Beaux Art
Beaux Art
de Fabrice Bousteau
Beaux Arts I 3
SOMMAIRE N°403 JANVIER
En couverture
Egon Schiele
Homme debout (Autoportrait)
Son attitude nonchalante, son regard
aguicheur un brin mélancolique,
son manteau orange qui l’enveloppe
et le révèle… Tout attire dans ce dessin
d’Egon Schiele (1890-1918), artiste entier
et sans tabou. Les rétrospectives que vont
lui consacrer Vienne et Liverpool pour
le 100e anniversaire de sa mort font
partie de notre sélection des expositions
à ne pas manquer en ce premier
semestre 2018. De Tintoret à Delacroix,
de Monet à Kupka, de Raoul Hausmann
à Sheila Hicks, suivez le guide !
1914, gouache et crayon sur papier, 46 x 30,5 cm.
Beaux Arts I 5
VU
par Malika Bauwens
Mohamed
Oussama Houij
Sans titre, 2017
zabaltuna.tumblr.com
6 I Beaux Arts
Exposition
20 octobre 2017 ›
25 février 2018
Asad Raza
Untitled (Plot
for Dialogue),
église San Paolo
Converso,
Milan, 2017
8 I Beaux Arts
DÉCOUVRIR. APPRENDRE. S’ÉMERVEILLER.
P R O G R A M M E , I N S C R I P T I O N E N L I G N E L E C O L E VA N C L E E FA R P E L S . C O M
VU
par Auguste Schwarcz
Valérie Belin
(en collaboration
avec Isamaya
Ffrench)
Lady_Round_
Brush, 2017
https://valeriebelin.com
Grimage de synthèse
Que se passe-t-il quand deux reines de la transformation opèrent ensemble pour un projet
photo ? Connue pour ses portraits de femmes à la beauté si lisse qu’elle rappelle la froideur
terrifiante de mannequins de vitrine, l’artiste Valérie Belin a fait appel au talent d’Isamaya Ffrench,
une jeune maquilleuse britannique, pour sa dernière série, Painted Ladies. Ffrench doit
sa gloire à son approche révolutionnaire des standards de la beauté. Ses make up prothétiques
et ses body paintings déjantés enflamment les grands défilés et les magazines de mode.
Ici, les deux plasticiennes altèrent le visage des modèles, lequel devient une toile maculée
de coups de pinceau irréguliers. Jouant ainsi du rapprochement entre peinture et maquillage,
photographie et réel. Probable clin d’œil à l’hyperréalisme en art qui cherche à traduire
l’exactitude du médium photographique en peinture. On ne sait plus, désormais, s’il s’agit
d’une photographie peinte ou d’une peinture photographiée.
10 I Beaux Arts
L’ESSENTIEL FRANCE Par Françoise-Aline Blain
12 I Beaux Arts
ENTRE USM ET VOUS,
UNE QUESTION
D’ELEGANCE
ET D’EQUILIBRE.
14 I Beaux Arts
SUR LA PLANÈTE Par Françoise-Aline Blain
ALLEMAGNE
Un faux Malevitch au musée
En 2014, le Kunstsammlung
Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf
avait reçu de la fondation Harald Hack
une toile de Kazimir Malevitch ainsi
qu’une quarantaine de dessins
de l’artiste russe. L’œuvre, intitulée
Carré noir, carré rouge, datée de
1915, avait été évaluée entre 50 et
80 millions d’euros. Jugeant la toile
suspecte, le musée l’a fait expertiser.
Verdict : il s’agit d’un faux. Une
ALLEMAGNE ET ROYAUME-UNI
analyse au carbone 14 a révélé que le
Schiele censuré ! tableau a été peint entre 1972 et 1975.
Egon Schiele est toujours aussi sulfureux. Pour célébrer le centenaire Cette affaire n’est pas un cas isolé :
de la mort de l’artiste autrichien, disparu en 1918 à l’âge de 28 ans, la ville Malevitch est en effet le peintre russe
de Vienne lui consacre une grande rétrospective à partir de février. préféré des faussaires. En 2013, un
Or, la campagne d’affichage qui accompagne l’événement a été refusée réseau avait été démantelé
par Londres, Cologne et Hambourg car jugée trop impudique. L’office en Allemagne, en Suisse et en Israël.
du tourisme de Vienne en a donc proposé une nouvelle version. Carré noir, carré rouge,
Désormais, les corps sont barrés au niveau de leur sexe d’une bannière 1972-1975
sur laquelle on peut lire : «Désolé, âgé de 100 ans, mais toujours
trop osé. Pour tout voir, rendez-vous à Vienne.»
INDE
Menaces sur l’Art déco à Bombay
Bombay (rebaptisée Mumbai en 1995) possède,
avec Miami, l’une des plus grandes collections
de bâtiments Art déco. Un héritage menacé par
la spéculation immobilière. Pour sensibiliser
la population, un groupe de passionnés a lancé
le projet Art Deco Mumbai. L’objectif est de
recenser ce patrimoine disséminé dans la capitale
économique du pays afin d’en assurer
la préservation. L’inventaire est publié sur un site
Internet. La ville compterait au total près de
300 ouvrages de ce style qui a émergé aux
États-Unis et en Europe dans les années 1920-1930.
www.artdecomumbai.com
CHINE
Une première pour Ingres
Fermé pour travaux, le musée Ingres de Montauban présente 70 œuvres
hors les murs, en Chine. Soit 35 dessins, 15 peintures, une vingtaine
d’objets de la collection et le fameux violon. Il s’agit de la première exposition
de l’artiste montalbanais sur le continent asiatique. «Trésors d’Ingres à
Montauban» montre l’étendue de son œuvre et dévoile son processus créatif.
Pékin, Tianjin puis Hangzhou accueilleront ces pièces jusqu’au 15 juillet.
ITALIE
Michel-Ange n’est plus à vendre
Du caleçon au cendrier, on ne compte plus les objets reproduisant
David de Michel-Ange, l’un des symboles de la Renaissance italienne. Mais
ça, c’était avant. Une décision de justice vient en effet d’interdire l’utilisation
de son image à des fins commerciales. Désormais, les entreprises
européennes devront en faire la demande auprès de la Galerie des Offices
à Florence, qui conserve l’œuvre, et payer des droits de reproduction.
«Une décision historique et une victoire pour l’ensemble du secteur du
patrimoine culturel italien», a déclaré la direction du musée.
16 I Beaux Arts
JOSH SPERLING Lovey Dovey, 2017. Acrylic paint on canvas and plywood. 96.5 × 86.4 cm 38 × 34 in.
NEW YORK LOWER EAST SIDE PARIS MARAIS HONG KONG CENTRAL SEOUL JONGNO-GU TOKYO ROPPONGI
HANS HARTUNG JOHAN CRETEN IZUMI KATO LIONEL ESTEVE HERNAN BAS
JANUARY 12 – FEBRUARY 18 JANUARY 10 – MARCH 10 JANUARY 19 – MARCH 17 JANUARY 24 – MARCH 10 JANUARY 18 – MARCH 11
MATTHEW RONAY
MARCH 17 – MAY 26
PAUL PFEIFFER
MARCH 17 – MAY 26
L’ESSENTIEL MONDE
18 I Beaux Arts
ARCHITECTURE Par Philippe Trétiack
Analyse d’une architecture surdouée et low cost. Tout ce qui s’expose brut se révèle sensuel
Enfin, les matériaux ont enfoncé le message
n joyeux bordel» : le compliment
«U
d’une architecture certes low cost, mais toujours
a surpris les professeurs de la KMD, haut de gamme. Le bois du sol, par exemple, accepte
la toute nouvelle école d’art de Bergen, les clous. Qu’on les en arrache et voici que le bois,
au sud-ouest de la Norvège. Ils n’en espéraient pas miracle, se rétracte et se referme. Les magnifiques
tant. Mais que le bâtiment tout juste achevé par boîtes de verre en porte-à-faux qui cadrent si bien
Snøhetta ait su produire en quelques semaines le paysage sont équipées de rambardes de métal noir,
cette atmosphère débridée, tout à la fois hyper- sans autre objet que de vous pousser à vous y
technologique et beaux-arts, relève bien de l’exploit. accouder. Les rampes d’escalier, elles aussi en métal,
À première vue pourtant, rien de bien excitant dans sont agréables au toucher. Tout ce qui s’expose brut
cette boîte de métal et de verre. Posée en périphérie se révèle sensuel. Conséquence, cette école, créée
de la ville, face à la mer, elle s’arrime à un plan en 1772, fait concurrence aux meilleures institutions.
simple, lui-même articulé autour d’un vide géant Trois cent cinquante étudiants du monde entier
ceinturé d’étages. Ici et là, quelques baies vitrées s’y retrouvent. Et le public est invité à y découvrir
en porte-à-faux offrent une vue sur la montagne de belles séquences : la cafétéria, la bibliothèque
toute proche. Du classique ? Non, car la machine et son mobilier, et surtout la façade de métal tout
est un incubateur d’innovations. en panneaux d’aluminium traité pour résister
à l’abrasif vent salin. Sous cette peau étincelante,
Une mécanique de théâtre l’école miroite dans la lumière… quand il y en a.
Pour commencer, les architectes ont offert à l’école À Bergen, l’hiver, il fait nuit, et, l’été, c’est l’inverse.
une vaste plateforme d’exposition. D’une hauteur On sait que les actionnaires du quotidien le Monde
de 27 mètres, ce vide central sert à tous les ont choisi l’agence Snøhetta pour édifier leur futur
accrochages. Une mécanique de théâtre en décuple siège à Paris, avenue de France. Le bâtiment
les potentialités. «En triturant les règlements, les de Bergen prouve qu’ils ont eu raison, et si demain
architectes nous ont offert cet espace gigantesque le Monde est un joyeux bordel, on s’en félicitera.
que le programme ne prévoyait pas», se réjouit la
directrice de l’établissement, Anne-Helen Mydland. Kunst Musikk Design (KMD) Université de Bergen (UiB)
Ensuite, ils ont donné aux étudiants la possibilité Møllendalsveien 61 • Norvège • https://kmd.uib.no
20 I Beaux Arts
ARCHITECTURE
Adossé au périphérique, porte de Clichy, le nouveau tribunal de Paris – qui vient de valoir
Raide comme la justice ? à Renzo Piano le prix de l’Équerre d’argent – culmine à 160 mètres. Pour éviter la verticalité
Palais de justice de Paris • avril 2018 monumentale de la tour et loger les 100 000 m2 du programme, l’architecte a décomposé
Renzo Piano Building Workshop le volume en blocs superposés. Ce geste, qui permet de créer des terrasses végétalisées
sur chacun des niveaux, favorise en outre la performance bioclimatique de l’édifice.
Colombages d’acier
École nationale d’architecture de Strasbourg
2014 • Marc Mimram
Construite sur une parcelle d’angle en plein centre-ville,
l’extension de l’École nationale d’architecture de Strasbourg
se présente comme un empilement de plusieurs parallélépipèdes
de verre. Cet agencement dynamique des volumes multiplie
les dialogues visuels entre le bâtiment et son environnement.
La transparence laisse apparaître les poutres en treillis de la
structure, dont le motif évoque les colombages strasbourgeois.
Au rez-de-chaussée, espaces d’accueil et d’exposition sont logés
dans un large socle vitré ouvert sur la ville.
22 I Beaux Arts
Par Céline Saraiva
Beaux Arts I 23
DESIGN L’OBJET CULTE Par Pierre Léonforte
24 I Beaux Arts
DESIGN TENDANCE Par Pierre Léonforte
trop nouer des relations incestueuses avec contemporaine. Récupérateurs de cadavres exquis,
26 I Beaux Arts
DESIGN
P
«Constance Guisset
comme l’une des actrices incontournables du design français. Son goût pour la couleur, Design, actio !»
jusqu’au 11 mars
la narration et le mouvement caractérise un travail qui a su séduire le public comme Les Arts décoratifs
les éditeurs et les institutions. Elle aime prendre des risques, s’essayer à de nouvelles 107, rue de Rivoli
expériences, sauter les frontières. Elle l’a récemment montré au musée Fabre de Montpellier 75001 Paris
01 44 55 57 50
où elle a transformé son exposition en pièce de théâtre, et à la fondation Cartier, à Paris,
www.lesartsdecoratifs.fr
pour laquelle elle a conçu l’excellente scénographie de l’événement «Malick Sidibé – Mali
Twist» (à voir jusqu’au 25 février). Elle investit aujourd’hui les Arts décoratifs en nouant
des collaborations inédites avec des plasticiens et des musiciens. À l’occasion de cette
rétrospective, Beaux Arts vous propose une sélection de ses objets.
Leviosa
Constance Guisset Studio • 2007-2016
Voici une étonnante suspension en verre marbré dont l’interrupteur
sphérique en polyamide est en lévitation sous la source de lumière.
Pour l’éteindre, il suffit d’en éloigner la sphère. Constance Guisset
a conçu cette pièce il y a dix ans dans le cadre de son projet de diplôme
fondé sur l’illusion et la surprise. Elle la revisite aujourd’hui dans une
édition limitée à 20 exemplaires.
14 200 € • www.constanceguisset.com
Sol
Molteni&C • 2012
Une forme asymétrique et des lignes qui semblent envelopper celui
qui s’y love donnent une illusion de mouvement, même à l’arrêt.
Conçu aussi bien pour l’intérieur que l’extérieur, ce fauteuil à bascule
léger et graphique se compose de deux feuilles d’aluminium découpées
au laser. Disponible en quatre coloris.
À partir de 2 569 € HT • www.molteni.it
Ankara
Matière grise • 2009
C’est un projet d’aménagement pour le café de l’Institut français d’Ankara qui a donné
naissance à cette vaste collection de mobilier en métal : six modèles de tables, trois suspensions,
deux tabourets. Elle se caractérise par un dessin de plissé décliné en piétements et abat-jours
de divers diamètres. Onze coloris disponibles.
De 390 € à 1 144 € • www.matieregrise-decoration.fr
28 I Beaux Arts
Par Claire Fayolle
Vertigo Emblématique du travail de Constance Guisset, la «lampe cabane» est un projet qu’elle a développé
Petite Friture • 2005-2010 à l’École nationale supérieure de création industrielle (Ensci-Les Ateliers). Éditée quelques années
plus tard, elle permet d’habiller un lieu et de créer un espace dans l’espace. La structure ultralégère
en fibre de verre est mise en tension par des rubans en polyuréthane.
835 € (grand modèle Ø 200 cm) • www.petitefriture.com
Super Super
Prototype • Leblon Delienne • 2017
Contactée par l’atelier de sculpture Leblon Delienne spécialisé
dans les sculptures, les figurines et le mobilier issus de l’univers
de la pop culture (cinéma, bande dessinée, jeux vidéo…),
Constance Guisset a imaginé des portemanteaux à une ou trois
patères dont la forme évoque la cape des super-héros.
Ils devraient être commercialisés début 2018.
https://leblon-delienne.com
Funambule
Prototype • 2008
Beaux Arts I 29
LIVRES
C’ histoire sans
fin, vieille
comme le monde, et
une source intarissable
d’inspiration pour les
artistes : le sexe est
partout dans l’histoire
de l’art. À Pompéi
d’abord, dans la maison
du Faune, où un satyre
et une nymphe de
mosaïque s’adonnent
L’Art de l’érotisme à des jeux sensuels.
par Rowan Pelling
éd. Phaidon • 272 p. • 75 € Sur les murs du temple
indien de Kandariya
Mahadeva aussi, où
des couples amoureux
s’entrelacent de mille
manières. Dans
le Jardin des délices
du génie flamand
Jérôme Bosch (1450-
1516) où les personnages
se vautrent dans
la luxure, ou encore sur
une gravure du maître
de l’estampe Hokusai,
le Rêve de la femme du Betty Tompkins
Sex Painting #3, 2013
pêcheur, impressionnant
cunnilingus avec une pieuvre… Autant de visions offertes chez Nan Goldin ou Hockney, des fleurs
voluptueuses à retrouver dans cet ouvrage tout entier évanescentes chez Georgia O’Keeffe. Un livre libertin
dévolu à l’art érotique. Un domaine que les temps de bout en bout, jusqu’à la couverture pour le moins
modernes et contemporains vont renouveler en équivoque : un interstice dans lequel il faut glisser
revenant à l’essentiel : attributs sexuels réduits à leurs les doigts pour accéder aux œuvres. Il fallait oser…
Wolfgang Tillmans formes symboliques élémentaires chez Miró, une Après tout, comme l’aurait dit Picasso : «L’art
The Cock (Kiss), 2002 fente chez Fontana et Anish Kapoor, plutôt des fesses et la sexualité c’est la même chose.» Daphné Bétard
Toutes les clés du succès en BD avec subtilité et au soin accordé à chacune de ses chutes
Comment une bande dessinée accède-t-elle au rang de – ou comment créer à la fin de chaque page un certain
classique indémodable ? De Zig et Puce à Jimmy Corrigan suspens qui donne irrésistiblement envie de poursuivre.
en passant par Tintin, Gaston Lagaffe, Maus, les Frustrés Dans un style radicalement différent, si le Lone Sloane
ou Akira, Vincent Bernière, notre confrère et guide en de Philippe Druillet (avec Jacques Lob & Benjamin Legrand)
la matière, décrypte avec la complicité de divers spécialistes continue de nous fasciner, c’est parce que ce génial
22 bandes dessinées mythiques. Aussi apprend-on que dessinateur a su faire exploser les codes de la planche
le Lotus bleu ne doit pas sa bonne fortune au seul trait virtuose pour la réinventer (terminé les petites cases, place
d’Hergé, mais aussi à la documentation rigoureuse à la fulgurance de dessins sans fin) en se nourrissant
(essentielle pour faire émerger une réalité factuelle et capter d’autres formes artistiques, du peintre Arnold Böcklin
l’attention du lecteur) sur laquelle il s’appuie, à sa capacité au graveur M. C. Escher. D. B.
à témoigner de son temps (l’auteur doit savoir parler 9 Les Secrets des chefs-d’œuvre de la BD
de son époque), au comique de répétition qu’il manie sous la dir. de Vincent Bernière • Beaux Arts Éditions • 320 p. • 29 €
30 I Beaux Arts
Jean-Baptiste Bernadet
Hors Saison
-DQXDU\ȗŞ
ȗFebruary 24 ,2018
LIVRES
Néo Géo
Qui connaît le lieutenant Marc Audebert, mort au front Élégamment calligraphié à la plume, accompagné
le 27 octobre 1914 ? Personne, et c’est normal : de schémas aquarellés et de descriptions d’expériences,
il n’était dans la vie civile qu’un modeste instituteur ce formidable et subjectif cours de géographie, est
de Marcilly-sur-Maulne, village de la campagne à mi-chemin entre le manuel scolaire et la leçon de vie,
tourangelle, emporté comme tant d’autres par la animé d’un seul credo : instruire en intéressant.
tourmente de la Grande Guerre. Pourtant, il a laissé Sophie Flouquet
derrière lui un ouvrage singulier, sa Géographie Géographie générale
générale, qui fait l’objet d’une étonnante édition inédite. par Marc Audebert • éd. Allia • 176 p. • 19 €
32 I Beaux Arts
CINÉMA Par Jacques Morice
RÉTROSPECTIVE
Samuel Fuller, cinéaste soldat
Journaliste dans sa jeunesse et soldat durant
la Seconde Guerre mondiale, Samuel Fuller
(1912-1997) s’est largement inspiré de ses
expériences vécues pour nourrir son cinéma
de l’électrochoc, ambigu, chaotique, mais
toujours salutaire. Du western (J’ai tué
Jesse James) au film de guerre (Au-delà de
la gloire), du film noir (le Port de la drogue)
au thriller bouleversant (Police spéciale),
il est l’un des réalisateurs américains qui
ont le mieux représenté la violence, en
observateur éclairé des maux de la société.
«Samuel Fuller» du 3 janvier au 15 février
Cinémathèque française • 51, rue de Bercy
75012 Paris • 01 71 19 33 33 • www.cinematheque.fr
REPRISES EN SALLES
Une star en petite robe noire
Peintre à l’univers postapocalyptique, Beksiński sera victime d’un crime effroyable en 2005, à 75 ans.
Brillance et trivialité, charme vaporeux,
vague à l’âme… Ce bijou de Blake Edwards,
évocation de caractères et déambulation
L’Apocalypse joyeuse à travers New York, reste un modèle
de comédie sentimentale sophistiquée.
d’un peintre de Varsovie Pour la grâce piquante d’Audrey Hepburn,
pour ses moments d’émotion tout à fait
surprenants, pour son sens de l’esthétique
Trop folle pour être fictive, la vie de Zdzisław Beksiński, (costumes, couleurs, etc.), le film mérite
artiste polonais connu pour ses toiles peuplées de zombies vraiment d’être revu sur grand écran.
Diamants sur canapé (1961)
et de monstres, fait l’objet d’un premier film ahurissant. de Blake Edwards • à partir du 17 janvier
I Beksiński crèche avec sa femme dans une cité glauque de Varsovie qui sent
le rat crevé. Leur fils, à moitié barge, vit dans l’immeuble d’en face et passe
souvent pour se plaindre ou faire des crises. Les parents, aimants, s’occupent
par ailleurs de la grand-mère, moribonde. Un quotidien plutôt sinistre mais
qui n’empêche nullement le chef de cette tribu dysfonctionnelle de garder
le sourire, d’être enthousiaste, curieux, plein d’appétit – il ne mange pas, il bâfre.
