TP2 L3 2015
TP2 L3 2015
1. Objectif du TP
Le but de ce TP est danalyser le spectre de fluorescence de diffrents chantillons afin de
dterminer leur composition chimique. Lmission de photons de fluorescence accompagne les
transitions lectroniques faisant suite leffet photolectrique, lesquelles se font entre niveaux
dnergie parfaitement dtermins et dpendants de la nature chimique de latome. On verra que
les spectres de fluorescence peuvent galement porter les traces de deux autres types dinteraction
rayons X - matire : les diffusions Thomson et Compton.
1. Les photons peuvent tre diffuss lastiquement, cest--dire dvis de leur trajectoire initiale
sans perte dnergie.
2. Les photons peuvent subir une diffusion inlastique. Il existe deux types de diffusion inlastique :
- Diffusion inlastique avec cration/annihilation de phonons : dans ce cas, le transfert dnergie
E permet de modifier ltat vibratoire de la matire. Lnergie des modes propres de
vibration tant de quelques meV, celle des photons X tant de quelques keV, on constate que
le changement relatif en nergie E/E est trs petit, de lordre de 10-6. Les instruments utiliss
dans ce cycle de TP natteignant pas cette rsolution, nous ne pourrons pas en pratique
diffrencier ce type de diffusion de la diffusion lastique.
- Diffusion Compton : dans ce cas, il y a un transfert dnergie depuis le photon X vers un
lectron libre ou faiblement li.
3. Les photons peuvent tre absorbs par les atomes (effet photolectrique). Cet effet donne lieu
la fluorescence et leffet Auger.
ei ( k .r t )
Ediff r , , E0 r0 sin u .
r
1/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
Fig.1 - Illustration du processus de diffusion Thomson par un lectron. Seuls les fronts donde sont schmatiss :
il sagit des points de lespace pour lesquels la phase de londe lectromagntique est constante. La phase est
donne par le terme kx t pour londe plane incidente se propageant suivant z, et par kr t pour
londe diffuse. Les repres de coordonnes cartsiennes et sphriques utiliss dans le texte sont dfinis sur
cette figure.
Les ondes diffuses lastiquement par les lectrons dans la matire ont toutes la mme longueur
donde, et peuvent donc interfrer entre elles. Au niveau atomique, lamplitude du champ associ
aux ondes diffuses va scrire :
i ( k .r t )
Eat r , , E0 r0 f sin
e
sin u .
r
Le facteur de diffusion atomique f (sin ) est le reflet des interfrences entre les ondes diffuses
lastiquement par chaque lectron dun atome. Larrangement des lectrons en couches symtrie
sphrique se traduit par une dpendance de f selon langle de diffusion 2, qui dans les repres
dfinis en Fig. 1 se dfinit comme langle entre les directions de u x et u r . Le facteur de diffusion
atomique augmente avec le numro atomique Z (Fig. 2). Dans le cas particulier de la diffusion vers
lavant (2 = 0), f (sin ) = Z. Lintensit diffuse se calcule comme le module au carr de
lamplitude de diffusion.
2/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
55
50
30
25
20
15
10
0
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0
-1
sin/ ( )
Fig.2 Facteurs de diffusion atomique des atomes de fer (Fe) et dtain (Sn).
Il est noter que dans les cristaux, larrangement priodique des atomes se traduit par des
conditions dinterfrences constructives dans un nombre limit de directions : la diffusion Thomson
est ainsi lorigine des pics de Bragg. On parle alors de diffraction.
Fig.3 - Schma illustrant le processus de diffusion Compton. Le photon incident et llectron au repos sont
reprsents gauche de la figure ( x 0 ). La partie droite de la figure reprsente la situation aprs collision : le
photon est dvi et a subi une perte dnergie ( ' 0 ), tandis que llectron est mis en mouvement. A ct de
chaque reprsentation dune particule, on indique le couple (nergie, quantit de mouvement) qui la
caractrise.
3/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
Le transfert dnergie du photon vers llectron peut tre calcul dans le cas dun lectron libre
initialement au repos (Fig. 3). En exprimant dans un cadre relativiste la conservation de lnergie et
de la quantit de mouvement, on trouve la loi de variation de la longueur donde Compton en
fonction de langle de diffusion du photon incident :
c 0
h
1 cos 0.0242 1 cos .
mec
Dans la matire, leffet Compton concerne majoritairement des lectrons faiblement lis. Llectron
ne se trouvant pas initialement au repos, la longueur donde du photon diffus nest pas
rigoureusement gale la valeur calcule ci-dessus : il faut dans ce cas tenir compte de leffet
Doppler li la quantit de mouvement initiale de llectron. En pratique, la longueur donde des
photons diffuss Compton langle est distribue sur une certaine largeur autour de la valeur
calcule pour llectron initialement au repos.
50
Intensit de la diffusion Compton (u.a.)
