Memoire HichamBouhaja
Memoire HichamBouhaja
L
Private International Institute American University
of Management and Technology of Leadership
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DEDICACES
C’est avec joie et émotion que je dédie le fruit de mon travail à tous ceux
à qui je dois ma réussite :
À mes chers camarades, pour les bons moments que nous avons passés
ensemble durant ces années d’étude passées au sein de notre honorable Institut
PIIMT;
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4
Table des matières
Rubriques Page
Introduction générale 6
Première partie : Réflexion autour de la politique du libre-échange 8
5
III- Analyse SWOT de l’entreprise marocaine 54
Conclusion générale 68
Source documentaire 70
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Introduction générale
Etant donné l’importance des échanges avec ce premier partenaire qu’est l’Union européenne,
nous avons choisi pour thème de notre mémoire : « L’accord de libre échange avec l’Union
européenne, quelles enjeux pour le Maroc? ». La problématique qui guidera alors notre travail
consistera à s’interroger, dans un contexte marqué par le creusement de notre déficit
commercial, sur les implications de l’accord de libre échange Maroc/UE sur l’économie
marocaine, ce qui nous amènera à nous interroger sur les capacités de l’économie marocaine à
relever les défis de l’ouverture et les moyens d’y parvenir.
Le choix de ce sujet est motivé par l’intérêt porté aux questions qui se posent aujourd’hui
avec acuité dans cet environnement de crise économique mondiale, celles se rapportant aux
enjeux du libre échange liant des pays développés aux pays émergents comme le Maroc.
La première partie de ce mémoire sera par conséquent consacrée à la réflexion sur la politique
du libre échange en abordant dans un chapitre préliminaire ses fondements théoriques et dans
un second chapitre la politique d’ouverture du Maroc. L’analyse des opportunités et des défis
du libre-échange en question pour le Maroc sera traitée dans une seconde partie qui
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Pays de l’AELE : Islande, Liechtenstein et Norvège
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comprendra ainsi en premier lieu une analyse de l’économie marocaine et de sa capacité à
faire face aux exigences de l’ouverture à travers notamment son analyse SWOT. L’ensemble
de ces développements nous conduirons à faire un éclairage sur les implications du libre
échange, ses opportunités et ses défis pour le Maroc pour mettre enfin en exergue les
conditions qui s’imposent pour que notre pays puisse en tirer profit et ce, sous forme d’axes
d’améliorations.
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PREMIERE PARTIE
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Introduction de la 1ère partie
La réalisation d’un travail de recherche, quelque soit le sujet qu’il traite et son champ
d’investigation, nécessite au préalable un effort de recherche documentaire sur les aspects
théoriques et les informations de base se rapportant aux questions voulant être abordés. La
sélection des informations et leur enchainement conditionnent même la réussite de ce qui reste
de notre travail.
Dans cette optique, nous nous intéresserons d’abord dans cette première partie aux
fondements du libre-échange, puis nous pencher sur la politique d’ouverture de l’économie
mise en œuvre par le Maroc. C’est ainsi que nous tenterons d’apporter des éléments de
réponse à notre problématique.
Le libre-échange : C’est une doctrine économique prônant la libre circulation des biens et
des services entre les pays. Elle applique, au niveau international, le principe libéral selon
lequel il convient de « laisser faire » le marché et donc de supprimer les entraves, notamment
les interventions de l’Etat comme la fixation de quotas et de droits de douane, afin d'aboutir à
la meilleure situation économique possible.
Le protectionnisme : Ce concept désigne la politique et les pratiques d'un Etat qui intervient
dans l'économie afin de défendre ses intérêts et ceux de ses entreprises face à la concurrence
étrangère et de développer ses propres forces de production. Le protectionnisme peut se
mettre en place sur un ou des secteurs particuliers de l'économie.
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Les mesures protectionnistes visent à limiter l'accès des marchandises, services ou capitaux
étrangers à travers principalement :
Considéré comme non conforme aux lois du marché, le protectionnisme est vivement critiqué
par les partisans du libre-échange et les économistes libéraux , pour lesquels il provoque une
perte de niveau de vie, contrairement à la possibilité d'échanger les biens et services qui elle
est perçue comme bénéfique.
De nombreux pays ont mis en œuvre des politiques mixtes, favorisant tantôt le libre-échange
lorsqu'ils disposent d'un avantage sur certains secteurs et tantôt le protectionnisme dans les
secteurs encore en développement ou considérés comme stratégiques.
La mondialisation est un terme qui s’est imposé dans les années 1980 et qui exprime une
idée globale reposant sur l’interdépendance croissante des économies et des cultures au
niveau mondial et prenant appui sur trois processus distincts :
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L’OMC : Le dernier cycle de négociation du GATT (General Agreement on Tariffs and
Trade – forum permanent créé en 1947 pour encadrer et favoriser le commerce entre toutes les
nations du monde) a donné naissance, le 1er janvier 1995, à l’Organisation Mondiale du
Commerce (OMC).
Cette institution internationale qui siège à Genève constitue ainsi désormais, à la place du
GATT, une enceinte de négociation entre Etats et une juridiction internationale qui permet
notamment le règlement des différents commerciaux entre pays. L’OMC regroupe
actuellement 157 pays membres, la Chine ayant rejoint l’organisation en 2001, le Vietnam en
2007 et la Russie en 2012.
Très critiquée depuis la fin des années 1990 par les mouvements altermondialistes qui
dénoncent notamment son manque d’indépendance face aux grands pays développés, l’OMC
a vu son dernier cycle de négociation (cycle de Doha, lancé en 2001 et suspendu depuis juillet
2006) se conclure par un échec.
Les théories classiques et libérales présentent le libre-échange comme étant source de profit
pour un pays et un facteur d’aide au développement. C’est ce que nous allons essayer de
développer dans ce qui suit.
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«Quand un pays dispose de plusieurs avantages absolus, il doit se spécialiser là où son
avantage est comparativement le plus grand, et quand un pays ne dispose d’aucun avantage
absolu, il doit se spécialiser là où son désavantage est comparativement le plus petit ». C’est
ce que les économistes appellent «un coût d’opportunités ».
Les échanges de vin et de drap entre l'Angleterre et le Portugal est l’exemple bien connu que
Ricardo développe dans son ouvrage « Les Principes de l'économie politique et de l'impôt »:
Exemple : Avec un nombre d'heures de travail donné, le Portugal produit 20 mètres de drap et
300 litres de vin tandis que l'Angleterre produit 10 mètres de drap et 100 litres de vin.
L'Angleterre est donc désavantagée dans les deux productions.
Ricardo montre que l'Angleterre a pourtant intérêt à se spécialiser dans la production de drap,
où elle possède un avantage relatif, car avec 10 mètres de drap elle obtiendra 150 litres de vin
du Portugal (contre 100 chez elle). A l'inverse, le Portugal devra se spécialiser dans la
production vinicole puisque l'échange avec l'Angleterre de 300 litres de vin Portugais lui
permettra d'obtenir 30 mètres de drap Anglais au lieu de 20 mètres de drap Portugais.
L'Angleterre a un avantage comparatif dans la production de drap alors que le Portugal
possède un avantage absolu.
Portugal 80 90
Coûts relatifs
67 % 90 %
Portugal /Angleterre
En montrant que la spécialisation fondée sur les avantages comparatifs permet une
augmentation simultanée de la production de vin et de drap, l'analyse de Ricardo défend le
principe que le libre-échange est toujours profitable, même pour les économies les moins
compétitives.
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3. La dotation factorielle : le «théorème HOS »
Le reproche principal que font les libéraux à Ricardo porte sur l’origine de l’avantage
comparatif : pourquoi certains pays ont un avantage et pas d’autres ?
C’est dans la 1ère moitié du XXème siècle que la réponse va venir avec trois économistes qui
vont alors formuler la «loi de la spécialisation factorielle »: Eli Hecksher(1879-1952), Bertil
Ohlin (1899-1979), des Suédois et l’Américain Paul Samuelson (1915), d’où le nom de
Théorème HOS.
