Jean-Marie Marandin
Problmes d'analyse du discours. Essai de description du
discours franais sur la Chine
In: Langages, 12e anne, n55, 1979. pp. 17-88.
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Marandin Jean-Marie. Problmes d'analyse du discours. Essai de description du discours franais sur la Chine. In: Langages,
12e anne, n55, 1979. pp. 17-88.
doi : 10.3406/lgge.1979.1823
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J.-M. Marandin
PARIS VIII - Vincennes
PROBLMES D'ANALYSE DU DISCOURS
ESSAI DE DESCRIPTION DU DISCOURS FRANAIS
SUR LA CHINE
Introduction
1. L'analyse du discours est partage entre deux tentations contradictoires : un idal
scientifique, plus exactement de pratique scientifique dans la description de son
objet, et une apprhension totalisante dans la dfinition de son objet, le discours : le
discours de l'analyse du discours tant l'instance historique du langage. Or, le lan
gage n'est pas un concept, mais une notion floue subsumant un brouillard de faits et
de causalits (nonciation, dterminations historiques, sociales, etc.). La situation qui
en rsulte, et qui vaut l'analyse du discours condescendance ou mpris, c'est la pra
tique du collage thorique (emprunt sauvage de notions des corps thori
queshtrognes) et du bricolage pratique. Voil une donne de dpart qu'il faut tra
vailler.
Comment ?
2. Tout d'abord, il faut prendre au srieux l'analyse du discours, c'est--dire
l'ensemble des propositions et des descriptions produites sous ce chef. Collages et bri
colages
ne se font pas au hasard : ils sont possibles et c'est un certain nombre de th
ses (implicites) sur la langue, l 'nonciation, l'histoire (...) qui les rendent possibles.
Ces thses rglent des mthodologies de description et donnent sens aux rsultats
qu'elles produisent. Il convient de dgager ces schemes thoriques pour s'en dgager.
C'est l'objet de ma premire partie.
Ensuite, cette totalit que reprsente la notion de discours doit tre brise et arti
cule en plusieurs propositions afin de srier des faits, de dgager des rgions de rel
o pourront tre mises en uvre des descriptions spcifiques. C'est ce que je tente dans
ma deuxime partie.
Il faut noter que cette tentative opre un dplacement : d'un objet global subsu
mant un grand nombre de faits un point de vue descriptif totalisant de sries dis
tingues
de faits. Ce dplacement vise rduire l' clectisme (MlLNER, 1978, p.
11) de l'analyse du discours. Il est opr dans une rfrence que l'on peut globale
mentcaractriser de harrissienne : l'unit de la thorie (...) doit englober
l'ensemble des spcifications ncessaires pour produire la singularit de tout corpus
li une situation et un milieu donns comme cas particulier d'une gnralit qui
recouvre d'autres situations et d'autres milieux (HENRY, 1977, p. 98). Entre ce but
et sa ralisation, l'cart demeure grand encore : ma tentative reste, bien des gards,
bricole et nave .
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3. Un des traits caractristiques de l'analyse du discours (ce qui la distingue d'autres
pratiques d'analyse de texte), c'est l'utilisation de la linguistique, ou plus exactement
des linguistiques. Admettons qu'une linguistique est un ensemble de postulats sur la lan
gue (ou le langage) et de mthodologies de description : la linguistique apparaissant dans
l'analyse du discours comme un conglomrat de linguistiques. Cette utilisation repose
sur une sorte d'vidence : le discours est une squence de phrases dans une langue natur
elle, la linguistique dcrit les phrases d'une langue naturelle, elle est, donc, mme de
fournir les concepts et les mthodologies de description des discours. Or, il semble tout
aussi intuitivement vident que la description d'une langue et la description d'un dis
cours
sont deux oprations radicalement diffrentes : la description d'une langue vise
fournir les rgles permettant de construire toute phrase de cette langue, alors que l'objet
d'une analyse de discours, dans une premire approximation, semble tre de dcrire une
squence relle unique et non rptable. Le statut de la linguistique dans l'analyse du
discours est complexe ; disons ds maintenant qu'il implique :
a) l'impossibilit d'une thorie du discours : le discours est conu travers une srie
d'objets qui le traversent et intgrent l'ordre du discours dans l'ordre de la langue ou
du langage. Le discours comme dictionnaire, systme de propositions,
structure/moyen de communication, relation sociale langagire (...) ;
b) une srie de reformulations, dformations, dplacements des concepts prcis et
opratoires de la linguistique. Ces oprations constituent le bricolage thorique
(gnralement implicite) de l'analyse du discours. Ce bricolage constitue le domaine
de validit x et la possibilit mme de la description de discours, alors que les con
cepts
linguistiques pris isolment jouent le rle d'allusion et d'indice pratique
(ALTHUSSER, 1968, p. 145) et constituent la linguistique comme domaine d'actualit 2
et garant de scientificit. C'est dire que ce travail essaiera de ne pas appliquer dire
ctement
la linguistique dans l'analyse du discours, mais de concevoir la place de la
description des rgularits de la langue dans la description des discours 3.
1. Un domaine de validit [dfinit] selon quels critres on peut discuter de la vrit ou de
la fausset d'une proposition , FOUCAULT, 1969, p. 81.
2. Un domaine d'actualit [comprend) les solutions acquises, dfinit les problmes prsents,
situe les concepts et les affirmations tombs en dsutude , FOUCAULT, 1969, p. 81.
3. Je n'exposerai pas, dans ce numro, la problmatique du discours aux U.S.A. et en All
emagne
(intersentence linguistics, text-grammar...). Il est possible de montrer que ce sont les
mmes schemes thoriques qui rendent possible l'ensemble franais et les grammaires de texte ;
le texte central est, cet gard, On a condition of coherence of text de I. BkllerT (1970).
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I. PROBLMATIQUE DE L'ANALYSE
DU DISCOURS FRANAISE
1. La problmatique
Je rappellerai brivement le projet harrissien d'analyse du discours tel qu'il est
expos dans Discourse Analysis (D.A.), surtout pour introduire les mthodologies qui
ont t drives de ce projet et les schemes thoriques qui permettent l'application de
ces mthodologies dans des analyses effectives de discours.
1.1. Discourse Analysis
L'analyse du discours franaise * se rfre Discourse Analysis comme un texte
fondateur. Il dfinit, en effet, un champ de recherche : le prolongement de la li
nguistique
descriptive au-del des limites d'une seule phrase la fois , les rapports
entre la culture et la langue et la relation entre ces deux sries de faits ( deux
types de problmes qui, en fait, sont lis ) [HARRIS, 1952/1969, p. 9].
Les deux dfinitions que SUMPF et GUESPIN donnent de discours reprennent l'objet
propos par HARRIS et fixent le domaine d'investigation de l'ADF :
La squence de phrases constitue l'nonc qui devient discours lorsqu'on peut
formuler les rgles d'enchanement des suites de phrases (SUMPF, 1969 a, p. 3).
Un regard jet sur un texte du point de vue de sa structuration en langue en
fait un nonc ; une tude linguistique des conditions de production de ce texte en
fera un discours (GUESPIN, 1971, p. 10).
Discourse Analysis, d'autre part, fournit une mthode d'analyse, un modle de
traitement d'un texte. Cette mthode semble d'autant plus avoir fascin les analystes
franais qu'elle est assez indtermine quant son rsultat ( Les rsultats for
mels obtenus par ce genre d'analyse [...] peuvent conduire de nombreuses conclu
sionssur le texte [ibid., p. 44]) pour permettre des interprtations ou une utilisa
tion
infidles. Dans le projet harrissien, elle peut tre dcrite :
a) comme une topologie : sur la squence de phrases prise comme surface, il s'agit
de dcrire des relations entre morphmes (units de la langue) telles que proximit,
loignement, rcurrence, co-occurrence ;
b) comme une extension des pratiques de la linguistique descriptive de la phrase la
suite de phrases, ces pratiques mettant en jeu les notions de distribution, quival
ence, transformation ;
1. Abrg ci-dessous en AD F. Je regroupe sous ce nom l'ensemble des formulations thori
queset des descriptions effectives telles qu'on peut les trouver dans les diffrents numros de Lan
gages et Langue franaise. Je considre qu'elles forment un seul ensemble en tant qu'un seul et
mme ensemble de schemes conceptuels les rend possibles.
) comme un modle structural du discours (modle item et arrangement). L out
put de l'analyse est un tableau double entre : combinaison des segments regroups
en classe et ordre de ces combinaisons {ibid., p. 39). Ce modle caractrise la
squence ainsi reprsente comme un tout spcifique et comme type de tout spcifi
que
(idiome, dialecte, style...). Les notions de tout spcifique ( ~ discours) et de type
de tout spcifique ne sont pas dfinies dans/par la mthode d'analyse.
1.2. Diffrences entre D.A. et les analyses de discours franaises
D.A.
input
Corpus donn (squence
suivie de phrases)
ADF
c
g
S
-a
"
1. Ensemble vaste de discours
2. Choix (motiv par des considrations politiques, historiques, ...)
d'un discours et d'un ensemble
d'noncs jug reprsentatif de ce
discours a.
3. Application de la mthode harrissienne (c'est--dire confection
des classes d'quivalence, rgula
risation)
Corpus
analyse Mthode distributionnelle
sur la squence suivie
J
~
harrissienne
Interprtation de la mthodologie
S
output
1. Topologie formelle
2. Mise en relation avec
un modle extra-lin
guistique
1. Topologie du contenu. Modle
du discours
2. Confirmation (ou reconnaissance)
de la reprsentativit du corpus
par des considrations figurant ou
non dans l'input
a Que j 'appellerai corpus NL .
b Que j appellerai corpus R .
Ce tableau exhibe l'cart entre une analyse harrissienne et une description de l'ADF.
L'analyse harrissienne constitue un tout en soi et vise tablir la configuration for
melle
de classes d'lments linguistiques (morphmes, syntagmes), cette configuration
tant ensuite compare ou mise en corrlation, dans la phase d'interprtation du
tableau output, avec d'autres modles structuraux linguistiques ou non linguistiques
(situation, locuteur). Dans l'ADF, l'analyse harrissienne se rsume deux notions
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rglant la manipulation de squences linguistiques : la dfinition de classe d'quiva
lence
par l'environnement et la procdure de rgularisation par transformation. Ces
deux notions dfinissent une mthode de traitement de donnes textuelles ; elle est
considre comme une mthode autonome, dont on tient pour acquis le caractre
explicite et rigoureux (SUMPF) et non-subjectif. Reste interprter l'objet qu'elle
produit et qui constitue, pour l'ADF, l'objet de l'analyse. Avant d'en voir les diff
rentes interprtations, reprenons chaque moment d'une description dans l'ADF.
2. La confection du corpus. La phase documentaire
Dans l' universel du discours (DlJKOJS, 1969 c, p. 117), ensemble des noncs
et des vnements linguistiques, l'analyste effectue deux choix : il choisit un ensemble
d'noncs (rapports un auteur, une situation, un vnement : le discours de JAUKES,
le vocabulaire de la guerre d'Algrie, etc.) et, dans cet ensemble, un corpus. Gnrale
ment,
l'ensemble des phrases contenant un terme important (par rapport au premier
choix) : socialisme (Cil A IV KAL, 1969) ou une relation entre deux termes : Algrie R
France (MaU)IDJKR, 1969). Ces phrases sont, ensuite, rgularises au moyen d'un
ensemble de rgles de rduction.
Les rgles de rduction produisent partir du corpus de phrases extrait de l'ordre
des discours un certain type de squences linguistiques (un texte , ibid., p. 121),
qui n'existe que par la mthodologie mise en uvre ( nonc arbitraire , ibid.,
p. 121). Ce texte est, formellement, caractris par :
a) la rduction de toutes les relations syntagmatiques entre phrases (coordination,
subordination, enchssement), grce aux notions de chane et de transformation ;
b) la rduction-analyse du syntagme verbal : les verbes sont analyss en un ensemble
trs restreint de verbes interprtables comme des oprateurs logiques ou des primitifs
smantiques {tre, avoir, faire, faire tre) au prsent ou l'imparfait ;
c) la relation paradigmatique entre l'ensemble des phrases (relation d'identit dfinie
comme prsence d'un mme lment ou d'lments appartenant la mme classe
d'quivalence).
Ces procdures de rduction (phrases complexes syntaxiquement, structures
superficielles diffrentes, ralisations lexicales diverses > propositions crites dans
une syntaxe et sur un vocabulaire rduit) constituent simultanment un ensemble de
procdures de traduction : la traduction obtenue (le corpus NL rgularis et rduit >
corpus R) constitue une reprsentation mtalinguistique naturelle 2 des phrases du
corpus NL. Cette reprsentation constitue 1 'output de la phrase documentaire.
La phase de rduction -traduction termine, SUMPF constate : Tout cela, qui
constitue l'article de L. HARRIS (...) ne dtermine pas les relations qui existent entre
les segments qu'on ainsi classs grce une mthodologie explicite et rigoureuse
(SUMPF, 1969 a, p. 7). La dtermination de ces relations dpend du modle construit
par l'analyste sur le corpus en en interprtant les lments. Le statut de ce modle
sera de donner un fondement thorique la mthodologie qu'il vient d'appliquer et
d occulter la nature de ce corpus (texte arbitraire, reprsentation d'un ensemble trs res
treint
de phrases) : cet objet, dont nous avons vu les rgles de formation, va tre pos
comme modle du discours dont le corpus NL a t extrait et comme modle des structu
res
relles de tout discours. Cette confusion tendancielle de l'objet de connaissance et de
l'objet rel caractrise le fonctionnement de l'ADF.
2. La traduction est intralinguale. Voir infra, mtalangue du dictionnaire.
21
3. Les modles d'analyse
3.1. La notion de dictionnaire
La notion de dictionnaire est une notion ambigu (elle renvoie plusieurs rfrents [voir infra]) dont l'ambigut est cruciale pour l'ADF en ce qu'elle permet une
problmatique en continuum reliant et validant les diffrentes phases de l'analyse.
Cette problmatique en continuum est la deuxime caractristique du fonctionnement
de l'ADF.
3.1.1. Ambigut de la notion de discours
La mtalangue du corpus R est celle du dictionnaire (du texte appel diction
naire). La syntaxe d'un dictionnaire est l' universel de la mtalangue document
aire
(DUBOIS, 1967, p. 102). Elle est caractrise par une forte rcurrence des
phrases en tre et une syntaxe rduite.
Le dictionnaire ralise le type discours didactique . Le discours didactique
est aussi proche que possible de la description grammaticale de la comptence : en
dcrivant la langue, on dcrit un type de discours dont le sujet d'nonciation est
absent (GUESPIN, rapportant DUBOIS, 1971, p. 23). tre est l'oprateur de la
phrase de base en franais (DUBOIS, 1969, p. 27).
Toute phrase est gn rable partir d'une phrase de base comportant le verbe
tre. En particulier, les phrases de tel discours, ce qui justifie syntaxiquement la
dcomposition opre lors du traitement du corpus NL.
>Par ce fait mme, toute phrase est quivalente une phrase en tre dfinissant le
lexeme de tte (topic).
Ce qui permet de poser l'hypothse mthodologique et thorique : tout discours peut
tre conu comme auto-dictionnaire, le discursif comme fonctionnement mtalinguistique dfinissant des termes-clefs. Le sens d'un texte est (...) donn par l'ensemble
des prdicats constitus autour d'un mot (ou de plusieurs) qui est, alors, identifi
avec le discours lui-mme (DUBOIS, 1971, p. 17).
Le corpus R donne l'ensemble des dfinitions d'un lexeme choisi.
L'objet de l'analyse est de dcouvrir le dictionnaire du discours analys ; le dic
tionnaire
tant le modle du discours didactique, il fournit le cadre de prsentation
des donnes dcouvertes par l'analyse. Postulat mthodologique ( La mthode a
considr l'nonc comme un mta-discours portant sur les units tudies [MARCELLESI, 1971, p. 31]) et conception du fonctionnement rel du discours se confon
dent: tout discours est gnr partir d'un dictionnaire (un ensemble de para
phrases
du/des termes topiques) pour constituer un dictionnaire (un ensemble de
paraphrases sur ce/ces termes topiques) sans que l'on sache bien distinguer entre ces
deux ensembles 3. La remise en cause de la valeur empirique de cette conception du dis
cours
ne se fera pas de faon intrinsque (remise en cause de cette problmatique singu
lirement
glissante ), mais la suite des difficults rencontres pour mettre en corr
lation un systme lexical (forme et contenu : un vocabulaire) composant d'un compor
tement verbal avec d'autres comportements non linguistiques .
3. Par exemple, la problmatique d'analyse de GARDIN des discours d'une campagne lec
torale : On peut assimiler une campagne de ce type l'tablissement d'un dictionnaire. Il
s'agit en effet pour chaque groupe d'imposer ses propres signifis aux signifiants qui font partie
du vocabulaire politique commun (B. Gardin, 1975, p. 71).
4. Les tudes de lexique ne permettaient de reprer que des diffrences en fonction des
distinctions que l'on avait poses comme hypothses (DUBOIS, 1971, p. 15).
22
3.1.2. Quelques impasses spcifiques de cette problmatique
a) La nature de l'information smantique recherche et dcouverte reste floue. Considrons
l'analyse de socialisme de G. CHAUVEAU : Le N socialiste est le Nx , o cette formule est
une phrase de base (proposition) et un schma dfinitionnel. Il appert que
N = doctrine, systme...
x = libratrice, esprante, humanitaire... (liste de 24 adjectifs).
G. CHAUVEAU crit : la classe d'quivalence x se limite une srie de termes appartenant
une mme classe smantique beaucoup plus tendue que celle de N et faisant appel un
systme socio-culturel de valeurs reconnues (CHAUVEAU, 1969, p. 56). Outre le flou de
classe smantique (ces 24 adjectifs forment-ils une classe parce qu'ils font appel un
systme socio-culturel ou parce qu'ils sont paradigmatisables par une analyse linguistique des
phrases ?), quelle est la nature de l'information smantique constitue ?
Est-ce l'analyse d'un mot-ccncept : socialisme ? Dans le scheme le N socialiste est le
Nx , les classes d'quivalence {N} et { x } constituent l'ensemble des expansions du
mot-concept socialisme . Le discours de JAURS peut tre, alors, qualifi d'analytique.
La recherche constitue un dictionnaire d'un type bien particulier : il fournit l'ensemble des
paraphrases a priori du definiendum.
Ou bien est-ce un rseau de connotations autour d'un concept vague ? L'analyse fournit un
ensemble de mots contribuant au sens de socialisme , mais sur un mode indirect : socialisme
reste vague parce qu'il permet ce type de fonctionnement (on ne peut le rendre prcis
[ sharp ] par simple enumeration). La recherche constitue alors un rseau de mots (valeurs
smantiques) au statut vague (rseau cognitif, rseau connotatif, systme lexical ?). La probl
matique adopte ne permet pas de dcider.
b) De quel dictionnaire s'agit-il ? Outre toutes les ambiguts dj releves, s'agit-il du diction
nairede Jaurs, du socialisme (c'est--dire du parti socialiste, du mouvement socialiste ?),
d'un socialisme franais, etc. ? Ce problme, l encore, n'est pas tranch par CHAUVEAU ;
l'instance de dcision est constitue par le jugement port sur la reprsentativit du corpus ( il
reprsente X et il reprsente de faon particulirement fructueuse ce X). Ce jugement ne peut
pas tre formul ni valid par l'analyse du discours elle-mme (cf. le recours l'histoire, la
sociologie). Il est remarquable de constater que chaque analyse effective fait appel un ensemb
le
plus vaste que ce pourquoi elle a t dcide reprsentative.
Le contenu d'un discours est conu en termes de paraphrases dfinitionnelles d'un
terme ou de plusieurs termes, ce qui est assumer une isomorphie de niveaux diffrents :
signifiant/signifi/concept. Cette isomorphie rejete par la linguistique ne peut tre
maintenue que si l'on postule un systme invariant et fixe du sens dont ce terme, ces
termes sont une unit significative (DUBOIS, 1967, p. 104). Tel est le statut et le
rle de la notion d'idologie.
3.2. La notion d'idologie
La notion d' idologie peut tre dfinie, d'aprs l'usage qu'en fait DUBOIS
(1967 et 1969 c) comme un systme d'ides, plus prcisment de propositions rali
ses sous forme de syntagmes nominaux (transform d'une phrase) ou de phrases sim
ples. Ce systme est modlis comme une thorie (HEMPEL, 1969, pp. 182 et sq) :
ensemble de phrases primitives (primitive sentence) crites sur un vocabulaire donn
et des rgles de drivation gnrant des propositions dduites/drives de phrases
primitives (derivative sentence).
3.2.1. Statut de ce modle
Ce modle (qui est une interprtation du corpus R) reconstruit/simule un systme
invariant du sens. De la mme faon que l'information smantique est encode au
23
niveau de la structure de base d'une phrase et, ensuite, plus ou moins
ambiguse/modalise par les transformations, l'information smantique d'un dis
cours
serait encode par un rseau sous-jacent de propositions. Cette invariance
assure l'univocit de la relation : segment linguistique signifi concept : le
vocabulaire du discours est isomorphe aux notions/concepts du systme de proposi
tionssous-jacent ce discours et, en dernire analyse, la mtalaniiir smantique
et documentaire propre ce discours. Cette isomorphie doit tre accompagne d'une
autre isomorphie entre les patterns de distribution et les structures du contenu con
ceptuel,
afin de fonder la valeur empirique d'une recherche distributionnelle portant
sur les items linguistiques/conceptuels. La reconstruction tend devenir la dcou
verte de la structure relle du contenu du discours sous analyse : la notion de dis
cours
philosophique systmatique de GaIjYIN accomplit ce passage. La validit du
continuum signifiant signifi concept est cherche dans un continuum typo
logique,
un type de discours le ralisant purement : le discours philosophique. Le
discours philosophique n'est pas un type de discours parmi les autres, mais le ple
ncessaire de tout discours dans une langue naturelle donne ISUMl'K, 1971, p. 31)'.
3.2.2. Notion de systme philosophique (GAUVIN, 1965)
Un ouvrage de philosophie systmatique est dfini par la stricte isomorphie du
systme lexical et du systme conceptuel : le discours de philosophie systmatique est
identit indissociable d'un contenu et d'une forme conceptuelle, instaurant un diction
nairepropre (tendanciellement autonome du dictionnaire de la langue nationale dans
laquelle il est crit). La valeur smantique de chaque unit signifiante se rvle la fois
unique et corrlative de la valeur smantique de toutes les autres units signifiantes du
mme ouvrage, parce que toutes ces valeurs smantiques constituent la projection dans
l'ordre lexical de la combinatoire conceptuelle qui s'exprime dans l'ouvrage (GaIjVIJN,
1965, p. 367). Ce fonctionnement' dfinit :
a) le discours philosophique comme type de ce genre de fonctionnement discurs
if
;
b) tout discours, dont le discours politique, en tant qu'il est possible de dterminer
un systme sous-jacent de propositions. Chercher l'idologie d'un discours, c'est pos
tuler et rechercher un fonctionnement philosophique , philosophique tant dfini
en termes d'organisation du contenu ayant un impact sur l'organisation linaire du
discours (occurrence et rcurrence des units signifiantes).
3.2.3. Les impasses de cette problmatique
a) Tout discours pouvant tre simul par ce type de systme est caractrisable comme un dis
cours systmatique. Cela amne poser que certains discours (qui ne sont ni atypiques ni fous)
ne peuvent tre simuls par ce (type de) systme ; ou bien que certains discours sont plus ou
moins caractrisables comme discours systmatiques ; comment mesurer ce plus ou
moins ?
5. Voir aussi G AU VIN : ... proprits que l'ouvrage philosophique possde un degr
extrme, mais qui sont prsentes un degr plus ou moins grand dans tous les crits systmati
ques
(Gauvin, 1965, p. 375).
24
b) Si on admet de caractriser le discours philosophique par la proposition : le systme d 'occur
rence et de rcurrence dei units signifiantes manifeste lest rgl pari le contenu du discours , il
faut m' demander *i cette caractrisation dfinit le discours philosophique comme singulier et diff
rent (par rapport au discours politique par exemple) ou le fonctionnement philosophique de tout
discours. On souponne que cette proprit est constitue de toutes pices par la mthode de
constitution mme du corpus ; cette mthode visant exhiber et constituer, en les maximisant, les
phnomnes d'occurrence et de rcurrence d'un, de plusieurs SIM (s). Quelle est la diffrence, au
niveau du systme du contenu, entre Millions can't be wrong IHahhis) et la Phnomnologie de
l'Esprit '!
3.3. La notion de phrase de base
Les deux notions examines ci-dessus mettent en jeu la notion de
proposition/phrase de base : phrase dfinitionnelle en tre, lment d'un systme
idologique. Il convient de l'examiner en dtail : c'est une construction spcifique de
l'ADF, mais que l'on retrouve dans d'autres problmatiques (cf. les macro-structures
smantiques dans les grammaires textuelles 6). C'est cette notion qui permet prat
iquement
l'application de la linguistique dans l'analyse du discours via l'quivalence :
une phrase est un discours court ; un discours est une phrase complexe . Elle
constant1, en outre, le principe de distinction entre plusieurs discours. Deux, n dis
cours
diffrent parce qu'ils sont rductibles ou gnrables partir d'une ou plu
sieurs
phrases de base diffrentes. La phrase de base est ce qui permet de caractri
ser
(singulariser et diffrencier) un discours.
Cette notion se prsente comme un tre hybride, croisement de la notion de phrase-noyau
de HARRIS (que l'on tablit par une suite de rductions) et celle de phrase de base gnre
par les rgles du composant de base d'une grammaire generative. Elle encode un irrductible
smantique (ce que HARRIS appelle le noyau informationnel ) et un irrductible formel (la
combinatoire lmentaire d'lments primitifs).
3.3.1. Irrductible smantique
La phrase de base est une phrase documentaire historique : elle encode un contenu minimal
(dans l'ordre du discours) et maximal (en termes d'cart avec un autre discours). Par exemple,
in MALDIDIER (1969) :
i) L'Algrie est la France.
ii) L'Algrie n'est pas la France.
Ces deux propositions revtent un contenu irrductible pour chaque corpus analys : en un
sens intuitif relativement clair, c'est une proposition minimale quant sa forme et maximale
quant l'ensemble des phrases gnrables partir d'elles (o gnrer est employ dans le
sens de : produire des paraphrases et/ou des consquences). Elles reprsentent l'cart le plus
grand possible entre deux ensembles de journaux (les journaux de droite vs l'Humanit).
Problme : La phrase de base est produite inductivement partir d'un grand nombre de
phrases relevant pour leur description structurale du mme schma de phrase. La validation
s'autorise de la procdure de rduction -traduction. Ce qui n'est pas prcis, c'est le rapport entre
ce schma de phrase promu phrase de base et les phrases ne relevant pas de ce schma ainsi
privilgi, c'est--dire les phrases ne contenant pas les termes auxquels l'analyse identifie le dis
cours qu'il analyse.
6. Voir KlNTSCH W., VAN DlJK, in Langages n 40.
25
3.3.2. Irrductible syntaxique
La problmatique doit tre reconstruite ; en la reconstruisant, je lui donnerai sa forme la
plus radicale. 11 semble qu'elle tend donner un contenu aux propositions de JAKOBSON concer
nantles notions de code et de sous-code : sans aucun doute, pour toute communaut linguis
tique, pour tout sujet parlant, il existe une unit de la langue, mais ce code global reprsente
un systme de sous-codes en communication rciproque ; chaque langue embrasse plusieurs
systmes simultans, dont chacun est caractris par une fonction diffrente (JAKOBSON,
1963, p. 213).