Mais, au fait, qui est ce Beksiński ? Un inconnu (ou presque) en France, une
sommité en Pologne, auteur de toiles postapocalyptiques et postsurréalistes,
crépusculaires, peuplées de zombies, squelettes ou autres créatures fantastiques.
Du Dalí macabre, croisé avec Lovecraft.
34 I Beaux Arts
e a v e c
r g e r i
o n c i e t t e
e z l a c t o i n e
vi s i t r i e - a n
d e m a
s y e u x
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SPECTACLE & MUSIQUE
PLAYLIST D’ARTISTE
Le top 5
de Gerald Petit
Par Judicaël Lavrador
Curtis Harding
The Ghost of You (2017)
«C’est un condensé de mes amours
musicales, d’une sève née en 1973
et que mon ami Shawn Lee incarne
merveilleusement, en toute complicité.»
L’ parisien son tout premier opéra. Son sujet : la vie dissolue, à la limite
de la délinquance, de l’orfèvre et sculpteur Benvenuto Cellini (1500-1571),
le «maudit Florentin», qui œuvra au service du pape Clément VII, de la famille
Le coup de foudre pour cette voix,
cette langue et le crépuscule des images.»
Prince • Erotic City (1989)
«Un des meilleurs morceaux du
Médicis et de François Ier – lequel rêvait de le retenir à Fontainebleau au sein
monde, inusable et incunable. George
de son «écurie» d’Italiens. Pour composer son opéra, avec les librettistes
Clinton, père du funk, ne s’y est pas
Léon de Wailly et Auguste Barbier, Berlioz puise son inspiration directement
trompé, qui reprit Erotic City en 1994.»
à la source, celle des mémoires de l’artiste. Il en retient son impossible histoire
d’amour avec Teresa, promise à Fieramosca, piètre artiste officiel, quand Alain Bashung
le génie Cellini peine à achever un monumental Persée commandé par le pape… Le Pianiste de l’Éden (1977)
«Mon héros blanc, la classe du spleen,
Insistant sur le caractère borderline de son héros, Berlioz en tisse une savante
le menteur sublime. Premier album,
trame d’intrigues et de coups fourrés sur fond de passion artistique et amoureuse.
suivi de longues nuits blanches…»
Las ! Trop complexe du point de vue vocal et instrumental, trop long, plus
proche de l’opéra-comique que des mises en scène classiques, faisant intervenir Playlist à écouter sur… www.beauxarts.com
un pape et donc censuré... L’opéra fait un flop et le livret est remisé jusqu’à
ce que Franz Liszt ne le reprenne à Weimar, une quinzaine d’années plus tard.
SON ACTUALITÉ
Un show jubilatoire et haletant «Séquence 67 / Intérieur nuit» jusqu’au 6 janvier
Galerie Triple V • 24, rue
Ambiance tout autre désormais avec cette version du réalisateur de Brazil Louise Weiss • 75013 Paris
ou de Las Vegas Parano, déjà présentée avec succès à Londres et à Amsterdam. 01 45 84 08 36 • www.triple-v.fr
Maîtrisé au cordeau par un Gilliam capable d’appuyer à fond sur la veine «Le divan des murmures»
jubilatoire et vaudevillesque du texte, ce Cellini en devient un spectacle total jusqu’au 26 décembre
Frac Auvergne
au rythme endiablé, servi par des performances vocales ahurissantes, 6, rue du Terrail
un chœur et un orchestre pléthoriques, le tout dans un fascinant décor 63000 Clermont-Ferrand
en grisaille, inspiré des gravures de Piranèse. Soit un opéra dont la démesure 04 73 90 50 00
fait basculer les spectateurs dans une atmosphère haletante de carnaval. www.frac-auvergne.fr
36 I Beaux Arts
LA RECETTE D’ART
d’Alain Passard
Le chou-d’œuvre d’Ensor
Alain Passard, chef triplement étoilé de l’Arpège, concocte tous les mois pour Beaux Arts
une recette inédite, inspirée d’une œuvre – ici, une nature morte de James Ensor,
où un simple chou d’hiver semble prendre vie, magnifié par des couleurs flamboyantes.
L‘ŒUVRE LA RECETTE
Préparation
Coupez le navet, la carotte, le céleri, l’ail et l’oignon en fines lanières.
Glissez une partie de ces lanières entre les feuilles du chou.
Faites cuire le demi-chou dans un rondeau très vaste en le ceinturant
du reste des légumes coupés.
Ajoutez trois centimètres d’eau, le beurre salé et de l’huile d’olive.
Faites cuire à couvert et à feu vif pendant 15 minutes.
Servez le chou fumant, ceinturé de la garniture. Assaisonnez avec
la fleur de sel et le poivre du moulin. Décorez avec les brins de thym.
38 I Beaux Arts
PHILO Par François Cusset
Abel Grimmer
La Tour de Babel,
1604
la philosophe et philologue
Barbara Cassin assure
le commissariat scientifique.
On y trouve la fameuse Tour
de Babel d’Abel Grimmer [ill.
ci-contre] sous son ciel menaçant,
des portraits des traducteurs
les plus décisifs de la Bible
– Saint Jérôme par Georges
de La Tour, Martin Luther par
Lucas Cranach –, et une étonnante
traduction de Confucius en latin.
Le traducteur,
ce prolétaire du livre
Du côté de la jeunesse, on
y découvre des éditions d’époque
de Heidi en japonais ou de Tintin
en allemand, et, pour la littérature
Traduire pour faire générale, les premières traductions de Dante,
Shakespeare ou Homère – toutes suggérant, contre
rempart à la barbarie la bien-pensance de la «diversité» et de ses
différences, que ce qui est traduit est toujours
ce qui domine : en l’occurrence, le corpus canonique
Point de passage et de rencontre pour les uns, lieu de l’Occident. On peut le dire plus simplement
de toutes les hiérarchies et hégémonies pour les autres, encore : d’un côté, les grandes institutions de pouvoir
Babel fait l’objet d’une exposition en Suisse, supervisée sont d’immenses machines de traduction, et, à l’autre
bout du spectre, les traducteurs ont toujours été
par la philosophe Barbara Cassin. Éclairant.
les passeurs invisibles, les prolétaires du livre,
leur nom n’apparaissant même plus aujourd’hui
abel, rêve ou cauchemar ? De même que en couverture. Au-delà de cette exposition, l’art
40 I Beaux Arts
LA CHRONIQUE
de Nicolas Bourriaud
L’exposition,
cette ringardise
Parce que «l’art contemporain, c’est autre
chose que des expositions», Béatrice Josse,
à la tête du centre d’art le Magasin à Grenoble,
leur préfère des rencontres, des ateliers,
des projets collaboratifs… Un comble.
42 I Beaux Arts
EN COUVERTURE
f Ferdinand Hodler
Paysage printanier avec arbres
en fleur, vers 1895
44 I Beaux Arts
Les 50
plus belles
expositions
de 2018
Le printemps en janvier ? Beaux Arts accélère
le temps pour révéler ce que le premier semestre
vous réserve de meilleur en France et à l’étranger.
par Daphné Bétard, Armelle Fémelat,
Judicaël Lavrador, Emmanuelle Lequeux,
Natacha Nataf & Sophie Flouquet
Beaux Arts I 45
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Civilisations
Lens ¡ Louvre-Lens ¡ Du 28 mars au 22 juillet
Trésors persans
Sous leur règne, les arts se sont épanouis, ouverts
au monde et à la modernité, tout en conservant
certaines traditions. Dernière grande dynastie
turkmène d’Iran, les Qajar (1786 à 1925) sont à l’origine
d’une création fastueuse et foisonnante, s’exprimant
tout autant à travers la peinture, le dessin, la céramique
ou la photographie que dans les costumes, bijoux,
émaux, tapis ou armes d’apparat. Le Louvre-Lens
invite le public à la cour de leurs souverains,
réunissant plus de 400 œuvres mises en scène
par le couturier Christian Lacroix. Lequel a conçu
le parcours comme une déambulation dans un
luxueux palais. Porte monumentale évoquant la triple
arcade des ruines du palais d’Ashraff, murs parés de
soie, salles inspirées par le château de Souleymanieh
construit par Fath Ali Shah, séparées entre elles
par des ruelles intérieures : rien n’est trop beau
pour nous faire découvrir comment les shahs surent
mettre la création au service de leur pouvoir, tandis
que les artistes, passionnés par de nouveaux médiums
comme la photographie ou la lithographie, allaient
bouleverser en profondeur la scène artistique
iranienne. Daphné Bétard
«L’empire des roses – Chefs-d’œuvre de l’art persan
du XIXe siècle» • www.louvrelens.fr
46 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée Cernuschi ¡ Du 9 mars au 26 août ET AUSSI….
L’empire des encens
Laissez-vous envoûter par les effluves des encens
de la Chine ancienne à base de bois d’aigle, clou de girofle,
liquidambar et autres résines d’arbres. Une expérience à la fois
visuelle et olfactive à laquelle nous convie le musée Cernuschi
en retraçant deux mille ans d’histoire du parfum, depuis
les Han (apparus au IIIe siècle avant notre ère) jusqu’à la fin
de la période impériale. Élément essentiel des rituels, prisé
des lettrés et empereurs, le parfum était diffusé via des
objets sophistiqués (coupes, encensoirs, brûle-parfums).
Pour concevoir ce parcours tout en délicatesse, le musée
a travaillé avec François Demachy, le nez de Dior, et Frédéric
Obringer, sinologue spécialiste de la pharmacopée chinoise, Vue du canal de Suez, vers 1930.
c
qui a traduit des recettes ancestrales. D. B.
«Parfums de Chine – La culture de l’encens au temps Paris ¡ Institut du monde
des empereurs» • www.cernuschi.paris.fr arabe ¡ Du 27 mars au 5 août
Le monde au fil
eZhang Daqian, La Dame Li en donatrice
tenant un brûle-parfum, vers 1943
du canal de Suez
L’Institut du monde arabe
retrace l’épopée du canal de
Civilisations
Suez, lieu symbolique assurant
Paris ¡ Musée du quai Branly ¡ Du 10 avril au 15 juillet la jonction entre l’Asie, l’Afrique
et l’Europe. Depuis le canal
Épouvantables fantômes d’Asie des pharaons (reliant le Nil
Frissons garantis au Quai Branly, hanté par des fantômes venus d’Asie. Des spectres célèbres à la mer Rouge) jusqu’aux
comme le Japonais Oiwa, assoiffé de vengeance, auquel Katsushika Hokusai donna un visage récents travaux d’extension,
effrayant (celui d’un squelette décharné à l’œil pendant) avant que le cinéma ne s’en empare une exposition-fleuve qui aborde
pour terroriser acteurs et spectateurs. Créatures ambivalentes, à la frontière entre le monde des les enjeux économiques,
morts et celui des vivants, les revenants traversent le temps et l’espace pour nous surprendre politiques et culturels auxquels
et ébranler nos certitudes. dût faire face l’un des plus vieux
Chassés par des exorcistes États du monde, l’Égypte. D. B.
utilisant des objets magiques «L’épopée du canal de Suez»
issus du taoïsme, les vampires www.imarabe.org
sauteurs chinois (yokai) jouent 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
sur un mode comique, tandis
que les esprits nippons, calmes Paris ¡ Grand Palais
Du 5 avril au 9 juillet
et silencieux, poussent leurs
victimes vers la folie, voire Des robots
le suicide. Leurs homologues et des hommes
thaïlandais se révèlent, eux, Quel impact l’intelligence
plus violents… Toutes ces artificielle a-t-elle sur la
histoires épouvantablement
création ? L’interactivité
fascinantes promettent
modifie-t-elle notre rapport
de réjouir les visiteurs, dans
à l’espace et au temps ?
un parcours avec hologrammes
Les robots peuvent-ils nous
3D, séquences de cinéma,
remplacer ? Pour répondre
jeux vidéo, maison de poupées
à ces vastes questions,
hantée, sans oublier une
série de commandes
le Grand Palais donne
à des artistes contemporains la parole aux artistes qui
comme Anupong Chantorn se sont confrontés à la
et son fantôme affamé. D. B. machine, de Jean Tinguely
«Enfers et fantômes d’Asie» à Joan Fontcuberta
www.quaibranly.fr ou Daft Punk. D. B.
«Artistes & robots»
f Ikkyo, Peinture du fantôme d’Oiwa www.grandpalais.fr
[détail], fin du XIXe-début du XXe siècle 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
Beaux Arts I 47
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Art ancien
Si tout un chacun a en tête la Liberté guidant le peuple ou la Mort de Sardanapale, quelques-unes des peintures
d’Eugène Delacroix devenues des icônes de l’art occidental, rares sont ceux qui, aujourd’hui, connaissent
l’ensemble de son œuvre et en mesurent l’importance. Cinquante-cinq ans après l’exposition organisée à Paris
pour commémorer le centenaire de la mort de l’artiste, le musée du Louvre a décidé de remédier à ce constat
en consacrant une vaste rétrospective au chef de file du romantisme. En plus de 180 peintures, estampes et dessins,
l’exposition s’appliquera à démontrer la variété et l’étendue de son travail en suivant un fil chronologique.
Elle établira combien il fut tout à la fois classique – «Je suis un pur classique», revendiqua-t-il – et un novateur
infatigable, en quête perpétuelle d’originalité. Charles Baudelaire le qualifia de «dernier des renaissants et premier
des modernes», lui qui se passionna pour l’art ancien, à commencer par la peinture de la Renaissance vénitienne
et du baroque flamand. Par-delà l’œuvre, la manifestation tentera de restituer l’homme qu’il fut : un créateur
polymorphe épris de gloire et acharné de travail, à la personnalité attachante. Armelle Fémelat
«Eugène Delacroix (1798-1863)» • www.louvre.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
48 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée
Marmottan Monet
Du 8 février au 8 juillet
Corot, au-delà
des paysages
Douze ans après la rétrospective
consacrée à Jean-Baptiste Camille Corot
au Grand Palais, le musée Marmottan
Monet se penche à nouveau sur
le père de l’impressionnisme. Laissant
de côté ses paysages peints en plein air,
l’exposition dévoilera la facette la plus
personnelle et la plus moderne de son
travail, centrée sur la figure humaine.
Une part intime de sa production que
très peu de ses contemporains purent
connaître puisqu’il la garda secrètement
dans son atelier. Prêtés par de prestigieuses institutions européennes et américaines, c Bacchante à la panthère,
vers 1855-1860
une soixantaine de tableaux, portraits de proches et nus féminins, illustreront
la manière dont l’artiste français a placé la représentation de l’homme au cœur de ses
recherches picturales et fait poser les modèles les plus fameux de son temps. A. F.
«Corot – Peindre la figure humaine» • www.marmottan.fr
ET AUSSI….
Giverny ¡ Musée
des Impressionnismes
Du 30 mars au 15 juillet
Nippomania
Moment fondateur de la modernité,
l’engouement des impressionnistes
et des post-impressionnistes
– Monet, Degas, Gauguin, Van Gogh
en tête – pour les estampes
Art ancien
japonaises, à la suite de l’ouverture
commerciale et diplomatique
de l’archipel en 1868, fait l’objet
d’une exposition à Giverny.
Un double éblouissement. A. F.
«Japonismes / Impressionnismes»
www.mdig.fr
Beaux Arts I 49
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Art ancien
Dès ses débuts, il a su faire surgir la couleur des ténèbres. Ambitieux, réputé excessif, Tintoret (1518-1594) a marqué
de son empreinte sulfureuse l’histoire de l’art vénitien pour incarner le génie de la Renaissance, allant jusqu’à claquer
la porte de son maître, le grand Titien, au bout de quelques mois seulement. C’est justement aux débuts flamboyants
du jeune prodige né il y a cinq siècles que s’intéresse le musée du Luxembourg, retraçant ses quinze premières années
de création, de l’Adoration des mages du Prado, l’œuvre la plus ancienne connue de sa main (il n’avait pas 20 ans),
jusqu’aux prestigieuses commandes des années 1550. À l’instar du Péché originel, exécuté pour l’une des fameuses
scuole (confréries) de Venise, ou Saint Louis, saint Georges et la Princesse, pour le siège administratif d’une institution
située près du Rialto, deux tableaux révélant un art de la composition aussi savant que dynamique, porté par
un colorito tout en contrastes. Un éblouissement. D. B.
«Le Tintoret – Naissance d’un génie» • museeduluxembourg.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
50 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée Jacquemart-André
Du 9 mars au 23 juillet
Mary Cassatt, reine
des impressionnistes
Qui était Mary Cassatt ? Quelle femme et quelle
artiste ? C’est à cette peintre originaire de
Pennsylvanie (1844-1926) ayant vécu soixante
ans en France que le musée Jacquemart-André
consacrera son exposition du printemps.
Retour sur l’histoire de celle qui exposa aux
côtés des impressionnistes, qui s’en distingua,
notamment dans l’expression de diverses
particularités issues de son identité américaine.
Une cinquantaine de peintures, pastels, dessins
et estampes empruntés à de grandes collections
en Europe et aux États-Unis permettront de
s’immerger dans une œuvre faisant la part belle
aux thématiques familiales et à la traduction
plastique du sentiment maternel. A.F.
«Mary Cassatt – Une impressionniste
américaine à Paris»
www.musee-jacquemart-andre.com
9 Journal d’exposition Beaux Arts Éditions
c Petite fille dans
Art ancien
un fauteuil bleu, 1878
ET AUSSI….
c Maurice Denis
Chantilly ¡ Château ¡ Du 27 janvier au 3 juin Perros-Guirec, Jésus chez
Au plus fort de Rembrandt Marthe et Marie,
1917
Bien connues des amateurs, les incroyables collections
d’art graphique du musée Condé de Chantilly font e Rembrandt, Vieillard
à grande barbe au front ridé,
l’objet d’une très active politique d’exposition au sein 1631
du somptueux Cabinet d’arts graphiques récemment
rénové dans ce but. Y sera proposé, fin janvier, une plongée
dans l’œuvre graphique de Rembrandt, à la faveur
de 21 eaux-fortes originales du maître, mises en regard
avec ses dessins et des productions de contemporains. A. F.
«Rembrandt au musée Condé»
www.musee-conde.fr
Beaux Arts I 51
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Art moderne
52 I Beaux Arts
Paris ¡ Centre Pompidou ¡ Du 28 mars au 16 juillet
Vitebsk, foyer incendiaire russe
Ils s’appelaient Marc Chagall, El Lissitzky et Kazimir Malevitch. Et c’est à Vitebsk (dans l’actuelle
Biélorussie), au lendemain de la révolution russe de 1917, que ces artistes et d’autres unirent
leurs forces pour réinventer la peinture et l’engager sur la voie des avant-gardes. Un siècle plus
tard, le Centre Pompidou associe à nouveau les trois camarades pour évoquer les débuts
de l’art moderne soviétique porté par l’école dite de Vitebsk durant ces quatre années décisives
que fut la période 1918-1922. Soit 200 œuvres, parfois radicalement différentes, à l’instar
du Paysage cubiste de Chagall, condensé déconstruit de plusieurs images en une. D. B.
«Chagall, Lissitzky, Malevitch – L’avant-garde russe à Vitebsk (1918-1922)»
www.centrepompidou.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
David Yakerson, esquisse de la compositon Panneau avec une figure d’ouvrier, 1918
f
De 1789 à l’orée du XXe siècle, plus d’un millier Paris ¡ Atelier des Lumières
À partir du 13 avril
Art moderne
d’artistes ont quitté leur Hollande natale
pour venir à Paris trouver une inspiration nouvelle Klimt et Schiele
et se frotter à l’effervescence artistique ambiante.
mis en lumière
Certains, comme Jacob Maris ou George Hendrik Installé dans une ancienne
Breitner, repartiront dans leur pays où ils diffuseront fonderie du XIe arrondissement,
les idées avant-gardistes de la Ville Lumière. l’Atelier des Lumières, premier
D’autres choisirent de s’y installer définitivement centre d’art numérique parisien,
à l’image d’Ary Scheffer. D’autres encore, tels Vincent propose pour son ouverture
Van Gogh ou Johan Barthold Jongkind, ouvriront de au public un parcours immersif
nouvelles perspectives à leurs homologues français, autour de Gustav Klimt
tissant des liens féconds avec eux. C’est l’histoire et Egon Schiele. Une exposition
de cette amitié artistique que raconte le Petit Palais, confrontant les œuvres de Van Gogh, Kees Van Dongen multimédia spectaculaire sur
et Piet Mondrian à celles d’Émile Bernard, d’Henri de Toulouse-Lautrec ou de Camille Pissarro. D. B. plus de 3 000 m2 pour se
«Les Hollandais à Paris (1789-1914) – Van Gogh, Van Dongen, Mondrian» • www.petitpalais.paris.fr projeter au cœur de la Vienne
Vincent Van Gogh, Le Boulevard de Clichy, 1887
c des années 1900. D. B.
www.atelier-lumieres.com
9 Hors-série Beaux Arts Éditions
Paris ¡ Musée national Picasso ¡ Du 27 mars au 29 juillet
Paris ¡ Musée Maillol
Guernica, 80 ans déjà Du 7 mars au 15 juillet
En 1937, Pablo Picasso peignait Guernica et criait à la face du monde l’horreur de la guerre. Hymne à la paix, La folie Foujita
symbole antifasciste, cette immense peinture en grisaille lui fut inspirée par un épisode tragique de
la guerre civile espagnole, quand la Légion Condor nazie et l’Aviation légionnaire fasciste bombardèrent Proche de Picasso et Zadkine,
la ville de Guernica, en visant directement il fut l’un des principaux
les civils. L’artiste, installé à Paris, promit membres de l’École de Paris
alors de léguer le tableau à l’Espagne le jour tout en restant furieusement
où la démocratie serait rétablie. Ce qui ancré dans sa culture japonaise.
fut fait après sa mort, en 1981. Le musée Peintre fou de dessin, naturalisé
Picasso, à Paris, retrace l’histoire de français, Léonard Foujita est à
ce tableau devenu une icône du siècle, redécouvrir au musée Maillol
en partenariat avec le musée Reina Sofía dans sa période la plus faste,
de Madrid, où l’œuvre est conservée. D. B. celle de l’entre-deux-guerres. S. F.
