Principes fondamentaux de l'assurance
Principes fondamentaux de l'assurance
Introduction
Idris KHARROUBI
.
Table des matières
2 Modélisation actuarielle 14
2.1 Modèles en temps discret . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.1.1 Modèle individuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.1.2 Modèle collectif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.1.3 Critère de ruine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.2 Modèles collectif en temps continu . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2
3.1.3 Fonction génératrice d’une distribution sur N . . . . . . . 22
3.2 Cas des modèles individuel et collectif . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.3 Relation entre le modèle individuel et collectif . . . . . . . . . . . 23
5 Nombre de sinistres 37
5.1 Loi binomiale, de Poisson et binomiale négative . . . . . . . . . . 37
5.2 Loi multinomiale et test d’adéquation du χ2 . . . . . . . . . . . . 41
5.3 Mélange de lois de Poisson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
5.4 Nombres de sinistres et mélange de loi de Poisson . . . . . . . . . 43
5.5 Modèle des fréquences liées de Delaporte . . . . . . . . . . . . . 44
8 Crédibilité 57
8.1 Hétérogénéité des risques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
8.2 Modèle de crédibilité de Buhlmann . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3
8.3 Estimation des paramètres de structure . . . . . . . . . . . . . . . 59
4
Chapitre 1
5
un mode opératoire proche de l’assurance vie. Ces tontines sont des associations
de personnes constituées pour une certaine durée et qui mettent en commun des
fonds. A l’issue d’une durée définie préalablement, l’association est dissoute et les
fonds répartis entre les personnes. Le grand incendie de Londres de 1666 conduit
peu après à l’introduction de l’assurance incendie à Hambourg en 1676. Alors que
les premiers contrats d’assurance sur la vie sont proposés à Londres en 1698.
6
sophistiqués afin d’évaluer le montant de la prime à demander à l’assuré
pour le protéger du risque et éviter les pertes pour l’assureur. Ces outils
sont principalement statistiques et probabilistes et utilisent les données his-
toriques pour cerner la variabilité des risques.
— la seconde est que l’assurance est extrêmement dépendante des données
connues par l’assureur d’une part et l’assuré d’autre part sur le risque cou-
vert par un contrat. Des asymétries d’informations entre les deux protago-
nistes sont régulièrement constatées expliquent une partie des règles qui
encadrent l’activité d’assurance.
7
le cadre de ce cours.
(1 + η)E[Xk ]
8
Cette quantité correspond à la probabilité pour l’assureur de ne pas être en mesure
d’indemniser ses assurés.
La justification d’un besoin de chargement de la prime peux être vue du point
de vue asymptotique dans le cas où les variables aléatoires Xk sont indépendantes
et identiquement distribuées. En effet, la lois de grands nombres nous donne dans
ce cas
9
Parmi les assurances de personnes en France en 2007, les plus importantes
branches en volume de cotisations sont l’assurance vie (près de 137 milliard d’eu-
ros), loin devant les assurances en cas de maladie ou d’accident corporel (15 mil-
liard d’euros). Concernant les assurances de biens et responsabilité, toujours en
France et en 2007, l’assurance automobile représente plus de 40% du total des co-
tisations (18 milliards d’euros), suivie par l’assurance multirisque habitation avec
plus de 15% du total des cotisations, et l’assurance des biens professionnels avec
plus de 13% de ce total.
Cette division en différentes branches d’assurance permet de construire des
portefeuilles d’assurances constitués de mêmes risques et donc de se rapprocher
de l’hypothèse centrale en assurance qui est l’homogénéité du risque.
Cette segmentation des contrats d’assurance est également importante pour
des raisons qui ne sont pas uniquement techniques, mais relevant du bon fonc-
tionnement du marché de l’assurance.
En effet, du point de vue de l’assureur, cette segmentation a l’intérêt de respon-
sabiliser les assurés en attribuant par exemple une prime plus élevée aux assurés
générant des sinistres plus élevés en montant ou en nombre.
D’un point de vue économique, la segmentation des tarifs permet aussi à l’as-
sureur d’avoir un avantage concurrentiel lorsque son tarif est fondé sur le risque.
Cela permet également d’éviter le phénomène connu dans la littérature écono-
mique sous le terme d’anti-sélection.
Une fois cette organisation en contrats de risques homogènes mise en place, le
calcul des primes d’assurance s’effectue généralement en travaillant par garantie
et en utilisant les statistiques de sinistres de la garantie concernée.
10
1.2.1 Mutualisation et segmentation des risques
En assurance, deux principes fondamentaux apparaissent antagonistes.
Le premier de ces principes est la mutualisation des risques. Pour faire face à
une grande variabilité de la réalisation des risques, il y a besoin de les mutualiser
i.e. en considérer un grand nombre afin de réduire le risque moyen.
Le second principe est celui de la segmentation pour avoir des ensembles de
risques homogènes. Ce besoin de segmentation vient du fait qu’en général les
risques ne sont pas homogènes et qu’il y a besoin de les regrouper afin de pouvoir
appliquer une prime différenciée à chacun des groupes ayant un risque homogène.
La recherche de modèles probabilistes permettant une segmentation appro-
priée des risques est une activité marquante des mathématiques de l’assurance
contemporaines. Il faut cependant noter que trop de segmentation conduit à une
situation problématique puisque les primes de certains assurés peuvent devenir
trop importantes (c’est l’exemple de l’assurance automobile et de l’assurance pro-
fessionnel des médecins).
Dans cette situation, il n’apparaît nulle part que l’assurance ait pour rôle de
déterminer un équilibre entre ces deux objectifs antagonistes. Le rôle de l’actuaire
est donc simplement, pour un risque donné, d’évaluer de la façon la plus précise
possible sa loi de probabilité.
