CHAPITRE 2
Les ciments Portland
Partie 2 – Hydratation du ciment Portland et structure de la pâte
hydratée
Ce texte est tiré d’un document préparé par:
Michel Pigeon, Professeur
Université Laval
1. Introduction
Le texte qui suit contient la plupart des données de base de ce que l'on appelle
couramment la "Chimie du Ciment". Il est destiné aux étudiants en Génie et aux
ingénieurs eux-mêmes et a pour but principal de sensibiliser ces personnes aux
questions relatives à la nature du ciment et de ses produits d'hydratation. Cette
présentation est donc plutôt générale et qualitative, et ne s'adresse pas aux
scientifiques spécialistes du sujet. Ces derniers cependant trouveront peut-être
intéressant de voir comment les ingénieurs abordent les questions relatives à la
chimie du ciment et comment, surtout, ils les relient aux problèmes usuels de la
technologie des bétons (mise en place, résistance mécanique, durabilité, etc.).
2. Introduction
Pour fabriquer du ciment Portland, on fait d'abord cuire à température très é1evée,
dans un four rotatif, un mélange de pierre calcaire broyée et d'argile (ou de
matériaux similaires). La pierre calcaire fournit au mélange 1a chaux, et l'argile
fournit principalement la silice et l'alumine.
Les réactions chimiques qui se produisent dans le four sont très complexes.
D'ailleurs, à la température de cuisson utilisée, qui est de l'ordre de 1400 à 1 600
°C, il Y a seulement fusion partielle des matériaux. Le produit obtenu à la sortie du
four s'appelle clinker. Le ciment Portland est ensuite fabriqué en ajoutant au clinker
pulvérisé (la grosseur des particu1es varie à peu prés entre 1 et 80 m) une faib1e
quantité de gypse. Le ciment Portland (la poudre grise bien connue) est un liant
hydraulique, car i1 fait prise en réagissant chimiquement avec l'eau. C'est le ciment
employé couramment dans l'industrie du béton. Nous ne parlerons pas ici des autres
types d’éléments qui peuvent être utilisés (comme les ciments d'alumine).
3. Composition chimique du ciment Portland
Voici tout d' abord 1a liste des principaux produits chimiques dont nous aurons à
parler. Lorsqu'i1 y a lieu, l'abréviation courante employée en chimie du ciment est
donnée à côté de la formule chimique de chaque produit.
Le clinker contient quatre produits) ou composés, ou phases) principaux :
Le clinker contient aussi d’autres produits en petites quantités :
de la chaux libre CaO
de la magnésie MgO
des alcalis Na20 et K20
et d'autres de moindre importance.
Le ciment Portland contient donc, on plus de tous les produits contenus dans le
clinker, du gypse. Evidemment, le ciment Portland étant fabriqué à partir de
produits naturels, il est normal qu'il contienne des impuretés. De plus, les produits
formés sont souvent sous forme de cristaux imparfaits. Certains cristaux peuvent
contenir d'autres substances en solution solide. 11 y a seulement, rappelons-le,
fusion partielle dans le four, et la présence de tous les divers produits rend les
réactions extrêmement complexes.
Voici un exemple typique de composition d'un ciment Portland normal :
C3S 45,0 %
C2S 31,0 %
C3A 9,4 %
C4AF 5,6 %
autres produits 9,0 %
Remarquons que les silicates représentent, dans cet exemple, 76 %du total et que
1es quatre principaux composés (C3S, C2S, C3A et C4AF) représentent 91 % du
total. Ces proportions varient pour les différents types de ciment. Lorsque l'on fait
l'analyse chimique du ciment Portland, on détermine habituellement le pourcentage
de chacun des oxydes. Ainsi, pour l'exemple déjà cité les proportions des différents
oxydes sont les suivantes :
CaO 63,6 %
Si02 22,7 %
Al2O3 4,7 %
Fe203 1,8 %
MgO 3,1 %
SO3 (gypse) 2,3 %
K2O 0,6 %
Na2O 0,3 %
CaO libre 0,6 %
perte au feu 0,7 %
residu insoluble 0,4 %
C'est à partir de ces pourcentages que l'on calcule, au moyen d'équations
déterminées par Bogue (1955), les proportions des différents composés (C3S, etc.),
car on ne détermine pas directement par analyse chimique ces proportions des
différents composés (seule la diffraction des rayons X permet cette détermination
directe). Ces équations nous font voir que de très petites variations dans les
pourcentages des oxydes de base peuvent amener de gros changements dans les
proportions des composés.
