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Le Lyrisme : Expression et Évolution

La poésie lyrique est souvent définie comme le genre littéraire qui accueille l'expression personnelle des sentiments du poète. Cependant, cette définition est insuffisante car elle néglige deux autres composantes essentielles du lyrisme qui sont la recherche de la musicalité et la visée de l'idéal. Le lyrisme apparaît au Moyen-Âge dans diverses formes associant souvent le poème à la musique et à la danse, avant de connaître un essor au XIXe siècle avec le romantisme.

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Le Lyrisme : Expression et Évolution

La poésie lyrique est souvent définie comme le genre littéraire qui accueille l'expression personnelle des sentiments du poète. Cependant, cette définition est insuffisante car elle néglige deux autres composantes essentielles du lyrisme qui sont la recherche de la musicalité et la visée de l'idéal. Le lyrisme apparaît au Moyen-Âge dans diverses formes associant souvent le poème à la musique et à la danse, avant de connaître un essor au XIXe siècle avec le romantisme.

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Le lyrique

Le registre lyrique est par excellence le registre de l'affectivité. Centré sur


l'expression individuelle des sentiments, il recourt aux ressources mélodiques du
language: en prose comme en vers, le language lyrique cherche à rejoindre le
chant. Même s'il a des liens privilégiés avec la poésie, le registre lyrique traverse
tous les genres et tous les arts.
Qu'est-ce que le lyrique?
Un registre de l'affectivité
Caractérisé par une forte implication du Moi dans le discours, le registre lyrique est
le language de la sensibilité. Le ton est tantôt celui de la passion, exalté et
véhément, tantôt celui de la confidence, méditatif et contemplatif.
L'expression de Moi
-Le lyrique accorde la première place à la subjectivité du locuteur: c'est
un je omniprésent qui évoque les joies et les souffrance de sa vie personnelle. La
fonction expressive du language joue un rôle essentiel.
-Dans un texte poétique, le je s'identifie le plus souvent à la personne du poète.
Mais le discourslyrique ne se réduit jamais à un témoignage autobiographique: il
atteint souvent une valeur universelle.
L'invocation d'un destinataire
Le lyrique requiert aussi la fonction injonctive du language:
-Tantôt le locuteur se prend lui-même comme destinataire: il s'adresse à son âme
ou à son coeur, comme par un dédoublement de Moi.
-Tantot il interpelle l'être aimé, dans un dialogue fictif
-Tantôt il confie ses souffrances ou ses joies au lecteur, ou prend l'humanité à
temoin de son destin, ou s'adresse à Dieu comme dans une prière.
Les thèmes lyrique
Ce sont les thèmes les plus variés qui touchent la sensibilité individuelle:
-La vie amoureuse, avec les beautés et les tourments de la passion
-La fuite du temps, les échecs de l'existence, la mort et ses arrachements
-L'amour de la patrie, la nostalgie du pays natal ou l'espérance politique
-La beauté suvlime de la nature, ou le sentiment religieux
Diversité du lyrisme
Si le lyrisme prédomine dans la poésie expressive et subjective, on en rencontre
aussi des variantes.
Le lyrique impersonnel
Il arrive que le je soit absent, mais que le texte baigne dans une totalité affective.
Ainsi, le lyrisme cosmique célèbre la splendeur du monde, sans nécessairement
mettre en scène l'individualité du locuteur.
Le lyrisme oratoire
Dans certains textes argumentatifs, des moments lyriques viennent introduire une
dimension affective qui donne plus d'intensité et d'éclat à l'expression. La
prédication religieuse et l'éloquence politique résonnent d'élans lyriques (sermons,
discours, harangues).
L'écriture lyrique
La syntaxe
-Le registre lyrique appelle surtout des constructions qui donnent à la phrase
l'allure d'un élan et d'une envolée. Le rythme de la phrase exprime ainsi les
mouvements de l'âme.
-Le temps dominant est le présent de l'indicatif (temps de la subjectivité heureuse
ou malheureuse au moment où elle s'exprime). Les temps du passé traduisent soit
le regret et la mélancolie, soit une remémoration heureuse.
L'énonciation
-Le discours lyrique est ancré dans la situation d'énonciation et en prote les
marques (indices personnels, indices spatio-temporols, modalisateurs).
-Les figures de style et type de phrases traduisent l'émotion du locuteur:
interpellation, apostrophe, hyperbole, interrogation rhétorique, exclamation.
Le lexique
Les champs lexicaux les plus fréquents sont ceux qui concernent la psychologie et
l'affectivité (amour, joie, tristesse...).
Le lyrisme dans l'histoire
Le lyrisme antique
-Les premiers textes lyriques de la littérature occidentale sont des poèmes chantés
qui datent du 7ème siècle avant J.-C. Dans la mythologie grecque, Orphée,
l'initiateur de la poésie, chante en s'accompagnant d'une lyre.
-Le lyrisme pour les Grecs se définit par cette relation privilégiée entre parole et
musique. Il correspond à l'origine à un genre précis, l'ode, distincte à la fois de la
poésie dramatique (le théâtre) et de la poésie épique.
Au Moyen-âge
-Les poèmes des troubadours étaient chantés avec un accompagnement musical.
Dès le 11ème siècle, la poésie courtoise crée des chansons d'amour qui affinent le
lyrisme amoureux: l'amour devient une quête spirituelle.
-Au 15ème siècle, la poésie lyrique évolue vers une tonalité plus intimiste et
s'adapte à des formes sophistiquées, comme la ballade et le rondeau. Cette
tendance se confirme dans la poésie des le 16ème et 17ème siècles.
Le tournant romantique
-Au 19ème siècle, l'individualisme romantique favorise l'essor du lyrisme, en
libérant l'épanchement des sentiments et en assouplissant les contraintes des
genres. Les poètes expriment leurs émotions sur un ton nouveau.
-Le registre lyrique colore alors tout les genres: chez Chateaubriand, il transfigure
la prose autobiographique; dans le drame romantique, il se mêle au grotesque; chez
Michelet, il poétise le récit historique...
-Le lyrisme se répand enfin dans d'autres arts, et surtout dans celui de la musique:
l'opéra est appelé "art lyrique". Au 20ème siècle, la chanson et le cinéma
accueillent aussi le registre lyrique.

