Exception Domaine Réservé CIJ
Exception Domaine Réservé CIJ
Thèse
présentée à l’Université de Genève
pour l’obtention
du grade de Docteur en relations internationnales
(droit international)
par
Pierre Célestin ULIMUBENSHI
(Rwanda)
Thèse N° 649
Genève, 2003
REMERCIEMENTS
1
La Cour internationale désigne à la fois la Cour permanente de Justice internationale et la Cour
internationale de Justice. Et dans la suite, la Cour internationale sera, à son tour, désignée
uniquement par la Cour.
2
Recueil des Cours de l’Académie de droit international (ci-après : R.C.A.D.I.), t. 258, 1996-II,
394p.
3
R.C.A.D.I., t. 225, 1990-VI, 484p.
4
Fifty Years of the International Court of Justice. Essays in Honour of Sir Robert Jennings, ed.
par Vaughan Lowe and Malgosia Fitzmaurice, Grotius Publications, Cambridge University
Press, 1996, pp. 440 - 464.
2
3
Que les âmes et les esprits de mes parents, qui ont répondu à l’appel
de Dieu et qui, durant toute leur vie sur terre, ne cessaient de
m’encourager pour les études, trouvent ici ma reconnaissance de tout
cœur. Je pense plus particulièrement à deux personnes dont la disparition
m’est restée inoubliable, m’affecte et me marque toujours. La première
est mon père, Gérard MUYANDA, mort seulement un mois avant que je
vienne continuer mes études à l’I.U.H.E.I. La seconde est mon grand-
frère, le Lieutenant Augustin RUZINDANA, qui, le 13 juin 1994, a perdu
sa vie sur le champ de bataille pendant la guerre civile qui sévit dans mon
pays depuis octobre 1990.
3
4
SOMMAIRE
INTRODUCTION. ........................................................................................7
Délimitation de notre dissertation doctorale. .................................................7
Plan de notre dissertation doctorale.............................................................23
Intérêt scientifique de la dissertation. ..........................................................24
Méthodologie. .............................................................................................25
4
5
5
6
CONCLUSION. .........................................................................................303
BIBLIOGRAPHIE .....................................................................................309
6
7
INTRODUCTION
5
Affaire des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc, avis consultatif,
C.P.J.I., série B, no 4, p. 24 (1923).
6
Cet alinéa 8 stipule ce qui suit : “Si l’une des Parties prétend et si le Conseil reconnaît que le
différend porte sur une question que le droit international laisse à la compétence exclusive de
cette Partie, le Conseil le constatera dans un rapport, mais sans recommander aucune solution”.
Cet alinéa a été remplacée par l’alinéa 7 de l’article 2 de la Charte des Nations Unies libellé de
la manière suivante : “Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à
intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat ni
n’oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux
termes de la présente Charte ... “. Voir également les dispositions du paragraphe 3 de l’article 1er
du Statut de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture
(UNESCO) et de la Section 8 de l’article 6 du Statut du Fonds International pour le
Développement Agricole (FIDA).
7
BERTHOUD, Paul, La compétence nationale des Etats et l’O.N.U. L’article 2, par. 7, de la
Charte de San Francisco, thèse d’habilitation, Université de Neuchâtel, Brougg, Imprimerie
Effingerhof, 1948, 88p. ; BOWETT, D.W., The Law of International Institutions, 4ème éd.,
Londres, Stevens & Sons, 1982, pp. 24-25 ; DELANEY, Trevor A., “Article 2 (7) of the UN
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the Covenant and Article 2, Paragraph 7, of the Charter, thèse, Leyde, 1948, 198p. ; GROSS,
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Martinus Nijhoff Publishers, 1984, vol. 2, pp. 1173-1192 ; GUGGENHEIM, Paul, Traité de
droit international public , t. I, Genève, Librairie de l’Université, Georg & C ie S.A., 1954, pp.
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thèse, Duke University, Durham, North Carolina, 1954 (non publiée) ; JONES, Goronwy J., The
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non-intervention principle, Cardiff, University of Wales Press, 1979, 275p. ; JONES, Hélène H.,
“Domestic Jurisdiction : from the Covenant to the Charter”, Illinois Law Review, vol. 46, 1951,
pp. 219-272 ; LIANG, Yuen-Li, “Notes on Legal Questions Concerning the United Nations.
7
8
Observance in Bulgaria, Hungary and Rumania of Human Rights and Fundamental Freedoms:
Request for an Advisory Opinion on Certain Questions“, American Journal of International Law
(ci-après : A.J.I.L.), vol. 44, 1950, pp. 106-107 ; le même, “Notes on Legal Questions
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Dispute before the Security Council“, A.J.I.L., vol. 46, 1952, pp. 273-282 ; PREUSS, Lawrence,
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Alf, “La notion de ‘compétence nationale’dans la pratique des Nations Unies”, Mélanges offerts
à Henry Rolin, Paris, Pedone, 1964, pp. 284-299 ; SANG-SEEK, “Domestic Jurisdiction in the
UN”, Korean Journal of International Law, vol. 15, 1968, pp. 96 et ss ; SINGH, Joginder,
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sistema delle Nazioni Unite”, Communicazioni e Studi, vol. 9, 1970, pp. 494 et ss ;
TESLENKO, N., Le domaine réservé dans la jurisprudence du Conseil de Sécurité, thèse, Paris,
1950, 2 fasc. [dactylographié] ; ULLMANN, Fritz, Die ausschliessliche Zuständigkeit der
Staaten nach dem Völkerrecht, Bonn, 1933, 143p.
8
L’étude de ERMACORA, Felix, “Human Rights and Domestic Jurisdiction (Article 2 (7) of
the Charter)”, R.C.A.D.I., t. 124, 1968-II, pp. 371-452 pourrait être approfondie et mise à jour.
9
La même étude avait d’ailleurs été recommandée successivement par SPERDUTI, Giuseppe,
« La recevabilité des exceptions préliminaires de fond dans le procès international », Rivista di
Diritto internazionale, vol. 53, 1970, pp. 474-475 et par JIMENEZ DE ARECHAGA, Eduardo,
“The Amendments to the Rules of Procedure of the International Court of Justice”, A.J.I.L., vol.
67, 1973, p. 13 ; le même, “Les amendements au Règlement de la Cour de Justice”, Conférence
prononcée le 15 juin 1972 à la Conférence commémorative Gilberto Amado, pp. 17-18.
8
9
10
L’expression ‘réserve automatique’ a été utilisée pour la première fois par le juge Hersch
LAUTERPACHT dans ses opinions individuelle dans l’affaire de Certains emprunts
norvégiens, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 34 et dissidente dans l’affaire de l’Interhandel,
exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 103. On retrouve la même réserve sous
d’autres dénominations dans la doctrine : ‘réserve double’ chez VERDROSS, Alfred et
SIMMA, Bruno, Universelles Völkerrecht, 3ème éd., Berlin, 1984, p. 110 ; ‘peremptory
reservation’ chez BRIGGS, Herbert W., « Interhandel : The Court’s Judgment of March 21,
1959, on the Preliminary Objections of the United States », A.J.I.L., vol. 53, 1959, pp. 557 et
558 ; le même, “The United States and the International Court of Justice : A Re-Examination”,
A.J.I.L., vol. 53, 1959, p. 306 ; ‘reservation of advance determination of domestic jurisdiction’
chez CRABB, John H., “On Judging the Connally Amendment”, Georgetown Law Journal, vol.
50, 1962, p. 530 ; ‘autointerpretative reservation’ chez KOROWICS, Marek S., “Some Aspects
of Sovereignty in International Law”, R.C.A.D.I., t. 76, 1961-I, p. 76 ; ‘self-judging reservation’
chez LARSEN, Arthur, “The Self-Judging Clause and Self Interest”, American Bar Association
Journal, vol. 46, 1960, p. 729 ; ‘sovereign approval reservation’ chez VERZIJL, Jan H.W., “The
International Court of Justice in 1957 and 1958”, Varia Iuris Gentium-Liber Amicorum J.P.A.
François, Leyde, 1959, pp. 376 et ss ; ‘subjective reservation’ chez WALDOCK, Humphrey
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B.Y.B.I.L.), vol. 32, 1955-1956, p. 271. Voir une évaluation critique de ces différentes
dénominations attribuées à la réserve automatique du domaine réservé chez ELKIND, Jérôme
B., Non-Appearance before the International Court of Justice. Functional and Comparative
Analysis, Dordrecht / Boston / Lancaster, Martinus Nijhoff Publishers, 1984, p. 121.
11
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the United States Domestic Jurisdiction Reservation with Respect to the International Court of
Justice, 1959 ; ALEXANDROV, Stanimir A., Reservations in Unilateral Declarations Accepting
the Compulsory Jurisdiction of the International Court of Justice, Dordrecht / Boston / La Haye,
Martinus Nijhoff Publishers, 1995, pp. 76-91 ; le même, “Accepting the Compulsory
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Spender dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp.
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Illinois Bar Journal, vol. 49, 1960, pp. 256 ff ; Self-Judging (The) Aspect of the United
States’Domestic Jurisdiction Reservation with Respect to the International Court of Justice,
American Bar Association, Section of International and Comparative Law, 1959 ; “Self-Judging
(The) Aspect of the U.S. Reservation on Jurisdiction of the International Court”, Department of
State Bulletin, vol. 42, 1960, pp. 227-232 ; Sénateur Connally, Congressional Record, vol. 92,
1946 ; SHAW, Malcolm N., International Law, 3ème éd., Cambridge, Cambridge University
Press, 1991, pp. 668-669 ; SHIHATA, Ibrahim, The Power of the International Court to
Determine Its Own Jurisdiction. Compétence de la compétence, La Haye, 1966, pp. 272-296 ;
SIMMONDS, K.R., “The Interhandel Case”, International and Comparative Law Quarterly, vol.
10, 1961, pp. 522-532 ; SOHN, Louis B., “The Jurisdiction of the International Court of
Justice”, American Bar Association Journal, vol. 35, 1949, p. 925 ; le même, “International
Tribunals : Past, Present and Future”, American Bar Association Journal, vol. 46, 1960, pp. 25-
26 ; le même, “Enabling the United States to Contest ‘Illegal’ United Nations Acts”, A.J.I.L.,
vol. 69, 1975, pp. 852-854 ; le même, “Suggestions for the Limited Acceptance of Compulsory
Jurisdiction of the International Court of Justice by the United States”, Georgia Journal of
International and Comparative Law, vol. 18, 1988, pp. 1-18 ; STEVENSON, J.R., “Case for
Withdrawal of the Self-Judging Reservation to the United States Acceptance of the Optional
Compulsory Jurisdiction of the International Court of Justice”, New York State Bar Bulletin,
vol. 32, 1960, pp. 161 ff ; SZAFARZ, Renata, The Compulsory Jurisdiction of the International
Court of Justice, Dordrecht / Boston / Londres, Martinus Nijhoff Publishers, 1993, pp. 51-55 ;
TONDEL, Lyman M. Jr., “The Connally Reservation Should Be Repealed”, American Bar
Association Journal, vol. 46, 1960, pp. 726-728 ; “United States (The) Acceptance of the
Compulsory Jurisdiction of the International Court of Justice. Report of Committee on Study of
legal Problems of the United Nations”, Proceedings of the American Society of International
Law, 1960, pp. 262-267 ; “United States (The) and World Court Jurisdiction”, Congressional
Digest, vol. 41, 1961, pp. 1-32 ; VANDA, Lamm, “Quatre nouvelles déclarations d’acceptation
de la juridiction obligatoire de la C.I.J. émanant d’Etats d’Europe centrale (Bulgarie, Estonie,
Hongrie, Pologne)”, R.G.D.I.P., t. 100, 1996, pp. 360-362 ; VASUDEN, P., The Compulsory
Jurisdiction of the International Court of Justice, Madras, 1984, pp. 67-72 ; VERZIJL, Jan H.W.,
“Cour internationale de Justice - Affaire relative à Certains emprunts norvégiens (France c.
Norvège)”, Nederlands Tijdschrift voor Internationaal Recht, vol. 4, 1957, pp. 373-406 ; le
même, “The International Court of Justice in 1959. Part I”, Nederlands Tijdschrift voor
Internationaal Recht, vol. 6, 1957, pp. 377-378 ; le même, The Jurisprudence of the World
Court. A Case by Case Commentary, vol. 2, The International Court of Justice (1947-1965),
Leyde, A.W. Sijthoff, 1966 ; Views of Law Schools Deans, Law School Professors,
International Law Professors, New York, 1961, 154p. ; VIGNES, C., « Observations sur la
nouvelle déclaration française d’acceptation de la juridiction obligatoire de la Cour
internationale de Justice », R.G.D.I.P., t. 64, 1960, pp. 52-74 ; WALDOCK, “Decline of the
Optional …”, op. cit. (note 10), pp. 271-273 ; le même, “The Plea of Domestic Jurisdiction
before the International Legal Tribunals”, B.Y.B.I.L., vol. 31, 1954, pp. 131-137 ;
WHITEMAN, M., Digest of International Law, vol. 12, Washington, 1971 ; WILCOX, Francis
O., “The United States Accepts Compulsory Jurisdiction”, A.J.I.L., vol. 40, 1946, pp. 699-720 ;
WILLY, Roy E., “The World Court and the Connally Reservation”, American Bar Association
Journal, vol. 46, 1960, pp. 486-489 ; le même, “The World Court and the Connally
14
15
D’une part, son but est de réserver à l’Etat qui l’invoque, par voie
directe ou par voie de réciprocité, le droit de déterminer lui-même en
dernier ressort et de manière définitive si les conditions d’application de
cette réserve sont réunies, confinant la Cour à entériner, sans aucun
pouvoir propre, la décision faite.12 En d’autres termes, en invoquant une
exception automatique du domaine réservé, un Etat s’attribue le pouvoir
ultime de décider sur la compétence de la Cour, celle-ci se bornant à
enregistrer la décision d’incompétence de l’Etat qui a invoqué la
réserve. 13 De là, il y a lieu de conclure que cette réserve est contraire à la
règle de la compétence de la compétence prévue à l’alinéa 6 de l’article
36 du Statut de la Cour.14
Reservation”, Massachusetts Law Quarterly, vol. 45, 1960, pp. 53 ff ; YANKOV, A., “Les
réserves dans les déclarations d’acceptation de la juridiction obligatoire de la Cour
internationale de Justice et leur influence sur la compétence de la Cour”, Annuaire de
l’Université de Sofia, vol. 52 ; ZEISS, Carl, “The Connally Reservation and the International
Court of Justice”, Chicago Bar Record, vol. 42, 1961, p. 409 ff ; le même, “The Connally
Reservation and the International Court of Justice”, Law Today - World Court Issues, 1963, pp.
36-39 ; ZOLLER, Elisabeth, La bonne foi en droit international public, Paris, Pedone, 1977, pp.
131-140.
12
JENNINGS, op. cit. (note 11), p. 349.
13
Opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 47.
14
Opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 43-44 ; opinion dissidente du juge Guerrero dans la même affaire,
ibid., pp. 68 et ss ; opinion dissidente du juge Read dans la même affaire, ibid., pp. 94-95 ;
opinion dissidente du juge Lauterpacht dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 103 et ss ; opinion individuelle du juge Spender dans la même
affaire, ibid., p. 56 ; opinion dissidente du juge Klaestad dans la même affaire, ibid., p. 76 ;
opinion dissidente du juge Armand-Ugon dans la même affaire, ibid., pp. 92-93. Pour un point
de vue opposé, voir notamment CRABB, op. cit. (note 10), pp. 534-543 ; CRAWFORD, op. cit.
(note 11), pp. 69-74 ; HUDSON, “The World Court …”, op. cit. (note 11), p. 835 ; KELSEN,
Hans, The Law of Nations : An Introduction to the International Law of Peace, 6ème éd.,
Londres, Stevens, 1963, pp. 526 et 785, note 8 ; PINTO, “L’affaire de l’Interhandel …”, op. cit.
(note 11), p. 40.
15
16
15
Opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 48 ; son opinion dissidente dans l’affaire de l’Interhandel,
exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 106-107 ; opinion dissidente du juge
Guerrero dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 68 ;
opinion individuelle du juge Spender dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 56 ; GREIG, « Nicaragua and the United States … », op. cit. (note
11), p. 193 ; PREUSS, « The ICJ, the Senate … », op. cit. (note 11), p. 734.
16
WILCOX, op. cit. (note 11), p. 712.
17
PLANIOL et RIPERT, Traité pratique de droit civil français, 2ème éd., Paris, 1951, t. 6, § 220 ;
le même, Traité pratique de droit civil français, 2ème éd., Paris, 1951, t. 7, § 1028 ; WILLISTON,
Samuel, A Treatise on the Law of Contracts, 2ème éd., New York, Rochester, 1957, § 43.
18
GREIG, International …, op. cit. (note 11), 1970, pp. 501 et 503. Cependant, cette inégalité
serait moins marquée si la réserve automatique du domaine réservé était contenue dans un traité
d’arbitrage car, dans ce cas, les deux parties auraient droit à son utilisation. Dans ce sens, voir
WALDOCK, « The Plea … », op. cit. (note 11), p. 137.
16
17
Les tenants de cette thèse font référence aux trois arguments suivants.
Tout d’abord, la réserve automatique du domaine réservé constituerait un
élément essentiel, le noyau même de la déclaration d’acceptation, que
sans cette réserve, la déclaration n’aurait pas été faite. De plus, ils se
réfèrent au droit des traités, selon lequel tout le traité devient invalide en
cas d’échec ou de non-accomplissement de n’importe laquelle de ses
dispositions, car chacune d’elles est indissolublement liée au régime
juridique du traité tout entier. Enfin, il est dit, qu’il serait illogique que la
Cour affirme la nullité de la réserve automatique du domaine réservé et la
validité de la déclaration d’acceptation qui la contient en se déclarant
compétente dans une matière qu’un Etat qui a invoqué cette réserve, a
refusé de lui soumettre.
19
Opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 43-52, 55-59 et 66 ; son opinion dissidente dans l’affaire de
l’Interhandel, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 95, 101-107, 116-117 et
119 ; opinion dissidente du juge Guerrero dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens, arrêt,
C.I.J., Recueil 1957, pp. 68-70 ; opinion dissidente du juge Read dans la même affaire, ibid., pp.
94-95 ; opinion individuelle du juge Spender dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 54, 55, 56-57 et 59. Dans la doctrine, voir
ANAND, op. cit. (note 11), p. 204 ; Annuaire de l’Institut de Droit international (ci-après :
A.I.D.I.), Résolution II, 1959-II, p. 359 ; BLEISCHER, op. cit. (note 11), p. 76 ; BERLIA, op.
cit. (note 11) ; BROWNLIE, Principles …, op. cit. (note 11), 2ème éd. p. 728 ; CAVARÉ, Louis,
Droit international public positif, Paris, 1962, t. 2, p. 319 ; CRAWFORD, op. cit. (note 11), p.
68 ; DUBISSON, op. cit. (note 11), p. 189 ; DE VISSCHER, « L’affaire de l’Interhandel … »,
op. cit. (note 11), p. 419 ; le même, Problèmes d’interprétation judiciaire …, op. cit. (note 11),
pp. 212-213 ; FACHIRI, op. cit. (note 11) ; GOLDIE, op. cit. (note 11), p. 290 ; GUERRERO,
“La qualification unilatérale …“, op. cit. (note 11), p. 212 ; HOLLOWAY, Modern Trends …,
op. cit. (note 11), pp. 687-688 ; JENNINGS, op. cit. (note 11), p. 362 ; MAUS, op. cit. (note 11),
p. 160 ; MERRILLS, « The Optional Clause Today … », op. cit. (note 11), p. 114 ; NANTWI,
op. cit. (note 11), p. 48 ; PREUSS, “ The International Court of Justice, the Senate …”, op. cit.
(note 11), p. 729 ; ROSENNE, The International Court of Justice. …, op. cit. (note 11) ; SHAW,
International …, op. cit. (note 11), 3ème éd., pp. 668-669 ; SIMMONDS, op. cit. (note 11), p.
531; SZAFARZ, The Compulsory Jurisdiction …, op. cit. (note 11), p. 54 ; VERZIJL, The
Jurisprudence …, op. cit. (note 11), 1966, p. 284 ; WALDOCK, “ The Plea …”, op. cit. (note
11), p. 133 ; le même, “Decline …”, op. cit. (note 11), pp. 272-273 ; ZOLLER, op. cit. (note
11), p. 135. Cependant, certains auteurs sont nuancés : ils soutiennent qu’une déclaration
d’acceptation contenant une réserve automatique du domaine réservé est invalide mais qu’elle
est d’une certaine utilité dans la mesure où elle peut servir à établir la compétence obligatoire de
la Cour sur la base du principe du forum prorogatum. Voir notamment GROSS, “Bulgaria
17
18
Invokes … », op. cit. (note 11), 1962, p. 366 ; WALDOCK, ” The Plea …”, op. cit. (note 11),
pp. 133-134 et 142.
20
Déclaration du juge ad hoc Carry dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 32 ; opinion dissidente du juge Klaestad dans la même affaire,
ibid., pp. 75-78 ; opinion dissidente du juge Armand-Ugon dans la même affaire, ibid., pp. 91,
93 et 94 ; opinion dissidente du juge Bedjaoui dans l’affaire de la Compétence en matière de
pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 539-540,
§§ 59-61 ; opinion dissidente du juge Torres Bernárdez dans la même affaire, ibid., p. 637, §
141. Dans la doctrine, il faut voir : BRIGGS, “ Reservations …”, op. cit. (note 11), pp. 360-
361 ; le même, “ The United States and the International Court of Justice …”, op. cit. (note 10),
pp. 310 et ss ; GREIG, “ Nicaragua and the United States …”, op. cit. (note 11), pp. 186 et ss ;
PERRIN, « L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions … », op. cit. (note 11), pp. 167-
168 ; PINTO, “L’affaire de l’Interhandel (Suisse c. Etats-Unis). … ”, op. cit. (note 11), p. 30 ;
VERZIJL, « La Cour internationale de Justice. … », op. cit. (note 11), p. 400 ; le même, « The
International Court of Justice in 1959. … », op. cit. (note 11), pp. 377-378 ; le même, The
Jurisprudence …, op. cit. (note 11), 1966, pp. 285-286 et 287-288 ; VIGNES, op. cit. (note 11),
p. 59 ; WILCOX, op. cit. (note 11), p. 705 ; YANKOV, op. cit. (note 11), pp. 595-596.
21
BRIGGS, « Reservations … », op. cit. (note 11), pp. 362-363 ; CRABB, op. cit. (note 10), pp.
530-531; ARNTZEN Sven, agent norvégien dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
C.I.J. Mémoires, Certains emprunts norvégiens. France c. Norvège, 1955, p. 131, § 36 ;
Discours du Sénateur Connally (auteur de la réserve automatique américaine du domaine
réservé) devant le Sénat en août 1946, Congressional Records, vol. 92, 1946, pp. 10695 et
10833 ; GUGGENHEIM Paul, agent suisse dans l’affaire de l’Interhandel, C.I.J. Mémoires,
Interhandel. Suisse c. Etats-Unis, 1957, pp. 579-580 ; HAGER Eric H., agent des Etats-Unis
d’Amérique dans l’affaire de l’Incident aérien du 27 juillet 1955, C.I.J. Mémoires, Incident
aérien du 27 juillet 1955. Etats-Unis c. Bulgarie, 1957, pp. 305, 308 et 323-324 (cependant, cet
agent américain a plus tard nié l’application de la bonne foi à la réserve américaine de domaine
réservé en soutenant, dans une lettre du 13 mai 1960 adressée au Greffier de la Cour, que l’étude
des travaux préparatoires de cette réserve avait conclu que les arguments en faveur du contrôle
par la Cour de l’abus de droit étaient inexacts et que cette réserve constituait un obstacle
définitif à la compétence de la Courr, ibid., pp. 676-677. Dans le même sens que celui contenu
dans cette lettre du 13 mai 1960, voir de manière implicite l’argumentation américaine dans
l’affaire de l’Interhandel, C.I.J. Mémoires, Interhandel. Suisse c. Etats-Unis, 1957, pp. 303-304,
319-320, 326 et 452-454) ; opinion dissidente du juge Basdevant dans l’affaire de Certains
emprunts norvégiens, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 73 ; ELKIND, op. cit. (note 10), pp. 162-
163 ; FITZMAURICE, The Law and Procedure …, op. cit. (note 11), pp. 617-618 ; FRANCK,
Thomas, « Fairness in the International Legal and Institutional System. General Course on
Public International Law », R.C.A.D.I., t. 240, 1993-III, p. 50, note 57 ; GREIG, International
…, op. cit. (note 11), 1970, pp. 504-506 ; le même, « Nicaragua and the United States … », op.
cit. (note 11), pp. 206-207 ; GROSS, agent du Gouvernement de la République française dans
l’affaire de Certains emprunts norvégiens, C.I.J. Mémoires, Certains emprunts norvégiens.
France c. Norvège, vol. II, 1955, p. 181; le même, “Bulgaria Invokes ...“, op. cit. (note 11),
1962, pp. 376-378 ; GUGGENHEIM, “Der sogenannte automatische Vorbehalt ...“, op. cit.
(note 11), p. 129 ; HYDE, op. cit. (note 11), pp. 780-781; LAUTERPACHT Hersch dans son
18
19
Rapport spécial sur le droit des traités, Yearbook of International Law Commission, vol. II,
1953, p. 90 ; MAUS, op. cit. (note 11), p. 159 ; MORSE, op. cit. (note 11), pp. 812-813 ;
opinion dissidente du juge Read dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1957, pp. 94-95 (cependant, ce juge a une position ambiguë sur la question car il
s’oppose à l’application des notions de bonne foi, de mauvaise foi et d’abus de droit dans
l’invocation de la réserve française automatique du domaine réservé et dans le règlement
judiciaire des différends internationaux) ; PERRIN, “L’Affaire de l’Interhandel. Phase des
exceptions …”, op. cit. (note 11), pp. 172 et ss ; POTTER, op. cit. (note 11), p. 784 ; ROGERS,
op. cit. (note 11), p. 760 ; Sénateur Connally, op. cit. (note 11) ; SHIHATA, The Power …, op.
cit. (note 11), pp. 289-291 et 297 (en prédilection de ce que devrait faire la Cour) ; SZAFARZ,
The Compulsory Jurisdiction …, op. cit. (note 11), pp. 53 et 55 ; VERZIJL, The Jurisprudence
…, op. cit. (note 11), 1966, p. 288 ; WILCOX, op. cit. (note 11), p. 712. Cependant, il existe des
auteurs (BRIGGS, « Resevations … », op. cit. (note 11), p. 303 ; CRAWFORD, op. cit. (note
11), p. 67 ; DE VISSCHER, Problèmes d’interprétation judiciaire …, op. cit. (note 11), pp. 210-
211 ; HOLLOWAY, Modern Trends …, op. cit. (note 11), p. 688, note 21 ; JENNINGS, op. cit.
(note 11), p. 361 ; MAUS, op. cit. (note 11), pp. 159-160 (d’une position controversée car il
soutient que la Cour doit décider de la bonne foi des Etats qui invoquent la réserve automatique
du domaine réservé et, en même temps, loue la position soutenue par Lauterpacht de ne pas
appliquer le principe de la bonne foi à la réserve automatique du domaine réservé) ;
WALDOCK, « General Course of Public International Law », R.C.A.D.I., t. 106, 1962-II, p.
112 ; ZOLLER, op. cit. (note 11), pp. 138-139) et des juges (Lauterpacht dans son opinion
individuelle dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 52-
55 et dans son opinion dissidente dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires, arrêt,
C.I.J., Recueil 1959, pp. 111-116 ; Spender dans son opinion individuelle dans cette dernière
affaire, ibid., pp. 57-59 ; Anzilotti dans son opinion dissidente dans l’affaire de la Compagnie
d’électricité de Sofia et de Bulgarie, arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 77, p. 98, où il étend son point
de vue à tout titre de compétence de la Cour) qui s’opposent à l’application de la bonne foi à
l’interprétation de la réserve automatique du domaine réservé.
22
Cette thèse sera développée davantage lors de l’étude de l’application du principe de bonne
foi à la réserve automatique du domaine réservé. Voir infra, pp. 139-148.
23
BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), pp. 362-363 ; CRAWFORD, op. cit. (note 11),
pp. 83 et ss ; HUDSON, “The World Court …”, op. cit. (note 11), p. 836 ; HYDE, op. cit. (note
11), p. 780 ; les réponses de Brierly et de Kaeckenbeeck au questionnaire de Rousseau, A.I.D.I.,
vol. 43, 1950-I, p. 32 ; GREIG, “Nicaragua and the United States …”, op. cit. (note 11), p. 399 ;
19
20
Cette littérature n’a rien laissé de côté, car elle a même procédé à une
comparaison des thèses ci-dessus exposées. Dans cette comparaison, elle
a trouvé que seules les première et quatrième étaient comparables. En
effet, d’un point de vue général, ces deux thèses convergeraient, car pour
chacune d’elles la Cour devrait se déclarer incompétente si l’exception
automatique du domaine réservé était soulevée, et se déclarer compétente
dans le cas contraire.
GROSS, “Bulgaria Invokes …”, op. cit. (note 11), 1984, pp. 364-367 ; PERRIN, “L’Affaire de
l’Interhandel. Phase des exceptions …”, op. cit. (note 11), p. 86 ; ROSENNE, The Law and
Practice …, op. cit. (note 11), p. 399 ; SHIHATA, The Power … op. cit. (note 11), p. 293 ;
WALDOCK, “ The Plea …”, op. cit. (note 11), pp. 133-134.
24
JENNINGS, op. cit. (note 11), p. 363.
20
21
et, après avoir rejeté les autres exceptions, se déclarer compétente sur
base du forum prorogatum.
25
WALDOCK, “The Plea …”, op. cit. (note 11), p. 135.
26
C.I.J. Annuaire 1946-1947, p. 214 : « I, Harry S. Truman, President of the United States,
declare on behalf of the United States of America, under Article 36, paragraph 2, of the Statute
of the International Court of Justice, and in accordance with the Resolution of August 2, 1946,
of the Senate of the United States of America (two-thirds of the Senators present concurring
therein), that the United States of America recognizes as compulsory ipso facto and without
special agreement, in relation to any other State accepting the same obligation, the jurisdiction
of the International Court of Justice in all legal disputes … Provided, that this declaration shall
not apply to … b) disputes with regard to matters which are essentially within the domestic
jurisdiction of the United States of America as determined by the United States of America …”.
27
Ibid., p. 216 : « Au nom du Gouvernement de la République française, et sous réserve de
ratification, je déclare reconnaître comme obligatoire de plein droit et sans convention spéciale,
à l’égard de tout autre Membre des Nations Unies acceptant la même obligation, c’est-à-dire
sous condition de réciprocité, la juridiction de la Cour internationale de Justice, conformément à
l’article 36, paragraph 2, du Statut de ladite Cour … Cette déclaration ne s’applique pas aux
différends relatifs à des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale telle
qu’elle est entendue par le Gouvernement de la République française ».
28
C.I.J. Annuaire 1947-1948, p. 123 : « Pour tous les différends d’ordre juridique qui pourraient
surgir à l’avenir entre les Etats-Unis du Mexique et tout autre pays relativement à des faits
postérieurs à la présente déclaration, le Gouvernement du Mexique reconnaît comme obligatoire
de plein droit, et sans qu’il soit besoin d’une convention spéciale, la juridiction de la Cour
internationale de Justice, conformément à l’article 36, paragraphe 2, du Statut de ladite Cour, à
l’égard de tout autre Etat acceptant la même obligation, c’est-à-dire sur une base de réciprocité
absolue. La présente déclaration, qui n’est pas applicable aux différends nés de faits qui de
l’avis du Gouvernement du Mexique relèvent de la juridiction interne des Etats-Unis du
Mexique … ».
29
C.I.J. Annuaire 1951-1952, p. 185 : “ On behalf of the Government of the Republic of Liberia,
I, Gabriel L. Dennis, Secretary of State of Liberia, subject to ratification declare that the
21
22
Republic of Liberia recognizes as compulsory ipso facto and without special agreement, in
relation to any other State, also a party to the Statute pursuant to Article 93 of the United
Nations Charter, which accepts the same obligation (i.e. subject to reciprocity), the jurisdiction
of the International Court of Justice in all legal disputes … This declaration does not apply : a)
to any dispute which the Republic of Liberia considers essentially within its domestic
jurisdiction”.
30
C.I.J. Annuaire 1955-1956, p. 184 : “ I have the honour, by direction of the Minister of
External Affairs, to declare on behalf of the Government of the Union of South Africa that they
accept as compulsory ipso facto and without special convention, on condition of reciprocity, the
jurisdiction of the International Court of Justice, in conformity with paragraph 2 of Article 36 of
the Statute of the Court … over all disputes … other than : … disputes with regard to matters
which are essentially within the jurisdiction of the Government of the Union of South Africa as
determined by the Government of the Union of South Africa …”.
31
Ibid., p. 200 : “ I have the honour, by direction of the President of India, to declare on behalf
of the Government of India that, in pursuance of paragraph 2 of Article 36 of the Statute of the
International Court of Justice, the Government of India recognize as compulsory ipso facto and
without special agreement … the jurisdiction of the International Court of Justice in all legal
disputes … but excluding the following : … (iii) disputes in regard to matters which are
essentially within the domestic jurisdiction of India as determined by the Government of India
…”.
32
C.I.J. Annuaire 1956-1957, p. 219 : “ I have the honour, by direction of the President of
Pakistan, to declare on behalf of the Government of Pakistan under Article 36, paragraph 2, of
the Statute of the International Court of Justice, that the Government of Pakistan recognize as
compulsory ipso facto and without special agreement, in relation to any other State accepting
the same obligation, the jurisdiction of the International Court of Justice in all legal disputes …
Provided, that the declaration shall not apply to : … b) disputes with regard to matters which are
essentially within the domestic jurisdiction of the Government of Pakistan as determined by the
Government of Pakistan …”.
33
C.I.J. Annuaire 1957-1958 : “ I have the honour by direction of the Ministry of Foreign
Affairs to declare, on behalf of the Government of the Republic of the Sudan, that in pursuance
of paragraph 2 of Article 36 of the Statute of International Court of Justice, the Government of
the Republic of the Sudan recognize as compulsory ipso facto and without special agreement …
the jurisdiction of the International Court of Justice in all legal disputes … but excluding the
following : … (ii) disputes in regard to matters which are essentially within the domestic
jurisdiction of the Republic of the Sudan as determined by the Government of the Republic of
the Sudan …”.
34
C.I.J. Annuaire 1966-1967, p. 59 : “ On behalf of the Government of Malawi, I declare under
Article 36, paragraph 2, of the Statute of the International Court of Justice that I recognize as
compulsory ipso facto and without special agreement, in relation to any other State accepting
the same obligation …the jurisdiction of the International Court of Justice in all legal disputes
… Provided that this declaration shall not apply to – (i) disputes with regard to matters which
are essentially within the domestic jurisdiction of the Republic of Malawi as determined by the
Government of Malawi …”.
35
C.I.J. Annuaire 1971-1972, p. 78 : “ I, Carlos P. Romulo, Secretary of Foreign Affairs of the
Republic of the Philippines, hereby declare, under Article 36, paragraph 2, of the Statute of the
International Court of Justice, that the Republic of the Philippines recognizes as compulsory
ipso facto and without special agreement, in relation to any other State accepting the same
obligation, the jurisdiction of the International Court of Justice in all legal disputes … Provided,
that this declaration shall not apply to any dispute - … (b) which the Republic of the Philippines
considers to be essentially within its domestic jurisdiction …”.
36
MERRILS, « The Optional Clause Revisited …», op. cit. (note 11), p. 197-244 ; SZAFARZ,
Renata, “Changing State Attitudes Towards the Jurisdiction of the ICJ”, Forty Years of
22
23
International Court of Justice : Jurisdiction, Equity and Equality éd. par A. Bloed / P. van Dijk,
Utrecht, 1988, pp. 8-15.
37
C.I.J. Annuaire 1997-1998, p. 106.
38
Ibid., p. 109.
39
Ibid., p. 121.
40
Ibid., pp. 127-128.
23
24
24
25
Méthodologie.
41
Sur cette approche inductive en droit international public, voir notamment AGO, Roberto,
« Science juridique et droit international », R.C.A.D.I., t. 90, 1956-II, pp. 920, 931-932. En ce
qui concerne d’autres conceptions, voir D’AMATO, Anthony, « The Inductive Approach
Revisited », Indian Journal of International Law, vol. 6, 1966, pp. 509-514 ;
25
26
26
27
CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
42
CANÇADO TRINDADE, Antonio A., “Domestic Jurisdiction and Exhaustion of Local
Remedies : A Comparative Analysis”, Indian Journal of International Law, vol. 16, 1976, p. 197
; D’AMATO, « Domestic … », op. cit. (note 11), p. 1092 ; DHYANI, S.N., “Domestic
Jurisdiction in International Law”, Supreme Court Journal, vol. 22, 1959, p. 79 ; NEGULESCO,
Jean, La jurisprudence de la Cour permanente de Justice internationale, Paris, Sirey, 1927, p. 14
; SPERDUTI, Il dominio …, op. cit. (note 7), p. 48 (cet auteur va plus loin que tous les autres en
considérant qu’une notion normative de domaine réservé n’existe même pas à l’heure actuelle
dans le droit international) ; SUKIENNICKI, Victor, Essai sur la souveraineté des Etats en droit
international, thèse, Paris, Pedone, 1926, pp. 337-338 ; VERDROSS, Alfred, “Le domaine
réservé des Etats en droit international”, Schriftenreihe der deutschen Gruppe der AAA.I.
Aktuelle Probleme des Internationalen Rechts, Berlin, W. de Gruyter, 1957, p. 24 ; le même,
“La ‘compétence nationale’ dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies et l’indépendance
des Etats”, R.G.D.I.P., t. 36, 1965, p. 315.
27
28
43
VERDROSS, “La ‘compétence nationale’ dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies
...”, op. cit. (note 42), pp. 314-315.
28
29
“L’article 15 [du Pacte de la S.D.N.] ... établit le principe fondamental que tout différend
susceptible d’entraîner une rupture et qui n’est pas soumis à l’arbitrage en conformité de
l’article 13, sera porté devant le Conseil. ... En raison de cette compétence si générale de la
Société des Nations, le Pacte contient une réserve expresse en faveur de l’indépendance
des Etats : c’est le paragraphe 8 de l’article 15. ... Mais il ne faut pas oublier que cette
disposition du paragraphe 8, suivant laquelle le Conseil se bornera éventuellement à
constater la compétence exclusive d’une des parties d’après le droit international, apporte
une exception aux principes consacrés dans les paragraphes précédents et que, dès lors,
elle ne se prête à aucune interprétation extensive ”. 45
44
Affaire Lotus, arrêt n° 9, C.P.J.I., série A, n° 10, pp. 25 et 30 (1927) ; affaire Nottebohm,
deuxième phase, arrêt, C.I.J., Recueil 1955, pp. 20-21 ; affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 24 ; affaire du Droit de passage sur territoire indien,
fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1960, pp. 32-33 ; BRIERLY, James L., « The General Act of Geneva,
1928 », B.Y.B.I.L., vol. 11, 1930, p. 129 ; GUGGENHEIM, Traité …, op. cit. (note 7), p. 30 ;
POLITIS, Nicolas, “Le problème des limitations de la souveraineté et la théorie de l’abus des
droits dans les rapports internationaux”, R.C.A.D.I., t. 6, 1925-I, p. 43 ; PREUSS, « The
International Court of Justice, the Senate … », op. cit. (note 11), p. 726 ; SCHINDLER,
Dietrich, « Le progrès de l’arbitrage obligatoire depuis la création de la Société des Nations »,
R.C.A.D.I., t. 25, 1928-V, p. 304.
45
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, no 4, pp. 24-25 (1923) (c’est nous qui soulignons). Dans le
même sens, voir les plaidoiries britanniques et françaises prononcées dans la même affaire,
Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc, C.P.J.I., série C, n° 2. Conseil SdN,
1922, pp. 42, 49, 176, 210, 215, 216, 221 et 241 et l’affaire des Concessions Mavrommatis en
Palestine, arrêt n° 2, C.P.J.I., série A, n° 2, p. 16 (1924).
29
30
46
WALDOCK, “General Course …”, op. cit. (note 21), p. 173.
47
Le Temps des 3 et 9 février 1894 ; Journal des Débats du 8 février 1894 (matin).
30
31
48
Ibid., p. 40 ; LAMMASCH, Heinrich, Isolierte und institutionelle Schieldsgerichte, Berlin,
Stuttgart, W. Kohlhammer, 1914.
49
DE LA PRADELLE, Albert; POLITIS, Jacques et SALOMON, André, Recueil des arbitrages
internationaux, t. III, Paris, Les Editions internationales, 1954, p. 39.
50
Recueil des sentences arbitrales, vol. XI.
51
Ibid., p. 416.
52
Ibid., p. 417.
31
32
53
Ibid.
54
Ibid., p. 418.
55
Ibid., p. 419.
32
33
56
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, no 4, pp. 23-24 (1923). C’est nous qui soulignons.
57
Voir aussi d’autres arbitrages du 19ème siècle où la notion de domaine réservé résulte des
rapports entre le droit interne et le droit international : l’affaire Yuille, Shortridge et Cie in DE
LA PRADELLE, et POLITIS et SALOMON, Recueil …, op. cit. (note 49), t. III, pp. 105-106 ;
affaire des ressortissants des Indes britanniques (Rayaume-Uni c. Transvaal) in LA
FONTAINE, H., Histoire diplomatique des arbitrages internationaux, Berne, Imprimerie
Stämpfli & Cie, 1902, pp. 472, § 58 ; 473, §§ 63 et 64 ; 473-474, §§ 67 et 68 ; l’affaire Ballistini
in DE LA PRADELLE, et POLITIS et SALOMON, Recueil …, op. cit. (note 49), t. II, pp. 547-
548, note 1 et RALSTON, Jackson H., The Law and Procedure of International Tribunals,
Stanford University Press, California, 1926, p. 505 ; l’affaire Schooner Exchange c. McFaddon
in GREEN, Leslie C., International Law through the Cases, 4ème éd., Toronto, Carsell Company,
1978, p. 237 (11 U.S. (7 Cranch) 116, 1812) ; les affaires Rodolpho Alarcon et Francisco Acto
in RALSTON, The Law and Procedure …, op. cit., p. 41 ; l’affaire Massiani in RALSTON’s
Report, p. 211; l’affaire Creole de 1841 in MOORE, John B., History and Digest of the
International Arbitrations to which the United States has been a Party, vol. 3, Washington, 1889,
p. 4377 ; les affaires Argonaut et Colonel Jonas H. French in A.J.I.L., vol. 16, p. 108 ; les
affaires des Coolies du navire Maria-Luz de 1875 et de Havana Parker in CARLOS, Testa, Le
droit public international maritine, traduit par Ad. Boutiron, Paris, 1886 ; l’affaire des Bons
Colombiens in DE LA PRADELLE, et POLITIS et SALOMON, Recueil …, op. cit. (note 49),
vol. II, p. 488 ; l’affaire William Cook in MOORE, op. cit., pp. 2313-2315 ; l’affaire des Bons de
Texas in BORCHARD, Edwin M., Diplomatic Protection of Citizens Abroad, or the Law of
International Claims, New York, The Banks Law Publishing Co., 1927, pp. 291, 310 et ss et
MOORE, op. cit., vol. 1, p. 414 ; l’affaire White qui opposait l’Angleterre au Pérou en 1864 in
KAMAROWSKY, L., Le tribunal international, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, G. DONE-
Lauriel, 1887, p. 188 et RALSTON, Jackson H., International Arbitration from Athens to
Locarno, Stanford University Press and Oxford University Press, 1929, p. 65 ; l’affaire El
Triunmfo Co. Ltd. (E.-U) in Foreign Relations of the United States, 1902, p. 870 ; l’affaire Aroa
Mines (Ltd.) (Royaume-Uni c. Venezuela) in RALSTON, Jackson, Venezuelan Arbitrations of
1903, p. 378 ; l’affaire Kenworthy in United States and Great Britain Claims Commission of
1853, p. 334 ; l’affaire Selwyn in RALSTON, Venezuelan …, op. cit., p. 322 ; l’affaire Martini
in United States and Great Britain Claims …, op. cit., p. 841 ; l’affaire de Nitrate Railway Co.,
Limited in Reclamaciones Presentadas al Tribunal Anglo-Chileno, Santiago, vol. II, pp. 320 et
ss ; l’affaire French Company of Venezuelan Railways in French-Venezuelan Mixed Claims
Commission of 1902, prepared by Jackson H. Ralston, Government Printing Office, 1906, p.
445 ; l’affaire Day in Venezuela and American Claims Commission of 1889, Report, p. 247 et
MOORE, op. cit., pp. 3548 et 3564 ; l’affaire Henry Woodruff, Flannagan, Bradley, Clark et Cie
in United States and Venezuela Claims Commission, Report, pp. 425 et 451 et MOORE, op. cit.,
pp. 3565-3566 et 3567 et RALSTON, Venezuelan …, op. cit., p. 151 et MORRIS’ Report, p.
313 ; l’affaire Rudloff in RALSTON, Venezuelan …, op. cit., p. 182 et MORRIS’ Report, p. 431
; l’affaire d’Alabama in DE LA PRADELLE et POLITIS, Recueil …, op. cit. (note 49), vol. II,
p. 891 ; l’affaire des pêcheries de la côte septentrionale de l’Atlantique entre la Grande-
Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique réglée le 7 septembre 1910 in SCOTT, op. cit., pp. 148-
33
34
qu’elle peut être envisagée aussi dans le cadre des rapports interétatiques
directs.58
La notion de domaine réservé n’a été définie nulle part dans les textes
juridiques qui la consacrent, ni dans la pratique des organisations
internationales. Elle ne l’a pas été non plus dans la pratique étatique.59 En
effet, l’Uruguay avait tenté de la définir en proposant, lors de la
149 et 179 ; l’affaire Van Bokkelen in MOORE, op. cit., p. 1838 ; l’affaire Montijo in DE LA
PRADELLE et POLITIS, Recueil …, op. cit. (note 49), vol. II, pp. 658-675 ; l’affaire de la
Compagnie française de chemin de fer au Venezuela in RALSTON’s Report, p. 445 ; l’affaire
Betsey in MOORE, op. cit., pp. 3160 et ss ; l’affaire Jones de 1853 opposant les Etats-Unis à la
Grande-Bretagne in RALSTON, op. cit., p. 112 et MOORE, op. cit., p. 3046; l’affaire Phare in
MOORE, op. cit., p. 4871; l’affaire Jonathan Braithwaite in MOORE, op. cit., p. 3737 ; l’affaire
Crutchett in MOORE, op. cit., p. 3737 ; l’affaire Orient entre les Etats-Unis et le Mexique en
1839 in MOORE, op. cit., p. 3231 ; l’affaire Duthil & Faisans in MOORE, op. cit., p. 2400. Il y
a également des pratiques étatiques du 19ème siècle qui font apparaître le domaine réservé. A ce
sujet, voir la pratique américaine in Wharton’s Digest, t. 2, § 226 ; § 203, pp. 505, 507 ; pp. 601,
602 et Moore, op. cit., vol. IV, § 1023, pp. 812-813, 817-818 ; « Arbitration and the United
States », World Peace Foundations Pamphlets, vol. IX, 1926, pp. 509, 534 ; la pratique
britannique in CALVO, Charles, Le droit international théorique et pratique. Précédé d’un
historique des progrès de la science du droit des gens, 5ème éd., t. 6 : Supplément général, Paris,
Arthur Rousseau, 1896, p. 10, § 10 ; la pratique latino-américaine in ALVAREZ, Alejandro, Le
droit international américain, son fondement, sa nature, d’après l’histoire diplomatique des Etats
du Nouveau Monde et leur vie politique et économique, Paris, Pedone, 1910, p. 234 ;
Encylopedia of Public International Law, vol. IV, 1992, p. 521 ; RALSTON, Venezuelan …, op.
cit., pp. 174, 178, 202 et MORRIS’ Report, pp. 70, 397, 406, 460 ; MOORE, op. cit., pp. 3132-
3133, 3548, 3550 et 3564-3565 ; RALSTON, The Law and Procedure …, op. cit., pp. 59, 63, 64
et 66; A.J.I.L., vol. 1, Supplement 1, 1907, p. 292 ; la pratique ottomane in MOORE, op. cit., p.
296. Enfin, la doctrine s’est référée d’une façon ou d’une autre aux expressions signifiant le
domaine réservé. A ce sujet, consulter notamment FAUCHILLE, Paul, Traité de droit
international public, 8ème éd., Paris, Arthur Rousseau, 1922-1926, 2 t. en 4 vol., §§ 295-324 ; DE
MARTENS, Georges F., Précis du droit des gens moderne de l’Europe fondé sur les traités et
l’usage, 3ème éd., Gottingue, Librairie de Dieterich, 1821, § 76, pp. 394 et ss ; DESPAGNET,
Cours de droit international public, 4ème éd., Paris, Sirey, 1910, pp. 188 et ss ; HEFFTER,
August-Wilhelm, Le droit international de l’Europe, traduit par Jules Bergson, Berlin : E.-H.
Schroeder, 4ème éd. française, augmentée et annotée, Paris : Cotillon & Cie, 1883, §§ 44-46 ;
LISZT, Franz von, Das Völkerrecht systematisch dargestellt, Berlin, O. Häring, 1904, § 7, pp.
60 et ss ; MERIGNHAC, Alexandre, Traité théorique et pratique de l’arbitrage international, le
rôle du droit dans le fonctionnement actuel de l’institution et dans ses destinées futures, Paris, E.
Larose, 1895, pp. 284 et ss ; NYS, Ernest, Le droit international. Les principes, les théories, les
faits, Bruxelles, M. Weissenbruch, 1912, pp. 182-193 ; RIVIER, Alphonse P.O., Principes du
droit des gens, Paris, Arthur Rousseau, 1896, 2 t., t. Ier : 566p., t. II : 501p. ; DE VATTEL,
Emer, Le droit des gens ou principes de la loi naturelle appliqués à la conduite et aux affaires
des nations et des souverains, Washington, The Carnegie Institution of Washington, 1916, livre
II, chapitre IV, § 54 .
58
WALDOCK, “General Course …”, op. cit. (note 21), p. 173.
59
MILLER, David H., The Drafting of the Covenant, New York, Londres, G. P. Putnam, 1928,
pp. 277 et ss ; PREUSS, “Article 2, Paragraph 7, of the Charter of the United Nations …”, op.
cit. (note 7), p. 582.
34
35
60
U.N.C.I.O., Verbatim Minutes, 3rd Meeting of the Commission I, Doc. 1167, I/10 (Documents,
VI, pp. 110-111.
