécifiquement axées sur l’enca
procède à l’évaluation de l’exploitation afin de vérifier drement juridique de l’exploitation des produits
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
76
forestiers. L’article 79, qui en fait partie, pose que D Les règles de l’exploitation
toute exploitation des forêts doit être conforme aux commerciale des forêts
principes de la gouvernance forestière. L’article 80 en République du Congo
énonce que tout exploitant forestier est tenu d’obte-
En vue d’une prise en charge efficace de la gestion
nir un agrément par le ministre chargé des Forêts,
de ses ressources naturelles en général et de ses res-
préalablement à l’exercice de sa profession. Ledit
sources forestières en particulier, la République du
agrément est strictement personnel et ne peut faire
Congo a adopté en 2000 une loi portant Code fores-
l’objet d’une cession, sous peine de sanctions prévues
tier. Il s’agit précisément de la loi no 16-2000 du
par le Code.
20 novembre 2000. Cet instrument juridique majeur
L’article 85 précise que dans les forêts classées, l’ex- régule l’exploitation commerciale du bois au Congo.
ploitation commerciale est soumise à la délivrance, Le chapitre 3 de son titre 4 y est entièrement consa-
par le gestionnaire desdites forêts, d’un permis cré ; il porte précisément sur l’exploitation écono-
d’exploitation spécial assorti d’un cahier de charges mique du domaine forestier national. L’article 63 du
indiquant les lieux, les modalités et la durée de Code forestier dispose, dans cette veine, que l’exploi-
l’exploitation, ainsi qu’à l’existence d’un contrat d’ex- tation à des fins commerciales de tous les produits
ploitation forestière ou d’une concession entre le des forêts du domaine de l’État, y compris ceux qui
gestionnaire représentant de l’État et la personne font l’objet d’une activité établie de longue date
morale de droit privé. Le permis d’exploitation, le parmi les populations locales, est menée soit en régie,
contrat d’exploitation, la concession doivent être soit par les titulaires de titres d’exploitation délivrés
conformes à la réglementation en vigueur. par l’administration des eaux et forêts. À la suite, l’ar-
ticle 64 pose que l’exploitation en régie comprend
La commercialisation proprement dite des produits la coupe, le façonnage, le débardage et la vente des
forestiers est encadrée par le chapitre 3 du même produits. La même disposition du Code forestier
titre. L’article 95, qui en fait partie, dispose notam- congolais poursuit en posant que les titres d’exploi-
ment que tout produit forestier ligneux destiné à tation confèrent à leurs titulaires le droit de prélever
l’exportation doit préalablement être transformé, des quantités limitatives de produits forestiers dans
sauf en cas d’autorisation spéciale accordée par décret les conditions arrêtés par le ministre chargé des eaux
pris en Conseil des ministres. L’article 97 précise que et forêts ; leur validité est d’ailleurs subordonnée
l’exportation et l’importation des produits forestiers au paiement des taxes prévues à l’article 88 du
se font conformément à la réglementation en vigueur Code forestier.
et aux traités dont la Côte d’Ivoire fait partie. Aux
termes de l’article 98, l’exportation et l’importation L’article 65 consacre l’existence juridique de diverses
des produits forestiers ne peuvent être exercées que catégories de titres d’exploitation : les conventions de
par des personnes morales de droit public ou privé transformation industrielle, les conventions d’aména-
disposant d’un agrément à l’exportation ou à l’im- gement et de transformation, les permis de coupe de
portation. L’article 101 pose que les conditions de bois de plantations et les permis spéciaux.
commercialisation des produits forestiers sur le ter-
Aux termes de l’article 66, la convention de transfor-
ritoire national sont fixées par voie réglementaire.
mation industrielle garantit à son titulaire le droit de
Par ailleurs, l’article 102 dispose que l’exploitation, prélever, sur une unité forestière d’aménagement, des
la transformation et la commercialisation des produits contingents annuels limitatifs d’essences, auxquels
forestiers sont assujetties au paiement de droits, taxes s’ajoute l’engagement du titulaire d’assurer la trans-
et redevances dont les modalités sont fixées par décret formation des grumes dans une unité industrielle dont
pris en Conseil des ministres. il est le propriétaire. La durée de cette convention
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
77
78
À la suite, l’article 98 précise que les autorisations Il dispose que l’exploitation commerciale de toute
d’exploitation sont strictement personnelles et ne ressource forestière du domaine forestier national est
peuvent être cédées ni louées. Elles ne peuvent être assujettie au paiement préalable des taxes et rede-
accordées qu’à titre onéreux. vances, dans les conditions et formes définies par
décret. L’article L.4 va aussi dans ce sens en disposant
L’article 99 dispose que l’exploitation d’une forêt que l’exploitation des produits forestiers dans les
faisant l’objet d’une concession forestière est assu forêts relevant de la compétence des collectivités
jettie à l’élaboration préalable d’un plan d’aménage- locales est assujettie à l’autorisation préalable du
ment. Elle est soumise à un inventaire préalable des maire ou du président du conseil rural concerné. Le
ressources forestières réalisé dans les conditions pré- permis d’exploitation est délivré par le service des
vues par les articles 65 à 70 du Code forestier. L’ar- Eaux et Forêts au vu de cette autorisation établie
ticle 65 prescrit justement à ce propos que la mise en conformément aux prescriptions des plans d’aména-
exploitation de toute forêt domaniale est subordon- gement approuvés.
née à l’existence préalable d’un inventaire forestier.
À la suite, l’article 67 dispose que lorsque la forêt Dans la partie réglementaire du code forestier, au
sollicitée n’a pas encore fait l’objet d’inventaire, les chapitre 2 du titre 2, l’article R.18 indique les pro-
travaux de reconnaissance et d’inventaire sont à la duits forestiers visés par l’exploitation forestière : le
charge du requérant, sous le contrôle de l’administra- bois ; les exsudats, le miel et les huiles ; les fleurs, fruits,
tion. Aux termes des dispositions de l’article 68, la écorces et racines ; la faune sauvage terrestre, aviaire
réalisation d’un inventaire est soumise à une autori- et aquatique.