Les équations de Bogue sont les suivantes :
% C3S = (4,071 x %CaO) - (7,600 x %SiO2) - (6,713 x %Al2O3) - (1,430 x F203) -
(2,852 x %SO3)
% C2S = (2,876 x %SiO2) - (0,7544 x %C3S)
% C3A = (2,650 x %Al2O3) - (1,692 x %Fe2O3)
% C4AF = (3,043 x %Fe2O3)
II faut bien noter au sujet de la composition du ciment Portland les deux remarques
suivantes :
1. La perte au feu, indiquée au tableau des pourcentages des oxydes, peut résulter
de l'hydratation prématurée des silicates et des aluminates, et de l'altération de la
chaux libre, CaO, et de la magnesie, MgO, soit par simple hydratation, soit par
formation de carbonates.
Examinons ce qui peut arriver dans le cas de 1a chaux libre. Dans le four, 1a calcite
est transformée en chaux et en gaz carbonique :
La réaction inverse peut se produire :
CaO + H2O Ca(OH)2
Ca(OH)2 + CO2 CaCO3 + H2O
(c'est d'ailleurs le principe des mortiers de chaux, et cette réaction peut se produire
aussi dans les bétons durcis en contact avec l'atmosphère).
Lorsque le ciment est chauffe aux environs de 1000 °C) l'eau et le gaz carbonique
qui se sont combinés au ciment s'échappent. La perte au feu est donc un indice de
l'altération du ciment (bien qu'une partie de cette perte provienne du gypse).
2. Les alcalis du ciment (Na2O et K2O), lorsqu’ils sont présents en trop grande
quantité, peuvent réagir chimiquement avec certains granulats et créer de
l'expansion. (» 1.5%)
4. Étude chimique de l’hydratation du ciment portland
Le ciment Portland est hydraulique. Il réagit avec l'eau. C'est pourquoi il est si
important de conserver les bétons humides le plus longtemps possible afin que les
réactions chimiques puissent être les plus complètes possibles.
La réaction par laque1le une pâte de ciment Portland (un mélange d'eau et de
ciment Portland) fait prise et durcit à long terme est une réaction dite d'hydratation.
Il réagit d'un phénomène très complexe, impliquant plus qu'un simple attachement
de molécules d'eau. Lors de l'hydratation, il y a une réorganisation complète des
composés du ciment. Il se forme des composés nouveaux, hydrates, qui sont
insolubles dans l'eau et qui, avec le temps, forment une masse rigide.
Réaction des silicates avec l'eau
La réaction d'hydratation du C3S et du C2S ne donne pas un produit très bien
déterminé. En fait, c'est toute une famille de silicates de calcium hydrates qui est
formée. On l’appelle C-S-H, de l'anglais "Calcium Silicate Hydrate". En ne tenant
pas compte des lois de la stœchiométrie, on peut écrire :
Les particules de C-S-H sont extrêmement petites. Leur structure est variable, entre
autres en fonction du degré d'avancement de la réaction d'hydratation et de 1’espace
disponible, et elles peuvent aussi contenir d'autres produits en solution solide.
Ces deux réactions d'hydratation dégagent toutes deux beaucoup de chaleur et cette
chaleur d'hydratation joue parfois un rôle important lors de la fabrication des
structures en béton. Nous en reparlerons plus loin. Toutefois, la vitesse de réaction
du C3S, quoique modérée, est plus grande que celle du C2S, et la réaction du C3S
dégage plus de chaleur que celle du C2S.
Le C2S et le C3S, comme nous l'avons vu, représentent a peu à peu près 75% du
ciment. Sauf au tout début de la réaction entre le ciment et l'eau, ce sont eux qui
dominent le comportement de la pate. Ils lui donnent sa résistance, et ils sont en très
grande partie responsables de son durcissement. On croit que le C3S influence
surtout la prise finale et le durcissement à court terme et que le C2S est responsable
de l'augmentation de résistance à long terme. Il y a beaucoup de chaux hydratée
formée lors de ces réactions (34 % dans un cas et 18 % dans l'autre). Cette chaux
fait partie intégrante du réseau des particules de C-S-H.
Réaction de l’aluminate avec l'eau (et l’action du gypse)
La réaction du C3A avec l'eau est très violente, et si rien ne l'empêche, elle cause
une prise éclair. Le gypse qui est ajouté au clinker broyé retarde cette réaction. Il
réagit avec le C3A et l’eau (i1 s'agit en fait d'une chaine de réactions complexes
impliquant aussi les alcalis) pour former des sulfoaluminates de calcium hydrates
qui sont insolubles, recouvrent les particules de C3A et empêchent la réaction du
C3A avec l'eau de se produire rapidement.
