Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
. . . ces problèmes qui font les mathématiques...
La duplication du cube :
- un problème
- des solutions à base de géométrie
(configurations, trigonométrie,
coordonnées, transformations) et
d,analyse (suites, fonctions, ... )
Jean Aymes
" ... on a utilisé certains résultats de la théorie des
idéauxpourprouver l'impossibilité de cas parti
culiers du dernier problème de Fermat ...
(Historiquement, les choses se sontpassées dans
l'autre sens: la théorie des idéaux s'est dévelop
pée à propos d'une tentation de démonstration
du dernier théorème de Fermat.)"
Philip J. DAVIS et Reuben HERSH
L'Univers Mathématique
traduit et adapté par Lucien CHAMBADAL
Les mathématiques évoluent par la résolution de problèmes . Nous pré
sentons ici quelques façons d'en résoudre un ... très vieux ... : comment
transformer un cube en un autre de volume double ?
Ce problème fut probablement abordé au moins dès le ye siècle avant
J.C. : connu sous le nom de "duplication du cube", c'est l'un des plus
célèbres problèmes de l'Antiquité.
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Il revient à la recherche de ~ : aujourd'hui toute calculatrice nous
en donne une bonne valeur approchée, nous ne nous rendons même plus
compte des efforts faits à son propos. Le statut du problème était tout
différent à l'origine :les Anciens séparaient assez radicalement l'arithmé
tique et la géométrie. A l'origine, la duplication du cube est un problème
de géométrie ... ceci ne fait qu'illustrer le principal obstacle épistémolo
gique rencontré par les mathématiciens grecs du ve s~ècle avant J .C. :
l'impossibilité de concevoir sous une forme abstraite la notion de nombre
réel.
Il faudra des siècles pour que le statut numérique du problème soit
mis en évidence, d'abord sans doute à travers les travaux des Hindous.
Nous allons présenter quelques processus de résolution du problème :
en reprenant d'abord quelques-unes des solutions historiques, puis en ayant
un peu recours aux outils de l'analyse.
Le problème sera-t-il résolu ?
Un problème ... solide !
L'exigence des Grecs pour des constructions à la règle et au compas
imprègne l'ensemble de leur géométrie ; mais l'apparition de problèmes
qu'ils n'arrivaient pas à résoudre ainsi a provoqué de fécondes recherches .
Selon leur terminologie [voir PAPPUS, La Collection], ils distinguaient
les problèmes "plans" que l'on peut résoudre avec règle et compas, les
problèmes "solides" qui peuvent être résolus par les coniques et les pro
blèmes "grammiques" qu'on ne peut résoudre ni par droite et cercle, ni
par coniques. Quand nous parlons ici d'impossibilité, il ne s'agit ici que
d'une conjecture...
-fi est constructible à la règle et au compas (c'est la duplication du
carré), de même la moyenne géométrique de deux nombres a et b (x tel
que~=_!.. c'est-à-dire x=Vab dans la notation moderne) :
x b'
a b
figure 1
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Vers le V• siècle avant J.C. , le mathématicien pythagoricien,
HIPPOCRATE de CHIO, établit que le problème de la duplication du
cube se ramène à un problème d'insertion de deux "moyennes proportion
nelles" entre deux longueurs données : en notation moderne il suffit de
déterminer x et y tels que : ~ = ~ = .1_ pour obtenir x= an ; main-
x y 2a
tenant nous dirions que a ; a
d'une suite géométrique.
n;a (n) 2 ; 2a sont les premiers termes
Un demi siècle plus tard, MENECHME utilise ce point de vue pour
donner une solution : dans le langage actuel, elle correspond à l'intersec
tion de deux paraboles d'équations :
x2 =ay et y2 =2ax
Ces paraboles se rencontrent en leur sommet commun 0 et au point
d'abscisse a.~ .
...j
figure 2
L'intuition de la nature "solide" du problème ne fait que se renfor
cer, il faudra attendre 1837 pour que l'inconstructibilité den par règle
et compas, soit prouvée par WANTZEL ; mais c'est une autre histoire ...
longue histoire que celle de la résolution des équations algébriques !