sation délivrée par le gouverneur de province. Les
travaux d’inventaire doivent être réalisés, sous peine Aux termes de l’article R.19, sauf dans le cas de
de déchéance, dans un délai maximum d’un an à l’exercice d’un droit d’usage, l’exploitation forestière
compter de la date d’octroi de l’autorisation. L’ar- dans le domaine forestier national ne peut s’exécuter
ticle 70 dispose que le titulaire d’une autorisation de qu’après l’obtention d’un permis d’exploitation dont
reconnaissance ou d’inventaire forestiers ne peut dis- la délivrance est subordonnée au paiement préalable
poser d’aucun produit forestier dans la zone concer- des taxes et redevances prévues par les textes en
née. L’autorisation de reconnaissance ou d’inventaire vigueur. L’article R.20 dispose que tous les permis
ne préjuge nullement de l’obtention ultérieure, par d’exploitation sont délivrés par le service des Eaux et
son bénéficiaire, d’une concession forestière ou d’un Forêts. Ce dernier s’assure, avant de délivrer un per-
droit d’exploitation dans la zone concernée. mis, que l’exploitation est conforme aux règles de
bonne gestion du patrimoine forestier. Les permis
d’exploitation des produits forestiers ligneux portent
exclusivement sur un nombre déterminé d’unités de
F Les règles de l’exploitation
surface ou de volume de bois sur pied. Le permis est
commerciale des forêts au Sénégal
strictement individuel et ne peut être rétrocédé ou
Comme toutes les forêts, celles du Sénégal sont vendu. Il doit être conservé sur les lieux de l’exploi-
sujettes à une exploitation commerciale qu’il convient tation pendant toute la durée de celle-ci et présenté
d’encadrer afin d’éviter la dérive anarchique inhé- à toute réquisition des agents compétents. Aux termes
rente à cette activité lorsqu’elle est incontrôlée. La de l’article R.21, dans les forêts relevant de leur com-
partie réglementaire du Code forestier sénégalais pétence, les collectivités locales désignent les per-
de 1998 ayant succédé à celui de 1974 prend en sonnes physiques ou morales adjudicataires ou
charge cet aspect spécifique de la protection des affectataires des parcelles à exploiter. L’exploitation
forêts africaines. se fait en conformité avec les dispositions du Code et
les prescriptions du plan d’aménagement. En cas de
L’article L.3 de la partie législative du Code forestier
violation des dispositions du plan d’aménagement, le
pose cependant les bases de la prise en charge
service des Eaux et Forêts propose au représentant
normative de l’exploitation commerciale des forêts.
de l’État la fermeture temporaire du chantier de
Chapitre 5 – La protection des forêts en Afrique
79
l’exploitation forestière. La brièveté qui caractérise forestière dans des aires protégées, l’exploitation ou
l’encadrement de l’exploitation commerciale des la mutilation des essences interdites, la falsification
forêts sénégalaises est frappante, mais n’altère en rien des titres d’exploitation forestière, l’usage d’un mar-
la pertinence dudit encadrement. teau contrefait ou falsifié, l’usage frauduleux d’un
marteau officiel, l’exploitation sans autorisation des
produits forestiers, la pratique de braconnage pen-
dant l’exploitation forestière, le déplacement ou
Conclusion l’enlèvement des bornes et marques délimitant des
Les litiges concernant la protection des forêts portent forêts ou des concessions forestières, ou l’obstruc-
généralement sur l’exploitation forestière sans titre tion à l’accomplissement des devoirs d’une mission
ou avec un titre d’exploitation périmé, l’exploitation d’inspection.
CHAPITRE 6
La protection des ressources minières
1. Une étude a démontré qu’en Afrique, 30 États ont adopté de nouvelles législations entre 1990 et 2000. R. HETHERINGTON,
Exploration and Mining Titles in Africa: An Introductory Review, Willoughsby (Australie), Hetherington Exploration and Mining
Services, 2001.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
82
fonctions de l’État2, dans le but de créer un environ- gouvernements, les incite à élaborer des normes pour
nement propice à l’activité minière et un jeu libre une transparence dans la gestion des ressources natu-
entre les forces en présence sur le marché. relles. On retrouve plusieurs initiatives sous l’égide
des Nations Unies et des organisations internationales
La primauté de l’État sur la gestion des mines en à but non lucratif, ainsi que des règles communau-
Afrique se manifeste, dans la pratique, à travers le taires. Cependant, force est de constater que ces règles
principe de la séparation des substances minières et juridiques n’ont pas la même teneur : tandis que les
de la gestion foncière, l’obligation par l’exploitant de unes sont contraignantes, les autres se bornent à énon-
céder les actions à l’État, et l’exigence du titre minier. cer des principes pour encourager l’exploitation
La présence de l’État dans l’exploitation minière est minière.
indispensable pour encadrer l’immense richesse
du sous-sol africain. Des études concernant certains
pays africains comme le Cameroun et la République § 6.1.1 L’absence de règles
démocratique du Congo ont ainsi montré qu’ils internationales rigides
regorgent de gisements miniers d’importance mon- Le droit international participe à l’organisation de
diale3 et que les ressources y sont abondantes. On y l’activité minière en énonçant des principes dans la
dénombre une grande diversité de ressources, allant perspective d’encourager la transparence. Cela se véri-
du manganèse aux diamants, à l’or et au cobalt4, soit fie par la convention de Minamata sur le mercure et
plus de cinquante substances minières recensées dans la résolution des Nations Unies sur la souveraineté
le continent africain et qu’on retrouve dans les car- des États.
rières, les mines ainsi que dans les eaux minérales et
thermominérales et les gîtes géothermiques.
2. En effet, deux rôles majeurs, entre autres, sont assignés à l’État : il est partenaire obligatoire des entreprises minières, car l’octroi
d’un permis d’exploitation donne lieu à l’attribution à l’État, à titre gratuit, de 10 % des parts ou actions d’apport de la société
d’exploitation. Cette participation n’interdit pas une participation négociée permettant d’obtenir des actions dans le capital de
l’investisseur. L’État perçoit les impôts relatifs à l’exploitation minière et régule le secteur minier. Cette situation ambivalente est
de nature à générer des conflits d’intérêts entre les différentes fonctions de l’État.
3. Le Cameroun a un potentiel minier énorme. Il constitue la deuxième réserve mondiale de rutile après la Sierra Leone, et la cinquième
réserve mondiale de bauxite. Il regorge également de plus de 800 millions de tonnes de fer.
4. R. FURON, Les ressources minérales de l’Afrique, 2e éd., Paris, Payot, 1997.
Chapitre 6 – La protection des ressources minières
83
atteinte à l’exercice par un État de sa souveraineté est entrée en vigueur en août 2017. L’objectif de cette
sur ses ressources naturelles5. convention qui est précisé en son article premier, « est
de protéger la santé humaine et l’environnement
Certains membres de l’Assemblée générale (les États- contre les émissions et rejets anthropiques de mercure
Unis, le Chili, etc.), qui espéraient davantage, ont et de composés du mercure ».
exigé des précisions sur le sens du principe. C’est à la
suite des efforts déployés par les membres que l’As- La Convention met les États devant leurs responsa-
semblée générale, par une résolution du 12 décembre bilités en leur rappelant les précautions à prendre
1958, désigne une commission (temporaire) des pour éviter que la vie humaine soit mise en danger.
