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La prothèse complète
mandibulaire :
stabilité et rétention
RÉSUMÉ
● prothèse complète
mandibulaire
● équilibre prothétique
● attachements AOS 2009;246:267-286
DOI:10.1051/aos/2009018
● prothèse supra-radiculaire © AEOS / EDP Sciences
● prothèse supra-implantaire
Introduction
La réalisation d’une prothèse amovible thétique soit par l’utilisation de moyens de
> restaurant un édentement complet rétention complémentaires.
mandibulaire est délicate car la stabilité de ce Ainsi, les solutions thérapeutiques qui permet-
type de prothèse est souvent jugée insuffi- tent de résoudre ce problème d’instabilité pro-
sante par les patients. thétique chez un édenté complet mandibu-
En effet, la préoccupation majeure et la laire sont :
doléance la plus fréquente sont le manque de – l’empreinte piézographique ;
rétention et de stabilité, ce qui aboutit à une
– la prothèse complète supra-radiculaire et/ou
fonction masticatoire limitée et donc à un
supra-implantaire associées à des dispositifs
échec thérapeutique.
de rétention à savoir les attachements.
L’amélioration des facteurs précités peut se
Toutes ces techniques ont pour objectif d’éta-
faire soit par l’exploitation raisonnée de la sur-
blir un équilibre prothétique optimal.
face d’appui et de l’environnement péri-pro-
Équilibre prothétique
La réussite de la réhabilitation prothétique se Elle est en rapport avec plusieurs facteurs
base sur le respect de la triade d’équilibre dont :
(fig. 1) dont les différents composants sont :
> Les facteurs physiques
La rétention – La pesanteur, favorable à la mandibule et
rable qui s’oppose aux forces exercées sur la – La pression atmosphérique, favorable en cas
prothèse pour l’éloigner de la surface d’appui. de joint périphérique effectif.
RÉTENTION STABILISATION
Þ Þ
TRIADE
D'ÉQUILIBRE
Þ
SUSTENTATION
Fig. 1 Triade d’équilibre prothétique.
– L’adhésion, qui joue un rôle indirect par la rieures) exercées sur la prothèse parallèlement
liaison d’un fin film salivaire à la fibromu- à la surface d’appui.
queuse d’une part et au matériau des bases Elle est favorisée par la profondeur du vesti-
d’autre part. bule, l’exploitation des ailettes rétro-mylo-
– La viscosité de la salive, qui en augmentant, hyoïdiennes et enfin l’établissement d’une
allonge le temps de décollement de la pro- occlusion bilatéralement équilibrée qui
thèse de sa surface d’appui. confère une stabilité supplémentaire et
– L’énergie de surface du matériau de l’intra- demeure un élément clé de la pérennité de la
dos prothétique [1]. prothèse totale mandibulaire.
Techniques d’amélioration
de la rétention et de la stabilité
de la prothèse complète mandibulaire
L’empreinte piézographique grandes masses musculaires circum-prothé-
tiques : la langue et la sangle buccinato-labiale
Selon P. Klein : «la piézographie est le résultat (fig. 2).
du modelage d’un matériau plastique par la Elle permet par conséquent de reproduire en
dynamique des organes limitant un espace vir- trois dimensions l’espace prothétique mandi-
tuel ou réel où ce matériau est introduit.» bulaire de l’édenté complet en intégrant la
Il s’agit donc d’une méthode qui permet d’en- fonction des éléments anatomiques en rapport
registrer lors de la fonction le jeu des deux avec l’extrados des prothèses [3].
Fig. 2 Situation anatomique du plan d’occlu- Fig. 3 Phonèmes correspondant à chaque secteur.
sion.
