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Archétypes Jungiens : Concepts Clés

Ce document décrit le concept d'archétype selon la psychologie analytique de Carl Gustav Jung. Il définit l'archétype comme une structure de représentation innée commune à toutes les cultures humaines, à l'origine des mythes et symboles universels. Le document présente ensuite la classification et les principales caractéristiques des archétypes selon Jung.

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Archétypes Jungiens : Concepts Clés

Ce document décrit le concept d'archétype selon la psychologie analytique de Carl Gustav Jung. Il définit l'archétype comme une structure de représentation innée commune à toutes les cultures humaines, à l'origine des mythes et symboles universels. Le document présente ensuite la classification et les principales caractéristiques des archétypes selon Jung.

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Dossier de référence

Les Archétypes
Archétype (psychologie analytique)
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

L'archétype (prononcé [aʁketip]) est un concept appartenant à la psychologie


analytique élaborée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875 - 1961) qui le
définit comme une « forme de représentation donnée a priori »[1], ou encore
comme une « image primordiale » renfermant un thème universel, commun à
toutes les cultures humaines mais figuré sous des formes symboliques diverses,
et structurant la psyché inconsciente.

L'archétype est pour la psychologie jungienne un processus psychique


fondateur des cultures humaines car il renferme les modèles élémentaires
de comportements et de représentations issus de l'expérience humaine à
toutes les époques de l'histoire, en lien avec un autre concept jungien, celui
d'inconscient collectif.

Du grec ancien αρχέτυπον arkhêtupon signifiant « modèle primitif », entré dans


les langues modernes par l'intermédiaire du latin « archetypum », soit « grandes
images », les archétypes apparaissent dans les mythes, mais aussi dans les
rêves ; ils y forment des catégories symboliques structurant les cultures et
mentalités, et orientant le sujet vers son évolution intérieure, nommée
individuation dans la psychologie de Jung. Pour ce dernier, les archétypes sont
caractérisés fondamentalement par le fait qu'ils unissent un symbole avec une
émotion, ce faisant, ils sont des « potentiels d'énergie psychique »[2] constitutifs
de toute activité humaine et orientant la libido[note 1]. Les archétypes sont ainsi,
dans l’espace mental, des dépôts permanents d’expériences continuellement
répétées au cours des générations.

Si Jung et ses continuateurs ont toujours évoqué l'archétype comme une


hypothèse à propos de la structure profonde du psychisme, ils en ont cependant
fait un pivot de la psychologie analytique très polémique, corollaire du concept
également controversé d'inconscient collectif. Pourtant Jung n'est pas le premier à
évoquer la possibilité d'existence d'« images primordiales » conditionnant
l'imaginaire et la représentation ; avant lui en effet de nombreux philosophes en
ont postulé l'influence sur la nature humaine. Enfin, le concept a connu, après
Jung et jusqu'à des théories scientifiques modernes, une renaissance qui en fait
une hypothèse d'actualité.

Définition en psychologie analytique


L'archétype : une structure de représentation
Article détaillé : âme (psychologie analytique).

Carl Gustav Jung considère l'archétype comme étant « une structure de


représentation » car, s’il ne peut se représenter, il influence du moins les valeurs et
les expériences de la conscience du sujet (de son « âme » dans le vocabulaire
jungien). En d'autres termes, et Jung insiste maintes fois sur ce point, suite aux
malentendus et récupérations peu rigoureuses faites de ce concept, l'individu ne
peut connaître de l'archétype que ce qu'il manifeste objectivement.

L'archétype est ainsi un processus psychique de la « psyché objective » (la partie


psychique qui ne dépend pas du sujet), liée à l'inconscient collectif ; c'est pourquoi
Jung le classe au sein des processus « trans-personnel ». Il est inhérent et
émergeant même de la structure psychique humaine (voire animal pense Jung) :
« Les archétypes sont les formes instinctives de représentation mentale »[3]. Il
pense ainsi que les archétypes sont issus des instincts les plus anciens de la bio-
psychologie humaine, et qu'ils ressortent de la phylogénèse du vivant,
conditionnant les représentations[note 2].

Carl Gustav Jung, psychiatre suisse, proposa de voir dans les archétypes l'origine
des mythes universels.

Murray Stein, dans le Dictionnaire International de la Psychanalyse (2005), résume


ainsi le concept jungien d'archétype : « [l'archétype] est chargé de coordonner et
d'organiser l'équilibre homéostatique de la psyché ainsi que ses programmes de
développement et de maturation. Un des archétypes, le Soi, est au centre de cette
coordination de l'ensemble de la dynamique psychique auquel il donne son
ossature. L'archétype lui-même n'est pas directement accessible à l'expérience ;
seules ses images et les schèmes créés par lui deviennent manifestes et
perceptibles par la psyché. La quantité et la variété de ces images archétypiques
sont virtuellement sans limites. On trouve ces schèmes universels inscrits dans les
mythes, dans les symboles et les idées des diverses religions [note 3], et transmis
dans les expériences numineuses ; ils sont souvent représentés aussi dans des
rêves symboliques et appréhendés dans les états de conscience altérés. Au sein
de la psyché les images archétypales sont liées aux cinq groupes d'instincts,
auxquels elles donnent une direction et un sens potentiel. ».

L'archétype est donc une somme et une complexion (un schème) d'énergie
psychique et c'est de cette nature qu'il tire son ascendance sur la psyché. Au fur et
à mesure du développement des représentations mentales, et au fil des temps, les
archétypes se stratifient et organisent l'appareil psychique. Pour Jung, ce
processus est naturel dans le sens où il est programmé dans le vivant et
s'apparente à la croissance des plantes. Jung ajoute, dans Types psychologiques
qu'ils sont « une forme symbolique qui entre en fonction partout où n'existe encore
aucun concept conscient », c'est pourquoi la forme même de l'archétype est
impossible à représenter : la conscience en perçoit seulement les manifestations à
travers le filtre de la culture, principalement les motifs mythologiques ou les
émotions numineuses dans les rêves.

L'« Arbre de la Vie » est un archétype présent dans la plupart des cultures. Il figure
principalement le développement naturel et harmonieux de la personnalité[5].

