Responsabilité Civile et Sanctions Contractuelles
Responsabilité Civile et Sanctions Contractuelles
Qu’est-ce-que la responsabilité civile ? C’est l’obligation imposée par la loi à une personne
pour réparer un dommage subi à une autre personne. Elle prend le plus souvent la forme de
dommages et intérêts ou peut également se réparer en nature.
D’où provient cette obligation ? Il y a deux sources : Elle peut provenir de l’inexécution ou
bien de la mauvaise exécution d’un contrat. Dans ce cas-là, on parlera de responsabilité
contractuelle. Mais cette notion ne figure pas dans la loi. On parlera de responsabilité
délictuelle lorsque le dommage ne provient pas de l’exécution d’un contrat, lorsqu’il
provient d’un fait juridique.
On retrouve ici la distinction fondamentale entre acte juridique et fait juridique (art. 1100-1
et 1100-2 CC). Cette réparation provient donc soit d’un fait juridique, soit d’un acte
juridique.
La responsabilité délictuelle est une source propre d’obligation, ce qui signifie qu’une
obligation de réparer va naître entre deux personnes que rien ne liait. Ce n’est pas le cas de
la responsabilité contractuelle puisque ce n’est que la conséquence de l’inexécution d’un
contrat qui préexistait.
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-> Art. 1217 CC : « La partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté, ou l’a été
imparfaitement, peut :
A1- refuser d’exécuter ou suspendre l’exécution de sa propre obligation ;
A2- poursuivre l’exécution forcée en nature de l’obligation ;
A3- solliciter une réduction du prix ;
A4- provoquer la résolution du contrat ;
A5- demander réparation des conséquences de l’inexécution.
Les sanctions qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulées ; des dommages et
intérêts peuvent toujours s’y ajouter. » = intenter une action en responsabilité
contractuelle.
S’agissant de la réparation des conséquences de l’inexécution, cette réparation se fait en
dommages et intérêts. Mais il n’y a pas d’innovation majeure car la réforme n’y a pas
touché.
Certaines sanctions sont judiciaires. Il va falloir passer par le juge. (exécution en nature,
résolution judiciaire = disparition du contrat, résolution). C’est le cas de la deuxième
sanction, la troisième, la quatrième et la sixième. D’autres sanctions sont unilatérales. Ces
sanctions sont prises à la seule initiative du créancier. C’est le cas de la première que l’on
appelle aussi l’exception d’inexécution, la troisième ainsi que la quatrième. D’autres sont
conventionnelles. La sanction a été prévue par les parties dans le contrat, notamment à
travers une clause résolutoire. Certaines sanctions vont entraîner la disparition du contrat et
d’autres pas.
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L’exception d’inexécution est un moyen de défense qui va être donné à celui auquel on
demande d’exécuter un contrat. Ce dernier va pouvoir se défendre en n’exécutant pas son
obligation tant que son cocontractant n’aura pas exécuté la sienne. Celui qui se prévaut de
cette exception d’inexécution est appelé l’accipiens.
Ex : Un vendeur demande à être payé. L’acheteur peut refuser de payer le prix tant qu’il n’a
pas été livré.
Le CC avait d’abord prévu cette exception dans le contrat de vente et le contrat d’échange.
L’exception est d’abord prévue en cas d’inexécution consommée, d’un manquement avéré.
Elle peut jouer également en présence d’un simple risque d’inexécution mais son obligation
n’est pas encore éligible.
-> Art. 1219 CC : « Une partie peut refuser d’exécuter son obligation, alors même que celle-
ci est exigible, si l’autre n’exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment
grave. »
L’ordonnance innove car l’exception d’inexécution peut jouer dans une seconde hypothèse.
-> Art. 1120 CC : « Une partie peut suspendre l’exécution de son obligation dès lors qu’il
est manifeste que son cocontractant ne s’exécutera pas à l’échéance et que les
conséquences de cette inexécution sont suffisamment graves pour elle. Cette suspension
doit être notifiée dans les meilleurs délais. » On parle dans ce dernier cas d’exception
d’inexécution par anticipation. Mais elle ne devrait pas être fréquente en pratique.
Pour que l’exception puisse jouer l’inexécution doit être suffisamment grave (article 1219 du
code civil). Une partie ne peut donc pas refuser d’exécuter son obligation si elle ne peut
reprocher à l’autre qu’une inexécution minime ou secondaire.
Aucune mise en demeure n’est prévue. Ce n’est pas parce qu’un débiteur n’exécute pas son
obligation qu’on peut tout de suite le sanctionner. Il faut d’abord que le créancier mette son
débiteur en demeure de l’exécuter.
C’est une nouveauté apportée par la réforme. L’ancien art. 1142 CC prévoyait
systématiquement une résolution en dommages et intérêts.
Si une partie n’exécutait pas son obligation, le litige se résolvait en dommages et intérêts.
L’exécution forcée en nature n’était pas la sanction de base.
La jurisprudence avait renversé le principe et l’exception. D’après la jurisprudence, le
créancier devait toujours pouvoir demander une inexécution forcée en nature, le simple
versement de dommages et intérêts n’étant que l’exception. Ce revirement découle de la
force obligatoire du contrat.
-> Art. 1221 CC : « Le créancier d’une obligation peut, après mise en demeure, en
poursuivre l’exécution en nature sauf si cette exécution est impossible ou s’il existe une
disproportion manifeste entre son coût par le débiteur et son intérêt pour le créancier. »
L’exécution est impossible si elle concerne une obligation personnelle. La seconde limite est
nouvelle.
Comment sera mise en œuvre l’exécution forcée ? La mise en demeure est nécessaire.
-> Art. 1222 CC : « Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un
coût raisonnable, faire exécuter lui-même l’obligation ou, sur autorisation préalable du
juge, détruire ce qui a été fait en violation de celle-ci. Il peut demander au débiteur le
remboursement des sommes engagées à cette fin. Il peut aussi demander en justice que le
débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution ou à cette destruction. »
L’astreinte, qui est une obligation de payer une somme d’argent par jour de retard dans
l’exécution d’une obligation, n’est pas visée par l’art. 1222 CC.
Jusqu’à l’ordonnance, ce n’était pas une sanction possible puisqu’elle n’était prévue qu’en
droit de la vente et en droit commercial. L’ordonnance généralise la possibilité pour un
créancier d’exiger la réduction du prix.
-> Art. 1223 CC : « Le créancier peut, après mise en demeure, accepter une exécution
imparfaite du contrat et solliciter une réduction proportionnelle du prix. S’il n’a pas encore
payé, le créancier notifie sa décision de réduire le prix dans les meilleurs délais. »
● Le créancier a déjà payé mais estime avoir trop payé. Ici, la mise en demeure est
nécessaire. Si le créancier se contente d’une exécution imparfaite, il pourra alors demander
une réduction du prix. Cette réduction ne peut être imposée ni par le débiteur ni par le juge.
Ici, il n’est pas mentionné que l’inexécution doit être grave, il faut juste qu’elle soit partielle.
Le créancier sollicite une baisse de prix. Va-t-il demander au débiteur ou au juge ? On ne sait
pas vraiment mais cela tend plus vers une demande au juge.
● Le créancier n’a pas encore payé le prix. Dans ce cas-là, le créancier notifie sa décision au
débiteur dans les meilleurs délais. Ici, la sanction est unilatérale. On ne passe pas vers le
juge. Cette possibilité est extrêmement dangereuse car elle vaut pour tous les contrats, y
compris les contrats de prestations de service. On ne voit pas pourquoi le juge serait censé
intervenir dans un cas et non pas dans l’autre. Le texte est confus. Comment une personne
privée va-t-elle évaluer la réduction ? Le juge peut se baser sur des experts. Mais il n’est pas
mentionné dans le deuxième alinéa. Cela risque d’amener un contentieux important. Mais
cette dernière règle n’est que d’ordre supplétif. En effet, les parties pourront insérer au
contrat une clause parmi laquelle une réduction de prix ne serait envisageable ou bien
aménager un seuil à partir duquel la réduction devrait pouvoir jouer.
L’art. 1217 vu précédemment s’applique-t-il ? Peut-on faire jouer une baisse de prix et
l’octroi de dommages et intérêts ? La réponse est positive. En effet, en plus de la réduction
du prix, si le créancier a subi un préjudice, il convient de le réparer. La responsabilité
contractuelle s’ajoute aux sanctions classiques qui portent sur le contrat.
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La sanction est la résolution. En effet, si le contrat n’est pas résolu, une des parties continue
d’exercer sa propre obligation. C’est pourquoi, la résolution du contrat permet au créancier
de ne pas exécuter ses obligations si le débiteur n’a pas exécuté les siennes.
-> Art. 1224 CC : « La résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire, soit
en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou
d’une décision de justice. » Il y a donc trois possibilités qui sont reconnues au créancier pour
obtenir la résolution du contrat.
Avant, il fallait automatiquement passer par une demande en justice car le juge est
souverain dans son appréciation. Le but était d’éviter d’aboutir à la résolution du contrat car
il faut envisager des restitutions.
Pour que le juge prononce la résolution, l’inexécution doit être suffisamment grave. Mais il
n’est pas nécessaire que le débiteur ait subit un préjudice et que le créancier mette en
demeure son débiteur car le fait d’actionner une demande en justice vaut automatiquement
mise en demeure.
Aujourd’hui, le droit permet au créancier de demander une réduction du prix et lui seul. On
ne sait donc pas si le juge peut prononcer la réduction du prix. Pour éviter d’être soumis au
pouvoir du juge, le créancier a intérêt à contourner le juge. Pour ce faire, les parties peuvent
renoncer à demander la résolution en justice en insérer dans le contrat une clause de
renonciation à la résolution judiciaire. Cette clause doit être sans-équivoque et le créancier
ne doit pas être privé des autres sanctions. La clause est interdite en droit de la
consommation (champ des clauses présumées abusives prévues par l’art. R. 212-1 code de
la consommation).
La deuxième possibilité est de notifier directement la résolution au débiteur. Cette
possibilité peut découler du contrat ou de la loi.
L’intérêt de cette clause est qu’elle dispense le créancier de prouver que l’inexécution est
grave. La clause doit préciser les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du
contrat. Dans ce cas, toute inexécution même minime pourra faire jouer la résolution du
contrat.
La clause résolutoire est dangereuse. C’est pourquoi, elle a été strictement encadrée. Elle est
parfois interdite, notamment en matière de baux ruraux. En matière de bail d’habitation,
l’art. 24 de la loi du 6 juillet 1989 réglementant les baux prévoit que la clause résolutoire ne
peut produire effet que deux mois après un commandement de payer resté infructueux.
Lorsque la clause est permise, elle a été interprétée de manière restrictive par les tribunaux.
Les tribunaux acceptaient de ne pas être compétents que si la clause était censée jouer de
plein droit.
La clause a parfois été écartée lorsqu’elle n’a pas été invoquée de bonne foi. Or, l’art. 1104,
alinéa 1 CC dispose que « les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne
foi. » Lorsque la clause s’applique, la résolution s’applique directement sauf si le créancier
préfère une exécution forcée.
C’est une résolution unilatérale qui est prise par le créancier à l’encontre de son débiteur.
Avant la réforme, cette résolution était prévue par la loi et dans certains cas par la
jurisprudence. Mais aujourd’hui, cette possibilité a été généralisée.
Le code de la consommation en son art. L. 216-1 prévoit qu’en cas de vente d’un bien
mobilier, le professionnel doit indiquer au consommateur la date limite à laquelle il s’engage
à livrer le bien. En cas d’inexécution, le consommateur peut enjoindre le professionnel
d’exécuter la livraison dans un délai supplémentaire raisonnable. Faute d’exécution, le
consommateur peut mettre unilatéralement fin au contrat. Si le consommateur n’est pas
réactif et ne résout pas le contrat, l’obligation de ce dernier court toujours et devra payer le
prix, même si la livraison survient six mois après la commande.
Le texte ne parle pas de la sanction. On peut penser que la sanction sera le versement de
dommages et intérêts. Mais cela suppose que le débiteur ait subi un préjudice. Et certains
auteurs estiment que le juge devrait pouvoir ordonner à titre de sanction l’exécution forcée
du contrat.
Ici, un débiteur n’a pas exécuté ses obligations suite à un évènement de force majeure. Le
débiteur n’est pas fautif. Il n’engage pas sa responsabilité mais peut-il exiger l’exécution de
l’obligation du créancier ? Si le contrat est résolu, il ne devra plus à ce moment-là l’exécuter.
-> Art. 1218, alinéa 2 in fine CC : « Si l’empêchement est définitif, le contrat est résolu de
plein droit et les parties sont libérées de leurs obligations dans les conditions prévues aux
articles 1351 et 1351-1. »
Dans ce cas-là, le créancier est libéré de son obligation. Les risques sont pour le débiteur de
l’obligation inexécutée qui certes ne doit rien mais qui perd tout droit à la contreprestation.
La règle est différente dans les contrats translatifs de propriété (contrats de vente
essentiellement). En effet, dans les contrats de vente, on dit que les risques sont pour le
propriétaire de la chose. Or, qui est propriétaire de la chose dans un contrat de vente ? Le
transfert de propriété opère dès le simple échange des consentements. L’acheteur est donc
le propriétaire de la chose. Si cette chose est détruite avant qu’elle ait été livrée, l’acheteur
devra donc en payer le prix et le contrat n’est pas résolu dans ce cas-là.
Mais la règle ne jouera pas si le transfert de propriété ne se fait pas dès l’échange des
consentements. D’après l’art. 1196, alinéa 3 CC, si un contrat de vente est conclu, que le
vendeur tarde à livrer la chose et que l’acheteur met en demeure le vendeur de lui livrer la
chose, les risques repassent sur la tête du vendeur quelle qu’en soit la raison.
En cas de choses de genre ou futures, on dit que le transfert de propriété ne se fait qu’au
moment de l’individualisation de la chose, c’est-à-dire au moment de son apparition, quand
on sait exactement où chaque marchandise se trouve et à qui elle est affectée.
Le transfert de propriété peut être retardé conventionnellement par les parties si elles
insèrent dans le contrat une clause de réserve de propriété. En général, cette clause joue
jusqu’au complet paiement du prix. L’intérêt est que si l’acheteur ne paye pas, le
propriétaire peut récupérer le bien mais les risques pèsent sur le vendeur. En effet, si la
marchandise est détruite, il ne peut pas en réclamer le paiement. Mais il peut aménager le
contrat en y insérant une clause pour transférer les risques.
-> Art. 1229, alinéa 2 CC : « La résolution prend effet, selon les cas, soit dans les conditions
prévues par la clause résolutoire, soit à la date de la réception par le débiteur de la
notification faite par le créancier, soit à la date fixée par le juge ou, à défaut, au jour de
l’assignation en justice. »
La résolution entraîne les mêmes conséquences que l’annulation. Il faut noter que
l’annulation sanctionne un défaut dans la formation du contrat, alors que la résolution
sanctionne une mauvaise exécution du contrat. Les deux sanctions entraînent des
restitutions.
Mais la rétroactivité n’est pas systématique, notamment auparavant dans les contrats à
exécution successive (contrat de bail, contrat de travail). La résolution ne jouait que pour
l’avenir.
- Soit les parties pouvaient se contenter d’une exécution partielle du contrat. Dans ce cas, la
résolution n’opère pas rétroactivement : on parle de résiliation. La question d’une
éventuelle indemnité peut se poser.
- Soit les parties souhaitaient une exécution complète du contrat. Dans ce cas, la résolution
opère rétroactivement. Les parties doivent restituer l’intégralité de ce qu’elles se sont
procuré l’une à l’autre.
La jurisprudence était confuse sur ce point mais la réforme a pris parti. D’après l’art. 1352-3
CC, la résolution inclut la valeur de la jouissance que la chose a procurée.
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Les nouveaux textes tels que réformés (art. 1217 et 1231 CC) parlent de réparation des
conséquences de l’inexécution. Or ici on ne parle pas de responsabilité contractuelle. Cette
expression n’est pas utilisée par la loi. Elle est purement doctrinale.
On distingue la responsabilité contractuelle et délictuelle. L’ordonnance n’a pas pris parti à
ce sujet. Mais un avant-projet réformant le droit de la responsabilité est en cours et pourrait
modifier cela.
Quel est le fait qui est capable de faire naître à la charge du débiteur une responsabilité ? En
matière contractuelle, c’est l’inexécution d’un contrat, plus précisément l’inexécution d’une
obligation née du contrat.
Une mise en demeure est nécessaire. Tant que le créancier ne met pas son débiteur en
demeure d’exécuter son obligation, il n’y a pas de mauvaise exécution ou d’inexécution du
contrat.
-> Art. 1231-1 CC : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et
intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans
l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » Le
simple fait de l’inexécution ou de la mauvaise exécution suffit pour condamner le débiteur.
Dans l’art. 1231-1 CC, la réparation est automatique alors que dans l’art. 1197 CC, ce n’est
pas le cas. Face à cette contradiction, la jurisprudence a donc élaboré une distinction entre
les obligations de résultat et les obligations de moyens. Ici, le créancier ne pourra pas exiger
la même chose de son débiteur.
On appliquera donc à cette situation l’art. 1231-1 CC. Le créancier pourra donc se contenter
de faire constater que l’obligation n’a pas été exécutée pour obtenir réparation. L’obligation
ici est très lourde pour le débiteur car il devra prouver que l’inexécution est due à un cas de
force majeure.
Mais parfois, le débiteur s’engage uniquement à faire de son mieux pour parvenir au résultat
souhaité. Dans ce cas, il ne contracte qu’une obligation de moyens ou de diligences. Si le
créancier veut obtenir réparation, il faut qu’il prouve que le débiteur n’a pas mis tous les
moyens possibles pour arriver au résultat. Autrement dit, le créancier doit prouver que son
débiteur a commis une faute. L’exemple type de l’obligation de moyens est l’obligation qui
pèse sur le médecin envers ses patients. Le médecin ne peut pas s’engager à guérir un
patient, il s’engage à mettre tout en œuvre pour réussir.