«Guernica» • www.museepicassoparis.fr «Foujita – Les années
folles (1913-1931)»
www.museemaillol.com
Étude pour Guernica, 1937
f 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
Beaux Arts I 53
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Art moderne
Dépourvus de point de fuite, quasi abstraits, libérés du motif américain triomphant et les critiques les plus influents
et d’une vision conventionnelle de l’espace, les Nymphéas, la comparent aux tableaux d’un Jackson Pollock
offerts par Claude Monet à la France au lendemain de l’Armistice ou d’un Barnett Newman. En 1956, Louis Finkelstein invente
(il y a tout juste un siècle), ont fasciné ses contemporains et ouvert le terme «impressionnisme abstrait» pour désigner un autre
de nouveaux horizons aux artistes. Particulièrement ceux de l’école courant de la scène américaine incarnée par Joan Mitchell
abstraite new-yorkaise. Démonstration à l’Orangerie, qui s’intéresse et Jean-Paul Riopelle [lire p. 66], Sam Francis ou Philip Guston.
au moment de la redécouverte des créations tardives du maître Ils sont réunis à Paris pour un hommage vibrant à ce célèbre
de l’impressionnisme aux États-Unis, dans les années 1950, paysage d’eau et de reflets donnant, selon Monet, «l’illusion
après qu’Alfred Barr, directeur du MoMA de New York, a fait entrer d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage». D. B.
dans son établissement un grand panneau des Nymphéas. «Nymphéas – L’abstraction new-yorkaise et le dernier Monet»
L’œuvre est perçue en résonance avec l’expressionnisme abstrait www.musee-orangerie.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
54 I Beaux Arts
Aix-en-Provence ¡ Hôtel de Caumont
centre d’art ¡ Du 4 mai au 23 septembre
Nicolas de Staël
dans la lumière du Midi
«Ici, les diamants ne brillent que l’espace d’un éclat d’eau
très rapide, très violent […] au bout d’un moment, la mer
est rouge, le ciel est jaune et les sables violets», écrit
Nicolas de Staël à son ami René Char lorsqu’il découvre
la lumière «fulgurante» du Midi. Le centre d’art de l’hôtel
de Caumont, à Aix, nous plonge dans les tableaux et dessins
qu’il réalise lors de son séjour en Provence, de juillet 1953
à octobre 1954. Durant cette période de solitude et de
mélancolie, il libère les formes de leurs contours, jouant
sur l’intensité des contrastes, cherche à se renouveler, à aller
Art moderne
plus loin dans cette quête éperdue d’un absolu pictural. D. B.
«Nicolas de Staël en Provence»
www.caumont-centredart.com
Marseille, 1954
f
Beaux Arts I 55
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Art moderne
Paris ¡ Musée d’Art moderne de la Ville de Paris ¡ Du 26 janvier au 20 mai
Jean Fautrier, virtuose de la matière
Troisième rétrospective que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris consacre à Jean Fautrier. Pourquoi une telle fidélité ?
C’est que ce géant de l’art informel est très présent dans cette collection, notamment suite à l’importante donation qu’il a faite peu
avant sa mort, au début des
années 1960. Après les
expositions de 1964 et 1989,
le musée dévoile dans son
intégralité son fonds Fautrier
– l’un des plus beaux en
collection publique –, riche
de 60 œuvres. De ses natures
mortes des années 1920
à sa terrible série des Otages,
réalisée au cœur de la
Seconde Guerre mondiale,
ce proche de Francis Ponge,
Jean Bataille et Jean Paulhan
tend peu à peu vers une
peinture dense et empâtée,
pleine d’harmoniques
sourdes et opaques. E. L.
Art moderne
«Jean Fautrier
Matière et lumière»
www.mam.paris.fr
fForêt
ou les Marronniers,
1943
ET AUSSI….
56 I Beaux Arts
Mode / Graphisme / Architecture
Paris ¡ Palais Galliera & Les Arts décoratifs ¡ Du 22 mars au 2 septembre
Martin Margiela s’exhibe enfin
Pour son premier show, en 1989, Martin Margiela fait défiler sur un podium de toile blanche
des mannequins portant des chaussures dont les semelles sont couvertes de peinture rouge.
Il utilisera le sol ainsi maculé pour confectionner les tenues de la collection suivante
où les modèles auront le visage masqué.
Ancien assistant de Jean Paul Gaultier, ET AUSSI….
il n’a eu de cesse, durant ses vingt années
de carrière, de déconstruire le vêtement Paris ¡ Les Arts décoratifs
pour en révéler l’envers et le non-fini, Du 3 mai au 23 septembre
n’hésitant pas à le rendre oversize, à jouer
Roman Cieslewicz,
sur des motifs en trompe-l’œil, à proposer maître de l’uppercut
des lignes vintage à base de récupération graphique
et recyclage dont il fait des pièces uniques.
C’est l’empereur des graphistes.
Beaux Arts I 57
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Photographie
58 I Beaux Arts
Paris ¡ Hôtel de Ville / Bibliothèque nationale de France
De mai à juillet / Du 17 avril au 26 août
Irrécupérable Mai 68 ?
Comment commémorer Mai 68 sans trahir ce qui fut par essence hostile
à tout pouvoir, sinon celui de l’imagination ? L’Hôtel de Ville y répond
par un hommage à son meilleur chroniqueur, Gilles Caron (1939-1970).
De retour du Biafra, le jeune reporter de guerre fut de toutes les grèves
et de toutes les manifestations. Immortalisant le sourire vainqueur
de Cohn-Bendit face aux CRS [ci-contre], il fit surtout du lanceur de pavés
anonyme l’icône du soulèvement. «Véritable hiéroglyphe documentaire,
le lanceur est pour Caron une figure exprimant toutes les variations
de la révolte, note le commissaire et historien, Michel Poivert. Torse nu,
en blazer ou en pull-over, emporté dans son élan ou rivé au sol
en catapulte, le lanceur devient danseur.» La BnF, qui acquit presque
aussitôt ces clichés de presse historiques, revient de son côté sur
la couverture médiatique des événements. Pourquoi la première nuit
des barricades fut-elle si peu photogénique ? Pourquoi n’a-t-on jamais vu
Mai 68 en couleurs ? Réponse au printemps. N. N.
«Gilles Caron – Paris, mai 1968» • www.paris.fr
«Icônes de Mai 68 – Les images ont une histoire» • www.bnf.fr
À voir aussi : «Images en lutte – La culture visuelle de l’extrême
gauche en France (1968-1974)» du 21 février au 20 mai • École nationale
Photographie
supérieure des Beaux-Arts de Paris • www.beauxartsparis.fr
c Gilles Caron
Manifestation
Paris ¡ Centre Pompidou ¡ Du 21 février au 7 mai le 6 mai 1968 à Paris,
Daniel Cohn-Bendit
Toutes les colères de David Goldblatt devant un CRS
à la Sorbonne
Plus de 200 photos, une centaine de documents inédits et sept films produits spécialement pour
l’événement : il fallait au moins cela pour retracer les sept décennies d’activité du photographe sud-africain
David Goldblatt. Adepte du noir et blanc – malgré une incursion dans la couleur sous l’ère Mandela –,
ce petit-fils d’immigrés juifs lituaniens s’est fait très tôt l’observateur des violences politiques, économiques
et sociales de son pays. Dès 1948, année de l’instauration de l’apartheid, Goldblatt prend ses premiers
clichés : il a 18 ans
et sait déjà que sa couleur ET AUSSI….
de peau lui permettra
Paris ¡ Fondation
de témoigner des exactions Henri Cartier-Bresson
à venir. Sans jamais Du 16 mai au 29 juillet
céder au manichéisme, Robert Adams
il n’a cessé depuis de préapocalyptique
documenter les structures
Après un solo show Zbigniew
de domination mises
Dłubak, photographe polonais
en place au fil des siècles,
de l’après-guerre méconnu
tout en chroniquant
en France (17 janvier-29 avril),
la vie de ses compatriotes,
la fondation Henri Cartier-
blancs ou noirs, tous
Bresson exposera une série de
menacés désormais par
Robert Adams des années 1970,
la déliquescence des
où la vie, soudain, ne tient plus
valeurs démocratiques.
à rien : un panache de fumée noire
À voir absolument. N. N.
qui menace au loin. Radioactif
«David Goldblatt»
www.centrepompidou.fr ou non, l’incendie de l’usine
atomique de Denver brille encore
dans toutes les pupilles. N. N.
«Robert Adams
e Vendeuse, Our Lives and Our Children»
Orleto West, 1972 www.henricartierbresson.org
Beaux Arts I 59
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Art contemporain
Paris ¡ Lafayette Anticipations ¡ À partir du 10 mars
Une fondation comme une usine à rêves pour artistes
Promis, cette fondation ne ressemblera à aucune autre !
À partir du 10 mars, Lafayette Anticipations va remuer
le paysage artistique parisien, forte d’un projet hors
normes. Imaginée par Guillaume Houzé, directeur de
l’image et de la communication du groupe, cette nouvelle
institution sise au 9, rue du Plâtre, au cœur du Marais,
se consacrera aux arts
plastiques, mais aussi au design
et à la mode. «Nous n’avons pas
voulu faire une boîte à bijoux,
mais une boîte à outils pour les
artistes», promet-il. Le bâtiment
est lui aussi hors norme. Il a été
dessiné par l’architecte Rem
Koolhaas, comme une machine
high-tech dissimulée derrière
la façade la pierre de taille XIXe.
Singularité : les planchers
sont presque tous mobiles,
montant et descendant au gré
des besoins. Trois étages,
mais 49 configurations
envisageables de l’espace.
«Une multiplicité infinie de possibles», s’enthousiasme
François Quintin, qui dirige ce projet couteau suisse.
La fondation sera inaugurée avec une exposition
de l’Américaine Lutz Bacher, peu connue en France.
Au rez-de-chaussée, traversant et gratuit : boutique,
restaurant et espace de rencontre. Aux étages, les espaces
d’expositions et un studiolo destiné à des ateliers
pour petits et grands. Au sous-sol, un atelier dernière
génération, adapté aux besoins des artistes qui
trouveront là un fablab paradisiaque, mais aussi toute
une équipe dédiée à leurs quatre volontés. E. L.
«Lutz Bacher»
http://lafayetteanticipation.squarespace.com
60 I Beaux Arts
Villeneuve-d’Ascq ¡ LaM ET AUSSI….
Du 23 février au 20 mai
Lyon ¡ MAC
Au diapason de Du 9 mars au 8 juillet
Nicolas Schöffer Terreur plastique
C’est un spectacle, autant qu’une Quel nouveau coup de poing va
exposition, que nous promet le LaM. nous infliger Adel Abdessemed ?
Nicolas Schöffer ne mérite pas moins : L’artiste qui s’est rendu célèbre
jusqu’à sa mort en 1992, l’artiste français pour avoir sculpté dans le bronze
d’origine hongroise n’eut de cesse de le coup de boule de Zidane et
mettre la sculpture en mouvement, voire représenté en fil barbelé le Christ
en musique. Pas question donc de figer du retable d’Issenheim dévoile un
les créations de l’auteur de la Tour ensemble d’œuvres inédites. E. L.
spatiodynamique cybernétique et sonore «Adel Abdessemed
de Liège. Pour cette première L’antidote» • www.mac-lyon.com
rétrospective en France depuis cinquante
ans, tout le musée se met au diapason de Paris ¡ Monnaie de Paris
celui qui fut accompagné, dans les années Du 13 avril au 26 août
1970, par le compositeur Pierre Henry L’Inox indien sous
et la danseuse Carolyn Carlson. Du décor les ors parisiens
du night-club Voom-Voom à Saint-Tropez
Art contemporain
Première monographie parisienne
aux émissions de télévision, en passant par
pour Subodh Gupta, le plus
ses collaborations avec scientifiques ou
célèbre des artistes indiens.
urbanistes, celui qui enchanta de lumière
À cette occasion, la Monnaie
et de métal les seventies continue à nous
dédie à cet amateur
parler d’avenir. E. L.
d’installations à grand spectacle
«Nicolas Schöffer – Rétroprospective»
www.musee-lam.fr tous ses espaces historiques,
c Nicolas Schöffer devant son rez-de-chaussée, mais aussi
la Tour Lumière Cybernétique,
son escalier d’honneur et ses
vers 1967
trois cours rénovées à l’automne.
Promesse de cascade d’inox
sur la pierre de taille XVIIIe :
un attelage détonnant. E. L.
«Subodh Gupta»
www.monnaiedeparis.fr
f Kader Attia
Reenactment, 2014
Paris ¡ Palais de Tokyo ¡ Du 16 février au 13 mai
Vitry-Sur-Seine ¡ Mac Val ¡ Du 14 avril au 16 septembre
Kader Attia en solo et en duo
avec Jean-Jacques Lebel
«C’est autour d’une guerre, la Grande Guerre, que je suis tombé en fascination pour l’œuvre
de Jean-Jacques Lebel : assemblage, réassemblage et réappropriation d’objets de mort devenus
objets d’art, sur le seuil de l’enfer, dont la force n’a d’égale que la fragilité du temps où ils furent
créés… Avoir ressenti la profonde émotion qui émane de ces objets modestement immenses fut
le début de notre dialogue.» Ainsi Kader Attia évoque-t-il Jean-Jacques Lebel, avec qui il compose
depuis quelques années une exposition en forme de conversation, transcendant les âges et les
frontières. Entre le titulaire du prix Duchamp 2016, passionné par tous les champs du savoir,
et l’enfant scandaleux du surréalisme, héraut de la culture beatnik, l’échange ne pouvait être que
vif, et vivifiant. À travers objets, textes, musiques, ces deux êtres pleins de fougue mettent
en scène la pensée d’André Breton : «On ne découvre pas un objet, c’est lui qui vient à notre
rencontre.» En parallèle, l’artiste franco-algérien a aussi les honneurs d’une
vaste exposition au Mac Val, où il devrait prolonger ses explorations
de la notion de réparation, d’une civilisation à l’autre. E. L.
«Kader Attia & Jean-Jacques Lebel – L’un et l’autre»
www.palaisdetokyo.com
«Kader Attia» • www.macval.fr
Beaux Arts I 61
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
Art contemporain
Paris ¡ Maison rouge
Du 23 février au 20 mai
Ce que les yeux
de Ceija Stojka ont vu
Ceija Stojka a été la voix de tout un peuple,
en brisant un terrible tabou. Plus de
quarante ans après la Shoah, cette modeste
marchande de tapis autrichienne osa
rappeler que le peuple tzigane avait lui aussi
été décimé. Et notamment toute sa famille
pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a
gardé le silence, jusqu’au début des années
1990, où elle publia ses mémoires, malgré le
vif désaccord de ses frères et sœurs de sang.
Et elle ne se contenta pas de mots. Elle
réalisa également, à la même époque, une
centaine de toiles où elle réveille le souvenir
des trois camps par lesquels, gamine, elle
est passée : Auschwitz, Ravensbrück,
Bergen-Belsen. Le collectionneur Antoine de
Galbert fut bouleversé quand il découvrit les
œuvres de l’autodidacte. Il leur confie le soin
de clore le cycle d’expositions de sa
fondation, la Maison rouge, qui fermera
définitivement à l’automne 2018, et laissera
une immense lacune dans le paysage
artistique parisien. E. L. Paris ¡ Centre Pompidou ¡ Du 7 février au 30 avril
«Ceija Stojka» • lamaisonrouge.org
Au fil des chefs-d’œuvre de Sheila Hicks
f Sans titre, 1995 Cent fois sur le métier, Sheila Hicks a remis son ouvrage, faisant du textile, quasiment, son
unique matière première. Mais il fallut des décennies pour que la dynamique octogénaire,
américaine à Paris depuis les années 1960, soit enfin célébrée comme il se doit : bien plus
qu’une décoratrice d’intérieur qui fait feu de tout textile, une immense plasticienne, qui
réinvente la peinture avec des fils de laine, et la sculpture de ses ballots colorés. Quarante-deux
ans après la fameuse exposition Pompidou
de 1972, dans laquelle elle était l’une des
deux seules artistes femmes avec Niki de
Saint Phalle, la voilà enfin qui fait son nid
au Centre Pompidou. «Tout ce que je fais,
c’est habiter de mes créations les lieux
créés par d’autres, améliorer le moment
qu’y vivent les gens, plaide-t-elle
humblement. Si l’on travaille avec un
matériau modeste, trivial, il ne faut avoir
aucune prétention. Ce qui ne signifie pas
que le message envoyé soit insignifiant. On
ne peut expliquer cette âme du textile avec
les mots ; chaque fibre a une mémoire plus
forte que nous. Toucher est essentiel.
Toucher, c’est ne pas avoir peur, sentir que
cet objet n’est pas autre, mais une
extension de soi, qu’il appartient à ton
domaine intime.» Ou l’invention du
textitentialisme ? E. L.
«Sheila Hicks» • www.centrepompidou.fr
62 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée d'Art moderne
de la Ville de Paris
Du 26 janvier au 22 avril
Chevauchée
fantastique
avec Mohamed
Bourouissa
Nouveau western ? Mohamed Bourouissa
a fait sensation, il y a quelques années, en
révélant l’existence de ces cavaliers d’un
nouvel âge, qui n’aiment rien tant qu’errer
dans les rues de Philadelphie. Rencontrés
dans le quartier défavorisé de Strawberry Mansion, au nord de la ville, ces urban riders qui mêlent c Horse Day, 2014-2015
street culture et mythes du cow-boy sont au centre de la première exposition du jeune artiste
français d’origine algérienne dans un grand musée parisien. Articulé autour du film Horse Day,
poétique documentaire sur les écuries de Fletcher Street, où de jeunes gens apprivoisent des
chevaux abandonnés, le parcours évoque son dialogue avec cette communauté, rencontrée au
cours d’une résidence de huit mois qui donna naissance à nombre de croquis, collages et
aquarelles. Il revient aussi sur quelques-uns de ses projets phares, comme sa première série
ET AUSSI….
photographique, Périphéries, qui métamorphosait la jeunesse de banlieue en héroïne d’une
peinture d’histoire des temps modernes. Comme il l’a déjà fait l’an passé au château d’Oiron,
Marseille ¡ MP2018
l’artiste invite aussi des artistes chers à son cœur à collaborer avec lui, au gré de différents Du 14 février au 1er septembre
workshops, composant à sa manière une communauté nouvelle. E. L.
Le temps de l’amour
«Mohamed Bourouissa – Urban Riders» • www.mam.paris.fr
Comment dit-on «je t’aime»
avé l’assent ? Marseille prend
sept mois pour conjuguer le verbe
Paris ¡ Maison de l’Amérique latine à tous les temps et faire
Du 16 mars au 21 juillet sa déclaration «aux arts, aux artistes
Art contemporain
et au territoire», comme le dit
Variations autour le dossier de presse. Featuring
d’un ovni littéraire JR, Picasso et Shéhérazade,
L’Invention de Morel est l’un des livres les plus la programmation de MP2018
profonds et les plus énigmatiques de la littérature embrasse tous azimuts, pour
d’Amérique latine. Récit de l’exil d’un condamné le meilleur, espère-t-on.
sur une île pas si déserte, ce chef-d’œuvre, Et, bien sûr, la saison ouvre le jour
paru en 1940, de l’Argentin Adolfo Bioy Casares, de la Saint-Valentin. E. L.
proche de Borges et Cortázar, sert ici de prétexte Saison culturelle «Quel amour !»
https://mp2018.com
aux digressions d’une quinzaine d’artistes, tous
sous influence du roman d’anticipation. Faut-il
Montpellier ¡ La Panacée
douter du monde, ou de son image, ou des deux ?
Du 10 février au 6 mai
Nicolas Darrot, Leandro Erlich, Julio Le Parc
ou Rafael Lozano-Hemmer répondent à leur
Le temps de l’atome
manière au kafkaïen Latino. E. L. On connaissait la cuisine moléculaire.
«L’Invention de Morel – La machine à images» Voilà désormais l’art moléculaire !
www.mal217.org
Un voyage au cœur de la matière
Sliders_lab
f à la sauce anthropocène, concocté
TMWKTM, 2009-2015 par notre confrère Nicolas Bourriaud,
grand manitou de l’art contemporain
sur tout Montpellier. L’exposition
rassemble une trentaine de jeunes
explorateurs de l’atome, comme
Dora Budor, Thomas Teurlai ou
Vivien Roubaud. De quoi faire fumer
les cerveaux ! E. L.
