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La Conscience - Cours Terminale

Ce document traite de la conscience et de la connaissance de soi. Il explore la nature de la conscience et comment elle permet à la fois de se connaître soi-même mais aussi d'être conscient de son altérité et de son changement constant.

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La Conscience - Cours Terminale

Ce document traite de la conscience et de la connaissance de soi. Il explore la nature de la conscience et comment elle permet à la fois de se connaître soi-même mais aussi d'être conscient de son altérité et de son changement constant.

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LA CONSCIENCE

La conscience consiste dans la facult qui me permet de prendre connaissance de mes ac

particulier de l'activit de mon esprit. Elle se dfinirait donc comme une forme de connais
C'est ce que sembleconfirmerl'tymologie: "cum sciens"signifie"avec connaissance,

accompagn de savoir". De mme, les expressions "perdre conscience" ou "perdre conna

que l'on emploie indiffremment, tmoignent d'une proximit entre conscience et connais

Toutefois, dans quelle mesure la conscience de soi est-elle une connaissance de soi? La po

d'une telle connaissance supposerait une stabilit, une permanence de mon tre. Or, je fa

l'exprience d'un changement continuel en moi-mme. A chaque instant, j'ai affaire une

diffrente. La conscience est aussi bien le moyen d'prouver que je ne demeure pas abso

mme. Autrement dit, il y a une altrit au cur mme du sujet: "Je est un autre" (Rimba

Cette altrit, cette altration n'est-elle pas de nature compromettre la connaissance qu

peux avoir de moi-mme? Que signifie "moi-mme"? Est-on jamais soi-mme? Cela suppo

une concidence soi qui n'est peut-tre jamais donne. Du seul fait que j'ai conscience d

mme, est-ce que ce "moi-mme" ne s'en trouve pas modifi? Ds lors, puis-je me conna
Suis-je ce que j'ai conscience d'tre?

I. Lexprience de la conscience
1. Le vrai moi est intrieur

Que suis-je? Qu'est-ce qui fait mon identit? On pourra tre tent de rpondre que c'est m
apparencephysique,en particuliermon [Link] est [Link],
mes traits

changent avec le temps, au point qu'un ami perdu de vue aura du mal me reconnatre a

longue absence. "Celui qui aime quelqu'un cause de sa beaut, l'aime-t-il? Non, car la p

vrole, qui tuera la beaut sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus" (Pascal, Pen
Br.). La "personne" ne se rduit donc pas l'apparence physique. Si l'on m'aime pour ma

on ne m'aime pas, moi. Qu'est-ce donc que ce moi? Mon code gntique? Les scientifique

disent qu'il est unique. Pourtant, deux frres jumeaux possdent une identit qui interdit d

confondre. Il consisterait plutt en quelque chose d'intrieur - ce qu'on appelle la personn

Certes, mon caractre peut changer lui aussi. Mais on pourrait supposer l'existence d'un n

stable, que l'on pourra appeler le moi. Si j'ai conscience d'une identit, il faut donc en che
l'origine dans la conscience plutt que dans le corps. Plutt dans ce "je", sujet de pense
d'action, qui commande au corps.

Moi seul peux donc savoir qui je suis. En effet, ce que je donne voir mon entourage, ce

vraiment moi ? Est-ce que ce ne sont pas seulement des apparences trompeuses ? Il se p
porte un masque. Balzac a parl de la "comdie humaine". Un empereur romain avait eu

dernier mot: "comedia finita est". On trouvera chez Sartre cette ide que chacun, en soc
un rle qu'il prend plus ou moins au srieux,
auquel il s'identifie plus ou moins bien. Par

consquent, ma vritable personnalit, pourra-t-on penser, s'identifie avec la partie la plu

la plus cache de moi-mme, celle que moi seul peux connatre: l'intriorit de ma consci
vrai moi est [Link] domainede la conscience
est celui de l'intriorit,une intriorit

inaccessible et impntrable pour l'autre. Ma subjectivit est comme une forteresse o je

me rfugier et trouver la paix si l'on m'agresse. Personne ne peut venir y troubler la paix q

dcide d'y faire rgner. Press de questions, si je dcide de garder le silence, personne ne

violer cette intimit. L'intriorit de la conscience est un refuge. On peut bien m'obliger
que je rprouve, on ne peut pas contraindre mes penses. L'esclave peut ainsi rver qu'il

La contrepartie, c'est que "mon jardin secret est une prison" (Gaston Berger, Du prochai

semblable: esquisse d'une phnomnologie de la solitude). En effet, ma subjectivit m'iso


faon irrmdiable. Elle est l'origine d'une solitude essentielle, c'est--dire non pas due

hasard des circonstances, et laquelle des circonstances plus favorables pourront mettre

terme, mais une solitude irrductible parce qu'elle tient la nature mme de l'homme. To

homme est ncessairement un tranger pour les autres. Lvinas, dans Totalit et infini, e

attribue la cause cette "absence de patrie commune qui fait de l'autre l'Etranger". Nous

pas de "patrie commune", prcisment parce que nous sommes deux consciences de soi.
fait, chacun est intrieur lui-mme. Entre deux intriorits, il n'y a pas de lieu commun,
d'espace commun. Entre autrui et moi, il y a une distance. Cette distance est absolue car

distance qui spare deux sujets. Entre deux objets, la sparation n'est que relative, la dist

seulement spatiale, mesurable. Mme entre deux objets aussi loigns qu'on voudra, la d

est relative. Entre la Terre et une galaxie lointaine, la distance est considrable mais finie,

Entre autrui et moi, la distance est infinie, absolue, incommensurable - impossible mesu
relation entre les hommes est donc penser d'abord sur le mode de la sparation. Toute
communion (ne faire qu'un) est impossible.