La poésie lyrique est souvent définie comme le genre littéraire qui


accueillel’expression personnelle des sentiments du poète. L’auteur lyrique
parle en effet en son nom propre; il dit “je”. Cette définition, toutefois, est
insuffisante, en ce qu’elle néglige deux autres composantes essentielles du
lyrisme qui sont la recherche de la musicalité et la visée de l’idéal. Il convient
donc plutôt de percevoir celui-ci comme l’expression d’un sujet singulier qui
tend à métamorphoser, voire à sublimer le contenu de son expérience et de sa
vie affective, dans une parole mélodieuse et rythmée ayant la musique pour
modèle.
La poésie lyrique doit en effet son nom à la lyre qui, dans
l’Antiquité, accompagnait ses chants. Symbole d’unité et d’harmonie, cet
instrument apollinien prend dans le mythe d’Orphée une valeur pacificatrice.
Capable de suspendre les supplices des Enfers, il devient le modèle des pouvoirs
de la poésie et des liens étroits qui l’unissent à la destinée de la créature
humaine.
. EVOLUTION HISTORIQUE
Le lyrisme apparaît en France, au Moyen-âge, à travers une myriade de formes
associant le plus souvent au poème la musique et la danse : chansons de toile,
pastourelles, sérénades, ballades, cansos, tournois, tensons, lais et virelais
fleurissent dans le chant des trouvères et des troubadours. Bernard de Ventadour
(1150-1200), Richard Coeur-de-lion (1157-1199) et Thibaut de Champagne
(1201-1253) comptent parmi les nombreux représentants de ce lyrisme ancien.
L’amour courtois est alors le thème dominant des oeuvres les plus savantes, qui
se partagent entre intimité et virtuosité. Le jeu codifié l’emporte sur l’expression
authentique. C’est dans la seconde moitié du XIIIème siècle, notamment avec
Rutebeuf, que le lyrisme entreprend de se dégager de ses stéréotypes. Au
XVème siècle, Charles d’Orléans (1391-1465) et François Villon (1431≈1463)
imposent deux voix mélancoliques aux accents plus résoluments personnels,
l’une précieuse et nourrie d’allégories, l’autre mobile, instable, mais capable
d’articuler le sort d’un sujet singulier à celui de ses “frères humains”.
Pendant la Renaissance, l’espace du lyrisme s’élargit. Légèreté de Marot,
allégresse de Ronsard, mélancolie de Du Bellay, virtuosité de Louise Labé et de
Maurice Scève: la poésie multiplie alors ses sources d’inspiration et ses formes.
La relecture des poètes de l’Antiquité et l’influence de la littérature italienne,
conjuguées à l’enthousiasme d’inventer une nouvelle figure de l’homme et du
monde, induisent une production poétique très riche. Chez les poètes de la
Pléiade, l’ode et le sonnet ouvrent un nouvel espace formel à l’expression
lyrique. Ronsard célèbre en 1550 “l’heureuse félicité de la vie”. La ferveur
panthéiste et l’influence pétrarquiste le conduisent à multiplier les
correspondances entre les beautés de la nature et celles de la femme aimée. Les
anciens schémas de la poésie courtoise cèdent peu à peu le pas à une inspiration
plus familière. Mais l’époque classique interrompt cette floraison. En valorisant
la figure de “l’honnête homme” et en privilégiant les valeurs d’ordre et de
hiérarchie, elle entraîne un reflux du lyrisme.
Encore nombreux à l’époque du baroque, les poètes lyriques se raréfient à partir
de 1640. La figure du poète se trouve alors relativisée, sinon dénigrée, Malherbe
lui-même va jusqu’à écrire “qu’un bon poète n’est pas plus utile à l’État qu’un
bon joueur de quilles”. Mondanité et préciosité ne suffisent pas à donner un sens
au “commerce des muses”. Le lyrisme trouve alors à se loger hors de la poésie:
il n’est absent ni des Oraisons funèbres (1667-1687) de Bossuet ni des tragédies
de Corneille, où il anime les stances du Cid, ni de celles de Racine qui comptent
quelques-uns des vers les plus mélodieux de la langue française.
Il faut attendre le milieu du XVIIIème siècle pour assister à un renouveau du
lyrisme. Le préromantisme dans la prose sentimentale, puis le romantisme dans
la poésie tout entière, le font s’épanouir en prêtant voix à la subjectivité
solitaire. Après être demeuré plus d'un siècle sous le joug de l'esthétique