«Crash Test» • http://lapanacee.org
Beaux Arts I 63
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018
International
64 I Beaux Arts
Berlin ¡ Alte Nationalgalerie e Karl Friedrich Schinkel
Felsentor, 1818
Du 10 mai au 16 septembre
L’appel des lointains
Wanderlust ? C’est cette envie irrépressible
de voir le monde, ce désir insensé d’être
toujours en mouvement. Un concept très
allemand, difficilement traduisible, mais que
les artistes ont incarné merveilleusement
au XIXe siècle. Articulée autour du fameux
Voyageur contemplant une mer de nuages
de Caspar David Friedrich – tableau
jalousement conservé par la Hamburger
Kunsthalle – l’exposition berlinoise rappelle
combien parcourir la planète, se laisser
aller à l’errance, revenait alors à construire
une conscience moderne de la vie et ET AUSSI….
du monde. Brassant Rousseau et Goethe,
Venise ¡ Palazzo Grassi
l’appel à revenir à une nature sauvage
& Punta della Dogana
et la poésie tumultueuse du mouvement À partir du 8 avril
Sturm und Drang, les lointains de Hodler
Retour au calme
et les paradis trompeurs de Gauguin,
sur la lagune
elle promet d’atteindre les cimes. E. L.
International
«Wanderlust – De Caspar David Friedrich Après le tsunami Damien Hirst,
à Auguste Renoir» • www.smb.museum la collection Pinault s’offre
à un artiste plus discret, c’est
le moins qu’on puisse dire.
Le peintre allemand Albert Oehlen
est méconnu du public, et
Vienne ¡ Leopold Museum ¡ Du 23 février au 4 novembre le Palazzo Grassi compte bien,
Liverpool ¡ Tate ¡ Du 24 mai au 23 septembre en rassemblant 85 de ses toiles,
démontrer l’éclat de son talent,
Egon Schiele face à lui-même qui oscille entre abstraction et
et à Francesca Woodman figuration. En parallèle, sur le site
Punta della Dogana, le deuxième
Voilà cent ans qu’Egon Schiele
volet de l’exposition collective
(1890-1918) est mort. L’occasion de
«Dancing with Myself», dévoilée
multiples célébrations, à commencer
l’an passé au musée Folkwang
par sa Vienne natale [lire p. 132-133].
d’Essen, en Allemagne. E. L.
Au Leopold Museum, son œuvre
«Albert Oehlen»
résonne aves ses objets personnels «Dancing with Myself»
et ses écrits, notamment ses troublants www.palazzograssi.it
poèmes. À Liverpool, le peintre, entier,
excessif, sans tabou, est confronté Bâle ¡ Fondation Beyeler
à une photographe surdouée qui s’est Du 21 janvier au 29 avril
donné la mort à 22 ans, Francesca L’ogre Baselitz
Woodman (1958-1981). Offrant tous
Il a 80 ans, le bougre d’artiste !
deux de l’intimité, de la nudité, du sexe
Comptant parmi les plus grands
et des images sans concession
peintres allemands du XXe siècle,
d’eux-mêmes. D. B.
Georg Baselitz revient à Bâle
«Egon Schiele – Expression
et poésie» • www.leopoldmuseum.org sur soixante ans de carrière.
«Life in Motion – Egon Schiele / À la fois peintre, graphiste
Francesca Woodman» et sculpteur, celui qui renversa
www.tate.org.uk
la figure humaine pour la mettre
Nu debout, 1914
f
tête en bas, continue de nous
tournebouler l’œil. E. L.
«Georg Baselitz»
www.fondationbeyeler.ch
Beaux Arts I 65
L’HISTOIRE DU MOIS
Joan Mitchell
Jean-Paul Riopelle
Les amants terribles
de l’abstraction
Ils sont un peu les Frida Kahlo & Diego Rivera
de l’expressionnisme abstrait. Entre admiration
et détestation, émulation et jalousie, la peintre
américaine et l’artiste québécois ont formé,
durant vingt-cinq ans, un couple aussi fécond que
tumultueux. Pour la première fois, une exposition
commune leur est consacrée à Montréal.
Par Emmanuelle Lequeux
Beaux Arts I 67
L’HISTOIRE DU MOIS l JOAN MITCHELL & JEAN-PAUL RIOPELLE
Mais, pendant plus de cinq ans, ils vivent surtout leur lune de miel
à distance. Lui, demeure à Paris. Elle le retrouve tous les étés en France,
mais retourne dès l’automne dans son atelier new-yorkais. Outre-
Atlantique, l’artiste commence à se faire un nom. Car la bougresse a
un talent du diable. Comme Riopelle, une terrible puissance du geste,
un pinceau large et dévastateur, le refus de donner une limite au
tableau. Et elle sait, comme lui, brûler les deux bouts de la chandelle.
Rapidement, elle s’impose comme l’un des espoirs de l’expression-
nisme abstrait, seconde génération. D’Arshile Gorky elle a retenu le
geste automatique, hérité du surréalisme. De Willem de Kooning elle
apprend l’énergie du coup de brosse. De Philip Guston elle aime l’exis-
tentialisme, que sa vie parisienne ne fera que renforcer. Et de Riopelle ?
Le lyrisme, à n’en pas douter, qui va marquer sa production à partir
des années 1960. «Ma peinture n’est pas une allégorie, ce n’est pas une
histoire. Elle est plutôt comme un poème», résumera-t-elle.
devenu ton élève modèle, j’ai même compris que la nuit pouvait être
employée à l’insomnie.» En 1959, Joan Mitchell le rejoint à Paris. Ils
résident tous deux sous les toits du XVe arrondissement, dans un petit
appartement-atelier de la rue Frémicourt. Le tumulte est leur quoti-
dien, et la consommation effrénée d’alcool n’aide pas à la mesure.
«Le début des années 1960 a été très
violent, je préfère l’oublier», confiait-
elle peu avant sa mort. Un de leurs DE L’AMÉRIQUE
À LA FRANCE
amis de ce temps se souvient : «C’était
comme deux locomotives qui rou- 1923 Naissance de
laient sur un même rail, l’une en face Jean-Paul Riopelle à Montréal.
de l’autre. Elle était complètement 1925 Naissance de
folle, lui aussi, et leurs folies se com- Joan Mitchell à Chicago.
68 I Beaux Arts
Alors qu’elle vit
seule à New York,
entre 1955 et 1960,
Joan Mitchell
(photographiée ici
à Paris en 1956)
voit sa renommée
rapidement croître.
Elle s’impose
bientôt comme
une figure de
l’expressionnisme
abstrait.
L’HISTOIRE DU MOIS l JOAN MITCHELL & JEAN-PAUL RIOPELLE
Joan Mitchell
Chasse interdite
Cet immense quadriptyque, réalisé six ans
avant la rupture du couple, est l’un
des premiers avertissements de la belle
à l’aimé, chasseur dans l’âme : il est
interdit de chasser en dehors de cette terre,
semble-t-elle le prévenir.
1973, huile sur toile, 280 x 720 cm.
70 I Beaux Arts
«Comme souvent, le titre est à lire en surface et en profondeur ;
l’humour n’est pas absent. Oui, c’est une “chasse interdite”,
mais surtout, il est interdit d’être chassé. Car c’est bien l’abandon
qui est interdit.» Gisèle Barreau, amie de Joan Mitchell
Beaux Arts I 71
L’HISTOIRE DU MOIS l JOAN MITCHELL & JEAN-PAUL RIOPELLE
CI-CONTRE, À DROITE
Jean-Paul Riopelle
Large Triptych
1964, huile sur toile, 276,4 x 643,7 cm.
CI-CONTRE
Joan Mitchell
Sans titre
Vers 1969, huile sur toile,
194,8 x 113,7 cm.
72 I Beaux Arts
référence essentielle pour Riopelle. Elle, se défendra de cette interdite”, mais surtout, il est interdit d’être chassé. Car c’est bien l’aban-
influence. Même si elle participe en 1958, comme son aimé, à l’expo- don qui est interdit.» Riopelle n’entendra pas la prière.
sition londonienne «Abstract Impressionism», laquelle examine l’im- Dorénavant, la solitaire de Vétheuil veux «être libre». Elle se plaint
pact des derniers Monet sur les jeunes abstraits américains. Même si de son statut d’artiste femme méconnue, «à cause des chauvinistes
elle a tout appris en côtoyant, dès l’enfance, Seurat, Cézanne, mâles et de [du critique d’art Clement] Greenberg», rapporte le philo-
Van Gogh, Lautrec et Monet, justement, rassemblés à l’Art Institute sophe Yves Michaud, qui l’a bien connue. Et devient aussi admirée
de Chicago, sa ville natale… «Quand j’étais enfant, je croyais que toute qu’acariâtre. «Cette personnalité romantique était sismographique-
la peinture était française, à cause des noms», disait-elle. Mais Monet, ment ouverte à la nature, à la poésie – et aux autres, même si ce n’était
non, décidément ! «Ces histoires d’impressionnisme abstrait, toutes en général pas pour leur faire du bien, résume-t-il. Tous ceux qui l’ont
ces stupidités qu’on a pu écrire sur moi, je ne veux plus en entendre fréquentée ont noté sa perspicacité face à autrui, une perspicacité qui
parler, confiait-elle au Monde juste avant sa mort, en 1992. Depuis des lui faisait percer immédiatement les faiblesses de l’autre et aller droit
années, je suis poursuivie par ça parce que j’habite Vétheuil… Impres- à ses blessures.» Sa peinture demeure sa plus belle colère. «S’il y a tra-
sionnisme ! Pas du tout. Expressionnisme abstrait, alors ? Ni expres- gique ici, écrit Pierre Schneider au sujet des œuvres de cette décennie,
sionnisme abstrait, c’est complètement faux.» c’est dans la démonstration que le pire désespoir devient, en peinture,
bonheur. La peinture est ce métabolisme. L’enfer peut la réduire
En 1979, il la quitte, elle peint la Vie en rose au silence, mais quand elle parle, c’est du paradis.»
Monet est le moindre des désaccords qui déchirent le couple de plus En 1979, année de la rupture, Joan Mitchell intitule son quadrip-
en plus tumultueux. Les colères s’attisent, comme les jalousies. Riopelle tyque le plus rageur la Vie en rose. Un orage de noirs et de roses, allu-
se rend presque tous les jours à Paris, ou dans son atelier de Meudon, sion sarcastique à ses illusions perdues d’amoureuse. Épiphanie de
où il pratique la sculpture. Quand il ne part pas chasser au Canada. Avec singulières harmoniques, aussi. Rose, rosa, rosae… Quand il apprend
leurs nuées de roses et d’orangés, les toiles de Mitchell évoquent à leur la nouvelle de la disparition de son amour, frappé par le cancer, en
façon les orages de son ménage. En 1979, le coureur finit par rompre, 1992, Riopelle se lance dans la création acharnée d’un Hommage à
séduit par une amie du couple. Mais dès 1973, Mitchell avait prédit la Rosa Luxemburg. Une fresque de 30 toiles, lettre d’amour cryptée à la
fin de leur histoire, dans sa toile Chasse interdite. Son amie Gisèle belle Mitchell, dont elle seule saurait lire tous les détails. «Aujourd’hui,
Barreau l’interprète ainsi : «Comme souvent, le titre est à lire en surface il n’y a plus de Rosa Malheur. Il n’y a même plus de Rosa Bonheur.
et en profondeur ; l’humour n’est pas absent. Oui, c’est une “chasse Toutes les Rosa sont mortes», aurait-il alors soupiré. Q
Beaux Arts I 73
RÉTROSPECTIVE l CENTRE POMPIDOU
Jusqu’au 26 mars
César,
la casse internationale
Et si César avait préfiguré, «deux ans à l’avance, les recherches des sculpteurs
minimalistes» américains ? Telle est la thèse de Bernard Blistène, qui lui
consacre une rétrospective au Centre Pompidou. Et si le directeur du musée
national d’Art moderne avait raison ? Flash-back.
Par Judicaël Lavrador
À
L’artiste
datant de bien avant l’invention du Net), lors dans son atelier
parisien de
de la cérémonie de remise des trophées de la rue Lhomond,
l’Académie du cinéma, auxquels il donna son en 1967.
nom, César avait toujours droit à son gros
plan. La France entière le reconnaissait. Mine bonhomme,
barbe rieuse, silhouette ronde, il tranchait avec le port altier
et glamour des stars du grand écran. Il incarnait le grand
artiste qui n’a pas oublié d’où il vient. Le type réconfortant
et familier avec ce qu’il faut d’impressionnant et d’intimi-
dant. Fils d’un père et d’une mère d’origine italienne, tenant
un bar dans le quartier de la Belle de Mai à Marseille, César
faisait œuvre chez les ferrailleurs et les chiffonniers, les
maîtres verriers et les compagnons. Leurs techniques et
leurs outils, l’arc à souder, la presse hydraulique puis la
chimie des mousses polyuréthanes qui se répandront en
bouillonnantes Expansions, sont aussi les siens.
César, pouvait-on légitimement se dire autour du poste,
César est des nôtres. D’autant que ses sculptures monu-
mentales paradaient déjà en place publique. Le Centaure,
dont la tête est un autoportrait, trône à Saint-Germain-
des-Prés tandis que les Pouces se lèvent un peu partout, à
La Défense, à Séoul en 1988, à l’occasion des Jeux olym-
piques, au milieu d’un rond-point à Marseille… Quant à ses
Compressions, «elles sont une forme que n’importe qui peut
visualiser à son simple énoncé (comme la tour Eiffel)», ainsi
que ne craignait pas de l’écrire Éric Troncy, en 1998, à l’oc- snobisme des institutions et des conservateurs, cette aris-
casion de la dernière exposition qui s’est tenue du vivant tocratie de l’art qui lui reproche sans doute d’en avoir trop
de l’artiste au Consortium de Dijon. fait ou, pire, d’avoir trop «refait». Le Centre Pompidou, qui
lui consacre cette rétrospective vingt ans après sa mort, fait
Une œuvre «à rebondissements» amende honorable en soulignant qu’il «tarda à reconnaître
Cette célébrité sans égale dans le milieu de l’art, César, en lui davantage qu’un maître du passé». Pour autant, César
pourtant, rechigna à l’endosser. En 1991, à un journaliste n’est pas cité plus que cela par les jeunes artistes, pourtant
lui demandant ce que ça lui faisait «d’être un artiste prompts à dégainer les sources de leurs travaux, ni davan-
reconnu et très médiatique», César répondait, boudeur : tage par les jeunes commissaires, toujours prêts à exhumer
«Connu de qui ? J’ai 70 ans et le plus grand musée de mon des figures un peu oubliées, ni même par les galeries, qui
pays, Beaubourg, ne m’a jamais exposé.» Fausse modestie n’hésitent pas à remontrer Julio Le Parc, Raymond Hains,
d’un artiste qui enchaîne les expositions dans le monde Jacques Villeglé. La faute à qui, à quoi ? À cette célébrité
entier, couvert d’honneurs jusqu’au Japon où il reçoit le encombrante qui empêche quiconque de prétendre sortir
Praemium imperiale ? Ou bien expression d’une blessure César de l’ombre, lui qui ne l’a jamais connue ? Ou bien à la
profonde et sincère ? César, en tout cas, n’ignore pas le difficulté à faire face aux questions ouvertes par la succes-
74 I Beaux Arts
Les Compressions
Blu Francia 490
Il n’y a pas qu’une espèce
de Compressions : César a modulé le rôle
de la presse et son propre pouvoir
de décision, jusqu’à cette ultime série
de 1998 où la tôle broyée fut renvoyée
à l’usine Fiat pour y être peinte
uniformément aux couleurs métallisées
de la marque.
1998, compression d’automobile, tôle peinte,
170 x 84 x 80 cm.
RÉTROSPECTIVE l CÉSAR
76 I Beaux Arts
Les Fers soudés
Aile
César commence dans l’art avec des Fers soudés,
évoquant, dans le méli-mélo de chutes de métal
aux reflets chromatiques variés, des espèces
animales ou bien des «ailes», motif qui défie
la lourdeur du matériau.
1955, fer soudé, tôle, 167 x 103 x 44 cm.
RÉTROSPECTIVE l CÉSAR
Palette industrielle
Les résultats chromatiques ne le sont pas moins. César
fut aussi un grand coloriste. Dans son ultime série, la Suite
milanaise compresse 15 Fiat, avant de les renvoyer à l’usine
de Turin pour qu’elles soient repeintes dans les couleurs
laquées et métallisées de la gamme de la marque italienne,
couleurs qui donnent leur nom à chacune des pièces (Verde
Wembley 396 ou Shock Red 165). On pourrait gloser sans fin
sur ce protocole. Il revient à laisser la main et la palette à
l’industrie et à ses cahiers de tendances. Il revient aussi à
livrer une version pimpante et glamour des Compressions
dont la peau avait plutôt pour coutume de gercer, de s’écail-
ler et d’encanailler la sculpture, pour qu’elle soit de rouille
et de d’os (les fers donnent forme à des squelettes de créa-
tures). Quoi ? César ne serait plus seulement ce sculpteur
métallo, manuel, massif ? C’est l’un des enjeux de l’expo-
Enveloppage
sition : montrer que l’œuvre, délestée de la superbe et de la
Avec les Enveloppages, César donnait voix, disait-il, au «langage organique
de la matière […]. Ce qui compte, c’est la beauté de la matière, et toutes les matières faconde de son auteur, fait bloc et pèse de tout son poids. Q
sont précieuses quand je leur parle : le pneu, l’or, le papier, la tôle.»
1971, machine à écrire et Plexiglas, 40 x 40 x 50 cm.
Visitez l’exposition en vidéo sur… www.beauxarts.com
78 I Beaux Arts
Les Expansions
Expansion – Bouilloire
Les Expansions, réalisées initialement en public et sous une forme éphémère,
seront pérennisées par l’artiste, après qu’il a découvert comment durcir
la mousse de polyuréthane. César, affutant sa technique, a toujours été avide
de nouveaux matériaux.
1967, mousse polyuréthane, fer blanc, 41 x 39 x 22 cm.
laisse place aussi à quelques pans moins connus de l’œuvre, notamment les Enveloppages. 9Hors-série Beaux Arts
Éditions • 60 p. • 9 €
Beaux Arts I 79
EXPOSITION l NATIONAL GALLERY
Jusqu’au 18 février
Le gris, couleur
à sensations
En peinture, la grisaille, loin
d’être dépressive, se révèle être
une formidable couleur, complexe
à souhait, et riche de possibilités
pour les artistes. Démonstration
à la National Gallery de Londres
dans une sobre exposition
où Ingres mais aussi Dürer,
Mantegna et Gerhard Richter
se déclinent en nuances de gris.
Par Sophie Flouquet
Jean-Auguste-Dominique Ingres
et son atelier
Odalisque en grisaille
Non, ceci n’est pas une vulgaire photocopie
en noir et blanc de la Grande Odalisque.
Il s’agit bel et bien d’un choix délibéré
de la part d’Ingres que de revisiter
son chef-d’œuvre dans cette version
en grisaille hautement sensuelle.
Vers 1824-1834, huile sur toile, 83,2 x 109,2 cm.
EXPOSITION l LE GRIS, COULEUR À SENSATIONS
lus abstraite. Plus troublante aussi que sa implacable modernité. Étonnamment, il ne fut jamais livré
82 I Beaux Arts
Albrecht Dürer Tête de femme
L’un des plus stupéfiants dessins de Dürer. Cette monumentale tête de femme, aux carnations polies telle
une figure de bronze, est magnifiquement modelée à la brosse grâce à de subtiles touches de blanc.
1520, dessin au pinceau à l’encre noire et grise, rehaussé de blanc sur papier, 32,4 x 22,8 cm.
Beaux Arts I 83
EXPOSITION l LE GRIS, COULEUR À SENSATIONS
84 I Beaux Arts
Eugène Carrière Maternité (Souffrante)
En restreignant délibérément sa palette à cette grisaille brune, traitée dans un épais sfumato, le peintre symboliste veut exprimer l’angoisse
profonde qui anime cette Mater dolorosa moderne, qui a pris les traits de sa femme tenant sa fille aînée dans ses bras.
Vers 1896-1897, huile sur toile, 81,3 x 65,4 cm.
