Rapport Technique
Rapport Technique
et environnement marin
État des connaissances
Coordinateur
Claude Alzieu
Coordinateur
Claude Alzieu
Dragages et environnement marin
Coordinateur
Claude Alzieu, Ifremer centre de Nantes
Auteurs et affiliation
Alain Abarnou w
Pierre Le Cann ( 2 )
Claude Alzieu ^ Françoise Le Guyader ^
Philippe Bassoullet ( 1 ) Pierre Le H i r (1-1
Bernard Boutier ^ Jacky L'Yavanc (1^
Jean-François Chiffoleau ^ Jean-Louis Mauvais ^
Isabelle Crenn ( 1 ) Jean-Marie Massin ^
(2)
Annick Derrien ( 1 ) Dominique Ménard
(1 (2)
Evelyne Erard-Le Denn ^ Pierre Michel
Michèle Gourmelon <-1-1 Yves Mon b e t ( 1 )
Jean-François Guiliaud (1^ Monique Pommepuy (1^
Ricardo Silva Jacinto ^ Françoise Quiniou ^
Remerciements
Cet ouvrage est une entreprise collective : les auteurs tiennent à remercier les services du minis-
tère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, et ceux du ministère de l'Équipe-
ment, des Transports et du Logement (direction du Transport maritime, des Forts et du Litto-
ral et centre d'Études techniques maritime et fluvial) ainsi que le groupe Géode pour l'apport
documentaire qu'ils ont fourni. Us remercient également les laboratoires cdtiers de l'ifremer qui
par leur connaissance du terrain ont permis de prendre en compte des problématiques locales.
2
Dragages et environnement marin
Sommaire
Préface 9
Avant-propos 10
La problématique des opérations de dragage 12
Claude Alzieu
4
Dragages et environnement marin
5
Dragages et environnement marin
Yves Monbet
Physicochimie de l'eau 111
La turbidité 112
Les sels nutritifs 113
L'oxygène dissous 114
Effets sur les organismes 115
Invertébrés benthiques 115
Poissons 117
Populations algales planctoniques et benthiques 118
Quelques exemples d'impact sur le benthos 118
L'estuaire de la Seine 118
Le terminal d'Antifer 119
L'estuaire de la Loire 120
La rade de Brest 121
La baie de Liverpool 121
La baie de Santander 122
Conclusion 122
Références bibliographiques 123
6
Dragages et environnement marin
Claude Alzieu
La caractérisation des sédiments 169
Les valeurs guides 170
Les destinations des matériaux de dragage 173
Les mises en dépôts 173
Les dépôts à terre 174
Le lagunage 175
Remblaiement et construction d'îles artificielles 175
Dépôts de Papegaaiebek et Slufter (Pays-Bas) 175
L'île de Bilho (estuaire de la Loire) 176
Les dépôts sous-marins confinés 177
Le traitement des sédiments contaminés 178
Le prétraitement 178
Les traitements biologiques 179
Les extractions physico-chimiques 180
Les traitements thermiques 181
L'immobilisation des contaminants 182
Coûts relatifs des techniques de traitement
des sédiments contaminés 183
La valorisation des déblais de dragage 184
Références bibliographiques 184
Dragages et environnement marin
Chapitre X : Réglementation
Jean-Marie Massin
Dispositions internationales 189
Définition de l'immersion 189
Champ géographique d'application des conventions 189
Dispositions générales régissant les immersions 190
Spécificité de l'immersion des déblais de dragage 190
Substances autorisées à l'immersion 190
Conventions de Londres et de Barcelone 190
Convention de Paris de 1992 190
Permis d'immersion 191
Types de permis 191
Dispositions régissant la délivrance des permis 192
Lignes directrices des conventions de Paris et de Londres 192
Convention de Paris 192
Convention de Londres 193
Surveillance des sites d'immersion 194
Dispositions nationales 194
Dispositions d'ordre législatif 194
Autorisation d'immersion et durée 194
Dossier de demande de permis et procédure 195
Autorités compétentes 196
Suspension, suppression, modification d'un permis d'immersion 196
Dispositions techniques 197
Prélèvement, échantillonnage 197
Valeurs guides 198
Perspectives d'évolution de la réglementation 198
Référence bibliographique 199
Annexes
Glossaire 219
Sigles et unités 222
8
Dragages et environnement marin
Préface
De tout temps, l'accès aux zones portuaires a été facilité par le creuse-
ment de chenaux, leur maintien aux cotes établies et le déblaiement des
bassins à flots, darses, etc. L'effort a été mis sur le développement de
dragues de plus en plus performantes pour satisfaire aux besoins du
déplacement de millions de mètres cubes de sédiments. Le parc à maté-
riel actuellement disponible est constitué d'engins spécialisés qui répon-
dent aux besoins spécifiques des zones à draguer et à la nature des sédi-
ments : vases plus ou moins compactées, sables, etc. Des préoccupations
nouvelles, relatives à l'impact des dragages et immersions sur l'envi-
ronnement, sont apparues à partir du moment où il a été établi que les
sédiments pouvaient véhiculer des charges importantes de contaminants
et toxiques. L'évaluation prévisionnelle des dangers des immersions est
donc devenue une nécessité pour les gestionnaires. Or, il se trouve que
les sédiments et particulièrement ceux des ports sont des compartiments
complexes, dynamiques, vivants, évolutifs et en constante relation avec
la colonne d'eau. Le devenir des contaminants associés et leurs effets
potentiels, résultant du remaniement des sédiments, mettent en jeu des
phénomènes interactifs dont certains, tels que la biodisponibilité, sont
encore mal connus .
Les incertitudes scientifiques sur les impacts, les aspects sociaux et
économiques sont des paramètres que les gestionnaires doivent prendre
en compte, dans un contexte réglementaire en évolution, pour choi-
sir des technologies adaptées et fonder la délivrance des permis. Dans
bien des cas, ces décisions ne sont pas aisées à prendre et donnent lieu
à des débats passionnés .
C'est pourquoi l'Ifremer a pris l'initiative de mettre en œuvre un pro-
gramme de recherche pluridisciplinaire, abordant les impacts phy-
siques, chimiques et biologiques. Ce projet, qui a reçu le soutien des
appels d 'offres Pnétox et Liteau du ministère de l'Aménagement du ter-
ritoire et de l'Environnement et du groupe de travail Géode du minis-
tère de l'Équipement, des Transports et du Logement, s'est donné pour
objectif, d 'améliorer nos connaissances sur les effets et le devenir des
sédiments portuaires et de transférer ces résultats aux g estionnaires
sous forme pratique. Un guide méthodologique à l'usage des gestion-
naires devrait concrétiser les avancées dans ce domaine.
Le présent ouvrage constitue un des premiers apports du programme.
En effet, il a paru nécessaire, dix ans après le « séminaire international
sur les aspects environnementaux liés aux activités de dragages » (Nantes
1989), de mettre à jour le bilan des connaissances dans le domaine .
Destiné autant aux scientifiques qu'aux gestionnaires, il n'a pas pour
vocation d'être exhaustif, mais de donner les bases de la problématique
environnementale des dragages .
Pierre David
Président-directeur général
de l'Ifremer
9
Avant-propos
C. Gressier
Directeur du Transport maritime,
des Ports et du Littoral
10
Avant-propos
Pierre Roussel
Directeur de l'Eau
il
Dragages et environnement marin
12
- la nature et l'ampleur de la contamination des sédiments par des
substances anthropiques déterminent largement la nécessité de mesures
complémentaires destinées à prévenir le préjudice à l'environnement
ou à la santé de l'homme ;
- à long terme, le problème des sédiments fortement pollués ne peut
être résolu que par la suppression des sources de contamination ;
- le transport et la dispersion des matières en suspension constituent
des facteurs essentiels pour la détermination de la nature et de l'am-
pleur des impacts environnementaux ;
- pour l'élimination des sédiments faiblement contaminés, le recours
à des zones dispersives n'est pas dépourvu de risques environnementaux
et exige l'étude du devenir et des effets des matériaux dispersés. Les zones
de haute mer, situées en des points éloignés de la côte, constituent rare-
ment sur le plan de l'environnement une solution souhaitable pour la
prévention de la pollution marine;
- lorsqu'il existe un doute sérieux sur l'acceptabilité des options d'éli-
mination en milieu aquatique, il conviendrait de procéder à une com-
paraison approfondie des impacts aquatiques avec ceux des solutions alter-
natives à terre (Alzieu et Gallenne, 1989).
Ainsi, les problèmes auxquels ont à faire face les opérateurs des dragages
ainsi que les services qui instruisent les dossiers (cellules de qualité des
eaux littorales) relèvent à la fois de l'appréciation de l'impact poten-
tiel des opérations et des solutions alternatives à l'immersion quand les
sédiments présentent des caractéristiques toxiques indéniables. Cette
problématique peut être traduite sous forme de trois questions princi-
pales pour lesquelles il n'existe pas de réponse unique et qui doivent
être examinées au cas par cas.
• Comment prévoir les effets de la charge polluante lors des opérations
de surverse ou d'immersion ?
Différentes méthodes pour apprécier les risques potentiels sont utili-
sées. Elles consistent d'abord à faire référence à des critères de qualité
des sédiments déterminés par des seuils acceptables pour différents
contaminants. Ainsi, la convention d'Oslo a défini deux niveaux qui
s'appliquent à des contaminants désignés :
- niveau 1 : valeurs en dessous desquelles l'immersion peut être auto-
risée sans études complémentaires et au-dessus desquelles une étude plus
approfondie pourrait être nécessaire ;
- niveau 2 : valeurs au-delà desquelles l'immersion pourrait être inter-
dite, sauf si elle constitue la solution la moins dommageable pour l'en-
vironnement.
Sur la base de ces définitions, le groupe d'étude et d'observation sur le
dragage et l'environnement (Géode) a établi une grille qui représente
un premier élément d'information en matière de prévision des risques.
De manière complémentaire, les tests de toxicité, en particulier ceux
relatifs à l'embryotoxicité des bivalves, pratiqués lorsque les teneurs en
contaminants avoisinent le niveau 2, apportent une information per-
tinente sur la toxicité globale des sédiments. Cette double approche,
13
Dragages et environnement marin
Référence bibliographique
Alzieu C , Gallenne B., 1989- Actes du séminaire international sur les
aspects environnementaux liés aux activités de dragages - Nantes
27 novembre-1 er décembre 1989.
14
Les techniques de dragage et de rejet
Chapitre I
15
Dragages et environnement marin
.— -luVnirirT
-Si K ^ - Z ^ » r » » C
16
Les techniques de dragage et de rejet
En France, les modèles les plus représentés sont les dragues à benne pre-
neuse, les dragues à pelle et les dragues à godets schématisées sur la
figure 1 (Sogreah, 1994). Les sédiments dragués sont déversés dans le
puits à déblais de la drague, dans un chaland ou à terre. Les pertes de
matériaux par remise en suspension ou par mauvaise fermeture de la
benne sont notables dans le cas de dragage de sédiments fins non cohé-
sifs ; le rendement de ces dragues s'améliore pour des sédiments cohé-
sifs (Environnement Canada, 1994). Ces dragues sont utilisées dans des
zones difficiles d'accès (bordures de quais, bassins étroits) et peuvent
travailler jusqu'à des profondeurs de 25 m (dragues à godets) à 30 m
(dragues à benne).
Dans le cas de dragage de sédiments cohésifs, les matériaux récoltés sont
généralement assez compacts (formation de blocs) et peu chargés en eau.
17
Figure 1 - Représentation schématique de trois types de dragues mécaniques : a) drague à godets; b) drague
à benne; c) drague à pelle. (D'après Kenneth et Hardy, 1980).
18
Figure 2 - Dragues hydrauliques : a) aspiratrice stationnaire avec conduite de refoulement; b) aspiratrice en marche;
c) dragues fendables. (D'après Kenneth et Hardy, 1980).
19
Dragages et environnement marin
20
Les techniques de dragage et de rejet
Cette technique consiste à fluidiser le sol par application d'eau sous pres-
sion ou d'air comprimé; le sédiment est alors remis en suspension et
peut être véhiculé par les courants (fig. 4).
21
Dragages et environnement marin
un dispositif enveloppant qui isole la zone draguée, soit de vis sans fin
qui décapent la surface du sédiment. Ces équipements sont munis de
systèmes de contrôle multiples, en particulier pour limiter les volumes
d'eau de dilution et optimiser leur efficacité. De même, les bennes pre-
neuses peuvent être adaptées aux conditions des dragages dits envi-
ronnementaux. Les avantages de ces systèmes sont décrits de manière
détaillée dans les guides Céda (Anonyme, 1998).
Dépôt à terre
Dans le cas de volumes limités, les dépôts à terre de sédiments à faible
teneur en eau peuvent se faire directement à la benne ; plus généralement
ces dépôts à terre sont réalisés à l'aide de conduites de refoulement. Les
sédiments peuvent être placés dans des chambres de dépôt qui permet-
tent leur consolidation et facilitent par exemple la réalisation de terre-
pleins portuaires.
22
Clapage
Les sédiments extraits soit par des moyens mécaniques, soit par aspira-
tion, peuvent donner lieu à des opérations de clapage sur des zones de
dépôt bien localisées. Dans le cas de sédiments contaminés, les maté-
riaux clapés seront éventuellement recouverts par des sédiments non
pollués et identiques (d'un point de vue granulométrique) à ceux du site
de rejet choisi, afin d'éviter la dispersion des éléments contaminants
dans le milieu (technique du « capping »).
Dragage « à l'américaine »
Cette technique, principalement utilisée en domaine estuarien, consis-
te à rejeter directement hors de la drague les sédiments extraits. Elle
est d'autant plus efficace qu'elle est pratiquée dans des zones à forts
courants susceptibles d'évacuer vers les zones souhaitées la mixture
issue de la surverse.
Références bibliographiques
Anonyme, 1998. Environmental aspects of dredging: machines, methods
and mitigation. Central Dredging Association (Céda) éd., 80 p.
Environnement Canada, 1994. Répercussions environnementales du
dragage et de la mise en dépôt des sédiments. Document préparé
par les consultants J. Bérubé inc. pour la section du développement
technologique. Direction de la protection de l'environnement, régions
du Québec et de l'Ontario, n° de catalogue En 159-39/1994F, 109 p.
Kenneth O., Hardy A.J., 1980. Impact of navigational dredging on fish
and wildlife. A Literature Review. US Department of the Interior.
Report FWS/OBS-80/07, 81 p.
Ottmann E, 1985. Un problème controversé pour l'environnement
marin : les dragages et leurs conséquences. Actes du 1 er colloque
d'océanologie côtière, Bordomer 85. Bordeaux 8-11 octobre 1985.
Adermaeds, 367-382.
Sogreah, 1994. Dragages dans les ports français. Synthèse. Géode.
99p- + annexes.
23
Dragages et environnement marin
ifr
à
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24
Les dragages sur le littoral français
Chapitre II
Les dragages
sur le littoral français r
25
Dragages et environnement marin
26
Les dragages sur le littoral français
27
Dragages et environnement marin
DUNKERQUE
Calais 1
Boulogne
Cherbourg
LE HAVRE
Saint-Quay-Portneux Caen" Deauvii'e
Saint-Malo Granville
VC^gBrest
Concarneau
A'^jpLorient
Le Crouesty
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•» • Les Sables-d'Olonne
. ... . ° * i « L a Pallice
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La Grande-Motte Cannes-Marina
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MARSEILLE
Cap d'Agde Toulon du-Var
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Port-la-Nouvelle - # Golfe-Juan
Pointe-Rouge
Port-Leucafe - * Santa Lucia
Saint-Cyprien 6 a n d o '
Port-Gnmaud
PORTS AUTONOMES Port-Cogolin
Cavalaire
Ports d'intérêt national
Ports de plaisance
à
Source : Livre de bord/Bloc Marine, 34e édition (1998). Bastia
Ajaccio
28
Les dragages sur le littoral français
29
Dragages et environnement marin
Ouistreham
DUNKERQUE
2737
2574
3142
30
Les dragages sur le littoral français
Les ports, qu'ils soient d'estuaires ou ouverts sur la mer, sont souvent
constitués par un chenal d'accès, un avant-port ou un port à marée
et/ou des bassins à flot. Les modalités de dragage diffèrent selon ces zones,
la nature des sédiments à draguer et le type de travaux à réaliser. Clas-
siquement, on distingue trois types de dragage : entretien, approfon-
dissement, aménagement de nouvelles aires portuaires.
Dragages d'entretien
Les opérations de dragage d'entretien concernent la majeure partie des
travaux réalisés dans les ports. Ces opérations répétitives visent à extraire
les sédiments qui se sont déposés et qui gênent la navigation. Elles
sont quasi permanentes dans les ports d'estuaires et périodiques dans
les ports ouverts sur la mer.
Il faut distinguer les opérations d'entretien selon qu'elles sont réalisées
dans :
- les chenaux d'accès des ports estuariens où la sédimentation est consti-
tuée très souvent de particules fines (Loire, Gironde) ou de mélange de
sable et de vase (Seine) ;
- les chenaux d'accès des ports maritimes où la sédimentation est, la plu-
part du temps, à dominante sableuse ;
- les bassins à flot où la sédimentation est liée à la décantation des
matières en suspension chargées en particules fines.
Différentes méthodes de travail sont mises en œuvre pour optimiser les
dragages.
Dans les chenaux et près des quais, l'extraction des dépôts excéden-
taires est réalisée par des dragues mécaniques ou aspiratrices en marche.
Les déblais sont alors stockés dans des cuves ou des puits de drague et
ensuite clapés en mer dans des zones délimitées et réservées à cet effet.
Les remises en suspension sont peu importantes et les modifications phy-
siques de faible ampleur. La répercussion sur la faune est minime puis-
qu'il s'agit de secteurs biologiquement pauvres, continuellement per-
turbés par le trafic maritime et les dragages réguliers. La fréquence des
opérations est prévisible et peut donc être programmée. Une autre
méthode consiste à aspirer une mixture composée d'eau et de sédiment
et à la refouler dans un puits de drague. L'eau en excès est évacuée par
débordement, entraînant avec elle la fraction fine du sédiment qui n'a
pu décanter dans le puits de drague : c'est le dragage par surverse. La mix-
ture peut également être aspirée et rejetée directement hors de la drague :
c'est le dragage « à l'américaine ». Ce type d'opération s'effectue en fonc-
tion des nécessités sans qu'il y ait programmation : par exemple, pour
assurer l'entrée d'un navire ayant un tirant d'eau très important dans des
conditions de marée peu favorables. Cette technique est utilisée pour
répondre à un besoin urgent d'exploitation et ne peut être mise en
œuvre que lorsque les conditions hydrauliques permettent le transport
des matières en suspension vers l'extérieur des zones portuaires. Elle per-
met ainsi de rectifier une profondeur (seuil) pour une période limitée.
31
Dragages et environnement marin
Dragages d'approfondissement
L'évolution de la taille des navires suppose une modernisation des ports
et en particulier l'adaptation du seuil de navigation pour les chenaux
d'accès et les bassins. Ces travaux nécessitent de déplacer d'importants
volumes de sédiments et demandent des moyens de dragages impor-
tants. Tous les ports autonomes et certains ports d'intérêt national sont
concernés par ces travaux neufs. Une drague aspiratrice d'une capacité
de transport de 8 000 m 3 est utilisée à Nantes; Dunkerque fournit
100 000 m 3 de sable propre à un groupement d'entreprises de travaux
publics.
32
Les dragages sur le littoral français
33
Dragages et environnement marin
34
Les dragages sur le littoral français
Références bibliographiques
Anonyme, 1998. Votre livre de bord/Bloc Marine. Documents régle-
mentaires, livres des feux, journal de bord, météo-électronique,
croisières, ports, tarifs, plans d'eau, 2 vol. : mer du Nord, Manche
et Atlantique, Méditerranée.
Mauvais J.-L., 1991. Les ports de plaisance : impact sur le littoral. Édi-
tions Ifremer, 165 p.
Robbe D., 1989- Les ports de plaisance : leurs équipements, leur gestion.
Bulletin de liaison des laboratoires des Ponts et Chaussées, 81-111.
