Mécanique des Milieux Continus
Mécanique des Milieux Continus
MECANIQUE
DES MILIEUX CONTINUS
Annee 20092010
Illustration de couverture : champ de dilatation thermique dans une aube de turbine de moteur
davion, calculee par la methode des elements finis (Cardona, 2000).
Table des matieres
Avantpropos xiii
I COURS 1
1 Introduction 3
1.1 Les differentes echelles de la matiere, des materiaux et des structures . . . . . . 3
1.1.1 Structures, microstructures, nanostructures . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1.2 Microstructures cristallines, granulaires, cellulaires . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Milieux continus ou presque... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Le reve de Laplace et la phenomenologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Volume elementaire pour la thermomecanique, representation ponctuelle 8
1.2.3 Fissures, discontinuites et singularites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.4 La vraie nouveaute : le tenseur des contraintes . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3 Le probleme de fermeture et la variete des comportements . . . . . . . . . . . . 10
1.3.1 Corps indeformables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3.2 Lois de comportement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.4 Plan du cours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.1 Plan du cours oral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.2 Plan du cours ecrit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4.3 Liens avec les autres cours de lEcole des Mines de Paris . . . . . . . . . 12
iii
2.4 Vitesses de deformation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.4.1 Derivees par rapport au temps : champs de vitesses et dacceleration . . 58
2.4.2 Champ de gradient des vitesses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.4.3 Vitesses devolution des longueurs, angles et volumes . . . . . . . . . . . 61
2.4.4 Conditions de compatibilite pour le champ taux de deformation . . . . . 67
2.4.5 Changement de referentiel euclidien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
2.4.6 Exemples de champs de vitesses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
3 Equations de bilan 71
3.1 Conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
3.1.1 Masse dun corps materiel et sa conservation . . . . . . . . . . . . . . . . 71
3.2 Conservation de la quantite de mouvement et du moment cinetique . . . . . . . 72
3.2.1 Quantite de mouvement et moment cinetique dun corps materiel . . . . 72
3.2.2 Application de la loi fondamentale de la dynamique . . . . . . . . . . . . 73
3.2.3 Partition des efforts appliques a un corps materiel . . . . . . . . . . . . . 73
3.2.4 Les lois dEuler du mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
3.3 Analyse des contraintes : la methode de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
3.3.1 Insuffisance de la representation pression des efforts interieurs . . . . . . 76
3.3.2 Le postulat et le theoreme de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
3.3.3 Les lois de Cauchy du mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.3.4 Le theoreme des puissances virtuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.4 Conservation de lenergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.4.1 Premier principe de la thermodynamique des milieux continus . . . . . . 86
3.4.2 Formulation locale du premier principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.5 Equations de bilan en presence de discontinuites . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.5.1 Un theoreme de transport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.5.2 Surface de discontinuite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3.5.3 Bilan de masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3.5.4 Bilan de quantite de mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.5.5 Bilan denergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
II APPLICATIONS 219
9 Quelques transformations finies 221
9.1 Distorsion simple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221
9.2 Le glissement simple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
9.2.1 Directions propres des deformations de CauchyGreen . . . . . . . . . . . 223
9.2.2 Fibres materielles allongees et raccourcies lors du glissement . . . . . . . 224
9.2.3 Un festival de rotations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
9.2.4 Rotation relative dans le glissement de deux lignes materielles
initialement orthogonales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
9.3 La flexion circulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 234
9.3.1 Deformations et rotations par flexion circulaire . . . . . . . . . . . . . . . 234
9.3.2 Cas dune transformation isochore . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235
9.3.3 Cas dune plaque mince . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237
9.4 Gonflement et cavitation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
10 Quelques tourbillons 239
10.1 Le vorticimetre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 239
10.2 Le tourbillon ponctuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240
10.2.1 Le vorticimetre et le tourbillon ponctuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240
10.2.2 Cinematique du tourbillon simple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
10.2.3 Cas dun assemblage rigide faisant un angle donne . . . . . . . . . . . . . 245
10.2.4 Cas dun assemblage articule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247
Index 463
Avantpropos
xiii
la fin du siecle dernier. Elle sera abordee au second semestre dans le cours de Mecanique des
Solides.
Ce cours ecrit a ete compose en sappuyant principalement sur les quatre ouvrages suivants,
qui offrent des presentations resolument modernes, concises et rigoureuses de la Mecanique des
Milieux Continus :
M. Amestoy, Introduction a la mecanique des milieux deformables, Ecole des Mines de
Paris, 1995.
A. Bertram Elasticity and Plasticity of Large Deformations, Springer, 2005.
R.W. Ogden, NonLinear Elastic Deformations, edition originale 1984, edition Dover, 1997.
Jai eu la chance dinteragir fortement avec les deux premiers auteurs mentionnes, au cours
de longues discussions passionnantes pour moi. Je les en remercie sincerement et souhaite
poursuivre ces echanges. En particulier, jai assiste deux fois au cours de M. Amestoy, en 1989
puis en 2003, ce qui ma profondement marque. On en retrouvera de tres nombreux aspects
tout au long du cours ecrit.
Lequipe enseignante pour le cours de 20062010 est composee aussi de Sabine Cantournet,
Gilles Damamme, Serge Kruch, Vincent Maurel, Matthieu Maziere, David Ryckelynck. Je les
remercie pour leur aide et pour la relecture scrupuleuse du manuscrit de ce cours. Il subsiste
cependant encore de nombreux defauts dans ce texte. Je remercie le lecteur de me les signaler.
Premiere partie
COURS
1
Chapitre 1
Introduction
Les objets de la mecanique des milieux continus sont la matiere sous ses formes fluides
(liquides, gaz, plasmas...) et solides, les materiaux et les structures qui sont des assemblages
delements de materiaux ou de sousstructures. On etudie leurs mouvements sous laction de
forces, et les variations de mouvement dun point materiel a un autre. La variable temperature
influence aussi le mouvement de ces objets et doit donc etre prise en compte dans le cadre plus
general de la thermomecanique des milieux continus.
La modelisation en mecanique des milieux continus est un dialogue incessant et subtile entre
le discret et le continu dans le but de trouver loutil de modelisation le plus efficace pour
un objectif donne.
3
4 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
le cout et limpact sur lenvironnement. Pour chacune de ces questions la mecanique des
milieux continus est mise a contribution.
Les sols, cestadire des geomateriaux mais aussi leurs revetements. On peut aussi
mentionner les problemes de tenue a long terme de chaussees, de cavites de stockage ou
dextraction (mines, enfouissement des dechets...).
Les MEMS (micro-electro-mechanical sustems) representent depuis une dizaine dannees
un domaine dinvestigation affiche de la mecanique des milieux continus. Il sagit dassurer
une elaboration de precision (contraintes residuelles...) et de prevoir la tenue en service
de composants de lelectronique par exemple, qui sont soumises a des sollicitations de
fatigue thermomecanique severes. Dans une large mesure, estimer la duree de vie dun
microprocesseur releve de la meme science mecanique que le dimensionnement dun joint
de culasse automobile ! On rencontre en particulier des circuits dinterconnexion en cuivre
(figure 1.1).
Les nanostructures apparaissent comme laboutissement de la miniaturisation de
nombreux systemes mecaniques (figure 1.1(e)). Certaines molecules geantes, comme les
nanotubes de carbone de la figure 1.1(f) dont le panel dapplications possibles ne cesse de
selargir, peuvent etre traitees comme des objets de la mecanique des milieux continus (en
loccurrence des coques en grandes transformations elastiques) pour prevoir leur modes de
deformation.
La connaissance des proprietes des materiaux et des structures necessite la realisation dessais
mecaniques dont la complexite et la richesse de lexploitation augmente dannee en annee.
On distingue les essais sur eprouvettes dont lobjectif est la caracterisation des proprietes
thermomecaniques dun materiau, des essais sur structures dont on cherche a determiner
les points faibles. On donne en general une forme simple aux eprouvettes pour faciliter
linterpretation des resultats tandis que les essais instrumentes sont aujourdhui possibles sur des
structures tres complexes. Le passage des informations de leprouvette a la structure est parfois
delicat en raison de lexistence deffets dechelles. La rupture de pieces en beton ou en acier
depend en general du volume de matiere sollicite en raison de la presence inevitable de defauts
dont la repartition statistique doit etre connue. Les questions de fiabilite des structures sont
aujourdhui au cur des demarches de normalisation avec pour objectif des composants plus
sur dans les transports, lenergie... Des notions probabilistes doivent alors etre associees a la
mecanique des milieux continus purement deterministe presentee dans ce cours.
etre connues avec suffisamment de precision pour eviter les defauts majeurs dans les pieces. Des
modeles continus existent aujourdhui capables de prevoir lapparition dorientations privilegiees
des fibres lors de lecoulement dans certaines parties du moule. On verra quun tel polymere
charge est un milieu qui tient a la fois du solide et du fluide...
les grandeurs de force et de mouvement definies a lechelle du solide etudie, sans se soucier
de la microstructure sousjacente. On renvoie a louvrage (Timoshenko, 1983) pour le recit
de cette controverse des elasticiens du XIXieme siecle. Lapproche phenomenologique grace a
son pragmatisme est finalement celle adoptee en general dans les cours et la pratique de la
mecanique des milieux continus depuis lors. Ses succes sont evidents dans la pratique.
Il est toutefois tentant aujourdhui de remettre a lordre du jour la proposition de Laplace.
La connaissance de la structure atomique ou moleculaire de la matiere a atteint des
raffinements inedits. Les ordinateurs offrent aujourdhui des capacites de calcul vertigineuses,
en particulier grace au calcul parallele. Les tentatives de construction mecanique du
macroscopique a partir des informations issues des echelles micro et nanoscopiques se multiplient
aujourdhui sur les plans theoriques et numeriques. Elles apportent indeniablement des
informations fondamentalement nouvelles. Elles ne sauraient detroner cependant la demarche
phenomomenologique pour les deux raisons explicitees cidessous. Les approches mecanistes
et phenomenologiques doivent donc se developper de concert avec leurs lots delucidations et
de nouveaux concepts.
ne peuvent pas servir a definir les fluides et les solides en mecanique des milieux continus. On
precisera cette distinction dans ce cours plutot au niveau du comportement du milieu etudie.
Dans le cas turbulent, le cadre de ce cours restera insuffisant.
Lorsque le milieu materiel possede une microstructure bien identifiee, on peut se demander
sil sera suffisant de ne considerer que la transformation qui fait passer de X a x pour decrire
les proprietes mecaniques du milieu. Dans de nombreuses situations, cette approche simplifiee
savere effectivement satisfaisante. Toutefois, on peut etre amene a enrichir la description du
milieu continu en ajoutant ce que lon appellera des variables internes sensees caracteriser
certaines proprietes de la microstructure sousjacente (tenseur dorientation pour un composite
a fibre par exemple, representant les orientations privilegiees des fibres), ou bien de veritables
degres de liberte supplementaires comme dans le cas des cristaux liquides pour lesquels il faut
suivre non seulement le mouvement mais aussi levolution des orientations privilegiees. On ne
presentera pas ces raffinements dans ce cours. Le cas des variables internes sera aborde dans le
cours de mecanique des solides (Cailletaud, 2003).
dailleurs detablir des relations que doivent satisfaire les discontinuites possibles.
daluminium pour bote boisson... Une demarche axiomatique et systematique qui guide
lecriture des lois de comportement est esquissee dans le cours. Il sagit dune approche recente
datant du debut des annees 1960 pour lintroduction de la notion de fonctionnelle dhistoire
du materiau, et des annees 1980 pour lintroduction du concept de variable interne qui a deja
ete evoque. Les developpements dans le domaine du developpement des lois de comportement
pour les materiaux les plus varies foisonnent aujourdhui et temoignent de la vitalite de cette
branche de la mecanique aujourdhui.
Il nexiste pas de loi de comportement unique et intrinseque mais bien plutot toutes une
panoplie de lois qui pourront etre alternativement pertinentes pour le materiau etudie selon les
conditions de sollicitations et les echelles de temps et despace considerees. Une meme roche
par exemple pourra etre traitee comme un solide elastique pour un probleme de genie civil et
comme un fluide visqueux en tectonique... Le verre a froid sera traite comme un solide elastique
fragile pour le dimensionnement a limpact dun parebrise de voiture, tandis quil sera traite
comme un fluide visqueux non lineaire lors du calcul de la mise en forme du meme parebrise
a plus haute temperature...
On proposera une definition purement phenomenologique des notions de fluide et de solide,
definition qui nepuise pas lensemble des comportements observes dans les materiaux de
lingenieur et de la nature. Il existera en particulier des comportements complexes de materiaux
pourtant tres repandus qui tiennent a la fois du fluide et du solide.
Les lois de comportement sont integrees au calcul de structures et composants industriels
grace a la methode des elements finis, dont quelques exemples sont illustres sur la figure 1.4.
6) puis dans le cas linearise (chapitre 7). Laccent est mis sur lanalyse du probleme de lequilibre
des corps thermoelastiques lineaires. Lenjeu est de taille puisquil sagit de la question de la
tenue en service des composants et structures industriels.
Le cours ecrit se veut un handbook, cestadire quil presente une certaine exhaustivite que
ne pourra avoir le cours oral dans le nombre de seances limite imparti. Telechargeable depuis
le site web [Link], il peut etre consulte a chaque instant par un etudiant en stage
rencontrant un probleme de mecanique des milieux continus. Notre espoir est quil y trouve un
element de reponse ou une reference bibliographique qui puissent debloquer une situation et
amorcer la demarche de resolution.
Il est par consequent de lecture difficile a certains endroits. Une premiere lecture se limitera
aux elements vus explicitement dans le cours oral.
1.4.3 Liens avec les autres cours de lEcole des Mines de Paris
Le cours de mecanique des milieux continus nourrit des liens avec de nombreux cours proposes
aux elevesingenieurs de lEcole de Mines de Paris. Cest le cours introductif a
la mecanique des materiaux solides 3122 ;
la thermomecanique des fluides 3243 ;
Il fait appel a des notions qui seront developpees dans le detail en
Mathematiques 1201 - 1121 - 1132 (calcul differentiel, equations aux derivees partielles,
distributions...) ;
Thermodynamique 2411 ;
Materiaux pour lingenieur 6134 ;
Cristallographie S2333.
Des prolongements importants pour la pratique se trouvent dans les enseignements specialises
Mecanique des milieux continus 2 S3324 ;
Dynamique des constructions S3933 ;
Mise en uvre des polymeres ;
Geomecanique et geologie de lingenieur S4633 ;
Hydrogeologie S4923 ;
Calcul scientifique S1923 ;
Elements finis S3733 - S3735 ;
Physique des solides S2634 ;
Geometrie differentielle S1524 ;
1.4. PLAN DU COURS 13
(a) (b)
(c) (d)
(e) (f)
Fig. 1.1 Structures : (a) une pile du viaduc de Millau (pont a haubans), (b) aube de turbine
haute pression de moteur davion. Microstructures : composant electronique, (c) reseau de
connections en cuivre, (d) structure multicouches dun microprocesseur (source : M.-H. Berger,
Centre des Materiaux). Nanostructures : (e) nanoengrenages en polysilicium (diametre des
engrenages : 7m, dapres (Romig et al., 2003)), (f) deformation en flexion de nanotubes de
carbone (les points designent les atomes de carbone et les traits les liaisons covalentes, dapres
(Arroyo and Belytschko, 2002)).
14 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
(a) (b)
(c) (d)
(e) (f)
Fig. 1.2 Microstructures de quelques materiaux solides granulaires : (a) joint de grains dans un
carbure de silicium, les rangees atomiques sont clairement visibles de part et dautre du joint
de grain (source : M.-H. Berger, Centre des Materiaux), (b) grains de zinc dun revetement
dune tole dacier galvanisee pour lautomobile (on voit aussi les dendrites de solidification),
(c) spherolites dans un polymere semicristallin (microscopie optique en lumiere polarisee,
source N. Billon, Cemef), (d) coupe mineralogique dune roche (microscopie optique en lumiere
polarisee, source http ://[Link]/jm-derochette/), (e) nid dabeilles en aluminium, (f)
mousse de nickel a porosite ouverte utilisee dans le batteries de telephone portable.
1.4. PLAN DU COURS 15
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 1.3 Modelisations mecaniques discretes de la matiere : (a) mecanique quantique (calcul
ab initio dune portion dADN, les couleurs indiquent lintensite de la fonctionnelle densite
electronique), (b) dynamique moleculaire (interaction entre des millions datomes dun milieu
amorphe, la couleur indiquant le niveau denergie cinetique), (c) milieux granulaires (simulation
de laction dune pelle sur un milieu granulaire forme de grains polygonaux anguleux, certains
grains sont marques pour pouvoir suivre leur mouvement (source C. Nouguier, LTDS, Ecole
Centrale de Lyon), (d) simulation de lenchevetrement de fibres elastiques (feutres) soumises a
une compression simple (source R. Dendievel, GPM2INPG, Grenoble).
16 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 1.4 Simulations numeriques et modeles mecaniques continus des materiaux et des
structures : (a) champ de contraintes dans un composite a fibres longues et paralleles, (b) ruine
par flambage dun profile metallique, (c) calcul dune culasse automobile (les couleurs indiquent
la decomposition du maillage pour le calcul parallele, source S. Quilici, Centre des Materiaux),
(d) calcul thermomecanique dune pale daube de turbine avec son circuit de refroidissement
(champ de contrainte equivalente de von Mises, valeurs en MPa). Les structures sont divisees
en elements au sommet desquels les grandeurs mecaniques sont calculees. Pour connatre leurs
valeurs en tout point, on utilise des fonctions dinterpolation (polynomes de Lagrange par
exemple). On renvoie a lenseignement specialise (Cailletaud et al., 2004) pour la description
detaillee de ces methodes numeriques en mecanique des milieux continus (methode des elements
finis).
1.4. PLAN DU COURS 17
19
20 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
leprouvette est recouverte dune peinture contenant des pigments noirs et blancs. Le resultat
est une distribution aleatoire de niveaux de gris sur leprouvette (voir figure 2.2c par exemple).
Un programme numerique de traitement dimages permet dassocier a chaque croix le motif de
niveaux de gris autour de chaque point et de le retrouver sur les image deformees. Il est alors
possible de reconstruire la grille apres une deformation de 10% par exemple et de la superposer
sur la grille initiale (figure 2.3b). Ces deux etats correspondent exactement aux etats des figures
2.2c et d. Par interpolation, on peut reconstruire le champ de deplacement sur lensemble de la
zone observee. Les figures 2.3c et d donnent les champs de deplacement vertical u2 et horizontal
u1 . On constate que les lignes de niveaux du deplacement vertical sont quasiment des droites
paralleles et horizontales, i.e. presquindependantes de la position x1 . De meme, on constate
que les lignes de niveaux du deplacement horizontal sont quasiment des droites paralleles et
verticales, i.e. presquindependantes de la position x2 . Pour conforter cette impression, on trace
u2 (resp. u1 ) en fonction de la position x2 (resp. x1 ) sur la figure 2.4a (resp. 2.4b). Les profils
obtenus sont quasiment lineaires :
u2 (x1 , x2 ) = Ax2 + Cste, u1 (x1 , x2 ) = Bx1 + Cste (2.1)
Dans lexemple, la constante A est positive et vaut 0.08, la constante B est negative et vaut
u2 u1
-0.045. Linteret dintroduire ces grandeurs A = et B = est que le deplacement varie
x2 x1
dun point a lautre tandis que les composantes A, B du gradient du deplacement par rapport
aux coordonnees sont quasiment uniformes et caracterisent donc tout la zone etudiee. Plutot que
de parler du deplacement de points particuliers, il suffira pour decrire lessai realise dindiquer
les valeurs de A et B. Cette operation de gradient applique au champ de deplacement du a
un changement de forme dun corps materiel est effectivement la notion essentielle qui va etre
utilisee dans la suite pour definir et etudier la deformation de la matiere.
(a) (b)
Fig. 2.1 Mesures de deformations a laide dun reseau de cercles graves electrolytiquement
sur une tole en acier galvanise : (a) reseau initial au centre la tole, (b) echantillon deforme par
emboutissage.
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 2.2 Mesure de deplacement relatif lors dun essai de traction : (a) vue densemble de
la machine de traction (electronique, batis, appareil photo avec zoom, fond en carton+metal
pour ameliorer la qualite des photos), (b) vue du montage : eprouvette, mors damarrage et
extensometre deux points (les elastiques assurent le bon contact entre les bras de lextensometre
et leprouvette plate sans deformer ni endommager leprouvette), (c) etat initial de la zone utile
de leprouvette, (d) etat final. La largeur de leprouvette est de 12mm.
temps. Dans le cadre de la mecanique classique (non relativiste), temps et espace physiques
sont consideres comme independants : le temps est parametre sur laxe des reels et lespace
physique est assimile a un espace affine euclidien E, despace vectoriel associe E de dimension
3. Un referentiel ou observateur R est alors le choix dune vision rigidifiee de lespace et
dune chronologie. Choisir un referentiel cest en effet choisir un triedre rigide servant de poste
dobservation. On distinguera le choix dun referentiel du choix du systeme de coordonnees
dans lequel on souhaite exprimer les composantes des grandeurs mathematiques introduites.
