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Histoire Barrages

Le document décrit l'histoire des barrages en France du XVIIIe siècle à la fin du XXe siècle. Il aborde l'évolution technique des barrages ainsi que la transmission du savoir relatif à leur construction. Le document est divisé en trois parties traitant du panorama historique, des outils techniques développés et des efforts de formalisation du savoir sur les barrages.

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Histoire Barrages

Le document décrit l'histoire des barrages en France du XVIIIe siècle à la fin du XXe siècle. Il aborde l'évolution technique des barrages ainsi que la transmission du savoir relatif à leur construction. Le document est divisé en trois parties traitant du panorama historique, des outils techniques développés et des efforts de formalisation du savoir sur les barrages.

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70

en premire ligne

Les barrages en France du XVIII


la fin du XX sicle
Histoire, volution technique
et transmission du savoir
par Jean-Louis Bordes, ingnieur des Arts et Manufactures,
Docteur en histoire

Les barrages sont des ouvrages dont


lorigine se perd dans la nuit des temps.
On en retrouve des restes dans toutes
les civilisations dont beaucoup navaient
aucun contact entre elles ni dans le
temps ni dans lespace1 .
Un barrage nest jamais quun lment
technique parmi dautres dont lensemble
constitue un amnagement des eaux qui
a pour but de satisfaire un ou plusieurs
besoins simultanes. Sa singularit et sa
complexit justifie nanmoins quil soit
lobjet de dveloppements particuliers.
La ralisation dun barrage se trouve au
carrefour de plusieurs problmatiques,
technique, environnementale et socitale. Quils soient petits ou grands, les
barrages posent de multiples problmes
dinsertion dans lenvironnement. Ils
modifient le cours des choses au sens
propre comme au figur, leffacement
n9 hiver 2010

l pour mmoire

dun paysage et la cration dun autre


tant peut-tre le moindre des changements. Ils nen posent pas moins souvent
un grave problme pour la socit qui
vit sur leurs territoires dont ils bouleversent les modes de vie et de circulation.
Au plan technique cest une poque
donne, lexpression la plus acheve de
la mise en uvre des techniques et des
savoirs relatifs aux sciences de la nature,
celle des matriaux, des structures, des
procds de construction en un mot de
lart de btir. On peut parler propos de
barrage de systme technique. Le risque
inhrent lexistence des barrages, dont
la dure de vie est exceptionnellement
longue, pose le problme au-del de la
constitution du savoir technique, de la
transmission de celui-ci. Trs tt, les
circulations techniques et transferts
technologiques se sont oprs au-del

des frontires nationales. Des structures


tatiques et dinitiative prive furent
cres afin de faciliter conservation et
transmission du savoir et par la mme
damliorer lconomie et la scurit des
structures.
Dans une premire partie, nous nous
proposons partir dun panorama
historique de dcrire les grandes
tapes de lvolution des barrages en
rappelant des uvres ayant marqu
leur poque en apportant un progrs
voire constituant un saut technologique.
Nous nous limiterons dans le temps en
commenant au dbut du XVIIe sicle et
1

Pour une connaissance gnrale de lhistoire


des barrages, consulter : N. Smith History of
dams, London, Peter Davies, 1971, 1 vol, 279 p.
N. Schnitter A history of dams, the useful
pyramids, Rotterdam, Balkema, 1994, 1 vol,
266p.

71
dans lespace au territoire de la France.
Nanmoins, il sera impossible de ne pas
rappeler certains acquis antrieurs et de
ne pas faire tat de certaines avances
en dehors du territoire national. Cette
limitation nest pas un handicap. La
France a occup une place particulire
dans la technique des barrages, soit par
leur nombre au cours du XIXe sicle,
soit par un ensemble dinnovations et
douvrages exceptionnels. On dcrira
la mobilisation des ressources, et les
mises en valeur des bassins ou massifs
montagneux (la Seine, le Rhne, le
Rhin, le Massif Central, les Alpes et les
Pyrnes), avec leurs caractristiques
propres. On montrera lvolution des
finalits des barrages, le poids de la
finalit nergtique, limportance de la
loi sur leau de 1919.
Dans une deuxime partie, on examinera
la lente et souvent difficile constitution
des outils techniques ncessaires une
matrise de plus en plus grande de la
ralisation des ouvrages. Un savoir bien
que limit, stait constitu bien avant
le temps des ingnieurs. Un barrage est
en soi un produit par excellence de la
mthode exprimentale, enrichie par les
apports successifs de la mcanique, des
sciences de la nature, et par lvolution
des techniques.
La solution technique propose par
les ingnieurs pour raliser un barrage
rsulte dun compromis entre les
besoins satisfaire, les donnes du site
et les moyens techniques disponibles
une poque donne. On y retrouve
en dautres termes, linfluence de la
gographie, les pratiques culturelles
dans lart de construire, et les blocages
propres toute organisation humaine.

Enfin dans une troisime partie, on


suivra les efforts pour assurer la formalisation du savoir et sa transmission qui
ne peut se faire qu une chelle internationale. A partir du XVIIIe sicle, avec
lmergence de lingnieur, les premiers
traits, les premires coles dingnieurs
constiturent autant dinstruments ou
dorganes de recueil et de transmission
du savoir. Sy ajoutent les corps dtat
qui agissent en ce sens travers les
missions qui leur sont dvolues. Assez
rapidement les socits savantes cres
au cours du XIXe et au dbut du XXe sicle
jouent un rle sinon identique du moins
constituent des forums de dbat et de
recueil dexpriences o des propositions mergent.
Dans le processus historique dans
lequel les accidents sinscrivent, les
problmes de scurit se font de
plus en plus prgnants, dautant plus
que les barrages, ouvrages vivants,
sinscrivent dans le temps. Ils vieillissent,
peuvent tre malades et mourir, ou plus
simplement tre abandonns ou dtruits
car ils ne correspondent plus aucune
finalit. Ces processus doivent tre
matriss. Les notions de contrle et
de surveillance, dauscultation se sont
dveloppes en consquence, et ont
conduit une rglementation toujours
amliorer. Celle-ci sappliquant
un ouvrage complexe se doit dviter
tout dogmatisme qui empcherait
dutiliser toute la richesse de la mthode
exprimentale.
Le rsultat de ces travaux sculaires
constitue un patrimoine conomique,
historique, technique, environnemental
et socital. Sa gestion, son entretien,

son volution renvoient toute une


histoire dont on ne peut pas faire
lconomie.

Premire partie:
Panorama
historique
Quelques dfinitions...
On rappelle que par barrage, on entend
toute structure en travers dun cours
deau ou fermant une dpression, ayant
pour but de retenir de leau soit pour la
stocker pendant une dure fonction de
la finalit, et/ou de crer une chute. La
description qui va suivre sappuiera pour
en raconter lhistoire sur la notion de
grand barrage. Celle-ci sest impose au
dbut du XXe sicle alors quaugmentaient
leur nombre et leur hauteur. Dans le
cadre dchanges internationaux toujours
plus denses facilits aprs 1880 par le
dveloppement des moyens de transport,
la commission internationale des grands
barrages fonde en 1928 coordonnait
les expriences et les rflexions des
ingnieurs ayant construire des ouvrages
de plus en plus importants. Cest vers
1935 que la notion de grand barrage sest
affirme. Un grand barrage est un barrage
de plus de 15 mtres de haut au dessus
du niveau de fondation. Cette valeur na
aucune justification. Elle est simplement
raisonnable. A partir de cette valeur un
registre mondial des grands barrages a
t tabli, ce qui permet de disposer dun
outil statistique 2 .
2

Registre mondial des grands barrages, Paris,


Commission internationale des Grands Barrages,
1998, 1 vol, 319 p. et 1 CD ROM.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

72
On utilisera des dnominations relatives
au type de barrage, barrage poids ou
vote et barrage en terre. Un barragepoids rsiste la pousse de leau par son
poids. Le corps du barrage est constitu
de maonnerie, ou de bton ou de
terre, cest--dire de remblai. Malgr
leur spcificit les barrages en terre sont
des barrages-poids. Un barrage vote
est une structure en arc qui reporte la
pousse de leau du rservoir sur les
appuis constitus par les flancs de la
valle. Le barrage contreforts est une
variante du barrage-poids, le barrage
votes multiples une variante du
barrage vote. Les barrages en rivire
sont constitus dun seuil et de vannes
spares par des piles. Un des problmes
communs est la matrise du passage de
leau travers le corps du barrage luimme, ses appuis et fondations ; il se
prsente trs diffremment selon les cas.
Nous nous proposons de traiter
essentiellement de la structure du
barrage, cest--dire du mur. Les
ouvrages annexes, vacuateur, vannes,
quipement de prise et de vidange ne
seront abords que de faon pisodique.
Le sujet du barrage nous conduira
parler de lamnagement, ensemble
des ouvrages ncessaires pour remplir
la finalit recherche (nergie, eau
potable, etc). Le barrage en constitue
une pice maitresse spectaculaire mais
qui conomiquement, nest pas de loin 3
la plus importante la plupart du temps.
Nous serons conduits aborder son
environnement dans la mesure ou celui-ci
commande sa ncessit, son existence et
sa conception.
On considrera deux grandes priodes, la
premire qui stend du milieu du milieu
du XVIIe sicle la fin de la premire
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guerre mondiale, avec la loi sur leau


de 1919, la seconde depuis cette date
jusqu nos jours. La loi de 1919 constitue
une rupture dans le statut accord
leau quant son utilisation nergtique.
Lvolution technique est moins sensible
cette rupture, bien quelle ait t
affecte par la cadence de construction
des ouvrages et laugmentation de la
taille de ceux-ci.

De lorigine des barrages


en France 19194
Bien que lorigine de la construction
des barrages se perde dans la nuit des
temps, nous nous limiterons au cours
de ce bref rappel du pass ce qui
sest pass en France essentiellement
depuis la priode des Temps modernes
et plus prcisment partir du rgne de
Louis XIV. Cette priode est aussi dans
le domaine qui nous intresse, celle
de lmergence dun savoir peu peu
fonde sur des mthodes rationnelles.
On rappellera nanmoins que depuis
la renaissance carolingienne de trs
nombreux moulins avaient t raliss
principalement pour moudre le bl dont
environ 20% des fins industrielles
(pour actionner des soufflets de forge,
des martinets, des foulons). A la fin du
XIIIe sicle, on estime que le nombre
de moulins slevait 100 000, nombre
que lon retrouva dans lenqute de
1809. La plupart de ces installations
taient implantes sur des rivires soit
en drivation soit directement dans
le lit de celle-ci, associes un seuil
dversant en travers du lit qui crait la
chute ncessaire. Seule une minorit,
ce qui reprsentait environ plusieurs

milliers douvrages, tait associe un


tang. Ces digues de quelques mtres
de hauteur, 10 mtres au maximum,
constiturent le champ dexprience
qui a permis petit petit la constitution
dun savoir pragmatique do devait
merger une matrise qui conduisit la
ralisation de grands barrages au sens
contemporain du terme cest--dire de
plus de 15 mtres de hauteur au dessus
des fondations (encadr : Trois barrages
du pass). Le premier en France est
celui de Saint-Ferrol de 30 mtres de
hauteur en 1675, pour lalimentation en
eau du canal du Midi. Sa conception et
son excution sont dues un quatuor
qui comprend le chevalier Nicolas de
Clerville, La Feuille, Franois Androssy
et bien sr Pierre-Paul Riquet 5 . Il fut
port 36 mtres de hauteur par Vauban
moins de 10 ans aprs. Ce ntait quun
exploit relatif, bien que cette structure
la fois en maonnerie et en terre et t
le plus haut du monde comme remblai
pour deux sicles. Il y avait cette date 5
barrages de plus de 20 mtres en Europe
dont 4 en Espagne, dont deux toujours
en service de nos jours qui dataient de
lpoque romaine, sans compter ceux
culminant entre 15 et 20 mtres.

Des analyses sur les ralisations du xixe sicle


donnent des chiffres qui recoupent ceux obtenus
par EDF pour le XXe sicle. Linvestissement
moyen dans le barrage reprsente 10% du cot
total de lamnagement.
4
J.L. Bordes, Les barrages rservoirs en
France, du milieu du xviiie au dbut du XXe
sicle, Presses des Ponts et Chausses, Paris,
2005, 443 p
5
J.L. Bordes, Les barrages du XVIIe sicle
la fin du xixe, transferts technologiques et
modes dlaboration des ouvrages, dans Les
Archives de linvention, colloque des 26-27 mai
2003, Conservatoire national des Arts et Mtiers, Toulouse, CNRS/Universit de ToulouseLe Mirail, 2006, p 227-240

73
Trois barrages du pass toujours prsents

Proserpina - 1er sicle de notre re - Vue du parement amont - Situ prs de Mrida en Espagne, ce barrage
de 21,6 m de haut est constitu dun mur amont contreforts, but laval par un remblai de terre,
disposition reprise souvent par la suite. Il reoit leau dun bassin versant propre de 7 km, et de 13 km en
drivation, et il stocke 6hm3. Destin lpoque lalimentation en eau et peut-tre au fonctionnement
de moulins, il sert de nos jours lirrigation.

Jugon-les-Lacs attest en 1248 - Ralis il y a prs de 800 ans, cet ouvrage situ dans les Ctes dArmor et
constitu par un remblai en terre de 8,5 m de haut, stocke 2,5 hm3 sur un bassin versant assez important
de 195km. Ses finalits taient llevage du poisson, la protection du chteau du seigneur du lieu par le
maintien du niveau deau dans les douves, le fonctionnement de deux moulins bl qui ne sarrtrent
quen 1920, et dune forge au Moyen-ge. Voil donc un bel exemple dutilisation buts multiples dun
ouvrage bien intgr dans un environnement trs marqu par laction de lhomme. ole photo

La priode qui suit peut tre elle-mme


divise en quatre tapes:

La proto-industrie et les lacs de
forges de la mi-XVIIe la fin du
XVIIIe sicle
Les dbuts de lre industrielle
jusquen 1850
Laffirmation des finalits
nergtiques 1850-1890

Les premiers barrages hydrolectriques 1890-1919.
La premire tape est dans la continuit
de la priode prcdente laisse dans
lombre, la mention prs du barrage de
Jugon-les-Lacs (1248 6). Lactivit minire
et mtallurgique fut le moteur de la
ralisation de retenues non ngligeables,
souvent de plus de 1 million de mtres
cubes. Ces retenues toujours existantes,
quelquefois en dshrence, parsment le
paysage des campagnes et rappellent par
leurs noms quelle fut leur raison dtre
(La Forge, La Vieille Forge, Le Martinet,
Le Fourneau, etc)
Des grands barrages furent raliss.
Celui de la Noie 7 (1757) dans le cadre
du systme nergtique des mines
de Poullaoun et Huelgoat tait le
produit dun transfert technologique en
provenance de Bohme o le principe
des digues en terre noyau tanche
tait connu. Celui de Caromb 8 (1766) est
un exemple encore rare dune retenue
justifie par lirrigation mais aussi
finance par trois moulins installs
laval et fonctionnant par cluse partir
6

Saloup (1807) dans la fort de Troncais - Le barrage est constitu dun mur au profil trapzodal de 13,5m
de haut, but par un remblai comme Proserpina. Le bassin versant a une superficie de 11 km. Le lac
de 800000 m3 est le rservoir de tte du complexe hydraulique des forges de Tronais. Cet ouvrage
tardif sinscrit dans la tradition des lacs de forge dont il constitue un peu le chant du cygne. Inventaire
Clermont-Ferrand

Toutes les dates associes un ouvrage dans


la suite du texte, correspondent celles de sa
mise en service.
7
J.L. Bordes, Les barrages rservoirs.., op.
cit., p. 139-142.
8
Ibid., p. 144-146.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

74
de la retenue. Enfin le barrage du Lampy9
(1782), premier barrage supplmentaire
pour lalimentation du canal du Midi,
barrage contreforts, tait par sa
conception le produit dun transfert
technologique en provenance dEspagne.
Au dbut de lre industrielle, pendant la
Restauration, la construction des canaux
favorise par la loi Becquey (1822) fut un
des moteurs de la ralisation de barrages
dont certains de plus de 15 mtres de
hauteur. Programm ds 1838, le premier
barrage pour lalimentation en eau dune
ville, mais aussi pour faire tourner des
usines hydromcaniques, le barrage
Zola, pour Aix tait construit partir de
1847. La finalit nergtique se combinait
souvent celle de lalimentation des
canaux depuis longtemps. Les cluses du
canal du Midi taient trs nombreuses
tre quipes de moulins.
Aprs 1850, les ouvrages ncessaires
au relvement des dbits dtiage au
profit des usines hydromcaniques
se multiplirent. Trs souvent buts
multiples, ils combinaient lalimentation
en eau potable et industrielle. La loi
Freycinet (1878) dans son volet transport
fut un des lments qui favorisa
nouveau la construction de stockage
pour alimenter les canaux. Cest la
priode o culmina le nombre de finalits
par barrage.
Les premiers amnagements hydrolectriques se firent en combinant des
barrages de prises de faible hauteur et
des chutes plus ou moins importantes.
Ce nest que peu peu quapparurent des
ouvrages de 20 30 mtres de hauteur:
La Bourboule (1896), Avignonet (1903),
Rochebut10 (1909, hauteur 50 m, volume
n9 hiver 2010

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barrage de Grosbois (1838)

de la retenue 26 hm3) sur le Cher est le


premier rservoir de production dlectricit des fins commerciales.
Au cours de deux sicles et demi couls
depuis la ralisation de Saint-Ferrol et
plus particulirement pendant le XIXe
sicle, les volutions techniques avaient
t considrables, fruits davances
scientifiques majeures, marques par
lmergence de lingnieur. Celles-ci
concernaient les matriaux modernes,
fonte, fer, acier et ciment, et la terre,
matriau ancestral, le calcul des structures avec la naissance et le dveloppement de la rsistance des matriaux,
les procds de construction avec les
matriels correspondants.
On retiendra pour cette poque dans le
domaine hydraulique trois ouvrages ou
ensemble douvrages majeurs:
Les barrages du canal de Bourgogne11
(1830-1838): ils sont au nombre de 5 pour
alimenter le bief de partage passant par le
tunnel de Pouilly de 3.349 m de longueur.
Deux barrages en terre, Cercey et
Panthier, trois en maonnerie, Grosbois,
Chazilly et Le Tillot, avaient ensemble une
capacit de stockage de 26 millions de

mtres cubes. Les donnes gologiques


obtenues au cours de reconnaissances
consquentes (puits de trs grande
profondeur) permirent dtablir une carte
gologique au 1/25.000, la premire du
genre. Les difficults rencontres au
cours des travaux, glissements dans des
excavations, et des remblais, glissement
du corps du barrage de Grosbois sur
sa fondation, ont constitu un champ
dobservations exceptionnelles. A. Collin,
jeune ingnieur des ponts et chausses,
au terme dune tude exprimentale
remarquable, arriva des conclusions
qui en font un pionnier de la mcanique
des sols. Elles furent malheureusement
mal acceptes. Cet pisode sera repris
dans la deuxime partie de cet article.
Le barrage vote Zola12 (1847-1854)
conu et construit par Franois Zola,
pre de lcrivain, qui fut pour peu de
temps le barrage le plus haut de France
(42 mtres). Il est situ prs dAix-enProvence. Cet ouvrage, qui a conserv

Ibid., p. 129-134
Ibid., p. 227-230
11
Ibid., p. 162-173
12
Ibid., p.177-191
10

75

barrage Zola (1854)

le nom de son concepteur, est le premier


barrage vote du monde moderne
conu de faon rationnelle. Il na pas
eu de postrit immdiate du moins en
France, et cet chec relatif nest pas sans
enseignement.
Le barrage poids du Furens13 (1862-1866)
en amont immdiat de Saint-Etienne,
marqua un saut technologique dans la
conception et la construction des grands
barrages en maonnerie. Ce fut alors le
plus haut barrage jamais conu et ralis
par lhomme (56 mtres). Il battait le
record vieux de 250 ans du Barrage de Tibi
(1594, 50 m) prs dAlicante en Espagne.
La mthode danalyse de sa stabilit qui
sintressait la rpartition des efforts
dans la masse de la maonnerie, ouvrait
la voie une meilleure comprhension
du comportement de ces ouvrages et

barrage du Furens (1866)

une amlioration de leur forme pour


une plus grande scurit. Ce travail est
remarquable par la conduite cohrente
des tudes dans la dure, les rles
conjugues du maitre de louvrage les
ingnieurs des ponts et chausses du
service spcial de la Loire, la municipalit
de Saint-Etienne, et les usiniers. Il avait
t construit pour la triple finalit de
relvement du dbit dtiage (nergie),
dalimentation en eau et de protection
contre les crues. Cette ralisation eut un
retentissement mondial et demeura un
modle pendant prs dun demi-sicle.
70 grands barrages furent ainsi
construits jusquen 1919. Comme on la
soulign, ce ntait que la partie merge
de liceberg constitu des milliers de
petits ouvrages parsems sur tout le
territoire franais. Les plans deau qui en
rsultaient, constituaient en nombre plus
de 95% des retenues que lon pouvait
dnombrer sur le territoire, soulignant
les modifications anthropiques apports
notre environnement naturel.
Sur ces 70, le nombre des barrages en
maonnerie slevait 52. Les grands
barrages en terre, 18 seulement,
souffrirent du fait qu la fois les matriels
et les connaissances techniques ntaient

pas au niveau des enjeux ni des problmes


dj rencontrs dans les ouvrages de
hauteur infrieure 15 mtres. Pourtant
dans cette dernire gamme de hauteur,
la plupart des digues, sinon la totalit,
taient en terre et ont pu malgr des
insuffisances techniques bien connues
de nos jours, continuer fonctionner
de faon satisfaisante, moyennent
un entretien plus ou moins lourd. La
prdominance des grands barrages en
maonnerie, rsulte aussi des donnes
gographiques et gologiques. Dans les
valles industrielles comme par exemple
en amont de Saint-Etienne, les fondations
taient constitues de terrain rsistant et
des carrires pouvaient tre ouvertes
sans difficult.
Limplantation en altitude des barrages
vient corroborer ces observations.
Avant 1919, 4 barrages sont implants
aux alentours de 2 000 m, tous dans
les Pyrnes, ce qui nest pas un
hasard. Les Pyrnens, avant les
habitants des Alpes eurent la pratique
de lexploitation de leur lacs en altitude
aussi bien pour lirrigation que lnergie
hydromcanique, comme on peut le
voir dans lorganisation du systme du
canal de la Neste14 . Les barrages des
valles du Massif Central et des Vosges
sont implants entre 500 et 1000 m. les
deux-tiers des grands barrages restant,
antrieurs 1919, sont une cote
infrieure 500 mtres. On rappelle que
92,5%, 82% et 67% du territoire franais
se trouvent respectivement en dessous
des cotes 1000, 500 et 300 mtres.