ATTENTION : Il ne faut pas confondre la nature d’une obligation (obligation de sécurité par
exemple) et son intensité (obligation de résultat par exemple).
Cette distinction d’origine doctrinale est d’application aujourd’hui car elle assez simple. Mais
l’ordonnance du 10 février 2016 n’en dit pas un mot. Cela dit, la distinction devrait être
maintenue car elle a notamment été nuancée pour répondre au mieux aux besoins de la
pratique. En effet, à mi-chemin entre l’obligation de moyens et l’obligation de résultat, on
trouve des obligations plus spécifiques :
- On parle d’obligation de moyen renforcée quand le débiteur doit mettre en œuvre des
moyens qu’on ne pourrait attendre d’une personne raisonnable. Ici, la faute peut être plus
facilement prouvée.
- De même, l’obligation de résultat atténuée est une obligation de résultat dans laquelle le
débiteur peut s’exonérer en prouvant qu’il n’a pas commis de faute.
Exemple article 1732 du code civil : responsabilité du locataire
2) Application pratique
Dans certains contrats, la jurisprudence impose à l’une des parties une obligation implicite
de sécurité qu’elle rattache à l’art. 1194 CC qui dispose que « les contrats obligent non
seulement à ce qui y est exprimé, mais encore à toutes les suites que leur donnent
l’équité, l’usage ou la loi. »
Il pourrait s’agit d’un « forçage du contrat » car on impose à une partie des obligations
qu’elle n’a pas voulues. Le fait d’imposer une obligation de sécurité a été remis en cause ces
dernières années. Selon certains auteurs, il faudrait restreindre la responsabilité
contractuelle à la seule inexécution de ce qui fait directement l’objet du contrat. L’obligation
de sécurité devrait être retirée de la responsabilité contractuelle. L’avant de projet du droit
de la responsabilité irait dans ce sens puisqu’elle prévoirait tout bonnement de supprimer
les obligations de sécurité.
L’obligation de sécurité dans les contrats de transport a été découverte en 1911. Elle
s’appliquait notamment aux contrats de transport ferroviaire. Depuis 1911, le transporteur a
l’obligation de conduire vivants et entiers les voyageurs jusqu’à leur destination.
S’agissant du domaine de l’obligation de sécurité, elle avait été conçue à l’origine de façon
très large. Pendant le transport, l’obligation de sécurité était une obligation de résultat. Mais
en-dehors du transport, l’obligation de sécurité n’était que de moyens. La victime n’obtenait
donc réparation que si elle prouvait que la compagnie avait commis une faute.
Le fait que l’on soit dans le cadre de la responsabilité contractuelle empêchait les victimes
d’utiliser la responsabilité délictuelle, et plus précisément le nouvel art. 1242 CC. Si une
victime lui arrivait un accident, cette dernière ne pouvait pas engager la responsabilité
délictuelle de la compagnie.
Par conséquent, dans un arrêt de 1989, la 1ère Chambre civile de la cour de cassation a opéré
en revirement de jurisprudence. Elle a relevé que l’obligation de sécurité existait, mais
uniquement pendant le transport et non en-dehors. La victime peut donc depuis cet arrêt
intenter une action en responsabilité délictuelle contre la compagnie en-dehors du
transport.
L’obligation de sécurité existe aussi dans les transports ludiques ou sportifs et plus
particulièrement en matière de ski. S’agissant du tire-fesse, l’exploitant est tenu d’une
obligation de sécurité de moyens à partir du moment où on estime que l’usager a un rôle
actif. Pour les télésièges, la jurisprudence est plus compliquée. L’exploitant est tenu d’une
obligation de sécurité de résultat pendant le transport. En revanche, au moment de
l’embarquement et du débarquement, l’obligation de sécurité n’est que de moyens. De
même, l’exploitant d’un parc de loisirs qui utilise des tyroliennes est tenu d’une obligation de
sécurité de moyens car l’usager est actif. Un moniteur de sport n’est tenu que d’une
obligation de sécurité de moyens. En revanche, si le sport est dangereux, la jurisprudence
impose à l’exploitant une obligation de sécurité renforcée.
L’obligation de sécurité existe aussi lorsque la mauvaise exécution du contrat peut avoir des
effets portant atteinte au créancier.
b) L’obligation de sécurité dans les contrats où les obligations portent atteinte au
créancier
On la trouve notamment dans les contrats de service. Par exemple, le restaurateur est tenu
d’une obligation de sécurité de résultat la non toxicité d’un plat. Idem pour l’hôtelier. De
plus, l’organisateur d’une fête est tenu d’une obligation de sécurité de moyens. Elle existe
aussi dans le contrat de travail.
La cour de cassation a imposé cette obligation pour mettre le droit français en conformité
avec une directive européenne de 1985 sur la responsabilité du fait des produits défectueux.
Le but de cette directive était d’obtenir plus facilement réparation lorsqu’un dommage était
subi en cas de produit défectueux. En 1985, cette directive européenne aurait dû être
transposée dans le droit français dans les trois ans de la publication de la directive. Or, cette
directive n’a été transposée qu’en 1998.
Lorsqu’un pays ne transpose pas une directive dans les délais et que le défaut de
transposition produit un dommage à autrui, l’Etat doit être condamné. Faute de sanction, en
l’absence de transposition des directives dans les délais, les juges français ont l’obligation, si
cela est possible, c’est-à-dire si le droit national laisse place à interprétation, d’interpréter le
droit français en conformité avec les dispositions de la directive. Les juges judiciaires ont pris
acte que la France n’avait pas transposé la directive. C’est pourquoi, la cour de cassation l’a
transposé elle-même en imposant une obligation de sécurité au vendeur.
Finalement, la directive est transposée en 1998 dans le code civil. Suite à cette transposition,
on s’est demandé si cette obligation de sécurité était toujours pertinente et valable. On a
dans un premier temps répondu que l’obligation était maintenue car l’art. 1245-17, alinéa 1
CC prévoit que « les dispositions du présent chapitre ne portent pas atteinte aux droits
dont la victime d’un dommage peut se prévaloir au titre du droit de la responsabilité
contractuelle ou extracontractuelle ou au titre d’un régime spécial de responsabilité. »
Selon cet article, la victime a le choix. Finalement, la Cour de Justice de l’Union Européenne
(anciennement appelée CJCE), dans un arrêt de 2002, a interdit aux états membres de l’UE
de conserver un régime de responsabilité qui reposerait sur le même fondement qu’une
directive. Les juges français ne peuvent donc plus aujourd’hui utiliser cette obligation de
sécurité imposé au vendeur.
La jurisprudence est de plus en plus exigeante s’agissant de cette obligation de sécurité. Elle
considère que si l’obligation de sécurité n’est pas de résultat, cette obligation ne sera pas
retenue car les obligations de sécurité de moyens ne sont pas intéressantes pour les
victimes.
Sa responsabilité est de plein droit. Le garagiste réparateur est tenu d’une obligation de
résultats atténuée. Ceci signifie que le débiteur peut s’exonérer en prouvant qu’il n’a pas
commis de faute. Arrêt de la première chambre civil mars 2008
Cette distinction est fondamentale. L’ordonnance n’a pas confirmé cette distinction mais on
ne peut pas s’en passer. Lorsque ni la loi, ni les parties dans le contrat n’ont déterminé si
l’obligation est de résultat ou de moyens, c’est au juge de le déterminer. On a pu dégager
des critères qui sont utilisés par les juges.
Le fait générateur est l’inexécution d’une obligation née du contrat. Lorsque l’obligation est
de moyens, le créancier doit prouver la faute du débiteur.
B) La gravité de la faute contractuelle
La faute que le créancier doit prouver s’apprécie in abstracto, c’est-à-dire que les juges
doivent se placer dans la peau d’une personne raisonnable. Cette appréciation n’interdit pas
de placer la personne raisonnable dans le contexte dans lequel est situé le débiteur. Par
exemple, on ne compare pas l’attitude d’un médecin généraliste avec celle d’un chirurgien.
Il y a trois types de fautes retenues par les juges : la faute simple, la faute dolosive et la
faute lourde. Pourquoi ces distinctions ? La faute c’est une erreur de conduite. Le premier
intérêt concerne les clauses limitatives et exclusives de responsabilité. C’est des clauses
imposées par le débiteur « au cas où j’engage ma responsabilité, soit je ne verse rien, soit
je ne verserais pas plus que tel € ». Principe de la liberté contractuelle donc c’est possible.
Cependant pour encadrer cela cour de cassation, dans un arrêt de 1959, a décidé que ces
clauses ne peuvent pas jouer en présence d’une faute dolosive ou d’une faute lourde de la
part du débiteur.
Dans certains domaines, le législateur a créé la faute inexcusable, qui se situe à mi-chemin
entre la faute lourde et la faute dolosive. Il s’agit de la faute non-intentionnelle qui présente
une gravité exceptionnelle.
1) La faute dolosive
La faute dolosive est constituée lorsque le débiteur ne veut pas exécuter ses obligations
prévues au contrat. C’est par exemple le cas du surbooking, lorsque des compagnies
aériennes continuent de vendre des billets alors que l’avion est déjà complet. Mais s’agissant
du surbooking, un règlement européen de 2004 prévoit une indemnisation entre 250 € et
600 € si le pays de départ est un pays européen.
Les juges apprécient la faute dolosive au cas par cas, c’est-à-dire in concreto.
2) La faute lourde
La faute lourde résulte de la réforme du droit des obligations du 10 février 2016. La faute
lourde est une faute moins grave que la faute dolosive car elle n’est pas délibérée. C’est
simplement une faute particulièrement grave, une négligence impardonnable, une bourde.
Mais elle a été commise de bonne foi. La faute s’apprécie donc subjectivement, c’est-à-dire
in concreto.
A partir des années 80, la jurisprudence a considéré que la faute lourde pouvait s’apprécier
également au regard des obligations du contrat. Plus précisément, elle a estimé que le
simple fait pour un débiteur de ne pas exécuter l’obligation essentielle du contrat qui pèse
sur lui est constitutif d’une faute lourde. Ceci car en matière de faute lourde, la clause
limitative de responsabilité ne joue pas. Cette appréciation de la faute lourde a été critiquée
par certains auteurs car on confondait le contenu du contrat et le comportement du
débiteur. C’est pourquoi, dans un arrêt de 2005, la Chambre mixte de la CC est revenue à
une conception subjective de la faute lourde en tant que faute impardonnable.
Paragraphe 2 : Le dommage
Le but de la responsabilité contractuelle est de réparer un préjudice subi (« pas d’intérêt, pas
d’action »). Mais cette idée a été remise en cause par certains auteurs. En effet, lorsqu’un
créancier demande des dommages et intérêts, il ne demande pas nécessairement réparation
d’un préjudice subi, mais plutôt l’exécution du contrat sous une autre manière. Dans cette
hypothèse, le créancier n’a pas à rapporter la preuve qu’il a subi un préjudice. On a assisté à
un revirement de jurisprudence sur ce point. En effet, la 3ème Chambre civile de la CC a
ordonné l’existence d’un préjudice. Par exemple, dans un arrêt de 2002 rendu par la 3ème
Chambre civile de la CC, un bailleur pouvait agir en responsabilité contractuelle sans prouver
que le locataire lui avait causé un dommage.
Aussi, dans un arrêt de 2005, la 1ère Chambre civile de la CC a utilisé l’ancien art. 1145 CC qui
disposait alors que « si l’obligation est de ne pas faire, celui qui contrevient, doit
dédommager intérêts par le seul fait de la contravention. » Si l’obligation est de ne pas
faire, le débiteur doit des dommages et intérêts sans que le créancier mette en demeure son
débiteur. Cette solution a été reprise dans un arrêt de 2007 et on en a dégagé un principe
qui dit que « quand l’obligation est de ne pas faire, la preuve d’un dommage n’est plus
exigée. »
Aujourd’hui, cette solution ne vaut plus. En effet, la solution de 2007 ne vaut que pour les
obligations de ne pas faire. Or, aujourd’hui, les obligations de ne pas faire n’existent plus.
L’ordonnance n’a pas repris cette distinction. Les juges exigeraient donc un préjudice mais
on en n’est pas certains. Cette solution de 2007 conduit à une difficulté. Si il n’y a pas à
réparer un préjudice, comment évaluer le montant du préjudice ? Il existe deux hypothèses :
Le préjudice doit être matériel. On parle de dommage matériel chaque fois qu’il y a atteinte
aux biens du créancier.
-> Art. 1231-2 CC : « Les dommages et intérêts dus au créancier sont, en général, de la
perte qu’il a faite et du gain dont il a été privé, sauf les exceptions et modifications ci-
après. »
On parle de dommage moral chaque fois qu’il y a des souffrances (physiques, morales,
esthétiques, d’agréments, d’affections…).
Le dommage est corporel lorsqu’il porte atteinte au corps du créancier. Une liste de tous les
préjudices indemnisables a été établie en 2005. Mais elle n’a pas de valeur légale ou
réglementaire ; elle est purement doctrinale. Par exemple, on trouve dans cette
nomenclature, s’agissant des droits patrimoniaux, la distinction entre victime directe et
indirecte, les réparations en cas de dépenses de santé présentes ou futures, de pertes de
gains professionnels, de frais de logements adaptés, etc… S’agissant des préjudices
extrapatrimoniaux, on trouve le déficit fonctionnel permanant, le préjudice d’agrément, le
préjudice esthétique, le préjudice sexuel, le préjudice d’établissement, etc… De plus, les
victimes indirectes (famille le plus souvent) peuvent également obtenir réparation. Cette
liste n’est pas limitative. La Chambre sociale a d’ailleurs consacré un nouveau préjudice au
profit des salariés qui pendant leur vie professionnelle ont été exposés à l’amiante : le
préjudice d’anxiété et d’angoisse. Cela dit, cette liste va peut-être un peu loin.
Il ne suffit pas qu’un préjudice existe pour qu’il soit réparé. Il faut qu’il présente certains
caractères.
Il ne suffit donc pas que le dommage soit présent. Le dommage futur est également
indemnisable (perte de salaire future…). Il est parfois difficile de déterminer si un préjudice
est certain ou seulement éventuel lorsque la victime invoque une perte de chance. Par
exemple, si un étudiant rate son train pour se présenter à un examen, le préjudice n’est pas
certain mais à cause du fait d’avoir loupé le train, l’étudiant perd une chance d’avoir son
année. Les juges admettent la perte de chance et d’en réparer le préjudice qui y résulte que
si l’évènement heureux escompté aurait eu des chances sérieuses de se réaliser.
Aujourd’hui, la perte de chance est réparée même si l’évènement heureux avait des faibles
chances de se réaliser. On observe ainsi une tendance à indemniser systématiquement la
perte de chance.
-> Art. 1231-4 CC : « Dans le cas même où l’inexécution du contrat résultant d’une faute
lourde ou dolosive, les dommages et intérêts ne comprennent que ce qui est une suite
immédiate et directe de l’inexécution. » On ne répare que le préjudice qui découle de
l’inexécution des obligations.
Le dommage doit être juridiquement réparable. La naissance d’un enfant est-il un préjudice
réparable ? On a assisté à une évolution de la jurisprudence sur ce point. Initialement, en
1991, la jurisprudence décidait que la naissance d’un enfant, en raison d’un échec d’une IVG,
n’était pas un préjudice réparable. Mais la CC mettait de côté la possibilité pour la mère de
l’enfant de se prévaloir d’un préjudice particulier. Ainsi, les parents pouvaient demander
réparation si l’enfant naissait handicapé à la suite d’une erreur de diagnostic qui avait
empêché la mère de recourir à l’IVG.
- Pour que l’action en responsabilité aboutisse, il faut un lien de causalité entre le préjudice
et l’inexécution par le débiteur de l’inexécution du contrat. Les conditions étaient réunies
selon l’Assemblée plénière. Pour la CC en effet, la faute commise par le médecin était en
relation directe avec le handicap de l’enfant.
- En outre, recevoir l’action de l’enfant revenait à admettre qu’il a subi un préjudice. Or, pour
l’enfant, il n’y avait que deux possibilités : naître handicapé ou mourir dans le ventre de sa
mère. Le seul préjudice dont il pouvait se prévaloir était de ne pas avoir été tué. Cela dit, ce
n’est pas un préjudice juridiquement réparable.
Même si elle a été vertement critiquée, cette décision a été maintenue par la CC. Mais sous
la pression des médecins, la loi du 4 mars 2002 est venue contrer cette décision. Si la faute
des médecins a directement causé le handicap de l’enfant, ce dernier pourra obtenir
réparation mais dans l’autre hypothèse la réparation devient difficile.
Il y a trois limites à la réparation qui sont apportées par cette loi :
- Seuls les parents peuvent demander réparation.
- Il faut que les victimes apportent la preuve d’une faute « caractérisée ». Il s’agirait là
d’une faute intensive et évidente (Cass. 2013).
- « Leur seul préjudice sera réparé. » Seul le préjudice moral des parents peut être
réparé. De plus, le préjudice ne prend pas en charge les conséquences matérielles du
handicap. C’est à l’Etat de le faire.
Cette loi a été un grand soulagement pour les gynécologues et pour les associations
d’handicapés. Mais d’un autre côté, elle a sacrifié l’intérêt financier des parents.
4) Un dommage prévisible
Le dommage prévisible est prévu à l’art. 1231-3 CC. Cette règle ne joue qu’en matière
contractuelle.
Cette règle avantage le débiteur puisqu’elle lui permet d’évaluer les risques découlant de
son engagement contractuel. Mais elle ne permet pas la réparation intégrale du préjudice
subi. Comme elle est défavorable au créancier, cette règle ne joue pas en cas de faute lourde
ou dolosive de la part du débiteur.
Cass. 1ère Civ. 22 avril 2012 : Le retard d’un train de 3 heures empêche les passagers de
prendre un avion de Paris pour Cuba. Leurs vacances sont finies. Le juge de proximité les
rembourse au motif que la SNCF devait savoir que le dommage des voyageurs était
prévisible. Le jugement est censuré par la CC car le juge de proximité n’a pas caractérisé en
quoi le dommage était prévisible pour la SNCF. En effet, comment la SNCF pouvait-elle savoir
que la destination finale n’était pas Paris ?
