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Masques Feuillus et L'Homme Vert en Dordogne

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L’Homme Vert de Cercles

Des masques feuillus romanes: il y en a des superbes exemples dans l’église prieurale
de Cercles en Dordogne.

En Angleterre il y a énormément de passionnés de celui qu’ils appellent «The Green


Man» ou «l’Homme Vert». En France, on ne les étudie pas. Si vous regardez sur
l’Internet, vous y trouverez beaucoup d’articles en anglais sur ce sujet. Quelques-uns
sont très farfelus, mais cherchez «masque feuillu» en français et vous en trouverez
bien peu qui puissent vous intéresser.

Si les Français en parlent, c’est uniquement d’un art nominé «marginal» avec des
modillons cocasses ou obscènes. Les anglophones, par contre, supposent qu’il s’agit
d’un genre méritant des études approfondies. Lady Raglan, en 1939, publia un article
dans le magazine «Folklore» suggérant que l’image, qu’elle nommait – pour la
première fois – «The Green Man», était un vestige du passé toujours vif dans la
mémoire commune pendant des rituels folkloriques et des rites annuels.

Nous savons tous que pas mal de ces coutûmes remontent à des cérémonies paiennes,
transformées par l’Eglise en cérémonies acceptables pour les premiers chrétiens.
Plusieurs sont des rituels pour faire pousser le blé, assurer une bonne recolte et
remercier Dieu (ou les dieux) pour la générosité de la Nature. Souvent, dans ces
cérémonies il y avait un personnage qui jouait l’ésprit vert, parfois sacrifié pour une
bonne moisson.

Or, on peut très bien identifier Jésus comme l’ésprit qui emmène le renouvelement de
l’âme ou de la nature, donc il n’y a pas de contradiction entre l’homme vert et
l’Eglise. Mais il y a aussi des chercheurs qui croient que l’image d’une tête fait de
feuilles ou qui crache des rinceaux peut être une image du mal ou d’un pêcheur. On
peut trouver des sculptures qui semblent annoncer la parole de dieu, d’autres qui sont
dévorées par des monstres. Quelques’unes sont gaies, d’autres sont des masques
tragiques. On ne les trouve pas uniquement en Europe mais même en Inde ou en
Indonésie. Ils apparaissent à la nuit des temps et perdurent jusqu’à notre ère mais la
plupart remontent aux époques romanes et gothiques.

En 1978, Kathleen Basford, dans son œuvre de pionnier, «The Green Man» a
commencé les études érudites qui tracent la naissance de l’image depuis des modèles
antiques représentant le dieu Okeanos, la gorgone Méduse, et Dionysos.

En voilà quelques-uns de l’époque romane en Dordogne :


1 L’Homme Vert Classique de l’église de Cercles en Dordogne

Ce masque est très semblable à d’autres têtes de feuilles qu’on peut voir dans des
églises en Espagne, en Angleterre et en Allemagne ainsi qu’en France, mais qui
remonte jusqu’au temps Graeco-Romain. Il y a un qui vient de Constantinople et
qui date du sixième siècle de notre ère.

2 Cercles – masques feuillus avec bonnet de feuillages.


3 Cercles – masque feuillu avec oiseaux. Dans le symbolisme romane, l’oiseau
représente la spiritualité ou l’inspiration divine.

Grand Brassac – masque feuillu, côté droit du porche. Grand Brassac est un village pas loin
de Cercles.
5 Coutures (également proche de Cercles et de Grand Brassac) – masques et feuillages.
Cachés derrière l’autel, ces deux masques décorent une porte coupée dans le chevet de
l’église.

Jusqu’à présent nous avons regardé des sculptures très différentes les unes des autres,
mais toujours de notre comté de Périgord. Allons un peu plus loin :

6 Masques feuillus des églises de Retaud et de Rioux, en Saintonge

7 Masque feuillu à l’église de St Pierre d’Aulnay, Saintonge


8 Masque feuillu sur un chapiteau dans l’église prieurale de Cellefrouin, en
Angoumois

9 Masques feuillus – desseins de Villard de Honnecourt. Villard a dessiné ces


têtes en 1235.

Maintenant je vous emmène dans la nuit des temps, voir des images païennes.
Sur l’emplacement actuel de la cathédrale de Trèves il y avait un temple dédicacé
à l’empereur Hadrien. Ce masque feuillu qui décorait autrefois le temple est resté
enseveli dans l’église. Il n’est pas facile à voir et bien difficile à photographier :

10 Cathédrale de Trèves, masque feuillu du 2ème siècle de notre ère

Païen d’origine, ce masque a été incorporé dans la première cathédrale dès le 9ème
siècle, d’où il a eu, peut-être une influence sur le genre «masque feuillu» roman.

Kathleen Basford, dans son ouvrage pionier, «The Green Man», a suggéré que ce
monument pouvait figurer comme la première instance de l’introduction d’un
masque feuillu dans un édifice chrétien.

Egalement à Trèves, et maintenant dans le Landesmuseum, des masques feuillus


se trouvent sur deux monuments funèbres, de la même époque que l’homme vert
du temple d’Hadrien :
11 Trèves, Allemagne – masque feuillu - 2ème siècle de notre ère. Cette image est
censée représenter le dieu Okeanos. Est-ce qu’une image pareille aurait influencé
le monument chrétien qui se trouvent dans la crypte de l’église de St Hilaire à
Poitiers ?
12 Poitiers – masque du tombeau de Sainte Abre, (4ème s. AD), Sainte Abre était
la fille de St Hilaire, évêque de Poitiers. Ici les feuilles sortent du nez de la tête.
Plus souvent on les voit sortir de la bouche, mais parfois même des yeux – ou
partout.