En réalité, l'archétype produit des manifestations, que l'homme perçoit sous forme
symbolique et mythologique, mais ces dernières ne sont pas l'archétype même, qui
échappe à toute conceptualisation puisqu'il s'agit d'une prédisposition mentale.
Jung préfère parler de « motifs archétypiques » ou de « mythologèmes » : « Or, les
archétypes ne sont pas quelque chose d'extérieur, du non-psychique (...). Par
opposition aux formes extérieures qui les traduisent à un moment donné et
indépendamment d'elles, ils constituent bien davantage l'essence et la vie d'une
âme non individuelle, qui est certes innée à tout individu, mais que la personnalité
de celui-ci ne peut ni modifier ni s'approprier. (...) Elle constitue [cette âme] le
support de toute psyché individuelle, comme la mer porte les vagues. ».

Une classification de l'imaginaire symbolique humain

Au fur et à mesure de ses travaux sur la psyché humaine et ses manifestations,


Jung en est venu à distinguer un certain nombre de ces « grandes images »,
revenant régulièrement dans l'histoire de l'humanité, qu'il classe en deux
catégories : les « archétypes trans-personnels », représentant des qualités
émanant de la culture et du collectif, et les « archétypes personnels », prenant la
forme de ce que le psychiatre suisse nomme les « personnages » (la tendance
masculine ou Animus et féminine ou Anima, l'Ombre, la Persona) ayant une
fonction au sein de la dynamique psychique du sujet.

L'imaginaire humain est donc formé d'un ensemble non défini en nombre
d'archétypes : « Un archétype s'inscrit toujours dans une trame factice, avec des
représentations à double emploi. L'archétype s'inscrit dans une trame de
représentations apparentées entre elles, conduisant toujours à d'autres images
archétypiques et se chevauchant constamment les unes les autres, et dont
l'ensemble forme le singulier tapis de la vie. ». Jung a produit une méthode unique
d'analyse de ces archétypes, fondée sur les réseaux symboliques dans lesquels
les archétypes évoluent de tous temps : la « méthode des amplifications » au sein
de laquelle les archétypes sont, selon les mots de Charles Baudouin, des
« constantes de l'imagination ».

Représentant des thèmes universels, à la source de toute interrogation humaine


sur son devenir ou sa nature, tous les archétypes forment en effet un « champ de
significations » (un peu comme les électrons existent au sein d'un champ
physique) regroupant la totalité des représentations humaines. Les symboles
archétypiques sont ainsi corrélés les uns aux autres, dans une certaine mesure, et
en fonction de la culture de référence, de l'époque également (sachant que
certaines problématiques ou crises psychiques collectives peuvent en altérer la
perception commune). Jung les dit « contaminés » les uns aux autres. La « loi de
contamination » est le concept au moyen duquel Jung décrit cette réalité,
impossible à schématiser tant les archétypes sont fusionnés et tant l'espace
imaginaire humain est étendu. Ils forment un ensemble idéel aux limites indéfinies,
structurant et bornant la conscience humaine, les thèmes se faisant mutuellement
écho, et reposant sur cette loi de contamination que Marie-Louise Von Franz,
continuatrice officielle de Jung, à décrite davantage, en étudiant notamment les
contes de fées, dans lesquels ils réapparaissent de manière régulière et semblant
même en influencer la structure narrative. La simplicité des contes de fées permet
en effet selon elle d'accéder plus aisément à ces structures de base de la psyché.

Enfin, Jung postule que la vraie essence de l'archétype est transcendante : la


conscience et son système perceptif ne peut la connaître. En soi, l'archétype est
selon ses mots « schizoïde » c'est-à-dire qu'il transgresse la réalité psychique,
évoluant dans sa forme inconsciente et indéterminée, dans un non-lieu où existe et
règne la synchronicité. Michel Cazenave admet ainsi la polysémie du concept, « à
la fois matrice d'images dans le champ de l'inconscient, condition de possibilité par
rapport à l'expérience, structure métaphysique dans le royaume réel de l'âme »
enfin.
Genèse du concept

Un concept originellement philosophique puis anthropologique


Article détaillé : Archétype (philosophie).

Le Monde des idées de Platon a largement influencé Jung, qui y voit l'une des
formes données par la philosophie à l'archétype de l'inconscient[12].

La notion d'« archétype » est d'inspiration et de tradition philosophiques. Il


apparaît d'abord chez Platon à travers la notion d'« Idées » (eidé en grec
ancien), dès le dialogue socratique du Phédon. Pour Platon, le monde
intelligible (le monde réel, des hommes et de leurs perceptions) n'est que le
reflet d'un monde idéal, formé de pures idées. Il s'agit de la théorie des Idées
platonicienne, que le philosophe Plotin, fondateur de l'école
néoplatonicienne de Rome, reprend et développe et qui a beaucoup inspiré
Jung. Le philosophe grec Xénocrate donne cette définition de l'« Idée » ou
« Forme intelligible » selon Platon : « L'Idée est la cause qui sert de modèle
aux objets dont la constitution est inscrite de toute éternité dans la nature ».
En réalité, le concept est utilisé dès avant Platon, par les pré-socratiques, qui
mettent en avant des principes constitutifs des phénomènes, les archè en
grec ancien (traduit souvent par les « principes »).

Dans la philosophe européenne et chrétienne, la notion d'« archétype » se


retrouve d'abord chez le théologien Saint-Augustin à travers l'expression d'« ideae
principales »[13] puis chez le philosophe anglais empiriste John Locke qui définit
ainsi les archétypes comme « des collections d'idées simples que l'esprit assemble
lui-même, et dont chacune contient précisément tout ce qu'il a dessein qu'elle
renferme », dans son Essai sur l'entendement humain publié en 1690[14]. Plus
généralement, chez les philosophes empiristes, l'archétype est une « sensation
primitive servant de point de départ à la construction psychologique d'une
image »[15].
Le concept est si polysémique qu'il se retrouve dans la pensée de nombreux
philosophes et scientifiques modernes. Les social instincts de Charles Darwin, le
« langage universel des rêves » du naturaliste allemand Gotthilf Heinrich von
Schubert (1780 - 1860, les « facultés » d'Henri Bergson ou les « isomorphes » du
psychologue gestalt Wolfgang Kohler ont des significations également proches. La
conception de Noam Chomsky à propos de l'acquisition du langage, fondée sur un
« procédé d'acquisition inné » s'en rapproche également.

L'anthropologue allemand, Adolf Bastian (1826 - 1905) semble toutefois, dans le


champ des sciences humaines, avoir été le premier à évoquer l'existence d'une
structure universelle de l'esprit humain pouvant expliquer l'existence des mêmes
rites, mythes et pensées à travers le monde entier. Bastian soutenait, dans le
chapitre « Ethnische Elementargedanken » (« idées élémentaires ethniques » en
français) de son ouvrage Lehre vom Menschen, en 1895, une « unité psychique de
l'humanité ». Les cultures humaines sont alors partout compréhensibles par des
lois de développement universelles mais indépendantes, produisant des
« Elementargedanken » susceptibles de « développements historiques et culturels
particuliers » et s'exprimant à travers les « Völkergedanken » (« idées des
peuples »). Il est considéré en Allemagne comme le père de la Völkerkunde
(traduit généralement par « ethnologie ») que le régime nazi a récupérée afin de
justifier son idéologie, sort que subirent également les idées de Jung et notamment
celle d'inconscient collectif.