Des referentiels privilegies sont les referentiels galileens dits aussi referentiels dinertie,
dont lexistence est postulee par la premiere loi de Newton. On se reserve la possibilite de
changer dobservateur a volonte quand cela peut faciliter la modelisation. On distingue deux
classes de changements de referentiels privilegies :
les transformations galileennes : on passe dun referentiel R a un autre R0 par une
22 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
(a) 1(b)
-0.475 -0.325 -0.175 -0.025 0.125 0.275 0.425 -0.21 -0.15 -0.09 -0.03 0.03 0.09 0.15
-0.55 -0.4 -0.25 -0.1 0.05 0.2 0.35 0.5 -0.24 -0.18 -0.12 -0.06 -2.78e-17 0.06 0.12
2 2
(c) U2 minimum:-0.583 maximum:0.545 1 U1 minimum:-0.253 maximum:0.221 1 (d)
Fig. 2.3 Mesure de champ de deplacement lors dun essai de traction par correlation dimages :
(a) reperage regulier de motifs sur la surface de la zone utile de leprouvette de la figure 2.2,
a laide dune grille virtuelle, les niveaux de gris variables sur limage sont dus au depot
dun peinture (b) superposition de la grille en fin dessai (grille rouge) sur la grille initiale
(grille noire) ; les deplacements des nuds de la grille ont ete determines par un algorithme de
correlation dimages ; (c) isovaleurs du champ de deplacement u2 , (d) isovaleurs du champ de
deplacement u1 . La zone etudiee est un rectangle de largeur 10mm et de longueur 15mm. Une
alternative a la methode de correlation dimages consiste a deposer ou a graver directement une
grille sur la surface de lechantillon comme sur la figure 2.1.
transformation de la forme
x0 = Q
.x + v 0 t, t0 = t t0 (2.2)
2.2. GEOMETRIE ET CINEMATIQUE DU MILIEU CONTINU 23
0.6 0.25
0.2
0.4
0.15
0.1
0.2
0.05
0 u1 0
u2 (mm)
(mm) -0.05
-0.2
-0.1
-0.15
-0.4
-0.2
-0.6 -0.25
0 2 4 6 8 10 12 14 16 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
(a) x2 (mm) x1 (mm) (b)
Fig. 2.4 Mesure de champ de deplacement lors dun essai de traction par correlation dimages :
(a) profil de deplacement u2 le long dune ligne verticale tracee sur la figure 2.2c ; (b) profil de
deplacement u1 le long dune ligne horizontale tracee sur la figure 2.2d.
t : 0 t
X 7 x
t = pt p1
0
x = t (X ) = (X , t) (2.4)
Dans un systeme de coordonnees quelconque, la definition precedente revient a se donner trois
fonctions i (X1 , X2 , X3 , t) (i 1, 2, 3) des coordonnees Xi de X . On demande a chaque t
detre une application bijective1 et bicontinue (i.e. un homeomorphisme). On ecrira donc :
X = 1 (x , t) (2.5)
On admet aussi que est bijective et bicontinue par rapport au temps. Il sera meme necessaire a
plusieurs endroits dadmettre que est un C 1 diffeomorphisme (voire un C 2 diffeomorphisme),
cestadire une fonction de classe C 1 (voire C 2 ) : et 1 sont alors une (voire deux) fois
continument differentiables. Comme on la vu au chapitre 1, ces conditions de regularite peuvent
ne pas etre verifiees en certains points isoles particuliers ou le long de lignes ou surfaces de
discontinuite. La regularite est donc simplement requise presque partout.
p pt
0
X x
x( )
0 t
(E, R )
Fig. 2.5 Placement du corps materiel M dans lespace physique muni dun referentiel (E, R)
a trois instants distincts.
x
dx = F
.dX , avec F
= (2.8)
X
Dun point de vue mathematique, les vecteurs dX et dx sont des elements des espaces
vectoriels tangents aux varietes differentiables 0 et t en X et x respectivement. Comme
dX et dx appartiennent a des espaces distincts, une expression comme dX + dx na pas de
sens. Dun point de vue plus physique, dX donne la direction dune ligne ou fibre materielle
tracee sur 0 passant par X . Cette ligne se transforme en une courbe dont la tangente en x
est selon dx . Si en outre la norme du vecteur dX est suffisamment petite, on peut assimiler
la transformee du petit segment liant X a X + dX au segment dx = F
.dX avec une erreur
en O(k dX k2 ).
On appelle gradient de la transformation, lapplication lineaire tangente F
(X , t). Son
existence decoule (presque partout) de la regularite admise pour . On a en particulier
F
(X , t = 0) = 1
(2.9)
det F
>0 (2.10)
xi
dxi = Fij dXj , avec Fij = et F
= Fij E i E j (2.11)
Xj
2.2. GEOMETRIE ET CINEMATIQUE DU MILIEU CONTINU 27
En suivant la convention dEinstein sur les indices repetes, lequation precedente represente de
maniere concise les trois relations suivantes :
1 1 1
dx1 = dX1 + dX2 + dX3
X1 X2 X3
2 2 2
dx2 = dX1 + dX2 + dX3
X1 X2 X3
3 3 3
dx3 = dX1 + dX2 + dX3
X3 X3 X3
Les relations precedentes se mettent sous la forme matricielle suivante :
dx1 F11 F12 F13 dX1
dx2 = F21 F22 F23 dX2 (2.12)
dx3 F31 F32 F33 dX3
Les composantes de F
sont sans dimension physique puisquelles font intervenir des rapports
de longueur (deplacement/distance).
On retiendra que la transformation relie les positions initiale et actuelle dun point materiel,
tandis que le gradient de la transformation met en correspondance les fibres materielles initiale
et actuelle. Le gradient de la transformation sexprime aussi en fonction du gradient du
deplacement :
F
=1
+ u X = 1
+ Grad u (2.13)
ou lon a introduit les operateurs nabla2 et gradient :
X := E , Grad(.) := (.) X (2.14)
X i i
Grad (X ) := (X ) X = F
(2.15)
1 1 1
grad (x ) := (x ) x = F
(2.16)
En composantes cartesiennes, la relation (2.13) secrit :
ui
Fij = ij + (2.17)
Xj
X := E , x := e , (2.21)
Qi i q i i
X
dX = i
dQi = dQi E i (2.22)
Q
x i
dx = dq = dq i e i
q i
q i
= dQj e i
Qj
i
q j
= e E .dX (2.23)
Qj i
e Fi (X , t) = F
.E i (2.26)
q i
= ji (2.27)
Qj
Un tel systeme de coordonnees peut saverer utile pour ecrire certaines lois de comportement
en particulier dans le cas anisotrope (materiaux composites, fluides chargees de fibres...).
Changement de referentiel
Dans les paragraphes precedents, le mouvement a ete suivi dans le referentiel R. On
pourrait aussi lobserver depuis R0 se deduisant de R par une transformation euclidienne (2.3),
2.2. GEOMETRIE ET CINEMATIQUE DU MILIEU CONTINU 29
0 x 0 x
F
(X , t0 ) ==Q . =Q (t).F
(X , t) (2.30)
X X
Pour se convaincre du resultat precedent, on peut faire le calcul en travaillant sur les
composantes du tenseur F
dans un repere cartesien orthonorme :
x0i xk
Fij0 = = Qik = Qik Fkj (2.31)
Xj Xj
Dans le cas ou les deux referentiels ne concident pas a t = 0, on montre que la relation entre
0
F
et F
est
0
F
=Q
(t).F .Q(0)1
(2.32)
Le produit mixte defini par lequation (2.37) et note [., ., .] est egal au determinant de la matrice
formee par les trois vecteurs colonnes des composantes des trois vecteurs etudies. Le volume
initial dV se transforme donc en un volume actuel dv valant
dv = dx 1 .(dx 2 dx 3 ) = [dx 1 , dx 2 , dx 3 ]
= [F
.dX 1 , F
.dX 2 , F
.dX 3 ] = (det F
) [dX 1 , dX 2 , dX 3 ]
dS = dX 1 dX 2 (2.39)
ds = dx 1 dx 2 (2.40)
T
Transport dun element de surface : ds = J F
dS
Cette relation de transport delement de surface est souvent appelee formule de Nanson dans
les ouvrages anglosaxons.
Pour se convaincre du bienfonde du calcul precedent, on peut aussi avoir recours aux
composantes des tenseurs utilises dans une base cartesienne orthonormee :
On peut ecrire lelement de surface sous la forme du produit dun vecteur unitaire dit vecteur
normal a lelement de surface par sa norme :
dS = dS N , ds = ds n (2.43)
Les vecteurs N et n sont respectivement les vecteurs unitaires normaux a lelement de surface
considere dans les configurations initiale et actuelle. Il faut remarquer que le vecteur normal
a lelement de surface nest pas attache a la matiere et nest donc pas une fibre materielle. Il
nest que le produit vectoriel de deux vecteurs materiels. Son transport convectif est different
de celui dune fibre materielle. Par consequent, les points materiels situes le long des directions
n et N ne sont pas les memes.
a 6= 0, a .C
.a = ai FikT Fkj aj = (F
.a ).(F
.a ) > 0
car F
est inversible. Par consequent, C
et B
sont diagonalisables et possedent chacun trois
valeurs propres reelles strictement positives. On definit alors les tenseurs U
et V ayant les
5
Noter que B
nest pas le transpose de C
!
32 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
On definit ensuite,
R
:= F .U 1 ,
Q
:= V 1 .F
(2.47)
On verifie que R
et Q
sont orthogonaux. On detaille la preuve pour R
:
R .RT = F
.U 1 .U
T
.F
T
=F .U 2 .F
T
=F .F 1 .F
T
.F
T
=1
(2.48)
F
=R .U = (R
.U .RT ).R
V = R .U .RT ,
Q
=R
(2.49)
. On appelle R
la rotation propre en X . Dans ce cas, on appelle C
le tenseur de Cauchy
Green droit et B
le tenseur de CauchyGreen gauche. Ils sont aussi appeles tenseurs
des dilatations, le terme dilatation pretant toutefois a confusion car il designe parfois aussi
un tenseur proportionnel a lidentite, ce qui nest bien sur pas le cas ici. On rappelle quils sont
definis par les equations (2.45). Quant a eux, U
et V sont dits tenseurs des deformations
pures6 .
x1 x2 = F
.(X 1 X 2 )
6
Right and left stretch tensors, en anglais.
2.2. GEOMETRIE ET CINEMATIQUE DU MILIEU CONTINU 33
Si F
est homogene, alors R
et U
sont aussi homogenes (du fait de lunicite de la decomposition
polaire). Par contre, si U
est homogene, la question de savoir si F
est homogene est plus
delicate. On labordera au paragraphe 2.3.4.
La figure 2.6 montre un exemple de transformation homogene dun carre et un exemple
de transformation heterogene du meme carre. Une grille (convective) a ete dessine sur la
configuration initiale et permet de visualiser la deformation de petits elements de la structure
initiale. Lorsque tous les carres deformes sont superposables, la deformation est
homogene.
On envisage maintenant quelques transformations homogenes simples.
Fig. 2.6 Deux transformations dune structure carree dont la configuration initiale est a
gauche. La premiere transformation (au milieu) est homogene car les elements de la grille tracee
sur la structure sont superposables. Au contraire la transformation de droite est heterogene.
Extension simple
On etudie la transformation qui fait passer le corps materiel de la configuration de la figure
2.7a a la configuration 2.7b. Clairement, elle secrit dans la base cartesienne orthonormee
(e 1 , e 2 , e 3 ) :
x1 = X1 (1 + )
x2 = X2 (2.53)
x3 = X3
La sollicitation est telle que les fibres horizontales dans le plan de la figure sallongent sans
changer dorientation tandis que les fibre verticales restent inchangees. La rotation propre R
=1
et U
= F
. Le parametre est directement la variation de volume J 1 = .
Lessai dextension simple est difficile a realiser dans la pratique pour > 0. Par contre, si
< 0, il sagit dun essai standard en mecanique des sols, appele essai dometrique, qui
consiste a confiner un sol dans une enceinte rigide et a imposer un deplacement a la surface
libre.
Fig. 2.7 Cinematique de lextension simple pour un corps carre muni dune grille : etat initial
a gauche, etat final a droite.
Glissement simple
La transformation illustree sur la figure (2.8) porte le nom de glissement simple et secrit
x1 = X1 + X2
x2 = X2 (2.55)
x3 = X3
Fig. 2.8 Cinematique du glissement simple pour un corps carre muni dune grille : etat initial
a gauche, etat final a droite.
Allongements (stretch)
Les tenseurs de CauchyGreen permettent de mesurer les variations de longueur dune fibre
materielle dX de la facon suivante :
|dX |2 = dX .dX , |dx |2 = dx .dx (2.70)
1
|dx |2 |dX |2 = dX .(C
1
).dX = dx .(1
B
).dx (2.71)
On peut introduire la direction de la ligne materielle dX etudiee jusquici par
dX = |dX | M (2.72)
ou le vecteur directeur M est de norme 1. On etablit alors que le rapport dallongement (M )
vaut
|dx | p
(M ) = = M .C
.M = |F
.M | = |U
.M | (2.73)
|dX |
Soient Cij les composantes, dans une base cartesienne orthonormee (E i )i=1,2,3 , du tenseur de
CauchyGreen droit. On etudie lallongement de M = E 1 . La relation precedente donne
p q
2 2 2
(E 1 ) = C11 = F11 + F21 + F31 (2.74)
ce qui donne une interpretation directe simple de la composante C11 du tenseur de Cauchy
Green droit, a savoir le carre de lallongement du premier vecteur de base.
2.3. METRIQUE ET MESURES DE DEFORMATION 37
C12
sin = (2.81)
C11 C22
1 T T
E
= (H +H +H .H ), avec H =F 1 = Grad u (2.83)
2
1 xk xk 1 ui uj uk uk
Eij = ( ij ) = ( + + ) (2.84)
2 Xi Xj 2 Xj Xi Xi Xj
1 n 1 n
E
n
:= (U 1 ), A
n
:= (V 1 ) (2.85)
n
n
E
2
=E
, A
2
=A
(2.86)
E
0
:= log U
, A
0
:= log V (2.87)
3
X 3
X
U
= r V r V r = log U
:= (log r ) V r V r (2.88)
r=1 r=1
det U
= J = 1 2 3 (2.91)
R .U .V
r =F
.V r = V .R
.V r = r R
.V r (2.92)
on sapercoit que les r sont aussi valeurs propres de V , les vecteurs propres correspondants
etant ceux de U
tournes par R
:
vr = R
.V r (2.93)
Les grandeurs introduites permettent de definir la decomposition spectrale de U
et V :
3
X 3
X
U
= r V r V r, V = r v r v r (2.94)
r=1 r=1
La decomposition polaire de F
et la decomposition spectrale de U
et V permettent dinterpreter
la deformation a laide des deux scenarios suivants, par ailleurs illustres par la figure 2.9 :
On allonge dabord les fibres materielles initialement paralleles aux directions propres V r
du facteur r pour les amener a leur longueur finale. On les tourne ensuite de R
pour leur
conferer leur orientation finale.
On tourne les fibres materielles initialement paralleles aux directions propres V r pour
les amener a leur position finale R
.V r . On leur applique ensuite le tenseur gauche de
deformation pure V pour leur conferer leur longueur finale.
Cest en ce sens que lon dit que R
(X , t) fait passer de la configuration initiale 0 a la
configuration actuelle tandis que U
est defini entierement sur 0 et V entierement sur .
On dit que U
est une mesure lagrangienne de deformation et V une mesure eulerienne
de deformation. Il sensuit que le tenseur de CauchyGreen droit (resp. gauche) est aussi une
mesure lagrangienne (resp. eulerienne) de deformation. Ce resultat se generalise a la famille de
mesures de deformation (2.85).
Les decompositions spectrales de C
et B
se deduisent de celles de U
et V respectivement :
3
X 3
X
C
= 2r V r V r, B
= 2r v r v r (2.95)
r=1 r=1
Finalement,
3 3
X 1 2 X 1
E = ( 1) V r V r, A = (1 2
r )V r V r, (2.96)
r=1
2 r
r=1
2
V 1 .C
.V 2 = 0 (2.97)
V 1 .C
.V 3 = 0 (2.98)
V 2 .C
.V 3 = 0 (2.99)
Extensometrie
Dans la pratique, lorsquon utilise par exemple un extensometre pour suivre la deformation
(figure 2.2b), on suit deux points separes initialement par la distance l0 et par l a linstant
actuel. On suppose quau cours dun tel essai la deformation est homogene dans la zone ou sont
places les deux points de mesure. On note 1 la direction parallele a la ligne materielle etudiee
et on suit la deformation le long de cette direction. Il est possible alors de voir ce que donnent
les differentes mesures de deformation evoquees au cours de cette transformation. Les scalaires
donnes ici correspondent a la composante 11 du tenseur utilise.
2 2
l l
C= , B= (2.100)
l0 l0
2.3. METRIQUE ET MESURES DE DEFORMATION 41
U R
R
V
Fig. 2.9 Decomposition polaire du gradient de la transformation. Les ellipses ont pour grand
et petit axes les vecteurs propres respectifs de U et V .
l l0 l l0
E1 = , A1 = (2.101)
l0 l
2 ! 2 !
1 l 1 l0
E2 = 1 , A2 = 1 (2.102)
2 l0 2 l
l l
E0 = log , A0 = log (2.103)
l0 l0
Les profils correspondants sont traces sur la figure 2.10. On verifie que les mesures sont nulles en
1 et ont une tangente commune de pente 1. On voit aussi que E0 , A1 et A2 tendent vers
lorsque l tend vers 0, cestadire lorsque quon comprime considerablement leprouvette. Ces
mesures offrent en quelque sorte une resolution meilleure dans ce domaine de deformation et
sont, de ce fait, privilegiees en mecanique des sols par exemple ou lessai de compression est
lessai de base.
La mesure de deformation uniaxiale E1 qui se rapporte a la longueur initiale est
souvent appelee deformation nominale ou deformation de lingenieur. La deformation
logarithmique E0 , dite aussi parfois naturelle, est tres utilisee dans la pratique. A la livraison
dune courbe de traction par exemple, il est important de senquerir des grandeurs portees sur
42 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
les axes. Il est clair que linformation essentielle est contenue dans lenregistrement de F11 = l/l0 .
Les mesures de deformation sont donc toutes equivalentes. Toutefois, de nombreuses courbes
experimentales sont fournies traditionnellement en utilisant log(l/l0 ). Il est important de le
savoir !
Fig. 2.10 Evolution de differentes mesures de deformation en fonction du rapport l/l0 des
longueurs actuelle et initiale dun segment materiel au cours dune deformation pure homogene.
De meme, E
6= E
1
+E2
(ici les indices 1 et 2 ne se referent pas a la famille des mesures de
deformation (2.85) mais aux deformations de GreenLagrange entre les configurations 0 /1
et 1 /2 respectivement).
F
=R .U = V .R
gradient de la transformation (det F
> 0)
R
rotation propre (det R
= 1)
U
tenseur droit de deformation pure (det U
= det F
)
H
=F
1
= Grad u gradient du deplacement
T 2
C
:= F
.F
=U
tenseur de CauchyGreen droit (det C
= (det F
)2 )
B
:= F .F T = V 2
tenseur de CauchyGreen gauche (det B
= (det F
)2 )
1
E
:= (C 1) tenseur de GreenLagrange
2
1 1
A
:= (1
B
) tenseur dAlmansi
2
1
(U 1) deformation lagrangienne de Biot
2
1
(1 V 1 ) deformation eulerienne de Biot
2
1
log U
= log C
deformation logarithmique lagrangienne de Hencky
2
1
log V = log B
deformation logarithmique eulerienne de Hencky
2
Tab. 2.2 Recapitulatif : tenseurs decrivant la geometrie de la transformation
44 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
Dans une base cartesienne orthonormee (e i ), le tenseur des deformations infinitesimales secrit :
1 ui uj
= ij e i e j , avec ij = ( + ) (2.109)
2 Xj Xi
Sous forme matricielle,
1 1
u1,1 2
(u1,2 + u2,1 ) 2
(u1,3 + u3,1 )
[ ] = 1 (u1,2 + u2,1 ) u2,2 1
(u2,3 + u3,2 ) (2.110)
2 2
1 1
2
(u3,1 + u1,3 ) 2
(u2,3 + u3,2 ) u3,3
ou lon a introduit la notation tres utilisee en physique
ui
ui,j := (2.111)
Xj
8
La solution trouvee nest toutefois pertinente que si lhypothese des transformations infinitesimales est
legitime pour le probleme pose !
2.3. METRIQUE ET MESURES DE DEFORMATION 45
La deformation infinitesimale associee a ce mouvement ne sera quasinulle que pour une rotation
Q
' 11 (2.115)
ce qui fournit une interpretation simple de la premiere composante du tenseur des deformations
infinitesimales.
Langle de glissement (2.78) quant a lui devient
on obtient
sin = cos (M 1 ..M + M 2 .
1
.M 2 ) + 2M 1 .
.M 2 (2.117)
Dans le cas de deux directions initialement orthogonales, la relation precedente devient :
' 2M 1 .
.M 2 (2.118)
Les variations de volume sont evaluees dans le contexte infinitesimal de la maniere suivante.
Dapres lequation (2.38),
1 + u1,1 u1,2 u1,3
dv
= det F
= det u2,1 1 + u2,2 u2,3
dV
u3,1 u3,2 1 + u3,3
' 1 + u1,1 + u2,2 + u3,3 = 1 + .u = 1 + trace
(2.120)
ou lon a neglige tous les termes non lineaires en ui,j . Autrement dit,
dv dV
= div u = trace
(2.121)
dV
La variation infinitesimale de volume est donc fournie par la trace du tenseur des deformations
infinitesimales. Une transformation infinitesimale localement isochore est donc caracterisee par
trace
=0 (2.122)
Fig. 2.11 Mesures locales a laide de jauges de deformation collees ici sur un assemblage
pied daube de turbine sur une portion de disque de turbine. Le pied daube en forme dite
de pied de sapin est soumis a une traction tandis que le disque est fixe. Des deformations
heterogenes se developpent dans le pied daube et dans le disque. La hauteur du pied de sapin
est de 4cm. Lallongement des jauges provoque une variation de lintensite du courant qui y
circule. Une calibration permet de relier la mesure de courant a la deformation de la jauge.
La jauge etant collee a la surface de la piece, la deformation subie par la jauge est la meme
que la composante de deformation (2.114) locale de la piece. La qualite du collage est bien sur
essentielle et ne peut etre garantie que sur un domaine de deformation limite.