45
40
35
30
25
20
15
Fe (Z = 26)
10
Sn (Z = 50)
5
0
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5 4.0 4.5 5.0
-1
sin(/2) / ( )
Fig.4 Intensit de la diffusion Compton calcule pour le fer (Fe) et ltain (Sn). Les donnes numriques ont t
tires de larticle Atomic form factors, incoherent scattering functions, and photon scattering cross sections ,
J. Phys. Chem. Ref. Data 4, 471 (1975).
4/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
Latome ionis se trouve dans un tat excit et instable. Le retour ltat fondamental se fait par des
transitions lectroniques depuis les niveaux dnergie suprieure vers le niveau vacant, en suivant
soit un processus radiatif (fluorescence), soit un processus non radiatif (effet Auger) [Fig. 5].
Fig.5 Reprsentation du processus dabsorption par effet photolectrique ( ionisation , gauche), et des
processus de dsexcitation qui en dcoulent : fluorescence et effet Auger.
Fluorescence
La fluorescence est un processus radiatif de dsexcitation de latome ionis. Lorsquun lectron vient
combler le niveau vacant depuis un tat li dnergie suprieure, un photon est mis hors de latome
avec une nergie h correspondant la diffrence dnergie des tats de dpart et darrive de la
transition (Fig. 5b). Noter que lmission du photon de fluorescence se fait avec la mme probabilit
dans toutes les directions de lespace (mission isotrope).
5/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
correspond aux nergies de liaison des lectrons de coeur. Leffet photolectrique d aux rayons X va
donc conduire lionisation des couches K et/ou L, et par suite des transitions des niveaux L et M
vers K, et M vers L. Ces transitions entre niveaux de coeur sont accompagnes de lmission de
photons de fluorescence des nergies parfaitement dtermines, qui ne dpendent que de la
nature de latome ionis [cf. Annexe II], quel que soit le type de liaisons formes avec les atomes
voisins. Lanalyse en nergie du rayonnement fluoresc par un chantillon permet donc en principe
de dterminer sa composition chimique.
Les transitions lectroniques couples avec lmission dun photon sont soumises des rgles de
slection. La figure 6 ci-dessous rappelle la nomenclature des transitions autorises lorsquil y a un
trou dans la couche K, L1, L2, ou L3.
Fig.6 Schma des niveaux dnergie lectronique dans un atome. Lnergie dionisation dun niveau (note EK,
ELj, EMj ) reprsente lnergie apporter pour expulser un lectron de ce niveau hors de latome. La
nomenclature des dsexcitations par fluorescence est donne pour les sries K et L, observes aprs lexpulsion
dlectrons K et L, respectivement.
Effet Auger
Un atome excit par ionisation, dans la couche K par exemple, nmet pas ncessairement un
photon de la srie K hors de latome. En effet, le photon mis peut tre absorb par latome lui-
mme et servir lexpulsion dun second lectron des couches suprieures (L, M, ... dans notre
exemple). Ce phnomne sappelle leffet Auger et constitue une transition non radiative ou
conversion interne.
6/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
Un atome qui est le sige dune telle conversion se trouve dans un tat doublement ionis, LL dans
notre exemple, cest--dire avec deux trous dans la couche L : lun des trous provient de la transition
lectronique L K, lautre provient de lexpulsion dun lectron dit lectron Auger . La figure 7
schmatise ce phnomne. Si un lectron de la couche M subit une transition vers un tat vacant de
la couche L, un photon de la srie L sera mis, et latome sera alors dans un tat doublement
ionis LM.
Pour un atome donn il y a comptition entre le phnomne de fluorescence X, qui donne lieu
lmission dun photon hors de latome, et leffet Auger, qui donne lieu lmission dlectrons hors
de latome. Il est bien vident que, dans un seul atome, les deux phnomnes ne peuvent avoir lieu
simultanment : leffet Auger va donc limiter le rendement de fluorescence X (Fig. 8).
Fig.8 Probabilit de dsexcitation par effet Auger aprs ionisation dune couche K, L ou M, en fonction du
numro atomique Z. La probabilit de dsexcitation par fluorescence est le complment 1 des probabilits
deffet Auger. Figure tire du livre Encyclopedia of Materials Characterization: Surfaces, Interfaces, Thin
Films , par C. R. Brundle, C. A. Evans, et S. Wilson (1992).
7/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
Fig.9 Attnuation dun faisceau X par une paisseur de matriau e. Noter quen toute rigueur, lair devrait
galement contribuer lattnuation du faisceau (cf. partie 4b).
Le faisceau incident prsente une section droite S dlimite par un collimateur. Lintensit du
faisceau I(x) est dfinie comme le nombre de photons incidents par seconde sur la surface S. Lors de
la traverse dune tranche dpaisseur dx dun matriau monoatomique, lintensit du faisceau varie
de la quantit dI x I ( x) dx , o est le coefficient dabsorption linique (en cm-1) dsignant
la probabilit quun photon interagisse avec la matire dans lpaisseur de matriau dx. On peut ainsi
dI
crire : I (x) .
dx
La fonction exponentielle est solution de cette quation diffrentielle sur I (x) . En effet, on vrifie
C e aC e . On trouve ainsi I x C e
ax
ax x
. En x = 0, on peut poser I(0) = I0, ce qui permet
dx
de retrouver la loi de Beer-Lambert :
I x I 0 e x
8/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
Cas dun matriau polyatomique : le coefficient dabsorption massique dun matriau homogne
contenant N lments est la moyenne des coefficients dabsorption massiques de chacun des
N
constituants : cim , o cim dsigne la concentration massique de llment i dans
i 1 i
N
le matriau travers (on doit vrifier c
i 1
m
i 1 ).
