Opérateurs m-dissipatifs en mathématiques
Opérateurs m-dissipatifs en mathématiques
Équations d’évolution
Jean-Pierre RAYMOND
1 Opérateurs m-dissipatifs 5
1.1 Définitions et notions préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Opérateurs m-dissipatifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.3 Opérateurs m-dissipatifs dans un espace de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.4 Exemples d’opérateurs m-dissipatifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.1 L’opérateur de la chaleur dans L2 (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.2 L’opérateur de la chaleur dans H −1 (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.3 L’opérateur de la chaleur dans Lp (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.4 L’opérateur des ondes dans H01 (Ω) × L2 (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.5 L’opérateur des ondes dans L2 (Ω) × H −1 (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.4.6 Un opérateur de convection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.4.7 L’opérateur de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2 Théorème de Hille-Yosida 15
2.1 Équations différentielles dans un espace de Banach . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2 L’équation de la chaleur en dimension 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.3 Semi-groupe fortement continu sur un espace de
Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.4 Semi-groupes de contractions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.5 Semi-groupes sur un espace de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.6 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4 Sujets d’examens 37
3
4 TABLE DES MATIÈRES
Chapitre 1
Opérateurs m-dissipatifs
Définition 1.1.2 Un opérateur (A, D(A)), linéaire non borné dans X, est fermé si son graphe
G(A) = {(x, Ax) | x ∈ D(A)} est fermé dans X × X.
Définition 1.1.3 Soit (A, D(A)) un opérateur linéaire non borné dans X. Lorsque D(A) est
dense dans X, on dit que (A, D(A)) est de domaine dense dans X.
Définition 1.1.4 Soit (A, D(A)) un opérateur linéaire non borné dans X, de domaine dense
dans X. On appelle adjoint de A l’opérateur (A∗ , D(A∗ )) défini par
et
hx, A∗ yiX,X 0 = hAx, yiX,X 0 pour tout x ∈ D(A) et tout y ∈ D(A∗ ).
Théorème 1.1.1 Soit (A, D(A)) un opérateur linéaire non borné de domaine dense dans X.
Si X est un espace réflexif et A est fermé alors D(A∗ ) est dense dans X 0 .
Preuve. Si D(A∗ ) n’est pas dense dans X 0 , alors il existe x0 ∈ X, non nul, tel que hx0 , yi = 0
pour tout y ∈ D(A∗ ). Étant donné que x0 6= 0, (0, x0 ) n’appartient pas à G(A). Le graphe de
A étant fermé dans X × X, d’après le Théorème de Hahn-Banach, il existe (y1 , y2 ) ∈ X 0 × X 0
tel que hx, y1 iX,X 0 − hAx, y2 iX,X 0 = 0 pour tout x ∈ D(A) et h0, y1 iX,X 0 − hx0 , y2 iX,X 0 6= 0.
De la deuxième équation, on déduit hx0 , y2 iX,X 0 6= 0 et y2 6= 0. De la première, on déduit que
y2 ∈ D(A∗ ). Donc hx0 , y2 i = 0 et on obtient une contradiction. La preuve est complète.
5
6 CHAPITRE 1. OPÉRATEURS M-DISSIPATIFS
Définition 1.2.2 Un opérateur (A, D(A)), linéaire non borné dans X, est m-dissipatif si
• A est dissipatif,
• ∀f ∈ X, ∀λ > 0, ∃x ∈ D(A) tel que λx − Ax = f.
Théorème 1.2.1 Si A est m-dissipatif alors, pour tout λ > 0, l’opérateur (λI − A) admet
un inverse, (λI − A)−1 f appartient à D(A) pour tout f ∈ X, et (λI − A)−1 est un opérateur
linéaire borné sur X vérifiant
1
k(λI − A)−1 k ≤ .
λ
Preuve. Soit λ > 0. Pour tout f ∈ X, l’équation
λx − Ax = f, (1.1)
admet au moins une solution xf dans D(A) d’après la définition 1.2.2. Cette solution vérifie
d’après la définition 1.2.1. Nous en déduisons d’une part que l’équation (1.1) admet une solu-
tion unique xf dans D(A) et d’autre part que
1
kxf k ≤ kf k.
λ
Le théorème en découle.
Théorème 1.2.2 Soit (A, D(A)) un opérateur linéaire non borné dissipatif dans X.
L’opérateur A est m-dissipatif si et seulement si
Preuve. Il est évident que si l’opérateur A est m-dissipatif alors la condition (1.2) est satisfaite.
Montrons la réciproque. De la condition (1.2) et du fait que A est dissipatif, il découle que,
pour tout f ∈ X, l’équation λ0 x − Ax = f admet une solution unique dans D(A). Comme
dans la preuve du Théorème 1.2.1 nous pouvons montrer que (λ0 I − A)−1 est un opérateur
linéaire borné sur X vérifiant
1
k(λ0 I − A)−1 k ≤ .
λ0
Soit λ > 0. L’équation
λx − Ax = f
est équivalente à
λ0 x − Ax = f + (λ0 − λ)x,
1.2. OPÉRATEURS M-DISSIPATIFS 7
soit encore
x = (λ0 I − A)−1 f + (λ0 − λ)x .
L’application
F : x 7−→ (λ0 I − A)−1 f + (λ0 − λ)x ,
|λ0 − λ|
kF (x1 ) − F (x2 )k ≤ kx1 − x2 k.
λ0
Théorème 1.2.3 Soit (A, D(A)) un opérateur non borné dans X. S’il existe λ0 > 0 pour
lequel l’opérateur λ0 I − A est une bijection de D(A) sur X, et si (λ0 I − A)−1 est un opérateur
borné sur X, alors A est fermé.
En particulier, si A est m-dissipatif alors A est fermé.
Preuve. Soit (xn )n une suite de D(A) convergeant vers x dans X, et supposons que (Axn )n
converge vers y dans X. L’opérateur (λ0 I − A)−1 étant borné, nous obtenons
Remarquons que si (A, D(A)) est un opérateur non borné sur X, l’application
Corollaire 1.2.1 Soit A un opérateur m-dissipatif. L’espace (D(A), k · kD(A) ) est un espace
de Banach et A|D(A) ∈ L(D(A); X).
Preuve. Avec le Théorème 1.2.3, on peut facilement vérifier que (D(A), k·kD(A) ) est un espace
de Banach. Par définition de k · kD(A) , il est évident que A|D(A) ∈ L(D(A); X).
Du Théorème 1.2.1, il découle que l’opérateur (λI − A)|D(A) est un isomorphisme de D(A) sur
X. Par abus nous dirons parfois que l’opérateur (λI − A) est un isomorphisme de D(A) sur
X.
