La Conscience - Cours Terminale
La Conscience - Cours Terminale
particulier de l'activit de mon esprit. Elle se dfinirait donc comme une forme de connais
C'est ce que sembleconfirmerl'tymologie: "cum sciens"signifie"avec connaissance,
que l'on emploie indiffremment, tmoignent d'une proximit entre conscience et connais
Toutefois, dans quelle mesure la conscience de soi est-elle une connaissance de soi? La po
d'une telle connaissance supposerait une stabilit, une permanence de mon tre. Or, je fa
l'exprience d'un changement continuel en moi-mme. A chaque instant, j'ai affaire une
diffrente. La conscience est aussi bien le moyen d'prouver que je ne demeure pas abso
mme. Autrement dit, il y a une altrit au cur mme du sujet: "Je est un autre" (Rimba
peux avoir de moi-mme? Que signifie "moi-mme"? Est-on jamais soi-mme? Cela suppo
une concidence soi qui n'est peut-tre jamais donne. Du seul fait que j'ai conscience d
mme, est-ce que ce "moi-mme" ne s'en trouve pas modifi? Ds lors, puis-je me conna
Suis-je ce que j'ai conscience d'tre?
I. Lexprience de la conscience
1. Le vrai moi est intrieur
Que suis-je? Qu'est-ce qui fait mon identit? On pourra tre tent de rpondre que c'est m
apparencephysique,en particuliermon [Link] est [Link],
mes traits
changent avec le temps, au point qu'un ami perdu de vue aura du mal me reconnatre a
longue absence. "Celui qui aime quelqu'un cause de sa beaut, l'aime-t-il? Non, car la p
vrole, qui tuera la beaut sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus" (Pascal, Pen
Br.). La "personne" ne se rduit donc pas l'apparence physique. Si l'on m'aime pour ma
on ne m'aime pas, moi. Qu'est-ce donc que ce moi? Mon code gntique? Les scientifique
disent qu'il est unique. Pourtant, deux frres jumeaux possdent une identit qui interdit d
Certes, mon caractre peut changer lui aussi. Mais on pourrait supposer l'existence d'un n
stable, que l'on pourra appeler le moi. Si j'ai conscience d'une identit, il faut donc en che
l'origine dans la conscience plutt que dans le corps. Plutt dans ce "je", sujet de pense
d'action, qui commande au corps.
Moi seul peux donc savoir qui je suis. En effet, ce que je donne voir mon entourage, ce
vraiment moi ? Est-ce que ce ne sont pas seulement des apparences trompeuses ? Il se p
porte un masque. Balzac a parl de la "comdie humaine". Un empereur romain avait eu
dernier mot: "comedia finita est". On trouvera chez Sartre cette ide que chacun, en soc
un rle qu'il prend plus ou moins au srieux,
auquel il s'identifie plus ou moins bien. Par
la plus cache de moi-mme, celle que moi seul peux connatre: l'intriorit de ma consci
vrai moi est [Link] domainede la conscience
est celui de l'intriorit,une intriorit
me rfugier et trouver la paix si l'on m'agresse. Personne ne peut venir y troubler la paix q
dcide d'y faire rgner. Press de questions, si je dcide de garder le silence, personne ne
violer cette intimit. L'intriorit de la conscience est un refuge. On peut bien m'obliger
que je rprouve, on ne peut pas contraindre mes penses. L'esclave peut ainsi rver qu'il
La contrepartie, c'est que "mon jardin secret est une prison" (Gaston Berger, Du prochai
hasard des circonstances, et laquelle des circonstances plus favorables pourront mettre
terme, mais une solitude irrductible parce qu'elle tient la nature mme de l'homme. To
homme est ncessairement un tranger pour les autres. Lvinas, dans Totalit et infini, e
attribue la cause cette "absence de patrie commune qui fait de l'autre l'Etranger". Nous
pas de "patrie commune", prcisment parce que nous sommes deux consciences de soi.
fait, chacun est intrieur lui-mme. Entre deux intriorits, il n'y a pas de lieu commun,
d'espace commun. Entre autrui et moi, il y a une distance. Cette distance est absolue car
distance qui spare deux sujets. Entre deux objets, la sparation n'est que relative, la dist
seulement spatiale, mesurable. Mme entre deux objets aussi loigns qu'on voudra, la d
est relative. Entre la Terre et une galaxie lointaine, la distance est considrable mais finie,
Entre autrui et moi, la distance est infinie, absolue, incommensurable - impossible mesu
relation entre les hommes est donc penser d'abord sur le mode de la sparation. Toute
communion (ne faire qu'un) est impossible.
