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Le Positivisme

Le document présente le positivisme d'Auguste Comte, une philosophie fondée sur l'observation des faits et le rejet de la métaphysique et de la théologie. Comte décrit sa classification hiérarchique des sciences selon leur degré de complexité, avec les mathématiques comme base et la sociologie au sommet. Il développe également sa loi des trois états décrivant l'évolution de l'humanité et des sciences.

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Le Positivisme

Le document présente le positivisme d'Auguste Comte, une philosophie fondée sur l'observation des faits et le rejet de la métaphysique et de la théologie. Comte décrit sa classification hiérarchique des sciences selon leur degré de complexité, avec les mathématiques comme base et la sociologie au sommet. Il développe également sa loi des trois états décrivant l'évolution de l'humanité et des sciences.

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Le positivisme

Le positivisme est une doctrine philosophique fonde par Auguste Comte. Le


terme de positivisme a t cr par A. Comte lui-mme pour dsigner son
systme qu'il croyait absolument nouveau. Philosophie positive, Politique positive,
tels sont les titres des deux principaux Cours d'A. Comte. Depuis, le terme s'est
tendu au point de ne plus enfermer, dans l'usage courant, qu'une signification
assez lche : prvention contre la mtaphysique ou la religion , mfiance
l'gard des grandes hypothses, ou mme simple disposition de l'esprit ne
s'attacher qu'aux certitudes les plus immdiates et aux biens les plus concrets. De
l vient sans doute qu'on ne voit trop souvent dans le positivisme qu'un effort pour
constituer la science indpendamment de toute mtaphysique, une forme peine
nouvelle du relativisme antique et de l'empirisme ou du criticisme modernes. Or le
positivisme n'est pas une simple philosophie de la science, c'est une sociologie
fonde sur la science et aboutissant une religion.
Quelle que soit la valeur de cette conception, Comte eu est bien l'auteur original.
Ce n'est pas dire qu'il ne reconnaisse aucune dpendance l'gard du pass.
C'est bien au contraire la filiation entire des grands penseurs qui aboutit au
positivisme. Kant et surtout Hume, Condorcet et Joseph de Maistre, Bichat et
Gall, tels sont, de son propre aveu, les six prdcesseurs immdiats de
Comte, au triple point de vue philosophique, politique et scientifique. Par eux, il
rejoint les trois pres systmatiques de la philosophie moderne , Fra(ncis
Bacon, Descartes et Leibniz. Au del, le Moyen ge lui semble condens dans
saint Thomas, Roger Bacon et Dante qui le conduisent au prince ternel des
penseurs, l'incomparable Aristote . Il faut en toute justice ajouter cette liste le
nom de Saint-Simon, qui fut le vritable inspirateur de A. Comte, bien que des
ressentiments personnels aient empch celui-ci de rendre hommage son
matre.
Philosophie positive

1 Mthode gnrale. - Positif, dit Comte, est la mme chose que rel et utile.
Science du rel, la philosophie positive devra tre utile, et renoncer aux striles
spculations. Quel sera donc son objet? De mettre fin l'anarchie politique et
intellectuelle, de conduire l'harmonie sociale en rtablissant l'harmonie entre les
intelligences ,telle que l'avait ralise le christianisme au XVI sicle. Il faut,
cet effet, renoncer aux hypothses arbitraires qui ont jusqu'ici gar les
philosophes. Les uns, les thologiens, expliquent les phnomnes par action
d'une ou de plusieurs volonts suprieures aux phnomnes. Les autres, les
mtaphysiciens, admettent des causes premires ou finales, des essences et des
entits et croient par la raison atteindre l'absolu. Le positiviste s'en tiendra aux
ralits apprciables notre organisme , c.--d. aux phnomnes perus par
les sens et leurs lois. Une telle philosophie sera sans doute toute relative,
puisqu'au lieu de dterminer des causes elle ne saisira que des relations
constantes entre des faits, mais elle sera utile, puisqu'elle permettra de prvoir et
d'agir sur la nature; elle sera organique, car l'invariabilit et la concordance que
nous observons entre les lois de la nature imprimeront au savoir un caractre
croissant d'unit et de simplicit. C'est ainsi que la loi de la gravitation, fonde sur
e