8 CHAPITRE 1. OPÉRATEURS M-DISSIPATIFS
Définition 1.2.3 Soit A un opérateur m-dissipatif dans X. La famille d’opérateurs R(λ; A),
λ > 0, définie par R(λ; A) = (λI − A)−1 est appelée résolvante de A.
L’opérateur Aλ = λAR(λ; A) est appelé ’approximation de Yosida’ de A.
λR(λ; A)Ax = λR(λ; A)(A − λI)x + λ2 R(λ; A)x = −λx + λ2 R(λ; A)x = Aλ x,
De plus
limλ→∞ kAλ x − Axk = 0, pour tout x ∈ D(A).
Remarque. Remarquons que le premier résultat du théorème signifie que λR(λ; A) est une
approximation de l’identité. Le second signifie que (Aλ )λ≥0 est une suite d’opérateurs bornés
approchant A.
λR(λ; A)x − x = (λI − A)(λI − A)−1 x − x + A(λI − A)−1 x = (λI − A)−1 Ax.
Nous en déduisons
1
kλR(λ; A)x − xk ≤ kAxk → 0 quand λ → ∞. (1.4)
λ
Le premier résultat est donc démontré pour tout x ∈ D(A).
Soit x ∈ X et soit (xn )n une suite dans D(A) convergeant vers x dans X. Comme kλR(λ; A)k ≤
1, nous avons
Théorème 1.2.5 Soit (A, D(A)) un opérateur dissipatif et de domaine dense dans X. Si A
est fermé et A∗ est dissipatif alors A est m-dissipatif.
Preuve. Montrons tout d’abord que (I −A)(D(A)) est fermé dans X. Soit (fn )n une suite dans
(I − A)(D(A)) convergeant vers f dans X. Comme fn ∈ (I − A)(D(A)), il existe xn ∈ D(A)
tel que xn − Axn = fn . L’opérateur A étant dissipatif, on a
kxn k ≤ kfn k.
La suite (xn )n converge donc vers un élément x ∈ X. Nous en déduisons que Axn = xn − fn
converge vers x−f . L’opérateur A étant fermé, nous avons Ax = x−f . Donc f ∈ (I −A)(D(A))
et (I − A)(D(A)) est fermé dans X.
De [2, Théorème II.18] nous déduisons
et nous avons ker(I − A∗ ) = {0}, car A∗ est dissipatif. Donc (I − A)(D(A)) = X et A est
m-dissipatif d’après le Théorème 1.2.2.
Théorème 1.3.1 Un opérateur (A, D(A)), linéaire non borné dans X, est dissipatif si et
seulement si
∀x ∈ D(A), (Ax, x) ≤ 0.
Dans le cas d’un espace de Hilbert complexe, la condition précédente est remplacée par
∀x ∈ D(A), Re(Ax, x) ≤ 0.
Preuve. Supposons que A est dissipatif. Pour tout x ∈ D(A), non nul, et tout λ > 0, posons
yx,λ = λx − Ax et zx,λ = yx,λ /kyx,λ k. L’opérateur A étant dissipatif, on a
Comme
Re(x, zx ) ≤ |(x, zx )| ≤ kxk,
nous obtenons
(x, zx ) = kxk et z = x.
Nous avons donc
Re(Ax, x) ≤ 0.
Réciproquement, supposons que Re(Ax, x) ≤ 0 pour tout x ∈ D(A). Alors nous avons
Preuve. Soit y0 ∈ X tel que (y0 , x) = 0 pour tout x ∈ D(A). On a (I − A)−1 y0 ∈ D(A),
Remarque. Nous avons énoncé les Théorèmes 1.3.1 et 1.3.2 dans un cadre Hilbertien par souci
de simplicité. Mais ces théorèmes admettent une généralisation dans le cadre des espaces de
Banach. La généralisation du Théorème 1.3.1 dans le cadre des espaces de Banach est énoncée
dans [7, Théorème 4.2 et définition 4.1, Chapitre 1]. Le Théorème 1.3.2 reste vrai dans le cas
d’un espace de Banach réflexif [7, Théorème 4.6, Chapitre 1].
Théorème 1.3.3 Soit A un opérateur dissipatif et de domaine dense dans X. Alors A est
m-dissipatif si et seulement si A est fermé et A∗ est dissipatif.
Preuve. Supposons que A est m-dissipatif. Nous savons que A est fermé (Théorème 1.2.3),
nous devons montrer que A∗ est dissipatif. De manière à simplifier la preuve nous identifions
X et X 0 . Dans ce cas, D(A∗ ) est un sous-espace vectoriel de X 0 .
Pour tout y ∈ D(A∗ ), nous avons
Soit (A, D(A)) un opérateur linéaire non borné de domaine dense dans X. Identifions X et
X 0 , alors A et A∗ opèrent sur le même espace. Dans ce cas le domaine de A∗ est
D(A∗ ) = {y ∈ X | ∃c ≥ 0 tel que (Ax, y)X ≤ ckxk pour tout x ∈ D(A)}.
Définition 1.3.1 Un opérateur linéaire non borné (A, D(A)), de domaine dense dans X est
dit auto-adjoint si A = A∗ . Il est dit anti-adjoint si A = −A∗ .
avec
y1 y2 0 z0
Ay = A = , F = , et y0 = .
y2 ∆y1 f z1
Posons Y = H01 (Ω) × L2 (Ω). Le domaine de A dans Y est D(A) = (H 2 (Ω) ∩ H01 (Ω)) × H01 (Ω).
Démontrer que (A, D(A)) est m-dissipatif dans Y .
λu + a · ∇u = f
sous la forme Z ∞
u(x) = e−λs f (x − as) ds.
0
À l’aide du Théorème de Lax-Milgram, démontrer que, pour tout f ∈ (L2 (Ω))n l’équation
admet une solution unique. Montrer que cette équation est équivalente à l’équation
Théorème de Hille-Yosida
15
16 CHAPITRE 2. THÉORÈME DE HILLE-YOSIDA
On peut aussi définir A comme opérateur non borné dans L2 (0, L), en posant
L’équation (2.3) est bien de la forme (2.1). Nous souhaiterions donc écrire la solution de
l’équation (2.3) sous la forme
y(t) = etA y0 .
Mais A étant un opérateur non borné dans L2 (0, L), l’opérateur etA ne peut pas être défini
comme dans la section 1. Essayons de trouver une autre définition pour etA . Pour cela remar-
quons que la famille (φk )k≥1 définie par
r
2 kπx
φk = sin ,
L L
est une base hilbertienne de L2 (0, L), formée de fonctions propres de l’opérateur (A, D(A)).