13
14

Ibid., p. 201-215
Ibid., p. 215-220
pour mmoire

l n9 hiver 2010

76
La dimension modeste du territoire
affect par les barrages est une des
caractristiques des amnagements de
cette priode. Cot amont, les bassins
versants sont de quelques kilomtres
quelques dizaines de kilomtres carrs,
voire dans certains sites jusqu 250km,
sauf dans le cas unique du Verdon (1661
km) avant 1900. Il faut en chercher la
raison dans la modestie des demandes
que ce soit les volumes deau fournir ou
les puissances mcaniques dvelopper.
Une autre raison est quune science
hydrologique ses dbuts 15 (Belgrand
partir de 1842), ne permettait gure de
dimensionner les vacuateurs de crue
de faon raisonnable. Pour barrer des
rivires fort dbit aprs 1900, avec des
bassins versants de 1 000 km et plus, on
se risqua construire des vacuateurs
de crues seuil libre (Rochebut) ou
des ouvrages totalement dversant (Le
Verdon, Avignonet), ou en drivation
(Sauviat). Cot aval, lutilisation de leau
tait confin un espace limit sauf pour
les systmes dirrigation et dalimentation
en eau comme le canal de Marseille.
Cette priode a t marque par un
accident majeur au retentissement
mondial, la rupture du barrage en
maonnerie de Bouzey prs dpinal
en 1895, accident qui entrana la mort
de 87 personnes. Cet accident mit en
vidence les consquences mcaniques
jusqualors insouponnes de linfiltration

15

Ibid., p. 273-277
Voir ci-dessous
17
Colli J.C. Cent ans dlectricit dans les lois
sur leau, Bulletin dhistoire de llectricit,
n spcial, 1986 Varaschin, D., Lgendes dun
sicle : cent ans de politique hydrolectrique
franaise, Annales des mines, Ralits industrielles, 1998, aot, pp 27-33.
16

n9 hiver 2010

l pour mmoire

de leau dans une fissure dans la partie


amont dun barrage de ce type et par
contrecoup sous la fondation de ce mme
type de barrage et la ncessit de drainer
le corps du barrage et sa fondation.
Si certains ingnieurs 16 comprirent le
phnomne presque instantanment,
la comprhension collective de celui-ci
demanda des dcennies, et ceci nest
pas sans enseignement. Cette tape de la
comprhension des effets de la pression
de leau dans les sols, puis dans les
roches, a demand prs de 250 ans pour
tre formule de faon satisfaisante; elle
fait lobjet dun dveloppement ultrieur.

Le barrage du Verdon en construction


(1869) Barrage de prise dversant en tte du
canal du Verdon. Bibliothque Mjanes,
Aix-en-Provence

Lentre-deux-guerres
1920-1940
La crise nergtique et la loi de 1919 17,
premires concessions
Plus que dans beaucoup dautres pays, la
ralisation de grands barrages en France
a t insparable de sa politique dquipement hydrolectrique. En dehors des
moyens de transport, lnergie ncessaire la premire industrialisation, a t
fournie par lindustrie hydromcanique.
Elle en fournissait en effet les deux
tiers encore en 1860 dans les machines
fixes. Mais les besoins nergtiques de
lindustrie grandissant, ce type dnergie
a t supplant par celle des machines
vapeur. En 1881 la rvolution induite
par llectricit tait lorigine de la
deuxime industrialisation en fournissant
une nergie divisible et transportable.
La France na pu squiper tout de suite
dune industrie lectrique puissante car
cette industrie est trs capitalistique ;
elle a pris un retard sensible par rapport

Sauviat (1903), retenue


en drivation de la Dore,
vacuateur

77

La Bourboule
(1896), une
des premires
usines hydrolectriques

Avignonet
(1903) en
construction

Rochebut
(1909)

Tuilire
(1908)
un des
premiers
grands
barrages
mobiles en
rivire,
sur la BasseDordogne

tableau n1 - Quelques barrages marquants avant 1919


Rgions

Noms

date

BV

type

VB

VR

Bourgogne
Provence
Massif central
Provence
Vosges
Haute-Dordogne
Alpes
Massif central

Grosbois
Zola
Le Furens
Le Verdon
Bouzey
La Bourboule
Avignonnet
Sauviat

1838
1854
1866
1866
1881
1896
1903

28
60
15
1691
17
75
2000

PG
VA
PG
PG
PG
PG
PG

22
42
56
18
22
23
22

93
7
40

9,2
2,5
1,35

Basse-Dordogne

Tuilire

1908

13650

BM

33

5
17

7,1
0,5

P usine

Commentaires

0,22
6,5
17,8

+ 7,3 MW thermique Hauteur


des vannes 13 m

Massif central
Rochebut
1909
1500
PG
50
66
26
3/7,35
Pyrnes
Bouillouse
1910
29
PG
22,2
42,8
13
4,2
Altitude la crte 2013 NGF
Lgendes (symboles de la CIGB):
BV: superficie du bassin versant en km
Type: BM, Barrage mobile - PG, Poids gravit VA, Vote
H, hauteur en mtres du barrage - VB, volume du barrage en millier de mtres cubes - VR, volume de la retenue en millions de mtres cubes
P usine, puissance de lusine associe en MW

pour mmoire

l n9 hiver 2010

78
lAngleterre, lAllemagne, la Suisse et
les tats-Unis, qui la conduisit une politique de transfert technologique par des
filiales de socits trangres, par achat
de brevets ou de savoir-faire (cration de
Neyrpic en 1917 par exemple, linitiative
de Louis Loucheur, alors ministre de
larmement).

Quelques sections type de grands barrages 1840-1947

100 m
50

La construction damnagements hydrolectrique navait pas t stoppe,


bien au contraire, car loccupation des
rgions charbonnires franaises par
lennemi avait acclr la construction
damnagements, essentiellement de
haute chute. La ncessit dune politique
dindpendance
nergtique
stait
fait sentir depuis trs longtemps, mais
la premire guerre mondiale avait mis
en vidence de faon dramatique la
dpendance nergtique de la France et
les conclusions en furent tires aussitt
aprs la guerre. La mise en valeur du
potentiel hydrolectrique ntait quune
des composantes de cette politique qui
fut poursuivie de faon trs cohrente
jusqu nos jours et dont le programme
lectro-nuclaire de 1973 ne fut que
le dernier avatar. Elle dboucha le
16 octobre 1919 sur une loi sur leau,
vritable nationalisation de lnergie
hydraulique qui commenait ainsi.
Nul ne peut disposer de lnergie des
mares des lacs et des cours deau,
quelque soit leur classement, sans une
concession ou une autorisation de
ltat. Toutefois aucune concession ou
autorisation ne sera accorde sans avis
pralable des conseils gnraux des
dpartements reprsentant des intrts
collectifs rgionaux, sur le territoire
desquels lnergie est amnage.
n9 hiver 2010

l pour mmoire

100 m
50

En dautres termes, lnergie des mares


des lacs et des cours deau tait devenue
proprit publique. Ds lors avec des
fortunes diverses, contraries par les
crises conomiques et les guerres, la mise
en valeur du potentiel hydrolectrique
de la France allait tre conduit son
terme. Linfluence de la gographie
tant essentielle dans llaboration des
amnagements hydrolectriques, on
examinera successivement le Massif
central, les Alpes, les Pyrnes, le
Rhne et le Rhin, et la Seine. En effet, les
besoins de fourniture dlectricit allant
croissant, la ncessit de rgulariser
les apports autant que possible, exige
la constitution de rservoirs de taille
suprieure ce qui tait la rgle avant
1914, requrant la fois des bassins
versants de surface suffisante pour
alimenter les rservoirs, et des conditions

topographiques convenables pour les


crer ces derniers. On comprend que la
hauteur des barrages va aller croissant,
et va demander une plus grande matrise
technique dans leur construction.
La raison de lordre dexamen des
diffrentes zones gographiques rsulte
de la chronologie des effets de la
politique dcide en 1919.
Nous avons dispos dans le tableau n2,
la liste des barrages qui nous semblent
avoir marqu la priode 1920-1940 par
les solutions apportes aux problmes
poss. Nous y avons indiqu la puissance
installe des usines qui leur taient
associes pour souligner la relation
entre cette puissance et limportance
des barrages. Rappelons quavant 1914,
linstallation hydrolectrique la plus

79
tableau n2 - Quelques barrages marquants entre les deux guerres
Rgions
Massif Central
Massif Central
Massif Central
Massif Central

Noms
Eguzon
Grande Rhue
Petite Rhue
Sarrans

date
1926
1927
1927
1932

Massif Central

La Bromme

Le Rhin
Alpes

BV
2.400

type
PG
PG
PG
PG

H
61
42
32
113

1932

VA

30

Kembs

1932

BM

27

13

160

Chambon

1934

PG

136

295

51,8

18

188
2540

254

VB
220

VR
57

P usine
53
25

7
450

296

103

Commentaires

Associe la retenue de Grande Rhue

167

Fermait la retenue de mise en charge de


lusine souterraine de Brommat I. Mis hors
service en 1974
1er ouvrage du canal dAlsace
Usines de pied et de Saint-Guillerme, mais
le barrage bnficie toute la valle de la
Romanche
Idem pour le Drac

Alpes
Sautet
1934
990
PG/VA
126
100
108
74
Massif Central
Marges
1935
2950
VA
90
185
47
140
Pyrnes
Artouste
1929
7,7
PG
30
24
23,5
20,5
Lgendes (symboles de la CIGB):
BV: superficie du bassin versant en km
Type: BM, Barrage mobile - PG, Poids gravit VA, Vote
H, hauteur en mtres du barrage - VB, volume du barrage en millier de mtres cubes- VR, volume de la retenue en millions de mtres cubes
P usine, puissance de lusine associe en MW

puissante tait celle de lArgentire sur la


Duranceavec 28 MW (1909).
On notera enfin que trois des barrages
retenus ont une hauteur suprieure
100 m. Or dpasser cette hauteur nest
pas si commun. De nos jours, seuls 3%
des barrages dans le monde dpassent
cette hauteur, ce qui est aussi le cas
de la France (avec 15 barrages ce
jour). En 1919 le barrage le plus haut
de France tait encore le barrage du
Furens datant de 1866, et 19 ouvrages
sur 70 dpassaient 30 m) Les barrages
du tableau 2, se caractrisaient pour la
plupart par limportance de leur retenue
rendue ncessaire par les exigences
de productibilit des usines associes
(directement leur pied ou plus laval
sur le cours ainsi rgularis. En 1919
la plus grande retenue tait celle du
barrage de Rochebut (1909) avec 26

hectomtres cubes (il ny avait que 5


retenues de plus de 10 hectomtres
cubes, sur 70). Il en est de mme pour
les bassins versants drains dont les
surfaces sont sans commune mesure
avec ce qui se faisait avant 1919, ce qui
explique que lvacuation des crues ait
ncessit des solutions originales, ainsi
que les ouvrages de drivation des cours
deau pendant la construction 18 .
Le changement dchelle nest pas
seulement quantitatif mais qualitatif.
Les barrages runis dans le tableau 2,
ne sont quune illustration constitue
partir dun chantillon significatif.
Notre propos nest pas ici dcrire une
histoire des barrages mais dinsister sur
les dfis auxquels devaient rpondre
les ingnieurs de cette poque, qui les
ont conduit projeter et construire des
ouvrages souvent exceptionnels.

La mise en valeur du potentiel


du Massif Central, la cration
du service spcial de la Dordogne
A la diffrence des massifs alpins et
pyrnens dont les cas seront abords
ultrieurement, le Massif Central navait
pas de tradition industrielle significative
Ds les dbuts de llectricit les
socits qui se sont cres dans
le Massif Central, avaient pour but
lclairage des villes et le transport par
tramways, et construisirent des barrages
rservoirs, en haut des bassins versant
des rivires descendant de ce qui tait
considr comme le chteau deau de
la France. Ce fut le cas de Clermont et
Riom, pour lesquelles furent construits
18
Une tude statistique avant et aprs 1919
jusqu nos jours, montre que les bassins
versants ont t multiplis en moyenne par 100,
les stockages par 6.

pour mmoire

l n9 hiver 2010

80
les barrages de Queuille (1905) et des
Fades (1917), de la Bourboule qui eut
son barrage ds 1896, ou de Vichy et
Thiers aliment par lusine du barrage de
Sauviat (1903). Tous ces ouvrages taient
encore de dimensions modestes. La
premire opration denvergure fut celle
de Rochebut (1909) qui est le premier
exemple de barrage rservoir des fins
de production dlectricit commerciale.
Son usine dveloppait une puissance
entre 4 000 et 10 000 CV (3 et 7,35
MW) pour lalimentation de la ville de
Montluon situe 15 [Link] sa retenue
avait un effet de rgulation significatif.
Malgr ce type de ralisation, le
tableau ci-dessous qui permet de juger
lvolution de la production dnergie
hydrolectrique montre quavant la guerre
de 1914 le potentiel hydrolectrique
du Massif Central tait largement sous
exploit en comparaison avec celui des
massifs alpins et pyrnens. Ce tableau
montre aussi leffort de guerre pendant
la quelle la puissance hydrolectrique
installe a cru de 80%, slevant au total
un peu plus de 850 MW.

tableau n3 Puissance hydrolectrique


installe en 1914 et 1919 19 en France
exprime en cheval vapeur
Rgions
Alpes
Massif Central
Pyrnes
Autres rgions
Total

1914
412000
54740
108038
75221
650 080
(475 MW)

1919
750000
140000
210000
65000
1 165 000
(852 MW)

La mise en valeur du Massif Central


devait tre la consquence de son
utilisation pour la traction lectrique
n9 hiver 2010

l pour mmoire

des chemins de fer, combine


lalimentation de la rgion parisienne,
en modulant la production des centrales
thermiques autour de Paris. Tout cela
fut rendu possible par les progrs dans
les lignes de transport et les techniques
dinterconnexion. La proximit relative du
massif Central avec la rgion parisienne
en facilita dautant le dveloppement
hydrolectrique.
Cette politique de dveloppement devait
marquer le retour en force des ingnieurs
du corps des ponts et chausses qui
entre 1880 et 1914 avait jou un rle
relativement effac dans les ralisations
et projets. Les socits dlectricit
avec leurs moyens propres dtudes,
les entrepreneurs, les ingnieurs civils
franais et trangers, en particulier
suisses (Adrien Palaz), avaient t alors
les acteurs principaux.

dbut du XXe sicle. Le tropisme nordamricain de ce type de relation tat


particulirement fort dans le domaine
des amnagements hydrauliques. A la
veille de la premire guerre mondiale,
des stages rguliers aux Etats-Unis des
lves ingnieurs des ponts et chausses
avaient t envisags. Aprs la guerre, le
retard stait accru et pour le combler, des
missions aux tats-Unis ont eu lieu, dont
celle de Degove 21 ingnieur des ponts et
chausses en poste au Service central
des forces hydrauliques et celle du PLM
(rseau Paris-Lyon-Mditerrane) 22 la
mme anne 1921. Ces missions se penchrent en particulier sur les barrages
votes amricains, dont le barrage de
Shoshone.

Mise niveau et transfert


technologique: le service spcial
de la Haute-Dordogne 20

La premire ralisation notable de laprs


guerre est celle du barrage dEguzon 23
sur la Creuse. Elle est le rsultat du projet
du PO (Compagnie du ParisOrlans)
dlectrifier 503 km de voie ferre, et la
volont de lUDE (Union de llectricit)
propritaire des centrales thermiques
de la rgion parisienne dont celle de

Un service spcial de ladministration des


ponts et chausses fut cr le 20 octobre
1920, avec pour mission de diriger les
travaux excuts sous la responsabilit
de ltat sur la Haute-Dordogne : son
troisime directeur, Andr Coyne en a
pris la charge le 15 juin 1928.
La cration dun tel service spcialis
pour la conception et le contrle de la
construction des importants barrages
ncessaires, sest accompagne dune
recherche dinformation sur les ralisations similaires dans les pays industriels
(USA, Italie, Suisse en particulier). Cette
dmarche sinscrivait dans une vieille
tradition qui sans remonter au XVIIe
sicle, tait la rgle la fin du XIXe et au

Premires ralisations, Eguzon (1926),


Coindre (1927), Sarrans (1932)

19

Histoire de llectricit en France, tome 1,


p 626. 1CV= 732 W
20
Potiquet A., Recueil des lois, ordonnances
et circulaires... ordonnances, arrts, lois,
rglements concernant les Ponts et Chausses,
annes 1920-1928
21
Degove M., Les grands barrages en maonnerie aux USA, Paris, Eyrolles, 1922
22
Feuilly P., Touche E , Rapport de la mission
PLM envoye aux tats-Unis par la Cie PLM pour
ltude des grands barrages aux tats-Unis
Annales des ponts et chausses,1er semestre,
1922, p 73-129.
23
Berthonnet A., Chagnaud, lhistoire dune fidlit, Paris, Chagnaud, 1996, 219 p, pour Eguzon
voir p 59-68

81

Eguzon (1926)

Gennevilliers, de combiner lnergie


hydraulique et lnergie thermique.
Le site avait fait lobjet dun projet
ds 1903. Les choses se prcipitrent
pendant la premire guerre en 1915
sous la pression de la crise nergtique.
A partir de la socit PDTE cre en
1913 par Lon Chagnaud, (Production,
Distribution, et Transport de llectricit)
un projet est bti pour alimenter les
arsenaux de Bourges. Les travaux
commencrent en 1917, et furent freins
par dnormes difficults de main
duvre. Les difficults saccumulrent.
La loi de 1919 dbloqua la situation.
Il sagit du premier barrage en bton
construit en France, bton cyclopen.
Le volume de ce barrage poids est de
210000 m3, nettement au dessus de tout
ce qui avait t fait jusqualors en France,
et lpoque un des plus volumineux au
monde (concepteur Rabut, entrepreneur
Chagnaud). Ce chantier marqua le dbut
de la mcanisation. Pour la premire
fois le corps du barrage tait drain
ainsi que les fondations, comme cela
deviendra la rgle avec la circulaire
ministrielle de 1923. On ralisa aussi
un rideau dinjection en amont du rideau
de drainage. Le bton tait coul par
plots, selon les pratiques amricaines.
Des mesures dchauffement du bton

y furent ralises ainsi que des mesures


de dplacement de louvrage la mise en
eau.
Le barrage termin en 1926 fut salu
comme une russite et un acte de mise en
valeur trs important. Il marquait aussi
le dbut des travaux dinterconnexion
entre rgions par la construction dune
ligne de 210 KV entre Eguzon et la
rgion parisienne, qui reut llectricit
guzonaise le 17 juin 1926. Ctait
la premire fois quune ville franaise
recevait son lectricit daussi loin.

depuis le barrage Zola, si on excepte


le petit barrage de Savenay de 17 m de
haut construit par larme amricaine
en 1917-1918. Lingnieur conseil de cet
ensemble fut le Service chutes de la
Socit gnrale dentreprises (SGE), qui
en fut aussi lentrepreneur.
Le barrage vote de la Bromme qui
fermait la petite retenue de mise en
charge de la conduite dalimentation
de lusine de Brommat, participait de la
dmarche de matriser la technique des
barrages votes pour construire des
ouvrages plus important. Il fut tudi sur
un modle en pltre charg au mercure*,
et quip des tout premiers tmoins
sonores invents par Andr Coyne.
Le barrage poids de Sarrans 24 , bien
suprieur celui dEguzon, reprenait
les dispositions de drainage et injection
des fondations. Il tait remarquable par

Lamnagement de la Truyre:
Sarrans-Brommat et La Bromme
Commenc en 1914 avec le barrage de
la Cadne, lamnagement de la Truyre
fut de toute premire importance tant
par le volume des travaux que par les
puissances installes. Il comprenait 3
barrages dont un barrage poids (Sarrans)
de 113 m de hauteur et dun volume de
450 000 m3 retenant 296 hm3 deau,
un barrage dversant, deux usines dont
une usine souterraine, de 300 MW de
puissance au total, 9 330 mtres de
galerie damene et un canal de fuite de
1 030m, et enfin un petit barrage vote
de 30 m de hauteur. Ce barrage vote
tait le premier construit en France

Sarrans (1932)

24

Dumas J. Les installations hydro-lectriques


de la Truyre, Le Gnie civil, 52 anne, Tome
CI, n 12, 17 septembre 1932, p 269-277.
*
Chargement au mercure: Pour assurer
le chargement hydrostatique des modles
structuraux en pltre conformment aux lois de
similitude retenus, on a eu recours au mercure.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

82
les dispositions dvacuation par deux
vacuateurs souterrains de 10 m de
diamtre fonctionnant surface libre
puis en charge. Lexcution des travaux
marque un progrs dans les techniques
et matriels, en particulier dans les
Blondins* utiliss.
Andr Coyne et la mise en valeur de
la Haute-Dordogne : Marges (1935),
Saint-tienne-Cantals (1945), LAigle
(1947)
Aux origines de lamnagement de la
Dordogne, se trouve la prospection
(1916-1917) dAdrien Palaz, ingnieur
conseil suisse trs introduit auprs des
socits dlectricit en France, pour
le compte de la Socit de lnergie
lectrique du Sud-Ouest (EESO) qui avait
ralis le barrage de Tuilires sur la basse
Dordogne 25 .
Elaboration du projet de Marges
Limportance du projet de Marges et
les innovations apportes par celui-ci
conduisent sintresser aux conditions
dans lesquels le projet fut labor. De trs
longues tudes ds les annes 1920/1921
furent conduites pour aboutir au projet
dun barrage vote dont le projet dexcution fut approuv le 17juillet 193126 par le
ministre aprs avis du comit technique
de la haute Dordogne, du conseil gnral
des ponts sur avis de la commission des
barrages de grande hauteur. Le ministre
flicitait Andr Coyne pour les solutions
nouvelles proposes pour rsoudre le
problme. On retiendra que dans son
rapport du 11 dcembre 1928, A Coyne
arriv depuis peine 6 mois, repensait
lensemble du problme du projet
n9 hiver 2010

l pour mmoire

prsent le 19 avril 1928. Il soulignait


limportance du problme des crues ce
qui lamena dplacer le barrage de sa
position initialement prvue.
Malgr la tentative avorte de
construction dune vote sur les deux
sites de la Rhue, plusieurs organismes
dtat continurent travailler en faisant
des mesures sur la petite vote de
Savenay, et en sinformant sur tout ce
qui se faisait ltranger. Le laboratoire
de lONRSII (Office national des
recherches scientifiques et industrielles
et des inventions, Meudon), anctre de
lONERA et pour partie du CNRS, avait
t cr par la loi du 13 dcembre 1922 27.
Il rsultait de la ncessit reconnue
par tous dune troite collaboration
entre la science et lindustrie. Un
dpartement dessai de structures et
de modles rduits de barrage en pltre
charg au mercure fut cr. Un arrt
interministriel du 20 sept 1929 institua
une commission charge de contrler les
essais de barrage sur modle rduit. Un
modle pour Marges dnomm vote
n1 de Bellevue fut essay ds 1927(?).
Un autre pour le barrage de la Bromme
la mme poque plus ou moins, fut
demand par la socit des forces
motrices de la Truyre 28 . Un rapport
tardif mais complet sur les essais de la
Bromme fut publi en 1936 29 . Il y avait
toute une srie de recherches et de
rflexions o on retrouve Andr Coyne
plusieurs titres et do devait merger la
vote de Marges (voir annexe 1).
Le Gnie Civil, article A. Coyne
doctobre 1935 sur Marges
La vote de Marges passe pour tre
audacieuse. Je voudrais mexpliquer
sur ce qualificatif. Sil ne sagit que de

lchelle, il mest videmment agrable


de constater que les ingnieurs ont fait
quelques progrs depuis le temps o
Delocre30 annonait - ctait en 1867 quil ntait pas possible de dpasser,
pour un barrage-vote, la hauteur de
4m47. Il mest aussi difficile de ne pas
convenir que, sur beaucoup de points,
la vote de Marges sort de lordinaire.
Mais, sil sagit des coefficients de scurit vrais de louvrage, je rpondrai que
les gens audacieux sont les ingnieurs
du temps pass qui, sur la foi de calculs
priori et sans la moindre confrontation
avec la nature, ont cru possible de prciser par le menu les formes des profils
adopter pour les barrages. Sans doute,
avaient-ils une excuse, cest de ne pouvoir faire autrement.
La mthode suivie dans ltude du barrage de Marges est entirement diffrente : cest la mthode exprimentale, la
seule qui vaille quelque chose en matire
scientifique. Les dispositions adoptes
sont le fruit dexpriences successives,
faites principalement outre-mer, dans
ce pays de Californie qui contient
25
AN F10 4459, 4451 et 4452 (projet Basiaux,
ingnieur Clermont-Ferrand)
26
AN F14 14453
27
Office national des recherches scientifiques
et industrielles et des inventions Recherches et
Inventions numro spcial 1932, 88p
28
AN F17 17486
29
Les tudes exprimentales de lONRSII sur la
stabilit des constructions Recherches et Inventions, 17me anne, n265, nov-dec 1936
30
A. Coyne fait allusion larticle dE. Delocre,
Sur la forme du profil adopter pour les grands
barrages en maonnerie des rservoirs, Annales des ponts et chausses, 4e srie, 1866, 2me
semestre, p. 213-272.
*
Blondins: Cbles mis en place pour distribuer
matriaux et matriels sur toute la hauteur du
barrage et qui ressemblent des tlphriques.
lorigine, ce nom tait celui dun clbre
fildefriste qui traversa les chutes du Niagara au
XIXe sicle

83
lui seul : 800 barrages et o rsistent
depuis plusieurs dizaines dannes - sans
quon sache encore trs bien expliquer
pourquoi - les barrages-votes les plus
hardis du monde.
Cest par une connaissance approfondie
des rflexes de ces ouvrages, et notamment de leur probabilit de rupture, qui
est jusquici nulle, que nous sommes
parvenus la conception du barrage de
Marges, attentifs pratiquer la maxime
fameuse de Francis Bacon : Natura
vincitur nisi parendo. Sur tout le reste,
cest la mme mthode qui a prvalu :
recherche patiente, humble et mthodique des enseignements de la nature,
quelle prodigue gnreusement ceux
qui savent lobserver; quelquefois, cest
un accident dexprience qui a men tout
droit au but. Si le succs a couronn nos
efforts, cest cela que nous le devons.