Les sous-codes sont dfinis, par rapport au modle de comptence, comme une suite de
sous-modles de comptence composants de modles de performance dfinis par les fonctions
du langage. L'analyse de discours se confond avec une sociolinguistique des rgions de commun
ication (SUMPF, 1968) : elle dcrit les sous-codes d'une langue, dans lesquels sont crits les
discours. La notion de code tant bi-rfrentielle ( une fonction du langage et une syntaxe),
elle permet de superposer deux modles : syntaxique et fonctionnel. La fonction d'un discours
dtermine (ou est dtermine par) la syntaxe spcifique de ce discours.
Cette problmatique n'a pas t l'objet d'une vritable description, sa fonction apparat sur
tout comme constitution d'un rfrentiel cohrent (ce que Foucault appelle un domaine de
validit ) permettant un certain nombre de passages la limite , de reformulations qui
introduisent la notion de type de discours descriptibles syntaxiquement :
a) Passage de l'isomorphie des niveaux, dfinitoire de la description structurale, une isomorphie des modles/processus : les modles syntaxique (grammaire), psycho-linguistique (produc
tion
des phrases), sociolinguistique (code/sous-code) tendent se confondre.
La description syntaxique des discours de Blum et de THOREZ (Courdesses, 1971) permet
de tirer des conclusions aussi diverses que :
les transformations ngatives rvlent au plan psychologique son inquitude fondamentale
[de Blum] (p. 26) ;
une dfinition de discours polmique vs discours didactique ;
le parti socialiste apparat comme une addition d'individus spars, distincts... vs le
parti communiste s'affirme comme un groupe homogne o les individualits n'apparaissent
pas et utilise une sorte de langage propre la presse interne et externe du parti (p. 33).
b) Indistinction entre syntaxe et smantique. L'analyse associe univoquement chaque lment
ou structure une interprtation unique : les rgles syntaxiques sont assimiles des oprations
smantiques (voir exemple au chapitre II).
c) Passage de la problmatique du discours une problmatique de la phrase. L'hypothse
maximale tant qu'un type de discours est gnr par une syntaxe qui lui est spcifique (on
retrouve tendanciellement ces hypothses dans les grammaires de texte et les sociolinguistiques, mais formules un niveau syntaxique plus superficiel). L'hypothse minimale
tant qu'une situation de communication tablie par le locuteur avec un destinataire est modlisable par une phrase de base comprenant un verbe performatif :
Je V (perf.) que (phrase de base)
4. Les typologies du discours
La problmatique que j'ai expose jusqu' maintenant permet de dgager des
contenus diffrents pour les divers discours analyss, mais ne produit pas de caractrisations formelles diffrentes pour des discours produits dans des situations diffren
tes
ou dans des conditions de production diffrentes. Le contenu de tout discours est, en
effet, formalisable dans les mmes termes, termes emprunts aux thories de la langue :
26
la langue comme systme de relations dfinissant la valeur des items lexicaux ;
l'analyse de la phrase comme proposition et l'analyse du discours comme
enchanement de propositions.
La caractrisation formelle d'un discours (ce qui permet de le singulariser et de le
diffrencier), ne pouvant tre obtenue au niveau de la structure du contenu, va tre
recherche au niveau de l' appareil formel de son nonciation : d'o la rfrence
et le recours aux propositions de JAKOBSON et BENVENISTE. La tentative de HARRIS
et ces propositions sont issues de deux traditions linguistiques fort diffrentes et pourt
ant, loin d'tre deux perspectives difficilement "conciliables (CHAUVEAU, 1972,
p. 17), elle apparaissent dans l'ADF comme complmentaires. Cette recherche prend
la forme d'une typologie des discours.
4.1. Problmatique des typologies
La typologie du discours se veut le lieu de propositions thoriques autonomes sur
le discours. Que peuvent tre les catgories linguistiques (c'est--dire non sociologi
ques,
non psychologiques, ou non historiques) du discours ? (SUMPF, 1969 b,
p. 46). II va de soi que la science du discours sera une science du gnral et qu'elle
formulera, donc, ses catgories (GUESPIN, 1976, p. 9). La forme de ces proposi
tions
thoriques est double :
typologie idale (tendance SUMPF/DUBOIS) ;
sociolinguistique (MARCELLESI/GuESPIN).
Elles constituent un effort de dpassement de la problmatique behaviouriste
caractristique de HARRIS et de certaines tudes purement lexicologiques ; il est remar
quable que c'est ce niveau que seront proposes des problmatiques relativement irr
ductibles.
Toutes, nanmoins, reposent sur un scheme commun : la notion d'nonciation. C'est par rapport cette notion d'nonciation que sera pos le double problme
dlimit par les dfinitions de discours de l'ADF, savoir l'enchanement entre phrases,
le rapport discours/conditions de production. Sommairement :
le transphrastique est dfini comme flux de renonciation (DUBOIS). On
passe de l'enchanement des phrases/propositions la succession des nonciations,
l'nonc comme manifestation non discrte et permanente d'un sujet d'nonciation.
GUESPIN crit : II n'y a pas de moyen privilgi d'nonciation (...) les
embrayeurs (...) ne sont plus envisags que comme le terme le plus apparent d'un
processus engageant tout l'nonc (GUESPIN, 1971, p. 17) ;
les conditions de production sont penses comme des conditions d'nonciation
(historiques : le lieu et l'poque o le discours est mis, ou typiques : la relation ta
blie entre locuteur et destinataire, c'est--dire la fonction remplie par le discours).
C'est le sujet, porteur des oprations dfinissant renonciation, qui inscrit la situa
tion o il se trouve dans la suite de phrases qu'il prononce.
4.2. Types de typologie
On a souvent soulign l'htrognit des catgories utilises (plus que produites)
par les typologies dans le cadre de l'ADF ; cette htrognit en dissimule une autre
7. La phrase de base est l'unit lmentaire d'nonciation (DUBOIS, 1969 b, p. 20). Les
transformations sont l'instrument de modalisation d'un nonc par un sujet (DUBOIS, 1969 a).
27
plus fondamentale, l'htrognit logique des problmatiques typologiques employes.
Il n'y a pas une typologie du discours, mais diverses espces de typologies qui, sous
le couvert d'un terme unique et d'un objet apparemment semblable, changent
leurs rsultats ou leurs problmatiques propres. Il me semble ncessaire d'apporter
un peu de clart dans ce domaine. Par souci de brivet, je le ferai sous forme d'un
tableau en m'inspirant des prcisions apportes par HEMPEL (Hempel, 1965,
pp. 137 et sq.). Pour lire ce tableau (p. 29) : T = type ; D = discours.
4.2.1. Confusion entre type idal et type extrme
Partons de la dfinition de HEMPEL : Un type idal est conu pour servir de
scheme interprtatif ou explicatif regroupant un ensemble de rgles empiriques gnr
ales, qui tablissent des connexions subjectivement pertinentes entre divers aspects
d'un certain nombre de phnomnes (1965, p. 60). Ce scheme interprtatif va tre
considr comme la structure relle du discours (sous-jacente au discours) reprable
par un ensemble de marques syntaxiques ou smantiques. C'est la notion de phrase
de base (dcrite au 3.2.2.) qui ralise cette confusion. La formule performatif +
schma de phrase ( rempli par les classes d'quivalence dgages grce la
mthode harrissienne) simule et structure renonciation du discours et le discours
mis. Cette confusion permet d' vacuer le problme d'une dfinition extra
linguistique
de la situation : la situation est cre /forme par le discours lui-mme.
Le discours didactique vise transmettre un contenu : toute situation o il y a
vise de transmission d'un contenu est dfinie comme discours didactique, par exemp
leune classe scolaire ( remarquer que seul est considr le discours du matre : le
discours de l'lve [sa rponse, sa dmarche, son discours propre] apparaissant
comme une matire inerte former ou un silence remplir). Le discours est structur
par le type de communication qu'il instaure entre les participants (qui vont remplir
les places vides du schma communicationnel) : il est la fois exemple d'un type de
communication et relation relle de communication (d'o le recours la notion de
sous-code). Cette problmatique fournit, d'autre part, un schma invariant permet
tant
virtuellement de comparer des discours produits dans n situations concrtes, du
moment qu'on a le sentiment que ces situations/les relations langagires tendent
tre polmiques, didactiques... . Les diverses typologies renvoient, de prs ou de
loin, cette problmatique.
4.2.2. Problmes poss par les types extrmes
Les problmes sont d'abord des problmes de validit :
a) Les rsultats de la forme Di est (plus ou moins) T sont infalsifiables : com
ment dcider du plus ou moins ? (A noter qu'il constitue surtout un moyen de ne
pas tenir compte des squences qui n'exhibent pas les traits dfinitoires de T.) A part
ir de quel moment un discours est-il de tel type ? Dfinira-t-on un seuil quantitatif,
ce vers quoi tend COURDESSES quand elle crit : Plus la distance est grande, plus le
discours devient didactique (1971, p. 25) ?
b ) Les rsultats de la forme Di est plus/autant T que Dj posent le problme de leur
caractrisation comme T et de la possibilit de leur comparaison . est le problme que
soulve GUESPIM propos de l'tude de COURDESSES : Une rserve (...) amne vo
quer le problme des conditions de production, et donc signaler le danger d'assimila
tion
abusive : les deux textes ne sont pas mis dans les mmes conditions puisque celui de
L. BLUM est un discours de congrs, tandis que celui de M. THOREZ est tenu devant
une assemble de militants. L'un des textes vise donc influencer l'orientation future
28
Types
Structure
logique
Classificatoire
(classificatory)
T est un concept
(ensemble de pro
prits )
Di appartient ou
n 'appartient pas
T. (Di e l'exten
sion
de T)
Extreme T est un ensemble
(extreme) de proprits et un
point de rfrence
(ple)10
1) Di est autant/
plus T que Dj
2) Di est plus ou
moins T
Exemple
thorique
l'univers de dis cours sera dfini par
la proposition X dit
A.B.C. ; A.B.C. ren voient
aux objets
observables que sont
les noncs a, b,
c, membres
classe''
d'une
Problmes
spcifiques
Exemples
concrets
appartenance un tude de Mtl KL sur la
degr
maxime9
problme des inter
frences
le discours commun - spcification de la courdesses
iste
est plus didac relation tre autant (Blum/Thotique que le discours T que, plus T que : REZ)12
socialiste
quantification possi
ble?
le discours de JAU
- spcification de la re
RS est aussi
(socialiste/personnel/vi
lation
tre plus ou
moins T /caractrision
du monde) que
celui de Blum11
sation infalsifiable
Idal
(ideal)
est un ensemble Typologie du contenu - thorie infalsifiable
de
propositions Proposition de Du- (elle ne dfinit pas en
Theories not con BOIS sur le discours tant que telle une
cept s1''
polmique X, Y, Z
stratgie de recher
Si T, alors Q , disent ceci (x), mais chemais son cadre
o Q est un ensem ceci (x) n'est pas :
global (
blecomplexe de moi (avec B, C,---l je
caractristiques
dis que cela (y) est1*
Cadre de rf
rence commun
toutes les analy
ses
concrtes
Typique
T est un ensemble
de caractristiques
formelles communes
plusieurs discours.
Cet ensemble de
discours est dfini
sociologiquement.
Voir Introduction la - choix, hirarchisation
des diffrences for
sociolinguistuiuc
chap. VII, 3, MAR- melles
cellesi-Gardin15
- dfinition du groupe
social
Gardin, Dis
cours patronal et
discours syndic
al16
8. Sumpf, 1969 a, p. 5.
9. MELEUC, in Langages 1965, pp. 69-99.
10. Les typologies linguistiques ne sont pas, proprement parler, des catgorisations,
mais des ples entre lesquels se structure le langage ou, si l'on veut, la communication
(Sumpf, 1969 b, p. 46).
11. Propositions reconstitues par moi partir de l'article de COURDESSES (1971). Cf. cette
formulation de MARCELLESI : le discours des communistes en 1925 est-il plus proche ou plus
loign du discours de la Majorit de Tours, que le discours des socialistes ne l'est du discours
de la Minorit de Tours (...)? (1971 a, p. 233).
12. COURDESSES, 1971.
13. Hempel; 1965, p. 160.
14. Dubois, 1971, p. 17.
15. marcellesi, 1974.
16. Gardin, 1976.
29
d'un parti, tandis que l'autre rpercute une orientation dcide (1971, p. 16 ; je
souligne). La rserve de GUESPIN pose le problme des conditions de
production : la notion de type ne fournit pas un invariant suffisant pour la compar
aison de deux discours. Dfinira-t-on la situation congrs , la situation congrs
socialiste , un congrs socialiste est-il semblable un congrs communiste ?
La notion de conditions de production devient un tre hybride o se mlent
intentions du locuteur, cadre institutionnel, donnes historiques, et ramne la typolo
gie
la problmatique de l'analyse de contenu (dont elle a t tire) : la mise en cor
rlation
d'un ensemble de traits linguistiques et d'un conglomrat de traits situation nels.
Il faut noter, d'autre part, que si le type idal propose une conception en quelque
sorte organique du discours, les typologies en termes de type extrme ne peuvent que
poser une collection de traits formels sans les hirarchiser, ou bien privilgier un seul
trait formel (assimilant tendanciellement le fonctionnement linguistique dcrit et le
fonctionnement discursif. Voir par exemple l'tude de GARDIN sur discours
syndical/patronal (1976, p. 33)).
c) Enfin, cette problmatique impose que les traits formels retenus reoivent une
caractrisation univoque et valable pour tout discours dans toute situation. D'o le
postulat d'univocit de la relation trait formel syntaxique interprtation (ou effet
de sens).
Prenons l'exemple de la transformation nominalisation dans l'tude de CoURDESSES : la
nominalisation neutralise toute modalisation ou toute rfrence et accentue la distance que le je de
renonciation prend avec son nonc ; elle marque un discours de type didactique ICOUKDISSES,
1971, p. 27). Le raisonnement est le suivant :
Nominalisation : opration effaant les modalisations considres comme des oprations effec
tues par un sujet, ce qui produit un effet de distance.
Dfinition a priori du discours didactique : la phrase/le discours sont mis comme s'il n'y
avait pas de sujet dnonciation, ce qui produit un effet de distance maximal permettant l'identif
ication
de l'metteur et du rcepteur.
La nominalisation est ime marque du discours didactique. Mais on pourrait, tout aussi
bien, crire :
Nominalisation : opration d'effacement des modalisations, des temps verbaux, du sujet, ce
qui est facteur d'ambigut et d'indtermination smantique.
La nominalisation est la marque d'un discours opaque qui prvient toute identification entre
metteur et rcepteur. Le postulat d'une relation univoque et le dcompte frquentiel des
nominalisations/passivations (etc.) semblent aussi nafs que les dcomptes lexicaux, tout
deux postulant une isomorphie signifiant/signifi.
4.2.3. La linguistique sociale
La linguistique sociale se propose de renverser entirement la problmatique
( MARCE LLESI, 1974, p. 223). Examinons sur quelques points en quoi ce renverse
ment
est une simple rptition des problmatiques existantes.
La linguistique sociale propose l'tude de l'individuation linguistique : Par individuation
on entendra l'ensemble des processus par lesquels un groupe social acquiert un certain nombre
de particularits de discours qui peuvent permettre de reconnatre, sauf masquage ou simulat
ion,un membre de ce groupe (ibid., p. 231). Dans les descriptions ralises, on peut consta
ter
que :
l'tude des marques d 'individuation tend se confondre avec la description des formes de
renonciation. Gardin conclut de son analyse du discours collectif de la C.G.T. et du patro
nat: La diffrence essentielle rside dans le type de communication tablie par ces diffrents
types de discours, dans le phnomne dnonciation (Gardin, 1976, p. 33). Ce qui est rest
dans la problmatique de CoiRDES.SE ;
30
l'tude de renonciation confond fonction du langage (ralise par un type de discours) et
relations sociales. Ce qui est rest dans la problmatique des types idaux. Gardin crit : la
relation de communication, c'est--dire finalement les rapports sociaux (1976, p. 13 ; je souli
gne) ;
cette tude se rabat sur les diffrences lexicales repres/constitues dans l'extension du
paradigme ou le systme de co-occurrence d'un ensemble de termes choisis dans les discours.
Ce qui est rest dans la problmatique lexicologique ;
un groupe social est dfini comme un individu collectif (un nous ), ce qui permet une
simple reformulation des concepts de locuteur autonome en locuteur collectif , de type de
discours en discours typique (voir MAKCELLESI, 1974, p. 236 posant que l'individuation peut
tre volontaire, involontaire, consciente, inconsciente ). D'autre part, ce groupe est conu
comme une donne invariante (fournie par l'histoire, la sociologie), les traits linguistiques
comme des variables dpendantes (le groupe, sa nature, son fonctionnement dterminent
l'apparition des marques d'individuation ; ces marques refltent le groupe). Ce qui est rest
dans la problmatique de l'analyse de contenu.
Enfin, cette problmatique correliant un groupe et un ensemble de marques prvient toute
problmatique dialectique : groupe et discours tant deux entits autonomes, ainsi que chaque
groupe et chaque discours. Ce que MARCELLESI reconnat quand il constate : ce que le mou
vement
des discours politiques reflte d'abord, ce sont les contradictions des luttes politiques et
sociales et non directement les groupes eux-mmes (1976, p. 122).
4.2.4. Quelques conclusions
L'entreprise typologique est rhtorique : un type de discours est une configu
rationde traits formels associs un effet de sens caractrisant/rvlant l'attitude du
locuteur face son discours et, travers lui, face au destinataire 1T.
L'ADF rpte, dans son fonctionnement et sa double rfrence HARRIS et
JakOBSON/Benveniste, la dichotomie fond/forme, contenu/expression. La typolo
gie
du discours tudie les formes de renonciation, la source du discours , tandis
que l'analyse lexicologique en tudie le contenu. Les deux modles
(nonciation /contenu-lexique) sont relis par la forme spcifique de renonciation : le
rejet ou l'acceptation du contenu-lexique en termes de marques (indices) de rejet
(gradu ; l'acceptation constitue la situation non marque). Cette double modlisat
ion
(deux objets/deux problmatiques) est en dernire analyse une juxtaposition : si
les typologies tudient l'mission concrte de l'nonc (l'impact d'un sujet en situa
tion sur une suite de phrases), l'analyse lexicale ne peut tudier que l' output du
discours ; le discours tant conu comme mcanisme de production linguistique
d'effets de sens, c'est--dire de sen s /significations diffrents et nouveaux, sans
que soit concevable la relation entre les formes de l'nonc et le contenu de
l'nonc .
Enfin, la typologie opre la mme opration que la vieille rhtorique, de quadril
lage
des discours dans des catgories pr-tablies (forme, genre...). Les catgories
qu'elle emprunte ou qu'elle tablit (sagement binaires et htrognes : discours en
je vs discours en vous , discours didactique vs discours non didactique ) ren
voyant
une conception structuraliste de la socit, de ses fonctions et de son instr
ument favori : le langage. La socit est traverse de conflits : le discours polmique
les reflte. Toute socit assure un enseignement : le discours didactique en sera le
porteur...
17. PCHEUX montre les origines philosophiques de cette rhtorique dans laquelle les te
mes mmes de situation, dnonciation et de dtermination rapparaissent avec une autre fonc
tion, lie l'expression du sujet face un autre sujet , in Les vrits de la Palice, pp. 52 et
sq.
31
5. Les schemes thoriques sous-jaeents la double problmati
que
de l'ADF
Je vais, dans ce paragraphe, fixer les dfinitions de discours, langue, nonciation,
dominant l'ensemble des propositions particulires et des dispositifs d'analyse de
l'ADF. Ces dfinitions n'apparaissent pas en tant que telles (formulation et statut de
dfinition fonctionnant comme prmisse a priori) dans les textes de l'ADF ; elles
fonctionnent de faon implicite en tant qu'elles permettent une problmatique.
5.1. Le discours
Je donnais, dans le paragraphe 1.1, deux dfinitions de discours proposes par les
analystes dans l'ADF ; ces deux dfinitions ne construisent pas un objet thorique,
mais dlimitent un champ d'investigation. La dfinition de discours pour FADF me
semble tre celle que CHEVALIER reconstruit comme celle de Port-Royal : le dis
cours
n'est pas seulement un ensemble de propositions il ne serait qu'une suite de
syllogismes , il est un effort de communication tendant faire intgrer l'assertion
propositionnelle par l'interlocuteur; le discours paraphrase sous des formes varies la
formule : Je te dis que la Terre tourne (CHEVALIER, 1972, p. 4).
5.2. La langue
La langue est dfinie comme un triple fonctionnement systmatique : systme de
la valeur (smantique), systme formel de la syntaxe et de la morphologie, appareil
de renonciation. Le sens d'un terme (des termes d'un discours et, par hypothse, du dis
cours
lui-mme) ne peut tre conu que par diffrences, c'est--dire dans un systme
de relations (I) qu'il faut construire (les relations ne sont pas visibles , ni immd
iatement
lisibles). Le systme syntaxique et morphologique (II) est conu dans les
termes de la grammaire generative, comme un systme autonome et non-signifiant
(l'analyse lexicologique traverse les squences linguistiques pour concevoir le sens
d'un terme/discours comme produit par un systme d'oppositions paradigmatiques
et/ou syntagmatiques). L'appareil formel de renonciation (III) est l'ensemble des
formes-instruments qui permettent un locuteur d' utiliser la langue pour s'y dfi
nir, s'y inscrire, entrer en relation avec un autre locuteur.
L'ADF se donne le systme syntaxique et morphologique (II) comme un invariant
( mtalangue neutre ) pour tudier le systme (I) et le systme (III) dans le cadre
dfini par (III) : la conversion de la langue, des systmes linguistiques en dis
cours
dans l'acte de produire un discours.
5.3. L'nonciation
L'ADF se construit explicitement sur le rejet de la conception d'un sujet auto
nome et libre, d'une nonciation comme mise en fonctionnement de la langue par
un acte individuel d'utilisation (BENVENISTE, 1974, p. 80). Mais on assiste un
simple dplacement : la notion d 'nonciation remplace la notion de sujet product
eur
autonome de son discours. La critique du sujet dit cartsien se satisfait du rem
placement
de la notion de parole par celle de systme d oprations portes par un
.sujet sur son nonc 1{* :
18. Pour un dplacement semblable, voir la conception du changement linguistique dans
Marcellesi, 1975, p. 122.
32
renonciation demeure dfinie comme mise en fonctionnement de la langue , ce
qui convertit la langue en discours ;
le rapport d'intriorit de la situation de discours 19 dans le discours est pens
en termes de type de discours, c'est--dire de type d'nonciation. L'nonciation est
un acte linguistique et social : l'usage rgl dans une certaine situation sociale
(typique ou concrte) des virtualits linguistiques 20.
Dans ce chapitre, j'ai considr les textes consacrs l'analyse du discours
comme un discours ayant pour objet le discours ou les discours. Dans les catgories
de FOUCAULT j'ai considr que ce discours constituait une formation discursive
individualise o se trouve mis en uvre un seul et mme systme de formation des
noncs (FOUCAULT, 1969, p. 243) et qu' elle avait franchi le seuil d'pistmologisation et de scientificit {Ibid., p. 244). Le seuil d'pistmologisation et de scientificit a t franchi grce un recours aux concepts et aux pratiques descriptives de la
linguistique (des linguistiques). Il faut rechercher, sous ce fonctionnement, ce qui le
rend possible. Ce qui rgle la constitution de son objet est, prcisment, ce recours
la linguistique. Ce sont la notion d'nonciation et l'assimilation tendancielle langue,
langage, discours , qui sont, ici, cruciales.
Le sujet et/ou l'nonciation demeure le point o s'articulent l'extra-linguistique et
le discursif ; la dtermination par les conditions extra-linguistiques du discursif est
conue comme contrainte (collection de contraintes) sur l'utilisation de la langue par
un sujet locuteur de la langue et sujet dans une situation socio-historique. Le discours
est tendanciellement intgr dans l'ordre de la langue (les mcanismes discursifs sont
des mcanismes linguistiques) ou du langage (les mcanismes discursifs relvent du
systme de communication entre sujets communicants) ; ce qui empche de concevoir
le discours en tant que tel. Se situer en dehors de l'ADF , c'est dfinir, pour
l'analyse du discours, un objet spcifique (et non pas un montage de pratiques des
criptives
fournies et valides par la linguistique, les linguistiques) et, partir de cette
dfinition, concevoir des stratgies de description. Je m'appuierai sur les elaborations
de PCHEUX qui, mes yeux, constituent une premire tentative de mise en question
globale de la problmatique de l'ADF (bien que les dispositifs de description mis en
uvre y restent, pour une part, compris), afin d'assurer le changement de terrain
qui me semble ncessaire pour rencontrer les deux buts que l'ADF se fixait en dfi
nissant
le discours .
19. Les conditions de production (...) ne sont pas un simple contexte, des circonstan
ces
qui exerceraient leur faon de simples contraintes sur les discours, mais ces conditions
caractrisent le discours, le constituent et, le constituant, sont rparables par l'analyse linguisti
que
(Robin, cit par Guespin, 1976, p. 5).
20. A ce niveau, la notion de comptence de MARCELLESI participe de la mme problmati
que.
La dtermination du discours par les conditions socio-historiques de production est pense
comme oprations qu'un sujet, dans telle situation, effectue (serait oblige d'effectuer) sur son
discours, c'est--dire sur le systme de propositions qui constitue le contenu et/ou l'idologie de
ce discours.
33
II. LES PROPOSITIONS DE M. PCHEUX
1. Problmatique
Les propositions de PCHEUX reprsentent le premier essai, en analyse du dis
cours,
pour constituer une thorie autonome du discours en liaison avec la linguist
ique
et les propositions marxistes sur l'idologie : c'est finalement la nonrductibilit du discursif au linguistique ou l'idologie dont il faut ici rappeler
l'importance (PCHEUX, 1975 a, p. 4). Pour le moment, elles apparaissent comme
l'application de thories hors d'elles-mmes : linguistique, philosophie et/ou la reprise
dans une problmatique renouvele des mthodes et conceptions de l'ADF (voir
l'AAD). D'o un certain nombre d'htrognits, d'articulations floues, voire de
contradictions entre les propositions. Ce sont ces difficults que je vais tudier car
elles signalent les problmes que doit rsoudre l'analyse du discours pour se dfinir.
1.1. Les thses de Pcheux
L'entreprise de PCHEUX me semble pouvoir tre dcrite partir des trois thses
explicites ci-dessous.
1.1.1. Le lien qui relie les significations d'un texte aux conditions socio-historiques
de ce texte n'est pas secondaire, mais constitutif des significations elles-mmes
(HAROCHE, 1971, p. 98). Cette proposition pose :
a) qu'il n'existe pas de systme socialement et historiquement neutre dans lequel
prendraient sens les lments d'une langue. C'est ce qu'on reconnat, gnralement,
en posant que les mots changent de sens selon les locuteurs qui les emploient : ce
changement de sens relve non pas de conditions intra-linguistiques, mais de ce qui
est intuitivement recouvert par les notions de locuteur, place occupe par le locu
teur dans la socit ;
b) que l'analyse du discours est, avant tout, une problmatique de la signification.