l'exprience, permet de ramener une formule extrmement simple une


prodigieuse varit de phnomnes astronomiques. La philosophie au lieu de se
perdre en recherches sur la nature, la cause premire ou la destination dernire
de l'attraction, considrera cette loi comme aussi relle que les faits qu'elle rgit et
s'lvera de lois en lois, de gnralisations en gnralisations, une conception
systmatique, pratique et prcise de l'univers.
2 Loi des trois tats. - Cette volution de la philosophie n'est elle-mme qu'un
cas particulier de la loi d'volution laquelle l'humanit tout entire est soumise
dans toutes ses manifestations actives. L'humanit passe ncessairement par
trois tats successifs : l'tat thologique ou fictif, dans lequel elle se croit
gouverne par des puissances concrtes, personnelles, dieux , dmons ,
gnies ; l'tat mtaphysique, ou abstrait, qui substitue aux tres surnaturels des
concepts abstraits, le chaud, le sec, le vide, le bien; enfin l'tat positif ou
scientifique, qui ne reconnat d'autre absolu que ce principe : rien n'est absolu.
Ces trois tats correspondent l'enfance, la jeunesse et l'ge adulte de
l'humanit, et l'individu lui-mme est successivement thologien, mtaphysicien
et physicien . Les socits passent par les mmes phases. Enfin chaque science
est soumise la mme loi de dveloppement. La physique, par exemple, a tour
tour expliqu les phnomnes par l'action surnaturelle, les entits abstraites et la
liaison causale.
3 Classification des sciences. - Nous arrivons ainsi par une transition toute
naturelle la clbre classification des sciences de Comte. L'histoire des
sciences nous apprend en effet que les sciences ne se sont pas affranchies
paralllement des tats thologique et mtaphysique. Les mathmatiques ont,
ds l'Antiquit, conquis leur mthode dfinitive. L'astronomie reoit la sienne de
Kepler et de Galile, la physique de Bacon et de Descartes, la chimie de
Lavoisier, la biologie de Buffon, Cuvier, Linn, Geoffroy-Saint-Hilaire; enfin, c'est
Comte lui-mme que la sociologie doit de s'tre leve la dignit de science
positive.
Or cet ordre de dveloppement, en apparence incohrent, n'est pas d au caprice
de l'accident. Il repose sur un ordre profond, il n'est que l'expression de la
subordination logique des diverses parties du savoir humain. Nous touchons ici
la dcouverte capitale de Comte, celle de la hirarchie des sciences. Chacune
des sciences que nous venons d'numrer est apparue son heure, parce qu'elle
suppose la prcdente et qu'elle est la condition des suivantes. C'est ainsi que la
chimie, indispensable la biologie, s'appuie elle-mme sur la physique. Cette
hirarchie, n'est enfin son tour que l'expression de la dpendance naturelle des
phnomnes; les phnomnes les plus simples et les plus gnraux sont le
fondement sur lequel viennent s'tablir les plus gnraux et les plus particuliers.
Gnralit dcroissante et complexit croissante, tel est donc l'ordre qui
dtermine la classification des sciences aussi bien que celle des phnomnes.
Rien de plus simple ni de plus gnral que les rapports de quantit, rien de plus
complexe ni de plus individuel que les phnomnes sociaux. On remarquera que
Comte n'a pas rserv de place spciale la logique. Chaque science particulire
a sa logique spciale, sa mthode propre qu'on ne saurait isoler; la logique
abstraite des mtaphysiciens n'atteint pas le rel et n'apprend pas penser juste.