L’idée de base est que chaque pays est pourvu de façon inégale en trois facteurs de production
principaux : la terre, le capital technique, le travail.
Selon cette loi, chaque pays doit se spécialiser dans la production qui incorpore le plus de
facteurs de production dont il est doté, et importer des produits incorporant des facteurs de
production qui sont rares. Cette spécialisation fondée sur la spécialisation factorielle permet à
chaque pays d’obtenir un avantage, et en même temps l’optimisation progressive des facteurs
au niveau mondial.
La Chine exporte des produits incorporant Le facteur travail devient Le prix du travail augmente
beaucoup de travail. plus rare sur le marché
chinois.
C’est en partie en suivant cette théorie que le Japon et par la suite les pays de l’Asie du Sud-
est ont construit leur stratégie d’insertion dans le commerce mondial.
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Ce principe constitue également le fondement théorique du «compromis de Washington », par
lequel les Etats-Unis conditionnent leur «aide au développement » à la participation aux
échanges internationaux : «Trade, not Aid».
Chaque pays gagne à Chaque pays gagne à Chaque pays gagne à produire
Théorie produire ce pour quoi il a produire ce pour quoi il a ce qui utilise les facteurs dont il
l’avantage absolu et à un avantage comparatif et est abondamment doté.
acheter le reste. à acheter le reste.
Questions Que fait un pays n’ayant Comment prendre en Les dotations factorielles sont elles
aucun avantage absolu ? compte tous les facteurs éternelles et identiques
en suspens de production ? dans leurs effets ?
Préconisé par les auteurs classiques (Smith, Ricardo), néo-classiques et libéraux, le libre-
échange se voit attribuer de nombreux arguments en sa faveur, parmi lesquels on peut citer :
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• la limitation de l’inflation dans un pays, puisqu’une offre étrangère peut répondre
facilement à un excès de demande interne dans un secteur donné ;
La plupart des limites qui lui sont associées émanent souvent des libéraux eux-mêmes, sans
donc pour autant condamner la «mondialisation libérale ».
C’est Adam Smith qui a le premier posé le problème des «industries naissantes» (industries
nouvellement créées), qui se voient confronter à la concurrence livrée par les anciennes : «En
réalité, il est possible qu’à l’aide de sortes de mesures protectionnistes un pays puisse se doter
de types d’industrie dont il ne pourrait se doter sans ces mesures» (« De la richesse des
nations »).
En d’autres termes, une nouvelle industrie risquant de mettre beaucoup trop de temps avant de
pouvoir faire face à la concurrence a besoin d’une protection temporaire, d’un
«protectionnisme éducateur», pour se développer. Cette théorie s’avère valable que ce soit
pour une nouvelle industrie ou pour un «nouveau pays » qui souhaite s’insérer dans le
commerce mondial.
L’idée d’Adam Smith à propos du libre échange sera reprise au 19ème siècle par le président
américain Ulysse Simpson Grant (1822-1885), président de 1869 à 1877, pour justifier des
mesures protectionnistes contre le Royaume-Uni : « Nous pratiquerons le libre échange quand
nous aurons tiré du protectionnisme autant d’avantages que le Royaume-Uni en a tiré pendant
deux siècles» (Discours devant le Congrès sur l’Etat de l’Union, en 1875).
Cette théorie prend tout son sens pour le développement économique des pays «émergents »,
qui n’ont guère de chances de pouvoir trouver leur place dans les échanges internationaux,
s’ils ne protègent pas temporairement leurs industries naissantes. L’exemple de la Chine peut
illustrer cela.
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Il y a lieu de rappeler que le passage « du protectionnisme au libre-échange » a caractérisé
l’évolution stratégique des Etats-Unis. En effet, entre les années 1830 et la fin de la Seconde
Guerre mondiale, les droits de douane moyens des États-Unis sur les importations de produits
industriels furent parmi les plus élevés du monde.
John Stuart Mill (1806-1873), libéral anglais, fait une critique sévère des avantages
comparatifs en faisant remarquer qu’il ne sert à rien de se spécialiser dans une production, si
celle-ci ne correspond pas aux tendances de la demande mondiale, même si on dispose d’un
avantage comparatif dans cette production.
D’ailleurs, il semble aujourd’hui assez évident que la spécialisation d’un pays doit porter sur
les produits manufacturés, voire les services, même si au départ le pays dispose d’un avantage
en matière agricole ou minière.
Pour les théoriciens contemporains du libre-échange l’idée selon laquelle les pays
s’inséreraient dans les échanges internationaux selon un avantage comparatif initial est très
largement remise en cause. Ils relèvent notamment que la plus grande partie des échanges
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internationaux ne sont pas des échanges de spécialisation, mais des échanges de produits
identiques entre pays identiques.
On peut ici faire référence au célèbre théoricien contemporain des échanges internationaux,
l’américain Paul Krugman («La mondialisation n’est pas coupable », «l’Amérique dérape »),
selon lequel les échanges internationaux reposent actuellement sur un avantage comparatif
construit, et de façon largement arbitraire.
Exemple d’échange de similitude: la France exporte vers les mêmes pays les mêmes produits
qu’elle importe (la France vend à l’Allemagne des voitures, et lui achète des voitures).
L’avantage comparatif construit signifie que sur une base souvent hasardeuse, un pays est
capable de profiter d’une toute petite situation initiale pour en faire un avantage décisif. Celui-
ci va être obtenu par :
• des économies d’échelle ;
• des circulations d’informations entre producteurs d’un même pays ;
• des commandes publiques (Krugman insiste beaucoup sur cet aspect), dont usent les
États-Unis.
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Une fois cet avantage acquis, il devient très difficile de le remettre en cause, et les échanges
internationaux se concentrent sur un petit nombre de pays identiques : ce que l’on appelle la
«tripolarisation »des échanges.
Tout le monde est aujourd’hui d’accord pour dire qu’un pays pourrait difficilement survivre
sans la participation au commerce international. La question est plutôt de savoir dans quelle
proportions doit on faciliter le libre-échange : Est ce envers et contre tout ou, dans une
certaine mesure envisager de protéger les industries nationales? Dès lors, le débat décisionnel
est de savoir s’il doit y avoir plus de protection, moins de protection, ou pas du tout de
protection.
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Principaux arguments économiques mis en avant en faveur du protectionnisme :
Parmi les arguments économiques en faveur du protectionnisme, le plus influent est celui qui
concerne les « industries naissantes ». Le protectionnisme se justifie alors comme mesure
temporaire donnant le temps à une industrie naissante de se développer jusqu’à ce qu’elle soit
prête à affronter la concurrence internationale (Voir plus haut).
Des mesures de protection sont également recommandées lorsque les marchés liés à une
activité donnée n’existent pas ou ne fonctionnent pas bien. Dans ce cas, le protectionnisme
permet à cette branche d’activité de fonctionner en dépit des imperfections du marché.
Dans un pays, où les marchés financiers font défaut (inexistence ou inadaptation) et qui ne
peuvent ainsi subvenir aux financements nécessaires à la modernisation d’une activité, des
mesures de protection peuvent alors permettre au secteur concerné de résister à la concurrence
internationale et de faire des profits nécessaires pour financer son expansion et sa
modernisation technique.
Un autre argument est favorable au protectionnisme lorsque celui-ci protège les activités qui
ont des effets externes et des répercussions bénéfiques sur d’autres secteurs ou groupes
sociaux. C’est ce genre d’argument qui est utilisé pour défendre la poursuite des mesures de
protection des agriculteurs de l’Union européenne dans le cadre de la Politique agricole
commune (PAC). On reconnaît ainsi que l’agriculture est une activité dont le rôle ne se limite
pas à la production d’aliments mais englobe aussi la protection de l’environnement, la
préservation du paysage et d’un art de vivre rural.
