Competences Transversales
Competences Transversales
Propos par
Dany Crutzen
Centre Interdisciplinaire de Formation de Formateurs de l'Universit de Lige
Cellule d'Education Interculturelle
Mars 2004
Cest ce point de vue que nous allons adopter ici, afin de positionner lducation la diversit,
non comme un gadget ou un accessoire rserv aux lites ou aux lves en difficult, mais
bien comme une priorit transversale qui concerne toutes les disciplines et tous les
publics scolaires.
La principale difficult de la manuvre rside dans le fait que les propositions pdagogiques
qui dveloppent ces points de vue sont souvent prsentes de manire globale et
transdisciplinaire. Le fonctionnement encore largement morcel ou linaire des matires et
des habitudes disciplinaires ne sen accommode que dans la mesure o il y trouve des repres
et de bonnes raisons de sy inscrire.
La gestion de la complexit exponentielle du monde dans lequel nous vivons se pose autant
aux adultes quaux jeunes. Moteur de changement et vritable voie initiatique pour lcole
dans toutes ses composantes, elle pose plus de questions quelle napporte de vritables
rponses : cest ce processus en tant que tel qui doit pourtant tre traduit en termes de
comptences transversales et de priorits pdagogiques.
Le Dcret Missions, dans son article 6, dfinit comme suit en 1997 les objectifs prioritaires
de lcole :
Promouvoir la confiance en soi et le dveloppement de la personne de chacun des lves.
Amener tous les lves sapproprier des savoirs et acqurir des comptences qui les
rendent aptes apprendre toute leur vie et prendre une place active dans la vie conomique,
sociale et culturelle.
Prparer tous les lves tre des citoyens responsables, capables de contribuer au
dveloppement dune socit dmocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures.
Assurer tous les lves des chances dmancipation sociale.
Les comptences transversales y sont dfinies comme des attitudes, dmarche mentales
et dmarches mthodologiques communes aux diffrentes disciplines acqurir et
mettre en uvre au cours de llaboration des diffrents savoirs et savoir-faire ; leur
matrise vise une autonomie croissante dapprentissage des lves.
Les Socles de comptences, publis en 2001, prsentent les comptences de base exercer
jusquau terme des huit premires annes de lenseignement obligatoire et font une place de
choix aux comptences transversales : celles-ci servent de fil conducteur la manire
denvisager les diffrentes comptences disciplinaires.
Pour le franais, le texte souligne que, tout au long de son cursus scolaire, par une matrise
progressive de la langue franaise, llve sera conduit exercer un ensemble de comptences
interactives, dmarches mentales, manires dapprendre et attitudes relationnelles,
directement utilisables sans doute dans la construction de son savoir, mais, surtout, sa
scolarit acheve, fondements de sa formation continue.
Dans les attitudes relationnelles, le texte privilgie : se connatre, prendre confiance ainsi que
connatre les autres et accepter les diffrences. Tout au long de sa scolarit, llve sera
amen rflchir sur lui-mme, sur les autres, sur son environnement ; la structuration de
sa personnalit engage son avenir.
Dans les comptences disciplinaires spcifiques, cela implique notamment dorienter sa
parole et son coute en fonction de la situation de communication (notamment en fonction
des interlocuteurs, des ractions verbales et non verbales, du statut de lintervenant et/ou de
son ou de ses interlocuteurs). Cela implique galement dlaborer des significations,
notamment de dgager, prsenter des informations explicites et implicites (dans son cadre de
vie quotidien, dans son cadre de vie collectif). Cela signifie enfin utiliser et identifier les
moyens non verbaux de la communication, notamment utiliser et reprer des indices
corporels (parmi ceux-ci loccupation de lespace, la posture, les gestes, les mimiques, les
regards).
Autant dappels la dcentration des points de vue et au dcodage des codes implicites qui
conditionnent le fonctionnement dune langue dans son contexte culturel et social.