11
actifs et passifs de la compagnie d’assurance. Cet inventaire est fondamental puis-
qu’il permet de connaître la santé financière de la compagnie. Dans cette activité
comptable, l’évolution au cours du temps est mesurée avec une unité de temps
égale à une année. Cette mesure en temps discret justifie également la mise en
place de modèles de même nature pour calculer les primes d’assurance.
Nous terminons par mentionner le fait que ces deux types de modèles peuvent
conduire, comme nous le verrons à la fin du chapitre suivant, à des valeurs (pro-
babilité de ruine par exemple) significativement différentes. Le choix du modèle
est donc une décision importante.
12
à l’assureur de ne pas être déficitaire, il se peut qu’il le soit avec une grande pro-
babilité. L’assureur ajoute alors une quantité proportionnelle pour obtenir la prime
chargée (1 + η)E[X] où η est le chargement de sécurité. Ce chargement η permet-
tant alors de réduire la probabilité de ruine pour l’assureur.
A ces deux notions, il faut ajouter la prime commerciale en appliquant à la
prime chargée un second chargement. Ce second chargement inclut les différents
coûts et frais de l’assureur : rémunération du capital, taxes, coût de la réassurance
et frais de gestion. De manière générale, chaque compagnie applique ses propres
règles pour le calcul du chargement commercial. Dans la suite de ce cours, nous
ne calculerons que des prime avec chargement de sécurité.
13
Chapitre 2
Modélisation actuarielle
S = X 1 + . . . + Xn . (2.1)
14
La preuve de cette proposition utilise simplement la définition du modèle in-
dividuel et et laissée en exercice au lecteur.
Nous cherchons maintenant à calculer la fonction de répartition du montant
cumulé S. Pour cela rappelons que si Y et Z sont deux variables aléatoires réelles
indépendantes de fonctions de répartition respectives FY et FZ , la variable aléa-
toire Y + Z admet pour fonction de répartition le produit de convolution FY ? FZ
donné par
Z Z
FY ? FZ (x) = FY (x − z)dPZ (z) = FZ (x − y)dPY (y) (2.2)
R R
Définition 3. Le modèle collectif de risque est une suite infinie (Yk )k≥1 de va-
riables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées et une variable aléa-
toire N indépendante et à valeur entières. Le montant cumulé des sinistres S est
alors défini par
N
X
S = Y1 + . . . + YN = Yk . (2.4)
k=1
15
si E[Y1 ] < +∞ et E[N ] < +∞ et
Π = (1 + η)E[S] .
Supposons alors que le réassureur ne fait pas défaut lorsque l’assureur est
ruiné. L’assureur n’ayant en charge qu’une proportion α des primes et des sinistres
16
S, la proportion de coût restant à la charge des assurés vaut :
î ó Ä ä
E αS αS > α(1 + η)E[S] + R − α(1 + η)E[S] + R
R .
(1 + η)E[S] + α
Ce qui nous conduit à la définition suivante.
Définition 5. Fixons un ensemble de risque cumulé S de fonction de répartition
FS et de prime pure E[S] 6= 0. Pour un chargement de sécurité η > 0, une ré-
serve de solvabilité R > 0 et une réassurance de taux de rétention α ∈]0, 1], la
proportion de coût en excès à la ruine Cruine est définie par
î ó
Å E S αS > α(1 + η)E[S] + R ã
Cruine = α R −1 .
(1 + η)E[S] + α
Définition 6. Le taux de chargement total de la prime pure est définit par la quan-
R
tité η + αE[S]
.
Nous étudions maintenant l’effet de la mutualisation entre les risques. Plus
précisément, nous cherchons à savoir le niveau minimum de chargement de sé-
curité nécessaire pour maîtriser correctement la probabilité de ruine. En d’autres
termes, nous souhaitons avoir si la mutualisation des risques est suffisante pour ga-
rantir une probabilité de ruine petite lorsque la prime demandée est la prime pure
i.e. il n’y a pas de chargement. Le résultat suivant nous montre que la réponse est
négative.
Proposition 4. Considérons un modèle individuel X1 , . . . , Xn de cumul des si-
nistres S avec 0 < E[X1 ] < +∞, et η > 0. Alors
S P−a.s.
−−−−→ 1 ,
E[S] n→+∞
Ä ä
P S > (1 + η)E[S] −−−−→ 0 .
n→+∞
2
Supposons que 0 < σ (X1 ) < +∞. Alors pour tout ε ∈]0, 1[
Ä 1ä
P S > E[S] , −−−−→
Ä » ä
n→+∞ 2
P S > E[S] + n σ 2 (X1 )Φ−1 (1 − ε) −−−−→ ε ,
n→+∞
E[S|S > E[S]] P−a.s.
−−−−→ 1 .
E[S] n→+∞
17
Lorsque la prime utilisée est la prime pure, bien que le rapport sinistre-prime
tend vers 1 lorsque le nombre d’assurés tend vers l’infini, la probabilité de ruine ne
tend pas en général vers 0. En revanche, n’importe quel chargement de la prime
permet la convergence de la probabilité de ruine vers 0. Enfin pour une bonne
maîtrise de cette probabilité de ruine, il suffit d’avoir un taux de chargement dé-
croissant avec le nombre d’assurés proportionnellement à √1 .
n
18
Chapitre 3
3.1.1 Moments
Pour une variable aléatoire Y et un entier r ≥ 1, nous notons (lorsque ces
quantités existent) dans la suite du cours
— Mr (Y ) = E[Y r ] le moment d’ordre r,
— µr (Y ) = E[(Y − E[Y ])r ] le moment centré d’ordre r,
»
— σ(Y ) = E[(Y − E[Y ])2 ] l’écart type,
µ3 (Y ) µ4 (Y )
— γ1 (Y ) = σ 3 (Y )
et γ2 (Y ) = σ 4 (Y )
− 3 les coefficients d’asymétrie et d’apla-
tissement de Fisher.
