Senegal1018fr Web
Senegal1018fr Web
R I G H T S
« Ce n’est pas normal »
Exploitation sexuelle, harcèlement et abus
W A T C H dans des écoles secondaires au Sénégal
« Ce n’est pas normal »
Exploitation sexuelle, harcèlement et abus dans des écoles
secondaires au Sénégal
Droits d’auteur © 2018 Human Rights Watch
Tous droits réservés.
Imprimé aux États-Unis d'Amérique.
ISBN : 978-1-6231-36666
Couverture conçue par Rafael Jimenez.
Human Rights Watch se consacre à protéger les droits humains des personnes à travers le
monde. Nous nous rallions aux victimes et aux activistes pour prévenir la discrimination,
défendre les libertés politiques, protéger les populations contre les comportements
inhumains en temps de guerre, et réclamer la traduction en justice des criminels. Nous
menons des enquêtes, exposons au grand jour les atteintes aux droits humains et
réclamons des comptes aux auteurs de ces violations. Nous exerçons des pressions sur
les gouvernements et les détenteurs du pouvoir afin qu'ils mettent un terme aux pratiques
répressives et respectent le droit international relatif aux droits humains. Nous mobilisons
le public et la communauté internationale pour qu'ils apportent leur soutien à la cause des
droits humains pour tous et toutes.
Human Rights Watch est une organisation internationale qui compte du personnel dans
plus de 40 pays et des bureaux à Amsterdam, Beyrouth, Berlin, Bruxelles, Chicago,
Genève, Goma, Johannesburg, Londres, Los Angeles, Moscou, Nairobi, New York, Paris,
San Francisco, Sydney, Tokyo, Toronto, Tunis, Washington et Zurich.
Carte ................................................................................................................................... i
Résumé .............................................................................................................................. 1
Recommandations clés....................................................................................................... 8
Méthodologie.................................................................................................................... 11
Terminologie ................................................................................................................... 15
III. Exploitation sexuelle, harcèlement et abus commis par des enseignants dans les
écoles ............................................................................................................................ 28
Aperçu .................................................................................................................................. 29
Abus de pouvoir de la part des enseignants ............................................................................ 31
Cas d’exploitation sexuelle par des enseignants............................................................... 34
Allusions sexuelles injustifiées et comportements inappropriés dans les écoles ...............36
IV. Progrès limités dans la lutte contre l'exploitation sexuelle, le harcèlement et les
abus à l'école ................................................................................................................... 40
Poursuites pour viol................................................................................................................ 41
Peu d’actions entreprises pour exiger des comptes aux auteurs d’exploitation sexuelle et de
harcèlement ........................................................................................................................... 43
Pression communautaire pour éviter les poursuites judiciaires ............................................... 45
Efforts en milieu scolaire afin de lutter contre l'exploitation, le harcèlement et la violence
sexuelle ................................................................................................................................ 46
Système de signalement dysfonctionnel et attitude discriminatoire de la part des directeurs . 48
Obstacles au signalement à l’école ..................................................................................50
Moyens de dissuasion et obstacles au signalement rencontrés par les élèves................... 53
Problèmes avec les inspections et les comités de protection de l'enfant ........................... 56
Manque d'enseignants convenablement formés et d'enseignantes .........................................58
Recommandations............................................................................................................ 77
i
Résumé
Dans un village de la région de Sédhiou située dans le sud du Sénégal, Fanta, 23 ans, a
parlé à Human Rights Watch d’une « relation » secrète qu'elle avait avec son professeur
âgé de 30 ans, et qui a commencé quand elle avait 16 ans. « J’avais honte en classe … mes
camarades de classe savaient que je sortais avec lui », a confié Fanta à Human Rights
Watch. « Et d'autres enseignants le savaient aussi, mais ils n'ont rien dit ».
Fanta s'est rendu compte qu'elle était enceinte à l'âge de 17 ans. Lorsque son père a
essayé de trouver un arrangement avec l'enseignant – une mesure habituelle des familles
qui veulent régler leurs problèmes discrètement pour éviter le mépris de leur village –
celui-ci a nié être le père de l'enfant que Fanta attendait. Cheikh, le père de Fanta, a
déclaré à Human Rights Watch : « Je lui ai dit ‘Tu as détruit l’éducation de ma fille’, mais il
a tout nié. ». Même après qu’il soit devenu évident que Fanta était enceinte, l’école n’a
jamais enquêté sur la question, et le principal ne l’a pas contactée. Fanta s’est sentie
encore plus honteuse des dénégations du professeur : « Je me suis sentie humiliée devant
mes camarades de classe. »
Au Sénégal, les filles comme Fanta sont confrontées à des niveaux élevés de violence
sexuelle et sexiste, notamment d'exploitation sexuelle, de harcèlement et d'abus, de la
part d'enseignants et autres responsables scolaires. Malheureusement, ces filles ont peu
d'options pour obtenir justice. Ces cas ne sont pas souvent signalés ou étudiés par les
autorités scolaires. Dans certains cas, les familles préfèrent négocier avec les hommes qui
rendent les filles enceintes, notamment en concluant un accord avec eux pour qu’ils
apportent un soutien financier aux filles pendant la grossesse, plutôt que de demander
réparation par les voies officielles. Mais dans de nombreux autres cas, ces filles
n'informent pas leur famille car les tabous et la stigmatisation associés à ces grossesses
sont très préjudiciables.
L’ampleur et la prévalence des abus sexuels à l’égard des élèves ne sont pas connues de
manière précise ; toutefois, des recherches menées par des organisations non
gouvernementales, des organismes des Nations Unies ainsi que des universitaires
indiquent que la violence sexuelle et sexiste liée aux écoles constitue un grave problème
dans le système éducatif du pays.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 42 filles et jeunes femmes âgées de 12 à
25 ans et a mené des discussions de groupe auprès de 122 élèves du secondaire, dont la
plupart ont fréquenté 14 collèges et 8 lycées dans différentes régions du pays.
Human Rights Watch a constaté que certains enseignants abusaient de leur position
d'autorité en harcelant sexuellement les filles et en entretenant des relations sexuelles
avec elles, un grand nombre d'entre elles ayant moins de 18 ans. Les enseignants les
attirent souvent avec la promesse d’argent, de bonnes notes, de nourriture ou de biens
matériels comme des téléphones portables et de nouveaux vêtements. Les élèves — et
dans une certaine mesure, les enseignants et les membres du personnel scolaire — ont
souvent qualifié cela de « relations » entre les enseignants et les élèves. Human Rights
Watch estime que ce type de caractérisation minimise la gravité de ces abus, affecte leur
signalement et brouille la perception par leurs auteurs de la gravité de ces abus. Bon
nombre des cas documentés dans ce rapport devraient être traités et poursuivis en tant
qu'exploitation sexuelle et abus sexuel d'enfants.
Les filles sont également touchées par les stéréotypes de genre et les connotations
sexuelles auxquelles elles sont confrontées en classe. Certaines filles ont affirmé à Human
Rights Watch que leurs enseignants utilisent un langage ou des gestes inappropriés – par
exemple, décrivant le corps ou les vêtements des filles de manière sexuelle – lorsqu'ils
s’adressent directement aux élèves ou font référence à d’autres élèves de leur classe.
Certaines filles sont inquiètes quand elles savent qu'un enseignant fait des avances à une
amie ou une camarade de classe. Lorsque ces types de harcèlement ou d'abus ont lieu, les
enseignants, les parents ou même leurs camarades de classe accusent souvent les filles
d'attirer l'attention inutile des enseignants ou de provoquer les enseignants avec leurs
tenues.
Le Sénégal ne dispose pas d'un code de conduite national contraignant décrivant les
obligations des enseignants, des responsables scolaires et des acteurs de l'éducation vis-
à-vis des élèves. Cependant, les enseignants du Sénégal, comme leurs homologues de
nombreux autres pays, jurent d'adhérer à un serment éthique et professionnel non
contraignant lorsqu'ils commencent leur carrière d'enseignant, s'engageant à ne jamais
utiliser leur autorité sur les élèves à des fins sexuelles.
Les comportements des enseignants décrits dans ce rapport constituent non seulement
une violation flagrante de ces obligations professionnelles et éthiques, mais également un
crime en vertu du droit sénégalais lorsque les filles ont moins de 16 ans. Le harcèlement et
la coercition à des fins sexuelles et l’abus de pouvoir et d'autorité sur un enfant de moins
de 18 ans par un enseignant est passible d'une peine maximale de 10 ans.
Des médias sénégalais ont signalé des viols commis par des enseignants dans des écoles
à travers le pays, ce qui soulève de graves préoccupations quant à ce qu’un grand nombre
de filles pourraient vivre. Depuis 2013, les médias rapportent qu'au moins 24 enseignants
du primaire et du secondaire ont été poursuivis pour viol ou actes de pédophilie – tous
deux constituant des infractions sexuelles en vertu de la législation sénégalaise. Bien qu'il
soit important que ces poursuites aient eu lieu, nos conclusions suggèrent que les
De manière louable, le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre la violence
sexuelle et la discrimination fondée sur le genre dans les écoles, dans le cadre d’efforts
plus larges visant à accroître l’accès des filles à l’enseignement secondaire, et leur
maintien dans ce système. En 2013, le gouvernement a adopté une stratégie solide de
Selon les recherches de Human Rights Watch, un grand nombre d’enseignants s’efforcent
véritablement de faire en sorte que les élèves étudient dans un environnement
d’apprentissage sans danger, afin qu’ils puissent terminer leurs études avec succès. Bon
nombre se concentrent sur la lutte contre les abus sexuels à l'école. Par exemple, certains
directeurs d'école ont, de leur propre initiative, adopté une politique de tolérance zéro
pour les abus liés à l'école et ont ouvertement parlé de comportements illégaux et
inacceptables, pour que les filles se sentent en confiance pour signaler tout abus ou
comportement nuisible. En outre, certains enseignants engagés ont traité ces questions
par le biais de formations sur les droits de l’enfant et la protection de l’enfant et ont
organisé des manifestations de sensibilisation à l’école pour briser les tabous associés à
ces abus.
Les efforts existants visant à assurer le maintien des filles dans les écoles secondaires ont
souvent complété les initiatives en milieu scolaire visant à réduire les taux de grossesse
chez les adolescentes. Ces initiatives se sont plutôt axées sur l'ouverture d'espaces extra-
scolaires pour que les élèves puissent discuter de planification familiale et éviter les
infections par le VIH et les infections sexuellement transmissibles.
Toutefois, le gouvernement devrait déployer des efforts plus importants pour que les
élèves aient accès à une éducation adéquate en matière de santé sexuelle et reproductive.
Le gouvernement s’est avéré inutilement lent à adopter un programme national exhaustif
de santé sexuelle et reproductive. Au moment de la rédaction de ce rapport, il était réticent
à inclure des contenus sur la sexualité dans les programmes d’enseignement en raison
des préoccupations selon lesquelles l’enseignement de la sexualité contredirait les
valeurs culturelles et morales du Sénégal, ainsi que du fait des pressions exercées par les
groupes religieux.
Human Rights Watch appelle le gouvernement du Sénégal à adopter une riposte nationale
plus forte pour mettre fin à l'exploitation sexuelle, au harcèlement et aux abus dans les
écoles. Parmi ses principales priorités, le gouvernement devrait adopter une politique
nationale pour lutter contre l’exploitation sexuelle, le harcèlement et les abus dans les
écoles. Cette politique devrait clarifier ce qui constitue un comportement illégal ou
inapproprié, et indiquer clairement que toute « relation » sexuelle entre le personnel
enseignant et les élèves ainsi que l'exploitation et la coercition en échange de notes,
d'argent ou d’articles de base, tels que de la nourriture ou des téléphones portables, sont
explicitement interdits et passibles d’une sanction professionnelle. Il convient de préciser
que ces « relations » considérées comme constituant des infractions sexuelles feront
l’objet d’une enquête approfondie et que les auteurs seront punis.
Au gouvernement du Sénégal
Adopter des mesures plus fortes pour mettre un terme à la violence et aux abus sexuels
et sexistes liés à l'école
• Adopter une politique nationale d’éducation contre l’exploitation sexuelle, le
harcèlement et les abus, comprenant : des conseils sur ce qui constitue ou pourrait
conduire à ces abus, des procédures à suivre lorsque des cas sont signalés au
personnel scolaire, des mécanismes d'application en milieu scolaire clairs ainsi que
des sanctions et des renvois vers la police.
• Adopter un code de conduite professionnel contraignant à l'échelle nationale pour les
directeurs d'école, les enseignants et les responsables de l'éducation, qui soit affiché
dans toutes les écoles.
• Veiller à ce que la législation relative à l’exploitation sexuelle, au harcèlement et aux
abus dans les écoles soit rigoureusement appliquée, et que les auteurs de ces crimes
soient traduits en justice et punis par des sanctions proportionnées à leurs crimes.
Agir d'urgence pour lever les obstacles qui entravent l'éducation des filles
• S'assurer que l'enseignement secondaire soit entièrement gratuit en supprimant les
frais de scolarité et les coûts indirects facturés par les écoles.
Offrir une formation adéquate au personnel enseignant ainsi que lors de l’affectation des
enseignants
• Mettre en œuvre une formation préalable obligatoire des enseignants sur les lois
existantes relatives aux infractions sexuelles, et sur la nouvelle politique nationale
contre l'exploitation sexuelle, le harcèlement et les abus, les droits de l'enfant et la
stratégie nationale de protection des enfants. Tous les nouveaux enseignants, les
directeurs d’école et le personnel administratif devraient être formés avant leur
première affectation.
• Adopter et déployer une formation continue ciblée sur la violence sexuelle et sexiste
dans les écoles, en commençant par les chefs d'établissement, le principal personnel
des écoles et les enseignants, ainsi que les inspecteurs scolaires.
Adopter un programme d'études solide sur la santé et les droits sexuels et reproductifs
• Veiller à ce que le programme d’éducation en matière de santé de la reproduction soit
conforme aux normes internationales et veiller à ce que le programme national :
o Soit élargi pour comprendre des informations complètes sur la sexualité et la
santé reproductive, notamment des informations sur la santé et les droits
sexuels et reproductifs, le comportement sexuel responsable, la prévention
des grossesses précoces et les infections sexuellement transmissibles ; et soit
obligatoire, adapté à l'âge et scientifiquement exact.
Ce rapport est basé sur des recherches menées en juin, août, octobre et novembre 2017, et
en juillet 2018, dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor, ainsi que dans la
capitale, Dakar, et ses environs. Human Rights Watch a choisi ces régions parce qu’elles
présentent les taux de grossesses chez les adolescentes les plus élevés du pays, ainsi que
des taux élevés de mariage d’enfants, et un faible taux de maintien dans l’enseignement
secondaire, selon les chiffres des Nations Unies et du gouvernement. Nous avons
également consulté des organisations non gouvernementales locales et nationales (ONG),
dont un grand nombre ont partagé des informations ou des preuves provenant de leurs
programmes existants d’aide aux enfants touchés par la violence sexuelle et sexiste dans
ces régions.
Nous avons également mené des discussions de groupe avec un total de 122 élèves du
secondaire dans 4 écoles publiques et dans 4 villages, allant de 7 à 22 participantes dans
chacun des groupes. Nous avons organisé des discussions de groupe pour comprendre les
principaux obstacles à l’éducation des filles et les moyens par lesquels l’exploitation
sexuelle, le harcèlement et les abus à l’école affectent les élèves dans leur vie
quotidienne. Toutes les participantes ont été informées qu'elles pourraient parler
individuellement aux chercheurs après les discussions de groupe.