Pour les mathmatiques, quatre grandes comptences transversales introduisent une liste non
exhaustive de dmarches visant les dvelopper. Il sagit danalyser et comprendre un
message c..d. se lapproprier avant dentrer dans une dmarche de rsolution, de rsoudre,
raisonner et argumenter, dappliquer et gnraliser, de structurer et synthtiser. Autant
doccasions dexercer le discernement et lesprit critique indispensables la relativisation des
points de vue.
Pour les sciences, le texte souligne que la construction progressive des savoirs et savoir-faire
constitue llment fondateur de toute dmarche scientifique. Celle-ci, en effet permet aux
lves, quels que soient leur ge et leur niveau dtude, dtre les premiers acteurs de leurs
apprentissages en partant de situations qui les incitent simpliquer dans la recherche. Les
savoir-faire voqus font rfrence la gestion de la complexit : rencontrer et apprhender
une ralit complexe ; investiguer des pistes de recherche ; structurer les rsultats, les
communiquer, les valider, les synthtiser. Une des dmarches les plus prconises est la
rsolution dnigmes, mettant llve et sa capacit sinterroger sur les fondements de la vie
au centre du processus. Dans le cinquime thme, Les hommes et lenvironnement , le texte
souligne que lducation relative lenvironnement sappuie sur un principe simple : Il ne
sagit pas dapprendre pour admettre, mais de comprendre pour agir (A. GIORDAN).
Lobjectif principal est donc que lenfant, ladolescent et ladulte agissent en connaissance de
cause dans un sens favorable tous et chacun. Lducation scientifique contribue non
seulement la comprhension des aspects scientifiques mais aussi au dveloppement de
nombreux savoir-tre. Cest le caractre comportemental et les aspects thiques, sociaux,
politiques de lducation lenvironnement qui sont ici mis en exergue. De mme dans le
thme 6, Histoire de la vie et des sciences , laccent est mis sur laspect temporaire et
volutif des thories scientifiques.
Autant dinvitations la relativisation des points de vue et la gestion des incertitudes, dans
un domaine dont les proccupations sont au cur de lpistmologie contemporaine.
Pour les langues modernes, laccent est mis sur une composante culturelle transversale. Il
sagit de promouvoir la prise de conscience de sa propre culture et de la situer par rapport
celle des autres et de promouvoir les langues modernes comme facteur dintgration
europenne. La dimension socioculturelle se concrtisera dans lapproche de certains
champs thmatiques qui permettront lenfant de faire lexprience dune autre culture et
des lments de socialisation qui y sont lis.
La rfrence la dcentration culturelle est ici explicite.
En ducation physique, les comptences dveloppes sont cognitives, sensorimotrices, mais
aussi affectives et sociales. Notamment, dans les habilets gestuelles et motrices, on souligne
la ncessit dapprendre exprimer des motions laide de son corps. Par ailleurs, La
coopration sociomotrice met laccent sur trois comptences de base : respecter des rgles
convenues dans lintrt du groupe et en fonction du but atteindre ; agir collectivement
dans une ralisation commune ; agir avec fair-play, dans la dfaite et la victoire, dans le
respect de soi et de ses partenaires (coquipiers et adversaires).
Pour lducation artistique, dfinie comme lveil soi, aux autres et au monde, laccent est
mis sur la construction de la personnalit : construction de la personne (quilibre intrieur et
personnel) et panouissement du jeune (harmonie relationnelle).
Il sagit de dvelopper des comportements (autonomie, esprit critique, tolrance, etc ) tels
que llve puisse acqurir une qualit de vie en devenant un citoyen du monde, responsable
donc libre. Les comptences transversales exercer comprennent notamment se reconnatre
dans ses sensations, ses motions et reconnatre les autres ; se reconnatre dans sa culture et
celle des autres ; collaborer.
