Le mod`
ele WS-PS et le ch
omage d
equilibre
Antoine DAutume
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Antoine DAutume. Le mod`ele WS-PS et le chomage dequilibre. Cahiers de la MSE 2001-83.
2001. <halshs-00452567>
HAL Id: halshs-00452567
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Submitted on 2 Feb 2010
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Le modle WS-PS et le chmage dquilibre
Antoine dAutume
Octobre 2001
Etude ralise pour le compte de
la Direction de la Prvision
du Ministre de lEconomie, des Finances et de lIndustrie
EUREQua, UMR 8594 CNRS-Universit Paris I
Maison des Sciences Economiques, 106-112 boulevard de lHpital, 75013 Paris
Rsum : Le modle WS-PS (wage-setting, price-setting), introduit par Layard-NickellJackman(1991) et approfondi rcemment par Cahuc-Zylberberg(1999), constitue une
rfrence pour fonder un taux de chmage dquilibre. Nous en donnons ici une prsentation
systmatique. Nous mettons laccent sur limportance du choix des fonctions dutilit et de
production, dune part, et du mode de fixation des allocations-chmage de lautre. Selon les
hypothses faites, la courbe WS a une lasticit finie ou infinie, ce qui altre profondment les
proprits du taux de chmage dquilibre et peut le rendre dpendant du niveau du taux
dintrt. Nous clarifions aussi la dynamique du modle. Enfin, nous montrons comment ce
type de modlisation peut tre tendu lorsque existent deux sortes de travailleurs.
Abstract : The now standard WS- PS (wage-setting, price-setting) introduced by LayardNickell-Jackman(1991) and recently developped by Cahuc-Zylberberg(1999), provides
simple foundations to the equilibrium unemployment rate. We provide a complete exposition
of the model. We stress the importance of assumptions about utility and production functions,
on one hand, and the indexation of unemployment subsidies, on the other hand. Depending on
these assumptions, the WS curve may have a finite or infinite elasticity, a fact which
dramatically alters the properties of the equilibrium unemployment rate. In particular this rate
may or may not depend on the interest rate. We also clarify the dynamics of the model.
Lastly, we show how this type of framework may be extended to the case where two types of
workers coexist.
Mots-cls : Salaires, Ngociations salariales, chmage dquilibre
Key-words : Wages, Wage bargaining, equilibrium unemployment
J. E. L. classification : J50, J38
Le modle W S P S, qui sest dgag progressivement, dans les annes quatre-vingt, des travaux de Layard et Nickell sur le chmage britannique, reprsente aujourdhui une rfrence pour fonder un taux de chmage
dquilibre. Celui-ci rsulte de la confrontation entre une courbe W S (wage
setting), reprsentant la fixation des salaires comme rsultat dune ngociation entre employeurs et syndicats, et une courbe P S (price setting) rsumant
le ct demande de travail et le processus de dtermination des prix . Une
premire version du modle se trouve dans le manuel de Layard, Nickell, Jackman(1991). Il a t ensuite dvelopp et prcis et on en trouve notamment
un expos complet dans larticle rcent de Cahuc- Zylberberg(1999).
Un ensemble de travaux ont appliqu ce modle lconomie franaise.
On peut citer ici Cotis, Meary, et Sobczak(1998), qui mettent en vidence
linfluence que le taux dintrt rel peut exercer sur le chmage dquilibre,
Cahuc, Gianella, Goux et Zylberberg(2000), qui estiment le modle sur donnes dentreprises et Doisy, Duchne, Gianella(2001) qui contruisent une maquette dsagrge.
Bien que ce modle soit ainsi bien connu, il est apparu utile de le prsenter de manire complte en en prcisant quelques lments importants. Les
hypothses faites sur les fonctions dutilit et de production ou sur le mode
de fixation du niveau des allocations-chmage jouent un rle important dans
la dtermination du taux de chmage dquilibre et dans sa sensibilit aux
chocs exognes. Elles sont donc lobjet dune attention particulire, comme
le sont galement les aspects dynamiques. Le modle WS-PS constitue aussi
un outil prcieux pour ltude des politiques demploi ou des politiques redistributives. En nous appuyant sur un autre travail, dAutume(2001c), nous
utiliserons donc une version de ce modle, distinguant travailleurs qualifis
et non-qualifis, pour valuer limpact de trois politiques typiques de soutien
aux bas revenus : la hausse du SMIC, celle du RMI et la mise en place dune
prime pour lemploi.
Les premire et seconde parties sont consacres respectivement aux versions statique et dynamique du modle W SP S. La troisime partie prsente
une tude rcapitulative des dterminants du taux de chmage dquilibre.
La dernire partie analyse les eets des politiques redistributives lorsque la
ngociation salariale oppose travailleurs non-qualifis et travailleurs qualifis.
Ngociation statique
1.1
Les prfrences syndicales
On considre un syndicat constitu de M agents identiques. La dure du
travail est fixe de manire institutionnelle et peut donc tre prise gale
lunit. Si lemploi total N est infrieur au nombre des travailleurs, le taux
de chmage est gal 1 N/M . Un individu qui travaille touche un salaire
rel w. Un individu au chmage a un quivalent-revenu R, qui reprsente
la fois la dsutilit du travail, le produit dun travail domestique et les
allocations-chmage reues. R reprsente donc le salaire de rserve : un
individu naccepte de travailler que sil touche un salaire au moins gal R.
Nous considrons deux manires de reprsenter les prfrences syndicales.
On peut supposer en premier lieu que le syndicat maximise lesprance
dutilit de ses membres. On considre pour cela que les agents ont une
fonction dutilit croissante et concave U . Ils atteignent une utilit U (w)
sils travaillent et U (R) sils sont au chmage. Tous les agents ayant des
chances identiques dobtenir un emploi, la probabilit dtre au chmage est
1 N/M si N M et est nulle sinon. La fonction dutilit syndicale est
donc
N
N
V (w, N) =
U (w) + 1
U(R)
(1)
M
M
si N M et se rduit lutilit individuelle U(w) sil y a plein-emploi.
La concavit de la fonction U (w) traduit laversion pour le risque des individus, plutt que leurs prfrences individuelles dans un cadre de certitude.
Ces dernires en eet ne sont dfinies que de manire ordinale, cest--dire
une fonction croissante prs. On peut, par exemple, retenir une fonction
dutilit CRRA, aversion relative pour le risque constante :
U (w) =
w1
,
1
>0
La fonction dutilit syndicale devient :
N w1
N R1
V (w, N ) =
+ 1
M 1
M 1
(2)
Cette formulation suppose a priori 6= 1, mais on sait que lon peut
considrer que le cas = 1 correspond la fonction U(w) = ln w. Par
ailleurs, le coecient daversion relative au risque est wU 00 (w)/U 0 (w) = .
Une plus grande valeur de signifie donc une plus forte aversion pour le
risque.
2
Une seconde possibilit consiste considrer que le syndicat a une fonction
dutilit collective Vc (u1 , ..., uM ) qui dpend des niveaux dutilit de tous ses
membres. Si tous les individus ont le mme poids dans les dcisions du
syndicat cette fonction est symtrique.
Retenons une fonction dutilit collective la Atkinson, cest--dire de
type CES :
Vc (u1 , ..., uM ) =
M
1 X 1
u
M i=1 i
1
! 1
>0
Le paramtre reprsente linverse de llasticit de substitution entre les
utilits des dirents individus. Il est compris entre
PMzro et linfini. Quand
1
tend vers zro, la fonction dutilit tend vers M i=1 ui , cest--dire vers la
rgle utilitariste : le syndicat maximise la somme des utilits de ses membres.
Quand tend vers linfini, la fonction dutilit tend vers min (u1 , ..., uM ) ,
cest--dire vers la rgle de Rawls. Le syndicat maximise le bien-tre du plus
mal loti de ses membres.
Supposons que N agents sont employs et ont un niveau dutilit w tandis
que M N agents sont au chmage et ont un niveau dutilit R. On se ramne
alors une fonction dutilit syndicale ayant pour arguments le salaire rel
et lemploi :
Ve (w, N) =
N
N 1
w
+ (1 )R1
M
M
1
1
(3)
Cette fonction reprsente les mmes prfrences que la fonction V (w, N)
dfinie en (2), puisquelle sen dduit par une transformation croissante1
Nous disposons ainsi de deux interprtations quivalentes de la mme
fonction dutilit syndicale. Le paramtre joue le rle crucial. Il reprsente
au fond, comme nous le vrifierons, le poids que le syndicat attache lobjectif
demploi. Si est fort, le syndicat se proccupe beaucoup du niveau demploi,
soit parce quil est particulirement soucieux du bien-tre de ses membres,
soit parce que ses membres ont beaucoup daversion pour le risque de se
retrouver eux-mmes au chmage.
Nous utiliserons dsormais la formulation (1) de la fonction dutilit, en
la spcifiant ventuellement sous la forme (2)
1
On a en eet Ve (w, N ) = ((1 )V (w, N )) 1 ce qui fait de Ve une fonction croissante
de V , quel que soit . Il convient de noter que cette expression est bien dfinie, que
soit suprieur ou infrieur lunit. La fonction V prend en eet des valeurs positives si
< 1 et des valeurs ngatives si > 1. Lexpression (1 )V (w, N ) est donc positive et
peut tre leve nimporte quelle puissance.
1
1.2
Droit grer ou ngociations optimales
Nous nous plaons court terme, capital donn. Le syndicat ngocie avec
une entreprise ayant une fonction de production Y = F (K, N) rendements
constants. Nous considrons pour linstant le stock de capital comme donn
et nous lomettons donc, en notant F (N ) la fonction de production. Lobjectif
de lentreprise est de maximiser son profit .
(N, w) = F (N ) wN
Il est habituel denvisager deux modes dirents de ngociation.
On peut supposer en premier lieu que les ngociations portent uniquement sur le niveau du salaire. Lentreprise et le syndicat sentendent sur
un niveau de salaire, tant entendu que lentreprise pourra ensuite dcider
unilatralement du niveau de lemploi. Si lentreprise se trouve dans une situation concurrentielle sur le march des produits, la maximisation du profit
la conduit se placer sur la courbe de demande de travail
N = N d (w)
F 0 (N) = w
Le lieu des rsultats possibles de la ngociation est donc la courbe de
demande de travail.
Cette description de la ngociation des salaires entre enployeur et syndicat
peut paratre assez raliste. Elle tient compte en eet du droit grer de
lentreprise, qui reste libre de choisir le niveau demploi quelle souhaite.
Mais elle conduit une situation sous-optimale, o il est possible damliorer
simultanment lutilit du syndicat et les profits de lentreprise.
On peut donc considrer un second mode de ngociation entre le syndicat et lentreprise, portant simultanment sur les niveaux des salaires et
de lemploi. Si la ngociation est ecace, elle doit conduire les deux parties
sentendre pour atteindre un optimum de Pareto, cest--dire une situation telle quil soit impossible damliorer la situation dune des parties sans
dtriorer celle de lautre. On appelle courbe de contrat cet ensemble des
rsultats possibles dune ngociation ecace.