Cette proposition s'oppose surtout aux propositions des sociolinguistiques se donnant
pour objet des traits formels (phonologiques, syntaxiques, structurels) qui diffren
cient
les discours, les types de discours. PCHEUX se pose d'abord la question du
sens d'un texte et de sa signification par rapport d'autres textes (CHAUVEAU,
1970, p. 135).
1.1.2. Le principe de la subordination de la signification la valeur peut, selon
nous, tre considr comme le noyau de la rupture saussurienne (HAROCHE,
1971, p. 96). Ce postulat 1 est globalement maintenu, mais au niveau du discours : la
signification d'un lment discursif ne peut tre conue que comme l'ensemble des
rapports que cet lment entretient avec n autres lments avec lesquels il forme
systme.
1.1.3. Au niveau mthodologique, la volont de rester dans une smantique faible,
caractrise par le fait qu'elle renvoie une quivalence entre les noncs sans que
l'on se pose la question de savoir ce que signifient ces deux noncs (PCHEUX,
1. Pour le statut de la notion de valeur chez SAUSSURE, voir Normand, 1970.
34
1975 a, p. 71 2). La relation de paraphrase est une donne pour une smantique fai
ble ( La possibilit d'affirmer une relation entre deux objets n'exige pas celle de
reconnatre dans chacun de ces objets ce qui fait qu'une telle relation existe ) (HlZ,
cit m LEEMAN, 1973, p. 85).
Cette dcision mthodologique valide la procdure pratique d'analyse (la superposition de n
squences discursives sur des critres formels), mais entre en contradiction avec les propositions
thoriques de PCHEUX. Nous verrons que cet cart entre l'AAD et les propositions thoriques
est contant, situation cre par l'absence d'une dfinition claire des notions de paraphrase/
synonymie/quivalence. Notons, ds maintenant, en quoi la notion de smantique faible ne dfinit
pas la problmatique de PCHEUX :
a) la notion de paraphrase que PCHEUX manipule est une donne historique qu'il faut
construire (les lments en relation de synonymie/paraphrase sont les traces d'un processus de
production de sens) et non pas une donne immdiate, empirique (jugement intuitif) ;
b) l'quivalence entre noncs est globalement rapporte aux conditions de production des
noncs (AAD, 69), une formation discursive comme matrice du sens (voir infra la dfini
tionde ces notions), ce qui est concevoir les relations entre noncs comme n'tant pas
produites ou dtermines par le systme linguistique et, par l mme, sortir d'une problmatique
purement intra-linguistique. Ce fait est masqu, dans les propositions propres l'AAD, par
l'absence d'une diffrence de statut entre les phrases en paraphrase dans la Formation dis
cursive,
et les phrases en paraphrase telles que l'AAD les repre dans un discours analys 3.
Cette proposition semble bien plutt avoir une valeur polmique, visant rejeter
la problmatique dtermine par une smantique forte ( tude des relations entre les
noncs et la ralit extra-linguistique (LEEMAN, p. 85), problmatique qui
ramnerait la proposition (1.2.1.) concevoir le discours comme reflet/expression de
la ralit extra -linguistique, et la proposition (1.2.2.) concevoir le discours et la ral
it extra-linguistique comme deux systmes d'objets prexistants l'un l'autre et
cooccurrents dans une situation donne.
1.2. D'autres thses
A ces trois thses smantiques s'ajoutent trois ensembles de propositions adopt
es partir d'une problmatique marxiste :
1.2.1. La critique de la conception spontane du langage comme instrument de commun
ication et du discours comme instance de communication entre deux personnes, entre n
personnes, sujets communicants. Dans cette problmatique, la communication fonc
tionne de faon discrte : il y a ou il n'y a pas communication entre deux personnes selon
qu'elles parlent ou non la mme langue, qu'elles connaissent ou non le mme systme
lexical (Cf. Marcellesi). S'il y a communication (entre les communicants/le locuteur et
l'analyste du discours), il y a transfert d'un contenu (d'un sens ?) clair (ce qui ne veut
pas dire immdiatement clair, et dans l'ADF le discours tend tre son propre diction
naire, tre un processus d'explicitation de lui-mme, de son propre sens). Le schma
de la communication fournit corrlativement un modle rduit et abstrait des inter
actions
sociales (deux sujets et, par complexification, la socit comme une col
lection
d'individus entrant dans des rapports sociaux. Voir supra II, 2.2.3. 4).
Il est important de poser, avec PCHEUX, que non seulement il y a des problmes
de traduction, d'quivalence et de non-quivalence (HAROCHE, 1971, p. 97) entre
2. La dfinition est de D. LEEMAN, in Langages 29, p. 85.
3. Voir infra, chapitre IV, notre distinction (reprise de FOUCAULT) entre systme d'noncs
et squence de phrases.
4. Je reprends ici pour l'essentiel la dmonstration de F. Gadet, 1977, p. 64.
35
discours tenus partir de places diffrentes, non seulement il y a des discours qui ne
communiquent rien, mais que, fondamentalement, la mme langue (historiqu
ement
constitue comme langue nationale et apprhende par la linguistique comme
un systme) autorise un certain niveau de communication et un fonctionnement de
non-communication ce que BALIBAR appelle des vocabulaires-syntaxes, raisonne
ments
antagonistes (BALIBAR, 1973). Qu'il y ait ou non communication ne dpend
pas du code, plus ou moins adquat, de la bonne volont ou deTa comptence des
interlocuteurs, mais des rapports sociaux qui dfinissent la place historique des acteurs
parlant dans une situation donne.
1.2.2. La thse matrialiste selon laquelle les objets ne sont pas des invariants
premiers, mais des points de stabilisation de processus (PCHEUX, 1975 a, p. 73).
Ce qui dtermine une double critique des thses posant :
a) l'existence du sens comme substance pralablement tout discours (sous forme de
propositions de base invariantes ou d'lments primitifs d'une smantique) ;
b) l'existence d'objets extra-linguistiques-rfrents du discours ou de groupes
sociaux dfinis intrinsquement par un ensemble de traits (ce qui implique une sta
bilit
du groupe et de la mtalangue de description ; voir MARCELLESI, supra), en
dehors des rapports qui les constituent historiquement.
1.2.3. La notion marxiste d'idologie, qui me parat tre dterminante pour rduire
le problme de renonciation. Elle permet ce que PCHEUX appelle une thorie non
subjective du sujet, que je reprendrai.
1.3. AAD 69
L'AAD est conue comme une procdure d'analyse automatique (recours l'ord
inateur)
d'un texte non pralablement trait (constitution d'un corpus autour d'un
mot pivot...), se droulant en deux phases (nous n'entrerons pas dans le dtail des
diffrents algorithmes mis en uvre) :
codage des phrases de surface, analyses en phrases-noyaux (appeles noncs)
relies par un oprateur de dpendance, dans un format syntaxique index de catgor
ies
grammaticales ;
constitution de domaines smantiques , c'est--dire de classes d'quivalence sur
la base d'une composition lexicale et d'un environnement (en termes de chanes
d'noncs et d'oprateur de dpendance) identique ou quivalent.
Les noncs et les composants d'noncs dans un domaine smantique sont paradigmatiquement relis par une relation de substitution. C'est cette relation de substi
tution de n segments discursifs dans un environnement lexical et discursif quivalent
que l'AAD repre. Elle ne conoit pas ce reprage comme une procdure de class
ement (constitution de classes), mais interprte l'quivalence de n segments dans un
domaine smantique comme une mise en quivalence, la superposition effective des
lments discursifs comme la trace d'un processus smantique l'uvre dans le dis
cours,
le processus de production. C'est la thorie de ce processus et l'interprtation
corrlative de l'quivalence comme substitution (de la substitution comme symptmatique ou dfinitoire de l'quivalence) qui posent problme ; les solutions apportes
ce problme dtermineront la valeur empirique de l'AAD.
36
2. Synonymie, paraphrase, reformulation et substitution
2.1. Position du problme
L'AAD interprte la substitution possible des n noncs regroups dans un
domaine smantique et la substitution dans ces noncs des ralisations lexicales
comme production d'une relation de paraphrase ou de synonymie. Cette interprta
tion
repose sur deux thses :
la dfinition de la relation de synonymie (relation avoir le mme sens dfinie
entre mots) par substitution de segments discursifs dans un contexte quivalent,
c'est--dire dans des phrases entretenant une relation de paraphrase ;
la dfinition de la relation de paraphrase (relation entre phrases) comme inva
riance propositionnelle (cf. dans les elaborations de PCHEUX : invariant propositionnel (1975 a, p. 71), proposition de base {Ibid., p. 72), rptition de l'iden
tique (1969, p. 32), mme systme de reprsentations {Ibid., p. 32).
Ces deux thses ne peuvent tre maintenues que si le contexte de substitution et
ce que la substitution laisse inchang ont t dfinis :
Le contexte. QuiNE a montr {Word and Object, 1960) que la phrase n'tait pas un contexte
suffisant pour assurer l'identit de sens entre deux segments linguistiques ; la recherche du con
texte pertinent ne peut entraner qu' une extension incessante de ce contexte et, la limite,
c'est le contexte de la langue dans sa totalit qui est requis (en ce qui concerne l'quivalence
translinguale). Cette extension ne peut tre qu'arbitrairement limite par une problmatique en
cercle : deux segments linguistiques sont synonymes s'ils occurrent dans deux phrases en rela
tion de paraphrase ; deux phrases sont en relation de praphrase si elles sont constitues par
des constituants synonymes 5.
Ce que la substitution laisse inchang. La dfinition de l'invariant d'une substitution
comme invariance d'une proposition n'a de sens que s'il est possible de dfinir la notion de pro
position
et s'il est possible de produire cette proposition partir des lments substituables.
La dfinition de proposition n'est pas un mince problme ; la dfinition la plus courante
fait prcisment appel celle de paraphrase : Proposition (...) voudra dire la classe de toutes
les phrases ayant la mme signification qu'une phrase donne (RUSSELL, cit par GOCHET, 1972,
p. 172). L encore nous nous trouvons dans une problmatique en cercle. PCHEUX constate
d'ailleurs : les domaines smantiques effectivement obtenus par la procdure A AD ne se
rduisent pas une famille d'noncs interparaphrasables par une seule et mme proposition de
base (1975 a, p. 72).
2.2. La notion de paraphrase
Considrons ce point de blocage dans la problmatique de PCHEUX : proposi
tions
contradictoires ou floues (voir, par ex., sur la notion de phrase de base, 1975 a,
p. 72) lies une conception de la synonymie /paraphrase qui est maintenue dans la
dfinition des notions, essentielles pour l'analyse du discours, de processus discursif
ou de formation discursive. J'exposerai, en premier lieu, le statut crucial de la notion
de paraphrase dans l'A AD et, en deuxime lieu, je tenterai d'interprter la notion de
domaine smantique produite par A AD en recourant aux elaborations de GOCHET
de ce problme.
5. Ce qui est tendanciellement ralis dans l'AAD. Pour qu'il y ait effet mtaphorique
entre deux termes x et y appartenant deux noncs Ea et Eb (...), il faut que Ea et Eb aient
une interprtation smantique identique (PCHEUX, 1969, p. 35).
37
2.2.1. La notion de paraphrase dans VAAD
La notion de paraphrase peut tre conue dans deux problmatiques fondamenta
lement
opposes (et que ne recouvre pas vraiment l'opposition smantique forte vs
smantique faible ) :
a) La paraphrase est une donne. Plus exactement, dans la langue, dans les dis
cours,
il y a des ensembles de phrases en relation de paraphrase (ce qui est la probl
matique de HARRIS). Point n'est besoin d'une thorie de la paraphrase, c'est un fait
dcrire (recherche de critres de paraphrase, cf. la substituabilit) et une condition
de possibilit de la description (syntaxique pour HARRIS ; de l'analyse de discours
pour PCHEUX).
b) Une conception implicite dans l'ADF et reprise implicitement dans l'AAD : la
paraphrase est conue sous la catgorie du signe.
Le sens de est P2, P3 (...), o P = phrase ;
Pj signifie P2 ;
Pj signifie la mme chose que P2, P3 ...
QUINE s'interroge sur la notion avoir le mme sens ; les analystes franais ne
le font pas car ils ont en tte le schma dfinissant la phrase dfinitionnelle dans le
texte-dictionnaire : le mot x signifie y ; x et y sont synonymes (o x, y sont des
mots, ou des syntagmes).
Ces deux conceptions poses, rappelons que ADF et AAD
assimilent fonctionnement discursif et production de paraphrase, au sens de la
thse (b) ;
considrent que tout discours tend tre son propre dictionnaire (voir PCHEUX,
1969, p. 31, ou 1975 a, pp. 56-57).
Revenons au fonctionnement de l'AAD.
1) La thse (a) permet de constituer l'objet de l'analyse du discours : des ensembles
(discrets obtenus par une procdure rptable) de phrases (d'o la rfrence HARR
IS). La dfinition opratoire de discours peut tre crite comme : Une squence de
phrases est un discours si elle exhibe /permet la constitution d'ensembles de phrases
en relation de paraphrase. Ce que CHAUVEAU avait remarqu quand elle crivait
que l'entreprise de PCHEUX n'avait de sens (et j'ajouterai d'existence) que s'il tait
possible, dans un contexte donn, d'oprer certaines substitutions entre deux te
rmes x et y sans changer l'interprtation smantique de l'nonc (rappel in
1975 a, p. 70).
2) La thse (b) permet de /oblige constituer l'analyse de discours comme une thorie
de la signification des discours.
D'o, pour l'AAD :
Un type de rsultat : le sens du discours Di est diffrent du sens du discours Dj.
Ce qui est produit sous la forme : les ensembles paraphrastiques exhibs
par/constructibles sur Di sont diffrents de ceux de Dj. Notons que cette problmati
que
est ncessairement contrastive.
La ncessit de constituer un corpus et de le clore avant de procder la consti
tution effective des domaines smantiques. D'o le recours ncessaire la notion de
conditions homognes de production.
Enfin, le flou de la formule dfinissant la paraphrase Pj signifie P2 (...); Pj , P2 (...)
signifient la mme chose inscrit dans l'AAD la possibilit du commentaire, de lTierm38
neutique : Pi signifie P2) signifie A, B, ... , est un commentaire historique, politique
de l'analyste (voir GAYOT, 1971). La notion ambigu (conception (a) et (b) de para
phrase n'est pas un simple outil ou un concept opratoire de A AD, mais le scheme qui
la rend possible. Ce qui explique, sans doute, sa permanence et la difficult, pour
PCHEUX, de vraiment l'expliciter, voire de l'abandonner. Nous verrons, ci-dessous,
d'autres effets de cette problmatique sur les propositions de PCHEUX.
2.2.2. La notion d'identit propositionnelle
P. GOCHET, dans Esquisse d'une thorie nominaliste de la proposition, aprs
avoir expos les difficults inhrentes une problmatique de la synonymie et de la
dfinition de la proposition comme classe de paraphrases et/ou invariant d'une srie
de substitutions, propose de dfinir un critre d'identit propositionnelle grce la
notion d'isomorphie extensionnelle. Il m'a sembl intressant de rapprocher cette
tentative de celle de PCHEUX ; en effet, les noncs constituant un domaine smant
iquerpondent ce critre et les conclusions de GOCHET permettent d'claircir la
relation qui runit et unit ces noncs. Le critre d'identit propositionnelle de
GOCHET s'nonce comme : Deux n phrases isomorphes forment une seule et mme
proposition si :
leurs expressions rfrentielles sont corfrentielles ;
leurs expressions predicatives sont coextensives ;
la coextensivit des prdicats est garantie par une loi (logique ou naturelle).
GOCHET conclut : Lorsque la coextensivit de deux prdicats figurant dans
deux phrases isomorphes est garantie par une loi, qu'il s'agisse de loi logique ou
d'une loi naturelle, nous avons le droit de dire que les deux phrases, bien que non
synonymes, correspondent une seule possibilit d'tat de chose (p. 186, soulign
par moi).
Ainsi : tre un animal pourvu d'un cur et tre un animal pourvu de
reins correspondent une seule et mme possibilit biologique et forment, par l
mme, une seule proposition. Considrons la notion de domaine smantique : les
noncs constituant un domaine smantique sont isomorphes de par leur codage dans
un mme schma syntaxique simple : la corfrentialit des expressions rfrentielles
et la coextensivit des expressions predicatives sont postules sur la base de la mise
en quivalence. La notion de syntagmatisation entre commutables dans le cas de
substitution oriente joue le rle de loi garantissant la coextensivit des prdicats.
Sur cette base, ne peut-on pas considrer que l'invariant d'un domaine smanti
que
n'est pas constitu par une proposition, mais par une seule possibilit d'tat de
chose ? Essayons de prciser cette interprtation afin de lui donner quelque consis
tance.
a) La notion de paraphrase n'est plus dfinie par la notion avoir le mme sens ;
l'invariant d'une famille paraphrastique n'est pas une proposition ni une classe de
propositions, mais rend possible un ensemble de phrases en ce qu'il fournit des objets
et des prdicats relis par des lois /un discours. Cette conception 6 implique que soit
abandonne la dfinition de paraphrase comme fonction de composants phrastiques
identiques ou quivalents et fait sortir l'analyse du discours d'une problmatique de
la signification.
b) Comment dfinir cette notion sans rgresser en de des thses (1.2.2.) et (1.2.3.)
exposes ci-dessus, sans la concevoir en termes de monde (ralit extra-linguistique)
6. Ce qui est un argument supplmentaire pour rcuser les notions de phrases de
base/macro-structure smantique/proposition d'une langue documentaire.
39
ou de monde possible ? Nous l'avons dfinie jusqu' maintenant comme ce qui per
met un ensemble de phrases ; en termes tout aussi approximatifs, on peut la conce
voircomme ce qui fonctionne comme une situation /comme situation 7 et qui consti
tue
l'objet du discours (de la famille paraphrastique ) et dtermine l'effet de rf
rence.
Pour concevoir cette notion, nous ne rechercherons pas une situation non li
nguistique
que le discours reflterait en l'encodant sous des formes linguistiquement
varies, mais le systme d'noncs qui constitue la situation pour un discours.
J'emprunte la notion de systme d'noncs FOUCAULT et c'est partir des proposi
tions
de YArchologie du savoir (1969) que me semble possible le changement de pro
blmatique
permettant de sortir de l'impasse cre par la notion de paraphrase (v. cha
pitre III).
3. Les notions de domaine smantique et de processus discursif
L'AAD constitue des domaines smantiques ; le processus discursif est le proces
sus
de substitution l'uvre dans ces domaines. Ce processus produit les effets de
sens propres au discours analys : La production du sens est strictement indissocia
ble
de la relation de paraphrase entre des squences telles que la famille paraphrasti
que
de ces squences constitue ce qu'on pourrait appeler la matrice du sens (1975
a, p. 13). Les domaines smantiques sont conus comme la trace de ce processus.
3.1. Problmes poss par ces deux notions
La notion de processus discursif dfinit tout discours (squences discursives rap
portes
un tat dfini des conditions de production) ; l'impact des conditions de
production sur un processus discursif ne peut donc tre tabli que par 1 'enumeration
effective des familles paraphrastiques (de leurs composants) reprables et constituables
sur ces surfaces discursives. Si le sens d'une squence est produit par les relations effecti
ves
l'intrieur du paradigme regroupant les squences substituables ( c'est partir de
la relation intrieure cette famille que se constitue l'effet de sens... (1975 a, p. 13)), il
est fonction des n phrases effectivement regroupes dans un domaine smantique. Une
telle problmatique pose deux problmes :
3.1.1. Un problme pratique, directement reli l'exploitation de AAD : celui des
frontires des familles paraphrastiques. Si le sens d'une squence est fonction des n
squences formant un domaine smantique, le nombre et la nature de ces squeces
dpend du corpus analys et de la dcision de l'analyse quant l'appartenance glo
bale de ces phrases un mme tat des conditions de production. Le sens d'une
squence dpend, pour le moment, entirement de la dcision de l'analyste sur son
corpus.
3.1.2. Un problme thorique : celui des substitutions orientes, trace d'une syntagmatisation entre commutables, d'un discours-traverse. L'AAD repre une relation
implicite entre des squences discursives (ncessairement implicite pour le sujet pro
nonant
le discours dans la problmatique des oublis) mais ne peut l'tablir ni la
qualifier : Le problme le plus urgent est celui des critres permettant de reprer
les orientations entre commutables : on sait que le principe de ce reprage cons
iste dans la recherche de constructions reliant les commutables par une syntagmatisation en quelque sorte perpendiculaire l'axe des squences en commutation ; il est
7. Dans le sens de MEL'CUK.
40
d'ailleurs noter que ces constructions peuvent recouvrir aussi bien des enchane
ments
temporels de type narratif que des relations logiques, telle que la dductibilit (1975 a, p. 75).
Comment prendre en compte une relation et l'effet de sens corrlatif de l'ordre de
la combinaison intra-discursive, de l'articulation inter-nonc dans une thorie
smantique qui ne considre qu'un seul processus de production de sens : la substitu
tion
? De plus, la problmatique semble se renverser : l'intra -discours nglig par
l'AAD qui dlinarise le discours pour constituer des objets paradigmatiques
demande tre thoris pour rsoudre le problme de ces domaines smantiques 8.
3.2. Le problme de l'intra-discours
Le discours est l'instance de production du sens ; les squences discursives sont
analyses en tant qu'lments de ce processus de production (traces). Cette product
ion
du sens traverse la matrialit linguistique, rhtorico-logique des squences sans
la dterminer, ou plutt le principe de dtermination est pos sans tre dcrit. Cette
problmatique reconduit au niveau du discours le couple antinomique fond/forme
(reconduction exhibe de faon exemplaire dans la dfinition de formation discursive
comme ce qui peut et doit tre dit (sous la forme d'une harangue, d'un sermon,
d'un pamphlet, d'un expos, d'un programme, etc.)... 9 et empche la ralisation
d'un des buts programmatiques de l'analyse de discours : la smantique (...) doit
avoir fondamentalement pour objet de rendre compte des processus rgissant l'age
ncement des termes en une squence discursive, et cela en fonction des conditions
dans lesquelles cette squence discursive est produite (HAROCHE, 1971, p. 103).
C'est cette description de l'intra-discours que je tenterai en tant qu'elle est dtermi
ne
par une formation discursive : l'articulation rhtorico-logique de ce qui peut et
doit tre dit n'est pas indpendante de ce qui est dit. En d'autres termes, une fo
rmation
discursive impose des rgles intra-discursives et des modalits nonciatives qui
informent le discours d'un sujet interpell par telle formation discursive. De mme
que le discours n'est pas un pur espace de production de sens, de mme l'individu
n'est pas interpell dans le discours comme sujet sous la forme universelle du sujet
d'nonciation, mais dans un certain nombre de places nonciatives, qui font qu'une
squence discursive est une harangue, un sermon (...), ou plutt telle forme de
harangue, sermon (...).
8. A ce propos, il faut noter que PCHEUX rencontre l le mme problme que les analyses
documentaires reprsentant le sens ou le savoir d'un texte dans une mtalangue documentaire :
celui du contenu non encode en units discrtes et en termes de relation entre ces uni
ts. Gardin crit dans l'Analyse conceptuelle du Coran : On imagine bien que la mme con
nexion
d'ides puisse tre exprime tantt par un groupe de propositions logiquement subordon
nes
les unes aux autres, sans csure dans l'enchanement, tantt par une suite de mor
ceaux distincts composs eux-mmes de plusieurs propositions chacun, mais lis cette fois par
le seul tour discursif du texte, considr dans sa totalit (J.-C. GARDIN, 1963, p. 37, soulign
par moi).
9. Ce qui justifie Chauveai , quand elle crit dans son compte rendu de l'AAD 69. II
[PCHEUX ] souligne la ncessit d'une typologie du discours (sans utiliser le terme) qui permett
rait
d'opposer la structure d'un ensemble de discours Dx tout ce qu'elle n'est pas implicit
ement
(Chauveau, 1970, p. 1381.
41
4. La notion de
mtaphore
formation
discursive
(FD) :
paraphrase
et
4.1. Dfinition de cette notion
Une formation discursive est une composante d'une formation idologique qui
constitue un ensemble complexe d'attitudes et de reprsentations qui ne sont ni
individuelles ni universelles , mais se rapportent plus ou moins des positions
de classes en conflit les unes avec les autres (1975 a, p. 11). La notion de FD est
conue (formellement, par rapport elle-mme) selon deux types de fonctionnement :
a) La paraphrase. Une FD est un espace de reformulation-paraphrase (elle com
prend
un systme de paraphrases) ou est constitue par ce systme de
reformulation -paraphrase ( le fonctionnement d'une formation discursive, c'est-dire, [...] le systme de reformulations, paraphrases et synonymies qui la constitue
(1975 b, p. 173).
b) Le prconstruit. Une FD dtermine ce qui peut et doit tre dit (articul sous la
forme d'une harangue, d'un sermon, d'un pamphlet, d'un expos, d'un programme,
etc.) partir d'une position donne dans une conjoncture (1975 a, p. 11). La pro
blmatique,
alors, est une problmatique du prconstruit (comme objet idologique,
reprsentation, ralit ) donn l'individu de faon contemporaine son interpella
tion
comme sujet. Le prconstruit correspond au toujours dj-l de l'interpella
tion
idologique qui fournit-impose la ralit et son sens sous la forme de
l'universalit (le monde des choses ) (1975 b, p. 149).
Les Vrits de La Palice rinterprte la dfinition en termes de paraphrase (a) l'aide de la
notion de mtaphore, reprenant la formule lacanienne : Un mot pour un autre, telle est la
formule de la mtaphore (LACAN, cit m 1975 b, p. 241) et PCHEUX ajoute : le sens
n'existe nulle part ailleurs que dans des rapports de mtaphore {raliss en des effets de substi
tution, des paraphrases, des formations de synonymes) dont telle formation discursive se trouve
tre historiquement le lieu plus ou moins provisoire {Ibid., p. 242 ; je souligne). Notons ds
maintenant :
1) Le flou de l'articulation entre mtaphore et paraphrase : la paraphrase ralise la mta
phore, est dtermine par la mtaphore, est la trace de la mtaphore .
2) La notion lacanienne (dtache de son corps thorique) vient colmater le vide laiss par
l'absence de dfinition de paraphrase et se trouve, par l-mme, investie dans la problmatique
dcrite au 2.3.1. Un mot pour un autre n'est qu'une rcriture de un mot signifie un
autre mot .
Revenons la notion de formation discursive. L'articulation entre les deux fonc
tionnements
qui la dfinissent est problmatique ; PCHEUX l'esquisse dans la conclu
sion
des Vrits : du sujet se produit dans ce non-sujet que constitue un amas de
reprsentations dpourvues de sens , et cette production s'accompagne prcisment
d'une imposition de sens des reprsentations (1975 b, p. 240). Ceci pose que les
objets idologiques fournis-imposs l'individu interpell comme sujet sont du signi
fiant : il me semble que le rapprochement entre le fonctionnement de l'inconscient et le
fonctionnement de l'idologie dans sa matrialit discursive est trop hypothtique pour
tre pouss jusque-l.