35
Dragages et environnement marin
36
Microbiologie sanitaire des sédiments
Chapitre III
Microbiologie sanitaire
des sédiments
37
Dragages et environnement marin
38
Microbiologie sanitaire des sédiments
La très grande majorité des études sur les dragages s'est intéressée à l'as-
pect chimique de la pollution mais très peu ont abordé l'aspect bacté-
riologique et encore moins l'aspect viral. Cependant, les ports et les
estuaires reçoivent des eaux usées d'origines urbaine et agricole. Ces rejets,
plus ou moins bien épurés, contiennent un grand nombre de bactéries
et de virus dont certains, d'origine fécale, sont pathogènes pour l'hom-
me et peuvent lui être transmis au cours de baignades ou lors de la
consommation de coquillages. À leur arrivée en mer, une partie des
microorganismes des eaux usées est diluée dans la colonne d'eau tandis
qu'une autre partie, fixée aux particules, se dépose dans les zones vaseuses.
Les sédiments fins accumulés abritent ainsi une flore importante où les
bactéries et les virus d'origine entérique cohabitent avec la flore micro-
bienne autochtone. L'évaluation de l'impact microbiologique du dragage
passe tout d'abord par la connaissance de la charge bactérienne et virale
du sédiment et des mécanismes qui régissent l'activité et la survie des
bactéries dans cet écosystème.
39
Dragages et environnement marin
40
Microbiologie sanitaire des sédiments
41
à celle de l'eau superficielle, ce qui montre la capacité de rétention du
sédiment (Melnick, 1984). Certains substrats ont de fortes capacités
d'adsorption comme l'hématite, la magnetite en présence de chlorure
de calcium, l'oxyde de fer, la silice (S1O2). Dans le milieu marin, Gerba
et al. (1977) ont montré que le poliovims est retenu sur les sédiments
d'estuaire dans des proportions qui atteignent 99 à 100 %. Lors d'études
in vitro, les rotavirus s'adsorbent plus facilement en faible condition de
salinité (Metcalfe al., 1984).
Les microorganismes pathogènes pour l'homme étant en faible nombre
dans l'environnement, la législation propose des indicateurs de conta-
mination fécale pour évaluer le risque sanitaire.
42
Microbiologie sanitaire des sédiments
ah, 1993 ; Doré et Lees, 1995). La recherche des enterovirus par cul-
ture cellulaire est de plus en plus écartée car elle est longue, coûteuse
et se heurte à des problèmes techniques (masquage des virus par le
sédiment par ailleurs toxique vis-à-vis de la culture cellulaire). Pour les
virus détectés par des techniques moléculaires (PCR), les résultats obte-
nus sont intéressants mais doivent être quantifiés. L'utilisation des bac-
teriophages retient actuellement l'attention de divers auteurs.
Les bacteriophages sont des virus infectant les bactéries. Ils sont, de ce
fait, inertes et persistent comme eux dans l'environnement. Plusieurs
classes de bacteriophages ont été proposées comme indicateurs de conta-
mination fécale (Armon et Kott, 1996) : (1) les phages somatiques
infectant Escherichia coli; (2) les phages de Bacteroides fragilis qui pré-
sentent l'avantage de signer une contamination humaine et de per-
mettre ainsi de distinguer l'origine de la pollution (Jofre et al., 1997) ;
cependant, ils sont souvent présents en faible nombre et la méthode de
détection est assez délicate à mettre en œuvre (Le Maître, 1990); (3)
les phages F+ARN spécifiques ^Escherichia coli et Salmonella spp. Divers
travaux tentent actuellement de valider ces indicateurs, mais très peu
d'études portent sur le sédiment (Chung et Sobsey, 1993 ; Ferguson et
al., 1996; Tartera et Jofre, 1987).
43
Dragages et environnement marin
44
Microbiologie sanitaire des sédiments
45
marées, de certaines conditions météorologiques (orages, vents violents,
fortes pluies) et de passages de bateaux (Grimes, 1980 ; Irvine et Petti-
bone, 1993 ; Pettibone étal., 1996; Weiskel et al, 1996).
De nombreux auteurs ont étudié les différents impacts sur le plan éco-
logique : augmentation de la turbidité, de la demande en oxygène, des
teneurs en métaux toxiques... Ces phénomènes peuvent, par exemple,
aggraver localement des déficits en oxygène dissous déjà existants et
dus à la présence, dans les estuaires, du bouchon vaseux.
Du point de vue de la microbiologie, se pose la question du devenir des
flores bactérienne et virale et en particulier celles d'origine fécale, pié-
gées dans les sédiments et remises en suspension lors des dragages.
Comme pour tous les autres polluants, la qualité des matériaux dragués
et l'hydrodynamisme conditionnent l'impact microbien du dragage
sur l'environnement. Ainsi, Grimes (1980) montre qu'il existe, sur le
site du dragage, une corrélation hautement significative entre les tur-
bidités et les concentrations en germes tests : coliformes thermotolérants
et streptocoques fécaux. Il est également important de souligner que la
charge microbienne d'origine fécale des sédiments est très variable d'un
site à l'autre et est concentrée dans les premiers centimètres. Lors du dra-
gage, la couche contaminée va être mélangée à l'ensemble du sédiment,
conduisant à une dilution de cette charge microbienne.
Pour étudier l'impact des dragages sur la contamination fécale d'un
site, deux approches peuvent être envisagées : l'approche qualitative qui
consiste à suivre certains pathogènes et l'approche quantitative néces-
saire en matière de réglementation.
46
Microbiologie sanitaire des sédiments
Axe II Axe II
à Sédiment
• Eau
Amont Amont
• •
Aval Aval
47
Grâce au développement de la modélisation, il est possible de simuler,
d'un point de vue quantitatif, l'effet des remises en suspension sur la
Colonies de bactéries contamination bactérienne de l'eau; ainsi, Le Hir et al. (1989) ont éla-
Les sédiments prélevés sur le site de dragage peuvent être soit stockés
à terre soit rejetés ou immergés au large des côtes. Quelles que soient
les solutions choisies, elles présentent des risques de contamination des
sites marins voisins et en particulier des zones de baignade et d'élevage
conchylicole.
48
Microbiologie sanitaire des sédiments
Matières en suspension
1-
101-
k fo M
0 20 40 60
Vive-eau Morte-eau
49
En ce qui concerne les phénomènes de sédimentation, la plupart des
bactéries et des virus étant adhérents, ils vont suivre les lois de sédi-
mentation des matériaux rejetés ; la fraction grossière se dépose très
rapidement tandis que la fraction fine, a priori plus chargée en microor-
ganismes, se maintiendra plus ou moins longtemps au niveau du point
de rejet sous forme d'un nuage turbide. Cette fraction fine peut se
déplacer sur des distances relativement grandes car on a pu mettre en
évidence des virus entériques dans des sédiments prélevés à 5 km des
côtes et à une profondeur de 82 m (Bosch et al., 1988).
Les facteurs pouvant affecter la survie des bactéries d'origine entérique
en mer ont fait l'objet de nombreuses études in situ ou en laboratoire :
la lumière solaire (la lumière visible ou les UV proches), la salinité, la
teneur en éléments nutritifs, la température, la prédation et la compé-
tition de flore. Sous l'effet des différents stress qu'elles rencontrent en
milieu marin, les bactéries évoluent, comme dans le sédiment, vers des
formes viables non cultivables (Roszak et Colwell, 1987 ; Trousselier
étal., 1998).
La lumière visible étant un des facteurs les plus importants pour limi-
ter la survie des entérobactéries en mer, celui-ci a été plus particuliè-
rement étudié ces dernières années. Il a été démontré qu'en milieu
marin la lumière agissait sur les bactéries entériques par l'intermé-
diaire de la formation d'espèces oxygénées réactives, composés très réac-
tifs pouvant endommager différents constituants cellulaires. Par ailleurs,
son action néfaste est plus ou moins importante suivant l'état physio-
logique des bactéries et la qualité de l'eau (teneur en sels et en nutri-
ments) (Gourmelon et al., 1997).
Lors des rejets des matériaux dragués, l'action de la lumière sera atté-
nuée par la turbidité, du fait de la formation d'un nuage de matières
en suspension pendant cette opération. En effet, dès que les eaux sont
turbides (20 mg.l" 1 ), une atténuation importante de la pénétration de
la lumière est observée.
Des mesures réalisées in situ à l'aide de chambres à diffusion mettent
en évidence l'effet de l'intensité lumineuse reçue par les bactéries sur
la perte de cultivabilité bactérienne. Ainsi, à 2 m de profondeur, dans
une eau marine de turbidité faible (< 3 mg.l" 1 ), les bactéries reçoivent
des intensités lumineuses importantes (> 1 000 uE. m"2.s"1) et les numé-
rations chutent très rapidement (fig. 9a et 9b). Par contre, lorsque la
profondeur d'expérimentation augmente de 5 à 10 m, l'intensité lumi-
neuse reçue est moins importante et la perte de cultivabilité des bac-
téries est plus faible (Pommepuy et al., 1990). Ainsi, dans les eaux tur-
bides des zones de dragage et d'immersion, la survie des bactéries serait
facilitée par la double action des matières en suspension : protection
contre la pénétration de la lumière et support fournissant les éléments
nutritifs aux bactéries.
50
Microbiologie sanitaire des sédiments
Figures 9a et 9b
Intensité lumineuse (a) 1200
et survie d'Escherichia coït
(b) dans des chambres
à diffusion maintenues
à l'abri de la lumière (trait 900
noir), à 2, 5 et 10 m
de profondeur (traits rouge,
vert et bleu) en baie
de Morlaix. | 600
Mai 1989, salinité de 35, E
turbidité 3 mg.l"1,
température moyenne 15 °C
(Pommepuy et ai., 1990). 300
16 24 16 24 16 24
Temps (heures)
8 16 24 • 8 16 24 8 16 24 Temps (heures)
23 Mai 1989 24 Mai 1989 25 Mai 1989
Conclusion
Ce texte dresse le bilan des études faites sur l'impact des dragages sur
la qualité sanitaire de l'eau. Si l'analyse de la flore microbienne du sédi-
ment et des facteurs influençant sa quantité et sa qualité est bien docu-
mentée, très peu d'études ont cependant été réalisées sur l'impact du
dragage en lui-même. Ainsi, avant de conclure que les dragages ne
constituent pas une menace pour les zones conchylicoles ou de bai-
gnade, des études complémentaires sont nécessaires.
51
Dragages et environnement marin
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Dragages et environnement marin
54
Microbiologie sanitaire des sédiments
55
Dragages et environnement marin
56
Phytoplancton toxique et sédiments
Chapitre IV
Phytoplancton toxique
et sédiments
Évelyne Erard-Le Denn
57
Dragages et environnement marin
.
Phytoplancton toxique et sédiments
59
Dragages et environnement marin
60
ratoire à partir de kystes isolés des sédiments. Pour se rapprocher des
conditions environnementales, des expérimentations menées par Erard-
Le Denn (1997b) ont été réalisées en maintenant les kystes dans leur
matériel sédimentaire. Celles-ci ont montré qu'à des températures com-
prises entre 14 et 20 °C, et dans des eaux de salinité variant entre 18
Figure 11
et 37, les kystes étaient susceptibles de germer. Des conditions de
a) à droite, cellule végétative milieu dépend également la vitesse de germination. C'est ainsi que,
à'A. minutum en microscopie quelles que soient la température et la salinité, aucun kyste ne se revi-
électronique
(1 cm correspond à 7 um); vifie après un jour d'incubation. Par contre, 15 % des kystes germent
b) à gauche, kyste après 2 jours, à une température minimale de 16 °C et une salinité
de résistance d'A. minutum
en microscopie optique inférieure à 32. Au-delà du troisième jour, le processus de division des
(1 cm correspond à 14 um). cellules issues de la germination des kystes est en cours.
61
Outre la France, en Europe, les zones où Alexandrium minutum est pré-
sent de manière endémique concernent essentiellement au nord, l'Ir-
lande, la Hollande, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la Norvège, et
au sud, l'Espagne, le Portugal et l'Italie (Nehring, 1998).
Jusqu'à présent, il est difficile d'évaluer l'importance relative des apports
côtiers et le rôle de l'activité humaine dans le développement des algues
toxiques, certains biologistes supposent que la pollution favorise pré-
férentiellement ces espèces nuisibles, d'autres soutiennent que l'enri-
chissement des eaux est aggravé par l'intensification des communica-
tions, entraînant de ce fait l'introduction d'espèces étrangères.
À ce jour, les causes des introductions restent encore mal connues,
néanmoins elles sont probablement variées et une même espèce peut,
a priori, être introduite de différentes manières :
- soit par le biais de transferts géographiques de coquillages. Dans ce
cas, la flore associée ne fait pas l'objet de surveillance et les coquillages
peuvent stocker in situ des cellules ou des kystes phytoplanctoniques
viables (Scarret et al. 1993). Le transport de coquillages d'une zone de
production à l'autre est donc un facteur de déplacement de foyers d'épi-
démie quand on sait que, dans le bol alimentaire d'une huître, il peut
y avoir jusqu'à 80 % de cellules viables à'Alexandrium ;
- soit par introductions accidentelles causées par l'intensification des
communications et, notamment, par les transports d'algues dans les cuves
des bateaux (Gosselin et al., 1995 ; Locke et al., 1993 ; Smith et Kerr,
1992 ; Subba Rao et al., 1994). Nous savons depuis longtemps que les
bateaux transportent des organismes dans l'eau de leurs ballasts. Une
équipe de chercheurs de l'université de Tasmanie a montré que des
boues de vraquiers pouvaient contenir jusqu'à 300 millions de kystes
de dinoflagellés par cuve (Hallegraeff et Bolch, 1992). Ces chercheurs
ont aussi démontré que l'apparition, au cours des vingt dernières années,
d'un dinoflagellé toxique dans les eaux tasmaniennes correspond au
développement du commerce de bois avec le Japon.
Sur nos côtes, une étude récente menée par Fouché et Masson (1998)
montre que, de 1993 à 1995, 50 % des navires accostant dans les ports
de La Rochelle-La Pallice et Rochefort proviennent des côtes portugaises
et espagnoles, les autres navires viennent de la mer Rouge, du golfe
Persique, de la mer Noire, de la Baltique, de Norvège, d'Asie du Sud-
Est, etc. Certaines espèces proliférant sur nos côtes pourraient donc avoir
une origine étrangère.
62
Phytoplancton toxique et sédiments
• Zones à risque élevé pour les secteurs où des efflorescences se sont déjà
produites. C'est le cas de :
- la côte nord de la Bretagne :
dans l'aber Wrac'h en 1988 (2,3.10 6 cellules par litre) et en 1995
(5,7.10 6 cellules par litre),
la baie de Morlaix tous les ans depuis 1989 (sauf en 1991), à des concen-
trations supérieures à 1.10 cellules par litre, pouvant atteindre plus
de 40.10 6 cellules par litre (la Penzé en 1997),
la Rance depuis 1996 (720000 cellules par litre);
- la côte sud de la Bretagne où une importante efflorescence de Protogo-
nyaulax sp. {=Alexandrium sp.) a été observée en 1985 avec 6.10 6 cellules
par litre (Lassus et al., 1986).
Les kystes dans les sédiments des abers bretons et de la baie de Mor-
laix ont fait l'objet d'une étude approfondie par Erard-Le Denn et al.
(1993). Ces auteurs ont montré que, dans ces zones, les kystes étaient
systématiquement présents et revivifiables jusqu'à une profondeur de
sédiment de 10 à 30 cm et que leur densité était maximale en surface
à la fin de l'été (24000 kystes par gramme de sédiment humide). Le
cas de la rade de Toulon semble particulier, puisque l'efflorescence
remarquée pour la première fois en 1990 ne s'est jamais renouvelée et
que des kystes n'ont pas été observés dans les sédiments ;
• Zones à risque potentiel pour les secteurs où l'espèce est présente dans
les eaux ou dans les sédiments mais n'a jamais donné lieu à des efflores-
cences. Les observations réalisées dans les échantillons d'eau depuis 1984,
dans le cadre du réseau Ifremer de surveillance du phytoplancton toxique
(Réphy), montrent que A. minutum est observé épisodiquement depuis
1988 et à faible concentration sur les côtes de Bretagne Ouest et Sud,
mais plus récemment en Poitou-Charentes et en Aquitaine. La figure 12,
tirée de Belin et Raffin (1998), donne les zones concernées de 1992 à 1995
ainsi que les concentrations maximales observées par site.
Conclusion
63
0 0 • 10 000-100 000
» 0-1000 » 100 000-1 000 000
1 1000 - 1 0 000 # > 1 000 000 (en cellules par litre)
Figure 12 - Zones où Alexandrium minutum a été observé par le Réphy de 1992 à 1995 (d'après Belin et Raffin, 1998).
64
Phytoplancton toxique et sédiments
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66
Contamination chimique des sédiments
Chapitre V
Contamination chimique
des sédiments
Claude Alzieu, Pierre Michel Jean-François Chiffoleau,
Bernard Boutier et Alain Abarnou
Dragages et environnement marin
69
Dragages et environnement marin
L'arsenic
Sources
L'arsenic est présent naturellement dans les sols à l'état de traces, mais
il est associé sous forme de sulfures à de nombreux minerais (fer, cuivre,
plomb, zinc. .. ) dont l'extraction, le transport et le traitement métal-
lurgique contribuent à sa dissémination dans le milieu environnant. L'ar-
senic est alors un sous-produit peu valorisable que l'on retrouve dans
les rejets liquides ou solides et dans les émissions atmosphériques (Chil-
vers et Peterson, 1987). La combustion du charbon est aussi une sour-
ce majeure de contamination. La production mondiale de tri oxyde d'ar-
senic était estimée en 1980 à 31 600 tonnes par an, essentiellement
utilisée comme pesticides en agriculture et pour le traitement des bois
(mélanges cuivre, chrome, arsenic). En 1990, la France était encore un
important producteur de trioxyde d'arsenic (10000 à 12000 tonnes),
sous-produit de la production aurifère (Michel, 1993).
Comportement géochimique
A l'état dissous, l'arsenic inorganique se présente sous forme d'As(II!)
et d'As(V). Les formes réduites (AsIII) sont instables en milieu oxique
et résultent de l'activité bactérienne ou phytoplanctonique. En milieu
anoxique, As(II!) prédomine. L'activité planctonique libère aussi des com-
posés organoarséniés tels que l'acide mono-méthyl arsonique (MMA),
l'acide diméthyl arsinique (DMA) (Chilvers et Peterson, 1987; Fran-
cesconi et Edmonds, 1993). Les algues supérieures synthétisent des
arsénoribosides partiellement solubles. Quant aux poissons, ils accu-
mulent l'arsenic essentiellement sous forme d'arsénobétaïne non toxique
(Francesconi et Edmonds, 1993). En milieu côtier ou estuarien, le com-
portement de l'arsenic dissous est très dépendant de l'adsorption sur
les particules riches en hydroxydes ferriques qui insolubilisent As(V)
et provoquent sa sédimentation. La concentration en arsenic dans les
particules est souvent corrélée avec les concentrations en fer, alors que
les partièules planctoniques sont plutôt un facteur de dilution.
Dans les sédiments récents, l'anoxie progressive solubilise à nouveau
l'arsenic sous forme d'As(II!) et contribue donc à sa remobilisation par-
tielle. Par contre, dans les horizons profonds, la présence de sulfures favo-
rise la fixation définitive de l'arsenic et de certains autres métaux. Cet
équilibre, très lié au potentiel rédox des sédiments, est susceptible "
d'être remis en cause lors des opérations de dragage.
70
Contamination chimique des sédiments
Toxicité
La toxicité de l'arsenic dépend essentiellement des formes chimiques
sous lesquelles cet élément est présent dans le milieu, ou accumulé
dans le réseau trophique. Les ions arsénites et arséniates sont les formes
les plus dangereuses pour les espèces marines et pour le consommateur
de produits marins.
Le phytoplancton est le maillon le plus sensible aux effets toxiques de l'ar-
senic. A des concentrations supérieures à 5 Jlg.l-l, As (III) et As(V) inhi-
bent le développement de Skeletonema costatum. La croissance de nombreuses
diatomées est réduite par 0,2 pg par cellule et, dans des conditions natu-
relles, la composition spécifique du phytoplancton s'en trouve modifiée
au profit des microflagellés. Indirectement, cette modification spécifique
peut agir sur le zooplancton (Michel, 1993; Sanders et al., 1994).