La formule chimique du sulfoaluminate le plus connu, l'ettringite, est
La quantité de gypse ajoutée au clinker broyé doit être contrôlée avec soin. II doit y
en avoir assez pour réagir avec tout le C3A dispo3nible au début de la réaction entre
le ciment et l'eau, ce qui veut dire que plus le clinker est broyé finement, plus il faut
du gypse, car plus il y a de C3A disponible au début de la réaction eau-ciment. Il ne
doit cependant pas y en avoir plus, car si du gypse réagit avec du C3A après la
prise, la pâte va gonfler ct éclater, car la formation des sulfoaluminates crée de
l’expansion.
En un sens, le C3A est un indésirable dans le ciment, car si la pate durcie est
attaquée par des eaux sulfateuses, i1 peut y avoir formation de sulfoaluminates et la
pâte risque d'éclater. Mais d'autre part, l'alumine est nécessaire dans le ciment car
elle facilite les réactions dans le four rotatif. En résumé, la réaction du C3A, très
rapide, est atténuée par la présence du gypse. Le C3A a quand même une influence
sur la prise initiale de la pâte, mais, passé cette étape il influence peu le
comportement de la pâte (sauf en cas d'attaque par les sulfates). Le C3A contribue
peu en définitive à la résistance de la pâte.
Réaction du ferroaluminate tétracalcique avec l'eau (et l’action du gypse)
La réaction d'hydratation du C4AF est encore mal connue. On sait toutefois que
cette réaction dégage peu de chaleur et que le C4AF contribue très peu au
développement de la résistance de la pâte.
Problèmes reliés à la prise de la pâte de ciment Portland
Deux principaux problèmes peuvent se présenter lors de la prise du ciment:
- un problème grave, la prise éclair (irréversible),
- et un problème moins grave, la fausse prise (réversible).
La prise éclair, causée, comme nous l'avons vu, par le C3A, est irréversible. II est
impossible de surmonter cette difficulté en ajoutant de l'eau ou en re-vibrant la pâte.
La fausse prise est généralement due à la transformation du gypse en anhydrite.
Cette transformation peut se produire lors de la fabrication du ciment. Au contact
de l'eau, l'anhydrite redevient du gypse et il y a prise rapide. II suffit toutefois de re-
vibrer le béton sans ajouter d'eau pour qu’il redevienne plastique et maniable.
La fausse prise peut aussi être causée par la formation de carbonates à partir des
alcalis du ciment lors de l'entreposage. Ces carbonates, réagissant avec la chaux
libérée au début de la réaction eau-ciment, forment de la calcite, ce qui occasionne
une fausse prise.
5. Description physique du processus de l’hydratation
Dans le processus de l'hydratation, il y a deux phénomènes graduels et consécutifs :
- la prise de la pate de ciment (et du béton),
- le durcissement de la pate de ciment (et du béton).
Le béton, mélange de granulats et de pâte de ciment, reste généralement plastique
durant au moins une heure après son malaxage. Cela permet de le transporter, de le
placer dans les coffrages et de le compacter. Ensuite, à mesure que la prise se fait,
la masse du béton devient plus rigide. De façon générale, on peut dire que 1a prise
est complète lorsque le béton ne se déforme plus sous son propre poids et qu'il peut
supporter une certaine charge sans se déformer.
La détermination des temps de prise se fait sur des pâtes de ciment, et non sur des
bétons, parce que cela est plus facile. Cette détermination est très arbitraire
évidemment puisque le phénomène de la prise est très graduel.
Pour bien décrire physiquement ce processus de l'hydratation dans les pâtes de
ciment et les bétons, on peut le diviser en quatre étapes comme le font Troxell,
Davis et Kelly (1968) :
1. La première étape dure quelques minutes seulement après le malaxage. A ce
moment, il y a dans la pâte une activité chimique intense et un grand dégagement
de chaleur. C'est la réaction initiale entre l'eau et le ciment.
2. La deuxième étape dure approximativement une heure et demie, quoique de
fortes variations soient possibles en fonction de la consistance des pâtes de ciment
(et des bétons). Cette étape peut en fait varier entre une heure et quatre heures.
L'activité chimique est faible et il y a peu de chaleur dégagée. En anglais, on
l'appelle la "dormant period". Graduellement, le revêtement des produits
d’hydratation autour des particules de ciment grossit. Durant cette période, le béton
est plastique et maniable, et le ressuage se fait, causé par la tendance au
rapprochement des particules de ciment.
3. A la troisième étape, l'activité chimique intense reprend et il y a beaucoup de
chaleur dégagé. II semble que le revêtement initial des produits de l'hydratation
autour des grains de ciment se brise et que l'hydratation s'accélère. Les produits de
l'hydratation se mettent alors à former des "ponts" entre les particules de ciment. La
prise se fait. L'activité chimique la plus intense se fait approximativement 8 à 12
heures après le malaxage dans les bétons usuels.