Les raisons politiques et sociales aux mesures de protection ont souvent beaucoup plus de
poids que les arguments purement économiques. Le système de protection cherche alors
surtout à éviter l’impact négatif de la concurrence des importations sur le revenu des
détenteurs nationaux de facteurs de production.
C’est aussi un moyen d’exercer une discrimination positive destinée à privilégier certains
groupes considérés comme méritants par le système politique en place. C’est par exemple le
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cas des agriculteurs de nombreux pays, en particulier en Europe, au Japon et aux Etats-Unis.
On a là affaire à des sociétés qui, pour des raisons historiques, politiques et sociales, ont
décidé d’accorder un traitement économique particulier à leur secteur agricole, aux dépens,
éventuellement, d’une hausse des prix au consommateur et d’une augmentation des taxes (et
d’opportunités réduites pour les pays partenaires). Il s’agit là d’un luxe que les pays en
développement ne peuvent guère s’offrir.
L’argument premier met l’accent sur le fait que le protectionnisme permet à des industries
inefficaces et peu rentables de se développer aux dépens des consommateurs et de la
dynamique de croissance. De plus, il fait échec à la dynamique d’accumulation de savoir-faire
et d’innovation qui, normalement, devrait être stimulée par la concurrence internationale.
Un autre argument contre le protectionnisme soutient que les mesures protectionnistes sont
souvent décidées par des dirigeants politiques en faveur des secteurs d’activité, en étant
rarement liées à des pertes clairement identifiables et quantifiables. En général, ceci amène les
entrepreneurs et propriétaires de moyens de production à faire pression sur les pouvoirs
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publics afin d’obtenir certaines concessions administratives qui leurs seront favorables et qui
correspondent à des comportements de type rentier.
On assiste depuis quelques années à une critique de plus en plus forte du modèle de
développement fondé sur le libre-échange généralisé. Le débat entre partisans et adversaires
du libre-échange est alors récurrent. Mais est ce pour autant qu’il est remis en cause ?
Keynes lui-même qui se veut le défenseur des valeurs d’une société ouverte et pluraliste a, en
son temps, discuté des conséquences du libre-échange. S’il n’a pas remis en cause sa vertu
économique d’un point de vue théorique, il s’est inquiété de ses effets sociaux pour
finalement défendre une forme d’autosuffisance : « J’ai de la sympathie pour ceux qui veulent
minimiser plutôt que maximiser l’imbrication économique entre les nations. Les idées, la
connaissance, l’art, l’hospitalité, les voyages : autant de choses qui sont, par nature,
internationales. Mais que les marchandises soient de fabrication nationale chaque fois que
c’est possible et commode. ». Ses propos sont d’ailleurs repris par les tenants d’un
protectionnisme européen qui cherchent à légitimer leurs positions.
Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988, estimait que « la libéralisation totale des
échanges à l’échelle mondiale doit être considérée à la fois comme irréalisable, comme
nuisible, et comme non souhaitable. Elle n’est avantageuse et n’est souhaitable que dans le
cadre d’ensembles régionaux économiquement et politiquement associés, groupant des pays
de développement économique comparable, chaque association régionale se protégeant
raisonnablement vis-à-vis des autres ».
Le débat se développe également aux Etats-Unis avec notamment le prix Nobel d’économie
(1970) Paul Samuelson, pourtant partisan du libre-échange, qui a récemment avancé que dans
l’étude des échanges sino-américains « les gains [pour les États-Unis] liés au commerce
international ne sont pas nécessairement supérieurs aux pertes ».
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échoue à créer de nouveaux emplois de qualité et à réduire la pauvreté. La CNUCED estime
dans son rapport annuel que les politiques orthodoxes de la Banque mondiale et du FMI ont
été «contreproductives». Cette agence de l’ONU prône une protection des entreprises en «
recourant avec circonspection aux subventions et aux droits de douanes », une politique du
taux de change bas, une politique des revenus dirigiste et un filtrage des investissements
étrangers.
L’OCDE, qui prône d’habitude la libre action des marchés, reconnaît dans sa récente livraison
qu’« il revient aux politiques de maximiser les gains de la mondialisation et valoriser les
politiques budgétaires ».
Même la Banque mondiale est en passe de revenir sur le consensus de Washington, qui
guidait jusque-là ses recommandations, en valorisant « la puissance de l’agriculture pour le
développement » et consacrant les États comme des agents économiques indispensables.
Joseph Stieglitz, prix Nobel d’économie et ancien vice-président de la Banque mondiale
observe même une remise en cause du consensus de Washington qui structurait les politiques
économiques des pays développés depuis la fin des années 1980.
Néanmoins, une écrasante majorité des économistes au niveau mondial considèrent que le
libre-échange est le facteur déterminant de la croissance et qu’il est nécessaire de limiter au
maximum tous les obstacles aux échanges de biens, de services et de capitaux. De fait des
acteurs et des instances aussi diverses que Wall Street, l’OMC ou l’Union européenne
affirment que seule une ouverture au commerce mondial permettra de produire de la richesse,
en créant des emplois et contribuant au bien-être des populations.
Un point semble toutefois faire consensus : les politiques de libéralisation des échanges font
des gagnants et des perdants et contribuent à accentuer les inégalités entre les premiers et les
seconds, à la fois entre pays et au sein même des pays.
Selon Patrick Artus, la libéralisation des échanges a profité à certains secteurs qui ont accru
leurs débouchés et leurs profits (finance, services aux entreprises, énergie…), mais elle nuit à
d’autres secteurs fortement concurrencés par les pays émergents (biens de consommation,
biens intermédiaires, services pouvant être délocalisés).
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5. Le vrai enjeu : la marginalisation de l'OMC ?
L'essentiel des gains à retirer de la libéralisation des échanges peuvent être obtenus en
réduisant unilatéralement ses barrières douanières. Alors pourquoi chercher à signer un tel
accord? L'enjeu est en fait le conflit entre deux logiques d'organisation du commerce
international : le bilatéralisme contre le multilatéralisme.
En conséquence, les grands pays préfèrent signer des accords de libre-échange pays par pays,
ce qui leur permet d'imposer leurs conditions. Résultat, le bilatéralisme, la constitution de
blocs commerciaux et de zone de libre-échange entre états, se développe à toute vitesse.
Durant les onze premières années de l’OMC (1995-2005), le nombre des Accords
commerciaux Régionnaux officiellement notifiés à l’OMC a presque triplé, passant de 58 à
près de 200.
Pour Adam Smith, le critère d'une spécialisation internationale optimale est fourni par les
différences dans les niveaux absolus de coûts de production: un pays a intérêt à importer un
bien dès lors que son prix est inférieur au coût de production de ce bien sur place.
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Ce principe a été affiné par David Ricardo, selon lequel même les nations qui ne connaissent
aucun avantage absolu doivent se spécialiser dans les productions pour lesquelles elles sont le
moins désavantagées par rapport aux autres nations. Chaque pays doit donc se spécialiser
dans la production pour laquelle il a un avantage comparatif (relatif), principe qui s’explique
par la réalisation d’économies d’échelle et de rendements croissants.
théorème HOS) concluent que les pays obtiennent un avantage comparatif selon leurs
dotations en facteurs de production. Ainsi, les pays qui disposent d’une main -d’oeuvre
abondante ont intérêt à se spécialiser dans les productions nécessitant beaucoup de main -
d’œuvre : par exemple, la Chine utilise sa main - d’œuvre abondante (travail peu qualifié), et
l’Allemagne son savoir-faire technologique (travail très qualifié).
D’ailleurs, même les libéraux, qui ont forgé les principales théories à la base du
développement des échanges internationaux ayant permis le développement de beaucoup de
pays, en ont posé les limites.
Pour trouver sa place dans les échanges internationaux, la Chine compte autant sur sa main
d’œuvre, que sur la protection de son marché intérieur. La Corée avait agit exactement de la
même façon dans les années 60-70.
