I
L'Estampe Satirique en france
Pendant
les
Guerres de Religion
stel^
ANDRE BLUM
DOGTBUR ES LETTRES
L' Estampe Satirique
EN FRANCE
Pendant
les
Guerres de Religion
ESSAI
sur
les
Origines de
Caricature
l^i
PARIS
M.
GIARD &
BRIERE
LIBRAIRES-DITEURS
ii,
SVB 8eUnL0T H-
IS,
KMC TOULLUR
Politique
M, Henry Lemonnieh
MBMBRK DB L'tNSIITUT
[Link] reconnaissani.
INTRODUCTION
L'tude de l'estampe satirique au xvi^ sicle claire
problme des origines de
le
caricature politique. L'esprit
la
franais, en croire certains critiques (i), aurait ddaign
pendant longtemps un genre plutt appropri l'humour
anglais. Si au xviii^ sicle,
cole d'artistes de talent,
il
il
a inspir outre
ne faut pas en conclure qu'eux
seuls aient eu le gnie de la caricature.
vant, elle apparat pour
la
Manche une
premire
Deux
fois
sicles aupara-
en France. Elle suc-
cde, sans lui ressembler, aux charges satiriques du
ge et acquiert, grce
de
la
gravure,
les
la
dcouverte de l'imprimerie et
moyens de propagande
ncessaires son
dveloppement. Imagerie de combat, issue des
Renaissance et de
la
Rforme,
elle
commence
crise de
priode de troubles qui provoque une
et disparat
quand
le
moyen
pouvoir royal a
la
luttes de la
avec cette
monarchie
rtabli l'ordre. Essen-
tiellement franaise, sa verve frondeuse aime braver les
(i)
Goncourf, Histoire de
la socit franaise
pendant
Rvolution, Paris, 1880, p. 352.
Blum
la
INTRODUCTION
les abus, polipnalits d'une censure svre et fltrit tous
La
tiques, religieux, sociaux.
satire violente s'est substitue
une moquerie inolTensive.
L'ide de
recule.
la
remontait une poque
caricature
En Egypte,
il
y avait eu
l'poque de
nastie tout
un groupe de papyrus
Un
monuments
de ces
Prisse (i)
l'a
quatre animaux,
un ne, un
XIX' dy-
satiriques importants.
au muse de Turin.
appartient
dcrit ainsi
la
trs
Dans un premier groupe,
un
lion,
singe,
un crocodile
Un
forment un quatuor avec des instruments de musique.
comme un
ne, vtu et arm
reoit
majestueusement
les
pharaon,
sceptre en main,
le
offrandes que vient lui apporter
un chat amen par un buf. Au-dessous,
diffrentes scnes
parmi lesquelles une forteresse, dfendue par une arme de
une lgion de
chats, vaincue par
que commande un
rats
chef mont sur un char tran par deux levrettes.
monde
le
renvers
l'oppresseur.
Un
ou
la
rvolte
de
l'opprim
C'est
contre
papyrus du British Musum, assez sem-
blable celui de Turin, reprsente des oies conduites par
un
chat.
On
avait
voulu voir
dans ces scnes de pr-
tendues caricatures o
la
tournes en drision.
Mais suivant M.
exagration, car
l'esprit
question l'autorit
du
religion et
la
royaut
Perrot,
taient
il
gyptien n'aurait jamais mis en
roi, ni celle
du
prtre.
L'Inde, pas plus que l'Egypte, ne peut revendiquer
priorit
(i)
dans une tentative d'iconographie
satirique.
la
Dans
Perrot et Chipiez, Histoire de Vart dans V antiquit
t. I, p. 802.
Cf. Richard Lepsius, Choix des
Paris, 1883,
antiquits les plus importantes d' Egypte, Leipzig, 1852.
INTRODUCTION
ces pays orientaux (i), les sujets les plus rpandus sont
surtout des monstres bizarres, figurant
l'on adore
la
ou redoute. Ces images
population
ces
les
imagine,
et
il
les font
tion
divinits
que
voir telles que
n'y a pas chez l'auteur de
uvres une intention arrte de
mique ou
les
viser
un
effet co-
satirique. Telle est, par exemple, la reprsenta-
de
de Krishna, sorte
Bacchus indien, apparaissant
tendu sur un palanquin form de corps de femmes ou
mont
offre
sur
un lphant de mme composition.
des exemples de caricatures plus
un prjug, d'aprs M. Perrot
serait
aurait eu
L'art grec
intressantes.
(2),
Ce
de croire qu'il
une rpugnance marque pour ce genre d'images.
Il est vrai
que
la
statuaire n'aurait
jamais reproduit les
laideurs ni les difformits, mais dans la cramique et dans
la
peinture, l'imagination grecque se serait donn libre
carrire.
ainsi
Les vases
(3)
et les terres cuites (4),
renferment
beaucoup de caricatures dont quelques-unes sont ins-
pires
de comdies ou de drames satiriques. Le peintre
de
auquel on attribue l'invention
la
caricature en Grce
James Parton, Caricature and other comte art in ail
Cf. Major
Urnes and many lands, New-York, 1877.
(i)
Hindou Panthon.
Edward Moore,
Monuments
grecs publis par V Association pour
(2) Perrot,
7/ie
l'encouragement des tudes grecques^ 1876, p. 25.
Parodien und Karikaturen, (Mmoires de
(3) Panofka,
l'Acadmie de Berlin), 1851.
La ncropole de Myrina, Paris,
Pottier
(4)
1887, p. 476.
(Edmond),
Cf. Lenormand
et
de Witte, Elite des monu-
ments cramographiques, t. 1, p. 93. Heuzey, Figurines
Dumont
du Louvre, Paris, 1878.
antiques de terre cuite
Cramique de la Grce, Paris, 1889, pi. 29.
(Albert),
INTRODUCTION
4
serait
Pauson,
athnien du sicle de Pricls. Ses
artiste
sujets grotesques iaisaient contraste avec les belles
formes
des matres de l'poque et se trouvaient en opposition avec
Polygnote, de Zeuxis
la
tradition de
si
libre aurait, suivant
un de
dale. Aristote (2) fltrissait
ne s'intresser qu'
la
toute conception de
et
ses biographes (i), fait scan-
le
nom
de ce peintre qui osait
laideur, et son indignation s'explique,
l'art
ne du grotesque tant contraire
au gnie grec. Ce n'est pas dire que
unique en Grce. Pline
aurait
tiphilos qui
dont
traits
les
portraits de
Grylli
(4'!.
ce
Il
d'Apelles. Cet art
Pauson
celui
furent
si
mais
ils
dsigns sous
y aurait encore dans
Champfleury en
l'art
le
(i)
nom
grec (5) d'autres
de
mo-
aussi des
a recueilli plusieurs exemples,
ont t srieusement contests par un critique
idaliste (6), qui prtend
Grce,
d'An-
bien rire que les
numents iconographiques qu'on pourrait appeler
caricatures.
soit
caricature d'un certain Gryllos,
comiques prtaient
genre
cas de
un autre nom,
(3) cite
fait la
le
ils
que
appartiennent
la
caricature tant interdite en
grco- romain.
l'art
Gebliart (Emile), Essai sur la peinture de genre dans
l'antiquit, Paris, 1868, p. 4.
Potique, ch. 11 Politique^
Histoire naturelle, xxxv, 114.
(2) Aristote,
(3) Pline,
Nol Gehuzac, VArt,
viii, 5.
15 fvrier 1844, cite
parmi des
rouges reprsentant la
parodie de l'enlvement du Palladium par Ulysse en Dio(4)
vases peints un
oenoch
figures
mde.
(<))
Champfleury,
Histoire
de
la
caricature antique,
Paris, 1B79.
(6) Chassang, Le spiritualisme et l'idal dans Vart et la
posie des Grecs, Paris, i868.
INTRODUCTION
Les caricatures grco-romaines sont assez nombreuses.
Pompi on en
a dcouvert de trs piquantes.
souvent reproduites, reprsente
L'artiste,
comme
A droite,
un jeune
dessine
Au
montre
milieu sont deux petits
chevalet et semble
le
observation. Le
se passe
dans
hommes, dont
l'un
communiquer
la
Casa Carolina(2).
de fresque caricaturale plus clbre est
la
une
l'autre
ttes, se trouve encore
Pompi dans une fresque de
de
lve qui se retourne
procd, consistant dessiner de
corps surmonts de grosses
(i).
toile les traits
pour regarder curieusement ce qui
l'atelier.
d'un peintre
l'atelier
devant un chevalet, retrace sur la
son modle.
L'une des plus
petits
employ
Un
type
Fuite d'En, d-
couverte Gragnano, en 1760. Ascagne, Ene
et
Anchise
sont reprsents avec des ttes de singes et des pattes d'ani-
maux, en
et a
la
de
la
train de fuir.
Ascagne
saisit la
main de son pre
peine marcher. Anchise, port par Ene, tient
bote qui renferme les dieux pnates.
Un
autre
contre
les
thme de caricature
grues,
comme
dans
la
dcouverte Pompi en 1833
est le
combat des pygmes
Casa dei Capitelli colorati,
(3).
Herculanum, on
trouv une caricature non moins intressante, qui reprsente un grillon tran dans un char conduit par un perroquet. Mais toutes
ces
fresques
figurines en terre cuite et les
les vases peints,
satiriques, ainsi
uvres de cramique,
les
comme
ne constituent pas des caricatures au sens
moderne du mot.
On
ne peut pas non plus considrer
(a)
Zahn, Pompai, Berlin, 1859, 3 vol.
Barr, Herculanum et Pompi, Paris, 1837-40.
(3)
Piitore anliche d'Ercolano, Naples, 1757.
(i)
que
IMTRODUCTION
comme
des caricatures les graffitti (i), ces griftonnages sur
les pltres des murailles, telle
fix
tte d'ne,
nomm
sur une croix,
prs
d'un
personnage
Alexamenos.
Qu'est-ce donc que
avec Tudot (2)
la
l'art
vidus tte de singes.
Il
On
caricature
comme telle une
sirement sculptes de
genre.!
que cette figuration du Christ
Peut-on considier
catgorie de statuettes gros-
gaulois, reprscniint des
est ncessaire de bien
indi-;..
dfinir ce
doit d'abord ne pas prendre pour des caricatures
des uvres qui ont une signification exclusivement allgo-
rique ou symbolique. Les images qui reprsentent des vertus
ou des
ne sont pas des
vices, sous l'aspect d'aninaux,
catures.
La
caricature consiste surtout en une satire pre
ou bouffonne, qui
moque d'une conception
se
beau. Elle dforme et exagre certains
macer de
charge
une
traits et les
une distinction entre
du
fait gri-
employ dans un sens
deux visent
mot
caricature, au lieu
restreint, est pris
signification plus tendue.
dite, offrirait
le
La
souvent dans
caricature,
de grandes analogies avec
la
un moyen
proprement
charge, car toutes
exagrer certains dtails, sans
gration soit un but, mais
la caricature,
Ces diverses appella-
et l'imagerie satirique (3) ?
tionssont presque synonymes, car
d'tre
idale
diffrentes manires.
Est-il utile d'tablir
la
cari-
que
cette exa-
d'arriver des effets
Garucci, Graffiti de Pompi, Paris, 1856.
(2) Tudot (Edmond), Collection de figurines en argile,
uvres premires de l'art gaulois, Paris, 1860.
(i)
(3)
Viollet-le-Duc,
La caricature au moyen ge, {Ency-
clopdie d'architecture), 1872.
INTRODUCTION
prsenteraient entre elles quelques diff-
comiques. Elles
rences
la
charge tendrait
accentuer des
de laideur, emprunts souvent
la
traits particuliers
nature, raliser, sui-
vant l'expression de Bergson, des disproportions
formations qui ont d exister dans
n'ont pu aboutir.
Comme
dans plusieurs
citer,
la
et
des d-
nature, mais qui
exemple de charge, on pourrait
du xv'
stalles
s'cle,
maintes sculp-
tures sur bois, reprsentant des personnages grimaant
se livrant des contorsions.
La
ou
caricature, prise dans son
sens troit, consisterait moins exagrer et rendre visibles desgrimaces qu' t rouver des inventions souvent invrais emblables,
pl utt
destines
in tellectuelles et
moyens
mettre en
relief des difformits
morales que physiques.
Un
des
usits est d'imaginer des transpositions burlesques
ou des combinaisons
d'tres rels et d'tres fantastiques,
susceptibles de produire des monstres grotesques. Tels sont
les
personnages, moiti
d'ne, de singe
il
les prtres et les
ct de
la
charge et de
la
femmes,
caricature proprement dite,
y aurait l'image satirique, dont
le
but n'est pas,
comme
De
Sali^^, La reprsentation satirique a-t-elle exist
monuments religieux du moyen ge ? {Bulletin d
socit archologique du Vendomois, 1869, t. VIII, p. 38.)
(i)
dans
la
du moyen ge,
cer-
chevalerie avait idaliss (i).
la
tte
ou de chien qui personnifient, dans
taines miniatures
que
hommes, moiti animaux,
les
Une
distinction est faite entre
et la caricature. La
premire
la
serait
reprsentation satirique
les arts du dessin ce
dans
qu'en littrature est la satire. La caricature aurait quelque
chose de plus personnel, elle s^rait_-inspirp. paf-4fi-fan~
cunes de
l'artiste.
INTRODUCTION
la
charge et
la caricature,
de
faire rire
en dformant
d'une physionomie ou en inventant des scnes
side quelquefois dans
ou
vice
persiflant
et des tres
d'une estampe satirique
railleur
imaginaires. L'esprit
les traits
une lgende moqueuse,
un personnage.
On
flagellant
en ont quelques
nom,
c'est qu'elles
traits et
un
serait peut-tre tent
de dnier ces pices l'appellation de caricatures, mais
elles
r-
si
sont parfois dsignes sous ce
ont une intention agressive. Le terme
de caricature sera donc employ dans son acception
la
plus
large et englobera toute cette varit de pices satiriques.
Parmi
ces satires figures,
il
y a une catgorie d'estampes
prcieuses pour l'histoire, car elles donnent souvent
les textes
que
sditieuse, la
mieux
des pamphlets et des morceaux d'loquence
phy sionomie des murs du
caricatures politiques.
Ce sont toutes
les
passe.
Ce sont
les
images satiriques,
traduisant un sentiment de rvolte contre des individus,
une
faction, des classes sociales^, des institutions, des na-
tionalits^
contre tout ennemi politique ou social, sus-
ceptible de
provoquer l'indignation ou
la
haine.
Ce sont
des armes de combat, pouvant tre utilises soit par
un in-
dividu, soit par un parti, soit par un gouvernement. L'histoire de ces caricatures politiques se rattache l'tude de
la
libert de penser et d'crire.
Quelles sont
les
origines de cette caricature de
parti
Voil une question qu'il a paru intressant d'examiner du
point de vue de l'histoire du
cial
politique et so-
en France sous l'ancien rgime.
A
la
mouvement
quel
moment
premire
fois
la
caricature politique apparat-elle
en France
pour
Les premires manifestations
INTrODlClION
pleines de hardiesse se constatent au xvi' sicle. Elles sont
non de
l'indice
mouvement
fantaisies isoles de graveurs,
mais d'un
vritablement rvolutionnaire, concert sui-
vant un esprit systmatique. Ce ne sont pas des individus
qui se livrent au plaisir de caricaturer certains de leurs con-
Ce sont
temporains.
contre
autres leur animosit, et se servent des images
les
comme
d'instruments de propagande, pour exciter
On
sions.
uns
des groupes qui rpandent les
voit
les
pas-
clore pendant les guerres de religion ce
qu'on pourrait appeler l'imagerie militante.
On
que ce genre de gravures
dira peut-tre
n'tait pas
nouveau en France, etqu' l'poque du moyen ge un
frondeur
et
esprit
malicieux avait dj cr une foule de minia-
tures, remplies d'attaques assez vives contre la noblesse et le
clerg.
Il
y a bien,
il
est vrai,
dants contre de puissants
tique et fodale. Mais
il
quelques
membres de
la
mor-
traits assez
socit ecclsias-
ne faut pas oublier qu' cette poque
leur autorit tait intangible et l'abri de toutes les at-
taques.
Le
caricaturiste respectait le pouvoir et ne se ris-
quait pas loucher aux principes sur lesquels se fondait
socit.
ques
Les miniatures dites satiriques se rduisent
facties
la
quel-
destines gayer certaines pages de livres
d'Heures. L'ide ne viendra pas, en
les
parcourant,
que
l'auteur ait voulu manifester contre la tyrannie ecclsiastique.
Comme
on
souvent prtendu que ces dessins enlumi-
ns procdaient d'une revanche de
les
abus de l'autorit religieuse,
il
l'esprit laque
contre
convient avant d'abor-
der l'tude des documents graphiques du xvi' sicle, de
10
lNTROI>UCTION
rechercher
si
les
imagiers du
ge ont essay, dans
moyen
leurs oeuvres satiriques, d'atteindre l'Eglise, et d'organiser
un prtendu mouvement rvolutionnaire.
torien de
Un
spirituel his-
caricature (i) avait cru apercevoir ces tendances
la
subversives ds
dbut du xvi
le
dans des dessins
sicle
destins servir de modles pour des tapisseries. Mais en
remontant aux sources auxquelles avait puis
il
teur,
tait facile
contre
les
dogme
dessina-
de prouver (2) qu'ils taient dnus des
intentions frondeuses supposes par
pas protester
le
mme
le critique.
commencement de
au
On
n'osait
Renaissance
la
excs de pouvoir du roi et de l'Eglise.
remarque M.
longtemps en dehors
Henri Martin
fut
(3),
Le
pendant
au-dessus de toute discussion.
et
L'explication de ces images satiriques ne doit pas tre
cherche dans de prtendues allusions des manitestations
sditieuses
contre
les
institutions tablies.
Il
y aura
lieu
d'examiner ce qu'il faut penser d'une autre thorie qui ne
voit, dans ce
mouvement
caricatural,
tique d'une symbolique chrtienne.
d'explication ne suffit pas faire
que l'expression
On
moyen
qu'on
(1)
(2)
que
les
parat vraisem-
signification aussi prcise
affirm.
Champfieury, Histoire de la caricature au moyen ge.
Blura, L'esprit satirique dans un recueil de dicts mo-
raux accompagns de dessins du
Emile Picot), Paris, 1913.
(3)
Il
reprsentations emblmatiques du
ge n'offrent pas une
l'a
mode
comprendre plusieurs de
ces s}'mboles, dont le sens reste obscur.
blable d'admettre
verra que ce
artis-
Henry Martin, Un
XVI^
sicle
caricaturiste au temps
{Galette des Beaux- Arts), 1909, p.
9e;.
{Mlanges
du
roi Jean,
IN
L'art satirique. du
la ralit
les
RODUCTtON
ge semble s'tre plus attach
moyen
Il
qu'au sj^mbole.
I I
est inutile de vouloir deviner
nigmes grotesques qui dcorent
les
manuscrits
sculptures des glises. L'hypothse qui semble
les
meilleure
la
de ne voir dans ces figures caricaturales que des charges
est
des lments en grande partie fnntaisistes.
d'ateliers,
sont de pures facties. Jusqu'au milieu du
sculptures
ridiculeS;,
Ce
xvi'' sicle,
comme
emblmes du
des
du milieu du
ploi des monstres, invents
que l'em-
xvi^ sicle
pour provoquer d'abord l'pou-
des phrases qu'ils doivent prononcer n'a pas
indiqu
dans
les
font allusion, en sont
naissance de
la
la
les
C'est
besoin
les
personnages auxquels
elles
On assiste
caricature politique. Elle diffre de la ca-
une image
une
mme
meilleure explication.
du moyen ge par
n'est plus
Le sens
lgendes qui accompagnent
images. Les vnements ou
ratif.
ou des
vice
vante, puis le rire, est utilis pour une fin nouvelle.
ricature
les
ne visent qu' gayer l'imagination populaire.
n'est qu' partir
d'tre
Ce
ou miniatures qui assimilent certaines individua-
des animaux,
lits
la
et
forme
la
le
par
fond.
Ce
manire d'un motif dco-
traite la
feuille volante,
et
imprime
un
assez
grand
nombre d'preuves, destine
frapper l'opinion publique.
Sa forme voque quelquefois
le
du moyen ge, mais
si
elle
souvenir de
a recours
l'accompagne d'explications que
les sicles
le
tout, et
son
cri
dogme,
malgr
les
la
institutions tablies,
police qui
rvolutionnaire.
la
symbolique
l'allgorie,
elle
prcdents n'au-
raient pas os risquer. Elle ne respecte plus
fois
la
comme
elle
traque, elle
autre-
s'attaque
fait
entendre
INIUODUCTIOM
12
Cette forme de caricature politique ne pouvait pas vivre
et
se
dvelopper en France. Elle
les principes d'autorit
du
Ligue devait prendre
XVII' sicle.
libelles
Mme
sous
la
lieu les
fin
Le mouvement
guerres de religion et
ds les premires annes
Fronde, malgr
que provoqua Mazarin,
d'tre aussi
incompatible avec
roi et de l'Eglise.
d'images auquel donnrent
la
tait
nomoreuses que
les
la
dbauche de
les caricatures
pamphlets.
du
Il
sont loin
faudra at-
tendre prs de deux sicles pour retrouver un ensemble
de pices aussi curieuses.
C'est ce qui
tant d'importance et d'intrt h ces
donne
caricatures politiques de la fin du xvi^ sicle, qui jusqu' ce
d'une tude d'ensemble.
jour n'ont pas t l'objet
Il
paru
inutile d'mettre sur ces pices satiriques une thorie tou-
jours contestable.
Il
sembl prfrable, pendant une p-
riode trouble de l'histoire, d'expliquer pourquoi et
ment
les
des armes
imagiers ont t mis contribution par
de prdicateurs
et
de pamphltaires.
feuilles caricaturales
En
le fil
qui
prsence des rares
qui subsistent aujourd'hui, malgr
dfenses de l'autorit de les conserver,
ver
com-
les reliait les
il
s'agissait
les
de trou-
unes aux autres.
L'cueil d'un pareil sujet tait de
tomber dans
la
rdac-
fastition d'un catalogue et dans des sries de descriptions
dieuses.
On
n'aurait pas
vu
le
de cette tude aurait disparu.
traire, c'est l'tat d'esprit
La
gerie satirique.
lien qui les unit et l'intrt
Ce
qui
la
justifie
au con-
nouveau que dnote cette ima-
mthode
suivie a consist mettre en
et des miniatures railleuses et narregard des sculptures
quoises du
moyen
ge
les vritables caricatures
politiques
INTRODUCTION
de
I3
Renaissance. L'aspect diffrent de ces deux catgories
la
de productions artistiques permet de voir qu'au xvi* sicle
seulement apparat pour
la
premire
fois
la
caricature poli-
tique proprement dite.
Une
tude rapide des figures fantaisistes du
prouve que de
pareils
caprices
n'ont aucune vise poli-
tique. Les estampes satiriques de la fin
pent au contraire par
saisir
compltement,
du xvi'
tait ncessaire
de comprendre
intellectuel politique et religieux de la France
Tous
priode.
les
sicle frap-
hardiesse de leurs ides. Pour les
la
il
moyen ge
vnements auxquels
l'tat
pendant cette
ces pices font
allusion, tous les personnages auxquels elles s'en prennent,
tous
les
dtails
l'tat
sentiments qu'elles cherchent susciter, tous ces
importants seraient inintelligibles
des esprits et
le
mouvement
si
d'ides
l'on ngligeait
dont
elles
pro-
cdent.
Il
a paru
bon de
se reporter ainsi
aux uvres subversives
de certains humanistes, jurisconsultes, thologiens, prdicateurs, historiens et pamphltaires qui prconisaient des
doctrines
tait
insurrectionnelles.
L'image,
un instrument de propagande de
Pour
contre
lutter
leurs
comme
le
libelle,
leurs ides.
thories rvolutionnaires,
on
pourra constater l'inutilit des pnalits imagines par le
pouvoir royal contre
les
pamphlets
et les caricatures.
systme de police, destin poursuivre
graveurs et
colporteurs de pices
les
chait pas leur
les
imprimeurs,
Le
les
prohibes, n'emp-
publication ni leur circulation. Les causes
de l'inutilit de
la
censure tiennent d'une part
la
rigueur
excessive des sanctions prconises, en particulier l'abus de
INTRODUCTION
14
la
peine de mort,
et d'autre part
aux
difficults d'appliquer
ce systme rpressif.
Dans
le cas
mme o
censure serait arrive interdire
la
en France l'impression ou
circulation des libelles et des
la
empcher leur publication ou
caricatures, elle ne pouvait
leur vente l'tranger. Les artistes d'Allemagne et des Pays-
Bas offraient des modles de caricatures ceux de France.
La Rforme donne naissance dans
ces
deux pays
des
suites de caricatures des plus intressantes contre le pape
et
L'imagerie satirique est entre
l'Eglise.
chefs rforms
comme un moyen
les
de parler aux yeux du
peuple. Elle est l'auxiliaire du livre et de
Ils
comprennent
caricatures, pour
quente
la
tout
le parti
mains des
qu'ils
la
peuvent
prdication.
tirer
de ces
attaquer d'une manire visible et lo-
papaut
et
reprsentants du clerg catho-
les
lique.
La caricature trangre n'exerce pas une influence notable sur celle qui finit par clore en France
poque. Le caractre de
franaises fut tout autre
magne
les
images inspires par
plupart des pices satiriques
que
celui des productions d'Alle-
Elles
cde
d'une
vieille
tiques et
moyen
mordantes
ressemblent pas aux
comme
des illustrations de
de thologiens. Leur style pro-
tradition
celle qui inspire les
ne
rforms contre l'Eglise catho-
lique. Elles n'apparaissent pas
discussions dogmatiques
mme
la
des Pays-Bas.
et
la
fabliaux.
qui
d'esprit
gaulois
Ce sont des
rappellent
la
analogue
satires
sarcas-
symbolique
du
ge, mais qui en diffrent en ce qu'elles ont re-
cours moins l'allgorie qu'
la satire.
INTRODUCTION
1 5
Les gravures
C'est la politique militante en imagerie.
satiriques,
soit qu'elles
accompagnent
qu'elles se
vendent par
feuilles
papaut, en France, pendant
le roi
qui est
le
priode de
la
la
les
la
Ligue, c'est
domine dans
estampes satiriques des ligueurs. Le prcieux album de
gravures conserves par Pierre de l'Estoile
un jour singulier sur
indites jette
catural en France la fin
du xvi'
pas seulement
n'est
Il
le
politique et
sidrer exclusivement les caricatures
des cris de colre ou de haine.
mouvement
catures de
ments
la
et
Ce
Il
Il
ne
faut pas
de ce temps
gravures
teries,
il
con-
comme
y a souvent parmi elles
la socit
sous
ct piquant et lger des cari-
Ligue ajoute une note amusante
des senti-
des ides profondment ancres. La simulta-
de publication des caricatures politiques
nit
cari-
religieux, mais
des facties pleines de gaiet, qui prsentent
aspect plus enjou.
(i), et restes
sicle.
prsente une importante porte sociale.
un
dans
plus expos aux attaques. C'est l'lment
politique plutt que l'lment religieux qui
les
et
invectives des caricatures s'adressent
les
Pays-Bas,
sont des carica-
isoles,
Tandis qu'en Allemagne
de combat.
tures
pamphlets, soit
les
et 'de
ces
anecdotiques, abondantes en gaillardes plaisan-
indique surtout une prpondrance de tendances
humoristiques.
Il
a peut-tre
catgories d'estampes
produite par
les
dans
la
bonhomie de
comme un remde
la
ces
tristesse
guerres de religion, mais ce serait une
de ne pas omettre
explication bien subtile. L'essentiel tait
(i)
La
Les belles figures et drleries de la Ligue
25, 6 Rs.
Bibl. nat.
l6
INTRODUCTION
tant d'images spirituelles dans lesquelles les graveurs ont
cherch
Dans
le rire.
provoquer
quelle mesure ces pices, dont l'importance docu-
mentaire n'est pas contestable, offrent-elles un intrt pour
l'histoire de l'art
C'est
un point
bon de mettre en lumire.
essentiel qu'il a paru
Si les caricatures de
la fin
du
xvi^ sicle n'taient que de grossires images, des feuilles
volantes
aucun
dpourvues
de
tout
caractre artistique,
lien avec les gravures parues avant
leur tude demeurerait
ou aprs
sans
elles,
purement historique.
Mais ce ne sont pas de simples papiers d'archives. Sincres et naves
comme
marque d'un
les
uvres des
primitifs, elles por-
un
tent
la
liste
qui survivra aux guerres de religion et se retrouve
chez
les
vritable talent et crent
style ra-
imagiers grotesques du dbut du xvn* sicle (r).
nos remercments les plus chaBeaux- Arts qui a bien voulu nous
communiquer un grand nombre des planches que nous(i)
Nous' exprimons
leureux
la Galette des
publions.
ici
MINIATURE TIR^E DU MS. Qute
clu
Sawt
GrCinL PAR PIERART DOU TIELT
CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE ET CVRACTERE DE LA CARICATURE DEPUIS
LE MOYEN AGE JUSau'AU XVI' SIECLE
L'histoire de
inexplicable
la
(ormation de
l'on ne tenait
si
la
compte des sculptures
miniatures du moyen ge dont
satiriques, les
du
sistes
caricature politique serait
elle est issue.
sujets bouffons, les
xvi^
sicle existaient
Les procds
interprtations fantai-
dj
aux
sicles
dents. Les manuscrits enlumins, les sculptures
xv^
sicle,
les
gargouilles, les chapiteaux,
colonnes tmoignent de ce got pour
temps
la fivre
merveilleux
l'attrait
pour
de sorcellerie,
remplissent
les
la
la
crer
(i)
du
prcxii^
satire.
et
l'imagination
En mme
magie
et
du
provoquent
formes tranges. Cette influence se
la
au
les stalles, les
superstition, la passion
sentir dans les figures caricaturales, qui
d'une croyance
et des
lait
sont l'expression
rpondent
des tres invraisemblables (i). Ce
un besoin de
got persista-
Solvay, Rapport prsent sur le Mmoire de Louis MaeV Acadmie de Belgique), 1901,
terlinck [Bulletin de
Rlum
l'estampe satirique au XVI* SICLE
l8
t-il
prvoir celui de
Il
semble
Renaissance
la
les
que
fait-il
artistes
du moyen ge,
s'ils
ont
des institutions ou des individus, ne
paru s'attaquer
du moyen ge
des esprits
et l'tat
longtemps
puissent tre regards
comme
des auteurs de vritables cari-
catures politiques. Leur pense serait pure de toute intention d'animosit.
Tout
autres sont les artistes qui gravent au xvi' sicle
les pices satiriques
pour ou contre
Ligue. Leurs planches
la
rpondent moins au dsir de crer des uvres de
qu'au besoin de
fantaisie
connatre leurs opinions politiques.
faire
Cette manire est-elle nouvelle et leur est-elle propre, ou
n'ont-ils pas trouv chez les miniaturistes des sicles passs
une forme susceptible
sentiments
d'tre adapte l'expression de leurs
Les enlumineurs du
moyen
ge n'ont-ils pas
cr des sujets fantaisistes, qui devaient tre repris plus tard
dans un but difTrent par
et n'ont-ils pas
les
contribu
Lorsqu'on retrouve
la
la fin
hommes
ge,
on
se
demande
la
Renaissance,
formation de leur talent
du xvi'
sicle certains
qui ont t employs auparavant par
moyen
de
s'il
les
thmes,
miniaturistes
du
une similitude de
lormes, une analogie d'inspiration. Les prcurseurs des rvolutionnaires du XVI* sicle seraient-ils dj anims d'un
esprit
subversif
C'est
comme Champtleury (i)
(i)
l'opinion de
certains
critiques,
etViollet-le-Duc(2). Champfleury,
Champfleury, Un Recueil de
facties ayant appartenu
Catherine de Mdicis [Galette des Beaux-Arts), 1872.
(2) VioUet-le-Duc, Dictionnaire raisonn de Varchitecture
du
Xb
au
XV b sicle,
Paris, 1866,
t.
VILp.
144.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
I9
propos d'un recueil de dessins des premires annes de
la
Renaissance, croyait apercevoir
manifestations d'un
les
parti d'opposition, qui aurait attaqu le roi, la noblesse, le
clerg, alors
des
dicts
que ces croquis
se
moraux
proverbes
Viollet-le-Duc,
il
une revanche de
fodalit, et
de
ou
bornaient surtout
voyait dans
la
sculpture du
contre
l'esprit laque
l'glise
L'art,
en vers.
la
disait-il,
illustrer
Quant
xiii^ sicle,
tyrannie de
dans
la
la
socit
des villes devient, au milieu d'un tat politique trs imparfait,
pour
une sorte de
les
de
toujours
intelligences
abus de
les
libert
l'tat fodal.
La
la
un exutoire
presse,
prtes
ragir
contre
socit civile vit dans l'art
un
registre ouvert o elle pouvait jeter hardiment ses penses
sous
le
manteau de
la
sicle, c'est
ment dmocratique prononc dans
Une
programmes donns.
Ce qu'on
religion...
sculpture laque du xm^
la
voit dans la
avant tout un senti-
manire de
haine de l'oppression qui se
jour partout et, ce qui est plus noble et ce qui
art
digne de ce
nom,
langes thocratiques
le
et
traiter les
dgagement de
fodaux.
en
I;
it
fait
un
l'intelligence des
>
Schnaase(i) prtend que sous l'influence des loges maonniques anglaises,
les artistes
du moyen ge exprimaient
volontiers leur opposition la papaut et au clerg.
explique,
moines
dit-il,
;<
Ceci
mainte uvre sculpturale dans laquelle
et les prtres
sont ridiculiss et
mme
les
des actes re-
ligieux excuts en caricature.
(i)
Schnaase, Les francs-maons du moyen ge {Annales
t. XI, p.
331.
archologiques)^ Paris, 1851,
L ESTAMPE [Link] AU XVl' SICLE
20
mme
La
Hagen
thorie
tait
(i), qui crivait
un Allemand,
soutenue par
Les tailleurs de pierre, peut-tre
parce qu'ils apprirent par certaines inimitis ecclsiastiques
que leur confrrie obtenait une faveur prdominante
et
enlevait aux clotres leurs profits, se permirent "de placer
dans
les glises
des images satiriques l'gard du clerg.
Le scandale caus par l'ignorance
tiques se
pierre.
et
les
vices
ecclsias-
un grand nombre de statues de
rvle dans
Unautre critique allemand Braun, dansV Organ fur ChristKunst, aurait entrepris, suivant Breuil, de rfuter ces
liche
assertions en examinant ces deux questions
places l'intrieur
ou
faudrait admettre
que
des glises ont-elles
l'extrieur
du clerg
t excutes contre la volont
ces
Les images
Quand mme
il
images ont t excutes contre
volont du clerg, s'ensuivrait-il qu'elles fussent une
la
preuve de l'ignorance
pond ngativement
et
et
des vices du clerg
le
comment admettre
qui tait en possession d'une grande puis-
clerg,
sance, ait permis des caricaturistes devenir
sa propre
supposant
demeure
mme
et
de
le livrer
qu'elles eussent
images ne devaient pas chercher
les
drglements du clerg.
Il
(i)
Hagen,
cit
Vart chrtien),
t.
les
un
II, p.
En
caractre satirique, ces
prouver l'ignorance
y aurait
Dj
dans
et
une erreur d'in-
Comment
faudrait-il
quelques prtendues satires
sculptures du moyen ge [Revue de
par Breuil,
dans
le railler
au mpris du peuple?
terprtation de certains archologues.
anticlricales
Braun r-
Breuil analyse ainsi son argumenta-
tion. Si ces images taient des satires,
que
342.
LA CARICATURE EN. FRANCE AU MOYEN AGE
comprendre
la
grotesques du
de certains monstres
signification satirique
moyen
21
ge
L'auteur d'un Itinraire de Rouen (i) donne de ces images
satiriques
une ingnieuse explication
monde
voulaient-ils prsenter le
dicules,
domin
et
Les
artistes, dit-il,
avec ses vanits et ses
ri-
cras par les symboles religieux Les
Irancs-maons, qui du
xii'^
au xvi' sicle btissaient
les
glises, voulaient-ils, en personnifiant les vices sous la figure
de moines,
licence des religieux
ser
que
les
du luxe, de
faire la satire
caricatures sculptes sur les
de l'ne,
celle
la fte
les
du
murs de nos
drivent des
leurs verrires,
ides qui parmi les crmonies
moyen ge
fainantise et de la
Peut-tre est-il plus naturel de pen-
ou reprsentes sur
au
la
ment,
le
des fous, celle de l'abb des cornards,
mascarades,
les
mystres mls de
clerg avait voulu, en leur
se les attacher et
il
les
gots du peuple,
le
populaire. Voil
d'tre
plus sublimes
il
faisait
les instincts
donnant un
En
catholicisme ne pouvait
comme
dessous
(i)
ali-
les
manquer
symboles
les
reprsenter des scnes satiriques.
reconnatre qu'elles n'ont pas un
Guilhermy
de
offrant satisfaction
Quelle que soit l'explication de ces caricatures,
satirique.
farces.
avait fait de l'glise le centre
toutes les choses venaient aboutir.
tous
mmes
culte avaient introduit
Dsesprant de pouvoir comprimer tous
l'homme,
glises
("2),
il
faut
caractre vritablement
dcrivant un bas-relief du jub de
Nouvel itinraire, Rouen, 1843.
de Guilhermy, Iconographie des fabliaux {Annales
(2) F.
archologiques),
t.
III, 1845.
22
l'estampe satirique AU XVl^ SIECLE
Saint-Fiacre, en Bretagne,
robe
mont dans une
et
du haut de laquelle
Ce savant observe que
des poules.
nullement une
n'tait
remarque un renard vtu d'une
chaire
un
esprit satirique
du
satire l'gard
C'est aussi l'opinion de l'abb
du peuple,
se
il
guette
ce renard ainsi dguis
Auber
clerg.
(i).
Il
ne croit pas
vengeant des vexations du
clerg perscuteur, car c'et t contraire l'esprit des po-
pulations et au droit que l'Eglise exerait sur l'dification et
l'ameublement des lieux
saints.