2.3. METRIQUE ET MESURES DE DEFORMATION 47
On note
la partie antisymetrique du gradient du deplacement :
1 T 1
:= (H
H
), ij := (ui,j uj,i ) (2.123)
2 2
Elle sappelle tenseur des rotations infinitesimales. On revient sur cette definition au
paragraphe suivant. Par suite,
F
=1
+H
=1
+
+
' (1
+
).(1
+
) (2.124)
|H
| 1 = |
| 1, |
|1
F
' 1 = R
'1
, U
'1 (2.126)
Le cadre des transformations infinitesimales est donc plus restrictif que celui ou lon ne
demanderait quaux seules deformations detre infinitesimales, puisquil implique aussi que les
rotations restent infinitesimales.
On le voit, lhypothese dune transformation infinitesimale implique que les deformations
doivent rester infinitesimales. La reciproque est fausse en general. Si les deformations sont
faibles, il nen va pas necessairement de meme de la transformation associee. En effet les
rotations correspondantes peuvent ne pas etre negligeables du tout. La figure 2.12(a) de la
flexion pure dune plaque ou dun fil mince est la pour nous en convaincre. On y voit letat
initial rectiligne de la plaque et letat final qui lui est impose. Les rotations que subissent
certains elements de la plaque sont indeniablement tres fortes (la rotation relative entre les
deux extremites de la plaque est de 360 ). Lexperience quotidienne de ce genre de sollicitations
sur des fils metalliques par exemple nous indique que les deformations correspondantes sont
dautant plus faibles au cours de cette experience que le fil est mince. Si le fil est tres mince,
lexperience peut meme etre realisee sans que le fil ne subisse de deformation permanente a
lissue de lessai. Les corps elances 1D (fils, cables et poutres pour lesquels une dimension est
tres grande par rapport aux autres) ou 2D (plaques et coques pour lesquelles deux dimensions
sont beaucoup plus grandes que la troisieme) fournissent donc des exemples de transformations
pour lesquelles les deformations sont faibles mais les rotations importantes. Sur la figure 2.12(b),
le corps dont lepaisseur nest pas negligeable devant la courbure imposee au fil ou a la plaque
subit quant a lui aussi bien de grandes deformations que de grandes rotations. Pour les corps
resolument 3D par contre, il semble bien que petite deformation implique une transformation
moderee, cest du moins ce que suggere ce dernier exemple.
Un cadre plus realiste pour le traitement des corps elances mais aussi de certains procedes de
mise en forme est lhypothese des rotations finies mais deformations infinitesimales. Cest de ce
contexte quil sagit dans la theorie dite des poutres en grandes rotations, appelee aussi,
de maniere moins pertinente, poutres en grands deplacements.
48 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
(a)
(b)
Fig. 2.12 Flexion pure dun corps mince (a) et dun corps 3D (b). On a trace une grille sur
la surface initiale des corps pour mieux suivre la deformation. Les etats initiaux et finaux sont
montres. Lexperience sur le corps epais nest pas facile a realiser : pour le faire, on a colle les
extremites de la barre a 2 parallelepipedes en acier que lon tourne chacune de 180 .
H
=
+
= Grad u gradient du deplacement
1
= (Grad u + (Grad u )T ) tenseur des deformations infinitesimales
2
1
= (Grad u (Grad u )T ) tenseur des rotations infinitesimales
2
F
=1
+
+
' (1
+
).(1
+
)
R
'1
+
, U
'1
+
' V
E
'
, C
'1
+ 2
'B
|dx | |dX |
' M .
.M allongement relatif infinitesimal
|dX |
dv dV
' div u = trace
variation de volume infinitesimale
dV
ou les i sont les composantes du vecteur .
Un mouvement de corps rigide infinitesimal secrit donc de la maniere suivante :
u = x X = c (t) +
(t).X = c (t) + X (2.131)
ou
est un tenseur antisymetrique independant de X . La relation precedente est la
linearisation de (2.52). La translation c (t) peut etre damplitude tout a fait quelconque.
Preuve. Si E
est homogene, alors les tenseurs C
et donc U
sont homogenes aussi. Il reste
donc a etablir que R
est homogene. On peut pour cela utiliser la representation de la rotation
R
a laide des angles dEuler (cf. equation (A.84)). En ecrivant les relations de Schwarz sur les
derivees croisees de R
(X ).U
, on etablit que les angles dEuler doivent etre independants de
X.
Deformation nulle
Theoreme 4 (Deformation nulle) La deformation de GreenLagrange E
est nulle en tout
point de 0 a un instant t si et seulement si la transformation de 0 a t est un mouvement
de corps rigide.
Extension simple
On revient a la cinematique (2.53) dextension simple. Du gradient de la transformation
(2.54), on deduit les tenseurs de CauchyGreen et de GreenLagrange :
C
=1
+ (2 + )e 1 e 1 = B
, E
= (2 + )e 1 e 1 (2.132)
2
(1 + )2 0 0 2
(2 + ) 0 0
[C
]= 0 1 0 , [E
]= 0 0 0 (2.133)
0 0 1 0 0 0
On remarque que la deformation de GreenLagrange est purement uni-axiale, ce qui correspond
bien a limage de lextension simple de la figure (2.7). Si la transformation est infinitesimale
1, on calcule
E
'
= e 1 e 1 (2.134)
Glissement simple
La deformation de GreenLagrange associee au glissement simple se deduit de (2.57)
0 0
2
2
1 2
E
= (C
1
) = (e 1 e 2 + e 2 e 1 ) + e 2
e 2 , [E
]=
(2.135)
2 2 2
0
2 2
0 0 0
(a) (b)
(c)
Soit C
(X ) un champ compatible de tenseurs dordre 2 symetriques definis positifs. On
Suppose quil existe 2 transformations 1 (X ) et 2 (X ) de deplacements dont C
(X ) soit le
champ des deformations de CauchyGreen droit associe. Quel est le lien entre 1 et 2 ?
Les gradients des transformations 1 et 2 sont lies, en tout point X , par
T T
F .F = F
1 1
.F = C
2 2
(2.138)
2.3. METRIQUE ET MESURES DE DEFORMATION 53
Grad (2 1
1 ) = F .F 1 = R
2 1
.RT = Q
2 1
(2.141)
Cette transformation est donc un champ de rotations pures Q
. Au cours de la preuve du
theoreme 3, on a annonce que cela nest possible que si la rotation Q
est homogene. En
consequence, les transformations 1 et 2 different dun mouvement de corps rigide :
F
2
(X ) = Q.F (X ),
1
2 (X ) = Q
.1 (X ) + c (2.142)
dou
ij,k = ik,j jk,i (2.146)
ou lon a utilise une premiere fois le theoreme de Schwarz : (.),ij = (.),ji . Le champ precedent
doit verifier necessairement la condition suivante (theoreme de Schwarz sur linterversion
des derivees croisees) :
ij,kl = ij,lk (2.147)
ce qui, applique au membre de droite de lequation (2.146), fournit
ik,jl jk,il = il,jk jl,ik
qui constituent les conditions necessaires recherchees (2.143).
Si le champ
(X ) verifie les conditions (2.143), on calcule
Wijk := ik,j jk,i (2.148)
Les conditions (2.143) indiquent que
Wijk,l = Wijl,k (2.149)
En vertu du theoreme 24 (dit de Poincare, voir annexe A), il existe donc des quantites ij
telles que
Wijk = ij,k (2.150)
En remarquant que Wijk = Wjik , on peut choisir ij tel que ij = ji .
Evaluons alors :
Hij = ij + ij
Hij,k Hik,j = ij,k + ij,k ik,j ik,j
= ij,k + ik,j jk,i ik,j ij,k + kj,i = 0 (2.151)
ou lon a utilise deux fois (2.146). La quantite Hij verifie donc les conditions du theoreme
de Poincare que lon utilise une nouvelle fois pour affirmer quil existe un champ de vecteurs
ui tel que
1
Hij = ui,j , et ij = (ui,j + uj,i ) (2.152)
2
cestadire que le champ
(X ) est compatible.
On insiste sur le fait que la demonstration precedente presente aussi une methode systematique
de construction des champs de deplacement a partir du champ de deformation, quil faudra
mettre en uvre lors de la resolution de problemes aux limites. Cette demarche sera appliquee
une premiere fois au paragraphe 2.3.4 puis au chapitre 8.
Les conditions de compatibilite (2.143) doivent etre satisfaites pour tous les quadruplets
(i, j, k, l). Combien au juste cela faitil de conditions independantes ? Pour le savoir, on va
expliciter ces conditions en distinguant les cas bi et tridimensionnels :
Cas 2D. Les indices ne parcourent que lensemble {1, 2}. Remarquer que si i = j ou k = l,
les conditions (2.143) sont automatiquement verifiees. Prenons donc
i 6= j et k 6= l
1 2 et 1 2
Cette combinaison donne la seule condition a remplir :
11,22 + 22,11 212,12 = 0 (2.153)
En 2D, le tenseur
na que 3 composantes independantes. Si lon tient compte de la
relation supplementaire (2.153), il reste 2 degres de liberte i.e. le nombre de composantes
de deplacement cherchees.
2.3. METRIQUE ET MESURES DE DEFORMATION 55
Cela fait six conditions. On peut montrer quelles ne sont pas independantes et que si trois
dentre elles sont verifiees, alors les trois autres le sont automatiquement. Il nest toutefois
pas possible de reduire de maniere explicite les 6 equations a trois seulement.
Les conditions de compatibilite font intervenir uniquement les composantes du second gradient
du tenseur des deformations. On en deduit que tout champ de deformations affine
(i.e. des deplacements fonctions quadratiques des Xi dans une base cartesienne) les verifie
automatiquement et est donc compatible (dans le contexte infinitesimal).
(X ) estil le champ des deformations infinitesimales ? De tels champs u existent a coup sur
puisque le champ de deformation nul verifie automatiquement les conditions de compatibilite
(2.143). Pour les trouver on va utiliser la demarche presentee au cours de lexpose des conditions
de compatibilite. Lequation (2.146) devient ici
ij,k = 0
En particulier,
12,1 = 0, 12,2 = 0, 12,3 = 0 = 12 = r
ou r est une constante. De meme
23 = p, 31 = q
u1 = rX2 + qX3 + c1
u2 = rX1 pX3 + c2
u3 = qX1 + pX2 + c3
Les variations de volume ne sont bien evidemment pas affectees par le changement de referentiel
(scalaires invariants)
0
J 0 := det F
= det F
=: J (2.162)
ou lon utilise le fait que Q
est une rotation. Les formules de changement de referentiel pour
les tenseurs de CauchyGreen et pour les mesures de deformation sobtiennent en utilisant
abondamment la relation (2.161). On peut classer les resultats en deux groupes.
Theoreme 6 (Changement de referentiel pour les deformations) Le tenseur de Cauchy
Green droit C
et les mesures lagrangiennes de deformation sont invariantes par changement
de referentiel euclidien concidant sur la configuration de reference :
0
C
=C
(2.163)
Preuve. En effet,
0 0T 0 T T T
C
:= F
.F
=F
.Q
.Q.F = F
.F
=C
(2.165)
0 0 0T
B
:= F
.F
=Q.F .F T .Q
T
=Q.B .QT
(2.166)
Par suite toute mesure de deformation utilisant le tenseur de CauchyGreen droit sera
invariante. Les mesures utilisant B
(dites euleriennes) sont quant a elles objectives, a linstar
du tenseur dAlmansi :
0 1 01 1
A
:= (1
B
) = (1 Q.B .QT ) = [Link] (2.167)
2 2
0
Dautre part, la decomposition polaire de F
(2.44) permet de trouver celle de F
en utilisant
lunicite dune telle decomposition :
0
F
=Q.F = (Q
.R).U
=Q.V .R = (Q
.V .QT ).(Q
.R)
(2.168)
T
B
:= F .F = F
.P 1 .P
T
.F
T
V (X , t) := (X , t) (2.173)
t
La description eulerienne de ce champ de vitesses est
v (x , t) := V (1 (x ), t) = V (X , t) (2.174)
Plus generalement, les grandeurs utilisees en mecanique des milieux continus sont considerees
tantot comme des fonctions des variables lagrangiennes F (X , t) ou comme des fonctions des
variables euleriennes f (x , t) :
F (X , t) = f (x , t) = f ((X, t), t)
dF F d f f
F (X , t) := = (X , t) = f ((X , t), t) = (x , t) + . (X , t)
dt t dt t x t
f f df
= (x , t) + .v (x , t) = = f(x , t) (2.175)
t x dt
ou apparat le terme convectif (grad f ).v . La definition precedente secrit ainsi a laide de
composantes :
f f
F := + vi (2.176)
t xi
Loperateur derivee temporelle dans le mouvement peut sappliquer de maniere generale a des
fonctions tensorielles sous la forme
d
= = + grad ().v (2.177)
dt t X t x
En particulier, on peut utiliser les notations introduites pour donner une chane degalites
definissant le champ des vitesses (2.173) :
x := (X , t) = V (X , t) = v (x , t) (2.178)
t
11
Ne pas confondre la notation F ici avec le gradient de la transformation F
.
2.4. VITESSES DE DEFORMATION 59
2 dv v
A (X , t) := x = 2
(X , t) = (x , t) = + (grad v ).v = a (x , t) (2.181)
t dt t
z}|{
dx = F
.dX (2.182)
Cette relation donne donc levolution dune fibre materielle infinitesimale (i.e. constituee de
particules materielles) au cours du mouvement. On peut relier directement la fibre materielle
dans son etat actuel a sa vitesse en eliminant dX dans la relation precedente :
z}|{
dx = L
.dx , avec L
= F .F 1
(2.183)
Or
2 2
F
= (X , t) = (X , t)
tX X t
= Grad V (X , t) = (grad v (x , t)).F
(2.184)
12
Les lignes de courant sobtiennent en integrant le systeme differentiel :
Le tenseur L
precedemment introduit et permettant de suivre levolution des fibres materielles
au cours du mouvement nest donc autre que le tenseur gradient des vitesses13
L
(x , t) = grad v (x , t) (2.185)
L
=D
+W
(2.186)
avec
1 T 1 T
D
:= (L
+L
), W
:= (L
L
) (2.187)
2 2
Le tenseur D
sappelle tenseur eulerien vitesse de deformation ou tenseur taux de
deformation. Le mot vitesse employe peut preter a confusion. En effet il designe en general
la derivee par rapport au temps dune grandeur. Ce nest pas le cas de D
defini ici simplement
comme la partie symetrique du gradient eulerien des vitesses.
Le tenseur W
sappelle tenseur taux de rotation. Puisque le taux de rotation est
antisymetrique, on peut lui associer un vecteur taux de rotation ou vecteur tourbillon
W tel que :
y , W
.y =: W y (2.188)
La notation matricielle correspondant a la definition du vecteur tourbillon est la meme que celle
consignee dans lequation (2.130). Par consequent, lexpression des composantes cartesiennes
dans un repere orthonorme est
1 v3 v2
W 1 = W23 = ( ) (2.189)
2 x2 x3
1 v1 v3
W 2 = W31 = ( ) (2.190)
2 x3 x1
1 v2 v1
W 3 = W12 = ( ) (2.191)
2 x1 x2
Ces formules permettent de reconnatre loperateur rotationnel eulerien applique au champ des
vitesses14
1
W = rotv (x , t) (2.192)
2
Les informations necessaires sur loperateur rotationnel se trouve au paragraphe A.2.2. Un
mouvement est dit localement irrotationnel si le tenseur taux de rotation ou, de maniere
equivalente, le vecteur tourbillon est nul.
Le choix des denominations introduites et le sens mecanique des differents tenseurs sont
justifies au paragraphe 2.4.3.
13
Avec la notation utilisant loperateur nabla introduite pour la premiere fois dans lequation (2.13), on peut
aussi noter le tenseur gradient des vitesses de la maniere suivante :
L
(x , t) = v x
14
Avec la notation utilisant loperateur nabla introduite pour la premiere fois dans lequation (2.13), en
utilisant quelques relations issues du paragraphe A.1.3 de lannexe A, on peut aussi noter
1 1
W = : (v x ), i = ijk vj,k
2 2
2.4. VITESSES DE DEFORMATION 61
F
= R
.U + R .U
L
= F .F 1 = R
.RT + R .U .U 1 .R
T
(2.193)
Il est important de remarquer que, pour tout tenseur orthogonal R
, le tenseur vitesse
T
de rotation associe R .R est antisymetrique. En effet,
T
R .RT = 1
= R
.RT = R .R = (R
.RT )T (2.194)
Par contre, le deuxieme terme apparaissant dans la relation (2.193) nest en general pas
1
symetrique car U
et U
ne commutent pas systematiquement :
(U .U 1 )T = U
1
.U
6= U .U 1
(2.195)
Pour sen convaincre, sil est besoin, il suffit de considerer le contreexemple simple suivant.
Dans une base cartesienne orthonormee particuliere, on considere
U11 U12 (t) 0 h i 0 U12 (t) 0
[U
] = U12 (t) 1 0 , U
= U12 (t) 0 0 (2.196)
0 0 1 0 0 0
ou seule la composante U12 est supposee dependre du temps. Linverse de U
secrit
1 U12 0
1 1 U12 U11 0
U
= 2
(2.197)
U11 U12
0 0 1
Enfin, on trouve
U12 U11 0 U12 1 0
h i U12 h i U12
U .U 1 =
2
1 U12 0 , U
1
.U
= 2
U11 U12 0
U11 U12 U11 U12
0 0 1 0 0 1
(2.198)
1
Il apparat donc que U
et U
ne commutent que si U11 = 1.
Il sensuit quen general
W
6= R
.RT , et D
6= R .U .U 1 .R
T
(2.199)
Le tenseur taux de rotation W
est donc en general distinct de la vitesse de rotation propre
T
R
.R .
Le tenseur taux de deformation mesure donc la vitesse de variation du produit scalaire de deux
directions materielles sur la configuration actuelle. Il mesure donc les variations de longueur et
dangle delements de fibres materielles.
Dautre part, la relation (2.68) implique aussi
z }| { z }| {
dx 1 .dx 2 = dX 1 .C
.dX 2 = dX 1 .C
.dX 2 = 2dX 1 .E
.dX 2 (2.201)
En reprenant la definition de lallongement relatif (m ) defini par lequation (2.73) pour une
direction materielle dx =| dx | m , on obtient sa variation
z }| {
| dx |
= = m .D
.m (2.204)
| dx |
appele taux dallongement relatif de la direction materielle portee par m . Cette relation
doit etre rapprochee de lallongement relatif infinitesimal egal a M .
.M dans lequation
(2.113). Si m = e 1 premier vecteur dune base orthonormee choisie, son taux dallongement
relatif instantane nest autre que la composante D11 du tenseur des taux de deformation.
Le tenseur D
est par definition symetrique mais il nest pas necessairement defini positif
puisque le taux dallongement relatif dune direction materielle peut tout aussi bien augmenter
que diminuer ou rester inchange au cours du mouvement.
on obtient
sin = 2m 1 .D
.m 2 + cos (m 1 .D
.m 1 + m 2 .D
.m 2 ) (2.206)
Dans le cas particulier ou les directions etudiees sont orthogonales a linstant choisi (i.e. =
/2), levolution de langle de glissement defini par (2.79) est donnee simplement par
= = 2m 1 .D
.m 2 (2.207)
2.4. VITESSES DE DEFORMATION 63
Preuve. Cest une consequence de la relation (2.207) que lon applique a trois directions
materielles deux a deux orthogonales dx 1 , dx 2 , dx 3 . Le tenseur symetrique D
a des valeurs
propres reelles et possede des directions principales deux a deux orthogonales qui verifient le
theoreme dapres (2.207). Reciproquement, sil existe trois directions deux a deux orthogonales
(m 1 , m 2 , m 3 ) telles que
m 1 .D
.m 2 = 0 (2.208)
m 1 .D
.m 3 = 0 (2.209)
m 2 .D
.m 3 = 0 (2.210)
dx = | dx | m
z}|{
dx = L
.dx = | dx | m + | dx | (m .D
.m )m (2.211)
m = L
.m (m .D
.m )m (2.212)
m = W
.m = W m (2.213)
Ce resultat montre que le vecteur unitaire attache a une ligne materielle concidant a linstant
t avec une direction principale de D
subit une rotation dont la vitesse est donnee par W
(t).
On en deduit le
64 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
et par suite
z}|{ J
dv = dv (2.215)
J
La variation du volume fait donc intervenir la derivee du determinant de F
. Il est possible
de relier cette grandeur au tenseur gradient des vitesses, en utilisant les proprietes du produit
mixte defini en (2.37) :
z}|{ z }| {
dv = [dx 1 , dx 2 , dx 3 ]
z}|{ z}|{ z}|{
= [dx 1 , dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , dx 2 , dx 3 ]
= [[Link] 1 , dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , L .dx 2 , dx 3 ] + [dx 1 , dx 2 , L .dx 3 ]
L11 0 0 1 L12 0 1 0 L13
= L21 1 0 + 0 L22 0 + 0 1 L23 dv
L31 0 1 0 L32 1 0 0 L33
= (L11 + L22 + L33 ) dv (2.216)
qui nest autre que la trace du gradient des vitesses. Pour etablir le resultat precedent, on a choisi
un volume elementaire dv particulier constitue de trois vecteurs orthogonaux et les determinants
ont ete explicites dans cette base. Le resultat garde toute sa generalite car, dapres (2.215), la
quantite J/J ne depend pas de dv de sorte que son expression peut etre etablie a laide dun
15
Le theoreme ne dit pas que le triedre des directions principales de D
tourne a la vitesse angulaire W
,
ce qui est faux. Pour sen convaincre, il suffit de prendre lexemple du glissement simple traite en 2.4.6, pour
lequel les directions principales de D
ne tournent pas alors meme que W
est non nul. Le theoreme porte sur
un triedre de directions materielles concidant a t uniquement avec les directions principales de D
.
