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La Guerre Sainte

Le document est une traduction abrégée de l'allégorie de John Bunyan 'La Guerre Sainte' qui décrit la prise de contrôle de la Cité de l'Âme par le diable Diabolus et sa reconquête par le Prince Emmanuel avec l'aide de son père Shaddaï. Le récit est divisé en neufs chapitres relatant les événements de la prise initiale de la cité jusqu'à sa libération et purification finale.

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La Guerre Sainte

Le document est une traduction abrégée de l'allégorie de John Bunyan 'La Guerre Sainte' qui décrit la prise de contrôle de la Cité de l'Âme par le diable Diabolus et sa reconquête par le Prince Emmanuel avec l'aide de son père Shaddaï. Le récit est divisé en neufs chapitres relatant les événements de la prise initiale de la cité jusqu'à sa libération et purification finale.

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Traduction de Mme G. BRUNEL

LA GUERRE SAINTE
La Cit de l'me
Traduction abrge de " THE HOLY WAR "

ALLGORIE

PAR

JOHN BUNYAN

Auteur du "Voyage du Plerin"

Augmente de Notes biographiques

CAHORS

DITIONS COUESLANT
1928
Novembre 2006

mise en page par Jean leDuc

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

avril 2007

Table des matires

AVANT-PROPOS

John BUNYAN 1628-1688 - Courte esquisse biographique

PRFACE DE JOHN BUNYAN AU LECTEUR

La grande Cit de l'me

LA VILLE. - SON FONDATEUR. - SA PERFECTION. - LE GANT DIABOLUS ET SA LGION.


LE COMPLOT. - L'ATTAQUE DE LA CIT. - MORT DES SEIGNEURS, RSISTANCE ET
INNOCENCE. - DFECTION DES NOTABLES DE LA VILLE D'ME. - LA REDDITION.
DIABOLUS EST PROCLAM ROI.

II

RGNE DE DIABOLUS. - LE SEIGNEUR MAIRE: M. INTELLIGENCE EST DESTITU ET


AVEUGL. - LE SEIGNEUR ARCHIVISTE M. CONSCIENCE EST ENTRAN AU MAL, ET SA
PUISSANCE ATROPHIE. - SOUMISSION DU SEIGNEUR VOLONT QUI DEVIENT L'ALTER
EGO DE DIABOLUS. - LA CIT DE L'ME EST MISE EN TAT DE DFENSE CONTRE
TOUTE. INCURSION POSSIBLE DE SHADDA. - ELLE TOMBE DANS LA DGRADATION ET
LA CORRUPTION.

III

LE ROI SHADDA ET SON FILS LE PRINCE EMMANUEL, DOULOUREUSEMENT FRAPPS


PAR LA DFECTION ET LA RUINE DE LA CIT DE L'ME, DCIDENT DE LA SECOURIR ET
DE LA RAMENER SOUS LEUR AUTORIT EN LUI FAISANT DES PROPOSITIONS DE PAIR.
- L'ARME DE SECOURS LUI EST ENVOYE SOUS LA CONDUITE DES CHEFS
BOANERGS, CONVICTION, ESPRANCE, JUGEMENT. - DIABOLUS SE PRPARE FAIRE
CHOUER LE PLAN DIVIN. - IL PRPARE LA CIT DE L'ME LA RSISTANCE. - SIGE
DE LA CIT. - ME HUMAINE RVEILLE EST JETE DANS LA TERREUR, MAIS REFUSE
DE RETOURNER SON ROI. - SUGGESTIONS DE DIABOLUS QUI VEUT LA GARDER
PRISONNIRE. - LES APPELS DES CAPITAINES DE SHADDA SONT REJETS.

IV

LE SIGE DE LA VILLE DE L'ME CONTINUE SOUS LA DIRECTION D'EMMANUEL. - LUIMME SE PRSENTE MAINTENANT A LAME. - IL LA FAIT ENVIRONNER DE TOUTES
PARTS PAR SES ARMES ET LUI OFFRE LA PAIX. - L'INSTIGATION DE DIABOLUS, LA
GRANDE VILLE DE L'ME REJETTE LES AVANCES D'EMMANUEL. - L'ASSAUT. - LES
PROPOSITIONS DE DIABOLUS QUI OFFRE LE PARTAGE DE L'ME; IL SE
CONTENTERAIT D'Y GARDER UNE TOUTE PETITE PLACE. - REFUS D'EMMANUEL. NOUVEL ASSAUT. - VICTOIRE ET DLIVRANCE.

L'ME DLIVRE DU JOUG DE SATAN SE TOURNE VERS EMMANUEL. - LE SENTIMENT


DE SON PCH L'ACCABLE. - ELLE IMPLORE LA PITI. - SILENCE DU PRINCE. - LA CIT
DE LAME S'HUMILIE ET SE REPENT. - LES SEIGNEURS INTELLIGENCE, CONSCIENCE,
VOLONT APPELS EN JUGEMENT PAR LE PRINCE PLAIDENT: COUPABLES. LE
PARDON DU PRINCE. - IL LES RENVOIE CONSOLS ET VTUS DE JOIE.

VI

FERVEUR DU PREMIER AMOUR. - LA CIT DE L'ME INVITE EMMANUEL A VENIR


DEMEURER CHEZ ELLE. - EMMANUEL Y CONSENT. - POURSUITE DES DIABOLONIENS
QUI SE SONT CACHS DANS L'ENCEINTE DE LA CIT. - FUITE D'INCRDULIT. EMMANUEL DONNE UNE NOUVELLE CHARTE LA VILLE. - VTEMENTS BLANCS. BONHEUR. - INSENSIBLEMENT L'ME SE LAISSE D-TOURNER DE SON PRINCE, ET
OUBLIE LA FERVEUR DU PREMIER AMOUR. - EMMANUEL QUITTE LA CIT.

VII SCURIT CHARNELLE FAIT UN FESTIN. - CRAINTE DE DIEU LVE LA VOIX. -- IL


REPROCHE L'OUBLI D'EMMANUEL. - LA VILLE TOMBE DANS LA LANGUEUR. - LES
ENNEMIS EN SON ENCEINTE CONSPIRENT CONTRE ELLE. - ILS ENVOIENT CHERCHER
DIABOLUS. - LE COMPLOT EST DCOUVERT. - AVERTIE, ME D'HOMME S'HUMILIE, SE
REPENT. - DFAILLANCE DES SEIGNEURS VOLONT ET PENSE. - DIABOLUS SE

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

PRPARE L'ASSAUT.
VIII LE SIGE. - DIABOLUS SOMME LA VILLE DE SE RENDRE. - SILENCE DE LA VILLE, QUI
REPOUSSE SOMMATIONS ET ASSAUTS. - LE SECRTAIRE ROYAL REFUSE SES
CONSEILS. - LES CHEFS DE LA VILLE LAISSS A EUX-MMES. - LES PORTES DE LA
VILLE FORCES PAR LES DIABOLONIENS. - LE CHTEAU-FORT RESTE IMPRENABLE. NOUVELLE TACTIQUE DES DIABOLONIENS. - GRANDE BATAILLE. - RETOUR
D'EMMANUEL ET VICTOIRE. - NOUVEL ASSAUT DES DIABOLONIENS. - NOUVELLE
VICTOIRE D'EMMANUEL.
IX

EXHORTATION D'EMMANUEL A L'ME SAUVE, PURIFIE, CONSOLE. - NCESSIT DE


L'PREUVE ET DU COMBAT QUI EMPCHENT LA STAGNATION SPIRITUELLE. - TIENS
FERME JUSQU'A CE QUE JE VIENNE.

AVANT-PROPOS

JOHN BUNYAN (1628-1688)

La Sainte Guerre, titre cinglais de l'allgorie de J. Bunyan que nous publions aujourd'hui,
parut en 1682, quatre ans aprs la premire partie du Voyage du Chrtien (1678), dont la
seconde partie ne parut qu'en 1684.
Voici le titre original et complet de l'allgorie : La Sainte Guerre que fit Shadda Diabolus
pour ressaisir la Mtropole du Monde, ou Comment la Ville d'Ante d'Homme fut perdue et
reprise.
Nous avons introduit dans ce travail une division du sujet en chapitres, ce' qui en facilite la
lecture. Nous avons abrg certains passages un peu longs ou supprim des rptitions, qui

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

auraient pu fatiguer le lecteur ; modifications que Bunyan aurait probablement introduites luimme s'il avait publi son livre en ce vingtime sicle.
L. BRUNEL.
Clebourg-Metz 1928.

John BUNYAN 1628-1688


Courte esquisse biographique

L'auteur du VOYAGE DU PLERIN et de l'allgorie que nous publions sous ce titre : LA


CIT DE L'ME , naquit en l'an 1628 dans le petit village d'Elstow, village situ une demiheure de Bedford. C'est aussi Elstow que sa mre, Marguerite Bentley, tait ne. Le pre,
Thomas Bunyan, rtamait les casseroles. Nous ne savons pas grand'chose sur les parents, hors
ceci : ils taient trs pauvres, et firent apprendre un mtier tous leurs enfants.
John fut envoy l'cole de Bedford o il apprit lire et crire. Le pre avait dcid qu'il lui
succderait, et le jeune garon fut bientt appel l'aider dans son travail. De trs bonne
heure il s'engagea sur la route facile qui mne la perdition. Dans le rcit de sa vie qu'il a
crit, Bunyan confesse qu'il devint rapidement le chef des garnements du village pour la
maraude et la contrebande, et qu'il jurait et mentait mieux qu'aucun d'entre eux. A plusieurs
reprises, il eut maille partir avec la justice et fut chti. Bien qu'il n'y parut pas sa conduite,
John Bunyan reconnat que sa conscience lui reprochait ses fautes, et que jamais le sentiment
religieux ne mourut en lui. La pense de l'au-del et de l'enfer le troublait, le poursuivait jour
et nuit, et jusque dans ses rves.
Le jeune homme tait d'une nature courageuse, tmraire, violente mme, et de constitution
robuste, vigoureuse ; bientt, faisant taire tous remords, il touffa sa conscience dans les
dbordements de sa fougueuse jeunesse. Loin de craindre le danger, il semblait le braver. A
deux reprises, il risqua de se noyer : une fois dans la rivire de Bedford, une autre fois dans la
mer. Un jour, trouvant une vipre, il lui ouvrit la gueule avec un bton et, de sa main, lui
arracha les crochets venin sans se blesser. Fait qui prouve et son courage et sa dextrit. En
1642, il s'engage dans l'arme des Parlementaires qui tient campagne contre celle de Charles I.
Au sige de Leicester, il est dsign comme sentinelle. Un camarade insiste pour occuper le
poste confi Bunyan, on le lui accorde et il y est tu. A nouveau, la vie de John Bunyan tait
miraculeusement prserve. Il ne semble pas que cela ait amen le jeune homme rflchir.
A vingt ans, il quitte l'arme, et, suivant le conseil d'amis qui espraient que le mariage le
sauverait d'une vie de dsordre, il pousa une orpheline. Elle tait si pauvre qu'elle n'apportait
dans le mnage qu'une soupire, une cuillre et deux livres, qu'elle tenait de son pre, un
puritain. L'un de ces livres tait intitul : La Pratique de la Pit , l'autre : Le chemin de
l'homme droit vers le ciel . Leur lecture tait le seul dlassement du mnage la fin d'une
journe de labeur. Souvent alors, la jeune femme parlait aussi son mari de son pre, homme
craignant Dieu, et de la vie qui avait t la sienne. Ceci eut une certaine influence sur Bunyan
qui reprit l'habitude d'assister aux services divins deux fois par dimanche.
C'est ainsi que, certain jour, il entendit un sermon de Christophe Hall, sermon qui fit sur lui une
profonde impression ; le prdicateur y parlait du Dimanche, de la profanation du jour du
Seigneur, et il condamnait les choses que Bunyan aimait le plus, le jeu et la danse trs
particulirement. Durant plusieurs heures Bunyan fut en proie au remords, sa conscience parlait
avec force. Malgr cela, le soir, il retournait s'asseoir la table de jeu. A peine y tait-il, que la
lutte intrieure recommena. Il prit parti contre sa conscience et retomba lourdement dans le

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

mal. Un mois aprs, tandis qu'il se laissait aller jurer grossirement prs de la fentre d'un
voisin, une femme qui cependant ne jouissait pas d'une bonne rputation, lui reprocha
vertement les jurons qu'elle venait d'entendre, lui reprsentant que par sa conduite il pouvait
entraner au mal la jeunesse de l'endroit. Ces reproches venant de si bas le touchrent au vif,
et de ce jour il prit la rsolution de ne plus jurer ; il russit la tenir et triompha de ce vice.
C'est alors qu'il fit la connaissance d'un homme trs pauvre, un ami chrtien qui attira son
attention sur la ncessit de la lecture des Saintes-critures et sur le service de Dieu. Il se mit
lire la Bible ; une rvolution s'opra en lui et sa conduite s'amliora au point que les voisins le
remarqurent et en furent tonns. Aprs une anne de, combat il renona mme la danse ;
il lui en cota beaucoup. Bien que converti, John Bunyan avait encore une religion de propre
justice ; il ignorait la Grce.
Mais son mtier de rtameur le conduisit Bedford chez des darnes d'une relle pit qui
s'taient converties la voix de John Gifford. Elles respiraient la joie et Bunyan en fut tonn.
Elles lui parlrent de la rsurrection, de la misre de ceux qui comptent sur leurs propres forces
et non sur la grce de Christ. Ceci retint son attention, il comprit le bonheur de ces chrtiennes
et se mit relire les critures la lumire de la vrit qu'elles lui avaient communique.
Dornavant, il relut de prfrence les ptres, alors qu'autrefois il prfrait les livres historiques.
Il eut l'occasion de rencontrer John Gifford lui-mme : ses sermons pleins d'humilit et de
force, empreints de repentir et de grce, firent sur Bunyan une impression profonde. Le
prdicateur provoqua en lui un vritable enthousiasme pour le Seigneur, une grande attirance
vers le Christ. Gifford qui s'tait converti comme Bunyan aprs les annes d'une jeunesse
orageuse, tait particulirement qualifi pour guider celui-ci.
C'est en 1653 que Bunyan vint s'installer Bedford o, durant deux ans, il connut encore des
luttes intrieures. Mieux il comprenait la grce, plus son pch lui semblait odieux ; il craignit
durant quelque temps d'avoir commis le pch contre le Saint-Esprit et ne pouvait trouver la
paix. Enfin il connut l'assurance du salut que Dieu donne et put crire ces lignes sur sa
dlivrance : Maintenant les entraves tombent vraiment de mes pieds ; elles ont t tes ; je
suis dlivr de mes tristesses, de mes chanes ; mes tentations disparaissent ; et ces' terribles
passages bibliques : Marc III : 28, 29, Hbreux XII, 16, 17, ne m'angoissent plus. Je m'en vais
joyeux vers ma demeure ternelle me rjouissant de la grce et de l'amour de Dieu.
John Bunyan avait vingt-sept ans, lorsque, en 1655, il reut enfin cette assurance du salut
aprs laquelle il soupirait. Il devint alors membre actif de l'glise baptiste, fut baptis une
seconde fois et communia.
Jusqu'au moment de sa conversion, les gens de son entourage ne voyaient gure en Bunyan
qu'une sorte de bohmien ; par la suite, ils eurent de l'estime pour lui, et sa situation
s'amliora. Dans la chaumire d'Elstow deux enfants taient nes : En 1650, Marie, sa fille
aveugle qu'il aimait tendrement et en 1654 Elisabeth. C'est Bedford en 1655 qu'il commena
de prcher ; plus tard, il devait tre nomin prdicateur baptiste de l'endroit.
Mme alors, il continua son mtier, allant de village en village travaillant et prchant. Les gens.
venaient nombreux pour l'couter. Il dressait sa chaire partout: dans les forts, dans les
granges, dans les prairies, parfois aussi dans les glises. Effectivement, sous Cromwell, les
baptistes taient autoriss se servir des glises qui, jusque-l, taient rserves au seul culte
anglican.
Le petit fait que nous citons ci-aprs montre quel point sa prdication tait gote. Un jour
qu'il tait attendu prs de Cambridge, une foule de gens avaient envahi le cimetire. Un

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

tudiant qui passait cheval demanda pourquoi il y avait tout ce concours de peuple ? On lui
rpondit que John Bunyan, un rtameur de casseroles, allait venir prcher. Pensant qu'il allait
bien s'amuser, le jeune homme mit pied terre, confia son cheval un jeune garon qui il
remit quelques picettes, et se joignit ceux qui attendaient Bunyan. Celui-ci prcha avec tant
de puissance que le jeune homme en fut profondment remu. Il saisit par la suite toutes les
occasions d'entendre nouveau le prdicateur, et plus tard, sous Olivier et Richard Cromwell, il
annona son tour l'Evangile.
Les succs de Bunyan excitrent l'envie et la jalousie de bien des ecclsiastiques ; il en subit le
contrecoup et eut bien des ennuis. Son premier livre : claircissements sur quelques vrits
vangliques l'entrana dans une polmique avec les quakers. C'est ce moment, en 1660,
que Charles II rappel d'exil, monta sur le trne. A Brda, en Hollande, il avait lanc une
proclamation son peuple accordant la libert aux consciences faibles et dlicates. Personne
ne devait tre inquit pour ses opinions, pourvu qu'elles ne troublassent pas la paix du
royaume . Ds qu'il fut roi, Charles II oublia ses promesses. Les anciennes lois dictes contre
les dissidents entrrent nouveau en vigueur, et mme furent renforces.
Les baptistes et leurs prdicants ne purent plus se runir qu'en secret. Bunyan, certain jour, dut
se dguiser en cocher, un fouet la main, pour pouvoir gagner le lieu de runion : une grange
l'cart dans la campagne.
La loi ordonnait que la liturgie anglicane ft lue au culte public. Bunyan ignora l'dit, qui ne le
concernait pas , pensait-il. Il fut dnonc par un tratre comme ennemi du gouvernement
royal. Le 12 novembre 1660 il devait prcher Samsell (Bedfordshire). Le juge Wingate
l'apprit, et ordonna secrtement qu'on se saist du prdicateur insoumis et qu'on le lui ament.
Averti du danger, Bunyan voulut se rendre quand mme au lieu de runion, malgr les
supplications de ses amis. Fortifi par la prire, il se rendit Samsell ; il pensait y prcher sur
ce texte:
Crois-tu au Fils de Dieu ? [Jean IX : 25]. A peine avait-il` lu ce passage qu'il fut arrt. A
sa demande, on l'autorisa dire quelques mots l'assemble, puis on l'emmena en prison. Au
cours de l'instruction, il fut accus de frquenter l'glise de faon diabolique et nuisible et de
tenir des assembles et des runions sans avoir qualit pour cela. Bunyan dit qu'effectivement
il tenait des assembles, et qu'il ne pouvait pas s'engager ne plus prcher. Sur quoi le juge lui
dit :
Tu es condamn rentrer en prison et y demeurer encore trois mois ; si ensuite tu refuses
toujours d'assister aux services de l'glise anglicane, tu seras banni du royaume. Et si tu y
rentres, sans y tre autoris, tu seras pendu.
- Je n'ai rien ajouter, dit alors Bunyan ; car si je sortais aujourd'hui de prison, demain je
prcherais de nouveau l'Evangile avec le secours de Dieu.
Bunyan s'accoutuma l'ide de la mort. Pour lui elle tait la seule issue possible puisque il ne
pouvait se soumettre l'interdiction de prcher. Il prpara le sermon qu'il voulait adresser aux
spectateurs de son excution, qu'il croyait certaine. Cependant les choses ne devaient pas aller
jusque-l. Mme l'exil lui fut pargn.
Il dut d'abord subir un trs svre emprisonnement dans les cachots de Bedford. Ses amis
essayrent inutilement de le faire largir. Mme l'amnistie promulgue par Charles II en mars
1661 ne put le faire librer. Pour Bunyan la prison tait un lieu terrible; dans son Voyage du
Chrtien, il la nomme l'enfer.

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

LA MAISON OU NAQUIT BUNYAN

Sa premire femme tait morte d'une bien douloureuse maladie; il s'tait alors remari. Le
plus terrible pour lui, ce fut la sparation d'avec sa femme et ses quatre enfants. La prison de
Bedford contenait beaucoup d'autres dtenus pour cause de religion. un moment ils furent
soixante. Bunyan en profita pour les exhorter et pour prier avec eux.
Il avait obtenu de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Il faisait des travaux au
crochet, du ruban, des cordons qui taient vendus la porte de la prison par sa fille aveugle.
la longue, sa dtention s'adoucit; et le gardien lui permit de temps autre de prcher dans
les bois des alentours. Beaucoup de gens se convertirent l'occasion de ces prdications
nocturnes.
Libr en 1666, il fut de nouveau arrt au moment qu'il allait parler Londres dans une
assemble, et condamn l'emprisonnement. Il fut trait avec plus de rigueur que la premire
fois; et comme il avait transpir quelque chose des faveurs que lui avait accordes le portier
durant le premier emprisonnement, on le surveilla troitement. Un inspecteur fut envoy
Bedford avec l'ordre de savoir au juste ce qu'il en tait, et de visiter la prison au milieu de la
nuit sans prvenir personne.
Or, cette mme nuit, Bunyan avait obtenu l'autorisation de l'aller passer chez lui, mais ne
pouvant dormir et sans doute sous l'influence de quelque pressentiment, il tait retourn en
prison; drangeant ainsi une heure tardive le portier, qui en fut fort irrit. Mais peu aprs,
nouveau drangement: c'tait l'enquteur qui arrivait de Londres: Tous les prisonniers sontils ici demanda-t-il?
-

Oui, dit le portier.


John Bunyan est-il l?
Certainement.
Je dsire le voir.

Bunyan fut appel, et l'inspecteur venu de la capitale s'en alla tranquillis. Lorsqu'il fut parti, le
portier dit Bunyan: Tu peux sortir quand cela te plaira, tu sais mieux que moi quand tu
dois revenir
John Bunyan fut retenu en prison jusqu'en 1672. C'est dans le silence de sa cellule qu'il crivit.
Durant ses annes d'incarcration, il rdigea soixante livres d'dification trs renomms. La
critique assure que c'est pendant le second emprisonnement qu'il prpara son oeuvre la plus

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

lue: Le Voyage du Plerin (1) dont la premire partie ne parut qu'en 1678. Pour sa
composition, il ne se servit que de la Bible et du Livre des Martyrs de Fox. Il lisait ses
compagnons de captivit ce qu'il crivait et leur demandait leur avis. En 1892, il publia La
Sainte Guerre, l'allgorie que nous avons traduite et ne donna qu'en 1684, la seconde partie
du Pilgrim's Progress (Voyage du Plerin). Le sous-titre de La Sainte Guerre tait:
Comment la Cit d'me d'Homme fut perdue et reconquise. [Ce sous-titre nous a donn le
titre de notre traduction. Nous avons craint une confusion possible entre la Sainte Guerre et
la Guerre aux Saints.
Bunyan dut son largissement en 1672 l'intervention de personnes influentes de Bedford. Le
17 mai, il tait tabli dans sa charge de pasteur de l'endroit et obtenait que les baptistes de
Bedford et comts limitrophes plissent tenir librement leurs assembles.
Vingt-cinq prdicateurs furent alors choisis, qui avaient leur disposition trente-et-une salles
de runions. Bunyan fut le chef spirituel des Baptistes de son pays, ce qui lui valut le surnom
d'vque Bunyan. Cependant il continuait de raccommoder les chaudrons, gagnant ainsi son
pain quotidien, partiellement du moins.
Il continua d'habiter une pauvre demeure semblable celle d'un ouvrier. Sa chambre d'tude
tait peine plus grande que la cellule d'une prison. Il se nourrissait des Saintes critures,
lisait aussi les Pres de l'Eglise et les oeuvres de Luther: il aimait trs particulirement sa
traduction de l'ptre aux Galates.
Chaque anne, il faisait une tourne de prdication qui le menait jusqu' Londres. Dans cette
ville comme en beaucoup d'autres endroits, la chapelle ne pouvait contenir la moiti des
personnes qui venaient l'entendre. Certain jour d'hiver, Londres, c'tait en semaine, plus de
douze cents auditeurs se trouvrent runis pour un service qui avait lieu sept heures du
matin. Une autre fois ce furent trois mille personnes. Ces auditoires se recrutaient dans toutes
les classes de la socit. John Owen - le fameux docteur en thologie - aimait entendre
Bunyan. Comme le roi Charles II lui demandait un jour comment un homme aussi cultiv que
lui pouvait trouver quelque plaisir couter un rtameur de casseroles, le docteur en thologie
rpondit: Majest, je donnerais volontiers tout mon savoir pour possder son loquence!
plusieurs reprises, on essaya de dcider Bunyan se fixer Londres. Il le refusa. Un
traitement plus avantageux, des possibilits d'activit plus grande, rien ne put l'amener
quitter Bedford.
Les preuves ne lui manqurent pas. L'Angleterre traversait des temps troubls au double point
de vue religieux et politique. nouveau Bunyan fut jet en prison. Grce la double
intervention du D' Owen - le chapelain de Cromwell - et de l'vque Lincoln, il fut remis en
libert, mais exil du comt pour quelque temps. Sous Jacques II, qui monta sur le trne en
1675, il subit de nouvelles perscutions.
Souvent sa vie fut en pril; souvent on confisqua le peu qu'il possdait. Ce n'est qu'en 1687,
par l'Acte d'Indulgence, que la libert religieuse fut compltement octroye l'Angleterre. Mais
il ne devait pas jouir longtemps de cette re de paix. En 1688 il tomba gravement malade.
moiti remis, il part cheval pour Reading pour voir le pre mourant d'un de ses voisins, un
jeune gentilhomme qui le lui demandait et que son pre dshritait. Bunyan fut assez heureux
pour rconcilier le pre avec le fils.
De Reading, il se rendit Londres; c'est une distance de cinquante kilomtres peu prs. En
route il fut surpris par une forte pluie et il arriva transperc dans la maison d'un ami. Le
dimanche 19 aot, il prcha Londres; le jeudi suivant il fut saisi par une fivre violente, et

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

quelques jours aprs, le 31 aot, il mourait l'ge de soixante ans. Voyant la fin prochaine,
ceux qui l'entouraient pleuraient. Bunyan s'adressant eux leur dit alors: Ne pleurez point
sur moi mais sur vous-mmes. Je vais auprs du Pre de notre Seigneur Jsus-Christ qui bien que je sois un grand pcheur - me recevra cause de son Fils bien-aim. J'espre que
nous nous retrouverons l-haut pour tre bienheureux pendant l'ternit, et chanter le cantique
nouveau. Ce furent l ses dernires paroles.

Le corps fut transport au cimetire de Finsbury; une grande foule l'accompagna au champ de
repos. C'est aussi l que se trouvent les cendres de Watt, d'Owen et de Wesley. Une pierre
funraire sur laquelle sa statue est couche, orne son tombeau.

Encore un peu, trs peu de temps, celui qui doit venir viendra, il ne tardera pas. Or, le juste
vivra par la foi. (Hbreux XI: 37, 38).

L'HTEL OU FUT JUG BUNYAN

PRFACE DE JOHN BUNYAN AU LECTEUR

Je trouve trange que ceux qui aiment raconter Les choses d'autrefois, et qui surpassent

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Leurs gaux en historiographie,


Laissent de ct les guerres de l'me; qu'ils les ignorent!
Pour eux ce sont de vieilles fables, choses inutiles Dont le lecteur ne saurait retirer avantage:
Alors que les hommes quoi qu'ils puissent acqurir S'ignorent, aussi longtemps qu'ils ne les
connaissent pas.
Des histoires, je le sais, il y en a de bien des sortes; Les unes viennent de l'tranger, d'autres
sont nationales, et les rcits
Sont prsents selon que l'imagination guide les auteurs.
[Les livres font connatre leurs compositeurs]. Quelques-uns imaginant ce qui n'a jamais t Et
ne sera jamais [et cela sans but]
Supposent des faits, lvent des montagnes, racontent des choses
propos des hommes, des lois, des pays et des rois. Et leur histoire semble si raisonnable,
Un tel srieux revt chaque page
Qu'ils font des disciples
Bien qu'ils avertissent en frontispice, que le tout n'est qu'invention.

Mais, lecteur, j'ai bien autre chose faire,


Qu' te troubler avec de vaines histoires,
Ce que je dis ici, certaines personnes le savent si exactement
Qu'elles en pourraient faire le rcit, entreml de larmes et d'allgresse.
La ville de l'me, beaucoup la connaissent bien, Aucun ne met en doute ses tribulations,
De ceux qui connaissent les rcits
Exposant son anatomie et ses conflits.
Prte donc l'oreille ce que je vais te dire
Touchant la Ville et son tat. coute
Comment elle fut perdue, faite prisonnire, rduite l'esclavage,
Comment elle s'leva contre Celui qui venait pour la sauver.
Oui, comment elle lui manifesta de l'hostilit s'opposant
son Seigneur en faisant un pacte avec l'ennemi: Car elle est fidle; celui qui la reniera
Devait ncessairement l'amener mpriser
Et rejeter la plus extraordinaire clmence.

Quant moi, moi-mme, j'tais dans la Ville Quand elle fut construite, puis dmolie,
Je vis Diabolus en sa possession,
Je la vis sous sa domination.
J'tais l quand elle le reconnut comme seigneur Et se soumit lui d'un seul accord.
J'tais l quand elle foula aux pieds ls choses divines Se vautrant dans la fange comme la
truie.
Quand elle prit les armes
Pour combattre Emmanuel, mprisant ses charmes. J'tais l! Et je me rjouissais de voir ainsi
Diabolus et l'me parfaitement unis.

Que personne donc ne voie en moi un diseur de fables Et ne mle mon nom ou mon crdit
ses moqueries. J'ose dire que ce que j'expose ici Est - je le sais pertinemment - vritable.
J'ai assist l'arrive des armes du Prince,
J'ai vu ses troupes, ses milliers, assiger la Ville; J'ai vu les capitaines, j'ai entendu les
trompettes sonner,
J'ai vu l'arme couvrir tout le terrain,
Je l'ai vue se prparer au combat
Et je m'en souviendrai jusqu' mon dernier jour. J'ai vu les bannires flotter au vent
Tandis que dans l'enceinte de la Ville on dcidait Sa ruine, et de supprimer sa raison d'tre sans
dlai. J'ai vu autour de la Cit les forts s'lever,

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

J'ai vu comment les frondes y furent places, J'entendis le sifflement des pierres qui passaient
mes cts,
[Souvenir plus durable que celui de la crainte] Je les vis tomber, je vis leurs ravages
Et la mort couvrir de son ombre
La Cit de l'me. Et je l'entendis s'crier:
Malheur moi! Je vais mourir
Je vis les bliers l'oeuvre
Pour forcer la porte de l'Oreille s'ouvrir.
Et je craignais que non seulement cette Porte, mais toute la Ville
S'croult sous leurs coups.
J'ai vu les combats, j'ai entendu le cri de guerre des Chefs
Et je vis dans chaque bataille les forces se mesurer: Je vis les blesss et les morts
Et ceux qui, aprs avoir t morts, revenaient la vie;
J'entendis les cris de ceux qui taient touchs (Alors que d'autres luttaient comme des hommes
affranchis de la peur)
Tandis que rsonnait le cri: Tue! Tue!
Les ruisseaux dbordaient, non point de sang, mais de larmes,
Il est vrai que les capitaines ne livraient point bataille sans cesse,
Mais ils nous molestaient nuit et jour.
Ils criaient: Debout! l'assaut! Prenons la Ville! Nous empchant de dormir ou mme
de nous tendre!
J'tais l, quand les portes s'ouvrirent,
Et je compris qu'il n'y avait plus d'espoir pour la Cit. Je vis les capitaines s'y avancer
Et comme ils combattaient, taillant en pice les ennemis,
J'entendis le Prince commander Boanergs (l'aller Jusqu'au Chteau, et l, de l'Usurpateur
s'emparer; Je vis celui-ci et ses compagnons saisis,
Lis de chanes de mpris et trans dans la ville. Je vis Emmanuel lorsque fut en sa possession
La Cit de l'me, et quelles bndictions reposrent Sur la chre Cit d'Emmanuel
Quand elle obtint le pardon de son Prince, et vcut sous sa loi;
Quand les Diaboloniens furent pris, jugs, excuts, J'tais l; j'tais l tout prs
Quand la Ville de l'me crucifia les rebelles. Je vis aussi la Cit sous ses draperies blanches
Et j'entendis le Prince dire qu'Il faisait d'elle ses dlices.
Je le vis la couvrir de joyaux; de chanes d'or, De bagues, de bracelets, superbes ornements.
Que dirai-je encore! J'entendis les cris du peuple,
Et je vis le Prince essuyer les larmes de tous les yeux. J'entendis les gmissements, et je vis la
joie de plusieurs.
Vous dire toutes choses, je ne le veux, ni ne le puis, mais par ce que j'ai dcrit, vous aurez la
pleine persuasion
Que ces guerres sans pareilles livres l'Anse ne sont pas des fables.
L'me est l'objet des dsirs de son Fondateur et de l'Usurpateur.
Ce dernier veut garder sa conqute, Emmanuel conqurir ce qu'il a perdu.
Diabolus crie: La ville est moi.