Dans le cas dune solution intrieure, la condition de Pareto revient
lgalit des taux de substitution entre les deux variables de la ngociation :
VN
N
=
Vw
w
U (w) U (R)
F 0 (N ) w
=
N U 0 (w)
N
On obtient ainsi lquation de la courbe de contrat :
F 0 (N ) = w
U (w) U(R)
U 0 (w)
4
(4)
profit nul
iso-utilite
courbe de contrat
MS
demande
iso-profit
N
Figure 1: Le domaine des ngociations
Lanalyse est illustre sur la figure 1. Les courbes dindirence du syndicat sont des courbes dallure dcroissante, situes au-dessus de la droite
horizontale correspondant au salaire de rservation R. On peut remarquer
que lutilit syndicale scrit V (N, w) = U (R) + M1 [N (U(w) U (R))]. Pour
R et M donns, lobjectif du syndicat est donc de maximiser le surplus total N (U (w) U (R)) quil peut obtenir, en termes dutilit, pour lensemble
de ces membres. Ce surplus est indpendant du nombre M des membres
du syndicat. Ceci se traduit gomtriquement par le fait que le rseau des
courbes dindirence du syndicat est indpendant de M , cette valeur fixant
simplement le niveau demploi maximum.
La courbe de demande de travail est la courbe de productivit marginale
et elle constitue le lieu des points de tangence horizontale aux courbes isoprofit. On a trac galement la courbe de productivit marginale qui reprsente
la contrainte de positivit du profit.
Le point MS est le point de la courbe de demande de travail qui maximise
lutilit syndicale. Il est clair que la ngociation, dans le cas du droit grer,
ne conduira jamais un point plus lev sur la courbe de demande puisque
les deux parties auraient alors intrt sentendre sur un salaire plus bas.
La courbe de contrat est le lieu des points de tangence entre les courbes
iso-utilit syndicale et les courbes iso-profit. Elle passe par le point dintersection
entre la courbe de demande et la droite w = R. Si lore de travail M est
5
assez grande, ce point constitue en eet un quilibre concurrentiel, qui est
optimal. Gomtriquement, la courbe isoprofit en ce point a une tangente
horizontale alors que la courbe dindirence en ce point se confond avec la
droite horizontale w = R.
Il est facile de vrifier que la courbe de contrat est dallure croissante
lorsque les agents ont de laversion au risque et que la fonction dutilit est
concave.2 Elle prend en revanche la forme dune droite verticale lorsque
les agents sont neutres au risque et que = 0. En eet si U (w) est linaire,
(U (w) U (R)) /U 0 (w) = wR et lquation de la courbe de contrat se rduit
F 0 (N ) = R. En pareil cas, lutilit est transfrable entre le syndicat et la
firme puisque lon peut considrer que le surplus du syndicat est N (w R)
tandis que celui de la firme est F (N) wN . Les deux parties sentendent
donc pour maximiser le surplus total F (N ) RN.
1.3
Le rsultat de la ngociation
Comme dans toute situation de monopole bilatral, le rsultat de la ngociation est a priori indtermin. Il dpend du rapport de force existant entre
les deux parties et, ventuellement, de leur habilet dans la ngociation. La
thorie du marchandage de Nash fournit un moyen classique pour lever cette
indtemination. Elle amne considrer, dans le cas prsent, que les niveaux
de salaire et demploi seront la solution du problme suivant :
1
max V (w, N ) V
(w, N)
w,N
V et reprsentent les opportunits extrieures ou encore les situations de repli des deux parties. Ce sont les niveaux dutilit syndicale et
de profit quelles peuvent obtenir en cas dchec des ngociations. Ces situations reprsentent un point de menace dans le processus de ngociation.
On admet que le marchandage conduit maximiser une moyenne pondre
des supplments dutilit que peuvent obtenir les deux parties par rapport
leurs situations de repli. Le paramtre reprsente alors le poids accord
lobjectif syndical. Une valeur = 1 signifie que le syndicat possde tout le
pouvoir de ngociation et peut donc choisir les niveaux de salaire et demploi.
Une valeur = 0 signifie au contraire que lentreprise possde tout le pouvoir
de ngociation. Faire varier de 0 1 amnera dcrire toute la courbe de
contrat.
Cette solution au problme du marchandage a t introduite par Nash(1950),
avec des poids et 1 gaux. Nash montrait quil sagit de la seule solution
2
La direntiation de lquation de la courbe de contrat donne en eet F 00 (N) dN =
dw . Or F (N ) et U (w) sont tous deux ngatifs.
U (w)(U (w)U (R))
U 0 (w)2
au problme du marchandage qui vrifie un certain nombre daxiomes assez
naturels. Lanalyse a t tendue par Rubinstein(1982) qui fournit dautres
fondements cette solution en montrant quelle pouvait constituer lquilibre
non-coopratif dun processus dynamique explicite de marchandage. Les pouvoirs relatifs de ngociation et 1 rfltent alors notamment les taux
descompte des deux parties, cest--dire leur capacit tre patients au
cours du processus de marchandage.
Nous nous plaons dans le cadre du droit grer. Lutilit syndicale est
N
N
V (w, N) =
U (w) + 1
U(R)
M
M
En cas dchec des ngociations les travailleurs sont au chmage et lentreprise
fait un profit nul. On a donc V = U(R) et = 0. Le problme devient
N
(U (w) U (R)) (w, N )1
max
N,w
M
s.c.
N N d (w),
N M
Nous supposons que la contrainte de plein-emploi
pas
nest
sature. Le
d
profit est le profit optimal de la firme (w) = w, N (w) . Le problme
revient maximiser
ln N d (w) + ln (U (w) U (R)) + (1 ) ln (w)
La condition du premier ordre est
N d0
U 0 (w)
0
+
+
(1
)
=0
Nd
U (w) U (R)
Multiplier cette relation par w permet de faire apparatre les lasticits
des fonctions N d (w),U(w) et (w). Llasticit de U(w) est 1 si 6= 1.
Llasticit de la demande de travail est /(1 ), o dsigne llasticit
de substitution entre capital et travail, et la part des salaires dans le revenu
national3 . Llasticit du profit est /(1 ). Ce dernier rsultat peut tre
retrouv en utilisant le thorme de lenveloppe, qui se traduit par la relation
/w = N, qui implique (w/ ) /w = wN/ . Llasticit du
3
Nous supposons ici que la fonction F (K, N ) fait intervenir le capital et est rendements constants. La formule donnant llasticit de la demande de travail peut tre
retrouve en utilisant la frontire des prix des facteurs et la dfinition de llasticit de
substitution.
profit par rapport au salaire est donc le rapport entre la masse salariale et
les profits. Toutes ces lasticits dpendent a priori du point considr, et
donc du salaire w.
La condition doptimalit prend alors la forme gnrale
wU 0 (w)
(w)
(w)
= (1 )
U (w) U(R)
1 (w)
1 (w)
(5)
La manire dont llasticit de substitution est aecte par les variations
du salaire est dicile prciser. Restreignons-nous donc au cas dune fonction de production CES. Llasticit de substitution est alors constante et
lon peut prciser linfluence du salaire sur la part des salaires (w). Celle-ci
crot avec w si llasticit de substitution est infrieure lunit, puisque la
diminution de lemploi conscutive une hausse des salaires est insusante
pour compenser leet direct de cette hausse. Nous retiendrons en gnral ce
cas le plus vraisemblable.
Spcifions galement la fonction dutilit en retenant la spcification dAtkinson.
La condition doptimalit devient
(1 )
U(w)
(w)
= (1 )
,
U (w) U(R)
1 (w)
1 (w)
(w)
= (1 )
U (w) U (R)
1 (w)
1 (w)
si 6= 1 (6)
si = 1
(7)
Elle galise le gain marginal, pour les salaris, et la perte marginale, pour
lemployeur, dune augmentation de salaires. Ce gain et cette perte sont
considrs ici en termes relatifs, cest--dire comme des lasticits.
Plaons-nous dans le cas < 1. Une hausse du salaire augmente la
perte marginale des entreprises, devenues plus sensibles aux augmentations
de salaires du fait de laugmentation de la part de ces derniers dans la valeur
cre. Elle augmente galement llasticit de la demande de travail, diminuant ainsi le gain marginal dune augmentation de salaire pour les salaris.
La dtermination du salaire ngoci est reprsente sur la figure 2. Celle
du niveau demploi, quant elle, est reprsente sur la figure 3. Dans notre
cadre statique, la ngociation salariale dtermine un niveau de salaire indpendant du niveau demploi. Elle conduit donc une courbe W S horizontale dans le plan (N, w). Nous avons retenu dautre part lhypothse
dune concurrence parfaite sur le march des biens. La courbe P S se rduit
donc la courbe de demande de travail concurrentielle. La prise en compte
8
dune concurrence monopolistique sur le march des biens ne modifierait
gure lanalyse, et ferait simplement intervenir un taux de marge entre le
salaire et la productivit marginale du travail. La courbe P S prendrait alors
tout son sens puisque les entreprises auraient rellement un comportement
de fixation des prix. Mais son allure gnrale resterait la mme.
perte marginale
des employeurs
gain marginal
des salaries
Figure 2: La fixation du salaire
Nous obtenons ainsi un modle simple de dtemination du salaire et de
lemploi dquilibre, ou encore du taux de chmage dquilibre.
Il est facile dtudier linfluence quexercent les paramtres ou les variables
exognes sur cet quilibre. Tout ce qui augmente le gain marginal des salaris,
ou ce qui diminue la perte marginale des employeurs, se traduit par une
hausse du salaire ngoci, et dplace donc la courbe W S vers le haut.
Il en va ainsi dune augmentation du pouvoir de ngociation des travailleurs, qui permet aux travailleurs de se montrer plus exigeants dans la
ngociation salariale. Dans ce contexte du droit grer un fort pouvoir
syndical conduit gnralement du chmage.
Une baisse du coecient a les mmes eets. Quil reflte une aversion
pour le risque de se retrouver au chmage ou un concernement collectif pour
la situation des chmeurs, ce paramtre traduit de manire synthtique le
poids que le syndicat attache lobjectif demploi . Un syndicat caractris
par une forte valeur de a tendance modrer les hausses de salaires, et donc
9
WS
d
PS ou N
Figure 3: Lemploi dquilibre
sauvegarder lemploi. Il pourra mme, dans certains cas, fixer un salaire
susamment bas pour assurer le plein-emploi.
Une hausse du salaire de rserve R, due par exemple une augmentation
des allocations-chmage, augmente aussi le salaire et le chmage. Ceci est
intuitif dans le cadre de ngociations o nous nous plaons. Lamlioration
de la situation des chmeurs reprsente une amlioration de la situation de
repli des travailleurs, celle qui serait la leur en cas dchec des ngociations,
et leur permet donc de se montrer plus exigeants. Formellement, la hausse de
R diminue le gain U (w) U(R) ralis par les travailleurs en cas de succs de
la ngociation mais augmente le gain marginal relatif quils attachent une
augmentation de salaire, cest--dire llasticit wU 0 (w)/ (U (w) U (R)).