Rappel : La CC peut casser une décision pour violation de la loi ou pour défaut de base légale.
Cette condition existe en matière contractuelle. Elle est prévue à l’art. 1232-4 CC. Elle existe
aussi en matière délictuelle mais elle n’est pas codifiée.
La charge de la preuve varie selon que le débiteur est tenu d’une obligation de moyens ou
de résultat. Lorsque le débiteur est tenu d’une obligation de moyens, le créancier doit établir
la faute, le dommage et le lien de causalité. Si le débiteur est tenu d’une obligation de
résultats, le créancier bénéfice d’une présomption selon laquelle le préjudice qu’il subit est
dû à l’inexécution par le débiteur de son obligation.
Par exemple, l’obligation de résultat atténuée qui pèse sur le garagiste réparateur présente
une spécificité. En effet, la responsabilité du garagiste n’est engagée que si le propriétaire de
la voiture prouve que la nouvelle panne est due à une faute du garagiste.
Par exemple, un agriculteur achète une vache qui est malade. La vache meurt après avoir
contaminée tout le troupeau. Le troupeau meurt entièrement et le paysan est ruiné. Sa
femme décide de le quitter car il n’a plus d’argent et il tombe malade de désespoir. Le
vendeur de la vache est en faute. Sa responsabilité sera engagée. Mais sera-t-elle engagée
pour tous les autres préjudices ?
Les effets de la force majeure sont doubles. Ils donnent lieu au versement de dommages et
intérêts et posent la question de la maintenance du contrat.
Mais la règle est différente dans les contrats translatifs de propriété car dans les contrats de
vente notamment, les risques sont pour le propriétaire du bien. Si le bien est détruit par un
évènement de force majeure, l’acheteur doit payer car il est devenu propriétaire dès
l’échange des consentements.
On retrouve tout d’abord l’extériorité. Il doit s’agir d’un élément échappant au contrôle du
débiteur. L’évènement doit aussi être imprévisible et irrésistible, c’est-à-dire qu’aucune
partie n’a les moyens de contrer cet évènement. L’appréciation par le juge de ces caractères
se fait in concreto. De plus, ces règles ne sont pas d’ordre public. Cela veut dire qu’il est
possible d’insérer au contrat une clause de force majeure par laquelle les parties précisent
elle-même le champ d’application de la force majeure.
Il faut que l’évènement soit extérieur au débiteur. Cet évènement est le plus souvent
naturel. Mais l’arrêté de catastrophe naturelle pris par l’Etat ne suffit pas toujours. En outre,
l’extériorité n’est pas l’élément principal de la force majeure.
Par exemple, la CC a très rarement admis que le chômage était un évènement de force
majeure, alors que le chômage n’est pas extérieur au débiteur. En effet, les juges ont
tendance à ne pas reconnaitre l’évènement de force majeure lorsqu’il s’agit d’une obligation
de payer, contrairement aux obligations de faire. De même, la maladie du débiteur n’est pas
un évènement de force majeure car cet évènement ne lui est pas extérieur.
Il répond de toutes les personnes qui vont exécuter le contrat à sa place. Il ne peut pas faire
valoir que l’évènement était extérieur dans ce cas-là.
Cette solution pose problème car les salariés peuvent se mettre ne grève pour de
nombreuses raisons. C’est pourquoi, il est préférable d’insérer au contrat une clause de
force majeure.
Le débiteur ne peut pas s’exonérer en faisant valoir que l’obligation n’a pas été
correctement exécutée car la chose qu’il utilisait au titre de son obligation présentait un
défaut de fabrication. Le débiteur doit répondre de la chose qu’il utilise pour exécuter son
obligation. Il ne peut pas se prévaloir d’un vice de fabrication pour se défaire de sa
responsabilité en invoquant un évènement de force majeure.
D’autre part, le vice du sang ne constitue pas un évènement de force majeure pour la CC.
Effectivement, les centres de transfusion sanguine ne peuvent pas s’exonérer de leur
responsabilité sur le fondement d’un évènement de force majeure car le débiteur doit
répondre de des choses qu’il utilise pour exécuter ses obligations.
Mais cette solution ne vaut pas en cas de produits défectueux. L’art. 1245-10, 4° CC dispose
que « le producteur est responsable de plein droit à moins qu’il ne prouve que l’état des
connaissances scientifiques et techniques, au moment où il a mis le produit en circulation,
n’a pas permis de déceler l’existence du défaut. » Autrement dit, le vendeur d’un produit
défectueux peut s’exonérer pour risque de développement, s’il prouve qu’au moment de la
commercialisation, personne ne pouvait penser qu’il y aurait des vices.
Il faut que le débiteur n’ait pas eu la possibilité de prévoir l’évènement. Dans le cas
contraire, il aurait dû prévoir l’évènement et adapter son exécution au contrat. Dans tous les
cas, il faut que l’évènement soit imprévisible au jour où les parties ont contracté.
Le débiteur ne doit pas pouvoir éviter cet évènement. Il faut qu’il soit insurmontable pour le
débiteur. A ce titre, notons que l’état de guerre n’est pas toujours un évènement irrésistible.
Il en va de même pour l’état de catastrophe naturelle.
Par exemple, la jurisprudence est sévère vis-à-vis de la SNCF s’agissant des agressions qui
surviennent dans les trains. La SNCF engage sa responsabilité car elle est soumise à une
obligation de sécurité de résultat. De plus, la CC a estimé que ces agressions ne sont pas
irrésistibles pour la SNCF, la présence de contrôleurs devant normalement dissuader ce
genre d’actes.
Lorsque l’obligation porte sur la livraison d’une chose de genre et que cette chose est
détruite, la jurisprudence refuse le plus souvent l’exonération car elle considère que livrer
des choses de genre n’est pas insurmontable pour le débiteur. Idem lorsque l’obligation
porte sur le versement d’une somme d’argent.
B) Le fait du créancier
Dans cette hypothèse, le débiteur n’exécute pas son obligation en raison de l’attitude du
créancier.
Le fait du créancier doit être imprévisible et irrésistible. Dans ce cas-là, le débiteur qui
normalement engage sa responsabilité pourra s’exonérer totalement de sa responsabilité.
Par exemple, le fait pour une personne âgée d’avoir placé son pied dans l’espace entre le
quai et la voiture du métro est irrésistible. S’agissant de la SNCF aussi, la jurisprudence
refuse de considérer que la faute de la victime présente les caractères de la force majeure.
Dans un arrêt de la Chambre mixte de 2008, le fait pour un voyageur d’ouvrir les portes du
train alors en marche et de faire des acrobaties sur les marches et de tomber n’est pas un
évènement de force majeure parce que les conséquences n’étaient pas insurmontables pour
la SNCF. La seule possibilité pour la SNCF de s’exonérer de sa responsabilité est d’arriver à
prouver que la victime a commis une faute intentionnelle si le passager a souhaité de
suicider.
- Il n’est pas certain que cette règle soit toujours d’actualité aujourd’hui puisque dans
un arrêt de 2008, la CC a estimé que la SNCF pouvait soit s’exonérer totalement, soit elle ne
pouvait pas s’exonérer, même partiellement. Cette solution semble circonscrite au transport
ferroviaire. En effet, dans un arrêt de 2015, un passager d’une péniche s’était coincé la main
entre le toit de la péniche et un pont, et la CC a considéré que le propriétaire de la péniche
pouvait s’exonérer partiellement de sa responsabilité. La solution de 2008 ne vaut qu’en
matière contractuelle. Si la responsabilité de la SNCF est engagée sur le plan délictuel, la
SNCF peut s’exonérer partiellement en faisant valoir la faute de la victime (Cass. 2ème Civ. 3
mars 2016).
On se trouve ici dans l’hypothèse où le débiteur n’a pas pu exécuter son obligation en raison
du fait d’un tiers. Rappelons que les salariés ne sont pas considérés comme des tiers. Le tiers
n’a absolument rien à voir avec l’exécution du contrat.
Par exemple, si un avion s’écrase sur un train. Des gens sont blessés ou décèdent. La SNCF
engage sa responsabilité. Mais elle peut faire valoir que le fait du tiers (l’avion qui s’écrase)
était imprévisible et irrésistible, elle pourra entièrement s’exonérer de sa responsabilité.
Si le fait du tiers n’est pas imprévisible ou irrésistible, le débiteur ne peut pas s’exonérer de
sa responsabilité. La victime peut donc demander entièrement réparation. Il sera possible
pour le débiteur après dédommagement complet de se retourner contre le tiers pour
obtenir un remboursement partiel.
Art. 1231 CC : « A moins que l’inexécution est définitive, les dommages et intérêts ne sont
dus que si le débiteur a préalablement été mis en demeure de s’exécuter dans un délai
raisonnable. »
En droit français, le simple fait qu’un débiteur n’exécute pas son obligation ne suffit pas pour
engager sa responsabilité contractuelle. Elle nécessite obligatoirement une mise en demeure
adressée par le créancier à son débiteur l’informant qu’il dispose d’un délai supplémentaire
raisonnable pour exécuter son obligation. Cette mise en demeure est obligatoire quelle que
soit la sanction envisagée, sauf lorsque le créancier se prévaut de l’exception d’inexécution
ou lorsqu’il demande la résolution du contrat en justice.
-> Art. 1344 CC : « Le débiteur est mis en demeure de payer soit par une sommation ou un
acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de
l’obligation. » C’est un acte comminatoire. Il peut s’agir d’une sommation, qui est un acte
d’huissier par lequel le créancier demande au débiteur de s’exécuter quand le créancier ne
dispose que d’un acte privé. Il peut aussi être un commandement de payer. A ce moment-là,
le créancier doit disposer d’un acte exécutoire ou d’un acte authentique. Dès que le terme
est échu, la mise en demeure est automatique. A ce moment-là, le débiteur dispose encore
d’un petit délai pour s’exécuter.
La jurisprudence fait une distinction entre les dommages et intérêts moratoires et les
dommages et intérêts compensatoires. Il est logique que la mise en demeure soit nécessaire
pour les dommages et intérêts moratoires. La mise en demeure est aussi nécessaire pour les
dommages et intérêts compensatoires, sauf exceptions. Ainsi, elle est inutile lorsque
l’inexécution est définitive, c’est-à-dire lorsque l’exécution n’est plus possible. La mise en
demeure n’est pas non plus nécessaire si l’inexécution ne présente aucun intérêt pour le
créancier.
Lorsqu’il s’agit d’un contrat translatif de propriété, les risques de la chose sont supportés par
l’acheteur. Cette règle vaut pour les corps certains. Si le vendeur ne livre pas le bien et que
son acheteur le met en demeure de le livrer, les risques passés sur l’acheteur repassent sur
le vendeur. Le vendeur est en quelque sorte en faute et doit donc en supporter les risques.
Ce n’est qu’à partir de la mise en demeure que les risques passent sur le vendeur (art. 1196,
alinéa 3 CC).
La réparation en nature ne peut avoir lieu que si le créancier la demande. Elle n’est donc pas
imposée, sauf exception en matière de droit de la consommation. En effet, si la chose est
défectueuse, l’acheteur est obligé d’accepter une réparation ou un remplacement en nature.
Si la réparation s’opère par équivalent, elle prend la forme d’un versement d’une somme
d’argent, que sont les dommages et intérêts, sachant que le créancier n’est pas obligé
d’utiliser les dommages et intérêts pour réparer ou remplacer la chose ; il est libre de les
utiliser comme bon lui semble.
S’agissant de l’évaluation des dommages et intérêts, c’est le juge qui se prononce. Si l’objet
d’une obligation ne porte pas sur une somme d’argent, plusieurs questions se posent.
S’agissant d’abord de la date, le tribunal peut se placer au moment où le contrat n’a pas été
exécuté ou au moment où il statut. Mais selon la jurisprudence, l’évaluation du dommage
s’effectue au moment où le tribunal statut.
2. Le moment de la réparation
En matière civile, les dommages et intérêts ont seulement une fonction compensatoire et
c’est tout le préjudice qui doit être réparé. La réparation du préjudice est intégrale et on ne
répare que le préjudice. La réparation ne doit pas aller au-delà.
Cette double règle est critiquée aujourd’hui, d’abord sur le fait qu’il faut réparer tout le
préjudice. En effet, il arrive parfois que la victime profite d’une manière discutable de la
réparation. Souvent, alors même qu’elle pourrait minimiser le dommage, la victime ne fait
rien. Pour réagir face à cela, certains droits étrangers posent le principe selon lequel la
victime n’est indemnisée que du dommage qu’elle ne pas pouvait éviter. Mais en France, on
n’est pas favorable à ce principe. On trouve cette solution dans des arrêts de 2003, qui a été
reprise encore aujourd’hui, si bien qu’elle semble bien ancrée dans notre droit. Le projet de
réforme du droit de la responsabilité prévoirait en matière contractuelle l’obligation pour la
victime de prendre des mesures si ces dernières permettent d’éviter l’aggravation du
dommage qu’elle a subi. A contrario, elle n’est pas obligée de faire des efforts pour
minimiser son dommage actuel. En outre, cette obligation ne vaut pas en matière
délictuelle. La victime n’est donc pas dans l’obligation de prendre des mesures pour éviter
que son dommage s’aggrave car le dommage corporel sortirait de la responsabilité
contractuelle si l’avant-projet était adopté. Le cout d’assurance par exemple.
La deuxième partie de la règle selon laquelle la réparation ne peut pas dépasser le préjudice
subi pose également problème. Qu’en est-il des fautes lucratives ? Les fautes lucratives sont
des fautes qui rapportent beaucoup plus qu’elles ne coûtent. On les trouve plutôt en
matière délictuelle. Certains proposent en France de sanctionner le débiteur en lui imposant
des dommages et intérêts compensatoires et des dommages et intérêts punitifs. Si ce
principe n’est pas reconnu en droit français, les juges se débrouillent pour gonfler le
montant du dommage moral pour indirectement condamner l’auteur de ces agissements par
le biais des dommages et intérêts punitifs. S’agissant encore de la vétusté de la chose, on se
trouve dans l’hypothèse où une chose a été confiée par le créancier au débiteur et cette
chose a été détruite ou abîmée. Faut-il prendre en compte la valeur de la chose au moment
de sa destruction ou au moment de son remplacement ? Aucune des deux situations n’est
vraiment la bonne. En principe, la CC est favorable à la prise en compte d’un coefficient de
vétusté qui permet d’indemniser le bien détruit par remplacement. Parfois, seule la valeur
réelle du bien (valeur vénale) est prise en considération. De plus, lorsque le marché de
l’occasion est un marché important, le créancier obtient une indemnité qui lui permet
d’acheter un bien identique à la valeur qu’il l’a perdu. Il en est de même lorsque la valeur
vénale est plus importante que la valeur de remplacement. Enfin, la solution est l’identique
si le bien n’a pas été utilisé depuis longtemps. L’idée pour conclure est que le créancier ne
doit pas être perdant mais il ne doit pas non plus s’enrichir sur le dos du débiteur.
B. L’hypothèse
Voyons maintenant l’hypothèse selon laquelle le montant des dommages et intérêts a pour
objet une obligation portant sur une somme d’argent. Les dommages et intérêts qui
pourraient être obtenus par le créancier ne peuvent pas être des dommages et intérêts
compensatoires car le montant des dommages et intérêts serait égal à la somme que doit
verser le débiteur et ce dernier ne serait donc pas condamner. La sanction normale dans ce
cas-là est une exécution forcée au moyen d’une saisie si possible. Si la saisie aboutit, cette
exécution forcée ne va permettre qu’une exécution tardive. Et c’est le préjudice causé par ce
retard qui sera réparé par le biais de versement de dommages et intérêts moratoires.
-> Art. 1231-6, alinéa 2 CC : « Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit
tenu de justifier d’aucune perte. »
Ce préjudice est fixé de manière forfaitaire. Il consiste dans l’intérêt au taux légal (art. 1231-
6, alinéa 1 CC). On multiplie la somme due par le taux légal des intérêts au jour où le juge
statut. Le problème est que le taux est extrêmement bas. Par exemple, il était de 4 % en
2009, alors qu’il n’était plus que de 0,65 % en 2010. En 2014, le législateur a donc modifié la
méthode de calcul et on a distingué selon la nature du créancier. S’il est un particulier, le
taux sera rehaussé. Pour le 1er semestre 2017, le taux est de 4,16 %. Si le créancier n’est pas
un particulier, le taux reste bas. Dans tous les cas, le débiteur n’est pas incité à rembourser
les sommes dues.
L’art. 1236 CC n’est pas une règle d’ordre public. Les parties peuvent donc y déroger en y
insérant des clauses au contrat. En pratique, les parties prévoient souvent des clauses
aménageant le régime de la responsabilité contractuelle.
Les parties à un contrat peuvent stipuler différentes clauses qui vont modifier la
responsabilité contractuelle. Certaines agissent sur le contenu, d’autres sur le régime et
d’autres encore sur le montant des dommages et intérêts.
Ce sont des clauses qui vont alléger ou alourdir les obligations mises à la charge des parties.
Par exemple, dans le droit commun du bail, le locataire n’est tenu que des réparations
locatives. Mais il est possible d’insérer une clause mettant à la charge du locataire toutes les
réparations. Pour cela, on insère au contrat une clause limitative d’obligation. Dans ce cas,
le débiteur n’assume que certaines obligations mises à sa charge.
Les clauses limitatives d’obligation sont en principe valables. Mais il y a des exceptions
découlant de la loi ou de la jurisprudence qui les rendent illicites, notamment si la clause
écarte une obligation essentielle du contrat. Elle l’est également si elle supprime une
obligation d’ordre public. Ces clauses ne sont pas très fréquentes en pratique.
La clause de garantie en est l’exemple type. C’est la clause qui interdit le débiteur de
s’exonérer de sa responsabilité. On trouve notamment les garanties conventionnelles et la
garantie légale prévue par le CC, qui est de deux ans.
