La Rome Des Borgia
La Rome Des Borgia
I^f nnimiMi ti m' la Romc dcs Borgia, qui est de /'Histoire romanesque, nous a t
remis par la veuve d'un illustre historien, cette Jin que l'ouvrage ft publi et le nom
de l'auteur ft cel. A un travail extrmement attrayant, mais qui, pour la dernire
partie au moins (celle de la mort du pape), suit une version abandonne par l'Histoire,
nous avons Joint un certain nombre de documents qui ne peuvent qu'augmenter
l'intrt historique d'un livre qui n'est nullement dirig contre la religion ni contre ses
ministres, mais relate simplement des murs trs diffrentes des autres.
i'KUi-UUL II
ivH. I.
crimes frucliieux. Que l'on n*allachc p Ij rprobulion indigrn(V que nous ('pi.,,,.;..^ ...
.u..; le crime sournois, lche, frocement inexorable, ce serait non seulement de la
sentimentalit inutile, mais
.1.
Ou*on lise le Pri/ic^, ce chapitre admirable de Phis-loire de l'Italie au xvi' si^cle, que
"^ il
dernire partie qui est le commentaire le plus profond, le plus simple et le plus
tragiquement vrai de riiistoire italienne pendant ''*
un
cieux et indiscutable. Et si le lirre est sans aucun ' et ln! ire, ce n'est pas cpie
ment parce qu'il a refll son potjue : * fi a / politique telon ies temps .
.iti'ini son apoge. Ici, quoi bon citer les noms?... Balbutiements, garements,
conflits, rsurrection de
hi Uenais-
Ce n
venus i* . .. , _ .. : i-
vel dit simpiemel, sans ambage : Oui, nous autres It !i ris, nous sommes
profondment irrligieux et (1 pi.i\ 's. Nl.'i'-liiavel crit cela, sans |)adeur, sans li.uil.
, s.m> . uii^iiie. S'il ajoute plus loin: Nous sommes irrligieux parc4 que l'giise
dans la personne de ses ministres donne l'exemple le plus
une .< Il Murrciir qu'un jour cpril rntendil w r> v>iue5 chanter des psaumes il 1rs
fit monter sur une tour, leur banda les yeux et leur roconimanda de chanter m : ' iril :
Gar' ' ' ' -
i ir au b. . ; o un
pas de plus le dlivrait de ce bas monde, et de lui dbander les yeux. Le moine,
effray, |>dlil. Hrarcio lui montra les cadavres des v ' ' -
rochers et, aprs lui avoir exp Je te donne la vie, mais une condition : c*est que tu
irtout*' inment sail ^r de Ilrac-
prends rang {jarmi nous. Lcmoinescfit condottiere, et bientt des forfaits qui
ensanglantrent leurs victoires les plus horribles rev ' :
liminaires avant d'aborder la vie mme des ISorgia. Iji lecteur non prvenu serait, en
effet, trop facile-
lient indifirn par les murs d'une poque qui a proluit des individualits
reinarquahles malgr leur l''pravation, et des uvres d'art suijiimes.
)iit connus qui font njlicr do hier conln _ .'s. !s sont tueurs professionnels comme
d'autres sont <, et avec moins de risques. /ci, \a/)les,
1 11 iMltanUS fi'^Tt "'' f'>'i(>' im,iit^ r>fii>f' iti>t> lit i^i'
latum el, sr de lui, prophtise : Tu mourras dans ;ael<|ues jours, parce que ton
pre, le roi Ferrante,
a au pajK* devait coter la vie au i)ape, i celui-ci l'avait lue. Alphonse le Grand reeul
de ses
Tile-Live que
Ul ROME DK BORUIA
dfendaient avec une ardeur redoutable leur r/>puU> lion de criminels o'^H'bres,
comme Hussi ce ' Wcrner d'IVslingen qui cncliait ses dcrsscih> >'<u-s cette devise
disrrHe : Ennemi de Dieu, df lit piti et de la cljarit , inscrite sur son cusso
F' ' ns !*olf ' ** fir, avt -
subir les plus i: ' '"*^ violences, si, If" " ' ' t
victimes. Nous ne l'voquons que pour ne pas ^tre su*!; partialit h l'occasion < uns
audace. Nous ne nous piquerons que d*impartialit, diU celle-ci tre implacable
leur mmoire.
CHAniili!: PREMIER
faire parade devant ces Francis qu*il avait fallu recevoir comme des triomphateurs
dans Home, la Home des Uorg'ia.
... La Home des Borgia!... murmurait entre ses dents Madonna Vannozza. Elle
descendit une fois de plus les escaliers massifs qui
conduisaient au seuil, d'o elle p?- '---- >. quelqu'un. Couinic elle avait fait ce
soir, Vannozza remonta tristement les escaliers, j ! avec rag:e Tenlre des Franais
Rome,
'^ , , Jiir elle cunime pour tous les llomains, avait t une catastrophe. Elle Tint prs
du reliquaire, les mains jointes, puis s^apeiiouilla devant l'imai^e de la Vierire auprs
de laquelle une lampe brlait jour et nuit. Jamais cette lampe n'avait t teinte, et il
paraissait la Vannozza (]u'elle vacillait, ce soir. De ' ' ' ' dont elle
, j - , , - -u ne voulait
pas avoir les doigts huileux, ce soir. D'ordinaire, elle Pmchail de ses doigts qu'elle
es&uyail ses clicveux.
Puis, lasse d'attendre, Madonna Vannozza s'assil sur une haute chaise brune aux
coussins de sole vieil or, r ' ' ' V-s coudes sur le marbre de
In i .,.
Aavuit-on pas dit aujourd'iiui d'j que des maisons avaient t pilles par eux ; et la
Vannozza rveuse, inquite, attardait ses regards sur la cr-(leiire, ce grand beau
meuble sculpt avec aulJHl de
bijou, i _^ ^ ^ de
merveilles artistiques, coupes d'or, vases d'or, vaisselle d'or et d'nrjent, vases de
marbre vre aux li'iii prcieuses, autre It^" -l'i" " les . dames roniainc*.
El iH'rsonne ne venait...
de jurons, d'ordres nerveux donns d'une voix lie. La vieille Romaine trembla. La
main droite
Alil tu m'as fait peur. J'ai cru que les Fran<;ais .1 rivaient...
Mon frre est toujours avec des putains. Hier, pendant que les Franais entraient, il
riait en cares-.sant la belle (jianina sous le fichu. Tous ces oisons stupides regardaient
les soldats dfiler, et il riait, il riait av " ' ' ;e balourd, au lieu de leur cra-rlrr (!> ^ ii
fait.
! Meu honore le .Seicrneur Dieu ! tu as fait cela, toi? Ah ! conmie c'est bien, ma
chair!
La Vannozza, debout devant lui. ''p ''>i > <t.ui,-.Mi...ni son masque pour le
contempler.
Chancres I si je l'ai fait ! dit-il. Je me mordais la l.iMLTi' pour ne pas crier des
ordures la face de ces i iti'i. -. en dansant devant eux cette maures(|ue pie Ton vit
faire aux Hongrois le jour du jubil.
Sur son rire sinistre qui dcouvrait de belles dents <r^inail, la m^re pencha sa
bouche, coinmc une amoureuse, et prit un l>aiser. Ce rire a%\.,v ,, l'cho de sa joie
mauraise, elle la buvait sur les I6vns de son fils.
Csar ne w'tait pas retourn. Il avait reconnu la voix de Franois, duc de Ciandie, s
-r.
Et Amen ! Tu peux dire que > > tous deux mes amours et rciter le Pater noster de
saint Julien,
monstrueux que celui qui est rest sec Corncto, cl le cocu en herbe a sorti le
couteau...
Alors il en a tu deux... ^^'v^^ i'^ rrin,->; r,,i,f pris et l'ont pendu sa porte.
Oui, oui, et assassins, et plus qu'assassins et tout ce que vous voudrez, dit
mlancoliquement une voix, mais il est certain que tout Rome est merveill de leur
entre cette nuit.
1' soldais, continuait Alexandre VI qui venait d'arriver, el des chevaux, et des n.i ,
les lumires sur toute celle foule
lone.
Et taient admirables aussi sans duule les accia- ' squiaccueillaic'* ' ^ ''-anais!
jela Csar avoc
Alexandre s'tait retourn, le regpard svre. Csar se lut. I ? tnt alors tour tour
Franois
La, toi, fa, mi\ r, uf... Pouvions-nous faire mieux? N'eiit-cc p lie de rsister alors
que Um plus importantes |m..> - ^ via Patrimoin^ " " ....ir-.. e.s mains, i\\\c ses
troupes parcourent viet campasrnes jus<]u' Monte-Marco et qu'entin le^ Orlin
! a rsistance...
ta LA nOMX DU BOROU
lande, fl . et les
Franois, ! dit doucement Alexandre. Ll dis-f'' ' '*sar, ....... ..-je pas prvu tout <"
"' si
toi qui en es cause, o Csar, toi qui m'as empch de fuir, qui m'a oblig- d'accueillir
dans mes murs le vainqueur? Le roi Charles est matre de Rome, Rome, alors que le
vrai matre en est rduit se clo-tror dans le Vatican, et l, tandis que me restent
fulles les cardinaux CarafTa et Orfin qui, seuls, ont refus d'aller faire visite au roi,
les autres, tout le Sacr Collge, s'empressent d'aller fain. l'ennemi une cour
assidue et cauteleuse. Et tout ce spectacle-l, C bar, qui donc en est l'auteur? Mon
prestig-e branl, qui dois-je en demander compte, sinon celui (jui m'> ' ' ici
malgr moi et qui avait
le plus sage : celui de m'isoler pendant le temps que dureraient rr.cs dmarches auprs
de Charlts VIII? ' ' se lova, prit son masque et s'apprta sortir, aie il passait devant
Franois, il croisa ses bras sur sa poitrine :
Franois allait rpondre quand sur un geste il' \ '^ il tourna le dos et, la main sur son
sly-
<.. -ar n'avait pas boug. Il accompagna son frre d'un regard charic de mpris et de
haine.
r-'r,r !. ;- ' '' r- y^i le
AprrH?
Il a voulu <*jraiement prendre possession du cas-' ' ' o nous nous sommes
retirs avec les
'S.
iule!
^ -,
I ,.!;
ik>mme
nous ht>silion$, le roi a fait retirer Tartillerie du palais Saint-Marc et Ta braque sur
le chdteau...
cl <i .ire
; ranuic et du vice^. Corps de moi ! dit Madonna Vannozia, on vou-* l! que I ' "de
l>eut-tre, comme sainte Nafissa, celle qui donnait son corps par charit. Si on
coulait tout le monde, on en
Charle VllI, continua le pape, a demand l'in-\ '^titure du royaume de Naples et les
forteresses de ' itavcccliia, de Terracine, de Spolete, jusqu' ce
m'avaient jure. Je n'ai pas fini. Je dois remettre le ': re de Bajazct que nous cardons
comme otag'e, le -uilan fme, la discrtion du roi de France.
Honte sur nous en Italie comme au dehors!... <Tia Csar, hors de lui.
r ' ux, il
Laissc-lc partir, il c. ....l assez pour ce .w.. , demain il apprendra que le roi de
France exi^e que le cardinal V'alentinois, Csar liorgria, le suive en qua-1:'-' d. ' '
lique, c'est--dire qu'il l'emmne
Puis Trangois, duc de tJandie, prit cong mre riilelire et de son pre le pape.
J ai peur ipi un jour ces dispuics ne nnisscnl mal, dit Alexandre... Trop de san^ a
dj t vers par les Rorgia ; il ne faut pas qu'ils fassent couler le leur.
Ce serait ta faute, dit la Vannozza; Tautn -..., quand les cardinaux Orsiu et CarafTa
admiraient tour tour Franois et ton portrait, qui lui ressemble, tu n'as pas vu les
resrards de Csar c! ' ' " r...
re Charles VIII, l duc s'tait attard devant le portrait d'Alexandre et avait demand
si ce n'tait pas l le dur de (iandie. Le pape avait frmi d' ' Il
A trop le considrer comuR- mi nu, junL-fiir ciiui-ci s'en est-il fait le courtisan.
Toujours est-il que le irdinal Borgia, avait t, dans sa jeunesse, d'une lgance et
d'une beaut admirables. Le duc de Gandie, Franois l'orcia, rappelait radieusement
celle jeu-'sse, et Alexandre l'aimait pour cette ressemblance. ir, dit Vannozza, sait
qu'on ne flattera pas nce, <pje chaque fois qu'il se trouvera devant .il sera ellac.
Crois-tu qu'il soit heureux de I prfrence que tu accordes sans contrainte son
neureux frre? Je vois tout cela moi, sa mre. Ai-je tort de lui dire : Mais tu n'as pas
la mme beaut, i, tu n*es pas n pour les mivreries, pour les fan-luches, avec ton
teint o le soleil ruisselle, avec les ux sombres comme la nuit, tu es n pour les
randes aventures. Laisse Franois sa beaut de llat, garde firement, toi, celle du
soldat. El (pie le rpond-il ? demanda rveusement \lexandre.
Franoisn'cst-il pas l*an? Ah I Csar I Csar! La Vanoo/.za osa, en i' >, rpter
le blas-
folio :
atfl. C(
TO :
in*-
ilr
l.w Jri'
ttle cuupcc.
Csar venait narrer sa mre les dernires noii-.,.11,.. p ...:, jjjj.u quVi>- '
'tirnerail de la pas-Ire, et se j lit de lui conter dans tous ses dtails la rception du rot
dans la
du P.M Vni dr Ml
ricase.
Il projetait de lui conter par le menu celte cavalcade (lu roi accoinpagiK^ du pape cl
tous les cardinaux jusqu' rplise Saint-Paul o, l encore, le roi demanda et obtint un
nouveau chapeau de cardinal pour son cousin, rvque du Mans. Mais a peine la
Vannozza eut-elle reconnu le pas et la voix de C*sar qu'elle se prcipita dans
l'escalier et l, comme une furie, hurla d'abominables injures contre cette race
maudite de Fran(;ais . A travers ses imprcations et ses lamentations, Csar comprit
que la maison maternelle avait t pill'*e par des soldats franais, les bijoux vols,
les meubles saccads et la Vannozza a expose, selon SCS mois mmes, la brutale
passion d'un soldat
infiime "' ""i *^'' \ rilh'ss* .ivnil A uciiic 'ciaI If
t)oucli(M
souilles, les piMUtures qui ornaient les murs avaient ti* taillades coups de hache
ou racl<s, les reliquaires gisaient sur le sol ventrs, fouls aux pieds, les irrands
lits taient briss, la literie macule d'huile verse pleines jarres, le g^rand bahut qui
statues, les grands vases de marbre ci porphvre avaient t mis en pices. Sur les
pavs, dans toutes !' "" - liont des dbr-- ''- rhaises bris'-- '"^
i- - *^T.
i. itj. Il hassait 1' ...^. . ,; , at qu'il les -t tous em[>oisonn8 s'il avait pu; il ne se
gnait pas jMiiir taler ses sentiments, il en faisait mme parade. l iH- joie secrte
pal; ' ' -i lui; non pas tant la satis-Iju-lion du mass;icr ,.li que l'espoir d'une ven-
Lreancc proi^haine dont garderaitsouvcnirCharlcs VIII.
HOU
l!IO|
^ ,,(j_
.- 'J'-
souriait, et d'un rire sinistre, lui qui arait ml dans la boisson de sucre que le
pauvre* seigneur (linear .....,. .!... .... .--: ......i-.. ki .,.,.:..
(pli rcss^
- ^ ' de couleur .
tandis ({ue le malheureux sultan sVloig-nait dont joveux vers Naples, en attendant de
{rajrner l'Orient
rr, le poison le ronjreait sourdement et peine tait-il entr. ' ' ' * ' .. . , ^^^
la mort le les
.\i .. ,-..pe, ni Csai ... .,r proccupaient dsormais du sultan Gme, qui, selon le mme
historien, < avait t donn Sa Majest le roi Charles VIII sans condition, mais ' ~
n tel tat qu'il n'tait pas ncessaire d'en d la restitution comme
Pourtant le duc de Valentinois savait qu'il tait retenu auprs du roi comme ota^. Tous
avaient redouU^
joyeux ; les cardinaux de Saint-Pierre aux Liens '^' " " " lu roi, ni 'ni
trajet la mort ne ft mystrieusement son uvre dans leurs raiijT*. Aussi tait-il
surveill
veill : toute la nuit il guetta les enlours du logement y <]noa lui avait pr|)ar, mais
partout des V ii\ \. .;...; il (lui remettre une :'' -mi Il \ ( Il . Il projet. L'aube
l'avait snpj .nt
Lr leiulrinain, li roi alla coucher Villcllri. ('.Iiarii's VIII avait apprci, clans celte
journe, le cardinal de Valentinois comme un compafi:uun exquis, rudil et joyeux
viveur lu fois; ils ne se sparaient (|uc la nuit venue, par ' ' - - t r "t le
fit ainsi, pied, prs d'un mille de chemin, redoutant chaque instant (|uc sa fuite
n'et t rrr ' et
longea les chariots, les dpassa sans encombre. Arriv prs d'un mille de la ville, il
j la
attendit, puis, l'oreille au sol, il couta. Bien ne r|>ondit. Il rpta le mme appel et
tressaillit sou* dain : il avait cru entendre, au loin, le mme - ' Il renouvela le nirmo
appel : cotte fois, il n'; plus de doute, on avait rpondu. Rsolument, il s*^ mit en
chemin et bientt rencontra un valet avec deux chevaux.
Monter sur l'un, laisser le valet sauter sur l'antr*' fut TafTaire d'un instant. Bientt,
assez Villettri pour ii ' ' * ' :'
Ils arrivrent Borne avant que le jour part, et Mo' ' liteur de rote, ne fut pas ) ris
de ; iiiii vi> i':ii-1i;>l viiii; :i \. "ii:i
l)on tour jou au roi par les Borgia : Gme mort, et "liai do Valenlinois, ofiii ! Le
sinistre
exploits. Mais Csar ne s'en contenta point. Il fit ' scr de flomc tous les Franais.que
des
l>a[>e. Lorsqu'il ceux-ci, ayant runi quelque arg-ent, s'loi-nrcnt de Kome, ils se
heurtrent aux cratures ' ' ' '' ' Illinois (I ' * rint et les mas-. i les d , ^ 'l(iues-uns, en
nombre considrable, avaient tenu faire leurs adieux au pape. Comme ils taient
asrenouills dans le Vatican mme, des sicaires du Valenlinois bondirent sur eux et
tentrent de les iforg^er. Beaucoup russirent s'enfuir et se barricader dans une
maison o ils purent attendre du secours.
. du pa|)e, c'est-i*i-dirc les Franais, fut ruin . Mais ce qui faisait surtout la joie des i
.le leurs amis, tait la plaisanterir- '" iraux soldats fr;ui<;ais. ijuand le duc de
Valenlinois tait parti avec le roi,
il n. -, * - '
de I , ^ ^ ,. , _
la premire ta|>c, les charreliers du duc n*en avaienl '' (|ue deux : or ceux-ci ne
conlenaieni que
^les cliarioU, ^h
* : '. -.,i''e et I
alors combien ils avaient t jous, el que les deux s aux charges prcieuses taient
peut-tre dj
d on connut riiistoire Uome, ce fut par toute la ville un lanjr clat de rire, dont
bnficia la popularit des I3or(ria.
LA r.OME II
:' '" ' '' 'ier n<': ~ ' nment des morales
sforza s'imposait.
Crsar fut choisi par Alexandre pour rexcution de Sforza ; mais comme Sforza, au
courant des moyens enploy<'*s par le pape, n'allait pas se facilement jouer ce rle
de placide victime, 4.l>. ;
In soir que Lucrce et Jean Sforza s'entretenaient ni des ir.' ' ' "" ' fs qui si " ' '
toute ritalie et des difficults qui en rsultaient pour lui au Vatican, soudain le valet de
confiance de Sforza,
Sforza quitta la plire aprs avoir dit (pielcpi au valet, et peine tait-il sorti qur h*
pas t! martelait le lon^ vestibule.
Csar entrait. D'un coup d'il, il ju^a la scne. T ille de 1 ' tjjt solit'
. t : un i, niait. A^
O est (iannino?
Salope ! O se cache-l-il ?
Iroite se referma en une emprise violente sur le cou j)le. Lucrce, immobilise,
s'ofTrait, proie admirable,
Ah ! belle charosrne...
la place, dans la rue et au coin des carrefours, l-bas. Sans qu'ils s'en fussent dduls,
sans qu'il l'eussent vu venir, alors que dissimuls ils piaient les entours de la maison
de Lucrce, un cavalier avait surgi au milieu d'eux, press sur ses triers, l'pe
tournoyant
Toute la troupe se prcipitait vers une maison voisine (liris le jardin de ' leurs
chevaux avaient t allacli(''s. turbssu; c pour ne pas se heurter au haut de la
porte, cheval ds le jardin pour tre plus vite en course, Us sortaient bientt l'un
aprs r. ' ' !'chevaux, des ll^r^lis^< ^ us.
Sur la route claire de lune, sous les arbres dont le vent en s, la troupe passa, r [><.
Micheletto, /clata dans le silence de la nuit, le ?alop des chevaux se perdait au dtour
de la route, Tobo
1 ri . _ _ i
^ <TI
(.4 .. ... ntendit p .< . ofi de Micheletto. Il demandait, plus calme m. .!, ,nciv<*e,
na MPfir :
Ainsi, tu nous l'as Tol?
ai terri' if.
pi'i'! :. Jure-m<iiqu'; h.
Je le le jure, Csar!
Ah! Dieu! Ctiarogne ! l'avoir laiss partir! Je >?3 avais prvenus qu'il nous
c!iapperait si nous lui
lit pas. lml)ci!es! comme si on ne con-aKsait pas les liorg^ia. Lui surtout. Lui qui
sait tout,
'*"'' lie
ats
. t ramolli. Confier son gc.v^.. ... ^...v.v de sa mai-ir. sse, et toi, sa fille, le soin de
l'initier l'amour! Car c'est ce qu'on dit partout, tu le sais bien, que toi f ' ... iiiartj:
, , i toi la
iiiaqurrelle du pa|>e. I)c Santa Maria, la foule a fait
C'est toi, (V'sar, qui as vouiu'que Julie Famse t ma dame d' , . . - . '"mdit
.iii>si : tu as % _ ^ -i j)our
qu'on ne dabaudJt pas sur les risites que lu me faisais ff |>..iii- ' 'iriicr de f iix les
coniment poiirrions>nous donc leur rsister, nous fenunes?El le peuple nous excuse.
et toi ont chaufT le lit o le vieillard du Vatican venait ranimer sa passion snile,
ceux-l pou Voil ce qu'il ne faut pas! Voil pui. ^ ^ venu ce soir faire une visite ton
mari. Voil pour-(|uoi, sur un coup de sifflet, mes hommes embusqu/'s vont bondir de
tous cots, sauter sur leurs chevaux et prendre la route de Pesaro. Quelle belle veuve
tu feras, Lucrce ! Je vais partir avec mes cens, je serais trop heureux de f f*r demain,
moi-m^me, la
risar enlaait Lucrce, mais celle-ci, lasse et ini> Hante, le repoussa doucement :
Une rumeur venait de la rue. (X'sar, sollicit par un dsir imprieux^ n'y prenait pas
garde, et comme Lu " ;inait de son ' " ' ' illil
de 1 , il croyait \n , , 'U-
Vous tous, seigneurs et bra\rs ^< aux Sforza, gardez les issues du palais ^
La foule approuvait sans applaudir; elle ouvrit ses ranjjs au cavalier, qui s'loig'na.
sai. i a, le * .1
suivants allaient se saisir de lui et lui couper propn ment le cou pour ramener sa tte,
en troph*
1 le accomplie
regagnait Home en cbantant. Ils chantaient une char son flo "I le rei"' mi tu
ordonnait. rselairc.
Malgr ce qu'avait dit le cavalier, (icrsonne n'avaii cru srieuschient son accusation
d'inceste; i l'apparition de Otar la fentre mme de < chambre, que tout Rome savait
dire la chambre d' Lti ' 'e soir d'une tmrit o la foule vi
inla Maria injuriait la fouli. v.. j.1.1 w^^.-. ^7..iit.-. 1 porte coclire fut referme. La
foule se rua alors mtrc elle, et aprs quelques heurts ta porte massive
L . , ms le reslibulf. Au dehors
.1 pris son sifflet et, p^ar trois fois, une riduiation d^hirante traversa Fair : Tappel
Vuidc " 7ia.
,,.,., ^ie toutes ces cla:.. ... , uvait couiuiis la faute se montrer la fentre du palais.
El de loin, la ule, qui avait cru un dfi des coupal>les, continua
icieuse et
, . _ . _ . . . ^ rssHiir d<*
MichelcUo! Personne ne rpondit. Il parcourut la rue tout e^^i^re, suivi des yeux
par Lucrce trem-blante, et sitt le mur de la maison Jaune (pii terminait la rue
dpass, Lucrtce rentra priVipitamment.
Paolo! Paolo!
Paolo! Tu as tout vu, tout i. Rpte tout cela Jean Sforza et dis-lui ce que J*ai
subi, ce que j'ai offert connue sarrifice au Scigrneur par amour de lui. Va, dis-lui qu'il
hte ses pas et qu'il se mfie de ses amis. Vile, Paolo, va, et que DiiMi te rarde! Mais
auparavant appelle Antonio.
Il raconta que pour dpister les cens de Csar un valet avait enfourch un cheval et
fui h toute brid vers Pcsiro, poursuivi aussitt par i "
Antonio parlait encore qu'une clameur joyeus-Clil . " ' ' * . *" ', " ',
d^^ .. .. . ^
Le chef de la troupe des cavaliei*s h'avaii^^a rej -lurusemenl sous h'- f-........ ,i
palais, demanduiii d
doua Lucrc/ia de ;
ndrc au bout de son bras comme un norme fruit lourd et juteux. Le cavalier, qui
n'tait autre que Michelelto, et qui croyait encore Csar dans la chambre de Lucrce,
dit alors celle-ci qu'ils avaient irouv au bord du Til)re quelque chose que pouvait
bien avoir perdu le seig-neur Jean Sforza. Et comme Lucrce se pencha pour mieux
voir, elle reconnut au poignet lev du capitaine une tte frachement coupe ' dont le
sang^ j^outtait sur la monture.
Voulez-vous dire notre seigneur et matre que Jii;m ^nrza l'attend au bout de
son pe.
CHAPITRE m
( '.our-
fi fiTs. /ta. A
L'ir: chnpctrfv
<] .Cf. Le
SUto.
los italiens.
la Vannozza les ^'gards dus une vritable reine. Tous !i\s htes se rpandnienl h
travers les virno-Itles, admirant la rcolte prochaine, mais surtout abritant leurs
confidences amoureuses parmi les ceps fiMiillus rt sous les p*' ' irles qui p > ''n!
eau. C/esl de cette formule primitive que se sont souvenus les vigrnerons Iors(|ue,
plus tard, ils arnisrcnt
Donc, sur ces jarres aux trois quarts vides, les jolies r" ' leurs amants v
elles riaient alors cl le rire jaillissait en chos harmonieux, et les cardinaux et les
barons se "nt
LA nOME DE BORGIA
flamme aux prunelles, liaient de leurs lvres les h >ur!ics rieuses. Parfois, un chapeau
tombait d^ns l'eau tic la jarrf *' '- ^'"-'^-^ ^' "'"" vtaicnt en trilles sonores.
Sur presque toutes les jarres deux ttes se pen-'"' ' ' ! ' ' et se n' - 'ni,
l pas iji , icle pieux que cette suite de jarres aux ventres rebondis contre qu,oi se
frlaient les couples.
Parfois un livre jaillissait parmi les herbes, ou une perdrix fuyait, vol bas, que Ton
n'avait pas vue partir, et qu'un froissement d'ailes dnonait Tatten-lion. Ici et l,
tout au long: des pas, des piges ull'raient, parmi des branchaeres ou des herbes, leurs
pierres plates meurtrires. Des serpents se glissaient snupl.'s, onduleux, confondus
parmi les herbes.
i'iirfois, un cardinal, guettant les alentours, se blottissait, entranant son amie, et Ton
n'apercevait plus, de courts intervalles, que la tte du prlat, d' liante, w 'sus des
feuilles. Quelques-
quand ils se relevaient, ils rencontraient, ici et l, iiis parmi les grappes, des yeux
rieurs el
'S.
-Mti. m:' irii les domestiques, soucieuse do bien remplir ^.-. iujiclions de matresse de
maison. I^s ordres <] Mws, elle rejoignait, dans une salle du premier <^^sar, duc de
Valentinois, qui, les bras es, ploy sur un ptrin, s'absorbait dans sa
le. Sur ces tourtires en cuivre rouge entirement vert-de-grisc, im liquide qui ; til
incolore ^ ail.
J\ii mis peine quelques braises pour hter un |>cn \o n'-sultai, nous n'aurions pas
eu de p>oudrc aujourd'iuii. Et j'en ai f'-' ''" "" '"' 'im li poudre ait pu roussir.
Ce n*est pas tant pour cela qu' cause des ccndrr5; ' ~ : t *lnnt k la poudre, la
rendent moins fine. I! , il que le cardinal de Uiaro est myope. Celle-ci est toujours
assez bonne pour lui... mais pour <'"
VannozTui.
Et comme le regard de Csar fuit le sien, elle craint de deviner, elle supplie :
Csar, mon fils chri, pargne-moi ce cha-^Tin. Pas luit Oh! je t'en supplie! Pas
lui! NonI pas C4'la...
l.iilMs . , .saup{4>
sment celle poudre, puis arec une lame dUroire rade soigneusement e cuivre, fl
vere eosute ce rsidu dans un mortier en inarl>re, il l'crase avec un
pilon " ' ^'^* '"" ' * " luis il le prend p-" -
Donne-moi la manne.
..... ,^,. !.. .,..!.,...,. entre les deux poi..--. ..,s et, sa ': s'crie :
'( Dieu a dit : Qae la lumire soit! Et la lumire fa\. \<>n<, Bnrcrf.i, no<i8 pouvons
dire : Qae la riait S'ni ! A7 /-; ///.' 7 : rra ! w
E% comme la Vannozza hochait la t^te, inquite, il la prit par la taille, j\veux !n'
ment.