La communication elle-mme et la connaissance mutuelle sont compromises. Chacun est

ses propres penses. Il est impossible d'tre le sujet des penses de l'autre, de penser s

Le domaine de la subjectivit est ce qu'il y a de plus cach, de plus intime. Autrui en est e

mme, il est impossible d'prouver ce que l'autre prouve, de son propre point de vue, au

de concider avec ses motions. S'il donne les signes de la souffrance, on peut deviner ce

prouve, mais il est impossible de ressentir ce qu'il ressent. Si c'est un ami qui souffre, j'e

prouverai de la piti, il me fera de la peine, mais ce n'est pas l ce que lui ressent. Il m'e

impossible de souffrir sa douleur. S'il m'est cher, je souffrirai peut-tre autant que lui, mai
de la mme faon. Dans ce genre de situation, ne sachant pas quoi dire, on lche parfois

maladroit "je comprends" qui constitue ncessairement un mensonge. Seul dans la souffra

le suis aussi dans le plaisir. Dans Une vie, de Maupassant, Jeanne dcouvre avec inquit

son mari lui semble un tranger: "Elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle

s'apercevant pour la premire fois que deux personnes ne se pntrent jamais jusqu'au fo

l'me, jusqu'au fond des penses, qu'elles marchent cte cte, enlaces parfois mais no

mles, et que l'tre moral de chacun de nous reste ternellement seul par la vie". Il n'y a
bien que le sujet pour se connatre lui-mme.

2. La connaissance intrieure
a) Lexprience de la conscience comme intuition

C'est Descartes qui invente la notion moderne de conscience. Aprs avoir mis en doute t

connaissances, il affirme l'vidence de sa propre existence, dont tmoigne la conscience q


lui. "Cette proposition: je suis, j'existe, est vraie chaque fois que je la prononce ou que je

en mon esprit" (Mditations mtaphysiques, II). Cette dcouverte n'est pas la conclusion d

raisonnement, mais le fruit d'une exprience intrieure, faite sur soi-mme. Dans le Disco

mthode, Descartes avait d'abord employ la formule, clbre mais ambigu : "Je pense

suis". Cette formule, que Descartes a abandonne dans ses ouvrages postrieurs, peut e

suggrer l'ide fausse que le "je pense" est la conclusion d'un raisonnement, plus prcis

d'un syllogisme dont une prmisse est implicite. Si l'on rtablit la prmisse manquante, on
Tout ce qui pense existe
Or je pense
Donc j'existe

Mais un tel raisonnement soulve une objection. Si la science dans sa totalit est suspect

Descartes a dcid de le penser, pourquoi accorder du crdit un tel raisonnement? Pour

privilge ? C'est qu'il ne s'agit pas d'un raisonnement. Nul besoin de logique: il suffit d'pr

de sentir, de prendre conscience que je pense, pour m'assurer, ipso facto, de mon existen
s'agit pas d'un raisonnement, mais d'une intuition. L'intuition est, selon l'tymologie, une

vision, une vision immdiate de l'esprit. Immdiate, c'est--dire sans tapes, directe, insta
Par l'intuition,la vrit se dvoilecommeen un clair. L'intuitionest distinguerdu

raisonnement, qui est discursif, qui procde par tapes, selon un enchanement, une succ

et non immdiatement. Descartes parle (Discours de la mthode, II) des "longues chanes

raisons" qui constituent les dmonstrations mathmatiques. Mais cette opration intellect

laquelle consiste le cogito n'est pas discursive. Est discursif ce qui se dploie dans un disc

prend donc du temps pour tre effectu. Tout raisonnement est discursif puisqu'il consiste

srie de propositions. Le mot de "discours", sous la plume de Montaigne, a encore le sen

raisonnement. Le cogito n'est pas discursif mais intuitif, c'est pourquoi il est permis de pa

sujet non seulement de certitude, mais d'vidence, car il est d'usage de rserver ce derni
pour dsigner une certitude de nature intuitive.

Or l'intuition est une connaissance absolue, non relative ou partielle. Bergson distingue de
sortes de connaissances. L'une qui s'effectue du dehors. Elle est ncessairement relative

de vue que je possde sur l'objet. L'idal serait de pouvoir concider avec l'objet, de le con

de l'intrieur. Par exemple, l'observation de photos d'une ville, aussi nombreuses soient-e

n'galera jamais l'intuition que j'aurai de l'atmosphre de cette ville si je me promne dan
rues. De mme,s'il s'agitde dcrireun personnage,
je pourrai multiplierles remarques
psychologiques
sur son [Link] faudraitles multiplier l'infini pour atteindreune

connaissance quivalente celle que j'aurais si je pouvais concider, sympathiser avec lui
un objet que je peux connatre de l'intrieur : c'est le moi.

b) Conscience ou pense

Descartes tablit l'quivalence de la conscience avec la pense: les actes intellectuels "
tre sans pense, ou perception, ou conscience et connaissance" (Mditations, deuxime

aux troisimes objections). Qu'est-ce que Descartes entend par "penser"? Les actes intell

dit-il, ne peuvent s'effectuer sans pense. Les actes intellectuels, c'est tout ce qui se pass

l'esprit, toutes les oprations des facults de l'me, savoir: raisonner, comprendre, voul
imaginer (rver), mais aussi sentir, c'est--dire entendre, voir, etc.