Ceux
ces intentions hostiles, ignoreraient
par
les
auteurs du
qu'aprs avoir lu
moyen
les
Il
faut
lgende raconte
ne comprend bien
ge qu'on
romances
dut s'en
et les fabliaux. L'art
ressentir et les sujets choisis ont
qu'on ne pense.
qui parleraient de
la
un ct moins
satirique
donc considrer
comme
peu fonde
thorie
la
d'un prtendu anticlricalisme des caricatures du
ge.
De
admises.
maux
et
moyen
pareilles intentions de leur part ne peuvent tre
M. Mle
(2)
a dit
de ces monstres de
justement
la
propos de ces ani-
sculpture du xiii^ sicle
devine de jeunes sculpteurs pleins de verve qui
qui renchrissent les uns sur
les autres.
n'accepte pas davantage
les caricatures
par
la
la
(1)
(2)
Auber, Histoire
et
On
uvres
Si jamais
manire d'interprter
symbolique chrtienne. Une cole
plus importante d'iconographes, parmi lesquels
avant
se dfient,
furent exemptes de penses, ce furent bien celles-l.
M. Mle
et thorie
il
convient
du symbolisme religieux
le
christianisme, Paris, 1871, p. 2.
depuis
Mle, Lart religieux du
[sicle en
Paris, 1902, p. 78.
XUb
France,
LA CARICATUUE EN FRANCE AU MOYEN AGE
23
de citer surtout l'abb Auber(i), soutenait que ces uvres
bouffonnes renterment une signification morale. Suivant
cette thorie,
il
un sens cach sous
faudrait admettre
figures bizarres et
y reconnatre des symboles
explications de ces symboles sont souvent
compliques pour 'ne pas tre
serves.
prcis.
ces
Les
trop subtiles ^t
de beaucoup de r-
l'objet
L'abb Auber(2j apporte lui-mme quelques attnuations
sa thorie symboliste.
que
les
motifs grotesques taient infligs par
bizarre et raffine
les
faux, dit-il, de penser
Il serait
du moyen
ge.
Il
la
thodice
faut bien se garder de
confondre avec une foule de sujets srieux dont
Mais
gnification a paru symbolique.
avouant que beaucoup de modillons
il
et
ajoute,
la si-
tout en
de chapiteaux du
XIV' sicle appartiennent bien plus l'ordre des choses naturelles qu' celui de la
thologie mystique, on doit re-
connatre qu'un trs grand
nombre ont t
regards
comme
de simples jouets d'une pense arbitraire, qui ont cependant leur sens profond, dont on n'a pas suffisamment tudi
l'origine et le but.
Ce symbolisme ne
s'applique pas seulement aux
mo-
dillons et aux chapiteaux, mais aux miniatures qui dcorent
les
manuscrits. L'abb Auber dcouvre un sens cach dans
certains sujets caricaturaux, reprsents en
sieurs livres d'Heures de la fin
(i)
Auber, ouvrage
de symbolique
cit.
du xv
Cf.
marge de plu-
sicle (3).
Comte de
(2)
Auber, ouvrage
Id., ibid.,
t.
cit,
t.
IV, p. 30.
III, p.
signale
Bastard, Etude
chrtienne, 1861.
i^})
Il
345 et 551.
L ESTAMPE SATIRIQUE AU
24
en particulier deux manuscrits de
Dans
tiers.
le
la
SIECLE
bibliothque de Poi-
remarque, au bas d'une peinture
il
premier,
XVI'=
de Job sur son lumier, deux monstres, dont l'un est une espce de chien imaginaire, l'autre un magot dont
humaine
est
surmonte d'une
distingue facilement, sous
vais ange,
Dans
le
dans
et
le
de dragon. L'abb Auber
les traits
chien
second missel,
tte
les
tte
la
de ce monstre,
mau-
le
amis du saint patriarche.
donne un savant commentaire
il
des caricatures qui accompagnent
texte des offices.
le
La
charmante sirne, qui figure sur une page enlumine du
premier dimanche de l'Avent,
la
pnitence.
tique, cheval sur
lise
Un
-de la
Chananenne pour
le
crime ou
sa fille, cette
mine par un dragon exprimerait
matre demi de ce corps,
En marge d'une
scne de
la
la
oiseau,
le
symbo-
dmon
la
pour-
supplication
partie par sa nature.
tentation du Christ dans le
une chimre
cornemuse, accompagn d'un singe qui
prsente une cuelle, serait une suite du tableau, une
nire de jeter
le
de dtourner
les
et
lui
ma-
ridicule sur ces singes et porcs incapables
mes de
Suivant Breuil
menter
les
image fminine ter-
dsert, la peinture d'un porc accroupi sur
jouant de
et
possession de l'ennemi,
domin en
la
contraste
loup vtu d'un habit monas-
Le jour o l'vangile raconte
le fidle.
le
hommes
les
un coq lanc contre un
l'innocence attaque par
suivant
montrer
mondains qui perdent
entre les plaisirs
penses de
sert
l'vangile
(i),
;
la
pnitence.
ces images ont
elles
pour but de com-
s'expliqueraient par une science
(i) Breuil, article cit, p. 34a.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
symbolistique. Pour comprendre
il
nisme,
monde avant
le
dmon. En outre
passe tout entier dans
la ralit
morale
Point d'ides abstraites,
l'Eglise
de
la
l'art.
prend un corps et
Sur
la
flche d'une
Cela signifie qu'un moine doit tre humble et ne
point aspirer
dire
puissance du
la
un moine qui voulut monter en pancouronne, mais tomba du haut de la
toufles jusque sur la
tient
de
cliristia-
cathdrale de Magdebourg, on voit sculpts dans
la
la pierre le diable et
tour.
doctrine du
manire chrtienne d'exposer
la
de Breuil. Le langage
tour de
la
Christ tait en
prsenter en images.
tait de la
dit
le
caractre de ces images,
le
de se rappeler que dans
suffirait
l'y
dans ses
la
Saint-Ulrich,
sans
le
D'autres iconographes,
et les
baptme
au pouvoir du dmon.
l'glise, est
le
diable
un enfant emmaillot. Cela voudrait
griffes
l'enfant,
que
vaine gloire.
comme
bndictions de
Crosnier(i), tout en pa-
raissant disposs accepter les thories symboliques, ne se
faveur que
prononcent pas aussi affirmativement en leur
l'abb Auber. Crosnier se
demande
renferment un sens cach ou
si
ces figures bizarres
ne sont que
si elles
de.
capri-
cieux produits de l'imagination des artistes. Quelques crivains ont prtendu, suivant lui, que
mettre sous
les
yeux du chrtien
dans lequel l'homme
l'vangile
Crosnier,
mental),
t.
christianisme a voulu
l'tat
d'abrutissement
tomb, avant que
la
lumire de
ne l'et clair. D'aprs d'autres, ces figures
grotesques seraient
(i)
tait
le
XIV
la
critique des
murs du
temps.
En
monuIconographie chrtienne {Bulletin
(184S), p. 287.
26
l'kstamph satirique au
gnral, Crosnier est p
xvi'=
sicle
admettre un sens cach sous
)rt
toutes ces images, surtout lorsque le
mme
sujet est r-
pt.
Le comte de Bastard
ment
symboliste.
tiques, dit-il,
fusion sur
murs
les
les
adopte un systme plus
nette-
Les reprsentations d'animaux fantas-
monstres
les
les ciselures
(i)
et
sur
et
le
les
dragons sculpts
pro-
mobilier des vieilles glises,
des vases sacrs, les vignettes qui surchargent
marges des manuscrits ne sont pas des ornements sug-
grs par un vain but.
Ce sont des pages
offertes la lec-
ture des fidles et appropries leur instruction.
duit
Il
repro-
une caricature, reprsentant un ne musicien qui
chante
et joue de la harpe, et
maux
est
comme de
pense que
le
rle de ces ani-
symbolique. Champollion-Figeac
les
considre
simples caricatures d'un caractre historique.
Champfleury
et
Adeline avaient dj signal l'inanit
des recherches faites pour dcouvrir dans ces images des
intentions que ne souponnaient pas
Champfleury
comme
(2) tournait
en
Mason, Neable, Webb,
qui s'efforaient de connatre
les artistes d'autrefois.
ridicule
l'abb
les secrets
les
archologues
Auber, de Bastard
de toutes ces
com-
positions et s'garaient dans leurs commentaires explicatifs.
Adeline(3)protestait galement contrecette tendance construire des systmes de
(i)
(2)
symbolisme trop ingnieux, qui pro-
Bastard, Etudes de symbolique chrtienne^ Paris, 1861.
Champfleury, Histoire de la caricature au moyen ge,
Paris, 1871.
Adeline, Les sculptures grotesques et symboliques,
Rouen, 1878. Voir p.^ges 269 403 la bibliographie de la
(3)
question.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
2/
d'ironiques rflexions de Thophile Gautier.
voquaient
pensait que ces ligures grimaantes taient surtout
santes pour l'il et
belles thories
seraient
iie
que l'imagier ne
faites
Il
amu-
se proccupait pas des
aprs coup. Ces uvres grotesques
que des charges
d'atelier,
dpourvues de tout
sj^mbole.
En
ralit, sans
prtendre donner une conclusion ces
dbats entre les partisans d'une science symboliste et ses
adversaires,
on doit constater que
nographie chrtienne par
le
explications de l'ico-
les
symbolisme ne font pas une
place assez grande la fantaisie des artistes et au caprice de
leur
imagination.
bien
torit
Sans contester,
crit
reconnue du symbolisme de
nous croyons qu'on n'a pas
fait
la
(i), l'au-
Bgule
l'art
chrtien,
part assez large
la
fantaisie et l'individualit de l'artiste, individualit qui
s'accentuerait de plus en plus au xiv' sicle en s'affranchis-
santde
Il
la
direction ecclsiastique.
y aurait
ment
distinguer trois
satirique
du moyen, ge.
priodes
Du
vu*'
dans
au
le
mouve-
xiii^ sicle,
il
n'y a gure que des procds de calligraphie humoristique;
du
xiii* la fin
tres
des
M. Mle
du xiv=
glises
(2), la
et
sicle, toutes les figures
des
missels
marque d'une
porteraient,
de monssuivant
fantaisie joyeuse, d'une ai-
mable bonhomie. Ces images profanes sont un prtexte
pour
(i)
les artistes
d'exercer leur verve.
plaisent in-
Bgule, Monographie de la cathdrale de Lyon^ Lyon,
4880.
(2)
Ils se
Mle, ouvrag
cit, p. 78.
28
ESTAMPE SATIRIQUE AU XVl^ SIECLE
Au
venter des combinaisons de lignes amusantes.
xv^ sicle
apparat dans Tart ce ralisme, cet esprit satirique plus au-
qui ne
dacieux,
mme
recule
devant l'obscnit.
pas
Qu'importait un hors-d'uvre, crit Rigollot
un encadrement de psaume o
face face avec
fallait
il
se
prlat
dans
trouvait
un porc. Alors que l'homme du monde
n'avait pour toute
Heures,
un
(i),
bibliothque qu'un livre qui tait ses
un peu de
bien qu'il y eut dans ce livre
tout.
Ce
n'est pas dire
ment absent de
remarquant
ral.
de
le
l'effort
pour
dans
gnie symbolique soit totale-
a:socier
chaque
M. Mle
(2),
une forme
vice
gnie symbolique du
moyen ge voit
monde animal une obscure image du monde mole
L'animal, d'aprs
la
le
ces manifestations satiriques.
animale, note que
dans
que
lui,
semble exprimer tous
les aspects
dgradation. C'est un thme qui est souvent employ
la
plupart des sculptures des glises du
L'ide d'emprunter des dtails
la
reprsenter sous un aspect symbolique
humaine
comme
est assez ancienne.
moyen
les
ge.
animaux pour
vie des
scnes de
Les auteurs grecs
et
la
vie
latins,
Aristote, Thophraste, Pline, Elien avaient tudi
ces sujets dans leurs ouvrages. Les Pres de l'Eglise s'en
Origne^
inspirrent.
saint Augustin, saint
les revtirent
{\)R\go\\oi,
Eustaie,
saint
Basile^
Ambroise dcrivirent
d'un sens symbolique
les
C'est
TertuUien^
animaux
un
fait
et
re-
Monnaies inconnues des veques des Innocents,
Paris, 1837, p. cxxv.
(2)
Mle,
Tj'art
189P, p. 82-83.
religieux
du XIII^
sicle en
France,
Paris,.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
connu,
crit
Hippeau
Pres de l'Eglise,
les
(i),
que dans
les
29
considrations des
animaux, entrans par leurs instincts
farouches, sont les plus frappants symboles de nos vices.
n'est pas ncessaire, ajoute-t-il,
pour comprendre
la
Il
sym-
bolique chrtienne dans son expression artistique, de re-
monter aux antiques
religions de l'Orient et de
l'Egypte, la Perse
ou
demander
l'Inde l'explication des reprsen-
tations ernblmatiques. Les monstres hideux, figurs dans
devenus familiers aux
les difices chrtiens, taient
et quoiqu'ils fussent
fidles
seulement des allgories, des allusions,
des traditions, certaines mes croyantes se montraient peu
On
indulgentes pour ces caprices de l'imagination.
l'indignation de saint Bernard (2)
en 1125, dans ces
clotres
Que
connat
signifie, crit-il
les frres font la lecture, ces
monstruosits ridicules, ces beauts difformes ou
difformits?
Que
font
froces, ces centaures
ces
guenons immondes,
belles
ces lions
monstrueux, ces demi-hommes, ces
ces :oldats qui se battent, ces chasseurs
tigres tachets,
qui sonnent du cor
Vous voyez sous une
tte plusieurs
corps et en compensation sur un corps plusieurs ttes. Voil
un quadrupde
quadrupde.
cornes
Ici
queue de serpent
un cheval
finit
et
un serpent
en chvre
et l
en cheval. C'est de toutes parts une
get de formes qu'on prfre faire
la
queue de
un animal
telle
tran-
lecture sur les marbres
Hippeu, Le bestiaire divin de Guillaume, clerc de
Normandie, Caen, 1852.
(2) Saint Bernard, uvres, Apologia ad Giiillelmen ab
(i)
sto Jheodorici, cap. XII, 27.
l'estampe [Link] AU XVl' SlCLE
30
que dans
passer les jours tudier de pareilles
les livres, et
choses qu' mditer
la loi
de Dieu.
Ces sculptures grotesques, qui grimaaient aux angles
murs des
des
et
temps
Ces
livres
taient
glises,
devenaient pour
la
traduction des livres
du
peuple un album d'images.
le
d'images taient souvent des recueils de cari-
catures qui choquaient certaines
opuscule du
Dans un
ge, contenant des instructions pour
moyen
chargs de dcorer
les artistes
personnalits.
les
peintures
(Chekenham,
ms. 11059), Delisle (r) signale cet intressant passage
Dsol, crit l'auteur, de voir faire dans
Dieu des monstruosits
montrer comment
lement
les
sanctuaire de
que des ornements,
plutt
yeux des
fixs sur des objets
le
j'ai
voulu
fidles pourraient tre uti-
plus convenables.
Au
lieu
de
voir prs des saints autels des aigles deux ttes, des lions
quatre cornes, des centaures, des
chimres, des scnes de
singes, ne vaut-il pas
triarches?
qu
bouffonneries
l'ancien et
des pa-
du nouveau testament
soit ncessaire d'inventer
de honteuses
L'imagination dsordonne des peintres a
ecclsiastique n'aurait pas
jets
les gestes
peu introduit ces ornements capricieux que l'autorit
peu
il
des renards, des concerts de
mieux contempler
Le champ de
est-il si resserr
la vie
monstres acphales, des
d accepter. Beaucoup de su-
grotesques des sculptures dans
les glises
sont connus.
M. Mle (2) avait signal celles de Champeau (un
diable s'agi-
Livres d'images destins V instruction reiaux exercices de pit des laques [Histoire litt-
(i) Delisle,
gieiise
raire),
(3)
et
t.
XXXI,
Mle,
p. 213.
V Art
1908, p. 532.
religieux de la fin
du moyen ge,
Paris,
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
tant dans
un
bnitier), celles
du jub de Saint-Fiacre du
Faouel lun renard corcli sortant
de
bouche d'un
la
ivrogne), celles de l'Isle-Adam (une truie qui
de Saint-Pol-de-Le'on (un canard jouant de
Guilhermy
file),
la clarinette).
Saint-Jamin d'Evreux, Saint-Seurir. de Bordeaux,
Saint-Lucien de Beauvais
l'on voulait
si
pas, dit-il,
celles
en avait aussi not de trs intressantes
(i)
beil, Ble,
3 I
numrer
On
les glises
ne
Cor-
finirait
qui poss-
dent des singes en chape, des porcs tte encapuchonne,
des nes figure de moine chantant au lutrin, des renards en
chaire.
signale que malgr le zle des iconoclastes achar-
Il
ns dtruire toutes les statues,
par remporter
la victoire. Il
le
culte des images finit
mentionne qu' Saint-Sernin
de Toulouse, un ciseau a reprsent Calvin sous
la
torme
d'un porc mont en chaire.
main que
C'est surtout la porte de l'il et de la
prsentaient
glises.
On
dcorent
bourg
les
(4),
les
lments satiriques des sculptures dans
beaucoup dcrit
cathdrales de
de Paris,
Quand on
(2),
de
les
monstrueuses qui
les figures
Rouen
se
Lyon
considre
les
(3),
de Stras-
combinaisons
fabuleuses d'animaux rels ou de fantaisie qui les entourent,
(1) Guilhermy, Fabliaux reprsents dans les glises. Revue gnrale d'architecture, 1840, tome I, p. 385.
(2) Louise Pillion, Les soubassements des portails latraux
de la cathdrale de Rouen {Revue deP Art ancien et moderne,
fvrier 1905).
(3)
Rgule, Monographie de la cathdrale de Lyon, Lyon,
1880, p. 178 193.
(4)
Delahache, La cathdrale de Strasbourg, Paris, 1910,
p. 138.
L ESTAMPE SATIRICIUE AU XVI^ SIECLE
32
on
sent que ces cathdrales sont
caricaturales.
temps
il
Le peuple
comme
s'y retrouvait
des livres d'images
lui-mme
reconnaissait la tradition hiratique
du symbolisme de
jusqu'
Renaissance, n'taient que
des
de
bestiaires,
Alexandrie vers
l'ancien
sermons sur
Ecclcsiae
la
aux
artistes
les
rem-
moyen ge
le
traduction sur
y retrouvait
l'in-
crit
Physiologtis,
la
et
animal,
d'Honorius d'Autun, ou recueil de
Toutes
du moyen ge
accompagn
de
et
Renaissance demeurent
la
Si les vocables profrs
sculpteurs restent peu prs clairs, crit
le sens des phrases qu'ils
Le symbolisme chrtien
doivent figurer
a
d'explica-
ces ides qui furent transmises
souvent aujourd'hui des nigmes.
par
l'autorit
du rgne vgtal
vie de Jsus-Christ,
tions symboliques.
et
ouvrage abondant en interpr-
le ii^ sicle,
tations (i) allgoriques, tires
du Spculum
la
On
pierre d'une littrature antrieure.
fluence
en
chrtien. Ces inventions qui
l'art
plirent fimagination des sculpteurs, depuis
la
mme
et
gard
la
Huy smans (2),
est
jamais perdu.
comprhension des mots
imagins par ces animaux de pierre. Mais plusieurs de ces
animaux perdent
et se
la
qualit qui leur est propre, s'assemblent
combinent en un
lier la
seul.
Nous demeurons
chane de ces vocables.
inaptes re-
L'observation d'Huysmans est pleine de justesse, car
l'on connat
le
si
sens des allusions et des traditions exprimes
Cahier, Nouveaux mlanges d'archologie, Paris, 1874,
t. I, p. 106. L'auteur cherche les applications du Physiologus dans l'art du moyen ge. Dans un chapitre sur le bestiaire, il donne des exemples.
(i)
(2)
Huysmans, Certains,
Paris, 1889, p. 137 154.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
par beaucoup d'animaux rels,
on ignore
la
33
signification de
plusieurs monstres imaginaires, qui renfermaient, sous un
une synthse d'allgories empruntes
beaucoup d'animaux. Ce qui est moins connu, dit
aspect nigmatique,
M""' d'Ayzac (i), c'est l'introduction travers la
lique de
nombreux animaux
membres
hybrides,
pris diffrentes espces et par l
un
signes rsumant en
symbo-
runissant divers
devenus des
seul sujet les sens assigns
plu-
sieurs.
Comme
faudrait
il
une
la
comprendre aujourd'hui
trueux,
par
le
il
suffit
don divinatoire pour
signification de ces tres
mons-
de noter seulement que cette forme cre
constituait la caricature au sens troit
moyen ge
du mot. Les
sorte de
artistes
du moyen ge empruntaient
na-
la
ture quelques lments de laideur et en exagrant certains
dtails de la
comme
vie animale, mritaient bien d'tre regards
des caricaturistes. Mais
ils
ne peuvent pas tre soup-
onns de se livrer des caricatures politiques. Ce genre
leur
fut
leurs
inconnu.
miniatures,
Dans
leurs
leurs
satires
sculptures,
ne
comme
dans
sauraient avoir cette
porte.
Leur objet
est
dpourvu de tout sentiment d'animosit.
Ainsi, dans ces nombreuses images qui reprsentent
animaux, ce qui domine,
c'est
[Link].
un exemple dans un manuscrit de
(1)
la
On en trouve
Bibliothque natio-
M"^ d'Ayzac, Mmoire sur
liques
observes
dans
la
irenie-denx statues symbopartie haute des tourelles de
Saint-Denys {Revue gnrale d'architecture
Blum
des
t.
VIL)
3
L ESTAMPE [Link] AU XVl' SIECLE
34
iale
et
auquel M. Mle
qu'il considre
comme une
maux
vices
(2). Il dcrit ainsi les sept
portant
L'orgueil est un roi,
main un
la
sur un chien
et
iemme, monte
resse est
un
mont sur un ne et portant un hibou.
La gourmandise
est
un milan. La luxure
et portant
permettrait de connatre
d'animaux
La
une colombe.
que
le
exemple^
mme l'homme
on peut trouver
la
est
sanglier furieux
L'avarice ressemble
luxure l'oiseau voluptueux
.autres figures,
Dieta salutis
la
colre, par
mme
boutoir, de
frappe et tue.
une dame,
est
signification de quelques-unes
au sanglier, car de
donne des coups de
la colre
la
et portant
un jouvenceau, mont
ouvrage attribu saint Bonaventure,
semblable
lion et
sur un sanglier et portant un coq. La pa-
et portant
4ie ces figures
les
L'envie est un moine, mont
aigle.
-monte sur une chvre
Un
mont sur un
un marchand, mont sur une taupe
aine chouette.
sur un loup
reprsents dans
portant un pervier. La colre est une
vilain,
L'avarice est
des plus anciennes peintures
consacres aux vices personnifis et symboliss par des ani-
miniatures
une date voisine de 1390,
(i) assigne
colombe.
possd par
la
taupe,
la
Quant aux
aussi d'ingnieuses explica-
tions.
Peu
senter
peu
les
cet usage
actions ridicules des
cette tradition. Les
lent
d'employer
et bientt
les
animaux pour repr-
hommes ne se conforma pas
animaux symboliques des
on ne
vit
vices vari-
dans ces figures que des tableaux
(i) Mle, Vart religieux en France la fin du moyen ge,
Paris, 1908, pp. 355 et suiv.
{2) Bibl. nat., ras. franais 400.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
d'enseignement moral ou
mme
35
de simples uvres de fan-
taisie.
Dans quelles productions apparaissent pour la premire
fois ces lments satiriques ? Le point de dpart de la
miniature
caricaturale est
couvraient
le
d'gayer
Le procd dont
motifs dcoratifs.
sistait
calligraphie.
Tandis
parchemin de leur belle criture,
graphes prirent l'habitude
la
donner de
la
leurs
ils
qu'ils
les calli-
pages par des
usrent
plus con-
le
valeur aux lettres initiales, en les
enrichissant d'ornements. Les sujets de ces enluminures
furent emprunts aux vgtaux et aux animaux, surtout
aux poissons
et
aux oiseaux. Ces animaux furent
repr-
sents dans des positions invraisemblables, au milieu d'en-
roulements extraordinaires. Les
fois
On
initiales taient
quelque-
ornes de ttes et figures humaines de formes bizarres.
leur
mme
donne
lments
qui
entrent
appelle (i) lettres
buUatiques,
thoides,
noms
des
dans
leur
diffrents, suivant
les
On
les
composition.
phyllomorphes, anthophyles, lomorphes,
anthropomorphiques,
ophiomorphiques.
Il
varies de figures
humaines
et
zoographiques,
orni-
y eut des combinaisons
d'animaux, des assemblages
de personnages humains avec des poissons, des oiseaux,
des serpents, dans
les attitudes les
plus tranges. Fleury (2)
signale plusieurs de ces productions o
donnaient
yi)
libre cours leur
les
calligraphes
imagination et leur fantaisie.
Denis, Histoire de V ornementation
des manuscrits,
Paris, 1857, p. 4^.
(2)
Edouard FJeury, Les manuscrits peintures de
bliothque de [Link], Laon, 1863.
la.
bi-
l'estampe SATIRiaUE AU XV1= SIECLE
36
reproduit en particulier des lettres
Il
histories d'un
ma-
nuscrit contenant V Histoire naturelle d'Isidore de Sville,
se
trouvent de curieuses capitales romaines, formes de
poissons, et des
initia-les
composes de cous
et
de becs
d'oiseaux.
de
L'ide
se
servir des
animaux pour composer des
majuscules remonte une poque ancienne.
lettres
trouve des exemples de cet usage dans
chinois, byzantin (i).
En France
les arts
On
gyptien,
ce procd n'avait t
em-
ploy, pense-t-on, qu' partir du x^ sicle, sous l'influence
de l'cole anglo-saxonne. Mais bien avant cette poque, on
trouve
d'intressants
d'animaux
l'aide
et de
modles
d'initiales
monstres. Ds
gienne, au vii= sicle, M. Leprieur
tionnaire de Luxeuil (Bibl. nat.,
(i)
la
enlumines
priode mrovin-
cite (2) le
ms.
lat.
curieux Lee-
9427), orn de
Kondakov, Histoire de Pari byzantin considr dans
miniatures, traduction Trawinski, Paris, 1886, t. I,
plusieurs morceaux grecs du
p. 196. L'auteur signale
ix sicle, dcors d'initiales formes d'animaux, parmi
les
lesquels trois manuscrits de la bibliothque du couvent de
Sainte-Catherine au Mont Sina, deux de Jean Climaque
l'Evangile du Mont Horeb (n" 213),
on
peut joindre un Evangile grec du British
auxquels
n
Musum,
547, et un Evangile orec do la Bibliothque Na.
tionale, n 964. On trouve mme au vni^ sicle des manuscrits de ce genre {Evangliaire by{aritin du VHI^ sicle,
Bibl. nat., ms. grec n 6}). On rencontre aussi dans un manuscrit lombard du vin" sicle, Dcrtales des papes (Bibl.
nat., ms. lat. 3836) des lettres formes de poissons con(n^s
417 et 421) et
tourns.
(2)
Andr Michel, Histoire de
p. 305.
l'Art, Paris,
1905,
t.
I,
LA CARIC\TURE EN FRANCE AU
lettres
formes d'oiseaux
On
poissons.
logies de technique.
comme
(Bibl. nat.,
ment
AGE
longue queue, de paons ou de
les
ms.
lat.
Il
17654), qui prsente des ana-
a bien aussi des manuscrits
Commentaires de saint Jrme sur
latin 12 15 5),
mais
le
12048), manuscrit du dbut du
remarque entre autres
ix^ sicle,
tte d'aigle. Cette
et
l'vangliste par
un
caricatures,
lom-
E:(chiel
plus important docu-
est le Sacramentaire de Gellone (Bibl. nat.,
d'homme
37
rapproche de ce manuscrit un Grgoire de
Tours (Bibl. nat., ms.
bards,
.[Link]
ms.
latin
dans lequel on
saint Jean corps
manire de reprsenter
une combinaison de
la
forme humaine
et
de l'animal symbolique semblerait indiquer une formule
d'art dj
employe pour
figurer les divinits gyptiennes.
mrovingienne subit des influences gyp-
Si la priode
tiennes ou orientales^
la
priode carolingienne parat
modles grecs ou grco -latins. C'est
pirer de
Psautier d'Utrecht[i), longtemps regard
le
comme une
comme une uvre
du
cas
oeuvre
anglo-saxonne, mais qui maintenant peut tre juste
considr
s'ins-
titre
de l'cole rmoise, aprs
dmonstration palographique
faite
la
par M. Durrieu. Mal-
du Psaugr les influences trangres subies par l'auteur
tier d'Utrecht,
(i)
il
conserve une personnalit originale.
La fin Psalter
in
ilie
Il
UniversHy library of Uirecht,
London,
iSy^^ (reproduction^photographique).
Durrieu, L'origine du Psautier d'Utrecht, Mlanges Ju-
lien
Have
Cf.
ty
1895
Goldschmidt, Der Utrecht Psalter, {Repertorinm fur
Kunstwissenschaft),
t.
XV.
history, art and paleography or
maniis cript styled the Utrecht Psalter, Lonon, 1876.
Walter Gray Pirch, The
lie
l'estampe satirique au
38
XVl'^
une technique propre, consistant en
lesquels
il
d'une allure
ce Psautier d'Utrecht,
appartient l'cole de Reims,
ihque d'Epernay, n 1722},
assez parente de celle de
ms.
le
de l'cole de Metz,
l'autre est
Reims,
Sacramentaire dt Drogon
le
Dbonnaire (Bibl. nat., ms.
une oeuvre de
giles dits de
Evangiles d'Elmi (Biblio-
les
942S) auquel on peut joindre
latin
Evangiles de Louis
et enfin
quoique
mais d'une verve satirique identique. L'un
trs diffrents,
nat.,
Quatre manus-
trs expressive (i).
peuvent tre rattachs
(Bibl.
petits traits secs avec
indique lgrement toute une foule de figures ca-
ricaturales,
crits
SICLE
l'cole
franco-saxonne,
Franois II (Bibl. nat.
ms.
lat.
les
Lit.
9388)
les
Evan-
257), trs remar-
quable par ses fantaisies de dcor ornemental.
Ce
style dcoratif tait surtout anglo-saxon. C'est
Angleterre que se dveloppa particulirement
la
calligraphie
fantastique
A. de Bastard
et
distinguent de ceux du continent par
des initiales et
trelac anglo-saxon, dit-il,
et initiales des livres,
il
premier pays qui
tiales
(i)
La
le
Britanniques se
caractre singulier
ne
se
L'en-
borne pas aux ornements
mais s'tend aux figures d'hommes
et
trace les contours. L'Angleterre est le
ait
montr dans
une prodigieuse
Boinet,
les
comte
le
profusion des entrelacs bizarres
la
d'animaux dont
got pour
grotesque. Selon
manuscrits des
(2), les
le
en
la
dcoration des ini-
richesse d'imagination
('3).
Cette
niiniainre carolingienne, Paris, 1913, p. 62
(phototypies).
(2) Bastard,
ouvrage
Westwood, Fac
cit.
similes of the miniatures and orne(3)
ments 0/ anglo-saxons and irish mnntiscripis, London,
,^,
LA CARICATUREl^EN
FRANCE AU MOYEN AGE
^^
invention des mandres, de tiges entrelaces s'enroulant
en
spirales,
des
dans des attitudes contournesj.
se mlaient,
des animaux et des monstres, crait
hommes,
un
style,
nouveau.
Ce
style
anglo-saxon fut rpandu par
dans toute l'Europe
montr
le x^
les
domina en France. Labarte
et
l'influence de: cette cole anglaise
sicle.
Il
signale
missionnaires-
un
(i)
en France
a:
ds.
intressant manuscrit de cette
poque, une Biblede l'abbaye de Saint-Martial de Limoges.
(Bibl. nat.,
livr
ms.
tous
n 5), dans laquelle
lat.
les'!
le
calligraphe s'est
carts d'une imagination drgle. Il
y a
des lettres initiales, formes par des accouplements zoogra-
phiques tranges, comme, par exemple, un F ayant pour
un paon dress
haste
versales
l'autre
Au
si^r
ses
deux renards dont
jambes
et
pour barres trans-
l'un saisit le
paon au cou et-
au ventre.
xi" sicje, la
dcoration anglo-saxonne continue "
s'imposer l'imagination des miniaturistes franais. Leslettres initiales
occupent une grande partie de
la
page et
leur contour est form d'animaux ou de monstres
repr-
sents au milieu d'ornements de feuillage. Labarte (2) cite
parmi
les
peintures grotesques celles d'un missel
provenant
Il croit
que cet art fut invent par les Anglo-Saxons>
Tood, Descriptive rcmarhs on illuminations in certain
1860.
ancien irishmanuscripts, Londres, 1869.
Il
soutient
la
prio-
rit irlandaise.
(i)
ge
Labarte (Iules), Histoire des arts industriels au moyen V poque de la Renaissance^ Paris, 1865, t. Ill,
et
p. 125 et 147.
(2) Labarte,
ouvrage
cit,
p. 147.
L ESTAMPli SATIRIQUE AU
40
XV!"-'
SIECLE
de l'abbaye de Saint-Gennain-des-Pre's (i), dans lequel des
monstres
des oiseaux bizarres
et
enrichissent
les lettres
histories.
D'autres
xi^ sicles
M.
nord
de
la
France du x* et
renferment galement de curieuses caricatures.
Haseloff mentionne parmi
ces
miniatures satiriques
d'un manuscrit des Ev^^^Z/ej (Bibl. nat., ms.
celles
et
manuscrits du
deux autres de Saint-Omer, l'un une Vie de
lat.
(Bibliothque de Saint-Omer, n 698) qui touche
un
cature par plus d'un ct, l'autre
278)
Orner
saint
la cari-
Psautier, crit dans
l'abbaye de Saint-Bertin Saint-Omer, l'poque de l'abb
Odbert (989-1008)
n'^
Une
26).
genre
est
de Boulogne-sur-Mer,
(Bibliothque
des productions les plus remarquables de ce
un manuscrit des Evangiles de
d'Amiens (n 24
le style caricatural.
l'artiste
Bien que
le
plus particulirement par des
montre
la
bibliothque
ses dispositions
nord de
la
pour
France se signale
uvres importantes dans
ce
domaine, on ne peut passer sous silence plusieurs manuscrits
du Midi
illustrs
d'animaux fantastiques.
mine deux d'entre eux, comme V Apocalypse
(Bibl.
nat.,
ms.
lat.
8878)
thque de Perpignan, on
et
les
Si l'on
de saint Sever
Evangiles de
est frapp
exa-
la
biblio-
de l'emploi d'animaux
de style oriental, de griffons et d'lphants dans l'enlumi-
nure des
initiales.
Mais
les
majuscules ne sont pas encore
pourvues de ces queues dmesures, qui vont
dans
Au
les
deux
xii"
se
dployer
sicles suivants.
sicle, les
(i) Bibl. nat.,
ms.
initiales s'allongent et
lat.,
n 10547.
se dploient
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
4I
avec plus de libert. M. Haseloff (i) note en particulier
dans ce genre une bible du
lat.
{ms.
12 15) avec les restes de
Une
teaux.
xii^ sicle,
initiale attire
de
l'histoire
la
la
conserve Dijon
bibliothque de C-
son attention. C'est
J de
la lettre
cration. Elle est forme d'une
tige grim-
pante, tout entremle de figures d'animaux rels
ou fan-
taisistes.
Jusqu'
office
la fin
du
xii sicle, ce
sont
les initiales
de bordures. Plusieurs manuscrits de
France se distinguent par
la
M. Haseloff tudie
tiales.
Omeret
qui font
de
l'ouest
la
richesse d'excution des ini-
l'cole de Saint-Bertin Saint-
y rattache une bible en quatre volumes, illustre
d'initiales figures tranges,
avec des monstres et des en-
trelacements de feuillage (Bibl. nat., 16743-16746).
Ace
style appartiendrait le livre de saint
Tri-
nit (Douai, ms. 257),
Augustin sur
la
provenant de l'abbaye bndictine
de Saint-Sauveur d'Auchin.
L'abbaye de Saint-Victor fournirait aussi d'intressants
documents,
mos
comme
{B\h\. nat.,
ms.
le
Commentarius Ptri Lomhardi inPsal11 365) lgu par Nicolas, clerc de
lat.
Saint-Victor, l'abb Gurin et donn par ce dernier
Saint-Germain-des-Prs.
Il
tiges entrelaces et ornes
^u'un chien jouant de
la
renferme des initiales avec des
d'animaux humoristiques,
tels
guitare.
M. Haseloff pense que le style de ces travaux procde des
coles anglaises, non seulement pendant le xii^ sicle, mais
^jssi pendant
(i)
le
XIII^
Il
faut reconnatre avec lui l'influence
Andr Michel, Histoire de
p. .298.
Part, Paris,
1906,
t.
II,
ESTAMPE SATIRIQUE AU
42
SIECLE
XVl""'
qu'ont pu exercer sur certains miniaturistes franais des
uvres importantes du
l'abbaye
comme
sicle
xii*-'
de Saint-Albano, conserv
Ilildesheim, dans
dcore d'une image approprie
lequel chaque
initiale est
au
Psautier latin
texte, et le
Psautier de
le
et
franco-normand, crit pour
Henry de Blois, vque de Winchester (British
Nero CIV). Dans
ce psautier,
s'exprime par une miniature
l'Enfer est
Mais
dans l'cole
XIII''
sicle,
sicle.
qu'elle
M.
fantastique
au Jugement dernier,
grimaant.
des diables et des monstres frquents
anglaise
cette
Musum,
que l'ornementation symbolique des
initiales et l'invention
xii
le
got pour
relative
comme un monstre
conu
est vrai
s'il
le
(i)
action
domin
ont
sentir
fait
s'y
France
au
galement
au
en
Haseloff la constate en remarquant toutefois
change de forme. Ce que
la
miniature aime repr-
senter cette poque, ce sont les drleries anecdotiques.
l'appui de sa thorie,
possd autrefois par
qui
se
il
cite
Edmond
trouve dans
la
un
trs
curieux
psautier
de Laci, comte de Lincoln,
bibliothque du duc
Rutland
Belvoir Castle. Ce manuscrit est dcor de sujets satiriques,
comme un
(i)
guerrier attaquant
Atunlz,
phiques
et
La miniature
un
escargot, des souris pen-
irlandaise,
Etudes
archologiques, Paris, 1887, p. 139.