Un premier résultat classique permet d’avoir une majoration des queues de va-
riables aléatoire en fonction du premier moment.
Démonstration. Fixons x, y ∈ R tels que x > E[X] > y. Nous avons alors
îÄ ó îÄ ä2 ó
σ 2 (X) = E X − E[X])2 ≥ E X − E[X] 1X∈]−∞,y]∪[x,+∞[
î ó
≥ E min{x − E[X], E[X] − y}2 1X∈]−∞,y]∪[x,+∞[
= min{x − E[X], E[X] − y}2 P(X ∈] − ∞, y] ∪ [x, +∞[) .
σ 2 (S) = Kσ 2 (X1 )
(resp. µ3 (S) = Kµ3 (X1 )) .
20
3.1.2 Fonction génératrice des moments
Définition 7. La fonction génératrice d’une variable aléatoire Y , noté LY est la
fonction définie par
Théorème 1. Pour une v.a. Y à valeurs dans [0, +∞[, la fonction génératrice LY
est finie, croissante et C ∞ sur ] − ∞, 0[. Ses valeurs au voisinage de 0− caracté-
risent la loi de Y et on a
21
3.1.3 Fonction génératrice d’une distribution sur N
Définition 9. Pour une variable aléatoire Z à valeurs dans N la fonction généra-
trice gZ est définie par
X n
gZ (s) = s P(Z = n) , s ∈ [0, 1] .
n∈N
Proposition 12. Pour tout s, h ∈ [0, 1] tels que s + h ∈ [0, 1], nous avons
(`)
X gZ (s) `
gZ (s + h) = h .
`∈N `!
n=0
+∞ î ón
E eX1 P(N = n) = gN (LX1 (θ)) .
X
=
n=0
22
3.3 Relation entre le modèle individuel et collectif
Définition 10. Pour un entier K > 0, le modèle collectif étendu de risque est
la donnée d’une variable aléatoire N à valeurs dans N et de deux suites de va-
riables aléatoires iid (Yn )n et (kn )n mutuellement indépendantes avec les kn à
valeurs dans l’ensemble {1, . . . , K} représentant les risques possibles. Les objets
N et (Yn )n définissant le modèle collectif de sinistre cumulé S = Y1 + · · · + YN
et l’objet (kn )n précise le risque touché par un sinistre. Ainsi, pour un risque
k ∈ {1, . . . , K} le nombre Nk de sinistre affectant k et leur coût cumulé Xk sont
donnés par
N
X N
X
Nk = 1kn =k et Xk = Yn 1kn =k .
n=1 n=1
Notons que dans le modèle collectif étendu nous avons les relations :
N = N1 + · · · + NK et S = X1 + · · · + XK .
Ces deux relations montrent un lien entre ce modèle collectif étendu et le modèle
individuel. Plus précisément nous avons le résultat suivant.
23
PK
Les variables aléatoires Zn := Yn ( k=1 θk 1kn =k ) étant IID nous obtenons d’après
le calcul de la fonction génératrice du modèle collectif
(i) Supposons que N suit une loi de Poisson P(λ). D’après le calcul précédent
nous avons
PK PK
LX (θ) = e−λ(1− k=1 LY1 (θk )P(k1 =k))
= e− k=1 λP(k1 =k)(1−LY1 (θk ))
24
Chapitre 4
Nous présentons dans ce chapitre les lois usuelles utilisées pour modéliser le
montant d’un sinistre.
fN (m,σ2 ) (x) = √ e− 2 σ 2 , x ∈ R .
2πσ 2
Pour une variable aléatoire X de loi N (m, σ 2 ), nous avons E[X] = m et
σ 2 (X) = σ 2 . De plus une telle variable admet des moments à tous les ordres.
La fonction génératrice de X est définie pour tout θ ∈ R+ et nous est alors
donnée par
Ä 1 ä
LX (θ) = exp mθ + σ 2 θ2 , θ ∈ R+ .
2
Nous passons à la loi gamma.
Définition 12. Pour deux réels a et b strictement positifs la loi gamma γ(a, b) est
la loi de densité fγ(a,b) donnée par
ba a−1 −bx
fγ(a,b) (x) = 1x>0 x e
Γ(a)
25
R ∞ a−1 −y
où Γ(a) = 0 y e dy.
Pour une variable aléatoire X suivant une loi γ(a, b), nous avons E[X] = a/b
et σ 2 (X) = a/b2 .
La fonction génératrice de X est définie pour θ ∈ [0, b[ et nous est donnée par
Å
b ã2
LX (θ) = , θ ∈ [0, b[ .
b−θ
Nous présentons ensuite les estimateurs des moments et du maximum de vrai-
semblance.
Pour la loi normale, les deux paramètres qui déterminent la loi sont m et σ 2 .
Lorsqu’on dispose d’un échantillon de réalisations IID x1 , . . . , xn de la variable
aléatoire X l’estimateur des moments est donné par
n
1X
m̂M = xi ,
n i=1
n
2 1X
σ̂M = (xi − m̂M )2 .
n i=1
Pour la loi gamma, les paramètres a et b sont donnés par les relations
E[X]
b =
σ 2 (X)
E[X]2
a =
σ 2 (X)
L’estimateur des moments est donc donné par
m̂M
b̂M = 2
σ̂M
m̂2M
âM = 2
σ̂M
Concernant la méthode du maximum de vraisemblance, nous rappelons que le
choix de l’estimateur se fait de manière à maximiser la vraisemblance. Plus pré-
cisément, pour une loi admettant une densité fθ dépendant d’un paramètre θ ∈ Θ,
l’estimateur du maximum de vraisemblance θEM V vérifie
n
Y
θEM V ∈ arg max fθ (xi ) .