LAigle (1947)

La poursuite de la mise en valeur de


la Haute-Dordogne et dautres bassins
connexes
LAigle (1946)31 fut conu ds 1935 pour
la Socit lectrique de la Moyenne
Dordogne. Son excution fut intimement
mle des faits glorieux de la
Rsistance32 .
A. Coyne inscrivit dans un site trs troit
une vote associe lusine dont les
turbines furent distribues le long dun
arc de cercle par manque de place, et sur
le toit de laquelle fut dispos le coursier
de lvacuateur en saut de ski*.

Marges

Saint-tienne-Cantals (1945) dont la


Socit hydrolectrique de la Cre tait
le matre douvrage, est un barrage qui
sinscrit dans une valle plus large que

celle du site de lAigle 70 m de hauteur


pour un couronnement de 270 soit l/h de
lordre de 4. Les fonctions diffrentes de
louvrage sont runies comme lAigle.
Cest une vote paisse. On notera un
batardeau amont constitu par une vote
dversante exprimentale de moins de
8 mtres de hauteur pour une longueur
dveloppe de 80 mtres.

31

Coyne A., Barrages-usines de lAigle et de


Saint-tienne-Cantals, Travaux, Mars 1950,
24 p
32
Salat J.L., LAigle sur Dordogne: un pays, des
hommes, un barrage sous loccupation, Quota,
1987, 216 p
*

Saut de ski: forme de coursier laval dun


vacuateur de crue, ainsi dnomm cause de
sa similitude de profil avec celui dun tremplin
pour le saut ski.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

84
Les barrages alpins, Le Sautet (1934) et
Le Chambon (1934) Figure 16 et 17
Comme on la affirm dj plusieurs
reprises, tout le territoire franais a t
le thtre dune utilisation trs prcoce
de lnergie hydromcanique. Le massif
alpin a t une zone pionnire de
lhydrolectricit cause des besoins
de llectro chimie et de llectro
mtallurgie33 . La production dnergie
combina lutilisation de lac en altitude et
de hautes chutes. Les ouvrages de prise,
de drivation ou de fermeture des lacs
utiliss furent dabord trs modestes. En
1914 en Savoie pas un barrage, barrage de
drivation ou de prise ou de surlvation

Le Chambon (1932)

dexutoire de lacs, ne dpassait 10 mtres


de hauteur.
Le barrage du Chambon 34 , dont le
promoteur fut une Socit dconomie
mixte runissant les industriels de la
valle de la Romanche et lEtat, avait
pour finalits la protection contre les
crues de la valle de la Romanche, et
la rgularisation des dbits au bnfice
des usines hydrolectriques de la valle.
Ce barrage poids, qui fut alors le plus
haut barrage de France avec 136 m,
avait des caractristiques techniques
remarquables. Les travaux de fondations
savrrent particulirement difficiles
cause de surcreusements ainsi que la
mise au point des btons.

Le Sautet, (1932)
n9 hiver 2010

l pour mmoire

Le barrage du Sautet 35 , dont le promoteur la Socit dlectricit Bonne


et Drac (fonde en 1917), avec la
participation Pchiney visait fournir
en lectricit lindustrie mtallurgique,
et la rgion parisienne avec une ligne
dinterconnexion. Ce barrage une fois de
plus sinscrit dans une longue histoire qui
commence en 1894 avec Ivan Wilhem,

le pre de Serre-Ponon, qui le premier


imagina de barrer le Drac au caon
du Sautet. Mais cest aprs 1920 avec
G Dussaugey que le barrage prendra
corps dfinitivement. Cest un barrage
poids vote de 126 m de haut (l/h =0,64),
conu par Albert Caquot. Les conditions
gologiques de la retenue taient particulirement complexes et lexcution des
fondations en fond du caon furent
difficiles.
Le massif Pyrnen
Llectrification des chemins de fer en
Pyrnes fut particulirement prcoce.
Le barrage des Bouillouses (1912), le plus
haut situ alors en France 2016 NGF,
avec la centrale de La Cassagne fut ralis
en vue de llectrification de la ligne du
Train Jaune allant de Villefranche-deConflent Bourg-Madame. Plusieurs
33
Bouchayer F. Les pionniers de la houille
blanche et de llectricit, Dalloz, Paris, 1954,
138 p
34
Le Chambon, Travaux, 1935 et 1936
35
Le Sautet, Le Gnie civil, 1934 et 1935

85
hautes chutes furent quipes avant
1914, la fois pour la compagnie du Midi
des fins dlectrification de chemin de
fer, des industries lectro chimiques et
des industriels autour de Toulouse.
Les chemins de fer du Midi poursuivirent
partir de 1912 la mise en valeur de la
valle de lOssau dans laquelle le lac
dArtouste fut surlev par un barrage
termin en 1929.
Quelques aperus sur le Rhne
et le Rhin
Les ouvrages sur le Rhin et le Rhne
posent des problmes spcifiques qui
les excluent du champ de lensemble des
barrages voqus jusqualors. Nous ne
ferons que mentionner trois dentre eux.
Le barrage de Kembs (1932), premier
barrage du futur grand canal dAlsace,
fut tudi ds 1906 par des ingnieurs
et industriels suisses. Aprs la premire
guerre mondiale, ltat devint lacteur
principal. La France avait obtenu dans
le cadre du trait de Versailles le droit
dutilisation du Rhin. Le barrage de
Kembs fut conu pour alimenter la rgion
Lanoux 1960 lac des Pyrnes

parisienne. Termin en 1932, il fonctionna


avec du stockage par pompage, entre le
lac Blanc et le lac Noir, ds 1927.
Huit barrages et usines au total
quiprent la section franaise du Rhin.
Les travaux furent termins en1970.
La mise en valeur du Rhne rve ds le
XVIIe sicle ne peut tre traite dans le
cadre de cet article. Le premier projet
de franchissement des cataractes du
Rhne date de 1782. Pas moins de
27 projets furent labors jusquen
1920 36 . Ils traitaient soit de lutilisation
nergtique soit de la canalisation, avec
des prolongements vers lirrigation. Sept
projets damnagements nergtiques
aboutirent des ralisations qui ntaient
pas ngligeables, toutes sauf une sur le
Haut-Rhne. La plus importante fut la
construction du barrage usine de Jonage
Cusset prs de Lyon, mis en service
compltement en 1905. Lusine tait alors
une des plus puissantes du monde (16
MW). Ces travaux et tudes conduisirent
la cration en 1933, dune structure
originale la Compagnie nationale du
Rhne qui combinait la mise en valeur du
fleuve sous le triple aspect de lnergie,
du transport fluvial et de lirrigation 37.
Louvrage de tte le barrage de Gnissiat 38
barrage poids de 104 m de haut, fut conu
sous sa forme quasi dfinitive en 1912.
Les travaux commencrent en 1936 pour
sachever en 1948. Ils furent loccasion
de progrs remarquables dans plusieurs
domaines : injection des alluvions sous
le batardeau, coupure du fleuve en eaux
vives, drivation provisoire et vacuateur
de crues en souterrain.
Le Rhne laval de Seyssel la mer
fut alors canalis par un systme de 19
barrages et dusines associes des

cluses qui permettaient la circulation


de chalands grand gabarit de Lyon
la Mditerrane sur 330 km, objectif
atteint en 1980. Le plus important de
ces amnagement qui comme Gnissiat
eut un grand retentissement mdiatique
fut celui de Donzre-Mondragon 39
(1947-1952). Ce fut le plus grand
chantier de terrassement en France, li
un amnagement hydraulique soit un
volume de 18 millions de m3.
Les travaux tant sur le Rhin que sur le
Rhne furent loccasion de progrs dans
les domaines du matriel de terrassement,
des puisements, injections, matrise des
coulements travers des digues de
hauteur moyenne mais de trs grande
longueur, Gographie oblige. Par ailleurs
le type mme de barrage mobile devant
laisser passer de trs gros dbits a pos
des problmes exigeant des tudes
pousses sur modle, (dissipation
dnergie, usure des radiers).
Lamnagement du Bassin de la Seine
Cest un bel exemple de projet pens
sur la longue dure, fortement marque
par le territoire du bassin sous langle
de la gographie (urbanisation) et de la
gologie.

36

J.L. Bordes, Les barrages rservoir,[Link].,


p. 239-249 Gnissiat et lamnagement du
Rhne.
37
A. Giandou, La compagnie nationale du Rhne
1933-1998: histoire dun partenaire rgional
de ltat, Grenoble, Presses universitaire de
Grenoble, 1999.
38
Gnissiat, numro spcial, la Houille
Blanche, 1953.
39
Donzre-Mondragon, numro spcial,
la Houille Blanche, 1955.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

86
bien qutablie un sicle plus tard, montre
les donnes gomorphologiques qui ont
command la disposition gnrale des
rservoirs.

Projet H. Chabal.
Bassin de la Seine
Schma
damnagement
1920

La Seine draine son embouchure un


bassin versant de 78000 km, et Paris
44 300 km. Bien que situe dans une zone
aux modulations climatiques modres,
ses crues peuvent tre importantes
(maximum observ 2 280 m3/s Paris
le 28 janvier 1910), et ses tiages faibles
30 m3/s, deux phnomnes qui posent
de graves problmes dans une zone trs
fortement urbanise.
Au fur et mesure du dveloppement
de lagglomration parisienne, ses
diles furent dabord de plus en plus
n9 hiver 2010

l pour mmoire

concerns par les consquences des


crues du fleuve. Chanoine en 1842 pour
le bassin de lYonne, identifia plusieurs
sites de stockages, et arriva un volume
total de 100 millions de m3. De faon
un peu plus gnrale, dans le cadre de
son tude monumentale sur le bassin
de la Seine, fondatrice de la nouvelle
science de lhydrologie, mot dont il est
le pre, Belgrand en 1852 pour lAube et
la Marne, prconisait la construction de
grands rservoirs. Il prcisa sa pense
en 1872. La carte schmatique ci-dessus

Belgrand considrait la ralisation de


ces rservoirs sous le quadruple aspect
de lamlioration de la navigation,
du relvement des dbits dtiage au
bnfice de lindustrie, de la fourniture
deau pour lirrigation, et de la protection
de Paris et de sa rgion contre les crues.
Ctait un programme qui ne manquait
pas denvergure, mais dont le cot
dpassait les moyens de la collectivit
nationale dalors.
La crue de 1910, crue historique,
venant en second par sa hauteur et son
dbit, dune frquence plusieurs fois
centennale, a provoqu la submersion
de 59 000 ha de terrain en grande partie
urbanis, pendant plusieurs jours.
Une telle catastrophe ne pouvait
quobliger les pouvoirs publics poser
nouveau le problme de lamnagement
global du bassin de la Seine, pour viter
le retour dun vnement pareil; Par son
origine plus haute altitude et sa forte
pente, cest lYonne qui contribue le plus
aux crues, mais on na pu trouver dans
son bassin que des rservoirs de faible
capacit Settons et Pannessire (1950),
notamment celui-ci, votes multiples de
50 m de hauteur alimentant aussi le canal
du Nivernais).
Commence avant la seconde guerre
mondiale, lamnagement de la Seine
avec de grands rservoirs de stockage
fut pour partie ralis partir de 196040
au moyen de grandes digues en terre.
40
Voir la srie douvrages rdigs par G. A.
Langlois: les lacs-rservoirs du bassin de le
Seine, 4 volumes, Paris Somogy, 2002-2005.

87
Plus ou moins bien accepts par les
populations alentour, ces rservoirs
virent leur gestion modifies par une
volution des finalits en particulier dans
le relvement des dbits dtiage, et les
finalits environnementales (tourisme et
rle dabri pour les oiseaux et oiseaux
migrateurs), ce qui fut un facteur
dacceptation socital.
Lintroduction des grands barrages en
terre en France aprs 1945 41
Le dveloppement des barrages en
terre en France fut contrast. Il y
avait des milliers de digues en terre
homognes travers le territoire. Mais
la comprhension de leur comportement
fut trs sommaire jusquau progrs
apport par Karl Terzaghi partir de
1923. Au contraire de pays jouant avec
les contrastes de permabilit dun noyau
plus tanche que les recharges (Bohme,
Angleterre) lusage en France de la digue
homogne sans drainage rendait son
emploi difficile. Malgr un compactage
assez satisfaisant, compte tenu des
matriels et contrles de lpoque, de
nombreux accidents survinrent sans
toutefois entrainer la ruine des ouvrages.
Un membre de ladministration alla
jusqu parler du martyrologe des digues
franaises.
On a soulign que les conditions gotechniques du territoire franais expliquent que les barrages en maonnerie
puis en bton aient prvalu. Mais ces
mmes conditions gotechniques dans
certains sites dont lutilisation simposait, ont oblig les ingnieurs franais
envisager dautres solutions techniques,
ouvrant ainsi un nouveau chapitre dans

le dveloppement des grands barrages


en France.
Le problme de la Durance : bref rappel
des termes de celui-ci
Le barrage de Serre-Ponon est un
barrage dont la gestation a dur un
sicle avant de devenir lamnagement
cl de mise en valeur de la Durance
dont les caprices taient redouts par
les riverains. Inscrite dans une tradition
millnaire, leau servait non seulement
lirrigation mais aussi la production
dnergie. Moulins et arrosage furent
intimement lis ds le Moyen ge, dans
le Midi de la France.
Les crues de 1843, mais surtout celles
de 1856, affectrent particulirement la
valle de la Durance. Sous la pression
des assembles locales, une tude sur
la protection des crues fut lance par
ladministration.
Six sites de barrages-rservoirs sont
inventoris dont Serre-Ponon sur la
Durance, et Sainte-Croix. Mais pour des
raisons de cot lide demmagasiner les
crues fut abandonne.
Comme on pensait aussi au relvement
de ltiage, afin de pouvoir garantir,
voire augmenter, les prlvements pour
lirrigation, leau potable et lnergie, le
ministre de lAgriculture, le 17 fvrier
1897 engageait des tudes pour trouver
un stockage adquat.
Le meilleur site semblant tre celui de
Serre-Ponon, et malgr des doutes sur
la profondeur du rocher. Ivan Wilhelm
(1867-1951) obtint lautorisation de
poursuivre les tudes et tablit un

projet complet. Ingnieur des Ponts et


Chausses affect Gap de 1892 1912,
il fut un promoteur inlassable du barrage
Serre-Ponon et vcut assez longtemps
pour voir le tout dbut des travaux dun
ouvrage auquel il avait consacr une
grande partie de sa vie.
Le barrage tait en maonnerie, dune
hauteur de 50m au dessus du niveau de la
rivire et permettait de stocker 183hm3.
Sa coupe-type prsentait le profil
usuel de lpoque. Comme le volume
rserver aux besoins agricoles avait t
fix 200 millions de mtres cubes, le
ministre fait rechercher dautres sites
dans le bassin de la Durance (ce seront
Castillon et Groux sur le Verdon).
Sans tre jug irralisable, le projet de
Serre-Ponon fut cart par la dcision
du ministre de lAgriculture du 11 avril
1903, parce que difficile et cher. Mais
il tait entendu quil devait faire lobjet
dune recherche de solution pour plus
tard.
Cest lnergie hydrolectrique qui
allait justifier enfin le barrage. Le
30 juin 1910, tait constitue la Socit
pour la Rgularisation de la Durance, au
capital de 100000francs.
Cette cration sinscrivait dans la
stratgie des socits de travaux publics
pour sassurer des dbouchs. Le
dveloppement de lnergie lectrique
41
Pour plus de dtails, se rfrer larticle
de J.L. Bordes Transferts technologiques et
barrages en terre en France, le cas du Barrage
de Serre-Ponon, dans Les circulations
techniques, actes de la journe organise
par lUniversit de Technologie de BelfortMontbliard, 5 juin 2003, Belfort Montbliard,
Presses Universitaires de Franche-Comt, 2004,
p. 193-214.

pour mmoire

l n9 hiver 2010

88
changeait compltement les perspectives
de faisabilit de lamnagement, en lui
amenant la justification et le financement
qui avait t le frein la ralisation du
projet jusqualors, plus encore que les
difficults techniques.
Deux projets furent tudis : une solution
de barrage en maonnerie et une solution
en bton arm. Les deux ouvrages
avaient une hauteur au dessus du niveau
de la rivire, sensiblement identique. Le
volume de la retenue projete tait alors
de 500 hm3, soit le triple de celle du
projet de 1901.
Les ingnieurs franais et les entreprises
de
travaux
publics
susceptibles
dentreprendre de tels travaux ne
manquaient pas daudace. Avec le
barrage de Gnissiat qui tait ltude
la mme poque, les projets franais
soutenaient la comparaison avec les
plus audacieux dans dautres rgions du
globe. Lpoque des premires grandes
ralisations en bton arm dont le
premier rglement officiel ne datait que
de 1905, tait favorable aux innovations.
Le projet audacieux dune structure en
bton arm fonde par un radier gnral
sur 40 mtres dalluvions, avec cran
tanche de coupure totale et galerie de
drainage date de janvier 191142 .
La capacit dvacuation tait de
1500m3/s, pouvant atteindre 1800m3/s
grce deux vacuateurs en tunnels.
Ces dispositions seront reprises dans le
projet de 1952. Cette solution permettait
de redresser la rsultante des forces
sexerant au niveau des fondations, de
faciliter la surveillance et linspection du
barrage, et enfin den rduire le cot.
n9 hiver 2010

l pour mmoire

La lecture dun article de WiIhelm, laisse


penser que ce dernier en fut le projeteur
avec laide de Rabut. Il y avait eu aux
tats-Unis des ralisations intressantes
de barrages en bton arm, qutait
all visiter en 1907, linspecteur gnral
Tavernier, responsable du service
des forces hydrauliques des Alpes au
Ministre de lAgriculture. Bien que
patrie du bton arm la France na pas
t le lieu de grandes ralisations dans
ce domaine comme lavenir le montrera.
Ce matriau ntait pas le mieux adapt
pour les barrages.

Commenc en 1913, un programme


de puits galerie et sondage financ par
ltat, fut interrompu par un accident
sans consquence humaine.

Un barrage en maonnerie de 130 m


de hauteur, avait t conu en 1910
par Whilhem, pour rpondre aux
nouvelles donnes du problme. Il tait
conforme aux pratiques de lpoque et
supposait lexcution dune fouille de
42 m de profondeur dans des alluvions
permables. Lusine avait 80 000 CV,
(8groupes de 12m3/s sous 85m de chute).
La solution du barrage en maonnerie
puis en bton, sera considre jusquen
1947.
Au plan politique et conomique, il
faut noter que le dessaisissement de
ltat dans la conduite de laffaire au
profit dune socit prive nallait pas
de soi. Le Conseil gnral des HautesAlpes estimait dans une dlibration
du 30 septembre 1910 que les tudes
devaient tre faites par ltat et non par
une socit financire. Ltat devait rester
matre dun ouvrage tel que celui-ci.

Le site ne fut jamais oubli, bien quil


ne figurt pas dans le programme de
1938. Nulle part ailleurs en France,
un site navait runi autant denjeux.
Bien que lenjeu hydrolectrique ft
prpondrant, il tait possible de
greffer sur lamnagement dautres
finalits : protection contre les crues
dune valle, irrigation dune partie
de la Provence, alimentation en eau
dune rgion, mobilisation complte du
potentiel hydrolectrique dune valle.
En 1944, la commission du Conseil
gnral des Ponts et Chausses, charge
des tudes relatives lutilisation
de lnergie hydraulique, dcidait la
reprise des reconnaissances et des
tudes en arguant du fait quil ny avait
aucun autre emplacement favorable la
construction dune rserve importante
deau sur la Durance, bien que les
conditions de fondation du barrage
de Serre-Ponon se prsentassent
comme exceptionnellement difficiles

Au plan technique, le problme principal


tait de dterminer une bonne fois
pour toute lextension en profondeur
du sillon alluvial, ce qui commandait la
recherche du type douvrage raliser.

Ce nest quen 1924 que trois sondages


furent enfin excuts, en vue de prciser
la gomtrie du substratum rocheux. Les
rsultats furent dcevants. En aot1927,
la commission gologique concluait
limpossibilit de fonder un grand
ouvrage dans la gorge de Serre-Ponon,
et par suite linutilit de poursuivre les
recherches.