Pour la formation historique et gographique, comprenant la formation la vie sociale et
conomique, les principes gnraux soulignent que les lves dcouvrent quils appartiennent
des groupes humains diversifis et multiculturels comme la famille, lcole, lentreprise,
lassociation Ces disciplines visent la construction de repres spatiaux, temporels et
sociaux et sensibilisent les lves leur responsabilit de citoyen. Ils prennent ainsi
conscience quils ont occuper une place active dans la socit. Les comptences proposes
invitent les lves souvrir au monde et dvelopper leur esprit critique. Les deux
disciplines histoire et gographie concourent ensemble et avec dautres, la formation
globale de la personne. Cest cette approche interdisciplinaire qui doit permettre de matriser
des rfrences transfrables pour apprhender une situation nouvelle. Laccent est mis sur
agir et ragir, cest faire preuve desprit critique ; sengager et assumer un engagement ;
prendre une part active llaboration et la ralisation dun projet pour promouvoir la
justice, la solidarit, le sens des responsabilits vis--vis des autres, de lenvironnement et
du patrimoine.
Autant dincitations promouvoir la prise de responsabilit de jeunes dans leur environnement
immdiat, et donc de rflchir aux modalits pdagogiques de cet exercice
Les Comptences terminales et savoirs requis fixent, quant eux, les ambitions de
lenseignement lissue des 2e et 3e degrs du secondaire. On appelle en effet comptences
terminales le rfrentiel prsentant de manire structure les comptences dont la matrise
un niveau dtermin est attendue la fin de lenseignement secondaire .
Les Programmes dtudes, publis entre 1999 et 2001, sont laboutissement dun travail de
longue haleine, men par des groupes denseignants de tous les rseaux. Ils ont t approuvs
par le Gouvernement et adopts par le Parlement de la Communaut franaise. 2
En franais (1999), nous soulignerons lorientation trs transversale des comptences rdiges.
Dans le chapitre LIRE, on notera avec intrt le point 3, exercer son esprit critique, cest-dire notamment identifier des valeurs inhrentes au texte (ex. : les valeurs bourgeoises,
judo-chrtiennes) et lidologie qui les sous-tend ventuellement (ex. : le racisme, le
colonialisme, le communisme).
Le point 4 explicite quacqurir des connaissances consiste acqurir, en lisant, des
rfrences culturelles et conceptuelles qui aideront la fois mieux lire, mieux penser,
mieux agir et participer une culture commune.
Le point 7, dvelopper une rflexion critique sur sa propre lecture, explicite notamment la
ncessit de sinterroger sur les valeurs que lon projette.
Dans le chapitre ECRIRE, il sagit au point 7 de rflchir sa propre manire dcrire,
notamment de dvelopper une rflexion critique sur la manire dont on produit du sens.
Dans le chapitre PARLER-ECOUTER, il sagit dorienter sa parole et son coute en fonction
de la situation de communication, mais aussi de distinguer lexplicite de limplicite, par
exemple lorsquon vise les comptences lies la production de sens. Construire une relation
interpersonnelle efficace et harmonieuse passe par distinguer son mode de pense de ceux
des autres et se dgager de son propre systme de rfrence. Le point 7 demande galement
de dvelopper une rflexion critique sur la manire dont on produit ou peroit du sens.
Dans les savoirs disciplinaires, une attention particulire est porte aux savoirs sur la langue.
Ainsi, les savoirs sur la langue (mtalinguistique) participent dune approche critique du
langage, non seulement de ses principes, de ses normes, de ses rgles, mais aussi de ses
usages et de ses fonctions en contexte. Ces savoirs portent galement sur les varits
socioculturelles, historiques et gographiques (francophonie) de la langue. Il sagit davoir
une connaissance critique de quelques informations relatives au fonctionnement social des
discours, notamment les diffrents groupes qui utilisent la langue (franais des jeunes, des
immigrs).
Le Programme des mathmatiques (1999) souligne que celles-ci constituent un outil pour
ltude des sciences naturelles, sociales, humaines. La dimension citoyenne est explicitement
souligne : llve, outre le bnfice apport par cette forme de pense, utilisera des
mathmatiques dans sa vie de citoyen. Laccent est mis sur lintgration du savoir dans une
culture scientifique et humaniste.