K"j irdoz Totre fils, ma jolie mre, est-il beau? Vous, vous 'tes r4nt fois, mil! '"
' ' ' " *' r tes resU'-e si jeunr! M;^is n" >
srieux! Une petite pince comme a Julie Farns* iM.ur Tanniversaire de leurs
amours! Qu'est-ce que tu PU iliM?
Tais-toi.
^i' > on sonnait le ffcnedicite. Cliiit l'heure de ' ^ ^'annorra descendit, laissant Crsar
sa
liaient de Turine que faisaient vaporer ainsi la lozza et son fils. Les sels qui en
rsultaient, corn-> avec des sels < -^ .. .....i . i. ....m.....^,,;^
l'arsenic, et ce i^ m
On sait que c'est de l'urine que Hrarull ri Kunuel tirrent plus tard le phosphore, vers
1GG9. Brandt, chimiste hambourgeois, ne sut d'ailleurs pas toute l'importance de sa
dcouverte, dont il ne tira aucun parti et dont il vendit le secret h KrafTl, de Dresde.
Brandt se passionnait trop dans sa recherche de la pierre philosophale pour s'arrter k
cette dcouverte. Le s'. >; de l'urine avait t livr aux Bortria,
sait et empoisonnait tour tour avec l'urine combina" d'autres mdicaments. C'est
ainsi qu'il alliait, sans en connatre exactement les proprits d/'- -^ le phosphore
l'arsenic, provoipjant, parcett. tien, des accidents souvent mortels. D'autre part, il ri ' '
on leur faisant boir'
Le phosphore que l'urine pouvait ainsi contenir agissait-il aussi erfiaicemcnt, nous ne
saurions I mais ce moine obtint aussi des cures merv ' v\ Savonarole fut oblig de le
foudroyer d. >-
qucnce, parce que les vieillards se laissaient aller au\ pires ex< " '" i ^
dans ce n ^ . .
n . . qui tait la m 1-
vail tre associ l'arsenic et que Tun comme l'autre avaient le mme antidote.
uiiid.> que uesar Bort,'ia, Ucniicr des secrets du inoiiic espa^jWiol, confectionnait
des petits sachets de toile qu'il emplissait d'une poudre blanche impalpable, les
convives prenaient place dans la vaste salle man-fc'er. Les plus belles courtisanes,
que Rome accueillait ses ftHes publiques, ornaient de leurs charmes connus et cots
la table o le chef vnr de l'glise prenait ' 'li-mme avec tout Tapparat et la
pompe d'une lie.
loriir |)oignard lame ... _, l aigu?, <|ue l'on a trop souvent confondu avec les
malchus et fauchons, autres coutelas fd droit. Il l'avait toujours en main, et pour
appuyer une dmonstration, pour dissimuler une g^ne, toujours il jouait avec cette
arme, en appuyant la pointe sur l'ongle ou en prouvant le fr;i[ir]i.inf ^uv la paume d'
' 'n.
croit-OD, dit :
T.
Le pape foudroya le cardinal Orsini du regard, la Vnnnozza Irembla, et Franois, duc
deGandie, jui avait entendu, sourit:
mot qui donnait cette phrase une signification mys-nie. ,1 .aot. Alexandre dtourna
habile"'" !ion pour chasser le malaise sur Les yeux de Vannozza croisrent les
yeux de *
1' lie
Le cardinal Orsini
;>e : il II _ , _ ^^
i du (.'onfalonat, sans
i ire la cour, i , i
doDna Sanzia avait donn Csar sa main baiser, I cciiaiii ' une
- et qu ' ... - . -*
r'*;nr, une fois de plus auianl itiaiheureux, tait 'vijR. Une autre rivalit divisait
les deux frres. Csar aimait passionnment Lucrce Borgia. Il
'X, non
. . , ., ni, par
li ne se souciait ni de conseils ni de thories ' ' ' violences de son instinct. Or de>
<|ui voulaient que le duc de (ian-die trouvt meilleur accueil auprs de Lucrce que
Csar ne trouvait lui-mme, et de ces rumeurs-l celui-ci avait t inform.
(|u'on avait appeles pour jouir de leurs propos licen-"ar 1rs vins 'nl
tucux.
(\re
^ . ^^el
|)^o^^ ,... -, genoux terre et le front aux pieds du pape, s'humilirent. .Mexandre leur
intima de figurer dans la salle du banquet la scne qui avait fait scandale. Ils s'y
refusaient, accabls de l ' ns aux pires expiations. .Moxarulre usa (' de menaces, rien
n'y fit.
Alexandre fit teindre les lumires et, dans Tobscu-rit peu prs complte, il
ordonna aux moines d'obir. Dans la nuit, avail-il dit, Dieu seul pour-rail les voir,
ou son envoy sur la terre ; il fallait, pour obtenir rmission du pch, que le pape
st faute et piHjugerdela pc ms
Les moines parurent se rassurer peu peu et acceptrent la san : : ' .^ - '> ~ ^ - -
- . |^^
uc
On savait que Csar prviendrait avant que l'on rallumt les lampes suspendues aux
voussures de la salle et les lustres blouissants d'argent et de cristal, ' -'< de
fleurs. Une profusion de fleurs odorantes la^eail l'atmosphre d'effluves voluptuotix.
La Siille tait pare comme un temple antiqu<
La Vannozza s'tait leve et, hisse sur uiu* cliaise, avait tir, sur une niche o
veillait constamment une lampe, de courts rideaux lams d'or, parsems de pierreries.
Elle voulait cacher la Vierge le spectacle qui allait se dron!'- ' - nujourfl''-" '^omnje
tant d'autres fois dj.
Pour ne pas aggraver Tinfamic de leurs altitudes spintriennes, Alexandre intima aux
nm' ' " uer les yeux. Et tandis que ceux-ci oboi , sar
apporta brusquement des lumires, rvlant aux coo* vives le 8|)cctacle de cette
lubricit et des hontes de la chair, pour parler comme l'Ecclsiaste.
Soudain une clameur monta parmi les cris joyeux de l'assistance. perdue, elle jaillit
de la bouche des ; vautrs terre, dans le sang, et * * ion-is la douleur conmie des
lombrics i I>e
De sa dague abattue par deux fois. Csar avait sectionn leurs liens avec la mme
aisance qu'il et
La dagtie en main, Cf*sar publia^ rviii.|ii. . TU auront pri... par o ils ont pchr-!
i)n rarxrlama.
des ! le jMjK
Ijds valets avaient balay le sanfr des moines. On tivcnaitdj plus de la scMiequi
venait de se
Le cardinal Orsini, qui tenait enlaces aux siennes les jambes d'une lielle coui-tisane,
demanda en riant Alexandre (fuci il pouvait bir- - -- - -t au spectacle des trois
moines trouvs de
Pour toute rponse, Alexandre sourit mollement ; il parut ramener des souvenirs
agT^I>i^ de ses cils
i tsif.
Un le pressait de parler. Julie Kamse le allina, assise sor ses genoux, mais le pape
refusait doucement.
Snn.s doote sonfvsait-il au chtiment ckrste qui t l-haut les trois moines invertis.
Son re^raril
prissent leur repas, on leur interdit l'entre de la salle et de toute une partie du palais.
|iarcequc les cardinaux italiens qui l'avaient invent ne voulaii iiierla resf)onsal)ilit
de ces '
lit la nuit dans plusieurs salles attenantes. 3 convives se dispersaient dans ces salles
au gr de leurs ^ * " ait dfendu d'y parler, sauf des ini , ^ d'un quart d'heure :
on prvc
nait alors les joueurs et joueuses qu'on faisait une sii^ '*s et, pour (jufUjues minutes,
les
lis dans ces salles, les convives devaient rencontrer au hasard des contacts et
chacun devait
les chevelures, sur les visages ou parmi les satins des inadonnas, recherclier loisir
ridentit/ do lours par-lenains. Le chucholement seul tait permis, et dans une
certaine mesure seulement : c*est ainsi que qui-ronque tait reconnu la voix tait
mis h Tamendect devait offrir sa partenaire un joyau. Si, d'aventure, il cherchait,
la faveur de l'obscurit, h sVrliapjKr des mains de sa partenaire, celle-ci devait
s'a^ip|>er lui jusqu' ce que l'heure de la suspension d'arm' sonuilt.
Beaucoup sans doute devaient s'efforcer de fn ainsi, parce que toutes ou presque
toutes les femme:* taient oblires de retenir les hommes elles par tous les
moyens, et dans cet effort, souvent le couple tombait terre. Parmi les velours et les
satins, ils se dbaltai'nt alors, sans violeri. ' ' "" f
ils intervertissaient les rles, et ceux-l maintenaient celles-ci qui s'efforaient de fuir.
On et pu croire qu'un tel jeu ne pouvait aller ^.lii.-. l)eaucon|) de bruif fl de vacarme.
Mais il n'en tait rien.
Les heurts tlai' ;ii sans violcnci'S, les bim srieuses, absorbes iar des soins divers,
car ' devons la vrit d'crire que si les dames ne |k>* valent de leurs mains
effleurer les vis - honini'
faire par leur visage ; et Ion contait que telles donnai ci ce n'taient pas toujours des
courtisanes, taiei exjertes deviner, du seul ronlacl de leurs 1' a\cc le visage (|u'el!es
parcouraient, qui ce > appartenait.
Les premiers lasss d'avoir ainsi jou se retiraient en prires ou rejoignait les moines
qui, dans la chapelle rserve, clianlaienl les offices.
Le pape tait rput pour apporter ce jeu une fougue rare. Mais sa rsistance n'tait
pas longue : aussi le retrouvait-on toujours chantant des psaumes "ti banc des prieurs
avant la fin du jeu.
>iar, mais elle lui rvla entre autres choses que j^ucrc** aimait beaucoup Franois,
duc de Gandie, co qui mit Csar dans une fureur pouvantable, mais fureur peine
comparable celle qui allait l'enflammer lorsque Julie lui apprit celte autre nouvelle :
T'i .ri-DJs venait d'abandonner le jeu et devait en ce ;it mme s'apprter partir pour
le couvent de
liait de trahir inconsciemment la confiance que iuise en elle conmie aussi celle de
Fran-
Gandie, et elle l'aimait d'une passion contenue et ' ' ' "" ' ' ' '!e l'aimait pour sa beaut,
>ses.
Lucrce aimait Franois, coininc il l*aimail lui inAme, avec fiert, mais sans que
rinceslc ne vnt souiller leur fraternel amour. Elle Paimait et l'admirait, mais sans
qu'un instinc4 amoureux se mOlt son sentiment.
CVtait leur bonheur de se retrouver el de causc lil' '. lui penrhf" sur sa jeunesse en
fleur, elle
seiller afTeclueux.
ai M.iranre de !i ms
entrevues.
Julie, demi ivre, avait appris C6sar que Fran ais fuyait v. lo, o devait '"
nonne aux agu . - .-. :c la petite porte .. . . ,.. sous le ^rand figuier, conduit la citerne.
Cette port liasse permettait, Tt, le {vassale aux paysans pieux (|ui venaient chercher
de l'eau fraclu- ' ; ' :-vrail ^'ure qu' la fin de juillet et ^ s
d*aol. Lucrce avait donc pu facilemeul s'en procu rer la clef. Grce la nonne
destin* il son st< elle pouvait gnsi recevoir le duc de Gandic, :' ! de tous, comme
elle et reu un amoureux.
attendait Franrois. duc de (taiidic Klle tait th inquite. Sup se, elle avait entendu une
'
avait cherch longtemps, mais en vain, et, tourmente comme d'un mauvais prsage,
Lucrce fronait les
sourcils...
ciiArni i\
Les
Char , Csar.
fc-ssions des Bi>r;ji:i Kllc accuse < .-Ti I lo Mure. - 1 vcnlrc l'un.
doutent s'ils oot tu Sforza, qui leur chappe. <riiQ moioc. Le goupillon dea
Borgia. I. Le coursier de Giaaino bat celui de les Dorg'ia. Ivresse de Csar
Borg^ia. ' ' ^ . . jj,jpap^.
au cou-
' ' .. - c. i i.iif--> li.; -.1 i.tiiii.,'-, 1'.liij;. i des COn-
Le SDir on MiriK'irlto avait puiiiMiivi Jimii .MorzA cl croyait l'avoir tur puis jel
dans le Til)re, il s'en tail revenu, coranie nous avons vu, joyeu.x, avec sa lrou|>c
chantante, vers le palais Santa-Maria in Porlici, o Lucrce sul)issail les violences de
Csar.
Il avait sous les fentres mmes de Lucrce tendu au bout de son pe la tte qu'il
disait tre celle de
de l'autre.
...nitinois, il pensa qu'il aurait d couper la tte de lu victime... Une crainte lui vint :
qui lui assurait, lui, Micheletto, que c'tait bien Sforza cette ombre
i'il avait pourfendue et qui avait peine eu la force jeter dans le Tibre ses pieds?
Si ce n'tait pas Sfor/.a qu'ils avaient tu? se drniandait .Micheletto avec effroi.
C'est alors qu'il eut l'ide de lui rapporter la tte de la victime, et h rflchir mieux il
se convainquit que ce n'tait point l Sforza.
Il faut nu moins que nous puissions lui prouver que nous avions bien tu
quelqu'un, et les pcs frachement essuyes du sang dans lequel elles ont lrenq) ne
feonl pas " le.
ce n'tait |K>inl Sforza qu'ils avaient lu< Micheletto dcida qu'il fallait rapporter une
tte de
qu'ils rencontreraienl.
parmi ! la route
11 avait fait coucher son cheval terre et lai coai> primait les iiaseaiLX, tandis que,
Vpc la inain, il s'a|)i)rtail vendre chrement sa vie. Ils passrent prs de lui
sans savoir que Jean Sforza chappait miracuieusernent la iiiorl.
Mais, comnie ils s'approchaient de Home, une ide vint MicJjeletto : ils frapprent
la g^rille d'un couvent. Un moine vint qui ne leur ouvrit pas. Ils eurent t>eau dcliner
leurs qualits et le mandat qu'ils tenaient du cardinal de Vaicntinois, cela ne servit de
rien.
locco) de Csar. Le brandesloc est une faon de canne |M*e, dans le g-enre des
pes fourres.
\oulait se retirer, il le uiena^^a de son arme, dans i'onihre, tandis qu'il disait, tendant
une pice d'ar-'.iif :
^ille. A ce moment, ^ t.
uo
IVj le moine dlirait. Ses lvres riaient, marmonnaient, joyeuses, en expulsant des
caillots. De son nez le san^ d^routtait doucement.
Micheletto dit :
Micheletto tenait la t^te pique la |iomw cir pe, et comme le sang- g'outtait
enron^, il en a>. crait ses compagnons qui Juraient
Micheletto riait :
ri miiniliihor...
iroupe attendit, puis s'loignait, lorsque Csar survint, mont sur son eheval
fougueux. Il traita
Micheletto et sa bande d'imbciles, et en voyant la tte dit qu'il n'aimait pas les
pitreries.
La ti^le du moine ne servit donc de rien, sinon effrayer Lucrce et faire goter au
moine des batitudes autres que les terrestres.
D'un treste, Micheletto envoya la tl runnt au >cuii d'une maison. Csar rudoya la
troupe, leur commandant de crever leurs chevaux, s'il le fallait, qu'ils en auraient
d'autres au retour. Il imposa Micheletto d'abandonner son cheval et de monter une
b(' do race qu'un valet maintenait quelques pas de l.
"t en selle, ils taient partis la poursuite de .^i.u /d, du vrai Sforza, cette fois.
Ils l'aperurent l'aube, tandis qu'il gravissait au trot un chemin montant. Le vent
porta-t-il le bruit du g^alop des chevaux de Csar et de Micheletto? On ne saurait
dire, mais Sforza se retourna et aussitt pe-ronna jusqu'au sang sa monture.
Le duel s'engageait.
rsar avait eu soin, en effet, d'empoisonner ses trois meilleurs chevaux, de faon qu'il
ne put s'enfuir. Sforza montait la bte d'un soldat ou d'un baron quelconque, et sa
course serait vite termine, prsumait f^^sar.
( sar tait rput pour possder, Rome, avec Sforza et son frre Franois, les
meilleurs chevaux.
As LA KO! MS BOnU
Les b^les de Sforza ayant t limim^es par les Inmi-Ics u inorleDes, Sforza tait p-
rdii. (a'mt et Miche-lelto s'assaraienl dj de leurs annrs.
Mais bientt ils Tirent avec stupeur Sfona non seu-lenient maintenir In distance qui
In spnmt d*eii:i, mais encore Tauermenter. Ils pt^rdaicnl du terrain <!" inoment en
inouienl et Csar dut avouer priis al)ni> :.i bientt atmndonner. Il ue revenait pas de
xi stupeur : un i ' ' ' ' ' ' icii...
I . ira de vue.
Ils mirent pied terre : c^est Micheletto qui le premier pronona le nom de Franois.
D'aboril r/-- .. stupidc de rag^e, hsitait <\ croire. Pourtant 1 ^ st'ul, complice de
Lucrce, pou-
vait avoir fourni i^forza celte noonlnre. Il s'en corn vainquil au ;^ ' ' ' V
favoris sa fuite. Qu'nllait-il donc advenir? Deux factions rivales T che/ les 1" D'une
part, AI ..... , ji l'jiitre. T > Franois; les > 'iK-es en eussent -li' dsastreuses, t.cs.ir
n'oubliait qu'un point,c'est que lui siMil ju^'eait ainsi la situation. Il jiiirea la situation
ili'S4*^()**ri'*e et dcida qu'il fallait, pour tout sauver, se ri'soudre k un sacrifice.
Csar tait dcid l*accoDipitr ; mais la confidence ;ue lui arait faite Julie Farnse
le onvainquait qu'il V avait urpenoe.
L'heure avanait. Il scGt prter un cheval el g"alopa vers San-Sisto sans s'tre excus,
ni M.'-nii. iv.wr fourni un prtexte de son dpart.
Mais peine tait-il parti que Csar s'inquitait de savoir o - --^ gti^ le duc de
Candie.
fut . .'uvives
G4 LA ROME DM BORQU
Il piHit, mal assur, les genoux flolUnls, ds qu'il cul aperu Mirlirlcllot on ne
reconnu! i ' , lui le Csar qu'il avail rvl de longues heur ml, ce soir,
mais une lo<|ue : il bgayait, buvait et rebuvait ; on dut remporter dans un tel lal
d'ivresse qu'il tait devenu un objet de dgot^ nauseux, cceurant.
Le lendemain, Rome apprenait avec stupfaction qu'on tait sans nouvelles du duc de
Handie, puis, coup sur coup, ({u'on craignait (|u'il n'et t assassin, et enfin qu'il
avait t s'orr, puis jet au Tibre.
attenter aux Uorgia ? Mais cette slnj^eur fut . suivie d'une autre, indigne : l'assassin
ne pouvait tre que...
Personne n'osa prononcer le nom qui tremMail sur toutes les lvres.
Ds qu'elle apprit la nouvelle, Julie I-arnse lit seller son cheval, et, la t<^le d'une
bonn' ^s if, gagna le couvent de San-Sislo.
L'entrevue qu'elle eut avec Lucrce fut mouvante. '\ 1 Julie .1 ''- (lit les ' i
s'arrachait les cheveux de 4...^, ^,..jr et voulait mirer jamais au couvent, Lucrce la
consola.
d'avoir renseign Csar sur les relations de Franois t'I de Lucrce, et d'avoir ainsi
attis la haine du \"alonlinois. Juli' mt'nai.'-eait peu les pithles qu'elle 'Iccocliait
Csar, niais la situation n'en tait pas Modifie pour cela : rien ne pouvait redonner la
vie au cadavre tumfi que les bateliers avaient retir du Tibre.
Lucrce ne parlait de rien moins que d'aller se jeter sur le cadavre de son frre et de
crier l, devant tous, l'cceurenient qu'elle avait des siens; Lucrce s'exaltait, se
lamentait, tandis que Julie, affole, sanglotait, perdue, agenouille sur les dalles
froides. Le vestibule qui menait au parloir o Lucrce avait reu ' ' remplissait de
j)as menus qui glissaient sur
Dans les couloirs, troupeau effar, les rel'-''""''"'^ aTaicnt fui. Les injurt^s que
Lucrce jetait ac taient d'une violence rvoltante et Tod savait tuen ce '! " il les
cv " ' ' " ia.
(les crimes qu'ils avouent, mais le cauchemar vanoui, ils redoutent la tratiison de
ceux-l qui ont entendu et qui '""Mil |tnr|pr... I.e poison, i -, i'^'it.
On avait cout Lucrce tant <iu'on avait cru des ' ' " \ sitt . "
, ;ius, toul
avaient fui, redoutant ses confidences comme un dit de morl. De mme, le pape
voulut un jour .se ronfes--" ' viinl le Sacr Collgrc : en vain \en cardinaux il-ils
de fuir. Ils .savaient le dangrcr qu'ils cou> raient dtenir les secrets des crimes
d'Alexandre. Ils s;n.ilf lit que, sitt t' ' ' ' oudrait
joUl au pape devant tous, rclamer pour elle ; Il (<- llorg^ia, ce poison m ' i-
Et se jetant sur la dag-ue de C^sar, elle d(j:aina et tenta de se tuer; mais (ls;ir s'tait
saisi d'elle. Il lui
parla fi- iit et, fi- ' "'Mit, Lucrr<e, dans une
glante et convulse.
J'ai |H*ur qu'rlk' ik* dt-vieiaie folle, dit ^rrave-raenl Cs;ir. Hier, Jean Sforza ;
aujourd'iiui, Franois: cela fait pour elle deux tres disparus qu'elle aimait par-dessus
tout.
. seule avec Julie cl Csar, elle prouva une telle horreur du voisinage de soo r . t. !*
dressa contre le grand lit
de ia maison. Lui mort, il ne nous restera qu' fuir. IVul-lre mme nos ennemis ne
nous le permettront-ils pas!
C('*sar disait \U des choses vraisemblables et, sans s*en douter, prdisait lucidement
l'avenir. Il russit branlor Lucrce. Il continua :
Tu mens!
Mieux, confiijua Csar; au moment mme o Sforza devait choisir entre nous et
Ludovic, il nous fait serment de fidlit d'attachement et, voyant que nous le croyons,
il crit Ludovic une lettre prudente dans laquelle il lui oflfre son dvouement.
Tu mens ! le dis-je.
Je te dfends.
^Bfi mis.
Oliii dont la personne et les troupes seront tou- jours au service de Votre
Excellence.
son mai
Lucr(XM'lail l lie
Cette lettre prouvait combien srorza tenait, en effet, M ' " " I), o il rvait
' elle le projet que le pape nourrissait Mtnl de supprimer tous les petits tyrans et
.MM.-, (les Klals de l'Kfrlise, rr ' - fief de IVsaro entran dans la .
Mr i-l-il.
Je ! j ,'qu'une chose,
'v comme tu prtends avoir aim ton frre. J'aime ..i"ii mari, (Jsar, tu entent'" ' ' *
'^' Mii l'ai aid il fuir, lorsque tu es venu . :>re... C'est
moi qui ai fait prendre dans les curies de Franois son mei' '",-- ' ' " , w-
Oui, c'est moi qui ai fuil tout cela par amour. Eh bien ! aujourd'hui, je te demande une
chose, et celle-l je la veux, tu entends : laisse-moi rejoindre mon mari, (jue le pape
m'y aulorisc. Julie et ma mre m'y accompagneront. Veille, Csar ce qu'il puisse en
tre ainsi, sinon, prie pour lu dynastie des Uor;^ia.
Lucrce n'ajouta pas un mot. Avec une dig^nit de reine ofTenst'e, elle tourna le dos
son frre, entranant Julie, et quitta In ' ' rc.
Mais on se iranla d -> de boire de l'eau du
puits, on se dfia des provisions, une surveillance niiiuitieusc fut exerce. Partout on
redoutait que le poison des Boraria n appart soudain. On tenait prts des
contrepoisons nergiques. Une mule tait l'curie, destine au sacrifice. La rumeur
voulait, en effet, qu'un duc de Ferrare et t sauv du poison en faisant ouvrir le
ventre une nmie et en se plongeant nu dans la chair chaude encore agite de
soubresauts.
Et que l'on n'aille point imaginer que ces prcautions taient prises en cachette ! Tout
le domestique
fournisseurs.
i-
Ti av
Ouoi qu^on en ait dit cl comme nous Pavons vu, l.iicrvri' ;v.iit pour Sforza plus (pio
o l'afTcctioii : elle ri's.^ciitait pour lui un profond attachement, et si plus tard on
n'avait ourdi contre leur bonheur et leur foyer des calomnies habiles, jamais Lucrce
n'aurait prouvr pour (iianinno Sforza la moindre haine. Lucrci' avait rormu le
bonheur dans ce palais de nta-Maria in Portici que le cardinal Hatti.sto Zeno avait fait
btir ' '. On pm urs W voir situ
s Liens.
' !->iiui, que le j)ape A' " < ayail ' son
Ia>s nombreux parents, les amis, les obligs^ les , en un mot les clients des Borgia lui
consli-i une cour.
I^ pa|)4' s'tait spar de la Vaiinozza, qu*il avait ment carte du Vuticiin et relgue
dans
son tre n'avait pu la prs(*rver, Vannozza, tort ou f)aru n'avoir plus totite "-'n.
raison ii i:rner.
1 lue.
Le pape accorda au mari de Vannozza une com-
grande favorite, ce serait nous n^ndrc complice d'unn l'-ende que nous ne rap|)elons
que pour mmoire. Il tait admis Home que Lucrce tait honore, par Alexandre
VI, son pre, des faveui*s les plus intimes. La prsence assidue de Lucrce au
Vatican et. In familinrit osrr que le pape lui tmoi-L'iuiit dniiiiMi'iil ,t (.'lit' itiui' il!*,
sinon du fondement, du moins quelque vraisemblance. Mais, cette ''[.)qiM', !r<
'lents n'taient pas aussi avancs.
II". '. : : ..: I vint un jour o Lucrce se rvolta. Cette rvolte, le l'avait
mat' is et en
" "''jiant un ..'..,. ,., ,:. ,......,, *..^ar tait
Il y avait Rome, cette poque, ce que nous appellerions anjourd'hui di's salons
littraires.
brillant.
En Italie, peu pn;s abandonnes par leurs maris, les femmes se runissaient,
dissertaient sur la littrature, la philosophie elles arts. Beaucoup d'entre elles, qui se
sont illustres Home, cultivaient les lettres. On les voit exceller faire des canzone,
des sonnets, des improvisations, des piirrammes ; quelques-unes de ces po'tesses ne
ddai^'naient point la satire qui, interdite, arrivait s'exprimer par le ministre de
Marforio et de Pasquin, les statues railleuses.
Sache, disiiit le mari de \ ; -:i h un messirr d'An'nzo, sache que les ribi' sont
mises
^Tatter la harpe, bavarder du prochain et a chanter 1.1 trani! ! mieux ''US. Malheur
On invente pour une belle personne que son esprit autant que sa beaut avait rendue
clbre dans Rome le mol poli de cortesana. Son pilaphe, qu'on lisait encore au
xvui* sicle, dans Tlise Sainl-Gra^oire, sur le mont Clius, tait ainsi conue :
Iniperia rortesana romann, (ju digna tanfo nomine...
C'est la iH'lle Impria, l'Aspasie du sicle de Lon X, qui ne faisait pas seulement
mtier d'tre belle, mais tait aussi une rudite autorise, une musicienne accomplie.
IJandello, qui nous dcrit le luxe parmi quoi elle vivait, nous parle de son luth, de ses
cahiers de musique, de sa bibliothque. Le tiiMt (le pfitlana tait trop laid pour une
personne aussi dlicaU et la courtoisie mme (pfelle inspirait tous fit natre ce nom
de courtisane, galant et lint(]iie la fois. On composai! des dialogues plate m iciens
sur V infini du pur amour. Ce sicle avait dj ses prcieuses qui plrarquisaient,
prtendant rformer le langaire, voulant qu'on dt halcone et non flnr-sira, porta et
non usrio, etc. I^s Climnes du 1' iiips savaient par cur tout Plrarcjue cl tout Hoc-
cac et d'infinis beaux vei*is de Virgile, d'Iiorace, d'Ovide et de mille autres auteurs.
I.orsrpie ces belles personnes aux noms singuliers et charmants sortaient dans Rome,
ce n'tait Jamais sans un cortge de grands seigneurs, de marquis, de
[ Les crivains reconnaissent aux femmes le pouvoir " -ont sur l*s hommes et
leur s<' il l'am-
L.:. .. le les gouverner. Antoine Calali ^ .. ..ant la jeune ik>nna Sforza lui dit qu'elle
est ne pour I
riiic Sforza^ la fameuse hrone de Forli, est appele par Marinu Sanudo rirar/o cr
'ma ^ di gran
t tre
par un coup d'|K'e. Parmi les Tiragos les plus clbres nous avons cit Cilliorine
Sfor/a, (|ui <" ' 'nt sa rille
^ , , . . , , , j 1 rt'
fascines.
On avait appris Lucrce, pendant son enfance, sourire des prtentions de ces
coquettes littraires et ne voir dans leurs srols littraires et artistiques qu'une
affectation et les accessoires d'une profession (ilirale. Elle avait vcu dans une
atmosphre beaucoup trop simple, beaucoup trop familiale pour pouvoir envier ce
prestige convoit par tant d'autres. El d'autre part le sens trs pre des ncessits de
l'exis-irnce l'loiirnait des |)arades inutiles. Mais, utilitaire, rlli^ ju^ea qu'il tiiit
indispensable de paratre prise d'ides gnreuses et se rallia insensiblement aux en
ouvrant dans le palais de Saiita-Maria in
vers, des extraites choisis d*uvrcs remarquables et aussi des piirranimes, des
satires, des s<->nnets. Comme les courtisanes taient au premier rang |)armi les <
nobles dames romaines, Lucrce ne les carta point, et elles lui en surent gr. Elles
commen-' ^ amis n ' ' <c, l'esprit et la 1' la Van
I Cette rputation s'tendit assez Tite, encourage |)ar tous les amis des Horgia et tous
les courtisans. C'est (jui vanterait la grjice, l'lgance et l'rudition charmante de la
fille du pa|K' AUrxandre VI. Qucl(|ues nobles dames romaines s'empressrent
formes lascives voquer Sodome, tandis que plusieurs, parmi ces belles Romaines,
faisaient en sorte qu'on n'ou!-'- * ; 'int fomorrbe.
mieux le d^^ot qu'en avaient les siens. Franois lui en avait toujours parl avec un
mp ' 'riant. Il
commenait h s>n convaincre. Parfois, ces runions termines, elle jugeait avec
svrit ceux et celles qui lui faisaient i ir .,..>, .... . ,.. i....j_
ner leup p!