ses propres penses. Il est impossible d'tre le sujet des penses de l'autre, de penser s
Le domaine de la subjectivit est ce qu'il y a de plus cach, de plus intime. Autrui en est e
mme, il est impossible d'prouver ce que l'autre prouve, de son propre point de vue, au
de concider avec ses motions. S'il donne les signes de la souffrance, on peut deviner ce
prouve, mais il est impossible de ressentir ce qu'il ressent. Si c'est un ami qui souffre, j'e
prouverai de la piti, il me fera de la peine, mais ce n'est pas l ce que lui ressent. Il m'e
impossible de souffrir sa douleur. S'il m'est cher, je souffrirai peut-tre autant que lui, mai
de la mme faon. Dans ce genre de situation, ne sachant pas quoi dire, on lche parfois
maladroit "je comprends" qui constitue ncessairement un mensonge. Seul dans la souffra
le suis aussi dans le plaisir. Dans Une vie, de Maupassant, Jeanne dcouvre avec inquit
son mari lui semble un tranger: "Elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle
s'apercevant pour la premire fois que deux personnes ne se pntrent jamais jusqu'au fo
l'me, jusqu'au fond des penses, qu'elles marchent cte cte, enlaces parfois mais no
mles, et que l'tre moral de chacun de nous reste ternellement seul par la vie". Il n'y a
bien que le sujet pour se connatre lui-mme.
2. La connaissance intrieure
a) Lexprience de la conscience comme intuition
C'est Descartes qui invente la notion moderne de conscience. Aprs avoir mis en doute t
en mon esprit" (Mditations mtaphysiques, II). Cette dcouverte n'est pas la conclusion d
raisonnement, mais le fruit d'une exprience intrieure, faite sur soi-mme. Dans le Disco
mthode, Descartes avait d'abord employ la formule, clbre mais ambigu : "Je pense
suis". Cette formule, que Descartes a abandonne dans ses ouvrages postrieurs, peut e
suggrer l'ide fausse que le "je pense" est la conclusion d'un raisonnement, plus prcis
d'un syllogisme dont une prmisse est implicite. Si l'on rtablit la prmisse manquante, on
Tout ce qui pense existe
Or je pense
Donc j'existe
Mais un tel raisonnement soulve une objection. Si la science dans sa totalit est suspect
privilge ? C'est qu'il ne s'agit pas d'un raisonnement. Nul besoin de logique: il suffit d'pr
de sentir, de prendre conscience que je pense, pour m'assurer, ipso facto, de mon existen
s'agit pas d'un raisonnement, mais d'une intuition. L'intuition est, selon l'tymologie, une
vision, une vision immdiate de l'esprit. Immdiate, c'est--dire sans tapes, directe, insta
Par l'intuition,la vrit se dvoilecommeen un clair. L'intuitionest distinguerdu
raisonnement, qui est discursif, qui procde par tapes, selon un enchanement, une succ
et non immdiatement. Descartes parle (Discours de la mthode, II) des "longues chanes
raisons" qui constituent les dmonstrations mathmatiques. Mais cette opration intellect
laquelle consiste le cogito n'est pas discursive. Est discursif ce qui se dploie dans un disc
prend donc du temps pour tre effectu. Tout raisonnement est discursif puisqu'il consiste
raisonnement. Le cogito n'est pas discursif mais intuitif, c'est pourquoi il est permis de pa
sujet non seulement de certitude, mais d'vidence, car il est d'usage de rserver ce derni
pour dsigner une certitude de nature intuitive.
Or l'intuition est une connaissance absolue, non relative ou partielle. Bergson distingue de
sortes de connaissances. L'une qui s'effectue du dehors. Elle est ncessairement relative
de vue que je possde sur l'objet. L'idal serait de pouvoir concider avec l'objet, de le con
de l'intrieur. Par exemple, l'observation de photos d'une ville, aussi nombreuses soient-e
n'galera jamais l'intuition que j'aurai de l'atmosphre de cette ville si je me promne dan
rues. De mme,s'il s'agitde dcrireun personnage,
je pourrai multiplierles remarques
psychologiques
sur son [Link] faudraitles multiplier l'infini pour atteindreune
connaissance quivalente celle que j'aurais si je pouvais concider, sympathiser avec lui
un objet que je peux connatre de l'intrieur : c'est le moi.
b) Conscience ou pense
Descartes tablit l'quivalence de la conscience avec la pense: les actes intellectuels "
tre sans pense, ou perception, ou conscience et connaissance" (Mditations, deuxime
aux troisimes objections). Qu'est-ce que Descartes entend par "penser"? Les actes intell
dit-il, ne peuvent s'effectuer sans pense. Les actes intellectuels, c'est tout ce qui se pass
l'esprit, toutes les oprations des facults de l'me, savoir: raisonner, comprendre, voul
imaginer (rver), mais aussi sentir, c'est--dire entendre, voir, etc.
