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Omaly29-32 10

madagascar discours dieu

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OMALY SY ANIO, N° 29-32, 1989-1990 LES DISCOURS MALGACHES SUR DIEU Contribution a l'étude d'une mentalité religieuse par Pietro LUPO Plusicurs discours malgaches sur Dieu existent avjourd’hui et montrent, dans leur diversité, une fidélité dynamique & la tradition. Ces discours ne sont pas improvisés. Ils renferment des résonances historiques qui les situent dans des contextes précis. Je les considére comme les expressions d'une méditation trés riche sur les cultures qui se sont amalgamées 4 Madagascar et qui se retrouvent dans la culture malgache, Lhhistorien des religions constate que dans ces discours apparait t s’élargit la recherche humaine sur Dieu et sur les rapports entre l'homme ct Tinvisible. Globalement, je dirai que cette variété du discours malgache dépassc la problématique étrangére qui voyait, dans la “pensée des anciens" sur Dicu, la projection de ses propres questions. Cetie problématique gravitait autour d'un monothéisme fondamental pergu par le discours chrétien missionnaire, et d'un polythéisme, voire d'un athéisme élémentaire, affirmé par les penseurs laics. Ce ‘débat qui, a la fin du XIXeme sidcle et au début du XXéme surtout, avait ses points chauds en dehors de Madagascar, a influencé dans une certaine mesure, le discours malgache lui-méme. Je n’analyserai pas ici le probléme concernant 'existence de Dieu. Lion pourrait &tre probablement d'accord avec le pasteur Lars Vig lorsqu'll affirme Tuniversalité de la croyance malgache en I'existence de Dicu (1), ou avec Raombana, disant que "les Malgaches (...) tout paicns qu’ils soient, chacun d’eux croit en Texistence de Dieu" (2). J'ai dit "probablement’, car des colldgues, malgaches, quelle que scit leur appartenance sociologique a telle ou telle religion, réclament le droit a l'athéisme, jugent étonnantes, sinon naives, certaines généralisations des missionnaires étrangers sur les croyances malgaches, et supportent encore moins les déclarations analogues provenant de leurs compatriotes, Mais ce Dicu dont lexistence, admettons-le, ne fait généralement pas 1) Lars Vig, Les conceptions relgiouses des Ancions Makaches, (traduction de Vallomand par SEE? Aananae npr Cabcis 1916 90 oO (2 Raombana, HitoradT (Ed ot Faaioton frargace par Simon Ayacho) Fianorantsoa, ‘Ambozontany, #980, 304 p.(p. 40). Le texte de Raomtana est du mikou du XIXéme siddl. 45 de doute, par quels termes essaie-t-on de le nommer ? Et quels sont les concepts véhiculés par ces termes ? C'est autour de ces questions fondamentales que se développe le débat malgache que je voudrais analyser(3). DIEU CREATEUR La premidre manifestation de ce débat se trouve, me semble+-il, au niveau des, traductions et des explications des termes du vocabulaire philosophique ct religieux, tels que Zanahary, Andriamanitra, Andriananahary. Ces traductions laissent apparaitre au moins deux directions de pensée ; unc est celle anctée dans le discours religieux révélé et continue, cn un certain sens, le discours des missionnaires chrétiens ; Yautse s'en détache entidrement et donne une interprétation nouvelle de la pensée religieuse ancienne. Une pointe de fierté apparait dans la premiére tendance. II s'agit de montrer aux missionnaires étrangers que les idées religieuses (et philosophiques) des anciens n’étaient pas aussi "vagues" et “primitives” quiils Vaffirmaient. Cotte direction de pensée donne aux termes en question le sens de "Créateur’ ou "Dicu" tout simplement. Je trouve cela tout a fait I6gitime ; il ‘agit d'une lecture "malgache" de la pensée malgache. Ces auteurs, ayant souvent étudié la philosophic ct la théologie occidentales, savent ce qu'ils affirment, torsqu'ils sc servent du mot “erateur*. Il est évident qu’une telle traduction suppose, justement, dans les termes de Zanahary et d'Andriananahary, un concept philosophique fondamental, celui de “création” Si ce vocabulaire est adopté par les milicux déja chrétiens, Ie terme de ‘création” est, je suppose, pris dans le sens augustinien de creatio sive productio ex nihilo sui et subjecti. L'affirmation signific qu'une réalité supréme personnclie donne Fétre en partant du néant absolu, que la “chose” ainsi produite était néant en elle-méme (subjecti avant sa production et qu'elle n'est pas une parcclle quelconque de Dieu (sui), (ce qui conduirait au panthéisme), ni d'une réalité quelconque existant en face de Dieu (ce qui comporterait V'éternité de la matidre ct la conception de Dieu comme “démiurge", plutét que comme eréateur). C'est Yaffirmation de Valtérité absolue de Dieu par rapport a univers créé. Colui-ci, & son départ dans Yexistence, ne provient pas d'une évolution quelconque, mais d’un acte gratuit, voulu et posé par son créateur. Cest ici qu'il faut voir 1c fondemont de Tattitude religieuse judéo-chrétienne et islamique, se rattachant & I'Etre supréme ‘comme cause et terme absolument unique du rel. (@) Je [Link] quil m’a 618 donné de partciper & co dat & Cacsasion de travaux do recherches universitares ot dans le cadre de séminaires dhistoire des religions et dos ‘Mental. Je cilerais quelques tives do travaux réalisés par des étudiants, dont certains sont Séloctonnds pour la publication: CL. Noroharimalala , Esquisso de leon gurl skidy (Givination), Fulgar, Ecole normale supérioure, Mémoire de CAPEN, drigé pat Joan iakotoarivelo, 1988, 130 9.. R. Randimbisoa, Essai sur le sentiment religioux beisileo (Madagascar, & Faves lorie de bénddictcn ta siocana” Tula, Eoole normal supsious, ‘émoire de CAPEN dirigé ay Pietro Lupo, 1987, 124. LR. P. Razalimampionana, La Signifcation de la joie dans fo "Yamadihana’, Ecole normals supérieure, Tuléar, Mémoire de EN diigé par Pietro Lupo, 1986, 156 p. 146 Je pourrais citer des dizaines d'auteurs malgaches qui identifient le contenu du terme Zaniahary avec le contenu du terme "Créateur’, lorsqu'ils traduisent les textes malgaches religicux recucillis dans les enquétcs oi: ce terme est employé. Jen donnerais quelques exemples pris dans le corpus de documents que j'ai essayé d’établir en vue de la rédaction de ce travail (4). Paul Ramasindraibe, dans la revue Fokonolona qui, pendant les années 1960, présentait la pensée malgache traditionnelle aux strangers, écrit :"..nahary est un mot courant qui n'a pas besoin dexplication. Il signifie créer, créateur". Le préfixe za, explique encore Ramasindraibe, contient une note de respect, d'amour et d'adoration. "Assemblés entre eux Za et nahary forment Zanahary : YEtre eréateur, le Créateur" (5). Dans sa thése de théologie rédigée en malgache sur Le ¢ulle d’Andriambodilova, le pasteur Edmond Andrianarivony (6) constate d'abord la foi des ancétres malgaches en Dicu, foi déja vécue bien avant Tintroduction de TEvangile, nous fait-il remarquer : “Ny malagasy dia manana ny finoany an'Andriamanitra mpamorona izao rehetra iza0 talohan'ny nidiran’ny Filazantsara eto Madagasikara” . Que signifie l'attribut mpamorona qualifiant le terme Andriamanitra ? L'auteur en donne, quelques lignes plus bas, lexplication cn franais, qu'il glisse au milieu de la phrase, comme s'il n’était pas stir, tout en s‘'adressant a des lecteurs malgaches, que le mot mpamorona soit suffisant & cexprimer 'idée de création : “Io Andriamaylitra fantany sy ninoany io, dia nantsoiny hoe Zanahary : “celui qui a créé* (Ce Dieu quiils (los ancétres) connaissaicnt ct auquel ils croyaient, ils Vont appelé Zanahary : “celui qui a créé"). Puis il cite les lignes suivantes d'un autre auteur malgache, Pierre Randrianarisoa (7) qui, lui, stexprime