Il
iconograestime que
rornementation irlandaise ou anglo-saxonne se compose
d'lments emprunts l'art grco-romain, entrelacs,
mandres, spirales.
Unger, La miniature irlandaise, son
origine et son
p. 8.)
Il
dveloppement {Revue Celtique, 1870, t. I,
reconnat dans cette ornementation un fonds com-
mun d'art antique. L'vque de Canterbury, Thodore de
Tarse (668-692) aurait rpandu la connaissance de l'ornementation antique.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
dant un chat, une
portant sur
dos un diable.
le
ratraient encore
M.
lesquels
femme nue marchant
De
43
quatre pattes et
pareilles drleries appa-
dans plusieurs autres manuscrits, parmi
Haseloff mentionne
le
Psautier de
Tenison
(British Musum, Add. 24686), orn de caricatures reprsentant une Nride allaitant son petit, une chasseresse
un chevreuil
poursuivant
de Robert de
On
la
Musum, Royal
fille
de
16), le Psautier
tr,
le
Psautier
Irnham (Lulworth Castle Library)
chef-d'uvre du genre, Oueen Mary
le
(British
de
Psautier d'Isabelle,
Ormesby (Bodlienne, Douce 366),
de sir Geoffray Lonterell of
et
le
Bel (Bibliothque royale, ms.
le
Philippe
Psalter (i)
2 B, VII).
peut comparer ces divers manuscrits un psautier
bibliothque de Douai (ms. 171), excut pour Jehan
d'Alesham, abb de Golerston (Suffolk) par Thomas, vicaire,
au dbut du xiv*
sicle.
Les caricatures qu'il ren-
ferme ont t indiques par Enlart
(2). Il
remarque,
maris
ct
des sujets de chasse et
des scnes
de
d'autres illustrations, dans
lesquelles le
miniaturiste ne res-
pecte rien
((
Prlat,
dame,
roi, chevalier et
tromps,
mdecins sont
Voyez deux docteurs en mdecine,
un cureuil qui trne en chaire dans un man-
caricaturs sans piti.
dont l'un
est
teau d'hermine
tation
(i)
il
examine une
un pauvre
Warner
bquillard.
(George),
Queen
fiole et
donne une consul-
L'autre
est
un singe au
Marjy's Psalier,
London,.
1912,
(2) Enlart,
La
satire des
moyen ge {Mercure
vier 1910.)
murs dans ViconograpMe du
de France dcembre
1909
et
jan-
L'iSTAMf'E SATlRiaUE
44
AU
\\\^ SIECLE
chevet de l'ours malade. Le chevalier excute une brillante
passe d'armes contre
un
escargot. Ailleurs
un vieux
sur son trne invective un fou, qui sans s'mouvoir,
la
dame exhibe
langue. La
roi
lui tire
son singe familier des secrets
que maint soupirant voudrait connatre. Matre Renard
donne audience
crosse et mitre trne dans sa chaire et
la
volaille.
Mais malgr tant de preuves de got de
pour
les sujets satiriques, ils
exclusif.
M.
ne sont pas rests son domaine
manuscrit du muse
propos du
Delisle,
Cond, n
9, le Psautier d'Ingeburge,
considrait
comme
franaise
l'cole anglaise
anglais, objectait
que M. HaselofF(i)
c'est
que
Les traces de style anglais,
une uvre
disait-il (2),
que
prsentent certains psautiers franais s'expliquent par l'existence Paris de calligraphes qui avaient pu se former dans
lis ateliers anglais
ou qui, sans
modes
suivaient les
anglaises.
des centres
xiii^ sicle,
tre
Il
alls
y eut en France, au
de miniaturistes qui avaient leur
manuscrits non plus seu-
manire particulire d'orner
les
lement
listel troit
d'initiales,
leur, bordant et
d'animaux
mais d'un
contournant
de monstres
et
en Angleterre,
et
la
en or
et
en cou-
page et quelquefois orn
plus rarement de sujets sati-
riques.
S'il est vrai
que des missions anglaises, aprs avoir orga-
nis des monastres d'un degr de culture trs lev, ont
(1)
t.
Mmoires de
LIX,
(2) Delisle
Xlll^
la
Socit'
des antiquaires de France,
p. 26.
et
(Lopold), Notice de douie livres royaux des
XI V
sicles, Paris, 1903, p. 9.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
russi
pendant deux ou
style (i)
l'art
continental,
cette influence ait
que
du
dans
trois
il
sicles
introduire leur
serait exagr
pu touffer
45
de supposer
l'activit^ les
habituces
2;nie national.
L'cole franaise
personnel.
du xiu^
L'humour
Anglo-Saxons, mais
enlumineurs
sicle a
un
style qui lui est trs
des miniaturistes n'est pas celui des
il
s'inspire
plutt des traditions des
italiens (2), particulirement de l'Italie
dionale, qui se plaisaient orner les initiales des
crits
d'entrelacs et de monstres tordus,
serpents et de chiens.
On
parchemin, contenant
la
de Pques pour
la
Exidtet, d'aprs le
mri-
manus-
de silhouettes de
songe surtout aux rouleaux de
prose destine tre lue
bndiction du cierge pascal,
mot qui commenait
la veille
et
la prire.
appels
Les figu-
rines monstrueuses qui dcorent ces rouleaux furent imites
par les enlumineurs franais (3).
(1) Warner, Illuminated mamiscripts in Briiish Musum,
London, 1903, ei Reproduction front illuminated nianuscripts, London, 190b.
Michel, Histoire de Vart, t. I, p. 807.
Sur
rinfluence italienne, voir Labande, Les miniatu(3)
ristes avignonnais et leurs uvres {Gazette des Beaux-Arts,
mars et avril 1907). Il signale le fait qu'en 1240-41 un archi(2)
mont sur le sige
du ;o fvrier 12S7,
Dans
son
testament
piscopal d'Avignon.
il lui avait
lgu ses immeubles aux environs de Bologne.
prtre bolonais, Zoen
Tencarari, tait
devaient servir dfrayer en l'universit de
pauvres de son diocse. Ces bourles tudiants riches rapportaient leurs livres Avi-
Les revenus
celte ville huit tudiants
siers et
gnon
Cf.
et
propageaient ainsi l'art du nord de l'Italie,
{}\2,y.),Die Illuminatorendes Joliannvon
Dvorak
markt [Jahrbuch der kunsthistorischen Sammlungendes
hchsten Kaiser/iauses, vol. XXII, fasc. 2).
TSleu-
aller-
l'estampe [Link] AU XVI^ SIECLE
46
Un
intressant manuscrit (Bibl. nat., ms.
orn d'initiales sujets grotesques,
telles
au corps de dragon, prs d'une jeune
la
mme
lat.
est
17324)
qu'un violoniste
fille
reprsente sous
forme. Ces images font corps avec
l'initiale.
Dans
d'autres manuscrits, les extrmits des initiales
s'allongent
si
bien qu'elles forment
ratifs
le
point de dpart des motifs dco-
de l'encadrement.
Dans
la
premire partie du
xui-^ sicle,
dans l'emploi de ces diables nus
la satire
oreilles
d'animaux, qui
ornent ces bibles illustres dkes Bibles moralises,
L'ide qui prside
de tout l'ancien
et
la
histories.
confection de ces bibles est d'extraire
de tout
avec quelques textes
apparat
le
nouveau testament des
sujets
de donner chacun d'eux une inter-
et
prtation allgorique ou
Un
morale.
des plus complets
exemplaires se trouve parpill en trois endroits diffrents:
la Bodlienne
nationale
(ms.
d'Oxford (Bodl., 2706 b),la
Bibliothque
latin,
11560)
1526-15 27).
(Harley,
M.
et
au
Delisle (i)
British
voir runis ces six cent trente-huit feuillets.
tum
est
maintenant
ralis grce
constitue
jet, la
Bible
un rpertoire immense des motifs
reprsents tels qu'on se
elle gale
Ce desidera-
M. de Laborde
Excute, dit M. de Laborde, d'un seul
lise
les
nos cathdrales.
(j) Histoire littraire,
t.
(2).
mora-
bibliques,
imaginait en ce temps-l,
en beaut, varit et symbolisme
arcliitecturales de
Musum
avait souhait de
les
et
conceptions
XXXL
Bible moralise'e, reproduction avec notice
par A. de
Laborde, Paris, 191 1 (en cours de publication, dition
faite sous les auspices de la Socit de
reproduction des manuscrits peintures)
(2)
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
Ce
encore
n'est pas
se montrer dans
la
de
la caricature. Elle
seconde partie du xiu^
47
commence
sicle et consiste
n motifs drolatiques qui viennent gayer
les
bordures des
manuscrits. Ces miniatures ne renferment plus seulement
des initiales satiriques,
comme
dans
le
manuscrit latin de
la
Bibliothque nationale 248, mais elles contiennent des or-
nements amusants forms
monstres
face
humaine
d'tres rels
ou
d'hommes
et
Quelques travaux lorrains ont
fantastiques, de
plus
tte d'animal.
particulirement
remarqus. Ce sont deux manuscrits appartenant des
collections anglaises, \q Pontifical de Renaud de Bar (Biblio-
thque de
sir
Huddersfield) et le Br-
Verdim pour Marguerite de Bar, dont
viaire de
trouve dans
la
Thomas Brooke
collection Yates
la
Verdun
bibliothque de
Thompson
(n" 107).
le
et le
d'assaut
la
mme
ces
lat.
et
celles
le
de deux
et
*^<^"^ ^^^
(i)
tu-
[et
des
On
peut
psautiers de
d'animaux de
artistes
dont
Un nom demeure
Michel, ouvrage
cit,
les
la
Bibliothque
marges sont dcores
fantaisie.
Ces psautiers qui furent nombreux au
ignores.
chasseur.
un autre Psautier de
10435},
de singes, de sirnes
composs par des
les a
un Psautier de Trinity Collge de Cam-
bridge (B, XI, 22)
nationale (ms.
font prisonnier
illustrations
famille,
II
actions humaines. Les livres prennent
un manoir,
rattacher
tome
amusantes, o des livres
dis (ij, de petites scnes
les
I S3
Les miniatures de ces
manuscrits reprsentaient, d'aprs l'rudit qui
singes imitent
tome
xiii^ sicle furent
personnalits sont restes
clbre, c'est celui de l'enlumi-
t.
II, p.
352.
l'estampe SATIRiaUE AU XVi^ SIECLE
48
On
neur Honor.
un manuscrit dont
lui a attribu
les
Ce^t
niatures renferment de curieux sujets humoristiques.
le Brviaire de Philippe le
vraiment
est
qu'on
autoris
d'Honor mentionne
Louvre de I2q6
10
livres
naiis ,20
Mais M. de Mly
la
trois parties
(3)
dont
humour du
ne pense pas que ce br-
la fin
comme
du
biblio-
troisime renferme, suivant lui, des
la
d'humour.
xiu^ sicle ne consiste pas en scnes dro-
xiii^ sicle,
des calligraphes, dont
ornements des
ma-
Dcret de Gratien, divis en
le
des caricatures relvent surtout de
Jusqu'
le
la
cette
latiques. Lessujets susceptibles d'tre regards
comme
107
libris rgis, illumi-
Bibliothque nationale un autre de
illustrations pleines
Cet
hreviario jacto pro rege,
d'Honor, aprs avoir compar
thque de Tours (ms. 558),
1023)
dans un compte du Trsor du
Pro uno
(2).
viaire soit l'uvre
nuscrit de
ainsi
lat.
avec l'uvre
identifier
ci
Honoratus illuminaor pro
sols.
1.
Bel (i) (Bibl. nat., ms.
mi-
l'art
poque
dcoratif.
les
miniaturistes procdent
l'art
s'exerce surtout dans les
initiales (4), (Bibliothque Barberini,
Bibliothque du Vatican, n 335), dans
les
3377.
bordures de
laisss vides la fin
feuillages et d'pines et dans les espaces
Die Pariser Miniaturuialcrei, Paris, 1907,
(1) Vitzthum,
reproduit et cite le folio 86 de ce manuscrit.
Paris sous Philippe le Bel, Paris, 1837.
(2) Graud,
Mly, Le miniaturiste parisieti Honor {Revue de F Art
(3)
Ancien
mitifs
(4)
et
et
Moderne,
t.
igio,
XXVll).
Cf.
Mly, Les pri-
leurs signatures, Paris, 19 13.
Seroux d'Agincourt, Liistoire de
t.
III.
Kobell,
ments, Paris, 1823,
turen und Lnitialen, Munich, 1891.
par les monuKunstvolle Minia-
l'art
fl
_3
ce
>
ce
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
comme
-des feuillets,
au milieu desquels
dans
le Petit
Psautier de saint Louis (i),
se succdent des btes
fantastiques, des
-dragons queues interminables(Bibl. nat., ms.
du xin
C'est seulement la fin
commencent
De
vie.
de Jean Pucelle, Ancelet de
Sens
et
plu traiter
Dans
Jacquet Mac.
cette
d'Heures de Jean Pucelle, tudi
par Delisle (3)
miniatures
les
marges des uvres
les
des plus intressants manuscrits de
livre
les artistes
vritables sujets
humoristiques
prendre place dans
ms.
calligraphes (2) et des
formules consacres et introduisent dans
fantaisie et la
10525).
sicle (Bibl. nat.,
s'affranchissent de la tradition des
la
lat.
13260) et au dbut du xiV sicle que
latin
49
trs
ce manuscrit,
priode
Un
est
le
minutieusement
dit-il,
l'artiste s'est
des figures grotesques et des jeux de divers
genres. Les bouts de lignes ont t remplis par des orne-
ments de toute espce,
nation
la
tels
qu'a pu les concevoir l'imagi-
plus fantasque et auxquels
le
peintre a pu donner
de grands dveloppements, en les faisant dborder sur les
-marges. C'est
ricatures,
un interminable
de monstres,
d'hommes
attitudes les plus varies,
militaires:
foin,
un batteur de
Delisle, Notice
(1)
de grotesques, de ca-
et
en costumes
bl,
un porteur d'eau, une
XIV^
dfil
de femmes dans
civils,
religieux
un vanneur, un
les
ou
rateleur de
fileuse tenant sa quenouille.
des dou{e livres royaux des XIII^ et
sicles, Paris, 1902, p. 40.
(2) Mle, La miniature l'exposition des Primitifs franais {Galette des Beaux-Arts, 1904).
(3) Delisle, les Heures dites de Jean de Pucelle, Paris, 1910,
p. 19.
Blum
L ESTAMPE SATIRIQUE
50
Parmi
un
folio 37, c'est
Au
en signale deux trs curieux.
sujets, Delisle
les
AU XVT SIECLE
prlat crosse et coiff d'une mitre
Au
de soufflet, donnant sa bndiction.
folio
en forme
un
8, c'est
vque mitre frappant un tambour.
Plusieurs manuscrits prsentent des bordures analogues
celles des Heures
Heures de
la reine de
Hutin, de
frieures de ce
viaire de
figurait
Jeanne de
lui
ms.
Belleville,
, c'est--dire:
images
du cadre rserv au
Ainsi dans
les
sicle
ce
les
marges,
style
The book of
de
Br-
Bible de
la
le
Brviaire
10483-10484). Ce brd'Olivier de Clisson,
les fueillez
(3) avec
par dehors histo-
y a des tableaux en dehors,
texte.
de plus en plus grande.
(i)
11935) et
femme
il
in
l'ordre de saint Franois
lat.
lat.
le
sujets
(South Kensnigton), un
Et en sont
<(
comparer un Missel
dans l'inventaire du mobilier de Charles
cette indication
xiv^
de Louis
fille
du Vatican, ms. n 603, fonds Urbin),
de Belleville (Bibl. nat.,
les
Thompson. Les marges
Robert de Billyng (Bibl. nat., ms.
riez
Jeanne
d'une religieuse de
viaire l'usage
(Bibl.
encore
peut
de Saint-Denis (2)
l'abbaye
(i),
volume sont dcores de peintures
On
tranges.
Navarre
collection Yates
la
Ce sont d'abord
de Tucelle.
dites
miniatures prennent une place
L'cole de Pucelle rpandit au
raliste qui
Jiours
of Joan
se
II,
traduit
en bordures
quccn of Navarre, Lon-
don, 1899.
(2) Bradley, Hisiorical introduction to the collection of
ilhiminaied h tiers and border s in the national art library in
the Victoria
(3)
and Albert Musum, London,
Inventaire du mobilier de Charles
Labarte, ns 3294 et 3300.
1901, pi. 3.
en
1^20
dition
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
troites,
$t'
d'o partent de minces tiges entrelaces, encadrant
des sujets
Peu
satiriques.
peu ces scnes
se
montrent
non seulement dans
les
des parchemins et
deviennent des illustrations indpen-
marges, mais sur
la
partie
blanche
dantes.
Une
gard
des uvres du xiv* sicle trs caractristique cet
Roman de
est le
Fauvel, dont deux manuscrits (i) con-
tiennent' des dessins
amusants. Dans
trs
le
second des
quarante dessins de l'Histoire de Fauvain^ Fauvel l'nesse
la
jument, qui personnifie
monde,
la
tromperie
mise en chaire par
est
En
le
et la
on
mchancet da
pape avec cette lgende r
toutes cours [Link]
Rome
Avient par faute de proudome
C'on
assiet
Fauvain en chaiere
Kar partout vuelt
Un
tre premire.
autre dessin reprsente
abb et
le
un vque, un seigneur,
xm.
conducteur monts sur Fauvain pendant que les-
pauvres doivent se tenir
la
Ceux qui n'ont pas
queue.
tant de pouvoir
Qu'ils puissent sur Fauvain seoir
Doivent
la
keu
se tenir,
Pour Fauset mieux
ensivir.
(i) Bibl. nat., ms. franais 146, Roman de Fauvel^ repro^
Bibl. nat., ms. franduit par Pierre Aubry, Paris, 1907.
ais 571, Histoire
fors,
XXXII,
moyen ge,
t.
de Fauvain, reproduit par Arthur LaogGaston Paris, Histoire littraire^
Cf.
1914.
p. 108 153.
Paris,
Langlois, La vie en France
Paris, 1908, p. 276 304.
am
AU
L ESTAMPE SAT.'RiaUE
52
MECLE
XVl'
Champollion-Figeac(i), reproduisant quelques-unes de ces
images,
les
comme
regardait
clerg et contre
des pices satiriques contre
le
chevalerie, mais en interprtant ainsi
la
dans un sens rvolutionnaire des uvres dpourvues d'intentions politiques,
ment
mconnat leur porte
moralisatrice. L'objet des railleries
vel n'est pas
ral
il
une
classe sociale,
essentielle-
du Roman
de
Fau-
mais l'hypocrisie en gn-
que l'auteur veut bafouer.
Toutes
les
explications trop subtiles des miniatures ne font
pas une part assez grande
C'est ainsi
l'tat
des esprits au
que dans un autre manuscrit du
faut se mfier des thories
fication prcise
moyen
symboliques donnant une signi-
aux monstres reprsents dans
En
ralit, seule la crainte des
les
mes de ce temps
ge.
xiv'' sicle (2), il
le recueil.
gnies diaboliques qui hantait
d donner naissance
ces sortes
de dmonsfigurssousl'aspectd'hommes-chiens, d'hommesloups, d'hommes-taureaux et d'hommes-porcs.
Le got pour
ces
animaux
fantastiques ttes humaines
ne se manifeste pas seulement dans plusieurs autres manuscrits
enlumins du xiv^
officiels, tels
sicle (3),
que des diplmes
mais dans certains actes
et des chartes (4).
procs-verbal d'un serment prt par
son avnement, en octobre
le roi
Ainsi
le
Jean peu aprs
360, dbute par une suite de ca-
Champollion-Figeac, Louis et Charles d^Orleans, Paris, 1844, pi. XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX.
(2) Bibl. nat., ms. frs. 2810, Recueilde relations devoyages
ou Livre des merveilles du monde.
Biblio(3) Bibliothque Sainte-Genevive, ms. 143.
thque d'Avignon, Evangliaire du xiv sicle, ms. n 24.
(4) Archives nationales, K. 47, n 6.
(i)
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
ractres bizarres avec des figures
non une simple conception de
rflchie
en grotesques. C'tait
la fantaisie,
d'une tradition iconographique
Elle se maintient
mais l'expression
(i).
le xv*^ sicle (2).
pendant
53
Ds
les
pre-
mires annes, on en constate l'existence dansles margesd'un
manuscrit de
ms.
latin
la
Bibliothque nationale, (nouv. acquisitions
887) dcores d'acrobates et de musiciens, et de
poissons aux formes tranges. Les plus habiles enlumi-
neurs du xv^ sicle ne s'affranchissent pas de ces formules
ralistes.
Un
des plus clbres manuscrits de ce genre est celui des
Grandes Heures du duc de Berry
tures n'existent plus, mais
il
Les grandes minia-
(3).
une
reste toute
srie de bor-
dures satiriques, qui indiquent un grand artiste.
amus
des
reprsenter
vques aux pieds forms de
dont
le
personnages
griffes
queue de dauphin, des femmes dont
ou de
fleurs
thme
sur
ttes
tte
tantt des cymbales.
d'homme
(i)
(2)
hommes
chimre ou en
corps est form de
Une femme monte
joue tantt de
la
trompette,
Le miniaturiste affectionne
peinture des animaux.
peau de cardinal,
des
d'animaux. Leurs attitudes offrent un
d'entrelacs plein de drleries.
un animal
le
s'est
grotesques,
de lion, des
corps finit en tte de cygne, en
Il
Ici, c'est
un chien
coiff
aussi
la
d'un cha-
un singe musicien, un singe chasseur,
Vitzthum, Die Pariser Miniatiirmalerei, Paris, 1907.
Delisle, Recherches sur la librairie de Charles V,
Paris, 1907, t. I, p. 197.
Bibl. nat., ms. lat. 919.
(j?)
L ESTAMPE SATlRiaUE
54
AU XVl' SIECLE
tin singe professeur, faisant l'ducation d'un petit singe,
ailleurs
un ours jouant du tambourin.
A qui attribue-t-on ces miniatures? Deux liypothses ont
t mises. L'une du comte Durrieu, qui reconnat dans
certaines pages des Grandes Heures
!neveu(i}, l'autre de
M. de
la
main d'Andr Beau-
Lasteyrie (2), qui les regarde
comme l'uvre de Jacquemart de Hesdin
M.
Durrieu
(3)
Hmres avec celles
-ms.
fr.
comparant
les
et
de son
atelier.
miniatures des Grandes
du Psautier du duc de Berry
(Bibl. nat.,
13091) estime que ces deux manuscrits doivent tre
attribus Beauneveu. Pour prciser
les
peintures qui sont
certainement son uvre, M. Durrieu signale qu'on
-doit celles desf' 8 15, 18, 22, 24, 28, 41, 45 et
il ajoute que
lume
la part
du matre domine tout
le
reste
52,
lui
et
du vo-
par des qualits exquises d'esprit d'invention et de
finesse de touche.
.M. de
ie
Lasteyrie, confrontant
manuscrit 11060 de
regarde
les
mart de
la
Il
manuscrit
latin
919 avec
Bibliothque royale de Bruxelles,
Grandes Heures
Hesdin.
le
comme un
travail de Jacque-
fonde son raisonnement sur
le
fait
qu'elles ont t identifies par Delisle (4) avec les Heures
(1} Durrieu (Comte), Uiz dessin du muse du Louvre, attribu Andr Beauneveu (Fondation Piot, Monuments et
Mmoires'), Paris, 1894, t. 1, p. 194.
(2) R. de Lasteyrie, Les miniatures d'Andr Beauneveu et
_^Jacquemart de Hesdin, Monuments etMmoires, Piot, t. III,
p, 109.
(3) Durrieu (Comte), Les miniatures d'Andr Beauneveu.
Le Manuscrit, juin 1894.
(4) Delisle (Lopold), Les livres d' Heures du duc de Berry ^
'^Ga^ette des Beaux-Arts, 1884).
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
55
dsignes ainsi dans les inventaires du duc de Berry(i):
Trs grands moult belles et riches heures, enlumines et
histories de grandes histoires de la
de Hesdin
et otres ouvriers
l'attribution des Grandes
inscrite
librairie
main de Jacquemart
de Monseigneur
Il
rejette
Heures h Beauneveu, car une note
en tte du volume par Jean Flamel, garde de
du duc de Berry, nous apprend
parfaites et
qu'elles furent
accomplies en l'an de grce 1409, c'est--dire
une dizaine d'annes aprs
la
mort de Beauneveu. Cette
opinion de M. de Lasteyrie est galement partage
M.
la
Prost (2), suivant lequel ce serait
un
par
tort de vouloir
dpossder Jacquemart de Hesdin en faveur de Beauneveu.
M.
Delisle (3) reconnat galement Jacquemart de Hesdin
comme
des Grandes Heures,
l'auteur
mais
comme
grandes miniatures ont disparu de ce manuscrit,
il
les
trouve
tmraire d'attribuer Jacquemart tout ou partie des peintures qui subsistent.
Malgr
ces mutilations et
sions auxquelles
l'admiration
il
donne
unanime des
en dpit de toutes
lieu, le
les
discus-
manuscrit latin 919 excite
critiques.
M. Durrieu
fait
l'loge
de la belle dcoration des marges, animes de personnages
de fantaisie, fantastiques, grotesques ou parfois satiriques.
M.
Delisle apprcie aussi le talent avec lequel sont traites
(1)
t.
I,
Guiffrey, Les invenfaires
p. 253 et
t,
II,
du duc deBerry,
Paris, 1894,
p. 280.
Inventaire de 1413, Archives Nationales,
KK
258.
Inventaire de 1416, Sainte-Genevive, Lf. 54.
(2) Prost, Les travaux d'art du duc de Berry {Galette des
Beaux-Arts, 1875,
p. 264).
(3) Delisle, article cit
{Galette des Beaux-Arts^ 1884).
l'estampe SATIRIdUE AU XVl^ SIECLE
56
les
enluminures ornant
les
pages, couvertes de vignettes^
de fleurs, de papillons, d'oiseaux, d'anges, de
de
Ce
serait,
suivant son opinion,
M. de
des volumes du duc de Berry.
moins insensible
Parmi
crit.
les
somptueux
Lasteyrie ne reste pas
plus remarquables (i),
homme
les
paules d'un animal fantastique.
manus-
signale au
il
80
vtu d'une courte tunique jaune cheval sur
Il
une miniature reprsentant un vque
de lion de couleur rose.
peinture du
152,
Il
reproduit au
coiffe
revtu d'une chasuble jauntre et dont
griffes
plus
la beaut des miniatures de ce
un
en
le
et
de
extraordinaires, caprices de l'imagination
figures
l'artiste.
dmons
le
d'un
12
soufflet,
corps se termine
donne galement
la
un vque pagayant dans un bateau
termin par une tte humaine.
Ferdinand Denis
Grandes Heures
la
(2),
qui avait cru reconnatre dans
manire de Beauneveu, clbre ce beau
manuscrit, propos duquel
poUion
Un
les
cri s'lve
de
de
Cham-
conscience de tout
homme
rappelle ce
il
la
mot
de got en l'honneur du prince promoteur des talents qui
ont cr un
Il
tel
chef-d'uvre.
>)
y a un manuscrit qu'on peut rapprocher des Grandes
Heures du duc de Berry par
la
richesse de la dcoration,
consistant souvent en bordures satiriques. C'est
de prires du xv^ sicle de
(i)
p. 57.
Pote
la
livre
Bibliothque impriale de
(Marcel), Les Primitifs parisiens, Pvis. 1904,^
les folios 47 v^et 6) contenant
M. Pote admire surtout
des reprsentations satiriques contre l'Eglise et
figuration d'un genre trs gaulois.
(2)
un
le folio 42,
Denis(Ferdinand), Histoire de V ornementation des ma-^
nuscrits, Paris, iSj^y, p. 102.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
Vienne (Cod. 1855). M. Beer(i), qui
57
une
a consacr
lui
tude dans une description des principaux manuscrits de
Vienne, avait t frapp de
la
juxtaposition, frquente au
XVI* sicle, des motifs religieux d'un sentiment
charmant
avec des sujets profanes d'un ralisme parfois humoris-
Comme
tique.
feste
dans
exemple de
14 qui donne une
diffrents
types
Grandes Heures,
rivalise
d'animaux
d' autant
Waagen
La
le
burlesque des
le
souvenir des
Vienne
somptuosit des orne-
dcorative,
faisait
remarquer
forme un digne pendant l'ornementation
marginale des Grandes Heures du duc de Berry. Mais
possible, suivant
manuscrit ne
t excut
il
est
une observation de M. Durrieu, que ce
soit pas
du temps du duc de Berry, mais
un peu plus
vaill Paris,
On
amu-
et le
voquent
la
feuillet
d'illustration
plus que le manuscrit de
riche bordure
(2),
qui se mani-
reproduit
les silhouettes
avec celui de Paris pour
ments.
il
ide de ce genre
La drlerie dans
sante.
l'esprit satirique
dcoration marginale,
la
tard par
l'poque de
la
une
ait
cole qui aurait tra-
domination anglaise.
peut rapprocher des Grandes Heures du duc de Berry
deux autres manuscrits des Bibles
moralises.
Ces deux
belles
Bibles histories qui ont t dj trs tudies (3),
ren-
ferment de curieuses miniatures. Le sujet en est toujours
(1)
KndioM'&Qev,' Les principaux manuscrits peintures de
de Vienne (Kunst und Kunsthandwerk,
la Bibliothque
1902), article traduit
dans
le
Bulletin de la socit franaise
de reproduction de manuscrits peintures,
(2)
2^
anne, 191a.
Waagen, Die vornehmsten Kunstdenkmler
1867, vol. II, p. 7a.
(3) Notices et extraits des manuscrits,
t.
VI.
in
Wien^
l'estampe satirique au xvi^ sicle
58
des histoires
emprunt
de diables
et
de dmons. Dans
le
manuscrit franais 166, on peut compter une vingtaine de
ces
miniatures. L'une
reprsente
homme
un
couch, en-
tour de dmons. Par cette peinture est signifi, dit
gende,
pcheur qui s'endort en
le
nemi enlace
conduisent une
diables
femme
leur tirent les rideaux d'un
sur un
et
lit
un vque, un autre
o
lit
manuscrit
il
de
un moine. Tantt
montrer un vque
diable
le
par
monde
de ses
de
c'est
Ici
tableau
de
l'explication
d'hommes
signifie
filles
Dans
chair .
la
Un
autre
Bibliothque nationale (i) renferme des
la
et
contre nature abusent l'un de l'autre
et
On
un couple.
s'gaie
ils
repose avec une femme, et d'autres scnes
analogues.
Gomorrhe
Loth
l'en-
que
Tantt deux
d'amours de moines encourags par des dmons.
sujets
l-
deux diables amener des vques, un diable
voit aussi
trangler
tourments.
par divers
et tire
tat de pch,
la
la
les
Sodome
de femmes
Ici
et
qui
l'histoire
de
religieux dus par le
plupart des autres pages, ce
sont des diables conduisant des moines ou des vques ou
surprenant, en train d'enlacer des nonnes ou montrant
les
un
livre
enfers.
Une
enfls, des
un
Adam
Eve ou jetant des
et
des plus amusantes pages
camus, des borgnes
enfl
un
reprsente
des
diable prsente de l'or
des personnages ayant un nez difforme et
un moine menacent de verges un homme
Ces deux Bibles moralises ont
(i) Bibl. nat.
pcheurs aux
Ms. latin
32, 59, 74, 8r, 84, 103,
248, 260, 262, 321.
10,
genoux.
t attribues par
167, fol. 7, 13, 14, 18,
I
Bou-
19, 21, 23,
iS, 124, 170, 194, 218, 253, 235,
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
chot Jacques Cne, et plus justement par
aux
choix des sujets excuts pour
lippe le
M. Durrieu
(i)
Pol et Jehannequin de Limbourg, par compa-
frres
raison avec les Trs Riches Heures
le
59
du duc de Berry. Quoique
le
duc de Bourgogne Phi-
Hardi impost aux enlumineurs des scnes essen-
tiellement religieuses et moralisatrices, quelques-unes ont
malgr
ment
programme, une
le
naturaliste est
allure trs raliste.
d non seulement
d'enlumineurs, mais aussi
exemple
de
et
si
bijoux de leurs collections (2).
les
des
femme enchappelle
le chevauche une femme
On
un
Un
Fouquet.
gallictis
une
tte
d'omme
les
sujets grotesques
la
tradition dro-
Elle dure jusque dans l'uvre de
manuscrit de
nich (3) {Codex
la
bibliothque royale de
Mu-
369, Olim, 6) contient des minia-
entoures de bordures, dans lesquelles sont repr-
tures
sentes des figures
Une
y trouve par
oisel qui a visage
ne pouvait que contribuer au maintien de
du moyen ge.
du
Ce got des grands seigneurs pour
latique
l'on regarde
un joyau en manire d'un dragon,
habitudes
passion des princes pour les
la
thmes d'inspirations extraordinaires,
moins
Ce mouve-
page
coiffe
d'hommes
et
d'animaux fantastiques.
renferme une bordure dans laquelle une
femme
du hennin, au corps d'animal voisin du
singe,
joue de la guitare.
Bouchot, les
Durrieu, Le Manuscrit, 1894, t. II.
Primitifs franais, Paris, 1904, p. 206.
La(2) Inventaire du mobilier de Charles V, publi par
(1)
barte, n" 1733-1737-1738-2911-2913.
(3)
Durrieu, Le Roccace de Munich, Munich, 1909,
pi. 111 et
XXV.
p. 29,
l'estampe [Link] AU XVl' SIECLE
60
Les animaux sont surtout destins fournir une srie de
combinaisons bizarres
cilii
avec laquelle
ils
plus varie. C'est par
mouvement
artistes les
et grotesques, grce l'extrme fa-
peuvent s'entrelacer de
la
un sentiment dcoratif
et
emploient.
imaginations
santes (i).
Ce
verve.
Ils s'efforcent
urt
de trouver dans l'assem-
Ils
prises
moyen de charmer
de formes tranges
reprsentent des singes, des
qui trappe dans ces miniatures,
Il
non par
la
d'opposition contre des classes sociales que les
blage de leurs lignes tourmentes un
des
manire
rats,
et
amu-
des livres.
l'esprit et la
'c'est
n'y a pas trace dans ces moqueries de haine vio-
lente.
Mais ct des caricatures
relatives des
animaux,
il
a aussi des caricatures s'appliquant des peuples (2). Ainsi
Wright
a reproduit (3),
modillons
et
au milieu de sujets trs profanes de
de misricordes, des caricatures extraites
deux volumes appartenant
la Trsorerie
diriges contre Tlrlandais,
arm d'une hache,
reur d'arc et
le
des-
de l'Echiquier et
le
Gallois ti-
Gascon vigneron.
Certaines images attaquent aussi des groupements d'individualits, des espces, des castes, des milieux sociaux.
Tantt ce sont des magistrats, tantt ce sont des mnestrels
qui sont tourns en ridicule, par exemple dans un manus(i) Bibl.
Sainte-Genevive. Ms. 143.
La satire des murs dans V iconographie du
Cf. Enlart,
moyen
ge
{Mercure
de
France,
dcembre
1909, jan-
vier 1910).
V art profane
(2)
Witkowski,
{})
V^ghX, Histoire de
V glise,
la caricature et
Paris, 1908.
du grotesque dans
la littrature et Vart, traduction Sachot, Paris, 1867, p. 158.
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
crit (i)
de
la
Bibliothque nationale reprsentant
teurs sous forme d'animaux. D'autres
fait la
murs
critique des
et des vices
fois, le
de
6l
les
chan-
miniaturiste
la socit,
accen-
tuait tout ce qu'elle peut prsenter de brutal et de cynique.
Il
compose une
sorte de catchisme en images,
aux sermonnaires leur tour enjou
et railleur
empruntant
dans l'expos
des principes de morale. Les grands seigneurs ne sont pas
les vilains dans ces satires.
plu3 pargns que
les fabliaux et
dans
intention
par
les soties,
politique,
on
Comme
dans
par besoin de rire plutt que
prend aux personnages
s'en
puissants.
On
peut dire,
l'crivait
pas t l'poque de
n'a
ge
comme
moyens de
la
le
Wright, que
moyen
caricature parce que les
circulation n'offraient pas encore
rapidit de
la
l'extension ncessaire.
Le colportage de
et
un
sous
le
ces
contrle de l'Eglise
caractre agressif qui
accueillies par le clerg.
facties, parce qu'il
tacle la foi.
taisistes.
dans
la
On
Mais
les
Ce
elles
et empches
les considrait pas
elles
nature et dans
d'tre bien
qu'il tolrait, c'tait le
got des
comme un
obs-
demeurrent essentiellement fanse prsentait
la vie.
voit par le choix des sujets et par la manire de
que
la
miniature satirique du
encore loin de faire prvoir
sance.
ne pouvaient prsenter
Leur domaine comprenait tout ce qui
les interprter,
tait
ne
se faisait par l'intermdiaire
images
Pour que
(i) Bibl. nat.,
le
ms.
la
ge
caricature de la Renais-
genre pt se constituer,
latin 833.
moyen
il
lui fallait
l'estampe SATIRiaUE AU XVI* SICLE
62
subir encore bien des transformations.
cres
bizarres
par
monstres hideux,
du
l'imagination
les ttes
pour exprimer des haines
Toutes
les formes-
moyen
ge,
les
grimaantes, allaient se modifier
et des colres.
La pense qui a
dirig les divertissements enfantins de miniaturistes mali-
cieux ne doit pas tre assimile celle qui mettra l'image
au service d'une politique militante.
Ce qui vint contribuer
favoriser le
dveloppement de
cette nouvelle espce d'images, ce fut l'invention
de l'imprimerie et de
au xiv
du parchemin
avec l'emploi
rivalisait
de solidit. Mais
concurrence ne dura pas longtemps. La dcouverte
de l'imprimerie et
la
gravure au xv^ sicle vint porter
prjudice aux artistes qui ornaient
niatures.
aux
papier,
gravure. Le papier existait en France
lui prfrait, parce qu'il offrait plus
qu'on
cette
et
sicle
la
du
Aux
rois et
les
parchemins de mi-
manuscrits de luxe enlumins qu'on offrait
aux grands seigneurs, Timprimerie substitua des
livres orns d'images, tirs
un plus grand nombre
ceptibles d'tre acquis des prix plus
et sus-
modestes par toutes
les classes de la socit.