Certains entretiens ont été menés en français ; d’autres entretiens ont été menés en wolof,
en pular, en jola ou en mandingue, puis ont été traduits en français par des adolescents
Human Rights Watch met tout en œuvre pour respecter les normes de meilleures pratiques
en matière de recherche éthique et de documentation de la violence sexuelle. Nous avons
précédé et terminé toutes les entrevues avec une explication détaillée du consentement
éclairé afin de nous assurer que les personnes interrogées comprenaient la nature et le
but de l'entretien, et pouvaient choisir de parler ou non avec les chercheurs. Dans chaque
cas, nous avons expliqué comment nous utiliserions et diffuserions les informations et
avons demandé aux personnes interrogées d’autoriser l’inclusion de leurs expériences et
recommandations dans ce rapport. Human Rights Watch a informé les filles et les jeunes
femmes qu'elles pouvaient arrêter ou suspendre l'entretien à tout moment et refuser de
répondre à des questions ou d’aborder des sujets particuliers.
Certaines filles et jeunes femmes ont préféré ne pas discuter d'expériences personnelles
d'exploitation sexuelle, de harcèlement et d’abus à l'école, mais ont parlé d'amies ou de
camarades de classe affectées par ces expériences. Six filles et jeunes femmes ont déclaré
avoir elles-mêmes été victimes d'exploitation sexuelle, de harcèlement ou d'abus dans le
cadre de leur scolarité. Dix autres filles et jeunes femmes ont fourni des informations sur
des cas d'exploitation sexuelle, de harcèlement et d'abus de leurs amies ou de leurs
proches. La plupart des filles et des jeunes femmes interrogées connaissaient des
camarades de classe qui avaient été victimes d'exploitation sexuelle ou de harcèlement.
En outre, le rapport comprend des informations basées sur 11 entretiens avec des
enseignants et des activistes, ainsi que des experts en santé mentale, en santé des
adolescents et en protection de l'enfance qui ont soutenu des filles et des jeunes victimes
d'exploitation sexuelle, de harcèlement ou d'abus dans le contexte scolaire. Enfin, des
chercheurs ont interrogé quatre membres de famille ou tuteurs légaux de filles ou de
jeunes femmes victimes d'exploitation sexuelle, de harcèlement et d'abus sexuels.
Cependant, les éléments de preuve recueillis suggèrent qu’un grand nombre de filles et de
jeunes femmes sont touchées par l'exploitation sexuelle, le harcèlement et les abus dans
le contexte scolaire. Nos conclusions sur ces abus sont en accord avec les preuves
rassemblées par le gouvernement, les agences des Nations Unies et les organisations
nationales et internationales, qui montrent que ces abus se produisent dans les régions
où nous avons mené des recherches, ainsi que dans d’autres parties du pays.
Pour des raisons de protection, les noms des enfants et des jeunes femmes utilisés dans
le rapport sont des pseudonymes. Les groupes de discussion sont référencés par lieu, et
non par école, pour mieux protéger les personnes interrogées. Certains enseignants et
hauts responsables scolaires sont désignés anonymement pour protéger leur identité
lorsque les informations fournies pourraient entraîner des représailles de la part des
criminels, d'autres responsables scolaires ou des autorités gouvernementales locales. De
plus, pour des raisons de protection, nous ne spécifions pas les lieux exacts où résident
les enfants ou les auteurs présumés.
Human Rights Watch n'a pas fourni de compensation financière aux personnes interrogées
en échange d'un entretien.
Le taux de change au moment de la recherche était d'environ 1 dollar US = 530 francs CFA
(FCFA) ; ce taux a été utilisé pour les conversions dans le texte, qui ont parfois été
arrondies à un dollar près.
Dans ce rapport, le terme « enfant » fait référence à toute personne âgée de moins de
18 ans, selon l'usage du droit international. Le terme « adolescent » désigne les
enfants et les jeunes adultes âgés de 10 à 19 ans.1
1 L'adolescence est également utilisée pour désigner la période particulière de croissance et de développement humains qui
survient après l'enfance et avant l'âge adulte. Organisation Mondiale de la Santé : « Maternal, newborn, child and
adolescent health : Adolescent development », non daté,
http://www.who.int/maternal_child_adolescent/topics/adolescence/dev/en/ (consulté le 6 février 2018).
2 Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme : « Sexual and gender-based violence in the
3 Organisation Mondiale de la Santé, « La violence à l’encontre des femmes », novembre 2016, http://www.who.int/fr/news-
La violence sexuelle et sexiste contre les filles et les femmes reste un problème généralisé
et répandu au Sénégal. 5 Dès leur plus jeune âge, les filles sont confrontées à de multiples
obstacles socioculturels et à des pratiques néfastes qui ont un impact sur nombre de leurs
droits, notamment leur droit à l'éducation.6
Le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies s’est déclaré préoccupé par le faible
taux de scolarisation des enfants au Sénégal, en particulier des filles, à tous les niveaux
de l’éducation, en raison du mariage précoce, de la préférence des parents pour
l’éducation des garçons, et des grossesses chez les adolescentes.7
5 Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations Unies, « Femmes au Sénégal : Briser les chaînes du silence et des
De nombreuses autres initiatives assorties d’échéances ont suivi depuis lors, ce qui a
amené le gouvernement à mettre en place un mécanisme de coordination de l’éducation
des filles.11 Plusieurs pays bailleurs de fonds, dont les États-Unis, l'Italie et le Royaume-
Uni, ainsi que des bailleurs de fonds multilatéraux comme la Banque mondiale, ont
soutenu les efforts du gouvernement en finançant des programmes à petite échelle axés
sur le genre, visant principalement à améliorer la qualité de l'éducation ainsi qu’à
augmenter la scolarisation et le maintien des filles à l’école. 12
En tant qu'État membre des Nations Unies, le Sénégal a également souscrit aux principaux
engagements mondiaux de développement durable visant à assurer une éducation
9 Ibid., p. 17 – 18.
10 Ministère de l’Éducation, « Plan de développement pour l’Éducation des Filles au Sénégal (2009 – 2011) »
http://www.education.gouv.sn/root-
fr/upload_pieces/Plan%20de%20d%C3%A9veloppement%20l%E2%80%99Education%20des%20Filles%20au%20S%C3%
A9n%C3%A9galpour%202009-2011.pdf (consulté le 9 février 2018), p. 8.
11 Ministère de l’Éducation Nationale, « Élaboration d’un cadre de coordination des interventions sur l’éducation des filles » ;
Ministère de l’Éducation nationale, « Rapport National d’Évaluation de l’Éducation Pour Tous (EPT) Sénégal », 2015,
http://unesdoc.unesco.org/images/0023/002316/231652f.pdf (consulté le 16 juillet 2018), pp. 24 – 28.
12 Ceux-ci comprennent le « Programme d’Appui pour l’Éducation des Filles » soutenu par l’Italie, le programme étasunien :
« Éducation, Priorité, Qualité » et son projet « Promoting Safe Middle Schools in Senegal ». Agenzia Italiana per la
Cooperazione Allo Sviluppo, « Cartographie des projets de la Coopération Italienne au Sénégal – PAEF Plus »,
http://www.coopitasen.org/spip.php?rubrique2 (consulté le 14 février 2018) ; USAID, « Promoting safe middle schools in
Senegal », 2010, http://pdf.usaid.gov/pdf_docs/pnaea258.pdf (consulté le 14 février 2018).
Bien que ces efforts gouvernementaux aient contribué à améliorer l’accès des filles à
l’éducation, ils n’ont pas réussi à protéger les filles scolarisées et non scolarisées contre
un large éventail d’atteintes aux droits humains.
février 2018).
14 Filles pas épouses, « le Sénégal lance une campagne de l’Union africaine pour mettre fin au mariage des enfants », 23 juin
https://au.int/sites/default/files/pages/32905-file-campaign_to_end_child_marriage_in_africa_call_for_action-_french.pdf
(consulté le 20 juin 2018).
16 République du Sénégal, « Loi 2004-37 du 15 décembre 2004 modifiant et complétant la loi d’orientation de l’Éducation
Cependant, en 2013, dernière année pour laquelle des statistiques officielles étaient
disponibles au moment de la rédaction du présent document, environ 1,5 million d'enfants
âgés de 7 à 16 ans, représentant 47% des enfants du primaire et du secondaire de premier
cycle, n'étaient pas scolarisés.18 Les statistiques gouvernementales montrent que la
scolarisation dans l'enseignement secondaire est très proche de la parité entre les genres,
même si le taux net de scolarisation est très faible : seuls 32% des filles et 35% des
garçons étaient inscrits dans l'enseignement secondaire entre 2008 et 2012.19
Dans les zones rurales, où les taux de décrochage scolaire sont généralement plus élevés,
le gouvernement s'est concentré sur la réduction de la distance entre le domicile et l'école
en construisant davantage de collèges « communautaires ». Cela a entraîné une réduction
significative du temps que les enfants passent à marcher ou à se rendre à l'école et, dans
certains cas, a aidé les parents à envoyer plus volontiers les filles à l'école.20
Bien que les statistiques gouvernementales ne donnent pas une image précise du nombre
d'enfants handicapés vivant dans le pays, elles montrent que la majorité des enfants
handicapés ne sont pas scolarisés au Sénégal. Le gouvernement estime que près de 17
000 filles et 19 000 garçons ayant un handicap léger à sévère, âgés de 7 à 16 ans, ne sont
pas scolarisés.21
17 Voir Human Rights Watch, « Lettre ouverte au Président Macky Sall concernant l’accès à l’éducation secondaire gratuite »,
9 février 2018). Bien que les filles abandonnent souvent l’école en raison des mariages précoces, des grossesses précoces
ou de la préférence des parents pour les garçons, de nombreux garçons abandonnent également l’école, souvent pour
travailler ou en raison du coût des études secondaires.
20 République du Sénégal, Ministère de l’Éducation nationale, « Rapport National d’Évaluation de l’Éducation Pour Tous
trouver des filles présentant des handicaps dans les écoles visitées. Les rares personnes qui accèdent à l'enseignement
Les filles ont peu accès aux services de santé sexuelle et reproductive, notamment les
contraceptifs, et les grossesses chez les adolescentes mettent souvent fin à la
scolarisation des filles. Une fille sur dix et un garçon sur vingt de 15 à 24 ans ont eu leur
premier rapport sexuel avant l'âge de 15 ans.24
Les taux de grossesse chez les adolescentes restent très élevés dans tout le pays, avec
des concentrations supérieures dans les régions du sud du Sénégal et de Dakar.25 Huit
pour cent des filles âgées de 15 à 19 ans ont déjà donné naissance.26 L'utilisation de la
contraception moderne reste faible : seuls 20 % des adolescentes ayant des relations
sexuelles déclarent utiliser ces méthodes. Selon le Guttmacher Institute, une organisation
de recherche et de santé sexuelle et reproductive et de défense des droits, 25 %
seulement des femmes sénégalaises sexuellement actives et non mariées utilisaient une
méthode moderne de contraception.27 Bien que l’avortement soit illégal, sauf dans des
conditions très restrictives pour sauver la vie d’une femme enceinte, on estime que 24 %
secondaire sont placées dans des écoles spéciales à Dakar et à Thiès ou dans les environs. Entretien de Human Rights
Watch avec Francesca Piatta, Coordinatrice Droits-Inclusion, Handicap International Sénégal, Dakar, 15 juin 2018.
22 UNICEF, Unicef Data : Monitoring the Situation of Children and Women, « Child Protection – Child Marriage »,
Selon une étude menée par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et le
Groupe pour l’étude et l’enseignement de la population (GEEP), organisme national de
recherche en éducation, au moins 1971 cas de grossesses ont été enregistrés dans des
écoles entre 2011 et 2014.29 Des statistiques complètes et précises sur les grossesses
d’adolescentes dans les écoles ne sont pas disponibles, en partie à cause de l’absence
d’un système d’information pour recenser les cas.30
28 Ibid.; Sedgh et al., « Estimates of the incidence of induced abortion and consequences of unsafe abortion in Senegal »,
33 UNICEF, Plan Afrique de l’Ouest, Save the Children Suède, et al, « Trop souvent en silence », mars 2010,
https://www.unicef.org/wcaro/VAC_Rapport_fr.pdf (consulté le 31 juillet 2018), p. 23 ; Birné Birgitte Ndour, « Étude sur les
violences faites aux filles en milieu scolaire », http://www.genreenaction.net/IMG/pdf/ETUDE_20Rapport_20final_1_.pdf
(consulté le 31 juillet 2018) ; Plan International, « Victimes de l’école – Les violences de genre en milieu scolaire, obstacles
au droit des filles et des garçons à l’éducation », octobre 2014, http://www.ungei.org/RAPPORT_VGMS_-_BAT_BD.pdf
(consulté le 31 juillet 2018), pp. 14, 19 ; République Française, ministère des Affaires Étrangères et Européennes, « Les
violences de genre en milieu scolaire en Afrique subsaharienne francophone », 2012,
https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_violences_en_milieu_scolaire__cle0bafe2.pdf (consulté le 22 août 2018).
34 République du Sénégal, Ministère de l’Éducation nationale, « Interventions sur les violences basées sur le genre en milieu
scolaire : état des lieux », mars 2012 (version papier archivée par Human Rights Watch), p. 8.
35 Le Code pénal sénégalais définit la pédophilie comme « tout geste, attouchement, caresse, manipulation pornographique,
utilisation d’images ou de sons… à des fins sexuelles sur un enfant de moins de 16 ans de l’un ou l’autre sexe »
36 Ministère de l’Éducation nationale, Division de l’Enseignement Moyen et Secondaire Général, « État des lieux sur les
violences en milieu scolaire dans le moyen secondaire », non daté (version papier archivée par Human Rights Watch).
37 Certaines personnes interrogées ont déclaré à Human Rights Watch que l'étude était basée en partie sur des
questionnaires envoyés aux écoles, qui étaient remplis sur une base volontaire. Selon un inspecteur régional qui s’est
entretenu avec Human Rights Watch, la participation à l’étude était faible dans la région de Kolda et l’étude ne donne pas
En 2015, un organe d’experts des Nations Unies sur les droits des femmes a exprimé « une
profonde préoccupation quant au niveau de violence sexuelle auquel les filles sont
soumises [au Sénégal], en particulier à l’école, souvent suivie d’une grossesse précoce ».39
une image très précise de la réalité dans les écoles de cette région. Fond des Nations Unies pour la Population et Groupe
pour l’Etude et l’Enseignement de la Population, « Sénégal : Étude sur les Grossesses Précoces en Milieu Scolaire ».
38 Ibid., p. 11.
39 Conseil des droits de l’homme, « Rapport du Groupe de travail chargé de la question de la discrimination à l’égard des
femmes dans la législation et dans la pratique sur sa mission au Sénégal », A/HRC/32/44/Add.1, 7 avril 2016,
https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G16/070/94/PDF/G1607094.pdf?OpenElement (consulté le 9 février
2018), p. 18.
Le Code pénal sénégalais définit strictement le viol comme « tout acte de pénétration
sexuelle de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence,
contrainte, menace ou surprise ».41 Le viol est puni de cinq à dix ans d’emprisonnement. Le
viol ou la tentative de viol d'un enfant de moins de 13 ans ou d'une personne
particulièrement vulnérable en raison d'une grossesse, d'un âge avancé ou d'un problème
de santé entraînant un handicap physique ou mental, est passible du maximum de la
peine.42
Le fait d’agresser sexuellement un enfant de moins de 13 ans est passible d’une peine
d’emprisonnement de deux à cinq ans.43 Le code pénal incrimine également « le
harcèlement d'autrui en usant d'ordres, de gestes, de menaces, de paroles, d'écrits ou de
contraintes dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle, par une personne
abusant de l'autorité que lui confèrent ses fonctions ». Si une victime a moins de 16 ans,
40 Le Comité des droits de l'enfant a recommandé aux États d'introduire un âge minimum légal acceptable pour le
consentement sexuel, en « tenant compte de la nécessité d'équilibrer la protection et l'évolution des capacités » et d'inclure
une « présomption légale selon laquelle les adolescents sont compétents pour rechercher et avoir accès à des produits et
services de santé sexuelle et reproductive préventifs ou sensibles au facteur temps ». Les États devraient également « éviter
de criminaliser les adolescents d’âges similaires en ce qui concerne les activités sexuelles consensuelles et non exploitées
». Comité des droits de l’enfant, « Observation générale n o 20 (2016) sur la mise en œuvre des droits de l’enfant pendant
l’adolescence », CRC/C/GC/20, 6 décembre 2016, paras. 39 - 40.