4. La quatrième étape, c'est le durcissement. El1e dure un an et même plus.
Graduellement, les produits de l'hydratation remplissent l'espace entre les grains de
ciment. La pâte de ciment devient plus dense et plus résistante. Tant que dure la
réaction, la résistance augmente. Mais le rythme de la réaction diminue à mesure
que le temps passe. L'eau, en fait, met beaucoup de temps a dissoudre le ciment et
cela explique, en bonne partie, la lenteur de la réaction.
Dans la prochaine section, nous allons décrire la structure de la pâte de ciment
hydratée pour comprendre ce qui donne la résistance a la pate de ciment, et pour
voir comment se fait la réaction.
6. Structure de la pâte de ciment hydratée
La pate de ciment hydratée contient :
- les produits de l'hydratation (les hydrates),
- des grains de ciment non hydratés (il en reste toujours),
- des espaces capillaires remplis d'eau (si la pâte est conservée à l'humidité),
- des bulles d'air.
Ce sont les hydrates qui donnent à la pâte de ciment sa rigidité. Ils adhérent
fortement aux grains de ciment non-hydratés. Les hydrates comprennent :
- les silicates de calcium hydratés (les C-S-H),
- les aluminates hydratés,
- de la chaux hydratée (Ca(OH)2)
- de l'eau adsorbée sur certains cristaux,
- des impuretés.
Les silicates de calcium hydrates représentent plus de 50% du total des hydrates, et
les propriétés fondamentales de l'ensemble des hydrates dépendent, en bonne partie,
des propriétés de ces silicates hydrates.
Les silicates de calcium hydrates forment un produit qui a plusieurs des
caractéristiques d'un gel. On l'appelle le gel de C-S-H. L'ensemble des hydrates a
donc aussi les caractéristiques d'un gel et c'est pourquoi on l'appelle fréquemment
gel de ciment. Un gel, c'est une suspension ou une dispersion de matières solides
(de dimensions colloïdales) en grande quantité dans un liquide. Cette suspension ou
dispersion a une certaine cohésion qui est due, en partie, aux forces de surface qui
sont grandes à cause de la grande surface spécifique des particules colloïdales.
Le gel de C-S-H, c'est un gel rigide qui ales propriétés d'un corps solide. La surface
spécifique de ce gel est de l'ordre de 200 m2/g (1000 fois plus que le ciment non-
hydraté) et les forces de surface, les forces de Van der Waals, sont grandes. II y a
certainement aussi des liens chimiques entre les particules de C-S-H et ces liens
sont sûrement très importants, car la pâte de ciment hydratée a un gonflement très
limité lorsqu’on y ajoute de l'eau. A l'heure actuelle, on ne connait pas l'importance
relative de ces deux types de liens entre les particules.
Les particules de C-S-H sont cristallines, mais elles sont très petites, les cristaux
sont imparfaits (souvent a cause de la présence des autres produits) et elles
diffractent mal les rayons X. Dans les pâtes jeunes (quelques jours), il semble que
ces particules aient la forme de feuilles roulées ou de fibres en forme de tubes creux
dont l'ordre de grandeur est plus petite que 1 m. Cette forme est probablement due
au mécanisme même de la réaction d’hydratation.
Dans un article paru en 1977 dans la Revue Scientific American, Double et
Hellawell décrivent le mécanisme de la réaction d'hydratation des ciments Portland.
Brièvement, on peut dire que le revêtement initial des produits de l'hydratation, qui
se forme durant la période "dormante", éclate a la fin de cette période a cause de la
pression osmotique créée à l'intérieur de ce revêtement par le ciment dissous. II se
forme alors des trous dans le revêtement et le ciment dissous vient précipiter sur les
bords de ces trous. Cela explique la croissance des fibres en forme de tubes creux à
partir des grains de ciment. Evidemment, à la longue, la croissance de ces fibres
crée des ponts entre les particules et la prise se fait (voir la représentation
schématique de la pate de ciment hydratée à la fin de la présente section). Dans les
pâtes où l'hydratation est plus avancée et qui sont plus dense, les C-S-H n'ont pas
cette forme. Diamond (1976) distingue en fait 4 types principaux de C-S-H selon la
morphologie des particules individuelles, et il est permis de penser que la structure
interne de ces particules varie aussi quelque peu en fonction de l'espace disponible
et du degré d'avancement de l’hydratation, comme nous l’avons déjà mentionne.