PCHEUX reconnat d'ailleurs : nous ne perdons pas de vue la spcificit de
l'objet de la recherche freudienne, et ne prtendons pas qu'il soit possible d'appliquer
immdiatement le dtail de ses rsultats au problme dont nous traitons (1975 b,
p. 239). Or, c'est bien une application immdiate qui est faite dans la conception
d'une imposition du sens par le processus discursif du signifiant fourni-impos par
une formation discursive. Il me semble que cette application est d'autant plus facile
42
et ncessaire que le discursif est conu comme production de sens et que cette pro
duction
s'applique uniformment tout ce qui peut tre segment comme squence
discursive .
4. 2. Contradiction dans la dfinition de l'objet de l'analyse du discours
La mme contradiction joue dans la dfinition de l'objet de l'analyse du discours.
La recherche de PCHEUX et le dispositif d'analyse A AD visent donner contenu
une thorie matrialiste du sens/de la signification discursive.
Or, on peut simultanment caractriser cette recherche comme une critique du
modle communicationnel, du discours comme instrument de communication. (...)
Instrument de communication [dans L'Idologie allemande] est prendre au sens
figur et non au sens propre, dans la mesure o cet instrument permet la fois la
communication et la non -communication, c'est--dire autorise la division sous l'appa
rence de l'unit, et cela du fait que ce n'est pas d'abord de la communication d'un
sens qu'il s'agit (1975 b, p. 83). PCHEUX, d'autre part, dans ses elaborations sur
lea rapports discours/idologie, insiste sur le fait que l'idologie interpelle l'individu
comme sujet de son discours et que cette interpellation est strictement contemporaine
de la donation d'un monde, de ses objets et de ses sujets.
Nous sommes ici, me semble-t-il, devant une contradiction dans les objectifs de la
description et la nature de l'objet discours :
a) le discursif comme production de sens/mergence du sens : l'analyse du discours
comme thorie de la signifiance ;
b) le discursif comme un des aspects matriels du savoir : l'analyse du discours
comme thorie de l'objet de discours, de la forme-sujet, de la dtermination de l'intradiscours.
5. Conclusions
5.1. Problmes
5.1.1. Il semble que le maillon faible des elaborations de PCHEUX soit constitu par
cette conception du discursif comme production du sens et du discours comme lieu
d'mergence des significations, ce qui est manifeste dans la dfinition de formation
discursive, notion que PCHEUX reprend de FOUCAULT. La problmatique de FOUCAULT est remplace par une conception globale du discours comme production de
sens, de significations ; la notion de systme de formation (ensembles des rgles
discursives dterminant l'existence des objets, concepts, modalits nonciatives, stra
tgies)
est substitue celle de processus discursif. Ce qui condamne l'analyse du dis
cours
traiter les discours comme des ensembles de signes (d'lments signifiants
renvoyant des contenus ou des reprsentations) (FOUCAULT, 1969, p. 67) ; et
comment dfinir ces notions de contenu , reprsentation , sens , sinon
comme un discours qui redouble un autre discours : le sens de x est ...; x
signifie ... ?
Cette problmatique est d'autant plus gnante qu'elle empche de poser le pro
blme
du prconstruit comme ralit, monde, objet de discours . Si les discours du
matrialiste, de l'idaliste, du rvolutionnaire, du ractionnaire (1975 b, p. 81)
diffrent, ce n'est pas tant parce que les mots n'y ont pas le mme sens, que parce
que parlant dans le mme monde et parfois du mme monde, ils ne parlent pas du
mme monde. A l'expression patrons et ouvriers ne parlent pas la mme langue
(1975 a, p. 22), correspond l'expression patrons et ouvriers ne sont pas du mme
monde .
43
5.1.2. On pourrait essayer de ramener la srie des contradictions, htrognits
jusqu' maintenant repres dans les propositions de PCHEUX (et qui sont bien cel
les qu'il faut faire jouer pour oprer le changement de terrain qu'il propose et
dont il dfinit les orientations) la difficile articulation entre les propositions thori
queset l'AAD 69, qui n'est pas seulement le dispositif pratique correspondant aux
propositions thoriques, mais aussi un objet partiellement hrit de la linguistique et,
par l-mme, compris dans une problmatique diffrente (proche de celle de l'ADF,
dcrite dans le premier chapitre). Si on considre le type de rsultats fournis
par l'AAD . une liste de domaines smantiques considrs partir d'un certain tat
des conditions de production, il semble que nous ayons faire une
reprsentation /dfinition du sens de chaque segment linguistique par les relations qu'il
entretient avec d'autres segments : ces relations forment un rseau de termes (plus exac
tement de classes de termes substituables.) reprsentant le -ystme de r prsentations (ce
qui, dans une problmatique diffrente, est appel sav i
.i-lingnistique ) mis en
uvre dans tel discours (pour autant que ces reprsentations sont analyses en units
discrtes et relations entre ces units. Cf. le problme des substitutions orientes). On
pourrait dire que le modle de discours produit par l'AAD est un modle items et
arrangements, dont les items sont remplacs par des paradigmes. La notion de relation
dfinissant la valeur d'un mot, conue comme diffrence chez SAUSSURE, revt une
signification positive : si la valeur d'un mot est diffrentielle, quand elle est rapporte
globalement l'ordre des discours (tel mot n'a pas le mme sens dans telle ou telle fo
rmation
discursive), l'intrieur d'un discours, elle est constitue par l'amalgame de tou
tes les relations que ce mot entretient.
Ce produit me semble plus renvoyer une description -thorie de la forme du
contenu (effaant l'opposition sens cognitif/sens priphrique, connotatif ;
sens / savoir 10) qu' l'ensemble thorique constitu par l'interprtation de la
procdure d'analyse (la superposition ralise par les algorithmes d'analyse repre les
traces d'un processus discursif de substitution-mtaphore), l'interprtation de la nonparaphrasabilit des n squences d'un domaine smantique par un lexme/une pro
position
unique comme l'effet d'un discours traverse, la conception du discours
comme forme matrielle de l'idologie.
5.2. Deux acquis pour l'analyse du discours
5.2.1. La conception non subjective de renonciation
Nous avons vu que la notion d'nonciation (point d'ancrage d'un discours dans
une situation ; oprations d'un sujet sur des squences de phrases) avait remplac la
notion philosophique de sujet libre dans l'ADF, mais que ce dplacement n'avait pas
remis en cause la centralit du sujet. A partir de la description par ALTHUSSER
(ALTHUSSER, 1970), description reprise par PCHEUX, du mcanisme de l'idologie
en gnral, peut tre conue une des modalits de l'interpellation idologique dans
l'ordre du discours. L'individu est interpell comme sujet l'intrieur d'une format
iondiscursive, cette interpellation tant ncessairement corrlative de l'illusion, pour
le sujet, d'tre le sujet de son discours, c'est--dire de pouvoir prendre de la distance
par rapport lui, de le modaliser, de le reformuler, de le paraphraser pour bien faire
entendre ce qu'il veut dire. Ces propositions restent abstraites tant que ne sont pas
10. Ce qui est tendanciellement ralis par toute analyse de la forme du contenu. Cf. la
fusion (reconnue ncessaire...) entre la reprsentation du monde et celle du sens d'non
cs
isols (Paillet, 1974, p. 58).
44
pris en considration la rgion et l'tat historique de la lutte des classes, dans lesquels
l'individu est interpell. J'essaierai de situer mon analyse dans cette problmatique ;
elle exige de ne pas reproduire au niveau thorique l'illusion ncessaire du sujet libre
(ce qui ne signifie pas qu'il ne faille pas tudier l'organisation d'une squence discur
sive
dans la forme-sujet).
5.2.2. La distinction entre langue et discours
Cette distinction me semble fondamentale, premire : c'est la prmisse sousjacente l'expos des thories et des mthodologies de l'ADF et une proposition que
je maintiendrai dans mon essai d'analyse. L'objet de l'analyse du discours est diff
rent de l'objet de la linguistique. Ce principe exige que l'analyse du discours ne
recoure pas directement aux problmatiques spcifiques de la linguistique pour tho
riser ou dcrire son objet.
III. PROPOSITIONS
POUR UNE ANALYSE DU DISCOURS
1. Thses initiales
1.1. Premires thses
Je partirai d'un ensemble de propositions floues. Ce chapitre consistera prciser,
dlimiter, rendre opratoire la dfinition progressive de ces propositions. Je poserai,
tout d'abord, ce qui n'est pas original, qu'il y a des connexions entre les phrases d'un
discours et que ce sont ces connexions qui font qu'un ensemble de mots ou de phrases est
un discours ; discours est donc approch via les notions vagues de connexion ,
relation , lien . Cette formulation implique que la description d'un discours est la
description des connexions existant entre les phrases, les mots de ce discours ; ces con
nexions
constituent des systmes de natures diffrentes (systme en un sens flou : il est
possible de dterminer des niveaux diffrents de description et d'tablir, dans un voca
bulaire univoque, un ensemble de descriptions des rgularits observes ou observables
dans les phrases et au travers des frontires de phrases).
Ces formulations sont, bien des gards, une reformulation plus englobante des
dfinitions que se donne l'ADF ; mon but, en la donnant, est de considrer
l'enchanement des propositions ou la structuration dtermine par les conditions
de production comme un parmi les systmes de connexions, afin de pouvoir poser le
problme de leur articulation.
En posant ces propositions, je n'assume pas la prmisse et la problmatique des
linguistiques du discours : un discours est cohrent ; dcrire un discours, c'est
dcrire les conditions que doit remplir une suite de phrases pour former un
discours ou un texte cohrent.
Cette notion de cohrence (qui est susceptible d'une apprhension intuitive) impli
queque les relations soient conues en termes de structures (systmes de relations
homognes) ; plusieurs structures constituant des lectures diffrentes qui sont
autant de points de vue sur le discours : le discours-texte tant ce noyau
qui permet ces redoublements modlisateurs. Le refus de concevoir le discours
comme dfini par la notion de cohrence permet de poser le problme de la nonhomognit historique des diffrentes penses constituant le discours (problme
45
pos par FOUCAULT), l'htrognit des relations entre phrases et, au niveau de la
description, il permet d'apprhender le discours comme combinaison articule de dif
frents
systmes (fonctionnement), articulation qui fait que tel discours, ce discours
existent ; que tel ensemble de mots, de phrases forme tel discours, ce discours.
ALTHUSSER dfinit l'entreprise de MARX dans Le Capital comme l'tude du mca
nisme qui fait exister comme socit le rsultat de la production d'une histoire ; (...)
le mcanisme qui donne ce produit de l'histoire, qu'est justement le produit-socit
qu'il tudie, la proprit de produire l' effet de socit , qui fait exister ce rsultat
comme socit, et non comme tas de sable, fourmilire, magasin d'outils ou simple
rassemblement humain (1968, p. 80). L'analyse du discours peut tre dfinie (la
rfrence ALTHUSSER permettant un raisonnement analogique mais aussi un possi
blepistmologique) comme l'tude de ce qui fait exister comme discours le produit
d'une histoire (la masse des noncs qui prcdent, enserrent, rendent possible tel
discours) et non comme ensembles de mots, de phrases, de significations (diction
naire,domaine smantique) mis, noncs par des individus. Tel discours est un pro
duit historique (non pas d'une situation comme pourrait le laisser penser la notion
condition de production ) et un discours (o un est la fois marque du gnrique
et du singulier).
Je n'assumerai pas cette autre vidence selon laquelle la notion de
squence /chane dfinit la notion de discours ou constitue la forme des modles pos
sibles pour simuler /dcrire des discours (vidence des linguistiques de texte). Ce qui
permet d'envisager l'existence de systmes de connexion qui ne sont pas concevables
comme des contraintes sur l'ordre des mots ou des phrases, de concevoir la squentialisation de plusieurs phrases comme l'opration combine de plusieurs systmes
diffrents et, prcisment, la notion tre squentialis /former une squence
comme un type de connexion parmi d'autres (elle ne saurait avoir le statut d'une
notion primitive de description).
1.2. Niveaux de description
Sur la base de ces propositions et de l'expos fait dans les chapitres I et II, je propos
eraitrois niveaux de description ( niveau n'implique pas, ici, une hirarchisation
univoque) ; ces trois niveaux ne sont pas indpendants l'un de l'autre, mais entretien
nent
entre eux un ensemble complexe de relations. A chacun de ces niveaux est tabli
un systme de connexion entre phrases ; l'objet de la description tant l'articulation
de ces systmes, ce que j'appellerai une manire de parler. Je distingue ! :
a) Un ensemble d'noncs co-possibles que je dsigne par rfrence une formulat
ion
de Hl reprise au paragraphe suivant par le symbole { E, '}. Cet ensemble est
constitu par les noncs dfinissant un savoir, ou plutt le savoir propre une fo
rmation
discursive. Cet ensemble d'noncs est tudi comme un systme de rgles
discursives par une archologie du savoir. Ce qu'il conviendra d'tudier, c'est, au
plan de la description, l'interconnexion (Hl) entre ces noncs co-possibles, en tant
que cette interconnexion dtermine la connexion entre phrases ralises formant
squence dans un discours ; au plan de la problmatique, les relations entre une
archologie tudiant la consistance historique d'un ensemble d'noncs et les autres
stratgies descriptives que je distingue ci-dessous.
b) Un systme de connexions appel Opration de Formulation (OF, terme de WlENOLD, 1972) organisant un ensemble d'noncs co-possibles dans un effet-subjectivit
pitre.
46
1. Les notions utilises ci-dessous sont explicites dans les paragraphes 2, 3 et 4 de ce cha
et dterminant un cadre global d'interprtation des relations entre phrases. Ce
systme est ralis par deux ensembles de rgles : un ensemble dcrivant la notion
squence , l'autre la notion texte (en tant qu' lot de cohrence
[Foucault]).
c) Un systme de connexions, qui fait partie du systme b) et qui est dcrit par la
grammaire de la langue naturelle dans laquelle est crit le discours. Il projette les
systmes dcrits ci-dessus en une squence grammaticalement continue ou grammat
icalement discontinue de phrases (gnres par la thorie syntaxique) ; ce systme
comporte un composant syntaxique et un composant interprtatif o sont dfinies les
conditions formelles de corfrentialit des lments discursifs et, peut-tre, les condi
tions pour l'interprtation d'un lment comme thme ou focus.
1.3. Forme gnrale de la description
Chacun de ces systmes opre sur des lments qui lui sont propres : l'articulation
de ces systmes constitue une manire de parler. Cette formulation est reprise de
FOUCAULT dans l'Archologie du savoir. Etant donn les impasses sur lesquelles
dbouche la description typologique et la configuration unique que constitue un
systme {z, '}, la description d'une manire de parler ne peut tre une description
du gnral (de l'espce discours ), mais de tel discours ou de tel ensemble de dis
cours
dans son instance historique spcifique.
Dans cette perspective, un type de discours (ce que recouvre cette notion) ne peut tre
conu que comme une manire de parler existant, se rptant sur un temps long (c'est alors un
travail d'historien et/ou d'archologue du discours que de dterminer ce temps). Le gnral
(cf. GUESPIN, 4.1 du chapitre I) n'est pas recherch dans les discours-objets de la description
(ou, alors, c'est un fait discursif dcrire), mais dans la stratgie descriptive propose : la des
cription
de telle manire de parler tant drive d'une thorie et d'une mtalangue de des
cription
valable pour tout discours. La description des deux manires de parler que je tente
dans les chapitres IV et V est donc constitue par un ensemble de spcifications sur les systmes
dlimits ci-dessus et que je prcise dans les paragraphes suivants de ce chapitre. Pour bien
prciser le dplacement que je tente, prenons une comparaison (qui, dans ma recherche, a jou
le rle de modle) avec une branche des thories linguistiques : la (les) topologie(s) des langues.
La recherche typologique linguistique ne se fixe plus pour objet un classement/regroupement
des langues naturelles sur la base de traits inhrents communs, mais l'tablissement de systmes
linguistiques dfinis dans les thories grammaticales : telle langue, plusieurs langues sont descriptibles par la mme configuration de proprits dfinies sur ces systmes. HALLYDAY explique bien
cette mutation mthodologique, quand il dcrit l'objet d'une typologie : non pas cette langue
est de tel ou tel type , mais plutt, dans cette langue, ce systme phonologique ou cette structure
grammaticale ont telles proprits HALLIDAY, 1966, p. 177).
2. Le systme (E, XTj
2.1. Notions archologiques
Je reprends dans ce paragraphe quelques notions-cls dfinies dans YArchologie
du savoir (1969). Cet expos a deux buts :
a) dfinir la problmatique d'une archologie afin de pouvoir l'articuler avec ma pro
pre description ;
b) dfinir un certain nombre de notions qui constituent le rfrentiel global de mon
travail. Un certain nombre de critiques faites dans les chapitres I et II et la perspect
ive
globale de la description ayant t rendues possibles par ce texte de FOUCAULT.
47
Le texte de FOUCAULT est diffus ; les notions sont dfinies par des suites de ngations (voir
citations infra). Ce qui en rend la lecture difficile, et problmatique toute tentative de descrip
tion
effective (sur des discours diffrents que ceux que FOUCAULT a choisis et par quelqu'un
qui n'est pas FOUCAULT). Il s'agissait, pour FOUCAULT, d'tablir une possibilit (p. 180),
c'est--dire de refuser les vidences, dplacer les problmatiques, inventer un objet. Il m'a sem
bl que ce texte pouvait tre clarifi (au niveau de l'exposition) et rendu opratoire par le choix
de quelques notions que je dfinirai ngativement, puis positivement.
Archive. A une poque historique donne, nous dirons que l'ensemble des noncs constitue
l'archive d'une poque. Cet ensemble n'est pas la collection dans un espace homogne (l'esprit
d'une poque, un tat 3e culture ou de civilisation) de tout ce qui a t dit, de tout ce qui se
dit, mais un ensemble de rgions htrognes d'noncs produits dans des pratiques discursives
irrductibles. Dans le cas de la manire de parler PEYREFITTE, trs grossirement un discours
moralo-politique sur le paysan , un ensemble d'vidences sur la nature humaine (phrases
gnriques, rinterprtation de FREUD et de l'ethnologie), un ensemble de propositions et de
pratiques politiques).
nonc (au sens de l'archologie, ce terme sera dsormais employ avec ce sens). Les l
ments
d'une rgion de l'archive ou nonc ne sont pas des propositions (en tant qu'une
proposition est une unit de contenu abstraite d'une squence en langue naturelle et de sa des
cription
structurale) ; ce ne sont pas proprement parler des phrases de la langue (en tant
qu'une grammaire generative gnre les phrases possibles d'une langue). Ce n'est pas seulement
l'ensemble des phrases qu'un locuteur aurait pu dire la place des phrases qu'il a dites (ces
deux ensembles de phrases entretenant entre eux des rapports de variante/paraphrase/refor
mulation).
C'est ce qui peut tre dit par qui parle dans une place donne une poque donne.
Dans le cas que je dcrirai, ce qui peut tre dit de la Chine aprs mai 68 par une militante
communiste ou par un ministre gaulliste 2. L'archologie dcrit les noncs par le systme de
formation qui les rend possibles.
Discours (une des rares dfinitions positives). On appellera discours un ensemble d'non
cs
en tant qu'ils relvent de la mme formation discursive ; il ne forme pas une unit rhtori
que
ou formelle, indfiniment rptable et dont on pourrait signaler (et expliquer le cas
chant) l'apparition ou l'utilisation dans l'histoire ; il est constitu d'un nombre limit d'non
cs
pour lesquels on peut dfinir un ensemble de conditions d'existence (p. 153). J'emploierai
dornavant discours dans ce sens ; c'est, donc, une notion dfinie dans une archologie.
2.2. Description du systme { L, ' }
Je pose que l'on peut considrer l'ensemble des noncs (les ensembles d'noncs)
sur lequel est construit un discours comme un systme consistant (au sens de POST).
Le recours un modle logique ne doit pas garer ; il doit servir rendre opratoires
les propositions de FOUCAULT.
2.2.1. La notion de systme consistant
Je reprends l'expos de Hl (1961) pour dfinir un tel systme :
a) Une phrase est possible pour un systme E si elle peut tre ajoute ce systme
sans produire une inconsistance. La notion de possibilit dfinit, donc, l'extension
d'un systme en prservant la consistance.
2. FOUCAULT dfinit les noncs comme des ensembles de performances verbales qui ne
sont pas relies entre elles au niveau des phrases par des liens grammaticaux (syntaxiques ou
smantiques) ; qui ne sont pas relies entre elles au niveau des propositions par des liens log
iques (de cohrence formelle ou d'enchanements conceptuels) ; qui ne sont pas relies non plus
au niveau des formations par des liens psychologiques (que ce soit l'identit des formes de cons
cience, la constance des mentalits, ou la rptition d'un projet) (p. 151).
48
b) Un systme E est consistant s'il y a des propositions bien formes qui sont formulables dans le langage de E mais qui ne sont pas des consquences de ce systme.
Si a et /3 sont des propositions bien formes dans le langage du systme E, a est
possible pour E si et seulement si le systme rsultant de l'adjonction de a est
consistant. C'est--dire : a est possible pour E s'il existe une proposition (3, telle que
/3 n'est pas une consquence de [ E, a ). En d'autres termes, il existe une proposition
/3 et un modle M de { E, a }, tel que M n'est pas un modle pour /3.
Ce qui permet de poser que : pour un systme consistant E, il y a toujours un
ensemble E' de propositions possibles et co-possibles 3 (possibles ensemble) pour E
tel qu'aucune phrase en dehors de cet ensemble n'est possible pour { E, E' ) (Hl,
p. 730).
2.2.2. Dfinition de { E, E ' }
J'appelle E un groupe d'noncs donns (dans une squence effectivement rali
se, arbitrairement choisie). Il existe une extension E' possible pour E, J2' qui con
tient E: E ' = E U E ", oE = ensemble de dpart et E " = { noncs possibles
pour E, qui ne sont pas effectivement raliss dans une squence de phrases }. Ce
qui signifie :
a) il existe au moins un nonc @, tel que /? n'appartient pas E U E' (ensemble
des noncs squentialiss et des noncs possibles pour ces noncs) ;
b) { E, E' j est un ensemble d'noncs non quivalents (consquences l'un de
l'autre) et (smantiquement) interconnects.
2.3. Nature de ce systme
L'ensemble des a appartenant [ E, 12' } constitue un ensemble consistant. J'ai
approch les proprits formelles de cette notion en recourant au modle logique bri
vement
dcrit ci-dessus ; il nous faut maintenant en comprendre la nature.
a) Cet ensemble est consistant, en tant qu'il est limit historiquement par l'ensemble
des noncs qui ne sont pas dits et l'ensemble des noncs qui ne peuvent pas tre
dits par qui parle dans une place donne une poque donne.
Cette limitation ralise, au niveau discursif, l'effet d'assujettissement : les noncs
qui doivent tre dits ; autrement dit, le discours d'un individu dans une place donne
une poque donne ne peut, ne doit tre construit que sur cet ensemble { E, E ' }.
Dans le savoir (...) le sujet est ncessairement situ et dpendant, sans qu'il puisse
jamais y faire figure de titulaire (soit comme activit transcendentale, soit comme
conscience empirique) (p. 239).
b) Cet ensemble est consistant, en tant qu'il existe une ou plusieurs interconnexion (s)
entre les noncs a le constituant. Cette connexion est dfinie par l'ensemble des
rgles de formation des noncs (que l'archologie se donne pour objet de
description) : formation des objets, des concepts, des places nonciatives, des strat
gies. Ces quatre ensembles de rgles dfinissant un systme de formation* : un fai
sceau complexe de relations qui fonctionnent comme rgle : il prescrit ce qui a d tre
mis en rapport, dans une pratique discursive, pour que celle-ci rfre tel et tel
objet, pour qu'elle mette en jeu telle et telle nonciation, pour qu'elle utilise tel et tel
concept, pour qu'elle organise telle et telle stratgie (p. 98).
3. ( Oj, ..., an ] sont co-possibles pour ssi { E, a-^, ..., an ) est consistant.
49
2.4. Conclusion
L'ensemble des appartenant { E, E ' ) constitue 1 'input des oprations de fo
rmulation.
Il y a, ce niveau, dtermination d'une cohrence discursive irrducti
ble,
qui ne peut tre calcule sur des squences de phrases ou dcrite dans les termes
de la smantique. Le savoir, qui constitue la bote noire traditionnelle ou le recours
magique des thories linguistiques, doit tre considr dans son instance propre, sous
peine de le forcer dans des schemes vides et abstraits, construits sur la surface des
phrases en langue naturelle. J'exposerai dans les paragraphes 4 et 5 de ce chapitre la
dtermination, par les formes du savoir, des formes du discours.
3. Les oprations de formulation (OF)
3.1. Description
Etant donn un ensemble consistant d'noncs, nous devons dfinir l'organisation
squentielle de ce groupe d'noncs. J'appellerai oprations de formulations les op
rations
sur les noncs ayant pour effet de les organiser comme une squence et
comme une suite grammaticalement continue ou grammaticalement discontinue. Une
OF regroupe deux types d'oprations :
a) des oprations que l'on peut tablir pour un grand nombre de suites de phrases :
elles dterminent dans chaque phrase des traits spcifiables dans la syntaxe ou
l'interprtation smantique des phrases. Elles sont descriptibles dans la grammaire de
la langue naturelle du discours ; je parlerai, alors, de rgle de formulation (par exemp
le
: les conditions de coordination par et 4, la slection syntagmatique des temps
verbaux et des dterminants, certains mcanismes de rfrence un sujet) ;
b) des oprations que l'on peut tablir pour un certain nombre de squences de
phrases d'un discours : elles dterminent l'apparition de rgularits plus ou moins
descriptibles en termes smantiques dans les phrases et entre les phrases. Ces rgular
itssont symptomatiques de l'impact de [ E, E ' } sur l'organisation squentielle des
phrases.
3.2. Fonctionnement
Dans les descriptions que je prsente plus loin (chapitres IV et V), la notion OF fonc
tionnera
comme un concept disjonctif 5 : une configuration de traits syntaxiques ou
smantiques sur une squence de phrases. Cet ensemble de traits n'est pas rapport
un effet de sens unique (une catgorie de description, comme dans l'usage qu'en fait
HENDRICKS (cf. note 4)), mais forme une configuration pouvant dterminer, par
exemple, l'interprtation des relations entre deux phrases ou l'interprtation d'un
connecteur (ce que KEMPSON appelle discourse interpretation ). Grossirement, ce
qui dtermine l'interprtation d'un connecteur comme oprateur de succession tem
porelle,
d'expansion, etc.
Les OF que je constituerai ne sont donc pas, proprement parler, un objet de
connaissance ( a theoretical construct ), mais ce qui me permet de dcrire des faits.
4. Voir Kiefer, 1975, pp. 349-360.
5. HENDRICKS utilise ce type de concept pour expliciter la nature des catgories stylistiques
qu'il propose : Un terme comme dli ( loose ) est disjonctif dans le sens que soir la cons
truction
syntaxique a, SOIT la construction b, SOIT c, SOIT... sert le raliser ( realize )
(HENDRICKS, 1976, p. 125).
50
La notion de concept disjonctif, adopte provisoirement, permet de regrouper des
sries htrognes de faits rguliers (pour la langue ou pour un discours donn),
la configuration de ces sries dterminant un effet-squence. J'entends, par effetsquence, un effet de sens qui n'est pas la somme d'effets de sens partiels, mais un
effet de cohrence imaginaire qui dtermine l'interprtation des phrases et des rela
tions entre phrases. La notion de squence n'est pas une notion discrte (cf. l'imposs
ibilit pour les analyses structurales de dterminer les bornes d'une squence), mais
une notion interprtative. L'effet squence est dclench par une srie de faits descriptibles dans la syntaxe ou spcifiques du discours tudi. Il y a, ce niveau, un
effet de cohrence discursive irrductible, formellement diffrent de la consistance
historique que j'ai dcrite au paragraphe 2.