2.4. VITESSES DE DEFORMATION 65
dv particulier. Finalement,
z}|{
dv J
= = trace L
= trace D
= div v = x .v (2.217)
dv J
La divergence du vecteur vitesse apparat car
vi
trace L
= Lii =
xi
On insiste sur la relation suivante, contenue dans (2.217) :
J = J trace L
= (det F
) trace (F .F 1 )
(2.218)
J
T
= ds L
.ds (2.220)
J
ou lon a utilise la formule donnant la derivee de linverse de F
qui se deduit du theoreme 25
au paragraphe A.3.3 :
z}|{
1 1
F
= F
.F .F 1
(2.221)
Finalement,
z}|{
T
ds = ((trace L)1 L
).ds (2.222)
ou lon a utilise (2.217). Dans un second temps on sinteresse a levolution du vecteur normal
n = ds /ds avec ds = kds k. Pour cela, on utilise le fait que la norme du vecteur unitaire
normal doit rester egal a 1, ce qui implique
kn k2 = n .n = 1 = n .n = 0 (2.223)
16
Il nest peutetre pas inutile dexpliciter les derivations partielles effectuees dans (2.219) :
dJ dF d J d Fij
: =
dF
dt d Fij dt
L
= F .F 1 = grad v
tenseur gradient des vitesses
1
D
:= (L + LT ) tenseur taux de deformation
2
1 T
W
:= (L
L
) tenseur taux de rotation
2
1 T
E
= C =F .D .F
2
z }| {
dx 1 .dx 2 = 2dx 1 .D
.dx 2 = dX 1 .C
.dX 2
z}|{
dx = L
.dx element de fibre materielle
z}|{
T
ds = ((trace L)1 L
).ds element de surface
z}|{ J
dv = (trace L
) dv = dv element de volume
J
(m )
= m .D
.m taux dallongement relatif
(m )
m = L
.m (m .D
.m )m direction unitaire dune fibre materielle actuelle
T
n = (n .D
.n )n L
.n vecteur normal unitaire dun element de surface
Dautre part,
z}|{ z }| { z}|{
ds = ds n = ds n + ds n (2.224)
z}|{
ds J
= n .D
.n (2.225)
ds J
T
ou le fait que n .L
.n = n .D
.n a ete pris en compte. La relation (2.225) na plus alors qua
etre substituee dans (2.222) pour trouver
T
n = (n .D
.n )n L
.n (2.226)
2.4. VITESSES DE DEFORMATION 67
1
D
= (grad v + (grad v )T ) (2.227)
2
et par suite
1 T 1 T
D
' (H
+ H
) =
, W
' (H
H
) =
(2.230)
2 2
Lanalogie de structure deja evoquee entre D
et
devient plus etroite encore puisque le premier
est simplement la derivee temporelle du second dans le cadre des transformations infinitesimales.
Concernant les vecteurs associes aux tenseurs antisymetriques W
et
,
W ' (2.231)
68 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
x0 = Q
(t).x + c (t)
v 0 = x 0 = Q
.v + [Link] .(x 0 c ) + c
(2.232)
= Q
.v + w (x 0 c ) + c (2.233)
|{z} | {z }
vitesse relative vitesse dentranement
ou w est le vecteur vitesse de rotation associe au tenseur vitesse de rotation du referentiel
[Link] . Une derivation temporelle supplementaire conduit a la regle de transformation du champ
dacceleration :
a 0 := v 0 = w (x 0 c ) + w (x 0 c ) + Q
.v + Q
.a + c
= w (x 0 c ) + w (w (x 0 x ) + Q
.v ) + [Link] .Q
.v + Q
.a + c
= Q .a + w (x 0 c ) + w (w (x 0 c )) + c + 2w Q.v
| {z } | {z }
|{z}
acceleration relative acceleration dentranement Coriolis
(2.234)
0
On voit que seul D
est un tenseur objectif au sens defini en (2.164) tandis que W
est influence
18
par la vitesse de rotation du second referentiel par rapport au premier .
17
Un vecteur v est dit objectif par changement de referentiel euclidien si
v 0 = Q.v
18
Puisque W
est antisymetrique, il est possible de construire en chaque point materiel un tenseur de rotation
Q(t) en integrant lequation differentielle
T
Q .Q = W
(2.237)
Il est tentant des lors dattacher a chaque point materiel un referentiel tournant de Q par rapport au referentiel
2.4. VITESSES DE DEFORMATION 69
v (x , t) = W
(t).(x c ) + c (t), avec W
= [Link]
(2.238)
ou Q
est une rotation et c un champ de vitesse uniforme. Plus generalement tout tenseur
antisymetrique W
permet de definir un champ de vitesses de corps solide de la forme (2.238).
Voici lecriture matricielle dun tel champ :
v1 c1 0 r q x1 c1 c1 p x1 c1
v2 = c2 + r 0 p x2 c2 = c2 + q x2 c2 (2.239)
v3 c3 q p 0 x3 c3 c3 r x3 c3
Les reels p, q, r representent les trois composantes independantes du tenseur antisymetrique W
et sont homogenes a une vitesse de rotation (s1 ). Ce sont les composantes du vecteur rotation
W tel que :
v (x , t) = W (x c ) + c (2.240)
La forme generale dun champ de vitesses de mouvement de corps rigide est donc
v (x , t) = v 0 + W x (2.241)
ou lon a pose v 0 = c W c . Il est important de remarquer la similarite de
lexpression precedente avec (2.131) dun mouvement de solide rigide infinitesimal. La difference
fondamentale est que (2.131) nest valable que dans le contexte infinitesimal, tandis que (2.241)
est universelle. Cela vient du fait que seule une rotation infinitesimale est representee par un
tenseur antisymetrique, alors que toute vitesse de rotation est antisymetrique (cf. lequation
(2.194)). Le champ dacceleration correspondant sobtient en derivant deux fois (2.52) par
rapport au temps :
a := v = Q
.X + c
= [Link] .(x c ) + c
(2.242)
Par ailleurs, on peut deriver aussi par rapport au temps lexpression (2.240) ce qui donne
a = W (x c ) + W (x c ) + c
= W (x c ) + W (W (x c )) + c (2.243)
Le taux de deformation associe au champ de vitesses (2.238) est nul puisque son gradient se
reduit au taux de rotation W
.
initial et appele referentiel corotationnel. Lavantage de ce referentiel est quil est construit de telle sorte que
0
W
= 0, ce que lon peut verifier en utilisant les relations (2.236). De meme, on considere les referentiels en
rotation propre construits en chaque point materiel avec le champ de tenseurs de rotation propre R
(X , t).
Comme en general R
6
= Q , ces deux familles de referentiels sont distincts. Il faut insister sur le statut local
tres particulier de ces referentiels. En effet, on adopte ici un referentiel different pour suivre chaque particule
materielle. Cela peut dans certains cas permettre une ecriture plus simple des lois de comportement. On renvoie
a louvrage (Besson et al., 2001) pour ce point qui sort largement du cadre de ce cours.
70 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS DU MILIEU CONTINU
Extension simple
Le gradient des vitesses pour la transformation (2.53) secrit
L = F .F 1 = e e1 = D , W =0 (2.244)
1+ 1
extension d extension
D
= log U
dt
Glissement simple
En glissement simple (2.56), le gradient des vitesses, le tenseur vitesses de deformations et le
tenseur taux de rotation secrivent
L
= e 1 e 2 , D
= (e 1 e 2 + e 2 e 1 ), W
= (e 1 e 2 e 2 e 1 ) (2.245)
2 2
0 2 0 0 2 0
0 0
[L ] = 0 0 0 , [D ] = 0 0 , [W ] = 0 0 (2.246)
2 2
0 0 0
0 0 0 0 0 0
Le taux de rotation correspond donc a une rotation autour de laxe 3 dangle a la vitesse
= (2.247)
2
On remarque que cette vitesse ne sature pas si le glissement seffectue indefiniment. Cest une
situation bien differente de celle de la rotation propre R
(cf. equation (2.66)) dont langle tend
vers /2 lorsque tend vers linfini. Il nest donc pas si simple dinterpreter les differentes
rotations a luvre lors dun glissement simple. Cest dailleurs toujours un sujet de recherches
(Yang et al., 1992) !
Chapitre 3
Equations de bilan
si M1 et M2 sont deux corps disjoints. La masse est supposee etre une fonction continue du
volume de matiere. En particulier quand ce volume tend vers 0, la masse correspondante tend
vers 0. La masse est une grandeur intrinseque, independante du referentiel dobservation. Cest
un scalaire objectif ou invariant (puisque la terminologie concide pour les scalaires). Le principe
de conservation de la masse stipule que m(M) reste inchange au cours du temps
d
m(M) = 0 (3.2)
dt
Il existe une densite de masse1 telle que, pour une configuration quelconque du corps materiel
M dans (E, R),
Z Z Z
m(M) = dm = (x , t) dv = 0 (X ) dV = Constante (3.3)
M t 0
ou la masse volumique (densite de masse) locale (x , t) 0 est un champ scalaire defini sur
t . La masse volumique sur la configuration de reference 0 est note 0 (X ). La conservation
de la masse implique que
dm = dv = 0 dV = Constante (3.4)
La relation de transport pour les elements de volume, etablie au paragraphe 2.2.5 (equation
(2.38)), implique que
0 dv
= = J = det F
(3.5)
dV
1
Cest une consequence du theoreme de RadonNicodym en theorie de la mesure, etant donne la regularite
de m.
71
72 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
En derivant par rapport au temps la relation precedente a laide des relations (2.175) et (2.215),
0
=
J
J J
= 0 = = trace L
= div v (3.6)
J2 J
La forme locale de la conservation de la masse (3.2) en decoule :
+ div v = 0 (3.7)
+ div (v ) = 0 (3.8)
t
ou sont donnees les expressions avec les derivees temporelles particulaires et convectives (cf.
equation (2.175)). En particulier
= + (grad ).v (3.9)
t
Les relations precedentes utilisent la description eulerienne du mouvement (cf. paragraphe
2.2.3). Les equations (3.7) et (3.8) sont parfois appelees equation de continuite. Lexpression
reste toutefois ambigue et ne sera pas utilisee dans la suite.
Une consequence tres utile dans la suite de lecriture des lois de conservation est que pour
toute densite massique f (x , t) continue, on a
Z Z
d
f (x , t) dv = f dv (3.10)
dt
Elle est bien sur egale au produit de la masse du corps par la vitesse de son centre dinertie. Le
moment cinetique dun corps materiel M par rapport a un point quelconque x 0 de lespace E,
fixe dans le referentiel R, est defini sur la configuration actuelle par
Z
(x x 0 ) (x , t)v (x , t) dv (3.12)
t
Pour que les relations (3.14) et (3.15) soient valables pour un referentiel quelconque (non
necessairement galileen), il faut ajouter les contributions de forces dinertie au torseur des
efforts appliques.
m dist (x , t) = (x x 0 ) f + m (3.18)
auxquels on a ajoute une source eventuelle de couples massiques m , par exemple dorigine
electromagnetique.
74 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
Efforts surfaciques ou de contact. De tels efforts peuvent etre appliques en tout point
de la surface D sous forme dactions normales ou/et tangentielles. On les represente donc
par une densite surfacique deffort t (x , D, t) pour x D
Z
R contact = t (x , D, t) ds (3.19)
D
m contact (x , t) = (x x 0 ) t (3.20)
2
On verra en fait dans la suite que le cadre de representation des efforts propose dans ce chapitre nautorise
pas une dependance aussi ambitieuse de t par rapport a toutes les caracteristiques de la surface D. Voir aussi
la note de la page 77.
3
Le mot contrainte designe le rapport dune force par une surface.
3.2. CONSERVATION DE LA QUANTITE DE MOUVEMENT ET DU MOMENT CINETIQUE75
Z Z
= f dv +
t ds .v 0
t t
Z Z
+ x f dv + x t ds .W (3.23)
t t
le moment etant evalue par rapport a lorigine du reperage des positions. Ce resultat signifie
que la puissance dun systeme de forces applique a un corps materiel dans un mouvement de
corps rigide ne depend que du torseur de ce systeme de forces.
En utilisant la definition (2.129), le moment M est associe au tenseur antisymetrique M
tel
que
1
M .W = M :W (3.26)
2
La matrice du tenseur M
est donnee par la formule (2.130)5 . Pour finir, on rappelle que si
{O, R , M O } est le torseur dun systeme de forces par rapport au point O, alors {O0 , R 0 , M O0 }
est le torseur du meme systeme de forces par rapport au point O0 si
R0 = R, M O0 = M O + OO 0 R
4
En notation indicielle (base orthonormee), cela secrit
y .W
.x = yi Wij xj = yi ijk W j xk = W j jki xk yi = W .(x y )
ou ijk designe les composantes du tenseur des permutations (cf. paragraphe A.1.3 de lannexe A).
5
La preuve du resultat precedent est alors simplement
M
:W
= Mij Wij = 2W i Mi
76 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
Z Z
(x x 0 ) (x , t)a (x , t) dv = ((x x 0 ) (x , t)f (x , t) + m ) dv
t t
Z
+ (x x 0 ) t (x , t , t) ds (3.30)
t
grad p + g = 0 (3.32)
t (x , D1 , t) = t (x , D2 , t) (3.34)
Dans le cadre de cette hypothese, on peut reecrire la premiere loi dEuler sous la forme
suivante : Z Z
t (x , n , t) ds = (x , t)(a f ) dv (3.35)
t t
Cette expression montre que lintegrale de surface doit etre reductible a une integrale de volume,
ce qui nest a priori pas vrai pour nimporte quelle forme du champ t (x , n ). Le theoreme de
la divergence (A.129) permet un tel transfert de la surface au volume, a condition toutefois que
la densite surfacique soit lineaire en n . Pour un champ de vecteurs regulier v par exemple
Z Z
v .n ds = div v dv (3.36)
D D
Si t (x , n ) est lineaire en n , autrement dit si t est un flux, alors une reduction de la resultante
des efforts de contact a une integrale de volume est possible. Le theoreme de Cauchy indique
en fait que cette condition suffisante est aussi necessaire. Pour etablir ce resultat, il faut passer
dabord par le
7
Le postulat de Cauchy est en fait un theoreme. La demonstration de ce fait, due a Noll (Noll, 1959), depasse
le cadre de ce cours (voir aussi (Noll and Virga, 1990; DellIsola and Seppecher, 1995)). Cependant, on peut
sentir largument en remarquant que, dans la loi dEuler (3.27), on doit avoir legalite entre une integrale de
surface dun cote (efforts surfaciques) et dune integrale de volume de lautre (efforts volumiques et dinertie).
Une telle representation nest en fait possible que si t ne depend de D que par lintermediaire de sa normale.
Seul lajout dune densite de doubles forces daretes dans la representation des efforts permet en fait delargir la
dependance du vecteur contrainte visavis des caracteristiques de la surface. Mais on quitte alors le cadre dune
theorie du premier gradient (Germain, 1973b; DellIsola and Seppecher, 1995). La methode de construction de
Cauchy fonctionne pour ainsi dire miraculeusement dans le cadre de la theorie du premier gradient. Elle masque
helas ses propres limitations et setend avec difficulte a des theories plus riches. On lui opposera la methode
des puissances virtuelles qui permet une modelisation systematique des milieux continus, notamment grace a
lintroduction des les premieres etapes de la demarche de la notion de puissance des efforts interieurs (voir les
commentaires de la fin du paragraphe 3.3.4). Au contraire, lapproche de Cauchy part de la representation des
efforts exterieurs.
78 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
n
D 2
D2
D 1
D1
Fig. 3.1 Deux sousdomaines dun corps materiel dont les contours ont une normale commune.
Le postulat de Cauchy affirme quen cet endroit les efforts de contact concident.
Lemme de Cauchy (lemme dimparite) Leffort de contact exerce au point x par la matiere
du cote (1) dune surface S contenant x sur le cote (2) de cette surface est oppose a leffort
exerce par (2) sur (1), a condition toutefois que t y soit continu et que lacceleration a et
leffort massique f y soient finis. En dautres termes,
t (x , n , t) = t (x , n , t) (3.37)
les termes volumiques tendent vers zero puisque lacceleration et les forces massiques sont
supposees bornees. Il reste un terme surfacique dont la contribution laterale tend vers zero, de
sorte quil ne subsiste que
Z Z Z
+
t (x , n ) ds + t (x , n ) ds = (t (x , n ) + t (x , n )) ds = 0
S+ S S+
pour tous les elements de surface S ayant des normales opposees. La continuite supposee de
lintegrande sur la surface entrane le resultat (3.37).
3.3. ANALYSE DES CONTRAINTES : LA METHODE DE CAUCHY 79
n
S
n
x
D
n
t
Theoreme 10 (Theoreme de Cauchy) Sous les memes hypotheses que celles du lemme de
Cauchy, il existe un champ de tenseur du second ordre
(x , t) tel que
t (x , n , t) =
(x , t).n (3.39)
n 1 = e 1 , n 2 = e 2 , n 3 = e 3 , n
(voir figure 3.3). La premiere loi dEuler (3.29) est appliquee maintenant au domaine h . Sa
80 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
On a introduit le volume Sh/3 du tetraedre. Les surfaces Si sont liees a S par les cosinus
directeurs9 :
Si = Sni (3.42)
Lorsque lon fait tendre h 0, les points A, B, Ai tendent vers M . En divisant lequation (3.41)
par S et a la limite h 0, le membre de gauche proportionnel a h tend vers 0 et on obtient
3
X 3
X
t1 (M, n ) = t1 (M, ni e i ) = ni t1 (M, e i ) (3.43)
i=1 i=1
ou les signes sommes ont ete introduits de maniere exceptionnelle pour rendre plus visible le
caractere lineaire de loperateur. Cette equation exprime la linearite de t1 par rapport a n . Le
resultat setend de la meme facon aux composantes t2 et t3 . Il existe donc un operateur lineaire
(M ) tel que
t =
.n , avec ij (M ) = ti (M, e j ) (3.44)
ce qui secrit sous forme matricielle :
t1 11 12 13 n1
t2 = 21 22 23 n2 (3.45)
t3 31 32 33 n3
Loperateur
(M ), en tant quapplication lineaire, est un tenseur dordre 2.
Le theoreme precedent a ete publie par A. Cauchy en 1823. Loperateur lineaire
sappelle
le tenseur des contraintes de Cauchy ou parfois tenseur des contraintes vraies.
Ladjectif vrai vient du fait que le tenseur des contraintes de Cauchy est defini sur la
8
En toute rigueur, le theoreme de la moyenne ne sapplique generalement pas comme annonce aux fonctions f
et a sous lhypothese qui preside au theoreme de Cauchy a savoir que a f est bornee mais non necessairement
supposee continue. En fait la demonstration reste valable car le membre de gauche peut alors effectivement
toujours secrire come le produit de Sh par un vecteur borne quelque soit h.
9
Pour retrouver cette expression, on peut faire appel au theoreme de la divergence :
Z Z 3
X
n ds = div 1
dv = 0 = Sn + Si n i
h h i=1
3.3. ANALYSE DES CONTRAINTES : LA METHODE DE CAUCHY 81
configuration actuelle : cest une machine (un operateur)10 qui, a un element de surface
oriente de la configuration actuelle, associe la force physiquement appliquee a cet element de
surface. Lobjectif du chapitre 4 est dapprendre a mieux le connatre. On etablit dans la suite
la version locale des equations de conservation de la quantite de mouvement.
P3
n
M P2
2
P1
1
La formule (3.36) deja evoquee nen est quune application pour f = vi . La resultante des efforts
de contact se transforme donc en
Z Z Z
ij
ti (x , n , t) ds = ij (x , t)nj ds = dv (3.47)
D D D xj
Le resultat etant vrai pour tout domaine D t , lintegrande doit sannuler en tout point x
ou elle est continue :
ij
+ fi = ai (3.49)
xj
On rappelle que les indices repetes donnent lieu a une sommation. Le premier terme represente la
divergence du vecteur construit a partir de la ligne i de la matrice ij dans une base cartesienne
orthonormee. Le vecteur ij,j (ou la virgule designe la derivee partielle par rapport a lindice
j) sinterprete en fait comme la divergence du tenseur du second ordre
selon la definition
(A.101) de lannexe A :
ij
div = e (3.50)
xj i
en coordonnees cartesiennes orthonormees. On obtient ainsi la formulation intrinseque du bilan
local de quantite de mouvement
div
+ (f a ) = 0 (3.51)
a = v
v
= + (grad v ).v
t
v
= v + (grad v ).v
t t
v
= + v div (v ) + (grad v ).v
t
v
= + div (v v ) (3.52)
t
La relation (3.51) secrit donc aussi de la maniere suivante
v
+ div (v v
) = f (3.53)
t
Pour passer de la ligne (3.55) a (3.56) on a applique une nouvelle fois le theoreme (3.46) sous
les hypotheses de regularite requises. En utilisant lequation de la dynamique (3.49) pour la
3.3. ANALYSE DES CONTRAINTES : LA METHODE DE CAUCHY 83
Puisque cette relation doit etre vraie pour tout sousdomaine D de t , il sensuit que
23 32 = m1 (3.59)
Le calcul doit etre repris pour les composantes 2 et 3 de lequation vectorielle (3.54), de sorte
que
31 13 = m2 (3.60)
12 21 = m3 (3.61)
Les equations (3.59) a (3.61) representent les lois locales du bilan de moment cinetique. En
utilisant le symbole des permutations ijk (defini par les relations (A.69), ces relations prennent
la forme synthetique
ijk jk = mi (3.62)
ce qui constitue la seconde loi de Cauchy11 . Le mot symetrique est un raccourci exprimant
que, selon le point de vue adopte, le tenseur des contraintes de Cauchy est une forme bilineaire
symetrique, un endomorphisme autoadjoint, ou un tenseur euclidien symetrique. Les trois
terminologies sont equivalentes. En dautres termes, le tenseur
est caracterise, dans le cas
tridimensionnel, par 6 composantes independantes au lieu de 9.