– Les patients restés très longtemps sans pro- organes périprothétiques, autorisant ainsi le
thèse et ayant acquis de nouvelles habitudes libre jeu du système musculaire bucco-lingual
être restaurées par les méthodes clas- l’atrophie et de retrouver a priori certaines
Cas clinique n° 1
Une patiente de 63 ans en bon état de santé Un polysulfure de moyenne viscosité (Perm-
générale édentée complète, consulte pour une lastic®) est préparé et enduit sur les zones à
réhabilitation par prothèse complète bimaxillaire. définir. La maquette est alors insérée en
L’interrogatoire a révélé que la patiente n’a bouche. Le modelage s’effectue par mise en
jamais été appareillée. œuvre de la phonation et aboutit à une
Le choix de la technique piézographique a été empreinte fonctionnelle de l’extrados prothé-
dicté par l’importance de la résorption osseuse tique (fig. 9, 10).
et l’ancienneté de l’édentement (fig. 4, 5). Des clés en silicone lourd sont réalisées en ves-
Un remarginage des poches de Fish et des tibulaire et lingual de l’enregistrement de l’ex-
régions paralinguales est réalisé sur un porte- trados, délimitant ainsi le couloir prothétique
empreinte individuel (fig. 6), suivi d’un surfa- (fig. 11) où seront montées les dents.
çage avec de l’Impregum® (fig. 7). Les bords incisifs et les pointes cuspidiennes
Sur le modèle issu de cette empreinte secon- des dents prothétiques doivent être alignés
daire, une maquette en résine autopolyméri- sur le plan d’occlusion déterminé par la piézo-
sable (Formatray®) est confectionnée avec un graphie. Le groupe postérieur nécessite sou-
bourrelet en lame de couteau, parfaitement vent une réduction dans le sens vestibulo-lin-
centré sur l’arcade (fig. 8). gual [5, 7, 8].
Fig. 4 Crête mandibulaire résorbée, plancher en Fig. 5 Modèle issu de l’empreinte primaire.
position élevée.
Fig. 6 Remarginage avec de la pâte de Kerr®. Fig. 7 Empreinte secondaire avec un polyéther.
Fig. 9 Empreinte de l’extrados après prononcia- Fig. 10 Réalisation des rétentions pour le repo-
tion des phonèmes. sitionnement précis des clés sur le
modèle.
Ceci a permis de majorer la stabilité de la pro- dans l’activité des masséters. La coordination
thèse mandibulaire par l’intégration de la neuromusculaire est alors plus efficace ;
fonction des éléments anatomiques en rapport – la stimulation de la salivation [9] ;
avec les prothèses pour la définition de la
– la conservation du capital osseux par la
forme de l’extrados.
conservation de l’os alvéolaire, qui constitue
un rempart ou relief vertical permettant
d’accroître la stabilité ;
La prothèse supra-radiculaire
– l’augmentation de la rétention par le biais
avec moyens d’ancrage
d’attachements lorsque la valeur intrinsèque
Dans le souci d’obtenir une rétention maxi- des racines résiduelles le permet [10].
male de nos prothèses, et lorsque des racines
> Conditions cliniques
résiduelles de bonne valeur prothétique per-
sistent, le praticien peut les utiliser comme Plusieurs impératifs sont nécessaires à la réali-
support de moyens de rétention complémen- sation de la prothèse supra-radiculaire.
taires par le biais d’une prothèse supra-radicu- L’environnement parodontal doit être sain :
laire. – la présence d’une barrière de gencive atta-
masticatoire allant jusqu’à 90 %. Cela s’ex- Absence de forte contre dépouille. Les axes
plique par le rôle de la proprioception dans radiculaires doivent être favorables à l’intégra-
la programmation du cycle masticatoire et tion d’un système mécanique [10].
– fiabilité : l’usure se traduit par une diminu- toutes les fois que :
tion de la valeur rétentive. Elle est compen- – les axes radiculaires sont parallèles ;
sée par activation ou changement des – la répartition topographique des piliers est
anneaux de rétention [12]. favorable avec une crête édentée antérieure
La faible rétention prodiguée par les atta- rectiligne [16] ;
chements magnétiques et l’apparition des
– l’espace prothétique disponible est suffisant.
phénomènes de corrosion intrabuccale condui-
sent à éviter ce type d’attachement [13]. Elles sont fournies avec un espaceur qui est uti-
lisé pendant l’élaboration de la prothèse.