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
MORCEAUX CHOISIS D'UNE RECHERCHE
DEUX FOIS MILLÉNAIRE
Nous allons commencer par présenter quelques-unes des principales
réponses de divers mathématiciens au cours de l'histoire... nous exhume
rons de "vieilles choses" ... mais ce sont nos racines .. . Sans chercher à res
pecter la lettre des processus employés, nous avons cherché à présenter les
idées sous la forme d'activités destinées à susciter un peu de recherche chez
les élèves.
1. La solution de Platon
Elle repose sur une façon bien connue de déterminer trois nombres
en progression géométrique :
B
Avec ABC rectangle en B figure 3
et H projeté de B
(figure 3)
HB = HC
HA HB
ne fait pas de doute. G
H A
Voici alors, un peu transposée, la solution de PLATON :
OA = a
B
OD = 2a
Ces deux segments sont
perpendiculaires.
figure 4
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Faire jouer deux équerres en papier calque pour réaliser la construction
de B tel que OB = n.a .
2. Une solution due à Apollonius et Philon de Byzance
Avec OA =a , OB= 2a , ces deux segments perpendiculaires puis C
de sorte que OACB soit un rectangle dont le centre est I.
APOLLONIUS considère le cercle de centre 1 coupant (OA) et (OB)
en D et E de sorte que C,D,E soient alignés (figure 5).
Il affirme alors que BE et AD sont les moyennes proportionnelles cher
chées (la méthode vaut pour l'insertion de deux moyennes) .
On observera qu'il y a trois triangles rectangles ayant mêmes angles :
ADC , BCE et ODE. L'égalité ID=IE permet d'obtenir !~ = g~.
D'où: OA BE = AD
BE AD OB
figure 5
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Remarquer le lien avec la solution de PLATON en examinant la posi
tion des autres points d'intersection du cercle avec (OA) et (OB).
PHILON de BYZANCE a proposé une amélioration de la détermi
nation des points D etE en envisageant l'intersection de la droite (DCE)
avec le cercle circonscrit au rectangle (figure 6).
figure 6
II suffit que la droite (DCE) soit choisie de façon que CE= DF.
3. La solution de Huyghens
Pour construire un cube de côté double de celui de côté OA =a , on
trace le demi cercle de rayon OA, on prend la corde AD= OA, on trace
(CD), on mène par A une corde AE 9ui coupe (CQ) en F et le demi cercle
en E, de telle sorte que CE= FD (figure 7).
figure 7
c 0 A
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Alors AF sera le côté du cercle cherché : a f'ï . On peut l'établir par
exemple comme suit :
- on pose AF =x , en convenant que OA = 1 ;
-les triangles rectangles CEF et ADF ont mêmes angles, ce qui per
met d'en déterminer les côtés en fonction de x ;
-le théorème de Pythagore appliqué à ADF permet de conclure.
Remarquons au passage que l'angle 15ÂF' a pour cosinus
1 n
f'ï - 2 '
il s'en faut de moins de un dixième de degré que -côÊ' ne mesure 45°
(on le voit avec la calculatrice), ce qui, comme l'avait remarqué HUYGHENS
fournit un procédé d' approximation de f'ï dont on peut choisir de se
satisfaire :
~
Placer D tel que AOD
mesure 60°. ,......-- ....
Placer E' tel que ' COE'~
mesure 45 °.
(CD) et (AE') se coupent
en F ' (figure 8).
AF' est une bonne
approximation de f'ï : C A
...------......
-l'angle DAF ' mesure 37,5°, c'est-à-dire figure 8
- on calcule sin2 37,5 o :
4+Y2-..f6
8
- en posant x' = AF' , dans le triangle rectangle ADF' , on peut expri
mer x'.
Cette construction approchée est possible à la règle et au compas !
Et pour f'i il s'en faut de peu !