Quant la psychologie, Comte la rduit n'tre qu'un chapitre de la biologie dont


elle empruntera la mthode d'observation-exprimentale. La mthode
d'observation interne, prconise par les philosophes, lui parat radicalement
absurde, parce que l'esprit ne peut s'isoler compltement du dehors sans tomber
dans le repos absolu, dans l'inconscience.
La classification donne la clef de la philosophie gnrale des sciences. Mais
chaque science particulire a sa philosophie propre, qu'Auguste Comte a
longuement tudie.
La mathmatique est la source de toute positivit, la science par excellence,
car elle tablit entre les donnes qui lui sont propres des rapports de
dtermination plus rigoureux qu'aucune autre science. Elle rend aux autres
sciences les services que les philosophes attendent ordinairement de la logique,
car elle donne le type parfait ou tout au moins l'analogue de tous les modes de
raisonnements. Il est vrai que, pour A. Comte, la mathmatique est dj une
science du rel. L'espace n'est plus le lieu idal o le gomtre construit des
figures imaginaires c'est un milieu fluide trs subtil, la surface une lame trs
mince, la ligne un fil trs dli. Il divise la mathmatique en mathmatique
abstraite (algbre), mathmatique des nombres (arithmtique) et mathmatique
concrte qui est statique (gomtrie) ou dynamique (mcanique). L'astronomie
est une application immdiate de la mcanique. Elle est bon droit la premire
des sciences de la nature, par sa prcision toute mathmatique d'abord, ensuite
par sa gnralit. Car les phnomnes physiques qui se passent sur la Terre
dpendent de la condition astronomique de cette plante. Elle se divise en
gomtrie cleste et mcanique cleste. Comte en exclut l'tude des toiles qui
chappe aux dterminations prcises du calcul.
La physique est la science des proprits les plus gnrales des corps. Moins
prcise dj et plus complexe que l'astronomie, elle est tenue de recourir
l'exprimentation, mais elle aboutit des formules rigoureusement
mathmatiques qui lui permettent de commander la nature. Elle comprend,
suivant l'ordre de complexit croissante, la barologie, la thermologie, l'acoustique,
l'optique, l'lectrologie.
La chimie, encore bien imparfaite, a l'avantage d'tre nantie d'une langue bien
faite qui lui est propre et constitue sa vritable mthode, la nomenclature
rationnelle.
La biologie s'est peine dgage de la mthode thologique qui expliquait le
monde par l'humain. Il s'agit dsormais d'expliquer l'humain par le monde, c.--d.
de ramener les phnomnes de la vie des lois gnrales. Toutefois la vie rsulte
la fois de l'action du milieu ambiant et d'un processus interne de fonctions
rciproques. Elle a donc ses lois propres et irrductibles en mme temps qu'elle
subit celles de tout l'univers (par exemple l'action des climats). Plus complexe que
la physique et la chimie, elle recourra, comme ces sciences, l'observation,
facilite par l'usage du microscope, et l'exprimentation, mais elle y ajoutera
deux procds dont A. Comte a trs nettement aperu l'importance : la
comparaison (des organes, des tres entre eux, etc.) et la classification. Elle se
divise en biologie statique (anatomie) et biologie dynamique (physiologie). La

psychologie positiviste trouvera sa place la fois dans l'anatomie et la physiologie


qui dtermineront exactement les conditions organiques dont dpendent les
fonctions mentales. C'est Gall qu'A. Comte attribue l'honneur d'avoir inaugur la
vraie mthode psychologique, encore qu'il n'admette pas le dtail des
localisations proposes par le clbre phrnologie. Outre l'tude de l'humain, la
biologie compare sera pour le psychologue un prcieux auxiliaire. Elle lui
apprendra qu'entre l'humain et l'animal il n'y a aucune diffrence essentielle.
L'instinct n'est pas autre chose que la raison fixe, et la raison n'est pas autre chose que
l'instinct mobile .

Cependant Comte ne nie pas la libert humaine, mais il n'y voit gure qu'une
moindre ncessit, une plus grande variabilit due l'extrme complexit de la
vie intellectuelle.
La physique sociale, enfin, pour laquelle A. Comte a cr le mot sociologie,
emprunte la biologie, et par elle la science de l'univers, ses lois les plus
gnrales. Mais elle a aussi son domaine dfini, ses lois propres et sa mthode
spciale qui est la mthode historique. Elle se divise, comme la mathmatique,
l'astronomie et la biologie, en statique sociale, qui est la, thorie, de l'ordre social,
et dynamique sociale, ou thorie du progrs social. La statique ou anatomie
sociale tudie successivement les trois organes essentiels toute socit
individu, famille, socit proprement dite. La sympathie est naturelle l'humain
ct de l'gosme; elle trouve son expression la plus forte dans la famille, qui est
la vritable unit sociale, tandis que l'Etat est une coopration de familles sous le
contrle modrateur du gouvernement. L'Etat est un pouvoir aussi bien spirituel
que temporel o l'influence intellectuelle tend prdominer peu peu sur les
intrts matriels. Car les socits sont soumises une loi ncessaire de
dveloppement qui est l'objet de la dynamique sociale. Cette loi n'est autre que
celle des trois tats que l'on a rsume plus haut. On conoit que A. Comte ait
accord l'application sociale de cette loi la plus grande importance. Il y consacre
tout le dernier tiers du Cours de philosophie positive, qui prend ainsi les
proportions d'une vritable philosophie de l'histoire. Les premires socits se
sont ncessairement constitues au nom de croyances religieuses qui pouvaient
seules tablir une forte communaut entre les individus encore domins par les
instincts gostes. Ces croyances se sont d'ailleurs pures. Ftichisme,
polythisme , monothisme, tels sont les trois stades de cette volution. L'Eglise
catholique a t le type le plus parfait de la socit monothiste, du moins au
Moyen ge o elle a ralis l'union intgrale du spirituel et du temporel. Cette
organisation a t le plus grand chef-d'oeuvre politique de la sagesse humaine
. L'Eglise, en effet, a su, au point de vue statique, mettre la tte de sa
hirarchie un pouvoir spirituel indiscut, qui personnifiait toute la civilisation de
l'poque; au point de vue dynamique, elle a t l'ducatrice intellectuelle, morale,
politique mme de l'Europe. Mais le catholicisme , en sparant l'esprit de la
nature, portait en lui un germe de dissolution auquel il n'a pas rsist. Ds le XIV
sicle s'opre la sparation entre les pouvoirs spirituels et temporels. Au XVI , la
philosophie son tour s'affranchit, et l're mtaphysique ou critique commence.
Elle a pour protagonistes les philosophes et les juristes qui font la critique de la
scolastique et du rgime fodal. Le protestantisme hte la dissolution; en
introduisant le libre examen, la place du principe d'autorit, il ruine la hirarchie
e