8i
vs ou les sc^'lrals. Elles ne portaient pas de fard seulement sur leurs fig-ures
maquilles, celles qui venaient chez elle pour y faire des grces : tout en elles tait
fard, et "n "' m. tiv.iij MirvtM :\ .Mjr dcouvrir une me.
Comme elles entraient dans la grande salle o se tenait la runion, elles apercevaient
un groupe entourant un jeune liomnie. Des paravents prol/'eaient relui-ci contre les
rei^^ards des curieuses, mais ils le prottreaient mal, dessein, pour mieu.x
provoquer l.i v.^ visiletises. Toutes se penchaient et
patienta rougir ses lvres, ses gencives, pour rendre plus sduisant son sourire, ses
oreilles... il lissa ses cils, les r/'gularisant, dessinant une lismc nette au crayon et
arrachant minutieusement ave*-une pince piler les poils (]ui dpassaient la ligne
dessini'e.
Il dnudait son buste et lui accordait galement tous ses soins, puis mlangeait,
savamment, les doses trs exactement mesures de civette, d'amhre, de musc et
d'huile d'orange, dont il enduisait son corps et ses membres. Il baisait alors ses bras
blancs et poncs avec des yeux mi-pms de la tentation de prolonger le baiser.
joli, aussi fard. Lucrce arriva. On descendit dans le jardin, sur la fMnlouse,
qu'clairait la lueur vacillante d(;s lampes.
Des tapis taient tendus, qui devaient prserver du contact frais de l'herbe et du sol.
Aux places o les conduisaient de jeunes pages ^ ' " les
1er, sauf aux moments o l'on suspi-ndait la lecture. A genoux, prs de chacune
d'elles, se tenait un joli page aux cheveux boucls, aux longs cils et aux lvres trop
rouges. Il portait un plateau d'argent
charff de morceaux de tourte, de massepains de Sienne, de rafracliisscnients divers
et de confitures sches ou liquides. Lorsque chacune eut pris place, ayant son pag-e
auprs d'elle, un jeune pote vint demander la permission d'teindre toutes les
lumires et comme le ciel fleuri d'toiles laissait tomber sur la charmante C(>mi)a
rnie une vague clart, des toiles glissrent sur leurs ttes, le long de lattis mnags
pour cela, et l'obscurit devint complte.
Dans la nuit, toutes songeaient encore au jeune page sourd qui se fardait. Le mme
parfum qui le parfumait montait vers elles. Il montait des vtements et de la chair du
jeune page, qui attendait qu'on lui demandt des confitures, des massepains, des
rafrachissements.
Le mme poU? annona dans le noir que ces nobles dames allaient pouvoir
apprcier des littrateurs et potes inconnus, gnies de demain... Il parla d'une voix
chaude, harmonieuse, disant sur l'Art et la lieaut des choses trs belles, mais un peu
ennuyeuses : il associa les frles mes humaines qu'nilail bercer le rythme des vers
la ^rande me du bleu firmament. Mais comme plus d'une ne songeait gure Tnie
du firmament, plus d'une demanda au page, son joli voisin aux parfums et aux gestes
froleurs, des confitures, et comme il fallait parler bas, elle devait chercher la tte du
page de ses mains incertaines, pour lui parler l'oreille, et lui p.irler de trs prs, de si
prs que des lvres s'eflli'iirrent, des mains s'g;Mi'T'ni nu\ i rher-chaient et se
fuyaient.
La l)elle et gaillarde brigade se souciait peu d*en-tendro les pote wr leurs vers.
Cependant, 1< s les potes dclamrent des vers d'amour. 1 {s les pages et leurs
voisines cotrent la voix d'Amour qui conseille. Bientt les voix se turent. Lucrce
av.i'' * ' 'n intermde : on allait jouer une luytho-log-iques, que venaient rompre
et |rayer des querelles (! iras ;irieux ou grotesques. " ' de
pon
Ixs pag-es avaient repris leur attitude respectueus*, mais le pagre comme la dame
avaient la fgtire macule de rouare. I><Mirs lvres a\ " ' sur leurs
ouvertts pour des morsures, d'autres avaient traix-leur ivrrssft le long de la chair.
Lucrce, son miroir
quivcx^ue, frlail maintenant les spectatrices, silen cioiisi^s, a'' ' ' ' '!(.(>(
fosoir-laui .. L- --. - - , .
Il tait tard lorsque la fte prit fin. Le sommeil hienheureux et Plianlase, son fils,
fermaient parfois leurs paupires lasses. Elles baisrent leurs pagi's en sif^ne d'adieu
et Lucrce en sitrnc de remercienieiil.
La premire fle de Lucrce tait russie, et toutes les matrones avaient agrablement
et dlibrment o|)'' ' ... 'ose de leur mari
Mialrlli.
clu'z Lucrc<^ luaquercllc, fille de la maqiierdle Van-uo/.za! Eli bien, 'lies y sont
venues loul de m<^me : M'islfinenl celle qui n'lail nuKjueroUe que dans voire
imagination Ta H ce soir comme jamais maqucrellc ne l'a t, et vous toutes,
courtisanes et ! -
par donna Lucrczia; vous le serez encx)re plus fois, jusqu' ce que ces beaux jeunes
gens n'aient plus rien vous donner sans vous avoir jamais rien refus, mme le mal
Franais (]ui eorrompl leur sang, sme sur leurs corps des plaques lpreuses et creuse
dans leurs bouches des ulcres fconds. Vous les avez aspirs dans la nuit ces ulcres,
belles dames frntiques, vos maris les aspireront un jour, soyez-en sres. Quant
vous, l)clle Alessandra, matresse de don Pi^'natelli, mon dtracteur, vous ne pourrez
jamais dire si c'est vous qui aurez donn le mal votre amant ou si c'est votre amant
qui vous l'aura donn, Ciir le jeune pare qui f r
puissent apporter aucun soin leur tat. Ix>rs<]ue ce> fleurs vnneuses sont
arrives un tat de maturit v.iirnv;int, elles sont pares et olFerles, animes, volnj-
t's et tentanlps, mines du mal qui ne pardonne
[KIS.
Voil de quels souhails tendres Lucrce accompa-g-nait, ce soir, ses htes qu'elle
regardait s'loiner, heureux de leur soire voluptueuse et ig^norants du poison
qu'avait vers en eux la volupt.
Lucrce tait furieuse d'tre considre comme une petite fille, alors qu'on n'hsitait
pas souiller sa rputation comme on et fait de celle de la dernire des courtisanes.
Ce soir elle crispait ses jolis poinjrs, qui n'avaient encore meurtri personne. Elle
pensait que, dcidment, f)Ourtre prise en considration il fallait qu'elle se signalt
l'attention par (luelque forfait ou quelque trait d'audace. N'tait-ce pas ainsi que Csar
en tait arriv tre familier avec les cardinaux les plus orgueilleux? On ne lui
ouvrait pas les portes : il les avait brises. Elle se persuadait que tout la d-siL^nait au
mpris : son origine, son attachement aux
Elle croyait l'avoir prouv ce suir. Lue allait io prouver plus d'une fois.
Elle ne projetait pas ses excs par got, comme t tant d'autres, mais par fiert, par
ambition .nv jiuissante malgr ;
Les
L'
r.-. de
Lucrce ne s'clait pas conlentt'e de reprocher Csar sa conduite, ni de lui faire pari
des rumeurs qui couraient Home au sujet de l'assassinat de ' Is. EU.- aail ail' ' ' ' ' " '
1^ lui aussi s<"s crimes. Elle avait parl son i)rc avec une violence Icllc que
celui-ci lait tonil> en ^ : niais
Lucrce n'en avait pas l'i intimide; ... naissait ces altitudes d'Alexandre, qui en
jouait t/uit propos et hors de tout propos.
T
iju'i
JKMI Ut
Il sV
presque son r, disait-on, et on l'accusait d'tre le plus fanit'iix " < nie du temf)s.
Au maiti'c dt.. ^...:iionies qui tait accouru pour porter s<'cours Alexandre, Lucrce
sig-niKa de ne
Va " ' ' ronforlaMoinriil sur le siK'*^ qu'occupait >i !il Alfxjindre, ivst)lur, nuus
pati*ntc.
Je crois que le Ciel m'a puni, djj-il, et que je n'ai mis au monde (pie des ser|>ents
el des vip^res.
Elle rpliqua :
des serpenls au lieu du taureau dont tu es si fier. Ils l'eussent mieux servi. Elle
ric;na...
Un taureau!... Mais tout le monde met sur la hte la tc^le du pape Alexandre VI, et
les Orsini vont partout rptant le mof de Kicciardo.
Alexandre se r/'sl^nait.
Dis-moi tout ce rpie tu voudras. Mais, par piti, ne me repousse pas, Lucrezia. J'ai
des torts, mais ne suis-je pas ton p^^e? J'ai tout perdu. Fi inorl, il ne me restait plus
(pie toi; que nemci. .... ;u?
Et Csar, jronfalonicr du pape son pre, qui lui confre ce titre pour le remercier
d'avoir assassin son frre.
Malheureuse!
Ose dire (pie tout Rome ment en t'accusant de ne pas vouloir trouver le coupable!
pour Tien dans le crime, mais Je savais, moi, mais je sais. Continue fermer les
yeux! Les cardinaux rpteront partout qu'ils te gardent au Vatican par piti, comme
on garde prs du foyer le cliieu aveugle qui l'on donnera un Jour la boulette
lit)ratrice. Laisse dire aux autres que tu as peur de la V'annozza et de Csar, que tu
redoutes dans tes mets le poison que tu leur appris fabriquer. Crois-tu donc que
personne ne connaisse le repaire de Sainl-Pierre es Liens? Es-tu dj retomli en
enfance? J'ai visit l'antre avec Gianinno. J'ai vu les tourtires, leurs poisons, le
[)trin, la poudre et les petits sacs.
Frappe donc!
Lucrce tendit son beau visage ple, fier et radieux de mpris, et le poing du vieillard
s'abattit comme un bouk'l sur la face de sa fille, cjui chancela comme une ivrognesse,
et lorsqu'elle sortit de cet tourdissement <*lle vil en face d'elle le vieillard grotant
et bondit sur lui, fline, furieuse, le reiiv'^ >' d-s.-v, in-un-: fermes lui martela la
Hgure.
Mais bientt le pa|)* se releva, la saisit aux [poignets, la maintint dans son emprise,
et, paralysant ses mouvements, se pencha sur elle. Elle ne s<' dbattait plus, et
maintenant il la calmait avec des mots clins et L'raves, lui baisant les yeux et la
chevelure. Il la respirait comme on respire l'arme d'une fleur violente. .\ la fin,
vaincue, elle s'aliandonnail, lorsque
la porte de la pice o ils se trouvaient et qui donnait sur le jardin secret s'ouvrit, Il
vaut passatrc quelqu'un d'atlair, dont la stupeur fut indicible lorsqu'il a|)er(;ut un
couple jL'isnnl terre et qu'il reconnut Alexandre VI et sa fille. Il ta son chapeau,
mais soudain la rflexion lui venant qu'il 'tait perdu si le pa|)e le souponnait d'avoir
vu, il recula brus(|uenient et se retira rejetant la porte sur lui. Et parles alles du jardin
un cardinal s'enfuit, effar.
Ni Lucnce, ni le pape, honteux de s'tre laiss surprendre dans C'Ctte situation
quivoque, n'avaient eu la prsence d'esprit de s; retourner pour voir qui entrait.
l^orsqu'ils entendirent la porte se refermer, il tait trop tnrd : le visiteur avait disi)ani,
eniporlant son secpi
Ils ne purent souttMiir leui"s regards. Lucrce semblait dire qu'elle tait pH^te
n'importe quoi pour obtenir \v pardon de mx folie i ' I v
disiiil claiff'ment par son retraru qu'il pardonnait, que tout tait oubli, et il i mal
d^uiser sa srne. Or il a<lvint ceci ; Lucrtve
il un' " de
Ainsi conue, leur complicit ne les effrayait plus. Ils se rjouissaient tous deux que
le Ciel ou l'Enfer ne leur 'de sanction plus svre.
11 y avait dans ce spectacle quelque chose d'irritant, (]ui fit se dtourner le pape de sa
fille. Il voqua
. . :.. __ ir.
Elle demandait d'une voix douce mais rsolue, elle exitreait que le pape la laissait
rejoindre Jean Sforza, son mari. Puis comme le pape s'cITrayait de renier ainsi sa
politique d'hier, puisque c'tait revenir aux amis d'hier qu'il avait rpudis, elle le
prvint que cela ne lui suffisait pas. 1" O^sar, disait-
soeur comme il avait tu son frre : elle exisreait donc, comme i^^arantie contre les
tentatives d qu'on
lui laissait emmener eu ota^e la complir* ... .. >ar, sa propre mre, la Vannozza. En
outre, pour mieux la dfendre contre la faiblesse du pape, prisonnier de r, (pii le
dominait et en jouait '' elle
- sa propre matresse, Julie Farncse, dont elle ferait sa dame de compairnie jus(]u'au
jour o la paix serait comj!''''* rt^*''* ^-'^ <^f..r/rj . w-, i.r..i.i-p ^/..nr;!.*. assure.
C'tait d'une belle audace. .Mexandre Vi avait p.n-faitement compris. I^ simplicit.' * '
Tout ce
jugement.
Que dire de celte famille, ^a rainille?... L-i lille ^ l" r. lulant contre le crime
p<i,sjlle de M>n pre < indant en oLa^e la matresse de son pre. La somm
ALkXANUkk VI bUKUlA l)'apr an Portrait du Titipn
se protsreant contre les tentatives de son frre, en emmenant comme otare la mre
de l'un et de l'autre, complice de ce dernier, avec qui elle aurait soin de partager la
nourriture iju'on lui destinait.
nme, reconnaissante, elle voulait l'embrasser. Ces concessions que le vieillard lui
faisait la touchaient, elle le reccjnnaissait bon jusqu' la faiblesse pour les siens
comme il l'tait pour ses vices, et elle vint lui donner un baiser de piti.
Il feii;:nit de ne pas voir le geste de Lucrce, il lui prit sim|)lenient les mains, qu'il
porta en tremblant ses lvres balbutiantes, et il les baisa tendrement, l<^s yeux clos,
tandis que filtraient travers ses pau-pit tes des larmes tiedes, rdemptrices.
Klle dsira l'embrasser, mais elle se contint : une vai'ue rpulsion se mla la y)iti
(pii la portait vers lui. Dans le sentiment qui la liait dsormais lui, elle reconnaissait
qu'il n'y avait plus rien de filial, mais une piti tristr.
CHAPITRE Vm
. Kirnri)
.in
( Il ois. LcUr<' du
la tlmonic iXMKiHcalc
Le i)ape donna l'ordre d'aller oliercher le pcheur liiacouio dans la prison de Torre di
Nona. 11 prescrivit qiir Tunnlr 'in-ttu'nie viendrait accompacrner W \y.\\v\u'\ . . i s..,,>
..,..,,,. escorte.
ail besoin l d'un homme sa dvotion, et Thi-loire veut (|m* <Jniialc ait combl
It ' Jamaisoi) ne vil pri.soiiniers mourir si iii^.mim.
pas, la i'L'onde veut (juc Canale ail rempli . . actions intrimaires la satisfaction
vidente du pape, ptiisipio celui-ci l'appolait, avec un sourire et une rcvoiujaissancc
due, la l'rovidencc du diable. La foule, plus siuipliste, voulait que Tonale ne fdl que la
Providence des Borsria, et les annalistes du temps recon-
Peul-lre a-t-on exagr quehjuo pou la p"' capitaine gelier prit aux divers crimes
boi. s :
Miclieletio, semble-t-il, devait suffire la besogne que lui distribuait librn' '"^.ir.
faits qui ensanglantrent la renomme des Borgia. On l'a nil au meurtre (bi cardinal
Orsini, du cardinal de Mmlne, du cardinal d*' Nf-^-'-.*! bi canlinal <''\''-gon, et
de tant d'autres.
tint" journe ou deux, Torrc di Nona, mouraient pies jours aprs. Simple
concidence, peut-lr< .
run de > u-
Du reste, ces mdecins, comme ces prlats, comme ces capitaines, ne furent ni pires
ni meilleurs tjue les autres hommes de leur temps. Ils vivaient et agissaient en
harmonie avec les murs de l'poque.
\j} pape donna donc des ordres pour que le capitaine gelier Canale lui ament sans
dlai le prisonnier de marque qu'il savait, et sous Tescorte stipule par crit.
L'ordre tait mystrieux : qui donc mritiiit ces gards? Ouel crime se prparait, ou
quel forfait avait t perptr qui exigeait ce dploiement de prcautions?
Jiilii* Fnrn^sc, qui deraft accompagner Ltiorfcce A IVsaro. Toiil le monde avait cru
la ' de
dt I, et l(.s II-
're.
cort^|(re sinrulicr. A deux reprises, Canaie, la lte de dix frcns d'armes, < |xjur i'r t
de suivre plus avant. m.ii.-> .: ' ' j.j-
ce fut un dsarroi indescriptible parmi le piaircment des c! nt les clameurs des blesss
et Icb jiieux.
Canale, codant une autre proccupation, celle qu*on lui son pr. les suiveurs
A ' . . -^ ^ ... -
1/lu,,...,,. - ....aissa sans un .... .-i^ sabre de Caualt lui avait Fendu le c<M droit du
visiige et sVlait enfoncr^ dans le cou. Les injures cessi-rent. On vii le Mdarre et le
sang'qui s'talait. On allait commeiice. la poursuite.
tonale Wt ruer son cheval, que les femmes emp" rlwiieil <y ' ' ,,
D'un vieux mur ruineux la foule tira des pierres u'ellc lana sur le ^Toupe de
soldats. Les chevaux,
et allant droit l'homme au masque, d'un coup de sahre il coupa les orteils du pied
droit du prisonnier, pour l'empcher de fuir, si d'aventure il en avait eu l'ide. Simple
prcaution ! L'homme s'tiit abattu, rugissant de douleur, et se tordait terre, ag-it^nt
frntiquement son pied bless, moisrnon sang^lant.
\je soulevant alors de ses bras robustes, Ganale le hissa sur son cheval, sauta sur sa
selle et les pieds nssi ' ' ' " ' ' ' ).
L I , lintenait
son prisonnier jet sur la selle, les bras ballants, vanoui, tandis que de son pied le
sang- coulait g^rosses STontles.
Canale expliifua la poursuite de la foule et assura .111 ji.ipf (|iril avait t obliir <^ -
r le pri
auraient eu le dessus.
On tendit le bless sur les dalles. Les mdecins " ' .,,.nl^ sP Ij^ plaie et l'y
demanda Alexandre.
(lue Sa Saintet me pardonne : Je n*ai pas dit tcMilo la vrrit^ sans doute, mais tout
ce que j'ai dit, du moins, n\'Mait que la vrit.
Parle, aujourd'hui. L'heure est venue >our toi, -^-moi, de dire toute la vrit et
non pas scule-
La nuit tombait. Des ombres rdaient le long du fleuve. FatijL'u, il s'tait couch de
bonne heure au pied d'un massif d'arbrisseaux dont il avait fait son gte. Comme
matelas, quelques feuilles de mas; comme oreiller, un trros morceau de pain qui
devait lui faire encore toute la semaine. Il dormait, lorsque des pens marchrent prs
de lui, si prs de lui, qu'ils foulrent aux pieds les feuilles sches de ma^
mant. Le batelier aussi les avait vus, mais, effray, feigrnit de dormir, par prudence,
de crainte que, sa prsence les gnant, ils ne l'envoyassi^'nt dans le fleuve une pierre
au cou comme les rens de leur s<rte faisaient si souvent.
Comme ils fai>iiM-iil m ximmi, rcjMMjot u'^rm
'*i qui guettaient si celui qu'ils venaient j lontait pas. Lue nuit ils ont jet au
Ils avaient tous peur... Surtout ils craisrnaient d'tre reconnus par lui... Celui qu'ils
appelaientMiche-letto avait mme dfendu de parler... Ils avaient dit cela avant de
m'avoir aperu et ne se mfiaient donc pas de moi. Lorsque l'un d'entre eux faillit me
marcher dessus, il tait trop lard pour qu'il pt se soucier de moi. J'tais plus mort que
vif, mais je voyais bien qu'eux aussi avaient peur, car un cheval portant un cavalier
venait d'arriver toute allure et sitt celui-ci descendu de cheval, tous s'taient
prcipits les nus terre, les antres dans les broussailles, et l'un d'ertre eux, qui
paraissait le chef et que je n'avais pas encore vu, leur donnait des ordres du haut de
l'arbre o il tait...
Puis tout se tut. Le silence dura c\iu\ minutes au moins, un nouveau cavalier arrivait,
mais son cheval dut flairer le danger sans doute, car son matre le rassura, lui parlant
et le rassurant par petites tapes sur l'encolure; mais il n'avait pas fini de parler que
j'entendis le bruit d'une chute suivi d'un juron, des hommes coururent, j'entendis des
froissements
<r'pt'_'s.
Je lui pi(jue encore une fois le c<Kur, mais a fait le cinquime coiip rpi'il rrroif
l...
Attendez '
L'Iiomnic qu s.'iail caclu- dans les l)ran(hcs descendit, se mla eux, donna des
ordres. Les soldats soulevrent le corps, qui leur glissait des mains telle-
ment il tait inond de sancr, et le portrent an bord (lu flouvc. L, ils lui fltt ' ii et le
' N'as-tu pas reconnu la roix de Thomme qui 'lait sur l'arbre?
Non.
J'allais donc me rendormir, .., ,,,- ''" tranquille et l'me m repos, lorsque je me r.
qu'un des soldats m'avait tu, qu'ils laienl c^pat>les de r me faire suivre le m^me
chemin qu'a
' mont l'homme tout l'heure. I ' > chevaux se rapprochaionL " Ils ar^iv^^ent. l>es V
" ^ u-rr
compris vite que estait moi qu'ils en voulaient. " Je I' ' fort que ;
Le matin ne se levait pas encore, mais la nuit palissait lorsque, de nouveau, des
cavaliers arri-
pardonne...
Tu es sr'?...
Il demanda .i' . " i u t-s int-ii >ur iju u esl njort, qu'il n'en n pas?... Je puis douter
de toi aprs le coup deSforza...
Miclulello lui jura qu'ils l'avaient tous rei^ard la lueur de la torche, qu'ils
l'avaient tous reconnu. Il voulut voir l'endroit exact o il avait t jet. Ils restrent un
quart d*heure, puis s'loig^nrenl...
Pourquoi as-tu fui ensuite? Pourquoi ne t'a-t-on plus retrouv, si lu n'avais rien te
reprocher?
ment tu.
La main gauche sur son pe, la droite sur son |MMtr!i:ird, le pape hsita. Il dit au
t>atelier
El le pape entra dans la pice voisine, o G!'sar, venant du jardin, entrait en mme
temps que lui.
Non.
Oui, je vois, C'sar, dans quel eLiil je le mets... Pourquoi chancelles-tu? Car, Dieu
garde le Seifu.iir Dieu! tu chancelles... Assieds-toi, tu es livide.
Je crois que demain l'assassin du duc de CJandie sera arrt, ses complices atissi...
Cela t'tonnerait-il, Csar?
(Arsar, que ferais-tu aux assa> whijum .'s si tu les tenais? Dis-le-moi, cela m'h
Fort.
seille^moi, Cs;n
Je ne sais pas ce que vous avez ce soir, mais votre sourire est loin de me plaire et
vos manires sont bien pr^s df ni'airacer. Voulez-vous parler cur ouvert? ou sinon
permettez-moi de me retirer, car mes moments sont compts. Et je ne comprends pas
vos allusions ni ce sourire qui veut tre ironique.
Des allusions? Crains-tu donc que je puisse faire des allusions quelque chose en
le blessant? Mais comment se fait-il que tu ne sois pas San Pielro ad Vincula,
auprs de ta mre ?
Est-il vrai que Lucrce doive rejoindre son mari? C'est une fable, n'est-ce pas?
Vous n'allez pas vous livrer ainsi la rise de Kome et de l'Italie tout entire ?
Lucrce partira pour Pesano, quand elle le voudra, sous la jrardc de soldats de
confiance envoys par Gianinno Sforza. Elle emmnera avec elle une suite assez
nombreuse et mes gens lui feront <
En outre, comme Cianinno Sforza peut i< quelque chose de ma part, je confie
Lucrce, en olag^e, .Iulie, oui, Julie Karnse, mon amie...
.jii. iic*><: . ti\....vi., xiC loi, aiDsi que ,.!. loc*, " confie aux boos soins runis de
Ginninno et de L (Tc6la mre...
.^ ! vous < !
Le pontife avait dvalu le poifrnard qu'il portait la ceinture cl d'un coup nerveux
Pavail Gch dans une
reconnalre.
Comprends de quoi je Taccuse, Csar, dil le : jeTaccuse d'avoir fait assassiner ton
frre, duc
uu Mundie, par ton sicaire Miciicletto, le soir mme de la (vie de San Pietro ad
Viucuia, et d'tre venu la iuit, aprs la fte, l'assurer avec Micbelctto que 1 raii<;ois
tait bien mort.
Est-ce tout?
Tu avais peur que les bateliers ne t'eussent tu, ussi as-tu voulu les faire assassiner.
Quelques-uns ni pri, mais d'autres vivent et qui t'ont vu et qui
(iiacomo ! I\t''()unds bur la ' die est la voix lue lu viens d'entendre avec la i: '
Celle du cavalier qui demandait au capitaine - ' '!o si le duc de Candie tait bien
mort. Je le ').... j.c. ma mre et par l'antiquit du fleuve, corps le moi et des pa{)es Lin
et Clin!
Je le jure par les sept Allgresses, parla mort i'Abel et celle d'lienne, le
protomartyr.
, icment, une main serrait sa g'org'e comme dans un tau ; le pape s'vanouit.
inglantc.
Laisse<moi te payer pour ta belle besogne. \ oila un ducal pour te n'campenser de la
nuit passe nous pier. Avale-le de peur que lu ne le perdes... et maintenant donne-
moi ta langue ; alluns, vite, je l'achte et je paye. Vite, te dishje, quelqu'un gravit
l'escalier, vite, charogne...
Alors, il se hta, prit au pape son poignard et se prcipitant sur le pcheur, il lui
arracha la langue, qu'il cloua au milieu de la grande table, l'endroit mme o le pape
avait, tout l'heure, enfonc lui-mme la lame.
Prenant alors le pape par la tuain, il le iraina sur les dalles travers deux grandes
salles. Parfois le corps choquait au passage quelque meuble ou les portes. Ils
arrivrent ainsi dans la bugiale , qui tait la pice o -' nissaienl les
cardinaux pour rire et plaisantci.
L, du pied, il tassa le corps contre le mur, disposa deux cl i ' ' ' ' I aux regards des
gens <|ui ti'a\ rn fut trwnqnilli*-mcnt.
E^^ssu! Le cardinal Mchiel rflchit haute voix, sonar : Tchons (juun ne juge
pas un jour notre igue aussi embarrassante que dut l'tre celle-l. Tous trois ne se
doutaient gure qu'un jour vien-Ir lit o quelqu'un apprcierait leur meurtre avec le
iiuine dtachement, la mme indillerence qu'ils apportaient apprcier le meurtre de
celui dont ils voyaient la langue cloue l.
Tous trois prirent ne muii >ioitnle donne par les l}or^''ia. Mais en apercevant le
cadavre du batelier, ils ne it point leur dception. Ils pensaient tous
' ' i r.
Il ne put contenir la crainte qui surgissait en lui et, sanglotant, s'arrachant les cheveux,
se disant perdu, i * :u'il allait se tuer, il e\pli<|ua aux car- linau.x . ts que ce ne
pouvait tre Alexandre
|ui avait tu le bachelier, et que seul (]uelqu'ufi qui pourait avoir intrt h faire
disparatre le batelier
vre.
Ln autre rle, pu
.Mais
; . !.>>;
ins de r <l, .n-H, parmi des larmes et des sanglota, il leur rvla Ir I ri:;: ' ' ' '-nr.
j .. ...... ...
solations, des mots affectueux, des paroles douces, mais ils se taisaient.
Alors il crut qu'ils se mfiaient de lui. Tour mieux leur prouver combien il tait
sincre, il se confia eux, il a\^oua ses crimes, il rvla les dessous des for-' '' " -ni
fait redouter. Il l^n '
. ;i ne le (juittait jamais, ; oreries, qui l'assistait dans ses dbauches avec Julie ' l' elle
l'avait assist dans toutes ses
i. ....,.v...., .i.v,; la Vannozza. Cette bote d'or contenait une hostie consacre. C'est
celle hostie, disait-il, ({ui le prservait du mal et l'assurait mme contre la ' Dieu. Il
leur avoua que si jamais il ire de criU' liosti.' pour (iuel(|ue prtexte que ce ft et
pour quelque dlai que ce ft, il
ite.
qu'il le faisait volontiers, qu'il se livrait eux qui evaient lui constituer une famille
maintenant qu'il avait plus, car il reniait Csar jamais, et t'ce, disait-il, tait perdue a
jamais pour lui. Il Tir faisait serment d'amiti fidle et dvoue. II les r sur lui et
de lui prodiguer
d*en tre priv; il pleurait, il sanglotait et tombait genoux, implorant leur pardon,
Toubli des offenses (ju'il avait pu leur faire, qu'il s'ofTrail \ rparer.