Ce que dsigne la pense, chez Descartes, c'est l'ensemble de ces actes. Chacun d'eux e

pense. Descartes nous dit que tout acte intellectuel, donc toute pense, est ncessairem
accompagn de conscience. Toute pense est ncessairement consciente d'elle-mme. Il
de penses inconscientes.

Que signifie donc la pense pour Descartes? Elle est synonyme d'acte intellectuel. La pen

dsigne toute activit de l'esprit. Or, la pense, en ce sens, implique la conscience: elle e

toujours accompagne de conscience. "Par le nom de pense, je comprends tout ce qui es

nous de sorte que nous en sommes immdiatement conscients" (Mditations, 2me rpon
dfinition I, p. 285; cf. aussi Principes de la philosophie, I, 9). La pense se dfinit par la

conscience. La pense et la conscience s'impliquent si bien l'une l'autre qu'elles s'identifie


"Pense", chez Descartes, est synonyme de conscience. Quand il crit je pense que je

promne , cela signifie j'ai conscience de me promener . Tout acte intellectuel envelo
consciencede cet acte, toute pense est consciented'elle-mme,toute pense est
ncessairement pense. Pour Descartes, une pense inconsciente, c'est impensable!
En effet, la conscience est l'essence de l'me. L'me se dfinit par la pense. La pense,

les proprits de l'me, est celle qu'on ne peut lui ter. La mise en uvre du doute l'a mo

peux bien m'imaginer sans corps, sans perception du monde extrieur, mais pas sans pen

II. Difficults de lintrospection

Grce la conscience, l'homme dispose d'une facult qui lui permet d'avoir connaissance

son activit intellectuelle. Il s'agit, selon Descartes, d'une sorte de connaissance, qui conc

vie psychologique du sujet lui-mme. Rien ne semble devoir lui chapper, puisque son do

concide avec celui de l'esprit. L'me, selon Descartes, est transparente elle-mme, puis

toute activit psychique est consciente. Ainsi, il ne devrait demeurer aucune zone d'ombr
consquent, le sujet doit pouvoir se connatre lui-mme. Descartes va mme jusqu' dire

l'me est facile connatre. Si la conscience est bien une sorte de "connaissance intrieur

la traduction des diteurs de Descartes, il doit tre possible de se livrer une psychologie

premire personne, ou ce qu'on appelle introspection, savoir: la connaissance de soi p

l'exploration de "l'espace du dedans" (H. Michaux). Mais s'agit-il d'une vritable connaissa
Chacun fait l'exprience de la difficult de se connatre soi-mme.

On observe souvent que les autres se trompent sur leur propre compte : un individu a une

mauvaise image de lui-mme alors que ses qualits devraient lui donner confiance, un au

l'inverse s'estime plus que ses capacits ne devraient l'y autoriser. Ce que je suis et ce qu
tre d'aprs les informations livres par ma conscience concident-ils forcment?
Trois critiques:

1) l'introspection va limiter ma connaissance ce qui est conscient (s'il y a un incon


restera ncessairement inconnu).

2) L'introspection est une mthode subjective, que l'on peut souponner de n'tre p
sincre:le problme,c'est que l'observateur
n'est pas neutre,car il est aussi l'objet de
l'observation.
3) En outre, l'identit de l'observateur et de l'observ est en fait problmatique: du
fait que je m'observe, cela ne va-t-il pas modifier ce que je suis?

1. Les perceptions inconscientes


Pour que mon tre rel et mon tre tel qu'il m'apparat concident exactement, il faudrait

que je n'ignore rien de ce que je suis. La conscience que j'ai de moi-mme doit tre comp

qu'aucune partie de mon esprit ne soit inconsciente. Pour Descartes, on l'a vu, tout ce qui

intellectuel est conscient. Parmi les oprations de nature intellectuelle, l'auteur du Discou

mthode comprend les actes sensoriels: sentir, c'est--dire voir, entendre, etc. Or, on peu

bien sentir sans y penser, sans en avoir conscience. Par exemple, on sursaute lorsque le t

l'horloge, bruit familier que l'on croyait ne plus entendre tant on y est habitu, s'arrte so
C'est donc qu'on l'entendait bien; mais sans en tre conscient.

Leibniz dsigne ce genre de phnomne sous le nom de petites perceptions ou perce

insensibles, c'est--dire inconscientes. La perception dsigne aussi bien la perception se


que la reprsentation d'une ide. Penser, voir et entendre sont des formes de perception.

distingue la perception de l'aperception (de apercevoir). L'aperception, c'est la conscien

l'on a d'une perception. Formule en termes leibniziens, la thse de Descartes devient: to

perception implique aperception; toute perception est ipso facto aperception, ou toute pe

est aperue. Leibniz rompt avec Descartes et affirme l'existence de perceptions insensible
-dire de perceptions inaperues.