spirituelle de l'Eglise. Enfin le disme et le scepticisme du XVIII ont prcipit ce


mouvement de critique et de destruction qui aboutit logiquement aux ruines
sociales accumules par la Rvolution franaise.
e

Mais ct de ce travail de dcomposition s'opre, ds le XIV sicle, un travail


plus ou moins cach de reconstitution qui prpare l'avnement de l'tat positif.
Les trois principaux domaines auxquels s'applique cette rnovation sont
l'industrie, l'esthtique et la philosophie; et Comte signale avant Spencer les
diffrentes phases de l'industrialisme, la naissance des grandes villes, des
manufactures, des moyens de transport, des colonies, des banques, enfin du
machinisme. Mais l'volution matrielle, faute d'organisation, n'a fait qu'empirer la
condition des ouvriers. De mme l'art et la philosophie, affranchis de l'influence
religieuse par la critique mtaphysique, manquent aujourd'hui d'orientation et
s'puisent dans l'anarchie.
e

C'est cette orientation que la sociologie positive doit donner l'industrie, l'art,
la philosophie. A cet effet, il est indispensable de crer une autorit spirituelle qui,
sans se confondre avec le pouvoir politique, doit lui servir pour assurer la
morale la suprmatie sur la force matrielle. Dans une socit positive, c'est le
devoir qui fonde le droit, et son tour le devoir repose sur l'amour. Mais qui seront
ces ducateurs de l'humanit? Ceux-l, videmment, qui ont la conscience la plus
nette de la valeur gnrale de la science et de la fin sociale, c.--d. les savants
positivistes. Ils formeront quelque jour une corporation europenne. Mais en
attendant que l'ducation morale de l'Europe entire soit acheve, on se
contentera de constituer un comit positif occidental, comprenant 8 franais, 7
Anglais, 6 Italiens, 5 Allemands et 4 Espagnols, avec Paris pour contre spirituel.
Quant la socit proprement dite, elle comprendra, l'tat positif, deux classes
rparties d'aprs le dveloppement ingal des facults d'abstraction et de
gnralisation : la classe spculative, philosophes, savants, artistes, et la classe
active on pratique: commerants, industriels, agriculteurs. Aucune des deux
classes ne saurait d'ailleurs se passer du concours de l'autre, et le rle du pouvoir
spirituel est prcisment de rappeler aux citoyens cette solidarit des intrts ; il
montre aux riches qu'ils sont de simples administrateurs, et aux proltaires que la
concentration des capitaux est une ncessit sociale.
Ainsi toutes les sciences aboutissent la sociologie, parce qu'en effet l'humanit
est la plus haute ralit que nous apercevions dans l'univers. L'individu mme
n'est au fond qu'une pure abstraction. Il n'y a de rel que l'humanit, et c'est l'ide
d'humanit qui, la place de l'ide de Dieu, tout hypothtique, servira de
fondement une morale sociale relle et scientifique.
Politique positive.