Malgré de fortes concentrations dans la chaîne alimentaire, la toxicité
pour le consommateur humain n'est pas établie. L'arsenic est en effet
accumulé par les macroalgues, les poissons, les mollusques et les crus-
tacés sous des formes chimiques non toxiques (arsénosucres, arsénobé-
taïne, arsénolipides). Ces formes sont rapidement excrétées par le
consommateur, sans transformation en espèces toxiques.
le cadmium
Sources
La production mondiale de cadmium en 1995 était de 18100 tonnes.
Aux États-Unis, 65 % servent à la fabrication des batteries Ni-Cd,
71
14 % sont utilisés comme pigments (sulfures), 9 % pour le traitement
de surface des aciers, 9 % servent à la stabilisation des matières plas-
tiques et 2 % entrent dans la composition des alliages non ferreux
(USGS, 1996). Ces usages sont représentatifs de la consommation dans
les pays industriellement développés. La consommation tend à s'ac-
croître avec l'apparition des véhicules électriques et des divers appareils
portables utilisant des batteries rechargeables.
Par ailleurs, le cadmium étant associé à l'état de traces dans les mine-
rais, les activités métallurgiques sont sources d'émissions atmosphé-
riques importantes. Cossa et Lassus (1989) rapportent des flux atmo-
sphériques anthropiques de 5 500 à 7 300 tonnes par an, dont 73 %
en provenance de la métallurgie et 19 % de l'incinération des déchets.
La récupération des poussières est un moyen efficace de réduction de
la contamination atmosphérique. En 1994, le gouvernement américain
a adopté une réglementation visant à réduire de 99 % les émissions
atmosphériques par l'industrie de traitement des métaux non-ferreux
(Anonyme, 1994).
Les fleuves sont aussi une source importante d'apport de cadmium à
l'océan. Dans les eaux douces, l'essentiel du cadmium est adsorbé sur
les particules en suspension. Ce cadmium particulaire esr ensuite rapi-
dement remobilisé lorsque la force ionique du milieu s'accroît avec
l'apparition des eaux marines. Les concentrations en cadmium dissous
sont très variables d'un fleuve à l'autre en fonction du contexte géolo-
gique et des activités industrielles du bassin versant. À titre indicatif,
on rapporte les concentrations suivantes (en ng.l"1) : Orénoque 0,2 - 0,8 ;
Saint-Laurent 13 ; Rhin 10 - 80 ; Garonne 60 (Cossa et Lassus, 1989).
Le flux de cadmium dissous exporté de la Gironde vers l'océan est esti-
mé à 57 kg.]" 1 (Jouanneau et al., 1990), à 2,4 kg.j" 1 pour la Loire (Bou-
tier et al, 1993); pour la Seine, il serait de 0,3 à 0,5 kg.j" 1 en période
d'étiage (Chiffoleau et ai, 1994).
Comportement géochimique
Les ions Cd 2+ constituent la forme prédominante du cadmium dissous
en eau douce. Dès que la salinité augmente, les chlorocomplexes devien-
nent rapidement les espèces dominantes (Cossa et Lassus, 1989)- Le
comportement très différent de ces deux espèces chimiques vis-à-vis des
particules en suspension explique en grande partie les proportions de
cadmium dissous ou particulaire que l'on peut rencontrer selon les zones
considérées. Dans les rivières, 95 % du cadmium serait sous forme par-
ticulaire. Cette proportion s'inverse lorsque la salinité atteint 17 à 20 (Bou-
der et al., 1993 ; Chiffoleau et al, 1994). En estuaire, la représentation
des concentrations en cadmium dissous en fonction de la salinité prend
la forme d'une courbe en cloche très caractéristique. La conservativité du
cadmium dissous dans la gamme de salinité d'environ 20 à 33 permet
d'extrapoler une concentration théorique de cadmium à salinité nulle et
de calculer ainsi les exports à l'océan.
L'affinité du cadmium pour les particules en suspension peut être expri-
mée par le coefficient de partage entre les phases dissoutes et particu-
72
laires (Kd) ou par son logarithme décimal (log Kd). Chiffoleau et al,
(1994) rapportent des log Kd de 3,9 à 4 pour la Seine, 4,5 à 5 pour l'Es-
caut et 3,5 à 5 pour les côtes britanniques. En milieu côtier ou océa-
nique, le cadmium a un comportement du type phosphate, c'est-à-dire
qu'il est assimilé par le phytoplancton et voit ainsi sa concentration se
réduire dans la couche euphotique avec entraînement vers les eaux pro-
fondes sous l'action des particules biogènes. La modélisation du com-
portement du cadmium en phase dissoute et particulaire a été abordée
(Gonzalez et al., 1997). Ces auteurs considèrent que les hydroxydes de
fer, les ligands organiques, la salinité, le p H et la charge en particules
sont les facteurs clés du comportement du cadmium en milieu estuarien.
Cette modélisation est en voie d'affinement, en particulier par l'étude
de l'adsorption de 109 Cd sur des particules détritiques et de l'absorption
par le phytoplancton.
Dans les sédiments, l'adsorption du cadmium est principalement en rela-
tion avec les concentrations en carbone organique (Gonzalez et al.,
1991). Les flux issus de la colonne d'eau par le biais de l'activité phy-
toplanctonique sont alors mis en évidence. La diagénèse précoce de la
matière organique dans les sédiments superficiels tend à recycler une
part du cadmium ainsi immobilisée (Cossa et Lassus, 1989), car les
eaux interstitielles de surface deviennent plus concentrées en cadmium
que les eaux sus-jacentes. Toutefois, une part du cadmium reste immo-
bilisée de façon plus permanente, sous forme de sulfures, dans les sédi-
ments profonds anoxiques (Cossa et Lassus, 1989). Cette particularité
peut être mise à profit, si la bioturbation n'est pas trop importante, pour
dater une contamination anthropique. La remise en suspension, par
tempête ou dragage, d'un sédiment contaminé modifie la nature des
équilibres et des échanges avec la phase dissoute.
Pour les organismes vivants, nous avons déjà vu que le cadmium était
assimilé par le phytoplancton. Lee et Morel (1995) montrent même
qu'un déficit en zinc (élément essentiel) peut être partiellement compensé
par la présence de cadmium. Il ne semble pas pour autant que la nour-
riture soit une voie importante de contamination des chaînes alimentaires.
Selon Cossa et Lassus (1989), l'essentiel du cadmium accumulé par les
copépodes et les mollusques viendrait de la phase dissoute. Pour les éche-
lons trophiques supérieurs, la part de l'alimentation dans la contami-
nation serait cependant plus importante.
73
Dragages et environnement marin
En phase dissoute dans des eaux estuariennes, on trouve (en ng.l ) : pour
la Gironde 20 à 400 (Jouanneau et al. 1990), pour la Loire 12 à 47
(Bouder et al, 1993), la Seine 30 à 200 (Chiffoleau et al, 1994), la
Lena 3 à 8 et l'Amazone 10 (Martin et al., 1993)- Dans les eaux de sur-
faces océaniques, les concentrations de cadmium en phase dissoute sont
le plus souvent inférieures à 5 ng.l"1 (Cossa et Lassus, 1989)- Les eaux
côtières sont souvent influencées par des apports terrigènes : 11 à
23 ng.l"1 pour le sud de la Bretagne et 11 à 14 ng.l"1 au nord de la Bre-
tagne selon Boutier et al (1993), 10 à 50 ng.l"1 à l'ouest de la Gironde
(Jouanneau et al., 1990).
Dans les particules en suspension, en milieu marin, la teneur en cadmium
est de 0,4 à 0,8 pg.g" 1 pour l'estuaire de la Loire (Boutier et al., 1993),
1,5 à 3,3 ug.g" 1 pour l'estuaire de Seine (Chiffoleau et al, 1994),
0,5 pg.g"1 en moyenne pour l'estuaire de la Gironde (Kraepiel étal, 1997).
Dans les sédiments océaniques, la teneur moyenne est voisine de
0,2 pg.g" 1 Qn: Cossa et Lassus, 1989). Ces concentrations sont de 0,1 9
à 0,41 pg.g" 1 dans les sédiments de surface du bassin de Marennes-
Oléron (Gonzalez et al, 1991), elles atteignent 1,5 pg-g dans des
carottages de l'estuaire de la Gironde (Jouanneau et al, 1990).
Les mollusques bivalves (moules et huîtres) sont fréquemment utilisés
comme témoins de la contamination par le cadmium. Une comparaison
a récemment été faite entre les données de la survei.iance ainsi effectuée
en France et aux Etats-Unis (RNO, 1996). Les résultats statistiques
sont présentés dans le tableau 3.
Selon Beliaeff et Smith (1996), l'effet saisonnier est important sur les
mesures effectuées et peut expliquer 45 % des variations constatées. Par
ailleurs, le facteur d'accumulation diffère selon les espèces et on consi-
dère généralement que l'huître C gigas accumule 3 à 4 fois plus le cad-
mium que la moule M. edulis dans un environnement comparable.
Les poissons concentrent moins le cadmium que les mollusques. Cossa
et al. (1990) ont réalisé un inventaire des niveaux renconrrés dans les
produits de la pêche française. Exprimées en pg.g" 1 dans la chair sèche,
les concentrations varient pour le flet de 0,002 à 0,066, le hareng de
0,004 à 0,025, la plie de 0,002 à 0,017, le maquereau de 0,002 à 0,119,
la sole de 0,002 à 0,020. Les crustacés ont des teneurs plus élevées : cre-
vettes grises de 0,034 à 0,667 et langoustines de 0,21 à 1,295.
74
Contamination chimique des sédiments
Toxicité
Le cadmium ne présente pas de toxicité aiguë pour les organismes
marins à des concentrations susceptibles d'être rencontrées dans le
milieu. Au niveau sublétal,- des concentrations de 0,05 à 1,2 pg.l"1
peuvent ptovoquer des effets physiologiques pour les larves de crusta-
cés (respiration, stimulation enzymatique) et des inhibitions de crois-
sance pour le phytoplancton. Le rôle des métallothionéines dans les
mécanismes de bioaccumulation et de détoxication est aussi rapporté
(Cossa et Lassus, 1989).
Selon le rapport du Gesamp (1991), le cadmium présente des risques
pour le consommateur humain. Même à de faibles concentrations, il tend
à s'accumuler dans le cortex rénal sur de très longues périodes (50 ans)
et à provoquer des dysfonctionnements urinaires chez les personnes âgées.
L'Organisation mondiale de la santé limite à 70 p-g.j^1 l'ingestion de
cadmium pour un adulte. Pour certaines populations humaines, la
consommation de coquillages contribue notablement aux apports de
cadmium.
Le chrome
Sources et flux
Le chrome produit industriellement provient de l'extraction de la chro-
mite, minerai de fer et de chrome dont les ressources mondiales, essen-
tiellement en Afrique, sont estimées à environ 6000 millions de tonnes
(iMriagu, 1988). D'après la consommation actuelle de 10 millions de
tonnes par an, les ressources disponibles équilibreront la demande pen-
dant encore plusieurs siècles. Ce métal est utilisé principalement dans
la métallurgie, mais aussi dans la technologie des matériaux réfrac-
taires et dans l'industrie chimique (Chiffoleau, 1994).
La majeure partie du chrome parvenant à l'océan depuis le continent pro-
vient des fleuves, soit annuellement environ 1,5 million de tonnes (Mar-
tin et Meybeck, 1979)- Cet apport est essentiellement particulaire et inso-
luble, le chrome particulaire étant intégré dans une ttès forte propor-
tion aux mailles d'alumino-silicate constituant les particules. Cependant,
les fleuves constituent une source non négligeable de chrome dissous,
avec un flux annuel de 20 000 à 45 000 tonnes par an (Jeandel et Mins-
ter, 1987), du même ordre de grandeur que les rejets industriels et
urbains directs dans les eaux côtières.
L'atmosphère constitue une source beaucoup moins importante d'ap-
port de chrome à l'océan puisque, sur les 50000 tonnes de chrome qui
75
Dragages et environnement marin
Comportement géochimique
Le chrome appartient aux éléments de transition de la première série
(groupe VI b) et, comme tous les éléments de transition, il existe sous
plusieurs états d'oxydation, depuis Cr(0) la forme métallique jusqu'à
Cr(VI) ; cependant, seules les formes Cr(III) et Cr(VI) sont rencontrées
à l'état dissous dans le milieu aquatique, la présence de l'une ou de
l'autre forme chimique étant contrôlée théoriquement par les équi-
libres thermodynamiques. Ainsi, le chrome se retrouve en phase tota-
lement dissoute sous forme Cr(III) dans les bassins anoxiques, alors que
les eaux océaniques bien oxygénées favorisent la présence de la forme
Cr(VI), comme le montre la figure 13 tirée de Emerson et al. (1979).
Alors que la forme oxydée Cr(VI) est très soluble, la forme réduite Cr(III)
possède une forte tendance à s'adsorber sur toutes les surfaces et est donc
enlevée très rapidement de la colonne d'eau sous forme particulaire.
Cependant, la présence de matière organique dissoute induit la forma-
tion avec l'espèce chimique Cr(III) de complexes stables en solution et,
Figure 13 Concentration en Cr dissous
Espèces chimiques
du chrome dans un fjord 1 1,5 2,5
partiellement anoxique
(d'après Emerson et al.,
1979).
Interface 02/H2S
140
160 -
180 - -# Cr(lll)
Cr (VI)
200
76
Contamination chimique des sédiments
Niveaux de présence
On observe une très grande variabilité de la distribution du chrome
dans l'atmosphère, selon la proximité des sources, la fréquence des
émissions et les facteurs météorologiques. Les teneurs mesurées varient
de 0,005 ng.rrf 3 au pôle Sud à plus de 150 ng.m" 3 dans des zones
urbaines (Nnagu et al, 1988).
Les concentrations en chrome dissous dans l'océan se situent dans une
gamme assez réduite, depuis 150 ng.l"1 à la surface de l'océan mondial,
où l'activité phytoplanctonique a extrait une partie de cet élément, jus-
qu'à 350 ng.l"1 dans les eaux profondes de l'océan Pacifique. Ces teneurs
remarquablement proches les unes des autres se retrouvent aussi dans
les mers et les zones littorales (Jeandel et Minster, 1987).
Les phases dissoutes des eaux fluviales sont en général peu contaminées,
alors que l'on retrouve parfois de très forts niveaux de concentration dans
les particules en suspension et les sédiments fluviaux et estuariens
(Moore et Ramamoorthy, 1984).
Le chrome est peu concentré par les organismes vivants en milieu natu-
rel. Les teneurs sont en général de l'ordre du mg.kg" 1 dans le plancton,
comme chez les invertébrés et les poissons. On retrouve cependant dans
de rares cas de contamination aiguë des niveaux de plusieurs centaines
de mg.kg" 1 chez des moules (Gault et al., 1983).
77
Dragages et environnement marin
Toxicité
Peu de données sont disponibles sur la toxicité sublétale des différentes
formes d'oxydation du chrome. Martin et al. (1981) ont trouvé que des
concentrations en dichromate de potassium de l'ordre de 4 500 ug.l"1
(EC 50) provoquaient des anomalies dans le développement larvaire
des bivalves. Le seuil sans effet (Treshold Effect Level) dans les sédiments
est estimé à 52,3 ug.g" 1 (FDEP, 1994).
Le cuivre
Sources
L'industrie électrique utilise plus de 50 % de la production mondiale
de cuivre qui est de l'ordre de 10 millions de tonnes par an. On estime
à 17 000 tonnes la quantité de cuivre déposée annuellement dans les
océans par voie atmosphérique et par les rivières (in: Moore et Rama-
moorthy, 1984). L'utilisation de l'oxyde C m O comme matière active
des peintures antisalissures marines constitue une source importante d'in-
troduction dans les zones portuaires. Ces apports ont eu tendance à
s'accroître à partir du début des années quatre-vingt, en raison de l'in-
terdiction d'emploi du tributylétain dans ces mêmes peintures.
Comportement géochimique
Dans le milieu aquatique, le cuivre existe sous forme particulaire, col-
loïdale et dissoute. Il a tendance à former des complexes avec des bases
fortes telles que carbonates, nitrates, sulfates, chlorures. En milieu
marin, il se trouve peu lié aux acides humiques (10 %), car rapidement
déplacé de ses complexes par le calcium et le magnésium (Mantoura et
al., 1978). Le cuivre est introduit sous forme particulaire dans les
océans, où son temps de résidence est estimé entre 1 500 et 78 000 ans.
Les matières en suspension en renferment des quantités variables, soit
de 12 à 97 %.
78
Contamination chimique des sédiments
Toxicité
La toxicité vis-à-vis des organismes marins dépend des espèces consi-
dérées, de la salinité, de la solubilité de ses sels ainsi que du degré
d'oxydation et de l'état de complexation du cuivre. De façon générale,
la toxicité est plus élevée pour le cuivre à l'état d'oxydation +1 et
décroît dans l'ordre +2 à 0. Les oxydes, CuO et Cn^O, très peu solubles,
sont toxiques à des concentrations de l'ordre de 1 à 2 mg.l" 1 et les
anions influencent la toxicité dans l'ordre décroissant : acétates, chlo-
rures, sulfates, carbonates. Le tableau 5 donne un ordre de grandeur
des concentrarions toxiques pour différentes espèces prises au stade
larvaire. His et Roberr (1983-1985) ont trouvé que le chlorure cui-
vrique CuCl2 était sans effet sur les larves d'huîtres C. gigas à la concen-
rrarion de 10 ug.L 1 , tandis que le développement embryonnaire était
totalement perturbé à 50 ug.l"1. Les larves d'huîtres plates Ostrea edulis
79
Dragages et environnement marin
Le mercure
Sources
Parmi les sources anthropiques de mercure, on peut citer la fabrication
et l'usage de catalyseurs, de fongicides, de pigments et composés mer-
curiels, les piles au mercure, la fabrication de chlore par electrolyse sur
cathode de mercure, le traitement des minerais non ferreux, l'inciné-
ration de déchets et la combustion du charbon (Cossa et al., 1990).
Pour la Communauté européenne, Leroy (1987) estimait annuellement
à 550 tonnes les rejets de mercure liés à la fabrication du chlore et à
700 tonnes ceux issus d'autres industries.
Comportement géochimique
Le mercure peut prendre les degrés d'oxydation 0,1 ou II. Il peut aussi
former des liaisons covalentes stables et donner ainsi des dérivés alky-
lés ou phénylés très toxiques. Dans l'environnement, les composés
méthylés ont une place particulièrement importante dans le cycle bio-
géochimique. La méthylation du mercure est constatée dans les sédiments
sous l'action des microorganismes et, dans la colonne d'eau, en pré-
sence de phytoplancton. Le monométhyl mercure (CH3)Hg + ainsi for-
mé a une très grande faculté de biomagnification dans les chaînes ali-
mentaires et sa proportion augmente progressivement quand on passe
d'un échelon trophique au suivant (Thibaud, 1992). En fin de chaîne
alimentaire, le facteur de concentration atteint fréquemment 5.10 5 .
Contamination chimique des sédiments
Niveaux de présence
Dans les eaux océaniques, les concentrations en mercure dissous varient
entre 0,1 et 2 ng.l" 1 . Pour les eaux estuariennes de Seine et de Loire,
Coquery et al. (1997) rapportent des concentrations du même ordre
(respectivement 0,4 à 2 et 0,2 à 1 ng.L 1 ). En Méditerranée, Cossa et al
(1997) notent des concentrations en mercure total comprises entre 0,2
et 1,3 ng.l" 1 .
Pour les sédiments prélevés sur l'ensemble du littoral français, Bou-
der et Cossa (1988) ont trouvé des concentrations moyennes de 0,04
à 1,2 ug.g" 1 exprimées par rapport au poids sec. Le bruit de fond géo-
chimique étant voisin de 0,1 ug.g -1 , ces auteurs considèrent que les résul-
tats supérieurs à 0,5 pg-g"1 sont un indice certain de contamination.
Les mollusques filtreurs (huîtres et moules) sont fréquemment utilisés
comme témoins de la contamination du milieu. Les concentrations
extrêmes exprimées par rapport au poids de tissus secs varient mon-
dialement de 0,03 à 2,7 pg.g" 1 . Pour le littoral français, les teneurs
moyennes sont de 0,13 pg.g - 1 pour Mytilus edulis et 0,15 pg-g -1 pour
Crassostrea gigas. La répartition géographique met en évidence certaines
zones en estuaire de Seine ou en Méditerranée qui méritent une atten-
tion accrue (Boutier et Cossa, 1988 ; Cossa et al., 1990).