C'est cette facilit de diffusion offerte par l'imprimerie
et les arts
de
la
gravure que
la
caricature est redevable de
son existence. La condition ncessaire d'une caricature
est
de pouvoir circuler entre beaucoup de mains et d'tre r-
pandue rapidement. Aussi longtemps qu'elle
seulement par
la
est traduite
sculpture ou l'enluminure, elle ne pos-
sde pas les qualits de mobilit et d'universalit ncessaires.
La
satire
de transport.
au
moyen
ge n'avait qu'un seul
On confiait aux
mnestrels
les
moyen
chansons qu'ils
LA CARICATURE EN FRANCE AU MOYEN AGE
dbitaient en tous lieux dans leurs voyages.
63
Quant aux
sa-
tires des sculpteurs ou des miniaturistes, encloses dans
pierre
aprs
ou caches dans
leur
les
missels, elles perdaient,
la
peu
apparition, leur caractre d'actualit et deve-
naient bientt dpourvues de sens, car
bli
la
on
avait dj-i
ou-
leur signification. Les procds de l'imprimerie et de
gravure permirent au contraire de prsenter tous
yeux avec promptitude
les sujets
les
satiriques, avant qu'ils
En mme temps, la facilit
un grand nombre d'exemplaires servit
pussent perdre leur -propos.
de tirer l'image
la
propagande des ides nouvelles des Rforms
manistes.
et des
hu-
CHAPITRE
II
l'tat intellectuel de la FRANCE AU XVI' SICLE
ET l'esprit SATlRiaUE
Le mouvement d'ides
-satire et la
et
de sentiments d'o sortirent la
caricature trouva dans le xvi* sicle
toute prpare pour son closion. Les
retrouvant
trsors
les
hommes
une poque
de ce temps,
de l'antiquit, y cherchrent des
mthodes de raisonnement, des lignes de conduite
couvrirent des conceptions d'une vie nouvelle. Le
ge avait accompli son destin.
avait
march
sa ruine.
aux attaques de
principes de
la
la
En
la
pts, et
gothique
Dans
le
domaine de
ne voulait plus se soumettre aux in-
thologie.
Toute une gnration, ardente
une
i
discipline trop rigou-
possde d'un besoin de rnovation, surgissait
pour renverser
docteurs.
style
moyen
philosophie, l'autorit des
scolastique tait brise.
dlivrer l'individu assujetti
reuse et
l'art, le
y d-
politique, l'difice fodal cdait
royaut.
la science, l'intelligence
jonctions de
En
Dans
et
la
superstition
d'infaillibilit
de
certains
Le moyen ge succombait sous des coups reu, mourant, donnait naissance une tournure
ce
o
m
Q
s:
L TAT INTELLECTUEL
mordante
d'esprit
et railleuse
AU
XVl^ SIECLE
qui tait
comme
65
le cri
d'mes
passionnes, prises de libert. C'est cette verve sarcastique
de
la
Renaissance, cre par
corruption de l'poque
la
laquelle elle succdait, qui a produit la caricature politique.
Un coup
d'ceil sur l'tat
cette priode,
dont
de
de
elle est
comment
permet de voir
anime,
science, de
la
intellectuel de la France,
la
dans
se manifeste
philosophie, de
la
pendant
l'esprit satirique,
les divers
religion,
domaines
du thtre,
posie.
Deux grands vnements dominent
vont apporter dans
va fermenter
la
la
soci;
le
xvi^ sicle (i) et
du moyen g? un levain qui
Renaissance
et
Rforme. Ces deux
la
courants, quoique diffrents, aboutirent
un
mme
r-
qui fut de faire adopter avec des habitudes de libre
sultat,
examen
got d'une critique mordante. Les individualits
le
s'affirment et
le
retrouve une
jeunesse nouvelle
forme.
vieil esprit gaulois, railleur et
Les deux grands
faits
revit
et
de
la
ironique,
sous une autre
Rformation
et
de
la
Renaissance, suivant Sainte-Beuve (2), introduisent parmi
hommes
les
rudits et spirituels une satire philosophique.
La Renaissance en faisant revivre
moyen ge
le
l'esprit
de l'antiquit, que
n'avait pas totalement ignor,
mais avait
rendu mconnaissable, ne restaurait pas une science propre
intresser seulement les rudits
restait pas
un
(0 Faguet,
(21
sie
les artistes; elle
un
tat
d'esprit particulier, qui
permet
Sci:^iine sicle, Paris, 1894, prface.
Sainte-Beuve, Tableau historique
franaise an
Blum
ne
sujet d'tudes et de recherches; elle pntrait
vie et crait
la
et
XVT sicle,
et critique de la
Paris, 1869, p. 261.
po-
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
66
cTiacun de s'panouir dans toute sa force, de sentir, d'agir,
de comprendre, d'exprimer librement
Cette sorte de
mouvement
rvolutionnaire ne se pro-
duisit pas tout d'un coup en France.
paration un sicle
attaqu
moyen
le
ge, qui contenait en lui des
satiriques
montr que
tait dj
Il
La Renaissance
auparavant.
mort. La dissolution de
uvres
sa pense'e.
en prn'a
pas
germes de
socit apparat dj dans ces
la
que sont
les
fabliaux.
leur porte a t exagre, car
des attaques violentes contre
M. Bdier
on croyait y voir
murs du temps
les
(i) a
et
il
rduit cette prtendue colre une simple gaiet railleuse,
dpourvue de tout sentiment d'indignation. Le tour
nique de niaiserie maligne des fabliaux
de cette ide que rien
ne
immuable
il
et tabli.
Mais
peut tre
les satires
tout contre
semble provenir
chang
l'ordre
objecte avec raison que c'a t
une erreur de penser, comme
que
lui
iro-
l'ont fait certains critiques (2),
des fabliaux taient lches et diriges sur-
les classes sociales les
plus faibles.
Quoique
la
hirarchie fodale ft encore debout, ce n'tait pas seule-
-sment l'humble clerc de village qui tait bafou,
4e
chevalier,
A ct
le
c'tait aussi
chapelain, l'vque.
des fabliaux, l'exemple du Rothan du Renart (3)
^pourrait prouver que
(i) Bdier,
le
moyen
ge n'a pas toujours t-
Les fabliaux, Paris, 1895, P- 325-
Aubertin, Histoire de la littrature franaise, Paris,
Brunetire, La littrature franaise au moyen doe,
1878.
(2)
{Revue des Deux-Mondes, 1879, t. XXXIII.)
(3) Sudre (Lopold), Les sources du roman du Renart, Paris,
1892.
l'tat intellectuel au XVl= SICLE
comme on
moign,
puissances de
les
suppos, un religieux respect pour
l'a
fodalit et
la
du
clerg.
Renart renferme des charges contre
les courtisans
hypocrites, ainsi
moines. L'auteur se
les
tin
67
moque
La confession du
les rois
impuissants et
que contre
les
prlats
et
de l'avidit du prtre Mar-
qui
Ne
fu
onques de
letres
mtre
Plus savait de truie enfendue
[Link] de letre deporveue.
Prtre xMartin estait moult sages
De bien
nourrir par ces herbages
Brebis dont
Ces
principes
il
ot maint fromages
nouveaux contrastaient avec ceux des
sicles passs. Jusqu'alors
sur
sait
le
la
commentaires,
les
d'un
la
parole divine
La morale
scolas-
(i), n'avait d'autre objet
enseignements
elle aboutissait
sans nul lien avec
la
rgle de sa conduite.
remarquer Villey
d'en expliquer
de
morale du moyen ge repo-
principe d'autorit. C'est dans
qu'on prenait
tique, fait
la
la vie relle.
et aprs
que
trois sicles
une dialectique
de
strile,
La mthode des hommes
Renaissance consistait partir non d'un texte, mais
fait
de conscience qui est en nous et s'adresser
la
raison humaine.
On
se
rend compte pourquoi
humanistes. Brunetire,
tion
(i)
d'esprit (2),
ont pu tre appels des
essayant de dfinir leur disposi-
a recours
ce passage de
Fromentin
Pierre Villey, Les sources et V volution des Essais de
Montaigne,
(2)
ils
Paris, 1908, p.
30.
Brunetire, Histoire de la littrature franaise clas-
sique, Paris, 1905,
t.
I,
p. 29.
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
68
Tout
((
se rapportait plus
en dpendait,
qu'en
subordonnait
s'y
effet certaines lois
savamment
ou moins
la
de proportion
tudis chez
l'homme
en corps de
n'tait pas
l'homme.
en rsultait une sorte d'universelle humanit ou d'uni-
vers
humanis, dont
Les humanistes
la
pour rgler
le
corps
humain
mais chez
les
Plutarque.
tait le
prototype
(i).
pensaient que ces doctrines ncessaires
(2)
conduite de l'homme
meilleure devaient tre cherches
et
et certains attributs,,
et rduits
doctrines, s'appHquaii aussi ce qui
Il
personne humaine^
et se calquait sur elle, parce
et
non chez
rendre
les
sa
vie
scolastiques,
moralistes paens de l'antiquit, chez Snque
En mme temps
et la navet
le
temprament changeait
du moyen ge succdait une tentative nou-
velle d'individualisme.
De
prit
ces tendances individualistes sortit
une tournure
d'es-
satirique. Burckhardt (3) comprenait l'aboutissement
logique de l'individualisme pendant
la
correctif de l'individualisme, disait-il,
degr de dveloppement, est
l'esprit,
la vie,
arriv
raillerie
Le
un haut
moderne. Mais-
ne pouvait devenir un lment ind-
ajoute-t-il,
pendant de
la
Renaissance
qu'
la
condition d'avoir sa victime r-
gulire, c'est--dire l'individu dvelopp, ayant des prten-
tions personnelles.
(1)
>
Fromentin, Z^5 matres d'autre fois, Vav\s, d. de 1900,
P- >74(2)
On
ne distingue pas
ici
la
Renaissance
et
l'huma-
nisme. Voir Lavisse, Histoire de France, Priris, 1903, t. V,
p. 149. Selon l'aute:;r de ce volume, renaissance et huma-
nisme sont des termes peu prs synonymes.
La civilisation en Italie an temps de la
(3) Burckhardt.
Renaissance, traduction Schmidt, Paris, i88=j, t. I, p. 191.
l'tat intellectuel au
C'est avec
Renaissance qu'apparat pour
69
la
premire
personnelle, et c'est ce qui permet de dire que
fois la satire
ia
la
sicle
xvi'=
moderne
caricature politique
est
ne de
la
tourmente du
XVI* sicle.
Au
XVI* sicle,
le
ton devient batailleur. Les caricaturistes
non seulement tournent en
dogmes
ridicule les croyances et les
un
respects jusqu'alors, puis combattus par
individualiste, mais
esprit
attaquent des personnalits bien
ils
dsignes. Leurs uvres renferment des blasphmes et des
invectives
ce sont les vritables origines de la caricature
politique moderne.
Un
rire
amer va rgner au
religieuses, aussi bien
frent de
dans
xvi"^ sicle
que dans
les
l'humour du moyen ge
profanes.
qui
(i),
est
Il
uvres
les
bien
s'talait
niatures satiriques ou en vignettes libres sur
dif-
en milivres
les
d'heures et [de prires, en sculptures grotesques sur
portraits, les
chapiteaux et
les
stalles des glises. L'esprit
satirique de la Renaissance va renverser les barrires
les sicles passs n'avaient os franchir.
la religion ni l'Eglise.
la
les
Il
que
ne respecte plus
gaiet satirique faite d'un
bon
sens narquois succde une raillerie virulente.
Ce ton domine dans
les
thories artistiques des
les
le
la
sermons,
ouvrages d'rudition
humanistes.
les lettres et
trouve galement dans
posie. Cette
nouvelle
les
Il
est
dans
la littrature
faon
dramatique
de sentir
Alexandre Samouillan, Maillard,
les
frquent dans
livres des rformateurs.
sance un genre qui se constitue part. Si
(i)
et
et
On
dans
donne
nais-
la satire
sous
Paris, 1891, p.
179
l'estampe satirique au
yo
forme vritable apparat au xvi^
sa
ner que
la
xvi'^
sicle,
il
caricature politique date de la
En rompant avec
l'ducation du
sicle
ne faut pas s'ton-
mme
moyen
sance avait opr une transformation dans
poque.
ge,
le
Renais-
la
temprament
national. L'tude de l'antiquit, qui venait d'tre rvle
la France dans sa puret originale, habituait les
du XVI'
sicle
faire
contemporaine
des rapprochements entre
et celle
hommes
la
socit
des Grecs et des Romains. Les hu-
manistes essayaient de sortir pour ainsi dire de leur temps
de se faire une
et
en clbrant
les
me antique, mais
il
leur arrivait souvent,
louanges des poques passes, d'attaquer
prsent. Les comparaisons tablies entre des sicles et
le
des peuples diffrents offraient
d'antithses.
De mme que
aimaient opposer
la
la
gravure un thme
crivains de
les
souvenir de
l'tat actuel
la libert
de
la
mme on
antique, en retraant
de
rester attachs la
conscience de faire partie d'une
une
voquait
tableau de
le
tyrannie.
L'tude de l'antiquit n'empchait pas
la
Rforme
simplicit de la vie du Christ au luxe
de l'existence du pape et du clerg, de
le
la
facile
les
L'humaniste
vie contemporaine.
aristocratie intellectuelle (i).
lite et
Son
humanistes
d'appartenir
orgueil
immense
se
traduit par de violentes invectives propos des querelles
les plus lgres.
Quand
les
humanistes
se
mettent
atta-
quer, dit Burckhardt, tous les arguments leur sont bons.
Ils
accablrent leurs adversaires de quolibets, de railleries,
(i)
Dolet,
Lyon, 1536.
CojHincntar
Loi-iin
liugnx
laiinw,
lomus
1,
l'tat intellectuel au XVl^ SICLE
^t
souvent trs hardis. L'humanisme d'rasme est trs significatif.
Les Adages (i) dont soixante ditions se succdrent
en l'espace de trente-six ans, en passant de 800 exemplaires
425
1,
donnent une ide de
r Adage de VEscarbot
et
ses intentions satiriques.
l'Aigle,
Erasme compare
premiers des oiseaux de proie.
aigles, les
paces et mchants, dit-il, n'est-ce pas l'image
magnificence
Dans
les rois
aux
Ces yeux
ra-
du
de
roi plein
Dans un autre Adage,
niortuo trihuium exigere, ce sont
tantt les seigneurs, tantt les prtres qu'il prend parti.
De
nos jours,
comme
s'ils
une petite minorit
crit-il,
taient seuls
hommes ou
d'aristocrates,
plutt
comme
s'ils
taient des dieux, s'arrogent sur tout
un droit lonin,
n'y a rien dont
secret d'extraire
l'argent...
Et
ils
n'aient trouv
les prtres,
des prtres
le
du Christ, quelles
de
tra-
gdies ne soulveraient-ils pas pour dfendre leurs dmes
Ce mouvement pamphltaire chez Erasme
et
il
chez ceux qui,
en France, ont subi son influence, tout particulirement
chez Bud (2), devait favoriser
le
satirique en France. Brunetire a
dveloppement de
montr comment, sous
voile d'une adoration de l'antiquit, se cachait
conscience de travailler l'mancipation de
les
humanistes de
la
l'esprit
une
soi.
le
claire
Ce que
Renaissance demandaient l'antiquit,
ce n'taient pas des leons de rhtorique
ou de logique
mais de politique ou de morale. Les passions du temps
(i)
Bibiotheca Erasniica, Rpertoire des uvres d'Erasme,
Gand,
(2)
1893.
Rebitt,
Bud,
1846. Delaruelle, 5m^/,
Hautes tudes.
Paris,
1907, Bibl. de l'Ecole des
Paris,.
l'estampe SATIRiaUE AU XYl^ SIECLE
72
prsent se refltent dans
les
traductions des auteurs grecs
et latins.
Le
vrai rvolutionnaire, disait
homme
ducteur,
la
pense.
mcaniquement
C'est qu'en transcrivant
d'un grand crivain d'autrefois,
rsister
(i), c'est le tra-
passif par son mtier, actif par son in-
fluence qui devait nous rvler
qutes de
Nodier
au dsir de l'habiller
la
con-
les
la
phrase
traducteur ne pouvait
le
mode
de son temps. Ces
travestissements permettaient des rapprochements intres-
On
sants entre les textes originaux et les interprtations.
appliquait aux vnements contemporains les uvres antiques.
Excits par les exemples des hros de l'histoire grecque
et
romaine, nourris des enseignements d'Athnes
Rome,
pour
o
les
les
humanistes manifestent toute leur admiration
constitutions de ces cits antiques.
progrs de
les
de
et
la
civilisation sont
Au moment
menacs par
tho-
la
logie du moye:"! ge, qui s'appuie sur l'autorit royale,
littrature
grecques
troublent
franaise,
renouvele
et latines, resfent le
le
sicle. Elle se
lorsqu'elle voit l'Universit
l'a
dit
la
par
l'tude
des
la
lettres
contre coup des passions qui
mle aux dbats politiques
et
demeurer toujours, comme on
tormidable machine construite au
pjur fabriquer des thologiens
(2) et
moyen
ge
continuera tout su-
Nodier. Revue de Paris, t. X, 1834, p. 249.
Cf.
Histoire
de
la
traduction
en
France,
Bellanger,
1892.
Hennebert, Histoire des traducteurs franais d'auteurs
(i)
grecs
(2)
et latins
pendant
les xvi* et xvii sicles.
Delaruelle, Bud, Paris, 1907.
Gand,
1858.
L ETAT INTELLECTUEL AU XVl^ SIECLE
cette fin,
bordonner
fermentation des esprits donne
la
naissance des uvres de science militante,
fidle
de ce qu'on appelait
Erasme
la
dfense des humanits.
les
premiers humanistes. Parlant des dis-
considraient
ciples de Scott qui
de tout l'enseignement,
de 1499 (2)
de
tres
thologie conime
une
crivait dans
il
la fin
de Paris
lettre
ce qu'ils disent, ces Scottistes, les
xMuses ou
les
dsapprendre
ment y
la
mysa
thologie ^restent inaccessibles quiconque
la
frquent
expression
avait fray la voie ceux qui apparurent en
(r)
comme
France
73
a-t-il
le
les
Grces.
peu que l'on
cervelle plus
vous forcent de
Ils
de belles-lettres. Vrai-
sait
imbcile que celle des tholo-
gastres?
Ces pithtes taient frquemment employes par
.umanistes.
Ils
savent qu'ils combattent et
ils
les
ne modrent
pas les coups contre leurs adversaires. La lutte fut chaude,
si
l'on en croit
Etienne Dolct (3)
Ah
sans doute, elle a
t sans trve et sans merci, la lutte qui depuis
se livre la barbarie
du moyen ge
et
souvent
la
un
sicle
victoire a
chancel, grce aux forces prodigieuses dont disposaient les
barbares, mais enfin le succs a
couronn
la
phalange du
progrs... Recrut partout, cet escadron de la science
sur
le
camp de
vaincue
monde
(1)
lui
la
barbarie
une charge
si
fait
vigoureuse que
la
cde jusqu' son dernier pouce de terrain. Le
sortant du chaos intellectuel
Erasme, Opra,
t. III,
marche avec
l'aide et
col. 77.
(2)Id.. Ibid.
tomi duo,
{3) Dolet, Commeniariorum lingnae latinac,
traduction Boulmier, Lyon, 1536-38, t. I, col. 115)6-58.
L liSTAMPE [Link] AU
74
SOUS l'impulsion de
et
de
la
La
liste
SIECLE
conqute de
la littrature la
la justice
vrit.
des savants franais enrls dans cette croisade
serait assez longue.
d'entre eux
Dolet numre
les
noms de
plusieurs
Bud, Le Fvred'Etaples, Christophede LonJean Dupin, Nicolas Brauld, Germain
gueil, Villeneuve,
Brice, Lazare de Baf, Pierre
mon
XVl'=
Dans, Jacques Tusanus, Sal-
Macrin, Nicolas Bourbon, Guillaume du Maine, Jean
Voult, Orontius, Fineus, Pierre Gilles,
Pyrrhus,
les jurisconsultes
Anglebermens, d'Orlans, Pierre de
Gui Brel, Jean de Boyssou
le
Toulousain, Guillaume Scve
de Lyon, Claudius Cantinucula, Emile Perrot
de l'Hospital
et
mdecins Symphorius
les
l'Estoile,
et
Michel
Campegius,
Jacques Sylvius, Jean Ruel et Franois Rabelais.
De Bud
Rabelais,
pects diffrents.
Il
l'humanisme prsente plusieurs as-
va de
la
science
la farce.
De
la critique
pntrante des mthodes d'Accurse et de Bartole, on passe
une
satire
bouffonne. Le juriste et
tous deux pour
la
mme
manits. Parlant de
24
fvrier 1523 (1)
Bud
zle
langue grecque, vous tes inquits
nires par vos frres, ces
ture et de toute lgance.
!
crivait
J'apprends que vous
votre Pylade, cause de votre
garement
mdecin combattent
cause, contre les ennemis des hu-
Rabelais,
:
le
ennemis
et
pour
et
Amy,
le
Rabelais,
l'tude
de
vexs de mille
la
ma-
jurs de toute littra-
funeste dlire, incroyable
Ainsi ces moines,
grossiers
et
stupides, ont
pouss l'aveuglement jusqu' poursuivre de leur calomnie
(i)
Budaei, Epistoae gracae, Paris, 1574.
l/TAT INTELLECTUEL AU XVI^ SIECLE
ceux dont
norer
la
le
savoir acquis en
communaut
savions
comme
la
le
peu de temps devait ho-
tout entire.
vu de nos yeux quelques
Nous
si
Nous avions
chef de ceux qu'avait
appris et
de leur fureur insense.
traits
nous avaient attaqu
qu'ils
75
nous-mme
saisis, ainsi qu'ils le disent,
fureur de l'hellnisme et qu'ils avaient jur d'anantir
le culte
des lettres grecques, restaur depuis quelque temps
l'honneur de notre poque.
L'animosit provoque par certains humanistes venait
de ce qu'ils puisaient dans les lettres grecques et latines des
prceptes de morale, destins remdier aux abus introduits dans la socit de leur temps. L'tude de l'antiquit
excitait leur
et les
ardeur raisonner sur une foule de questions
amenait
agressive.
tations
servir d'une dialectique trs souvent
se
Bud
[Link] plusieurs passages de ses Anno-
(r),
aux Pandtrtes, ne craignait pas d'exprimer
tiques sur l'organisation de
la justice
en France.
lomnie, crivait-il, se donne pleine licence et
renferment mille surprises. Telle
sation de la justice
nte, risque le plus
droit.
Vous croyez
l'homme
le
est
ses cri
les
La
ca-
procs
chez nous l'organi-
plus modr,
le
plus hon-
souvent de ne pouvoir maintenir son
viter
ces
misres en vous montrant
ennemi des procs; tous veulent
leur part de laubaine; ce
sont chaque jour de nouvelles affaires. Si les thologiens
se
moquaient de
ses
chres tudes de grec,
(i)
rflexions
et
le
renvoyaient ses
Bud s'emportait contre eux avec
Bud, Annotations aux vingt-quatre livres des Pan-
decies, 1508, p. 166.
l'hSTAMPH [Link] AU XVl" SIECLE
76
indignation.
Est-ce aux thologiens ddaigner l'tude
des humanits? Les pres de l'Eglise ne l'ont jamais
ils
ont cultiv
la
l'art
de parler et d'crire
confusion des hrtiques
nous font aimer
la
d'glise taient
.^tous les griefs
Dans
vertu. (i;
pris
parti
humanits qui
Asse
(2), les
gens
de leur cupidit,
qu'elle faisait naitre contre
et
eux y taient ex-
dans l'ensemble,
dit-il,
vie de notre clerg, doit s'avouer
si
les
le de
cause
Celui qui examinera,,
poss.
l'ont fait servir
sont
ce
fait;
ils
lui-mme que
la
l'pouse,
l'on peut dire, a divorc avec l'poux. Celui-ci tait tou-
de haillons; nos prtres regorgent de
jours entour
chesses et s'endorment dans les
Et parmi eux
vous
il
se trouve
un esclavage
fin ce spectacle
tout scrupule
les
dlices de leur vie oisive.
moines, de ces
des
sacr...
mes guerrires
il
il
risque
ajoute
croire.
d'affranchir de
et farouches.
:
Ah
avons vu en peu d'annes bien des choses
la postrit refusera d'y
hommes
grand temps de mettre
est
il
scandaleux, car
autre passage du de Asse (3),
si
Dans un
certes,
En regard du
d'Eglise,
il
par
les
peuple,
(i)
tableau
expose celui de
la
de
la
cette
tem-
la disci-
richesse des gens
misre des populations ruines
guerres qui provoque une vive motion (4)
dit-il, se plaint
nous
tranges que
La violence de
pte a branl l'autorit de l'Eglise, elle a relch
pline.
ri-
le
des vexations des soldats qui, par-
Bud, Annotations aux vingt-quatre livres des Pan-
.dectes, p. 119.
(2)
(3)
(4)
Bud, de Asse, 515, p. 705.
Bud, ibid., 151 5, p. 436.
Bud, Annotations aux vingt-quatre livres des Pan-
.dectes, p. 522 et 601.
l'bTAT intellectuel au XVl^ SICLE
tout
passent, laissent de terribles traces de leurs tur-
ils
Un
bulences et de leurs excs.
pass par
a-t-il
public
doivent
et
Ils
peuple
la
si
grle
quittent, reste
et
la
pareille occurrence le
mu ou seulement
jamais
peuvent
En
l.
pays, qu'ils
comme
saccag et puis, ruin
avaient
77
les
n'avaient
qu'ils
rpondirent
touch ceux qui
auprs du prince
se faire
tempte
malheur
avocats du"
pas
d'affaire
d'branler leur crdit en se lamentant sur les malheurs de
la
canaille
ils
plaisantant.
Le
trouvaient lgant de prendre
mme
ton sarcastique apparat dans
lorsqu'il s'agit
comme
l'aurait dit
les
d'apostropher
combat tous
l'autorit d'Aristote.
la
sophistes
bouche ce seul mot
ces philosophes qui
En
543
il
fit
paratre
dans lequel Aristote, regard jusqu'alors
infaillible, tait
uvres de
les
reprsent
comme un
nous avons dclar
seulement tous
les
la
un ouvrage
comme un
sophiste.
(1)
(2)
de
l'intrt
(i),
matre
Ramus
se
la libert
la
vrit,
guerre aux sophistes, ce ne sont pas
comble tous
une mort glorieuse
ces repaires de sophistes,
qu'il faut
Etienne Dolet, qui fut brl
seur
dans
Matre
travaux et prils qu'il faut affronter, pour
dtruire de fond en
c'est
disait-il,
Puisque,
le
s'appuient sur
dclarait adversaire de la routine et dfenseur de
de penser
qui,
Bud, ressemblent aux disciples de Py-
thagore, ayant toujours
dit. Il
chose en
Ramus
l'a
la
des hrtiques, partageait
accepter au besoin.
comme
les
fauteur et
mmes
ides (2).
Waddington, Ramus. Sa vie et ses crits.,
Richard Copley Christie, Etienne Dolet,
Trad. Stryenski, p. 316.
dfen-
Paris, 1855.
Paris. 1886.
l'estampe SATIRiaUE AU XVI= SIECLE
78
propos de l'autodaf de Jean Caturce, professeur de droit,
il
juges de Toulouse
ces
reprochait (i;
souveraine iniquit pour
poursuivre avec une
souveraine
la
atroce
de prendre
des mesures rpressives contre l'imprimerie,
en 1536
fallait
cur
de jours anantir
l'art
propos
crivait (2),
ont pens qu'il
typographique.
Tu
Plus accentu
pour attaquer un cer-
se sert
(3)
m'as accus,
de haute trahison, de lse-majest divine
crit-il,
et tu as
piter, soit
gracieusement conclu,
me
coudre dans un
prcipiter
Attends,
sac.
la pareille,
seulement,
toi...
approche,
que
il
Pinache de Toulouse
maine
il
humaine qui, voulant
notre avenir littraire,
encore est l'idiome dont
tain
dguiser sous un lche silence
Je ne saurais
l'infamie de certains monstres face
frapper au
terrifier
sous
le
mon
je serai
brave,
hu-
et
faire dca-
roc^ soit
je
lui
me
vais te rendre
humain, plus chrtien
plus
valeureux
ta face
me
soit
du haut d'un
double clair de
tourne contre moi
la
barbarie. Ses ressentiments
dans un langage pittoresque.
taient exprims
de
justice et
la
viens
champion,
tes
yeux caves
de bte fauve,
ta
me
et froces,
barbe de satyre
velu, dchire-moi de ta bouche impudente, couvre-moi de
ta
bave impure, fais-moi traner dans
Tel
tait le
langage employ par
disputaient. Si Dolet maltraitait
n'tait
gure pargn.
l'abcs des
(1)
muses
au
les cachots.
les rudits, lorsqu'ils se
ainsi ses adversaires,
Scaliger l'appelait
moment o on
le
il
chancre ou
le brlait,
Dolet, Oraiiunes dtiae in Iholosam, Lyon,
(2) Dolet, Commentaires, t. I, col. 266.
in Tholosam, Lyon.
(3) Dolet, Orationes diiae
s.
il
d.
disait
l'tat intellectuel au
que
la
la
flamme ne pourrait
flamme. Le
dans
le
mme
XVl'=
SICLE
79
mais qu'il souillerait
le purifier,
Erasme qui,
personnage injuriait
en 1528, montrait l'absurdit
Ciceronianiis, paru
du rigorisme des savants dcids
n'employer dans leurs
expressions consacres par Cicron.
ouvrages que
les
cette bataille
de mots, crit Boulmier
souvent
trop
(i),
Dans
Cicron n'est qu'un prtexte des ressentiments d'rudits,
gourment entre eux dans un latin pittoresque,
digne cousin du langage des halles ou de l'idiome accentu
qui se
du mardi-gras.
Comme
chaque humaniste
absolue de ses thories,
saires.
est
il
convaincu de
la
certitude
peu tolrant pour ses adver-
Cette croyance qu'il est arriv connatre, sans con-
testation possible, la vrit,
la
est
il
l'apporte
non seulement dans
discussion littraire, mais dans les controverses sociales
et religieuses.
Henri Estienne dans V Apologie pour Hrodote,
sous prtexte de dlendre cet historien, dirige une attaque
contre
le
catholicisme.
Il
justifie
Hrodote contre
le re-
proche d'avoir prsent des histoires invraisemblables, car
il
ne veut pas bannir de l'histoire tout ce qu'elle renferme
d'incroyable, mais de vrai.
lui sufiit
Il
de porter ses regards
sur son poque, pour reconnatre qu'il
vnements invraisemblables, mais
trouve des exemples dans
siastiques
paillardise,
(i)
(2)
Il
nous
faut
la
s'est
produit des
authentiques.
dissolution des
commencer,
murs
dit-il (2),
Il
en
eccl-
par leur
mais ce ne sera pas sans parler tout d'un train
Boulmier, Etienne Dolet^ Paris, 1857.
Henri Estienne, Introduction au trait de
mit des merveilles anciennes avec
les
la
modernes, ou
conforTrait
l'estampe SATIRiaCE AU XVl^ SICLE
80
de leurs larcins, par
le
moyen
Ecoutons Olivier Maillard, lequel
tenir leur dissolution.
ordinairement en sa bouche
nicari.
que
les
pour
gros goddons,
le
Menot qui
gentil
bonne grce.
crivains
trente et
lave
la
Oyons mainte-
dans
est
est frquente
chez
les
la
leur
avidit,
dit-il,
pendent,
six
de ses Colloques, mais
de Rabelais que leur ignorance, leur
livres
les
se
trouvent
le
plus
bafoues.
brlent, cartlent, dcapitent,
et
em-
minent tout sans discrtion de bien
de mal. Car parmi eux vice
est
vertu appele, mchan-
surnomme, trahison
cet est bont
Cordeliers.
les
pleine d'attaques contre les
moines, en particulier
prisonnent, ruinent
et
galants
unime nouvelle de VHeptamron s'excuse de ne
grossiret,
Ils
ces
tte
del Renaissance. La reine de Navarre dans
Touie l'uvre d'Erasme
c'est
donns
aient
les
connatre aucun conte, o elle puisse louer
vices des
for-
murs monacales
Cette satire des
larrons'et sacrilges, pensez-vous
autre chose que de paillarder
nant parler
ou
sacerdotes conciibinarii
fondateurs de vos bnfices vous
faire
d'aussi
soulayent entre-
ils
desquels
nom
de
tault,
larcin se dit libralit, pillerie est leur devise (i).
Ce thme
fournit Rabelais d'inpuisables sources de
qu'il
plaisanteries
aime
dvelopper outrance, jusqu'
l'normii.
Un
p* paratif
V apologie pour Hrodote,
Paris, 1879,
t.
(i)
(2)
I,
des plus rcents biographes de Rabelais (2)
p.
1566, d. Ristelhuber,
10.
Rabelais, Pantagruel, 1. V, chsp. xi.
Plattard (Jean), L'uvre de
Rabelais,
P-357-
Paris,
1910,
l'tat intellectuel au xvi^ sicle
mlange de
signale que ce
8i
science, de satires et de boufibn-
neries, aboutit, par la fcondit des dtails burlesques, par
la
tendance de l'auteur tout grossir, par l'exagration des
une
situations comiques,
amuser
sorte de
caricature; c'est en
en admettant dans
cherchant
toutes
plaisanteries qui pouvaient
les
qu'il a
et
volume
son
le
provoquer
rire,
pu risquer des satires et des critiques d'une ironie
audacieuse.
si
Comme
de
la
les
humanistes de
Renaissance,
Rforme adoptrent un langage
commune aux
tournure d'esprit
forms.
les
la
ont
Ils
la foi,
les
sditieux.
humanistes
uns dans
les
hommes
Il
y a une
aux R-
et
paenne,
l'antiquit
autres dans l'antiquit chrtienne, et
comme
ils
ne per-
mettent pas de mettre en doute l'authenticit des
saints
ou des ouvrages anciens, leur certitude
minateurs.
l'Evangile
L'humanit,
comme
Cicron
et Virgile,
rapparat
le
retrouv l'Iliade.
Dmosthne
et
Christ des vangiles,
ciples l'avaient
(i),
rend do-
retrouv
Comme Homre
resplendissent dans
comme
l'cole revient
mot que
cette hardiesse de ton.
Ce ton auquel
trs violent.
pr,
(i)
ils
tel
que
ses premiers dis-
montr au mwnde. L'Eglise va revenir
predicare, c'est le
t. I,
M. Buisson
les
beaut, dgags de tout l'appareil scolastique, ainsi
leur
lui,
elle a
dit
livres
au matre. Chrisluii ex fontibus
rpte Erasme. Ainsi s'explique
y>
s'lvent leurs
Quand
le
sermons
est
souvent [Link]
caractre des rformateurs est exas-
ne craignent pas d'user de virulentes invectives.
Ferdinand Buisson, Sbastien Castellton, Paris, 1892,
p.
!jO.
Blum
l'estampe [Link] AU XVl" SIECLE
S2
Calvin^ qui dans une lettre Farel (i) rclamait
indulgence pour
le
((
quelque
droit de faire des inepties , ne tmoi-
gnait pas toujours cette indulgence ses adversaires.
au contraire dans
ses
Gabriel de Saconay,
lre. S'adressant
Comme
uvres un accent de haine
doncques,
ceci fut ajout
que
osasses sonner
sortir
y a
de co-
l'interpelle ainsi
bouche
la
duquel
vilain,
puante qu'on n'en pourrait
il
et
Il
est
si
fallait-il
que punaisie,
pour comble de ton impudence que
un mot de
tu
chastet. Et cependant, ganeo,
tu te viendras ingrer en public d'tre avocat de chastet...
est-ce,
grognes
pourceau, que tu as trouv ce monstre dont tu
?
(2)
sait pas les
Calvin l'appelle
gros veau, nier qui ne
rudiments de grammaire
et se
moque
de tous
ces pourceaux qui s'efibrcent de dfigurer sa doctrine avec
leur groin (3).
avec
traite
Il
d'Avranches
sa
(4).
femme, en
mme
la
Un
mari,
sorte que
restera-t-il
quelques
devant que
les prtres
sols
de
amnit
dit-il,
du peu
la
qu'il
bout de
au
consum
vque
aura encore,
l'an.
Au
lui
contraire
papaut aient fourni ce qu'il
faut leurs meretrices, les noues,
sera
Cnalis,
vivra sobrement avec
qu'il n'en faudrait
un plus grand revenu
pour entretenir plusieurs
familles.
Les pithtes
(i)
Calvin,
cembre
(2)
peu flatteuses
ne sont pas mnages.
Opra, X^\, p. 441. Lettre
1539.
Calvin, Opuscules, 1566,
(3) Id. ibid., p. 1846.
(4) Id. ibid., 1566, p. II 16.
p. 1822.
Farel
du
31 d-
l'tat intellectuel au xvi^ sicle
Antoine Catelan
quel
propos
ivrogne, une bte ne sachant
les choses se disent
Calvin
de
teurs
un
(i) est
l'un
(2),
85-.
est
Parmi
les
contradic-
mentir ,
impudent
frott parmi toutes les brebis rogneuses, flairant et l
toutes les ordures pour y mettre
tout gonfl de
fourbe et rus,
nex
le
mensonge
un Hollandais schismatique est accus de
teuse . Pourquoi
comme
d'couler
rible
eau
et
autre est
d'astuce
et
turpitude hon-
et ingrat,
sinon
finalement prir d'une faon hor-
avec tous ceux qu'il attirera
Sbastien Castellion
'3
qui soit
aujourd'hui
ne reste ce vilain
il
Un
est
maudite sequele. e
sa
un voleur,
un instrument
la pire
des
pertes
choisi de Satan .