Ce sont surtout les travaux de Richard Wolfgang Semon (1859 – 1918) et sa


notion d'« engramme » (ou « trace cérébrale ») qui sont les plus proches de ceux
de Jung[17]. Enfin, les idées d'anthropologues contemporains, comme Mircea
Eliade[note 7], de Claude Lévi Strauss ou encore de Lucien Lévy-Bruhl[note 8] ont
permis à Jung d'avancer dans son hypothèse de structures fondant l'imaginaire
collectif.

Pattern of behaviour et archétype

Jung emploie souvent l'expression équivalent de pattern of behaviour pour


désigner l'archétype car il organise non seulement les perceptions, représentations
et processus psychiques, mais aussi l’activité et les comportements du sujet, son
expérience du monde. Jung insiste à de nombreuses reprises sur la parenté entre
son concept d’archétype et le concept biologique et éthologique de pattern of
behaviour, créé par l'éthologue Johann Ferdinand Adam von Pernau (1660 -
1731), comme en témoigne une lettre du 13 février 1954 au professeur G. A. Von
Den Bergh : « « Archétype » est pratiquement synonyme du concept biologique de
pattern of behaviour. Mais comme ce concept renvoie avant tout à des
phénomènes extérieurs, j’ai choisi pour le pattern of behaviour le terme
d’« archétype ». Nous ne savons pas si le tisserin a la vision d’une image
intérieure lorsqu’il se conforme, en construisant son nid, à une structure formelle
reçue d’une antique hérédité, mais tout ce que nous avons d’expérience nous
assure qu’aucun tisserin n’a jamais inventé lui-même son nid. Tout se passe
comme si l’image du nid à construire naissait avec l’oiseau
Le rêve est modelé par les archétypes selon Jung, qui ont pour fonction de
compenser l'attitude consciente du sujet.

Psychiatre de formation, lecteur avéré de Kant, se désignant lui-même


comme un empiriste, Jung n'a cessé, dès le début de son idée d'archétype,
d'en prouver le bien-fondé physiologique. Si l'archétype est avant tout une
disposition inconsciente, il existe à un niveau plus biologique, l'engramme
ou trace dans la mémoire. cependant, contrairement aux biologistes, Jung
refuse le caractère héréditaire de l'archétype. Un cadre biologique existe
mais ce sont les expériences qui le comblent, comme le souligne par ailleurs
Henri Laborit : « héritage génétique, héritage sémantique, voilà ce que
contient au départ le cerveau de l'homme moderne, il y ajoutera le contenu
de son expérience personnelle ». Le concept contient donc deux définitions
note Henri F. Ellenberger : « Il faut d'abord distinguer entre les
« archétypes » proprement dits, qui restent normalement latents et
inconscients, et les « images archétypiques » qui correspondent à leurs
manifestations au niveau de la conscience ».

Genèse chez C. G. Jung

Des « grandes images » aux « centres d'énergie »

Le terme « archétype » est constitué par Carl Gustav Jung peu à peu, au fil de
diverses constatations. Suivant le terme d'« imago » employé par le romancier Carl
Spitteler dans son roman du même nom, Jung définit par là les personnages
imaginaires. Il s'agira surtout d'imago paternelle et d'imago maternelle explique
Charles Baudouin Le concept, crée en 1907 par Jung, rejoint alors le vocabulaire
psychanalytique, synthétisant la perception que l'enfant peut avoir de ses parents
mais aussi la conception qu'il s'en fait. Jung utilise ensuite les expressions « image
historique » et « image primordiale » (urbild ou urtümliches Bild), termes venant de
Jacob Burckhardt en 1912 pour désigner ces éléments constitutifs de l'imaginaire
collectif, comme les dramatis personae qui se meuvent dans l'espace de cette
scène.
Au fur et à mesure de ses travaux, Jung alors jeune psychiatre s'aperçoit de la
récurrence, dans les rêves ou délires de ses patients, de certains motifs ayant
existé à toutes époques. En cela la genèse du concept d'archétype est
indissociable de celle du concept d'« inconscient collectif ». Sous l'autorité de Jung
depuis son entrée au Burghözli en 1909, Johann Jakob Honneger étudie le cas
d'Emil Schwyzer, entré à la clinique zurichoise en 1901. Ce patient présente en
effet un imaginaire particulier : se prenant pour Dieu, il voyait le Soleil comme un
« membrum erectum » (« un pénis en érection ») dont le mouvement produit le
vent. Cela paraît incompréhensible à Jung, jusqu'en 1910, année où il trouve dans
deux ouvrages sur le culte de Mithra d'Albrecht Dieterich et de George Robert
Mead] la vision « d'un tuyau pendant du Soleil ». Dans Métamorphoses et
symboles de la libido (1911-1912, devenu Métamorphoses de l'âme et ses
symboles) Jung se dit alors qu'il s'agit « d'un trait généralement humain, d'une
disposition fonctionnelle à produire des représentations semblables ou
analogues », intuition qui le mène vers l'hypothèse de l'inconscient collectif. Dès
1916, Jung parle alors des « archétypes de l'inconscient collectif » (Psychologie de
l'inconscient).

Dans une lettre à Sigmund Freud, Jung explicite sa position : « Nous ne


résoudrons pas le fond de la névrose et de la psychose sans la mythologie et
l'histoire des civilisations ». Il entend par là que la psychanalyse doit se fonder sur
la prise en compte de l'histoire des symboles, dans le temps et l'espace. En 1910,
Honneger fait une conférence à Nuremberg sur ses conclusions du cas de
Schwyzer, intitulée « La formation du délire paranoïaque ». La notion d'archétype
apparaît officiellement chez Jung la même année, dans l'étude « Instinct et
inconscient ». Par ailleurs, les lectures de Jung sur l'anthropologie d'alors le
convainquent de l'existence de grandes tendances instinctuelles que la psyché
tente de formaliser ; en 1925, Jung part au Kenya étudier les cultures tribales de la
région, études qui consolident sa thèse d'une parenté de symboles entre les
civilisations Enfin, il fréquente assidument, dès 1929, les textes alchimiques, où il
constate non seulement que certains thèmes sont récurrents, mais encore que ces
thèmes se retrouvent dans d'autres activités de l'esprit humain telles le mythologie,
la poésie, la théologie, l'art, mais aussi en pratique thérapeutique. C'est d'ailleurs à
un texte alchimique, le Corpus Hermeticum attribué à Denys l'Aréopagite que Jung
emprunte le mot d'« archétype »

Une preuve de l'inconscient collectif


Article détaillé : inconscient collectif.