Il est surprenant que les hydrates soient en grande partie cristallins et de dimensions
non réellement colloïdales, et que la pâte de ciment hydratée ait le comportement
d’un gel (c'est-à-dire gonfle lorsque l'eau y pénètre et se contracte en séchant). Ce
phénomène n'est pas encore très bien compris.
II faut ajouter enfin que le gel de C-S-H (et donc l'ensemble des hydrates) est
poreux. Il contient de l'eau évaporable adsorbée semble-t-il sur les surfaces des
microcristaux. Pour que les C-S-H se forment, il faut fournir non seulement l’eau
nécessaire pour la réaction chimique d’hydratation proprement dite, mais aussi l'eau
requise pour remplir ces pores (les "pores de gel") à 100 %. La porosité de
l’ensemble des hydrates est de l'ordre de 28 %.
Les hydrates autres que les C-S-H influencent relativement peu la structure et le
comportement de la pâte de ciment hydratée. Ils ont une surface spécifique
beaucoup plus petite, ils se retrouvent dispersés dans la masse des C-S-H et ils ont
peu de valeur du point de vue cimentation. Du point de vue de la résistance
mécanique, le rôle de la chaux hydratée par exemple est probablement peu
important (bien qu’encore en discussion). Cependant, dans ce cas notamment
d'attaque par des eaux agressives, la présence de la chaux influence fortement le
comportement de la pâte.
II est essentiel de bien distinguer entre la porosité de l’ensemble des hydrates,
causée par la porosité des C-S-H, et la porosité de la pâte de ciment hydratée,
causée par la présence des espaces capillaires non remplis par les hydrates.
Les pores de gel
Les pores de gel, c'est l'espace qui contient l'eau adsorbée sur les surfaces des
microcristaux. Ces pores sont très petits, de l'ordre de 15 a 20 A d’épaisseur ou, si
l'on veut, de l'ordre de quelques molécules d'eau (l A = 10-10 m). L'eau étant
adsorbée sur les surfaces, elle n'a pas la mobilité de l'eau libre, elle se déplace
difficilement. En fait, cette eau est légèrement comprimée (sa densité est un peu au-
dessus de 1,0) à cause de l'arrangement spécial des molécules d’eau sur les parois
des particules de C-S-H. La perméabilité de l'ensemble des hydrates est donc très
faible, de l'ordre de 10-15 m/s, bien que les pores communiquent entre eux.
On mesure la porosité de l'ensemble des hydrates en les desséchant d'une manière
standard. La porosité que l'on détermine dépend alors du degré de séchage qui a été
fixe arbitrairement. Même une partie de l'eau combinée chimiquement peut être
arrachée aux cristaux si le séchage est assez puissant. Le chiffre de 28 %, obtenu de
la manière standard, est donc une valeur approximative.
Il semble que la porosité des hydrates varie peu avec le degré d'hydratation parce
qu'il semble qu'à toutes les étapes de l'hydratation, des produits de propriétés à peu
près similaires soient formés. Rappelons que les produits de l'hydratation du C3S et
du C2S sont approximativement les mêmes, même si leurs vitesses de réactions sont
différentes.
Les pores capillaires
Les pores capillaires sont les espaces entre les grains de ciment qui n'ont pas été
remplis par les hydrates. Si la pate est conservée à l'humidité, ces pores sont
remplis d'eau. D'une autre façon, on pourrait dire que les pores capillaires
contiennent l'eau qui n'a pas encore servi à l'hydratation (c'est-a-dire l'eau qui n'est
pas encore combinée chimiquement ou qui n'est pas dans les pores de gel).
Les pores capi11aires sont de l'ordre de grandeur de 0,1 m, bien qu'il y ait des
capillaires de toutes dimensions (de très gros capillaires, appelés par Birchall et a1
(1981) macro-défauts, causés par des défauts de compactage, peuvent exister).
L'eau dans les capillaires est donc retenue par la tension de surface, mais elle est
beaucoup plus libre que l'eau dans les pores de gel.
La présence des capillaires fait que 1a perméabilité de la pâte de ciment hydratée
est beaucoup plus grande que celle des hydrates eux-mêmes. Si les capillaires sont
continus, la perméabilité de la pâte est de l'ordre de 1000 fois plus grande. Si les
capillaires sont discontinus, le facteur est p1utôt de 20 à 100.
On voit qu'en fait, il y a deux facteurs qui influencent la porosité de la pâte de
ciment (ou la quantité de pores capillaires) : le degré d'avancement de l'hydratation
et le rapport eau/ciment initial. Plus l'hydratation avance, plus les capillaires se
remplissent d'hydrates et diminuent. La porosité de la pâte diminue donc avec
l'hydratation, ce qui n'est pas le cas de la porosité des hydrates. En outre, plus le
rapport eau/ciment est élevé, plus il y a de capillaires au départ (c'est-à-dire que les
grains de ciment sont plus éloignées les uns des autres).