Les concentrations en mercure total dans les poissons varient beaucoup
d'une espèce à l'autre en fonction du niveau trophique où ils se situent
ainsi que de la taille des spécimens analysés. Les données publiées par
Cossa et al. (1990) pour 12 espèces commerciales et près de 1 000 échan-
tillons analysés laissent apparaître des teneurs plus importantes chez les
espèces carnassières : bar, congre, roussette. Les teneurs moyennes vont
de 0,20 ug.g" 1 (poids sec) chez le hareng de Manche Est à 4,2 pg.g" 1
81
Dragages et environnement marin
chez la roussette de la même zone. Cette étude fait aussi état d'une
proportion de méthyl mercure comprise entre 73 et 97 % par rapport
au mercure total.
Toxicité
Les seuils létaux ou sublétaux rapportés pour le mercure en milieu
marin sont de l'ordre de 1 000 ng.l"1 (Cossaeta/., 1990). Ces teneurs sont
très supérieures aux concentrations mesurées dans le milieu. Parmi les
effets les plus significatifs qui ont été observés, on peut noter l'induction
de métallothionéines chez les poissons et, en mésocosme, l'altération
de la distribution des espèces phytoplanctoniques.
Pour le consommateur humain, les effets toxiques du mercure sont
plus évidents. La capacité de concentration d'un facteur de 10 à 10
pour les poissons par rapport au milieu ambiant et la forte sensibilité
de ce facteur à la présence de méthyl mercure rendent le milieu marin
très sensible aux écarts de contamination. Ce risque est pris en compte
par l'arrêté du 21 juillet 1995 relatif au classement de la salubrité et
à la surveillance des zones conchylicoies qui précise que la teneur en
mercure des coquillages n'excédera pas 0,5 mg de mercure total par kg
de chair humide. Notons aussi que, pour les poissons, la France limite
aussi à O^mg.kg" 1 la teneur en mercure total, à l'exception de thons
pour lesquels on accepte jusqu'à 0,7 mg.kg" 1 .
Le nickel
Sources et flux
Les apports fluviaux au milieu marin sont estimés à 1,5 million de
tonnes par an, essentiellement sous forme particulate, la fraction dis-
soute ne représentant que 19000 t. L'introduction annuelle de nickel
d'origine anthropique vers l'atmosphère provient de l'utilisation des com-
bustibles fossiles (41 000 t) et de la production de métaux non ferreux
(9000 t). L'activité volcanique et l'érosion éolienne qui constituent
l'essentiel des flux naturels vers l'atmosphère (26000 t) représentent
40 à 50 % du flux anthropique.
Comportement géochimique
Que ce soit en milieu côtier ou de façon encore plus nette en milieu pro-
fond, l'affinité pour les oxyhydroxydes de fer ou de manganèse constitue
la caractéristique essentielle du comportement diagénétique du nickel.
Klinkhammer (1980) a établi les liens entre le comportement du nickel
dans la colonne sédimentaire et la séquence d'utilisation des oxydants
décrite par Froelich et al. (1979), selon laquelle la dégradation de la
82
Contamination chimique des sédiments
83
Dragages et environnement marin
observent des teneurs de 2,3 ug.l" 1 dans les eaux interstitielles situées
entre 2 et 5 cm alors que les eaux de fond ne contiennent que 0,2 ug.l ,
ce qui permet de prévoir un flux important de nickel du sédiment vers
la colonne d'eau.
Une étude systématique du golfe du Lion a mis en évidence un enri-
chissement général des eaux interstitielles des premiers centimètres par
rapport à l'eau sus-jacente. Cet enrichissement de quelques dizaines à
deux cents nanomoles est attribué à la dégradation oxique de la matière
organique (Nolting et Helder, 1990). Par ailleurs, la plupart des pro-
fils présentent un maximum de nickel dissous situé généralement en
dessous de la limite de pénétration de l'oxygène. Ces pics qui peuvent
être très marqués, jusqu'à 400 ug.l" 1 , sont attribués à la dissolution
reductive des oxydes de manganèse. Sur certaines stations, la dégrada-
tion de la matière organique dans la couche oxique produit également
un enrichissement important des eaux interstitielles.
Finalement, que ce soit dans les océans ou en milieu côtier, le nickel
apparaît susceptible d'être mobilisé par deux grands types de méca-
nismes :
- la dégradation de la matière organique en milieu oxique ; les exemples
cités montrent que les flux résultant de ce processus sont modérés mais
intéressent une grande partie du fond des mers et des océans ;
- la dissolution reductive des oxydes de manganèse en milieu suboxique ;
ce processus libère des quantités importantes de nickel qui se trouvent
le plus souvent piégées dans les horizons supérieurs oxiques lors de la
reprécipitation du manganèse. Si le sédiment devient anoxique, la
reprécipitation sous forme de sulfure intervient et limite la diffusion
vers les niveaux supérieurs.
Certains facteurs, comme la bioturbation ou la remise en suspension par
les tempêtes, peuvent accélérer considérablement le passage du nickel
vers la colonne d'eau.
84
Les teneurs en nickel des sédiments côtiers sont extrêmement variables
(tab. 6) et sous l'influence de divers facteurs, dont principalement les
apports anthropiques et la couverture géologique du bassin versant.
Mais les caractéristiques physiques du sédiment (granulométrie) ainsi
que les conditions hydrodynamiques et biologiques de la zone jouent
également un rôle important. Les teneurs moyennes (Turekian et Wede-
pohl, 1961) sont de l'ordre de 55 mg.kg"1. En Méditerranée, toujours pour
des sédiments fins, Nolting et Helder (1990) observent 40 mg.kg" 1 dans
des niveaux inférieurs de carottes du golfe du Lion et adoptent ce niveau
comme référence pour le secteur. Dans le Kattegat et la Baltique, Mad-
sen et Larsen (1986) observent des teneurs comprises entre 10 et
34mg.kg" 1 dans des sédiments antérieurs à 1850, donc en principe
non contaminés. Ces auteurs expliquent les variations des teneurs en
nickel par celles des teneurs en carbone organique, les deux variables
étant liées par une corrélation linéaire très forte.
85
Dragages et environnement marin
Dans les sédiments dragués des principaux ports français, les teneurs
moyennes sont de l'ordre de 20 à 25 mg.kg" 1 (poids sec), mais peuvent
atteindre des valeurs maximales de 250 mg.kg" 1 (poids sec) en zone for-
tement polluée.
Toxicité
La toxicité du nickel pour les organismes marins est considérée comme
faible. Des effets sur la reproduction des bivalves (anomalies du déve-
loppement larvaire) ont été observés chez l'huître Crassostrea gigas à la
concentration (EC50) de 349 ug.l"1 en sulfate de nickel et à 891 ug.l"1
chez la moule Mytilus edulis (Martin et al., 1981). Chez la moule adulte,
Stromgren (1982) estime à 200 ug.l"1 la concentration en chlorure de nic-
kel sans effet sur la croissance (NOEC). En ce qui concerne la teneur sans
effet dans les sédiments elle est estimée à 15,9 ug.g"1 (FDEP, 1994).
Le plomb
Sources et flux
Le plomb (Pb) est un métal qui se présente sous la forme d'un mélange
de 27 isotopes radioactifs et d'isotopes stables dont Pb, 2 0 7 Pb et
208
Pb sont les plus répandus. Il est utilisé industriellement depuis l'An-
tiquité et sa production s'est régulièrement accrue jusqu'au début du
XXe siècle. L'utilisation de plomb tétraéthyle comme additif antidéto-
nant dans les carburants a eu pour conséquence un accroissement brutal
de la consommation en plomb à partir de 1945. Malgré une très forte
demande pour la fabrication d'accumulateurs, la consommation annuelle
mondiale de plomb s'est stabilisée autour de 5 500. 10 3 t à partir des
années quatre-vingt. Cette stabilisation est à mettre au crédit des
mesures de réduction des taux de dérivés du plomb dans les essences.
L'atmosphère représente la principale voie de transfert du plomb d'ori-
gine anthropique vers l'océan comme le montre le tableau 7 (Cossa et
al, 1993).
86
Contamination chimique des sédiments
Comportement géochimique
Dans l'eau de mer, le plomb se trouve principalement sous forme de
carbonates P b C 0 3 (40 à 80 %) ou de chlorures PbCl 2 (1 à 40 %) et PbCl +
(2 à 19 %). Il présente une forte affinité pour la matière particulaire.
La fraction adsorbée sur les particules en suspension augmente avec le
pH et diminue lorsque la chlorinité augmente. Bien que la biométhy-
lation du plomb par les bactéries ait été prouvée expérimentalement, il
ne semble pas qu'en milieu naturel elle représente un mécanisme signi-
ficatif de son comportement géochimique. Le plomb est bioaccumulé
par les organismes marins et, malgré la présence de formes organiques
du plomb, il n'a pas été mis en évidence de phénomène de biomagnifi-
cation (accumulation amplifiée par les chaînes alimentaires). Le facteur
de bioaccumulation varie généralement entre 1000 et 100000 selon
les espèces considérées.
Niveaux de présence
En milieu côtier, à l'écart des zones de rejet, les teneurs en plomb dissous
dans les eaux sont comparables à celles mesurées en milieu océanique.
Ceci est à considérer comme la résultante des phénomènes d'adsorption
par les matières en suspension (100 à 1 000 ng.mg" 1 ) et le plancton.
Tatsumoto et Patterson (1963) estiment que 50 % du plomb total pré-
sent dans l'eau peut être adsorbé par le zooplancton. Généralement, la
contamination des sédiments décroît de la surface vers les horizons pro-
fonds, traduisant ainsi les effets de l'ère industrielle. Cossa et al. (1993)
estiment que les niveaux de présence sont de l'ordre de 5 à 20 \ig-g~1
dans les dépôts industriels, 50 à 100 ug.g" 1 sur le plateau continental
et peuvent dépasser 150 ug.g"1 en milieu côtier.
Ces valeurs ne sont pas significativement différentes de celles établies
par Géode (1996) à partir des sédiments dragués dans les principaux
ports français. Ces sédiments, prélevés de 1986 à 1993 dans les che-
naux d'accès et les zones portuaires exposées aux apports polluants,
renferment des teneurs moyennes en plomb de l'ordre de 60 ug.g" 1 en
mer du Nord-Manche ( 1 - 1 280), de 55 ug.g" 1 en Atlantique (1 - 176)
et de 287 en Méditerranée ( 5 - 1 519)- Le bruit de fond géologique
pour le plomb en Manche et Atlantique a été estimé à 47 ug.g" 1 .
Toxicité
Cossa et al. (1993) ont recensé les concentrations en plomb inorganique
à partir desquelles des effets sublétaux peuvent être observés sur diffé-
rents groupes d'organismes :
- 0,5 ug-1"1, concentration la plus faible provocant un retard de crois-
sance pour le phytoplancton ;
- 10 ug.l" 1 , effet négatif sur la production primaire;
- 60 à 200 ug.l" 1 , influence sur la biodiversité végétale observée en
mésocosme ;
- 500 pg.l" 1 , anomalies dans le développement embryonnaire des
bivalves.
87
Dragages et environnement marin
Le zinc
Sources
Les émissions mondiales naturelles par érosion des sols, apports liés au
volcanisme et à la végétation, sont faibles (43 500 t par an) comparées
aux apports anthropiques (314000 t par an) essentiellement impu-
tables à la métallurgie et à la combustion des bois et des charbons {In:
Moore et Ramamoorthy, 1984). Dans les zones portuaires, le zinc est
introduit à partir de la dissolution des masses de zinc pur fixées sur les
parties immergées des bateaux pour assurer leur protection contre la cor-
rosion. De plus, certaines peintures antisalissures renferment des quan-
tités importantes d'oxyde de zinc utilisé comme adjuvant anticorrosion.
Géochimie
À pH supérieur à 8, le zinc se présente sous forme d'un hydroxyde
divalent Zn(OH)2 et donne des complexes avec les ligands organiques
ou s'adsorbe sur les matières en suspension.
88
Contamination chimique des sédiments
Comme cela a été observé pour le cuivre, la partie est présente les valeurs
les plus élevées, c'est-à-dire supérieures à 40 mg.kg" 1 . Dans les sédi-
ments estuariens de la baie des Veys, les teneurs sont inférieures à
35 mg.kg" 1 ; deux points présentent des valeurs voisines de 7 mg.kg" 1 .
En Méditerranée, sur une centaine d'échantillons prélevés de 1994 à
1996, les résultats du R N O montrent des ordres de grandeur régiona-
lement différents. Les contaminations sont particulièrement élevées
dans les étangs littoraux du Languedoc (Thau, Palavas), pour lesquels
les teneurs sont généralement supérieures à 100 mg.kg" 1 et peuvent
occasionnellement dépasser 400mg.kg" 1 . En Provence - Côte d'Azur, la
plupart des valeurs sont inférieures à 90 mg.kg" 1 à l'exception des sites
à proximité de zones fortement urbanisées ou portuaires. Dans le golfe
du Lion, les sédiments sous l'influence du Rhône présentent des teneurs
supérieures à 100 mg.kg" 1 .
Toxicité
Les sels de zinc sont moins toxiques que ceux du cuivre ou du cad-
mium et présentent la particularité d'être moins nocifs pour les orga-
nismes marins que pour ceux des eaux douces, en raison de l'action
protectrice des ions calcium.
Tableau 8 - Toxicité du zinc exprimée en ug.l-1 pour différentes espèces d'organismes marins
(MATC : concentration maximum acceptable selon les auteurs).
Espèces Stades Effets/concentrations Références
Crassostrea virginica embryon LCO:75;LC50:310; Calabrèse et al., 1973
(huître) L C 1 0 0 : 350
Ruditapes phïlippinaruni adulte LC50, 4 8 h : 147 9 0 0 Llu et al., 1997
(palourde) LC50, 96 h : 1 6 4 0 0
CSE : 8 2 0
Haliotis rufescens embryon EC50,48h:40 Conroy et al., 1996
(ormeau) E C 5 0 , 10 J : 32
Strongylocentrotus purpuratus embryon E C 5 0 fertilisation : 4,1 à 100 Phillips étal, 1998
(oursin) développement larvaire : 107,4
Mysidopsis intii adulte M A T C , 7 j : 152 H a r m o n et Langdon, 1996
(mysidacé)
Limulus polyphemus embryon CSE : < 50 0 0 0 B o t t o n s / . , 1995
(crabe)
A nguilla japonica juvénile L C 5 0 , 9 6 h, 15 °C : 8 1 0 0 Yang et Chen, 1 9 9 6
(anguille) CSE : 100
Macroalgues adulte inhibition de la croissance Filho et al., 1997
en 21 jours à partir de 20
89
Dragages et environnement marin
Le tributylétain
Sources et flux
D'abondance moyenne dans la croûte terrestre, l'étain (Sn) et ses com-
posés organiques ne sont considérés comme un polluant du milieu
marin que depuis le début des années quatre-vingt, en raison de l'uti-
lisation du tributylétain (TBT) comme matière active des peintures
antisalissures. Ces dernières, destinées à protéger la carène des navires
contre la fixation d'organismes vivants, agissent en diffusant dans le
milieu des quantités importantes de TBT (> 5 ug.cm"2.jour"1). Une esti-
mation réalisée par Alzieu et al. (1980) dans les bassins d'Arcachon et
Marennes-Oléron indiquait des flux respectifs de l'ordre de 1,3 t et
115 kg par an pour une période antérieure à l'interdiction d'emploi du
TBT dans les peintures. Ces flux en TBT dans les eaux territoriales
sont actuellement imputables aux activités navales : entretien et sta-
tionnement des bateaux de plus de 25 m de long.
Tributylétain.
Comportement géochimique
Dans l'eau de mer, le TBT se trouve à l'état dissous sous forme d'hy-
droxyde, de carbonates ou chlorures et faiblement associé aux matières
en suspension (5 %). Cette faible affinité pour la phase particulate se
traduit par des coefficients de partage eau-sédiments faibles, mesurés
sous différentes conditions de pH, salinité, taille des particules et teneurs
en matières organiques, qui varient entre 340 et 1,9.10 6 pour le TBT,
650 et 2 600 pour ses deux produits de dégradation, respectivement le
dibutylétain (DBT) et le monobutylétain (MBT). Les cinétiques d'ad-
sorption sur les sédiments sont lentes, 0,57 ng TBT par cm 2 et par
jour, les taux de désorption non significatifs (Stang et Seligman, 1987).
90
Contamination chimique des sédiments
Niveaux de présence
Un bilan général de la contamination des eaux du littoral français entre-
pris en 1992 par Michel et Averty (1996) indique des valeurs moyennes
de l'ordre de 40 ng.l" 1 dans les ports de plaisance de la Manche et de
l'Atlantique et de l'ordre de 20 ng.l" 1 en Méditerranée. Les moyennes
calculées pour les ports de commerce paraissent plus faibles : 19,9 en
Manche, 16,3 en Méditerranée et 10,4 en Atlantique. Bien que ces
niveaux soient considérablement inférieurs à ceux relevés avant l'in-
terdiction d'emploi du TBT (1982), ils traduisent une contamination
chronique des zones portuaires. Les campagnes de mesures réalisées par
Michel et Averty (1999) n'indiquent pas de changement significatif.
La contamination des sédiments est très variable selon les sites de pré-
lèvement. Dans les ports du bassin d'Arcachon, Sarradin et al. (1994)
indiquent des concentrations extrêmes comprises entre 4 et 158 ng.g"1
de sédiment superficiel sec. Comparativement, à l'intérieur de la baie,
les teneurs sont de l'ordre de 4 ng.g" 1 en moyenne et n'excèdent pas
10 ng.g" 1 . Dans la rade de Brest, la contamination est considérable-
ment plus élevée du fait des activités nautiques (Michel et Averty,
1995). Les teneurs varient entre 840 et 6 344 ng.g" 1 dans les sédiments
portuaires où la concentration ponctuelle extrême était de 21 300 ng.g"1
et entre 2 et 197 ng.g" 1 de sédiment sec dans le reste de la rade.
Les sédiments profonds sont également contaminés comme l'atteste la
carotte prélevée dans le port de La Trinité-sur-Mer (fig. 14) qui montre
des niveaux en TBT sensiblement constants jusqu'à une profondeur de
80 cm (Alzieu et Michel, 1998).
91
Toxicité
Les tributylétains sont très toxiques pour les mollusques à des concen-
trations extrêmement faibles. Ainsi, pour des teneurs voisines du ng.l"1,
Figure 14 on observe des modifications significatives de la sexualité des gastéro-
Mesures de tributylétain (TBT) podes marins se traduisant par l'imposition de caractères mâles chez les
et de ses produits
de dégradation, dibutylétain
femelles : imposex. Dans son stade aigu, les femelles deviennent stériles
(DBT) et monobutylétain mettant en péril le renouvellement des populations. L'influence de concen-
(MBT) dans une carotte trations similaires (2 ng.l"1) sur la calcification des coquilles d'huîtres
sédimentaire provenant
du port de plaisance de creuses Crass os trea gigas a été observée in situ et au laboratoire. Les per-
La Trinité-sur-Mer en 1 9 9 1 , turbations se traduisent par la formation de chambres remplies d'une sub-
Les mesures sont exprimées
en ng.g" 1 des différents ions
stance gélatineuse et l'absence de croissance. La reproduction des bivalves
(Alzieu et Michel, 1998). est affectée à partir de concentrations supérieures à 20 ng.l"1.
Organoétains (ng.g' 1 )
Nature et utilisation
Le terme de PCB désigne une famille de composés organochlorés de haut
poids moléculaire de formule chimique CioH(io-n)Cln. Ces composés de
synthèse sont obtenus par chloration du biphényle, qui conduit à des
mélanges techniques dont les propriétés (viscosité, stabilité thermique,
92
constante diélectrique) dépendent de leur taux moyen de chlore. Pro-
duits industriellement depuis 1930, ces mélanges ont, fait l'objet de
multiples utilisations comme additifs dans les peintures, les encres et
les apprêts destinés aux revêtements muraux. Dans les années soixante-
dix, la prise en compte de leurs effets environnementaux a conduit
d'abord à l'interdiction des usages dispersifs en limitant leur emploi
aux systèmes clos, essentiellement pour le matériel électrique de gran-
de puissance (transformateurs, condensateurs), puis à l'arrêt de leur pro-
duction industrielle (1987 en France). La production mondiale cumu-
lée est estimée à environ 1,2 10 6 tonnes par Tanabe et Tatsukawa( 1986).