Ces clauses permettent de limiter voire de supprimer les dommages et intérêts qui seraient
dus en cas d’inexécution par le débiteur de ses obligations. Par principe, ces clauses sont
valables en vertu du principe de la liberté contractuelle car elles sont parfois avantageuses
pour le débiteur. Elles permettent aussi au débiteur de s’assurer en fonction du montant des
dommages et intérêts qu’il devrait verser.
Néanmoins, ces clauses n’incitent pas le débiteur à exécuter ses obligations. Aussi, ces
clauses ont été contrôlées.
● Certaines clauses sont interdites par la loi. C’est par exemple le cas du transport de
marchandises. C’est aussi et surtout le cas des listes noires présumées abusives énumérées
par le droit de la consommation. De même, l’art. 1245-14 CC, qui intervient sur la
responsabilité du fait des produits défectueux, interdit les clauses qui limitent ou écartent la
responsabilité. Surtout, l’ordonnance du 10 février 2016 réformant le droit des obligations a
inséré dans le CC un art. 1170 selon lequel « toute clause qui prive de sa substance
l’obligation essentielle du débiteur est réputée non écrite. » Toutes les clauses sont visées
par cet article.
Ce nouvel article est la consécration de l’arrêt Chronopost (1996). A la suite cet arrêt, la CC
supprimait systématiquement les clauses limitatives ou exclusives de responsabilité du seul
fait que le débiteur n’exécutait pas son obligation essentielle sans se préoccuper des autres
clauses ou des conditions de la conclusion du contrat. Cela revenait à faire peser une épée
de Damoclès sur toutes les clauses de responsabilité.
C’est dans ces conditions que s’est présentée l’affaire Faurecia. Dans une décision de 2007,
la CC déclarait que « le manquement à une obligation essentielle suffit à réputer la clause de
responsabilité non écrite. » Mais dans un arrêt du 29 juin 2010, l’arrêt Faurecia 2, la CC a pris
partie en faveur de la clause limitative de responsabilité : La clause de responsabilité ne doit
être réputée non écrite que si elle contredit la portée de l’obligation essentielle souscrite par
le débiteur. Or, à partir du moment où la clause fixait un plafond de réparation
habituellement retenue, où le montant n’était pas dérisoire et où la clause avait été
négociée en contrepartie d’une baisse de prix importante, on ne peut pas considérer que la
clause de responsabilité vidait de toute substance l’obligation essentielle du débiteur. Cette
solution a été confirmée dans l’art. 1170 CC.
Cet article ne condamne pas toutes les clauses limitatives ou exclusives de responsabilité ;
tout dépend des conditions dans lesquelles le contrat a été conclu.
● Les juges refusent de produire des effets à cette clause lorsque le dommage subi
est un dommage corporel. Par exemple, des juges ont estimé qu’un médecin ne pouvait pas
limiter sa responsabilité. Mais les articles R. 212-1, 6° CC° et 1245-14 CC interdisent les
clauses limitatives et exclusives de responsabilité. Cette règle serait généralisée dans l’avant-
projet du droit de la responsabilité, sachant qu’en matière délictuelle, la responsabilité ne
pourra pas être limitée ou exclue en cas de dommage corporel.
Dans les années 90, la CC est revenue à une conception normale de la faute lourde, qui a été
reprise dans l’arrêt Faurecia 2. Aujourd’hui, la faute lourde n’est plus le fait pour le débiteur
de ne plus exécuter une obligation fondamentale. La liberté contractuelle l’emporte
aujourd’hui.
La clause pénale permet de fixer forfaitairement le montant des dommages et intérêts dus
en cas d’inexécution par une partie de ses obligations, peu important la réalité du préjudice
subi. Cette clause est parfaitement valable sauf exceptions et est présumée abusive
lorsqu’elle impose au consommateur qui n’exécute pas ses obligations une indemnité
manifestement disproportionnée (art. R. 132-3, 3° CC°).
La clause pénale est régie aujourd’hui par l’art. 1231-5 CC. En insérant une clause pénale, les
parties peuvent poursuivre des buts divers :
- Echapper aux difficultés d’évaluation des dommages et intérêts ;
- Inciter le débiteur à exécuter ses obligations en insérant au contrat une clause
pénale d’un montant très élevé.
En pratique, la clause pénale a conduit à des excès, si bien que le législateur a décidé
d’intervenir. Deux lois datant de 1975 et 1985 existaient déjà et dans ces deux lois le
législateur a octroyé au juge un pouvoir de révision de la clause pénale. Ces lois ont été
considérées comme étant les plus importantes du siècle puisque c’était la première fois que
le juge intervenait sur le contenu du contrat. Ces deux lois ont été reprise à l’article 1231-5,
alinéa 2 CC qui prévoit que si le juge peut intervenir, « [il] peut, même d’office, modérer ou
augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. »
Selon cet article, on a le droit de prévoir une pénalité importante mais pas d’abuser sur le
montant.
La CC a toujours voulu garder un contrôle : les juges doivent expliquer les motifs de la
révision, c’est-à-dire expliquer en quoi la clause est manifestement excessive. Le juge peut
intervenir également en cas d’exécution partielle. La pénalité convenue peut être diminuée
par le juge même d’office, en l’application de l’alinéa précédent. Dans un arrêt de 1991 de la
Chambre commerciale, la CC a décidé que le juge ne pouvait pas diminuer la pénalité à
proportion de l’intérêt que l’exécution partielle a donné au créancier lorsque les parties ont-
elles-mêmes prévu une diminution de la peine. Effectivement, selon l’art. 1231-5, alinéa 4
CC, il s’agit d’une disposition d’ordre public. Ce n’est qu’une faculté qui est offerte au juge ;
c’est à lui de décider.
___________________________________________________________________________
Les délits et quasi-délits sont des faits illicites qui, quand ils entraînent un dommage pour
autrui, entraînent à la charge de leur auteur, l’obligation de verser des dommages et intérêts
à la victime. On parle de délit lorsque le fait est licite et volontaire et on parle de quasi-délit
lorsque le fait n’est pas volontaire (faute d’imprudence ou de négligence).
Les quasi-contrats sont des faits volontaires et licites qui vont donner naissance à des
obligations qui n’ont pas été spécialement voulues. Le quasi-contrat le plus connu est la
gestion d’affaires. La gestion d’affaires est la situation où une personne (le gérant) accomplit
un acte dans l’intérêt et pour le compte d’une autre personne (le géré) sans avoir reçu
mandat de celui-ci. Par exemple, une personne a récupéré les clés de son voisin. Pour éviter
que l’appartement soit cambriolé, le voisin qui a les clés a fait réparer la vitre qui avait été
brisée.
En droit français, un même fait peut être à la fois source d’une responsabilité civile (droit
civil) et source de responsabilité pénale (droit pénal). Par exemple, une personne porte des
coups à une autre. Ce fait peut être poursuivi pénalement et en même temps civilement. En
principe, les fonctions et les buts des deux responsabilités sont différents.
Quel est l’intérêt pour la victime d’intenter une action devant le juge pénal et non devant le
juge civil ? Devant le juge civil, c’est à la victime d’apporter la preuve du préjudice subi et du
fait générateur alors que devant le juge pénal, c’est à ce dernier de rechercher les moyens
de preuve. Si la victime n’a pas subi de préjudice, cette dernière ne peut pas intenter une
action pénale et elle peut seulement déclencher l’action publique.
Les rapports entre les deux ont longtemps été fondés sur le fait qu’il y a primauté du droit
pénal sur le civil. Le juge civil n’a pas le droit de rendre une décision en contradiction avec la
décision pénale. Si le juge pénal condamne une personne et que l’infraction a causé un
préjudice, le juge civil était obligé de considérer qu’il y avait une faute et que l’auteur de
l’infraction devait indemniser la victime du préjudice subi. Inversement, un acquittement au
pénal signifiait nécessairement absence de responsabilité sur le plan civil. Aujourd’hui, cette
primauté est considérablement limitée :
- L’autorité du pénal sur le civil ne joue que si l’action civile est fondée sur la faute.
Elle ne joue donc pas si l’action civile est fondée sur un autre régime de responsabilité (par
exemple la responsabilité du fait des choses) ;
- L’autorité du pénal sur le civil ne joue pas non plus si l’infraction a été commise par
une personne privée de discernement. Mais rien n’empêche qu’elle engage sa responsabilité
sur le plan civil.
- Depuis une loi intervenue en 2000, l’autorité du pénal sur le civil ne vaut réellement
que pour les fautes intentionnelles. En général, au pénal toutes les actions sont
intentionnelles. Il faut un élément moral, c’est-à-dire une intention de mal agir. Néanmoins,
il existe des infractions non-intentionnelles, comme par exemple la mise en danger délibérée
d’autrui ou l’homicide involontaire. Pour les fautes non-intentionnelles, l’autorité du pénal
sur le civil ne joue que si le juge pénal a rendu une décision de condamnation, sachant que la
loi exige dans cette hypothèse une faute caractérisée. Si en présence d’une faute non-
intentionnelle, on considère que l’auteur de l’homicide a commis une faute qualifiée, le juge
civil devra considérer qu’il y a faute et responsabilité sur le plan civil. En revanche, un
acquittement au pénal ne signifiera pas nécessairement absence de responsabilité au civil.
Le juge civil peut très bien retenir une faute d’imprudence ou de négligence qui entraînera la
responsabilité civile de l’auteur de la faute non-intentionnelle. Cette solution de 2000 a été
posée par l’art. 4-1 CPP.
Les différences qui existent sont de moins en moins importantes. L’avant-projet réformant le
droit de la responsabilité part du principe qu’il n’existe qu’une seule responsabilité.
Certaines différences relèvent des conditions et d’autres des modalités de mise en œuvre.
Par exemple, si un consommateur glisse dans les escaliers dans un bar et se blesse. Le
propriétaire du bar peut-il s’exonérer en faisant valoir une clause limitative de
responsabilité ? En matière contractuelle, les clauses limitatives de responsabilité sont
valables, mais en droit de la consommation ce n’est pas le cas.
L’avant-projet entend modifier cette règle. Le futur art. 1281 CC prévoit que les clauses de
responsabilité seraient admises même en matière extracontractuelle. Mais les choses ne
sont pas modifiées en profondeur. Tout d’abord, selon cet article, les clauses de
responsabilité ne pourront pas jouer en cas de dommage corporel. Ensuite, ces clauses ne
fonctionneront pas non plus en cas de faute de l’auteur du dommage. Elles ne joueront que
si l’action est intentée dans un régime de responsabilité sans faute. L’exclusion jouera donc
non seulement si la faute est intentionnelle et non-intentionnelle. Enfin, les clauses de
responsabilité ne seront opposables à la victime que si elle les a acceptées, et ce de manière
non-équivoque. Imaginons par exemple qu’un contrat ne soit pas exécuté et que
l’inexécution crée un préjudice pour un tiers, ce tiers ne pourra pas se voir opposer les
clauses de responsabilité figurant au contrat car il ne les a pas acceptées de manière
équivoque. Effectivement, dans quelle hypothèse une personne victime d’un dommage, sans
qu’il y ait un contrat, peut-elle avoir accepté une clause limitative de responsabilité ?
La première différence est qu’en matière contractuelle, en principe, une mise en demeure
est nécessaire alors que ce n’est pas le cas en matière délictuelle. De plus, auparavant, en
matière délictuelle, la prescription était de 10 ans et 30 ans en matière contractuelle. Une
réforme est intervenue en 2008 et l’action en responsabilité contractuelle et délictuelle se
prescrivent désormais pour 5 ans (art. 2224 CC). Pour les actions en responsabilité qui ont
entraîné un dommage corporel, le délai est de 10 ans. On a donc maintenu des délais de
prescription différents comme l’action en garantie des vices cachés en matière de contrat de
vente.
Le problème est que cette règle se retourne parfois contre les victimes car elle leur interdit
d’utiliser l’action en responsabilité du fait des choses. Dans un arrêt de la 1ère Chambre civile
de la Cour de cassation le 29 juin 2012, un garçon jouait dans une aire de jeux qui était
rattachée à un restaurant. L’enfant perd son doigt alors qu’il jouait près d’un grillage. Les
parents ont intenté une action en responsabilité contre le propriétaire du restaurant. En
matière contractuelle, le propriétaire est tenu d’une obligation de sécurité de moyens. Les
parents doivent donc prouver la faute du propriétaire. Selon la CC, le propriétaire n’avait pas
commis de faute. Si on avait pu aller sur le terrain délictuel, les parents auraient pu utiliser la
responsabilité du fait des choses. Le simple fait que le grillage ait appartenu au propriétaire
aurait pu suffire à engager sa responsabilité en prouvant la faute. Mais selon le principe de
non-cumul des responsabilités, on est obligé d’intenter une action sur le terrain contractuel
si les relations entre les individus concernés sont encadrées par un contrat.
L’avant-projet maintient le principe de non-cumul. Cela dit, même si les dommages corporels
résultent de l’inexécution d’un contrat, l’action en responsabilité sera délictuelle.
En outre, la CC décide que la responsabilité médicale est fondée sur le code de la santé
publique, qu’il y ait contrat ou non entre le médecin et le patient.
La remise en cause de la distinction est également légale. Le législateur a estimé que dans de
nombreux cas, le fait qu’il y ait deux responsabilités différentes était source de difficultés. En
effet, parfois, la victime directe est moins bien indemnisée que la victime indirecte car tous
les deux ont intenté des actions en responsabilité différentes.
Dans certaines lois récentes, le législateur a décidé de dépasser cette distinction entre les
deux responsabilités. Le régime de responsabilité sera le même, qu’il y ait un contrat ou non.
La loi Badinter de 1985 sur les accidents de la circulation s’applique dans ce cas-là. Cette
distinction a aussi été dépassée dans la loi de 1998 sur les produits défectueux. L’avant-
projet tend aussi à limiter les différences.
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Au départ, la responsabilité sur le plan délictuel était basée sur la faute. Aujourd’hui, on
mixe responsabilité subjective (cas où une faute doit être prouvée) et responsabilité
objective. Aussi, le concept de responsabilité est concurrencé par celui d’indemnisation.
Paragraphe 1 : Un système de responsabilité directement lié sur la faute
Les nouveaux art. 1240 et 1241 CC consacrent un principe général de responsabilité du fait
personnel. Il existe aussi d’autres régimes de responsabilité. Dès 1804, on dit par exemple
que les parents sont responsables du fait de leurs enfants (art. 1242, alinéa 4 CC).
Ce système présente l’avantage de jouer un rôle préventif. L’idée est que les gens vont être
incités à ne pas commettre de faute s’ils savent que seule leur faute peut engager leur
responsabilité civile. Mais ce système présentait un gros désavantage pour les victimes si
elles n’arrivaient pas à prouver la faute de l’auteur. C’est pourquoi, le législateur et la CC ont
essayé de mettre en place des régimes de responsabilité qui ne soient pas fondés sur la
faute.
En 1898, une première loi a été votée en matière de responsabilité de l’employeur vis-à-vis
de leurs salariés. Ensuite, en 1930, la jurisprudence, sur le fondement du nouvel art. 1242,
alinéa 1 CC, a dégagé un principe général de responsabilité du fait des choses. Ce principe
impose une garantie de plein droit au gardien de la chose. La jurisprudence a durcit le
régime de responsabilité du fait d’autrui en posant des présomptions irréfragables de faute.
Néanmoins, malgré ces efforts, il est arrivé que certaines victimes ne puissent pas obtenir
réparation. Or, aujourd’hui, il y a une volonté de la société de faire en sorte que les victimes
puissent obtenir réparation systématiquement. Il n’empêche que le législateur est sensible
au principe selon lequel tout préjudice doit être réparé. C’est pourquoi, il a créé des lois qui
permettent d’indemniser la victime.
On retrouve la philosophie de la loi Badinter. Cette loi ouvre droit à indemnisation toute
victime d’un accident de la circulation dans lequel est impliqué un véhicule terrestre à
moteur. Pour cela, il suffit qu’il ait joué un rôle dans l’accident, qu’il ait été présent.
Il existe de nombreux régimes d’indemnisation qui ne sont pas fondés sur la responsabilité.
Par exemple, le régime de la sécurité sociale indemnise toute victime d’un dommage
corporel. Il existe aussi un nombre important de fonds de garantie mis en place par l’Etat.
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La première condition est l’existence d’un dommage. L’art. 1240 CC y fait expressément
allusion. C’est à la victime d’apporter la preuve de son préjudice. Et le préjudice n’est
réparable que s’il présente certains caractères.
Les victimes par ricochet (généralement les héritiers), peuvent-elles obtenir réparation du
préjudice qu’elles ont subi ? Ils peuvent obtenir réparation au nom de leur auteur décédé ou
en leur nom propre. Lorsque les victimes par ricochet n’ont pas la qualité d’héritier
(concubin par exemple), peuvent-elles obtenir réparation ? Initialement, la jurisprudence
exigeait que la victime prouve la lésion d’un intérêt légitime juridiquement protégé. On
enlève donc la maitresse, la fiancée et la concubine. La jurisprudence a décidé de modifier
cette règle. Dans l’arrêt Dangereux rendu par la Chambre mixte, la CC a tranché en faveur de
la concubine car le nouvel art. 1240 CC n’exige pas un lien de droit entre le défunt et le
demandeur en indemnisation.
Paragraphe 1 : La faute
Pendant longtemps, pour qu’une faute soit constituée, il fallait un élément objectif et un
élément subjectif. Aujourd’hui, le droit français ne retient que l’élément objectif.
La notion de faute est complexe en droit civil. C’est pourquoi, on peut définir la faute comme
une erreur de conduite. Mais cette définition reste encore vague, si bien que dans certains
cas, il est difficile de savoir si tel fait est constitutif d’une faute ou non. Par exemple, le fait
d’injurier quelqu’un lors d’une émission de télé pourrait constituer une faute.
Pendant longtemps, on considérait que le fait dommageable puisse être reproché à celui qui
l’a commis. On considérait que ceux qui n’avaient pas conscience de leurs actes ne
pouvaient pas commettre de faute : les infans et les déficients majeurs.