par contre en francais : “Los Malgaches sont persuadés que univers est dominé par un seul Dicu, créateur de toutes choses. Ils Vappellent Zanahary cclui quia cr66, ou Andriamanitra (Je noble parfumé)". ‘On pourrait multiplier les citations. Pour le pastcur Richard Andriamanjato (et pour le pare Job Rajaobelina (9) il n'y a pas de doute que le monothéisme ot le concept de création existaicnt dans la pensée rcligicuse malgache pré-chréticnne. Pour Rajaobelina, les mots Andriamanitra Andriananahary signifient Dicu- Créateur ; en parlant des cultes sacrificiels ancestraux, le méme auteur écrit que le sacrifice est “un mouvement de I'ame vers le Dieu-Créateur, en méme temps qu'un (4) Ce corpus fera fobjet tune publication & part. (6)P. Ramasincraibe, "Aspocts de Thumarité malgache, Dieu", Fokonolona (Antananarivo) n° 2, ovombre 1984, p. 22. Expiquer les noms par lesquels nous appolons Diou, cast fare ontendrs ‘comment nous le concevons" (bid). (ey e-Andnananwony. Ny fvavahana amin‘Andiambodiova, Kole toolojka Miry-Wato. (Antananarivo), 1972, 100, (ronéo),p. 1 (2) Randnanarlsca, Madagasca’ ei les croyances et coutumes malgaches, Caen, Eczvains ‘$e la Mor ot do TOutre-mer. p. 21. (8). Aiamariao, Le tiny et tooy dans la pensée magacho, Pais, Présonce Aticaine, (3) 4. Rajacbetina, Sentiments religigux dos Malgaches avant Farvée des missionnaires ‘chvdtons a Madagascar, Fianaranisaa, Mission cathoique, 1950, 40 p. p. 30 et 31 “7 appel a T'intervention des ancétres”. Des différents textes de pritre cités par Richard Andriamanjato, je rappellerais ces lignes qu'il faudrait replacer dans lcurs intensité liturgique. Au moment des cérémonies funéraires et pendant le sacrifice d'un zébu, le célébrant invoque ainsi :"... Si cest toi, Zanahary (Créatcur) qui I'as appelé, sans que nous l'ayons désiré, fais ce que tu veux. L'homme est sur un grand chemin od on ne peut se cacher, ct il ne peut entrer en lutte avec toi”. "Tu €s appelé, 6 Diew Créateur, qui tassieds sur la chaise d'or dans les licux les plus eovés. Tu es appelé pour aller devant car c'est toi qui connais l'eau dont sont faits les hommes, tu és le commencement de toute chose, tt sais oit se trouve la demeure du vent" Le terme Zanahary qu'on rencontre dans les textes recucillis ct présontés par Mamelomana (10), par Daniel Raherisoanjato (11), par Ignace Rakoto(12), par Lucile Rabearimanana (13), véhicule aussi, d'aprés ces auteurs, la notion de création. Cette méme notion semble retcnir les autcurs du Firaketana (14), lorsqu'ils Gerivent :"ny hoe Andriananahary (...) sy ny hoe Zanahary dia samy milaza azy ho namorona izao rehetra izao’ (les termes Andriananahary (..) ct Zanahary, expriment que (Dieu) a créé univers). Contrairement au pasteur Andrianarivony, les auteurs du Firaketana laissont le verbe namorona sans aucune explicat Tangue occidentale. Est-il possible que l'idée de création soit présente dans la pensée religicuse malgache ? Oui, cest possibie. Mais cst difficile A prouver. Ce concept tout & fait augustinien, transmis aux philosophies occidentales par les religions judéo- chrétiennes, ne se trouve pas dans la pensée et dans les religions asiatiques, ni dans les religions de l'antiquité, colles gréco-romaine et égypticnne comprises. Certes, ce n'est pas une raison pour que ce concept soit absent aussi dans la pensée malgache. Mais ce n'est pas, non plus, 'adoption du terme “créer”, “eréation” dans les traductions, qui prouve une telle existence. En effet, d'autres auteurs malgaches (linguistes, anthropologues, philosophes...) mettent en question les certitudes philosophiques et religicuses que les vicilles traductions du mot Zanahary ct Andriananahary supposaient et exprimaient. Dans le lexique de son ouvrage sur Le systdme littéraire betsileo, le professeur Andrianarahinjaka (15) est trés