Examinons enfin le rle du partage salaires-profits dont limportance a
t souligne notamment par Salani(1998) et Algan(1999). Comme nous
lavons vu, celui-ci intervient travers llasticit du profit au salaire. Une
part des salaires plus leve augmente la perte marginale que reprsente pour
les employeurs une augmentation du salaire. Il convient pourtant de bien
raliser que cette part des salaires est endogne et quelle est co-dtermine
avec le niveau des salaires et celui de lemploi. On ne peut donc pas, a priori,
lui attribuer un rle causal dans la dtermination du chmage dquilibre.
Plaons-nous dans le cas dune lasticit de substitution infrieure lunit.
A environnement technologique donn, une augmentation des exigences des
travailleurs - quelle soit due une hausse de leur pouvoir de ngociation,
une baisse de leur prfrence pour lemploi ou une augmentation du
10
salaire de rserve - se traduit par une hausse conjointe du salaire, de la part
des salaires et du chmage. Si ce sont de tels chocs qui aectent lconomie,
on observera une corrlation positive entre la part des salaires et le chmage.
Mais on ne peut, encore une fois, y voir un lien de causalit.
Examinons en revanche les eets dun choc ngatif aectant la demande
de travail, quil sagisse dun choc technologique ou dune baisse du taux de
valeur ajoute, due par exemple une hausse du prix du ptrole. Si ce choc
agit multiplicativement sur la production, il na aucun eet sur le partage de
la valeur ajoute ou sur les lastcits de la demande de travail ou du profit.
Le salaire ngoci ne ragit donc pas. La courbe W S reste immobile alors
que la demande de travail diminue et que la courbe P S se dplace vers la
gauche. De tels chocs nont donc a priori aucun eet sur les salaires mais
augmentent le chmage.
Cette analyse nest que prliminaire, car elle traite comme exogne le
salaire de rserve. Lanalyse dynamique que nous mnerons ultrieurement
enrichira notablement ces mcanismes.
Nous pouvons terminer cette analyse en rendant plus explicite la dtermination du salaire ngoci.
Nous retenons la fonction dutilit dAtkinson. Son caractre homogne
permet dexprimer de la manire suivante le gain relatif direct que les travailleurs tirent dune augmentation de salaire :
wU 0 (w)
U 0 (1)
=
U(w) U (R)
U (1) U (R/w)
Il ne dpend que du rapport w/R, cest--dire du facteur de marge faisant
passer du salaire de rserve au salaire ngoci.
Nous pouvons donc dfinir le facteur de marge m = w/R et la fonction
1
U 0 (1)
,
si 6= 1
1m1
Z(m, ) =
=
(8)
1
,
si = 1
U (1) U(1/m)
ln m
Elle exprime le gain relatif direct, pour les travailleurs, dune augmentation de salaire. Z(m, ) est une fonction dcroissante de m et de .
Nous pouvons galement dfinir une fonction
A(w, ) =
1
(w)
1 (w)
(9)
Elle reprsente la perte relative subie par les entreprises la suite dune
hausse de salaire, augmente de la perte subie par les travailleurs cause de
la baisse de lemploi. Leet du pouvoir de ngociation est inclus dans la
11
fonction A, et exclu de la fonction Z. La fonction A(w, ) est croissante en
w, dans le cas retenu dune lasticit de substitution infrieure lunit, et
dcroissante en .
La condition (6, 7)dterminant le salaire ngoci peut alors tre mise sous
la forme suivante :
Z(w/R, ) = A(w, )
(10)
De manire globale, la fonction Z rsume linfluence de la fonction dutilit
et la fonction A celle de la fonction de production et du pouvoir de ngociation.
Les hypothses faites assurent que le salaire ngoci apparat comme une
fonction w (R, , ) qui crot avec R et , et dcrot avec .
Lanalyse se simplifie dans le cas dune fonction de production de CobbDouglas. Llasticit de substitution est alors unitaire, tandis que la part
des salaires est constante. La courbe reprsentant le gain des entreprises
est donc horizontale. La fonction A se rduit une constante et lquation
(10) dtermine le facteur de marge m. Le salaire ngoci est dtermin4 par
application dun taux de marge au salaire de rserve :
w = m(, )R
(11)
Marchandage dynamique
Nous nous plaons maintenant dans un cadre intertemporel qui nous permettra notamment denrichir lanalyse de lutilit de rserve des travailleurs,
cest--dire du niveau dutilit atteint par les chmeurs. Celui-ci dpend
du niveau du taux de chmage puisquun niveau de chmage lev diminue
les chances de retrouver un emploi. Un chmage lev conduit alors les
travailleurs se montrer moins exigeants dans la ngociation salaraiale.
Formellement, la courbe W S reprsente maintenant une relation croissante
entre le salaire et le niveau demploi. Les niveaux dquilibre de lemploi et
du salaire sont alors co-dtermins et la notion de chmage dquilibre prend
tout son sens.
4
Lanalyse peut tre prcise en tudiant la fonction Z(m, ). Considre comme une
fonction de m, cette fonction dcrot de linfini 1 quand < 1, etde linfini 0 quand
1. Elle se rduit 1/ ln(m) quand tend vers lunit. Comme 1 + 1
/(1 )
est suprieur lunit et notamment suprieur 1 quand < 1, le taux de marge
optimal est toujours dfini.
12
La considration du modle dynamique nous permettra aussi de prendre
en compte le rle des anticipations et, ultrieurement, celui de laccumulation
du capital.
2.1
Le modle de rfrence
Nous nous sommes placs jusqu prsent dans un cadre statique, o les
agents avaient un horizon limit une priode. Ceci est acceptable si lon
admet que les contrats dembauche ne durent quune priode et que tous
les agents, quils aient t employs ou chmeurs, se retrouvent la priode
suivante face aux mmes possibilits.
Explicitons ce point en supposant maintenant que les agents tiennent
compte des priodes ultrieures. Appelons = 1/(1 + r) le facteur dintrt
suppos exogne et constant.
Dsignons par t le niveau dutilit actualis du membre reprsentatif
du syndicat. Selon le principe de base de la programmation dynamique, ce
niveau est la somme de lutilit courante et de la valeur actualise du niveau
de lagent la priode suivante :
Nt
Nt
U(wt ) + 1
U (R) + t+1
t =
M
M
En cas dchec des ngociations, lagent est au chmage pendant la priode courante, mais retrouve ensuite les mmes possibilits et donc le mme
niveau dutilit actualise que les agents employs. Son utilit actualise est
donc
0,t = U (R) + t+1
Le surplus dutilit pris en compte dans le marchandage de Nash est
t 0,t =
Nt
(U(wt ) U (R))
M
Il est identique celui que nous avons considr dans notre analyse statique.
De leur ct, les entreprises ont pour objectif la maximisation de leur
profit actualis, cest--dire de la valeur de la firme. Si f dsigne la valeur
de la firme et le profit courant, on a
ft = t + ft+1
13
It
aIt
travail
-s
It+
-aIt
echec
s
at
-at
t+
chomage
Figure 4: Les gains actualiss
En cas dchec des ngociations, la firme ralise un profit nul pendant la
priode, mais pourra reprendre la production la priode suivante. Sa valeur
actualise de repli est donc
f0t = ft+1
et sa contribution au critre de Nash se rduit donc au profit courant :
ft f0t = t
Les deux contributions au problme de Nash sont donc les mmes que
dans le cas statique et lanalyse prcdente reste valable.
Nous modifions maintenant le modle pour introduire un eet insider,
selon les termes de lanalyse inaugure par Lindbeck-Snower(1989). Les
agents dj employs ont lavantage dtre rembauchs prioritairement. Ceci
va modifier lcart dutilit qui spare les travailleurs des chmeurs, et va donc
influer sur le processus de ngociation. Le modle sera rsolu en anticipations
rationnelles.
Nous supposons maintenant que la population totale M est divise la
date t entre It insiders et M It outsiders. Larbre du jeu est reprsent sur la
figure 4. On suppose quune proportion fixe des postes de travail est dtruite
chaque priode. Ceci introduit une rotation des travailleurs, les insiders
finissant par se retrouver au chmage et les chmeurs gardant, en rgime
14
stationnaire, des possibilits dembauche. Appelons s le taux de sparation.
Le nombre dinsiders la date t dcoule de lemploi la priode prcdente :
It = (1 s)Nt1
Appelons aI et aO les probabilits respectives dtre employs pour un
insider et un outsider. La rgle dembauche prioritaire des insiders implique
:
aIt = 1,
aIt =
a0t =
Nt
,
It
Nt It
M It
a0t = 0
si
si
Nt It
Nt It
Appelons It et Ot les niveaux dutilit actualise des deux catgories.
Un insider a une probabilit aIt dtre employ. Sil est employ, il a une
probabilit 1 s dtre insider au dbut de la priode suivante, et une probabilit s dtre outsider. Sil est chmeur, il est sr dtre outsider au dbut
de la priode suivante. Son utilit actualise est donc :
It = aIt [U (wt ) + (1 s)I,t+1 + s0,t+1 ] + (1 aIt ) [U(R) + O,t+1 ]
(12)
Un outsider a une probabilit a0t dtre embauch. On a donc :
0t = a0t [U(wt ) + (1 s)I,t+1 + s0,t+1 ] + (1 a0t ) [U(R) + O,t+1 ]
(13)
w dsigne ici le salaire moyen dans lconomie, qui est gal ex post au
salaire w vers par lentreprise reprsentative.
Il est utile dexprimer le surplus total St ralis dans lconomie et la
dirence Xt entre les utilits actualises des insiders et des outsiders. Le
surplus total est obtenu en pondrant par les nombres dinsiders et doutsiders
:
St = It It + (M It )0t ,
15
Xt = It 0t
(14)
Le schma suggre que lvolution du surplus total est dicte par le surplus
ralis pendant la priode, qui dpend de lemploi de lemploi dans la priode,
et est donc5
St = Nt U (wt ) + (M Nt )U(R) + St+1
(15)
On obtient aussi lquation dvolution de Xt , par dirence entre (12) et
(13),
Xt = (aIt a0t ) [U(wt ) U (R) + (1 s)Xt+1 ]
(16)
Les ngociations sont menes par les insiders, qui ne prennent en compte
que leur propre utilit. En cas dchec des ngociations, ils rejoignent les
rangs des outsiders. Leur utilit actualise de rfrence est donc 0t .
Nous supposons que les ngociations soprent dans le cadre du droit
grer et nous admettons quelles conduisent un salaire tel que It < Nt , ce
qui est vrai au voisinage de lquilibre stationnaire o I = (1 s)N < N.
Les insiders sont donc certains dtre embauchs et lon a aIt = 1 et
a0t =
Nt (1 s)Nt1
M (1 s)Nt1
(17)
Cette probabilit de retrouver un emploi crot avec Nt et dcrot avec
Nt1 .