Pour qu'une pâte soit de bonne qualité, il faut que les capillaires soient discontinus.
Voici, d'après Power (1959), un tableau donnant, en fonction du rapport eau/ciment,
le temps approximatif de cure sous l'eau requis pour que les capillaires deviennent
discontinus.
Rapport eau/ciment (masse) Temps
0,40 3 jours
0,45 7 jours
0,50 14 jours
0,60 6 mois
0,70 1 an
> 0.70 impossible
Evidemment, lorsque la pâte n'est pas conservée à l'humidité, elle sèche, les
capillaires se vident et l'hydratation s'arrête.
Ce sont les capillaires qui rendent la pâte de ciment susceptible aux cycles de gel et
de dégel. Il est probable qu’à des températures légèrement inférieures à 0°C, l’eau
gèle dans certains capillaires, mais dans les pores de gel il faut atteindre des
températures au-dessous de -78°C pour que l’eau gèle. De plus la présence des
capillaires diminue la résistance mécanique de la pâte de ciment hydratée. Moins il
y a de capillaires, plus la résistance de la pâte est grande.
Eau contenue dans la pâte de ciment hydratée
Comme nous l’avons vu, l’eau dans la pâte de ciment hydratée se retrouve sous de
nombreuses formes, que nous pouvons classer de la façon suivante :
- l'eau combinée chimiquement, qui est donc très fortement retenue et qui a
une densité d'environ 1,2 (une partie de cette eau est moins fortement
retenue car e11e ne fait pas partie de 1'arrangement cristallin principal),
- l'eau zéolithique, retenue dans la structure de certains cristaux ou entre les
plans de certains cristaux,
- l'eau adsorbée sur les parois des cristaux de C-S-H, retenue par les forces de
surface, et légèrement plus dense que 1,0,
- l’eau dans les capillaires, plus au moins retenues par la tension de surface
(cette au s’évapore si l’humidité baisse au-dessous de 50% à peu près dans
l’atmosphère ambiant),
- l’eau non évaporable, c’est-à-dire à toutes fins utiles l’eau combinée
chimiquement, et
- l’eau évaporable, c’est-à-dire l’eau dans les capillaires, l’eau des pores de
gel et une faible partie de l’eau combinée chimiquement.
On dit arbitrairement car, comme nous l’avons dit, la relation entre la quantité
d’eau dans la pâte de ciment et le degré de séchage ne présente pas de cassure bine
définies.
Représentation schématique de la pâte de ciment hydratée
Le schéma suivant nous montre une pâte de ciment partiellement hydratée (on
ne montre pas les bulles d’air).
Des grains de ciment (de l'ordre de 10 à 20 m au départ) sont partiellement
dissous et recouverts de la couche d’hydrates initiale. Les C-S-H et la chaux
hydratée sont déposés autour des grains.
Les capillaires, les espaces remplis d'eau entre les grains de ciment, sont, comme
nous l'avons dit, de toutes les dimensions. Sur ce schéma, leur dimension est
fortement exagérée. Dans cette pâte, à mesure que l’hydratation va progresser, les
hydrates, principalement les C-S-H et la chaux, vont remplir les capillaires et les
réduire graduellement. La pâte se densifie avec l’hydratation. Les pores de gel ne
sont évidemment pas visibles sur ce schéma.
La photo suivante, prise au microscope électronique a balayage, d’une pâte
hydratée environ 7 jours montre bien la complexité de la réalité.
7. Volume des produits de l’hydratation
Nous avons vu que les hydrates remplissent les espaces capillaires à mesure que la
réaction eau-ciment progresse. Cependant, nous ne nous sommes pas encore
préoccupés du volume qu’i1s occupent. Or, il s’agit d’une donnée extrêmement
importante. En fait, et c’est ce que nous allons voir, les hydrates occupent moins de
volume que le volume initial de l'eau et du ciment non hydraté. Le processus de
l’hydratation crée donc des vides (on appel1e ce phénomène la contraction Le
Chatelier), et c’est cet aspect que nous allons maintenant étudier.