4. La solution de Nicomède
On commence comme pour la solution d'APOLLONIUS, OACB rec
tangle; OA = a; OB = 2a.
On trace la médiatrice de [OA] , on place le milieu F de [OB] , puis
G sur la médiatrice tel que OG =OF, la droite (CF) coupe la droite (OA)
en H, par A on trace la parallèle à (HG).
En traçant par G une droite coupant cette parallèle en K et la droite
(OA) en L, de sorte que KL =OF ( = OA) ; avec (CL) coupant (OB) en
M : BM et AL sont les moyennes proportionnelles cherchées (figure 9).
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Ayant convenu que a= 1 , ce qui n'altère pas la preuve, on justifiera
en observant la configuration des points L, A, H, K, G puis celle des
points 0, E, L :
- en posant AL= x , on peut exprimer OL en fonction de x ;
-l'énoncé de THALÈS pour L, A, H, K, 0 permet d'aboutir.
OA =a
OB = 2a
Ces deux segments sont
perpendiculaires.
H L
figure 9
G
Mais l'intérêt de cette solution ne consiste pas seulement en cela, pour
tracer la droite (OKL), NICOMÈDE propose de s'intéresser à l'ensemble
des points L lorsque K décrit la droite parallèle à (OH) par A, de sorte
que KL ait une valeur constante sur (OK).
K décrit la parallèle à (OH)
KL = OA
_,
,' c
figure JO
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Cet ensemble dont on peut obtenir autant de points que l'on veut par
construction à la règle et au compas est appelé conchoïde de la droite (OA) ·
(figure 10).
La duplication du cube est donc possible par intersection de conchoïde
et de droite. On peut résoudre de même le problème de l'insertion de deux
moyennes proportionnelles.
Elargissant un peu le champ des outils permis pour le tracé des figures
de géométrie, NICOMÈDE propose un appareil traceur de sa conchoïde :
figure JObis
Une règle munie d'une glissière pivote autour d'un pivot fixe en G.
K décrit la droite, en L un traceur permet de tracer la courbe (figure !Obis)
avec KL fixé.
On envisage maintenant la conchoïde comme ensemble des points L,
auquel on adjoint l'ensemble des points L ' symétriques deL par rapport
à K (figure lOter).
figure lOter
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
L'étude de cette courbe est approfondie au XVII• siècle : ses tangentes
(Fermat, Descartes, Roberval), ses points d'inflexion (Huygens, Sluse).
S. La solution de Dioclès
On recommence avec OA =a, OB= 2a sur deux perpendiculaires.
On trace le cercle de diamètre [OA] et la tangente en A à ce cercle. En
plaçant une droite passant par 0 recoupant le cercle en N, coupant (AB)
en M et la tangente en P, de sorte que ON= MP .
On a AP = a V'i (figure 11).
0 A
figure 11
Bien que DIOCLÈS n'ait pu le faire, on fera une preuve par la géo
métrie analytique ... Avec le repère (0; OA; ; OB), en posant rn pour
l ' ordonnée de P, déterminer les coordonnées deN, M, P et terminer.
Mais comme NICOMÈDE, DIOCLÈS interprète cette solution comme
l'intersection de deux courbes : la droite (AB) et l'ensemble des points N
lorsque P, décrivant la tangente, ON= MP est respectée.
Cette courbe est la cissoïde de DIOCLÈS dont on peut construire
autant de points que l'on veut à la règle et au compas (figure 12).
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
On peut résoudre de même l'insertion de deux moyennes
proportionnelles.
P décrit la tangente
OM =NP
M décrit la cissoïde.
p
0 A
figure 12
Cette courbe est encore de celles que l'on peut tracer avec un appa
reil :c'est NEWTON qui en imagina un. Pour le mettre en évidence, nous
allons résoudre un petit exercice de géométrie.
Reprenons la configuration de définition de la cissoïde (figure 12bis) :
figure 12bis
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Soit P 1 le projeté de P sur la médiatrice de [OA], par utilisation
d'une symétrie centrale bien choisie, justifier P 1M =NI= 01 .