Dans la description des comptences transversales vises, le point 2, traiter, argumenter,
raisonner, explicite la ncessit dutiliser certains rsultats pour traiter des questions issues
dautres branches (sciences, sciences sociales, sciences conomiques).
La dimension citoyenne et interdisciplinaire est dveloppe de la sorte : Une formation
mathmatique raliste et quilibre met en avant tantt lutilitaire, tantt les problmes, tantt
la thorie. Avec les autres cours, elle contribue asseoir des comptences ncessaires au
citoyen pour traiter, par exemple, les questions ordinaires de consommation, les systmes
lectoraux, les sondages et enqutes dopinion, les jeux de hasard, la lecture de plans et de
cartes, les reprsentations en perspective, etc
En sciences (2001), le programme souligne quoutre des savoirs, on dfinit aussi des attitudes
et des comptences, lies la pratique scientifique, dont on ne retiendra ici que celles qui
sont indispensables tout citoyen, cest--dire : lhonntet intellectuelle, lquilibre entre
ouverture desprit et scepticisme, la curiosit et le souci dinscrire son travail dans celui
dune quipe.
Le texte rappelle que les comptences particulires aux sciences relvent de lobservation du
monde et de son analyse ; elles influencent directement la manire dapprendre, dutiliser la
connaissance et dagir. Lenseignement doit donc faire comprendre que la biologie, la chimie
et la physique font continuellement appel des modles, modles avec leurs limites, qui
permettent de dcrire une ralit souvent complexe ; doivent tre articules dautres
disciplines pour donner une vision globale de la ralit ; sont nes et se dveloppent dans des
contextes culturels, socioconomiques et techniques prcis ; sont propices une rflexion
dordre thique ; utilisent les raisonnements inductif, dductif, par analogie et par lanalyse
systmique.
Le point 8 des comptences scientifiques explicite ce que signifie utiliser des savoirs
scientifiques pour enrichir des reprsentations interdisciplinaires : il sagit notamment
dtablir un lien entre les dveloppements des sciences et la vision que lon a du monde.
Le point 9 ajoute quil faut tablir des liens entre des dmarches et notions vues en sciences et
vues ailleurs, par exemple mettre en vidence le transfert de certains modles, dmarches,
concepts ou comptences dune discipline une autre.
Les comptences transversales explicites pour le cours de gographie (1999) soulignent la
ncessit de rcolter des informations diversifies (se documenter, sinformer) et dmettre
des propositions damlioration par rapport aux problmatiques tudies.
Les savoirs viss touchent particulirement la thmatique de la diversit : diversit des milieux
terrestres ; ingalits et disparits territoriales ; interrelations entre lhomme et son
environnement ; rpartition et dplacements des hommes ; rpartition des activits humaines
et leur dynamique, tensions et conflits territoriaux. Un accent explicite est galement mis sur
la construction de modles systmiques.
Le Programme dhistoire (1999) commence par une rflexion sur les finalits de son
enseignement, o saffirme demble la dimension citoyenne : La finalit fondamentale du
cours dhistoire est daider le jeune se situer dans la socit et la comprendre afin dy
devenir un acteur part entire. Du ct de lducation la diversit, on notera quoutre le
fait que lenseignement de lhistoire doit permettre au jeune de prendre conscience de ses
racines, le texte indique que se situer dans la socit et la comprendre signifie disposer des
connaissances-outils indispensables pour dcrypter le flot des informations et en percevoir
les enjeux.
Ainsi, la dmarche de lhistorien est dabord et avant tout une dmarche de recherche et de
critique de linformation. En outre, la recherche historique se dfie des thories pralables et
se garde bien darticuler ses rsultats sous forme de modles. Sil en utilise loccasion,
lhistorien se donnera dabord comme tche den montrer les limites. Ce qui est demand ici
la discipline historique, cest bien une dmarche de dcentration par rapport son propre
systme de rfrence.