Recherchons la solution de l’équation (2.2) sous la forme
y(x, t) = Σ∞
k=1 gk (t)φk (x).
Si l’équation (2.2) est vérifiée au sens des distributions dans (0, L) × (0, T ), alors gk vérifie
k2 π 2
gk0 + L2 k
g =0 dans (0, T ),
gk (0) = y0k = (y0 , φk ).
k2 π 2 t
On a donc gk (t) = y0k e− L2 . On pose
k2 π 2 t
−
y(x, t) = Σ∞
k=1 y0k e
L2 φk (x). (2.4)
On peut facilement vérifier que y ∈ L2 (0, T ; H01 (0, L))∩C([0, T ]; L2 (0, L)) et que y est solution
de l’équation (2.2).
Remarquons que la série de (2.4) n’est pas définie pour t < 0.
Posons
k2 π 2 t
−
S(t)y0 = Σ∞
k=1 (y0 , φk )e
L2 φk (x).
Pour tout t ≥ 0, S(t) appartient à L(L2 (0, L)), S(0) = I, et nous avons
Les conditions (i) et (ii) de la section 1 sont donc vérifiées par la famille d’opérateurs (S(t))t≥0 .
La condition (iii) est remplacée par
Ce sont ces propriétés qui permettent d’étendre la notion d’exponentielle d’opérateurs au cas
des opérateurs non bornés.
2.3. SEMI-GROUPE FORTEMENT CONTINU SUR UN ESPACE DE BANACH 17
Théorème 2.3.1 Soit (S(t))t≥0 un semi-groupe fortement continu sur X. Alors il existe des
constantes ω ≥ 0 et M ≥ 1 telles que
Preuve. Montrons qu’il existe η > 0 tel que kS(t)k est borné pour tout 0 ≤ t ≤ η. Supposons
qu’il existe une suite (tn )n ⊂ R+ telle que limn→∞ tn = 0 et kS(tn )k ≥ n. Du Théorème
de Banach-Steinhaus on déduit qu’il existe x ∈ X tel que kS(tn )xk est non borné. Ce qui
contredit la condition (iii) de la définition 2.3.1.
Par conséquent, il existe η > 0 et M > 0 tel que
Corollaire 2.3.1 Si (S(t))t≥0 est un semi-groupe fortement continu sur X alors, pour tout
x ∈ X, l’application
t 7−→ S(t)x
est continue de [0, ∞) dans X.
On a donc
limh&0 kS(h)x − xk = 0.
(ii) Soient t > 0 et t ≥ h ≥ 0, nous avons
Définition 2.3.2 Soit (S(t))t≥0 un semi-groupe fortement continu sur X. On appelle générateur
infinitésimal du semi-groupe (S(t))t≥0 , l’opérateur non borné (A, D(A)) défini par
n S(t)x − x o
D(A) = x ∈ X | la limite limt&0 existe dans X ,
t
S(t)x − x
Ax = limt&0 pour tout x ∈ X.
t
Théorème 2.3.2 Soit (S(t))t≥0 un semi-groupe fortement continu sur X et (A, D(A)) son
générateur infinitésimal. Les propriétés suivantes sont vérifiées.
(i) Pour tout x ∈ X, on a
Z t+h
1
limt&0 S(s)xds = S(t)x.
h t
Rt
(ii) Pour tout x ∈ X et tout t > 0, 0
S(s)x ds appartient à D(A) et
Z t
A S(s)x ds = S(t)x − x.
0
d
S(t)x = AS(t)x = S(t)Ax.
dt
t −→ S(t)x.
(ii) Utilisant les propriétés de semi-groupe, et le fait que S(h) ∈ L(X) pour h > 0, nous
pouvons écrire
S(h) − I t 1 t
Z Z
S(s)xds = (S(s + h)x − S(s)x)ds
h 0 h 0
1 t+h 1 t 1 t+h 1 h
Z Z Z Z
= S(s)xds − S(s)xds = S(s)xds − S(s)xds.
h h h 0 h t h 0
En passant à la limite quand h tend vers zéro, nous obtenons
Z t
A S(s)xds = S(t)x − x.
0
2.3. SEMI-GROUPE FORTEMENT CONTINU SUR UN ESPACE DE BANACH 19
et kS(t − h)k est uniformément borné pour h ∈ [0, t]. Par passage à la limite dans l’égalité
précédente, nous obtenons
1
limh&0 S(t)x − S(t − h)x − S(t)Ax = 0,
h
d−
i.e. dt
S(t)x − S(t)Ax = 0.
(iv) Le résultat s’obtient en intégrant l’identité (iii) entre s et t.
Corollaire 2.3.2 Si (A, D(A)) est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe (S(t))t≥0 for-
tement continu sur X alors D(A) est dense dans X, et A est fermé.
Preuve. (i) Montrons que D(A) est dense dans X. Soit x ∈ X. Alors, du Théorème 2.3.2(ii),
on déduit
1 h
Z
xh = S(s)xds ∈ D(A).
h 0
Avec le Théorème 2.3.2(i), on a limh&0 xh = x.
(ii) Montrons que A est fermé. Soit (xn )n ⊂ D(A) une suite telle que limn→0 xn = x et
limn→0 Axn = y dans X. Avec le Théorème 2.3.2(iv), on a
Z t
S(t)xn − xn = S(s)Axn ds.
0
Or S(s)Axn converge vers S(s)y dans X, uniformément sur [0, t]. En passant à la limite sur
n, il vient Z t
S(t)x − x = S(s)yds.
0
En divisant cette égalité par t > 0, et en faisant tendre t vers zéro, avec le Théorème 2.3.2(i),
on obtient limt&0 S(t)x−x
t
= y. Nous en déduisons que x ∈ D(A) et que Ax = y.
20 CHAPITRE 2. THÉORÈME DE HILLE-YOSIDA
Théorème 2.3.3 Soit (A, D(A)) le générateur infinitésimal d’un semi-groupe (S(t))t≥0 for-
tement continu sur X. Pour tout x0 ∈ D(A), x(t) = S(t)x0 est l’unique solution du problème
Preuve. Soit x0 ∈ D(A), posons x(t) = S(t)x0 . Du Théorème 2.3.2(ii), nous déduisons que
x ∈ C([0, ∞); D(A)). Du Théorème 2.3.2(iii), nous déduisons que x ∈ C 1 ([0, ∞); X) et que
x0 = Ax.