Beaux Arts I 85
EXPOSITION l LE GRIS, COULEUR À SENSATIONS
Pucelle (mort en 1334) peignit en noir et blanc dans le Livre Comme en témoigne Van Eyck, c’est bien là que se situe
d’heures de Jeanne d’Évreux, réservant la grisaille aux la grande affaire du gris : il est un formidable outil pour riva-
scènes de la Passion du Christ, soit l’acmé du manuscrit. liser avec la sculpture. Au XVIe siècle, dans le sillage de
Jan Van Eyck se détache tout autant des préjugés religieux Leon Battista Alberti ou de Léonard de Vinci, les peintres
lorsqu’il peint la Vierge et l’archange Gabriel en deux s’attachent à démontrer la prééminence de leur art, produit
figures tridimensionnelles débordant largement du cadre de leur intellect et non de leurs seules mains. L’enjeu est
de leur diptyque. Van Eyck a enfreint la règle : ses grisailles majeur car il s’agit d’affirmer la place de l’artiste dans la
constituent le sujet principal de ce retable de dévotion, société comme acteur des arts libéraux et non mécaniques.
l’Annonciation. Peindre ou dessiner dans une gamme D’où cet attachement à le prouver par le biais de peintures
chromatique restreinte, même aussi austère que celle d’un hautement illusionnistes. Parmi les cadors de cette ten-
mélange de noirs et de blancs, s’apparente alors à un geste dance, citons l’Italien Andrea Mantegna qui, fasciné par les
d’émancipation, à un acte libérateur qui permet à l’artiste marbres antiques qui surgissaient alors du sol romain,
de se concentrer sur une esthétique purement formelle. Or modèle ses figures en utilisant ce que Pline l’Ancien avait
cette extrême réduction des moyens chromatiques n’est appelé color lapidum, la couleur de pierre. D’autres artistes
pas synonyme de simplicité, bien au contraire. Procéder vont se spécialiser dans cette technique du trompe-l’œil en
ainsi tout en nuances, en dégradés, par variations de tons, grisaille – qui s’avère aussi plus abordable pour des ache-
requiert une grande maîtrise technique, un savant dosage teurs ou commanditaires moins fortunés, les pigments
des noirs inspiré souvent du savoir-faire des graveurs. demeurant un matériau onéreux – tel l’oublié Martin-
L’Allemand Hendrick Goltzius (1558-1617), très réputé en ce Joseph Geeraerts (1707-1791), réputé pour ses copies de bas-
domaine, s’est illustré avec de rares et étonnants grands reliefs antiques ou de sculptures monumentales de ses
formats de pen paintings, ou copies au crayon sur toile, de contemporains. Lorsqu’on les observe de loin, l’illusion est
ses propres gravures ! Une manière, en somme, d’inverser parfaite ! Troubler la perception, c’est ce qui semble avoir
l’échelle des valeurs, cette hiérarchie des arts, quand la gra- tout autant animé Eugène Carrière (1849-1906) lorsqu’il a
vure est censée n’être qu’un art de reproduction. peint cette émouvante maternité figurant sa femme et sa
fille aînée, floutées comme elles pourraient l’être sur une
photographie surexposée. Échappant au naturalisme de
la représentation, le symboliste s’attache à la suggestion
d’un état psychologique, d’un trouble qui nimbe cette
madone moderne à l’aura tourmentée par la crainte de la
mort. Nul hasard si l’esthétique de Carrière marqua
quelques pionniers de la photographie, dont le pictorialiste
américain Edward Steichen (1879-1973).
86 I Beaux Arts
Gerhard Richter
Helga Matura et son fiancé
Richter a souvent réduit sa palette
chromatique. Ici, il verse dans les gris
floutés pour cette œuvre de sa série
de photo-peintures. «Je n’ai jamais
trouvé quelque chose qui manquait
dans une toile floue. Au contraire,
vous pouvez y voir beaucoup plus
de choses que dans un tableau exécuté
avec une extrême netteté.»
1966, huile sur toile, 200 x 100 cm.
Ni blanc ni noir
À la National Gallery
de Londres, comme toujours,
tout est parfait. Les œuvres sont
somptueuses, l’accrochage
est au cordeau. Certes.
Mais cette exposition déçoit
par son propos un peu court,
son approche trop formelle,
son titre décalé («Monochrome,
peindre en noir et blanc»),
laissant délibérément de côté
l’histoire et la complexité de
ces deux couleurs, pourtant
passionnantes. Heureusement,
des ténèbres émerge une
belle surprise, cette vision
du gris dans l’art, sans toutefois
l’expliciter véritablement.
Car si le noir avait été le vrai
sujet n’auraient été oubliés
ni Goya, ni Redon, ni Matisse,
ni même Pierre Soulages.
Étrange parcours dont
l’on sort brutalement, réveillé
par la salle psychotrope
d’Olafur Eliasson, éclairée
de vifs néons… jaunes.
«Monochrome, Painting
in Black and White»
> Jusqu’au 18 février
National Gallery • Trafalgar
Square • Londres
+44 20 77 47 28 85
www.nationalgallery.org.uk
> Du 21 mars au 15 juillet
Museum Kunstpalast
Ehrenhof 4-5 • Düsseldorf
+49 211 56 64 21 00
www.smkp.de
Beaux Arts I 87
EXPOSITION l GALERIE TEMPLON
Du 13 janvier au 10 mars
Gilles : Pour ma part, j’ai été élevé dans une famille très reli-
gieuse. L’un de mes frères est moine, l’une de mes tantes était
nonne, et j’ai été moi-même enfant de chœur ! Avec mes
parents, nous visitions toutes les cathédrales et les églises.
Pourtant, à 18 ans, en arrivant à Paris, j’ai mis la religion de
côté. C’est ce voyage en Inde qui a produit une réconciliation.
Ce qui nous a fascinés, c’est que la religion y est présente
dans la vie de tous les jours : les acteurs de cinéma y sont
presque des divinités. Et la religion chrétienne à Goa est
quelque chose de stupéfiant. Imaginez sainte Thérèse de
Lisieux recouverte de couleurs et de paillettes !
88 I Beaux Arts
Comment avez-vous découvert
l’Américain James Bidgood,
icône underground des
années 1960, considéré
comme l’un des inventeurs
de l’esthétique gay ?
Gilles : Quand je suis arrivé à Paris à
18 ans, j’étais plutôt solitaire et je me
rendais souvent aux séances tardives
de la Cinémathèque, où l’on projetait
des œuvres assez rares. Une fois, alors
que j’y étais allé pour voir un film de
Warhol, la Cinémathèque a annoncé
qu’elle n’avait pas pu en obtenir la
copie et qu’ils allaient donc passer
un long-métrage jamais montré en
France, Pink Narcissus (1971), le chef-
d’œuvre homoérotique de Bidgood,
autoproduit et tourné durant sept ans
dans son appartement. Ça a été le
choc de ma vie. Il n’était pas signé
James Bidgood mais Anonymous.
J’ai été complètement fasciné par ce
film, où je retrouvais ma sensibilité.
Pierre : Le film est sorti un an plus tard
à Paris, mais seulement dans de
toutes petites salles. Plus tard, nous
avons rencontré à New York James
Bidgood. Il souhaitait nous connaître
et était adorable.
Beaux Arts I 89
DOSSIER
Dorothea Tanning
Eine Kleine
Nachtmusik
[Petite musique
de nuit]
Shining avant l’heure ?
La quatrième épouse
de Max Ernst
produit des images
cauchemardesques
qui retiennent
l’attention d’André
Breton, mais peinent
aujourd’hui à entrer
dans l’histoire de l’art.
1943, huile sur toile,
40,7 x 61 cm.
Femmes artistes :
la fin du cauchemar ?
De Paris à Metz, de Los Angeles à Málaga ou Barcelone,
un flot d’expositions consacre enfin des monographies
ou des shows thématiques aux grandes oubliées de
l’histoire de l’art. Les femmes sortiraient-elles réellement
du placard ? Beaux Arts Magazine fait le point.
Par Emmanuelle Lequeux
DOSSIER l FEMMES ARTISTES
I
mal de ses images…»
nom. C’était «Elles», tout simplement. «Elles», une Une autre femme de… ? Anna-Eva Bergman, magnétique
famille indifférenciée, déchirée, infiniment vaste. Un poétesse de l’abstraction, qui eut le malheur (pour sa noto-
océan qui ne faisait guère de vagues. Quand l’exposi- riété d’artiste) de vivre longtemps auprès de Hans Hartung.
tion «elles@centrepompidou» fut montée à Paris, en La fondation Hartung Bergman travaille de nos jours d’ar-
2009, avec 350 œuvres de 150 artistes femmes, le débat fit rache-pied à la sortir de l’oubli, et vient récemment d’an-
rage. Pourquoi les enfermer dans un ghetto, quand il s’agi- noncer la donation d’une centaine de ses œuvres au musée
rait avant tout de les en sortir, s’inquiétaient les uns ? À tra- d’Art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), qui les dévoi-
vers cette sélection garantie à 0 % de testostérone, après lera in extenso en 2021. Musée décidément féministe à
des décennies d’hyperdomination masculine, l’institution l’aune du programme de nombre de ses confrères (notam-
ne cherchait-elle pas tout simplement à se dédouaner, ment son voisin le Palais de Tokyo, qui ne dépasse guère les
avant de passer vite à autre chose ? Dix ans auront bientôt 25 % de monographies de femmes), le MAMVP a consacré
passé, et quelques victoires semblent pourtant avoir été bel des monographies à Sonia Delaunay (2014), Carol Rama
et bien remportées dans cette guerre des sexes. Sans que (2015) et Paula Modersohn-Becker (2016).
les débats ne s’apaisent pour autant. Dernière «femme de…», pour clore la litanie ? Gala. Le
Femmes ? Femmes de…, surtout. Nombre d’artistes Museu Nacional d’Art de Catalunya, à Barcelone, offrira
sortent enfin de leur strict statut d’épouse, et l’année 2018 une exposition l’été prochain à la muse d’Éluard, puis de
s’annonce comme un moment phare pour leur réhabilita- Dalí. Une première, tant la belle Russe a longtemps été
tion tardive. Il suffit de citer quelques-uns des événements réduite au rôle d’inspiratrice, voire de manipulatrice. Pour-
des mois à venir pour s’en convaincre. Au Guggenheim de tant, selon la fondation Gala-Salvador Dalí de Figueras, qui
Bilbao, Anni Albers, femme de Josef, est honorée seule cet orchestre le projet, elle pourrait bien réclamer, à titre
92 I Beaux Arts
Sonia Gutiérrez
Y con unos lazos me izaron
[Et ils m’ont hissée avec des cordes]
Enchaînée, brimée, sans visage
donc sans identité : la Colombienne
Sonia Gutiérrez, à l’honneur à l’exposition
«Radical Women» de Los Angeles,
résume-t-elle la condition de la femme
artiste avec cette œuvre des années 1970 ?
1977, acrylique sur toile, 150 x 120 cm.
DOSSIER l FEMMES ARTISTES
Leonora Carrington And Then We Saw the Daughter of the Minotaur [Puis nous vîmes la fille du Minotaure]
Certes, ses forêts énigmatiques et ses frottis de couleur doivent beaucoup à Max Ernst, son amant d’avant-guerre.
Mais Leonora Carrington lui apporta beaucoup en retour, notamment sa culture des mythes et légendes qu’elle met en scène
dans ses toiles, comme va le rappeler l’exposition «Couples modernes» au Centre Pompidou-Metz.
1953, huile sur toile, 60 x 70 cm.
posthume, le statut de coauteur, tant elle participa de près l’apport mutuel, résume Emma Lavigne, directrice du
à nombre de créations dudit Avida Dollars. Il faudrait citer musée, très engagée sur ces questions. Il s’agit de rappeler,
encore Hannah Höch, dont l’exposition «Dada Africa», en par exemple, combien Gabriele Münter a influencé Kan-
ce moment à l’Orangerie, dévoile l’explosif talent de dinsky, alors qu’elle est oubliée de toutes les grandes expo-
photomonteuse longtemps restée dans l’ombre de son sitions sur l’expressionisme. Ou ce que Leonora Carrington,
compagnon Raoul Hausmann. Mais aussi Leonora Carring- à travers son incroyable culture du conte et des mythes
ton, amante de Max Ernst, Dora Maar, aimée de Pablo anciens, a apporté à Max Ernst, alors qu’on ne retient sou-
Picasso, ou encore Unica Zürn, poupée de Hans Bellmer… vent que son rôle de mentor à lui.»
Toutes ces surréalistes à qui le musée Picasso de Málaga
rend hommage actuellement, dévoilant les créatrices Hilma af Klint, abstraite avant Kandinsky
cachées derrière le mythe de la muse. Car si le courant d’An- Peut-on aller jusqu’à penser, fort de cette liste, que l’his-
dré Breton provoqua une grande vague d’amour, il ne fut toire de l’art se met enfin à l’écriture inclusive ? La question
pas vraiment précurseur du Mouvement de libération des reste sensible et les discussions, fougueuses, entre les
femmes. Le Centre Pompidou-Metz, au printemps, s’atta- adeptes de l’infiltration douce et les défenseurs des stricts
chera également à évoquer ces artistes négligées à travers quotas, les activistes masquées et les «rehausseurs» de
l’exposition «Couples modernes». «Pas question de se débat. «Je dois avouer que, lorsque j’ai été chargée avec
contenter de rassembler les œuvres de monsieur et d’autres conservatrices de monter l’exposition “elles@
madame, mais de montrer l’infusion de l’une à l’autre, centrepompidou”, je n’étais guère emballée par l’idée, se
94 I Beaux Arts
Sandra Eleta
Edita (la del plumero) [Edita (au plumeau)], Panamá, de la série la Servidumbre [la Servitude], 1978-1979
Un des enjeux du combat féministe est de fusionner avec les luttes d’autres minorités,
ainsi que le souligne la série la Servitude de l’artiste panaméenne Sandra Eleta.
1977, photographie noir et blanc, 48,3 x 48,3 cm.
Beaux Arts I 95
DOSSIER l FEMMES ARTISTES
néo-féministe, qui suis contre toutes dédiant une grande exposition collective tous les deux ans
et, bien sûr, des monographies. Dont acte avec, en cette
les discriminations, l’argument rentrée, «Women House», dédiée à la déconstruction du
domestique par des féministes de tout poil, des années
du ghetto est absurde.» Orlan, artiste 1960 à nos jours.
96 I Beaux Arts
«Faut-il attendre que toutes
ces femmes soient grands-
mères pour être reconnues ?»
Emma Lavigne, directrice
du Centre Pompidou-Metz
Hannah Höch
Für ein Fest gemacht [Fait pour une fête]
Où la compagne du Dada Raoul Hausmann se révèle
aussi douée que lui, si ce n’est plus, dans l’art du collage.
1936, collage sur papier.
Beaux Arts I 97
DOSSIER
98 I Beaux Arts
Sandra Orgel
Linen Closet
[Armoire à linge]
Organisée en 1972
à Los Angeles par la très
féministe Judy Chicago
–accompagnée de Miriam
Shapiro –, l’exposition
«Womanhouse» était
dévolue aux installations
et performances d’artistes
femmes : une étape clé
dans leur combat pour
la reconnaissance et
l’élaboration du féminisme
dans l’art.
1972, vue de l’installation.
2018, année
de la femme
dans les musées
«Radical Women
Latin American Art
(1960-1985)»
jusqu’au 31 décembre
Hammer Museum
10899 Wilshire Blvd
Los Angeles
+1 310 443 7000
www.hammer.ucla.edu
«Women House»
jusqu’au 28 janvier • Monnaie
de Paris • 11, quai de Conti
75006 Paris • 01 40 46 56 66
www.monnaiedeparis.fr
9 Hors-série Beaux Arts
«Dada Africa
Sources et influences
extra-occidentales»
jusqu’au 19 février
Musée de l’Orangerie
place de la Concorde
75001 Paris • 01 44 77 80 07
www.musee-orangerie.fr
«Somos plenamente
libres – Las mujeres
artistas y el surrealismo»
jusqu’au 28 février
Museo Picasso
Palacio de Buenavista
Calle San Augustín, 8
Málaga • +34 952 12 76 00
www.museopicassomalaga.org
«Sheila Hicks
L’art du textile» du 7 février
au 30 avril • Centre Pompidou
place Georges Pompidou
75004 Paris • 01 44 78 12 13
www.centrepompidou.fr
«Couples modernes»
du 28 avril au 20 août
Centre Pompidou-Metz
1, parvis des Droits de l’Homme
57000 Metz • 03 87 15 39 39
www.centrepompidou-metz.fr
«Gala Dalí»
du 6 juillet au 14 octobre
Museu Nacional d’Art de
Catalunya • Palau Nacional
Parc de Monjuïc • Barcelone
+34 93 622 03 60
www.museunacional.cat
ENQUÊTE
Salvator Mundi
Les dessous de
la vente du siècle
400 millions de dollars ! Record absolu aux enchères, cette huile
sur bois, exécutée vers 1500 et attribuée à Léonard de Vinci,
a relégué au second plan les doutes de certains experts du maestro.
Retour sur un «miracle» de 65 centimètres de haut.
ew York, 15 novembre 2017. Chez Christie’s, lement» 179,3 millions de dollars en 2015 –, en ferait presque
CI-DESSOUS
N au Rockefeller Center, la salle, archicomble,
est en ébullition. La tension monte d’un cran
à chaque nouveau chiffre énoncé par un
commissaire-priseur survolté : «Give me
two hundred million… Two ninety? Now we’ve got three
hundred million…» Les enchérisseurs sont au téléphone.
Chacun retient son souffle avant une explosion d’applau-
oublier un détail pourtant essentiel : rien aujourd’hui ne
permet d’affirmer que le tableau est bien de la main du
génie florentin. Il est, au contraire, très loin de faire l’una-
nimité parmi les spécialistes, un grand nombre d’experts
considérant qu’il s’agirait plutôt d’une œuvre d’atelier.
Prudents ou trop frileux, donc à peine entendus, leurs pro-
pos n’ont été que vaguement relayés par acquis de
Le 15 novembre,
chez Christie’s, dissements et d’acclamations lorsque le dernier coup de conscience, relégués au second plan.
à New York, marteau tombe : 400 millions de dollars (382 M€ frais
les représentants compris), en moins de vingt minutes, du jamais-vu ! Les Bientôt exposé au Louvre Abu Dhabi
des enchérisseurs
applaudissent
médias du monde entier reprennent alors en boucle et en Car Christie’s a su mener son affaire de main de maître,
ce record en chœur le même titre : «Salvator Mundi de Léonard de Vinci d’après un plan de communication parfaitement rodé,
vente publique. devient la peinture la plus chère au monde.» soulignant le caractère exceptionnel de ce Christ à l’œil
Salvator Mundi Léonard de Vinci, vraiment ? L’hystérie autour de ce nou- vague émergeant des ténèbres telle une apparition pour
devient l’œuvre
la plus chère veau record du marché de l’art, pulvérisant le précédent bénir l’humanité, unique tableau encore en main privée
au monde. – les Femmes d’Alger de Picasso étaient parties pour «seu- du plus illustre génie de la Renaissance (dont le corpus
se limite à une vingtaine d’œuvres). Dans les heures qui
suivent l’événement, chacun y va de son commentaire,
s’enthousiasmant ou s’inquiétant de l’indécence du
marché. Dernier coup de théâtre : le 6 décembre, le Louvre
Abu Dhabi a tweeté qu’il allait exposer le tableau prochai-
nement – l’établissement récemment inauguré présente
actuellement un chef-d’œuvre de Léonard, la Belle Ferron-
nière, déposé par le Louvre parisien pour deux ans.
Le prêteur de Salvator Mundi ne serait autre, selon le
New York Times, que le prince Bader Ben Abdullah Ben
Mohammed Ben Farhan Al-Saud, proche de Mohammed
Ben Salmane, le nouvel homme fort d’Arabie saoudite,
dont il aurait pu être l’intermédiaire. Information démen-
tie dans la presse saoudienne. L’acquisition dans une
monarchie islamique, où les images saintes sont pros-
crites, d’un tableau figurant un Christ représenterait en soi
une révolution. Le site Artprice.com a depuis précisé que
le prince Bader se serait associé à des fonds d’investisse-
ment anglo-saxons.