Le concept d'« archétype » chez Jung est intimement dépendant de celui,


tout aussi novateur, d'inconscient collectif. Jung fut le premier à postuler, en
psychologie et psychanalyse, l'existence d'un inconscient commun à tous
les hommes, et se retrouvant dans les mythes et dans les productions de
l'humanité. En soi, l’archétype est une image originelle qui existe dans l’
inconscient, mais qui n’est pas issue de l’expérience personnelle.
L’archétype en lui-même est une énergie probablement indépendante de
l’esprit humain, de nature transcendante, et qui possède la particularité
d’être un élément de transformation. La somme des archétypes (Jung s'est
toujours interdit d'en proposer une liste factuelle) réalise ainsi un vaste champ
symbolique bornant la vision et la représentation de l'homme sur son monde et lui-
même : « Un archétype s'inscrit toujours dans une trame factice, avec des
représentations à double emploi. L'archétype s'inscrit dans une trame de
représentations apparentées entre elles, conduisant toujours à d'autres images
archétypiques et se chevauchant constamment les unes les autres, et dont
l'ensemble forme le singulier tapis de la vie »[27].

Si la psychologie analytique a pu identifier l'expression de ces archétypes dans la


culture et en a fait des catégories, cela ne signifie pas que les archétypes sont des
motifs mythologiques présents en nous dont nous serions les héritiers.
L'inconscient collectif a, dès le départ, nourri les spéculations les plus farfelues :
nombre de personnes y voyaient une émanation psychique de la génétique,
localisée dans le cerveau, et expliquant les vies antérieures ou l'atavisme, entre
autres, or : « On croit souvent que le terme « archétype » désigne des images ou
des motifs mythologiques définis. Mais ceux-ci ne sont rien d'autre que des
représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des
représentations aussi variables puissent être transmises en héritage ».

Les peintures de William Blake, animées de force surnaturelle, représentent de


nombreux archétypes

Il s'agit bien plutôt de catégorisations, de tendances en nous qui structurent la


psyché individuelle, à partir d'un schéma valant pour toute l'espèce certes mais
non transmis en héritage. Jung y insiste beaucoup à la fin de sa vie, soucieux de
dissiper les malentendus du concept. C'est selon lui la capacité à retrouver ce
schéma qui est héritée, non les archétypes, ce qui explique les variations des
figurations à travers les époques, sans que le contenu émotionnel n'en soit altéré :
« L'archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs,
représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son
schème fondamental. » explique-t-il.

Ces structures fondamentales sont matérialisées notamment dans le rite, propre à


l'homme (mais aussi à l'animal ; Jung fait en effet l'hypothèse que l'animal ressent
les archétypes). Il se fonde ainsi sur une abondante littérature anthropologique, qui
va de James George Frazer à Mircea Eliade, et qui démontre les fondamentaux du
rite. Pour le psychiatre suisse, « Un archétype représente en effet un événement
typique ». Citant dans Psychologie du transfert la persistance du Vendredi Saint, et
d'autres rituels de lamentations annuelles comme les déplorations de Linos, de
Tammuz ou d'Adonis, l'idée universelle de la mort comme « extinction de la
conscience doit correspondre à un important archétype ». Jung part donc d'un fait
constaté, l'existence d'un rituel animant une communauté, et en extrapole la
symbolique, faisant ressortir le motif central, numineux.

Dès 1919, Jung va rechercher au sein des mythes personnels des psychotiques la
preuve de ces influences culturelles inconscientes. Il cherche ainsi à donner un
fondement phylogénétique à la pathologie des névroses et psychoses. Il repère
rapidement « des particularités qui échappent à toute explication par des
circonstances de la biographie individuelle ». Jung rejette dès lors la conception
classique qui veut que l'être humain naisse comme une tabula rasa (une tablette
de cire vierge de toute inscription), au contraire il y a une part d'inné en chacun et
cette part est collective. Il s'agit de motifs qui ne sont nullement inventés mais qui
sont au contraire rencontrés en tant que formes typiques. Cependant, et
contrairement à l'idée reçue, les archétypes ont toujours été considérés par Jung
comme une hypothèse de travail.

Archétypes et instincts

Bien que Jung postule toute sa théorie sur l'archétype, qui structure la psyché de
l'homme, ce dernier n'est pas, au final, la cause de toute organisation psychique,
contrairement à l'idée répandue. Il explique ainsi : « Il me faut ici préciser les
rapports entre les archétypes et les instincts. Ce que nous appelons « instinct » est
une pulsion physiologique, perçue par les sens. Mais ces instincts se manifestent
aussi par des fantasmes, et souvent ils révèlent leur présence uniquement par des
images symboliques. Ce sont ces manifestations que j'appelle des archétypes.
Leur origine n'est pas connue. Ils réapparaissent à toute époque et partout dans le
monde, même là où il n'est pas possible d'expliquer leur présence par des
transmissions de générations en générations, ni par des fécondations croisées
résultant de migrations. ». Jung pose l'hypothèse que ces images primordiales
sont « comme l'intuition qu'à l'instinct de lui-même ».

Les monstres représentent souvent des fusions d'opposés, symboles d'un contenu
archétypique

L'instinct est donc à la source de toute conscience et de toute inconscience, de


toute « réalité de l'âme » (Wirklichkeit der Seele) selon les mots de Carl Gustav
Jung. Ils forment en quelque sorte le contenu ou le thème (mot que reprend
souvent, de manière synonyme le psychiatre suisse) de l'archétype, au-delà de sa
forme symbolique car ils puisent leur énergie dans l'inconscient collectif. Une
erreur est selon Jung de croire qu'archétypes et instincts sont le même
phénomène; ils sont ainsi souvent confondus en dépit de ressemblances
essentielles. Jung note en effet que « les structures archétypes ne sont pas des
formes statiques. Ce sont des éléments dynamiques, qui se manifestent par des
impulsions tout aussi spontanément que les instincts. ». Jung cite ainsi, à titre
d'exemple, l'instinct de parenté comme le noyau de l'archétype de l'inceste.
L'instinct sexuel lui forme le cœur de l'archétype du couple anima-animus alors
que, sur un autre registre l'instinct religieux (la Foi) donne vie à l'archétype du Soi.