Emmanuel rappelle qu'Il a des droits divins Sur l'me. Et la bataille commence.
L'me alors s'crie: Ces luttes me tueront.
L'me humaine jamais ne voit la fin de ses combats: Perdue pour l'un elle devient le prix du
vainqueur, Et le vaincu de la veille refuse d'en tre dpossd,
Il jure de la reconqurir, sinon de la mettre en pices. L'me est le terrain mme des combats,
C'est pourquoi ses tribulations surpassent celles
De ceux qui ne font qu'entendre le bruit des batailles, De ceux qui redoutent le seul choc des
pes, Et ne connaissent que de petites escarmouches Durant lesquelles l'imagination guerroye

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

contre la pense.
me d'homme a vu les pes des combattants rouges de sang,
Elle a entendu les cris de douleur des blesss, Aussi ses frayeurs surpassent de beaucoup
Celles des personnes qui, distance, restent:
Elles entendent bien le roulement du tambour mais n'en ressentent point
Cette terreur qui chasse hors de la maison, loin du foyer.
Non seulement me humaine entendit le son de la trompette,
Mais elle vit ses chevaliers mordre la poussire.
Ne supposons donc pas qu'elle aurait pu se confier En ceux dont le plus grand srieux se
hausse au seul badinage,
En ceux qui se querellent sous la menace des grandes batailles
Et terminent toutes choses en palabres, en joutes oratoires.
Non! Car les guerres terribles qui se livrent en l'me Entranent pour celle-ci joie ou douleur
aux sicles des sicles.
Aussi y est-elle compltement absorbe; infiniment plus,
Que ceux dont l'effroi ne dure qu'une journe
qui ne peut survenir dans le combat
De dommage plus grand que la perte d'un membre ou de la vie,
C'est l ce que tous sont prts admettre, qui, comme moi
Habitent l'Univers et comme moi pourraient crire cette histoire.
Ne me comptez donc pas avec ceux qui pour tonner Les gens, les convient regarder les
toiles Insinuant avec la plus grande assurance
Que chacune d'elles est prsentement la rsidence De quelques braves cratures. Oui, ils
affirment qu'un monde
En chaque toile se trouve, bien que cela dpasse leur habilet
D'en faire la preuve pour aucun homme
Qui a sa raison, et peut compter ses doigts. Mais je t'ai trop longtemps retenu sur le seuil
Te gardant loin du soleil, la lueur d'une torche. Maintenant avance! Franchis la porte
Et tu dcouvriras cinq cents fois plus de choses
De toutes sortes, choses de l'me extrmement rares et curieuses,
Qui nourrissent la pense et rassasient les yeux
Du chrtien. Lui comprend que ces choses, loin d'tre D'importance secondaire, sont au
contraire capitales. Ne te mets pas l'oeuvre sans ma clef.
(Dans les mystres, aisment, les hommes perdent leur chemin).
Tourne-l du bon ct si tu veux comprendre Mon rbus, et labourer avec ma gnisse.
La clef est l sur le rebord de la fentre; Adieu! L'instant, qui vient, je puis avoir sonner
pour toi la cloche des trpasss.
John BUNYAN.
1 Aprs la Bible et l'imitation de Jsus-Christ, c'est le livre le plus rpandu dans le
monde. Il a t traduit en une soixantaine de langues ou dialectes.

La grande Cit de l'me


CHAPITRE PREMIER

LA VILLE. - SON FONDATEUR. - SA PERFECTION. - LE GANT DIABOLUS ET SA LGION. LE


COMPLOT. - L'ATTAQUE DE LA CIT. - MORT DES SEIGNEURS, RSISTANCE ET INNOCENCE. DFECTION DES NOTABLES DE LA VILLE D'ME. - LA REDDITION. DIABOLUS EST PROCLAM
ROI.

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

L'auteur de ces lignes a beaucoup voyag; il a port ses pas en de nombreux pays et contres,
et c'est ainsi que certain jour il atteignit le fameux continent de l'Univers. Cet Univers est
immense, spacieux, situ entre les deux ples, au centre des quatre points cardinaux, coup de
montagnes et de valles; bref, il occupe une situation spciale et privilgie. Pour autant que
j'aie pu m'en rendre compte, il est riche, fertile, bien peupl, et l'air qu'on y respire est trs
doux.
Ses habitants n'ont pas tous la mme couleur, ni le mme langage, non plus que la mme
religion. Ils diffrent autant sur tous ces points que les plantes diffrent l'une de l'autre [ ce
qu'on assure]. Les uns ont raison, les autres ont tort; comme il arrive aussi dans les rgions
de moindre importance.
Dans ce pays, je viens de le dire, il me fut donn de voyager: je l'ai parcouru en tous sens, et
cela longtemps, jusqu'au point de m'initier la langue maternelle, aux coutumes et aux
manires de ceux avec qui je vivais. Et pour dire la vrit, j'prouvais de grandes jouissances
voir et entendre ce qui se faisait en cette contre, de sorte que je m'y serais volontiers fix
tout fait pour y vivre et y mourir. (Tant j'tais conquis par ses habitants et leur activit) si
mon Matre ne m'avait rappel pour travailler sous ses ordres, et pour me demander compte de
mon service.
Or, il existe dans ce noble pays de l'Univers une ville de grande renomme, comparable un
trs prcieux joyau: une corporation nomme me d'homme; la construction de cette ville est
si extraordinaire, sa situation si favorise, ses privilges si grands (je pense ici ses origines)
qu'on peut bien lui appliquer ce qui fut dit autrefois du Continent au sein duquel elle s'lve,
qu'elle n'a pas son gale sous les cieux.
Pour ce qui est de la situation, elle est place entre deux mondes. D'aprs les meilleures
autorits que j'ai pu consulter, et les sources les plus autorises, son fondateur et son
architecte fut Shadda: il la construisit pour son propre plaisir. Il en fit comme le miroir, le
centre glorieux de tout ce qu'il avait cr en ce pays, le couronnement de toute son oeuvre. En
vrit, cette ville de l'me tait si belle que, nous disent les auteurs antiques, les fils de Dieu
en la contemplant clatrent en cantiques de louange.
Non seulement elle tait magnifique ' contempler, mais elle tait aussi trs puissante, et
exerait l'autorit sur tout le pays environnant. Tous avaient l'ordre de reconnatre me
d'Homme comme ville mtropole, tous devaient lui rendre hommage. Bien plus, la ville ellemme avait reu de son Roi l'ordre formel et le pouvoir d'exiger de tous service et obissance,
et d'imposer l'un et l'autre ceux qui, de quelque manire, tenteraient de s'y drober.
Un palais superbe, magnifique, s'levait au centre de cette ville. Pour la solidit de ses
mitrailles, ce palais valait un chteau-fort, sa beaut tait celle d'un paradis, quant ses
dimensions elles taient telles qu'elles renfermaient le monde. De par la dcision du roi
Shadda, il devait tre le seul habitant de ce palais; d'abord parce que tel tait son bon
plaisir; ensuite pour empcher que la frayeur des trangers ne tombt sur la ville. Il s'y
trouvait bien une garnison, mais elle tait uniquement compose d'hommes de la Cit.
Les murs de la ville elle-mme taient d'une solidit toute preuve: ils taient construits de
telle manire que sans le concours des habitants, il tait impossible de les branler ou de les
dtruire de faon dfinitive.
C'est en cela que rsidait la suprme sagesse de celui qui avait difi la cit de l'me: ses
murs ne pouvaient pas tre renverss ou endommags, mme par le plus puissant des
adversaires et des potentats, si les hommes de la ville eux-mmes n'y donnaient leur

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

consentement.
Cette ville clbre de l'me avait cinq portes par lesquelles on pouvait entrer ou sortir: mais
elles taient construites de mme faon que les murs, c'est--dire qu'on ne pouvait les forcer,
et que pour les ouvrir, il fallait le bon vouloir ou l'autorisation des habitants. Voici les noms de
ces portes: la Porte de l'Oreille, la Porte de l'Oeil, la Porte de la Bouche, celles du Nez et du
Toucher.
La ville de l'me jouissait encore de bien d'autres privilges, ce qui, avec ce que nous avons
dj dit, fait clater aux yeux de tous sa gloire et sa puissance. Ainsi elle possdait toujours en
ses murs tout ce qui lui tait ncessaire; elle avait les lois les meilleures, les plus parfaites, les
plus excellentes, qui existassent l'poque. Dans son enceinte on n'aurait pu trouver ni
malfaiteur, ni hypocrite, ni misrable tratre; tous les habitants taient droits et honntes, tous
taient unis; et vous savez que c'est l le secret de la force. Ajoutez tout ceci, la faveur et la
protection du Roi Shadda; celles-ci taient assures la Cit dont il faisait ses dlices, aussi
longtemps qu'elle restait loyalement attache son Prince.
Mais il arriva que certain jour, Diabolus, un puissant gant, fit l'assaut de la fameuse Cit de
l'me afin d'en faire son habitation: Ce gant tait le roi des Noirs, et un prince des plus
ambitieux. Nous dirons d'abord quelques mots de ses origines: puis nous verrons comment il
prit la ville.
Ce Diabolus qui est, la vrit, un prince grand et puissant, est tout la fois chtif et
misrable. Au dbut, il tait l'un des serviteurs du Roi Shadda, qui aprs l'avoir cr, lui avait
attribu une haute et puissante situation, en tant que gouverneur de principauts faisant partie
de ses meilleurs territoires et possessions. Ce Diabolus fut cr Fils de l'Aurore: situation
exalte lui valant beaucoup d'honneur et de gloire, et un revenu qui aurait d satisfaire son
coeur lucifrien, si ce coeur n'avait pas t aussi insatiable et. dmesur que l'enfer mme,
Or, se voyant si grand, et entour de tant d'honneur, il ne pensa plus qu' une chose: obtenir
plus de gloire, atteindre un tat encore suprieur au sien, dominer sur toutes choses comme
seul seigneur et exercer lui seul le pouvoir, sous l'autorit suprme de Shadda. Or cette
situation qu'ambitionnait Diabolus, Shadda l'avait dj confre son propre fils. Diabolus se
mit examiner la situation. la considrer sous toutes ses faces, puis il s'ouvrit ses projets
ambitieux quelques-uns de ses compagnons qui lui promirent assistance. Bref, ils arrivrent
cette conclusion qu'il fallait se dbarrasser du fils du Roi pour entrer en possession de son
hritage. La trahison fut dcide, le moment de la rvolte fix, l'ordre lanc, le rendez-vous
assign aux rebelles, l'attaque livre.
Le Roi et son Fils ayant l'omniscience connaissaient toutes les avenues qui conduisaient aux
possessions royales; et comme le Roi aimait son Fils autant que soi-mme, cette trahison lui
dplut et l'offensa souverainement. Alors que fit-Il? Il prit les coupables sur le fait; les
convainquit de trahison, de rbellion, de conspiration, avec commencement d'excution, et
Diabolus et les siens furent dclars dchus du pouvoir; ils furent casss des postes de
confiance, d'honneur et de faveur qu'ils avaient occups jusque-l, chasss de la Cour et
condamns tre jets dans l'Abme en attendant le jugement dfinitif de leur trahison.
Rejets de la sorte de leur ancien tat, sans bnfices d'aucune sorte, dshonors, et sachant
bien que la dcision du Roi tait irrvocable, ils ajoutrent encore leur iniquit; et l'orgueil
qui avait provoqu leur perte s'accrut d'une haine sans bornes contre Shadda et contre son
Fils. C'est ainsi que pleins de rage et de fureur, errants de lieu en lieu la recherche de
quelque chose qui assouvt leur dsir de vengeance: par exemple, la destruction de quelque
possession du Roi, ils arrivrent un jour dans la vaste rgion de l'Univers et s'empressrent de
se diriger vers la ville d'me humaine. N'tait-ce pas l l'une des principales crations du roi

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Shadda? Ne faisait-il pas de cette Cit ses dlices? Ah! ils la tenaient leur vengeance: il
fallait tout prix s'emparer de la Ville. Certes, ils connaissaient bien son lgitime propritaire,
puisqu'ils avaient assist sa fondation et son embellissement. Mais c'est justement parce
quelle appartenait Shadda que les mcrants voulaient la conqurir. Aussi ds que, de loin,
ils aperurent la ville, ils poussrent des cris sauvages et rugirent comme le lion qui va bondir
sur sa proie. Leur joie tait sans bornes: Voil le prix, hurlaient-ils. Le voil le moyen de
nous venger du roi Shadda pour la manire dont il nous a traits. Un conseil de guerre fut
convoqu; et tous s'assirent pour examiner les voies et moyens auxquels il convenait de
recourir pour conqurir la ville fameuse de l'me. Quatre manires de procder furent retenues
et examines:
Primo: Devaient-ils se montrer tous ensemble et laisser voir leurs desseins aux habitants de la
Cit de l'me?
Secundo: Fallait-il livrer immdiatement l'assaut et se montrer dans un quipement devenu
misrable et loqueteux?
Tertio: Fallait-il se montrer sous ses vraies couleurs aux habitants de la Cit, et ne leur laisser
aucune illusion sur le but poursuivi, ou bien valait-il mieux recourir la sduction et la ruse
dans les discours et l'action?
Quarto: tait-il prfrable de donner des ordres secrets quelques-uns du parti et faire tuer
ceux des chefs de la ville qui pourraient se montrer? Ceci les avantagerait-il et les aiderait-il
atteindre le but?
Ces propositions furent tudies une une; et il fut rpondu par la ngative la premire. Il
ne serait, pas sage de se montrer tous ensemble aux abords de la ville; l'apparition d'une
nombreuse compagnie pourrait alarmer et effrayer les habitants, ce qui ne serait pas redouter
si quelques individus seulement ou mme un seul se prsentaient. Diabolus prit alors la parole
et dit: Il est impossible que nous nous emparions de la ville par force puisque personne n'y
peut entrer sans qu'elle y donne son consentement. Il faut donc n'agir qu'en petit nombre, ou
mme laisser faire un seul individu. Et si vous le voulez ce sera moi. Tous tombrent d'accord
sur ce point, et passrent l'examen de la seconde proposition.
Se ferait-on voir la cit de l'me en si lamentable quipement? - nouveau la rponse fut
ngative. Il fallait s'en garder absolument. Bien que la ville d'me d'Homme et reu, dans le
pass, une certaine connaissance de quelques-unes des choses du domaine invisible et mme
qu'elle et pris quelque part certaines d'entre elles, elle n'avait certainement jamais encore vu
aucun tre du domaine spirituel en si misrable et si triste condition. Ces paroles furent
prononces par le farouche Alecto. Apollyon dit alors: L'avis est bon; il est certain que si
l'un ou l'autre d'entre nous se montrait tel qu'il est maintenant, ceci jetterait les habitants de la
Cit dans la consternation, la perplexit, et les amnerait se mettre sur leurs gardes. Et,
comme vient de le dire mon seigneur Alecto, c'est bien en vain que nous essaierions alors de
prendre la ville. son tour, le puissant gant Belzbub donna un conseil identique.
Car, dit-il, si les habitants d'me d'Homme ont vu autrefois des tres semblables ce que
nous tions, ils n'ont certainement encore jamais rien vu qui approche de ce que nous sommes.
Il est donc prfrable, mon sens, de se prsenter eux sous le dguisement d'un tre qui
leur est connu et familier. Tous se rangrent cet avis. Mais alors sous quelle forme, quelle
couleur, quel dguisement, fallait-il se laisser voir pour essayer de s'emparer de la Cit de
l'me? L'un disait d'une faon et l'autre d'une autre. Enfin Lucifer suggra que Sa Seigneurie
ferait bien d'emprunter les dehors de l'une des cratures sur lesquelles dominaient les habitants
de la Cit. tant habitus voir celles-ci et dominant sur elles, jamais les citoyens de la Cit de
l'me ne supposeraient qu'elles pussent devenir un danger pour la Ville. Et pour que tous
fussent aveugls, il tait dsirable d'emprunter l'extrieur de quelque crature surpassant les

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

autres en sagesse. Tous applaudirent ce conseil et il fut dcid que le gant Diabolus
prendrait le dguisement d'un dragon. En ce temps-l, les dragons taient aussi communs dans
la Cit que le sont aujourd'hui les moineaux de nos villes et de nos campagnes. Or, rien ne
pouvait exciter l'tonnement ou la suspicion des habitants, de ce qu'ils connaissaient ds
l'origine.
Les conspirateurs tudirent ensuite le troisime point: Devaient-ils laisser voir leurs intentions
aux habitants, ou les cacher? Ils tombrent d'accord qu'il tait prfrable d'user de
dissimulation pour la mme raison dj donne prcdemment: c'est--dire la situation
inexpugnable de la ville, ses murs et ses portes imprenables, pour ne rien dire de la forteresse.
Enfin il fallait tenir compte de l'impossibilit absolue de venir bout des habitants moins
d'obtenir leur consentement. - D'ailleurs, ajouta Lgion, s'ils dcouvraient nos intentions, ils
appelleraient aussitt le Roi leur secours; et en ce cas notre compte serait promptement
rgl. Recouvrons donc notre attaque d'un manteau de franchise apparente et d'quit;
entassons autant de mensonges, de flatteries, de promesses qu'il nous semblera utile pour
dissimuler notre action: feignons de croire des choses qui n'existent pas, promettons-leur ce
que nous ne donnerons jamais. Par ce chemin-l, nous pourrons vaincre la Cit de l'me, nous
l'amnerons ouvrir elle-mme ses portes, et souhaiter notre compagnie. Je crois que ce
projet est le bon, et voici pourquoi: les habitants de cette Cit sont gens simples et innocents,
ils sont tous honntes et vridiques; ils ignorent donc jusqu'ici les attaques du mensonge et de
l'hypocrisie, n'ayant jamais eu affaire aux lvres trompeuses. Donc en nous dguisant de la
sorte, nous ne serons pas dcouverts: nos mensonges seront pour eux vrit, et notre
dissimulation, honntet. Ils croiront en nous en croyant en nos promesses; trs
particulirement si nous savons envelopper nos dires du vtement de l'amour et d'un apparent
dsir dsintress de travailler leur avantage et leur plus grand bien.
Pas une parole ne s'leva contre ce discours, qui tombait des lvres de Lgion comme l'eau
dvale sur une pente rapide. Et l'on aborda aussitt le quatrime et dernier point: Ne serait-il
pas sage de donner des ordres pour qu'un archer de la Compagnie se charget de tuer l'un des
principaux de la ville, si cela pouvait aider atteindre le but?
Ici la rponse fut affirmative. Oui, cela pourrait faciliter l'action; et ils dcidrent aussitt la
mort d'un certain M. Rsistance, le capitaine de la Cit. Ce Capitaine Rsistance tait l'une des
personnalits les plus en vue de la Ville: le gant Diabolus le redoutait, et son arme le
craignait plus que tous les autres habitants runis. Le meurtre fut donc rsolu; et on tomba
d'accord qu'on chargerait Tisiphone, l'une des furies du lac, de le perptrer.
La sance du Conseil fut alors leve; et tout aussitt on passa l'action. Toute la compagnie
s'approcha de la Ville convoite, mais en veillant se rendre invisible l'exception d'un seul
membre cependant, et celui-l se prsentait sous les dehors d'un dragon, ayant emprunt le
corps d'une de ces cratures.

LE SIGE DE LA CIT
Les rebelles s'approchrent de la Ville du Roi Shadda et se massrent non loin de la porte de
l'Oreille qui est le lieu d'audience pour ceux qui sont en dehors de l'enceinte; comme la porte
de l'Oeil est la place de surveillance. Diabolus mit une embuscade la distance d'un trait de
flche, avec ordre de tuer le capitaine Rsistance. Ses dispositions prises, le gant s'avana
jusqu' la porte et sonna de la trompette, ce qui tait la manire de ce temps-l pour
quiconque demandait une audience. Diabolus avait pris avec lui Mchante Pause qui lui
servait d'orateur lorsqu'il tait pris de court. Les chefs de la Cit: le Seigneur Innocence, le
Seigneur Volont, le Seigneur Maire, M. l'Archiviste et le Capitaine Rsistance se prsentrent
sur la muraille pour savoir qui tait la porte, et ce que dsiraient les visiteurs? Ce fut le

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Seigneur Volont qui prit la parole et demanda qui tait l? Pourquoi venait-on dranger la
paisible Cit par les sons clatants de la trompette?
Avec un air plein de douceur et un discours onctueux, Diabolus rpondit comme suit:
Seigneurs de la fameuse Cit de l'me, il vous est facile de percevoir que je n'habite pas loin
de chez vous; je suis un voisin, et j'arrive en service command. Mon roi m'envoie vers vous
pour vous rendre hommage, et pour que je vous serve dans la mesure de mes moyens. Afin de
m'acquitter fidlement de mon ambassade, je dois vous faire une communication importante.
Accordez-moi donc l'audience que je sollicite et coutez-moi patiemment. Et pour commencer,
laissez-moi vous dire qu'en l'occurrence je ne pense pas moi mais vous; que je ne
recherche pas mon avantage, mais le vtre; la chose sera manifeste et vous apparatra telle
quand j'aurai expos devant vous toute ma pense:
Eh bien Messieurs, pour vous dire vrai, je suis venu pour vous montrer comment vous
pourriez tre dlivrs de l'esclavage o vous tes; car vous tes des esclaves, bien que vous
ne vous en rendiez pas compte.
[En entendant ces paroles tranges, les habitants de la Cit commencrent se frotter les
oreilles: Qu'tait-ce que ce discours? Qu'avait-il dit? O voulait-il en venir? etc...].
J'ai quelque peu vous dire au sujet de votre Roi, de sa loi et de vous-mmes. Votre Roi, je
le sais, est grand et puissant; cependant tout ce qu'il vous a dit n'est pas vritable et ne vous
est pas avantageux.
1 Tout ce qu'il a dit pour vous maintenir dans la crainte n'est pas vritable, et ce qu'il a
annonc comme devant survenir si vous enfreignez ses ordres, n'arrivera pas. Mais si le danger
qu'il dit existait vraiment, quel esclavage que d'tre sous la constante terreur du plus grand des
chtiments, et cela cause d'un petit fruit dont il ne faudrait pas manger.
2 J'ajouterai que la loi de votre Roi n'est pas bonne: elle est draisonnable, complique,
intolrable. Draisonnable, car, comme je viens de le dire, le chtiment n'est pas proportionn
l'offense. Quelle diffrence, quelle disproportion, entre la vie et une pomme! Et cependant
l'une rpond de l'autre dans le Code de votre Shadda! je dis encore que sa loi est complique,
car vous pouvez manger de tout, et tout aussitt une restriction: il ne faut pas manger de
cela.
3 J'ajouterai qu'elle est intolrable; car le fruit qui vous est interdit (si toutefois cette
interdiction existe?) est celui-l mme, et celui-l seulement, qui, tant mang, vous
procurerait un grand bienfait que vous ignorez encore. La chose est patente, et le nom mme
de l'arbre donne la preuve de ce que j'avance. Il est nomm l'arbre de la connaissance du
bien et du mal. Avez-vous cette connaissance? Non, n'est-ce pas; et vous ne pouvez mme
pas concevoir combien ce fruit est excellent, agrable, et combien il est dsirable pour
communiquer la sagesse, aussi longtemps que vous restez en la dpendance de votre Roi en lui
obissant. Est-il juste que vous soyez tenus dans l'ignorance et l'aveuglement? Pourquoi vous
fermer les portes de la connaissance et de la sagesse? Ah! Pauvres habitants de la clbre
Cit de l'me, vous n'tes pas libres! Vous tes dpendants et mme vous tes esclaves! Et
cela cause d'une lamentable menace, d'un ordre donn, sans qu'aucune raison y soit
annexe. Rien! Sinon le bon plaisir du Roi Shadda; son: Je le veux; que cela soit!
N'est-il pas douloureux de penser que la chose mme qui vous est interdite vous confrerait, si
vous pouviez la faire, et la sagesse, et l'honneur. Car alors, vos yeux seraient ouverts et vous
seriez comme des dieux. Considrant que les choses sont bien telles que je les expose, est-il
possible d'imaginer un esclavage plus terrible que le vtre, une domination quelconque plus
impitoyable que celle que vous subissez? On vous traite en infrieurs, on vous environne de
restrictions; je crois avoir suffisamment dmontr la chose. Y aurait-il une servitude plus dure

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

que celle qui rsulte de l'ignorance? La raison ne vous dit-elle pas qu'il vaut mieux avoir des
yeux que de n'en point avoir, et qu'il est prfrable d'tre libre, plutt que de demeurer
enferm en une cave obscure et malodorante?
l'instant mme, et comme Diabolus prononait ces paroles, Tisiphone frappa le Capitaine
Rsistance qui se tenait prs de la porte; la tte fut touche et, au grand tonnement des
habitants, le Capitaine tomba mort par-dessus la muraille; ceci encouragea beaucoup Diabolus.
Voyant son Capitaine mort (il tait le seul homme de guerre dans la ville), la Cit de l'me
perdit tout courage; d'ailleurs elle n'avait plus le coeur de rsister. C'tait bien l ce que voulait
Diabolus. M. Mchante Pause, l'orateur amen par Diabolus, se leva aussitt, et s'adressant aux
habitants de la Cit de l'Anse, dit:
- Messieurs, mon matre a aujourd'hui le bonheur de s'adresser des gens paisibles et
dociles, et nous esprons bien russir vous faire accepter l'excellent conseil que vous venez
d'entendre. Mon Matre a pour vous un trs grand amour. Il sait bien qu'en vous parlant
comme il vient de le faire, il encourt la colre du roi Shadda; et cependant, s'il tait besoin,
son amour le pousserait faire encore davantage. Il est d'ailleurs inutile de prononcer un mot
de plus pour confirmer ce qu'il a dit; chaque parole contient sa preuve. Ainsi le nom seul de
l'arbre suffirait mettre un terme la controverse, si celle-ci se produisait. Je me permettrai
seulement de vous donner un tout petit avis, avec l'autorisation de mon Seigneur (et ici
Mchante-Pause fit une profonde rvrence Diabolus). Pesez les paroles de mon Matre;
regardez l'arbre, contemplez son fruit si plein de promesses, songez que vous ne savez que
bien peu de chose, et que c'est ici le chemin de la Connaissance. Et si vous hsitez encore
faire ce que nous vous disons, si vos raisons d'obissance tiennent encore debout, si vous
ngligez de suivre le trs excellent conseil de mon Matre, je serai bien oblig de conclure que
vous n'tes pas les gens intelligents que je vous crois tre, et que je me suis lourdement
tromp.
En entendant ces discours, et en considrant que le fruit de l'arbre tait bon manger et
agrable la vue; que, de plus, il tait propre largir le champ de la connaissance d'aprs
les dires des visiteurs, les habitants suivirent les suggestions de l'ennemi, en prirent et en
mangrent. Mais avant que cet acte fut consomm, alors que Mchante-Pause parlait encore, le
Seigneur Innocence s'affaissa comme vanoui. Avait-il t pris de nauses l'oue de ces
paroles? Ou bien avait-il t touch par une flche? Ou encore fut-il asphyxi par l'haleine
empoisonne de l'infme crature? Je serais enclin accepter cette dernire hypothse.
Hlas! Malgr tous les efforts qui furent faits, on ne put le ramener la vie. Le Capitaine
Rsistance et le Seigneur Innocence taient morts! Or ils taient tous deux la gloire de la Cit
de l'me... Avec eux, toute noblesse semblait s'tre enfuie de la Ville, car ses habitants oubliant
le Roi Shadda, se mirent suivre les conseils de Diabolus, se plaant ainsi sous la domination
de l'Ennemi dont ils devinrent les esclaves et les vassaux, comme il va tre racont dans la
suite.
peine avaient-ils mang du fruit de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, qu'une
trange ivresse monta au cerveau des citoyens de la Cit. Oubliant toute prudence, ils ouvrirent
toutes grandes Diabolus et sa suite, la porte de l'Oreille et celle des Yeux. Leur excellent
Roi, sa Loi, et le chtiment qui devait atteindre quiconque l'enfreindrait, ils n'y pensaient plus!
Le pass semblait aboli.
Ds qu'il fut dans la place, Diabolus se dirigea vers le coeur de la Ville pour assurer sa
conqute. Constatant qu'il avait gagn les habitants, il jugea prudent de prononcer un second
discours sans plus attendre. - Hlas! gmit-il; pauvre Cit de l'me! Je t'ai apport
l'honneur et la libert; mais maintenant t'abandonnerais-je? Je ne le puis pas; tu dois tre
mise en tat de dfense. Shadda sera courrouc en apprenant que tu as bris tes entraves, et

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rejet sa Loi. Que vas-tu faire? Aprs avoir got de la libert, souffrirais-tu qu'on te retirt
tes privilges? Dcide toi-mme! Alors, d'une seule voix, les habitants dirent ce buisson
pineux: - Toi, tu rgneras sur nous.

CHAPITRE II
RGNE DE DIABOLUS. - LE SEIGNEUR MAIRE: M. INTELLIGENCE EST DESTITU ET AVEUGL.
- LE SEIGNEUR ARCHIVISTE M. CONSCIENCE EST ENTRAN AU MAL, ET SA PUISSANCE
ATROPHIE. - SOUMISSION DU SEIGNEUR VOLONT QUI DEVIENT L'ALTER EGO DE DIABOLUS.
- LA CIT DE L'ME EST MISE EN TAT DE DFENSE CONTRE TOUTE. INCURSION POSSIBLE DE
SHADDA. - ELLE TOMBE DANS LA DGRADATION ET LA CORRUPTION.