L’évolution trouve son point de départ dans une loi de 1968 qui a insérée un art. 414-3 CC
[réformé] : « Celui qui a causé un dommage à autrui alors qu’il était sous l’empire d’un
trouble mental n’en est pas moins obligé à réparation. »
Cet article s’appliquait alors aux majeurs déficients. Peut-il être appliqué aux mineurs
déficients mentaux et aux infans ? Certains ont dit que l’article ne pouvait pas concerner les
mineurs déficients et les infans car cet article a été intégré à la protection des majeurs dans
le CC. D’autres étaient favorables à un domaine d’application plus large car l’article utilise le
terme général « celui ». C’est cette dernière solution qui a été adoptée pendant longtemps.
Par exemple, dans un arrêt Lemaire du 9 mai 1984 rendu par l’Assemblée plénière, les juges
ont relevé qu’un infans pouvait être fautif.
Certains ont pensé que la loi de 1968 avait créé un nouveau régime de responsabilité sans
faute. Certains juges du fond ont même engagé la responsabilité de déments du seul fait que
ces derniers avaient commis une faute. Mais cela revenait à dire que les déments étaient
traités plus sévèrement que les personnes lucides, ce qui était aberrant. La jurisprudence est
donc revenue sur cette solution et a dit que la responsabilité des déments ne serait engagée
que si ces derniers avaient eu un comportement fautif ou avait fait une erreur de conduite
que n’aurait pas commise une personne raisonnable.
La faute par commission revient à faire ce qui n’était pas autorisé de faire, tandis que la
faute par omission consiste en le fait de ne pas avoir agi. Elle est admise sans problème en
matière délictuelle puisqu’elle résulte de la violation d’une obligation légale. Les difficultés
se présentent lorsqu’aucun texte ne prescrit d’agir dans un certain sens. Les juges
considèrent que la faute par omission peut être présente en matière délictuelle s’il apparaît
que, placée dans la même situation, une personne raisonnable n’aurait pas agi ainsi.
Faute intentionnelle : Art. 1240 CC : « Tout fait (faute) quelconque de l’homme, qui cause à
autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
En matière contractuelle, la faute intentionnelle (appelée faute dolosive) existe quand l’une
des parties ne voulait pas exécuter son obligation. En matière délictuelle, la faute est
intentionnelle quand on souhaite causer un dommage à autrui. En matière civile, puisqu’il
faut réparer le dommage, le caractère de la faute n’a pas d’importance.
C) L’abus de droit
Une personne peut-elle commettre une faute alors qu’elle se contente d’exécuter un droit
qui lui est reconnu par la loi ? En principe, on ne peut pas abuser de ses droits. Selon la
jurisprudence, certains droits peuvent être exercés sans limite (droits discrétionnaires
absolus) et certains droits sont susceptibles d’abus. Par exemple, les ascendants ont le droit
discrétionnaire absolu de s’opposer au mariage de leurs descendants pour des motifs
valables. Mais cette règle s’appliquait essentiellement pour les jeunes filles qui avaient,
jusqu’en 2006, la possibilité de se marier à partir de 15 ans (art. 144 CC) ; le but étant de
lutter contre les mariages forcés. D’autre part, le droit du propriétaire de s’opposer à ce
qu’on empiète sur sa propriété est également un droit qui n’est pas susceptible d’abus.
La jurisprudence a estimé que l’exercice d’un droit peut devenir abusif et donc fautif
lorsqu’une personne a exercé ce droit dans l’intention de nuire à autrui, ou lorsque ce droit a
été exercé avec négligence ou imprudence (par ex. la rupture brutale des pourparlers). De
même, lorsque le titulaire a détourné son droit de sa finalité première (par ex. un usage
abusif du droit de critique littéraire).
Si l’exercice d’un droit est abusif, celui qui l’aura exercé aura commis une faute et sera
sanctionné par le biais de versements de dommages et intérêts.
Cette exigence découle des art. 1240 et 1241 CC. La preuve d’une faute n’est donc pas
suffisante. Il faut prouver que la faute a causé directement le dommage. Il faut qu’il y ait un
lien direct entre la faute et le dommage subi.
Quel dommage doit-être réparé par l’auteur de la faute ? Si on prend l’exemple d’un cycliste
qui ne s’arrête pas à feu rouge et qui blesse un piéton. Ce dernier perd son travail et tombe
en dépression. Jusqu’où faut-il réparer ? Si l’on retient le système de l’équivalence des
conditions (causes), il y a responsabilité du cycliste fautif dès que sa faute a contribué au
dommage. Si le piéton a fait une dépression, c’est en partie à cause du cycliste. Le cycliste
devrait donc réparer l’ensemble des dommages. Mais si l’on retient le système de la
réparation adéquate, le cycliste ne répare que la faute qu’il a objectivement entraînée. Dans
notre exemple, il devra uniquement réparer les blessures et dommages corporels que le
piéton a subis. En matière délictuelle, depuis 2003, la CC a plutôt tendance à se fonder sur la
théorie de l’équivalence des conditions. Cela dit, aucun système n’est meilleur que l’autre et
son application dépend des faits de l’espèce.
Dans ce système, soit le fautif est responsable du tout, soit il ne l’est de rien. De même, il
faut distinguer selon que le fait de la nature présente les caractères de la force majeure ou
non. Dans un premier cas, le fautif ne peut pas engager sa responsabilité s’il n’y a pas de lien
entre la faute et le dommage résultant de la force majeure. La victime ne peut pas
demander réparation à l’auteur de la faute car il n’y a pas de lien de causalité entre la faute
et le préjudice subi.
Dans cette hypothèse, il y a deux co-responsables. Si le fait d’un tiers est imprévisible et
irrésistible (cas de la force majeure), l’auteur de la faute n’est pas responsable du dommage
car il manque ici le lien de causalité entre la faute et le dommage causé.
Si le fait du tiers n’est pas constitutif de la force majeure, lequel des co-responsables doit
engager sa responsabilité (obligation à la dette) ? De même, celui qui a payé peut-il se
retourner contre l’autre personne (contribution à la dette) ?
S’agissant de l’obligation à la dette, ou les rapports entre les co-auteurs et la victime, la
jurisprudence considère que chacun des co-auteurs est considéré comme responsable et
doit répondre de la totalité du dommage subi par la victime. On dit que les co-auteurs sont
tenus pour le tout, c’est-à-dire « in solidum ». Ils sont donc solidaires. Pour que cette
solution valle, il faut que les deux co-responsables soient fautifs. Cette solution est
extrêmement favorable à la victime si l’un des deux co-auteurs n’est pas solvable ou s’il s’est
sauvé, puisqu’elle pourra demander la réparation de l’intégralité du préjudice. En revanche,
la solution peut sembler injuste pour celui qui a été sanctionné.
Concernant la contribution à la dette, ou le rapport des co-auteurs entre eux, il serait injuste
que la charge définitive de réparation dépende du choix de la victime. Celui qui a payé pour
le tout doit donc pouvoir se retourner contre le ou les autres responsables. On dit que celui
qui a payé pour le tout (le solvens) dispose d’une action récursoire, qui va lui permettre de
se retourner contre les co-responsables.
L’action récursoire trouve son fondement dans l’idée de subrogation personnelle, qui
permet pour une personne de se substituer à une autre personne. Cette technique est visée
à l’art. 1346 CC. Le solvens est dit subrogé dans les droits de la victime. Il y a plusieurs
conséquences à cela. D’abord, l’action du solvens se prescrit par le même délai que l’action
de la victime. De plus, l’éventuelle renonciation de la victime s’impose au solvens.
Il y a plusieurs hypothèses :
- Si les deux co-auteurs sont fautifs, la répartition se fait en fonction de la gravité de
la faute ;
- Si la faute ne résulte que d’un seul co-auteur, celui qui paye le tout est le fautif. Si le
solvens est le fautif, ce dernier ne peut pas se retourner contre un non-fautif. Si le solvens
est un non-fautif, il peut se retourner contre le fautif pour l’intégralité ;
- Si aucun des co-auteurs n’a commis une faute, la répartition se fait par part virile,
c’est-à-dire par personne.
Ici, la victime est intervenue sans avoir commis de faute. On estime que le fait non-fautif de
la victime n’entraîne aucune exonération de sa responsabilité pour le fautif. La victime aurait
aussi pu accepter les risques. Dans ce cas-là, l’acceptation des risques ne permet pas de
s’exonérer partiellement de sa responsabilité sauf si l’acceptation est anormale. De plus, les
prédispositions de la victime peuvent-elles permettre à l’auteur de la faute de s’exonérer de
sa responsabilité ? La réponse est négative.
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Dans l’esprit des rédacteurs du CC en 1804, cette liste limitative reposait sur une idée de
faute. Si les parents sont déclarés responsables, on présume qu’ils ont mal surveillés leurs
enfants ou même qu’ils ne les ont pas bien élevés. La solution a été sévère pour ces divers
responsables. Mais il faut bien indemniser les victimes. De plus, les parents sont investis
d’une certaine autorité et la présomption de surveillance se justifie parfaitement. Il est
normal qu’ils soient responsables si leurs enfants commettent un dommage. Enfin, ils sont
tous assurés donc aucun problème de réparation ne se poserait.
Cette conception de la responsabilité est fondée sur un principe négatif. Elle semble avoir
été renversée dans un arrêt de 1989, qui a posé un principe général de responsabilité du fait
d’autrui (art. 1242, alinéa 1). Ces responsabilités sont automatiques. On n’a donc pas besoin
de prouver que les responsables visés à cet article ont commis une faute. Leur responsabilité
sera engagée automatiquement si la responsabilité des personnes sous leur responsabilité
(enfants, commettants…) est engagée. La responsabilité des garants est une responsabilité
accessoire car elle ne fait que se rajouter à la responsabilité de l’auteur direct du dommage.
Elle ne se substitue pas à la responsabilité de l’auteur du dommage. Par exemple, la
responsabilité des parents ne peut pas se substituer à la responsabilité d’un mineur sous
leur responsabilité, qui a causé un dommage.
Aujourd’hui, les enfants sont plus libres. Les parents doivent donc s’assurer des dommages
que causent leurs enfants.
Art. 1242, alinéa 4 CC : « Le père et la mère, en tant qu’ils exercent l’autorité parentale,
sont solidairement responsables du dommage causé par leurs enfants mineurs habitant
avec eux. »
La loi de 2002 dit que l’autorité parentale a été attribuée de droit aux deux parents, qu’ils
exercent ensemble. De plus, on ne distingue plus selon que l’enfant est légitime ou naturel.
On parle aujourd’hui d’enfant né dans ou hors mariage. Cela signifie que même en cas de
divorce, le père garde l’exercice de l’autorité parentale, même si l’enfant vit chez sa mère.
Cette solution est favorable aux victimes.
Il faut que l’enfant soit mineur au moment de l’acte dommageable et non nécessairement au
moment de l’action en justice. Les parents ne sont pas responsables non plus de l’enfant
émancipé. Cette règle est défavorable aux victimes, surtout depuis que l’âge de la majorité a
été abaissé, car les jeunes n’ont pas beaucoup d’argent en principe.
Cette exigence était logique en 1804. On en déduisait que la responsabilité des parents ne
pouvait pas être engagée si l’enfant était en internat ou s’il commettait un acte
dommageable s’il était en colonie. Cette règle était très défavorable aux victimes. Mais
aujourd’hui, la notion de cohabitation est vidée de sa substance et les juges ont consacré la
notion de cohabitation juridique. Selon cette notion, l’enfant cohabite avec ses parents du
seul fait qu’il n’ait pas été placé ailleurs par une décision de justice. Cette évolution était
inéluctable depuis que la CC a fait de la responsabilité des parents une responsabilité qui
n’est plus fondée sur une présomption de faute mais sur une responsabilité objective.
Depuis 1997, les parents n’ont plus le droit de s’exonérer de leur responsabilité en prouvant
qu’ils n’ont pas commis de faute. Il n’est donc plus utile que l’enfant habite avec eux.
Cette condition d’habitation devient inopportune en cas de séparation des parents. En effet,
si les parents sont divorcés et si l’enfant a sa résidence habituelle chez l’un deux, les deux
parents sont titulaires et ont l’exercice de l’autorité parentale mais l’action pourra être
intentée contre la mère (le plus souvent) en cas de faute de l’enfant, même si l’acte
dommageable a eu lieu chez le père de l’enfant. Mais d’ici quelques mois, cette notion de
cohabitation devrait être supprimée.
D) L’acte de l’enfant doit être la cause du dommage
Soit on exige, pour que la responsabilité des parents puisse être engagée, que celle de
l’enfant l’est aussi, soit on se contente de ce que l’enfant ait été à l’origine du dommage.
- La responsabilité des parents ne fait que s’ajouter à celle de l’enfant. Il faut donc
que la responsabilité de l’enfant soit engagée pour que celle des parents le soit également.
L’arrêt Lemaire du 9 mai 1984 rappelle que l’infans peut commettre une faute alors qu’il n’a
pas conscience de ses actes ;
- Dans un arrêt Fuellenwarth, également rendu le 9 mai 1984, la CC a jugé que « pour
que soit présumée la responsabilité des pères et mères d’un mineur habitant avec eux, il
suffit que celui-ci ait commis un acte qui soit la cause directe du dommage invoqué par la
victime. » Il suffit en fait de montrer que l’enfant ait commis le dommage pour que la
responsabilité des parents soit engagée. Mais le 10 mai 2001, dans un arrêt Levert, la CC a
relevé que « la responsabilité de plein droit des parents (sans preuve d’une faute) n’est pas
subordonnée à l’existence d’une faute de l’enfant. »
En clair, depuis 2001 et cet arrêt Levert, la responsabilité des parents peut être engagée
même si l’enfant a eu un comportement tout-à-fait normal. Il suffit que ce dernier ait été à
l’origine du dommage. Dans cette hypothèse, le recours des parents contre leur enfant est
impossible car ils ne peuvent pas engager la responsabilité de leur enfant.
Cette solution a été très critiquée, d’abord parce qu’elle n’inciterait pas les enfants à
adopter un comportement correct et elle n’inciterait pas non plus les parents à bien éduquer
leurs enfants. De plus, cette solution conduirait à des différences de traitements qui sont
difficilement justiciables. En effet, si l’auteur du dommage a 19 ans, la victime ne peut pas
obtenir réparation car l’auteur du dommage est majeur. En revanche, s’il est mineur, la
victime peut obtenir réparation même si l’auteur du dommage n’est pas responsable. Enfin,
cette solution ferait de la responsabilité des parents autre chose que la responsabilité du fait
d’autrui. On serait passé d’une responsabilité pour faute à une responsabilité objective. On
ne peut même plus dire que les parents sont responsables du fait d’autrui puisqu’à l’origine
de leur responsabilité, il n’y a même plus de fait d’autrui. Cela dit, cette solution peut se
justifier si l’on fait valoir que les parents sont assurés par les dommages causés par leurs
enfants.
Il faut noter que cette solution est abandonnée dans l’avant-projet de réforme de la
responsabilité.
Selon l’art. 1242, alinéa 7 CC, les parents sont responsables à moins qu’ils prouvent qu’ils
n’aient pu empêcher le fait donnant lieu à responsabilité. Mais comment prouver cela ?
Pendant longtemps, la jurisprudence a considéré que les parents pouvaient s’exonérer en
prouvant qu’ils avaient correctement surveillé leur enfant. On présumait que les parents
avaient correctement éduqué leur enfant.
L’arrêt Fullenwarth de 1984 a amorcé le déclin de cette solution. Dans la mesure où cet arrêt
a dit que la responsabilité des parents pouvait être engagée même si l’enfant n’avait commis
aucune faute, il n’était plus logique de permettre aux parents de s’exonérer en prouvant
qu’ils n’avaient pas commis de faute de surveillance. Il faut attendre l’arrêt Bertrand de 1997
pour que la CC reconnaisse que les parents ne puissent plus s’exonérer par la seule preuve
d’absence de surveillance. Seule la force majeure ou la faute de la victime peut permettre
d’exonérer les parents. Cette solution a été confirmée dans les arrêts de 2002 rendus par
l’Assemblée plénière.
La rédaction d’origine du CC prévoit que les maîtres et les commettants (employeurs) sont
responsables du dommage causé par leurs domestiques et préposés (salariés) dans les
fonctions auxquelles ils sont employés. L’avant-projet va supprimer ces termes désuets de
maîtres et de domestiques.
A) Le lien de préposition
Le lien de préposition est le fait pour l’un (le commettant) de donner des ordres et des
instructions à l’autre (le préposé) sur la manière d’accomplir son travail. On dit qu’il faut un
rapport d’autorité et de subordination entre les deux.
B) Le fait du préposé
La responsabilité du commettant est une responsabilité du fait d’autrui. Il faut donc que le
préposé engage sa responsabilité. Cependant, un simple fait causal du préposé peut-il suffire
pour engager la responsabilité du commettant ?
1) La faute du préposé
Il n’est pas exigé expressément que le commettant ait commis une faute mais cela va de soi.
Un préposé dément peut-il engager sa responsabilité ? Oui, il n’y a aucun problème. Cela dit,
si le dommage a été causé par le préposé (non-fautif) à l’aide d’une chose, la responsabilité
du commettant ne peut pas être engagée car le préposé ne peut pas être gardien de la
chose. En effet, si la jurisprudence admet que le préposé ait l’usage d’une chose, il n’en a pas
le contrôle et la direction, ces deux derniers paramètres étant gardés par le commettant.
Pour que la responsabilité du préposé soit engagée, il faut nécessairement que le préposé ait
commis une faute. Néanmoins, cette solution a semblé être remise en cause dans un arrêt
Costedoat datant de 2000.
Dans cet arrêt Costedoat, l’Assemblée plénière a jugé que « n’engage pas sa responsabilité à
l’égard de tiers le préposé qui agit sans excéder les limites de la mission qui lui a été impartie
par le commettant. » On en a déduit de cet arrêt important que chaque fois que le préposé,
même fautif, cause un dommage sans excéder sa mission, seul le commettant engage sa
responsabilité.