Montrons l’unicité. Soit t > 0 arbitraire fixé. Soit u ∈ C([0, ∞); D(A)) ∩ C 1 ([0, ∞); X) une
autre solution du problème (2.5). Posons
Nous avons
dv
(s) = −AS(t − s)u(s) + S(t − s)Au(s) = 0.
dt
Par conséquent v(s) = v(0) pour tout s ∈ [0, t]. En particulier v(t) = u(t) et v(0) = x(t). Donc
u(t) = x(t). La preuve est complète.
Théorème 2.3.4 Soit (A, D(A)) le générateur infinitésimal d’un semi-groupe (S(t))t≥0 for-
tement continu sur X vérifiant
kS(t)k ≤ M eωt .
Alors, pour tout c ∈ R, (A − cI, D(A)) le générateur infinitésimal du semi-groupe (e−ct S(t))t≥0
fortement continu sur X.
Preuve. Il est facile de vérifier que (e−ct S(t))t≥0 est un semi-groupe fortement continu sur X.
Pour montrer que (A−cI, D(A)) son générateur infinitésimal, il suffit d’appliquer le Théorème
2.3.2(iii).
Théorème 2.4.1 (Théorème de Hille-Yosida 1) Un opérateur linéaire non borné (A, D(A))
dans X est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe de contractions sur X si et seulement
si les conditions suivantes sont satisfaites :
(i) A est fermé,
(ii) D(A) est dense dans X,
(iii) pour tout λ > 0, (λI − A) est une application bijective de D(A) sur X, et (λI − A)−1 est
un opérateur borné sur X vérifiant
1
k(λI − A)−1 k ≤ .
λ
2.4. SEMI-GROUPES DE CONTRACTIONS 21
Théorème 2.4.2 (Théorème de Hille-Yosida 2) Un opérateur linéaire non borné (A, D(A))
dans X est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe de contractions sur X si et seulement
si A est m-dissipatif et de domaine dense dans X.
Cette estimation permet de montrer que R(λ) est un opérateur borné, en effet nous avons
Z ∞
1
kR(λ)xk ≤ e−λt kS(t)xkdt ≤ kxk.
0 λ
Nous voulons montrer que
≤ tkAλ x − Aµ xk.
Pour tout x ∈ D(A), on a donc
On en déduit que (etAλ x)λ>0 converge, quand λ → ∞, vers un élément y(t) dans X, uni-
formément sur tout intervalle de temps [0, T ] borné. Posons
y(t) = T (t)x.
On vérifie aisément que (T (t))t≥0 est un semi-groupe fortement continu sur X, et que (T (t))t≥0
est un semi-groupe de contractions. En effet, on a
Si (A, D(A)) un opérateur linéaire non borné dans X, nous pouvons définir les puissances de
A en tant qu’opérateurs non bornés de la façon suivante :
n o
D(A2 ) = x ∈ D(A) | Ax ∈ D(A) et A2 x = A(Ax).
Si (A, D(A)) est un opérateur m-dissipatif de domaine dense dans X, il est possible de définir
de nouveaux opérateurs m-dissipatifs comme suit. Nous définissons (A1 , D(A1 )) par
D(A1 ) = D(A2 ) et A1 x = Ax pour tout x ∈ D(A1 ).
24 CHAPITRE 2. THÉORÈME DE HILLE-YOSIDA
Théorème 2.4.4 Soit (A, D(A)) un opérateur m-dissipatif de domaine dense dans X et soit
(S(t))t≥0 le semi-groupe sur X engendré par A. Alors (A1 , D(A1 )) est un opérateur m-dissipatif
dans D(A) (muni de la norme du graphe). De plus le semi-groupe (S1 (t))t≥0 sur D(A) engendré
par A1 vérifie S1 (t)x = S(t)x pour tout x ∈ D(A).
Preuve. (i) Montrons tout d’abord que A1 est un opérateur dissipatif dans D(A). Pour tout
x ∈ D(A1 ) = D(A2 ), et tout λ > 0, nous avons
λx − Ax = f,
(iv) Du Théorème 2.4.2 il découle que (A1 , D(A1 )) est le générateur infinitésimal du semi-
groupe de contractions (S1 (t))t≥0 sur D(A). Nous allons établir que S1 (t) = S(t)|D(A) . Soit
x0 ∈ D(A2 ). Posons x(t) = S(t)x0 . Du Théorème 2.3.3 il découle que x est l’unique solution
du problème
x ∈ C([0, ∞); D(A)) ∩ C 1 ([0, ∞); X),
x0 (t) = Ax(t) pour tout t ≥ 0, x(0) = x0 .
Mais, toujours d’après le Théorème 2.3.3, y(t) = Ax(t) = AS(t)x0 = S(t)Ax0 est l’unique
solution du problème
Comme y(t) = x0 (t) et y(t) = Ax(t) = A1 x(t), nous obtenons x ∈ C([0, ∞); D(A2 )) ∩
C 1 ([0, ∞); D(A)). Donc x est l’unique solution du problème
Si (A, D(A)) est un opérateur m-dissipatif de domaine dense dans X, pour tout k ≥ 1, nous
définissons (Ak , D(Ak )) par
Corollaire 2.4.1 Soit (A, D(A)) un opérateur m-dissipatif de domaine dense dans X et soit
(S(t))t≥0 le semi-groupe sur X engendré par A. Alors (Ak , D(Ak )) est un opérateur m-dissipatif
dans D(Ak ) (muni de la norme du graphe). De plus le semi-groupe (Sk (t))t≥0 le semi-groupe
sur D(Ak ) engendré par Ak vérifie Sk (t)x = S(t)x pour tout x ∈ D(Ak ).
Preuve. Le corollaire se démontre par récurrence sur k, et la preuve est analogue à celle du
Théorème 2.4.4.
Théorème 2.4.5 Soit (A, D(A)) un opérateur m-dissipatif de domaine dense dans X et soit
(S(t))t≥0 le semi-groupe sur X engendré par A. Si x0 ∈ D(A2 ) alors la solution x(t) = S(t)x0
du problème (2.5) vérifie
k
\
x∈ C k−j ([0, ∞); D(Aj )).
j=0
Preuve. Si x0 ∈ D(A2 ), nous avons déjà dans la partie (iv) de la preuve du Théorème 2.4.4 que
la solution du problème (2.5) appartient à C 2 ([0, ∞); X)∩C 1 ([0, ∞); D(A))∩C([0, ∞); D(A2 )).
La généralisation à k > 1 se démontre de manière analogue.