Ce que dsigne la pense, chez Descartes, c'est l'ensemble de ces actes. Chacun d'eux e
pense. Descartes nous dit que tout acte intellectuel, donc toute pense, est ncessairem
accompagn de conscience. Toute pense est ncessairement consciente d'elle-mme. Il
de penses inconscientes.
Que signifie donc la pense pour Descartes? Elle est synonyme d'acte intellectuel. La pen
dsigne toute activit de l'esprit. Or, la pense, en ce sens, implique la conscience: elle e
nous de sorte que nous en sommes immdiatement conscients" (Mditations, 2me rpon
dfinition I, p. 285; cf. aussi Principes de la philosophie, I, 9). La pense se dfinit par la
promne , cela signifie j'ai conscience de me promener . Tout acte intellectuel envelo
consciencede cet acte, toute pense est consciented'elle-mme,toute pense est
ncessairement pense. Pour Descartes, une pense inconsciente, c'est impensable!
En effet, la conscience est l'essence de l'me. L'me se dfinit par la pense. La pense,
les proprits de l'me, est celle qu'on ne peut lui ter. La mise en uvre du doute l'a mo
peux bien m'imaginer sans corps, sans perception du monde extrieur, mais pas sans pen
Grce la conscience, l'homme dispose d'une facult qui lui permet d'avoir connaissance
son activit intellectuelle. Il s'agit, selon Descartes, d'une sorte de connaissance, qui conc
vie psychologique du sujet lui-mme. Rien ne semble devoir lui chapper, puisque son do
concide avec celui de l'esprit. L'me, selon Descartes, est transparente elle-mme, puis
toute activit psychique est consciente. Ainsi, il ne devrait demeurer aucune zone d'ombr
consquent, le sujet doit pouvoir se connatre lui-mme. Descartes va mme jusqu' dire
l'me est facile connatre. Si la conscience est bien une sorte de "connaissance intrieur
la traduction des diteurs de Descartes, il doit tre possible de se livrer une psychologie
l'exploration de "l'espace du dedans" (H. Michaux). Mais s'agit-il d'une vritable connaissa
Chacun fait l'exprience de la difficult de se connatre soi-mme.
On observe souvent que les autres se trompent sur leur propre compte : un individu a une
mauvaise image de lui-mme alors que ses qualits devraient lui donner confiance, un au
l'inverse s'estime plus que ses capacits ne devraient l'y autoriser. Ce que je suis et ce qu
tre d'aprs les informations livres par ma conscience concident-ils forcment?
Trois critiques:
2) L'introspection est une mthode subjective, que l'on peut souponner de n'tre p
sincre:le problme,c'est que l'observateur
n'est pas neutre,car il est aussi l'objet de
l'observation.
3) En outre, l'identit de l'observateur et de l'observ est en fait problmatique: du
fait que je m'observe, cela ne va-t-il pas modifier ce que je suis?
que je n'ignore rien de ce que je suis. La conscience que j'ai de moi-mme doit tre comp
qu'aucune partie de mon esprit ne soit inconsciente. Pour Descartes, on l'a vu, tout ce qui
intellectuel est conscient. Parmi les oprations de nature intellectuelle, l'auteur du Discou
mthode comprend les actes sensoriels: sentir, c'est--dire voir, entendre, etc. Or, on peu
bien sentir sans y penser, sans en avoir conscience. Par exemple, on sursaute lorsque le t
l'horloge, bruit familier que l'on croyait ne plus entendre tant on y est habitu, s'arrte so
C'est donc qu'on l'entendait bien; mais sans en tre conscient.
perception implique aperception; toute perception est ipso facto aperception, ou toute pe
est aperue. Leibniz rompt avec Descartes et affirme l'existence de perceptions insensible
-dire de perceptions inaperues.
Leibniz propose cet exemple (Nouveaux essais sur l'entendement humain) : lorsque j'ente
vague s'craser contre un rocher, ce dont j'ai conscience est un bruit unique, un bruit sou
grondement.