Les lois de Cauchy (3.50) et (3.63) indiquent que pour un corps en equilibre (cas statique,
v = 0 ou plus generalement constant en chaque point de t , mais non necessairement uniforme),
les equations de champ a satisfaire sont
div
+ f = 0 (3.64)
T
=
(3.65)
Ces equations pourront aussi etre appliquees pour un probleme devolution lorsque les termes
dacceleration a peuvent etre negligees devant les efforts mis en jeu dans le probleme. On
parlera alors devolution quasistatique.
11
La seconde loi de Cauchy est parfois appelee axiome de Boltzmann. Le terme axiome est ambigu dans
la mesure ou le resultat (3.63) a ete etabli a partir du theoreme du moment cinetique global. Toutefois, cette
relation suppose quil nexiste pas de couples volumiques ni surfaciques comme on la deja fait remarquer, ce
qui represente un axiome de la theorie non polaire des milieux continus. Lorsque les couples de surface sont
introduits, une theorie plus generale dite micropolaire ou, plus generalement encore, une theorie de Cosserat
peut etre developpee (Forest, 2006).
84 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
En effectuant une integration par partie sur le premier terme du membre de droite, et en
appliquant le theoreme de la divergence, on trouve, dans un reperage orthonorme,
Z Z Z
? ? ?
ij,j vi dv = (ij vi ),j dv ij vi,j dv
D ZD Z D
? ?
= ij vi nj ds ij vi,j dv
D D
Z Z
= t .v ? ds
: x v ? dv
ZD ZD
?
= t .v ? ds
:D
dv (3.67)
D D
?
La derniere equation (3.67) fait intervenir le tenseur symetrique D
defini cidessous et utilise
pour cela explicitement la propriete de symetrie du tenseur des contraintes (seconde loi de
Cauchy) garantissant que
? ? ? 1
ij vi,j = ij Dij , avec Dij = (vi,j + vj,i )
2
Lequation (3.66) peut alors se mettre sous la forme :
Z Z Z Z
? ? ?
:D
dv + t .v ds + f .v dv = a .v ? dv (3.68)
D D D D
avec
? 1
D
:= (x v ? + (x v ? )T ) (3.70)
2
Puissance virtuelle des efforts a distance dans le champ v ?
Z
e ?
P (v ) := f .v ? dv (3.71)
D
ce qui conduit au
Theoreme 11 (Theoreme des puissances virtuelles) Le champ des contraintes
et
dacceleration a dans un corps materiel soumis aux effort f et t , verifient les equations
locales de la dynamique (3.51) et (3.63) si et seulement si la puissance des efforts interieurs,
a distance et de contact equilibre la puissance du champ dacceleration dans tout mouvement
virtuel v ? et pour tout sousdomaine D, sous lhypothese de continuite des champs impliques :
P i (v ? ) + P c (v ? ) + P e (v ? ) = P a (v ? ) (3.74)
Preuve. Soient (
, a , f ) des champs de contraintes, dacceleration et defforts massiques
satisfaisant les lois de Cauchy (3.51) et (3.63), et des efforts surfaciques t tels que t =
.n .
Lequation (3.74) est identique a (3.68) etablie precedemment qui resulte directement des lois
locales de la dynamique. Reciproquement, si la relation (3.68) est satisfaite pour tout champ
virtuel v ? et tout sousdomaine D t , on peut etablir les lois de Cauchy en procedant
de la maniere suivante. On considere dabord des champs v ? de translation homogene du
corps materiel. Lequation (3.74) appliquee a tout sousdomaine implique, apres utilisation du
theoreme de la divergence, lequation locale (3.51). Pour retrouver (3.63), il suffit de considerer
un champ v ? correspondant a une rotation pure.
Lorsque le champ virtuel est assimile a un champ de vitesses (resp. de deplacement), on parle
du theoreme des puissances virtuelles (resp. theoreme des travaux virtuels). On peut
aussi appliquer le theoreme au cas particulier v ? = v , a savoir le champ reel de vitesses regnant
a linstant t dans la configuration t , a condition toutefois que le champ reel soit continu. La
puissance des efforts interieurs secrit alors
Z
i
P (v ) =
:D
dv (3.75)
D
ou D
est le tenseur taux de deformation defini par lequation (2.187), i.e. la partie symetrique
du gradient des vitesses. Il faut remarquer alors que les dimensions physiques des grandeurs en
jeu sont
:D
MPa.s1 = Jm3 s1 = Wm3
cestadire une densite volumique de puissance. Integree sur un domaine D, on obtient une
puissance ce qui justifie a posteriori les denominations utilisees precedemment. En appliquant
en outre le theoreme au domaine t entier, lequation (3.74) nest autre que le theoreme de
lenergie cinetique :
Z
i e c 1
P (v ) + P (v ) + P (v ) = K, avec K := v .v dv (3.76)
2 t
valable en labsence dondes de choc. On peut en effet etablir simplement que la variation
denergie cinetique nest autre que la puissance du champ dacceleration :
K = P a (v ) (3.77)
Lenergie interne E du systeme, representee par une densite massique e denergie interne
Z
E := e(x , t) dv (3.81)
D
E = P i (v ) + Q (3.84)
e =
:D
div q + r (3.89)
Conservation
Z de la masse
d
dv = 0
dt D
Bilan
Z de quantite
Z de Zmouvement (premiere loi dEuler)
a dv = f dv + t ds
D D D
Bilan
Z de moment cinetique
Z (seconde loi dEuler)
Z
(x x 0 ) a dv = ((x x 0 ) f ) dv + (x x 0 ) t ds
D D D
Bilan
Z denergie
Z Z Z
e dv =
:D
dv q .n ds + r dv
D D D D
Tab. 3.1 Recapitulatif : forme globale des equations de bilan de la thermomecanique des
milieux continus, pour un sousdomaine D t (en labsence de discontinuite).
et par suite
e
+ div (ev + q ) =
:D
+ r (3.91)
t
Une autre forme est souvent mentionnee aussi. Elle se deduit de la formulation globale (3.83)
sans appliquer le theoreme de lenergie cinetique :
(e + v .v ) + div ((e + v .v )v + q v .
) (r + v .f ) = 0 (3.92)
t 2 2
Equations de champ :
div
+ f = a quantite de mouvement (Cauchy 1)
T
=
moment cinetique (Cauchy 2)
e + div q =
:D
+ r bilan denergie
[[U ]] = 0
[[U v ]] [[
]].n = 0
[[(e + 21 v .v )U ]] + [[q v .
]].n = 0
Tab. 3.2 Recapitulatif : forme locale des equations de bilan de la thermomecanique des
milieux continus. Points reguliers et equations aux discontinuites.
div
+ f = 0 quantite de mouvement
T
=
moment cinetique
[[
]].n = 0 continuite du vecteurcontrainte
Tab. 3.3 Recapitulatif : equations de champ et au bord pour la statique des milieux continus.
90 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
On etablit alors lequation de transport dite de Reynolds pour pour tout champ de
tenseur continu f (x , t) admettant une derivee temporelle :
Z Z Z
d f
f dv = dv + f wn ds (3.93)
dt V V t V
wn (x , t) = x .n = v (x , t).n (3.94)
Ce resultat peut etre etabli directement en se ramenant a un domaine fixe materiel de reference.
En effet, le domaine materiel Dt t est une region de la configuration actuelle dun corps
materiel M et on peut lui associer le domaine D0 correspondant sur la configuration de
reference. De meme la densite f (x , t) est representee par F (X , t) sur 0 . On peut alors
effectuer le changement de variable x = (X , t) dans lintegrale a calculer et introduire le
jacobien correspondant
Z Z
d d
f dv = F JdV
dt Dt dt D0
Z
=
(F J + F J)dV
ZD0 Z
=
f dv + f (div v ) dv
Dt Dt
Z
f
= ( + (grad f ).v + f (div v )) dv
Dt t
Z Z
f
= dv + div (f v ) dv
Dt t Dt
Z Z
f
= dv + f v .n ds (3.96)
Dt t Dt
Z
z}|{
= (fdv + f dv )
ZDt
= (f + f div v )dv
Dt
Z Z
f
= dv + f v .n ds (3.98)
Dt t Dt
D
D
wn n
D
D
D S
(a)
n
s
D
x
S
(b) D
Fig. 3.4 Etablissement des theoremes de transport : (a) propagation dune surface singuliere
S dans un domaine D, (b) voisinage D dun point singulier x S pour letablissement des
conditions de discontinuite.
On a tenu compte du fait que la normale sortante a la surface S vue comme une partie de
la frontiere de D+ est n par definition. Ces relations peuvent etre reecrites sous la forme
suivante, en introduisant la vitesse relative U donnee par (3.102) et le contour complet D :
Z Z Z Z
d
dv = dv + v .n ds U ds
dt D t
Z ZD ZD ZS
d
dv = dv + v .n ds + + U + ds
dt D+ D+ t D+ S
3.5. EQUATIONS DE BILAN EN PRESENCE DE DISCONTINUITES 93
On est alors en mesure dappliquer le theoreme de la divergence sur les domaines reguliers D
et D+ :
Z Z Z
d
dv = ( + div (v )) dv U ds
dt D t
Z ZD ZS
d
dv = ( + div (v )) dv + + U + ds
dt D+ D+ t S
Le domaine D etant materiel, la masse quil contient est constante de sorte que la derivee
temporelle precedente est nulle. Le resultat precedent est valable pour toute portion de la
surface de discontinuite, lintegrande doit donc sannuler en tout point de S le long de laquelle
elle est continue (i.e. presque partout le long de S) :
La quantite entre crochets est le debit de masse a travers la surface geometrique S (unite
kg.m2 .s1 ). La relation (3.105) traduit donc la conservation de ce debit. La masse volumique
peut ainsi presenter des discontinuites sur des ensembles de mesure nulle. On peut penser a
deux materiaux de densites differentes accoles le long dune interface ideale. Toutefois, dans
ce cas, linterface est materielle (i.e. wn = v .n ) et la condition (3.105) est automatiquement
satisfaite. Des situations plus pertinentes correspondent plutot aux ondes de choc13 dans les
fluides ou a des fronts de changement de phase dans les solides.
v
Le terme t + div (v v ) nest autre que lacceleration a dapres la relation (3.52) etablie
dans la premiere partie de ce chapitre. En additionnant les deux relations precedentes, on
13
Les ondes de chocs sont associees a des discontinuites du champ des vitesses et a une vitesse relative U 6= 0.
94 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
On a tenu compte du fait que le debit relatif U est continu au passage de S. Lorsque le
champ de vitesses est continu ou lorsque la surface de discontinuite est materielle, la relation
precedente se reduit a (3.16)1 utilisee dans la premiere partie de ce chapitre.
Lequation fondamentale de la dynamique appliquee au domaine materiel D, traverse par la
surface de discontinuite S, secrit alors14 :
Z Z Z Z
a dv + [[v ]]U ds = (x , t)f (x , t) dv +
.n ds (3.107)
D S D D
On va appliquer cette relation a un voisinage dun point x S comme sur la figure 3.4b. Le
voisinage D contient la portion de surface
s=DS (3.108)
On va calculer la limite de (3.107) lorsque D+ et D tendent vers s dune facon telle que le
volume de D tende vers 0 tandis que s reste inchangee (cf. figure 3.4b). Si (a f ) reste borne
de part et dautre de s, les integrales volumiques associees tendent vers 0 et, a la limite, il ne
reste plus que Z Z Z
+
[[v ]]U ds = (
.n +
.(n )) ds = [[
]].n ds (3.109)
s s s
Valable pour toute portion de surface s et pour tout x S, lequation precedente implique que
lintegrande doit sannuler en tout point x S (sauf eventuellement sur un sousensemble de S
de mesure nulle). On obtient les equations locales de saut a travers une surface de discontinuite :
[[
]].n U [[v ]] = 0 (3.110)
De maniere equivalente, en tenant compte de (3.102) et (3.105), cette equation secrit aussi
[[
]].n [[(v .n wn )v ]] = 0 (3.111)
On rappelle que wn designe la vitesse de propagation de la surface S qui nest en general pas
une surface materielle. Dans le cas dune onde de choc, le saut [[v ]] est non nul et la vitesse
U est non nulle. La matiere traverse la surface en changeant brutalement de vitesse.
Dans le cas statique ou dans le cas dune surface materielle S (U = 0), lequation aux
discontinuites se reduit a
[[
]].n = 0 (3.112)
Cest un resultat essentiel : dans le cas statique, le vecteurcontrainte est continu a la
traversee de toute surface. On insiste sur le fait que la condition de continuite du vecteur
contrainte (3.112) nimplique pas en general la continuite des composantes de
. Il y a en effet
seulement trois conditions de continuite pour six composantes de contraintes.
Lequation de bilan de moment cinetique (3.16)2 possede elleaussi sa version discontinue.
Mais comme x x 0 est continu a la traversee de S, lequation aux discontinuites correspondante
est une consequence directe de (3.111) et napporte pas dinformation supplementaire.
14
en labsence defforts concentres sur S.
3.5. EQUATIONS DE BILAN EN PRESENCE DE DISCONTINUITES 95
Lorsque le domaine materiel D est traverse par une surface de discontinuite S, les derivees
particulaires precedentes doivent etre evaluees avec precaution. En suivant la demarche adoptee
dans les deux paragraphes precedents, on obtient la relation suivante
Z Z
d 1 1 1
(e + v .v ) dv = (e + v .v ) + div ((e + v .v )v ) dv
dt D 2 D t 2 2
Z
1
+ [[e + v .v ]]U ds
2
ZS Z
1
= (e + a .v ) dv + [[e + v .v ]]U ds (3.114)
D S 2
Lequation de bilan global denergie en presence de discontinuites sobtient alors en substituant
la relation precedente dans la loi (3.113). La version locale de ce bilan sen deduit en lappliquant
a des domaines D comme sur la figure 3.4b, de plus en plus petits. Finalement, en (presque)
tout point de S, on doit avoir :
1
[[(e + v .v )U ]] + [[q v .
]].n = 0 (3.115)
2
En particulier, dans le cas dune surface de discontinuite materielle, on retrouve la continuite
du flux q .n a condition de prendre en compte la continuite du vecteurcontrainte t =
.n
(cf. equation (3.112)).
96 CHAPITRE 3. EQUATIONS DE BILAN
Chapitre 4
Toutes les grandeurs introduites sont des fonctions euleriennes de (x , t). Il est legitime de
chercher sil existe une formulation lagrangienne des lois de la dynamique. Pour cela, un
changement de variable x = (X , t) est necessaire. Ce changement de variable conduit
alors a la representation lagrangienne suivante du bilan global de quantite de mouvement sur
D0 = 1 (D) 0 : Z Z Z
0 A dV = S
.N dS + 0 F dV (4.2)
D0 D0 D0
Toutes les grandeurs presentes dans (4.2) sont des fonctions lagrangiennes de (X , t) definies
sur la configuration de reference 0 . On a utilise au passage le fait que dv = 0 dV et introduit
les grandeurs fonctions des variables lagrangiennes suivantes :
Lacceleration A (X , t) = a (x , t) definie par (2.181).
Les efforts massiques F (X , t) = f ((X , t), t) definies sur la configuration de reference.
La normale N au point X D0 . Elle est reliee a la normale au point x = (X , t) D
par la formule de transport de lelement de surface (2.42) :
T
n ds = J F
.N dS
t ds =
.n ds = J .F T .N dS
= S
.N dS = T S dS (4.3)
S
:= J .F T
et T S := S
.N (4.4)
97
98 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ETATS
Lintegrale de surface dans (4.2) se transforme en une contribution volumique grace au theoreme
de la divergence : Z Z Z
Sij
Sij Nj dS = dV = Div S
dV (4.5)
D0 D0 Xj D0
Div S
+ 0 F = 0 A (4.7)
F .S T = S
.F T
(4.8)
puisque S .F T = J
est symetrique.
R =tS=
.n S = T S S0 = S
.N S0 (4.9)
Z Z
T 1
=
: (F
.E
.F ) JdV = ij FikT Ekl Flj1 JdV
ZD0 D0
1
=JF
. .F T = F
1
.S
(4.11)
Contrairement a S
precedemment introduit, le tenseur de PiolaKirchhoff II est symetrique. Il
est en outre purement lagrangien :
1 1
T dS :=
.N dS = F
.T S dS = F
.t ds (4.12)
J
:D
=
: E
=S
: F
(4.13)
Dun point de vue physique, il est plus pertinent dexprimer la densite de puissance massique
des efforts interieurs :
:D
: E S : F
= = (4.14)
0 0
Pour chaque couple, la contrainte et la deformation associee sont dites conjuguees (ou
aussi duales). Le gradient de la transformation est la deformation conjuguee du tenseur des
contraintes nominales. La deformation de GreenLagrange est la deformation conjuguee du
tenseur des contraintes de PiolaKirchhoff. Le vitesse de deformation1 associee au tenseur
des contraintes J
(correction par J du tenseur de Cauchy, appele tenseur des contraintes de
Kirchhoff) est le taux de deformation D
. Par contre, il ny a pas de deformation conjuguee
pour J
car D
ne sexprime pas directement comme la derivee temporelle dune mesure de
deformation. Les tenseurs des contraintes introduits (ainsi que dautres, au cas ou vous les
rencontreriez2 ) et les deformations conjuguees sont consignes dans le tableau (4.1). Il est possible
en fait de construire un tenseur des contraintes generalise conjugue a chaque mesure de
deformation, par exemple issue de la famille (2.85).
1
Terminologie abusive lorsque le taux de deformation considere napparat pas de maniere directe comme la
derivee temporelle dune deformation.
2
On a ajoute le tenseur des contraintes de Mandel selon une terminologie recente introduite en Allemagne
dans (Haupt, 2000; Bertram, 2005). Jean Mandel (19021982) fut professeur de mecanique a lEcole des Mines
de Paris. Le tenseur des contraintes qui porte son nom prend son sens en theorie de la plasticite.
100 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ETATS
J
(Kirchhoff) eulerien D
-
S
:= J .F T (Boussinesq ou PK I)
mixte F
F
1
:= JF
. .F T (PiolaKirchhoff II) lagrangien
E
E
M
:= C . = JF
T
. .F T (Mandel)
lagrangien C
1
.E
-
t0 = Q
.t , f0=Q
.f (4.15)
t0 =
0
.n 0 =
0
.Q
.n (4.16)
= Q
.t = Q. .n
(4.17)
0
=Q. .QT
(4.18)
1 T
en se rappelant que Q
= Q
puisque Q
est orthogonal. Le tenseur des contraintes
se transforme comme un tenseur objectif, tout comme le tenseur vitesse de deformation
D
(cf. equation (2.236)). Quen estil du tenseur purement lagrangien des contraintes de
PiolaKirchhoff II ? Pour le trouver, on utilise la regle de transformation du gradient de la
0
transformation F
=Q .F dapres le resultat (2.30) :
0 01 0T 1
:= J 0 F
.
0
.F
= JF
.Q
T
.Q. .QT .Q
.F T =
(4.19)
propre des grandeurs purement lagrangiennes que detre invariantes par les transformations
euclidiennes (2.3). Le tenseur de Boussinesq, quant a lui, nest ni invariant, ni objectif :
0
S
=Q.S
(4.20)
Une consequence importante des regles de transformation par changement de referentiel pour
les contraintes et les deformations conjuguees, est que la puissance des efforts interieurs est
invariante par changement de referentiel. Pour le voir, on calcule la densite de puissance des
efforts interieurs dans le nouveau referentiel :
0 0 0 0T 0 0
:D
= trace (
.D
) = trace (
.D
)
T T
= trace (Q . .Q .Q
.D .Q ) = trace (
.D .QT .Q
)
= trace ( .D ) =
:D
(4.21)
ou lon a simplement utilise le fait que trace (A .B ) = trace (B
.A). Comme J 0 = J, les egalites
(4.13) impliquent que la puissance des efforts interieurs est la meme quel que soit le couple de
variables conjuguees que lon utilise et quel que soit le referentiel ou on levalue. Ce resultat
remarquable a la signification physique suivante : la puissance des efforts interieurs ne depend
pas du referentiel dobservation4 . Il nen va pas de meme de la puissance du champ dacceleration
(cf. (3.77), en effet le vecteur a nest pas objectif et se transforme selon la regle (2.234)), et a
fortiori de la puissance des efforts exterieurs (meme si lon y integre les forces dinertie).
Dans la suite, on supposera que les contraintes principales sont rangees dans lordre decroissant
tel que :
3 2 1 (4.27)
ou 1 est la contrainte normale maximale et 3 la contrainte normale minimale. Il faut noter
quen general les directions et contraintes principales du tenseur symetrique des contraintes de
PiolaKirchhoff II sont distinctes de celles du tenseur des contraintes de Cauchy.
La base (n 1 , n 2 , n 3 ), dite principale, constitue une base orthonormee de lespace. La matrice
des composantes du tenseur des contraintes de Cauchy dans cette base prend la forme diagonale :
1 0 0
[ ]
principale
= 0 2 0 (4.28)
0 0 3
I1 = 1 + 2 + 3 = trace
(4.29)
1 1
I2 = 1 2 + 2 3 + 3 1 = ((trace
)2 trace
2
) = trace
det
(4.30)
2
1
I3 = 1 2 3 = det
= ((trace
)3 3(trace
)(trace
2
) + 2(trace
3
)) (4.31)
6
La seconde relation utilisant linverse de
nest bien sur valable que si aucune
contrainte principale nest nulle. Les expressions precedentes indiquent que les ensembles
2 3
{1 , 2 , 3 }, {I1 , I2 , I3 } et {trace
, trace
, trace
} contiennent la meme information et sont
donc equivalents. Ils meritent le nom dinvariants puisque leurs valeurs ne dependent pas de
la base ni du referentiel choisis. Ils sont equivalents a la connaissance des valeurs propres du
tenseur des contraintes. A partir de la, on peut construire une multitude dinvariants comme
autant de fonctions des trois valeurs propres du tenseur des contraintes.
4.2. VALEURS ET DIRECTIONS PRINCIPALES DES CONTRAINTES 103
t =
.n = n n + (4.32)
avec n := n .