Théorème 2.4.6 Soit (A, D(A)) un opérateur m-dissipatif de domaine dense dans X et soit
(S(t))t≥0 le semi-groupe sur X engendré par A. Alors, pour tout x ∈ X, nous avons
t −n n n n
S(t)x = limn→∞ I − A x = limn→∞ R ; A x pour tout t > 0. (2.8)
n t t
26 CHAPITRE 2. THÉORÈME DE HILLE-YOSIDA
Soit x ∈ X fixé, et soit (xk )k une suite de D(A) convergeant vers x dans X. Utilisant l’esti-
mation précédente et (2.6), nous pouvons écrire
n n n
n n n
tAn/t
tAn/t tAn/t
tAn/t
e x − R ; A x ≤ e x − e x + e x − R ;A xk
k
k
t t t t
n n n n n n
+
R ; A xk − R ;A x
t t t t
t
≤ 2kx − xk k + √ kAxk k.
n
On en déduit (2.8).
Lemme 2.4.1 Soit L ∈ L(X) tel que kLk ≤ 1. Pour tout entier n ∈ N et tout x ∈ X, on a
√
ken(L−I) x − Ln xk ≤ nkx − Lxk.
2.5. SEMI-GROUPES SUR UN ESPACE DE HILBERT 27
−t ∞ tk k tk
ke t(L−I)
x − L xk =
e Σk=0 (L x − L x)
≤ e−t Σ∞
n n
k=0 |k − n| kx − Lxk.
k! k!
De l’inégalité de Cauchy-Schwarz nous déduisons
tk
∞ t
k 1/2
∞ t
k 1/2
Σ∞k=0 |k − n| ≤ Σ k=0 Σ k=0 |k − n|2
.
k! k! k!
De plus, on a
tk tk ∞ t
k
2 ∞ t
k
Σ∞
k=0 |k − n|2 = n2 Σ∞
k=0 − (2n − 1)tΣ k=0 + t Σ k=0 = (t2 − (2n − 1)t + n2 )et .
k! k! k! k!
En prenant t = n, nous obtenons
√ √
ken(L−I) x − Ln xk ≤ kx − Lxke−n en/2 nen/2 = nkx − Lxk.
2.6 Exercices
Exercice 2.6.1
z(x, 0) = z0 (x), zt (x, 0) = z1 (x), et θ(x, 0) = θ0 (x) dans (0, L), (2.11)
avec α > 0, k > 0, γ1 > 0, γ2 > 0. Physiquement z représente le déplacement d’une corde
élastique et θ sa température. En posant y = (y1 , y2 , y3 ) = (z, zt , θ), le système (2.9)-(2.11)
peut être écrit sous la forme d’une équation d’évolution du premier ordre y 0 = Ay, y(0) = y0 .
Nous posons
0 I 0
2 d2
d
A=
α
2
0 −γ 1 ,
dx dx
2
d d
0 −γ2 k 2
dx dx
et
D(A) = {y | y1 ∈ H 2 ∩ H01 (0, L), y2 ∈ H01 (0, L), y3 ∈ H 2 (0, L) tel que y3x (0) = y3x (L) = 0}.
Exercice 2.6.2
z1 (x, 0) = z01 (x), z2 (x, 0) = z02 (x) dans (0, `), (2.13)
Pour simplifier nous supposons que les coefficients m1 > 0, m2 > 0, b11 , b12 , b21 , b22 sont
constants. Nous supposons aussi que
Nous posons Z = L2 (0, `) × L2 (0, `), et nous définissons l’opérateur A non borné dans Z par
et dz1
m1 − b11 z1 − b12 z2
Az = dx
.
dz2
−m2 − b21 z1 − b22 z2
dx
Nous munissons D(A) de la norme kzkD(A) = (kz1 k2H 1 (0,`) + kz2 k2H 1 (0,`) )1/2 . Montrer que
l’opérateur (A, D(A)) est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe fortement continu de
contractions sur Z.
30 CHAPITRE 2. THÉORÈME DE HILLE-YOSIDA
Chapitre 3
Dans ce chapitre X désigne un espace de Banach, (A, D(A)) est un opérateur m-dissipatif
de domaine dense dans X, et (S(t))t≥0 désigne le semi-groupe sur X engendré par A.
Soit T > 0, x0 ∈ X et f une application de [0, T ] à valeurs dans X. Nous souhaitons
étudier l’équation
Définition 3.1.1 Une solution faible de l’équation (3.1) dans Lp (0, T ; X) est une fonction
u ∈ Lp (0, T ; X) telle que, pour tout v ∈ D(A∗ ), l’application
t 7−→ hu(t), vi
d
hu(t), vi = hu(t), A∗ vi + hf (t), vi, et hu(0), vi = hx0 , vi. (3.2)
dt
Nous admettons le lemme suivant dont la preuve n’est pas complique.
Lemme 3.1.1 Soit (A, D(A)) est un opérateur linéaire fermé de domaine dense dans X. Si
u ∈ X et z ∈ X vérifient
hy, ui = hA∗ y, zi,
pour tout y ∈ D(A∗ ), alors z ∈ D(A) et u = Az.
31
32 CHAPITRE 3. ÉQUATIONS D’ÉVOLUTION NON-HOMOGÈNES
Théorème 3.1.1 Si x0 ∈ X et si f ∈ Lp (0, T ; X), alors l’équation (3.1) admet une solution
faible unique dans Lp (0, T ; X). De plus cette solution appartient à C([0, T ]; X) et est définie
par Z t
u(t) = S(t)x0 + S(t − s)f (s)ds, pour tout t ∈ [0, T ]. (3.3)
0
Preuve. La fonction u définie par (3.3) appartient à C([0, T ]; X) ⊂ Lp (0, T ; X). Soit y ∈
D(A∗ ) et φ ∈ D(]0, T [). Nous voulons montrer que
Z T Z Th i
0
− hy, u(t)iφ (t) dt = hA∗ y, u(t)i + hy, f (t)i φ(t) dt. (3.4)
0 0
Nous avons
Z T Z T h Z t i
0
− hy, u(t)iφ (t) dt = − hy, S(t)x + S(t − s)f (s) dsi φ0 (t) dt
0 0 0
Z T Z T Z T
0
=− hy, S(t)xiφ (t) dt − hy, S(t − s)f (s)iφ0 (t) dt ds. (3.5)
0 0 s
De plus
d
hy, S(t)xi = hy, AS(t)xi = hA∗ y, S(t)xi,
dt
pour tout x ∈ D(A). Par densité, nous obtenons
d
hy, S(t)xi = hA∗ y, S(t)xi,
dt
pour tout x ∈ X. Nous utilisons cette identité pour faire les intégrations par parties suivantes
Z T Z T
0
− hy, S(t)xiφ (t) dt = hA∗ y, S(t)xiφ(t) dt, (3.6)
0 0
et
Z T Z T
0
− hy, S(t − s)f (s)iφ (t) dt = hA∗ y, S(t − s)f (s)iφ(t) dt + hy, f (s)iφ(s). (3.7)
s s
Avec (3.5), (3.6), et (3.7), nous obtenons l’identité (3.4) pour tout y ∈ D(A∗ ) et φ ∈ D(]0, T [),
ce qui est équivalent à l’équation (3.2). Nous avons donc montré que la fonction u définie par
(3.3) est solution faible de l’équation (3.1).