Soit M 1 l'intersection de (MP 1) et de la parallèle à (OP) par 1 puis
B l'intersection de (OA) et de la parallèle à (OP) par P 1, mettre en évi
dence une des isométries transformant O,B en M,P 1 respectivement.
Etudier l'image par cette isométrie du triangle BIP 1 , en tirer une
conséquence pour le triangle BM 1P 1 lorsque P varie sur la tangente.
Voici alors, l'appareil de NEWTON pour tracer la cissoïde de
DIOCLÈS:
D
figure 12ter
Une équerre rigide dont un côté porte une glissière coulissant sur un
pivot fixe B, l'autre côté a son extrémité qui décrit une droite fixe D, un
traceur en M, milieu du côté, décrit la courbe. On doit respecter
MP 1 = _!_d (B,D) (figure 12ter).
2
C'est presque... un compas !
6. La géométrie de Descartes
En 1637 paraît la première édition de "La Géométrie" de René
DESCARTES: reprenant les problèmes des Anciens, DESCARTES, en
amorçant une classification des courbes, va fonder la géométrie analytique.
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Le problème qui nous occupe y est abordé plusieurs fois.
D'abord à travers la situation servant de cadre à la classification des
courbes:
J D
figure 13 0 A C B G
Une droite b. est diamètre fixe d'un cercle fixe r de centre O. Une
o
droite variable passe par 0 et coupe r en B, la perpendiculaire en B à
o o
coupe b. en C, la perpendiculaire en Cà b. coupe enD... et de même
pour définir E sur b., F sur o,
G sur b., ... etc.
On a aisément :
OB = OC = OD = OE
OC OD OE OF
Déterminer dans le repère (0, OA, OJ) une équation cartésienne (sic !)
de l'ensemble des points D et proposer une fois cette courbe tracée une
résolution du problème.
Remarquons :
1) qu'un jeu de trois équerres ferait un appareil résolvant le problème ...
avec OE = 2 OA
figure 14
105
Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
2) qu'on peut résoudre de façon analogue le problème de l'insertion
de trois, quatre, etc ... moyennes proportionnelles.
Ensuite, DESCARTES résout des problèmes de constructions géomé
triques dans lesquels les longueurs inconnues satisfont à des équations du
3• degré et de degré plus élevé : il s'agit d'un véritable exposé de la théorie
des équations. Il montre comment résoudre toute équation de degré 3 ou
4 par l'intersection d'un cercle et d'une parabole.
Citons la résolution du problème de la duplication du cube [15] :
Si on veut donc, suivant cette règle, trouver deux moyennes propor-l:'invaa
aon de
tionnelles entre a et q, chacun sait que posant z pour l'une, comme a est deux
• zz zz z3 moyaa•
à z, ams1 z a - , et - à - ; de façon qu'il y ail équation entre q et Dea!?"'"
· a a aa portion·
;a , d.1re z3 :x> • • aaq. Et 1a parahole FAG etant
z3 , c' est-a· , aelle•.
décrite avec la partie de son essieu AC qui est~ a à la moitié du côté
droit ; il faut du point C élever la perpendiculaire CE égale à ~ q, et du
centreE, pa! A décrivant le cercle AF, on trouve FL, et LA pour les deux
moyennes cherchées.
Dans les notations et le langage de l'époque :
- signifie z3 = a 2
q
z 3 :x> **aaq
- l'essieu de la parabole est son axe focal.
On pourra retrouver ainsi une parabole et un cercle résolvant le
problème.
(1) La figure fait aussi partie de l'ouvrage cité.
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
7. Par origami*... ça vaut Iè détour ! Ça ne fait qu'un pli
On pourra lire dans "L'Ouvert" no 42 [16], la belle résolution du pro
blème par pliage due à Jacques JUSTIN.
II y montre que toute équation du troisième degré peut être résolue
par pliage...
Voici le procédé pour la duplication du cube.