Nations Unies pour la souveraineté permanente sur Parmi ces précautions figure la réduction ou la limi-
les ressources naturelles. Cette commission est char- tation du recours au mercure dans les procédés de
gée de procéder à une enquête et de formuler, le cas fabrication des biens. L’article 4 de la Convention
échéant, des recommandations. L’Assemblée précise rappelle à cet effet les engagements6 de l’État concer-
que l’enquête devra tenir dûment compte « des droits nant la manipulation et l’utilisation du mercure et
et des devoirs des États conformément au droit inter- interdit l’importation ou l’exportation des produits
national et du fait qu’il importe d’encourager la fabriqués à base de mercure7 pour une utilisation
coopération internationale en matière de développe- de masse. L’article 7 recommande la limitation du
ment des pays sous-développés ». Les recommanda- recours ou l’abandon du mercure dans le processus
tions formulées par cette commission réaffirment la d’extraction des mines ou des minerais.
propriété des États sur les ressources naturelles dans
l’intérêt de leur peuple, mais précisent qu’elles La Convention de Minamata manque de moyens de
peuvent faire l’objet d’une exploitation par des entre- coercition à l’encontre des États qui ne respectent pas
prises privées. les principes de protection de la vie humaine et de
l’environnement lorsqu’ils recourent à l’usage du
La résolution se borne donc à énoncer les principes mercure pour exploiter les ressources naturelles.
de propriété des États sur l’existence des ressources
naturelles, sans contrainte juridique, leur laissant ainsi
la possibilité d’organiser la gestion desdites ressources § 6.1.2 La floraison d’initiatives
naturelles. internationales
Plusieurs associations à but non lucratif œuvrent pour
la transparence dans la gestion des ressources natu-
B Les évocations de la convention relles en Afrique.
de Minamata sur le mercure
La Convention de Minamata sur le mercure a été
signée à Kumamoto au Japon, le 10 octobre 2013, et
5. Avant cette résolution, plusieurs autres ont été adoptées. C’est notamment le cas de la Résolution 626 (VII), de la Résolution 1314
(XIII) et de la Résolution 1514 (XV) : « Affirmant que les peuples peuvent, pour leurs propres fins, disposer librement de leurs
richesses et ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découleraient de la coopération économique internationale,
fondée sur le principe de l’avantage mutuel, et du droit international ». Le rapport de la Commission figure dans le Doc. ONU
62.V.6., État de la question de la souveraineté permanente sur les richesses et ressources naturelles et rapport. G. FISCHER, « Le rapport
de la Commission sur la souveraineté sur les ressources naturelles, Annuaire français de droit international, vol. 8, no 1, 1962,
p. 516-528.
6. Les engagements consistent en l’abandon des produits fabriqués à base de mercure à compter de l’année 2020. Voir l’annexe de la
Convention.
7. C’est le cas des piles, commutateurs et relais, lampes fluorescentes compactes d’éclairage ordinaire de puissance X 30 W à teneur
en mercure supérieure à 5 mg par bec de lampe, lampes d’éclairage ordinaire à vapeur de mercure sous haute pression, pesticides,
biocides et antiseptiques locaux.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
84
85
11. Le rapport présente les points de vue de plus de trois intervenants répartis sur quatre continents, recueillis dans le cadre d’une
enquête mondiale et d’ateliers consacrés à l’utilisation de cet outil. Le forum espère que cet outil ainsi que les conclusions de ce
rapport sauront susciter un débat franc et ouvert portant sur les questions qui touchent, unissent et divisent les divers acteurs du
secteur minier. Pour l’élaboration de ce rapport, une vaste campagne de sensibilisation et de dialogue a été menée auprès des acteurs
du secteur privé, des gouvernements, de la communauté universitaire, des ONG et des organisations multilatérales du monde entier.
Voir Initiative 2013 pour le développement minier responsable, World Economic Forum, <http://www.weforum.org>.
12. Union africaine, Vision du régime minier de l’Afrique, février 2009.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
86
13. Aux termes de l’article 9 du Code : « La détermination de la nature des titres miniers, les obligations et les droits lies aux titres
miniers et leur gestion administrative sont régis, en l’absence de textes communautaires, par la législation nationale de chaque
État membre. »
14. Voir à cet effet l’article 10 du Traité OHADA.
Chapitre 6 – La protection des ressources minières
87
15. Plusieurs textes législatifs mentionnent effectivement l’autorisation pour les opérations de prospection ou d’exploitation artisanale.
Loi no 0362015/ CNT portant Code minier du Burkina Faso, art. 74, 81 et suiv.
16. Code minier camerounais de 2016, art. 31 et suiv.
17. Cette surface varie de moins de 1 000 kilomètres carrés à 5 000 kilomètres carrés selon les pays.
18. Cette durée varie de un à trois ans et est renouvelable.
19. Code minier sénégalais, art. 14 ; Code minier du Burkina Faso, art. 74.
20. C’est notamment le cas de la RDC.
21. Loi no 036-2015/ CNT portant Code minier du Burkina Faso, art. 31. Le permis de recherche est attribué en vertu du Code séné-
galais (art.17) ou du Code ivoirien (art.10).
22. Cette convention minière aboutit à la rédaction du cahier des charges qui fixe les obligations de l’investisseur minier dans l’exploi-
tation de la mine. Plusieurs législations minières en font un préalable à l’exploitation, notamment au Cameroun (Code minier, art.
40).
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
88
Les titres miniers d’exploration sont réservés aux des hydrocarbures gazeux26 et dans le régime d’eau
opérations de prospection et de recherche. et du gaz27. L’exploitation minière dans ces pays
nécessite une convention minière entre le titulaire du
Le titre minier de mise en valeur permis de recherche et l’État.
Le titre minier de mise en valeur est un acte juridique
qui accorde à son titulaire le droit d’exploiter les subs- Le recours au permis d’exploiter
tances minières ou les carrières découvertes. C’est le Toute l’exploitation minière ne nécessite pas le
cas de l’autorisation d’exploitation artisanale et du recours à la concession ; d’autres formes d’autorisation
permis d’exploitation, qui sont respectivement accor- administrative sont utilisées pour l’exploitation
dés en cas d’exploitation d’une petite mine ou d’ex- minière. C’est notamment le cas du permis d’exploi-
ploitation minière industrielle23. Il s’agit de la phase ter accordé pour l’exploitation des substances conces-
la plus importante de l’exercice de l’activité minière ; sibles. Ce permis constitue un acte administratif
c’est pourquoi la plupart des législations africaines unilatéral, délivré par le ministre responsable des
confient la délivrance de ce titre au président de la mines pour les mines industrielles et la petite mine
République. ou par son représentant, au niveau des régions ou des
provinces, pour la mine artisanale. Le permis d’ex-
ploiter se distingue de la concession en ce que la durée
B Les régimes juridiques miniers initiale de la concession varie entre 25 et 35 ans, selon
la législation, tandis que la durée du permis d’exploi-
L’exploitation minière est principalement soumise
ter est fluctuante et varie de cinq à dix ans renouve-
au régime de la concession, mais parfois, le régime
lables, sauf en RDC.
d’exploitation intervient aussi.