Diabolus se hta d'accepter la royaut offerte et devint roi de la grande Ville de l'me; on le
mit en possession du Chteau, et par l, de toutes les forces de la Cit. Pntrant dans le
merveilleux palais que Shadda avait lev pour lui, pour sa joie et son bonheur, il le
transforma en une forteresse qui fut dsormais son repaire: le repaire du redoutable gant
Diabolus.
Alors, comme il craignait encore de perdre la situation que son astuce avait conquise, il
s'occupa de remanier le personnel occupant les principaux emplois de la Cit, levant celui-ci,
abaissant celui-l. C'est ainsi qu'il s'avisa de destituer purement et simplement Sa Seigneurie le
Maire, dont le nom tait M. Intelligence, et Sa Seigneurie l'Archiviste: M. Conscience. M. le
Maire avait cependant donn son consentement la reddition de la Ville, mais Diabolus le
jugeait dangereux parce que, dans la haute position qu'il occupait, il pouvait encore discerner
bien des choses. Non content de l'avoir destitu, Diabolus s'employa le plonger dans les
tnbres en construisant tout autour de son palais une tour massive et trs leve; si haute,
que les rayons du soleil ne parvenaient plus jamais jusqu'aux fentres du malheureux captif, et
que son habitation fut plonge dans la nuit. Spar de la Lumire, il devint bientt semblable
l'aveugle-n qui n'a jamais contempl le jour. Sa demeure devint une prison, dont il ne devait
plus franchir les limites. Comment aurait-il pu secourir la Cit? Mme s'il avait eu quelque
nergie de reste et quelque dsir de le faire, il se trouvait maintenant rduit l'impuissance
absolue. Aussi longtemps que la grande ville de l'me tait gouverne par Diabolus, et elle
devait l'tre aussi longtemps qu'elle lui obissait, son ancien Maire ne pouvait plus lui tre
d'aucun secours; bien au contraire.
Quant m. l'Archiviste, homme ail jugement sr, au discours loquent, vers dans les lois du
Royaume, et qui, jusqu'au moment de la reddition de la Ville laquelle il avait consenti, tait
rest fidle et courageux en toutes circonstances, Diabolus le hassait; il lui tait odieux.
Malgr ses efforts, ses sductions, ses ruses, l'Usurpateur n'avait pu faire de l'Archiviste (M.
Conscience) sa crature. Certes, sous la domination de Diabolus, M. Conscience tait
sensiblement dgnr: parmi les lois nouvellement promulgues, plusieurs lui plaisaient
assez, ainsi que le service de Diabolus. Et cependant, il arrivait parfois que le souvenir de
Shadda remplissait sa pense; alors la terreur de celui qu'il avait si gravement offens tombait
sur lui, et il s'levait avec vhmence contre Diabolus. Parfois aussi lorsqu'il avait l'une de ces
crises de repentir (et il en avait de terribles), il rugissait comme un lion et ses puissantes
harangues faisaient trembler toute la Ville de l'me.
Aussi Diabolus le craignait. Ses paroles, comme je viens de l'expliquer, clataient sur la ville
comme le font de soudains orages, et avaient une violence comparable celle des coups de
tonnerre. Rflchissant qu'il ne pouvait se l'attacher parfaitement et faire de lui sa crature, le
Gant dcida de le dbaucher autant que faire se pouvait: il essaya de stupfiants sur la
pense, et d'endurcir le coeur en l'entranant sur les chemins de la vanit. Ici encore Diabolus
russit partiellement. Peu peu, il l'entrana dans le mal et la mchancet, ce point que M.

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Conscience perdit peu prs compltement le sentiment du pch. Ne pouvant obtenir


davantage, Diabolus dcida d'essayer de persuader aux habitants de la Cit que M. Conscience
tait devenu fou; inutile donc de s'inquiter de lui. ce propos, il rappela les terribles crises
de M. Conscience: S'il est alors lui-mme, dit l'Usurpateur, pourquoi n'est-il pas ainsi
toujours? La vrit, c'est que tous les fous ont des crises dangereuses, et comme il est fou, il a
les siennes. C'est de cette faon et par plusieurs autres de cette nature que Diabolus conduisit
me d'Homme oublier, ngliger et mme mpriser ce que pouvait dire M. Conscience.
Quand Diabolus russissait tourdir celui-ci, il ne manquait pas de lui faire nier ce qu'il
affirmait lorsqu'il avait ses terribles rveils, de telle sorte qu'il le disqualifiait chaque jour
davantage aux yeux des habitants. Dsormais ce n'tait plus librement qu'il levait la voix en
faveur du roi Shadda, mais lorsqu'il y tait contraint. Parfois Il dnonait sans mnagements
certaines choses, parfois il se taisait. Il n'agissait plus que de faon tout fait spasmodique
semblant profondment endormi ou mort, mme lorsque toute la Cit de l'me s'adonnait la
vanit et aux choses de nant, dansant la suite de Diabolus aux airs qu'il tirait de sa flte.
Et s'il arrivait encore que quelque habitant effray par les rares protestations de M. Conscience
vnt trouver l'Usurpateur, celui-ci calmait ses craintes en affirmant que les dclarations du
Trouble fte n'taient pas inspires par l'amour ou la piti; mais par le seul besoin de
parler et de s'entendre parler. Diabolus apaisait de cette manire quiconque venait lui. Il
ajoutait aussi volontiers comme argument dcisif: 0, me d'homme! Considrez, constatez
que malgr la rage de ce vieux gentilhomme, et le bruit que font ses discours, vous n'entendez
jamais rien dire de Shadda lui-mme. Le misrable menteur savait cependant que les
protestations de M. Conscience taient la voix mme de Dieu parlant Conscience pour qu'il
avertt me d'homme. Diabolus disait encore: Vous voyez bien que Shadda s'inquite peu
de la perte de la ville de l'me et de sa rbellion; et qu'il ne se mettra pas en peine de lui
demander compte de sa dfection, parce qu'elle s'est donne moi. Il sait bien que, si vous
tiez lui, vous tes maintenant moi; aussi, nous laissant l'un l'autre, il ne s'en fait aucun
souci. De plus, souvenez-vous de mes services. J'ai fait pour vous tout ce que j'ai pu. Les lois
que je vous ai donnes vous procurent plus de joies et de satisfactions que le paradis de
Shadda. Grce moi, vous avez un maximum de libert. Vous tiez parqu; j'ai bris vos
barrires plus de lois, plus de contrainte, plus de jugement pour vous effrayer. Je ne demande
compte personne de ses actions, si ce n'est au vieux fou (vous savez qui je dsigne ainsi). De
par moi, chacun vit comme un prince, et comme bon lui semble. Je n'exerce de contrle sur
personne et je n'admets pas davantage que personne en exerce sur moi.
C'est avec des discours de ce genre que le misrable imposteur calmait les remords de la Cit
de l'me et excitait sa colre contre M. Conscience. De sorte qu' plusieurs reprises les citoyens
songrent se dfaire de leur Censeur en le tuant. Ils auraient voulu le savoir trs loin, des
milliers de kilomtres de leur ville; le souvenir de ses paroles les affligeait, sa seule vue les
emplissait d'effroi, bien qu'il ft fort affaibli et dgnr. Mais leurs voeux devaient rester vains
et leurs complots striles, ce qui semblerait absolument incomprhensible sans la sagesse et la
puissance infinies de Shadda, qui avait dcrt que le Seigneur Conscience subsisterait, et
serait son tmoin parmi les hommes. La maison de M. l'Archiviste tait d'une solidit toute
preuve et tait appuye l'un des forts de la ville; si la populace ou quelque misrable
venaient dans quelque but de meurtre, M. Conscience n'avait qu' lever les cluses pour
provoquer une inondation et faire prir ses adversaires.
Mais laissons maintenant la personnalit du seigneur Archiviste, aussi dnomm M. Conscience,
et occupons-nous du seigneur Volont, l'un des membres de l'ancienne noblesse de la grande
ville de l'me. Il tait d'aussi haute naissance qu'aucun autre dans la Cit, et homme libre
autant et plus que ses concitoyens, ayant, si j'ai bonne souvenance, des privilges spciaux
attachs sa personne. Il tait dou d'une trs grande nergie, de beaucoup de dcision et de

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courage, de sorte que personne ne pouvait le rduire par la force. Est-ce l'orgueil de son
anciennet, de sa puissance, de ses privilges, qui lui firent rejeter toute ide d'esclavage
possible et l'amenrent rechercher quelque charge, quelque emploi sous le rgime de
Diabolus? La chose est trs probable. Il voulait tre quelqu'un dans la Cit; et une fois sa
misrable rsolution prise, il ne perdit point de temps pour arriver ses fins. Dj, il avait t
l'un des premiers se laisser gagner par le beau discours de Diabolus et conseiller qu'on lui
ouvrt la porte. C'tait l un service que l'Usurpateur n'avait eu garde d'oublier et qui avait fait
nommer aussitt M. Volont un emploi. Puis, discernant la valeur de son vassal et la solidit
de l'attachement de celui-ci, Diabolus rsolut de faire de lui l'un des grands auxquels il
soumettait les affaires importantes de la Ville.
Il le fit donc appeler, lui exposa ce qu'il avait au coeur, et il n'eut pas faire de longs discours
pour persuader son auditeur. M. Volont avait t d'avis qu'on livrt la Cit Diabolus, et
maintenant il lui plaisait de le servir. Ce que voyant, l'Usurpateur le nomma commandant de la
forteresse, gouverneur des remparts et gardien des portes. L'une des clauses de sa charge
stipulait que rien ne pourrait se faire dans la ville sans son consentement. M. Volont devenait
ainsi le second de Diabolus et plus rien ne s'accomplissait qui ne ft selon son bon plaisir. Mgr
Volont avait un secrtaire: M. Pense qui ressemblait en tous points son Matre: en
principe, ils ne faisaient qu'un et dans la pratique ils ne se sparaient gure. Sous leur
gouvernement, me d'Homme fut amene la seule ambition de satisfaire les convoitises des
Seigneurs Volont et Pense.
Jamais ne s'effacera de ma mmoire la conduite de ce M. Volont quand le pouvoir lui chut. Il
commena par nier purement et simplement qu'il devait quoi que ce soit son ancien Roi; puis
il s'engagea par serment et jura fidlit au grand matre Diabolus; enfin, une fois install dans
ses diffrentes charges, il rduisit la grande ville de l'me en un tat si misrable qu'on ne
saurait facilement l'imaginer: il faut en avoir t le tmoin.
Et d'abord, il s'attaqua M. Conscience, le poursuivant d'une haine mort. Il ne pouvait
supporter de le rencontrer ou de l'entendre. S'il l'apercevait, il fermait les yeux, s'il l'entendait,
il se bouchait les oreilles. Il avait dcid qu'on ne devait plus voir dans la ville aucun fragment
du Code de Shadda. Ainsi, son clerc M. Raison possdait encore quelques parchemins de la Loi
en mauvais tat; ds que le Seigneur Volont les aperut, il les jeta derrire son dos. Il est
vrai que M. Conscience conservait en son tude quelques-unes des lois de l'excellent Shadda ;
mais elles taient hors d'atteinte du Seigneur Volont. Le nouveau potentat estimait aussi que
les fentres de la maison de l'ancien Maire recevaient encore trop de lumire; cela ne valait
rien pour la ville, assurait-il. Mme la clart d'une chandelle lui semblait de trop. Dsormais
plus rien ne plaisait au Seigneur Volont qui ne plt d'abord Diabolus.
Il n'avait pas son gal pour publier par les rues de la ville la bravoure, la sagesse, la grandeur
de Diabolus; il s'abaissait au niveau des plus abjects pour chanter les louanges de son
illustre Matre. Il n'avait pas besoin de commandement pour faire le mal, celui-ci tait
devenu son compagnon habituel.
Sous ses ordres, le Seigneur Volont avait un adjoint dont le nom tait Affection. Lui aussi tait
fortement dchu; oubliant les principes de son origine, il tait tomb dans la dbauche et ne
pensait plus qu'aux choses charnelles, c'est pourquoi on l'avait surnomm: Vile Affection. Il se
trouva que Vile Affection s'prit de Convoitise charnelle, la fille de M. Raison; ils furent maris.
Union bien assortie, pensa Diabolus lorsqu'il l'apprit; et il dit cette occasion: qui se
ressemble s'assemble. Le couple eut de nombreux enfants: Effronterie, Calomnie,
Insubordination. Ainsi que leurs trois soeurs: Mpris de la Vrit, Oubli de Dieu, Esprit
vindicatif, ils se marirent dans la ville et eurent toute une ligne de mauvais sujets dont nous
ne pouvons numrer tous les noms ici...

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Par tous les moyens en son pouvoir, l'Usurpateur s'appliqua dfigurer toute ide, toute
pense de Shadda dans le coeur d'me humaine rendant l'ancien Roi mconnaissable. C'est
quoi s'employa tout particulirement sous ses ordres un M. Pas de Vrit qu'il chargea plus
spcialement de cette tche. Pas de Vrit avait la double mission de rendre Shadda
mconnaissable, de le travestir, indignement; 2 d'exalter Diabolus.
Enfin, Diabolus abrogea tout ce qui demeurait encore des lois ou des statuts du Roi Shadda,
tout ce qui avait trait la morale, toutes les lois civiles ou naturelles. Lui et son second: le
Seigneur Volont, cherchaient par l faire descendre l'me au niveau de la brute, l'amener
une sensualit bestiale et la ngation de toute vrit. Puis Diabolus dicta ses lois: Toute
libert tait confre la convoitise charnelle, la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie.
L'impit, l'impuret, la mchancet taient encourages. En se conformant aux lois de
Diabolus, les habitants de la Cit de l'me auraient la joie, le contentement, le bonheur,
l'allgresse. Et jamais personne ne leur demanderait compte de n'avoir point agi autrement.
Se rappelant aussi qu'il avait destitu l'ancien Maire et l'Archiviste, et pour n'tre pas accus
d'avoir diminu en rien la grandeur de la Cit, Diabolus nomma un autre maire en la personne
du Seigneur Convoitise, homme qui en toutes choses agissait naturellement comme la brute, et
loin de favoriser le bien, ne pouvait qu'encourager le mal... Quant l'Archiviste, ce fut en M.
Oublie le Bien, triste sire qui ne pensait qu'au mal et s'y vautrait avec dlices... A cause de leur
situation. et de leur immoralit, ces deux personnages eurent une influence des plus nfastes
sur les citoyens. Quand le mauvais exemple vient de haut, le peuple ne tarde pas se
corrompre.
Toutes les autres nominations de Diabolus furent de cette sorte. MM. Incrdulit, Orgueil,
Juron, Impuret, Endurcissement, Cruaut, Fureur, Mensonge, Fausse-Paix, Ivresse, Tricherie,
Athisme se virent attribuer des emplois. Il y eut d'autres nominations de moindre importance:
des baillis, des sergents, des gendarmes; je ne puis tous les nommer; ce serait trop long.
Enfin, il songea fortifier la ville, et fit lever trois forteresses qui lui parurent inexpugnables:
la premire: Dfi, commandait toute la Cit et eut comme gouverneur: Haine de Dieu. Place
prs de la Porte de l'Oeil, elle devait empcher les habitants de connatre leur ancien Roi. La
forteresse dite de Minuit qui s'levait prs de l'ancien Chteau pour le rendre plus obscur,
devait garder les citoyens de toute connaissance d'eux-mmes. Son gouverneur fut M. Hait la
Lumire. La troisime forteresse: Douceurs du pch s'levait sur la place du March et devait
empcher tout retour vers le Bien. Son gouverneur tait M. Amour charnel. Haine de Dieu,
comme aussi Hait la Lumire, taient Diaboloniens et faisaient partie de l'arme qui avait aid
Diabolus s'emparer de la Cit de l'me. Ces forteresses furent armes comme il convenait.
Et maintenant Diabolus se sentait en sret. Il avait fait tout ce qui tait en son pouvoir pour
s'assurer la possession dfinitive de la Ville de l'me, et pour la garder contre toute incursion du
bon roi Shadda ou de son Fils.

CHAPITRE III
LE ROI SHADDA ET SON FILS LE PRINCE EMMANUEL, DOULOUREUSEMENT FRAPPS PAR LA
DFECTION ET LA RUINE DE LA CIT DE L'ME, DCIDENT DE LA SECOURIR ET DE LA
RAMENER SOUS LEUR AUTORIT EN LUI FAISANT DES PROPOSITIONS DE PAIR. - L'ARME DE
SECOURS LUI EST ENVOYE SOUS LA CONDUITE DES CHEFS BOANERGS, CONVICTION,
ESPRANCE, JUGEMENT. - DIABOLUS SE PRPARE FAIRE CHOUER LE PLAN DIVIN. - IL
PRPARE LA CIT DE L'ME LA RSISTANCE. - SIGE DE LA CIT. - ME HUMAINE
RVEILLE EST JETE DANS LA TERREUR, MAIS REFUSE DE RETOURNER SON ROI. SUGGESTIONS DE DIABOLUS QUI VEUT LA GARDER PRISONNIRE. - LES APPELS DES

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CAPITAINES DE SHADDA SONT REJETS.

Longtemps avant que les choses fussent arrives au point que nous avons dit dans le chapitre
prcdent, le roi Shadda avait t averti de ce qui se passait, et il savait comment la grande
ville de l'me dans le continent de l'Univers avait t assige et conquise par le gant
Diabolus, autrefois l'un de ses serviteurs. Lorsque certain jour, l'un des messagers vint se
prsenter la Cour et qu'il dit devant Shadda et son Fils, les hauts dignitaires, les capitaines,
les nobles et toute la cour runie tous les dtails de l'agression par ruse, le succs de Diabolus,
l'tat d'abjection dans lequel il avait rduit la Cit, lorsqu'il expliqua que Diabolus avait fait
lever et armer des forts, dressant ainsi l'me contre son vritable Roi, la douleur et le deuil
s'tendirent sur tous les visages, et ce fut une grande lamentation cause de la misre et de la
corruption dans lesquelles l'Ennemi avait plong la noble Cit de l'Anse. Seuls le Roi et son Fils
avaient eu la prescience des vnements et dj avaient pourvu la dlivrance de la Cit,
dlivrance qui devait s'accomplir au moment choisi par Shadda. Tous deux laissrent voir aussi
leur douleur, ainsi que le grand amour et la compassion qu'ils ressentaient pour la Ville de
l'me.
Puis Shadda et son Fils se retirrent en leur appartement priv, et l, examinrent la rsolution
prise anciennement: ils souffriraient pour un temps que la Cit fut perdue, mais ils en feraient
nouveau la conqute, et cela de telle manire qu'ils en acquerraient un renom et une gloire
ternels. la suite de cette rencontre, le Fils fit cette promesse au Roi: Je serai ton
Serviteur et je te ramnerai la Cit de l'me. Le Fils alliait en sa Personne la Grandeur et la
Douceur. Il aimait trs particulirement les affligs, et n'avait qu'une inimiti au coeur, et
Diabolus en tait l'objet. Il fut donc dcid qu'au moment dtermin par la Sagesse suprme, le
Fils se rendrait dans la contre de l'Univers, et que l de faon juste et quitable, en faisant
amende pour les folies de la Cit de l'me, il poserait les fondements d'une parfaite dlivrance
du joug de Diabolus et de sa tyrannie.
De plus, Emmanuel rsolut de faire la guerre Diabolus tant qu'il rgnerait encore sur la Cit
de l'me et de le chasser des retraites qu'il habitait. Le chef des secrtaires dressa le procsverbal des dcisions prises, et fut charg de faire connatre celles-ci dans tous les coins et
recoins de l'Univers. Nous en donnons ci-aprs un court rsum:
Que tous ceux que cela concerne sachent que le Fils de Shadda le grand Roi s'est engag par
convention avec son Pre lui ramener la ville de l'me; et cause de son amour
incomparable, il placera celle-ci dans des conditions meilleures plus heureuses que celles qui
taient siennes avant qu'elle fut prise par le gant Diabolus.
Cette dclaration fut publie en tous endroits, ce qui provoqua des reprsailles de la part de
Diabolus. Maintenant je vais tre attaqu, songeait-il, et mon habitation me sera enleve...
Il faut empcher que ces bonnes nouvelles arrivent aux oreilles de mes esclaves. S'ils
apprenaient que leur ancien roi Shadda et Emmanuel n'ont pour eux que des penses d'amour,
que pourrais-je esprer d'autre qu'une rvolution?
Il appela donc le Seigneur Volont lui recommandant de veiller jour et nuit aux portes de l'Oeil
et de l'Oreille, car, dit-il, j'ai entendu parler d'un certain projet: nous serions tous considrs
comme tratres, et me d'homme serait ramene son premier tat d'esclavage. J'espre que
ce sont l histoires en l'air; cependant veillez ce qu'elles ne pntrent pas dans la ville; cela
ne pourrait que troubler le peuple. Ces nouvelles ne sauraient vous rjouir Seigneur Volont pas
plus qu'elles ne me rjouissent moi-mme. Prenez garde aux marchands qui viennent de loin,
arrtez-les, questionnez-les; ne laissez le trafic libre que pour ceux qui nous sont favorables.
Avez des espions dans tous les coins de la Cit, qu'ils surveillent les habitants surprennent les

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conversations, et qu'ils aient le pouvoir de supprimer et dtruire tous ceux qui tremperaient en
quelque complot, ou qui parleraient des prtendus desseins de l'ex-Shadda et d'Emmanuel.
Le Seigneur Volont s'empressa de dfrer aux dsirs de Diabolus, lequel dcida d'autre part
d'imposer aux citoyens un serment de fidlit: ils devaient le reconnatre lui, Diabolus,
comme seul roi, et s'lever contre tout prtendant au gouvernement de la Ville d'me. D'une
seule voix les pauvres insenss prononcrent le serment impos; ce qui ne sembla pas leur
peser beaucoup plus que ne ferait un sprat dans le gosier d'une baleine. Diabolus, lui, se
flicitait de ce qu'il venait d'obtenir. Shadda pourrait-il jamais absoudre le peuple de cette
alliance avec la mort, de cette convention avec le spulcre?
Enfin, l'Usurpateur rsolut de faire tomber encore plus bas dans le mal les malheureux citoyens
de l'me; et il fit annoncer par M. Ordure que chacun pouvait s'adonner ses convoitises sans
aucune restreinte. Par l il voulait affaiblir davantage ses esclaves, les rendre plus incapables
de saisir les bonnes nouvelles et d'esprer encore si celles-ci arrivaient jamais jusqu' eux. Car
le raisonnement de l'intelligence naturelle est celui-ci: Plus un pcheur est enfonc dans la
perdition, moins il peut esprer en la misricorde.
En agissant ainsi, Diabolus pensait aussi la saintet d'Emmanuel. Celui-ci ne reculerait-il pas
d'horreur devant semblable abme de souillure? Ne se repentirait-il pas d'avoir rsolu la
rdemption d'tres tombs aussi bas? Enfin pour parer aux effets redoutables que pourrait
avoir la proclamation de la Dlivrance dans la Cit de l'me, l'Usurpateur rsolut de prendre les
devants. Il dit donc que certains bruits taient parvenus jusqu' lui, bruits donnant comme
certaine une entreprise de Shadda pour dlivrer la Cit d'me humaine. Pour cette raison, il
allait prononcer un grand discours sur la place du March, et invitait tous les citoyens venir
l'entendre. Voici un rsum de ce discours:
Diabolus rappela d'abord au peuple rassembl, tout ce qu'il lui avait donn avec la libert, et
combien tait grand son amour pour la Cit de l'me. Certes, s'il ne pensait qu' lui, et si les
nouvelles de la venue d'Emmanuel taient exactes, il lui serait bien facile de s'en aller! Mais
non; il voulait lier son sort celui des habitants. Et eux, voudraient-ils l'abandonner? - D'une
seule voix, ils rpondirent: Qu'il meure, celui qui voudrait t'abandonner. - C'est bien
inutilement, continua Diabolus, que nous esprerions quelque quartier de Shadda; Shadda ne
sait pas ce que c'est que de faire quartier: Aussi ne croyez pas une syllabe de tout ce qu'il
pourrait vous faire dire en vous offrant le pardon, et en mettant en avant sa misricorde. Ce
serait uniquement pour vaincre plus facilement votre rsistance. Prenons donc la rsolution de
rsister jusqu'au bout, et de n'couter aucune proposition de pardon. C'est du ct de la porte
de l'Oue que je discerne le danger. Et puis si vous coutiez Shadda, s'il pntrait dans la ville,
s'il faisait quartier quelques-uns ou mme tous, de quoi cela vous servirait-il
?
Continueriez-vous de vivre dans les plaisirs comme vous le faites maintenant? Non pas! Vous
seriez lis par des lois qui vous rendraient la vie insupportable, et devriez faire ce que,
maintenant, vous jugez hassable: Je suis pour vous, si vous tes pour moi; mieux vaut
mourir vaillamment que de mener une vie d'esclave!... J'ai des armes pour vous tous. Venez
mon chteau-fort, vous y serez bien reus, et vous y trouverez l'armure ncessaire au combat.
1 Je vous recommande mon casque. Le casque de l'espoir que tout est pour le mieux, quoi
que vous fassiez. C'est le casque de ceux qui assurent jouir de la paix mme en marchant dans
l'iniquit et en ajoutant l'ivresse la soif. Cette pice de l'armure a fait ses preuves. Tant que
vous portez ce casque, vous ne craignez ni flche, ni dard, ni pe. Il dtourne les coups.
Veillez donc toujours le garder.
2 Voici ma cuirasse: une cuirasse de fer forge en mon pays. Elle consiste en un coeur aussi

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dur que le fer, aussi insensible que la pierre, que rien ne peut plus toucher ou mouvoir. Avec
cette cuirasse, aucune parole de paix ou de pardon ne pourra vous atteindre, non plus que la
terreur d'un jugement. Cette pice de l'armure est trs ncessaire qui veut combattre
Shadda et s'enrler sous ma bannire.
3 Mon pe est une langue anime du feu de l'enfer et qui peut se plier dire du mal de
Shadda, de son Fils, de ses dcisions, de son peuple. Quiconque la possde et en fait l'usage
que j'indique, ne se laissera jamais abattre par mon ennemi.
4 Mon bouclier: c'est l'incrdulit. Jetez le doute sur toutes les paroles de Shadda.
L'incrdulit paralyse sa puissance. Il peut arriver qu'il soit bris. Cependant ceux qui ont fait le
rcit des guerres d'Emmanuel contre mes serviteurs assurent qu'en certains endroits il ne put
faire de miracle cause de l'incrdulit. Pour bien le manier refusez de croire les choses mme
vritables, quelles qu'elles soient, et quelle que soit la personne qui les dit, Si Emmanuel parle
de jugement, ne craignez pas; s'il parle de misricorde n'coutez pas. Mme s'il promet par
serment de ne faire que du bien l'me, ne vous inquitez pas de ce qu'il dit; mettez tout en
doute. C'est de cette faon qu'il faut manier le bouclier de l'incrdulit. Celui qui fait autrement
ne m'aime pas; il est mon ennemi.
5 Enfin une autre pice de mon excellente armure, c'est un esprit muet qui ne s'abaisse
jamais implorer la misricorde et prier. En plus de tout ce que je viens d'numrer, j'ai
aussi des maillets, des dards empoisonns, des traits enflamms, des flches, la mort, armes
excellentes qui fauchent l'arme ennemie.
Tous les habitants de la Cit de l'me furent arms de pied en cap et reurent des munitions
abondantes. Ceci fait, Diabolus dclara que si vraiment Shadda attaquait la ville, et si celle-ci
supportait victorieusement le premier choc, nul doute qu'avant longtemps le monde entier ne lui
ft soumis, lui Diabolus. Alors il ferait des citoyens de l'me, des rois, des princes, et des
capitaines. La garde fut double aux portes, les citoyens s'exercrent au combat, les chants de
guerre retentissaient, chants qui exaltaient le tyran, et le courage des guerriers.
L'avant-garde des armes du roi Shadda forte de quarante mille hommes, tous fidles, et
conduits par quatre capitaines choisis parmi les plus vaillants se prparait partir pour la
grande ville de l'me. Il avait sembl prfrable Shadda de ne pas envoyer immdiatement
son Fils, mais de laisser aller d'abord ses serviteurs pour qu'ils prissent contact avec la Cit
rebelle. Gnralement, dans toutes ses guerres, Shadda envoyait cette avant-garde dont les
chefs taient braves et vaillants, Habitus la dure, ils avaient sous leurs ordres des hommes
de la mme trempe qu'eux. Chacun des Chefs reut une bannire qui devait rester dploye
pour indiquer l'excellence de la cause du roi Shadda et ses droits sur la Cit de l'me. La
bannire du Chef Boanergs tait porte par l'enseigne Tonnerre dont les couleurs taient
noires; sur l'cusson: trois clairs flamboyants. Le nom du porte-enseigne du Chef Conviction
tait M. Tristesse. Ses couleurs taient ples et l'cusson reprsentait le livre de la Loi ouvert
d'o jaillissait une flamme.
Le porte-enseigne du gnral Jugement se nommait M. Terreur, il portait les couleurs rouges et
son cusson tait une fournaise ardente. Le porte-enseigne du gnral Excution tait un M.
Justice qui portait aussi la livre rouge et dont l'cusson tait un arbre sans fruit avec une
cogne plante dans les racines. Chacun des chefs avait dix mille hommes sous ses ordres.
Certain jour officiers et soldats furent appels par Shadda, chacun individuellement, pour se
mettre en campagne; et chacun reut l'quipement qui convenait son grade et son service.
Quand le Roi eut rassembl ses forces pour l'expdition rsolue, il donna ses ordres aux chefs
et l'arme, ordres que tous devaient fidlement excuter. Voici ce que dit Shadda son
gnralissime Boanergs: O toi Boanergs, l'un de mes fougueux et vaillants capitaines qui

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commande 10.000 hommes vaillants et fidles, va en mon nom jusqu' la misrable Cit de
l'me: tu lui offriras d'abord la paix, et lui ordonneras de rejeter le joug et la tyrannie du
mchant Diabolus puis de revenir moi qui suis son Prince et Seigneur; les habitants
extirperont tout ce qui est diabolonien et toi tu veilleras l'excution de ces ordres. Tu veilleras
ce que la soumission soit vritable. Ensuite tu feras en sorte de m'tablir une garnison dans la
ville de l'me. Veille ne faire aucun mal aucun des indignes; s'ils veulent se soumettre,
traite-les comme des amis, comme des frres, car je les aime. Dis-leur qu'en temps opportun
j'irai vers eux et qu'ils sauront que je suis misricordieux. Mais si, malgr tes sommations et
bien que tu produises tes lettres de crance, ils refusent de t'couter, emploie tous les moyens
en ton pouvoir pour les rduire en mon obissance. Bon voyage.
Au jour fix, aprs un nouveau discours de Shadda, l'arme avec ses bannires dployes se
mit en marche. Le trajet tait long jusqu' la ville de l'me. Partout o elle passait, l'arme
royale tait en bndiction.
Aprs un long voyage on aperut de loin la Cit; et discernant aussitt en quel tat misrable
le joug de Diabolus l'avait rduite, les troupes de Shadda ne purent retenir leurs lamentations.
L'arme arriva enfin devant la ville, se massa prs de la porte de l'Oreille, dressa ses tentes,
creusa des tranches. - Lorsqu'ils aperurent le corps expditionnaire royal, ses brillants
uniformes, ses armes tincelantes, ses bannires, les gens de la ville ne purent s'empcher de
venir jusqu'aux remparts pour admirer le spectacle que donnait cette arme si parfaitement
discipline et si bien quipe. Mais le vieux renard Diabolus pris de crainte que, s'ils taient
somms de le faire, les gens de la ville n'ouvrissent les portes de la Cit, sortit en hte de son
chteau-fort, donnant l'ordre au peuple de quitter les remparts sans plus tarder et de se replier
au centre de la ville. Et l il leur fit un discours tout entreml de mensonges comme son
habitude et de reproches: Eh quoi. Quel manque de prudence chez ceux que je considre
comme mes loyaux sujets, dit-il! ... Savez-vous d'o viennent ces gens, et pourquoi ils se
retranchent devant notre Cit? Ce sont ceux dont je vous ai parl depuis longtemps, et contre
lesquels je vous ai arms. Pourquoi n'avez-vous pas allum le signal et sonn l'alarme lorsque
vous les avez vus?... Que de soins n'ai-je pas pris pour rendre la ville imprenable et pour
endurcir vos coeurs! Ai-je tant travaill en vain? Et n'ai-je en dfinitive sous mes ordres
qu'une compagnie d'innocents, bons tout au plus regarder du haut des remparts leurs plus
mortels ennemis? Prparez-vous donc au combat, et que personne, sans un ordre manant de
moi, n'ose plus passer la tte par-dessus les murs.
l'oue de ce discours, les habitants furent comme pris de panique, ils coururent de-ci, de-l
par les rues, appelant au secours, et disant que les hommes qui mettaient le monde sens
dessus dessous s'taient rangs en bataille devant leur Cit...
J'aime mieux les voir ainsi, dit Diabolus, quand on vint lui annoncer en quel tat son discours
avait jet les habitants.
Avant la fin du troisime jour, le gnralissime commanda son trompette d'aller jusqu' la
porte de l'Oreille pour sommer la Cit de l'me de donner audience l'envoy du grand roi
Shadda. Le trompette obit, fit retentir l'appel, mais personne ne se prsenta, car Diabolus
l'avait dfendu. L'envoy revint donc rendre compte de sa mission Boanergs et de son
chec. Il fut envoy une seconde fois; nouveau sans rsultat. Enfin la troisime fois, le
trompette reut l'ordre d'avertir la ville que si elle refusait l'audience demande, tous les
moyens seraient employs pour la ramener l'obissance de Shadda. Cette fois, enfin, le
Seigneur Volont, gouverneur de la ville, se prsenta et demanda d'un ton rogue: Pourquoi
tout cet horrible bruit? Qu'taient toutes ces paroles menaantes contre la ville de l'me? Qui
tait l'individu? D'o venait-il? - Le trompette rpondit alors: Je suis le serviteur du plus
noble des chefs, le gnral Boanergs qui commande les armes du roi Shadda contre lequel