Ces violences de paroles sont souvent en usage dans les
controverses thologiques du temps
compatibles
Comme
se
telle
la
gravit
des
sujets
Calvin, Viret admet l'ironie dans
moque
dlicat
avec
elles
ne sont pas inde
dissertation.
la
polmique et
des thologiens srieux, dont le got est trop
S'il
(4)
leur semble, dit-il,
qu'il
faille
matire en plus grande gravit et modestie,
pas qu'on
ne saurait
traiter
la
mais
et rvrence,
qu'ils eussent
considration que
pas tellement svre
qu'elle
ne nie
parole de Dieu en
grand honneur
la
je
traiter
je
parole de Dieu n'est
la
n'ait
trop
voudrais bien aussi
ses ironies,
farceries,
jeux honntes, brocards et dictons convenables sa gra--
(i)
(2)
(3)
(4)
p.
Calvin, Opra, IX, 131.
Lavisse, Histoire de France,
t.
V,
2*=
partie, p. 228.
Buisson, Sbastien Castellion, Paris, 1892, p. 249^.
Viret (Pierre), Dispiitations chrtiennes, 1544,, prfacey.
57 et 58.
l'estampe SATIRiaUE AU XVl^ SIECLE
84
cette
mme
Dans un autre opuscule
vite et majest.
thorie, que
soutient
il
(i),
des doctrines
l'exposition
gieuses peut tre gaye par des facties
y en
Il
reli-
a, dit-il,
qui ne sont pas encore tant mortifiez, qu'ils n'aient besoin
d'tre attirez par
quelque varit de matires
manire qui ne
soit
pas du tout
mle pour
quelque joyeusec
quelque
grave qu'il n'y
veiller
l'offenser toutefois par des paroles
de blasphmes.
si
et par
le
lecteur,
ait
sans
dshonntes ou pleines
Le thologien devient
ainsi pamphltaire.
Ainsi
Tho-
dore de Bze compose VEpistola Passavantii (l'y^^), dans
lequel
il
le
attaque
protestants. Passavant est
perscuter les
serviteur du
prsident
qui rapporte
qu'on dbite sur
les plaisanteries
Saint-Pierre,
prsident du Parlement Lizet, acharn
dit-il
Ils
sont
si
diriez qu'il n'y en
Le pamphlet
gien un
moyen
des
et
nom
d'un
son matre toutes
entre autres facties
chaire et beaucoup de chaises
tiques.
lui
le
J'allai
;
il
l'glise
n'y a qu'une
bancs pleins d'hr-
nombreux, remarque-t-il, que vous
un
jamais eu
et la
seul de brl.
posie satirique offrent
au tholo-
de combattre pour ses opinions et de tour-
ner en ridicule ses adversaires. Le
rire
devient pour lui un
(2).
Conrad Badius, publiant
les Satires chrestiennes de la cuisine
papale en 1560, explique,
instrument de proslytisme
dans
(i)
l'avis
Viret,
au lecteur,
l'utilit
de
la factie
pour
la
la source et de la diffrence et contenance de
la vieille et nouvelle idoltrie et des vraies et fausses
et reliques^ 1559. P- 5(2)
propa-
Audin, Histoire de Lon
A', Paris, 1885, p. 482.
images
l'tat intellectuel au XVie SIECLE
gande religieuse
me
Lors
souvint,
vrit? Et de ce fait,
il
est certain
du vers
dit-il,
d'Horace. Qu'est-ce qui empche que celui qui
la
85
la
que
rit
ne dise
vrit se doit
enseigner par divers moyens, de sorte que non seulement
elle
peut tre reue par dmonstration
mais aussi sous
La
la
factie est
couverture de quelques
tions. C'est ainsi
que
le
face'ties.
et
des poursuites et des perscu-
Cymbalum mundi, de Bonaventure
des Priers (r), est intitul
satire srieuse
graves autorits,
un procd commode d'exprimer librement
une opinion, sans s'exposer
antiques, joyeux
et
Quatre dialogues potiques, fort
chapper au
pour
factieux,
sur des affaires prsentes.
logues factieux
servent cacher
rvls au
monde,
et
rsistance
du catholicisme,
mateurs, les doctrines
montrer
et les
les
la
les
En
ralit, ces
quatre
Rforme
reproche de
dia-
Evangiles,
se heurtant la
luttes intestines des rfor-
pratiques religieuses en conflit
avec les lois de nature et enfin
le
mouvement de
rvolu-
tion gnrale des esprits.
Il
y a aussi un autre instrument de combat. Ce sont
pamphlets et
magne
de
et
les caricatures,
Raemond, huguenot
l'hrsie.
France
sentait,
et
qui se rpandirent en Alle-
en France avec une extrme rapidit. Florimond
apostat, explique ainsi leur propa-
gande dans son Histoire de
de
les
Plusieurs
la naissance, progrs
et
dcadence
compagnons des imprimeurs de
d'Allemagne, au bruit du profit qu'on leur pr-
y accouraient, lesquels aprs s'cartaient pour d-
biter partout ces
marmites, boucliers, anatomies et autres
(i) Bonaventure des Priers, Cymbalum munJi, d'aprs
rdition princeps de 1537, dition Frank, Paris, 1873.
S6
l'estampe satirique au XVI' SICLE
tels livres.
Aucuns
de
petits affiquets
d'entre eux se faisaient contreporteurs
dont
balles ces petits livrets,
.mais
c'tait
la
dames, cachant au fond de leurs
les
pour
donner
la
aux
faisaient prsent
comme
drobe
.naient bien rare, pour
ils
filles,
d'une chose qu'ils
le
got meilleur.
te-
Tous
ces petits livres de polmiques, qui circulaient dans
.carrefours, taient destins exciter les haines des
contre
<
les
de
livres qu'il a
comme
on
le
vu passer
le
Rforms
mmoires de Claude Hatton,
catholiques. Les
cur de Meuriot, signalent
les
nombre de
charretes pleines
Provins. Plusieurs de ces livres,
verra, taient illustrs, d'autres qui ne conte-
naient qu'un texte, se trouvaient complts par des carica-
tures indpendantes de
On
'
fait
la
publication,
tous
brler parfois
les
exemplaires des livres
suspects (i). Le 26 mars 1549, on saisit Paris des ouvrages
imprims par Jrme de Gourmont
1552,
Toulouse, deux ballots de
-en vente sont brls.
prims
Dans
comme
est
le
domaine de
comme
adopter une forme
la
mis
Montpellier, un colporteur d'im-
difficile
de
l'rudition et de
la
philosophie,
religion, certaines thories taient
dangereuses.
spirituelle et
paratre renfermer des
tait
livres destins tre
emprisonn.
dans celui de
prohibes
Jean Ruelle. En
et
Il fallait,
pour
soutenir,
badine, peu susceptible de
doctrines subversives.
glisser,
les
dans
des
traits
Comme
srieux,
il
des
ides scientifiques, politiques ou religieuses, sans s'exposer
de svres condamnations, on employa pour
les
prsenter
la posie et le tlitre.
(i) Lavisse,
histoire de France,
t.
V,
2- partie, p.
189.
l'tat intellectuel au xvi^ sicle
On
ne pouvait continuer au xvi^
des mystres
(i)
87
sicle les reprsentations
qui eussent risqu, au milieu des troubles
religieux, de paratre
comme une parodie
Des protestations de
ce genre apparaissent dans les Remon-
trances trs
de
ce
humbles au roi de France
nom, par un
Le
et
moyens d'y pourvoira la
et
repos universel de cet tat, 1588.
spectacle qui remplace au xyi*" sicle les mystres est
celui des soties et moralits.
pas douteux. La sotie,
scne
Henri III
de Pologne,
sien fidle officier et sujet sur les dsordres et
misres de ce royaume, causes d'icelle
grce de Dieu
et
des livres saints.
la satire, dirige
cit (2).
Mais
Leur caractre satirique
contre
tandis
M.
dit
les diverses classes
qu'au
sicle
de
ridicule les
et les
vnements du jour
coup de questions discutes
et
ce
fut
elles
tels
que
Vertu, l'poque de la Ligue, elles tournent
hommes
un
prtexte
d'attaquer soit les
ennemis de
les
la
en
Beau-
scne furent religieuses
la
pour
(3).
la
so-
la
prcdent,
mettaient en scne des personnages allgoriques,
l'Eglise, la
n'est
Picot, transporta sur
auteurs de
Rforme,
ces
pices
soit certains
de
ses chefs.
De
pareilles satires se trouvent trs
des uvres protestantes,
(i)
du thtre franais,
t.
comme h Farce des
thologastres qui
Rigal, Esquisse d'une histoire des thtres de Paris,
1635, Paris, 1887.
Parfaict (frres), Histoire
de 1548
(2)
frquemment dans
Paris, 1745-49,
t.
111.
Picot (Emile), Recueil gnral de soties, Vxls, 1902,
I,p. 3.
Holl, Das poUtische und reigise Tenden{drama des
sechs^ehnten Jahrhunderts in Frankreich {Miinchener Bei(3)
trage ^nr romanischen
und engischen Philologie,
1903).
l'estampe SATIRiaUE AU XVl^ SIECLE
88
voue au ridicule tous
de
Rforme,
la
tels
lei>
adversaires de
que Bda,
le
la
Renaissance et
Prsident Lizet et tous les
moines que l'auteur montre (Cherchant
Une
milieu de leur fuite, leurs jambons et leurs boudins.
comdie qui eut aussi beaucoup de succs
est
Pape malade. Le souverain pontife s'appuie sur
deux
ses
du
celle
bras de
le
Prtrise et Moinerie et attend l'arrive de
filles
Satan qui va
au
conserver,
lui
fait dfiler
temps, l'auteur
Le cortge de
remde
le
apporter
prs de son
ces personnages aurait
Pendant ce
dsir.
lit
toute sa clientle.
pu tenter
le
d'un humoriste, qui et dessin ces physionomies
crayon
si
pitto-
resques de thologiens pres, ambitieux ou affams.
Ces pitoyables victimes
vers de Martial
dans
la
se retrouvent
Guyet, dans
le
dans
Monde
le
Dialogue de Lizin Guyet,
tragdie de V Homme afflig de Gilbert Cousin, dans
la
Bergerie spirituelle de
Desmasures
et
dans deux autres
bergeries contenant l'une l'Institution, puissance
bon pasteur, l'autre
reux
est
la
Abus
les
de
maux
le
mme
thtre aborde
verve railleuse,
La mort de Coligny
office
du
montrant gue bienheu-
dramatiques.
En
le
il
le
n'a
ton du pamphlet.
du duc
57 5, Franois de Chantclouve
une tragdie sur La
en 1580,
prend
il
et car-
thmes de prdilection des auteurs
Tragdie de Gaspard de Coligny.
lapicquoreet
domaine politique,
et plus tard l'assassinat
dinal de Guise sont les
senter
et
et
qui a cru sans avoir vu.
Lorsque
plus
ren-
fait
En 1579, Bounin
dfaite et occision de
jouer /a
fait
repr-
piafjeet de
du bannissement de mars. L'ordonnance de Blois
article
80
dfend aux suprieurs et rgents de
permettre aux coliers ni autres, de jouer
fiirces,
tragdies^
l'tat [Link] au XVl^ SICLE
comdies,
fables, satires
en latin ou en franais contenant
injures, invectives contre
prive.
Mais
appliqus.
Le
ces
aucun
ordonnances
mai
i*'
15 89
public ou personne-
tat
et dits furent difficilement
on annonce
la
Guisiadede Pierre
Mathieu, tragdie nouvelle en laquelle au vrai
et
est
reprsent le massacre
Guisien de
ces vers
le-
verras un Guisard,
Trop
fidle
en toute cruaut,
Assassin par
De
sans passion
du duc de Guise. En 1592 parat
Simon Blyard qui renfermait
Tu
89
la
dloyaut
ce meurtrier, de ce perfide hrtique.
Mais en 1394 au mois d'aot
Parlement
le
fit
(i)
em^
prisonner un des rgents du collge des Capettes, Louis
Lger, auteur d'une tragdie intitule Chilpcric roi de France,
second de ce
nom
cause des allusions hostiles
Si le thtre
partis
en
lutte,
ne
ils
pour fournir des armes aux
suffisait pas
avaient recours la posie.
cation, crit Virgile Rossel(2),
polmistes de
haineuse.
cette verve
leurs vers,
provocante
de pomes o domine
(i)
La
versifi-
et
montr ce que
les
J'ai
Rforme ont dpens de prose ironique ou
la
Dans
va aux petites besognes
gote des pamphltaires.
sera fort
au roi.
ils
n'ont pas t plus riches de
et farouche.
))
Il
y a toute une srie
la satire.
Cougny (Edme), Des
reprsentaiions dramatiques
plus particuliremeni de Ja comdie politique dans
les
et
col^
lges, Paris, 1869.
(2)
1889,
Rossel, Histoire littraire del Suisse romande, Paris,,
t.
I,
p. 304.
l'estampe [Link] AU XVI" SIECLE
fO
C'est
du
un genre
que date
XVI' sicle
part.
considre
Elle respirait dj au
forme dtermine dans
grammes^
la satire,
les
farces.
les fatrasies, ces restes
moyen
Les chansons,
comme
ge sans
les
pi-
de posies lgres ou bouf-
fonnes, dlicates ou grossires, apparaissent au dbut du
XVI' sicle, sous le
nom
de coq--Tne.
On
les
nommait
Sbilet (i), pour la varit inconstante des
ainsi, dit
cohrents propos que
non
Franais expriment par le pro-
les
verbe du sault du coq--l'asne... Pour leur propos ne s'en
suyvans sont bien
satirics
et
non
nommez du
satyre, car satyre est autre chose, mais
sont satyres non pour
tel
ils
forme de leur facture mais pour
la
sentence, redarguant
bien que
coq--l'asne tels nigmes
la
manire des
satires latines,
la
com-
propos du coq--l'asne peuvent bien estre
adressez autres arguments que satyricques.
Parmi
les
auteurs de coqs--l'ne, Sainte-Beuve (2) cite
Marot qui aborde
Cet Enfer
la satire
avec franchise, dans son Enfer.
(le Chatelet), qu'il
composa durant son empri-
sonnement, renferme quelques beaux accents d'indignation.
Il
s'crie
chers amis j'en
Tant que piti
me
ai
vu martyrer
mettait en moi.
Ailleurs, le pote s'lve avec force contre
(i)
Ouintil Horatian sur la deffence
la
papaut
et illustration
langue franaise (par Thomas Sebilet), Lyon, 1521.
(2) Sainte-Beuve, lahleau historiqtie et critique de
sic franaise au XVI^ sicle, Paris, 1869, p. 28.
de la
la po'
l'tat intellectuel au XVl^ SICLE
Viens
voir, viens voir, la bte sans raison (La Papaut)
Viens tt
-<
91
voir atout sa triple creste
la
Non chante
encor, mais de tomber bien preste.
Les prtres ne sont pas plus pargns que
le
pape
D'autres j'en vey faisant les chattemittes
Par
le
dehors aussi simples qu'hermittes
me
ma
Mais
Que l tait cache hypocrisie.
Et me semblait, ou j'ai bien mauvais yeux
Que leur esprit tait sditieux .
Il les
Au
je
doute
menace de
feu,
ses
et
fantaisie
imprcations
en l'eau, en
l'air
ou en
la terre
Soient pris et mis ces fols prdicateurs
Qui vont prchant sditions
Entre
le
peuple
et les
et
guerres
(i)
bons prcepteurs.
Mais, suivant Sainte-Beuve (2), ce serait grce
que le coq--l'ne serait
devenu
illustration de la langue franaise,
-l'ne par la satire.
comme un
de
la
disait
vers
Dans
:
{Satira iota nostra
sentiellement romaine. Jean de
Dfense
remplace
le
la
coq-
est),
la sa-
malgr
le
une proprit
es-
serait pas,
Taille s'essaya dans
Marot, Bergerye ou Sermon du\bon
Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis,
t.
et
du pote courtisan
et
pasteur, 1539.
(2)
la
Pliade de ressusciter
genre part qui ne
mot de Quintilien
(i)
il
Dans plusieurs
se trouvait ralise l'ide
tire
satire.
Du Bellay
XIII.
un
du mauvais
L ESTAMPE [Link] AU XVl^ SIECLE
92
nouveau mode de production, en crivant
Ronsart
tir.
dont
(i),
les
Discours sur
constituent une importante
mme
J'ai
pourquoi
il
uvre
a cru devoir
trop longtemps suivi
le
Courtisan re-
misres de ce temps
les
satirique, explique lui-
s'adonner
cette posie
mtier hroque
le
Lyrique, lgiaq'. Je serai satirique
Et
si
Veiit
quelque affam nouvellement venu
manger en un jour
Qu'il craigne
ma
fureur!
tout notre revenu
De
l'encre la plus noire
Je lui veux engraver les faits de son histoire
D'uu long
trait sur le front,
Toujours entre
Quel que
les
soit le
yeux ce
puis aille o
trait lui
ou Vauquelin de
naye^ d'aprs Violet-le-Duc (2),
de ce genre s'largit au xvi^
il
et atteint le
Il
pourra.
demourra.
premier en date des potes franais,
Bellay, suivant Sainte-Beuve^
et factieux
il
passe
il
sicle.
est certain
que
le
Du
Fres-
la
cadre
Des propos incohrents
une posie qui rappelle
celle
d'Horace,
ton des satires de Juvnal avec d'Aubign (3).
attaque avec violence Catherine de Mdicis et ses deux
fils,
dans ses vers des Tragiques.
(i)
(2)
Perdrizet, Ronsard et la rforme, Paris, 1902.
ViolIet-le-Duc, prface des uvres de Rgnier.
Voir A. P.
\.[Link]\txc\tx,
Etude
littraire
et
morale sur
posies de Vauquelin de la Fresnaye, Nancy, 1887.
{}' D'Aubign, Les Tragiques, d. Read, Paris, 1872.
les
l'tat intellectuel au XVl^ SICLE
Une mre
trangre aprs avoir t
M... ses
fils,
Sauvage dans
en
93
a l'un arrt
les bois et
pour belle conqute
du
Le faisait triompher
sang de quelques btes,
Elle en fit un Esa de qui les ris, les jeux
Sentaient bien
L'autre fut
Avoir
un
mieux
ras le
Et afin
11
que
il fait
furieux,
instruit juger des atours...
face ple
la
l'il d'un Sardanapale.
ce portrait de
Henri
III
l'habit s'entresuit de rang.
montrait des manchons gaufrs de satin blanc
D'autres
manches encore qui s'tendaient fendues,
Pour nouveau parement
il
porta tout ce jour
Cet habit monstrueux pareil
Si
un
tratre,
menton, garder
Le geste effmin,
Ailleurs,
un
tyran,
son amour
qu'au premier abord, chacun
S'il
en peine
tait
voyait un roi-femme ou bien un homme-reine.
Il
reprend
Bien heureux
la
mme
les
ide sous cette forme, plus acerbe
Romains qui avaient
Pour tyrans amateurs des armes
Mais malheureux celui qui
Sous une
femme-homace
vit
et
et
les
Csars
des arts,
esclave infme
sous un
homme-femme.
Certains de ces vers pourraient servir de lgendes des
caricatures contre
Henri
III,
comme
ceux-ci
Dgnr Henri, hypocrite bigot
Qui aime moins jouer le roi que le cagot
l'estampe satirique au
94
D'Aubign ne
moment
XVI''
fut pas plus
indulgent
SICLE
pour Henri IV au
de son abjuration.
[Link]
ta
bouche renoncera
Ton Dieu, ton Dieu
la
percera.
Aprs d'Aubign, mieux vaut ne pas parler de Rgnier,
dont la conception de la satire, rappelant celle d'Horace, est
surtout celle d'une ptre familire,
comme on
l'auteur exprime plutt ses confessions
Dans une revue
peut
de
lui
dit (i),
ses haines.
des potes satiriques, Sainte-Beuve
(2)
mentionne Passerat comme
citer
que
l'a
la
l'auteur de trs beaux vers.
pice intitule
maison de Bagnolet contre
les retres.
On
Sauvegarde pour
la
))
Empistols au visage noirci
Diables du Rhin n'approchez point
Volez
Ici
d'ici,
ailleurs, messieurs les hrtiques
n'y a ni chapes ni reliques
Les oiseaux peints vous disent en leurs chants
Retirez-vous, ne touchez ces champs.
Vainqueurs de
soif et vaincus de
sommeil
Ensevelis en vin blanc et vermeil
Sales et nus, vautrs dedans
quelque auge
Comme un
Dans
le
sanglier qui se souille en sa bauge.
genre satirique on peut encore
compositions en latin macaronique,
(i)
(2)
les
faire entrer les
macarones
Vianey, Maihiirin Rgnier, Paris, 1896.
Sainte-Beuve, ouvrage cit., p. 119.
la
ma-
l'tat intellectuel au XVJ^ SIECLE
nire d'Antonius de Arena.
il
et
ces pices se signale
un morceau dont
Belleau qui crivit
guenotico
Dans
95.
le titre fut
Pigliamme reistrcrum. Outre
les
De
Rmi
Bello hu-
oeuvres signes,
Des potes dont on
y en eut beaucoup d'anonymes.
certaines pices pleines d'une
ignore l'origine composrent
verve sarcastique.
pomes du xvi^
Montaiglon
sicle,
claration par laquelle
(i) signale,
une pice de 1589
Henri de Valois confesse
et
ennemi de
propos du duc de Guise, Tauteur
Mais
parmi plusieurs
intitule
l'Eglise catholique, apostolique et
fait
dire
D-
tre
tyran
romaine.
Henri
III
moi grand contemneuret mespriseur des dieux
sommet
< Qui habitent l-haut sur le
des cieux
Qui ne veut point de Dieu ny foy, ny loy aucune,
Je prends de sa valeur
une
si
grand'rancune
Qu'hypocrite voulus sanglantir
De son
mon couteau
fourrer an travers de sa peau.
sang, le
Incontinent voil les plus saints se rebellent
Et tyran
bon
droit
comme
je suis m'appellent...
Sans doute un jour viendra que nostre corps et
me
Les diables emporteront dsirant nostre trame,
M. Picot
(2}
parmi lesquelles
mentionne quelques
:
Le songe de
pices
la piaffe,
par
anonymes,
le
Boissereau, satire assez obscure, dirige contre
de
guerre qui,
(i)
XVP
la
faveur des
troubles
seigneur
les
civils,
Montaiglon, Recueil de posies franaises des
sicles, Paris, 1865,
t.
gens
se
XY^
li-
et
IX, p. 242.
livres composant la bibliothque
(2) Picot, Catalogue des
du baron James de Rothschild, Paris, 1884, t. I, n 734.
L'tSTAMPE SATIRIQUE AU XVI*
96
SlCI.E
vraient partout au pillage, publie Paris en 1574; Satire
au
l'alectriotnacbie ou goutte
roy contre les Rpiibliq nains, avec
Bournin, Paris, 1586, pice contre
des coqs, par Gabriel
guerre civile entre
le
les coqs, c'est--dire
entre les Franais
Tyrannicde ou mort du tyran, 1589,
l'apologie
du
crime
politique
pour
Regnard de France, du Coq l'Ane; Sur
France,
Arnaud Thouy ; Ensemble
Arnaud, 1589. Quelques-uns de
trs. C'est ainsi
dijonnais
que
inconnu,
la
orne d'un
sait
les
hrtiques,
comme
de
1 houy
bois
reprsentant
C'tait
une
Servet qu'on accu-
de se livrer aux pratiques d'alchimie.
Un
autre
Les regrets
pome
et
tait publi Paris
en 1575 et intitul
complaintes des gosiers altrs pour la dsolation
du pauvre monde qui n'a croix
tant
tragdies
uvre d'un pote
deux alchimistes qui chauffent une cornue.
attaque contre
toux du
taient illus-
pomes
Salve Da'kimic,
tait
les
la
la rponse de
ces
pome contenant
Recette
la
tait
orn d'un bois reprsen-
un nain grotesque, qui d'une main lance un gobelet
et
de l'autre une bouteille.
Les posiessatiriques(i) taient aussi quelquefois illustres,
non seulement d'gayer
ce qui s'explique par la ncessit,
par des images les pages imprimes, mais de parler aux yeux
des
(i)
illettrs
Il
y eut
ou des ignorants
aussi
d'une
manire
une posie burlesque qui
France sous l'influence de
l'Italie.
visible.
se rpandit
en
Voir Toldo, Etudes sur
au X Vl- sicle, [Zeitschrift
romanisch Philologie, 1901) D'Italie, dit-il, vint le
got pour les vers hroques appliqus des situations
plaisantes, pour la vulgarit plate s'opposant la grandeur
du modle, faisant parler Didon le langageMes Halles.
la posie burlesque franaise,
fiir
a:
a:
o
as
a
<
ce
X
Kl
as
>
a:
l'tat intellectuel au XVl^ SiCLi
L'image
l'auxiliaire
tait
ncessaire
d'esprit satirique constate
dans
de polmique religieuse, dans
se
retrouve dans
l'art
de
la
le
les
du
livre.
moment exprime
crivains
de
la
du xvi=
Renaissance
thtre et dans
la
posie,
gravure.
la
premire
fois
des sentiments analogues ceux des
sicle. Elle est
et
La tournure
ouvrages d'rudition,
La caricature politique qui apparat pour
ce
97
de
la
pour
ainsi dire insparable
Rforme. De
mme
que
la
litt-
rature est entre dans la vie active au xvi' sicle et s'occupe
de politique
et
de religion, de
mme
devient militant. L'image va remplacer
Elle devient
Blum
une puissance
et
l'art
de
la
le livre et la
une arme.
gravure
parole.
CHAPITRE
III
l'tat politique de la FRANCE
AU
XVI^ SIECLE
ET l'esprit satirique
Au
milieu du xvi* sicle
royaut franaise, qui semblaii
la
XI
jusqu' Henri II, traverse
s'tre affermie depuis
Louis
une priode
Le pouvoir absolu, qui
critique.
jusqu'alors par la thorie des
lgistes,
se justifiait
suivant laquelle
le
chrtien ne doit rendre compte de sa conduite qu' Dieu,
est attaqu
litique,
de tous cts.
comme
dans
le
Il
se
produit dans
domaine
des formations de partis et
il
le
domaine po-
religieux, des divisions,
devient impossible, pendant
cette priode, de dfinir les principes
autrefois dans le refrain d'une ballade de Gringoire
Dieu, ung roy, une foy, une loy.
Cette unit politique
nant inconciliable avec
et
si
les ides
veloppement de
dont
l'esprit
Ung
religieuse de jadis est mainte-
l'tat
ils
d'anarchie provoqu par
protestants et ceux qu'on appelle les malcontents.
de voir
comme
monarchiques
Il
les
a lieu
s'inspiraient ont facilit le d-
satirique en
France, de recher-
L ETAT POLITIQUE AU XVl^ SIECLE
cher pourquoi et
comment
se sont
rpandus
99
les
pamphlets
et plus particulirement les caricatures politiques.
Pendant
cette
poque de
on peut distinguer
luttes,
trois
priodes, caractrises chacune par des manifestations diffrentes de l'opposition.
La Rforme
tocratique.
t
un
fait
noblesse,
ce
(i), est
comme
moment
monarchie
contre
le
les
1574, sous Franois
pouvoir royal
comme
confisque par
les
II
est aris-
qui, ses origines en France, avait
dmocratique,
contemporain
la
la raction
Charles IX,
et
De 1559
tabli
les
grandes familles de
les
Chatillon,
un historien
l'a
Cond,
les
Bourbon.
gentilshommes protestants attaquent
et ses partisans catholiques
la
coups de pamphlets,
mais leurs arguments ne s'accompagnent gnralement pas
d'images qui parlent aux yeux.
Ces
gure que pendant une se-
illustrations n'apparaissent
conde priode, sous Henri III, de
74
1 5
89 Pendant cette
intervalle, l'insurrection contre la royaut a
Elle est
devenue dmocratique avec
Rforms
liques ont suivi l'exemple des
leurs thories
qu'ils
pour lgitimer
appellentun tyran.
la
la
chang d'aspect.
Ligue. Les cathoet leur
rvolte contre
Comme ils
empruntent
le
cherchent
faire
l'opinion (2), leurs crits s'ornent de gravures qui
tent
le texte.
souverain
appela
commen-
Ces documents iconographiques, que
le
Par-
lement avait ordonn de dtruire, existent en assez grand
nombre pour donner une
(i)
au
Hauser, La Rforme
XVI^
ide
du
et les
sicle {Revue d'histoire
caractre des polmiques.
classes populaires en France
moderne
mai-juin 1899).
(2) Lavisse, Histoire de France,
t.
VI,
et
contemporaine,
p. 252.
l'estampe satirique au XVI' SICLE
100
Ce ton
modifie sous Henri IV, de 1589
se
du rgne dans une troisime priode, qui
en
dante
rveil
caricatures
du sentiment national
excs de
la
du patriotisme contre
et
sens narquois succde
la
C'est le
moment
des troubles.
de
la [cessation
surmont
royal, aprs avoir
violence des passions.
satiriques
seront
Le pouvoir
qui entravaient
les obstacles
son dveloppement, va s'affermir, mais
estampes
les
et les appels l'intervention trangre.
Ligue
Un bon
des
abon-
est trs
procdent d'un
Elles
politiques.
la fin
grand nombre
le
leurs
et
monarchiques
attaques seront diriges contre les derniers ligueurs et les
ennemis de
la
royaut qui reprsentent
Pour suivre
les
phases principales par lesquelles passa
l'imagerie caricaturale,
toire
Il
nion
France.
la
il
est
ncessaire de retracer l'his-
du mouvement pamphltaire pendant
le
mme
temps.
une corrlation entrecesdeux manifestations de
et leur
marche
volution prsente
paralllle
du
espace rgulier,
libelle et
les
mmes
l'opi-
analogies. Cette
de l'image ne peut se constater
malgr l'absence de beaucoup de gravures
disparues; mais d'aprs celles qui subsistent et d'aprs
imprims
qui volaient d'un bout l'autre de
pour
se
Ligue.
bibliothque du Pre Lelong.
convaincre de l'extrme licence de
Il
crit plus
(i)
la
n'y a pas
d'homme
D^
Labitte,
1
la
Il suffit
crit Labitte (i),
la
presse durant
peut-tre contre lequel on
de pamphlets que contre Henri
Ligue, Paris,
les
France, on
une ide des opinions politiques.
peut se faire
d'ouvrir
la
III.
la
ait
Le nombre
dmocratie che:^les prdicateurs de la
861, p. 232.
L ETAT POLITiaUE AU
L'origine de ce
constate pour
existe en France.
tion
que
Il se
cre toute
SIECLE
le
mouvement
Pre Lelong
la
Il
date du dbut
fois
premire
du xvi
une
la
littrature satirique
En
les livres
534,
le
Barbaro
le
Ce
le
pou-
danger de certains ouvrages religieux sus-
France en 1534.
Marc-Antoine
sacramentaires, crit-il, fut r-
On
trouva des livres qui niaient
sacrement de l'eucharistie. Des
libelles furent affichs
l'Htel de Ville et en diffrents endroits de Paris.
mort de Henri
les
la socit.
de thologie qui inquitent
L'hrsie des
veille en
une rvolu-
pour exprimer
pectsest indiqu par l'ambassadeur vnitien,
:
sicle.
naissance du pamphlet.
penses, les craintes et les dsirs qui agitent
voir.
''i)
que l'opinion publique
se produit au xvi= sicle (2)
l'on peut caractriser
sont d'abord
IQI
neuf cents ouvrages.
s'lve prs de
On
mentionns dans
libelles satiriques
des
XVl"'
l'avnement de Franois
II,
Aprs
II,
on
la
vit
bien que les mesures nergiques prises jusque-l n'avaient
rien
fait.
On
sentit le
mauvais
tat
de la/eligion et
les
grs de l'hrsie arrivs tel point qu'il tait difficile,
seulement
de
dtruire,
mais
d'attnuer
l'influence
pro-
non
de
celle-ci (3).
Quelques annes aprs, un autre ambassadeur vnitien,
Michel Suriano, reconnat l'importance de cette opposition
(i)
1769,
(2)
Lelong, Bibliothque historique de la France, Paris,
t.
I,
p. 279 361.
Vitet,
Z^ presse au XVI^
sicey {Le
Globe, 12 mai
1830.)
(3) Relations des ambassadeurs vnitiens sur les affaires
de France au XVI^ sicle, Paris, 1838, t. II, p. 47.
I02
wr
L ESTAMPE SATIRIQUE AU
politique et religieuse.
nouveauts religieuses
crit
Il
gion
seme en France.
fut
On
santerie.
Les auteurs de
vantent d'enseigner l'Evangile
se
dans sa beaut primitive.
en 1561
SIECLE
Il
y a vingt ans que cette conta-
C'tait d'abord
comme une
coin des rues, en forme de proclamations ou
au
d'excommunication contre
de
le sacrifice
la
roi aperut le danger, bien
que
plutt
messe. La plai-
santerie prit et se rpta dans plusieurs parties
Le
plai-
attacha des papiers qu'on appela des placards,
tard, et vit
du royaume.
que ce peuple,
qui tait habitu tant d'obissance, en tait venu un
tel
point d'insolence que non seulement on n'observait pas ses
dits et
que
l'on ne craignait pas ses
tenait des assembles
menaces, mais qu'on
o accouraient en grand nombre des
gens de toute qualit, de tout sexe, de tout ge
Un des
(i).
plus violents libelles satiriques, attribu
se publie
en 1560, au
moment o
les
Hotman
huguenots
et les
malcontents avaient organis une conjuration contre
les
cruauts et l'usurpation d'autorit des Guise, vritables
tyrans, matres
C'est
le
aux
les
de quinze ans .
un
Guise
rquisitoire la
qui
avaient
mode
fait
des Catilmaires,
noyer ou suspendre
crneaux du chteau d'Amboise tous
souponns
d'avoir particip
Le cardinal de Lorraine
et
sur un
les
(i)
roi
curieux pamphlet intitul Epstre envoye au tigre
de la France,
contre
du pouvoir sous un
ton qui voque
les
au complot contre
XVl^
le
roi.
son frre y sont pris parti
apostrophes cicroniennes
Relations des atubassadeurs vnitiens sur
de France an
individus
sicle, Paris, 1838,
t.
I,
les
p. 520.
affaires
AU
L ETAT POLITIQUE
C'est toi, cardinal, plus
XVl" SIECLE
IO3
rouge de notre sang que d'autre
teinture, crit l'auteur, c'est, dis-je, tes parjures et tes
dloyauts, ton ambition, ton avarice,
excuteurs de tes maudites
frres,
et
de tes
la furie
sanglantes entreprises,
qu'on demande compte de
c'est
toi
d'or,
en partie drobs manifestement
de millions
tant
et
en partie
toi, cardinal, qui nous as
ploys ton apptit, c'est
em-
donn
ton frre pour second roi, laquelle ignominie de servitude,
il
faut
que tu saches que jamais
Tigre enrag, jusques
la
quand abuseras-tu de
de notre roi ? L'imprimeur Martin
et
excut
le
15 juillet
ques continuent contre
personnalit de
la
France n'oubliera...
les
la
Lliomme
1560. Sous Charles IX,
Guise et n'pargnent
jeunesse
tut arrt
les atta-
mme
pas la
reine Catherine de Mdicis, qui tantt
sur les Bourbons.
s'appuie sur eux, tantt
En 1561, pen-
de Mdicis, l'anne de la conrgence de Catherine
Pontoise, Pierre de Cuvocation des Etats
dant
la
gnires profite
gnraux
du mouvement de raction contre
sance des Guise pour publier
\e
leur signifie de cder la place
Ainsi fera
Quand
la
fit
puis-
Pasquil de la Cour (i) qui
Antoine de Bourbon.
maison trangre
se verra de
Bourbon chambrire.
L'anne suivante, lorsque
Vassy,
la
le
duc de Guise, en passant
massacrer des protestants clbrant leur culte,
nouvellement par maistre
Pasquil de la Cour, compose
Pierre de Cugnires ressuscit, jadis avocat la cour du
Bibl. Nat. Lb. 33-16.
Parlement, 1561.
(i)
ainsi,
AU
^ ESTAMPE SATlRiaUE
104
y avaient t autoriss aprs
ils
rforms exposent
libelles
XVl^ SIECLE
tholiques.
A la
les tats
de Poissy,
commises par
les atrocits
suite d'une premire guerre,
les
les ca-
pendant laquelle
de Guise,
disparat le chef de l'arme catholique, Franois
par Poltrot de
assassin
calms
sont
pas
Le jeune duc Henri de
paix d'Amboise.
la
par
esprits ne
les
Mr,
Guise, qui avait vu succomber en pleine gloire son frre,
une vengeance contre
prparait dj
il
aimait se mler
des mtiers,
chefs
lopper en lui
avec
cardinal de Lorraine, voulant dve-
le
la
popularit, lui conseilla de faire
une entre solennelle
lui
de
Concile
Paris, son
Trente. Tout tait
l'enthousiasme populaire, lorsque
rency, qui tait
li
Comme
bourgeoisie et flatter les
la petite
got de
le
ennemis.
ses
pour
prpar
le
retour
du
assurer
marchal de Montmo-
avec Coligny et d'Andelot
le fit
prier
Saint-Denis par un gentilhomme de ne pas continuer
s'avancer.
Comme
cardinal ne tenait aucun
le
sa prire, le marchal
dsarma son escorte
compte de
et le cardinal
s'enfuit
d'une manire piteuse. Les Parisiens turent cruels
envers
le
vaincu,
publication
et
montra
Livre des marchands,
chaude
sieur
Vous
pite,
vouliez, dit
Planche dans une
ce
les
nom
le
qu'avait de
un marchand
nous prissions
les
plaisant
de
le
drapier,
Mon-
manire?
croit-
bourgeois soient sa dvotion
de
qu' la
armes pour
cardinal. Contre qui? de quelle
vous qu'on chasse
dedans
la
bravades du cardinal et sa fuite prci-
et l'tourdie
le
on que
les
de
1565, connue sous
de
satirique
contraste entre
Rgnier
souftrirez-
votre ville celui qui vous a mis
L ETAT [Link] AU XV1= SIECLE
la
Aprs
IO5
disgrce de l'Hpital, aprs les nouvelles guerres
entre les catholiques et protestants, aprs l'assassinat de
Coligny
massacres de
et les
la
Saint-Barthlmy,
une cole de publicistes pour demander compte
e
Hotman en
son pouvoir absolu.
aise,
prtendait ne considrer
de
nation et
Il
le
forme
1573, "^^"^
^^
Gaule fran-
que comme le serviteur
le roi
dpouillait de son droit de souverainet.
au peuple ou
attribuait ce droit
librant dans les tats gnraux.
ses reprsentants
allait
Il
d-
chercher dans
le
souvenir des assembles mrovingiennes, pour y
le
pass
se
la royaut
l'interroger sur les origines et les droits de
ses actes et
la
il
rattacher l'institution des Etats.