42
J.L. Bordes, Transferts technologiques et
barrages en terre en France, le cas du Barrage
de Serre-Ponon, art. cit.

89

Serre-Ponon 1960

et onreuses, et que le dbit solide


dt combler la retenue en 140 ans. Les
tudes furent reprises par EDF aprs la
nationalisation de 1946, par la rgion
dquipement Alpes III Marseille.
La gomtrie du canyon sous les
alluvions fut dtermine en 1947, au
moyen de nombreux sondages dont
des sondages rayonnants partir dune
galerie, comme cela avait t suggr
en 1913. La profondeur de lordre de 100
mtres tait confirme. Lexcution dun
ouvrage en bton se rvlait quasiment
impossible. La solution du barrage en
terre, simposait. Lexprience franaise
dans ce domaine tait insuffisante. Il
fallait aller la chercher l o elle se
trouvait.
Lappel la technique amricaine des
barrages en terre compacte en France
Lexprience europenne et particulirement franaise des digues en terre
au XIXe sicle et au dbut du XXe sicle
navait pas t trs heureuse. Depuis
les digues du canal de Bourgogne 1830-

1838, les accidents avaient t frquents.


La plus haute digue en terre en France en
1939 atteignait 27 m, ce qui navait pas
empch les mmes ingnieurs franais
en Algrie datteindre 70 m ds 1933. Par
ailleurs la priorit donne au dveloppement hydro-nergtique, avait conduit
pour des raisons gomorphologiques,
construire dans des sites favorables aux
ouvrages en bton, ce qui avait donn
lieu aux russites dj mentionnes.
A partir de 1930, sous leffet conjugu
de plusieurs facteurs, la construction
des barrages en terre aux tats-Unis
prit un prodigieux essor. Les raisons
en taient la nature des sites imposs
pour lirrigation des grandes plaines de
lOuest, le dveloppement du matriel
de terrassement et les progrs de la
mcanique des sols sous limpulsion
de K. Terzaghi.
Le barrage projet de Serre-Ponon de
120 m de hauteur et de 16 millions de
mtres cubes de volume, ntait dpass
en hauteur en 1947, que par celui de

Mud Moutain (tat de Washington) de


130 m de hauteur, mais dun volume
gal au 1/6 et que par celui de Ambuklas
aux Philippines de 132 m de hauteur et
dun volume moiti moindre. En 1947, la
conception de Serre-Ponon mme pour
les techniciens amricains sortait de
lordinaire.
Sur la base des reconnaissances reprises
en 1947, EDF lanait un concours dide
en 1949-1950, auprs des grandes
entreprises de travaux publics, associes
des experts ou des entreprises
amricains, parmi lesquels on retrouve
les noms les plus prestigieux.
EDF faisait appel des experts du Corps
des ingnieurs de larme amricaine.
Ils prirent place en 1951, au sein du
comit technique qui assistait lquipe
responsable du projet de la Rgion
dquipement Alpes III Marseille, dont
le directeur tait lpoque A. Decelle.
Dans les annes 1950, de nombreux
voyages dingnieurs dEDF ou de leurs
conseils franais et des entrepreneurs
consults, eurent lieu aux tats-Unis
bien sr, mais aussi en Algrie. Une
telle imbrication favorisait les changes
dides et la prise en compte de toutes
les capacits franaises.
Les relations techniques avec les tatsUnis taient soutenues. En 1946, Marcel
Mary du service technique des grands
barrages au ministre de lIndustrie, se
rendait aux tats-Unis pour ltude des
nouveauts dans la conception et les
mthodes de construction des grands
barrages. Il visita cette occasion le
barrage en terre dAnderson Ranch en
Idaho (hauteur 139 m) qui fut termin en
1950.
Pendant la priode de gestation du
projet, en 1948 deux ingnieurs du
pour mmoire

l n9 hiver 2010

90
bureau A. Coyne et J. Bellier, G. Post et
P. Londe sjournaient pendant un an aux
tats-Unis do ils rapportrent un livre
publi en 1953 sur les barrages en terre
qui servit de rfrence aux ingnieurs
franais pendant des dcennies.
Le transfert technologique et la formation
de plusieurs ingnieurs se fit aussi autour
du laboratoire de mcanique des sols
quEDF fit construire Gap pour les
besoins des tudes et contrles exigs
en 1954. EDF fit construire un appareil
triaxial, qui fut un temps le plus grand du
monde et qui permettait dcraser des
chantillons de 400 mm de diamtre.
Le laboratoire accueillit un ingnieur
amricain pendant un certain temps.
Le programme des travaux venir fut
lorigine de la cration, alors unique, dun
enseignement de troisime cycle et dun
laboratoire universitaire la facult des
sciences de Grenoble en mcanique des
sols, en 1957.
Ce ntait pas le seul lieu qui bnficiait de
ce dveloppement. On doit mentionner
le laboratoire du btiment et travaux
publics (LBTP) du centre dtudes du
btiment et travaux publics (CEBTP)
qui avait t le canal par son antenne
algrienne du transfert des avances
en mcanique des sols des ingnieurs
franais qui uvrrent en Algrie.

Les tudes aboutirent un projet


approuv par les autorits de contrle
technique en 1951, qui fit lobjet dun
appel doffres en 1952. Lamnagement
fut dclar dutilit publique, par la loi du
5 janvier 1955, prcisant les conditions
dutilisation des eaux de la Durance.
En vue de ladjudication, EDF exigeait
que les entreprises pour tre admises
prsenter une offre fussent associes
des entreprises trangres ou des
conseils ayant des rfrences dans le
domaine des grands barrages en terre.
Cest ainsi que L. Harza, A. Casagrande,
K. Terzaghi, Mason and Johnson, Utah
construction, entre autres collaborrent
la prparation des offres.
Les travaux de construction de la digue
furent adjugs en octobre 1955 un
groupement dentreprises pilotes par
Citra (entreprises Schneider). La firme
Albaret, vieille socit de construction
de locomobiles pour lagriculture, cre
au milieu du XIXe sicle, stait oriente
assez rapidement avec succs, vers la
construction de matriel de compactage.
Au cours des travaux, elle permit
aux entrepreneurs, pour respecter leur
planning, de faire modifier spcifications
et matriels de compactage, ce qui ntait
du got des conseils amricains. Au lieu
du rouleau pied de mouton, ils purent

utiliser des rouleaux pneu charg


50 tonnes, matriel qui fut utilis avec
succs lexportation. Un des principaux
ingnieurs dAlbaret, jeune franais venait
directement de Californie, o il avait
appris le mtier avec Proctor.
Lapport franais pour le barrage
souterrain et le dtour par lAlgrie
(1930-1954)
La coupe type du barrage montre quil
y a deux barrages, celui constitu par le
remblai, et celui constitu sous le noyau
tanche par linjection des alluvions
sur 60 mtres dpaisseur. Le problme
de la coupure alluviale tait tout fait
exceptionnel du fait de lpaisseur

Gnissiat, excavation des fondations labri du


batardeau (1940) CNR.

Serre-Ponon
(1960)
Vue densemble
et coupe type
n9 hiver 2010

l pour mmoire

maximale des alluvions de 110 m. La


pratique amricaine de ralisation dun
tapis tanche en amont, dans la retenue,
raccord au noyau du barrage prsentait
de nombreuses difficults dues la
topographie, la hauteur du barrage, la
disponibilit des matriaux.
Les Franais avaient une trs ancienne
pratique de linjection des sols et des

91
roches. Les concepteurs du barrage
demandrent lentreprise Soltanche,
de raliser un rideau vertical tanche par
injection des alluvions avec un mlange
de ciment et bentonite au moyen du
procd technique du tube manchettes.
Ctait laboutissement dune longue
aventure, commenc en Algrie ds 1927.
De 1930 1938 les ingnieurs franais
construisaient le barrage du Ghrib,
barrage en enrochement masque
amont de 70 m de hauteur, avec un
grand rideau dinjection dans les grs
tendres, immdiatement suivi en 1933
par celui de Bou Hanifia. Le problme
de ltanchement des fondations, dont
la solution est mise au concours par
ladministration, est loccasion par
lentremise de la socit SEC (devenue
Soltanche aprs la guerre) de faire
intervenir comme conseil K. Terzaghi
qui prcisa les filtres sous le masque,
en mme temps que furent dfinies les
injections dans des sables. Linjection
de sables fut loccasion de la premire
utilisation du tube manchette (inventeur
E. Ischy), qui permet une vritable
matrise de linjection. On y utilisa des
coulis de ciment puis ciment-silicate
(brevet Rodio).
Lintrt de cette mthode fut lorigine
en 1934 dun programme dtudes et
dessais de coulis (ciment silicate et
argile) sous la direction de A. Mayer,
avec P. Bachy au Laboratoire du btiment
et des travaux publics. Les essais de
laboratoire furent complts par des
premiers essais in situ dans les alluvions
Moissac en 1937. En 1936 on procda
linjection des alluvions du Rhne sous le
batardeau de Gnissiat. En 1938 ce sont
les alluvions dune valle pignique
dans la retenue du barrage du Sautet qui

Jatiluhur (1967)

sont traites. En 1945-1946 on procda


aux injections de la digue du Lac Noir
dans les Vosges. Suivirent linjection
des injections en fond de la cuvette des
fondations du barrage de Fessenheim en
1950, sur le Rhin.
Toutes ces ralisations permirent de
proposer une coupure alluviale par
injection Serre-Ponon. Aprs des
essais excuts de 1950 1952, les
injections furent ralises de 1952
1955. Ce fut une totale russite qui fut
rpte de nombreuses fois par la suite
dans le monde entier.
les barrages en terre franais
en France et ltranger aprs
Serre-Ponon
Lassimilation des techniques modernes
de conception et dexcution des barrages
en terre par les ingnieurs franais fut trs
rapide. En 1953 commenaient les tudes
du barrage du Mont-Cenis situ au col du
Mont-Cenis dans les Alpes la frontire
franco-italienne. Cet ouvrage en terre et
enrochements, avait une hauteur de 120 m
et un volume de remblai 14 millions de
mtres cubes. Il fut termin en 1968. Les
tudes furent assures par le bureau A.
Coyne et J. Bellier, pour le compte dEDF.
Ce mme bureau avait obtenu en 1954 un
contrat pour les tudes et la supervision
de la construction du barrage de Jatiluhur
Java de 105 m de hauteur et dun volume

de remblai de 9,1 millions de mtres


cubes, termin en 1967. De nombreux
barrages en terre allaient tre construits
dans le cadre de lactivit franaise des
bureaux dtudes et des entreprises, tant
sur le march intrieur qu lexportation.
Les rfrences franaises relatives la
conception ou lexcution de barrages en
terre, en France et ltranger concernent
des dizaines douvrages parmi les plus
importants et remarquables, mis en
service ces dernires annes.
Tout ceci na rien que trs normal.
Lexprience des ingnieurs franais
leur permettait de pouvoir se mettre
au niveau des meilleurs ds lors quils
avaient traiter ce problme. On ne peut
que constater que le poids des conditions
gomorphologiques, conomiques et
sociales qui font quune communaut
technique excelle dans un domaine, ou
dans un autre, un moment donn.
Lapport essentiel des ingnieurs franais dans la rsolution du problme de
ltanchit des fondations, sexplique
trs bien partir de ce qui sest pass en
Algrie. Les conditions gologiques qui
prvalaient dans ce pays ont oblig les
ingnieurs franais au contraire de leurs
camarades rests en France trouver des
solutions pour construire des barrages
sur des sols, auxquels rien ne les avait
prpars. Ils ont trouv des solutions
originales qui furent signales dans les
publications techniques amricaines ds
1938. Ils y ont gagn une libert technique qui explique leur reprsentation
la commission internationale des grands
barrages avant la seconde guerre mondiale. Cette russite sexplique aussi par
un dialogue trs ouvert, entre matres
douvrage, matres duvre et entrepreneurs, qui permettaient la prise en
pour mmoire

l n9 hiver 2010

92
compte de variante dentreprises. Ce fut
une pratique franaise qui a beaucoup
aid linnovation dans le gnie civil.

Le temps des votes au


cours des annes 50 et 60
De lorigine des barrages votes43
En France les traces les plus anciennes de
barrages votes dateraient de lpoque
romaine au vallon de la Baume au sud de
Saint-Rmy-de-Provence. La hauteur en
tait modeste, 12 m. Ensuite on dispose
de restes et tmoignages en Turquie
datant du VIe sicle sous la domination
byzantine la frontire turco-syrienne.
Mais partir dune pratique technique
dveloppe en Asie centrale partir
du IIIe sicle par les Sassanides, les
ouvrages anciens les plus remarquables
dans le domaine des barrages votes,
se trouvent en Iran, lorsque la dynastie
mongole des Ilkahn reconstruisit le
pays ravag un sicle plus tt par leurs
propres armes. Le barrage de Kurit
620 km au sud-est de Thran construit
la fin du XIII e sicle avec 64 m de
haut fut le plus haut barrage vote du
monde jusquau dbut du XXe sicle. On
retrouve ensuite des barrages votes
en Espagne, dont celui dElche de 23 m
de hauteur, construit partir de 1632,
et celui de Relleu de 27 m de hauteur,
ralis au cours du XVII sicle. En Italie,
Ponte Alto construit partir de 1611 et
surlev jusqu la hauteur de 39 m en
1887 inspira probablement Franois
Zola qui conut en 1838 le premier
barrage vote de lre industrielle en
France prs dAix en Provence. Ce
n9 hiver 2010

l pour mmoire

barrage de 42 m de hauteur, termin en


1854, passa inaperu en France et fut
connu aux tats Unis partir de 1885.
Inconnu encore plus, fut le barrage de
Jones Falls au Canada construit de 1828
1831 de 19 m de hauteur, mais avec un
rapport de longueur sur hauteur de 5.
A partir de 1880 de nombreux barrages
votes entre 15 et 30 m de hauteur
furent alors construits, en Australie et
aux Etats-Unis. Le barrage de Buffalo
Creek (Shoshone) dans le Wyoming
construit de 1905 1910 atteignait 99 m
de hauteur. Aprs la seconde guerre
mondiale, les barrages votes devinrent
courants en France, Italie et Suisse, o
de remarquables ingnieurs marqurent
leur poque.
La recherche doutils conceptuels pour
dimensionner les barrages votes
et comprendre leur comportement
sest dveloppe en mme temps
que saffinaient les applications de la
thorie de llasticit et la rsistance des
matriaux partir des annes 1860 en
parallle avec ltude des barrages poids.
La formule du tube tablie empiriquement
par Mariotte au XVIIe sicle et dmontre
par Navier (1826) fut le premier outil.
Trs rapidement, ds avant 1900 sest
pos lintrt de faire varier le rayon
de courbure moyenne de la vote en
fonction de la hauteur. Le calcul avec
ajustement de cl fut labor peu avant
la premire guerre mondiale, et trouva
son aboutissement dans la trial load
method, appliqu au dimensionnement
du Hoover dam (1935). Plus tard aprs
1960, la mthode des lments finis
apporta un progrs dont les bnfices
considrables ne sont pas tous encore
acquis.

On doit insister sur laller et retour entre


lobservation, la mesure et les calculs.
La confiance des projeteurs fut trs tt
renforce par lobservation de la tenue
la submersion douvrages au dbut du
sicle (le barrage-vote de Sweetwater
en Californie, a subi des dversements
lors de crues en 1895 et 1915). Le barrage
exprimental de Stevenson Creek (1926),
conu spcialement pour tre auscult,
et dont le comportement fut tudi en
parallle avec des modles rduits,
avait t prcd par des mesures faites
sur les tout premiers barrages votes
existant aux USA et en Australie. A
Coyne (1930) apporta dans ce domaine le
tmoin sonore* , un outil dauscultation
tout fait remarquable. EDF construisit
aussi le barrage exprimental du Gage,
remarquable par sa minceur.
Le dveloppement des barrages votes
fut une des rponses apportes par les
constructeurs aux contraintes de site,
concernant les problmes dvacuation
des crues, dloignement des sites
des lieux de production, de recherche
de volume minimal des ouvrages,
dutilisation optimale de la qualit des
fondations et des appuis et fortement
aid par les progrs raliss dans la
fabrication, la mise en place et les
rsistances attendre des btons.

43

N Schnitter, The evolution of arch dam,


Water Power and Dam Construction, 1976, part
one, october, p.34-40, part 2, November,
p. 19-21.
*
Tmoin sonore ou extensomtre corde
vibrante: Capteur de dformation, consistant
en un fil dacier tendu entre deux points, dont
on mesure la frquence de vibration. Cette
frquence qui dpend de la tension, varie donc
en fonction du dplacement entre les deux points
de fixation.

93
Comme le montrent les textes dj cits,
A. Coyne sest toujours voulu docile aux
contraintes imposes par les donnes
naturelles. Il se dfendait dtre un
thoricien et se dfinissait comme un
praticien, confrontant ses ides ou ses
intuitions aux faits observs, saidant
de la discussion avec les membres de
son quipe. Le calcul tait un outil qui
servait la retouche des dessins de la
vote, affine ainsi par approximations
successives.
Kariba (1959)

Les 55 votes dAndr Coyne44


De 1945 1960, 120 grands barrages
furent construits en France dont 58
votes. Andr Coyne fut le concepteur
de 44 dentre elles (aprs Marges dj
cite). il en conut 55 au total dont 9
ltranger.
Dans le temps trs bref de trois dcennies,
aid par la rceptivit ses propositions
de grands matres douvrage, Andr
Coyne a marqu son poque en ralisant
des ouvrages trs innovants marqu par:
la concentration des fonctions barrage,
dversoir, usine hydrolectrique,
comme il le fit pour la premire fois sur
les sites de lAigle, et de Saint-EtienneCantals, avant Bort-les-Orgues, et
Monteynard ;
linsertion des votes dans des valles
de plus en plus larges : au dbut les
votes taient utiliss pour des sites
troits (rapport largeur sur hauteur l/h
infrieur 3) comme Monteynard l/
h=1,1, puis ds avant 1960, 9 Moulin
Ribou, (1958) avant 7 Bangala (1962);
laugmentation de la porte des votes
multiples, en tablissant un record

du monde lpoque au Nbeur sur


lOued Mellgue (Algrie), puis
Grandval sur la Truyre, dont la crte
est rectiligne, avant que ses disciples
ne ralisent au Canada, le barrage
Daniel Johnson, le plus haut des
barrages votes multiples du monde
(214 m) o la porte de la vote
principale atteint 159 m, contre 80 m
pour les autres) ;
les dversements de gros dbits par
dessus ou travers les votes : aprs
les innovations dues au saut de ski*,
Marges, ce sont les ouvrages
dj cits auxquels il faut ajouter les
exemples de Grangent sur la Loire
et Kariba sur le Zambze, celui-ci
remarquable par les dbits de la
rivire, comme par le court dlai de
4ans pour les tudes et lexcution.
Ds lors que la qualit gologique du
site autorise cette solution, les formes
des barrages votes sont trs varies.
Elles dpendent des donnes du site :
topographiques, hydrauliques pour les
contraintes dvacuation des crues ou
de drivation du cours deau barrer.

Les btons ont fait lobjet dtudes et


dattention de la part ds les travaux de
Marges. Les progrs dans les barrages
votes sont pour partie ceux des matriaux qui les constituaient et des procds de leur mise en place. Dans la mme
dmarche, les procds dexcution ne
sont pas moins importants et doivent
tre pris en compte dans llaboration
de louvrage. On sait tout le prix que A.
Coyne attachait la qualit de lentrepreneur, et limportance des solutions
constructives dans llaboration dun
projet.

44
Coyne A., Arch dams: their philosophy,
Journal of power division, Proc ASCE, Vol 82,
n PO 2, april 1956; actes du Symposium on Arch
dams tenu Knoxville Tennessee, 17p.
Martin J., Les 55 votes dAndr Coyne dans
lhistoire mondiale des barrages votes, dans
Quels problmes pour quels barrages?, Centre
dtudes dinformation et de formation pour les
ingnieurs de la construction et de lindustrie,
Paris, 26-27 avril 1989, 30p.
*
Saut de ski: Forme de coursier laval dun
vacuateur de crue, ainsi dnomm cause de
sa similitude de profil avec celui dun tremplin
pour le saut ski.

pour mmoire

l n9 hiver 2010

94
dans la conception et la surveillance des
barrages une re nouvelle, sur laquelle
on reviendra (annexe 2).

Vouglans 1968

La catastrophe de Malpasset 45
Cest dans cette srie de russites
obtenues non sans efforts et difficults
que le 2 dcembre 1959 le barrage de
Malpasset se rompait au terme de son
premier remplissage accidentel, retard
pour des problmes dexpropriation de
terrain dans la retenue. Il y eut 421 morts
et des dgts matriels considrables.
Au-del de lmotion quon imagine,
les ingnieurs furent frapp de stupeur
devant les consquences dun phnomne sans prcdent et par consquent dont ils navaient pas imagin
les mcanismes. Les recherches pour
comprendre ce qui stait pass, dfinir
les rgles nouvelles observer, demandrent plusieurs annes et allaient ouvrir
n9 hiver 2010

l pour mmoire

Aprs les annes 60, la construction


des grands barrages se maintient un
rythme soutenu. Le nombre de grands
barrages passe de 249 en 1960 594 en
2000. Lquipement hydrolectrique se
poursuit en compltant la mobilisation
des ressources. Des stockages dnergie
par pompage (STEP) (Revin 1973,
Montzic 1981, Grand Maison 1984)
sont raliss. Lquipement des parties
hautes des bassins se terminant, il nest
pas tonnant de constater que plus des
deux tiers des barrages construits en
40 ans, soient en terre. La croissance
des finalits irrigation et eau potable
explique aussi cette tendance. On
trouve de grands barrages en terre,
noyau ou masque amont associ des
coupures alluviales en paroi moules
en bton plastique. Les mthodes de
calculs permettent daffiner les formes
des barrages en bton, (Vouglans
1969), ainsi que de mieux comprendre
coulements et singularits.
La prise en compte de progrs dans les
btons a conduit changer les mthodes de
mise en place et avec le bton compact
au rouleau (BCR) un type de barrage en
bton comme le barrage poids a retrouv
des avantages dans certains sites avec
aussi des solutions originales de coursier
hydrauliques.
Les mthodes de surveillance et les
matriels dauscultation sont prciss ou
dvelopps. Surveillance et auscultation
sont intgres dans la dmarche de
projet.

Roselend (1962)

Le tableau n 5 (voir page 96) rappelle


quelques belles ralisations de cette
poque illustres par les photos de
Roselend (1962) et Grand Maison (1984).

Au tournant du millnaire,
le patrimoine des grands
barrages et moins grands
en France
Au terme cette revue historique
sommaire, on propose une brve
synthse de lensemble des barrages
sur le territoire franais en prcisant
leur nombre, leur rpartition sur le
territoire, et leurs finalits, afin de
mieux comprendre les enjeux quils
45

P Duffaut, Cinquantenaire de la rupture


des fondations et du barrage de Malpasset
(Var), troisime srie, t XXIII, n 9, Travaux du
Comit franais dhistoire de la gologie. 2009,
p. 201-224.
*
Saut de ski: Forme de coursier laval dun
vacuateur de crue, ainsi dnomm cause de
sa similitude de profil avec celui dun tremplin
pour le saut ski.