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toi et ta Cit vous vous tes rebells. Mon matre a un message pour la Cit de l'me, pour toi
aussi puisque tu en fais partie. - Je m'en vais transmettre tes paroles mon Matre, dit le
Gouverneur, et nous verrons ce qu'il ordonnera. - Notre message n'est pas destin Diabolus,
rpondit le Trompette, mais la misrable Cit de l'me... Nous sommes ici pour la soustraire
l'pouvantable tyrannie de Diabolos et la ramener son vritable possesseur, l'excellent roi
Shadda. - Je porterai ton message la ville, rpondit le Gouverneur.
- Prends garde de ne point nous tromper; si vous vous soumettez nous vous offrons la paix,
sinon c'est la guerre. Et comme preuve de ce que je te dis, vous verrez demain flotter sur la
montagne, la bannire noire avec ses clairs.
Lorsque le temps accord fut coul, Boanergs envoya nouveau son trompette, dcid
faire connatre la ville le message du Roi. Cette fois les citoyens se prsentrent, mais ils
prirent soin de fortifier autant qu'ils le purent la porte de l'Oreille, avant de venir aux remparts.
Le capitaine Boanergs demanda parler au Maire; alors ce fut le Seigneur Incrdulit qui se
prsenta. Ce n'est pas lui, dit le Capitaine. O est le Seigneur Intelligence, l'ancien maire de
cette ville? cette question, Diabolus en personne, car il tait l, se prsenta pour
rpondre: - M. le Capitaine, dit-il, voici au moins la quatrime sommation de se rendre que
vous faites la Cit. Vous voulez qu'elle se donne votre Roi. Au nom de quelle autorit je
vous prie? Je n'en sais rien et ne m'en proccupe point!... Mais Boanergs ne rpondit rien
Diabolus, et s'adressant aux citoyens de la Cit de l'Anse dit: Sache, Cit malheureuse et
rebelle que le grand Shadda m'a envoy vers toi avec cet ordre de te ramener son
obissance. Et en mme temps Boanergs prsentait la vue de tous le sceau royal. Si vous
rpondez mon appel, j'ai l'ordre de vous traiter comme des amis ou mme comme des
frres; mais si vous refusez d'couter et de vous soumettre si vous persvrez dans votre
rvolte, je dois essayer de vous rduire par tous les moyens en mon pouvoir.
Ds que Boanergs eut cess de parler, le chef Conviction se leva son tour et s'adressant aux
citoyens, dit: O malheureuse Cit d'Aine d'Homme autrefois rpute pour ton innocence, tu
es maintenant tombe dans le mensonge et l'hypocrisie. coute ce que t'a dit le chef
Boanergs, accepte les conditions offertes, conditions de paix, de compassion, alors que tu as si
gravement offens le Roi qui pourrait te rduire en pices. Si tu prtends que tu n'as pas
pch, que tu ne t'es pas rebelle contre ton Roi, tout ton pass est l, toutes tes actions sont
l depuis le jour que tu t'es dtourne de Lui (ce qui fut le commencement de ton pch) et
tmoignent contre toi. Tu as cout la voix du Tyran, tu l'as accept comme roi, tu as rejet les
lois de Shadda et accept celles de Diabolus, tu te mets sur la dfensive et tu fermes tes
portes devant nous, envoys et fidles serviteurs du Roi. Qu'est-ce que tout cela, que signifie
tout cela, sinon pch et rvolte? Ah! accepte l'invitation qui t'est faite, ne mprise pas le
temps de la Grce. Accorde-toi au plus tt avec la partie adverse. Ne permets pas que les
sductions flatteuses du Diable t'entranent dans le malheur et te ferment les portes de la
Grce. Le misrable sducteur essayera de te faire croire que nous cherchons quelque gain
personnel venant toi, mais sache que nous sommes ici de par les ordres du Roi, et parce que
nous voulons ton bonheur.
N'est-ce pas une grce extraordinaire que Shadda s'abaisse comme il le fait pour toi, qu'Il
daigne par nous essayer de te persuader par la douceur? A-t-il besoin de vous, comme vous
avez besoin de lui? Non, non, mais il est misricordieux, et ne veut pas que tu prisses, mais
que tu te repentes et vives.
Le Chef Jugement se leva ensuite et prenant la parole dit: O habitants de la Cit de l'me
qui avez si longtemps vcu dans la rvolte et pratiqu la trahison, nous ne sommes pas ici de
notre propre mouvement, avec le message de nos propres penses, ou pour vider une querelle
personnelle. Non, c'est le Roi qui nous envoie pour vous ramener son obissance: par la

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douceur si vous acceptez sa clmence, par la force, si vous la rejetez. N'imaginez pas, et ne
laissez pas le sducteur vous persuader que le roi Shadda n'a pas les moyens de vous rduire.
C'est Lui le Commencement et le Crateur de toutes choses; c'est Lui qui touche les
montagnes et elles fument. Le jour de la clmence ne durera pas toujours; devant le Roi
s'avance srement le jour embras de la Colre pour tous les rebelles.
Est-ce peu pour toi, Cit de l'me, que mon Roi te tende le sceptre d'or malgr toutes les
provocations? Saisis-le, et vis... Aucune ranon ne pourrait te racheter: ni tes richesses, ni
ton or, ni tes forces. Si tu rejettes la clmence de ton Roi, le jugement t'atteindra; il vient
avec le feu, avec des chariots comme des tourbillons, tu connatras le poids de sa colre; il
vient avec des flammes de feu pour juger et rien ne pourra te sauver du juste chtiment.
[Tandis que parlait le Chef Excution, quelques personnes observrent que Diabolus tremblait].
O malheureuse cit de l'me, dit encore le Chef Jugement, n'ouvriras-tu pas la porte aux
envoys du Roi, ceux qui se rjouiraient de te voir vivre... Boirais-tu comme on boit du vin
nouveau, et jusqu'au fond, la coupe de sa colre qui est prpare pour le Diable et ses anges?
Rflchis pendant qu'il en est temps.
Alors se leva le noble capitaine Excution et il dit: O toi, Ville de l'me, autrefois fameuse,
aujourd'hui comme un buisson strile, autrefois les dlices du Roi, aujourd'hui le repaire du
Diable. coute aussi ce que j'ai te dire au nom de Shadda: Voici, la cogne est pose la
racine des arbres, tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coup et jet au feu. Cit
de l'me tu n'es plus que buissons et pines, et tu ne portes plus que des fruits pleins
d'amertume. Tu t'es rebelle contre le Roi, et nous, force de Shadda, sommes la cogne qui
est pose la racine. Repens-toi! Ou bien devrai-je me rsoudre frapper? La cogne est
d'abord pose la racine, puis elle frappe: la menace, puis l'excution. Entre l'une et l'autre, il
y a la repentance. Repens-toi! C'est tout ce qui t'est demand; c'est maintenant le moment
du repentir. Ne t'y refuse point! Serais-je oblig de frapper? En ce cas tu serais abattue. Rien
ne te sauvera de l'excution que de te donner notre Roi. Si la misricorde ne peut prvaloir
en ta faveur, quoi pourrais-tu servir qu' tre coupe et jete au feu.
O me, la patience, le support ne sont que pour un temps, un an, deux ans, trois ans..., or,
ta rbellion dure depuis plus longtemps que cela. Tu couperas, a dit le Roi. T'imaginerais-tu
qu'il n'y a ici que des menaces? et qu'il n'a pas le pouvoir d'excuter sa Parole? Tu
dcouvriras que les paroles de notre Reine sont pas seulement des menaces, mais un feu
dvorant pour le pcheur qui les mprise.
Tu as embarrass le sol assez longtemps inutilement. Voudrais-tu persvrer dans cette
mauvaise voie.. Ton pch a amen cette arme sous tes remparts. Entranera-t-il aussi une
excution dans la ville? Tu as entendu la voix des capitaines, et cependant tu gardes tes
portes, fermes. Ne veux-tu pas ouvrir? Ne veux-tu pas, enfin, accepter les conditions de
paix?
La ville de l'Anse refusa de se laisser vaincre par les pressantes sollicitations des nobles
capitaines de Shadda. Cependant quelque chose avait atteint la Porte de l'Oreille; un coup
terrible lui avait t port et l'avait branle, mme si elle ne s'tait pas ouverte. Aprs
rflexions, la ville fit savoir qu'elle rclamait du temps pour prparer sa rponse. - Oui, nous
accorderons ce dlai, si vous jetez par-dessus les murs Mchante Pause, afin que nous
puissions le punir comme il le mrite, rpondirent les Chefs, car nous savons bien qu'aussi
longtemps qu'il sera dans la ville aucune dcision salutaire ne pourra tre prise et que toute
considration favorable votre salut sera bafoue.
Diabolus qui tait toujours prsent et ne dsirait pas perdre son orateur, pensa d'abord

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rpondre lui-mme, puis il commanda au Seigneur Incrdulit de le faire.


- Messieurs, dit celui-ci, vous tes venus troubler notre prince, menacer notre ville, et mme
vous avez tabli votre camp sous nos murs. D'o venez-vous? Nous ne voulons pas le savoir.
Qui tes-vous? Nous ne croyons pas ce que vous dites. Vous dites bien dans vos terribles
discours que vous tenez votre autorit de Shadda; mais de quel droit vous donne-t-il des
ordres nous concernant? Cela nous voulons l'ignorer.
Agissant de par cette autorit, vous ordonnez la ville d'abandonner son seigneur, et de
recourir la protection du grand Shadda votre Roi, assurant avec de flatteuses promesses,
qu'il passera l'ponge sur le pass.
De plus, vous jetez la ville dans la terreur en la menaant de destruction si elle refuse de se
plier vos volonts.
Et maintenant, Capitaines, d'o que vous veniez, et mme si vos motifs sont excellents,
sachez que ni Monseigneur Diabolus, ni moi son serviteur Incrdulit, ni notre brave ville de
l'me nous ne voulons prendre en considration vos personnes, votre message, le Roi qui,
dites-vous, vous a envoys. Nous ne craignons ni sa puissance, ni. sa grandeur, ni sa
vengeance, et nous ne cderons pas devant vos sommations.
Vous nous dclarez la guerre; nous allons donc nous dfendre aussi bien que possible, et
sachez que nous sommes en tat de vous dfier. Pour terminer, car je ne veux pas vous
fatiguer, je vous dirai que nous vous prenons pour des vagabonds, pour une bande de fuyards,
vous vous tes probablement rvolts contre votre Roi, et vous vous tes rassembls allant de
lieu en lieu, dans l'espoir de conqurir une ville ou un pays pour en faire votre habitation aprs
avoir rduit ses possesseurs lgitimes la fuite par vos menaces ou vos flatteries. Mais ce n'est
pas la Ville de l'me qui tombera dans vos piges.
Ma conclusion est celle-ci: nous n'avons pas peur de vous, nous ne vous craignons pas, nous
refusons d'obtemprer vos sommations. Nos portes resteront fermes. Vous n'entrerez pas
chez nous, et nous ne tolrerons pas que vous campiez plus longtemps devant notre Cit. Les
citoyens doivent vivre en paix, votre prsence est pour eux une cause de trouble; aussi levez
le camp le plus tt possible. C'est l mon conseil, dcampez promptement, armes et bagages,
ou l'on tirera sur vous.
Le Seigneur Volont ajouta qu'on donnait aux assigeants trois jours pour plier bagages et
disparatre, ou ils apprendraient leurs dpens que c'tait chose grave que de rveiller le lion
Diabolus qui s'tait install dans la Cit de l'me. Enfin l'Archiviste M. Oublie le Bien vint
son tour dire son mot l'arme assigeante: Messieurs, dit-il, remarquez avec quelle bont,
quelle douceur nos Seigneurs ont rpondu vos discours sans amnit et pleins d'aigreur.
J'entends qu'ils vous laissent libres de partir en paix! Profitez de leur bont et dcampez. Nous
aurions pu vous tomber dessus et vous faire sentir la pointe de nos pes. Mais nous aimons
nos aises et la tranquillit, c'est pourquoi nous prfrons viter de molester les autres.
l'oue de ces rponses, la ville de l'me poussa de grands cris de joie, comme si la dcision
de rsistance lui avait apport de grands avantages. On sonna les cloches, on se livra des
rjouissances, et le peuple se mit danser sur les remparts.
Diabolus retourna au chteau, le Maire et l'Archiviste chez eux. Mais le Seigneur Volont
renfora la garde la porte de l'Oreille et il y plaa un capitaine Prvention, auquel il donna
soixante hommes, tous sourds, un trs grand avantage, puisqu'ils ignoraient absolument tout
ce qu'on pouvait leur dire.

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Quand les chefs eurent entendu la rponse des grands et quand ils comprirent qu'ils ne
pouvaient arriver jusqu'aux citoyens eux-mmes, ils se prparrent au combat; la troupe fut
surtout masse prs de la Porte de l'Oreille, car c'est par l uniquement qu'on pouvait pntrer
dans la ville. Le cri de guerre fut donn: il faut natre de nouveau. Les trompettes
sonnrent, celles de la ville rpondirent, les cris de guerre rpondaient aux cris de guerre, les
charges se succdaient, la bataille tait engage. Sur la tour qui dominait la porte de l'Oue,
ceux de la ville avaient dress deux canons, l'un nomm Fiert, l'autre Enttement; ils
comptaient beaucoup sur ces pices lourdes ainsi que sur d'autres pices de moindre calibre
pour harceler le camp de Shadda et aider la garde de la porte de l'Oreille; mais cette
artillerie n'eut pas l'efficacit espre. L'arme du Roi combattait avec vaillance, tout son effort
portant sur la porte de l'Oreille sur laquelle rsonnaient les coups puissants des bliers. Les
frondes aussi taient en action et tiraient sans rpit sur les habitants et sur les maisons.
La guerre se prolongeait. Plusieurs rencontres s'taient produites entre les deux armes. Dans
l'une d'elles trois individus qui avaient obtenu de se joindre aux armes de Shadda furent faits
prisonniers. C'taient les nomms Tradition, Sagesse humaine et Invention d'homme. Ils
dsiraient tre soldats, avaient-ils dit Boanergs et comme ils semblaient habiles et
courageux, le gnralissime avait accept leurs services.
Apprenant que la compagnie du Seigneur Volont avait fait ces prisonniers, le gant Diabolus
s'enquit de l'affaire; puis il fit comparatre les prisonniers devant lui. Il leur demanda d'o ils
taient et comment il se faisait qu'ils taient dans l'arme de Shadda? Sa curiosit satisfaite, il
les renvoya en prison. Quelques jours aprs, Diabolus les fit nouveau appeler, et leur
demanda s'ils accepteraient de servir contre leurs anciens Chefs? cette question ils
rpondirent qu'ils ne vivaient pas tellement de religion que de la fortune des armes. Puisque sa
Seigneurie offrait de subvenir leur entretien, ils le serviraient volontiers. Or il y avait dans la
ville un certain capitaine N'importe-quoi, homme trs actif, c'est lui que Diabolus envoya ces
trois recrues. Les deux premiers furent promus au grade de sergent; il garda le troisime pour
son service particulier. Les assigeants obtinrent aussi quelques rsultats: ils abattirent le toit de la maison du Maire,
M. Intelligence, de sorte que celui-ci devint plus accessible; ils turent presque le seigneur
Volont, et firent un grand carnage de conseillers municipaux: d'un seul coup de canon, ils
turent MM. Jurement, Prostitution, Fureur, S'attache-aux-mensonges, Ivresse, Tricherie. Enfin
ils dmontrent les deux canons qui dominaient la porte de l'Oreille. Cependant la Cit de l'me
rsistait toujours; Diabolus la dfendait avec rage, bien second par les chefs qu'il avait
choisis. Il apparaissait que la campagne d't allait se terminer sans rsultat apprciable, sans
avantage dcisif pour les armes de Shadda. Les chefs dcidrent de se retirer en bon ordre et
de se retrancher pour prendre leurs quartiers d'hiver. Mais ils le firent de telle manire qu'ils
pouvaient encore harceler la Cit de l'me, et la jeter dans de terribles paniques.
Dsormais les habitants ne surent plus ce que c'tait que de s'endormir paisiblement; ils ne
pouvaient plus comme autrefois se livrer la dbauche, en toute tranquillit. Tantt l'alarme
retentissait la porte de l'Oreille, tantt une autre porte de la Ville, ou bien toutes la fois.
Une nuit c'taient les trompettes qui faisaient vibrer l'air, et jetaient les assigs dans l'effroi;
ou bien une pluie de pierres lances par les frondes s'abattaient sur quelque quartier;
quelquefois dix mille hommes faisaient le tour des remparts en lanant leur cri de guerre.
D'autres fois les plaintes des blesss retentissaient et leurs gmissements faisaient trembler les
assigs.
La lassitude commenait de se faire sentir chez les habitants. Quelques-uns disaient
:

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Impossible de tenir ainsi plus longtemps Ce quoi d'autres rpondaient que cela finirait
bientt. Enfin certains conseillaient de retourner au roi Shadda. - Mais il refusera de nous
recevoir, leur rpondait-on. L'ancien archiviste, M. Conscience, recommenait se faire
entendre dans la ville, et ce qu'il disait clatait comme des coups de tonnerre et plongeait dans
la terreur la Cit assige. Le bruit de ses paroles, celui des soldats, et les cris des chefs
faisaient trembler les habitants.
Enfin les provisions commencrent manquer dans la Ville. Le peuple ne pouvait plus se
procurer ce aprs quoi son me soupirait. Les choses que les citoyens aimaient semblaient
frappes par le gel ou la chaleur. Des rides apparaissaient sur les figures et sur bien des
visages on voyait dj se dessiner les ombres de la mort. Ah! que n'auraient-ils pas donn
pour jouir nouveau de la paix et de la tranquillit d'esprit, mme dans la plus misrable des
situations!
Au cours de l'hiver, le trompette du gnralissime Boanergs fut envoy de nouveau la Cit
pour la sommer de se rendre au roi Shadda - ce qu'il fit trois reprises. me d'homme se
serait volontiers rendue, mais le seigneur Incrdulit veillait, et s'y opposait absolument. Quant
au Seigneur Volont, il ne savait quel parti prendre: un jour il acceptait la reddition, le
lendemain il s'y opposait aussi! Diabolus se livrait des accs de fureur pouvantables. Quant
aux citoyens, tous taient loin de vouloir la mme chose, de sorte qu'ils restrent dans
l'incrdulit et dans la crainte. La premire fois, le messager de l'Arme royale tait venu avec
des paroles de paix. Les Chefs avaient piti de sa misre; ils souffraient de voir la Ville ellemme s'opposer sa dlivrance. Si seulement elle voulait se repentir, s'humilier pour sa
dfection, le Roi lui pardonnerait et mme il oublierait sa conduite passe. Et aprs quelques
mots d'avertissement, il les laissa en disant qu'ils veillassent ne point empcher eux-mmes
leur dlivrance.
La seconde fois le message fut plus rude: L'obstination de l'me ne faisait qu'irriter les Chefs
qui taient rsolus conqurir la Ville, ou mourir sous ses murs.
La troisime fois, le trompette fut charg d'un message plein de svrit parce que les
habitants avaient mpris les offres de clmence. Il devait transmettre un ordre de reddition
pur et simple de la part des Chefs, qui se rservaient de dcider de leur attitude ultrieure.
Ces trois sommations et surtout la dernire jetrent la ville dans l'effroi: elle dcida sur l'heure
de tenir un conseil. Il y fut dcid que le Seigneur Volont irait la Porte de l'Oreille, et l,
sonnerait de la trompette pour demander audience aux Chefs de l'Arme assigeante.
Ainsi fut fait. Tout aussitt, les chefs la tte de leurs milliers en armes vinrent se masser prs
de la porte de l'Oue. Les anciens de la Corporation de l'me firent alors savoir qu'ils taient
prts se rendre certaines conditions. Les seigneurs Incrdulit, Oublie le Bien et Volont,
gouverneurs de la Ville, du chteau et des remparts, seraient maintenus dans leurs charges par
Shadda. - 2 Aucun de ceux qui prsentement servaient le gant Diabolus ne serait chass de
sa maison, ou priv de la libert dont il avait joui jusqu'ici, ou molest d'aucune autre manire
par Shadda. - 3 Que les citoyens continueraient de jouir de leurs anciens droits et privilges,
ceux qu'ils avaient acquis et dont ils jouissaient sous la domination de Diabolus, leur seul
seigneur et grand dfenseur depuis longtemps dj. - 4 Aucune loi, aucune charge ne seraient
institues sans leurs dcision et consentement. Telles sont nos propositions ou conditions de
paix. Si elles sont acceptes, nous nous soumettrons votre Roi.
Quand les Chefs eurent entendu ces offres misrables de reddition et ces conditions de paix si
hontes, ils firent rpondre la Ville par leur capitaine Boanergs:

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

O habitants de la Cit de l'me, dit celui-ci, quand j'entendis que vous dsiriez une entrevue,
j'en fus heureux et quand vous dtes vouloir vous soumettre au roi Shadda, j'en eus encore
plus de joie. Mais quand j'entendis vos prtentions et restrictions ridicules qui mettent en relief
votre iniquit, ma joie se changea en tristesse. Mchante Pause, l'ancien ennemi de l'me, vous
aura aids rdiger ces propositions; mais elles sont indignes d'tre prises en considration
par quiconque prtend servir Shadda. Tous les Chefs et moi nous refusons avec ddain et nous
rejetons vos misrables propositions que nous considrons comme une honteuse iniquit.
Mais, Cit de l'me, si tu veux te rendre nous, ou plutt notre Roi, si tu veux avoir
cette confiance qu'il t'imposera les conditions de paix les meilleures, c'est--dire celles qui te
seront le plus avantageuses, alors nous pourrons te recevoir et faire la paix. Mais si tu ne veux
pas te reposer en Shadda, si tu refuses de te confier en Lui, alors rien n'est chang, et nous
savons ce qu'il nous reste faire.
Alors le Maire, M. Incrdulit, se hta de rpondre Boanergs: Qui donc, tant libre, serait
assez fou pour passer l'ennemi, et cela sans condition! Certainement pas moi, dit-il!
Connaissons-nous ton roi, son caractre? Quelques-uns parlent de sa colre, d'autres de sa
svrit, d'autres assurent qu'il rclame au del de ce qu'on peut fournir! Puis se tournant
vers les habitants, il ajouta: Prends garde, Cit de l'me, ce que tu vas dcider. Quelle
folie ce serait de te rendre sans conditions! Si tu cdes, tu te donnes un autre, donc tu ne
t'appartiens plus. Se donner ainsi quelqu'un qui prtend exercer une autorit sans limites
serait la plus grande des folies. Car aujourd'hui vous pouvez vous repentir, mais vous ne
pouvez pas vous plaindre avec justice. Si vous vous donniez Lui, savez-vous seulement qui
serait excut, qui aurait la vie sauve, ou si tous, nous serions mis en pices? Un autre peuple
serait alors transport dans notre enceinte pour habiter la Cit.
Ce discours de M. le Maire jetait par terre tout espoir d'un arrangement possible: Les Chefs de
Shadda retournrent leurs tranches, leurs tentes et leurs hommes; et le Maire de la
Cit se rendit au chteau chez son roi Diabolos. Celui-ci l'attendait:
- Je vous souhaite la bienvenue Monseigneur, lui dit-il. Et comment sont alles les affaires
aujourd'hui? Aprs avoir fait une profonde rvrence, Incrdulit raconta ce qui avait t dit
et la rponse qu'il avait faite. Alors Diabolus fit l'loge de son fidle serviteur: Incrdulit. Que
de fois il avait eu recours ses services et toujours avec les mmes rsultats! Jamais
Incrdulit n'avait fait dfaut. Ah! s'ils remportaient une victoire dfinitive, Incrdulit serait
promu aux plus grands honneurs, et aurait une situation bien suprieure celle du prsent.
Gouverneur de l'Univers, Incrdulit dominerait sur toutes les nations; et si lui, Diabolus,
devenait le premier, Incrdulit serait son second. L'entrevue termine, le Seigneur Incrdulit
regagna sa demeure en se rengorgeant d'orgueil au souvenir des flatteuses paroles qu'il venait
d'entendre, se considrant comme l'objet d'un grand honneur. En ralit Diabolus l'avait gorg
d'esprances, esprances bien problmatiques pour ne pas dire chimriques.
Pendant l'entrevue du Palais, le peuple discutait dans la Ville ce qui venait de se passer; et la
rponse faite par le maire Incrdulit aux vaillants capitaines de Shadda tait blme. L'ancien
maire M. Intelligence, et l'ex-archiviste M. Conscience, mis au courant de l'attitude et du
discours d'Incrdulit, allrent au peuple, lui dmontrant que les demandes des Chefs taient
fort raisonnables. Mais qu'attendre encore, aprs le discours d'Incrdulit! Celui-ci mettait la
ville en bien mauvaise posture devant les messagers du Roi: les paroles en taient
irrespectueuses; Incrdulit accusait les Chefs ainsi que leur Roi de fausset et de fourberie,
car c'tait bien cela qui ressortait de son discours, de cette supposition de destruction, alors
que le Chef avait parl de clmence et de pardon plusieurs reprises.

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Convaincue d'avoir t desservie par son Maire, la foule commena de se rassembler sur les
places et dans les rues. Les gens murmurrent d'abord, puis parlrent ouvertement, puis se
mirent aller de ci, de l en chantant la louange des Chefs de l'Arme royale. Ah s'ils taient
seulement gouverns par de telles personnalits et par Shadda
Quand le Seigneur Incrdulit entendit dire que l'meute grondait dans la ville, il se hta de
sortir pensant apaiser les citoyens avec la seule majest de sa prsence. Mais quand on
l'aperut, on se prcipita sur lui et on lui aurait sans doute fait passer un mauvais quart
d'heure, s'il ne s'tait rfugi dans une maison. Les insurgs essayrent d'abattre celle-ci, mais
elle tait trop solide et ils n'y purent russir. Rassemblant son courage, M. Incrdulit s'avana
une fentre et s'adressa au peuple pour connatre la raison de la rvolte?
Le Seigneur Intelligence rpondit qu'elle provenait de son attitude envers les braves officiers de
Shadda. Il avait commis trois fautes:
1 En n'admettant ni M. Conscience ni lui-mme l'entretien avec le messager du Roi;
2 En faisant des ouvertures absolument inacceptables, rclamant pour la Cit de l'me la
possibilit de continuer ' vivre dans la dissolution et la vanit; il offrait ainsi Shadda une
situation subalterne: Prince de nom, tandis que Diabolus restait le vritable Roi;
3 En empchant par son insolent discours la clmence de s'exercer en faveur de la Cit.
Ds que M. Intelligence et achev de parler, Incrdulit cria: Trahison, Trahison! Aux
armes! Aux armes! Vous les fidles sujets de Diabolus dans la Cit, moi!
Donnez mes paroles le sens que vous voulez, rpondit Intelligence, mais j'affirme que les
officiers d'un si grand Roi mritaient d'tre plus civilement traits.
Cela ne va gure mieux, rpondit Incrdulit. Moi, quand j'ai parl, j'ai parl pour mon Prince,
pour son gouvernement, pour le peuple que, maintenant, vous excitez la rvolte.
M. Conscience intervint alors pour reprocher Incrdulit sa manire de rpondre M.
Intelligence. Il tait vident que ce dernier avait dit la vrit, et qu'Incrdulit tait un ennemi
de la Ville de l'me; soyez certain que votre discours impertinent a fait du mal la ville, et
qu'il a attrist les chefs de Shadda. Si vous aviez accept leurs conditions, nous n'aurions plus
redouter le son de la trompette et les frayeurs de la guerre; celle-ci aurait cess. Mais ce
terrible bruit de la trompette continue, et le manque de sagesse de votre discours en est la
cause.
Si je vis, dit Incrdulit, je transmettrai votre message Diabolus, Monsieur; et c'est lui qui
vous rpondra. En attendant, nous cherchons le bien de la ville et nous ne demandons pas vos
conseils.
Vous et votre Prince, vous tes des trangers dans la Cit de l'me, dit Intelligence. Sommesnous certains que votre gouvernement ne va pas nous conduire en de plus grandes preuves et
nous rduire en une plus grande extrmit? Puis quand vous verrez la partie perdue, qui nous
garantit que vous ne nous abandonnerez pas, ne songeant qu' votre seule scurit. Peut-tre
recourrez-vous la fuite en incendiant la ville et en profitant de la fume ou de la flamme de
son embrasement, qui nous rduira en un monceau de ruines et de cendres.