prudent 10) Mamelomana, "Les principaux lacours de a rligiosté du peuple malgache", Bulletin de Académie malgache, Antananarivo, t 62, 1-2, 1964, p. 35-55. (11) D Raborsoanja, “Taw otros en pays land, exemple du “Sactany” dans Le Tana ba fro ote aw, Tenanarve, Musée An etaArchédloge, Travaux et documents, XX 198, 'p-(p. 100-112) (12) | Rakoto, “Le fafy estil une simple levée des omy is du mariage 7", dans Cahiors Urbonee do cous Tanaraine" 1868p 7-5 foxes Randa op Beret, (13) L. Rabearimanana (texte présenté par) "Mystique et sorceliorie dans ie manuscrit do. FOmbiasy 1864-1870", Omaly sy Anio, 1975, n® 1-2, pp. 296-323, n° 3-4, 1976, pp. 903-324, ot 728, 1978, p. 271-298. an (14) Frakotana ny hiony malagasy (Dictonnaire encyclpécique malgache), Vananarve, npr. industiale, (15) LMX Anetianarahinjka, Le sstémektraiebetsileo, Fanarantsoa, Ambozoniany, 1986, 2.0. dans la définition du mot Andriamanitse (terme betsilco pour Andriamanitra, en ‘malgache officie)). Si le sens littéral en est "Seigneur parfumé", doué de hanitse, la signification étymologique est par contre “dieux” au pluricl. La ligne suivante est significative des doutes de auteur sur les interprétations courantes données par les milieux chrétiens : "Dieu créateur dans la terminologic chrétienne" (c'est nous {qui soulignons), et je suppose que c'est encore dans le cadre d'une telle terminologie “chrétienne”, qu’ Andriananahare significra aussi "Dieu créatcur, divinité supréme” (p.97). Nos doutes augmentent encore lorsque dans le travail de Jean-Francois Rabedimy sur les destins et les jours chez les Sakalava (16), on trouve que le mot Zanahary est traduit par “créateurs", au pluriel. Devant le pluric! “dicux” d’Andrianarahinjaka et le pluriel “créateurs” proposé par Rabedimy, on peut dé se demander ce qu'il en est du concept de créateur, s'il est logiquement possible quiil y ait plusieurs “créateurs’, si ce pluriel ne détruit pas le concept méme de créateur, et s'il n'est pas, pour le moins, imprudent de vouloir a tout prix transposer d'une culture a lautre des termes qui vchiculent des notions différentes et expriment deux mondes religicux divers. Rasoja et Baudcu (17) écrivent cos lignes, en présentant les traditions orales dans Ihéritage du Manandriana, dans le Betsileo :"Nous sommes loin de croire que le concept d'Andriananahary embrasse la notion théologico-philosophique de creatio ex nihila telle quiclle a été mise au point parla philosophie aristotélico-thomiste”. DIEU FECONDITE Quel est alors le concept_transmis par les mots Zanahary- Andriananahary ?Des auteurs mj temporains se penchent sur une telle question. Le résultat de leur laisse apparaitre la complex La racine hari porterait celui de création. Le mot Zanaha focnce, significrait Y'ancétre-fondatcur d'une société et non pas purement ct simplement 'Etre Supréme. La notion d’Etre ‘Supréme se rattacherait alors a 'ancétre organisatcur, porgu comme “créatcur” du groupe. Ce groupe est désarticulé, dans le chaos, dans le néant social avant I'acte jorique primordial qui I'a fait exister. 11 sagit alors non pas exclusivement d'un simple acte procréateur, mais de la mise en place, de organisation ct de la (19)4-F. Rabedimy, Vian‘anco. Les destins ete ous. Un mode de représentaton cs monde ‘dans Hancienne société sakalava ou Menabe & ,Patis, ORSTOM, 1960, 408 p. 17) M. Rasoja ot P. Baudou (prdsontés par) “Lovan-tsofina betsleo avy iany Manandriana raion orale betsile dans la région de Mananchnana’, dans Aspecis du chnstanisme Madlagascar, n° 9 et 10, 1974, p. 279-286 ot 300-316. 