De même, la concession offre une relation contrac-
La prépondérance du régime de la concession tuelle qui permet de procéder aux installations
La concession24 est le régime juridique auquel plu- nécessaires pour faire l’extraction et le traitement
sieurs pays africains recourent depuis plusieurs années des mines, et donne le droit de mener toute autre
pour tirer profit des ressources naturelles en confiant action appropriée pour la réalisation des opérations
leur exploitation à des entreprises étrangères, les États d’exploitation.
ne disposant pas d’assez de moyens financiers pour En revanche, le permis d’exploiter est accordé de
les exploiter eux-mêmes. Le régime de la concession manière unilatérale, laissant penser à un contrat
existe dans les domaines des hydrocarbures liquides25, d’adhésion28, même si la convention minière établit
23. Le permis d’exploitation semi-mécanisée est abordé dans la loi no0362015/ CNT portant Code minier du Burkina Faso (art. 39 et
56), le Code sénégalais (art. 27) et de Code de la Côte d’Ivoire (art. 16).
24. Sur la question de la concession, voir G. LIET-VEAUX, « Identification de la concession de service publics », Revue administrative,
1968, p. 715 ; P. ABANE ENGOLO, « Le contentieux des contrats de concession de service publics », Séminaire sur le contentieux
des contrats administratifs, Kribi, 29 novembre 2011, P.A.J, p. 4.
25. Ce mode d’exploitation concédée au tiers par l’État lui permet d’extraire les hydrocarbures à des fins commerciales et secondaires
telles que l’organisation de l’abandon des puits et des gisements des hydrocarbures. Voir U.N. EBANG MVE, L’encadrement juridique
de l’exploitation minière au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 105.
26. Cela concerne principalement les opérations de transport et de la distribution, même si la transformation, le stockage, l’importation
et l’exportation sont soumis au régime de la licence. S. ESSAGA, Droit des hydrocarbures en Afrique : recueil commenté de textes, Paris,
L’Harmattan, 2013, p. 19.
27. L’eau peut être soumise au régime de la concession et de l’affermage.
28. Cette analogie découle des obligations sans discussion préalable qui s’imposent à l’exploitant. Il s’agit d’accorder à l’État une par-
ticipation dans le capital à hauteur de 10 %. Il est vrai qu’en dehors de cette participation gratuite, l’État peut obtenir jusqu’à 25 %
dans le capital de l’exploitant minier, à condition de procéder à une négociation. Voir par exemple Code minier sénégalais, art. 31.
Il s’agit aussi de démarrer les activités dans un délai d’un an à compter de la délivrance du permis.
Chapitre 6 – La protection des ressources minières
89
une relation contractuelle qui contient des clauses du stockage ou de commercialisation et d’en
allant de l’étude de la faisabilité à la production com- disposer pour son compte ;
merciale de la mine. • le droit à l’exonération ou la réduction des charges
fiscales pendant la phase de la recherche et de
l’exploration minière ;
§ 6.2.2 Les droits et obligations • le droit à la stabilité fiscale et douanière, lorsqu’elle
découlant des titres miniers est prévue dans la convention minière.
Le titre minier confère des droits à son titulaire et lui
Toutefois, le bénéfice de ces droits est subordonné
impose également des obligations dont le non-respect
au respect des obligations contenues dans la conven-
peut donner lieu à des sanctions, entre autres le
tion minière. En cas de non-respect, les États se
non-renouvellement du titre minier.
réservent le droit de s’opposer au renouvellement
du titre minier, situation qui peut être à l’origine
d’un contentieux.
A Le régime juridique des droits
accordés au titulaire du titre minier
Le titre minier est un acte administratif qui accorde B Les obligations découlant
certains droits à son titulaire. Il s’agit, en règle géné- du titre minier
rale, des droits de transformer, de transporter et de
Le titre minier impose à l’exploitant minier une série
commercialiser les produits d’exploitation minière.
d’obligations qui peuvent être classées en deux
Une lecture des différentes législations nationales
rubriques : les obligations liées au commencement
des États africains nous permet de recenser les droits
des travaux de recherche ou d’exploitation et les
suivants :
obligations financières.
• le droit d’occuper le sol ou la superficie où le titre
d’exploitation minière a été accordé ; Les obligations liées au commencement des travaux
• le droit exclusif d’exploitation et de libre disposi- de recherche ou d’exploitation minière concernent :
tion des substances minières exploitées en vertu • la délimitation de la superficie dans laquelle les
du titre minier ; opérations de recherches ou de prospection
• le droit de céder29, de transférer ou d’amodier le pourront s’effectuer, délimitation qui se fait par le
titre minier d’exploitation, sous réserve de l’auto- bornage, à la charge de l’exploitant ;
risation de l’administration et du paiement des • l’obligation de démarrer l’activité de prospection,
charges fiscales nécessitées par cette opération ; de recherche, d’exploration ou d’exploitation à
• le droit au renouvellement du titre minier à sa compter de la délivrance du titre minier sur le site,
demande ; dans un délai compris entre deux30 et six mois pour
les premières et entre un an et deux ans maximum
• le droit de renoncer partiellement ou totalement
pour l’exploitation, selon la législation nationale ;
aux droits accordés par le titre minier, sous réserve
d’aviser l’administration responsable des mines • l’interdiction de commercialiser les substances
dans un délai compris entre un et deux ans ; minières découvertes pendant la phase de la recon-
naissance ou de la recherche ;
• le droit de transporter librement les substances
minières extraites du lieu de leur extraction au lieu
29. Il faut souligner que le titre ne peut être cédé que lorsqu’il est délivré pour les opérations d’exploitation. En revanche, aucun titre
concernant les opérations de prospection ou de recherche ne peut faire l’objet d’une cession. Voir, par exemple, Code minier du
Burkina Faso, art. 69.
30. Voir, par exemple, Code minier sénégalais, art. 51.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
90
31. Il s’agit d’une particularité du Code minier du Burkina Faso (art. 101). Dans les autres cas, cette exigence ressort de la convention
minière.
32. C’est le cas du Sénégal (art. 74 à 76), du Cameroun (art. 170 et suivant) et de la Côte d’Ivoire (art. 80 et suivant).
33. C’est le cas du Code du Burkina Faso, qui renvoie aux dispositions réglementaires.
34. Ces législations accordent des exonérations fiscales aux opérateurs miniers, qu’on retrouve beaucoup plus pendant la phase d’ex-
ploration. Mais le Code minier de la République démocratique du Congo constate une diminution des recettes et adopte un régime
fiscal adapté aux réalités du secteur minier et fondé sur le principe de maximisation des recettes de l’État, la non-exonération.
Chapitre 6 – La protection des ressources minières
91
suspension des droits de douane35 pour l’importation Ces obligations environnementales ont été renforcées
du matériel lourd permettant l’extraction des mine- dans la législation nationale de certains États africains.
rais à court séjour, l’exonération fiscale36 durant la Ainsi, en République démocratique du Congo, le
phase de l’exploration minière pour le paiement de législateur impose au requérant du permis d’exploi-
la patente, de la TVA et des droits d’enregistrement ; tation de présenter, à l’appui de sa demande de per-
l’étalement du paiement des droits de douane pen- mis, une EIE et un plan de gestion environnementale
dant la phase d’exploitation ; enfin et surtout, la clause de son projet.
de stabilisation fiscale qui protège les investisseurs
miniers contre le changement de régime fiscal. Il impose également au titulaire d’un titre minier,
pendant la phase de recherche, la présentation et l’ap-
L’obligation de payer une somme destinée à la for- probation de son plan d’atténuation et de réhabilita-
mation du personnel local est une autre obligation tion de l’environnement, préalable au commencement
financière à la charge de l’investisseur minier, qui doit des travaux de recherches. Pendant la phase d’exploi-
contribuer à la formation du personnel local. tation, le titulaire est tenu de présenter son EIE et
son plan de gestion environnementale.