La politique positive tait, aux yeux de Comte, la plus importante partie de son
systme. Il en avait esquiss ds 1822 les grandes lignes dans le Plan des
travaux scientifiques ncessaires pour rformer la socit, et c'est grand tort
que Littr et Stuart Mill ont cru y voir la contre-partie de la philosophie positive.
Sans doute, la philosophie positive, ne faisait pas pressentir en Comte le
fondateur d'un systme religieux. Mais l'tonnement cesse si l'on songe que le
mot religion perd, dans la politique positive, toute signification transcendante pour

ne plus dsigner que l'harmonie intrieure de l'me et l'union des individualits


dans l'amour.
Le culte de l'humanit. - Il n'y a de rel que l'humanit, concluait le Cours de
philosophie positive. L'humanit sera donc l'objet unique du culte positiviste. Elle
est le grand tre, dont nous sommes les membres, et elle n'est pas moins faite
des gnrations passes ou futures que des prsentes. L'humanit est faite de
plus de morts que de vivants. Appartient d'ailleurs au grand tre cela seul qui a
eu un caractre vritable d'utilit sociale; le pur individuel meurt jamais. Les
progrs acquis par vos devanciers dterminent la suite de l'volution les vivants
gouvernent les morts . La Terre
( Terre ), sjour de l'humain, est le grand
Ftiche, l'espace ( Ciel) o elle se meut, le grand Milieu.
La religion positive doit gouverner les sentiments, les penses et les actes. Elle
comprend ainsi un culte, un dogme et un rgime social, et aboutit cette triple
formule : l'amour pour principe, l'ordre pour base, le progrs pour but .
- Le culte ne consiste pas adorer le grand tre, mais le perfectionner.
La prire n'est pas une demande, mais une mditation sur l'idal de la vie. Le
culte comprend :
a. Le culte personnel, ou adoration intime de la femme (pouse, mre on fille),
parce que la femme, chez qui domine la sympathie, est le type le plus pur de
l'humanit, le lien vivant qui unit l'humain la socit. Comte avait rgl ce culte
dans le plus grand dtail et en observait minutieusement les rites en l'honneur de
Clotilde de Vaux .
1 Culte

b. Le culte domestique. Il ne comprend pas moins de neuf sacrements qui


prparent l'incorporation graduelle de l'individu dans l'humanit et sanctifient tous
les actes essentiels de la vie prive : prsentation (baptme), initiation ( 14 ans),
admission (21 ans), destination (28 ans) ; mariage, maturit (42 ans), retraite (63
ans), transformation (au lit de mort), incorporation au grand tre (7 ans aprs la
mort).
c. Le culte public ou culte collectif a pour objet le grand tre. Il sera clbr dans
le temple de l'Humanit, bti au milieu d'un bois sacr . L'humanit y sera
reprsent par la statue d'une femme de trente ans avec un enfant dans les bras.
Une chapelle latrale sera consacre au souvenir des femmes minentes. Treize
autres contiendront les statues des grands penseurs qui donnent leur nom aux
treize mois du calendrier positiviste. Comte avait, en effet, trac le plan d'un
calendrier de treize mois de quatre semaines. Chaque mois, chaque semaine, et
chaque jour a un patron choisi parmi les hros de l'humanit. Les treize mois ont
pour vocable : Mose, Homre, Aristote, Archimde, Csar, Saint Paul,
Charlemagne, Dante, Gutenberg, Shakespeare, Descartes, Frdric Il et Bichat.
- Le dogme positiviste n'est autre chose que la philosophie positive qui
donne l'humain la connaissance de sa place dans l'univers et dans l'humanit.
Comte y accorde seulement une place plus large la morale, qu'il met au-dessus
2 Dogme

de la sociologie. De la conscience que prend l'humain de sa place dans


l'humanit rsulte la prdominance graduelle des instincts-altruistes sur
l'gosme. Vivre pour autrui, telle devient la maxime du positiviste. Enfin, Comte
rattache au dogme une psychologie fonde sur la thorie crbrale de Gall. Le
nombre et l'importance des organes dtermine : la classification et la hirarchie
des facults, entre autres la supriorit du cur sur l'esprit.
- Le rgime social, institu par la religion positiviste, comprend
d'abord l'ducation. L'enfant la reoit d'abord de sa mre, et la vnration dont il
l'entoure est pour lui la premire forme du culte positiviste. C'est avec elle qu'il lira
les potes et apprendra la musique et le calcul. Plus tard, dans les coles
positivistes, o les deux sexes seront runis, il apprendra le dogme, c.--d. les
sciences particulires et leur classification. Les matres auront soin d'assurer la
prpondrance du coeur sur l'esprit. L'enseignement est ainsi une fonction
sacerdotale par excellence. Comte avait prcis dans le plus grand dtail les
conditions d'admission aux trois degrs du sacerdoce (aspirants, vicaires, prtres)
et jusqu'au traitement et au nombre de ces fonctionnaires spirituels. A la tte du
sacerdoce est le grand-prtre de l'humanit, qui rside Paris et qui nomme son
successeur.
3 Rgime social