41 République du Sénégal, « Code Pénal », Loi n. 99-05 du 29 janvier 1999, art. 320 Human Rights Watch estime que les États
devraient élargir la définition juridique du viol pour inclure « toute invasion physique de nature sexuelle sans consentement
ou dans des circonstances coercitives ». Une « invasion physique » se produit lorsqu'il y a pénétration, même légère, de
toute partie du corps de la victime (ou de l’agresseur par la victime) avec un organe sexuel, ou de l'ouverture anale ou
génitale de la victime avec un objet quelconque ou toute autre partie du corps ».
42 République du Sénégal, « Code Pénal », Loi n. 99-05 du 29 janvier 1999, art. 319 bis.
43 Ibid.
Si des actes de nature sexuelle ou des tentatives d’agir sont commis par un adulte qui a «
autorité sur la personne mineure », ou est « responsable de son éducation » ou par des
agents de l’État, entre autres, l’agresseur sera emprisonné pendant 10 ans.46
Le code pénal n'inclut pas une infraction spécifique pour avoir omis de signaler une
infraction sexuelle commise contre un enfant. Toutefois, le fait de ne pas signaler un crime
énuméré dans le code pénal, en particulier lorsque celui-ci pourrait prévenir d'autres
infractions, est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans d’emprisonnement ou
d'une amende pouvant atteindre 1 million de francs CFA (1 887 dollars US).47
Le code professionnel et éthique des enseignants - un serment prononcé par tous les
membres de la profession enseignante - est le seul document non contraignant qui stipule
les engagements des enseignants envers leur profession, les élèves et la société, entre
44 Ibid.
48 UNESCO et l’Institut International de planification de l’éducation (IIPE), « Rapport de Synthèse – e-Forum IIEP-UNESCO sur
division de l'enseignement secondaire moyen et général, Ministère de l'Éducation nationale, Dakar, 23 juillet 2018.
Une fois qu'ils sont certifiés pour enseigner, les enseignants prêtent également un
serment qui comprend les engagements suivants afin de protéger leurs élèves :
50 « Code de Déontologie de l’Enseignant(e) », dans Gouvernement du Sénégal, ministère de l’Éducation nationale, « Assises
Il y a des professeurs qui te disent « sors avec moi, je vais te donner des
ressources ».
—Amy, 17, Medina Yoro Foulah, octobre 2017
Les enseignants abusent de leur position d'autorité lorsqu'ils abordent leurs élèves pour
des raisons sexuelles, en violation de leur éthique professionnelle et, dans certains cas,
lorsque les filles ont moins de 16 ans, en vertu de la législation sénégalaise.
Dans certaines régions où Human Rights Watch a mené des recherches, le faible taux de
maintien des filles à l’école semble être étroitement lié à la crainte que les filles soient
53 Apanews, « Les violences sexuelles en milieu scolaire perçues comme le principal obstacle à l’éducation des filles, »
un directeur d’école, région de Kolda, 22 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Abdul Aziz Sy, professeur,
Vélingara, 19 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Koumba Ndiaye, Brigade de dénonciation contre la
violence des femmes et filles, Medina Yoro Foulah, Kolda, 22 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Adama,
16 ans, Sédhiou, 25 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d'enseignement moyen,
Kolda, 26 octobre 2017.
Aperçu
Human Rights Watch a constaté que certains enseignants et membres du personnel
scolaire avaient des relations sexuelles avec des filles, dont beaucoup étaient des enfants
au moment où cela s’était produit. Six filles et jeunes femmes ont déclaré à Human Rights
Watch qu'elles avaient été victimes d'exploitation sexuelle, de harcèlement ou d'abus
dans le contexte scolaire. Dix autres filles et jeunes femmes ont fourni des informations
sur des cas d'exploitation sexuelle, de harcèlement et d'abus de leurs amies ou de leurs
proches.
Bien que Human Rights Watch ne formule aucune affirmation concernant l'ampleur de
l'exploitation sexuelle, du harcèlement ou de la maltraitance scolaire par les enseignants
dans les écoles secondaires de tout le Sénégal, les preuves obtenues dans les régions où
nous avons mené des recherches suggèrent que les tabous et les stigmates sociaux ont
réduit au silence de nombreuses filles et jeunes femmes victimes d’exploitation sexuelle,
de harcèlement et d’abus à l’école. Les conclusions dans les sections suivantes sont
cohérentes avec les preuves rassemblées par le gouvernement, les agences des Nations
Unies et les organisations nationales et internationales, qui montrent que la violence
sexuelle et sexiste en contexte scolaire est un grave problème dans le système éducatif, et
que ces abus ont lieu dans les régions où nous avons effectué les recherches, ainsi que
dans d'autres régions du pays.57
Selon les preuves recueillies dans les écoles et les communautés, certains des cas inclus
dans cette section étaient le plus souvent décrits par les élèves - et dans une certaine
56 Entretien de Human Rights Watch avec Zakaria Sambakhe, Manager politique et partenariat, Action Aid International
Sénégal, Dakar, 14 juin 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Mamadou Coulibaly, directeur de programme,
Grandmother Project, Vélingara, 20 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec le père d’une fille enceinte,
Sédhiou, 24 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d'enseignement moyen, Kolda,
26 octobre 2017.
57 UNICEF, Plan Afrique de l’ouest, Save the Children Suède, et al, « Trop souvent en silence », p. 23 ; Birné Birgitte Ndour,
« Étude sur les violences faites aux filles en milieu scolaire »; Plan International, « Victimes de l’école – Les violences de
genre en milieu scolaire, obstacles au droit des filles et des garçons à l’éducation », pp. 14, 19 ; Ministère de l’Éducation
Nationale, Division de L’Enseignement Moyen et Secondaire Général, « État des lieux sur les violences en milieu scolaire
dans le moyen secondaire, » non daté (version papier archivée par Human Rights Watch).
Ces dernières années, certains enseignants ont été poursuivis pour avoir violé ou agressé
sexuellement des élèves. Bien que ces poursuites aient transmis un message fort selon
lequel les abus sexuels contre les enfants seront sévèrement punis, de nombreux autres
abus - notamment l'exploitation sexuelle par des enseignants - restent impunis.
Dans des cas documentés par Human Rights Watch, des conducteurs ont proposé aux
filles - qui voyagent souvent sur de longues distances pour aller à l’école et ne
peuvent pas payer pour le transport - des relations sexuelles en échange du trajet. La
plupart des motocyclistes sont des hommes adultes, bien que certains garçons plus
âgés qui ont abandonné l'école prématurément rejoignent également le secteur des
taxis motorisés.59
58 Entretien de Human Rights Watch avec Yayha Colly Thieto, responsable, Groupe pour L’Étude et l’Enseignement de la
Population, Dakar, 14 juin 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec un principal d’un collège d'enseignement moyen,
région de Kolda, 20 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec un responsable éducatif régional, région de Kolda,
22 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec un agent de la santé, Kolda, 23 octobre 2017 ; discussion de groupe
entre Human Rights Watch et 41 filles et jeunes femmes, Sédhiou, 25 octobre 2017.
59 Entretien de Human Rights Watch avec Aïssatou, 16 ans, Sédhiou, 24 octobre 2017 ; discussion de groupe entre Human
Toutes les directrices et tous les directeurs d'école interrogés par Human Rights Watch ont
condamné les abus sexuels ou le harcèlement à l'encontre des élèves, et la plupart n'ont
pas reconnu ouvertement des cas présents de harcèlement sexuel dans leurs écoles.
Pourtant, sur la base d'entretiens individuels et de discussions de groupe avec des élèves
de cinq écoles, Human Rights Watch a constaté que certains enseignants entretenaient
des « relations » avec des élèves de ces écoles - qui constitueraient dans de nombreux cas
des infractions sexuelles – et les élèves sont souvent exposées au harcèlement sexuel et
aux connotations sexuelles injustifiées des enseignants.
Plusieurs élèves ont décrit à Human Rights Watch comment les enseignants tentaient
d'exploiter ou de contraindre les élèves filles, en leur offrant de l'argent, de meilleures
notes, de la nourriture ou des objets tels que des téléphones portables et de nouveaux
vêtements.60 L’étude du gouvernement sur la violence sexuelle et sexiste à l’école, citée
dans une section précédente, montre que les filles interrogées ont signalé qu’elles
subissaient la coercition « comme une forme grave et récurrente de violence ».61
Dans au moins trois cas documentés par Human Rights Watch, les enseignants ont
approché leurs élèves en demandant une faveur ou en réclamant leurs numéros de
téléphone en privé. Selon Maïmouna, 16 ans, qui vit à Medina Yoro Foulah, « les
enseignants prennent les numéros des élèves et les appellent la nuit ». Dans son cas, son
professeur de français l’a envoyé chercher de l’eau pour lui, et lui a ensuite demandé de la
60 Entretien de Human Rights Watch avec Fatima, 25 ans, Guédiawaye, Dakar, 12 août 2017 ; entretien de Human Rights
Watch avec Kiné, 22 ans, Guédiawaye, Dakar, 12 août 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 10
filles, Vélingara, 19 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Maïmouna, 16 ans, Sédhiou, 21 octobre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec Penda, 17 ans, Sédhiou, 25 octobre 2017 ; discussion de groupe de Human Rights
Watch avec 22 filles, Ndorna, région de Kolda, 26 octobre 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin
de 9 filles et jeunes femmes, village de Congoly, Bignona, 29 octobre 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un
groupe témoin de 7 filles, village d’Ounck, Bignona, 29 octobre 2017.
61 Ministère de l’Éducation nationale, Division de L’Enseignement Moyen et Secondaire Général, « État des lieux sur les
violences en milieu scolaire dans le moyen secondaire, » non daté (version papier archivée par Human Rights Watch).
Un directeur d'école de Sédhiou a expliqué à Human Rights Watch comment l'un des
enseignants de son ancienne école de Sédhiou avait harcelé une élève. Il a enquêté sur
l’affaire parce que la mère de l’élève avait menacé l’enseignant d’une action en justice :
« C’était [à propos d’] une enfant de 5ème – elle avait 13 ou 14 ans. Je les ai appelés
[enseignant et élève] et elle m'a tout raconté. Dans ce cas, la mère de l’élève a déposé un
rapport [auprès du directeur]… elle a dit qu’il fallait que ça cesse ou qu’ils se
retrouveraient devant les tribunaux. Donc, c’était sérieux. Il s’agissait d’un cas de
harcèlement et de pression… [L’enseignant] avait l’habitude de dire ‘Je te retrouve à la
maison’. Vraiment, c’était louche. Il lui a dit : ‘Si tu ne m’aimes pas … je te mettrai un zéro
[aux examens]’ [et] ‘Je t’ai appelé, tu m’as donné ton numéro mais tu ne m’as pas
appelé’. »63
Certaines élèves ont également confié à Human Rights Watch qu'elles se sentaient
contraintes d'obtenir de bonnes notes pour le « Brevet de fin d'études moyennes », un
examen permettant aux élèves de poursuivre leurs études secondaires au lycée, et à
l'examen du « Baccalauréat » à la toute fin du lycée. Selon certaines élèves, il est très
difficile de réussir ces examens et nombre d’entre elles se retrouveront à redoubler l'année
afin d’obtenir de meilleures notes.64 C’est pourquoi les filles sont particulièrement
vulnérables à l'exploitation sexuelle au cours de l'année scolaire précédant l'examen.
62 Entretien de Human Rights Watch avec Maïmouna, 16 ans, Medina Yoro Foulah, 23 octobre 2017.
63 Entretien de Human Rights Watch avec un principal d’un collège d'enseignement moyen, Sédhiou, 24 octobre 2017.
64 Entretien de Human Rights Watch avec Mariama, 17 ans, Kolda, 27 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec
Rokhaya, 17 ans, Kolda, 27 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Sokna, 19 ans, Dakar, 4 novembre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec Imany, 22 ans, Dakar, 4 novembre 2017.
65 Entretien de Human Rights Watch avec Thierno Abasse, Directeur exécutif, Éducation Pour Tous, Dakar, 14 août 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec Anta, 21 ans, Pikine, Dakar, 15 août 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec
Tidiane Sidibé, bénévole dans le domaine de la santé des adolescents, Sédhiou, 24 octobre 2017 ; Madi Wake Toure,
Dans quatre cas, des filles ont déclaré à Human Rights Watch qu'elles estimaient que les
enseignants leurs mettaient de mauvaises notes, les ignoraient en classe ou ne les
laissaient pas participer lorsqu'elles refusaient leurs avances sexuelles.67
Un jour, il [le professeur] m'a demandé d'aller chez lui. Quand je suis allée
chez lui, il m'a proposé de me donner de l'argent et des moyens. Et je lui ai
dit que non… parce que quand ils te disent ça, c’est qu’ils vont te mettre
enceinte et ils vont te laisser toute seule. J'étais un peu stressée. C'était
dans sa maison. Il est devenu un peu méchant, [il a dit] qu’il ne va pas me
donner des bonnes notes.68
Après une série de mauvaises notes, Aïssatou a décidé de parler au directeur de son école,
qui a alors parlé au professeur des allégations. Selon Aïssatou, bien que son professeur
ait nié les allégations, les avances de l’enseignant ont cessé et elle n’a pas subi de
représailles après l’intervention du directeur. Elle n'était au courant d'aucune autre
mesure disciplinaire contre l'enseignant au-delà de cette discussion. Le même enseignant
« Enquête – Droit de cuissage : L’École sénégalaise dans tous ses ébats », Groupe Futurs Medias, 22 juillet 2015,
http://www.igfm.sn/enquete-droit-de-cuissage-lecole-senegalaise-dans-tous-ses-ebats/ (consulté le 26 janvier 2018).
66 Entretien de Human Rights Watch avec Hawa, 16 ans, Sédhiou, 24 octobre 2017.
67 Entretien de Human Rights Watch avec Kodda, 17 ans, Medina Yoro Foulah, 20 octobre 2017 ; entretien de Human Rights
Watch avec Aïssatou, 16 ans, Sédhiou, 23 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Hawa, 17 ans, Sédhiou, 24
octobre 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 7 filles, village d’Ounck, Bignona, 29 octobre
2017.
68 Entretien de Human Rights Watch avec Aïssatou, 16 ans, Sédhiou, 23 octobre 2017.
Dans un CEM de Sédhiou, au moins deux filles ont évoqué des cas d'enseignants qui
avaient mises des élèves enceintes. Aïcha, 15 ans, qui est en dernière année de collège, a
déclaré à Human Rights Watch : « Nous avons beaucoup de problèmes en tant que filles…
69 Ibid.
70 Entretien de Human Rights Watch avec Antou, 21 ans, Pikine, Dakar, 15 août 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec
Aissata, 21 ans, Pikine, Dakar, 16 août 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 10 filles,
Vélingara, 19 octobre 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 20 filles, Sédhiou, 25 octobre
2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Penda, 17 ans, Sédhiou, 25 octobre 2017 ; discussion de groupe de Human
Rights Watch avec 41 filles et jeunes femmes, Sédhiou, 25 octobre 2017 ; discussion de groupe de Human Rights Watch avec
22 filles, Ndorna, région de Kolda, 26 octobre 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 9 filles et
jeunes femmes, village de Congoly, Bignona, 29 octobre 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de
17 filles et jeunes femmes, village de Mpak, Ziguinchor, 30 octobre 2017.