Jung n'est par ailleurs pas le seul psychanalyste à postuler l'existence des
archétypes. Le mythologue hongrois Károly Kerényi analyse lui la figure de
l'Enfant-divin, aux côtés de Jung et de Paul Radin, dans un ouvrage collectif,
Introduction à l'essence de la mythologie. Dans Thalassa, psychanalyse des
origines de la vie sexuelle (1924), un proche de Freud, Sándor Ferenczi, explicite
lui son idée d'un inconscient phylogénétique et biologique, enraciné dans
l'homme ; concept très proche de celui d'inconscient collectif de Jung, et qui valut
au psychanalyste hongrois la même disgrâce que celle que subit Jung

Par ailleurs, une autre psychanalyste freudienne, qui faillit être accusée de « néo-
jungisme », Mélanie Klein, postule elle aussi l'existence d'un instinct au sens
éthologique, antérieur à toute notion d'apprentissage, fondant la relation objectale
à la mère. Pour Murray Stein l'idée kleinienne du « fantasme inconscient » (ou
« originaires ») correspond en effet tout à fait à celle d'archétype Klein reprend
ainsi un concept élaboré par les éthologues contemporains, notamment Konrad
Lorenz et Nikolaas Tinbergen sous le nom d'« urbild » (« image primordiale » en
allemand). Néanmoins Konrad Lorenz critique la théorie jungienne des archétypes,
dans Essais sur le comportement animal et humain : Les leçons de l'évolution de
la théorie du comportement. En outre, note Michel Cazenave, Lorenz ne critique
que l'idée selon laquelle l'archétype se forme historiquement. Gilbert Durand
résume ce quiproquo en disant que, à propos de la perception de l'archétype, « le
psychologue voit la face interne, représentative, du phénomène, dont l'éthologue
décrit la face externe »

Dans Complexe, archétype et symbole[46], Jolande Jacobi, une proche de Jung,


affirme que « la théorie des archétypes de Jung nous permet une vue globale à la
fois de la psychologie de l'homme et de l'animal » ; elle cite ainsi des
anthropologues, biologistes et zoologues ayant proposé des notions proches du
modèle jungien : David Schneider, Heini Hediger, Konrad Lorenz, Jakob Johann
von Uexküll, mais aussi Adolf Portmann (qui travailla avec Jung) qui dit à propos
de ces « instincts innés » qu'ils forment « l'ensemble du comportement et du rituel
des animaux supérieurs est à un haut degré de caractère archétypique ». Des
continuateurs de Jung enfin, Michel Cazenave et Hansueli F. Etter, considèrent
ainsi que l'archétype est le stade intermédiaire entre l'instinct et la conscience, car
loin d'être la pierre d'achoppement de la vision jungienne, l'archétype pose
davantage de questions qu'il n'en résout.

Après C. G. Jung : la psychologie archétypique

Au cours du développement de la psychologie analytique, l'idée d'archétype et du


rôle des images archétypiques dans le fonctionnement et le développement
psychologique en est venue à occuper une place centrale devenant même la
caractéristique principale de cette école de psychanalyse. La littérature jungienne
abordant ce concept est en effet très importante [note 15]. Nombre de jungiens vont
continuer les études de Jung sur l'archétype, sur sa nature d'une part, ses renvois
culturels et mythologiques d'autre part. Marie-Louise Von Franz, continuatrice
officielle de Jung, va examiner les archétypes au sein des contes de fées,
notamment l'archétype de l'Ombre, chez la femme, dans L’Ombre et le mal dans
les contes de fées.
Un mandala, issu d'un dessin d'une patiente de Jung et qui représente la Fleur
d'Or, nom chinois de l'archétype du Soi, publié dans Le Mystère de la Fleur d'Or en
1929.

En France, Michel Cazenave étudie le rapport qu'entretiennent les concepts


d'archétype et de synchronicité. Pour lui, l'archétype est une « donnée psychoïde »
, c'est-à-dire qu'ils sont indistincts et qu'approximativement perceptibles et
définissables, car, dans le champ inconscient ils sont dans un état constant de
synchronicité (ils sont à la fois psychiques et à la fois objectifs). Les archétypes
sont dès lors les moteurs d'actes de création comme les propriétés des nombres
entiers, les discontinuités de la physique ou encore la somatisation. Ils pourraient
ainsi selon lui être soumis à une causalité formelle. Cazenave pense par ailleurs
qu'« on ne peut démontrer la synchronicité par l'archétype, et l'archétype par la
synchronicité » en raison du caractère fusionnel des deux concepts, à l'image des
deux faces d'une même médaille. Il propose alors de voir dans l'archétype la
« reproduction d'une condition de possibilité»

Aux États-Unis, c'est surtout James Hillman, directeur pendant plusieurs années
de l'Institut Carl Gustav Jung de Zurich, fondateur de la « psychologie
archétypique » (branche de la psychologie analytique qui se donne pour but de
décrire les manifestations archétypiques), qui popularise la compréhension du
concept. Il utilise ainsi une terminologie empruntée à la mythologie grecque, mieux
à même de décrire les archétypes qui structurent le psychisme humain,
notamment dans son ouvrage Le polythéisme de l'âme (1982). Hillman voit ainsi
dans les archétypes des forces agissant sur la vie humaine et quotidienne : « le
pouvoir du mythe, sa réalité, réside précisément dans son pouvoir de saisir
et d'influencer la vie psychique. Les Grecs le savaient fort bien, et alors
qu'ils n'avaient pas de psychologie des profondeurs ou de psychopathologie
comme nous avons aujourd'hui. Mais ils avaient les mythes. Et nous n'avons
plus de mythes mais nous avons la psychologie des profondeurs et la
psychopathologie, toutes deux sont des mythes dans des vêtements
modernes alors que les mythes sont de la psychologie fondamentale dans
des anciens vêtements »
Critique de l'archétype

L'hypothèse des archétypes va à l'encontre du dogme freudien de la seconde


topique imagée ici sous la forme d'un iceberg représentant les différentes couches
de l'appareil psychique.