149 continuité d'une société, mise en place qui donne la clé de lecture de la soxualité, de Ja fécondité, de la notion de paternité, réalités psychologiques, biologiques et sociales & la fois, conditionnant I'étre et Vexister du groupe. Le passage de cotte expérience historique & Vidée de fécondité universclle, transcendant les sociétés, semble, & ce point, logique et a 66 effectivement franchi par les anciens Malgaches, Crest 1a, Venracinement de la notion de Zanakary universe), técondité transcendante, acte procréateur primordial. Telle semble dtre Tidée de Dieu jaillissant de Nexpérience philosophique ct religicuse des anciens. Quant aux termes de Zanahary et d’Andriamanitra eux-mémes, ils scront appliqués, dans le parler quotidien et dans le langage liturgique, tout ce qui est mystéricux ct insaisissable, depuis les esprits des ancétres Sloignés, jusquaux causes inconnucs du dernier phénoméne qui vient affecter l'existence. A ce point, je pourrais citer plusicurs auteurs qui orientent dans cette direction, a savoir, la notion de "Dicu- Fécondité’, plutdt que dans colle de création au sens biblique, leur réflexion sur la divinité supréme. Voici quelques cas significatifs. Je ne reviens pas sur tes textes de Suzy Ramamonjisoa (18), que jai déja étudiés dans d'autres circonstances (19). Je note seulement qu’a ma connaissance, ‘Suzy Ramamonjisoa est parmi les premicrs auteurs, sinon te premier, a avoir indiqué et souligné le sens de procréation plut6t que de création uniquement, comme présent dans la racine hari de Zanahary. Je me rapporterai plutét aux travaux d'un anthropologue, Robert Jaovelo-Dzao (20), dont la pensée se développe dans le méme cadre d'idées. La lecture de cet auteur replace dans son vrai contre, a savoir Yintuition de la fécondité de Zanahary, tout le probldme de T'idée de Dieu ct du polythéisme/monothéisme des anciens Malgaches. Avant de proposer tn passage de son texte qui me semble essenticl, je rappellerais une expression heurcuse d'un autre philosophe, Eugtne-Régis Mangalaza (21), qui semble clarifier toute cette question : “Les Malgaches, écrit-l, professent un monothéisme métaphysique ct un polythdisme liturgique’. Et c'est dans la multiplicité des expressions liturgiques, que semble se dépioyct lintuition de Tunicité d'un Dicu considéré comme {écondité. Lanalyse de Jaovelo-Dzao, bien quelle précide T'étinde de Mangalaza, cn est une sorte de commentaire ct révéle dank son fond les mémes préoccupations spirituclles et intellectuelles. L'auteur signale Xabord les forimules techniques et populaires déja consignées dans des liturgies & propos de Zanahary/razana, Divinité/ancétre. (18) S. Ramamoniisoa, “Introduction sous forme de mini-glossaire aux phénoménes de fossogion dans ie ord guest de Madagascar (notes présenibes par B oachin), Bulletin en ae {395 po. Un ‘dln Sur la region malgache praiguée & Nosy Bo au XIXbmo sib In late du pre Marc Finaz, Omaly sy Ania, n° 25-26, 1 (20) BH dootele Beso, Anihvepslogie relgleuse sakaraie: Essar eur Vincuturation du Christanisme a Madagascar, Strasbourg. Faculté de théologie catholique, Thase de 38 cycle en ethnologio, 1983, Résumé oxtral do cote tndeo prdpatés par Tautour dane Rochorthes ot document, stutsupeiur do hooioge, Dao Suarea 2-50, GA E-A, Mangalaze, “Die malgache of Dieu biblique’, dans Cahors do cole normale, a Pp, 71-100. Du méme auteur : Vie et mort chez les Betsimisaraka. Rupture etainui hnese de carat Eat Bordcaunl (Ebncbogo} 1608, vl pp tsiO ei pe ett 190 Les mythes et les rites divers rapportent d'autres couples : Zanahary-homme et Zanahary femme, Zanahary paternel et Zanahary materncl (...) terte-ciel et Tune/soleil. Ces formules liturgiques avaient dérouté aussi bien des auteurs qui les avaient interprétées dans le sens globalement polythéiste, que des missionnaires chrétiens, qui avaient vu en elles des signes de dégénérescence du monothéisme original. Pour Jaovelo-Dzao, ces mémes formules sont l'expression de la “force eréatrice de Zanahary” qui "réside dans la capacité d'engendrer. Ainsi la fScondité de la nature, son