71 Entretien de Human Rights Watch avec Fanta, 23, village, région de Sédhiou, 24 octobre 2017.
Penda, 17 ans, qui étudie dans la même école à Sédhiou, a également expliqué à Human
Rights Watch que son amie avait une « relation » avec son professeur de mathématiques
lorsqu’elle avait 15 ans, en classes de 4ème et 3ème. Son amie est partie pour une école
privée et la relation s'est terminée à ce moment-là. Mais selon Penda, l’enseignant, qui
habite dans son quartier, a eu des « relations » avec d’autres filles de son école, dont l’une
avait 16 ans.73
Maïmouna, citée précédemment, a déclaré à Human Rights Watch que son amie, âgée de
14 ans à l'époque, avait une « relation » secrète avec un enseignant. Le professeur
l’appelait pour la voir la nuit. « Il la voyait souvent pendant deux ans. Le professeur lui a
donné de l'argent et elle cachait ça [la relation] à sa famille. »74
Les relations entre enseignants et élèves mineures restent illégales, quel que soit l’âge de
l’élève ou son consentement à avoir des relations sexuelles avec un enseignant. Quand
une élève a moins de 16 ans, ces soi-disant « relations » constituent un viol au regard du
droit pénal sénégalais. Cependant, les enseignants et les responsables scolaires - qui sont
tous en position d'autorité - pourraient également être reconnus coupables d'infractions
sexuelles contre un enfant passibles de la peine maximale de 10 ans.75
72 Entretien de Human Rights Watch avec Aïcha, 15 ans, Sédhiou, 25 octobre 2017.
73 Entretien de Human Rights Watch avec Penda, 17 ans, Sédhiou, 25 octobre 2017.
74 Entretien de Human Rights Watch avec Maïmouna, 16 ans, Medina Yoro Foulah, 23 octobre 2017.
75 République du Sénégal, « Code Pénal », Loi de Base N. 65-60 du 21 Juillet 1965, art. 319, 320.
L'exploitation sexuelle se produit lorsque les enseignants abusent de leur position pour
exercer un pouvoir indu sur les élèves auxquelles ils enseignent, qu’ils influencent ou sur
lesquelles ils semblent avoir du pouvoir ou du contrôle. Cela viole le devoir de diligence
des enseignants et les responsabilités éthiques envers leurs élèves. Les responsables
scolaires ne devraient tolérer aucun cas où des enseignants ou des responsables scolaires
abusent de leur pouvoir à des fins sexuelles. Ils devraient appliquer une politique
interdisant les « relations » entre d’une part les enseignants et les responsables scolaires -
qui exercent le pouvoir et l'autorité - et d’autre part les élèves à l'école et en dehors de
l'école.
Dans le village d’Ounck, dans la région rurale de Ziguinchor, Aïssatou, âgée de 16 ans, a
déclaré à Human Rights Watch qu’elle s’était sentie mal à l’aise quand son professeur
l’avait abordée au début de l’année scolaire : « Il m’a dit, ‘Comment tu t’appelles ? Tu
76 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d'enseignement moyen, région de Kolda, 22 octobre 2017.
77 Certaines élèves ont également estimé que les enseignants s’étaient trop rapprochés d’elles alors qu’elles écrivaient au
tableau. Discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 6 filles et jeunes femmes, Medina Yoro Foulah, 21
octobre 2017.
78 République du Sénégal, « Code Pénal », Loi n. 99-05 du 29 janvier 1999, art. 319 bis.
Au moins trois filles ont déclaré avoir été frappées sur les fesses.82 Amy, 14 ans, d’Ounck,
a déclaré que l’un de leurs professeurs lui avait donné une claque sur les fesses avec la
main : « Les filles ne disent rien… mais ce n’est pas bon. Nous ne voulons pas qu’ils nous
frappent ou nous touchent ».83
Pour éviter une mauvaise expérience à l'école, certaines filles ont déclaré à Human Rights
Watch qu'elles s'étaient « protégées » en devenant distantes avec les enseignants. Les
élèves semblaient avoir le sentiment que maintenir des limites appropriées avec leurs
enseignants était de leur responsabilité. De nombreuses élèves ont déclaré qu'elles ne
donnaient pas d’opportunités aux enseignants en ne les « provoquant » ou ne les «
79 Discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 7 filles, village d’Ounck, Bignona, 29 octobre 2017.
80 Discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 9 filles et jeunes femmes, village de Congoly, Bignona, 29
octobre 2017.
81 Entretien de Human Rights Watch avec Soukeyna, 20 ans, Guédiawaye, Dakar, 12 août 2017.
82 Discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 10 filles et jeunes femmes, Pikine, Dakar, 16 août 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec Coumba, 12 ans, Pikine, Dakar, 16 août 2017 ; discussion de Human Rights Watch
avec un groupe témoin de 6 filles et jeunes femmes, Medina Yoro Foulah, 21 octobre 2017 ; discussion de Human Rights
Watch avec un groupe témoin de 7 filles, village d’Ounck, Bignona, 29 octobre 2017.
83 Discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 7 filles, village d’Ounck, Bignona, Ziguinchor, 29 octobre
2017. Les châtiments corporels dans les écoles sont en partie illégaux au Sénégal, mais la loi actuelle ne protège que les
élèves âgés de 6 à 14 ans et est rarement respectée. « Décret No. 79-11.65 de 1979 », dans Global Initiative to End All Corporal
Punishment of Children, Plan International, Save the Children, « Interdire les châtiments corporels des enfants en Afrique
occidentale et centrale », Rapport d’Étape 2014, 2014,
https://www.crin.org/sites/default/files/west_and_central_africa_report_final_fr.pdf (consulté le 30 juillet 2018), p. 49.
Lors de certains entretiens et discussions de groupe, des filles ont déclaré que le choix
des tenues par les élèves était responsable de l’attention inutile des enseignants.86 Par
exemple, lors d’une discussion de groupe dans un CEM de Sédhiou, les filles ont estimé
qu’un moyen important d’éviter les problèmes était de ne pas utiliser des « tenues sexy,
de ne pas montrer leurs seins… pour ne pas envoyer de message aux hommes qu’elles
sont prêtes ».87 Ce type de message préjudiciable, qui place le fardeau et le blâme sur les
filles pour les actions des enseignants, est souvent propagé par les enseignants, les
responsables scolaires et les parents.88
Lutter contre les stéréotypes qui font que les filles se sentent coupables d'avoir provoqué
une exploitation sexuelle et les abus commis contre elles devrait être une priorité absolue,
selon Ndèye Fatou Faye, psychologue au Centre d'orientation infantile et familiale de
Dakar. Faye estime que les écoles et les communautés devraient cesser de blâmer les
filles pour leur exploitation, se concentrer davantage sur la formation des enseignants à
leurs responsabilités professionnelles, sur les moyens de prévenir la violence sexuelle
ainsi que sur la manière de reconnaître les signes révélateurs d’abus sexuels commis sur
des enfants.89
84 Les mots entre guillemets indiquent les mots utilisés par les filles et les jeunes femmes lors d'entretiens avec Human
Rights Watch.
85 Entretien de Human Rights Watch avec Kiné, 22 ans, Guédiawaye, Dakar, 12 août 2017 ; discussion de Human Rights
Watch avec un groupe témoin de 10 filles et jeunes femmes, Pikine, Dakar, 15 août 2017 ; discussion de Human Rights Watch
avec un groupe témoin de 7 filles, village d’Ounck village, Bignona, 29 octobre 2017.
86 Entretien de Human Rights Watch avec Coumba, 12 ans, Pikine, Dakar, 15 août 2017 ; discussion de groupe de Human
Rights Watch avec 10 filles et jeunes femmes, Pikine, Dakar, 16 août, 2017 ; discussion de groupe de Human Rights Watch
avec 6 filles et jeunes femmes, Medina Yoro Foulah, 21 octobre 2017.
87 Discussion de groupe de Human Rights Watch avec 41 filles et jeunes femmes, Sédhiou, 25 octobre 2017.
88 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d'enseignement moyen, Vélingara, 19 octobre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec Kadiatou Ba, surveyante, Vélingara, 19 octobre 2017 ; entretien de Human Rights
Watch avec Mariama Barry Diao, Brigade de dénonciation contre la violence des filles et des femmes, Kolda, 21 octobre 2017.
89 Entretien de Human Rights Watch avec Ndèye Fatou Feye et Sofie Mane, équipe de psychologie, Centre de Guidance
Bien que des poursuites aient été engagées pour viol en milieu scolaire, les éléments de
preuve recueillis par Human Rights Watch suggèrent que les poursuites ou les réparations
pour exploitation ou harcèlement sexuel ont été rares. Le système de signalement est
généralement faible, car les victimes d'abus hésitent à signaler les cas au sein même des
écoles. Human Rights Watch a également constaté que souvent les responsables de
l'éducation n'agissent pas ou ne signalent pas à leurs propres supérieurs les cas
d'exploitation sexuelle ou de harcèlement qui ont été portés à leur connaissance.
Au niveau de l'école, les responsables des écoles ne semblent pas prendre de mesures
afin de lutter contre ou de prévenir toutes les formes répandues d'exploitation sexuelle -
telles que les propositions inappropriées ou les « relations » entre élèves et enseignants -
qui constituent dans certains cas, des infractions sexuelles.
Au Sénégal, parler de harcèlement sexuel est considéré comme un sujet tabou pour les
filles ainsi que pour les femmes.90 Dans de nombreux cas, les filles concernées ne
signalent pas les abus sexuels. En conséquence, les jeunes survivantes de viols et
d’autres formes de violence sexuelle, ainsi que celles qui sont victimes d’exploitation,
voient rarement leurs cas portés devant les tribunaux ni ne voient leurs agresseurs punis.
Les filles ont également rarement accès aux services de santé appropriés ou à la police.91
90 Entretien de Human Rights Watch avec Nené Maricou, présidente, Youth Women for Action (YWA) Sénégal, Dakar, 12 août
2017.
91 Entretien de Human Rights Watch avec Mamadou Lamine Sow, ancien directeur de l’éducation, UNICEF Sénégal, Dakar, 12
juin 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec René Sibomana, directeur exécutif, Action Jeunesse et Environnement,
Dakar, 12 juin 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Marietou Dia, experte en genre, Dakar, 16 juin 2017 ; entretien de
Les responsables gouvernementaux qui se sont entretenus avec Human Rights Watch
estiment que les cas de viols en contexte scolaire commis par les enseignants ont
globalement diminué, en partie du fait du nombre régulier de poursuites engagées contre
des enseignants et de l'augmentation des mécanismes de protection de l'enfance au
niveau local.95 Cependant, cela pourrait être fondé sur une opinion : les experts juridiques
et les responsables gouvernementaux qui ont parlé avec Human Rights Watch n'étaient au
Human Rights Watch avec Mariama Barry Diao, Brigade de dénonciation contre la violence des filles et femmes, Kolda, 21
octobre 2017.
92 Vincent Gomis, « L’école sénégalaise menacé par les viols sur mineurs », SeneNews, 27 août 2013,
https://www.senenews.com/actualites/lecole-senegalaise-menace-par-les-viol-sur-mineurs-vincent-gomis_63256.html
(consulté le 18 janvier 2018) ; Seneweb, « 3600 cas de viol au Sénégal en 2016 », 30 septembre 2016,
http://www.seneweb.com/news/Societe/3600-cas-de-viol-au-senegal-en-2016_n_194422.html (consulté le 18 janvier
2018) ; à Dakar, « Violences sexuelles sur les jeunes filles : Indifférence coupable ! » 11 juillet 2016,
http://news.adakar.com/h/77040.html (consulté le 18 janvier 2018).
93 Centre de recherche pour le développement international, « Les Médias au Sénégal : Outil de Sensibilisation ou de
Adolescents, Sédhiou, 24 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Idrissa Sambou, directeur, bureau de la
protection sociale et de l’aide éducative, AEMO, Ziguinchor, 30 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Khady
Sow Ndiaye, directrice, bureau genre et éducation inclusive, division de l’éducation secondaire moyenne et générale,
ministère de l’Éducation nationale, Dakar, 3 novembre 2017.
À Dakar, les médias locaux ont signalé au moins 14 procès pour viol en milieu scolaire
depuis 2013 et plus de 10 à Kolda, Sédhiou et dans d'autres régions du pays.97 Human
Rights Watch a appris l’existence, par le biais d'entretiens, d’au moins sept poursuites
judiciaires à Dakar et dans les régions de Kolda et de Ziguinchor. Par exemple, à Medina
Yoro Foulah, la région la plus septentrionale de Kolda, un enseignant a été condamné à
96 Entretien de Human Rights Watch avec Amy Sakho et Nafissatou Seck, Association des Juristes Sénégalaises, Pikine,
Dakar, 11 août 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Idrissa Sambou, directeur, bureau de la protection sociale et de
l’aide éducative, AEMO, Ziguinchor, 30 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Sira Corréa, directeur, Maison
d’Accueil Kullimaaro, Ziguinchor, 30 octobre 2017.
97 Voir par exemple, « Kolda : Le Directeur d’École de Medina Koundie engrosse l’élève mineure, » AlloDakar, 12 novembre
Bien que ces poursuites aient signifié que le viol par les enseignants est intolérable,
l’exploitation sexuelle et le harcèlement continuent de poser de graves problèmes.
Dans une école moyenne de Sédhiou, où plusieurs élèves ont affirmé avoir été victimes de
harcèlement sexuel de la part d'enseignants, une enseignante a déclaré à Human Rights
Watch que l'un de ses collègues était « sorti » avec trois élèves. Le professeur a déclaré : «
Dans cette école, il y a des enseignants qui se jettent sur leurs élèves. L'année dernière, il
y avait trois filles dans cette école [ciblées par l'un des plus jeunes enseignants] - une des
filles, ses parents étaient au courant et ils se sont plaints. » Bien que l'ancien principal ait
averti ce professeur, il enseigne toujours à l'école.101
98 Entretien de Human Rights Watch avec Koumba Ndiaye, Brigade de dénonciation contre la violence des filles et femmes,
100 Entretien de Human Rights Watch avec Aïssatou, 16 ans, Sédhiou, 23 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch
avec un responsable régional de l’éducation, région de Kolda, 22 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec
Tidiane Sidibé, bénévole dans le domaine de la santé adolescente, Sédhiou, 24 octobre 2017.
101 Entretien de Human Rights Watch avec une enseignante, Sédhiou, 24 octobre 2017.
Plusieurs personnes ont signalé des cas d’enseignants épousant leurs élèves, notamment
dans les cas où les filles étaient mises enceintes par leurs enseignants.105 Dans certains
cas, les familles ont négocié un règlement financier informel afin de couvrir le coût des
consultations prénatales et de santé pour une fille pendant la grossesse ainsi qu’une
allocation de base.106
Par exemple, Koumba Ndiaye, défenseure des droits des femmes à Medina Yoro Foulah,
une petite ville proche de la frontière avec la Gambie, a agi en 2011 en tant que médiatrice
pour le processus concernant une fille qui avait été agressée sexuellement par son
professeur, dans le cadre d’une « relation » : « Elle avait 16 ans. Le professeur lui a financé
[lui a donné] un portable… lors qu’elle est tombée enceinte… son père l’a chassée de sa
maison. » Ndiaye a décrit comment elle a négocié avec l’enseignant pour qu’il paie les
frais de naissance et d’entretien du bébé. Dans le cadre de cette négociation, Ndiaye a
102 Entretien de Human Rights Watch avec Fanta, 23 ans, village, région de Sédhiou, 24 octobre 2017 ; entretien de Human
Rights Watch avec Tidiane Sidibé, bénévole dans le domaine de la santé adolescente, Sédhiou, 24 octobre 2017.