θ∈Θ
i=1
26
avec x1 , . . . , xn la réalisation d’un n-échantillon IID de même loi que X.
Dans le cas de la loi normale l’estimateur du maximum de vraisemblance est
donné par
n
1X
m̂EM V = xi ,
n i=1
n
2 1X
σ̂EM V = (xi − m̂M )2 .
n i=1
Pour la loi gamma, il n’y a pas d’expression explicite pour l’estimateur de vrai-
semblance (âEM V , b̂EM V ). Nous savons simplement qu’il est solution de l’équa-
tion suivante :
n
Γ0 (a) X
n ln(âEM V ) − n ln(m̂EM V ) − n + ln(xi ) = 0
Γ(a) i=1
et
âEM V
b̂EM V = .
m̂EM V
Il faut alors utiliser des méthodes numériques pour obtenir une valeur de cet esti-
mateur.
27
(dans la littérature financière, on parle de Kurtosis κ(X) défini par κ = γ2 (X)+3).
Pour une loi normale γ2 = 0 (ou κ = 3) et lorsque γ2 > 0 (ou κ > 3), la
distribution est dite leptokurtique et présente (souvent) des queues épaisses.
En assurance, de nombreux risques à couvrir conduisent à des sinistres élevés.
Il est donc important d’utiliser des variables aléatoires à queues épaisses pour
modéliser ces risques.
Une manière de rehausser les queues de distribution est de considérer des va-
riables aléatoires comptées par la fonction exponentielle. Plus précisément, pour
une variable aléatoire X de loi donnée, on s’intéresse à la loi de la variable aléa-
toire Y = eX .
Proposition 15. Si X admet une densité fX alors alors Y admet aussi une densité
fY donnée par
fX (ln(y))
fY (y) =
y
pour y ∈ R∗+ et fY (y) = 0 pour y ∈ R− .
D’autre part Y admet un moment d’ordre k ≥ 0 si et seulement si X admet
un moment exponentiel à l’ordre k.
ψ(ln(y1 ), . . . , ln(yn ))
28
où y1 , . . . , yn sont les réalisations IID de Y . Nous présentons maintenant trois
exemples de base.
29
Loi loggamma. La loi loggamma de paramètres a et b noté log γ(a, b) est la loi
de la variable aléatoire X = eY où Y suit la loi γ(a, b).
Sa densité est donnée par
ba
flog γ(a,b) (x) = ln(x)a−1 1x>1 , x>0.
xb+1 Γ(a)
Sa fonction de répartition est donnée par
Là encore il n’y a pas de formule explicite. Nous savons uniquement que l’esti-
mateur est solution de
n
X Γ0 (a) X
n ln(âEM V ) − n ln(1/n ln(xi )) − n + ln(ln(xi )) = 0
Γ(a) i=1
et
âEM V
b̂EM V = .
1/n ln(xi )
P
30
Loi de Pareto. La loi de Pareto de paramètres a > et α > 0 noté P (a, α) est la
loi de la variable aléatoire X = aeY où Y suit la loi E(α). Rappelons que la loi
E(α) admet pour densité
et
(α̂M − 1)1/n xi
P
âM = .
α̂M
Concernant l’estimateur du maximum de vraisemblance, il réalise le maximum de
ce qui conduit à
âEM V = min xi
i
31
4.3 Choix d’un modèle paramétrique pour la loi du
coût
En pratique le choix d’une loi de probabilité pour modéliser le les coûts des
sinistres se fait parmi un nombre limités de loi incluant les lois précédemment
citées (auxquelles il convient d’ajouter la loi de Weibull, les deux versions de la
loi de Burr,...).
En pratique ce choix se fait en cherchant parmi ces distributions la famille de
loi de probabilités la plus proche des observations en utilisant les outils suivant.
32
Sous l’hypothèse d’adéquation, la statistique d convergent en loi vers une loi du
χ2 . On rejette alors l’hypothèse d’adéquation lorsque d > h pour un paramètre h
bien choisi.
4.4 Mutualisation
s1 = µ1 + ν1 Φ−1 (1 − ε) et s2 = µ2 + ν2 Φ−1 (1 − ε) .
Nous supposons dans la suite que le montant cumulé S = S1 + S2 suit une loi
normale. Sa moyenne µ et sa variance ν sont alors données par
33
Réduction du seuil. L’assureur peut choisir d’utiliser l’effet de mutualisation
afin de réduire le seuil s correspondant à une probabilité de ruine ε pour S. Dans
ce cas, ce seuil est donné par
»
s = E[S] + σ 2 (S)Φ−1 (1 − ε)
»
= µ1 + µ2 + ν12 + cov(S1 , S2 ) + ν22 Φ−1 (1 − ε)
s ≤ s1 + s2 ,
34
Proposition 17. Soient un entier I strictement positif et I ensembles de risques
de montant cumulés respectifs S1 , . . . , SI tels que les Si et S := S1 + · · · + SI
suivent des lois normales avec σ 2 (Si ) > 0 pour tout i ≤ I. Pour des seuils
s1 > E[S1 ], . . . , sI > E[SI ], nous avons
Ñ é
Å ã
si − E[Si ]
P (S > s1 + · · · + sI ) ≤ max 1−Φ »
1≤i≤I σ 2 (Si )
P(Bk = 1) = q = 1 − P(Bk = 0) .
k k
P(S/c = k) = CK q (1 − q K−k ) .