Les quations (12) et (16) deviennent
It = U(wt ) + (1 s)I,t+1 + s0,t+1
(18)
Xt = (1 a0t ) [U (wt ) U(R) + (1 s)Xt+1 ]
(19)
On a
It = aIt [U (wt ) + (1 s) (I,t+1 0,t+1 )] + (1 aIt ) U (R) + O,t+1
0t = aOt [U (wt ) + (1 s) (I,t+1 0,t+1 )] + (1 aOt ) U (R) + O,t+1
En prmultipliant ces relations par It et M It , en sommant et en tenant compte de
It aIt + (M It )a0t = Nt , (1 s)Nt = It+1 et It (1 aIt ) + (M It )(1 a0t ) = M Nt ,
on obtient
St = Nt U (wt ) + It+1 (I,t+1 0,t+1 ) + (M Nt ) U(R) + M O,t+1
16
Les ngociations soprent dans le cadre du droit grer et sont menes
par les insiders, qui ne prennent en compte que leur propre utilit. En cas
dchec des ngociations, ils rejoignent les rangs des outsiders. Leur utilit actualise de rfrence est donc 0t et la dirence Xt = It 0t reprsente la
contribution des travailleurs au critre de Nash dans la ngociation salariale.
Elle peut tre crite sous la forme
Xt = U (w t ) U t
(20)
U t = a0,t U (wt ) + (1 a0,t ) U (R) (1 s) (1 a0t ) Xt+1
(21)
avec
La variable U t peut tre considr comme un niveau dutilit instantan
caractrisant la situation dun travailleur en cas dchec des ngociations.
Ce niveau rsume les opportunits extrieures des insiders. Il est constitu
de deux lments. Le premier est une moyenne des gains instantans U (w)
et U(R) des travailleurs et des chmeurs, pondre par les probabilits a0t et
1 a0t quun outsider trouve ou ne trouve pas un emploi. Le second terme
vient en dduction et rflte le dsavantage futur tre outsider.
Cette dirence entre les gains des insiders en cas de succs et dchec des
ngociations constitue la contribution du syndicat au critre de Nash dans
la ngociation salariale.
La ngociation salariale se ramne donc au problme suivant :
max ln U (wt ) U t + (1 ) ln (wt )
wt
Nous supposons que les ngociateurs traitent le niveau dutilit de rfrence
U t comme une donne. Ceci reprsente une simplification. Il est naturel en
eet que les ngociateurs de lentreprise reprsentative prennent comme donne le salaire moyen de lconomie, la probabilit de trouver un emploi et le
niveau dutilit futur des outsiders. Ils devraient en revanche tenir compte
du fait que leur choix du salaire courant aecte le niveau demploi et donc le
nombre dinsiders de la priode suivante et ainsi leur niveau dutilit I,t+1
Nous ngligeons cette influence.
La fixation du salaire se fait alors de la mme manire que dans le cas
statique, si ce nest que le niveau demploi nintervient plus dans lobjectif
syndical. La condition doptimalit est
wt U 0 (wt )
(wt )
= (1 )
1 (wt )
U(wt ) Ut
17
(22)
On en dduit
Xt =
1 (wt )
wt U 0 (wt )
1 (wt )
Lquation (19) dvolution de Xt peut scrire
1
Xt (1 s)Xt+1 = U(wt ) U (R)
1 a0t
Finalement, la condition doptimalit prend la forme gnrale
1
1 (wt )
1 (wt+1 )
wt U 0 (wt )
(1 s)wt+1 U 0 (wt+1 )
=
1 a0t
(wt )
(wt+1 )
1
(U (wt ) U(R))
(23)
Dans le cas dune fonction dAtkinson, elle devient
1
1 (wt )
1 (wt+1 )
(1 )
U (wt )
(1 s)U (wt+1 )
=
1 a0t
(wt )
(wt+1 )
1
(U (wt ) U(R))
(24)
si 6= 1 et
1 (wt+1 )
1
1 1 (wt )
(1 s)
=
(U (wt ) U(R))
1 a0t (wt )
(wt+1 )
(25)
si = 1.
Cette relation reprsente la courbe W S de court terme du modle. Comme
la probabilit a0t de retrouver un emploi dpend de Nt et Nt1 selon lquation
(17), elle relie le salaire et lemploi courant, pour des valeurs donnes de
lemploi pass et du salaire anticip.
La demande de travail fournit la courbe P S
wt = F 0 (Nt )
(26)
On obtient ainsi deux relations pour dterminer les volutions du salaire
et de lemploi.
18
2.2
Le chmage dquilibre
Intressons-nous en premier lieu au point dquilibre stationnaire. La probabilit de retrouver un emploi devient
a0 (N, s) =
sN
M (1 s)N
(27)
et crot videmment avec le niveau demploi N, mais crot galement avec le
taux de sparation s puisquune augmentation de celui-ci, emploi donn,
accrot le besoin de main doeuvre des entreprises.
La courbe W S de long terme peut scrire
U(w)
1
(w)
(1 )
(1 s) =
(28)
U (w) U (R) 1 a0 (N, s)
1 1 (w)
Elle se met sous la forme
w
Z( , )B(N, s) = A(w, )
R
(29)
si lon fait de nouveau intervenir la fonction Z(m, ) dfinie en (8) et si lon
pose
A(w, ) =
1 (w)
,
1 (w)
B(N, s) =
1
(1 s)
1 a0 (N, s)
(30)
La fonction Z dcrot avec m et . La fonction A(w, ) a maintenant une
expression simplifie. Elle est croissante en w si llasticit de substitution est
infrieure lunit, et est dcroissante en . La fonction B(N, s) est croissante
6
en N et en s .
La relation (29) dtermine implicitement le salaire ngoci comme une
fonction w (N, R, , , s) qui crot avec N, R, et s, et dcrot avec . La
courbe W S de long terme a une allure croissante.
Lanalyse se simplifie de nouveau dans le cas dune fonction de production
de Cobb-Douglas. La fonction A(w, ) se rduit une constante et la relation
(29) dtermine le salaire par application dun taux de marge au salaire de
rserve
w = m (N, , , s) R
6
La fonction B(N) prend des valeurs positives puisque 1/(1 a0 ) > 1 et (1 s) < 1.
Quand N augmente, B(N ) crot et tend vers linfini quand N tend vers M et donc a0 vers
1.
19
WS
PS
Figure 5: Le chmage dquilibre
La nouveaut par rapport au modle statique est que ce taux de marge
dpend maintenant positivement du niveau demploi, puisquun chmage rduit permet aux syndicats dtre plus exigeants.
On peut vrifier, dans ce cas Cobb-Douglas, que la courbe W S a une
asymptote verticale, qui correspond au plein emploi quand le paramtre
est suprieur ou gal lunit, et un niveau demploi infrieur quand est
infrieur lunit.
En eet, quand 1 la fonction Z dcrot de linfini zro lorsque m
crot de 1 linfini. Le facteur de marge ngoci, et donc la courbe W S, sont
bien dfinis pour tout niveau de N infrieur M . Le facteur de marge tend
vers linfini quand N tend vers M et A()/ B(N, s) vers zro. La courbe W S
a donc une asymptote verticale correspondant au plein-emploi.
Lorsque < 1, la fonction Z dcrot de linfini 1. Le facteur de marge
nest alors dfini que pour les valeurs de N telles que A()/B(N, s) > 1 ,
soit explicitement
1
A() > (1 )
(1 s)
(31)
1 a0 (N, s)
Dans le cas contraire, le salaire ngoci est infini. Comme a0 (M, s) = 1,
cette ingalit nest pas vrifie pour N = M . La courbe W S a donc une
asymptote verticale, pour un niveau demploi strictement infrieur au pleinemploi.
Nous pouvons enfin expliciter la courbe W S de court terme dans ce cas
20
Cobb-Douglas. Lquation (24) devient
1
(1 )
U (wt ) (1 s)U (wt+1 ) = A (U (wt ) U(R))
1 a0t
(32)
Nous supposerons que la condition
A>
1
1 a0 (N, s)
(33)
est vrifie au point stationnaire. On notera que cette condition est toujours
vrifie si 1, mais quelle est plus exigeante que la condition (31) si < 1.
Elle est facilement vrifie en pratique.
Cette condition garantit que le salaire ngoci est une fonction croissante
de la probabilit a0t de trouver un emploi, et donc de lemploi courant Nt .
Ceci signifie que la courbe W S de court terme a une forme croissante normale.
Le salaire ngoci est alors une fonction dcroissante de Nt1 . En eet, une
hausse de lemploi pass reprsente une hausse du nombre dinsiders et donc
une plus grande dicult pour les outsiders trouver un emploi, ce qui
incite les insiders modrer leurs exigences salariales. Linfluence du salaire
anticip, en revanche, est ambigu et dpend de la position de par rapport
lunit.
2.3
La dynamique capital donn
Nous tudions maintenant la dynamique de prvision parfaite du modle.
La courbe P S, (26) dfinit la demande de travail
Nt = N d (wt )
(34)
La relation (17) permet alors dexprimer la probabilit de trouver un emploi
en fonction de Nt1 et wt
N d (wt ) (1 s)Nt1
a0 Nt1 , N d (wt ) =
M (1 s)Nt1
La courbe W S de court terme (23) scrit
1
1 a0 (Nt1
, Nd
(wt ))
wt U 0 (wt )
1 (wt )
1 (wt+1 )
(1 s)wt+1 U 0 (wt+1 )
=
(wt )
(wt+1 )
1
(U(wt ) U (R))
21
(35)
wt=(Nt-1)
Nt=Nd(wt)
N
Figure 6: La dynamique du salaire
Elle dfinit implicitement une fonction
wt+1 = g (Nt1 , wt )
(36)
Les relations (34) et (36) constituent la forme rduite du modle. A
la date t, ces deux relations dterminent les niveaux courants wt et Nt
en fonction de lemploi pass Nt1 et du salaire anticip wt+1 . Le modle
comprend donc une variable prdtermine, lemploi, et une variable nonprdtermine, le salaire. Nous vrifions en annexe quil a une structure
de point-selle. Le choix de la trajectoire convergente conduit une relation reliant la variable non-prdtermine la variable prdtermine, soit
formellement
wt = (Nt1 )
(37)
En y adjoignant la relation (34), on peut dcrire lvolution de lconomie
partir dune valeur initiale quelconque de lemploi.
Cette dynamique est reprsente sur la figure 6.
Lanalyse formelle peut tre prcise lorsque lon se restreint au cas CobbDouglas. La relation (35) devient
22
(1 )
1
1 a0 (Nt1 , N d (wt ))
U (wt ) (1 s)U (wt+1 ) = A (U (wt ) U (R))
(38)
dans le cas 6= 1 et
1
1 a0 (Nt1 , N d (wt ))
(1 s) = A (U (wt ) U (R))
(39)
dans le cas = 1.
Dans ce dernier cas, le salaire anticip disparat de la courbe W S. On
se ramne donc un systme entirement prdtermin. La courbe W S
dtermine implicitement le salaire courant comme une fonction, que lon
peut de nouveau appeler wt = (Nt1 ), de lemploi pass alors que lemploi
courant est Nt = N d (wt ). La reprsentation de la figure 6 reste donc valable
dans ce cas o les anticipations ne jouent plus de rle.