Son langage s'oppose
celui
des dfenseurs du pouvoir royal. Les Etats, suivant sa tho-
auraient
rie,
le
dehors des Etats,
n'y aurait qu'usurpation et tyrannie.
il
Parlant des Francs de
mritoirement
taient
la
mme
le titre
voie
ries
l le
maintinrent en libert honIl
lisant
les
ajoute que
la
si
cer-
de peur qu'on
ces tho-
une interruption de
convoqus
les Etats
Gnraux
cahiers de dolances des Etats,
comprend que Catherine de Mdicis
enlever
c'est
La confirmation de
1560, aprs
-Soixante-seize ans, furent
En
se
peu qu'ils sont
que ceux-l por-
de Franais qui, ayant abattu
grandes assembles,
eut lieu, Ijrsqu'en
Orlans.
dit
il
sou: l'autorit des rois.
tains craignent les
ne
Pharamond,
domination des tyrans,
nte,
En
droit de choisir et de dposer les rois.
on
craignait de se voir
rgence.
Les protestants firent l'apologie des thories dmocratiques
d'Hotman
et
empruntrent
la
des prceptes qui s'appliquaient aux
Bible et l'antiquit
faits
contemporains.
l'estampe SATlRiaUE AU XVl^ SIECLE
I06
Tout en 'dveloppant
laire, leur
ment tyranniques
les
princes et
Les faons de
comme
soi-mme
faire, dit-il,
ouverte-
illgitime
reculement des
le
bref
le
gouvernement
mut de merveilleuses
ces haines qui produisirent ces
l'assassinat
montre
le
des Guise, les menaces dont on usait
des grands seigneurs,
haines contre eux.
fiant
souverainet popu-
grands du royaume,
plus
violent et de
Ce sont
la
parti devenait aristocratique,
Thodore de Bze(i j.
envers
doctrine de
la
et
politique
doctrines, justi-
recours \ l'tranger.
le
des pamphlets o ces thories sont soutenues aprs
toutes
leurs
mrement
consquences en ont t
est le Rveille-matin des Franais (2).
deux dialogues
est
du principe que
Le
le lien
des croyances autorise
tantes. Ils
de tous
tant
(i)
^ la
alls solliciter les
font l'apologie de
comme
le
recours
Hotman(3)ou
second dialogue
et
un
poli-
rforme, qui reviennent d'un voyage
sont
les actes le
le
un historiographe
trois voyageurs, Philalthe,
ils
peses,
ddi Elisabeth d'Angleterre, en vertu
de Bze ou Barnaud, nous montre dans
en Europe, o
que
compos de
livre,
l'intervention trangre. L'auteur, qui serait
tique, convertis
Un
la
plus illustre
trs bien le
De Bze, Histoire
de France^ d. de 1882,
puissances protes-
thorie du rgicide. C'est
et
le
plus
magnanime,
montre Cicron, un
tel
acte.
ecclsiastique des glises rformes
1.
1,
p. 139.
(2) Rveille-matin des Franais et de leurs voisins, com-
pos par Enshe Philadelphe Cosmopolite, Edimbourg, I574^
(3) Sayous, Etudes littraires sur
formation, Paris, 1854.
les
crivains de la r-
quand bien
L ETAT POLITIQUE
AU
XVl^ SIECLE
sera excut par
un
familier
il
plein d'honntet, de biensance,
l'utilit
publique.
la
lOy
du tyran, tout
conduit avec
le
salut et
mort de Charles IX, comme
on craignait que Catherine de Mdicis ne continut
exercer sa pernicieuse influence sur Henri
d'attaques assez vives de
jet
En 1575
et
la
III, elle est l'ob-
part des Rforms.
parat le Discours merveilleux de la vie, actions,
dportements de la reine Catherine de Mdicis, dclarant tous
les
[moyens qu'elle a
royaume de France
bli
ou
sans
Dans
nom
R. de
la
la
iejius
ruiner
et
l'tat
d'iceluy.
Charles IX.
sur
la
Dans
loi
de
l'histoire
c'est
La deuxime
des Mdicis.
et
dissertation
Le
livre fut
pu-
Planche. C'est un discours en trois parties.
sacre 'un rcit des troubles depuis
jusqu'
gouvernement du
le
d'auteur, et est attribu Henri Estienne (i)
premire partie,
Catherine
pour usurper
la
la
la
jeunesse de
est
partie
paix
con-
d'Amboise
dernire partie,
c'est
une
salique et les pernicieux gouver-
nements des femmes en France, termine par un appel
aux armes
rempart une
Endurerez-vous que
telle
tyrannie
Que
notre ville serve de
craignez-vous
femme, une trangre, une ennemie
et hae
qui n'est hardie que par notre lchet.
avoir
moins voulu raconter
de Catherine que dmasquer
qui,
selon
prix de
gnral,
Une
de chacun
L'auteur parat
les
dsordres
et les
crimes
la
politique
de
femme
la
semble avoir emport
mchancet entre toutes
sacre de la
(1)
l'avis
. Il
le
voit dans le mas-
Saint-Barthlmy un crime italien
et,
dans un
Louis Clment, Henri Estienne^ Paris, 1898, p. 28.
l'estampe satirique au
I08
Machiavel
contre
discours
vlisme qui personnifie
A cette
s'en
il
(i),
ou rcemment
Le
loi.
la
est
l'tude de
contraires la loi de Dieu
dsobir au roi
s'il
deuxime question
par
la force
ponse
est
on
si
a le droit de rsister
la
peuple et
divine.
loi
le
Dieu
et
rain
le
roi
et
le
peuple. Le
troisime
combattre
le
prince, au
l'on peut
peuples,
roi
princes
trangers
il
opprime ou
droit d'enlever au souve-
le
il
s'engage
un contrat entre
formellement
peuple peut punir
la
l'un refuse
si
la
abuse, car
sa parole, le
publique. Enfin
les
(i)
il
r-
poursuivre. Dans
conclut qu'on a
pouvoir dont
manque
la foi
Il
La
ont pass en
roi
d'un intrt purement humain, quand
ruine l'tat.
si
ngative, car
est
volont du matre. La
la
[Link] une convention avec
examine
volont de Dieu et on peut
de savoir
le
thorie
donnent des ordres
s'ils
ne respecte pas
de l'excuter, l'autre peut
nom
la
que par
la
question suivante
la
au prince qui enfreint
partie, l'auteur
raison
divise en quatre
se
La rponse
est affirmative, car le
mme
la
attribu Languet
travail
Doit-on obissance aux princes,
n'existent
de
1579, oppose
Duplessis-Mornay,
La premire
les rois
machia-
trahison, l'assassinat, l'ouvrage Vin-
la
rsistance par
nom
d'employer, au
dicia contra tyrannos^ qui date de
parties.
au
prend
doctrine qui permet aux princes, dsireux de se
d'tat, le parjure,
la
SICLE
l'Italie.
maintenir au pouvoir,
de
XVi'^
le
perscuts dans leur
foi.
porter
et, s'il
violateur de
quatrime partie tudie
peuvent
le
le.s
secours
cas
aux
Ainsi par une srie de
Discours contre Machiavel, 1576.
AU XVl^ SIECLE
L ETAT POLITIQUE
se
syllogismes
trouve
le
justifi
droit de
10^
rvolution (i).
Ces thories insurrectionnelles, exprimes en un langage
massa-
de jurisconsulte taient la consquence logique des
cres de
Saint-Barthlmy. Duplessis-Mornay (2) l'indi-
Li
dans des remontrances aux tats de Blois
quait
disait-il,
s'est crevass
thlmy, depuis que
du sujet envers
tient les tats
le
la
foi
journe de
la
depuis
du prince envers
s'est
tyrannos,
bien d'autres pamphlets qui propagent les
Telle. est la Rsolution claire
fois faite de la prise des
citer
facile sur la question tant de
et
armes par
gouverne.
on peut
mmes doctrines.
les infrieurs,
qu'il ne faut pas confondre
munaut d'hommes
soit
les sujets, et
outrageusement dmenti.
si
ct du livre Vindicia contra
celui qui la
Saint-Bar-
la
prince, qui est le seul sujet qui entre-
en un,
L'auteur montre
a L'Etat,
Reims,
la
577.
patrie avec
une com-
J'appelle patrie, dit-il,
par droit, soit en monarchie,
associs
en aristocratie, soit en dmocratie, tablie sur cer-
taines lois.
creurs
et
Un
autre libelle, le Tocsain contre
auteurs de confusions en France,
fait appel
les
massa-
Reims, 1577
l'intervention trangre et proclame que
qui peut aisment advenir au
roi de
France
c'est
(3),
ce
qu'au
premier ennemi tranger que Dieu susciterait, il se verrait
bientt renvers. Dans un autre pamphlet intitul Marti
Salomonii patricii romani deprincipaHi libri VI, Paris (1578),
est tablie la
(i)
G.
supriorit
du peuple sur
VVeill, Les thories
sur
le
le roi.
Aux
Etats de
pouvoir royal, Paris,
1891.
(2)
Duplessis-Mornay, Mmoires, Paris, 1824,
(3)
Bibl. nat.,
Lb 33-326,
p. 99.
t.
II, p.
70.
l'estampe SATmiaUE au XVr SICLE
IIO
Blois, en 1578, l'abb de Cteaux (i) disait
ne sauriez
La provocation
montre que
contre
la
tyrannie.
Une
le
l'ait
de jeunesse, un de ces mille
connu
il
le
IX
monde moderne
et
prix de la vie
(4),
et approfondi la socit
s'tonne de
qui abandonnent tout ce qui
de ceux qui
le
que l'homme par dfiance
la rbellion la
Il
un matre peu redoutable,
la faiblesse
com-
de Plutarque, avant qu'on
anl'au-
la lfait
le
car sa force est
servent. Les btes essaient
de se dfendre contre celui qui veut
tandis
comme une uvre
faut reconnatre la beaut des
pages fortes
chet des peuples
de
Mmoires
classiques, qui se
teur crie libert contre la tyrannie.
taiti
les
de Simon Goulard.
regarde
forfaits
mettent au sortir de Tite-Live
la
Rveille-matin des Franais,
de la France sous Charles
Bien que Sainte-Beuve (3)
la
partie en fut publie
ne parut entirement qu'en 1576 dans
il
tique,
2),qui
premire fois en 1574, plus de dix ans aprs
l'tat
ait
Botie
que procdent toutes les attaques
mort de La Botie, dans
de.
la
l'obissance altre par la tyrannie devient
sicle
la
mais
du
plus loquente la dsobissance est
la
servitude. C'est de ce livre
pour
Vous
sujets.
Discours sur la servitudi volontaire de
du xvi^
roi
effacer la dsobissance trop avant enracine
cur d'aucun de vos
\t
au
faire leur
conqute,
et par dsespoir
prfre
rsignation et l'humiliation. Mais cet tat ne
(3)
Remontrance faite au roi le ib juin 1578.
Bonnefon, La Boiie, Bordeaux, 1888.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IX,
(4)
Prvost-Paradol, Les moralistes franais, Paris, 1906,
(i)
(2)
p. 40 78.
p. 149.
'ltat politique au xvi sicle
doit pas durer,
dignits, dit-il,
De
tant d'in-
les souffriraient
pas, vous;
on peut y porter remde.
si
ne
les btes
que
riT
pouvez vous en dlivrer. Soyez rsolus de ne servir plus et
vous voil
colosse qui
mme
Vous
libres.
verrez
on a drob
la
,1e
uvre contre
de nouveaux Brutus,
comme un
)^
tyrans, rclamant le poignard
les
fut exploite par les partis
qui en firent une arme contre Henri
sition
veauroi,
qui
que n'avait pu
ter
lui
Elev au milieu des
Mdicis,
vtues
vice des
avait
Pologne,
d'honneur de
devenir
Le nou-
une
frivolit
des armes.
Catherine
de
favorites
re-
des
costumes somptueux ou employes au ser-
repas,
moiti nues , suivant l'Estoile,
avait pris l'habitude d^^une vie effmine. Ds
vanni Correr (i)
fra
le
dame,
d'oppo-
III.
commandement
le
filles
destinait
qu'elle
de
de
revenait
grand
base de son poids, de soi-
fondre en bas et se rompre.
Cette
tyran
se
mots
caractrise par ces
le
tenant volontiers parmi
Tambassadeur Giovanni Michieli
crit
part du temps chez
se
tout plein d'odeurs,
les
dames,
s'accommodant
les
:
il
1569, GioSta volentieri
dames.
En
15^72
Il se tient la
plu-
couvrant de parfums',
et se
frisant les
che-
veux, se mettant aux oreilles des pendants et ds anneaux
de plusieurs sortes.
pour
la
On
n'a pas ide des dpenses qu'il fait
beaut et l'lgance de ses chemises.
sadeur Morosini tient
le
mme
langage.
perbes habits, dit-il, enrichis d'or, de
L'ambas-
Outre
les
joyaux et de perles
Baschet, La diplomatie vnitienne, Paris, 1862.
neron, Les ducs de Guise et leur poque, Paris, 1877.
(1)
su-
For-
AU
L ESTAMPE SATIRIQUE
112
met
il
qu'il porte,
bien
perces la
mode
donn par
plus grand luxe ses
le
de
qui lui te
XVI^ SIECLE
des femmes.
Ce
livre,
Au
III.
un
a t construit
milieu de
palais,
orns de dentelles
Ce sont
(i).
veill, son
les allusions qu'il
entourage
il
restait
la
de quelque sacrifice
pompe
victime pour l'immoler.
la
plus que
que les noces de Nron
palais est dcor'de sujets, tels
de son mignon Pythagoras, qui jettent un jour sur
tres de cette socit.
de consulter
le
ri-
est
occup aux menus dtails de sa
est
antique,
ne
et
de perles et imprgns de par-
les
Cela ressemblait
Pour connatre
Recueil des lois
ces
les
murs,
il
expliquent
Toutes
les griefs
les
et
myssuffit
coutumes de l'empire, pro-
et
par le souverain et caractris par l'absence de
ligion et de morale.
et
ren-
des Hermaphrodites,
l'Ile
peupl de personnages fards
et
toilette.
mulgu
dans un
Mignons du roi, qu'il comble de
d'honneur. Ds que le grand Hermaphrodite
chesses et
Le
extraordinaire,
compos par Thomas Artus,
ne parut qu'en 1605, mais date, par
ferme, de Henri
oreilles
hros principal. C'est File
III est le
Le
des Hermaphrodites.
fums
dtail
rapports diplomatiques se retrouve
les
pamphlet, dont Henri
friss,
d'avoir les
gravit, c'est
la
chemises. Ce
re-
extravagances qu'on y trouve
que soulevait
de son cortge de mignons.
la
On
conduite de Henri
a
voulu voir en eux
de
courageux gentilshommes, dvous
par
les partis.
Mais cette rhabilitation
III
un
roi
menac
est paradoxale, car
l'opinion publique n'avait que du mpris pour cette coterie
(i)
Cimber
France,
et
Paris^
Henri Hl).
Danjou, Archives curieuses de
1836,
t.
Vliistoire
do
X, p. 428 [Extrait des dpenses de
L ETAT POLlTiaUE
AU XVI= SIECLE
de mignons, corrompus et frivoles qui ne
pas
comme une
Elle ruinait
la
un appui au souverain.
prter
et
royaume par des
le
lui apparaissait
aristocratie destine contrebalancer
Guise
puissance des
II3
ftes
et
des prodigalits
scandaleuses.
Les abus des mignons joints ceux des abbs,
qui dtournaient
les
revenus des abbayes au profit de favoris
laissaient les religieux
exciter les colres des
liques,
dans
le
dnuement, contriburent
membres du Parlement
partisans du duc de Guise. Il avait
un hros national, ds une premire
Allemands
les
avec
la
la
duc de Guise
et se
et des
catho-
comme
t acclam
victoire remporte sur
Dormans. Son courage
mollesse extrme de Henri
s'attacha au
de
et
III.
faisait
contraste
L'Union de
forma au
nom
religion catholique. Ses chefs turent
les
la
Ligue
des principes
dlgus des
seize quartiers de Paris et les
prdicateurs.
Les
thologiens
thories
et
les
prdicateurs
rvolutionnaires, que
les
avaient propages. La thse qui fut
les
ligueurs fut celle
seignaient que
le roi
de
la
[Link]
le
les
reprenaient
protestants
plus dveloppe par
souverainet populaire.
Ils
en-
n'exerce le pouvoir qu'en vertu d'un
contrat facile rviser, existant entre lui et les
peuples, et
ils
dclaraient
se
montrait indigne d'occuper
dirent contre
que
la
le
roi-tyran pouvait tre mis mort,
le
trne. Ainsi
royaut ces pamphlets
s'il
se rpan-
anims
ligueurs
d'un esprit dmocratique.
Ce sentiment apparut nettement lorsque, aprs
du duc d'Anjou,
de Jeanne
Blum
la loi
d'Albret,
hrditaire
le
chef
de
la
appela au trne
la
cause
mort
le fils
protestante,
8
l'estampe satirique au
114
Henri de Navarre,
l'alli
d'Elisabeth. Les libelles catho-
liques ne renfermaient que
daient que
la
l'hrsie,
il
mot
le
libert.
couronne ne pouvait pas
rtique, et que
si le
SICLE
XVl*^
Ils
prten-
tre assure
un h-
souverain catholique favorisait
mme
pouvait tre cart par
volont des peuples,
la
dlibrant en assemble.
Les plus vigoureuses polmiques en ce sens furent
de Louis Dorlans. Sa doctrine
tissement
des
anglais
catholiques
Dans une premire
de ij86.
expose dans V Aver-
est
aux
partie,
celles
catholiques franais
il
un
faisait
rcit
des
troubles en France pendant les guerres de religion, tout
diffrent de celui
creurs. Il ajoutait
du Rveille-matin
les calvinistes
que
et
du Tocsain
ont agit
des massa-
pays en
le
le
divisant en gnralits o se tenaient des assembles dont
membres
les
liguez-vous
taient lus parmi les nobles
,
par les protestants,
ou
Dorlans.
disait
partie
roi.
On
le
prvenait que
couronne au Barnais,
France
Cette
et serait
il
mettrait
les
liguent,
tiers-tat.
clerg et la
La dernire
s'il
le feu
osait
avertisse-
promettre
la
aux quatre coins de
combattu par tout catholique.
sommation au
roi se retrouve
de Dorlans, Apologie ou Dfense
avec
du
le
du pamphlet de Dorlans renfermait un
ment au
la
Ils se
unions organises
non seulement avec
commun
le
catholiques opposaient des ligues
les
associations formes
noblesse, mais aussi
Aux
autres contre
les
impostures des catholiques associs
de prtendre que
tort
ralit,
l'Etat n'est
livre
des catholiques unis les uns
ceux de la prtendue religion catholique,
qu'on a
dans un autre
la
1586.
Il
l'Etat.
En
prceptes
de
Ligue menace
pas attaqu, mais les
soutenait
l'tat politique au XVI' SICLE
un
TEglise ont
Mais
c'est
plus sacr que ceux de l'Etat.
surtout partir de 1588, aprs l'assassinat du
duc de Guise
destins
caractre
de son
et
sauver
la
frre,
acclams
contre
ment
ce
les
de
la
pr-
Devant l'impuissance du
unions des catholiques,
qu'il n'y avait plus
moment
comme les chefs
France, que se produisirent les mani-
festations les plus hostiles au roi.
roi
II5
ils
eurent
de gouvernement.
On
formation d'un parti rpublicain
le
senti-
a parl
(i)
pro-
(i) Cougny, Le par fi rpublicain sous Henri IJI, Mmoires lus la Sorbonne, les 4, 5 et 6 avril 1866, p.
147.
Parmi les libelles qui circulaient contre Henri III, les
mmoires-journaux de Pierre de
1589 signalent quinze principaux
1
l'Estoile la date d'avril
:
Les murs, humeurs et emportements de Henri de Vaau vrai depuis sa naissance ; quels ont t ses
lois reprsents
et leur religion.
Paris, par Antoine le Riche,
rue Saint-Jacques, prs le Soleil d'or.
2 La vie de Henri de Valois, le plus excrable
tyran qui
parrains
soit en barbarie.
La vie et faits notables de Henri de Valois tout au long
sans rien requrir.
4 Dclaration par laquelle Henri de Valois se confesse
tre tiran et
ennemi de V Egalise.
de Henri qui rien ne vault.
6 Dialogue de Henri le tiran et du grand sorcier
Despernon pour faire mourir M. de Guise.
5
La
Charmes
vie
et
caractres de sorcellerie de Henri d Valois
trouvs au logis de Miron, son premier mdecin, avec les oblations qu'il faisait au diable dans le bois de Vincennes.
Pourtrait du sacrilge fait par Henri de Valois en la
Sainte-Chapelle de Paris.
8'
Figure de
la vierge religieuse viole
Poissypar Henri
de Valois.
10"
Les vrais piges
et
tique et cauteleux grison
moiens pour attraper
Henri de Valois.
ce faux hr-
l'estampe satirique au
ii6
prement
au
un
dit, attest par
recueil de
roi contre les rpublicains,
xvi'=
sicle
GhnelBounyn, Satyre
Paris,
1586.
Il
est
possible
qu'il y eut un parti distinct de celui des catholiques
et des
malcontents, mais c'est aller trop loin de parler de rpublique, bien
que
la
pusillanimit du roi lui et
L Excellent
toute autorit.
et
1588, constate
libre discours sur
fait
perdre
T tat prsent
Rien ne
se doit
si
prcieusement garder par un prince que son respect,
sa
de la France,
le fait
majest et sa crainte, laquelle, perdue une
fois,
ne se peut
jamais recouvrer que par les choses qui font craindre, c'est-dire par la violence et
Mais
il
n'tait plus
la
cruaut.
temps
d'arrter le
mouvement
d'op-
position. Le pouvoir royal ne put prendre aucune mesure
contre
les
prtres
Dans V Histoire
qui l'attaquaient dans les pamphlets.
tragique
(1588), Boucher
et
prend
mmorable de Pierre de Gaverston
parti
d'Espernon,
le
mignon
d'Henri, ce misrable roi qui a pratiqu toutes les rgles
Le faux mufle du grand Hipocrite de France.
adjournenient fait Henri de Valois pour comparatre aux Enfers.
13 Les choses horribles contenues en une lettre crite
Henri de Valois par un enfant de Paris.
\\
12'
pour la toux du regnard de la France.
Trahison dcouverte de Henri de Valois sur la vendition de la ville de Boulongne J^abel, reine d'Angleterre.
Tous discours de faquins et vannants, esgouts de la lie
14 Recette
IS
d'un peuple sot et rebelle, auquel pour toujours de plus en
plus l'entretenir et abuser, on faisait voir tous les jours en
papier de nouvelles dfaites qui n'estaient point, dont j'en ai
ramass en deux volumes imprims Paris plus d'un cent
que j'ai inscrits Les victoires de la Ligue sur les maheutres
:
et
relus.
L ETAT POLITIQUE AU XVl^ SIECLE
pernicieuses de ce perdu Machiavel
comme exemple
tione
mais
Jacques Clment,
le
qui
fut
De
ont-ils le droit de dposer les rois
mative.
S'il
a des
motifs de
tre dpos par l'Eglise
tant
schismatique,
anathme.
dposer, Henri
Oui, car
assassin,
parjure,
les
il
fauteur
il
est perfide,
tyran,
au gouvernement, adultre, coupable de
A-t-on
le
les Etats ?
dmontre
temps d'attendre
Non,
le
car
il
la
III doit-il
d'hrsie,
magicien,
sacrilge,
Doit-il tre dpos par le peuple
plusieurs raisons, car
peuple
est affir-
est dix fois criminel,
meurtrier,
simoniaque,
le
La rponse
par
son
se rattachant
souverains. L'Eglise et
les
III
compos pendant
rgne par Boucher, soulve quatre questions
au droit de dposer
a pris
justa ahdica-
de Henri
l'assassinat
peu aprs
parut
qui
ou que Machiavel
L'anne suivante,
II7
impie,
Oui, pour
cruel, inutile
tous
les vices,
formule de dposition par
y a urgence et dans ce cas, l'auteur
droit de s'insurger et de recourir aux armes.
Quand Henri
III
eut t frapp par Jacques Clment,
la
bourgeoisie qui n'avait pas accept l'hypothse d'un souverain hrtique et avait refus de
donner
trne Henri de
le
Navarre,
commena s'apercevoir que les passions
duisaient un tat d'anarchie sans issue. A ce
un
d'ordre se joignait
p ilation, lasse de
litains,
le
Henri IV
besoin
du patriotisme chez une po-
domination des Espagnols, des Napo-
Les victoires d'Arqus et d'Ivry conciliaient
les
sympathies de
seulement de
toute
con-
des Wallons, de tous les trangers qui opprimaient
pays.
dait
la
rveil
la
la littrature
la
bourgeoisie qui lui
se faire catholique.
pamphltaire de
la
deman-
son avnement,
Ligue
est
aux abois.
l'estampe satirique au XVI* SICLE
Il8
C'taient les derniers soubresauts des malheureux pr-
qui espraient, sans y russir, dchaner
tres ligueurs,
pays contre
tous
les
contre
le
curs,
nouveau
et toute l'ironie des
mauvais
les
Il avait
roi.
sduit au contraire
pamphltaires se tourna
instincts des ligueurs qu'il
s'agissait
de dmasquer. La Sainte Union, qui avait paru un
tant dangereuse, tait devenue grotesque et
La
amis, Pierre
le
ins-
lamentable.
1594 par un groupe de
Satire Mnippe, publie en
le
six
Roy, Nicolas Rapin, Florent Chrestien,
Jean Passerat, Pierre Pithou
et le conseiller clerc
au Parle-
ment, Jacques Gillot rpondait au besoin de rendre ridicules tous les ligueurs, auteurs des dsordres publics.
fond de
la
convoqus
de
la
aprs
pice
reprsente
Paris par le
la
honteux
tenue des Etats de 1593,
la
duc de Mayenne
Ligue pour dsigner
Parlement
et le
successeur de Henri
le
Le
III et
qui,
conversion de Henri IV, disparurent sans rsultat,
et
rougissant de leurs folles propositions. Cette
sance des Etats est une confession de tous
les
Ligue. Pendant qu'on
de l'assemble,
le
prlude est form
faisait les prparatifs
de
la
parade
la
la
de deux charlatans,
l'un Espagnol, l'autre Lorrain qui vantent
pele Catholicon. Puis, c'est
hros de
une drogue ap-
procession de
la
Ligue, pa-
rodie de celle qui eut lieu en 1550 et que l'accouplement
des costumes guerriers et religieux
Ensuite,
c'est
la
description de
la
fit
paratre
salle
vient taler son
le
lgat
gosme
et
est celle
son
comique.
des Etats et
pices de tapisserie dont elle est tendue.
mence. La premire harangue
si
des
La sance com-
de Mayenne, qui
hypocrisie.
Aprs
du pape prononce un discours, ml d'halien
lui,
et
de
LETAT POLITIQUE AU
cardinal de
ladn^
le
latin,
pour adjurer
rains et
les
XVI^ SIECLE
II9
Pellev parle moiti franais, moiti
catholiques de se soumettre aux Lor-
aux Espagnols, l'archevque de Lyon
gyrique des exploits de
la
Ligue,
Roze
recteur
le
des plaisanteries insenses pour proposer de
fait
le
pan-
se livre
nommer
roi
un
vigneron qui chante bien, Guillot Fagotin. Le sieur de
nom
Rieux au
ignorer
de
la justice,
la
noblesse clbre
enfin
le
guerre qui doit
sieur Engoulvent, le prince des
dput du
Sots, va prorer, lorsque le
pose
la
tiers,
d'Aubray, op-
politique sans scrupules de la Sainte
la
modration
Union
la
l'hrosme de Henri IV.
et
Cette harangue de d'Aubray qu'on a l'habitude de re-
comme un
garder
chef-d'uvre d'loquence exprime toute
bourgeoisie l'gard des mascarades de
l'ironie
de
Ligue.
Mais
Ligue
tait dj
la
la
date
Satire Mnippe
bien affaiblie.
pamphlets dont
d'autres
la
la
circulait
Il
plupart
ont
parut,
la
la
une quantit
signals
et
collectionns par l'Estoile (i), qui en avait constitu des recueils
Ces
livrets
de quelques pages,
volaient d'un bout
jol,
saient partout.
parlaient
du royaume
La gravure
aux yeux.
crit
M. Mari-
l'autre et se glis-
et l'image illustraient le texte et
(2)
Les pamphlets royalistes tmoignent d'un esprit de plus
en plus mordant. Parmi
de
signaler celui
de
les
plus
importants,
(i)
convient
Duplessis-Mornay de 1587, Lettre
d'un gentilhomme catholique franais,
contenant brve rponse
L'Estoile, ouvrage cit.
(2) Lavisse,
il
Histoire de France,
t.
VI, p. 2^2.
120
l'estampe [Link] AU XV1= SIECLE
aux calomnies d'un
lans.
ct des pamphlets de Duplessis-Mornay viennent
se placer des
uvres
comme
les
Quatre
excellents discours
sur Vtat prsent de la France, 1593, dont
aussi
titul
la loi
V Antiespagnol
le
dernier in-
le
un plaidoyer en faveur de
est
salique contre les ligueurs et
donner
Dor-
certain prtendu anglais, rponse
les
Seize qui veulent
trne un Espagnol et non au lgitime des-
cendant de saint Louis.
Un
des derniers pamphlets ligueurs,
maheutre
et le
manant, de
le
Dialogue d'entre le
593, tout en essayant de dfendre
Ligue, en montrait l'impuissance. Le manant dcouvrait
la
qu'il avait t
dupe des princes ne poursuivant que leurs
propres intrts, par ambition personnelle et non par d-
vouement
la cause catholique.
Le maheutre
insistait sur
trahison des chefs ligueurs et faisait l'loge du roi de
la
Navarre. Ainsi, tout en voulant s'attaquer Henri IV,
Dialogue d'entre
rire
le
aux dpens de
maheutre
ses
et le
manant continuait
le
faire
ennemis.
C'est la fin de cette priode de luttes, pendant lesquelles
les
pamphlets sont des oeuvres souvent employes par
deux
partis.
frieurs
citer
Les autres pamphlets ligueurs ne sont pas in-
au Dialogue du
parmi
les
maheutre
et
du ?nanant. Orr peut
moins ngligeables de ces publications
Paralysie de la France avec
Remontrance
les
contenant
le
remde
d'icelle
(1590)
une instruction chrtienne
(i),
la
la
en quatre
points la noblesse de France (15 91) (2), /a Rponse la blas-
(i) Bibl. nat.,
(2) Bibl. nat.,
Lb. 35-310.
Lb. 35-328.
l'tat politique au XVI* SICLE
phme
et
calomnieuse remontrance de Mathieu de
Discours par lequel
est
lectif et
il
le
apparatra que
non hrditaire
(2), les
121
Launy
royaume de France
Paraboles de
en 1593. Les pamphlets royalistes sous
(i),
Cicquot
rgne de Henri IV
le
sont d'une verve plus intense que les pamphlets ligueurs.
Ils
semblent ranims par l'avnement de Henri IV.
a de trs
Frdrik en 1590 (3)
de s'en tirer (i
et
le
/^
590) (4)
l'Etat (1591) (5)
ses
comme
vigoureux
et les
moyens
la vraie et lgitime constitution de
Pang)rique adress au roi de
;
y en
par Thophile
Pacifique^
Labyrinthe de la Ligue
De
bons sujets de Paris (6)
la part de
Lettre d'un gentilhomme catholique
vrai franais (1590) (7)
V origine,
le
Il
le
De
Francophile {^) (1591);
vrit et usance de loi salique fondamentale et conser-
vation de la monarchie (Tours, 1590) (9)
le
Devis Jamilier
d^un gentilhomme catholique franais avec un laboureur (10).
des pamphltaires,
ct
il
faut faire place
aux ser-
monnaires. Les prdicateurs jourent un grand rle dans le
mouvement qui
se dessinait contre le
pouvoir royal. Cette
irruption de la chaire dans les affaires politiques est constate par
bien des contemporains,
ministres, crit- il, prchaient
(i)
comme
Montluc.
publiquement que
Lb. 35-507.
(9) Ibid., Lb. 35-273.
(4) Jbid.,
(5) Ibid.,
Lb. 35-319.
Lb. 32-404.
(6)
IbiJ., Lb. 35-306.
(7]
Ibid., Lb. 53-316.
(8) Ibid.,
(9) Ibid.,
Lb. 35-314.
Le. 37.
(10) Ibid., Lb. 34 814.
Les
les rois
Bibl. nat., Lb. 35-405.
(2) Ibid.,
ne
122
AU XVl' SIECLE
L ESTAMPE SATIRIQUE
pouvaient avoir aucune puissance que
celle
qui plaisait au
peuple. Cette violence de leur langage ne pouvait que
favoriser le
dveloppement de
caricature politique, qui de-
la
venait pour eux un prcieux auxiliaire. Les tons parfois
criards de certaines
harmonie avec
grossiers des dessins sont en
la fois
bune,
du culte
mme comme
sermons. Mais ne
dication que par
des
le
des
on gayait
les
On
sou-
chaire une
Ils
quand on
comme on
n'tait pas
caractre
dmagogues.
ct grotesque (i)
sicle,
la
club,
spadassins,
faut-il voir,
Cet lment burlesque
Dj au xm*
un
l'glise d'alors
et les ministres
raissent
latin
le
bouffon et sanguinaire de leur loquence.
vent compar
souvent
traits
les
images satiriques,
l'a fait,
lit
tri-
appaleurs
cette pr-
nouveau au xvi*
sicle.
sermons prononcs en
de quelques proverbes franais. Les prdications ma-
caroniques sont
telles,
que La Bruyre
ridicule, en
montrant que
taient pas et
que dans
le
le latin
sacr et
le
(2) les
tournera en
profane ne se quit-
on dcouvrait quelques mots
en notre langue.
Au
xiv^ sicle, quelques prdicateurs (3),
comme Nicolas
de Biard, gayaient leur latin de quelques proverbes franais
ou dbitaient comme Gilles d'Orlans des sermons
latin.
farcis
Le cardinal Etienne Langton donna pour texte
sermon une chanson populaire profane
(i) Labitte,
De
la
un
qu'il sanctifia.
On
dmocratie che^ les prdicateurs de
Ligue, Paris, 1861.
(2) La Bruyre, Caractres, chapitre de la chaire.
(3) Histoire littraire, t. XXIV, p. ^6'^.
de
la
L TAT POLITIQUE
accourait au sermon, crit
point perdre
les
XVl^ SIECLE
Le Clerc
pour tre sr de ne
(i),
le
sermon devait
instruire.
y eut bientt des recueils de sermons tout
comme
compilations
le
Grand
rpertoire des
saint
faits,
des
Deux Testaments
du bndictin Pierre Bercheure, VUniversum
predicabile de
Gminien, un autre recueil de Jacques de Lausanne et
a Scala
Avec
dans
I23
scnes comiques, les bouffonneries destines
l'amusement de ceux que
Il
AU
de Jean Gobi.
co'eli
le
xv* sicle
commence
l'ingrence de
chaire chrtienne. Suivant
la
la
politique
tmoignage du
le
reli-
gieux de Saint-Denis, qui a crit l'histoire du rgne de
Charles
VL
Jacques
reprocher
la
Grand eut
hardiesse en 1405 de
la
reine Isabeau de Bavire son faste et son d-
blmer ceux qui avaient
sordre, et de
leur
le
gouvernement de
le
mauvaise administration. Jean Petit
l'assassinat
du duc d'Orlans.
Il
donna
fit
l'apologie de
lecture,
d'aprs
chronique de Monstrelet, d'un discours dans lequel
fiait le
il
la
justi-
meurtre commis parle duc de Bourgogne, en prten-
dant qu'il est
licite
d'occire les
tyrans.
Gerson dans une
procession Saint-Mariin-des-Champs aurait, suivant Juvnal des Ursins, accus
le roi et
le
clerg d'avoir t en
d'arservage de gens qui tuaient, pillaient par corruption
gent.
Parmi
les
orateurs qui se signalrent par leurs apos-
trophes vhmentes,
il
y eut
Jean de Troie, qui tait
moment o
(i)
(2)
ils
le
ainsi Eustache
t.
On
a constat (2)
XXIV.
Jacquinet, Z)^5 prdicateurs
Bossuet, Paris, 1885.
et
au
porte-parole des bouchers,
rgnaient avec Caboche.
Histoire littraire,
de Pavilly
au
XV11^ sicle
avant
L ESTAMPE SATIRIQUE
124
le
que
AU
XV!""
burlesque de ces discours avait,
SIECLE
l'on veut, son
si
loquence, mais qu'en empruntant au gnie satirique,
l'humeur grotesque du temps une foule d'indcentes
lej
saillies,
prdications avaient altr leur beaut premire.
l'poque de
Ligue, l'loquence fivreuse des prdica-
la
teurs, qui se traduisit
en opposition violente contre
vervemoqueuse de
voir, contribua exciter la
Lenient
a tudi (i) les
la
le
pou-
population.
sermons des plus clbres d'entre eux
de Boucher, de Guillaume Rose, Lincestre ou Guincestre,
Pighenat, Genebrand, Porthaise, Christin, Feuardent, Paginarole,
Bernardou
le petit
Aubry. Sans examiner
Feuillant,
le talent
Commolet,
Cueilly,
propre de chacun d'entre
eux, ses qualits littraires ou ses ides politiques, on est
frapp, en gnral, par
le
sifde leurs prdications.