Leibniz propose cet exemple (Nouveaux essais sur l'entendement humain) : lorsque j'ente

vague s'craser contre un rocher, ce dont j'ai conscience est un bruit unique, un bruit sou
grondement.

Or, ce bruit est en ralit compos de la multitude des petits bruits provoqus par l'infinit

gouttes d'eau qui composent la vague. Ces petits bruits, je les entends, car si je ne les en

pas, leur somme ne pourrait pas produire ce grondement qui est celui de la vague (une in

petits riens ne peut faire un bruit). Je les entends donc, mais sans pouvoir les distinguer, s

avoir conscience, sans m'en apercevoir. Il y a donc des perceptions qui ne sont pas consci

Leibniz spare ce qui tait identifi par Descartes. Toute perception n'est pas aperue. De

eu tort d'assimiler les actes sensoriels aux actes intellectuels, dfinis comme ncessairem

conscients. Ce que Leibniz rvle au sujet de la perception ne peut-il tre tendu d'autre

Un cartsien dira que l'on ne peut parler sans en avoir conscience. Pourtant, ne peut-on p

sans penser ce que l'on dit ? Il est des situations o la parole tient plutt du rflexe soci

("bonjour, a va?"). Et les structures du langage, elles, sont inconscientes (Freud, Chomsk

Selon Freud, les rves, les lapsus, apparemment insignifiants, ont pourtant un sens qui m

cach. Et le symbolisme qui apparat dans le rve est lui-mme inconscient. "Le psychiqu

ne concide pas avec ce dont tu es conscient; ce sont deux choses diffrentes, que quelqu

se passe dans ton me, et que tu en sois par ailleurs inform" (Freud, l'Inquitante trang

C'est peut-tre mme la plus grande partie du moi qui est cache. Parfois, un souvenir qu

croyait effac de la mmoire resurgit. Ne serait-ce pas le signe que le moi conscient n'est

partie merge du moi? Comment, dans ces conditions, affirmer qu'il est possible de se c
soi-mme de faon complte et acheve?
Un autre obstacle cette entreprise de connaissance de soi par soi tient la nature de la

conscience elle-mme. Leibniz met en lumire une limite extrieure la conscience, il d

l'existence d'un domaine o la conscience ne peut pntrer. Mais il se pourrait que le suje

impuissant connatre mme ce qui pourtant est donn sa conscience, et que mme ce
conscient soit dnatur par la conscience, altr donc mconnu.

2. Sincrit et mauvaise foi

Une difficult supplmentaire, c'est que l'introspection, pour tre une connaissance, doit v

vrit. Par consquent, elle doit tre sincre. Or, celui qui s'observe peut avoir intrt ca
une partiede ce qu'il dcouvre,de faon plus ou moinsconsciente.
En ralit,mmesi
l'introspection
se prsentecommeune conduitede sincrit,son but rel n'est pas la
connaissance
de soi. C'estce que rvlel'analysedes rcitsautobiographiques.
Toute une

littrature est domine par le souci de l'introspection et de la sincrit. Cette tradition na

Montaigne. Au dbut des Essais, l'avis au lecteur prvient ds les premiers mots : Ceci e

de bonne foi. Plus loin, l'auteur exprime sa volont de se peindre (...) tout nu, sans ma

Elle est continue par Rousseau qui dclare dans les Confessions : Je veux montrer me
semblables un homme dans toute la vrit de la nature. . Dans l'exercice littraire de la

connaissance de soi par soi s'annonce un souci de sincrit. Mais ce qui est vis n'est pas

connaissance de soi. Ce qui explique l'chec constat par Rousseau, plus tard, dans les R

Parfois j'ai cach le ct difforme en me peignant de profil (4me promenade). En ralit

est tout autre. Ce genre littraire, qui prtend avoir pour but la connaissance de soi, ne pr

ralit son sens que si on le met en relation avec un certain type de conduite religieuse. C

exercice ne fait que rpter un comportement religieux: celui de la confession. A cet gar
du livre de Rousseau en dit plus qu'il ne voudrait. Le but de la confession ou de l'aveu n'e

connaissance de soi, mais la libration l'gard du mal que l'on a commis, la dlivrance d
remords, une sorte d'exorcisme. Il est clair que c'est l le vritable enjeu des Confessions

Rousseau: se persuader qu'il n'est pas mchant. Il y a une fonction cathartique de la con

illustre par Crime et chtiment de Dostoewsky. Catharsis, en grec, dsigne la purificat

but de la confession, c'est de purifier l'me, de la laver. Grce la confession s'opre une

distance par rapport soi. On se libre de ce que l'on tait pour ne plus l'tre. La confessi
littraire fait jouer l'art le rle rdempteur de la confession religieuse.

Dans un tel exercice, se connatre n'est qu'un prtexte. Non seulement la confession a un

but que la sincre connaissance de soi-mme, mais toute prtention la sincrit est sus

Prtendre tre sincre, prtendre dcrire ce que l'on est, selon Sartre le comble de la mau

(l'Etre et le nant, I, II). Une telle accusation est paradoxale. Cette mauvaise foi consiste e

que prtendre dire ce que je suis, c'est vouloir ignorer en quoi consistent la conscience et
l'existence humaine.