développement et sa pérennité, trouvent leur source primordiale ct puisent leur vitalité dans la fécondité divine". Zanahary est considéré alors “comme Vexpression de la plénitude et de la perfection divine qui se déploie dans ‘un couple ou dans une bipolarité dialectique, Toutes les richesses de 'homme (lehilahy) et toutes les valeurs de la femme (vehivavy) se trouvent a la fois condensées, en état de perfection et de plénitude en Zanahary ; toute la vitalité de la nature trouve sa source et son principe en Tui. Il n'y a pas de complémentarité de Thomme et de la femme, mais il s'agit d'une autonomie dynamique dialogale, rolationnelle et totale. la divinité passe a la fois pour génitour ct génitrico, pour prea mére, Dans cette méme ligne de pensée, Yvette Sylla nésume ainsi un texte de Vincent Tahafa (2), dans lequel cette méme intuition ou perception de la fécondité de Zanahary prend son point de départ des mécanismes de la fécondité dont Vexpérience est quotidienne dans la nature. Les multiples dicux qui président aux activités humaines, affirment Sylla-Tahafa, “sont complétement éclipsés par le plus grand d'entre eux, "Zanahary” qui est invoqué en maintes circonstances : or ill existe deux Zanahary, le male, symbole de la puissance masculine et le femelle, cclut de la fersiité ot de la f6condité, Symbole de union conjugal, ils ne font qu'un et on utilise le vous du pluriel ou le tu du singulicr pour s'adresser a cux”. pris la lecture de Jaovelo-Dzao ct de Tahafa, on peut comprendre pourquoi activité sexuelle, lorsqu’elle est li6e a la patcrnité et A la matemité, est considérée comme sacrée et regardée donc sans complexes. En partant de l'expérience de la fécondité dans la nature, signe universel du dynamisine interne de celle-ci, Vinteltigence malgache congoit I'Etre Supréme comme source de cette fécondité, comme la Fécondité elle-méme. Voila une perspective philosophique, un discours bien malgache of Dicu est étonnement proche du Dieu-relation-trinitaire ct amour du christianisme, Ces réflexions sur le terme Zanahary que Jaovclo-Dzao systématise ct synthétise pour les Sakalava et Venance Tahafa pour les Betsimisaraka, mais qui (22) ¥. Syll, Vanance Tahata, “ethnographe* ot aus des missionnaires catholiques de la (bio ast (Vers 1667-1691), Tananatve, Matise GHistore, 1981, 15 p. 108 p25 p. 15 touchent aussi le terme Andriananahary, plus diffusé sur les Hautes Terres centrales (Imerina, Betsileo), avaient commencé a circuler dé au début de ce sidcle, lorsque Gabriel Ferrand avait rattaché la racine hari aux cultes solaires orientaux et africains (23). Cela signifiait que dans Vinterprétation du sens de cette racine, i fallait aussi tenir compte de son contenu religicux et philosophique oriental et africain. Par le fait méme, la présence de l'idée de création, sc rattachant aux philosophies méditerranéennes, était mise en question. Plusicurs auteurs malgaches devaient roprendre cette thése pour la développer ou pour la réfuter 2. Cest dans ce cadre qu'on doit comprendre, me semble-t-il, 'abandon, par certains auteurs malgaches contemporains, du terme “créatcur” en remplacement du terme Zanahary, dans la traduction des proverbes. Dans ces nouvelles traduction, on trouve plutot deux mots qui ont une place importante dans Thistoire des religions et qui évoquent des anciens rites malgaches dont les traces, bien que trés vagues, continuent & subsister encore aujourd'hui : les mots "Dicu-Soleil”. Je donnerais de cela un seul exemple. Le proverbe "Andriamanitra tsy omen-tsiny, Zanahary tsy omem-pondro, fa ny olombelona no be siasia” est traduit de la fagon suivante par le pasteur Andriamanjato : "On ne blame pas Dicu, on ne donne pas tort au Créateur ; ce sont les hommes eux-mémes qui sont responsables de leurs égarements” (25) ; alors que Bakoly