On distingue deux types d’attachements, uni-
taire (axiaux) ou barre d’ancrage. Celui-ci est retiré après polymérisation et l’es-
pace libre créé va permettre une résilience par-
> Les attachements axiaux
tielle du système.
Type bouton-pression, ils comprennent une
Sur le plan de la maintenance, un espacement
pièce mâle (patrice) venant s’emboîter dans
entre la muqueuse et la barre est nécessaire
une pièce femelle (matrice). La partie mâle de
mais il peut être soit trop important facilitant
l’attachement peut être en résine calcinable
permettant une coulée monolithique de l’atta- l’élimination de la plaque mais entraînant une
chement et de la coiffe, ou bien métallique hauteur du système qui rend difficile la mise en
solidarisée secondairement à la coiffe [14, 15]. place des dents prothétiques et une probabilité
La partie femelle est en général solidaire de la d’apparition de diapneusie à long terme, soit
prothèse amovible, elle est incluse dans la insuffisant induisant alors une réaction inflam-
résine de la base soit au laboratoire soit direc- matoire de la muqueuse sous-jacente [19] ; cet
tement en bouche [16]. espace doit donc être suffisant pour faire pas-
La rétention est obtenue par emboîtement ser les brossettes interdentaires qui permet-
des pièces mâles et femelles qui peut être à tront d’assurer l’élimination de la plaque bac-
frottement plus ou moins fort [17]. térienne.
Cas clinique n° 2
Prothèse supra-radiculaire
avec attachements axiaux
> Démarche clinique bonne résistance de la pièce prothétique
L’examen endobuccal montre une prothèse niques classiques des empreintes en double
complète maxillaire ainsi qu’une prothèse mélange des tenons normalisés (fig. 14).
mandibulaire en résine utilisant comme moyen Le laboratoire réalise les chapes à tenon radi-
de rétention deux crochets métalliques façon- culaire de forme parabolique. Les pièces mâles
nés au niveau des deux canines, ces dernières des attachements en plastique calcinable (OT
comportant d’importantes lésions cervicales cap de Rhein) sont fixées sur la maquette des
(fig. 12). chapes selon l’axe d’insertion et l’ensemble a
La qualité du parodonte, le niveau osseux été coulé en une seule pièce (fig. 15).
favorable ainsi que les conditions finan- Les limites cervicales et l’adaptation des chapes
cières de la patiente nous ont orienté vers ont été contrôlées lors de l’essayage en bouche
la réalisation d’une prothèse supra-radicu- (fig. 16).
laire. Le choix du type d’attachements a L’empreinte secondaire de la surface d’appui a
été en faveur des attachements axiaux en rai- été réalisée avec un porte-empreinte indivi-
son de la divergence des axes radiculaires duel adapté et rectifié en bouche.
ainsi que de la courbure de la crête anté-
Tout d’abord, un remarginage est réalisé au
rieure.
niveau du joint périphérique (fig. 17), une fois
La préparation des dents supports (fig. 13) a
la rétention jugée satisfaisante, une empreinte
été réalisée en respectant les impératifs sui-
de surfaçage entraînant les chapes est réalisée
vants :
à l’aide d’un polysulfure de moyenne viscosité,
– préparation radiculaire pour un tenon cylin- le patient est invité à mobiliser sa musculature
dro-conique occupant les 2/3 de la racine et périphérique et linguale dans les mouvements
laissant apicalement 3 à 4 mm d’obturation fonctionnels extrêmes, ce qui permet d’enre-
radiculaire ; gistrer la position haute du plancher buccal
– préparation périphérique complète à congé dans les zones postérieures et des retours fonc-
large (016) juxta-gingival (type plateau de tionnels affinés dans la zone du joint sublin-
Richmond) ; gual (fig. 18).