35. Plusieurs pays ont adopté le régime d’admission temporaire, qui permet de suspendre le paiement des droits de douane pour faciliter
l’entrée des marchandises à court séjour et qui doivent repartir vers le pays d’exportation. Dans ce cas, est exigée l’intervention
d’une caution pour garantir la réimportation dudit matériel. La durée, qui dépend de la nature de la marchandise sur le territoire,
est comprise entre un et deux ans renouvelables. Voir, par exemple, Code minier du Cameroun, art.180 ; Code minier de la Côte
d’Ivoire, art. 88.
36. Voir par exemple le cas du Cameroun (Code minier, art. 179 et suivant) et celui de la Côte d’Ivoire (art. 89 et suivant).
37. La Conférence de Stockholm de 1972, qui a abouti à la création du PNUE ; la Conférence des Nations unies sur l’environnement
et le développement, tenue en 1992 à Rio de Janeiro ; l’Accord de Paris de 2016 sur le changement climatique, etc.
38. C’est le cas du Cameroun, avec la loi no 96/12 du 5 août 1996 relative à la gestion de l’environnement.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
92
Conclusion
En guise de conclusion, on peut dire que l’exploita-
tion des ressources minières en Afrique est une réalité.
Toutefois, l’activité minière est à l’origine d’un lourd
contentieux dont les origines sont diverses. On le
FIGURE 2 Un site d’exploitation minière abandonné sans retrouve dans les rapports entre les exploitants
réhabilitation. (Photo : Rigobert NTEP.)
miniers et les propriétaires fonciers. Il s’agit d’un
contentieux complexe dont la nature est diversifiée
Pour le cas de la Côte d’Ivoire, la protection de l’en- et dont la résolution se fait prioritairement auprès de
vironnement passe également par la réhabilitation la juridiction nationale de chaque État. Mais la nature
des sites exploités et la conservation du patrimoine juridique du contrat d’affaires lié à l’exploitation
forestier (Code minier, art. 76 et suiv.). minière motive les législations nationales à offrir aux
exploitants miniers la possibilité de recourir également
Le Code minier du Sénégal, lui, aborde la problé
aux modes alternatifs de règlement des différends.
matique de la protection de l’environnement dans
Les litiges plus classiques portent sur l’utilisation d’un
ses articles 102 et suivants et insiste sur l’étude d’im-
matériel industriel pour une exploitation reconnue
pact environnemental, la réhabilitation des sites
comme artisanale, l’exploitation minière sans autori-
miniers et des carrières, et l’obtention de l’autorisa-
sation, la vente des produits de carrières provenant
tion administrative pour la construction de certaines
d’une exploitation illégale, la non-conformité aux
infrastructures.
prescriptions sur la santé, les conditions de travail et
Relativement à la protection des droits de l’homme l’environnement, la commercialisation, le transport
dans l’exercice de l’activité minière, il existe des avan- ou la détention illégale des substances minérales, la
cées considérables dans les législations africaines. On non-déclaration ou la déclaration erronée des pro-
peut citer l’interdiction faite aux exploitants miniers duits extraits, la falsification des titres d’exploitation
de faire travailler les enfants dans les carrières, l’obli- minière, l’entrave aux activités des agents assermentés
gation d’indemniser les populations évincées de leur et l’abandon des sites sans réhabilitation.
CHAPITRE 7
La lutte contre les pollutions et les nuisances en Afrique
94
95
paix, à la justice et au progrès pour tous les peuples s’applique aussi à certains dommages survenus à l’ex-
du monde (al. 1 du préambule). Cette convention est térieur du territoire de tout État, si ces dommages
intéressante pour les États côtiers exposés à la pollu- ont été causés par une substance transportée à bord
tion marine. Son article 56, qui porte sur les droits, la d’un navire immatriculé dans un État Partie ou, dans
juridiction et les obligations de l’État côtier sur la le cas d’un navire non immatriculé, à bord d’un navire
zone économique exclusive1, reconnaît à ce dernier autorisé à battre le pavillon d’un État Partie.
l’exercice de sa juridiction en ce qui concerne la
protection et la préservation du milieu marin. C’est La Convention internationale de 1992 portant créa-
d’ailleurs cet article 56 que la justice française a invo- tion d’un Fonds international d’indemnisation pour
qué pour fonder sa compétence dans l’affaire Erika2. les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures
crée ce fonds international aux fins d’assurer une
Les États doivent prendre des mesures pour prévenir, indemnisation pour les dommages par pollution dans
réduire et maîtriser la pollution. Selon un principe de la mesure où la protection qui découle de la Conven-
droit international, un État ne doit pas causer de pré- tion de 1992 sur la responsabilité civile pour les dom-
judice à un autre par ses activités. Ils ont une obli mages dus à la pollution par les hydrocarbures est
gation de coopération mondiale et régionale pour insuffisante. Dans chaque État contractant, le Fonds
répondre aux objectifs de la Convention. Celle-ci est reconnu comme une personne juridique pouvant,
impose aux parties d’adopter des lois et règlements en vertu de la législation de cet État, assumer des
destinés à prévenir, réduire, maîtriser la pollution droits et obligations et être partie à toute action enga-
pour toutes les catégories de nuisances, et d’harmo- gée auprès des tribunaux dudit État. Chaque État
niser les corps de règles nationales au moins au niveau contractant doit reconnaître l’administrateur du
régional. Fonds comme le représentant légal du dudit organe
(art.2, 1 et 2).
La Convention internationale de 2001 sur la respon-
sabilité civile pour les dommages dus à la pollution La Convention internationale de 1990 sur la prépa-
par les hydrocarbures de soute s’applique aux dom- ration, la lutte et la coopération en matière de pollu-
mages par pollution survenus sur le territoire terrestre tion par les hydrocarbures, qui a été négociée à
ou maritime d’un État Partie, dans sa zone écono- Londres à la suite de la catastrophe de l’Exxon Valdez,
mique exclusive, ou dans une zone située au-delà de fait référence au principe « pollueur-payeur » dans son
la mer territoriale de cet État et adjacente à celle-ci préambule. Elle prévoit que les États doivent mettre
(art. 2, a). Elle s’applique également aux mesures de en place un dispositif de réponse aux accidents pétro-
sauvegarde destinées à prévenir ou à limiter de tels liers et adopter des textes imposant aux navires bat-
dommages (art. 2, b). tant leur pavillon de se doter d’un plan d’urgence et
aux capitaines de rapporter sans délai à l’État côtier
Signée à Londres, la Convention internationale de le plus proche tout événement sur le bateau impli-
1996 sur la responsabilité et l’indemnisation pour les quant un déversement ou un risque de déversement
dommages liés au transport par mer de substances d’hydrocarbures. Il incombe à l’État côtier affecté
nocives et potentiellement dangereuses s’applique d’informer les États touchés ou susceptibles d’être
à tout dommage survenu sur le territoire d’un État touchés des mesures prises pour faire face à la situa-
Partie ; aux dommages par contamination de l’envi- tion. En cas d’accident particulièrement dangereux,
ronnement survenus dans la zone économique exclu- chaque État a un devoir d’assistance, dans la mesure
sive d’un État Partie ou, si un État Partie n’a pas établi de ses moyens.
cette zone, dans une zone située au-delà de la mer
territoriale de cet État et adjacente à celle-ci. Elle
1. « La zone économique exclusive ne s’étend pas au-delà de 200 milles marins des lignes de base à partir desquelles est mesurée
la largeur de la mer territoriale » (art. 57).