La religion positiviste doit rgnrer la vie humaine dans son triple domaine : vie
prive, domestique et publique. Grce son influence, tous les avantages privs,
talent, fortune, caractre, prennent une valeur sociale. Le positiviste rend
l'humanit ce qu'il en a reu, et tous les instincts gostes cdent le pas
l'altruisme. Le mariage son tour est sanctifi par le positivisme. La femme n'estelle pas la prtresse de la famille? Les satisfactions sensuelles sont rejetes au
dernier plan, et Comte alla jusqu' proposer le mariage chaste, l'union de la
virginit et de la maternit et le culte de la Vierge mre comme un idal que la
famille positiviste pourra peut-tre raliser un jour. Enfin, la vie publique sera
transforme, du jour o l'humain se rendra compte que, devant tout l'humanit,
il n'a vis--vis d'elle aucun droit, mais une foule de devoirs. La maxime de la vie
publique sera : Vivre au grand jour. Pour fortifier la cohsion sociale, les
grandes nations devront tre divises en petites parties de 1 3 millions
d'habitants. Les classes moyennes disparatront; il ne restera, d'un ct, qu'un
petit patriciat de capitalistes ou banquiers, et, de l'autre, le proltariat divis
selon la dignit sociale des diverses professions. Le salari est un fonctionnaire
qui touche un traitement: fixe et une quotepart proportionnelle au travail qu'il a
fourni. Dans chaque rpublique, les trois premiers banquiers exercent le pouvoir
temporel. Le sacerdoce veille ce qu'ils rpondent quitablement aux
revendications du proltariat et tranche les conflits entre particuliers et entre
nations par l'ascendant de son autorit sans avoir recourir aucune force
arme.
Tel est le plan de la Socit positiviste. Comte a cru fermement la conversion
prochaine de l'humanit son systme religieux. Sept ans lui semblaient suffire
pour la conversion des monothistes, treize pour celle des polythistes, et autant
pour celle des ftichistes. Avant la fin du sicle, les trois races - blanche, jaune et
noire -, qui reprsentent, dans le grand tre, l'intelligence, l'action, le sentiment;
auront ralis l'unit parfaite de l'humanit et inaugur l're d'une religion

vraiment universelle.
Le positivisme aprs Comte.

De son vivant, A. Comte s'tait proccup de fonder le culte de l'humanit. Trois


ans avant la publication du. Cours de polilitique positive, en 1848, la rvolution de
Fvrier lui avait paru une occasion favorable pour rorganiser l'Humanit
sur des bases nouvelles Ds le 26 fvrier, il lanait un manifeste en vue de la
formation d'une association libre pour l'instruction positive du peuple dans tout
l'Occident europen. Quelques semaines plus tard, la Socit positiviste
naissait. Elle comprenait des ouvriers, des professeurs, des mdecins, entre
autres deux savants de valeur, Littr et Charles Robin. Aussitt elle organisa des
confrences; dont les plus suivies furent celles de Comte lui-mme au PalaisCardinal, lana des appels aux souverains, publia des rapports sur les principales
rformes propres transformer l'ordre social dans le sens positiviste. Comte fit
mme des dmarches auprs du gnral des Jsuites dans l'espoir de
convertir cet ordre militant la propagande positiviste : En mme temps, il rigeait
en temple provisoire de l'humanit la chambre sanctifie jadis par la prsence de
Clotilde, et se proclamait grand prtre de l'humanit; Il accomplissait avec la, plus
vigoureuse minutie tous les rites du culte personnel qui ne lui prenaient pas moins
de deux heures par jourr. En outre, il runissait chaque mercredi les membres de
la Socit positiviste, prsidait au commmorations, administrait le baptme et
le mariage positivistes et proclamait les incorporations au grand-tre .
A. Comte mourut (5 septembre 1857), sans avoir, comme il en avait eu l'intention,
dsign son successeur. Aussi bien les disciples, unis jusque-l, dans leur
commune vnration pour le matre, ne tardrent pas se diviser, et il importe de
distinguer parmi les positivistes de la seconde moiti du sicle une cole
orthodoxe et de nombreuses coles indpendantes.
Positivisme orthodoxe. - En France. - A dfaut de successeur dsign par A.
Comte; les membres de la Socit positiviste confrent Pierre Laffitte la mission
de poursuivre l'oeuvre du fondateur. Laffitte n'avait alors que trente-quatre ans.
Autour de lui, on peut citer parmi les disciples: de stricte observance, l'ingnieur
Hadery, Sophie Thomas, la domestique d'A. Comte, les docteurs Robinet, Delbet
et Audiffrent, le comte de Limbourg-Stirum, Smrie, Em. Antoine, Camille Monier,
enfin trois ouvriers, Magnin, Isid. Finance et Keyfer.
Laffitte s'est efforc d'abord de perfectionner la doctrine de Comte. Il ne petit tre
question ici de rsumer son oeuvre qui est considrable. La partie la plus originale
en est la Philosophie troisime (Cours de 1888-89), qui comprend la thorie de la
Terre, de l'humanit et de l'industrie. Le succs des cours de Laffitte fut trs vif du
jour o ce philosophe fut autoris parler dans la grande salle du Collge de
France (1888) et surtout depuis qu'une chaire de philosophie des sciences a t
cre en sa faveur dans le mme tablissement (1892). D'autre part, Laffitte
acontinu l'apostolat religieux inaugur par son matre. La Socit positiviste
continura ainsi de se runir dans la demeure d'A. Comte (10, rue Monsieur-lePrince), et le culte de l'humanit continuera d'y tre pratiqu, bien que la
clbration des sacrements positivistes soit devenue assez rare. La principale
fte priodique est l'anniversaire d'A Comte. Laffitte a institu la fte de Mahomet