Or, ce bruit est en ralit compos de la multitude des petits bruits provoqus par l'infinit
gouttes d'eau qui composent la vague. Ces petits bruits, je les entends, car si je ne les en
pas, leur somme ne pourrait pas produire ce grondement qui est celui de la vague (une in
petits riens ne peut faire un bruit). Je les entends donc, mais sans pouvoir les distinguer, s
avoir conscience, sans m'en apercevoir. Il y a donc des perceptions qui ne sont pas consci
Leibniz spare ce qui tait identifi par Descartes. Toute perception n'est pas aperue. De
eu tort d'assimiler les actes sensoriels aux actes intellectuels, dfinis comme ncessairem
conscients. Ce que Leibniz rvle au sujet de la perception ne peut-il tre tendu d'autre
Un cartsien dira que l'on ne peut parler sans en avoir conscience. Pourtant, ne peut-on p
sans penser ce que l'on dit ? Il est des situations o la parole tient plutt du rflexe soci
("bonjour, a va?"). Et les structures du langage, elles, sont inconscientes (Freud, Chomsk
Selon Freud, les rves, les lapsus, apparemment insignifiants, ont pourtant un sens qui m
cach. Et le symbolisme qui apparat dans le rve est lui-mme inconscient. "Le psychiqu
ne concide pas avec ce dont tu es conscient; ce sont deux choses diffrentes, que quelqu
se passe dans ton me, et que tu en sois par ailleurs inform" (Freud, l'Inquitante trang
C'est peut-tre mme la plus grande partie du moi qui est cache. Parfois, un souvenir qu
croyait effac de la mmoire resurgit. Ne serait-ce pas le signe que le moi conscient n'est
partie merge du moi? Comment, dans ces conditions, affirmer qu'il est possible de se c
soi-mme de faon complte et acheve?
Un autre obstacle cette entreprise de connaissance de soi par soi tient la nature de la
l'existence d'un domaine o la conscience ne peut pntrer. Mais il se pourrait que le suje
impuissant connatre mme ce qui pourtant est donn sa conscience, et que mme ce
conscient soit dnatur par la conscience, altr donc mconnu.
Une difficult supplmentaire, c'est que l'introspection, pour tre une connaissance, doit v
vrit. Par consquent, elle doit tre sincre. Or, celui qui s'observe peut avoir intrt ca
une partiede ce qu'il dcouvre,de faon plus ou moinsconsciente.
En ralit,mmesi
l'introspection
se prsentecommeune conduitede sincrit,son but rel n'est pas la
connaissance
de soi. C'estce que rvlel'analysedes rcitsautobiographiques.
Toute une
Montaigne. Au dbut des Essais, l'avis au lecteur prvient ds les premiers mots : Ceci e
de bonne foi. Plus loin, l'auteur exprime sa volont de se peindre (...) tout nu, sans ma
Elle est continue par Rousseau qui dclare dans les Confessions : Je veux montrer me
semblables un homme dans toute la vrit de la nature. . Dans l'exercice littraire de la
connaissance de soi par soi s'annonce un souci de sincrit. Mais ce qui est vis n'est pas
connaissance de soi. Ce qui explique l'chec constat par Rousseau, plus tard, dans les R
est tout autre. Ce genre littraire, qui prtend avoir pour but la connaissance de soi, ne pr
ralit son sens que si on le met en relation avec un certain type de conduite religieuse. C
exercice ne fait que rpter un comportement religieux: celui de la confession. A cet gar
du livre de Rousseau en dit plus qu'il ne voudrait. Le but de la confession ou de l'aveu n'e
connaissance de soi, mais la libration l'gard du mal que l'on a commis, la dlivrance d
remords, une sorte d'exorcisme. Il est clair que c'est l le vritable enjeu des Confessions
Rousseau: se persuader qu'il n'est pas mchant. Il y a une fonction cathartique de la con
but de la confession, c'est de purifier l'me, de la laver. Grce la confession s'opre une
distance par rapport soi. On se libre de ce que l'on tait pour ne plus l'tre. La confessi
littraire fait jouer l'art le rle rdempteur de la confession religieuse.
Dans un tel exercice, se connatre n'est qu'un prtexte. Non seulement la confession a un
but que la sincre connaissance de soi-mme, mais toute prtention la sincrit est sus
Prtendre tre sincre, prtendre dcrire ce que l'on est, selon Sartre le comble de la mau
(l'Etre et le nant, I, II). Une telle accusation est paradoxale. Cette mauvaise foi consiste e
que prtendre dire ce que je suis, c'est vouloir ignorer en quoi consistent la conscience et
l'existence humaine.