35
Il est également possible de calculer la probabilité de ruine. Fixons par exemple
R
R = 1 et α = 0, 5. En utilisant la formule Pruine = P(S > (1 + η)E[S] + α
),
nous obtenons les résultats suivants.
— Pour K = 1000 et η ∈]0, 1[, Pruine ≈ 1, 89 × 10−2 .
— Pour K = 10000 et η = 0, 1 Pruine ≈ 1, 35 × 10−1 .
— Pour K = 10000 et η = 0, 5 Pruine ≈ 1, 42 × 10−2 .
— Pour K = 10000 et η = 0, 9 Pruine ≈ 6, 94 × 10−4 .
On constate donc que pour un nombre plus élevé d’assurés, il est possible de
controller plus finement cette probabilité de ruine.
Notons cependant que la décroissance de la probabilité de ruine avec K n’est
pas vérifiée pour les petites valeurs de η. Cela vient de l’effet de la valeur Rα. En
effet, pour garder une probabilité stable avec K, il faut que cette quantité évolue
proportionnellement à K. C’est ce que font en pratique les assureurs.
Il faut noter que noter qu’en admettant un certain niveau différent de zéro pour
la probabilité de ruine, cette dernière est susceptible de se produire. Il faut donc
calculer quel sera leÅmontant nonãindemnisé par l’assureur Cruine . En utilisant la
E[S|S>s]
formule Cruine = α s
− 1 nous obtenons les valeurs suivantes.
— Pour K = 1000, s = 3, 5 et α = 0, 5 nous obtenons Cruine = 1, 04 × 10−1 .
— Pour K = 1000, s = 17 et α = 0, 5 nous obtenons Cruine = 5, 70 × 10−2 .
Nous constatons dans ce cas que par exemple pour η = 0, 5, la ruine peut
se produire avec une probabilité de l’ordre de 1, 9% et lorsqu’elle se produit en
moyenne, plus de 10% de l’indemnisation n’est pas remboursée.
36
Chapitre 5
Nombre de sinistres
E[N ] = p
σ 2 (N ) = `p(1 − p)
37
• La lois de Poisson de paramètre λ ∈]0, +∞[ est définie par
λk
P(N = k) = e−λ pour k ∈ N
k!
où N ∼ P(λ). Sa fonction génératrice est donnée par
E[N ] = λ,
σ 2 (N ) = λ .
µ3 (N ) = λ
1
γ1 (N ) = √ .
λ
• La lois binomiale négative N B(r, p) de paramètres r ∈]0, +∞[ et p ∈]0, 1[ est
définie par
Γ(r + k)pk (1 − p)r
P(N = k) = pour k ∈ N
k!Γ(r)
où N ∼ N B(r, p). Sa fonction génératrice est donnée par
Å
1 − p ãr
gN (s) = , s∈R.
1 − sp
Sa moyenne et sa variance sont données par
rp
E[N ] = ,
1−p
rp
σ 2 (N ) = .
(1 − p)2
Nous avons ensuite
rp(1 + p)
µ3 (N ) =
(1 − p)3
1+p
γ1 (N ) = √ .
rp
38
Estimation des paramètres. Considérons maintenant la réalisation d’un échan-
tillon (n1 , . . . , nK ) IID d’une variable aléatoire N . Notons (n(1) , . . . , n(K) ) la sta-
tistique d’ordre associée et σ̂ 2 et m̂ la variance et la moyenne empiriques asso-
ciées.
• Pour la loi Binomiale i.e. N ∼ B(`, p), la méthode d’estimation des mo-
ments conduit aux estimateurs p̂M et `ˆM donnés par
p̂M = 1 − σ̂ 2 /m̂
m̂2
et `ˆM est l’entier supérieur au maximum des réalisations le plus proche de m̂−σ̂ 2
.
La condition d’existence d’un tel estimateur est
0 < σ̂ 2 < m̂ .
k=1
λ̂M = m̂
39
La condition d’existence d’un tel estimateur est
0 < m̂ .
λ̂EM V = m̂ .
p̂M = 1 − σ̂ 2 /m̂
m̂2
r̂M =
σ̂ 2 − m̂2
La condition d’existence d’un tel estimateur est
σ̂ 2 < m̂ .
40
5.2 Loi multinomiale et test d’adéquation du χ2
Fixons n ≥ 1 et considérons un n-uplet (X1 , . . . , Xn ) de variables aléatoires
IID de loi
P(Xi = j) = pj , j = 1, . . . , k,
Pk
avec p1 , . . . , pk des éléments de ]0, 1[ tels que j=1 pj = 1. Nous définissons alors
pour chaque j ∈ {1, . . . , k} la variable aléatoire Nj par
k
X
Nj = 1Xi =j
i=1
Théorème 3.
k
X (npi − Ni )2 loi
−−−−→ χ2k−1 .
i=1 np i n→+∞
41
5.3 Mélange de lois de Poisson
Nous donnons la définition du mélange de loi de Poisson.
Définition 13. Soit Q une mesure de probabilité sur ]0, +∞[. La loi P mélange
de lois de Poisson par Q notée MP(Q), est définie par
n
−λ λ
Z
P ({n}) = e dQ(λ) .
]0,+∞[ n!
Le théorème de Fubini permet de vérifier que cette mesure est bien une loi de
probabilité :
XZ λn
e−λ dQ(λ) = 1 .
n≥0 ]0,+∞[ n!
• Considérons le cas où Q suite une loi γ(a, b). Dans ce cas le mélange de loi de
1
Poisson est N B(a, b+1 ).