Les comptences terminales doivent permettre de dvelopper chez llve sa capacit
sinterroger, son esprit critique, son sens de la synthse et ses habilets communiquer. Leur
nonc invite assurer galement une intgration accrue des savoirs, des savoir-faire et des
attitudes qui en constituent les mailles.
Les sciences conomiques et sociales (2000) mettent laccent sur le fait dapprhender la
multiplicit des thories relatives une mme problmatique, ce qui signifie notamment
confronter deux (ou plusieurs) explications diffrentes dun mme problme dconomie ou
de socit et identifier la logique explicative de chacune des thories.
Les sciences sociales mettent en outre explicitement au premier plan le travail sur les
reprsentations : exprimer ses propres reprsentations, les confronter celles dautrui,
prendre conscience de la contingence de ces reprsentations, valuer leurs modifications en
fin de recherche.
Le Programme des cours de langues modernes (1999) comporte un chapitre spcifique intitul
Comptence sociolinguistique et comptence socioculturelle. Ainsi apprendre une langue,
cest entrer en contact avec des personnes dautres cultures. Les aspects culturels et sociaux
font naturellement partie de lapprentissage et sous-tendent les comptences sociolinguistique
et socioculturelle.
Un accent particulier est mis, dune part, sur les connotations et les significations implicites,
dautre part, sur deux comptences centrales de lducation la diversit : percevoir, nuancer
et rectifier ses strotypes sur lautre culture ; percevoir la richesse de lautre culture dans
ses divers aspects : patrimoine et traditions, cration, faon de vivre
En ducation physique (2000), le Programme dfinit quatre champs disciplinaires : la
psychomotricit, la condition physique, les habilets gestuelles et la coopration sensorimotrice. Pour dvelopper les comptences requises, le professeur dducation physique doit
proposer des activits diversifies qui mettent en uvre toutes les dimensions de la motricit
(cognitives, sensori-motrices et sociales).
Pour prendre en compte la diversit des rapports au corps , on exigera que chaque lve
progresse rgulirement en endurance et dans deux autres comptences appartenant au
champ de la condition physique ainsi que dans une comptence au moins de chaque autre
champ disciplinaire.
Toutes ces gnreuses intentions ne sont plus laisses lapprciation individuelle ou locale
des enseignants et des coles, mais deviennent des prescrits du projet ducatif de
lenseignement en Communaut franaise. Leur reconnaissance explicite dans les textes
fdrateurs confrent ces comptences un statut nouveau, qui pose toute la question du
COMMENT FAIRE POUR CONCRETISER CES APPRENTISSAGES dans des dmarches
pdagogiques pertinentes. Autrement dit, comment faire pour que les enseignants et les coles
sy inscrivent, tous publics et toutes disciplines confondues, dans une relative cohrence
interdisciplinaire.
De nombreuses expriences tmoignent du fait que lcole a sans doute, en cette matire
comme en dautres, fait de la prose sans le savoir Il semble cependant que certaines de ces
comptences en particulier celles qui touchent lducation la diversit posent de rels
soucis de comprhension et de mise en uvre. Il apparat en effet ncessaire, dune part,
dargumenter encore la ncessit douvrir lenseignement secondaire des dmarches plus
globales et interdisciplinaires, dautre part, de donner des exemples concrets de faisabilit.
Ceci concerne la fois la formation initiale et la formation continue des enseignants.
Pour que soit reconnu le rle transversal primordial que lducation la diversit est amene
jouer dans nos systmes, il sagit de travailler trois aspects du processus de transformation qui
traverse et bouleverse le mtier denseignant :
COMPRENDRE LE SENS
des transformations de la socit, des institutions,
des cultures, des rles, de lidentit professionnelle
(savoir)
Pourquoi faut-il sortir de la fragmentation des savoirs ?
Pourquoi faut-il sortir de l univoque ?
VOULOIR SE POSITIONNER
dans les transformations ambiantes
(savoir tre)
Faut-il souvrir plusieurs points de vue et accepter de nouveaux rles ?