3. La distance soi
tre conscient de ce que l'on est, c'est aussitt ne plus l'tre, tre dj au-del, c'est avoi
recul. Prendre conscience de soi, suppose une sorte de ddoublement (une sorte de: je
entre moi comme objet et moi comme sujet. On ne peut prendre conscience que de quelq
chose de diffrent de soi, on ne peut observer quelque chose que si l'on s'en distingue, qu
en moi une distance, une sparation ou un ddoublement (de mme que si j'ai les yeux c
l'objet, il m'est impossible de le voir; il faut un recul). La conscience d'objet est ngation d
Si cet objet est soi-mme, de la mme faon, la conscience doit produire un recul, une mi
distance. La conscience est la capacit d'un recul par rapport soi. Avoir conscience d'tr
cela, c'est dj ne l'tre plus tout fait, ou ne l'tre plus de la mme faon. Autrement dit
Exemple 1: prendre conscience que l'on est amoureux, c'est dj ne plus l'tre de la mm
(on cesse de se contenter de vivre son amour).
Ex. 2: avoir conscience d'tre heureux produit une modification de ce sentiment, suscept
mettre en danger. Je cesse en effet de vivre mon bonheur pour le penser. Si je cesse de le
Ex. 3 : avoir conscience que l'on a commis une faute, c'est dj tre en voie de la dpass
dj s'en repentir. L'avouer, c'est une faon de s'en librer. La faute dont j'ai conscience p
son poids car elle n'est plus vcue, elle devient un objet de conscience, voire un objet de
connaissance,
d'[Link] conscience
fait de la faute un objet, quelquechosequi existe
dsormais comme spar, dtach de moi, que je peux analyser froidement.
Ex. 4 : cf. Montaigne, Essais, I, 20 (p. 152): le danger est toujours plus effrayant vu de lo
mditation sur le danger est angoissante; une fois dans l'action, on s'aperoit qu'il n'tait
terrible. Le danger comme objet de conscience et le danger vcu, auquel on n'a pas le tem
penser parce que l'on est davantage concentr sur les gestes accomplir, ne sont pas les
La conscience grossit le danger. L'apprhension est toujours pour beaucoup dans la doule
tre conscient de soi, c'est donc ne pas tre, implique demeurer, mais exister, tre en dev
tre toujours dj autre que soi. A chaque instant, je ne suis dj plus ce que j'ai conscien
puisque la conscience suffit modifier ce qui est connatre, la manire dont un instrum
d'optique modifie et dforme l'objet observer. S'attribuer telle ou telle qualit, tel prdic
prtendre concider avec ce prdicat. Or l'homme n'est pas ce qu'il est.
Cette qualit, du fait mme que j'en prends conscience, du fait que je la reconnais comme
je ne la possde plus telle quelle. La sincrit consiste vouloir se dfinir, alors qu'un hom
toujours au-del de toute dfinition. C'est une tentative pour se faire tre, pour se dcrire
mode des choses, se prsenter comme dou de dterminations closes sur elles-mmes, d
modeste . Il ne s'agit pourtant pas de qualits stables, acquises une fois pour toutes. On
pas dire je suis prsident , comme on dit: le mur est blanc . L'homme et la chose ne
de la mme faon. Le mur n'a pas assumer sa blancheur, il n'en est pas responsable. En
revanche, j'ai continuer de mriter mon titre, m'en montrer digne. La sincrit cache e
une tentative pour nier sa propre libert. Le but de cette conduite, c'est de se masquer
mme que l'on est libre et responsable (ces deux notions vont ensemble: on ne peut tre
responsable que de ce que l'on a fait librement). S'attribuer un mrite comme s'il s'agissa
qualit constitutive de mon tre, c'est rassurant, cela donne penser qu'il est insparabl
que ce qui est acquis l'est une fois pour toutes. De mme, se reprsenter ses propres dfa
comme des qualits qui adhrent sa personne peut fournir une sorte d'alibi. Par exempl
une faon de reconnatre que l'on est malchanceux qui vise excuser ses propres checs
attribuant un temprament auquel on ne peut rien. S'avouer paresseux, cela peut servir
permettre d'excuser sa conduite tout en niant sa propre responsabilit.
La conscience, semble-t-il, modifie, altre son objet. Ainsi, vivre en ayant conscience de v
plus la mme chose que vivre simplement. Vivre, avec en plus la conscience de vivre, c'es
auparavant, est un synonyme d'tre (Descartes ne les distingue pas: je suis, j'existe; t
troisime Mditation: "De Dieu; qu'il existe"). L'existentialisme les distingue parce qu'il do
sens prcis et inhabituel au verbe exister. L'existence n'est distingue de l'tre qu' pa
moment o l'on analyse la conscience comme pouvoir de mise distance de soi. La consc
trouble, modifie son objet ( la faon dont parfois, gn par le regard d'autrui, on modifie
comportement). Exister, c'est autre chose que se contenter d'tre ou de vivre.