• Considérons un couple de variables aléatoires (N, Λ) telles que Λ ∼ Q
et L(N |Λ = λ) = P(λ). Alors N ∼ MP(Q). En effet, pour une fonction g
mesurable bornée on a
Z
P(N = n) = P(N = n|Λ = λ)dQ(λ)
]0,+∞[
λn
Z
= e−λ dQ(λ) .
]0,+∞[ n!
Nous avons ensuite les propriétés suivantes.
42
et
E[N ] = M1 (Q)
σ 2 (N ) = σ 2 (Q) + M1 (Q)
µ3 (N ) = µ3 (Q) + 3σ 2 (Q) + M 1(Q).
43
Remarque 2. La deuxième identité signifie que le nombre de sinistres d’un risque
tiré au hasard parmi un ensemble de risques poissoniens inhomogènes suit un
mélange de lois de Poisson. Ainsi, pour un ensemble de risques, comme un porte-
feuille d’assurance, pouvant être considéré comme constitué par tirage au hasard
parmi la totalité des risques de même nature, comme tous les assurés d’un pays
pour ce type de risque, les nombres de sinistres pour ces risques étant poissoniens
mais inhomogènes, il est raisonnable de considérer que les nombres de sinistres
de cet ensemble de risques sont des variables aléatoires indépendantes et identi-
quement distribuées de loi un mélange de lois de Poisson.
On calcul ensuite la prime pure en multipliant cette quantité par le coût moyen
d’un sinistre. Ainsi, l’indice de fréquence It défini par
44
Proposition 20. Sous les hypothèses du modèle de Delaporte, les variables aléa-
1
toires sont identiquement distribuées de loi N B(a, b+1 ) et elles sont corrélées. Le
coefficient de corrélation ρ est donné par
1 1
ρ(N (r), N (s)) = = .
1+ E[Λ]
σ 2 (Λ)
b+1
1 + (n1 + · · · + nt )/a
It (n1 , . . . , nt ) = .
1 + t/b
45
Chapitre 6
pn FX⊗n
X
F =
n≥1
pour deux variables aléatoires N et X. Cette loi est alors notée LC(PN , PX ).
Il est également possible de calculer la fonction de répartition du montant
cumulé S en fonction de la fonction de répartition FY des Yk et de la loi de N .
46
Proposition 21. Soit N, X1 , X2 , . . . des variables aléatoires indépendantes telles
que X1 , X2 , . . . soient IID de loi PX et de fonction de répartition FX . Alors la
PN
variable n=1 Xk suit une loi LC(PN , PX ). En particulier dans le modèle collectif
de risque N , (Yk )k≥1 , avec montant cumulé des sinistres S = Y1 + . . . + YN nous
avons
pn FY⊗n
X
FS = (6.1)
n≥1
47
On peut en revanche répondre par l’affirmative dans le cas discret.
Proposition 23. Supposons que la loi PX admet une densité fX par rapport à la
mesure de comptage sur N. Alors S admet une densité fS par rapport à la mesure
de comptage sur N qui est donnée par
pn fX⊗n (k) ,
X
fS (k) = k∈N.
n∈N
Proposition 24. Pour λ ∈]0, +∞[ et PX admettant une densité fX par rapport à
la mesure de comptage sur N, la loi LC(λ, PX ) admet pour densité
X −λ λn ⊗n
fLC(λ,PX ) (k) = e f (k) X , k∈N.
n∈N n!
Nous pouvons également en déduire les premier moments de cette loi à partir
des résultats de la section précédente :
(i) La fonction génératrice de S est donnée par
E[S] = λE[X] .
48
(iv) Si E[X 3 ] < ∞ alors
µ3 [S] = λE[X 3 ] .
Y = X1X≥κ .
50
Chapitre 7
Approximation de la probabilité de
ruine dans le modèle collectif
51
problème se ramène à un calcul de moment comme le montre la proposition sui-
vante.
Proposition 29. Soit une fonction de répartition F de moyenne m et de variance
σ 2 finie et non nulle. Pour H l’ensemble des fonctions polynômes de degré 2 sur
R, le problème (7.1) admet une solution unique telle que l’infimum est nul si et
seulement si le système mθ = m et σθ2 = σ 2 admet une unique solution.
Nous sous intéressons maintenant à deux approximations par des familles de
lois particulières : les lois normale et gamma.
µ = m et σ2 = ν 2 .
52
Approximation gamma. Pour deux réels a et b strictement positifs la loi nor-
male γ(a, b) est la loi de fonction de répartition donnée par
ba a−1 −by
Z max{0,x}
Γ(a, bx) = y e dy
0 Γ(a)
R ∞ a−1 −y
où Γ(a) = 0 y e dy.
Toujours dans le cas où le famille H est l’ensemble des polynômes de degré
2, nous avons le résultat suivant.
Proposition 31. Pour la famille de lois gammas {γ(a, b) : (a, b) ∈ R∗+ × R∗+ }, le
système mθ = m et σθ2 = σ 2 admet une unique solution dès que m > 0 et σ 2 > 0.
Cette solution est donnée par
m2 m
a = et b = .
σ2 σ2
L’approximation obtenue est appelée approximation gamma de la fonction de
répartition F .
Nous nous concentrons dans la suite sur l’approximation normale. Nous pré-
sentons un résultats permettant de mesurer la qualité de cette approximation.
PK
Théorème 4 (Inégalité de de Berry-Esseen). Si S = k=1 Sk , avec les variables
Sk i.i.d. et admettant un moment d’ordre 3 fini, alors, en posant C = C(S1) =
E[|S1 − E[S1 ]|3 ], nous avons la majoration suivante
Å
x − E[S] ã 3C 1
sup FS (x) − Φ » √
≤
x∈R σ 2 (S)
σ 2 (S1 )3/2 K
pour tout K ∈ N∗ .