Peut-on déduire de cet arrêt que la responsabilité du commettant soit engagée sans que
celle du préposé le soit ? La doctrine était partagée mais la CC a pris position dans un arrêt
de 2004. Selon la CC, « le simple constat qu’un joueur de football avait commis un dommage
ne suffisait pas pour engager la responsabilité de son club. » Il faut que le joueur ait commis
une faute. La faute du préposé ne suffit donc pas nécessairement pour engager sa propre
responsabilité.
Mais les choses ne sont pas si simplistes. Le problème s’est posé lorsque le préposé utilise le
cadre, le lieu ou les moyens de ses fonctions pour agir dans son intérêt personnel, hors des
instructions reçues, et qui cause un dommage. Par exemple, si un employé utilise sa voiture
de fonction pendant le temps de travail pour un trajet personnel et cause un accident.
- En revanche, si l’on retient une conception plus large, le commettant cesse d’être
responsable dès que le préposé n’a pas agi selon ses instructions.
Dans un arrêt de 1953 rendu par la Chambre criminelle de la CC, un classeur (celui qui place
les gens dans un cinéma) avait violé et tué une spectatrice dans les lieux du cinéma. La
Chambre criminelle a considéré que le préposé avait sur son lieu de travail le moyen de
commettre le fait dommageable ; il n’y avait donc pas abus de fonction. On peut également
citer dans ce sens un arrêt de juin 1988 dans lequel un ouvrier avait projeté de l’air
comprimé dans le rectum d’un autre salarié. La Chambre criminelle a permis d’intenter une
action contre le patron de l’employé qui ne lui a sans doute pas donné l’autorisation
d’utiliser le compresseur de cette manière. Mais la Chambre civile résistait, si bien que
l’Assemblée plénière est intervenue par trois fois.
Dans son attendu de 1983 et de 1985, l’Assemblée plénière a relevé que « les dispositions de
l’art. 1242, alinéa 5 CC ne s’appliquent pas au commettant en cas de dommage causé par le
préposé qui, agissant sans autorisation, et à des fins étrangères à toute attribution, s’est
placé hors des fonctions auxquelles il était employé. »
Puis, dans un autre attendu datant de 1988, selon l’Assemblée plénière toujours, « le
commettant ne s’exonère de sa responsabilité, que si son préposé a agi hors des fonctions
auxquelles il était employé sans autorisation et à des fins étrangères à ses attributions. »
On peut d’abord remarquer que l’Assemblée plénière aurait dû écrire « le commettant
n’engage pas sa responsabilité », au lieu de « le commettant s’exonère de sa responsabilité »
car nous ne sommes pas encore au stade de l’exonération. De plus, on remarque qu’il faut
uniquement deux conditions dans les arrêts de 1983 et 1985, alors que dans l’arrêt de 1988,
il fallait que trois conditions soient réunies.
En clair, pour qu’il y ait abus de fonction, il faut donc que le préposé ait agit hors de ses
fonctions, à des fins étrangères à ses attributions (intentions personnelles) et sans
autorisation. En pratique, les juges ont presque toujours relevé que le préposé avait agi dans
le cadre de ses fonctions.
Dans son arrêt de 1988, l’Assemblée plénière a pris le parti de la Chambre criminelle qui
considère que le commettant est quasiment tout le temps responsable et qu’il ne peut
s’exonérer de sa responsabilité qu’occasionnellement.
Auparavant, s’agissant de l’obligation à la dette, la victime disposait d’un choix. Elle pouvait
soit engager la responsabilité du préposé sur le fondement du nouvel art. 1240 CC, soit
engager la responsabilité du commettant, sachant qu’en général, le commettant est plus
solvable que le préposé. Le commettant ne pouvait pas s’exonérer totalement de sa
responsabilité en faisant valoir que le fait du préposé constituait pour lui un évènement de
force majeure. Enfin, la victime pouvait assigner le deux co-responsables in solidum.
Désormais, la responsabilité du préposé peut être engagée s’il excède les limites de la
mission qui lui a été confiée. Autrement, l’action peut être intentée uniquement contre le
commettant.
Le problème est que si l’entreprise fait faillite, le commettant n’existe plus, et la victime ne
peut donc plus demander réparation. En outre, le domaine a été discuté. On s’est demandé
si le préposé pouvait bénéficier de cette solution dans l’hypothèse où il aurait commis une
infraction pénale. L’Assemblée plénière est intervenue dans un arrêt Cousin et a relevé que
« si le préposé a commis une infraction intentionnelle et qu’il est condamné pour ça, il
engagera sa responsabilité civile même s’il n’a pas dépassé les limites de sa mission. » Selon
cet arrêt, si aucune poursuite pénale n’est engagée, le préposé n’engage pas sa
responsabilité du moment qu’il n’a pas dépassé les limites de sa mission.
Deux solutions étaient envisagées. On peut d’abord considérer qu’à partir du moment où la
responsabilité personnelle du préposé ne peut plus être engagée, le commettant ne peut
pas non plus se retourner contre le préposé. Mais on peut aussi considérer que l’arrêt
Costedoat interdit uniquement l’action de la victime contre le préposé mais qu’il n’interdit
pas au commettant de se retourner contre son préposé.
La jurisprudence ne s’est pas prononcée clairement sur ce point. Mais le commettant aurait
le droit de se retourner contre l’assureur si ce dernier est assuré.
Les règles classiques ne valent plus que si le préposé excède les limites de sa mission car la
victime a de nouveau le choix. Ces règles ne jouent que si le préposé a dépassé ses
fonctions.
L’arrêt Costedoat a été critiqué pour plusieurs raisons. D’abord parce que la CC n’a pas défini
le dépassement de fonctions. Or, si le préposé n’excède pas les limites de sa fonction, la
victime est privée d’indemnité.
Pour les rédacteurs du CC, seules les personnes qui sont mentionnées aux articles 1242,
alinéa 4 et s. peuvent être responsables du fait d’autrui. Le principe est l’irresponsabilité du
fait d’autrui, sauf exceptions. En 1989, la jurisprudence a posé les bases d’un principe
général de responsabilité du fait d’autrui qu’elle a rattaché à l’art. 1242, alinéa 1 CC.
Mais l’évolution des mœurs a changé la donne. Du fait que de nos jours les deux parents
travaillent, les enfants ont été confiés à d’autres personnes. Et dans la mesure où ces
personnes ne relevaient pas des responsabilités spéciales du fait d’autrui, la victime, si elle
voulait obtenir réparation, devait nécessairement prouver une faute de surveillance, faute
très difficile à prouver.
En outre, à côté du risque généré par les enfants est apparu un nouveau risque, qui est lié
aux méthodes de traitement de certaines catégories de la population. On pense notamment
aux personnes handicapées et aux délinquants. Ces derniers, mineurs délinquants et
handicapés, sont de plus en plus laissés dans un système de semi-liberté, ce qui est une
source importante de risques pour les tiers. Si une victime subissait un dommage d’un
délinquant mineur ou d’un handicapé mental, la victime devait prouver une faute à la charge
de l’association, auprès de laquelle l’agresseur fautif avait été placé.
Dans un arrêt Blieck du 29 mars 1991 rendu par l’Assemblée plénière, la CC a admis qu’une
association qui avait accepté la charge d’organiser et de contrôler à titre permanent le mode
de vie d’un handicapé mental devait répondre de celui-ci. En l’espèce, un handicapé mental
majeur avait mis le feu à une forêt alors qu’il effectuait des travaux pour une association
auprès de laquelle il avait été placé. Le centre a été déclaré responsable du dommage causé.
Dans l’espèce de 1991, le centre avait été déclaré responsable car il avait accepté
d’organiser et de contrôler le mode de vie du jeune handicapé. Cet article doit être appliqué
aux personnes qui ont la garde d’individus inadaptés et aux associations sportives déclarées
responsables des dommages causés par leurs membres.
En principe, cet article s’applique aux associations qui ont la garde d’handicapés et mineurs
délinquants. Il faut que l’association organise le mode de vie de la personne retenue pour
que cet article joue. Pour cela, il faut qu’il y ait une décision de justice qui a confié la garde à
l’association et aussi que l’association organise, contrôle et dirige le mode de vie des
individus qui ont causé le dommage.
Selon la jurisprudence, ce responsable peut être une personne morale (une association ou
un organisme public) mais il peut également s’agir d’une personne physique. Par exemple, la
CC avait retenu la responsabilité d’un tuteur pour les dommages causés par son pupille
mineur.
Dans deux arrêts en date du 22 mai 1995, la CC a énoncé que les associations sportives ayant
pour objet d’organiser, de diriger et de contrôler l’activité de leurs membres au cours des
compétitions sportives auxquelles ils participent étaient responsables des dommages qu’ils
causaient à cette occasion. Selon la jurisprudence, l’association est responsable même si le
dommage survient à l’occasion d’un entraînement.
Cette solution de 1995 a été critiquée car on a estimé qu’on ne pouvait pas assimiler les
associations sportives aux institutions qui prennent en charge des personnes à risque. On
veut bien venir en aide aux victimes de dommages causés par des personnes physiques. Or,
on ne peut pas dire que les gens qui font du sport présentent un risque réel pour la société.
L’application de cet article ne répond donc pas à un besoin social. En fait, les arrêts de 1995
se justifient uniquement par une volonté d’indemnisation des victimes. Il n’empêche que les
clubs de sports sont le plus souvent assurés.
Même si elle a été critiquée, cette solution a été reprise dans plusieurs arrêts. Mais on a
assisté ces dernières années à des dérapages. Par exemple, une association sportive de
majorettes a été reconnue responsable car une des majorettes avait fait tomber sa baguette
sur quelqu’un lors d’une représentation.
La CC a été critiquée et il semble que depuis cet arrêt, la CC a fait marche arrière. En effet,
dans un arrêt de 2006, elle a refusé d’engager la responsabilité d’un syndicat du fait d’un de
ces adhérents, et dans un arrêt de 2008, avait refusé d’engager la responsabilité d’une
association locale qui avait organisé une chasse à l’occasion de laquelle une personne avait
été blessée.
Pour engager la responsabilité des associations, faut-il que la responsabilité de ceux qui ont
commis le dommage ait été engagée ou non ? La jurisprudence était silencieuse au départ
mais la Chambre civile a relevé que la responsabilité d’une association sportive devait être
engagée uniquement si l’un de ses membres l’était aussi. Mais on aboutit à des situations
curieuses.
Par exemple, un mineur qui participait à une compétition sportive qui était organisée par
une association dont il était membre, avait blessé un spectateur lors d’un match. En tant que
mineur, il engage la responsabilité de ses parents du simple fait qu’il a causé un dommage.
En revanche, en tant que membre du club, il n’engage la responsabilité de l’association que
s’il a commis une faute.
La situation serait encore différente selon que l’enfant ait encore ses parents ou soit
orphelin. Si un enfant cause un dommage pendant qu’il passe le week-end chez ses parents
alors qu’il est placé dans un centre par décision de justice, la CC estime que la responsabilité
du centre l’emporte sur la responsabilité des parents.
Dans un arrêt de 1997, selon la CC, « le responsable ne peut s’exonérer qu’en prouvant que
le fait de l’auteur du dommage constituait un évènement de force majeure. »
- Celle du dommage causé par un enfant, placé par une décision de justice dans un
centre, mais qui rentre chez ses parents certains week-ends. La 2ème Chambre civile de la CC,
dans un arrêt de 2002, a estimé que l’association était responsable, même lorsque le mineur
habite chez ses parents, dès lors qu’aucune décision de justice n’a interrompu sa mission
éducative. Ici, la CC a fait prévaloir la garde juridique à la garde matérielle. Le problème est
que cette décision est défavorable à la victime parce que la victime doit prouver la faute du
centre.
- Celle du dommage causé par un mineur qui adhère à une association sportive et qui
cause un dommage à autrui. Faut-il alors faire prévaloir l’art. 1242, alinéa 1 CC contre
l’association ou l’art. 1242, alinéa 4 CC contre les parents ? La jurisprudence ne s’est pas
encore prononcée et les auteurs sont partagés.
Sur ce sujet, la jurisprudence est extrêmement chaotique car il n’y a aucune vision
d’ensemble, si bien que la CC devrait commencer par revenir sur l’arrêt Levert de 2001.
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Les rédacteurs du CC de 1804 sont partis du constat selon lequel de nombreux dommages
étaient causés par des choses, soit lorsqu’elles étaient actionnées par l’homme (cycliste,
automobiliste), soit lorsqu’elles causaient un dommage tout seul, ou à la suite du fait d’un
animal.
Malgré ce constat, les rédacteurs n’ont pas souhaité élaboré un principe général de
responsabilité du fait des choses. Mais avec le développement du machinisme et la
multiplication des accidents de transport et de travail vont amener la doctrine et la
jurisprudence à revoir les règles.
Cet article est applicable à toutes les choses, si bien que ce nouveau principe est devenu le
régime de responsabilité de droit commun. Mais à côté de ce régime général, il existe des
régimes particuliers de responsabilité du fait des choses. On trouve notamment les deux
régimes légaux liés au fait des animaux et des bâtiments en ruines, ainsi que la
responsabilité du fait des produits défectueux qui date de 1998, et également le régime
d’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation.
Selon cet article, on est responsable du dommage causé par le fait des choses que l’on a
sous sa garde. La chose, le fait de la chose et la notion de garde ont dû être définis par la
jurisprudence.
Paragraphe 1 : La chose
Le terme est vague. De nombreuses tentatives ont eu lieu pour limiter la portée de l’article
mais toutes ces tentatives ont échoué. Cela dit, au titre des distinctions qui ont été
abandonnées, on trouve la distinction entre meubles et immeubles. En effet, on a appliqué
cet article aux meubles et aux immeubles. De plus, la distinction entre choses dangereuses
et non-dangereuses n’a pas été retenue. On a aussi voulu cantonné l’article aux choses en
mouvement, contrairement aux choses inertes. Si cette distinction n’a pas été retenue, elle
joue un rôle s’agissant de la preuve de ce que la chose ait été à l’origine du dommage.
Aujourd’hui, toutes les choses sont concernées, sauf celles pour lesquelles il existe un
régime particulier.
Exemples : Lorsque le dommage est causé par de la neige accumulée sur un toit, une plaque
de verglas sur le quai d’une gare, des skis, des parois vitrés des magasins, des fumées, le
contenu d’une bouteille de vin, etc…
Certaines choses sont exclues. C’est le cas des res nullius, c'est-à-dire les choses sans maître,
des res derelictae, c'est-à-dire les choses abandonnées, et du corps humain.
Mais il existe des exceptions. S’agissant des choses sans maître, on peut penser que
certaines d’entre-elles peuvent être appropriées. Le propriétaire en devient donc le gardien
par l’acquisition de ces choses. C’est le cas par exemple de la neige sur un toit par exemple.
Pour les choses abandonnées, l’article s’applique si la chose est réappropriée par une
personne. Pour le corps humain, la jurisprudence accepte d’appliquer l’article aux
dommages causés par le corps humain, lorsque l’atteinte produite par le corps humain
emprunte son caractère nocif à la chose avec laquelle il forme un ensemble. Il s’agit par
exemple du dommage causé par un skieur.
A) La notion
Cette notion renvoie uniquement à une question de causalité. La jurisprudence retient une
conception large du fait de la chose. Elle estime facilement que le dommage ait pu être
causé par la chose, qu’il puisse avoir fait de la chose, alors même qu’il n’y aurait pas de
contact entre la chose et le « siège du dommage » (la victime ou l’objet endommagé). En
matière d’accident de la circulation par exemple, on a estimé qu’un véhicule avait été la
cause du dommage, alors même qu’il n’y avait pas eu contact entre le véhicule et la victime.
Néanmoins, la présence ou l’absence d’un contact entre la chose et le siège du dommage va
retrouver son importance au niveau de la preuve de l’existence du fait de la chose.
Les juges vont distinguer selon qu’il y a eu contact ou non et selon que la chose à l’origine du
contact ait été inerte ou en mouvement.
Parce que cette preuve est difficile à prouver, la jurisprudence admet que cette preuve soit
rapportée de manière indirecte. La victime prouvera donc soit que le gardien a commis une
faute (faute d’imprudence), ou alors que la chose avait un positionnement ou un
comportement anormal.
Dans cette hypothèse, l’art. 1242, alinéa 1 CC ne présente donc aucun intérêt puisque la
victime doit prouver une faute.
2) Contact matériel
Par exemple, si un piéton tombe dans les escaliers, la victime est tenue de prouver
positivement que la chose ait été la cause du dommage. Le rôle causal n’est pas évident. Là
encore, comment prouver que la chose immobile ait été la cause du dommage ? Elle doit
prouver une faute du gardien ou un positionnement anormal de la chose. L’art. 1242, alinéa
1 CC ne présente donc aucun intérêt car la victime doit repasser par la notion de faute.
A ce niveau-là, la jurisprudence reste incertaine. Certains arrêts ont admis le rôle causal
d’une porte vitrée alors même que sa normalité était établie. Idem pour un accident suite au
heurt d’une boîte aux lettres. Dans cet arrêt, la CC avait considéré que la responsabilité du
gardien de la boîte aux lettres était engagée sans que la boîte aux lettres ait eu un
positionnement anormal.
A) La notion de garde
La CC permet l’application d’une conception matérielle. Celui qui utilise la chose en sera
donc le gardien. Pour cela, il faut avoir la détention de la chose et pouvoir exercer un
pouvoir de décider de l’emploi de cette chose de façon indépendante. On en a déduit qu’un
préposé ne peut pas être le gardien d’une chose car s’il en a l’usage, le rapport de
subordination dans lequel il se trouve l’empêche de diriger et contrôler la chose.
De même, en principe, un infans ne peut pas être gardien. Mais dans les arrêts Gabillet,
Lemaire et Fullenwarth du 9 mai 1984, la CC a reconnu qu’un infans pouvait être fautif car il
était le gardien d’une chose et que son seul fait qui a entraîné un dommage entraînait la
responsabilité de ses parents. L’avant-projet de réforme de la responsabilité devrait revenir
dessus.
Suite à un arrêt Franck datant de 1941, la conception de la garde est matérielle : le gardien
doit avoir l’usage, le contrôle et la direction de la chose.