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Chapitre 2 : La stratégie d’insertion de l’économie
marocaine dans l’économie mondiale
L’accélération dans le cadre du PAS du processus de libéralisation de l’économie, l’adhésion
en 1987 au GATT puis en 1994 à l’OMC ainsi que la conclusion des plusieurs accords de
libre-échange sont autant de décisions qui illustre la stratégie d’ouverture adoptée par le
Maroc en vue de consolider son intégration économique au niveau tant bilatéral que régional
et international.
Rappel :
Durant la décennie soixante dix, l’économie marocaine a connu une croissance remarquable
avec le concours des circonstances économiques internationales favorables à la croissance des
exportations des phosphates dont les prix ont fortement augmenté de 1973 à 1974. Cette
évolution favorable a encouragé l’Etat à s’engager dans d’importants programmes
d’investissement dans l’industrie et les infrastructures, ayant entraîné un gonflement des
dépenses publiques.
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Cependant, consécutivement à l’effondrement des cours des phosphates, à partir de 1975 on
assiste à l’amenuisement des ressources financières et au déclenchement à la crise de la dette
du Maroc qui s’est trouvé entraîné dans la spirale de l’endettement : (Endettement,
remboursement du service de la dette, baisse de la croissance, déficits budgétaires à deux
chiffres).
La crise de la dette s’est déclenchée en 1983, devant la défaillance du Maroc qui ne pouvait
plus faire face à ses obligations à l’égard de ses créanciers extérieurs. La dette extérieure
rapportée au PIB, en forte augmentation au début des années 80, s’est élevée à 136,6% du PIB
en 1985 (Voir tableau ci-après).
Dette extérieure
84,9 136,6 99,5 75
en % du PIB
Source : FMI
Les réformes qui touchent le commerce extérieur visent sa libéralisation par le biais
principalement de :
• la levée des contrôles quantitatifs (quotas, restrictions quantitatives …) ;
• la baisse tendancielle des droits de douane. ;
• la levée des principales restrictions aux importations ;
• la simplification des procédures du commerce extérieur ;
27
• la mise en place d’un code des exportations en 1988 ;
• la convertibilité du dirham pour les opérations courantes en 1993.
Le processus de libéralisation des échanges extérieurs a été par ailleurs marqué par deux
événements décisifs en l’occurrence :
• au niveau multilatéral, l’accession du Maroc au GATT en 1987 puis à l.OMC en 1994 et,
• au niveau régional, la signature en 1996 d’un accord d’association avec l’Union
européenne, lequel prévoit l’établissement d.une zone de libre-échange pour la plupart
des produits industriels sur une période transitoire de 12 ans.
Pour mener l’économie vers une croissance forte et créatrice d’emplois, parallèlement à la
libéralisation du commerce extérieur, des mesures incitatives ont été introduites en vue
d’attirer les investisseurs étrangers.
Expérience
internationale et
transfert de
technologie
Augmentation des
Investissements
Création d’emploi Directs Etrangers
Commerce
extérieur
comme
moteur de
croissance
Un approvisionnement
Un marché plus large
moins coûteux
Intégration
économique et
amélioration des
capacités de
négociation
28
• Promulgation du code des investissements en 1983 qui sera remplacé en 1995 par la
« Charte de l’investissement » ;
• Abrogation en 1990 du décret d’application de la loi sur la marocanisation de 1973 ;
• Programme de privatisation lancé en 1989 et dont la réalisation s’est accélérée à partir
de la seconde moitié de la décennie 1990 ( *) ;
• Mise en place du guichet unique en 2002 (ouverture des centres régionaux
d’investissements (CRI), appelés aussi « guichet unique») ;
• Convertibilité du dirham pour les opérations d’investissements étrangers réalisées au
Maroc.
La structure sectorielle des investissements directs étrangers (IDE) montre que jusqu’en 1996,
les industries manufacturières occupaient la première place, attirant 27% des IDE entre 1988
et 1996. Le secteur de construction est classé en deuxième position avec 20 %, le secteur
financier venant au deuxième rang avec 12 % et le tourisme en quatrième rang avec 7 % pour
la même période. Entre 1996 et 1998, le secteur financier s’est bien redressé, mais les
industries ont gardé la première place.
Les années1999, 2000 et 2001 ont connu d’importantes opérations de privatisation et l’essor
des télécommunications, avec la privatisation de ce secteur. Ainsi le montant des IDE s’est
élevé à 33,3 milliards dirhams en 2001 suite à la vente d’une partie de Maroc Télécom au
groupe Vivendi Universal.
Les efforts déployés par le Maroc dans la voie de l’ouverture de son économie ont été
couronnés par son adhésion à l’accord du GATT en mai 1987 et la signature du traité portant
création de l’OMC en avril 1994.
(*) La privatisation s’inscrivait dans le cadre du programme d’ajustement structurel visant le transfert des
participations, dans un certain nombre d’entreprises publiques et semi-publiques, au secteur privé. Exemples de
grande opérations de privatisation : privatisations de Maroc Télécom, de la Régie des Tabacs ou encore la
deuxième licence GSM.
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La conclusion des accords GATT-OMC n’est que la résultante de l’adoption des réformes en
matière de libéralisation du commerce extérieur dont les grands axes reposent sur :
C’est ainsi que les droits de douane ont connu une baisse remarquable, le tarif maximum
ayant été ramené de 400% en 1982 à 45 % en 1986.
L'accord de libre-échange conclu en 1996 avec l’UE est entré en vigueur depuis le 1er mars
2000 avec pour objectif la création d'une zone de libre-échange industrielle (ZLE) à l'horizon
2012. Celle-ci concerne exclusivement les produits manufacturés. S’agissant des produits
agricoles et de la pêche, la libéralisation de leurs échanges commerciaux, qui a fait l’objet de
négociations distinctes, est entrée en vigueur en octobre 2012.
Produits industriels
Les exportations marocaines bénéficient d’un accès aux marchés de l’UE en franchise
depuis l’entrée en vigueur de l’accord, alors que les produits originaires de l’UE accèdent au
marché marocain selon le schéma suivant :
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• Accès libre (droits de douane : 0%) pour les biens d’équipement et certaines pièces de
rechange dès le 1ER mars 2000, date d’entrée en vigueur de l’accord ;
• Accès libre pour les matières premières et intrants non fabriqués localement depuis
mars 2003 (suite à une baisse annuel de 25% des droits de douane) ;
• Élimination progressive des droits de douane pour les produits fabriqués au Maroc, à
raison de 10% par an à compter de la 4ème année de l’entrée en vigueur de l’Accord
(l’exonération totale est intervenue le 1er mars 2012, date qui correspond à la réduction
de 100% des droits appliqués) ;
• Élimination progressive des droits de douane pour certains véhicules automobiles
depuis mars 2003 à raison de 3% par an pendant 4 ans et 15% par an à compter de la
8ème année de l’entrée en vigueur de l’Accord jusqu’à la suppression totale des droits
à l’importation.
(*) Les importations de biens d’équipement ont été totalement exonérées de droits de douane dès
l’entrée en vigueur de l’accord, le 1er mars 2000.
31
Produits agricoles
L’Accord d’Association a prévu (articles 16 et 18) une libéralisation progressive des échanges
agricoles entre les deux parties. A cet effet, un nouvel accord visant la libéralisation des
produits agricoles, agro-industriels et les produits de pêche a été signé le 13 décembre 2010. Il
est entré en vigueur en octobre 2012.
L’accord de libre échange signé entre les États-Unis et le Maroc le 15 juin 2004 est entré en
vigueur le 1er janvier 2006.