classique, le poète redécouvre l'ensemble de ses pouvoirs et les exerce
librement. Il émancipe son écriture d'un certain nombre de conventions, en
disloquant par exemple l'alexandrin ou en mêlant les genres. Il étend son
vocabulaire en ne craignant plus d'employer des mots roturiers qui heurtaient
naguère le bon goût. Il élargit également son espace: il ne se confine plus dans
une antiquité hiératique, mais s'échappe vers le Moyen-âge ou vers la
Renaissance dont les tumultes et le foisonnement de vie le séduisent. Il
émancipe sa pensée en y intégrant les idées ou les valeurs nouvelles de la
révolution. Enfin, il livre son "moi" et met son coeur à nu. Les Méditations
poétiques (1820) de Lamartine, Les Voix intérieures (1837) de Victor Hugo
ou Les Destinées (1864) de Vigny comptent parmi les fleurons de cette poésie
nouvelle où l’expression personnelle ne peut être séparée de la méditation
morale et philosophique. Le mouvement même de la lyrique romantique conduit
le poète à déborder son propre “moi” pour prendre en charge dans son chant la
nature, ou le sort de l’humanité. Aux alentours de 183O, Victor Hugo incarne
plus que tout autre les trois domaines du lyrisme nouveau: dramatique
dans Hernani, intime dans Les Feuilles d'automne, épique dans Notre-Dame de
Paris. Le critique Brunetière résume ce triomphe d'une formule, en
écrivant: "avec le romantisme, c'est le lyrisme qui pénètre la littérature
entière." Pour préciser cette équivalence entre lyrisme et romantisme, il introduit
un troisième terme: "l'individualisme". Il résume ainsi sa pensée:"Le
Romantisme, dans notre histoire, est un phénomène social caractérisé par une
tendance en tous sens à l'Individualisme, et, comme tel, dont la forme littéraire
ou poétique ne pouvait être que le lyrisme".
Il semble alors que le lyrisme ait absorbé toute la la poésie. Mais l’échec de la
révolution de 1848 inaugure un âge nouveau dans l’histoire de la lyrique
française. A partir du milieu du XIXème siècle, elle se trouve conduite à
engager sa propre critique. Les valeurs de création tendent à se substituer aux
valeurs d’expression. A la suite de Gautier puis de Baudelaire, l’accent est mis
sur la beauté de la forme et sur ses effets. L’effusion se trouve rejetée au profit
du travail de l’écriture même. Les Parnassiens réagissent contre les excès du
romantisme en prônant “l’art pour l’art”. Formé un temps à leur école, Verlaine
dilue dans les brumes de l’impersonnel les contours du “moi”. Rimbaud, plus
radicalement, rejette avec violence la poésie subjective qu’il juge “horriblement
fadasse”. C’est Mallarmé qui pousse à son paroxysme cette crise du lyrisme en
prônant la “disparition élocutoire” du poète. Mais de cette succession de remises
en cause, le lyrisme sort paradoxalement renforcé. La poésie affirme en effet son
autonomie en se dégageant à la fois de l’expression et du didactisme. Elle en
vient à constituer une aventure en soi. Héritiers de Mallarmé, les symbolistes se
lancent à la poursuite d’un art total, ayant l’opéra pour modèle. Ainsi réaffir-
ment-ils l’alliance ancestrale du lyrisme et de la musique, ainsi que le caractère
idéal du chant. Au début du XXème siècle, Apollinaire dans “Zone” et Blaise
Cendrars dans “Pâques à New-York” (1912) et “Prose du Transibérien” (1913)
ouvrent au contraire l’espace du poème aux innovationsdu monde moderne dont
s’étaient détournés leurs prédécesseurs. Ils vont jusqu’à célébrer le lyrisme
visuel de la publicité. Les surréalistes prônent, à l’image d’André Breton
dans L’Amour fou (1937), “le comportement lyrique” entendu comme attention
et obéissance aux injonctions de l’inconscient. Chacune de ces écoles marque
ainsi un approfondissement de la notion et un élargissement de son champ
d’investigations. De moins en moins effusif, de plus en plus conscient de ses
pouvoirs et de ses dangers, le lyrisme apparaît en fin de compte comme le nom
même des énergies qui sont à l’oeuvre dans la poésie et qui la poussent sans
cesse à remettre en cause ses propres délimitations.
II. LES FORMES LYRIQUES