Fig.10 Schma du montage utilis pour ce TP. E chantillon, C cristal analyseur, Se fentes de Sollers
dentre, Ss fentes de Sollers de sortie.
Le montage est optimis pour activer la fluorescence de lchantillon et lanalyser en nergie, afin
didentifier les espces chimiques prsentes.
Les atomes de lchantillon sont initialement ioniss par effet photolectrique. Le rayonnement
excitateur provient soit dun tube anode de Molybdne (Mo) [montage situ gauche en entrant
dans la salle 216], soit dun tube anode de Or (Ar) [montage situ droite en entrant dans la salle
216]. Des photons de fluorescence sont alors mis dans toutes les directions de lespace par
lchantillon.
Des fentes de Sollers (fines lames de cuivre parallles) permettent de fixer une direction suivant
laquelle on a un faisceau de fluorescence X de trs faible ouverture angulaire. Ce faisceau irradie un
cristal analyseur solidaris un axe de rotation dangle . Le cristal analyseur est un cristal de
mtrique connue, dont la surface est taille paralllement une famille de plans rticulaires. Les
9/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
deux appareils de la salle 216 fonctionnent avec un cristal analyseur de LiF taill paralllement la
famille de plans (0 0 2) [paramtres de maille du LiF : a b c 4.027 , 90]. Les
diffrentes composantes du rayonnement polychromatique de fluorescence sont spares par
diffraction sur le cristal analyseur. Pour un angle dincidence sur le cristal, on observera de la
diffraction langle 2 pour la composante du rayonnement de longueur donde vrifiant la loi de
Bragg 2d002 sin n .
- d 002 est la distance interrticulaire des plans (0 0 2) parallles la surface du cristal analyseur. On
ne mesure que la diffraction par ces plans, puisque le montage maintient une gomtrie de
rflexion entre faisceaux incident et mesur par rapport la surface du cristal analyseur.
- n est lordre de diffraction. Une mme composante du rayonnement du tube peut gnrer de la
diffraction plusieurs angles n, tant que n 90 .
Le mouvement de lensemble cristal analyseur / dtecteur est tel que le dtecteur tourne vitesse
angulaire rigoureusement double de celle du cristal analyseur. Ainsi, chaque fois que la relation de
Bragg est satisfaite pour une longueur donde i prsente dans le rayonnement de fluorescence de
lchantillon, il y aura diffraction dans la direction 2i et le dtecteur sera exactement la bonne
position pour capter le rayonnement diffract.
Le montage utilis pour ce TP permet donc danalyser les unes aprs les autres les raies de
fluorescence mises par lchantillon et donc dobtenir son spectre de fluorescence X.
4. Manipulations et analyse
10/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
composition chimique ? Proposer une exprience qui permettrait de lever le doute quant-
lexistence de Molybdne (si le tube utilis est au Mo) dans lchantillon.
En tenant compte du point 3) et galement du point 4), indiquez qualitativement pour quels
lments du tableau de Mendeleiev la dtection des raies de fluorescence peut s'avrer dlicate.
Dans cette partie on se propose dans un premier temps dtudier linteraction des RX avec un
polymre : du Plexiglas (Polymthacrylate de mthyle) :
Manipulation 2 :
1- Rglez les paramtres du tube pour lacquisition du spectre de fluorescence : tension
40 kV, courant dlectrons 20 mA.
2- Lancez une acquisition balayant langle 2 entre 5 et 105 par pas de 0.05, avec un temps
de comptage de 3 s par pas.
3- Calculez la dure de lacquisition afin de pouvoir arrter le balayage dangle avant la bute
mcanique.
Tracez le spectre obtenu en fonction de la longueur donde en . Pour ce faire, fates lhypothse
(fausse) que lon nobserve que de la diffraction lordre 1 sur le cristal analyseur.
Peut-on observer la fluorescence des lments du polymre ? Quelle est alors lorigine des pics
observs ? Quobserve-t-on en plus des pics et pourquoi ? Peut-on dterminer la tension du
gnrateur partir du spectre ?
11/11
L3 de Physique Universit Paris-Sud XI TP2 : Interaction rayons X matire, spectres de fluorescence
TP Physique des Rayons X
Distinguer les pics dus la diffusion lastique (Thomson) de ceux associs aux processus de
diffusion inlastique (Compton) . Pourquoi les pics de diffusion inlastique sont-ils plus larges ?
Calculer langle de diffusion inlastique des photons aux diffrents ordres. Comparer la valeur
obtenue avec langle du montage exprimental.
On reprend la mme exprience avec le matriau des fentres protectrices qui entourent les
diffractomtres. Celles-ci sont constitues dune matrice polymre (Plexiglas) englobant des atomes
lourds (appels charges) que nous nous proposons didentifier.
12/11