B) Application pratique de la notion de garde
Les juges présument que le gardien est le propriétaire. Mais ce n’est qu’une présomption
simple. Il est donc possible d’en apporter la preuve contraire. Par exemple, celui qui s’est fait
voler une bicyclette qui, après le vol, a causé un dommage peut renverser la présomption.
1) Le transfert de garde
Le propriétaire présumé gardien peut établir qu’il a été privé de l’usage de la chose
involontairement par un vol ou volontairement par le biais d’un contrat. La jurisprudence
fait preuve de sévérité et elle n’admet le transfert de garde qu’à la condition que le
propriétaire prouve que le détenteur a acquis la pleine maîtrise de la chose. Il n’y a par
exemple pas transfert de garde dans l’hypothèse d’un prêt d’un tracteur dans la mesure où
ce prêt a été fait dans une durée limitée et pour un travail précis.
Est-ce que le commettant pourrait faire valoir que les choses qu’utilise le préposé dans son
travail leur ont été transmises ? Non car un préposé ne peut pas être gardien. On déduit de
ce qui précède que la garde est alternative et non cumulative. Cela ne veut pas dire que
plusieurs personnes ne peuvent pas être gardiennes d’un même bien. Par exemple, lors d’un
match de rugby, tous les joueurs sont co-gardiens. En revanche, la situation selon laquelle
plusieurs personnes ont la garde d’une même chose, alors que leur pouvoir procéderait de
titres différents est interdite.
Le principe selon lequel deux personnes ne peuvent pas être co-gardiennes est inopportun
lorsque la chose était dangereuse. La jurisprudence a élaboré une distinction complexe entre
la garde de la structure et la garde du comportement.
Cette distinction a paru intéressante et a séduit les juges, si bien qu’elle s’est appliquée à des
choses qui ont un dynamisme propre et dangereux. Il s’agit par exemple de bouteilles qui
contiennent du gaz comprimé et également toutes les choses qui peuvent imploser. La
jurisprudence a refusé de faire jouer la distinction à propos d’autres choses qui ne
présentent pas un caractère dangereux (arbres, roulottes, cigarettes...).
Cette distinction a toutefois fait l’objet de critiques. En effet, la distinction complique l’action
de la victime, notamment si le dommage est causé par une chose qui présente un caractère
propre et dangereux. Des juges ont considéré que des conduites de gaz qui avaient
explosées n’avaient pas un caractère propre et dangereux. Certains arrêts ont refusé de faire
application de cette distinction lorsque le fabriquant avait transféré la garde pendant un laps
de temps trop long.
Il s’agit de l’hypothèse dans laquelle plusieurs personnes sont co-gardiennes dès lors qu’elles
disposent d’un même pouvoir sur le bien. Il faut avoir les mêmes pouvoirs sur la chose. Par
exemple, des joueurs de rugby ou de tennis et des chasseurs ont été considérés comme co-
gardiens. Cette conception est utile lorsqu’on ne peut pas savoir exactement quel joueur ou
quel chasseur a tiré.
Ce concept est intéressant lorsque la victime est un tiers. En revanche, lorsque la victime est
un des membres du même groupe ayant causé le dommage, le concept de co-gardien est
beaucoup moins intéressant car on ne peut pas être à la fois victime et gardien. En revanche,
la victime pourra intenter une action pour faute sur le fondement de l’art. 1240 CC.
Dans un arrêt Jand’heur de 1930, la CC a dit que le gardien ne peut s’exonérer totalement
qu’en apportant la preuve d’un événement de force majeure. En revanche, il ne peut pas
s’exonérer en prouvant qu’il n’a pas commis de faute.
Le gardien peut s’exonérer en prouvant soit un événement de force majeure, soit le fait d’un
tiers, soit le fait de la victime.
A) La force majeure
Cet événement exonère complètement le gardien mais il doit être extérieur au gardien mais
également à la chose. Dans le domaine particulier des accidents de la circulation, la force
majeure a été critiquée. Si le propriétaire d’une voiture a causé un dommage alors qu’il a
essayé d’éviter un chien, si le chien est considéré comme un événement de force majeure, la
victime n’obtenait aucune réparation. Seul le gardien du véhicule engage sa responsabilité.
Si on remplace dans notre exemple le chien par un tiers, si le tiers présente les caractères de
la force majeure, le gardien sera exonéré totalement. Mais si le tiers ne présente pas les
caractères de la force majeure, dans ce cas-là, la victime peut intenter une action contre le
gardien ou le tiers, puisque les deux sont tenus in solidum. Si la victime choisit d’actionner la
responsabilité du tiers et qu’il est fautif, ce dernier ne pourra pas se retourner contre le
gardien. Mais si le gardien a engagé sa responsabilité, il pourra se retourner contre le tiers.
Rappelons qu’un fautif ne peut pas se retourner contre un non-fautif et un non-fautif peut
toujours se retourner contre un fautif. En revanche, si les deux sont fautifs, on divise les
indemnités par deux car ils se retournent l’un contre l’autre.
C) Le fait de la victime
Si la victime a commis un fait qui présente les caractères de la force majeure, l’exonération
est totale. Mais très peu d’arrêts ont admis que le fait de la victime présente les caractères
de la force majeure. Par exemple, un accident avait été causé parce qu’une victime était
sortie d’un ascenseur et était tombée. Une action a été intentée contre le syndicat des
copropriétaires. La victime a provoqué l’arrêt de l’ascenseur, a ouvert les portes intérieures,
a essayé de s’extraire et est tombée. La faute de la victime est évidente et certaine mais elle
n’en est pas moins imprévisible ni irrésistible.
2) La faute de la victime
La faute simple de la victime entraîne une exonération partielle. Cette solution a été remise
en cause dans un arrêt Desmares de 1982, dans le but de protéger les piétons imprudents
victimes d’accidents de la circulation. Dans cet arrêt, la CC avait décidé que la faute de la
victime n’exonérait pas le gardien sauf si elle présentait les caractères de la force majeure.
C’est en quelque sorte le système du tout ou rien qui était appliqué. La solution était sévère
et injuste pour le gardien mais cet arrêt avait pour but d’obliger le législateur à prendre ses
responsabilités et mettre en place un régime spécifique pour les accidents de la circulation à
cette époque. C’est pourquoi, le législateur est intervenu en 1985 pour les accidents de la
circulation impliquant des véhicules terrestres à moteur. Il n’y avait donc plus lieu de
maintenir la jurisprudence Desmares. La jurisprudence est donc revenu en 1987 à la solution
antérieure classique selon laquelle la faute de la victime entraine une exonération partielle.
Cela dit, si la faute n’a pas de rapport avec le dommage subi, elle ne donnera pas lieu à
exonération partielle, par exemple, si une personne monte dans le train sans avoir pris de
billet et est blessée.
S’il existe un lien de causalité (contact avec la chose en mouvement), le gardien de la chose
peut-il s’exonérer s’il prouve le rôle passif de la chose ? Par exemple, si une personne fait
une crise cardiaque et est heurtée par un vélo qui roule normalement au même moment, si
le cycliste prouve le rôle passif du vélo, ce dernier peut-il s’exonérer ? Non car seule la force
majeure peut exonérer le gardien. Le fait que ce dernier prouve qu’il n’a pas commis de
faute n’est pas valable. En revanche, le cycliste peut s’exonérer s’il prouve que la chose qui
était sous sa garde n’était pas la cause du dommage. Mais il ne peut pas s’exonérer en
prouvant le rôle passif de la chose.
Le régime général de responsabilité du fait des choses n’a pas fait disparaître certains
régimes spéciaux qui ont été dégagés par le législateur. On trouve parmi ces régimes
spéciaux la responsabilité du fait des bâtiments en ruine ou des animaux et les régimes de
responsabilité applicables en cas d’accident de la circulation ou celui du fait des produits
défectueux.
Le régime de responsabilité du fait des animaux reprend les conditions du régime général.
Initialement, le régime de responsabilité du fait des bâtiments en ruine était favorable aux
victimes. En effet, la victime n’avait pas besoin de prouver la faute du propriétaire de
l’immeuble. Elle devait simplement apporter la preuve d’un défaut d’entretien ou un vice de
construction. En revanche, à partir du moment où la jurisprudence a dégagé un principe
général de responsabilité, ce régime est devenu moins intéressant. Aujourd’hui, la
jurisprudence essaye de limiter le plus possible le champ d’application de l’art. 1244 CC.
Ce nouveau régime date de 1998 et fait suite à une transposition tardive d’une directive
communautaire de 1985 sur les produits défectueux. Cette loi ne s’applique qu’aux produits
mis en circulation après son entrée en vigueur, même s’ils ont fait l’objet d’un contrat
antérieur. La loi organise un régime de responsabilité de plein droit, qui est favorable aux
victimes pour les dommages causés par un défaut d’un produit. Et la loi ne distingue pas
selon que la victime était liée par un contrat avec l’auteur du dommage.
Plusieurs décisions qui ont été rendues vont dans le sens de la disparition de l’obligation de
sécurité qu’on a imposée au vendeur. La CC dit que si la victime se trouve dans ce champ
d’application du régime de responsabilité des produits défectueux, celle-ci ne peut
désormais plus utiliser d’autres actions contractuelles ou délictuelles qui seraient fondées
sur le défaut d’un produit, qui n’offre pas la sécurité à laquelle on peut s’attendre. On ne
peut donc plus faire valoir que le vendeur n’a pas respecté son obligation de sécurité. Les
seuls régimes de responsabilité que la victime pourrait donc invoquer serait la garantie des
vices cachés et la faute.
Le nouveau régime ne s’applique qu’à certains produits et ne met en cause que certaines
personnes.
Selon l’art. 1245-4 CC, « un produit est mis en circulation lorsque le producteur s’en est
dessaisi volontairement. Un produit ne fait l’objet que d’une seule mise en circulation. » La
mise en circulation du produit est importante car c’est à partir de cette date que le fabricant
est responsable sur le fondement du nouveau régime et c’est aussi à partir de cette date que
court le nouveau délai de prescription.
B) Les responsables
L’évolution est intéressante. La directive prévoyait que le nouveau régime devait concerner
le producteur. Et lorsque le producteur ne pouvait pas être identifié, la directive prévoyait
que ce nouveau régime devait concerner les vendeurs ou les loueurs de produits. Mais la loi
de 1998 avait innové par rapport à la directive puisqu’elle prévoyait que la victime pouvait
intenter une action contre le fabricant et contre le vendeur, à son choix.
Selon l’art. 1245-1 CC, toutes les victimes sont visées, y compris celles qui sont liées ou non
par un contrat. Tous les préjudices peuvent être réparés. Mais, alors que la directive limitait
la réparation aux biens principalement utilisées par la victime pour son usage privé, cette
restriction n’a pas été reprise par la France qui répare également les biens qui sont utilisés
dans un but professionnel.
Dans un arrêt de 2009, la CJCE a dit que « la réparation des dommages qui sont causés à un
bien destiné à usage professionnel ne relève pas du champ d’application de la directive. » La
CJCE ne s’oppose donc pas à ce qu’un droit national prévoit d’appliquer un régime propre ou
prévoit d’appliquer ce régime à ce type de dommage. Il semblerait donc que si la CJCE
s’oppose à ce qu’un Etat adopte des mesures plus favorables lorsque la victime se trouve
dans le champ d’application de la directive, elle ne s’oppose pas en revanche à ce que l’Etat
applique ce régime à des hypothèses qu’elle ne vise pas.
Il existe deux limites à la règle selon laquelle tous les dommages sont réparés sur le
fondement du nouveau régime. D’abord, le dommage doit avoir été subi par la personne et
par le produit défectueux lui-même. La directive avait prévu une franchise de 500 € pour les
dommages. La France n’avait pas retenu cette franchise mais elle a tout-de-même dû
l’intégrer dans un décret de 2005.
Ici, le fait générateur de responsabilité est le défaut d’un produit. Un produit est défectueux
lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre. Cette
appréciation de la défectuosité du produit se fait de façon abstraite et objective. Elle se fait
en fonction de la présentation du produit, de l’usage qui peut en être attendu. Dans un arrêt
de 2005, la 1ère Chambre civile a décidé qu’il ne suffisait pas de constater que certains
produits actifs d’un médicament étaient dangereux pour déduire que le médicament était
dangereux. Lorsque le défaut résulte d’un manque d’information, la jurisprudence inverse la
charge de preuve.
2) Le lien de causalité
Selon l’art. 1245-8 CC, « le demandeur doit prouver le dommage, le défaut et le lien de
causalité entre le défaut et le dommage. » La preuve du lien de causalité peut donc être
rapportée par présomption. C’est par exemple ce qu’a décidé la CC dans les affaires de
vaccination contre l’hépatite B.
Le délai de prescription pour agir est de 3 ans, d’après l’art. 1245-16 CC. Les trois éléments
cités dans cet article sont cumulatifs. La victime est soumise à un autre délai préfix (période
pendant laquelle l’action peut être intentée) qui est prévu à l’art. 1245-15 CC, qui est de 10
ans. Cette faveur qui est faite au producteur ne vaut qu’à défaut de faute de sa part. Mais on
ne sait pas vraiment la signification de cette limite.
Selon l’art. 1245-9 CC, le producteur ne peut pas se prévaloir du fait que le produit ait été
fabriqué conformément aux normes existantes. De plus, selon l’art. 1245-14 CC, le
producteur ne peut pas se prévaloir de clauses limitatives de responsabilité. Ce régime est
d’ordre public. Dans le cadre où l’action serait de nature contractuelle, cette action
profiterait à la victime. Mais ces clauses sont valables pour les contrats conclus entre
professionnels uniquement pour les dommages causés aux biens et utilisés à titre
professionnel.
Le producteur peut démontrer que les conditions de sa responsabilité ne sont pas remplies.
Il n’y aurait donc pas engagement de sa responsabilité et donc pas d’exonération. D’autre
part, le producteur peut faire valoir que compte tenu des circonstances, le défaut est né
postérieurement à la mise en circulation du produit. Il peut aussi essayer de prouver que le
produit n’était pas destiné à la vente (prototype) quand le produit n’est pas mis en
circulation.
1. Le principe
Le producteur doit prouver qu’il était impossible de déceler le défaut au moment de la mise
en circulation du produit pour pouvoir s’exonérer.
La directive de 1985 laissait la possibilité aux états membres de retenir ou non cette
possibilité d’exonération. La France a longuement hésité. En faveur de cette prise en
considération, on faisait valoir que si cette condition d’exonération n’était pas prise en
compte, cela serait préjudiciable aux entreprises françaises car les autres entreprises de l’UE
avaient retenu cette exonération. En faveur du rejet de cette cause d’exonération, on faisait
valoir l’intérêt des victimes. De plus, jusqu’en 1998, la clause d’exonération pour risque de
développement n’était pas connue du droit français. Cela ne posait donc pas de problème
aux entreprises françaises par rapport à leurs homologues européennes.
Finalement, ce dernier argument s’est retourné contre ceux qui l’invoquaient. L’art. 1245-17
CC laisse en principe aux victimes une option entre le régime du fait des produits défectueux
et le régime de droit commun. Si la victime peut utiliser une action classique qui dit que le
débiteur ne peut pas se prévaloir du vice interne de la chose pour s’exonérer, rien ne
s’oppose à ce que cette cause d’exonération soit prévue par le nouveau régime. Si la victime
peut penser qu’on allait lui opposer l’exonération pour risque de développement, la victime
n’a qu’à utiliser les actions de droit commun qui ne permettent pas au débiteur de
s’exonérer en faisant valoir le vice de la chose, qu’il s’agisse de l’action contractuelle ou de
l’action fondée sur la responsabilité du fait des choses.
2. Les limites
2) Le fait du prince
3) La faute de la victime
Le législateur est parti du principe que les accidents de la circulation sont la cause principale
des accidents corporels. Cependant, jusqu’en 1985, les victimes, si elles voulaient obtenir
réparation, devaient utiliser les régimes de droit commun qui présentaient de gros
inconvénients. Le principal était que les victimes pouvaient être privées de réparation si le
conducteur invoquait une cause d’exonération. La faute la plus bénigne de la victime limitait
son droit à réparation. D’autre part, les victimes ne pouvaient obtenir réparation parce que
l’auteur de l’accident avait disparu ou alors parce qu’il n’était pas solvable.
Sous l’impulsion de la doctrine, le législateur adopta le 5 juillet 1985 une loi d’ordre public,
qui est en rupture totale avec le droit commun de la responsabilité. Ce que la loi cherche, ce
n’est pas un responsable, c’est un débiteur d’indemnité qui soit solvable. Cette rupture se
manifeste au niveau des restrictions à indemnisation et au niveau des conditions
d’application de la loi. De plus, un fonds de garantie a été créé, qui prend en charge
l’indemnisation des victimes lorsque l’auteur de l’accident n’est pas identifié ou lorsqu’il est
insolvable (conducteur non-assuré). En outre, la CC a décidé que lorsqu’on se trouve dans le
champ d’application de la loi de 1985, aucun autre régime de responsabilité n’est admis.
On ne retrouve pas cette loi de 1985 dans le CC car on a estimé qu’elle était trop spécifique
pour intégrer le CC. Mais l’avant-projet de réforme de la responsabilité civile entend codifier
cette loi.
A) Les victimes
Cette loi vise l’indemnisation des victimes d’un accident de la circulation dans lequel est
impliqué à véhicule terrestre à moteur. L’art. 2 distingue les victimes conductrices et les
victimes non-conductrices (piétons, cyclistes, passagers). Ces dernières sont les mieux
protégées. La loi s’applique même lorsque les victimes sont transportées par le biais d’un
contrat.
La loi vise aussi les victimes conductrices. Pour que la victime conductrice puisse intenter
une action sur le fondement de cette loi, il faut que son véhicule ne soit pas le seul impliqué
dans l’accident. Les victimes conductrices sont traitées beaucoup plus sévèrement que les
autres. L’avant-projet souhaiterait supprimer cette distinction et ainsi mettre un frein à cette
disparité entre les victimes.