Lors<|u'il se releva, il chercha autour de lui. Aucun des cardinaux n'tait l. Avait-il
rv?N*taient-ce pas le cardinal de Monral, le cardinal Mchiel ? Seul, pourtant,
prs de lui demeurait Canale, le mari de Vannozza, son lidMe gelier
Il apprit alors par lui qu'il avait loiurteinps plcun-, long^rtemps parl, que d'autres
cardinaux taient arrivs, mais (|ue tous s'taient enfuis, ne voulant pas entendre sa
confession, et ne se cachant pak de dire entre eux que demain Alexandre regretterait
ses aveux et qu'il ne songerait plus alors qu' une chose : faire disparatre ceux qui les
avaient couts.
Alexandre se sentit bien seul dcidment. Il dut se convaincre qu'il n'tait de pacte
possible qu'avec les siens, (|ue tous les autres ne voyaient en lui qu'un ennemi et qu'ils
ne manciueraient pas de ' r
sa premire chute. Il fut donc contraint h i. -i< .die aux siens, persuad qu'il tait
que hors les siens, dsormais, il ne serait point pour lui de salut.
Quelques instants aprs, Canale partait avec ordre de lui ramener Csar.
Lorsque celui-ci revint, il jugea au premier coup d'il et aux premiers mots du pa|)e
(|uelle situation exacte lui tait faite. Il en dduisit que pour {{ue le pa|)e lui revint
avec cette humilit aprs ce qui s'tait pass, c'est qu'il ne pouvait se passer de lui,
c'est qu'il le reconnaissait son matre. Et Csar parla en matre.
' - r rpondit que si Alc.\;iiiuif ii\an jiarl de la Il-S le dbut de leur entretien, rien ne
serait
arriv.
naturel, qu'il avait li.. . .,..i(;ois et l'avait fait jeter au Tibre. Il ne l'avait pas tu par
jalousie comme on avait voulu le dire, mais par dvouement aux siens, par amour des
siens dont Franois s'cartait chaque jour davantage. Fran(;ois n'avait-il pas
publiquement dsavou l'empoisonnement de Gme, le sultan, dont il tait l'ami, et
qu'il rvait peulnHre de remettre un jour sur le trne aux lieu et plac>e de Bajazet,
l'insu d'.Mexandre? N'avait-il pas ravi, de concert avec ' . la lettre par laquelle Bajazet
demandait au
I^ pape .s'en tonna. Il ne connaissait pas cette lettre, que Csar lui remit, l'ayant
drobe Franois.
L . l:
k Le sultan Ikijazet Cham, fls de..., etc., au trs I excellent p<'Te vi srirneur de
tous les chrtiens, le It pape Alexandre sixime, par la grce de Dieu tr.s dign'
Souverain Pontife. Aprs avoir rendu Voire I
a . , ;, ni el nous a donne u ^
< s.i; .......,n que vous fissiez mourir lv..i .. ..le, mon
'< fr^re, qui e^jt sujet la mort et retenu entre les '< mains de Votre Grandeur (en
quoi vous lui procu-., ro- , i" -- '
" irrand ii, faire mourir Gme, le tirer il< s ^ misres de ce monde cl donner une
autre vie plus .. hrr- '-.' ' - " : ' .M. . :--
son corps eu quelque lieu que ce soit au del de " notre nier, nous, sultan
sans aucune dissimulation, et nous ferons mme encore tout ce qui nous sera
possible pour vous obli^r et vous plaire. Nous engageons outre cela ' notre parole
\'otre Puissance pour sa plus grande salisfaclion qu'aucun des chrtiens, de quelque
George, votre nonce, par le vrai Dieu que nous - et sur vos r
us manquer ia moindre chose, ni (roii , en quoi que ce soit; mais afin de rendre
encore
sorte de scrupule, moi, susdit sultan Bajazet ('liam, le vrai Dieu qui a cn''! h* ciel
et la i-
demande ci-dessus, je m'engage par ledit jurement 0 de garder toutes les choses qui
sont marquises ci- devant sans rien omellre, ni contrevenir en (juoi que ce soit
Votre Grandeur. Donn Constanti-'ie, dans la cour de notre Autorit sultanique, le
. ^ vie septembre, I'.tm -" in iv^< ">'.. ," ,.''vii i,. Prophte iA9.'i. >
Tandis qu'Alexandre mditait sur c^tte lettre, Csar continuait :
Franois tait le meilleur ami de Gme. As-tu oubli les cavalcades qu'ils faisaient
de compagnie et les dt'baurlies qu'ils menaient tous deux '
nous sacrifit S4^s amis. Oublies-tu (pielle amiti il avait pour Cianinno Sforza? Ne
sais-tu pas que c'est par Fr, que Lucrce et Sforza ont t p- - is
cheval de Franois que Sforza doit d*trc en vie aujourd'hui? J'avais empoisonn
toutes ses bt*s |>our le cas o l'attentat ne russirait pas, dans le but iW lui couper
toute retraite, toute fuite possible, l'.l lorsque nous l'avons poursuivi, Micheletlo et
moi, nos chevaux ont t crevs de fati :~ ' ? ' Or il n'y avait Rome (jue les c*
ceux de Franois qui pussent battre les miens. Puisque j'avais dtruit C47ux de
Sforza, restaient ceux (1-Franois. Le pape hsitait croire...
.Mon pauvre Franois bien-aim ! Alexandre :' ' t sur la mort de son f ' *" "
"^
le moins dvou sa famille tait ton prfr, malg^n* ses vices, sa frivolit, sa
paresse? Oui, parce qu'il tait beau, parce qu'il tait ton vivant portrait, il n'y avait que
lui qui existt. Je n'avais de toi que les gards que sollicitait ma mre de ta piti. Et
en' "'' piti n'allait-cllo pas sans prudenc-e, car tu ' ,, is sans cesse ma rvolte. 1^
craindre n'tait-ce pas la prvoir? Tu l'as prvue. Pourquoi m'en veux-tu d'avoir
excut un projet que tu concevais toi-mme? L'heure est venue. Elle ne t'a frapp
que parce qu'elle est venue un peu plus tt que tu ne pensais. Je regrette sincrement,
sur mon me, d'avoir tu Franois. El pourtant je sens que, la premire rvolte
laquelle lu m'aurais pouss, un jour ou l'autre, demain ou dans un an, j'aurais agi de
mme. N'en rejette donc pas la faute sur moi seul. El s'il y a plusieurs coupables,
sache assurer ta part de responsabilit. J'ai assez parl. Veux-tu que nous fassions la
paix ? Pleure-le pendant quelques jours ; aprs quoi, tu comprendras qu'il ne te reste
plus que moi sur celle terre, comme il ne me reste plus que loi. Dis-toi que si tu
meurs, tous se jetteront sur moi comme chiens la cure et me '' -ni proprement;
mais, si je meurs, tu perds l .,.> droit... Ou
jure par moi et les cornes du Diable : le Diable, c'est loi; le Taureau, c'est moi. Mfie-
loi que quelqu'un, un jour,
peu tard... Laisse partir Lucrce et Julie et ma nre, | tu l'as promis. Mais songe
autre
la confession sont trop pauvres?... Que dis-tu de ce (list<]uc qiio ' it le cardinal
Asciano:
Tu ne d<^truiras jamais i*opinion que les Humains ont de loi. Ils veulent que lu aies
vendu les clefs, les autels et le Ciirisl, et que tu aies pu le faire avec droit, puisque tu
les avais d'alxird achets. ProQtes-
(imc, de , .. 1; r-
rerons et, l)ien embaum, enfarin d*arscnic, nous enverrons Ikijazet un cadavre de
trois cent raille
, , , ax besoins s.Mick
des leurs, s'ingniaient mme les prvoir A peine Cc^ar tait-il parti que le pape
faisait
insparlt :!
il'
explosion soudaine d'u -. Canale exprima I
iicment, c'est qu*H n'tait donc pas encore con-' ' ison. \ a avec un bon
.sourire p.ilerne et
Canaie sortit; le pape rnchil que celui-l lait doublemenl dangereux qui tait un
imbcile. Le sort t ' fut ainsi dcid et il mourut bientt
t2
^.^^^^-^m:
TC&^-iC:
La fn
CHAPITRE IX
Comme on avait fait courir le bniil <pu' Julie lar-ncsc avait l sduite par un amant
et (|ue le pape les avait surpris en situation d;licate, les Farnse taient alls
demander confirmation de cette rumeur au Saint-Pre, en lui promettant que si telle
tait la vrit, ils savaient ce qti'il leur restait faire.
tout : le mnage peu de chose. CTest aux frres ou aux parents de lYpouse que le mari
amfic le soin de
punir " ' '' " n'elle lui a fait. l*n jour,
ouvre un coffre et leur montre Tamant qui attend l chaque soir son dpart pour
rejoindre la femme adul-t^le. Il dit siiTf ' ' " ' :
ne saurais plus garder en mon logis la femme <|ui m'a tralii, em voudrez. J .
Les parents de la jeune femme remmenrent et, sans autre forme de proc>s, la
turent. Chacun dit :
matr<
homiu. ., >... . . wdt des faroiis d'esclaves. .., au lit comme dans leurs appartcnienls,
comi:. rue. Leurs maris les mprisent et n'ont d'gards qit pour les ' ^ pression vul-
gaire, 1-
Les hommes sont donc cnralement haTs fiar leui fc/iimes, ' leurs mail. >. ..
.Si nous fil les de V*
sanes :
naces qu'ils taient ns deviennent des illustres et des s, des r 's et des
rvrendissimes,
i'r, .1 -liii.M. sont si ..ii.ii.r. qu'ils ne rougissent pas de voler aux courtisanes, dans
leurs chambres, des livi|2s, des miroirs, des peignes, des serviettes, des
porte sur son dos tout ce qu'elle possde. Elle se plaint que les honmies, aprs avoir
abm ces femmes l'escalier et la mar^'elle de leur puits et de leur citerne , les
prirent d'un diamant faux et d'une haioe en laiton. I( r ' iiiies i iriujfiit sur
t^'ens de sa maison venir Timiter. Ce fut ce que 1*00 appelait un trente et un.
taisies, ils la violentrent. Puis on amena les chiens, cl les domestiques rassasis
s'efTorcrenl d'assouvir les btcs.
La matresse du cardinal Ascanio avait dit de Lucrce qu'elle n'tait qu'une chienne.
Csar voulut qu'on pt se vanter de l'tre tout autant. Elle succomba du reste ses
blessures, (]u'ign()ra le cardinal Asciinio et tjue rvla longrtemps aprs un serviteur
ivre de .Sau-Pietro ad Vincula, qui fut empal pour prix de sa rvlation.
D'autre part, il avait fait proposer au jeune homme une somme d'arg^enl assez forte
pour tre l'amant d'une nuit d'une jeune femme marie un vieux baron, laquelle
voulait un enfant.
Le jeune homme crut la fable ju'on lui conta et accej)la. On lui mit un masque
aveug-le sur le visasse, parce qu'il ne devait pas regarder le visage de la dame en
question. Et il arriva ainsi en mme temps que son amante San-I*ietro ad Vincula.
IJc son ct, Csar avait dit sa matresse qu'il voulait savoir si sa strilit ne
provenait pas de la violence de leur amour et lui demanda de se prter devant lui un
jeu galant avec un jeune homme qu'il choisirait. Mais elle devait porter un masque
avr---' rendant la tentative de fcondation. Un m-(Ici mI tre l, afin que la russite
ft certaine.
Le moment venu, les deux amants, bien parfums, se retrouvrent dans les bras l'un
de l'autre.
'tus l'un sur l'autre, la prostitue et son t^^alant . ..l unis tout jamais.
Tout Rome coinuil l'Iii.sloire. Csar fit fai amants de belles funrailles. Mais arriv au
cimetire, le cortge des filles el de qui acc<)mpagnait le cercueil vit ' w>u-
reux avec une fourche fumier, pour le jeter dans une fosse pleine de purin,
dVntrailles el d'ordures i-*"-: ' ' en dc( > " '-'ion, poissons pourris, - par la N .La
puanteur, le s|)ec-
Une autre matresse de Csar, qui l'avait trahi ou qui n'avait peut-tre pas voulu se
plier au caprice de son seigneur, s'rnfuil '
Naples, o elle se croyait, elle el sa suite, plus en sret qu' Home; mais en rotit eurs
la
-*ont qu'ils taient suivis. I..1. - tver
gardant bien de rvler la qualit et le nom du poursuivant. Elle dil simf)^ ' lu
couvant r[uv df's bandits de gmii la drpiMiil-
i -M lui ^ ^ _ _ :i quel
tait le poursuivant, ]a terreur les prit, ils se virent perdus ' icrent la rsistance. Ils
savaient la
lk>rgia.
Ils ditirent un immense bcher avec leurs livres, !- ' ' ' " iirent sur le bcher de
^ brlures dvoraient.
il feignit de croire, les voir ainsi s'embrasser, jn'H h des treintes i'
Puis, tandis que les soldats chantaient et riaient, ils iiip.il r. :i! ! moines demi
morts et rl.
Ouaiil a cvAc qui lui avait menti, il iu i.i jt^iui dans un {^'land trou rreus/* dans le
sol. Dans cette fosse, il jeta galement cent serpents de toutes
. -, -, se
levaient, s'emmlaient, furieux, une torche tom-b;iit [);i; tant le dsarroi et la furie
parmi ces
Elle mourut aprrs tic lontrues lieures d'une i'|>imi ante alrore, parmi les couleuvres
froides el grluantt > (^ar suivait sur la figure de la inailieureuse tuui les phases de
celle agonie terrifie avec joie el dler tation.
Pourquoi iio citerions-nous pa-^ geancc qu'il tira d'Alessandra Pai... . .. . ...c,.. , ^.. .-
nie avec son amant dans une armoire linge. Cett-armoire tait divise en deux
parties par une sparation en bois treillage. Dans l'un des con: ' ' se tenait Tamant,
auquel on donna coin gnons de captivit quatre gros rats.
Ces btcs ne pouvaient arriver justpr elle avaii! d'avoir rong ! frpi:l;i.ri. ,.t, i,,,;.
.^j pouv>i< '-"m livrer passage.
Tous deux, lui et elle, avaient les poignets lis par des menottes de fer. Elle assista
,^
amant, les mains lies, se dfendant < sures des rats alTams qui lui rongrent bientt
1* ventre. Il roula terre, saisi au cou, au bas-ver par les rongeurs nm 1. f;ifn
i#'t;if ^m- lui i-,i sur une proie.
\,t'^ !" ^"cs rais arrivaient plus voraces, el dans la _ r d'Alessandra un rat venu elle
ne savait
ti'o pntra... Elle mourut son tour, aprs aroir vu mourir son
iimant.
(..iiAMiiii; \
' . La Uvroe'< A II Ti .
i jifii -sr. Conseil-, de la \>spa sa flile, fuluf' I.i nnlle du cifitaioe Torre et ^-
ivflla. Les ^ -. ri:r-
(lsar aimait aller rder le soir dans les tavernes, o ' " ' iitains(iii " iseset \* '
. , jint do . t, sou I
brod d'or massif et ses culottes de toile d*arent, il Il iM r.iif L'i! ro plus l'attention
que les riches mar-< li.in 1> Icvdiiti"^ '^" irnois venus l s'amu<'"- ^^"'^' iirs jlljes.
de jalousie et les putains d'empanada. On api)eiait ' !!' Ms d'empanada celles qui
protgeaient leurs
Souvent il marchait sans rpondre : il ne se sou> ciait pas plus d'elles que du temple
du Panthon, de
synagorue des Qitalans, plus bas celle de- . ....ues, plus loin la synagog-ue des
Allemands, et enfin celle des Franais. Il y avait aussi la synagogue des Romains et
Italiens, mais ceux-ci avaient la rputation, et non pas seulement parmi les juifs,
d'lrp lfs gens les plus htes qui fussent au monde.
Csar n'aimait |)as beaucoup les juifs, qui ne 1 aimaient pas davantage et qui le
reconnaissaient vite malgr son loup. Il ne sV aventurait donc que rarement, malgr
son dsir de faire bavarder ces juifs seux et trs riches qui, du fond de leur choppe,
..iss<'s sur leurs jambes replies comme une arai-gn/n; au fond de son trou, guettaient
les passants.
Csar, ce st)ir, voulut entrer dans la taverne A la Truie >, o venait presque tous les
jours la Vespa. La Vespa tait une courtisane du Ponte-Sislo, qui t joui jadis de
quelque rputation. File avait t ,-...ni les en"-'*:" '' des plu-^ '-"- .....;^-
.,^^f. de* jjIus diii . avait ; >H'
pour les hommes le plus violent mpris et se vantait de n'avoir Jamais t aime par
quelqu'un qu'elle n'eut tu de ses caresses. < La professionnelle lf plus experte ,
dlsait-ou d'elle. Ses paris avaient t clbres. Elle avait fait un jour celui de tuer, en
les puisant, trois de ses amis. Elle avait fait vu qu'ils mourraient tous trois dans
l'anne, et il en fut ainsi. L'un tait un juif espagnol pourtant malin comme le diable,
l'autre un chanoine, majordome de Csar, et le troisime un camrier secret. On les
avait enterrs tous trois dans la mme anne. Seul le camrier secret avait rsist plus
long^temps, mais il mourut aprs une atroce ag^onie, dans des souffrances telles que
de toutes les rues avoisinantes on l'entendit crier.
La Vespa avait vu mourir le camrier. Elle n'avait pas eu besoin des reproches qu'on
lui fit de toutes j)arls, ni des srnades aux casseroles battues les unes contre les
autres qu'on venait faire sous ses fentres pour regretter son acte. Elle dut quitter la
maison contre laquelle les ruffians et les putains venaient jeter des melons pourris et
des conrsres remplies de matires fcales.
Elle s'tait repentie r *" " nt une marji rc (r- rnnus-sion publique et en di i un soir,
devant le ban
t'( l'arrire-ban des putains, ruffians et maquerelles, qu'elle tait prte h sacrifier sa
vie en expiation, et qu'elle venait de faire dou par-devant recx)rs, juristes et huissiers,
ici prsents, de toute sa fortune aux putains malheureuses invalides ou affliges du
mal franais.
ci une - t'. 1^ loyer dix ducats de carlins par an, qui valent sept ducats cl demi d'or : j'
trois mois en trois mois r<> ' coutume.
Mais encore ne demandait-elle cela que dans Tint-rt de sa fille : elle avouait tenir
aul<int sa fille qu' Sa vie ou qu' sa fortune. Les hommes lui avaient fait trop de
mal, elle avait trop souffert d'eux et par eux, elle ne voulait rien leur devoir, et si elle
se oon-fessaitcest'* " * " ' "' ' <n-
Habile, cile avait un mot pour les puttin.s Ho-p.,,i,,...c. ^ 1;, jr|. ...;,..,... i.'w.. .,.,.iw.
pour les putains
On lui avait pardonn. On lui avait accord de con-server sa fortune, n; avait refus,
et ri-
comme une faon de Siiinte, malgr ses forfaits et sa haine inextinguible des
hommes, des mdlr^
drc , , !-
dialemcnt ses contemporains.
Csar aimail la Vespa et la Vespa aimait Csar, parce qu'elle le jiisrcait criminel et
dprav, non pas tant par inclination que par txEurcrnent de tous et de tout. Si la
Vespa se trompait, elle ne se trompait pas entirement, le fond du caractre de Csar
tant un mpris inassouvi de Dieu, de la famille et de
D'amis, il n'en avait plus eu depuis le temps o il tudiait Pise, o il avait perdu son
premier et dernier ami. C'est l qu'tait venue le surprendre la nouvelle de la mutation
du cardinal Rodriirue Boria, son pre, en pape Alexandre VI. II avait alors, sur
l'ordre d'Alexandre, interrompu ses ludes et abandonn son ami, qu'il n'avait plus
revu.
Depuis, il n'avait rencontr, par le monde, que des '. parmi les siens, que des
dbauchs ou
Dans la taverne o entra Csar, la Vespa tait assise, le coude sur la table; devant elle,
un pichet l'tain et deux gobelets d'argent, un pour elle et un pour sa tille, assise prs
d'elle sur If mme banc de bois sculpt.
(\
f:iil |. ^ _. , is
aimant les rvolts son iina^'e, les arurs, hommes et fenunes. T' ' ' ' " aimait
Csar.
putaiti
Tout l'argent qu'elle relirait de ses couclieries, elle le consacrait ^ de bonnes uvres
ou ni<>me des cpuvres pieuses. Tel ulel de la Vierge 'lait couvert d'un surtout en
tissu de soie, brod de dentelles que qt ' ' nuils avaicnl pay. Pour telles caresses
i\v ^ aient ses amis d'aventure, la Vespa demandait un vase ou un chandelier d'argent
pour telle ou telle j^lise.
Elle faisait tout cola avec une inconscience tranquille et une impudeur difiante.
.Aussi Csar avait-il pu lui conseiller d'acheter toutes les dentelles, tous k'^ ' ' ' * ' sa
fleurs (pii p.. it
mettre le portrait d'une Vierge parmi un envol d'anges ails, portrait qui n'tait autre
que .Inlie Farnse, la matresse officielle du pape Alexandre VI. Le^ .rr,,w^*< de
l'poque signalaient la prsence de Julie i a
la noce de Lucrce > par celle mention discrte parmi l'nun; ' * ri des convives : t
La belle Julie Farnse, la n du pape.
n I ... i ..ue sous les traits d'une autre courtisane el l'autel par d'objets offerts par une
troisime courtisane. Ouelle chapelle et mieux convenu aux courtisanes romaines
que celte chapelle consacre par elles?
Par ma vie! bois deux doigts de ce vin de (Ire-nache, petite. Cela t'ouvrira les
yeux, dit la Vespa sa Hlie.
Corps de moi ! dit-elle Csar, si je n'avais ma fille, je crois que j'en finirais tout
de suite avec cotte saloperie d'existence.
Mais la Vespa s'interrompait. Tandis que sa fille jouait avec la grosse chane d'or que
Csar portait au cou, un capitaine de gens d'armes faisait des signes d'appel l'enfant,
qui ne voulait pas comprendre. La Vespa s'en apcn;ul et bondit :
L'homme se rebiffait. Des fennnis criaient, cicicn-daient la Vespa. L'homme avait pris
la Vespa par son oilier et tira lui si violemment que la chane se nirri[>il.
Tais-toi, caboche pleine d'eau, ou je te crve! lui dit le capitaine, qui fut bientt
terre. Ddaigneux, C^ir lui laissait son poignard dans la poitrine.
L'hlein I I iii
Tu l'entends mieux recevoir des bao4|Ufs <|u* servir de bons mets, plein de
tripes ; coule>moi, }fi ferai le menu, tarde pour tes porcs tes boudins, tes l)Oulrltcs
de hachis et trs :' --rf-- -^^g,
tendre que cette enfant, bien assaisonn de coriandre et de pimenls. Ht sers-nous tout
ce l)ue tu as de
ta peau
La taverne tait pleine de filles. Toutes les putains du Belvc*dcre, toute la ciicnti^le
du c de Torre
taient venues l, ce soir de fle, par^ comme des chsses ave< ' " . mules cl
dissimulaient leur fortune pour ne pas tenter le couteau de quelque ruffian : elles
portaient aux pieds des pai " ou en vehr '. comme si < ".^
alors qu'elles avaient t portes jusqu' la Plazza Hitonda, d'o elles venaient ensuite
pied.
' ' ^ '"s-unes ff'<-'''-'.nl d'tre pauvres ji./ui ii* jK! . de coii\ . d'autres simulaient un
cer-
tain luxe pour ne pas provoquer de piti. Celles-ci, (jui '*''' ' '
Aprs le repas, la nuit vem.., ... femmes demandaient aux hommes de donner un coup
de pied au cul de l'IuHelier, ils restaient tous entre eux bavarder faiT: ' - ~ r ---;
'lis une maison amie.
Il \ < sj)a, ce soir, parlait d'abondance. L'in.sulte qii'rllc avait suhio provoquait sa
verve. Elle matidi'^-sait, ce soir, les humuits et cxli<jrlait sa tille pai : >-ger sa
haine. Elle soutenait qu'il n'y a qu'une putain <|ui pt, \r 1 * ' ifs. Elle prparait sa ti.
_ . ^__ , .. . i r,leshau.
Elle donnait des conseils ingnieux et dconcertants cette enfant, qu'elle dressait au
mtier de courti-
qu'elle ne Taimait que maternellement, comme un fUs qu'elle aurait souhait et de qui
elle et t^ Hre.
Elle rivait de rendre sa fille di^ne de Csar, comme i.rsnr rt'vail aussi de rendre
Lucrce diane de lui. Aussi nViJarK-nait-eile pas sa fille les conseils, les
admonestations afTectueuses; lorsqu'elle parlait des putains, elle se citait quelquefois
comme exemple,
tion^
Lorsqu'elle catciiisait sa fille, elle ne se gnait point do Csar. " -ompltait parfoi-
-'^ instructions.
Aujourd'hui, le nombre des putains est si grand que celle qui ne fait pas de miracle
en l'art de savoir se conduire ne peut russir. Il ne suffit pas d'tre un friand morceau,
d'avoir de l>eaux yeux, de blondes tresses : l'adresse ou la chance, seules, tirent
d'affaire. Si tu m'coutes bien, je te jure par les pate- |ue je mchonne toute la i 'ure
d'autre ont fini par ouvrir les yeux, aprs les avoir
supportes sLx ou sept ans peut-tre, les enverraient !a potence et trouveraient plus
de plaisir les voir lirer la lanrue qu'ils n'ont eu de plaisir se voir dpouills par
elles.
S'il yen a tant qui meurent de faim, et de lpre et " -. sans parler du mal franais,
c'est encore
Comprends bien, dit Csar, et fiche-toi bien dans la tte ces plres et ces
vangiles. Le mtier de pulaiu n'est pas un mtier de sotte, et la mre, qui le sait bien,
ne se dpche pas en ce qui te concerne, elle sait bien pourquoi.
Oui certes, dit la mre, corps de moi, il faut savoir autre chose que relever ses
jupes et dire : va, fy suis, moins qu'on ne veuille faire banqueroute !e jour mme o
l'on ouvre boutique. Pour en venir .1 la moelle, beaucoup voudront tre les premiers
servis, ds qu'ils te sauront entame. Moi, je ressemblerai un ( " \r qui rconcilie
une foule, tant j'jinrai de , i ! > pschill! dans les oreilles <|ue me feront les
entremetteurs. Tu seras toujours
I chiens, je dirai que lu n'as consenti encore qu'une leule fois, et encore (pi'on l'a
pris<' par force; je (irai au valet que son barbon de matre a beau avoir de l'argent,
qu'il n'en a pas encore assez pour se
Oui, dit Csa, les valets sont aux matres, souvent, ce que ! lerelle est la "
sonne.
Oui, certes, tu ne saurais croire bents se passionnent rien que pour <
chambrires vanter leurs pnlrohnes, ou Ir ter les belles filles
es i; -, f)rce-loi rougir ;
ce soit. La Perugina, qui ne suivait plus rougir et qui savait combien cela est |) "
pisser ou autre chose, et v..i ..
J'ai toujourg ro de renntrer un jour une femme comme i^oua; ou bien : // ' '>lr
f/ufj> i'
bl.
dr le si lu n'osais i
lement tu l'aimes. Il coiiinieacei-a croire que tu es ' de lui et il le croira (i';ii 'as que
tes
I xiut (pie tu tches de rpondre, et sans que d cela senle trop le bordel. S'il le plat de
rire, ne Ta pas lever pulanesquement la voix, ris de telle * ' i de tes traits ne !' ' ' ''se.
Ne jure
plutt une dent qu'un vilain mot. Toute fille qui fait !'nouvelles pousailles doit
s'habiller plutt u ^.,. {.-i que de velours.
A table, tiens-toi bien; il faut que tu saches te t-iiir aussi bien table qu'au lit. N(>
remplis jamais, ici et l, ton verre jusqu'au bord, dj)asses-en peine la moiti et ne
t>ois jamais tout. Ne niAche pas en iiiiiii!!? ! i-iidieusemenl et salaudement, garde-
toi '' - '' goulue et de sou larde.
d'un mets table, accepte-le avec une rvrence, tout en jetant un coup d'il ton
diiirinf te qui lui demande la permission
Donne-lui surtout des conseils pour la nuit, l ce qui importe davantage pour les
hommes,
|r. Oui, dit la V'espa, garde-toi d'arriver dans la [chambre avec prcipitation, tellement
l'envie de pis-
La Vespa continuait ainsi, la grande joie dr amies qui Tcoulaient sans trop savoir si
clic t4iit sincre ou si elle l'V ' lil.
I^ Vespa, les coudes appuys sur un coussin en velours tann, f * d'or, que "' ' 'i r
avait
lelle alTaire ! elles crvent d'envie voir n; > putain arriver la fortune, nuiis
elles ne regardcni pas ce qu'elles ont d soufTrir ou supi>orter avant d'y parvenir.
Pourvu qu'elles paient leur loyer, leur impt au . * ' Torre Savella, pourvu " "
portent en < l>eHux su;ons que leu;
mari ou la chambrire pour exciter les autres, elles croient avoir fait des merveilles et
blouir tout le monde.
tenl gure de leur fortune. Elles ont la 6gure vernisse comme un masque de Modne
et croient qu'ainsi tous les hommes tomberont amoureux d'elles ot leur offriront leurs
bra^'uclles. Tas de trobc-la-sagnes ! Ah ! enfin ! voil les stregas !
c'taient les maquerelles qui les avaient inventes : elles deux elles se partageaient
le gain des courtisanes.
Depuis que les stregas taient entres, on ne parlait plus que stryges, fantmes,
dmons, esprits, sibylles, ha! ' Elles parcouraient les tables avec
de chat-huant, des dents de mort, des nombrils d'enfants, des peaux de serpents et des
crotes de mal franais .
Parmi tous ces dbris, les doigts crochus des slre-tras se promenaient, et les femmes
attendaient anxieuses <|nf 1.1 - *" ' ' > ambigus.
pMtiNsu'res d'ontries.
In valet au justaucorps de satin et aux chau8S(;s ' ' - * ' ' - ir et surveillait
iMus d'une fois, des disputes, des bagarres clataient, parce que ces sorcires avaient
essay de voler quelque cliente.