Les OF seront au cur des descriptions proposes dans la troisime partie ; elles
permettent d'tudier les effets imaginaires, dfinissant l'intra-discours (effetsubjectivit/effet-squence effet-texte) ainsi que la dtermination par { E, E' }
(l'interconnexion entre les a) de la squentialisation des phrases.
Dans ces descriptions, je poserai que les rgles de formulation sont connues pour
le franais (ce qui est loin d'tre le cas).
4. La notion de matire de parler (MP)
4.1. Prsentation
J'ai pos :
a) un systme d'noncs consistant { E, E ' } appartenant l'archive d'une poque ;
b) la notion d'OF oprant sur les noncs pour les squentialiser ;
c) des rgles de formulation oprant sur des phrases pour les constituer en suite
grammaticalement continue ou discontinue.
Je dfinis la description d'un discours comme une stratgie de description de ces
trois systmes et d'hypothses sur l'articulation des faits dgags l'intrieur de ces
trois systmes. Cette conception implique que l'on abandonne dfinitivement l'ide
que l'analyse du discours a quelque chose dire sur les discours, c'est--dire
fournir des interprtations. Faire des hypothses sur l'articulation des faits dcrits,
c'est poser qu ils n'apparaissent pas indpendamment les uns des autres, satisfaisant
aux conditions tablies par les systmes qui les dfinissent, mais qu'ils concourent
faire des phrases, des syntagmes dans lesquels ils sont reprs, un discours.
Dire que ces trois systmes (a, b, c, ci-dessus) ne sont pas indpendants, c'est
dire qu'il y a des relations entre eux, ce qui peut tre navement acquis du fait mme
que les lments sur lesquels portent les rgles des diffrents systmes sont les mmes
(matriellement). C'est dire plus que d'affirmer que ces trois systmes se dterminent
l'un l'autre ; non seulement ils sont en relation, mais encore ils ne fonctionnent pas
indpendamment les uns des autres. Dire qu'ils sont interdpendants, c'est tablir un
systme de dpendances. C'est ce systme que j'appelle une manire de parler.
4.2. Manire de parler
J'emprunte ce terme FOUCAULT, mais en lui donnant un sens diffrent. J'expos
erai, tout d'abord, la notion telle qu'elle apparat dans l'Archologie du savoir.
4.2.1. Dans Archologie, les notions de systme de formation, pratique discursive (dfinie
dans le cas de discours scientifiques ou quasi-scientifiques) et manire de parler (dfinie dans le
cas de discours ne tendant pas vers des figures pistmologiques ou des sciences [FoU51
CAULT, p. 251]) sont contextuellement quivalentes (occurrence dans le mme contexte). A pro
pos des discours sur la sexualit, FOUCAULT dfinit une manire de parler comme un ensemb
le
d'objets dont on peut parler (ou dont il est interdit de parler), un champ dnonciations
possibles (qu'il s'agisse d'expressions lyriques ou de prescriptions juridiques), un ensemble de
concepts (qui peuvent sans doute se prsenter sous la forme lmentaire de notions ou de th
mes), un jeu de choix (qui peut apparatre dans la cohrence des conduites ou dans des syst
mes de prescriptions [FOUCAULT, p. 252]). Ce qui est dfinir manire de parler comme
systme de formation (voir citation supra, 2.3. b). Il vaut la peine de s'interroger sur cette
quivalence.
4.2.2. La notion de rgle dans /'Archologie
Cette quivalence renvoie la notion de rgle. Une rgle discursive est, la fois,
une rgularit discursive (une relation entre noncs, entre groupes d'noncs qui fait merger
un objet, fonctionne comme concept...) et une rgle au sens de formule de conduite (discursive)
qui s'impose qui parle. Les relations rgulires qui font merger un objet, par exemple, dte
rminent ce qui doit tre dit par l'individu transform en sujet de son discours par le fait mme
de mettre en uvre cette relation : ce qui doit tre dit , car quiconque parle dans une rgion
discursive dtermine ne peut dire autre chose.
On peut dire que la rgularit discursive est une rgle par une sorte d'efficace propre (parce
qu'elle s'impose quiconque parle dans le champ o elle apparat et qu'elle impose l'ensemble
des relations dont elle fait partie). Cette conception devrait tre claircie, dans une perspective
marxiste, par la thorie de l'interpellation, ou, dans la perspective mme de FOUCAULT, par la
conception d'un quadrillage discursif macroscopique et microscopique de la vie sociale tout
entire. D'autre part, la notion de rgle est dfinie dans l'Archologie en termes de relations.
Cette notion de relation (fondamentale pour une archologie) est dfinie de faon floue : elle est
approche par enumeration : coexistence, succession, fonctionnement mutuel, dtermination
rciproque, transformation indpendante ou corrlative (1962, p. 42) et regroupe trois espces
de relations : relations des noncs entre eux (...), relations entre des noncs ainsi tablis
(...), relations entre des noncs ou des groupes d'noncs et des vnements d'un tout autre
ordre (technique, conomique, social, politique (1969, p. 41). Il faut noter que la troisime
espce de relation ne semble pas sur le mme niveau que les deux premires : elle insre
l'ensemble des relations intra-discursives dans les rgles d'une pratique non langagire. Cette
pratique coexiste, dtermine/est dtermine par, se transforme avec un ensemble d'noncs,
dont la consistance n'est concevable qu'en termes de cette pratique. Par exemple, l'ensemble
des dispositions pratiques et discursives d'ordre conomique, juridique et politique et l'ensem
ble
des noncs constituant la prison, l'emprisonnement, le prisonnier comme objet de discours.
Ainsi formule, cette problmatique ne permet pas de concevoir une hirarchisation ou un prin
cipe de dtermination.
4.2.3. Une recherche archologique se dfinit comme la description des systmes de
formation des discours. De tels systmes sont historiques, en ce double sens qu'ils
sont lments d'une srie historique (le discursif, c'est--dire les diffrents systmes
de formation dans l'archive d'une socit) et qu'ils s'articulent sur d'autres sries his
toriques
(et principalement sur des pratiques).
Le systme de formation tablit les relations entre noncs (dans mon essai, entre
les a de { E, L ' }) ; il ne constitue pas l'tage terminal des discours, si par ce terme
on entend les textes (ou les paroles) tels qu'ils se donnent avec leur vocabulaire, leur
syntaxe, leur structure logique ou leur organisation rhtorique. L'analyse reste en
de de ce niveau manifeste qui est. celui de la construction acheve... (FOUCAULT,
p. 99).
4.2.4. Distinguer ainsi le systme de formation et l'tage terminal des discours (ce
qui est conforme la dfinition de nonc) implique que cet tage terminal (constitu
des objets traditionnels de l'analyse de discours, de la rhtorique) est en quelque
sorte transparent, permable aux rgularits discursives dcrites par le systme de
formation. On peut se demander si FOUCAULT ne reconduit pas une thorie du reflet
52
(qu'il rejette pourtant) : le discours demeure une surface de projection symbolique
de processus situs ailleurs , l' ailleurs tant dornavant dfini comme pais
seur discursive, pr-dj-discursif . L' tage terminal des discours n'est-il pas
alors une de ces transparences familires qui, pour ne rien receler dans leur pais
seur, ne sont pas pour autant donnes en toute clart (p. 145) ?
4.2.5. Il me semble que cette distinction en recouvre deux :
a) la distinction entre discours et langue (les rgularits dfinissant l'objet langue) ;
b) la distinction entre une systematick dfinissant le savoir et une systmaticit rel
ativement
autonome concernant les squences discursives ; ce que j'ai appel OF.
Pour qui rflchit sur le discours partir de l'Archologie du savoir, cela pose
deux questions :
Quelles sont les rgles de projection du systme de formation sur l'tage termi
nal
des discours ? Il me semble, en effet, insuffisant de dire : II faut une certaine
conversion du regard et de l'attitude pour pouvoir le reconnatre [l'nonc, le systme
de formation] et l'envisager en lui-mme (FOUCAULT, p. 145).
Si on envisage l' tage terminal comme susceptible d'une description autonome
(et qui est diffrente d'une description linguistique le prenant comme corpus), les
systmes qui en rendent compte ne caractrisent-ils pas, eux aussi, les discours analys
s,devenant par l-mme un objet d'enqute et de description ?
C'est pour rpondre ces deux questions que je propose la notion de manire de
parler comme articulation d'un systme de formation et d'un systme rglant l'tage
terminal des discours, et comme la dtermination par le systme de formation du
systme de squentialisation.
5. L'objet d'une analyse de discours
5.1. Forme gnrale
L'analyse d'un discours consiste constituer et dcrire le systme spcifique de
dpendances entre les trois systmes : {, '}, OF, rgle de formulation, tel que
ce systme gnre l' tage terminal des discours (autrement dit, l'intradiscours). Gnrer tant pris ici dans un sens faible : dcrire explicitement un grand
nombre de squences au moyen de notions ou de rgles en nombre fini. Dans cet
essai, je m'attacherai dgager la dtermination des OF par {,'}. Rsumons :
Hypothse : La squentialisation (OF) des phrases dans une suite de phrases est
dtermine par l'interconnexion entre les a dans {,'}.
Stratgie de description : A partir des rgularits sur les squences de phrases
d'un discours (OF ; concept disjonctif), dterminer l'interconnexion entre les a de
5.2. Prcisions sur la stratgie de description
Si ce but peut sembler clair, sa ralisation n'est pas vidente. C'est pour cette rai
son que je me suis donn, en un premier temps, une problmatique plus prcise et
plus restreinte.
Nous avons vu le flou des notions de rgle et de relation dans YArchologie. Afin d.
me donner une notion de consistance historique opratoire et, en mme temps, com
bler une absence dans la problmatique archologique (FOUCAULT n'articule pas sa
53
notion de discours celle de langue, sinon en considrant la langue comme principe
de classification d'objets constitus sur l'tage terminal des discours), je poserai une
problmatique parallle celle de l'Archologie en proposant trois axes de recher
che
:
a) l'interconnexion des a dans { E, E ' } peut tre dcrite dans les termes de la lan
gue ;
b) l'interconnexion des a dans [ E, E' } est dtermine par la langue ;
c) l'interconnexion des a dans { E, E ' j ne peut pas tre dcrite dans les termes de la
langue, et a fortiori n'est pas dtermine par la langue.
Il est vident que ces trois propositions restent vides tant que la notion de langue
n'est pas dfinie ; les problmes d'une dfinition sont innombrables. J'admettrai,
pour le moment, une problmatique et non une dfinition ou un ensemble de dfini
tions.
5.3. La notion de langue
J'ai dj introduit une distinction entre le systme linguistique que dcrit la li
nguistique
et la langue, le franais national. L'uniformisation de la langue franaise
peut tre dcrite comme un processus historique composant de la constitution de
l'Etat-nation comme forme de domination de la bourgeoisie : la langue est une et la
mme pour tous , de mme que la loi est unique et la mme pour tous. Cette galit
ingale face la loi et la langue dfinit l'assujettissement, spcifique de la forme
capitaliste, des individus comme sujets libres . Je n'ai pas les moyens de discuter
cette thse dveloppe par BALIBAR et LAPORTE (BALIBAR, 1974) ; j'en accepte la forme
gnrale. Elle permet, en particulier, de poser que cette uniformisation n'a pas seul
ement touch les systmes formels (syntaxique, phonologique), systmes qu'tudie la
linguistique, mais qu'elle a eu, qu'elle a un impact smantique . Cette conception
d'une uniformisation smantique permet de poser le problme du dictionnaire.
J'admettrai, donc, pour approcher cette notion de langue :
les hypothses de BALIBAR ;
la description par une grammaire generative des phrases du franais ; s'ajoute
cette description strictement syntaxique (gnration de P, rgles et contraintes qui
constituent la matrialit de la langue comme langage) un ensemble de rgles dont la
description ne peut tre ralise dans le cadre d'une grammaire de phrases la
CHOMSKY, que j'ai appeles rgles de formulation ;
la notion de dictionnaire national . Et c'est l le point crucial ; je pourrais, en
effet, reformuler (a), {b), (c) ci-dessus dans les termes suivants :
a') l'interconnexion des a dans [ E, E' } peut tre dcrite dans les termes du dic
tionnaire
du franais ;
b') l'interconnexion des a dans { E, E' } est dtermine par le dictionnaire du fran.ais ;
c') l'interconnexion des dans { E, E' } ne peut pas tre dcrite dans les termes du
dictionnaire du franais.
5.4. La notion de dictionnaire
L encore, les problmes sont innombrables. C'est une problmatique que je
pose. Il me semble que les recherches sur les manires de parler et sur le dictionnaire
doivent tre menes dialectiquement. C'est l'intrt de l'analyse de discours pour la
linguistique. BAR-HlLLEL note, en effet, que la notion de dictionnaire n'est pas dfi54
nie dans les thories smantiques, mais constitue un procd ( a device ), procd
formellement semblable au procd textuel rglant l'organisation du dictionnairetexte : mot plus dfinition .
L'uniformisation du franais n'est pas seulement un processus intralinguistique de
rgularisation et de standardisation ; c'est un processus composant de la constitution
de la forme-nation. Du point de vue de la langue, l'uniformisation n'est pas seul
ement formelle, mais aussi smantique. J'entends, par l, constitution d'un discours
national : corpus du dictionnaire du franais national. Chaque entre constitue un
ensemble consistant d'noncs, coup de la formation discursive o ils ont t pro
duits et en quelque sorte naturaliss . L'ensemble consistant d'noncs dfinis
sant
un terme constitue un type particulier de prconstruit : un prconstruit assi
mil l'existence mme de la langue nationale.
Dire sous cette hypothse que l'interconnexion entre les a de { E, ' ] peut tre
dcrite ou est dtermine par le dictionnaire du franais, c'est dire que la consistance
historique est dtermine par le discours national . Je proposerai une description
en ces termes du fonctionnement smantique des adjectifs propos du discours de
PeYREFITTE (Chapitre V).
6. Conclusion
J'ai essay de prsenter, dans ce chapitre, l'ensemble des propositions gnrales
qui seront mises en uvre dans les descriptions effectives prsentes dans les chapitres
IV et V. Ces propositions ne reprennent pas, dans leur formulation, les deux dfinitions
de discours que se donnait l'ADF ; mais elles dessinent l'espace thorique o
peuvent tre poss les problmes que signalaient ces dfinitions. Je vais dcrire deux
manires de parler : deux articulations diffrentes des systmes proposs ci-dessus.
Ces systmes dterminent des cohrences discursives, des niveaux o le discours est
homogne, c'est--dire o il se ressemble lui-mme .
7. Remarques prliminaires sur le corpus d'analyse
7.1. Problmes du corpus
FOUCAULT tablit les traits distinguant le corpus que se donne la linguistique et le corpus
d'une archologie. Le corpus que se donne la linguistique est un ensemble qui a valeur
d'chantillon partir duquel on dfinit des rgles qui permettent de construire ventuelle
ment
d'autres noncs que ceux-l (1969, p. 39) ; le corpus d'une enqute archologique est
un ensemble toujours fini et actuellement limit des seules squences linguistiques qui ont t
formules, elles peuvent bien tre innombrables (...) ; elles constituent cependant un ensemble
fini (1969, p. 39).
Le corpus que je me donne partage cette double caractrisation :
a) c'est un ensemble fini de squences linguistiques ;
b) partir de cet ensemble est constitue une hypothse sous forme d'un systme appel
manire de parler . Ce systme ne permet pas de construire d'autres squences, mais de
dcrire d'autres squences que celles qui ont t au dpart considres. Ceci en deux sens :
la mtalangue de description doit tre semblable pour la description de toute squence dis
cursive
;
hypothse en termes de manire de parler peut tre investie dans une recherche sur
d'autres squences discursives ; si une squence discursive exhibe la mme configuration de
traits que les squences relevant d'une manire de parler identifie, alors on pourra dire
qu'elle relve aussi de cette manire de parler.
55
Ceci doit permettre de dpasser l'analyse rsolument intra -discursive que je vais mener et de
rencontrer un des buts traditionnels de l'analyse du discours : la comparaison des discours. Le
-rsultat ne sera pas donn sous la forme d'un tableau de ressemblances ou de diffrences, mais
comme des regroupements de discours descriptibles dans les mmes termes et par le mme
systme manire de parler . J'ai entrepris une telle recherche partir des deux manires de
parler dcrites ci-dessous, mais de faon encore trop ponctuelle pour que des rsultats puissent
tre prsents.
7.2. Des discours sur la Chine
Le corpus a t initialement choisi pour des raisons totalement indpendantes des rflexions
thoriques dveloppes jusqu'ici, et dans une perspective de description telle que celle dfinie
dans le chapitre I. Disons que, la manire de tous les analystes du discours franais, l'intrt
initial tait un intrt politique. J'ai commenc cette tude partir des thories et avec les
mthodologies dcrites dans le chapitre I, mais, assez vite, je me suis trouv dans une impasse,
ce qui a provoqu le long trajet thorique que je viens d'exposer. Il n'est pas inintressant
d'numrer rapidement les difficults auxquelles je me trouvais confront :
La difficult de classer ou caractriser le, les discours sur la Chine. Avais-je faire des
discours politiques ? des discours politiques stylistiquement marqus comme littraires, ou bien
journalistiques ? de droite ? de gauche ? de quelle droite ? de quelle gauche ? des rcits thori
ques, des rcits de voyage, des rcits politiques, des utopies rvolutionnaires, ractionnaires ?
Devais-je chercher des catgories plus larges, telles que discours thologiques, discours sur
le mme et l'autre ? Bref, la droute de toute typologie possible : aucune des catgories numres ci-dessus n'est impertinente pour les discours considrs, mais toutes sont fondes sur une
interprtation (un jugement de valeur et/ou politique) qu'une analyse du discours en tant que
telle ne peut ni ne saurait fonder.
La difficult mme de concevoir un ensemble dfinissable comme discours sur la Chine .
Avais-je faire un ou plusieurs discours ? Rpondre cette question, c'tait dj interprter
les discours considrs. Pouvais-je les regrouper parce qu'ils traitaient tous du mme sujet : la
Chine ? Qu'est-ce qu'un sujet ? Je pouvais rpondre cette question en concevant un sujet
comme un systme de renvois (LECOURT, 1970, p. 34). Comment concevoir ces ren
vois ? Je me trouvais devant les difficults de toute recherche thmatique : on trouve plutt
des possibilits stratgiques diverses, qui permettent l'activation de thmes incompatibles, ou
encore l'investissement d'un mme thme dans des ensembles diffrents (FOUCAULT, 1969,
p. 52).
L'impossibilit de cerner ou de dfinir des conditions (stables et homognes) de production
pour chaque discours en particulier et pour l'ensemble des discours considrs.
Toutes ces raisons rendaient impossible tout quadrillage de l'ensemble que je me donnais
par une grille socio-culturelle ou une grille rhtorique constitue en typologie. Et pourtant,
j'avais le sentiment que ces discours n'taient pas atypiques ; je me trouvais devant une
population d'noncs (Ibid., p. 38) que je ne pouvais matriser et ne savais aborder. Restait
constituer une suite d'analyses intra-discursives en termes de classes d'quivalence et de dic
tionnaire.
Les mots-pivots semblaient vidents : Chine, Rvolution culturelle, Mao (...). Les
classes d'quivalence constituables taient extrmement vastes et. la limite, contenaient le dis
cours en son entier :
La Chine
est
La Chine
La RC
La RC
Mao
Mao
{ le discours analys
Peut-tre fallait-il prendre en considration que ces mots-pivots taient (aussi ?) des noms
propres. Poser que la Chine , en tant que nom propre, rfre une ralit extra
linguistique,
entranait poser le problme et de cette ralit et de la vrit/fausset de ces dis
cours : problme impossible rsoudre. Quel pouvait tre le rfrent de la Chine ? Un tat
gographiquement et historiquement dfini, un systme/une exprience politique, un marxisme,
une certaine ide de la politique, etc. ? La Chine est logiquement un terme vague, smantiquement un terme indtermin. Baser une description sur la Chine considr comme un
56
nom propre rfrant un objet extra-linguistique (il est clair que ce" terme a cet effet de
sens ) ou comme un item lexical dfinissable risquait de constituer dj une interprtation des
discours considrs.
Bref, un corpus dconcertant, insaisissable, qui tait mme d'inquiter toute approche,
toute analyse. Donc, un objet intressant, puisqu'il remettait en cause la notion mme
d'analyse du discours.
7.3. De la Chine ; Quand la Chine s'veillera
Mon corpus est constitu par deux livres : De la Chine de MACCIOCCHI et Quand la Chine
s'veillera de PEYKEKlTTb ; ce choix est compltement arbitraire pour ce travail (ce sont les
deux textes que j'ai le plus tudis). Ce choix n'interviendra donc pas dans les conclusions de
ce travail. Il me faut plutt justifier le fait de travailler sur des livres , c'est--dire sur des
units rhtoriquement organises et longues.
Les limites de l'ensemble des squences linguistiques constituant le corpus ne peuvent pas
tre fixes a priori ( moins de se donner un principe de clture extra-discursif). Elles ne peu
vent tre tablies que comme rsultat de la description, c'est--dire : telles squences discursi
ves
relvent de la mme manire de parler . De toute faon, ces limites ne constituent pas
notre objet, puisque je ne cherche pas constituer un modle du discours analys ou
dcrire un texte. Pratiquement, il me fallait me donner un point de dpart.
Je fais, donc, l'hypothse qu'une partie de l'organisation du livre en tant que squence li
nguistique
(ce que j'appelle rhtorique) relve du systme manire de parler : ce niveau dfi
nit, donc, un niveau formellement homogne. Cette hypothse fait entrer le niveau rhtorique
dans le champ de ma description et, en mme temps, me donne un espace possible de descrip
tion
des squences, non pas rassembles et constitues au hasard, mais effectivement et actuel
lement constitues par ce systme manire de parler que je postule. La notion de livre a
donc, dans ma recherche, un double statut : point de dpart en tant qu'il me donne un corpus
fini de squences linguistiques formellement homognes en termes de manire de parler ,
et point d'arrive en tant que je cherche noncer certaines des rgles qui le rendent possible.
Enfin, je me donne un corpus long afin de ne pas tablir des faits ponctuels et peu pertinents.
Les deux manires de parler que je vais dcrire et que j 'appellerai provisoirement MP MaCCIOCCHI et MP Peyrefii "l i. lil est vident que ces deux noms d'auteur n'ont qu'une valeur de
repre) constituent un premier essai d'application de la stratgie de description que j'ai essay
de constituer et un premier rsultat : ce rsultat peut tre une hypothse pour aborder et
dcrire d'autres squences ; j'aurai ainsi rduit l'arbitraire de dpart. Arbitraire ncessaire,
puisque je suis parti d'une remise en cause des catgories reflexives, principes de classement,
rgles normatives, types institutionnaliss (FOUCAULT, 1969, p. 33) regroupant les noncs
d'une archive et les discours d'une poque dans des typologies logiquement semblables celles
qup i 'ai critiques au chapitre I.
IV. LA MANIRE DE PARLER MACCIOCCHI
1. Description des oprations de formulation
1.1. Stratgie de description
Je reprends la stratgie de description formule au chapitre prcdent : partir
des rgularits sur les squences d'un discours, dterminer l'interconnexion entre les
a de [ E, L ' }. La phase initiale de la description est, donc, constitue par le rep
rage, dans les squences de De la Chine, de configurations rcurrentes d'lments
dfinis sur la squence superficielle des phrases : cette configuration dfinit une Op57
ration de Formulation. Le but de la description est d'exhiber l'interconnexion entre
les noncs constituant le savoir propre au discours et la dtermination des squences
discursives par ce savoir.
Dans un premier temps, je n'ai retenu, pour caractriser et constituer les OF, que
les rgles de formulation : essentiellement les marques de reprage portes par le
syntagme verbal et les relations anaphoriques entre syntagmes nominaux. Mon cadre
est, donc, ce que PETFI appelle a fixed linearity grammar . Ma description por
tera sur les squences non rapportes (qui ne sont pas descriptibles en termes de dis
cours
direct, indirect, style indirect libre, citation) et je prsenterai les OF sous forme
d'une liste.
1.2. Liste des OF dans De la Chine [
a) % = ... S - S - S - S ...
o i) SV est l'imparfait (repr par rapport la rvolution culturelle (RC)) ;
ii) chane anaphorique dfinie sur les sujets (noms propres ou [4- humain] repris
par des pronoms : LlU ShaO-Chi, les adversaires de la R.C., ...) ;
iii) absence de reprage temporel l'intrieur de la squence (connecteur tempor
el
ou relation iconique de succession 2) ;
iv) gnralement, le verbe principal est un verbe d'opinion ou un verbe factitif,
d'o insertion dans la squence de phrases au discours indirect ou au style
indirect libre.
Exemple :
LlU ShaoChi, prconisait le modle classique de l'accumulation capitaliste, celui-l
mme qui avait t adopt en U.R.S.S. Il considrait comme utopique l'ide qu'on pt se
soustraire aux lois de la rvolution industrielle aux lois qui ont assur dans le monde
entier la croissance de l'industrie : division du travail, des qualifications et des tches, sp
cialisation,
hirarchie sociale (p. 148).
b) %
o i)
ii)
iii)
= ... S S S S ...
SV est au pass compos, plus souvent au prsent repr par rapport RC ;
chane anaphorique dfinie sur les sujets (la Chine, les Chinois...) ;
absence de reprage temporel l'intrieur de la squence (connecteur temporel
ou relation iconique de succession) ;
iv) gnralement, verbe d'opinion ou verbe factitif.
Exemple :
Tout cela ne va pas, et l, sans une certaine confusion. (...) Les Chinois eux-mmes
sont prudents lorsqu'ils esquissent le nouveau modle industriel qu'ils essaient de raliser.
D'abord parce qu'ils sont modestes, ensuite parce qu'ils se rendent compte qu'une fois
dsintgrs les appareils qui risquaient de les faire revenir un schma technologique tradi
tionnel,
la solution de rechange, celle de la libration de l'nergie humaine, se cre dans la
pratique quotidienne et se vrifie au jour le jour. Ils connaissent les difficults d'une lutte
de classe qui ne s'interrompt pas durant la phase de transition. (p. 235).
1. S reprsente squence ; S reprsente phrase.
2. J'appelle relation iconique de succession la relation existant entre des phrases, telle que
leur ordre ne peut tre chang sans changer la succession des vnements telle qu'elle peut
tre dduite de l'interprtation smantique des phrases dans leur ordre initial (LABOV, 1967,
p. 21). En introduisant cette notion, j'introduis une relation qui ne peut tre tablie que dans
l'interprtation des phrases, mais aussi par un ensemble de tests rglementant cette inter
prtation
(LABOV, 1967, pp. 12-32).
58
Remarques :
i) Cette OF est formellement semblable celle qui dcrit Sj. La seule diffrence
est constitue par le temps du verbe principal et une diffrence d' univers de dis
cours
(les adversaires de la RC vs les acteurs de la RC).
ii) Une squence descriptible par S2 est souvent comprise dans le champ d'un l
ment rfrentiel ( a referential ) cata- ou anaphorique.
