Produit Tensoriel d'Espaces Vectoriels
Produit Tensoriel d'Espaces Vectoriels
VECTORIELS
par
Robert Rolland
.
Résumé On dénit le produit tensoriel de deux espaces vectoriels
et on en expose quelques propriétés. Ce produit tensoriel est relié au
produit de Kronecker de deux matrices. On généralise au produit de
plusieurs espaces vectoriels, on introduit la notion d'algèbre tensorielle.
1. Introduction
Ces quelques notes sont un début de présentation de la notion de pro-
duit tensoriel de deux espaces vectoriels. On y ajoute une présentation
2 R. ROLLAND
très rapide de la notion de tenseur d'ordre quelconque, ainsi que des no-
tions de contravariance et covariance. Le lecteur intéressé par le calcul
tensoriel et des exemples d'applications en physique pourra se repor-
ter au superbe exposé d'André Lichnerowicz (1915-1998) Éléments de
calcul tensoriel , soit dans une version originale de la librairie Armand
Colin, soit dans une réimpression par les éditions Jacques Gabay.
de F).
(1) Les éléments x
y forment un système de générateurs de
E
F.
P P P
(2) ( x2A1 x x)
( y2A2 y y) = ( x y)2A1 A2 x y (x
y).
,
où A est une partie nie de E F. Cette écriture n'est pas unique comme
le montre l'exemple élémentaire suivant :
(x1 + x2 )
y = x
1
y+x 2
y.
Nous reviendrons plus tard sur les problèmes posés par cet état de fait.
4 R. ROLLAND
n'est pas une base, il n'est pas immédiat de savoir si ce qu'on est en
train d'écrire est nul ou non. Cela va constituer une partie de l'étude
du paragraphe suivant. En attendant, il y a des cas très simples où l'on
peut repérer que ce qu'on écrit est nul. Il découle directement de la
relation (1) que :
0
y = x
0 = 0.
(Ici il faut un peu jongler avec la signication des zéros. En eet il y
a le zéro du corps des scalaires, le zéro de l'espace vectoriel E, celui de
l'espace vectoriel F, celui de l'espace E
F, et on pourrait aussi parler
de celui de E F et de celui de [E F] qui jouent également un rôle
dans l'aaire. On compte sur le lecteur pour mettre tout le monde à sa
place).
b(x
y) = 0 pour tout x
y. Comme ces derniers éléments engendrent
l'espace E
F, c'est que b = 0.
L'application W est aussi surjective. En eet, soit B 2 B(E F, W ).
Pour tout élément t 2 E
F dénisons b(t) de la façon suivante : on
P
prend une représentation de t sous la forme t = (x y)2A x y x
y et
, ,
on pose
X
b ( t) = x y B(x, y).
,
( x y)2A
,
Théorème
3.4
. L'espace L(E
F, W ) est isomorphe à l'espace
L E, L(F, W ) .
Démonstration
. Il sut de montrer que B(E F, W ) est isomorphe
à L E, L(F, W ) . Pour cela on dénie l'application qui à toute ap-
plication bilinéaire B de E F dans W associe l'application linéaire
u = (B) de E dans L(F, W ) dénie par :
ment indépendants. Si
X
k
xi
yi = 0,
i=
1
alors x1 = x
2 = = xk = 0.
c'est-à-dire :
X
k
u(xi )yi = 0,
i= 1
(x y) x = 0,
,
x 2A 1
ce qui compte tenu du fait que la famille (x)x2A1 est libre implique que
pour tout x 2 A le coecient (x y) est nul. Ainsi on a montré que
1 ,
famille génératrice de E
F.
PRODUIT TENSORIEL 9
la famille (x
y)(x y)2A1 A2 est une base de E
F.
,
ij i j
P
,
F)
H dans E
(F
H) en dénissant les valeurs de U sur une base.
Pour cela on prend une base (ei )i de E, une base (fj )j de F et une
base (hk
)k de H. On sait qu'alors (ei
fj )i j est une base de E
F,
,
et donc ( ei
fj )
h k est une base de (E
F)
H. De même
ijk
, ,
e i
( fj
h k ) est une base de E
(F
H). On dénit U en posant :
ijk, ,
U (ei
fj )
h k = e i
( fj
h k ) .
L'application linéaire U est un isomorphisme.
Désormais, on pourra écrire E
F
H sans parenthèses l'espace ob-
tenu. Maintenant que l'associativité du produit tensoriel est démon-
trée, on peut écrire des produits du type :
E 1
E
2
En .
Soient E , , En , n espaces vectoriels sur le même corps K. Notons
1
L E , Bn- (E
1 1 2 En , W ) ' Bn(E 1 En , W ).
6. Dualité
Théorème 6.1. L'espace E?
F? peut être interprété comme un
sous espace de (E
F)? par identication de l'élément u
v de E?
F?
à la forme linéaire notée encore u
v dénie par
u
v(x
y) = u(x)v(y).
De plus on a l'égalité de E?
F? avec (E
F)? si et seulement si
l'un des deux espaces E ou F est de dimension nie.