La rflexion trouble l'action. Le geste effectu de faon rflexe, automatique, n'est pas ac
de la mme manire si l'on pense ce que l'on fait. On est plus maladroit quand un autom
n'est pas encore acquis. La Gense, dans la Bible, peut tre interprte comme l'allgorie
simplement biologique, animale, une existence humaine. Elle dcrit sous forme d'image
passage de l'animalit l'humanit. La vie d'Adam au jardin d'Eden dcrit une belle harm
la nature. Paradeisos, en grec, dsigne un jardin d'animaux. Adam est un animal parmi
autres. Il mne une vie naturelle, innocente (l'innocence est la fois ignorance et batitud
harmonie originelle. Apparat alors la honte (ils virent qu'ils taient nus). La honte (ou la
regard d'autrui. Elle est accompagne de la conscience d'une discordance entre mon tre
paratre. Des conduites telles que la honte n'apparaissent pas chez l'animal, dont on peut
supposer qu'il est dpourvu de conscience de soi. L'homme, lui, n'est pas coll sa vie
avec elle. Ainsi, il s'lve au-dessus d'elle. Mais aussi, il acquiert la conscience de la mort
la vie, il est capable de concevoir le contraire de la vie. Il vivra dsormais dans l'inquitud
mort. D'o toute conscience, selon une expression de Hegel, est conscience malheureus
rapport soi de l'animal immerg dans le cycle vital, en harmonie, en fusion avec la natu
besoins et leur satisfaction. De mme, l'enfant est d'abord innocent et insouciant. Il n'a pa
sous le regard d'autrui. Puis se dveloppe la conscience de soi. Apparat alors l'inquitude
dehors : la dcouverte que l'on a un dehors et le souci de savoir ce qu'autrui en pense. C'
pourquoi l'enfance est souvent prsente, par exemple dans l'uvre de Proust, comme u
perdu.
La conscience de soi introduit donc une rupture, une sparation, une distance d'avec soi-m
(qui rend possible par exemple l'ironie sur soi-mme: rire de soi suppose la capacit de pr
recul, de se distinguer de soi; en ce sens, rire est bien le propre de l'homme). La conscien
implique une division l'intrieur de soi-mme, une sparation entre soi comme sujet et s
comme objet de conscience. Elle implique une modification. A mesure que je prends cons
de ce que je suis, je ne le suis dj plus, prcisment parce que j'en prends conscience.
La conscience suscite donc une altration incessante. L'homme est donc toujours en dev
L'homme est distance de soi-mme, en avant de soi-mme, l-bas, dans l'avenir (voir l'H
toujours en route, en chemin vers soi, toujours inachev. On ne peut pas rduire l'homme
qu'il est actuellement, en un instant donn. La conscience opre une modification, une m
distance, une transformation progressive et incessante. C'est parce qu'un homme est con
qu'il devient au lieu d'tre. L'homme n'est pas: il devient, ou il existe. Il existe, dit Heideg
Exister, selon l'tymologie, c'est sortir de. La conscience est la puissance de nier et de me
distance le rel, l'tre, de le dpasser pour s'en librer. Le pour-soi est capable de nier ce
de le rejeter dans le pass pour ne l'tre plus. La conscience est un perptuel dpasseme
Elle se dpasse vers des fins. tre en projet, c'est refuser comme provisoires et partielles
dfinitions que les autres pourraient tre tents de m'attribuer. En dernire analyse, aucu
confiture sur lequel on peut coller des tiquettes. Il doit exister d'abord pour pouvoir ens
tre qualifi. Il n'y a aucune dfinition qui pourrait lui tre attribue a priori, avant sa nais
(impossible de le dfinir d'avance par l'hrdit, par exemple). Tout jugement de la forme
ceci...est toujoursperu commerducteur.L'individuest toujoursdj au-deld'un tel
jugement. Toute dfinition que l'on prtendra m'attribuer peut tre infirme par la suite de
actes. Ds lors que j'en prends conscience, je la dpasse. Du coup, la notion de "personna
l'ide d'un "vrai moi" qui serait cach. Y aurait-il un vrai et un faux moi? Et pourquoi l'un s
donc plus "vrai" que
l'autre?L'hommeest en devenir perptuel du
fait mmequ'il prend
conscience de lui-mme. Comment alors pourrait-il esprer se connatre?