Domenichini-Ramiaramanana donne : "Au prince-parfumé point de blame, au Diew-Soleil point de reproche. Cest d’eux-mémes que les hommes s égarent” (26). Le mot créateur a totalement disparu de Iédition des proverbes de Bakoly Domenichini-Ramiaramanana, traduction qui, probablement par manque de diffusion, est matheuréusement rarement adoptée, sinon ignorée, Par Jes auteurs qui utilisent les proverbes malgaches. Dans le glossaire qui reprend les principaux concepts de son ouvrage sur le Culte betsimisaraka, Pascal Lahady (27), propose I’éymologic suivante pour Zanahary : Zana, re, re divin et hary, soleil, lumibre solaire, fe devin en tant que puissance et origine”. Le lecteur de Touvrage de Pascal Lahady a pu remarquer que dans la traduction des nombreux textes liturgiques, comme dans les proverbes |G. Ferrand, Essai de phondtique compare du malais ot des claloctos malgachos, Paris, Ed. Sete aoa, Xin aii (24) Dama-Nessha, Le bouddhieme malgache ou la civiisaton malgache. Essai danalyse et de feconsructon histiave, Tananarve, 1838, npr. Anananarv, 18% p, RalsonFakaivan, De origine du mot hari’, Bulletin de Académie malgache, T. 63, 1-2, 1974, p. 27-33, Ramancraionona (0), Lo Malgache, 6a langue et sarin, Pai, Presence Alcan, 1959, B. (25) R. Andiiamanjato, op. cit, p. 25. 5) 8 Domenic Ramararnanena, Ohablanny Nol. Exomples ot rovrbos des ancions iton enique et classification, Tananarive, Mémoires de TAeadémie malgacho, 1972, XVIk 654 p, Une roisiéme traduction, pls récanta, ost cola de Naminina Razatindrabe qui ne touche pag” aux tres Zanaary et Andrémania se dt ‘On ne fat pas do bame & ‘Andriamanitra, on ne fait pas de reproches & Zan sontles hommes qu sont caprcioux" dang “La noton de Dieu dans i formation toi loacheGondve-Aztve, wh 21, 1869, "2, , 101-108. aS (27)P. Lahady, Le cute betsimisaraka, Fianarantsoa, Ambozontany, 1979, 260 p. 182 traduits par Domenichini-Ramiaramariana, le mot “eréateur" n’apparait jamais. Pascal Lahady laisse, en effet, le terme malgache Zanahary sans aucune 6quivalence en francais. Tl en donnera le sens dans lo glossaire et dans la partic analytique de son étude, od il affirme : "le mot Zeiahary est un nom commun d’éymologie discutée”. Deux auteurs, Colin et Rakotonirainy sont cités on note, oi, Yauteur ajoute "Zanahary renvoie au dieu soleil Yan-Harei malais qui signifie : dicu(x), divinité(s), créateur(s) (28). LA TENTATION PANTHEISTE Liinventaire des thémes du discours sur Dieu doit tenir particuliérement compte de deux autres tendances : la premidre souligne les rapports de la perception de T'idée de Dieu chez les anciens Malgaches avec les cultures religicuses orientales, 'autre analyse lévolution de cette idée en fonction de et paralldlement a I'émergence de IEiat et & Torganisation du pouvoir politique. Dans ce deuxiéme cas aussi, nous nous situons dans une chronologie précotoniale. Le travail de Nicole Razafindrakoto sur la spiritualité merina (29) est une nouvelle lecture de certains passages de caractire religieux que Ton trouve dans les traditions orales recueillies par le R.P. Callet (30), Cotte Iecture est tris probablement influencée non seulement pas les tendances orientalistes de auteur, mais aussi par des écrivains décidément tournés vers les civilisations asiatiques cn tant que sources de la civilisation malgache, ct surtout vers les religions de souche védique et brahamanique. On peut citer plusieurs noms représentatifs d'une telle tendance sans que nécessairement, la vision et l'interprétation de ces auteurs. soient identiques : Dama-Ntsoha (31), dont on connait la lecture en perspective bouddhiste de la religion et de la civilisation malgaches, Joseph Rakotonirainy, le traducteur en langue malgache de Bhagaoadgita, auteur d'innombrables essais sur Ja ponsée malgache ancestrale (32), Ralison Rakotovao (33) et, plus récemment, (28) itidem., p. 105. Pascal Lahady écrit encore : “Dans le culte betsimisaraka, usage fxélerental duet zanahan/ comme appelation sacrbe est emarquable par rapport d coli do on synonyme Andhiamanita’. En note, Fautour continue :“Andramanira'= seignaur du Gol ou dos eipaces, plus personnal, ust us réquemment quoi premver dans fa vie couraniet (bid J/Quelques pages iniéressantes do la thése de E.