Si de nombreux spécialistes
demeurent sceptiques, son exposition
par l’un des plus grands musées
du monde va tout faire basculer.
appel à l’historien de l’art Martin Kemp, professeur à mière fois que le tableau est exposé publiquement après
Oxford, titulaire de la chaire de la Renaissance, qui valide restauration. Confiée en 2005 à Dianne Modestini, à la tête
l’œuvre en 2008. Nul n’est pourtant infaillible puisque, en du département de conservation de la New York University,
2009, ledit Kemp authentifie un dessin sur vélin, la Belle l’intervention a consisté à ôter des couches de vernis et à
Princesse, comme un Léonard, œuvre dorénavant rejetée repeindre les parties trop endommagées. Si bien que le
par la majorité des experts, aucun musée n’acceptant de Christ est réapparu miraculeusement. Beaucoup trop,
l’exposer. Qu’importe, les vendeurs peuvent désormais selon plusieurs professionnels qui jugent cette restauration
mettre en avant une autorité scientifique. Une première tellement lourde qu’elle rend désormais impossible de se
étape, essentielle, a donc été franchie. En 2013, le tableau prononcer sur une possible attribution à Léonard ! C’est ce
est acquis pour 80 millions de dollars chez Sotheby’s par le qu’affirme d’emblée Carmen Bambach, conservatrice au
marchand d’art suisse Yves Bouvier, qui le revend au Russe Metropolitan Museum of Art de New York, qui y voit plu-
Dmitri Rybolovlev, patron de l’AS Monaco, pour 127,5 mil- tôt la main d’un de ses élèves, Giovanni Boltraffio, avec de
lions de dollars. L’histoire est connue : les deux hommes se très légères interventions de Léonard. D’autres, tels Frank
retrouvent aujourd’hui devant les tribunaux, le premier Zöllner, auteur d’une imposante monographie publiée
reprochant notamment au second sa commission déli- par Taschen, ou Charles Hope, ancien directeur du
rante. Mais un palier vient d’être gravi et le tableau est Warburg Institute, à Londres, restent prudents mais ne
maintenant considéré d’un autre œil. Si de nombreux spé- soutiennent pas l’attribution. Quant à l’historien de l’art
cialistes demeurent sceptiques, son exposition par l’un des Carlo Pedretti, éminent spécialiste de Léonard, son
plus grands musées du monde va tout faire basculer. C’est silence est éloquent. Mais que valent ces non-dits et que-
en effet au sein de la National Gallery qu’il gagne définiti- relles de spécialistes au regard d’un marché de l’art de plus
vement en crédibilité. En 2011, l’institution organise un en plus avide de rares chefs-d’œuvre ? Adoubé par le
parcours sur les années milanaises du peintre. L’œuvre y musée, le tableau est désormais prêt pour la grande vente
figure comme un authentique Léonard, sans la prudente que la machine Christie’s va orchestrer sans états d’âme.
mention «attribué à» pourtant de mise quand des incerti- Pourtant, trop d’inexactitudes demeurent, trop de mala-
tudes demeurent. Le musée fait un joli coup : c’est la pre- dresses aussi, pour attribuer fermement ce Salvator Mundi
«La conception simpliste du dessin Afin de répondre aux commandes, il s’appuyait sur ses élèves
et disciples, qui suivaient ses cartons ou réalisaient des
est incompatible avec le génie copies du maître. L’auteur de Salvator Mundi pourrait donc
bien être l’un d’eux. Jacques Franck penche pour son prin-
d’anatomiste de Léonard.» cipal collaborateur de l’époque, Andrea Salai (v. 1480-1524),
de son vrai nom Gian Giacomo Caprotti, entré à 10 ans dans
Jacques Franck, expert l’atelier de Léonard, modèle de certaines œuvres et dont la
beauté androgyne est à l’origine de spéculations faisant de
à Vinci. C’est la thèse que défend Jacques Franck, expert lui l’amant de Léonard. Le spécialiste a fait le rapproche-
mondial de la technique vincienne rattaché à la fondation ment entre Salvator Mundi et un Christ signé de Salai (daté
Pedretti. Pour lui, si le tableau émane bien de l’atelier du de 1511) conservé à Milan. Mises côte à côte, les réflecto-
génie florentin, il ne peut pas être de sa main, ou alors à graphies infrarouges des deux œuvres révèlent un même
moins de 10 %. Jacques Franck invoque ainsi une série de tracé, très épais, pour le contour du visage et le pourtour de
maladresses indignes de Léonard, «la raideur et l’absence la chevelure dans le dessin sous-jacent. «Une brutalité de
de naturel des boucles de la chevelure, un manque de trait typique de la manière de procéder de Salai et qu’on
volume du globe, les plis du vêtement dépourvus de sou- ne retrouve pas chez Léonard», précise Jacques Franck.
plesse». «Le doigt levé de la main droite du Christ suit un «Le maître aurait pu faire quelques retouches sur l’œuvre,
axe qui le fait apparaître déformé, tandis que, pour sa main comme la paume et les doigts repliés de la main droite.»
gauche (beaucoup trop petite pour être au premier plan), Attribué à Salai, Salvator Mundi n’en serait pas pour
la conception simpliste du dessin est incompatible avec le autant indigne d’intérêt. Mais il ne se serait pas envolé à plu-
génie d’anatomiste de Léonard ». Aucun doute à ses yeux : sieurs centaines de millions de dollars ! Autant d’éléments
la composition de Salvator Mundi est «trop systématique que le Louvre doit prendre en considération pour la rétro-
et archaïsante» pour être de sa main. Jacques Franck rap- spective prévue en 2019 à l’occasion des 500 ans de la mort
pelle également qu’à l’époque où l’œuvre aurait été peinte de Léonard. L’établissement parisien saura-t-il faire preuve
(les années 1500-1510), l’artiste était déjà accaparé par ses de la sagesse qui s’impose ? Interrogé sur RTL, son président
recherches d’ingénieur militaire et avait commencé à tra- Jean-Luc Martinez a d’ores et déjà déclaré qu’il souhaitait
vailler sur trois de ses plus grands chefs-d’œuvre, la Sainte le voir figurer dans l’exposition. Un échelon de plus dans la
Anne, la Joconde ainsi que la Bataille d’Anghiari (détruite). reconnaissance de cette peinture très controversée ? Q
2010 • La Vierge aux rochers : une intervention excessive 2011 • Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant
Après dix-huit mois de travaux, la National Gallery de Londres avec un agneau : une opération abusive
dévoile sa version de la Vierge aux rochers (la première, beaucoup plus Plus interventionniste que prévue, la restauration de la Sainte Anne
envoûtante, est conservée au musée du Louvre) une fois de plus nettoyée a suscité une vive polémique en 2011, suivie de la démission
après la restauration radicale de 1948. Modérément jauni, le vernis de deux membres éminents du comité scientifique constitué
protecteur aurait donc été très aminci, sans véritable nécessité. pour l’occasion, Jean-Pierre Cuzin (ancien directeur du département
L’œuvre est à présent d’une luminosité clinquante. Justifiée ou non, des peintures du Louvre) et Ségolène Bergeon Langle (ancienne
cette nouvelle intervention a hélas entraîné l’effacement d’une partie responsable de son service de restauration). Pour cette dernière,
essentielle du coin externe de la bouche de l’Ange, grave atteinte le principe de précaution n’a pas été respecté avec, pour résultat,
à la perspective anatomique et au léger sourire conçu par Léonard. la disparition de certains modelés des visages féminins.
Jacques Charlier,
l’esprit farceur
L’artiste belge est l’objet d’une première rétrospective en France,
à Montpellier. Une immersion jubilatoire dans l’œuvre décapante
de ce pionnier du courant conceptuel européen, qui n’a eu de cesse
de se moquer de l’art, de son marché et de ceux qui l’animent.
Par Judicaël Lavrador
est une photo de vernissage, un soir contemporains se réapproprient tout – objets, publicités,
C’
CI-DESSUS
de 1975 au Palais des Beaux-Arts de rebuts… – en se contentant de les signer, il fera de même. Né en 1939
à Liège où il vit
Bruxelles. Trois dames bien mises, Il insère donc sur les cimaises des galeries d’art non seu- et travaille,
saisies de profil, chignon enrubanné lement ces photos de labeur mais aussi toutes les traces de Jacques Charlier
dans un bonnet, verre (vide) en main, la routine besogneuse du STP, ainsi énumérées dans le (photographié
se poussent du coude et affichent une moue circonspecte catalogue par l’historien de l’art Jean-Michel Botquin : ici en 2014),
connaît un regain
quand elles lorgnent les œuvres d’On Kawara. À vrai dire, «Des lettres, des communications, des essuie-plumes, des d’intérêt grâce
le cliché de Jacques Charlier ne montre rien de ce que ces buvards et papiers de table, des listes de signatures de pré- à sa rétrospective
spectatrices zyeutent. Ce n’est pas le sujet de ses photogra- sence (entrée à 8 heures, sortie à 16 h 45), les tirages de ses à la Panacée.
phies. Ce qui l’est, en revanche, c’est le monde de l’art, son propres plans de route, des documents souvenirs à propos CI-CONTRE
système, ses manies, ses mondanités, son public, plus ou d’événements importants de la vie professionnelle, un pot Cultirelire,
moins convaincu, mais aussi ses esbroufes, ses pensées de départ, par exemple la mise à la retraite de M. Merciny série les Fessées
creuses, ses prix records. En un mot : son cirque. ou celle de MM. Herman et Tenret, un voyage en groupe Mettant
à Anvers, organisé par la caisse de solidarité du STP.» en scène des
Un autodidacte érudit Un matériel sympathique mais dérisoire qui revendique
trajectoires
d’artistes
Jacques Charlier, né en 1939 à Liège, prend un malin plai- un aspect humain. Car Charlier n’est pas un «appropria- ambitieux,
sir à endosser le rôle du clown triste de l’art contemporain tionniste» comme les autres. En faisant les fonds de tiroirs losers ou
en se lançant, au cours des années 1960, dans un travail à la de son service pour garnir les murs des galeries d’art, il truqueurs dans
un monde semé
fois sérieux et décapant, satirique et érudit, aux marges de n’oublie ni ne se substitue aux personnes, aux employés, d’embûches,
l’art. Charlier préfère, en effet, des formats «mineurs et déri- aux ouvriers qui ont fait le boulot. Pour mieux expliquer Charlier braque
soires», note Nicolas Bourriaud, directeur de la Panacée, l’originalité et l’engagement de sa démarche, il la compare l’attention
sur les coulisses,
qui consacre une rétrospective à l’artiste. Soit des photo- aux «sculptures anonymes» de Bernd & Hilla Becher, ces
pas très
graphies, documents de travail, bandes dessinées et pein- photos d’ouvrages industriels (châteaux d’eau ou hauts reluisantes,
tures que l’institution montpelliéraine présente dans un fourneaux). Il en dit ceci : «Ce sont bien des outils indus- de l’art.
accrochage strict, à la manière de l’art conceptuel. triels qui ont été réalisés par des ouvriers monteurs, conçus 2014, acrylique sur
toile, 120 x 100 cm.
Jacques Charlier est un autodidacte qui fera de son bou- par des ingénieurs, manipulés par des ouvriers, possédés
lot et de celui de ses collègues au Service technique provin- par des patrons, tous ces gens ont un nom.»
cial (STP) de la ville de Liège, où il travaille de 1957 à 1977,
une œuvre à part entière. Voilà donc, sortis du bureau, des Perruque blonde et fausse moustache
documents destinés à l’élaboration de projets d’améliora- L’artiste en défenseur du prolétariat. Et en cauchemar
tion de voirie, d’égouttage, de normalisation de cours d’eau des artistes établis, dont il va gentiment moquer les manies,
ou d’implantation de zones industrielles là où il n’y a pour les discours ronflants, le narcissisme machiste dans des
l’heure que des champs de betteraves ; des clichés bruts dessins et des Photos-sketches hilarants. Dans la série de
destinés à un usage professionnel, un enregistrement banal caricatures Cent sexes d’artistes, réalisée entre 1969 et 1975,
de la morne réalité des travaux publics et des paysages il dessine une galerie de pénis stylisés qui illustre en un
tristes à mourir. Charlier, d’un claquement de doigts et petit dessin coquin le travail des plus grands créateurs de
dans un éclair de génie, se dit que puisque les artistes son époque. Christo ? Un zizi emballé. Claes Oldenburg ?
Un zizi en plastique qui se dégonfle comme une baudruche. Sur le tard, dans les années 1990, Charlier s’attaque à la CI-DESSUS
peinture avec une série de pastiches qu’il faut lire au second Parcours
Andy Warhol ? Un zizi sur ressort qui surgit de sa boîte
de l’art, série
(Campbell) comme un showman. degré. Il détourne Lucio Fontana et ses toiles fendues en
la Route de l’art
Avec un sens aigu du grotesque, Charlier paie aussi de sa livrant une version recousue, mais c’est à coup sûr pour se Inspirées pour
personne et, dans un roman-photo, se met en scène en moquer de ceux qui font profession de pastiche – on pense une large part
clown, perruque blonde trop longue et fausses moustaches. à Maurizio Cattelan entaillant ses toiles d’un Z qui signifiait de l’imagerie
«Zorro» (titre d’une série datant de 1995). des dessins et
Il incarne un artiste à l’enthousiasme si vif et à l’inventivité
des caricatures de
si débridée que les concepts qui en naissent paraissent tou- presse, les œuvres
jours un peu bancals. À l’image de ce Photo-sketch où, Un La Bruyère moderne de Jacques
farceur, il explique que, ne trouvant pas le sommeil, il s’est De même, le Belge s’empare des gimmicks de l’art géo- Charlier gardent
aussi les traces de
mis à compter les moutons, mais que ça ne marchait pas. métrique abstrait (dans la série Peintures fractales) ou
l’art conceptuel.
Alors, «une nuit, souffle-t-il, j’ai commencé à compter tous postimpressionniste (la série les Quatre Saisons), établis- 2017, acrylique
ceux qui ne s’endorment pas à cause de l’art». Et de sant au fil de ses ensembles une espèce d’immense cata- sur toile, 100 x 120 cm.
conclure, dans une ultime bulle, hilare : «Depuis, je fais de logue de choses vues, déjà trop vues, et qui reviennent CI-CONTRE
l’art pour insomniaques.» encore et encore, non plus avec l’évidence éclatante du Sexes d’artistes
sublime, mais avec les teintes un peu fanées et forcées de Grivois, fripon,
Pasticher les pasticheurs la farce bouffonne. Restait à ce La Bruyère moderne, mora- couillu : quand
liste piquant des mœurs d’un milieu dont les attitudes et Charlier
De l’art, en tout cas, qui empêche les artistes de se
entreprend de
reposer sur leurs lauriers. Charlier remet tout en cause, les contradictions se prêtent vite à la caricature, restait portraiturer les
y compris le motif traditionnel du paysage. Sous un donc à Charlier à écrire des aphorismes. C’est fait avec ces grands artistes
arbre, l’énergumène moustachu affirme que «certains quelques Suggestions pour provoc de table ou faux bruit à des années 1970,
il vise sous la
font de l’art facilement en trouvant leur inspiration là», lire dans le catalogue de La Panacée comme un impertinent
ceinture, certes.
dans la campagne, et décide en conséquence de plonger bréviaire. En les apprenant par cœur, on peut à coup sûr Mais il vise juste.
dans une piscine afin d’y trouver «l’idée terrible et pleine briller aux dîners de vernissage, mais aussi s’en faire virer 1969-1975,
de profondeur». Chez Charlier, le comique de situation aussi sec. Qui osera celui-ci ? «Il faut toujours acheter aux encre sur papier,
planches issues
et les bons mots sont rattrapés par le voile de mélancolie artistes quand ils sont pauvres. Quand ils sont riches, ils de Articide Follies,
et de désenchantement devant un monde de l’art inca- vendent aux riches et deviennent cons.» Q 1975.
La stupéfiante beauté
des Moches
L’exposition «Le Pérou avant les Incas», au Quai Branly, met à l’honneur
une civilisation méconnue, dirigée parfois par des femmes, qui a laissé
derrière elle de sidérantes céramiques… Son nom ? Les Moches !
Par Daphné Bétard
n homme-crabe encore sous l’effet de subs- exposition réjouissante, Santiago Uceda Castillo, archéo-
Bouteille à anse-goulot en étrier – Prêtre en prière Cruche ornée d’une raie et surmontée du dieu
Méfiez-vous de son air calme. Ce prêtre aveugle, des montagnes à corps de crabe
au visage couvert de scarifications figurant oiseaux, félins, Cet être hybride à l’air halluciné – a-t-il abusé des
poissons, vagin et pénis, n’hésitait probablement pas feuilles de coca ? – rappelle l’importance des divinités
à trancher la gorge des guerriers vaincus afin de fertiliser de la mer (associées à la lune) et des montagnes
la terre avec leur sang. (liées au soleil) dans les cultures préincas.
Moche III (300-400 ap. J.-C.), céramique modelée et peinte, 19,7 x 12 x 21 cm. Moche III (300-400 ap. J.-C.), céramique modelée et peinte, 21,7 x 15 x 13,8 cm.
Maquette de la place
du palais Chan Chan
Temples à plateformes et palais
monumentaux : l’architecture
était envisagée comme symbole
de pouvoir. Cette maquette du Chimú
tardif (1350-1532 ap. J.-C.), épargnée
par les pillards, nous plonge au cœur
du palais Chan Chan, édifice
complexe à l’accès sécurisé,
doté de places accueillant
cérémonies et festins
offerts par les seigneurs.
Chimú tardif (1350-1532
ap. J.-C.), bois et textile,
40,5 x 41 x 48,5 cm.
Mat Éditeur
8, rue des Vignerons Chateau Vodou Location
BP 9 FIFAX UXHGHNRHQLJVKR̆HQ FRQWDFW#VRORKRXVHVFRP
26602 Tain l’Hermitage Editions Actes Sud ¿ID[#QRRVIU STRASBOURG - 03 88 36 15 03 +33 0622806934
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N O 403 Janvier 2018
Tadanori Yokoo
Fancy Dance, 1989
MUSÉES &
CENTRES D’ART
118
Quoi de neuf
en janvier ?
119
Trois raisons d’aller
visiter le Louvre-Lens
120
Notre sélection
d’expositions en France
122
Cap vers le Japon !
124
Millet superstar
126
Louise Bourgeois,
douleur au poing
128
Málaga, l’odyssée
des utopies
GALERIES
130
Nos 3 coups de cœur
Japan attacks !
2Les grands
projets
rouennais
C’est l’effervescence à Rouen.
Outre la récente convention Vue de l’exposition «Stéphane Calais – Un nouveau
printemps» à la Passerelle, en 2014-2015.
de partenariat passée avec
le Centre Pompidou, la création
d’un espace de conservation
3
mutualisé et la rénovation À Brest, le premier
du musée des Beaux-Arts pour centre d’art labellisé
1 Fécamp ouvre
son musée des Pêcheries
Quinze ans après le lancement du projet, le musée
des Pêcheries de Fécamp a ouvert ses portes le 8 décembre
2013, la métropole annonce
la création du pôle Beauvoisine.
À l’horizon 2021, le musée
des Antiquités et le Muséum
d’histoire naturelle, situés dans
«d’intérêt national»
Une douzaine d’expositions par an, huit
salariés, 550 000 € de budget… Installée,
depuis 1988, dans un ancien hangar à
bananes de 4 000 m2 en plein cœur de Brest,
le couvent des Visitandines,
au sein de l’ancienne sécherie de morue, réhabilitée par vont fusionner après des la Passerelle est le premier centre d’art
Basalt Architecture. Une opération qui a coûté 16 M€. travaux d’un montant de 15 M€. à obtenir le label «Centre d’art contemporain
Labellisées «Musée de France», les Pêcheries ont pour La scénographie, entièrement d’intérêt national». «Un symbole très fort
particularité d’associer, sur plus de 4 700 m2 et sept niveaux, repensée, intégrera les dans une région qui a été traumatisée
des collections de beaux-arts (avec notamment des œuvres nouvelles technologies. par la fermeture du centre d’art le Quartier
de Jules Noël, Maximilien Luce ou Émile Schuffenecker) Grande nouveauté : la création à Quimper en 2016», explique Étienne
à d’autres liées à l’histoire maritime de la cité normande d’une Galerie des enfants (de Bernard, le directeur du lieu. Ce nouveau
qui «fut, du XVIe à la fin du XXe siècle, un port de grande 18 mois à 10 ans), sur le modèle label, instauré par arrêté en mai 2017
pêche morutière». L’ensemble est rehaussé d’un magnifique de celle de la Cité des sciences dans le sillage de la loi «création» de 2016,
belvédère à 360° avec vue imprenable sur la mer. et de l’industrie à la Villette. vient reconnaître l’engagement et les actions
Près de 70 000 visiteurs sont attendus chaque année. http://musees-rouen-normandie.fr des centres d’art contemporain au cœur
L’exposition inaugurale est consacrée au photographe des territoires. Une belle récompense pour
François Kollar, du 21 janvier au 29 avril. les 30 ans du centre d’art breton.
www.musees-normandie.fr/-musee-de-fecamp www.cac-passerelle.com
SUCCÈS
& ÉCHECS
265 30 000
Quatre mois de succès ! Depuis sa réouverture
en 2016, la Collection Lambert affiche le sourire
avec une hausse de fréquentation de 45 %.
Eikoh Hosoe Simon: A Private Landscape, 1971-2012
14e Biennale de Lyon
X METZ • CENTRE POMPIDOU JUSQU’AU 5 MARS. «Le dôme»
À Du 20 septembre au 5 novembre
1 689
Cumul des entrées
69 279
Quitte à se sentir lost in translation, perdu dans un monde absolument
étranger, autant avoir un bon guide ! C’est ce que propose le Centre Pompidou- Beau succès pour le dôme géodésique réactivé
Metz avec sa remarquable exposition consacrée à l’art japonais contemporain. de Richard Buckminster Fuller, qui accueillait
Regard 100 % nippon sur l’archipel : pas question de cultiver un exotisme à Lyon Clinamen v2 de Céleste Boursier-Mougenot.
de pacotille, mais plutôt de saisir de l’intérieur les paradoxes de cet empire
de complexité. Le parcours s’ouvre en 1970, avec l’Exposition universelle Musée de l’Orangerie, Paris
d’Osaka, à travers laquelle le pays tout juste remis de la guerre réaffirme «Dada Africa»
son autonomie culturelle. Les membres de Gutai moquent la course en avant  Du 18 octobre au 19 février 2018
du progrès, la danse butô prône un retour aux racines... Alors que la bombe
Nombre d’entrées par jour Cumul des entrées
est tombée du ciel, les artistes sont convaincus que la renaissance passe
par un ancrage dans le sol. Retour de l’animisme, du vernaculaire, besoin de 2 314 94 877(au 3 décembre)
fusion avec la nature.