2.4
Capital et investissement
Lanalyse prcdente suppose un stock de capital donn. Elle relve donc du
court terme, mme si elle intgre dj une dynamique lie aux anticipations
et se traduisant par un ajustement progressif du niveau demploi. Mais la
fixation du salaire dtermine videmment la rmunration du capital et influence ainsi les choix dinvestissement. Il nous faut donc prendre en compte
les eets de laccumulation du capital.
Lhypothse la plus simple, qui nest pas la moins adapte pour traiter de
lconomie franaise, consiste supposer que le taux dintrt rel mondial
est donn. Ceci dtermine les niveaux dquilibre de lintensit capitalistique
et du salaire rel. La courbe P S est alors horizontale, long terme si des
cots dajustements du capital ralentissent son adaptation et ds le court
terme si le capital est parfaitement mobile7 .
Nous nous plaons dans ce dernier cas. Bien que le capital soit parfaitement mobile nous considrons, de manire traditionnelle, que son niveau est
choisi une priode lavance. Le capital est donc prdtermin. A la date
courante, pour un stock de capital donn, lquilibre W S P S du march
du travail dtermine lemploi et le salaire courant. La rentabilit courante
du capital en rsulte. Au mme moment, les entreprises dcident de leur investissement en fonction de sa rentabilit anticipe, en sachant que celle-ci
7
La courbe P S est galement horizontale long terme en conomie ferme, si lon
admet que cest alors le taux de prfrence pour le prsent qui dtermine le niveau du
taux dintrt.
23
dpend du salaire qui se fixera sur le march du travail la priode suivante.
Cette rentabilit dcrot avec le montant global du capital investi puisquun
capital plus lev requiert un emploi plus lev, ce qui nest possible que
si les salaires slvent. Si le taux dintrt mondial est donn, du capital
rentre dans le pays jusqu ce que la rentabilit anticipe soit gale au taux
dintrt.
Dcrivons le modle en explicitant les relations dquilibre des deux premires priodes. Le taux dintrt mondial est r et est suppos constant. Si
k est lintensit capitalistique, on dsigne par v(k) la productivit marginale
du travail et par f 0 (k) la productivit marginale nette du capital. Le modle
est le suivant :
1
(1 )
U(wt ) (1 s)U (wt+1 ) = A (U (wt ) U(R))
1 a0 (Nt1 , Nt )
(40)
v (Kt /Nt ) = wt
(41)
f 0 (Kt+1 /Nt+1 ) = r
(42)
v (Kt+1 /Nt+1 ) = wt+1
(43)
1
(1 )
U (wt+1 ) (1 s)U (wt+2 ) = A (U(wt+1 ) U (R))
1 a0 (Nt , Nt+1 )
(44)
...
A la date t le stock de capital Kt et lemploi pass Nt1 sont prdtermins. Pour un niveau de salaire anticip wt+1 donn, les courbes W S et P S
reprsentes par les quations (40) et(41) dterminent les niveaux courants
wt et Nt du salaire et de lemploi.
A anticipations ultrieures donnes, cest--dire wt+2 donn, les trois
relations suivantes dterminent Kt+1 , Nt+1 et wt+1 . Comme nous lavons
indiqu, lquilibre W S/P S anticip contribue dterminer la rentabilit
anticipe du capital en fonction du stock de capital investi Kt+1 . Celui-ci
doit alors se fixer de manire ce quelle soit gale au taux dintrt mondial.
La rsolution du modle est immdiate. Pour toutes les priodes futures,
lintensit capitalistique est dtermine par le taux dintrt mondial. Elle
24
prend la valeur k telle que f 0 (k ) = r . Le salaire sera donc fixe pour toutes
les priodes suivantes et gal w = v(k ). On retrouve ici la frontire des
prix des facteurs : fixer la rmunration du capital revient fixer celle du
travail. La courbe P S de long terme est donc horizontale, et correspond au
niveau de salaire que les entreprises peuvent payer, compte tenu du niveau
du taux dintrt rel.
On peut alors rsoudre lquilibre de premire priode. En tenant compte
de lgalit wt+1 = w , les deux relations (40) et(41)dterminent wt et Nt .
Le stock de capital tant prdtermin, lquilibre de premire se situe donc
en dehors de la courbe P S de long terme. Ds la seconde priode, en revanche, on se trouve sur cette courbe. Mais lemploi connat une dynamique
dajustement.
La courbe W S impose la relation
U(w ) (1 s)U(w ) = A (U(w ) U(R))
(1 )
1 a0 (N , N +1 )
pour tout > t.
Le taux de retour lemploi prend donc une valeur constante a0 et la
dynamique de lemploi est dtermine par la relation a0 (N , N +1 ) = a0 , soit
N +1 (1 s)N
= a0
M (1 s)N
ou encore
N +1 = (1 s) (1 a0 ) N + a0 M
Cette dynamique est stable. Lemploi converge donc vers une valeur stationnaire dtermine par lintersection des courbes W S et P S de long terme.
La mise en oeuvre du modle
Nous nous proposons maintenant de caractriser les proprits du chmage
dquilibre en mettant laccent sur les variables fiscales et de rpartition.
Le premier lment important concerne la fixation du niveau des indemnits de chmage. Nous avons jusqu prsent considr le salaire de rserve R
comme donn. On peut considrer quil synthtise deux phnomnes, lutilit
du loisir ou du travail domestique, dune part, mais aussi les allocationschmage verses. Un choix de spcification se prsente alors. On peut considrer que le niveau de ces allocations est fix indpendamment du niveau
25
du salaire. On est alors amen traiter R comme exogne, comme nous
lavons fait jusqu prsent. On peut aussi considrer que cest le taux de
remplacement, rapport entre lallocation-chmage et le niveau des salaires
qui est donn. R devient alors endogne et cest le rapport = R/w qui
est donn. Ce changement dhypothse a des consquences importantes,
puisquil conduit, dans le cas Cobb-Douglas, une courbe W S de long
terme verticale cest--dire un niveau demploi dquilibre insensible au
ct demande de travail. On constate toutefois, comme lont soulign notamment Salani(1998) et Algan(1999), que cette proprit est tributaire
de lhypothse Cobb-Douglas et quune hypothse de type CES la fait disparatre en redonnant une lasticit la courbe W S.
Le second lment a trait aux taxes et cotisations qui psent sur le travail
et introduisent un coin fiscal entre les salaires nets et bruts. Nous ne considrons ici que des prlvements proportionnels, qui ne modifient pas, comme
nous le verrons, le taux de marge ngoci, mais changent videmment sa signification puisque le taux de marge pertinent sapplique maintenant au salaire
net. Comme lont montr notamment Malcomson-Sartor(1987), LockwoodManning(1993) , Cahuc-Zylberberg(2001) et dAutume(2001b), des impts
progressifs aectent plus profondment la ngociation salariale.
Enfin , nous examinons les eets de court et long terme, en prenant
en compte ladaptation du stock de capital. Mais contrairement lanalyse
de la section prcdente, nous ne menons pas une analyse rigoureuse de
la dynamique de prvision parfaite et nous nous contentons dune analyse suggestive. Nous ne prenons pas en compte, en eet, les modifications
danticipations qui aecteraient la courbe W S. Le passage du court terme
au long terme rsulte donc seulement de laccumulation du capital, que nous
supposons implicitement se raliser de manire progressive.
3.1
Le cas dallocations-chmage fixes
La variable w dsigne maintenant le salaire brut, vers par lentreprise, tandis
que le salari reoit un salaire net w(1 t). La productivit du travail est
une fonction croissante v(k) de lintensit capitalistique. En reprenant la
formulation (29), le modle devient8
Z
w(1 t)
R
B(N ) = A(w)
w = v(K/N )
8
Nous omettons les paramtres.
26
w
WS
PSLT
PSCT
Figure 7: Hausse des allocations ou du taux de prlvement
K donn, court terme,
Z 0 < 0,
K/N donn, long terme
A0 > 0,
B0 > 0
La figure 7 reprsente les eets dune hausse des allocations-chmage R
ou dune hausse du taux de cotisation t. La fixit de R rend la courbe
W S croissante, ce phnomne tant ventuellement renforc si llasticit de
substitution capital-travail est infrieure lunit. A court terme, la courbe
P S est incline du fait de la fixit du stock de capital. A long terme, comme
nous lavons vu, la frontire des prix des facteurs fixe le salaire rel et la
courbe P S est donc horizontale.
Une hausse des allocations-chmage reprsente, toutes choses gales par
ailleurs, une amlioration de la situation des chmeurs et donc de la situation de repli des travailleurs. Elle leur permet dtre plus exigeants dans les
ngociations salariales et se traduit donc par un dplacement vers le haut
de la courbe W S P S. A court terme, ceci se traduit par une hausse du
salaire ngoci ayant pour contrepartie une baisse de lemploi. Mais ceci se
traduit aussi par une diminution du taux de rendement du capital. Celle-ci
incite les entreprises rduire le stock de capital jusqu ce que ce taux de
rendement redevienne gal au taux dintrt, et se traduit graphiquement
27
WS
PSLT
PSCT
N
Figure 8: Hausse du taux dintrt
par un glissement vers le bas de la courbe P S de court terme. Une baisse de
lemploi et des salaires accompagne cet ajustement. A long terme lemploi et
le capital ont baiss, sans que le salaire rel ait chang. On peut aussi caractriser lvolution du taux de remplacement = R/(w(1 t)). Il augmente
long terme proportionnellement R, puisque le salaire est fix. Il augmente
aussi court terme, mais moins que proportionnellement, puisque le salaire
augmente, mais moins que lallocation-chmage9 .
Une hausse du taux de prlvement a les mmes eets. A court terme un
eet de coin fiscal conduit une hausse du salaire brut w et une baisse10
du salaire net w(1 t). A long terme, leort des salaris pour rpercuter la
hausse des prlvements se rvle vain. Ils supportent tout le poids de cette
hausse et la baisse de lemploi est le seul moyen de calmer des revendications
salariales qui ne peuvent tre satisfaites.
Nous pouvons aussi tudier les eets dune hausse du taux dintrt rel.
Lexprience est reprsente sur la figure 8. La hausse du taux dintrt rel
na pas deet instantan sur le march du travail, mais amne rduire le
niveau du stock de capital. La baisse de demande de travail qui en rsulte
force les travailleurs accepter une baisse des salaires et de lemploi, dans
des proportions fixes par la pente de la courbe W S.
9
Formellement, court terme, N baisse et w augmente, ce qui implique une baisse
de B(N ) et, ventuellement, une hausse de A(w). La fonction Z augmente donc, ce qui
signifie que le taux de remplacement augmente.
10
La hausse de Z signifie maintenant que w(1 t) diminue.
28
w
WS
PSLT
PSCT
Figure 9: Hausse du taux de remplacement
3.2
Le cas dun taux de remplacement fix et dune
fonction de Cobb-Douglas
Nous supposons maintenant que cest un taux de remplacement donn , qui
fixe le rapport entre lallocation-chmage et le salaire net. Il est essentiel alors
de distinguer le cas Cobb-Douglas, du cas dune lasticit de substitution
factorielle dirente de lunit. Dans le premier cas, le modle prend la
forme
Z (1/) B(N ) = A
R = w(1 t)
w = v(K/N )
K donn, court terme,
K/N donn, long terme
Dans le cas Cobb-Douglas, la fonction A(w) est constante. La courbe
W S est verticale et dtermine un taux de chmage dquilibre qui ne dpend
que du taux de remplacement .