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Vous oubliez Monsieur que je suis le Gouverneur, rpondit Incrdulit, que vous n'tes que
sujet, et que votre conduite est inconvenante. Monseigneur Diabolus ne vous saura point gr de
vos prtendus soucis.
Alors que cet change de propos se faisait, le seigneur Volont survint accompagn de M.
Prvention, de Mchante Pause, de quelques conseillers et bourgeois nouvellement crs, et ils
s'enquirent de la raison du tumulte. Tout le monde rpondait la fois, et ordre fut donn de
faire silence. Alors le vieux renard Incrdulit se hta de prendre la parole: Monseigneur,
dit-il en s'adressant Volont et en dsignant Intelligence et Conscience, ces deux impertinents
personnages donnant cours leurs mchantes dispositions et sous l'influence de M.
Mcontentement, ont assembl le peuple contre moi, et essay de l'entraner des actes de
rbellion contre notre Prince.
Alors tous les Diaboloniens prsents affirmrent que le rapport d'Incrdulit tait exact. Quand
les indignes virent que les seigneurs Intelligence et Conscience taient en pril, la force tant
contre eux, ils entourrent aussitt ceux-ci, et deux puissants partis se formrent. Les
Diaboloniens voulaient qu'on mt en prison Intelligence et Conscience; le parti adverse s'y
opposait. Les uns chantaient les louanges d'Incrdulit, d'Ingratitude [de nouveaux conseillers]
et du grand Diabolus; les autres clbraient Shadda, ses lois, sa misricorde, faisaient les
loges de ses capitaines, de leurs conditions et de leur conduite. Des paroles on en vint aux
mains. Les coups pleuvaient dans toutes les directions. Le cher vieux gentilhomme M.
Conscience fut deux reprises jet par terre par un diabolonien: Engourdissement; M.
Intelligence risqua d'tre tu d'un coup d'arquebuse, mais le diabolonien qui le visait mit ct.
L'autre parti fut aussi srieusement touch: M. Raison dmolit le cerveau de M. Tte
imprudente, un diabolonien; et je ne pus m'empcher de rire en voyant comment M.
Prvention tait frapp et roul dans la boue. Bien qu'il et t promu capitaine et mis la tte
d'une compagnie de Diaboloniens pour le plus grand dommage de la Ville d'me, je vis que ses
propres troupes le pitinaient, et que le parti de M. Intelligence ne l'pargnait pas davantage.
M. N'importe quoi fut aussi fort malmen par les deux partis malgr sa brillante conduite, car il
n'tait fidle personne. Il eut une jambe casse, et celui qui fit cet exploit regretta que ce ne
ft pas le cou plutt qu'une jambe. Il y eut bien d'autres blesss de part et d'autre mais ce qui
tonna beaucoup, ce fut de voir l'inaction de M. Volont. Il semblait indiffrent ce qui se
passait; on s'aperut mme qu'il souriait en voyant Prvention recevoir des horions de tous
cts; et il ne donna aucune attention son Capitaine N'importe quoi.
Quand l'meute fut calme, Diabolus fit saisir les Seigneurs Intelligence et Conscience, comme
ayant provoqu le dsordre et les fit jeter en prison o ils furent durement traits. Il aurait bien
voulu s'en dfaire tout fait, mais les circonstances taient dfavorables: la guerre svissait
toutes les portes de la Cit.
Une fois de retour au camp, les capitaines de Shadda avaient convoqu un Conseil de guerre
pour dcider ce qu'il y avait lieu de faire. Les uns conseillaient de tomber sur la ville et de
l'attaquer de toutes parts; d'autres, le plus grand nombre, conseillaient une nouvelle
sommation; il leur semblait pour autant qu'ils avaient pu s'en rendre compte que la Cit de
l'me tait plus favorable leurs ouvertures qu'au dbut. Une action prcipite pourrait faire
dissiper ces sentiments naissants; mieux valait user encore de mansutude. On dcida donc
d'envoyer un nouveau messager la ville. Celui-ci fut appel; on lui dit exactement ce qu'il
devait prononcer, puis on l'envoya en lui souhaitant la bndiction de Dieu. Peu d'heures aprs,
il se mettait en route. Une fois arriv la porte de l'Oreille, il sonna de la trompette et quand
ceux de l'intrieur furent venus, il pronona ces paroles:

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Malheureuse ville de l'me, au coeur endurci, combien de temps encore t'attacheras-tu au


pch, combien de temps, dans ta simplicit, prendras-tu tes dlices dans le mpris, et
refuseras-tu les offres de paix et de dlivrance? Combien de temps refuseras-tu l'or des
promesses de Shadda pour t'attacher aux mensonges et l'hypocrisie de Diabolus? Quand
Shadda aura remport la victoire, penses-tu que tu ne seras pas malheureuse en te souvenant
de ton attitude actuelle? Penses-tu l'effrayer comme tu effrayerais une fourmi? Ta force
surpasserait-elle la sienne? Lve les yeux; considre les toiles; mesure leur hauteur!
Arrterais-tu le soleil dans sa course? Empcherais-tu la lune de rpandre sa lumire? Peuxtu compter les toiles, ou fermer les cluses des cieux? Peux-tu appeler les eaux de la mer et
en couvrir la terre? Peux-tu voir les orgueilleux et les abaisser, et les lier en secret? Telles
sont quelques-unes des oeuvres du Roi au nom duquel nous nous adressons toi en ce jour,
afin de t'amener sous son autorit. En son Nom, nous te sommons nouveau de te rendre
ses capitaines.
l'oue de ces paroles, les habitants de la Cit de l'me (les indignes) ne surent que dire.
C'est pourquoi Diabolus se prsenta pour rpondre lui-mme, ce qu'il fit en s'adressant ses
sujets: Messieurs, dit-il, si tout ce que nous venons d'entendre est vrai, la grandeur de
Shadda est crasante. La terreur que vous auriez de lui vous rduirait en esclavage; vous
ramperiez devant lui. Maintenant, distance, la pense de sa puissance vous crase, comment
pourriez-vous supporter sa Prsence? Avec moi, votre Prince, vous pouvez vous amuser
comme avec une fourmi. Considrez donc bien ce qui vous est le plus profitable et souvenezvous des immunits que je vous ai confres.
De plus, si tout ce que ce messager a dit est vrai, comment se fait-il que tous les sujets de
Shadda soient tellement asservis en quelque lieu qu'ils se trouvent? Dans tout l'Univers,
personne n'est plus malheureux ni plus cras qu'ils ne le sont.
Rflchis bien, Cit de l'me. Je voudrais que tu redoutasses de m'abandonner, autant que
moi je crains d'avoir le faire. Rflchis; le boulet est encore ton pied; tu as la libert si tu
sais t'en servir. Tu as aussi un roi si tu veux l'aimer et lui obir.
Ce discours ne fit qu'endurcir encore le coeur de la malheureuse Cit: la grandeur de Shadda
l'crasait effectivement, et le sentiment de sa saintet la jetait dans le dsespoir. Alors les
Diaboloniens, aprs avoir tenu conseil, firent dire au messager des Capitaines que pour ce qui
les concernait, ils resteraient fidles Diabolus, que jamais ils ne capituleraient devant
Shadda, qu'il tait donc bien inutile de leur envoyer de nouvelles sommations. Plutt que de se
rendre, ils mourraient sur place. L'horizon s'obscurcissait de plus en plus; il semblait qu'me
humaine ft irrmdiablement perdue. Cependant les Capitaines connaissaient les ressources
royales et refusaient la dfaite. Ils envoyrent donc d'autres sommations dont la teneur tait
toujours plus svre. Mais plus me humaine tait presse de se donner Shadda, plus elle
s'loignait de lui.
Devant cette attitude, les Capitaines rsolurent de cesser les sommations et de recourir un
autre moyen. Runis en conseil, ils examinrent ce qui pourrait le mieux atteindre le but:
conqurir la Cit de l'me et l'arracher la tyrannie de Diabolus. Aprs plusieurs autres, le
Capitaine Conviction se leva pour parler: A son avis, il fallait continuer de harceler la ville
jour et nuit, ce qui abattrait son esprit de rbellion; 2 Il lui semblait ncessaire d'envoyer une
ptition au Roi Shadda qui relaterait les faits de guerre, les sommations, leur rsultat, l'tat de
rbellion o me d'Homme tait encore. L'ptre s'achevait ainsi: Qu'il te plaise Roi des
Rois de pardonner l'inutilit de nos efforts; qu'Il te plaise aussi de nous envoyer de nouvelles
troupes et un Chef capable, lequel serait tout la fois aim et craint des citoyens de la ville
rebelle. Ce n'est pas que nous voulions abandonner notre poste; nous sommes prts mourir

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

sous les murs de la Cit, mais il nous tarde que tu rentres en possession de la Cit de l'me, et
de pouvoir te servir en quelque autre lieu que tu dcideras. Une fois la ptition rdige,
crite, scelle, elle fut expdie en toute hte au Roi Shadda par un courrier trs sr:
Amour des mes.
Le prince Emmanuel reut la ptition des mains du messager, il en prit connaissance, l'amenda
sur certains points, y ajouta quelques lignes puis la porta lui-mme au Roi.
Le Roi fut heureux de lire le message de ses Capitaines, combien plus en constatant que son
fils l'appuyait. Le Roi fit donc appeler Emmanuel qui rpondit aussitt: Me voici Pre! Le
Roi et son Fils parlrent des conditions de la Ville, des desseins royaux pour la Cit, du rachat
opr par Emmanuel. Et maintenant va jusqu'au Camp, ajouta Shadda: tu russiras, tu
prvaudras, tu vaincras la grande ville de l'me. Emmanuel rpondit: Ta loi est crite en
mon coeur, Dieu je prends mes dlices faire ta volont... J'ai longtemps dsir ce jour...
Revts-moi de la force et de la sagesse ncessaires pour accomplir l'oeuvre que tu me donnes
faire. Rien ne me cotera trop pour la Cit de l'me, je te bnis mon Pre de ce que tu m'as
choisi pour tre le Capitaine de son salut.
La nouvelle du dpart d'Emmanuel pour la conqute d'Aine d'Homme se rpandit la cour de
Shadda avec la rapidit de l'clair; tous parlaient des desseins royaux; tous, du plus puissant
au plus humble auraient aussi voulu partir sous les ordres d'Emmanuel.
Il avait t dcid qu'on enverrait au camp la nouvelle de la venue du Prince Lui-mme.
Lorsque les Chefs et l'Arme reurent le message ils poussrent de tels cris de joie que la terre
en trembla. Les montagnes firent cho cette explosion d'allgresse et Diabolus manqua d'en
perdre l'quilibre dans son palais. Ses espions qui parcouraient l'Univers vinrent lui annoncer la
venue d'Emmanuel, et il en fut rempli d'effroi, car il ne redoutait personne autant que le Prince.

CHAPITRE IV
LE SIGE DE LA VILLE DE L'ME CONTINUE SOUS LA DIRECTION D'EMMANUEL. - LUI-MME SE
PRSENTE MAINTENANT A LAME. - IL LA FAIT ENVIRONNER DE TOUTES PARTS PAR SES
ARMES ET LUI OFFRE LA PAIX. - L'INSTIGATION DE DIABOLUS, LA GRANDE VILLE DE L'ME
REJETTE LES AVANCES D'EMMANUEL. - L'ASSAUT. - LES PROPOSITIONS DE DIABOLUS QUI
OFFRE LE PARTAGE DE L'ME; IL SE CONTENTERAIT D'Y GARDER UNE TOUTE PETITE PLACE. REFUS D'EMMANUEL. - NOUVEL ASSAUT. - VICTOIRE ET DLIVRANCE.

Le moment du dpart d'Emmanuel approchait. Il choisit comme officiers de l'arme sous ses
ordres, cinq vaillants chefs; chacun commandait dix mille hommes. C'taient les capitaines
Confiance, Esprance, Charit, Innocence et Patience. Les couleurs du premier chef portes par
l'enseigne Promesse taient rouges et avaient comme cusson un agneau et un bouclier d'or;
celles du second chef portes par l'enseigne Attente taient bleues et l'cusson avait trois
ancres d'or; celles du troisime portes par Piti taient vertes et avaient en cusson trois
orphelins nus; celles du quatrime chef portes par l'enseigne Inoffensif taient blanches et
l'cusson portait trois colombes d'or; enfin celles du capitaine Patience taient noires; portes
par l'enseigne Long-Support, elles avaient comme cusson trois flches transperant un coeur.
Emmanuel lui-mme tait la tte de la nouvelle arme. Son armure tait d'or pur et
resplendissait comme le soleil; celles des chefs taient d'acier et avaient des reflets
blouissants. Sur l'ordre du Pre, l'arme tait munie de quarante-quatre bliers et de douze
frondes; celles-ci d'or pur. Lorsque, enfin, l'arme se mit en marche, lorsque les trompettes
sonnrent, et quand les bannires dployes flottrent au vent, ce fut un spectacle unique,
magnifique. Le voyage fut assez long, et la joie fut grande lorsque l'Arme de secours ne fut
plus qu' une lieue des murs de la Ville d'me. Alors elle s'arrta, et les chefs de l'arme
assigeante vinrent donner Emmanuel les dernires nouvelles. Puis on se remit en marche, et

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

les soldats qui avaient fait la campagne salurent les nouveaux arrivants avec des hourras
d'allgresse. Ces cris, ces vivats sortant de milliers de poitrines branlrent l'air et jusqu' la
terre, et Diabolus en ressentit une frayeur pouvantable.
L'arme d'Emmanuel vint jusqu'aux murs de la Cit et l'environna de toutes parts, alors que la
premire arme n'avait fait qu'assiger les portes. O qu'Anne d'homme tournt les yeux,
c'tait un dploiement de forces. Des travaux avaient t difis de deux cts: d'un ct le
mont Faveur, de l'autre le mont Justice. Des terrassements de moindre envergure taient
mens de front: l'avance de la Vrit, les terrasses de Point de Pch. On y plaa plusieurs
frondes. Cinq des plus puissants bliers furent placs sur le mont coutez qui se dressait en
face la porte de l'Oue pour l'obliger s'ouvrir. Tmoins de tous ces prparatifs, les citoyens
remplis de terreur ne savaient plus que faire ni qui recourir.
Quand tous ces travaux furent achevs, et la ville compltement cerne, le Prince fit hisser le
drapeau blanc sur le mont Faveur pour bien montrer aux habitants de la Cit qu'Il avait le
pouvoir et la volont de pardonner. S'ils refusaient nouveau le pardon offert, leur pch tait
plus que jamais sans excuse. Trois jours durant le signal resta dress, mais aucune rponse ne
vint de la ville. Il semblait que cette offre de clmence et laiss les citoyens de l'me
indiffrents. Alors le Prince fit hisser le drapeau rouge sur le mont Justice, celui du capitaine
Jugement, dont l'cusson tait une fournaise ardente. Plusieurs jours ce drapeau flotta sans
qu'aucune rponse vnt de la ville. Alors le Prince ordonna de hisser le drapeau noir... mme
silence.
Quand le Prince vit que rien ne touchait le coeur des habitants ni les offres de clmence, ni la
crainte du jugement et de l'excution de la sentence, il se sentit douloureusement mu et dit:
Sans doute, la ville ignore les us et coutumes de la guerre, de l son silence; celui-ci ne
signifie certainement pas qu'elle met en doute nos offres de clmence ou qu'elle dteste la
vie... Il envoya donc une estafette la ville pour lui expliquer ce que comportaient les trois
couleurs qu'on avait successivement hisses. Cette dmarche aussi resta sans succs. Les
portes restrent verrouilles, barres, fortifies: Que choisissaient-ils? La clmence ou le
jugement? La garde fut double et l'Usurpateur essaya de ranimer le courage de ses sujets.
Toutefois les citoyens dirent Emmanuel qu'ils ne pouvaient rien sans l'autorisation de leur roi
Diabolus; sans lui ils ne pouvaient dcrter la guerre ni faire la paix; ils pouvaient tout au plus
lui envoyer une ptition pour le prier de se prsenter aux remparts et de rpondre; cette
ptition, ils allaient la rdiger et l'envoyer sans retard. Le Prince comprenant la profondeur de
leur esclavage et la force de leurs chanes [choses dont ils ne semblaient pas autrement
souffrir] en fut extrmement afflig.
Averti que le Prince attendait une rponse et que les citoyens de l'me le priaient de la donner
lui-mme, Diabolus commena par regimber et protester, car il ressentait une grande frayeur
la pense de rencontrer le Prince. Toutefois il s'y dcida et descendit jusqu' la porte de la
Bouche; l il s'adressa au Prince Emmanuel en une langue qu'ignoraient ses vassaux. Il dit:
- O Toi Emmanuel, Seigneur de l'Univers, je te connais. Tu es le Fils du puissant Shadda.
Pourquoi es-tu venu me tourmenter avant le temps et me chasser hors de mes possessions?
Tu le sais, cette ville m'appartient doublement par droit de conqute d'abord, et maintenant de
son plein gr... elle rejette ta loi, ton nom, tes offres de clmence... Or, tu es juste et saint.
Retire-toi donc de moi, et laisse-moi vivre en paix dans mon hritage. Ne comprenant pas
son langage, les citoyens ne devinrent pas qu'il implorait Emmanuel. Au contraire, croyant la
puissance de Diabolus, ils le croyaient invincible.
- Ah! misrable sducteur, rpondit le Prince; tu n'as rien conquis que par ruse et

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

mensonge. Si ces pratiques sont admises la Cour du roi Shadda o tu dois tre jug, alors tu
as vraiment droit de conqute sur la ville. Mais quel dmon, quel tyran ne pourraient comme
toi, faire de cette manire, des conqutes sur l'Innocence... Tu as reprsent mon Pre comme
un menteur et un mchant, tu l'as odieusement calomni, tu as entran l'me ta suite en lui
promettant le bonheur, la dressant contre Shadda, contre ses envoys, contre moi. Or tu
savais par ta propre exprience que tu l'entranais sa ruine! Tu as vilipend mon Pre. N'estce rien que tout cela? Je suis venu pour venger le tort que tu as fait au roi Shadda, pour punir
les blasphmes dans lesquels tu as entran les citoyens de la ville. Que tout ceci retombe sur
ta tte!
Tu refuses de reconnatre mes droits sur la ville de l'me Tu sais cependant qu'elle
m'appartient, que mon Pre l'a construite et que je suis son hritier. Elle m'appartient de ce
chef; 2 Mon Pre me l'a donne; 3 Je l'ai rachete grand prix. La ville avait transgress la
loi de mon Pre et mritait la mort. Or si les cieux et la terre passent, la Parole de mon Pre ne
peut tre rvoque. Aussi lorsque les temps furent accomplis, je me suis donn en ranon pour
la ville. J'ai livr mon corps la mort en sa faveur, j'ai donn mon me pour que la sienne vive,
et mon sang fut vers pour elle. C'est ainsi que j'ai rachet ma ville bien-aime. Ainsi sont
accomplies la Loi et la Justice de mon Pre, et j'ai son approbation pour la dlivrance et la
gurison de la Cit de l'me... J'ai aussi un message pour elle...
peine le prince Emmanuel avait-il dit ces mots que la garde des portes fut renforce. Il donna
quand mme son message la Corporation, message d'amour, de compassion, d'appel,
d'avertissement aussi... Je ne veux en aucune manire te causer aucun dommage Cit de
l'me, dit le Prince en sa proraison. Pourquoi fuis-tu celui qui t'aime et te rfugies-tu auprs
de ton ennemi? Il est vrai que je voudrais voir en toi des sentiments de repentance. Mais ne
dsespre pas de la vie; ma puissance ne veut pas s'employer te nuire, mais briser tes
chanes, ton esclavage, te ramener mon obissance. La guerre, je la fais au Diable et aux
Diaboloniens. C'est lui l'homme fort que je veux lier, pour partager son butin. Ma puissance
pourrait l'abattre d'un seul coup et l'obliger au dpart; mais j'agirai avec lui selon les lois de la
guerre
L'appel du Prince resta sans rponse. Alors il se prpara livrer l'assaut et envoya les
sommations d'usage. Cette fois on tint un conseil de guerre dans la ville de l'me, et on dcida
la reddition de la Cit certaines conditions que fut charg d'exposer M. Col roide, un
Diabolonien dur et hautain qui avait dj rendu de grands services son Matre.
M. Col roide vint donc au camp d'Emmanuel, une audience lui fut accorde, et aprs les
crmonies d'introduction, l'ambassadeur de Diabolus exposa le message dont il tait charg:
Auguste Seigneur, dit-il en s'adressant au Prince, tous connatront dsormais quelle est la
bont naturelle de mon Prince et Matre. Il m'envoie dire Sa Seigneurie que plutt que de
continuer la guerre, il livrera la moiti de la ville de l'me entre ses mains.
Le tout m'appartient, rpondit Emmanuel; je ne puis en abandonner une moiti.
Mais, continua l'ambassadeur, mon Matre accorde que vous deveniez nominalement le seul
Seigneur de la ville, si seulement il en peut conserver une petite parcelle.
Tout m'appartient, dit Emmanuel, je suis le seul possesseur.
Cependant, Seigneur, voyez quelle est la condescendance de mon Matre; Il accepterait que
vous lui assigniez vous-mme une petite place o il pourrait continuer de vivre dans la Cit,
comme un simple particulier. Vous seriez Seigneur de tout le reste.
Tout ce que le Pre m'a donn est moi, dit le Prince, et je ne laisserai rien perdre de ce qu'Il
m'a confi. Nul coin ni recoin de la Cit de l'me ne pourraient donc tre abandonns son
ennemi.
Supposons Seigneur, que mon matre vous abandonne toute la Cit avec cette seule provision

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

qu'il y pourra venir de temps autre pour visiter quelques amis et y faire un petit sjour?
Impossible, rpondit Emmanuel. Votre Matre ne vint qu'en passant chez David, et cependant
David faillit perdre son me. Je ne consentirai jamais ce qu'il ait ici le moindre pied--terre.
Seigneur, votre duret semble extrme. Supposons que mon Matre accepte toutes vos
conditions; ses amis, du moins, auront je pense l'autorisation de demeurer dans la ville et de
continuer leur commerce?
Ceci est contraire ce que veut mon Pre. Tous les Diaboloniens perdront leurs biens, leurs
liberts, et leurs vies, si on les trouve dans la Ville.
Mon matre ne pourrait-il d'aucune manire garder quelque attache avec la Cit? Par des
lettres, par quelque voyageur, quelque occasion de passage, ne pourrait-il entretenir des
relations d'amiti?
Non! Absolument pas! Toute attache, toute relation d'amiti avec lui entranerait nouveau
l'me dans la corruption.
L'ambassadeur Col roide suggra ensuite que peut-tre, son Matre aimerait laisser quelque
souvenir ses amis au moment du dpart (s'il partait?) Ceci encore Emmanuel ne pouvait
l'accepter. - Il tait probable, ajouta l'Ambassadeur, que des citoyens de la Cit de l'me
rclameraient aussi en certaines occasions les excellents conseils de leur Prince. Auraient-ils le
droit de le consulter librement? - Aucune affaire, aucune chose, aucun cas ne sauraient tre de
solution trop difficile pour mon Pre, rpondit Emmanuel. Ne serait-ce pas mpriser sa Sagesse
et son Habilet que de recourir aux conseils de Diabolus? Alors que mon Pre demande
justement qu'en toutes choses les citoyens de la Ville de l'me aillent lui et qu'ils lui exposent
toutes leurs difficults et tous leurs besoins par prire, et requtes! Accorder ce que tu
demandes serait laisser ouverte la porte par laquelle pntrerait invitablement la destruction
de la Cit.
Alors, l'ambassadeur Col roide se retira pour retourner celui qui l'avait envoy. Il exposa
devant Diabolus et ses grands, le rsultat de sa dmarche.
Il fut alors dcid que la Ville rsisterait jusqu'au bout, dcision qu'on fit porter au camp
d'Emmanuel, par Mchante Pause: Votre Matre n'aura pas la Ville dit-il ceux qui le
reurent, moins qu'il ne la prenne par force. Les citoyens ont dcid de tenir ou de tomber
avec leur seigneur Diabolus. Quand le message et ce propos de Mchante Pause furent
rapports au Prince, il dit: Je vais donc tre oblig d'essayer la puissance de mon pe, car il
faut que je conquire l'me et que je la dlivre de celui qui l'a dgrade et asservie.
Les troupes furent disposes pour la bataille selon les ordres du Prince. Les chefs Boanergs,
Conviction, Jugement et Confiance furent placs avec leurs hommes prs de la porte de
l'Oreille; Bonne Esprance et Charit prirent place devant la porte de l'Oeil, et les autres chefs
reurent les positions de combat les plus avantageuses. Le cri de guerre fut donn:
Emmanuel! L'alarme retentit: bliers et frondes furent mis en action. Diabolus lui-mme
dirigeait les troupes de la ville assige. La bataille fut dure et continua plusieurs jours: de
part et d'autre il y eut des blesss et dans le camp de la Cit de l'me, des morts. Parmi ceuxci, relevons les noms des Capitaines Vanterie et Scurit, celui-ci dcapit par le Chef
Conviction, lui-mme bless; aussi Fanfaron, chef de ceux qui jetaient des tisons enflamms et
des flches empoisonnes. L'arme de Shadda avait remport de srieux avantags: la porte
de l'Oreille tait maintenant srieusement branle et celle de l'Oeil peu prs brise.
Emmanuel fit alors hisser nouveau le drapeau blanc. Ce que voyant, et sachant que ce n'tait
pas lui que le Prince offrait une trve, Diabolus rsolut d'essayer nouveau de quelque ruse.
Peut-tre qu'Emmanuel se contenterait de promesses de rformes et qu'il lverait le sige de la
Ville?

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Donc, un soir, longtemps aprs le coucher du soleil, il se prsenta la porte de l'oreille et


annona qu'il dsirait parler au Prince Emmanuel. Lorsque celui-ci fut venu, il lui dit: Comme
en hissant ce drapeau blanc, tu manifestes des dispositions paisibles, il m'a sembl convenable
de t'avertir que nous tions prts accepter la paix des conditions que tu accepteras
certainement.
Tu aimes la pit et la saintet; en faisant cette guerre, tu dsires amener me d'homme
la saintet. Eh bien, retire tes troupes, et moi je courberai me d'homme et l'amnerai tre
ce que tu veux qu'elle soit. Je ferai cesser toute hostilit contre toi; et je te servirai autant que
je t'ai combattu jusqu'ici. Je leur montrerai quel point ils se sont loigns de toi et, les
ramnerai l'observance de tes commandements.
O Sducteur! rpondit le Prince. Maintenant que tu as chou en te faisant voir sous tes vraies
couleurs, tu veux te dguiser en ange de lumire et en ministre de la justice? Aucune de tes
propositions ne saurait tre prise en considration. Tu parles de rformes, toi?
d'amliorations? Et tu serais le Rformateur? Tout ce qui procde de toi n'est que ruse et
corruption, et tu le sais bien! Beaucoup te discernent quand tu te prsentes sous tes vraies
couleurs. Mais bien peu savent te reconnatre lorsque tu te revts de vtements blancs ou que
tu te pares de lumire. Non, non, tu ne te joueras pas ainsi de la ville de l'me; elle m'est
extrmement chre malgr son garement.
Tu te trompes si tu supposes que je suis venu lui commander de faire des bonnes oeuvres pour
vivre. Non! Je suis venu pour la rconcilier avec mon Pre, bien qu'elle ait grivement pch et
mpris sa loi. Et tu t'offres pour l'assujettir au bien! Qui donc t'en chargerait? Je la conduirai
moi-mme par des chemins nouveaux, avec des lois nouvelles et l'amnerai une telle
conformit avec mon Pre que son coeur en sera parfaitement rjoui. La Cit de l'Anse vivra
pour la gloire de l'Univers.
Se voyant dmasqu, et rempli de confusion, Diabolus se retira pour prparer la ville de
nouveaux combats. Toutefois, dsesprant d'avoir le dessus, il donna ses officiers les ordres
de destruction les plus cruels. Quand il deviendrait apparent que la Cit allait tomber, on devait
passer au fil de l'pe hommes, femmes, enfants, et rduire la ville en un monceau de ruines.
Mieux valait dtruire la ville et empcher ainsi qu'Emmanuel en ft sa demeure. De son ct,
Emmanuel prvoyant que le sige touchait son terme, recommanda son arme de faire
quartier aux citoyens de la Ville, mais d'tre sans piti pour Diabolus et les Diaboloniens.
Effectivement, lors de l'assaut qui suivit, la porte de l'Oreille dj fortement branle fut brise.
Alors les sons clatants des trompettes rsonnrent, et l'arme d'Emmanuel poussa des cris de
joie. Le Trne d'Emmanuel fut aussitt dress sur l'emplacement mme de la porte de l'Oue.
Alors l'effort du combat se porta sur le chteau-fort o Diabolus et ses chefs s'taient
retranchs; et comme la maison de l'ancien Archiviste y tait adosse, Emmanuel envoya les
chefs Boanergs, Conviction et Jugement M. Conscience pour qu'il ouvrt les portes de sa
demeure. Or celui-ci s'tait retranch chez lui, ne sachant trop ce qui allait lui arriver; mais
sous les coups rpts des bliers, il vint jusqu' la porte et tout tremblant, demanda ce qu'on
lui voulait? - L'entre, rpondit Boanergs; prendre possession de ta maison au Nom du Prince
qui veut s'installer chez toi. M. Conscience ouvrit. Les troupes du Roi entrrent et prirent
possession de la maison, ce qui leur confrait une situation trs favorable pour l'attaque du
chteau. Aussitt, la nouvelle de l'occupation du palais de M. Conscience par les troupes royales
se rpandit dans la ville, et la dite nouvelle fit boule de neige. Or vous savez que celle-ci ne
perd rien en roulant. On vint donc voir M. Conscience et les nombreux visiteurs remarqurent
qu'il tait effray et tremblant. Vous savez bien leur expliqua M. Conscience que nous

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sommes des tratres, que nous avons mpris Emmanuel dont la gloire et la puissance clatent
aujourd'hui. Que pourrions-nous donc attendre d'autre aujourd'hui que le chtiment? D'autre
part, il tait vident que les chefs se tenaient sur la rserve avec M. Conscience. De sorte que
le bruit se rpandit que la ville ne pouvait esprer autre chose du Prince que chtiment et
destruction.
Pendant que certains chefs continuaient le sige du Chteau, des troupes poursuivaient dans la
ville les avantages acquis. Capitaine Excution avait fort faire. Il pourchassait le seigneur
Volont et ses officiers de lieu en lieu, Volont traqu de toutes parts fut heureux de disparatre
dans un trou noir; plusieurs de ses chefs furent tus et il y eut un grand carnage de
Diaboloniens. Malgr cela, il n'en restait encore que trop dans la ville.
C'est alors que l'ancien archiviste, M. Conscience, le seigneur Intelligence, et autres chefs de la
Cit de l'me s'avisrent qu'il serait bon d'envoyer une ptition au Prince Emmanuel, dans
laquelle ptition ils confesseraient leur iniquit, imploreraient son pardon et demanderaient la
vie sauve. La requte fut expdie et resta sans rponse. Ils en furent fort troubls.
Certain jour enfin, sous les coups rpts des bliers, un passage fut ouvert dans la forteresse
o Diabolus s'tait retranch, et tout aussitt les Chefs le firent savoir au Prince. Les trompettes
firent rsonner la bonne nouvelle par tout le camp, ce qui fut l'occasion d'une grande
allgresse. Car maintenant on pouvait envisager la fin de la guerre et l'heure de la Dlivrance
de la Cit allait sonner.
Revtu d'une armure d'or, prcd de son tendard, entour de sa garde, le Prince traversa la
ville et vint jusqu'au chteau-fort. Tous se pressaient sur son passage, tous se sentaient attirs
vers lui, mais tous remarquaient aussi son attitude rserve, et y voyaient l'indication qu'un
chtiment svre allait atteindre la ville rebelle. Arriv au chteau, Emmanuel commanda
Diabolus de se rendre. Rampant, se tordant, implorant la piti, celui-ci se prsenta: Ne me
prcipite pas dans l'abme avant le temps, suppliait-il, laisse-moi sortir de la Cit en paix. Il
fut li sur l'ordre du Prince, et conduit sur la place du March, dpouill de l'armure dont il se
glorifiait, expos en spectacle, afin que la Cit de l'me pt voir la ruine de celui en qui elle
avait mis sa confiance. Puis li de chanes aux roues du char d'Emmanuel, qui traversa la ville
de part en part, il fut conduit jusqu' la porte de l'Oeil pour de l gagner le camp. Ce fut un
grand cri d'allgresse dans le camp de Shadda lorsqu'on vit Diabolus li et rduit
l'impuissance, un cantique de louanges s'leva pour le Prince: II a men captif, celui qui
retenait captif, il a dpouill les principauts et les puissances, les exposant en spectacle. la
pointe de son pe, il a vaincu Diabolus... Des choeurs mlodieux se firent entendre qui
atteignirent jusqu'aux demeures clestes.
Emmanuel chassa ensuite Diabolus. L'heure n'tait pas encore sonne qui devait le voir jeter
dans l'Abme; et il lui ordonna expressment de ne plus jamais s'emparer de la Ville de l'me.

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

LA PRISON DE BUNYAN

CHAPITRE V
L'ME DLIVRE DU JOUG DE SATAN SE TOURNE VERS EMMANUEL. - LE SENTIMENT DE SON
PCH L'ACCABLE. - ELLE IMPLORE LA PITI. - SILENCE DU PRINCE. - LA CIT DE LAME
S'HUMILIE ET SE REPENT. - LES SEIGNEURS INTELLIGENCE, CONSCIENCE, VOLONT APPELS
EN JUGEMENT PAR LE PRINCE PLAIDENT: COUPABLES. LE PARDON DU PRINCE. - IL LES
RENVOIE CONSOLS ET VTUS DE JOIE.