95
la finalit piscicole,
la finalit rcrative,

la finalit stratgique (lalimentation
des fosss dune place forte nest plus
gure invoque aujourdhui).
On peut dfinir un critre de multifonctionnalit en divisant le nombre total de
finalits dcomptes par le nombre de
barrages. Ce critre valait 1,54 en 1850,
il atteint 2,08 en 1880, puis tombe 1,04
en 1930 et remonte 1,46 en 2000.

Grand Maison (1984)

reprsentent. Un barrage nest quun


maillon dans un amnagement au
service dune ou plusieurs finalits.
Ces dernires peuvent voluer dans
le temps. On peut en introduire de
nouvelles en supprimer dautres lorsque
les priorits changent. Limportance
de louvrage, son esthtique, son
impact sur le paysage, ne doivent pas
faire oublier quil nest jamais quun
instrument au service de finalits aux
multiples implications, voulues par les
acteurs conomiques et sociaux.
Quelques lments statistiques46 permettront de mieux prciser tous ces
points :
nombre de grands barrages : 598 dont
60 de plus de 60 m et 15 de plus de
100 m de haut ;
n
 ombre de barrage de plus de 10 m de
haut : de lordre de 740 ;
n
 ombre de barrages de moins de
10m: plus dune dizaine de milliers.
La courbe du nombre de grands barrages
construits en fonction du temps montre
une variation dallure exponentielle
jusquen 1990. Si elle ne montre pas

ensuite un net plafonnement, il sagit


dsormais de barrages plutt modestes:
on ne construit plus en France de trs
grands barrages.

La figure ci-dessous compare lvolution


du nombre de barrages pour les principales finalits : nergie, irrigation eau
potable, protection contre les crues.

Le volume deau stock provisoirement dans les retenues de ces barrages


est de lordre de 12 milliards de mtres
cubes, rapprocher des 140 milliards de
mtres cubes ruissels sur le territoire
en moyenne sur une anne.
Parmi les finalits on distingue les
suivantes:
le stockage deau en vue de rgulariser
le dbit pour :

la fourniture dnergie, soit sous forme
hydromcanique, soit partir de 1890
sous forme hydrolectrique,

lalimentation des canaux bief de
partage afin de permettre le transport
par voies deau,

la protection contre les crues.
le stockage deau pour garantir les
prlvements pour :

soit pour lirrigation,

soit pour leau potable.
lutilisation des bassins de retenue des
eaux:

Le poids considrable de la finalit nergtique dans lhistoire des amnagements


hydrauliques en France, apparait clairement. A loppos la protection contre les
crues par stockage demeure marginale.
La protection par stockage a toujours t
juge alatoire et trop couteuse. Elle a
t assure de prfrence par la solution
universelle et trs ancienne de lendiguement des coulements associe des
champs dinondation. Outre le stockage,

46
Base de donnes, Comit franais des barrages et rservoirs, 2003.

pour mmoire

l n9 hiver 2010

96
tableau n4 - Quelques barrages marquants 1945-1960
Rgions

Massif Central
Rhne

Noms
Saint-Etienne
Cantals
LAigle
Gnissiat

Tunisie

Oued Mellgue

1952

Alpes

Tignes
Donzre
Mondragon
Grandval
Kariba

1952

Massif Central

Rhne
Massif Central
Zimbawe
Zambie

date

BV

type

VB

VR

Pusine

1945

691

PG/VA

75

150

135

80

1947
1948

3270
10910

VA
PG

95
104

240
700

225
56

220
417

MV

45

25

VA

180

635

235

BM

32

85

20

MV
VA

88
128

181
1000

271

171

1952
1959
1959

1782

93

Commentaire

Record mondial de porte des


votes 50m, en son temps
Le plus haut barrage en France

354
68

tableau n5 - Quelques barrages marquants 1960-2000


Rgions

Noms

date

BV

type

VB

VR

Alpes
Alpes
Ain
Alpes
Alpes
Alpes
Pyrnes

Serre-Ponon
Roselend
Vouglans
Le Mont Cenis
Sainte-Croix
Grand Maison
Laparan

1960
1962
1968
1968
1974
1984
1985

3600
44
1120
51
1591
50
35

TE
VA/CB
VA
TE
VA
TE
VA

129
150
130
120
95
160
106

14100
940
545
14850
55
12900
201

1.270
187
592
315
767
137
16

Deux-Svres

La Touche Poupard

1994

55

PG

36

46

15

Pusine

Commentaires

1840

STEP, rservoir suprieur


en bton compact au rouleau
BCR alimentation en eau

Lgendes(symboles de la CIGB) : BV: Superficie du bassin versant en km - Type: BM, Barrage mobile CB Barrage contreforts PG, Poids gravit TE Barrage en terre et enrochements - VA, Vote. - H, hauteur en mtres du barrage VB, volume du barrage en
millier de mtres cubes VR, volume de la retenue en millions de mtres cubes Pusine, puissance de lusine associe en MW, lpoque
de la mise en service.

on trouve au titre de la protection contre


les crues, les barrages pertuis ouvert,
retardateurs de crues 47.
Cest la demande nergtique, qui a
soutenu ou permis des ralisations qui
nauraient pas t possible, isoles. On
peut citer le canal de Provence ou la
canalisation du Rhne. Toutefois cette
tendance tend voluer sous leffet de
plusieurs changements:
lirrigation se dveloppe de faon
plus autonome, avec les primtres
de taille rduite partir des lacs
collinaires ;
n9 hiver 2010

l pour mmoire

lalimentation de leau pour les villes


mobilise des capitaux qui permettent
des investissements consquents.
Mais dautres tendances ou tensions se
font sentir sur les ouvrages existants,
avec le relvement du dbit rserv
rsultant de la loi sur leau de 2006.
Dautres acteurs se sont invits autour
des barrages pour rclamer suivant
les retenues une nouvelle utilisation
ou une modification de celles dj
existante. On peut ainsi parler dune
eau cologique, dune eau ludique,
dune eau inondante48 . Mais leur

valeur change avec le systme de


rfrence utilis.

47

Cette pratique est trs ancienne. Le barrage


crteur du Pinay (1711) a protg efficacement
Roanne en 1846 et 1856. Ce principe a t repris
pour 4 barrages dans le Gard.
48

P. Balland, P. Huet, E. Lafont, J.-P. Leteurtois,


P. Pirron, Rapport sur la Durance, ministre
de lcologie et du dveloppement durable,
ministre de lagriculture, de lalimentation de la
pche et des affaires rurales, ministre dlgu
lindustrie, ministre de lquipement des
transports du logement du tourisme et de la mer,
2002, 37 p.

97
Les bnfices dun grand amnagement
dpassent souvent les limites du territoire
affect, surtout lhydrolectricit. Le
partage des bnfices ncessite un
dialogue entre tous les acteurs. Certains
dailleurs nen ont pas ou nen ont plus
conscience. Cest un lieu de dbat
moderne, o la notion de vivre ensemble
nest pas un vain mot.

Deuxime partie:
volution technique
Aprs un parcours chronologique de la
ralisation des barrages en France, nous
proposons pour mieux comprendre les
volutions techniques den examiner les
principaux mcanismes. Nous chercherons savoir comment les ingnieurs
ont rpondu aux demandes des amnageurs. Dans la mesure o le manque
de connaissances techniques pouvait
tre un obstacle, nous chercherons
savoir comment le savoir a t transmis,
conserv et quelles ont t les voies des
transferts technologiques, pour viter un
blocage technique significatif

La mthode exprimentale est seule


capable dclairer le champ trs vaste
et trs obscur des problmes qui restent
poser et rsoudre en matire de
barrages, et de nous en donner la
matire et la solution.
Cest elle que lon doit la plupart des
progrs raliss depuis cinquante ans.
Quil sagisse du retrait, des fissures et
des filtrations deau, de la distribution
des pressions, des tempratures, des

qui sest fait ailleurs. Il est toujours trs


difficile de connatre exactement ce
quont fait les autres, et lon risque de
copier les fautes : sinspirer uniquement
des prcdents conduit, en matire de
barrages aussi bien que pour les autres
ouvrages hydrauliques, de lourdes
erreurs.
Ce texte a gard toute sa pertinence,
malgr les progrs considrables accomplis

Grandval barrage sur la Truyre (1959) votes multiples crte rctiligne

De limportance
de la mthode
exprimentale49
et de la notion largie
de laboratoire
En novembre 1930, Andr Coyne crivait
dans le numro du centenaire du Gnie
civil, dans larticle Barrages:

contraintes internes, de linfluence du


climat, des dformations en service,
des conditions de dversement ou
des causes de rupture, on a dj
entrepris et on poursuit un peu partout
des observations et des mesures
systmatiques, tant sur les barrages
en vraie grandeur que sur des modles
rduits/...Quel que soit le soin que lon
prenne pour se documenter, il faudrait
se garder den conclure quon sera
labri de tout risque, si lon copie ce

pendant prs dun sicle. On insistera


ce propos sur la spcificit du barrage,
ouvrage toujours unique, faisant corps
structurellement avec son environnement gologique et gomcanique.
Faut-il rappeler que ce dernier nest
jamais le mme dun ouvrage lautreet
49

J.L. Bordes, Barrage et mthode


exprimentale dans Edifices et artifices,
(R. Carvais, A. Guillerme, V. Ngre, J.
Sakarovitch, dir) Paris, Picard, 2010, p. 303-312.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

98
que lon ne calcule pas un barrage mais
quon le vrifie.
Pour complter de manire plus formelle,
la citation dAndr Coyne, par mthode
exprimentale, on entend une dmarche
rationnelle partant de lobservation des
faits et qui, sappuyant sur des modles
thoriques ou lois physiques peu peu
labors au cours dune longue histoire
de lobservation des comportements
des matriaux et des structures, permet
davancer dans une connaissance de plus
en plus pousse de ltat de ces structures
et de leur niveau de scurit, pour les
concevoir de faon sre et conomique.
Cest la mthode inductive, mthode
pratique et efficace, qui soppose la
mthode dductive (qui procde de
propositions ou principes poss priori).
Son origine est trs ancienne.
La mthode exprimentale est insparable
de la notion de laboratoire. Cest le lieu o
elle sexerce. Mais dans le cas particulier
du barrage pour lequel des essais de chargement pralable comme pour les ponts
sont impossibles, le lieu du laboratoire et
sa dure sont considrablement largis.
Ils englobent non seulement au sens troit
du terme les locaux o sont essays les
matriaux, des lments de structure et
les modles rduits hydrauliques, mais
encore le site du barrage lors des reconnaissances gologiques et gotechniques,
louvrage lui-mme en construction, et
ce dernier enfin termin lors du premier
remplissage, phase qui constitue un essai
en vraie grandeur. Mais on ne saurait en
rester l. La surveillance de louvrage
pendant son exploitation prolonge le
travail exprimental jusqu la fin de vie
de louvrage.
n9 hiver 2010

l pour mmoire

Depuis la fin du XVIIe et plus sensiblement depuis le milieu du XVIIIe sicle on


peut suivre lhistoire de la lente laboration des outils techniques ncessaires
lexercice de la mthode exprimentale.
Ce sont des dizaines de dates et autant
dvnements qui marquent cette
progression, fruit dune dmarche collective transnationale. Afin de mieux se
reprer, on trouvera ci-joint un tableau
chronologique rcapitulatif des principaux vnements considrs comme
fondateurs dans les domaines suivants:
laboratoires, sondages et essais in situ,
auscultation des structures, codes de
calcul et rglementation, qui seront
autant de ttes de paragraphe dans ce
qui va suivre.

Cration de laboratoires,
essais et modles
Les grands ingnieurs et savants du XVIIe
au dbut XIXe sicle furent aussi de grands
exprimentateurs. Mais il sagissait
dessais ponctuels (essais dcrasement
de Vicat 1833) ou de crations isoles
(Lam et Clapeyron, laboratoire de
gnie civil Saint-Ptersbourg, 1830).
On ne peut gure parler dun temps
des laboratoires de gnie civil qu
partir de 1850 (cration du laboratoire
dessai des matriaux du CNAM et du
laboratoire des ponts et chausses).
Des avances fondamentales furent
obtenues. La loi de Darcy a t tablie
en 1856 en laboratoire. Les laboratoires
dhydraulique sur modle sont ns en
Allemagne en 1891, et en France en 1904.
Des essais sur des lments de structure
en bton arms se dvelopprent avec la
naissance du bton arm (Hennebique,

Coignet, Considre) partir de 1890.


Un des premiers laboratoires dessais
de structures sur modles rduits fut
Meudon en 1923, celui de lOffice national
des recherches scientifiques et des
inventions. Celui de lISMES Bergame
(Italie) cr en 1951 est particulirement
rput. Les premiers laboratoires de
mcanique des sols virent le jour en 1920
aux USA et 1934 en France. Dans le sillage
des travaux de Terzaghi et en particulier
de sa thse (1923), cette discipline se
dveloppa alors de faon autonome de la
Rsistance des matriaux.
Matriels, sondages et essai in situ
Ncessaires la connaissance de la
structure et la nature des matriaux
constituant les fondations et carrire,
les techniques de sondages taient bien
rudimentaires au XVIIIe sicle, malgr
leur emploi pour les mines. De grands
progrs furent obtenus dans le cadre du
forage de puits artsiens. Le sondage au
diamant se dveloppa partir de 1862
(Lescot), mais ne portrent leurs fruits
quau dbut du XXe sicle. Les essais
de pntration connus au moins depuis
le XVIIIe sicle dans leur principe furent
systmatiss pour les essais dynamiques
aux USA (SPT, 1902), et pour les essais
statiques en Sude en 1917.
Le dbut du XXe sicle fut aussi celui
de la gologie applique au barrage 50 .
Les grands ouvrages alors tudis,
Serre-Ponon, Gnissiat, et dautre plus
modeste mais non moins intressants,
50

J.L. Bordes, Histoire des dbuts de la


gologie applique aux barrages, Revue
franaise de Gotechnique, n 105, 4me trimestre
2003, pp 77-87.

99
conduisirent les gologues sintresser
au-del de la seule impermabilit
laspect mcanique des structures. On
citera les noms de Kilian, Lugeon, Gignoux
et Barbier. Les trois derniers ont laiss
des traits qui permirent de transmettre
leur savoir et leur exprience.
Lauscultation des structures
Limportance des structures mtalliques
construites aprs 1850 avait conduit leurs
concepteurs constructeurs vrifier
calculs et dispositions constructives par
des mesures de la dformation, seule
rponse aux sollicitations directement
accessible (Dupuy 1877, Rabut 1891).
Ctait le premier pas dune dmarche,
celle de lauscultation des structures
in situ, qui constitue de nos jours un
outil essentiel la surveillance des
barrages. Elle se limita dabord celle
des structures en fer.
En 1852, le barrage en maonnerie
de Grosbois en France, construit de
1830 1838, fut lobjet de relevs
topographiques qui devaient permettre
de suivre le dplacement de sa crte.
Depuis
son
premier
remplissage
en 1838, cet ouvrage avait pos de
nombreux problmes et exig plusieurs
renforcements.
A la fin du XIXe sicle, en Inde, les
observations faites au moyen de
pizomtres ouverts ont permis de mieux
comprendre les coulements sous les
barrages dirrigation fonds sur alluvions.
On mesurait ainsi une pression deau
quon nappelait pas encore interstitielle.
En 1907, ce type dinstruments a t
utilis par les ingnieurs anglais dans ce
mme pays pour dterminer la surface

libre de la nappe dcoulement tablie


dans un barrage homogne en terre. Ds
1917, des pizomtres taient utiliss
aux tats-Unis dans les barrages en terre
et, par la suite, des perfectionnements
ont conduit la conception des cellules
de mesure de pressions interstitielles
hydrauliques.
Malgr ces premires mesures, cest
seulement aprs la 1re guerre mondiale
que le laboratoire continua dans
ce domaine sortir de ses murs en
auscultant les structures des barrages en
bton. En 1922, un programme important
dinstrumentation des barrages-votes
fut lanc en Californie. Ce programme
avait pour but la comprhension du
comportement mcanique de ce type de
structures, pour en rduire les cots et
accrotre leur scurit. Il culmina en 1927
avec le barrage vote exprimental de
Stevenson Creek, quips de plusieurs
centaines
dappareils
rcemment
dvelopps. Les rsultats en furent
rapidement diffuss dans le monde
entier51 .
Le capteur extensomtrique corde
vibrante, alors appel tmoin sonore
et brevet par Andr Coyne en 1931,
constitua en France un progrs important.
Ce capteur permettait de mesurer sur
une base courte le dplacement relatif
de deux points avec une trs grande
rsolution et prcision et stabilit
sur des dizaines dannes. Aprs de
premiers essais dans le barrage-vote de
la Bromme (1930-1932), construit sur la
Bromme, la premire grande auscultation
fut celle du barrage de Marges (19321935) sur la Dordogne, barrage-vote
particulirement novateur, o 78
capteurs de ce type furent placs dans

le corps de la vote et 40 autres dans le


renforcement des appuis et cules. Cette
instrumentation rpondait au besoin
de pallier linsuffisance des mthodes

Exemple de tmoins sonores : lAigle 1947

de calculs par lobservation directe,


avec des mesures, de la rponse des
structures aux sollicitations appliques.
Dautres oprations dans un pont, un mur
de quai, une conduite force en bton
prcontraint permettaient Coyne 52 ,
en 1938, de montrer les capacits du
matriel et la richesse de la mthode.
De nouveaux appareils et mthodes
sont apparus depuis cette poque.
La mesure en un point navait pas le
caractre intgrateur dune mesure sur
une grande base comme celle donne
51
P. Caufourier, Le barrage dessais de
Stevenson creek (Etats-Unis), Le Gnie civil,,
16 janvier 1926, 15 octobre 1927.
52

Coyne, A., Quelques rsultats dauscultation


sonore sur les ouvrages en bton, bton arm ou
mtal., Annales de linstitut du btiment et des
travaux publics, 1938, juillet-aot, pp 33-56.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

100
par les pendules directs ou inverses
partir des annes 60. Ces derniers
permettaient de connaitre la rponse
de la fondation et rpondaient aux
questions des exploitants trs concerns
par la stabilit des fondations, aprs la
catastrophe de Malpasset. Par ailleurs
les mthodes de suivi topographique se
sont sensiblement amliores.
Au cours du dernier quart du sicle
dernier, la pratique de lauscultation a t
grandement modifie par les progrs en
micro-informatique. Ceux-ci permirent
lacquisition automatique et le traitement
de donnes, en particulier des signaux
faibles ou des variations de faible amplitude, et changrent de ce fait la nature
mme des rsultats de linstrumentation.
Limportance croissante confre la
scurit publique a conduit les autorits
de nombreux pays lgifrer dans le
domaine des procdures de contrle et
de surveillance des barrages lors des
tudes, de la construction et enfin pendant la priode dexploitation. La mise en
place des systmes dauscultation et leur
exploitation fait partie des procdures de
surveillance et de contrle.
Les socits savantes et notamment la
Commission internationale des grands
barrages, fonde en 1928, ont toujours
accord la plus grande importance au
recueil des donnes dexprience sur
les ouvrages. Le nombre considrable
de rapports consacrs ce sujet
ainsi que les publications spciales
qui sensuivaient, montrent lintrt
que revt lensemble des techniques
dauscultation 53 . La symbiose des pratiques
des constructeurs de barrages avec
une dmarche de nature exprimentale
simpose avec vidence.
n9 hiver 2010

l pour mmoire

Ainsi depuis plus dun demi-sicle, lauscultation des ouvrages de gnie civil sest
peu peu constitue en une approche
systmatique du comportement des
ouvrages. Elle est lorigine de progrs
importants dans la connaissance de
phnomnes physiques qui se dveloppent dans les structures, en particulier
en fonction du temps (dformation
de fluage). Cest une dmarche trs
analogue celle du mdecin qui associe
lobservation visuelle, la mesure priodique de grandeurs physiques au moyen
dappareils (on parlera alors dinstrumentation), lanalyse des rsultats, leur
traitement et lanalyse en retour avec
lemploi de calculs directs de louvrage
au moyen dun modle mathmatique
recal grce aux mesures.
Mais lauscultation est bien plus quune
technique au service de la seule scurit.
Dans la mesure o il faut suivre des
ouvrages pendant des dcennies, lauscultation permet de suivre au mieux leur
tat de sant et ainsi de grer dans
les meilleures conditions lentretien, la
rparation, voire mme ventuellement
le dclassement et la mise hors servie.
Lauscultation devient ainsi un outil de
gestion du patrimoine de linfrastructure
dun pays.
Codes de calcul et mthodologie
La modlisation par le calcul nest quune
tape dans la dmarche exprimentale
par la formulation en langage mathmatique dune hypothse relative au
comportement de la structure tudie,
issue du processus dobservation. Ce
nest pas un aboutissement, car cela
reviendrait refuser de tenir compte de
tout apport ultrieur de lobservation.