Pour montrer l’unicité, nous allons montrer que la seule solution faible de l’équation (3.1)
correspondant à x = 0 et f = 0 est la solution u = 0. Par définition de la solution faible, nous
avons
d
hy, u(t)i = hA∗ y, u(t)i et hy, u(t)i|t=0 = 0,
dt
pour tout y ∈ D(A∗ ). Par conséquent
Z t
∗
hy, u(t)i = hA y, u(s) dsi = hA∗ y, z(t)i, pour tout t ∈ [0, T ],
0
3.2. SEMI-GROUPE ADJOINT 33
où Z t
z(t) = u(s) ds.
0
Du Lemme 3.1.1, on déduit que z(t) ∈ D(A) et u(t) = Az(t) pour tout t ∈ [0, T ]. De plus,
comme u ∈ Lp (0, T ; X), alors z ∈ Lp (0, T ; D(A)) et
dz
(t) = u(t) = Az(t) ∈ Lp (0, T ; D(A)).
dt
Rt
Donc z ∈ Lp (0, T ; D(A))∩W 1,p (0, T ; X). En posant w(t) = 0 z(s) ds, et par un calcul analogue
au précédent, nous établissons que w ∈ W 1,p (0, T ; D(A)) ∩ W 2,p (0, T ; X) et dw
dt
(t) = z(t) =
1,p
Aw(t) ∈ W (0, T ; D(A)). Donc w est solution du problème
Preuve. Nous renvoyons à [3, Proposition 4.1.6] (voir aussi [6, page 207] et [7, page 109] pour
des résultats recouvrant partiellement le Théorème 3.1.2).
Preuve. De la définition de l’adjoint d’un opérateur, nous déduisons que (λI − A)∗ = λI − A∗ .
(Dans l’écriture λI − A∗ , I désigne l’identité dans X 0 , et (λI − A) est ici considéré comme
opérateur appartenant à L(D(A); X).) Comme (λI − A)−1 est un opérateur borné sur X,
[(λI − A)−1 ]∗ est un opérateur borné sur X 0 . Nous allons montrer que (λI − A∗ ) est inversible
et que son inverse est égal à [(λI −A)−1 ]∗ . Montrons tout d’abord que (λI −A∗ ) est un opérateur
injectif. S’il existe y ∈ X 0 6= 0 tel que (λI − A∗ )y = 0, alors h(λI − A∗ )y, xi = hy, (λI − A)xi
pour tout x ∈ D(A). Comme (λI − A) est bijectif de D(A) sur X, on a nécessairement y = 0
et (λI − A∗ ) est un opérateur injectif.
Pour tout x ∈ X et tout y ∈ D(A∗ ), nous avons
hy, xi = hy, (λI − A)(λI − A)−1 xi = h(λI − A∗ )y, (λI − A)−1 xi.
Par conséquent
hy, xi = hy, (λI − A)−1 (λI − A)xi = h[(λI − A)−1 ]∗ y, (λI − A)xi,
Théorème 3.2.2 Soit (A, D(A)) un opérateur linéaire non borné de domaine dense dans X.
Si X est réflexif et si A est m-dissipatif alors, (S(t)∗ )t≥0 est un semi-groupe fortement continu
sur X 0 , ayant (A∗ , D(A∗ )) comme générateur infinitésimal.
Preuve. Il est facile de vérifier que (S(t)∗ )t≥0 est une famille d’opérateurs bornés sur X 0
vérifiant les conditions (i) et (ii) de la définition 2.3.1. Nous voulons montrer que (A∗ , D(A∗ ))
est générateur infinitésimal d’un semi-groupe de contractions sur X 0 , et que ce semi-groupe
n’est autre que (S(t)∗ )t≥0 .
Des Théorèmes 3.2.1, 2.4.1, et 2.4.2, nous déduisons que, pour tout λ > 0, l’opérateur (λI −A∗ )
est une bijection de D(A∗ ) sur X 0 , (λI − A∗ )−1 est un opérateur borné sur X 0 , et
1
k(λI − A∗ )−1 k = k[(λI − A)−1 ]∗ k ≤ .
λ
Avec le Théorème 1.1.1, nous savons que D(A∗ ) est dense dans X 0 . Du Théorème 1.2.3 nous
déduisons que A∗ est fermé. Finalement, appliquant le Théorème 2.4.1, nous avons montré que
(A∗ , D(A∗ )) est générateur infinitésimal d’un semi-groupe de contractions sur X 0 .
Notons (S ∗ (t))t≥0 . Pour tout x ∈ X et tout y ∈ X 0 , grâce au Théorème 3.2.1, nous avons
D t −n E D t −n E
y, I − A x = I − A∗ y, x .
n n
En passant à la limite quand n → ∞ avec le Théorème 2.4.4, nous obtenons
L’opérateur (A, D(A)) étant le générateur infinitésimal d’un semi-groupe de contractions sur
X, du Théorème 3.2.2 il découle que (A∗ , D(A∗ )) est le générateur infinitésimal d’un semi-
groupe de contractions sur X 0 . Notons (S ∗ (t))t≥0 ce semi-groupe.
est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe de contractions sur D(A∗ ) et que ce semi-
groupe (S1∗ (t))t≥0 vérifie S1∗ (t)y = S ∗ (t)y pour tout y ∈ D(A∗ ) (Théorème 2.4.4).
Du Théorème 3.2.2 nous déduisons que ((S1∗ )∗ (t))t≥0 est le semi-groupe sur (D(A∗ ))0 en-
gendré par (A∗1 )∗ . Nous allons montrer que (S1∗ )∗ (t) est l’extension continue de S(t) à (D(A∗ ))0 .
Plus précisément nous avons le
Théorème 3.3.1 L’adjoint de l’opérateur non borné (A∗1 , D(A∗1 )) dans D(A∗ ) est l’opérateur
((A∗1 )∗ , D((A∗1 )∗ )) défini par
De plus, (A∗1 )∗ x = Ax pour tout x ∈ D(A). Le semi-groupe ((S1∗ )∗ (t))t≥0 est le semi-groupe
sur (D(A∗ ))0 engendré par (A∗1 )∗ et
|hx, A∗1 yi(D(A∗ ))0 ,D(A∗ ) | = |hx, A∗1 yiX,X 0 | ≤ kxkX kykD(A∗ ) .