61
Article V du Traité américain de règlement pacifique (‘Pacte de Bogotà‘) signé à Bogotà le 30
avril 1948 ; DHYANI, op. cit. (note 42), p. 79 ; MARIOTTE, Pierre, Les limites actuelles de la
compétence de la Société des Nations (art. 15, §§ 7 et 8 du Pacte), Paris, Pedone, 1926, p. 190 ;
MAX, Huber, A.I.D.I., 1931, I, pp. 84 et ss ; opinion dissidente du juge Krylov dans l’affaire
relative à l’Interprétation des Traités de paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la
Roumanie, première phase, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 112 ; opinion dissidente
commune des juges Hackworth, Badawi, Levi Corneiro et Sir Benegal Rau dans l’affaire des
Droits des ressortissants des Etats-Unis d’Amérique au Maroc, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p.
226 ; Henri Rolin dans ses plaidoiries dans l’affaire de l’Anglo-Iranian Oil Co., C.I.J.
Mémoires, Anglo-Iranian Oil Co. Royaume-Uni c. Iran, 1952, p. 103 (qui distingue trois zones
35
36
de compétence : la compétence des Etats liée ou réglementée par le droit des gens, le domaine
réservé et une zone intermédiaire de compétence nationale qui ne fait pas encore l’objet de
réglementation générale mais qui fait fréquemment l’objet de conventions particulières et qui
est, à ce titre, reconnue d’intérêt international) ; le même, « Les principes de droit international
public », R.C.A.D.I., t. 77, 1950-II, pp. 384-386 ; Rapport de la Commission des Juristes dans
l’affaire des Iles Aland, Société des Nations, Journal officiel, supplément spécial no 3, octobre
1920, pp. 4-5 ; VERDROSS, “Le domaine réservé des Etats ... “, op. cit. (note 42), p. 30 ; le
même, “La ‘compétence nationale’ dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies ... “, op.
cit. (note 42), p. 319 ; le même, “Les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence
nationale d’un Etat d’après la Charte des Nations Unies”, Essays in Honour of Vallindas,
Salonique, 1966, pp. 48-49 et 53 ; le même, “Le principe de non-intervention dans les affaires
relevant de la compétence nationale d’un Etat et l’article 2, §7 de la Charte des Nations Unies”,
in La communauté internationale, Mélanges offerts à Charles Rousseau, Paris, Pedone, 1974, p.
274 ; le même, Verfassung der Völkerrechtsgemeinschaft, 1926, p. 165. Dans ce dernier article,
Verdross distingue trois sphères de compétence : le droit international se limiterait à la création
de normes ayant pour destinataires les Etats, le droit interne s’adresserait aux individus mais il
se composerait de deux groupes de normes : d’une part, les règles qui rentreraient dans la
compétence de plusieurs Etats à la fois, et d’autre part les normes qui seraient de la compétence
exclusive d’un Etat. Cependant, cette théorie de Verdross est sujette à critique. En effet, le fait
que certaines normes soient du droit interne, soient de la compétence exclusive d’un Etat tandis
que d’autres fassent l’objet de réglementations concurrentes n’a rien à faire avec la délimitation
du droit international et du droit interne au motif que le droit international n’interdit pas aux
Etats de régler simultanément et concurremment certaines situations. Pour plus de commentaires
sur cette théorie de Verdross, voir GUGGENHEIM, Traité …, op. cit. (note 7), p. 30.
62
Affaire du Traitement des nationaux polonais et des autres personnes d’origine ou de langue
polonaise dans le territoire de Dantzig, avis consultatif, C.P.J.I., série A/B, no 44, pp. 23-25
(1932) ; affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, arrêt, C.P.J.I., série
A/B, n° 46, pp. 162 et 168 (1932) ; affaire du Chemin de fer Panevezys-Saldutiskis, arrêt,
C.P.J.I., série A/B, no 76, p. 18 (1939) ; affaire Nottebohm, deuxième phase, arrêt, C.I.J., Recueil
1955, pp. 20, 21 et 23 ; affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre
celui-ci (Nicaragua c. Etats-Unis d’Amérique), fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1986, pp. 131-133, §§
258-263 et § 265 ; article 3 de la Charte de l’Organisation des Etats américains, réformée par le
Protocole de Buenos Aires en 1967, par le Protocole de Cartagena de Indias en 1985, par le
Protocole de Washington en 1992 et par le Protocole de Managua en 1993 ; BARANDON, Paul,
Le système juridique de la Société des Nations pour la prévention de la guerre, traduit de
l’allemand de J. Labarthe Genève, Kundig, Paris, Pedone, 1933, pp. 100 et 139 ; BOREL,
Eugène, A.I.D.I., 1931, p. 70 ; BRIERLY, James L., The Law of Nations : An Introduction to
the International Law of Peace, 6ème éd., Clarendon Press, Oxford, 1963, p. 62 ; CASTBERG,
Frede, “La compétence de la Société des Nations concernant le règlement des conflits
internationaux”, Revue de droit international et de législation comparée, vol 3, 1922, pp. 195 et
ss ; Comité des juristes chargé en 1920 de donner au Conseil de la S.D.N. un avis dans l’affaire
des Iles d’Alaand ; déclaration du juge Moreno Quintana dans l’affaire de Certains emprunts
norvégiens, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 28 ; DYKE, John V., « The Role of State Sovereignty
and ‘Domestic Jurisdiction’ in Limiting the Topics Examined by the ASEAN », Indian Journal
of International Law, vol. 23, 1983, p. 567 ; FENWICK, Charles G., “The Scope of Domestic
Questions in International Law”, A.J.I.L., vol. 19, 1925, pp. 145-146 ; GRALINSKI, Zygmunt,
Le règlement pacifique obligatoire des différends internationaux suivant le Pacte de la Société
des Nations, Paris, Pedone, 1925, p. 234 ; JACOBY, Sidney, “Some Aspects of the Jurisdiction
of the Permanent Court of International Justice”, A.J.I.L., vol. 30, 1936, p. 242 ; KOHEN,
Marcelo, « L’avis consultatif de la CIJ sur la Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes
nucléaires et la fonction judiciaire », Journal européen de droit international, vol. 8, 1997, p.
343 ; LUKASHUK, Igor’ Ivanovich, « Discussion », International Law and Municipal Law,
Proceedings of the German-Soviet Colloquy on International Law at the Institut für
Internationales Recht an der Universität Kiel 4 to 8 May 1987, éd. par Grigory I. Tunkin and
Rüdiger Wolfrum, Berlin, Duncker & Humblot, 1987, pp. 136-137 ; MARIOTTE, op. cit. (note
36
37
61), pp. 201, 208, 212, 216, 217 et 220 ; opinion dissidente du juge Alvarez dans l’affaire de
l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, pp. 127-128 ;
PAULUS, J., “Les affaires domestiques de l’article 15, al. 8, du Pacte de la S.D.N.”, Revue de
droit international, de sciences diplomatiques, politiques et sociales, vol. 2, 1924, p. 130 ;
plaidoiries de La Pradelle dans l’affaire des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au
Maroc, C.P.J.I., série C, no 2. Conseil SdN, 1922, pp. 83-84 ; plaidoiries de Rolin dans l’affaire
de l’Anglo-Iranian Oil Co., C.I.J. Mémoires, Anglo-Iranian Oil Co. Royaume-Uni c. Iran, 1952,
p. 103 ; plaidoiries de la Grèce dans l’affaire du Plateau continental de la mer Egée, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1978, pp. 21-21 ; ROLIN, Henri, “The International Court of Justice and Domestic
Jurisdiction. Notes on the Anglo-Iranian Case”, International Organization, vol. 8, 1954, pp. 42,
43 et 44 ; Résolutions 2131 (XX) du 21 décembre 1965 de l’Assemblée générale des Nations
Unies sur l’inadmissibilité de l’intervention dans les affaires intérieures des Etats et la protection
de leur indépendance et de leur souveraineté et 2625 (XXV) du 24 octobre 1970 de l’Assemblée
générale des Nations Unies relative aux principes du droit international touchant les relations
amicales et la coopération entre les Etats ; ROUSSEAU, Charles, La compétence de la Société
des Nations dans le règlement des conflits internationaux, thèse, Paris, Pedone, 1927, pp. 218-
224 ; le même, « L’indépendance de l’Etat dans l’ordre international », R.C.A.D.I., t. 73, 1948-
II, pp. 234-248 ; SHAW, Malcolm N., International Law, 4ème, Cambridge, Cambridge
University Press, 1997, p. 454 ; SHINKARETSKAYA, Galina G., « Content and Limits of
‘Domaine Réservé’ », International Law and Municipal Law, Proceedings of the German-Soviet
Colloquy on International Law at the Institut für Internationales Recht an der Universität Kiel 4
to 8 May 1987, éd. par Grigory I. Tunkin and Rüdiger Wolfrum, Berlin, Duncker & Humblot,
1987, p. 131 ; SCHÜCKING, Walther et WEHBERG, Hans, Die Satzung des Völkerbundes,
Berlin, Franz Vahlen, 1924, p. 591; TACHI, Sakutaro, La souveraineté et l’indépendance de
l’Etat et les questions intérieures en droit international, Paris, Les Editions internationales, 1930,
pp. 87-89 ; TUNKIN, Grigory, « Discussion », International Law and Municipal Law,
Proceedings of the German-Soviet Colloquy on International Law at the Institut für
Internationales Recht an der Universität Kiel 4 to 8 May 1987, éd. by Grigory I. Tunkin and
Rüdiger Wolfrum, Berlin, Duncker & Humblot, 1987, pp. 133 et 135-136 ; ULLMANN, op. cit.
(note 7), pp. 73 et ss ; United Senate Reservation, Congressional Record, 66th Congress, 1st
session, vol. 58, p. 7271 ; VERDROSS, Alfred, “Règles générales du droit international de la
paix”, R.C.A.D.I., t. 30, 1929-V, p. 361 (ici, Verdross se contredit en désignant aussi le domaine
réservé comme une partie de la compétence des Etats affranchie de règles internationales de
fond, ibid., p. 358 et comme un ensemble des affaires domestiques dont le règlement exclusif est
laissé à un Etat par le droit international, ibid., p. 361) ; le même, A.I.D.I., 1932, p. 369 ;
VERZIJL, Jan H.W., The Jurisprudence of the World Court. A Case by Case Commentary, vol.
1, The Permanent Court of International Justice (1922-1940), Leyde, A.W. Sijthoff, 1965, p. 47;
le même, The Jurisprudence …, op. cit. (note 11), p. 48.
63
COMBACAU, Jean et SUR, Serge, Droit international public, Paris, Montchrétien, 1993, p.
251 ; CARREAU, Dominique, Droit international public, 3ème éd., Paris, Pedone, 1994, p. 351 ;
KELSEN, Hans, “Théorie générale du droit international public. Problèmes choisis”,
R.C.A.D.I., t. 42, 1932-IV, pp. 178-179 et 300-301 ; le même, General Theory of Law and State,
translated by Anders Wedberg, Massachusetts, Harvard University Press, 1945, p. 364 ; le
même, “Limitations …”, op. cit. (note 11), pp. 998-999 ; le même, The Law of the United
Nations …, op. cit. (note 11), pp. 771 et 776 ; ROSS, Alf, “The Proviso Concerning ‘Domestic
Jurisdiction’ in Article 2 (7) of the Charter of the United Nations”, Österrreichische Zeitschrift
für öffentliches Recht, vol. 2, 1950, p. 563.
37
38
Dès lors, nous pouvons conclure qu’il n’y a pas de matières que
contiendrait le domaine réservé et qui seraient soustraites à l’ordre
juridique international66 : le domaine réservé et le domaine régi par le
64
REUTER, Paul, “L’extension du droit international aux dépens du droit national devant le
juge international“, Mélanges offerts à Marcel WALINE, Paris, L.G.D.J., 1974, t. I, p. 248. Voir
également DE VISSCHER, Charles, « Justice et médiation internationales », Revue de droit
international et de législation comparée, t. 9, 1928, p. 47 qui nie l’existence du domaine réservé
par nature en invoquant l’extension graduelle du droit international public.
65
GUGGENHEIM, Paul, dans la discussion sur le rapport présenté à l’Institut de droit
international par le professeur Charles Rousseau, A.I.D.I., 1954-II, p. 138. D’autres illustrations
sont données par CARREAU, op. cit. (note 63), pp. 351-352.
66
En revanche, il y a des matières qui relèveraient exclusivement du droit international sans
pour autant relever du droit interne. Tel est le cas de la délimitation des frontières. Dans ce sens,
voir MAREK, Krystyna, “Les rapports entre le droit interne et le droit international à la lumière
38
39
39
40
questions que le droit international laisse à la compétence exclusive des Etats et, notamment, les
différends ayant trait au statut territorial de la Grèce … ». Le Gouvernement de la
Grèce soutenait que cette réserve signifiait que les différends ayant trait
au statut territorial, étaient un exemple particulier de ceux portant sur des
questions que le droit international laissait à la compétence exclusive des
Etats.73 Cela revenait à affirmer l’existence d’un domaine réservé par
nature.
70
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, no 4, p. 24 (1923).
71
Arrêt, C.I.J., Recueil 1986, p. 131, § 259. Voir également l’opinion dissidente du juge ad hoc
Chagla dans l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, exceptions préliminaires, arrêt,
C.I.J., Recueil 1957, p. 174.
72
Arrêt, C.I.J., Recueil 1978, pp. 23-26, §§ 55-62.
73
Ibid., p. 21, § 50. Voir également l’opinion dissidente du juge ad hoc Stassinopoulos qui a
soutenu que la réserve grecque signifiait que seule la catégorie de différends qui portaient sur
des questions que le droit international laissait à la compétence exclusive des Etats et à laquelle
appartenaient les différends ayant trait au statut territorial de la Grèce était exclue de la
compétence de la Cour, ibid., p. 77, § 11.
40
41
Ces clauses restrictives que l’on rencontrait dans les anciens traités
d’arbitrage pouvaient se présenter sous différentes formes. Tantôt, on
exceptait de l’arbitrage obligatoire les cas dans lesquels il s’agissait de
‘conflits intérieurs’;76 tantôt des questions qui touchaient aux ‘intérêts
vitaux ou essentiels, à l’indépendance, à l’honneur et à la dignité
74
Ibid., p. 22, § 52.
75
Ibid., pp. 32, § 77 et 33, § 79.
76
Article 9 du Traité d’alliance défensive entre le Pérou et la Bolivie signé en 1873.
41
42
Leur portée était unilatéralement déterminée par les Etats qui les
avaient formulées. Par là, elles envahissaient même des matières régies
par le droit international et étaient identifiées au domaine réservé. 80
77
Articles 8, 9 et 10 du projet russe d’arbitrage proposé à la Conférence de La Haye de 1899 ;
article 1er du Traité d’arbitrage franco-britannique du 14 octobre 1903 ; traité d’arbitrage signé
entre la France et les Etats-Unis d’Amérique le 10 février 1908 ; sept traités que les Etats-Unis
ont conclus pendant 1904-1905. A propos des commentaires sur ces réserves, voir la note
doctrinale sous l’affaire de responsabilité à raison d’actes de guerre (France c. Mexique) in DE
LA PRADELLE et POLITIS, Recueil …, op. cit. (note 57), vol. I, pp. 545 et ss et l’affaire de
l’Alabama in DE LA PRADELLE et POLITIS, Recueil …, op. cit. (note 57), vol. II, pp. 902 et
ss. Pour une vue d’ensemble, voir le Recueil de la S.D.N. Arbitrage et Sécurité, qui recense 24
traités réservant ‘les intérêts vitaux et l’indépendance’, dont 20 ajoutent ‘l’honneur’. Dès 1919,
ces clauses restrictives disparurent.
78
Articles 1er du Traité du 14 août 1897 entre l’Espagne et le Pérou et 8 du Traité du 5
novembre 1890 entre le Guatemala et le San-Salvador.
79
CALVO, op. cit. (note 57), § 1756 ; CARNAZZA-Amari, G., Trattato sul diritto
internazionale publico di peace, 2a ed., Milano, V. Maisner e compagnia, 1875 ; DESPAGNET,
op. cit. (note 57) ; DREYFUS, Ferdinand, L’arbitrage international, Paris, Calmann Lévy,
1892 ; GEFFCKEN, August Wilhelm, Le droit international de l’Europe, Berlin, H.W. Müller,
1883, § 108, note 3 ; DE MARTENS, Georges F., Précis du droit des gens moderne de l’Europe,
fondé sur les traités et l’usage ; pour servir d’introduction à un cours politique et diplomatique,
3ème éd., Paris, J.P. Aillaud, 1831, 2 vol..; NEUMANN, Leopold F. von, Grundiss des heutigen
europäischen Völkerrechtes, Wien, Wilhelm Braumüller, 1885 ; RENAULT ; Revue de droit
international, 1881 ; ROUARD DE CARD, L’arbitrage international : dans le passé, le présent
et l’avenir, Paris, Durand et Pedone-Lauriel, 1877 cités par ANDRE, A., De l’arbitrage
obligatoire dans les rapports internationaux, thèse, Université de Paris, 1903, p. 193 ;
CANÇADO TRINDADE, « Domestic Jurisdiction and Exhaustion of Local Remedies … », op.
cit. (note 42).
80
DUPLESSIX, E., L’organisation internationale, Paris, L. Larose et L. Tenin, 1909, p. 65 ;
MARIOTTE, op. cit. (note 61), p. 107 ; NGUYEN, Quoc D., DAILLIER, Patrick, et PELLET,
Alain, Droit international public, 4ème éd., Paris, L.G.D.J., 1992, p. 425 ; NEGULESCO, Jean,
“La jurisprudence de la Cour permanente de Justice internationale”, R.G.D.I.P., t., 1926, p. 198.
81
Ici, l’adjectif ‘stable’ ne signifie pas que la notion du domaine réservé soit statique car elle est
évolutive et relative. Cet adjectif veut tout simplement dire que la notion du domaine réservé est
déterminée par un critère objectif qu’est celui des titres de droit international.
42
43
82
BOKANOWSKI, Les Commissions internationales d’enquête, Paris, Pedone, p. 46 ;
RALSTON, International arbitration …, op. cit. (note 57) , p. 32.
83
BOKANOWSKI, op. cit. (note 82), p. 46 ; DUPUIS, Charles, Le droit des gens et les rapports
des grandes Puissances avec les autres Etats avant le Pacte de la Société des Nations, Paris,
Plon-Nourrit, 1921, p. 80 ; LE FUR, Louis, “La paix perpétuelle et l’arbitrage international”,
R.G.D.I.P., vol. 16, 1909, p. 454 ; RALSTON, Jackson H., Le droit international de la
démocratie, traduit de l’anglais par Henri Marquis, Paris, M. Giard, 1923, pp. 101, 105 et 106 ;
le même, International arbitration …, op. cit. (note 57), pp. 32 et 33-34 ; SCELLE, Georges, Le
Pacte de la Société des Nations et sa liaison avec le Traité de Paix, Paris, Sirey, 1919, p. 66.
84
ANDRE, op. cit. (note 79), p. 109 qui se réfère à l’affaire Forte entre l’Angleterre et le Brésil,
à l’affaire de l’Alabama entre l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique et à l’affaire des
Déserteurs de Casablanca entre la France et l’Allemagne pour affirmer que l’invocation de
l’honneur national n’a pas empêché les Etats de se soumettre à l’arbitrage. D’autres auteurs
soutiennent aussi la possibilité de soumettre des questions d’honneur à l’arbitrage :
BULMERINCQ cité par KAMAROWSKY, op. cit. (note 57), p. 320 ; REVON, Michel,
L’arbitrage international, Son passé-Son présent-Son avenir, Paris, Librairie nouvelle de droit et
de jurisprudence, Arthur Rousseau, 1892, pp. 505-508.
85
ANDRE, op. cit. (note 79), p. 192 ; BOKANOWSKI, op. cit. (note 82), p. 46.
86
DE VISSCHER, « Justice … », op. cit. (note 64), p. 37.
87
POLITIS, Nicolas, La justice internationale, Paris, Hachette, 1924, pp. 75 ; Rapport
préliminaire des professeurs Philip Marshall Brown et Nicolas Politis à l’Institut de droit
international, A.I.D.I., 1922, p. 47.
88
DE VISSCHER, Charles, “L’interprétation du Pacte au lendemain du différend italo-grec”,
Revue de droit international et de législation comparée, vol. 5, 1924, p. 227 ; POLITIS, La
justice …, op. cit. (note 87), p. 235.
89
ANDRE, op. cit. (note 79).
43
44
“Les réserves généralement admises dans les traités d’arbitrage [clauses restrictives en
question] ne se retrouvent pas dans l’article [article 15, alinéa 8, du Pacte de la Société des
Nations] ”.92
90
DE VISSCHER, « Justice … », op. cit. (note 64), p. 38.
91
CALVO, op. cit. (note 57), § 1775 ; CARNAZZA, op. cit. (note 79), p. 560 ; GEFFCKEN,
op. cit. (note 79) ; RENAULT, op. cit. (note 79), p. 22 ; ROLIN, Jacquemyns, « Discours
prononcé à l’Académie des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, à la séance du
9 mai 1883 », Bulletin de l’Académie, 1883, 1ère partie, pp. 647 et ss ; ROUARD DE CARD,
op. cit. (note 79), p. 56.
92
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, no 4, p. 24 (1923).
93
Affaire des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc, avis consultatif,
C.P.J.I. série B n° 4, p. 24 (1923) ; A.I.D.I., session d’Oslo, 1932, vol. 37, p. 376 ; FENWICK,
op. cit. (note 62), p. 144 ; POLITIS, « Le problème des limitations de la souveraineté … », op.
cit. (note 44), pp. 43, 47 et 56 ; SIORAT, Lucien, Le problème des lacunes en droit
international. Contribution à l’étude des sources du droit et de la fonction judiciaire, Paris,
L.G.D.J., 1958, pp. 100, 150 et 302 ; VERDROSS, « Le domaine réservé des Etats … », op. cit.
(note 42), pp. 30-31.
94
LE FUR, Louis, “Rapport complémentaire à l’Institut de Droit international”, A.I.D.I., session
d’Oslo, vol. 37, 1932, pp.163-164 et 173 ; ROLIN, « The International Court of Justice and
Domestic Jurisdiction … », op. cit. (note 62), p. 37 ; VERZIJL, Jan H.W., “Le domaine réservé
de la compétence nationale exclusive”, Scritti di diritto internazionale in onore di TOMASO
PERASSI, vol. II, Milano, Dott. A. Giuffrè, 1957, pp.392-393.
44
45
Par ailleurs, l’un des arguments sur lequel se fonde cette théorie est
complètement infondé. Cet argument est que le domaine réservé peut être
95
BRIERLY, James L., “Matters of Domestic Jurisdiction”, B.Y.B.I.L., vol. 6, 1925, pp. 9-11 ;
le même, “The General Act …”, op. cit. (note 44), p.128 ; DETH, Aart van, Etude sur
l’interprétation du paragraphe 8 de l’article 15 du Pacte de la Société des Nations, thèse,
Amsterdam, 1928, p. 122 ; SEGAL, Schulim, International Law, Londres, 1928, p. 177 ;
TACHI, op. cit. (note 62), pp. 60-61, 77 et 115 ; VERDROSS, Alfred, “Die ausschliessliche
Zuständigkeit der Staaten nach der Satzung der Vereinten Nationen”, Scritti di diritto
internazionale in onore di TOMASO PERASSI, vol. II, Milano, Dott. A. Giuffrè, 1957, p. 382.
96
Cet adage a trouvé application notamment dans l’affaire Lotus, arrêt n° 9, C.P.J.I., série A, n°
10, p. 31 (1927), où la Cour, qui n’a trouvé aucune règle de droit international limitant la liberté
des Etats d’étendre la juridiction pénale de leurs tribunaux à des actes commis en haute mer, a
décidé que le comportement de la Turquie était licite « en vertu de la liberté que le droit
international laisse à tout Etat souverain ». Voir également ibid., pp. 18-19.
97
KELSEN, Hans, Peace Through Law, Chapel Hill, University of North Caroline Press, 1944,
pp. 26-27 ; le même, General Theory ..., op. cit. (note 63), p. 147. Dans le même sens, voir
KUNZ, Joseph, “The ‘Vienna School’ and International Law”, New York University Law
Quarterly Review, vol. 11, 1934, p. 402 ; LAUTERPACHT, Hersch, The Function of Law in the
International Community, Londres, Oxford University, 1933, p. 176 ; le même, “Some
Observations on the Prohibition of ‘Non Liquet’ and the Completeness of the Law”, Symbolae
Verzijl, La Haye, Martinus Nijhoff, 1958, p. 199 ; RICCI-BUSATTI, “Permanent Court of
International Justice, Advisory Committee of Jurists”, Procès-Verbaux of the Proceedings of the
Committee, June 16th-July 24th 1920, p. 314 ; TUNKIN, Grigory, “Droit international et modèle
généralement reconnu du système international”, Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Méthodes d’analyse du droit international. Mélanges offerts à Charles Chaumont, Paris, Pedone,
45
46
1984, pp. 546-547 ; l’affaire de l’Interprétation de l’accord du 25 mars 1951 entre l’OMS et
l’Egypte, avis consultatif, C.I.J. Recueil 1980, p. 76, § 10.
98
Voir infra Section III de ce Chapitre, spécialement aux pp. 58-61.
99
FITZMAURICE, Gerald, “The General Principles of International Law Considered from the
the Standpoint of the rule of Law”, R.C.A.D.I., t. 92, 1957-II, p. 59. Voir également l’affaire
Nottebohm, deuxième phase, arrêt, C.I.J., Recueil 1955, p. 23 ; BOREL, « Observations sur le
rapport présenté par Louis Le Fur à la session de Cambridge de l’Institut de droit international »,
A.I.D.I., 1931-I, pp. 60-61; PREUSS, “Article 2, Paragraph 7 of the Charter of the United
Nations …”, op. cit. (note 7), p. 568 ; SCELLE, Georges, “Critique du soi-disant domaine de
compétence exclusive”, Revue de droit international et de législation comparée, t. 14, 1933, p.
368, note 2 ; VERZIJL, “Le domaine réservé …”, op. cit. (note 94), pp.392-393.
100
Affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, arrêt, C.P.J.I., série A/B,
no 46, p. 162 (1932) ; HUDSON, Manley O., « Nature of the World Court’s Jurisdiction »,
American Bar Association Journal, 1931, pp. 147-148 ; KELLOGG, Frank, « The War-
Prevention Policy of the United States », A.J.I.L., vol. 22, 1928, p. 256 et ses observations dans
l’affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, ordonnance, C.P.J.I., série
A, no 24, pp. 41 et 42 (1930) ; MÉRIGNHAC cité par ALVAREZ, Alejandro, Rapport adressé à
l’Institut de droit international concernant l’étude critique du Pacte de la Société des Nations, p.
39 ; MULDER, Arnold, “L’arbitrage international et les différends politiques”, Revue de droit
international, de sciences diplomatiques, politiques et sociales, vol. 3, 1925, pp. 84 et ss ;
RODEN, Albert A., « La compétence de la Cour permanente. Les observations de Kellogg »,
Revue de droit international et de législation comparée, t. 12, 1931, pp. 757-773.
46
47
101
SCOTT, Brown J., Proceedings of American Society of International Law, 1915, p. 88 ;
WESTLAKE, John, International Law, Part I. Peace, 2nd éd., Cambridge, University Press,
1910, p. 357.
102
A.I.D.I., session de Grenoble, vol. 29, 1922, pp. 23-58.
103
ANDRE, op. cit. (note 79), pp. 200-201 ; BROWN, John Marshall et POLITIS, Nicolas,
“Rapport sur la classification des conflits comportant un règlement judiciaire”, A.I.D.I., vol. 29,
session de Grenoble, 1922, p. 57 ; WEHBERG, Hans, “Réponse au questionnaire de l’Institut de
droit international”, ibid.
104
KAMAROWSKY, op. cit. (note 57), p. 317 ; RALSTON, International Arbitration …, op.
cit. (note 57), p. 38 ; REVON, op. cit. (note 84), pp. 504-505.
47
48
105
JACOBY, « Some Aspects … », op. cit. (note 62), p. 245 ; MORGENTHAU, Hans, La
notion du ‘politique’ et la théorie des différends internationaux, Paris, Sirey, 1933, p. 26.
106
Avis du Comité des juristes dans l’affaire des Iles Alaand, Journal Officiel de la Société des
Nations, Supplément spécial no 3, pp. 4-5 ; BATY, Thomas, “Domestic Jurisdiction”, Revue de
droit international et de législation comparée, vol. 10, 1929, p. 46 ; DE VISSCHER, « Justice
… », op. cit. (note 64), p. 44 ; MAGYARG, G., La juridiction de la Cour permanente de Justice
internationale, Paris, Les Editions internationales, 1931, pp. 124-126 ; LARNAUDE, Ferdinand,
La Société des Nations depuis 1920, conférences faites à MM. les officiers du Centre des Hautes
Etudes militaires de l’Ecole supérieure de guerre et de l’Ecole supérieure de marine, les 20, 28
février et 12 mars 1920, Paris, Imprimerie nationale, 1920, p. 27 ; opinion dissidente du juge ad
hoc Chagla dans l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 176 ; opinion dissidente du juge Krylov dans l’affaire relative à
l’Interprétation des Traités de paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie,
première phase, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 111 ; SCELLE, Georges, “Les règles
générales du droit de la paix”, R.C.A.D.I., t. 46, 1933-IV, p. 415.
107
Affaire du Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téheran, mesures
conservatoires, ordonnance du 15 décembre 1979, C.I.J., Recueil 1979, pp. 15-16, §§ 22 et 25 ;
affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaragua c.
Etats-Unis d’Amérique), fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1986, §§ 258-263 et 265 ; CASTBERG, op.
cit. (note 62) ; opinion dissidente du juge Anzilotti dans l’affaire de la Compagnie d’électricité
de Sofia et de Bulgarie, arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 77, p. 95 (1939) ; DHYANI, op. cit. (note
42), p. 79 et 82 ; plaidoiries de M. Kamenov au nom de la Bulgarie dans l’affaire de l’Incident
aérien du 27 juillet 1955, C.I.J. Mémoires, Incident aérien du 27 juillet 1955. Etats-Unis c.
Bulgarie, 1957, pp. 428 et ss ; plaidoiries du professeur Cot au nom de la Bulgarie dans la même
affaire, ibid., pp. 560 et ss.
48
49
108
NEGULESCO, La jurisprudence de la Cour …, op. cit. (note 42), p. 27 ; opinion dissidente
du juge ad hoc Chagla dans l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 174 et 176 ; position de l’Iran dans l’affaire de
l’Anglo-iranian Oil Co., C.I.J. Mémoires, Anglo-Iranian Oil Co. Royaume-Uni c. Iran, 1952, p.
11 ; RALSTON, International Arbitration …, op. cit. (note 57), p. 44 ; SCELLE, « Règles
générales … », op. cit. (note 106), p. 415.
109
Affaire des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc, avis consultatif,
C.P.J.I., série B, n° 4, p. 25 (1923) ; affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de
Gex, ordonnance, C.P.J.I., série A, n° 24, p. 12 (1930) ; affaire des Zones franches de la Haute-
Savoie et du Pays de Gex, arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 46, pp. 149, 161, 164, 166, 167 et 168
(1932) ; affaire du Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téheran, mesures
conservatoires, ordonnance, C.I.J., Recueil 1979, pp. 15-16 et fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1980,
p. 18, § 34 ; affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci
(Nicaragua c. Etats-Unis d’Amérique), fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1986, pp. 131-133, §§ 258-
263 ; ANSARI, M.H., « Some Reflections on the Concepts of Intervention Domestic
Jurisdiction and International Obligation », Indian Journal of International Law, vol. 35, 1995,
pp. 198 et 201 ; BERNHARDT, Rudolf, « Discussion », International Law and Municipal Law,
Proceedings of the German-Soviet Colloquy on International Law at the Institut für
Internationales Recht an der Universität Kiel 4 to 8 May 1987, éd. par Grigory I. Tunkin and
Rüdiger Wolfrum, Berlin, Duncker & Humblot, 1987, p. 132 ; KUNZ, Joseph L., « The
Nottebohm Judgment (Second Phase) », A.J.I.L., vol. 54, 1960, pp. 45-46 ; MITROVIC,
Tomislav, « Non-Intervention in the Internal Affairs of States », Principles of International Law
Concerning Friendly Relations and Cooperation, éd. par M. Sahovic, The Institute of
International Politics and Economics, Belgrade, Dobbs Ferry, N.Y., Oceana Publications, Inc.,
1972, p. 240 ; Neuvième Conférence des Pays non alignés tenue en septembre 1992 à Jakarta ;
opinion dissidente du juge Anzilotti dans l’affaire de la Compagnie d’électricité de Sofia et de
Bulgarie, arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 77, p. 95 (1939) ; opinion dissidente des juges Guerrero,
Rostworowski, Fromageot et Urrutia dans l’affaire du Traitement des nationaux polonais et des
autres personnes d’origine ou de langue polonaise dans le territoire de Dantzig, avis
consultatif, C.P.J.I., série A/B, no 44, pp. 45-46 (1932) ; opinion individuelle du juge Sir Cecil
Hurst dans la même affaire, ibid., p. 54 ; opinion dissidente commune des juges Altamira et Sir
Cecil Hurst dans l’affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, arrêt,
C.P.J.I., série A/B, n° 46, p. 175 (1932) ; opinion dissidente du juge Negulesco dans la même
affaire, ibid., p. 198 ; plaidoiries de l’Iran dans l’affaire du Personnel diplomatique et consulaire
des Etats-Unis à Téheran, mesures conservatoires, ordonnance, C.I.J., Recueil 1979, p. 15, § 22
; RALSTON, Jackson H., Supplement to the edition of 1926 ‘The Law and Procedure of
International Tribunals’, California, Stanford University, Stanford University Press, Londres,
Humphrey Milford, Oxford University Press, 1929, p. 124 ; SCHERMERS, Henry, G., « The
obligation to intervene in the domestic affairs of States », Humanitarian Law of Armed Conflict
Challenges Ahead, Essays in Honour of Frits Kalshoven éd. par Astrid J.M. Delissen and Gerald
[Link], Dordrecht, Martinus Nijhoff Publishers, 1991, pp. 584 et 588 ; SCHRIJVER, Nico,
« The Changing Nature of State Sovereignty », B.Y.B.I.L., vol. 70, 1999, pp. 72, 73, 74, 96 et
97 ; SCHWARZENBERGER, Georg, International Law and Order, Londres, Stevens & Sons,
1971, p. 269 ; THIRLWAY, Hugh, « The Law and Procedure of the International Court of
Justice 1960-1989. Part Seven », B.Y.B.I.L., vol. 66, 1995, p. 8 ; WOLFRUM, Rüdiger,
“Discussion”, International Law and Municipal Law, Proceedings of the German-Soviet
Colloquy on International Law at the Institut für Internationales Recht an der Universität Kiel 4
to 8 May 1987, éd. par Grigory I. Tunkin and Rüdiger Wolfrum, Berlin, Duncker & Humblot,
1987, p. 134.
49
50
110
ABI-SAAB, Georges, « Some Thoughts on the Principle of Non-intervention », International
Law : Theory and Practice. Karel WELLENS (éd.), Essays in Honour of Eric Suy, La Haye /
Boston / Londres, Martinus Nijhoff Publishers, 1998, p. 230 ; affaire des Activités militaires et
paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaragua c. Etats-Unis d’Amérique), fond,
arrêt, C.I.J., Recueil 1986, p. 124, § 241.
111
POLLUX, “Domestic Jurisdiction”, Acta Scandinavica Juris Gentium, vol. 17, 1948, pp. 13-
35.
112
ERICH, Rafael, “Le Protocole de Genève”, Revue de droit international et de législation
comparée, vol. 5, 1924, p. 532.
113
Ce principe de non-intervention n’est pas celui entendu au sens strict et prévu par les articles
10 du Pacte de la S.D.N. et 2, alinéas 1er et 4, de la Charte des Nations Unies.
50
51
114
6 ème principe de l’Acte final de la Conférence d’Helsinki du 1er août 1975 sur la sécurité et la
coopération en Europe ; article 1er, paragraphe 1er de la Convention interaméricaine du 26
décembre 1933 sur les droits et les devoirs des Etats en cas de luttes civiles ; articles 3 (qui, en
sa lettre e, parle des affaires des autres Etats laissant sous-entendre par là les affaires intérieures
des autres Etats) et 19 (où il parle d’’affaires intérieures ou extérieures’) de la Charte de
l’Organisation des Etats américains réformée par le Protocole de Buenos Aires en 1967, par le
Protocole de Cartagena de Indias en 1985, par le Protocole de Washington en 1992 et par le
Protocole de Managua en 1993 ; article 55, paragraphe 1er de la Convention de Vienne sur les
relations diplomatiques (parle d’’affaires intérieures’) ; article 18 de la Charte des Etats
américains (parle d’’affaires intérieures ou extérieures’) ; article 3, 2) de la Charte de
l’Organisation de l’Unité africaine ; article 8 du Pacte de la Ligue arabe ; résolutions 2131 (XX)
du 21 décembre 1965 de l’Assemblée générale des Nations Unies sur l’inadmissibilité de
l’intervention dans les affaires intérieures des Etats et la protection de leur indépendance et de
leur souveraineté et 2625 (XXV) du 24 octobre 1970 de l’Assemblée générale des Nations
Unies relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la
coopération entre les Etats (qui parlent d’’affaires intérieures’) ; résolution 54/168 du 25 février
relative au ‘Respect des principes de la souveraineté nationale et de la non-ingérence dans les
affaires intérieures des Etats en ce qui concerne les processus électoraux’ qui se réfère d’ailleurs
dans son préambule à l’alinéa 7 de l’article 2 de la Charte des Nations Unies ; 9ème Conférence
des Pays non alignés tenue en septembre 1992 à Jakarta ; affaire des Décrets de nationalité
promulgués en Tunisie et au Maroc, avis consultatif, C.P.J.I., série B, no 4, pp. 22 et 25 (1923)
(où la Cour réfère aux affaires intérieures) ; affaire de Certains intérêts allemands en Haute-
Silésie polonaise, compétence, arrêt n° 6, C.P.J.I., série A, n° 6, p. 25 (1925) (où la Cour parle
d’’ordre intérieur’) ; affaire relative aux Conditions de l’admission d’un Etat comme Membre
des Nations Unies (article 4 de la Charte), avis consultatif, 1948, C.I.J., Recueil 1947-1948, p.
60 ; affaire du Sahara occidental, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1975, pp. 43-44 (où la Cour
réfère à la structure étatique) ; affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et
contre celui-ci, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1986, pp. 131-132, § 258 (où la Cour parle de
politique intérieure, d’orientations politiques internes telles que le choix du système politique,
économique et social) ; CAHIER, Philippe, « Changements et continuité du droit international.
Cours général de droit international public », R.C.A.D.I., t. 195, 1985-VI, pp. 37 et 41 (qui
identifie expressément le domaine réservé aux affaires intérieures) ; opinion dissidente du juge
Negulesco dans l’affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, arrêt,
C.P.J.I., série A/B, n° 46, p. 190 (1932) (qui parle de question de nature économique et
politique) ; opinions dissidentes des juges Altamira et Cecil Hurst dans la même affaire, ibid., p.
182 ; opinion dissidente du juge Krylov dans l’affaire relative à l’Interprétation des Traités de
paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie, première phase, avis consultatif,
C.I.J., Recueil 1950, p. 111 (qui parle d’’affaires intérieures’) ; opinion dissidente du juge
Bustamante dans l’affaire de Certaines dépenses des Nations Unies (article 17, paragraphe 2,
de la Charte), avis consultatif, C.I.J., Recueil 1962 (qui parle d’’affaires intérieures’) ; opinion
dissidente du juge Gros dans l’affaire des Essais nucléaires (Australie c. France), arrêt, C.I.J.,
Recueil 1974 (qui parle d’’affaires intérieures’) ; plaidoiries de la Pologne dans l’affaire du
Traitement des nationaux polonais et d’autres personnes d’origine ou de langue polonaise dans
le territoire de Dantzig, avis consultatif, C.P.J.I., série A/B, n° 44, p. 23 (1932) (qui parle
d’’ordre intérieur’) ; plaidoiries de la Turquie dans l’affaire relative à l’Echange des populations
grecques et turques, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 10, p. 16 (1925) (qui parle d’’ordre
intérieur’) ; plaidoiries de la France dans l’affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du
Pays de Gex, arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 46, p. 107 (1932) ; plaidoiries de l’Iran dans l’affaire
du Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran, arrêt, C.I.J., Recueil 1986,
p. 8, § 10 (qui parle d’’affaires intérieures’) ; DE VISSCHER, « Justice … », op. cit. (note 64),
p. 44 (parle d’affaires intérieures) ; DUPUY, Pierre-Marie, « Observations sur la pratique
51
52
récente des « sanctions » de l’illicite », R.G.D.I.P., t. 87, 1983, p. 535 (qui parle d’affaires
intérieures) ; RIVIER, Alphonse P.O., Les principes du droit des gens, Paris, Arthur Rousseau,
1896, t. I, p. 390 ; ROLIN, Henri, “L’article 10 du Pacte de la Société des Nations”, in: Les
origines et l’oeuvre de la Société des Nations, publié sous la direction de P. Munch,
Copenhague, 1923-1924, vol. 2, p. 480 ; SCHÜCKING et WEHBERG, op. cit. (note 62), pp.
366-367 ; VERHOEVEN, Joe, Droit international public, Bruxelles, Larcier, 2000, pp. 145 et
147 (parle aussi d’affaires intérieures).
115
Black’s Law Dictionary, éd. par Henry Campbell, 6ème éd., St. Paul Minn : West Publishing
Co., 1990, p. 815 : “Internal. Relating to the interior; comprised within boundary lines; of
interior concern or interest; domestic, as opposed to foreign”; “Internal act. That which
transpires within a … government as contrasted with a happening outside such”.
116
Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires le Robert, 1993, p. 1343.
117
Voir la Résolution 2131 (XX) du 21 décembre 1965 de l’Assemblée générale des Nations
Unies sur l’inadmissibilité de l’intervention dans les affaires intérieures des Etats et la protection
de leur indépendance et de leur souveraineté (« Reconnaissant que le respect rigoureux du
principe de la non-intervention des Etats dans les affaires intérieures et extérieures d’autres
Etats est essentiel pour la réalisation des buts et principes des Nations Unies … Aucun Etat n’a
le droit d’intervenir, directement ou indirectement, pour quelque raison que ce soit, dans les
affaires intérieures ou extérieures d’un autre Etat ». C’est nous qui soulignons deux fois
l’adjectif ‘extérieures’. Voir également la Résolution 2625 (XXV) du 24 octobre 1970 de
l’Assemblée générale des Nations Unies relative aux principes du droit international touchant
les relations amicales et la coopération entre les Etats, qui reprend cette dernière phrase de la
résolution 2131 en ajoutant après le terme ‘aucun Etat’ les mots ‘ni groupe d’Etats’ et la
proposition suivante : Les Etats doivent conduire leurs relations internationales dans les
domaines économique, social, culturel, technique et commercial conformément aux principes de
l’égalité souveraine et de la non-intervention ». C’est nous qui soulignons. Dans l’affaire des
Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, fond, arrêt, C.I.J., Recueil
1986, p. 108, § 205, la Cour dit : « A cet égard, elle [la Cour] note que, d’après les formulations
généralement acceptées, ce principe [principe de non-intervention d’un Etat dans les affaires
intérieures et extérieures d’un autre Etat] interdit à tout Etat ou groupe d’Etats d’intervenir
directement ou indirectement dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre Etat.
L’intevention interdite doit donc porter sur des matières à propos desquelles le principe de
souveraineté des Etats permet à chacun d’entre eux de se décider librement. Il en est ainsi du
choix du système politique, économique, social et culturel et de la formulation des relations
extérieures ». Plus loin, ibid., p. 133, § 265, la Cour précise : « … il suffit de constater que la
souveraineté d’un Etat s’étend à l’évidence au domaine de sa politique extérieure et qu’il
n’existe pas de règle de droit international coutumier empêchant un Etat de choisir et de
conduire une politique extérieure coordonnée avec celle d’un autre Etat ».
52
53
118
BATY, op. cit. (note 106), pp. 44-45 ; DHYANI, op. cit. (note 42), p. 79 ; FENWICK, op.
cit. (note 62), pp. 144-145 ; FITZMAURICE, “General Principles … “, op. cit. (note 99), pp.
66-67 ; FLORY, Maurice, « Organisation des Nations Unies (ONU) – Fondements juridiques
de l’organisation : la reconnaissance du domaine réservé », Jurisclasseur de droit international,
1998, fasc. 120, p. 15 ; KUNZ, « The Nottebohm Judgment …», op. cit. (note 109), p. 46 ;
McDOUGAL, Myres S., “The Impact of International Law upon National Law : A Policy-
Oriented Perspective”, in McDOUGAL, Myres S. et REISMAN, Michael W., International Law
Essays : A Supplement to International Law in Contemporary Perspective, Mineola, New York,
Foundation Press, 1981, p. 451 ; plaidoiries de Lapradelle dans l’affaire des Décrets de
nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc, C.P.J.I., série C, n° 2. Conseil de la SdN, 1922,
p. 71 ; SEGAL, Schulim, “Le domaine réservé”, Revue de droit international et de législation
comparée, vol. 15, 1934, p. 32 ; VERDROSS, “Règles générales …”, op. cit. (note 62), p. 360 ;
WALDOCK, « General Course … », op. cit. (note 21), pp. 173 et ss.
53
54
119
Voir par exemple le Judiciary Act de 1789 qui prescrit aux juridictions fédérales, pour les
matières non couvertes par une loi fédérale, d’appliquer les ‘laws’ d’un Etat déterminé, celui
que désignent les règles de conflit de lois en vigueur au lieu où la juridiction fédérale saisie est
établie et le Xème amendement à la Constitution des Etats-Unis, en 1791 où il est dit: “The
powers not delegated to the United States by the Constitution, nor prohibited by it to the States,
are reserved to the States ... “.
120
L’article 189, alinéa 1er, lettre d de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18
avril 1999, selon lequel le Tribunal fédéral connaît des différends de droit public entre la
Confédération et les cantons.
54
55
121
Séance du Comité I/2 du 14 juin 1945, Conférence de San Francisco, vol. VI, Doc. 1019-
I/1/42, p. 2.
55
56
122
Ici, les articles pertinents sont les suivants: les articles 54 (« 1. Les affaires étrangères
relèvent de la compétence de la Confédération ») ; 55 (« 1. Les cantons sont associés à la
préparation des décisions de politique extérieure affectant leurs compétences ou leurs intérêts
essentiels. 2. La Confédération informe les cantons en temps utile et de manière détaillée et elle
les consulte. 3. L’avis des cantons revêt un poids particulier lorsque leurs compétences sont
affectées. Dans ces cas, les cantons sont associés de manière appropriée aux négociations
internationales ») ; 56 (« 1. Les cantons peuvent conclure des traités avec l’étranger dans les
domaines relevant de leur compétence. 2. Ces traités ne doivent être contraires ni au droit et aux
intérêts de la Confédération, ni au droit d’autres cantons. Avant de conclure un traité, les
cantons doivent informer la Confédération »).
123
Article 57 : « 1. La Confédération et les cantons pourvoient à la sécurité du pays et à la
protection de la population dans les limites de leurs compétences respectives. 2. Ils coordonnent
leurs efforts en matière de sécurité intérieure ».
124
Article 70 : « 3. La Confédération et les cantons encouragent la compréhension et les
échanges entre les communautés linguistiques ».
125
Article 72 : « 2. Dans les limites de leurs compétences respectives, la Confédération et les
cantons peuvent prendre des mesures propres à maintenir la paix entre les membres des diverses
communautés religieuses ».
126
Article 73 : « La Confédération et les cantons oeuvrent à l’établissement d’un équilibre
durable entre la nature, en particulier sa capacité de renouvellement, et son utilisation par l’être
humain ».
127
Article 75 : « 2. La Confédération encourage et coordonne les efforts des cantons et collabore
avec eux [en matière d’aménagement du territoire]. 3. Dans l’accomplissement de leurs tâches,
56
57
57
58
A. Sa portée.
“La question de savoir si une certaine matière rentre ou ne rentre pas dans le domaine
exclusif d’un Etat est une question essentiellement relative : elle dépend du
développement des rapports internationaux.133 … il suffit de remarquer qu’il se peut très
bien que, dans une matière qui, comme celle de la nationalité, n’est pas, en principe, réglée
par le droit international, la liberté de l’Etat de disposer à son gré soit néanmoins restreinte
par des engagements qu’il aurait pris envers d’autres Etats. En ce cas, la compétence de
l’Etat, exclusive en principe, se trouve limitée par des règles de droit international.
L’article 15, paragraphe 8, cesse alors d’être applicable au regard des Etats qui sont en
droit de se prévaloir desdites règles;134 et le différend sur la question de savoir si l’Etat a
ou n’a pas le droit de prendre certaines mesures, devient dans ces circonstances un
différend d’ordre international qui reste en dehors de la réserve formulée dans ce
paragraphe ”. 135
reçoivent une juste indemnité si elles connaissent des difficultés matérielles en raison de
l’infraction ».
133
Par “rapports internationaux”, il faut ici entendre le droit international. Voir à ce sujet
RAJAN, United Nations and …, op. cit. (note 7), p. 348.
134
VERZIJL, The Jurisprudence …, op. cit. (note 62), 1965, pp. 49-50 propose que cette phrase
se lise comme suit : « L’article 15, paragraphe 8, cesse alors d’être applicable au regard des
Etats qui peuvent invoquer des arguments prima facie raisonnables en faveur de leur thèse qu’ils
sont en droit de se prévaloir de pareilles règles » pour qu’elle se conforme au passage suivant
de la Cour et qui énonce la technique de la conclusion provisoire : « … dès que les titres
invoqués sont de nature à permettre la conclusion provisoire qu’ils peuvent avoir une
importance juridique pour le différend soumis au Conseil … la disposition du paragraphe 8 de
l’article 15 cesse d’être applicable ».
135
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, no 4, p. 24 (1923). La Cour a repris le même critère dans
l’affaire des Concessions Mavrommatis en Palestine, arrêt n° 2, C.P.J.I., série A, no 2 (1924) ;
l’affaire de l’Echange des populations grecques et turques, avis consultatif, C.P.J.I., série B, no
10 (1925) ; l’affaire du Traitement des nationaux polonais et des autres personnes d’origine ou
de langue polonaise dans le territoire de Dantzig, avis consultatif, C.P.J.I., série A/B, no 44, p.
24 (1932) ; l’affaire Losinger, ordonnance, C.P.J.I., série A/B, no 67, p. 15 (1936) ; l’affaire de
la Compagnie d’électricité de Sofia et de Bulgarie, arrêt, C.P.J.I., série A/B, no 77 (1939) ;
l’affaire relative à l’Interprétation des Traités de paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la
58
59
Cela veut dire que si un Etat, dans l’exercice de son domaine réservé,
cause à un autre Etat un préjudice, la matière sur laquelle porte ce
préjudice sort du domaine réservé.