Cet accord prévoit un traitement asymétrique en faveur du Maroc pour tous les produits, à
l’exception des textiles. Ainsi l’accord prévoit un démantèlement des droits de douane selon
le schéma suivant :
• Pour les produits industriels, hors textile, les droits de douane ont été immédiatement
éliminés pour la quasi intégralité de ces produits dès l’entrée en vigueur de l’accord, le
reste devant être éliminé sur une période maximale de 9 ans (soit au plus tard en
2014) ;
• Pour les produits textiles et vêtements, les droits de douane sont éliminés sur une
période maximale de 6 ans (soit au plus tard en 2012) ;
• Pour les produits agricoles et agroindustriels, l’élimination des droits de douane est
prévue sur une période maximale de 18 ans (soit en 2023 au plus tard).
En général, un produit est éligible au tarif préférentiel de l'ALE s'il satisfait deux conditions :
• Au moins 35% de la valeur du produit (composée de la valeur des intrants et des frais
directs de traitement) est en provenance du Maroc ou des États-Unis ;
• La transformation des intrants qui entrent dans la composition du produit et la
production aboutissent à un produit "nouveau et différent" (i.e. les intrants ont été
substantiellement transformés).
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L'accès au marché américain est conditionné par le respect des normes sanitaires,
phytosanitaires et techniques pour les produits fabriqués au Maroc et exportés vers les Etats-
Unis.
3.2 Autres accords de libre-échange
En février 2004, le Maroc a signé l’accord d’Agadir en vue de l’instauration d’une zone de
libre échange entre la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie et le Maroc, rendue effective dès l’entrée
en vigueur de l’accord, en mars 2007. Cet accord entre dans le cadre du projet de création de
la grande zone arabe de libre-échange. Il prend la forme d’accords commerciaux bilatéraux
entre différents pays arabes ayant pour but d’intensifier les transactions commerciales avec
des pays ayant un niveau de développement similaire et permettant aux pays signataires de se
préparer aux échéances 2010 relatives à la création de la zone de libre échange euro-
méditerranéenne. Ces accords bilatéraux ont été consolidés dans un cadre régional avec la
signature en février 2005 d’un accord de libre-échange entre le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et
la Jordanie.
Pour sa part, l’accord de libre-échange avec la Turquie, a été conclu le 7 Avril 2004, en vue
de l’instauration d’une zone de libre échange industrielle entre le Maroc et la Turquie sur une
période transitoire maximale de 10 ans. Il s’inscrit dans le cadre des engagements pris par les
pays sud-méditerranéens lors de la Déclaration de Barcelone en 1995.
Graphique 5:
Le marché européen, dont l’un des avantages indéniable est la proximité géographique et
culturelle, constitue le premier partenaire commercial du Maroc. Une relation historique
concrétisée par deux accords d’association (1969 et 1976) gérant les échanges commerciaux
entre les deux parties et par un accord de libre échange (1996) dit de troisième génération
visant la création d’une zone de libre échange euro- méditerranéenne à l’horizon 2010 dans le
cadre des accords conclus entre l’UE et certain pays du pourtour méditerranéen.
Graphique 6:
Parts relatives des exportations et des importations
marocaines avec l'UE dans son commerce extérieur total
80%
70%
60%
50% Part relative des
importations
En %
40%
Part relative des
30%
exportations
20%
10%
0%
Entre 2007 et 2011, les échanges entre le Maroc et l’UE ont augmenté de 20%, pour
représenter en 2011 une valeur de 24,3 milliards d’euro (exportations de l’UE vers le Maroc :
15,5 milliards d’euros et importations de l’UE du Maroc : 8,8 milliards d’euro).
Cette évolution atteste que le Maroc est très dépendant de l’UE, et que cette dernière constitue
son premier client et fournisseur.
Par ailleurs, il y a lieu de noter la progression régulière des échanges commerciaux du Maroc
avec l’Union européenne (UE) :
Les exportations marocaines vers l’UE passent de 60 milliards de dirhams en 2000 à
97 milliards de dirhams en 2011. Durant la même période, les importations en
provenance de l’UE se sont élevées de 72 milliards de dirhams à 167 milliards de
dirhams.
Les exportations du Maroc vers l’UE sont encore relativement dépendantes de trois
catégories de produits : les vêtements (25,5% en 2010), les produits agricoles (23,5%),
les machines et le matériel de transport (23,3%). Le Maroc importe principalement de
l’UE des machines et le matériel de transport (36,4%), les biens manufacturés (22,8), les
produits chimiques (10,5%) et des carburants (9,2%).
Il importe par ailleurs de noter que la part de marché détenue par le Maroc sur le marché de
l’UE (0,8%), bien qu’en légère progression, demeure encore en deçà du potentiel d’offre
malgré notre proximité géographique. Cette situation contraste avec les performances
enregistrées par certains pays émergents d’Asie et d’Amérique latine et par celles de certains
pays méditerranéens (Turquie, notamment).
L’augmentation des échanges commerciaux Maroc-UE a donc relativement peu profité à nos
exportations.
Clients % Fournisseurs %
Union européenne (27) 59,8 Union européenne (27) 49,2
Inde 6,1 Chine 8,4
Brésil 3,8 Etats-Unis 7,1
Etats-Unis 3,8 Arabie saoudite 6,0
Singapour 1,9 Russie 3,8
Graphique 7 Graphique 8
De même, pour des raisons historiques mais aussi de proximité géographique, la France est le
principal investisseur au Maroc. En 2001, la France a investi plus de 85% du total des IDE du
Maroc. La troisième place de la France en 1997, avec 12,6% était liée au programme de
privatisation et de raffineries de pétrole et à la concession d’une centrale thermique, qui
avaient permis à la Suède et aux Etats-Unis de se placer respectivement premier et second,
avec des parts de 31,3% et 25,8% du total d’IDE.
Sur le plan sectoriel, la part des télécommunications dans le total des investissements directs
étrangers au Maroc a atteint 81% en 2001 contre 29% en 2000. Les autres secteurs bénéficiant
d’IDE ont été l’industrie (7%), et dans une moindre mesure le commerce (3,4%), l’immobilier
(2,5%) et le tourisme (1%).
La part des flux d’IDE dans le PIB du Maroc est passée de 1,4% en 2000 à 8,5% en 2001. Les
stocks d’investissement, à fin 2001, accueillis par le Maroc s’élevait, selon le CNUCED, à 8,8
MD USD, en hausse de 43% par rapport à 2000 et de 165% par rapport à 1995, mais à un
niveau toujours en deçà de celui des stocks de l’Egypte (21,3 MD USD) et de la Tunisie (11,7
MD USD).
2. Effet de détournement du commerce
3. Phénomène d’asymétrie
Les échanges entre le Maroc et l’Union européenne restent caractérisés par une forte
asymétrie qui a pour origine les différences de dimension, de niveau de développement et de
pouvoir de négociation des deux partenaires. En effet, si le poids du marché européen est
prépondérant dans le commerce marocain, le poids du Maroc dans le commerce extérieur
européen est extrêmement faible voire marginal Cette asymétrie se manifeste par :
• la part prépondérante de l’Europe dans le commerce marocain ;
• des échanges marqués par des complémentarités traditionnelles entre le Nord et le
Sud et ;
4. Phénomène d’érosion
L’érosion des relations privilégiées qui lient le Maroc à l’UE découle de deux tendances de
fond :
• la première tient à la politique de l’UE, politique intérieure et politique extérieure ;
• la seconde résulte de la globalisation et la libéralisation de l’économie mondiale.
Cela signifie que le marché de l’UE devient plus ouvert et de moins en moins préférentiel, et
que les avantages dont profitent les produits marocains, particulièrement les produits
*
Dans le cadre de son élargissement, l’Union européenne est passée de six pays à quinze, puis à 27
actuellement.
Il devient ainsi évident que l’Accord de coopération peut être dépassé et doit évoluer dans un
nouveau cadre des relations du Maroc avec l’Union européenne, car les enjeux sont
importants.
Cet ALECA prévoit d’élargir la portée de l'accord existant en incluant les aspects suivants:
commerce de services, marchés publics, concurrence, droits de propriété intellectuelle,
protection des investissements.