3. La distance soi

tre conscient de ce que l'on est, c'est aussitt ne plus l'tre, tre dj au-del, c'est avoi

recul. Prendre conscience de soi, suppose une sorte de ddoublement (une sorte de: je

entre moi comme objet et moi comme sujet. On ne peut prendre conscience que de quelq

chose de diffrent de soi, on ne peut observer quelque chose que si l'on s'en distingue, qu

l'observant de l'extrieur, en le surplombant. Je ne peux contempler le panorama que si je

de la hauteur. De la mme faon, si j'adhre moi-mme, si je concide avec ce que je su

conscience de moi-mme est impossible. La conscience de soi est impossible si ne s'intro

en moi une distance, une sparation ou un ddoublement (de mme que si j'ai les yeux c

l'objet, il m'est impossible de le voir; il faut un recul). La conscience d'objet est ngation d

Si cet objet est soi-mme, de la mme faon, la conscience doit produire un recul, une mi

distance. La conscience est la capacit d'un recul par rapport soi. Avoir conscience d'tr

cela, c'est dj ne l'tre plus tout fait, ou ne l'tre plus de la mme faon. Autrement dit

manire de tout instrument d'observation, la conscience risque de dnaturer, d'altrer son

Exemple 1: prendre conscience que l'on est amoureux, c'est dj ne plus l'tre de la mm
(on cesse de se contenter de vivre son amour).

Ex. 2: avoir conscience d'tre heureux produit une modification de ce sentiment, suscept

mettre en danger. Je cesse en effet de vivre mon bonheur pour le penser. Si je cesse de le

suis-je encore? On se gche facilement un plaisir quand on peroit froidement sa situation


de la vivre, d'y tre pleinement engag (ex.: dans une fte).

Ex. 3 : avoir conscience que l'on a commis une faute, c'est dj tre en voie de la dpass

dj s'en repentir. L'avouer, c'est une faon de s'en librer. La faute dont j'ai conscience p
son poids car elle n'est plus vcue, elle devient un objet de conscience, voire un objet de
connaissance,
d'[Link] conscience
fait de la faute un objet, quelquechosequi existe
dsormais comme spar, dtach de moi, que je peux analyser froidement.

Ex. 4 : cf. Montaigne, Essais, I, 20 (p. 152): le danger est toujours plus effrayant vu de lo
mditation sur le danger est angoissante; une fois dans l'action, on s'aperoit qu'il n'tait

terrible. Le danger comme objet de conscience et le danger vcu, auquel on n'a pas le tem

penser parce que l'on est davantage concentr sur les gestes accomplir, ne sont pas les

La conscience grossit le danger. L'apprhension est toujours pour beaucoup dans la doule

tre conscient de soi, c'est donc ne pas tre, implique demeurer, mais exister, tre en dev

tre toujours dj autre que soi. A chaque instant, je ne suis dj plus ce que j'ai conscien

puisque la conscience suffit modifier ce qui est connatre, la manire dont un instrum

d'optique modifie et dforme l'objet observer. S'attribuer telle ou telle qualit, tel prdic
prtendre concider avec ce prdicat. Or l'homme n'est pas ce qu'il est.

Cette qualit, du fait mme que j'en prends conscience, du fait que je la reconnais comme

je ne la possde plus telle quelle. La sincrit consiste vouloir se dfinir, alors qu'un hom

toujours au-del de toute dfinition. C'est une tentative pour se faire tre, pour se dcrire

mode des choses, se prsenter comme dou de dterminations closes sur elles-mmes, d

et inchangeables. Une tentative pour s'identifier des qualits : je suis prsident , je

modeste . Il ne s'agit pourtant pas de qualits stables, acquises une fois pour toutes. On

pas dire je suis prsident , comme on dit: le mur est blanc . L'homme et la chose ne

de la mme faon. Le mur n'a pas assumer sa blancheur, il n'en est pas responsable. En

revanche, j'ai continuer de mriter mon titre, m'en montrer digne. La sincrit cache e
une tentative pour nier sa propre libert. Le but de cette conduite, c'est de se masquer
mme que l'on est libre et responsable (ces deux notions vont ensemble: on ne peut tre

responsable que de ce que l'on a fait librement). S'attribuer un mrite comme s'il s'agissa

qualit constitutive de mon tre, c'est rassurant, cela donne penser qu'il est insparabl

que ce qui est acquis l'est une fois pour toutes. De mme, se reprsenter ses propres dfa

comme des qualits qui adhrent sa personne peut fournir une sorte d'alibi. Par exempl

une faon de reconnatre que l'on est malchanceux qui vise excuser ses propres checs

attribuant un temprament auquel on ne peut rien. S'avouer paresseux, cela peut servir
permettre d'excuser sa conduite tout en niant sa propre responsabilit.

La conscience, semble-t-il, modifie, altre son objet. Ainsi, vivre en ayant conscience de v

plus la mme chose que vivre simplement. Vivre, avec en plus la conscience de vivre, c'es

les philosophes existentialistes appellent, partir de Kierkegaard, existence. Le terme d'e

auparavant, est un synonyme d'tre (Descartes ne les distingue pas: je suis, j'existe; t

troisime Mditation: "De Dieu; qu'il existe"). L'existentialisme les distingue parce qu'il do

sens prcis et inhabituel au verbe exister. L'existence n'est distingue de l'tre qu' pa

moment o l'on analyse la conscience comme pouvoir de mise distance de soi. La consc
trouble, modifie son objet ( la faon dont parfois, gn par le regard d'autrui, on modifie
comportement). Exister, c'est autre chose que se contenter d'tre ou de vivre.