A.S. LANGOUCHE, V. PETIT, M.C. PHILIPPE, M. ROMAINVILLE, Les comptences transversales : une
incitation faire apprendre apprendre , in Informations Pdagogiques, n24, mars 1996.
Grard FOUREZ4 pose quant lui la question de lexistence mme des comptences
transversales. Dans un premier temps, il propose de rconcilier les points de vue
constructiviste et transmissif qui sopposent indment lcole. Les constructivistes ont
raison quand ils affirment quon ne transmet pas des connaissances, mais que chacun(e)
construit ses propres reprsentations. Il existe toutefois des faons de voir assez
standardises et socialises proprit essentielle des langues et des sciences pour donner
raison galement aux partisans de la transmission : enseigner les sciences, par exemple, ce
nest pas laisser les lves construire nimporte quelle reprsentation, cest leur apprendre
une faon particulire dapprhender le monde ; cest les amener pouvoir utiliser des
dmarches, des mots et des modles scientifiques. Une telle transmission (parfois faite sous le
mode magistral) peut aussi apprendre penser. Plutt que dopposer partisans de la
construction et de la transmission, Grard FOUREZ propose dassumer les deux fonctions :
favoriser la construction, par et pour les lves, de leurs faons personnelles de voir le
monde et transmettre lusage de manires standardises de voir les choses. Cest sans doute
ce que lducation la diversit propose lorsquelle souligne limportance de construire un
vocabulaire commun autre que les implicites culturels scolaires considrs tort par lcole
comme des vidences .
Cette mise en relief de la complmentarit des approches transmissive et constructiviste va de
pair avec une clarification de la notion de comptence transversale. Ainsi Grard FOUREZ
renvoie-t-il dos dos les extrmes, lun affirmant que les comptences transversales
nexistent pas, lautre fantasmant des comptences trs gnrales quon pourrait apprendre en
dehors de tout contexte ([Link]. rsumer )5. Il ny a en effet pas de comptence gnrale
appliquer de la mme faon dans nimporte quel contexte. Par contre, il existe bien un
processus de transfert dune comptence acquise dun contexte donn un autre. Ce
processus de transfert, pour tre compris, passe par la notion danalogie. On dit que deux
situations sont analogues si des proprits de lune peuvent sappliquer lautre.
Lanalogie, comme toute ressemblance, nest cependant pas un fait et ne va pas de soi : elle
suppose une dcision, celle de ngliger des diffrences. Considrer deux situations comme
analogues, cest estimer que, jusqu un certain point, on peut transfrer les proprits de
lune lautre. Former au transfert, cest donc apprendre utiliser la similitude, mais aussi
introduire des corrections pour tenir compte des diffrences. Grard FOUREZ souligne le
caractre risqu de lopration car le transfert exige une adaptation. Quand un modle, une
mthode, une notion, une comptence ont t transfrs avec succs dune famille de
situations une autre, on les dit transversaux La transversalit est donc une proprit
quon reconnat a posteriori et non a priori.
Ce point de vue est fondamental et devrait nous viter de transformer des processus
dynamiques en comportements mcaniques driller. La formulation des comptences
transversales dans les pages qui suivent sinscrit dans cette perspective de relativit et de
complmentarit. Le transfert par analogie est forcment un processus vivant, en aucun cas un
automatisme prdtermin. La pdagogie ne peut que modestement en tenir compte et
contribuer crer les meilleures conditions a priori dun transfert russi.
G. FOUREZ, De quelques questions qui hantent les salles de profs , in Exposant Neuf, n10, mai/juin
2002.
5
Voir notamment ce sujet le point de vue de B. REY, Les comptences transversales en question. Paris, ESF,
1996.
10
Voir notamment Philippe PERRENOUD, Construire des comptences ds lcole. Paris, ESF, 1998.
11
LE
TRANSFERT
dans
c..d. tre capable de discerner des similitudes et des diffrences, prendre en compte
ce qui est commun dune situation une autre tout en mettant en vidence les
diffrences significatives ;
c..d. apprendre se mouvoir et sadapter dans une ralit en perptuel mouvement ;
c..d. apprendre apprendre.