Le groupe des PCB comprend 209 congénères (CB) qui se distinguent
par le nombre d'atomes de chlore fixés sur la molécule (chloro-homo-
logues ou isomères de composition) et par leur position sur le noyau
biphényle (isomères de structure). Ce sont ces caractères structuraux qui
déterminent les propriétés physico-chimiques fondamentales de chaque
congénère (solubilité, pression de vapeur) et par conséquent leur dis-
tribution dans l'environnement selon les lois de partage (constante de
Henry, coefficient de partage octanol-eau).
93
Dragages et environnement marin
CB 101 2,2',4,5,5'-PeCB
CB 118 2,3',4,4',5'-PeCB 0,0001 + + + ;TT
CB 138 2,2',3,4,4',5 - HxCB ^T + +
CB 153 2,2',4,4',5,5' - HxCB ++++
Sources et flux
Les PCB sont des contaminants de synthèse représentatifs d'une pol-
lution diffuse d'origine strictement anthropique. En plus des pertes
lors des remplissages et retraitement des systèmes clos, les rejets urbains,
les décharges de matériel usagé et les activités liées à la récupération
des matériaux ferreux sont potentiellement des sources d'introduction
dans l'environnement. Globalement, les apports de PCB dans la zone
de l'Atlantique Nord (zone des conventions d'Oslo et de Paris) se situe-
raient, selon diverses estimations (Axelman, 1997), entre 10 et 100 tonnes
par an et correspondraient à environ 0,05-0,5 g par an et par équivalent-
habitant. Compte tenu de la grande dispersion des PCB dans l'envi-
ronnement, les foyers de contamination de la zone littorale se situent
à proximité des grands fleuves en relation avec l'importance de l'urba-
nisation et de l'activité industrielle de leur bassin versant.
Devenir et distribution
Le devenir des PCB dans l'environnement s'explique par leurs pro-
priétés physico-chimiques : ce sont des composés semi-volatils, hydro-
phobes et persistants.
Présents dans l'atmosphère essentiellement sous forme dissoute, ils sont
entraînés vers la surface terrestre par les précipitations et véhiculés sous
94
forme dissoute et associée aux particules solides en suspension. Les
composés les plus solubles, c'est-à-dire les plus faiblement chlorés, pré-
dominent dans les eaux océaniques et leur adsorption sur le matériel
particulate augmente avec le caractère hydrophobe. Par exemple, en
amont de l'estuaire de la Seine (Poses), la fraction adsorbée est la plus
importante et augmente avec le degré de chloration des CB considérés :
elle représente 75 et 85 % de la concentration totale, respectivement pour
les CB 101 et 180. Plus en aval, dans la zone de mélange, la fraction asso-
ciée aux matières en suspension atteint plus de 90 %, en raison de
l'augmentation de la turbidité et l'effet de la salinité. Dans la frange
littorale, les dépôts sédimentaires représentent des zones de stockage
des PCB. La capacité du sédiment superficiel à piéger les PCB augmente
avec la quantité de particules fines et le taux de carbone organique.
Du fait de leur caractère hydrophobe et de leur grande stabilité chimique,
les PCB sont bioaccumulés. L'importance de la bioaccumulation dépend
de facteurs chimiques liés à la structure des molécules et de paramètres
biologiques propres à chaque espèce : état physiologique, nourriture dis-
ponible. La nourriture représente la principale voie de transfert vers
les organismes. Une fois ingérés, les PCB sont très peu métabolisés, stoc-
kés dans les tissus de réserve riches en lipides et transférés par l'ali-
mentation aux organismes de rang trophique plus élevé. En ce qui
concerne la répartition des différents CB dans les organismes, les pro-
cessus de bioaccumulation aboutissent à une augmentation des concen-
trations en composés les plus chlorés, qui sont aussi les plus persis-
tants. On observe ainsi une réduction du nombre de congénères du fait
de l'élimination des composés moins chlorés et de la biotransformation
partielle des composés intermédiaires (Abarnou et Loizeau, 1994).
Niveaux de présence
Les niveaux de présence dans l'eau de mer sont très faibles. En zone
océanique, des concentrations de congénères individuels inférieures à
0,05 pg-1"1 ou de quelques dizaines de pg.l" 1 ont été mesutées (Schulz-
Bull et al., 1991)- Des teneurs sensiblement plus élevées ont été ren-
contrées dans les eaux côtières sous l'influence des apports terrigènes.
La contamination des organismes par les PCB a fait l'objet de très
nombreux travaux. Dans tous les organismes, le CB153 est le congénère
majoritaire, en raison de son importance dans les mélanges techniques
utilisés par le passé, de son caractère hydrophobe et de sa grande résis-
tance aux processus de dégradation. Les concentrations les plus faibles
sont mesurées dans les microorganismes à l'écart de zones contaminées,
les plus élevées dans les tissus adipeux de prédateurs de rang élevé :
oiseaux ou lard des mammifères marins odontocètes. Pour le dauphin
commun du proche Atlantique, la contamination du lard varie de 0,5
à 7 pg.g" 1 selon l'âge et le sexe. Pour le littoral français, les concen-
trations de CB 153 dans la chair de moules varient du nanogramme par
gramme de poids sec à environ 500 ng.g" 1 selon la proximité des zones
d'apports.
95
Dragages et environnement marin
Toxicité
Les PCB ne présentent pas de caractère de toxicité aiguë. Par contre,
l'exposition chronique à de faibles doses peut être à l'origine de divers
dysfonctionnements observés chez les animaux de laboratoire : hyper-
trophie hépatique, effets cancérogènes, chloro-acné, altération des
fonctions reproductrices, etc. (McConnell, 1989). Les mécanismes de
toxicité sont semblables à ceux des composés apparentés aux dioxines
et caractérisés par l'activation de systèmes enzymatiques communs. La
compréhension et la comparaison des mécanismes de toxicité de ces
deux classes de contaminants sont à la base de la définition du concept
de toxicité équivalente dioxine et des facteurs d'équivalent toxique
(Ahlborg et al., 1994). Cette approche permet le calcul de la toxicité
en prenant en compte les contributions des différents congénères.
Deux cas de mutation génique associés avec des hyperplasies dans le foie
du dragonnet Callionymus lyra ont été observés par Vincent et al. (1998)
et attribués à la contamination par des CB non ortho-substitués (CB 77,
126 et 169) dans les tissus. L'accroissement des adduits à l'ADN et la
contamination des foies semblaient être corrélés avec les niveaux de
PCB et hydrocarbures polyaromatiques dans les sédiments. Bien que
les néoplasies du foie ne soient pas fréquentes dans la zone étudiée, les
auteurs pensent que les mutations observées avec des hyperplasies des
cellules hépatiques suggèrent une corrélation possible entre les lésions
hépatiques précancéreuses et l'activation du gène ras.
96
Contamination chimique des sédiments
Origines et sources
Les HAP présents dans l'environnement résultent de différents pro-
cessus mentionnés par Neff (1979) dont :
- la biosynthèse par des organismes vivants ; ainsi le pérylène peut être
formé dans les sédiments anaérobies à partir de quinones d'origine bio-
logique sensibles aux réactions biologiques ;
- les pertes à partir du transport ou de l'utilisation des carburants fos-
siles, charbons, pétroles ;
- la pyrolyse des matières organiques à haute température, feu de forêts,
combustion des charbons et pétroles.
Ce dernier processus constitue la principale voie d'introduction des
HAP dans l'environnement et résulte majoritairement des actions
anthropiques. Il est bien connu que la combustion des essences est une
source importante d'introduction de HAP dans l'atmosphère, parmi les-
quels le benzo[a}pyrène (BaP) (50 à 100 pg par litre de carburant
consommé). Les activités industrielles telles que les usines de produc-
tion d'aluminium, les raffineries de pétrole ou les rejets urbains contri-
buent également de manière importante aux apports atmosphériques
et aquatiques. Le tableau 10 tiré de Neff (1979) montre que les rejets
pétroliers contribuent très majoritairement aux apports de HAP alors
que les retombées atmosphériques sèches et humides sont responsables
de l'introduction de BaP.
97
Dragages et environnement marin
Anthracene.
Comportement géochimique
La distribution des HAP dans l'environnement dépend très étroitement
de leurs propriétés physico-chimiques. Elles sont caractérisées par :
- une faible solubilité dans l'eau de mer, qui décroît quand le nombre
de noyaux aromatiques augmente (20 mg.l" 1 pour le naphtalène et
Ojômg.l"1 pour le phénanthrène);
- une forte affinité pour les solvants organiques, le coefficient de par-
tage octanol/eau (log Kow) est de 4,57 pour l'anthracène et le phé-
nanthrène et de 7,11 pour le dibenzanthracène;
- une adsorption élevée sur les matières en suspensions et les colloïdes,
le coefficient de partage entre sédiment et phase aqueuse (log Kp) est
voisin ou supérieur à 3 (2,73 pour l'anthracène et 5,65 pour le diben-
zanthracène).
En milieu aquatique et en présence d'oxygène, les HAP peuvent être
dégradés par oxdydation chimique, photo-oxydation et transformation
métabolique par les organismes vivants, animaux et végétaux. Dans
les milieux anoxiques, les HAP sont résistants à la dégradation chimique
et biologique. Les différents mécanismes de dégradation débutent géné-
ralement par la formation des dérivés époxydés, hydroxylés ou quino-
niques. La métabolisation s'effectue par l'intermédiaire de la fonction
oxygenase mixte (MFO) dépendante du système cytochrome P450,
localisé dans les microsomes hépatiques. L'induction de l'une de ces
enzymes, l'Érod, est utilisée comme indicateur d'exposition des orga-
nismes aux HAP. Toutefois, l'activation métabolique des MFO peut aus-
si conduire à la formation de molécules fortement toxiques. Ainsi, il
est admis que la cancérogénicité du BaP est due à la formation d'un iso-
mère de répoxy-dihydro-dihydroxybenzo[a]pyrène.
Niveaux de présence
En raison de leur caractère lipophile, les HAP sont concentrés dans les
sédiments et les organismes vivants, les niveaux rencontrés dépendant
de la nature et des sources de contamination. Dans les sédiments de la
Méditerranée occidentale, Baumard (1997) a mesuré des teneurs en
HAP totaux comprises entre 1 ng.g"1 et 20,8 ug.g"1. Dans les zones por-
tuaires, les concentrations sont fréquemment supérieures au ug.g" 1 ,
comme à Ajaccio (20,5), Toulon (9,99), Port-Vendres (6,9) ou Barce-
lone (1,7). Ces teneurs sont comparables aux valeurs obtenues par le
même auteur dans le bassin d'Arcachon, où elles varient entre 0,9 et
4,1 ug.g"1 à l'intérieur du bassin et sont de l'ordre de 30 ug.g" 1 à l'en-
trée du bassin. Dans la plupart des cas, la contamination est attribuée
à une origine pyrolitique.
Les organismes benthiques peuvent bioaccumuler les HAP présents
dans les sédiments. À partir d'échantillons de sédiments et de moules
prélevés au même endroit, Baumard (1997) montre que les teneurs en
HAP dans les tissus des moules ne sont pas directement corrélées à celles
des mêmes composés dans les sédiments. Les quantités bioaccumulées
99
Dragages et environnement marin
Toxicité
Les HAP peuvent interagir avec les mécanismes cellulaires soit directe-
ment en se fixant sur les sites lipophiles, soit indirectement par liaison
de leurs metabolites hydrophiles avec des structures cellulaires (protéines,
ADN), provoquant ainsi des effets à long terme. La toxicité aiguë varie
dans de très grandes proportions suivant la substance et l'espèce consi-
dérées. Ce sont surtout les effets à long terme et particulièrement leurs
aspects cancérogènes et mutagènes qui présentent les risques écotoxi-
cologiques les plus importants. Les molécules suivantes sont reconnues
comme étant fortement cancérogènes pour les mammifères : 7,12-
diméthylbenz[a}anthracène ; dibenz[ah]anthracène ; benzo[a}phénan-
thrène; 3-méthylcholanthrène; benzo[a]pyrène ; dibenzo[ah}pyrène;
dibenzo[ai]pyrène. De même, 16 molécules ont été reconnues toxiques
pour l'environnement par l'Environment Protection Agency aux États-
Unis. Il s'agit du napthalène, de l'acénaphtylène, de l'acénaphtène, du
fluorène, du phénanthrène, de l'anthracène, du fluoranthène, du pyrène,
du benzo{a]anthracène, du chrysène, du benzo[b}fluoranthène, du
benzo[k]fluoranthène, du benzo[a}pyrène, du dibenzo[ah}anthracène,
du benzo{ghi]pérylène et de l'indéno[123-cd]pyrène.
En ce qui concerne les effets sur les organismes aquatiques, des études
en cours tendent à montrer que la contamination de l'estuaire de la
Seine par les HAP serait liée au caractère mutagène des sédiments, à
la présence d'adduits à l'ADN dans les microsomes hépatiques de flet
et pourrait se traduire par des néoplasies rencontrées dans les foies d'un
échantillonnage de flets de la baie de Seine (Cachot et al., 1997).
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Dragages et environnement marin
106
Contamination chimique des sédiments
107
Dragages et environnement marin
108
Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
Chapitre VI
109
Dragages et environnement marin
110
Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
Physicochimie de l'eau
111
Dragages et environnement marin
après leur adoption ont montré que la liaison entre critères et modifi-
cation de la qualité de l'eau n'était pas aussi directe qu'on pouvait le
penser auparavant. Ces doutes sont à l'origine d'un programme de
recherche d'envergure consacré spécifiquement aux problèmes posés par
les dragages (Dredge Material Research Program) et d'une révision des
critères d'acceptabilité des déblais de dragage à l'immersion (USEPA,
Green book, 1977). Ce guide méthodologique concerne notamment :
- l'échantillonnage, la préparation et la conservation de l'eau et des
sédiments ;
- les analyses chimiques de la phase liquide ;
- les protocoles d'analyse des bioessais sur les phases solide, particu-
l a t e et liquide ;
- la mise en œuvre des tests de bioaccumulation ;
- le calcul du mélange initial des phases particulaire et solide ;
- l'interprétation des résultats, qui débouche sur deux types de conclusions :
- matériel acceptable sur le plan environnemental,
- études supplémentaires requises.
Les informations actuellement disponibles sur les effets des opérations
de dragage sur la qualité de l'eau font la plupart du temps référence à
des dragages hydrauliques.
La turbidité
Le phénomène le plus visible lors d'une opération de dragage est l'aug-
mentation de la turbidité au voisinage de la drague ou du site de dépôt.
Ceci est particulièrement vrai pour les eaux côtières naturellement peu
chargées en matériel en suspension. Dans les grands estuaires, les teneurs
en matières en suspension sont plus élevées (notamment dans le bou-
chon vaseux) et on peut supposer qu'un accroissement de la turbidité
aura moins d'effet. Dans le milieu naturel, on observe des variations pério-
diques de la turbidité, engendrées par les courants, la houle ou le vent,
qui peuvent conduire à des valeurs égales à celles provoquées par les
travaux de dragage. Cependant, même dans les zones où les niveaux sont
naturellement faibles, l'accroissement de turbidité créé par les dragages
est généralement très localisé et temporaire. La préoccupation majeure
concernant la création d'un nuage turbide réside dans l'effet qu'il peut
avoir sur les organismes. Bien que la plupart des organismes estuariens
soient adaptés à des niveaux de turbidité importants (au moins tem-
porairement), il semble que des niveaux élevés de matières en suspen-
sion pendant des périodes prolongées puissent les affecter. L'exposition
prolongée à des niveaux de turbidité élevés peut se traduire par une dimi-
nution de la croissance et une baisse du taux de reproduction (Wilson,
1950). Toutefois, la majorité des investigateurs ayant étudié les effets
de la turbidité sur les organismes vivants (Appleby et Scarrat, 1989)
arrive finalement à la conclusion générale que, dans la plupart des cas,
les phénomènes naturels (crues des rivières, remises en suspension par
les houles et les courants) ont des impacts plus importants que ceux pro-
voqués par des rejets de dragage. Les études menées par Biggs (1968),
112
Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
113
Dragages et environnement marin
L'oxygène dissous
Au cours des opérations de rejets de dragages, des quantités impor-
tantes de matériel particulaire possédant un fort potentiel de deman-
de en oxygène sont déversées dans la masse d'eau. Bien que de fortes
demandes en oxygène aient été enregistrées sur des sédiments estua-
riens, seule une faible fraction de ce matériel est réactif au cours de la
descente du panache turbide vers le fond. La vitesse de chute du panache
turbide va déterminer la quantité d'oxygène consommée. On a obser-
vé que 50 à 95 % du matériel déversé se dépose sur le fond en quelques
dizaines à quelques centaines de secondes, selon la profondeur. À cette
échelle de temps, la quantité d'oxygène consommée est certainement
plus faible que celle qui peut être prédite à partir de la teneur en car-
bone organique ou à partir de la capacité réductrice du sédiment déjà
en place.
Les espèces chimiques réductrices présentes dans les sédiments et
capables d'interréagir avec l'oxygène dissous, à des échelles de temps
de l'ordre de quelques minutes à quelques heures, sont principale-
ment en solution dans l'eau interstitielle du sédiment. Ces espèces
sont des dérivés du soufre (H2S, HS", S"), du fer réduit (Fe ++ ) et du
manganèse (Mn + + ). Bien que l'on puisse s'attendre à une demande en
oxygène importante de la part de la matière organique et des sulfures,
cette demande est pondérée par le fait que la plus grande partie de la
décomposition de la matière organique est due aux bactéries et que l'oxy-
dation des sulfures est initialement limitée à la surface des particules.
Ces facteurs contribuent à accroître les échelles de temps de consom-
mation de l'oxygène et font que ces réactions deviennent importantes
seulement après que le sédiment se soit déposé.
L'examen de la littérature traitant des effets des dragages sur la teneur
en oxygène dissous montre qu'il existe à ce sujet quelques controverses
(Windom, 1976). De nombreuses études entreprises pour déterminer la
demande potentielle en oxygène des sédiments suggèrent que la dispersion
d'un nuage turbide dans la colonne d'eau pourrait avoir un effet impor-
tant sur les teneurs en oxygène (Frankenberg et Westerfield, 1968).
Dans les sites de rejets de dragage, on a observé des baisses des teneurs
en oxygène de l'ordre de 80 % par rapport aux concentrations ambiantes.
Toutefois, que ce soit dans la baie de Chesapeake (Biggs, 1970) ou dans
la baie de Mobile en Alabama (Brown et Clark, 1968), les diminutions
observées étaient faibles (~ 1 mg.l" 1 ) et spatialement limitées au voi-
sinage de la drague. De même, le suivi en continu des teneurs en oxy-
gène à proximité d'un site de rejet par le Chesapeake Biological Labo-
ratory montre que l'on n'observe pas de baisse importante des teneurs,
excepté au voisinage du point de rejet où les concentrations passent de
10 à 9 mg.l" 1 . Dans les sites des dépôts confinés à terre, on observe une
situation paradoxale : la concentration en oxygène dans l'effluent, c'est-
à-dire l'excédent d'eau évacuée du dépôt, est plus élevée que dans l'eau
du milieu ambiant. Cet accroissement des teneurs s'expliquerait par le
relargage de sels nutritifs et, par voie de conséquence, par une stimula-
tion de la production primaire productrice d'oxygène (Windom, 1976).
114
Effets sur les organismes
Les impacts que les organismes peuvent subir de la part des opérations
de dragage peuvent être de nature différente. Généralement, ils se maté-
rialisent par des modifications physiques ou chimiques de l'environ-
nement. Leur sévérité n'est pas toujours identique selon les méthodes
de dragage et de dépôt utilisées, les propriétés des matériaux dragués
ainsi que la richesse faunistique et floristique de la zone où s'effectuent
ces opérations.
Les différents impacts potentiels concernent les modifications physiques
des habitats de certaines espèces et plus particulièrement des espèces
benthiques, l'inhibition ou la stimulation des populations résultant de
changements dans la qualité physico-chimique de l'eau ou les pertur-
bations introduites dans les habitudes des espèces migratrices.