Par conséquent
X ⊂ D((A∗1 )∗ ). (3.10)
Montrons l’inclusion inverse. Soit x ∈ X, et soit yx ∈ X 0 tel que
hx, yiX,X 0 hx, yx iX,X 0
kxkX = supy∈X 0 = .
kykX 0 kyx kX 0
Nous avons
hx, (I − A∗1 )(I − A∗1 )−1 yx iX,X 0 hx, (I − A∗1 )zx iX,X 0
kxkX = =
kyx kX 0 kzx kD(A∗ )
avec zx = (I − A∗1 )−1 yx . Étant donné que
Remarque. Nous pouvons donc étendre la notion de solution pour l’équation (3.1) dans le
cas où x0 ∈ (D(A∗ ))0 et f ∈ Lp (0, T ; (D(A∗ ))0 ), en considérant l’équation
De nombreux auteurs font l’abus de notation consistant à remplacer A∗1 par A∗ et écrivent
donc l’équation (3.12) sous la forme (cf [1, page 160])
Étant donné que (A∗1 )∗ est une extension de l’opérateur A, on trouve parfois les équations (3.12)
ou (3.13) encore écrites sous la forme (3.1) même si x0 ∈ (D(A∗ ))0 ou si f ∈ Lp (0, T ; (D(A∗ ))0 ).
Chapitre 4
Sujets d’examens
Dans la suite ω désigne un ouvert borné, régulier de R2 , de frontière γ. Soit L > 0, on notera
Ω le cylindre de R3 défini par Ω = ω × (0, L). Un point quelconque de ω sera noté (x, y), z
désignera un point quelconque de (0, L), et (x, y, z) désignera un point quelconque de Ω. Le
but du problème est d’étudier l’équation aux dérivées partielles
∂u ∂u ∂ 2 u ∂ 2 u
∂t + ∂z − ∂x2 − ∂y 2 = f (x, y, z, t) dans Ω × (0, T ),
u(x, y, z, t) = 0 sur γ × (0, L) × (0, T ), (4.1)
u(x, y, 0, t) = u1 (x, y, t) pour (x, y, t) ∈ ω × (0, T ),
u(x, y, z, 0) = u0 (x, y, z) dans Ω.
Dans ce système T est un réel positif donné, on précisera plus loin comment sont choisies les
2
fonctions f , u0 et u1 . Pour simplifier les notations on posera ∂u
∂t
= ut , ∂u
∂z
= uz , ∂∂xu2 = uxx , et
∂2u
∂y 2
= uyy .
1 - Pour tout réel λ ≥ 0, on étudie tout d’abord l’équation
uz − uxx − uyy + λu = φ(x, y, z)
dans ω × (0, L),
u(x, y, z) = 0 sur γ × (0, L), (4.2)
u(x, y, 0) = 0 dans ω.
Montrer que pour tout φ ∈ L2 (Ω) et tout λ > 0, l’équation (4.2) admet une solution faible
unique uλ , et que cette solution vérifie
1
kuλ kL2 (Ω) ≤ kφkL2 (Ω) .
λ
On admettra qu’il existe une constante positive C1 telle que
37
38 CHAPITRE 4. SUJETS D’EXAMENS
et
Au = uz − uxx − uyy pour tout u ∈ D(A).
Montrer que (−A), de domaine D(A) dans L2 (Ω), est le générateur infinitésimal d’un semi-
groupe de contractions dans L2 (Ω).
Montrer que l’adjoint de A dans L2 (Ω) est défini par
et
A∗ v = −vz − vxx − vyy pour tout v ∈ D(A∗ ).
2 - On étudie maintenant l’équation suivante
ut + uz − uxx − uyy = f (x, y, z, t) dans Ω × (0, T ),
u(x, y, z, t) = 0 sur γ × (0, L) × (0, T ),
(4.3)
u(x, y, 0, t) = 0 pour (x, y, t) ∈ ω × (0, T ),
u(x, y, z, 0) = u0 (x, y, z) dans Ω.
Montrer que pour tout f ∈ L2 (Ω × (0, T )) et tout u0 ∈ L2 (Ω), l’équation (4.3) admet une
solution faible unique u, que cette solution appartient à C([0, T ]; L2 (Ω)) ∩ L∞ (0, L; L2 (ω ×
(0, T ))) ∩ L2 ((0, T ) × (0, L); H01 (ω)) et vérifie
kukC([0,T ];L2 (Ω)) + kukL∞ (0,L;L2 (ω×(0,T ))) + kukL2 ((0,T )×(0,L);H01 (ω))
kukC([0,T ];L2 (Ω)) + kukC([0,L];L2 (ω×(0,T ))) + kukL2 ((0,T )×(0,L);H01 (ω))
admet une solution faible unique dans L2 (Ω × (0, T )). (Indication : on pourra considérer la
fonction u(x, y, z, t) = v(x, y, L − z, T − t).)
Montrer que si u est la solution de l’équation (4.3), alors
Z Z Z
uψ = f v + u0 v(x, y, z, 0)
Ω×(0,T ) Ω×(0,T ) Ω
Dans toute la suite, on suppose que f ∈ L2 (Ω×(0, T )), u0 ∈ L2 (Ω) et u1 ∈ L2 (ω×(0, T )).
Montrer que la suite (un )n converge (pour une topologie que l’on précisera) vers une fonction
u vérifiant
Z
u(−vt − vz − vxx − vyy )
Ω×(0,T )
Z Z Z (4.7)
= f v + u0 v(x, y, z, 0) + u1 v(x, y, 0, t)
Ω×(0,T ) Ω ω×(0,T )
On appelle solution faible de (4.1) une fonction u de L2 (Ω × (0, T )) vérifiant (4.7) pour tout
v ∈ H. Montrer que l’équation (4.1) admet une solution faible unique.
5 - Considérons l’équation
ut + uz − uxx − uyy = 0 dans Ω × (0, T ),
v(x, y, z, t) = 0 sur γ × (0, L) × (0, T ),
(4.8)
u(x, y, 0, t) = u1 (x, y, t)
pour (x, y, t) ∈ ω × (0, T ),
u(x, y, z, 0) = 0 dans Ω.
1. On considère l’équation
∂2u ∂2u
− K 2 = f, dans (0, L) × (0, T ), u(0, t) = u(L, t) = 0 pour t ∈ (0, T ),
∂t2 ∂x
∂u
u(x, 0) = u0 et (x, 0) = u1 pour x ∈ (0, L),
∂t
avec L > 0, T > 0 et K > 0. Écrire cette équation sous la forme d’un système du premier
ordre, et montrer que l’on peut appliquer le théorème de Hille-Yoshida pour obtenir
kukC([0,T ];H01 (0,L))∩C 1 ([0,T ];L2 (0,L)) ≤ C ku0 kH01 (0,L) + ku1 kL2 (0,L) + kf kL2 (0,T ;L2 (0,L)) .