Le concept d'« archétype » est, avec celui d'inconscient collectif, le plus critiqué de
la psychologie analytique de Jung et ce dès sa création. Si l'on met à part la
critique de Freud, dès les débuts de la théorie élaborée par Jung (dès 1919),
portant sur l'inadéquation de l'archétype avec le modèle freudien et sa dimension
mystique, l'hypothèse des archétypes fait l'objet de critiques venant de tous les
horizons scientifiques : « Son caractère essentialiste lui a valu des attaques de la
part des constructionnistes sociaux, qui tiennent la nature humaine pour malléable
à volonté et définie bien plus par les conditions matérielles et sociales que par des
tendances innées. Elle est également en butte aux critiques des cliniciens pour qui
le champ d'intervention thérapeutique se limite aux conflits personnels et aux
traumatismes de l'enfance. »

Le concept d'« archétype » a formé l'originalité et la spécificité de la théorie de Carl


Gustav Jung en psychologie. La notion souffre néanmoins d'une polysémie, en
raison de l'expression elle-même, renvoyant à des concepts de la philosophie, ou
aux images mythologiques, que Jung n'a eu de cesse d'évacuer de ses
recherches. Cependant, le caractère vague de cette définition que Jung lui-même
a entretenu est à l'origine des critiques contre son hypothèse. Le psychiatre
américain Richard Noll, son principal détracteur, considère que Jung l'a inventé
pour distinguer radicalement sa théorie de celles des autres psychanalystes. Pour
ceux de tradition freudienne par ailleurs, le concept jungien n'apporte rien en
termes d'opérabilité sur les plans méta-psychologiques, comme thérapeutiques.

De scientifique, la critique est devenue, avec Elisabeth Roudinesco, spécialiste


française de l'histoire de la psychanalyse, plus définitive. En effet, Roudinesco
dans Carl Gustav Jung, De l’archétype au nazisme. dérives d’une psychologie de
la différence considère que la théorie jungienne confine au totalitarisme et au
racisme, s'appuyant sur le fait que Jung a collaboré, dès 1932 avec le régime nazi.

Archétypes et manifestations symboliques

Dans les religions et cultures

Les premières recherches de Jung portèrent sur les complexes, comme formations
inconscientes d'énergie psychique devenant autonomes par rapport à la
conscience du sujet. Pour Jung, les archétypes sont des réalités en soi, des
dynamiques de l'inconscient pour lesquelles on peut y voir une certaine
intentionnalité (une certaine volonté, à l'image de celle du Moi). Néanmoins, Jung
refuse de les personnifier et explique qu'il s'agit bien plus d'une analogie : il existe,
à côté de la conscience, des instances psychiques douées d'une certaine volition,
bien que moins différenciées que celle de la conscience civilisatrice : « Les
archétypes sont donc doués d'une initiative propre et d'une énergie
spécifique. Ils peuvent aussi, à la fois, fournir dans la forme symbolique qui
leur est propre, une interprétation chargée de sens, et intervenir dans une
situation donnée avec leurs propres impulsions et leurs propres pensées. À
cet égard, ils fonctionnent comme des complexes. Ils vont et viennent à leur
guise, et souvent, ils s'opposent à nos intentions conscientes ou les
modifient de la façon la plus embarrassante. On peut percevoir l'énergie
spécifique des archétypes lorsque l'on a l'occasion d'apprécier la fascination
qu'ils exercent. Ils semblent jeter un sort. ».
À travers la figure de la Vénus préhistorique, l'archétype de la Grande Mère est
sûrement l'un des premiers à être représenté par l'homme.

Jung cite ainsi, comme archétypes récurrents dans ses recherches :

le Soi ou « archétype de la Totalité » ;

le Soleil comme « imago-Dei » ;

l'Enfant-divin ;

la Grande Mère ;

l'Ombre (la part inconnue de nous-mêmes) ;

l'Anima (la part féminine de l'homme)

et l'Animus (la part masculine de la femme) ;

l'Arbre de Vie ;

l'Androgyne (représentant la conjonction d'opposés) ;

le Fripon divin ou trickster, sorte de génie malicieux ;

l'archétype de l'Inceste et du complexe d'Œdipe[ entre autres.

Chacun est lui-même décliné, selon les époques, cultures et mentalités, suivant
d'innombrables variantes et symboles appelés motifs. Ainsi, les archétypes de
l’enfant divin, de la naissance, du couple divin, du vieux sage, de l’unité, de l’arbre,
de la croix, de la Pierre philosophale par exemple renvoient tous à des images
archétypiques plus fondamentale. La Grande Mère peut ainsi être représenté par
la sorcière ou la marâtre dans l'Antiquité, par la fée au Moyen-Âge, la muse, Gaïa
dans le New-age etc. L'anima est souvent chez l'homme protéiforme, sa
manifestation dépendant de l'état psycho-affectif du sujet : femme-enfant, mère,
femme fatale, inspiratrice, sorcière, femme sauvage etc. font de l'archétype un
concept kaléidoscopique, que seule la méthode des amplifications de Jung permet
d'en repérer la structure universelle. Par exemple, l'archétype de la femme en
l'homme, l'anima, qui représente la fonction de régulation avec l'inconscient chez
l'homme, peut se décliner en quatre niveaux de représentations, caractéristiques
d'un état psycho-affectif :
-femme primitive par exemple Eve, les vénus, mais aussi les sirènes, ou les
femmes fatales ;

-femme d'action par exemple Jeanne d'Arc, Diane la chasseresse, les amazones
etc. ;

-femme de la sublimation comme la Sainte Vierge des chrétiens, kali chez les
hindous, Isis ou la Démeter des Grecs ;

-femme sage telles la déesse mère, la Sophia des gnostiques, les initiatrices et les
muses.

Jung pense également que tous les systèmes de pensée mais aussi les
découvertes scientifiques sont sous l'influence des tendances archétypiques. Ainsi,
dans Psychologie de l'inconscient, Jung prend l'exemple du médecin Julius Robert
von Mayer, qui au XIXe siècle formule la loi de la conservation de l'énergie qui
selon lui en a eu l'intuition grâce à une vision archétypique [59]. Jung cite par ailleurs
les visions de grands scientifiques, à l'origine de découvertes révolutionnaires,
comme Friedrich August Kekulé pour la formule chimique du benzène, Dmitri
Mendeleïev pour le tableau périodique des éléments ou encore Wolfgang Pauli
pour la structure atomique.

Principaux archétypes [modifier]

L'archétype de la totalité : le Soi


Article détaillé : soi (psychologie).