2. Voir Philippe BILLET et Eric NAIM-GESBERT, Les grands arrêts du droit de l’environnement, Paris, Dalloz, 2017.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
96
Le Protocole relatif à la coopération en matière de qui interdit l’incinération en mer des déchets toxiques.
pollution en cas de situation critique (Abidjan, 1981) Le Protocole de Londres, du 7 novembre 1996, com-
s’applique, selon son article 3, aux situations exis- plète et modifie la Convention pour que l’immersion
tantes ou potentiellement critiques pour le milieu des déchets radioactifs soit totalement interdite.
marin qui constituent une menace de pollution Il harmonise les politiques des parties pour préserver
importante. Les parties contractantes se sont engagées et protéger le milieu marin. Les risques doivent être
à coopérer sur toutes les questions relatives à l’adop- prévenus, même en l’absence de preuve concluante
tion de mesures nécessaires et efficaces de protection sur les effets nocifs d’un déversement de déchets. Le
de leurs côtes respectives et des intérêts connexes Protocole impose de plus le principe pollueur-payeur
contre les dangers et les effets de la pollution résultant en autorisant l’immersion assortie d’une obligation
de situations critiques pour le milieu marin (art. 4). de couvrir le coût de la prévention de la pollution.
La Convention internationale de 1969 sur l’interven- La Convention sur le droit relatif aux utilisations
tion en haute mer en cas d’accident entraînant ou des cours d’eau internationaux à des fins autres que
pouvant entraîner une pollution par les hydrocarbures la navigation (New York, 21 mai 1997), entrée en
(adoptée à Bruxelles) donne la possibilité aux États vigueur le 17 août 2014 conformément au 1er alinéa
Parties de prendre en haute mer les mesures néces- de l’article 36, s’applique aux utilisations des cours
saires pour prévenir, atténuer ou éliminer les dangers d’eau internationaux et de leurs eaux à des fins autres
graves et imminents que présentent pour leurs côtes que la navigation, et aux mesures de protection, de
ou intérêts connexes une pollution ou une menace préservation et de gestion liées aux utilisations de ces
de pollution des eaux de la mer par les hydrocarbures cours d’eau et de leurs eaux.
à la suite d’un accident de mer ou des actions affé-
rentes à un tel accident, susceptibles selon toute vrai- Enfin, la lutte contre les nuisances au niveau interna-
semblance d’avoir des conséquences dommageables tional est consacrée dans la Convention de Chicago,
très importantes (art. 1, 1). et les normes de l’Organisation internationale du tra-
vail (OIT) et de l’Organisation mondiale de la santé
La Convention pour la prévention de la pollution (OMS).
marine par les opérations d’immersion effectuées par
les navires et aéronefs (Oslo, 1972) s’applique aux
immersions des déchets nuisibles à partir de navires § 7.1.4 Quelques instruments
ou d’aéronefs immatriculés dans un État Partie ou régionaux africains de lutte
chargeant dans les ports de celui-ci, ou aux engins contre les pollutions et
d’un État tiers risquant de déverser des déchets les nuisances
dans la mer territoriale d’une partie contractante.
En Afrique, plusieurs instruments régissent la lutte
La classification des substances se trouve dans les
contre les pollutions et nuisances, notamment la
annexes. En 1983, un protocole additionnel est signé,
Convention de Maputo, la Charte de l’eau du bassin
Chapitre 7 – La lutte contre les pollutions et les nuisances en Afrique
97
du Niger, la Charte de l’eau du bassin du lac Tchad, la coopération en matière de protection et de déve-
et la Charte des eaux de l’Organisation pour la mise loppement du milieu marin et côtier de la région de
en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). l’Afrique de l’Ouest et du Centre et son Protocole
relatif à la coopération en matière de lutte contre la
La Convention africaine sur la conservation de la pollution en cas de situation critique, la Charte afri-
nature et des ressources naturelles (Convention de caine des transports maritimes et la Charte maritime
Maputo) intègre aussi la lutte contre la pollution dans d’Abidjan, ainsi que la Convention de Djeddah
le cadre de la protection du sol et de la terre (art. 6). sur la mer Rouge, la Convention de Barcelone sur
La Charte de l’eau du bassin du Niger a pour objectif la Méditerranée et la Convention de Nairobi pour la
de favoriser une coopération fondée sur la solidarité protection, la gestion et la mise en valeur du milieu
et la réciprocité pour une utilisation durable, équi- marin et des zones côtières de la région de l’Afrique
table et coordonnée de la ressource en eau du bassin orientale.
versant hydrologique du Niger. Dans ce cadre, les
Parties s’engagent à renforcer la protection de l’envi-
ronnement aquatique, assurer la réduction progressive
de la pollution transfrontière et prévenir l’aggravation SECTION 7.2
de la pollution (art. 12).
Les règles nationales de lutte contre
La Charte de l’eau du bassin du lac Tchad a pour les pollutions et les nuisances
objectif général le développement durable du bassin
Trois points sont ici à examiner : la lutte contre les
du lac Tchad, au moyen d’une gestion intégrée, équi-
pollutions des eaux au niveau national, la lutte
table et concertée des ressources en eau partagées et
contre la pollution de l’air et de l’atmosphère au
de l’environnement du bassin (art. 3). Dans le cadre
niveau national, et la lutte contre les nuisances
de cette Charte, les Parties s’engagent à lutter à la
au niveau national.
source contre les pollutions et s’engagent à cet effet
à inciter à la prévention des pollutions dans les docu-
ments de planification et, si cela n’est pas possible, à
réduire les pollutions au minimum acceptable, avec
§ 7.2.1 La lutte contre les pollutions
l’accord des organes régulateurs concernés, puis à
des eaux au niveau national
exiger des exploitants d’installations actuelles qu’ils A Le cas du Burkina Faso
réduisent, minimisent et contrôlent les pollutions par
des méthodes durables spécifiques (art. 21 et 22). La lutte contre la pollution de l’eau est régie par la loi
no 006-2013/AN du 02 avril 2013 portant Code de
La Charte des eaux de l’OMFS prévoit l’application l’environnement au Burkina Faso, la loi no 002/2001/
du principe pollueur-payeur et dispose que la viola- AN du 8 février 2001 portant loi d’orientation rela-
tion par un État de ses obligations internationales en tive à la gestion de l’eau, et la loi no 022-2005/AN
matière de pollution engage sa responsabilité confor- du 24 mai 2005 portant Code de l’hygiène publique
mément aux règles du droit international (art. 18). au Burkina Faso.