– un entonnoir est réalisé à l’entrée de la pré- Les étapes classiques de la prothèse adjointe
paration canalaire de façon à obtenir une complète sont réalisées à savoir :
Fig. 12 Prothèse provisoire mandibulaire Fig. 13 Préparations des dents supports d’attache-
avec crochets sur les canines présen- ments.
tant des lésions cervicales.
Fig. 14 Empreinte pour la réalisation des Fig. 15 Chapes surmontées des pièces mâles des
chapes. attachements.
Fig. 20 Évidement de la résine au niveau de l’in- Fig. 21 Vue de l’intrados prothétique (les
trados. chapes étant entraînées après solidarisa-
tion des parties femelles).
Cas clinique n° 3
Prothèse supra-radiculaire
avec barre d’ancrage
> Démarche clinique chapes objectivant le parallélisme des tenons
pour une réhabilitation par prothèse complète. La barre d’ancrage a été réalisée en tenant
compte de l’emplacement des dents prothé-
A l’examen clinique, seules persistaient les
tiques antérieures (fig. 25, 26). Elle est essayée
deux canines mandibulaires avec un bon rap-
puis entraînée dans une empreinte secondaire
port couronne clinique – racine clinique et un
de la surface d’appui. Après les étapes clas-
bon état parodontal.
siques du rapport intermaxillaire et du mon-
Les axes radiculaires parallèles et la crête anté- tage des dents prothétiques, la barre est scel-
rieure rectiligne (fig. 22) ont été en faveur de lée en bouche, et le cavalier solidarisé à
la réalisation d’une barre de conjonction. Les l’intrados prothétique en bouche avec de la
mêmes étapes ont été réalisées, à savoir les résine autopolymérisable et sous pression
préparations (fig. 23) et l’empreinte des occlusale (fig. 27).
Fig. 22 Canines mandibulaires avec des axes Fig. 23 Préparations des dents d’appui.
parallèles et séparées par une crête rec-
tiligne.
(nerf dentaire mandibulaire, nerf menton- en place, la réalisation d’une empreinte pré-
nier) situés dans les zones susceptibles de cise reste indispensable à l’obtention d’un
recevoir les implants ; équilibre prothétique en majorant la susten-
Les guides radiologique et chirurgical destinés tation par une exploitation maximale de la
à l’implantologie orale présentent essentielle- surface d’appui, ce qui évite la surcharge des
tées des implants, ainsi que des axes prothé- occlusal inscrit dans une occlusion bilatérale-
tiques. Des coupes de reconstruction sont ment équilibrée sont les seuls garants de la
préservation des surfaces d’appui et sont
faites dans l’axe matérialisé (sur le guide
favorables à l’obtention et au maintien de
radiologique par de la gutta ou des tiges de
l’ostéo-intégration des implants [24] ;
titane) ;
– le nombre d’implants : à la mandibule, deux
– simplifier l’acte du chirurgien : les repères
à quatre implants peuvent être placés dans
radiologiques pouvant se superposer aux
la symphyse, en général deux suffisent pour
repères des axes et émergences représentés
assurer significativement et de manière
sur le guide permettent alors une mise en
durable l’équilibre d’une prothèse amo-
place optimale des implants en harmonie
vible [25, 26].
avec le cadre fonctionnel. Un implant situé
Pour les cas de barre, l’augmentation du
dans l’axe de la dent prothétique reçoit des
nombre d’implants symphysaires au-delà de
forces favorables à l’ostéo-intégration avec
deux permet d’accroître la rétention, de pré-
un minimum de contraintes sur les vis de soli-
server l’ostéo-intégration et d’obtenir une
darisation [21, 22].
meilleure efficacité masticatoire [27].