Dans la conception dun barrage le calcul


intervient diffrents niveaux, au stade
de la vrification dun ouvrage dont on a
choisi le parti et qui a t pralablement
dessin. On ne calcule pas un barrage,
on le vrifie.
On construisit des barrages bien avant
de savoir les calculer. Toutefois ds la fin
du XVIIe et au cours du XVIIIe sicle, les
premires expressions mathmatiques
de phnomnes modliss apparurent.
Il sagissait de calculs la rupture trs
simple qui aidrent de Blidor Navier
dimensionner les barrages poids.
Coulomb dans son clbre mmoire
de 1773, partir de son exprience de
terrain proposait un schma fcond de
calcul de pousse des terres. Toutes
ces approches marqurent le dbut
dun processus continu couronn par
le calcul du barrage poids du Furens 54
(1866) alors le plus haut barrage du
monde, qui constitua un vritable saut
technologique. Franois Zola en 1838
fit une analyse juste du barrage-vote
quil projetait 55 , mais ctait une analyse
presque essentiellement qualitative.
Lexprience de la rupture de Bouzey
(1895) conduisit tenir compte pour les
barrages-poids des effets de leau, mal
compris jusqualors.
Barrage poids ou vote, le problme
dans son principe tait le mme. Mais
il tait plus compliqu pour les votes,
53

Dans le cadre de lactivit de ses groupes


de travail, entre 1969 et 1989, la CIGB a publi
pas moins de 5 bulletins relatifs la synthse
de lexprience accumule dans le domaine de
lauscultation des barrages, sans compter 12
questions consacres lauscultation sur 87 lors
des congrs (1933-2006)
54
Bordes J.L., Les barrages-rservoirs en
France op. cit., p 177-191
55

ibid, p 201-214

101
systme hyperstatique de haut degr,
et cest lexprience qui petit petit
a permis damliorer les codes de
calculs, exprience qui sest appuye sur
lobservation et la mesure des ouvrages
existants, les essais sur modles pour
certaines coles techniques, en un mot
sur la mthode exprimentale.
Les calculs des votes, sappuyant sur
la rsistance des matriaux et pour
partie sur la thorie de llasticit,
taient trs lourds, longs et compliqus.
Ils furent amliors petit petit, par
approximations successives depuis la fin
du XIXe sicle, jusqu limposant outil
que constituait la trial load pour le
calcul des votes, aboutissement dune
volution sur plusieurs dizaines dannes
acheve loccasion de la construction
du Hoover dam sur le Colorado termin
en 1935, ouvrage poids vote alors le plus
haut du monde avec 220m de hauteur.
Ces calculs dajustements arcs/consoles
ne refltaient quimparfaitement la
ralit. Leur mise en uvre fut amliore
progressivement par les progrs de
linformatique partir de la fin des
annes 50. Mais la vritable rvolution
fut lintroduction de la mthode des
lments finis 56 dans le courant des
annes 60. Cette mthode, imagine au
dbut des annes 1950 pour les besoins
de lindustrie aronautique, passait par
un dcoupage de la matire en lments
qui permettaient une souplesse de
reprsentation jusqualors inconnue
de la forme des ouvrages y compris
les fondations, et la possibilit de faire
varier les proprits de la matire les
constituant, en particulier par le biais
des lois des matriaux. Les calculs qui
en rsultaient nont t rendus possibles
que grce la puissance croissante des

ordinateurs. Ces outils extrmement


puissants permirent de calculer des
ouvrages avec beaucoup de raffinement
et dans des dlais raisonnables.
Toutefois si on pouvait assez bien cerner
la partie qui dpendait des procds
de fabrication (bton, terre compacte,
armatures et cbles de prcontrainte), la
reprsentation des fondations demeurait
tributaire de la qualit et de la densit
des reconnaissances, ainsi que de
lvaluation des proprits des matriaux
constituant les fondations, estimation
toujours entache du risque de passer
cot du dtail gologique mineur,
suivant lexpression de Karl Terzaghi 57.

trs fconde qui consiste traiter


statistiquement les valeurs donnes par
les appareils de mesures. Aprs avoir
limin linfluence des facteurs tels que
la hauteur deau dans la retenue et la
temprature, on vrifie la stationnarit de
la rponse. Si cette stationnarit nest pas
constate, on recherche quels peuvent
tre les facteurs complmentaires
affectant la rponse de la structure,
comme par exemple le fluage non
lastique du bton ou dune partie de
la fondation, jusqu obtenir un rsidu
nul. Cette analyse permet de suivre la
rponse de la structure sur des dizaines
dannes, et de dtecter les signes
imperceptibles dune volution pouvant
tre annonciatrice dune pathologie.

On peut disposer actuellement dune


mthode permettant de constituer
pour chaque ouvrage un modle
mathmatique adapt au fur et mesure
par la prise en compte des observations
et mesures effectues sur louvrage
ralis, dabord au cours de sa ralisation
par une meilleure prise en compte
des conditions relles des fondations
(gomtrie et proprits), ensuite au
cours de la premire mise en eau, et
enfin en cours dexploitation. Cette
association du modle thorique et de
lobservation du comportement statique
et dynamique de louvrage est une voie
fconde pour essayer den mieux prvoir
le comportement 58 . Le calcul constitue
alors une espce daboutissement
de la dmarche exprimentale, qui
paradoxalement est un nouveau dpart
en renvoyant aussitt lingnieur lobjet
de son processus cratif. Il sagit dun
processus itratif sans fin.

57
Terzaghi K., Effects of minor geological
details on the safety of dams, American Institute
of Mining and Metallurgical Engineers, Technical
publications, 215, 1929, p 31-44.

Toutefois cette approche dterministe


ne doit pas faire oublier celle galement

58
Tardieu B., Ozanam O., Le modle
accompagnateur de projet : conception et suivi
des grandes infrastructures, Paris, Hermes, 1997,
158 p.

Il y a nanmoins de nombreux phnomnes qui chappent pour partie ou


totalement la mesure ou au calcul,
comme lrosion interne par exemple. On
ne les encadre que partiellement par une
caractrisation chiffre. Leur dtection
a t le fait dune surveillance visuelle
dont on ne soulignera encore jamais
assez limportance. Cest le cas aussi de
cette grave maladie du bton que constitue lalcali-raction diagnostique aux
alentours de 1938. Lil reste encore le
meilleur capteur dont dispose lhomme.
56
R.W. Clough Early history of the finite
elements method from the point of view of a
pioneer, International Journal for Numerical
Methods in Engineering, Volume60,Issue1,
Pages 283-287, 2004, John Wiley & Sons, Ltd.

pour mmoire

l n9 hiver 2010

102

Bort-les-Orgues 1951

On retrouve ainsi limportance de la


dmarche ancienne dune description
naturaliste et de lnonc de recommandations dordre qualitatif, tout fait analogue aux maximes de Blidor du XVIIIe
sicle, qui ouvre la porte une dmarche
quantitative toujours progressive.
Ouvrages phares, accidents et
innovations
Toutes les volutions qui viennent dtre
brivement analyses se firent dans le
cadre des contraintes auxquels avaient
faire face les ingnieurs dans le cadre de
leur mission (contraintes conomiques,
techniques dues aux imprvus du
site mais aussi des limites de leurs
connaissances,
organisationnelles).
Mis au dfi par la socit, cest--dire, une
collectivit locale, un service de ltat,
une socit industrielle, de rpondre sa
n9 hiver 2010

l pour mmoire

demande, ils essayrent daller aux


limites de leur connaissance, et des
moyens techniques alors disponibles tout
en respectant les normes de scurit qui
taient les leurs lpoque. Il est assez
troublant de constater quil y eut peu de
blocage technique. Ou les ingnieurs se
surpassaient comme au Furens, aprs
dailleurs avoir cherch viter le record,
ou on ne leur rclamait que des choses
raisonnables. Lhistoire de certains
ouvrages phares mis dans la perspective
des avances quils permirent, mrite
dtre parcourue la fois sous langle de
lapport, la comprhension immdiate et
la transmission des enseignements.
La construction des canaux partir de
1820 en France, va faciliter llaboration
dune pratique de la construction des
barrages ncessaires leur alimentation.
La procdure du projet suivant la

signification de ce mot quen donne


Belidor, dans laquelle le concepteur
dcrit, justifie et estime louvrage
construire, permet de discuter et
de conserver la mmoire. Aprs la
Rvolution, le projet tait soumis par son
auteur lapprobation de la commission
de la navigation du Conseil gnral des
ponts et chausses, qui dsignait un
rapporteur qui se rendait sur le site. Entre
les annes 1830-1870, le conseil tait
constitu de membres ayant lexprience
des travaux. Au cours de cette priode,
on rechercha des mthodes de calcul
qui rendaient compte des efforts
lintrieur des ouvrages. Jusquaux
environs de 1850 et disons depuis le
dbut du XVIII sicle, les barrages en
maonnerie taient calculs comme des
solides rigides indformables, dont on
vrifiait la stabilit au renversement et
au glissement. Contrairement ce qui
a t souvent crit, il ny avait aucune
irrationalit dans la dmarche des
ingnieurs dalors. Le Lampy, Grosbois,
sont des barrages qui ont t vrifis.
Si le profil de Grosbois nous semble
aberrant, ce nest pas parce que nos
prdcesseurs
faisaient
nimporte
quoi, cest parce quils ont suivi une
dmarche parfaitement explicite dans
le projet du barrage, qui sappuyait sur
une apprciation errone des qualits
de la fondation et de lencastrement
du barrage. Personne navait lu jusqu
ces dernires annes le texte du projet
de 1829 qui se trouve aux Archives
nationales 59 .

59

A.N. F14 6861, rapport de projet de Grosbois


et Cercey sign Lacordaire et Bonnetat, de 1829,
100 p. et plans.

103
Le barrage de Grosbois et les 4 autres
barrages dalimentation de la mme
poque, constitue une tape majeure
dans lvolution des connaissances dans
le domaine de la mcanique des sols et
en particulier des effets de leau. Conu
dans les annes 1828-1829 par Bonnetat
et Lacordaire, ingnieurs des ponts et
chausses, ce barrage en maonnerie
de 22 m de hauteur construit de 1830
1838, se fissura lors de son premier
remplissage qui fut ds lors stopp.
A. Collin jeune ingnieur des ponts et
chausses, affect depuis 1833 chercha
comprendre les mcanismes des
dsordres afin de pouvoir dfinir les
travaux de confortement. Il fut aid si
lon peut dire dans sa dmarche, par
des dsordres concomitants dans les
talus dexcavations, ou de remblai de
barrages. Ces travaux lui permirent de
conduire une analyse qui lamena une
synthse qui fait lobjet de lannexe 5.
La conception du barrage du Furens
apparat alors comme luvre dune
quipe, dont le travail sinscrit dans la
dure. Larticle fondateur de la mthode

Sections des barrages espagnols avec celle du Furens

est celui de Sazilly publi dans les


Annales des ponts et chausses en 1852.
Mais il procdait dune analyse due
Mry publie dans ces mmes annales en
1840. Ce qui nous parat important, est
lordre donn en 1854 par la commission
de la navigation du Conseil gnral des
ponts et chausses aux concepteurs du
barrage des Settons, de redessiner leur
barrage en sappuyant sur lanalyse de
Sazilly. Ladministration joua ainsi un rle
cl dans la constitution dun savoir et de
sa transmission.
Aussi lorsque A. Graeff, du service spcial de la Loire, tudia partir de 1856 le
barrage de Furens, les outils techniques
taient-ils disponibles. Mais il sagit
encore dun travail dquipe : A. Graeff
nest pas seul : la liste donne par luimme est exemplaire, liste en conclusion
la notice de prsentation de la maquette
du barrage pour lexposition universelle
de 1867 : M. Conte-Grandchamp a
tabli lavant-projet, M. Delocre a tudi
le profil thorique, M. Graeff en a dress
le projet dfinitif, M. de Montgolfier en
fit excuter tous les ouvrages sauf la

prise deau. Trois conducteurs se sont


distingus : MM. Falkowski, Odin an et
Duplay. Les entrepreneurs furent MM.
Chonier et Moustiers.
Les recherches des ingnieurs pour
assurer leur russite stendirent
au pass. Lexprience des barrages
espagnols vieille de plusieurs sicles
fut analyse la lumire des calculs
devenus alors possibles. La dimension
internationale est toujours prsente.
Ce travail fut habilement mdiatis par
de nombreux articles extrmement
documents dans les Annales des
ponts et chausses, et de multiples
publications dans les revues franaises
et trangres puis dans des traits de
construction de barrages anglais et
amricain. Plusieurs maquettes furent
ralises pour lexposition universelle
de 1867 Paris. Appel le barrage
franais, son profil amlior au fil de
nouvelles ralisations en France et
ltranger, demeura un modle pendant
prs dun demi-sicle.

Bouzey : schmas de rupture

pour mmoire

l n9 hiver 2010

104
Cette accumulation dexpriences et de
connaissances nallait pas sans pertes
ou retard dans la diffusion de certaines
leons tirer. On a racont la difficult
de Collin se faire comprendre. On
peut regretter la mconnaissance dont
fut victime le barrage Zola en France.
Alors que Graeff tudiait le barrage du
Furens en 1856 et se posant le problme
de la solution vote, il dclarait ne pas
connatre de barrage existant dune
hauteur de lordre de celle prvue. La
mise en eau du barrage Zola datait de
1854. Ladministration avait eu traiter
de ce barrage. Il est vrai que lingnieur
des ponts et chausses Tournadre ne
publiera une note dans les Annales des
ponts quen 1872. Celle-ci fut connue des
ingnieurs australiens et amricains. On
la retrouve en bonne place dans la 1re
dition du trait de Wegmann en 1888.
Laccident de Bouzey60 vint malheureusement ternir cette russite. Il sagissait
dun barrage en maonnerie dune hauteur modeste de 22 m, termin en 1881
pour assurer lalimentation du canal de
lEst. Le site de Bouzey a t le thtre de
deux accidents :

Le premier en 1884, sans consquence


pour les personnes, situ dans la
fondation, a t analys en tenant
compte de la pression de leau la
base du barrage. Il avait provoqu le
dplacement dune partie du barrage
sans toutefois conduire sa ruine.
On a remdi cet tat de fait en
largissant la fondation et en reportant
la rsultante (barrage plein) sur une
bute. Une variante avait suggr dy
associer une galerie de drainage, qui
fut carte. La cause de laccident
fut imput aux sous pressions, qui
lpoque, croyait-on ne pouvaient
exister que dans un milieu permable.
Le second en 1895 dans le corps du
barrage, suivant une ligne de rupture
dessine sur la figure de droite. On
dplora 70 morts.
La raison de la rupture est le dessin
dun profil trop mince qui conduisait
au dveloppement de contraintes de
traction sur la face amont qui ne pouvait
que faciliter lamorce de fissures et
lintroduction de leau en pression
entrainant ainsi la ruine de louvrage
Maurice Lvy, inspecteur gnral

des ponts et chausses, membre de


lAcadmie des sciences comprit le
mcanisme de la rupture ds le dbut,
comme le montre un compte-rendu
lAcadmie des sciences en aot 189561 .
Il montrait le dsquilibre qui rsultait
de la pntration de leau dans une
fissure, dfinissait des rgles de profil
pour les nouveaux barrages. Pour les
anciens, il prconisait la mise en place
dun masque qui isolait le corps du
barrage de la retenue, masque drain
sur sa face aval, solution qui fut par la
suite remplac par le drainage du corps
du barrage. Mais cette analyse ne fut pas
assimile immdiatement. La circulaire
ministrielle sur les barrages de grande
hauteur de 1923, reprit pour partie les
termes de lanalyse de M. Lvy.
Pour prvenir le retour de telle
catastrophe,
plusieurs
dispositions
furent prises :
Vrification de la stabilit de tous les
barrages en maonnerie existants,
la lumire des enseignements tirs de
la catastrophe de Bouzey par dcision
ministrielle du 10 mars 1896, qui
incluait la dfinition de nouvelles
normes de calcul ;
Cration dune commission des grands
barrages au sein du conseil gnral des
ponts et chausses.
Cet accident posait le problme de
la stabilit des barrages poids sur sa
fondation. La figure page 102 montre
60

Pression deau sous la


fondation de barrage
poids, volution des
hypothses

n9 hiver 2010

l pour mmoire

A. Coyne, barrage de Bouzey, dans Leons


sur les grands barrages, cole nationale des
ponts et chausses, 1943, p. 20-24.

61
M. Lvy, Quelques considrations sur la
construction des grands barrages, Comptes
rendus de lAcadmie des sciences, tome CXXI,
1895, sance du 5 aot 1895, p. 288-300.

105
lvolution de la prise en compte de la
pression au contact du corps du barrage
et de la fondation, premire des fissures
potentielles avant toute autre pouvant
survenir dans le corps des barrages.
Le rle pionnier dA. Collin apparait
bien, qui Grosbois ralisa un calcul
de sensibilit de la stabilit du barrage,
qui lui permit de dterminer le type de
rupture survenu.
A partir de lexprience de Grosbois
(1838), lexamen de lvolution des
hypothses prises en compte ne manque
pas dintrt en montrant lapproche
progressive dune dmarche collective :
Au Furens (1866), la confiance accorde
limpermabilit des mortiers mis sur
le parement amont du barrage ainsi qu
lobturation systmatique des fissures
du rocher en amont, conduit ne pas
prendre de valeur de la sous-pression en
fondation.
Les Belges par contre au barrage de
Gileppe (1875), prennent en compte
une sous-pression revenant djauger
la totalit du barrage en rfrence au
niveau amont.
Les Allemands pour Alfeld (1883) en
Alsace ont une dmarche trs moderne,
surtout si lon sait que ce calcul
tait appliqu toutes les sections
horizontales du barrage
Les Anglais introduisent Vyrnwy (1890)
le drainage des fondations qui ne sera
gnralis en France quaprs 1920
Au courant du XXe sicle, les hypothses
retenues sappuyrent sur des mesures
dont une synthse remarquable a t
faite par A. Casagrande 62 .

Le problme de lcoulement de leau


dans les sols 63 ou dans un massif de
maonnerie a t un objet de rflexion
et de proccupation ds le XVIIIe sicle.
Mais ce fut une srie de ttonnements,
dintuitions trop souvent mal fondes,
de pratiques allant lencontre de ce
quil aurait fallu faire. La ncessit de
mieux comprendre saccrut avec tous les
ouvrages hydrauliques (digues, cluses,
remblais, barrages) conscutifs la
construction des canaux A. Collin fit des
progrs dans ce sens montrant lintrt
du drainage dans les matriaux argileux
mais fut mal entendu (voir annexe 5).
La notion et la connaissance du rgime
des pressions restait sommaire la fin
du XIXe sicle. Il fallut combiner la loi de
Darcy (1856) au travail de Forcheimer
en 1914 pour tracer des rseaux
dcoulement. J. Frontard dans le cadre
de laccident de la digue de Charmes 64 ,
montrait
lexistence
de
pression
dans largile, battant en brche lide
suivant laquelle, il ne pouvait y avoir de
pression que dans un terrain permable.
Lapport le plus fondamental fut celui de
K. Terzaghi en 1923 avec sa dfinition de la
pression neutre qui fonda dfinitivement
la mcanique des sols comme une
branche de la Rsistance des matriaux.
Il tablissait la relation entre la rsistance
au cisaillement dun massif de sol et le
rgime des pressions qui y rgnait.
La rupture de la fondation du barrage
de Malpasset fit prendre conscience
des effets mcaniques de leau dans
un milieu fissur (voir annexe 2). Cet
apprentissage ne se fit pas sans peine.
Trois commissions administratives et
judiciaires se succdrent pour essayer
de faire la lumire 65 . Quatre thses (J.

Bernaix, V. Maury, B. Schneider, C. Louis)


furent faites. Dans le courant de lanne
1967, on pouvait arriver une conclusion
accepte par la communaut implique.
Sans attendre lensemble des donnes,
des dispositions avaient t prises pour
mieux implanter dans les fondations de
barrages votes, les rideaux dinjection
de drainer les fondations, rexaminer
tous les barrages, implanter ou renforcer
les systmes dauscultation.
Comme cela avait t le cas aprs
la rupture de Bouzey, des structures
administratives de contrle et des
instructions
rglementaires
furent
renforces ou mises en place : Comit
technique permanent des barrages (CTPB
en 1967) et circulaire interministrielle
de 1970 pour les barrages de plus de
20 m de hauteur.
Matriaux, mthode dexcution,
contraintes de site et conception
des ouvrages
Notre propos tait travers lhistoire
des barrages et une analyse thmatique
de montrer limportance de la mthode
62

Casagrande A., Control of seepage


through foundations and abutments of dams,
Gotechnique, Vol 11, n3, sept 1961, p.159-182.

63

J.L. Bordes, Aperu historique sur la notion


de la pression de leau dans les sols et les
milieux fissur du XVIIIe au dbut du XXe sicle en
France, Revue franaise de Gotechnique,
n 87, 2me trimestre 1999, p.3-15.
64

J. Frontard, Notice sur laccident de la digue


de Charmes, Annales des ponts et chausses,
me
9 srie, vol. 23,sept-oct 1914, p. 173-292.

65

Bellier J. Le barrage de Malpasset, Travaux,


n389, juillet 1967. M. Mary., Barrages votes ;
historique, accidents et incidents, Dunod, Paris,
1968. P. Duffaut Cinquantenaire de la rupture
des fondations et du barrage de Malpasset
(Var) art. cit.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

106
exprimentale dans la constitution dun
savoir. Nous nous sommes intresss
tout ce qui concernait le mur proprement
dit. Mais un barrage ne se limite pas
cette seule fonction. Un barrage intgre
ce quon appelle des ouvrages annexes, ce
qui ne veut pas dire quils sont dun intrt
secondaire. Ils ont pour fonction dviter
la submersion du barrage (vacuateur
de crues) ou dassurer le contrle de la
monte du plan deau (vidange de fond)
ou enfin assurer les finalits dun barrage
(prises deau). Les contraintes de sites
donnes gologiques, hydrologie, par les
conditions de drivation et dexcution
influent sur le type et le parti du
barrage, comme on a pu le voir dans la
description de certains dentre eux. De
mme les disponibilits des matriaux
et matriels peuvent influer grandement
sur les solutions retenues. On peut se
poser la question qui de Terzaghi ou de
Caterpillar a t le plus important dans le
dveloppement des barrages en terre ?
Le sujet est trop vaste pour tre trait ici,
et a t abord par petites touches dans
la premire partie de cet article.

Troisime partie:
La transmission
du savoir et
les transferts
technologiques
Les canaux de transmission en sont
multiples et pour beaucoup trs anciens,
lchelle des quatre derniers sicles.
Nous allons essayer dexaminer les
n9 hiver 2010

l pour mmoire

principaux malgr les croisements et la


superposition de beaucoup dentre eux,
principalement cause des hommes qui
circulent travers toutes ces formes de
communication, et malgr les multiples
recoupements avec le contenu des deux
premires parties.

Les traits, et les revues


Tout au dbut, la place du barrage en tant
quouvrage est modeste, il est confin
dans quelques chapitres comme dans
lArchitecture hydraulique de Blidor
(1737-1770) 66 .
Labb Bossut professeur de Monge
lcole de Mzires, rdige un des tout
premiers traits consacrs aux digues
en 176467. Enfin, nouvel exemple de
transfert technologique en provenance
de ltranger, louvrage de Delius 68 sur
lexploitation des mines, comportait une
partie trs importante sur les barrages
qui fournissaient leau et lnergie. La
technique des barrages en remblai
noyau, trs rpandue en Bohme, y tait
prsente.
Elle ne se dveloppa pas en France au
contraire de ce qui se passa en Angleterre.
Les donnes gographiques et gologiques
ne sont pas trangres ce contraste. Par
la suite tout au long du XIXe sicle, les
barrages seront traits comme organes
dalimentation dans les nombreux traits
de navigation intrieure de Minard (1841)
Jacquinot et Galliot (1922).
Le premier vrai trait de barrage est
celui publi New-York par lingnieur
amricain dorigine suisse Wegmann
qui connut huit ditions de 1888 1927.
La premire dition traitait presque

exclusivement de lexprience franaise


et espagnole. Cet ouvrage se retrouva
dans les bibliothques franaises.
En France, H. Bellet publie en 1907
un trait entirement consacr aux
barrages, premier dune srie rgulire
de livres jusqu nos jours. Lactualit
ditoriale tait alimente par la
publication de cours dispenss dans les
coles dingnieurs ou par des sujets
dactualit comme un voyage aux Etats
Unis avec Degove ramenant lexprience
des barrages votes en 1922, ou Post et
Londe celle de la pratique des barrages
en terre compacte en 1953.
Il en tait de mme ltranger et
les traits amricains ou anglais
principalement se retrouvaient dans les
bibliothques des coles concernes,
contribuant la mise en commun de
lexprience travers le monde.
Les revues prsentaient lavantage dune
transmission plus rapide de linformation,
au risque dune rflexion moins
approfondie. Une centaine dans le monde
aux alentours de 1800, elles taient 10000
en 1900. Mais jusquen 1920 dans les
revues franaises, le barrage est un sujet
beaucoup moins traits que les ponts, les
routes ou les chemins de fer. Trois revues
jourent un rle particulier : les Annales
66

Blidor, B. Forest de, Architecture


hydraulique, Paris, C. A.