La rflexion trouble l'action. Le geste effectu de faon rflexe, automatique, n'est pas ac

de la mme manire si l'on pense ce que l'on fait. On est plus maladroit quand un autom

n'est pas encore acquis. La Gense, dans la Bible, peut tre interprte comme l'allgorie

symbolique de l'accession de l'homme la conscience de soi, du passage pour l'homme d

simplement biologique, animale, une existence humaine. Elle dcrit sous forme d'image

passage de l'animalit l'humanit. La vie d'Adam au jardin d'Eden dcrit une belle harm
la nature. Paradeisos, en grec, dsigne un jardin d'animaux. Adam est un animal parmi

autres. Il mne une vie naturelle, innocente (l'innocence est la fois ignorance et batitud

il gote le fruit de l'arbre de la connaissance: c'est le passage la conscience qui rompt c

harmonie originelle. Apparat alors la honte (ils virent qu'ils taient nus). La honte (ou la

pudeur) suppose la conscience de soi, la facult de se reprsenter soi-mme, et la conscie

regard d'autrui. Elle est accompagne de la conscience d'une discordance entre mon tre

paratre. Des conduites telles que la honte n'apparaissent pas chez l'animal, dont on peut

supposer qu'il est dpourvu de conscience de soi. L'homme, lui, n'est pas coll sa vie

capable d'en prendre conscience, de la mettre distance. Il se dtache de la vie, il ne fait

avec elle. Ainsi, il s'lve au-dessus d'elle. Mais aussi, il acquiert la conscience de la mort

La conscience de la vie est indissociablement conscience de la mort. L'homme est capabl

la vie, il est capable de concevoir le contraire de la vie. Il vivra dsormais dans l'inquitud

mort. D'o toute conscience, selon une expression de Hegel, est conscience malheureus

est conscience de la mort, rupture avec le paradis originel de l'innocence, de l'absence de

rapport soi de l'animal immerg dans le cycle vital, en harmonie, en fusion avec la natu

besoins et leur satisfaction. De mme, l'enfant est d'abord innocent et insouciant. Il n'a pa

sous le regard d'autrui. Puis se dveloppe la conscience de soi. Apparat alors l'inquitude

dehors : la dcouverte que l'on a un dehors et le souci de savoir ce qu'autrui en pense. C'

pourquoi l'enfance est souvent prsente, par exemple dans l'uvre de Proust, comme u
perdu.

La conscience de soi introduit donc une rupture, une sparation, une distance d'avec soi-m

(qui rend possible par exemple l'ironie sur soi-mme: rire de soi suppose la capacit de pr

recul, de se distinguer de soi; en ce sens, rire est bien le propre de l'homme). La conscien

implique une division l'intrieur de soi-mme, une sparation entre soi comme sujet et s

comme objet de conscience. Elle implique une modification. A mesure que je prends cons
de ce que je suis, je ne le suis dj plus, prcisment parce que j'en prends conscience.

La conscience suscite donc une altration incessante. L'homme est donc toujours en dev

L'homme est distance de soi-mme, en avant de soi-mme, l-bas, dans l'avenir (voir l'H

qui marche, de Giacometti: pench en avant, dans un perptuel dsquilibre). L'homme e

toujours en route, en chemin vers soi, toujours inachev. On ne peut pas rduire l'homme

qu'il est actuellement, en un instant donn. La conscience opre une modification, une m

distance, une transformation progressive et incessante. C'est parce qu'un homme est con

qu'il devient au lieu d'tre. L'homme n'est pas: il devient, ou il existe. Il existe, dit Heideg

Exister, selon l'tymologie, c'est sortir de. La conscience est la puissance de nier et de me
distance le rel, l'tre, de le dpasser pour s'en librer. Le pour-soi est capable de nier ce

de le rejeter dans le pass pour ne l'tre plus. La conscience est un perptuel dpasseme
Elle se dpasse vers des fins. tre en projet, c'est refuser comme provisoires et partielles

dfinitions que les autres pourraient tre tents de m'attribuer. En dernire analyse, aucu

dfinition ne convient jamais un homme. L'homme chappe toute dfinition. Il n'est pa

confiture sur lequel on peut coller des tiquettes. Il doit exister d'abord pour pouvoir ens

tre qualifi. Il n'y a aucune dfinition qui pourrait lui tre attribue a priori, avant sa nais

(impossible de le dfinir d'avance par l'hrdit, par exemple). Tout jugement de la forme
ceci...est toujoursperu commerducteur.L'individuest toujoursdj au-deld'un tel

jugement. Toute dfinition que l'on prtendra m'attribuer peut tre infirme par la suite de

actes. Ds lors que j'en prends conscience, je la dpasse. Du coup, la notion de "personna

l'on entend par l un ensemble de qualits constantes, apparat problmatique. De mme

l'ide d'un "vrai moi" qui serait cach. Y aurait-il un vrai et un faux moi? Et pourquoi l'un s
donc plus "vrai" que
l'autre?L'hommeest en devenir perptuel du
fait mmequ'il prend
conscience de lui-mme. Comment alors pourrait-il esprer se connatre?