Roumanie, première phase, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, pp. 65 et 70-71; l’affaire
Nottebohm, deuxième phase, arrêt, C.I.J., Recueil 1955, pp. 20-21; l’affaire relative à
l’application de la Convention de 1902 pour régler la tutelle des mineurs, arrêt, C.I.J., Recueil
1958, p. 67 ; l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp.
24-25 ; l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1960, pp.
32-33 ; l’affaire du Plateau continental de la mer Egée, arrêt, C.I.J., Recueil 1978, pp. 24, § 59
et 25, § 60 et l’affaire de l’Elettronica Sicula S.p.A. (ELSI), arrêt, C.I.J., Recueil 1989, p. 69, §
116 et pp. 75-76, §§ 127-128.
136
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 15 (1928), pp. 17-19.
137
Ibid., p. 9, où cet article est libellé comme suit : “Tout différend qui viendrait à s’élever entre
la Pologne et la Ville libre [de Dantzig] au sujet du présent Traité [Traité de Versailles] ou de
tous autres accords, arrangements et conventions ultérieurs ou de toutes questions touchant aux
relations entre la Pologne et de la Ville libre, sera soumis par l’une ou l’autre Partie à la décision
du Haut-Commissaire qui, s’il l’estime nécessaire, renverra l’affaire au Conseil de la Société des
Nations ”.
59
60
138
Ibid., p. 24.
139
Avis consultatif, C.P.J.I., série A/B, n° 44, pp. 24 et 42 (1932).
140
Arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 128. Dans le même sens, voir les plaidoiries du conseil du
Gouvernement bulgare dans l’affaire de l’Incident aérien du 27 juillet 1955, C.I.J. Mémoires,
Incident aérien du 27 juillet 1955, 1957, p. 435.
141
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 37-38.
60
61
Le critère des titres de droit international a été omis de cet alinéa car,
lors de la Conférence de San Francisco, les considérations politiques ont
pris le dessus. En effet, à cette occasion, plusieurs délégations, notamment
celles de la Belgique et de la Grèce, ont proposé l’inclusion à l’alinéa 7
d’un amendement visant à limiter l’interdiction d’intervention dans les
différends portant sur des matières qui, de l’avis de l’Organisation [des
Nations Unies] et suivant le droit international, devaient relever du
domaine réservé d’un Etat. Cependant, cet amendement fut rejeté sur
l’initiative de la délégation américaine représentée par John Foster Dulles,
d’après qui la référence au droit international était impossible en raison de
l’évolution constante de ce droit, et inefficace en raison de la fréquence
142
Voir cependant un point de vue non acceptable de BOS, Maarten, Les conditions du procès
en droit international public, traduit de l’auteur, Bibliotheca Visseriana, 1957, p. 113 et de
HOWELL, John M., “The Commonwealth and the Concept of Domestic Jurisdiction “,
Annuaire canadien de droit international, vol. 5, 1967, p. 15, qui, se fondant sur l’énoncé de la
Cour dans cette affaire des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc, avis
consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, pp. 23-24 (1923) qui dit que le domaine réservé envisage des
matières non réglées par le droit international et où chaque Etat est seul maître de ses décisions,
affirment qu’un Etat qui causerait, dans l’exercice de son domaine réservé, un préjudice indirect
à un autre Etat ne serait pas traduit en justice. Autrement dit, selon ces deux auteurs, une matière
sur laquelle porte un préjudice ne sortira pas du domaine réservé pour entrer dans le domaine
international.
61
62
143
Harvard Law Review, vol. 72, 1959, p. 735 ; UNCIO, Doc. No 1019, I/142 ; U.S. Department
of State, Charter of the United Nations : Report to the President on the Results of San Francisco
Conference, Department of State Publication 2349, Conference Series, vol. 71, 1945, p. 45.
144
C.I.J. Annuaire, 1950-1951, p. 191. C’est nous qui soulignons. La même réserve a été reprise
dans sa nouvelle déclaration du 17 octobre 1956, C.I.J. Annuaire, 1956-1957, p. 213.
Cependant, il est difficile de dire si cette réserve est encore en vigueur car l’Israël ne figure plus
parmi les Etats ayant accepté la compétence de la Cour au titre de l’alinéa 2 de l’article 36 du
Statut de la Cour. Le dernier Annuaire où l’on retrouve sa déclaration est celui de 1984-1985,
pp. 81-82. Il y est dit que cette déclaration prendra fin par notification. Mais l’on ne trouve pas
cette déclaration dans les Annuaires de la C.I.J. postérieurs à celui de 1984-1985 et l’on ne
trouve pas non plus où elle aurait pris fin.
145
Ibid., pp. 191-192.
62
63
146
SCHWARZENBERGER, Georg, International Law as Applied by International Courts and
Tribunals, vol. 3: International Constitutional Law, Londres, Stevens & Sons, 1976, p. 232.
Cependant, cet auteur est d’une certaine ambiguïté car il affirme aussi que cet alinéa 7 autorise
les organes des Nations Unies à décider si une matière rentre ou non dans le domaine réservé
d’un Etat. Or, parmi ces organes, il y a la Cour qui va nécessairement appliquer le droit
international. En revanche, SZAFARZ, The Compulsory Jurisdiction …, op. cit. (note 11), p. 53
est plus nuancé. Selon lui, la formule de cet alinéa 7 indique les matières régies à la fois par le
droit international et par le droit interne : “The second form of the objective formula excludes
disputes which are ‘essentially’ within the domestic jurisdiction of a given State. This covers
matters which are governed partly by international law and partly by municipal law ”.
147
BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), p. 319 ; CONFORTI, op. cit. (note 11), p.
230, § 5. Voir aussi, bien que de manière implicite, les plaidoiries du professeur Rolin dans
l’affaire de l’Anglo-iranian Oil Co., C.I.J. Mémoires, Anglo-Iranian Oil Co. Royaume-Uni c.
63
64
Iran, 1952, p. 132, où il considère que cet alinéa 7 est de portée plus large que l’article 15,
paragraphe 8 du Pacte de la S. D. N.
148
Documents de la Conférence des Nations Unies pour l’Organisation internationale, vol. XIII,
Document 750-IV/2/B/1. Dans le rapport du Comité IV/2, Doc. 933, IV/2/42, Doc. XIII, p. 709,
il est dit ceci : « Dans l’activité journalière des divers organes de l’Organisation [des Nations
Unies], il est inévitable que chacun d’eux interprète les différentes dispositions de la Charte
comme étant applicables à ses fonctions propres. Ce processus est inhérent au fonctionnement
d’une organisation agissant en vertu d’un instrument définissant ses fonctions et ses
compétences. Il se manifestera dans le fonctionnement d’organes tels que l’Assemblée générale,
le Conseil de sécurité ou la Cour internationale de Justice. En conséquence, il n’est pas
nécessaire d’introduire dans la Charte une disposition autorisant ou approuvant la mise en œuvre
normale de ce principe ».
149
Avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, pp. 70-71. Dans le même sens, voir l’argument de
Cohen au nom des Etats-Unis, C.I.J. Mémoires, Interprétation des Traités de paix conclus avec
la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie. Assemblée générale ONU, 1949, p. 278 ; plaidoiries de
Sir Gerald FITZMAURICE, ibid., p. 314 ; WALDOCK, « General Course … », op. cit. (note
21), p. 130. Cependant, le juge Krylov, dans son opinion dissidente dans l’affaire de
l’Interprétation desTraités de paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie, avis
consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 112), et Bourquin, conseil du gouvernement Portugal dans
l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, C.I.J. Mémoires, Droit de passage sur
territoire indien. Portugal c. Inde, vol. I-V, 1955, p. 166, considèrent que le domaine réservé
s’est considérablement aggrandi sous le régime de la Charte des Nations Unies et qu’une affaire
régie par un traité peut continuer à relever essentiellement du domaine réservé.
64
65
alinéa 7 devait être compris comme contenant le critère des titres de droit
international.150
150
BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), p. 326 ; le même, “The United States and the
International Court of Justice …”, op. cit. (note 11), p. 304 ; MERRILLS, “The Optional Clause
Today …”, op. cit. (note 11), p. 112 ; plaidoiries du Royaume-Uni dans l’affaire de l’Anglo-
Iranian Oil Co., C.I.J. Mémoires, Anglo-Iranian Oil Co. Royaume-Uni c. Iran, 1952, pp. 156-
158, 162, 378-379, 562-563, 576-578 et 660 ; STARACE, Vincenzo, La competenza della Corte
Internationale di Giustizia in materia contensiosa, Napoli, Jovene, 1970, p. 205 ; WALDOCK,
”The Plea …”, op. cit. (note 11), pp. 126 et 129-130.
151
Série E, no 6, p. 53.
152
Série E, no 16, p. 339.
153
Arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 99.
65
66
154
Avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 65.
155
Arrêt, C.I.J., Recueil 1955, p. 4.
156
Arrêt, C.I.J., Recueil 1958, p. 67.
157
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 24-25.
158
Arrêt, C.I.J., Recueil 1960, p. 6.
66
67
Pour éviter ce non liquet et tenir compte des pouvoirs plus étendus
des organes politiques, la pratique des organisations internationales a
développé empiriquement un autre critère appelé ‘international concern’.
“Si la question des Iles d’Aland sort du domaine de la politique interne, c’est, d’après
nous, parce qu’elle a pris une extension et une importance internationales si considérables
qu’il est nécessaire de la soumettre à la haute autorité que représente aux yeux du monde la
Société des Nations … Il [le peuple alandais] a su exprimer ses craintes et ses aspirations
avec une force telle qu’il a réussi à entraîner avec lui dans le débat l’opinion publique
d’une vaste portion du monde civilisé”. 160
159
Malgré les hypothèses selon lesquelles elle rentrait dans le domaine réservé de l’une des
parties et qu’elle n’était pas régie par le droit international.
160
Journal Officiel de la Société des Nations, Supplément spécial no 3, octobre 1920, pp. 4-5.
67
68
161
Dans sa version anglaise, cet article dispose entre autres : ”Poland agrees that the stipulations
in the foregoing Articles, so far as they affect persons belonging to racial, religious or linguistic
minorities, constitute obligations of international concern and shall be placed under the
guarantee of the League of Nations …”. C’est nous qui soulignons. La version française de ce
même passage se lit comme suit : ” La Pologne agrée que, dans la mesure où les stipulations des
articles précédents affectent des personnes appartenant à des minorités de race, de religion ou de
langue, ces stipulations constituent des obligations d’intérêt international et seront placées sous
la garantie de la Société des Nations …”. C’est nous qui soulignons.
162
Cependant, HOWELL, “The Commonwealth and …”, op. cit. (note 142), pp. 14 et 27-29 dit
que ce critère de l’’international concern’ a été appliqué pour la première fois par l’Assemblée
générale lors de l’affaire du Traitement des Indiens dans l’Union de l’Afrique du Sud. Il est
difficile d’accepter le point de vue de cet auteur canadien. En effet, ce point de vue semble être
dicté par un certain nationalisme, car il revient à soutenir que l’application de l’’international
concern’ a été faite sur proposition des Etats du Commonwealth, dont le Canada ; ainsi le
Commonwealth aurait joué un rôle considérable dans l’élaboration de la notion de domaine
réservé.
68
69
163
CONFORTI, op. cit. (note 11), p. 220, § 3 ; ROSS, Alf, “La notion de ‘compétence
nationale’ dans la pratique des Nations Unies. Une rationalisation a posteriori”, Mélanges
offerts à Henri Rolin, Problèmes de droit des gens, Paris, Pedone, 1964, pp. 291 et ss. Pour plus
de détails sur la définition et le caractère constitutionnel de ce critère, nous référons notamment
à A.I.D.I., t. I, vol. 43, 1950, pp. 5-41 ; t. I, vol. 44, 1952, pp. 137-180 ; t. II, vol. 45, 1954, pp.
108-109, 292-293 et 299-300 ; CANÇADO TRINDADE, Antonio A., “The Domestic
Jurisdiction of States in the Practice of the UN and Regional Organizations”, International and
Comparative Law Quarterly, vol. 25, 1976, pp. 715-765 ; FENWICK, Charles G., “Where Is
There a Threat to the Peace?-Rhodesia”, A.J.I.L., vol. 61, 1967, pp. 735-755 ; McDOUGAL,
Myres S., “Rhodesia and the United Nations : The Lawfulness of International Concern”,
A.J.I.L., vol. 62, 1968, pp. 1-19 ; GOWLLAND-DEBBAS, Vera, “The Expanding International
Concern”, Peace Review, vol. 5, 1993 ; HOWELL, “The Commonwealth and ... “, op. cit. (note
142), p. 16 ; le même, “A Matter of International Concern”, A.J.I.L., vol. 63, 1969, pp. 771-782
; PREUSS, “Article 2, Paragraph 7, of the Charter of the United Nations …”, op. cit. (note 7),
pp. 553-653 ; SCHÜCKING et WEHBERG, op. cit. (note 62), p. 591 ; VIRALLY, Michel,
L’Organisation mondiale, Paris, A. Colin, 1972, pp. 213-214.
69
70
164
CAHIER, op. cit. (note 114), p. 38 (« Compte tenu du développement extraordinaire du droit
international dans les secteurs les plus divers : économique, culturel, communication, social,
droits de l’homme et du travail, l’étendue du domaine réservé tend à se restreindre
considérablement ; on peut même imaginer, à plus au moins long terme, sa disparition ») ;
CARREAU, op. cit. (note 63), p. 347 ; MAREK, Krystyna, “Les rapports entre le droit interne
et le droit international à la lumière de la jurisprudence de la Cour permanente de Justice
internationale”, R.G.D.I.P., t. 66, 1962, pp. 262-263 (« Le domaine réservé des Etats existe bien,
mais il n’existe qu’aussi longtemps que les ‘matières’ qu’il réglemente n’ont pas été soumises à
une réglementation internationale, toujours possible. Une disparition totale du domaine réservé
des Etats dans l’avenir ne pourrait nullement être exclue de par la nature même des choses. …
un développement progressif du droit international peut bien conduire à une situation où la
notion de ‘domaine réservé’ sera réservée exclusivement et précisément au droit
international »). Dans un sens moins catégorique mais tendant vers la disparition du domaine
réservé, voir aussi l’extrait du discours tenu le 27 janvier 1993 à l’Institut royal des affaires
étrangères par Douglas Hurd - ancien Secrétaire d’Etat britannique aux affaires étrangères et du
Commonwealth : “Now that Article [2.7 of the United Nations Charter] is increasingly eroded
as humanitarian concerns prevail over the respect for each nation’s right to manage or mis-
manage its affairs and its subjects”, B.Y.B.I.L., vol. 64, 1993, p. 599.
70
71
165
Voir une idée similaire chez SHAW, International …, op. cit. (note 62), 1997, p. 455 : “The
expanding scope of United Nations concern has succeeded in further limiting the extent of the
doctrine of domestic jurisdiction. Nevertheless, the concept does retain validity in recognising
the basic fact that state sovereignty within its own territorial limits is the undeniable foundation
of international law as it has evolved …”.
71
72
“Les mots ’compétence exclusive’ semblent ... envisager certaines matières qui, bien que
pouvant toucher de très près aux intérêts de plus d’un Etat, ne sont pas, en principe, réglées
par le droit international ”. 166
166
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, no 4, pp. 23-24 et 25 (1923).
167
Voir par exemple l’affaire du Sud-Ouest africain, deuxième phase, arrêt, C.I.J., Recueil 1966,
pp. 47-48, où la Cour dit que ce qui relève du domaine politique outrepasse ses fonctions de
tribunal, qu’elle n’est pas un organe législatif et que sa mission est d’appliquer le droit tel
qu’elle le constate et non de le créer.
72
73
168
La réserve du domaine réservé est prévue par les articles V du Traité américain de règlement
pacifique (« Pacte de Bogotà ») signé à Bogotà le 30 avril 1948 et 27, lettre b, de la Convention
européenne pour le règlement pacifique des différends signée à Strasbourg le 29 avril 1957. Elle
a également été formulée par un grand nombre d’Etats individuellement dans leurs déclarations
d’acceptation de la compétence obligatoire. Ces Etats sont les suivants : la Grande-Bretagne
(déclaration du 19 septembre 1929, série D, no 6, p. 45, remplacée successivement par les
déclarations des 28 février 1940, série E, no 16, p. 339 ; 2 juin 1955, C.I.J. Annuaire 1954-1955,
p. 182 ; 31 octobre 1955, C.I.J. Annuaire 1955-1956, p. 179 ; 18 avril 1957, C.I.J. Annuaire
1956-1957, p. 220 ; 26 novembre 1958, C.I.J. Annuaire 1958-1959, p. 219 ; 27 novembre 1963,
C.I.J. Annuaire 1963-1964, p. 236) ; l’Albanie (déclaration du 17 septembre 1930, série D, no 6,
p. 52, remplacée par celle du 7 novembre 1935, série E, no 12, p. 335) ; l’Argentine (déclaration
du 28 décembre 1935, série E, no 12, p. 335) ; l’Australie (déclaration du 20 septembre 1929,
série D, no 6, p. 49, remplacée successivement par celles des 21 août 1940, série E, no 16, p. 335
; 6 février 1954, C.I.J. Annuaire 1953-1954, p. 210) ; la Barbade (déclaration du 24 juillet 1980,
C.I.J. Annuaire 1996-1997, p. 91) ; le Botswana (déclaration du 14 janvier 1970, C.I.J. Annuaire
1996-1997, pp. 92-93) ; le Brésil (déclaration du 26 janvier 1937, série E, no 13, p. 277) ; le
Cambodge (déclaration du 9 septembre 1957, C.I.J. Annuaire 1996-1997, p. 94) ; le Canada
(déclaration du 20 septembre 1929, série D, no 6, p. 50, remplacée successivement par celles des
10 septembre 1985 et 10 mai 1994, C.I.J. Annuaire 1996-1997, pp. 95-96) ; Chypre (déclaration
du 19 avril 1988, C.I.J. Annuaire 1996-1997, pp. 96-97) ; l’Egypte (déclaration du 30 mai 1939,
série E, no 15, p. 216) ; El Salvador (déclaration du 26 novembre 1973, C.I.J. Annuaire 1973-
1974, p. 77) ; la France (déclaration du 10 juillet 1959, C.I.J. Annuaire 1958-1959, p. 208) ; la
Gambie (déclaration du 14 juin 1966, C.I.J. Annuaire 1996-1997, p. 101) ; le Honduras
(déclaration du 22 mai 1986, C.I.J. Annuaire 1996-1997, p. 103) ; la Hongrie (déclaration du 7
octobre 1992, C.I.J. Annuaire 1996-1997, pp. 104-105) ; l’Inde (déclaration du 19 septembre
1929, série D, no 6, p. 48, remplacée successivement par celles des 28 février 1940, série E, no
16, p. 341 ; 9 janvier 1956, C.I.J. Annuaire 1955-1956, pp. 180-181 ; 14 septembre 1959, C.I.J.
Annuaire 1959-1960, p. 238 ; 15 septembre 1974, C.I.J. Annuaire 1996-1997, pp. 105-106) ;
l’Iran (déclaration du 2 octobre 1930, série D, no 6, p. 53) ; l’Iraq (déclaration du 22 septembre
1938, série E, no 15, p. 215) ; l’Israël (déclaration du 25 octobre 1951, C.I.J. Annuaire 1959-
1960, p. 239) ; le Kenya (déclaration du 12 avril 1965, C.I.J. Annuaire 1996-1997, pp. 107-108)
73
74
74
75
CHAPITRE Ier
169
BRUNS, Viktor, “La Cour permanente de Justice internationale”, R.C.A.D.I., t. 62, 1937-IV,
pp. 663-664 ; MORRISON, op. cit. (note 11), pp. 51-52 (cet auteur a cependant une position
ambiguë car, tout en rejetant l’existence implicite d’une réserve du domaine réservé dans un
titre de compétence de la Cour, il la qualifie, en même temps et au même endroit, de “almost a
tautology”) ; VERZIJL, “Cour internationale de Justice. …”, op. cit. (note 11), p. 402 ; le même,
International Law in Historical Perspective, Part VIII, Inter-state Disputes and their Settlement,
Leyde, A.W. Sijthoff, 1976, p. 248.
75
76
170
ABI-SAAB, Georges, Les exceptions préliminaires dans la procédure de la Cour
internationale. Etude des notions fondamentales de procédure et des moyens de leur mise en
oeuvre, Paris, Pedone, 1967, pp. 182 et 190 ; FITZMAURICE, The Law and Procedure …, op.
cit. (note 11), p. 665 ; PERRIN, « L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions … », op. cit.
(note 11), p. 164.
171
LAUTERPACHT, The Function of Law ..., op. cit. (note 97), pp. 357-361 ; ROSENNE, The
Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 394 ; le même, The Law and Practice …,
op. cit. (note 11), 1985, p. 394 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. II,
1997, p. 776 ; VERZIJL, International Law in Historical Perspective …, op. cit. (note 169), p.
248.
172
VERZIJL, « Cour internationale de Justice. ... », op. cit. (note 11), p. 402 ; le même, The
Jurisprudence …, op. cit. (note 11), 1966, p. 287, note 36 : “From the procedural point of view
one might admit a difference between cases in which the preliminary objection concerning
matters exclusively within the domestic jurisdiction is expressly mentionned and cases in which
the declaration of acceptance does not refer to it at all. In the former case the operative clause of
the Judgment will no doubt contain a finding that the Court lacks jurisdiction, even when the
Judgment is given after an initial joinder of the preliminary objection to the merits, in view of
the close connection existing between the two. In the latter case it is possible that the Court will
also decline jurisdiction because, for instance, the dispute is not of an international or of a legal
character; but it is also possible that the operative clause will take the form of a decision on the
merits stating the sovereign freedom of the respondent State in the matter, and consequently the
lack of foundation of any claim of the applicant State to interfere in it”.
76
77
173
Ibid.
77
78
1. L’approche doctrinale.
174
Voir infra Section IV du Chapitre V, pp. 287-302.
175
Cet article dispose ce qui suit : « 1. Lorsqu’une des parties ne se présente pas, ou s’abstient
de faire valoir ses moyens, l’autre partie peut demander à la Cour de lui adjuger ses conclusions.
2. La Cour, avant d’y faire droit, doit s’assurer non seulement qu’elle a compétence aux termes
des Articles 36 et 37, mais que les conclusions sont fondées en fait et en droit ». C’est nous qui
soulignons. Il s’ensuit que, lorsque l’une des parties ne se présente pas ou s’abstient de faire
valoir ses moyens, la Cour a le devoir de contrôler d’office si la demande reste dans les limites
assignées à sa compétence ratione materiae soit par son Statut soit par les parties.
176
Voir notamment les affaires recencées par ABI-SAAB, Les exceptions …, op. cit. (note 170),
pp. 205-213. Voir ibid. pour une discussion sur l’initiative de soulever des exceptions
préliminaires.
177
BOS, op. cit. (note 142), p. 275 : “ … le juge international doit veiller d’office à ne pas
dépasser les limites naturelles et statutaires qui sont assignées à sa compétence. … Il n’est pas
toujours indispensable que le juge [international] fasse connaître le résultat de son examen
d’office dans le dispositif, ni même dans les considérants de sa décision”.
78
79
Après avoir exposé cette approche doctrinale (A), nous aborderons les
problèmes inhérents au renvoi aux dispositions auxquelles elle réfère (B).
178
ALEXANDROV, “Accepting the Compulsory Jurisdiction …”, op. cit. (note 11), p. 113 ;
BRIERLY, The Law of Nations. …, op. cit. (note 62), p. 358 ; BRIGGS, “Reservations …”, op.
cit. (note 11), pp. 311 et 363 ; le même, “The United States and the International Court of
Justice …”, op. cit. (note 10), pp. 303- 306 ; CLINTON, op. cit. (note 11), p. 186 ; COLLIER,
John et LOWE, Vaughan, The Settlement of Disputes in International Law. Institutions and
Procedures, Oxford, University Press, 1999, p. 143 ; Commission internationale des juristes
chargée par le Conseil de la Société des Nations de donner un avis consultatif sur les aspects
juridiques de la Question des Iles d’Aland, Société des Nations, Journal Officiel, supplément
spécial, no 3, octobre 1920, p. 4 ; CONFORTI, op. cit. (note 11), pp. 217, § 2 et 228, § 4 ;
GAMBRELL, op. cit. (note 11), p. 58 ; Groupe de travail qui a élaboré la déclaration espagnole
d’acceptation de compétence obligatoire de la Cour cité par PASTOR RIDRUEJO, José
Antonio, “The Spanish Declaration of Acceptance of the Compulsory Jurisdiction of the
International Court of Justice“, Spanish Yearbook of International Law, vol. 1, 1991, p. 28 ;
GUGGENHEIM, “Der sogenannte automatische Vorbehalt … “, op. cit. (note 11), p. 121;
HAMBRO, Edvard, “The Jurisdiction of the International Court of Justice”, R.C.A.D.I., t. 76,
1950-I, pp. 187-188 ; HIGGINS, Perce A., British Acceptance of Compulsory Arbitration Under
the Optional Clause and Its Implications, Cambridge, W. Heffer & Sons, 1929, p. 7 ; HUDSON,
Manley O., The Permanent Court of International Justice 1920-1942 : A Treatise, New York,
MacMillan, 1934, p. 471 qui, cependant, avait adopté une position nuancée dans son opinion
dissidente émise dans l’affaire de la Compagnie d’Electricité de Sofia et de Bulgarie où, en
prônant le principe du forum prorogatum, avait affirmé que “lorsque deux Etats, parties à une
affaire portée devant la Cour, s’accordent à reconnaître que celle-ci est compétente, il est en
général inutile que la Cour procède à un nouvel examen afin de confirmer sa compétence ; mais
là où, comme dans le cas présent, sa compétence est contestée, la Cour doit chercher la source
de sa juridiction dans le droit applicable, même si les parties peuvent faire remonter leurs thèses
à la même source ou aux mêmes sources“, arrêt, C.P.J.I., série A/B, no 77, p. 118 (1939) ; le
même, International Tribunals. Past and Future, Washington, Carnegie Endowment, 1944, p.
77 ; KELSEN, Hans, The Law of the United Nations …, op. cit. (note 11), pp. 527-528 ;
Memorandum on the signature ... of the Optional Clause, ... Great Britain, Parliamentary Papers,
Misc. No 12, 1929, Cmd. 3452, p. 12 ; MERRILLS, “The Optional Clause Today …”, op. cit.
(note 11), pp. 111 et 113 ; MORELLI, Gaetano, “La competenza della Corte Internazionale di
Giustizia e la c.d. giurisdizione domestica”, Rivista trimestrale di diritto pubblico, vol. 2, 1952,
p. 317 ; MORRISON, op. cit. (note 11), pp. 51-52 ; OPPENHEIM, Lassa F.L., International
Law . A Treatise, vol. II : Disputes, War and Neutrality, éd. par Hersch Lauterpacht, 7ème ed.,
Cambridge, Longmans, 1952, p. 62, § 25 ; LAUTERPACHT, Hersch, “The Revision of the
Statute of the International Court of Justice : with an Introduction by Sir Elihu Lauterpacht”,
The Law and Practice of International Courts and Tribunals. A Practioners’Journal, vol. 1, 2002,
p. 89 ; son opinion dissidente dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires, arrêt,
C.I.J., Recueil 1959, pp. 121-122 ; PERRIN, “L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions
…”, op. cit. (note 11), p. 74 ; PREUSS, “Questions …”, op. cit. (note 11), p. 660 ; RALSTON,
International Arbitration …, op. cit. (note 57), p. 44 ; Report of the Rapporteur of Subcommittee
I/1/A au Comité I/1, Conference Documents, vol. 6, p. 5 sur la résolution Morse ; ROSENNE,
The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1965, p. 394 ; le même, The Law and Practice …,
op. cit. (note 11), 1985, p. 394 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. II,
79
80
1997, p. 776 ; SCHWARZENBERGER, Georg, International Law, 2ème éd., Londres, Stevens &
Sons, 1949, vol. 1, p. 401 ; SIMMONDS, op. cit. (note 11), p. 546 ; SOHN, Louis B., ”The
Jurisdiction of the International Court of Justice”, American Bar Association Journal, vol. 35,
1949, p. 925 ; SPERDUTI, Il dominio …, op. cit. (note 7), p. 70 ; STARACE, op. cit. (note
150), p. 196 ; STONE, Julius, Legal Controls of International Conflicts, London, Stevens, 1954,
p. 143 ; SZAFARZ, The Compulsory Jurisdiction …, op. cit. (note 11), pp. 52-53 ;
VERHOEVEN, op. cit. (note 114), p. 149 ; VERZIJL, The Jurisprudence …, op. cit. (note 11),
1966, p. 267 ; le même, « Cour internationale de Justice … », op. cit. (note 11), pp. 382 et 402) ;
WALDOCK, “The Plea ... “, op. cit. (note 11), p. 104 ; le même, “General Course ... “, op. cit.
(note 21), p. 176 ; WILCOX, op. cit. (note 11), p. 710.
179
Ici, il s’agirait de l’application du critère des titres de droit international que nous avons
dégagé du Chapitre préliminaire, spécialement aux pp. 58-61 et 71-73.
80
81
81
82
180
MORELLI, “La competenza della Corte internazionale di Giustizia …“, op. cit. (note 178),
pp. 309-312. Cependant, cet auteur précise que les Nations Unies comprendraient non seulement
le Conseil de sécurité mais aussi l’Assemblée générale.
181
C.I.J. Mémoires, Anglo-Iranian Oil Co. Royaume-Uni c. Iran, 1952, p. 292.
182
Ibid., pp. 162, 572, 565, 657 et ss ; COLLIER, op. cit. (note 11), pp. 72 et 73 ;
KOPELMANAS, Lazare, L’Organisation des Nations Unies. I. L’organisation constitutionnelle
des Nations Unies. Fasc. I. Les sources constitutionnelles de l’O.N.U., Paris, Sirey, 1947, p.
236 ; WALDOCK, « The Plea … », op. cit. (note 11), pp. 122-124. S’oppose à cette affirmation
le fait que le Statut et le consentement sont cumulatifs pour autoriser la Cour à statuer sur un
différend donné : le Statut établit le cadre général tandis que le consentement habilite la Cour à
statuer sur un différend déterminé. Cette position est défendue par ROLIN, « The International
Court of Justice and Domestic Jurisdiction. … », op. cit. (note 62), p. 39.
82
83
Dans cette affaire, en effet, l’Iran considérait que les articles 2, alinéa
7 ; 7, alinéa premier 184 et 92,185 de la Charte des Nations Unies devaient
rendre la Cour incompétente ex officio, au motif que la matière qui faisait
l’objet du différend, était régie par les lois iraniennes de nationalisation
des 20 mars et 1er mai 1951 et, par conséquent, relevait du domaine
réservé iranien.186
“Nothing in the present Charter and annexed Statute shall authorise the International Court
of Justice to intervene in matters which are essentially within the domestic jurisdiction of
183
HAMBRO, “The Jurisdiction …”, op. cit. (note 178), p. 187 ; ROLIN, “ The International
Court of Justice and Domestic Jurisdiction. …”, op. cit. (note 62), p. 39 ; ROSENNE, The
International Court of Justice. …, op. cit. (note 11), p. 41.
184
Article 7, alinéa 1er : “1. Il est créé comme organes principaux de l’Organisation des Nations
Unies : une Assemblée générale, un Conseil de sécurité, un Conseil économique et social, un
Conseil de tutelle, une Cour internationale de Justice et un Secrétariat”.
185
Article 92 : “La Cour internationale de Justice constitue l’organe judiciaire principal des
Nations Unies. Elle fonctionne conformément à un Statut établi sur la base du Statut de la Cour
permanente de Justice internationale et annexé à la présente Charte dont il fait partie intégrante”.
186
C.I.J. Mémoires, Anglo-Iranian Oil Co. Royaume-Uni c. Iran, 1952, pp. 292-293, 465 et ss,
621 et ss.
187
Ibid , p. 292.
83
84
any State or shall require the members to submit such matters to settlement under the
present Charter and annexed Statute ”.
188
Ibid., p. 293.
189
La réserve iranienne était relative aux différends relatifs à des questions qui, d’après le droit
international, relèveraient exclusivement de la juridiction de la Perse, annuaire C.I.J., 1947-
1948, p. 131.
190
La formule était la suivante : “les différends relatifs à des questions qui, d’après le droit
international, relèvaient exclusivement de la juriddiction du Royaume-Uni”, ibid., p. 134.
191
Ibid., p. 623. Voir aussi l’arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 99, où il est stipulé : « Au nom du
Gouvernement de l’Iran :
Plaise à la Cour
Sous toutes réserves et sans reconnaissance préjudiciable,
Constater en fait et dire pour droit :
6° Que le Royaume-Uni et l’Iran, ayant dans leurs déclarations, réservé les questions qui,
d’après le droit international, sont de la compétence exclusive des Etats, cette réserve doit
s’entendre, eu égard à la substitution de l’article 2, paragraphe 7 de la Charte des Nations Unies
à l’article 15, paragraphe 8 du Pacte de la Société des Nations, comme s’étendant aux questions
qui sont essentiellement de la compétence nationale des Etats ;
Que de telles déclarations expresses renforcent incontestablement la disposition générale de
l’article 2, paragraphe 7, de la Charte des Nations Unies et constituent donc un motif
supplémentaire de nature à déterminer la Cour à se déclarer incompétente ».
84
85
La pratique étatique peut être déduite des prises de position des Etats
dans les affaires portées devant la Cour, des déclarations d’acceptation de
la compétence obligatoire de la Cour et du Pacte de Bogotà du 30 avril
1948 relatif au règlement pacifique des différends.
Ils ont soutenu que la Cour, en tant qu’organe des Nations Unies, était
tenue au respect des dispositions de la Charte des Nations Unies, y
compris son article 2, alinéa 7.
85
86
192
C’est nous qui soulignons.
193
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 23. C’est nous qui soulignons.
194
C’est nous qui soulignons.
195
Ibid., p. 24. C’est nous qui soulignons.
86
87
Dans la phase de fond, elle fit valoir, dans son Contre-Mémoire, que
si le Portugal n’établissait pas l’existence de titres qu’il invoquait, la Cour
se déclarerait incompétente, considérerait ces titres comme inexistants et
la question de l’octroi ou du refus du passage réclamé sur son territoire
comme relevant exclusivement de sa compétence nationale.198
196
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 25. C’est nous qui soulignons.
197
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 149. C’est nous qui soulignons.
198
Arrêt, C.I.J., Recueil 1960, p. 21. C’est nous qui soulignons.
87
88
Les Etats qui ont formulé ces réserves du domaine réservé sont le
Botswana,200 Chypre,201 la France,202 l’El Salvador,203 l’Inde,204 Israël,205
le Pakistan,206 le Nigéria, 207 la Pologne,208 le Swaziland,209 tandis que
199
Voir supra note 168 (pour les réserves du domaine réservé à caractère général) et notes 26-35
(pour les réserves automatiques du domaine réservé).
200
C.I.J. Annuaire 1996-1997, p. 92 : « La présente déclaration ne s’applique pas : … b) à tout
différend relatif à des questions qui, selon le droit international, relèvent essentiellement de la
compétence nationale de la République du Botswana ». C’est nous qui soulignons.
201
Ibid., p. 96 : « Etant entendu que la présente déclaration ne s’applique pas : a) aux différends
se rapportant à des questions qui relèvent de la compétence nationale de la République de
Chypre ». C’est nous qui soulignons.
202
C.I.J. Annuaire 1958-1959, p. 208 : « Au nom du Gouvernement de la République française,
je déclare reconnaître comme obligatoire de plein droit et sans convention spéciale vis-à-vis des
autres Membres des Nations Unies qui acceptent la même obligation, c’est-à-dire sous condition
de réciprocité, la juridiction de la Cour, conformément à l’article 36, paragraphe 2, du Statut,
pour une durée de 3 ans et ensuite jusqu’à ce qu’il soit donné notification de l’abrogation de
cette acceptation, pour tous les différends qui s’élèveraient au sujet de faits ou de situations
postérieurs à la présente déclaration, à l’exception de : … 2) des différends relatifs à des
questions qui, d’après le droit international, relèvent exclusivement de la compétence
nationale ». C’est nous qui soulignons.
203
C.I.J. Annuaire 1973-1974, p. 77 : « … Conformément au paragraphe 2 de l’article 36 du
Statut de la Cour internationale de Justice, El Salvador reconnaît comme obligatoire de plein
droit et sans convention spéciale, à l’égard de tout autre Etat acceptant la même obligation, la
juridiction de la Cour sur tous les différends d’ordre juridique ayant pour objet : … La présente
déclaration s’applique uniquement aux situations ou aux faits postérieurs à la date
d’aujourd’hui ; elle est faite sous condition de réciprocité de la part de tout autre Etat partie à un
différend avec El Salvador ; et sous réserve des exceptions suivantes pour lesquelles El Salvador
n’accepte pas la compétence obligatoire de la Cour : … ii) les différends qui selon le droit
international relèvent essentiellement de la compétence nationale d’El Salavador … ». C’est
nous qui soulignons.
204
C.I.J. Annuaire 1959-1960, p. 238 : « D’ordre du Président de l’Inde, j’ai l’honneur de
déclarer que, conformément au paragraphe 2 de l’Article 36 du Statut de la Cour, le
Gouvernement de la République de l’Inde reconnaît comme obligatoire de plein droit et sans
convention spéciale, sous condition de réciprocité et jusqu’à ce qu’il soit donné notification de
l’abrogation de cette acceptation, la juridiction de la Cour internationale de Justice sur tous les
différends nés après le 26 janvier 1950 concernant des situations ou des faits postérieurs à ladite
date, autres que : … 3) Les différends relatifs à des questions qui relèvent essentiellement de la
juridiction de la République de l’Inde » ; C.I.J. Annuaire 1996-1997, p. 105 : « Au nom du
Gouvernement de la République de l’Inde, j’ai l’honneur de déclarer que, conformément au
paragraphe 2 de l’article 36 du Statut de la Cour, le Gouvernement de la République de l’Inde
reconnaît comme obligatoire de plein droit et sans convention spéciale, sous condition de
réciprocité et jusqu’à ce qu’il soit donné notification de l’abrogation de cette acceptation, la
juridiction de la Cour internationale de Justice sur tous les différends autres que : … 3) les
différends relatifs à des questions qui relèvent essentiellement de la juridiction interne de la
République de l’Inde ». C’est nous qui soulignons.
205
C.I.J. Annuaire 1959-1960, p. 239 : « … La présente déclaration ne s’applique pas : … b) A
tout différend relatif à des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale de
l’Etat d’Israël ». C’est nous qui soulignons.
206
C.I.J. Annuaire 1996-1997, p. 120 : « … sous réserve, toutefois, que cette déclaration ne
s’appliquera pas : …b) aux différends concernant des questions qui, d’après le droit
88
89
ceux qui ont formulé des réserves automatiques du domaine réservé sont
les Etats-Unis d’Amérique,210 la France,211 l’Inde,212 le Libéria, 213 le
Malawi, 214 les Philippines,215 le Soudan216 et l’Union sud-africaine. 217
89
90
“Il est allégué que la demande d’avis constitue de la part de l’Assemblée générale un excès
de pouvoir, du fait que l’Assemblée générale, en s’occupant de la question du respect des
droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les trois Etats visés, se serait
‘immiscée’ ou serait ‘intervenue’ dans des affaires qui relèvent essentiellement de la
compétence nationale des Etats. L’obstacle à l’exercice de la fonction consultative de la
Cour dériverait ici d’une incompétence de l’Assemblée générale elle-même, incompétence
déduite de l’article 2, alinéa 7, de la Charte. ... Interpréter à cette fin les clauses d’un
traité ne saurait être envisagé comme une question relevant essentiellement de la
compétence nationale d’un Etat. ... Ces considérations suffisent aussi à écarter l’objection,
également déduite de la compétence nationale, mais formulée cette fois directement contre
la compétence de la Cour, suivant laquelle la Cour en tant qu’organe des Nations Unies,
219
C.I.J. Annuaire, 1947-1948, p. 139. C’est nous qui soulignons.
220
Il convient de rappeler que cette exception avait été soulevée sur base de cet alinéa 7. Voir
supra, p. 85.
90
91
« Cela est implicitement contenu dans la notion plus large selon laquelle la nationalité
rentre dans la compétence nationale de l’Etat. … La naturalisation de Nottebohm est un
acte accompli par le Liechtenstein dans l’exercice de la compétence nationale. … Or la
pratique internationale fournit maints exemples d’actes accomplis par un Etat dans
l’exercice de sa compétence nationale qui n’ont pas de plein effet international …
Lorsqu’un Etat a conféré sa nationalité à une personne et qu’un autre Etat a conféré sa
propre nationalité à cette même personne, il arrive que chacun de ces Etats, estimant qu’il
a agi dans l’exercice de sa compétence nationale, s’en tient à sa propre conception et se
conforme à celle-ci pour son action propre. … Si l’arbitre ou le juge de l’Etat tiers s’en
tenait ici à l’idée que la nationalité relève uniquement de la compétence nationale de l’Etat
… ».223
221
Avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, pp. 70-71. C’est nous qui soulignons. Cependant, voir
une position non acceptable chez BRIGGS, « Reservations … », op. cit. (note 11), p. 323 et
selon qui la Cour n’a pas spécifiquement répondu à la question de l’applicabilité de cet alinéa 7
à sa compétence.
222
Ibid., p. 111 : “En l’absence de ce consentement [le consentement que la Bulgarie, la Hongrie
et la Roumanie doivent donner à la Cour pour qu’elle interprète les dispositions des traités de
paix relatives aux droits de l’homme et des libertés fondamentales], on doit traiter le problème
de la compétence essentiellement nationale de ces Etats. … La question des droits de l’homme
et des libertés fondamentales dont la prétendue absence est reprochée à la Bulgarie, la Hongrie
et la Roumanie, n’est que celle du fonctionnement des organes administratifs et judiciaires de
ces Etats. Ainsi formulée, cette question appartient sans aucun doute à la compétence
essentiellement nationale de l’Etat, et comme telle, sort du domaine de la compétence de la
Cour“. C’est nous qui soulignons.
223
Arrêt, C.I.J., Recueil 1955, pp. 20-21. C’est nous qui soulignons.
91
92
« Or, la comparaison des deux déclarations montre que la déclaration française accepte la
juridiction de la Cour dans des limites plus étroites que la déclaration norvégienne; par
conséquent, la volonté commune des Parties, base de la compétence de la Cour, existe dans
ces limites plus étroites indiquées par la réserve française ».225
224
Voir supra, p. 89.
225
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 23. C’est nous qui soulignons.
226
C’est le paragraphe 2 qu’aurait dû citer la Cour.
92
93
« Entre la France et la Norvège, il existe un traité qui fait du règlement de toute dette
contractuelle une affaire relevant du droit international. Les deux Etats ne peuvent donc en
cette matière parler de compétence nationale. La Cour ne trouve aucune raison pour
laquelle le fait que les deux Parties ont signé la deuxième Convention de La Haye de 1907
devrait priver la Norvège du droit d’invoquer la réserve contenue dans la déclaration
française ».228
« Il est clair que cette demande [la demande norvégienne faite à la Cour de « décliner, pour
raison d’incompétence, la mission dont le Gouvernement français voudrait la charger »] se
fonde sur les deux motifs : … et réserve française. De l’avis de la Cour, le deuxième motif
ne peut être considéré comme subsidiaire dans ce sens que la Norvège invoquerait la
réserve française seulement dans le cas où le premier motif de l’exception serait reconnu
non fondé en droit. … La validité de la réserve n’a pas été mise en question par les Parties.
Il est clair que la France maintient sa déclaration y compris sa réserve, et que la Norvège
se prévaut de cette réserve. … Sans préjuger la question, elle applique la réserve telle
qu’elle est, et telle que les Parties la reconnaissent. … La Cour considère que le
Gouvernement norvégien est fondé en droit à invoquer, en vertu de la condition de
réciprocité, la réserve contenue dans la déclaration française du 1er mars 1949 ; que, par
conséquent, la Cour n’est pas compétente pour donner suite à la Requête ».229
227
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 24. C’est nous qui soulignons.
228
Ibid.
229
Ibid., pp. 25, 26 et 27. C’est nous qui soulignons.
230
Ibid., pp. 42-66.
231
Ibid., pp. 80, 91, 92, 93, 94 et 95.
93
94
232
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 23-25.
233
Ibid., pp. 55 et 56.
234
Ibid., pp. 54 et 59.
235
Ibid., pp. 75-76.
236
Ibid., p. 78.
237
Ibid., p. 79.
238
Ibid., p. 92.
239
Ibid., pp. 93-94.
94
95
« Pour élucider ces faits et en tirer les conséquences juridiques il faut examiner la pratique
effective des autorités britanniques, indiennes et portugaises à propos du droit de passage –
en particulier en ce qui concerne la mesure dans laquelle cette pratique peut être interprétée
et a été interprétée par les Parties comme signifiant que le droit de passage est une question
qui, selon le droit international, relève exclusivement de la compétence nationale du
souverain territorial ».242
240
Ibid., pp. 95, 98-102, 105, 107, 112-113, 115 et 117-118.
241
Cette exception indienne avait été soulevée par référence à l’expression ‘compétence
nationale’ figurant à cet alinéa 7.
242
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 150. C’est nous qui soulignons.
243
Arrêt, C.I.J., Recueil 1960, pp. 32-33.
95
96
« Cela veut tout simplement dire que le droit international a dû reconnaître dans la société
anonyme une institution créée par les Etats en un domaine qui relève essentiellement de la
compétence nationale ».244
Le juge Read a soutenu que la Cour est liée par les dispositions de la
Charte des Nations Unies et qu’elle ne saurait ignorer son préambule, ses
buts et principes.245
244
Arrêt, C.I.J., Recueil 1970, pp. 33-34, § 38. C’est nous qui soulignons.
245
Arrêt, C.I.J., Recueil 1952, pp. 143-144.
246
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1973, p. 133.
247
Arrêt, C.I.J., Recueil 1974, p. 375. C’est nous qui soulignons.
96
97
248
Arrêt, C.I.J., Recueil 1974, p. 96.
249
ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 68 ; le même, The
Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 68 ; le même, The Law and Practice of the
International Court, 1920-1996, vol. I : The Court and the United Nations, La Haye / Boston /
Londrres, Martinus Nijhoff Publishers, 1997, p. 110.
250
Voir le libellé de cet alinéa supra, note 184.
251
Voir le libellé de cet article supra, note 185. Sur le fait que la Charte des Nations Unies et le
Statut de la Cour constituent ensemble un seul instrument, voir l’opinion dissidente du juge
McNair dans l’affaire Ambatielos, exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 61 et
l’affaire de l’Incident aérien du 27 juillet 1955 (Israël c. Bulgarie), arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p.
142, où la Cour a considéré son Statut comme faisant partie intégrante de la Charte des Nations
Unies.
252
Le libellé de cet article est le suivant : « La Cour internationale de Justice instituée par la
Charte des Nations Unies comme organe judiciaire principal de l’Organisation sera constituée et
fonctionnera conformément aux dispositions du présent Statut ».
253
La Cour a elle-même eu aussi l’occasion de dire qu’elle est un organe des Nations Unies.
Voir notamment l’affaire des Conditions de l’admission d’un Etat comme Membre des Nations
Unies (article 4 de la Charte), avis consultatif, C.I.J., Recueil 1947-1948, p. 61; l’affaire relative
à l’Interprétation des Traités de paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie,
première phase, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 71 ; l’affaire Nottebohm, exception
préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1953, p. 119 ; l’affaire de Certaines dépenses des Nations
Unies (article 17, paragraphe 2, de la Charte), avis consultatif, C.I.J., Recueil 1962, pp. 155-
97
98
De même, en stipulant que tous les membres des Nations Unies sont
ipso facto parties au Statut de la Cour, l’article 93 alinéa 1er de la Charte
des Nations Unies255 subordonne l’acceptation de la Charte des Nations
Unies à celle du Statut de la Cour et, par implication, la participation à la
Charte des Nations Unies à celle au Statut de la Cour.
156 ainsi que les affaires du Sud-Ouest afrcain, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil
1962, p. 335. En même temps, ces articles 7, alinéa 1er et 92 de la Charte des Nations Unies
rendent infondé le premier argument donné par le Royaume-Uni. Selon cet argument, seul le
Conseil de sécurité faisait partie des Nations Unies. La Cour était alors exclue des Nations
Unies. Or, d’après ces articles, le Conseil de sécurité est l’un des six organes des Nations Unies
qui comprennent également la Cour internationale de Justice.
254
Le libellé de cet alinéa est le suivant : « En faisant des recommendations prévues au présent
Article [36], le Conseil de sécurité doit aussi tenir compte du fait que, d’une manière générale,
les différends d’ordre juridique devraient être soumis par les parties à la Cour internationale de
Justice conformément aux dispositions du Statut de la Cour ». Le Conseil de sécurité a fait
application de cette disposition notamment dans l’affaire du Détroit de Corfou où, par sa
Résolution du 9 avril 1947, il a recommandé aux Gouvernements du Royaume-Uni et de
l’Albanie de soumettre immédiatement un différend juridique existant entre eux à la Cour. En
exécution de cette recommandation, le Gouvernement du Royaume-Uni a le 22 mai 1947
introduit une requête devant la Cour contre le Gouvernement d’Albanie. De même, dans
l’affaire du Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran, la Cour elle-même
déclare expressément que c’est à elle qu’il appartient de décider sur les différends d’ordre
juridique que vise cet alinéa 3 ci-dessus reproduit, arrêt, C.I.J., Recueil 1980, p. 22 : « … c’est à
la Cour, organe judiciaire principal des Nations Unies, qu’il appartient de résoudre toute
question juridique pouvant opposer des parties à un différend ; et la résolution de ces questions
juridiques par la Cour … C’est d’ailleurs ce que reconnaît l’article 36, paragraphe 3, de la
Charte [des Nations Unies] … ».
255
Cet alinéa 1er dit : « Tous les Membres des Nations Unies sont ipso facto parties au Statut de
la Cour internationale de Justice ». Voir aussi les affaires du Sud-Ouest afrcain, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1962, p. 335, où la Cour s’est elle-même référée à cet article.
256
Cet article dispose comme suit : « Les amendements au présent Statut seront effectués par la
même procédure que celle prévue pour les amendements à la Charte des Nations Unies, sous
réserve des dispositions qu’adopterait l’Assemblée générale, sur recommandation du Conseil de
sécurité, pour régler la participation à cette procédure des Etats qui, tout en ayant accepté le
présent Statut de la Cour, ne sont pas Membres des Nations Unies ». En référence à ce libellé, il
est difficile d’accepter le point de vue de MORELLI, “La competenza della Corte internazionale
di Giustizia …”, op. cit. (note 178), p. 311, qui s’appuie sur cet article pour nier l’applicabilité
de cet alinéa 7 à la compétence de la Cour pour le motif que la Charte et le Statut seraient des
documents distincts, assujettis à des procédures différentes d’amendement et que l’expression
98
99
’la présente Charte’ de cet alinéa 7 limiterait l’applicabilité de ce dernier à cette Charte, à
l’exclusion du Statut de la Cour.