> Impératifs Une prothèse amovible retenue par deux
La pérennité du traitement en PACSI (Prothèse implants symphysaires représente le traite-
Adjointe Complète Supra-Implantaire) est ment minimal de l’édentement total mandibu-
directement subordonnée à la conception et à laire (consensus de Mac Gill) [28].
l’élaboration d’une prothèse amovible com- – La situation des implants est symphysaire
plète classique parfaitement équilibrée et inté- entre les deux foramens mentonniers.
grée ainsi qu’à l’emplacement des implants et – Le système de rétention peut être de type
au choix des éléments de rétention complé- barre ou bouton-pression.
mentaires qui offrent un jeu axial (translation
Habituellement, les attachements axiaux sur
verticale) et/ou un jeu angulaire (rotation dis-
racines naturelles se situent au niveau des
tale) pour prendre en compte la différence de
canines, la position idéale pour les implants se
dépressibilité tissulaire existant entre la fibro- situe au niveau des incisives latérales.
muqueuse de la crête édentée et l’implant [23].
Cette situation antérieure permet de caler la
Ainsi, la réussite d’une réhabilitation par PACSI prothèse lors de l’incision, et de ne garder qu’un
dépend d’un certain nombre de paramètres : seul mouvement d’enfoncement postérieur,
– la qualité des empreintes : même si des plutôt qu’un double mouvement si les attache-
moyens de rétention mécaniques seront mis ments sont situés au niveau des canines [16].
– Le mode de connexion : il doit permettre une sée dans l’axe de l’implant avec une partie
rétention complémentaire d’une prothèse mâle compensent l’aparallélisme.
amovible complète bien conçue. La sustenta- – Une distance inter-implantaire entre 10 mm
tion et la stabilisation sont assurées par les et 15 mm est nécessaire pour mettre un cava-
surfaces d’appui ostéo-muqueuses [25]. lier rétentif sur barre sans déformation.
L’espace prothétique minimum nécessaire au – Une arcade mandibulaire étroite est en
niveau du site implantaire envisagé est pour la faveur des attachements axiaux en limitant
plupart des systèmes d’attachements préconi- le nombre d’implants.
sés de 7 mm de hauteur et de 5 mm de largeur.
– La mise en charge immédiate chez l’édenté
Le respect de ce volume d’encombrement per-
complet représente une indication de barre
met de concilier la solidité et un volume idéal
de conjonction, en réponse à l’impératif de
de PACSI [23].
stabilité primaire des implants nécessaire à
> Le choix du système d’attachements l’ostéo-intégration [13.]
PACSI selon la situation clinique
> La maintenance
– Une crête antérieure rectiligne indique la
La maintenance individuelle est associée à
réalisation d’une barre de conjonction. Une
une maintenance professionnelle, cette der-
barre curviligne reliant deux implants crée
nière consiste en un contrôle de l’équilibre
un bras de levier défavorable. La diminution
implanto-dento-prothétique :
de la courbure impose un surcontour prothé-
– au niveau osseux par un contrôle radiolo-
tique lingual qui entraîne un handicap fonc-
gique vérifiant l’absence de «cratérisations»
tionnel majeur [26]. L’augmentation du nom-
autour des implants ;
bre d’implants permet de segmenter en plu-
sieurs parties rectilignes favorables à la réali- – au niveau gingival : par une appréciation du
le choix d’attachements non solidarisés. pour éviter toute surcharge au niveau des
implants.
– Un espace prothétique limité évalué à l’aide
de clés ou de guides de positionnement Un nettoyage professionnel comprenant des
– Dans le cas d’aparallélisme des piliers implan- Les séances de maintenance se font à un mois
taires, si une faible divergence entre les atta- après la pose de la prothèse, puis tous les
chements axiaux ne compromet pas l’inser- 6 mois pendant 2 ans puis une fois par an [29].