Invertébrés benthiques
Les organismes benthiques qui vivent en étroite liaison avec le fond sont
particulièrement exposés aux effets directs consécutifs au dragage et au
rejet de dragage. Les dragages vont provoquer la destruction de l'habi-
tat et des espèces qui y vivent. Au cours des opérations de rejet des
déblais, les organismes benthiques seront enfouis sous une masse plus
ou moins importante de sédiments. Morton (1976) et Saûaetal. (1972)
ont étudié les effets de l'enfouissement des organismes benthiques sous
les dépôts de dragage. La faune et la flore qui sont fixées sur le fond sont
immédiatement tuées. Les plus petits individus de la macrofaune endo-
gée sont les plus vulnérables lorsque les conditions deviennent anoxiques,
du fait de leur inaptitude à regagner la surface du sédiment avant de
suffoquer. Parmi les crustacés, et chez quelques bivalves, diverses adap-
tations métaboliques leur permettent de supporter des conditions d'hy-
poxie prononcée et accroissent ainsi le temps dont ils disposent pour
s'échapper. D'autres organismes, comme les polychètes et les mol-
lusques, sont suffisamment agiles pour échapper à l'enfouissement. Il
est généralement admis que la plupart des espèces mobiles résistent à
l'enfouissement quand l'épaisseur du sédiment déversé est inférieure à
une vingtaine de centimètres. Les espèces les plus résistantes sont les
suspensivores, se nourrissant à l'aide d'un siphon, qui peuvent survivre
à un recouvrement de plus de 50 cm (Maurer et al., 1986). En général,
après les rejets de dragage, les peuplements se rétablissent au bout de
quelques mois à quelques années dans les cas les plus défavorables
(Monbet, 1984).
De nombreuses études ont mis en évidence la relation étroite qui existe
entre la granulométrie des sédiments et la composition spécifique des
peuplements qui les colonisent (fig. 15). En général, on peut s'attendre
à une modification de la biomasse et de la composition spécifique des
peuplements si on altère la qualité granulométrique des sédiments en
place (Monbet, 1984), par exemple en déversant une quantité impor-
tante de vases sur des fonds sableux.
115
Dragages et environnement marin
116
Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
Poissons
La littérature traitant de l'effet de la turbidité sur les poissons est abon-
dante. Seules les données les plus significatives seront reprises ici.
Dans la baie de Mobile (Alabama), Ingle (1952) n'observe aucun dom-
mage pour les poissons, même à proximité des opérations de dragage
(25-50 m). D'une façon générale, les poissons évitent les zones où la
turbidité est trop importante.
Dans la baie de Chesapeake, Ritchie (1970) n'a mis en évidence aucune
baisse dans les captures de bars, ni aucun accroissement de la mortalité
pour des poissons emprisonnés dans des cages à proximité d'une zone
où s'effectuent des dépôts de dragage. L'état des branchies avant et
après leur séjour dans l'eau ne présente aucun dommage.
Des observations analogues ont été faites par Flemer et al. (1978). Tou-
tefois, des mortalités importantes de poissons ont été observées suite à
des crues importantes du Potomac ayant provoqué l'augmentation de
la turbidité (6 g.l"1) pendant 15 jours.
D'une façon générale, les poissons supportent bien les variations de la
turbidité du milieu. Le seuil critique où quelques effets peuvent être
observés semble se situer aux alentours de 500 mg.l" (Schubel et
Wang, 1973).
Bien qu'il soit difficile d'évaluer avec précision l'impact des travaux de
dragage sur les organismes capables d'effectuer des déplacements
importants, on peut supposer que l'effet à long terme le plus marquant
concerne la destruction et l'altération des communautés benthiques
117
Dragages et environnement marin
L'estuaire de la Seine
Les impacts observés dans l'estuaire de la Seine résultent des profondes
modifications qu'il a subies au cours des temps.
Grâce aux travaux réalisés par Gadeau de Kerville au siècle dernier (1898)
sur les invertébrés benthiques de l'estuaire de la Seine, l'évolution des
118
Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
Le terminal d'Antifer
En 1971 est prise la décision de construire à 20 km au nord du Havre un
terminal pétrolier devant permettre l'accueil de navires de 500 000 tonnes.
Bien que les travaux effectués sur ce site aient une ampleur moindre
que ceux réalisés dans l'estuaire de la Seine, ils n'en sont pas moins consé-
quents. La construction du port a en effet nécessité 6 millions de tonnes
de galets dragués dans la baie de Seine, 9,5 millions de tonnes de maté-
riaux silico-calcaires, 5,3 millions de tonnes de remblais et 15 millions
de tonnes de béton. Pour ramener le fond à la cote -25 m, 30 millions
de mètres cubes de sédiments ont été dragués. La présence du port pré-
sente des effets à la fois positifs et négatifs sur l'intégrité du site.
119
Dragages et environnement marin
L'estuaire de la Loire
Pendant plusieurs siècles, l'estuaire de la Loire a été encombré par de
multiples îles, bancs et faux bras qui rendaient la navigation difficile
malgré les très faibles tirants d'eau des navires de l'époque. Un endi-
guement, réalisé à la fin du XIXe siècle entre Nantes et La Martinière,
et l'aménagement au XXe siècle de la section intermédiaire, La Marti-
nière-Paimbœuf, ont permis de remédier à cette situation. L'ouverture
du chenal nord entre Donges et Saint-Nazaire, qui constitue le chenal
de navigation actuel, a été réalisée en 1940. Les travaux entrepris en
1980 ont amené la profondeur du chenal à -13,25 m.
Au plan biologique, les derniers travaux d'aménagement, dépôt de dra-
gage sur le banc de Bilho, creusement d'une zone d'évitage à Montoir,
approfondissement du chenal de navigation, ont affecté principalement
le secteur polyhalin de l'estuaire (CSEEL, 1984) où les peuplements de
la macrofaune benthique sont répartis en mosaïque, en fonction des
conditions hydrodynamiques et édaphiques locales. Après le dépôt de
sédiments remaniés sur le banc de Bilho, on a observé une redistribu-
tion des peuplements caractérisée par la disparition du faciès à « micro-
annélides » dépositivores qui ne représente plus que 2 % de la superfi-
cie totale, la régression des faciès à mollusques lamellibranches filtreurs
et dépositivores, et l'extension des populations de Corophium volutator
120
Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
La rade de Brest
L'étude faite par Hily et Glémarec (1990) concerne une station de vases
sableuses de la rade de Brest où ont été réalisés des dragages intensifs
jusqu'en août 1978. Le suivi a duré trois ans et les recolonisations
décrites sont très liées aux apports organiques excédentaires, activités
industrielles et émissaires urbains. Au début de l'étude, la quasi-
totalité de la faune a disparu. Suit une période de latence qui dure 7 mois
où des espèces opportunistes telles que Chcetozone setosa dominent. L'ac-
tivité de bioturbation des espèces pionnières facilite le retour des espèces
tolérantes, telles Mellina palmata et Abra alba, ce qui se traduit par une
diversité maximale au bout de 13 mois. La succession est ensuite carac-
térisée par des maximums saisonniers d'abondance de M. palmata dont
la dominance excessive stoppe momentanément la succession après 25
mois.
La baie de Liverpool
Une étude (Rees étal., 1992) a été conduite entre 1974 et 1988 dans
la baie de Liverpool pour évaluer les effets des rejets de dragage sur les
peuplements benthiques vivant dans le secteur. Les rejets de dragage
provenaient de l'entretien du chenal de navigation de l'estuaire de la
Mersey et de ses approches. Le sédiment constitué de sables et de vases
contenait une forte proportion de carbone organique et des contami-
nants métalliques. Contrairement à ce qui était attendu, il n'a pas été
observé d'appauvrissement de la faune benthique à proximité immé-
diate du site de rejet où, certaines années, les tonnages déversés dépas-
saient plusieurs millions de tonnes de sédiment. Le substrat a été rapi-
dement colonisé par des espèces opportunistes telles que Pectinaria
koreni, Lanice concbylega et Abra alba, le résultat final consistant en une
augmentation globale du nombre d'individus. Ceci s'explique par le
recrutement larvaire et la migration des adultes vivant à la périphérie
du site de rejet.
Au cours de l'étude, l'un des deux sites de dépôt a été fermé pour obser-
ver le comportement des populations benthiques. Sur ce site, le peu-
plement de vases sableuses dominé par Pectinaria koreni a été remplacé
par une faune moins riche, typique des sédiments sableux.
En résumé, les auteurs observent sur le site de dépôt une augmenta-
tion du nombre d'individus et notent l'absence d'effets inhibiteurs dus
à la présence de teneurs élevées en métaux dans les sédiments rejetés.
121
La baie de Santander
Une étude (Lastra et al., 1991) des effets des dragages (350000 m 3 ) dans
le terminal portuaire de Raos a été entreprise d'avril 1987 à avril 1988
afin de déterminer les impacts sur la faune benthique. Des prélèvements
quantitatifs ont été réalisés tous les mois. La communauté benthique
était dominée par des mollusques, des polychètes et des crustacés, plus
quelques groupes accessoires. Les activités de dragage ont entraîné la
destruction complète de la macrofaune dans la zone draguée. Les auteurs
ont montré que les polychètes dépositivores de surface Chœtozone setosa
et Polycirrus pallidus, et les dépositivores de subsurface Mediomastus
fragilis et Notomastus latericeus étaient particulièrement sensibles aux acti-
vités de dragage. Dès la fin des opérations de dragage, ils ont constaté
une augmentation rapide de la densité de la macrofaune, dominée essen-
tiellement par des espèces tolérantes et opportunistes. L'évolution des
peuplements en baie de Santander est comparable à celle décrite en
rade de Brest (vide supra).
Conclusion
122
Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
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Les dragages et leurs impacts sur l'environnement marin
125
Dragages et environnement marin
126
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
Chapitre VII
127
Dragages et environnement marin
128
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
L'analyse des risques est une notion récente qui a donné lieu à des
recherches systématiques vers la fin des années cinquante (Renn, 1998)
avec le développement des premiers outils de probabilité d'analyse de
sécurité nécessités par les programmes d'exploration spatiale. Initiale-
ment destinée à la protection de la santé humaine, elle a été appliquée
à la préservation de l'environnement dès qu'il a été la cible de pollu-
tions affectant son intégrité ou sa qualité.
Si plusieurs pays ont élaboré des schémas et des démarches d'évalua-
tion des risques pour l'homme et son environnement (USEPA, 1992a;
Cal/EPA, 1997 ; Commission of the European Communities, 1996a),
la prise en considération des particularismes du milieu marin est tou-
tefois plus limitée (Forbes et Forbes, 1994; Chapman 1995 ; Gray,
1998). En France, une approche d'analyse des risques environnemen-
taux des sédiments contaminés a été développée par un groupe de tra-
vail interministériel : Géode. Bien que préliminaire et nécessitant des
compléments, elle permet de discriminer les sédiments dragués selon
leur niveau de contamination, leur toxicité potentielle et mesurée,
apportant ainsi une aide à la décision pour les gestionnaires.
Concepts et définitions
Le danger peut être défini comme une situation qui présente un cer-
tain potentiel à causer des dommages aux personnes, aux biens, à l'en-
vironnement ou, de façon plus spécifique, comme la propriété intrin-
sèque d'une substance susceptible de causer un dommage. Le risque
est une grandeur qui caractérise un événement indésirable par sa pro-
babilité d'occurrence et par la gravité des dommages de la réalisation
de cet événement.
Pour une cible donnée, dans un contexte donné, un risque accidentel
peut donc être estimé en appliquant la formule suivante :
Risque = Dommages x Probabilité.
Cette formule s'applique dans le cas d'une exposition ponctuelle ou de
nature accidentelle. Il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit d'évaluer
un risque qui a un caractère chronique, comme l'intoxication faisant
suite à plusieurs années d'exposition. Le risque n'est alors plus lié à un
événement mais à la répétition d'une exposition. Il ne s'agit plus d'es-
timer la probabilité de contact entre un produit dangereux et une cible,
mais d'évaluer le risque à partir du nombre de fois où cette situation
se produit sur une période donnée.
On peut considérer qu'il existe deux catégories d'outils d'évaluation du
risque : l'un qualitatif d'évaluation simplifiée et l'autre qui étudie de
manière quantitative l'impact d'une source de pollution. Le premier
permet, pour chaque site, l'attribution d'une note globale, celle-ci
129
Dragages et environnement marin
Élaboration du problème,
évaluation, gestion
I I Données :
Caractérisation Caractérisation acquisition,
Analyse
de l'exposition des effets écologiques vérification,
surveillance
t
Caractérisation du risque i
Débat, évaluation, gestion
Gestion du risque
130
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
Les niveaux proposés par Géode (cf. chap. IX) ont été utilisés pour
une première évaluation du risque dans le but de définir une straté-
gie et un outil d'aide à la décision en matière de gestion des sédiments
contaminés.
La démarche suivie consiste à prendre successivement en considération
les domaines suivants :
- le danger potentiel de chaque contaminant ;
- la toxicité mesurée du sédiment ;
- la potentialité du transfert des contaminants à partir de la zone de dépôt ;
- la sensibilité de l'écosystème récepteur.
Pour chacun des domaines ci-dessus sont pris en considération des cri-
tères de risques spécifiques auxquels sont attribuées des notes com-
prises entre zéro et trois, fixées à partir de données bibliographiques
sur la biogéochimie et la toxicité des contaminants considérés.
Danger potentiel
Les critères de danger potentiel et leurs notes de risque associées indi-
quées dans le tableau 12 prennent en considération :
- la concentration du contaminant dans le sédiment comparée à sa
valeur de niveau 1 Géode; la valeur Dm (dépassement niveau 1) est
égale au rapport entre concentration et niveau 1 ;
131
Dragages et environnement marin
80 % -
60 % -•
40 % -
20 % -
! ! t = : i !
0 % -I ' ' 1 ' ' 1 ' ' 1 1 ' ' 1 1 ' ' 1
Témoin site 1 site 2 site 3 site 4 site 5 site 6 site 7
• Larves normales B Coquilles anormales
Manteaux hypertrophiés • Développement bloqué au stade embryon
132
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
Transfert
Le terme de transfert recouvre à la fois les aspects de transport du pol-
luant et d'accessibilité à une cible donnée. Difficile à quantifier, il est
évalué d'une manière générale et très globalisante en considérant une
échelle décroissante de confinement : conteneurs étanches (note 1), éro-
sion faible du dépôt (note 2) ou forte (note 3).
Sensibilité de l'écosystème
L'attribution des notes de risque tient compte des conditions locales telles
que : pas d'écosystème d'intérêt majeur dans la zone d'influence du
rejet (note 1), cibles en position intermédiaire ou risque d'exposition
occasionnelle (note 2), zone de production biologique ou touristique à
proximité (note 3).
Le calcul du score de risque global du sédiment prend en considération
pour chaque contaminant analysé les scores de danger potentiel et de
transfert et, dans un deuxième temps, les scores de toxicité mesurée et
de sensibilité de l'écosystème, selon la formule :
Risque = [DI x Q] x [(M + B) x C] x [V]
avec DI : note de toxicité potentielle (de 0 à 3)
Q : note pour la concentration en contaminant (de 0 à 3)
M : note affinité phase dissoute (de 1 à 3)
B : note de bioaccumulation (de 1 à 3)
C : note de transfert (de 1 à 3)
V : note de sensibilité de l'écosystème (1 à 3).
Bien que perfectible, la démarche d'analyse des risques des boues de
dragage proposée par Géode et qui adapte les modèles développés par
ailleurs (Van De Meent, 1988; Gray étal., 1991;USEPA, 1992a; Forbes
et Forbes, 1994 ; Commission of the European Communities., 1996 ; Van
Leeuwen, 1995 ; Cal/EPA, 1997 ; Calow, 1998) constitue un bon outil
d'aide à la décision pour une autorisation ou interdiction d'immersion.
Des améliorations sont possibles tant par la prise en compte d'un plus
grand nombre de contaminants que par la multiplication de tests de toxi-
cité plus représentatifs des différents niveaux trophiques.
133
Dragages et environnement marin
134
ou du taux de croissance, par rapport aux cultures témoins réalisées
dans des conditions identiques.
L'algue phytoplanctonique utilisée est la diatomée Skeletonema costatum
dont les souches sont maintenues dans quelques laboratoires européens
référencés dans la norme ISO. Cette norme donne aussi les modes opé-
ratoires pour réaliser les cultures mères de l'algue ainsi que les inoculi.
Les essais peuvent se dérouler en eau de mer de synthèse, de composi-
tion donnée, ou en eau de mer naturelle selon des critères de qualité
prescrits. Les conditions de culture et d'éclairement sont décrites avec
précision. Une série de 4 à 5 concentrations est effectuée pour chaque
milieu à tester, 3 réplicats sont réalisés par concentration. L'inoculum
de Skeletonema costatum doit contenir de 2 à 3.10 3 cellules.ml" 1 . La série
expérimentale est complétée par 6 témoins. Il n'est normalement pas
Figure 18
Chaîne de Skeletonema
nécessaire d'ajuster le pH, sauf en cas de trop forte alcalinité ou acidité
costatum. des solutions à tester.
135
Dragages et environnement marin
136
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
137
Dragages et environnement marin
Les turbots (fig. 20) sont exposés à de l'eau de mer contenant différentes
concentrations des substances à tester. La mortalité des poissons est enre-
gistrée au bout de 24 h à 96 h et la concentration qui provoque la mort
de 50 % des individus est déterminée (CL50 - 24 h ou CL50 - 96 h).
Le remplacement des juvéniles de turbot par des juvéniles de Cyprino-
don variegatus est possible. Les poissons sont conditionnés au laboratoire
12 jours avant les essais et transférés en eau de référence 4 jours avant
le test. L'alimentation est arrêtée 24 h avant le début des expériences.
Les lots sélectionnés pour les essais, en eau de mer naturelle ou éven-
tuellement artificielle, doivent avoir une mortalité inférieure à 5 %
pendant la stabulation. Les essais sont semi-statiques sans aération : les
solutions à tester sont changées au moins toutes les 48 h. Les substances
sont testées à raison de 7 turbots de 5 à 6 cm, ou 10 cyprinodons de 1,5
à 2,5 cm par concentration : soit 1 gramme de poisson par litre d'eau.
Les essais peuvent se dérouler sans ajustement de pH. Au cours de l'ex-
position, les poissons morts sont dénombrés à 24 h, 48 h, 72 h et 96 h ;
en fin d'expérience, la CL50 est calculée. Si possible, sont aussi expri-
més la concentration létale 100 % (CL100) et la plus faible concentration
produisant un effet (LOEC).
138
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
• Bivalves
Développement embryonnaire
Ce test de toxicité aiguë qui est préconisé par le Conseil international
pour l'exploration de la mer a fait l'objet d'un essai d'intercalibration
européen en 1991- Il est comparable à la norme ASTM (E 724-94) et,
bien que non normalisé, largement employé en Europe avec les espèces
Mytilus edulis et Crassostrea gigas et recommandé en France par Géode
pour évaluer la toxicité potentielle des sédiments destinés au dragage.
Le développement embryonnaire d'oeufs fécondés (10 à 15 mn après la
fécondation) est réalisé dans les milieux à tester afin de déterminer les
concentrations qui induisent une anomalie du développement, voire un
blocage de ce dernier (fig. 21). Les essais se déroulent sur 24 h avec les
embryons d'huître et 48 h avec ceux de moule. Les géniteurs matures,
âgés de un à trois ans, proviennent d'une écloserie ou du milieu natu-
rel après vérification de la qualité de la zone de provenance. Les gamètes
sont obtenus par stimulation thermique : immersion alternative, de
30 à 45 mn, en eau de mer de 18 °C à 28 °C. Dès l'émission des gamètes,
les géniteurs sont isolés dans des béchers d'eau de mer stérile : eau de
mer de référence ou eau de mer de synthèse filtrée à 0,2 um. Après émis-
sion, les ovocytes des différents géniteurs sont filtrés sur soie de 100 um
pour éliminer les débris et transférés dans deux litres d'eau de mer de
référence filtrée. Le sperme est tamisé sur une soie de 32 nm et utilisé
non dilué. La fécondation est effectuée dans les béchers contenant les
ovocytes en utilisant un seul couple de géniteurs pour chaque féconda-
tion. Le taux de réussite de la fécondation est vérifié sous microscope afin
de déterminer le lot qui sera employé pour les tests. Quinze minutes
après la fécondation, sous agitation douce, un volume correspondant à
24 000 œufs par litre est transféré par pipette automatique aux milieux
139
à tester. Chaque milieu et/ou concentration est testée à raison de cinq
réplicats dans des pots de 25 à 100 ml, plus dix témoins. En fin d'ex-
périence, le taux de larves anormales est déterminé sur 100 larves par
réplicat (fig. 22). L'expérience est recommencée si le taux d'anomalies
dans les témoins dépasse 20 %. Les résultats sont exprimés en CE100,
CE50 ou CE20 selon la toxicité induite. Les LOEC (concentration la
plus faible ayant montré un effet) et NOEC (concentration n'entraînant
pas d'effet) peuvent aussi être calculées. Les anomalies peuvent être
Figure 21 classées selon différents critères : embryon n'ayant pas atteint le stade
Larves normale
et anormales de Crassostrea larve « D », larve avec une coquille irrégulière, larve dont le manteau
gigas âgées de 24 heures. est hypertrophié ou atrophié.