.n = ni ij nj (4.33)
:= t .t n2
2
(4.34)
Lorsque la facette est normale a une direction principale des contraintes n = n i , la composante
tangentielle est nulle et n est egal a la contrainte principale i . Si lon considere maintenant
un parallelepipede dont les faces sont orthogonales aux vecteurs dune base orthonormee (e i ),
les 3 composantes du vecteur contrainte sur la facette de normale e i sont exactement les
composantes 1i , 2i , 3i du tenseur des contraintes dans cette base ( ieme colonne de la matrice
des composantes de
dans la base (e 1 , e 2 , e 3 )) :
t = 1i e 1 + 2i e 2 + 3i e 3 (4.35)
Cette signification des composantes du tenseur des contraintes est illustree sur la figure 4.2. On
remarquera en particulier quen vertu de la symetrie du tenseur des contraintes, lexistence dun
cisaillement ou cission 32 appliquee sur la facette de normale e 2 implique lexistence dune
cission 23 = 32 sur la face de normale e 3 . Le resultat setend a des facettes non necessairement
orthogonales entre elles de normales respectives n et n 0 :
t .n 0 = t 0 .n , ou t =
.n et t 0 =
.n 0 (4.36)
n
n
x3
33
23
13
32
31
21 22
11
12
x2
x1
Fig. 4.2 Composantes des vecteurs-contraintes sur les faces dun cube dans une base
orthonormee.
.n = 1 n1 n 1 + 2 n2 n 2 + 3 n3 n 3 (4.37)
et dapres (4.34),
n2 + 2 = 12 n21 + 22 n22 + 32 n23 (4.39)
En ajoutant lequation indiquant que la norme de n est par definition egale a un, on peut
4.2. VALEURS ET DIRECTIONS PRINCIPALES DES CONTRAINTES 105
interpreter les trois equations obtenues comme un systeme lineaire dinconnues n2i :
2
1 1 1 n1 1
1 2 3 n22 = n (4.40)
2 2 2 2 2 2
1 2 3 n3 n +
La resolution du systeme (4.40) fournit5 :
2 + (n 2 )(n 3 )
n21 = (4.42)
(1 2 )(1 3 )
2
+ (n 3 )(n 1 )
n22 = (4.43)
(2 3 )(2 1 )
2
+ (n 1 )(n 2 )
n23 = (4.44)
(3 1 )(3 2 )
On remarque alors que la positivite des n2i implique les inegalites suivantes sur n et :
2 + (n 2 )(n 3 ) 0
2 + (n 3 )(n 1 ) 0
2 + (n 1 )(n 2 ) 0
que lon peut mettre sous la forme
2
2 + 3 2 2 3
(n ) + 2 (4.45)
2 2
2
3 + 1 2 3 1
(n ) + 2 (4.46)
2 2
2
1 + 2 2 1 2
(n ) + 2 (4.47)
2 2
1 + 2 2 + 3 3 + 1
La figure 4.3 represente les trois cercles de centres respectifs ( , 0), ( , 0), ( , 0)
2 2 2
1 2 2 3 1 3
et de rayons respectifs , , , dans le plan de Mohr (n , ). Les inegalites
2 2 2
(4.45) a (4.47) signifient que lextremite du vecteurcontrainte t de coordonnees (n , ) dans
le plan de Mohr se situe a lexterieur des deux premiers cercles mentionnes et a linterieur du
plus grand cercle. La zone contenant a priori lextremite de t est bleue sur la figure 4.3a. Ce
domaine est delimite par les cercles de Mohr. Reciproquement, on peut etablir que tout point
(n , ) donne de la zone bleue est atteint pour une direction n donnee par les formules (4.42) a
(4.44). En particulier les frontieres du domaine constituees par les cercles de Mohr sont atteints
respectivement pour n3 = 0, n1 = 0 ou n2 = 0.
max
1 3
2
3 3 2 2 2 1 1 n
2 2
(a)
n3
1 3
m 2
3 1 n
n
n1 t
t
(b)
Fig. 4.3 Representation de Mohr : (a) les cercles principaux, (b) vecteurcontrainte pour une
facette contenant la direction principale des contraintes n 2 .
= d d (4.50)
108 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ETATS
La direction d sappelle direction ou axe de traction. Il sagit dun etat de contrainte uni-
axial. La matrice de ses composantes prend la forme simple suivante dans la base (e 1 =
d , e 2, e 3) :
0 0
[
]= 0 0 0 (4.51)
0 0 0
Un etat de traction simple peut toutefois se cacher derriere une matrice de forme plus
compliquee. Pour le voir, considerons laxe de sollicitation suivant, dans une base orthonormee
donnee (e 1 , e 2 , e 3 ) :
d = cos e 1 + sin e 2
Letat de traction simple selon d se decompose en
= d d = (cos e 1 + sin e 2 ) (cos e 1 + sin e 2 )
= (cos2 e 1 e 1 + sin2 e 2 e 2 + sin cos (e 1 e 2 + e 2 e 1 )) (4.52)
= (d 1 d 2 + d 2 d 1 ) (4.54)
7
Si letat de contraintes prend la forme (4.54) avec d 1 .d 2 = cos , alors on verifiera que les contraintes
principales associees sont (cos + 1) , (cos 1) et 0. Les contraintes principales maximale et minimale sont
opposees seulement lorsque = /2. Dans les autres cas, il sagit dun etat de contrainte bi-axial analyse au
paragraphe 4.3.3.
4.3. ETATS DE CONTRAINTES REMARQUABLES 109
= d d
Composantes dans le repere
(e 1 = d , e 2 , e 3 ) :
0 0
[
]= 0 0
0
0 0 0 2
1
Tab. 4.2 Recapitulatif : letat de traction simple.
.e 3 = 0
110 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ETATS
= (d 1 d 2 + d 2 d 1 )
avec d 1 .d 2 = 0
Composantes dans le repere
(e 1 = d 1 , e 2 = d 2 , e 3 ) :
0 0
[
]= 0 0
0 0 0
2
2
n
2
1
= 1 d 1 d 1 + 2 d 2 d 2
avec d 1 .d 2 = 0
Composantes dans le repere
(e 1 = d 1 , e 2 = d 2 , e 3 ) :
1 0 0
[
] = 0 2 0
0 0 0 1
2
2
2 2
2 1 n
1 2
2
1 2 1
2
Tab. 4.4 Recapitulatif : letat de contraintes bi-axial.
112 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ETATS
pour de tels essais mecaniques a imposer independamment chacune des contraintes principales
1 , 2 , 3 .
f (Q. .QT ) = f (
) (4.63)
f isotrope (
) = f(1 , 2 , 3 ) = f(I1 , I2 , I3 ) (4.64)
La fonction f peut etre quelconque. Par contre, f doit etre une fonction symetrique de ses
arguments :
f(1 , 2 , 3 ) = f(1 , 3 , 2 ) = f(3 , 1 , 2 )
Le resultat (4.64) est ce que lon appelle un theoreme de representation. Il constitue le
theoreme 29 demontre de maniere plus precise a la page 442.
8
On montre en fait avec des arguments developpes au chapitre 5 quun critere decrit par une fonction f (
)
ou
est le tenseur des contraintes de Cauchy nest licite que pour des materiaux isotropes. Pour des materiaux
anisotropes en grandes transformations, il faudra recourir a un critere de la forme f (
).
4.4. CRITERES EN CONTRAINTE POUR LES MATERIAUX ISOTROPES 113
Fig. 4.4 Rupture helicodale dune eprouvette en fonte sollicitee en torsion (source Centre
des Materiaux).
Le domaine de comportement sain (elastique par exemple) est a nouveau decrit par linegalite
(4.70). Il sagit bel et bien dune fonction des contraintes principales car on sait que la contrainte
tangentielle maximale vaut (1 3 )/2 dapres le theoreme 12. La fonction critere se formule
donc de maniere equivalente
f (
) = max (i j ) 0
1i,j3
En traction, la limite delasticite est atteinte pour = 0 . En cisaillement simple, elle est
atteinte pour = 0 /2, ce qui distingue nettement ce critere du precedent. On remarquera
aussi que la fonction critere est insensible a lapplication dune pression p
f (
p1
) = f (
), p IR
Lexperience montre que la plupart des alliages metalliques et des roches non poreux se
deforment elastiquement jusqua des pressions faramineuses (de lordre de plusieurs GPa). Ce
critere porte le nom de Henri Tresca qui le proposa en 1864.
4.4. CRITERES EN CONTRAINTE POUR LES MATERIAUX ISOTROPES 115
: r r
3 dev dev =
3 dev dev
f ( ) = J2 ( ) 0 , avec J2 ( )= : (4.73)
2
2 ij ij
Dans la litterature de lelastoplasticite, la notation J2 (
) est souvent utilisee et appelee second
invariant des contraintes. Cest effectivement un invariant scalaire de
mais il est distinct de
linvariant principal I2 introduit precedemment. La grandeur J2 (
) permet de comparer des
etats de contraintes visavis du critere de von Mises et porte souvent le nom de contrainte
equivalente eq de von Mises. On etablira les relations equivalentes suivantes
eq := J2 ( )
r
3 dev 2 dev 2 dev 2 dev 2 dev 2 dev 2
= (( ) + (22 ) + (33 ) + 2(12 ) + 2(23 ) + 2(31 ))
2 11
r
1 2 2 2
= ((11 22 )2 + (22 33 )2 + (33 11 )2 + 612 + 623 + 631 )
2
La limite delasticite en traction dapres le critere de von Mises est = 0 et en cisaillement
= 0 / 3. On voit que le critere de von Mises prevoit une limite delasticite plus forte que celui
de Tresca, ce qui a priori doit permettre de determiner experimentalement le critere le mieux
adapte. En general, on trouve que la limite delasticite en cisaillement est situee entre ces deux
estimations, voire plus proche de 0 /2 prevu par Tresca a condition davoir une extensometrie
fine permettant de distinguer des deformation irreversibles faibles de lordre de ou inferieures
a 104 . Les domaines delasticite reels sont en pratique plus complexes que ne lindiquent les
criteres precedents et peuvent etre modelises aujourdhui avec de plus en plus de precision en
particulier dans le cas de sollicitations complexes multiaxiales.
116 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES DANS TOUS SES ETATS
Chapitre 5
117
118 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
F = kl (5.1)
F = l (5.2)
f (F ) = |F | F0 (5.3)
l = 0 si f < 0 ou si (f = 0 et f < 0)
l 6= 0 si (f = 0 et f = 0) (5.4)
Cette expression montre que la reponse actuelle en force depend en general de lhistoire
complete de deformation du materiau, ce qui illustre bien la complexite du probleme de
lidentification des lois de comportement. La loi de comportement est donc ici une fonctionnelle
de lhistoire du materiau. Lhistoire est ponderee par un terme exponentiel qui privilegie
120 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
F
l Elasticite F = kl
F
l Viscosite F = l
F
l si l 6= 0
Plasticite F = F0 signe(l)
Tab. 5.1 Recapitulatif : schematisation des trois comportements elementaires dans le cas
uni-axial.
linfluence des instants proches de linstant actuel. Le materiau perd donc la memoire des
sollicitations trop anciennes. Cest une des caracteristiques de la viscoelasticite.
La complexite du comportement mecanique des materiaux est illustree sur la figure 5.2 dans le
cas dun alliage metallique a base de nickel et daluminium utilise dans les aubes de turbines des
moteurs davion. La figure 5.2a montre en particulier que la reponse en traction a 950 C (courbe
en fonction de selon laxe de traction) depend de la vitesse de sollicitation . Ces essais
mettent donc en evidence la viscosite du materiau a cette temperature. Les courbes ont toutefois
une partie commune lineaire pour les tres faibles deformations 0 0.2% qui correspond
au domaine delasticite de ce materiau a cette temperature. Les points designent les resultats
experimentaux tandis que les traits continus correspondent a des simulations numeriques a laide
dune loi de comportement fortement non lineaire identifiee pour ce materiau dans (Fivel and
Forest, 2004b). La description theorique des essais est correcte meme sil est difficile dobtenir un
accord parfait entre modelisation et experience. La complexite du modele retenu doit dependre
de la precision souhaitee dans le dimensionnement des pieces. La figure 5.2b montre la reponse
du materiau a un chargement cyclique (fatigue oligocyclique, i.e. a faible nombre de cycles, par
opposition a la fatigue a grand nombres de cycles qui explore lendurance du materiau dans un
domaine essentiellement elastique) ou lon fait varier entre 1% et 1% periodiquement. On
decrit les trois etapes du premier cycle, a savoir la mise en charge a partir de = 0, = 0,
et les parties lineaire puis non lineaire de la reponse du materiau. Lorsque 1% de deformation
est atteinte, on fait diminuer la deformation. Lorsque la charge repasse par = 0, on voit
quil y a une deformation permanente denviron 0.5%, caracteristique dun comportement
plastique. Pour les cycles suivants, on voit que la reponse du materiau se stabilise sur une boucle
dhysteresis. Le comportement dun tel materiau apparat donc comme elastoviscoplastique.
5.2. LES PRINCIPES DE LA THEORIE DU COMPORTEMENT MECANIQUE DES
MATERIAUX 121
F
l
(x , t) = F ((Y , s)) (5.7)
0st,Y 0
(MPa)
1200
10-2 s-1
10-3 s-1
10-4 s-1
900
10-5 s-1
10-6 s-1
600
300
0
0 0.8 1.6 2.4 3.2
(a) (%)
(MPa)
600
450
300
150
-150
-300
-450
-600
-1 -0.8 -0.6 -0.4 -0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
(b) (%)
Fig. 5.2 Comportement mecanique dun superalliage a base de nickel pour aube de turbine :
(a) comportement en traction a vitesse de deformation imposee, (b) comportement cyclique.
Les resultats experimentaux sont donnes par les symboles et les previsions du modele sont en
trait continu.
suivants5 .
Les milieux de degre n sont des milieux continus pour lesquels, on fait intervenir les gradients
de la transformation jusqua lordre n. On a deja mentionne la theorie du second gradient
(n = 2) au detour du paragraphe 2.2.4 pour dire que son usage reste tres limite. Cest pourquoi
il est pragmatique et a posteriori largement suffisant de se limiter au premier gradient de la
transformation. On parle alors de theorie du premier gradient et le milieu continu ainsi modelise
est dit materiellement simple6 . Le premier gradient de la transformation est note F
(X , t) :
F
(X , t) := (X , t) (5.9)
X
(x , t) = F ((X , s), F
(X , s)) (5.10)
0st
Il est difficile de justifier ces deux restrictions successives autrement quen disant quelles
ont lavantage de simplifier considerablement le probleme de la formulation des lois de
comportement. Il sagit clairement la de deux principes non universels (les milieux non locaux,
ca existe) mais qui embrassent une classe tres large de comportements pertinents pour les
problemes de lingenieur. Cest donc un pari qui se revelera suffisamment fecond a posteriori.
5
On pourrait se demander si la connaissance de la transformation et de la temperature a tout instant
present et passe et en tout point represente de maniere exhaustive lhistoire du materiau et envisager lexistence
de variables internes caracterisant par exemple des aspects de la microstructure des materiaux et dont pourraient
dependre les fonctionnelles introduites. Historiquement, la notion de variable interne a plutot ete developpee
dans les annees 1970 pour concurrencer lapproche fonctionnelle dite aussi hereditaire, qui date des annees 1960,
souvent lourde a mettre en uvre pour des comportements complexes. En toute logique, ne faudraitil pas
conjuguer les deux approches ? Cest un debat toujours ouvert qui fera surement lobjet de recherches futures
en thermomecanique des materiaux.
6
Une definition equivalente dun milieu materiellement simple est la suivante (Truesdell and Noll, 1965) :
un milieu est dit simple au point X si sa reponse a des transformations homogenes dans un voisinage fini de
X suffit a determiner sa reponse a une deformation quelconque en X .
124 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
Le tenseur des contraintes est, par construction7 , une grandeur objective (cf. paragraphe 4.1.3).
Les contraintes lues dans le referentiel R0 se deduisent des precedentes par les relations :
0
=Q. .QT
(5.13)
c (t) E, F ((X , s) + c , F
(X , s)) = F ((X , s), F
(X , s)) (5.16)
0st 0st
F (F
(X , s), t) ?
0st
t0 IR, F (F
(X , s), t t0 ) = F (F
(X , s), t) (5.17)
0st 0st
est que la loi de comportement nest pas affectee par la superposition au mouvement etudie
dun mouvement de corps rigide (2.52)10 .
(x , t) = F0 (F
(X , s)) (5.18)
0st
Si 0 est une autre configuration prise comme reference, le mouvement par rapport a cette
nouvelle configuration de reference ainsi que son gradient secrivent (cf. page 29),
x = (X , t), F
=F .P 1
ou P
:= Grad (1 ) (5.19)
ou P
est independant du temps. Letat courant de contrainte
(x , t) peut aussi etre donne par
la loi de comportement ecrite par rapport a la configuration de reference 0 :
(x , t) = F0 F
(X , s) (5.20)
0st
F0 (F
) = F0 (F .P )
(5.21)
(X , s) .QT
= Q. F F
0st
dapres la relation (5.14). Le champ de contraintes obtenu apres superposition du mouvement de corps rigide est
donc egal a celui engendre par tourne de Q. Linertie naffecte donc pas la loi de comportement. Par contre
le champ de contraintes sera bien evidemment affecte par le terme (f a ) dans lequation de Cauchy (3.51).
11
Imaginons par exemple un composite a fibres longues de carbure de silicium paralleles entre elles et noyees
dans une matrice de resine solide. Considerons la configuration initiale telle que le materiau est vierge de toute
contrainte avec les fibres orientees dans la direction 3 dun repere independant du materiau et imposons un
deplacement affine u3 = AX3 avec A constant donne. Les contraintes 33 obtenues seront plus importantes
que si ce meme deplacement u3 = AX3 avait ete impose a une configuration du composite ou les fibres sont
orientees selon la direction 1. Un autre exemple trivial : si lon applique 1% de deformation a une eprouvette
de traction en metal predeformee de 0.5% prise comme configuration de reference, on obtiendra en general des
contraintes plus elevees que si cette deformation 1% avaient ete appliquee a cette meme eprouvette dans son
etat non predeforme !
5.2. LES PRINCIPES DE LA THEORIE DU COMPORTEMENT MECANIQUE DES
MATERIAUX 127
peut arriver que letat final soit le meme si la matiere possede des symetries qui rendent les
configurations 0 et 0 indiscernables. Si lon considere un monocristal de structure cubique
et que lon effectue sur lechantillon (a linsu de lexperimentateur !) une symetrie de 90 par
rapport a lun des axes de symetrie du cristal, le resultat de lessai mecanique sera identique.
Deux configurations 0 et 0 sont materiellement indiscernables si
F0 () = F0 () (5.22)
De maniere equivalente, on peut reecrire lequation precedente :
F0 (F
) = F0 (F .P )
(5.23)
Noter que deux configurations pourront etre indiscernables pour une propriete physique
(thermique par exemple) et non pour une autre (mecanique par exemple), mais par simplicite
on ne fera pas cette distinction dans la suite. Une transformation P
GL(E) est appelee
symetrie materielle12 si elle verifie (5.22). On peut se restreindre a des elements du groupe
unimodulaire U(E) (i.e. | det P
| = 1) car il serait bien etonnant que lon puisse impunement
changer le volume dun materiau sans modifier sa reponse. On a alors le
Theoreme 13 (Groupe des symetries materielles) Lensemble des symetries materielles
dun corps materiel par rapport a une configuration de reference 0 , note G0 est un sous
groupe du groupe unimodulaire :
G0 U(E) (5.24)
Preuve. Il suffit de montrer que lensemble des symetries materielles G0 est un groupe. Il
contient bien sur lidentite 1
. Soient P , P G0 , en utilisant (5.23), F
1 2
,
F0 (F
) = F0 (F .P )
1
= F0 ((F .P ).P
1 2
)
= F0 (F
.(P .P ))
1 2
(5.23), F
,
F0 (F
) = F0 (F .P )
= F0 (F .P .P )
1
= F0 (F
.(P .P .P
).P
)
1
= F0 (F .P .P .P
)
(5.26)
1
ce qui montre que P .P .P G0 . Ce resultat a ete etabli par Walter Noll en 1958.
Le groupe des symetries materielles depend bel et bien de la configuration par rapport a laquelle
on etudie les proprietes de symetrie. Pour sen convaincre, on peut penser a nouveau a un cristal
ou les atomes sont ranges sur un reseau cubique, et qui presente donc les symetries associees
a ce systeme. En deformant elastiquement le materiau selon un axe de symetrie on change la
distance inter-atomique selon cette direction et on brise donc quelques symetries au passage.
On peut verifier que le groupe des symetries materielles est inchange lorsque le changement
de configuration est une homothetie P
= 1
, 6= 0 ou si P
G 0 .
Le groupe des symetries materielles est un outil pour classer les types de comportement,
comme on le verra au paragraphe 5.3.2.
5.3. PREMIERES APPLICATIONS DES PRINCIPES FONDAMENTAUX 129
On en deduit le
Theoreme 15 (Forme reduite) Pour un corps materiellement simple, la loi de comporte-
ment prend la forme suivante
T
(x , t) = R
(X , t). FR0 (U
(X , s)).R
(X , t) (5.28)
0st
ou R
est la rotation propre et U
le tenseur droit de deformation pure qui interviennent dans
la decomposition polaire de F
= R .U . La dependance en U
de la forme reduite FR peut etre
quelconque.