Le mandala : représentation de l'archétype du Soi


Parmi les archétypes que le travail de Jung a pu mettre en lumière, à travers
l'étude des images alchimiques ou oniriques, entre autres, il est un archétype
central : le Soi. En se confrontant au Soi, à travers les symboles spontanés qui
l’expriment (les contenus inconscients), le Moi en fait une expérience intime et
tragique, car il représente une « défaite de l’ego ». Jung le définit comme un
concept-limite, un espace virtuel endopsychique : « Ce qui semblait auparavant
être moi est recueilli dans quelque chose de plus vaste qui me dépasse et me
domine de toutes parts. ». Le Soi forme l'archétype de la totalité pour Jung
c'est-à-dire la dynamique qui pousse tout homme à s'accomplir et à devenir
davantage lui-même, en intégrant tous les processus psychiques : anima,
ombre, persona, et en dialoguant avec l'inconscient. Le Soi réunit les
opposés, source de conflits intérieurs et que les rêves tentent de compenser.
Il s'agit d'un « véritable axe de croissance » du psychisme, le point d'appui
vers l'individuation, un autre concept jungien central dans sa psychologie.

Mercure, l'archétype de l'inconscient


Article détaillé : Inconscient (psychologie analytique).

L'inconscient étant une donnée fondamentale dans la représentation humaine,


comme matrice de toutes les images et inspirations à l'origine de l'humanité, il est
particulièrement figuré. Depuis l'Antiquité, Jung voit dans le dieu Mercure (Hermès
chez les grecs) l'image analogique de l'inconscient personnel. Fondé sur la trinité
(Hermès Trismégiste signifie « trois fois grands » en grec ancien) « il représente
cette substance psychique mystérieuse que nous désignons aujourd'hui du nom
de psyché inconsciente » explique Jung. Chaque état de ce dernier est figuré par
Mercure suivant des variantes, emprunté aux allégories de l'alchimie : « J'en
mentionnerai seulement quelques-unes : le roi est en danger de se noyer dans la
mer, ou bien il en est prisonnier ; le soleil se noie dans la fontaine mercurielle ; le
roi transpire dans la maison de verre ; le lion vert engloutit le soleil, Gabricus
disparaît dans le corps de sa sœur Beya et s'y dissout en atomes, etc. ». Esprit
chtonien, mais aussi ailé, volatif et immuable, Mercure représente deux contraires
personnifiés sous les traits du dieu des voleurs et du dieu des secrets, comme son
pendant égyptien, Thot.

Hermès, archétype de l'inconscient. Son caducée représente l'énergie du


conscient et celle de l'inconscient s'entrecroisant, à la source de tout remède (le
pharmakon)[63].

Anima et animus
Articles détaillés : anima et animus.

Au cours de ses recherches, Jung remarque qu'« il est typique (...) que les
influences qu'exerce l'inconscient sur le conscient ont toujours les caractères du
sexe opposé »[64]. Ainsi, l'homme possède dans sa psyché une figure féminine,
l'anima alors que la femme a elle une figure de l'homme, l'animus, personnifiant
tous deux pour chaque sexe l'inconscient, il s'agit davantage de « fonctions de
relation ». Ces deux archétypes sont les plus représentés dans les cultures et
religions de toutes les époques, à travers, par exemple, les figures de la Kundry de
la légende de Parsifal, Tristan et Iseult, Guenièvre et la Dame du Lac dans la
légende du Graal, Andromède dans le mythe de Persée, Béatrice chez Dante,
Marguerite dans le Faust de Goethe etc. La spécificité de ces deux archétypes est
qu'ils sont projetés sur des êtres du monde extérieur, leur opposition se retrouve
même selon Jung dans l'antagonisme entre la nature et l'esprit formant la base de
tous les systèmes de pensée

Ombre et Persona
Articles détaillés : Ombre (psychologie analytique) et Persona.

Deux autres archétypes personnels sont particulièrement figurés, l'ombre et la


lumière. L'« Ombre » figure l'inconscient personnel, à travers les motifs du double
et de l'alter ego, somme des aspects de la personnalité refoulés ou ignorés, que
l'éducation et la société ont refusé de mettre en valeur. Selon Charles Baudouin,
l'ombre est l'un des archétypes les plus accessibles à l'investigation, car
directement en lien avec le caractère. Représentant souvent le mal dans les
cultures l'ombre est cependant la source d'un renouvellement de la personnalité,
par la « confrontation avec l'ombre », première phase de la thérapie jungienne. En
effet, ce que l'on nomme les défauts tirent bien souvent leur origine de la nature de
l'ombre qui est constituée des complexes inconscients. Comme le remarque
Charles Baudouin « la création littéraire a maintes fois rencontrée cette figure du
double ou de l'ombre : les exemples de Peter Schlemihl de Adelbert von
Chamisso, du Loup des steppes d'Hermann Hesse, de la Femme sans ombre de
Hugo von Hofmannsthal », étudiés notamment par le psychanalyste freudien Otto
Rank.

La « persona » (du grec ancien désignant le « masque du comédien ») est quant à


lui l'archétype de la « façade sociale », plus précisément il s'agit d'un compromis
entre l'individu et la société De la persona proviennent le besoin d'obéissance
sociale, le mimétisme social ou encore la soumission aux normes, parfois
préjudiciables pour le développement de l'individu.

Caractéristiques de l'archétype

Le numineux

L'archétype mobilise tant d'énergie psychique (la « libido » chez Jung) qu'il exerce,
comme les planètes dans l'espace gravitationnel compare Jung, une force
d'attraction qui peut influencer durablement, voire de manière durable, le Moi. Tout
archétype porte en lui, à travers son symbole, une charge émotionnelle qui peut
dépasser et submerger la conscience provoquant des délires visionnaires ou des
psychoses[70]. Selon Jung ces personnalités sous influence caractérisent la
spiritualité mystique, la folie dont les auteurs racontent tous avoir eu à se
confronter à une force supérieure : « L'expérience archétypique est une
expérience intense et bouleversante. Il nous est facile de parler aussi
tranquillement des archétypes, mais se trouver réellement confronté à eux est une
toute autre affaire. La différence est la même qu'entre le fait de parler d'un lion et
celui de devoir l'affronter. Affronter un lion constitue une expérience intense et
effrayante, qui peut marquer durablement la personnalité. ».

Un archétype peut se projeter. Jung voit par exemple dans le phénomène moderne
des soucoupes volantes une projection collective de l'archétype du Soi et un
besoin de salut

Cette puissance, caractéristique de l'archétype, que Jung nomme le « numen »[note


16]
teinte chaque apparition d'archétype dans sa forme la plus émotionnelle, c'est
d'ailleurs ce qui différencie selon Jung un « symbole » (un affect et sa
représentation, sachant que celle-ci est toujours faite de deux opposés, que seul le
symbole peut faire coexister en une même image) et un « signe », création
humaine vide de sens spirituel. Le numen se retrouve dans toutes les
manifestations de l'inconscient : dans les rêves en premier lieu où il indique des
contenus oniriques d'importance, dans les visions et délires, les dessins, les
mandalas, ou encore les mythes. Le symbole radiaire (qui irradie) de l'archétype
de l'Esprit est ainsi particulièrement explicatif. Le feu qui l'accompagne souvent
représente la force émotionnelle dégagée par le symbole.