Cas clinique n° 4
Une patiente de 57 ans s’est présentée pour la Les vis de cicatrisation ont été enlevées et les
réalisation d’une nouvelle prothèse complète parties mâles des attachements ont été vis-
bimaxillaire, insatisfaite de son ancienne pro- sées sur les implants (fig. 31).
thèse conventionnelle psychiquement inac-
Par la suite, les parties femelles sont reposi-
ceptable et dont la rétention est insuffisante
tionnées sur les parties mâles (fig. 32).
par suite d’une résorption de la crête rési-
L’intrados prothétique en regard des parties
duelle. La thérapeutique implantaire a été
mâles a été évidé dans le but de ménager
proposée à la patiente.
l’espace des parties femelles ainsi que de la
L’objectif du traitement est la réalisation
résine qui assure la solidarisation de ces der-
d’une prothèse complète bimaxillaire avec au
nières à l’intrados de la prothèse mandibu-
niveau mandibulaire un système d’attache-
laire (fig. 33).
ment type bouton-pression au niveau des
quatre implants mandibulaires. Un silicone de faible viscosité permet de
détecter les zones de compression et par
Tout d’abord, le projet prothétique est
conséquent de guider les retouches préa-
validé : par la réalisation d’un montage des
lables à la solidarisation des parties femelles à
dents artificielles sur des moulages montés
l’intrados (fig. 34).
sur articulateur.
Après élimination de toute compression, une
La patiente et le praticien ont ainsi validés
petite quantité de résine auto-polymérisable
chacun de ces objectifs et ont eu à disposition
est placée au niveau de l’intrados à l’empla-
la position, la dimension, la forme et la cou-
cement exact des parties femelles dans la pro-
leur des dents artificielles (fig. 28, 29) [30].
thèse et suivie immédiatement de la mise en
Un bilan pré-implantaire a été fait et quatre place de la prothèse mandibulaire et son
implants ont été mis en place. maintien sous pression occlusale jusqu’à poly-
Une radiographie panoramique de contrôle a mérisation de la résine. De la cire a été préa-
permis après la mise en place des implants de lablement placée autour de la pièce mâle afin
vérifier le positionnement et les axes des d’éviter la fusion de la résine sous les atta-
implants (fig. 30). chements, ce qui rendrait la désinsertion
impossible.
Des attachements O’Ring® ont été prévus :
conçus pour une utilisation large dans n’im- La prothèse est ensuite retirée (fig. 35). L’occlu-
porte quel cas en prothèse adjointe, ils consis- sion est parfaitement contrôlée. La rétention
tent en une patrice en titane vissée sur la fix- nettement améliorée a donc facilité l’intégra-
ture, en une matrice rouge servant de transfert tion psychologique de la prothèse témoi-
et en une bague O’Ring® blanche interchan- gnant du succès thérapeutique (fig. 36).
geable insérée dans l’étui métallique [12].
Fig. 28 Vue occlusale de la prothèse mandibu- Fig. 29 Vue latérale de la prothèse bimaxillaire
laire. élaborée selon les données diagnos-
tiques.
Fig. 31 Mise en place des pièces mâles des atta- Fig. 32 Placement des pièces femelles.
chements.
Fig. 33 Évidement de la résine en regard des Fig. 34 L’espacement contrôlé avec un silicone
zones implantées. fluide.
Conclusion
Les différentes étapes d’élaboration d’une pro- convient de les effectuer d’une manière pré-
thèse complète mandibulaire interviennent cise afin de pérenniser les supports de réten-
simultanément et conjointement pour aboutir tion et d’éviter un éventuel échec thérapeu-
à un équilibre prothétique. tique.
L’utilisation des différentes techniques visant à Les séances de maintenance permettent de
améliorer la stabilité et la rétention de nos réadapter la prothèse en cas de résorption
prothèses que ce soit par le biais d’attache- osseuse, de réactiver les éléments rétentifs en
ments implantaires ou radiculaires ne dispense cas de perte de rétention et enfin de contrôler
pas le praticien de réaliser rigoureusement les et d’intercepter à temps une quelconque com-
étapes classiques de la prothèse complète. Il plication au niveau des piliers prothétiques. ■
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S U M M A RY