67
Ch. Bossut, Abb, Recherches sur la
construction des digues, Paris, C. A. Jombert,
1764, 60 p., 7 pl.
68

Delius, C.F., Trait sur la science de


lexploitation des mines par thorie et pratique
avec un discours sur les principes des finances,
traduit en franais par M. Schreiber, Paris,
Philippo-Denys & Pierres, 1778

107
des ponts et chausses, le Gnie civil, et
la Houille blanche respectivement fonde
en 1830, 1879 et 1902.
Les Annales des ponts et chausses,
organe du corps des ponts et chausses
publiaient des articles, vritable tat de
lart sur un problme donn. Certains
articles comme sur lhydrologie de la
Seine par Belgrand (1846 et 1852), les
mesures sur les ponts du rseau de
lOuest par Rabut (1896) ou laccident de
la digue de Charmes par Frontard (1914),
ayant jusqu 200 pages et plus, furent
des rfrences et des outils de travail
remarquables.
Le Gnie civil qui fut fonde par
ce quon appelait lpoque des
ingnieurs civils dont beaucoup de
centraliens, avait une ouverture
plus grande la fois sur lensemble
de lindustrie et sur ltranger. On
peut y suivre le dveloppement de
lhydrolectricit dans toute lEurope
et aux tats-Unis, par des articles
caractre monographiques, de courtes
notes, et des revues de publications
trangres. Les trs grands barrages
amricains davant 1914, New Croton,
Soshosne, Roosevelt y furent traits
avec beaucoup de dtail.
La Houille Blanche tait consacre
lhydraulique et lnergie hydraulique.
Cette revue publia par la suite des
monographies techniques trs compltes,
sur de grandes ralisations69 . On
mentionnera la revue Travaux qui publia
partir de 1934 des articles trs fournis
en donnes techniques et conomiques.
Cette numration est incomplte et
laisse dans lombre de nombreux titres.

Les coles
Les coles furent par excellence des
lieux de formation et de transmission du
savoir. Lcole des ponts et chausses
fonde en 1747, fut la premire en France
et dans le monde. Elle prcda de peu
lcole du gnie de Mzires (1748) o
enseignrent Monge, labb Bossut et
o fut lve C. A. Coulomb. Suivirent
toujours en France, plusieurs coles la
fin du xviiie et tout au long du XIXe sicle,
coles souvent gnralistes mais avec
une composante gnie civil qui donnait
ses lves les outils ncessaire pour
aborder les problmes des barrages. La
pratique qui consistait dans les coles
nommer des professeurs qui avait une
activit en parallle dans les travaux
publics et le btiment contribua une
diffusion souvent rapide de nouvelles
techniques. Il en fut ainsi avec le bton
arm lcole centrale, o des projets de
sortie ds 1894 traitaient de structures
en bton arm. Les traits mentionns
plus haut taient pour la plupart issus
des cours donns dans les coles.

Les corps techniques


La prminence en France de ltat dans la
dfinition et la conduite de travaux des
fins militaires, puis damnagement du
territoire pour aider au dveloppement
industriel, a favoris lmergence dun
corps dtat la fois matre douvrage
dlgu assumant les responsabilits
du propritaire qutait ltat ou
certaines collectivits locales, et les
responsabilits de matre duvre. Cest
le corps des ingnieurs des Ponts et
Chausses qui date du 1er fvrier 1716.

Un certain nombre dorganes furent


crs pour assurer des missions de
contrle des travaux conus et supervis
par les services de ltat.
Ce fut tout dabord la commission des
canaux (1822) renomme de la navigation
(1831). Vinrent plus tard, la commission
de lhydraulique agricole (1882), la
commission des barrages (1895) dite en
1923 des barrages de grande hauteur.
Une dualit ministre des Travaux publics
et agriculture intervint dans le problme
des barrages parce que lagriculture
intervenait sur les rivires ni navigables
et flottable. Ceci explique pourquoi les
services de Forces hydrauliques cres
le 25 mars 1903, furent du ressort du
ministre de lAgriculture jusquen 1945.
Laction de ces commissions fut souvent
indirecte et importante. On a soulign
son rle dans le dveloppement des
barrages en maonnerie aux alentours
des annes 1850. Il ny pas proprement
parler de productions de ces commission
dont les dbats navaient pas vocation
tre publis et quon retrouve maintenant
en archives.
Un cas de capitalisation et de diffusion
de lexprience mrite un court
dveloppement. Il concerne le service
technique des grands barrages (STGB)
1935.
La russite de lactivit du service spcial
de la haute Dordogne, laugmentation du
nombre de projets et de leur importance
conduisirent les pouvoirs publics crer
un service par modification de larrt
69
Se reporter la bibliographie en fin de
larticle.

pour mmoire

l n9 hiver 2010

108
du 28 fvrier 1920 qui avait institu un
service central des forces hydrauliques et
de distribution dnergie hydraulique, par
larrt du 2 novembre 1935. Ce nouveau
service avait pour mission de constituer
et tenir jour une documentation
technique sur les travaux de distribution
dnergie lectrique, damnagement
des cours deau et notamment des
grands barrages, dtudier les types et
conditions gnrales des ouvrages en
vue notamment de faciliter la prparation
dexcution par ltat, les dpartements
et les communes de rseaux de
distribution ou dusines hydrolectriques
ou de grands barrages. Andr Coyne
dj en charge de la Haute-Dordogne
tait nomm la tte de ce service
qui prenait le nom suivant les termes
de larrt de Service technique des
grands barrages et damnagement de la
haute Dordogne.
Andr Coyne dans le cadre de ce service
dploya une activit multiple. Quelques
chiffres en donneront une ide de son
activit: du 4 aot 1939 au 31 mars 1942,
il a effectu 133 tournes dans toute
la France sur des sites de barrages en
projets ou en travaux soit pratiquement
une par semaine, malgr les difficults de
dplacement de lpoque.
Ce nest quen avril 1944 que voyait le
jour un bulletin du service technique des
grands barrages rfugi Mauriac. Dans
son ditorial, A. Coyne crivait : A ce
premier numro, conu pourtant dans la
gne de jours troubls, rien ne manque:
haute tenue scientifique abondance et
varit des sujets, et surtout amorces
de dbats techniques et de fconds
changes de vues.
n9 hiver 2010

l pour mmoire

Conserver lexprience, en analyser le


bien fond et la transmettre ont t des
exigences constantes de son action.

Les socits dtude,


ingnieurs conseils
Dans le gnie civil, au contraire du
monde anglo-saxon o les rles entre
le matre de louvrage, ou propritaire,
lingnieur ou matre de luvre
(ou architecte) et lentrepreneur qui
excute, sont trs clairement dfinis,
en France, le matre de luvre trouve
difficilement sa place entre un matre
de louvrage qui a des moyens de
conception tout fait consquents et
un entrepreneur qui avec le principe
de la variante, particulirement partir
de 1882, sest dot lui aussi de moyens
dtudes sappuyant sur la pratique
de moyens dexcution exceptionnels
(particulirement dans les ponts). Cette
situation sinscrivait dans un pass
dcrit dans le paragraphe prcdent.
Aux limites du domaine du gnie civil
et de celui des travaux hydrauliques,
lexistence dingnieurs conseils tait
par contre chose tout fait courante.
Construire une usine tait devenu un
mtier partir de 1820-1830. La plupart
de ces ingnieurs taient issus de lcole
centrale, ou y professrent. Ce champ
dexpertise explique que les ingnieurs
civils jourent un rle important dans les
premires ralisations hydrolectriques
jusquen 1919, dans lesquels la structure
du barrage taient encore modeste,
lusine importante et limplication de
Ltat rduite.

Sainte-Croix 1974

Dans le gnie civil, seul le bureau dtudes


Pelnard, Considre et Caquot (18811976) fond en 1906 reprsente lactivit
librale. Sa cration fut en liaison directe
avec la naissance du bton arm qui
ouvrait des perspectives de ralisations
tout fait nouvelles. Ce bureau tablit
plusieurs projets de barrages en bton
arm dont celui de la Slune. Aprs 1920,
A. Caquot qui est un des trs grands
ingnieurs du XXe sicle, signa les projets
des barrages du Sautet et de la Girotte.
Plus tard dans le domaine des barrages,
dans des circonstances analogues
dinnovation et douverture de march,
Andr Coyne (1889-1960), cra en 1947
un bureau dtudes qui joua un rle trs
important dans la matrise duvre des

109
barrages (voir annexe 4). La pratique
ainsi institue en France prsenta tout
au long du XIXe sicle et au dbut du XXe
sicle un certain nombre davantages. La
ralisation dun ouvrage laissait face
face deux acteurs, les ingnieurs de ltat
ou de trs matres douvrage et ceux de
lentreprise. La matrise technique des
premiers leur permettaient danalyser de
comprendre et daccepter les innovations
de matriaux ou de procds que
proposaient les entrepreneurs. Ceux-ci
pour rpondre avec succs la demande
publique, dans un march troit, se sont
appuys sur linnovation pour essayer de
maintenir et daugmenter leur marge. Ces
dernires annes, de nouveaux acteurs
sont apparus et ont modifi ces rapports.

Socits savantes
et associations
professionnelles
On peut remonter sans peine jusquaux
Acadmies du XVIIe sicle et en France
lAcadmie des sciences, sans compter
les Acadmies de province. Dans le
domaine du gnie civil, le mmoire de
Ch. A. Coulomb, mmoire fondateur de
la mcanique des sols fut prsent
lAcadmie des Sciences en 1773. Cest
en rponse un concours lanc par
lAcadmie de Toulouse en 1762 que
labb Bossut rdigea son opuscule sur
la construction des digues. Mais cest
au XIXe sicle que se constiturent les
premires socits sur des bases plus
troites comme la Socit Gologique de
France en 1830. Mais pour trouver des

socits aux proccupations proches


des barrages, il faut attendre 1912 avec la
fondation de la Socit hydrotechnique
de France dans le sillage de la Houille
Blanche et des congrs correspondants,
le premier Grenoble en 1902. En
parallle furent cres des organisations
caractre gnral et professionnel, plus
ou moins ouvertes, comme la Socit
dencouragement
pour
lindustrie
nationale (1802), la Socit des ingnieurs
civil de France (1848) dont les bulletins
constituent des rservoirs dinformation
participant la diffusion du savoir. Ce
nest quaprs 1920 que seront cres
dautres socits touchant de prs ou
loin le barrage, Socit internationale de
mcanique des sols et fondations (1933)
(France 1945), Gologie de lingnieur,
Socit internationale de mcanique des
roches (1963).
A lchelon international, la conservation
de lexprience et du savoir-faire de lart
des barrages, sa transmission et son
analyse critique a trouv son relais dans
la Commission internationale des grands
barrages (CIGB). Son origine lointaine
remonte aux congrs organiss autour
des expositions universelles ds 1855.
Mais lorigine plus immdiate est celle
des congrs internationaux de navigation
intrieure dont le premier date de 1884.
Dans ces congrs taient rgulirement
traites des questions relatives aux
digues et barrages dans le cadre des
canaux, mais de faon plus ou moins
marginale.
Le 5 congrs tenu Paris en 1892 fut
loccasion de la prsentation par les
ingnieurs franais dun ensemble de
barrages tant en maonnerie quen

terre, tout fait exceptionnels pour


lpoque. Le site du Furens fut un des
lieux dexcursion des congressistes.
1.472 dlgus venant de 22 pays,
soit 42% dtrangers participrent au
Congrs.
Au cours des annes qui suivirent la
premire guerre mondiale de 1914-1918,
alors que le dveloppement des installations hydrolectriques prenait son plein
essor, lutilit dun organisme sintressant spcialement la construction des
barrages se fit de plus en plus vidente.
Dans les annes 1925 et 1926, au cours
de diffrents congrs, fut mis le vu de
constituer un organisme international.
Ce vu fut repris au Congrs de la
Confrence Mondiale de lnergie
(C.M.E.) qui eut lieu Ble en 1926,
tant entendu, en principe, que la France
prendrait linitiative de cette cration.
La C.I.G.B. fut dfinitivement constitue
le 6 juillet 1928, Paris, loccasion
du Congrs de lUnion Internationale
des Producteurs et Distributeurs
dnergie lectrique, laquelle taient
reprsents : les tats-Unis, la GrandeBretagne, lItalie, la Roumanie, la Suisse
et la France.
La Commission prit le titre de Commission
internationale des grands barrages de
la Confrence mondiale de lnergie
Berlin en 1930.
Aux termes des Statuts, lobjet de la
Commission, est de provoquer les
progrs dans ltude, la construction,
lentretien
et
lexploitation
des
grands barrages, en rassemblant les
renseignements ce sujet et en tudiant
les questions qui sy rapportent.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

110
La CIGB sacquitte de cette mission
principalement par la runion tous les
trois ans de Congrs Internationaux o
sont discuts, par les spcialistes en
la matire, les problmes relatifs la
construction des grands barrages qui
paraissent les plus importants.
Lordre du jour de chaque congrs
comprend quatre questions principales
qui font chacune lobjet de rapports
particuliers et dun rapport gnral. En
outre, les participants peuvent adresser
des communications sur toute autre
question quils jugeraient intressante.
Les rapports qui doivent tre tudis au
cours de chaque congrs sont distribus
lavance aux participants et analyss,
question par question, dans un rapport
gnral.
les Comptes rendus dits aprs chaque
Congrs reprsentent ce jour prs de
cent volumes et de 50000 pages.
Des Bulletins techniques ou recommandations, sont le fruit de groupes
de travail. Ils constituent un exemple
remarquable dchange technologique
et de capitalisation de lexprience. En
2009 ils sont au nombre de 132.
Parmi les autres fruits de ce travail
collectif, on retiendra le Registre mondial
des barrages dont la compilation a t
entreprise en 1938, disponible dsormais
en tableaux Excel, et Les leons tires
des accidents de barrages70 aprs une
enqute mondiale en 197?
Trois ingnieurs franais ont prsid
cette commission. Le premier, Eugne
Mercier de 1933 1936, puis Andr
Coyne de 1946 1952 (2 mandats), et
enfin Pierre Londe de 1979 1982.
n9 hiver 2010

l pour mmoire

Les voyages dtudes


Il est difficile de les traiter part car
ils irriguent toutes les circulations dont
il a t question. On peut souligner
comme les barrages, quils remontent
la nuit des temps. Les exemples de
voyages et de transferts technologiques
concomitants sont innombrables. Ils
sont lorigine de trs nombreuses
publications. Quand ils nont pas fait
lobjet de relation, on en trouve la trace
dans telle ou telle innovation lorsquon
remonte lorigine. Les voyages en
Angleterre, puis aux tats-Unis se
multiplirent tout au long du XIXe sicle,
et aussi en Espagne et en Allemagne.
Ces voyages quel que soit le statut du
voyageur, lve, ingnieur en mission
pour sa socit, son service ou mandat
par le gouvernement, ont fait lobjet
de relations bien conserves pour la
plupart. On y a fait allusion tout au long
des pages prcdentes.

La rglementation
Elle constitue une forme de recueil et
de transmission du savoir, au risque
de bloquer son volution et de figer en
dogme des vrits qui peuvent ntre
que partielles. Elle doit tre rvise
rgulirement ce que montre dailleurs la
succession de circulaires ministrielles
relatives la surveillance des barrages,
ces dernires annes, enrichies de
lexprience accumule, lintrieur et
lextrieur des frontires.
Au fil des annes, elle sest faite plus
contraignante et prcise, le thme de
la scurit tant prgnant dans notre
socit moderne. Mais avant de prvoir

le pire, il sagit de lviter en entretenant


au mieux les structures existantes. Cest
bien l, la grandeur et la servitude de la
surveillance des barrages : rester aux
aguets en permanence pour que rien
narrive, alors que rien ne se passe.

Conclusion
Un barrage est probablement louvrage
dart par excellence, le plus complexe,
la fois objet technique et monument.
Les barrages existant sur le territoire franais et les amnagements hydrauliques
dont ils sont un des maillons essentiels,
constituent un patrimoine conomique,
technique, monumental et environnemental. Ce patrimoine exceptionnel est
vivant, profondment insr dans le territoire, lconomie et la socit. Il volue
en fonction des finalits quil satisfait.
Sa conservation, son adaptation et son
entretien requirent des moyens techniques et conomiques consquents. Si
son dveloppement en France est limit
par diffrentes contraintes, il nen est pas
de mme dans le monde.
Lhistoire de ces ouvrages est une
donne fondamentale, y compris dans le
domaine technique. Elle nous renseigne
sur les raisons de leur existence, dont
certaines devenus videntes ne sont
plus explicites. Au plan technique, elle
participe leur connaissance physique
en vue dune meilleure gestion. Sa
70

Registre mondial des barrages, [Link].


Leons tires des accidents de barrage,
Commission internationale des Grands Barrages,
Paris, 1974, 1 vol, 1069 p, rdit et mis jour
en 2001.

111
transmission importe au plus au point
pour la scurit des barrages.
La connaissance technique et scientifique
de ce type douvrage participe dune
dmarche collective internationale de
type exprimental qui sinscrit dans la
dure. Nous esprons en avoir donn
des exemples convaincants. Bien que
nous ayons prcis que nous allions
nous en tenir aux barrages en France, les
rfrences des expriences trangres
ont mailles le rcit que nous avons
fait. Chaque nouvel apport nait dun
progrs prcdent. Ce qui est vrai pour
le progrs scientifique et technique,
est vrai aussi pour la naissance et
llaboration des ouvrages eux-mmes.
Un barrage est le produit dune mthode
par approximations successives, qui
est peut-tre la meilleure la fois pour
trouver la bonne solution technique et
la faire accepter par tous les acteurs
concerns. Suivant lchelle adopte
et langle dobservation, les auteurs
dun barrage et plus encore dun
amnagement sont nombreux. Personne
ne peut se prvaloir dtre le pre unique
dun ouvrage.
Le rle des barrages dans la gestion de
leau dans le monde reste essentiel71 .
On a soulign limportance de
lhydrolectricit en France. Si cette
finalit a perdu de sa priorit dans les
raisons de construire pour aujourdhui,
le capital existant demeure un atout quil
faut prserver.
Lhydrolectricit reprsentait encore
95% des nergies renouvelables en
France en 2008. Prserver la biodiversit
et les ressources naturelles, peut mettre

en cause le dveloppement et le bon


fonctionnement des amnagements
hydrolectriques, comme le soulignait
le rapport Dambrine 72 en 2006.
Leffacement prconis ce jour
douvrages pour faciliter la migration
des poissons se limite peu de chose et
le dveloppement de lhydrolectricit
est prconis non seulement par le
surquipement des ouvrages existants
mais aussi par laddition de nouveaux
usages en dehors de la production
dnergie, et enfin par la ralisation de
nouveaux barrages pour autant quils ne
contrarieraient pas les efforts en faveur
de la biodiversit.
Il est vrai que plus dun sicle aprs ses
premiers dveloppements, lnergie
hydrolectrique na rien perdu ni de son
intrt conomique ni de ses avantages
dans le domaine environnemental.
Lhydrolectricit est en effet un des
moyens de valorisation des nergies
renouvelables production intermittente
comme lolien ou le photovoltaque,
qui sont en cours de dveloppement. A
partir de leau stocke dans les retenues,
son dlai de mobilisation de production
est de lordre de quelques minutes. Le
stockage dnergie par pompage (STEP)
est le seul moyen confirm de stockage
de lnergie lectrique. Des solutions
originales dans ce domaine sont en cours
dlaboration pour lever les objections
contre leur implantation sur le territoire.
Cest aussi le champ de la mise en uvre
de trs hautes technologies, ce quont
oubli ses dtracteurs et une partie du
grand public.
Le barrage qui retient leau stocke,
est donc la structure dont la prennit

importe, tant pour les ouvrages existants


que ceux qui seront ncessaires dans
lavenir pour atteindre les objectifs fixs
dnergie renouvelable. Ceci explique
que lattention des politiques et du public
soient concerne par les questions
de scurit. Ce domaine spcifique
qui renvoie la nature et aux donnes
techniques des barrages est lobjet de tous
les soins des ingnieurs. La surveillance
des structures trs longue dure de
vie, relve dune pratique obscure qui
requiert une grande matrise technique
et beaucoup dabngation. Elle au cur
de la mthode exprimentale. Le savoir
accumule sur un barrage particulier
dans le cadre de la surveillance, doit
tre lobjet de tous les soins pour sa
conservation et sa transmission, non
seulement travers des documents
mais par les hommes dont la capacit
dobservation est irremplaable.
Lauteur remercie vivement M. Pierre
Duffaut pour son assistance durant
llaboration de cet article, la rdaction
de plusieurs des annexes et la relecture
de lensemble de la publication.

71
Commission internationale des grands
barrages, Les barrages et leau dans le monde,
Paris, 2008, 63 p.
72

F. Dambrine, Sur les perspectives de


dveloppement de la production hydrolectrique
en France, ministre de lconomie et des
Finances, la Documentation franaise, mars
2006, 55 p.
pour mmoire

l n9 hiver 2010

112
Annexe 1
Marges
cinq innovations
majeures1

Marges (1935)

Cest dans le cadre de la construction du


barrage de Marges (1930-1935), alors
plus haut barrage vote double courbure dEurope (90m), quAndr Coyne
devait mettre en uvre un ensemble
dinnovations, intgrant tous les progrs
faits dans la fabrication des btons, celle
des aciers haute rsistance, ou les progrs dans les essais sur modle hydraulique. Le barrage de Marges:
1.Lencastrement du pied des consoles
de la vote double courbure a t
rduit par un amincissement du ct
amont. La stabilit vide de chaque
plot a t assure par un calage contre
le rocher et des bquilles dans le fond
de la valle. Nul doute que ce barrage
n9 hiver 2010

l pour mmoire

en carne, appuy sur des bquilles


semblables celles dont sont munies
lchouage les barques de pche, nait
subi linfluence de lexprience antrieure dAndr Coyne qui dbuta sa
carrire au Port de Brest.
2. Il mit dans cette vote novatrice le
second systme dauscultation par tmoins sonores (brevet Coyne).
3. Il imagina pour vacuer les crues le
saut de ski (brevet Coyne) : Le dversoir de la rive droite permettait de
lcher pour la premire fois un jet
40 m au-dessus du lit de la rivire par
un tremplin encore horizontal, qui fut
relev dans les solutions ultrieures
comme au barrage de lAigle.
4. Il utilisa une des toutes premires fois
des tirants grande capacit (brevet
Coyne) pour assurer la stabilit de la
cule poids en rive droite.
5. L a coupure de la rivire se fit laide
de grands gabions lests en charpente
mtallique et grillage, surmonts ensuite denrochements au talus amont
raidi verticalement grce des tirants
internes (technique dite du mur
chelle, brevete prcdemment par
Andr Coyne); lemprise de ce batardeau dversant amont fut rduite.

directement le barrage sans mme le ptarder en surface.