et, sous son inspiration, la Socit a clbr le centenaire de la Rvolution,


celui de la mort de Diderot, Spinoza, Turgot, Condorcet, Danton et surtout de
Jeanne d'Arc. Le groupe a cherch exercer une action sur la politique par des
appels ritrs aux lecteurs, aux assembles lgislatives ou municipales, aux
congrs ouvriers, etc. Il a eu partir de1878 un organe spcial, la Revue
occidentale, revue mensuelle. Enfin, ct de la Socit positiviste, il se cree
un cercle positiviste d'ouvriers qui se consacre l'tude des questions
sociales, organise des confrences, se mle aux congrs ouvriers et en a mme
organis plusieurs, notamment Ble (1869), Paris (1876), Lyon (1878), etc.
Aussi ne laisse-t-il pas d'exercer une certaine influence sur le parti ouvrier.
A l'tranger. - A. Comte avait, projet d'associer les cinq grandes nations
occidentales dans une mme organisation sacerdotale. Si le comit
positiviste international, dont il avait lui-mme dsign les membres, ne s'est
jamais runi, du moins le positivisme orthodoxe at-il eu hors de France une
fortune inattendue.
En Angleterre, un ancien ministre anglican. Richard Congreve, embrassa avec
ardeur les ides religieuses de Comte. Ds 1857, il ouvrit des cours positivistes
destins aux proltaires, et ouvrit, en 1870, dans Chapel Street, 13, Bedford Row,
W. C., une glise positiviste dont il fu, le grand prtre. D'autres locaux ont t
ouverts au culte dans Londres, Newton Hall, Manchester , Newcastle et
Liverpool. Congreve fut longtemps considr comme le chef du positivisme
anglais. Mais l'troitesse de son orthodoxie finit par dtacher de lui la plupart des
adeptes anglais qui se grouprent, en 1878, autour du chef de l'Eglise positiviste
de Newton Hall, Frdric Harrison, qui accordait la prpondrance la morale sur
le culte. Aussi Harrison sera-t-il tenu par Laffitte et les positivistes franais pour le
vritable chef du positivisme anglais. Tous deux ont d'ailleurs donn un grand
dveloppement au culte, clbrent des sacrements, multiplient les
commmorations et les plerinages . Le groupe anglais a manifest galement
une grande activit politique et publi des proclamations en un sens nettement
libral, humanitaire et pacifique, l'occasion des grves, de la question d'Irlande,
de la guerre franco-allemande, de l'gypte, du Transvaal, etc.
En Sude, le groupe positiviste fond Stockholm par le Dr Nystrom (1875) a
reconnu expressment l'autorit de Laffitte. Cependant, il s'est beaucoup, moins
proccup du culte que de l'enseignement et de la propagande sociale et
politique. L' institut ouvrier qu'il fonda a Stockholm en 1881 est devenu une
vritable universit populaire qui runit plusieurs centaines d'auditeurs par
semaine. D'autres villes, Norkping, Malm, ont suivi le mme exemple. En
politique, Nystrom a suscit l'glise sudoise de srieux embarras en
rclamant, avec nergie, la sparation de l'glise et de l'tat.
En Amrique du Sud, le positivisme a prospr sous sa forme strictement
orthodoxe et religieuse. C'est en 1874 que la Socit positiviste de Rio de Janeiro
fut fonde par Benjamin Constant (Botello de Magalhaes, 1838-91), celui-l
mme qui devait tre le principal instigateur de, la Rvolution de 1889. Ministre de
l'instruction publique la suite de cette rvolution, il rdigea un plan de
rorganisation positiviste de l'enseignement que la mort seule l'empcha de