LA nom ou wmoi4
Csar avait arrt la plus habile stre^a et lui donnait sa main. I^ ripilic regarda ail
iigrnps et avant d'avoir dit ud mot se ' rherchant fuir, mais Csar la maintenait par le
bras :
Assieds-toi, si Ui ike veux pas que jf *" '"'" ' fig-ure avec les tripes, vieille
maquorelle.
La sorci6re obit, tremblante. Elle dcouvrit la qua-' ' ' ir, lui prril "' " * ; . . '..-e, d'o
il
roi des Franais; elle lui assura une trs brillante fortune, mais elle n'osa plus
conlinuer sa rh'
r lui ordonna de parler. Elle s'y refusa et voulut fuir. Csar, furieux, dut lui courir
apN's et ' * ^ ^rsat:" ' " -' "
1 de Ces. Csar rattrapa l'charpe crasseuse dont elle courrait sa t(^te. Mime el!<'
la laM. *r fixa, t , ..
la table d*un cx)up de poignard. Elle hurla un cri d'effroi plus que de douleur,
n*osant remuer cette main loue dont elle ne * ' ' ' ' eux.
enter sa promesse.
Il devait lre cm: '-.ve<' des soins. Il <lr rait plus tard d'un conp de javelot.
' :. C'est cela qu; . _ _. que je l'ai promis et dix autres pour l'acheier des
remdes et (les L'rinls pour ta Messure.
Toutes !''^ ' ' ' pour la pliij<.ii juives mauresques, 1 et grecques, s'taient enfuies.
Les joueurs de fltes de cv7)rs s'taient tus.
L'une disait :
Une autre :
J'r' ' ' mes cicms dViri i u;nts en os d lii les garder i:
Uneautt
Avec de l'alun et de la noix de erallc, elle me l'a r^ndu semblable une bourse
sern''^ .v. r ...< r,>.,l,T..
l ne autre disait :
.1' ^.lis un livre de receltes pour la toilette. On y lit comme on fait les pilatoires
arec la trbenthine, ! ' '-fj la chaux et la cire vierire.
I nl.ii.i:-. i i..
Tne autre demanda qui savait prparer les vessies uu sang de pigeon ou au sang de
lapin pour du(>er
frache et rose, qui m.i..>v...: des cormes, se vanUi d'avoir perdu la sienne deux cent
trente-trois fois. En une seule journe, disait-elle, j'ai dil servir deux virprinits. >
Deux riches marchand - ^is l'avaient vue et l'avaient demande sa i ,, qui leur
donna rendez-vous sparment ; elle la leur confia tous deux sutT< ' rid ils se rc "ni,
jIj,.!-. .1...,.,^ ,-.^.:. 13 ruffiane -' ^'-'iti. Lettre de " < au duc H Ferrare.
Ri
Lucrce s'apprtait quitter Rome. Elle emmenait avec elle, outre Julie Farnse et
monna Vannozza, sa grouvernante, Adrienne, qui avait vrcu en liaison troite avec
Alexandre VI du temps qu'il tait le cardinal Rodri^'uez. Elle avait t pour lui non
seulement u ' i^ la confidente d' ' ' ' : elle
Si , -s et se prta i is du
..;.^.Ionna Adriana L'rsina avait lev Lucrce dans le palais Orsini, situ sur le
Monte Giodarno. On Ta contest, mais une lettre cjue Pambassadeur de Ferrare
.itifrs de la cour de Rome, Rocaccio, vquc de M-hI. iuj crivit au duc Herculen
fait foi.
wneBET - .
entres aux vu et su de tout le monde, et des orgies s*> " il (]ui n ' celles cel-
It - ;> plus nu- -. V ;^.
O rcMchemcni des murs conventuelles tait tellement connu que Ton citait les
couvents que Ton
*trc des initiatrices singulires : des enfants mouraient chez elles, que i * ' ' ' " rs
Sisto, o fut leve Lucrce et o elle devait plus tard Ir. ' ' ,r
vivre en conmiun. Dos lors, les faiblesses humaines ne pouvaient tre exclues de ces
couvents. La ni n'tait qu'une forme de l'ducation et n'avait gure iit valeur murale.
Les glises Santo-.\gostino, La Pace, San-Salvatori
A roccasion de son dpart, Lucrce fil envoyer des fleurs toutes les -: ^ de Rome.
Les chanoines firent brler des i>our appeler la bndiction
du Ciel sur les voyag:eurs. Au Vatican, Alexandre VI rs " ' donner une grande fte; il
songea d'abord lu ijier chez Vannozza. Alexandre VI voulait surtout, par cette
dmonstration, publier la concorde qui rfrnait chez les liorgia.
Csar imposa Vannozza de quitter le deuil de Franois. Dans I". "' * 'art et parmi la
tous oubliaient le cadavre gonfl d'eau, aux yeux ri)n;rg, aux chairs entames,
sanguinolent et vcr-ltrc, que l'on avait retir du Tibre : celui du duc de Can<lic. On
l'avait enterr mystrieusement, cx)mme on et fait pour un pestifr ou un
excommuni.
^ *naient en lte trois cent cavaliers, que suivaient les litires aux rideaux ferms.
Deux cents cavaliers' arrivaient ensuite.
.\[>rs eux venaient des mules charges de vtements, de provisions, de vins rares, de
vaisselle pr-rlnisr. l,' !>rcux cliariots. Cinq ccnts fantassins
Dans les litires fermes avaient pris place les amis intimes des Borgia, quelques
cardinaux amis rt
dt^vous, tels que (Jiorgonle et Peruggia, cratures d'Alexandre VI. SVtn' - ' ' inls
eux quelques courtisans, speclaleurs h.: > de ces fles et de ces dbauches pa|)ales.
Parmi les femmes, on remarquait Lucrc<*, V'annozza, Julie Farn<^se et qn- ' nobles
dames roM'iiiKv r.uf Mli<v; l'i (i-iiiv r.v! .vi,^ courtisanes.
Sous les Tentres, des joueurs de flte, de luth, de harpe, de rebec on de riole se firent
entendre pendnnt tout le repas.
Lors(pie le dner prit fin, les convives, excits par les mets pics, assaisonns de
coriandre, les vins de Capri, le vieux Falerne, le Lacrvma-Christi, le Mos-catcllo
d'Asti, s'abai)il<Min;iiMiJ .'i <l's tw.^tiDs IpsIi^s Les veux brillaient.
I^s vins de Sicile et de <irce, les clairs vins de France ajoutrent h l'ivresse des
convives. L*heure t.nil voluptueuse. Sous les tables, les jaml)es des ^, des
cardinaux, des femmes s'enlaaient.
Uesar, metteur en scne ordinaire, sur un pestr d'Alexandre fit tciniln' l>s Inmi
rev.. On .illait jouir au Jeu deschandellr
Tandis qu'on teignait les lumires, les convives sVnlaaient librement, se baisaient
pleine bouche. Les hnnunes buvaient dans la bouche des femmes, coupe ofTerte, les
vins prcieux. Les mains allgeaient
les chairs des salins ou des velours qui les vtaient. Les doisrts fbriles dnouaient les
chevelures qu'ils rpandaient sur les paules et les seins nus. Les corps glissaient sur
les tapis, s'enlaaient, lorsque le jeu commena.
Csar, parmi les corps emmls, avait enlev Julie Farnse son collier, Icseulsig-ne
auquel on pouvait la reconnatre, mais il n'avait pas abandonn le corps de Lucrce
qu'il enserrait troitement. Il mit le col-lifT au cou de Lucrce et provoquant un
remous dans la iiilrr des corps enlacs souleva dans sou treinte le corps voluptueux
de Julie <|uc maintenait Alexandre.
Aprs une courte surprise, .\lcxandre relntnx.iit Julie Farnse qu'il reconnut son
collier.
Bien des couples s'taient apaiss. Alexandre lui-mme, las, s'abandonnait, lorsqu'une
lumire s'arita prs de lui, clairant le pa|>e, les courtisanes et les jeunes pa^'es qui
gisaient l, assouviss cl demi nus,
purini les satins, les velours, les chevelures ployes ' -^ chairs sur lesquelles
reloinbaienl les UHes alour>
Meurtri, Alexandre conleiii|)la la matresse voluptueuse qui il devait son heureuse
lassitude et qui,
Alexandre n*eut pas le dsir de fuir, ni d'loigner ^' i jeune ' De son br rdi, il
Julie Farn^'
ses paules.
Parmi les ni
parses, Ak... n
Lucrce lk)rria.
L.i
I)piiis (jue la fle donne , ... . anozza dans son viirnble de San-Pielro in
Vincula, en Thonneur de Frau<;ois, duc de Gandie, qui venait d cire fait par son pre
dur de Bnvent, conile de Terracine et Ponle-Curvo, et en l'honneur aussi de Csar,
<{ui avait t choisi comme lgut apostolique pour couronner I'n'(l/'ric, roi de
Naples; (' que le [
)is, qu
vr avait port avec ostentation.
1.1 i ' . ' ' ;; ' ;i complice.* de toutes les heures, "'il'; ' ii * l.i!. donc p' ^""'rmcril
par peur
Lorsqu*on lui ramena le corps de Franois perc (le neuf coups de couleau, dont le
f)riri ' ' lt dans la g^orge , el qui avait eucore tous n>
nients, son manteau, se^s ^ants sa ceinture et mme son ar^ent de poche ,
Alexandre le fil porter l'glise Nolre-Damo du Peuple. Le peiipk, ({ui n'en voulait
Franois <jue d'tre le fils des Horgia, lui fit un cort^'e imposant. Alexandre'avait
voulu les funrailles les plus soujplueusescju'on ait jan s.
(|u'on craigrnit pour sa vie. Il avoua qu'il voulait se laisser mourir de faim. C'est alors
que Csar, en personne, tenta de convertir le pape d'autres ides. De cet entretien il
tait rsult (|ue Csar obtnt sur Alexandre une toute-puissance (|ui le consacra le
. , ' ' '. ' , ' .1'.
au Vatican.
On se souTient du distique que plusieurs payrent de leur vie parce qu'ils furent
souponns d'en tre Ips auteurs :
Veodit Alexander claves, alLaria, Christum : Vendere jure polest, emerat illc prius.
Gjsar fit emprisonner l'archevque Floride, que l'on accusa d'avoir envoy cent
onze mille brefs tous faux (jui accordaient des grces extraordinaires l mme
qui ne pouvaient pas tre accordes, alors que lui seul, Csar, l'instigation
d'Alexandre, les ivait vendues. Parmi ces dispenses, une qui concer-i.iii le Porlug^al
avait fait scandale : c'est celle qui motivait l'arrestation de l'archevque Floride.
'-r- rr.-rr lui aux ds, aux dames, au trictrac et aux - us l'influence des vins chaleureux
et des
f conseill, avoua une faute qu'il n'avait pas M\ On le dpouilla de tous ses biens, qui
Mais comme on tu- puio-m n- uiur .i>>.i>>iiM i s,uit% soulever I\oine un trop
grand S4:andale, on tenta de l'empoisonner. Or l'archevque, (lui se mfiait, exi-
L'OH'\i i\w \< " r (|ui lui apportait ses aliments partag*l s , avec lui.
fermait d*un poison violent qui devait Taspliyxier. L'archevque persista ne pas
mourir. On recouTrit
eau friiils, sur unr Tare, d'un poison fou-. Ce coutcaU) en coupant une |>oire, devait
empoisonner une moiti de fruit. Ce projet ne russit encore pas. On mit dans son
mouchoir une poudre (|ui devait le rendre aveugle, de faon permettre ^pi'on
robli^'CiU absorber la nourriture prpare ad hoc . L*archevque djoua encore
ce projet. De Mi.'rre lass*' jue sa forlm '" * ' ' ri-
soif.
o il mourait discrtement. Parfois, on conviait la :.i, ^ rV! 'v que le --' ' ' lait ;\ , >
L lire lo p .lit,
le pape envoyait des hommes de confiance 8*assurer des trsors que le ' ? avait chrz
lui et les em-
L'envoy charg d'emporter les objets prcieux et Tarirent quf ' ! d Turi ' -^ ' K
^,1:
i^M.^^::-7l"^M?-;^^
CHAPITRE XIII
la
1. Le ta mrre du
in
Csar arriva en France. II y fut reu en grande 'ijni|>e. On vanta la cour du Roy
trs chrtien
que (
lit .tiii
iruvait pas t oublie par le pape, qui l'avait faitr grouvernante pcrpluelle de
Spolle. Don Joseph d'Arag^on, son si^cond mari, l'avait abandonne. Eih* ^'apna
donc son gouvernement avec une pompe el un apparat inconnus jusqu'alors. Dans son
cortge fig-uraienl un y:ran(l nombre de ch;; '" :,r
Mais un nmlet portail un lit tendu, o il ne manquait rien : avec des matelas, une
couverte cramoisie toute couverte de fleurs, deux oreillers et un btau ciil de lit que
les hommes devaient soutenir lorsque ladite dame voudrait aller mieux son aise,
tant lasso d'tre cheval . L'n autre mulet portait une selle aussi confortable qu'une
chaire . Deux cents chevaux suivaient, monts par des courtisans, prlats et dame5
romaines. Venaient g^alement de beaux pa^es fards, aux cheveux onduls, les
favoris de Lucrce, les doisrts lourds de bagues, les bras cercls de bracelets, av^^ "' '
' - t - , - I . des c^iii nions et ftes.
Csar, son retour de France, guerroya en Italie, prouvant tour h. tour des succs et
des revers : vain-qtieur Imola et tenu en i i Forli, o Calh-
C'est celle poque (|ue Csar fil assassiner son neveu, le cardinal Bortria, qui il ne
pardonnait pas raffection que celui-ci avait eue pour le duc de Candie.
Le c^ardinal Borg^ia, qui gag:nait Rome avec une modeste suite, fut convi dner
par le duc de Valen-tinois. Or, pendant le repas, on vint appeler le cardinal pour lui
dire que son cheval se mourait. Tandis qu'il se retournait et donnait des ordres, on
substitua son gobelet un autre g'obelel identique que Michelelto, qui dnait leur
table, irlissa insidieusement devant le cardinal Boriria. Le verre contenait le poison.
plus simple. Il attendit, arec Micheletto, don Cervi-glion et, lorsque celui-ci parut, ils
le turent. Csar
rovAlit alors les vAtcrru'nts '< encore chauds de In viclinie el, dans ces vlemenLs
; '"'!>^^i - r^ porter chez la jeune femme qui, recou urne de
son mari lu lueur des lorchcs, ouvrit au simulateur. r" onnut aussitt C^sar et se
dfendit ronire les es de l'amoureux le poignard h lu main. Michclelto plongea les
torches dans Teau et, dans la nuit, nida (V"*ar dans ses desseins.
Or les gens qui nr '^m.t. ,jrnaienl Cerviglion avaient prvenu ceux de W. , el les deux
troupes rivales
en venaient aux armes, attaquant les sbires de Osar qui sVtaient enferms dans le v
' ' < , alluma une torche. A la luniirre, i -
telli reconnut sur son vainqueur les vtements vritables de son mari souills de sang.
Elle poussa un cri el s'vanouil sous la surprise.
vint le rveiller. Csar, puis, donnait sur le la jeune femme, qui ne se rveilla
point.
coin d'une rue. Non contents de tuer, les Borgia font chanter les parents des viclimos,
tmoin la mre du cardinal Orsini : le cardinal avait dj absorb la can-tarelie,
lorsque Csar envoya un messager sa mre lui offrant de sauver son fils en change
de deux mille ducats.
Alexandre avait fait emprisonner le cardinal au V ' I;, par gard pour sa liante
naissance,
Chaque nuit, il couchait dans une chambre diffrente ; puis on le logea dans
Tappartement qui est sur la chapelle ponlilicale, et enfin dans le chteau mme, prs
de lui. Alexandre tolra qu'on lui apporlt sa nourriture et ses effets, ce que faisait un
certain
A ve.
-,^ ..iiait le cardinal Orsini d'avoir beaucoup d'argent cach. Il promit la matresse
du cardinal de lui rendre son amant si elle consentait lui accorder les satisfactions
intimes qu'il attendait d'elle. Dupe, elle consentit, mais Csar obtint d'elle, qui ' royait
en tre quitte si bon compte, des rensei-<.' sur la ' ' ' ' 'ni.
:i rserve deux mille cus et une perle dont la : I >-;'ur et la beaut taient
extraordinaires et telle in'aurun souverain au monde n'en avait t.
On olfrit alors la malheureuse mre du cardinal le lui rendre son fils si elle
consentait donner au
La mre accepta et donna les deux mille cus. Quant la [K>rle, la matresse du
cardinal, qui lui tait trs dvoue, tenta de l'avaler de crainte qu'on ne l'en dpouilliU
avant (ju'elle ne ft arrive auprs fi ^ Saintet.
Elle ne put y parvenir, car la perle tait grosse. Mais elle eut recours un antre
moyen, et, dguise en homme, .se rendit au palais.
On se saisit d'elle, on la dpouilla de ses vtements <iue l'on dchira pour mieux
s'assurer que la perle n'y tait point cache. tale nue, on lui ouvrit la houche, puis
on scruta soigneusement un rduit plus .secret. Elle s'y prta sans rvolte, fei^^nant
d'tre rassure, a.ssurant qu'on ne pouvait trouver sur elle la |>erle, qui n'y tait pas.
Son a.ssiuiirnc drouta c*s examinateurs si peu pudiques.
Revtue d'autres vlements, tlle parvint donc jusqu'au V*'P^> '' M"' c"*" remit,
devant Csar, les Ciim-riers et des amis dvotis la famille Orsini, la fameuse perli
Alexandre eut ainsi la perle avec les deux mille <lucats et, respectueux de la parole
donne, rendit la libert au cardinal Orsini, que la cantarellc tua au hout de quelques
jours.
Ia*s Borgia sont plus redouts que jamais. Le duc de Valenlinois est appel, par le
peuple, le tyran. Il se rend en grande pompe chez les courtisanes et y demeure, tandis
qu' la porte veillent des compagnons fidles et dvous.
Lorsque l'on voyait la troupe de Csar la porte d'une maison, on savait quelles
occupations se livrait le tyran. Il y allait parfois vtu, par drision, comme pour les
srrandes crmonies, habill d'une veste de riche brocart qui lui tombait jusqu'aux
enoux, et portait un toquet de velours cramoisi, tout parsem d'hermines, avec un
cordon en broderie garni aux ({uatre cts de quatre gros boutons de perles d'un
grand prix. Une coIoml>e tout en perles H'! 'ml le Saint-Esprit, et dont les rayons
Pendant que le Saint-Esprit s'attardait ainsi chez les courtisanes, les soldats
interdisaient le passage (! la rue qui que ce ft.
Sur ces entrefaites mourut Monsieur Gatan ; que l'on empoisonna pour le
dpouiller.
Il le fil enterrer dans l'glise de Saint-Barthlemy alors qu'il agonisait encore. Sous la
gninde dalle
rcfcrmt'e sur le caveau, on entendit longtemps la (lu mol' ' ;iie sa m^^e et ses
caveau. Celui-ci, expost^ nu grand jour, rvla par des taches violtres et des
boursouflures la prsence du |M)ison.
ne fut plus Jug assez bon pour Lucrce, on dcrta sa mort. De mme aujourd'hui,
Alphonse d'Aragon ne suffisait plus aux ambitions des Borgia, qui r^ vaient pour
Lucrce d'une autre alliance.
.\lphonse d'Aragon fut prvenu des desseins de r^f.ir. mns il eut la faiblesse de se
laisser sduire par ses .'laiteries.
les risques. Elles parurent dans l'arne immobiles sur un pirdestal, recouvertes
entirement d'un vernis
Deux de ces statues d'or, clatantes, qui avaient peut-,r^ furen' " ' ' , -r ....... Les tro.
..... .Lotirent indeumes : on les promena triomphantes sur
les chars qui portaient les taureaux tus, travers Rome, mais ds la nuit elles
entrrent en agonie et malirr tous les efTorts (jue firent leurs parents pour ler ce
vernis, elles succombrent dans d'atroces ""- -PS.
qu'elles mouraient, Alphonse d'Aragon, qui les avait applaudies, tait attaqu par les
gens du dur de V " .is, sur les ' > m(^mes du
risport dans son palais de Tour-Neuve sur le ^...,..; jardin, il fut confi des
mdecins trangers au parti des Borgia.
Csar feignit de souponner l'oncle d'Alphonse comme raul<ur de l'attentat et lui fit
couper la ' ' bien que ce ffil lui. an ronfrair^. qui l'nvait sati\ recueilli.
content, et redoutant qu'Alphonse put gurir V*. v., bicsstires, il pntra de vive force
quelques jours de l dans son appartement de Tour-Neuve et sous le prtexte de
s'entretenir en secret avec le bless, le ' ' '' ' 'lassa de la chambre
Lorsque Alexandre sortit, prcd de Micbeletto, les fjrv.^- ot les amis d'Alphonse se
prcipitrent dans sa chauhre. Il tait couch comme s'il reposait ; on reconnut aux
marques qu'il portait au cou l'uvre du lacet de Michcictto : Alphonse d'Aragon avait
t '--- -l.
ure, Lucrce ne voulut rien entendre et s'exila , malgr les exhortations ou les
remontrances Uc Lcsar et du pa[>e.
Csar, aprs divers checs gruerricrs, partagea son temps, la mauvaise saison venue,
entre Csane, Imola et Forli, o ses crimes et ses dbauches ajoutrent sa
redoutable clbrit.
Csar la rencontra. Il fut Iroulnr j,.ii la beaut- vi. la jeune fille et la dsira
ardemment. Il sortit donc de Csane avec un important rfTectif de cavalerie et se mil
I <uite de la petite troupe. Il tua ou dis-
Il ne put venir bout de la rsistance de la jeune fille. 11 essaya des narcotiques, mais
elle se mfiait et refusa toute nourriture, rsolue se laisser Thourir de faim.
Sur les conseils de Miclieletto, il la livra nue des pages nus et des courtis,'
ce qu'ils firent tous. Comme elle n'tait pas encore vaincue, ils l'attachrent les liras
en croix contiv le mur et s'ingnirent alors corrompre la jeune fille.
Ce n'est qu'ainsi que Csar put arriver victorieusement ses fins. Il ne se vanta pas de
cette victoire. Mais lorsque Cn ' '. le fian la jeune fen)me, on ne li i )>int > i
*>fl4* d'nn eouvcDt. Lettre imprime adresse Silrius Sarello, sur - nionies et
les dbauches pontificales. Les taureaux et les "1 La courtiMoe et les ciuq
soldais. Les cbleos du Vati-cnii. La jumeat et les tatoos.
Lorsque Csar eut dvast tout le pays qui s'tend en der;'! et au del de Vullurne
jusqu' Averse et eut pris d'assauUlapoue, tous, soldats ou paysans, furent passs au
fil de Ppe. Quant aux moines et aux reli-L'ieusps, il leur rserva une autre mort.
Entr de force dans un couvent de femmes, dit uo historien, il les observa toutes
avec tout le soin et l'exactitude dont son apptit brutal tait capable, et en fit rserver
quarante pour servir ses dsirs rliarnels, laissant le reste In brutalit de ses soldats.
il les condamna mourir de la main de ses soldats si Ton peut employer cet
euphmisme. Les soldats ne devaient les abandonner <\uf mortps. Quant aux
moines, il les fit pendre par les parties ooblef. Des joiiours de flilte accompagnrent
les lamentations des mallicureux.
1. pla" ' " ' ' "' ' " ' ' - :" :rs
qui i
' chrtienne...
De sorte qu'il semble que le tcnn*^ T" ^t venue de u l'^Vntchrist, marqu par les pr
, est venu
<i et qu'il n'en natra jamais un autre qui soit ou < qu'on puisse s'i ' ior tre plus
ouvcrlemcn ' ' nemi de Jsu>-
n les mvstre de la foi ; on voit l le ministre d' a crimes, le vendeur des Bnfices, ce
cardinal Moln<
<r cruaut et en barbarie, car il serait impossible de 0 raconter les homicides, les
violements, les incestes qui ont t commis et jusqu'au Vatican. Il n'y a personne
dans la ville, de quelque condition qui a soit, qui ne craiifne pour soi et les siens.
'< filles, conihien de femme de mauvaise vie, oti pour <* mietijc dire de /Jiitoins,
voit-on courir dans le Palais de Saint-Pierre, combien d'assembles impu- diques
dont l'insolence et l'effronterie vont un tel <i point que 1rs hordrls et les lieux plus
infmes sont partout pins moflt'stes et plus retenus.
< On a vu le premier jour de novembre, qui est la f*le dr Ions les SS., cpie (' ms
de la
' Le Bon Pape, lequel s'adonne ces plaisirs sans hose qu" ' * " ' (
c a; ,. , iiesetori _, j , c
Nous l'crivons toutes ces choses, Sylvi, qui ne sont que trop vritables...
Dans ttre lettre, on ne fait qu'effleurer certains scandales que tout Home avait
connus : celui '' ' jument, par exemple.
Le pape Alexandre s'en amusa et, ' s()ectarle celui (]ue lui donnait (]i. hommes
et les femmes, il fit mander au palais une li^^ane (pi'il livra cinq soldats en leur 1
ji; un seul d'entre eux, le plus fort, aurait le droit de prendre la femme, et autant qu'il
le vou* drait.
Ds que ceux-ci cntirrent, ils en vinrent aussitt aux mains, excits par les caresses
et les ruses de la t'ourtisane. Comme ils n'avaient pas d'armes, le combat dura
long:teraps : les honmies se dchirrent avec les ongles, s'entre-mordircnt et
n'arrivaient qu'assez difficilement s'entrc-tuer. L'un deux amusa beaucoup
Alexandre : tant le plus faible, il ne visait que !es yeux de ses adversaires. Son pouce
pntrant dans l'orbite, il en faisait, d'un brustjuc mouvement de lOlation, jaillir l'il,
(jui pendait ensuite sur la joue, sang-uinolent. Ce fut lui qui fut dclar le vainqueur,
niais il titubait sous les coups reus, demi mort. M is, comme on l'applaudissait, il
vit au haut de la ' une fentre rillaire derrire lac|uelle taient les spectateurs. Les
autres soldats n'taient pas morts, ' rs de combat ; ils comprirent qu'ils n'avaient se le
pape et ses amis.
L'n cri de ras^c et de haine monta comme un blasphme vers la fentre, tandis (ju'im
autre cri, terri-' ' relui-l, jaillit de la ^ori,'^c de la courtisane. Le lat vainijueur, et
qui chancelait, eut la force de se ruer sur elle et, de deux coups de pouce, lui avait
arrach ! ' ' ''irha de s ' ts et avala.
ha, coups de dents, mettre son cur nu pour le dvorer ; mais le pape lit licher
sur lui les chiens, t|ui les dchiquetrent l'un et l'aurle.
Ces chiens jouaient un grand rie au Vatican : ils
fpii leur iail r^rvt*, t'homme charge de ccUe mission Uit cuirass et srieusement
arm, comm^ aurait pu VMxv un "ur do fauves.
fils mirent Taris (jue les hommes taient encore plu froces >, i^i^nre rentrait
que c'tait une loi naturelle pour les uns comme pom les autres. Il cita l'fxemple
d'oiseaux de proie, et il assura p. .. ... _...... .i, ...
par lut, et alors, sous les yeux du pape et de ses amies, se droula le spectacle qu'un
historien dcrit ainsi :
^ . . ; ^ V si...
I/histoirc vent que les talons s'enlrc-<1vorrn'nt comme avaient fait les hommes.
1. - - ' '
fin.
lvres charnues, faisait * plusieurs fois le signe de la
il avait d'lever an > les plus riches de la cour : Jean Castellar, Valenlinois, de Trani;
Fran;ois Reniolino, aiiibas-
le Oonirto, clerc de la Chambre, li' :: lierai et secrtaire des Brefs; Franois Floris,
N'"'!'!' ' '\>\e et pre-
riches, taient destins, croyait-on, une mort cer-lainc, mais chacun croyait toujours
prendre des pr6-
s taient acci'pliVs par le pajM*. Ainsi table, le pain, les fruits taient oflfertj)
tous, avant de revenir au pajM', (|ui choisissait alors |>armi ceux pie les htes lui
laissaient. Il en tait.de mme des mets, des vins. Mais il tait plus difticiie d*exercer
sur les vins cette surveillance, parce que les valets servaient eux-mmes la lK)isson.
C'est un peu par mfiance (|uc tous demandrent ce que le dner que leur offrait le
pa|)e et lieu dans la maison de pi.'' du cardinal de '
Or celui-ci aw..: . choisi avec quei.i - ..- de ses futurs collgues par Alexandre et
Csar comme devant absorber le poison. C*tait donc l'occasion de la fte de saint
Pierre que le pape voulut donner ces riches prlats le cha|>eau cardinalice.
Mariano Cliig^i, c'enlilloniine siennois, et deux autres qui taient tombs avec les
ruines de la chambre suprieure o ils taient.
On l'avait cru mort, parce que l'ayant appel plusieurs reprises on n'avait point
obtenu de rponse. On le retrouvait bientt bless assez g^rivement, mais non pas
mortellement. On sut bientt que la nouvelle tait fausse qui avait laiss croire que le
pape tait mort.
Le pape tait port en chaise par deux caniriers, deux cuyers et deux palefreniers,
dont on changea vinK't-quatrc fois pendant le trajet. Les cardinaux venaient ensuite,
deux deux, aprs la croix.
Le pape monta au grand autel et y offrit un grand et riche calice, o il y avait trois
cents cus d'or, que le ( ' ^ de Sienne mit sur l'autel, la vue de I M1 11 M le .
C'tait donc au lendemain de la fle de saint Pierre que le pape arriva chez le cardinal
.\drian de Cor-neto. Le t buuteiller > tait achet par le duc d* Valentinois, qui lui
avait remis une somme impor* tante pour servir au souper quelques nacx)ns dans
lesqu'l ' avait jet le poison. I>orsque le pap
oubli chez lui une petite botte en or dont il ne se sparait jamais. Cette boite
contenait le Trs Saint Sacre-
menl de Taulel. Uo astrologue avait prMit Alexandre qu*il ne mourrait jamais tant
qu'il porU>rait sur lui ce Siainl Sacrement. Or, ce jour-l, Alexandre l'avait oubli
dans sa chambre : il ordonna a Monsieur CarafTa >, qui devint plus tard pape sous
le nom de Paul IV, de l'aller chercher aussitt.