e lyrisme couvre tous les registres de l’expression subjective, depuis les joies ou
les peines les plus familières jusqu’à la célébration des héros ou des dieux. Il
peut être intime ou d’apparat, de tonalité élégiaque ou joyeuse. L’ode est sa
forme la plus ancienne et la plus noble. Proche de l’hymne, elle associe à l’idée
de chant celle de célébration. Cultivée par Pindare dans l’Antiquité grecque, elle
se retrouve aussi bien chez Ronsard (Odes, 1550-1556) que chez Victor Hugo
(Odes et ballades, 1822-1828) ou Paul Claudel (Cinq grandes odes, 1908). A
travers elle, c’est la dimension proprement religieuse du lyrisme qui se trouve
valorisée. A cette forme exaltée, on oppose volontiers l’élégie qui en paraît le
revers dépressif. Celle-ci est moins portée à célébrer qu’à méditer et déplorer. Le
passage du temps, la finitude humaine, les tourments de la passion et de
la mélancolie, nourrissent les Regrets (1558) de Du Bellay, comme
les Elégies (posthume, 1844) de Chénier et les Méditations poétiques de
Lamartine. A côté de ces grandes formes, une multitude de genres mineurs a
proliféré, souvent d’origine populaire, tels que la chanson et la ballade.
Les données sentimentales et musicales y sont prépondérantes. Il en va ainsi
des Chansons des rues et des bois (1859-1865) de Victor Hugo. La poésie
lyrique est si diverse que l’on ne saurait en définitive lui attacher de versification
particulière. Elle se caractérise plutôt par une extrême variété formelle qui
contribue largement à faire évoluer les ressources de la métrique. Ainsi , dans
les Fêtes galantes (1869) et les Romances sans paroles (1874) de Paul Verlaine,
le mètre impair se voit-il préféré pour exprimer les incertitudes et les
défaillances de la subjectivité. Mais c’est sans doute l’octosyllabe qui apparut
longtemps comme le vers le plus propice à l’expression mélodieuse de
l’inspiration lyrique. Au début de ce siècle, la “Chanson du mal aimé” de
Guillaume Apollinaire en fait encore usage. On observera par ailleurs que la
poésie lyrique use volontiers de l’exclamation et de la répétition. Celles-ci sont
les signes les plus manifestes de l’animation du discours. On y peut discerner les
mouvements que fait le sujet dans le langage pour se rapprocher de l’idéalité
qu’il convoite. Ainsi Saint-John Perse multiplie-t-il dans Eloges (1911) les
points d’exclamation comme autant de marques de la célébration.
Et si Valéry ne craint pas de définir le lyrisme comme “le développement d’une
exclamation”, c’est que le travail du poète consiste précisément à donner corps,
en l’amplifiant, à l’impulsion initiale d’un voeu, d’un souci ou d’un désir. Ainsi
naturellement porté vers l’amplitude, le lyrisme ne se cantonne pas dans le vers.
Au XVIIIème siècle, il est à l’oeuvre dans la prose des Rêveries du promeneur
solitaire (1776-1778) de Rousseau ou des Mémoires d’outre-tombe(1809-1841)
de Chateaubriand. Au XIXème, il donne lieu à la forme nouvelle du poème en
prose que Baudelaire caractérise comme désireux de réaliser le rêve
d’une “prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez
heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme (...)”. Tel serait en
définitive le lyrisme : la convoitise d’un langage autre au sein de la langue
même.