Coquille anormale
140
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
Figure 22 Embryotoxicité Crassostrea gigas. Tests réalisés sur les eaux interstitielles
Toxicité comparée des eaux
interstitielles de sept
sédiments contaminés
évaluée par le test
« développement
embryonnaire de bivalve »
(Quiniou et ai, 1997b).
•
D 25
• 50%
PNA : pourcentage net d'anomalies par rapport au témoin
Spermiotoxicité
Les ovocytes sont obtenus et sélectionnés comme précédemment. Le
sperme devant être utilisé « sec » est prélevé directement sur le géni-
teur après ouverture des valves et introduit dans les milieux à tester
pendant des périodes de 5, 10, 15 ou 30 mn (à raison de 20 ul pour
5 ml de milieu). Ensuite, les ovocytes préparés en eau de mer de réfé-
rence ou de synthèse sont fécondés à l'aide du sperme prétraité (à raison
de 30 ul pour 3 ml). Le taux de réussite de la fécondation est observé
pendant deux heures, lorsque les premières segmentations sont inter-
venues. Comme pour l'embryotoxicité, les essais sont effectués en 5
réplicats. Les résultats, comparés aux témoins, sont exprimés en pour-
centage de fécondation et exprimés en CE20, CE50 ou CE10, ou LOEC
et NOEC.
Les tests de spermiotoxicité et embryotoxicité sont réalisés dans les
conditions suivantes :
- pas d'alimentation pendant la durée du développement embryonnaire ;
- durée et température : 24 h à 24 °C ± 1 pour l'huître creuse, 48 h à
20 °C ± 1 pour la moule ;
- salinité : 25 à 35, p H 7,5 à 8,5, taux d'oxygène > 90 % de la satu-
ration.
Tous les paramètres sont mesurés en début et fin d'essais. Ce test est
proposé pour évaluer la toxicité potentielle du sédiment en contact
direct, d'extraits aqueux ou organiques, ou de l'eau interstitielle. Le
sulfate de cuivre (CUSO4) est employé comme toxique de référence.
141
Dragages et environnement marin
• Oursins
D é v e l o p p e m e n t embryonnaire
Ce test de toxicité aiguë ne fait pas encore l'objet d'une norme en
Europe même s'il y est couramment employé ; il est très proche de ceux
préconisés par la norme ASTM (E 1563-95). Deux espèces peuvent
être utilisées : Sphœrechinus granulans et Paracentrotus lividus.
Comme pour les essais bivalves, ce bio-essai consiste à réaliser le déve-
loppement embryonnaire d'œufs fécondés (10 à 15 minutes après la fécon-
dation), dans les milieux à tester, afin de déterminer les concentrations
qui induisent une anomalie du développement, voire un blocage de ce
dernier. Les essais se déroulent sur 48 h à 20-21 °C pour P. lividus et
72 à 96 h à 16-18 °C pour S. granulans. Les géniteurs matures pro-
viennent d'un élevage ou du milieu naturel après vérification de la qua-
lité de la zone de provenance. Les gamètes sont obtenus par stimula-
Figure 23
tion chimique : injection d'une solution de KC1 (P. lividus) ou d'acé-
Développement normal tylcholine (S. granulans) dans la cavité coelomique des géniteurs soi-
et anormal de pluteus
gneusement lavés à l'eau de mer stérile. Dès émission des gamètes, les
de l'oursin Sphasrechinus
granulans (96 heures). femelles sont placées au-dessus d'un bêcher contenant de l'eau de mer
142
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
143
Dragages et environnement marin
Autres tests
Conclusion
144
L'analyse des risques chimiques appliquée aux dragages
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Dragages et environnement marin
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Modélisation mathématique des rejets de dragage
Chapitre VIII
Modélisation mathématique
des rejets de dragage
Ricardo Silva Jacinto, Pierre Le Hir et Philippe Bassoullet
149
Dragages et environnement marin
150
Modélisation mathématique des rejets de dragage
Modélisation mathématique
des rejets de dragage
151
Dragages et environnement marin
dans les minutes et les heures qui suivent le rejet en mer. Puis, la modé-
lisation doit également permettre d'évaluer le devenir et l'éventuelle
dispersion à long terme, de quelques jours à quelques années, de l'au-
réole de dépôt générée lors du rejet. Il est donc naturel qu'il n'existe pas
de modèle mathématique universel capable d'englober, dans une même
stratégie de modélisation, toutes les situations liées aux rejets en mer
des matériaux de dragage. L'analyse et la gestion des rejets de dragage
doivent ainsi faire appel à un ensemble de (sub) modèles mathématiques
spécifiques à des processus et à des techniques de rejet, dont l'assemblage
est propre à chaque situation et application.
Zone de rejet
Courant de densité
152
Modélisation mathématique des rejets de dragage
Une fois le rejet étalé sur le fond, dans un état d'énergie minimum, son
comportement devient indépendant de la technique de rejet. À partir
de ce moment, l'évolution du matériel se réalise à long terme et peut
être décrite selon deux phases : formation et tassement des dépôts et
remise en suspension et dispersion de ceux-ci.
La figure 25 adaptée de Truitt (1988) représente les différentes phases
d'évolution des matériaux.
Diffusion passive
Le matériel rejeté pourra contenir des blocs très denses ainsi que des
matériaux très fins. La diffusion passive concerne surtout les particules
fines qui, durant la convection, se séparent de l'ensemble par l'effet de
la dilution et de l'entraînement. De l'eau interstitielle, avec les éven-
tuels contaminants dissous qu'elle contient, est également libérée de
l'ensemble. Cette fraction fine, de décantation très lente, peut être
transportée par les courants et dispersée dans le milieu récepteur.
Effondrement dynamique
L'effondrement dynamique correspond à l'interruption du mouvement
de convection par un violent étalement horizontal sur le fond ou dans
des couches de densité proche de celle des matériaux rejetés.
Lors de l'effondrement, il y a formation d'un courant de densité qui s'éta-
le radialement autour du point d'impact ; les matériaux entraînés dans
ce courant de densité se mélangent aux couches d'eau adjacentes, pour
ensuite se déposer rapidement lorsque l'énergie est dissipée. L'ensemble
des matériaux n'étant pas homogène, l'effondrement peut être seule-
ment partiel lors de la traversée d'une stratification ; la partie très den-
se continuera sa chute jusqu'au fond.
153
En l'absence de perturbations hydrodynamiques, ces dépôts auront une
tendance naturelle à se consolider et à devenir ainsi de plus en plus
résistants et par conséquent de moins en moins érodables.
154
de marée, de la circulation engendrée par le vent ou des agitations. Il
est cependant nécessaire de bien cerner les échelles de temps et d'es-
pace auxquelles on veut travailler, d'estimer a priori les emprises géo-
graphiques et temporelles du phénomène et de disposer également de
conditions aux limites correctes (Salomon, 1990).
155
des rejets, la présence fréquente d'un mélange sable/vase et la complexité
des processus mis en jeu font que l'on doit souvent avoir recours à la
mesure in situ ou in vitro de la vitesse de chute.
156
Modélisation mathématique des rejets de dragage
Advection 0 0
Q '-1 Q par le c o u r a n t »
c h u u u
o w
n
o
O
o Floculation
° o o
o
1 Chute (entravée) Dispers
Stratification
Erosion/entraînement Déposition
Frottement
M •
Liquéfaction
1
Contraintes induites
par la houle
FOND Consolidation
157
Dragages et environnement marin
Modélisation de la convection
Les modèles de convection décrivent l'évolution spatio-temporelle d'un
rejet instantané (clapage). Ces modèles ont été surtout développés par
l'US Army Corps of Engineers (USACE). Les développements théo-
riques onr été initialement proposés par Koh et Chang (1973). Ces pre-
miers travaux sont développés plus tard par Brandsma et Divoky (1976)
et retraités de manière plus sommaire dans des textes des membres de
l'USACE : McAnally et Adamec (1987), Johnson (1990), Johnson étal.
(1995), Moritz et Randall (1995). Ces modèles avaient été initiale-
ment développés pour des rejets en eau peu profonde (jusqu'à la cen-
taine de mètres). Une version adaptée aux eaux profondes a été présentée
par Abdelrham et Dettmann (1993).
Ces modèles reproduisent le mouvement de convection pendant lequel
le nuage de matériaux, de forme supposée a priori hémisphérique, des-
cend dans la colonne d'eau sous l'effet de la gravité et de ses caracté-
ristiques propres (densité, volume, forme...). La dynamique de ce mou-
vement est décrite, entre autres, en termes de quantité de mouvement,
flottabilité, force de traînée et frottement superficiel.
Durant le mouvement de convection (fig. 27), il est admis qu'une partie
du matériel se détache du nuage principal et demeure dans la colonne d'eau
où les particules acquièrent un comportement individuel dicté par leur
vitesse de chute et l'hydrodynamisme environnant. Les mécanismes de
détachement sont mal connus. Dans la modélisation, le volume sus-
ceptible de se détacher du nuage principal correspond à celui d'une
158
couche extérieure où la concentration solide devient, par entraînement,
inférieure à une concentration critique. Cette concentration critique cor-
respond en général à la concentration au-delà de laquelle la chute des
particules est entravée : concentration à partir de laquelle les particules
se gênent les unes les autres pendant la chute. Cette concentration cri-
tique d'entravement est ainsi prise comme critère de détachement car
elle correspond en quelque sorte à une limite de concentration pour les
interactions interparticulaires (Abdelrham et Dettmann, 1993). La
valeur de la concentration d'entravement dépend du matériel et de son
organisation granulométrique ; les valeurs citées dans la littérature avoi-
sinent les 10 kg.m" 3 (Teeter, 1984).
Figure 27
Processus concernant la
convection : entraînement,
mélange et détachement.
159
Dragages et environnement marin
160
Modélisation mathématique des rejets de dragage
161
Dragages et environnement marin
162
Modélisation mathématique des rejets de dragage
Conclusion
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Modélisation mathématique des rejets de dragage
165
Dragages et environnement marin
166
Gestion des sédiments portuaires
Chapitre IX
167
Dragages et environnement marin
168
Gestion des sédiments portuaires
169
Dragages et environnement marin
170
d'effets subaigus. La figure 28 qui, pour quelques métaux, compare
leurs valeurs ERM et TEL avec les niveaux Géode (NI et N2) et les
valeurs guides européennes les plus sévères pour chacun des niveaux (El
et E2) montre que :
- toutes les concentrations N I et El sont supérieures aux valeurs de TEL
correspondantes ;
- les valeurs N2 et E2 sont inférieures aux ERM pour le chrome, le cad-
mium, le cuivre et comparables pour le mercure et le plomb ;
- pour le zinc, la valeur guide N 2 est supérieure à E2 et excède large-
ment celle retenue comme ERM.
Tableau 13a - Valeurs guides des niveaux 1 et 2 proposées pour les métaux
(mg.kg4) par différents pays signataires de la convention d'Oslo
(d'après SEBA 96/9/1 Aberdeen février 1996).
Allemagne Belgique Espagne France Pays-Bas
Arsenic 3 0 - 150 36 - 100 80- -200 25--50 29-29
Cadmium 2,5-12,5 3 -7 1 -5
• 1,2- -2,4 0,8-4
Chrome 150-750 66 - 2 2 0 200- - 1000 90- - 180 1 0 0 - 120
Cuivre 40 - 200 65 - 9 1 100- -400 45- -90 36-60
Mercure 1 -5 4 -7 0,6 - 3 0,4- -0,8 0 , 3 - 1,2
Plomb 100-500 400 - 6 0 0 120- -600 100- -200 85 - 110
Nickel 50-250 190 - 2 8 0 100- -400 37- -74 35-45
Zinc 3 5 0 - 1750 350 - 5 0 0 500- - 3 000 276- -552 140-365
171
Dragages et environnement marin
Figure 28
Comparaison des valeurs guides Géode (NI, N2)
et européennes les plus contraignantes (El, E2)
avec les seuils d'effets toxiques (TEL) et d'effet
moyen (ERM).
• ERM • TEL
D N2 D NI
• E2 D El
172
Gestion des sediments portuaires
CONTAMINATION DU SEDIMENT
faible
Rejets
Immersions
Dépôts à terr
I Confinement
sécuritaire
Dessiccation
Tri granulométrique
Lagunes
de sédimentation
Traitement
Biologique
Physico-chimique
mique
Remblaiement Traitement des effluent Thermique
Valorisation des sables Dépôt des résidus solides Immobilisation
ion
173
Dragages et environnement marin
Une solution plus élaborée consiste à confiner les sédiments dans des
enceintes étanches qui isolent les matériaux de l'environnement exté-
rieur. Ces bassins jouent le rôle de cellules de décantation qui effectuent
un tri granulométrique séparant les sables grossiers des fractions fines
les plus chargées en contaminants. Cette technique est très largement
utilisée en Amérique du Nord : la moitié des sédiments dragués dans
les Grands Lacs est mise en dépôt (Centre Saint-Laurent, 1994). Les
dépôts confinés rejettent des effluents liquides dont il convient de s'as-
surer de leur absence de contamination au moment de leur introduc-
tion dans le milieu récepteur. Toutefois, les résultats de suivis tendent
174
Gestion des sédiments portuaires
• Le lagunage
Il consiste à déposer les matériaux de manière temporaire sous une
faible épaisseur de sédiment en vue de leur utilisation ultérieure. Dif-
férents processus décrits par De Haan et al. (1997) et Heynen et al.
(1997) interviennent au cours de l'opération qui débute par une perte
irréversible d'eau. Le tassement des matériaux et leur dessiccation (pro-
cessus physique) conduisent à la formation de craquelures de surface qui
permettent la pénétration de l'oxygène et le développement de réac-
tions d'oxydation, lesquelles modifient la composition chimique du
sédiment (processus chimique). L'instauration de conditions aérobies faci-
lite le développement d'une microflore adaptée aux matières organiques
du sédiment. Les processus physique et chimique contrôlent la ciné-
tique d'évolution des matériaux qui, d'après (De Haan et al., 1997),
dépendent :
- des conditions de dessiccation des matériaux, telles que climats favo-
rables à l'évapotranspiration et systèmes de drainage efficaces ;
- de l'épaisseur des sédiments déposés qui doit être plus faible en hiver
qu'en été;
- de la taille des particules, plus la fraction fine est importante, plus le
temps de séjour doit être élevé.
Les études réalisées par les auteurs précités ont montré qu'un séjour de
35 jours était nécessaire pour traiter trois types de sédiments (argileux,
tourbeux, sableux) sous une épaisseur n'excédant pas un mètre.
175
Dragages et environnement marin
ont été utilisés pour construire les digues de clôture extérieure. C'est le
plus important dépôt mondial connu et son volume de 90 millions de
mètres cubes offre une capacité de stockage de 120 millions de mètres
cubes, sur une surface de 260 ha. Il est destiné à recevoir des matériaux
de dragage faiblement ou modérément contaminés ainsi que des boues
de stations d'épuration urbaines, dans un rapport de 20 à 1, jusqu'en
Dépôt à terre du Slufter l'an 2010 (Vellinga, 1997). Une partie des sédiments (10 %) est consti-
(Pays-Bas) : au premier plan
bassin de décantation
tuée d'importantes fractions sableuses qui sont séparées et directement
et récupération des sables. valorisées.
176
Gestion des sédiments portuaires
177
Dragages et environnement marin
• Le prétraitement
Les techniques de prétraitement ont pour objectif de conditionner le
sédiment en vue de son traitement ultérieur.
La dessiccation permet d'abord de réduire de manière considérable les
volumes à traiter par élimination de l'eau interstitielle : les sédiments
en renferment de 50 à 90 % selon la technique de dragage utilisée. Le
dépôt dans des bassins de drainage ou des moyens mécaniques, centri-
fugeuses, filtres à bandes, ou thermiques, évaporateurs, sont utilisés à
cet effet. Ces techniques sont identiques à celles employées pour la
déshydratation des boues des stations d'épuration des eaux usées urbaines
et permettent d'éliminer environ 50 % d'eau.
Le tri granulométrique par hydrocyclonage permet de séparer les sables
des fractions fines contaminées. Un hydrocyclone est constitué par un
cône vertical pointe en bas dans lequel on introduit le sédiment liquide
dans sa partie supérieure, tangentiellement et sous pression. Les parti-
cules lourdes migrent par gravité vers la pointe du cône et les particules
en suspension sont récupérées par pompage dans la partie haute.
En combinant hydrocyclonage et déshydratation mécanique, il est
possible de réduire de 70 % ou plus les volumes à traiter. Malgré les
capacités relativement faibles du prétraitement mécanique (50 m 3 par
heure), ces procédés ont été mis en œuvre soit à partir d'unités mobiles,
soit à partir d'installations à terre (Centre Saint-Laurent, 1994). C'est
ainsi, par exemple, qu'une installation a été spécialement constaiite pour
le prétraitement mécanique des déblais de dragage du port de Ham-
bourg (Detzner et al, 1997). Les sédiments provenant d'un bassin de
stockage sont d'abord soumis à un hydrocyclonage qui sépare les sables,
directement utilisés pour la construction, de la fraction silteuse de taille
inférieure à 63 um. Cette dernière est ensuite soumise à un second
hydrocyclonage suivi d'un tamisage et d'une déshydratation sur filtre
à bandes sous vide. Cette étape permet d'extraire les sables fins desti-
nés à la construction et la fraction silteuse de granulométrie inférieure
178
Gestion des sédiments portuaires
179
Dragages et environnement marin
180
Gestion des sédiments portuaires
181
Dragages et environnement marin
182
Gestion des sédiments portuaires
183
Dragages et environnement marin
Afin de fournir des termes de comparaison, tous les coûts ont été conver-
tis en euros et rapportés, selon le cas, au volume (m 3 ) ou à la tonne de
sédiment sec traité (ts). Ces données acquises dans des contextes diffé-
rents, expérimentations pilotes ou cas réel, ne sont pas applicables à
l'évaluation directe de coûts opérationnels. En effet, ces derniers doivent,
entre autres, tenir compte des conditions locales et, dans certains cas,
des coûts induits par les phases de prétraitement des sédiments bruts et
d'élimination des résidus du traitement lui-même.
Ces ordres de grandeur mettent toutefois en évidence le coût très élevé
de la dépollution des sédiments contaminés, en raison des volumes
importants à traiter. Ils confirment la nécessité de limiter les apports de
contaminants en milieu portuaire par des traitements appropriés au
niveau des rejets.
La valorisation des déblais est souvent recherchée pour réduire les coûts
de dragage et répondre à un besoin en matériaux. Trois types d'utili-
sation sont envisageables : amendements pour les sols agricoles (épan-
dage), emploi comme matériaux de construction primaires (sables) ou
élaborés (briques), remblaiement pour la réalisation d'infrastructures.
La réglementation et les contextes locaux conditionnent l'importance
des offres d'emploi des déblais. La récupération des fractions sableuses,
utilisées soit pour la construction soit pour l'engraissement de plages
pendant la période estivale, constitue la plus fréquente des valorisa-
tions. Les travaux de génie écologique entrepris pour restaurer des zones
humides peuvent constituer à l'avenir un débouché important pour
des sédiments non contaminés. C'est ainsi qu'en dix ans 3,31 km de
marais ont été recréés dans la lagune de Venise, en utilisant 5 millions
de mètres cubes de déblais de dragage (Cecconi, 1997).