29
w
WS
PSLT
PSCT
Figure 10: Hausse du taux de prlvement
w
WS
PSLT
PSCT
Figure 11: Hausse du taux dintrt
30
Les figures 9, 10 et 11 reprsentent les eets dune hausse du taux de
remplacement, du taux dimposition et du taux dintrt rel. La hausse du
taux de remplacement se traduit par une rduction instantane du niveau
demploi. Celle-ci saccompagne dune augmentation de la productivit marginale du travail et donc dune hausse des salaires. Mais le niveau de capital
sajuste en baisse jusqu ce que le salaire rejoigne sa valeur dquilibre de long
terme. Les allocations-chmage slvent dabord sous la double influence
de la hausse du taux de remplacement et du salaire. Elles accompagnent
ensuite les salaires dans leur baisse pour naugmenter en dfinitive que dans
la proportion dicte par la variation du taux de remplacement. La hausse du
taux dimposition na aucun eet ni court terme ni long terme. A court
terme, les ngociations ne mettent en jeu que le taux de remplacement. Les
salaires nets supportent tout le poids de laugmentation des prlvements. Le
salaire brut ntant pas aect, le stock de capital na pas de raison de varier.
Les allocations-chmage, enfin, subissent la mme baisse que les salaires nets.
La baisse du taux dintrt rel dclenche une baisse du niveau de capital
et de la demande de travail, qui conduit progressivement des baisses proportionnelles du salaire et de lallocation-chmage, sans variation de lemploi.
On soulignera que cest au fond la baisse des allocations-chmage qui permet de maintenir lemploi, en rendant les salaris moins exigeants. Cest ce
mcanisme qui est absent du modle de la section prcdente, o la hausse
du taux dintrt rel conduit une augmentation du chmage.
3.3
Le cas dun taux de remplacement fix et dune
lasticit de substitution infrieure lunit
La courbe W S est maintenant
Z (1/) B(N ) = A(w)
Malgr la fixit du taux de remplacement, elle retrouve une lasticit par
rapport au salaire car celui-ci aecte la part des profits et donc le cot pour
lemployeur dune augmentation de salaire.
Une augmentation du taux de remplacement dplace la courbe W S vers
le haut. Elle augmente en eet lattrait pour les salaris dune augmentation
de salaire. Celle-ci peut tre compatible avec lquilibre des ngociations
puisquelle augmente aussi le cot marginal que reprsente une hausse des
salaires pour les entreprises. Cet quilibre peut galement tre rtabli par
une baisse de lemploi, qui diminue lattrait dune hausse de salaire pour les
salaris.
31
w
WS
PSLT
PSCT
Figure 12: Hausse du taux de prlvement
w
WS
PSLT
PSCT
Figure 13: Hausse du taux de prlvement
32
WS
PSLT
PSCT
N
Figure 14: Hausse du taux dintrt
Les eets dune augmentation du taux de remplacement sont illustrs sur
la figure 12. Elle rend les salaris plus exigeants, ce qui se traduit court
terme par une augmentation des salaires et une diminution de lemploi, et
long terme par une diminution plus forte de lemploi.
Une hausse des prlvements, comme dans la section prcdente, ne conduit qu une baisse des salaires ents et des allocations.
La hausse du taux dintrt rel conduit de nouveau une baisse du
salaire et de lemploi. Malgr la fixit du taux de remplacement un arbitrage
entre salaires et emplois est prsent, et on retrouve une anlyse identique
celle de la premire section, o le montant des allocations tait fix.
Qualification du travail et politiques demploi
Le modle W S P S est un outil prcieux pour valuer les politiques de
lemploi. Le chmage y rsulte de rigidits salariales mais celles-ci, loin dtre
inexpliques, rsultent dun processus explicite de ngociations. Les politiques
de lemploi, et plus gnralement les politiques redistributives, agissent de
manire indirecte en modifiant les conditions de ces ngociations.
Ltude des politiques de lemploi ncessite cependant une dsagrgation
du facteur travail. La distinction dau moins deux niveaux de qualification
permet de traiter de manire plus raliste dun chmage qui touche surtout
les travailleurs non-qualifis. Elle est aussi ncessaire pour poser le problme
de la redistribution et tudier ses liens avec le chmage. De nombreux travaux
franais - par exemple ceux de Laargue(19???) - sont ainsi consacrs des
modles plusieurs qualifications, o une ngociation salariale rgit certains
33
sous-marchs. Nous reprenons ici un modle de ce type.
Il sagit dun modle trs simple, dvelopp par ailleurs dans une optique
de fiscalit optimale, dAutume(2001c). Le modle est statique. Il nintroduit
pas le capital, et la production seectue en utilisant uniquement du travail
qualifi et du travail non-qualifi. Les ngociations salariales se droulent
aussi de manire statique. Nous utilisons ce cadre pour valuer trois politiques
de rfrence : la hausse du SMIC, celle du RMI et la mise en place dune
prime pour lemploi.
4.1
Un modle
Nous retenons une fonction de production rendements dchelle constants,
Y = F (n1 L1 , n2 L2 )
(45)
La production est eectue par deux types de travailleurs : des travailleurs
peu qualifis, identifis par lindice 1, et des travailleurs qualifis, identifis
par lindice 2. Les eectifs n1 et n2 des deux catgories sont donns. Il sy
ajoute un faible nombre n0 de travailleurs que lon considre comme incapables de travailler et qui peuvent reprsenter des chmeurs de longue dure
dont lemployabilit sest tellement rduite quil leur est presquimpossible de
retrouver un emploi brve chance. La prise en compte de ces chmeurs invitables a lavantage, pour notre modle, de rendre indispensable lexistence
dun revenu minimum garanti mme lorsque le march du travail fonctionne
de manire parfaitement concurrentielle et quil assure donc le plein-emploi
des autres travailleurs.
Chaque travailleur dcide du montant de son ore de travail, L1 ou L2
en fonction du salaire net qui lui est oert. Il est habituel de supposer que
cette ore reprsente le nombre dheures de travail fournies. Nous prfrons
considrer, de manire plus gnrale, quil sagit dun niveau deort choisi
par le travailleur. Les salaires unitaires w1 et w2 sinterprtent comme les
salaires de base de chaque catgorie de travailleur, et non plus seulement
comme des salaires horaires. Les revenus bruts des agents sont alors R1 =
w1 L1 et R2 = w2 L2 . Comme nous nintroduisons pas le capital, les revenus
des agents sont constitus de leurs seuls revenus dactivit, ventuellement
modifis par le systme dimposition et de redistribution.
Les agents font face un barme fiscal dterminant leur impt comme
une fonction de leur revenu brut. De manire quivalente, on peut dcrire
le barme par la fonction c = C(R) reliant le revenu net de lagent, qui
constituera sa consommation c, son revenu brut R. Nous considrons a
34
Figure 15: Barme fiscal de rfrence
priori le barme reprsent sur la figure 15, qui constitue un systme trs
stylis de Revenu Minimum dInsertion.
Le RMI est fix un niveau a et tout agent ayant un revenu brut infrieur
a voit son revenu complt pour atteindre ce niveau. Le barme est donc
plat jusquau point o il atteint la diagonale. Les agents ayant un revenu
suprieur touchent un impt proportionnel au taux t sur la partie de leur
revenu qui excde a. Ils bnficient donc dun abattement gal au RMI.
Formellement, ce barme scrit
c = R t(R a) = (1 t)R + ta,
si
Ra
c=
(46)
a,
si
Ra
Nous supposons que tous les agents ont les mmes prfrences reprsentes
par la fonction dutilit suivante
U (c, L) = c v(L),
v(L) = b
L1+1/
1 + 1/
(47)
Le choix de cette fonction dutilit quasi-linaire limine tout eet de
revenu dans le comportement dore de travail, ce qui constitue une hy35
pothse simplificatrice souvent utilise dans les travaux rcents sur limposition
optimale : voir par exemple dAutume(2001a).
En tenant compte du fait que L = R/w, un agent touchant un salaire w
choisit la combinaison de revenu brut R et net C solution du problme
max
c v(R/w)
c = (1 t)R + ta
s.c.
Les prfrences de lagent peuvent ainsi tre reprsentes par des courbes
dindirence dans le plan (R, C). La solution est illustre sur la figure 15, o
le point prfr de chaque type dagent est caractris par la tangence entre
le barme fiscal et lune de ses courbes dindirence. Encore faut-il vrifier
que lagent ne prfre pas ne pas travailler et se situer au point de laxe
vertical correspondant au RMI. Formellement, la solution est caractrise
par lgalit du salaire net et de la dsutilit du travail, soit w(1 t) = v0(L),
ce qui conduit aux fonctions dore de travail
L1 = Ls (w1 (1 t)),
L2 = Ls (w2 (1 t))
(48)
avec
Ls (w) = bw
La fonction dutilit retenue assure que le comportement dore de travail
ne dpend pas des revenus non-salariaux, cest--dire ici du montant de la
franchise fiscale a. Il dpend seulement du salaire net.
La demande de travail dcoule de lgalisation des salaires bruts et des
productivits marginales
w1 = F1 (n1 L1 , n2 L2 )
(49)
w2 = F2 (n1 L1 , n2 L2 )
(50)
Dans un cadre concurrentiel, ces quatre relations dtermineraient les
niveaux dquilibre de w1 , w2 , L1 et L2 . Nous supposons au contraire que
le salaire des travailleurs non-qualifs est fix un niveau suprieur son
niveau dqulibre concurrentiel. Il y aura donc du chmage des non-qualifis.
Pour quelles raisons le salaire des travailleurs non-qualifis peut-il tre
rigide la baisse ? Invoquer lexistence dun salaire minimum lgal nous semble une rponse insusante. La question se pose en premier lieu de savoir
si cest le salaire brut w1 ou le salaire net w1 (1 t) qui devrait tre considr comme rigide. Les consquences de ce choix sont videmment importantes lorsquun changement quelconque, par exemple fiscal, survient dans
36
lconomie. Dans la pratique, la loi franaise concerne un salaire intermdiaire puisquelle fixe un salaire brut, intgrant les cotisations sociales salariales, mais non super-brut puisquil nintgre pas les cotisations employeurs.
Des variations de lune ou lautre des deux sortes de cotisations nont donc
pas les mmes eets. Mais il nous parat quelque peu illusoire de fonder un
modle sur cette hypothse de rigidit dun salaire intermdiaire. Le SMIC
connat rgulirment des coups de pouce, la discrtion des autorits, qui
visent garantir un niveau de salaire net. Mais le fait mme que ces coups de
pouce ne soient pas automatiques signifie bien que les autorits se soucient
aussi du cot salarial total.
Il nous parat donc prfrable de considrer que la fixation du salaire
rsulte dune ngociation implicite entre employeurs et employs, o les premiers se soucient videmment du salaire brut et les seconds du salaire net.
La rigidit est alors celle du pouvoir de ngociation des deux parties, alors
que les ractions du salaire net et du salaire brut des chocs sont endognes.