Tandis que CarafTa obissait, le pape, nervt, a^rac par la chaleur et par cet
incident, demanda qu'on lui servt boire avant de se mettre table pour souper. Un
camrier s'empressa. Mais il arriva que le bou-teiller ou sommelier tait absent au
moment o le camrier se prsenta. Le camrier se fit servir par le
distrait, but le vin, ainsi d'ailleurs que le cardinal de Valentinois, qui venait d'arriver.
fieqniescat in fKiCf.
On i>:>avH tie lui laire rendre la c canUrella u, on le sai^ma, rien n'y (il. II mourut
le huitime jour, sans avoir reu les sacrements de Tglise, sans avoir nomm ni
Csar ni Lurrece.
A peine !' pai!^ ((ail-il mort que le cadavre entrait en putrfaction; il devint noir,
avec de grosses plaques verdtres, et enfl au point qu'on crut qu'il pourrissait. IF
enfla si prodieieusoment qu'il devint mconnaissable. Un sang" ml de pus coulait
de ses narines, de ses oreilles. Il mourut les yeux ouverts, la bouche grande ouverte,
avec une expression d'horreur ou dVIfroi indicible. Le corps dgageait une telle
odeur, ds l'agonie, que le sjour dans la chambre tait insupportable. Il se vidait
avant de mourir et le lit litii im.nil(' (i'iiri ^nnj^ corrompu et de innfi. ros ftide-
Le cadavre dut lru rellement hideux. Le marquis lie Mantoue crivait sa femme
Isabelle : Son corps < est entre en putrfaction; sa l)Ouche s'est mise c rf>andre
de Tcume comme une marmite qui est * sur le feu, et la a dur tant qu'il n'a pas t
l'ti s. il ne ne voulut toucher cet amaa de chair et de ])us. Personne ne voulut le mettre
en bire. Les gens
On , consentirent le
I rainer, au moyen de cordes qu'ils lui attachrent aux |)if Is, du lit mortuaire jusqu'au
caveau, o on le
Ainsi mourut Alexandre VI, le pape simoniaque, r^l^e de 71 ans, aprs onze annes
de ponliBcat, le 8 aoiV "
Lorsque Csar tait parti pour la PVance, le i** octobre 1498, o il pousa, en mai
i499> Charlotte d'AIbret, il connut l deux hommes qui devaient exercer sur lui une
jurande influence et dcider de sa destine : Georg^es d'Amboise, archevque de
Rouen, auquel il apportait le chapeau de cardinal, et Julien Kovre.
Julien Rovrc, d'abord ennemi d'Alexandre, s'allia aux liorgia. Un mariage devait
sceller la rconcilia-lion ch'S deux familles. Le a septembre iTxk), le prfet Jean
Hovre, frre de Julien Hovre, fiana son HIs, ii: de 8 ans, avec la jeune An-ela
ftorria, fille de Jofr I^or^ia.
Csar lk)rgria, qui avait Mii>tii .1 .vnx.miiii W, parce qu'il s'tait fait plonger nu
dans le ventre d'une mule vivante, avait perdu sa gurisou et son prcs-tijje et sa
puissance. Julien Kovre, devenu son ennemi, riait pape sous le nom de Jules II aprs
le trs court pontificat de Pie III, qui dura vingl-six jours; il le fit arr^lcr alors qu'il
tiit matre de toute l'Italie centrale, aprs avoir Vras Varano, Vitclli, les Orsini,
les liaglioni. Csar rsista un ao, soutenu par l'inbranlable fidlit de ses capitaines
et de ses soldats. Il cda enfin en i5o/i, fut remis en libert.
mais tomba cnlre les mains de Gonzalve de Cordoue, qui l'envoya en Espag-ne.
Avec lui prirent les destines des Borg^ia; mais, chose notable, ce fut leur uvre
politique que continua Jul*s II, le pape g-uerrier et platonicien,* et la Rome de Jules
II restait la Rome des Borg-ia : Civitas meretri.
FIN
APPENDICE
TFXTES ET DOCUMENTS
M^cl^iAvel et Csar
des lettres et des extraits du Prince qui montrent que ^la (ii.tvel trouvait dans son
hros toutes les quai'' tiques dont il a fait une doctrine que l'on a appele 1 vlisme.
Le duc de Valentlnois, pour chapper au danger, amuse ses adversaires par des
ngociations, puis, avec toute Cas-fil' :!,able, arrive leur persuader de l'at-
dans cette lettre, adresse aujc Dix. Machiavel ne . /jo sa secrte sympathie pour
cette politi</ue.
Ia; ao dcembre i5oa, avant de partir de Fano, le duc fit part de ^on projet huit de
ses plus intimes amis, parmi les<iuels 86 trouvaient dum Michel et Mgr d'Euna. qui
fut depuis cardinal ; et il fut ronvenu, d'aprs ses ordres. qu'nussit<)t que \'it. l'.igoltj
Orsino, le duc de
fp,. ....,.,...
C'Jl
! : il m
f .- 1 .ni
plus <i
des montagnes et a environ un mille des bords de la mer. Prs de la ville cuule une
petite rivire qui en baigne le ronrs du ct de Funo et en face du chemin qui vient
de cetle dernire \illt >ignlia. !>?. moulagiK tftl on id de la livit-re q. kr.iu. ii' < t
dlITrenle' im^-a-
glla et iU II avuieii' tu^ la ville < ver su troiiDP. <<tmpoe(' Motassins et ' . rav;
<-
,. ' ... .!
nombre de cavaliers. Vitellozxu tait saus armes, couvert d'un maotaau double* de
vert, l'air trisle et abattu, comme s'il eitt pressenti le sort qui l'attendait. Sa tristesse
frappa mme quel-qu6s-tins de *s amis, qui ii)iiai<v.;ii(^nt sin rxurasre pI
tout ce q; pour
vt ^ , c^ ; qu'il
recommanda aux chefs de sa famille tout ce qui lui appartenait et ses petits enfonts
de songer plutt i\ la valeur de leurs H ur^ires qu' sa (Candeur passif.
- le salurent ave- iMvau-~ a^'cc un air riaut ; aussitt ceux qui avaient ordre de s
emparer d'eux se placrent chacun leur c<!>tt'. Mais le duc ne voyant pas avec eux
Olive-rotto. qui tait rest Sinitrairlia avec sa troupe qu'il exerait s;: ;\ dom yy
q<: .il ne pu
^ '. h ipper. Dom Michel prit aussitt les devants et, ayant joint Oliverutto, il lui fil
observer que ce n'tait pas le moment de tenir ainsi ses troupes hors de leur quartier,
parce qu'il tait ' ' ,"' r,
et .it
VfiJii avec lui au-devant du duc. < '>*. rendit a cet avi.<ii
i(tto et des Orslni. Ceux d'Oliverolto furent surpris et e nt' lit M [x.ui!' s: mats ceux
des Orsini et de.s Vitelli,qui > ,. :. V r M doulaiejit du malheur arriv leurs i ii l^
fie Siuiga^ -1
remarquable et digne de leur grandeur passe. Vitellozzo dit qu'il priait le pape de lui
accortier indulgence plnirc pour tous ses pchs ; Olivcrolto, en pleurant, arrusait
Viiellorzo d'Mre la rausc de tout ce qu'il itic. Oo
que le duc ft instruit que le pape avait fait galement arrter, Home, le cardinal
Orsino, l'archevque de Floi^nce et le seigneur de Sainte-Croix. Ds qu'il en eut reu
la nouvelle. Il fit et' ^es deux prisonniers au chteau de la I*lvre. le
Extraitt du Prince.
niment se maintenir. Nul ob.<(tacle ne li ^ ii '. sur le chenil " <'S qii II au m<' Mit,
ou par la faveur d'un pui
villes de rionie et de riiellespont, et dont il fil des souverains, pour sa silrclc et pour sa
gloire; tels taient :>,
volont et la fortune de , ni
if .1
puls!>etit compter. D'ailleurs, les tats qui se forment si m * -me tout ce qui dans In -
- - t> ' avoir pris racine et
PL. AI
em; le lo premier vent contraire, la premire tein' '
qui sont si subitement devenus princes n'aient de^ talents si suprieurs qu'ils trouvent
d'abord les moyens de conserver ce que la fortune leur a mis en main, et qu'aprs tre
devenus princes ils ne sachent se faire des appuis que les autres s'taient faits avant
de le devenir.
Le premier, par des moyens lgitimes et sa grande habilet, de particulier devint duc
de Milan, et il conserva, sans beaucoup de peine, ce qui lui a%'ait tant cot
acqurir.
qu'il fit et tout ce qu'il avait fait pour jeter les fondements de SA future puissance. Cet
examen ne sera rien moins que superflu : car Je ne saurais donner un prince
nouveau rietl de nii' ~~
aucun niovfii ic ii-faire ^oiivi-raiii d'aucun btat qui ue fdt pas tat do rLglio. S il se
dclcrminait en dmembrer un, il avait que le duc de Milan et les Vnitiens n'y
consentiraient jaiii ' ((ue dj Ftk^niA et Rlmini talent sous la protec-
'uve du I
,. aprslai-. _.._, . _.
o U las vit se conduire mollement. Et quant au roi. Il avait juflr ses intentions,
loraque, aprs la pr' ' ' hin.
fortune, i
Il oommeua d'abord affaiblir les partis Orsinl et Colonne Kome, en allirani 1 ' '
.'agnanl t ' "'^hoaune
rfilier v(vs le duc 11 atslt dispers les Colonne avec infiniment de %ucc* et de
mnagemeiit. Il attendit l'orcaslon (*.p perdre les (irxliil. Ceux-ci. s'apercevant un
peu tard que lapn. -aor> du elle de l'frlIse ferai(nt Ir
i. Il ne m. , user
avec celui-ci de tous les moyens qu'il fallait pour se l'assurer, par des prsents en
habits, en argent et en chevaux ; les autres tu:tut assez dupci pour se mettre entre ses
mains Sini-u'iu '^ de
'.';. 1 sa
I,;,' \
.i.iif. ,1 ,_ _ , , ,
Iesslves et qui seraient < fp la province, un tribunal nvil. ) isnit de l'estime publique,
ail}.. . , ait on avocat 11 l'tait aperu <|iio l's > ru iui< 5 de Hamiro lui avaient attir
< l.iMT de tout K 1 .i .lifctlion. il vou. I
ne devaient pn<t lui attribuer les cniautt^A qu'on avait pu mettre, mais les attribuer au
caractre froce de son mlni En consquence, il saisit la premire occasion favorable
^ projet, et il fait i' m. et fait expoM-r
employant contre eux les arme de son choix, en voisins puissants qui pouvaient lui
nuire. Il ne lu. . assurer et accrotre sa conqute que de n'avoir pas re<l< le roi de
l'Yance. Il savait que ce prince, w tard, aperu de son erreur, ne souffrirait p,. ment.
Kn cons^'-quence, il chercha d'abord des
les l-'ranals s'taient ports Naples contre les Espagnols qn assigaient Gaf'to. Son
dr 'itdesef ' "
l'avenir ; il devait craindre que le nouveau pape ne lui ft opp^ ' -'ionht lui enlever
ce que son prdcesseur lui av.i il s'occupa de parer i\ rp.sdnnrers. Premfrem'*ni.
il d de tous las ^
tnf'tni I < rond lieu, il s'attacha tous les . nouic. itiii de contenir le pape par eux ; tri
fit le plus de cratures qu'il put dans le saci mement ' n'-solut <!
mort d'AIPxandre. et 11 avait tout dispos |K)ur mettre le quatrime en usage !" il en
massacra le ,
' re de la Toscane ; il pos-st-dait |ai s't'taieut mis(*s sous sa pro-tt ctioa et doot il
u'avait qu'a prendre possession. 11 u'avait plus mnager les Fran^'ais ; ceux-ci
avaient t chasses par l< s Kspaj^uols du royaume de Naples, et chacun de ces deux
p.'uiilei <: r. Lucqueset >icijiie 1 '. partie par hatue <lt IIS, partie par crainte. Les
Murentins ne pouvaient se -1. ^. Tous ces projets lui auraient russi et avaient
menc tirer l'pe. Il laissa son fils avec le seul tat de la f, . ...^ Ijjgp consolide;
toutes ses autres conqutes taient lit en l'air, entre deux puissantes armes ; lui-mme
levait s'attacher ou perdre, les fondements qu'il avait su jeter <-ii peu de temps
taient si solides que s'il n'et pas eu ces
los na^rlioui, les Vllelli et les Orsini s'y fussent rendus, ils
lai il n'et p.i-. .. ... lade, tout lui et >,:, ........ :: :._ ^.t, le
S ( ne pouvai
s'opposa sas dewing fui la mort trop prompte d'Alexandre t-i la maladie dont lut-
m^me fut attaqu. (>uiconque donc Ju^e noeasaire dans une principaut'- nouvelle
de s'assurer de ses ennemis, de se faire dc^ amis, de v < r oo par
pecter par le soldat, de dtruire tous ceux qui peu>'ent ou doivent lui nuire, de cnScr
de lois nouvelles pour lai substituer d'anciennes, d't^tre k la fois srre et
reconoais^aot. magnanime > laquelle oo
nepeutbcflei se cooaenrer
cclui'l, dis-je, ne peut pas trouver des exemples plus roeoUs que ceux que pr>< '
r tout. 'imiro d'Orco. // en [ii-ojtt'i pour adresser au duc de Vatentinois des loges
iitr sa />uiitlque.
Magnijlques seigneurs.
Nicolas Machiavel.
Le futur Alovanlre \l, jeune encore, ni<-iilHit <!< foudres de son oncle le pape Pie
II. c>!ni-4i fut i scnes do d<'-bautlie auxquelles fui m' le,
de M. de M. reproduision.s
lu sicle, tant runies dans les Jardins de notre cher flia Jean <!' "isl, nousavon!
m la sagesse (Ixh>-
des galanteries, des privauts, et toi, tu i-.s .^..- .a, comme si tu tais un Jeune homme
du monde. La dcence empche de rappoi' pporte
(LeoDt me des
aux maris, prM, frrea ot autre* parents des damas. Voua deux, seuls avec qvelqur '
* : <>. vous aves t lea robde la fla n dlrifeant 1m d.
. \olre l^t-rel a t la rise de tout le mnde, et vous tes la fable du public (de
l'pinois).
minislere, ou uftirme que nous voulons tre riches cl grands, non pour faire le bien,
mais pour nous livrer plus librement nos caprices. De l, le mpris des princes et
des puissants, les sarcasmes quotidiens des sculiers. De l, leur facilit nous
opposer notre propre vie, si nous leur reprochons la leur. El l'on vicaire mme du
Christ, en le jugeant capable de
fer/i , ux.
Toi, cher fils, dj la tte de l'glise de Valence, une des premires de l'Espagne,
et chef de la ihancelleri' ' '
lu es encore plus blmable, car tu fais partie du romain.
Nous te laissons juger si courtiser des jeunes filles, leur envoyer des fruits et du vin
auxquels on a got, en signe de prdilection, et tout un jour se livrer au plaisir et
assister tous les passe-temps de ce genre, sont des choses convenables ta dignit.
Si ces faiUi se renouvelaient, nous serions oblig de montrer qu'ils ont eu lieu
notre grand dplaisir. Heccvoir des reproches de nous serait un dshonneur pour toi.
Nous t'avons t(jij i , ' '"' ' " "
. i ,..
nous l'avons liun>r- le uolrc faveur. Fais donc en sorte de continuer la mriter
ainsi que notre estime, ce qui sera facile si tu prends une vie plus srieuse. Ton ftge
nous fait esprer qur* tu tv is, et il nous engage t'tdreMcr cette admo-
iu>i.iti. .. lie.
le IU\ .a,
e-
la
l'i
(i486)
" f 'est un homme dont l'esprit est apto A tout et de grande il:' ; il parle habilement <
naturellement adroit et apporte un art merveilleux dans la conduite des aiTaires. Il est
extrmement riche et la protection de plusieui-s rois et princes lui dunnentdu renom.
11 habite un p. vo
q,,'ii .X. -...,1(5 en Italie et on l>-.j..._,..>: et des trois t.^.... - Ui' \ Portus et de
Cartharo : la charge de vice-chance<
(J .lll-ill. .
luxe diurne d'un roi ou d'ua pape, ^o ne parle pas des orue-
\ ptiMij d l'.stoulcvillc.
PoptPttlt d Csar Bopgia
Boccaccio parait videmment avoir t bloui par le Jeune C^sar Bor^ia, si nous en
Jugeons par les termes trcsadmiratif de <'tt> lettre :
laque, c'est-Ji-dire que ses habits taient de soie et qu'il tait arm; il n'avait qu'une
petite clertca, comme un simple clerc tonsur. Kn chevauchant de compagnie, nous
nous sommes entretenus quelque t<*mps ensemble. Je sul> ' lui. l\ a un g-ule vaste
et suprieur et un ses dehors sont ceux du flis d'un grand prince ; 11 est surtout gai
et Joyeux : tout est fte en lui. Il a beaucoup de bleos-n-et fait une flgure bien
meilleure et bien plus distinguer .son fr(>re le duc de (iaudie. O ; Iui-m('ii;
tique; mais s^jn In^uflce lui rapporte plus de seize i; ducatt. Si ce projet de mariage
avait abouti, sa bntli<<-auraient chu son frre Jofr, qui a environ treize ans. "
Lorsque fui conclu, par procuration, au Vatican, le i6 uoiU i/93, le mariage de don
Jofr, de treize ans, avec donna Sanzia, fille naturelle du du<- Alphonse de
Caiabre, Alexandre n-solut de donner Csar le chapeau de cardinal.
Ct'qui fut fait un mois environ plus tard, le ao septembre i'i9^>. Auparavant, on avait
eu soin de lgitimer la naissance de Ccsar.
A la date du a5 fvrier i493, Boccaccio en rendait compte h la cour de Ferrare par une
lettre dont voici un extrait :
<i On a enlev la tache qu'il portait comm^ enfant naturel, eu Jugeant avec raison
qu'il est lgitime, puisqu'il est n dans la maison et du vivant de l'poux de la mre.
C'est un fait acquis : on voyait alors ceIui-<M tantt dans la ville, tantt dans les
terres de l'Kglisi^ o l'appelaient ss fonctions, et il voyageait dcote et d'autre, n
Hercule, duc de Ferrare, remercie Alexandre VI d neurs qi'*" - .-... ^ son flh
''- '- f" -.'i Rom)
Al!.':. :
rem.irtji: I
Alphoi)S4> demeura h ]\
P^^o et Selfii
hii
do^ , _ .
pit!
In <lnn'' dt* mu
IVtnj.H dj de '
ur,
Uettrcs de Boeaaeoio
svea Sfopza
propoi: - : au vnement.
A la fte donne au Vatican on donna des comdies que l'on reprsenta d'une manire
In: lu
dans la relation qu'il nous a laisse de celte fte, et nous trouverions mme une
conflrmatio: ! dans li< ' li-vante que l'ambassadour du . : ire, Boc< vit 5 :i, c'esiHt-
dire le lendemain mcme de la clcL : : i^e.
On verra par celte lettre avec quelle discrtion diplomatiqu-Boccacclo y parle de Julie
Farnee. la n " u-
l'oiijct de toute* les conversations. Les satire, moiu* diKivio^ que Itocccacdo,
l'appellent la runciu ou Cbaist .
considrables; dix cardinaux y assistaient et le pape tait assis au milieu d'eux sur son
trAne pontifical. Lepalaiset les apptant lient sa fiance, puis Tvdque'dc Concordia
pronona un superbe discours. II n'y avait d'auti*es ambassadeurs que celui de
Venise, celui de Milan et moi, et enfin un de ceux du roi de PYsoce.
c< Le cardinal Ascanio tait d'avis que J'offrisse le cadeau pendant la crmonie cl
que je fisse interroger le pape cet gard ; mais je lui reprsentai que cela ne me
paraissait i>as
convenable et que le mieux serait de faire le moins de dmony-trati ..._.. ^ ^^^^ ^^j ^^
le p ire : a 11 me
semble que ton ide est L>onne , et ion dcida que je devais me prc'scntcr au palais
assez tard sur le soir avec mon prsent. Sa fiaintet y donnait un dtner de famille en
l'honneur des deux il y avait 1 ' <]<-> Saint-.\
'I"'- .\drii-tiue
Julie; elle a
lev constamment l'pouse chez elle, o elle tait regarde comme la nice du
pape. Elle est fille du cousin charnel du pape, le feu seigneur Pedro de .Milla que
Votre Excellence a connu.
Quand la table fut enleve, ce qui eut lieu de troi.<< quatre heures de la nuit, le
prsent de l'illustre duc de Milan fut ofTt'rt k l'pouse. Il consistait en cin(| pices
diffrentes de !'! X ,11 ts d'or et de deux anneaux, l'un de diamant et l'autredi> t iibi' I
^llm i,o<K) du
li<'s'iii jrneurie avec i
que l'offre absolue de vos services. O pi .^ ..i .. .^.....u)* plu au pape. Indi
p^'udammeut de rpousi>e et de l'poux, il a
11
aO LA ROMC DU BOIIOU
i "H un
position ix'Hsemblant a du Jaspe et orn^ d'argVQt dor, qui pouvait valoir de * tl n'y
eut pms d'autres
Ile poi Ferdinand flieite Jean Sfopza au sujet du mariage de Sforza et de Iiuerce
cause de l'amiti que nous ayons porttl'e, et que nous portons encore, vous et votre
maison, que parce que nous croyons que rien ne pouvait vousMre plus avantageux
que ce mariasre.
f union . ! lu
En 1^93, Julie Faru^sc> avait donni' le Jour une petile flUe. Cette oDfanl fut
donn<''e ofnciellemeDt comme fille d'Orsini, le rn.ui <! '' n'tait un mystre pour
per
Un Jour, le cardinal Farnse, alors Viterbe, pria Laurent de ' |>our les ftes de
N'ot'l. Ils furent
son Savelli leur firent une rception pompeuse, puis ils repartirent pour Rome,
('hemin faisant, le cardinal rvla I^tu-rent le sujet de ses mditations : le projet de
fianailles de la 'le de Julie, a Avec qtii i qu'il dsirait fiancer I .ManfredI de Fanza.
Or Pierre MMicis convoitait pour sa propre fille cett "' " avec le jeune Astorre.
(Astorre); Je veux (tire que je crois cette enfant /lIle ftu pape comme 3f">*> Lurresia,
et nice de Votre minence.
d-.i-
nous de citer cet extrait duue lettre critt par lui son frre
( >i:i util //! .1 11 il l'i' <!.>< '* >t ' inilli'i i'ni.'.
lu
I';. ;
.i't,.. ti.'.
'. Ji VOUS ai crit hier soir, mon cher Gianooii. . . ;iii S4> trouve ci-dessus; je suis
mont cheval aujourd'hui, veille de la f*" .1 Farns< l'-r aux vpres au
b 'Mi
olle tait asAise auprs du feu avec M* Lucpuc. Bllc de ttoXn Selg^ncur, et M*
Adrienn* <>' 'If m'a accueilli, ainsi que es cofn{Ni^es. avec de irrnr mslralion de
joie. .>! Julie
(encore l'y rarnenor pour lui ^tre agrable. M* Adrienne itjouta : Est-ce vrai qu'il
ne lui est pas plus permis de venir ici qu' Capodimonte et Marta? Je lui rpoudix
que je ri;- . ^ 1 ,; : - - : --,---,/ : ii
fil IIS
ses lettres, et qu'elles pouvaient maintenant eu agir a leur ^ise. Je laissjiisaux soius de
M* Julie, suffisamment habile pour ce qui la coocerne, de faire en sorte qu'elle.H
pussent ae remontrer !e-
mAme de % .le
grands reii! * mdit i^ " moi.
de ce qu'elle avait fait pour moi, et que Je ne pouvais pas tn' ' ' on ttooigner qu'en
amenant la maison
.MiM Julie que J'tais redevable des rsultats que J'avaia ubti-
nus.
J'eus l'air d'tre convaincu pour ne pas la contredire et je remerciai encore une fois
Sa Sei^euri ' ilte me
de ce dont nous n lit .!> \n\a d'tVcTlre; elle peuae iH>urtaii' li.iiic p.Tr \otre
eotromlse. Pierre le Mat i
volontiers. Tel est le point, comme vous voyez, o la chosf on est. EUe a voulu tuss
que je voie l'enfant; elle est dj trrand' t. ". au pape '
tombaient jusque sur les pieds : Je n'ai {amais rien vu de pareil; elle a les plus beaux
" : . Elle pos' f
qui faisait l'offct de la fume, avec certains filets d'or. Elle rayonnait vrnimeot comme
le soleil. J'aurais beaucoup donn pour que vous fussiez prsent et que vous puissiez
vous con-vair ' : vous a\ez souvent dsir savoir. Elle por' l
':i en changer au bout de que! ; '' avec un costume presque en 11. ic-jnent de velours
violet. Comme les vpres taient finies et que les cardinaux s'en allaient, je les quittai.
On peut penser qu'Alexandre Farnse n'exagrait pas lors-M<> ' l)eaucoup cette
enfant de
>n
la lettn- sunanto. que Lucrce mritait. M avnMHUo pas, en effet, permis Julie
Farnsc, dori< \i.v in.ir.. i.ii .x .; ,.>r,i.. la trarde, de s'lnif^ner d'elle?
' a
Jw .II-
dnilt I H.
l>' --' ..
Nt lu ofUfef de ti m%
d nouvelles de ta ^.< m.
AIb*' Adrieiitu' et ilf Julie, car vous les avez laisst-cs sVii aller sans noln-
i*rrni*ivj..f) '\-presse; vous auriez iil j>*>ii<'M". <omme c't. si brusque l ' janl
objectes qu'elles l'ont voulu ainsi parce que le cardinal Farnse l'avait ordonn, Je te
rpondrai que vous auriez dd vous demander si cela plairait au pape. Maintenant c'est
fait; mais une nous aurons soin
Jrce Dieu et la glorieuse Vierge, nous sommes en trs bonne sant. Nous avons
eu une entrevue avec l'illustre roi .\lphoa.se, qui nous a trait avec autant d'amiti que
d'obis-l' s'il avait t n -.re fils. Nous ne -
mutuels nous nous sommes quitts. Sois persuade que Sa .Majest sacrifierait i>our
notre service sa personne mme et tout ce qu'elle possde en ce monde.
u * ..!ati.
vem ;> ou
quatre jours, il ne me reste plus qu'a te recommander de vcil-l.T .. t.t sant et de prier
assidment la Madone.
Il
in (i<
gain
im
u,
Ui-
1 ad do i| ^iiid
uoquain quod justum sit vei posM, vel ceJlc afrere, nlii roeUt, cl viribu cixTcealur.
po^h lia
- . ....iii-
j)e?ilil' ' et
<;'lri I ,ur
enarraadn, h-c committenda pluribus excmplis, atquc per omDium manus tradpnda,
pt di.s.s>ininenda.
dinem abduxerit; cum iste dovus .Mahomettus omnis criminum sceieritat! illurn
loosrc supcravorit, et hoc fldei, et reliionis reliqiium validissimis morhorum
incendiis exarscrit. Veaisse teiT! i)usjam ' lica-
excos^itari poluisso, qui ap<^rtior Dei hostis Christi, oppugDator fidei, et religiouLs
subversor inveniretur.
tt illi.s soluminodo cedere, qui aperta emptiooe plus i)ecuDia-rum, qum c>tari
largiunlur.
Itur ad Falatium cum auro ad emenda fldei mysterias; stat ibl Ji Muti-
neii ilus,
bu5 ^. : :s, nuilo pudore unumquemque peasitat, quid quocuroque fcratur intelli^t;
admittuntur soli divites, et locu-piets, tenuiores vero om. ' unelia exclu-
sibi, et suis Jam non Umeat. Quis horrcntla libidinum mon->^* ire non f ' t^ jam ii
et
t ;n speclaru-
lii . , Il deesscnl,
acta es sequcntibus diebus in publicum spectaculum, equa, qua spectante cum fillis
PontiBcc, inlromJs- - ! - - rios nimis Wnpris artiore roncitatns in fumrom, i .r-
ri-
iir.
^ in-
' . 1^-
sia* tributa sTuin IralicnK, iuxu inaudito ad maritum acccde-ret, et und' "i....,
.,,1,,...;^ rivitatibus et veri dominis infer-retur. l'ui is vle re* Inrolas. maximam
urbis
lUm\' lU-
quo> . '.>,
Il j
pii-
largiore littiii; -
bai s iu ejus
jam esse dicuntur potestate, Spoletum, l'rbem velerem, Vejos, Nepesum, Terracinam,
Molem Adriani illius prsesidio teneri, et demum eo veotum esse, ut ejus arbitrio ad
libitum omnia ulur, qui iKtn tariquam hujus Imperii Protector, aut i velut lostis
aperlissiinus umnia dilapidt. In hoc solummodo Patri adgnitus, atque caris.simus,
quia persimili*, in omnes adco perniciosus. et $a;vus, ut judicare, sit difficilli-mum,
utrum eorum detestabiliorem natura produxerit. Supe-itu in Flaminiam ]< ns, per
terras
tates, quum contra alios adessct pugnandi, aut rapiendi mate-ria inlra se vertro arma,
ibi Duces factionum hujus - ' -lionc. et facinore. el prirlera tem{)orum lirentia nixi
1 -'IN, >l
llll:
:iiu
I : hi" t, scd apcrtis subornati)nibus fovet, atque irritt, quu :^< tlicfl uppressis
exulibus, et adversariis, qui (^sarie, et l\o-maoi Imperii partes sequuntur, quorum
bona ab eo proscri-
i.'ilos, 5i qui sunt, qui seiiUaiit mrliits: nam t : partim pulsis, partim opprcssis, ncmo
Jam et
exreliquls. qui hiaocre audoat; alil pcr scelas, atqup i^nomi-niam rrell, nuro, cl
faciDoribus malis cmp' -
tum : hujus molu, et volunlat omnia ad libidinfin guber> uantur, ilhini intcr f^re^res
meretricnm Turcanim ^ '-UU
rum fams, rapina, sitis buroano sanguine satiantur : quamm immauitatum metu
cetiere Jam ab l.'rbo nr ' ' fnmilia.
plis statu rovritare vidonlur. Ouomodo in lurcus aut A.<..'C> g:en;iotur liolluni, si
istud domcsticum incendium prias non extiniruntur, quo inBdcIe.s f^laroli
Franconim Re^ I ". srcndr-
1 "K eju>
" -1 i>.