257
ROLIN, « The International Court of Justice and Domestic Jurisdiction. … », op. cit. (note
62), p. 39.
99
100
258
Ces problèmes étaient relatifs à l’applicabilité de l’alinéa 7 à la compétence de la Cour et à
l’existence du critère des titres de droit international.
259
Recours aux expressions de l’alinéa 7 et à la logique juridique pour ce qui est du critère des
titres du droit international.
100
101
Ainsi, l’étude des problèmes évoqués dans les titres indiqués sous 1°
et 2° nous permet de conclure que la base juridique fondant la thèse
favorable à l’existence implicite de la réserve du domaine réservé, à
savoir le droit international, figure à l’article 2, alinéa 7, de la Charte des
Nations Unies et aux articles 36, alinéa 2, et 38, alinéa 1er, du Statut de la
Cour. Cependant, avant de conclure sur cette thèse, il importe de la tester
empiriquement au moyen de la pratique étatique et de la jurisprudence de
la Cour.
260
La raison est que l’avis est donné à l’organe requérant et non aux Etats parties au différend
qui a donné lieu à une demande d’avis consultatif. Voir l’affaire de l’Interprétation des Traités
de paix conclu avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie, première phase, avis consultatif,
C.I.J., Recueil 1959, p. 71 : « [l]’avis est donné par la Cour non aux Etats, mais à l’organe
habilité pour le lui demander ; la réponse constitue une participation de la Cour, elle-même
‘organe des Nations Unies’, à l’action de l’organisation et, en principe, elle ne devrait pas être
refusée ». Ce principe a été réaffirmé notamment dans l’affaire relative aux Réserves à la
101
102
102
103
264
Nous n’examinerons pas le cas où une partie s’est référée à cet alinéa 2 de l’article 36 du
Statut de la Cour pour invoquer une exception du domaine réservé mais où la Cour ne s’est pas
prononcée pour un motif autre que celui de l’inexistence de réserve expresse du domaine
réservé. Nous visons ici l’affaire relative à l’Incident aérien du 27 juillet 1955 (Israël c.
Bulgarie), arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 127, où la Bulgarie a soutenu que le différend ne
rentrait dans aucune des catégories visées par cet alinéa 2 de l’article 36 du Statut de la Cour et
échappait à la compétence de la Cour car il relevait essentiellement de sa compétence interne
(C.I.J. Mémoires, Incident aérien du 27 juillet 1955. Etats-Unis c. Bulgarie, 1957, p. 132) mais
où la Cour n’a pas statué car elle s’est déclarée incompétente par suite de l’examen de
l’exception relative à l’inapplicabilité de l’alinéa 5 de l’article 36 de son Statut à la déclaration
bulgare du 12 août 1921, ibid., pp. 145-146. Cette situation est à exclure de notre analyse car
nous cherchons à savoir si la Cour a accepté ou refusé d’examiner une exception du domaine
réservé nonobstant l’inexistence de réserve expresse y afférente dans son titre de compétence.
265
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 19 (1936).
266
Ibid., p.20.
103
104
« … qu’il n’appartient pas à la Cour d’empiéter d’une façon quelconque sur le fond d’une
affaire à elle soumise par requête en vertu de l’article 36, alinéa 2, du Statut avant que les
Parties aient eu l’occasion d’user du droit que leur réservent le Statut et le Règlement de
déposer chacune deux pièces écrites, ainsi que de présenter des exposés oraux sur le
fond … » .270
267
Ibid., p. 21.
268
C.P.J.I., série D, n° 6, p. 51.
269
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 18 (1936).
270
Ibid., pp. 23-24.
271
En effet, il existait une réserve du domaine réservé dans la déclaration française. Cependant,
cette réserve n’était pas générale mais automatique. Voir la teneur de cette réserve, supra, note
27.
104
105
272
C.I.J. Mémoires, Certains emprunts norvégiens. France c. Norvège, vol. I, 1952, p. 29 : « …
la divergence de vues sur l’étendue de l’obligation de l’Etat norvégien qui sépare les
Gouvernements de la République française et du Royaume de Norvège constitue un différend
juridique selon les termes de l’article 36, paragraphe 2, du Statut [de la Cour] ».
273
Ibid., pp. 121, § 6 (« Il appert immédiatement que la juridiction de la Cour résultant de ces
déclarations [faites par les deux Gouvernements sur la base de l’article 36, paragraphe 2, du
Statut de la Cour] se trouve limitée aux différends de droit international. Les catégories de
litiges énumérées à l’article 36, paragraphe 2, ont, en effet, pour caractéristique commune de
relever de l’ordre juridique international. … Les contestations relevant du droit interne ne
trouvent point place dans cette énumération et sont par conséquent exclues de la juridiction
attribuée à la Cour par la France et la Norvège) et 129, § 22 (« Il est donc certain qu’en portant
devant la Cour le différend énoncé dans sa requête du 6 juillet 1955, le Gouvernement français
lui demande de se prononcer sur des questions de droit interne et non de droit international,
c’est-à-dire sur des questions étrangères à la compétence que lui ont reconnue les déclarations
faites par les parties sur pied de l’article 36, paragraphe 2, du Statut ») , 465, § 72 (« … le
différend actuel lui [la Cour] a été soumis par une requête unilatérale. Sa compétence ne peut
donc résulter, en l’espèce, que des déclarations faites par le Gouvernement français et par le
Gouvernement norvégien, en vertu de l’article 36, alinéa 2, du Statut – déclarations d’après
lesquelles les deux Gouvernements ont reconnu ‘ comme obligatoire de plein droit et sans
convention spéciale ‘ la juridiction de la Cour dans certaines limites déterminées et qui
n’excèdent jamais la sphère du droit international »). Voir également ibid., p. 125, § 13. Dans la
phase du fond, la Norvège a maintenu cet argument. Voir C.I.J. Mémoires, Certains emprunts
norvégiens. France c. Norvège, 1957, pp. 116 et 178.
274
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1956, p. 74.
105
106
« La Cour doit tout d’abord porter son attention sur les exceptions préliminaires du
Gouvernement norvégien. La première de ces exceptions vise directement la compétence
de la Cour pour connaître du différend qui lui est soumis par la Requête française. C’est
cette exception que la Cour examinera d’abord. … cette exception … présente deux
aspects : En premier lieu, il est allégué que la Cour, dont la mission est de régler
conformément au droit international les différends qui lui sont soumis, ne peut être saisie
par voie de requête unilatérale que des différends d’ordre juridique qui rentrent dans l’une
des quatre catégories énumérées au paragraphe 2 de l’article 36 du Statut et qui relèvent du
droit international. Il est allégué que la Requête du Gouvernement français demande à la
Cour d’interpréter des contrats d’emprunts qui, de l’avis du Gouvernement norvégien, sont
régis par le droit interne et non par le droit international. … c’est ce second motif de la
première exception dont la Cour va entamer l’examen. … En examinant ce motif de
l’exception, la Cour constate tout d’abord que le cas présent a été porté devant elle sur la
base de l’article 36, paragraphe 2, du Statut … ».275
275
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 22 et 23.
106
107
Ensuite, elle fit valoir que les actes de ses organes ne pouvaient pas
être appréciés sur la base du droit international public. Enfin, lorsque la
Belgique lui proposa de soumettre l’affaire à l’arbitrage et, à défaut, de
saisir la Cour, la Bulgarie répondit que les litiges entre la Municipalité de
Sofia et la Compagnie d’électricité de Sofia et de Bulgarie relevaient “de
la compétence exclusive de ses tribunaux qui auraient déjà eu l’occasion
de rendre leur décision à cet effet”. 278
276
Ibid., p. 77. Voir nos observations sur le rapport entre la notion de domaine réservé et la
souveraineté dans le Chapitre préliminaire, Section II, 2, lettre D, pp. 48-50.
277
Arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 77, p. 83 (1939).
278
Ibid., p. 74. C’est nous qui soulignons.
107
108
279
Ibid., pp. 80-81.
280
Ibid., p. 77.
281
Ibid., pp. 80-81.
282
Ibid., p. 78.
108
109
283
C.P.J.I., série E, n° 16, p. 341.
284
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 134.
285
Ibid., p. 150.
286
Ibid., pp. 150 et 152.
287
Arrêt, C.I.J., Recueil 1960, pp. 33 et 45.
288
Nous n’étudierons pas l’affaire des Emprunts brésiliens, arrêt n° 15, C.P.J.I., série A, n° 21
(1929) car ces deux affaires s’analysent exactement de la même façon : leur objet est le même et
elles ne diffèrent que pour ce qui est de la partie défenderesse : le Royaume des Serbes-Croates-
Slovènes pour la première et le Brésil pour la seconde.
289
Arrêt n° 14, C.P.J.I., série A, no 20, pp. 15 et 17 (1929).
290
Ibid., pp. 17-18 et 20.
291
Ibid., p. 18.
109
110
Pour prendre parti en faveur de l’une ou l‘autre des deux thèses ci-
dessus examinées - celle qui rejette et celle qui admet l’existence
implicite de la réserve du domaine réservé dans les titres de compétence
relatifs à la Cour - il faut recourir à la méthode inductive. Cela signifie, en
substance, que nous devons nous prononcer en faveur de la thèse qui peut
s’appuyer sur la pratique des Etats et de la Cour et en défaveur de celle
qui ne peut le faire.
Dès lors, nous rejetons la première thèse, car elle n’est pas consacrée
par cette pratique,294 pour retenir la seconde. En effet, une partie - la
Yougoslavie dans l’affaire Losinger - a invoqué l’exception du domaine
réservé en se basant sur les lettres b et c de l’alinéa 2 de l’article 36 du
292
Ibid., p. 16. Cependant, BRUNS, “La Cour permanente de Justice internationale …”, op. cit.
(note 169) ; SHIHATA, The Power …, op. cit. (note 11), p. 63 et VINEUIL, Paul, “La Cour
permanente de Justice internationale en 1929”, Revue de droit international et de législation
comparée, vol. 11, 1930, p. 776 nient que la Cour ait dans cette affaire soulevé proprio motu la
question de savoir si elle était compétente de décider sur des différends régis par le droit interne.
Cette position ne peut pas être acceptée car cette affaire posait des problèmes liés aux limites de
la compétence générale ratione materiae de la Cour et que la Cour était tenue de soulever et a
soulevés ex officio. Pour plus de détails à ce sujet, voir ABI-SAAB, Les exceptions
préliminaires …, op. cit. (note 170), p. 211.
293
Arrêt n° 14, C.P.J.I., série A, no 20, p. 19 (1929). Cet examen par la Cour de ce différend de
droit interne se justifie par le fait que l’article 38 de la Cour permanente de Justice
internationale, contrairement à son équivalent de la Cour actuelle, ne précisait pas que la Cour
devait régler les différends qui lui étaient soumis conformément au droit international.
110
111
294
Voir aussi les deux critiques que nous avons émises à l’encontre de cette thèse, supra, pp. 77-
78.
111
112
295
Ordonnance, C.P.J.I., série A, no 24, p. 33 (1930).
296
Opinion dissidente du juge Armand-Ugon dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 92 : “Il en est de même de toute déclaration fondée
sur l’alinéa 2 de l’article 36 [du Statut de la Cour]”.
297
La Cour s’est référée à ces limitations inhérentes notamment dans l’affaire du Statut de la
Carélie orientale (avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 5 (1923)) ; l’affaire des Zones franches
de la Haute-Savoie et du Pays de Gex ; l’affaire Haya de la Torre (arrêt, C.I.J., Recueil 1951) ;
l’affaire de l’Or monétaire pris à Rome en 1943 (arrêt, C.I.J., Recueil 1954, pp. 28-30) ;
l’affaire du Cameroun septentrional, exceptions préliminaires (arrêt, C.I.J., Recueil 1963, pp.
112
113
party claims to have domestic jurisdiction, the Court is obliged to examine its jurisdiction ex
officio … “, dit avec pertinence Sidney Jacoby.298
113
114
299
Vor la liste de ces Etats, supra note 168.
300
Cette doctrine est recensée chez POSSE, Hortensia G., « La maxime ut res magis valeat
quam pereat (Interprétation en fonction de l’ ‘effet utile’). Les Interprétations ’extensives’ et
’restrictives’ », Österreichische Zeitschrift für öffentliches Recht, vol. 23, 1972, pp. 229-236 et
240-242.
301
Dans la jurisprudence arbitrale, nous pouvons citer les affaires des Pêcheries de la Côte
septentrionale de l’Atlantique, Travaux de la Cour permanente d’arbitrage, éd. Carnegie, p. 195
et des Indiens Cayugas, American and British Claims Arbitration, p. 322. Dans la jurisprudence
de la Cour, il y a lieu de mentionner l’affaire de la Compétence de l’OIT pour la réglementation
internationale des conditions du travail des personnes employées dans l’agriculture, avis
consultatif, C.P.J.I., série B, n° 2, p. 22 (1922) ; l’affaire de la Compétence de l’OIT pour
l’examen de propositions tendant à organiser et à développer les moyens de production
agricole, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 3, p. 22 (1922) ; l’affaire du Vapeur Wimbledon,
arrêt, C.P.J.I., série A, n° 1, p. 25 (1923) ; l’affaire des Colons allemands en Pologne, avis
consultatif, C.P.J.I., série B, n° 6, p. 25 (1923) ; l’affaire relative à l’Acquisition de la nationalité
polonaise, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 7, pp. 16-17 (1923) ; l’affaire Jaworzina, avis
consultatif, C.P.J.I., série A, n° 3 (1923) ; l’affaire du Monastère de Saint-Naoum, avis
consultatif, C.P.J.I., série B, n° 9 (1924) ; l’affaire de l’Echange des populations grecques et
turques, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 10, p. 25 (1925) ; l’affaire de l’Interprétation de
l’article 3, paragraphe 2, du traité de Lausanne, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 12, p. 23
(1925) ; l’affaire de la Compétence de la Commission européenne du Danube, avis consultatif,
C.P.J.I., série B, n° 14, p. 27 (1927) ; l’affaire de l’Interprétation de l’accord gréco-turc du 1er
décembre 1926 (protocole final, article IV), avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 16, p. 18
(1928) ; l’affaire des Emprunts serbes, C.P.J.I., arrêt n° 14, série A, n° 20, p. 32 (1929) ;
l’affaire des Zones franches de la Haute-savoie et du Pays de Gex, ordonnance, C.P.J.I., série A,
n° 22 (1929), p. 13 ; l’affaire des ‘Communautés’ greco-bulgares , avis consultatif, C.P.J.I.,
série B, n° 17, p. 19 (1930) ; l’affaire de l’Accès aux écoles minoritaires allemandes en Haute-
Silésie, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 40, p. 16 (1931) ; l’affaire du Pajzs, Csáky,
Esterházy, arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 68, pp. 60 et 62 (1936) ; l’affaire des Ecoles minoritaires
en Albanie (avis consultatif, C.P.J.I., série A/B, n° 64, p. 20 (1935) ; l’affaire relative à
l’Interprétation des Traités de paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie,
deuxième phase, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 229 ; l’affaire Ambatielos, fond, arrêt,
C.I.J., Recueil 1953, p. 17 ; l’affaire du Sud-Ouest africain, deuxième phase, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1966, p. 48, § 91. Voir aussi l’opinion dissidente du juge de Visscher dans l’affaire du
Statut international du Sud-Ouest africain, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 187 ;
l’opinion dissidente du juge Read dans l’affaire relative à l’Interprétation des Traités de paix
conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie, deuxième phase, avis consultatif, C.I.J.,
Recueil 1950, pp. 232-233, 234, 235, 237, 238, 240 et 244-245 ; l’opinion individuelle du juge
van Wyk dans l’affaire du Sud-Ouest africain, deuxième phase, arrêt, C.I.J., Recueil 1966, p.
126 ; l’opinion individuelle du juge Fouad Ammoun dans l’affaire du Plateau continental de la
mer du Nord, arrêt, C.I.J., Recueil 1969, pp. 116-117 ; l’opinion individuelle du juge Dillard
dans l’affaire de l’Appel concernant la compétence du Conseil de l’OACI, arrêt, C.I.J., Recueil
1972, pp. 92-93 ; l’opinion individuelle du juge De Castro dans l’affaire de l’Appel concernant
la compétence du Conseil de l’OACI, arrêt, C.I.J., Recueil 1972, pp. 133-134, 136 ; l’opinion
dissidente du juge Moroz dans l’affaire de la Demande de réformation du jugement n° 158 du
Tribunal administratif des Nations Unies, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1973, p. 299, § 6.
114
115
Son domaine d’élection est le droit des traités. Mais la règle ut magis
valeat quam pereat ne figure pas textuellement dans la Convention de
Vienne sur le droit des traités de 1969. En effet, Sir Humphrey Waldock,
le Rapporteur spécial de la Commission de droit international sur le droit
des traités, avait inclus un article 72 intitulé ‘L’interprétation des termes
du traité en fonction de l’effet utile (ut magis valeat quam pereat)’dans
six articles (70 à 75) consacrés à l’interprétation des traités (Section III).
« Dans l’application des articles 70 et 71,302 un terme d’un traité doit être interprété de
manière à lui donner tout le poids et tout l’effet compatibles :
a) avec son sens naturel et ordinaire et avec celui des autres termes du traité ;
b) et avec l’objet et le but du traité ».303
302
L’article 70 était intitulé ‘Règles générales’ et l’article 71 ‘Application des règles générales’ .
Voir Annuaire de la Commission de droit international, 1964, vol. 2, p. 53.
303
Dans son commentaire sur cet article, le Rapporteur spécial a dit qu’il avait hésité à proposer
l’ajout du principe de l’interprétation en fonction de l’effet utile aux règles générales, Annuaire
de la Commission de droit international, 1964, vol. 2, p. 62, n° 27. Cette hésitation était due à
l’existence d’une tendance à conférer à l’interprétation en fonction de l’effet utile une trop
grande portée en la confondant avec l’interprétation extensive ou téléologique et à ce que à ce
que l’interprétation en fonction de l’effet utile soit implicite dans l’interprétation selon le
principe de la bonne foi, ibid.
304
Selon Verdross, Castrén, Bartos et Ruda, l’article 72 ne fait que répéter ce qui figurait à
l’article 70. Ago proposa de supprimer cet article 72 en raison de ce qu’il prenait position sur
l’interprétation extensive, Annuaire de la Commission de droit international, 1964, vol. 1, p.
303.
305
Le libellé de cet article 70 était le suivant : « 1. Les termes d’un traité doivent être interprétés
de bonne foi suivant le sens naturel et ordinaire qui doit être donné à chaque terme ;
a) Dans le contexte où il figure dans le traité et dans le contexte de l’ensemble du traité ; et
b) Dans le contexte des règles de droit international en vigueur à l’époque de la conclusion du
traité.
2. Si le sens naturel et ordinaire d’un terme conduit à une interprétation qui est manifestement
absurde ou déraisonnable dans le contexte de l’ensemble du traité, ou si le sens d’un terme n’est
pas clair du fait de son ambiguïté ou de son obscurité, ce terme doit être interprété :
a) D’après son contexte et d’après l’objet et le but du traité ;
b) D’après les autres moyens d’interprétation mentionnés au paragraphe 2 de l’article 71.
3. Nonobstant les dispositions du paragraphe 1, un sens autre que le sens naturel et ordinaire
peut être donné à un terme, s’il est établi de manière incontestable que, dans le traité, les parties
l’ont pris précisément dans ce sens ». Cet article est devenu l’article 69 dans le projet que la
115
116
« Un traité doit être interprété de bonne foi suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes
du traité dans leur contexte et à la lumière de son objet et de son but ».
La règle ut magis valeat quam pereat est alors une règle générale
d’interprétation dérivant du principe de la bonne foi.307 Elle signifie que
les parties, en adoptant un texte ou l’une de ses composantes, aient voulu
Commission de droit international a présenté devant l’Assemblée générale dans son rapport de
1964. Le paragraphe 1er de cet article 69 stipulait comme suit : « … un traité doit être interprété
de bonne foi suivant le sens ordinaire à attribuer à chaque terme : a) dans le contexte du traité,
compte tenu de son objet et de son but ; … ».
306
Sur cette question, voir le point de vue de Briggs, Annuaire de la Commission de droit
international, 1964, vol. 1, pp. 288-289, n° 12 ; de Ago, ibid., p. 294, n°s 89 et 92 et p. 302, n°
89 et de Bartos, ibid., p. 292, n° 91.
307
ACCIOLY, Traité de droit international public, Paris, 1940, t. 2, p. 499 ; PARRY, « The Law
of Treaties », in M. SORENSEN, Manual of Public International Law, Londres / New York /
Toronto, 1968, p. 211 ; LAUTERPACHT, International Law, Collected Papers, Cambridge,
1978, vol. 4, pp. 434 et 444 ; le même, The Development …, op. cit. (note 11), 1958, p. 290 ; le
même, The Development of International Law by the International Court being a revised edition
of “The Development of International Law by the Permanent Court of International Justice”
(1934), Grotius Publications Limited, Cambridge, 1982, p. 290 ; VILLIGER, M.E., Customary
International Law and Treaties, Dordrecht / Boston / Lancaster, 1985, p. 343 ; COT, Jean P.,
“La bonne foi et la conclusion des traités”, Revue belge de droit international, vol. 4, 1968, p.
144. Dans la jurisprudence, voir l’affaire de la Réévaluation du mark allemand (Royaume-Uni c.
République fédérale d’Allemagne), sentence du 16 mai 1980, Recueil des sentences arbitrales,
vol. 19, p. 126 ; affaire n° 21 du 4 mai 1987, Iran / US Claims Tribunal Reports, vol. 14, 1988,
pp. 350-351 ; opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de l’Admissibilité de
l’audition de pétitionnaires pour le Comité du Sud-Ouest africain, avis consultatif, C.I.J.,
Recueil 1956, pp. 55-56 ; opinion dissidente du juge van Wyk dans les affaires du Sud-Ouest
africain, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1962, p. 604 ; opinion dissidente du juge
Weeramantry dans l’affaire de la Sentence arbitrale du 31 juillet 1989, arrêt, C.I.J., Recueil
1991, pp. 145-146 ; opinion individuelle du juge Torrez Bernárdez dans l’affaire du Différend
frontalier terrestre, insulaire et maritime (El Salvador / Honduras ; Nicaragua (intervenant),
arrêt, C.I.J., Recueil 1992, p. 792 ; Mémoire du Royaume-Uni, C.I.J. Mémoires, Anglo-Iranian
Oil Co. Royaume-Uni c. Iran, 1952, p. 89. Voir une position contraire chez NGUYEN, Quoc
Dihn, DAILLIER, Patrick et PELLET, Alain, Droit international public, 6ème éd., Paris,
L.G.D.J., 1999, p. 260 selon qui la règle de l’effet utile ne serait pas incluse dans le principe de
la bonne foi car ce dernier s’applique aux parties et non au juge. Cela est inadmissible car le
principe de la bonne foi s’impose aussi au juge qui doit l’observer dans sa mission de dire le
droit.
116
117
exprimer une idée et qu’il soit illogique qu’elles ont dit quelque chose
pour ne rien dire.308
Plus précisément, la règle ut magis valeat quam pereat veut dire que
les auteurs du traité élaborent une disposition pour qu’elle s’applique,309
qu’un texte doit s’entendre de telle sorte qu’aucun de ses termes ne soit
inutile,310 qu’un traité doit être interprété dans un sens qui lui donne une
308
EHRLICH, Ludwik, « L’interprétation des traités », R.C.A.D.I., t. 24, 1928-IV, p. 81.
309
NGUYEN, DAILLIER et PELLET, Droit …, op. cit. (note 307), 6ème éd., p. 260, § 169 ;
LAUTERPACHT, Hersch, The Development of International Law by the Permanent Court of
International Justice, Londres, New York, Toronto, Longmans, Green and Cie, 1934, pp. 69 et
70 (‘un traité doit être interprété dans le sens d’être efficace plutôt qu’inefficace’). La
jurisprudence de la Cour utilise les expressions suivantes : ‘produire des effets’, ‘valeur
pratique’, ‘effet pratique’. Voir notamment l’affaire opposant le Chili au Pérou, sentence du 7
avril 1875 in LA PRADELLE et POLITIS, Recueil …, op. cit. (note 57), vol. 2, p. 550 ; l’affaire
relative à l’Acquisition de la nationalité polonaise, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 7, p. 16-
17 (1923) ; l’affaire de l’Echange des populations grecques et turques, avis consultatif, C.P.J.I.,
série B, n° 10, p. 25 (1925) ; l’affaire des Ecoles minoritaires en Albanie, avis consultatif,
C.P.J.I., série A/B, n° 64, p. 20 (1935) ; l’affaire de la Compétence de l’OIT pour réglementer
accessoirement le travail personnel du patron, avis consultatif, série B, n° 13 (1926), p. 19 ;
l’affaire du Détroit de Corfou, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1949, pp. 23-24 ; l’affaire des
Jugements du Tribunal administratif de l’OIT sur requêtes contre l’Unesco, avis consultatif,
C.I.J., Recueil 1956, pp. 97-98 ; l’affaire relative à l’Application de la convention de 1902 pour
régler la tutelle des mineurs, arrêt, C.I.J., Recueil 1958, p. 71 ; l’affaire des Conséquences
juridiques pour les Etats de la présence continue de l’Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest
africain) nonobstant la résolution 276 (1970) du Conseil de sécurité, avis consultatif, C.I.J.,
Recueil 1971, p. 35 ; l’affaire du Différend territorial (Jamahiriya arabe libyenne / Tchad),
arrêt, C.I.J., Recueil 1994, p. 23 ; l’affaire du Filetage dans le golfe du Saint-Laurent (France /
Canada), sentence du 17 juillet 1986, R.G.D.I.P., t. 90, 1986, pp. 734-735, § 30 ; l’affaire de
Laguna del Desierto (Argentine / Chili), sentence de 1994, R.G.D.I.P., t. 100, 1996, p. 585. Voir
également l’opinion dissidente du juge De Visscher dans l’affaire du Statut international du
Sud-Ouest africain, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 187 ; l’opinion dissidente du juge
Read dans l’affaire relative à l’Interprétation des Traités de paix conclu avec la Bulgarie, la
Roumanie et la Hongrie, deuxième phase, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, pp. 231-232,
237-238 ; l’opinion dissidente du juge Alvarez dans l’affaire de la Compétence de l’Assemblée
générale pour l’admission d’un Etat aux Nations Unies, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p.
17 ; l’opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de la Procédure de vote applicable
aux questions touchant les rapports et pétitions relatifs au Territoire du Sud-Ouest africain, avis
consultatif, C.I.J., Recueil 1956, pp. 58-59 et 122 ; l’opinion dissidente commune des juges
Percy Spender et Gerald Fitzmaurice dans les affaires du Sud-Ouest africain, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1962, pp. 511-513 ; l’opinion dissidente du juge Gerald
Fitzmaurice dans l’affaire des Conséquences juridiques pour les Etats de la présence continue
de l’Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest africain) nonobstant la résolution 276 (1970) du
Conseil de sécurité, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1971, p. 240, § 30.
310
Sentence du 7 septembre 1910 rendue par la Cour permanente d’arbitrage dans l’affaire des
Pêcheries des côtes septentrionales de l’Atlantique, R.G.D.I.P., t. 19, 1912, p. 473 et SUR,
Serge, L’interprétation en droit international public, Paris, L.G.D.J., 1974, note 109. Voir
également l’affaire de l’Usine de Chorzow, compétence, arrêt n° 8, C.P.J.I., série A, n° 9, p. 24
(1927) ; l’affaire des Emprunts serbes, C.P.J.I., arrêt n° 14, série A, n° 20, p. 32 (1929) ;
l’affaire du Détroit de Corfou, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1949, p. 26 ; l’affaire de la
Composition du Comité de la sécurité maritime de l’Organisation intergouvernementale
consultative de la navigation maritime, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1960, p. 160 ; l’affaire
des Actions armées frontalières et transfrontalières (Nicaragua c. Honduras), compétence et
117
118
recevabilité, arrêt, C.I.J., Recueil 1988, p. 89, § 46. Dans la doctrine, voir notamment BERLIA,
Georges, « Contribution à l’interprétation des traités », R.C.A.D.I., t. 4, 1965-II, p. 306 et
THIRLWAY, Hugh, « The Law and Procedure of the International Court of Justice 1960-1989.
Part Three », B.Y.B.I.L., vol. 62, 1991, pp. 46 et 47. Cependant, à certains endroits, les deux
auteurs confondent l’interprétation selon la maxime ut magis valeat quam pereat à
l’interprétation d’un traité selon son objet et son but (c’est-à-dire l’interprétation téléologique)
alors que les deux sortes de règles d’interprétation sont différentes.
311
Sentence rendue dans l’affaire des Indiens Cayugas in Travaux de la Cour permanente
d’arbitrage, Carnegie, p. 195 ; affaire des Conséquences juridiques pour les Etats de la présence
continue de l’Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest africain) nonobstant la résolution 276
(1970) du Conseil de sécurité, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1971, p. 35 ; opinion individuelle
du juge Lauterpacht dans l’affaire de l’Admissibilité de l’audition de pétitionnaires par le
Comité du Sud-Ouest africain, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1956, p. 58 ; opinion dissidente
du juge Krylov dans l’affaire du Statut international du Sud-Ouest africain, avis consultatif,
C.I.J., Recueil 1950, pp. 191-192 ; opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de la
Procédure de vote applicable aux questions touchant les rapports et pétitions relatifs au
Territoire du Sud-Ouest africain, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1956, pp. 98 et 122 ; opinion
individuelle du juge De Castro dans l’affaire des Conséquences juridiques pour les Etats de la
présence continue de l’Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest africain) nonobstant la résolution
276 (1970) du Conseil de sécurité, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1971, p. 183 ; DE
VISSCHER, Problèmes d’interprétation judiciaire …, op. cit. (note 11), pp. 85-89.
312
FITZMAURICE, Gerald, « The Law and Procedure of the International Court of Justice :
Treaty Interpretation and Certain Other Treaty Points », B.Y.B.I.L., vol. 28, 1951, p. 8 ;
HAMBRO, Edvard, La jurisprudence de la Cour internationale. Un répertoire des arrêts, avis
consultatifs et ordonnances de la Cour permanente de Justice internationale et de la Cour
internationale de Justice, Leyde, A.W. Sijthoff, vol. I, 1952, p. 36, pp. 208-209, §§ 255 et 256 ;
le même, ibid., vol. IV-A, 1959-1963, pp. 438, § 366 et 462 et 464, §386 ; le même, ibid., pp.
610 et 612, § 525 (pour ces deux auteurs, toutefois, le principe téléologique est une application
de celui de l’effet utile). Voir également FITZMAURICE, « The Law and Procedure of the
International Court of Justice 1951-4. Treaty Interpretation and Other Treaty Points »,
B.Y.B.I.L., vol. 33, 1957, p. 211 ; affaire de la Compétence de l’Assemblée générale pour
l’admission d’un Etat aux Nations Unies, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 8 ; opinion
dissidente du juge van Wyk dans les affaires du Sud-Ouest africain, exceptions préliminaires,
118
119
« Considérant que, dans le doute, les clauses d’un compromis par lequel la Cour est saisie
d’un différend doivent, si cela n’est pas faire violence à leurs termes, être interprétées
d’une manière permettant à ces clauses de déployer leurs effets utiles ».314
arrêt, C.I.J., Recueil 1962, pp. 584 ; opinion dissidente commune des juges Percy Spender et
Gerald Fitzmaurice dans les mêmes affaires, ibid., pp. 467-468.
313
Le problème de l’application de la règle ut magis valeat quam pereat à la déclaration
d’acceptation se pose dans les mêmes termes que dans celui de l’application de cette même
règle à une réserve insérée dans une déclaration. La raison en est qu’une déclaration
d’acceptation et une réserve qu’elle contient sont un seul et même document auquel doivent être
appliqués les mêmes principes juridiques d’interprétation (affaire de la Compétence en matière
de pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 453,
§§ 44-45 ; 454, § 47 et 457, § 60). Voir également la position de l’Espagne dans l’affaire de la
Compétence en matière de pêcheries, C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries,
compétence de la Cour. Espagne c. Canada, 2000, plaidoiries, pp. 452, §§ 2 et 5, 455 ; la
position du Canada dans la même affaire, C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de
pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, 2000, Contre-mémoire, pp. 336-338, §§
73-75 et 383, § 201 ; la position du Canada dans la même affaire, C.I.J. Mémoires, Compétence
en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, 2000, plaidoirie, pp. 493, §
26 ; 501, § 4 et 503-504, §§ 10-14. Dans l’affaire du Plateau continental de la mer Egée, arrêt,
C.I.J., Recueil 1978, p. 33, la Cour a étendu ce lien entre une réserve et une déclaration qui la
contient au rapport entre une clause juridictionnelle (en général) et les réserves dont elle fait
l’objet.
314
Ordonnance, C.P.J.I., série A n° 22, p. 13 (1939). Dans le même sens, voir l’affaire des
Emprunts brésiliens, arrêt n° 15, C.P.J.I., série A n° 21, pp. 123-124 (1929) ; l’affaire des Zones
franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, ordonnance, C.P.J.I., série A n° 24, p. 14 (1930)
; l’affaire du Détroit de Corfou, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1949, pp. 23-24 et l’opinion
119
120
dissidente du juge Azevedo émise dans cette dernière affaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1949, p. 97, §
26.
315
Affaire de l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 105.
316
DE VISSCHER, Problèmes d’interprétation judiciaire …, op. cit. (note 11), p. 199.
317
Affaire de la Compétence en matière de pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la
Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 453, § 44. Dans le même sens, voir les plaidoiries de
l’Espagne dans la même affaire, C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries,
compétence de la Cour. Espagne c. Canada, 2000, plaidoiries, pp. 455, § 16 et 459, § 33.
318
Affaire de l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 106.
Voir également l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 146 ; l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au
Nicaragua et contre celui-ci(Nicaragua c. Etats-Unis), compétence et recevabilité, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1984, pp. 418-419, §§ 60 et 61; l’opinion dissidente du juge ad hoc Torres Bernárdez
dans l’affaire de la Compétence en matière de pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la
Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 630-631, §§ 123-124 et 642, § 155.
319
Affaire de la Frontière terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigéria, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 291, § 25. Voir aussi BRIGGS, “ Reservations …”,
op. cit. (note 11), p. 245.
320
Le caractère de la déclaration d’acceptation a fait l’objet de controverses dans la littérature.
Tantôt, la déclaration d’acceptation est qualifiée d’acte plurilatéral de caractère spécial (opinion
120
121
dissidente du juge Alvarez dans l’affaire de l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire,
arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 125), tantôt, elle est considérée comme un traité (FACHIRI, op.
cit. (note 11), p. 99 ; FARMANFARMA, Ali N., The Declarations of the Members Accepting
the Compulsory Jurisdiction of the International Court of Justice, The Interpretation of Article
36 paragraph 2 of the Statute of the International Court of Justice, thèse, I.U.H.E.I., Genève,
1952, p. 25 ; FITMAURICE, « The Law and Procedure … », op. cit. (note 303), 1957, pp. 230-
231 ; HOLLOWAY, Les réserves …, op. cit. (note 11), pp. 319-322 ; le même, Modern Trends
…, op. cit. (note 11), pp. 652-653 ; HUDSON, The Permanent Court of International Justice …,
op. cit. (note 178), p. 473, note 1 ; LAUTERPACHT, The Development of International Law
…, op. cit. (note 307), 1958, pp. 345-346 ; le même, The Development of International Law …,
op. cit. (note 307), 1982, pp. 345-346 ; MYERS, Denys P., « The names and scope of treaties »,
A.J.I.L., vol. 51, 1957, p. 597 ; Cinquième rapport sur les actes unilatéraux de l’Etat élaboré par
le Rapporteur spécial Victor Rodriguez Cedano, p. 17, § 73 ; opinion dissidente du juge
Anzilotti dans l’affaire de la Compagnie d’électricité de Sofia et de Bulgarie, arrêt, C.P.J.I.,
série A/B, n° 77, p. 87 (1939) ; opinion dissidente du juge Urrutia dans la même affaire, ibid., p.
103 ; opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 48-49 ; opinion dissidente du juge McNair dans l’affaire de
l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 11), tantôt elle est
vue comme un acte sui generis (ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I,
1965, p. 414 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 414 ; le même, The
Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. II, 1997, pp. 830-831 ; TENEKIDES, C.G., « Les
actes compromissoires concurrents », Revue de droit international et de législation comparée,
1936, p. 721 (cet auteur précise cependant qu’une déclaration d’acceptation est un acte
d’adhésion sui generis) ; WALDOCK, “Decline …“, op. cit. (note 11), p. 254 ; opinion
individuelle du juge Jennings dans l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au
Nicaragua et contre celui-ci(Nicaragua c. Etats-Unis), compétence et recevabilité, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1984, pp. 546 et 547 ; opinion dissidente du juge Schwebel dans la même affaire, ibid.,
p. 620, § 99 ; affaire de la Compétence en matière de pêcheries (Espagne c. Canada),
compétence de la Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 453, § 46 ; opinion individuelle du juge
Koroma dans cette dernière affaire, ibid., p. 488, § 6 ; opinion dissidente du juge ad hoc Torres
Bernárdez dans la même affaire, ibid., p. 642, § 155), tantôt elle est tenue pour une signature
différée (GUGGENHEIM, Traité …, op. cit. (note 7), pp. 75-76 ; ROUSSEAU, Charles, Droit
international approfondi, 1958, p. 46), tantôt elle est qualifiée d’exception à la déclaration
d’acceptation (opinion dissidente du juge Weeremantry dans l’affaire de la Compétence en
matière de pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998,
p. 502, § 24 ; opinion dissidente du juge ad hoc Torres Bernárdez dans la même affaire, ibid., p.
661, §§ 207-208 ; plaidoiries de l’Espagne dans la même affaire, C.I.J. Mémoires, Compétence
en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, plaidoiries, 2000, pp. 452,
§ 5 ; 459, § 34 et 482, § 24), tantôt elle est considérée comme un acte d’adhésion (SUY, Eric,
Les actes juridiques unilatéraux en droit international public, thèse, I.U.H.E.I., L.G.D.J., Paris,
1962, p. 143 ; TENEKIDES, op. cit.), tantôt enfin elle est qualifiée d’acte unilatéral
(BALLADORE-PALLIERI, Giorgio, Diritto internazionale pubblico, 6ème éd., Milan, 1952, p.
298 ; BERBER, Friedrich, Lehrbuch des Völkerrechts, t. I : Allgemeines Friedensrecht, Münich
& Berlin, 1960, p. 411 ; CANSACCHI, Giorgio, La notificazione internazionale, Milan, 1943,
p. 200 ; DUBISSON, op. cit. (note 11), pp. 192-195 ; ENRIQUES, « L’acceptation sans
réciprocité de la juridiction obligatoire de la Cour permanente de Justice internationale », Revue
de droit international et de législation comparée, 1932, p. 846 ; MAUS, op. cit. (note 11), p. 53 ;
ROSENNE, Shabtai, The Time Factor in the Jurisdiction of the International Court of Justice,
Leyde, A.W. Sijthoff, 1960, pp. 26-27 ; DE VISSCHER, Problèmes d’interprétation judiciaire
…, op. cit. (note 11), pp. 199 et 202 ; SCHWARZENBERGER, Georg, A Manuel of
International Law, 2ème éd., Londres, 1952, p. 73 ; l’Espagne et le Canada dans l’affaire de la
Compétence en matière de pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1998, p. 452, § 43 ; l’Espagne dans la même affaire, C.I.J. Mémoires, Compétence en
matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, plaidoiries, 2000, p. 459, §
32 et C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c.
Canada, 2000, Mémoire, p. 77, §§ 34-36 ; le Canada dans la même affaire, C.I.J. Mémoires,
Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, 2000, Contre-
mémoire, pp. 330-332, §§ 59-61 ; le Canada dans la même affaire, C.I.J. Mémoires, Compétence
en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, 2000, plaidoirie, p. 493, §
121
122
26 ; la Cour dans l’affaire des Phosphates du Maroc, arrêt, C.P.J.I., série A/B, no 74, p. 23
(1938) ; la Cour dans l’affaire de l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1952, p. 105) ; la Cour dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1957, p. 23 ; la Cour dans l’affaire de la Barcelona Traction, Light and Power
Company, Limited, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1964, p. 29 ; la Cour dans
l’affaire des Essais nucléaires (Australie c. France), arrêt, C.I.J., Recueil 1974, p. 267, § 43 ; la
Cour dans l’affaire des Essais nucléaires (Nouvelle-Zélande c. France), arrêt, C.I.J., Recueil
1974, p. 472, § 46 ; la Cour dans l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua
et contre celui-ci(Nicaragua c. Etats-Unis), compétence et recevabilité, arrêt, C.I.J., Recueil
1984, p. 418, §§ 59 et 60 ; la Cour dans l’affaire de la Compétence en matière de pêcheries
(Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 453, § 46 ; l’opinion
individuelle du juge Oda dans cette dernière affaire, ibid., p. 479, § 10 ; l’opinion dissidente du
juge Ranjeva dans la même affaire, ibid., p. 568, §§ 39-40 ; l’opinion dissidente du juge ad hoc
Torres Bernárdez dans la même affaire, ibid., pp. 630, § 123 ; 638, § 144 ; 641, § 151 ; 658, §
197).
321
C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c.
Canada, 2000, plaidoiries, pp. 476-484.
322
Arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 453, § 46. Dans le même sens, voir l’affaire de la Frontière
terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigéria, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1998, p. 293, § 30 ; l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et
122
123
123
124
325
Ibid.: « On peut dire que ce principe [principe de l’effet utile dont l’application en l’espèce
est proposée par le Gouvernement du Royaume-Uni] doit s’appliquer en général quand il s’agit
d’interpréter le texte d’un traité. Mais le texte de la déclaration [d’acceptation] de l’Iran n’est
pas un texte contractuel résultant de négociations entre deux ou plusieurs Etats ».
326
Ibid., pp. 142 et 144.
327
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 24.
328
Ibid., pp. 24-25, 26, 27. Voir également ibid., pp. 29-30, 31et 32.
124
125
« Les deux Parties se sont référées devant la Cour au principe de l’effet utile. Ce principe
joue certes un rôle important en droit des traités et dans la jurisprudence de cette Cour ;
toutefois, s’agissant d’une réserve à une déclaration faite en vertu du paragraphe 2 de
l’article 36 du Statut [de la Cour], ce qui est exigé en tout premier lieu est qu’elle soit
interprétée d’une manière compatible avec l’effet recherché par l’Etat qui en est
l’auteur ».333
329
C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c.
Canada, Mémoire, 2000, pp. 24, 91, § 57 et 100-112, §§ 124-162. Cependant, l’Espagne
confondait l’interprétation selon le principe de l’effet utile à l’interprétation téléologique car
selon elle [l’Espagne], ce principe de l’effet utile signifie qu’une réserve [contenue dans la
déclaration canadienne d’acceptation] doit être interprétée par rapport à l’objet et au but de la
déclaration d’acceptation, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 452, § 43 ; C.I.J. Mémoires,
Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, plaidoiries,
2000, pp. 575, § 27 et 470.
330
Arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 452, § 43 ; C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de
pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, plaidoiries, 2000, pp. 575, § 27 et 470 ;
C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c.
Canada, Contre-mémoire, 2000, pp. 335-336, §§ 69-71.
331
C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c.
Canada, Contre-mémoire, 2000, pp. 375-378, §§ 182-189 et 376, § 183 ; C.I.J. Mémoires,
Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c. Canada, plaidoirie,
2000, pp. 496, § 39 ; 498, § 52 ; 502, § 4 ; 508, §§ 37-40 ; 541, § 17 et 549, § 53.
332
C.I.J. Mémoires, Compétence en matière de pêcheries, compétence de la Cour. Espagne c.
Canada, Contre-mémoire, 2000, p. 376, §§ 184-185.
333
Ibid., p. 455, § 52. Voir également ibid., p. 460, § 66.
125
126
334
Ibid., pp. 568-569, § 40.
335
Ibid., pp. 659-660, §§ 203-205.
336
Ibid., pp. 508-509, §§ 47-52.
337
Arrêt, C.I.J., Recueil 1984, pp. 468 et 469.
338
Ibid., pp. 604-605, § 71 et 612, § 81.
126
127
127
128
Il est vrai que les Etats-Unis avaient soulevé une exception en raison
de l’imprécision de l’identité du demandeur, ajoutant qu’ils se réservaient
« all rights it now possesses, including the right to file further preliminary objections »,339 et
dans ses contre-mémoires : « The United States Government does not raise any
jurisdictional issue in the proceeding, even though it does not concur in the allegations with
respect to the compulsory jurisdiction of the Court which have been presented by the French
Government, it being its understanding that its abstaining from raising the issue does not affect
its legal right to rely in any future case on its reservations contained in its acceptance of the
compulsory jurisdiction of the Court”.340 Cependant, au cours de la procédure
écrite, ils retirèrent l’exception préliminaire relative à l’identité du
demandeur, car il avait été précisé que la France et le Maroc allaient être
liés par l’arrêt de la Cour.341 Et comme la France déclara qu’elle ne faisait
pas opposition à ce retrait, la procédure sur l’exception préliminaire
engagée prit fin et une ordonnance du 31 octobre 1951 prit acte du
désistement.342
339
C.I.J. Mémoires, Droits des ressortissants des Etats-Unis d’Amérique au Maroc, vol. I.
France c. Etats-Unis, 1950, p. 434.
340
Ibid., pp. 257 et 262.
341
Ibid., pp. 424-434.
342
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1957, pp. 110-111 : « Considérant que, par lettre du 22 octobre
1951, parvenue au Greffe le 25 octobre, l’agent du Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique,
se référant à la lettre de l’agent du Gouvernement de la République française du 6 octobre, a
déclaré que, eu égard aux termes de cette lettre, le Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique
était disposé à retirer son exception ;
Considérant que, par lettre du 25 octobre 1951, copie de la communication de l’agent du
Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique a été transmise à l’agent du Gouvernement de la
République française, lequel a été invité, par application de l’article 69 du Règlement, à faire
savoir le plus rapidement possible s’il ne s’opposait pas à ce retrait ;
Considérant que, par lettre du 27 octobre 1951, parvenue au Greffe le 29 octobre, l’agent du
Gouvernement de la République française a déclaré ne pas faire opposition au retrait de
l’exception ;
LA COUR
prend acte du désistement du Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique de la procédure
introduite par l’exception préliminaire présentée le 21 juin 1951 ;
ordonne que ladite procédure soit rayée du rôle de la Cour ;
constate que la procédure sur le fond, suspendue par l’exception, reprend son cours ».
128
129
343
Cette démarche a été interprétée comme une application du principe du forum prorogatum.
Voir à ce sujet, GOLDIE, op. cit. (note 11), p. 293 ; ROSENNE, The Law and Practice …, op.
cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 397 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985,
p. 397 ; le même, ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. II, 1997, p. 780,
note 113 ; opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains intérêts
norvégiens, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 60.
344
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 22.
345
Ibid., p. 23.
346
Ibid., p. 24.
129
130
De cette attitude des parties, la Cour déduit que cette réserve n’avait
pas été considérée sans importance et que le Gouvernement norvégien ne
l’avait pas abandonnée, mais déclina d’en examiner la validité :
« La validité de la réserve [réserve automatique française du domaine réservé] n’a pas été
mise en question par les Parties. Il est clair que la France maintient entièrement sa
déclaration y compris sa réserve, et que la Norvège se prévaut de cette réserve. Dans ces
conditions, la Cour se trouve en présence d’une disposition que les deux Parties au
différend considèrent comme exprimant leur volonté commune quant à sa compétence. La
Cour ne se tient donc pas appelée à entrer dans un examen de cette réserve à la lumière de
considérations qui ne sont pas liées aux données du procès. Sans préjuger la question, elle
applique la réserve telle qu’elle est et telle que les Parties la reconnaissent ». 351
347
Ibid., pp. 24-25.
348
Ibid., p. 25.
349
Ibid.
350
Ibid., p. 26.
351
Ibid., p. 27.
130
131
Certains juges ont cependant pris parti sur la validité de cette réserve
dans ce cas de figure. En effet, les juges Lauterpacht et Guerrero
qualifient d’invalide non seulement la réserve automatique française du
domaine réservé mais également la déclaration d’acceptation qui la
contient.353 Cette réserve serait invalide, car elle est contraire aux alinéas
2 et 6 de l’article 36 du Statut de la Cour354 et son invalidité entraînerait
celle de la déclaration qui la contient, car elle [cette réserve] constituerait
un élément essentiel de cette même déclaration.355
352
Cependant, ALEXANDROV, Reservations in Unilateral Declarations …, op. cit. (note 11),
p. 79 ; BRIGGS, “Reservations … ”, op. cit. (note 11), p. 343 ; GROSS, « Bulgaria Invokes
… », op. cit. (note 11), 1962, p. 375 ont soutenu que la Cour a considéré comme valables la
réserve automatique française du domaine réservé et la déclaration d’acceptation qui la
contenait. Ces auteurs se fondent sur l’énoncé mis en évidence dans le corps du texte et sur un
autre passage (ibid., p. 23), où la Cour dit notamment : « … la déclaration française accepte la
juridiction de la Cour dans des limites plus étroites que la déclaration norvégienne ; par
conséquent, la volonté commune des Parties, base de la compétence de la Cour, existe dans les
limites plus étroites indiquées par la réserve française ».
353
Opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 43-52, 55-59 et 66 ; opinion dissidente du juge Guerrero dans la
même affaire, ibid., pp. 68-70.
354
Ibid.
355
Ibid.
131
132
356
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1957, p. 107.
357
C.I.J. Mémoires, Interhandel. Suisse c. Etats-Unis, 1957, pp. 452-453 : “ This determination
[the United States Government determination that the sale or disposition of the shares in the
American corporation … is a matter essentially within its domestic jurisdiction] by the United
States of America is not subject to review or approval by any tribunal. It operates to remove
definitively from the jurisdiction of the Court the matter which it determines. After the United
States of America has made such a determination, under the terms of paragraph (b) of the
Conditions [i.e. the U.S. Declaration], the subject matter of the determination is not justiciable”.
358
Cependant, les juges Hackworth, Klaestad et Read (ordonnance, C.I.J., Recueil 1957, pp. 113
et 115) ont déclaré que la Suisse s’était référée à la question de la validité de la réserve des
Etats-Unis mais n’avait pas expressément soutenu que cette réserve fût non valide.
359
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1957, p. 107. Voir également, ibid., p. 111.
360
Ibid., p. 110.