III. Lidentit personnelle

La possibilit d'une connaissance de soi semble compromise, pour les raisons qui prcde

change sans cesse. Cependant, je ne suis pas rien. Il est vrai que je fais l'exprience en m

changement continu. Mais chacun a aussi bien le sentiment d'une identit personnelle. Ch

conscience, malgr ce changement, de rester cependant le mme d'un bout l'autre de s

Cet enfant que j'tais, certes, je ne le suis plus, mais c'tait bien moi. Que faut-il donc ent
par ce mot : moi ? Qu'est-ce que le moi ? Comment expliquer ce sentiment
l'identit
de

personnelle ? Pour expliquer la conscience de cette identit, on pourra supposer que quel

chose, de l'me, reste identique. Quelque chose, en moi, dans mon esprit, ne change pas

stable de ma personnalit, c'est ce que l'on pourra appeler le moi. Il serait ce qui n'est pa

par les changements. Il resterait toujours comme un noyau stable, qui assurerait une cert
permanence ma personnalit. Que penser d'une telle hypothse ?

1. Critique de lide de moi

Quand je pntre au plus intime de ce que j'appelle moi-mme, c'est toujours pour tombe

une perception particulire ou sur une autre : une perception de chaud ou de froid, de lum
d'obscurit, d'amour ou de haine, de peine ou de plaisir.

Je ne peux jamais me saisir moi-mme sans une perception, et je ne peux rien observer d
que la perception.
Quandmes perceptionsse trouventinterrompues,
commepar un profondsommeil,aussi

longtemps que cet tat dure, je n'ai pas le sentiment de moi-mme, et l'on peut vraiment

je n'existe pas ; et si toutes mes perceptions taient supprimes par la mort, si je ne pouv
ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, har,
ni
aprs la dissolution de mon corps, je serais

entirement annihil, et je ne conois pas ce qu'on demande de plus pour faire de moi un
parfaite non-entit.
Si quelqu'un,rflchissant
cela srieusement
et sans prjug,penseavoir une notion

diffrente de lui-mme, j'avoue qu'il m'est impossible de raisonner plus longtemps avec lu

Peut-tre peroit-il quelque chose de simple et de continuellement existant qu'il appelle lu

mme, quoique je sois certain qu'il n'y a pas en moi un tel principe. David HUME, Trait
nature humaine, I, IV, 6.

L'hypothse de l'identit, pour Hume, n'est qu'une illusion. Le moi n'est qu'une chimre in

par les mtaphysiciens, dont rien ne permet de confirmer la ralit. En effet, quand je pra

l'introspection la manire de Descartes, qu'est-ce que je trouve en moi ? Je fais l'exprie

ensemble d'tats psychologiques, d'actes intellectuels, un flux de contenus de conscience

srie de perceptions. Toujours une perception particulire, bien dtermine : la perception


ou de cela, la conscience de quelque chose, mais jamais la conscience elle-mme.

J'prouve une continuit de penses, de sentiments qui se succdent. Ce que j'prouve l

une pure multiplicit. L'introspection ne me permet pas de dire ce que je suis, ne me perm

de dcouvrir un lment stable qui serait moi. Au contraire, sous le regard de l'introspecti

"moi" se dissout en une multiplicit. " Du dedans, l'homme n'est rien : il coule comme un
fromage"(Sartre).L'introspection
se perd ncessairement
dans l'indtermin,l'indfini,

l'inachev. Exemple : le Journal d'Amiel. Jour aprs jour, Amiel note tout, absolument tout

peut observer en lui-mme. Ce projet impossible restera inachev aprs 20 ou 30 volume

Amiel ne dcrit pas seulement chaque vnement extrieur, mais le rapporte avec l'cho
rencontrdans sa conscience(je pense,je pense que je pense etc.). Un tel projet est
ncessairement
inachevable.
Laisse elle-mme,la "vie intrieure"est une prolifration
indfinie. La question est : d'o vient alors l'unit ?

Comment ces tats sont-ils lis ensemble, qu'est-ce qui autorise dire qu'ils constituent u

personnalit ? D'o vient l'unit qui fait mon identit personnelle, qui fait que je peux dire

Hypothse : quelque chose, en moi, reste identique. Sous cette multiplicit se cache un

stable. Le moi serait le support de toutes les modifications de la conscience. Ce moi serai

substance. La substance : ce qui subsiste, ce qui reste identique malgr les changements
constate Hume, l'introspection ne me permet en aucun cas de dcouvrir une telle ralit.

impossible de faire l'exprience du moi. Il en conclut, la fin, que le moi n'existe pas. Il s'
hypothse. Le moi, par dfinition, serait cach sous ce qui apparat.
Lui-mme n'apparat pas. Il est effectivement impossible d'en faire l'exprience. Et il faut

reconnatre que ce moi a quelque chose de mystrieux. C'est une hypothse mtaphysiqu
rien ne permet de dmontrer.