Preuve. En substituant la decomposition polaire de F
(s) = R
(s).U
(s) dans la condition (5.27)
T
et en choisissant Q
(s) = R
(s), on obtient directement (5.28). Reciproquement, si la loi de
comportement a la forme (5.28), alors pour toute rotation Q
,Q .R est la rotation propre de
Q .F
, de sorte que
F0 (Q
(s).F
(s)) = (Q.R). FR0 (U
(s)).(Q.R)T
0st 0st
T T
= Q
.(R
. FR0 (U
(s)).R
).Q
0st
T
= Q
. F0 (F
(s)).Q
0st
R
en introduisant le tenseur des contraintes relatives
tourne de R
par rapport au tenseur
de Cauchy. Ce nouveau tenseur des contraintes a la propriete remarquable suivante : il est
130 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
invariant par changement de referentiel et on peut donc le voir comme un tenseur de contraintes
lagrangien. La deformation pure ellememe est invariante par changement de referentiel. La
loi de comportement (5.29) relie donc uniquement des grandeurs invariantes. Cest pourquoi la
forme precise de la fonctionnelle peut etre quelconque (sous reserve quand meme des restrictions
liees a la thermodynamique qui viendront plus loin).
1 1
En multipliant (5.29) de part et dautre par JU
et U
, on obtient une relation de
comportement entre le tenseur de PiolaKirchhoff II (purement lagrangien) et U
ou, de maniere
equivalente, le tenseur de CauchyGreen droit C
(puisque C
et U
sont relies de maniere
univoque) :
1
(X , t) := JF
. .F T = JU
1
.R
T
.
(x , t).R .U 1
1 R 1 1 1
= JU
.
.U
= JU
. FR0 (U
(X , s)).U
0st
= F0 (C
(X , s)) (5.30)
0st
La loi de comportement peut donc etre ecrite de maniere purement lagrangienne. Cette
formulation a linteret de ne faire intervenir que des grandeurs invariantes par changement
de referentiel et laisse donc une grande liberte sur le choix de la fonctionnelle F . On peut bien
sur former dautres couples de variables (contraintedeformation) qui soient reliees par la
loi de comportement.
G0 = {1
, 1
} (5.31)
Dans le cas dun materiau a structure cristallographique cubique, le groupe des symetries est
engendre par 3 rotations dangle /2 autour de 3 axes deux a deux orthogonaux, ou par 4
rotations dangle 2/3 et 3 miroirs (Phan and Podvin, 2003).
Le groupe de symetrie peut concider avec le groupe orthogonal tout entier
G0 = GO(E) (5.32)
13
On renvoie au cours de lEcole (Phan and Podvin, 2003).
14
Les classes de symetries donnees dans le tableau 5.2 portent les memes noms que les systemes de reseaux
cristallographiques que lon a appeles dans ce cours groupes cristallographiques.
5.3. PREMIERES APPLICATIONS DES PRINCIPES FONDAMENTAUX 131
auquel cas le materiau est dit isotrope. On parle de solide anisotrope lorsque le groupe des
symetries materielles est un sousgroupe strict du groupe orthogonal. Pour faire les constats
precedents, il fallait encore trouver une configuration particuliere 0 du corps materiel pour
laquelle le groupe des symetries materielles ait la forme simple proposee. En particulier, si lon
deforme un solide cubique, certaines symetries seront perdues mais on sait qualors le groupe
des symetries par rapport a cette configuration deformee est donne par la regle de Noll (5.25).
Ces reflexions nous incitent a proposer la
Definition. Un corps materiel est un solide sil existe une configuration 0 par rapport a
laquelle le groupe des symetries materielles est un sousgroupe du groupe orthogonal :
G0 GO(E) (5.33)
Noter que pour une configuration deformee 1 par rapport a 0 le groupe des symetries
materielles G1 sera donne par la regle de Noll (5.25) et ne sera en general pas inclus dans
le groupe orthogonal. Il sagit neanmoins toujours du meme solide. Exception : le groupe des
symetries materielles dun solide triclinique ne depend pas de la configuration de reference
puisque le groupe (5.31) est invariant par la regle de Noll. La configuration privilegiee 0 est
souvent appelee configuration sans distorsion du solide. Cela ne signifie pas configuration
sans deformation ou sans contrainte. En effet, lapplication dune homothetie (appelee aussi
dilatation) P
= 1
avec IR? laisse le groupe des symetries dun solide inchange (on le
verifie aisement grace a la regle de Noll (5.25)) mais deforme bel et bien le solide.
Le groupe des symetries materielles dun corps peut contenir et etre plus grand encore que le
groupe orthogonal. Toutefois, le theoreme 27 de maximalite de Noll (page 439) indique qualors
ce ne peut etre que le groupe unimodulaire tout entier. Cela signifie que le corps est insensible
a toutes les symetries et a tous les changements de forme conservant le volume. Cest lidee que
lon peut se faire dun fluide dont le comportement est inchange quand on le change de recipient,
par opposition aux solides precedents dont les proprietes de symetrie changent lorsque le solide
change de forme. Cest pourquoi on propose la
Definition. Un corps materiel est un fluide si, pour une configuration 0 , le groupe des
symetries materielles concide avec le groupe unimodulaire :
G0 = U(E) (5.34)
Remarquer que si une telle configuration existe alors pour toutes les autres configurations
on aura G = U(E). En effet le groupe unimodulaire est stable par application de la regle de
Noll, puisque tout element G
de G secrit sous la forme P .G .P 1 ou G
0 0
U(E) et que
1
det G
= (det P
)(det G
0
)(det P
) = det G
0
= 1
Un fluide a donc la propriete remarquable suivante. Son groupe des symetries materielles est
le meme quelle que soit la configuration de reference. En dautres termes, un fluide ne possede
pas de configuration de reference privilegiee. Cest pourquoi lapproche eulerienne est preferee
pour letude des ecoulements de fluides.
Ces definitions conduisent a la reflexion suivante qui peut sembler curieuse au premier abord :
il existe a priori des corps materiels qui ne sont ni fluides ni solides ! En effet rien noblige le
groupe des symetries materielles a etre le transmue dun sousgroupe du groupe orthogonal
ni a concider avec le groupe unimodulaire. De tels corps sont appeles de maniere imagee
cristaux liquides, semifluides ou, de maniere abusive, fluides anisotropes. La derniere
denomination sexplique par le fait suivant. Le groupe des symetries materielles de tels corps
132 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
est contenu dans U(E) et a une intersection non nulle avec le groupe orthogonal. Il ne peut
toutefois contenir le groupe orthogonal tout entier, sinon il devrait necessairement etre un fluide
dapres le theoreme 27 (page 439). Les semifluides sont donc necessairement anisotropes. Les
fluides anisotropes sont en fait omnipresents. Il suffit dimaginer par exemple une resine fluide
contenant des fibres solides. Lecoulement de tels fluides charges est important en mise en forme
des composites15 .
Les differents groupes de symetrie et les differentes classes de corps materiels envisages sont
representes sur la figure 5.3.
GL E
UE
(fluides)
(impossible)
GO E
(solides
isotropes)
Fig. 5.3 Les sousgroupes du groupe lineaire et les groupes de symetries materielles.
Le groupe des symetries materielles contient donc U(E). Les milieux concernes par une loi de
comportement de la forme (5.35) sont donc des fluides. Dans la suite, lindice 0 pourra donc
etre omis.
On passe maintenant cette forme de loi de fluide au crible du principe dinvariance de forme
pour voir si elle ne peut pas etre precisee davantage. Considerons deux referentiels distincts et
ecrivons dans chacun la loi de comportement :
= F(L
)
0 0
= F 0 (L
) = F 0 ([Link] + Q
.QT )
ou lon a utilise la formule de changement de referentiel (2.235) pour le gradient des vitesses.
Le principe dinvariance de forme stipule que F 0 = F, lorsque lon change de referentiel par
une transformation euclidienne, dou
T
Q
.F(L
).Q
= F([Link] + Q
.QT )
(5.37)
Q
(t1 ) = 1
et Q
(t1 ) = W
Prenons pour W
le taux de rotation associe a L
(t1 ) = D
(t1 ) + W
(t1 ) et evaluons la condition
(5.37) au temps t = t1 :
F(D
+W
) = F(D
)
Cette condition exclut toute dependance de F visavis du taux de rotation W
. Une premiere
consequence de lapplication des principes est donc que la loi de comportement du fluide
visqueux se met sous la forme
(x , t) = F(D
(x , t)) (5.38)
La condition dinvariance de forme (5.37) implique pour la dependance (5.38) que
T
Q
.F(D
).Q
= F(Q.D .QT )
(5.39)
Cette condition exprime que F est une fonction tensorielle isotrope de son argument D
. Au
sujet des fonctions isotropes, on a explore le cas des fonctions scalaires dargument tensoriel
dordre 2 lorsque lon a introduit la notion de critere (cf. paragraphe 4.4). Concernant les
fonctions a valeurs tensorielles dordre 2 (symetriques) et dargument tensoriel dordre 2
(symetrique), on renvoie au paragraphe A.4.2. On y trouvera en particulier quelques theoremes
5.4. LE CRIBLE DE LA THERMODYNAMIQUE DES MILIEUX CONTINUS 135
de representation qui donnent les formes possibles que prennent les fonctions isotropes. Le
theoreme 29 de RivlinEricksen donne la seule forme possible de F compatible avec la condition
disotropie (5.39)
2
= 0 1
+ 1 D
+ 2 D
(5.40)
ou les i sont des fonctions des 3 invariants principaux de D
. Il est remarquable que lapplication
des principes fondamentaux conduise ici a une forme quasiexplicite de la loi de viscosite. Cest
linteret majeur de ce chapitre. On peut remarquer aussi que D
est invariant par changement
de configuration de reference
z }| {
L = F .F 1 = F .P .(F .P .P 1 .F 1 = L
.P )1 = F
de sorte que le groupe des symetries materielles de ces materiaux visqueux contient au moins
le groupe unimodulaire. Ces milieux sont donc des fluides. DEJA DIT ? ? ? ? ? ? ? En rajoutant
une dependance en aux fonctions i dans la loi de comportement (5.40), ce qui est licite
et nentrane aucune restriction supplementaire meme en reconsiderant les consequences des
principes fondamentaux, on obtient la loi des fluides visqueux de ReinerRivlin, etablie
en 1945.
Un cas particulier de fluide visqueux de ReinerRivlin (5.40) est obtenu en linearisant la loi
precedente par rapport a D
:
= p()1
+ 1 (trace D )1 + 22 D
(5.41)
Cest la loi des fluides de NavierStokes, dits aussi fluides newtoniens compressibles. Les
parametres 1 et 2 caracterisent la viscosite du fluide et la fonction p() son elasticite. Dans
le cas incompressible, la pression p est une reaction. Lorsque la compressibilite de viscosite
1 + 22 /3 = 0, on parle dun fluide de Stokes.
en tant que donnees du probleme thermique. Une seule equation de champ est disponible,
la conservation lenergie. Le probleme de fermeture se pose donc de la meme facon dans le
cas thermique que dans le cas mecanique. Une loi de comportement thermique liant le
flux de chaleur au champ de temperature caracterisant les echanges de chaleur au sein du
milieu continu, est necessaire, ainsi quune autre liant energie interne et temperature. Ces
lois ne sont pas universelles et dependent du materiau etudie. Un gradient de temperature
impose ne conduit pas au meme flux de chaleur dans un fil de cuivre que dans un fil
dalumine. De telles lois doivent respecter les memes principes fondamentaux que les lois
de comportement mecanique.
On notera le couplage thermomecanique entre les problemes mecanique et thermique.
Dans de nombreux cas, le probleme mecanique est resolu en supposant le champ de
temperature connu par ailleurs. Inversement, on resout souvent le probleme thermique en
negligeant le couplage avec la mecanique ou bien en supposant les champs de contraintes
et de vitesses connus.
Lensemble des 5 equations de conservation et des 10 equations de comportement constituent le
probleme thermomecanique qui consiste a determiner les 15 inconnues que sont la densite,
la vitesse, les contraintes, la temperature, le flux de chaleur et lenergie interne en chaque point
materiel du corps etudie. Dans cette section comme dans les precedentes, on sen tient toutefois
a des considerations attachees a lelement de volume de matiere.
e =
:D
div q + r
dapres (3.89). En plus du coupage avec la mecanique via la puissance des efforts interieurs,
elle fait intervenir la densite denergie interne e et le flux de chaleur q . Linconnue principale
de cette equation est alors la temperature T (X , s)16 au point materiel X 0 a linstant t.
On ne peut esperer resoudre le probleme thermomecanique qua condition de disposer, en plus
de la loi de comportement mecanique,
(x , t) = F (Y , s), T (Y , s) (5.42)
0st,Y 0
de deux autres relations thermodynamiques liant lenergie libre et le flux de chaleur a lhistoire
du materiau representee par la transformation et la temperature en chaque point materiel a
tout instant passe et present :
q (x , t) = G (Y , s), T (Y , s) (5.43)
0st,Y 0
e(x , t) = H (Y , s), T (Y , s) (5.44)
0st,Y 0
16
On definit un champ de temperature en description lagrangienne
T (X , t) = T ((X , t), t) = T (x , t)
ou T (x , t) est le champ de temperature eulerien defini sur la configuration actuelle t , tout comme on la fait
pour les champs de vitesses lagrangien et eulerien V (X , t) et v (x , t).
5.4. LE CRIBLE DE LA THERMODYNAMIQUE DES MILIEUX CONTINUS 137
Ces relations font intervenir des fonctionnelles memoire pour le comportement thermodyna-
mique du materiau.
Comme dans le cas mecanique, on sinteresse essentiellement aux milieux dits materiellement
simples pour lesquels, lenergie interne et le flux de chaleur en un point materiel ne dependent
a priori que de la transformation et de la temperature, et de leur premier gradient17 , en ce
point :
(x , t) = F (X , s), F
(X , s), T (X , s), G (X , s)
0st
q (x , t) = G (X , s), F
(X , t), T (X , s), G (X , s) (5.45)
0st
e(x , t) = H (X , s), F
(X , t), T (X , s), G (X , s) (5.46)
0st
T
G (X , t) := (X , t) (5.47)
X
T T X 1 T
g (x , t) := (x , t) = . = G .F
=F
.G (5.48)
x X x
Comme dans le cas purement mecanique, on etudie la transformation des lois de comportement
thermodynamique par changement de referentiel euclidien. Le changement de referentiel est
caracterise par la rotation Q
(t) et la translation c (t). La temperature T 0 (X , t) = T (X , t)
est une grandeur scalaire invariante par changement de referentiel. Le gradient de temperature
lagrangien G est donc invariant par changement de referentiel.
Le flux de chaleur q et la densite denergie interne sont, par construction18 , des grandeurs
objectives (cf. paragraphe 3.4.1). Ces grandeurs lues dans le referentiel R0 se deduisent des
precedentes par les relations :
q 0 (x 0 , t) = Q
(t).q (x , t), e0 (x 0 , t) = e(x , t) (5.49)
q (x , t) = R
(X , t). G0 (U
(X , t), T (X , t), G (X , t))
0st
e(x , t) = H0 (U
(X , t), T (X , t), G (X , t))
0st
17
Nous verrons quen general la loi de comportement mecanique F ne depend pas de G . Ce resultat est
demontre dailleurs dans le cas de la thermoelasticite traite au chapitre suivant. La dependance en G est
introduite ici par souci de generalite. A ce stade de lecriture des lois de comportement, certains auteurs dailleurs
brandissent un principe dequipresence stipulant qua priori toutes les variables retenues dans la modelisation
doivent figurer comme arguments des lois de comportement (Truesdell and Toupin, 1960; Rivlin, 1969).
18
Lobjectivite du vecteur flux de chaleur fait lobjet du principe dobjectivite. Dans la theorie de la chaleur,
on admet lobjectivite du flux de chaleur (ou resp., de maniere equivalente, de lenergie interne) comme base de
la representation des phenomenes de transport de chaleur. In fine, le premier principe implique alors lobjectivite
de e (resp. q ).
138 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
La variation dentropie est due, pour partie, a des apports sous forme surfacique et volumique
Z Z
(D) = .n ds + rs dv (5.52)
D D
Les enonces precedents ont la structure dequations de bilan comme pour les variables quantite
de mouvement et energie etudiees au chapitre 3. Toutefois, le second principe de la
thermodynamique nest pas une loi de conservation mais linegalite suivante
(D) 0, D t (5.54)
En appliquant la demarche deja mise en uvre pour la quantite de mouvement et pour lenergie,
on aboutit a la forme locale de linegalite de lentropie :
s + div rs 0 (5.56)
pour les points reguliers de t . Il existe aussi des conditions de discontinuite le long deventuelles
surface singulieres S t . Elles setablissent de la meme maniere que pour la quantite de
mouvement et lenergie interne et secrivent :
Linegalite (5.56) est ecrite de maniere tres generale. Dans la tres grande majorite des situations
rencontrees par lingenieur et le physicien, le flux dentropie et la production locale sont
proportionnels au flux de chaleur et a la production locale de chaleur, respectivement, le
coefficient de proportionnalite etant linverse de la temperature absolue T :
q r
= , rs = (5.59)
T T
Cest lhypothese quon fera dans la suite19 . Le second principe (5.56) prend alors la forme
q r
s + div 0 (5.60)
T T
A ce stade, on introduit lenergie libre de densite massique car cest la grandeur energetique
privilegiee en thermomecanique des solides20 :
Z
(D) := dv, avec := e T s (5.61)
D
e =
:D
div q + r
grad T
d=
:D
( + T s) q . 0 (5.63)
T
La densite de dissipation au sein du milieu se decompose en deux contributions :
la dissipation intrinseque dint :
d(int) :=
:D
( + T s) (5.64)
la dissipation thermique
grad T
d(th) := q . (5.65)
T
de sorte que
d = d(int) + d(th) 0
En general les lois donnant les contraintes, lenergie libre et lentropie ne dependent
pas explicitement du gradient de temperature. Dans ce cas, la condition dadmissibilite
thermodynamique des lois de comportement thermodynamique devient
q
Z Z Z
d r
s dv + .n ds dv 0 forme globale du second principe
dt D D T D T
q r
s + div 0 forme locale du second principe
T T
q
[[s(v .n wn )]] + [[ ]].n 0 inequation aux discontinuites
T
grad T
d=
:D
( + T s) q . 0 inegalite de ClausiusDuhem
T
q (x , t) = R
(X , t). GR0 (U
(X , s), G (X , s)) (5.68)
0st
1
q .n ds = Q .N dS = Q := JF
.q (5.69)
Noter que Q est invariant par changement de referentiel. La loi de conduction thermique peut
donc se mettre sous une forme lagrangienne reduite
Q (X , t) = GR0 (C
(X , s), G (X , s)) (5.70)
0st
Commencons par analyser une loi de conduction simple liant le flux de chaleur eulerien au
gradient de temperature eulerien :
et faisons appel au principe dinvariance de forme. La fonction G doit verifier, pour toute
rotation Q
:
Q
.G(g (x , t)) = G(Q
.g (x , t)) (5.72)
Cette relation implique que G est une fonction isotrope de son argument vectoriel. La fonction
G ne peut donc pas etre quelconque. Le theoreme de representation 28 (page 439) nautorise
que la forme
q = h(g .g ) g (5.73)
142 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
ou h est une fonction scalaire quelconque. Il sagit en fait dune loi de conduction de fluide du
point de vue thermique22 . Lorsque h est une fonction constante, il sagit de la loi de Fourier
isotrope.
Pour des comportements plus generaux notamment de solides, tournonsnous vers une
formulation lagrangienne de la loi de conduction issue de (5.70). Si lon se contente dune
dependance du flux de chaleur actuel avec le seul gradient thermique actuel (on enleve
provisoirement le couplage thermomecanique), on peut proposer une relation de la forme
Q (X , t) = G0 (G (X , t)) (5.74)
Une transformation P
est une symetrie materielle du milieu considere du point de vue thermique
si
T
Q = P
.Q = G0 (P
.G ) (5.75)
Un tel milieu est alors isotrope du point de vue de la conduction thermique si
Q
.G0 (G ) = G0 (Q
.G ), Q
(t) GO+ (E)
La fonction G est donc une fonction isotrope et la loi de conduction prend la forme
Q = h(G .G ) G (5.76)
dapres le theoreme de representation 28 (page 439). Un tel milieu est fluide si (5.75) vaut pour
toutes les transformations unimodulaires. Applique a (5.76), cette condition implique
1 T 1 T
h(G .G )G = h(G .P
.P
.G )P
.P
.G , P
U(E)
Q = 0, q =0
La loi de conduction sous la forme (5.74) nautorise donc pas la description de la conduction
thermique dans les fluides.
On est donc amene a considerer une forme de loi de conduction thermique lagrangienne plus
generale23 , toujours contenue dans la forme generique (5.70)
Q (X , t) = G0 (C
(X , t), G (X , t)) (5.77)
La transformation P
est une symetrie materielle pour la conduction thermique si
T
Q = G0 (C
, G ) = Q = G0 (C
, G ) avec Q = P
.Q , C
=P
.C .P 1 ,
G = P
T
.G
(5.78)
et donc si
T
P
.G0 (C
, G ) = G0 (P
.C .P 1 , P
T
.G ) (5.79)
22
En effet,
T
g = JF
.G = J(F .P 1 )T .P
T
.G = JF
T
.G = g
le gradient de temperature eulerien est donc invariant par changement de configuration de reference. Il en va
donc de meme de la loi de comportement thermique (5.73).
23
Il sagit en fait des solides et fluides elastiques conducteurs, en anticipant sur la terminologie introduite
dans le chapitre suivant car la dependance de la fonction de comportement ne porte que sur C
et G a linstant
courant.
5.4. LE CRIBLE DE LA THERMODYNAMIQUE DES MILIEUX CONTINUS 143
Q
.G0 (C
, G ) = G0 (Q.C .QT , Q
.G ), Q
GO+ (E)
La fonction vectorielle G est donc isotrope par rapport a ces deux arguments, lun tenseur
dordre 2 symetrique, lautre vecteur. De telles fonctions ne peuvent pas etre quelconques.
Il existe un theoreme de representation (que nous admettrons ici, en renvoyant le lecteur a
louvrage (Liu, 2002)) indiquant que
2
Q = k1 G + k2 C
.G + k3 C
.G (5.80)
k1 0, k2 0, k3 0
2
en profitant du caractere defini positif de C
et C
.