361
Ibid., p. 112 : « Considérant qu’en l’état des informations fournies à la Cour il apparaît que,
selon la législation des États-Unis d’Amérique, la vente desdites actions ne peut être effectuée
qu’à la suite d’une instance judiciaire actuellement pendante dans ce pays et dont la fin
prochaine n’est pas annoncée, que cette vente est par là subordonnée à une décision judiciaire
qui rejetterait les prétentions de l’Interhandel ;
Considérant d’autre part que, dans l’exposé des vues du Gouvernement des Etats-Unis
d’Amérique transmis à la Cour le 19 octobre 1957, il est énoncé que ce Gouvernement « n’a pas
l’intention pour le moment de prendre des mesures en vue de fixer des délais pour la vente de
ces actions » ;
Considérant que dans ces conditions il n’apparaît pas à la Cour que les circonstances exigent
l’indication des mesures conservatoires envisagées dans la demande du Gouvernement suisse ;
Par ces motifs,
LA COUR
dit qu’il n’y a pas lieu d’indiquer des mesures conservatoires ».
132
133
362
Ibid., pp. 113-116. Mais les juges Hackworth, Klaestad, Read ajoutèrent, à titre de précision,
que l’incompétence prima facie de la Cour en ce qui concernait l’exception préliminaire
d’indication des mesures conservatoires était provisoire, la Suisse n’ayant pas formellement
contesté la validité de l’exception américaine, ibid., p. 116 : « Une telle conclusion prima facie
ne préjuge en aucune manière la question de la compétence de la Cour pour connaître de
l’affaire au fond ».
363
Ibid., pp. 117-120.
364
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 11 et 25.
133
134
« Comme nous l’avons déjà dit dans nos observations, de telles réserves dites
automatiques sont incompatibles non seulement avec le principe même de l’arbitrage
obligatoire, article 36, paragraphe 2, du Statut [de la Cour], mais aussi avec l’article 36,
paragraphe 6, du Statut [de la Cour], qui donne à la Cour la compétence de déterminer sa
propre compétence ».
365
Ibid., p. 26. Voir également affaire de l’Interhandel, Procédure orale, 12 et 14 octobre 1957,
C.I.J. Distr. 57/168, pp. 18-20.
366
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 26. Toutefois, DUBISSON (op. cit. (note 11), p. 188) et
certains juges (Spender dans son opinion individuelle dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 54 ; Armand-Ugon dans son opinion dissidente dans
la même affaire, ibid., p. 91 et Lauterpacht dans son opinion dissidente dans la même affaire,
ibid., p. 119) ont soutenu que le fait que la Cour ait examiné l’exception de non-épuisement des
voies de recours internes, qui est une exception d’irrecevabilité, impliquait la question de
compétence résolue et, par conséquent, avoir statué sur l’exception automatique américaine du
domaine réservé. Pour réfuter cet argument, il suffit de dire que les exceptions d’incompétence
ne sont pas toujours examinées avant celles d’irrecevabilité et de renvoyer à l’analyse faite à ce
sujet par ABI-SAAB, Les exceptions …, op. cit. (note 170), pp. 229-241.
134
135
367
Ibid., p. 29. Cependant, dans son opinion dissidente, le juge Klaestad (ibid., p. 76) a soutenu
que la Cour devait décider sur la validité de la réserve automatique américaine du domaine
réservé étant donné que les parties avaient débattu de cette validité : « Dans ces conditions, il est
clair à mes yeux que la Cour doit aujourd’hui examiner la réserve [automatique américaine du
domaine réservé] et statuer sur l’exception préliminaire qui en fait état ».
368
Voir cependant ALEXANDROV, Reservations in Unilateral Declarations …, op. cit. (note
11), p. 84 qui soutient que la Cour a, dans toute cette affaire (phases d’indication des mesures
conservatoires et des exceptions préliminaires), traité la déclaration américaine d’acceptation
comme une déclaration acceptant la compétence obligatoire de la Cour. Cet auteur se fonde sur
un énoncé où la Cour a dit que « la Suisse et les Etats-Unis d’Amérique ont accepté par les
déclarations souscrites en leur nom la jurisdiction obligatoire de la Cour sur la base de l’article
36, paragraphe 2, du Statut [de la Cour] ». Par là, cet auteur veut dire que la Cour s’est
prononcée sur la validité de la déclaration américaine d’acceptation et en faveur de cette
validité.
369
Opinion individuelle du juge Spender dans l’affaire de l’Interhandel, arrêt, C.I.J., Recueil
1959, pp. 54, 55, 56-57 et 59 ; opinion dissidente du juge Lauterpacht dans la même affaire,
ibid., pp. 95, 101-107, 116-117 et 119.
370
Ibid.
135
136
371
Déclaration du juge ad hoc Carry dans l’affaire de l’Interhandel, arrêt, C.I.J., Recueil 1959,
p. 32 ; opinion dissidente du juge Klaestad dans la même affaire, ibid., pp. 75-78 ; opinion
dissidente du juge Armand-Ugon dans la même affaire, ibid., p. 91.
372
Voir leurs plaidoiries prononcées par leur agent HAGER Eric H., C.I.J. Mémoires, Incident
aérien du 27 juillet 1955. Etats-Unis c. Bulgarie, 1957, pp. 305, 308 et 323-324.
373
Ibid., pp. 676-677.
374
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1960, p. 147.
375
Ibid.
376
Ibid., p. 148.
136
137
377
Arrêt, C.I.J., Recueil 1984, p. 395, § 1.
378
Ibid., p. 422, § 67 ; C.I.J. Mémoires, Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et
contre celui-ci. Nicaragua c. Etats-Unis, vol. II, 1984, p. 8, note 1.
379
Cependant, SZAFARZ, The Compulsory Jurisdiction …, op. cit. (note 11), p. 55 conclut que
l’attitude de la Cour dans cette affaire analysée dans le texte impliquait la validité de la réserve
automatique américaine du domaine réservé.
380
ALEXANDROV, Reservations in Unilateral Declarations …, op. cit. (note 11), p. 87.
381
Voir la littérature que nous avons déjà relevée en notes 19 (à propos de la thèse de
l’invalidité de la réserve automatique du domaine réservé et de la déclaration qui la contient) et
20 (à propos de l’invalidité de la réserve automatique du domaine réservé et de la validité de la
déclaration qui la contient).
137
138
138
139
382
Voir les références indiquées supra en note 21.
383
Voir des exemples des matières traditionnellement considérées comme relevant du domaine
réservé chez SOHN, « International Tribunals : Past, and Future », American Bar Association
Journal, vol. 46, 1960, p. 26 et chez American Bar Association – Section of International and
Comparative Law, Report on the Self-Judging Aspect of the United States’ Domestic
Jurisdiction Reservation with Respect to the International Court of Justice, 1959, pp. 43-44.
384
SHIHATA, The Power …, op. cit. (note 11), p. 290.
139
140
385
KOLB, op. cit. (note 11), p. 617.
386
Voir certaines des références indiquées supra, note 21.
387
Cependant, HAMBRO, Edvard, « The Jurisdiction of the International Court of Justice »,
R.C.A.D.I., t. 76, 1950-I, p. 189 dit qu’un Etat invoquera la réserve automatique du domaine
réservé selon une interprétation raisonnable et uberrima fide.
388
Opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 52-53 ; son opinion dans l’affaire de l’Interhandel, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1959, pp. 11-112 et 115 ; opinion individuelle du juge Spender dans la même affaire,
ibid., p. 59 ; CRAWFORD, op. cit. (note 11), p. 67 ; DE VISSCHER, Problèmes
d’interprétation judiciaire …, op. cit. (note 11), pp. 210-211.
140
141
141
142
« En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la
présente Charte [Charte des Nations Unies] et leurs obligations en vertu de tout autre
accord international, les premières prévaudront ».
Tout autre accord international visé dans l’article 103 de la Charte des
Nations Unies et reproduit ci-dessus est le lien conventionnel, le vinculum
juris, constitué par les déclarations d’acceptation des parties à l’instance
et sur la base duquel la Cour exerce sa fonction judiciaire. Ce lien
389
Le libellé de cet alinéa est reproduit supra, note 184.
390
Cet article est reproduit supra, note 185.
391
Le libellé de cet article figure supra, note 252.
392
Voir par exemple l’énoncé de la Cour dans l’affaire de la Procédure de vote applicable aux
questions touchant les rapports et pétitions relatifs au Territoire du Sud-Ouest africain, avis
consultatif, C.I.J., Recueil 1955, p. 76 : « C’est de la Charte [des Nations Unies] que
l’Assemblée générale tire sa compétence pour exercer ses fonctions de surveillance ; c’est dans
le cadre de la Charte [des Nations Unies] qu’il lui faut trouver les règles selon lesquelles elle
doit prendre ses décisions se rapportant à ces fonctions. Il serait juridiquement impossible pour
l’Assemblée générale d’une part d’invoquer la Charte [des Nations Unies] pour recevoir et
examiner les rapports et pétitions relatifs au Sud-Ouest africain et d’autre part de prendre des
142
143
143
144
« Considérant que l’on ne saurait facilement admettre que les Parties aient voulu adopter
une stipulation qui serait incompatible avec la fonction de la Cour ; que, dès lors, s’il est
possible d’interpréter l’alinéa 2 de l’article 2 du compromis de manière à permettre à la
Cour d’accomplir sa tâche, tout en respectant l’idée essentielle qui est à la base dudit
alinéa, c’est cette interprétation qui doit être préférée ». 396
particulier, mais une institution préétablie par un acte international qui en définit la compétence
et en règle le fonctionnement et, dans le cas présent, l’organe judiciaire principal des Nations
Unies ». C’est nous qui soulignons l’expression ‘à moins de convention contraire’.
395
Affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, ordonnance, C.P.J.I., série
A, n° 22, p. 12 (1929). Voir également l’affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du
Pays de Gex, ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 46, p. 138 (1932).
396
Ordonnance, C.P.J.I., série A, n° 24, p. 14 (1930). Voir aussi l’affaire des Zones franches de
la Haute-Savoie et du Pays de Gex, ordonnance, C.P.J.I., série A, n° 22, p. 13 (1929).
144
145
« C’est une règle d’interprétation qu’un texte émanant d’un Gouvernement doit, en
principe, être interprété comme produisant et étant destiné à produire des effets conformes
et non pas contraires au droit existant ».397
397
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 142.
398
SZAFARZ, The Compulsory Jurisdiction …, op. cit. (note 11), p. 55.
399
Opinion individuelle du juge Lauterpacht dans l’affaire de Certains emprunts norvégiens,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 54-55 ; son opinion dissidente dans l’affaire de l’Interhandel,
145
146
exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 113-114 ; JENNINGS, op. cit. (note
11), p. 361 ; MAUS, op. cit. (note 11), pp. 159-160. Sont contre cet argument fondé sur le
caractère indéfini de la notion de domaine réservé, FITZMAURICE, The Law and Procedure
…, op. cit. (note 11), pp. 617-618 ; GREIG, « Nicaragua and the United States … », op. cit.
(note 11), pp. 206-207 ; VERZIJL, The Jurisprudence …, op. cit. (note 11), 1966, p. 288.
400
BRIGGS, “ Reservations …”, op. cit. (note 11), p. 303 ; HOLLOWAY, Modern Trends …,
op. cit. (note 11), p. 688, note 21; opinion dissidente du juge Lauterpacht dans l’affaire de
l’Interhandel, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 111-112 ; PERRIN, « L’Affaire de l’Interhandel.
Phase des exceptions … », op. cit. (note 11), p. 173 ; ZOLLER, op. cit. (note 11), pp. 138-139.
Dans le sens contraire, voir ELKIND, op. cit. (note 10), pp. 160 et 163 : “Those who argue that
the U.S. Reservation [Connally Reservation] cannot be interpreted so as to give the Court any
power of review base their arguments on one or more of the following grounds. … 3. It would
be odious and difficult for the Court to be placed in the position of having to accuse a sovereign
State of unreasonabless, bad faith or abuse of right. The odiousness or difficulty of the exercise
ought not to prevent the Court from doing it. If we accept that good faith is a general principle
of law, then it would seem that the Court is bound to apply it under Article 38 (1) (c) of the
Statute. In doing so, it can be as diplomatic and circumspect as it were. To ignore the principle,
146
147
147
148
De ce qui précède, il est ainsi possible de dire ceci. Il est certain que
l’application de la règle ut magis valeat quam pereat transforme une
réserve du domaine réservé à caractère objectif en réserve automatique du
domaine réservé. Cependant, elle ne donne aucune utilité à cette réserve
du domaine réservé à caractère objectif. En effet, l’application du principe
de la bonne foi à une réserve automatique du domaine réservé
retransforme cette dernière en réserve du domaine réservé à caractère
objectif. Cette application permet à la Cour d’aboutir au même résultat
que celui auquel elle se serait parvenue sans recours à la règle ut magis
valeat quam pereat et sans formulation d’une réserve du domaine réservé
à caractère objectif. Ce résultat est bel bien l’inutilité de la formulation
d’une réserve du domaine réservé à caractère objectif.
404
BECKER, “Some Political Problems …”, op. cit. (note 11), p. 267 : “ … I have a serious
question whether ‘as determined by the United States of America’ [figurant dans la réserve
automatique américaine du domaine réservé], if fairly applied, would mean any more in the way
of excluding the International Court [of Justice] from passing upon truly domestic issues than
the words ‘as determined by the principles of international law’”.
148
149
405
PERRIN, “L’Affaire de l’Interhandel. Les mesures …”, op. cit. (note 11), p. 74. Voir une
généralisation de ce rôle extra-juridique de la réserve du domaine réserve aux autres titres de
compétence chez LAUTERPACHT, The Development of International Law …, op. cit. (note
309), 1934, p. 72 : « In conferring jurisdiction upon international tribunals States are not guided
by reasons of legal logic, but by political expediency ».
406
COT, Jean P., “Affaire du droit de passage sur territoire indien”, A.F.D.I., vol. 6, 1960, p.
321.
149
150
CHAPITRE II
407
Voir notamment le rapport de M. Louis Le Fur dans A.I.D.I., vol. 36, 1931, pp. 25-86 ;
rapport complémentaire de M. Louis Le Fur dans A.I.D.I., vol. 37, 1932, pp. 159-185 ; A.I.D.I.,
vol. 37, 1932, pp. 367-424, 565-566 ; ARANGIO-RUIZ, Gaetano, “The Plea of Domestic
Jurisdiction before the International Court of Justice : Substance or Procedure?”, Fifty Years of
the International Court of Justice. Vaughan LOWE et Malgosia FITZMAURICE (éd.), Essays in
Honour of Sir Robert Jennings, Grotius Publications, Cambridge University Press, 1996, pp.
441, 452 et 456 ; BRIERLY, The Law of Nations. …, op. cit. (note 62), p. 358 ; CONFORTI,
op. cit. (note 11), p. 217, § 2 ; HOWELL, « The Commonwealth and … », op. cit. (note 142), p.
38 ; le même, « Delimiting ‘Domestic Jurisdiction’ », Western Political Quarterly, vol. 10, 1957,
p. 514 ; JIMENEZ DE ARECHAGA, “ The Amendements to the Rules …”, op. cit. (note 9), p.
13 ; LAUTERPACHT, Hersch, “The British Reservations to the Optional Clause”, Economica,
vol. 10, 1930, pp. 153-154, note 33 ; le même, International Law and Human Rights, Londres,
150
151
Les Etats ont fait état du rapport entre le moyen de défense tiré du
domaine réservé et le fond du différend dans deux catégories
d’hypothèses. La première est celle où ce rapport est mis en lumière par
les prises de positions des parties lors de l’invocation de ce moyen de
défense tiré du domaine réservé, tandis que la seconde est fournie par le
Pacte de Bogotà du 30 avril 1948 relatif au règlement pacifique des
différends.
Stevens, 1950, pp. 166 et ss ; son opinion dissidente dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 122 ; opinion dissidente du juge Read dans l’affaire
de Certains emprunts norvégiens, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 86 ; SCELLE, « Règles
générales … », op. cit. (note 106), pp. 417-418 ; SPERDUTI, “La recevabilité des exceptions
préliminaires de fond …”, op. cit. (note 9), p. 481 ; le même, « Le eccezioni tratte dalla nozione
di dominio riservato quali eccezioni preliminari di merito », Rivista di diritto internazionale, vol.
57, 1974, p. 654 ; le même, « Ancora sulle eccezioni preliminari di merito », Rivista di diritto
internazionale, vol. 58, 1975, pp. 658 et 662 ; STARACE, op. cit. (note 150), pp. 196-197 ;
VERZIJL, The Jurisprudence …, op. cit. (note 11), 1966, pp. 46-47 (où cependant il soutient
que la Cour n’examinera pas le fond du différend s’il est manifeste que ce différend n’est régi
par aucun accord. Cette observation de Verzijl n’est pas acceptable car la Cour ne saurait dire
qu’il est manifeste qu’un différend n’est régi par aucun accord que si elle examine le fond du
différend) ; le même, The Jurisprudence …, op. cit. (note 31), 1965, p. 48 (où il dit que seule
l’admission de l’exception du domaine réservé équivaut à une décision au fond tandis que le
rejet de cette exception statuerait parfois sur le fond de l’affaire parfois seulement sur la
question préliminaire). Quatre auteurs, à savoir ARANGIO-RUIZ, JIMENEZ DE ARECHAGA,
SPERDUTI et STARACE vont plus loin en soutenant que ce moyen tiré du domaine réservé
implique l’examen de tout le fond du différend.
151
152
408
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 149-150. Même au stade de fond, l’Inde soutenait qu’en
l’absence de titres « la question de l’octroi ou du refus du passage réclamé sur le territoire indien
relevait exclusivement de sa compétence nationale », arrêt, C.I.J., Recueil 1960, p. 32.
152
153
409
C.I.J. Mémoires, Droit de passage sur territoire indien. Portugal c. Inde, vol. IV, 1957, pp.
632-633 et 634 ; Duplique de M. Bourquin, ibid., p. 264 ; arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 136 et
137.
410
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 12-13.
411
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 5, p. 25 (1923).
412
Ibid., p. 24.
153
154
413
C.P.J.I., série C, n° 78, p. 167.
414
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 11.
415
C.P.J.I., série C, n° 2, pp. 23, 209 et 210 ; avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, p. 12
(1923).
416
C.P.J.I., série C, n° 2, pp. 240-241.
417
Ibid., pp. 56, 57 et 216.
418
Ibid., pp. 215-217.
154
155
419
C.I.J. Annuaire 1947-1948, p. 144.
420
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, pp. 22 et 26 (1923).
155
156
421
Ibid., pp. 26, 28-29. Cependant, de ce passage, le juge Azevedo a conclu, dans son opinion
dissidente dans l’affaire relative à l’Interprétation des Traités de paix conclus avec la Bulgarie,
la Roumanie et la Hongrie, première phase, avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 88, que ce
qui a incité la Cour à ne pas statuer sur la question relative à l’autonomie de la Carélie orientale
était de ne pas favoriser une action oblique (ici, l’action oblique a un sens différend de celui
qu’elle a en droit civil et signifie une action de faire trancher un différend actuellement né par
un avis) de trancher un différend actuellement né au moyen d’une demande d’avis. Il est
difficile d’accepter ce point de vue car il ressort clairement du passage en question que la Cour a
refusé de statuer sur ladite question pour ne pas examiner le fond du différend. Nous vient en
appui à cet égard le passage suivant tiré de l’opinion dissidente du juge Zoricic dans la même
affaire relative à l’Interprétation des Traités de paix conclus avec la Bulgarie, la Hongrie et la
Roumanie, première phase : « L’affaire actuelle [l’Interprétation des Traités de paix conclus
avec la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie, première phase] présente une analogie frappante
avec l’affaire de la Carélie orientale. Premièrement : dans l’affaire actuelle, l’objet de la
demande d’avis porte aussi sur l’interprétation d’un traité et sur l’existence de certaines
obligations internationales découlant de ce traité, de sorte que la réponse de la Cour équivaut en
substance à la solution du différend actuel entre les parties », avis consultatif, C.I.J., Recueil
1950, p. 108.
156
157
pression illicite ; que, dès lors, l’existence d’une divergence d’opinions au sens de l’article
72, alinéa 3, de la Convention de Genève apparaît indissolublement liée aux faits allégués
par le demandeur et ne peut être constatée que sur la base d’une connaissance complète de
ces faits, telle que seule la procédure sur le fond pourra la fournir …
Considérant que la demande ainsi formulée soulève une question quant à la compétence de
la Cour, question qui est liée à celle de savoir si, se basant sur l’article 72, alinéa 3, de la
Convention de Genève, un Etat peut, en sa qualité de Membre du Conseil, demander
qu’une indemnité soit allouée au profit d’un minoritaire ressortissant de l’Etat défendeur ;
que, dès lors, et comme cette dernière question … relève du fond, la Cour ne saurait statuer
sur la question de compétence avant d’avoir entendu les arguments quand au fond ». 423
Dans l’affaire Losinger, après avoir fait observer qu’en statuant sur
l’exception yougoslave du domaine réservé dans la phase préliminaire, la
Cour risquait de trancher des questions appartenant au fond de l’affaire,
d’en préjuger la solution et d’empiéter sur le fond, elle subordonna
l’examen de cette même exception au dépôt et à la présentation par les
parties respectivement de deux pièces écrites et d’exposés oraux sur le
fond :
422
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 52, p. 12 (1933).
423
Ibid., pp. 14 et 15.
157
158
« Bien que [l’argumentation bulgare en faveur de son exception du domaine réservé] vise à
établir l’incompétence de la Cour et à empêcher la procédure de se poursuivre, la Cour,
après en avoir examiné la portée, s’est trouvée conduite à constater que cette objection est
étroitement liée au fond même du différend. Le raisonnement tend, en effet, à démontrer
l’absence de tout élément international dans la relation de droit établie entre la compagnie
belge et les autorités bulgares par les sentences du Tribunal arbitral mixte. Or, c’est là non
seulement toucher au fond du différend, mais prendre position à l’égard de l’un de ses
éléments essentiels ». 426
424
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 23 (1936).
425
Arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 77, pp. 77-78 (1939).
426
Ibid., pp. 82-83.
158
159
Dans son opinion dissidente, le juge van Eysinga fut aussi d’avis que
la Cour, pour se déclarer incompétente de connaître la requête belge et de
décider si les comportements incriminés des pouvoirs administratif,
judiciaire et législatif bulgares relevaient de la compétence exclusive de la
Bulgarie, devait examiner un prétendu manquement de la Bulgarie à ses
obligations internationales, en substance donc le fond même de l’affaire :
« Pour trancher ces questions [caractère licite ou illicite de certains actes de l’Albanie vis-
à-vis de l’Italie], il est nécessaire de déterminer si la loi albanaise du 13 janvier 1945 était
159
160
« Eu égard à toutes ces questions [examiner la pratique effective des autorités britanniques,
indiennes et portugaises à propos du droit de passage – en particulier en ce qui concerne la
mesure dans laquelle cette pratique peut être interprétée et a été interprétée par les Parties
comme signifiant que le droit de passage est une question qui, selon le droit international,
relève exclusivement de la compétence nationale du souverain territorial ; examiner la
question de la portée juridique de la pratique suivie par les autorités britanniques et
portugaises , c’est-à-dire rechercher si cette pratique exprimait le commun accord des deux
Parties quant à l’exclusivité des droits de la juridiction nationale, ou si elle pouvait fournir
la base d’où résulterait un droit en faveur du Portugal ; examiner la question de l’effet
juridique et des questions entourant l’application de l’article 17 du Traité de 1779 et des
décrets mahrattes pris en application de ce texte] et à d’autres analogues, il n’est pas
possible de statuer sur la cinquième exception préliminaire [l’exception indienne du
domaine réservé] à ce stade sans préjuger le fond ». 429
Dans son opinion dissidente émise dans cette dernière affaire, le juge
ad hoc Chagla fit remarquer que la Cour ne pouvait pas décider sur
l’exception indienne du domaine réservé sans définir les obligations de
l’Inde et que la jonction au fond de cette même exception était due à ce
que la décision sur l’exception impliquait l’examen du fond du différend :
427
Ibid., p. 117.
428
Arrêt, C.I.J., Recueil 1954, pp. 32 et 33.
429
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 150.
160
161
partie du domaine réservé mais du domaine international que la Cour peut examiner, et elle
peut définir les obligations de l’Inde selon le droit international. Il est vrai que dans un
grand nombre de cas, lorsqu’une exception est formulée sur la base de la compétence
nationale, la Cour a tendance à joindre l’exception au fond parce qu’elle pense qu’il est
impossible d’arriver à une décision sur la question sans examiner le fond ».430
430
Ibid., pp. 174-175.
431
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 24.
432
Ibid., p. 122. Voir également son article « The British Reservations … », op. cit. (note 407),
p. 153, note 33.
161
162
« Au cours de l’examen des exceptions préliminaires, la Cour doit éviter de préjuger des
points touchant au fond du différend surtout quand les questions soulevées, soit de fait, soit
de droit … sont étroitement liées au fond. Une telle intervention sur le fond du différend
… ».433
433
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 87.
162
163
434
Voir une position non acceptable logiquement et juridiquement chez JACOBY, « Some
Aspects … », op. cit. (note 62), p. 242, note 50 d’après laquelle il est, dans ce cas, douteux que
la Cour décline sa compétence et décide que la requête n’est pas fondée.
435
Cette injustice a été dénoncée par le juge Read dans son opinion dissidente émise en l’affaire
de l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 149 : « Il m’est
impossible de méconnaître la grave injustice que causerait à un Etat demandeur un arrêt qui
admettrait une exception d’incompétence [exception iranienne du domaine réservé] et refuserait
d’autoriser un prononcé sur le fond, tout en tranchant en même temps, à l’encontre de l’Etat
demandeur, un important point de fait ou de droit faisant partie du fond. … ni le demandeur ni le
défendeur ne devraient être placés dans un état d’infériorité à la suite d’une décision sur un point
de fait ou de droit touchant le fond ».
436
Ces principes d’une bonne administration de la justice obligent la Cour à respecter le principe
de l’égalité des parties et à maintenir un équilibre entre les intérêts du demandeur et du
défendeur. Voir ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), pp. 34-35 et
ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 465, note 5 ; le même,
The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 465, note 5.
163
164
164
165
CHAPITRE III
L’APPLICATION DE LA TECHNIQUE DE LA
CONCLUSION PROVISOIRE À L’EXAMEN DE
L’EXCEPTION DU DOMAINE RÉSERVÉ.
165
166
récusait une obligation qu’un Etat demandeur tenait du traité437 si des faits
déterminés n’étaient pas invoqués dès le début.438
437
C.P.J.I., série D, Addendum au n° 2, p. 87.
438
Ibid.
439
Ibid., p. 89.
440
Ibid.
441
Ibid.
442
Ibid., p. 90.
443
Ibid., p. 91.
444
Ibid.
166
167
par la suite. Depuis lors on n’en trouve plus de trace même dans les
travaux préparatoires accessibles des Règlements ultérieurs de la Cour.
Cela explique pourquoi la technique de la conclusion provisoire s’est
développée seulement dans la jurisprudence.
445
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, p. 26 (1923).
167
168
446
ARANGIO-RUIZ, Gaetano, “Le domaine réservé. L’organisation internationale et le rapport
entre droit international et droit interne”, R.C.A.D.I., t. 225, 1990-VI, p. 276.
447
BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), pp. 318 et 327 ; le même, « The United States
and the International Court of Justice … », op. cit. (note 11), p. 305.
448
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67 (1936). Briggs n’indique pas la page de l’ordonnance
à laquelle il se réfère mais se limite à dire ceci : « In the Losinger … cases the jurisdictional plea
of domestic jurisdiction was joined to the merits for further hearings, since a provisional view of
the cases suggested the possibility that the issue could be decided only on the basis of principles
of international law ». Voir BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), p. 327 ; le même,
« The United States and the International Court of Justice … », op. cit. (note 10), pp. 304-305.
449
L’énoncé de l’affaire auquel se réfère Briggs est de libellé suivant : « Considérant que, dans
son message du 29 juin 1951, le Gouvernement de l’Iran a déclaré qu’il repoussait la demande
en indication de mesures conservatoires présentée par le Gouvernement du Royaume-Uni,
motifs pris principalement du défaut de qualité du Gouvernement du Royaume-Uni à l’effet de
saisir la Cour d’un différend qui s’est élevé entre le Gouvernement de l’Iran et l’Anglo-Iranian
Oil Company, Limited, et de la circonstance que ce différend, mettant en cause l’exercice des
droits souverains de l’Iran, relèverait exclusivement de la compétence nationale de cet Etat et, à
ce titre, échapperait par sa nature aux méthodes de règlement spécifiées par la Charte ;
Considérant que le grief indiqué dans la requête est celui d’une prétendue violation du droit
international constituée par la rupture du contrat de concession du 29 avril 1933 et par un déni
de justice qui, selon le Gouvernement du Royaume-Uni, résulterait du refus du Gouvernement
de l’Iran d’accepter l’arbitrage prévu par ce contrat, et qu’on ne saurait admettre a priori qu’une
demande fondée sur un tel grief échappe complètement à la juridiction internationale ;
Considérant que la constatation précédente est suffisante pour autoriser en droit la Cour à
examiner la demande en indication de mesures conservatoires ; Considérant que l’indication de
telles mesures ne préjuge en rien la compétence de la Cour pour connaître au fond de l’affaire et
laisse intact le droit du défendeur de faire valoir ses moyens à l’effet de la contester »
(ordonnance, C.I.J., Recueil 1951, pp. 92-93). De ce passage, Briggs déduit la technique de la
conclusion provisoire et dit qu’elle signifie qu’une fois que les questions de droit international
se trouvent impliquées, une exception du domaine réservé est insuffisante pour empêcher les
168
169
débats in limine litis et pour contrecarrer l’indication des mesures provisoires, en attendant une
détermination finale de la compétence de la Cour d’examiner le fond du différend.
450
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957. Briggs n’indique pas la page de l’arrêt à laquelle il se réfère mais
se contente de dire ceci : « In the … Right of Passage cases the jurisdictional plea of domestic
jurisdiction was joined to the merits for further hearings, since a provisional view of the cases
suggested the possibility that the issue could be decided only on the basis of principles of
international law ». Voir BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), p. 327 ; le même, « The
United States and the International Court of Justice … », op. cit. (note 10), pp. 304-305.
451
FITZMAURICE, The Law and Procedure …, op. cit. (note 11), pp. 603-604.
452
L’extrait de l’opinion individuelle du juge Badawi auquel se fonde Fitzmaurice est le
suivant : « On pourrait, toutefois, soutenir que l’affaire relève du droit international parce que le
Gouvernement français prend fait et cause pour ses ressortissants et exerce à leur égard la
protection diplomatique, ce qui imprime à l’affaire un caractère international. Est-il besoin de
dire que c’est une pétition de principe, puisque précisément la portée de cette exception est que
cette protection n’aurait pas été valablement exercée? … il serait bien étrange et paradoxal de
considérer que la négation du caractère international d’une question de droit interne et la
discussion qui s’engage à ce sujet confèrent à cette même question le caractère international »
(arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 32-33).
453
HAMMARSKJÖLD, Äke, « Les leçons du quatrième avis consultatif de la Cour permanente
de Justice internationale », in Juridiction internationale, Leyde, A.W. Sijthoff, 1938, p. 535. Cet
auteur n’indique pas l’énoncé de cette affaire auquel il se réfère mais la lecture de toute l’affaire
nous suggère de citer le passage suivant : « … bien que la Pologne n’ait pas elle-même évité de
puiser dans le fond du litige certains des arguments allégués par elle en faveur de son exception,
la Cour ne saurait, dans sa décision sur cette exception, préjuger en rien de sa décision future sur
le fond. Mais, d’un autre côté, la Cour ne saurait décliner sa compétence par ce seul fait, car
ainsi elle ouvrirait la porte à la possibilité pour une Partie de donner à une exception
d’incompétence, ne pouvant être jugée sans avoir recours à des éléments puisés dans le fond, un
caractère péremptoire, simplement en la présentant in limine litis, ce qui est inadmissible. Dès
lors, la Cour, en vue de la décision qui lui est maintenant demandée, estime devoir aborder
l’examen visé ci-dessus quand même cet examen devrait l’amener à effleurer des sujets
appartenant au fond de l’affaire, étant entendu, toutefois, que rien de ce qu’elle dit dans le
présent arrêt ne saurait limiter sa complète liberté d’appréciation, lors des débats sur le fond, des
arguments éventuellement apportés de part et d’autre sur ces mêmes sujets » (arrêt n° 6, C.P.J.I.,
série A, n° 6, pp. 15-16 (1925)).
169
170
454
Ibid.
455
DE LA GROTTE, Michel, « La Cour permanente de Justice internationale », Revue de droit
international et de législation comparée, t. 7, 1926, pp. 352-353 et 357 ; HAMMARSKJÖLD,
Äke, « La Cour permanente de Justice internationale en 1925 », in Juridiction internationale,
Leyde, A.W. Sijthoff, 1938, p. 555 ; le même, « La Cour permanente de Justice internationale
en 1926-1928 », in Juridiction internationale, Leyde, A.W. Sijthoff, 1938, p. 577. A ces auteurs,
il faut ajouter les juges visés à la Section Ière de ce Chapitre, pp. 165-167.
456
Voir infra Chapitre V, Section IV, pp. 287-302.
170
171
457
BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), p. 313 ; le même, « The United States and the
International Court of Justice … », op. cit. (note 10), p. 305 (qui, paradoxalement, avait affirmé
que la Cour a appliqué la technique de la conclusion provisoire pour décider même sur sa
compétence lorsqu’il disait, aux notes 449-451, que la Cour l’a appliquée dans les affaires
Losinger, ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 15 (1936) ; de l’Anglo-Iranian Oil Co.,
mesures conservatoires, ordonnance, C.I.J., Recueil 1951, pp. 92-93 et 318 et du Droit de
passage sur territoire indien, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 325) ;
BROWNLIE, Ian, Principles of Public International Law, 5ème éd., Oxford, Clarendon Press,
1998, pp. 297-298 ; PERRIN, « L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions … », op. cit.
(note 11), p. 159 ; VINEUIL, Paul, “Les leçons du quatrième avis consultatif de la Cour
permanente de Justice internationale”, Revue de droit international et de législation comparée,
vol. 4, 1923, pp. 330-331 ; WALDOCK, “The Plea … ”, op. cit. (note 11), p. 108 ; le même,
« General Course … », op. cit. (note 21), p. 178. D’autres auteurs avancent des motifs sur
lesquels il ne vaut pas la peine de faire des commentaires. Dans ce sens, voir DE LA GROTTE,
« La Cour … », op. cit. (note 455), p. 351 pour qui la Cour n’a pas appliqué la technique de la
conclusion provisoire en raison de l’absence de présomption en faveur de sa compétence et
aurait appliqué la technique de la conclusion provisoire dans l’affaire des Décrets de nationalité
promulgués en Tunisie et au Maroc parce que la compétence du Conseil est générale, de sorte
que l’exception prévue au paragraphe 8 devait être interprétée restrictivement alors que la
compétence obligatoire de la Cour n’existe que dans les cas où des dispositions spéciales
prévoient des exceptions à la règle générale qu’est l’absence de juridiction sur les affaires dont
elle est unilatéralement saisie.
458
BRIGGS, “Reservations …”, op. cit. (note 11), p. 313 ; PERRIN, « L’affaire de
l’Interhandel. Phase des exceptions … », op. cit. (note 11), pp. 159 et 160 ; WALDOCK, «The
171
172
Plea … », op. cit. (note 11), pp. 108, 109 et 113 ; le même, « General Course … », op. cit. (note
21), p. 178.
459
HAMMARSKJÖLD, « Les leçons du quatrième avis consultatif … », op. cit. (note 453), pp.
435-436 ; le même, « La Cour permanente … », op. cit. (note 455), p. 552 ; VINEUIL, “Les
leçons …”, op. cit. (note 457).
172
173
« … dès que les titres invoqués sont de nature à permettre la conclusion provisoire qu’ils
peuvent avoir une importance juridique pour le différend soumis au Conseil, et que la
question de savoir si un Etat est compétent pour prendre telle ou telle mesure se trouve
subordonnée à l’appréciation de la validité et à l’interprétation de ces titres, la disposition
du paragraphe 8 de l’article 15 cesse d’être applicable et l’on sort du domaine exclusif de
l’Etat pour entrer dans le domaine régi par le droit international. … elle[la Cour] n’est
appelée à examiner les arguments et titres invoqués par les Gouvernements intéressés que
dans la mesure nécessaire à l’appréciation de la nature du différend. … la Cour doit les [
arguments et titres invoqués] examiner pour se former une opinion sur la nature du
différend … ».460
460
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, p. 26 (1923).
461
Arrêt, C.I.J., Recueil 1953, p. 18. Ce passage s’est inspiré des plaidoiries de Fitzmaurice dans
la même affaire, C.I.J. Mémoires, Ambatielos. Grèce c. Royaume-Uni, 1951, pp. 379-380 et
382-388. A cette dernière page, Fitzmaurice a spécialement dit ceci : « … we are not of course
suggesting that the Court must decide whether the claim is valid or not, that is to say, well
founded in the Treaty, for that would be a matter of ultimate merits, but here I must reject Me.
Rolin’s charge that we were asking the Court to consider not only whether the claim was
’ fondée sur le traité ‘ but ‘ bien fondée sur le traité’. We do not suggest that the Court must
consider whether the claim is ‘ bien fondée ‘, but what we say is that it must at least consider
whether the claim is ‘ fondée ‘ … ».
173
174
statuer sur l’exception et le stade de la procédure dans lequel ils ont été
émis.
La comparaison qui précède montre que les critères contenus dans les
affaires des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc et
Ambatielos, fond, sont complètement différents. Alors que le critère
462
HOWELL, “The Commonwealth and …”, op. cit. (note 142), pp. 36-37 ; ABI-SAAB, Les
exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), p. 191.
174
175
463
Voir aussi l’opinion individuelle du juge Higgins dans l’affaire des Plateformes (République
islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1996,
p. 849.
175
176
« Il y a lieu, tout d’abord, de préciser quel examen que la Cour, aux termes de l’article 36,
dernier alinéa, de son Statut, doit entreprendre pour arriver à la conclusion que le différend
qui lui est soumis est ou n’est pas relatif à l’interprétation ou à l’application du Mandat et
[qu’] … il rentre ou ne rentre pas dans la juridiction qui lui revient en vertu de l’article 26.
… la Cour … ne croit pas pouvoir se contenter d’une conclusion provisoire sur le point de
savoir si le différend relève des dispositions du Mandat. … Il est vrai que, dans son Avis
consultatif n° 4, concernant les décrets de nationalité en Tunisie et au Maroc (zone
française), la Cour, appelée à se prononcer sur une exception d’incompétence, a déclaré
que la compétence du Conseil de la Société des Nations doit être admise dès que les titres
d’ordre international invoqués par les Parties sont de nature à permettre la conclusion
provisoire qu’ils peuvent avoir une importance juridique pour le différend. Dans cette
affaire, il s’agissait d’une exception basée sur le paragraphe 8 de l’article 15 du Pacte [de
la Société des Nations] … Par contre, dans le cas actuel, l’exception de juridiction,
soulevée par le Gouvernement britannique, se rapporte à une juridiction limitée à certaines
catégories de différends qui sont déterminées par un critère juridique (interprétation et
application des termes du Mandat) et tend, en conséquence, à faire prévaloir la règle
générale d’après laquelle les Etats sont libres de soumettre ou de ne pas soumettre leurs
différends à la Cour ».465
464
Toutefois, voir une conclusion contraire et inacceptable chez BOS, op. cit. (note 142), pp.
306-307 qui, en se fondant sur l’énoncé de la Cour dans la même affaire des Concessions
Mavrommatis en Palestine, arrêt n° 2, C.P.J.I., série A, n° 2, p. 16 (1924) (« … la Cour veut
s’assurer seulement si … le différend qui lui est soumis, tel qu’il se présente actuellement et sur
la base des faits établis en ce moment, tombe sous l’application des dispositions du Mandat »),
dit que la décision dans cette affaire était sommaire parce que la Cour pouvait réformer sa
propre décision concernant sa compétence si, au cours de l’examen au fond, elle arrivait à une
conclusion différente de celle dérivée des faits connus d’elle pendant l’examen préliminaire de
sa compétence.
176
177
465
Arrêt n° 2, C.P.J.I., série A, n° 2, pp. 16-17 (1924).
466
Arrêt, C.I.J., Recueil 1996, pp. 826-827.
177
178
467
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, p. 26 (1923) ; HOWELL, « The Commonwealth and
… », op. cit. (note 142), pp. 31, 35 et 39 ; opinion dissidente du juge Klaestad dans l’affaire du
Droit de passage sur territoire indien, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp.
164 et 165 ; plaidoiries de l’Inde dans la même affaire, C.I.J. Mémoires, Droit de passage sur
territoire indien. Portugal c. Inde, vol. I-V, 1955, p. 611 et arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 133 et
149.
468
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 24 ; HOWELL, « Delimiting … », op. cit. (note 407), pp. 516
et 525 ; le même, “The Commonwealth and …”, op. cit. (note 142), pp. 30, 31, 32 et 33 ;
opinion dissidente du juge Klaestad dans l’affaire du Droit de passage sur territoire indien,
exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 164 et 165 ; opinion dissidente du juge
Lauterpacht dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil, 1959,
p. 121.
469
Argument portugais dans l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 136.
470
C.I.J. Mémoires, Droit de passage sur territoire indien. Portugal c. Inde, vol. I-V, 1955, pp.
149, 150, 609 et 611; affaire du Droit de passage sur territoire indien, exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 133 ; opinion dissidente du juge ad hoc Chagla dans la même
affaire, ibid., pp. 175 et 178 ; WALDOCK, « The Plea … », op. cit. (note 11), pp. 110, 112, 113
et 114.
471
Opinion individuelle du juge Shahabuddeen dans l’affaire des Plateformes pétrolières
(République islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1996, pp. 828, 830, 831, 832, 833 et 840.
472
Ibid., p. 840.
473
SPERDUTI, « La recevabilité des exceptions préliminaires de fond … », op. cit. (note 9), p.
484. ‘Fumus’ signifie fumée (voir GAFFIOT, Félix, Dictionnaire illustré latin-français, Paris,
Hachette, 1934, p. 694). L’expression ‘fumus juris’ signifie alors que la Cour, dans l’application
de la technique de la conclusion provisoire, procède à un examen passager. Car, comme le dit
Sperduti (ibid.), le ‘fumus juris’ n’est nécessaire que pour pourvoir en temps utile la
conservation d’un droit.
474
Opinion dissidente du juge Lauterpacht dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 121 ; SIMMONDS, op. cit. (note 11), p. 535.
178
179
475
Opinion individuelle du juge Shahabuddeen dans l’affaire des Plateformes pétrolières
(République islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1996, p. 827.
476
DUBISSON, op. cit. (note 11), p. 134 ; HAMMARSKJÖLD, Äke, « Le Règlement révisé de
la Cour permanente de Justice internationale », Revue de droit international et de législation
comparée, t. 8, 1927, pp. 348-349 ; HOWELL, « The Commonwealth and … », op. cit. (note
142), p. 30 ; opinion individuelle du juge Levi Carneiro dans l’affaire Ambatielos, exception
préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 48. La position de Waldock d’après laquelle la Cour,
en appliquant la technique de la conclusion provisoire, examine seulement certains des moyens
soulevés à l’appui de l’exception, des éléments qui n’ont aucun rapport avec le fond et ne touche
pas une partie des arguments avancés et liés au fond et que ces derniers doivent, le cas échéant,
être jugés dans l’arrêt final avec le fond est difficilement acceptable car il ne fait qu’énoncer la
règle de la spécialité. En effet, dire que la Cour doit éviter de statuer sur les moyens liés au fond
dans la phase préliminaire et se limiter à ceux qui sont de nature préliminaire, c’est répéter le
principe selon lequel la Cour doit s’abstenir de préjuger le fond dans sa décision sur les
exceptions préliminaires.
477
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), p. 245.
478
BRIGGS, “Reservations … “, op. cit. (note 11), p. 313.
479
Affaire Ambatielos, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1953, p. 10.
179
180
480
L’adjectif ‘définitive’ ne doit pas ici s’entendre dans le sens d’une décision définitive prévue
par l’article 60 du Statut de la Cour selon lequel « l’arrêt est définitif et sans recours » mais dans
celui de ‘parachevé’ comme cela fut décidé par la Cour dans l’affaire relative à l’Usine de
Chorzów, compétence, arrêt n° 8, C.P.J.I., série A, n° 9, p. 23 (1927) : « Une interprétation qui
obligerait la Cour à s’arrêter à la simple constatation que la Convention a été inexactement
appliquée ou qu’elle est restée sans application, sans pouvoir fixer les conditions dans lesquelles
les droits conventionnels lésés peuvent être rétablis, irait à l’encontre du but plausible et naturel
de la disposition, car une pareille juridiction, au lieu de vider définitivement un différend,
laisserait la porte ouverte à de nouveaux litiges ». C’est nous qui soulignons.
481
Opinion individuelle du juge Shahabuddeen dans l’affaire des Plateformes pétrolières
(République islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1996, p. 828.
482
BOS, op. cit. (note 142), p. 88.
483
Opinion individuelle du juge Shahabuddeen dans l’affaire des Plateformes pétrolières
(République islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1996, pp. 829-830. Cependant, GUGGENHEIM, “Der sogenannte automatische
Vorbehalt ...“, op. cit. (note 11), p. 121, dit qu’en cas de rejet de l’exception du domaine réservé,
en application de la technique de la conclusion provisoire, la Cour n’a pas à trancher au stade du
fond car la décision au stade préliminaire s’identifie à celle à rendre sur le fond du différend.
484
C.I.J. Mémoires, Droit de passage sur territoire indien. Portugal c. Inde, vol. I-V, 1955, p.
611 ; PERRIN, « L‘affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions … », op. cit. (note 11), p. 163,
citant l’opinion dissidente du juge Klaestad dans l’affaire du Droit de passage sur territoire
indien, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 164-165.
485
Cela ne signifie cependant pas nécessairement que ce droit international est violé. En effet, il
est vrai que certains des arguments substantiels de l’Etat défendeur se trouvent écartés car il ne
pourra plus dans la phase de fond faire valoir l’inapplicabilité des titres de droit international
invoqués par l’Etat demandeur. Mais, il peut y soutenir que ses actes sont conformes au droit
international ou que la requête est irrecevable pour un motif quelconque.
180
181
486
BOS, op. cit. (note 142), p. 318 ; HAMMARSKJÖLD, « La Cour permanente … », op. cit.
(note 455), p. 553 ; le même, « Les leçons du quatrième avis consultatif … », op. cit. (note 453),
p. 550 ; JACOBY, « Some Aspects … », op. cit. (note 62), pp. 234 et 242 ; LAUTERPACHT,
“The British Reservations …”, op. cit. (note 407), pp. 153-154, note 33 ; le même, The Function
of Law …, op. cit. (note 97), pp. 361-363 ; le même, The Development …, op. cit. (note 309),
1934, pp. 85-86 ; le même, The Development …, op. cit. (note 11), 1958, p. 271 ; le même, The
Development …, op. cit. (note 307), 1982, p. 271 (dans ces deux derniers ouvrages, cet auteur
admet cependant deux exceptions : la première est celle où les titres de droit international qu’un
Etat demandeur invoque sont manifestement infondés ou abusifs ; la seconde est celle où un Etat
demandeur reconnaît lui-même qu’une matière sur laquelle porte le différend relève du domaine
réservé de l’Etat défendeur) ; PERRIN, « L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions … »,
op. cit. (note 11), pp. 163-164 ; SPERDUTI, « La recevabilité des exceptions préliminaires de
fond … », op. cit. (note 9), p. 481, 483-484 ; WALDOCK, «The Plea … », op. cit. (note 11), p.
141.
487
BOS, op. cit. (note 142), p. 301, citant l’opinion dissidente du juge Read dans l’affaire de
l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 149 ;
LAUTERPACHT, “The British Reservations … ”, op. cit. (note 407), pp. 153-154, note 33 ;
STARACE, op. cit. (note 150), p. 199.
181
182
En somme, ces trois premières écoles sont de même essence car elles
visent toutes à exclure l’admission de l’exception du domaine réservé en
application de la technique de la conclusion provisoire en raison de ce que
cette admission soit inéquitable à l’encontre de l’Etat demandeur.
488
PERRIN, “L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions …”, op. cit. (note 11), pp. 163-
164 ; SPERDUTI, “La recevabilité des exceptions préliminaires de fond …”, op. cit. (note 9), p.
484.
489
HAMMARSKJÖLD, “Les leçons du quatrième avis consultatif …”, op. cit. (note 453), pp.
435-436 (aux pp. 433-435, cet auteur avait invoqué l’excès de pouvoir) ; LAUTERPACHT,
« The British Reservations … », op. cit. (note 407), pp. 153-154, note 33 ; le même, The
Function of Law … , op. cit. (note 97), pp. 361-363 ; le même, The Development …, op. cit.
(note 11), 1958, pp. 270-272 ; le même, The Development …, op. cit. (note 11), 1982, pp. 270-
172. Cependant, dans son opinion dissidente dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 121, Lauterpacht adopte une attitude nuancée : « …
il [est] évident que le critère adopté en se référant à cet avis [l’avis de la Cour dans l’affaire des
Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc] réduit au strict minimum l’effet
pratique envisagé par la réserve en question. Car il est rare que puisse se présenter une affaire
dans laquelle les motifs de droit international invoqués par l’Etat demandeur soient, à première
vue, sans pertinence à l’égard de la question ».
182
183
Il est certain que les justifications avancées par ces trois premières
écoles sont, par là, conformes à l’une des raisons d’être de la technique de
la conclusion provisoire. En effet, dans la conclusion du chapitre
directement précédent, nous avons affirmé que la Cour recourt à la
technique de la conclusion provisoire en vue de respecter les principes de
bonne administration de la justice et d’écarter toute iniquité à l’encontre
de l’Etat demandeur due à l’admission de l’exception du domaine réservé
au stade préliminaire. Car cette admission aboutit au rejet de la requête de
l’Etat demandeur, parfois même avant qu’il ait pu développer ses
arguments sur le fond du différend, alors que l’Etat défendeur ne risque
rien en cas de rejet de l’exception du domaine réservé.
490
SALVIOLI, Gaetano, « Les rapports entre le jugement sur la compétence et celui sur le fond
dans la jurisprudence internationale », R.G.D.I.P., t. 36, 1929, p. 113.
491
Voir infra Section IV directement suivante de ce Chapitre, pp. 184-195.
492
Voir PERRIN ; WALDOCK; LAUTERPACHT et ROSENNE.
183
184
493
COT, “Affaire …”, op. cit. (note 406), p. 321 ; JIMENEZ DE ARECHAGA, “The
Amendments to the Rules …”, op. cit. (note 9), p. 13 (comme Lauterpacht cité à la note et
BRIERLY, The Law of Nations. …, op. cit. (note 62), p. 358, il soutient que si l’exception du
domaine réservé est manifestement fondée, l’application de la technique de la conclusion
provisoire doit aboutir à son admission) ; JACOBY, « Some Aspects … », op. cit. (note 62), pp.