On suppose dans la suite que u0 ∈ H01 (0, L), u1 ∈ L2 (0, L), φ0 ∈ H01 (0, L), φ1 ∈ L2 (0, L).
Pour étudier le système d’équations (4.9)-(4.11), on utilise une méthode de point fixe. Soit
τ > 0. Pour ψ ∈ L2 (0, τ ; L2 (0, L)), on note uψ la solution de
∂2u ∂2u
− K( − ψ = 0, dans (0, L) × (0, τ ), u(0, t) = u(L, t) = 0 pour t ∈ (0, τ ),
∂t2 ∂x2
∂u
u(x, 0) = u0 et (x, 0) = u1 pour x ∈ (0, L),
∂t
et on note φψ la solution de
Partie 1.
1 - Soit a une contante positive. On suppose que f ∈ L2 ((0, L) × (0, T )) et que u0 ∈ L2 (0, L).
Utiliser le théorème de Hille-Yosida pour montrer que l’équation
ut + aux − uxx + u = f,
dans (0, L) × (0, T ),
u(0, t) = 0, ux (L, t) = 0, dans (0, T ), (4.12)
u(x, 0) = u (x),
0 dans (0, L),
admet une solution faible unique dans C([0, T ]; L2 (0, L)). Donner des estimations précises de
la solution u dans C([0, T ]; L2 (0, L)) et dans L2 (0, T ; H 1 (0, L)).
2 - Soient g ∈ L2 ((0, L) × (0, T )), v0 ∈ L2 (0, L) et b une constante positive.
On considère l’équation
vt − bvx = g,
dans (0, L) × (0, T ),
v(L, t) = 0, dans (0, T ), (4.13)
v(x, 0) = v (x),
0 dans (0, L).
Démontrer l’existence d’une solution unique, dans un espace à préciser, pour l’équation (4.13).
Donner les estimations correspondantes.
Partie 2.
On se propose d’étudier le système
ut + aux − uxx + u − v = f, dans (0, L) × (0, T ),
v − bv − u = g,
t x dans (0, L) × (0, T ),
(4.14)
u(0, t) = 0, ux (L, t) = v(L, t) = 0, dans (0, T ),
u(x, 0) = u0 (x), v(x, 0) = v0 (x), dans (0, L).
admet une solution unique dans C([0, t̄]; L2 (0, L)) × C([0, t̄]; L2 (0, L)), solution que l’on notera
(u(y), v(y)).
On considère l’application Φ de C([0, t̄]; L2 (0, L)) dans lui-même, qui à y ∈ C([0, t̄]; L2 (0, L)),
associe la solution v(y) du système (4.15). Montrer qu’il existe t̄ pour lequel Φ est une contrac-
tion dans C([0, t̄]; L2 (0, L)). Montrer que l’équation (4.14) admet une solution faible unique
dans C([0, T ]; L2 (0, L)) × C([0, T ]; L2 (0, L)).
43
Partie 3.
4 - Comment adapteriez-vous la méthode de la partie 2 pour étudier le système
ut + aux − uxx + u − vx = f, dans (0, L) × (0, T ),
v − bv − u = g,
t x x dans (0, L) × (0, T ),
(4.16)
u(0, t) = 0, u(L, t) = v(L, t) = 0, dans (0, T ),
u(x, 0) = u0 (x), v(x, 0) = v0 (x), dans (0, L).
On précisera le sens que l’on peut donner à vx dans la première équation lorsque v est recherché
dans C([0, T ]; L2 (0, L)). On remarquera que la condition limite pour u en x = L est différente
de celle de la partie 2.
Partie 4.
5 - Comment utiliser le théorème de Hille-Yosida pour étudier directement le système (4.14)
de la partie 2.
On pourra éventuellement faire un changement d’inconnue préalable de la forme (u, v) =
ekt (w, z), pour k > 0 convenablement choisi.
44 CHAPITRE 4. SUJETS D’EXAMENS
1. On considère l’équation
uxxxx − uxx = f, dans (0, L), u(0) = u(L) = uxx (0) = uxx (L) = 0,
avec L > 0 et f ∈ L2 (0, L). Utiliser le théorème de Lax-Migram pour montrer que cette
équation admet une solution unique dans V = H 2 (0, L) ∩ H01 (0, L). En déduire que cette
solution appartient à H 4 (0, L).
2. On considère l’opérateur A de domaine D(A) dans H = (H 2 (0, L) ∩ H01 (0, L)) × L2 (0, L)
défini par
u v
A = ,
v −uxxxx + uxx
et
D(A) = {(u, v) ∈ (H 4 (0, L) ∩ V ) × V | uxx (0) = uxx (L) = 0}.
Montrer que pour tout (f, g) ∈ H l’équation
u u v
−A = ,
v v −uxxxx + uxx
avec
u(0, t) = u(L, t) = uxx (0, t) = uxx (L, t) = 0 pour t ∈ (0, T ), (4.18)
et
u(x, 0) = u0 et ut (x, 0) = u1 pour x ∈ (0, L). (4.19)
On suppose que T > 0, u0 ∈ H 2 (0, L) ∩ H01 (0, L) et u1 ∈ L2 (0, L).
Écrire le système (4.17)-(4.19) sous la forme d’un système du premier ordre, et montrer qu’il
admet une soution faible unique vérifiant
kukC([0,T ];V ) + kut kC ([0,T ];L (0,L)) ≤ C ku0 kV + ku1 kL (0,L) .
1 2 2
4. On pose Z
1
[E(u)](t) = (|ut (t)|2 + |∆u(t)|2 )dx.
2 Ω
5. On considère l’opérateur A1 de domaine D(A1 ) dans H1 = H01 (0, L) × H −1 (0, L) défini par
u v
A1 = ,
v −uxxxx + uxx
et
D(A1 ) = {(u, v) ∈ (H 3 (0, L) ∩ H01 (0, L)) × H01 (0, L) | uxx (0) = uxx (L) = 0}.
Montrer que pour tout (f, g) ∈ H1 l’équation
u u v
− A1 = ,
v v −uxxxx + uxx
admet une solution unique (u, v) ∈ D(A1 ). Quel résultat peut-on obtenir pour le système
(4.17)-(4.19) ? Que doit-on vérifier pour démontrer ce résultat ?
46 CHAPITRE 4. SUJETS D’EXAMENS
Bibliographie
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