Cet accord vise essentiellement à rapprocher la législation marocaine de celle de l'UE dans
des domaines liés au commerce (normes industrielles, réglementations techniques, ou encore
mesures sanitaires et phytosanitaires).
Conclusion du chapitre 2
Au cours des années 80 et 90, le processus de libéralisation du commerce au Maroc a été marqué par
deux événements : du côté multilatéral, son accession d’abord au GATT en 1987 puis à l.OMC en
1994 et, du côté régional, par l’accord d’association avec l’UE, en 1996, qui prévoit l’établissement
d’une zone de libre-échange pour la plupart des produits industriels sur une période de 12 ans.
Dans cette première partie, à travers laquelle nous avons tenté de dresser le cadre général de
notre travail, nous nous sommes intéressés aux fondements théoriques du libre-échange, pour
ensuite nous pencher sur la politique d’ouverture du Maroc, laquelle a conduit à la conclusion
de plusieurs accords de libre-échange, en particulier l’accord d’association avec l’UE entré en
vigueur en 2000.
Si sur le plan de la pensée libérale le libre échange est né et s’est développé selon l’idée qu’il
est le facteur déterminant du développement d’un pays, l’intensification des échanges
internationaux n’exclut pas que certaines économies nationales puissent subir une
détérioration de leur situation.
Après avoir respecté un corpus théorique, nous allons à présent nous pencher sur l’étude de
notre problématique qui repose sur la question de savoir les implications du libre-échange
avec l’UE sur l’économie marocaine qui connaît ces dernières années un creusement
tendanciel de son déficit commercial structurel.
2ème PARTIE
L'accord de libre-échange est avant toute chose un cadre institutionnel qui présente des
opportunités, mais surtout pose des défis considérables aux entreprises en termes de
diversification des marchés, de compétitivité et de qualité des produits. L'exploitation du
potentiel de gains qu'il recèle dépend moins de la levée des frontières aux échanges que de la
pertinence de la politique de mise à niveau et d’adaptation des entreprises marocaines.
Quelles sont les opportunités et les défis de l'établissement d'une zone de libre-échange entre
le Maroc et l’UE pour les entreprises industrielles marocaines? C’est ce que nous allons
examiner dans cette seconde partie consacrée aux implications du libre-échange pour
l’économie marocaine. A cette fin, nous allons commencer par faire une analyse de la
situation économique du Maroc, pour ensuite mettre en relief les véritables enjeux de ce libre-
échange et les mesures préconisées face à ces enjeux? L’objectif essentiel est de rendre
compte des efforts restant à poursuivre pour relever les défis de l’ouverture et tirer les
avantages escomptés des zones de libre échange non seulement avec l’UE mais également
avec les autres grands marchés mondiaux parmi lesquels les Etats-Unis.
globalement une moindre volatilité du PIB, ce qui traduit l’atténuation des effets de la
sécheresse sur l’activité économique.
Tout au long de la décennie 2000 la croissance a été accompagnée par une politique
volontariste d’investissements en infrastructures, visant l’amélioration des conditions de vie
de la population (routes rurales, électrification, accès à l’eau, habitat social), tout comme de
grands projets (autoroutes, tramways urbains et lignes ferroviaires, industrie : Plan
Emergence, zones offshore « CASASHORE » à Casablanca, port de Tanger-Med et « MED-
ZONES » à Tanger…).
Source : BAD
Le secteur tertiaire, tant le tourisme que l’offshoring, apporte pour sa part une contribution
capitale à l’économie marocaine, ainsi que les transferts de marocains à l’étranger.
Enfin, la politique menée par les pouvoirs publics (politique monétaire prudente et
financement non inflationniste du déficit budgétaire) a contribué à une réelle maîtrise de
l'inflation dont le taux a été contenu dans la limite de 1,8% depuis 1996. C’est ce que nous
allons développer dans ce qui suit.
1. Stabilité macro-économique
Depuis la fin des années 80, la stabilité macroéconomique a constitué l’un des facteurs
fondamentaux de réussite des politiques de développement du Maroc.
Cette stabilité a résulté des politiques monétaires et budgétaires prudentes, lesquelles ont
permis de maîtriser l’inflation. Le résultat le plus probant a été la réduction drastique du
déficit public global de 1991 à 1999, revenant de 5,9 % du PIB à 2,3 % d’une année à l’autre.
En outre, depuis 1998 le taux d’inflation s’est confiné entre 0,7% et 3%, à l’exception de
l’année 2008 où ce taux s’était établi à 3,9%, en liaison avec l’augmentation des prix des
denrées alimentaires au niveau mondial.
De même, l’inflation n’a pas dépassé 1% de 2009 à 2011 et s’est quelque accélérée en 2012, à 1,3%,
en relation avec le relèvement des tarifs des carburants à la pompe intervenu en milieu d’année.
2. Consolidation de la croissance
Graphique 11: Evolution de la croissance du PIB
L’économie nationale s’est inscrite depuis l’année 2001 dans une phase de croissance
conforme à son potentiel d’environ 5%, ce qui a permis de consolider les équilibres
macroéconomiques et d’aborder dans des conditions relativement confortables la crise
financière internationale.
Le déficit budgétaire qui en 2011 a atteint 5,5% du PIB, niveau inégalé depuis 11 ans, s’est
élevé à 7,1% du PIB en 2012. Cette nette aggravation reflète le poids de la masse salariale
(11% du PIB en 2011 contre 10,3% en 2010) et surtout le coût des subventions des prix des
produits de base (17% de la dépense publique). L’essentiel des subventions concerne les
produits pétroliers (carburants automobiles et gaz à usage domestique). L’objectif affiché par
les pouvoirs publics est de ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB d’ici 2016, ce qui
suppose la mise en œuvre d’une réforme du système de subventions (dont les modalités sont
en cours de discussion).
La dette globale du Trésor public a atteint pour sa part 58% du PIB à fin 2012. Mais la
position du Maroc reste raisonnable en termes d’endettement extérieur (25% du PIB à fin
2012, y compris la dette garantie des établissements et entreprises publiques). Dans ce
contexte, le Maroc s’est refinancé en décembre 2012 sur le marché financier international
(pour un montant de 1,5 milliard de dollars). Le Maroc avait préalablement obtenu du FMI
une « ligne de précaution et de liquidité » d’un montant de 6,2 Mds USD, ligne généralement
accordée aux pays dont les fondamentaux sont jugés solides.
Cependant, en 2010, une amélioration (4,5% du PIB) a été observée du fait d’une reprise des
exportations (32,4%). En 2011, cette évolution a été fragilisée par la morosité des économies
de la zone euro se traduisant par l’élargissement du déficit commercial et une détérioration
déficit du compte courant, chiffré à 6,5% du PIB.
Dans ces conditions, les réserves de devises, exprimées en mois d’importations, qui étaient de
7,7 mois en 2009, ont chuté à 6,8 mois et à 5,2 mois respectivement en 2010 et 2011.
En ce qui concerne les autres postes du compte courant, les recettes de voyages (recettes du
tourisme) et les transferts d'argent qu’effectuent les Marocains résidant à l'étranger (transferts
des MRE) qui, pendant des années, ont contribué à compenser le déficit commercial, ont
laissé apparaître une tendance baissière.
En 2012, les recettes du tourisme et les transferts financiers des MRE ont fléchi
respectivement de 1,6% et 4% par rapport à 2011. Dans ces conditions, les réserves de change
ont diminué de 16,7% et représenté 4 mois seulement d’importations à fin 2012.
De plus le Maroc semble devoir assumer la faible croissance de son principal partenaire
économique qu’est l’Europe, une faiblesse qui pénalise le pouvoir exportateur de l’économie
marocaine et qui en conjonction avec la lenteur de la mise à niveau de l’ensemble du tissu
industriel marocain pèse pour beaucoup dans la lenteur de l’envolée économique du pays.