Le Code de la marine marchande de la CEMAC La loi no 006-2013/AN du 2 avril 2013 portant Code
contient aussi d’importantes dispositions en matière de l’environnement au Burkina Faso fixe les règles
de lutte contre la pollution (art. 316 à 371), tout fondamentales qui régissent l’environnement au
comme le Mémorandum d’entente sur le contrôle des Burkina Faso (art.1) et s’applique à l’environnement
navires par l’État du port dans les régions d’Afrique dans son ensemble. Les activités polluantes, les pro-
de l’Ouest et du Centre, signé à Abuja le 29 octobre duits et les équipements potentiellement polluants
1999. Dans ce même registre d’instruments régio- sont soumis à une taxation. S’agissant de la respon-
naux, il faut signaler la Convention d’Abidjan pour sabilité, toute personne auteur d’une pollution est
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
98
tenue responsable des dommages causés aux tiers par En vertu de l’article 75 du Code, les autorisations
son fait. Par conséquent, les frais de restauration des spéciales de rejet, d’émission et de dépôt3 précisent :
lieux pollués sont à sa charge. En cas d’urgence, les • la dénomination des matières dont le rejet ou le
autorités compétentes prennent les mesures néces- dépôt est autorisé ;
saires pour limiter les effets de ladite pollution, à
• le lieu de rejet ou de dépôt ;
charge pour elles de se retourner contre l’auteur de
la pollution (art. 70). • la quantité globale du rejet ou du dépôt ;
• la quantité par unité de temps ou de surface ainsi
En ce qui concerne les rejets, sont soumis à autorisa- que toutes les prescriptions techniques nécessaires
tion spéciale des autorités compétentes tous les rejets, pour supprimer ou réduire les effets nocifs que le
déversements, dépôts et toutes activités susceptibles rejet ou le dépôt autorisé peut avoir sur le milieu
de provoquer à court, moyen et long termes, une récepteur, les êtres vivants, l’alimentation et la
dégradation de la qualité de l’eau (art. 71). santé publique ;
Les normes de rejet, d’émission, de dépôt ou d’occu- • la date limite de validité de l’autorisation ;
pation spécifiques qui prennent en compte les exi- • le montant de la redevance annuelle de rejet,
gences du milieu récepteur, la qualité de l’environnement d’émission ou de dépôt.
et les considérations socio-économiques, culturelles
et techniques sont élaborées conjointement par le Il incombe aux bénéficiaires des autorisations spé-
ministère responsable de l’environnement et les ciales de rejet, d’émission ou de dépôt de fournir des
départements ministériels concernés (art. 72). Ces renseignements statistiques aux autorités compé-
normes sont révisées périodiquement et servent de tentes et de prendre toutes mesures utiles pour
base à l’élaboration des autorisations spéciales de rejet faciliter le contrôle des rejets, des émissions ou des
d’émission, de dépôt ou d’occupation. dépôts (art. 76).
Aux termes de l’article 73, les rejets ou dépôts qui ne Aux termes de la loi no 002-2001/AN du 8 février
font pas l’objet d’interdiction ni de soumission à auto- 2001 portant loi d’orientation relative à la gestion de
risation préalable ni de règlement demeurent libres, l’eau, celle-ci a pour but, dans le respect de l’environ-
sous réserve que les conditions dans lesquelles ils sont nement et des priorités définies, d’assurer l’alimenta-
effectués, la nature et les quantités de matières reje- tion en eau potable de la population, de préserver et
tées ou déposées ne soient pas susceptibles : de restaurer la qualité des eaux, de protéger les éco-
systèmes aquatiques, et de faire face aux nécessités
• de remettre en cause les usages qui sont faits
de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité
de l’eau et du sol ;
civile et aux problèmes posés par les inondations et
• d’altérer les caractéristiques physico-chimiques les sécheresses (art. 1).
et biologiques des milieux récepteurs ;
• de nuire aux animaux, aux végétaux et à leur Le chapitre 3, section 3, paragraphe 3 de cette loi
consommation ; traite, entre autres, de la lutte contre les pollutions
des eaux. Sont ainsi interdites les pratiques et tech-
• de porter atteinte à la santé et à la sécurité publique.
niques agricoles susceptibles d’avoir une incidence
négative sur le cycle hydrologique ou la qualité de
l’eau (art. 37, 1).
3. Les autorisations de rejet, d’émission, de dépôt ou d’occupation sont établies à titre individuel et leur délivrance est conditionnée
par le paiement d’une redevance annuelle de rejet, d’émission de dépôt de matières polluantes ou d’occupation (art. 77). La déli-
vrance de ces autorisations spéciales de rejet, d’émission ou de dépôt des matières polluantes ou d’occupation est organisée par les
règlements (art. 78), et les autorisations de rejet, d’émission, de dépôt ou d’occupation en cours de validité peuvent être suspendues
ou retirées par l’administration, sur décision motivée. De plus, aucune compensation ne peut être effectuée au profit du bénéficiaire
d’une autorisation de rejet, d’émission, de dépôt ou d’occupation pour les préjudices dus à la suspension ou au retrait de cette
autorisation (art. 79).
Chapitre 7 – La lutte contre les pollutions et les nuisances en Afrique
99
La loi no 022/-2005/AN du 24 mai 2005 portant La loi no 98/005 du 14 avril 1998 portant régime de
Code de l’hygiène publique au Burkina Faso régit l’eau dispose que toute personne physique ou morale,
notamment l’hygiène sur les voies et les places propriétaire d’installations susceptibles d’entraîner la
publiques, l’hygiène des piscines et des baignades, pollution des eaux, doit prendre toutes les mesures
des habitations, des denrées alimentaires, de l’eau, des nécessaires pour en limiter ou en supprimer les effets
installations industrielles et commerciales, des éta- (art. 6), et que le ministre chargé de l’eau peut, sur
blissements scolaires, préscolaires et sanitaires, des proposition de l’autorité administrative territoria
bâtiments publics et du milieu naturel et la lutte lement compétente, interdire le captage des eaux de
contre les bruits. Son objectif principal est de préser- surface pour, entre autres, le motif de pollution évi-
ver et de promouvoir la santé publique (art. 1). Son dente du cours d’eau (art. 9).