-A. Mangalaza, op. cit. p. 145-146, ‘Sécrivent cortaines traces das ancions cultes solaires & Madagascar. Cf. aussi! F, Raison: \Jourde, Bible et Pouvair a Madagascar au X1Xeme siécle. Invention dune idenaté chrévenne ot Construction de Etat, Pars, 1991, 640 p. (23) Nicole Razafindrakoto, “Les fondements de la spirtualté merina caprés le Tantara ny ‘Andriana du PLP. Callet". Communication au Colloque Intemational chistoire malgache, Aptananaiyo,ja-ao0t 1960, 22, rondo) (30) RP. Caifet, Tantara ny Andriana teto Madagascar, Documents historiques d'aprés les tranuserts malgaches, Tananarive, Académie Malgache, 1908 (2 vol), Histoire des ris. ‘Traduction par G.S. Chapus et E. Ratsimba, Tanananve, Académie malgache, 1974, § vol. Le texte malgache a été réimprimé en 1981 par le Ministére de la Culture et de FArt révolutonnaires, (81) Dama-Ntsoha, Op. cit 22) 1, Rakojonirainy, Bnagavdgia, na ny hirantny sambara, Dikany ayy aminny sa 'Trackiction du sanskrit en malgache). Tananarive, Librairie “Ny Nosy", 1973, 176 p. P nombreux ouvrages du doctéur Rlakotonirainy, citons Fisainana malagasy ao anatin’ny 153 Norbert Randriamahandry (34). Quelques lignes de Norbert Randriamahandry semblent préluder a l'analyse donnée par Nicole Razafindrakoto. Voici comment le professcur Randriamahandry voit le concept d'Andriamanitra : "Andriamanitra est le pouvoir méme, Energie méme, indépendamment de son essence absolue. En sortant de son état statique, cette énergie créatrice passe par deux phascs successives. Dans un premier temps, elle évcille sa volonté de se réaliser, restant d'abord confondue avec I Etre inconditionné, impersonnel ; puis se concentrant a maximum dans un point idéal indivis (sehatra). Dans un douxidme temps, cette énergie éclate et se bipolarise (..) en principe male ct femelle qui sont une seule et méme réalité”. Si Randriamahandry, dont je connais par ailleurs la passion littéraire et philosophique pour Tagore, glisse vers le panthéisme en privildgiant le concept d’émanation plutdt que celui de création (ce qui semble découler de son analyse), Nicole Razafindrakoto y parvient plcinement. “Dicu, I'univers et Thomme, écrit-elle, sont une seule et méme chose. Il y a identité de nature, identité dessence entre tous les éléments et toutes les énergies. Il faut ct il suffit de percevoir l'Energie qui est unique pour obtenir tous les pouvoirs et tous les et plus loin : "la religion ainsi définie fait partic des religions orientales d'union et d'unité, Si tout est un, le moindre petit brin d’herbe est Dicu. Toute la nature est sacrée : Teau, la terre, le rocher, 'ancétre, la maison (zoro firarazana), le soleil (tanamasoandro andriamanitra mby an-trano)"(35).. Je laisse a Nicole Razafindrakoto la responsabilité de ce discours panthéiste, tout a fait oriental, sur la pensée religieuse malgache. On peut ne pas tre d'accord, et je trouve personncllement qu'il y @ davantage de place pour Thomme dans les religions de la transcendance. Jajouterais toute(ois que cette tendance panth¢iste est plus diffuse qu'on ne la pense, en particulier parmi les étudiants. Il suffit de participer aux débats, dans les séminaires d'histoire dos religions, pour s'apercevoir que beaucoup de racines culturelles de la mentalité religieuse malgache se trouvent bel et bien dans Ic lointain ct mystéricux Orient. Cest pourquoi peut-

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