.'lUs
i . . '"^
!Iu-
. ibis
TliADLCTIoy
SILVIO DE SAVELLI
y,, /-..v .rr-n fiff^ .'^i",> et fort honor afif'r'-' 'ti> <..,-^K',>;,.^ ftoi dex
tlomains.
dtts U V... - ,^... ... amis nous ont crites, que tu es banni par
s i6 bien m .uit
nous iMus soiumi'-i lur. i Luniiv \lc \ .. .,-. :.. ,-._-.vuci soit
ricc -
lui que par une haine ternelle. Il te faut donc tenter d'autres
les d< t t <t : s forfaits qui sont commis au mpris de la Divi> nil et la destruction de
la T ' . lesquels - * s et
soit, qui puisse en faire la peinture. Il te les faut racunlei dan les assembles
publiques des Princes, eu donner plusieurs copies et les faire savoir un chacun, pour
en informer gn-ralemcnt tout le monde.
C'est eu vain que la Relifrion chrtienne st^ plaint de Maho-rmt. sin an' >tit
On va au Palais pour acheter au prix de l'or les mysti-res de la F' ^ crimes, le vi l-s
nn-
I,..,., .1.. \:,r,j.,ii\ .1.. v,,i.. qu'on dirait que c'e,s: c un rer-
( ! - \i IW)ll('l \
CESAR BORGIA
Portrait vatiriouc
sants, au lieu qu'on chasse les pauvres avec mille paroles injurieuses ; toutes choses
sont vnales mainteuant chez le Pape, les dirnits, les honneurs, les dispenses, et les
dissolutions des i :is, et plusieurs autres
ment, ou, pour mieux dire, mis deux fois mort, et un autre Gentilhomme de la
chambre du mme Pape, appel Perrolte, urorg dans son sein, a pollu par le sang
cet ausmste Vatican, dont les dieux lut Mon,
tt)us obligs de s'enfuir. 11 serait trop long do vouloir nommer tous les autres qui ont
U; tus ou blesss, ou Jets en vie dans le Tibre, ou qui ont t enfln empoisonns :
parce que le ' "il. et qu'il s'augn
craigne pour soi ou pour les siens ; qui est-ce, de grce, qui * pas horr* ' ' ;? de tant
et de si horribles
lent' le*
jour
il puur I ane-
t-Q aux Turcs, et on s'est servi de ce mojren pour vendre ; .' '. !'- V du monde les
indulgences en public*
i.>^ sommes d'argent pour faire de^ qoe le Pape et de quoi cliArtrei 5.1 . - comme
il fit; car en s'h illaut
Kavence, d H rc des
mieux, avec plus de licence et moins dt contrainte; tandis que relui-ri, songeant a des
plus grandes choses, tchait
t le
ou
on.
i>ar-
- ennemis, ou
il arriva
. . . , ^ tout ce
il tait
lieu ai i
' quoique^
rnandenit
!''S impurets, cl ! , ^
i.itre les autres ou d'en chercher l'occasloD, se firent la g^uerre .1 :'. -Il * f* des
partis, tant svbor-
qui s'accoucha5sent, ils prenaient les enfanta mflles pour leur donner la mort le
premier jour do leur vie, et leur fni.Haient trouver leur spulcre dt^sle moment qu'lh
vennlonl au jour. 1/* bon Pape. lequel s'adonnait cependant .t irs s^ins sorj-
ments de toutes parts, pour faire paratre sa fille (quil a eue par une vole extrmement
criminelle), avec une r ^ W"
que les ennemis qui suivent le parti de Csar et de l'Empire romain, et dont les biens
ont t confisqus par Injustice, il puisse tablir la fortune de ses enfants incestueux
et de ses
y (Il a quelques-uns d'entre eux qui soient d'un meilleur senti-intiit, car les plus
puissants tant bannis et en partie oppri-iu> V. ie reste n'ose rien avancer qui lui soit
contraire : si bien
' iinenls, le louent et l'admirent ; ils le craifcnent tous pour-mis son fils, fratri .
,.^ij
lie plusieurs troupeaux de putains la moK-l1 . 1.. ; . :,.arl des ^ns sont, ou tus, ou
bles.ss, ou pr-
cipits dans le Tibre, ou empoisonns et privs de leurs biens par son commandement
et son ordre. Leur r< f it
faudrait mme qu'un chacun sonfeAt quitter U ville, si Csar ne rrr- ' ' - At tous
ces malheurs. t> t des aOsires et misrable condition de
propiiiraiiuu de la foi ; mais comment est-ce qu'on fera la guerre aux Turcs et aux
Arabes, s'ils n'ont pas teint auparavant cet incendie domestique? puisque du temps
mme de Charles, Roi de France, les Infidles ont t appels, pour s'en venir
desc^^ndre i;Ti<* In Pouill ver six mille rhevaux, et qu'ils Ol:'
que le iv . ^, ' i ^ i
part. EstK:e bien pour ce sujet que les grands Princes ont rsolu autrefois et mme
employ leurs soins et leurs armes pour dfendre et pour augmenter la Religion de
Jsus-Christ et ! idrc Jrusk-m ? que tant de braves martyrs ont
blique ont su, pass les nuits et travaill, afin que Rodrigue Borgia, ce gouffre des
vices le plus dtestable qu'on ait jamais vti. renverst sens dessus dessous toute sorte
de droits divins et . aprs avoir achet le Souverain Pontificat. Que les viennent
donc au sccuurs, pour empcher que la Rell-ifion ne tombe pas tout fait en ruine ;
Qu'ils remettent au port la nacelle de saint IMerre, en la retirant du milieu du
naufrage et de la tempte ; Qu'ils rendent la justice et la paix ii la Ville ; Qu'ils .1:
;:iune, qui
quoi tu donneras des copies de ceci tous les Princes pour lea faire Jiro, et en
enverras mme aux Rois qui seront absents. Adieu, S4nivieus-toi de nous en faisant
cela, et sache que tu es
i.,.tH sumiit, r' " iqiio ,.,.. ,,. 1 ,,..u. Inter alla
mu<i pro vit utiUtat, et honore vestra pot^ntlip, et adhuc pro mea ftalUfA'^lione
bonum eu! < ' ' meus fkter.
M veH-
l . ;, . ,. 'tUH
lum ; adliut prutnittu veslra Polentia*. qxicxi vita mea comit, et quandi vixero
liabebimus scmper bonam, et maaam ami-cittam cum eadcm vestra Magniludine
sine aliqua deceptione et item faciemijs nmni ' ' " * : 'ia nobis pr v '
juMvi, et atrirmavi in priesentia (ieorgii par verum Deum, qiS'm adoramus, et super
Evangrcllia veslra, obervare vestnf* PoteatiiP omtiia. usque ad complementum.
neque in aliqua re
Sulthnn Bajazit Cham, juro par Deum verum. ,u. vil xnlum
et terram, ut omnia quie in eis luut, et in quera credimus, et .idoremus, ijuod facii-ixlo
ad'
T/iADCCr/0\
Sultan Bnjazet Cham. fih du dfunt Sultan Mahomet Cham, par la ; " ^ . t . - |x>i^.Mr
de tous k
di(rne Souverain Pontife. Aprs avoir rendu votre Grandeur Ir- ' ' furellc mrite et
qui lui sont dus, nouf lui dclaroa h ni et d'un cipur sincrre comme quoi nous avons
port de la part de votre Grandeur, ce qui nous a beaucoup rjoui et nous a donn
une g-rande consolation. Il nous a dit entre autres choses que le Roi de France est
rsolu d*enle%'er Cn litre les > votre Pu luI
s I- h notn et fort i
votre Grandeur, aussi bien qu' tous vos Chrtiens; ainsi nous avons commenc
appliquer nos esprits avec ledit Georges pour le bien de la vie et l'honneur de votre
Puissance: et il
V. ' -if*
Vt . , . UU
entre les mains de votre Grandeur (en quoi vous lui procure* riez une meilleure vie.
un avantage et reposa votre Puissance), ce serait pour moi une chose fort agrable ;
que si votre Gran-d. ,io
s.. .ce
son Ame, de la meilleure faon qu'il plaira voire Grandeur. aprs quoi, si elle nous (
n corps en " it
pr yCT l ou !lt
votre Grandeur sans aucune dissimulatiou et nous ferons mmeencore li - ' ; -i nous
sera possible pour vous obliger et vous plaire. iffeons outre cela notre parole votre
Puissance p m
%ur terre ou sur nier, hormis qu'ils nous tissent quelque tort
son esprit ne reste dans le doute, en lui <'itant enfin toute sorte
qui nous croyons et que nous adorons, que faisant excuter ce que jp demande ci-
dessus, je m'engage f>ar ledit jurement de trarder toulrs los < lio-^cs qui sont
marques ci-devant, sans rien
.1 lu fr-
:. ... j^
\' u-
^ . i'or
1 '
.IcaUa, ' I
pnrare . ,
habeiDus, quod in lali nolra nec^-^^^silale juvabil nos; iji; rogalti:), et aomine
nostro exhortaberis, ac ex te persua*i i> cum omni Instaotia, ut placeat sibi quam
citis mittere nobis Ducatos qua?- millia in auro Venettas pro Annata anni
prspsentis, . , erit ultima die Novcmbris vpuliiri, ut
:, in qu
volunt nobis e.vs(> auxilio, imo babent arctissimum comii ' r-cium cum inimiris
nostris, et dubitamus, quod sint uubis cootrarii, quod e.t nobl^ arsrumentum m^gne
ofTousionis, et
:4Latim ::
'iir, el Inslrii
Mtir
36 LM ROMS Dd BOROIA
quod dlcti Veiieli dclarent se osm ^micos, et adjutnrnto nobis, et negi AlphoDso, et ^
contra inimicos Francurum, et aliorum adha'rentium He^i Fraociie : et si
cuiilradiieriut, orator aifaio flcet quod Dom > ^^^ qq,;, i>t>ste
persuadeas ei muTlum, ut facre hoc vclit, quia istud majua a^Juvamen, et ' ; :i ' " " .
t,
Soldant ad nos cum litterls, et muneribus, qu transmUit n- ' fralrcm suum peliit,
ac magnas
aliquit I esct-'ie, re
nolr;ii j iivjbises*; ,;
Dedimus tibi duo Brevia, qua? exhibebis Turcae ; in uno coq-tioetur quod faciat Ubl
dare, et consienare quadraginta millia ducatorum pro .. ntiale, ut
trnmite cum navi tuta, et corne illa applicueris, certiores nos rp'V * * '' am nosti
Ici' far!e<r: , ,
titatis suP, per prsens scriptum,etsubscriptum manu propria fidem facio, et confileor
omnla supradicta habuissc in corn; sis ab ore pra'faU* Sanrtiatis. Homa* de mensc
Junii ; <*' L'ijum Turcam in quantum fuil
roquisivit prsefata Sanctilas Turca mittendum Venetias. est obtentum, qui v vestigio
dcbebat recedere Constantinopoli mense Soplembris post me ad exequendum in
quantum orat vol.. ^
loi .
r/iADLCTIOX
/ ' Instructions que nous te donnons (Jfortjes Itiunnl notre Nonce et notre familirr
avoir rnJ' ts
Jl! If
h. - .
l de mer avec les secours que lui donneot t les Breton^ * "" ' ' " ' >
Nations; it: Je
qi;
SIC: I _ Ut
peut-<>tre u^ blii v.
h si cm;
recours :
qu'en vertu
cil' ; . .
iu
II.
; - - -. .
Inns imposer encore prissent uoo autre ot fera beaucoup; savoir qu'an ezpoaant uv-
notre possible pour r!iiter romme il f .a'., < :iv
que- 1.^ Moi de Fraure remporte sur nous, ni contre le frre de ', quelque victoire;
ainsi comme ledit Roi de France ...iv (>ui!isauce terrestre et maritime bien pV - '
ntre, nous aurions be.soiu du -^Lours dts \
ronl contrires et de craindre qu'il ne nous en peut provenir que de trs grands
dsavantages ; ainsi comme il n'y a point pour nous d'autre moyen de nous les rendre
favorables et les encra-
I>=" , les
es. Tu r .. .1 mme 'sadite Majest que nous sonunes oblig de l'avertir, en vertu de
la sincre et bonue amiti qv avons entre nous, de peur qu'il ne souffro
um?
venir Rome pour prendr-e Gem Sultan son frre, s'en aller conqurir cnsuitf le
l\oynunie ' "" ' ' ' *i,i la
qu'il le sollirlle et l'engage venir notre dfense et noire se<-<M!N fit -i qu' celui
du Roi Alphonse, par terre et par mer, pli faisons tant d'Lit de son amiti, et qu'il
aur
ce qu'il ait vu l'effet de son ambassade, que lea Vnitiens ne se soient dolnri'.s <! du
que ceux qui tiendront le parti de leur Hoi ; que s'ila contre-
>v
disent h cela, que sa Hautoft.ie ne les ait plus pour amis, et qu'il s'en nillo fort
indi<cn<'* contre eux. Conimp nous ne dou-tons pas qu'ils np condcstcpiidcnt fain*
In volont de sa Majest, si elle los presse h cela commo il faut, tu lui persua* deras,
autant que tu pourras, de le faire; parce que c'est le plus grand remde que nous
puissions avoir pour rsister aux injures qu'on nous peut faire, et le solliciteras enfln
de t'accor-d ' do cet Ambassad' il
nous a faites d un grand trsor, et de plusieurs autres choses comme tu sais, vu que
tout a tt' ngoci par toi et compris dans les articles que ledit Ambassadeur nous a
proposs et donns. Tu " ' " - ,i,.
rance que !
que nous lui avons promis, .sans que nous le contn'vaiiions Jamais la moindre
chose; qui est bien plus, nous n'avons point d'autre intention que d'accrotre et de
rendre notr\-Bi! ' iinrfaite. N lise, et
Chrtient, surtout dans la Croatie et la ville de Lcgine, lui pt " : ! notre ct que
les Hongrois nr ' ' ' nt
assure que beaucoup d'autres Princoj Chrtiens venant k leu: iccour ' ' - ''
' ' ' n'avoir pn^
nne et mutuelle amiti; que si sadite M.i ur d'inf] ' '-" ' de perscuter les 1^
oblig 10 d'autre mesures; t
qui -t.
Nou> t'avons dunnc- deux Brefs que lu prsenteras au Turc, dans Tun desquels il est
dit qu'il te fasse consigner quarante mille ducats pour l'anne prsente ; l'autre est un
bref de crance pour tout ce que tu lui diras de notre part. Ds que tu auras reu dans
le lieu accoutum les quarante mille ducats, lu en di ' !ice selon la coutume; tu
viendras ensuite
possible, et tu nous avertiras de tout ce qui se passe attendant notre rponse. Nous
prtendons que ton voyage soit prompt et que tu fas.ses toute la diligence possible
pour t'en aller trouver le Turc, tant pour pres.ser ton expdition que pour revenir
promplemcnt.
Moi Georges Buzard, Nonce et familier de sadite Saintet, dclarons par ce prsent
crit soussign de notre main et confessons avoir reu tous les ordres qui sont
compris ci-de^ sus do la lx)uctu' de sadite Saii > ordre de Ic^ '
tout chat le Grand Turc .selon le commandement que j'en av:ns reu ci-dessus; Quant
ce qui est de l'/Vnibassadeur que &i Saintet demandait au Turc pour l'envoyer
Venise, je l'ai obtenu, de Htirl<> qu'il devait partir de ConslanHnoplc apn-moi an
m!; d'^ S<'[t<>mlrp ; afin d'oxruU-r de point fn p'linf la ' !llustrissii:
i} ^ - : : .. .^ ^ :t'\\ el sm
ce que j . . :
IJ
Mt SI sou'i 'tr
l f qu'H . -il
su _ li : i . 1 rn
' !n
.-( si
t: '
IV it
qu'il euR^ il
qif Dieu i { uvsancc des li i noter
es den avant-murs du rlu\teu S;i coutil pluicun, et cotre outrer dcu\ uiKiinnux nm
}
. !
I.' I Rome, I
M,^-! iirschosc>-
\, et aulree qui
toute prte, comme m'ont dit des plus frands : mais toujours
f t qui ne pou-
c'Hii.ur >i<- I 11.. u!, ! -ue, dont aprs sera parlr. Par cedlt appuiiUcmcnl div.ui lIk,
paix entre le Pape et ses Cardinaux. et autres devaient tre paj's du droit de leur
chapeau, absents t.'oramo pn'senLs : de-. " '' " '
. do la maison de
Micuia :
is.
' Rn| 'nrhomina A Rom*. d'w\ I* Pnp* njipnravant voulait Qvojrrent quelques
gens : le Duc de Milan lui en en\ .v ,
ayant laiss les Cardinaux Homo, lesquels recueillirent le Roi, qui y arrta peu et o
oui dplaisir ne fut fait aucun.
cuit allissimo in Reyno, el Dominllls nostris suam pacem ponere, tola flrmitate
proposuimus pro repellendo Turcarum furorc rapido. el retup<randis terra sancta. et
aliis dominiis,
SI lll
-. T' .
li. 1-^
M "1.
fidei. et Christinuv m. et an m
W r-
f,.
ol
\ t
di int, (t
- I- ^1 "^ ".
-1
Uuni
rfverentia, b
cooservarc : n- . rii
: trnai'
itium, rtominiini
'uni. ad acr
h< ...
(ji,,
m {nrlt-rn rxjmgaassont. et in
{Mwxiinr 1 :m in^retii ;
i.i
j"^. . . .
t.-
I i I
i "-
s.ys iionoiA
rtim rulpn nesrio, haclenus fuimus impediti, non per IpAum Cliristiaiii.Hsimiim
l\c^m. cm nihil aliud cupiat. qu.'iin so tU . -- '
lu it
Duce I ! ' \
qum ^
l\ u
i - :- .
nentoni.ad significandum pro parte sua* Majestatis, ut r. n< ' por quoscuinquc A'
: .
u . , _ . :ii
in pr.rviis
^ "sler amicus,
Cardinalis Gurgexsis.
Cliarles. par la grce de Dieu, Roy de France, tous les fidles Clirc'tiens (jui verront
ces lettres, salut en Christ, et zMu del Foy Catholique. Considrant fort
attentivement, et faisant it en nous-11. w les dn:
de 1-e.nous urs,
Chrtienne, et touffer tout autant qu'il nous sera possible la ' ' " 'l a plu Dieu
dedon-
lu do refKiusscr leur
croie nanmoins que nous faisons ceci pour nous emparer des
aSo
L4 ROMI DCS MMOIA
Il .t.. .!.> 'indique souverain, du domaine d qu* I' -< villes, ni que nous
ootreprtMiions un*
ou
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lionoeur '
ii;it:.itiull li.
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'- ' ' ' ' : !f> divers I' ' ' *
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IX
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t. et t^Ui :
I rela, noi %'rer; afin d'avoir n aiiro. Nou! ne v> le jeune Alphonse esseur*,
sav< i qui uni os^i'*!' l'^alr, ni ! train- <lc Ir. sibli
no %"
<ljr M.,.
outume de ii' gritiif. MaU p fa ili: iMjur {"
cl CX4<-ut<
lerrt'a do 1 '.^ _ -
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d.
n-
Iv
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afTma-
nous eo fait la
la voie la plus
il nous partons.
IIS quelques
'<MiH au iii'ta
Alcxnndro Sivi-'-me, Pape par la divine Provideuce, et le Sacr Coll- u't' dt > I
iplitiauxde l'glise Romaine, tout ainsi que les r "'S Magistrals. les Officiers, les
donner leurs secours f>t tout ce e, et qu'ils nous ' t du
sont montrs contraires aa bon dessein que nous avons, en nous donr "'- ' ' . *
y>art,
un' N,et
ils onl fait un si bon dessein, il esl certain qu'ils auraient d^j pris la ville de Naples,
et qu'if' - -jt m^rne pu entrer dans les terres des ennemis au cov. . nt du printemps
notftr j/v. ...ie pour nous ouvrir ce passage par la force des armes, et de nous procurer
par toutes sortes de moyens les vivres
la fr u. en fol de
DU CllDlSAL GUnaE.\SE
Trs chejs Amis. ^>uolque nous ayons fait t^ut ii sJM* (comme I>leu. qui
p'''n''lro juiqiir dnn"* I \%\\%% ]> ur
ni- : ''n,
corebien q un
grand dM v lu-
c .le
lent l^^che de l'apaiser par leurs ,...... . .. .-.-.. j,.,..,...,., .,iio cette mt^mc union nes'en
est pas
ensuivie, cause que les ennemis de ladite Majest Trs Chrtienne, qir ' ville, s'> !t :
quoi qu'il ' i.iiit fait . i-n qu'il m'a promis que sc^ troupes ne feraient aucun mal qui
que ce ft des courtisans qui faisaient leur sjour dans la ville, ni d'autres personnes
de quelle condition ou tat qu'elles \ii qu'on ne !- lin Majest ou s* i. qu'entre tous
ceux qui taient dan^ r.^
troupes du Roi tr>s Chrtien entrassent par force et main arme dans la ville, vous
devez tre assurs de la bonne volont d sa Majosi Ir^s Chrtienno. Mais afin que
vous soyez plus
mme faon que si j'tais n dans leur iitats. Adieu, mes chers et heureux amis, et
priez Dieu qu'il fasse russir mes desseins, qui ne tendent qu' donner une bonne paix
au Christianisme, et de faire qu'on entreprenne une guerre gnrale contre le Turc. Ce
a5 de Dcembre.
Tir de la Vie d Ctar Borgia... dcrite par Thomas Tho-masl. Traduit de l'italien.
Imprime Monte-Chiaro. M. C. LXXf.
Le VakntinoU rsolut avec les mmes asscMins que le jeudi delaaem.i ^<-ir> dcjoio,
serait <\u
..- -^ - ^iJ
pour lor dao5 Komc poor fan, mais aanM de la vie pour l'autre. Irs InN' . . ne
belle
Liens, vu q '*'^
Il sa frti
^ ) .
imrce que le fratridiU' rsolu ne causait aucune altration ce >eur qui n'aTait aucune
tendresse; oi m^me le moindre senti-
' a
^OD pt-re, avant qu'il se mtt au Ut. Il presse encore son dpart
ils
lait
se^ plaisirs
qi' ' ' ' il rao sa vie, prit conir du f^re lorsqu'il fut
- - - 1q^
,1 vn r' ,,-l
loutsou
- . , ;. croupe
^ur sa mule qui tait venu le trouver tout masque l o il .._ 1 .._ 1... ,_ . _., :i avait
a- * ' dfaire
i ver
up
HJS-
riti' de celui qui l'ordouna que par les tnbres de U nuit. Il est bien vrai que l'on peut
croire selon beaucoup de conjec* ^ que le Cardinal de Valontlnols eut pri ;ii*il fut
romonl cheval, il s'en alla .
V qui le p Mirs, cela ! et il fut laisii priv de vie par les coups que ces meurtriers lui '
nrent et son dit valet laiss h demi mort sur la plat'e, .' 1 ayant touch de piti par ses
Inmcntatioos et ses ' gens qi! une
. , il y fut ' : un
lit, ou aprs avoir voulu dire quelque chose de son infortune, et de celle de son
matre, accabl de son mal, rendit l'esprit, comme on le divulgua bientt aprs. Ses
courtisans qui avaient Duc et ' s le palais,
laquelle tant sue du l'apc, ne le troubla ,-.. ... ..ucoup. quoiqu'il en ft un peu touch,
parce qu'il s'imnerinait que le Duc,
Il par le jour, il u
commo il se vit tromp dans ses esprances, et qu'il ne le vit paratre ni la nuit ni le
matin ensuite, touch au reste d'un bruit qui courait dj qu'il avait perdu la vie par un
assassin, il s'abandonna un regret si rand (|u'on eiU dit qu'on lui avait arrach le
c<L'ur de sa poitrine, et qu'il ne lui restait plus d'esprit que pour les rsoudre en
larmes et pour dire de temps en temps ^ ' -lens de soupirs : Cfir ' n.
'ne, / ./ rf
PL. Vin
!U< firent ses domestiques pour dcouvrir le succs de cette (Taire ; et parce que
tous les soins imaginables ne servirent de ien pour pouvoir trouver en aucun endroit
de In ville ou des nvirons I< corps du Duc. et ceux qui taient employas au reste .1 !
< la pratique de ce
i -.lire pour le mieux
cher on l'avait Jet dans les goutTres du Tibre, on examina >us ceux qui pouvaient
observer, soit ou des maisons ou des irques. tout ce qui pouvait tre arriv les nuits
prcdentes ce fleuve, et entre autres un certain batelier, qui metiait du bois par la
rivire Kipetta, lequel ctant intt^rrog si la nuit du mardi au mer-1 edi il avait vu jeter
quelque chose dans le fleuve du haut des ivages, il fit franchement et distinctement
cette rponse : X Messieurs. harge de lois le mercredi,
liant d^;d et de-l qu'ils n'tjtient venus eu cet endroit que Ijuur voir s'il n'y avait
personne qui fdt en ce lieu, ce qu'ayant bien considr et n'ayant vu qui que ce soit,
lis retournrent aiers pas. aprs quoi on en vit paratre deux -. prs avoir us de la
mme prcaution sans t. firent signe leurs t-umpagnons de ent d'abord, conduisant
hors du chemin un homme sur un cheval gris pommel, lequel portant eu - :: - ' nme
mort, dont la tte et les bras pendaient d'an < de l'autre, soutenu par les deux hommes
qui
aU LA MMB DU SOirOA
lejek'rent enfin dans t'ean ; povr lors relal qui 't*-' - ^ '
telle action, il Ht voti-face du ete de la riTlcra des qu'il eut uteadu lu rponse
qu'on lui donnait; mais r^-r-f -uc )e manteau du mort surnasealt encore Mir l'eau, il <
ce
qae c'tait que ce noir lit Bottor encore, cl oii lui dit :
troupe, il se mit lui jeter des pierres ei le fit enfoncer par ce moyen. Ccd fait, ils s'en
allt-rent tous de compagnie et prirent le chemin qui conduit Saint-Jacques. Voil
tout que j'ai pu remarquer et que je puis voosdire touchant la demande que vous
m'avea faite.
'Les serviteurs du Pape qui avaient fait cette enqute h rchiavono rpliqurent cela
: poan{uoi est-ce qu'il no s'en tait pas all trouver d'abord lu (iouvemeur pour lui
donner oonnaissan inoonliiK ' > si irranri ^ Mais il leur
Depuis le temps que j'ai fait le oaiierqneje faia sur l'eau yai vu jeter cent fois des
corps morts de la mme manire, sans que j'en aie eaienda dre le moindre cmb :
ainsi, comma Je croyais qu'il en serait de mme de oelui-ci, dent ^-ous vous
informez, qui est pourtant phis privilgi que les autres, j'ai tait mon ordinaire,
c'esV^hdlre que j'ai pris soin de mes aflklres, sans me mettre en peine d'une chose si
dangereuse.
Les serviteurs du Pape ayant eu cette lumii*re, qui n'tait que tr<^ claire pour venir A
la oonnaisBanoe de ce qu'on prtendait savoir, firent venir en diligwM tout ot qu'il y
avait de bateliers el de mariniers qal hi> r i rivira, de sorte que
vsient le corps du mort, qiU avait t jet dans le Tibre qacla - nuparavant, aeloa le
rcit de Scbiavooe, Il s*eo
avtour de Klpetta avec laurs instruments de pche tlrfrtnt hors de Tean sur les trois ou
quatre heures du mme jour, qui tait un vendredi, deux hommes morts, un desquels
ft fn-ralement reconnu pour tre Muforlan Duc, perc de neuf conps, le principal
desquels tait dans la forfe. sans qu'on
i
< ill pria au reste la moindre chose : car il avait tous ses
ne passion "i et d
. qu'il dt . M frn-
h ^lupo dans les vies des Cardinaux, et dans son petit livre de
" jucuup
di-je,
|Nir ceux
ij sdii, on
mangea quelquo chose, ce qu'il n'avait pas fait dspuls le soir du mercre<li. et se remit
faire aprs cela les mmes r - ' drcnls son propre tal comrn* il nvail fuit anpnr.'
quoiqu'il mU [rolest*- dans les ;
de vouloir celle semonce de li .
dit Guicciardin, quitter le mauvais chemin qu'il avait pris pour en prendre un meilleur
et plus conforme & sa difrnit et de reformer enfin sa conduite -l r<'Ile des autres, il
n'en Rt
l'autre ; si bien qu- ^ i umi oubli bentiH apr - - -solution. et des malheurs du Duc. il
reprit plus .-i tit qu'il
ce que veut dire Jovius quand il assure que le l'ape remit et sa personne et les autres
choses au premier tat, comme si la mort ne ft pas arrive, de peur que le Cardinal
de Valeoti-nois, mcontent de toutes ces ' sa |iersonne une action si inf.H
plus grande; car quoique la perfidie inhumaine de ce ccrur donnt sujet de croire qu'il
tait C4ipable de faire une action si norme et d'en commettre encore de plus noires,
comme il
,.,I.M.. "
int-
ivec
ot les serviteurs, d'abord vtues de leurs habits, eusuile nues ; aprs 1q souper, on
enleva la table, un posa svn "-' ment les i-aod^Uhn^ t/rre, et l'on sfif^n >ur lo pu.
grande
rpandr*- d*> I <m unie, comme une numnite qid est sar le km., ei
De nos Jours, cette hypothse ae nous talase aocun doute. ! hkAoriens aucquels nous
aveas fait alluaioa avaient ae >e : ils Ifasr a leat trs oarlalaeneot Burehord.