Démonstration. Pour bien comprendre cette démonstration, il
convient d'introduire un certain nombre d'applications bilinéaires et
linéaires. Soit
(1) Soit B l'application bilinéaire dénie sur E? F? à valeurs dans
1
E F? dans l'espace (E
F)? . On peut donc de nouveau appliquer
?
linéaire b de E?
F? dans (E
F)? . On a alors :
1
0 1
X X
b @
1 ( u
v ) A ( x
y) = u(x)v(y).
( u v)2A
, ( u v)2A
,
nul de E?
F? . En vertu du corollaire 4.5 cet élément peut s'écrire
P
i2I ui
vi avec des vi linéairement indépendantset des ui non nuls.
P
La forme linéaire correspondante b i2I ui
vi dénie sur E
F
1
E
F? (E
F)? .
?
de L(E
F, K) et peut donc être considéré aussi comme l'élément t
PRODUIT TENSORIEL 13
suivant de L(E, F?) = L E, L(F, K) :
X
n
t : x 7! t (x) = ui (x)vi .
i= 1
L'image
t (E) est de dimension nie dans F? . Mais dans L(E, F? ) =
L E, L(F, K) il existe des applications dont l'image est de dimension
innie dans F? . Donc E?
F? ne peut coïncider avec (E
F)? ' L(E, F? ).
Supposons maintenant que E soit de dimension nie. Tout élément
f 2 (E
F)? est déterminé par ses valeurs sur les xi
y où la famille
(xi )i= n est une base de E est (y ) une base (éventuellement innie)
1
de F :
f(xi
y ) = zi . ,
Soit (ui )i= n la base duale de (xi )i= n et pour chaque i 2 f1, , ng
1 1
!
X
n
uj
v(j) (xi
y ) = z i ,
,
j= 1
L(E, F) L(G, H)
' E?
F
G?
H ' E?
G?
F
H '
(4)
(E
G)
?
(F
H) ' L(E
G, F
H).
( x y)2A
,
;
16 R. ROLLAND
Démonstration. Soit (zj )j= r une base de l(t) (E? ). Cette base
1
peut être complétée en une base (zj )j= 1 n de F. On peut toujour re-
présenter tout tenseur sous la forme
X
n
= aj
zj
j= 0
avec des aj éventuellement nuls. Mais compte tenu des conditions im-
posées sur l'image l(t) (E? ), il est visible que t s'écrit :
X
r
t= aj
zj ,
j=
P
0
avec des aj non nuls et l(t)(f) = nj= f(aj )zj . Il est visible que cette
1
somme ne peut avoir un terme de moins sinon l'espace vectoriel l(t) (E? )
ne serait pas de dimension r.
de l'application u
v 2 L(E
G, F
H) lorsque E
G est muni de la
base (ei
gk )i k et que F
H est muni de la base (fj
hs )j s . Avant toute
, ,
chose il faut préciser l'ordre sur les vecteurs des deux bases (ei
gk )i k ,
et (fj
hs )j s . On considère EK = ei
gk où K = (i - 1)p + k. C'est
,
on pose FL = fj
hs où L = (j - 1)q + s. C'est sous la forme (FL )L= nq 1
matrice de u
v qui se trouve à la ligne L et la colonne K on doit prendre
la composante sur FL de u
v(EK ). Or u
v(EK ) = u(ei )
v(gk ). Mais
P
u ( ei ) = n q P
j= Uj i fj et v(gk ) = s= Vs k hs . Donc
1 , 1 ,
CL K , = Uj i Vs k ,
, ,
avec
L = (j - 1)q + s K = (i - 1)p + k.
8. Algèbre tensorielle
8.1. Algèbre tensorielle. On considère un espace vectoriel E de
dimension n sur le corps K. On note E? son espace dual. On dénit
E
p =
| {z
E
E
E. }
p fois
18 R. ROLLAND
E?
q = E?
E?
E? .
| {z }
q fois
Un tenseur p fois contravariant et q fois covariant est un élément de
E
p
E?
q . Un tel tenseur est dit d'ordre p + q.
L'algèbre tensorielle associée à E est l'algèbre graduée dénie par
1
M 1
M
T(E) = K E p
E?
q .
p= 1 q= 1
0 si i 6= j
ei (ej ) = ij =
1 si i = j.
On fait alors un changement de base dans E. On passe à la base
(f , , fn ) dénie par
X
1
n
fi = aki ek .
k= 1
Donc
X
n
i
X
n
x= X aki ek ,
i= 1 k= 1
PRODUIT TENSORIEL 19
!
X
n X
n
x= aki Xi ek .
k= 1 i= 1
En conséquence on obtient
X
n
(6) xk = aki Xi .
i= 1
Xn
lx = xj ej .
j= 1
On voit que
X
n
lx (ei ) = xj ej (ei ) = xi .
j= 1
Donc
X
n
xi = xj hej , ei i.
j= 1
S'il se trouve que la base (ei )i est orthonormée pour le produit scalaire,
alors les composantes covariantes et contravariantes d'un vecteur sont
les mêmes.