Pour obtenir la forme de la loi de conduction des fluides conducteurs, il faut trouver parmi
les fonctions (5.80) celles qui permettent de verifier la condition (5.79) pour tous les elements
P
du groupe unimodulaire. Cette tache nest pas entreprise ici. On peut toutefois obtenir une
forme generale lagrangienne de loi de conduction lagrangienne de fluide thermique a partir de la
loi de conduction eulerienne de fluide (5.73) deja etablie par application des regles de transport
pour q /Q et g /G :
1 1
Q = J h(G .C
.G ) C
.G (5.81)
1
Noter en particulier la presence de C
dans cette loi de fluide thermique. On verifie que cette
relation verifie effectivement la condition (5.79). Puiquun fluide est isotrope, la loi precedente
devrait etre de la forme (5.80), ce qui nest pas evident a premiere vue. Pour le voir, il faut en
1
fait remarquer que, dapres le theoreme 23 de CayleyHamilton, C
sexprime en fonction de
2
lidentite, de C
et C
et des invariants de C
:
1 1 2
C
= C
I1 C
+ I2 1
J
Loi de Fourier
Le second principe sous sa forme (5.66) exige que la dissipation thermique soit positive pour
tout processus thermodynamique :
1 1
d(th) = q .g = Q .G 0 (5.82)
T T 0
Linegalite precedente est appelee inegalite de Fourier. Elle implique que le flux de chaleur
fait un angle obtus avec le gradient thermique et que, en dautres termes, la chaleur va toujours
du chaud vers le froid. Pour garantir a coup sur la positivite de la dissipation thermique pour
tous les processus thermodynamiques, on postule generalement la loi de Fourier :
Q = K
(C , T ).G (5.83)
24
tout comme, par ailleurs, lenergie interne e.
144 CHAPITRE 5. FORMULATION DES LOIS DE COMPORTEMENT
qui consiste a prendre pour fonction G une fonction lineaire par rapport au gradient de
temperature. La dissipation thermique est alors la forme quadratique
1
d(th) = G .K
.G
T 0
On se limite a un tenseur dordre 2 symetrique K
tel que
T
K
=K
(5.84)
La dissipation D est positive des que K
, symetrique, est defini positif25 .
Corps elastiques
6.1 Elasticite
Un milieu (materiellement simple) est dit elastique si letat de contrainte actuel est
entierement determine par le gradient de la transformation a linstant actuel et non par son
histoire passee :
(x , t) = F0 (F
(X , t)) (6.1)
La fonctionnelle memoire se reduit donc a une simple fonction. En particulier le comportement
ne depend pas de la vitesse de sollicitation D
. La forme de la loi depend a priori de la
configuration de reference choisie 0 .
(X , t) = F0 (C
(X , t)) (6.3)
147
148 CHAPITRE 6. CORPS ELASTIQUES
q (x , t) = R
(X , t).G0 (U
(X , t), T (X , t), G (X , t))
(x , t) = H0 (U
(X , t), T (X , t), G (X , t))
s(x , t) = J0 (U
(X , t), T (X , t), G (X , t))
(X , t) = F0 (C
(X , t), T (X , t), G (X , t))
Q (X , t) = G0 (C
(X , t), T (X , t), G (X , t))
0 (X , t) = H (C (X , t), T (X , t), G (X , t))
0
s0 (X , t) = J0 (C
(X , t), T (X , t), G (X , t))
F
= F .P
(6.4)
F0 () = F0 ()
par application de la regle de Noll (14). Ce nouveau groupe peut contenir moins daxes ou plans
de symetries que le premier, cest le cas de G0 par rapport a G0 sur les exemples de la figure
6.1 (le plan de symetrie a 45 nen est plus un). Par contre la formule montre bien que le groupe
des symetries materielles est inchange par application dune dilatation P
= 1
. Il est bien sur
inchange aussi si P
G0 (cest le cas des configurations 0 et 0 de la figure 6.1).
Pour de nombreux solides, il existe une configuration privilegiee pour laquelle le groupe des
symetries materielles est un groupe cristallographique, cestadire un sousgroupe strict du
groupe orthogonal. Un telle configuration est souvent appelee configuration non distordue du
solide. On appelle ces solides des solides anisotropes. Cette definition ne se limite pas aux
corps elastiques. Pour un corps elastique, on dira quune configuration est naturelle si elle est
non distordue et sans contraintes (
= 0).
On peut maintenant classer les corps elastiques selon la nature de leurs groupes des symetries
materielles. Les corps elastiques les moins symetriques, i.e. les plus anisotropes sont les
solides tricliniques
G0 = {1
, 1
}
6.1. ELASTICITE 149
F
0
P
F
t
0
P
F
P 0
Toutes les classes cristallographiques sont representees parmi les solides cristallins (metaux
ou ceramiques) ou structures composites (stratifies, reseaux de poutres, nids dabeille...).
On se contente pour linstant de mentionner le cas des solides cubiques (ex : cristaux de
sel, daluminium, de cuivre, de fer...). Ces solides presentent 24 symetries materielles qui
sobtiennent a partir de 3 generateurs qui sont
/2 /2 /2
R ,R ,R (6.5)
i j k
rotations dangle /2 par rapport a trois axes orthogonaux i , j , k . On renvoie au tableau 5.2
(page 133) pour la liste des classes cristallographiques utiles en thermomecanique des materiaux
(concernant les systemes cristallographiques pour les solides cristallins voir aussi le tableau A.2,
150 CHAPITRE 6. CORPS ELASTIQUES
page 440).
= F0 (C
),
= F0 (C
)
T
P
.F0 (C
).P
T
= F0 (P
.C .P 1 )
(6.7)
Lorsque P
est un element du groupe de symetrie du materiau, alors les fonctions F0 et F
0
concident et
T
P
.F0 (C
).P
T
= F0 (P
.C .P 1 )
(6.8)
Cela confirme que la loi delasticite dun corps isotrope garde a priori la memoire dune
configuration de reference. Cette dependance disparat toutefois dans le cas extreme des
1
La regle concernant C
nest autre que la relation (2.171) etablie au chapitre 2 tandis que la transformation
du second tenseur de PiolaKirchhoff sobtient en utilisant sa definition (4.11) combinee a la regle de
transformation (6.4) pour F
.
6.1. ELASTICITE 151
Fluides elastiques
Lorsque,
G0 = U(E) (6.12)
1
les transmues P
.G0 .P
sont identiques a G0 pour tout P
GL(E)2 . Il sagit par
definition dun fluide (cf. paragraphe 5.3.2). Comme un tel corps est isotrope par rapport a G0 ,
il lest aussi pour toutes les autres configurations. Voila donc un corps isotrope par rapport a
toutes ses configurations. Ce nest pas le cas des solides elastiques isotropes precedents qui en
general ne sont plus isotropes par rapport a une configuration deformee.
La fonction delasticite F0 doit verifier pour un tel corps
F0 (F
) = F0 (F .P ),
P
U(E) (6.13)
Cest aussi vrai pour toute autre configuration de reference obtenue a partir de 0 a laide
dune transformation appartenant au groupe unimodulaire. Pour reduire a nouveau la forme
de F, on va prendre un P
particulier. Pour cela, on remarque que tout tenseur F
(det F
6= 0)
peut se decomposer sous la forme
sph sph
F
=F
.F
, avec det F
= det F
=J et det F
=1 (6.14)
sph
ou F
sappelle la partie spherique de F
et F
sa partie unimodulaire. En fait, il suffit de
3
prendre
sph 1
F
= J 1/3 1
et F
= 1/3 F U(E)
J
La transformation F
fait passer de la configuration 0 a la configuration intermediaire 0 . La
sph
partie spherique F
fait passer enfin de 0 a la configuration actuelle t .
1
Prenons alors P
= F
U(E) dans (6.13) pour voir que
F0 (F
) = F0 (F
sph
) = F0 (F
sph
) (6.15)
Pour la derniere egalite, on utilise le fait que la configuration 0 est obtenue par une
transformation unimodulaire F
appartenant au groupe des symetries materielles du milieu
considere. La fonction delasticite ne depend donc que de la partie spherique de F
. Pour
aller plus loin, il reste a appliquer le principe dinvariance de forme, non utilise jusquici. Par
changement de referentiel Q
(t), la loi se transforme en
0 0
= F0 0 (F
sph
) = F0 0 (Q.F sph )
3
Cette decomposition en parties spherique et unimodulaire est unique.
152 CHAPITRE 6. CORPS ELASTIQUES
et par consequent,
=Q. .QT ,
Q
GO(E)
= p()1
(6.17)
1
= JF
. .F T = pJF
1
.F
T
= pJC
1
(6.18)
1
Remarquer la dependance caracteristique en C
, liee au transport de la metrique courante sur
la configuration de reference.
2
= 0 1
+ 1 B
+ 2 B
+ 3 g g + 4 (B
.g g + g B
.g ) + 5 B
.g B
.g(6.19)
2
q = 1 g + 2 B
.g + 3 B
.g (6.20)
Les parametres scalaires i , i , mais aussi lenergie interne sont des fonctions des invariants
principaux de B
et des autres invariants
2
g .g , g .B
.g , g .B
.g
Il faut ajouter la dependance de ces grandeurs par rapport a la densite et la temperature. On voit
que les couplages sont nombreux et non lineaires. On verra toutefois que la thermodynamique
exclut certains de ces couplages.
Si on linearise ces deux lois par rapport a g et B
en les supposant suffisamment petits
(|g | 1, |B
1
| 1, il ne reste plus que
= (trace B )1 + 2B
(6.21)
q = k g (6.22)
6.2 Hyperelasticite
Le second principe de la thermodynamique na pas ete utilise jusquici. Il est grand temps
de le faire car il apporte une restriction essentielle, a savoir la propriete dite dhyperelasticite
explicitee dans ce paragraphe. On sinteresse particulierement a la classe des corps elastiques
anisotropes, le cas isotrope etant un cas particulier. Dans ce cas, on a vu quil existe une
configuration de reference privilegiee. Cest pourquoi on va travailler avec des grandeurs
lagrangiennes. Les theoremes de reduction appliques aux corps elastiques dans le paragraphe
precedent montrent que le jeu de variables privilegiees pour la representation des solides
elastiques anisotropes est
{E
(X , t), T (X , t), G (X , t)}
ou lon a allege la notation T (X , t) en T (X , t). E
est la deformation de GreenLagrange, reliee
de maniere univoque au tenseur droit de CauchyGreen C
par (2.82). Lenergie libre joue un
role essentiel dans la theorie des corps elastiques anisotropes. Cest une fonction des variables
precedentes
0 (E
(X , t), T (X , t), G (X , t)) (6.23)
0
s0 = (6.31)
T
0
= 0 (6.32)
G
Ces relations sont des lois de comportement dite hyperelastiques pour les contraintes et
lentropie (de maniere equivalente pour lenergie interne). Elles montrent que lenergie libre est
un potentiel delasticite dont decoulent les relations contraintesdeformations et entropie
temperature. En toute rigueur, etant donne la propriete de symetrie du tenseur
, la relation
(6.30) doit etre modifiee en ne considerant que la partie symetrique de la derivee partielle de
lenergie libre par rapport a la deformation. En pratique, le potentiel 0 peut etre pris comme
une fonction symetrique des composantes de E
, sans restriction de generalite. Des couplages
thermomecaniques sont bien sur possibles puisque 0 est une fonction generale de (E
, T ). Par
contre lenergie libre ne peut pas dependre du gradient de temperature G , cest un resultat
fort de lanalyse. Ces resultats sont relativement recents puisquils nont ete etablis quen 1963
par Coleman et Noll dans la reference (Coleman and Noll, 1963).
On aurait pu prendre aussi un potentiel fonction du tenseur droit de CauchyGreen 0 (C
, T ).
Comme E
= C
/2 (cf. equation (2.202)), la premiere loi dhyperelasticite secrit alors
0
= 20 (6.33)
C
Il existe aussi une relation dhyperelasticite (6.30) pour le tenseur des contraintes de Cauchy
qui se deduit de (6.30) par
1 0 0 T 0 T
(x , t) = F ..F T = F
. .F
= F
. .F
(6.34)
J J E
E
5
Les efforts et production denergie massiques f et r necessaires pour satisfaire les equations de bilan
sexpriment en effet directement en fonction de {, T }. Il est probable que dans la plupart des cas, on ne sait
pas realiser physiquement de telles distributions de sources internes. Il peut donc etre moins troublant deviter de
recourir a cet argument pour lexploitation du second principe. Cest possible et cela conduit a une exploitation
plus generale du second principe. Mais une telle methode sort du cadre de ce cours. On renvoie a (Liu, 2002)
pour ces prolongements (en particulier la methode dite des multiplicateurs de Lagrange).
6.2. HYPERELASTICITE 155
T
= .F
(6.35)
F
= 0 0 (EB
, T ) 0 0 (E
A
,T) (6.36)
On voit que le travail de deformation W ne depend que de la valeur des variables detat au
debut et a la fin du processus et est independant du trajet de deformation7 . Ce nest pas le cas
pour un corps elastique en general. Un contreexemple sera donne au paragraphe suivant.
Si le trajet de deformation est ferme ou cyclique, i.e. si E A
=E B
, le resultat precedent
implique que le travail fourni au cours de lensemble du cycle est nul. Cela signifie que lenergie
elastique stockee au cours dune partie du trajet est rendue integralement durant le trajet
retour meme sil seffectue par un autre chemin. Cest le caractere reversible du comportement
hyperelastique.
Une propriete commune a tous les corps elastiques est lindependance de letat de contrainte
visavis de la vitesse de deformation E
. Cela est simplement du au fait quon a deliberement
restreint la fonctionnelle memoire a une simple dependance en E
et non en E
. Pour un corps
elastique, letat de contrainte atteint a lissue dun trajet de deformation ne depend pas du
temps mis pour le parcourir. En effet, le travail fourni le long dun tel trajet ne depend que des
valeurs de deformations rencontrees :
Z tB Z E
dE
B
W (EA
E B
)=
: dt =
: dE
tA dt E
A
6
On fait remarquer que
T
:D
= ( .B 1 ) : (F
.F T ) = (B
1
.
) : (F .F )
(E , T ) :=
(E
, T ) = ijkl (E
,T)ei ej ek el (6.38)
E
On lappelle le tenseur des modules delasticite instantanes. Il est par definition tel que
=
: E
+ T
T
Le tenseur des modules delasticite instantanes opere donc sur les tenseurs dordre 2 symetriques
et renvoie un tenseur symetrique dordre 2. Il est par consequent suffisant de se limiter aux
tenseurs dordre 4 possedant les symetries mineures :
Si le corps elastique est en outre hyperelastique, le tenseur des modules delasticite instantane
sexprime en fonction du potentiel delasticite, en combinant (6.30) et (6.37) :
2 0
(E , T ) = 0
2 (6.40)
E
En effet,
2 0
ij 0
ijkl = = 0 = 0
Ekl Ekl Eij Ekl Eij
Une consequence fondamentale de ce resultat est le
0 (E
, T ) 0 (I1 , I2 , I3 , T ) (6.42)
ou les invariants principaux I1 , I2 , I3 ont ete definis par les relations (A.138) a (A.140). Dans
cette partie, par commodite, on change les definitions de I2 et I3 en remplacant (A.139) et
(A.140) par
1 2 1 3
I2 (A
) := trace E
, I3 (A
) := trace E
(6.43)
2 3
3
Il est bien clair que det E
et trace E
sont tous les deux des invariants qui font intervenir les
produits des 3 valeurs principales de E
. Il ne sagit que dune substitution de notation qui
simplifiera un peu les expressions des lois hyperelastiques isotropes.
Des lors, les relations dhyperelasticite (6.30) deviennent
0 I1 0 I2 0 I3
= 0 + 0 + 0 (6.44)
I1 E
I2 E
I3 E
2
I2 1 trace E
1 Epq Eqp
= = = Eji = Eij (6.46)
Eij 2 Eij 2 Eij
cestadire
I2 T
=E
=E
(6.47)
E
De meme,
3
I3 1 trace E
=
Eij 3 Eij
1 Epq Eqr Erp 1
= = (Ejr Eri + Epi Ejp + Ejq Eqi )
3 Eij 3
dou
I3 2 T 2
= (E
) =E
(6.48)
E
= 2 .B
= 2B
. (6.52)
B
B
et donc :
T
trace C
= trace (F
.F
) = trace (F .F T ) = trace B
2 T
trace C
= trace (F
.F .F T .F
) = trace (F .F T .F
.F T ) = trace B
2
6.2. HYPERELASTICITE 159
Une consequence est que le travail de deformation dun tel milieu sur un trajet A B depend
en fait du chemin suivi. Pour le voir, on considere par exemple deux trajets :
0 0 0 0
[E
1
()] = 0 0 , [E 2
()] = 0 2 0 ,
0 0 0 0 0 0
dans une base cartesienne orthonormee donnee. Ces deux trajets distincts permettent de partir
dun etat non deforme E A
= E ( = 0) =E
1 2
( = 0) = 0 et datteindre le meme etat
1 0 0
E
B
=E 1
( = 1) = E 2
( = 1) = 0 1 0 en passant par les etats transitoires distincts
0 0 0
pour 0 1. On calcule la puissance pour ces etats consecutifs de deformation
: E
= (2 + 22 )( + 2 )
2
avec 2 = pour le premier trajet et 2 = 2 pour le second. En integrant la puissance sur
lensemble du trajet, on trouve
Z tB
2
W1 = 22 dt =
tA 3
Z tB
2 41
W2 = ( + 4 )(1 + 2) dt =
tA 2 60
Le travail obtenu depend donc du trajet9 de deformation. Ce resultat soppose a lidee que
lon se fait dun comportement elastique, de sorte que lon preferera toujours utiliser des lois
hyperelastiques dans la modelisation et la simulation des materiaux elastiques, dans la mesure
du possible. Lors de la modelisation phenomenologique de certains comportements elastiques
non lineaires, il est parfois plus facile de construire des lois de type elastique que de trouver un
potentiel delasticite.
9
La difference est certes minime, 0.68 contre 0.66 ! Mais cumulee sur plusieurs cycles, une approche
elastique de cette sorte peut saverer inacceptable.
160 CHAPITRE 6. CORPS ELASTIQUES
0 (E
,T) potentiel delasticite
(energie libre massique)
0
= 0 contraintes de PiolaKirchhoff II
E
2 0
:= tenseur des modules delasticite instantanes
E
E
0
s0 = entropie massique
T
1 G 1 0
D = Q. = q .g 0 dissipation thermique
T T T
Q = K
(E , T ).G loi de Fourier
0 (E
, T ) 0 (I1 , I2 , I3 , T )
0 0 0 2
= 0 1
+ 0 E
+ 0 E
I1 I2 I3
Pour montrer lequivalence entre les definitions (6.55) et (6.56)10 , on sappuie sur la convexite
supposee du potentiel 0 0 (E
). On voit sur la figure 6.3 que, pour un donne, lecart entre
.E et 0 0 est maximal pour la deformation E telle que la tangente a la courbe 0 0 en E est
parallele a la droite .. Cette situation correspond donc bien a = 0
E
0
(E). La demonstration
esquissee ici par un schema unidimensionnel setend au cas tridimensionnel. En outre, le
potentiel dual est convexe par rapport a ses arguments des que le potentiel elastique lest.
On verra, au moins dans le cas lineaire, que la convexite du potentiel elastique est synonyme
de stabilite du corps considere.
La seconde relation dhyperelasticite (6.31) secrit aussi a laide du potentiel dual en derivant
(6.56) par rapport a la temperature
0?
s= (6.57)
T
W*
W
Fig. 6.2 Reponse non lineaire du materiau dans le Rcas uniaxial et definitionR du potentiel
E
elastique et de lenergie complementaire : W (E) = 0 W 0 (E)dE, W ? () = 0 W 0? ()d.
On en deduit que W est laire sous la courbe et W ? laire complementaire. Les fonctions
W (E) et W ? () sont respectivement egales au potentiel elastique et au potentiel dual pour
une temperature fixee.
: E
Fig. 6.3 Construction geometrique du potentiel delasticite dual. W est egal au potentiel
elastique a une temperature donnee. Le travail .E est represente par la droite passant par
lorigine. Le potentiel dual W ? () est la difference entre le travail elastique total et la valeur
du potentiel W au point ou sa tangente est parallele a .
g(C
)=0
L := {C
GL(E), symetriques | g(C
) = 0} (6.58)
par C
dans (6.29) :
0 0 0 G
D = (
20 ) : C
0 ( + s0 )T 0 : G Q . 0 (6.59)
C
T G T
A T et G fixes, cette inegalite doit etre valable pour toutes les valeurs de T et G . Les relations
dhyperelasticite (6.31) et (6.32) sont donc toujours valables. Il reste
0
D = (
20 ) : C
0 (6.60)
C
6.3. LIAISONS INTERNES DANS LES CORPS ELASTIQUES 163
ou C
ne peut pas prendre toutes les valeurs puisque C
doit rester dans L. Les tenseurs
admissibles C
sont donc tels que
g
g(C
)= : C
=0 (6.61)
C
On note
R g
= (6.63)
C
Cette formulation tres generale prend tout son sens quand on lapplique a des liaisons internes
particulieres. Elle montre que
nest soumis a aucune restriction alors meme que la cinematique
du solide est contrainte. Les contraintes de reaction restent indeterminees et ne peuvent etre
precisees quen utilisant les equations de bilan et les conditions aux limites du probleme de
structure a resoudre.
Les contraintes de reaction ne fournissent aucun travail dans un mouvement compatible avec
la liaison interne puisque
R g
: C
= : C
=0
C
dapres (6.61).
6.3.2 Incompressibilite
La liaison interne dincompressibilite secrit det F
= 1 mais aussi
g(C
) = det C
1=0 (6.65)
La derivee de g par rapport a C
se calcule en utilisant le resultat (A.144) du chapitre A :
g 1
= (det C
)C
(6.66)
C