Dans
une influence sur
les
caractre particulirement agres-
quelle
mesure ont-elles exerc
manifestations contre
le
pouvoir royal
L'Estoile parat avoir voulu diminuer l'importance de leur
action (2) en acceptant de croire qu'elles taient subvention*
nes par
de
la
les
Ligue.
portements
Guise,
En
de
duc de Guise,
et
la
la
duchesse de Montpensier et
parti
ce temps-l, dit-il, le roi, averti des d-
duchesse
de
Montpensier,
de tout ce qu'elle
sa ville de Paris contre lui et
faisait et
son Etat,
bien quelles menes et sditions
elle
le
elle
sur du
entreprenait en
lui dit qu'il savait
y pratiquait
et
comme
donnait gages Boucher, Lincestre, Pighenat, Prvost
et
autres curs et prdicateurs de Paris, pour continuer leurs
(1)
Lenient, ouvrage cit, passim.
(2) L'Estoile, otivr. cit.,
t.
III, p.
118 (janvier 1588).
ETAT POLITIQUE AU XVl^ SIECLE
12)
sditieuses et sanglantes prdications, jusques s'est vante
plus avanc
et avoir dit ses frres qu'elle avait
le parti
Ligue par ses prdicateurs appoints qu'ils n'avaient
la
de
fait
avec toutes leurs forces et mes.
Mais l'Estoile
prises,
l'effet
dicateurs.
Le
de reconnatre, plusieurs re-
(i) est oblig
considrable produit par les sermons des prjeudi,
29 dcembre 1588,
de Lincestre Saint Barthelemi,
le
aprs
un sermon
peuple arracha de force
armoiries du roi, qui taient au portail entre les festons
les
de pierre,
pieds,
les
dmembra,
anim de
avait dit
que ce
anagrammatis
ce
le
aux
le
prdicateur qu'il venait our
Hrode
nom
et foula
jeta
que
vilain
au ruisseau
les
(ainsi les prdicateurs avaient
de Henri de Valois) n'tait plus leur
roy, eu gard aux parjures, des loyauts, barbares tueries,
indignes emprisonnements et horribles assassinats par lui
commis aux personnes des
fidles protecteurs
catholique et qu'ils ne lui devaient
plus
de
la
religion
rendre aucune
obissance.
L'anne suivante, en janvier 1389, un autre passage de
l'Estoile (2) atteste
encore ce pouvoir des prdicateurs de
provoquer des sditions populaires.
Les prdicateurs, dit-
au lieu d'annoncer l'vangile au peuple, se mirent ve-
il,
une
rnir
et la
cet
iliade d'injures contre le roy,
sdition au
cur du peuple,
allumans
la
rvolte
(qui n'allait que trop sans
peron) tellement qu'il ne sortait jamais du serment
qu'il n'eut le feu la tte et la
se ruer sur les politiques.
promptitude aux mains pour
(1) L'Estoile, oiivr. cit., t. III, p.
(3) L'Estoile,
ouvr.
cit., t. III, p.
204.
242.
126
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
On se
par
tre
rendait
compte
prdicateurs du point de vue politique. Le
les
prouv par un Mmoire
pour avertir
cations
du rle considrable jou
Paris
et
et
exhorter
messieurs
(i)
en toutes occasions afin de
le
mai 1589).
il
le
peuple
tait
quence des prdicateurs de
la
moyen
d'y
les prdicateurs.
Le remde souhait
singulirement violent. L'lo-
Ligue n'avait pas pour
la
les
population. Pasquier
mettes des troubies
)),
tant
ils
pnitents fonds par Henri
La
effet
de
appelle les vraies allu-
cherchaient exciter les pas-
En 1583, Poncet, prchant
crites et athistes (2).
le
cette date le
troubles
ces
n'y avait meilleur ni plus gracieux
remdier que par
les
mancip au point de rpandre des calomnies sur ses
chefs,
sions.
prdicateurs,
contenir en l'obissance de
mmoire mentionne que pendant
calmer
peut
peuple continuellement en leurs prdis
le
leurs magistrats de cette ville (19
s'tant
les
fait
mme
Notre-Dame^ surnomme
III,
Confrrie des hypo-
la
anne,
le
jour du carnaval,
prdicateur Guillaume Rose s'levait contre l'hypocrisie
de Henri
laquelle
III et
ils
de ses mignons, propos d'une mascarade
s'taient livrs (3).
passages de ces sermons^ car
contre Henri
d'Aubign
III,
il
conues en de
de citer certains
y avait d'indcentes
tels
termes que
la
sorties
plume de
(4) se refuse les copier.
C'est surtout en 1589
()
Il est difficile
que
le
ton des sermons est
Registres des dlibrations du
bureau de la
et 359.
le
plus
ville
de
Paris, Paris, 1902,
IX, p. 358
(2) Mathieu, Histoire des derniers troubles, Paris, i6aa.
(3) Flibien, Histoire de Paris, t. Il, p. 1147.
t.
(4)
D'Aubign, Histoire universelle,
t.
III, p. 174.
L ETAT POLITIQUE
Boucher,
outr.
si
textuellement
de Henri III
croit
Ce teigneux
est
contre les retres,
il
avait
lui et ces diables noirs.
Allemand par
le
corps,
nais parles pieds et
un
aurait
en
la
dit
parlant
turque
et
d'aller
et des cro-
bonne intelligence entre
Bref c'est un Turc par
une harpie par
Il
y avait
se prsenter
une ide de caricature, qui pouvait
les
un
la tte,
mains, un Polo-
les
vrai diable en l'me.
d'un dessinateur, prsent parmi
I27
semblant
faisait
un habit d'allemand
signifiaient la
chets d'argent, qui
l'Estoile,
toujours coiff
malheureux hypocrite
ce
quand
XV1= SIECLE
du 15 janvier 1583
date
la
en
l'on
AU
l'esprit
auditeurs de ce dis-
cours.
Guincestre fourniraient peut-tre des
Les sermons de
thmes analogues. Le jour des Cendres
cher l'vangile,
il
(i),
au lieu de pr-
dit qu'il raconterait la vie, gestes el faits
abominables de ce perfide tyran Henri de Valois, contre
lequel
tira
dgorgea une infinit de vilenies
il
de sa
manche un
ves des satires.
petit chandelier sur lequel taient gra-
Voyez,
dit-il, ce
ce sont les dieux qu'il adore.
Aprs
sont
les
les
ferment des exhortations l'assassinat du
rangue
de d'Aubray, compose pour
l'auteur dit
que
tablir qu'il
tait
signal parmi
(1)
les
dmons du
la
sermons ren-
roi.
Dans
la
ha-
Satire MnippCy
prdicateurs invoquaient l'Ecriture pour
mritoire de tuer
le roi.
ces prtres provocateurs.
Pighenat
tait
Prchant un jour
Mathieu, Histoire des derniers troubles, Paris,
p. 182.
roi,
meurtre du duc de Guise,
le
et injures . Il
1622,.
128
l'estampe SATlRiaUE AU
l'apothose des Guise (i)
SIECLE
XV!*^
Notre-Dame,
pour demander aux assistants
il
se serait arrt
ne s'en trouverait point
s'il
un, parmi eux, assez zl pour venger ce grand Lorrain dans
le
sang du tyran qui
l'avait fait massacrer. Parlant
duchesse de Guise en train d'accoucher,
il
de
aurait dit
la
Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor,
[Link] face
valesio ferroque sequare tyrannos.
(Aen. IV, 624).
De
paroles furent
telles
commentes
des images, destines exciter
les
tant estaient, dit l'Estoile, les
venims contre
le
peuple que qui
l'et profr
vie, car aussi
n'y avait-il
vomit injures
cri et
et
d'une
ville.
les
paniers de
III,
nom
tait
odieux entre
le
de bonne mre Paris qui ne
rues
roy, estant tous les jours
le
comme
le
plus vil crocheteur
De quoi rendent suffisamment
les vilaines figures cries
gnage
passions contre Henri
et t en grand danger de sa
brocards contre
dchiquet par
et faquin
fils
illustres par
Parisiens (2) insolents, en-
le
roy, duquel
et
M"* de Montpensier
publiquement par
tmoi-
les
porte-
Sous Henri IV, au dbut de son rgne, pendant
les
guerres religieuses, l'loquence des prdicateurs ne fut pas
moins
Paris
(i)
agressive contre
tait
lui.
au pouvoir des Seize
Histoire
ecclsiastique de
P. Fabre (LXXVIII,
la
mort de Henri
et des
prdicateurs (3).
Fleury continue par
t.
III, p.
le
241.
Lezat (Adrien), La prdication sous
1871, p. 46.
III,
79).
(2) L'Estoile, ouvr. cit.,
(3)
Depuis
Henri IV,
Paris,
MINIATURE TIRKE DU MS. Qute
(lll
Saint-Grciul, PAR PIERART DOU TIELT
IVV B R
ESTAMPE ANONYME DU
xMINlATURE TIRKE
XVl''
SIECLE
DU MS. Qute du Sainf-GrOcd, par PIERART DOU TIELT
L TAT POLITIdUE
Flibien (i) racontera qu' ce
AU
XVl' SIECLE
moment
les
I29
prdicateurs pr-
chaient par billets, c'est--dire par des lettres ou des circu-
supposes venir de
laires,
De 159 1
sier.
Mayenne ou de M"=deMontpensuccdent
se
1594
sermons
les
les
plus
injurieux contre Henri IV. Le 13 mars 1591, Boucher, qui
prchait le carme Saint-Germain-l'Auxerrois, parlant
dit
Barnais,
Le 21
avril
fallait
qu'il
1591, Rose
exterminer
(2) prchait
les
Rose, Cueilly, Martin,
munis
et dit
que
le
le
de recevoir
le
(3) disaient
Barnais pour roi.
cur de Saint-Andr prcha
les
Barnais tait leur roy auquel
ni
permis de bailler feu ni eau
pas
sai-
1592,
juillet
Guarinus, Feuardeiit
d'avis
qu'ils n'taient pas
Le 21 fvrier 1593,
hrtiques.
galement qu'une
gne de Saint-Barthlmy tait ncessaire. Le
du
il
excomn'tait
un de ceux de son
parti (4).
Bientt Its apostrophes
en chaire contre
tard
menteur
et
Saint-Nicolas et
laps (5).
dit
que
roi
et
le roi.
et,
le
Le 9
qu'un
un
(1) Flibien,
comme
le
ouvr.
cit., t.
V,
V,
p. 220.
Id., ibid.,
t.
V,
p. 232.
(6) Id., ibid.,
t.
VI, p. 9.
traitent de re-
tait
pas recevoir pour
bon
le roi
renard pour manger
t.
t.
(3) Id., ibid.,
Blum
lui
fallait
cur cria contre
(4) Id., ibid.,
(t,)
ne
Histoire de Paris,
(2) L'Estoile,
le
cur de
le
cur de Saint-Andr-des-Arts
tigre qu'il
mme
accusa ce roi dfaire
le
faites
1593, Rose l'appelle b-
avril
cur de Saint-Eustache
relaps
23 mai 1593, le
outrageantes furent
quelques jours plus tard,
Le 2 mai 1593,
le roi tait
les plus
t. II,
Le
brler.
Au
les
loup
et
poules (6).
p. 1193.
V, p. 90.
p. 1274.
l'estampe satirique au XVI* SICLE
130
Suivant l'Estoile, Boucher
voulait faire pouser la
en parlant du roi qu'on
couronne de France
le
gibet, car
plus de violence, voulant tablir l'hy-
Dans
pocrisie et la nullit de la conversion.
a simule conversion (2),
un
un
de Henri IV que Bou-
c'est surtout aprs l'abjuration
cher l'attaque avec
relaps,
un pendu condamn sans appel.
e Barnais tait
Mais
(i) dit
sacrilge,
il
un hrtique, un
s'crie: C'est
un brleur
un corrupteur de
d'glises,
nonnains, un massacreur de religieux
et
Sermons de
les
de prtres, un qui
n'a en la vie fait autre chose que faire la guerre l'Eglise,
pandre
sang des catholiques, avoir matire d'excommu-
le
un enfin qui de tout temps
nications...
la patrie,
commis
actes de flonie,
contre
s'est rebell
introduit les enne-
mis, viol toutes les lois divines et humaines.
La
mme
anne
sermons contre
sait-il, est
la
le
R. P. Porthaise
conversion du roi
ou
jug hrtique
qu'il
prononait cinq
(3)
:
Quand
envahit
le
le roi,
di-
patrimoine
de l'Eglise ou qu'il commet paillardise ou meurtre excessif
ou
qu'il est parjure
justement exauthor
et dpouill
gnalait aussi
plong dans
par
le
ses
attaques contre
le
tyran, qui
t.
es
s'tait
VI, p. 7 et 13.
Sermons de la simule conversion
(2) Boucher,
de V absolution de Henri IV, Paris, 1594, p. 331.
Porthaise,
se si-
sang des catholiques. Cueilly assurait que
(i) L'Estoile, ouvr. cit.,
(3)
est
de tous biens, honneurs
deux loquents prdicateurs, Rose
ct de ces
de Poitiers
il
et dignits.
ou perfide ou manifeste tyran,
Cinq sermons, par
lui
et nullit
prononcs en V glise
quels est traite la simule conversion
de Navarre, Paris, 1594.
du
roi
l'tat politique ad XVI' SICLE
le
I3I
pape avait jur de ne jamais recevoir ce bouc de Bar-
nais,
Simon
Navarre
Tilleul regardait
comme
conversion de Henri de
douteuse. Garin exhortait se dfaire du
en promettant
roi,
la
le
paradis celui qui accomplirait cette
oeuvre sainte (i). Flibien (2) affirmera que ces prcheurs
avaient
caus par leur emportement plus de meurtres et
scandales que tous
les
ligueurs ensemble.
Les importantes mesures prises par
Henri IV en 1595
ne
les
(3), l'gard
les
des prdicateurs sditieux,
empchrent pas de manifester leur
diesse de langage avait t gale par
et parlementaires,
dans
les
ordonnances de
les
colre.
Leur har-
orateurs politiques
sances des Etats gnraux.
On
des sermons des prdicateurs de ce temps
peut rapprocher
les harangues comme celle que pronona, aux Etats gn-
raux de
que
le tiers tat ?
fait tout.
voyez
C'est lui qui est tout, s'criait-il, et qui
Et pour prix de son
pressur, molest.
taill,
en
Qu'est-ce
560, Franois Grimaudet (4) Angers.
l'tat
En
travail, qu'obtient-il
regard
D'tre
de ces pauvres gens,
des prtres, des abbs et des moines.
Ils
vivent
dlices le jour et la nuit, semblables des prtres de
nus
et
non de
maintenant l'tat
Jsus-Christ. Considrez
des nobles, ducs, barons,
Avortons dgnrs,
(i) Lezat,
ouvr.
ils
chevaliers et autres seigneurs.
sont
magnanimes pour
faire
vio-
cit.
Histoire de Paris,
(2) Flibien,
t.
II, p.
et ordonnances,
^3) Isambert, Arrts
307.
V-
t.
1231.
XV, p.
102, 173 et
Aubertin (Charles),
loquence politique elparlemeniaire en France avant lySp, p. 132.
(4)
l'estampe SATIRiaUE AU XVI* SIECLE
132
ne bougent de leurs maisons,
lence aux pauvres gens et
quand
la
ncessit des
guerres
appelle sur les
les
champs
de bataille. Et vous, juges, votre justice est une boutique.
du duc de Guise, Etienne Bernard
Aprs
l'assassinat
eut
courage de prononcer une diatribe aussi enflamme
le
Vos
otficiers, dit-il, sire,
comme
viol et saccag
France, notre mre
parle d'imposer de
Ces
rsonnaient,
et l'on
?
sur ce
c'est ainsi qu'il
comme un coup
suivant
faut
Rgnier
de
la
de tocsin, une poque o l'im-
portance des assembles donnait
s'exercer.
commune,
de votre peuple.
l'tat
harangues
Planche,
meurtri,
nouvelles charges. Et sur qui
pauvre passant mis en chemise, car
reprsenter
vos soldats, vos gens de finances,
furieux et vrais parricides, ont dchir,
la
(i)
la
parole l'occasion de
La plupart des discours n'taient pas destins
tre crits, mais ceux qui ont t conservs
montrent que
ce n'taient pas de purs exercices de rhtorique (2). Les t-
moignages contemporains du xvi*
de nous
des
faire
orateurs
nous permettent
sicle
une ide de ce que devait
tre l'loquence
THospital, Harlay,
d'alors,
Jacques de
la
Guesle, Franois Clary, Espinac, que Mathieu appelle le
Chrysostome de
ncessaire
pas
la
d'tre
trs
loquent,
Guillaume du Vair, qui nous
des
hommes qui, non
(i)
face.
dit
si
l'on
il
en
n'tait
croit
J'ai souvent observ
pas avec une parole loquente, mais
peine congrue, mettaient
(2)
mme
Ligue. Quelquefois
le
peuple qui
les oyait
en co-
Mayer, Collection des Etais gnraux, t. XIV.
Radouant, dition d Guillaume du Vair, 1907 pr^"
L TAT [Link]
Et
1re.
force de
il
la
remarque
AU
parole, principalement
c'est
et
anime de
et ptrit les
feu allum qui, rencontrant
un autre
effet
la
la
passion,
mes
et
que
corps, l'allume
l'enflamme. Les assembles politiques de
moiti du xvi' sicle devaient en
I33
chose trange que
C'est de vrit
car vous diriez quasi qu'elle mle
un
XVl^ SIECLE
deuxime
la
donner naissance
ce langage de tribun souvent grossier et violent, mais qui
du Pan-
vritable loquence. L'auteur
parfois atteignait la
gyric Henri
furent jamais
d'Aubign
/F
si
de 1590
beaux.
(2). a
(i)
nous
dit
< Les discours ne
Cette impression est confirme par
La France
parvenue au priode de
tait
son loquence, dployant plusieurs discours dans
crit tait agite
et par
joindre l'opinion de
de raisons contraires.
d'Aubign
et
que
la
France a aussi bien que
On
de Mathieu.
celle
France a ouy que l'loquence romaine
les chaires
peut
Notre
s'est retire vers
Rome
nous
des Svre Cassius
avoir pens, qu'elle a
qui disent bien et gravement, sans y
des
Dmosthne
ct des
et
des Prids.
uvres
t>
oratoires et des pamphlets, les
sons politiques du xvi' sicle donnent une ide de
esprits de ce temps.
manant des deux
des ligueurs,
les
Il
partis
chan-
l'tat
des
deux catgories de chansons,
en prsence
les
unes sont l'uvre
autres des Politiques.
Les chansons ligueuses sont en gnral assez grossires
et d'un style
un peu
'
trois
principales.
brutal et plat.
D'abord
On
peut en distinguer
quelques-unes sont
diriges
(i)Bibl. nat.. Lb. 35-307.
Histoire universelle, Socit de Vhistoire
(2) D'Aubign,
de France,
t.
VII, p. 324.
134
contre
l'estampe satirique au \Vf SIECLE
En
les protestants.
1570,
'
^^
Chanson de Marcel, pr-
la
vt des marchands, s'adressait eux en lesjiienaant d'une
Saint-Barthlmy
Vous yrez
la
messe
Huguenots, ou Marcel vendra
Ses biens et de vitesse
Hors de France
s'en ira.
Nos
capitaines corporiaux
Ont
des corselets tout nouveaux
Dorez
beaux
et
Et des couteaux,
Aussi longs
comme un
voulge,
Pour huguenots egorgetter,
Et
une charpe rouge
Que
tous voulons porter
Quelques annes plus
(i).
une autre chanson contre
tard,
huguenots leur reprochait d'avoir provoqu
les
les
guerres ci-
viles.
Vous, malheureux ennemys
Qui avez mis
Sans raison au poing
Contre votre prince
les
armes
et roi
Par moi
Jetez de vos
(i)
yeux larmes
(2).
Leroux de Lincy, Recueil de chants historiques fran-
ais, Paris, 1841,
(2) Id. ibid.,
t.
t.
II, p.
II, p.
294.
304.
l'tat politique au XVI* SIECLE
IJS
D'autres chansons plus violentes font allusion
apporte
cause protestante par
la
les retres
en ces termes patriotiques
Elles saluent
contre eux par
le
la
duc de Guise en 1587
victoire
raide
allemands.
remporte
Huguenots pleins de rage
Vous tes bien fchez,
Vous n'avez de courage
Vos
retres sont casss,
voudraient d'assurance
Ils
Estre hors de la France
Ou
Ou
en pays lointain
bien
Avec
Rochelle
la
les infidles
Disciples de Calvin
Le thme de
la
(i).
dfaite des retres fournit l'occasion de
chansons satiriques contre eux. Dans
sur
le
testament des retires, l'auteur dit
la
Jamais ne reviendront en France
Pour remplir
pensaient avoir de l'argent
Ils
On
les a frotts
Dans
Qui
le
seulement
pays de Beauce
le sa
ce coup servi
leur faire des fosses.
Voil
De
(i)
leur grosse pance,
la fin
du testament
tous les calvinistes
Leroux de Lincy,
(2) Id. ibid., t. II, p.
t.
II, p.
409.
(2).
409.
chanson nouvelle
l'estampe [Link] AU XVI* SIECLE
136
La pice qui contient
intitule
les
Chanson nouvelle
Adieu
les retres,
et
meilleurs vers sur ce sujet est
cimetire des retres
adieu,
Retirez-vous en autre lieu
Laissez notre pavs de France
Allez au pays Navarrais
Rformer
Car vous
le
peuple
et les loix
gens de science.
estes
Vous pensiez dans vos chariots
De France emporter les trsors
Pour vivre dsormais
l'aise.
Mais vous n'avez eu que des coups
\
De
la
pluie,
Dont vous
Hlas
du vent
et
des poux
n'tes pas votre aise.
pauvres retres abuss
Vous avez
t bien
tromps
Croyant aux propos de mensonge
De ceux
qui vous ont
fait
venir
En France pour vous enrichir.
Les chansons ligueuses rendent surtout
le roi
Henri
III
responsable de ces injuriions trangres et l'accusent d'avoir
En 1588, dans une complainte en
trahi le peuple franais.
vers pour
le
duc de Guise, on trouve ces vers
Malheur sur
toi, ville
Qui enclos ce
Qui
fut vrai
de Blois
trahitre Vallois
fils
d'une chimre.
>
'
L ETAT POLITIQ.U
Mais malheur,
dis-je,
Mais advienne
ce
Qui
de Henri
en ces termes
roi
I37
non sur toy
tyran roy
chansons ligueuses expriment
mort du
XVI* SIECLE
dans ton corps son repaire
fait
l'assassinat
Aprs
AU
III
la
(i).
par Jacques Clment, les
rjouissance gnrale de
la
Plus cruel et inhumain
Qu'un Nron, brouant de rage
Dont le sang est en la main
De
mre
sa
le
carnage,
N'a-t-il pas fait le
En
la
Rochelle
Ce rendant
semblable
et ailleurs
leur secourable
S'accompagnant de voleurs?
Il
suc tout
le
sang
De son peuple dbonnaire
Comme
S'est
un taureau mugissant
rendu son adversaire.
Il
est mort, ce traistre roy
11
est
mort o l'hypocrite
Il
est
mort en dsarroy
Veslu de ces
Une
le
discours de la vie
Valois, fait l'apologie
(i)
(2)
iniques.
autre pice, intitule Chanson spirituelle
grces contenant
Prance
faits
et
tyrannie de
actions de
Henry
de
de Jacques Clment qui a dlivr
la
et
(2).
Leroux de Lincy, ouvrage
Id. ibid., t. II, p 464,
cit,
t.
II,
p. 447.
l'estampe SATIRiaUE AU XVl^ SIECLE
IjS
Avec un couteau bien
Il
a tu ce
petit
roy inique,
Ce
tyran mchant et maudit,
Vray ennemy du catholique.
Dans un
Henri
III
autre
chanson
la
passage,
s'lve
contre
Il
n'avait point d'autre dsir
Que de
Il
sang, de meurtre et de rage,
n'avait point d'autre plaisir
Que
la
cruaut et carnage,
n'avait point de piti
Il
Ni point de
foi
durant
Toujours hypocrite
sa vie.
a t
Dissimulant son infamie.
Henri IV ne
Henri
III.
On
fut 'pas
chansonna
chec de Dreux.
On
se
plus pargn que ne l'avait t
le
Barnais (i), surtout aprs son
moque
de
lui
on
l'appelle San-
dreux.
Jean Sandreux malheureux,
Retire-toi arrire.
Tu
as les pies
(i) L'Estoile signale
est
poudreux.
quatre chansons dont le titre gnral
la Ligue, trouvs dans la cage
Chansons des gueux de
des oisons de Paris,
fibres et fureurs
oii
ls
ligueurs continitans en leurs
tranent par les fanges de leurs soties bouf-
fonneries sales et ordes mdisances
d'hui qu'ils appellent le Barnais,
le
nom du roy
d""
aujour-
l'tat politique au xvi^ sicle
Ta
13^
face hypocrite
Sentant son harlequin
Et son feu hrtique
Tendait
Nous
Qui
Tu
cette fin
faire apparatre
tu voulais tre.
fais le
Mais
catholique
c'est
pour nous piper.
Mais ces attaques contre
le
.bientt faire place des pices
la
roi
non moins mordantes contre
Ligue son dclin. L'une d'entre
fit
dirige ses traits contre la
Ligue
de
la
Ligue
et
elles,
intitule
Chan-
prsager que l'ironie populaire
son nouvelle contre la Ligue,
Fi
de Navarre devaient
et
non
plus contre le roi.
de son nom,
Fi de la Lorraine trangre,
Vive
le roi,
Vive
la
vive Bourbon,
France, notre mre.
La Ligue n'est que trahison,
Fi
de
la
Ligue
et
de son nom.
La Ligue est un monstre odieux
Rempli de rage
Dieu
et
aux
et
de perfidie,
hommes haineux
Et plein de fureur estourdie
La Ligue est issue d'enfer
Fille ane
de Lucifer.
Les chansons satiriques, aussi bien que
les
sermons sdi-
tieux et les pamphlets politiques, avaient entretenu
un
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
140
mouvement
appels
la
contre
d'opposition
le
pouvoir
conscience publique n'auraient pas
ter les passions
populaires,
si
royal.
suffi
Ces
exci-
l'on n'avait pas cherch
persuader l'opinion, moins par des arguments ou des crits
que par des images
accessibles tous.
politique des masses,
Pour
faire l'ducation
parut utile de recourir des es-
il
tampes satiriques, susceptibles de rendre concrtes
les ides
nouvelles souleves au cours des sances parfois orageuses
des assembles. Les longues annes de luttes politiques du
xvi^ sicle, en dveloppant
le
got des chansons, des pol-
miques, des pamphlets contriburent crer
politique.
Elle
ne de cette tournure d'esprit
n'est pas
gaulois populaire, qui s'exerce dans
du moyen
les
oeuvres gouailleuses
Elle procde d'une disposition
ge.
caricature
la
plus
com-
bative, et reflte les animosits et les haines d'une faction.
C'est la noblesse qui eut l'ide de faire appel cette imagerie
politique, pour lutter contre
qui en devint
la
le
pouvoir royal et
c'est elle
victime. La caricature politique prit alors
une forme nouvelle
parti, elle devint
et
au
lieu
monarchique
un caractre populaire
et
de demeurer l'arme d'un
et
comme
le
souverain eut
vritablement national.
CHAPITRE
IV
LA CENSURE AU XVr SIECLE
Il
semble tonnant que d'audacieuses uvres satiriques
aient
pu tre imprimes
et colportes
en France, alors que
de svres pnalits avaient pour but de
ratre et
d'empcher leur publication.
les
faire dispa-
L'utilit et l'impor-
mesures rpressives sont dmontres par Pei-
tance des
gnot(i) etLenient
qui estiment quejles lois sur
(2),
sure au XVI' sicle taient d'une rigueur extrme.
trouv d'autres crivains
(3)
pour soutenir que
la
la
cen-
Il
s'est
presse,
jusqu'aux premires annes du rgne de Louis XIV,
au contraire plus libre
nulle
part.
Leber
(4)
Paris qu'elle
prtend
que
ces
ne
le
lois
tait
sera jamais
contre
la li-
Peignot, Essai historique sur la libert d'crire ches;^
anciens et au moyen ge, sur la libert de la presse depuis
(1)
les
XV^
le
{2)
au
sicle, Paris, 183 1.
Lenient,
La
XV I^ sicle,
(3)
Nodier,
satire en
France ou
la littrature
militante
Paris, 1866, p. 609.
libert de la presse avant Louis
Del
XIV,
Paris, 1B34.
(4)
Leber,
Franois
I'"
De F tat rel de la presse
XIV, Paris, 1834.
Louis
et
des pamphlets de
L ESTAMPE SATIRIQUE
142
bert d'imprimer taient
appliques. Quelle
ment
surtout comminatoires
et
presse
Il
que l'imprimerie, qui
trice des libelles et des
souponneux du pouvoir
fut charg.
Pour
est la vritable cra-
Ce
manqua pas d'veiller
royal. De l l'inaugura-
fut le
faciliter le travail
Parlement qui en
de surveillance des
consultait les docteurs et les matres de
thologie (r),
sion,
la
de tous
de
pamphlets, ne
tion d'une vritable censure.
il
la libert
est certain
l'instinct
peu
dans quelle mesure ce
rgime pouvait-il constituer une entrave pour
la
et
Concernaient-elles non seule-
mais lesestampes_,
les livres,
XVl^ SIECLE
tait la porte des dispositions
adoptes
de l'imprimerie
l'gard
AU
comme
il
publication et la
les
ouvrages
le fit,
quand
il
la
livres,
Facult
vente des ouvrages de Luther
hrtiques et
Ces mesures de dfiance
l'gard
de
interdit l'impres(2),
de leur traduction (3).
del'imprimerie n'avaient
pas t prises contre elle dans les premires
annes qui
sui-
virent sa dcouverte. Franois P' semblait tout dispos
favoriser et encourager ses dbuts.
Au commencement
son rgne, Franois 1" montra des dispositions
la
de
trs bien-
veillantes pour l'imprimerie en considration, suivant
les
termes de son ordonnance de Blois du 9 avril 1513(4),
du grand bien qui
advenu en notre royaume au moyen
XV
De la presse au
I^ sicle et de son influence
tudes historiques [Le Globe, \i mai 1830).
Mellote, Histoire conomique de l'imprimerie, Paris,
(i) Vitet,
sur
est
les
(a)
1905.
Flix Aubert, Le Parlement et la ville de Paris au
XVI^ sicle, {Revue des tudes historiques, 1905).
t. XXI,
(4) Ordonnances des rois de France, Paris, 1849,
(3)
p. 509.
LA CENSURE AU XVl^ SIECLE
de
science d'impression, l'invention de
et
l'art
I43
laquelle
semble plus divine qu'humaine, par laquelle notre sainte
foi
catholique a t corro'oore.
se trouvait
nance
exprime
en leurs
le
la
mme ordon-
que
les libraires,
Dans
sa volont
relieurs, enlumineurs, qui sont
levs par tout
les vrais
suppts
et officiers
corps de l'Universit soient entretenus
liberts,
privilges,
franchises,
exemptions
et
immunits
et d'iceux jouissent et
nement
paisiblement, sans permettre qu'ils leur soient
et
aucunement
enfreints,
usent entirement, plei-
diminuez ou nervez.
Mais bientt des mesures assez rigoureuses furent prises
par Franois I" contre les
publications imprimes tel
point que certains crivains
comme
Les
le
pre des
imprimeurs
Beuve
(2),
lettres, le
furent
(i),
au
lieu
considrent
rapidement
de
le
regarder
comme un
perscuts.
tyrar.
Sainte-
propos des victimes de Franois I", mentionne
une pice satirique de Choquet de 1541 intitule l'Apocalypse.
Dans
ce
morceau, Domitien
Hermogne, auteur d'un
livre qui
injurieux pour sa personne et aussi
neur.
Un
Tous
les trois
mander un
certain
contenait des passages
le libraire et
l'enlumi-
sont mis mort.
rgime de rpression
merie. Quelques
fait
faits
faillit
arrter l'essor de l'impri-
montrent que par une
lgislation s-
les publications, les
prohiber au
besoin et donner des sanctions ses rglements.
Le 18 mars
vre
le roi
voulut surveiller
Rderer, Louis XII et Franois l"'., Paris, 18^5,
Sainte-Beuve, Tableau historique et critique de
sie franaise au XVI^ sicle, Paris, 1869, p. 180.
(i)
(2)
p. 190.
la
po-
L ESTAMPE SATIRiaUE
144
c'est
1520(1),
AU
XVI* SIECLE
un mandement au Parlement de
cour
devant
qu'ils
n'impriment point de
les
compa-
imprimeurs de Paris, et de s'assurer
ratre
la
faire
livres,
qui ne soient revtus de
l'approbation de l'Universit. L'anne suivante,
de l'Universit mentionnent
la
les registres
premire ordonnance qui
tabli la censure en France. C'est, la date
du 13 juin
ait
(2), la
dfense du roi aux libraires de rien vendre ou publier sans
autorisation de l'Universit et sans visa pralable de
cult de thologie.
l'autre
Deux
autres dcrets, l'un
Fa-
du 18 mars,
du 4 novembre 1521, dtendent d'imprimer des
livres sur la foi chrtienne, sans visa
de
la
Facult de tho-
logie (3).
Le Parlement
1523,
il fit
fit
poursuivre leurs auteurs. Le 13 mai
saisir les livres
de Louis de Berquin et un arrt
du Parlement ordonna que l'examen des ouvrages censurs
ft dfr l'vque de Paris, assist
Le 19 novembre 1526,
gie.
en
avril
(i)
p.
fut
conduit en prison et brl
1529. Nol Beda ne cessait de
tions de livres prohibs,
recours
il
de docteurs en tholo-
la
faire
Ambroise Duprat
Facult de thologie^ pour
la
des dnoncia-
avait sans cesse
consulter sur
Catalogue des Actes de Franois I", Paris, 1889,
t.
les
I,
245.
(2)
Renouard,
Traite' des droits d'auteur
dans
la littra^
ture, les sciences, les arts, Paris, 1858,
(3)
Jourdain,
/t/^A:
p.35chronologicus chartarnm pertinentium
ad Jiistoriam tmiversitatis parisiensis, Paris, 1862, p. 327.
curiae parisiensis qno qnibus libet librorum
Decretum
impressoribus districte inhibetur ne libres ullos ad fidem
chtistianam pertinentes typis mandent nisi ii iibri a Facultate
theologica Parisiens! approbati fuerint, 4 novembre
1521.
LA CENSURE AU
moyens d'exterminer l'hrsie
XVl^ SIECLE
(i).
Un
I45
des plus rcents his-
toriens qui ont tudi la Facult de thologie de Paris au
nombre considrable
xvi^ sicle (2), insiste sur le
t d'imprimeurs d'ouvrages
d'auteurs
dangereux au point de vue
qui furent condamns par cette Facult
orthodoxe,
de
thologie.
Suivant
Flibien,
demands de
d'hrsie.
poursuites
En mars 1522
Sens assembl
avait
Parlement
le
fait
Paris
plainte
depuis peu
fit
contre
Le Parlement
fenses seraient
de
la
au concile de deux
suspects
province de
De
leges et
libelles
imprims
celibatu et viduitate.
par son arrt du 21 mars ordonna que dfaites
tous
et autres,
imprimeurs
d'im-
sur peine d'amende
libelles,
Le 20 mars 1524, on
arrte des
imprimeurs qui ont
publi des livres contre l'honneur du roi. Le
un
de
remontrer au Parlement qu'on
primer ou acheter ces deux
arbitraire
saisi
crivains
les
(3), le concile
Contra papisticas
souvent
fut
arrt de la
Cour du Parlement porte
fvrier
(4)
1526
que dorna-
vant nuls imprimeurs n'eussent plus imprimer aucuns
livres
de Luther sur peine de confiscation de corps et de
biens .
(i)
Ces dfenses sont renouveles
Bibl. nat., ms.
latin,
le
28
avril
1527.
nouvelles acquisitions, n" 178a.
Notice sur un registre de procs-verbaux de la Facult de
thologie de Paris pendant les annes i^oyi^^^. Voir Notices et extraits
(2)
les
Fret,
des manuscrits,
t.
XXXVI,
plus clbres, Paris, 1900, p. 32.
Flibien, Histoire de Paris, t.
(3)
p. 315.
La Facult de thologie de Paris
II,
et ses
docteurs
p. 941.
Journal d'un bourgeois de Paris sous le rgne de Franois /f, d. Lalanne, Paris, 1854, p. 234 et 276.
10
Blum
(4)
l'estampe SATIRiaUE AU XVl^ SIECLE
146
En 1554, Franois
imprimeurs, d'abord
vrier de
la
mme
du Parlement
lgislation
cine (3).
multiplie les difficults contre les
P""
le
anne
fait
(2).
dfend
Il
En 1535,
une application
(i), puis le
2 mars,
le
particulire
imprimeurs de
l'gard des
1534
janvier
13
tous
mettre en vente aucun
livre
un
et
arrt
de cette
livres de
imprimeurs
23 f-
mdede
libraires
de mdecine,
s'il
n'a
visit par trois docteurs.
Suivant
termes de cet
les
arrt, la
cour
fait
dfense tous imprimeurs et libraires de
inhibition et
cette
de
ville
Paris et tous autres personnes quelconques de n'exposer
en vente, imprimer
livres,
pronostications
marcs d'argent
Il
ne
ou
suffit
et
faire
et
imprimer aucun des
almanachs, sur peine de dix
de prison et d'autre
pas Franois
P""
instituer des pnalits contre
ordonnances.
peut
faire courir
Il
est
amende
arbitraire.
d'obliger les imprimeurs
ne rien publier sans approbation de
ses
dits
la
Facult de thologie,
ceux qui transgresseraient
encore inquiet des dangers que
au royaume l'invention de l'imprimerie.
Catalogue des Actes de Franois /", Paris, 1889^ t. III,
p. 3, 13 janvier [1 534. Lettre interdisant jusqu' nouvel ordre
l'impression d'aucun livre nouveau dans le royaume.
(i)
Lettres portant commis{2) Ibid., p. 23, 23 fvrier i')34.
sion au Parlement de Paris d'lire 24 personnages bien califfiez et cautionnez, desquels 12 seront choisis et dsigns
avec interdiction tous autres pour imprimer Paris seu-
lement les livres approuvs et ncessaires pour le bien de
la chose publique, sans imprimer aucune composition nouvelle, sous peine d'tre punis comme transgresseurs de nos
ordonnances.
(3)
Isambert, Ordonnances,
t.
XII, p. 499.