103 Entretien de Human Rights Watch avec Cheikh Kane, village, région de Sédhiou, 24 octobre 2017.
104 Entretien de Human Rights Watch avec Hawa Kande, responsable des questions d’égalité de genre, Inspection de
entretien de Human Rights Watch avec Kalidou Sy, maire, Medina Yoro Foulah, 21 octobre 2017.
106 Entretien de Human Rights Watch avec Kiné, 22 ans Guédiawaye, Dakar, 12 août 2017 ; entretien de Human Rights Watch
avec un principal d’un collège d’enseignement moyen, Vélingara, 19 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec
un principal d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 22 octobre 2017 ; discussion de Human Rights Watch avec
un groupe témoin de 7 filles, village d’Ounck, Bignona, 29 octobre 2017.
Mariama Barry, une activiste locale qui dirige une brigade locale de femmes pour mettre
fin à la violence contre les femmes à Kolda, a déclaré à Human Rights Watch : « Elles [les
jeunes filles] ont vraiment peur de parler de violence sexuelle… les gens n'ont pas
l'habitude de dénoncer et de parler de leurs problèmes ». Barry a expliqué à Human Rights
Watch que de nombreuses mères avertissent leurs filles de ne pas parler de tels
incidents : « C'est ce qui trouble la communauté - si vous conduisez quelqu'un en justice,
vous serez isolée ».110
107 Entretien de Human Rights Watch avec Koumba Ndiaye, Brigade de dénonciation contre la violence des filles et femmes,
femmes, Kolda, 21 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec le père d’une fille enceinte, Sédhiou, 24 octobre
2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Hassane Deux Diop, directeur, CDEPS, coordinateur, Centre des Conseils pour
Adolescents, Sédhiou, 24 octobre 2017.
109 Les termes « maslaha » et « sutura » sont souvent utilisés indifféremment. Le terme « maslaha » est dérivé d'un principe
de la charia islamique. Selon Mariama Khan, une universitaire et activiste gambienne, « La sutura est considérée comme un
attribut moral si important dans la société sénégalaise que les individus se sentent souvent obligés de garder privés des
faits ou des événements qui pourraient leur faire honte à eux ou aux membres de leur famille. Défier les diktats de Sutura est
un acte nécessaire et courageux de la part des femmes victimes de violences sexuelles ». Mariama Khan, « Sutura (version
en anglais), a Mariama Khan Film », 25 février 2015, https://www.youtube.com/watch?time_continue=17&v=5nHVP6uLB8E
(consulté le 9 février 2018) ;
110 Entretien de Human Rights Watch avec Mariama Barry Diao, Brigade de dénonciation contre la violence des filles et
Lorsque Fanta, maintenant âgée de 23 ans, a tout d’abord dit à ses parents qu’elle était
enceinte de son professeur, ils l’ont expulsée de leur maison.111 Fanta a expliqué à Human
Rights Watch qu’elle avait honte en classe parce que ses camarades de classe savaient
qu’elle avait « une relation » avec l’enseignant et que l’enseignant a nié être le père de son
enfant.112 Bien que ses parents l’aient reprise, le père de Fanta a déclaré à Human Rights
Watch qu’au village « Les gens vous regardent différemment… notre tradition interdit
vraiment à une fille de tomber enceinte [hors mariage] ».113
Selon des experts du Centre de guidance infantile et familiale, qui apportent un soutien
psychologique aux parents et aux enfants, les parents sont souvent réticents à signaler les
abus et l’exploitation parce qu’ils s’inquiètent de l’opinion de leur communauté. La
plupart des parents n'ont presque jamais accès à des services ni à un soutien
professionnel afin de les aider à gérer les abus commis contre leurs enfants.114
Les collèges et lycées visitées par Human Rights Watch ont généralement assumé une
position ferme contre la violence sexuelle en contexte scolaire dans son ensemble, et se
111 Entretien de Human Rights Watch avec Tidiane Sidibé, bénévole dans le domaine de la santé, Sédhiou, 24 octobre 2017.
112 Entretien de Human Rights Watch avec Fanta, 23 ans, village, région de Sédhiou, 24 octobre 2017.
113 Entretien de Human Rights Watch avec Cheikh Kane, village, région de Sédhiou, 24 octobre 2017.
114 Entretien de Human Rights Watch avec Ndèye Fatou Feye et Sofie Mane, équipe de psychologie, Centre de Guidance
Au niveau de l’école, certains directeurs ont mis l’accent sur l’adoption d’une politique de
tolérance zéro à l’égard des abus sexuels ou de l’exploitation par le personnel de leur
école. Par exemple, Tacko Koita, principale d’un CEM dans le village de Mpak à Ziguinchor,
rappelle régulièrement à son personnel ses obligations éthiques et met en garde ses
adjoints et les enseignants contre un comportement inapproprié, voire illégal, avec les
élèves : « En tant que principale, je parle avec tous mes adjoints. Il faut les avertir. La loi
couvre les enfants mineures. Il faut qu’ils sachent qu’ils ont des responsabilités. Si
quelque chose arrive, ils sont prévenus ».118 Néanmoins, malgré cet avertissement, les
https://www.changemakers.com/educationafrica/entries/tuseme-girls-empowerment-theater-development-clubs (consulté
le 18 février 2018).
117 « Cadre de Coordination des Interventions sur l’Éducation des Filles », voir, par exemple, ministère de l’Éducation
Nationale et Cooperazione Italiana, Cadre de Coordination des Interventions sur l’Éducation des Filles (CCIEF), « Évaluation
du Projet d’Appui à l’Education des Filles (PAEF) – Rapport de Synthèse », mai 2013,
http://openaid.esteri.it/media/documents/Rapporto_sintetico_valutazione_finale.pdf (consulté le 31 juillet 2018).
118 Entretien de Human Rights Watch avec Tacko Koita, principale d’un collège d’enseignement moyen, village de Mpak,
Dans une école de Kolda, Lalia Mané, une enseignante d’un CEM et membre de l’initiative
du gouvernement en faveur de l’éducation des filles, a déclaré à Human Rights Watch que
le harcèlement sexuel de la part des enseignants s'est arrêté après que les enfants aient
suivi des formations approfondies sur les droits des enfants et la violence contre les
enfants, et qu’un observatoire ait été mis en place dans l'école. Mané a expliqué : « Je dis
à mes élèves, s’il y a un professeur qui vous demande des faveurs … il faut aller porter
plainte à la police … je ne le cache pas. »120 Les élèves de cette école n'ont signalé
aucunes avances inappropriées ou cas de violence ou d'exploitation sexuelle au cours des
entretiens avec Human Rights Watch.
Les efforts de protection de l'enfance au Sénégal ont toujours été sporadiques, non
coordonnés et sous-financés.122 En 2013, le gouvernement a adopté une stratégie
119 Discussion de Human Rights Watch avec un groupe témoin de 17 filles et jeunes femmes, village de Mpak, Ziguinchor, 30
octobre 2017.
120 Entretien de Human Rights Watch avec Lalia Mané, enseignante, Kolda, 26 octobre 2017.
121 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Vélingara, 18 octobre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 20 octobre 2017.
122 République du Sénégal, « Stratégie Nationale de Protection de L’Enfant », janvier 2013,
https://f3e.asso.fr/media/attached/app_appel/annexe_2_analyse_basee_sur_les_droits_de_l_enfant_2013-122-1825.pdf
(consulté le 31 janvier 2018), p. 11 ; Child Frontiers, « Cartographie et Analyse des Systèmes de Protection de L’Enfance au
Sénégal – Rapport Final, » janvier 2011,
https://www.unicef.org/wcaro/french/Senegal_Carto_Analyse_Systemes_Prot_Enfant.pdf (consulté le 31 janvier 2018).
Bien que la stratégie s’accompagne d’un plan d’action, le gouvernement n’a pas alloué
jusqu’à présent de ressources suffisantes permettant de déployer cette stratégie de façon
uniforme.125 Human Rights Watch a constaté un fossé entre ce mécanisme de coordination
et les signalements au niveau de l'école, en particulier en ce qui concerne les cas
d'exploitation sexuelle, de harcèlement et d'abus.
En théorie, les directeurs sont légalement tenus de signaler directement à la police les cas
de viol ou d’autres incidents criminels. Ils devraient également signaler les autres
violations des droits des enfants ou les incidents touchant les élèves aux comités de
125 Ibid., p. 5.
126 Entretien de Human Rights Watch avec Amadou Lamine Wade, Inspecteur de l’Éducation et de la Formation, Vélingara, 21
octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Idrissa Sambou, directeur, bureau de la protection sociale et de l’aide
à l’éducation, Ziguinchor, 30 octobre 2017.
127 Entretien de Human Rights Watch avec Amadou Lamine Wade, Inspecteur de l’éducation et de la formation, Vélingara, 21
octobre 2017.
Human Rights Watch a identifié trois facteurs clés qui ont amoindri la déclaration
systématique d’exploitation sexuelle, de harcèlement et d’abus commis par les
enseignants et d’autres membres du personnel scolaire à l’encontre des élèves : les
perceptions culturelles selon lesquelles les filles et les jeunes femmes sont responsables
des avances de leurs enseignants ; une préoccupation face à la perte d'enseignants
compte tenu de leur nombre insuffisant dans les zones rurales en particulier ; et le
manque de clarté sur ce qui constitue de l’exploitation sexuelle.
Le principal veut protéger ses éléments. Les profs peuvent avoir beaucoup
de problèmes. Il faut parler avec lui pour qu’il s’arrête. [Sinon], il risque dix
ans de prison.
—Principal d’un collège moyen secondaire, région de Kolda, octobre 2017
Human Rights Watch a constaté que les directeurs exercent généralement une grande
influence sur le fait que des cas d’exploitation sexuelle, de harcèlement ou d’abus dans
les écoles soient ou non signalés à la police ou aux services d’inspection de l’éducation.
Plusieurs directeurs ont déclaré à Human Rights Watch qu'ils préféraient traiter tout
incident d'exploitation ou d'abus au sein des murs de l'école afin de protéger leur
personnel ainsi que d’empêcher les inspections de l'éducation de les contrôler.
Les directeurs d’école et les enseignants ne sont pas à l’abri des préjugés ni de l’approche
de la communauté face aux abus. L’un des problèmes du signalement est le parti pris du
128 République du Sénégal, « Stratégie Nationale de Protection de l’Enfant – Modèle de Structuration et de Fonctionnement
Certains directeurs ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils n’avaient pas signalé de cas
parce qu’ils ne faisaient pas entièrement confiance aux élèves concernant les allégations
d’abus sexuels commis par leur personnel.129 Certains directeurs et membres du personnel
de l’école ont également parlé du comportement instable des adolescentes, du désir des
élèves d’attirer l’attention et de la façon dont certaines élèves « tentaient » leurs
enseignants en portant des vêtements plus serrés ou plus courts.130
Les filles ont leurs règles, elles sont des filles mûres. [Il y a des] filles qui
provoquent [leurs professeurs] ou bien des enseignants qui sont
pratiquement de la même génération que les filles … le risque est très gros.
Les filles vont voir leurs enseignants sous prétexte d’apprendre chez eux.131
Pourtant, plusieurs membres du personnel éducatif ont déclaré qu’ils hésitaient à signaler
les enseignants par crainte de perdre du personnel déjà en nombre limité et de souffrir du
ternissement de leur réputation.132 Le principal d'un CEM d'un village de la région de Kolda
a expliqué :
129 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Vélingara, 18 octobre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Sédhiou, 24 octobre 2017.
130 Entretien de Human Rights Watch avec un principal d’un collège d’enseignement moyen, Vélingara, 18 octobre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 20 octobre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec un enseignant d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 23 octobre 2017.
131 Entretien de Human Rights Watch avec un ancien principal d’un collège d’enseignement moyen, Dakar, 14 août 2017.
132 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 22 octobre
2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Antoinette Nzaly-Gaye, Kolda, 26 octobre 2017.
133 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 22 octobre
2017.
Certaines des plus grandes écoles secondaires visitées par Human Rights Watch ont une
hiérarchie dans le signalement des affaires relevant de la protection des enfants. Le
personnel éducatif ou administratif doit d’abord être informé d’un problème, avant de
porter la plainte ou l’allégation au niveau du principal. Dans une école de plus de 1 000
élèves à Sédhiou, un principal a expliqué à Human Rights Watch qu’en général les
surveillants de l’école ou l’enseignant principal de chaque classe sont les premiers au
courant et qu’ils évaluent ensuite s’ils doivent ou non l’informer.135 Cette hiérarchie
pourrait constituer un obstacle supplémentaire au signalement.
134 Seules quelques écoles reçoivent un soutien financier ou technique de la part des ONG internationales afin de maintenir
ces observatoires. Entretien de Human Rights Watch avec Amadou Lamine Wade, Inspecteur de l’Éducation et de la
Formation, Vélingara, 21 octobre 2017.
135 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Sédhiou, 24 octobre 2017.
136 Entretien de Human Rights Watch avec un responsable régional de l’éducation, région de Kolda, 22 octobre 2017.
137 Entretien de Human Rights Watch avec un enseignant d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 23 octobre
2017.
Les directeurs doivent recevoir des formations complètes sur la façon de mener les
enquêtes initiales de manière adéquate et équitable et, le cas échéant, en fonction du
type d’infraction, signaler les cas aux autorités de l’enseignement supérieur, ou
immédiatement à la police. Ceux qui ne le font pas devraient faire eux-mêmes l'objet de
procédures disciplinaires et, si leur comportement constitue une entrave à la justice, des
poursuites pénales.
Les filles et les jeunes femmes qui ont été harcelées, exploitées ou maltraitées par des
enseignants ou d'autres adultes ont peu d'options pour signaler un incident de façon
confidentielle.
Certaines élèves ont affirmé à Human Rights Watch qu'elles ne demanderaient pas d'aide
à leurs directeurs ou enseignants parce qu'elles estimaient que leurs demandes seraient
rejetées. Certaines des filles qui ont parlé à Human Rights Watch d'un abus qu'elles ont
subi ou du cas d'une amie proche ont expliqué qu’elles confiaient souvent leurs
expériences à leurs amies et prenaient conseil auprès d'elles. Des psychologues du Centre
de Guidance Infantile et Familiale de Dakar ont déclaré à Human Rights Watch que souvent
les enfants ne veulent pas signaler les abus commis par une figure d’autorité.140
138 Centre de Guidance Infantile et Familiale, « Abus Sexuels, Ce que les enfants en pensent ! Extrait des focus group
organisés aux Parcelles Assainies et à Pikine en milieu scolaire dans le cadre du 10eme fed » (copie archivée par Human
Rights Watch).