Petit démarrage, en deçà des chiffres de
En talons aiguilles sur la Lune l’exposition «Tokyo/Paris – Chefs-d’œuvre
du Bridgestone Museum of Art», qui avait accueilli
Le pays peine encore à se remettre d’Hiroshima, comme le rappelle ce 420 798 personnes en 118 jours.
stupéfiant corps de mère-squelette, poussant un cocon-berceau, sculpté par
Tetsumi Kudo. Mais quel corps, aujourd’hui, pour les générations d’otakus
qui passent leur vie dans leur chambre, devant l’ordinateur ? Quelques vidéos Musée des Impressionnismes, Giverny
en donnent une vision aussi terrifiante que fascinante, à commencer par «Manguin»
ce jeune homme qui s’invente une machine pour avoir ses règles, comme
 Du 14 juillet au 5 novembre
ses copines. Ou cette gamine qui crée un mécanisme pour laisser des traces Nombre d’entrées par jour Cumul des entrées
de talons aiguilles sur la Lune ! Des vertiges electro du collectif Dumb Type aux
travestissements de Morimura, l’exposition compose bien sûr avec les icônes. 695 80 000
Mais elle en livre souvent une version étonnante. Ainsi de ce Murakami des Après deux années de hausse exceptionnelle,
années 1980, alors engagé dans son temps : un monochrome rouge sang sur le musée de Giverny affiche un léger recul
lequel défilent des petits soldats de plomb. Loin du kawaii, plus près du Japon. E. L. (170 000 visiteurs en 2017). Manguin, «le peintre
«Japanorama» 1, parvis des Droits de l’Homme • 57020 Metz
voluptueux» du fauvisme, fait ainsi moins bien que
03 87 15 39 39 • www.centrepompidou-metz.fr Gustave Caillebotte (127 513) et Joaquín Sorolla
(105 123) en 2016.
> À voir aussi : Dans le cadre de la saison japonaise, l’exposition d’architecture
«Japan-ness» (jusqu’au 8 janvier), ainsi que de nombreux spectacles vivants.
Bourg-en-Bresse / H2M
Espace d’art contemporain
L’Afrique que présente le centre d’art H2M
est plurielle, avec sept artistes revendiquant
tous un double héritage : l’un plonge dans les
racines de cultures ancestrales, l’autre se
nourrit d’influences occidentales. Cependant,
cette lecture janusienne disparaît face
à la singularité des œuvres, des peintures
à la symbolique bambara d’Amadou Sanogo
aux silhouettes textiles fantomatiques
d’Ismaïla Fatty, en passant par les portraits
photographiques de Zanele Muholi. Une
exposition intelligente dans un lieu artistique
à suivre de près.
«Afrique d’aujourd’hui. – Engagement,
conscience, spiritualité» jusqu’au 14 janvier
5, rue Teynière • 01000 Bourg-en-Bresse
04 74 42 46 00 • www.ac-ra.eu
2 3 4 R U E DES PONTS
4 5 2 0 0 AMILLY
T . 0 2 . 38.85.28.50
W W W . L E STANNERIES.FR
GALERIES l EXPOSITIONS
Nos 3 coups de cœur
Galerie Intervalle
Julien Mignot, paysagiste
du temps qui passe
Vallées embrumées de givre, routes sans fin, salons en attente, montagnes
pelées… Chaque mois, entre 2009 et 2016, le photographe Julien Mignot
a sélectionné une de ses images. Il compose aujourd’hui à partir de ce choix
une sorte de journal intime de ses errances. Un monde au charme sourd,
magnifiquement servi par de petits tirages Fresson qui rendent à la perfection
Anne-Marie Faucon Palette, 2015
le grain de ce temps qui passe. Une main qui s’enfuit, un cimetière qui s’impose,
un hôtel qui s’allume… L’ensemble se donne aussi à lire au fil d’une
Ici.gallery projection diapo, soulignée par un texte lu par Jeanne Balibar, et une playlist
Du nouveau à Belleville ordonnée par la chanteuse Jeanne Added. Deux voix de rocaille, qui
Ici, c’est là-haut, sur les hauteurs de Belleville, à Paris. s’accordent à merveille à ces images neigeuses. E. L.
«96 Months – Julien Mignot» jusqu’au 10 février • 12, rue Jouye-Rouve
Une toute nouvelle galerie, voisine de Marcelle Alix,
75020 Paris • 01 43 15 94 58 • www.galerie-intervalle.com
Emmanuel Hervé et Intervalle [lire ci-contre], qui vient
d’ouvrir à la fin novembre avec une exposition qui augure
bien de l’avenir. Cora Djedoui et Nicolas Gimbert,
ses créateurs, se sont en effet choisi un parrain aussi
détonnant qu’efficace, en la personne de Claude Lévêque. Galerie Michel Rein
Le fameux plasticien, qui raffole sortir des sentiers battus, La révélation
a rassemblé pour ce petit lieu destiné à se spécialiser Edgar Sarin
dans le multiple une dizaine d’artistes, de Claude Closky
De la prochaine exposition d’Edgar Sarin,
à Harmony Korine en passant par Bruno Perramant.
nous savons peu de chose. Et de l’actuelle (au
Tous sont représentés par de petits formats, qui dessinent
CCC OD de Tours, jusqu’au 4 février), à peine
un univers marqué de mélancolie. «Ici est l’endroit idéal
plus, sinon qu’ensemble elles tisseront des liens
pour la libre interrogation, l’immersion dans les convulsions
silencieux, aussi secrets que ses sculptures
de l’intime et les pas de côté dans la forme», résume-t-il
enfouies sous une terre sacrée en Arménie
pour défendre son florilège. S’il ne fallait retenir qu’un
ou ses Concessions à perpétuité, chef-d’œuvre
artiste ? La jeune Giulia Andreani, à n’en pas douter,
inconnu qui ne se révélera qu’après sa mort.
qui dans ses trois dessins porte le bleu qui la caractérise
Évoquant les douces épures de Brancusi,
à son point de fusion. Emmanuelle Lequeux
ses abstractions de laiton, ou ce socle en chêne
«Double Trouble – Sur une proposition de
Claude Lévêque» jusqu’au 20 janvier • 8, rue Jouye-Rouve
(autel couvert de sang de bœuf) sur lequel
75020 Paris • 09 87 38 67 63 • www.ici.gallery apparaît en majesté un tambourin, figurent
parmi ses pièces les plus liturgiques. Les autres,
en attente d’activation par quelques initiés,
confirment que «l’œuvre, dans sa totalité, n’est
CI-DESSUS visible par personne». En prélude à son solo show chez Michel Rein, le maestro de 28 ans,
Edgar Sarin lauréat de la bourse Révélations Emerige, a composé Dans son cou la main d’une mère.
Le Sage, peu importe,
Où il est question «du cosmos bancal que l’on prend pour le monde, […] des conservateurs
vue de l’exposition
au CCC OD de Tours,
E202, […] de l’eau de vos yeux et du bruit que cela fait souvent». La suite est à lire au
2017 hasard des rues du Marais, où le poème s’affichera en toute sauvagerie. Natacha Nataf
«Edgar Sarin – Dans son cou la main d’une mère» jusqu’au 3 février
42, rue de Turenne • 75003 Paris • 01 42 72 68 13 • www.michelrein.com
Vienne,
un parfum 1900
Ville aux innombrables musées, l’ex-capitale impériale regorge de palais de toutes époques.
Mais 2018 sera moderniste en diable : un siècle après leur disparition, Gustav Klimt, Egon Schiele
et leurs camarades font l’objet d’une vingtaine de manifestations culturelles. Un événement.
¼ Samedi / 12 h
Tout l’or de la Sécession
Le modernisme viennois est né en 1897 lors de
l’exposition de la Sécession, courant artistique qui
rêvait d’un art total. Elle réunissait notamment
l’architecte Otto
Wagner (1841-
1918), le peintre
Gustav Klimt
(1862-1918) et le
designer Koloman
Moser (1868-1918).
La ville leur rend
un hommage
appuyé tout au
long de l’année
(à partir du mois ¼ Samedi / 14 h Stucs et white cube
de février). Le tissu
urbain conserve Klimt et ses camarades accordaient une grande importance à la
de nombreux décoration murale. Dans le somptueux Kunsthistorisches Museum
témoignages (dont le cabinet de curiosités a rouvert en 2013 après onze ans
de leurs interventions. Commencez à midi pile de travaux), Klimt a peint les médaillons sur la voûte de l’escalier :
devant le carillon de la Hoher Markt et ses douze observez ces figures féminines inspirées de l’Égypte antique,
personnages [ill. ci-dessus] dessinés par Klimt, de la Grèce ou du Quattrocento, dans lesquels on reconnaît clairement
son frère Ernst et Franz Matsch. Puis jetez un coup sa patte. Après vous être fait un torticolis au nom de l’art (une
d’œil aux atlantes de Jože Plečnik sur la façade passerelle sera installée en février à cet effet), réconfortez-vous au café
de la Zacherlhaus (Brandstätte 6), avant de conclure sous un autre plafond vertigineux. À quelques pas de là, la ville
par le pavillon de la Sécession, conçu par Otto a créé le MuseumsQuartier. S’y est notamment installé, dans un
Wagner, avec son emblématique couronne dorée et, parallélépipède blanc et austère – parfait contrepoint aux stucs
à l’intérieur, la Frise Beethoven de Klimt. Pour tenir abondants de l’architecture habsbourgeoise –, le Leopold Museum
le coup, faites une halte au célèbre stand de saucisses [ill. ci-dessus]. Il conserve la bagatelle de 32 Schiele – la plus grande
Bitzinger devant l’Albertina ! collection au monde. Plus jeune que les autres artistes du modernisme
Secession Friedrichstrasse 12 • www.secession.at viennois, le peintre est lui aussi mort en cette terrible année 1918,
Bitzinger Albertinaplatz • www.bitzinger-wien.at terrassé par la grippe espagnole à l’âge de 28 ans.
Programme de l’année moderniste 2018 Kunsthistorisches Museum Maria-Theresien-Platz • +43 1 525 24 0 • www.khm.at
www.modernismeviennois2018.info Leopold Museum MuseumsQuartier • +43 1 525 70 0 • www.leopoldmuseum.org
¼ Dimanche / 15 h
Voir les Klimt du Belvédère
Attention, il peut être «inférieur» ou «supérieur» :
¼ Samedi / 18 h Boire un G’spritzter au Loos Bar le palais du Belvédère, construit pour Eugène de
Savoie au début du XVIIIe siècle, se dédouble… Passez
Moins connu que ses pairs, Adolf Loos (1870-1933) est un architecte au premier, qui montre des expositions temporaires
mythique, ennemi de l’emphase décorative (Ornement et Crime est (récemment une confrontation Vienne-Zagreb), mais
le titre d’un de ses ouvrages). Il a bâti dans la ville plusieurs boutiques n’oubliez surtout pas le second, qui abrite la plus belle
d’une étonnante sobriété, dont le tailleur Knize, un écrin rêvé pour collection de Klimt. N’y cherchez plus le Portrait
s’offrir un veston : tout est resté en l’état, des placages aux poignées d’Adele Bloch-Bauer I, acheté par le magnat Ronald
cuivrées des tiroirs. S’il vous reste des fonds après ce pèlerinage, Lauder après avoir été restitué à ses propriétaires
l’étape suivante est tout indiquée : le minuscule Loos Bar, ausi appelé légitimes spoliés pendant la guerre, mais savourez
American Bar. Un comptoir, trois alcôves de cuir vert, le portrait ce qui reste, largement époustouflant : 24 tableaux,
de son ami écrivain et noctambule Peter Altenberg, des vitres d’onyx… dont Judith et Holopherne et le célébrissime Baiser.
L’atmosphère est rendue encore plus suggestive par les volutes En sortant, accordez un au revoir ému à Vienne
de cigarettes : à Vienne, on peut fumer dans certains bars en sirotant en contemplant les perspectives impeccables des
son G’spritzter, mélange de vin blanc et d’eau gazeuse. jardins à la française. L’Empire avait de la majesté…
Knize Graben 13 • +43 1 512 21 19 • www.knize.at Belvedere Prinz-Eugen-Strasse 27 • +43 1 795570
Loos Bar Kärntner Durchgang 7 • +43 1 512 32 83 • www.loosbar.at www.belvedere.at
A
u pluriel ou pas ? Les deux, mon général ! Les Musées d’Histoire est aussi très attentif à la culture suisse, sur plus
d’Art et d’Histoire de Genève forment une petite de cinq siècles. Le chef-d’œuvre de Konrad Witz, la Pêche BARTHÉLEMY MENN
Autoportrait au chapeau de paille,
galaxie culturelle depuis déjà plusieurs siècles. Ils miraculeuse (1444), première représentation réaliste du pay-
vers 1867 [détail]
comprennent un cœur battant, le Musée d’Art et d’Histoire (au sage local, voisine sans souci avec les Félix Vallotton, Alberto
singulier, donc) et ses collections encyclopédiques, et trois Giacometti et Ferdinand Hodler des temps plus récents…
satellites de grande importance : le Musée Rath, tout premier 2018 sera d’ailleurs une année dédiée à Hodler : pour mar- «Hodler//Parallélisme» du 20 avril
au 19 août au Musée Rath
musée des beaux-arts en Suisse inauguré en 1826, la Maison quer le centenaire de sa mort (le 19 mai, dans son apparte-
«Hodler et le mercenaire suisse :
Tavel, d’origine médiévale, et le pôle constitué par le Cabinet ment du quai du Mont-Blanc), de nombreuses manifestations
du mythe à la réalité» du 28 septembre
d’arts graphiques et la Bibliothèque d’art et d’archéologie. sont prévues. La principale, montée en collaboration avec le au 30 décembre au Musée d’Art et d’Histoire
Inauguré en 1910, le Musée d’Art et d’Histoire conserve Kunstmuseum de Berne, ville natale de l’artiste, explorera le «L’esprit de Hodler dans la peinture
aujourd’hui quelque 650 000 objets de tous lieux et toutes thème du parallélisme, qu’il avait développé dans une genevoise» du 28 septembre 2018
époques, permettant aussi bien de s’initier à la civilisation fameuse conférence en 1897. D’autres, s’appuyant sur le au 24 février 2019 à la Maison Tavel
pharaonique (avec un magnifique Livre des morts de la Basse fonds à disposition (145 tableaux, 800 dessins et un trésor «Ferdinand Hodler dans les livres
Époque) et à l’orfèvrerie byzantine que de savourer les por- méconnu, ses 241 carnets, véritable creuset créatif), se pen- et sur Internet» du 5 novembre 2018
traits raffinés de Jean-Étienne Liotard et les créations contem- cheront sur sa vision du mercenaire suisse, remettront à au 26 mai 2019 à la Bibliothèque d’art
et d’archéologie
poraines de Markus Raetz ou de John Armleder. Plus de l’honneur son premier maître, Barthélemy Menn, ou s’inté-
> Musée d’Art et d’Histoire
6 200 peintures, 1 400 sculptures, mais aussi 800 instruments resseront à sa diffusion planétaire à l’heure d’Internet. Des
Rue Charles-Galland, 2
de musique, 23 000 objets d’arts décoratifs, 20 000 montres, parois vertigineuses de la Jungfrau au miroir scintillant du lac Genève • +41 (0)22 418 26 00
pendules et bibelots… sans oublier les belles feuilles du Cabi- de Thoune, Hodler a contribué à consolider une certaine image Fermeture le lundi
net d’arts graphiques, et les 500 000 titres, dont 6 000 livres de la Suisse : un sanctuaire de la nature, libre et sauvage. www.mah-geneve.ch
précieux, de la Bibliothèque d’art et d’archéologie, il y a là de Charles Flours www.facebook.com/mahgeneve
quoi assouvir tous les appétits de culture ! Le Musée d’Art et d’Histoire fait partie
Universelle, riche, l’institution sait également se montrer de l’association Art Museums of Switzerland
généreuse. Lorsque le musée de Schaffhouse fut détruit par (AMOS) dont les onze autres membres sont :
les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale, elle Fondation Beyeler (Bâle), Kunstmuseum
Basel (Bâle), Museum Tinguely (Bâle),
lui offrit deux œuvres. Au printemps 1939, elle participa à
Kunstmuseum Bern (Berne), Zentrum
l’opération de sauvegarde des trésors du musée du Prado, à Paul Klee (Berne), MAMCO (Genève), Musée
Madrid, contribuant à les soustraire aux derniers combats de de l’Élysée (Lausanne), LAC (Lugano),
Fotozentrum (Winterthour), Kunsthaus
© MAH Genève / Photo : B. Jacot-Descombes.
Vous ne @Franceculture
devinerez
jamais
avec qui
vous allez
déjeuner LA GRANDE
TABLE.
aujourd’ 12H
Olivia
Gesbert
hui.
L’esprit
d’ouver-
ture.
N° 403 Janvier 2018
Pages coordonnées
MARCHÉ & POLITIQUE CULTURELLE par Armelle Malvoisin
138
ILS FONT L’ACTU
Axel Vervoordt :
l’esthète ouvre son
musée-promenade
140
LA TRIBUNE DE…
Damien Leclère,
commissaire-priseur
L’ÉVÉNEMENT
142
LA COTE DE L’ART
L’art d’investir dans
la pierre (préhistorique)
La collection
Rockefeller
sera vendue 144
TENDANCE
aux enchères Quand la photographie
sort du cadre
après une tournée
mondiale
ncarnation du rêve américain,
146
I le nom de Rockefeller renvoie
au patriarche John D. Rockefeller,
self-made man de l’industrie pétrolière
CONSEILS D’ACHAT
3 figures de la
photographie en 3D
ayant amassé une fortune jamais
égalée depuis : plusieurs centaines
de milliards de dollars. Suivant
son exemple, son dernier petit-fils,
David, disparu en 2017 à l’âge de
148
ADJUGÉ !
101 ans, utilisa son nom et sa richesse 3 enchères fraîches
à des fins philanthropiques. Il laisse
derrière lui une immense collection
d’art qu’il souhaitait disperser
au profit d’œuvres caritatives en faveur
de la culture, la recherche médicale,
les causes environnementales
et l’éducation. En attendant une série
de vacations qui démarrera au
printemps 2018 à New York, Christie’s (est. 30 M€), deux toiles pointillistes Pablo Picasso
de Seurat et Signac (est. 25 et 12 M€), Fillette à la
organise à Hong Kong, Londres
corbeille fleurie
et Los Angeles une exposition un tableau cubiste de Juan Gris
1905, huile sur toile,
itinérante des lots phares de la (est. 12 M€) ou encore une superbe 154,8 x 66 cm.
collection : un Picasso de la période Vague de Gauguin (est. 4 M€), Estimation :
rose [ill. ci-dessus] ; une Odalisque rien que pour la partie art autour de 60 M€
de Matisse (record pour l’artiste impressionniste et moderne.
si elle atteignait son estimation Un avant-goût de ce qui se présente
de 42 M€), des Nymphéas de Monet comme la vente du siècle. A. M.
Down
1984
Achat du château japonais valorisant Turrell en majesté dans une chapelle
de ‘s-Gravenwezel la simplicité, l’authenticité du XIXe siècle, un ensemble Gutai
près d’Anvers.
et la beauté dans et des œuvres du groupe Zero,
2007 l’imperfection. ou encore des bouddhas thaïlandais
Bernardo de Mello Paz Première exposition
L’homme d’affaires qui a fondé au Palazzo Fortuny à Venise Propriétaire des premiers des VIIe et VIIIe siècles. De quoi
l’institut Inhotim au Brésil et création de la bâtiments en 1999, rester zen, ou le devenir… A. M.
– le plus grand musée à ciel Vervoordt Foundation. Vervoordt devra encore
ouvert d’Amérique latine – 2014 patienter dix années avant À VOIR
a écopé de neuf années de prison Ouverture d’un espace «Lucia Bru» et «El Anatsui»
d’acquérir l’ensemble
pour blanchiment d’argent. La sœur du à Hong Kong. jusqu’au 13 janvier
collectionneur a également été reconnue du site (à réhabiliter) et les
2017 «Saburo Murakami» jusqu’au 17 mars
coupable et condamnée à cinq ans Ouverture des espaces permis de construire pour Kanaal • Stokerijstraat 19 • Wijnegem
et trois mois de détention à domicile. d’exposition à Kanaal. de nouveaux bâtiments. Belgique • +32 355 33 00 • www.kanaal.be
Philippe Méaille
Damien Leclère
Commissaire-priseur à Marseille et Paris
Détenteur du plus important fonds
mondial Art & Language, collectif
précurseur de l’art conceptuel
L
de livres d’artistes
années 1990, j’ai décidé de et de monographies
devenir commissaire-priseur, au début des années
nombre de mes proches n’ont 1990, lorsque je faisais mes études
pas caché leur stupéfaction : à Paris. Le marché de l’art traversait
alors l’une de ses crises les plus graves.
pourquoi choisir une profession
Paradoxalement, c’était une période
anachronique, menacée par fantastique pour rencontrer les acteurs
l’évolution de la législation majeurs. Les premières œuvres que
européenne, la globalisation j’ai acquises étaient des vidéos et ou
du marché de l’art et l’essor des des pièces d’art conceptuel. Mais j’ai
nouvelles technologies ? À leurs toujours été au contact d’œuvres d’art :
mes parents étaient collectionneurs.
yeux, je m’apprêtais à commettre
Je me souviens notamment de
une sorte de suicide professionnel… l’arrivée d’un Rubens dans notre maison
Depuis, les années ont passé et notre familiale. Ce tableau m’a ensuite
profession a déjoué ces sombres été donné à l’âge de 19 ans et il est
pronostics. Elle est toujours là, aujourd’hui accroché dans l’une des
Rembrandt Bugatti Panthère
bien vivante, et pleine de projets. salles du château de Montsoreau-
Bronze à patine brun foncé fondu en 1907, longueur : 58 cm.
Adjugé 780 000 € par Damien Leclère, le 12 juin dernier, à Drouot. Comment l’expliquer ? Certains musée d’art contemporain, que j’ai
fondé en Val de Loire en 2016.