Le déficit du commerce extérieur au Maroc s’est inscrit en nette aggravation depuis quelques
années, parallèlement à l’élargissement de l'écart entre les importations et les exportations de
marchandises. Si une partie de l’aggravation du déficit commercial est dû à des facteurs
externes tels que la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires sur les marchés
internationaux ou encore les perspectives économiques moroses dans l’UE, principal
partenaire commercial du Maroc, une grande composante du déficit est, toutefois, liée à des
facteurs internes.
1. Facteurs externes
Une partie de l’aggravation du déficit commercial est certes due à des facteurs qui échappent
au contrôle interne.
Source : Bloomberg
2. Facteurs internes
Certes, la structure des exportations s'est significativement améliorée en faveur des produits
mieux valorisés, en raison notamment de la valorisation des phosphates et de l'apparition des
premiers résultats des nouvelles stratégies sectorielles communément appelées « nouveaux
métiers du Maroc » dont la part est passée de près de 9% en 2000 à près de 13% en 2011.
Toutefois, la part des produits dits traditionnels à faible valeur ajoutée occupe encore une part
de près de 45% des exportations globales.
Par ailleurs, la plupart des exportations de textiles passent par des sous-traitants qui travaillent
selon les ordres reçus de fabricants européens. La sous-traitance est une activité vulnérable, de
nature précaire et de valeur ajoutée très limitée. En règle générale, les sous-traitants importent
les produits semi-finis des donneurs d’ordres, qui se chargent de la commercialisation et
parfois de la distribution du produit final, bénéficiant ainsi des marges de commercialisation
et de distribution. Les liens en amont et en aval d.une telle activité sont minimes, ce qui
signifie que la valeur de ses exportations qui revient réellement au Maroc (c’est-à-dire la
valeur nette des importations qui y sont associées) est relativement faible.
Avec le démantèlement de l’accord multifibres (AMF) (*) en 2005, qui s’est traduit par le
démantèlement des quotas, les exportations de produits textiles et d’habillement, qui
constituent jusque 70 % du total sont confrontées à une concurrence plus rude sur les marchés
de l’UE, surtout en provenance d’Asie et d’Europe de l’Est, avec des coûts de main-d’œuvre
plus bas et une productivité plus forte.
*
Les exportations de produits textiles étaient sujets à de larges quotas dans le cadre de l’AMF.
• En outre, le nombre des diplômés qui sont sans emploi montre l’incompatibilité du
système d’éducation avec le système productif.
Indépendamment des faiblesses qui tiennent au fait que les grandes entreprises disposent
davantage de compétitivité et bénéficient des économies d’échelles, les PME ont à faire face à
des difficultés spécifiques que l’on peut regrouper en deux catégories :
Il s’agit d’un diagnostic des variables de l’environnement interne des PME favorisant leur
vulnérabilité. On citera entre autres :
• la faiblesse de la formation ;
• le manque de conseil et d’innovation ;
• l’absence des méthodes modernes de gestion et de marketing ;
• la faiblesse du système d’information ;
• la faible productivité ;
• le manque de préparation et d’ouverture à l’international des dirigeants ;
Il s’agit d’un recensement des principales contraintes de l’environnement des P.M.E dont :
• l’absence de cadre général et inefficience des mesures de promotion de la P.M.E ;
• la complexité, la lourdeur et le retard dans les procédures administratives ;
• l’insuffisance de l’information et le manque de coordination entre les différents
intervenants ;
• l’inadaptation de la législation du travail à la PME ;
• la difficulté d’accès aux marchés publics ;
• les contraintes liées à l’accès au foncier et au financement (le coût du crédit et les
garanties exigées sont souvent rédhibitoires pour les PME) …
• Situation financière relativement bonne des entreprises. Reste toutefois à investir ces
gains dans des domaines qui leur permettront d’améliorer leur compétitivité.
• Bonne acceptation des produits de l’industrie marocaine sur le marché locale ;
• Structures fédératives qui deviennent puissantes dans la défense des intérêts de leurs
membres, l’encadrement technique et l’assistance/conseil ;
• bonne maîtrise des technologies modernes et le bon niveau d’information sur ces
nouvelles technologies pour la plupart de ces entreprises ;
• ouverture grandissante vis-à-vis de l’étranger.
2. Faiblesses
• Faible niveau d’innovation concernant les processus de fabrication des produits. Une
organisation innovatrice de l’entreprise et des étapes du travail fait par ailleurs défaut.
• Une autre faiblesse de l’entreprise réside dans les styles de management patronal, le
manque d’esprit entrepreneurial et d’un dynamisme dans certaines entreprises.
• Rareté des informations sur les marchés d’exportation et l’évolution des marchés locaux.
3. Opportunités
4. Risques
analyse nous aidera ainsi à évaluer les implications de l’ALE entre l’UE et le Maroc, que nous
allons faire ressortir dans ce second chapitre où nous ne manquerons pas de souligner les
enjeux d’un tel accord pour ensuite tirer les conclusions nécessaires sous forme de pistes
d’amélioration.
I. Implications directes
1. Sur l’équilibre externe
L’une des conséquences négatives du libre échange réside dans l’aggravation à court et
moyen terme du déficit commercial, découlant de la progression des importations nettement
plus soutenue que celle des exportations. Cette évolution s’explique du côté des importations
par :
• l’ouverture du marché intérieur à la concurrence des produits européens se
traduisant par une augmentation rapide des importations, qui sont stimulées au
fur et à mesure du démantèlement tarifaire ;
La perte de recettes fiscales, consécutive au démantèlement douanier avec l’UE, est estimée
pour la période 2000 à 2012 à 1,9% du PIB tendanciel. Les conséquences de cette approche
statique méritent néanmoins d’être atténuées par le fait que le libre échange, en stimulant les
importations, renforcent les recettes de TVA *provenant de ces importations.
*
Le démantèlement dans le cadre du libre-échange concerne les droits de douane qui sont sujet à l’élimination
progressive. Par contre les produits importés restent assujettis à la TVA à l’importation.
Outre cet aspect lié à la poursuite des réformes pour la consolidation du cadre
macroéconomique, on peut mettre en avant les implications positives sur la croissance
économique à travers les effets suivants :
• La baisse des prix des intrants importés, en relation avec le démantèlement tarifaire,
améliore certainement à court terme la rentabilité des entreprises et développe la
consommation privée et l’investissement. Les effets sur la production peuvent
toutefois être atténués par des considérations liées à la reconversion de la main
d’œuvre et à la concurrence exercée sur les produits finis importés.
un comportement nouveau des acteurs allant dans le sens d’une meilleure réallocation
des ressources.
Rappel de la problématique
Avant de répondre à ces interrogations il importe de cerner l’importance des enjeux du libre-
échange en question pour le Maroc.
I. Enseignements à tirer
Il est certain que pour le Maroc, les enjeux économiques de cette intégration sont capitaux,
ainsi que le montrent notamment les indicateurs suivants :
• Les investissements privés étrangers proviennent à 90% de l'UE en 1999, soit près de
1,7 milliard de dollars.
• L’Union européenne est le principal destinataire de nos exportations recevant 58,7%
des exportations en 2011. Les proportions sont encore plus élevées si l’on considère
certaines exportations importantes du Maroc : en 2010, l’UE absorbe à elle seule près
de 93% des produits finis de consommations exportés (qui représentent plus de 41%
des exportations totales), 54% des produits de la mer (qui représentent plus de 10%
des exportations totales) près de 58% des agrumes, près de 78% des tomates. Les
autres produits exportés vers l’UE sont dominés par les vêtements confectionnés
(19,5%), les articles de bonneterie (7,7%) et les fils et câbles pour l’électricité
(14,2%).
• L’UE constitue la première destination des travailleurs migrants marocains et un
nombre croissant d’européens choisissent le Maroc comme lieu de villégiature voire
de résidence.