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186
Chapitre X
Réglementation
Jean-Marie Massin
187
Dragages et environnement marin
188
Réglementation
Dispositions internationales
Définition de l'immersion
Bien que chaque convention traitant des « immersions » présente une
définition différente de ce terme, on entend généralement par « immer-
sion » le déversement délibéré dans la mer de substances ou de maté-
riaux à partir (ou au moyen) de navires, aéronefs, engins flottants,
plates-formes fixes ou flottantes ou autres ouvrages placés en mer.
Ne sont donc pas considérés comme des immersions les rejets de maté-
riaux effectués directement par conduite sur le littoral. De même, sont
a priori exclues du champ des conventions les opérations de dragages par
surverse ou par agitation. Cette question demeure cependant encore
pendante et a été inscrite au programme de travail de la convention de
Paris pour l'exercice 1998-2000. Il y a tout lieu de penser que ces tech-
niques seront considérées comme une immersion.
189
Dragages et environnement marin
190
Réglementation
• Permis d'immersion
Toute substance dont l'immersion est envisagée doit faire l'objet de la
part des autorités nationales compétentes soit d'un permis au titre de
la convention de Londres 1972 (art. IV) et du protocole « Immersion »
de la convention de Barcelone (art. 5), soit d'une autorisation au titre
de la convention de Paris de 1992 ou d'une réglementation conforme
aux critères, lignes directrices et procédures adoptés par les parties à la
dite convention (annexe II, art. 4).
Toute délivrance de permis d'immersion doit faire l'objet d'une noti-
fication aux instances compétentes des conventions internationales.
Cette notification obéit à une procédure commune à l'ensemble des
parties contractantes.
Types de permis
Quatre types de permis peuvent être attribués.
Permis spécifique
Au titre de l'article IV-l-b de la convention de Londres de 1972 et de
l'article 5 du protocole « Immersion » de la convention de Barcelone
de 1976, est subordonnée à l'octroi d'un « permis spécifique » l'im-
mersion de matériaux de dragage qui contiennent en quantités dites
« significatives » les substances répertoriées à l'annexe II des dites
conventions. Il convient cependant que toutes dispositions aient été
prises pour réduire au minimum l'impact possible de ces immersions
sur les milieux naturels.
Font également l'objet d'un permis spécifique les substances qui, bien
que non toxiques par nature, pourraient devenir nocives en raison des
quantités immergées ou diminuer sensiblement les agréments.
Permis spécifique dérogatoire au principe d'interdiction
Fait de même l'objet d'un permis spécifique l'immersion de déblais de
dragage contenant les substances relevant de l'annexe I de la conven-
tion de Londres de 1972 et de l'annexe I du protocole « Immersion »
de la convention de Barcelone de 1976, pour autant que leurs teneurs
et leur comportement dans le milieu marin permettent de déroger au
principe d'interdiction.
Dans un tel cas, toutes mesures pratiques, méthodes de confinement
ou de traitement par exemple, doivent être prises afin de réduire l'im-
pact de l'opération d'immersion sur le milieu marin.
Permis spécifique en cas d'urgence
L'article V-2 de la convention de Londres de 1972 stipule que, en déro-
gation au principe d'interdiction énoncé à l'article IV-1-a de la dite
convention, un permis spécifique d'immersion de matières ou de déchets
énumérés à l'annexe I de la convention précitée peut être délivré dans
des cas d'urgence, cette expression visant les situations à caractère excep-
tionnel nées de l'impossibilité d'éliminer à terre et dans des conditions
jugées acceptables pour la santé de l'homme des déchets fortement pol-
lués et pour lesquels l'immersion est la seule solution envisageable.
191
Dragages et environnement marin
192
Réglementation
• Convention de Londres
D'une approche comparable, le « cadre pour l'évaluation des déblais de
dragage », adopté le 8 décembre 1995 par les parties contractantes à
la convention de Londres {résolution LC.52 (18)], se substitue aux
« directives relatives à l'application des annexes au rejet des déblais de
dragage » adoptées par la résolution LDC.3 (10) de 1986.
Le cadre pour l'évaluation des déblais de dragage de la convention de
Londres définit, mais non nécessairement de manière détaillée, les élé-
ments pratiques de base devant être pris en compte pour déterminer
les conditions dans lesquelles des déblais de dragage pourraient (ou
non) être déposés en mer. Sont ainsi notamment considérés les carac-
téristiques physiques, chimiques, biologiques des déblais de dragage,
les modes de valorisation éventuellement existants, les critères d'ordre
écologique, économique ou pratique liés au choix du site d'immersion
ainsi que les conséquences probables de l'option d'élimination retenue
(l'hypothèse d'impact).
Il arrive en outre, en fonction de teneurs limites, de réactions biologiques,
de normes de qualité de l'environnement, de critères de flux ou d'autres
valeurs de référence, un mécanisme de déclenchement de décisions,
applicable à l'échelon national ou régional, qui repose sur l'existence
de trois niveaux :
- un niveau inférieur correspondant à des déblais généralement consi-
dérés comme présentant peu de danger pour l'environnement ;
- un niveau supérieur correspondant à des déblais qui devraient généra-
lement être considérés comme ne se prêtant pas à une évacuation en mer;
- entre ces deux niveaux, un niveau correspondant à des déblais qui
devraient faire l'objet d'une évaluation plus approfondie avant que l'on
puisse déterminer s'ils se prêtent ou non à une évacuation en mer.
Sont considérés comme susceptibles d'être exemptés du processus de
caractérisation physique/chimique/biologique, mais non des autres pro-
cédures décisionnelles, les déblais de dragage extraits d'un lieu situé à
l'écart des sources existantes et historiques de toute pollution appré-
ciable, ou essentiellement composés de sable, gravier ou roche, ou com-
posés de matériaux géologiques jusqu'alors intacts.
193
Dragages et environnement marin
Dispositions nationales
194
Réglementation
Dossier de demande
d'autorisation
CQEL
Mise à l'enquête
Gestionnaire du DP
l
Conclusions Préfet de bassin (MDB)
du commissaire enquêteur
Présentation du rapport
et demande d'avis au CDH
CQEL • Recueil actes
administratifs
• Affichage en mairie
Conseils municipaux <- Arrêté
pendant 1 mois
• Parution dans 2 journaux
Pétitionnaire locaux ou régionaux
195
Dragages et environnement marin
• Autorités compétentes
Le dossier de demande d'autorisation d'immersion est adressé au préfet
du département territorialement concerné par les opérations de dra-
gage ou, si l'opération de dragage doit être effectuée à l'intérieur de la
circonscription d'un port autonome, au préfet du département où est situé
le port principal englobé dans la circonscription du port autonome
(D. nO 82-842 du 29 septembre 1982, art. 21, ].0. 3 octobre).
Si une des zones d'immersion proposées est située dans les eaux terri-
toriales ou intérieures maritimes françaises, le préfet du ou des dépar-
tements intéressés, sur proposition du service maritime, ouvre une
enquête publique dont la durée ne peut être inférieure à quinze jours.
Cette enquête a lieu dans les communes littorales que le préfet estime
les plus directement intéressées par les opérations d'immersion et, dans
tous les cas, dans les communes littorales dont le rivage est situé à
moins de 3 milles de la limite de la zone d'immersion (D. nO 82-842
du 29 septembre 1982, art. 8 et 22, ].0. 3 octobre).
Outre les informations relatives à l'identité du pétitionnaire, aux carac-
téristiques des matériaux devant être immergés, à la situation géo-
graphique de la zone d'immersion, aux conditions techniques dans
lesquelles s'effectuera l'opération, le dossier d'enquête publique doit
porter sur les effets prévisibles sur la faune et la flore marines ainsi que
sur les activités qui s'exercent en mer ou sur le littoral. Il doit égale-
ment apporter la justification du recours au procédé de l'immersion
comme moyen d'élimination des déblais.
Le préfet du département est l'autorité habilitée à délivrer un permis d'im-
mersion de matériaux de dragage, après accord du préfet maritime et
consultation obligatoire, outre de ce dernier, du directeur des Affaires
maritimes, du chef du service maritime, du directeur des télécommu-
nications des réseaux extérieurs et, s'il y a lieu, du ou des directeurs des
ports autonomes intéressés, compte tenu de la zone dans laquelle les
opérations de dragage doivent être réalisées et de la ou des zones d'im-
mersion envisagées.
196
Réglementation
Dispositions techniques
• Prélèvement, échantillonnage
La circulaire interministérielle du 24 mars 1988 (non publiée au).O.)
fixe les méthodes applicables au « prélèvement et à l'analyse des déblais
de dragage ». Elle stipule que le plan d'échantillonnage et le prélève-
ment des matériaux clapés sont effectués sous la responsabilité de la cel-
lule de qualité des eaux littorales .
Le nombre de prélèvements à effectuer dépend des zones considérées
et des volumes dragués . Pour les zones à échange libre telles que les
chenaux d'accès portuaires, le nombre d 'échantillons à prélever et ana-
lyser est fixé à: un si le volume dragué est inférieur à 25 000 m 3 ; 2 entre
25 000 et 100000 m 3 ; 3 entre 100000 et 250000 m 3 et 1 échantillon
supplémentaire par 100000 m 3 entre 250000 et 1 million de mètres
cubes. Dans les zones confinées telles que les bassins portuaires, une ana-
lyse est réalisée pour chaque opération et par tranche de 5000 m 3 . Pour
les ports de plaisance, le nombre d'échantillons à analyser est fonction
de leur capacité d'accueil: un échantillon jusqu'à 100 bateaux, puis un
échantillon supplémentaire par tranche de 500.
Les paramètres à mesurer visent à caractériser le sédiment du point de
vue granulométrique et géologique: teneur en aluminium et carbone
organique total. Les micropolluants sont mesurés dans la fraction infé-
rieure à 2 mm et concernent des éléments et substances des annexes l
(Hg, Cd, PCB) et II (As, Cr, Cu, Ni, Pb, Zn) des conventions de Londres
et Paris 1992.
197
Dragages et environnement marin
• Valeurs guides
L'évaluation des risques liés à l'immersion des déblais est réalisée en tenant
compte des valeurs guides établies selon les recommandations de la conven-
tion d'Oslo. Ces valeurs connues sous le nom de « niveau Géode » et
décrites dans le chapitre « Gestion des sédiments portuaires » feront
prochainement l'objet d'un arrêté interministériel.
Conformément aux orientations données par la convention d'Oslo en
mars 1993 :
- le niveau 1 comprend les valeurs au-dessous desquelles l'immersion
serait autorisée sans étude particulière et au-dessus desquelles une étude
plus approfondie pourrait être nécessaire ;
- le niveau 2 correspond aux teneurs au-delà desquelles l'immersion serait
susceptible d'être interdite ; ces teneurs ne doivent pas donner lieu
automatiquement à interdiction, notamment dans les cas où l'immer-
sion constitue l'option la moins préjudiciable pour l'environnement.
198
C'est partant de ce constat que le comité interministériel de la Mer du
1 er avril 1998, présidé par le Premier ministre, a retenu de mettre en
place, sous la présidence du Secrétariat général de la mer, un groupe de
travail sur les activités portuaires et connexes chargé d'élaborer, pour
chaque catégorie de ports concernés (commerce, pêche ou plaisance),
un inventaire de l'ensemble des situations de pollution rencontrées et
de leurs origines. À partir de cet inventaire, des cahiers de charges
applicables aux différentes catégories de ports seront établis afin d'éli-
miner les sources de pollution parvenant directement ou indirectement
dans les bassins portuaires.
Référence bibliographique
Lamy Environnement Eau (Boizard P., Sironneau J., Massin J.-M).
Lamy édit. Paris. Décembre 1996.
199
Dragages et environnement marin
200
Dragages et environnement marin
Annexes
201
Dragages et environnement marin
202
Annexe I
203
Dragages et environnement marin
CfU c , x c,U
fuc,z
".-J.
(Uc,x + Uc,z)5 (Uc,x + Uc,z)5
^E-S-S, (4)
dt
où P représente le volume de chaque constituant dans le nuage. Cette
équation est ainsi utilisable pour le calcul des concentrations des conta-
minants conservatifs, dissous ou adsorbés, à des fins de qualité de l'eau.
204
Annexe II
Annexe II :
sur la prévention et la suppression de la pollution par les opérations
d'immersion ou d'incinération
Article 1
Article 2
Article 3
205
Dragages et environnement marin
Article 4
206
Dragages et environnement marin
Article 5
Aucune matière n'est déposée dans la zone maritime dans un but autre
que celui pour lequel elle a été conçue ou construite à l'origine, sans une
autorisation ou une réglementation émanant de l'autorité compétente
de la partie contractante concernée. Cette autorisation ou cette régle-
mentation est conforme aux critères, lignes directrices et procédures
pertinents et applicables, adoptés par la commission conformément à l'ar-
ticle 6 de la présente annexe. La présente disposition ne peut être inter-
prétée comme autorisant l'immersion de déchets ou d'autres matières
faisant par ailleurs l'objet d'une interdiction en vertu de la présente
annexe.
Article 6
Article 7
Article 8
207
Dragages et environnement marin
Article 9
Article 10
208
Dragages et environnement marin
Annexe III
Convention de Londres
Protocole de 1996 à la convention de 1972 sur la prévention
de la pollution des mers résultant de l'immersion de déchets
Annexe III :
Déchets ou autres matières dont l'immersion peut être envisagée
1. Les déchets ou autres matières dont la liste figure ci-après sont ceux
dont on peut envisager l'immersion, en ayant conscience des objectifs
et des obligations générales du présent protocole énoncés aux articles 2
et 3 :
1 - déblais de dragage ;
2 - boues d'épuration ;
3 - déchets de poisson ou matières résultant d'opérations de traitement
industriel du poisson ;
4 - navires et plates-formes ou autres ouvrages artificiels en mer ;
5 - matières géologiques inertes, inorganiques ;
6 - matières organiques d'origine naturelle ;
7 - objets volumineux constitués principalement de fer, d'acier, de
béton et de matériaux également non nuisibles dont l'impact physique
suscite des préoccupations, et seulement dans les cas où ces déchets sont
produits en des lieux, tels que les petites îles, dont les communautés
sont isolées et qui n'ont pas d'accès pratique à d'autres options d'élimi-
nation que l'immersion.
209
Dragages et environnement marin
Annexe IV
Nationales
m
Ministère de l'Equipement, des Transports et du Logement
Direction du Transport maritime, des Ports et du Littoral
3, place Fontenoy
75700 Pans 07 SP
210
Dragages et environnement marin
211
Le Cetmef
Géode
W
La direction des ports et de la navigation maritimes a créé, en
décembre 1990, un groupe de travail dénommé Géode (groupe d'étude
et d'observation sur le dragage et l'environnement). Cette création se situait
dans la ligne directe des conclusions du « Séminaire international sur
les aspects environnementaux liés aux activités de dragages » qui avait
été organisé à Nantes en novembre 1989 dans le cadre de la convention
212
Dragages et environnement marin
Contact :
Secrétariat Géode
PANSN
18, quai E. Renaud - BP 3139
44031 Nantes Cedex 01
Tél. 02 40 44 20 99
Fax 02 40 44 21 30
G.LE. Dragages-Ports
213
En application de ce texte, Dragages-Ports fait construire ou achète les
dragues et les loue aux ports autonomes ainsi qu'aux ports d'intérêt
national, qui les arment et les exploitent. Dragages-Ports est en outre
chargé d'établir le plan d'affectation des engins, leur programme d'uti-
lisation et de contrôler l'exécution de l'un et de l'autre.
Depuis sa création en 1979, Dragages-Ports a profondément restruc-
turé et renouvelé le parc, qui comptait à l'origine plus de 150 engins,
pour la plupart très anciens, coûteux à l'exploitation et à l'entretien,
et obsolètes. Le parc actuel ne comprend plus que 20 dragues et 21
engins de servitude opérationnels, mais beaucoup plus modernes et per-
formants. Dragages-Ports a ainsi investi environ 800 MF en une ving-
taine d'années.
Aujourd'hui, le volume total des besoins s'accroît, avec la réalisation
prévue des grands projets portuaires de Port 2000 au Havre et de
Donges-Est en Basse-Loire. D'autre part, la préoccupation d'un meilleur
respect de l'environnement conduit à modifier ou adapter certaines
techniques, à en abandonner d'autres... Enfin, les techniques, de façon
générale, continuent d'évoluer.
Tous ces éléments ont conduit, à la fin de 1998, à l'élaboration d'un sché-
ma directeur du parc de dragues qui définit notamment la consistance
du parc à l'horizon 2010/2012. La réalisation de ce schéma suppose le
lancement d'un nouveau programme d'investissements, d'un montant
supérieur à un milliard de francs, et permettra de réaliser l'ensemble
des travaux de dragages d'entretien des ports du ressort de l'Etat dans
les meilleures conditions économiques et techniques, dans le respect maxi-
mum de l'environnement. Du fait de la tendance à l'accroissement des
dimensions et des performances des dragues modernes, et, par consé-
quent, du caractère de plus en plus interportuaire de l'activité, elle
suppose aussi que le rôle de Dragages-Ports en matière d'exploitation
des engins soit renforcé.
Contact :
Dragages-Ports
15, avenue de Ségur
75007 Paris
Tél. 0147 05 5900
Fax 0147 05 5915
214
Dragages et environnement marin
Internationales
215
Dragages et environnement marin
Contact :
Secrétariat général de l'AIPCN
Graaf de Ferraris - 11 e étage - Boîte 3
Bd. Emile Jacqmain 156
B-1000 Bruxelles - Belgique
Tél. 32 2 553 71 59/60 - Fax 32 2 553 71 55
E-mail : [email protected]
URL : http://www.tornado.be/~navigation-aipcn-pianc/
CEDA
Les objectifs :
- promouvoir l'information et la formation de ses membres dans tous
les domaines qui concernent le dragage et ses activités connexes ;
- produire et diffuser de l'information de qualité sur les dragages et les
thèmes correspondants ;
- développer et contribuer au développement de lignes directrices et
de standards de bonnes pratiques ;
- initier et/ou encourager les recherches ;
- être actif dans la réalisation de la réglementation ;
- accroître la compréhension du public sur les dragages et la recon-
naissance de leur contribution à la société.
216
Les activités :
- organisation de congrès, séminaires, cours, visites et excursions pro-
fessionnelles ;
- publication de rapports, guides techniques, actes de congrès ;
- observateur à la convention de Londres 1972 et aux conventions d'Os-
lo et Paris ;
- édition de documents destinés au public et aux groupes profession-
nels.
Les membres :
À titre individuel ou d'organisations : ports, sociétés de dragage, consul-
tants, organisations de recherche ou d'enseignement, associations.
Organisation :
Le CEDA est dirigé par un bureau international élu, comprenant 13
membres de six pays, auxquels s'ajoutent des membres experts des dif-
férents secteurs du dragage.
L'Environmental Steering Committee, créé en 1990, est chargé de déve-
lopper les règlements environnementaux et de représenter le CEDA
aux réunions et conventions internationales. Trois sections nationales
ont été créées en Belgique, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne.
Contact :
Secrétariat
P.O. Box 3168
2601 DD Delft - The Netherlands
Tél. 31 (0) 15 278 31 45
Fax 31 (0) 15 278 71 04
E-mail : [email protected]
Web : www-tt.wbmt.tudelft.nl/ceda/main.htm
IAPH
217
Dragages et environnement marin
Contact :
Secrétariat Général
IAPH
Kono Building
1-23-9 Nishi-Shimbashi
Minato-ku, Tokyo 105-0003 -Japan
Tél. + 81 3 3591 4261
Fax + 81 3 3580 0364
E-mail : [email protected]
218
Dragages et environnement marin
Glossaire
219
Dragages et environnement marin
220
V
221
Dragages et environnement marin
Sigles
222
Dragages et environnement marin
Unités
g gramme
mg milligramme
ug microgramme (millionième de gramme)
ng nanogramme (milliardième de gramme)
pg picogramme (millième de nanogramme)
E Einstein : quantité d'énergie lumineuse utilisée en photochi-
mie et égale au nombre d'Avogadro multiplié par l'énergie
d'un photon de lumière à une fréquence donnée :
pour la fréquence de la lumière naturelle 1 uE.s_1.m"2
est égal à 55,56 lux
M masse molaire : nM = nanomole (milliardième de la masse
d'une mole)
Pa Pascal ; unité de pression,
1 Pa = I N . m ' 2 = 10"5 bar = 9,87.10" 6 atmosphères
Réalisation, mise en page : XLC (02 98 30 50 07)