Exemple :
Au moment o elle entre dans l're industrielle, la Chine renverse le schma connu de
l'accumulation capitaliste, (...). Pour la Chine, refuser d'adorer le veau d'or , c'est aussi
refuser le modle amricain le plus puissant, le plus prestigieux du monde industrialis.
Les Chinois voient dans la technologie non pas le fascinant fruit dfendu , mais une nouv
elle barbarie qui soumet les hommes la machine industrielle (...), un systme qui dtruit
en l'homme l'impratif premier : la primaut de la politique. C'est cela, le dfi chinois. Ce
n'est pas l'agression ou la guerre. (pp. 156-157).
c) j = ... S - S - S - S ...
o i) SV est au pass compos ou au prsent ;
ii) absence de reprage anaphorique marqu entre les sujets ;
iii) absence de reprage temporel l'intrieur de la squence ; pas de conjonction
possible par et.
Exemple :
La rvolution culturelle est une stratgie du dveloppement dans le domaine conomique,
ce n'est pas encore le dveloppement. C'est la prise en charge par les ouvriers, cte--cte
avec les techniciens et les savants, de la gestion de l'industrie et de la rnovation technologi
que.
A partir de l, entre 1966 et 1969 (anne de la grande reprise industrielle), tout est
rinvent par la base ; les directives s'enrichissent de l'apport des masses ; mais d'normes
difficults matrielles les empchent d'obtenir leur plein effet (...).
Elle [la classe ouvrire] a men bien la rvolution culturelle, cr les Comits rvolutionn
aires,
combattu la sclrose du parti, reconstruit les organismes du parti en organisant des
congrs pour les lire ; elle a rduqu les cadres, en instaurant une gestion de type nou
veau ; elle a rorganis la production de faon faire collaborer ouvriers et techniciens, et
restructur la division du travail ; elle a ralis d'importantes conqutes industrielles, des
progrs techniques dont le point culminant est videmment le lancement du satellite. Tout
ceci aurait t impensable sans une ligne politique et thorique constante la ligne de
Mao Ts-TOUNG qui, depuis un demi-sicle, forme les masses chinoises (pp. 233-234).
Remarque :
Les squences dcrites comme S3 sont des squences discontinues (dans les
termes de PETFl) ; la squentialisation est ralise par le fait que ces squences sont
comprises dans le champ d'un rfrentiel cata- ou anaphorique (voir S4 ci-dessous).
d) S4. L'ensemble des OF dcrivant les squences numrotes (4) sont formes par
l'enchssement sous forme d'un rfrentiel (phrastique) des squences numrotes (2)
ou (3). Je n'en dcrirai qu'une.
S4 = ... S3 S3 S3 S4(S3).
S4(S3) b3 b3 b3 ...
o )
S3 dans (S4(S3)) est la nominalisation d'une phrase de ^, une nominalisation rfrentielle de S3 ou un lment rfrentiel ayant dans son champ S3 ;
ii) S4 est une phrase en tre.
59
Exemple :
La troisime tape, de 1966 1969, c'est la rvolution culturelle. Les groupes d'innovation
technique, composs d'ouvriers techniciens et de cadres, reprennent les prototypes, les font
passer du stade de projet au stade de la ralisation, runissent diminuer les cot de fabrica
tion.
Ce succs est prsent comme l'issue d'une lutte entre deux camps : d'un ct les auteurs
des projets, dans leur majorit ouvriers ; de l'autre ct, les cadres techniques ractionnai
res
. Les ouvriers sortent vainqueurs de la lutte. La classe ouvrire prend en charge la gestion
des entreprises ainsi que de l'Universit et de toute l'organisation scolaire (pp. 234-235).
1.3. Description de S4
Je vais dcrire plus prcisment la squence S4 ; je dcrirai successivement le type
de phrase S4 et la squence S4. Le but de cette description (focalise sur un fait trs
prcis) est de reprer l'articulation entre les rgles de formulation (conditions gnral
es
dans une langue dcrivant la bonne formation d'une phrase, d'une squence de
phrases) et les formes du savoir.
1.3.1 Description de S4
NP
La Chine
La RC (chinoise)
La RC
copule
NP,
(nominalisations. . . )
par ex. : la prise en charge
par les ouvriers de la gestion
des entreprises (p. 233)
S4 peut tre dfinie comme une phrase copulative specif icationnelle . Cette
description fait appel la taxinomie des phrases copulatives tablie par HlGGINS
(1973) et reprise par RUWET 3 ; elle peut tre avance par limination, en consid
rant
les quatre types de phrases copulatives (prdicationnel, spcif icationnel, identificationnel, d'identit 4). Cette description n'est pas sans poser des problmes ; la
notion de spcification est une notion interprtative (en tant que telle, elle caractrise
plusieurs types de phrases 5) et une condition de bonne formation pour les phrases copul
atives
(condition dont HlGGINS et RUWET ont montr qu'elle ne pouvait tre
crite en termes purement syntaxiques). La dfinition qu'HlGGINS donne de la notion
de spcification est la suivante : Le sens de la notion spcification est constitu
par l'existence de corrlations spcifiques entre les syntagmes formant les termes de
la relation spcificationnelle (p. 160) ; ces corrlations sont penses sur le modle
de la liste (appartenance d'un item une liste identifie par un nom-tiquette) ou de
l'identification d'une variable (la variable tant le nom-tte qu'HlGGINS dcrit
comme vide smantique ).
3.
4.
i)
ii)
iii)
iv)
5.
i)
ii)
iii)
60
est
Voir m RuWET, 1976. Les phrases copulatives en franais .
Exemple de phrases :
prdicationnelle : Marie est une jolie femme.
spcificationnelle : L'ambition de Marie est d'tre une jolie femme.
identif icationnelle : Cette jolie femme l-bas est Marie.'
d'identit : L'toile du soir est l'toile du matin.
Par exemple :
Le but de Pierre est de renverser le gouvernement.
La stratgie de Pierre consiste prendre le pouvoir par tous les moyens.
La thse de Jean est constitue par un expos dtaill des problmes.
Dans notre cas, l'ensemble des NP2 (dans le schma S4) constituerait une liste
spcifiant NPj qui fonctionne alors comme un lexeme vide cataphorique. Cette dfi
nition ne peut tre davantage justifie pour le moment ; mais je l'admettrai, ce qui
m'amne poser deux questions :
Quelle est la nature de la relation entre NPj et NP2 dans S4 (cette relation dter
minant la lecture spcif icationnelle de S4) ?
Quel effet smantique est impos sur les NPj (qui sont des noms propres) par
cette lecture spcificationnelle ?
1.3.2. Description de S4
Je rappelle que NP2 de S4 est un rfrentiel d'une phrase S3 ou de la squence S^.
Cette anaphore peut tre dcrite comme une structure spcificationnelle :
La prise en charge par les ouvriers de la gestion des entreprises, c'est (le fait
que) S3 S3 S3 ...
Si cette hypothse ^st juste, il existe une relation entre NPj dans S4 et les phrases
S3 et/ou la squence S3. C'est cette relation qu'il faut caractriser ; or elle n'est pas
vidente (nous avons vu qu'il n'existe pas de reprage entre les SN(s) et les SV(s)
constituants des diffrentes phrases de S3*). Elle n'est pas marque ni dtermine par
la squentialisation ; nous pouvons poser qu'elle est une des conditions requisespour
cette squentialisation. Ces relations (entre NP! et NP2 dans S4, entre NP2 et S3) ne
peuvent pas tre tablies ce niveau de description, il faut maintenant procder par
hypothse concernant l'ensemble des noncs sur lequel sont construites les squenc
es.
1.4. Hypothse concernant [L, L ' }
1.4.1. La description de S4 par la notion de spcification pose qu'il existe une rela
tion entre les diffrentes phrases constituant cette squence. Mais le trait caractristi
que
de ces squences est constitu par l'absence de reprages temporels entre les
SV(s) et de relations anaphoriques entre les SN(s). S'il existe une relation rfrentielle
entre les SN(s), il faut dcrire comment elle est instaure et non se la donner implici
tement (voir infra, paragraphe 2.5.).
Une hypothse lexicaliste peut, alors, tre envisage : cette connexion est produite par les
relations dont sont porteurs les items lexicaux : schmas d'infrence dfinissant les verbes (BELLERT, 1972) ou relations entre substantifs (en termes extensionnels (par exemple : inclusion) ou
en termes intensionnels (par exemple : les noms-systmes)). Ces relations ne peuvent tre poses
qu'abstraitement et renvoient ncessairement aux squences discursives dont elles sont abstraites.
D'autre part, de telles relations ne peuvent tre tablies entre les items lexicaux de ces squences
sans recourir au savoir propre de l'analyste. Par exemple, les relations entre la base/les
masses/la classe ouvrire/les groupes d'innovation technique/les ouvriers . Si je postulais une
relation d'inclusion entre les ouvriers , les groupes d'innovation technique , la classe
ouvrire , quelle relation postuler entre les masses et la base entre les ouvriers et la
base ? La base est-elle une collection d'ouvriers ? La classe ouvrire est-elle une
collection d'ouvriers ou la somme des groupes d'innovation technique ? Les relations que je
cherche ne sont pas dfinies ponctuellement entre chaque item lexical dans le vocabulaire univoque
de la logique, mais par un certain savoir qu'il me faut maintenant dcrire.
1.4.2. Hypothse sur [L, E' }
a) L'ensemble d'noncs co-possibles est dfini par un double ensemble d' occurrents et d' existents (je reprends les termes de BARTHES, dans le Discours de
61
l'Histoire, 1967, p. 70) 6, c'est--dire deux collections de termes qui ne constituent
pas un paradigme, mais une liste (un vocabulaire) sur laquelle sont construites des
squences discursives. Ce qui caractrise ces lments, c'est le fait que la relation
pertinente qui les unit est dfinie comme appartenance cette collection, sans que
cette appartenance fasse appel leur dfinition lexicale ou la modifie. Schmatiquement :
i) [x, y, z ... }
ii) { X, Y, Z ... i
{ II y a des x qui font X . Ils font Y . Des y font X ... j
Par exemple :
i) {les ouvriers, la classe ouvrire, le proltariat, les masses... }
ii) { faire irruption dans la superstructure, tudier la philosophie, tre vainqueur,,
prendre en charge la gestion des entreprises... j
L'ensemble d'noncs co-possibles construit sur cette double collection n'est pas
arbitraire ni amorphe. Il faut dterminer la (les) rgle(s) de co-possibilit (l'archolo
gie
pose une question diffrente quand elle essaie de dterminer les rgles de co
existence).
Je vais dcrire cette co-possibilit sous forme d'une deuxime hypothse.
Cette hypothse, je la formulerai en termes d'nonc recteur.
b) Un nonc recteur est un nonc (un groupe d'noncs) mettant en uvre une
(des) rgle(s) de la formation discursive sous sa forme la plus gnrale et la plus la
rgement
applicable (FOUCAULT, 1969, p. 192). En l'occurrence, je dois chercher
selon quel scheme (...) les noncs peuvent tre lis les uns aux autres {Ibid., p.
80). Le scheme me semble tre :
. proletariat
le
i'
|fait
(doit faire j")
jf irruption
dictature dans la superstructure j\
Ce scheme regroupe quatre phrases effectives dans le livre De la Chine.
Ce scheme peut tre ou n'tre pas modalis (modalit injonctive).
En quel sens ce scheme constitue-t-il un nonc recteur de la MP MaCCIOCCHI ?
On peut approcher la rponse ngativement. Ce n'est pas un axiome dont un ensemb
le
de phrases serait derivable ( titre de consquence au sens strict ou en un
sens plus faible! ; ce n'est pas une proposition dont l'interprtation constituerait une
structure intgrant les interprtations des phrases qu'elle dominerait (une macros
tructure
smantique). Ce scheme fonctionne comme l'nonc d'une rgle de consis
tance pour un ensemble d'noncs : en ce sens, il ne vaut comme nonc recteur que
par l'ensemble des relations existant entre les noncs qui constituent cet ensemble,
et l'ensemble des noncs possibles conservant cette consistance.
c) II faut, donc, dterminer le type de relation entre les noncs, pour lesquels le
scheme donn en {b) joue le rle d'nonc recteur. Je rappelle que la description de
cette relation est mene partir de la description des squences effectives dans le
livre De la Chine, mais qu'elle n'en est pas directement inferable. Elle doit, au con
traire,
tre tablie pour que cette description puisse tre mene terme. L'hypothse
6. Je reprends les termes de
discours ou un type d'histoire.
caractristique suffisante ; tout
effectives qu'elle entretient avec
62
BARTHES ; ces termes ne dfinissent pas pour moi un type de
Une telle structuration en collection ne constitue pas une
dpend en effet et de sa composition et du type de relations
les autres systmes de rgles qui dterminent un discours.
de description est que la squentialisation prsuppose un ensemble de phrases copossibles, le type de squentialisation (dcrit par une OF) tant dtermin par l'inte
rconnexion
entre les noncs.
Je formulerai une troisime hypothse concernant les relations entre dans { E,
L ' }. Pour l'tablir, je m'appuierai sur la notion d'ide gnrale dfinie par
DELEUZE : l'change ou la substitution des particuliers dfinit notre conduite cor
respondant
la gnralit. C'est pourquoi les empiristes n'ont pas tort de prsenter
l'ide gnrale comme une ide particulire en elle-mme, condition d'y joindre le
sentiment de pouvoir la remplacer par toute autre ide particulire qui lui ressemble
sous le rapport d'un mot (DELEUZE, 1968, p. 7).
En tablissant cette hypothse, il me faut me mfier d'un artefact possible dcoul
ant
de la dfinition d'nonc recteur (un nonc mettant en uvre une (des) rgle(s)
sous sa forme la plus gnrale et la plus largement applicable ) : ce dont il est
question, ici, ce n'est pas de la proposition : le proltariat fait irruption dans la
superstructure (dont il m'importe peu de la caractriser comme ide particulire ou
gnrale), mais des relations existant entre les noncs : le proltariat fait irruption
dans la superstructure/les masses font irruption dans la superstructure /x fait irrup
tiondans la superstructure/les ouvriers tudient la philosophie/les masses tudient la
philosophie...
Ces relations me semblent aussi peu dfinies que possibilit de remplacer toute
phrase par une autre qui lui ressemble sous le rapport d'un mot : cette ressem
blance tant dfinie par l'appartenance la double collection pose en (a). En
d'autres termes, possibilit de remplacer (adjoindre) toute phrase par une autre,
construite sur le vocabulaire, dfini comme une double collection en (a). Tout
nonc peut tre remplac par un autre nonc s'il est construit sur la mme collec
tion
d'occurrents et d'existents. Schmatiquement, tout x appartenant la collection
des existents peut tre combin avec X (appartenant aux occurrents) et tout X{x)
avec Y(y) dans le champ dlimit par le scheme le proltariat fait/doit faire
dictature/irruption dans la superstructure . C'est--dire :
Les masses
La base
Ch' '
T
. ,.
.irruption
.
-,
,la superstructure.
i. *ait'*ont
dans
T classe
La
,
ouvnere
.,
tudie la philosophie.
I prend en main la gestion des entreprises.
irmptUm dans\ superstrUcture.
j
Cette combinatoire ne dfinit pas un systme de paraphrases (cf. PCHEUX) : les
diffrents x ne sont pas synonymes, ni les X(x) des paraphrases (notions dfinies par
l'identit de sens). La relation entre ces lments n'est pas smantique ou logique.
Les dire quivalents ou en relation d'quivalence oriente ne caractrise pas le type
de mise en quivalence rsultant des oprations du savoir mis en uvre dans la MP
MaccIOCCHI. La consistance de ce systme d'noncs est dtermine par le prol
tariat fait/doit faire dictature/irruption dans la superstructure qui dfinit une
possibilit d'tat de chose : cet tat de chose est constitu par les noncs euxmmes construits sur deux catgories d'lments : les existents et les occurrents. Ces
deux catgories n'appartiennent pas ma mtalangue de description (comme c'est le
cas dans les tudes smiotique, smantique : catgorie d'actant et d'action) ; je pose
qu'elles sont dfinies dans le savoir MACCIOCCHI.
63
1.5. Les relations entre S4 et { E, E ' j
jL5.1. Je pose que l'interconnexion entre les a de { E, ' j sur lesquels est construit
S4 est telle que je viens de la dcrire au paragraphe prcdent. Je pose que cette
interconnexion dans { E, E ' ) dtermine les oprations de squentialisation des non
cssous forme d'une squence de phrases dclenchant l'interprtation spcification nelle des phrases S4 et des squences S4. C'est--dire : le matriel lexical sur lequel est
construit ~5l est inform par une pratique cognitive /discursive spcifique, de telle
manire qu'il remplit les conditions syntaxiques et smantiques lui permettant d'tre
insr dans des structures syntaxiques spcificationnelles et de dclencher la lecture
interprtative spcification . Ces conditions sont, dans le vocabulaire de HlGGINS, de
deux types :
le nom (tte de liste : SNX dans S4 par rapport SN2 et SN2 dans S4 par rap
port la squence S3) doit tre un type de nom pour lequel il est possible de spcifier
ce qui le constitue (1973, p. 153 ; la parenthse est de moi).
l'lment focal (item de liste : SN2 dans S4 par rapport SNj et S3 par rapport
SN2 dans S4) doit appartenir une classe smantique approprie, la classe repr
sente par la variable [la tte de liste] {Ibid., p. 15 ; la parenthse est de moi).
Un nonc X(#) doit pouvoir fonctionner comme spcification du contenu d'un
nonc Y(y) ; plusieurs noncs ... doivent pouvoir tre juxtaposs sous forme de
liste.
Ce sont ces possibilits que prdisent les trois hypothses sur le savoir formules
au paragraphe prcdent : la dictature du proltariat , l'irruption du proltariat
dans la superstructure sont conues comme un ensemble d'actions accomplies par
des acteurs historiques : chacune de ces actions particulires (par exemple : tudier la
philosophie) ralise pleinement la dictature ou l'irruption dans la superstructure. La
production de l'effet spcif icationnel ne dpend pas de la nature lexicale /linguistique
des items lexicaux (la Rvolution culturelle, la Chine, premire vue, en tant que noms
propres, ne peuvent pas constituer une tte de liste, ...), mais de la structure propre du
savoir mis en uvre dans la MP MACCIOCCHI. D'o le type de phrase :
La Rvolution culturelle, c'est la prise en charge par les ouvriers de la gestion des
entreprises, l'irruption du proltariat dans la superstructure, ...
La Chine, c'est la Rvolution culturelle. La classe ouvrire prend en charge la
gestion des entreprises. Le proltariat fait irruption dans la superstructure.
Chaque phrase reprsente pour une autre l'explication de son contenu dans le
domaine dtermin par l 'nonc-recteur : le proltariat fait/doit faire
diactature/irruption dans la superstructure .
1.5.2. Trois remarques sur la description de S4 dans son rapport { L, L ' j :
a) Sa validit. On pourrait objecter : vous partez de la notion de spcification, dfinie comme
un schma interprtatif regroupant ou imposant sur les constituants linguistiques un certain
nombre de traits syntaxiques et/ou smantiques ; vous postulez exactement ces traits que vous
dites tre produits par une pratique cognitive/discursive et vous pouvez conclure que c'est cette
pratique cognitive/discursive qui dclenche ou permet les structures et l'interprtation spcificationnelle dans S4. L'objection est de taille. Il ne pourra y tre rpondu que s'il est ncessaire de
recourir la mme description du savoir MACCIOCCHI (dans les termes des trois hypothses cidessus) pour analyser d'autres faits discursifs dans la MP MACCIOCCHI. Ce que je pense, voir
infra le paragraphe 2.
b) Son enjeu. Une telle problmatique (encore ttonnante) permet d'liminer du champ de
l'analyse du discours les termes magiques et obscurs de savoir encyclopdique , cohrence
64
dpendant du savoir encyclopdique . Ces notions recouvrent un ensemble de phnomnes
d'autant plus flous que le terme les regroupant n'est pas dfini. De toute faon, ce dont nous
avions besoin pour dcrire la squence 5^ ne pouvait tre donn par un savoir encyclopdique,
si savoir encyclopdique est dfini comme information stocke sous une entre lexicale
et information universelle (vrit gnrale, phrase gnrique, etc.). Ce n'est pas tellement de
la connaissance d'un contenu que nous avions besoin, mais de l'organisation de ce contenu,
des formes spcifiques d'un savoir.
c) La notion r interprtation d'une phrase . L'interprtation d'une squence comme S4 met en
jeu non seulement des mcanismes linguistiques (je pose que spcification peut tre dfini dans
G(L)) 7, mais aussi les mcanismes du savoir mis en uvre dans cette squence. Ce n'est pas
tant l'existence de la smantique qui est ici mise en question (l'impossible frontire entre sens
dtermin par une structure syntaxique et significations dfinissant un savoir
extra-linguistique), que la notion de reprsentation smantique d'une phrase, d'une suite de
phrases.
Il m'est impossible, en effet d'crire une reprsentation smantique de S4 ou de S4 dans les te
rmes des reprsentations smantiques actuellement envisages : traduction -dcomposition dans une
mtalangue smantique universelle ou ensemble de schmas d 'inference, d'quivalence entre items
lexicaux de la langue naturelle (postulat de sens). Mais il est possible de dire que S4 est une phrase
spcificationnelle et que S4 produit un effet de sens spcificationnel. En d'autres termes, il est pos
sible d'tablir un certain nombre de gnralits non syntaxiques (qui ne peuvent tre dcrite.comme produites par le mcanisme formel des rgles syntaxiques) et ces gnralits peuvent trt
dites appartenir au systme d'une langue naturelle.
1.5.3. La squence S4 telle que je viens de la dcrire produit galement un effetrfrence. La production de cet effet est descriptible comme adjonction la liste des
existents d'un ensemble restreint d'items ( les Chinois , la Chine , la Rvolut
ion
culturelle , Mao (...)). Cet effet met en jeu deux mcanismes :
l'effet-rfrence port par les noms propres ;
le renvoi qu'oprent ces termes une zone du livre De la Chine qui se donne
pour une description des Chinois, de la Chine (ce renvoi redouble/garantit l'effetrfrence port par les noms propres). L'effet de rfrence de S4 n'est pas indpen
dant
de l'ensemble des mcanismes de rfrence mis en uvre dans De la Chine
(leur description est aborde dans le paragraphe 2, infra).
Cet effet peut tre qualifi de vague (QUINE, 1960, p. 125) : les Chinois rfre
un ensemble flou d'individus dont, de surcrot, on ne connat que peu de proprits
(voir la justification de cette proposition au paragraphe 2.5, infra). La relation entre
la base , les ouvriers , les masses , la classe ouvrire est double :
a) appartenance une mme collection, celle des acteurs historiques dans le savoir ;
b) rfrence un mme ensemble d'individus aux contours vagues : les Chinois.
Le caractre vague de la rfrence est, sans doute, produit par la dfinition de la
collection des existents et le fait que l'inclusion des existents chinois dans cette
collection n'est pas explicite. La base , les masses , le proltariat , les
Chinois dnotent un ensemble vague d'individus qui sont des agents historiques
dans une action historique, dans l'histoire comprise comme action universelle.
1.5.4. Note sur la Chine . Cette note a un caractre anecdotique et exemplaire (tant
donn que ce terme a constitu (qu'il peut constituer) le point de dpart d'une description-
7. G(L) = grammaire. Mme s'il n'est pas possible de savoir pour le moment comment cette
notion peut tre intgre dans la grammaire, HlGGlNS pose qu'elle doit l'tre pour rendre compte
de la syntaxe et/ou de la smantique des phrases copulatives, des pseudo-clives.
65
analyse en termes de smantique lexicale (mot polysmique/ambigu/indtermin, etc.). La
caractrisation du terme la Chine dcoule de la description mene jusqu'ici ; elle ne peut
tre tablie indpendamment.
1. En tant que nom propre, la Chine est porteur d'un effet spcifique de rfrence extradis
cursive (ici, un pays que tout le monde connat).
2. En tant que NPj d'une structure spcif icationnelle, la Chine subit une recatgorisation
smantique (contemporaine de son emploi dans S4). Cette recatgorisation est similaire celle
que dcrit GEACH : On ne pourrait utiliser comme tte de liste Jemina et inclure un chat
dans cette liste, moins que Jemina soit comprendre comme une ellipse pour ce qu'est
Jemina . En vrit un nom propre ne peut tre tte de liste que s'il est utilis dans un sens
elliptique. La Chine fonctionne comme une ellipse pour ce que fait la Chine / ce que
font les Chinois .
Cette double caractrisation n'est pas rductible (n'est pas quivalente une description en
termes d'ambigut ou de polysmie) ; elle est dtermine par le/ncessaire au fonctionnement
discursif que nous avons dcrit dans les paragraphes prcdents.
2. Le texte De la Chine
2.1. Problmatique
2.1.1. J'ai pos, au dbut de cette partie, que les principes d'organisation des
squences d'un livre taient dtermins par le systme manire de parler . La
squentialisation des squences de phrases peut tre opre par des oprations sem
blables
aux oprations de formulation produisant une squence de phrases. Ce qui
n'implique pas qu'il y ait ncessairement isomorphie entre l'organisation d'une
squence et l'organisation d'un livre comme squence de squences. J'appellerai
ce fonctionnement interne du discours intradiscours en reprenant la dfinition qu'en
donne PCHEUX : ... ce que nous dsignons par l'expression d'intradiscours, [c'est]
le fonctionnement du discours par rapport lui-mme (ce que je dis maintenant par
rapport ce que j'ai dit avant et ce que je dirai aprs, donc l'ensemble des phnomn
es
de corfrence qui assurent ce qu'on peut appeler le fil du discours , en tant
que discours d'un sujet (PCHEUX, 1975 b, p. 151). C'est cette notion de discours d'un
sujet que je vais dcrire.
2.1.2. Nous avons vu que la notion d'nonciation tait un avatar de la notion philo
sophique
de sujet-source de sens et des phrases. Grce aux notions d'interpellation et
d'idologie, de situation de dpendance du sujet dans le savoir (FOUCAULT, 1969, p.
239 ; cit au paragraphe 2.3. du chapitre III) nous pouvons concevoir le sujet non
pas comme une personne nonant un discours dans une situation donne, mais
comme place pour un sujet dans un fonctionnement discursif. En particulier, il est
possible de dcrire la place, les places d'un sujet telles qu'elles sont constitues par
les mcanismes de rfrence un sujet dans une squence longue de phrases. Je
reprends la notion de mcanisme de rfrence KURODA dans son article Where
style, grammar and epistemology meet (KURODA, 1973).
2.1.3. But de la description. En dcrivant ces mcanismes de rfrence un sujet,
j'essaierai de caractriser un nouveau systme produisant un effet de cohrence irr
ductible
la consistance historique du discours et son impact sur la squentialisa
tion
des phrases. Ce systme constitue en creux une (des) place(s) pour un locu
teur : ce sont ces diffrentes places que je vais reprer dans De la Chine et numrer. Le
systme de ces diffrentes places ralise linguistiquement la forme-sujet du discours
(PCHEUX, 1975 b, p. 143). Une telle problmatique est parallle celle d'une archolo66
gie : Dcrire une formulation en tant qu'nonc ne consiste pas analyser les rapports
entre l'acteur et ce qu'il a dit (ou voulu dire, ou dit sans le vouloir) mais dterminer
quelle est la position que peut et doit prendre tout individu pour en tre le sujet (FOUCAULT, 1969, p. 126). Tout individu, c'est--dire MaCCIOCCHI, le lecteur, tout individu
domin par la MP MACCIOCCHI.