• Enfin, l'Union Européenne est une première puissance commerciale mondiale,
intervenant pour près de 20 % dans le total des importations et des exportations dans le
monde. Le Maroc a un réel avantage compétitif : la proximité géographique et
culturelle, la connaissance du marché européen, qu’il doit savoir mettre à profit.
Il importe également de noter que la structure du commerce de l’UE par principaux produits
montre que l'UE achète et vend essentiellement des produits manufacturés, qui représentent
90 % de ses exportations et environ les trois quarts de ses importations: Parmi eux :
les machines et les matériels de transport comptent à eux seuls pour plus de 41 % des
exportations et plus de 28 % des importations.
L'énergie et les produits chimiques viennent en seconde position.
A l'inverse, les produits alimentaires et les matières premières ne constituent qu'un peu plus
de 5 % des exportations et de 6 % des importations.
En réalité, si cette dépendance est le reflet de l’écart important du poids économique des deux
parties, elle montre, au-delà des incidences sur les déséquilibres des comptes extérieurs du
Ainsi, notre économie ne semble encore pas profiter comme escompté de l’ALE non
seulement avec l’UE, mais également avec les autres pays signataires d’accord de libre
échange avec le Maroc, puisque notre balance commerciale bilatérale demeure largement
déficitaire avec la majeure partie d’entre eux.
Les effets du libre échange ne peuvent être profitable sans une stratégie se basant sur des
politiques économiques appropriées et suffisamment réactives pour s’adapter aux conditions
de libéralisation des échanges. Nous allons en évoquer ci-après quelques lignes directrices
sous forme d’axes d’amélioration.
L’un des grands défis économique du Maroc est celui d’assurer des capacités d’exportation à
même de lui permettre d’améliorer sa compétitivité. A cet effet, il doit renforcer les
conditions pour le développement d’entreprises compétitives et la promotion de
l’investissement et par conséquent accélérer les réformes sur les plans de la production, de
l'administration et de la législation, tout en poursuivant la consolidation des équilibres
macroéconomiques.
1. Améliorer le climat des affaires
De nombreuses réformes sur les plans législatifs, réglementaire et institutionnel ont été
menées au Maroc pour faciliter la pratique des affaires. L’amélioration de l’accueil des
investisseurs, la mise en place de Guichets Uniques ainsi que l’institution d’une Agence
A cet égard, la lutte contre la spéculation immobilière devra être au centre de la politique
d’aménagement du territoire. En effet, la mise en place de la nouvelle politique industrielle
suppose l’élargissement de l’assiette foncière disponible.
Cela crée une situation d’incertitude qui exerce une influence négative sur les coûts des
entreprises. Conscient de la vulnérabilité du Maroc aux chocs externes, les pouvoirs publics se
sont donnés comme objectif d’augmenter l’indépendance énergétique du pays en développant
les sources d’énergie renouvelable, non fossiles, dont le Maroc est naturellement doté. C’est
dans ce cadre qu’un ambitieux plan de développement de l’énergie solaire a été lancé à la fin
de l’année 2009.
1.3 Troisième série de contraintes :Pression fiscale
La troisième série de contraintes au climat de l’investissement au Maroc est la pression fiscale
qui demeure plus élevée que dans la plupart des autres pays émergents, et ce malgré la mise
en place d’un début de réforme fiscale à partir de 2007 qui a vu des réaménagements
importants au niveau de l’impôt sur le revenu (IR), de l’impôt sur les sociétés (IS) et des
cotisations patronales. Les entrepreneurs marocains continuent de considérer que le niveau
des charges fiscales et sociales renchérit de manière significative le coût du travail et
décourage le recrutement de la main-d’œuvre qualifiée.
Elaborer une politique globale pour les petites et moyennes entreprises en adaptant les
réformes structurelles à cette catégorie d’entreprises et en l’aidant à supporter les
conséquences de l’ouverture économique.
Les efforts devront être concentrés sur la mobilisation d'une offre exportable supplémentaire
compétitive et d'adapter l'offre existante aux exigences des marchés, par l'accélération de la
mise en œuvre et de la cohérence des stratégies sectorielles et horizontales établis durant ces
dernières années.
Dans le même cadre, une étude réalisée en 2009 par le Ministère chargé du commerce
extérieur sur l'impact des accords de libre-échange (modèle IMPALE) a prévu la réduction du
déficit de la balance commerciale de près de 77% par rapport à l'année de base du modèle
(2003) selon un scénario de l'effectivité complète des accords de libre-échange concomitante
avec la mise en œuvre complète des stratégies sectorielles. La réalisation des objectifs de ces
stratégies est de nature à renforcer la compétitivité interne et externe de l'offre marocaine
destinée aussi bien au marché locale qu'aux marchés extérieurs.
France 21,5
Espagne 16,6
Inde 6
Italie 4,3
Etats-Unis 3,6
Pays-Bas 3,2
Allemagne 3,1
Grande –Bretagne 3
Brésil 2,9
Belgique 1,9
Suisse 1,8
Turquie 1,5
Singapour 1,5
Pakistan 1,2
Chine 1,2
Sous-total 73,3
Autres pays 26,7
Total 100
Source : Office des Changes
La concentration de nos débouchés sur quelques pays européens pourrait devenir un handicap.
Les entreprises marocaines devraient élargir leurs débouchés au sein même de l’UE que ce
soit par une plus grande pénétration de nos produits dans des marchés de grande taille
(Allemagne, Angleterre, 1talie), ou par une plus grande insertion dans des marchés de
moindre envergure mais fortement porteurs. Les entreprises marocaines devraient saisir les
opportunités qu'offrent les perspectives de croissance de ces nouveau marchés à fort contenu
en importations.
Source : Unctad-Stat
En 2010, les principales destinations des exportations se répartissaient comme suit : Europe
(66,4%), Asie (15,3%), MENA (4,5%) et Afrique subsaharienne (4,4%).
A cet égard, la présence des entreprises marocaines en Afrique et les liens culturels forts
sont autant d’atouts que possède le Maroc pour développer la coopération avec l’Afrique
subsaharienne.
Source : Unctad-Stat
CONCLUSION GENERALE
En conclusion, ce rapport aura notamment permis de rendre compte des divers aspects relatifs
au libre-échange et de mieux cerner les enjeux et les implications sur l’économie marocaine
de l’accord de libre-échange Maroc-UE, visant l’établissement d’une grande zone de libre-
échange euro-méditerranéenne.
Depuis les années 1980, le modèle marocain, combinant ouverture économique, libéralisation
financière et profondes réformes structurelles, a su tirer profit des enseignements des
expériences passées et a contribué à la réussite du programme de stabilisation
macroéconomique.
Par ailleurs, du fait que le Maroc a opté pour une politique commerciale d'ouverture et
d'intégration irréversible à l'économie mondiale, avec un certain nombre d'engagements sur le
plan multilatéral (OMC), régional et bilatéral (conclusion d'une série d'accords de libre-
échange), il est naturel que les effets immédiats des différentes politiques n'ont pas tardé à se
répercuter sur la balance commerciale et partant sur la balance des paiements.
Il est cependant, plus que nécessaire d’intensifier les efforts déjà entrepris concernant les
encouragements et les actions requis pour promouvoir le développement du secteur privé et
pour développer la capacité institutionnelle à mettre en œuvre des réformes en matière
d’éducation, pour améliorer la qualité du capital humain dans son ensemble, et celles visant
l’amélioration des fonctions administratives, légales et réglementaires de l’Etat. Dès lors, le rôle de
l’État paraît crucial pour réorienter les projets vers des secteurs à forte valeur ajoutée et
utilisant les potentialités en capital humain bien formé.
Ce n’est que dans ces conditions que le Maroc peut relever les défis de l’ouverture et saisir les
opportunités offertes par les divers accords de libre-échange et profiter à travers son ancrage
particulièrement important vers l’UE, des externalités technologiques transmises par le biais
du commerce et des investissements étrangers. Profiter de ces externalités augmenterait la
productivité industrielle du pays et favoriserait sa croissance économique.
Source documentaire