Cest cette hypothse que nous retenons.
Nous reprenons donc une analyse W S P S, mais elle ncessite une adaptation. Comme nous nintroduisons pas le capital, nous devons considrer que
la ngociation oppose les deux types de travailleurs, plutt que travailleurs
et employeurs.
Nous supposons que la ngociation fixe le salaire brut w1 des travailleurs
non qualifis un niveau suprieur au salaire dquilibre. Le salaire w2 des
travailleurs qualifis, en revanche sajuste de manire assurer le plein-emploi
des n2 travailleurs. Exprime en units ecaces, lore de travail des nonqualifis est n1 Ls1 (w1 (1 t)). Elle est suprieure la demande de travail.
On suppose que le rationnement se fait sur les hommes plutt que par des
variations des heures ou de leort fourni. Cest donc lemploi n1 qui sajuste.
Il nous faut prciser maintenant la fonction de demande de travail perue
par le syndicat reprsentant les travaillerus non-qualifis. Nous supposons
quil prend comme donn lemploi total n2 L2 , mesur en units ecaces, des
travailleurs de type 2, et quil tient compte des eets du salaire sur lore de
travail. La demande de travail n1 est donc relie au salaire w1 par la relation
w1 = F1 (n1 b(w1 (1 t)) , n2 L2 )
(51)
Llasticit de cette demande de travail est
n1 =
+
1
o et
reprsentent llasticit de substitution entre les deux sortes de
travail et la part du travail non-qualifi dans la valeur de la production.
37
Llasticit de lore de travail sajoute la formule usuelle de llasticit
puisquune hausse de w1 augmente leort L1 , rduisant dautant la demande
nd1 .
Nous supposons de nouveau que les objectifs des deux parties dans la
ngociation sont dcrits par des fonctions dutilit la Atkinson, mais cellesci ont maintenant pour arguments les niveaux individuels dutilit u1 , u2
et u0 plutt que les salaires. La fonction de Atkinson est note avec
(u) = u1 /(1 ). Le syndicat des agents non-qualifis reprsente aussi
les intrts des chmeurs inemploys, qui peuvent tre considrs comme
danciens travailleurs non-qualifis. Linterprtation de lobjectif syndical en
termes de concernement collectif simpose alors puisque les n0 travailleurs inemployables nont par dfinition aucune chance dtre employs. Les objectifs
des deux parties sont respectivement
V1 =
nd1
n0 + n1 nd1
(u1 ) +
(u0 )
n0 + n1
n0 + n1
(52)
(53)
V2 = (u2 )
tandis que lutilit collective dans la Socit est
Vcoll =
nd1
n0 + n1 nd1
n2
(u1 ) +
(u0 ) +
(u2 )
n0 + n1 + n2
n0 + n1 + n2
n0 + n1 + n2
(54)
La frontire des facteurs, obtenue partir des relations (49, 50) permet
dexprimer le salaire des travailleurs qualifis comme une fonction dcroissante
w2 = (w1 )
Les utilits individuelles sont
ui = (1 t)wi Ls ((1 t)wi ) + ta v(Ls ((1 t)wi ))
d
ef
= ub ((1 t)wi ) + ta,
u0 = a
38
i = 1, 2
Nous dsignons ainsi par ub lutilit indirecte atteinte par un travailleur,
hors franchise fiscale. Lutilit dun chmeur sidentifie au niveau du RMI ou
de lallocation-chmage.
Llasticit des utilits indirectes est
u = 1 +
tandis que llasticit du salaire w2 = (w1 ) est
w2 =
Nous disposons maintenant de tous les lments pour dcrire la ngociation. En labsence de succs des ngociations, les deux types de travailleurs
touchent lallocation chmage a, qui constitue donc lutilit de repli des deux
parties. Le problme revient choisir w1 , qui maximise le critre de Nash11 ,
en tenant compte du fait que nd1 , u1 et u2 dpendent de w1 . En revanche les
deux parties prennent comme donns les paramtres fiscaux t et a.
Le problme scrit
max Log nd1 ( (u1 + ta) (a)) + (1 )Log [n2 ( (u2 + ta) (a))]
w1
Ecrite en termes dlasticits, la condition doptimalit est
(u1 + ta)
u1
n1 + (1 )(1 + )
+
(u1 + ta) (a) u1 + ta
(1 ) (1 )(1 + )w2
(u2 + ta)
u2
=0
(u2 + ta) (a) u2 + ta0
(55)
On retouve une condition du type de celle obtenue dans les modles WSPS prenant en compte la fiscalit. Le gain marginal net dune augmentation
du salaire doit sannuler. Ce gain marginal sexprime en fonction de diffrentes lasticits. 1 est llasticit de la fonction , 1 + celle de u1
par rapport w1 . Le rapport (u1 + ta) / ( (u1 + ta) (a)) reprsente
llasticit de (u1 + ta) (a) par rapport (a). Il est li positivement
au rapport a/(u1 + ta) des utilits des chmeurs et des travailleurs qui se
rduit, dans les modles W S P S les plus simples o lutilit est linaire,
au rapport a/(w1 (1 t) + ta) entre les revenus des chmeurs et des actifs, cest--dire au taux de remplacement. Le rapport u1 /(u1 + ta) enfin est
11
Pour allger les notations, nous omettons lindice b et notons dsormais ui pour ubi .
39
llasticit de u1 +ta par rapport u1 . Elle se rduit dans le cas le plus simple
llasticit du salaire net par rapport au salaire brut, et reprsente alors
loppos dun indicateur de progressivit du systme fiscal. On retrouve ainsi
lintuition de base du modle W S P S, selon laquelle tout choc exogne
augmentant a priori le taux de remplacement augmente le gain marginal
dune augmentation de salaire, et conduit donc une hausse du salaire ngoci et du chmage. On retrouve aussi lide de Malcomson-Sartor(1987) et
Lockwood-Manning(1993), reprise par Van Der Linden(1998), selon laquelle
laugmentation de la progressivit de limpt diminue lincitation des travailleurs rclamer des hausses de salaire.
La condition (55) dtermine implicitement le salaire ngoci en fonction
des paramtres fiscaux t et a. Le modle est clos par la contrainte budgtaire
de lEtat, qui prend la forme
n0 + n1 nd1 a + G = tnd1 (w1 Ls [w1 (1 t)] a) + tn2 (w2 Ls [w2 (1 t)] a)
G dsigne un niveau exogne de dpenses publiques et nd1 le niveau demploi
des travailleurs de type 1.
4.2
Une simulation des eets de trois politiques en
faveur des travailleurs bas revenus
Nous simulons ce modle pour examiner les eets des trois politiques typiques
qui peuvent amliorer la situation des travailleurs bas revenus : hausse
des minima sociaux, reprsents dans notre cadre simplifi par la variable
a reprsentant la fois le RMI et lallocation-chmage ; hausse du SMIC,
interprte comme une hausse du salaire ngoci w1 ; instauration dune
prime pour lemploi.
Pour dcrire cette dernire, nous supposons que lEtat direncie les taux
dimposition selon le niveau de revenu. Il institue une prime qui rduit le taux
sur les bas revenus, et sappliquera en fait aux non-qualifis. Il maintient le
taux dimposition sur les revenus suprieurs. Le barme fiscal est maintenant
celui reprsent sur la figure 2.
Dans la partie qui concerne les travailleurs de type 1, le barme est maintenant
c = R tp (R a) = (1 tp )R + tp a
(56)
o tp reprsente un taux dimposition bonifi, infrieur t. Dans la partie
qui concerne les agents de type 2, le barme reste
c = R t(R a) = (1 t)R + ta
40
Figure 16: Prime pour lemploi
La manire dont se raccordent les deux parties du barme na pas dimportance
ds lors que les contraintes incitatives sont respectes : les travailleurs de
type 2 prfrent rester sur la portion de barme qui leur est destine ; les
travailleurs de type 1 ne prfrent pas tre chmeurs et toucher le RMI.
Le calibrage du modle est dcrit dans le tableau suivant :
n0
2
n1 n2
25 73 0,8 0,095 0,2 0,43 0,17
Les travailleurs de type 1 reprsentent les travailleurs aux alentours du
SMIC et constituent 25% de la population active tandis que les travailleurs
de type 2 en reprsentent 73%. Il sy ajoute 2% de chmeurs inemployables,
dont nous avons dj dit quils servaient justifier lexistence dun RMI en
labsence dimperfections du march du travail. Nous retenons une fonction
de production de type CES avec une lasticit de substitution = 0, 8. Une
valeur plus leve, par exemple unitaire et correspondant au cas dune fonction de Cobb-Douglas, prsenterait linconvnient dengendrer une demande
trop lastique pour le travail non-qualifi, ce qui rendrait dicile la fixation
dun salaire suprieur au salaire dquilibre concurrentiel.
Llasticit de lore de travail au salaire est = 0, 2. Cette valeur assez
faible limite la taille des eets dsincitatifs. Le terme constant et llasticit
41
de la fonction de production sont fixs conjointement avec le pouvoir de
ngociation de manire ce que les salaires bruts dans la situation de
rfrence soient respectivement w1 = 8000 et w2 = 14000. Ils peuvent ainsi
sinterprter comme des salaires mensuels bruts. On pourrait objecter que
w1 et w2 ne constituent que des salaires de base et que les vritables salaires
mensuels sont respectivement w1 L1 et w2 L2 . Mais nous avons normalis le
terme constant b de la fonction de dsutilit du travail de manire ce que
leort L2 de rfrence des travailleurs qualifis soit gal lunit. L1 reste
galement proche de lunit et notre paramtrisation est donc satisfaisante.
Nous avons fix le paramtre de concernement collectif une valeur
qui rende optimal un RMI gal 3000 lorsque les salaires sont flexibles.
Le paramtre est ainsi cens rflter les prfrences eectives de la socit
franaise en matire de redistribution.
Nous avons enfin fix le montant des dpenses publiques G un niveau tel
quun taux dimposition t = 0, 2 est ncessaire pour les financer, lorsquaucune
redistribution nest mise en place.
Les rsultats des trois politiques que nous considrons sont prsents dans
le tableau 1.
rfrence
hausse rmi
hausse smic
prime emploi (3,2%)
w1
8000
8168
8415
7933
w1,net
5723
5789
5968
5906
w2
14000
13957
13896
1401
utilit bas
revenus
rfrence
4752
hausse rmi
4816
hausse smic
4816
prime emploi (3,2%) 4816
w2,net
10014
9893
9855
9985
utilit hauts
revenus
9583
9504
9434
9560
rmi
3000
3100
3000
3000
t
28,5%
29,1
29,1
28,8
n1
21
20,5
19,8
21,02
utilit
collective
8138
8107
8059
8145
Tableau 1 : les eets de trois politiques
La situation de rfrence est une situation o le salaire w1 est ngoci et
fix un niveau trop lev pour permettre le plein-emploi des travailleurs
42
de type 1. En prsence dun RMI de 3000 et dun taux dimposition de
28, 5%, le salaire w1 se fixe 8000. Lemploi des non-qualifis est n1 = 21
alors que le plein-emploi exigerait quil soit gal 25. La seconde partie du
tableau met en vidence les niveaux dutilit atteints. Lutilit des travailleurs
bas revenus est mesure, selon la dfinition (52), par la fonction-objectif
V1 , ou plutt 1 (V1 ), du syndicat reprsentant lensemble des travailleurs
non-qualifis et les chmeurs inemployables. Lintervention de la fonction
inverse 1 permet dobtenir un indicateur qui constitue bien une moyenne
de lutilit des travailleurs non-qualifis employs et de celle des chmeurs, et
qui est donc mieux interprtable que la fonction V1 elle-mme. Cet indicateur
rflte larbitrage entre niveau des salaires et risque de chmage ralis par
le syndicat. Le tableau fait aussi apparatre lutilit des hauts revenus, cest-dire celle des agents de type 2 et lutilit collective qui mesure le bien-tre
de lensemble de la Socit et constitue une moyenne des deux prcdentes.