Cette numinosité est telle qu'elle peut, dans le cas où le conscient est faible,
envahir le champ du Moi. Pour Jung la psychose, contrairement à Freud, est
marquée par « l'inconscient collectif [qui] inonde la conscience et l'emplit de ses
archétypes ». Une psychose collective peut aussi exister : elle envahit alors tout un
peuple, qui, placé sous la fascination d'un archétype, se laisse guider ; Jung lie
cela aux événements ayant conduit à l'avènement d'Hitler ou de dictateurs
possédés par leurs propres cultes. Pour lui, le XX e siècle se caractérise d'ailleurs
par la force du numen dont l'« intensité énergétique est telle qu'ils peuvent
entraîner des phénomènes de fascination et de possession » comme le montre le
phénomène des OVNIs.

Des unificateurs d'opposés

Chez Jung, le symbole est une réunion imagée d'opposés, inconciliables pour
l'esprit ou en intellect, caractérisé par une charge affective. Le symbole formule
donc un paradoxe vivant. Tous les archétypes sont ainsi des conjonctions
d'opposés ; de là ils tirent leurs pouvoirs de fascination sur le conscient, ainsi que
leurs forces civilisatrices structurantes en permettant d'unir des données qui
autrement envahirait la conscience. L'archétype de l'inceste (ou hiérosgamos
incestueux) étudié par l'anthropologue John Layard (proche de Jung) constitue
ainsi « un archétype qui unifiait de la façon la plus heureuse l'opposition entre
l'endogamie et l'exogamie, puisque, s'il s'interdisait le mariage frère-sœur, il
instituait en revanche le cross-cousin marriage ». La fusion de l'anima avec le
conscient pour l'homme, ou de l'animus avec le conscient de la femme, motif
central du hiérosgamos, renvoie ainsi à une collection d'opposés réunis et
transversaux à toutes les cultures et matérialisés par exemple par l'alternance du
Yin et du Yang dans la spiritualité chinoise, du passif et de l'actif, du chaud et du
froid dans philosophie grecque antique, du volatil et Matériel dans l'alchimie, etc.
L'archétype du Soi est ainsi également une fusion de contraires, à savoir qu'il
réunit le conscient et l'inconscient, la lumière et l'ombre, l'action et la passivité.

Cette recherche de la neutralisation des potentiels de contraires forme ainsi le


sens de la psychologie analytique, à travers le concept d'individuation : l'individu
doit, par la confrontation dialectique de son conscient avec l'inconscient, puis par
intégrations successives des archétypes, reconnaître les opposés qui le forment.

Une « préforme vide »

D’une manière générale, la psychologie analytique explique que l'archétype est en


somme : « un élément vide, formel, qui n'est rien que facultas praeformandi »,
« une faculté préformée » explique Jung Jung[note 18]. entend par là que l'archétype
est inhérent à la structure neuronale, qu'il est peut être même inscrit dans les
gènes et que, en cela, il détermine même la libido. En effet, l’archétype ne peut
être représenté, seules ses manifestations et projections le peuvent. Il ne peut
qu’organiser les comportements et processus psychiques dans le sens de son
programme instinctuel, mais non se représenter a priori. Par exemple le motif de la
femme sauvage (ou anima primitive de l'homme) figure l'un des aspects
symboliques de l'archétype de l'anima. Les cultures n'ont eu de cesse de
représenter les archétypes sous des formes anthropomorphiques ou symboliques,
à travers les mythes surtout : « On doit toujours garder à la conscience que ce que
nous voulons signifier par « archétype » est non représentable en soi, mais a des
effets qui permettent des illustrations, lesquelles sont les représentations
archétypiques. ». La confusion est courante, l'image archétypale est alors projetée
sur un objet au moyen d'un mécanisme psychique que Jung nomme, reprenant le
mot de Lucien Lévy-Bruhl, la « participation mystique ».

L'archétype dans la thérapie d'inspiration jungienne

Dans la psyché, les archétypes contaminent des complexes psychiques et, par là,
influencent le conscient. ⇒ Agrandir pour visionner la légende de l'image en
suédois.

La thérapie analytique jungienne, à distinguer de celle de Freud se fonde sur la


totalité de l'être, en cela elle doit permettre de mettre à jour ce que Jung nomme le
« mythe personnel ». L'analysé est en effet sensible à certains archétypes, qui se
manifestent à la conscience lors d'événements traumatiques ou à la suite d'un
impérieux besoin de transformation comme l'explique Henri F. Ellenberger : « ils
[les archétypes] sont susceptibles de se manifester lors de circonstances critiques,
soit à la suite d'un événement extérieur, soit du fait de quelque modification
intérieure », selon son vécu et sa constitution psychique, et l'analyse doit permettre
de lui faire prendre conscience de cette nature profonde, dans toute sa réalité.
Pour Jung et ses continuateurs, les archétypes sont vivants au sein de l'âme
psychique, ils sont par ailleurs la clé du développement de l'individu : « Ceux qui
ne se rendent pas compte de la tonalité affective particulière de l'archétype ne se
retrouveront qu'avec un amas de concepts mythologiques, que l'on peut sans
doute assembler de façon à montrer que tout a un sens, mais aussi que rien n'en
a. Les cadavres sont tous chimiquement identiques, mais les individus vivants ne
le sont pas. Les archétypes ne se mettent à vivre que lorsqu'on s'efforce
patiemment de découvrir pourquoi et comment ils ont un sens pour tel individu
vivant. ».

Avant de les intégrer à la psyché, par un travail de la conscience, l'analyse doit


effectuer le « retrait des projections », afin de repolariser l'énergie psychique non
au-dehors de l'individu mais en lui-même. La projection des archétypes personnels
(anima, animus, ombre, persona) se fait sur l'analyste dans un premier temps, par
la méthode de l'imagination active et l'étude des rêves, afin de permettre à la
conscience de prendre du recul. La notion psychanalytique de transfert est alors
centrale dans la thérapie ; au contraire de Freud, Jung considère que le transfert,
qui est une communication d'inconscient à inconscient entre l'analysé et l'analyste,
est normal et même nécessaire car il permet une prise de conscience ].

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