139 UNESCO et ONU Femmes, « Lutte contre la violence de genre en milieu scolaire - Orientations Mondiales ».
140 Entretien de Human Rights Watch avec Ndèye Fatou Faye et Sofie Mame, équipe de psychologie, Centre de Guidance
Dans les zones urbaines, des organisations connues telles que l'Association des juristes
sénégalaises, une organisation nationale dirigée par des femmes juristes, ou la section
sénégalaise du Planning familial international et l’Association pour le bien-être familial
(ASBEF), aident les survivantes à accéder aux services et à l’assistance juridiques. Les
enfants peuvent également s'adresser à l’Agence d’assistance juridique du gouvernement
axée sur l’enfance, l’AEMO, qui accompagne les enfants dans leurs démarches
judiciaires.143
Afin de s'assurer que les élèves signalent effectivement tout incident, le gouvernement
doit également s'attaquer aux stéréotypes qui incitent les filles à se sentir responsables
de l'exploitation et des abus sexuels commis contre elles. En plus de recommander des
formations et des ateliers pour les enseignants et les élèves, le gouvernement devrait
également intégrer les questions de genre dans son programme scolaire, longtemps
attendu, sur l'éducation en matière de santé sexuelle et reproductive. Le gouvernement
devrait rendre les signalements plus faciles et confidentiels pour tous les élèves, que ce
141 Oumoul Khaïry Coulibaly, « Violences sexuelles et accès à la justice : le mode d’établissement des preuves, un frein
Watch avec Amy Sakho et Nafissatou Seck, Association des Juristes Sénégalaises, Pikine, Dakar, 11 août 2017 ; entretien de
Human Rights Watch avec Mariama Barry Diao, Brigade de dénonciation contre la violence des filles et femmes, Kolda, 21
octobre 2017. L’Association des Femmes Juristes a constaté que les juges assouplissent souvent une peine de viol ou
d’actes de pédophilie lorsque la plaignante n’a pas été en mesure de produire un certificat médical attestant un viol.
Association des Femmes Juristes, « Jurisprudence sur le viol au Sénégal (1990 à 2013) : le déni de justice aux victimes », non
daté, http://femmesjuristes.org/?page_id=218 (consulté le 22 août 2018).
143 Association des Juristes Sénégalaises, « Prise en Charge » http://femmesjuristes.org/?page_id=426 (consulté le 15
février 2018) ; Service Public Sénégalais, « Demander à faire bénéficier à un enfant d’un service de l’action éducative en
milieu ouvert (AEMO) », http://www.servicepublic.gouv.sn/index.php/demarche_administrative/demarche/1/1111 (consulté
le 15 février 2018).
Au sein du système éducatif, la collecte de données dépend de ce que les écoles signalent
aux inspections locales ou régionales, et de ce que les inspections font de ces
informations. Par exemple, l'inspection régionale de l'éducation à Kolda n'avait pas
compilé de données sur la violence sexuelle et sexiste et l'exploitation dans les écoles
pour toute la région.145 Au niveau sous-régional, certaines données existaient : à Vélingara,
le chef de l’inspection de cette région orientale de Kolda a déclaré à Human Rights Watch
avoir reçu au cours de l’année scolaire 2016-2017, 62 plaintes ou allégations de
grossesses d’adolescentes et de quelques cas de harcèlement sexuel, commis par des
élèves et des adultes qui ciblaient des filles à proximité de l'école ou sur le chemin de
l'école.146 Cet inspecteur a noté que lorsque les écoles signalent des abus aux inspections
locales, elles ne communiquent pas toujours de détails sur le profil de l’auteur de ces
abus.147
Les hauts responsables scolaires rencontrent également des problèmes avec certains
services d’inspection. Dans un cas, un principal d’un CEM dans la périphérie de la ville de
Kolda a affirmé à Human Rights Watch qu'il avait été déçu par les inspecteurs : « S'il y a un
problème, vous devez informer le niveau suivant. Mais c’est là que les choses sont
cachées… ce sont eux qui ne signalent pas cela au niveau de l’inspection ».148 Le principal
144 Rencontre de Human Rights Watch avec le commandant général, Gendarmerie, Vélingara, 19 octobre 2017 ; rencontre de
Human Rights Watch avec le sous-préfet, préfecture de Ziguinchor, Ziguinchor, 30 octobre 2017.
145 Entretien de Human Rights Watch avec El Hadj Nfally Sané, Focal point pour le projet PEGMISS, Kolda, 26 octobre 2017.
146 Entretien de Human Rights Watch avec Amadou Lamine Wade, inspecteur de l’Éducation et de la Formation, Vélingara, 19
octobre 2017.
147 Ibid.
148 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Kolda, 26 octobre 2017.
149 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Kolda, 26 octobre 2017.
150 Entretien de Human Rights Watch avec le responsable régional de l’éducation, région de Kolda, 22 octobre 2017.
151 Entretien de Human Rights Watch avec Mor Diakhate, directeur exécutif, ALPHADEV, Malika, Dakar, 11 août 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, région de Kolda, 20 octobre 2017 ;
entretien de Human Rights Watch avec Kalidou Sy, maire, Medina Yoro Foulah, 21 octobre 2017 ; entretien Human Rights
Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Sédhiou, 24 octobre 2017.
Selon un rapport du programme de l’agence d’aide des États-Unis sur la sécurité dans les
collèges moyen secondaire au Sénégal en 2010, environ 60 % des enseignants sont des
jeunes hommes et près de la moitié n’ont aucune formation préalable, notamment en
matière d’orientation, sur le code de déontologie ou sur la violence sexuelle et sexiste en
milieu scolaire.153
Saourou Sené, secrétaire général de l'un des plus grands syndicats d'enseignants du
secondaire, a confirmé : « Nous avons des enseignants très jeunes et peu formés. Il y a des
enseignants temporaires et ceux qui ne devraient pas enseigner… il faut faire plus…
[comme par exemple] une formation du gouvernement pour qu’ils soient conscients de la
152 Ministère de l’Éducation nationale, « Projet de politique de formation des personnels de l’éducation, » mai 2014,
février 2018).
154 Ministère de l’Éducation nationale, « Projet de politique de formation des personnels de l’éducation », p. 29.
Bien que les enseignantes soient censées être des modèles pour les filles et agir comme
conseillères, elles sont peu nombreuses dans le système éducatif secondaire : en 2015, le
Sénégal ne comptait que 5 564 enseignantes, chiffre à comparer aux 22 165 enseignants
employés.159 La plupart des enseignantes sont en général basées dans des zones
essentiellement urbaines.160 Elles ne sont pas formées pour être des conseillères, à moins
qu'elles ne se spécialisent à l'université.161 Dans de nombreuses zones rurales, le
personnel enseignant est composé uniquement d’enseignants de genre masculin.
Selon les responsables de l’éducation, une partie du problème réside dans le fait qu’il est
difficile d’attirer des enseignantes qualifiées dans des zones plus reculées, car cela
impliquerait de déplacer leurs familles dans une région où les services sont très limités.
Bien que les directives du ministère de l’Éducation nationale en matière de ressources
humaines prescrivent un quota de 10% de postes réservés aux femmes occupant des
postes de responsabilité ainsi qu’une « prime de genre » pour promouvoir l’accès des
femmes à des rôles avec plus de responsabilités, la participation reste faible.162
157 Entretien de Human Rights Watch avec Saourou Sené, secrétaire général, Syndicat Autonome des Enseignants du Moyen
159 Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, Senegal Data Portal, « Indicator : Education : Effectif des
rurales, par rapport à 3 796 enseignantes affectées dans des zones urbaines. Ibid. ; République du Sénégal, « Rapport
National sur la situation de l’Éducation 2016 », p. 144.
161 Entretien de Human Rights Watch avec Amadou Lamine Wade, inspecteur de l’Éducation et de la Formation, Vélingara, 21
octobre 2017.
162 La « prime de genre » donne 15 points aux femmes qui postulent pour un poste en zone rurale, contre 10 points pour
celles qui postulent pour un poste en zone urbaine. Les enseignants peuvent accéder à des postes plus importants en
fonction des points qu'ils acquièrent tout au long de leur carrière. République du Sénégal, ministère de l’Éducation nationale
et ministère de la Formation Professionnelle de l’Apprentissage et de l’Artisanat, « Direction des Ressources Humaines –
Guide Pratique du Mouvement des Personnels Enseignants », avril 2016,
http://www.mirador.education.gouv.sn/miroirs/PDFMiroirs/Guide%20r%C3%A9actualis%C3%A9%20du%20mouvement%2
0national_%20avril%202016.pdf (consulté le 20 juin 2018), p. 4 ; République du Sénégal, « Rapport National sur la situation
de l’Éducation 2016 », p. 144.
Accès limité à l'éducation en matière de santé sexuelle et reproductive dans les écoles
Ils [le ministère de l’ducation nationale] nous ont dit que nous aurions un
sujet de santé reproductive… nous l’attendons encore. Nous devons
introduire le programme en 6ème [première année du collège]. Elles [les
filles] ne savent pas que lorsqu'elles ont des relations, elles peuvent
tomber enceintes… elles pensent que leur âge est ce qui détermine une
grossesse.
—Principal d’un CEM, Kolda, 26 octobre 2017
Human Rights Watch a constaté que les enseignants ne donnent pas toujours des
informations scientifiquement fondées sur les méthodes de contraception. En particulier,
les élèves n’apprennent pas la sexualité ou l’importance du consentement total dans les
relations. L’une des raisons en est l’absence d’un programme d’études adéquat, solide et
complet sur l’éducation à la sexualité et à la santé en matière de reproduction (SRHE),
163 Alliance Nationale des Jeunes pour la Santé de la Reproduction et de la Planification Familiale, « Rapport du 1er Forum
National des Jeunes sur la SSRAJ », janvier 2017, (archivé par Human Rights Watch).
Cela dépend aussi de qui dirige le club. Dans un CEM de Sédhiou, le taux de grossesses
chez les adolescentes diminuait quand une enseignante active dirigeait le club EVF de
164 Groupe pour l’Etude et l’Enseignement de la Population, « Éducation pour la vie familiale, », « Le Club EVF », non daté,
2017. Voir, par exemple, Fonds des Nations Unies pour la Population et Groupe pour l’Etude et l’Enseignement de la
Population, « Éducation à la Sexualité Complète – Un Module de Formation pour Adolescent(e)s », Édition 2014, et « Boite à
Outils de Plaidoyer pour l’Intégration de l’Éducation à la Santé Sexuelle et Reproductive des Adolescents/tes et des Jeunes
(ESSRAJ) à l’École », juin 2017 (copies archivées par Human Rights Watch).
L'abstinence est le message principal dans de nombreuses écoles, en particulier dans les
clubs EVF.168 Le personnel éducatif et les personnes-ressources qui enseignent dans les
écoles concentrent encore largement le contenu de leurs discussions sur l’abstinence et la
virginité avant le mariage.169 Meta, 15 ans, qui coordonne le club EVF de son école, a
déclaré à Human Rights Watch avoir appris que « la meilleure chose est de « garder son
trésor »[virginité] jusqu’au mariage. »170
Dans le village de Ndorna, dans la région de Kolda, par exemple, le personnel scolaire
demande souvent à la sage-femme locale de tenir des séances sur la reproduction avec les
167 Entretien de Human Rights Watch avec le principal d’un collège d’enseignement moyen, Sédhiou, 25 octobre 2017.
168 Entretien de Human Rights Watch avec Yahya Colly Thieto, responsable, Groupe pour l’Étude et l’Enseignement de la
Sadou Balde, enseignant d’un collège d’enseignement moyen, Kolda, 22 octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch
avec un enseignant d’un collège d’enseignement moyen, Ziguinchor, 30 octobre 2017.
170 Entretien de Human Rights Watch avec Meta, 15 ans, Vélingara, 21 octobre 2017.
171 Janet Burns, « Research Confirms that Abstinence-Only Education Hurts Kids », Forbes, 23 août 2017,
https://www.forbes.com/sites/janetwburns/2017/08/23/research-confirms-the-obvious-that-abstinence-only-education-
hurts-kids/#5abb07c66152 (consulté le 17 février 2018) ; John Santelli et Mary A. Ott, « Abstinence-only education policies
and programs: A position paper for the Society for Adolescent Medicine », (2006) 38 Journal of Adolescent Health
https://www.adolescenthealth.org/SAHM_Main/media/Advocacy/Positions/Jan-06-
Abstinence_only_edu_policies_and_programs.pdf (consulté le 18 février 2018), pp. 83- 87 ; Human Rights Watch, « ‘The Less
They Know, the Better’, Abstinence-Only HIV/ADIS Programs in Uganda », mars 2005
https://www.hrw.org/report/2005/03/30/less-they-know-better/abstinence-only-hiv/aids-programs-uganda.
172 Entretien de Human Rights Watch avec Dame Ndiaye, coordinateur, Right Here, Right Now, Guédiawaye, Dakar, 12 août
2017.
Vélingara, une ville présentant les taux les plus élevés de grossesses d'adolescentes et
de mariages d'enfants dans la région de Kolda,175 les élèves d’un des collèges ont déclaré
à Human Rights Watch que leur professeur de sciences leur avait appris que seules les
femmes mariées devaient utiliser des méthodes contraceptives. Les filles apprennent
également que si elles prennent la pilule, elles réduiront leurs chances d'avoir des enfants
une fois mariées.176 L'école ne fait pas la promotion des contraceptifs.177 Dans un cas, une
élève a affirmé à Human Rights Watch que les méthodes contraceptives peuvent tuer les
bébés.178 Human Rights Watch a entendu une réponse similaire de filles dans d'autres
villes.
Le gouvernement du Sénégal s'est engagé dans divers processus pour adopter un module
sur la santé de la reproduction et la planification familiale dans le programme officiel.179
Mais jusqu'à présent, le ministère de l'Education nationale a exclu les sujets liés à la
173 Entretien de Human Rights Watch avec une sage-femme, poste santé, village de Ndorna, région de Kolda, 27 octobre
2017.
174 Entretien de Human Rights Watch avec Ruhiyyeh Banister, volontaire du Corps de la Paix, village de Ndorna, région de
Étude sur les grossesses précoces en milieu scolaire, Rapport », p. 7 ; UNICEF, Fonds des Nations Unies pour la Population et
Ministère de la Femme, de la Famille et de L’Enfance, « Rapport de l’étude : Analyses des Déterminants Sociaux Culturels et
Economiques des Facteurs favorisants les Mariages d’Enfants dans les Régions de Diourbel-Fatick-Kaffrine-Kédougou-Kolda-
Louga-Matam-Tambacounda et de Sédhiou », janvier 2017 (archivé par Human Rights Watch).
176 Discussion de groupe de Human Rights Watch avec 10 filles, Vélingara, 19 octobre 2017.
177 Entretien de Human Rights Watch avec Sadou Balde, enseignant d’un collège d’enseignement moyen, Kolda, 22 octobre
2017 ; discussion de groupe de Human Rights Watch avec 10 filles, Vélingara, 19 octobre 2017.
178 Entretien de Human Rights Watch avec Meta, 15 ans, Vélingara, 21 octobre 2017.
179 Katie Chau, Aminata Traoré Seck et al, « Scaling up sexuality education in Senegal : integrating family life education into
the national curriculum », 6 janvier 2016, 16(5) Sex Education - Sexuality, Society and Learning,
https://doi.org/10.1080/14681811.2015.1123148 (consulté le 20 juin 2018), pp. 504, 506, 512.
Selon le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, une réponse
importante aux abus sexuels et aux grossesses non désirées consiste à mettre en place un
programme obligatoire et adapté à chaque âge pour une éducation complète à la sexualité
et à la santé reproductive. Pour être efficace, le programme devrait notamment porter sur
la santé et les droits en matière de sexualité et de procréation, les comportements sexuels
responsables, la prévention des grossesses précoces et des maladies sexuellement
transmissibles, les relations consensuelles et saines, ainsi que l'égalité des genres.183 Les
orientations techniques internationales des agences des Nations Unies montrent que,
pour une réelle efficacité, les enfants devraient être initiés à la sexualité et à la santé
reproductive dès l'école primaire, avant la puberté.184
180 Les directives techniques des Nations Unies stipulent que la « sexualité » doit être comprise comme : Une dimension
centrale de l’être humain, ce qui comprend la compréhension et la relation avec le corps humain ; l’attachement émotionnel
et l’amour ; le sexe ; le genre ; l’identité de genre ; l’orientation sexuelle ; l’intimité sexuelle ; le plaisir et la reproduction.