Selon la CC, le conducteur est celui qui a la maîtrise effective du véhicule au moment de
l’accident, peu importe que son véhicule soit à l’arrêt ou en marche. Par exemple, est
conducteur celui qui essaye de faire démarrer une mobylette en pédalant. A l’inverse, n’est
pas conducteur un élève qui apprend à conduire avec un moniteur auto-école. Le fait d’être
dans le véhicule est important. Ainsi, celui qui court à côté de sa moto pour la faire avancer
n’est pas conducteur. La jurisprudence a plutôt tendance à retenir la qualité de non-
conducteur car ces victimes sont mieux protégées.
La loi ne définit pas ce qu’est un véhicule terrestre à moteur. Selon le code des assurances, il
s’agit de tout engin doté d’un moteur destiné à se mouvoir sur le sol. Est un véhicule à
moteur une moto conduite par une enfant de 6 ans, alors même qu’elle n’était pas assurée,
car elle se déplace aux moyens d’un moteur à propulsion. Les vélos électriques ne sont pas
des véhicules terrestres à moteur car il faut que le moteur marche de manière autonome,
sans quelconque assistance.
Aujourd’hui, la loi ne s’applique pas aux chemins de fer et aux tramways circulant sur des
voies qui leurs sont réservées. S’agissant des passages à niveaux, la jurisprudence est assez
incompréhensible. Normalement, pour ce type d’accident, la loi de 1985 devrait s’appliquer.
Pourtant, certains arrêts ont refusé à l’automobiliste victime d’intenter une action contre la
SNCF sur le fondement de la loi de 1985. Mais l’avant-projet envisage de généraliser la loi de
1985 à ce cas de figure.
C) Un accident la circulation
Un accident est tout élément soudain et fortuit présentant un lien avec la circulation. Selon
la jurisprudence, la loi de 1985 s’applique même lorsque l’accident survient sur une voie
privée. Il n’y a pas d’accident de la circulation lorsque le fonctionnement du véhicule est
étranger à la circulation.
Pour les véhicules qui sont sorties de leurs fonctions habituelles, la victime peut-elle
invoquer la loi de 1985 ? Dans le cas de spectacles dans lesquels des motos tournent à toute
vitesse dans une sphère, la loi de 1985 ne s’applique pas car on ne se trouve pas vraiment
dans le cas d’un accident de la circulation.
Enfin, pour que la victime bénéficie de son droit à réparation, il faut que le véhicule terrestre
à moteur soit impliqué dans l’accident. Cette notion pose les conditions d’indemnisation et
sert tout autant à déterminer le champ d’application de la loi.
Le véhicule doit être impliqué dans l’accident d’après l’article 1er de la loi. De grandes
discussions ont eu lieu sur cette notion d’implication. Cette notion d’implication est
beaucoup plus large et donc moins exigeante que la notion de causalité. Aujourd’hui, on
n’exige pas que la victime ait été la cause de l’accident. On estime qu’il y a implication dès
que le véhicule a commis un antécédent, même éventuel, dans l’accident.
S’il y a contact entre la victime et le véhicule, on va considérer que le véhicule est impliqué.
En revanche, s’il y a absence de contact entre la victime et le véhicule, l’implication du
véhicule ne sera pas retenue et c’est à la victime de prouver l’implication du véhicule dans
l’accident, c’est-à-dire qu’il a pu être l’un des antécédents de l’accident.
La loi de 1985 présente un grand intérêt sur ce point car la victime n’a pas à prouver la
position et/ou le comportement anormal du véhicule. La loi de 1985 exige uniquement que
le véhicule ait été impliqué dans l’accident. Mais selon la jurisprudence, le véhicule doit aussi
être impliqué dans le dommage.
Des difficultés peuvent surgir en cas d’accidents complexes, notamment dans le cas de
carambolages ou de collisions en chaînes.
Exemple : Un motard est renversé par une première voiture. Il est heurté, puis se retrouve à
terre à cause d’une deuxième voiture, et meurt. Dans cette situation, les deux véhicules sont
impliqués dans l’accident mais les deux ne le sont pas forcément dans le dommage.
Soit on considère qu’il y avait un accident unique, auquel cas le dommage est imputé aux
deux véhicules, et la victime dispose de deux débiteurs d’indemnité, soit on considère qu’il y
a eu deux accidents, et chaque accident a eu son propre dommage. Dans ce cas-là, la victime
ne demanderait réparation qu’au conducteur du premier véhicule si la victime est décédée
de suite.
Initialement, la CC avait opté pour la deuxième solution. Elle exigeait que le véhicule soit
impliqué dans l’accident et dans le dommage. La Chambre criminelle avait exigé que la
victime prouve que le dommage subi avait été causé par tel véhicule en particulier. La
deuxième Chambre civile était moins sévère. Elle faisait bénéficier la victime d’une
présomption selon laquelle l’implication du véhicule dans l’accident faisait présumer qu’il
était impliqué dans le dommage. Mais cette présomption simple pouvait être renversée par
le second conducteur s’il prouvait qu’il n’avait pas causé le dommage, en disant par exemple
que la personne était déjà décédée au moment où il l’a heurté.
Cette solution avait été très critiquée car elle reposait sur le concept de cause. Or, la loi de
1985 est étrangère à cette notion de cause. L’implication doit être autre chose que la cause.
Or, par le biais de ce raisonnement, on demandait aux victimes que le véhicule soit la cause
du dommage. C’est la raison pour laquelle ce raisonnement a été mis de côté dans des arrêts
rendus en 2000 et en 2001. Le 12 octobre 2000, la 2ème Chambre civile de la CC a estimé que
les collisions en chaînes constituaient un accident unique et que la victime pouvait
demander réparation à tous les conducteurs impliqués, tenus in solidum. Il suffit que la
victime prouve que le véhicule ait été impliqué dans l’accident.
Pour autant, la jurisprudence a précisé que seuls les dommages dus à l’accident seront
réparés. Pour ce faire, la victime bénéficie d’une présomption selon laquelle les dommages
subis sont dus à l’accident. Mais cette présomption ne vaut que pour les dommages qui se
réalisent dans un temps très proche de l’accident.
En revanche, une victime ne bénéficie d’aucune présomption pour les dommages qui vont se
révéler bien après l’accident, par exemple lorsqu’une lésion apparaît deux ans après un
accident.
Le conducteur est celui qui a la maîtrise du véhicule au moment de l’accident. Notons qu’un
préposé ne peut pas être conducteur. Le gardien est le plus souvent le conducteur, mais ce
peut être le propriétaire du véhicule et également le dépanneur du véhicule. La victime a
donc deux débiteurs d’indemnités.
La loi de 1985 ne s’applique que si la victime agit contre le conducteur ou le gardien. Elle ne
s’applique donc pas aux actions qui sont intentées contre d’autres personnes (piétons,
cyclistes…), même si la victime est elle-même conductrice. Lorsque la responsabilité de
l’accident peut être rattachée à un véhicule terrestre à moteur mais aussi à des
comportements qui relèvent du droit commun, la victime peut intenter une action contre le
conducteur sur le fondement de la loi de 1985 ou sur le fondement de la responsabilité du
fait des choses.
Les non-conducteurs peuvent exercer leurs actions contre n’importe quel conducteur du
véhicule impliqué. Les différents conducteurs ou gardiens sont responsables in solidum. En
revanche, les victimes conductrices ne peuvent demander indemnisation qu’à l’autre
conducteur sur le fondement de la loi de 1985.
Selon l’article 2 de la loi de 1985, toutes les victimes ne peuvent pas se voir opposer la force
majeure. La force majeure n’est donc pas une cause d’exonération. Il y a un droit quasi-
automatique pour les victimes à être indemnisées. La seule limite admise est la faute de la
victime. La loi distingue selon la qualité de la victime et la nature du dommage.
On entend les dommages purement matériels. Ne sont pas considérés comme des biens
matériels les prothèses et fournitures délivrées sous restriction médicale. En matière de
dommages aux biens, la faute de la victime peut limiter, voire aller jusqu’à exclure son droit
à indemnisation. Pour que l’indemnisation soit totale, il suffit que cette faute soit très grave.
On vise ici tous les préjudices corporels et moraux, les pertes pécuniaires causées par un
arrêt de travail, etc… Dans ce cas, le législateur a estimé que la victime méritait une
protection maximale lorsque cette victime est non-conductrice.
1) La victime conductrice
La règle est la même que dans le cadre de dommages causés aux biens. L’article 4 de la loi
de 1985 limite la réparation des dommages à la personne des victimes conductrices. La
différence de traitement des victimes ne pose pas de problème pour la CC. Il n’empêche que
cette différence de traitement peut paraître injuste, si bien que l’avant-projet entend
supprimer cette distinction.
2) La victime non-conductrice
Les victimes non-conductrices sont essentiellement les piétons, les cyclistes, etc… Il y a aussi
les victimes privilégiées. Ce sont celles qui sont âgées de moins de 16 ans et celles âgées de
plus de 70 ans. Ces victimes privilégiées ne peuvent se voir opposer que le fait d’avoir
volontairement recherché le dommage subi, c’est-à-dire d’avoir délibérément provoqué
l’accident. Cette catégorie de victimes est censée disparaître dans l’avant-projet de réforme
de la responsabilité car on ne voit pas pourquoi il faudrait mieux protéger un passager plutôt
qu’un autre à raison de son âge.
Les autres victimes peuvent se voir opposer le fait d’avoir cherché volontairement le
dommage mais aussi leur faute inexcusable si la faute a été exclusive de l’accident. Il a fallu
déterminer ce qu’était une faute inexcusable. Selon la CC, la faute inexcusable est la faute
volontaire d’une exceptionnelle gravité exposant sans raison valable son auteur à un danger
dont il aurait dû avoir conscience. En pratique, la faute inexcusable n’est retenue que dans
des cas exceptionnels. Par exemple, un piéton qui avait traversé en courant une voie de la
circulation, alors que la visibilité était mauvaise n’a pas commis de faute inexcusable. La
faute de la victime doit être la cause exclusive de l’accident. On ne pourra exclure la faute du
débiteur d’indemnités que lorsque la faute de la victime était irrésistible et imprévisible. Ces
deux conditions sont cumulatives. La victime a donc un droit quasi-automatique à
indemnisation.
A) Tous les co-auteurs sont tenus en vertu de la loi de 1985 (hypothèse simple)
- Si aucun des conducteurs n’a commis de faute, la répartition se fait par tête ou part virile ;
- Si chacun commet une faute, la répartition se fait en fonction de la gravité de la faute ;
- Si certains des coauteurs ont commis une faute et les autres non, le solvens qui a commis
une faute ne peut pas se retourner contre un non-fautif ;
- Si le solvens n’a pas commis de faute, il peut se retourner contre un fautif et obtenir
réparation pour le tout.
Ce qui pose problème, c’est de savoir si la nature de cette action récursoire (action par
laquelle celui qui a payé se retourne contre les autres co-auteurs) est une action
subrogatoire ou non. La question présente un intérêt lorsqu’un conducteur est condamné à
indemniser un piéton dont la faute a été la cause exclusive du dommage (faute imprévisible
et irrésistible) sans pour autant présenter un caractère inexcusable. Si le conducteur fonde
son recours sur la loi de 1985, son recours pourra aboutir car l’autre conducteur ne pourra
pas lui opposer la faute inexcusable et exclusive en lien avec l’accident. Dans le cas contraire,
le recours n’aboutira pas car le conducteur est considéré comme gardien. Et le gardien
pourra se prévaloir du fait que la faute de la victime présente les caractères de la force
majeure. Cette question n’est pas encore totalement résolue. Depuis 1998, la CC dit que
« les recours des co-auteurs d’un accident de la circulation ne peuvent s’exercer que sur le
fondement des articles 1240 et 1251 CC. » Mais ces deux articles ne devraient pas
fonctionner ensemble car la combinaison de ces deux articles n’est pas logique.
Dans cette hypothèse, les co-auteurs sont tenus à des titres différents. L’un est responsable
selon la loi de 1985 et l’autre sur le fondement du droit commun. Si le solvens est le
conducteur, il peut se retourner contre les autres sur le fondement du droit commun.
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A la fin du 19ème siècle, la jurisprudence a généralisé ses deux dispositions et a dit que tout
enrichissement sans cause était une source d’obligation.
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On parle de paiement de l’indu lorsqu’une personne accomplit au profit d’une autre une
prestation que cette dernière n’était pas en droit d’exiger d’elle. Une personne va payer une
autre personne alors que le créancier n’était pas en droit d’exiger cela. Celui qui a payé et
qui n’aurait pas dû payer est le solvens. Il dispose d’une action en restitution (anciennement
action en répétition). Celui qui a été payé est appelé l’accipiens. Une obligation de
restitution pèse sur l’accipiens car ce dernier n’aurait pas dû recevoir cet argent. L’action par
laquelle le solvens demande la restitution de l’argent à l’accipiens est l’action en paiement
ou en restitution de l’indu.
Par exception, l’action en paiement de l’indu n’est pas ouverte à certaines personnes, qui au
moment de leur paiement n’était pourtant plus débitrices. La première hypothèse est celle
visée à l’art. 1302 CC. Comme les obligations naturelles deviennent obligatoires à partir du
moment où elles commencent à être exécutées, l’action en paiement de l’indu est fermée à
celui qui a volontairement commencé à exécuté une obligation naturelle. Cette action est
également fermée au débiteur d’une obligation prescrite qu’il a payée, alors même qu’il n’y
était plus tenu.
1) La faute du solvens
L’action est-elle ouverte à celui qui a payé alors même qu’il est fautif ? La CC a décidé que la
faute du solvens ne s’oppose pas à l’action en paiement de l’indu. Mais la jurisprudence
avait estimé que si cette faute avait commis un préjudice à l’accipiens, le solvens pouvait
être obligé à versé des dommages et intérêts à l’accipiens. Cette position a été confirmée
par la loi à l’art. 1302-3 CC.
2) L’erreur du solvens
Le solvens a-t-il besoin de prouver que son paiement découle d’une erreur pour que son
action aboutisse ? Il faut distinguer selon que l’indu est objectif ou subjectif. En cas d’indu
objectif, l’art. 1302-1 CC parle d’erreur en visant l’accipiens mais pas le solvens. Dans la
mesure où la dette n’existe pas, on considère que l’accipiens doit restituer cet argent qu’il y
ait eu erreur ou intention libérale. En revanche, en présence d’un indu subjectif (plus
particulièrement dans l’hypothèse de celui qui a payé la dette d’autrui), le solvens ne peut
obtenir restitution que s’il prouve qu’il a commis une erreur ou qu’il a agi sous la contrainte.
Lorsqu’il y a versement de la somme d’argent au mauvais créancier, le solvens n’a pas besoin
de prouver l’erreur.
La loi distingue selon que l’accipiens était de bonne ou de mauvaise foi. Si l’accipiens est de
bonne foi, il doit restituer la chose ou le capital perçu mais également les intérêts qui jouent
à partir de la demande. Il n’est pas tenu de la dégradation ou de la perte de la chose, sauf si
la dégradation ou la perte sont dues à sa faute. S’il a vendu la chose, il doit seulement rendre
le prix. Rappelons que la bonne foi est toujours présumée.
S’il est de mauvaise foi, il devra tout rendre. Et les intérêts courent à compter de la date de
paiement. En outre, il est coupable de la dégradation ou de la perte de la chose. Il doit
également restituer la valeur réelle de la chose lorsqu’il l’a vendue. Néanmoins, l’accipiens a
le droit d’être remboursé des dépenses qu’il aurait effectuées pour la conservation de la
chose.
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Ce quasi-contrat a été créé par la jurisprudence dans un arrêt qui date de 1892. Ce quasi-
contrat a pour but d’éviter qu’une personne s’enrichisse sans raison valable au dépend
d’une autre. Il existe de très nombreuses hypothèses où une personne s’enrichit au
détriment d’une autre. Par exemple, si un commerçant s’installe dans une galerie
marchande à forte concurrence et qu’il prend une partie de la clientèle du commerce voisin.
Cet exemple ne pose pas de problème car il n’y a rien d’illégal ici. Mais il existe des
hypothèses dans lesquelles un concours de circonstances peut aboutir à un enrichissement
injustifié. L’action d’enrichissement injustifié a pour objet de compenser un transfert de
valeur injustifié par le biais d’une indemnité que devra verser celui qui s’est enrichi à celui
qui a contribué à l’enrichissement.
Chaque fois que quelqu’un avait subi un préjudice et qu’une autre personne s’était enrichie,
cette action était possible. Pour éviter de remettre en cause tous les contrats non égaux, la
jurisprudence a essayé de limiter cette action. Cette action ne peut être invoquée que si
aucune autre règle de droit ne peut l’être. Ensuite, la jurisprudence a ajouté des conditions
juridiques à cette action, qui s’analysent comme des obstacles au droit d’invoquer l’action.
L’appauvri doit prouver un enrichissement et une perte. L’enrichissement peut être un gain
ou une perte évitée. Mais il faut également que l’appauvri ait subit une perte.
L’appauvrissement peut prendre la forme d’une dépense ou d’un manque à gagner. Ces
deux événements doivent être liés.
L’enrichissement peut également trouver sa justification dans une règle légale. Par exemple,
si un débiteur refuse de payer sa dette car elle est prescrite, ce dernier va s’enrichir au
dépend de son créancier. L’enrichissement trouve ici son explication dans la prescription
(art. 1303-3 CC).
Il ne faut pas que l’appauvri ait recherché un intérêt personnel lors de son appauvrissement,
auquel cas l’action lui sera fermée.
C) La faute de l’appauvri
C’est le cas par exemple d’un garagiste qui effectue des travaux non-demandés sur une
voiture qu’il avait en réparation. Initialement, la jurisprudence estimait que si l’appauvri a
commis une faute, cette dernière le prive de toute action, même s’il y a eu enrichissement
d’une autre personne. Cette solution était sévère. C’est pourquoi, la jurisprudence récente
opte pour une solution plus nuancée en admettant cette action, même en cas de faute de
l’appauvri, à condition que sa faute soit une faute d’imprudence ou de négligence.