évoquent, non sans raison,
le dynamisme de confrères qui, plutôt que s’arc-bouter sur leur statut, ont préféré voir Qu’aimez-vous dans le collectif
dans les mutations en cours des opportunités à saisir. Au fil de ma carrière, j’ai toutefois Art & Language ?
acquis la conviction que ce succès collectif tenait aussi au fait que, loin d’être désuet, Fondé en Angleterre dans les années
notre métier est en adéquation totale avec les valeurs émergentes de notre époque. 1960 par Terry Atkinson, David
Bainbridge, Michael Baldwin et Harold
Il faut cesser de s’inquiéter pour l’avenir de la profession Hurrell, Art & Language est un projet
gigantesque, qui a tenté de reformuler
Voici quelques années, le sociologue Michel Maffesoli observait que «la postmodernité
et d’interroger la nature de l’art,
se trouve marquée par un retour à l’archaïsme, un attachement au passé, au dépassé, en réunissant jusqu’à 50 participants !
au fondamental» (le Rythme de la vie – Variations sur l’imaginaire postmoderne, 2004, Ces artistes ont pris des risques
éd. La Table ronde). Et il précisait que «cela se manifeste notamment par une façon insensés en développant des aptitudes
de s’habiller et de se meubler». Les commissaires-priseurs et leurs clients se retrouvent nouvelles et en réintégrant dans
sans nul doute dans ce diagnostic. En marge d’une société du «tout jetable», ils affirment le monde de l’art les sciences dures,
la philosophie, la sociologie…
leur inclination pour le durable et le singulier : les œuvres de créateurs, d’artisans, de
designers ou même de simples objets manufacturés devenus rares. Cette quête exprime Où peut-on voir votre collection ?
un rapport renouvelé au temps. Plongés dans un monde où tout se veut éphémère, périssable Elle était conservée depuis 2010 au
et interchangeable, nos contemporains veulent redonner du sens et de la profondeur aux Macba, à Barcelone mais l’instabilité
choses. Or, telle est aussi la fonction du commissaire-priseur, qui ne manque pas de politique en Catalogne m’a amené
«raconter» les œuvres. Comme l’a écrit Pierre Léonforte dans l’Express, en 2005, «les objets à prendre la décision de la rapatrier en
[vintage] s’inscrivent dans l’époque comme les maillons d’une longue chaîne affective, au France. Actuellement, une sélection
d’œuvres fait l’objet de deux expositions,
même titre que les meubles hérités de nos grands-parents». Il faut donc cesser de s’inquiéter
l’une au musée des Beaux-Arts
pour l’avenir des ventes aux enchères : loin de représenter une pratique anachronique, d’Angers [«Collectionner – Le désir
elles sont emblématiques de la postmodernité. Elles viennent de très loin mais, pour cette inachevé» jusqu’au 18 mars], l’autre
raison même, sont à l’avant-garde du nouveau monde qui naît sous nos yeux. D. L. au CCC OD de Tours [«Art & Language
– Ten Posters» jusqu’au 24 février].
L
pierres préhistoriques
passent inaperçues,
sauf pour un œil averti,
et se chinent pour quelques
dizaines d’euros. Seule une
infime quantité (moins de 5 % Pointes de flèches
de la masse retrouvée) sort d’Afrique subsaharienne
Néolithique (6 000-1 800 av. J.-C.), silex et jaspe,
du lot et présente un intérêt
h. 2,6 à 6 cm. Lot adjugé 400 €, Millon, Paris, 2016.
pour la collection. Il faut tenir
De 100 à 5 000 € *
compte de la qualité du
matériau (sa couleur et sa
forme taillée), des dimensions
(de préférence plus de 10 cm)
Biface cordiforme
et du lieu d’origine (les silex
à bord tranchant
français sont très cotés). Acheuléen (700 000-300 000 av.
Autre critère déterminant : J.-C.), France (Aisne), silex
marron, h. 26,7 cm. Vendu autour
la dimension sculpturale
de 90 000 €, galerie David
de l’objet. En vedette, le biface Ghezelbash, Paris.
Bifaces de la du paléolithique, en silex ou en quartzite, est une sorte de couteau De 300 à 100 000 €
collection Henri Jouillé suisse servant à la fois de pic, de couteau, de racloir et de grattoir
(1886-1968) aux chasseurs-cueilleurs. On trouve d’intéressantes pièces entre
Acheuléen (700 000-300 000 500 et 2 000 €. Comptez dix fois plus pour un très beau modèle.
av. J.-C.), silex ou quartzite.
Adjugé entre 1 000 et 58 000 € Pour un chef-d’œuvre du genre, les prix peuvent s’envoler à
pièce, le 27 juin 2016, à Drouot 100 000 € en transaction privée.
[lire encadré ci-dessous]. Hache dite
Le cristal de roche et le jaspe africains sous-cotés «carnacéenne»
Ve-IVe millénaire
Chaque période de la préhistoire possède sa pierre star. Pour le av. J.-C., France
paléolithique, les bifaces de l’acheuléen (700 000-300 000 av. J.-C.) (golfe du Morbihan),
jadéite, 11,5 cm.
et du moustérien (300 000-50 000 av. J.-C.) sont parmi les plus Vendue autour de
recherchés. Remontant à la période solutréenne (22 000-19 000 10 000 €, galerie
Gilgamesh, Paris.
av. J.-C.), le silex en «feuille de laurier» tire son nom de sa forme
De 1 000
caractéristique très complexe. Assez rare, il vaut souvent plus
à 100 000 € *
que le biface. Au néolithique (6 000 à 1 800 av. J.-C.), avec le
développement de l’agriculture et sa sédentarisation, l’homme
fabrique des haches polies, souvent pour l’apparat. Les plus
belles sont les haches bretonnes en jadéite (importée des Alpes),
à plus de 10 000 €. Même si elles sont moins bien taillées, les pierres
d’Afrique sont à apprécier pour la beauté de leurs matériaux,
comme le jaspe ou le cristal de roche. Moins connues, elles sont
sous-cotées (entre 100 et 5 000 €). À l’exception des couteaux
cérémoniels égyptiens en silex de la période prédynastique
(au néolithique) qui atteignent facilement plusieurs dizaines
de milliers d’euros. Cher âge de pierre… A. M.
Quand la photographie
sort du cadre
En relief, pliée, imprimée sur divers supports, la photographie Paula de Solminihac Black Bark #4
2016, empreinte naturelle sur un tirage jet d’encre,
se déploie dans l’espace, en volume, tous azimuts. pièce unique, 20 x 30 x 5 cm. Galerie Dix9, Paris.
2 000 €
l’occasion de la 2e édition du festival Photo Brussels qui se tient
3 figures de la photographie en 3D
Bouleversant l’approche traditionnelle du médium, elles élaborent des techniques
originales qui ouvrent le champ à la tridimensionnalité. Explications.
Christiane Feser
Lumière découpée-pliée
House III, #1/4 Pour sa série d’«objets photo» intitulée Partition,
2017, impression la photographe allemande Christiane Feser, 40 ans, procède par étapes.
sur acier, édition
de 1 / 3 + 2 épreuves
Partant de papiers qu’elle découpe et qu’elle plie, elle compose des formes
d’artiste, 100 x 100 cm. géométriques répétitives, qu’elle photographie ensuite à la lumière naturelle
ou au flash pour créer des ombres. Enfin, elle découpe et plie à nouveau les
tirages qui en résultent pour les métamorphoser en objets photographiques.
Christiane Feser est représentée à Francfort par la galerie Anita Beckers.
«Objets photo» entre 10 000 et 20 000 €
Aurélie Pétrel
Photo-tôle
Dépassant le champ de la photographie
classique pour embrasser l’installation,
l’œuvre d’Aurélie Pétrel, 37 ans, ne cesse
de questionner l’image, ses processus
de production, sa (re)présentation, ses usages.
Elle multiplie les expérimentations sur différents
supports comme des objets en métal, des plaques
de verre ou des films adhésifs qui sont ensuite montés
directement sur des volumes transparents. Ses installations
photographiques s’assimilent à des sculptures traitant des tensions
entre le réel et son double photographique. Aurélie Pétrel est
représentée par la galerie Ceysson & Bénétière (Saint-Étienne-
Luxembourg-Paris-New York). Partition 67
Entre 1 500 et 80 000 € pour une grande installation 2017, impression à jet d’encre pigmentaire, 140 x 200 x 3 cm, pièce unique.
Nathalie Boutté
Duvet de papier
Au cœur d’une recherche sur la matière
et le volume, Nathalie Boutté, 50 ans, revisite
le médium à sa façon, à partir de photographies
anciennes (XIXe-début XXe siècle) qu’elle choisit
dans des collections publiques ou privées. Patiemment,
elle reconstitue l’image retenue avec de fines languettes
de papier découpé qu’elle assemble par collage
en dégradés de couleur, de manière à former un véritable
plumage de papier. Les tableaux créés sont surprenants
de réalisme. Le relief obtenu ajoute de l’émotion à la
photographie originale. Nathalie Boutté est représentée
à Paris par la galerie Magnin-A. A. M.
De 7 000 à 30 000 € selon les formats
=
Sotheby’s • New York • 16 novembre
Ferrari pied au plancher
On trouve de drôles de choses dans les grandes ventes d’art contemporain de New York :
un tableau de Léonard de Vinci chez Christie’s, une Ferrari de Michael Schumacher
chez Sotheby’s… Le marché de l’art mondialisé attire de plus en plus de nouveaux Ferrari F2001
acheteurs fortunés en quête de reconnaissance sociale via l’acquisition d’œuvres 2001, voiture de course
iconiques. Aussi les auctioneers diversifient-ils leur offre avec de nouveaux trophées Formule 1, châssis 211.
pour milliardaires. Telle cette Ferrari, adjugée plus de 6 M€, avec laquelle le pilote 6,3 M€
allemand a gagné de nombreuses courses, dont le Grand Prix de Monaco en 2001 : Estimation :
un record mondial aux enchères pour une voiture de Formule 1. 3,5 à 4,5 M €
233 500 €
Émile Bernard
Nature morte aux pommes
et aux pots bretons
Vers 1887, huile sur toile, 44,8 x 62,8 cm.
Sotheby’s, New York, 15 novembre.
Alain Vircondelet
224 p., 150 illustrations, 20 X 26 cm, 29 €
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L’art comme
vous ne le verrez
nulle part ailleurs
Une superbe
biographie illustrée
par les plus belles
œuvres de l’artiste
Armelle Fémelat
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LE CALENDRIER DES EXPOSITIONS
Derniers jours Vous avez encore le temps…
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Les Arts décoratifs Galerie 111 Route de Maillane • 13520 Musées & centres d’art 9 Hors-série Beaux Arts
107, rue de Rivoli • 75001 111, rue Saint-Antoine • 75004 04 90 54 47 37 9 Livre Beaux Arts
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Première SR [Editing] : Natacha Nataf * (24)
P. 44-45 © MAH Genève / Photo B. Jacot-Descombes. P. 46 Coll. Musée du Château de Versailles et du
Secrétaires de rédaction : Noluenn Bizien, Élise Cotineau, Muriel Naudin & Anne-Marie Valet Trianon, Versailles / © RMN-GP / Photo Gérard Blot. Coll. Musée Guimet, Paris / © RMN-GP / Photo
Chroniqueurs : Marie Darrieussecq [Vu] • Philippe Trétiack & Céline Saraiva [Architecture] Thierry Ollivier. P. 47 © Roger-Viollet / Musée Cernuschi, Paris. Coll. & © Musée du quai Branly-Jacques
Claire Fayolle & Pierre Léonforte [Design] • Jacques Morice [CinéArt] • Alain Passard [La recette Chirac, Paris / Photo Claude Germain. © ASFLCS-Numérisation Lebas Photographie Paris. P. 48
© COARC / Roger-Viollet. P. 49 Coll. & © Shelburne Museum (Vermont). Coll. & Courtesy Eesti
de l’art] • François Cusset [Philo] • Nicolas Bourriaud • François Olislaeger [La visite en BD] Kunstimuuseum, Tallinn. Coll. Parrish Art Museum, Littlejohn Collection, Water Mill (État de New York).
Ont également participé à ce numéro P. 50 Coll. & © National Gallery of Art, Washington. P. 51 Coll. & Courtesy & © National Gallery of Art,
Washington. Coll. Musée de Pont-Aven / Photo © Didier Robcis. Coll. Musée Condé, Chantilly / © RMN-GP
Malika Bauwens, Armelle Fémelat, Judicaël Lavrador, Rafael Pic, Stéphanie Pioda, / Michel Urtado. P. 52 Coll. & © Solomon R. Guggenheim Museum, New York / Art Resource Dist. RMN-GP.
Alain Quemin P. 53 Coll. & © Regional Museum of Local Lore, Vitebsk. © Vincent Van Gogh Foundation, Amsterdam.
Coll. & © Museo Reina Sofía, Madrid. P. 54 Coll. Musée d’Orsay, Paris / © RMN-GP / Patrice Schmidt.
Département artistique P. 55 Coll. particulière / Courtesy Applicat-Prazan, Paris. © John Kasnetsis. P. 56 © Parisienne de
Direction artistique : Bernard Borel * (17) • Création graphique : Ingrid Mabire * (29) photographie / Roger-Viollet. P. 57 © Maison Martin Margiela S/S 2009 / Photo Marina Faust. © Alvar
Aalto Museum, Jyväskylä / Photo Rune Smellman. P. 58 © Susan Meiselas / Magnum Photos. Coll.
Iconographie Centre Pompidou, Paris / © MNAM-CCI - Dist. RMN-GP Palais / Guy Carrard. P. 59 © Fondation Gilles
Alexandra Buffet * (36), Laurène Flinois * (37), Alice Fournier, Charlotte Jean * (35) Caron / Gamma-Rapho via Getty Images. Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery,
& Auguste Schwarcz, assistés de Mathilde Bonniec Johannesburg-Le Cap / © David Goldblatt. P. 60 © OMA / Fondation d’entreprise Galeries Lafayette.
© Bas Princen. Courtesy Neil Beloufa et galerie Balice Hertling, Paris / Photo Aurélien Mole. P. 61
Éditions & partenariats © Archives Schöffer / DR / Photo N. Dewitte / LaM. Coll. particulière / Photo Elisabeth Bernstein.
Directrice des partenariats : Marion de Flers * (10), assistée de Mathilde Arnau P. 62 Courtesy Collection Antoine de Galbert. Coll. Centre Pompidou, Paris / © MNAM-CCI, Paris - Dist.
RMN-GP / Photo Philippe Migeat. P. 63 Courtesy Mohamed Bourouissa et Kamel Mennour, Paris-
Chef de produit : Charlotte Ullmann * (14) • Responsable gestion & diffusion : Florence Hanappe * (06)
Londres. © Jean-Marie Dallet+Frédéric Curien (SLIDERS_Lab). P. 64 © Andreas Gursky / Courtesy
Chef de produit diffusion : Amélie Fontaine * (04) Sprüth Magers, Berlin-Londres. Coll. MAH, Genève / Photo J.-P. Kuhn. Coll. & © The San Diego Museum
Marketing, diffusion & développement of Art. P. 65 © Staatlichen Museen zu Berlin, Nationalgalerie, Berlin / Photo Jörg P. Anders. Coll.
Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg. P. 66-73 © Estate Joan Mitchell. P. 66-67 © Photo Heidi
Responsable gestion, marketing et diffusion du pôle presse : Séverine Saillard * (13) Meister / © Succession Jean-Paul Riopelle. P. 68 Photo ministère de la Culture-Médiathèque du
Responsable développement : Sophie Rivière * (08) patrimoine, Dist. RMN-GP / Denise Colomb / © RMN-GP-Gestion droit d’auteur. Coll. Joan Mitchell
Foundation Archives. Coll. Joan Mitchell Foundation Archives. P. 69 Photo Loomis Dean / The Life Picture
Ventes au numéro Collection / Getty Images. P. 70-71 Coll. Centre Pompidou, Paris / © MNAM-CCI - Dist. RMN-GP / Philippe
Destination Media (01 56 82 12 06) • Distribution : Presstalis Migeat. P. 72 Photo Patrice Schmidt. Coll. Joan Mitchell Foundation Archives. P. 73 © Succession Jean-
Paul Riopelle / Coll. & Photo HMSG, Smithsonian Institution, Washington / Cathy Carver. P. 74 Photo &
Abonnements & VPC © Michel Delluc. P. 75 Coll. particulière / © SBJ / Photo Alex Soto. P. 76 Photo Galerie Ferrero, Nice. P. 77
1 an / 12 numéros : 59 € • 1 an / 12 numéros + 4 hors-séries : 83 € Coll. particulière / © SBJ / DR. P. 78 Coll. particulière / Courtesy Fondation César, Bruxelles / © SBJ /
Service abonnements Beaux Arts Magazine Photo Centre Pompidou, Paris - MNAM-CCI - Dist. RMN-GP / Photo Philippe Migeat. P. 79 Coll. Marcel
Lefranc / © SBJ / Photo Centre Pompidou, Paris - MNAM-CCI - Dist. RMN-GP / Photo Philippe Migeat.
4, rue de Mouchy • 60438 Noailles Cedex • e-mail : [email protected] • 01 55 56 70 72
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Abonnements en Belgique : Edigroup Belgique • +32 70 233 304 • fax +32 70 233 414 • abobelgique@edigroup. org / Scala. P. 82 Coll. & © The National Gallery, Londres. Coll. Palais des Beaux-Arts, Lille / © RMN-GP /
Abonnements en Suisse : Edigroup Suisse • +41 22 860 84 01 • fax +41 22 348 44 82 • abonne@edigroup. ch René-Gabriel Ojéda. P. 83 Coll. British Museum, Londres / © The Trustees of The British Museum,
Londres. P. 84 Coll. & © Albertina Museum, Vienne. © Victoria & Albert Museum, Londres. P. 85
Comptabilité expertise © Amgueddfa Genedlaethol Cymru - National Museum of Wales, Cardiff. P. 86 © Museo Thyssen-
Dauphine Expert • 19, rue du Général Foy • 75008 Paris • 01 73 54 12 20 • fax 01 73 54 12 36 Bornemisza, Madrid. P. 87 Coll. Museum Kunstpalast, Düsseldorf / © Gerhard Richter 2017 (0182) /
[email protected] • Siret Paris 409 378 908 000 19 © Artothek. P. 88-89 Courtesy Galerie Templon, Paris / © Pierre & Gilles. P. 90-91 Coll. & © Tate Gallery,
Londres 2017 / © The Estate Dorothea Tanning. P. 92 © Eric Schaal / © Fundació Gala- Salvador Dalí,
Comptabilité fournisseurs Figueres, 2017. P. 93 Coll. Museo de Arte Moderno La Tertulia, Cali / © Sonia Gutiérrez. P. 94 Coll.
Malik Bennini – Beaux Arts & Cie • 3, carrefour de Weiden • 92130 Issy-les-Moulineaux particulière / © Leonora Carrington. P. 95 Courtesy Galería Arteconsult S.A., Panama / © Sandra Eleta.
P. 96 © Stiftelsen Hilma af Klints Verk. P. 97 Coll. Institut für Auslandsbeziehungen e. V., Stuttgart. P. 98
01 41 08 38 05 • fax 01 41 08 38 49 • [email protected]
Coll. & © South Bohemian Gallery, Hluboká nad Vltavou / © Marie Toyen. © Adam Husted. P. 99 Courtesy
Though the Flower Archives housed, Penn State University Archives. P. 100 © AP Photo / Julie Jacobson
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Directrice commerciale : Dominique Thomas * (43) musée du Louvre, Paris / © RMN-GP / René-Gabriel Ojéda. P. 105 © Christie’s Images / Bridgeman
Directrice pôle captif art : Peggy Ribault * (46) Images. Coll. musée du Louvre, Paris / © RMN-GP / Franck Raux. © Scala. P. 106 © Fabrice Mariscotti
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Directrice pôle hors captif : Hedwige Thaler * (47)
Lara Vincy, Paris. P. 109 © Jacques Charlier. P. 111 Coll. Museo Huacas del Valle de Moche, Universidad
Nacional de Trujillo, Trujillo / © Ministère de la Culture du Pérou. P. 112 Coll. Museo Huacas del Valle de
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Directrice générale : Corinne Rougé • Directrice commerciale : Armelle Luton del Valle de Moche, Universidad Nacional de Trujillo, Trujillo / © Ministère de la Culture du Pérou. Coll.
Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / Photo Claude Germain. P. 113-115 Coll. Museo Huacas del
Directrice de publicité adjointe : Pauline Petiot • Directrice de clientèle : Alexia Vaché
Valle de Moche, Universidad Nacional de Trujillo, Trujillo / © Ministère de la Culture du Pérou. P. 117 Coll.
Chef de publicité littéraire : Pauline Duval • Exécution : Brune Provost Fonds national d’art contemporain-Centre national des arts plastiques, Paris-La Défense / DR / Cnap.
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Antoine. Coll. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris / © Eric Emo / Parisienne de Photographie. Coll.
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Photogravure : Key Graphic, Paris • Litho Art New, Turin P. 119 Photos Philippe Chancel. P. 120 Coll. particulière / © & Courtesy Galerie Lily Robert, Paris / Photo
Imprimé en France par Maury, Malesherbes (Printed in France) Cécilia Jauniau. © Nous Deux. Coll. Fondazione Arnoldo e Alberto Mondadori, Milan / © Arnoldo
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