UNESCO, UNFPA et al, « International technical guidance on sexuality education – An evidence-informed approach », 2018,
https://www.unfpa.org/publications/international-technical-guidance-sexuality-education, p. 17. Entretien de Human Rights
Watch avec Xavier Hospital, spécialiste régional de l'éducation et de la santé, UNESCO, Dakar, 12 juin 2017 ; entretien de
Human Rights Watch par téléphone avec Andrea Wognar-Diagne, ancienne directrice de pays,
Fonds des Nations Unies pour la Population Sénégal, 22 mai 2017.
181 Entretien de Human Rights Watch avec Ousmane Diouf, coordinateur, Alliance Nationale des Jeunes pour la Santé de la
sur le droit des filles et des femmes à l’éducation », CEDAW/C/GC/36, 27 novembre 2017,
https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=CEDAW/C/GC/36&Lang=fr (consulté
le 26 janvier 2018), para. 68.
184 UNESCO, Fonds des Nations Unies pour la Population, et al, « International technical guidance on sexuality education -
Nous devons supprimer les tabous entre les jeunes et parler des relations
sexuelles. On fait de la sensibilisation avec les jeunes et elles parlent mais
pas devant une personne plus âgée.
—Abdul Aziz Fall, Association Protégeons l’Enfant, Dakar, 12 juin 2017
Fathy, une élève de 22 ans dont l’enfant est âgé de deux ans, a confié à Human Rights
Watch :
Ce qui me fatigue trop… on n’a pas des conseils sur le rapport sexuel. Il y a
des familles où les parents ne parlent pas [avec leurs enfants]. On manque
beaucoup des moyens pour nos besoins … c’est à cause de ça que les filles
tombent enceintes.187
185 Entretien de Human Rights Watch avec Samboudyang Kambaye, éducateur pour la santé des adolescents, Centre des
2017.
187 Entretien de Human Rights Watch avec Fathy, 22 ans, Kolda, 27 octobre 2017.
La plupart des élèves interrogés qui vivaient dans les grandes villes ont déclaré à Human
Rights Watch qu'ils avaient recours aux centres de conseils aux adolescents afin d'obtenir
des informations impartiales, des discussions confidentielles et des conseils. Ces centres
sont financés par le Fonds des Nations Unies pour la population et gérés par la division de
la santé des adolescents du ministère de la Jeunesse. Cependant, nombre d'adolescents
n'ont pas facilement accès à ces centres - il n'y a que 15 centres gouvernementaux dans le
pays et tous sont situés dans les capitales provinciales et à Dakar.191
Le ministère de la Jeunesse et le Fonds des Nations Unies pour la population ont créé 15
centres de conseil pour adolescents, ou CCA, dans 11 régions. Selon le gouvernement, les
centres visent à « promouvoir la santé reproductive des adolescents et des jeunes… à
changer les attitudes et les comportements pour une vie adulte responsable. »192 Les
centres visent à surmonter les barrières et les tabous sociaux et culturels concernant la
santé des adolescents, et à fournir aux adolescents des informations confidentielles, des
188 Entretien de Human Rights Watch avec Khady, 25 ans, Guédiawaye, Dakar, 12 août 2017.
189 Entretien de Human Rights Watch avec Babacar Sy, directeur, Centre des Conseils d’Adolescents, Kolda, 21 octobre 2017.
190 Entretien de Human Rights Watch avec Mamadou Coulibaly, directeur de programme, Grandmother Project, Vélingara, 20
octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Babacar Sy, directeur, Centre des Conseils d’Adolescents, Kolda, 21
octobre 2017 ; entretien de Human Rights Watch avec Abdoulaye Diao, coordinateur régional, Tostan, Kolda, 21 octobre 2017.
191 Projet Promotion des Jeunes, « Le projet de la promotion de la jeunesse, Centres des conseils pour adolescents »,
À son crédit, le gouvernement a adopté une loi sur la santé reproductive, et diverses
stratégies et plans d’action nationaux sur la santé des adolescents en matière de
reproduction. Ces plans répondent au besoin urgent d’accroître l’accès à des services
adaptés aux adolescents axés sur la santé sexuelle et la contraception, afin de contenir et
de réduire les taux élevés d’infection par le VIH chez les jeunes, de lutter contre les taux
élevés de grossesse chez les adolescentes, et de réduire la mortalité maternelle et
infantile. 194
Human Rights Watch a visité trois CCA à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor. Bien qu'ils
fournissent un service essentiel aux jeunes, ces centres sont confrontés à de nombreux
problèmes : la plupart sont dotés de personnel masculin, principalement des volontaires
non rémunérés ne bénéficiant pas d'une formation adéquate. Ils manquent également de
travailleurs sociaux ou de santé à plein temps et d'équipements ou de ressources pour
effectuer des tests de dépistage des IST ou du VIH. Les trois centres étaient situés dans
des bâtiments abandonnés qui manquaient d'électricité à certains moments.
Malgré ces circonstances, Human Rights Watch a rencontré des volontaires de la santé qui
ont consacré leur temps à parler aux adolescents, ont visité des communautés pour parler
de la santé des adolescents et ont fourni des conseils confidentiels aux adolescents qui
ont accès aux centres. Certains jeunes ont également déclaré à Human Rights Watch qu'ils
193 Ibid.
194 Ministère de la Santé et de l’Action Sociale. « Plan stratégique de santé sexuelle et de la reproduction des
Les groupes de jeunes travaillant sur la santé reproductive des adolescents reconnaissent
les efforts globaux en matière de santé des adolescents, mais se sont inquiétés du fait que
la plupart des services d'information ciblent une population essentiellement urbaine. Le
gouvernement, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la population et
d'autres agences, a mis en place une ligne d'assistance téléphonique et un service de
messagerie où les adolescents peuvent obtenir des informations instantanées sur des
sujets aussi variés que la menstruation, l'utilisation de préservatifs ou la protection contre
le VIH / SIDA. La population générale peut également obtenir des informations auprès des
lignes directes gérées par Marie Stopes International ou ASBEF, la branche sénégalaise de
la Fondation internationale pour la planification familiale.
Selon Ousmane Diouf, qui coordonne l'Alliance nationale des Jeunes pour la santé de la
reproduction et la planification familiale, la plupart de ces initiatives ne ciblent pas les
jeunes des zones rurales, où se produisent la plupart des grossesses chez les
adolescentes et où les jeunes se retrouvent souvent isolés des services d’information et
confidentiels.195
En 2016, le gouvernement a lancé un projet visant à mettre un terme aux grossesses chez
les adolescentes dans les régions de Guédiawaye, Fatick et Kolda. Ce projet vise à
renforcer les capacités et les connaissances des parents et du personnel scolaire en
matière de violence, d’adolescence et de développement, entre autres sujets.196
195 Entretien de Human Rights Watch avec Ousmane Diouf, coordinateur, Alliance Nationale des Jeunes pour la Santé de la
Le Sénégal est un tat partie à tous les principaux traités internationaux et régionaux qui
protègent les droits humains des femmes et des filles, notamment la Convention relative
aux droits de l’enfant (CRC), la Convention sur l'élimination de toutes les formes de
discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), la Charte africaine des droits et du bien-être
de l'enfant (ACRWC), et le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme
et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique (« Protocole de Maputo »).197
Le Sénégal n’a pas adopté un Code de l’enfance pour introduire la Convention de l’ONU
relative aux droits de l’enfant et la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant
dans le droit national.
Le droit à l’éducation
En vertu du droit international et régional relatif aux droits humains, toute personne a droit
à un enseignement primaire obligatoire et gratuit, sans discrimination.198 Toutes les
personnes ont également droit à l’enseignement secondaire, ce qui inclut « est destiné à
compléter l'éducation de base et à affermir la base d'une éducation permanente et de
l'épanouissement de la personnalité ».199 Les tats parties doivent veiller à ce que
différentes formes d'enseignement secondaire soient généralement disponibles et
accessibles, prendre des mesures concrètes pour parvenir à un enseignement secondaire
197 Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), adopté le 16 décembre 1966, G.A. Res.
2200A (XXI), 21 U.N. GAOR Supp. (No. 16) at 49, U.N. Doc. A/6316 (1966), 993 U.N.T.S. 3, entré en vigueur le 3 janvier 1976,
ratifié par le Sénégal le 13 février 1978, art. 13 ; Convention relative aux droits de l’enfant (CRC), adoptée le 20 novembre
1989, G.A. Res. 44/25, annexe, 44 U.N. GAOR Supp. (No. 49) at 167, U.N. Doc. A/44/49 (1989), entrée en vigueur le 2
septembre 1990, ratifiée par le Sénégal le 31 juillet 1990, art. 28 ; Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, OAU
Doc. CAB/LEG/24.9/49 (1990), entrée en vigueur le 29 novembre 1999, ratifiée par le Sénégal le 29 septembre 1998, art. 11 ;
Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique (Protocole de
Maputo), OAU Doc. CAB/LEG/66.6 (2000), adopté par la 2ème Session ordinaire de l’assemblée de l’Union, Maputo, 13
septembre 2000, entré en vigueur le 25 novembre 2005, ratifié par le Sénégal le 27 décembre 2004, art. 12(1)(a) et (c).
198 PIDESC, art. 13 ; Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, art. 11 (3).
199 Comité des droits économiques, sociaux et culturels, « Observation générale 13, ‘Le droit à l’éducation (art. 13)’ »,
E/C.12/1999/10 (1999),
https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=E%2fC.12%2f1999%2f10&Lang=en
(consulté le 20 juin 2018), para. 11 -12.
La loi sénégalaise sur l’éducation de 2004 stipule que l’enseignement obligatoire doit être
gratuit de 6 à 16 ans. En 2018, Human Rights Watch a appelé le gouvernement du Sénégal
à veiller à ce que l'enseignement secondaire soit pleinement gratuit dans la pratique.201
Les normes régionales africaines relatives aux droits humains définissent également des
mesures spécifiques pour protéger l’éducation des femmes et des filles. Le Protocole de
Maputo sur les droits des femmes en Afrique oblige spécifiquement les gouvernements à
éliminer toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, à leur garantir des
chances égales et à accéder à l’éducation et à la formation, et à protéger les femmes et les
filles de toutes les formes d'abus, notamment le harcèlement sexuel dans les écoles.202 La
Charte africaine de la jeunesse, ratifiée par le Sénégal en 2009, prévoit l'obligation de
garantir aux filles et aux jeunes femmes enceintes ou mariées avant la fin de leurs études
la possibilité de poursuivre leurs études.203
200 PIDESC, art. 13(2)(b) ; CRC, art. 28(1) (b) ; Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, art. 11(3)(b) ; Charte
203 Charte africaine de la jeunesse (2006), adoptée à Banjul, Gambie, le 2 juillet 2006, entrée en vigueur le 8 août 2009,
Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes a appelé les États à
adopter et à appliquer des lois, des politiques et des procédures visant à interdire et à
lutter contre la violence à l'égard des filles et des femmes. Ils devraient explicitement
interdire les agressions verbales et psychologiques, le harcèlement, notamment sexuel,
les violences sexuelles et physiques, ainsi que l'exploitation.209 En 2011, le Comité africain
d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant a exhorté tous les États africains à
adopter des mesures visant à éliminer la violence à l'école.210
205 CRC, art. 19 (1). Voir Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children et Save The Children, « Towards non-
violent schools: prohibiting all corporal punishment, Global report 2015 », mai 2015,
http://www.endcorporalpunishment.org/assets/pdfs/reports-thematic/Schools%20Report%202015-EN.pdf (consulté le 28
septembre 2016), pp. 4–5.
206 Protocole de Maputo, arts. 3(4) et 4(2)(b).
207 Protocole de Maputo, art. 12 (1)(b).
209 Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), « Recommandation générale no 36 (2017)
sur le droit des filles et des femmes à l’éducation », CEDAW/C/GC/36, 27 novembre 2017,
https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/treatybodyexternal/TBSearch.aspx?Lang=fr&TreatyID;=5&DocTypeID=11 (consulté le
6 avril 2018), para. 69 (a).
210 Union africaine, Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, « Statement on Violence Against
Le mariage des enfants est encore légal au Sénégal. Le Code de la famille du Sénégal permet
aux filles de se marier à partir de 16 ans, alors que les garçons doivent avoir 18 ans pour se
marier.214 Le Code pénal autorise implicitement les mariages d’enfants « célébrés selon la
coutume » en ne criminalisant que les actes sexuels ou l'intention d'avoir des relations
sexuelles avec des filles de moins de 13 ans dans le cadre d'un mariage.215
En 2016, le Sénégal a lancé la campagne de l'Union africaine pour mettre fin au mariage des
enfants.216 Dans le cadre de cette campagne, le gouvernement s’est engagé à porter à 18 ans
211 Comité des droits de l'enfant, « Observation générale no 4 - La santé et le développement de l’adolescent dans le contexte
214 Le Code de la famille du Sénégal considère toute personne âgée de moins de 18 ans comme une mineure. République du
216 Girls Not Brides, « Senegal Launches African Union Campaign to End Child Marriage », 23 juin 2016,
217 Union Africaine, « Campaign to End Child Marriage in Africa: Call to Action », mai 2014,
https://au.int/sites/default/files/pages/32905-file-campaign_to_end_child_marriage_in_africa_call_for_action-
_english.pdf (consulté le 20 juin 2018).
218 Comité des droits de l'enfant, « Observations finales concernant les troisième à cinquième rapports périodiques du
220 Comité des droits de l'enfant, « Observation générale no. 20 (2016) sur la mise en œuvre des droits de l’enfant pendant
222 République du Sénégal, Journal Officiel, Loi no. 2005-18 du 5 août 2005 relative à la santé de la reproduction,
Adopter des mesures plus fortes pour mettre un terme à la violence et aux
abus sexuels et sexistes liés à l'école
Ministère de l'ducation nationale
• Veiller à ce que les représentants du ministère de l'Education nationale et des
syndicats d'enseignants donnent des directives aux écoles et aux enseignants
interdisant explicitement les relations sexuelles entre enseignants et élèves, décrivant
les comportements inacceptables et illicites, et encourageant la responsabilité
professionnelle des enseignants à s’attaquer et à lutter contre la violence sexuelle et
sexiste.
• Adopter une politique nationale d’éducation contre l’exploitation sexuelle, le
harcèlement et les abus, comprenant : des conseils sur ce qui constitue ou pourrait
conduire à ces abus, des procédures à suivre lorsque des cas sont signalés au
personnel scolaire, des mécanismes clairs d'application et des sanctions en milieu
scolaire, ainsi que des renvois à la police.
• Veiller à ce que toutes les écoles respectent la politique nationale en matière
d’exploitation sexuelle, de harcèlement et d’abus, et veiller à ce que les enseignants
soient formés aux procédures.
• En consultation avec les acteurs de l’éducation et les enseignants, notamment les
syndicats d’enseignants, adopter un nouveau code de conduite professionnel
contraignant à l’échelle nationale pour les enseignants et les responsables scolaires,
qui soit affiché dans toutes les écoles.
• Veiller à ce que la législation relative à l’exploitation sexuelle, au harcèlement et aux
abus à l’école, en particulier les dispositions du Code pénal, soit rigoureusement
appliquée et que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice et punis par des
sanctions proportionnées à leurs crimes.
Agir d'urgence pour lever les obstacles qui entravent l'éducation des filles
Ministère de l’ducation nationale
• S'assurer que l'enseignement secondaire soit entièrement gratuit en supprimant les
frais de scolarité et les coûts indirects facturés par les écoles.