Je tenterai ensuite, sous forme d'hypothses, de dcrire l'impact du savoir sur le
systme de places nonciatives et de dterminer comment et dans quelle mesure
l'organisation d_u discours intervient dans l'interprtation des phrases (en reprenant la
description de S4 au paragraphe prcdent).
2.2. Description de l'intradiscours
2.2.1. Dans une premire approche, on peut tablir que la caractristique principale
du texte De la Chine est constitue par une alternance (terme flou) de squences rap
portes
(le discours direct, indirect, au style indirect libre, en citation) et de squenc
es
non rapportes (que j'ai dcrites au paragraphe 1) et par le fait que ce sont les
mmes propositions qui sont rptes dans ces styles diffrents.
Prcisons le sens de mme proposition : ce terme dnote le complment d'un
verbe de discours indirect (Cf. BanfielD, p. 193). Ce qu'il faut prciser, c'est mme
proposition. Ce terme signifie que les phrases (non enchsses, non rapportes) et les
propositions ( phrases rapportes ) sont construites sur le mme ensemble consistant
d'noncs dcrit au paragraphe 1. Nous ne sommes pas en prsence de phnomnes de
traduction intradiscursive ou de reformulation/paraphrase, mais de phnomnes de
rptition dans les mcanismes diffrents de rfrence un sujet. La problmatique en
termes de paraphrase amnerait poser un systme abstrait du sens dterminant le sens
des mots et/ou des phrases en prsupposant un sujet unique, la fois locuteur et opra
teurdes paraphrases (la reformulation comme illusion subjective de la production du
sens pour un sujet) ; elle amnerait ne pas prendre en considration le jeu des places
nonciatives qui me parat constituer une des caractristiques de la MP MACCIOCCHI.
2.2.2. Quelques exemples de rptition
Citations de MAO
Discours direct
(interview)
Discours non rapport
Le proltariat doit exercer
une dictature totale sur la
bourgeoisie dans le domaine
des superstructures (p. 53).
Le proltariat fait irrup
tion dans le parti, appareil
idologique du systme de
pouvoir,
comme
ailleurs
(p. 536).
Il faut promouvoir pleine
ment le dveloppement de
l'agriculture et celui de l'i
ndustrie
de transformation
(p. 237).
La stratgie de la Chine
consiste en un dveloppement
quilibr de l'industrie et de
l'agriculture (p. 237).
Pour accomplir la rvolution
proltarienne dans l'enseigne
ment,
il faut que la classe
ouvrire en assume la direc
tion (p. 54).
Nous, classe
ouvrire ; dirigeons
l'Universit
selon
une ligne de masse
(p. 84).
67
Il faudra crer des systmes
industriels indpendants (...) ;
les rgions, puis les pro
vinces
doivent crer leurs
propres systmes industriels,
varis
et
indpendants
(p. 239).
Nous avons vu partout en
Chine se monter de petites
aciries, des usines d'engrais
(...). Les provinces, les com
munes
crent leurs industries
(p. 240).
2.2.3. Brve description des systmes de reprage temporels en franais.
Dans cette description, je reprendrai les travaux de SlMONIN-GltUMBACH (1975). SlMONlNGRUMBACH part des notions de discours et d'histoire dfinies par BENVENISTE (dans une pro
blmatique
indicielle) pour les redfinir grce une conception du temps et de l'aspect comme
reprage d'un procs par rapport une situation d'nonciation. Je proposerai d'appeler dis
cours les textes o il y a reprage par rapport la situation d'nonciation (= Sit 8), et his
toire , les textes o le reprage n'est pas effectu par rapport Sit 8 mais par rapport au texte
lui-mme. Dans ce dernier cas, je parlerai de situation d'nonc (= Sit E). Il ne s'agit
donc plus de la prsence ou de l'absence de shifters en surface, mais du fait que les dterminat
ions
renvoient la situation d'nonciation (extra-linguistique) dans un cas, alors que, dans
l'autre, elles renvoient au texte lui-mme (p. 87). La notion de situation d'nonciation est
ambigu dans la dfinition de GRUMBACH cause de la parenthse la caractrisant d'extralinguistique. En effet, cette situation n'est dfinie que par deux paramtres : un temps repre
d'nonciation (notTS) et un sujet (S) (et un sujet Z prenant en charge les modalits de
l'nonc). Ces paramtres peuvent tre interprts comme paramtres rels (un individu un
moment donn) ou comme un effet de sens produit par les rgles syntactiques rglant les mca
nismes de reprage temporel et aspectuel ; il n'est pas besoin, en effet, de connatre le sujet et
le moment d'nonciation ni mme de prsupposer leur existence pour interprter ces mcanis
mes
temporels. Je ne considrerai pas histoire, discours comme des types de discours, mais
comme des types de fonctionnement ; Simonin-Grumbach en distingue quatre :
Discours. Voir citation ci-dessus. A noter que la situation d'nonciation peut tre verbalise
dans les discours crits (ce qui est not : Sit 8 = Sit E) (je rcapitule le sens donner ces
symboles en fin de paragraphe).
Histoire. Caractrise par l'absence de relation entre une situation d'nonciation et une
situation d'nonc. On posera donc Sit E* et (T*, S*) (p. 93) 8.
Reprage caractrisant DD, DI, SiL. Caractris par des oprations de reprage par
rapport une Sit 8 translate, qu'if importe de distinguer des oprations de reprage par rap
port Sit 8 ou par rapport Sit E, et par le fait que ces noncs ne sont pas asserts par le
Z = S (ventuellement Z = S = S ) du contexte de discours, mais sont prsents par le Z du
contexte comme ayant t asserts par un S du texte ( simili-assertion donc) (p. 109).
Reprage texte thorique . La situation d'nonciation est constitue par le texte ou un
ensemble de textes (interdiscours).
Dans ma description, je chercherai ces diffrents types de reprage. Ces diffrents reprages
constituent en creux une place nonciative ; le systme de ces diffrentes places nonciatives
constitue la forme-sujet propre la MP Macciocchi et un effet de cohrence caractrisant
rintraldiscours de De la Chine.
8. C'est par l'absence de mise en relation avec Sit 8 que nous dfinissons l'histoire, et non
par l'absence de shifters, en tant qu'lments de surface, puisque ceux-ci de mme que les
dterminants peuvent tre la trace d'oprations de reprage diffrentes, reprage soit par
rapport Sit g , soit par rapport Sit E (p. 103).
68
Rappel des symboles utiliss dans la description :
sont nots en boucl les lments dfinis par rapport renonciation ; en droit les
lments dfinis dans l'nonc : T> : temps de renonciation ; T : temps de l'nonc ; S , S :
sujet ; S', S' : interlocuteur ; Sit 8, Sit E : situation d'nonciation ; Z : sujet porteur des
modalits.
le signe (*) marque T, S, Sit lorsqu'ils sont employs dans un nonc sans relation entre
Sit 8 et Sit E.
2.3. Les diffrentes places nonciatives dans De la Chine
2.3.1. Sit 8 = Sit E. La situation d'nonciation est verbalise.
a) Exemple :
Je suis en train de voler vers la Chine... (p. 16).
Nous voici assis autour de la ^able du comit rvolutionnaire et notre longue discussion
commence. Une femme est assise ma droite... (p. 164).
Caractristique du reprage : T = ; S = S (o S = MacciOCCHI, dput, com
muniste,
italienne [europenne])...
Forme-sujet (schmatiquement) : Je dis que je vais/quitte/vois/entends/dis ... /parle
.../
b) Exemple :
En Chine, l'Universit et les coles ont recommenc fonctionner entre la fin de 1968 et
l't de 1970. Cette anne... (p. 51).
Caractristique : T (reprage au pass compos/prsent par rapport
[Sit E = Sit 8 = le moment o MACCIOCCHI voyage en Chine/voit la Chine]).
Forme-sujet : Je rapporte que/... Apprenez que...
Remarque : Le locuteur se constitue comme source (efface) de l'information.
c) Exemple :
L'ouvrire raconte : Je suis ouvrire de l'atelier de teinture... (p. 169).
Caractristique : T = TS ; [Sit E = Sit 8 ] sert de repre pour introduire les passages
rapports (interviews...) avec effacement de l'interlocuteur S' (S' = MACCIOCCHI ).
Forme-sujet : Je dis que (x) me dit...
d) Exemple :
Nous quittons Pkin et son ciel intensment bleu, nous traversons une campagne immense
o l'on rencontre souvent des soldats de l'Arme populaire qui, drapeau rouge en tte, vont
aider les paysans (p. 99).
L'ouvrire Lin Tien-Li, 46 ans, vieille ouvrire. Son visage dnote l'nergie et le dvoue
ment.Ce n'est pas une question d'ge... (p. 169).
Caractristique : T = avec effacement frquent de S = S. [Sit E = Sit S] sert de
repre la description de la Chine , des Chinois .
t t
fon voit...
Forme-sujet : Je dis que Vx |Qn verrait
Remarque : Cration d'un effet de rel (littraire/journalistique). La Chine
comme si vous (Je + locuteur) y tiez (frquence des adjectifs, des modalits
apprciatives).
69
2.3.2. Sit 8 = interdiscours
a) Interdiscours au sens troit : le texte De l Chine
Exemple :
Pour comprendre cet extraordinaire mouvement d'innovation technique, il faut tenir compte
de trois tapes. La premire tape (...). La seconde (...). La troisime... (p. 234).
Je pense pouvoir rsumer approximativement les lignes fondamentales de la stratgie chi
noise de la faon suivante : ... (p. 237).
J'ai assez longuement parl de la prsence, dans toute la Chine, de portraits de Mao... (p.
557).
Caractristique : S = S. S' = S ' (= le lecteur). Cration de la place de
l'interlocuteur /lecteur.
Forme-sujet : Je dis x S' (V), pour que S' comprenne, pour que nous (Set 8')
comprenions...
b) Interdiscours au sens large.
Exemple :
La dictature du proltariat n'est pas une priode idyllique rfrons-nous LNINE : La
dictature du proltariat est la guerre la plus hroque (...). Les Chinois sont profondment
convaincus, par leur exprience de la construction du socialisme, de la vracit de cette
autre clbre phrase de LNINE : le cadavre (...). Mao ne laisse planer aucun doute sur
cette mise en place thorique (...). C'est en accord avec cet enseignement que les Chinois
mettent la bataille idologique au premier plan et donnent la primaut la politique...
(pp. 531 et suiv.).
Caractristique : le prsent fonctionne comme T* ou VT avec une valeur aspectuelle
d'aoriste et/ou une valeur modale d'affirmation.
Forme-sujet : VZ peut affirmer que (...).
2.3.3. Les reprages ne sont pas effectus par rapport Sit (ou Sit E = Sit 8 ) :
Sit* (T*, S*). Ces phnomnes de reprage ont t pris en compte dans la descrip
tion
des OF (cf. paragraphe 1).
a) Exemple :
LlU SHAO Chi prconisait le modle classique (...). Il considrait comme utopique... (p. 148).
Temps de base : l'imparfait (repr chronologiquement : avant la R.C.).
b) Exemple :
A partir de l, entre 1966 et 1969, (...) tout est rinvent par la base ; les directives s'enri
chissent de l'apport des masses (...). Les ouvriers sortent vainqueurs de la lutte. La classe
ouvrire prend en charge la gestion des entreprises (p. 233 et suiv.).
Temps de base : le prsent (repr chronologiquement : pendant, aprs la R.C.). Pas
de relation de temps relatif entre les diffrents procs ; opposition entre le prsent et
le pass compos valeur aspectuelle d'accompli.
2.4. La forme-sujet dans la MP MACCIOCCHI
2.4.1. Position du problme. Ce que je viens d'numrer, c'est une liste de places
nonciatives telles qu'elles sont constitues par les reprages ports par le verbe. Ces
places ne dterminent pas des squences juxtaposes : telle proposition peut tre
repre successivement par rapport aux trois places ci-dessus numres et/ou
l'intrieur d'une suite de phrases, les diffrentes phrases successives peuvent tre
70
repres par rapport chacune de ces places. Ce qu'il importe, donc, de dcrire,
c'est le jeu de ces diffrentes places les unes par rapport aux autres. Ce n'est pas
une caractrisation des squences en termes de mcanismes de reprage temporel (pr
oblmatique
de Simonin-Grumbach), mais la caractrisation du passage constant de
l'une l'autre et de ce qui le permet, qui va constituer notre objet. Je n'apporterai
qu'une direction de recherche, l'ensemble de la problmatique ne m 'apparaissant pas
encore clairement. Pour ce faire, je m'appuierai sur les elaborations de PCHEUX con
cernant
le mythe empirico-subjectiviste : partir du sujet concret individuel en .
situation (li ses percepts et ses notions) s'effectue un effacement progressif de^la
situation par une extension conduisant jusqu'au sujet universel situ partout et nulle
part, et qui pense par concepts (PCHLUX, 1975 b, p. 115).
2.4.2. Description. Le passage d'une place nonciative l'autre peut en effet tre
dcrit comme passage/continuit entre des squences repres par rapport un sujet
percevant/rapportant (une situation concrte : je vois, on me dit...) et des squences
non repres par rapport une situation d'nonciation ou des squences poses hors
du temps chronologique et qui peuvent tre assertes par n'importe quel sujet.
Schmatiquement : je vois l'irruption du proltariat dans la superstructure (je vois
les ouvriers tudier la philosophie : J'ai pu le constater au cours du dbat, la lec
ture du petit livre rouge telle que la font les ouvriers est une lecture philosophique
[p. 174 ; soulign par MACCIOCCHl]) En Chine, le proltariat a fait irruption
dans la superstructure (p. 536) ; les Chinois ont bien compris que la rvolution,
ce n'tait pas seulement 1 electrification, plus les soviets , mais aussi la rvolution
dans l'idologie, dans les appareils idologiques d'tat . (p. 534) [Le]
thme qui apparat comme l'un des problmes-cls du socialisme : consolider la dic
tature
du proltariat (...) en portant jusqu'en leur sein [des AIE] la rvolution par
une irruption des masses dans la superstructure . (p. 533).
Ce passage est rapport par PCHEUX un processus d'identification : si j'tais
l o tu/il/ se trouve, je verrais et penserais ce que tu/il/; voit et pense (1975 b,
p. 116) : ce processus dfinit la forme-sujet du discours. L'individu interpell comme
sujet de son discours dans une formation discursive donne s'identifie au sujet univers
el
(qui, lui, ne saurait tre sujet d'une formation discursive). Par cette identification,
lui est donne l'vidence de son discours pour lui-mme (je dis ce que je dis, ce que
je veux dire) et l'illusion qu'il est vident pour l'autre (je comprends ce que je/tu dis,
tu peux comprendre ce que je dis, puisque je parle de ce que tu peux connatre).
Ce qui est remarquable du texte De la Chine, c'est que ce processus d'identifica
tion
constitue le principe rgulier et explicite de son organisation. Si je reprends les
diffrentes places nonciatives dgages ci-dessus :
identification de /e-MACCIOCCHI /e-MAO, /e-tel Chinois, /e-les Chinois/la
Chine ;
identification de /e-MACCIOCCHI, tout je (parmi lesquels /e-lecteur) /e-universel ;
identification de /e-la Chine /e-universel.
Le jeu entre les diffrentes places nonciatives (dgages par une description des
reprages temporels ports par le verbe) apparat comme la trace du processus imagi
naire d'identification du sujet l'interlocuteur et au /e-universel, processus qui caract
rise la forme-sujet du discours. En tant que ce processus est explicitement ralis
au niveau de l'organisation mme des squences, De la Chine exhibe ce processus et
l'effet de cohrence cr par l'intra -discours est constitu par ces diffrentes identifi
cations. Ce n'est pas la prsence d'un sujet d'nonciation, la prsence d'un sujet
son texte (sous forme de modalisations d'un nonc ayant une cohrence interne) qui
.sous-tend le fil du discours , mais cette mise en scne de la forme-sujet. Cette
71
cohrence , si je l'ai cherche travers le relev de faits discrets, n'est pas rducti
ble
l'interprtation ponctuelle de ces marques de reprage : elle est produite non
pas seulement par cette interprtation, mais plus profondment par la srie d'identifi
cations
imaginaires, qui englobent ce qui se donne comme je du discours, /e-chinois
et le /e-interlocuteur-lecteur. En ce sens, la cohrence de l'intra-discours est une
cohrence reposant sur des mcanismes imaginaires ; elle fonctionne la fiction .
Fiction que PCHEUX dfinit comme ce qui reprsente pour ainsi dire la forme
idaliste pure de la forme-sujet sous ses diverses formes allant du reportage la
littrature et la pense cratrice (1975 b, p. 153).
2.4.3. Cette srie d'identifications empche que ne soient pensables ou ne soient conserves les
diffrences ( l'imaginaire de l'identification masque radicalement toute discontinuit pistmologique [1975 b, p. 116]). Et ceci deux niveaux :
les diffrences culturelles, historiques, politiques entre la situation europenne et la situation
chinoise : la Chine est transparente pour qui sait la regarder (MACCIOCCHI dit : avec intell
igence , sans prjug ), parce qu'elle ralise ce qu'est la rvolution (la rvolution, c'est
l'irruption du proltariat dans la superstructure, etc.) ;
la discontinuit entre un rcit de journaliste qui raconte ce qu'il voit et une analyse
marxiste qui, au moyen d'un ensemble tabli de concepts, analyse une situation historique.
Ce masquage des discontinuits, cette impossibilit de les concevoir sont rendus possibles
par la nature de l'ensemble consistant d'noncs, sur lequel sont construites les squences du
texte de MACCIOCCHI et les propositions rapportes (ce que disent les Chinois et que MACCIOCCHI cite). Chaque nonc peut :
tre assert, pris en compte par/e-MACCIOCCHI, /e-la Chine, n'importe quel/e ;
tre un objet de discours (une situation concrte repre par rapport un /e-percevant ou
un /e-chinois le racontant) ou un concept.
2.5. Note sur la description de S4
Rappel. Je disais au paragraphe (1.5.3.) que, dans S4 (l'exemple est cit au para
graphe
1.2. c) et d)), les Chinois , le proltariat , les masses (...) portaient
un effet de rfrence vague un ensemble flou d'individus. Cette description demand
ait
tre justifie.
Nous avons vu que l'ensemble consistant d'noncs est squentialis soit avec
effet de reprage par rapport une situation d'nonciation, soit sans effet de rep
rage ou bien par rapport une situation mise en scne dans le texte De la Chine
(interview). Ll-BlNQ, une ouvrire, un Chinois sont interprts comme sujet non
ant et assertant le discours et comme agents de l'action historique (ils appartiennent
la collection des existents). Par exemple : Nous, classe ouvrire, dirigeons l'Uni
versit
selon une ligne de masse... (p. 84) ; Maintenant, j'tudie la
philosophie... (p. 163) ; Nous plaons la politique au poste de
commandement... (p. 167). Ce procd distribue les termes de le proltariat ,
la classe ouvrire , les Chinois ; un terme est dit tre distribu ( distribu
ted
) quand la rfrence est faite tous les individus qu'il dnote (GEACH, 1962,
p. 4) ; l'effet de rfrence vague un ensemble d'individus est assur par l'organisa
tion
du texte et, plus prcisment par ce procd du. discours direct et indirect : un
Chinois, tout Chinois, n'importe quel Chinois (tous les Chinois ?) fait/font irruption
dans la superstructure, tudie (nt) la philosophie .
Les termes de le proltariat , la classe ouvrire (...) peuvent tre dcrits de
la mme faon que nous dcrivions la Chine au paragraphe (1.5.4.) :
ils sont constitus comme des termes rfrentiels l'ensemble des individus agissans politiquement (dans le champ dlimit par l'nonc recteur : le proltariat
fait/doit faire dictature/irruption dans la superstructure ) ;
72
ils renvoient aux textes marxistes o ils fonctionnent comme concept.
Ce double fonctionnement (o disparat toute discontinuit entre un texte thori
queet le reportage journalistique) n'est pas rductible une simple ambigut
smantique 9 (qui, en l'occurrence, ne pourrait tre leve par la seule considration
des contextes distributionnels, mais en considrant le type de reprage mis en uvre
dans la squence o ils apparaissent) : il est ncessaire /produit par la MP MACCIOCCHI et, en cela, ne peut tre dcrit que par rapport la description de cette
manire de parler.
3. La politique de Macciocchi
Ce paragraphe ne relve pas directement de la description que je tente ; il prend davantage
place dans une archologie. Je le donne pour indiquer le type de rsultat que peut fournir une
analyse du discours une recherche archologique. J'y exposerai brivement la notion de polit
ique( mettre la politique au poste de commandement ) dans De la Chine. Non pas les thses
que MACCIOCCHI dveloppe ou cite, non pas les dfinitions qu'elle peut donner ou que l'on
pourrait constituer (la politique, c'est/est... ), mais dans l'organisation mme du discours,
quelle est la conception de la politique mise en uvre ou bien quelle conception de la politique
permet, dtermine l'organisation de ce discours. La manire de parler que je viens de dcrire
met eti jeu dans De la Chine :
l'quivalence et la ressemblance des sujets politiques. Tous les Chinois, tel Chinois, chaque
Chinois se ressemblent : ils forment une collection homogne d'individus. L'tudiant, l'ouvrier,
le soldat, le membre du parti prononcent les mmes discours, accomplissent les mmes
actes, prennent part galement l'action politique (cf. la distribution, au sens de GEACH, des
termes proltariat , masses ...) ;
l'quivalence et la ressemblance des actes politiques. Ressemblance dans la conformit des
actes, des lments d'action par rapport l'impratif politique : le proltariat doit faire
dictature/irruption dans la superstructure ; quivalence des actes particuliers au regard de cet
impratif (tudier la philosophie, prendre en main la gestion des entreprises, crire un tatzupao (cf. la consistance de { E, ' }) ;
la politique apparat comme l'acte individuel ou individuel-collectif (le proltariat) qui ra
lise l'impratif politique le proltariat doit faire dictature/irruption dans la superstructure ;
dictature et irruption que MACCIOCCHI constate en Chine. Le proltariat fait/a fait irruption
dans la superstructure. La dictature du proltariat, l'irruption du proltariat dans la super
structure,
c'est l'impratif politique rpt et ralis par l'acte politique individuel de chacun des
sujets politiques qu'est chacun des Chinois (cf. les diffrentes places nonciatives organisant
l'intra-discours de De la Chine : forme-sujet du discours, forme-sujet de la politique).
Cette ralisation de l'impratif politique prsuppose une composition de chaque acte indivi
duel, des actes de chaque individu ; les conditions de cette composition sont cres, pour MACCIOCCHI
par un miracle : l'cole et l'Universit. On leur a insuffl la politique, la rvolution,
comme l'ancien Dieu soufflait sur l'argile pour lui donner vie (p. 97) ;
par un discours raciste positif : le Chinois (p. 557) est l'tre politique par excellence,
bon politiquement et moralement (cf. l'honntet des Chinois (p. 141), un sens inn de la
dialectique (p. 10), dvouement universel (p. 379), puret (p. 132), (...).).
Si De la Chine est une utopie, c'est une utopie kantienne concevant la politique sur le mode
de la morale 10.
9. Bien que le double fonctionnement puisse tre dcrit smantiquement : terme discret vs
non discret.
10. Je m'appuie, dans ce paragraphe, sur le commentaire de Kant par DELEUZE dans Dif
frence
et rptition (chapitre I).
73
V. LA MANIRE DE PARLER PEYREFITTE
1. Problmatique
1.1. Remarque sur la description de De la Chine
1.1.1. La description que j'ai faite des squences de De la Chine (paragraphe 1 du
chapitre prcdent) prsupposait ou impliquait qu'elles constituaient un texte li
( a connected text ) ; ce que PETFI appelle une squence grammaticalement
continue (1973, p. 127). Je reformule la description que PETFI donne de
squence grammaticalement continue {vs grammaticalement discontinue ) en
ces termes : n phrases forment une squence grammaticalement continue, s'il existe :
a) une relation anaphorique extensionnelle ou intensionnelle entre des lments des
phrases successives ;
b) une relation logico-temporelle entre les phrases, qu'elle soit smantique (rgle
d'implication dfinissant une entre lexicale) ou syntaxique (systme des temps) ;
c) une relation discursive de thme/propos (relation qui peut tre opre par une
transformation paraphrastique (cf. HARRIS, 1957, p. 339)).
On peut, en effet, formuler la description que j'ai donne de S4 dans les termes
tablis ci-dessus ; la description de S4 constituant une spcification sur ces trois con
ditions
:
a') relation anaphorique extensionnelle vague (rfrence un ensemble flou d'existents : les Chinois) porte par les SN(s) ;
b ' ) relation de spcification entre S4 et la squence S3.
' ) focalisation du NP2 dans une phrase copulative spcificationnelle (focalisation
contemporaine d'une hirarchisation entre les a de { E, E ' )).
1.1.2. Ma procdure de description de la MP MACCIOCCHI laisse penser que les
conditions sur la squentialisation de n phrases sont directement et uniquement
dtermines par l'interconnexion des a dans [ E, E ' j ; en d'autres termes, que la
description des squences (qui assumait la notion de connected text ) refltait
directement l'interconnexion des a dans { E, E ' j. C'est ainsi que procdait ma des
cription
: description des squences et, partir des diffrents lments de la description^ hypothse sur { E, E ' } qui est pos dterminer la connexion entre les phrases
de S.
L'chec de cette procdure (au cours du travail effectif de description) pour
dcrire les squences de Quand la Chine devait m 'amener reposer le problme de la
dtermination par { E, E ' } de S. Cet chec n'est pas une remise en cause du cadre
gnral d'analyse, mais doit permettre une caractrisation plus prcise des diffrentes
manires de parler. En d'autres termes : l'interconnexion des dans { E, E ' } ne
dtermine pas toujours directement la squentialisation de n noncs comme n phra
sesformant une squence grammaticalement continue ; cette squentialisation peut
relever d'un modle diffrent de celui qui structure [ E, E ' j. Nous verrons que c'est
le cas pour la MP PEYREFITTE.
74
1.2. Stratgie de description
La stratgie que je vais adopter est diffrente de celle que j'ai mise en uvre pour
la description de De la Chine. Je commencerai par dterminer, sous forme hypothses, l'ensemble { E, E ' J sur lequel sont construites certaines squences de Quand
la Chine et ce n'est que par la suite que je dcrirai les Oprations de Formulation.
Le flou de l'expression certaines squences de Quand la Chine recouvre un problme qui
n'a pas encore t pos. En effet, j'ai pos, dans le chapitre IV, l'hypothse implicite que
l'ensemble { E, E' j tait unique pour la MP MacCIOCCHI. (Cela n'implique pas qu'il n'y ait
pas de zones htrognes de pense , mais la dtermination de ces zones htrognes relve
plus de l'archologie que de l'analyse du discours.) Il n'est pas impossible de penser qu'il y ait
plusieurs ensembles { E, E ' ) pour une seule MP ; le cas n'est pas dcid pour la MP PEYREFITTE en ce que ma description ne porte que sur les deux premiers chapitres de Quand la
Chine.
Cette description n'est encore qu'une bauche ; je m'en excuse auprs du lecteur. Pour des
raisons de place dans le cadre de cette revue, je n'en donnerai que le schma, qui, je l'espre,
sera suffisant pour illustrer sur un autre texte que De la Chine les propositions faites au chapit
reIII. Dans cette prsentation, je donnerai l'ensemble des hypothses (2.1.) et, ensuite,
l 'explicita tion des notions sur lesquelles elles reposent.