J t B
,'
,'
..
j .. ,'
' '
'~
/
u ' '
'
''
'
'V
figure 15
Dans le repère (0; f; ]), A et B ont pour coordonnées respectives
(1; 1) et (1...;2).
2
On plie de sorte que A vienne sur Ox en U et B sur Oy en V. Prenant
t comme pente commune de (AU) et (BV), Jacques Justin montre, en impo
sant à (MN) d'avoir pour pente - _.!_, que t 3 = 2 . C'est-à-dire VJ =
t
rz- .
Le problème de la duplication du cube fait partie de ceux qui ont joué
un rôle fondamental dans l'évolution de diverses notions mathématiques :
• statut des nombres :si aujourd'hui on conçoit Je problème presqu'exclu
sivement comme la résolution de 1'équation x3 =2 , il n'en fut pas de
même à l'origine, on a pu le voir ;
• pliage du papier.
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
• statut et étude des courbes : la classification des Grecs (cercles et droites,
coniques, autres) repose sur l'exigence de constructibilité règle et compas
et repose sur la facilité avec laquelle on peut la décrire, notamment à
partir d'appareils. La résolution des problèmes fait découvrir de nouvelles
courbes :d'abord mises à part du fait de la nature de leur description par
règle et compas, mais la mise à jour d'appareils pour les tracer introduit
un doute quant à leur exclusion.
Ces courbes deviennent à leur tour sujet de nouveaux problèmes ...
• résolution des équations : résolution des équations du troisième degré
et du quatrième degré, progression de l'indépendance de l'algèbre vis-à
vis de la géométrie, caractérisation des équations résolubles au XIXe siècle...
Nous allons aborder maintenant quelques aspects d'une réponse par
approximation au moyen de suites.
BEAUCOUP DE FAÇONS DE S'EN APPROCHER
1. L'apport des graphiques
~ est 1'unique réel f tel que f.3 = 2 ; il peut être interprété comme abs
cisse de l'intersection de deux courbes. Ici on peut, par exemple, penser à :
C1 : y = x3 et C2 : y 2
ou à : C1 : y = x3 - 2 et C2 : y 0
2
ou à: et = x
Rechercher au moins trois autres possibilités.
Adopter une des possibilités et représenter les courbes correspon
dantes à échelle convenable. En déduire un encadrement de f par des déci
maux d'ordre 2.
2. Méthode d'interpolation linéaire
Appliquée ici sous trois formes possibles, elle consiste à remplacer une
fonction par une fonction affine dont on pense qu'elle l'estime bien.
a) Interpolation par des cordes (méthode des sécantes)
Représenter dans le plan de repère orthonormé (0, 1, f) (unité 1 cm)
la fonction x --+x3 - 2 restreinte à [0;2]. Noter A le point de coordonnées
(1;- 1) et B celui de coordonnées (2;6).
Quelle est l'abscisse X 1 du point d'intersection de la corde (AB) avec
x'x?
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Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Remplacer A par A 1 (X 1 ; Xj - 2) pour en déduire l'abscisse X2 du
point d'intersection de (A 1 B) et x' x .
Plus généralement, si X est une approximation par défaut de ~' en
déduire, selon le processus ci-dessus, une approximation X' (donner X'
en fonction de · X).
Noter les approximations successives obtenues (la première étant 1 par
exemple), observer le nombre d'étapes nécessaires pour constater une sta
bilisation sur la calculatrice.
Reprendre la même démarche pour la fonction
x--+2 - 1·
x3 '
comparer les résultats fournis par la calculatrice.
b) Interpolation par des sécantes parallèles (ajustement linéaire)
Présentée pour la courbe d'équation y = x3 - 2 , avec les notations
du a), la corde (AB) a pour coefficient directeur 7 et coupe x 'x , on l'a
vu, au point d'abscisse 1._ notée ici Y 1•
7
Avec le point 11 (Y 1 ; Yj - 2) on utilise la droite passant par 11 de
coefficient directeur 7 (qui ne varie donc pas).