raliser. A sa mort, le congrs national brsilien, pntr des doctrines


positivistes, proclama solennellement l'immortalit de Benjamin Constant. De son
ct, un autre disciple de Laffitte, Miguel Lemos, fondait l' Apostolat positiviste
et organisait le culte de l'humanit suivant les rgles de la plus pure orthodoxie,
tel point que les positivistes brsiliens ont fini par rpudier l'autorit spirituelle de
Laffitte qu'ils ,jugent trop peu fidle l'inspiration d'A. Comte. C'est ainsi que
Lemos a pris la lettre le culte de la Vierge mre. Un temple de l'Humanit a t
inaugur Rio de Janeiro le 15 aot 1891. Enfin, l'influence dit positivisme se
traduit dans la politique du Brsil qui a emprunt A. Comte sa devise officielle :
Ordre et progrs.
Il a galement exist des groupes positivistes plus ou moins actifs au Chili, New
York, Budapest et jusqu' Calcutta.
Ecoles indpendantes. - Tandis que la religion de l'humanit survivait son
fondateur dans un petit nombre de groupes plus ou moins fidles, quelques
penseurs jetaient rsolument par-dessus, bord tout le systme religieux et social
d'A. Comte pour n'en conserver que le fondement solide et durable. Ainsi se
constitua un positivisme laque - dissident, disent les orthodoxes - dont il est
presque aussi difficile de prciser que de nier l'importance. Si, en effet, la
philosophie d'A. Comte est l'une des principales sources, qui ont, aliment les
grands courants de la pense de la fin du XIX sicle, un trs petit nombre de
continuateurs sont rests fidles aux doctrines essentielles du Cours de
philosophie positive lui-mme. Les deux plus minents de ces disciples de
premire ligne, Littr et J.-Stuart Mill, n'ont pas pris leur compte toute la
doctrine du matre. Littr rejette la thorie crbrale et ne voit dans la loi des
trois tats qu'une abstraction dgage de l'exprience et nullement une formule
rationnelle et ncessaire de l'volution. Stuart Mill restaure contre A. Comte la
psychologie et la logique.
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En revanche, l'influence diffuse d'A. Comte sur la gnration des penseurs de la


seconde moiti du XIX sicle dpasse tout ce que l'on pouvait attendre d'un
crivain peine connu de son vivant. Mfiance l'gard de toute mtaphysique,
culte de l'exprience, croyance l'efficacit morale de la science, hirarchie des
sciences, notions de progrs et d'volution, subordination naturelle de l'individu
la socit, thorie des milieux, tablissement de la morale sur la solidarit
humaine, reconnaissance de la grandeur sociale du catholicisme et du Moyen
ge, enfin cration d'une science nouvelle, la sociologie, telles, sont les grandes
ides qu'A. Comte a mises ou remises en circulation. C'est ainsi que se rattachent
lui, souvent sans le savoir et par l'intermdiaire de Stuart Mill ou de Littr : des
philosophes proprement dits, tels que : Taine, Ribot, de Roberty, en France;
Spencer, Bain, Lewes; en Angleterre : Dhring, Laas, Riehl, J. Lange, en
Allemagne; Ardigo, Siciliani, L. Ferri, Angiulli, en Italie; des physiologistes, tels que
: Claude Bernard, Maudsley, Huxley, Haeckel; des philologues, tels que Renan ;
des criminologistes, tels que : Lombroso, Garofalo, E. Ferri; enfin les sciences
vraiment modernes, anthropologie, science des religions et sociologie. En un mot,
le positivisme laque n'est pas une cole, mais il pntre toutes les coles. Il n'est
nulle part et il est partout. (Th. Ruyssen).
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