Voici les données de base pour l’étude de cette question (d’après Neville, 1973) :
- L’eau non évaporable, c’est-à-dire à toutes fins utiles l’eau combinée
chimiquement, représente environ du poids du ciment non hydratée,
- la densité des produits solide de l’hydratation (c'est-à-dire l’ensemble des
hydrates moins l'eau contenue dans ses pores) est telle qu’ils occupent un
volume absolu plus grand que celui du ciment non hydraté, mais plus petit
que le total du volume du ciment non hydraté et du volume d’eau non
évaporable. Le volume des produits solides de l'hydratation est égal au
volume de ciment non hydrate plus 0,746 fois le volume d’eau non
évaporable,
- la porosité de l’ensemble des hydrates est approximativement de 28 % et les
pores sont nécessairement remplis d’eau lors de la formation des hydrates.
On négligera dans les calculs 1a légère contraction de cette eau,
- à peu de choses près, le volume disponible aux hydrates, c'est-à-dire le
volume final de la pâte de ciment, est égal au volume occupé par l’eau et le
ciment non hydratée dans le mélange au départ.
Considérons l'hydratation d’une pâte de ciment pure contenant 100 g de ciment et
42 g d’eau. Le rapport eau/ciment de cette pâte, en masse, est de 0,42.
La densité du ciment non hydraté étant approximativement de 3,15, les volumes
sont les suivants :
Volume de ciment = 100/3,15 = 31,75 mL
Volume d'eau = 42/1 = 42 mL
Volume total du mélange au départ (c'est aussi le volume final) = 73,75 mL
Supposant l'hydratation complète, la quantité d'eau non évaporable est :
23/100 x 100 g = 23 mL
Le volume des produits solides de l'hydratation est donc :
31,75 mL + 0,746 x 23 mL = 48,9 mL
La porosité de l'ensemble des hydrates étant de 28 %, nous pouvons maintenant
calculer la quantité d’eau dans les pores de gel (Veg) :
Note : Tout de suite, nous pouvons calculer que le volume d’hydrates (produits
solides plus eau dans les pores de gel) obtenu par l'hydratation de 1 mL de ciment
est de 2.14 mL. Il s’agit évidemment d’une valeur approximative car nos données
de base sont approximatives.
Pour l'hydratation du ciment, on peut donc écrire :
1 mL de ciment + 1.32 mL d’eau 2,14 mL d’hydrates.
En résumé, 42 g d'eau suffisent a hydrater complètement 100 g de ciment, 23 g
étant combinée chimiquement et 19 g d’eau remplissant les pores de gel. Mais, au
cours de ce processus, il se crée 5,85 mL de vides, ou d’espaces capillaires vides,
dans la pâte de ciment hydratée.
Qu'arrive-t-i1 à ces espaces vides ainsi crées ? Si le spécimen peut s’imbiber d’eau
venant de l’extérieur, ces vides se remplissent d’eau. Mais si le spécimen est scellé
de telle sorte qu’aucune goutte d’eau ne peut le quitter ou y entrer, il se dessèche
par l’intérieur. Dans l'exemple que nous venons d'étudier, si le spécimen avait été
scelle, tout le ciment n'aurait pu s'hydrater, car, a un certain point, l'humidité à
l'intérieur du spécimen aurait baissé en bas du point ou l'hydratation peut se
produire. En fait, toujours selon Neville (1973), pour obtenir l'hydratation complète
d'un spécimen sellé, le rapport eau/ciment doit être d'environ 0,50.
Etudions l'hydratation d'une pate de ciment pure contenant 100g de ciment et 50 g
d'eau. Si le spécimen de pâte est scellé, il n'y a pas d'eau qui peut y entrer ou en
sortir. Mais, après hydratation complète, les pores capillaires dans la pâte de ciment
hydratée sont remplis d'eau à 58%. Cela est suffisant pour maintenir l'humidité et la
pression de vapeur au niveau requis pour obtenir l'hydratation complète.
Schématiquement :
Imaginons maintenant une pâte de ciment ou les hydrates (les produits solides de
l'hydratation plus l'eau dans les pores de gel) occuperaient tout l'espace disponible.
L'hydratation étant complète, il n'y aurait pas de capillaires. Pour obtenir ce résultat,
il faut que le rapport eau/ciment de la pâte soit tel que le volume initial de la pâte
fournisse exactement l'espace requis pour tous les hydrates qui seront formés par
l'hydratation du ciment. Se rappelant que 1 mL de ciment non hydraté donne 2,14
mL d' hydrates, le rapport eau/ciment en volume doit être :
1 14/1,0 = 1,14 mL
car ainsi le volume fourni (1,14 mL + 1,00 mL) est égal au volume d'hydrates qui
sera formé (2,14 mL).