La possibilit d'une connaissance de soi semble compromise, pour les raisons qui prcde
change sans cesse. Cependant, je ne suis pas rien. Il est vrai que je fais l'exprience en m
changement continu. Mais chacun a aussi bien le sentiment d'une identit personnelle. Ch
Cet enfant que j'tais, certes, je ne le suis plus, mais c'tait bien moi. Que faut-il donc ent
par ce mot : moi ? Qu'est-ce que le moi ? Comment expliquer ce sentiment
l'identit
de
personnelle ? Pour expliquer la conscience de cette identit, on pourra supposer que quel
chose, de l'me, reste identique. Quelque chose, en moi, dans mon esprit, ne change pas
stable de ma personnalit, c'est ce que l'on pourra appeler le moi. Il serait ce qui n'est pa
par les changements. Il resterait toujours comme un noyau stable, qui assurerait une cert
permanence ma personnalit. Que penser d'une telle hypothse ?
Quand je pntre au plus intime de ce que j'appelle moi-mme, c'est toujours pour tombe
une perception particulire ou sur une autre : une perception de chaud ou de froid, de lum
d'obscurit, d'amour ou de haine, de peine ou de plaisir.
Je ne peux jamais me saisir moi-mme sans une perception, et je ne peux rien observer d
que la perception.
Quandmes perceptionsse trouventinterrompues,
commepar un profondsommeil,aussi
longtemps que cet tat dure, je n'ai pas le sentiment de moi-mme, et l'on peut vraiment
je n'existe pas ; et si toutes mes perceptions taient supprimes par la mort, si je ne pouv
ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, har,
ni
aprs la dissolution de mon corps, je serais
entirement annihil, et je ne conois pas ce qu'on demande de plus pour faire de moi un
parfaite non-entit.
Si quelqu'un,rflchissant
cela srieusement
et sans prjug,penseavoir une notion
diffrente de lui-mme, j'avoue qu'il m'est impossible de raisonner plus longtemps avec lu
mme, quoique je sois certain qu'il n'y a pas en moi un tel principe. David HUME, Trait
nature humaine, I, IV, 6.
L'hypothse de l'identit, pour Hume, n'est qu'une illusion. Le moi n'est qu'une chimre in
par les mtaphysiciens, dont rien ne permet de confirmer la ralit. En effet, quand je pra
une pure multiplicit. L'introspection ne me permet pas de dire ce que je suis, ne me perm
de dcouvrir un lment stable qui serait moi. Au contraire, sous le regard de l'introspecti
"moi" se dissout en une multiplicit. " Du dedans, l'homme n'est rien : il coule comme un
fromage"(Sartre).L'introspection
se perd ncessairement
dans l'indtermin,l'indfini,
l'inachev. Exemple : le Journal d'Amiel. Jour aprs jour, Amiel note tout, absolument tout
Amiel ne dcrit pas seulement chaque vnement extrieur, mais le rapporte avec l'cho
rencontrdans sa conscience(je pense,je pense que je pense etc.). Un tel projet est
ncessairement
inachevable.
Laisse elle-mme,la "vie intrieure"est une prolifration
indfinie. La question est : d'o vient alors l'unit ?
Comment ces tats sont-ils lis ensemble, qu'est-ce qui autorise dire qu'ils constituent u
personnalit ? D'o vient l'unit qui fait mon identit personnelle, qui fait que je peux dire
Hypothse : quelque chose, en moi, reste identique. Sous cette multiplicit se cache un
stable. Le moi serait le support de toutes les modifications de la conscience. Ce moi serai
substance. La substance : ce qui subsiste, ce qui reste identique malgr les changements
constate Hume, l'introspection ne me permet en aucun cas de dcouvrir une telle ralit.
impossible de faire l'exprience du moi. Il en conclut, la fin, que le moi n'existe pas. Il s'
hypothse. Le moi, par dfinition, serait cach sous ce qui apparat.
Lui-mme n'apparat pas. Il est effectivement impossible d'en faire l'exprience. Et il faut
reconnatre que ce moi a quelque chose de mystrieux. C'est une hypothse mtaphysiqu
rien ne permet de dmontrer.