53
Remarque 4. Notons que le membre de gauche de l’inégalité de de Berry-Esseen
est toujours inférieur à 1. Ainsi cette inégalité apporte (presque) pas d’informa-
tion lorsque le coefficient d’asymétrie γ(S1 ) = C/σ(S1 )3 est du même ordre de
grandeur que 1. Cette situation se retrouve fréquemment en assurance du fait de
la forte asymétrie des lois qui y interviennent. Ainsi pour pouvoir juger de la qua-
lité de l’approximation normale il faut d’abord calculer ou estimer le coefficient
d’asymétrie γ1 (S1 ).
Démonstration. 2
Remarque 5. Le résultat précédent n’est utile que lorsque h+ (a) > 0. Par exemple
lorsque LP (θ) = +∞ pour tout θ > 0 il est facile de voir que h+ (.) = 0 et le
majorant est trival puisqu’il vaut 1.
54
b réels, nous avons
Å ã Å Å ã2 ã Å ã
√
x − E[S] γ1 (S 1 ) x − E[S] x − E[S]
K sup FS (x) − Φ » 1− » φ »
− → 0
x∈R σ 2 (S) 3! σ 2 (S) σ 2 (S)
pour tout x ∈ R.
et
n
λX
fS (n) = kfY (k)fS (n − k)
n k=1
pour tout n ∈ N∗ .
55
— La première étape consiste à montrer que que
n
X j
E[Y1 | Yk = j] =
k=1 n
2
L’algorithme de Panjer peux également s’utiliser lorsque les variables aléa-
toires Yk admettent une densité par rapport à la mesure de Lebesgue. Dans ce cas
il faut discrétiser ces variables aléatoires en choisisant un paramètre de discrétisa-
tion δ > 0. On considère alors les nouvelles variables Yk0 définies par
Yk0 =
X
`1[δ`,δ(`+1)[ (Yk ) .
`∈Z
Nous pouvons alors appliquer l’algorithme de Panjer pour trouver la densité par
rapport à la mesure de comptage sur δZ.
56
Chapitre 8
Crédibilité
57
et les K vecteurs
sont IID.
(ii) Conditionnellement à Λk = λ, les v.a. Sk (1), Sk (2), · · · sont IID de fonction
de répartition Gλ .
(iii) Les deux premiers moments
Z Z
µ(λ) = xdGλ (x) et σ 2 (λ) = (x − µ(λ))2 dGλ (x)
R+ R+
existent.
c0 + c1 Sk (1) + · · · + ct Sk (t)
58
Démonstration. La condition du premier ordre nous donne
t
X
µ(1 − cs ) = c0
s=1
et
î Ä äó
E Sk (s) µ(Λk ) − c0 − c1 Sk (1) − · · · − c1 Sk (t) = 0,
pour s = 1, 2, . . . , t. En calculant
et
t
M 2 − cr Σ2 − M 2
X
cs = 0
s=1
M2 2
On en déduit que c1 = c2 = · · · = ct = Σ2 +tM 2
Σ
et c0 = µ Σ2 +tM 2. 2
59
Estimation de M 2 . Pour la police k on définit l’estimateur M̂ 2 de M 2 par
K K
1 X 1 X Σ̂2
M̂ 2 = (µ̂k − µ̂` )2 − .
K − 1 k=1 K `=1 t
60
Chapitre 9
Nous présentons dans cet chapitre l’étude des contrats de type assurance vie
dont il est fait référence dans l’introduction. Comme son nom l’indique, ce type
d’assurance concerne les contrats où l’indemnisation de l’assuré dépend de son
état (vivant ou décédé) à la maturité. Il s’agit donc de contrat d’assurance en cas
de vie ou de décès.
L’aléa de ce type de contrat est alors la durée de vie de l’assuré qu’il faut es-
sayer d’estimer. Cette variable peut être estimée à l’aide de variables explicatives :
age, sexe, catégorie socio-professionnelle...
Une fois la durée de vie estimée, il y a une autre variable qui induit un risque.
En effet, dans ce type de contrat, les échéance considérées sont longue. Le montant
de l’indemnisation est alors fortement dépendant des taux d’intérêt proposés par
les marchés. Ces taux sont eux aussi une source d’aléa qui engendre un risque
appelé risque de taux.
La tarification de ce type de contrat repose alors sur deux points : la prévision
du taux et la prévision de la mortalité. Dans ce chapitre nous nous intéressons
uniquement à la prévision de la mortalité et nous supposons la prévision de taux
donnée.
61
9.1 Définition et premiers résultats
Notons Tx la durée de vie d’un individu à l’âge x i.e. le temps qu’il reste à
vivre à l’individu lorsque son âge est x. Ainsi T0 est la durée de vie à la naissance.
T0 et Tx sont alors des variables aléatoires avec T0 à valeurs dans ]0, ω[ où ω
désigne l’âge limite (120 ans) et Tx n’est définie que sur l’ensemble {T0 > x}.
Les calculs faisant intervenir Tx seront donc fait conditionnellement à l’évè-
nement {T0 > x} = {Tx > 0}.
Nous supposons dans la suite que T0 satisfait les hypothèses classiques sui-
vantes.
F est dérivable et F 0 (t) = f (t) pour tout t ∈ [0, ω] et F 0 (t) = 0 pour tout
t∈
/ [0, ω].
62
Nous présentons maintenant des notations particulières à l’assurance vie.
Ces quantités constituent ce que nous appellerons dans la suite table de mortalité.