Soit un tenseur t de l'algèbre tensorielle engendrée par E qui est p
fois contravariant et q fois covariant :
t 2 E
p
E?
q .
Une base (ei )i de E étant xée, on choisit pour base de E? la base duale
(ei )i . Le tenseur t s'écrit dans la base associée du produit tensoriel sous
la forme :
X i i i
t= j11j22jqp ei1
e i2
e ip
ej1
ej2
ejq .
i1 i2 ip j1 j2 jp
, , , , , , ,
n
ei = bki fk .
k= 1
Dans ces conditions, en plus des formules (6) et (7) on a aussi la for-
mule :
X
n
(8) yj = bkj Yk .
k= 1
t= Xij k
k fi
f j
f .
ijk, ,
Alors :
X
xij
k = ai aj b
k X
.
, ,
On a donc :
X
n
h x, yi = xi yj hei , ej i,
i j=
, 1
gij = h e i , e j i,
la formule :
X
n
h x, yi = gij xi yj .
i j=, 1
La forme hx, yi est une forme bilinéaire et peut donc être identiée à
l'élément t 2 E?
E? déni par :
X
n
t= gij ei
ej .
i j=
, 1
Xn
y= yj e j ,
j= 1
on obtient :
X X j Xn
1
?
B ( x , y) = xi yj ei (ej ) = j
xi y i = xi yi .
ij
, ij
, i= 1
X
n
t 1 = gji ei
ej
i j=
, 1
où
1 si i = j
gji = ji =
0 si i 6= j,
c'est-à-dire :
X
n
t 1 = ei
ei .
i= 1
cation l :
on obtient :
X
n
l(x ?
)= xi l(ei ),
i= 1
On a donc :
X
n X
n X
n X
n
2
?
B (x , y ?
)=
? ?
y (l(x )) = xj xi gik ej (e k) = gij xi yj .
j= 1 i= 1 k= 1 i j=
, 1
X
n
t 2 = gij ei
ej .
i j=
, 1
X
n
h l(ei ), es i = gik gks ,
k= 1
i i i
mais hl(e ), es i = e (es ) = s donc :
Xn
gik gks = is .
k= 1
Si les gks = hek , es i sont connus, pour tout i xé entre (1 6 i 6 n), on
obtient un sytème linéaire de n équations en les n inconnues gi , gin 1
dans E?
E? , dans E
E? ou dans E
E est appelé le tenseur fondamental
de l'espace euclidien E. Nous en avons déterminé les composantes co-
variantes gij , mixtes gji et contravariantes gij . Les composantes mixtes
sont très simples et sont les ji . Les composantes covariantes sont don-
nées par les produits scalaires hei , ej i. Les composantes contravariantes
peuvent être calculées en fonction des composantes covariantes en ré-
solvant n systèmes linéaires de n équations à n inconnues ayant même
déterminant g = det(gij )i j . ,
1 2
que A = k [k ] = k [k ].
1 2 2 1
: k 1
kk 2 ! K
dénie par :
(x
y) = xy.
(x1
y ).(x
1 2
y 2 ) = (x1 x2 )
(y1 y2 ),
neau A = k [k ] = k [k ].
1 2 2 1
toute base de k sur k est elle aussi un système libre sur K considéré
2
que :
X
xi fi = 0.
i
Il faut montrer que tous les xi sont nuls.
Soit (ej )j une base de k sur k. Chaque xi s'écrit de manière unique :
X
1
xi = ai j ej ,
,
j
avec des coecients ai j dans k, et donc :
,
!
X X
ai j ej fi
, = 0,
i j
ou encore : !
X X
ai j fi ej = 0. ,
i j
Puisque les coecients des ej dans la somme précédente sont dans
k , par hypothèse ils sont tous nuls, c'est-à-dire que pour tout j on a
2
28 R. ROLLAND
l'égalité :
X
ai j fi
, = 0,
i
ce qui implique puisque (fi )i est une base sur k, que pour chaque j tous
les ai j sont nuls, c'est-à-dire que pour tout i et tout j on a ai j = 0 et
, ,
Alors on a donc :
X X X
( xi
yi ) = (xi
yi ) = xi yi = 0,
i i i
P
et comme est injective on a i xi
yi = 0. Mais les xi sont linéai-
rement indépendants donc d'après le lemme 4.1, tous les yi sont nuls,
ce qui prouve que la famille (xi )i est libre sur k et donc les extensions
2
ment disjointes. Soit (xi )i une base de k sur k et yj une base de k sur
1 2
élément de k
k k décomposé sur la base (xi
yj )i j sous la forme :
X
1 2 ,
i j xi
yj
,
ij
,
PRODUIT TENSORIEL 29
!
X X
xi
i j yj
, = 0.
i j
Comme (xi )i est une base de k sur k et que k et k sont linéairement
1 1 2
tout i on a :
X
i j yj, = 0.
j
Comme yj est une base de k sur k on en conclut que pour tout i et
2
k
k k est isomorphe au compositum k k .
1 2 1 2
isomorphisme de k
k k sur k [k ] = k k .
1 2 2 1 1 2
Réciproquement si k
k k est un corps alors est un homomor-
1 2