Faire une représentation graphique sur 1'intervalle [1; 1,5], unité 1Ocm .
Quelle est l'abscisse Y2 de l'intersection de la sécante avec x ' x?
Plus généralement, Y étant une valeur approchée par défaut de ~'
en déduire, selon cette démarche, une nouvelle valeur approchée Y' en
fonction de Y.
Noter ies approximations successives obtenues à la calculatrice en par
tant successivement de la valeur initiale 1,25, puis de la valeur initiale 1,26.
Remettre en question le choix du coefficient directeur 7 : essayer 5
et rechercher les approximations obtenues .
Essayer de proposer un meilleur choix encore.
Reprendre l'ensemble de la méthode pour la fonction
x--+2-1
x3
avec C( 1; 1) 0(2; - !) comme points de départ.
Observer les résultats sur calculatrice.
109
Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
c) Interpolation par des tangentes : méthode de Newton
• Avec x -+x3 -2, pour Z>i'Z la tangente en J(Z;Z3 -2) coupe 1
X X
au point d'abscisse
Z1 =2 (Z + _!_ ) .
3 z2
Le démontrer.
Observer les approximations obtenues par ce processus en partant de
la valeur initiale 1,26.
C'est dès le ye siècle, chez les Hindous, que l'on voit apparaître cet
algorithme sous la forme de l'amélioration de l'approximation entière de
la racine cubique.
• Avec x-+ 2 -1 , pour Z<~, on tire de façon semblable
x3
z.
4 Z- -
1
Z=-
4
3 6
Observer les approximations obtenues par ce processus en partant de
la valeur initiale 1,25.
3. Pour aller un peu plus loin ...
Les diverses méthodes présentées ont en commun d'itérer un réel ini
tial déjà relativement proche de ~ par une fonction adaptée ; on a vu
successivement :
2
x-+ 4x +2x+2
2
x +4x+2
3 2
x-+ x + 2x + 2x+ 2
2
2(x +x+ 1)
3
x-+ -x +7x+2
7
3
x-+ -x +5x+2
5
7x4 -4x3+ 8
7x3
x -+ 2 (x+ _!_ )
3 x2
llO
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Dans des manuscrits anonymes du xve siècle et chez TARTAGLIA
on trouve une façon d'améliorer l'approximation entière de la racine
cubique qui contient en germe l'utilisation de :
x--+ x + 2-x3
3x 3 +3x
LÉONARD de PISE, à partir de l'interpolation linéaire entre les
nombres entiers, utilise l'approximation qui correspond à
x--+x+ 2 - x3
2
3x +3x+
1
Dans chaque cas, ~- apparaît comme solution de R= F(R) pour une
fonction F adaptée : ceci élargit le cadre de la réponse à 1. et permet
d'ouvrir la voie à d'autres.
4. Méthodes itératives
Les observations précédentes conduisent à une recherche d'équations
équivalentes à f3 = 2 s'écrivant sous la forme : f= F(f) ; ce pour envisager
une itération par la fonction F.
On peut, par exemple, penser à f= ~, ainsi qu'à f= vr
Expérimenter le premier cas à la calculatrice... et constater que le choix
doit être plus réfléchi.
On pourra, en démontrant que x-+ : 2 et x-+ V';
Avec le deuxième, observer les résultats obtenus à la calculatrice.
(de R + • dans
R + *) sont réciproques, comparer les deux processus :
pour x proche de ~. 22 est-il plus près de rque x ne l'est ?
v; est-il plus près
x
de~ que x ne l'est?
Il y a donc lieu de rechercher des fonctions qui réduisent au maxi
mum les écarts autour de ~: c'est-à-dire des fonctions pour lesquelles
F(x) - F(y)
x- y
est aussi proche de 0 qu~_possible lorsque x et y varient distincts dans
un intervalle contenant ~2 (pour fixer les idées [1 ,25 ; 1,26]), en tout cas
ne sortant pas de ] - 1 ; 1[.