article 107 prévoit que l’administration peut prendre,
en raison du péril qui pourrait en résulter pour la
sécurité ou la salubrité publique, toute mesure immé- C Le cas de la Côte d’Ivoire
diatement exécutoire en vue d’arrêter la pollution
L’article 13 du Code de l’environnement ivoirien
due au déversement ou à l’immersion des substances
(la loi no 96-766 du 3 octobre 1996) prévoit que les
nocives ; et son article 118 précise que tout dépôt,
points de prélèvement de l’eau destinée à la consom-
tout épandage constituant une cause de pollution,
mation humaine doivent être entourés d’un périmètre
doit être supprimé sans délai aux frais de l’auteur
de protection, lequel est prévu à l’article 514. D’après
du dépôt, du propriétaire du déchet ou à défaut du
l’article 14, la gestion de l’eau peut être concédée et
propriétaire du terrain au moment du délit.
le concessionnaire est alors responsable de la qualité
de l’eau distribuée conformément aux normes en
vigueur. Pour la protection du milieu, les occupants
B Le cas du Cameroun d’un bassin versant peuvent se constituer en associa-
Au Cameroun, la loi no 96/12 du 5 août 1996 portant tion (art. 15). La loi sur la gestion de l’eau vise aussi
loi-cadre relative à la gestion de l’environnement fixe la lutte contre la pollution.
le cadre juridique général de la gestion de l’environ-
nement (art. 1). Patrimoine commun de la nation,
l’environnement est une partie intégrante du patri- D Le cas du Sénégal
moine universel (art. 2, 1). Par conséquent, sa protec-
Le Code de l’environnement du Sénégal consacre
tion et la gestion rationnelle des ressources qu’il offre
plusieurs dispositions au problème de la pollution.
à la vie humaine sont d’intérêt général et visent par-
Ce code encadre juridiquement les déversements,
ticulièrement la géosphère, l’hydrosphère, l’atmos-
écoulements, rejets, dépôts, directs ou indirects de
phère, leur contenu matériel et immatériel, ainsi que
toute nature et plus généralement tout fait suscep-
les aspects sociaux et culturels qu’ils comprennent
tibles de provoquer ou d’accroître la dégradation des
(art. 2, 2).
eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques,
La lutte contre la pollution des eaux dans cette loi chimiques, biologiques ou bactériologiques, qu’il
est traitée, d’une part, aux articles 25 à 30, s’agissant s’agisse d’eaux superficielles, souterraines ou des
notamment de la protection des eaux continentales eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales
et des plaines d’inondation, et d’autre part aux (art. L.59).
articles 31 à 35, pour ce qui concerne la protection
du littoral et des eaux maritimes.
4. Aux termes de l’article 51, il est institué des périmètres de protection en vue de la conservation ou de la restauration des écosystèmes,
des forêts, boisements, espèces et espaces protégés, des monuments, sites et paysages, des systèmes hydrauliques et de la qualité des
eaux et des espaces littoraux.
Manuel judiciaire de droit de l’environnement en Afrique
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Le Sénégal dispose aussi d’un code de l’assainissement À cet effet, ces dispositions s’appliquent aux déverse
(loi no 2009-24 du 8 juillet 2009). Ce code contient ments, écoulements, rejets, dépôts directs de matières
des dispositions relatives à l’élaboration, à l’adoption de toute nature et plus généralement à tout fait sus-
et à l’approbation des plans directeurs d’assainis ceptible de provoquer ou d’accroître la dégradation
sement des eaux usées et eaux fluviales pour les des eaux en modifiant leurs caractéristiques, qu’il
communes et des plans locaux d’hydraulique et s’agisse d’eaux superficielles ou souterraines (art. 48) ;
d’assainissement pour les communautés rurales. Il ces faits doivent faire l’objet d’une autorisation préa
contient également des dispositions relatives aux lable accordée, après enquête, par les ministres char-
déversements, écoulements, dépôts, jets, enfouisse- gés de l’Hydraulique et de l’Assainissement (art. 49).
ments et immersions directs ou indirects des déchets
liquides, d’origines domestique et hospitalière et
industrielle (art. L.2). E Le cas de la République Démocratique
du Congo
Conformément à l’article L.3 du Code de l’assainis-
sement, tout déversement, écoulement, dépôt, jet, En RDC, la protection de l’environnement est régie
enfouissement et immersion direct ou indirect de par la loi no 11/009 du 9 juillet 2011 portant principes
déchets liquides d’origines domestique et industrielle fondamentaux relatifs à la protection de l’environne-
dans le milieu naturel doit faire l’objet d’une dépol- ment. Cette loi vise à favoriser la gestion durable des
lution préalable dans les conditions fixées par les ressources naturelles, à prévenir les risques, à lutter
textes en vigueur. De plus, les sources de pollution contre toutes les formes de pollutions et nuisances,
sont réglementées par plusieurs dispositions juri- et à améliorer la qualité de vie des populations dans
diques, notamment, le Code de l’assainissement, le le respect de l’équilibre écologique (art. 1). S’agissant
Code de l’environnement, le Code de l’eau et le Code de la lutte contre la pollution des eaux, cette loi inter-
de l’hygiène. Toutes ces sources sont tenues de se dit tout rejet de déchets ou substances susceptibles
soumettre aux contrôles des agents assermentés au de polluer le milieu marin, d’altérer ou de dégrader
titre de ces différents codes ou de leurs délégataires la qualité des eaux de surface ou souterraines, tant
et sont assujetties à une autorisation préalable et continentales que maritimes, de nuire à leurs res-
soumises aux enquêtes de l’administration (art. L.4). sources biologiques et aux écosystèmes côtiers et de
mettre en danger la santé. Quant à la loi no 15/026
La loi no 81-13 du 4 mars 1981 portant Code de l’eau du 31 décembre 2015 relative à l’eau, elle a pour
détermine le régime des eaux non maritimes y com- objet la gestion durable et équitable des ressources
pris les deltas estuaires et les mangroves (art. 1). Font en eau constituées des eaux souterraines et de surface,
partie du domaine public les ressources hydrauliques, tant continentales que maritimes. Cette loi interdit
qui constituent un bien collectif, et leur mise en tout rejet de déchets, substances, organismes ou
exploitation sur le territoire national est soumise à espèces biologiques exotiques envahissantes suscep-
autorisation préalable et à contrôle (art. 2). Les dis- tibles de polluer, d’altérer ou de dégrader la qualité
positions du titre 2 du Code ont pour objet la pro- des eaux de surface ou souterraine, tant continentales
tection qualitative de l’eau ainsi que la lutte contre que maritimes, de nuire à leurs ressources biologiques
la pollution des eaux et leur régénération dans le but et aux écosystèmes côtiers et de mettre en danger
de satisfaire ou de concilier les exigences de l’alimen- la santé.
tation en eau potable des populations et de la santé
publique, de l’agriculture, de l’industrie, des trans-
ports et de toutes autres activités humaines d’intérêt § 7.2.2 La lutte contre la pollution
général, de la vie biologique du milieu récepteur et de l’air et de l’atmosphère
spécialement de la faune piscicole, des loisirs des
sports nautiques, de la protection des sites et de la Les dispositions sur la pollution de l’air ont pour
conservation des eaux (art. 47). objectif essentiel de réglementer les émissions
Chapitre 7 – La lutte contre les pollutions et les nuisances en Afrique
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