12
S
O
I
I
D
E
N
T
I
T
E
L
A
U
T
R
E
Se dvelopper soi-mme
Bien vivre avec soi-mme
Avoir envie dapprendre
Appropriation de soi
et dveloppement de lidentit
EMANCIPATION
INTEGRATION
Se dcouvrir
Dvelopper lestime de soi
Avoir confiance en soi
Saffirmer, tre assertif
Argumenter son point de vue
Prendre des dcisions
Se projeter positivement (se voir russir)
Prendre sa place
Sadapter/agir/apprendre
en autonomie
G
L
O
B
A
L
I
T
E
13
A
L
T
E
R
I
T
E
Prendre du recul.
Chercher et traiter de linformation partir de sources varies.
Analyser des situations complexes.
Faire merger des implicites.
Chercher le sens de nos comportements normatifs.
Comprendre les rgles, les appliquer et se positionner par rapport elles.
Analyser de manire critique les productions des mdias.
Rsoudre des problmes dans son environnement immdiat.
Entreprendre et mener des projets.
Travailler en quipe. Situer son action individuelle dans un ensemble organisationnel.
Cooprer entre pairs.
Rsoudre pacifiquement des conflits.
Evaluer et sauto-valuer.
Faisant rfrence une srie dattitudes qui peuvent tre explicitement vises et exerces :
Le sens moral.
Lhonntet intellectuelle.
Le got dapprendre.
Linitiative.
Lautonomie intellectuelle.
Le sens des responsabilits.
La coopration.
Le sens historique.
Linnovation.
La curiosit.
La rigueur.
Le sens de leffort.
La crativit.
Le sens esthtique.
La recherche de la qualit.
Louverture au pluralisme culturel.
Lquilibre entre ouverture desprit et scepticisme.
14
Bien que cette clarification des finalits et du caractre transversal des comptences
dvelopper ne suffise pas nous clairer sur le comment faire, elle nous permet de situer les
diverses propositions pdagogiques que nous pratiquons ou dont nous sommes les tmoins
privilgis dans un contexte ducatif global et dans une vision europenne long terme de la
citoyennet.
Quant aux mthodologies capables de rencontrer la fois ces nobles intentions et les ralits
scolaires dans leurs dfis actuels, il faut sans doute les chercher dans une dynamique hybride
entre ducations formelle et informelle. A cet gard, lducation la diversit implique un
rel pragmatisme et une mise en garde contre l irralisable idal . Lcole relve de
nombreux dfis en mme temps, il sagit de lui donner de bonnes raisons de sinscrire dans
une telle dynamique, cest--dire de lui montrer en quoi lducation la diversit peut laider
rpondre un certain nombre de ces dfis.
Positionner lducation citoyenne la diversit dans un vocabulaire europen qui se construit
autour du concept de comptence transversale et, par consquent, dans le vocabulaire du
Dcret Missions, des Socles de comptences et des Comptences terminales en Communaut
franaise, est une manire de lgitimer des pratiques encore peu intgres dans les priorits
disciplinaires. Cest aussi une manire dattirer lattention sur des modes demploi et des
propositions pdagogiques existantes, rpondant de manire oprationnelle aux intentions
exprimes par les textes - dont il faut esprer quelles ne resteront pas des vux pieux.
Enfin, soulignons que lducation la diversit cherche se positionner dun point de vue
thique comme une troisime voie entre deux cueils de taille : ni fusion idaliste ni tolrance
paternaliste Peut-tre sagit-il de poser plus prcisment la question du COMMENT FAIRE
POUR VIVRE ENSEMBLE AVEC ET MALGRE LES DIFFERENCES, autrement dit de
sengager dans la gestion dun passionnant paradoxe qui intresse lcole dans toutes ses
dimensions : lgitimer les diffrences pour lgitimer le respect de normes communes.
15