Le moi, ou ce que Descartes appelle l'me, est cens assurer la continuit de mon identit
traversle [Link] je reste le mmeen des momentsdiffrents,c'est que malgrles
changements qui m'ont affect, j'ai conserv le mme moi. Ce moi reste inchang pendan
sommeil, de sorte que je conserve mon identit mon rveil. Il pourrait mme (Descartes
l'affirme pas, mais il pense que c'est possible) que ce moi survive la mort du corps. Hum
considre tout cela comme de la pure imagination. Je ne suis rien de plus qu'un ensemble
perceptions, ou de penses, puisque je ne peux rien dcouvrir de plus en moi-mme. Par
Pour Hume, je ne suis rien de plus qu'une somme de perceptions. Je suis cette multiplicit
L'identit et l'unit sont un mythe. Le moi est un mot vide.
2. La construction de soi
Tout de mme, Hume pousse trs loin son raisonnement. Il a sans doute raison de ne pas
Cependant, peut-on nier absolument l'identit de la personne? L'objection que l'on ne peu
manquer d'adresser Hume, c'est que, tout de mme, ma vie prsente mes yeux une c
j'ai conscience d'une certaine unit de mon pass mon prsent. Certes, on doit renonce
d'identit si, par ce mot, on entend une absence de changement. L'identit: deux sens. Le
c'est le contraire du changement. C'est un sens mathmatique, l'ide d'une galit. Certe
change. Mais cela n'exclut pas que je possde une identit. Avoir une identit, c'est tre s
rester forcmentidentique.L'identiten ce sens n'exclutpas le changement.
On pourrait
comparer l'identit personnelle au style d'un artiste: il volue, cela est souhaitable; mais m
cette volution, il reste reconnaissable pour qui le connat bien. En quoi consiste donc cet
identit? Elle rsulte de l'effort par lequel, progressivement, je la construis.
Si nous tions ainsi que le dit Hume, qu'est-ce que cela donnerait ? Nous ne pourrions viv
srie de sensations sans unit. Oliver Sacks, dans l'Homme qui prenait sa femme pour un
cite un cas assez effroyable d'amnsie, qui donne une ide de ce nous serions si Hume av
raison. Un de ses patients est atteint du syndrome de Korsakov, qui se traduit par une am
rtrograde. Dans l'amnsie telle qu'on la connat habituellement, le sujet a oubli ce qui e
antrieur une certaine date, tandis qu'il se souvient de ce qui est arriv depuis. Dans le
tout le prsent au fur et mesure qu'il le vit. Il se croit encore en 1945. Et son mdecin,
visite, doit nouveau se prsenter. Son existence n'est plus qu'une succession dcousue
sans unit. Beaucoup de maladies mentales se caractrisent par une "dislocation" du moi
ainsi qu'on a d'abord dfini la schizophrnie (schizein, en grec: fendre, scinder). Les forme
maladies mentales les plus graves, les psychoses, sont communment dfinies par des tr
suppose une unit. Accordons Hume qu'il faut sans doute renoncer l'ide d'un "moi" q
dj constitu ds la naissance. Je n'ai pas une identit d'emble.
travail de synthse par lequel on reprend son compte et l'on intgre les diverses donne
existence. Mon identit, je l'labore progressivement, par une sorte de discours sur moi-m
une histoire cohrente de moi dans laquelle j'essaie d'intgrer mes actes, mon pass, ce q
pu prouver.
Parfois, je me surprends moi-mme, j'agis d'une faon qui ne correspond pas l'ide que
m'tais faite de moi. Il y alors discordance et il me faut la dissiper. C'est vital, car en l'abs
d'unit, ce qui guette, c'est la folie. Cette laboration de mon identit est parfois laborieu
traverse parfois des crises d'identit. Pour parvenir un rcit sur soi cohrent, il est mm
ncessaire d'oublier une partie de son pass. Les conduites de mauvaise foi pourraient ain
s'expliquer par la ncessit qu'il y a se fabriquer une identit.
IV. Conclusion
La conscience de soi n'est pas une connaissance. En effet, ce n'est pas parce que j'ai con
moi-mme que, pour autant, je me connais. Ce n'est pas parce que j'ai conscience de me
que je suis capable de les dfinir. En outre, l'ide d'un "moi" qui resterait identique malgr
changements semble devoir tre abandonne, faute de fondement dans l'exprience.
La conscience de soi n'est pas une connaissance: elle est plutt le moyen par lequel je me
je me construis une identit. En tant que connaissance, elle ne peut donc tre qu'en retar
dcalage perptuel par rapport mon effort sans cesse repris pour donner un sens cohre
mon existence. De plus, pour que l'image que je me forme de moi-mme soit cohrente, i
parfois ncessaire que je refoule certains aspects de mon pass qui seraient en dsaccord
cette image que j'ai de moi-mme.