13 Toujours à Poitiers – église de Ste Radegonde – masques d’homme faits de


feuillages. Ces modillons se trouvent à l’intérieur de l’église, où il y a aussi des
«obscènes».

Sur la façade de l’église de Notre Dame la Grande à Poitiers, il y a un très grand


nombre de masques feuillus divers.
14 Istanbul – masques feuillus sur chapiteaux, 6ème siècle de notre ère. Bien que
chrétien, le style est toujours Héllenique et pourtant ces masques sont du genre du
masque feuillu de Cercles et plusieurs autres masques qu’on peut voir partout en
Europe.
15 Chartres – masques feuillus – XIII s. Ainsi, des masques d’inspiration
romaine, (comme celui de Trèves), se trouvent à la Cathédrale de Chartres. Je
signale, d’ailleurs, qu’autrefois Chartres était un haut lieu du Druidisme.

En Espagne comme en Allemagne et en Angleterre, les sculptures d’hommes verts


sont très répandues, surtout pendant la période gothique.

16 Deux images de masques feuillus du cloître de Ripoll, Catalonia


L’homme vert de l’Angleterre remontait, peut-être, aux dieux Romains, comme
celui d’Aquae Sulis (Bath) :

17 Bath, Angleterre – dieu paien - 2ème siècle de notre ère.

Et voilà une autre image d’un dieu feuillu (Sylvanus ?) du quatrième siècle qui se
trouve au British Museum, et fait partie du trésor de Mildenhall :
18 Mildenhall Treasure, British Museum

Cette image est au centre d’un très grand plateau en argent :


Les homme verts de l’Angleterre sont répandus parmi un multitude d’églises
petites et grandes, romanes et gothiques, voire la plupart des cathédrales, dont
Canterbury, Chichester, Ely, Gloucester, Norwich, Truro, Winchester, Wells,
Worcester, et beaucoup d’autres.

19 Worcester Cathedral 20 Wells Cathedral


21 Canterbury Cathedral 22 Winchester Cathedral

23 Bordeaux – frise Gallo-Romaine. Aujourd’hui dans le musée d’Aquitaine,


cette frise de têtes et de feuillages a peut-être eu une influence sur l’art roman où
on voit énormément des têtes - avec ou sans riceaux.
24 A Périgueux ce masque feuillu du 2ème siècle de notre ère, dans le nouveau
musée de Vesunna est ce que Villard a dépicté comme tête composée de feuilles.

Plusieurs personnes supposent que le motif du masque feuillu a été distribué à travers
des manuscripts illuminés. En voilà un exemplaire :

25 qui pourrait être l’inspiration pour les masques félins comme celui-ci de
Stottesdon en Angleterre :
26 d’autres personnes croient que le culte de la tête sacrée des Druides a eu une
influence dans l’art chrétien à travers des têtes celtiques comme ces masques Bretons
sur la fontaine pré-romane de l’abbaye de Daolas en Finisterre où une ancienne
fontaine est décorée avec plusieurs têtes qui crachent non pas des rinceaux mais de
l’eau :

27 Les fonts baptismaux figurent aussi dans le canon de l’Homme Vert, voir
Montebourg, en Normandie :
28 Les masques, d’inspiration Celtique, nous font penser à une tête dans le
Musée de Prague. Ici, ce sont les moustaches qui finissent en rinceaux.

29 tête Celtique dans Prague National Museum

Et pour finir,
30 à Bamberg, en Allemagne, un masque feuillu sous la statue équestre d’un roi.

En conclusion, le "masque feuillu" ou "green man" fait partie d'un genre qu'on appelle
"art marginal". Elle se trouve souvent sur les corbeilles et sur les modillions à
l'extérieure d'une église, et aussi elle peut embellir tout lieu approprié à l'intérieure.
Dans l'art marginal, on y trouve des "grotesques", des "bêtes fabuleux", des "monstres
hybrides", des caractères mythologiques comme les centaures et les sirènes, et aussi
des représentations d'hommes et de femmes qui se positionnent de façon cocasse ou
même lubrique, nommée "obscène".

Alors qu'il est parfaitement normal de considérer chacune de ces sous-catégories


séparément, autres, elles sont toutes à voir dans un contexte plus large.
Quoiqu'il soit devenu plus à la mode de faire intellectuellement un rapprochement au
sujet du "Green Man" du folklore et du "masque feuillu", je suis tout de même
convaincue qu'on peut voir ce genre - humanoïde et animal - comme un vestige
païen. Je suis complètement sceptique en ce qui concerne la concepte qu'il resterait
des vestiges d’une religion plus ancienne à l'intérieure de la religion chrétienne
moderne. Cependant, je suis sûre qu'on peut voir la tête comme une sorte d'amulette
pour chasser le mal et, aussi peut-être, pour apporter la bonne fortune,
particulièrement en ce qui concerne une garantie d'une bonne récolte et d'une riche
procréation. Même ceux qui insistent sur le fait que le genre soit purement décoratif
ne peuvent pas nier qu’au niveau sous-conscient les images peuvent avoir des
significations ignorées du sculpteur.

Finalement, je reste convaincue qu’il n’y avait jamais eu une signification unique et
universelle pour toutes les variations de "masque feuillu", même pendant les deux
siècles où ils étaient le plus fréquemment sculptés. Eu égard à la distance, en temps et
en éspace, dans le statut de l’église et la science du sculpteur, il y a eu, peut-être,
plusieurs variations de signification ainsi que plusieurs examples de sculptures
purement décoratives parmi les images de têtes et de feuillages.

Julianna Lees – Montagrier 2008-06-29

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