La grande ville de l'me tait dsormais dlivre de l'pouvantable esclavage de Diabolus, et


elle se tournait vers son Roi. Mais Lui, son uvre acheve, s'tait retir en son pavillon royal
hors des murs de la Cit, laissant les chefs Boanergs et Conviction chez le seigneur
Conscience. L'apparence de ces chefs tait empreinte de majest, leurs visages resplendissaient
de force et de dcision, leurs paroles rappelaient le mugissement des grandes eaux. Tout ce
qu'ils faisaient ou disaient remplissait de crainte et de terreur les habitants. L'incertitude du
lendemain, le remords du pass pesaient lourdement sur la ville de l'me. Pendant longtemps,
il lui fut impossible d'avoir aucun repos ou tranquillit, ni de goter aucun sentiment de paix,
ou d'esprance.
Certain jour, Boanergs reut du prince Emmanuel l'ordre de rassembler les citoyens dans la
cour du Chteau, et l, sous leurs yeux, de se saisir des seigneurs Intelligence, Conscience et
Volont et de les jeter en prison, en chargeant les habitants eux-mmes de les garder. Cet
ordre, aussitt excut, ne fit qu'aviver la douleur et la terreur des habitants. Ceci semblait
confirmer les craintes qu'ils avaient prouves de voir la Cit de l'me compltement dtruite.
quel genre de mort seraient-ils condamns? Combien de temps auraient-ils souffrir? Ces
penses les proccupaient, et ils redoutaient par-dessus tout d'tre envoys dans cet abme qui
effrayait l'Usurpateur Diabolus, car ils savaient bien qu'ils avaient mrit un chtiment.
D'ailleurs, il tait dur aussi d'avoir supporter la disgrce dans laquelle ils se sentaient
maintenus, et il aurait t dur d'avoir mourir sous l'pe d'un prince aussi excellent
qu'Emmanuel. L'emprisonnement des seigneurs Intelligence, Conscience et Volont jetait aussi
la Cit de l'Anne dans le dsarroi. C'taient eux qui avaient toujours gouvern la ville: les
excuter ce serait la dcapiter. Longtemps, les citoyens repassrent ces penses en leur coeur.
Chaque jour, leur incertitude et le silence du Prince semblaient plus difficiles supporter; enfin,
aids des prisonniers, ils dcidrent d'envoyer une ptition Emmanuel et choisirent pour
porter celle-ci un monsieur VOUDRAIT VIVRE. La dite ptition contenait des louanges pour
le Prince victorieux, puis la Cit de l'me s'humiliait et demandait son pardon en faisant appel
la grandeur de la Misricorde royale. Que nous vivions devant ta face, ajoutaient-ils, et nous

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

serons tes serviteurs... men.


Le Prince prit la ptition des mains du messager, il la lut, puis renvoya son porteur sans mot
dire.
Que faire! Il n'y avait plus qu' prier le Prince, ou mourir. me d'Homme continua donc de le
supplier, et cette fois demanda au capitaine Conviction d'tre son messager. Il rpondit qu'il ne
voulait point et n'osait pas servir d'intermdiaire des tratres, ni se faire l'avocat de rebelles.
Cependant, notre Prince est misricordieux, ajouta-t-il; envoyez l'un de vous comme
messager, mais qu'il se prsente comme il convient, avec une corde autour du cou, et qu'il
n'implore rien d'autre que la compassion du Prince. Aprs d'assez longs dlais, la ville envoya
chercher un pauvre homme nomm Coeur rveill; il habitait une chaumire. On lui fit savoir
ce qu'on attendait de lui et il partit accompagn de tous les voeux de ses concitoyens. Je vous
laisse penser avec quelle impatience son retour fut attendu.
Quand il fut conduit devant Emmanuel, il tomba ses pieds et dit en suppliant: Oh Que la
Cit de l'me vive devant ta Face! Le Prince se dtourna quelque temps trs mu et pleura,
puis il dit au messager: Lve-toi, retourne chez toi, j'examinerai ta requte. peine Cur
rveill fut-il dans la ville, que de toute part on accourut vers lui: Comment le Prince l'avaitil reu? Qu'avait-il dit? Quoi, toujours rien? Aucune prcision? Considrant qu'il tait
convenable de rendre compte de sa mission aux chefs d'abord, le messager se dirigeait vers le
chteau o il raconta aux prisonniers tous les dtails de l'entrevue. Il dit aussi la gloire et la
beaut du Prince qu'on ne pouvait voir sans le craindre et l'aimer tout aussitt.
L'attitude du Prince fut explique diffremment dans la Ville: Elle tait un indice de
clmence, disaient les uns. - Non, non! c'tait une marque de svrit, assuraient les autres. Il
fallait se prparer mourir, etc., etc... Perplexit et doutes firent place rapidement la
terreur, un grand trouble tomba sur la Cit. Mieux valait la mort que cette incertitude, que ces
terreurs planant sur eux jour et nuit. Dans leur misre, ils rsolurent d'envoyer une troisime
supplique au Prince.
Dans celle-ci ils louaient d'abord la grandeur du Prince et sa bont, puis ils confessaient leur
iniquit: Nous ne sommes plus dignes d'tre considrs comme tes sujets, nous mritons
l'Abme. Si tu dcides de nous faire passer au fil de l'pe, certes nous dclarerons que ta
sentence est quitable; si tu nous condamnes, ce n'est que justice. Mais, oh! Seigneur! laisse
agir ta Grce, sauve-nous, pardonne nos transgressions, et nous chanterons jamais ta bont
et tes jugements misricordieux. men. La question du messager se posa de nouveau.
Plusieurs voix proposrent Bonnes uvres; mais l'Archiviste s'opposa nergiquement ce
choix: Quoi Bonnes uvres comme messager, quand toute notre requte crie:
Misricorde! Si le Prince lui demande son nom et qu'il le dcline, Emmanuel rpondra:
Quoi, Bonnes uvres vit encore dans la Cit de l'me? Eh bien! que les Bonnes uvres
vous sauvent de la dtresse o vous tes. On se rallia aux paroles de M. Conscience et on
mit Bonnes uvres de ct. Cur rveill fut nouveau choisi et, sa demande, on lui
adjoignit M. Dtresse, ainsi nomm parce qu'il versait beaucoup de larmes de repentance sur
lui-mme et sur ses compatriotes. Tous deux partirent la corde au cou, les mains lies.
Ils s'excusrent en arrivant la cour de venir nouveau importuner le Prince, mais cause de
leurs pchs ils n'avaient plus de repos ni jour ni nuit. Ils remirent la supplique de la Cit et
attendirent prosterns la dcision du Prince, qui, aprs avoir lu le manuscrit, leur posa plusieurs
questions sur leur naissance et leur situation. Sans doute celles-ci taient trs hautes,
puisqu'on les avait choisis comme dputs? - Non, ils taient au contraire gens du commun,
rpondirent-ils, et ils ne s'expliquaient pas le choix de leurs concitoyens. Que le Prince ne prt

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pas offense de leur bassesse! Oh! pardonne nos transgressions, et ne te retiens pas plus
longtemps d'avoir piti; n'loigne pas plus longtemps l'instant de la Grce, et la gloire qui t'en
reviendra!
Le Prince commanda qu'ils se tinssent debout, ce qu'ils firent. Alors, il montra la grandeur de
l'iniquit de la Cit de l'me rejetant son Pre comme Roi, pour mettre la place un tyran, un
menteur, un rebelle. Li de chanes et dj condamn l'Abme, il est venu vous offrir ses
services et vous l'avez accept! Nous, nous sommes venus pour chasser l'Usurpateur, et
qu'avez-vous fait? Vous avez pris parti pour lui, fermant vos portes et faisant la guerre contre
nous... Maintenant que j'ai vaincu le Tyran, vous venez implorer ma faveur! Pourquoi n'avoir
point pris fait et cause pour moi? Pourquoi ne m'avoir pas aid chasser le puissant
Cependant, et malgr tout, je lirai votre ptition, et j'y rpondrai comme il convient ma
gloire.
Allez! Vous direz de ma part aux chefs Boanergs et Conviction de m'amener demain au
camp les prisonniers; aux chefs Jugement. et Excution de rester au Chteau et de veiller la
tranquillit de la ville jusqu' nouvel ordre. Ayant dit, le Prince regagna le pavillon royal.
Les messagers allrent directement la prison pour rendre compte de leur mission aux chefs et
donnrent une partie du message: Le Prince avait dit que sa rponse serait en rapport avec
sa gloire. - Est-ce l tout, demanda un vieux N. Inquisitif? - Pas tout fait,
avourent-ils; et ils dirent alors toutes les paroles du Prince. Les prisonniers remplis
d'angoisse crirent dans leur douleur, et leur cri monta jusqu'au ciel. Puis ils se prparrent
mourir. Quant ceux de la ville, ils se dirent qu' quelques jours de distance, eux aussi
devraient expier leur iniquit par la mort; ils prirent des habits de deuil et allrent sur les
remparts.
Le lendemain, en vtements de deuil, la corde au cou, chanes aux pieds, se frappant la
poitrine et sans oser lever les yeux, les prisonniers prirent le chemin du Camp d'Emmanuel.
Boanergs et la garde, bannire dploye, allaient devant; puis les prisonniers; enfin l'arriregarde avec sa bannire, sous la conduite du Capitaine Conviction. Quand ils arrivrent au Camp
du Prince, la vue de sa gloire, de sa grandeur ne fit qu'augmenter la dtresse des prisonniers
qui ne purent retenir leurs larmes et, leurs lamentations. Arrivs la porte du Pavillon du
Prince, ils se prosternrent jusqu'en terre.
Averti de la prsence des prisonniers, Emmanuel monta les degrs du Trne et s'y assit; puis,
aprs leur avoir dit de se relever, il les questionna en disant:
- tes-vous de ceux qui, autrefois, serviez Shadda? - Oui, Seigneur, rpondirent-ils.
- Et vous avez accept d'tre gouverns par Diabolus qui a travaill vous corrompre et vous
souiller?
- Oui Seigneur! Plus que cela, nous l'avons choisi.
- Auriez-vous aim de vivre sous son joug jusqu' la fin?
- Oui Seigneur. Ses lois satisfaisaient nos dsirs charnels, et nous avions oubli notre premier
tat.
- Et quand je suis venu pour vous secourir, vous avez souhait du fond du Coeur que je fusse
vaincu?
- Oui Seigneur!
- Quelle punition mritez-vous?
- La mort et l'Abme.
- Avez-vous quelque chose dire pour votre dfense?

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- Rien Seigneur! Tu es juste! Et nous avons pch.


- Pourquoi ces cordes votre cou?
- Pour tre lis la place d'excution s'il ne te plat pas d'avoir piti.
- Cette confession est-elle faite aussi au nom des habitants d'me d'Homme?
- Oui, au nom de tous les indignes, Seigneur! Mais nous ne sommes pas les porte-paroles
des Diaboloniens.
Alors le Prince ordonna qu'un hraut fut amen, lequel fut charg de proclamer par tout le
camp que le Prince, Fils de Shadda, avait remport une parfaite victoire sur la Cit de l'me.
La proclamation devait tre faite avec l'accompagnement des sonneries de trompettes, les
prisonniers devaient suivre le hraut et dire lorsqu'il avait achev la proclamation: men. Il fut
fait comme Emmanuel avait command. Alors une musique mlodieuse retentit dans les lieux
clestes, les chefs poussrent des cris de joie, et les soldats entonnrent des chants de
triomphe et les louanges du Prince. Les bannires dployes claquaient au vent. L'allgresse
dbordait de toutes parts. Cependant elle n'habitait pas encore dans le coeur des prisonniers.
Ensuite Emmanuel fit venir ceux-ci, et lorsqu'ils furent en sa prsence, le Prince pronona ces
paroles: Mon Pre m'a donn le pouvoir et le commandement de pardonner la ville de
l'me ses pchs, ses offenses, son iniquit. J'accorde donc un pardon gnral et voici le
parchemin scell des sept sceaux o le dit pardon est expos. Vous le lirez demain vos
compatriotes une fois le soleil lev.
Puis Emmanuel ta les habits de deuil des prisonniers maintenant librs et les revtit de
gloire, il donna l'huile d'allgresse au lieu de cendres, un vtement de louanges au lieu d'un
esprit abattu. Des joyaux, des chanes d'or et des pierres prcieuses au lieu des cordes du
condamn.
En apprenant leur pardon, en constatant les marques de la faveur du Prince, les prisonniers
s'vanouirent presque de joie tant la grce avait t soudaine. Le seigneur Volont serait tomb
si les bras ternels ne l'avaient enlac, rconfort, affermi. Emmanuel l'embrassa, l'encouragea
il fit de mme avec les deux autres. - Que ceci serve de gage de mon amour, de ma faveur et
de mes compassions, dit-il, et que M. l'Archiviste ne nglige point de dire la ville tout ce que
vous avez vu et entendu.
Alors leurs fers volrent en pices sous leurs yeux, leur dmarche fut libre, et s'inclinant
jusqu'en terre ils baisrent les pieds d'Emmanuel, et clatrent en cantiques de louange. Le
Prince leur dit de se lever, de retourner la ville et l, de dire leurs compatriotes la Grce
dont ils avaient t les objets. De plus, Emmanuel commanda qu'ils fussent prcds d'un
musicien avec chalumeau et tambourin, lequel devait jouer tout le long du chemin. Ainsi
s'accomplissaient des choses qu'ils n'avaient jamais espres, et ils possdaient ce que leurs
penses n'avait jamais considr comme possible. Enfin Emmanuel fit appeler le capitaine
Confiance: avec quelques officiers, enseignes dployes et marchant devant les seigneurs
librs, ils devaient prcder ceux-ci jusque dans la Ville. Puis, quand l'Archiviste lirait au
peuple runi le pardon accord, le chef Confiance entrerait par la Porte de l'Oeil avec ses dix
mille hommes et irait jusqu'au chteau-fort pour y tablir garnison, tandis que les capitaines
Jugement et Excution en sortiraient pour retourner au camp du Prince.
Dsormais les jours d'angoisse taient passs, la Ville de l'me ne vivrait plus sous la terreur
que faisait peser sur elle les quatre chefs de la premire arme.
- Imagine si tu le peux, Lecteur, l'tonnement des citoyens de la grande Cit. Eh quoi! C'est en
cet appareil et entours de tant de gloire que revenaient les prisonniers? Ils taient descendus

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au camp en vtements de deuil, ils revenaient vtus de blanc! Avec des cordes au cou, et
maintenant ils avaient des chanes d'or! Avec des fers aux pieds, mais maintenant libres! Ils
marchaient la mort, et revenaient avec l'assurance de la vie! Ils taient partis le Coeur bris,
et revenaient plein d'allgresse, aux accents joyeux de la musique. Lorsqu'ils parvinrent la
porte de l'Oeil, leurs concitoyens clatrent en cris de joie dont les chos firent tressaillir les
chefs et l'arme du Prince. Ceux qu'ils avaient cru morts, taient revenus la vie, et ils
revenaient vtus de magnificence. Il n'tait plus question de cogne ni de billot d'excution.
C'taient la joie et l'allgresse.
- Bienvenus! Soyez les bienvenus, criait-on. Qu'il soit bni celui qui a pargn vos vies. Tout
va bien pour vous! Mais quel est le sort rserv la Ville?
- Nous apportons d'excellentes nouvelles pour la Cit, rpondirent MM. Conscience et
Intelligence; puis ils racontrent en dtail tout ce qui leur tait survenu au camp. Quant au
message pour la ville, un mot le rsumait: celui de Pardon! Mais c'est le lendemain que serait
lu le message du Prince, sur la place du March. Cependant la joie et l'allgresse taient telles
que personne ne put dormir cette nuit-l. Dans toutes les maisons, on entendait des chants, de
la musique, tous dbordaient de bonheur, tous exaltaient le grand amour dont ils taient les
objets.
Ceux qui se jugeaient et se condamnaient eux-mmes en se rendant au devant de leur Juge
s'taient vu acquitter bien que coupables, de par la clmence du Prince. - tait-ce l une
coutume de rois que de faire grce aux tratres? - Non! elle n'appartenait qu' Shadda et
Emmanuel son Fils...
Lorsque le lendemain M. Conscience commena de lire la sentence de Grce, l'acte de Pardon,
sur la place du March, un grand silence plana sur la Ville. Mais quand l'Archiviste arriva ces
paroles: L'ternel! L'ternel ' Le Dieu misricordieux et compatissant qui pardonne l'iniquit,
le crime et le pch... Les auditeurs ne purent s'empcher de sauter de joie, et l'allgresse
clata de toutes parts; les cloches sonnrent, et les habitants allant jusqu'aux remparts se
prosternrent sur les murailles en regardant vers le camp d'Emmanuel. De l'arme du Prince
s'levrent aussi des cris d'allgresse, tandis que le son clatant des trompettes remplissait l'air
de notes joyeuses, et que les couleurs taient hisses. Dans le chteau, le capitaine Confiance
se fit voir sur la plus haute tour, puis d'une sonnerie de trompette il salua la Cit et le Camp du
Prince.
Ce fut ainsi qu'Emmanuel conquit la ville de l'me, l'enlevant la domination et la puissance
du tyran Diabolus.
CHAPITRE VI
FERVEUR DU PREMIER AMOUR. - LA CIT DE L'ME INVITE EMMANUEL A VENIR DEMEURER
CHEZ ELLE. - EMMANUEL Y CONSENT. - POURSUITE DES DIABOLONIENS QUI SE SONT
CACHS DANS L'ENCEINTE DE LA CIT. - FUITE D'INCRDULIT. - EMMANUEL DONNE UNE
NOUVELLE CHARTE LA VILLE. - VTEMENTS BLANCS. - BONHEUR. - INSENSIBLEMENT L'ME
SE LAISSE D-TOURNER DE SON PRINCE, ET OUBLIE LA FERVEUR DU PREMIER AMOUR. EMMANUEL QUITTE LA CIT.

Aprs ces choses, la grande ville de l'me se rendit au Camp royal comme un seul homme pour
remercier le Prince, lui dire sa reconnaissance, et chanter les louanges de son vainqueur. Puis
elle le pria de venir chez elle, et d'y habiter jamais... Car maintenant que nous t'avons vu,
dirent-ils, maintenant que nous avons contempl ta majest, nous ne pourrions supporter que
tu nous quittes. Nous mourrions certainement. Puis il reste peut-tre quelques Diaboloniens

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dans nos murs. Si tu nous abandonnais, que ne feraient-ils pas. N'essaieraient-ils pas de nous
faire retomber sous le joug de Diabolus?
- Si je m'tablis dans vos murs, rpondit le Prince, m'aiderez-vous raliser les desseins que
j'ai dans le Coeur contre mon ennemi et le vtre?
- Seigneur, notre faiblesse est extrme..., mais si ta lumire marche devant nous, et si ton
amour est notre arrire-garde, si tu nous conduis par ton conseil, tout sera certainement pour
le mieux. Viens donc dans la ville, agis comme bon te semblera, mais garde-nous de tomber
dans le pch, et fais de nous des serviteurs utiles.
Alors, Emmanuel rpondit de faon favorable: Il allait s'tablir dans la Cit de l'me.
l'oue de ces paroles, les citoyens furent transports de joie. Ils jonchrent de verdure le
chemin que devait suivre le Prince et sa garde d'honneur, ils dcorrent les grandes artres de
la Ville et leurs maisons. Le chteau aussi fut prpar, afin de devenir sa demeure particulire.
Le lendemain, au milieu des cantiques de louanges et des cris d'allgresse, le Prince en costume
d'apparat et son tat-major y pntrrent. Les autres chefs et leurs troupes furent rpartis chez
les habitants.
Ceux-ci ne se lassaient pas de voir leur Roi, d'observer ses manires et sa conduite; aussi lui
demandrent-ils de venir souvent se promener dans la Cit; et d'avoir accs toute heure
auprs de lui. Le Prince accorda ce qu'ils dsiraient ordonnant que les portes du Palais fussent
toujours ouvertes.
Certain jour, Emmanuel fit une grande fte laquelle il convia toute la ville et il donna un
banquet. Il reut ses invits avec des mets dlicats qui venaient du ciel. chaque nouveau plat
qui tait pass, les convis se demandaient les uns aux autres: Qu'est ceci? Car ils ne
savaient ce que c'tait. Et tandis qu'ils gotaient la nourriture des anges et prenaient du miel
dcoulant du Rocher, une musique cleste se faisait entendre.
La fte termine, Emmanuel proposa ses convis certaines nigmes et il leur expliqua les
choses qui le concernaient. Ils comprirent alors, en contemplant leur Roi, ce qui tait rest
obscur pour eux jusque-l; ils virent en lui la substance de ce qu'annonaient les symboles.
C'tait Lui l'Agneau, le Sacrifice, le Rocher, Lui qui portait le pch: Lui la Porte, et le Chemin.
De retour dans leurs maisons et occups aux besognes quotidiennes, les invits pensaient
encore aux affaires d'Emmanuel; et ils chantaient ses louanges jusque dans leur sommeil.
Puis Emmanuel s'occupa de fortifier la Cit, il fit lever des tours sur les remparts et y fit placer
les Frondes apportes du Palais de Shadda. Il inventa aussi un engin redoutable. Plac au
Coeur de la Ville, dans le Chteau, il envoyait par la Porte de la Bouche des projectiles auxquels
rien ne pouvait rsister. Cet instrument tait sous la garde et la disposition du Capitaine
Confiance.
Ensuite, le Prince manda M. Volont et lui donna la garde des portes des remparts et des tours.
De plus, il le chargea de la scurit de la ville et mit la milice sous ses ordres. Il lui fut trs
spcialement recommand de faire tous ses efforts pour surprendre tous Diaboloniens qui se
seraient cachs dans la Cit et de les tuer sur place ou de les dfrer la Cour de Justice.
Puis le Seigneur Intelligence fut mand et rtabli en sa charge. Emmanuel lui dit de se
construire un palais prs de la Porte de l'Oeil. Ce palais devait affecter la forme d'une tour pour
tre, le cas chant, facile dfendre. Enfin, le Prince lui recommanda de lire avec soin chaque
jour le livre de la Rvlation, afin d'en tre clair et de pouvoir s'acquitter de sa charge avec

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sagesse et fidlit.
M. Connaissance fut nomin Archiviste, Emmanuel rservant au Seigneur Conscience un autre
emploi. Toute effigie de Diabolus, toute image des Diaboloniens devaient tre dtruites,
arraches, mises en poudre. Seule, celle de Shadda devait tre grave en lettres d'or au Coeur
mme de la Ville de l'me, c'est--dire dans le Chteau. Trois Diaboloniens de marque devaient
tre trs particulirement recherchs, pourchasss, traqus et saisis: les deux maires,
Incrdulit et Convoitise Charnelle et l'Archiviste: Oublie le Bien. Plusieurs conseillers et
bourgeois furent aussi dsigns aux poursuites et, par la suite, pris par le Gouverneur: MM.
Athisme, Coeur Endurci, Fausse Paix, Pas de Vrit, Sans Pit, Orgueil,
etc... Emmanuel donna l'ordre de dmolition des forteresses qu'avait fait lever Diabolus. Tous
les matriaux devaient tre jets hors de la ville. Ce fut un long travail.
Enfin une Cour de Justice fut convoque pour juger les prisonniers qu'avait faits le
Gouverneur; et plus particulirement, des Diaboloniens de marque. Les assises durrent
longtemps. entendre les inculps, ils taient tous innocents, tous avaient agi par amour de la
ville et pour son bien. Nous ne citerons ici que l'argumentation de M. Assurance
Trompeuse, un Diabolonien de renom. Comme l'accusation lui reprochait d'avoir travaill
insidieusement et diaboliquement calmer les remords de la ville dsobissante et rebelle,
l'enracinant ainsi dans la rvolte contre son Roi, en l'entranant toujours plus bas dans la misre
et la honte, il rpondit comme suit:
- Messieurs de la Cour, et vous tous nomms prsentement pour tre mes juges, il est vrai
que je me nomme Assurance; mais Assurance Trompeuse?
Jamais! Recherchez diligemment auprs de ceux qui me connaissent bien quel est mon vrai
nom, ils vous diront: Assurance. Tel mon nom vritable, tel je suis! J'ai toujours aim la
tranquillit, et je suppose que les autres l'aiment aussi. Aussi quand je voyais mes voisins dans
l'angoisse, je m'employais les rconforter.
1 Ainsi lorsque Cit de l'me se fut dtourne de Shadda, quelques-uns en eurent du
remords, de l'angoisse. Moi les voyant si malheureux, j'ai fait tout mon possible pour les
rassurer.
2 Quand les coutumes de Sodome prvalurent dans la Cit, si pour quelque cause, les citoyens
taient molests, je m'y opposais, travaillant ce que chacun se sentit libre d'agir sa guise
en toute tranquillit.
3 Quand la guerre clata entre Shadda et Diabolus et qu'me d'Homme vivait dans la terreur
redoutant la destruction, je travaillai par divers moyens ramener la paix en son sein.
J'ai donc toujours t un homme vertueux, procurant la paix l'me tourmente. Et puisque
celui qui procure la paix est proclam bni et heureux par quelques-uns, je vous prie, Messieurs
les Juges, vous qui tes rputs pour votre quit et votre justice dans la Ville de l'me de
reconnatre que j'ai t poursuivi et emprisonn sans cause; veuillez donc ordonner ma mise
en libert, et l'arrestation de ceux qui m'ont accus indignement.
les entendre, tous taient blancs comme neige, ils justifiaient leur infme conduite, et mme
ils accusaient! Mais les tmoins furent appels; la culpabilit, les mensonges et les crimes des
accuss furent surabondamment prouvs, et la peine capitale fut prononce. Les habitants de la
ville de l'me furent chargs de l'excution de la sentence pour le lendemain.
Que se passa-t-il? Comment cela se fit-il? Cette mme nuit Incrdulit russit briser ses

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chanes et s'enfuir. Le gelier fit son rapport au Gouverneur, et des recherches furent
entreprises, mais inutilement.
Aprs avoir err quelque temps autour de la Cit, Incrdulit se dcida rejoindre Diabolus. Un
Monsieur Voit Bien assurait l'avoir aperu traversant grands pas les endroits dsertiques
en s'loignant de la ville. Incrdulit rencontra son Prince sur une colline dominant la Porte (le
l'Enfer, et il lui raconta tout ce qui s'tait pass dans me d'Homme depuis qu'elle appartenait
Emmanuel. l'oue de ces nouvelles, Diabolus fut pris d'un pouvantable accs de rage et
jura de se venger.
Revenons la Cit. Il lui incombait de crucifier elle-mme, ses ennemis: les Diaboloniens
saisis dans ses murs et condamns. Mais au moment de l'excution, ceux-ci se dmenrent si
nergiquement que les citoyens n'en seraient pas venus bout si le Secrtaire de Shadda qui
tait prsent n'tait venu leur secours en entendant leurs appels. Il posa ses mains sur les
leurs pour les vivifier et ranimer leur vigueur; de sorte que la Ville de l'me put venir bout
de sa tche et crucifier ceux qui avaient entran la Cit sa ruine.
Heureux des marques d'obissance et de fidlit donnes par la ville qui avait excut ses
ordres, le Prince vint lui-mme dans la Cit et la rconforta avec des paroles selon son Coeur.
Elle avait montr par son obissance, son amour pour la Personne de son Prince. Emmanuel
allait lui donner une marque de sa faveur en nommant un nouveau capitaine, un citoyen de la
Cit, nomm Exprience, qui, jusque-l tait au Chteau, attach la personne du Capitaine
Confiance. Il tait intelligent, entendu, circonspect, et aim de ses concitoyens qui eurent une
grande joie de sa nomination.
Le Prince retourna ensuite au Palais, o les Chefs et les Anciens de la Ville se rendirent aussi
pour lui rendre hommage, et le remercier de ses soins, de son amour, de sa garde.
Emmanuel leur annona en cette occasion qu'il allait renouveler la Charte de la Cit et leur
donner un nouveau Testament. Un jour fut fix pour la lecture du document dont voici la
teneur:
Moi, Emmanuel, Prince de Paix, grand Ami de l'me, je lgue, au nom de mon Pre et au
mien, ma chre Cit
Premirement: Un pardon gratuit complet, ternel, pour son iniquit, les offenses et pchs
commis contre mon Pre, contre moi, contre ses voisins, contre elle-mme.
Deuximement: Je lui donne ma sainte Loi et mon Testament avec tout ce qu'ils contiennent
pour son rconfort et sa consolation ternels.
Troisimement: Je lui donne une portion de la Grce mme et de l'Amour mme qui est dans
le Coeur du Pre et dans le mien.
Quatrimement: Je lui donne et lui lgue gratuitement le monde et tout ce qui s'y trouve pour
son bien; elle dominera sur le monde comme il convient pour l'honneur de mon Pre, pour ma
gloire et pour son rconfort. Je lui donne les bnfices de la vie et de la mort, des choses
prsentes et des choses venir. Privilges dont aucune autre cit, ville ou corporation n'a joui
avant elle.
Cinquimement: Je lui donne libre accs en ma prsence; en tous temps j'entendrai ses
requtes et j'interviendrai en sa faveur lorsqu'on lui fera du tort. .