Limplantation du barrage ayant t fixe
avec certitude quelques mtres prs
grce aux sondages de reconnaissance,
les galeries de drivation provisoire furent trs courtes dautant plus que pour
les raisons suivantes. Le pied aval du batardeau amont ainsi constitu tait tenu
par une vote en bton trs tendue caractre exprimental. On imposa pour la
premire fois des btons plastiques qui
furent mis en place par tapis puis compacts laide de vibrateurs de surface
et de pervibrateurs aiguilles.
La mise en eau se droula sans incident
en 1935 et les fuites du barrage furent
pratiquement nulles.
Cet ensemble de qualit a justifi que le
CFBR fasse le choix de Marges pour une
prsentation dun barrage aux lves ingnieurs lautomne 2009.

Le barrage sinsre particulirement bien


dans un site troit o lpanouissement
de la valle laval a permis dimplanter lusine, et beaucoup plus tard une
2 usine de surquipement.
Le rocher en fond de valle, enfoui depuis des dizaines de milliers dannes
sous 12 mtres dalluvions, tait dans un
tel tat de fracheur et rendu tellement
irrgulier par la prsence de marmites
drosion quon nhsita pas y fonder

Dumas J., Lamnagement de la chute de


Marges sur la Dordogne, Le Gnie civil, 54e
anne, Tome CV, n1, juillet 1934, p1-10.
Coyne A. et Bidault des Chaumes A., Le
barrage et la centrale lectrique de Marges sur
la Dordogne, Le Gnie civil, 55 anne, Tome
CVII, n17, octobre 1935, p 385-394.

113
Annexe 2
MALPASSET
et la naissance
de la mcanique
des roches
Les pratiques concernant les travaux au
rocher, en surface et en souterrain, ont
t dveloppes de faon empirique par
les carriers et les mineurs au long des
sicles passs; quant aux constructeurs,
le roc tait pour eux une fondation
toujours convenable contrairement au
sol menac daffaissement, drosion, parfois de rupture. La distinction
entre sol et roc reposait sur des critres
de bon sens quon na toujours pas russi
prciser dune faon partout valable,
tellement la nature prsente de cas particuliers. Quand on peut fonder un btiment directement sur le roc massif
une profondeur permettant lexcution
conomique des travaux, la conception
des fondations sen trouve grandement
simplifie (Conseil national de la recherche canadien); (voir aussi annexe 1
Marges).

avec le sol et lexposition la pluie). Les


structures naturelles du terrain peuvent
jouer un rle considrable tant sur lextraction et la prparation des pierres de
construction que sur la faon de les disposer. Ainsi certains terrains sdimentaires diaclass fournissent directement
des pierres utilisables pour monter des
murs, et si le maon les superpose en lits
superposs comme le carrier les a trouvs, il sait donner aux lits une parfaite
horizontalit et il dcale les joints verticaux et pour la meilleure stabilit.
La rupture du barrage de Malpasset, le
2 dcembre 1959, a mis en lumire linsuffisance des connaissances et pratiques dans ce quon nappelait pas encore mcanique des roches , alors
que la mcanique des sols avait dj
acquis ses lettres de noblesse partir

de travaux anciens de Vauban, Coulomb


et Collin notamment et surtout grce
limpulsion dcisive de Karl Terzaghi. Le
premier ouvrage intitul Mcanique des
roches est publi en franais par lingnieur dEDF Joseph Talobre en 1957 ; il
sera dailleurs remani en 1966, sous
linfluence directe de la catastrophe. Au
lendemain de la rupture des fondations
de Malpasset, un grand nombre dtudes
ont t lances, mobilisant lensemble
de la communaut intresse, dont notamment quatre thses patronnes par le
Bureau Coyne et Bellier.
Lchelle spatiale des comportements
et donc des descriptions est apparue comme un lment primordial :
La construction sur les pentes de btiments, piles de ponts et barrages, le
creusement des tunnels profonds et le

Malpasset 1954

Les proprits des roches extraites des


carrires taient limites aux demandes
des constructeurs (aptitude du matriau
au faonnage et possibilits dutilisation); les catalogues des carrires franaises donnaient la densit, la rsistance
la compression, la glivit, parfois la
remonte capillaire, et spcifiaient les
usages suivant notamment le contact
pour mmoire

l n9 hiver 2010

114
comportement des versants instables
ont amen les ingnieurs passer du
matriau de construction au terrain naturel en place (ou in situ), en tenant
compte des multiples structures gologiques formes plus grande chelle par
des surfaces de sparation plus ou moins
apparentes, modifiant profondment les
dformabilits et les rsistance mesures sur chantillons (joints de stratification des roches sdimentaires, diaclases
des roches ignes, failles tectoniques) :
cette chelle de prise en compte, propose par les gologues autrichiens, a t
appele massif rocheux (rock mass
en anglais, Gebirge en allemand), le mot
roche ou parfois matrice rocheuse
tant utilis lchelle de lchantillon ou
du bloc situ entre les surfaces (rock
ou rock matrix, Gestein). Des tudes sur
modle physique et/ou mathmatique
ont montr par exemple que le bulbe
de contrainte sous une charge ne se
diffuse pas aussi largement dans une
structure feuillete mais peut gagner
beaucoup en profondeur.

ment. Or elle sexerce aussi au sein du


terrain de fondation et, dans la plupart
des cas, la sous pression est une force significative ct du poids propre et des
charges imposes par des btiments et
des barrages, si aucun drainage nest mis
en place pour la rduire. Pierre Londe a
tudi les consquences mcaniques de
lcoulement deau dans les fractures et
il a propos ds 1965 un abaque pour
discuter lquilibre dun bloc rocheux ttradrique en fonction des coefficients
de frottements et des sous-pressions sur
trois faces, la quatrime tant lair libre
et recevant les pousses dun rservoir
et dun barrage, ou au choix dun btiment ou dune pile de pont.

Le rle mcanique de leau sur le comportement du massif rocheux, quil soit


ltat naturel ou modifi par des interventions humaines (barrage dune valle,
tunnel sous nappe, drainage de versants)
est le deuxime facteur reconnu comme
crucial. Ce rle procde de llargissement du concept de sous-pression mis
en vidence par Maurice Lvy en 1895
aprs la rupture du barrage de Bouzey,
prs dEpinal. Le corps des barrages
poids et leur terrain de fondation taient
depuis munis de systmes de drainage,
mais la pratique navait pas t tendue
aux barrages dont la minceur donnait
peu de prise cette force de soulve-

Sur le terrain, outre la mise en uvre


systmatique de mthodes dessai dj
connues comme lessai au vrin de
poinonnement en surface, lessai de
cisaillement, la caverne en pression, et
de mthodes nouvelles comme lessai
de compression radiale en forage ( la
manire du pressiomtre) dont lchelle
reste infrieure au mtre, la mesure des
proprits du massif rocheux aura recours surtout des mthodes gophysiques globales (bases sur la transmission dondes), complte par ltude au
laboratoire des surfaces de sparation
(lessai de cisaillement tant peu sensible lchelle), et surtout par la me-

n9 hiver 2010

l pour mmoire

Au laboratoire de nouveaux essais ont


t dvelopps, dont le fluage, le cisaillement, la variation de permabilit sous
contrainte (dterminante Malpasset),
et un essai de rsistance a t rendu possible sur le terrain grce un appareil
portable agissant sur des chantillons
tout venant, sans carottage ni surfaage.

sure godsique des dformations sous


linfluence des conditions naturelles ou
imposes ; les structures bties sur le
sol, dont les barrages, sont dexcellents
tmoins des dformations du terrain.
Lauscultation des ouvrages et les mthodes de calcul sont apparues complmentaires, et donc insparables.
Ainsi, les recherches en vue de comprendre la rupture de Malpasset ont donn en moins de dix ans une impulsion essentielle la Mcanique des roches telle
quon la connat quarante ans plus tard.
Rfrences : Londe, P. 1965, Une mthode danalyse trois dimensions de la
stabilit dune rive rocheuse, Ann. Ponts
et Chausses, 135 (1), 37-60.

Malpasset, schma de rupture

115
Annexe 3
La mcanique
des roches
au barrage de Vouglans
Cadre topographique et gologique
Mis ltude partir de 1956 et construit
de 1963 1968, ce barrage vote a bnfici des premiers enseignements de
la rupture du barrage de Malpasset, ainsi
que des acquis alors les plus rcents de
la mcanique des roches, ce qui lui vaut
cet encadr.

Issue dune source vauclusienne 700m


daltitude, la rivire dAin coule vers le
sud pour rejoindre le Rhne en amont
de Lyon ; partir des rapides du Saut
de la Saisse, elle sencaisse dans les plateaux calcaires en une valle troite et
sinueuse profonde denviron 200m..
Le site du barrage a t choisi dans un
tronon rectiligne. Le rocher est masqu
au pied de la rive gauche par un remplissage fluvio-glaciaire, le lit rocheux (bed
rock) tant 30m plus bas que le lit actuel
de lAin.

des interventions ultrieures sont possibles grce une galerie primtrale


(voir figure plus loin).

Les versants montrent une succession de


bancs calcaires massifs presque horizontaux, de 2 15 m dpaisseur, recoups
par quelques grandes diaclases verticales, obliques sur laxe de la valle. La
structure du massif rocheux, remarquablement simple et symtrique, na pas
ncessit lusage de relevs ni de diagrammes statistiques.

Essais classiques sur chantillons : pas


danisotropie en module ni en rsistance,
un effet dchelle trs modr (c varie
de 110 90 MPa quand le diamtre passe
de 36 145mm).

Les caractristiques du barrage votesont


indiques tableau 5 :
La courbure des arcs suprieurs diminue
au voisinage des appuis suivant un trac
parabolique en raison de la grande largeur. La crue de projet, 2050 m3/s, est
vacue pour lessentiel par des pertuis
vanne en surface. Les puits de prise
deau, les galeries en charge et lusine
sont en souterrain en rive droite.

Vouglans

Pour fonder le barrage au rocher, lexcavation des terrains meubles a t faite


lintrieur dune fouille blinde en bton,
circulaire en plan, formant ensuite un
bassin damortissement pour les jets des
vacuateurs de crue.
Le voile dinjections est inclin vers
lamont, et suivi dun voile de drainage;

Reconnaissances : Une galerie a vrifi


la continuit du rocher sous la terrasse
rive gauche, la cote 340, o elle a attir
lattention sur un joint stylolithique particulier; en effet sur une paisseur denviron 2cm, son remplissage marneux
contient 10 15 % de montmorillonite
gonflante et a justifi les essais mentionns ci-dessous.

Essais sur le terrain, dabord la plaque,


ensuite en forages, avec deux dilatomtres dont celui qui venait dtre mis
au point EDF, complts par un essai
original au vrin plat (mesure au centre
du vrin).
En conclusion le terrain de Vouglans est
apparu le moins dformable des sites
tudis, ainsi que le plus homogne; et
on a retenu pour le calcul du barrage un
module du massif du mme ordre que celui du bton.
Essais sur le joint argileux: des carottes
ont t prleves cheval sur le joint, au
diamtre 250 mm, et places dans une
bote de cisaillement sur une machine
construite spcialement pour la mcanique des roches (forces normale et tangentielle de 500 kN, surface maximale
cisaille 400 x 600mm (0,24m2).

pour mmoire

l n9 hiver 2010

116
En complment on a ralis en souterrain
un essai grande chelle sur une superficie cisaille de 4,4m2.
Les rsultats des essais mettent en vidence des variations de cohsion suivant
la dformation et lchelle (carottes, essai in situ) mais que le frottement nest
pas sensible lchelle.
Calculs
La mthode propose par P. Londe a t
applique la stabilit au glissement
dun grand bloc rocheux ttradrique reposant sur le joint 340 et limit par deux
diaclases verticales obliques.
Les calculs ont montr quen labsence
de drainage, les pressions de leau sont
du mme ordre que le poids ; ce sont
donc elles qui commandent lquilibre.
Cest seulement sur des blocs plus petits que la pousse de la vote devient
prpondrante par rapport au poids du
bloc. Lintrt de cette analyse est de
pouvoir faire varier les facteurs dans des
plages trs tendues On comprend aussi
que cette approche met en vidence les
facteurs les plus lourds et permet de les
traiter en priorit.
Drainage
Le drainage densemble est assur par un
voile form de forages reliant des galeries horizontales, plac laval du voile
dtanchit (figure ci-contre).
Auscultation
En sus des dispositifs habituels (300 tmoins sonores, 5 lignes de pendules,
de nombreux pizomtres et des voyants
topographiques), des fils de fondation
(figure ci-contre) de 5 18 m ont t
n9 hiver 2010

l pour mmoire

placs en 9 points partir de la galerie


primtrale pour mesurer lextension du
massif rocheux au pied amont du barrage. Ce dispositif exprimental a fonctionn pendant la mise en eau, montrant
que lextension (quelques millimtres)
tait localise dans les 5 6 mtres de
rocher proches du bton.
Sources: Congrs CIGB dIstanbul, Q32 R49, pp.
793-818, 1967.
Congrs CIGB de Montral, Q38 R49, pp. 935-960,
1970.

Voile de de drainage
Voile dinjection
Auscultation, fil
de fondation

117
Annexe 4
Andr Coyne

Andr Coyne est n le 10 fvrier 1891


Paris1 . Engag volontaire le1er octobre
1910, il entre lEcole polytechnique en
octobre 1911, dont il sortit en octobre
1913. Sous-lieutenant de rserve du Gnie au 5 rgiment du gnie en octobre
1913, il fut nomm lve ingnieur
lEcole des ponts et chausses, le 1er octobre 1914. Mais mobilis en aot 1914, il
participa la campagne contre les puissances centrales, dabord comme officier du gnie puis comme pilote aviateur
partir du 16 mai 1917, (dtachement
laronautique) dans larme dOrient
puis larme du Danube. Il fut dcor
de la Croix de guerre avec 3 citations,
de la Distinguished Flying cross, de la
Valeur Italienne. Il fut nomm chevalier

de la Lgion dhonneur titre militaire le


16 juin 1920.
Cette exprience daviateur qui exige
courage dtermination, pour dominer la
solitude, et faire corps avec un appareil
technique au cur dlments naturels
dans lequel il vole, a certainement marqu durablement son comportement.
Aprs tre retourn lEcole des ponts et
chausses en 1919, il est affect en avril
1920 au service maritime Brest (ports,
phares et balises). Il va trs rapidement
marquer cette priode par son intervention dans les projets et ralisations
suivantes: Cale du Moulin mer (1927),
construction de terre-plein lest de la
jete de lEst avec ralisation de murs
chelle (1928, brevets Coyne), consolidation du phare de la jument dOuessant,
pont sur lElorn (Entreprise Limousin
E. Freyssinet). Il fut nomm membre de
la commission des barrages de grande
hauteur du Conseil gnral des ponts et
Chausses en 1924.
Nomm chef du service spcial damnagement de la Haute-Dordogne avec
rsidence Paris le 15 juin 1928 (prise de
poste le 1er juillet 1928) en remplacement
de Maurice Degove dcd (1887-1928),
il quittera la Bretagne et la mer non sans
regret et apprhension.
On a racont sa russite en Dordogne,
la cration du service technique des
grands barrages. Son intgration dans
les organisations internationales se fit rapidement. Vice-prsident de la CIGB en
1936, rapporteur gnral aux deux premiers congrs de 1933 et 1936, il en fut le
prsident de 1946 1952. Il fit partie du
comit dexperts pour la surlvation du
barrage dAssouan ds 1937.

Pendant la seconde guerre mondiale, il


fut un rsistant aidant de jeunes ingnieurs ou des lves ingnieurs fuyant le
STO qui transformrent des chantiers de
barrage en bases du maquis.
Son comportement tait tout entier tourn vers laction. Il accordait la plus extrme importance aux conditions dexcution comme cela ressort des comptes
rendus de ses inspections. Dans lditorial du premier numro du bulletin du
service technique des grands barrages
aprs avoir dfini les conditions du travail faire, il crivait : Cest cette
condition que nous pourrons constituer
peu peu en confrontant sans cesse les
vues thoriques avec lexprience un
corps de doctrine large et souple, prcis
et vivant tout orient vers laction.
Nous avons dit plus haut sa dmarche
toute fonde sur lobservation des ouvrages, pour lauscultation desquels il
imagina le tmoin sonore, produit de son
esprit trs inventif qui lamena dposer
plus de 30 brevets.
En 1946, lors de la cration dEDF o il
avait sa place, il prfra prendre le risque
de crer un bureau dtudes indpendant
avec son gendre Jean Bellier qui le secondait depuis laventure de Marges,
quelques fidles de cette poque et un
groupe de tout jeunes ingnieurs embauchs au STGB pendant la guerre. Cest
avec cette quipe quil continua luvre
qui donne son titre cet encadr. Il prservait travers la structure dun cabinet
indpendant, une libert dinvention, de
proposition et dintervention en France
et ltranger, quil naurait pas eu au
1

Fichier Richard, ENPC.


pour mmoire

l n9 hiver 2010

118
sein dune organisation plus importante
et plus lourde.
Pendant les 13 ans qui suivirent, entour
dune quipe particulirement jeune
qui il donna loccasion dexpriences
exaltantes, avec de larges responsabilits, il accomplit une uvre dune dimension sans rapport avec le nombre de ses
collaborateurs.
Pour sa fin de vie on ne peut faire mieux
que de citer un de ses plus proches collaborateurs.
Son existence exemplaire aurait mrit de sachever dans la srnit dune
vieillesse encore fconde. Mais la tragdie ravagea tout en moins dun an. Min
soudain par la maladie, puis tortur par la
catastrophe de Malpasset, Andr Coyne
puisa ses dernires forces tenter den
clairer les causes et enjoignit ses disciples darracher, lui disparu, la Nature,
aprs tant de confrontations russies,
son secret meurtrier. Ils y parvinrent en
suivant les rgles mmes de son enseignement technique et moral et aidrent
ainsi la Science quil leur avait transmise
tirer un progrs de lpreuve par un
surcrot de connaissance et de sret
pour lavenir2.

L. Giulani

n9 hiver 2010

l pour mmoire

Annexe 5
Alexandre Collin
et les barrages de
Bourgogne
Dans la premire moiti du XIXe sicle,
en mme temps que les questions dtanchit et dquilibre des fondations, des
ingnieurs avaient eu traiter le problme de la stabilit des talus de dblais
et remblais en terre. La construction des
canaux et chemins de fer avait demand
dimportants travaux. Un remarquable
ouvrage de synthse a pour titre Recherches exprimentales sur les glissements spontans des terrains argileux1 .
Il fut publi compte dauteur avec laide
de subventions de divers ministres,
en 1846, aprs que deux projets de mmoire lAcadmie des Sciences en 1840
et 1844 et quune proposition darticle
dans les Annales des Ponts et Chausses
en 1841 navaient pas pu tre publis en
raison de problmes ditoriaux, et des
rticences de certaines autorits comme
Poncelet. [Link] (1808-1890), ingnieur
des Ponts et Chausses, fut en poste de
1832 1844 au canal de Bourgogne. Il a
fait la synthse des donnes et observations de ruptures survenues dans cinq
digues, sept remblais de canaux, deux
talus en dblais de route et 12tranches
de canaux soit un total de vingt-sixsites.
Il avait t le tmoin et lacteur de lanalyse des causes et le projeteur des rparations sur six dentre eux. Sur certains,
il y avait eu non pas un, mais plusieurs
glissements.

Il a runi de prcieuses observations


sur le terrain, en notant les formes des
glissements, leur position par rapport
diffrentes couches, les conditions dans
lesquelles se sont produites les ruptures.
Il sest intress aux proprits de largile
en faisant des essais de cisaillement en
laboratoire, en fonction de la teneur en
eau et de la vitesse de sollicitation. Il a
fait des remarques sur la stabilit long
terme et court terme des talus. Sa dmarche qui procde de la mthode inductive, sappuie sur llaboration dune
thorie, partir dune analyse aussi rigoureuse que possible des observations
sur le terrain. Dans un autre domaine,
Grosbois, dans le cadre de lexpertise
des dsordres ayant affect le barrage, il
a procd en 1838 des essais de chargement in situ des argiles de fondations
du barrage pour estimer leur dformabilit. Ds 1833 au moyen de puits, il avait
effectu un relev pour la premire fois,
dans lhistoire du Gnie civil, de la surface dun glissement en rive gauche du
mme barrage. Il a ralis un calcul indit
de stabilit du barrage de Grosbois aprs
laccident de 1838, en introduisant une
sous-pression sous la fondation, quil fait
varier dans un calcul de sensibilit, pour
comprendre quel a t le type de rupture
A la diffrence de beaucoup dingnieurs
de son poque qui avaient tendance
prendre les problmes en force, [Link] avait compris quon ne pouvait pas
sopposer un glissement qui a dmarr,
et que leau intrieure ou celle infiltre
1

La valeur du travail de Collin ne fut pleinement


reconnue quen 1946 par des chercheurs anglais
dont A.W. Skempton qui fit traduire son uvre en
anglais.

119
partir des pluies tait lorigine de la plupart des sinistres par les modifications
apportes au comportement de largile
dans son ensemble.
Aussi distinguait-il sans les opposer les
moyens rpressifs et prventifs (rparation de laccident et prvention) des
moyens seulement prventifs combinant
drainage et soutnement. Ces propositions sappuyaient non seulement sur la
forme des glissements, les conditions de
survenance des accidents mais sur une
analyse du comportement des matriaux

argileux qui le conduisait privilgier le


drainage en expliquant fort clairement
les mcanismes. Comoy dans un trs bel
article publi dans les Annales des Ponts
et Chausses en 1875, illustrait lefficacit du drainage, la fois titre prventif
et rpressif. Cette postrit de Collin a
t rduite. Skempton y voit une des raisons de la stagnation du dveloppement
de la mcanique des sols et des ouvrages
en terre au XIXe et ce jusquau dbut du
XXesicle.

Calcul de stabilit de Grosbois aprs laccident de 1838

pour mmoire

l n9 hiver 2010

120
Bibliographie
On rappelle ici certains des ouvrages
cits en note de pied, ainsi que dautres
pour approfondir la connaissance des
barrages.

Histoire
Architecture de llectricit, catalogue
de lexposition organise en 1992, lespace Electra Paris, Norma, Fondation
Electricit de France, 1992, 173p.
Bellier J., Les Barrages, collection Que
sais-je, Paris, PUF, 1982, 126 p.
Bordes, J.L., Les barrages-rservoirs
en France du milieu du XVIIIe sicle au
dbut du XXe sicle, collection Histoire et
Techniques, Presses de lEcole nationale
des Ponts et Chausses, 2005, 448 p.
Grard P., Lpope hydrolectrique
dElectricit de France, Association pour
lHistoire de llectricit en France, 1996,
681 p.
Histoire gnrale de Llectricit en
France, tome 1 : Espoirs et conqutes
1881-1916, sous la direction de F. Cardot
et F. Caron, Paris, Fayard, 1991, 1 vol,
999p, tome 2 : Linterconnexion et le
march 1919-1946, sous la direction de
M. Lvy-Leboyer et H. Morsel, 1994,
1438 p, tome 3 : une uvre nationale de
lquipement 1946-1987 sous la direction
de H. Morsel.
Hydraulique et Electricit franaise,
numro spcial de la Houille Blanche,
1951
Mary, M., Barrages votes; historique,
accidents et incidents, Dunod, Paris,
1968.
Schnitter, N.J., A history of dams, the
useful pyramids, Rotterdam, Balkema,
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