SaDS Itmlc ic~. u-iii' ' u" <t'n\ (jui i-iii "ippr
Il i>i
noir, . . |ue
pas reconnaissable; il coulait de son ocz une matire toute putr(^flc ; sa bouche tait
ouverte d'une manire si effroyable ((u'nn ne pouvait le refarder sans horreur, ni en
souffrir la l>UMritMir s(iM>i pfi 'f. p
Parce qu'il tait ncessaire d'tre j...u,^ hvh-wa vj. jamais de tout ce qui tait
ncessaire In cuerre. surtout d'argent, le Pajie et le Du en
de se servir, et qui n'entranaient apK^s eux que des violences et des plaintes, pour
accumuler des trsors, mai^ ....,-...-.. ^0 colui de la promotion des Cardinaux, qui leur
r le
I les
1 la.
les plus riches de la Cour; savoir : Jean t.astelinr, Salentinois, Archevque de Trani ;
Franvois Hcmoliuo, natif de Kelida, Ambassadeur du Hoi d'Arngon ; Franois
Soderini, vqve de ^. .. .... . ,.. * Vi,-o-
I de
LeoiMi , la
tet : mais qtii |><iiirratl cruiii* qu' peine lea fou >m
^{ ai:r..ijtum de faire, et qui semblent donner nf.
logue lui avait prdit que tout autant qu'il porterait le Saint Si. r.riient sur soi. il ne m
^ ' ; t : mais ]'< ' .'
et appel Paul IV, de l'aller chercher en diligence, et de le lui [)nrtrr .M. CnralTa obit
: cependant le Pape tout en feu, tant
i I M>' Il de l'ardeur des passions qu'il nourrissait dans son IIm .j\ic (le la ie la
sals'
de p^hes qai aTil U- envojno quelque peu de temps auparavant eo <IoD au Pape.
fKHir s'tre amus voir un harafk do 4:bevaux, ei do >Mtir s'tre tntu^' l
pour Ion que le aov9-boutciiler qui no .suivait pas l'ordre que le Duc de Valontlnols
avait donn touihant Wa flacons dont ooas aTons dj parl, on qui ne s'Alalt p<^ut-
tro pas inuifiii4 autre diosa, ai oa n'est qu'Uaiaient remplis d'un vin plusexqaisque
les autres, donna du mme rchannon. si b\cn fu^ ^ f**pe en bat, de mme que le
Duc de V.i x
l'entix^ do laquelle il s'apparut lui, ce qu'on dit, te Papf; mort ilnns une bire, ot
< ' ' r sarpris et
Hot-rame, il alla prendre la bui(o dur, aprs quoi il ae remit en chemin pour s'en
retourner en diligence la Ti|rne et la remit entre la<% mains du f'ape, au dedans
duquel la boisson mortello avait djii fisit son effet : car peine s'tait-U assis table
pour souper qu'uno faiblesite le rendit pre<Mfa demi mort ; et soit quo le vin ft
plus cli.ir^ dett i-
^ande, h cause de la chaleur, cela lui flt faire son ttlTet a^ec plaa de violonre, si bien
que l'un et l'autre furent |>ortt presque sans Tir dan^ leurs appartements au Vatioiu.
sans qu'ils se rissent plus ds cette heure : c^r ^n
ierneet des mdecines qu'on lui avait donnes, nt- -'ire son
d'il, cause de sa vieillaaae, il expira miarabu m^^ui le huitime Jor. aprs avoir
reu les Sacrements de l'h^lLse. sans avoir Jamais nomm ni le Duc do Valentinols,
ni sa Lucrce, qui avaient t les deux ples sur lesquels les machines ds aes plus
drfiss aflKlioiis avalent roul, et l'occasion dasqneli il avait renvers tout le
monda. V< i J'Mexandn* apr
^t> doit extv foi et Nil ; o[) ( manire de vivre cl la faon barbare de ou-
vei.i<.. .).ic de Valentinois ne mourut pas; parce que Dieu voulut perm>:Uiv pour uu
plus rand flau de son esprit ambitieux et rru< U la fortune, l.^ur et au
r^labliss*iii' i'mis les plus abat. i force de -ion tem|x^ninrji et de son jeune sre
surmonta celle du poison, tant sfcoaii''- par les bons remdes que lui donnrent les
mdecins, qui iques-uos desquels veulent que le plus eflficace remd' "\ d'avoir t
m^ ' " fois dai. d'un mulet ouvert elfet, k lexrrnpic de l/iuislas, roi de Nuples, qui fut
<: la faon du venin qu'on lui avait donn dans sa ^ _... D'autres crivent d'avoir
entendu dire audit Cardinal de Cor-neto. dans la mai>on de plaisance duquel il prit lo
poison, rommeul il fiit ploii dans no grand vaiiw^n d'eau froide d'o il nr uti! ;oint
qu'auparavant sa peen ont fait enlevi p,r muitreaux; parce que se entrj! it
entirement brdl fs. Quoi qu'il en soit de sa gurison. il resta extrmement et
longuement oppress du nuil dans un temps o il avnit Ihi plus besoin d'une parfaite
sant pour remtlier la r< \ affaires; de < de vi revers de l:
ce qui pourrait arriver de pire dans la mort du prc et mis orrlr' h t~i;V <!tf le
mettait dans un tat pour lors incapablt* <lre chose par une si dan^reuse maladie, qui
imais tmagii) prpar comnir-faon que Dieu 5*; moque des ooosatlsdo la ;
teniiiT l'entra et la sortie des chambres qui que ce ft, aprs en avoir ferm les
p<irtes, de piller lesdites chambres du Pape el d'emporter tout ce qu'il y aurait
d'argrent ou de tt ' ' rie prix, auparavant que d'on faire In valeur. r que i >
l-..' ;,t
Ht. i . _ . . . ' . VO
Jusqu' lui porter le poignard au sein, de lui remettre en main les clefs des lieux o
Alexandre tenait son argent et les autres choses de irrande valeur. Les ayant reues, il
en tira en d ,Ks d'or et
1. . piller une
chambre qui tait derrire celle du l'ape, ou il y avait une grande quantit d'argent, et
de plus une cassette pleine de pierreries. Ce pillage tant fait, on ouvrit les portes et
on publia la mort du Pape, qui donna le,
mritaient les actions de sa vie, un chacun ne pouvant pas .V.. T ^p rjouir de voir
terre ce Chef si pernicieux, qui ne i qu' infecter les membres et ruiner tout* le
corps de i ' do voir abattue une si violente ' tit
hcnder de tout le monde. On peut dire que s il fut craint pendant sa vie, il ne fut pas
moins mpris aprs .sa mort ; parce que si tant dlaiss des parents et des amis, qui
talent occups U d'autres affaires, il ne fut pas expos h la fureur du peuple, h cause
que la crainte des armes du Duc de Valen-'iiK is, qui entouraient le Vatican, le tenait
en bride; il fut n< .iiimons si mal servi et dans ses obsques et dans sa spul* turc
surtout que son corps tait devenu difforme el horrible y. - .rasion d'obaenrer la
j, >nne
Duc de Valenllnois; les premiers de ceuxci furent le Colonnes, qui ayant repris
leurs tats tenus par les Orslos en Abrtine, avec le secoure dei^ armes virtorieu<e
des Rspafnols dans le Royaume ' . s'en t.t Mime en volant dan<i
bieu que le Duc de Valeolinois, lequel s'imagina que dans une M triste conjoncture il
tait trop dsavaotaeux d'avoir les r^ iils, et jugeant au
perte de leurs htats, ils taient offeiisfs jusqu'au sang, il crut qu'il tait propos de se
rconcilier avec ceux-ci, eu leur rendant leurs places bien pourvues et amliores par
le Pape. Le Duc d'irbin, qui fr "Mes tats de I
s'en vint pas avec moins de vilo^e, appel par ses su ses Llats, de mme que les
Seigneurs de Pesare, de < de Citta de Castello, et de Piombine; et encore bien que
Mala-teste s'en allt aussi pour reprendre Rimini, n'tant pas si heureux que d'avoir la
bienveillance du fM'uple ainsi qup Ifsautre-s, l'I ayant trouv une bonne ri-^ ims la d-
gr. . .
rr
fc en confusion et en brouillerio dans Home, ce qui fut cause que le SaCr Collge,
au lieu de songer aux honneurs funbres du dfunt Pape et l'lection d'un nouveau,
ne songeait k autre choso qu' rparer les ri. "re et ni' '^
. 1 I aois se m
samment nrm** dans le Vatican, et ses gens, cuuduit^ par D Mirhelet, se faisaient
voir quelquefois dans Homo avec Ih iiK Mup d'apprhension du peuple et des
Cardiniux mme. !. (.h.it ' - ' w
pour le service du CoIlf et qui servit oon sealcavit sa ilronsc. nuiU mAnic k
celle de Ia ville, r'tVtait une affaire qui r<^ LcnUdon' en si frande iici>
!> t> is mme : aux dpenses ncae
sairaa, enHn on Ht tant dans les c>n|rrviir*lloi>^ tenues tanlAl dans la Minene,
tantt dans la nuiison do Cardinal Caraffa, qu'on trouva le mo.vua de mettre deux
mille fantasitias sur pi ries Tam <: pour
avec deux cents chenaux et |>los de mille lioounea de pied, lesquels ports entre
mesure fm ' >-ontre les Borirte que eoolre le^ n-i latent Il valent
un )< r\ )a (>ouche de
>is ne
- . -,,-.... sfis-
aaienl hardiment de leur cl, d parce qw^om voyait eafiu out- ' 'f - : ' , 1,,
Il u
^ . , . . .
le Sacr (joUfe, ajant fait appeler les Amboasadeurs d* . ^ perenr, des HoU de '-de
Vealae, qol n\ar.
en mettant ensemble les troupes espagnoles et franaises qui taient l auUiur. L> " "
- chargrent de cette
sorte qu'apr
contrer de grandes difficults vaincre en lui, soit raison <le ses i" ions, <.t cause
des Jalousies de ses eam
pcr Colonna tmoigna tre prt d'en faire aussi de m^me, quoique son dpart avec les
tronr - cjnoles ft rctr->V
Ton Uir ., . . . -
( ( I t: ir< (!> t'iiirlo Conclave, tandis que le Dur nslerait dans le iMkti . ir liceoci
Daomoins ses troupes. Enfin
deurs, ''ureot Lint de pouvoir qu'on 0t cet accord. 1^ Collge promit de donner un
passage libre et par la viile et par les terres de l'glise au iHic, toutes ses troupee,
son artillerie et ses chariots; et le Snat et le Peuple ronwln pront r : ' encore de ne
lui foire aucune iojare et de le Uiiwer pSKr l'inquiijtcr en aucune faon ; et loi
s'obligea ausai dt son t\i>
VA KOMB DM BOnCU
do sortir de Homo dans trois Jours; de faire on %otXc que icn Romain!!! ne
souffriraient point aucun tort ; qu'ils conserveraient leurs biens et qu'ils ne s'npprorh^r
-' : n*
IV
S'-' . . :'<^
entrtronl en caution pour lui et pour le Valentinuis, ainsi que coux de France et de
Venise pour le Orsinset pour V * -n^s de France. Cette convention tant passe,
et les scrn nt
lillerio, convoyes par quatre cents fantassins du (killgf, auxquels il ft donner quatre
cents ducats de paye; ayant fait avancer aprs cola son avant-g-nrdo pour attendre son
bairaga et ses charioLs qui taient plus do cent, et "O
chemin, il sortit du palais par la porto *!i us
un lit soutenu par douzo de sos hnllobardiers et couvert d'uno (Carniture d'oarlate,
ayant toutefois un boau cheval auprs do lui, en cas de besoin, couvert d'une housse
de velours noir, sur lai 1 voyait ses armes en brod t
flt faire excuse de ce que le Duc ne pouvait pas lui donner audience. Prosper
Colonna. pour donner encore un .H^^
Ponte Molle, et prendrait ce chemin. Ijh Duc lui flt savoir qu'il ne devait pas pas.ser
par l et qu'il l'att ' ' !u
Prosper avait emmens, et que tioiisalve pouvait envoyer en plus grand uumbre ;
quoique ce ne ft en effet que pour favoriser avec d'autant plus de chaleur les
prtentions du Cardinal cl ' -aut, lequel tait venu depuis peu de
t pour lui. que les Cardinaux aniisdu Valentinois, l'quel, nonuL - offres que les
Espagnols lui avaient faites, s'tait uni plus que Jamais au parti de France, d'autant
quo rpux-ci lui firent entendre qu'il recevrait de plus grands dijniin.i:;r>s tant leur
ennemi, et de plus grands avantages s'il leur -tait ami que des autres. L>es Cardinaux
tant donc pnvsqut' tous arrivs, les affaires du (k)nclave tant dans le meilleur ordre
qu'il tait possible, et les obsques du dfunt l'apc taient faites dans Saint-Pierre,
selon la coutume ordinaire, ils se renfermrent aprs un mois de sige vacant pour
I d'un uuuvt-au l'onlife, qui fut faite contre lo iimun dans cinq jours, car comme on
ne pouvait pas terminer que par une lon^^e suite de temps et par des grandes
ngociations les diffrends qui se trouvaient entre les principales factions, et les
armes qui taient au dehors,
Si*une, qui fut appel depuis Pie III, lequel, outre qu'il tait
qui pos.*tdait les qualits dignes du Pontificat; et quoique les i" jMJur ami tant ' ' '
ils ne
74 ^ l^<(> DM MRCU
L'arme de Pran n'ayant plun do sujet cependant da rw-ter dans les campagnes de
Homo, ello prit a marche du ct du l\oyaume et paasa par Poote Molle, sant entrer
nanmoiasi dans la ville. C-e dpart ayant presque dAp<> > >> le
dana le dessein qu'enrjore hlen qu'ils us&ent demand Justioo au Pape et au Sacr
Collge contre lu' ! tient de se la
en cet endi-olt, d'autant mieux encore qu li v sentait fort preea de. son mal ; de sorte
qu'ayant deaiaud et bkenll obtenu un sauf-conduit du Pape, qui se laissant
persuader de pouvoir mfttlro An par U prsence dm parties h \ ' lie.
d'Alexandre, vu qu'il n'y pouvait plus commander. Pour la Itnmaf ne, o il tait ei se
serait maintenu matre, il ne aefou-Yarna pas en ceci olon les maximes de (^sar; il
el vrei qu'il en reconnutbieuUM aprs la faute; maisro futalor^ 'ait
>>i t dea coup de la Justice divine. A peine tait-Il encore irt .vu Rome qua
Coasalve flt publier, devant sa maison et par lottiM les pr&ncipnlet ptacet, k son de
trompe, un dil an mon dn SDa Roi que tona sai au)ets ou see vaatnux. de qnalle
Jclaraal ses Capitaions qu'il voulait sortir de Rome; parce qu'il n'y croyait plus tre
eu assurance, vu l'union qu'il
avaient
, et s'en
u reste avec des forces bion moindres que les leurs, pour leur
il Ht V. du ct de
i.' iii". ou, pour tre plus en as:>urauce, il se retira dans l'appar*
' " "' 'm " 'lis que le Pape avait donn au cardinal deRohan,
.t-
int
me que le Pape
i ses tt : car oelles-l se voyant sans leur chef, qu'elles ' courir sou infortune,
comme elles l'avaient vu cou-rospril et son boaheur, l'alNiadonnrent et se it de-
et <IM4, except le peu que D. Michelot cornet ceux*i, c'eetp-dlre les Yllles de
la Romagne, qui talent toujours conserves sa dvoUon, songrent, ayant
au Vcnier, Bailly <lt' Ha\< Hion qui se prcsonliiit d .' moins les chtelains
conservrent ton
tt L'entre du Conclave fut encore diffre cette fois, quelque-joui (ju' l'ordinaire,
p<n '
grand Empire, attira soi indiffremment les voix de ses amis, qui '* ' ' n grand
nombre, et celles de ceux mftr \
voyaul qu'il n'y avait rien faire en leur faveur dMUs'tl<-rencontre, de rendre
service au public, en lisant un Pap<> proportionn aux besoins de l'I-Iglise, et de
s'tudier eosomblo a leurs intrts particuliers, en tchant de s'acqurir ! naiaaance
d'nn esprit sincre et gnnnix. On obtint i' tmeDt iH et de -
oal tmoigna d'une manire tout fait gnreuse d l'avoir pour ami, cl lui promit de
vouloir Ttre touj ' '~ '- quand mAme il M>ralt lov nu Souvorain P<
nie.
ir-
la-
d* -a ri lit
.ut.- la I. r-
Venise, ayant
rendante In t
auprs (1>
promps-^p df Ips lui rendre enulte. lorM*Ue n .iqu. I>e I*.i' pas
occasion,
dur.
V.iJ.
l'avaient enleve d'eatre les mains de Astorre Manfredi, lequel avait t appel peu de
temps auparavant, comme tant de la raff ' ' _ jiie du cH p.! t
mais para- que le leodamain d . . u : _:ij Valentinols, le Duc Guido Ubaldo d'Urbin
(lequel avait grand intH^tqu la fortcifssede Korll ft entre les mains du Pape,
comme celle o < Uiit'iit toutes les d'-pouiiles de son riche Palais, do quoi il sollicita
le plus qu'il lui fut possible le Pape) arriva dans catt Cour; le i'ape, en considration
de ces deux respects, la fit suivre par les Cardinaux de Sorrento et de Volterre (voyant
combien 11 tait propoa de recevoir la consignation de ces forteresses, qui se
conservaient pour le Doc de Valantlnois, et qu'il lui avait mme ofCeites) : mi'II avait
Hotnagne, ne devoir pas refuser la conslnaiion des fortereeees sous les mmes
conditions qu'il les lui avait offertee; afin que le respect de rsutoriU'* pontiHaile mtt
un frein leurs dee-
missioii <|uon leur avait donne; mais tous leurs soins furent irmtilis; d'uutanl que le
duc de Valeutinols sachant de quelle runsiwjuence cV-tait, par la rponse que le Pape
lui avait donne, il" f/)iisijfner ]es,\ nesses, refusa p*)ur lors fort hardi*
luik* que d<* s'* ii reioururr sur leurs pee avec ce relWlf qui ci^LUt su du i'apc,
cxlrmenieut ardent dans tontes ses rAsolu-tions, ordonna d'atnird qu'on i'arrt;U,
comme on fit, sur les mmes galrt's o ' ' embarqu pour Ealreson voyage.
prisonnier, il fut reu dans le paUi avec les honneur accoutums, et reu par le
Pape avec toute la civiliti^ possible, escore Iilcn qu'on lo gardt avec un soin assez gr.
' ' *- 1t<-s (l'ncrord aynnt t repris npr^ii rela. le Duc do .n
jouiss,'iit pas de la libert, en donnant ces ordres, et que celui qui le sollicitait
commettre une semblable faute mi^ritait d'tre puni, (^i tant venu aux oreilles du
Pape, et reconnala-sant qu'il ne pourrait pas venir k bon' iie
faire cette convention avec le Duc de Valenlinois, laquelle fat depuis confirme^ par
une bulle; savoir que le Duc serait tenu de consigner dans 4o jours les forteresses de
Csane et de liertinore. '> de la
quinze mille ducats qu on donnerait au (ouvcrneur de cette place, pour les dpenses
qu'il disait avoir faites; etquelePaiie de son ct le ferait accomparner Ostie, o il
pourrait rester librement dans la > ' " -. i-
promesses, serait tenu de le laisser aller o il lui plairait, uu li?u qu'il le renverrait
prisonnier dans le chteau Saint-Ange s'il ne ls acromplissait pas. Cette convention
tant faite, le Duc de V^lentinois .s'en alla par la ri >'
aprs quoi le Cardinal de .Sainte-Croix s'y en alla |M>ur s'acquitter de son devoir;
mais parce que le Duc de N'alentinois apprhendait qu'on ne lui tiendrait pas la
parole, qu'on lui lie, de le lai ir aller lA o il voudrait,
M a m^me il .< t h ses prome^se^, II fit
(qui comme ses allis, ne croyant pas tre assurs dans Rotn
s'taient retirs Naples) le sauf-conduit et deux galres pour s'enfuir l; si bien que
l'ayant eu, il s'en alla par terre en cachette Nettune avec l'aveu du Cardinal, qui il
avait t donn en garde, et l'observation du trait ds qu'il eut fait la cori !. * l
laquelle il s'tait engag, sans attendre mme les ^ u'on lui avait promises, et se mit
ensuite sur une
petite liarque qui le porta Naples. pour y trouver les trahisons et les infortunes qu'il
tchait en vain de fuir, d'autant qu'il portait avec soi un certain mrite, qui demandait
au Ciel un chtiment de toutes celles qu'il avait fait souffrir aux autres : car apn-s que
Consalve l'eut reu avec le plus orand honneur qu'on peut s'imaginer, qu'il ! rlici-
quoi il entretenait st^s penstes de tenter une nouvelle fortune, qu'il lui eut permis de
lever des troupes dans le Iloyaume, ce qui lui fui assez facile, vu le grand nombre des
vieux amis et <i Mi'ill'eul I irni de galres
rsolu avec lui d'aller donner du secours, et la soumettre au Hoi Catholique, le fit
arrter au sortir de la chambre par Nugnio Campcjo, en lui disant qu'il tait prisonnier
du Roi, I r<(lii il tait sur le point de s'e; , aprs que ledit
Omnla vlnetba, $perab<u omnia Car : Omnla d^ciunt, Inctpls este nthit.
ft Voici l'explication :
lui a ne
fiU {>et-}(uad qu'il le lui avait donn^ : ainsi il s'attacha de m mettre couvert du
blme qu'on |>ouvait lui attribut d'aroir mau(]u de foi. par un manirt>!4te plein de
raiMn. et surtout p;irc<' ' tr-
solliciter sa dtention ; afln de s'assurer tout aiosl que les Princes tPi . ret cspi ' 'tur
donnait m tt df^^ar; . n-gager le Uoi le retenir, < en iui faisant dire secrtement do
m loi dans des
termes qui demandaient l'ordre express de l'arrter, si bleu qu'il l'amusa adroitement,
afin qu'il ne partit pas jus<| jti'il
pour dlivrer l'Italie d'un feu qui aurait pu lui flaire eouAIr encore de nouvelles mines
et d'tran|r* >' '
riiuiir
ver et les excuter mme heureusement par les moyens d'une corde et la faveur des
chevaux que le Comte de Bnvent lui fournit, avec lesquels il se sauva auprs de
Jean. Hoi de Navarre, son beau-frre. Il aurait bien voulu passer de l er; France pour
tcher, avec la faveur du Koi, de remettre sa fortune sur pied ; mais sa Majest ne le
lui voulut pas permettre : parrp qu'ayant fait la paix et s'tant mme allie avec le l\oi
<lAiiii;on, ils avaient conspir tous deu.\ ensemble contre le H<ii <It' N.ivaii-' : .:in^i
<!!. if juLTOa pas prop sous sa protection rr l)iic, ji.iniil de l'un et enn' i outre que
sadite Majest avait amfisqu son Duch de Valence, ainsi que toutes les autres
pensions qu'il avait dans l'tat, pour
iilitrir Ferdinand ; de sorte qu'il fut contraint de rester dans I.i l' tant qu'il s'en .' son
Hoi combattre
pouvait attendre d'un brave homme, dans une rencontre au-d**ysous de Viane, o son
parti resta vainqueur, il fut malheu-
I ii^rment tu d'un coup de javelot. Mort la vrit qui semble trop 11' tait uiK
plus qu'en C-esar : mais si 1 on considre qu il etuil dctiiu de toutes ses (grandeurs
auparavant que de perdre la vit . (1 on'i" tait rduit du haut de tant d'KtaU et de
riohe.sses p. H'
il avoir 1
approprie au Duc de Valeutinois, avec ce mot : Ftriant sum-,,, ' -dirc : les foudres
frappent les
perdre la vie. Les Navarrals n'ayant pas reconnu le corpa mort du Duc de Valenlinois
le dpouillrent tout nu suMtxhamp; mais ayant t reconnu depuis par un do ses
cuyers, il fut conduit l'anipelone et enseveli dans la mAmo f IIm dont il avait t
Ai rhevrque dans son adolescot; le
mort \h o il n'avuil pas voulu tre on vie par un effet d'une ambition trop immodre.
i rnme
d'en connatre et d'eu parler. Michelet a dit, propos des faits que nous rapporte
Hurchard : Ses rvcits ont ce caractre imposant de simplicit vridique qui rassure
tout fait. J'ai lu et vu bien des menteurs. On ne ment pas ainsi, n
l<e samedi 12 aot au matin, le Pape se sentit malade ; la vingt et unime ou vingt-
deuxime heure, la fivre vint et resta continue. Le i5 aot, on lui tira trei/< et la
fivre tierce survint. l>c Jeudi 17. i
le Pape leur dit qu'il se sentait trs mal. A l'heure aprs avoir reu de l'vque de
Calmense l'extrnu il expira en prsence du dataire, de l'cvquo susdit, etc.
I^s Rovre et les Mdicis se succdrent Rome du vivant do Vannozza. Tons lui
reconnurent une autorit qu'elle ne (1. ;?ia. Du reste elle-nn'^me, p"'
Dans svs relations prive.s, elle terminait ses lettres d'un. i. ^ formules suivantes :
Votre heureuse et malheureuse nu-rc Vannozza de Cattanis, V Heureuse et
malheureuse Van-
noZZit /far;/tu.
l'arnii 1< s uures conserves aux archives de la maison d'Est et datt.v .1^ mis i5i5,
i5iet i5i7,II en est deux adresses h Lucrivi.
On volt quel caractre, quelle nergie armaient encore Van. iio/v.i Ijes liort t morts,
malselle tait digne d'eux. Le
On verra galement, par la lettre que nous allons citer, les dvouements que les
Rorgia avaient su mriter et la recon-oaissa: savaient leur garder.
Lettre itr tinnna X'onnnrrn Lucrce, date de dcembre i.',i:>, nu S': 'ia. qut avait
rempli auprs
les siens, non seulement dans les petites choses, maisgi'nrale-ment et en toute
occasion. Or il a transport*- avant >*' ir
di'-funt a ag-i de la sorte pour favoriser davanta^ ses it car il ne p - " vtmais penser
qu'il seraient inquiet' votre rvt'i et illustrissime rardiiiHi qui et
v^que de ' e
agrable, j . . ii-
ex 1-
len _ ;.!ie
sant.
Va>7(0/./.A. >
Mort de Vannozza. CTlatresse du pape Alexandre VI, c donna dabbene
i prenait )m-
C'est k nom** qtio Vannozza monrut, selon toutes vraisem-bl.t; '6 1518.
mort selon la coutume romaine; on la faisait dans ces termes consTiTi'-s : Mcsser
Paolo fait savoir que M Vannozza, la rtH T< lu duc de (iaridie, est morte; elle est
de la Compag^uie du Goufalone. On l'a enterre, hier, k Santa Maria del Popolo;
on lui a fait des funraillca presque au.ssl pompeuses qu> celles d'un rardinal. Klle
avait soixante-six ans; elle a lfu tout son bien (qui est considrable) Saint-Jean do
Letran. l^es c^niiTiors du pape assistaient au sienice funbre, ce qui n'a pas lieu en
d'autres cas. s
' iar
1.11 d<-
\
uJU-
1.' lui a I . l y
tlocide d'un accord manifesto k il<'*brcr daos l'ytlM del P"PIo. o olle n l
cnicrrcc, " <alr* de ses obsque*
Ame que pour prouver tout le monde que nous hassons et rprouvons l'ingratitude.
U8 Obsques de Vttnooxza
le cooscra-
la face du
le 20 fvrier 1519
Ulu^lli- .111' ..J..I ..... ,,, i,v.iv-,^... et 1res honore^ -.u;. [^ perte cruelle que vous
avez prouve par la mort de l'poux
" nce
i de
l, comme 11
is le ferez, ie
m.inrli- t vous.
fWoiit d Lura
uc il a ;
la tin de mn vie np
quclquGK hoiiret elle m ^i.. .,.. .,
{rement mon me par sa sainte bndiction. Je l'en supplie d< ' poux et
m iiitet.
lie Votre Saintet l'humble servante, I.ucRCK b'Em. i Ferrare, le 2a juin iSig
la vingt-quatrime heure, n
j.' Il- lois pas iii'irliffpr d'en faire part Votre Ex.
lutre. El ce n'est pas sans rpandre des larmes que je trace - mots, tant il m'est cruel
de me voir priv d'une comp ' "' -. I lie et si douce: car elle l'tait pour moi par sa 1
"' .
Uons de Votre Excellence, mais je sais que vous pivndrez part ri m-^ |i^i!'"ur et je
prfre que vous accompagniez mes larmes [lie de m'adresser des paroles de
consolation. Je mo rocontniaude Votre Seigneurie.
lettre suivante :
Il o sa l:
(rtAPITIlE II
.^. .11. f,'>i i . 'iT- !.> I- r-iii.-ii.. ( ....ar ll.irii'in ('.'nr tlnr-
par
'ntr*
i . turciif i;
; . ., . .in. Ia '.
coupcc .
UIAFITIUin
!.'
.... ,^
CIIAPITM tV
.1. As-
(lu ji-tr"
iliTTnB >
Ir
^. _ -rc
iiuilrr-<*hsntf>i>r et
.1-e
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CBArrrnE vi
CHAriTHe VII
.1 . ''ceBor^ '
01
ClIAPiTRK VIII
.r>;iiictir cviiUr. i.c fialiiciilc. ^. La < bu(;ifiale >. Les canlin lie le.
L<-- U paj..-
r la simonie
atAFITIUI IX
rnilte en tafe i la On du xr* sicle. - Ij* ffmm- rt' qI. MpHn des ouirti^an' .-s
de hfMumes. C*ar Bore.
aaio. La fcoodatiou irt ics et la tMM anx atntenU. arc auA. raU uu l'uu cofcrue
deux amaul.
ciiAriTni
I"
S'rivrlri. - I . ., (Ifs ru
(.HAprrne xi
^ ' i'uiiiinri4ji-s
Il i:Mrnr xii
L pulsitaDCe de Ciar. - I.<- t:irir drs ifiil'ilir''nrr Urir des couriiMoes. Floride.
Csar se dcmrt
CIIAriTIlE XIII
cHAPrriu XIV
CHAPITRE A\
Textes st Documents
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I Kaodre . oo
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lue de Ferrare, au pape Alexandre VI. . . . to6 -CIO sur le mariai^e de Lucrce Borg-
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