234 et 242.
494
Voir supra, spécialement aux pp. 177-180.
184
185
495
Avis consultatif, série B, n° 4, pp. 22 et 24 (1923).
496
Ibid., p. 28.
185
186
« La Cour observe qu’en tout cas, il sera toujours nécessaire de recourir au droit
international pour décider quelle sera la valeur d’un tel accord au regard des Etats tiers et
que, par conséquent, cette question sort de la compétence exclusive laissée à l’Etat par le
droit international … ».497
« Il n’est évidemment possible de se prononcer sur ce point qu’en faisant appel aux
principes du droit international relatifs à la durée de la validité des traités. … la question ne
rentre pas dans la compétence exclusive que le droit international laisse aux Etats … ».498
497
Ibid.
498
Ibid., p. 29.
186
187
« Donc, pour le Maroc comme pour la Tunisie, on se trouve en présence d’une contestation
relative à l’interprétation d’engagements internationaux. Le caractère international de la
situation juridique résulte non seulement de ce que les deux Gouvernements intéressés
interprètent d’une manière différente les engagements pris, mais aussi de ce que, sur le
territoire du Protectorat français du Maroc, la Grande-Bretagne exerce des droits
capitulaires. A ce point de vue également, la question ne rentre pas, selon le droit
international, dans la compétence exclusive d’un seul Etat … ».500
« Il suit de là que l’on se trouve en présence d’une question qui, selon le droit
international, ne rentre pas dans la compétence exclusive d’un seul Etat … ».501
499
Ibid., p. 30.
500
Ibid.
187
188
501
Ibid., p. 31.
502
Ibid.
503
HOWELL, “Delimiting … “, op. cit. (note 407), p. 516 ; le même, « The Commonwealth and
… », op. cit. (note 142), pp. 33 et 34, où il va plus loin en considérant que ce degré de
pertinence internationale n’a pas été défini.
188
189
Arangio-Ruiz est allé plus loin dans sa critique pour dire que la Cour
n’y a pas vraiment appliqué la technique de la conclusion provisoire.505
En effet, selon lui, la Cour s’est appuyée sur des questions touchant le
fond du différend dans la seule mesure nécessaire à montrer les points de
droit international qui s’en dégageaient et s’est bornée à déclarer qu’il
s’agissait d’un différend international soumis au Conseil de la S.D.N.506
alors qu’elle aurait dû lire les titres invoqués, constater leur validité, les
interpréter, les appliquer aux faits contestés par la Grande-Bretagne,
couvrir entièrement la matière du différend, déclarer la France obligée ou
libre et non ‘presque obligée’, ‘obligée un petit peu’, ‘quasi libre’ ou
‘libre jusqu'à un certain point.’507
504
Ibid.
505
ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. … “, op. cit. (note 446), p. 178.
506
Ibid.
507
Ibid., pp. 75-77. Voir aussi WALDOCK, “The Plea …”, op. cit. (note 11), p. 112 qui dit :
« … large areas of controversy were left open on each of the four points ».
508
Voir également GUGGENHEIM, ” Der sogenannte automatische Vorbehalt ...“, op. cit. (note
11), p. 121.
189
190
Pour se prononcer sur l’exception soulevée par les trois Etats, la Cour
a appliqué, de manière implicite certes, la technique de la conclusion
provisoire. 509 En effet, elle a considéré qu’elle n’était pas appelée à
connaître des manquements allégués aux articles des Traités de paix
relatifs au respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni
de leur interprétation, mais à donner des précisions juridiques sur
l’applicabilité de la procédure de règlement des différends à travers les
commissions prévues par les clauses compromissoires contenues dans ces
Traités de paix :
« La Cour n’est pas appelée à connaître des accusations qui ont été portées devant
l’Assemblée générale, les questions posées ne portant ni sur les manquements allégués aux
prescriptions des traités relatives au respect des droits de l’homme et des libertés
fondamentales ni sur l’interprétation des articles des traités relatifs à ces droits et libertés.
… [La demande d’avis] tend exclusivement à obtenir de la Cour certaines précisions
juridiques concernant l’applicabilité de la procédure de règlement des différends par
commissions, telle que l’ont prévue les dispositions expresses de l’article 36 du Traité avec
la Bulgarie, de l’article 40 du Traité avec la Hongrie, de l’article 38 du Traité avec la
Roumanie ».510
509
Cependant, ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 67 ; le
même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 67 ; The Law and Practice …, op.
cit. (note 249), vol. I, 1997, pp. 107 considère que « the Court did not deal with that objection
[domestic jurisdiction objection] a priori by summarily dismissing it, but disposed of it only
after an examination of its merits ».
510
Avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, pp. 70-71.
190
191
des Nations Unies et que son avis n’en préjugeait ni l’issue ni la position
juridique des parties :
« … [L’interprétation de ces clauses des Traités de paix] ne touche assurément pas le fond
même de ces différends. … c’est à ces commissions [prévues par les traités de paix] qu’il
appartiendra de statuer sur toutes ces contestations qui, pour chacun de ces différends …
contestations dont le présent avis ne préjuge aucunement la solution. Il en résulte que la
position juridique des parties à ces différends ne serait à aucun degré compromise par les
réponses que la Cour pourrait faire aux questions qui lui sont posées. … la Cour estime que
l’opposition manifestée par la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie ne doit pas la déterminer
à s’abstenir de répondre à la demande d’avis ». 511
« Interpréter à cette fin les clauses d’un traité ne saurait être envisagé comme une question
relevant essentiellement de la compétence nationale d’un Etat. C’est une question de droit
international qui par sa nature rentre dans les attributions de la Cour ».512
511
Ibid.
512
Ibid.
191
192
« Pour déterminer si l’examen des titres ainsi invoqués échappe à la compétence de la Cour
pour le motif allégué par les Etats-Unis, la Cour s’inspirera de ce qu’a fait la Cour
permanente de Justice internationale en présence d’une constatation analogue dans son avis
consultatif sur les Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc (Série B, n° 4).
En conséquence, la Cour n’entend pas, en la présente phase de la procédure, apprécier la
validité des titres invoqués par le Gouvernement suisse ni se prononcer sur leur
interprétation, ce qui serait aborder le fond du différend. Elle se bornera à rechercher si les
titres invoqués par le Gouvernement suisse permettent la conclusion provisoire qu’ils
peuvent être pertinents en l’espèce et, dans ce cas, à rechercher si les questions relatives à la
validité et à l’interprétation de ces titres sont des questions de droit international ». 513
513
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 24.
192
193
« Par l’article IV de cet accord international, les Etats-Unis ont assumé l’obligation de
débloquer les avoirs suisses aux Etats-Unis. Les Parties sont en désaccord sur la
signification du mot ‘débloquer’ et des mots ‘avoirs suisses’. … Au présent stade de la
procédure, il suffit de constater que l’article IV de l’Accord de Washington peut être
pertinent pour la solution du présent différend et que son interprétation relève du droit
international ».515
514
Par cet accord, la Suisse s’engageait à poursuivre ses recherches et à liquider les biens
allemands en Suisse, tandis que les Etats-Unis devaient débloquer les avoirs suisses aux Etats-
Unis.
515
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 24.
193
194
« Toutes les autorités judiciaires et les décisions judiciaires citées par les Etats-Unis parlent
de biens ennemis ; mais le problème est justement de savoir si les avoirs de l’Interhandel
sont des biens ennemis ou neutres. En présence d’une contestation formelle, fondée sur les
principes du droit international … les Etats-Unis ne sont pas fondés à dire que leur décision
est définitive et ne saurait être contestée ; c’est un problème [qui] doit être résolu à la
lumière des principes et des règles du droit international qui régissent les rapports entre les
belligérants et les neutres en temps de guerre ».516
516
Ibid., p. 25.
517
Cet article stipule que « s’il devait s’élever des divergences d’opinion au sujet de
l’application du présent Accord et si ces divergences ne pouvaient être résolues autrement, il
serait fait appel à l’arbitrage ».
518
Cet article est libellé comme suit : « Tout différend, de quelque nature qu’il soit, qui viendrait
à s’élever entre les Parties contractantes sera, en cas d’échec des pourparlers diplomatiques
ordinaires, soumis à l’arbitrage ou à la conciliation, suivant ce que décideront alors les Parties
contractantes ».
519
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 25.
194
195
520
ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé …”, op. cit. (note 446), p. 81.
521
Voir supra, p. 189.
195
196
522
Ce problème sera étudié uniquement en matière contentieuse car un avis consultatif n’est pas
en principe doté de l’autorité de la chose jugée. Voir dans ce sens le Comité des juristes en
1920 ; l’affaire de la Société commerciale de Belgique, arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 78, p.
175 (1939) ; HUDSON, The Permanent Court of International Justice …, op. cit. (note 178), pp.
511-512 ; NANTWI, op. cit. (note 11), p. 72. Pour un point de vue nuancé, voir PINTO, Roger,
« L’organisation judiciaire internationale. La Cour internationale de justice. Les décisions de la
Cour », Jurisclasseur de droit international, 1959, fasc. n° 218, n°s 346 à 349 et GRISEL,
Etienne, « Res judicata : l’autorité de la chose jugée en droit international », in Bernard
Dutoit/Etienne Grisel (éds.), Recueil de travaux offerts à Georges Perrin, Lausanne, Payot,
1984, p. 144 qui soutiennent qu’un avis consultatif n’est doté de l’autorité de la chose jugée que
si les Etats y ont consenti. Cette nuance est cependant une évidence car le droit international est
dans l’essence volontariste.
523
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), pp. 243-251 et
SHAHABUDDEEN, Mohamed, Precedent in the World Court, Cambridge, Grotius Publications
/ Cambridge University Press, 1996, pp. 152-165 et la littérature à laquelle les deux auteurs
réfèrent.
196
197
Cette thèse est confirmée par la Cour dans les affaires relatives au
Service postal polonais à Dantzig,524 à Certains intérêts allemands en
Haute-Silésie polonaise, fond,525 à l’Interprétation des arrêts n°s 7 et 8
(usine de Chorzów),526 à la Demande d’interprétation de l’arrêt du 20
novembre 1950 en l’affaire du droit d’asile,527 au Sud-Ouest africain,
deuxième phase, 528 à la Compétence en matière de pêcheries (République
fédérale d’Allemagne c. Islande), fond,529 ainsi que par une large partie de
la doctrine530 et un certain nombre d’opinions dissidentes et individuelles
des juges de la Cour.531
524
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 11, pp. 29-30 (1925).
525
Arrêt n° 7, C.P.J.I., série A, n° 7, pp. 34-35 (1926).
526
Arrêt n° 11, C.P.J.I., série A, n° 13, pp. 11, 20-21 (1927) (la Cour reconnaît l’autorité de la
chose jugée seulement au dispositif et la refuse aux motifs qui dépassent la portée du dispositif).
527
Arrêt, C.I.J., Recueil 1950, p. 402 (la Cour attache l’autorité de la chose jugée aux motifs et
non au dispositif).
528
Arrêt, C.I.J., Recueil 1966, pp. 36-37, § 59.
529
Arrêt, C.I.J., Recueil 1974, pp. 189, § 34 et 203, § 171-172.
530
BOS, op. cit. (note 142), pp. 301, 306-307 et 317-321 ; Discussions au cours de l’élaboration
du deuxième Règlement, C.P.J.I., série D, n° 2, pp. 86-89 (1926) ; DE LAPRADELLE,
Geouffre, « L’excès de pouvoir de l’arbitre », Revue de droit international, 1928, pp. 5 et ss ;
GRISEL, « Res judicata … », op. cit. (note 522), pp. 148, 154 et 155 ; DE LA GROTTE, « La
Cour permanente de Justice … », op. cit. (note 455), p. 356 ; LIMBURG, J., « L’autorité de la
chose jugée des décisions des juridictions internationales », R.C.A.D.I., t. 30, 1929-V, p. 597 ;
MARBROUK, Mohieddine, Les exceptions de procédure devant les juridictions internationales,
Paris, L.G.D.J., 1966, pp. 305-307 ; MORELLI, Gaetano, « Questioni preliminari nel processo
internazionale », Rivista di Diritto internazionale, vol. 54, 1971, p. 13 ; MOSLER, Hermann,
« Judgments of International Courts and Tribunals », Encyclopedia of Public International Law,
Settlement of Disputes, éd. par Rudolf BERNHARDT, Amsterdam, New York, Oxford, North-
Holland Publishing Company, 1981, vol. 1, p. 116 ; RÖBEN, Volker, « Le précédent dans la
jurisprudence de la Cour internationale », German Yearbook of Intenational Law, vol. 32, 1989,
pp. 383 et 385 ; ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1965, p. 627 ;
SALVIOLI, « Les rapports entre le jugement sur la compétence et celui sur le fond … », op. cit.
(note 490), pp. 113, 114 et 115 ; le même, « Problèmes de procédure dans la jurisprudence
internationale », R.C.A.D.I., t. 91, 1957-I, p. 599, note 1 ; SHAHABUDDEN, op. cit. (note
523), p. 154, note 14 ; SAYED, Hani, Les exceptions préliminaires dans la procédure de la Cour
197
198
198
199
mesure nécessaire à décider de l’exception, sans préjuger le fond et sans examiner tous les
éléments du fond.
533
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), p. 246 ; opinion individuelle
du juge Shahabuddeen dans l’affaire relative aux Plates-formes pétrolières (République
islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1996,
p. 828.
199
200
cette exception, tandis que le but du second exercice est d’établir si les
circonstances alléguées ‘présentent un fondement juridique
inattaquable’534 et, par là-même, de se prononcer sur les droits et
obligations des parties au différend.
Il n’est dès lors pas nécessaire que les décisions auxquelles ces deux
examens donnent lieu soient identiques. Chacune d’elles reste valable et
définitive dans son domaine et ce par rapport au but qui lui est propre.
534
Affaire Ambatielos, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1953, p. 18.
535
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), p. 246.
536
Ibid.
537
L’autorité de la chose jugée de la décision rendue sur le fond n’a pas besoin d’être prouvée
car non seulement cela ne fait pas l’objet de notre étude mais la question est également très peu
controversée. La controverse n’existe qu’en ce qui concerne la question de savoir si l’autorité de
la chose jugée s’attache au dispositif ou aux motifs ou aux deux à la fois. A ce sujet, voir
notamment ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 463 ; le
même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 463 ; le même, The Law and
Practice …, op. cit. (note 11), vol. II, 1997, pp. 920-922.
538
PINTO, Roger, « L’organisation judiciaire internationale. La Cour internationale de Justice.
Les décisions », Jurisclasseur de droit international, 1980, fasc. 218, n° 43, p. 8.
200
201
539
En revanche, la décision de fond donnée au stade préliminaire serait dépourvue de l’autorité
de la chose jugée qu’elle ne pourrait acquérir que dans la phase de fond. Voir à ce sujet
HAMMARSKJÖLD, « Le Règlement révisé … », op. cit. (note 476), p. 349.
540
Arrêt, C.I.J., Recueil 1966, pp. 36-37, § 59.
541
DE LA GROTTE, “La Cour permanente … », op. cit. (note 455), pp. 346-347 ;
HAMMARSKJÖLD, « La Cour permanente …, op. cit. (note 455), p. 547 ; LAMBERTI
ZANARDI, Pierluigi, « Il procedimento sulle eccezioni preliminari nel processo davanti alla
Corte internazionale di Giustizia », Rivista di diritto internazionale, vol. 48, 1965, fasc. 4, p. 559
; ROSENNE, The International Court of Justice. …, op. cit. (note 11), 1965, p. 349 qui qualifie
de ‘interlocutory judgments’ les décisions que la Cour a rendues sur les exceptions
d’incompétence soulevées par le Royaume-Uni dans l’affaire des Concessions Mavrommatis en
Palestine, arrêt n° 2, C.P.J.I., série A, n° 2 (1924), par la Pologne dans l’affaire de Certains
intérêts allemands en Haute-Silésie polonaise, compétence, arrêt n° 6, C.P.J.I., série A, n°
6 (1925) et d’interlocutoires les débats sur les exceptions préliminaires, ibid., pp. 356, 357 et
359, note 3 ; WITENBERG, Joseph C. et DESRIOUS, Jacques, L’organisation judiciaire, la
procédure et la sentence internationale. Traité pratique, Paris, Pedone, 1937, pp. 412 et ss.
Cependant, ces auteurs sont d’avis que seule est interlocutoire une décision qui repousse
l’exception pour le motif qu’elle crée une forclusion qui empêche les parties de soulever une
nouvelle fois les arguments rejetés et la Cour de les reconsidérer ultérieurement. Cette opinion
est inacceptable dans la mesure où elle distingue l’autorité de la chose jugée de la forclusion
alors que les deux produisent des effets identiques.
542
Opinion dissidente du juge Koretsky, ibid., p. 241 ; opinion dissidente du juge Jessup, ibid.,
pp. 333-334.
543
Avis consultatif, C.I.J., Recueil 1956, p. 143.
201
202
544
Il n’y a pas d’unanimité dans la définition des jugements avant dire droit. En effet, PETIT,
Bruno, « Jugement avant dire droit », Répertoire de procédure civile, Paris, Dalloz, 1956, vol. 2,
p. 205 (n° 5), les définit comme ceux ayant pour objet de mettre la procédure en état (jugements
préparatoires) ou d’ordonner des mesures d’instruction (jugements interlocutoires) ou de
sauvegarder les droits des parties pendant le cours de l’instance (jugements provisoires). Quant à
lui, le Lexique des termes juridiques, 10ème éd., Paris, Dalloz, 1995, p. 323 dit que les jugements
avant dire droit ou avant faire droit ne comprennent que les jugements préparatoires (ayant pour
but d’organiser une instruction et que PETIT Bruno a identifiés aux jugements interlocutoires)
et les jugements provisoires (ayant pour objet d’aménager une situation provisoire) ; DAHL,
Henry S., Dictionnaire Juridique Dahl, Français-Anglais, Anglais-Français, Paris, Dalloz, 1995,
p. 246 définit Jugement avant dire comme “Non-final judgement. A judgment which … lacks
the authority of res judicata in the principal action (article 482 du Nouveau Code de procédure
civile)” ; Vocabulaire juridique, 2ème éd., Paris, P.U.F., 1990, p. 455 désigne le jugement avant
dire droit (ou avant faire droit) celui qui, pour préparer ou attendre la solution de la contestation
principale, se borne dans son dispositif à ordonner une mesure d’instruction (enquête, expertise)
ou (pour le cours de l’instance) une mesure provisoire (provision ad litem, attribution de la
garde d’un enfant, etc.), sans trancher le principal ; DE VISSCHER, Charles, « La chose jugée
devant la Cour internationale de Justice », Revue belge de droit international, vol. 1, 1965, p. 5 ;
le même, Aspects récents …, op. cit. (note 530), p. 177, où il définit les décisions avant-dire
droit comme celles destinées, soit à protéger les intérêts des parties en cours d’instance, soit à
faciliter l’instruction du procès et où il les identifie aux ordonnances.
545
DAHL, op. cit. (note 544), p. 248 définit jugement (s) interlocutoire (s) comme “Judgment
(s) relating to the conduct of the suit … it gives some indication of the court’s disposition
towards the merits of the case … are immediately appealable”.
546
PETIT, op. cit. (note 544), p. 205 (n° 5) ; Vocabulaire juridique, 2ème éd., Paris, P.U.F., 1990,
p. 438 et Petit Dictionnaire de Droit, Paris, L.G.D.J., 1951, p. 742 qui ajoute que des décisions
interlocutoires préjugent le fond en laissant deviner l’opinion du tribunal.
547
Black’s Law Dictionary, 2ème éd., St. Paul, Minn.: West Publishing Co., 1979, p. 730 :
Interlocutory : « Provisional ; interim ; temporary ; not final » ; ibid., pp. 756-757 ; The
Dictionary of English Law general editor Jowitt, editor Clifford Walsh, Londres, Sweet and
Maxwell Limited, 1959, vol. 2, p. 1022 : “An interlocutory judgment … is not complete and
definite”; Legal Thesaurus édit. par Steven C. DeCosta, New York, MacMillan Publishing Co,
Inc., 1980, p. 293 : “interlocutory : interim, intermedial, intermediary … nonfinal,
nonpermanent, not final, provisional, provisory, temporary, tentative, transient, transitory “ ;
Vocabulaire juridique, 2ème éd., Paris, P.U.F., 1990, p. 455 (qui étend l’absence d’autorité de la
chose jugée à tout jugement avant-dire droit).
202
203
548
GRISEL, “Res judicata …”, op. cit. (note 522), pp. 146-147 ; opinion individuelle du juge
Nyholm dans l’affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, ordonnance,
C.P.J.I., série A, n° 22, p. 23 (1929).
549
Voir une définition de même essence dans l’affaire de l’Appel concernant la compétence du
Conseil de l’OACI, arrêt, C.I.J., Recueil 1972, pp. 55-56 : « Il faut certainement tenir pour
exacte cette manière de voir en ce qui concerne les décisions procédurales ou véritablement
interlocutoires du Conseil : décisions sur la façon de présenter une affaire au Conseil, sur la
fixation de délais pour le dépôt des pièces écrites, sur la production ou la recevabilité de
documents ou autres éléments de preuve, etc. ».
550
Affaire des Zones franches de la Haute-Savoie et du Pays de Gex, ordonnance, C.P.J.I., série
A, n° 22, p. 13 (1929) ; ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p.
466 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 466 ; le même, « Res
judicata. Some recent decisions of the International Court of Justice », B.Y.B.I.L., vol. 38,
1951, p. 370 ; SCHENK VON STAUFFENBERG, B., Statut et Règlement de la Cour
permanente de Justice internationale. Eléments d’interprétation, Berlin, Carl Heymanns Verlag,
1934, p. 358 ; DE VISSCHER, Aspects récents …, op. cit. (note 530), p. 177 ; le même, « La
chose jugée … », op. cit. (note 544), p. 5. Voir cependant une position contraire chez HUDSON,
Traité de la Cour …, op. cit. (note 403), p. 485 ; PINTO, « L’organisation judiciaire
internationale. …, op. cit. (note 385), n° 18, p. 4, et la Cour dans l’affaire LaGrand (Allemagne
c. Etats-Unis d’Amérique), pp. 10-11 et 14, [Link], qui affirment le caractère obligatoire
des ordonnances et, par conséquent, leur autorité de la chose jugée. Sur le détail de la
controverse entre l’autorité de la chose jugée et les ordonnances indiquant des mesures
conservatoires, voir la bibliographie relevée par KOLB, op. cit. (note 11), pp. 562-563 ainsi que
la discussion relative à cette controverse, ibid., pp. 565-577.
551
Black’s Law…, op. cit. (note 547), 2ème éd., 1979, p. 730 : Interlocutory : “Something
intervening between the commencement and the end of a suit which decides some point or
matter, but is not a final decision of the whole controversy”; ibid., pp. 756-757 : Interlocutory
judgment : « One given in progress of a cause upon some plea, proceeding, or default which is
only intermediate and does not finally determinate or complete the suit. One which determines
some preliminary or subordinate point or plea, or settles some step, question, or default arising
in the progress of the cause, but does not adjudicate the ultimate rights of the parties, or finally
put the case out of the court. … An ‘interlocutory judgment’ is one which reserves or leaves
some further question or direction for future determination ». Voir également The Dictionary
…, op. cit. (note 547), p. 1022 (“An interlocutory judgment is one which does not terminate the
action …”); l’affaire de l’Appel concernant la compétence du Conseil de l’OACI, arrêt, C.I.J.
Recueil 1972, p. 56 ; PETIT, op. cit. (note 544), p. 205 (n° 2) ; ROSENNE, Shabtai,
“L’exécution et la mise en vigueur des décisions de la Cour internationale de Justice”,
R.G.D.I.P., t. 57, 1953, p. 541. Cependant, ce dernier auteur admet qu’une décision
interlocutoire rendue par la Cour comme telle en tant qu’arrêt – par exemple un arrêt admettant
une exception préliminaire d’incompétence de la Cour – peut mettre fin, in limine, à la phase
judiciaire ou à une phase judiciaire particulière du différend international et être définitive et,
par là, affecter les droits des parties à l’instance.
203
204
552
Voir les alinéas 7 de l’article 66 du Règlement de la Cour de 1978 (« La Cour peut en tout
temps, à raison de changement de circonstances, rapporter ou modifier la décision portant
indication de mesures conservatoires ») et 1er de l’article 76 du Règlement de la Cour (1978) tel
que modifié le 5 décembre 2000 (« A la demande d’une partie, la Cour peut, à tout moment
avant l’arrêt définitif en l’affaire, rapporter ou modifier toute décision concernant des mesures
conservatoires si un changement dans la situation lui paraît justifier que cette décision soit
rapportée ou modifiée »).
553
BOS, op. cit. (note 142), pp. 317-320.
554
Recueil des décisions des Tribunaux Arbitraux Mixtes, vol. 6, p. 999.
555
Ibid., p. 1000.
556
Ibid., pp. 999-1000.
204
205
557
Ce changement était dû au décès du président Moriaud. Lors de ce décès, les motifs de la
première décision du 21 décembre 1923 n’avaient pas encore été rédigés et le Tribunal n’avait
pas encore délibéré au fond, ibid., p. 1000.
558
Ibid., pp. 346 et 984.
559
Ibid, p. 1000.
560
Ibid., p. 1002.
561
Ibid., pp. 1000-1001.
205
206
562
Selon cet article, les Hautes Parties Contractantes conviennent de considérer les décisions du
Tribunal arbitral mixte comme définitives et de les rendre obligatoires pour leurs ressortissants.
563
Ibid., p. 1001. Le Tribunal, pour revenir sur sa première décision du 21 décembre 1923, s’est
aussi fondé sur la forme et le mode de signification de cette décision et sur son attitude dans son
ancienne composition lors de l’audience de mai 1924 consacrée aux plaidoiries du fond et où la
Pologne avait à nouveau soulevé une exception d’incompétence du Tribunal : « Quoi qu’il en
soit de ces questions de principe, qu’on a tenu à mentionner, mais qu’il n’est pas nécessaire de
résoudre en l’espèce, il importe d’observer que, dans l’intention même du Tribunal, la décision
du 23 [considérer 21] décembre 1923 n’avait qu’un caractère provisoire. C’est ce qui résulte soit
de la forme qu’elle revêt, soit du mode de sa signification, soit de l’attitude observée par le
Tribunal dans sa composition ancienne, lors des débats en mars [considérer mai] 1924 », ibid.,
p. 1002.
206
207
564
Il importe de faire observer que c’est le même argument qu’il a avancé pour conclure au
caractère provisoire des décisions sur exceptions préliminaires, BOS, op. cit. (note 142), p. 46 :
« … la décision déclarant l’action recevable ne pourra jamais être définitive … étant donné la
possibilité que le juge au cours de l’examen au fond de l’affaire, se forme une opinion différente
sur les éléments du fond traités lors de l’examen de la recevabilité. Dans cette hypothèse, il faut
qu’il puisse révoquer sa décision et refuser de recevoir la demande ».
565
Ibid., p. 321.
207
208
566
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), pp. 250-251.
567
Ibid., p. 251. De manière générale, voir PINTO, « L’organisation judiciaire internationale. …
Les décisions … », op. cit. (note 538) qui, critiquant cet argument de Bos, dit que l’on peut
éviter le risque du mal jugé entraîné par le respect du principe de la chose jugée par d’autres
moyens et garanties. Moyens et garanties qui, bien que non indiqués, comprendraient
notamment le devoir pour un juge de veiller diligemment à sa noble mission.
208
209
568
Cet article stipule : « Ils [les agents et les conseils des Parties] ont le droit de soulever des
exceptions et incidents. Les décisions du Tribunal sur ces points sont définitives et ne peuvent
donner lieu à aucune discussion ultérieure ».
569
En disposant que « L’arrêt est définitif et sans recours … », cet article 60 ne dit pas que ce
caractère définitif s’applique uniquement à la décision rendue au stade de fond. Dans le même
sens que les dispositions de cet article 60, voir l’affaire relative aux Effets de jugements du
Tribunal administratif des Nations Unies accordant indemnité, avis consultatif, C.I.J. Recueil
1954, p. 53, où la Cour a affirmé : « C’est un principe de droit bien établi et généralement
reconnu que tout jugement rendu par un … corps judiciaire est chose jugée … ».
570
L’alinéa 3 de l’article 62 du Règlement de la Cour de 1946 et l’article 67, alinéa 3, du
Règlement de la Cour de 1972 disposent que l’objet sur lequel porte également le fond du
différend ne peut pas, au stade préliminaire sur l’exception, être examiné ni définitivement ni
provisoirement dans ses aspects ayant trait au fond, mais exclusivement dans ses aspects ayant
trait à l’exception, et que rien n’empêche que ces derniers aspects - ayant trait à l’exception -
soient examinés de manière définitive dans un arrêt sur l’exception.
571
En portant que la Cour statue par voie d’arrêt sur les exceptions préliminaires, cet alinéa les
dote de l’autorité de la chose jugée car toutes les décisions rendues par voie d’arrêts sont
définitives. De 1922 à 1972, la Cour décidait sur les exceptions préliminaires au moyen d’arrêts
de manière empirique. Ce n’est qu’à partir de 1972 qu’elle a codifié cette pratique dans son
Règlement.
572
Arrêt n° 10, C.P.J.I., série A, n° 11, p. 14 (1927).
573
Arrêt n° 8, C.P.J.I., série A, n° 9, p. 23 (1927).
574
Arrêt n° 11, C.P.J.I., série A, n° 13, pp. 20-21 (1927).
575
Arrêt n° 13, C.P.J.I., série A, n° 17, pp. 29 et 32 (1928).
209
210
576
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 24, p. 14 (1930) ; arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 46, p. 161
(1932).
577
Arrêt, C.I.J., Recueil 1949, p. 248. Pour des commentaires sur cette affaire à propos de
l’autorité de la chose jugée, voir ROSENNE, « Res judicata. … », op. cit. (note 550), pp. 366-
367 et 369-371.
578
Arrêt, C.I.J., Recueil 1973, p. 22.
579
Ibid., p. 66.
580
Arrêt, C.I.J., Recueil 1999, p. 7, § 16.
581
C.P.J.I., série E, n° 9, p. 174.
582
HUDSON, Traité de la Cour …, op. cit. (note 403), p. 631; MARBROUK, Les exceptions de
procédure …, op. cit. (note 530), p. 304 ; MOSLER, Hermann, “Supra-national Decisions and
National Courts”, Hastings International and Comparative Law Review, vol. 4, 1981, p. 444 ;
PETIT, « Jugement … », op. cit. (note 544) ; THIRLWAY, Hugh, « The Law and Procedure of
the International Court of Justice 1960-1989. Part nine. IV. Questions of Jurisdiction and
Competence, 1954-1989 », B.Y.B.I.L., vol. 69, 1998, pp. 7-10 ; DE VISSCHER, « La chose
jugée … », op. cit. (note 544), p. 5 ; le même, Aspects récents …, op. cit. (note 530), p. 178 qui
soutient cependant à la page directement suivante (= 179) le caractère provisoire des décisions
sur exceptions préliminaires ; WITENBERG et DESRIOUS, op. cit. (note 541), pp. 350-351 et
354 ; GRISEL, Etienne J., Les exceptions d’incompétence et d’irrecevabilité dans la procédure
de la Cour internationale, thèse, Neuchâtel, Berne, Lang, 1968, pp. 190-191 qui, toutefois,
considère que l’autorité de la chose jugée peut être remise en question en cas de rejet de
l’exception d’irrecevabilité pour le motif qu’un Etat défendeur garde la possibilité de contester
la recevabilité pour d’autres raisons ; PINTO, « L’organisation judiciaire internationale. … »,
op. cit. (note 387), n° 43, p. 8 mais ajoute que la force obligatoire d’un arrêt s’attache
exclusivement au dispositif et non aux motifs, ibid., pp. 4-5, n°s 19 et 20, p. 9, n° 52 ;
ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. II, 1997, p. 921 (“The scope of res
judicata is limited to what was necessary for the determination of the preliminary question”) ; le
même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, pp. 463 (“The scope of the res
judicata is limited to matters necessary to the determination of the preliminary objection. …”) et
466 (“Those parts of a judgment which finally dispose of an objection, in one way or another,
clearly constitute res judicata … ”). Cependant, ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit.
(note 11), vol. I, 1965, pp. 463 et 466 avait plaidé en faveur du caractère provisoire des
décisions sur exceptions préliminaires.
583
Déclaration du juge Spender dans l’affaire du Sud-Ouest africain, deuxième phase, C.I.J.,
Recueil 1966, p. 56, § 27.
584
Opinion dissidente du juge Koretsky dans l’affaire du Sud-Ouest africain, deuxième phase,
arrêt, C.I.J., Recueil 1966, pp. 239 et 241; opinion dissidente du juge Jessup dans la même
affaire, ibid., pp. 331-337, 342, 344 et 346 ; opinion dissidente du juge Padilla Nervo dans la
210
211
même affaire, ibid., p. 460 ; opinion dissidente du juge Mbanefo dans la même affaire, ibid., pp.
494-495 ; opinion dissidente du juge Gros dans l’affaire de la Compétence en matière de
pêcheries (Royaume-Uni c. Islande), fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1974, pp. 126 et 127, § 3 ;
opinion dissidente du Vice-Président Weeramantry dans l’affaire de la Demande de
l’interprétation de l’arrêt du 11 juillet 1998 en l’affaire de la frontière terrestre et maritime
entre le Cameroun et le Nigéria, exceptions préliminaires, [Link] p. 2) ; opinion
dissidente du juge ad hoc Torres Bernárdez dans l’affaire de la Compétence en matière de
pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 737, §
436.
585
Opinion individuelle du juge Morelli dans l’affaire du Sud-Ouest africain, deuxième phase,
arrêt, C.I.J., Recueil 1966, p. 99 (qui cependant avait soutenu que la décision sur les exceptions
préliminaires est provisoire, non seulement dans la même opinion, ibid., p. 59 mais également
dans « La théorie générale du procès international », R.C.A.D.I., t. 61, 1937-III, p. 319, où il
avait considéré que seule la décision (une décision sur le fond selon le contexte) à l’exclusion de
la question préjudicielle (une exception préliminaire selon aussi le contexte) forme l’objet de la
chose jugée) ; opinion individuelle du juge Higgins dans l’affaire des Plates-formes pétrolières
(République islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire.
586
Voir infra Section IV du Chapitre V, pp. 287-302.
211
212
A. L’argument doctrinal.
587
ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. …”, op. cit. (note 446), pp. 76, 277-278 et 279 (en
analysant l’affaire des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au Maroc, il estime
qu’un ‘jugement’ provisoire sur l’exception est une conclusion provisoire sur la question
principale) ; LAUTERPACHT, “The British Reservations … ”, op. cit. (note 407), pp. 153-154,
note 33 ; le même, The Function of Law …, op. cit. (note 97), pp. 358-359 et 362-363 ; le
même, The Development …, op. cit. (note 257), 1958, pp. 270-272 ; le même, The
Development …, op. cit. (note 307), 1982, pp. 270-272 (qui utilise l’expression ‘the provisional
judgment’) ; WALDOCK, “The Plea …”, op. cit. (note 11), pp. 112-113 (emploie les termes
‘the provisional and preliminary judgment’).
588
Le système juridique anglo-saxon l’appelle ‘characterization’ (FALCONBRIDGE, Law of
Mortgages, 1931, n° 734 ; le même, « Conflict of Laws as to Nullity and Divorce », Canadian
Dominion Reports, vol. 4, 1932, p. 9) ou ‘classification’ (LORENZEN, Ernest G., « The Theory
of Qualification and the Conflict of Laws », Columbia Law Review, vol. 20, 1920, p. 247 ; le
même, « The Qualification, Classification or Characterization Problem in the Conflict of
Laws », Yale Law Journal, 1941, p. 743 ; BECKETT, W.E., « The Question of Classification
(‘Qualification ‘) in Private International Law », B.Y.B.I.L., vol. 15, 1934 ; UNGER, Bell Yard,
vol. 19, 1937, p. 21) ; les systèmes juridiques allemand et suisse ‘Qualifikation’, le système
212
213
213
214
592
LEQUETTE,Yves, « Le renvoi de qualifications », Mélanges dédiés à Dominique Holleaux,
p. 249 ; NIBOYET, J.-P., « Froland, les conflits de qualifications et la question du renvoi »,
Revue droit international privé, 1926, p. 1 ; RIGAUX, François, La théorie des qualifications en
droit international privé, Bruxelles, 1956, p. 35.
593
Pour des arguments fondant cette qualification selon la lex fori, voir notamment BARTIN,
Etienne, Etudes de droit international privé, Paris, A. Chevalier-Marescq & C ie, 1899, pp. 14-
15 ; BATIFFOL, Henri et LAGARDE, Paul, Traité de droit international privé, 8ème éd., Paris,
L.G.D.J., 1981, t. I, n° 293, p. 479.
594
ARMINJON, « Les qualifications … », op. cit. (note 590), p. 278 ; le même, Nature, objet et
portée des règles du droit international privé, 1920 ; le même, Précis de droit international privé,
t. I. Les notions fondamentales du droit international privé, 2ème éd., Paris, Dalloz, 1927-1952,
pp. 134-135 ; BARTIN, « De l’impossibilité … », op. cit. (note 591), pp. 225-255, 466-495 et
720-738 ; le même, Principes de droit international privé, Paris, 1929, t. I, pp. 221 et ss ; le
même, « La doctrine des qualifications et ses rapports avec le caractère national des règles du
conflit des lois », R.C.A.D.I., t. 31, 1930-I, pp. 580-608 ; CAVAGLIERI, note dans Revue de
droit international privé, 1930, p. 407 ; KAHN, Frantz, « Latente Gesetzeskollisionen »,
Abhandlungen zum Internationalen Privatrecht, par Lenel et Lewald, 1928, t. I, pp. 48 et ss ;
NIBOYET, « Froland … », op. cit. (note 592), pp. 2-15 ; note dans Revue de droit international
privé, 1928, p. 102 ; PILLET, Antoine, Principes de droit international privé, Paris, 1903, n° 39
; PILLET, Antoine et NIBOYET, Jean-P., Manuel de droit international privé, 2ème éd., Paris,
Sirey, 1924-1928, 2 vol., n° 416 ; WIGNY, op. cit. (note 590), pp. 393-407.
214
215
d’une règle de droit ne peut être demandée qu’à celui qui l’a édictée en
conformité de la formule suivante : ejus est interpretari cujus est condere.
Voilà les deux types de qualifications qui vont nous aider à établir une
analogie entre la ‘qualification’ en droit international privé et
l’application de la technique de la conclusion provisoire à l’examen de
l’exception du domaine réservé.
595
D’autres dénominations se rencontrent aussi dans la doctrine, voir par exemple MAJOROS,
Ferenc, Le droit international privé, 3ème éd., Que sais-je? Paris, PUF, 1975, pp. 105-106 qui
appelle cette seconde qualification la ‘qualification-définition’ car elle décide de la solution
même et recherche la loi dans laquelle sera puisée la définition d’un concept juridique abstrait.
596
DESPAGNET, « Des conflits de lois relatifs à la qualification des rapports juridiques »,
Clunet, 1898, p. 262 ; FRANKENSTEIN, Ernst, « Tendances nouvelles du droit international
privé », R.C.A.D.I., t. 33, 1930-III, pp. 313 et ss ; PACCHIONI, SURVILLE et WOLF, Private
International Law, 2ème éd., p. 154.
215
216
597
Avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, pp. 221- 230.
216
217
la question I et examiné la question II. 598 Elle lui a également donné une
réponse affirmative, ce qui lui a permis d’aborder la question III. 599 Cette
dernière question reçut une réponse négative et la Cour n’envisagea dès
lors pas la question IV, dont l’examen était subordonné à une réponse
affirmative à la question III.
Cette conclusion se trouve confortée par les critiques que nous avons
déjà émises à l’encontre des deux premières thèses et par l’attitude des
parties au procès qui ne semblent jamais avoir dit que les décisions de la
Cour rendues sur les exceptions de domaine réservé en application de la
technique de la conclusion provisoire n’étaient pas définitives.
598
La question II consistait à savoir si les Gouvernements de la Bulgarie, de la Hongrie et de la
Roumanie étaient tenus d’exécuter les clauses prévues aux articles 36 du traité de paix avec la
Bulgarie, 40 du traité de paix avec la Hongrie et 38 du traité de paix avec la Roumanie et
concernant la désignation de leurs représentants aux commissions que prévoyaient ces traités.
599
La question III avait pour objet de savoir si le Secrétaire général des Nations Unies était
autorisé à désigner un tiers membre de la commission sur la demande d’une des parties au
différend, conformément aux dispositions des traités en cause, si l’une d’elles ne désignait pas
de représentant à une commission prévue par les traités de paix avec la Bulgarie, la Hongrie et la
Roumanie.
217
218
600
LAUTERPACHT, “The British Reservations … “, op. cit. (note 407), p. 153, note 33 ; le
même, The Development … op. cit. (note 309), 1934, pp. 85-86, où il ajoute : “A provisional
conclusion in matters of jurisdiction is somewhat in the nature of a juridical absurdity”; le
même, The Development … , op. cit. (note 11), 1958, pp. 270-271 ; le même, The Development
…, op. cit. (note 307), 1982, pp. 270-272. Dans ces deux derniers ouvrages, Lauterparcht
reprend sa critique à l’encontre de la technique de la conclusion provisoire dans les termes
suivants : “A provisional conclusion in matters of jurisdiction is, assuming that there exists an
instrument which prima facie is a source of jurisdiction, somewhat in the nature of a juridical
euphemism”.
601
LAUTERPACHT, “The British Reservations … “, op. cit. (note 407), p. 154, note 33 ; le
même, The Function of Law … , op. cit. (note 97), pp. 358-359 ; le même, The Development …
218
219
, op. cit. (note 11), 1958, pp. 270-272 ; le même, The Development …, op. cit. (note 307), 1982,
pp. 270-272.
602
LAUTERPACHT, “The British Reservations … “, op. cit. (note 407), p. 153, note 33 ; le
même, The Function of Law … , op. cit. (note 97), p. 362.
603
LAUTERPACHT, “The British Reservations … “, op. cit. (note 407), p. 153, note 33 ; le
même, The Function of Law … , op. cit. (note 97), pp. 362-363 ; le même, The Development …
, op. cit. (note 11), 1958, pp. 270-271; le même, The Development …, op. cit. (note 307), 1982,
pp. 270-271. La même critique a été reprise par GRISEL, Les exceptions d’incompétence …,
op. cit. (note 426), pp. 195-196.
604
LAUTERPACHT, “The British Reservations … “, op. cit. (note 407), pp. 153-154, note 33 ;
le même, The Function of Law … , op. cit. (note 97), pp. 362-363.
605
LAUTERPACHT, “The British Reservations … “, op. cit. (note 407), p. 154, note 33 ; le
même, The Function of Law … , op. cit. (note 97), pp. 362-363.
219
220
606
Ibid.
607
WALDOCK, “The Plea … “, op. cit. (note 11), pp. 112-113 critique aussi le point de vue de
Lauterpacht [selon lequel toute décision rendue sur une exception du domaine réservé est
équivalente à celle rendue sur le fond] en considérant qu’une décision provisoire et préliminaire
rendue sur l’exception du domaine réservé, en application de la technique de la conclusion
provisoire, et concluant que l’affaire soulève prima facie des questions de droit international,
n’est pas nécessairement une décision au fond en faveur de l’Etat demandeur. Autrement dit, le
rejet de l’exception du domaine réservé dans la phase préliminaire en application de la technique
de la conclusion provisoire n’implique pas que la décision à rendre dans la phase de fond sera en
faveur de l’Etat demandeur car décider qu’un traité est pertinent à l’égard d’une affaire est
différent d’affirmer que ce même traité s’applique spécifiquement à cette affaire. Cependant,
Waldock reconnaît qu’il existe une hypothèse où une décision rendue en application de la
technique de la conclusion provisoire est identique à celle sur le fond : le cas où la Cour admet
l’exception du domaine réservé, c’est-à-dire si, dans la phase préliminaire et en application de la
technique de la conclusion provisoire, la Cour aboutit à l’inexistence au profit de l’Etat
demandeur d’une cause d’action soutenable selon le droit international.
608
WALDOCK, “The Plea … “, op. cit. (note 11), p. 114. Cet argument a été repris par
PERRIN, « L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions … », op. cit. (note 11), p. 162 et par
le juge Shahabuddeen dans son opinion individuelle dans l’affaire relative aux Plateformes
pétrolières (République islamique d’Iran c. Etats-Unis d’Amérique), exception préliminaire,
arrêt, C.I.J., Recueil 1996, p. 832.
609
ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. … “, op. cit. (note 446), p. 85.
220
221
610
Opinion dissidente du juge Lauterpacht dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, C.I.J., Recueil 1959, p. 121 ; ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note
11), vol. I, 1965, pp. 393-394 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, pp.
393-394 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. II, 1997, pp. 774-776 ;
SIMMONDS, op. cit. (note 11), p. 535 ; STARACE, op. cit. (note 150), pp. 196-197 cité par
ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. …”, op. cit. (note 446), pp. 452-453 ; WALDOCK,
“The Plea …”, op. cit. (note 11), p. 116 ; ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. …”, op. cit.
(note 446), p. 273 qui, cependant, avait, ibid., p. 71, soutenu le contraire en disant que les
réserves de domaine réservé joueraient un rôle restrictif non illusoire par rapport aux différends
ou questions juridiques en cas d’application de la technique de la conclusion provisoire en
raison de ce que celle-ci permette de distinguer le préliminaire du fond.
611
Opinion dissidente du juge Lauterpacht dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions
préliminaires, C.I.J., Recueil 1959, p. 121 ; ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. …”, op.
cit. (note 446), p. 273 va plus loin en affirmant qu’il n’existe pas d’affaires où des motifs
invoqués par l’Etat demandeur n’aient pas, prima facie, de pertinence internationale ; le même,
“The Plea of Domestic Jurisdiction … “, op. cit. (note 407), p. 454, où il considère l’extrait du
juge Lauterpacht comme un euphémisme (‘ understatement ‘) et une hypothèse purement
scholastique.
221
222
au fond, alors l’effet de cette réserve se trouve réduit. Car ce rejet et cette
jonction permettent à la Cour de faire ce que la réserve du domaine
réservé avait pour but de l’empêcher, à savoir examiner le fond du
différend dans la phase de fond.
612
ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 394 ; le même, The
Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 394 ; le même, The Law and Practice …, op.
cit. (note 11), vol. II, 1997, p. 776.
613
ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. …”, op. cit. (note 446), p. 456 ; FITZMAURICE,
The Law and Procedure …, op. cit. (note 11), p. 607.
614
WALDOCK, “The Plea … “, op. cit. (note 11), p. 113 et le juge Klaestad dans son opinion
dissidente dans l’affaire du Droit de passage sur territoire indien, exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 164, où l’idée est, cependant, exprimée de manière implicite : «
Sur le point de savoir si cette exception [exception du domaine réservé] doit être rejetée ou
jointe au fond, les opinions ont différé. J’estime qu’elle doit être rejetée, car un examen
sommaire et provisoire des titres invoqués par le Portugal a fait ressortir dans une mesure
suffisante des éléments de droit international pouvant être pertinents pour statuer sur le
différend ». BOS, op. cit. (note 142), p. 298 et SALVIOLI, « Les rapports entre le jugement sur
la compétence et celui sur le fond … », op. cit. (note 490), p. 112 étendent la critique à toutes les
exceptions d’incompétence.
615
SPERDUTI, “La recevabilité des exceptions préliminaires de fond …”, op. cit. (note 9), p.
484.
616
ARANGIO-RUIZ, « Le domaine réservé … », op. cit. (note 446), pp. 75-76, 82-83, 84, 255,
266, 455 et 456 ; PERRIN, « L’affaire de l’Interhandel. Phase des exceptions … », op. cit. (note
11), p. 161 arrive à la même conclusion en s’appuyant sur les affaires de la Compagnie
222
223
Pour donner un point de vue qui évite des répétitions, nous n’allons
pas reprendre toutes ces critiques une à une mais les regrouper par
catégories. Ce regroupement se justifie par le fait que certaines critiques
sont des extensions ou des reformulations d’autres arguments.
223
224
618
Voir supra, pp. 181-184, où le même argument a été développé davantage.
619
Voir supra, pp. 177-184.
620
Même l’hypothèse d’une décision au fond due à ce que la Cour retienne l’exception du
domaine réservé est à exclure car elle risquerait de donner lieu à une solution différente de celle
qu’entraînerait un examen approfondi des droits et des obligations des parties.
224
225
621
Voir l’opinion dissidente du juge Klaestad, arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 164-165) ; le
Conseil du Portugal dans la même affaire (Bourquin), p. 185 et la doctrine (BAINS, J.S.,
« Domestic Jurisdiction and the World Court », Indian Journal of International Law, vol. 5,
1965, p. 492 ; LANG, Jack, « La jonction au fond des exceptions préliminaires devant la C.P.J.I.
et la C.I.J.», Journal du droit international, t. 95, 1968, p. 9 ; DE VISSCHER, Aspects récents
…, op. cit. (note 531), p. 135 ; WALDOCK, «The Plea … », op. cit. (note 11), p. 141).
225
226
raisonnables en faveur de leur thèse qu’ils sont en droit de se prévaloir de pareilles règles »
pour tenir compte de la technique de la conclusion provisoire. 622
622
VERZIJL, The Jurisprudence …, op. cit. (note 11), 1966, pp. 49-50.
623
DE VISSCHER, Aspects récents …, op. cit. (note 530), p. 133. Cependant, plus loin (ibid., p.
135), cet auteur tend vers une contradiction en disant que la Cour n’applique la technique de la
conclusion provisoire qu’en décidant sur cette exception in limine litis et que la jonction au fond
s’impose quand elle ne peut pas s’y prononcer sans empiéter sur le fond du différend. Or, la
technique de la conclusion provisoire a également pour but d’éviter que la Cour empiète sur le
fond du différend en statuant sur l’exception du domaine réservé.
624
WALDOCK, “The Plea … “, op. cit. (note 11), p. 114. Cependant, postérieurement à
Waldock, ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé. … ”, op. cit. (note 446), p. 87 crut trouver
une solution. Celle-ci consisterait à envisager la notion de domaine réservé autrement que par le
226
227
critère des titres de droit international. Mais comme ce critère est ancré dans une littérature
d’une très haute autorité, il est difficile d’accepter cette solution proposée par Arangio-Ruiz.
227
228
CHAPITRE IV
228
229
« Il appartient à la Cour de décider, suivant les circonstances, que ces exceptions seront
plaidées et jugées séparément et avant tout débat sur le fond ou de joindre leur examen à ce
débat ». 625
« Lors de l’insertion de cet article [38], en 1926, il fut expressément entendu que la
possibilité de joindre une exception préliminaire au fond demeurait réservée. Dans sa
pratique, la Cour s’est prévalue à plusieurs reprises de cette possibilité. La question s’est
625
C.P.J.I., série D, n° 2, Addendum, p. 86 (1926). Les observations du juge Nyholm, ibid., p. 85
allaient également dans le même sens.