1 − F (x + 1)
px = 1 − Fx (1) = ,
1 − F (x)
F (x + 1) − F (x)
qx = Fx (1) = .
1 − F (x)
s+t px = t px × s px+t .
63
Définition 19. On appelle table de mortalité l’ensemble {`x , x ∈ {0, . . . , ω}}
avec `x le nombre de survivant à l’âge x dans une population dont tous les indi-
vidus sont soumis aux mêmes conditions de mortalité.
Notons que
— `x prend des valeurs entières,
— `x est décroissant en x,
— `ω = 0.
En général ces donnée sont prises pour une population de 100 000 individus :
`0 = 100 000.
P(x < T0 ≤ x + h)
µx = lim .
h↓0 hP(x < T0 )
− ∂ ∂s
t px
Proposition 35. (i) µx = .
t=0
∂ ln s px
(ii) µx+t = − ∂s .
s=t
(iii) la densité de durée de vie est égale au produit de la probabilité de survie et
du taux instantané de mort :
fx (t) = t px × µx+t .
Å ã
R x+t
(iv) t px = exp − x µy dy .
Définition 21. L’espérance de la durée de vie à l’âge x notée ėx est définie par
î ó
ėx = E Tx |Tx > 0 .
64
Proposition 36. Nous avons les égalités suivantes :
ω−x−1
X
ex = k px
k=1
et
ω−x−1
σ 2 (Kx |Tx > 0) = 2 k k px − e2x − ex
X
k=1
Définition 22. (i) La valeur actuelle aléatoire notée VAA est le montant (aléa-
toire) actualisé de l’indemnisation reçu par une tête d’âge.
(ii) La valeur actuelle probable notée VAP est l’espérance du montant actualisé
de l’indemnisation reçu par une tête d’âge.
Nous nous limiterons dans la suite aux contrats indemnisant un montant uni-
taire à chaque période.
Nous considérons dans la suite deux type de contrat d’assurance vie : les
contrats avec annuités payables d’avance et ceux payables à termes échus.
65
9.2.1 Annuités payables d’avance sur la vie entière
Contrat non différé et permanent. Dans ce type de contrat, l’assuré reçoit un
montant unitaire à chaque début d’année s’il est encore en vie. Pour une tête d’age
x la VAA notée Ẅx est donnée par
ω−x−1
X 1
Ẅx = 1T >k .
k=0 (1 + i)k x
Nous en déduisons pour cette même tête d’age, la VAP notée Q̈x :
ω−x−1
X 1
Q̈x = E[Ẅx |Tx > 0] = P(Tx > k|Tx > 0) .
k=0 (1 + i)k
Ce qui donne
X Å
ω−x−1
1 ãk
Q̈x = k px .
k=0 1+i
Nous pouvons également calculer la variance de la VAA :
X Å
ω−x−1
1 ãk
V ar(Ẅx |Tx > 0) = k px (1 − k px )
k=0 1+i
Å
ω−x−1
X 1 ãk1 +k2
+2 k2 px (1 − k1 px ) .
0≤k1 <k2 ≤ω−x−1 1+i
La VAP pour cette même tête d’age notée m|n Q̈x vérifie
m+n−1
X 1
m|n Q̈x = E[m|n Ẅx |Tx > 0] = .
k=m (1 + i)k
66
9.2.2 Annuités à terme échu sur la vie entière
Nous nous intéressons maintenant aux contrats où l’indemnisation se fait à
terme échu : l’assuré ne reçoit une indemnisation pour l’année t que s’il a été
vivant pendant toute l’année.
Contrat non différé et permanent. Pour une tête d’age x la VAA notée Wx est
donnée par
ω−x−1
X 1
Wx = 1T >k = Ẅx − 1 .
k=1 (1 + i)k x
Nous en déduisons pour cette même tête d’âge, la VAP notée Qx :
X Å
ω−x−1
1 ãk
Qx = E[Wx |Tx > 0] = k px = Q̈x − 1 .
k=1 1+i
67
Contrat permanent et non différé. Dans ce type de contrat la VAA pour une
tête d’âge x prend la forme suivante :
ω−x−1
X Ä 1 äj+ 21 Ä 1 äKx + 1
2
Wx = 1j<Tx ≤j+1 = .
j=0 1+i 1+i
La VAP notée Ax pour une tête d’âge x est alors donnée par :
X Ä
ω−x−1
1 äj+ 21
Ax = E[Wx |Tx > 0] = j px qx+j .
j=0 1+i
9.4 Provisions
Une provision mathématique est une provision de numéraire nécessaire à la
couverture d’un engagement pris par un assureur vis à vis des assurés ayant sous-
crit un contrat d’assurance vie. Le calcul des provisions est donc très important
pour l’assureur. Notons que ce calcul est encadré par la règlementation. Nous pré-
sentons dans cette section le calcul des provision mathématiques pour un contrat
d’assurance vie.
68
Considérons alors un individu d’âge x ayant souscrit un contrat temporaire de
n années. Nous cherchons à calculer la provision mathématique de l’année k pour
k ∈ {1, . . . , n − 1}.
Notons π la prime pure unique et P la prime pure annuelle payable tant que
l’assuré est vivant. Nous avons alors la relation :
P n Q̈x = π ,
où pour simplifier nous avons noté n Q̈x pour 0|n Q̈x i.e. la VAP du contrat non
différé.
La quantité π est aussi appelée prime actuariellement juste puisqu’elle cor-
respond à la prime qui permet d’équilibrer les comptes en moyenne.
Fixons maintenant k ∈ {1, . . . , n − 1}, et décomposons le temps en deux
périodes :
— période I entre 0 et k,
— période II après k.
En notant πI et πII les primes périodiques respectives nous avons :
69
Bibliographie
70