• Veiller à ce que la planification nationale du secteur de l’éducation comprenne des
mesures explicites pour éliminer les obstacles à l’éducation des filles, notamment des
réponses au niveau de l’école à la violence sexuelle et sexiste, ainsi que des questions
de protection des enfants comme le mariage des enfants et les mutilations génitales
féminines. S'assurer que tous les programmes comprennent une analyse de
l'exploitation sexuelle, du harcèlement et des abus à l'école.
• Avec un soutien financier et technique international :
o Allouer des fonds suffisants pour intensifier les projets existants axés sur
l'amélioration de la qualité de l'éducation et le maintien des filles dans
l'enseignement secondaire, qui devraient inclure des programmes d'éducation
sexuelle et reproductive adéquate et exhaustive.
o Veiller à ce que la stratégie nationale de protection de l'enfance soit
suffisamment financée pour garantir que les comités de protection de l'enfance
soient actifs et dotés de ressources suffisantes à tous les niveaux, en
particulier en augmentant la couverture dans les zones rurales.
• Veiller à ce que les administrations et les maires locaux accordent un financement
adéquat aux programmes ciblant les filles et les femmes dans leurs juridictions, en
particulier pour construire des infrastructures scolaires adéquates, soutenir les
campagnes de sensibilisation locales, notamment les campagnes et projets menés par
les jeunes.
• Modifier l'article 111 du Code de la famille et l'article 300 du Code pénal afin d’élever à
18 ans l'âge minimum du mariage pour les garçons et les filles, et prendre toutes les
mesures nécessaires pour éliminer les mariages d'enfants.
Ce rapport a été rédigé par Elin Martínez, chercheuse à la Division des droits de l’enfant de
Human Rights Watch. Les recherches pour ce rapport ont été menées par Elin Martínez, avec
l'aide de Juliane Kippenberg, directrice adjointe de la Division des droits de l’enfant. Beya
Rivers, Elena Bagnera et Aurélie Edjidjimo Mabua, stagiaires à la Division des droits de
l’enfant, ont également apporté leur aide à la recherche.
Le rapport a été édité par Juliane Kippenberg. Clive Baldwin, conseiller juridique senior, et
Babatunde Olugboji, directeur adjoint du programme, ont fourni des avis juridiques et de
programme. Corinne Dufka, directrice adjointe pour l’Afrique de l’Ouest, et Agnès Odhiambo,
chercheuse senior de la Division des droits des femmes, ont fourni des avis d’expert. L’aide
à la production a été fournie par Alex Firth, associé de la Division des droits de l’enfant, et
par Fitzroy Hepkins, directeur administratif. La traduction en français a été assurée par
Danielle Serres, et révisée par Peter Huvos.
Human Rights Watch est reconnaissant à tous les enfants, jeunes adultes, parents,
enseignants, directeurs d’école, responsables de l’éducation, défenseurs de l’éducation,
de la protection de l’enfance et des droits des femmes, agents de santé et experts qui ont
partagé leurs expériences et apporté leurs compétences d’expert.
Nous aimerions remercier les nombreuses organisations, experts et activistes qui nous ont
aidés dans la recherche pour ce rapport, et ont partagé avec nous des données et des
informations sur les programmes.
Le 25 janvier 2018
À l’attention de
Son Excellence Monsieur le Président Macky Sall
Président de la République du Sénégal
Avenue Léopold Sedar Senghor
BP 4026
Dakar, Sénégal
Lettre Ouverte
Votre Excellence,
Depuis 2005, nous avons mené des recherches sur le thème des enfants et de l’accès à
l’éducation au Sénégal, notamment sur la situation des enfants talibés, dont beaucoup
étaient victimes d’exploitation et d’abus. Notre dernier rapport, publié en juillet 2017,
saluait les mesures importantes adoptées par le gouvernement sénégalais pour mettre fin
aux abus commis à l’encontre des enfants de rue, y compris des talibés, et émettait des
recommandations sur la façon dont ces efforts clés pouvaient être renforcés.
Tout récemment, nous avons réalisé des recherches sur les obstacles affectant la
scolarisation des filles dans le secondaire, dans les régions méridionales de Kolda,
Sédhiou et Ziguinchor ainsi qu’à Dakar.
Human Rights Watch se réjouit de la priorité que s’est fixé le gouvernement du Sénégal :
étendre, l’accès à l’enseignement primaire et secondaire à davantage de jeunes gens,
notamment en allouant plus de 20 % du budget national à l’éducation. Nous apprécions
également à sa juste valeur le rôle que vous avez personnellement joué comme champion
mondial de l’éducation et vos efforts pour encourager d’autres gouvernements, en Afrique
et ailleurs, à financer l’enseignement de manière appropriée. Nous nous réjouissons
également des efforts de votre gouvernement qui visent à mettre fin à la mutilation
génitale féminine et à faire diminuer le taux de mariage des enfants.
Bien que la loi sénégalaise sur l’éducation de 2004 déclare que l’éducation obligatoire
devra être gratuite de 6 à 16 ans, les observations de Human Rights Watch montrent qu’en
pratique, l’enseignement n’est pas gratuit.
En 2017, nous avons parlé à plus de 150 adolescentes scolarisées et non scolarisées, et
conduit des entretiens avec des parents, des enseignants, des chefs de village, des
responsables du gouvernement et des experts locaux et nationaux. Nous avons constaté
que les élèves du premier cycle du secondaire (école moyenne ou collège public)
déboursaient au moins 6 000 francs CFA en frais de scolarité, jusqu’à 10 000 francs CFA
pour le matériel scolaire, 10 000 francs CFA pour les fournitures scolaires et plus de 10 000
francs CFA en frais supplémentaires pour les cours de renforcement. Quant aux élèves
inscrits au second cycle du secondaire (lycée public), ils paient 10 000 francs CFA de frais
de scolarité. Ces sommes ne comprennent ni le transport, ni les uniformes, ni les frais
annexes propres à chaque établissement.
Dans certaines zones rurales, où la scolarisation des filles est déjà faible, les chefs
d’établissement et les enseignants ont expliqué qu’ils payaient de leur poche les frais de
leurs élèves pour être sûrs qu’elles restent à l’école. Nous y voyons le signe de
l’engagement des enseignants envers leurs élèves mais aussi du fardeau important que
les frais de scolarité représentent pour la communauté.
Parfois, c’est sur les filles elles-mêmes que retombe la tâche de trouver l’argent pour payer
leur scolarité. Nos recherches montrent que certaines filles passent du temps à travailler
dans les grandes villes comme employées domestiques, parfois dans des conditions où
elles sont exploitées et abusées, y compris sexuellement. Même si certaines retournent
ensuite dans leurs villages pour reprendre leur scolarité, d’autres l’abandonnent
complètement et continuent à travailler.
Human Rights Watch a également constaté que les filles risquaient d’être exploitées
sexuellement par des enseignants, des conducteurs de motos-taxis ou d’autres adultes,
qui leur proposent de l’argent pour les frais de scolarité, de la nourriture et autres denrées
essentielles en échange de relations sexuelles. Dans certains cas, des filles de villages
éloignés peuvent être hébergées par des membres de leur famille vivant en ville, avec
l’idée qu’elles seront chargées des tâches ménagères. De nombreuses filles ont déclaré à
Human Rights Watch que ces travaux leur laissaient bien peu de temps pour étudier.
Sur le continent, des pays comme le Ghana et la Tanzanie se sont récemment ajoutés au
groupe des pays africains qui garantissent la gratuité de l’enseignement primaire et
secondaire, progressant ainsi sur le chemin du respect de leurs obligations internationales
en termes de droits humains. Suite à la suppression des frais de scolarité, les deux pays
ont vu fortement augmenter la proportion d’enfants inscrits dans le secondaire. Nous
sommes convaincus qu’il s’agit là d’une réforme clé qui permet de garantir à tous les
jeunes gens, quelles que soient les circonstances dans les quelles ils vivent, le même
droit à l’enseignement primaire et secondaire.
Nous nous réjouissons de pouvoir poursuivre un dialogue ouvert sur ce sujet avec le
ministère de l’Éducation nationale et le ministère de la Femme, de la Famille et du Genre.
Nous aurons le plaisir de vous faire part de nos conclusions lorsque nous publierons un
rapport complet au cours de l’année 2018.
Zama Neff
Directrice de la division, Droits des enfants
Copies à :
Le 4 septembre 2018
Objet : Rapport de Human Rights Watch sur l’exploitation, le harcèlement et les abus
sexuels dans les établissements secondaires du Sénégal, et demande d’entretien
Monsieur le Ministre,
L’objet de cette lettre que nous vous adressons aujourd’hui est de vous faire part des
principaux résultats et recommandations de notre prochain rapport sur l’exploitation, le
harcèlement et les abus sexuels dans les établissements secondaires, que nous comptons
publier au mois d’octobre. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir y apporter
une réponse officielle.
Entre juin 2017 et juillet 2018, Human Rights Watch a consacré des travaux de recherche à
l’exploitation, au harcèlement et aux abus sexuels dans les établissements secondaires
des régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor, ainsi qu’à Dakar et dans les environs. Nos
travaux s’appuient sur 45 entretiens réalisés auprès de filles et de jeunes femmes âgées
de 12 à 25 ans, et sur des discussions en groupe avec plus de 120 filles et jeunes femmes.
Nous avons également interrogé plus d’une soixantaine d’enseignants, responsables
Tout au long de nos recherches, nous avons rencontré des agents du ministère de
l’Éducation nationale et des représentants locaux et régionaux de l’Inspection d’académie,
ainsi que des représentants de différents comités de protection de l’enfance, entre autres.
Human Rights Watch les remercie de bien avoir voulu nous renseigner sur les priorités du
gouvernement en matière d’éducation des filles, et pour les efforts déployés afin de lutter
contre la violence sexuelle et de genre en milieu scolaire.
Nos recherches et notre prochain rapport identifient des problématiques majeures qui
appellent l’adoption rapide de mesures par votre gouvernement afin d’améliorer la
sécurité et les conditions pédagogiques des élèves, et plus particulièrement des filles et
des jeunes femmes.
Nous reconnaissons que notre recherche n’est pas représentative de la situation qui règne
dans tous les établissements secondaires du Sénégal. Néanmoins, nos résultats sont
conformes aux études réalisées par des agences de l’ONU, des partenaires de
développement et des organisations non gouvernementales sénégalaises qui montrent
que la violence sexuelle et de genre représente un problème sérieux au sein du système
éducatif.
• Mettre en place de toute urgence une formation rigoureuse de tous les enseignants
à la protection de l’enfance ;
• Concevoir et adopter un code de conduite contraignant au niveau national, en
consultation avec tous les acteurs du système éducatif, les élèves et les
organisations de la société civile ;
• Élaborer et adopter une politique autonome pour mettre fin à l’exploitation, au
harcèlement et aux abus sexuels en milieu scolaire. Cette politique devrait
indiquer clairement que toute relation sexuelle entre le personnel enseignant et les
élèves, quel que soit leur âge, que toute mesure d’exploitation et pression
reposant sur la promesse de bons résultats scolaires, d’argent ou d’articles de
base sont explicitement interdites et passibles de sanctions professionnelles, et
Nous insistons encore une fois sur notre souhait de pouvoir débattre de l’intégralité de
nos résultats et recommandations avec vous et d’autres agents du ministère. Nous serions
ravis d’inclure dans l’annexe du rapport vos réponses à nos résultats et recommandations
et espérons que vous nous ferez parvenir votre réponse au plus tard le 28 septembre 2018.
Des représentants de Human Rights Watch se mettront prochainement en relation avec les
agents du ministère pour organiser un entretien et confirmer la représentation lors de
notre événement de lancement. Entre-temps, n’hésitez pas à prendre contact avec Elin
Martínez, auteure du rapport, pour tout renseignement complémentaire : [email protected]
ou +44-20-7618-4851.
Juliane Kippenberg
Copie :
Nous avons mené nos travaux dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor, ainsi qu’à
Dakar et dans les environs. Human Rights Watch a choisi ces régions d’après des
consultations avec des organisations non gouvernementales (ONG) locales et nationales
et parce que ces régions enregistraient le taux le plus élevé de grossesses à l’adolescence
du pays, ainsi que des niveaux élevés de mariage des enfants et de manque d’assiduité
scolaire au niveau du secondaire.
D’après nos éléments d’information, il semblerait que le signalement des abus sexuels de
filles et de jeunes femmes soit gravement affecté par des tabous bien enracinés et par des
préjugés associés au signalement d’abus sexuels commis à l’encontre d’une fille ou de
dénonciation de toute forme d’abus sexuels, problématiques encore aggravées par
l’absence de mécanismes de signalement confidentiels. Cela influe sur notre capacité à
savoir, en dehors de celles qui ont confié leur expérience à nos chercheurs, combien
d’élèves sont affectées par l’exploitation, le harcèlement et les abus sexuels. Nous
sommes intimement convaincus que ces obstacles ont incité de nombreuses élèves
victimes d’une exploitation, d’un harcèlement et d’abus sexuels en milieu scolaire à
garder le silence.
Les éléments de preuve réunis par Human Rights Watch dans les établissements scolaires
et au sein des communautés suggèrent que les élèves—et, dans une certaine mesure, les
enseignants et les responsables d’établissements—qualifient souvent ces cas de «
relations » entre enseignants et élèves. Human Rights Watch estime que ce type de
caractérisation amoindrit la gravité des abus, affecte leur signalement et confère aux
responsables d’établissements une perception brouillée de la gravité du problème.
Les cas dont Human Rights Watch a rendu compte devraient être traités et faire l’objet
d’enquêtes et de poursuites judiciaires en tant qu’actes d’exploitation sexuelle et d’abus
d’enfants. Le comportement des enseignants présenté dans notre rapport ne constitue pas
uniquement une violation flagrante de leurs devoirs professionnels et éthiques. Quand la
victime est une fille de moins de 16 ans, il s’agit également d’un délit en vertu du droit
Nous prenons bonne note des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la
violence sexuelle et de genre en milieu scolaire et le nombre régulier de poursuites en
justice d’enseignants pour viol, pédophilie et d’autres types d’abus sexuels. Cependant,
nous avons également découvert que ces poursuites en justice étaient en nombre
insuffisant et qu’elles ne représentaient aucunement la totalité des abus sexuels commis
en milieu scolaire.
Nous avons appris que les mécanismes en place pour signaler les incidents en milieu
scolaire étaient inefficaces. Par exemple, la plupart des établissements ne disposent pas
d’un mécanisme de signalement confidentiel adapté et clairement défini permettant aux
élèves et aux enseignants de signaler toute forme d’abus. Dans la plupart des
établissements scolaires, les proviseurs ou les hauts responsables sont chargés de
signaler les abus perpétrés à l’encontre des élèves à un comité local de protection de
l’enfance, à l’Inspection de l’académie ou à la police. Nous avons découvert qu’il
s’agissait là d’un goulet d’étranglement majeur dans le système ; dans certains cas, les
proviseurs se sont abstenus de signaler le problème par les voies officielles ou l’ont réglé
de manière informelle.
Nous sommes également préoccupés de constater que certains cas d’abus en milieu
scolaire—notamment ceux qui entraînent une grossesse—sont réglés par les parents, des
représentants de la communauté et, parfois, le proviseur. Cela signifie que des agents du
gouvernement facilitent ou acceptent de manière tacite un mariage entre l’enfant qui a
subi les abus et l’enseignant qui en est l’auteur. Dans d’autres cas, des enseignants
versent une allocation périodique à l’élève sans qu’aucune enquête officielle ne soit
menée.
Nos résultats mettent en évidence de multiples défis à tous les niveaux du système
scolaire.
hrw.org/fr