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Siximement: Je lui donne autorit et puissance pour rechercher, poursuivre et exterminer


tous Diaboloniens qui toujours font la guerre l'me.
Septimement: Tous ces privilges et immunits sont uniquement pour les citoyens de la ville
de l'me. Les Diaboloniens en sont exclus et tous autres trangers.
Au jour marqu, la nouvelle charte fut lue par M. Connaissance, sur la place du March, devant
tous les habitants de la Cit, puis elle fut grave en lettres d'or sur les portes du chteau, au
Coeur de la ville, afin qu'ils ne l'oubliassent jamais et que leur amour et leur joie en fussent
augments. La proclamation de cette nouvelle constitution fut l'occasion de grandes
rjouissances dans toute la ville de l'me.
Ensuite, le Prince convia au Chteau les principaux et les Anciens de la Cit pour les entretenir
d'un ministre nouveau qu'Il voulait instituer au milieu d'eux: celui du Secrtaire en chef de la
Cour de Shadda: dont le nom est aussi le Consolateur, le Saint-Esprit, qui les guiderait
dans toute la Vrit et leur enseignerait toutes choses. Il appartenait la Maison du Pre et
partageait la nature de Shadda et celle de son Fils. Lui, serait le premier Conseiller de la Ville
de l'me; Il devait donc avoir la premire place dans l'affection de la Cit. Ses paroles sont
vivantes; elles sont accompagnes de force. II communique aussi la force et la vie intrieures,
Il mettra la vie dans vos Coeurs, Il vous aidera formuler vos requtes. Mais veillez ne point
le contrister...
Le Prince fit alors appeler l'ancien archiviste,
M. Conscience, et lui dit: Tu es vers dans les lois de la Cit et tu seras mon ministre pour
l'enseignement de la morale, des lois civiles et naturelles. Mais en mme temps, et bien que
matre toi-mme, tu deviendras l'lve du Secrtaire royal, du Saint-Esprit. C'est Lui que tu
dois recourir pour qu'Il t'enseigne; il y a un esprit en l'homme mais c'est Lui qui peut l'clairer
et l'inspirer saintement. Sois humble! Souviens-toi des Diaboloniens qui ont rejet leur premier
tat et qui sont aujourd'hui prisonniers de l'Abme. Et comme tu as vieilli et que tu t'es affaibli
et corrompu durant les annes d'oubli de ton Roi, je t'autorise boire librement du sang de
mes grappes. Ton Coeur et tout ton tre en seront purifis, tes yeux en seront clairs, ta
mmoire fortifie, et tu pourras garder soigneusement les enseignements du Consolateur.
Emmanuel s'adressa aussi tous les habitants de la Cit et leur annona la nomination du
Consolateur et celle de M. Conscience comme prdicateurs et instructeurs. Le premier leur
rvlerait les choses clestes et ternelles, le second devait les guider dans les choses
terrestres, les questions touchant la morale. Quant au nouvel archiviste: M. Connaissance, lui
aussi devait se soumettre au Saint-Esprit et se garder de tout ce qui n'manait pas de cette
source unique.
Emmanuel avertit aussi les habitants qu'il laissait parmi eux les capitaines: Confiance,
Esprance, Charit, Patience. Assistez-les, chrissez-les. Ils vous dfendront comme des lions
lorsque l'ennemi vous attaquera. Mais si, de quelque manire, vous les oubliiez, si vous les
dlaissiez, ils en seraient aussitt affaiblis. Si de quelque manire mes Capitaines taient
affaiblis, la ville de l'me ne saurait tre forte.
S'ils taient malades, c'est que la ville d'me les aurait contamins. Veillez observer mes
ordonnances; votre bonheur en dpend.
Je sais n'en pas douter qu'il reste parmi vous quelques Diaboloniens, et vous-mmes le

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saurez bientt; ce sont pour vous d'implacables ennemis qui vous ramneraient sous la
domination de Diabolus si vous n'y preniez garde. Ils se sont retirs dans les cavernes, sous les
murailles, mais ils existent. Sous aucun prtexte, vous ne traiterez avec eux; mais vous les
pourchasserez et les mettrez mort. Voici quelques-uns des noms des principaux d'entre eux:
Fornication, Adultre, Colre, Meurtre, Vice, Fausset, Envie, Ivrognerie, Querelles, Sdition,
Sorcellerie. Vous les chasserez, vous les dtruirez, autrement ce serait eux qui causeraient
votre ruine. Veillez.
J'ai tabli sur vous comme guides et comme pasteurs le Consolateur et M. Conscience. Vous
avez aussi les quatre capitaines de ma premire arme qui vous instruiront en toute saine
doctrine. Ils pourront vous faire une lecture chaque jour ou chaque semaine.
Le Prince Emmanuel instruisit donc la ville de tout ce qui intressait son dveloppement, sa
scurit et sa prosprit. Il dcida de lui donner une nouvelle marque de confiance en lui
confrant un signe distinctif parmi les autres peuples tribus et langues habitant l'Univers.
Certain jour, les habitants furent invits au chteau et l, aprs leur avoir expliqu sa pense,
Emmanuel sortit de son trsor des robes blanches et les en revtit. Ainsi le monde saura que
vous tes moi, dit-il, et ceci vous aidera galement reconnatre les tratres qui se
glisseraient parmi vous. Tous furent donc revtus de vtements appropris leur taille et
leur stature; ils taient de fin lin, blanc et pur: Ce vtement est ma livre, 'ajouta le Prince.
Portez-le par amour pour moi, et pour que le monde sache que vous tes moi.
Alors, la corporation de la Cit de l'me resplendit comme le soleil, et son apparence clatante
rappelait celle d'une arme en marche bannires dployes.
Il n'y a que moi dans l'Univers qui puisse donner cette livre, dit Emmanuel. Aucun autre quel
qu'il soit, prince ou potentat, ne peut la donner aussi. Et maintenant coutez mes paroles:
1 Veillez la porter chaque jour et toute heure du jour, afin que personne ne puisse jamais
douter que vous tes moi.
2 Gardez vos vtements blancs: Des vtements tachs seraient un dshonneur pour moi.
3 Veillez ne point les laisser traner dans la poussire.
4 Veillez ne point les perdre, de peur que votre honte et votre nudit n'apparaissent.
5 Cependant, si, malgr mes avertissements, vous laissiez salir votre vtement - ce qui
m'attristerait et rjouirait Diabolus - htez-vous de faire ce que requiert ma loi pour les
blanchir.
Maintenant, la Cit de l'me tait comme un signet sur la main droite d'Emmanuel. Aucune
autre Cit ne pouvait lui tre compare. Quand son oeuvre fut acheve, Emmanuel ordonna
que son tendard ft hiss sur la Citadelle. II allait souvent visiter les habitants; pas de jour
ne se passait qu'Il n'allt voir les anciens ou qu'ils ne vinssent le voir. Ils avaient besoin de
parler ensemble des grandes choses accomplies et de celles qui taient encore en son Coeur
pour la Cit. Il allait par les rues, les jardins, les vergers, gurissant les malades, bnissant,
disant quelques paroles aimables. Il voyait aussi ses capitaines quotidiennement. Un sourire
d'Emmanuel leur donnait force et vigueur plus et mieux que quoi que ce soit d'autre, sous les
cieux. Pas de semaine ne se passait que le Prince ne ret les habitants sa table, ou qu'Il ne
ft reu chez eux. Tous les jours maintenant taient jours de banquet spirituel. Et quand ils
regagnaient leurs demeures ils emportaient toujours quelque prsent royal. Si les Anciens

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n'allaient pas au chteau, Emmanuel leur envoyait des vivres de la Cour: du pain et du vin de
la table du Pre. Si les habitants de la Cit espaaient leurs visites, Lui allait vers eux, frappait
leurs portes, attendant qu'on lui ouvrt, apportant avec soi quelque marque de son amour et
de sa faveur.
On n'entendait plus que cantiques de louanges dans la Ville. Tout tait allgresse, bonheur,
tranquillit. Emmanuel avait install un nouveau Chef dans la Cit: la Paix de Dieu. Plus de
disputes, de querelles, tout tait harmonie, joie, sant. Cet tat de chose dura tout l't.
Mais il se trouvait dans la ville un individu nomm Scurit charnelle, il entrana les habitants
en un triste esclavage. Diabolonien par son pre, il tait par sa mre, Lady Ne craint rien, petitfils du Seigneur Volont. Il y avait eu tant d'alliances entre ceux de la ville et les Diaboloniens,
qu'il semblait peu prs impossible d'exterminer tous les ennemis de l'me.
Lorsque Diabolus fut captur et chass, Scurit charnelle disparut, pensant qu'il serait prudent
de se faire oublier. C'tait l un sage raisonnement:
Aprs une absence prolonge, il sortit de sa retraite avec prcautions. Il fut trs prudent et,
d'abord, ne se mla qu'au peuple, vantant la gloire et la puissance de la ville qu'il dclarait
imprenable dsormais. Ses discours plurent, et il en prouva une grande satisfaction. Il se mit
ensuite chanter la valeur des capitaines, la puissance des armes, la solidit des fortifications
de la Ville, chanter la bont d'Emmanuel qui avait promis un bonheur ternel la Cit.
Ensuite, il essaya de gagner la faveur des particuliers de marque. Et, bientt, toute la Ville se
laissa prendre aux beaux discours qui rsonnaient si agrablement ses oreilles. Elle prouva
son tour ces sentiments de scurit charnelle qui endorment la vigilance, vigilance d'autant plus
ncessaire que des Diaboloniens taient toujours dissimuls et actifs en son enceinte. Les
habitants firent des festins que ne prsidait plus Emmanuel, bien qu'il habitt toujours dans la
ville. Les gouverneurs aussi se laissrent prendre au babillage incessant et flatteur de Scurit
charnelle qui chatouillait agrablement leurs oreilles. Cependant tous avaient entendu les
avertissements rpts d'Emmanuel. Il leur avait dit que la force de l'me ne rsidait pas
tellement dans ses fortifications que dans son attachement et sa fidlit son Prince, lesquels
retenaient Celui-ci dans le palais intrieur, au Coeur de la Cit.
Leur devoir immdiat, c'tait de lapider l'impudent Diabolonien. Au lieu de cela, ils se laissrent
prendre ses piges, s'attachant lui au point d'en oublier le Prince et ses instructions.
Oh! S'ils avaient toujours cout Emmanuel! Leur paix et dbord comme un fleuve
Emmanuel, constatant que la politique de M. Scurit et sa diplomatie avaient le plus grand
succs se retira de la ville de l'me qui ne le recherchait plus, ne se souciait plus qu'il vnt ou
non la visiter, ne venait plus la sainte Table, bien qu'il la dresst encore et les invitt au
festin. Il se retira parce que la Ville de l'me - ne recherchait plus ses conseils se croyant
invincible et hors de la porte de l'ennemi, parce qu'elle refusait d'couter la voix du SaintEsprit qu'Il lui avait envoy.
Laissant la Citadelle, Il alla d'abord jusqu' la porte de la Ville, puis quitta tout fait la place, y
laissant cependant le ministre du Saint-Esprit, bien que la Cit de l'me ngliget d'entendre
ses directions. En mme temps que s'en allait Emmanuel la Paix de Dieu se retirait aussi de
la Cit.

CHAPITRE VII
SCURIT CHARNELLE FAIT UN FESTIN. - CRAINTE DE DIEU LVE LA VOIX. -- IL REPROCHE

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

L'OUBLI D'EMMANUEL. - LA VILLE TOMBE DANS LA LANGUEUR. - LES ENNEMIS EN SON


ENCEINTE CONSPIRENT CONTRE ELLE. - ILS ENVOIENT CHERCHER DIABOLUS. - LE COMPLOT
EST DCOUVERT. - AVERTIE, ME D'HOMME S'HUMILIE, SE REPENT. - DFAILLANCE DES
SEIGNEURS VOLONT ET PENSE. - DIABOLUS SE PRPARE L'ASSAUT.

Il demeurait dans la ville de l'me un monsieur, Crainte de Dieu, ce qui dplaisait fort
Scurit charnelle. Il aurait bien voulu le dbaucher lui aussi et en faire l'un de ses adeptes.
Mais jusque-l, Crainte de Dieu se tenait l'cart et Scurit charnelle sentait bien qu'il n'avait
aucune prise sur lui. Il rsolut de l'inviter un grand festin avec plusieurs autres de ses
voisins, dans le but de le circonvenir, de le dbaucher si possible, d'en faire sa dupe comme il
l'avait fait avec les seigneurs de la Cit.
Tous vinrent, tous se livrrent la joie, burent et mangrent l'exception de Crainte de Dieu
qui se tenait sur la rserve, ce dont l'amphitryon s'aperut: - Seriez-vous malade? Malade de
corps ou d'esprit? ou des deux? demanda-t-il ironiquement son invit. - Je vous remercie
pour votre intrt plein de courtoisie, rpondit Crainte de Dieu. Mais j'ai un mot dire aux gens
de la ville: aux chefs et aux anciens. Et se tournant aussitt vers eux, il dit: Vous Chefs, vous
Anciens, n'est-il pas extraordinaire que vous soyez si joyeux et si loquaces pendant que la ville
de l'me est rduite en un tat si misrable?
Scurit charnelle se dressa d'un bond et cria tout aussitt: Mais cet homme ne sait ce qu'il
dit; il a besoin de sommeil. Reposez-vous, Monsieur, pendant que nous continuerons
festoyer.
Si votre Coeur tait droit et sincre, reprit Crainte de Dieu, pourriez-vous continuer votre
oeuvre nfaste, M. Scurit?
Et que voulez-vous dire, Monsieur?
Ne m'interrompez point. Il est vrai que Ville d'me tait imprenable, mais vous l'avez affaiblie
ce point qu'elle est maintenant expose toutes les entreprises ennemies. Est-ce un temps
pour flatter, ou rester silencieux? C'est vous, M. Scurit charnelle qui avez abattu ses tours,
bris ses portes et ses barres. Depuis que les seigneurs de la Ville de l'me sont devenus si
puissants et que vous, M. Scurit, vous tes devenu si grand, la Cit a oubli son Prince, la
misricordieuse attente de celui-ci s'est lasse, et maintenant il s'est retir de la Ville. C'est sa
Prsence qui faisait la force de notre Cit.
- Fi! Fi! Monsieur, interrompit Scurit! Que vous tes timor! Ne vous dferez-vous jamais
de cette pusillanimit? Avez-vous peur d'tre tu par un moineau? Qu'est-ce qui vous
blesse? J'en tiens pour vous. Je veux tre votre ami, et vous vous me tenez l'cart, vous
m'accusez! Et puis est-ce l'heure d'tre triste? Un festin, c'est pour qu'on se rjouisse. En ne
devriez-vous pas avoir honte d'apporter ici le trouble et la mlancolie quand vous devriez
manger, boire, et tre heureux comme tout le monde?
Comment ne serais-je pas triste quand Emmanuel n'occupe plus le trne de l'me, rpondit
Crainte de Dieu. Et c'est toi qui l'as chass, Scurit mauvaise. Maintenant, Messieurs de la
Ville, car mon discours est pour vous, vous qui avez t l'objet d'un si grand amour, d'un si
grand pardon, vous avez nglig le Prince, vous ne l'avez plus cherch, vous avez ignor ses
appels! Alors, il s'est tenu l'cart, et vous ne vous en tes mme pas aperus! Si vous vous
tiez humilis pour votre froideur et votre oubli, Il aurait sans doute pardonn, mais quand Il
vit que personne ne pensait plus lui, que personne ne rpondait ses invitations, et que vous
vous imaginiez vous suffire vous-mmes, il a quitt la ville, et avec lui est parti ce qui faisait

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

votre force. Que votre fte soit change en deuil, et votre joie en lamentations.
l'oue de ces paroles, M. Conscience que le Prince Emmanuel avait promu la charge de
prdicateur, sous les directions du Secrtaire royal venu de la cour de Shadda pour enseigner
le peuple de la Cit de l'me dans toute la Vrit, M. Conscience se sentit touch au vif, et il dit
aux convives: Mes frres, j'ai bien des raisons de croire que M. Crainte de Dieu vient de
nous dire la vrit. Personnellement, il y a bien longtemps que je n'ai pas vu le Prince.
Je sais que tu ne le verras pas, reprit Crainte de Dieu, et c'est de votre faute vous, les chefs,
s'il est parti, vous qui en reconnaissance de la grce dont vous avez t l'objet, montrez
maintenant la plus honteuse ingratitude.
l'oue de ces paroles, tous les convives changrent de couleur, et mme on put craindre que
M. Conscience ne tombt la renverse. Quant M. Scurit charnelle, il jugea prudent de
quitter la chambre. Les choses prenaient un vilain tour, ce qu'il tait bien loin d'avoir prvu. Les
paroles d'Emmanuel, ses avertissements contre les faux prophtes en habits de brebis, se
prsentaient avec force dans le coeur des convives. Ah! certes, Scurit Charnelle tait bien
l'un de ceux contre qui le Matre avait essay de les mettre en garde. Sortant de sa maison, les
convis y mirent le feu, brlant celle-ci sur le propritaire qui y tait cach, car il tait un
Diabolonien. Ensuite, ils partirent chercher le Prince, nourrissant encore quelque espoir de le
trouver. Hlas! Leur recherche fut vaine. Ils ne le trouvrent pas. Alors ils se condamnrent
svrement et se repentirent de leur langueur spirituelle. Ils dcidrent d'aller frapper la
porte du Seigneur-Secrtaire, celui qui tait venu les appeler de la part du Prince sans qu'ils
daignassent rpondre l'invitation. Peut-tre pourrait-il leur dire o tait le Prince Emmanuel?
Ils frapprent en vain la porte de son palais, sans pouvoir obtenir de rponse.
Et maintenant, me d'Homme traversait des heures d'preuve, des jours sombres; elle se
rendait compte de sa folie et voyait o l'avaient mene les flatteries et les vaines paroles de
Fausse Scurit. M. Conscience tonnait en chaire contre le pch des grands, contre ses propres
transgressions, contre la ville. Il s'humiliait, lui, prdicateur, de s'tre laiss entraner au mal.
C'est cette poque qu'une pidmie fit son apparition dans la Cit, frappant les habitants de
langueur. L'arme en fut aussi touche ainsi que ses chefs. On ne rencontrait plus dans la ville
que malades et gens puiss. Les vtements blancs donns par Shadda taient devenus
souills, ils taient dchirs et il semblait que les morceaux dussent rester attachs au premier
buisson rencontr.
M. Conscience fit dcrter un jour de jene et demanda au chef Boanergs de prcher. Celui-ci
accepta et prit pour texte: Coupe-le, pourquoi occupe-t-il la terre inutilement? Puis, aid
des conseils de Crainte de Dieu, Conscience dcida d'envoyer une supplique Emmanuel, et le
Maire fut choisi pour la porter la Cour de Shadda et du Prince, son fils. Mais le messager
d'Aine d'Homme ne fut pas admis en leur prsence. Ils m'ont tourn le dos quand j'appelais,
dit Emmanuel, et maintenant qu'ils sont dans la peine, ils m'appellent au secours '. Qu'ils
cherchent le secours auprs de Scurit charnelle, le Guide de leur choix. Ils m'ont oubli au
temps de leur prosprit et maintenant, dans l'adversit, ils m'appellent.
La rponse fut transmise au Maire qui s'en revint dsespr. Qu'allait devenir la ville de l'me?
Consult, M. Crainte de Dieu assura qu'il n'y avait pas lieu de s'tonner de l'attitude
d'Emmanuel. C'est ainsi qu'il agissait pour prouver les dispositions de ceux qui s'adressaient
Lui, et pour dvelopper leur patience. Il n'y avait qu' attendre l'instant qu'Emmanuel choisirait,
mais ils devaient continuer l'implorer. Dsormais, les suppliques se succdrent: pas de
jour qui ne vt quelque courrier porter de la ville la cour quelque prire au Prince.

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

Les Diaboloniens qui taient rests dans la ville [ce dont les citoyens ne s'taient pas mis en
peine malgr les avertissements d'Emmanuel] avaient quitt leurs retraites, et, profitant de
l'tat de langueur, d'affaiblissement o tait la Cit, ils se mlrent aux habitants. Qu'avaientils redouter? Emmanuel avait quitt la Cit de l'me! Ils se runirent chez l'un d'entre eux,
conspirrent contre la scurit de la Ville et dcidrent d'avertir Diabolus que l'heure semblait
propice pour son retour; et que s'il attaquait me d'Homme, il avait bien des chances de
russir et de la reconqurir nouveau.
Quand le message lui parvint, Diabolos trembla de joie. Quelle esprance cette lettre faisait
briller ses yeux! Il rpondit qu'il viendrait assiger la ville et demandait que les Diaboloniens
qui logeaient en ses murs travaillassent par tous les moyens leur disposition seconder
l'action des envahisseurs, le moment venu. Ds maintenant, ils devaient s'immiscer le plus
possible dans la vie des citoyens pour travailler leur affaiblissement et se renseigner sur tous
dtails utiles.
Les Diaboloniens se runirent pour lire la rponse du Prince des Tnbres; il leur conseillait
trois moyens pour atteindre le but propos 1 Entraner la ville dans le relchement et la
vanit: La corruption, rien de tel pour perdre une me, avait dit Lucifer au Conseil que
Diabolus avait runi pour formuler la rponse ses fidles Diaboloniens; Probatum est! 2
Faire natre en elle le doute et le dsespoir. 3 Ou bien faire exploser la Cit avec la poudre
d'orgueil. Vu l'tat de la Ville, il tait vident que le second moyen conseill tait le meilleur.
Mais comment procder? Aprs y avoir rflchi quelque temps les conspirateurs dcidrent que
quelques-uns d'entre eux se dguiseraient et changeraient de nom, puis qu'ils iraient sur la
place du March et se mleraient aux indignes qui dsiraient se placer chez les notables de la
Cit. Ils prtendraient venir d'une ville loigne. Ce qui fut dit fut fait, et c'est ainsi que
quelques Diaboloniens s'tablirent au Coeur mme de la Ville. Leur action ne tarda pas se
faire sentir.
L'tat de la Cit semblait bien misrable; Emmanuel restait sourd toutes les requtes, la
maladie continuait ses ravages, et l'action sournoise et corruptrice des Diaboloniens minait la
confiance qui subsistait encore au Coeur des habitants. Ceux-ci ngligeaient de se rformer et
s'affaiblissaient de jour en jour, de sorte qu'ils devenaient comme la feuille que le vent chasse.
Diaboloniens et indignes semblaient vivre en bons termes; ces derniers songeaient presque
rechercher l'amiti de leurs ennemis. Ils taient consums par la maladie, mais les
Diaboloniens, eux, prospraient; c'est en vain qu'ils eussent cherch les exterminer. Mieux
valait s'accommoder de ce qu'on ne pouvait empcher.
L'ennemi observait avec joie cette rapide dcadence. L'heure lui semblait venue de frapper le
coup qui assujettirait dfinitivement l'me Diabolus, et ils le lui firent savoir. Dans leur
message, ils recommandaient que l'arme survnt un jour de march alors que les indignes
taient tous occups de diverses manires et rassembls sur la Place. Ce jour-l, la surveillance
des portes et des remparts tait moindre, forcment, et ils pourraient plus facilement du
dedans seconder l'action des assaillants.
Or, Shadda n'avait jamais tout fait abandonn la ville de l'me, mme si celle-ci ne s'en
apercevait point, cause du nuage qu'levaient sa dfection son manque d'amour ses doutes
sa langueur ses pchs, nuage dont elle tait comme enveloppe. Il y avait dans la Cit un M.
troite Surveillance, dont les soins vigilants s'exeraient jour et nuit, car il pressentait ce qui se
passait effectivement. Une nuit qu'il passait prs de la Colline d'infamie, il entendit un bruit de
voix sortant d'une maison qui servait aux Diaboloniens pour leurs rencontres. Il s'approcha
avec prcaution et entendit ainsi toutes les prcisions du complot une fois la victoire remporte,

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

les indignes et les chefs de l'arme seraient passs au fil de l'pe quant aux soldats, ils
seraient jets hors de la ville.
Immdiatement, troite Surveillance alla prvenir le Maire, qui envoya chercher le Prdicateur
M. Conscience. Celui-ci convoqua immdiatement les indignes, en faisant sonner la cloche qui
appelait aux runions. Ds que l'assemble fut runie, il communiqua les graves nouvelles:
lettres changes entre Diaboloniens et Diabolus, conspiration contre la ville de l'me; leve
d'une arme dans les enfers puis, il appela M. Surveillance, le priant de dire lui-mme les
propos que sa vigilance avait surpris. Ensuite, M. Conscience se leva et dit:
Nous avons abandonn notre Roi; quoi d'extraordinaire que notre cruel ennemi relve la tte
au dedans et au dehors; et qu'au dedans la trahison n'attende que l'instant favorable pour
ouvrir les portes et livrer la ville. Nous avons laiss vivre nos ennemis mortels et mme nous
sommes en bons termes avec ceux qu'Emmanuel nous avait dit d'exterminer. Aussi sommesnous rduits aujourd'hui en cette cruelle extrmit.
Alors, les auditeurs s'humilirent et versrent beaucoup de larmes. Avertis, les chefs de l'Arme
doublrent les gardes aux portes de la ville; ils dcrtrent qu'on ferait subir un srieux
examen tous ceux qui entreraient et sortiraient. De plus, ils allaient faire de minutieuses
recherches dans toutes les maisons de la Cit pour y arrter les Diaboloniens ou ceux qui leur
auraient donn asile. Un jour pour le jene, l'humiliation et la prire, fut choisi. Tous ceux qui
ne se rendraient pas la maison de prires seraient considrs comme ayant pactis avec
l'ennemi et traits en consquence. Des remerciements furent vots M. Surveillance, qui fut
promu au grade d'Inspecteur en Chef de la Sret.
Toutes ces rsolutions furent mises excution sans retard, car l'Inspecteur en Chef avait
averti la Ville que l'arme ennemie tait presque prte. Il tait all effectivement se renseigner
aux sources les meilleures, et il savait n'en pas douter qu'avant longtemps l'ennemi serait aux
portes de la Cit.
La chasse aux Diaboloniens fit dcouvrir deux d'entre eux chez les Seigneurs Pense et
Volont. De leurs vrais noms, ils s'appelaient Convoitise et Impudicit, mais pour entrer chez
les Seigneurs susnomms ils s'taient dguiss et avaient pris comme noms d'emprunt:
Prudente conomie et Joie Innocente. Ces Diaboloniens et plusieurs autres furent incarcrs et
mis mort. Ceux qui les avaient reus par manque de vigilance firent une confession publique
et amende honorable.
Il tait temps! Diabolus avait mis son arme sur pied: une arme de 30.000 incrdules, sous
les ordres du gnral Incrdulit et des chefs Rage, Fureur, Damnation, Insatiable, Soufre,
Tourment, Agitation, Spulcre, Sans Esprance.
Sous leurs ordres, des incrdules de toutes teintes, de tous plumages, ceux qui doutent, ceux
qui nient les affirmations de Shadda, et mettent des points d'interrogation devant les
dclarations de Sa Parole, ceux qui doutent de la foi, de la persvrance, du salut, de la
rsurrection, de la gloire promise.
En bon ordre, l'arme s'avanait jusque sous les murs de la Cit.

CHAPITRE VIII
LE SIGE. - DIABOLUS SOMME LA VILLE DE SE RENDRE. - SILENCE DE LA VILLE, QUI
REPOUSSE SOMMATIONS ET ASSAUTS. - LE SECRTAIRE ROYAL REFUSE SES CONSEILS. - LES
CHEFS DE LA VILLE LAISSS A EUX-MMES. - LES PORTES DE LA VILLE FORCES PAR LES

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

DIABOLONIENS. - LE CHTEAU-FORT RESTE IMPRENABLE. - NOUVELLE TACTIQUE DES


DIABOLONIENS. - GRANDE BATAILLE. - RETOUR D'EMMANUEL ET VICTOIRE. - NOUVEL ASSAUT
DES DIABOLONIENS. - NOUVELLE VICTOIRE D'EMMANUEL.

Effectivement, la Ville fut bientt cerne par des forces redoutables, et l'me plonge dans la
terreur. Diabolus, furieux de ne pas trouver dans la ville le concours sur lequel il comptait, dut
se retirer, aprs avoir inutilement essay de forcer la porte de l'Oreille.
Alors, il se retrancha, fit lever des terrasses autour de la Cit, y plaa toutes les forces de
l'enfer pour faire tomber la ville de l'me par la terreur. Mais l'arme du Prince laisse dans la
ville combattit avec tant de vaillance que l'ennemi fut repouss. Ensuite, Diabolus fit hisser un
immense tendant noir sur le mont qui portait son nom. En couleur feu, sur ce fond sombre,
un brasier; et au milieu de la fournaise: l'me. Puis il envoya son Tambour, qui chaque nuit
faisait un vacarme infernal, pour terrifier et lasser les assigs et les forcer capituler. Ces
roulements de tambour taient vraiment effroyables et faisaient trembler les habitants, les
plongeant dans la terreur. Enfin, certain soir, le Tambour fit savoir qu'il avait un message pour
la ville; Son matre offrait la vie sauve quiconque se rendrait. Tous les habitants
s'taient dj rfugis dans la Citadelle, de sorte que personne ne lui rpondit.
Alors, Diabolus envoya comme messager la nuit suivante le Spulcre. Il ordonnait qu'on lui
ouvrt les portes de la ville; n'tait-il pas son vritable Matre? Si la ville de l'me persistait
dans sa rbellion, elle serait extermine.
La ville ne rpondit pas un mot. Mais aprs une runion gnrale o assistaient quelques
officiers, elle dcida d'aller exposer toutes choses au Secrtaire Royal. Peut-tre pourrait-Il la
tirer de cette situation extrme, ou l'aider formuler une requte au Prince Emmanuel? Mais
aprs avoir examin leur requte, le Secrtaire rpondit qu'ayant abandonn leur Prince et
nglig les conseils du Consolateur, il tait bon pour eux d'tre laisss leurs seules
ressources. Ils avaient la loi du Prince et pouvaient la consulter. Cette rponse tomba sur le
Coeur des habitants comme une meule de moulin. Ils en furent quelque temps comme crass.
En quelle lamentable extrmit ils se trouvaient rduits: l'ennemi la porte et prt les
exterminer, l'intrieur le Consolateur refusant de les guider! Mais le Maire, M. Conscience,
sans se laisser dcourager, tudia la rponse du Conseiller royal, puis, s'adressant au peuple, il
lui dit: Les paroles du Conseiller royal signifient que nous devons encore pendant quelque
temps rcolter le fruit de notre pch. Mais les paroles comportent aussi l'espoir que nous
serons secourus et dlivrs; encore quelque temps d'angoisse et Emmanuel viendra nous
secourir. Tous furent encourags par la lueur d'espoir que permettaient les paroles du
Secrtaire royal.
Un nouvel assaut des troupes de Diabolus fut repouss. la requte du Maire, les cloches
furent sonnes en signe d'allgresse, et les remerciements de la ville furent ports au
Secrtaire royal, dont les paroles [impliquant la dlivrance pour une date indtermine] avaient
rconfort et fortifi l'arme et les citoyens.
Aprs ce nouvel chec, Diabolus dcida de changer de tactique: il n'enverrait plus devant lui
son tambour, ce qui ne faisait que jeter dans la terreur, il ne se servirait plus du capitaine
Spulcre, mais lui-mme irait l'me avec de douces paroles et des offres de paix:
Ah! leur dit-il, qu'il l'aimait sa chre ville de l'me! Que de nuits il avait pass dans les
veilles en songeant son sort! Que de pas et de dmarches cause d'elle, dans la pense de
lui faire du bien. Loin de moi l'ide de vous nuire! Je ne dsire pas continuer la guerre. Mais

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livrez-vous moi; vous n'aurez pas le regretter. Vous savez bien que vous tes moi et que
sous mon rgne rien ne vous a manqu
Jamais vous n'avez travers de priode aussi sombre que celle que vous connaissez
maintenant; aussi bien ne jouirez-vous plus jamais de la paix que lorsque vous
m'appartiendrez. Acceptez mes offres; et les Diaboloniens seront vos serviteurs. Allons!
Renouvelons connaissance, soyons amis! Excusez-moi de vous parler si longuement. Mais j'ai
pour vous un si grand amour '. Ne m'obligez donc pas faire la guerre plus longtemps;
pargnez-vous des terreurs. Je vous aurai de toutes faons: ou librement ou par force. Ne
vous faites pas d'illusion sur vos forces ou sur un secours problmatique qu'enverrait
Emmanuel. J'ai une puissante arme, commande par (les chefs aussi rapides que des aigles,
aussi forts que des lions, plus dsireux de tomber sur une proie que les loups du soir. Donc,
rendez-vous sans plus attendre.
Alors, le Maire de la Cit se prsenta pour lui rpondre et dit: O Diabolus, prince des
tnbres, matre s ruses, flatteries et mensonges, nous ne te connaissons que trop, ayant dj
got ta coupe d'tourdissement: Pourrions-nous nous laisser sduire nouveau? Et si nous
te suivions, Emmanuel ne nous rejetterait-il pas de faon dfinitive? L'endroit qu'il t'a prpar
pourrait-il tre pour nous un lieu de repos? Mieux vaut mourir en combattant que d'tre
nouveau victime de tes flatteries et de tes sductions.
Dmasqu, voyant ses ruses dcouvertes, Diabolus se retira plein de rage, bien dcid
dsormais faire l'me une guerre sans merci. Il plaa ses chefs les plus cruels tout autour
de la Cit, et de part et d'autre on combattit avec acharnement. Il y eut des blesss et des
morts. Mais les avantages taient pour la ville, qui reprenait chaque jour plus de vigueur et de
courage. On entendait dans ses murs le chant des psaumes et des cantiques, et celui des
requtes. Forts de leur victoire, ils dcidrent de faire une sortie contre l'ennemi, mais ils
commirent l'erreur de choisir la nuit pour cette opration, au lieu de l'accomplir le jour. Or, la
nuit est l'heure propice par excellence pour Diabolus. Qu'arriva-t-il? Quand les assigs
sortirent, ils furent immdiatement assaillis; il semblait que l'ennemi et t averti et que les
Diaboloniens les attendissent, tout prts au combat. L'affaire fut chaude. Il y eut beaucoup de
blesss et de morts de part et d'autre. Voyant qu'ils n'obtiendraient point d'avantages srieux,
ceux de la ville se retirrent en emmenant leurs blesss. Pendant cette rencontre, les
Diaboloniens qui se cachaient dans me d'Homme sortirent de leurs retraites, pensant tuer les
indignes, puisque l'arme tait sortie. Mais le seigneur Volont tomba sur eux l'improviste,
et il en fit un grand carnage.
Cet engagement nocturne avait encourag Diabolus qui, le jour suivant, s'avana avec
hardiesse sous les murs de la ville, demandant l'ouverture des portes. Tu n'auras rien que ce
que tu prendras de force, rpondit le Seigneur Maire. Aussi longtemps que le Prince vivra, la
ville n'appartiendra personne d'autre qu' lui. Et le Seigneur Volont fit aussi une rponse
dont nous donnons ci-aprs une partie: Quand nous ne te connaissions pas, tu as pu nous
prendre comme des oiseaux au pige; mais maintenant nous sommes passs des tnbres la
lumire, de la puissance de Satan celle de Dieu; et bien que tu nous fasses une guerre
cruelle, nous harcelant sans relche, jamais nous ne nous rendrons; jamais nous ne
dposerons les armes pour devenir les esclaves d'un tyran aussi implacable que toi. La mort
plutt! D'ailleurs, nous esprons toujours que le Roi viendra notre secours.
Diabolus se retira nouveau, plein de fureur, et rsolut de faire une nouvelle attaque, mais
cette fois une attaque de nuit, qui, dans sa pense, devait tre dcisive. Hlas! elle devait
l'tre partiellement. La porte choisie par lui pour y porter l'effort de ses armes, celle des
motions, n'tait plus trs rsistante; l'intrieur, les principaux chefs taient blesss; elle