2. Hypothse concernant { ,
2.1. Hypothse
a) L'nonc recteur de la MP PEYREFITTE est constitu par l'intension des adject
ifs: paysan , religieux , primitif , nationaliste :
[x, ..., xn] (est) { paysan, ... J
o x rfre la Chine ou aux Chinois.
L'ensemble consistant d'noncs { E, E ' j sur lequel sont construites les squenc
es
de Quand la Chine est constitu par les quatre ensembles prconstruits d'noncs
sur paysan , religion , nation , primitif , ces quatre ensembles dterminant
la norme d'application des adjectifs correspondants (ce que j'appelle intension ).
b) Cet ensemble d'noncs sur les quatre lexmes-foyers numrs ci-dessus est
donn par le dictionnaire du franais national, ce que j'ai appel ci-dessus discours
national (dans les termes de PCHEUX, on peut parler de prconstruit neutralis
par effacement des conditions historiques de production) !.
Si ces deux hypothses sont vrifies, nous aurions ainsi une caractrisation de la
MP PEYREFITTE en termes de la langue et de l'archive :
l'adjectif occupe une place centrale dans cette MP, non pas parce qu'on aurait un
texte exhibant une forte rcurrence des adjectifs ci-dessus ou une manire de parler
centre sur la prdication (explicite ou implicite), mais par la modalit dominante
1. Ce qui ncessite l'tude archologique du dictionnaire. Dans notre cas, un discours moral
sur la paysannerie franaise dans un discours politique. Il faudrait montrer comment ce discours
d'origine ractionnaire a t neutralis : ce processus est un processus historique et une certaine
politique linguistique.
75
d'insertion d'ensembles prconstruits dans une squence discursive que reprsente
l'usage de l'adjectif ;
l'ensemble consistant d'noncs sur lequel sont construites les squences du texte
Quand la Chine est donn par le dictionnaire du franais national ;
le systme d'noncs consistant [ E, E ' } ne dtermine pas directement la squentialisation des noncs ; cette squentialisation relve d'un systme autonome.
Cette caractrisation, si elle est adquate, nous permettrait de prdire :
l' autorit imaginaire du texte de Peyrefitte en franais, en tant qu'il met
en uvre un prconstruit constitutif du dictionnaire national du franais 2 ;
la relative non traductibilit du texte Quand la Chine, en tant qu'il met en jeu
pour sa constitution (consistance historique) et son interprtation/comprhension un
savoir national.
Que l'ouvrage Quand la Chine ne parle aucun moment de la Chine et soit une
espce de rverie chinoisante et tout fait ractionnaire (au sens historique du terme)
d'un homme de droite franais pourrait tre une interprtation fonde non trivial
ement partir de cette description.
Ces hypothses reposent sur deux ensembles thoriques :
a) une description du fonctionnement smantique des adjectifs ;
b) la notion de dictionnaire national.
J'emprunte la seconde la problmatique de BALIBAR (1974). Je donne, cidessous, ce qui fonde la premire. Notons qu'ici analyse linguistique et analyse du dis
cours
se rejoignent, et cela dans les termes des hypothses de recherche poses au chapit
re
III : les connexions entre les a de { E, E ' } peuvent tre dcrites dans les termes de la
langue et, plus prcisment encore, la connexion entre les a de { E, E ' ) est dtermine
par le dictionnaire.
2.2. La notion d' intension d'un adjectif
2.2.1. Je ne prsenterai pas, ici, une thorie des adjectifs, mais quelques jalons. Pour
tre clair, partons des adjectifs considrs dans les hypothses ci -dessus et d'exemples
tirs de Quand la Chine. Nous avons des adjectifs :
Aj dans les catgories de VENDLER (1968). VENDLER tablit sa catgorisation sur
la base d'un schma d'interprtation des syntagmes de surface : NA, N is A
(VENDLER considre ce schma comme une structure profonde, ce qui n'est pas
assum ici). Pour les Aj, A3, le schma met en jeu la reconstruction d'un matriel
lexical effac (un verbe) : N, qu-(verbe appropri) A (adverbe drivant de l'adject
if)
. L'anomalie d'un syntagme AN, N is A est conue comme impossibilit de
construire une phrase contenant l'adjectif et un verbe appropri.
Attributif : dans la distinction de GEACH (1956), un adjectif est attributif lorsqu'il
est impossible d'analyser la suite AN2/N2A en N est A et N est N2 .
Driv de et/ou appari un Nom.
2. Ce qui permet d'expliquer l'effet d'immdiate vidence de ce texte et la
sympathie/fascination de PEYREFITTE pour la Chine ; Chine qui est plus celle de BARRS ou de
l'Ancien Rgime que celle de MAO.
76
Susceptible de glissement de sens ( sense shift ). Informellement : A [non sus
ceptible
de degr] [susceptible de degr]. Par exemple (je prendrai paysan
dans la suite de cet expos) :
i) La
L'arme
masse <rpaysanne ]> compose principalement de paysans.
La Chine l
J
ii) Une sagesse (tout fait) paysanne.
Un pays trs paysan.
c'est--dire : passage d'un adjectif relationnel un adjectif qualificatif suscept
ible
de degr.
Illustrons la description en termes d'adjectif attributif, A3 :
iii) La sagesse paysanne de Mao.
Mao est un sage paysan.
L'adjectif tablit une relation entre [sagesse] et [paysan], cette relation n'tant pas
prcise. Disons qu'elle implique :
r est/sont sage(s).
Le (les) paysan(s) < a/ont une sagesse paysanne,
Verbe appropri + sagement
Si cette relation est indtermine, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de dtermi
nation. En effet, considrons :
(1) La sagesse tout fait paysanne de x/une sagesse paysanne.
(2) Le bon sens tout fait paysan de x/un bon sens paysan.
(3) 6 La folie tout fait paysanne de x/une folie paysanne.
(4) i La frivolit tout fait paysanne de x/une frivolit paysanne.
Le signe, ( 6 ) signale une tranget des syntagmes NA (o A = paysan). Paysan ne
peut qualifier folie / frivolit en franais ; plus exactement, nous sommes en
prsence de cas-limites, des individus auxquels il est possible d'appliquer ou de ne
pas appliquer le terme (BLACK, 1949, p. 30). (1) et (2) constituent des cas clairs ;
(3) et (4) signalent une zone vague . Ce phnomne de vague ( vagueness ) n'est
pas alatoire ( nous posons qu'il y a des traits systmatiques dans les variations de
l'application d'un symbole vague mais non ambigu [Ibid., p. 40]). Ce sont ces
traits systmatiques qu'il nous faut tablir.
2.2.2. La notion de vague intensionnel
Partons de la dfinition d' intension donne par CARNAP : L 'intension
d'un prdicat Q pour un locuteur Y est la condition gnrale qu'un objet y doit
remplir de faon ce que Y soit enclin attribuer Q y (tant omise, par souci de
simplicit, la rfrence un moment ) (CARNAP, 1956, p. 242). Posons la question
nave : quelle condition remplit sagesse / bon sens que ne remplit pas
folie / frivolit ?
L'existence de cas vagues nous empche d'aborder le problme en tablissant
un domaine ( range ) o paysan s'appliquerait (ce que sous-tend la notion de
restriction de slection applique aux adjectifs) ; son fonctionnement attributif rend
impossible la construction mme de ce domaine (impossibilit de l'analyse de la suite
AN comme une concatnation est N et est A ).
Remarque. On pourrait rapporter l'impossibilit de cette analyse au fait que sagesse pay
sanne , bon sens paysan constitueraient des lexies figes (prconstruit). Il me semble
qu'une telle description clt bien vite la recherche et ne permet qu'un type de description : le
77
listage des lexies figes. Je recherche un fonctionnement de prconstruit plus gnral (et ceci
dans les termes du chapitre III).
Rpondons la question ci-dessus informellement.
L'intention de l'adjectif paysan est dfinie par l'ensemble des relations que le
substantif paysan entretient avec les N auxquels l'adjectif paysan est attribu. Si
un discours ralise ces relations, l'attribution sera possible ; sinon, nous nous trouverons
devant des cas flous. Sagesse paysanne prsuppose un ensemble flou d'noncs :
le paysan est un sage, sait tre sage ; la sagesse paysanne, c'est l'attachement
la terre ; le paysan attend sagement le moment opportun (...) . Ce n'est pas le
syntagme sagesse paysanne qui serait un prconstruit, mais l'ensemble d'noncs
qui permet l'attribution de paysan sagesse et en constitue l'interprtation.
La condition que remplit sagesse , bon sens et non pas folie , prodigal
it
, c'est qu'il existe un ensemble d'noncs o le paysan est sage et non pas
prodigue ou fou .
Dans cette description, je fais l'hypothse que cet ensemble prconstruit (c'est-dire historiquement constitu) est inclus dans le dictionnaire national (ce qui m'a
permis de poser (3) et (4) comme tranges ).
2.2.3. Une telle description doit tre appuye sur une description gnrale de l'adjectif (et de
l'adverbe) pour tre acceptable. J'en esquisse la forme ci-dessous en m'appuyant sur les tr
avaux de Parsons (1972) et Kamp (1975). Elle repose :
a) sur une critique de la conception de l'adjectif sur le modle d'un prdicat une place
(comme les noms communs, les verbes intransitifs). Par consquent, de la notion et de la des
cription
de l'interprtation smantique des syntagmes NA, N est A qu'elle :>i-rm>i i\o
KATZ, 1966, pp. 283 et sq.) ;
b) sur la prise en compte de l' indtermination smantique des adjectifs ( le- a. ijeruio ooiii
syncatgormatiques dans leur sens [BlERWISCH]), laquelle s'ajoutent le- nhnomnes
d'extension et de glissement de sens que listent les dictionnaires.
Prenons l'exemple de intelligent discut par les deux auteurs cits ci-dessus. Intell
igent ne signifiera pas la mme chose selon qu'il est appliqu lve , menuisier ,
chaise , homme politique , etc. Elve intelligent ne signifiera pas la mme chose selon
que le syntagme apparat dans le discours d'un psychologue scolaire, d'un professeur ayant
tel engagement pdagogique ou politique, d'un autre lve, etc. La conception du sens ( mea
ning ) de l'adjectif comme une fonction appliquant le sens de l'adjectif (A) dans le sens de NA
permet de concevoir ces diffrences et de les rapporter non pas une nature smantique de
l'adjectif ou tel adjectif, mais un fonctionnement rgulier. Je ne donne ici une bauche de
description que pour les adjectifs que j'ai considrs ci-dessus ; je renvoie aux deux auteurs
cits pour ce qui concerne d'autres types d'adjectifs.
1) Je considre la catgorie Nom (N) et la dfinis comme un prdicat flou. (Pour la notion de
prdicat flou, voir LAKOFF, 1972 : [N] signifie reprsentation smantique de N).
[N] = { Prd. n;, Prd. nj? ... ).
2) J'admets que le sens d'un adjectif est colport de celui du Nom dont il drive, que
j'appelle nom-racine :
(R(A). Par ex. : intelligence intelligent ; paysan paysan .
[KIA(] = | Prd. aa. Prd. a^ ... ).
3) L'adjectif sera dcrit comme une fonction () qui applique le produit cartsien des ensemb
lesde prdicats constituant le sens de N et de R(A) sur un ensemble de k-uplet de prdicats
composs o Prd. a; modifie Prd. | ; variant avec la source de la fonction.
[N] X [R(A)] - (Prd. aj (Prd. n,)), (Prd.ah [Prd.nJ)...
78
Par exemple :
[Elve] = ( ...travailler, recevoir, acqurir des connaissances, avoir des facults intellectuell
es,...
)
[Intelligence] = { ...avoir un QI (mesurable), avoir un esprit rapide, savoir s'adapter, com
prendre
facilement... j
[lve intelligent] = {...travailler rapidement, travailler en s'adaptant facilement, avoir
des facults intellectuelles susceptibles de telle mesure...} .
Cette brve description nous permet de concevoir qu'un syntagme
et compris qu'en prenant en compte l'intension du N qualifi et du N
une telle description est adquate, je n'aurai pas rduit le prconstruit
nguistique,
mais montr qu'il faut prendre en compte du prconstruit
linguistique.
NA ne peut tre produit
dont drive l'adjectif. Si
un fonctionnement li
dans un fonctionnement
2.3. Vrification archologique de l'hypothse
II faut maintenant donner consistance aux deux hypothses concernant { E, ' ]
et l'inclusion d'un ensemble prconstruit d'noncs sur paysan dans le dictionnaire
national. Je donne ci-dessous les premiers rsultats portant sur paysan . Pay
san dans le Grand Robert (GR) et le Grand Larousse de la langue franaise (LLF)
et paysan dans le premier chapitre de Quand la Chine. J'admettrai que GR et
LLF sont reprsentatifs du dictionnaire du franais national. Pour reconstituer
Tintension de paysan (je pose que ces dictionnaires donnent les cas clairs d'appli
cation de l'adjectif), je considrerai l'article dans sa totalit (dfinitions, syntagmes,
exemples) 3.
2.3.1. Paysan dans GR et LLF
Paysan qualifie Ha classification ci-dessous n'a qu'une valeur d'exposition pour ce para
graphe)
:
les noms dfinissant un univers lexical (au sens de Mel'CUK, 1969, p. 19) : ensemble
des objets concrets ou culturels constitutifs du monde paysan. Par exemple : maison pay
sanne ; soupe /coutume paysanne.
un ensemble de VN : rvolte ! revendication paysanne (que l'on peut considrer comme des
nominalisations non mancipes) 4 ;
un ensemble de noms de qualit : sagesse individualisme/ attachement la terre /instinct
de prvoyance ; murs /caractre paysan.
Cette entre lexicale peut tre considre comme formant le systme minimal de phrases sur
paysan . A noter que, dans le dernier cas, paysan est susceptible de degr, extension
corrlative d'une extension dans [Pa\an| (subst.) : [...celui qui travaille la terre celui qui a
telles qualits moralo-politiques].
2.3.2. Paysan dans Peyrefitte (chapitre /)
Mao
paysan
chef
de jacquerie
3. Pour le statut de l'exemple dans les articles de dictionnaire, voir REY-DEBOVE, 1971, p. 273
et sq.
4. Sur la notion d'mancipation lexicale, voir GUILBERT, 1964, p. 40 et sq.
7
Yenan
Yenan (...) simple mobilier paysan, pareil celui qu'il [Mao]
sait Canton ; abris creuss au plus profond de la terre fconde
(p. 8).
Sagesse de Mao
fidlit au terroir
savoir durer (le secret des rcits, un secret de paysan) (p. 14).
rester au contact de la terre
simplicit du bon sens.
Paysan, il ne doute pas un instant que la prise du pouvoir par
une arme paysanne soit possible. Dans cette foi de roc (...)
(p. 15).
Il incarnera une rvolution agraire, dont les paysans constitue
ront
le fer de lance (p. 11).
Mao (...) [a] trouv la voie chinoise de la rvolution, c'est--dire la
voie rurale (p. 12).
Mao s'est toujours appuy sur les paysans et non sur le proltar
iat
(p. 13).
Un communisme indigne (p. 14).
L'ensemble d'noncs sur lequel sont construites ces squences semble bien tre le
mme que l'ensemble d'noncs sur lequel est construit l'article paysan dans GR
et LLF ; l'article de GR, LLF donnant un systme minimal de phrases dterminant
l 'intension de paysan . Quand la Chine est en quelque sorte un systme d'expans
ion
de ce systme minimal de phrases. On pourrait dire que l'entre de dictionnaire
paysan dans le dictionnaire du franais national constitue la situation dcrite par
le texte de PeyrefITTE (ce qui nous entrane bien loin de la Chine ! ).
Ce premier rsultat, confirm par une rapide tude de religieux , primitif ,
nationaliste ) , m'amne admettre les hypothses exposes en (2.1).
3. Les squences de Quand la Chine
Je posais en 2.1. que la squentialisation des noncs n'est pas dtermine par le
systme [ E, E ' ) d'noncs ; c'est ce systme de squentialisation que je vais mainte
nant
dcrire. Tout d'abord, comme pour MaCCIOCCHI, en constituant les OF(s), je
ne m'attacherai_qu' la description d'une seule dans les chapitres I et II de Quand la
Chine. Je note^(deux barres) une squence discontinue (constitue par la juxtaposi
tion
de deux squences continues).
3.1. Liste des OF
S] = Sj (ou S2) . S/ (ou S2')
j = S S S...
pas
relation
de reprage
anaphorique
temporel
porte
entre
par phrases.
les SN(s) sujets (sujet unique);
Exemple :
Un chef de gurilla qui a conscience de n'avoir pas d la victoire l'aide extrieure (...)
ne craint pas de se montrer indocile (...). Il a la capacit de (...). Il n'a que faire d'une voie
trangre (p. 23).
80
S2 = S S S... reprages
relation anaphorique
temporels entre
portephrases
par les (souvent
SN(s) sujets
de type
;
iconique : effet rcit).
S/ et S2' ont les mmes caractristiques que Sj et 92, sauf en ce qui concerne le
sujet : MAO pour les squences S ' .
Exemples de Sj :
1) Les habitants d'une rgion prouve par la scheresse taient venus supplier un ermite
de provoquer la pluie. Il s'enferma trois jours dans un temple pour mettre de l'ordre en
lui-mme . Au bout de trois jours, la pluie tomba. Mao doit d'abord crer en lui l'harmon
ie
: celle de son peuple en dcoulera (p. 3).
2) Le chef est le mdiateur entre les masses et leur avenir ; il assure un quilibre une
socit qui serait incapable d'y parvenir par elle-mme. Mao se tient l'cart du monde,
pour tre mieux l'coute de son peuple, et l'afft de l'vnement (p. 4).
3.2. Discontinuit dans les squences discursives.
La discontinuit exhibe par 5j peut tre rapporte au degr de connexion entre sujet
et prdicat, ce que RUWET appelle, propos des constructions factitives : action
directe et action indirecte (RUWET, 1972, p. 144).
Ru WET pose que les notions d'action directe et d'action indirecte dpendent de la
notion d'agent, qui est une notion interprtative. Une condition ncessaire (mais
pas suffisante...) l'interprtation du sujet comme agent tient la possibilit de con
sidrer
ce sujet comme susceptible d'intervenir de manire autonome dans l'acti
vitexprime par le verbe (...). La dtermination des NP qui peuvent tre interpr
ts
comme agents ou comme susceptibles d'activit autonome dpend sans doute en
grande part de la connaissance du monde et de la reprsentation du monde des sujets
parlants (Ibid., p. 150).
La notion action indirecte serait ralise dans la MP PeyrefITTE par une
discontinuit squentielle, cette discontinuit renvoyant aux conceptions de agent ,
action historique propres la MP PEYREFITTE.
3.3. Hypothse sur la conception de l'histoire dans la MP Peyrefitte
La catgorie agent historique n'existe pas dans la conception de l'histoire pro
pre la MP PEYREFITTE ; le moteur de l'histoire (Dieu chez BOSSUET ; la foi
chez PEYREFITTE) se sert des hommes pour agir, poursuivre sa finalit propre en
imposant aux chefs et aux peuples un personnage. MAO est/assume un ensemble de
rles, et la foi ( foi du charbonnier , mais aussi aspirations profondes d'un peup
le, irrationnel , inconscient collectif , destin ) constitue le rel agent de
l'histoire chinoise et/ou universelle. _
Si on considre la description de S1? elle montre :
une discontinuit squentielle formelle ;
une continuit cre implicitement par une prdiction non claire 5 dans le
cadre du savoir dfini par l'hypothse sur l'histoire propre la MP PEYREFITTE :
5. J'appelle non claires une phrase, une squence de phrases quand leur interprtation
(conue comme ensemble de conclusions tires de cette phrase, de cette squence) forme un ensemb
le
inconsistant (au sens classique de la logique en termes de contradiction : A est et non-B).
81
/-chef (paysan, religieux)
Pour les Chinois
,-est comme un-) ermite/sage chinois
Pour nous
> MAO <est un
l < chef de gurilla nationaliste
Pour tout x
)
f- joue le rle deJ J empereur, acuponcteur (prtre)
^ saint
_ Cette discontinuit/continuit produit, au niveau de l'interprtation de la squence
S,, une connexion indirecte entre l'agent dnot par le NP sujet et l'action dnote par
le VP : MAO est un acteur historique et non pas un agent. Toute action historique
humaine, et en particulier celle de MAO, est mdiatise par un rle, qui est un ensemble
d' actions et attributs (la description de ces ensembles appartient une archolog
ie).
Pour conclure
La distinction cruciale pour ce travail est la distinction opre entre nonc () et
phrase (S). L'nonc comme instance de l 'inter-discours et la phrase, la squence de
phrases comme intra-discours. Reprenons l'effet de cette distinction sur quelques
notions de l'analyse de discours que j'ai critiques/reprises dans ces propositions.
1. La notion de cohrence d'un discours
Cette distinction entre noncs et phrases permet de faire clater le problme de
la cohrence d'un discours, de rcuser l'opposition : discours cohrent vs discours
incohrent (a-t-on jamais analys des discours incohrents ?) sans introduire une pro
blmatique
en continuum ( discours plus ou moins incohrent, discours auquel on
pourrait trouver une cohrence ...) qui ne fait que rpter la distinction premire. La
thse est, ici, la suivante : les diffrents systmes de connexion produisent un effet de
cohrence spcifique.
La conception d'un systme consistant d'noncs sur lequel sont construites les
squences d'un discours donn, noncs dtermins par une pratique discursive et/ou
un systme de formation constituant un savoir, permet de dfinir la possibilit historique
d'un discours : ce qui peut tre nonc par qui parle un moment donn dans une
place donne . On pourrait dire que c'est l'acceptabilit du discours qui est dtermine
ce niveau. Cette acceptabilit a pour les sujets parlants dans telle formation discursive
un effet de cohrence : les discours tenus dans cette formation discursive n'apparaissent
pas comme atypiques ou fous (pour reprendre les termes de SUMPF), puisque ce
sont les discours que je tiens, que je pourrais tenir, puisque je les reconnais, que je m'y
reconnais . On voit que cet effet de cohrence est contemporain du procs d'assujetti
ssement
des sujets parlants une formation discursive. Cet effet de cohrence doit tre
conu et dcrit indpendamment de l'organisation effective du discours (de la suite des
mots et des phrases) en tant que cette organisation est dtermine par des rgles consti
tuant des systmes qu'il est possible d'isoler, dont il est possible de dcrire le fonctionne
ment
de faon (relativement) autonome. Les rgles d'un systme de formation n'ont pas
la mme historicit ni la mme nature que les rgles de comptence (gnrant les phrases
et les suites bien formes de phrases) ou les rgles (que j'ai appeles OF) organisant
des squences de phrases. Ce qu'il faut concevoir et dcrire, c'est l'interdpendance
de ces systmes (relativement) autonomes de rgles l'uvre dans un discours et la
dtermination qu'ils exercent l'un sur l'autre. Sur ce point, la notion d'OF que je pro
pose est encore bien floue (flou que je signale quand je dcris son fonctionnement comme
celui d'un concept disjonctif ).
82
2. L'nonciation
II me semble tout fait fondamental de distinguer l'effet de cohrence dtermin par
un systme de formation et l'effet de cohrence dtermin par l'organisation, par un
sujet parlant, de son discours. Ce n'est pas le discours silencieux d'un sujet, de ses ides
ou de ses intentions qui ordonne de l'intrieur le discours superficiel, mais les rgles aux
quelles
il est assujetti quand il prend la parole. Les diffrents ensembles thoriques qui
traitent du discours dterminent, sous des formulations diverses, deux niveaux :
NIVEAUX
ADF
Textgrammar
Texlinguistics
fond /contenu
cohrence
globale
savoir extra
linguistique
forme
cohrence
locale
savoir li
nguistique
OBJETS THORIQUES
forme du contenu vs rhtorique
macrostructure vs microstructure
smantique au sens large vs smantique
linguistique + description grammaticale
Ces deux niveaux sont la fois diffrents et structurellement isomorphes : le con
tenu, la cohrence globale, le savoir extralinguistique sont conus partir, au moyen des
formalisations de la forme, de la cohrence locale, du savoir linguistique. Les seules rela
tions possibles entre ces deux niveaux sont des relations de cooccurrence ou d'express
ion,
la mise en relation de ces deux niveaux tant opre par l'acte d'nonciation d'un
sujet. Ce problme est produit, pos par la problmatique elle-mme ; il faut en changer
'es termes pour le rsoudre. Ce changement de termes est celui qu'opre la notion de
oanire de parler : l'tage superficiel des discours (FOUCAULT) est le rsultat de
l'interaction de plusieurs systmes de rgles. L'organisation des phrases par un sujet
(dans la forme-sujet) est un parmi ces systmes.
3. La production du sens
La prise en compte de la dimension du savoir permet de situer ce travail en dehors
d'une problmatique du sens et de la signification. Le discours est l'instance de
production-reproduction d'un savoir et d'un discours dans ce savoir.
4. La linguistique
La position adopte dans ce travail peut tre dfinie comme mfiance l'gard de la
linguistique, plus prcisment de l'utilisation des concepts et des procdures de descrip
tion
linguistiques hors de leur domaine. Corrlativement, cette position a entran ce qui
peut apparatre comme une attitude conservatrice vis--vis de la grammaire generative
et de ce composant peu identifi o j 'ai regroup ce que j ai appel les rgles de formulat
ion.
Elle est devenue choix thorique en concevant l'analyse du discours comme une
articulation de thories et non plus comme modlisation de discours donns dans les te
rmes de la linguistique. La description d'une squence discursive donne ne peut tre
effectue un seul niveau ; il ne s'agit pas de reconnatre qu'un discours est susceptible
de lectures diffrentes, mais de reprer les diffrents systmes de rgles interdpendants
mis en uvre dans la production de cette squence. Les rgles d'un systme de format
ion,les rgles gnrant les phrases d'une langue naturelle, les rgles oprant la mise en
place squentielle des phrases ne sont pas de mme nature, n'oprent pas sur les mmes
lments (mme s'ils sont matriellement semblables) ; il n'est pas lgitime, dans le
cadre d'une analyse du discours, de privilgier un de ces systmes pour en faire le
modle intgrant les autres.
83
Signalons, sur ce point, une formulation opaque : il s'agit de l'usage du terme rgle en parlant
des rgles de formation, des rgles syntaxiques et des rgles de squentialisation. La
dtermination principale de ce terme et de son emploi est, sans doute, constitue par le sens
que lui donne l'Archologie. Rgle/rgularit ne s'oppose pas non-rgle/irrgularit : une rgul
arit fonctionne comme rgle quand elle s'impose qui prend la parole dans une formation discur
sivedonne. Un sens analogue ne peut tre lgitimement donn la notion syntaxique de rgle
dans la grammaire generative sans que ne soit valide davantage cette interprtation.
La conception de plusieurs systmes de rgles oprant dans la production d'une
squence discursive ne signifie pas qu'il faille rendre Csar ce qui est Csar. Cela
signifie qu'il faut concevoir les limites des thories dcrivant ces systmes (leur domaine
et leurs objets) et leur articulation. J'ai cern ce problme dans le processus de descrip
tion
des chapitres IV et V : l'aborder de faon plus systmatique me semble constituer
un champ et des perspectives de travail trs prometteurs.
84
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