Ainsi, pour F : x-+ 1/ :i : vérifier que
~/ x
v;+ v;
F(x) - F(y) 2
x-y xy
Ill
Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
en déduire que pour x, y choisis distincts dans [1 ,25 ; 1,26]
F(x) -F(y)
~ 0,51
x-y
Il en résulte que lorsque Test déjà proche de~ (c'est-à-dire, ici, au
moins dans [1 ,25 ; 1,26],
:I F(T)-~1 ~ 0,51 IT-~1
Combien d'itérations suffiront pour approcher ~à w- 10 près en
partant de la valeur initiale 1,26 ?
Comment peut-on améliorer la rapidité du processus
d'approximation?
Il ne suffira pas de modifier la valeur initiale, il faut aussi pouvoir
agir sur le taux : dans le cas présent, le nombre dérivé de F en ~ donne
une information sur les espoirs d'encadrement de ce taux ; pourquoi ?
Adoptons mairltenant F : x-. - x + 5x + 2 , estimer F' (~) et majorer
3
5
F(x)- F(y) sur [1 25 · 1 26] .
x-y ' ' '
Combien d'itérations suffiront pour approcher ~à 10- 10 près en
partant de la valeur initiale 1,26 ?
Reprendre avec F : x -+ 2 (x+ _!_ ).
3 x2
5. Accélération d'un processus itératif
Avec F x--+Yffx , vérifier que x3 =2 équivaut à X=YJ2x [ceci
sur R+]. Déterminer F'(~.
En déduire que le processus d'itération par x--+Y..fiX n'est pas très
rapide (2).
k étant un réel, x= YVZX . est équivalente à (k + 1)x = kx + Yffx
ou encore à
'k 1 _['7JF
x= - x+ - vffx = G(x) .
k+1 k+1
Déterminer k pour que G '(~) = 0 .
En déduire une fonction permettant un assez bon processus d'itéra
tion pour approximer ~ .
(2) On pourra interpréter ce processus à partir de la solution de MENECHME et observer
que les valeurs approchées successives sont constructibles à la règle ou au compas.. .
112
Activités second cycle - Seconde - Première -Terminale (n° 69) - APMEP 1969
Bibliographie
[1] Pierre DREDON et Jean !TARD :Mathématiques et Mathématiciens.
Editions Magnard.
[2] Jean-Claude CARREGA: Théorie des corps- la règle et le compas.
Editions Hermann.
[3] Jean DHOMBRES : Nombre, mesure et continu. Editions
Cedic/Nathan.
[4] Jean !TARD: Essais d'histoire des Mathématiques. Librairie Albert
Blanchard.
[5] Jean-Paul COLETTE : Histoire des Mathématiques (2 volumes).
Editions du Renouveau Pédagogique (Québec).
[6] Revue du Palais de la Découverte : Courbes mathématiques.
N° spécial 8, juillet 1976.
[7] Arthur ENGEL : Mathématiques du point de vue algorithmique (trad.
Daniel Reisz). Editions Cedic.
[8] Jean-Louis OVAERT, Jean-Luc VERLEY : Analyse, volume 1.
Editions Cedic/Nathan.
[9] Revue PLOT (éditée par la Régionale d'Orléans-Tours de
l' A .P.M.E.P .), Supplément no 2 (traceurs de courbes).
[10] Amy DAHAN-DALMEDICO, Jeanne PEIFFER :Routes et dédales.
Editions du Seuil, 1982.
[11) Félix KLEIN : Famous Problems ofElementary Geometry. New York,
Editions Dover, 1956.
[12] Bulletin inter-IREM p 0 20 : Enseignement de l'Analyse.
[13] IREM de Toulouse : Equations du troisième degré (1980).
Equations du quatrième degré (1982).
[14] IREM de Marseille : Analyse 1 (1978).
[15] René DESCARTES : La Géométrie. Editions de l' AREFPPI.
[16] L'ouvert: Journal de l'A.P.M.E.P. d'Alsace et de l'IREM de
Strasbourg no 42, mars 1986.
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