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

cda et l'ennemi pntra dans la ville. Ce fut un pouvantable massacre; la cruaut des
Diaboloniens se donna libre cours et les habitants furent torturs, brls, crass. Le Maire et le
Seigneur Conscience eurent trs particulirement souffrir des vainqueurs. Si Shadda ne les
avait soutenus, certainement ils fussent morts l'un et l'autre. Quant au seigneur Volont, il avait
eu le temps de gagner le Chteau, en mme temps que les Chefs et l'Arme du Prince, et de
s'y enfermer avec eux. S'il avait t pris, il et t taill en pices, Diabolus ayant donn un
ordre cet effet son sujet. Les Capitaines et l'Arme d'Emmanuel s'taient enferms dans la
Citadelle pour leur propre scurit, 2 pour sauver la Ville de l'me, qui ne pouvait tre
asservie aussi longtemps que tenait le Coeur de la Cit, 3 pour conserver Emmanuel ses
prrogatives royales sur l'me.
Les maisons et les biens taient rquisitionns par les Diaboloniens, et la plupart des indignes,
pour chapper aux exactions de leurs ennemis, avaient disparu, se rfugiant dans les cavernes
et les rochers.
Abandonne aux envahisseurs, la ville tait devenue un repaire de brigands. Cela dura plus de
deux ans et demi, mais le chteau-fort, au Coeur de la Cit, tenait toujours.
Bien que rduits en cette extrmit, et que l'ennemi ft dans la place, les habitants russirent
communiquer entre eux, et sur les conseils de M. Crainte de Dieu, ils prirent M. le Conseiller
royal de rdiger une supplique au Prince en leur faveur, ce qu'Il fit. M. Crainte de Dieu leur
avait dit effectivement que les autres requtes n'avaient pas t inspires par le Conseiller
royal, c'est pourquoi le Prince n'avait pu y rpondre.
Dans cette dernire supplique, ils confessaient leur iniquit et leur indignit: Nous ne
sommes plus dignes de t'appartenir; tu pourrais flous rejeter jamais; mais ne le fais pas
cause de ton Saint Nom. cause de notre extrme misre, lve-toi et agis en notre faveur.
L'ennemi nous enveloppe de toutes parts et nos transgressions se dressent contre nous.
L'ennemi parcourt les rues de notre Cit. Seule, ta Grce peut nous sauver. qui irions-nous
qu' Toi?
De plus, nos chefs sont affaiblis et dans la langueur; mais nos ennemis relvent la tte. Ils
sont forts, eux! Ils se vantent, ils s'enorgueillissent et nous menacent d'extermination. Nous
sommes submergs par leur arme du Doute. Notre sagesse, notre force c'tait Toi! Et tu nous
a quitts. nous la honte et la confusion de face. Mais prends piti de nous, Seigneur! Prends
piti de la misrable ville de l'Anne et sauve-nous!
Cette requte fut porte la Cour par le Capitaine Confiance lui-mme.
Et cette fois Emmanuel entendit et rpondit.
Mais Diabolus apprenant qu'une requte de la ville tait alle jusqu'au Roi Emmanuel, fut
rempli de terreur et de rage! Qu'on redouble de svrit et d'exaction contre la ville,
commanda le tyran. Voici, Diaboloniens, je vous la livre. Ah ils continuent leurs ptitions et
leurs prires! Je leur en ferai passer le got.
Puis il se dirigea sur le chteau, donnant l'ordre d'ouvrir les portes, sinon il exercerait sur la
Ville de l'me de cruelles reprsailles. Mais le portier, M. Crainte de Dieu refusa, puis ajouta ces
paroles: Quand la ville aura encore un peu souffert elle sera rendue parfaite, elle sortira de
l'preuve fortifie et sera dfinitivement rtablie. - Eh bien, demanda le tyran, qu'on me livre
ceux qui ont fait une ptition et particulirement le chef Confiance. Qu'on me livre ce valet, lui
seul, et je me retire de la ville. Cette requte essuya un nouveau refus. Diabolus reprit alors:
Vous envoyez des messages Emmanuel comme si votre mchancet n'tait pas comme lie
votre cou! Comment pourriez-vous prier avec des lvres pures? Comment pourriez-vous

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

subsister? Je ne suis pas venu de mon propre' chef, c'est Lui qui m'envoie contre vous.
Comment donc esprez-vous chapper?
- Notre Prince a dit: Je ne mettrai pas dehors celui qui viendra moi, rpondit Crainte de
Dieu. Sa Parole nous suffit. Il a aussi dit que toutes sortes de pchs et de blasphmes seront
pardonns aux hommes. Nous ne voulons pas dsesprer; bien au contraire, nous esprons,
nous attendons toujours la dlivrance. Dpit, furieux, Diabolus se retira et convoqua sur-lechamp un conseil de guerre.
Peu aprs son dpart, le Capitaine Confiance se prsentait la porte du chteau rapportant
plusieurs messages du Prince: pour le Seigneur Maire, le Seigneur Volont, le Prdicateur
Conscience, pour M. Crainte de Dieu, enfin pour tous les citoyens de la Ville. La teneur de ces
diverses lettres faisait voir qu'Emmanuel tait parfaitement au courant de tout ce qui se passait
dans la Cit, et de la conduite particulire des uns et des autres. Ils en furent rconforts; et
ne se sentirent plus si seuls. Le Capitaine Confiance fut alors appel par le Conseiller royal qui
le promut au grade de Lieutenant gnral de la Cit de l'me. Tous les autres chefs et l'Arme
taient placs sous ses ordres, ainsi que tous les habitants. C'est toi qui as la direction
suprme dans la guerre contre Diabolus, dit-il; toi qui feras sortir l'arme, toi qui la feras
rentrer.
Le conseil de guerre des Diaboloniens fut assez laborieux: les Chefs furent consults; l'avis
gnral fut qu'il n'y avait pas de victoire tant que le Chteau-fort tenait, et qu'il tiendrait aussi
longtemps que d'aussi braves capitaines s'y trouveraient renferms. Puisque la crainte et la
terreur ne faisaient que renforcer leur obstination et leur volont de rsister jusqu'au bout,
pourquoi ne pas essayer d'autres armes qui avaient toujours si bien russi aux puissances des
Tnbres? Les Diaboloniens feraient mieux de quitter la ville, puis ils veilleraient la remplir de
biens, de choses dsirables, et grce leurs cratures laisses en arrire, l'Anse serait
entrane pcher. Qui est fidle Shadda dans l'adversit, l'oublie vite dans l'abondance;
l'exprience est constante. La sduction des richesses touffe ceux qui les possdent. Quand un
Coeur se laisse prendre par ls vanits et les soucis de la vie, quand un homme se laisse aller
aux plaisirs de la table, l'attrait des vins, c'en est fait de lui; ces choses le matrisent vite.
Il est difficile qu'une ville possde de grandes richesses sans avoir aussi quelques-uns des
ntres son service. Quel est le riche dans la cit de l'Anse qui n'ait pas parmi ses serviteurs
quelques Diaboloniens nomms Profusion ou Prodigalit ou Volupt ou Pragmatisme ou
Ostentation? Eux prendront le chteau fort par ruse..
Cet avis fut dclar excellent; on toufferait l'me sous les biens et les vanits de cette vie,
aprs s'tre retir de la Cit.
Tandis que le conseil de guerre se terminait chez les Diaboloniens, dans le chteau-fort on
apportait au Lieutenant gnral Confiance un pli d'Emmanuel ainsi conu: Le troisime jour
je te rencontrerai dans la plaine qui s'tend autour de la ville de l'me.
- Me rencontrer dans la plaine? rflchissait le Lieutenant gnral! Que veut dire mon
Seigneur? Perplexe, il alla soumettre le message au Conseiller royal, qui resta quelques
instants silencieux, puis dit ceci: Aprs un long conciliabule, les Diaboloniens viennent de
dcider de partir. Ils veulent amener la ville pcher et se dtruire elle-mme en faisant
abonder les richesses en son sein. Quant eux, embusqus dans les champs, ils observeront
de loin ce qui se passera. Prpare-toi, et sois dans la plaine avec les hommes du Prince le
troisime jour, comme Il te l'a ordonn, car Il viendra certainement la tte d'une puissante
arme.

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Alors, tout heureux, le Lieutenant gnral revint et communiqua le message aux chefs qui
furent remplis de joie. Puis il commanda aux trompettes de monter sur le chemin de ronde du
chteau, et l de jouer la plus belle musique qu'ils pouvaient inventer. Ceux-ci montrent au
haut du chteau puis firent retentir une mlodie suave qui jeta la perplexit dans le camp des
Diaboloniens. Qu'est-ce que cela voulait dire? Qu'taient-ce que ces accents? Ce n'tait pas
un appel aux armes, ni au pillage, ce n'tait pas une charge; qu'tait-ce donc? Surpris, les
indignes coutaient aussi, et avaient la conviction que cette musique tait pour eux messagre
de bonnes nouvelles. Dans le camp des Diaboloniens, quelqu'un suggra: Sans doute, leur
Prince vient leur secours...,
Le lendemain, les. Diaboloniens opraient leur retraite jusque dans la plaine qui s'tendait
autour de la Ville. Attaqus ou non, ils se sentaient plus en sret dans la plaine, soit pour se
battre, soit pour fuir.
Dans la forteresse, le second jour, chacun se prparait avec ardeur, car le lendemain mme on
devait rencontrer le Prince. Avant que le soleil ft lev, l'arme sortit de la ville. Le cri de
guerre tait celui-ci: l'pe du Prince Emmanuel et le bouclier du Capitaine Confiance. Ce qui,
dans le langage ordinaire, est ainsi traduit: la Parole de Dieu et la Foi. Les troupes
commencrent encercler le camp de Diabolus. Le capitaine Exprience, gravement bless et
encore insuffisamment remis, tait rest dans la ville, mais quand il vit que les capitaines
engageaient le combat, il saisit ses bquilles et se hta de rejoindre l'arme.
De part et d'autre on se battait avec rage. Du haut du chteau, le Conseiller royal fit tirer les
frondes par ses hommes, les plus excellents viseurs qui fussent.
Le combat se prolongeait, l'arme du Prince semblait faiblir. Emmanuel ne paraissait pas
encore. Pendant quelques minutes de rpit, le Lieutenant gnral Confiance harangua l'Arme:
Messieurs les soldats et mes frres, je suis heureux de constater votre bravoure au service
du Prince, et votre amour pour la Ville. Jusqu'ici, vous vous tes montrs loyaux et courageux.
Persvrez! Nous devons continuer harceler l'ennemi, car certainement aprs un second
engagement, Emmanuel paratra. De son ct, Diabolus harangua son arme pour la
persuader de tenir et de gagner la journe.
Le Lieutenant gnral n'avait pas achev son discours que l'estafette Clrit venait annoncer
que le Prince arrivait. La nouvelle se rpandit de rang en rang, et des chefs jusqu'aux soldats.
Ceux-ci, oubliant fatigues et blessures, se levrent tous d'un bond comme des morts qui
sortiraient du tombeau et ils chargrent nouveau l'ennemi en faisant rsonner le cri de
guerre: La Parole de Dieu et la Foi!.
Les Diaboloniens aussi se dressrent, mais ils semblaient avoir perdu courage et leurs rangs
s'claircissaient. Le combat avait recommenc depuis une heure peu prs, quand, levant les
yeux, le capitaine Confiance vit au loin l'arme d'Emmanuel marcher toutes enseignes
dployes. Elle s'avanait avec tant de rapidit que les pieds des soldats semblaient ne pas
toucher la terre. Alors, le Lieutenant gnral Confiance suivi de ses hommes, se tourna vers la
Ville, laissant le champ aux Diaboloniens qui se mirent les poursuivre. Puis, faisant peu aprs
volte-face, ils attaqurent ceux qui les poursuivaient; les ennemis d'Aine d'Homme taient pris
entre deux feux. Diabolus se voyant battu et comprenant que la partie tait perdue pour lui,
recourut la fuite sans plus se soucier de son arme. Pas un incrdule ne put subsister devant
Emmanuel. De tous cts, ils jonchaient le sol.
Le combat termin, tous s'approchrent d'Emmanuel pour le saluer. Il les reut avec joie et leur
dit: La paix soit avec vous.

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L'entre dans la ville fut un triomphe. Toutes les portes taient grandes ouvertes, celles de la
Ville et celles du Chteau. Le chemin avait t sem de lys, de beaucoup d'autres fleurs et de
verdure; les maisons aussi taient dcores. Partout des chants s'levaient. Les capitaines
Confiance et Bonne-Esprance ouvraient le cortge, suivis du chef Charit et de quelques-uns
de ses compagnons. Patience venait ensuite avec les autres capitaines qui tenaient la droite et
la gauche du chemin. Au centre s'avanait Emmanuel dont l'armure tait d'or fin.
Quand le Prince fut arriv la hauteur des portes, les Anciens qui y taient descendus firent
retentir ce cantique: Haussez-vous, portes ternelles, et le Roi de Gloire entrera. Qui est ce
roi de gloire Y C'est l'ternel puissant dans les combats. Haussez-vous, portes ternelles...
Aux portes du chteau attendaient les seigneurs de la Ville: le Maire (M. Intelligence), MM.
Volont, Conscience, Connaissance, Pense et plusieurs autres membres de la noblesse. Ils se
prosternrent devant Emmanuel et baisrent la poussire de ses pieds, le bnissant et le louant
de ce qu'Il avait eu piti d'eux, de ce qu'il tait venu restaurer l'me et la dlivrer de ses
ennemis. Puis, Emmanuel entra dans le Chteau qui avait t prpar le recevoir par les
soins du chef Confiance et purifi par la prsence du Conseiller royal: l'Esprit-Saint.
Le peuple vint alors au chteau pour s'humilier de son pch. Tous les habitants se
prosternrent dans la poussire, tous se lamentrent et implorrent leur pardon. Ne pleurez
pas, dit Emmanuel, mais levez-vous et rjouissez-vous; faites un festin et envoyez des
portions ceux qui sont pauvres. La joie de l'ternel sera votre force. Je reviens vous avec
de grandes compassions, mon nom sera tabli parmi vous, exalt et glorifi. Puis il les
embrassa et les serra contre son Coeur. Enfin, il fit des prsents aux anciens, aux officiers et
leurs familles. Ensuite il dit: Vous irez laver vos habits la fontaine ouverte pour Juda et
Jrusalem, puis vous mettrez vos ornements et reviendrez au chteau.
Dsormais, la joie, les chants, les danses remplirent la ville. Dans les jours qui suivirent, le
seigneur Maire donna des ordres pour que les morts qui jonchaient la plaine fussent enterrs.
Des hommes partirent sous la direction des chefs Crainte de Dieu et Droiture pour s'acquitter
de cette besogne. L, dans la plaine, gisaient tous les sceptiques, tous ceux qui refusent de
croire en l'lection, la Vocation, la Grce, la persvrance, la rsurrection, ceux qui mettent en
doute le Salut et la Gloire venir. L gisaient les capitaines Rage, Cruaut, Damnation,
Insatiable, Soufre, Tourment, Spulcre, Sans esprance. Quant aux grands chefs diaboloniens
ils s'taient tous enfuis la suite de Diabolus, quand ils avaient vu que la bataille tait perdue.
Hlas! Diabolus n'est pas encore enchan dans l'Abme. Aussi longtemps qu'il garde quelque
libert d'action, il l'emploiera toujours attaquer la ville de l'Anse; toujours, il refusera de
s'avouer dfinitivement vaincu. Ainsi, aprs cette dfaite, il s'empressa de lever une nouvelle
arme. Mais, au lieu de la composer uniquement des soldats du Doute, il n'en prit que dix mille
et leur adjoignit quinze mille sanguinaires avec leurs chefs dont les noms suivent: Can,
Nemrod, Ismal, sa, Sal, Absalon, Judas, Pape; tous avaient leurs couleurs, bannires et
cussons. Les couleurs du chef Pape taient rouges, et les armes brodes sur sa bannire
reprsentaient un bcher, une flamme et une victime dans la flamme. Diabolus donna chaque
arme des chefs choisis avec soin, puis revint encercler la ville de l'me menaant de l'incendier
si elle ne se rendait pas. L'ordre de reddition fut transmis au Prince avec ces lignes qu'avait
ajoutes la Ville: Seigneur, sauve-nous des hommes sanguinaires et cruels.
Emmanuel prit en considration la requte de la Ville et donna des ordres pour sa dfense. Luimme plaa les chefs Foi et Patience du ct o se trouvaient masss les hommes
sanguinaires. Du ct des Douteurs, il plaa les chefs Esprance, Charit et le seigneur Volont.
Quant au chef Exprience, il devait instruire les recrues sur la place du March. Ensuite,

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Emmanuel fit hisser ses couleurs sur le chteau.


Cette guerre dura longtemps, et mit l'preuve la foi, l'esprance et l'amour de l'me; elle
donna aussi l'occasion au jeune chef Renoncement, nouvellement promu, de se distinguer.
Enfin, certain jour, Emmanuel fit deux bandes de ses troupes: l'une devait poursuivre l'arme
du Doute, et la passer au fil de l'pe. L'autre devait combattre les Sanguinaires mais les saisir
vivants.
Un matin, au temps marqu, les chefs et l'arme sortirent: les capitaines Esprance, Charit,
Innocence et Exprience marchrent sur le camp des Douteurs. Ceux-ci songeant la dfaite
rcemment subie par les leurs, prirent la fuite. L'arme les poursuivit, beaucoup furent tus
mais beaucoup aussi chapprent.
L'arme qui sortait contre les Sanguinaires s'apprta les encercler. Les troupes diaboloniennes
n'apercevant pas Emmanuel avec l'arme en conclurent qu'il n'tait pas non plus dans la ville;
et observant la manoeuvre de ceux qui venaient contre eux pensrent que c'tait l l'une de
ces faons de faire extravagantes des serviteurs d'Emmanuel, et loin de les redouter, ils les
mprisrent. Mais ils furent promptement encercls. ce mme moment, les chefs qui
revenaient de la poursuite des Douteurs vinrent prter main-forte aux troupes de la Ville, et
lorsque les Sanguinaires prirent l'alarme, il tait dj trop tard. Eux aussi auraient fui s'ils
l'avaient pu, car s'ils sont cruels et pleins de mchancet quand ils ont la victoire, ils n'ont plus
que des Coeurs de poulet lorsqu'ils se voient vaincus.
Ils furent amens devant le Prince qui leur fit subir un interrogatoire pour savoir d'o ils
venaient. Les uns appartenaient au pays des aveugles, d'autres au district du zle aveugle,
d'autres au comt de la malice et de l'envie. Quand les premiers eurent les yeux ouverts, virent
o ils taient et contre qui ils avaient combattu, ils tremblrent de frayeur et implorrent la
piti. Tous ceux qui le firent eurent la vie sauve; le Prince leur toucha les lvres de son sceptre
d'or.
Ceux qui faisaient partie du second groupe: le zle aveugle n'implorrent pas la piti, et
mme ils prtendirent justifier leur conduite: parce que, disaient-ils, les lois et les coutumes
de la Ville de l'me sont inacceptables et diffrent totalement de celles de tous les autres pays
environnants. Peu se laissrent convaincre d'avoir agi mchamment. Mais ceux qui reconnurent
leur erreur et leur iniquit et qui implorrent la misricorde du Prince, l'obtinrent.
Quant ceux qui venaient du district de la mchancet, ils ne pleurrent pas et n'essayrent
pas de justifier leur conduite. Mais ils tremblrent de rage inassouvie la pense qu'ils ne
pourraient pas tirer vengeance de la Cit de l'me, comme ils l'avaient espr. Tous ceux-l
furent lis de chanes sur l'ordre du Prince pour attendre le jour du Jugement du grand Roi
Shadda.
Plusieurs Douteurs de ceux qui avaient t battus par les troupes de la Cit de l'me, au lieu
de retourner en leur pays, se mirent rder aux environs de la Ville. On les apercevait par
bandes de cinq, sept, et mme davantage. Ensuite, ils s'enhardirent et pntrrent dans la Ville
o ils furent reus par des Diaboloniens qui s'y trouvaient encore, malgr les recherches jamais
lasses du Seigneur Volont. Il les traquait de jour et de nuit, aid de son second, M Diligence.
Grce eux, beaucoup tombrent sous l'pe de la Justice. Le capitaine Renoncement
apprenant qu'Amour de soi se promenait encore de par la ville et qu'il tait en faveur auprs de
certains habitants dclara que si ses concitoyens supportaient encore la prsence de semblable
vilain, il n'avait plus qu' rendre son pe au Prince. Et s'avanant, il saisit dans la foule Amour

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de soi, il le fit encercler par ses soldats et tuer sur place. Il y eut bien quelques murmures
parmi le peuple, mais personne n'osa trop lever la voix car Emmanuel tait dans la ville.
Le Prince apprenant de quel zle le capitaine Renoncement avait fait preuve, l'anoblit. Le
Seigneur Volont reut aussi les marques de la haute approbation d'Emmanuel.
Une fois que la ville fut peu prs dbarrasse de ses ennemis, le Prince annona que certain
jour, Il parlerait aux habitants sur la place du March; Il leur parlerait de choses qui, si elles
taient observes, concourraient leur scurit et leur confort, en mme temps qu' la
destruction et la condamnation des Diaboloniens ns dans la Cit.

CHAPITRE IX
EXHORTATION D'EMMANUEL A L'ME SAUVE, PURIFIE, CONSOLE. - NCESSIT DE
L'PREUVE ET DU COMBAT QUI EMPCHENT LA STAGNATION SPIRITUELLE. - TIENS FERME
JUSQU'A CE QUE JE VIENNE.

Au jour dit, la ville s'assembla comme le Prince l'avait demand; et l'heure qu'Il avait fixe Il
arriva sur son char entour de ses capitaines en grande tenue; ceux-ci cheval tenaient la
droite et la gauche d'Emmanuel. Le silence se fit dans la foule leur arrive, et aprs l'change
des salutations et des manifestations d'amour, le Prince commena son discours et dit:
Ville de l'me, tu m'es extrmement prcieuse; je t'ai confr de nombreux et de grands
privilges, je t'ai discerne, je t'ai choisie entre beaucoup, non cause de tes mrites mais
cause de moi-mme.
Je t'ai rachete de la main de mon Pre; car en brisant sa Loi tu tombais sous le coup du
chtiment. Puis je t'ai dlivre du joug du tyran Diabolus, parce que je t'aime. J'ai aussi veill
ter de ton Chemin ce qui pouvait entraver ta marche vers le ciel. Je t'ai rachete, non avec
des choses corruptibles, mais avec mon Sang, ma Vie, pavant ta dette et te rconciliant avec
mon Pre. Je t'assure par l un hritage glorieux dans les demeures ternelles, o sont des
choses que l'oeil n'a point contemples, que l'oreille n'a jamais entendues, et qui ne sont pas
entres au Coeur de l'homme.
Je t'ai dlivre de la main de tes ennemis, auxquels tu t'tais donne, en 'dsobissant mon
Pre. Tu tais heureuse de leur appartenir et mme de mourir sous leur loi. Je suis venu toi
pour te rveiller de l'abme et te ramener des chemins qui vont la mort, d'abord par ma Loi,
puis par mon vangile: la bonne nouvelle du salut. Tu sais ce que tu tais, combien de fois tu
t'es rebelle contre mon Pre et contre moi; cependant je ne t'ai pas abandonne comme tu le
vois aujourd'hui: je t'ai attendue, je t'ai pardonne, je t'ai reue par grce, par faveur,
n'acceptant pas que tu te perdisses, ce dont tu ne te souciais pas toi-mme. Je t'ai entoure;
je t'ai afflige; j'ai ramen ton Coeur par la souffrance pour le conduire choisir ce qui est ton
bien et ton bonheur.
Considre aussi quelle compagnie de l'arme cleste j'ai log dans tes murs: les troupes
royales sont dans ta citadelle au Coeur de la cit; elles ont combattu pour toi dans toutes tes
dtresses. Chacun d'eux travaille te dfendre, te purifier, te fortifier, te prparant ainsi
pour moi afin que tu puisses paratre en la Prsence de mon Pre et soutenir l'clat de sa
gloire; car c'est pour cela que tu as t cre, pour cette haute destine.
Tu sais que j'ai pardonn tes retours en arrire, tes dfaillances. Certes, j'en ai ressenti de
l'indignation; mais mon indignation est tombe sur tes ennemis, et toi je t'ai pardonne, je t'ai
gurie.

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cause de tes pchs, de ton oubli, j'ai cach ma Face, je me suis retir de toi, et ce ne sont
pas tes mrites qui m'ont ramen vers toi. Mme loin de toi cependant, je ne t'oubliai point.
J'ai dress comme une haie autour de toi quand je t'ai vue poursuivre des choses dans
lesquelles je ne pouvais trouver plaisir. J'ai chang ce qui te paraissait doux en amertume, ton
jour en nuit, le chemin facile en sentier pineux, la confusion de tes ennemis qui voulaient ta
ruine. C'est moi qui ai envoy M. Crainte de Dieu dans tes murs, c'est mol qui ai rveill ta
conscience, ton intelligence, ta volont, tes affections, lorsque tu m'eus oubli pour un temps.
Je t'ai mis au Coeur de me chercher avec soin, je t'ai fait comprendre qu'en me trouvant tu
trouvais aussi ton propre bonheur: ta sant, ton salut. C'est moi qui t'ai donn la force de
rsister aux Diaboloniens et de les vaincre; c'est moi qui les ai taills en pices devant ta face.
Je suis revenu toi dans la paix; j'ai effac tes transgressions. Il n'en sera plus maintenant
comme aux jours d'autrefois, ton avenir surpassera infiniment ce que tu as connu jusqu'ici.
Encore un peu de temps et je viendrai te chercher et te transporter dans la Maison du Pre o
tu connatras une puissance et une gloire qui dpassent infiniment ce que tu peux imaginer ou
concevoir ici-bas. Tu deviendras son habitation, quoi tu tais destine lorsque tu fus cre au
sein de l'Univers, et tu seras en tonnement, en admiration pour tous, tu seras un monument
de la Grce qui subsistera toujours. Dans la Maison du Pre, tu verras ce qui dpasse infiniment
ton horizon pendant que tu habites cette enceinte, et tu galeras ceux qui actuellement sont
d'un rang suprieur au tien. L tu auras une parfaite communion avec moi, avec le Pre et le
Conseiller royal, communion dont tu ne peux jouir dans sa plnitude ici-bas.
L, tu n'auras plus craindre les meurtriers.
L, plus de complots contre toi, plus d'ennemis cherchant ta ruine.
L, plus de mauvaises nouvelles, plus de messagers de Satan avec leurs menaces et leurs
mchants desseins.
L, tu ne verras plus leurs tendards, tu n'entendras plus leurs cris de guerre, tu n'auras plus
besoin d'arme et de gardes.
L, plus de deuil, de tristesse. L, les Diaboloniens ne pourront plus se dissimuler, se terrer
dans tes murailles, ramper dans ta demeure. Tu jouiras d'une vie nouvelle, infiniment douce, et
dgage ds misres que tu connais actuellement.
Tu rencontreras dans la Demeure du Pre beaucoup d'autres plerins qui ont connu, eux
aussi, la douleur, la tristesse, les combats. Je les ai aussi lus et rachets, mis part pour la
Cit royale et la Maison de mon Pre. Et vous vous rjouirez ensemble.
Enfin mon Pre et moi nous avons prpar pour toi des trsors jamais encore vus depuis la
fondation du monde; ils sont scells jusqu'au moment que tu seras dans la demeure de mon
Pre. Ceux qui habitent cette demeure t'aiment dj et se rjouissent dj cause de toi.
Combien plus encore quand tu seras glorifie et exalte.
Je t'ai montr quelle est la gloire qui t'attend, si tu m'coutes, si tu comprends. Et maintenant
je vais te montrer ce que tu dois faire jusqu' ce que je revienne te prendre avec moi.
Je te conseille de garder tes vtements blancs, ils sont de fin lin; garde-les blancs et purs.
Fais-le. Ce sera ta sagesse, ton honneur; ce sera aussi ma gloire. Tant que tes vtements sont
blancs, le monde sait que tu es moi. Et moi je me rjouis en tes voies, car alors tu es
lumire, comme l'clair qui sillonne la nue, et ceux que tu ctoies en sont forcment blouis.
Que ton vtement soit donc celui que j'aime, et que tes pieds suivent le sentier de ma Loi...
Tu sais que j'ai ouvert pour toi une fontaine o tu peux laver tes vtements. Veille les y laver

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

souvent. Ce serait un dshonneur pour moi que tu te promnes en vtements souills, et ce


serait aussi pour ton malheur. Ne permets pas que les vtements que je te donne soient
souills par la chair. Garde tes vtements blancs, et oins ta tte d'huile.
Je t'ai entoure de compassions, je t'ai aime, je t'ai rachete, je t'ai dlivre de tes ennemis.
Que te demand-je en retour? Ceci: Ne me rends pas le mal pour le bien; que la pense de
mon amour pour toi te suive, t'amne toujours suivre mes sentiers. Et il convient que tu le
fasses tant l'objet d'une si grande Faveur.
J'ai t mort. Et maintenant je vis. Je vis afin que tu ne meures point. Je t'ai rconcilie avec
mon Pre par le sang de ma croix; tant rconcilie, tu vis par moi. Je prie pour toi, je
combats pour toi, je t'entoure de ma bont.
Rien ne peut te nuire que le pch. Rien ne peut m'attrister que le pch. Rien ne peut t'avilir
aux yeux de tes ennemis que le pch. Prends garde de ne point pcher.
Je laisse encore subsister quelques Diaboloniens en tes murs, et c'est pour ton bien. C'est pour
que tu restes sur tes gardes, et c'est aussi pour prouver ton amour, pour que tu deviennes
vigilante, pour que tu apprcies toujours davantage mes chefs, mes soldats, ma misricorde.
C'est aussi pour que tu te souviennes du misrable tat dans lequel tu tais tombe, lorsque
les Diaboloniens et leur Chef rgnaient sur toi et qu'ils occupaient la forteresse.
Si tous tes ennemis intrieurs taient dtruits, tu t'endormirais et deviendrais une proie facile
pour tes ennemis du dehors.
Je laisse donc quelques Diaboloniens en tes murs, non pour qu'ils te nuisent (ce qu'ils feront
certainement si tu les sers), mais pour ton bien. Sache donc que quelles que soient les
tentations semes sous tes pas, le rsultat doit tre de te conduire plus prs du Pre, de
t'enseigner combattre, de te conduire prier davantage, et de te diminuer tes propres
yeux; donc de te garder de l'orgueil. coute soigneusement rues instructions.
Veille ne point couter l'ennemi qui reste en tes murs; tu ne le laisseras pas te dtourner de
moi. Montre ton amour, en restant fidle celui qui t'a rachete. Que la vue d'un ennemi
augmente ton amour pour moi. Sois fidle; et moi je suis ton Avocat auprs du Pre. Aimemoi en surmontant la tentation, et moi je t'aimerai malgr tes infirmits.
Souviens-toi de ce que mes Chefs, mon Arme, mes Armes ont fait pour toi. Sans leur secours,
Diabolus t'et dvore. Veille donc leur entretien; nourris-les. Fais-tu le bien, ils se portent
bien; fais-tu le mal, ils se portent mal, sont malades et affaiblis. Ne les rends pas malades, tu
les affaiblirais, et s'ils sont faibles, comment serais-tu forte? Veille ne pas te laisser guider
par tes sens, par les motions, mais tu dois vivre de ma Parole. Mme quand je t'aurai quitte,
sache que je ne t'oublie pas et que tu es dans mon Coeur toujours.
Souviens-toi donc que je t'aime. Je t'ai command de veiller, de lutter, de prier, de
combattre l'ennemi; et maintenant je te commande de croire que mon amour est toujours
avec toi, qu'il t'environne constamment.
O Cit de l'me, tu es dans mon Coeur, et tu as mon amour. Sois vigilante. Voici, je ne place
sur toi aucun autre fardeau:

TIENS FERME! JUSQU'A CE QUE JE VIENNE!

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LA GUERRE SAINTE de John Bunyan

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