626
Observations du juge Anzilotti, ibid., p. 83.
627
Observations du Président Max Huber, ibid., p. 89. Dix ans plus tard, lors de l’élaboration du
Règlement de 1936, le juge Anzilotti reprit ces observations du Président Max Huber, C.P.J.I.,
série D, n° 2, Addendum 3, p. 647 (1936).
628
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 52, p. 16 (1933) : « … LA COUR … joint l’exception
préliminaire proposée par le Gouvernement polonais au fond de l’affaire relative à
l’Administration du prince von Pless, afin de statuer par un seul et même arrêt sur l’exception et,
si celle-ci n’est pas admise, sur le fond ».
629
Arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 61, pp. 208 et 212 (1933) : la Cour « décida … de renvoyer sa
décision sur cette question [de sa compétence] en attendant d’avoir entendu les plaidoiries quant
au fond » en « se réservant de statuer par un seul et même arrêt sur la nature de sa juridiction et
sur le fond de l’affaire ». Ici, la Cour n’a pas employé le terme ‘jonction au fond’ mais elle en a
employé la formule ‘renvoyer la décision sur la question de compétence pour statuer par un seul
et même arrêt sur la nature de sa juridiction et sur le fond de l’affaire’.
229
230
alors posée de savoir s’il n’y avait pas lieu de consacrer cette pratique par une règle
expresse ». 630
« Les parties une fois entendues, la Cour peut statuer sur l’exception ou joindre cette
exception au fond ou en ordonner de toute autre manière qui lui paraît juste ».631
paraît juste » fit d’abord l’objet de discussions parmi les juges. En effet,
selon le rapport de Sir Cecil Hurst, il avait « … pour objet de tenir compte de la
possibilité qu’à l’avenir des situations devaient se présenter dont la Cour n’avait eu jusqu'alors
aucune expérience, et qui devaient être réglées autrement que par une décision rejetant ou
acceptant l’exception ou la joignant au fond de l’affaire », et qu’il pouvait viser, par
exemple, « un ajournement n’ayant pas le caractère d’une jonction au fond ».632
630
C.P.J.I., série D, 3e Addendum au n° 2, p. 819.
631
Ibid., p. 85.
632
Ibid.
633
Ibid., p. 90.
634
Ibid., p. 95.
635
Ibid.
636
Ibid.
637
Ibid.
230
231
» signifiait, non pas la procédure orale mais que la Cour, pour statuer sur
l’exception ou la joindre au fond, devait permettre aux parties de s’y
prononcer.644 Selon lui, la Cour devait joindre l’exception au fond après
avoir entendu les parties.645
638
Ibid., p. 150.
639
Ibid.
640
Ibid.
641
Ibid.
642
Ibid.
643
Ibid
644
Ibid., p. 647.
645
Ibid.
231
232
Le juge van Eysinga dit que cette formule avait été adoptée à un stade
avancé de la discussion646 et qu’il n’était pas question d’y revenir. Le juge
Fromageot fit aussi observer que la suggestion d’Anzilotti ne résultait pas
des discussions antérieures.647
après avoir entendu les parties, statue sur l’exception ou la joint au fond » constituant le
paragraphe 5 en « La Cour statue sur l’exception ou la joint au fond ».648 La raison en
était qu’il incombait à la Cour de déterminer si elle devait statuer sur
l’exception avant d’examiner le fond du différend.649 Cependant, le juge
Guerrero subordonna sa proposition à ce que les parties n’aient pas
mentionné la jonction au fond dans les débats oraux.650
entendu les parties » signifiait une procédure orale à laquelle une partie visée
par l’exception pouvait recourir si elle ne répondait pas par des
observations écrites.651 Il suggéra, au contraire, de revenir à la formule
rédigée en 1933 par la Commission de coordination, à savoir « Les parties
une fois entendues, la Cour peut statuer sur l’exception ou la joindre au fond ». 652
646
Ibid., p. 648.
647
Ibid.
648
Ibid.
649
Ibid.
650
Ibid.
651
Ibid.
652
Ibid.
653
Ibid.
654
Ibid.
232
233
Par sept voix contre une et deux abstentions, l’expression « Les parties
une fois entendues » fut maintenue pour marquer la nécessité d’une procédure
orale et le fait que la Cour n’était pas obligée de consulter toujours les
parties sur le moment auquel elle devait statuer sur l’exception.655
après avoir entendu les parties, statue sur l’exception ou la joint au fond ».
« La Cour, après avoir entendu les parties, statue sur l’exception et fixe à nouveau les
délais éventuels sur la suite de la procédure écrite et de la procédure orale ».
Cette proposition fut fondée sur le fait que la procédure orale prévue
au paragraphe 4 du même article se limitait à l’exception.
655
Ibid., p. 649.
656
C.P.J.I., série D, 3ème Addendum au n° 2, p. 706 (1936).
233
234
« La Cour, après avoir entendu les parties, statue sur l’exception ou la joint au fond, et, s’il
y a lieu, fixe de nouveau les délais pour la procédure au fond ».658
« La Cour, après avoir entendu les parties, statue sur l’exception ou la joint au fond. Si la
Cour rejette l’exception ou la joint au fond, elle fixe de nouveau les délais pour la suite de
l’instance ».
657
Ibid.
658
Ibid., p. 707.
659
C.I.J. Annuaire 1946-1947, pp. 96-97.
660
SAYED, op. cit. (note 530), p. 48.
661
Arrêt, C.I.J., Recueil 1986, p. 30.
662
Arrêt, C.I.J., Recueil 1962, p. 347.
663
Arrêt, C.I.J., Recueil 1966, p. 51.
664
Arrêt, C.I.J., Recueil 1964, p. 47.
234
235
665
Arrêt, C.I.J., Recueil 1970, p. 51.
666
Ibid., pp. 30-31, § 27 : « Dans la procédure écrite et orale qui a suivi, les Parties ont fourni à
la Cour une documentation et des explications abondantes touchant aussi bien les exceptions
préliminaires non tranchées en 1964 que le fond de l’affaire. La Cour considère à ce propos
qu’il y a lieu de relever la longueur inusitée de la présente instance, qui provient des très longs
délais demandés par les Parties pour la préparation des pièces de la procédure écrite et du fait
qu’elles ont en outre sollicité de façon répétée la prorogation de ces délais. La Cour n’a pas cru
devoir rejeter ces demandes et imposer ainsi aux Parties des limitations quant à la préparation et
à la présentation des arguments et moyens de preuve qu’elle estimait nécessaires ».
667
Ibid. Dans le même sens, voir les observations du Gouvernement des Etats-Unis (U.N.
Documents, A/8382, p. 110, § 322) et du Gouvernement helvétique (ibid., pp. 110-116).
668
POLANEN, Humphrey, “The United Nations, 28th Session. The International Court of
Justice”, Harvard International Law Journal, vol. 15, 1974, p. 462.
235
236
retenu, met fin à la procédure dans l’affaire en cause. 669 Cette définition
oblige la Cour à examiner immédiatement l’exception préliminaire, sans
aborder le fond et sans obliger les parties à plaider celui-ci.
« La Cour, après avoir entendu les parties, statue dans un arrêt par lequel elle retient
l’exception, la rejette ou déclare que cette exception n’a pas dans les circonstances de
l’espèce un caractère exclusivement préliminaire. Si la Cour rejette l’exception ou déclare
qu’elle n’a pas un caractère exclusivement préliminaire, elle fixe les délais pour la suite de
la procédure ».
669
Voir infra, Section IV du Chapitre V, pp. 287-290.
236
237
2. La portée de l’expression ‘ou déclare que cette exception n’a pas dans les
670
AMMOUN, Fouad, « La jonction des exceptions préliminaires au fond en droit international
public », Comunicazioni e studi, Il processo internazionale, Studi in onore di Gaetano Morelli,
1975, p. 37 ; HAMBRO, Edvard, « Quelques observations sur la révision du Règlement de la
Cour internationale de Justice », La communauté internationale, Mélanges offerts à Charles
Rousseau, Paris, Pedone, 1974, p. 133 ; le même, « Will the Revised Rules of the Court Lead to
Greater Willingness on the Part of Prospective Clients ? », The Future of the International Court
of Justice éd. par Leo Gross, New York, Oceana Publications, Inc., Dobbs Ferry, 1976, vol. I, p.
370 ; Journée d’études du 18 mai 2000 sur « Les procédures incidentes devant la Cour
internationale de Justice : Exercice ou abus de droits ? », Paris, Pedone, p. 54 ; ibid., Exposé du
Professeur Queneudec, pp. 112-113 ; opinion individuelle du juge Pétrin dans les affaires des
Essais nucléaires (Australie c. France), arrêt, C.I.J., Recueil 1974, p. 304 et des Essais
nucléaires (Nouvelle-Zélande c. France), arrêt, C.I.J., Recueil 1974, p. 488 ; opinion
individuelle du juge Vereshchetin dans l’affaire de la Frontière terrestre et maritime entre le
Cameroun et le Nigéria, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 342 et 344 ;
opinion dissidente du Vice-Président Weeramantry dans l’affaire de la Compétence en matière
de pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 514-
515, §§ 72-73 ; opinion dissidente du juge Bedjaoui dans la même affaire, ibid., p. 541, § 65 ;
opinion dissidente du juge Ranjeva dans la même affaire, ibid., p. 569, § 41 ; opinion dissidente
du juge ad hoc Torres Bernádez dans la même affaire, ibid., p. 656, § 192 ; PETRÉN, Sture, An
International Symposium on Judicial Settlement of International Disputes, Max-Planck-Institute
for Comparative Public Law and International Law, Heidelberg, 1974, p. 77 ; PINTO,
« L’organisation judiciaire internationale. … Les décisions … », op. cit. (note 538), p. 25 ;
plaidoiries du Cameroun dans l’affaire de la Frontière terrestre et maritime entre le Cameroun
237
238
238
239
672
GUYOMAR, op. cit. (note 671), p. 772.
673
Ibid., p. 767.
674
Ibid., p. 772.
675
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 52, p. 16 (1933). Le libellé relatif à cette jonction au fond
est reproduit supra, note 628.
676
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 66, p. 10 (1936) : « LA COUR 1) joint les exceptions
opposées par le Gouvernement yougoslave au fond de l’instance introduite par la requête du
Gouvernement hongrois enregistrée au Greffe le 6 décembre 1935, pour être statué par un seul
et même arrêt sur lesdites exceptions et, éventuellement, sur le fond ».
677
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 25 (1936) : « LA COUR 1) joint l’exception
soulevée par le Gouvernement yougoslave au fond de l’instance introduite par la requête de la
Confédération suisse enregistrée au Greffe le 23 novembre 1935 pour être statué par un seul et
même arrêt sur ladite exception et, éventuellement, sur le fond ».
678
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 75, p. 56 (1938) : « Considérant que la Cour peut toujours
ordonner les exceptions préliminaires [du Gouvernement lithuanien tendant à faire décider par la
Cour que le Gouvernement estonien n’est, dans l’espèce, fondé ni à prendre en mains la cause
de la Société Esimene Juurdeveo Raudteede Selts Venemaal, ni à soumettre cette affaire à la
Cour] au fond, lorsque les intérêts de la bonne administration de la justice lui en font un devoir ;
Considérant qu’en conséquence les exceptions soumises par le Gouvernement lithuanien doivent
être jointes au fond ; … LA COUR : 1) joint les exceptions soulevées par le Gouvernement
lithuanien au fond de l’instance introduite par la requête du Gouvernement estonien, enregistrée
au Greffe le 2 novembre 1937, pour être statué par un seul et même arrêt sur lesdites exceptions
et, éventuellement, sur le fond … ».
239
240
1946, 1972 et 1978. Or, ces travaux sont inaccessibles en raison du fait
que la Cour actuelle, contrairement à sa devancière, ne publie pas les
débats sur son organisation interne. Pire encore, rien de pertinent ne
ressort des Notes (documentaires IV et V) du Greffe indiquant les articles
des Règlements modifiés les 10 mai 1972 et 14 avril 1978.680 En effet, la
Note de 1972 se limite à dire que l’expression ‘ou déclare que cette exception n’a
pas dans les circonstances de l’espèce un caractère exclusivement préliminaire’ a été ajoutée
à la place des termes ‘ou la joint au fond’.681 Quant à celle de 1978, elle se
contente de dire que l’article 79 reprend l’article 67 du Règlement de la
Cour de 1972.682 Ces deux Notes documentaires s’abstiennent donc
d’indiquer les effets de cette substitution.
679
GUYOMAR, op. cit. (note 671), pp. 772-773 ; LACHS, op. cit. (note 671), p. 31 ; PETRÉN,
«Quelques réflexions … », op. cit. (note 671), pp. 196-197.
680
C.I.J. Annuaire 1971-1972, pp. 3-11.
681
Ibid., pp. 9-10 : « le paragraphe 7 correspond au paragraphe 5 de l’ancien article 62, mais
fortement remanié : … la clause ‘ou déclare que cette exception n’a pas dans les circonstances
de l’espèce un caractère exclusivement préliminaire’ est ajoutée à la place des termes ‘ou la
joint au fond’ ».
682
Actes et documents relatifs à l’organisation de la Cour n° 4, 1978, Note documentaire V,
Note du Greffe sur le Règlement révisé (1978), p. 14.
240
241
241
242
Seuls les deux autres cas retiendront alors notre attention : ceux des
Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci
(Nicaragua c. Etats-Unis d’Amérique), compétence et recevabilité et
fond ; des Questions d’interprétation et d’application de la Convention de
Montréal de 1971 résultant de l’incident aérien de Lockerbie (Jamahiriya
arabe libyenne c. Royaume-Uni), exceptions préliminaires.
683
Arrêt, C.I.J., Recueil 1998, pp. 322, § 112 et 324-325, § 117.
684
Ibid., p. 467, § 85.
242
243
l’article 79, paragraphe 7, de son Règlement actuel [de 1978], et de déclarer que
l’objection tirée de la réserve relative aux traités multilatéraux figurant dans la déclaration
d’acceptation des Etats-Unis n’a pas, dans les circonstances de l’espèce, un caractère
exclusivement préliminaire … ».685
« … en qualifiant certaines exceptions de préliminaires, elle [la Cour] montre bien que,
lorsqu’elles présentent exclusivement ce caractère, les exceptions doivent être tranchées sans
délai, mais que, dans le cas contraire, et notamment lorsque ce caractère n’est pas exclusif
puisqu’elles comportent à la fois des aspects préliminaires et des aspects de fond, elles
devront être réglées au stade du fond ». 686
685
Arrêt, C.I.J., Recueil 1984, pp. 425-426, § 76.
686
Arrêt, C.I.J., Recueil 1986, p. 31, § 41. On notera que la même logique a été suivie dans
l’affaire de la Délimitation du plateau continental entre le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et
d’Irlande du Nord et République française rendue le 14 mars 1978 et portant sur
l’interprétation du sens et de la portée de la Décision du 18 juillet 1977, Recueil des sentences
arbitrales des Nations Unies, vol. 18, pp. 360, § 16 et 404, § 114.
243
244
fond tandis que dans celle de fond, elle lui attribue la portée du maintien
de ce moyen.687
687
Cependant, STADELHOFER, op. cit. (note 671), p. 6 ne relève pas cette contradiction et se
contente de dire que, dans cette affaire, la Cour a décidé d’être en faveur du maintien de la
jonction au fond mais l’a soumise à des conditions plus strictes.
688
Arrêt, C.I.J., Recueil 1984, pp. 555, § 2 : « … je pense, comme la Cour, que l’exception tirée
de la réserve relative aux traités multilatéraux est une exception qui, au stade actuel
[préliminaire de compétence et de recevabilité], et pour reprendre les termes de l’article 79,
paragraphe 7, du Règlement de la Cour, ne doit être ni retenue ni rejetée, mais déclarée
‘[n’avoir] pas dans les circonstances de l’espèce un caractère exclusivement préliminaire’ ; et
qu’il devra donc y être répondu pendant la ‘suite de la procédure’, pour laquelle la Cour fixera
sans oute les délais prévus au même paragraphe de l’article 79 ».
244
245
« La Cour doit donc rechercher en l’espèce si l’exception que le Royaume-Uni tire des
décisions du Conseil de sécurité comporte ou non ‘à la fois des aspects préliminaires et des
aspects de fond’. … Il ne fait dès lors pas de doute pour la Cour que les droits de la Libye
au fond seraient non seulement touchés par une décision de non-lieu rendue à ce stade de
la procédure, mais constitueraient, à maints égards, l’objet même de cette décision.
L’exception soulevée par le Royaume-Uni sur ce point a le caractère d’une défense au
689
Arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 26, §§ 46 et 48. Cette exception vise à priver la requête
libyenne d’objet pour le motif que les droits que la Libye peut avoir en vertu de la Convention
de Montréal sont supplantés par les obligations que lui imposent les Résolutions 748 (1992) et
883 (1993) du Conseil de Sécurité, adoptées postérieurement au dépôt de la requête libyenne. En
même temps, elle rend inapplicable et inexécutable tout arrêt sur le fond.
245
246
« La Cour conclut de ce qui précède que l’exception du Royaume-Uni selon laquelle les
demandes libyennes auraient été privées de tout objet n’a pas un ‘caractère exclusivement
préliminaire’ au sens de cet article. Ayant ainsi établi sa compétence et conclu à la
recevabilité de la requête, la Cour pourra connaître de cette exception dans le cadre de son
examen de l’affaire au fond ». 693
690
Ibid., p. 26, § 49.
691
Ibid., p. 29, § 50. Les motifs que la Cour invoque pour dire que cette exception ne présente
pas dans les circonstances de l’espèce un caractère exclusivement préliminaire sont qu’elle
[cette exception] vise à mettre immédiatement fin à l’instance ; qu’y [sur cette exception]
décider reviendrait à établir que les droits revendiqués par la Libye sur la base de la Convention
de Montréal seraient incompatibles avec les obligations découlant pour elle des résolutions du
Conseil de sécurité ; que ces obligations, par le jeu des articles 25 et 103 de la Charte des
Nations Unies, prévalent sur ces droits et enfin que les droits libyens au fond seraient non
seulement touchés par le non-lieu mais constitueraient l’objet même de cette décision.
692
Opinion dissidente du juge Morelli dans l’affaire de la Barcelona Traction, Light and Power
Company, Limited, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1964, p. 100 : « … la décision
par laquelle la Cour joint une exception au fond présuppose la recevabilité de l’exception en
tant qu’exception préliminaire ».
693
Arrêt, C.I.J., Recueil 1998, p. 29, §§ 50 et 51.
246
247
694
Ibid., p. 46 : « La qualification de non exclusivement préliminaire attribuée à l’exception du
Royaume-Uni, selon laquelle les résolutions du Conseil de sécurité auraient privé les demandes
de la Libye de tout objet, et le renvoi de son examen au fond signifient à notre avis qu’il ne
suffit pas d’invoquer les dispositions du chapitre VII de la Charte pour mettre fin de manière
automatique et immédiate à tout débat judiciaire au sujet des décisions du Conseil de sécurité.
Lorsque la Cour en arrivera au fond elle aura à se prononcer à cet égard ».
695
Ibid., pp. 58, § 13-14 et 59, § 18 : « La Cour a néanmoins conclu que cette exception
[l’exception britannique de non-lieu] n’avait pas un caractère exclusivement préliminaire au
sens du paragraphe 7 de l’article 79 [de son Règlement] et devait, en conséquence, être
examinée avec le fond. Je partage cette opinion de la Cour. … la Cour a à juste titre conclu que
l’exception du défendeur selon laquelle les demandes libyennes ont été privées de tout objet n’a
pas ‘un caractère exclusivement préliminaire’ et serait examinée avec le fond ».
696
Pour les explications, voir ce que nous avons dit supra, pp. 242, 243 et 245.
697
Ibid., p. 73 : « La décision de la Cour à l’effet de joindre des exceptions préliminaires au
fond, décision essentiellement fondée sur son interprétation littérale d’un terme de son
Règlement, ne semble pas conforme aux desseins de la Cour lorsqu’elle a révisé son Règlement
en 1972 ».
247
248
« Mention a également été faite d’une suggestion tendant à inciter la Cour à se prononcer
sur les exceptions préliminaires aussi rapidement que possible et à s’abstenir de les joindre
au fond à moins que cela ne soit strictement indispensable ».698
Secundo, l’un des arguments invoqués par ceux qui prétendent que la
jonction au fond a disparu, à savoir que la décision selon laquelle une
exception n’a pas dans les circonstances de l’espèce un caractère
exclusivement préliminaire se prend dans un arrêt alors que la jonction au
fond se fait au moyen d’ordonnances, n’est pas fondé.
La raison en est que toutes les jonctions au fond n’ont pas été faites
par voie d’ordonnances. Certaines jonctions au fond ont été effectuées par
voie d’ordonnances,699 tandis que d’autres l’ont été au moyen d’arrêts.
698
Rapport de la Sixième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, Doc. A/8568
du 10 décembre 1971, § 47. Voir dans le même sens l’opinion individuelle du juge
Shahabuddeen dans l’affaire de l’Incident aérien du 3 juillet 1988 (République islamique d’Iran
c. Etats-Unis d’Amérique), ordonnance, C.I.J., Recueil 1989, p. 156 : “Quant au paragraphe 7 de
l’article 67 du Règlement de 1972, son but était qu’il soit statué sur les exceptions préliminaires
autant que possible avant les débats sur le fond et que ces exceptions ne soient pas jointes au
fond sans nécessité”.
699
Voir notamment supra, notes 628, 675, 676, 677 et 678.
248
249
entendu les plaidoiries quant au fond » en « ‘se réservant de statuer par un seul et même arrêt
700
Arrêt, C.P.J.I. série A/B, n° 52, p. 212.
701
Ibid.
702
La jonction au fond de la cinquième exception s’est faite dans l’énoncé suivant : « Eu égard à
toutes ces questions et à d’autres analogues, il n’est pas possible de statuer sur la cinquième
exception préliminaire à ce stade sans préjuger le fond. En conséquence, la Cour décide de la
joindre au fond », arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 150. L’énoncé relatif à la jonction au fond de la
sixième exception préliminaire est le suivant : « La Cour n’a pas, au stade actuel, d’éléments
suffisants pour lui permettre de statuer sur ces questions. Pour ce faire, il faudrait examiner et
élucider des questions de fait souvent compliquées concernant la pratique des autorités
intéressées, durant une période très considérable, remontant à 1818 ou même à 1779. D’autres
facteurs donnent lieu à des considérations analogues. Ces facteurs comprennent l’interprétation
contestée du traité luso-mahratte de 1779. Toute appréciation de ces éléments, bien que limitée à
ce qui concerne la sixième exception préliminaire, impliquerait le risque de préjuger certains
points étroitement liés au fond. En conséquence, la Cour doit joindre au fond la sixième
exception préliminaire », arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 152.
249
250
703
La jonction au fond de la troisième exception préliminaire s’est faite dans l’énoncé suivant :
« … la question de la qualité d’un gouvernement pour protéger les intérêts d’actionnaires en tant
que tels n’est elle-même qu’un aspect ou une conséquence de la question préalable de la
situation juridique des actionnaires telle que le droit international le reconnaît. Lorsque dans une
affaire comme celle-ci, un gouvernement prétend non pas exercer seulement une protection
diplomatique mais présenter aussi une demande devant un tribunal international, il invoque
nécessairement des droits qu’il estime lui être conférés, en faveur de ses ressortissants, par les
règles de droit international relatives au traitement des étrangers. … dire que le Gouvernement
demandeur n’a pas qualité pour agir équivaudrait de la part de la Cour à conclure que ces droits
n’existent pas et que la demande est pour ce motif injustifiée quant au fond. Si la Cour
considérait les questions soulevées par la troisième exception préliminaire du défendeur comme
relevant purement et simplement du fond, elle devrait déclarer que l’exception est irrecevable en
tant que telle et que les questions qu’elle pose appartiennent au fond. Mais, puisqu’il est clair
que l’exception a, à certains égards, un caractère préliminaire ou qu’elle comporte des éléments
que l’on a été porté jusqu’à présent à envisager sous ce jour, la Cour se bornera à joindre
l’exception au fond. … La troisième exception comporte un tel enchevêtrement de questions de
droit, de fait et de qualité pour agir que la Cour ne saurait se prononcer sur cette question au
présent stade avec la pleine assurance d’être en possession de tous les éléments pouvant avoir de
l’importance pour sa décision. … La Cour n’a pas à indiquer sur quels points particuliers elle
considère que les questions de fait ou de droit relatives à la troisième exception pourraient être
éclaircies par un examen au fond ; elle n’a pas non plus à indiquer pourquoi ces questions
pourraient être éclaircies par un tel examen. Elle se contentera donc de dire qu’elle décide de
joindre l’exception au fond … », arrêt, C.I.J., Recueil 1964, pp. 45-46. Pour ce qui est de la
jonction au fond de la quatrième exception préliminaire, voir l’énoncé suivant : « En ce qui
concerne la quatrième exception préliminaire, les considérations qui précèdent s’appliquent à
fortiori pour justifier une jonction au fond … Cette allégation [touchant le non-épuisement des
recours internes] est inextricablement liée aux questions de déni de justice qui constituent la plus
grande partie du fond. … En conséquence, la Cour décide de joindre au fond les … et quatrième
exceptions préliminaires », arrêt, C.I.J., Recueil 1964, p. 46.
250
251
704
Arrêt, C.I.J., Recueil 1992, p. 259, § 49.
705
Ibid., § 56. Cependant, la Cour décida qu’elle devait examiner cette exception australienne
lors de l’examen au fond après l’avoir rejetée en considérant que son arrêt sur la responsabilité
de l’Australie n’impliquait pas celui sur la responsabilité de la Nouvelle-Zélande et de la
Grande-Bretagne. Cette attitude de la Cour est critiquable dans la mesure où il est impossible de
statuer (en rejetant dans l’espèce) sur l’exception au stade préliminaire et, en même temps, la
joindre au fond, l’examiner au stade du fond. Statuer sur l’exception au stade préliminaire et
joindre au fond cette même exception s’excluent.
706
Ibid.
707
En effet, cette affaire a été rayée du rôle par ordonnance du 13 septembre 1993 :
« Considérant que, par notification conjointe au Greffe le 9 septembre 1993, la République de
Nauru et le Commonwealth d’Australie ont informé la Cour qu’ils sont convenus, parce qu’ils
sont parvenus à un règlement amiable, de se désister de l’instance introduite par la requête
déposée le 19 mai 1989, Prend acte du désistement, par accord entre les Parties, de l’instance
introduite le 19 mai 1989 par la République de Nauru contre le Commonwealth d’Australie ;
Prescrit que l’affaire soit rayée du rôle », ordonnance, C.I.J., Recueil 1993, pp. 322-323 .
708
SCHENK VON STAUFFENBERG, op. cit. (note 550), p. 357 ; ROSENNE, The Law and
the Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 466 ; le même, The Law and the Practice …,
251
252
« Pour parvenir à une décision, la Cour peut établir que l’exception n’a pas en fait un
caractère préliminaire et par conséquent que, sans préjuger le droit de l’Etat défendeur de
soulever la même question à un autre stade de la procédure, s’il doit y en avoir un,
l’exception ne saurait être traitée comme une exception préliminaire. … Dans d’autres cas
[que ceux où l’exception est préliminaire et peut être examinée immédiatement par la Cour
en la retenant ou la rejetant] … la Cour peut juger que l’exception est tellement liée au
fond ou à des points de fait ou de droit touchant au fond qu’on ne saurait l’examiner
séparément sans aborder le fond, ce que la Cour ne saurait faire tant que la procédure sur le
fond est suspendue aux termes de l’article 62, ou sans préjuger le fond avant que celui-ci
ait fait l’objet d’une discussion exhaustive. Dans de tels cas, la Cour joindra l’exception
préliminaire au fond. Elle ne le fera que pour des motifs sérieux, considérant que l’objet
op. cit. (note 11), 1985, p. 466 (“Where the Court’s decision is limited solely to the joinder, it is
customary for it to be embodied in an order : in all other cases in a judgment”). Cependant,
ROSENNE, The Law and the Practice of the International Court, vol. II, 1965, p. 630 ; le même,
The Law and the Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 630 ; le même, The Law and the
Practice …, op. cit. (note 671), vol. III, 1997, pp. 1620-1621 n’établit pas cette distinction; il y
dit tout simplement que les ordonnances sont employées notamment pour procéder à la jonction
au fond (“Formal orders have also been used for the following steps : … joinder of objection to
merits ”).
252
253
d’une exception préliminaire est d’éviter non seulement une décision mais aussi toute
discussion du fond ».709
709
Arrêt, C.I.J., Recueil 1964, pp. 43-44. Dans un sens complètement opposé, voir le juge
Morelli qui, dans son opinion dissidente dans la même affaire, affirme qu’une exception n’ayant
pas de caractère préliminaire ne doit pas être jointe au fond mais déclarée irrecevable en tant
qu’exception préliminaire, ibid., pp. 112-113 : « La question présentée par l’Espagne comme
troisième exception préliminaire est donc une question n’ayant pas du tout un caractère
préliminaire, parce que sa décision s’identifie à la décision même du fond de l’affaire. C’est
pourquoi ladite question ne pouvait être examinée par la Cour au stade actuel de la procédure,
stade qui était limité aux questions ayant réellement, et non pas en raison d’une qualification
donnée par la partie, le caractère de questions préliminaires. … L’exception … ne pouvait non
plus être jointe au fond aux termes de l’article 62, paragraphe 5, du Règlement. Elle devait, au
contraire, être déclarée irrecevable en tant qu’exception préliminaire ».
710
Sur le caractère exceptionnel de la jonction au fond, voir l’opinion dissidente du juge Levi
Carneiro dans l’affaire Ambatielos, exception préliminaire, arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 48 ;
GUGGENHEIM, Paul, Traité de droit international public : avec mention de la pratique
internationale et suisse, vol. II, Genève, Georg, 1954, pp. 149-150 ; ROSENNE, The Law and
Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 464 ; le même, The Law and Practice …, op. cit.
(note 11), 1985, p. 464 ; le même, Procedure in International Court : A Commentary on the
1978 Rules of the International Court of Justice, La Haye, Martinus Nijhoff, 1983, p. 164 ;
SHIHATA, The Power …, op. cit. (note 11), p. 114 ; WITENBERG et DESRIOUS, op. cit.
(note 541), p. 406 (selon qui la jonction au fond doit se faire avec une grande modération). Voir
cependant, ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), pp. 197-198, où il
soutient que la jonction au fond est devenue, à partir de cet énoncé reproduit dans le corps du
texte, une possibilité ouverte à la Cour sur un pied d’égalité avec le rejet ou l’admission de
l’exception et dont l’emploi dépend de l’appréciation par la Cour des considérations d’ordre
général.
711
C’est nous qui soulignons.
712
International Symposium on Judicial Settlement of International Disputes, op. cit. (note 671),
p. 275.
253
254
« La Cour donne effet à tout accord intervenu entre les parties et tendant à ce qu’une
exception [exception à la compétence de la Cour ou à la recevabilité de la requête ou toute
autre exception sur laquelle le défendeur demande une décision avant que la procédure sur
le fond se poursuive] soulevée en vertu du paragraphe 1 du présent article soit tranchée
lors de l’examen au fond ». 713
713
Ce libellé a été repris textuellement par le paragraphe 10 de l’article 79 du Règlement de la
Cour (1978) tel que modifié le 5 décembre 2000.
714
Cet article 31 dispose comme suit : « Dans toute affaire soumise à la Cour, le Président [de la
Cour] se renseigne auprès des parties sur les questions de procédure. A cette fin, il convoque les
agents des parties le plus tôt possible après leur désignation, puis chaque fois qu’il y a lieu ».
254
255
715
Arrêt, C.I.J., Recueil 1995, pp. 92-93.
716
Ibid., pp. 98-99, 100 et 101 : « L’Australie a soulevé des exceptions à la compétence de la
Cour et à la recevabilité de la requête. Elle a toutefois estimé que ces exceptions étaient
inextricablement liées au fond et qu’il devait en conséquence être statué sur celles-ci dans le
cadre de l’examen de l’affaire au fond. La Cour a entendu les Parties sur les exceptions et sur le
fond. Bien qu’ayant fait porter son argumentation et ses conclusions à titre principal sur lesdites
exceptions, l’Australie a également demandé que les griefs du Portugal au fond soient rejetés, en
soutenant, en particulier, que les actes qu’elle a commis ne méconnaissent en rien les droits du
Portugal. D’après l’une des exceptions présentées par l’Australie, il n’existerait pas
véritablement de différend entre elle-même et le Portugal ; et, d’après une autre exception, la
requête du Portugal obligerait la Cour à statuer sur les droits et les obligations d’un Etat qui
n’est pas partie à l’instance, à savoir l’Indonésie. Selon d’autres exceptions australiennes encore,
le Portugal n’aurait pas qualité pour agir en l’espèce … La Cour commencera par examiner
l’exception de l’Australie selon laquelle il n’existerait pas véritablement de différend entre
l’Australie et le Portugal. … A tort ou à raison, le Portugal a formulé des griefs en fait et en
droit à l’encontre de l’Australie et celle-ci les a rejetés. Du fait de ce rejet, il existe un différend
d’ordre juridique. … Il n’en existe pas moins un différend d’ordre juridique entre le Portugal et
l’Australie. Cette exception doit être dès lors rejetée. La Cour examinera maintenant l’exception
principale de l’Australie selon laquelle la requête du Portugal obligerait la Cour à se prononcer
sur les droits et obligations de l’Indonésie. … La Cour conclut qu’elle ne saurait, en l’espèce,
exercer la compétence qu’elle tient des déclarations faites par les Parties conformément au
paragraphe 2 de son Statut … Ayant rejeté la première des deux exceptions australiennes qu’elle
a examinées, mais retenu la seconde, la Cour constate qu’elle n’a pas à se pencher sur les autres
255
256
« Vu le mémoire et le contre-mémoire dûment déposés par les Parties dans ces délais
[délais pour le dépôt d’un mémoire et de contre-mémoire], ainsi que l’accord entre elles,
exprimé dans des lettres adressées au Greffier le 16 novembre 1987 qui faisaient référence
à l’article 79, paragraphe 8, du Règlement de la Cour, accord aux termes duquel une
exception à la recevabilité de la requête, soulevée par l’Italie dans ledit contre-mémoire,
devrait être ‘tranchée lors de l’examen au fond’ ».717
256
257
Pour pouvoir avoir lieu, la jonction au fond n’a pas besoin d’être
consacrée par un texte.720 A contrario, cela signifie qu’aucun texte autre
que l’article 48 susvisé, toujours en vigueur, ne peut prétendre la faire
disparaître.
720
Dans le même sens, voir AMMOUN, op. cit. (note 670), p. 37, qui soutient que la jonction au
fond est consacrée par la coutume internationale et par un principe de droit reconnu par les
nations civilisées conformément à l’article 38, lettre c, du Statut de la Cour.
257
258
721
Nous n’examinerons pas les affaires de l’Anglo-Iranian Oil Co., exception préliminaire, et de
l’Incident aérien du 27 juillet 1955 (Israël c. Bulgarie), où la jonction au fond a été sollicitée
mais où la Cour s’est déclarée incompétente. En effet, dans la première affaire, la Grande-
Bretagne avait demandé la jonction au fond de l’exception du domaine réservé soulevée par
l’Iran car cette exception était un point essentiel du fond qui ne pouvait pas être jugé au stade
préliminaire. Mais la Cour ne statua pas car elle se déclara incompétente par suite de l’examen
de l’exception ratione temporis (arrêt, C.I.J., Recueil 1952, p. 114). Dans la seconde affaire,
Israël a prié la Cour de rejeter ou de joindre au fond l’exception bulgare du domaine réservé
mais la Cour ne l’a pas examinée car elle s’est déclarée incompétente au stade préliminaire en
raison de l’absence de titre de compétence (arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p. 146).
722
Le juge Erich, dans son opinion individuelle, ibid., pp. 141-142 et ARANGIO-RUIZ, « Le
domaine réservé. … », op. cit. (note 446), pp. 79-80, 234, 276, 399 et 400 considèrent que la
Cour a procédé à la jonction au fond dans l’affaire de la Compagnie d’électricité de Sofia et de
Bulgarie. Il n’est pas possible d’accepter ce point de vue. En effet, il est certain que la Cour a,
dans cette affaire, conclu que l’exception bulgare du domaine réservé était liée au fond du
différend (arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 77, pp. 77-78 et 82-83 (1939)). Mais elle l’a examinée au
stade préliminaire, l’a rejetée et a laissé les parties libres d’en reprendre le développement à titre
de moyen de défense au fond. Ce moyen de défense peut être une exception préliminaire ou une
défense au fond.
258
259
De là, la Cour déduisit que cette exception polonaise était liée aux
faits allégués par le Gouvernement allemand, qu’elle ne pouvait être
constatée que sur la base d’une connaissance complète de ces faits, telle
que seule la procédure sur le fond pouvait fournir et qu’elle ne pouvait
statuer sur ladite exception qu’après avoir entendu les arguments des
parties quant au fond.725 Par conséquent, elle décida de joindre au fond
cette exception polonaise du domaine réservé :
« LA COUR,
1) joint l’exception préliminaire proposée par le Gouvernement polonais au fond de
l’affaire relative à l’administration du prince von Pless, afin de statuer par un seul et même
arrêt sur l’exception et, si celle-ci n’est pas admise, sur le fond ».726
723
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 52, p. 12 (1933).
724
Ibid., p. 14.
725
Ibid., pp. 14-15.
726
Ibid., p. 16.
727
Il convient de noter que ce motif ne figure pas dans le Règlement de la Cour mais celle-ci l’a
aussi appliquée dans l’affaire Pajzs, Csáky, Esterházy, ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 66, p.
9 (1936) (dans cette affaire, ce motif était donné à titre principal) ; dans l’affaire du Chemin de
fer Panevezys-Saldutiskis, ordonnance, C.P.J.I. série A/B, n° 75, p. 56 (1938) et dans l’affaire de
la Barcelona Traction, Light and Power Company, Limited, exceptions préliminaires, C.I.J.,
Recueil 1964, p. 46. C’est ce motif que privilégie SPERDUTI, « La recevabilité des exceptions
préliminaires de fond … », op. cit. (note 9), p. 483.
728
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 18 (1936).
259
260
Par ces motifs, la Cour la joignit au fond pour se prononcer par une
même et seule décision sur l’exception et, en cas de son rejet, sur le fond
du différend :
« Considérant, dès lors, qu’en statuant dès maintenant sur l’exception d’incompétence
[l’exception yougoslave du domaine réservé], la Cour risquerait, soit de trancher des
questions appartenant au fond de l’affaire, soit d’en préjuger la solution ;
Considérant qu’il n’appartient pas à la Cour d’empiéter d’une façon quelconque sur le fond
d’une affaire à elle soumise par requête en vertu de l’article 36, alinéa 2, du Statut [de la
Cour] … ;
Considérant que, dans ces conditions, il y a lieu de joindre au fond l’exception visant la
compétence, la Cour devant statuer à cet égard et, s’il y a lieu, sur le fond, par un seul et
même arrêt ».729
729
Ibid., p. 23. L’affaire a été réglée par un accord des parties et rayée du rôle, ordonnance,
C.P.J.I., série A/B, n° 69, p. 99 (1936).
260
261
son exception du domaine réservé sans préjuger du fond. A cet égard, elle
se fondait sur les trois éléments suivants.
730
Les titres que le Portugal faisait valoir étaient le Traité luso-mahratte de 1779 et les différents
décrets mahrattes destinés à appliquer les dispositions de l’article 7 de ce Traité, la Convention
de 1785 conclue avec le souverain mahratte, la coutume locale, la coutume internationale
générale et les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées.
731
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 130-131.
732
Ibid., p. 150.
733
Ibid.
734
Ibid.
261
262
« Eu égard à toutes ces questions et à d’autres analogues, il n’est pas possible de statuer sur
la cinquième exception préliminaire à ce stade sans préjuger le fond. En conséquence, la
Cour décide de la joindre au fond ». 736
Parmi les juges qui se sont exprimés à titre individuel, seul le juge
Badawi Pacha était favorable à la jonction de l’exception indienne du
domaine réservé au fond.737 En revanche, le juge Klaestad et le juge ad
hoc Chagla, dans leurs opinions dissidentes, s’opposèrent à cette jonction
au fond et suggérèrent plutôt l’application de la technique de la
conclusion provisoire.
735
Ibid., pp. 136-137.
736
Ibid., p. 150. Cet énoncé rend inacceptable le point de vue de BRIGGS, « Reservations … »,
op. cit. (note 11), p. 325, selon lequel la Cour a, dans cette affaire, appliqué la technique de la
conclusion provisoire au stade préliminaire.
262
263
Pour justifier son point de vue que la Cour devait rejeter au stade
préliminaire l’exception indienne du domaine réservé, 738 le juge Klaestad
examina quatre points avant de conclure que le différend portait sur le
droit international.
737
Ibid., p. 154 : « Je suis d’accord sur les décisions de la Cour en ce qui concerne les
exceptions … et 5 [l’exception indienne du domaine réservé], sans toutefois souscrire à certains
aspects de la motivation de ces décisions ».
738
Ibid., p. 164.
739
Ibid.
740
Ibid.
741
Ibid.
742
Ibid., p. 165.
263
264
A cet égard, il estima que le Portugal n’avait pas démontré que les
titres qu’il invoquait justifiaient la conclusion provisoire qu’ils revêtaient
une importance juridique pour la solution du différend en droit
international, que sa revendication contenait une cause d’action
soutenable selon le droit international et qu’une règle de droit
international avait pris la place de la règle générale suivant laquelle
l’objet du différend qui relevait de la compétence nationale de l’Inde
relevait de son pouvoir discrétionnaire.746
743
Ibid.
744
Ibid.
745
Ibid,, pp. 174-175, 176 et 178.
746
Ibid., p. 175.
264
265
«Considérant que rien ne s’oppose à ce qu’il soit tenu compte de l’accord ainsi intervenu
entre les Parties ;
LA COUR
Joint les exceptions soulevées par le Gouvernement du Royaume de Norvège au fond de
l’instance introduite par requête du Gouvernement de la République française, enregistrée
au Greffe le 6 juillet 1955, pour être statué par un seul et même arrêt sur lesdites
exceptions et, éventuellement, sur le fond ».750
747
C.I.J. Mémoires, Certains emprunts norvégiens. France c. Norvège, vol. I, 1955, p. 186 :
« Tels sont les motifs pour lesquels le Gouvernement de la République française prie la Cour de
ne pas accepter les ‘Exceptions préliminaires‘ soulevées par le Gouvernement du Royaume de
Norvège. Celles-ci sont d’une telle nature que leur examen est lié à celui du fond de l’affaire.
Pour ces motifs et sous réserve de tous moyens et preuves à présenter ultérieurement à la Cour,
Plaise à la Cour
Joindre au fond les ‘Exceptions préliminaires’ soulevées par le Gouvernement royal de
Norvège ».
748
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1956, p. 74.
749
Ibid.
750
Ibid. Cependant, selon ROSENNE, Shabtai, « The Reconceptualization of Objections in the
International Court of Justice », Communicazioni e studi. Il processo internazionale. Studi in
onore di Gaetano Morelli, vol. 24, Milano, Giuffrè, 1975, p. 753, cette jonction au fond a été
faite en vertu non pas de l’accord des parties mais des alinéas 2 et 3 de l’article 37 du Règlement
de la Cour de 1946. Il est difficile d’accepter ce point de vue car les deux alinéas auxquels
Rosenne se réfère ont trait aux ordonnances concernant les modalités de présentation des pièces
de procédure écrite et non la jonction au fond. En effet, les libellés de ces deux alinéas sont les
suivants : « 2. A la lumière des renseignements obtenus par le Président, la Cour rend des
ordonnances nécessaires pour fixer notamment le nombre et l’ordre de la présentation des pièces
de la procédure écrite, ainsi que les délais pour leur présentation. 3. Pour l’élaboration des
265
266
Cette jonction au fond effectuée par accord des parties a été entérinée
par les paragraphes 8 des articles 67 et 79 des Règlements respectifs de la
Cour de 1972 et de 1978 et 10 de l’article 79 du Règlement de la Cour
(1978) tel que modifié le 5 décembre 2000.751
Dans les deux Chapitres (III et IV) qui précèdent, nous avons vu que
la Cour a eu recours aux techniques de la conclusion provisoire et de la
jonction au fond pour traiter l’exception du domaine réservé qui met en
cause le fond du différend au stade préliminaire. Peut-on en déduire que
cette exception se sépare du fond, s’identifie à lui ou en fait partie? C’est
là une question qui concerne la nature juridique de l’exception du
domaine réservé. Son étude fera l’objet du Chapitre V.
ordonnances rendues en vertu du paragraphe précédent, il est tenu compte, autant que possible,
de tout accord qui serait intervenu entre les parties ».
751
Voir le libellé de ce paragraphe supra, p. 253.
266
267
CHAPITRE V
752
Affaire Médina (Etats-Unis c. Mexique) tranchée en 1862 par la Commission mixte de
Washington, où le moyen tiré de la nationalité des réclamants est qualifié d’exception
préjudicielle, Recueil des arbitrages internationaux, t. II, p. 171 ; BRIDGE, Frank H.S., The
Council of Europe. French-English. Legal Dictionary, Strasbourg, Council of Europe Press,
1994, p. 120 ; Dictionnaire économique et juridique : Français-Anglais, 4ème éd., Paris, L.G.D.J.,
1995, p. 105 ; BALEYTE, Jean, Dictionnaire juridique (Nouveau dictionnaire Th.A. Quemner),
Français-Anglais, Paris, Editions de Navarre, 1989, p. 112 ; CAPITANT, Henri, Vocabulaire
juridique, Paris, P.U.F, 1930, pp. 239-240 ; MOORS, Joseph, Dictionnaire juridique Français-
Néerlandais, 4ème éd., Brugge, Bruxelles : La Charte, 1991, p. 297 ; Lexique …, op. cit. (note
544), p. 251.
753
BRIDGE, op. cit. (note 752), p. 256 ; Lexique …, op. cit. (note 544), p. 450 ; MAGYARY,
op. cit. (note 106), pp. 328-340 ; MORELLI, « Questioni preliminari …», op. cit. (note 530),
1971, p. 6 ; ROLAND, Henri et BOYER, Laurent, Locutions latines du droit français, 3ème éd.,
Paris, Litec, 1993, p. 119 ; WITENBERG, « La recevabilité … », op. cit. (note 530), pp. 100,
101 et 103.
267
268
Une ‘question préjudicielle’ est celle qui est tranchée par un juge
autre que celui habilité à connaître de la demande principale.757 De même
que le second aspect de la définition de l’exception préjudicielle, cette
définition de la question préjudicielle implique l’existence de deux
juridictions, celle devant statuer sur la question préjudicielle et celle
devant trancher la demande principale.
754
Le moyen tiré du défaut de nationalité est qualifié de ‘préjudiciel’ par Lieber dans l’affaire
Jarr, voir MOORE, op. cit. (note 57), p. 2712 ; WITENBERG, « La recevabilité … », op. cit.
(note 530), pp. 100, 101 et 103.
755
BRIDGE, op. cit. (note 752), p. 120 ; CAPITANT, op. cit. (note 752), pp. 239-240 ; Lexique
…, op. cit. (note 544), p. 251.
756
Black’s Law …, op. cit. (note 115), 6ème éd., 1990, p. 815 : “Interlocutory. Provisional ;
interim ; temporary ; not final”.
757
ROLAND et BOYER, op. cit. (note 753), p. 119. Voir BRIDGE, op. cit. (note 752), p. 256,
pour qui toutefois une question préjudicielle est une “preliminary question (issue); preliminary
point of law (pending the decision of which by another court the proceedings are stayed); case
stayed”. Cet auteur définit aussi une question préjudicielle au jugement comme étant une
“preliminary question (point, issue) to be decided before judgment can be given”, ibid. ;
Lexique …, op. cit. (note 544), p. 450 identifie une question préjudicielle à une exception
préjudicielle et leur donne la même définition.
268
269
758
WITENBERG, « La recevabilité … », op. cit. (note 530), pp. 100, 101 et 103.
759
MAGYARY, op. cit. (note 106), pp. 238-239. Magyary emprunte cette idée de l’institution
romaine de ‘praejudicium’.
760
Ibid., p. 239.
269
270
761
Ibid.
762
Ibid.
763
Ibid., pp. 239-240.
764
MORELLI, « La théorie générale … », op. cit. (note 585), p. 319.
765
MORELLI, « Questioni preliminari … », op. cit. (note 530), p. 6 ; le même, « Eccezioni
preliminari di merito? », Rivista di diritto internazionale, vol. 58, 1975, p. 5. Cette seconde
définition de Morelli se rapproche de celle que le juge Sir Gerald Fitzmaurice donne à une
exception pré-préliminaire (=exception qui empêcherait la Cour d’exercer la compétence
incidente d’indiquer des mesures conservatoires, d’accepter des demandes reconventionnelles
ou des interventions des tiers) dans son opinion individuelle dans l’affaire du Cameroun
septentrional, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1963, p. 103.
270
271
d’un traité et la qualité pour agir, bien qu’elles soient rattachées au fond,
sont des questions préjudicielles par rapport au droit à la réparation
découlant de la violation d’un traité.766 De là, Morelli précise qu’une
question de substance peut même être préjudicielle par rapport à une
question préliminaire si la solution de cette dernière dépend de la décision
rendue pour la première.767
766
Ibid., pp. 9-10.
767
Ibid., pp. 11-12.
768
Ibid., p. 12.
769
Ibid.
770
REUTER, op. cit. (note 64), p. 245.
771
Recueil des sentences arbitrales des Nations Unies, vol. 11.
271
272
« Attendu que les questions préjudicielles auxquelles donne lieu l’instruction d’un procès
doivent être examinées par le juge compétent pour statuer sur le litige principal, à moins
que la loi ne dispose dans un sens contraire ». 772
Ici, nous avons traduit ‘préjudiciel’ par ‘préalable’ car cet énoncé a
été émis en réponse à une question de la Yougoslavie qui niait le droit du
Tribunal de s’occuper d’une question préalable de propriété. Si alors pour
ce Tribunal ‘question préjudicielle’ signifie question préalable, c’est dire
que cette définition [du Tribunal] se rapproche de la seconde définition de
Morelli qui entend aussi par ’préjudiciel’ le ‘préalable’ même s’il ne
l’exprime pas comme tel.773
772
Recueil des décisions des Tribunaux arbitraux mixtes, vol. 6, p. 507.