Nous examinons ensuite les rsultats dune augmentation 3100 du RMI.
Le financement de cette augmentation ncessite une lgre hausse de la pression fiscale. Elle se traduit aussi par une augmentation du chmage puisque
lemploi des non-qualifis se rduit de 21 20, 5. Cette augmentation ne tient
pas un phnomne individuel de pige chmage. Tous nos travailleurs de
type 1 sont en eet identiques et prfreraient travailler plutt qutre au chmage. Laugmentation du chmage rsulte du mcanisme macroconomique
de fixation des salaires. La hausse du RMI incite en eet les travailleurs
non-qualifis se montrer plus exigeants dans leurs revendications salariales.
Le salaire net w1 est ainsi port 8168, ce qui conduit une rduction de
lemploi. Au total, lutilit moyenne des bas revenus slve, de 4752 4816.
En revanche celle des hauts revenus baisse sous leet conjoint de la diminution des salaires bruts et de la hausse de la pression fiscale. Le bilan global,
selon lindicateur que nous retenons, est ngatif puisque lutilit collective
baisse lgrement de 8138 8107.
Considrons maintenant les eets dune hausse du SMIC. Comme nous
lavons suggr, nous linterprtons comme une augmentation du pouvoir
de ngociation des travailleurs de type 1, qui a pour rsultat une hausse
du salaire brut w1 . Lexprience ne correspond donc pas exactement
lutilisation par lEtat dun instrument de politique conomique sa disposition. Mais nous pouvons considrer que les autorits disposent de moyens
indirects de faire peser la balance, dans les ngociations, en faveur des nonqualifis. Pour pouvoir comparer les diverses expriences, nous calibrons la
hausse du pouvoir de ngociation de manire ce que les gains en utilit des
bas revenus soient identiques ceux obtenus dans le cas de la hausse du RMI,
savoir 4816. Il faut pour cela une hausse importante de w1 qui doit passer
de 8000 8415. Cette hausse se traduit bien sr par une baisse du niveau
43
demploi qui passe 19, 8. Le versement aux chmeurs na pas augment
mais touche un nombre accru de bnficiaires et exige donc une hausse du
taux dimposition qui se rvle du mme ordre que dans le cas de la hausse
du RMI. Lutilit des hauts revenus se dtriore pourtant par rapport au cas
prcdent, du fait de la baisse de leur salaire brut que la hausse du SMIC
impose. La baisse de lutilit collective est galement plus prononce.
Examinons enfin les eets de linstitution dune prime pour lemploi, qui
ne bnfice quaux bas revenus. Pour que les bas revenus y gagnent autant
que dans les expriences prcdentes, la prime doit tre de 3, 2%. Le barme
fiscal ayant maintenant une forme complexe, on doit vrifier que loptimum
local des travailleurs de type 2 correspond bien pour eux un optimum
global, ou en dautres termes quils nont pas intrt se faire passer pour des
agents de type 1. Cette contrainte incitative est largement vrifie puisque les
travailleurs de type 2 natteindraient alors quune utilit de 6294 comparer
aux 9561 quils atteignent normalement.
La prime pour lemploi incite les non-qualifis orir plus de travail.
Conformment la thorie lmentaire de lincidence fiscale, le salaire net
augmente mais le salaire brut diminue. On peut donc dire que les employeurs
parviennent se mettre dans la poche une partie de la prime. Ceci nempche
pourtant pas les travailleurs bas revenus dy gagner grce la hausse de leur
salaire net et laugmentation de lemploi, qui se rvle faible puisquil passe
de 21 21, 02. Une augmentation du taux normal dimposition est ncessaire
pour financer la prime. Comme le salaire brut w2 augmente lgrement, la
baisse du salaire net des qualifis est rduite et il en va de mme de leur
utilit. La mesure est donc la meilleure du point de vue de lutilit collective.
Notre modle permet donc de retrouver et de prciser largumentaire
habituel conduisant prfrer la prime pour lemploi la hausse du SMIC
ou du RMI. Lune et lautre de ces deux dernires mesures permettent
bien damliorer la situation globale des bas revenus. Mais elle conduisent
invitablement, des degrs divers, une augmentation du chmage. Cet
eet joue directement pour le SMIC et indirectement pour le RMI, travers
un mcanisme qui impose de conserver un cart susant entre les revenus
des chmeurs et celui des travailleurs les moins favoriss. Dans notre modle
ce dernier mcanisme joue un niveau collectif, travers les ngociations
salariales. La prise en compte dune lasticit individuelle de la demande
demploi le renforcerait. Il faudrait pour cela considrer que les termes de
larbitrage entre travailler pour un faible salaire et toucher le RMI varient
selon les individus.
Nous nous contentons ici dune tude des eets la marge de direntes
politiques redistributives. Il est souhaitable aussi dadopter un point de vue
plus global en caractrisant les optimum de premier et de second rang quil
44
est possible datteindre dans notre modle. Cette analyse est conduite dans
dAutume(2001c). Elle a surtout une porte mthodologique, car le caractre
trs simple de notre modle donne une ide trop optimiste des rsultats quil
serait possible datteindre. Lapproche que nous suivons prsente lintrt
dendogniser les contraintes incitatives qui psent sur les politiques fiscales.
Mais le fait de ne considrer que deux catgories de travailleurs rend trop
facile le contournement de ces contraintes. Un modle plus raliste requrerait
donc la prise en compte dune plus grande htrognit des travailleurs.
Conclusion
Le modle WS-PS ore une description assez riche de la fixation du
salaire et de la dtermination du niveau du chmage. La description des
ngociations salariales conduit en eet dcrire assez finement leur environnement institutionnel, en prenant en compte lensemble des mcanismes
redistributifs. La dsagrgation du march du travail amne aussi distinguer les segments dont on peut considrer quils fonctionnent de manire
pratiquement concurrentielle de ceux o simpose une approche de concurrence imparfaite. Lapproche en termes de ngociations exige aussi que soient
clairement spcifis les objectifs des parties, cest--dire les niveaux dutilit
quelles atteignent. Elle amne donc de manire naturelle examiner des
questions decacit et de justice. Il parat de plus en plus clair quune valuation rigoureuse des politiques conomiques doit recourir aux instruments
de lconomie publique tout en conservant une perspective macroconomique
attentive aux problmes globaux de coordination. Le modle WS-PS apparat dans cette perspective comme un outil prcieux.
45
Annexe
La dynamique capital donn, dans le cas Cobb-Douglas
Si u dsigne le taux de chmage, la direntiation de lexpression gnrale
(17) de la probabilit de retrouver un emploi donne
1
1 a0
1u
dNt1
1 dwt
=
+
(1 s)
u
Nt1
1 a0 wt
Celle de la demande de travail est
dNt
1 dwt
=
Nt
1 wt
Considrons dabord le cas = 1.
La courbe W S (39) donne
1
d
1 a0
=A
dwt
wt
do lon tire
1
dwt
1u
dNt1
1u 1
(1 s)
A+
=
u 1 1 a 0 wt
u
Nt1
Or
1u
(1 s)
u
1
1u 1
+ u 1 1a
0
<1
ce qui garantit la stabilit et assure que lon a la configuration gomtrique
de la figure 6.
Considrons maintenant le cas 6= 1.
La direntiation de (38) donne
1
1 dwt
dwt+1
dwt
d
+
(1 s)(1 )
=A
1 a0
1 a0 wt
wt+1
wt
46
En dfinitive le systme dynamique direnci prend la forme suivante :
dNt /Nt
=
dwt+1 /wt+1
0
1u
1
(1)
u
1
1
h
1
(1s)(1)
A
1
1a0
1
1u 1
u 1 1a0
dNt1 /Nt1
dwt /wt
La trace et le dterminant de la matrice jacobienne sont :
1
1
1u 1
1
T =
+
A
(1 s)(1 )
1 a0
u 1 1 a0
D=
1
1u 1
(1 ) u 1
Nous faisons lhypohse (33) qui assure que la courbe W S engendre une
relation croissante entre emploi et salaire courant., soit
A<
1
1 a0
Cette hypothse est automatiquement vrifie si > 1 et lest trs facilement dans le cas contraire.
Le point stationnaire a une configuration de point-selle si et seulement si
1T +D >0
et
1+T +D <0
1T +D <0
et
1+T +D >0
ou
On obtient
1
(1 s)(1 T + D) =
(1 s) +
1 a0
1
1
1u 1
+
A+
(1 s)
1
1 a0
u 1
47
1
(1 s)(1 + T + D) =
+ (1 s)
1 a0
1
1
1u 1
A+
+ (1 s)
1
1 a0
u 1
Les quatre termes entre crochets sont tous positifs. Quand > 1, on a
donc (1 s)(1 T + D) < 0 et (1 s)(1 + T + D) > 0, ce qui assure la
stabilit.
On peut aussi crire
(1 s)(1 T + D) =
A
1
1
1
1u 1
+ (1 s) +
(1 s)
1 1 a0
1
1 a0
u 1
A
1
(1 s)(1 + T + D) =
1 1 a0
1
1 1u 1
1 1u 1
(1 s)
1 1 a0 u 1
1 u 1
Quand < 1, les quatre crochets intervenant dans ces nouvelles expressions sont positifs, ce qui garantit (1 s)(1 T + D) > 0 et (1 s)(1 +
T + D) < 0. (Il sut dadmettre, par exemple, que (1 u)/u est plus grand
que un pour que le dernier crochet soit positif). Il est possible de vrifier que
la valeur-propre stable est positive. On a en eet la configuration suivante :
>1
T > 0 et D > 0
<1
T < 0 et D < 0
Le systme a donc deux valeurs propres positives quand > 1 et deux
valeurs propres de signes opposs, mais dont la plus petite en valeur absolue
est positive, lorsque < 1.
On peut enfin noter que le vecteur propre associ la valeur propre-stable,
disons , est tel que
48
dw/w = (1 )dN/N
alors que la courbe de demande de travail est telle que
dw/w = (1 )dN/N
La pente de la courbe w = (N) est donne par le vecteur-propre associ
la valeur propre stable. Elle est donc ngative et plus faible en valeur absolue
que celle de la courbe de demande de travail. Ceci justifie la configuration
de la figure 6.
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