En masse, ce rapport eau/ciment est: 1,14 g/3,15 g = 0,3615
Considérons donc une pâte de ciment contenant 100 g (31,75 mL) de ciment et
36,15 mL d'eau. Le volume initial de cette pâte est 67,9 mL et le volume des
produits de l'hydratation de 100 g de ciment est 67,9 mL, mais requièrent, comme
nous l'avons vu, 42 mL d'eau. L'hydratation du ciment ne pourra donc être complète
que si un apport d'eau de l'extérieur (5,85 mL) est possible, et lorsqu'elle sera
complète, il n'y aura plus de capillaires dans la pâte.
Schématiquement :
Finalement, étudions, en résumé, les principales conclusions que nous pouvons tirer
de cette brève étude du volume occupé par les produits de l'hydratation du ciment
dans des pâtes de rapport eau/ciment différents.
1. Le rapport eau/ciment de la pâte est de 0,42. Il s'agit du cas théorique où la pâte
contient toute l'eau requise à l'hydratation (eau combinée chimiquement plus l'eau
des pores de gel). Dans cette pate, toutefois, il se forme des vides capillaires qui
seront remplis d'eau venant de l'extérieur (si la chose est possible), ou qui
dessécheront la pâte par l'intérieur, si le spécimen est scellé, et empêcheront
l'hydratation d'être complète.
2. Le rapport eau/ciment de la pâte est plus grand que 0,42. A ce moment, la pâte
contient plus d'eau qu'il n'en faut pour l'hydratation. Lorsque l'hydratation est
complète, la pâte contient des capillaires pleins d'eau, en plus des vides capillaires
crées par 1'hydratation. Si le rapport eau/ciment de la pâte dépasse 0,50,
l'hydratation peut être complète même si le spécimen est scellé, car les capillaires
sont suffisamment remplis d'eau.
3. Le rapport eau/ciment de la pâte est de 0,36. Il s'agit du cas théorique "idéal".
Lorsque l'hydratation est complète (ce qui nécessite un apport d’eau de l’exdrieur),
il n'y a pas de capillaires. Les hydrates occupent tout l'espace disponible.
4. Le rapport eau/ciment de la pâte est plus petit que 0,36. Dans une telle pâte, il ne
faut pas que l'hydratation soit complète pour que les hydrates occupent tout
1'espace disponible, et 1e ciment non hydraté ne nuit pas à la résistance de la pâte.
Il s'agit donc aussi d'un cas "idéal", et il faut cependant aussi qu'un apport d'eau de
l'extérieur soit permis afin que les vides crées par la réaction de l’eau déjà présente
dans la pâte soient remplis d'hydrates.
Toutes les différentes valeurs du rapport eau/ciment que nous venons d'étudier
représentent, il ne faut pas l'oublier, des cas théoriques. Les valeurs citées sont
approximatives, étant basées sur des données approximatives. Différents auteurs
citent différentes valeurs. De plus, en pratique, l'hydratation n'est jamais complète,
car certains, gains de ciment sont trop gros. Ceci explique pourquoi la résistance
augmente toujours lorsque le rapport eau/ciment diminue (pour des conditions de
cure identiques). Il y a également des limites pratiques à la diminution du rapport
eau/ciment, puisque les pates trop sèches deviennent très difficiles à compacter.
Quelques données sur les composés majeurs du ciment Portland.
Voyons en résumé les propriétés principales de ces composés (cf. Troxell, Davis et
Kelly, 1968).
REFERENCES
Association Canadienne de Normalisation, (1977). Norme CSA3-A5-M77. Ciments
Portland.
Birchall, J.D., Howard, A.J. and Kendall, K., (1981). "Flexural Strength
and Porosity of Cements". Nature, Vol. 289, N¡Æ 5796, pp. 388-390.
Bogue, R.H., (1955). "Chemistry of Portland Cement". Rheinhold (Publishers).
Diamond, S., (1976). "Cement Paste Microstructure -An Overview at Several
Levels". Hydraulic Cement Pastes': their Structure and Properties, Cement
and Concrete Association.
Double, D.O. and Heuawell, A. (1977). "The Solidification of Cement".
Scientific American.
Lea, F.M., (1970). "The chemistry of Cement and Concrete~. 3rd Edition.
Edward Arnold (Publishers).
Neville, A.M., (1973). "Properties of Concrete". 2nd Edition. Pitaan Publishing.
Powers, T.C., Copeland, L.E. and Mann, H.M., (1959). "Capillary Continuity
or Discontinuity in Cement pastes". Journal of the Portland Cement Association,
Research and Development Laboratories, I, N¡Æ2.
Troxell, G.E., Davis, H.E. and Kelly, J.W., (1968), "Composition and Properties
of Concrete", 2nd Edition, McGraw-Hill Book Company.
Annexe
Les composantes d’une matrice cimentaire (Rappel et interaction)