773
Cependant, Morelli (« Questioni preliminari … », op. cit. (note 530), pp. 6-7 et « Eccezioni
preliminari … », op. cit. (note 765), p. 5) soutient que la solution préalable d’une question
préjudicielle n’est pas absolument nécessaire pour qu’il y ait examen de la question principale et
qu’elle ne le serait qu’en cas d’impossibilité de résoudre la question principale et que si le juge,
en tenant compte des circonstances de l’espèce, devait conclure que la solution négative de la
question préjudicielle lui permettrait de régler immédiatement la question principale.
774
Ailleurs, ce Pacte qualifie cependant l’exception tiré du domaine réservé d’exception
d’incompétence. Voir supra, note 873.
272
273
775
MORELLI, « Questioni preliminari … », op. cit. (note 530), pp. 6-7 ; le même, “Eccezioni
preliminari … op. cit. (note 765), pp. 9 et 10.
776
L’idée d’inexistence de concurrente de la Cour se réflète dans l’absence de litispendance en
droit international. Cette absence s’explique par le fait qu’en droit international, il n’y a pas de
système homogène et intégré de tribunaux internationaux pouvant avoir une compétence
concurrente rationae materiae. Par conséquent, l’une des identités essentielles de la
litispendance, à savoir celle du juge est faussée. Voir MAGYARY, op. cit. (note 106), pp. 2316-
238. L’inexistence de litispendance en droit international a aussi été consacrée par la Cour dans
l’affaire de Certains intérêts allemands en Haute-Silésie polonaise, compétence, arrêt n° 6,
C.P.J.I., série A n° 6, p. 20 (1925). Voir également une position nuancée chez Le Dr. Kaufmann
(Discours prononcé dans la même affaire, C.P.J.I., série C, n° 9-I, pp. 82-83) qui évite de
discuter le problème de l’admissibilité de l’exception de litispendance (exceptio litis pendentis)
en droit international mais qui conclut à l’inexistence de cette exception dans la même affaire.
Cependant, l’inexistence de litispendance en droit international n’est pas acceptée par
WITENBERG, « La recevabilité … », op. cit. (note 530), pp. 88-90 ; SCERNI, Mario, « La
procédure de la Cour permanente de justice internationale », R.C.A.D.I., t. 65, 1938-III; p. 615 ;
HUDSON, Traité de la Cour …, op. cit. (note 403), p. 566 ; TÉNÉKIDÈS, G., « L’exception de
litispendance devant les organismes internationaux », R.G.D.I.P., t. 36, 1939, pp. 502-527 ;
273
274
existait plusieurs juridictions, l’adage selon lequel « le juge de l’action est le juge
de l’exception (Reus in excipiendo fit actor)» obligerait la Cour à statuer sur
l’exception du domaine réservé et sur la question principale. En effet, cet
adage repose sur l’idée que toute exception est, par nature, un moyen de
défense dont connaît le juge saisi de la demande principale.
BASTID, Suzanne, La fonction juridictionnelle dans les relations internationales, Paris, Les
Cours de Droit, 1956-1957, p. 420 ; BOS, op. cit. (note 142), pp. 246-254 ; Dictionnaire de droit
international public sous la direction de Jean Salmon, Bruxelles, Bruylant, 2001, p. 670 ; exposé
du Gouverment turc dans l’affaire de l’Interprétation de l’accord gréco-turc du 1er décembre
1926 (protocole final, article IV), série C, n° 15 (I). Conseil SdN, 1928, p. 188. Pour une
analyse des situations tirées de la jurisprudence de la Cour et qualifées de litispendance mais
qui, juridiquement, n’en constituent pas une, voir SHIHATA, The Power …, op. cit. (note 11),
pp. 258-260. Pour une pseudo-litispendance entre la Cour et les organes politiques de la S.D.N.
et des Nations Unies, voir ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965,
pp. 83-87 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, pp. 83-87 ; le même,
The Law and Practice …, op. cit. (note 249), vol. I, 1997, pp. 149-155 ; SHIHATA, The Power
…, op. cit. (note 11), pp. 260-261 ; DE VISSCHER, Aspects récents …, op. cit. (note 530), p.
176 ; exposé du juge Rezek à la Journée d’études du 18 mai 2000 consacrée aux « Procédures
incidentes devant la Cour internationale de Justice : Exercice ou abus de droits? », Paris, A.
Pedone, Université de Rennes 1, p. 119.
777
Voir les développements que nous avons faits ci-dessus au Chapitre III, Section V, 2 et la
conclusion à laquelle nous avons abouti, supra, pp. 211-217.
778
Voir supra Chapitre III, Section V, 1, pp. 196-211.
274
275
pas non plus à l’exception du domaine réservé. La raison en est que cette
dernière n’est pas un préalable à une décision de fond.
779
ROLAND et BOYER, op. cit. (note 753), p. 118 ; DE VISSCHER, Aspects récents …, op.
cit. (note 530), p. 95.
780
Opinion individuelle des juges de Visscher et Rostworowski dans l’affaire du Chemin de fer
Panevezys-Saldutiskis, C.P.J.I., série A/B, n° 76, pp. 24-25 (1939).
275
276
781
Arrêt, série A/B, n° 77, pp. 78 et 82-83 (1939).
276
277
« L’argument ratione materiae, c’est-à-dire l’exception générale et quelque peu diffuse par
laquelle le Gouvernement bulgare tend à exclure la compétence de la Cour, a été à juste
titre rejetée en tant qu’exception préliminaire et réservée pour l’examen du fond ». 784
782
Ibid., pp. 94-95.
783
Ibid., p. 117. BOS, op. cit. (note 142), p. 116 réitère sa remarque en affirmant ici aussi que le
juge van Eysinga a qualifié l’exception bulgare d’incompétence parce que, selon lui (Bos), dire
que les manifestations des pouvoirs administratif, judiciaire et législatif incriminées
appartenaient à la compétence exclusive de la Bulgarie revenait à invoquer une exception
d’incompétence.
784
Ibid., pp. 140 et 141.
277
278
785
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 23 (1936).
786
Cependant, BOS, op. cit. (note 142), p. 116 se fonde sur un énoncé incomplet de la Cour
pour dire que la Cour a qualifié ce moyen bulgare de domaine réservé d’exception préliminaire
d’incompétence. Cet énoncé (auquel Bos se réfère) est le suivant : « L’argument ratione
materiae ainsi développé et produit à l’appui de l’exception préliminaire d’incompétence forme
une partie du fond même du différend. La Cour ne peut, par conséquent, reconnaître à ce moyen
le caractère d’une exception préliminaire au sens de l’article 62 de son Règlement », arrêt, série
A/B, n° 77, p. 78 (1939).
787
BRUNS, « La Cour permanente de Justice internationale … », op. cit. (note 169), pp. 663-
664 ; ROSENNE, The Law and Practice …, op. cit. (note 11), vol. I, 1965, p. 459 ; le même,
The Law and Practice …, op. cit. (note 11), 1985, p. 459 ; le même, The Law and the Practice
…, op. cit. (note 11), vol. II, 1997, p. 915.
278
279
D’autres auteurs sont plus nuancés car ils estiment qu’un moyen tiré
du domaine réservé est une défense au fond uniquement en cas d’absence
de réserve expresse du domaine réservé figurant dans un titre de
compétence de la Cour.789
788
WALDOCK, « The Plea …”, op. cit. (note 11), pp. 99, 114-115, 124 et 140. Cet auteur
ajoute que le même moyen est une exception d’irrecevabilité.
789
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), p. 190 ; BOS, op. cit. (note
142), p. 113 ; FITZMAURICE, The Law and Procedure …, op. cit. (note 11), p. 665 ;
LAUTERPACHT, The Function of Law ... , op. cit. (note 97), pp. 357-361 et son opinion
dissidente dans l’affaire de l’Interhandel, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1959, p.
(cependant, ce juge avait qualifié le moyen d’exception préliminaire, ibid., pp. 121et 122) ;
MORRISON, op. cit. (note 11), pp. 51-52 ; PERRIN, « L’affaire de l’Interhandel. Phase des
exceptions …”, op. cit. (note 11), p. 164 ; ROSENNE, The Law and Practice ... , op. cit. (note
11), vol. I, 1965, p. 394 ; le même, The Law and Practice ... , op. cit. (note 11), 1985, p. 394 ; le
même, The Law and the Practice …, op. cit. (note 11), vol. II, 1997, p. 776 ; VERZIJL, “Cour
internationale de Justice. ...”, op. cit. (note 11), p. 402 ; le même, International Law in Historical
Perspective …, op. cit. (note 169), p. 248 soutiennent que ce moyen tiré du domaine réservé est
traité en tant qu’exception préliminaire pour donner effet à la volonté expresse des parties telle
qu’elle se dégage du titre de compétence de la Cour. En contrastant avec d’autres auteurs,
MORELLI, “Eccezioni preliminari … ”, op. cit. (note 765), p. 9 dit qu’un moyen tiré du
domaine réservé est une question de fond, dont la solution a une influence sur le contenu de la
décision du différend, en cas d’absence de réserve y afférente dans un titre de compétence de la
Cour.
790
BOS, op. cit. (note 142), p. 301.
791
BOS, op. cit. (note 142), p. 301 ; opinion individuelle commune des juges De Visscher et
Rostworowski dans l’affaire du Chemin de fer Panevezys-Saldutiskis, C.P.J.I., série A/B, n° 76,
279
280
défense au fond parce que la Cour doit, pour statuer, se référer à des
éléments de fond ; il doit être joint au stade du fond, où il est examiné en
tant que tel, sans changement terminologique.792 En effet, il est vrai
qu’une exception préliminaire jointe au fond ne produira pas l’effet
procédural de suspendre la procédure sur le fond jusqu’à ce qu’elle
[l’exception préliminaire] soit tranchée par la Cour. Car elle sera traitée
dans la phase de la procédure consacrée à l’examen du fond et plaidée par
les parties avec le fond. Cependant, par son objet, elle ne sera pas moins
une exception préliminaire.793 Car le caractère distinct et préalable de
l’objet d’une exception préliminaire par rapport au fond fait qu’elle soit
tranchée par la Cour préalablement à celui-ci. Si Cour la retient, elle ne
tranchera pas, dans sa décision, le fond de l’affaire.
p. 25 (1939) (cependant, ces juges avaient considéré que si des éléments invoqués à l’appui
d’une exception sont susceptibles de préjuger le bien ou le mal-fondé de la demande, cette
exception sera traitée comme une défense au fond, ibid., p. 24) ; opinion dissidente du juge van
Eysinga, ibid., pp. 30-35 et opinion dissidente du juge Erich, ibid., pp. 49-51. Cependant, voir
une position opposée de la Cour dans la même affaire, ibid., p. 17 ; dans l’affaire de la
Barcelona Traction, Light and Power Company, Limited, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J.,
Recueil 1964, p. 45 et du juge Morelli dans son opinion dissidente du juge Morelli dans la
même affaire, ibid., pp. 85, 99 et 100.
792
Voir notamment l’affaire de la Barcelona Traction, Light and Power Company, Limited,
exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1964, p. 44 ; l’opinion individuelle des juges De
Visscher et Rostworowski dans l’affaire du Chemin de fer Panevezys-Saldutiskis, arrêt, C.P.J.I.,
série A/B, n° 76, p. 24 (1939) et MORELLI, « Questioni preliminari … », op. cit. (note 530),
pp. 14-15 et 18. Voir cependant un point de vue opposé chez COT, op. cit. (note 406), p. 321,
qui soutient que la jonction au fond transforme une exception préliminaire en une défense au
fond.
793
Pour les détails relatifs aux sens procédural et matériel des exceptions préliminaires, voir
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (170), pp. 29-33, 221-222 et 224.
280
281
794
Voir notamment l’affaire de l’Administration du prince von Pless, ordonnance, C.P.J.I., série
A/B, n° 52, p. 15 (1933) ; l’affaire de la Barcelona Traction, Light and Power Company,
Limited, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1964, pp. 44-46 ; l’affaire du Sud-Ouest
africain, deuxième phase, arrêt, C.I.J., Recueil 1966, p. 18 ; l’opinion individuelle du juge
Bustamante y Rivero dans l’affaire de la Barcelona Traction, Light and Power Company,
Limited, exceptions préliminaires), ibid., p. 84 et l’opinion dissidente du juge Morelli dans la
même affaire, ibid., pp. 85 et 111-113. Cependant, voir une position contraire dans l’opinion
dissidente du juge ad hoc Armand-Ugon émise dans la même affaire, ibid., p. 165.
795
Voir notamment l’affaire du Chemin de fer Panevezys-Saldutiskis, arrêt, C.P.J.I., série A/B,
n° 76, p. 17 (1939).
796
Voir ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), pp. 97 et 146-165 et
l’affaire du Cameroun septentrional, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1963, pp. 29
et 38.
797
HOIJER, Introduction in Magyary, op. cit. (note 106), p. 20.
798
Ibid., pp. 20-21.
799
Voir supra, Chapitre II, pp. 150-164.
281
282
800
Voir SPERDUTI, « Le eccezioni tratte dalla nozione di dominio riservato … », op. cit. (note
407), p. 653 ; le même « Ancore sulle eccezioni preliminari … », op. cit. (note 407), p. 662, qui
s’y réfère de manière expresse.
801
Des questions préliminaires sont des questions qui, du point de vue matériel, peuvent fournir
l’objet d’une exception préliminaire, mais qui ne sont pas nécessairement présentées devant la
Cour sous cette forme. A ce sujet, voir ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit.
(note 170), p. 23, note 39.
802
MORELLI, « Questioni preliminari … », op. cit. (note 530), pp. 12-13.
282
283
803
Arrêt, C.I.J., Recueil 1966, pp. 55 et 56, §§ 26 et 30 (A noter qu’il qualifie la même question
de fond ayant un caractère prioritaire ou plus fondamental). Dans cette qualification, il estime
que la Cour a considéré la même question comme une question préliminaire touchant au fond.
Ce qui n’est pas vrai car la Cour n’utilise pas cette expression mais seulement celle d’une
question de fond et prioritaire qu’elle définit comme celle dont la solution peut rendre inutile
tout examen des autres aspects de l’affaire, peut rendre inutile, voire injustifiée, toute décision
sur le fond irréductible. A cet effet, voir l’énoncé de la Cour où l’on peut lire : « La Cour a
étudié les pièces écrites et les plaidoiries des Parties sur ces points et s’est préoccupée de l’ordre
dans lequel il convenait de les examiner. A ce point de vue, il se pose une question relevant du
fond mais ayant un caractère prioritaire : elle concerne la qualité des demandeurs en la phase
actuelle de la procédure ; en fait, il s’agit non pas de la question de l’aptitude des demandeurs à
se présenter devant la Cour, qui a été tranchée par l’arrêt de 1962, mais de la question de fond
de leur droit ou intérêt juridique au regard de l’objet de la demande telle qu’elle a été énoncée
dans leurs conclusions finales. Les Parties ayant traité de tous les éléments en cause, il est du
devoir de la Cour de commencer par examiner les questions présentant un caractère tel que
qu’une décision à l’égard de l’une d’entre elles peut rendre inutile tout examen des autres
aspects de l’affaire. Deux questions revêtent ce caractère en l’espèce. L’une est de savoir si le
Mandat subsiste … car, si tel n’était pas le cas, il va de soi que leurs griefs [les griefs des
demandeurs] fondés sur les infractions au Mandat qu’ils reprochent au défendeur tomberaient
automatiquement. … l’autre question, qui concerne, … le droit ou l’intérêt juridique des
demandeurs au regard de l’objet de la demande … », ibid., p. 18, §§ 4 et 6.
804
FITZMAURICE, The Law and Procedure …, op. cit. (note 11), p. 449 : “Where the
jurisdictional issue leads to another, and the first jurisdiciton issue is whether the tribunal has
283
284
jurisdiction to determine the second, then the second issue might, in relation to the first, be said
to constitute the ‘merits’ of the case”.
805
Affaire Ambatielos, fond, arrêt, C.I.J., Recueil 1953, p. 16, où la Cour a précisé que les mots
« en tant que cette réclamation était fondée sur le traité de 1886 » ne signifient pas que la Cour
devait conclure que la réclamation Ambatielos était valablement fondée sur le traité de 1886
mais le caractère que devait présenter la réclamation Ambatielos pour pouvoir faire l’objet d’un
arbitrage en conformité de la déclaration de 1926. Dire si la réclamation Ambatielos était
effectivement ou véritablement fondée sur le traité de 1886, c’est-à-dire si les faits allégués par
le Gouvernement hellénique violaient effectivement le traité de 1886 était une tâche qui revenait
à la Commission d’arbitrage.
806
Arrêt, C.I.J., Recueil 1953, p. 14.
807
Dans le même sens, voir l’affaire des Décrets de nationalité promulgués en Tunisie et au
Maroc, avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, p. 7, où la question de savoir si le différend
soulevé par la Grande-Bretagne au sujet des décrets de nationalité français promulgués à Tunis
et au Maroc (zone française) était préliminaire de fond par rapport au fond proprement dit
qu’était l’application de ces mêmes décrets aux ressortissants britanniques. Ici, il convient de
284
285
elle était le fond de la première phase dans ce sens qu’elle avait trait à la
compétence non pas de la Cour mais de la commission d’arbitrage. Mais
elle était aussi préliminaire par rapport au fond proprement dit808 qui
devait porter sur la question de la validité du fondement conventionnel de
la réclamation Ambatielos, c’est-à-dire sur la question de savoir si les
faits allégués par le Gouvernement hellénique violaient effectivement le
traité de 1886.
noter que tel était aussi le point de vue de la Grande-Bretagne car celle-ci considérait comme
préliminaire la question soumise à la Cour pour avis consultatif, ibid., p. 15.
808
Ce fond proprement dit est exprimé tantôt par les termes ‘ultimate merits’ (FITZMAURICE,
The Law and Procedure …, op. cit. (note 11), p. 449 ; ses plaidoiries, au nom du Gouvernement
du Royaume-Uni, dans l’affaire Ambatielos, C.I.J. Mémoires, Ambatielos, Grèce c. Royaume-
Uni, 1951, p. 388 ; les plaidoiries de Fawcett, au nom du même Gouvernement, dans la même
affaire, ibid., pp. 418, 427 et 494) ; tantôt par l’expression « fond irréductible » (opinion
dissidente du juge Fitzmaurice dans l’affaire du Cameroun septentrional, exceptions
préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil 1963, pp. 103, 104, et 128) ; tantôt par merits sans guillemets
(VERZIJL, The Jurisprudence …, op. cit. (note 11), 1966, p. 151, note 3 : “Since there are two
kinds of merits involved in this case [Ambatielos case], which is very confusing, I intend to
distinguish them by writing “merits” where Great Britain’s obligation to arbitrate is at stake and
merits where allusion is made to the validity of the claim of Mr. Ambatielos”).
809
Recueil des sentences arbitrales, Nations Unies, vol. 12, pp. 87-89.
810
Ibid., p. 88.
811
Ibid., p. 123.
285
286
812
Dans son opinion dissidente dans l’affaire de la Compagnie d’électricité de Sofia et de
Bulgarie, ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 79, p. 98 (1939), le juge Anzilloti parle d’exception
de fond en omettant l’adjectif ‘préliminaire’. Cependant, cette omission n’a aucune incidence
car, au sens juridique, cet adjectif est sous-entendu dans toute exception.
813
MORELLI, « Eccezioni preliminari … », op. cit. (note 765), pp. 6-7 qui, paradoxalement,
rejette la dénomination ‘exception préliminaire de fond’ faite par Sperduti, parle d’exception de
fond qui serait couverte par la formule large « toute autre exception sur laquelle le défendeur
demande une décision avant que la procédure sur le fond se poursuive » de l’alinéa 1er de
l’article 67 du Règlement de la Cour de 1972. Au fond, il n’y a pas de différence entre cette
exception de fond dont parle Morelli et l’exception préliminaire de fond du moment que toute
exception est, par essence, préliminaire et que l’adjectif ‘préliminaire’ est sous-entendu dans
toute exception.
814
SPERDUTI, « Le eccezioni tratte dalla nozione di dominio riservato … », op. cit. (note 407),
pp. 649-650 ; le même, « Ancore sulle eccezioni preliminari … », op. cit. (note 407), p. 661; le
même, « La recevabilité des exceptions préliminaires de fond … », op. cit. (note 9), pp. 461-490
(où il identifie une exception préliminaire de fond à une exception de fond. Mais comme nous
l’avons déjà dit dans les deux précédentes notes, cette omission de l’adjectif ‘préliminaire’ dans
l’exception de fond n’a pas d’incidence car, au sens juridique, cet adjectif est sous-entendu dans
toute exception).
815
ARANGIO-RUIZ, « Le domaine réservé … », op. cit. (note 446), p. 277 parle d’exception
ayant trait à la question principale. Mais le fond est le même que celle d’une exception
préliminaire de fond.
816
SPERDUTI, “La recevabilité des exceptions préliminaires de fond … », op. cit. (note 9), p.
463, note 2 (où il identifie une exception préliminaire de fond à une fin de non-recevoir et
définit cette dernière comme un moyen de défense visant à contester, non pas la recevabilité de
la demande au regard de la procédure, mais le droit qui sert de fondement à cette demande.
Cette définition que Sperduti donne à une fin de non-recevoir, s’écarte cependant des définitions
que lui donnent le Petit Dictionnaire de droit, Paris, L.G.D.J., 1957, p. 574 et HOIJER,
Introduction in Magyary, op. cit. (note 106), p. 22. Pour le Petit Dictionnaire de droit, une fin de
non-recevoir ne s’attaque pas au fondement de la prétention du demandeur car elle est
considérée comme « un moyen tendant à faire écarter la demande, en s’attaquant au droit même
de l’intenter, sans pour cela discuter le fondement de la prétention du demandeur ». Selon
HOIJER, une fin de non-recevoir est une défense au fond et une exception en même temps : elle
est une défense au fond parce qu’elle a pour but d’entraîner un échec définitif de la demande et
une exception en ce qu’elle vise à paralyser la demande au fond sans la contredire.
286
287
Une ‘exception préliminaire de fond’ serait prévue par les alinéas 1er
et 7 de l’article 67 du Règlement de la Cour de 1972.819 Elle serait
préliminaire car le défendeur peut demander une décision à son sujet
avant que la procédure sur le fond ne se poursuive, mais elle pourrait être
soulevée, examinée et tranchée lors de la décision sur le fond.
817
SPERDUTI, “La recevabilité des exceptions préliminaires de fond … », op. cit. (note 9), p.
474.
818
Ibid., pp. 650-651.
819
SPERDUTI, « Le eccezioni tratte dalla nozione di dominio riservato … », op. cit. (note 407),
p. 652 ; le même, « Ancore sulle eccezioni preliminari … », op. cit. (note 407), p. 662. Il est
utile de rappeler que ces deux alinéas stipulent respectivement que « Toute exception à la
compétence de la Cour ou à la recevabilité de la requête ou toute autre exception sur laquelle le
défendeur demande une décision avant que la procédure sur le fond se poursuive … » et « La
Cour, après avoir entendu les parties, statue dans un arrêt dans lequel elle retient l’exception, la
rejette ou déclare que cette exception n’a pas dans les circonstances de l’espèce un caractère
exclusivement préliminaire ».
820
Les exceptions de procédure sont soit d’incompétence, soit d’irrecevabilité et ont pour but
d’empêcher de préjuger de la question qui consiste à savoir si le droit réclamé par le demandeur
existe ou non. On rencontre aussi l’expression ‘exception de procédure’ en droit français. Voir à
ce sujet DAHL, op. cit. (note 544), p. 183, qui la définit comme « any ground which may lead to
dismissal of the proceeding as irregular or extinguished, or to its suspension … (article 73 du
Nouveau Code [français] de procédure civile) ».
821
SPERDUTI, « Le eccezioni tratte dalla nozione di dominio riservato … », op. cit. (note 407),
pp. 649-650.
822
Ibid., p. 654.
823
SPERDUTI, “La recevabilité des exceptions préliminaires de fond … », op. cit. (note 9), p.
481.
287
288
824
Ibid., p. 653.
825
Ces techniques ont été examinées aux Chapitres III (pp. 165-226) et IV (pp. 227-265).
826
ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), pp. 14-19 ; GRISEL, Les
exceptions …, op. cit. (note 582), p. 132.
827
Voir notamment dans l’affaire des Droits de minorités en Haute-Silésie (écoles minoritaires),
C.P.J.I., série A, n° 15, p. 22 (1928) (à propos de l’article 38 du Règlement de 1926) ; l’opinion
dissidente du juge Hudson dans l’affaire du Chemin de fer Panevezys-Saldutiskis, C.P.J.I., série
A/B, n° 76, p. 43 (1939) (à propos des articles 38 des Règlements de 1926 et de 1931 et 62 de
celui de 1936) ; l’opinion individuelle commune des juges De Visscher et Rostworowski dans la
même affaire, ibid., p. 24 (à propos de l’article 62 du Règlement de 1936) ; PINTO,
« L’organisation judiciaire internationale. … Les décisions … », op. cit. (note 538), p. 14 (à
288
289
et uniquement en tant que moyens présentés in limine litis ayant pour but
de suspendre la procédure sur le fond, d’ouvrir une nouvelle phase et, si
une exception est retenue, de mettre fin à l’instance sans aborder le fond
du différend.828
propos de l’article 79 des Règlements des 1972 et 1978) ; DE VISSCHER, Aspects récents …,
op. cit. (note 530), p. 100.
828
Règlements de la Cour de 1926, 1931, 1936, 1946, 1972, 1978 et article 79, alinéa 1er du
Règlement de la Cour (1978) tel que modifié le 5 décembre 2000.
829
Affaire de Certains intérêts allemands en Haute-Silésie polonaise, compétence, C.P.J.I., série
A, n° 6, p. 19 (1925) ; Manuel anglais-français-espagnol-russe de la terminologie du droit
international public (droit de La Haye) et des Organisations internationales, Bruxelles, Bruylant,
1983, p. 596, § 514 ; MORELLI, « Questioni preliminari … », op. cit. (note 530), pp. 5-6 ;
« Eccezioni preliminari … », op. cit. (note 765), p. 5 et son opinion dissidente dans l’affaire de
la Barcelona Traction, Light and Power Company, Limited, exceptions préliminaires, C.I.J.,
Recueil 1964, p. 98 (Morelli est d’avis que cet examen préalable d’une exception préliminaire
par rapport au fond devrait être imposé par une nécessité logique entre l’exception et les autres
questions. Il a répété cette idée avec Sperduti devant la Sixième Commission de l’Assemblée
générale des Nations Unies, séance du 3 novembre 1970, § 15, p. 233. Cette nécessité logique
qui doit exister entre l’exception préliminaire et les autres questions a été très critiquée
notamment par ABI-SAAB, Les exceptions préliminaires …, op. cit. (note 170), pp. 181-184 ;
GRISEL, Les exceptions …, op. cit. (note 582), p. 165) ; ROSENNE, The Law and Practice …,
op. cit. (note 11), vol. I, 1965, pp. 438 et 455 ; le même, The Law and Practice …, op. cit. (note
11), 1985, pp. 438 et 455 ; le même, The Law and the Practice …, op. cit. (note 11), vol. II,
1997, pp. 842-843 et 898 ; DE VISSCHER, Aspects récents …, op. cit. (note 530), pp. 99-100 ;
WITENBERG, « La recevabilité … », op. cit. (note 530), pp. 8-10 et 97-104.
830
Affaire des Droits des minorités en Haute-Silésie (écoles minoritaires), C.P.J.I., série A, n°
15, p. 22 (1928) ; observations des juges Fromageot, C.P.J.I., série D, n° 2, Addendum 3, p. 86
(1936), et Rostworowski, ibid., p. 91.
831
Observations du juge van Eysinga, C.P.J.I., série D, n° 2, Addendum 3, p. 9 (1936) ; opinion
dissidente du juge Morelli dans l’affaire Barcelona Traction, Light and Power Company,
289
290
290
291
Nous retenons donc que les exceptions préliminaires sont celles qui
sont introduites in limine litis et qui ont pour but de suspendre la
procédure sur le fond jusqu’à ce que la Cour se prononce sur elles, ainsi
que celles qui ont trait à des points préalables par rapport au fond et qui
ont pour but de mettre fin à l’instance sans aborder le fond.
834
Le Gouvernement de la République polonaise a déposé au Greffe de la Cour le 8 octobre
1932 (deux jours avant l’expiration du délai (le 10 octobre 1933) prévu pour la présentation du
contre-mémoire) un acte accompagné d’un contre-mémoire préliminaire dans lequel ce même
Gouvernement soulevait une exception du domaine réservé (ordonnance, C.I.J., Recueil 1933,
pp. 12-13 et 14).
835
Le Gouvernement yougoslave, après avoir obtenu deux prolongations du délai primitivement
prévu pour le dépôt du contre-mémoire, déposa, dans le délai fixé en dernier lieu, une pièce
intitulée « Acte introductif de l’exception du Gouvernement royal de Yougoslavie présenté à la
Cour permanente de Justice internationale dans l’affaire de l’inobservation de la clause
compromissoire stipulée dans un contrat entre le Gouvernement yougoslave et la maison
Losinger & Cie , portée devant la Cour par la requête du Conseil fédéral suisse » (arrêt, série
A/B, n° 67, p. 17 (1936)). La Confédération suisse demanda à la Cour de considérer non valide
cet acte introductif d’exception en raison de ce que cette exception n’a pas été présentée dans le
délai imparti en premier lieu pour le dépôt du contre-mémoire mais seulement dans le délai fixé
après deux prolongations accordées par la Cour sur demande du Gouvernement yougoslave,
(ibid., p. 22). En substance, la Confédération suisse considérait que le délai pour la présentation
d’une exception préliminaire ne visait que le premier délai fixé par la Cour pour le dépôt du
contre-mémoire et en excluait les prorogations ultérieurement accordées par la Cour à une partie
(ibid.). Cependant, la Cour décida qu’un délai prolongé est le même délai que le délai
primitivement fixé (ibid., p. 43).
836
L’exception du domaine réservé a été soulevée le 25 novembre 1938, avant l’expiration du
délai (le 31 octobre 1938) qui avait été imparti pour le dépôt du contre-mémoire (arrêt, série
A/B, n° 77, p. 68 (1939)). Ce délai du 31 octobre 1938 était un délai prorogé. Il prolongeait le
délai qui avait été primitivement fixé au 12 septembre 1938 (ibid., p. 67).
291
292
837
Dans le délai prescrit – le 16 janvier 1950 - (par l’ordonnance du 7 novembre 1949) pour la
présentation des exposés écrits sur les questions soumises à la Cour pour avis, les
Gouvernements de la Bulgarie, de la Hongrie et de la Roumanie et plusieurs autres
Gouvernements ont présenté des exposés et communications dans lesquels ils ont soulevé une
exception du domaine réservé fondée sur l’alinéa 7 de l’article 2 de la Charte des Nations Unies
(avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, pp. 69-71).
838
Par télégramme du 28 mai 1951, le Gouvernement impérial de l’Iran a fait savoir que la Cour
n’était pas compétente pour statuer sur la requête déposée le 26 mai 1951 par le Gouvernement
du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord (ordonnance, C.I.J., Recueil 1951, p.
100). La Cour fixa au 3 décembre 1951 la présentation par le Gouvernement impérial d’Iran de
son contre-mémoire (ibid., p. 101). Ce délai fut prorogé au 10 janvier 1952 parce que le
Gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord avait demandé la
prorogation au 10 octobre 1952 pour la présentation de son mémoire (ordonnance, C.I.J.,
Recueil 1951, pp. 106-107). Le délai fut à nouveau prorogé au 11 février 1952, sur demande
cette fois-ci du Gouvernement impérial de l’Iran (ordonnance, C.I.J., Recueil 1951, pp. 208-
209). Cependant, dans le délai fixé pour le dépôt du contre-mémoire, le Gouvernement impérial
de l’Iran a présenté un document intitulé ‘Observations préliminaires : refus du Gouvernement
impérial de reconnaître la compétence de la Cour’ (ordonnance, C.I.J., Recueil 1952, p. 13).
Parmi ces observations préliminaires, se trouvait l’exception du domaine réservé (arrêt, C.I.J.,
Recueil 1952, p. 98).
839
L’exception du domaine réservé était la première des quatre exceptions préliminaires que le
Gouvernement du Royaume de Norvège avait déposées le 20 avril dans le délai fixé pour le
dépôt du contre-mémoire (ordonnance, C.I.J., Recueil 1956, pp. 18-19 et arrêt, C.I.J., Recueil
1957, p. 22).
840
L’exception américaine du domaine réservé était la quatrième (lettre b) des exceptions
préliminaires à la compétence de la Cour qu’énonçait un document que le Gouvernement des
Etats-Unis d’Amérique a déposé dans le délai (le 16 juin 1958) fixé pour la présentation du
contre-mémoire (ordonnance du 26 juin 1958, C.I.J., Recueil 1958, p. 31). Toutefois, ce délai de
dépôt du contre-mémoire était initialement fixé au 3 mars 1958 (ordonnance du 24 octobre
1957, C.I.J., Recueil 1957, p. 123) mais, sur demande conjointe des parties à l’instance, fut
prorogé (ordonnance du 15 janvier 1958, C.I.J., Recueil 1958, pp. 4-5).
841
L’exception indienne du domaine réservé figurait (elle était la cinquième) parmi les
exceptions préliminaires à la compétence de la Cour que le Gouvernement de la République de
l’Inde avait déposées dans le délai fixé pour le dépôt du contre-mémoire (ordonnance du 16
avril 1957, C.I.J., Recueil 1957, p. 4 et arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 130-131 et 133-134). Il
importe cependant de souligner que ce délai était un délai prorogé (ordonnance du 27 novembre
1956, C.I.J., Recueil 1956, p. 171). Initialement, il était prévu au 15 décembre 1956
(ordonnance du 13 mars 1956, C.I.J., Recueil 1956, p. 5).
842
Ordonnance, C.I.J., Recueil 1958, pp. 163-164 et arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 132 et 133-
134. Le Gouvernement de la République populaire de la Bulgarie a déposé ses exceptions, dont
celle du domaine réservé, en deux étapes mais toujours dans le délai fixé pour le dépôt du
contre-mémoire. En effet, le 6 décembre 1958, il a déposé des exceptions préliminaires et s’est
réservée le droit de développer le cas échéant d’autres exceptions d’irrecevabilité et
d’incompétence. Par télégramme du 8 décembre 1958 parvenu au Greffe de la Cour le 9
décembre 1958, il a soumis à titre subsidiaire certaines exceptions complémentaires
d’incompétence de la Cour. Toutefois, les deux documents sont parvenus au Greffe de la Cour
dans le délai (le 9 décembre 1958) fixé pour le dépôt du contre-mémoire.
292
293
843
L’ordonnance du 1er juillet 1953 (C.I.J., Recueil 1953, p. 38) fixait le 2 novembre 1953 pour
le dépôt du mémoire par l’Italie. Cependant, l’Italie a remis au Greffier de la Cour un document
portant cette même date et intitulé « Affaire de l’or monétaire pris à Rome en 1943 – Question
préliminaire » (ordonnance, C.I.J., Recueil 1953, p. 44). Ce document, déposé avant l’expiration
du délai pour la présentation du mémoire italien, priait la Cour de statuer sur la question
préliminaire de sa compétence (ibid., p. 45). L’Italie y soulevait une exception du domaine
réservé car elle y attirait l’attention de la Cour sur le fait que la conclusion n° 1 énoncée dans la
requête invitait la Cour à se prononcer sur la responsabilité internationale de l’Albanie envers
l’Italie découlant du décret albanais du 13 janvier 1945 (arrêt, C.I.J., Recueil 1954, p. 22).
844
Arrêt, C.I.J., Recueil 1954, pp. 30-34.
845
Cependant, dans sa demande d’avis consultafif, le Conseil de la S.D.N. avait laissé entendre
que la Finlande et la Russie pouvaient adresser à la Cour des renseignements (avis consultatif,
C.P.J.I., série B, n° 5, pp. 12-14).
846
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 5, pp. 12-14.
847
Arrêt n° 14, C.P.J.I., série A, n° 20, pp. 16-20 (1929). Dans le même sens, voir l’affaire des
Emprunts brésiliens, arrêt n° 15, C.P.J.I., série A, n° 21, p. 101 (1929).
848
ROSENNE, The Law and Practice … op. cit. (note 11), vol. I, 1965, pp. 447-448 ; le même,
The Law and Practice … op. cit. (note 11), 1985, pp. 447-448 qui, cependant, nuance en disant
que la Cour doit soulever une exception préliminaire proprio motu aussi tard que possible, c’est-
à-dire après la fin de la procédure écrite ; et cela afin de délibérer sur l’affaire comme un tout,
293
294
Mais, en réalité, ces trois cas susvisés ne constituent pas une violation
des dispositions du Règlement de la Cour relatives au délai de
présentation des exceptions préliminaires. En effet, une exception du
domaine réservé, à l’instar de toute exception préliminaire, peut
également être même soulevée en cours d’instance.849 Rien n’empêche
une partie à l’instance de soulever, au cours de la procédure, une
exception du domaine réservé si l’argumentation de l’autre partie à
l’instance ne pouvait pas lui permettre de l’invoquer in limine litis.
L’objet d’une exception du domaine réservé peut apparaître en cours
d’instance parce qu’elle ne pouvait pas être prévue in limine litis. Tout
dépend alors de quand naît la nécessité de la soulever. La Cour ne doit
pas, pour autant, refuser d’examiner cette exception du domaine réservé
car l’essentiel est qu’elle soit introduite immédiatement après que le droit
de les opposer est né.850
avant de prendre une mesure aussi grave que celui de soulever des questions préliminaires
proprio motu.
849
Pour ce qui est du soulèvement des exceptions préliminaires en cours d’instance en général,
voir les remarques du juge Moore lors de l’élaboration du Règlement de la Cour de 1926,
C.P.J.I. série D n° 2 add (1926), p. 88 ; HOIJER, Introduction in Magyary, op. cit. (note 106), p.
21; WITEMBERG, op. cit. (note 530), p. 10.
850
BOS, op. cit. (note 142), p. 288, note 1 (cependant, cet auteur considère comme illicites les
réserves formulées par des parties à l’instance de soulever des exceptions additionnelles, à
moins que ces dernières visent des éléments imprévus ou insuffisamment clairs au moment de
l’introduction des premières exceptions) ; les débats de la Cour relatifs à l’élaboration de son
premier Règlement de 1922, C.P.J.I., série D, n° 2, pp. 77-78 (1922).
294
295
prescriptions du Règlement de la Cour n’en est pas moins une et doit être
examinée par la Cour. Dès lors, si, en principe, une exception du domaine
réservé doit être soulevée au début de l’instance, cela ne signifie
cependant pas que la même exception ne puisse pas être invoquée en
cours d’instance lorsque son objet apparaît à ce moment-là.
En effet, comme nous l’avons déjà relevé, 851 pour se prononcer sur le
bien-fondé de l’exception du domaine réservé au stade préliminaire, la
Cour doit au préalable examiner le fond du différend dans la mesure où
cette exception l’exige. En la retenant, la Cour se déclarerait non
seulement incompétente, mais se dessaisirait de l’affaire. Celle-ci
s’achèverait et l’Etat demandeur, qui verrait sa requête rejetée pour défaut
de fondement en droit international, deviendrait ipso jure perdant sur le
fond du différend.
C’est à juste titre que cette qualification a été adoptée par les Etats, la
Cour et certains juges dans les affaires des Décrets de nationalité
851
Voir supra, Chapitre III, Section III, pp. 177-184.
295
296
« Il est vrai que, dans son Avis consultatif n° 4, concernant les décrets de nationalité en
Tunisie et au Maroc (zone française), la Cour, appelée à se prononcer sur une exception
d’incompétence, a déclaré que la compétence du Conseil de la Société des Nations doit
être admise dès que les titres d’ordre international invoqués par les Parties sont de nature à
permettre la conclusion provisoire qu’ils peuvent avoir une importance juridique pour le
différend. Dans cette affaire, il s’agissait d’une exception basée sur le paragraphe 8 de
l’article 15 du Pacte [de la Société des Nations] … ». 853
852
Avis consultatif, C.P.J.I., série B, n° 4, p. 15 (1923).
853
Arrêt n° 2, C.P.J.I., série A, n° 2, pp. 16-17 (1924).
296
297
854
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 52, p. 13 (1933).
855
Ibid., pp. 13 et 16.
856
Ordonnance, C.P.J.I., série A/B, n° 67, p. 18 (1936).
857
Ibid.
297
298
858
Ibid., pp. 23-24. La Cour a cependant fait dans ce même énoncé une contradiction en
qualifiant le même moyen de défense au fond, ibid., p. 23.
298
299
859
Arrêt, C.P.J.I., série A/B, n° 77, p. 108 (1939) : « Les considérations que je viens d’exposer
m’ont amené à la conclusion que l’exception préliminaire d’incompétence de la Cour, présentée
par le Gouvernement bulgare et qui se base sur le Traité d’arbitrage, de conciliation et de
règlement judiciaire entre la Belgique et la Bulgarie du 23 juin 1931, est fondée ».
860
Ibid., p. 113 : « La requête belge, à part le point B, demande à la Cour de déclarer que l’Etat
bulgare a manqué à ses obligations internationales, et ceci par trois manifestations de ses
pouvoirs administratif, judiciaire et législatif. La Bulgarie nie le manquement imputé, et son
principal argument est que les manifestations de ces pouvoirs administratif, judiciaire et
législatif, appartiennent à la compétence exclusive de la Bulgarie, et par conséquent pas à la
compétence de la Cour internationale, ce que celle-ci est sollicitée par la Bulgarie de déclarer. A
part ce chef de l’exception préliminaire, la Bulgarie soulève trois autres chefs qu’elle englobe,
tous les trois, dans sa seule exception préliminaire d’incompétence. Il n’est pas facile de se
rendre exactement compte de ce qu’est l’intention du Mémoire bulgare, qui parle aussi de
recevabilité à côté de la compétence. La présente Note interprète le Mémoire bulgare dans ce
sens qu’y est introduite une seule exception préliminaire d’incompétence … ».
861
Ibid., pp. 118 et 135 : « Le Gouvernement bulgare, dans la présente espèce, a soulevé une
exception préliminaire, demandant à la Cour de se déclarer incompétente à connaître de la
requête introduite par le Gouvernement belge … Ce déclinatoire de compétence oblige à
examiner, dès le début, les sources possibles de juridiction et les bases dont partent la Belgique
et la Bulgarie, l’une pour affirmer et l’autre pour contester que la Cour soit compétente pour
connaître de la présente instance. … mais là, comme dans le cas présent, sa compétence est
contestée, la Cour doit chercher la source de sa juridiction dans le droit applicable … j’estime
que l’exception préliminaire soulevée par le Gouvernement bulgare … ».
862
Avis consultatif, C.I.J., Recueil 1950, p. 71. BOS, op. cit. (note 142), pp. 112-113 et 117-
118, conteste que le moyen opposé à une demande d’avis consultatif portant sur une question de
droit interne soulève un problème de compétence ratione materiae.
299
300
863
Ibid., p. 111 : « La question des droits de l’homme et des libertés fondamentales dont la
prétendue absence est reprochée à la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie, n’est que celle du
fonctionnement des organes administratifs et judiciaires de ces Etats. Ainsi formulée, cette
question appartient sans aucun doute à la compétence essentiellement nationale de l’Etat, et
comme telle, sort du domaine de la compétence de la Cour ».
864
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, pp. 13 et 16.
865
Ibid., pp. 15 et 17.
866
Ibid., pp. 21, 22 et 25. La Cour a confirmé cette qualification dans l’affaire de la Barcelona
Traction, Light and Power Company, Limited, exceptions préliminaires, arrêt, C.I.J., Recueil
1964, p. 44 : « … dans l’affaire relative à Certains emprunts norvégiens, où les exceptions ont
été jointes au fond, la Cour a retenu au stade du fond une exception d’incompétence et ne s’est
donc pas prononcée sur le fond du différend ».
300
301
Norvège pour des différends que la Cour reconnaissait comme portant sur
une question que le droit international laisse à la compétence exclusive de
l’Etat.867
867
Arrêt, C.I.J., Recueil 1957, p. 76.
868
Arrêt, C.I.J., Recueil 1959, pp. 23 et 24. Voir également les pages 14, 15, 19, 25, 29 et 30, où
la Cour a parlé d’exceptions préliminaires sans pour autant donner une qualification particulière
à l’exception du domaine réservé.
869
Ibid., p. 80 : “… s’il faut considérer que la réserve [automatique du domaine réservé] est
nulle et si … cette nullité doit entraîner celle de la déclaration d’acceptation toute entière, la
question de statuer sur la présente exception préliminaire ne peut pas se poser. Sans une
déclaration valable acceptant la juridiction obligatoire de la Cour, celle-ci n’aura pas
compétence pour décider si le différend présente un caractère interne ou international”.
301
302
« La Cour ne peut faire une telle constatation que si elle s’est reconnue tout d’abord
compétente pour connaître de la valeur de ces titres [les titres qu’invoquaient les
parties] ».871
870
Ibid., p. 119 : « La Cour n’est pas en mesure d’agir négativement en déclinant sa compétence
du fait … de l’exception 4 b (portant sur les questions dont les Etats-Unis d’Amérique ont
allégué, mais non pas décidé, qu’elles relevaient de leur compétence nationale) ». Cependant, ce
juge a qualifié le même moyen de défense au fond, ibid., pp. 121 et 122, voir supra.
871
Arrêt, C.I.J., Recueil 1960, p. 33.
872
ARANGIO-RUIZ, “Le domaine réservé …”, op. cit. (note 446), p. 236 (cependant, aux pp.
274-275, cet auteur soutient qu’il est difficile de dire qu’une réserve du domaine réservé est
dirigée contre la compétence, car elle met en jeu les droits et les obligations des parties) ;
CANÇADO TRINDADE, « Domestic Jurisdiction and Exhaustion of Local Remedies … », op.
cit. (note 42), pp. 187, 189, 191, 196, 211, 215 et 216 (cet auteur, plus précis que les autres, dit
qu’une exception du domaine réservé est préliminaire d’incompétence (‘a preliminary objection
to the jurisdiction or to the competence of the international tribunal’)) ; CONFORTI, op. cit.
(note 11), pp. 216-217, §§ 1 et 2 ; DÒLLEMAN, J., Preliminaire excepties voor het
Internationaal Gerechtshof, Leyde, A.W. Sijthoff, 1949, pp. 84 et ss ; HUDSON, The Permanent
Court of International Justice …, op. cit. (note 178) ; JACOBY, « Some Aspects … », op. cit.
(note 62), p. 244 ; JIMENEZ DE ARECHAGA, « The Amendments to the Rules of Procedure
…”, op. cit. (note 9), p. 13 ; LAUTERPACHT, “The British Reservations …”, op. cit. (note
407), p. 149 ; MERRILLS, “The Optional Clause Today …”, op. cit. (note 11), p. 111 ;
RALSTON, The Law and Procedure of International Tribunals, Supplement, 2ème éd., Londres,
Stanford University Press, 1926, n° 50 (même s’il traite le sujet sous le titre de ‘juridiction’) et
Supplement to 1926 Revised Edition of « The Law and Procedure of International Tribunals »,
Stanford, Stanford University Press, Londres, H. Milford, 1936, n° 50 d., pp. 26-27 ; ROLIN,
“The International Court of Justice and Domestic Jurisdiction. …”, op. cit. (note 257), p. 42 (cet
auteur envisage la possibilité d’une question appartenant au domaine réglémenté et échappant à
la compétence de la Cour à cause de l’alinéa 7 de l’article 2 de la Charte des Nations Unies.
Cette affirmation, paradoxale, ne peut pas être acceptée : un domaine réglémenté n’échappe pas
à la compétence de la Cour mais, par contre, en relève car, en vertu de l’alinéa 1er de l’article 38
du Statut de la Cour, celle-ci est un organe du droit international) ; SCELLE, « Règles générales
…», op. cit. (note 106), p. 415 ; SIORAT, op. cit. (note 93), p. 301 ; WALDOCK, « The Plea
… », op. cit. (note 11), p. 141.
302
303
873
BRUNS, « La Cour permamente de Justice internationale … », op. cit. (note 169), pp. 663-
664 ; FRANCOIS, Jean Pierre A., Handboek van het Volkenrecht, 2ème éd., Zwolle, W.E.J.
Tjeenk Willink, 1950, t. 2, p. 174 (toutefois, aux pp. 154 et 155, cet auteur, au lieu de dire que le
moyen de défense tiré du domaine réservé touche la compétence du juge, considère qu’il s’agit
d’un ‘point de droit international’. Mais, c’est là affirmer implicitement que ce même moyen
touche la compétence de la Cour. A ce propos, voir nos observations à la note précédente à
propos de la paradoxalité de Henri Rolin) ; GRISEL, Les exceptions …, op. cit. (note 582), p.
99 ; MORELLI, “Eccezioni preliminari …”, op. cit. (note 765), pp. 9-10 qui parle de question
préliminaire d’incompétence mais qui dans « Questioni preliminari … », op. cit. (note 530), p.
12 refuse de qualifier un moyen de défense tiré du domaine réservé d’exception préliminaire en
cas de réserve du domaine réservé dans un titre de compétence de la Cour au motif que la Cour
pourrait se déclarer incompétente sur la base d’autres motifs ; VERZIJL, Jan H.W., « The
Competence of the International Court of Justice », International Relations, vol. 1, 1954, p. 47 ;
l’article V du Pacte de Bogotà du 30 avril 1948. A titre subsidiaire, on peut soutenir qu’il y a des
auteurs qui désignent le domaine réservé par l’expression «domaine réservé à la ‘compétence’
nationale exclusive». A ce sujet, voir par exemple SPERDUTI, « La recevabilité des exceptions
préliminaires de fond … », op. cit. (note 9), p. 480 mais qui dans ibid., p. 481 et dans « Ancore
sulle eccezioni preliminari … », op. cit. (note 407), p. 664 adopte une position tout opposée en
considérant qu’un moyen de défense tiré du domaine réservé et soulevé dans la phase
préliminaire n’est pas d’incompétence même en présence d’une réserve de domaine réservé dans
un titre de compétence de la Cour au motif qu’un Etat défendeur qui l’invoquerait, loin de faire
valoir que les différends portant sur des matières relevant de son domaine réservé sont soustraits
à la compétence de la Cour, voudrait empêcher toute discussion du fond du différend.
874
MERRILLS, “The Optional Clause Today …”, op. cit. (note 11), p. 111.
303
304
CONCLUSION
La notion de domaine réservé n’a été définie nulle part dans les textes
juridiques qui la consacrent, ni dans la pratique des Etats, ni dans celle
des organisations internationales. Diverses théories ont alors tenté de la
définir. Ces théories se subdivisent en deux grandes catégories : la
première est la théorie du domaine réservé par nature (théorie essentialiste
du domaine réservé), tandis que la seconde est la théorie objective du
domaine réservé. Cependant, aucune de ces théories ne permet
d’appréhender la notion du domaine réservé de manière parfaite.
875
Voir supra, notes 168 et 200-209.
304
305
305
306
306
307
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