Le moi, ou ce que Descartes appelle l'me, est cens assurer la continuit de mon identit
traversle [Link] je reste le mmeen des momentsdiffrents,c'est que malgrles

changements qui m'ont affect, j'ai conserv le mme moi. Ce moi reste inchang pendan

sommeil, de sorte que je conserve mon identit mon rveil. Il pourrait mme (Descartes

l'affirme pas, mais il pense que c'est possible) que ce moi survive la mort du corps. Hum

considre tout cela comme de la pure imagination. Je ne suis rien de plus qu'un ensemble
perceptions, ou de penses, puisque je ne peux rien dcouvrir de plus en moi-mme. Par

consquent, lorsque je cesse de penser ou de percevoir, je ne suis plus rien. Et lorsque je

de percevoir de faon dfinitive, rien ne survivra, puisque je me rduisais ces sensation

Pour Hume, je ne suis rien de plus qu'une somme de perceptions. Je suis cette multiplicit
L'identit et l'unit sont un mythe. Le moi est un mot vide.

2. La construction de soi
Tout de mme, Hume pousse trs loin son raisonnement. Il a sans doute raison de ne pas

se contenter d'une hypothse purement abstraite et qu'aucune exprience ne vient confir

Cependant, peut-on nier absolument l'identit de la personne? L'objection que l'on ne peu

manquer d'adresser Hume, c'est que, tout de mme, ma vie prsente mes yeux une c

j'ai conscience d'une certaine unit de mon pass mon prsent. Certes, on doit renonce

d'identit si, par ce mot, on entend une absence de changement. L'identit: deux sens. Le

c'est le contraire du changement. C'est un sens mathmatique, l'ide d'une galit. Certe

change. Mais cela n'exclut pas que je possde une identit. Avoir une identit, c'est tre s
rester forcmentidentique.L'identiten ce sens n'exclutpas le changement.
On pourrait

comparer l'identit personnelle au style d'un artiste: il volue, cela est souhaitable; mais m

cette volution, il reste reconnaissable pour qui le connat bien. En quoi consiste donc cet
identit? Elle rsulte de l'effort par lequel, progressivement, je la construis.

Si nous tions ainsi que le dit Hume, qu'est-ce que cela donnerait ? Nous ne pourrions viv

srie de sensations sans unit. Oliver Sacks, dans l'Homme qui prenait sa femme pour un

cite un cas assez effroyable d'amnsie, qui donne une ide de ce nous serions si Hume av

raison. Un de ses patients est atteint du syndrome de Korsakov, qui se traduit par une am

rtrograde. Dans l'amnsie telle qu'on la connat habituellement, le sujet a oubli ce qui e
antrieur une certaine date, tandis qu'il se souvient de ce qui est arriv depuis. Dans le

par Sacks, le malade se souvient du pass d'avant le dclenchement de sa maladie, mais

tout le prsent au fur et mesure qu'il le vit. Il se croit encore en 1945. Et son mdecin,
visite, doit nouveau se prsenter. Son existence n'est plus qu'une succession dcousue

sans unit. Beaucoup de maladies mentales se caractrisent par une "dislocation" du moi

ainsi qu'on a d'abord dfini la schizophrnie (schizein, en grec: fendre, scinder). Les forme

maladies mentales les plus graves, les psychoses, sont communment dfinies par des tr

l'identit, ou par l'effondrement de la personnalit. La normalit, entendons par l la sant

suppose une unit. Accordons Hume qu'il faut sans doute renoncer l'ide d'un "moi" q
dj constitu ds la naissance. Je n'ai pas une identit d'emble.

L'enfant n'apprend pas dire Je immdiatement. La conqute de sa propre identit suppo

travail de synthse par lequel on reprend son compte et l'on intgre les diverses donne

existence. Mon identit, je l'labore progressivement, par une sorte de discours sur moi-m

une histoire cohrente de moi dans laquelle j'essaie d'intgrer mes actes, mon pass, ce q
pu prouver.
Parfois, je me surprends moi-mme, j'agis d'une faon qui ne correspond pas l'ide que

m'tais faite de moi. Il y alors discordance et il me faut la dissiper. C'est vital, car en l'abs

d'unit, ce qui guette, c'est la folie. Cette laboration de mon identit est parfois laborieu

traverse parfois des crises d'identit. Pour parvenir un rcit sur soi cohrent, il est mm

ncessaire d'oublier une partie de son pass. Les conduites de mauvaise foi pourraient ain
s'expliquer par la ncessit qu'il y a se fabriquer une identit.

IV. Conclusion

La conscience de soi n'est pas une connaissance. En effet, ce n'est pas parce que j'ai con

moi-mme que, pour autant, je me connais. Ce n'est pas parce que j'ai conscience de me

que je suis capable de les dfinir. En outre, l'ide d'un "moi" qui resterait identique malgr
changements semble devoir tre abandonne, faute de fondement dans l'exprience.

La conscience de soi n'est pas une connaissance: elle est plutt le moyen par lequel je me

je me construis une identit. En tant que connaissance, elle ne peut donc tre qu'en retar

dcalage perptuel par rapport mon effort sans cesse repris pour donner un sens cohre

mon existence. De plus, pour que l'image que je me forme de moi-mme soit cohrente, i

parfois ncessaire que je refoule certains aspects de mon pass qui seraient en dsaccord
cette image que j'ai de moi-mme.

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