III. L’EXPRESSION SUBJECTIVE


Après avoir perdu Eurydice, Orphée erre à travers les campagnes en chantant sa
douleur et sa solitude: “Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé”s’exclamera
Nerval en se réappropriant cette image dans Les Chimères. (1853). Telle est sans
doute la figure la plus fameuse du poète lyrique : celle d’une créature solitaire
dont l’identité même se trouve suspendue à son chant. Soucieux d’appréhender
l’essence des différents genres littéraires, le philosophe Hegel oppose dans
son Esthétique la dimension subjective de la poésie lyrique à l’objectivité de la
poésie épique: “Elle a pour contenu le subjectif, le monde intérieur, l’âme
agitée par des sentiments et qui, au lieu d’agir, persiste dans son intériorité et
ne peut par conséquent avoir pour forme et pour but que l’épanchement du
sujet, son expression.” Les réalités dont s’empare le poète lyrique sont donc
choisies et interprétées par sa subjectivité. Si le lyrisme est musical par essence,
c’est que son objet même est extrêmement variable. Il est lié à la diversité des
états psychologiques du sujet. Toutes les tonalités de la vie affective trouvent à
s’y exprimer. Par là même, le lyrisme constitue un genre instable, dans la
composition duquel entrent des contenus très différents. Il rassemble, avec plus
ou moins de cohérence, tout ce qui constitue la poésie quand elle n’est pas
réductible à un genre historiquement et formellement caractérisé. Sa thématique
est directement liée au contenu de l’expérience subjective. Le temps, la mort,
l’amour, sont ses motifs de prédilection en ce qu’ils mettent en cause l’intégrité
de l’individu et son rapport au monde environnant. Il faut noter toutefois que
l'expression lyrique n'est pas si naïve qu'elle paraît. Le contenu sentimental du
poème peut être feint autant que réellement éprouvé. Le “je” lyrique ne coïncide
pas forcément avec la personne qui s'exprime à travers lui. Il est avant tout un
sujet d'énonciation qui peut prendre quantité d’aspects. Il devient par exemple
un “tu” au début de “Zone” d’Apollinaire : “A la fin tu es las de ce monde
ancien” (Alcools, 1913). Il décline des identités crépusculaires et aléatoires
dans le deuxième “Spleen” de Baudelaire : “Je suis un cimetière...”, “Je suis un
vieux boudoir...”Davantage que le “je” lui-même, ce sont en fin de compte les
métamorphoses ou les altérations dont il est l’objet qui constituent le principal
intérêt du texte lyrique. Le poète confie à une parole musicale, imagée et
rythmée, le soin d’idéaliser, de styliser ou de noircir ses propres traits. Ainsi se
délivre-t-il de sa finitude dans un discours qui la transfigure. Désireux d’azur et
d’élévation, le lyrisme enlève ou ravit le sujet dans le langage: "Emporte-moi,
wagon! enlève-moi, frégate!" s'exclame Baudelaire dans "Moesta et errabunda"
(Les Fleurs du mal, 1857).

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