LA CENSURE AU XVI* SIECLE
En
14^"
1537 paraissent deux ordonnances trs importantes
pour
de
l'histoire
28 dcembre
censure sous Franois
la
de publications susceptibles de
(i), par crainte
propager l'hrsie, exige des imprimeurs
exemplaire entre
du 17 mars 1537
les
mains du garde de
(2),
P^ L'une du
dpt d'un
le
la librairie. L'autre^,
contient des mesures de surveillance
pour ces dpts.
Du
point de vue orthodoxe, tout livre tait prsum
mesures
favorable la
Rforme
de dfiance
l'gard des ouvrages imprims. Le 16 d-
cembre 1538
(3), des lettres
et c'est ce
du
qui explique
roi
enjoignent
ment de Toulouse d'informer contre
l'hrsie
luthe'rienne, contre les
les
au-
Parle-
de
sectateurs
les
imprimeurs, vendeurs,
acheteurs et dtenteurs de livres hrtiques et de procder
contre eux rigoureusement.
Le Parlement ne nglige pas non plus
la
surveillance
des libraires, en taisant examiner les ouvrages qu'ils
blient. Le 1"
{i)
juillet
1542,
Acles de Franois
le
1^',
pu-
Parlement rend un arrt de
t.
IIl, p.
426,
28
dcembre
1537-
Lettres portant dfenses tous
imprimeurs
et libraires
du
royaume de mettre en vente aucun livre imprim, soit ea
langue latine, grecque, ou autre langue ancienne et moderne, avant d'en avoir remis un exemplaire Mellin de
Saint-Gellais, garde de
la
librairie
de Blois
et
de vendre
communiouvrages imprims l'tranger, sans les avoir
quer au mme Saint-Gellais, afin d'empcher la propagatoa
les
des doctrines errones.
de l'introduction &
(2) Taillandier, Rsum historique
V imprimerie Paris, 1837. [Mmoires de la socit royale
des antiquaires,
(3) Actes,
t.
t.
XIII),
661.
III, p.
l'estampe satirique au XVi^ SICLE
148
rglement
(i)
dans lequel
ordonne que tous
il
les
livres
seraient visits par les dputs des quatre facults, selon le
sujet
du
livre.
et
eux un des
les
Aprs
les villes
il
devait tre faite par
sit, la visite
l'vque
Dans
n'y avait pas d'univer-
ou
l'official
vicaire de
par des docteurs en thologie, assistant avec
officiers
du
roi.
ouvrages religieux,
les
libelles
furent leur tour l'objet des rigueurs de
la
diffamatoires
lgislation.
Le
12 avril 1543 (2), des lettres portent dfense d'afficher certains libelles diffamatoires scandaleux et tendant sdition
et
motion populaires, sous
Malgr
la
les
peines de droit.
svrit de ces rglements,
il
est certain
plusieurs libraires osrent les enfreindre, car
que
on connat
noms de
plusieurs d'entre eux qui furent envoys pour
cette raison
au bcher, depuis Etienne Polliot, brl en
les
1545,
Mac, Moreau, Morel,
Etienne Dolet,
explique
le
brl
le
aot 1546
Lhomme
jusqu'
C'est
ce qui
(3).
souci perptuel du roi de renouveler les termes
des dits contre l'imprinierie.
(i)
Martin
En 1547,
le
11
dcembre
(4),
Taillandier, onvr. cit, p. 57, d'aprs YExtraii des m-
moires du clerg, t. II, p. 826.
^
(2) Catalogue des Actes de Franois
b\
Paris, 1890,
t.
IV,
p. 22, n 12981.
(3)
Par arrt du Parlement du
14 fvrier 1544, les livres
de
Dolet furent brls au parvis Notre-Dame.
(4)
Isambert, ouvr.
cit,
t.
XIII, p. 37.
Fontanon,
Or-
donnances, IV, 373 Dfendons qu'aucuns imprimeurs ni
libraires n'aient sous peine de confiscation de corps et de
biens imprimer ou faire imprimer ni vendre et publier
:
aucuns
livres concernant la Sainte Ecriture, et ceux
qui
sont apports de Genve, Allemagne ou autres lieux tran-
gers.
LA CENSURE AU XVl^ SIECLE
un
dfend d'imprimer
dit
nant l'Ecriture Sainte,
s'il
I49
vendre aucun
et
n'a t
concer-
livre
examin par
Facult
la
de thologie, sous peine de confiscation
de corps et de
propagande de
l'hrsie par le
Il fallait
biens.
Le i6
livre.
les
la
empcher
avril
1547, Henri
blasphmateurs.
Entre
11
le
dcembre 1547
mai 1548
et le 2
une Chambre ardente pour rechercher
Beaucoup de
juger.
libraires furent
eut aussi ct d'eux des
ainsi
la
qu'
tation
les
roy, est-il dit, pour
faits
donn
et
en quelque
corps,
royaume
gerie.
Un
et
amen
son
dit
nomm
part qu'il
elle le
La
visitation
et tranfait
procs
par
tre pris au
trouv en ce
pourra tre
prisonnier es prisons de
le
mme
la
du
Concier-
'sort (3).
juges prsidiaux n'auraient plus
Lois, ordonnances et dits
l'arres-
{2).
du repos
Denys, imagier,
de la cour du Parlement, Paris,
(2)
la
du 19 novembre 1549 dcide que
et
lieutenant gnral a or-
D'autres diteurs subirent
snchaux
et
ordonne un
il
i'encontre des blasphmes
de ce royaume, en voyant par
snchal de Poitou ou
le
on apprend
nomm Denys
luthriens et hrtiques, perturbateurs
quillit
hrtiques et les
marchands de gravures. C'est
Poitiers d'un imagier
jugement des procs
fut institue
condamns, mais
date du 24 octobre 1548,
Chambre ordonne parle
et
rend un dit contre
II (i)
les baillis,
que
le
trs chrtien roi de
droit
France
i')55, fol. 275.
Weiss, La Chambre ardente, tude sur la libert de
conscience en France {1^40-1 ^^6), Paris. 1889, p. 299.
(3) Crespin (Jean), Histoire des martyrs perscuts
mort pour la vrit de l'Evangile, 1619, 3 volumes.
et
mis
d'information
naux
et
renverraient
dans
ecclsiastiques
l'hrsie
lorsque
ne
Les prcautions
dans
l'dit
les
faites
plus minutieuses contre les ouvrages
l'hrsie sont
en bonnes
faire
!aut apporter en
lats
du
et
villes et
non en
justice
vieil et
la
Le
lieux secrets.
tre
les livres
mis dans
cour du
qu'ils ont t
vus
Tacult de thologie. La copie des
garde. Dfense de procder
qu'ils aient t visits. Dfense
nom
et la
imprims faussement
thologie. Les
Facult de
et accou-
les livres. Il
et
qu'ils aient
livres
devront
approuvs par
livres
et
livres, trans-
du nouveau Testament^ sans
le certificat
la
maisons ordonnes
Dfense d'imprimer des
d'autrui.
vus par
porter
surtout indiques
de Paris. Les impressions doivent
marque de l'imprimeur doivent
nom
c'est--dire
simples,
qui n'auraient pas t censurs parla
les livres
tumes de ce
sous
cas
les
Obligation d'apporter augreffe de
Facult de thologie
tre
suspects devant les tribu-
les
du 27 juin 1551 (iMl renferme ces principales
dispositions
Parlement
XVI* SIECLE
serait pas publique.
souponns de rpandre
AU
L ESTAMPE [Link]
'I5O
approuvs
la
sera
des ventes de livres sans
aux
libraires d'ouvrir des
balles de livres qui leur sont apportes du dehors, sinon en
prsence de deux dlgus de
la
Facult de thologie. Les
"boutiques des imprimeurs et libraires seront visites deux
"fois par an
'
fense
pour qu'on y
saisisse
4(1)
livres censurs.
D-
toutes personnes quelconques de pourtraireou faire
peindre, pourtraire, publier,
avoir,
les
tenir et garder aucunes
Isambert, ouvr.
cit^
t.
en
vente, acheter,
images,
portraitures ou
exposer
XTIl, p. 189 (articles 7 23).
LA CENSURE AU XVl^ SIECLE
I5I
figures contre l'honneur et rvrence des saints et saintes
canoniss par l'Eglise et de l'ordre et dignit ecclsiastiques.
Ainsi un article de cet dit de 15 51 vise
bien que
En
les
et
libelles
1560,
prohibitions
(i) dfend
1554
ou
les
d'crire et
de lse-majest
criminels
cards,
libelles
cartels,
tendre qu' mouvoir
le
d'almanachs
et
non
tous
(^3)
par l'archevque, l'vque
En
1562,
le
de
plus
sits
les
exposer,
Romo-
faiseurs
de pla-
qui ne
peuvent
de janvier 1560,
libraires
livres,
les
peuple sdition
aux
de
imprimer
ennemis du repos public
diffamatoires
une ordonnance d'Orlans
tion
s'appliquen
L'ordonnance de
crits diffamatoires.
rantin(2}, de mai 1560, dclare
et
ne
placards. L'ordonnance de Henri II de
libelles et
septembre
images aussi
ouvrages imprims.
1554
qu'aux
les
Mais dans
il
Elle
libelles.
sans qu'ils aient
ou ceux
concile de Trente,
dans
est
ques-
dfend
t
vi-
commettra.
qu'il
sa xviii' session,
dlgue des vques pour faire un index des livres dfen-
dus (4).
Sous Charles IX,
Un
les
pnalits sont aussi
de ses dits, du 10 septembre 1563,
de publier, imprimer,
toutes personnes
faire
semer
rigoureuses.
fait
dfenses
faire
imprimer,
libelles diffamatoires, attacher placards,
sans
permission du dit seigneur roy, sur peine d tre pendus et
(i)
Nron
et
Girard,
royaux^ Paris, 1720,
(2)
I,
Recueil
d' dits et
d'ordonnances
p. 486.
cit, t. XIV, p. 33.
XIV, p. 71.
Chevillier, Origine de l'imprimerie,
Isambert, ouvrage
(3) Id., ^J.,
(4)
t.
t.
1694.
AU
L ESTAMPE SATIRIQUE
152
Des sanctions analogues sont
trangls.
lbre
ordonnance de Moulins de
Dfendons
Article 77.
d'crire,
sujets
livres, libelles
l'honneur
XVl= SIECLE
et
imprimer
ou
texte et occasion
tels scripteurs,
fvrier 1566(1).
troitement tous nos
trs
que ce
convicieux contre
sous quelque pr-
des personnes,
Et dclarons ds prsent
soit.
imprimeurs
vente aucuns
en
et d'exposer
crits diffamatoires et
renomme
prises par la c-
et
vendeurs
chacun d'eux
et
perturbateurs du repos public, et
infracteurs
de paix
comme
voulons tre punis des peines contenues en nos
dits.
de
les
tels
et
Enjoignons nos
sujets, qui
ont
tels livres
ou
crits,
brler dedans trois mois, sur les peines de nos dits
dits.
Article 78.
Dfendons
aussi toutes personnes
ce soit d'imprimer ou faire imprimer livres
ou
que
traits sans
nostre cong et permission et lettres de privilges expdies sous notre grand scel.
La Facult d thologie ne voulait pas manquer une
occasion de rprimer les impressions de libelles et de placards.
Le
contre
la
prim
la
furent
Facult de thologie,
de l'imprimer, soit de
fait
fut
rendue une censure
Bible de Benot (2), les libraires qui avaient im-
et dbitaient cette Bible
puts de
15 juillet 1567, le jour
la
mands par
les
d-
qui leur dfendirent soit
vendre. L'historien
qui relate le
ajoute que les libraires n'obirent pas.
Il fallut
donner
la Facult de thologie
de nombreux
Recueil d'ordonnances, t. XIV, p. 210.
{ci)Qrt\'\ex, Histoire de l'universit de Paris depuis
origine, jnsqu'' en 1601, Paris, 1721, t. VI, p. 81.
(i)
son
LA CENSURE AU XVl^ SIECLE
nccrotre son autorit et
pouvoirs, pour
Le 4 octobre 1570,
dfenses toutes
art
ves catholiques
lire
(i).
roi
portant
en coles, en quelque
ne sont connues
soit, si elles
faire respecter.
la
une dclaration du
personnes de
ou science que ce
c'est
I5J
Faisons dfenses, dit
et
approu-
le texte,
tous libraires et imprimeurs d'imprimer ou faire imprimer,
ni
mettre en vente aucuns livres censurs par
la
Facult de
docteurs qui seront par elle lus
thologie, permettant aux
dfaire la recherche et Visitation es maisons des libraires.
L'anne suivante, un dit du mois de mai prescrit que
les
maistres imprimeurs qui sont en
la ville
de Paris
esli-
ront par chacun deux d'entre eux avec deux des vingt-
quatre maistres libraires jurs,
ou
aucun livre
regarder qu'il ne s'imprime
toire
ou hrtique
Toutes
(2).
libelle
diffama-
ces dispositions n'taient
bien qu'ils eussent
de
desquels sera
l'office
que comminatoires, et
droit contre eux, les libellistes sen-
le
la loi.
Des
crits
satiriques sont publis
ouvertement avec date,
nom
d'im-
primeur et de lieu
En 1575,
taient leur force et
la
continuaient braver
(3).
France Turquie, c'est--dire
Frdric Morel
conseils et
ennemis de la cour de Franee pour rduire
que la tyrannie turquesque.
dicis est
Dans
imprime
moyens tenus par les
le
royaume en
tel tat
ce livre, Catherine de
M-
accuse d'avoir empoisonn des princes et hommes-
Isnard, Catalogue des actes royaux de la Bibliothque^
Cf. Isambert
nationale, Paris, 1910, p. 396, n 2450.
(i)
t.
XIV,
(2)
(3)
p. 150.
Isambert, ouvr.
Leber,
De
cit,
t.
XIV,
p. 230.
Vtai rel de la presse et des pamphlets de--
puis Franois /^'jusqu' Louis
XIV,
Paris, 1834.
l'estampe satirique au xvi^ sicle
154
d'Etat
de
que
le
Quant au
peuple regrette.
roi,
on
lui
reproche
disposer son gr de la vie et des biens de ses sujets et
on organise contre
lui
une association, dont
le
devoir est
de refuser l'impt. En 1579, Jean Martin imprime
le
Tocsain contre
les
massacreurs
et
Reims
auteurs des confusions en
France. Puisque avec plus de dtestation et perfidie que
ministres et
ils (les
jamais,
la
cour) rompent tous droits di-
vins et humains crit-il, c'est raison qu'on
de plus en plus.
les
cognoisse
En 1583, Jean du Carroy, imprimeur au Mont
Hilaire,
fait
Saint-
une apologie du rgicide en publiant
Les
cruels et horribles torments de Balthazar-Grard Bourgui-
gnon,
et
vrai martyr, soufferts
en l'excution de
mmorable mort. Pour avoir tu Guillaume de Nassau,
prince d'Orange,
lique.
ennemy
de son roy et de l'Eglise catho-
De nouveaux
contre de
tels
dits
devaient permettre de se dfendre
abus de l'imprimerie. Flibien
nera un dit de Henri III du 26 novembre
il
sa glorieuse
dclarait criminels de lse-majest tous
saient les autres des
du
mention-
84, par lequel
ceux qui indui-
engagements propres
paix de l'Etat. Franois
ce
(i)
troubler la
Plessis de Richelieu aurait eu
moment l'ordre
de conduire la Bastille un gentilhomme
nomm
Pierre d'Esguain, sieur de Belleville,
protestant
comme
auteur de satires et de libelles contre
conseil.
Il
fut
condamn par
brl, ce qui eut lieu
(i) Flibien,
le
le
Parlement
le roi et
tre
son
pendu
er
i" dcembre.
Histoire de Paris,
P^iris,
1725,
t.
II, p.
1151.
LA CENSURE AD XVl^ SIECLE
La
mme
153
anne 1584, Antoine du Verdier
(i),
dans
la
prface de la Bibliothque franaise, se plaint des libraires
^ui impriment des
livres diffamatoires.
Le 22 novembre 1586
ton
lui
pendu Franois
avocat au Parlement, qui avait
(2),
lequel
fut aussi
On
Parlement.
injuriait le roi et le
il
un
fait
pauvre
et
tous Us peuples
et
des orphelins.
d'tre rput
un
chrtiens
disait
Il
le tient
grands hypocrites qui fut jamais.
Quant
la justice,
il
s'est fait le
dans
trois tats de
pour la dlivrance du
en parlant du
homme, on
saint
livre
Bre-
brla devant
son livre qui tait intitul Remontrance aux
la France
le
roi
Au
lieu
pour un des plus
Voil pour
singe de tous
la
religion.
les rois
ver-
tueux. Ses injustices pourraient tre suffisantes pour exter-
miner
le roi, les
commises.
les
fallait
Il
juges et les villes o ces iniquits ont t
de svrit contre
redoubler
imprimeurs. Henri
1587, autorisa
le
dans
les collges
dans
les
III,
les libraires
et
par une ordonnance du 6 mars
recteur de l'Universit (3) se transporter
et autres lieux habits
par les coliers, et
boutiques des libraires, pour y rechercher
et placards contraires
l'Eglise catholique et au
les livres
bien de
l'Etat.
Les diteurs d'images sont aussi bien viss par ces dits
que
les
imprimeurs de
livres.
Saint-Germain-en-Laye
imprimeurs
et
Le 17 janvier 1561 un ditde
(article 13)
vendeurs de placards
faisait
savoir que tous
et libelles diffamatoires
De l'origine de r imprimerie, 1694, p. 225.
(2)Cayet, Chronologie novenaire, 1^86, t. I, p. 32.
(3)Jourdain, ouvrage cit, index, p. 402.
{\) C\iQ.\'\\\'\tr,
l'estampe SATIRiaUE AU XVl* SIECLE
156
seront punis pour
de
la vie.
la
En mme temps,
arrt rglementaire
hibitions
tois
du fouet
la date
plier autant que
et
pour
la
seconde
du 15 janvier 1561, u
du Parlement de Paris tendait
prcdentes aux cartes
moment
qu' ce
premire
et
pro-
(r).
C'est
se
multi-
peintures
les
caricatures
les
pamphlets. Elles inquitaient
commenaient
les
le
Par-
com-
lement, parce qu'elles pouvaient tre plus facilement
prises de la population, en gnral ignorante et ne sachant
pas
lire.
1561
15 janvier
visait les gravures sur bois et renouvelait contre leurs
auteurs
du
du Parlement du
L'arrt rglementaire
II
les
pnalits dj prononces par lettres patentes
dcembre 1547
du 27 juin 1551,
(2), puis par dit
enfin par ordonnance de 1560.
Cet
du Parlement de Paris prsente une grande
arrt
importance, car pour
la
hibitions qui s'tendent
t di,
premire
fois
il
renferme des pro-
non seulement aux
mais aussi aux cartes
et
livres et pla-
peintures et sans doute aussi
(i) Werdet, Histoire du livre en France, Paris, 1861.
Fontanon, Ordonnances, t. IV, p. 267.
Isambert, Recueil d'ordonnances y t. XIV, p. 124.
(2) Lettres du 11 dcembre 1547 font dfense sous peine
de confiscation de corps et de biens d'imprimer aucuns
livres qui n'aient t examins de la Facult de thologie
de Paris. L'dit du 27 juin 1551 dfend les imprimeries
L'ordonnance de 1^60 dclare criminels
clandestines.
de lse-majest tous faiseurs de placards et libelles diffa-
matoires.
CL
du crime de
composent,
tat sont
Bougler, Explication des articles
lse-majest, Paris,
dit-
il,
p.
24.
<
livres diffamatoires contre le
dignes d'tre pendus
leurs livres.
1628,
et
et
chefs
Ceux qui
roi el
son
trangls, puis brls avec
LA CENSURE AU XVI* SIECLE
I57
par consquent aux gravures sur bois. Ceux qui
On le place au
assignent gnralement une date inexacte.
lui
15 janvier 1561, mais l'dit de Charles
vier 1561,
il
IX
est difficile d'tendre par
l'objet des applications
mentionnes
le citent
(i)
tant du 17 jan-
un
acte antrieur
par cette ordonnance.
Les mmoires de Coud (2) signalent avec plus d'exactitude
le texte
ment
des lettres patentes d'aprs les registres du Parle-
(3),
Ce
dit jour
M* Guillaume de
tant assembles,
en sa cour de Parlement,
<iu roi
un homme de
lui
(50 janvier 1561),
gouverneur de
la
l'Ile
faillt
En
l'aller
fait
a dit
lui
pour
soir vint
le dit
du roy,
sieur
et qu'il
trouver ce jourd'huy matin son lever.
commandement,
il
s'est
transport au
gouverneur aujourd'hui matin, lequel
lui
entendre qu'il avait reu lettres patentes du roy
lui
trompe
et cris publics par
les
proclamera sons de
carrefours de cette ville de
que nul imprimeur dsormais eut
Paris,
livre, carte n//)m/?/r sans l'exprs
sa
que hier
le service
adresses, pour faire crier, publier et
de
Chesnaye, conseiller
de France, lequel lui dit que
obissant auquel
logis dudit sieur
Chambres
du marchal de Montmorency,
part
marchal avait parler
ne
la
les
majest et de
Et par
imprimer aucun
commandement
son conseil priv sur peine de
les dites lettres
libraires
et
cong
la
hart.
y a dfenses tous imprimeurs
de n'exposer en vente
les
livres,
et
mentionns es
dites lettres et tous autres livres, cartes et peintures scandaleuses,
cette fin qu'ils aient rapporter par devers
cit, p. 16.
(i)
Leber, ouvrage
(2)
Cond, Mmoires, Paris, 1743, t. III,
Registres du Parlement, 30 janvier,
(3)
p. 37.
fol. 516, v.
le
dit
l'estampe SATlRIdUE AU XVI' SIECLE
158
sieur gouverneur tous les dits livres et autres semblablesqu'ils ont
Les dites
par devers eux.
le
Saint-Germain-en-Laye,
24
donnes
lettres
janvier.
Ces mesures s'expliquent par l'apparition des images saque commenaient
tiriques
France
moment
ce
rpandre en
Les premiers ouvrages des calvi-
les protestants.
nistes, crit Labitte (i), affectent la gravit. Bientt
on
ri-
poste aux traits des catholiques par des libelles diffamac(
toires,
Un
par des cartes et peintures .
autre renseignement relatif aux graveurs
nous est
On
peut exa-
fourni par
miner
les
rglements de leur corporation.
les articles
t conservs par
de ces rglements, dont
Bouchel
(2) et
les textes
Saugrain
nous ont
Le 16
(3).
avril
1571, des ordonnances (4) lues, enregistres et publies indiquaient dans un art. 10
Dfendons
peine de punition
corporelle tous libelles, placards et portraits diffamatoires et
sera
procd extraordinairement tant contre
compositeurs
ront
la
et
imprimeurs que contre ceux qui
diffamation
Charles Labitte. De la dmocratie
cateurs de la Ligue., Paris, 1861, p. xlvii.
Bouchel,
/?<?^^//i/^5
chands, libraires,
(3)
publie-
che:^
les
prdi-
rglements des mar-
statuts et
imprimeurs
Saugrain, Code de
les
permis de supposer
d'autrui. Il est
(i)
(2)
les auteurs,
et relieurs
la librairie et
du
roi, Paris, 1629.
imprimerie de Paris
avec les anciennes ordonnances, cdits et rglements depuis
i^}2 jusqu' prsent, Pans, 1744.
(4) Archives nationales, AD, VIII,
cueil d'ordonnances,
nances,
t.
IV, p. [93.
8628,8618,
1625.
1^81,
t.
XIV,
p.
4 B.
235.
Isambert,
Re-
Fontanon, Ordon-
Archives nationales, X'*, 8647, 8625,
1^83,1588,1593,
1594,1599. 1602,1615,
LA CENSURE AU XYl^ SIECLE
que
le
mot
portrait pourrait faire allusion des pices gra-
du rglement des imprimeurs appliquant
ves,
mais
cette
ordonnance ne prcise pas
joint
cit
l'article
seulement aux syndics
Un
marchandises.
les dites
I59
terme employ.
le
en-
11
gardes de saisir et arrter
et
autre arrt du 31 juillet 1565,
ne mentionne pas expressment
par Bouchel
les
gra-
veurs, lorsqu'il rglemente l'impression des pices diftamatoires. Il
dlend
c<
tous
imprimeurs, librairesou autres per-
sonnes, de quelque tat qu'elles soient, de faire imprimer
aucuns livres pleins de blasphmes, convices
ne tendant qu' troubler
l'tat et le
et
contumlies
repos public sur peine
de confiscation de corps et de biens.
Un
d'Henri
dit,
Ce
autre texte est plus net.
III,
du 12 octobre 158e.
sont
les
lettres patentes
Les dominoiiers ,
est-il
ne pourront tenir presses en leur maison, ni ailleurs,
sinon grandes presses, accompagnes de grands
propres pour imprimer
grosses ni petites, ains
retirer par devers
les
tympans
histoires et ne pourront tenir lettres
s'ils
ont
affaire
de
lettres, se
pourront
matres qui ont les lettres, en conve-
nant de prix avec eux pour leur imprimer ce qu'ils auront
faire.
Par application de ces
lettres, le
rglement des im-
primeurs, conserv par Bouchel spcifie
les
syndics
et
clairement prononc et se
ment de 1618
rdig.
imprimer
ou peintures dissolues
cette fois
71 que
gardes visiteront les dominotiers, imagiers,
tapissiers, ce qu'ils n'aient
placards
l'article
cit
ni vendre
aucuns
Le mot peintures est
retrouve dans un rgle-
l'article 28 est ainsi
par Saugrain, dont
Sera enjoint aux syndics et gardes visiter
giers et tapissiers ce qu'ils n'aient
imprimer
ni
les
ima-
vendre
l'estampe SATIRia'E AU XVl^ SIECLE
l60
aucuns placards ou peintures
ont
et s'ils
dissolues,
les
presses en leurs maisons de voir qu'elles soient bien garnies
de grands tympans propres
davantage de
sans avoir
Mais, malgr tous
imprimer
lettres
histoires et planches,
en leurs maisons.
rglements des imprimeurs pour
les
du repos public
crer des sanctions contre les perturbateurs
t en dpit de toutes les ordonnances, les caricatures se
rpandirent en France.
Ce qui
constituait
moins
c'tait
institutions
que
le
glementer
la
un danger pour
de
la
vulgariser
Au
colportage.
i8
on essaya de
avril
1560,
Chambre du Parlement
(i) rappela
vente dans Paris ou
faubourgs aucun
prim qui ne
et
interdit,
pouvoirs publics,
qu'elles renfermaient contre
satire
le fait
les
les
serait sorti
de
la
la
la
les
r-
grande
dfense de mettre en
livre,
aucun im-
boutique d'un libraire jur
de pendaison aux porte-paniers,
sous peine
porte-tablettes, aux vendeurs des
livre. Il s'agissait d'viter la
rues
de vendre aucun
publication des satires sans
nom
d'auteur ni d'diteur. La corporation des imprimeurs, par
crainte des perscutions,
que
dans
les balles
prescrit dans
il
ville
imprims sans
ils
nom
le
ou
bien et
il
est
saisir et arrter les
(2)
libelles
le
repos
d'auteur, du libraire et de
auraient t imprims,
syndics et gardes de
rglements
se trouverait livres
diffamatoires contre l'honneur de Dieu,
<le l'Etat,
ses
la
enjoint aux dits
dites
marchan-
dises.
Cf. Flibien, Histoire de la
Auber, ouvrage cite.
de Paris, Paris, 1725, t. II.
(2) Bouchel, [Link], art. 58.
(i)
ville
J3
S
ci
>
X
m
S
o
B
Q
X
D
-i!
ce
H
D
en
LA CENSURE AU XV1= SIECLE
Les prohibitions relatives
la circulation
riques ne s'appliquaient pas seulement
t
l6l
des pices sati-
celles
qui avaient
imprimes en France, mais surtout celles qui venaient
de l'tranger.
centres
En Allemagne
l se
bon march, qui respiraient
caricatur tant au dbut
trangre,
d'images.
la date
Dans
il
il
y avait des
taient organises pour tirer
les presses
nombreux exemplaires. De
tation
en Suisse
et
la
haine et
la
vengeance. La
du xvi' sicle en France d'impor-
fallait
les extraits
l'entre des
surveiller
est dit
il
du royaume
que
les libraires
bailler par dclaration
la
quantit de livres qu'ils feront entrer au dit
et
ou dedans
les balles
ballots
des registres du conseil d'tat (i)
du 22 septembre 1587
seront tenus l'entre
de
rpandaient des images
o seront
royaume
lesdits livres se trouverait
autre marchandise sujette aux dits droits d'entre, sera ladite
et
marchandise
et tout le
contenu aux
dites balles acquis
confisqu au roi . L'autorit voulait empcher ainsi les
caricatures trangres de se transplanter en France.
Ce systme protectionniste qui
blique, en
mme
gerie nationale,
assurait la scurit
temps qu'il dfendait
fut
les intrts
pu-
de l'ima-
bien accueilli non seulement par les
imprimeurs, mais parles graveurs.
On
peut se reporter aux
et
ordonnances furent
statuts de leur corporation (2).
En
ralit tous les dits, arrts
Wiss^, Histoire de s
Archivesnationales, ADviii,4 ^.
litres populaires ou de la littrature de colportage, Paris, 1854.
et rglements de la communaut
(2) Statuts, ordonnances
(i)
des matres de Part de peinture, de sculpture, gravure, enluminure de Pans, tant anciens que nouveaux, Paris, 1672.
Rlum
11
l'estampe [Link] AU XVl' SICLE
l62
inutiles et rien ne put
et le colpor-
empcher l'impression
Ce ne sont
tage des caricatures dfendues.
pas les svres
sanctions des rglements qui taient susceptibles d'arrter
les
des gravures satiriques.
attaques
l'efficacit
artistes
des mesures de police au xvi= sicle,
une influence sur
attribue
de
Lenient a exagr
faire
les difficults
il
quand
leur
les
prouves par
imprimer ou vendre des pices trop hardies.
En Allemagne, comme en
pour rglementer
France,
il
y eut des ordonnances
circulation des images.
la
En 1548
(i),
des ordonnances font savoir que des libraires et particuliers,
possdant des
livres
ou gravures n'ayant pas pass par
censure, seront condamns au cachot et soumis
ture.
Le
novembre 1577, une ordonnance de
connat que
les caricatures interdites se
la
la tor-
police re-
vendent plus que
jamais. Les innombrables pamphlets rpandus profusion
sont accompagns de gravures sur bois. Les dits de l'em-
pereur ne peuvent empcher leur publication.
conseil de
l'glise
Nuremberg
catholique.
fit
saisir
Toutes
ces interdictions
demeuraient
pas reparatre et
leur propagation tait facilite par le rle
les
le
des images injurieuses pour
sans effet. Les caricatures ne tardaient
jou en Allemagne par
En 1587,
si
considrable
colporteurs.
Les imprimeurs franais ont moins besoin de ces agents
pour leur commerce des images satiriques, car
vendent pas au xvi*
sicle sous le
dfi l'autorit royale,
(i)
Janssen,
p. 668.
manteau
elles
ne se
et sont plutt
un
qui prtend suspendre leur publi-
U Allemagne et la
Rforme, Paris, 1906,
t.
VII,
LA CENSURE AU XVI SIECLE
163
noms
sur ces images
cation. Ils mettaient quelquefois leurs
imprimeurs de
et s'intitulaient les
Les pamphlets et
la
Sainte Union.
images, qu'ils publiaient au mpris
les
des lois, taient vendus sous la protection de leur parti,
pensant que c'tait
une des
ces
Reure
l'abb
ils
Il
ne se
villes
procds.
meilleure
la
(i),
avaient
qu'un
plus souvent recours
le
passait
fait
fut
Lyon
sauvegarde.
de
pas
semaine, crit
nouveau, tout vif imprim
dans un de ces petits cahiers qui pullulaient alors, n'occupt l'opinion publique. Sans doute,
lgislation relative
prouve
les
il
y a eu toute une
aux abus des imprimeurs, mais ce qui
dfauts d'application de ces lois, c'est le grand
nombre des
libellistes,
qui exeraient leur mtier. Reure
explique l'audace toujours
croissante
de ces faiseurs de
pamphlets et d'images satiriques en donnant deux causes
de
l'inefficacit
prtend que
le
des
sanctions
pnales.
D'une
droit tant trop rigoureux,
tre
appliqu d'une manire supportable,
faire
mourir un trop grand nombre de
part,
il
constate que
parti assez puissant
ces
les livres
pour braver
arguments que
force de rsister
aux
mme
lois,
il
si
il
aurait
libellistes.
On
la
sans
nom
D'autre
voix d'un
pourrait ajouter
difficile
La plupart des publications sont
la
de poursuivre
tous ceux qui se cachaient sous l'anonymat et les
fantaisie.
fallu
ce parti n'avait pas eu
eut t
il
pour pouvoir
images taient
la loi.
part,
le
noms de
plus souvent
d'auteur ni d'imprimeur. Elles ne comprennent
Reure (ahh), La presse politique Lyon pendant la
Ligue, Lyon, 1898.
{])
l'estampe satirique au XVI' SICLE
164
pas seulement des libelles et
tampes.
Le
des placards, mais des es-
portrait diffamatoire, ajoute
n'avait pas t oubli dans les lois sur
comprend en
art,
effet
saisissante,
ou aux maldictions de
martyrs de
la
Reure,
On
l'imprimerie.
que ces gravures, presque toujours sans
mais d'une navet
ltrie
l'abb
bonne cause,
la
qui livraient l'ido-
multitude
le
portrait des
du
caricature et les forfaits
la
tyran Henri de Valois, taient un instrument efficace pour
prcher
mettait sous les yeux de tous ce que
ceux qui savaient
lire,
La gravure
presse des illettrs.
la rvolte. C'tait la
le
livre avait dit
l'image satirique n'tait que
et
traduction des invectives du pamphlet.
C'est surtout pendant la Ligue qu'apparaissent de
breux exemples de
gouvernement
livres et
se gardt d'attnuer les
primeurs, on soutient (i) que
la
presse en
tout
braires
dlivrant de
la
pendant
taines villes
la
Ligue, mais
la
Ligue
la
fond
censure.
Le
la
les
im-
puissance
fait n'est
pas
ils
finirent par acqurir
li-
une
en ayant recours aux imprimeries de cerils
pouvaient chapper
Ainsi malgr toutes
parler
le
mesures rpressives
car les pnalits subsistrent contre les
fait exact,
libert partielle,
nom-
images satiriques. Quoique
contre ces publications et ne songet pas affranchir
de
la
les
la
censure.
dfenses de l'autorit, on arrive
de tout, tout imprimer et tout graver. La seule
restriction faire, c'est qu'il faut renoncer,
satiriques,
merie, aurait pu tre trs dveloppe.
(i) Vitet,
pour
les pices
une publicit qui, grce aux progrs de l'impri-
La presse au XVI^
sicle {Le
Sinon
le sort
qui
Globe, mai 1830).
LA CKNSURE AU XV1 SIECLE
leur tait rserv, c'tait la
condamnation au
I65
teu, sans pr-
judice des peines dont taient passibles les auteurs et les
diteurs.
Ceux qui
les
possdaient n'taient pas moins exposs
c'est ce
qui explique
dans
grande
la
augment
et
lutte
il
la
raret des libelles et des caricatures
du
xvi* sicle. Aujourd'hui leur raret
semble
difficile,
en l'absence de tant de
documents disparus, de reconstituer
pamphlets
et
d'images.
cette grande
mle de
CHAPITRE V
LA CARICATURE ETRANGERE AU XVI* SIECLE
L'estampe satirique
Bas ds
la fin
du
a exist
xV sicle,
en Allemagne
et
aux Pays-
sous forme d'une imagerie sou-
vent grossire. La gravure passa des diableries
et des sujets
invraisemblables et extraordinaires des scnes plus ralistes et
des expressions nergiques de sentiments. Peut-on
voir dans ces estampes les origines de
En Allemagne,
sidres(i)
contre
tures
le
la
comme une illustration de pamphlets
pape
au xvi* sicle, elles ont surtout t con-
et les
proprement
physionomie, mais
cardinaux.
protestants
Ce ne sont pas des
carica-
dites,
dformant des lments d'une
elles
constituent de curieuses images
de propagande, destines mettre
les
caricature politique
la
porte de
la
toule
doctrines protestantes. Elles ne visent point des effets
artistiques, ou, si elles
y parviennent,
Leurs auteurs, ou plus exactement
pices ne songent qu'
de vulgariser
Lorsque
le
les ides
(i)
de
la
inspirateurs
de ces
Rforme.
allemand
comme
Grand-Carteret, Les
magne, Paris, 1885.
les
rpandre des gravures susceptibles
caricaturiste
l'Eglise, ce n'est pas,
c'est sans les chercher.
tourne en ridicule
en France, pour donner
murs
et
la
libre
caricaiure en Alle-
LA.
CARICATURE TRANGRE AU XVl* SIECLE
mais pour
carrire sa fantaisie,
neuse.
et
Il
prfre
la satire
On
l'argumentation.
67
exercer sa verve raison-
proprement
dite la dialectique
ne peut pas appliquer aux sculp-
tures et aux miniatures allemandes certaines thories relatives des
uvres
franaises
du
poque. Tandis qu'en France
l'glise,
mme
les
d'ides
allemandes du
amour du
le
dans
le
la
preuve de ce mouve^
et
miniatures
grivois, mais par
un sentiment d'opposition
clerg,
la
ge.
qiW
cathdrale
la
les
d'Erfurt
on
voit
un
cts d'une religieuse, et que, dans le
cathdrale de
ses paules,
Il
Magdebourg, un moine porte
accompagn par un satyre qui
note aussi dans
les
manuscrits alle-
miniaturistes ont une prdilection marque
renard portant des oisons dans son capuchon, pr-
chant des oisons
et
il
montre que
le
renard donne naissance
des figurations d'animaux, parodiant
la
de
prtend que ce n'est pas par
ouvre une porte.
pour
comme
Il
une nonne sur
mands que
mme
protestation contre
plusieurs sculptures
moyen
moine couch aux
chur de
la
en Allemagne de pareils sujets
Rome. Grand-Carteret trouve
lui
de
productions, hostiles
comme une
sont toujours considrs
contre
et
ont t regardes par certains critiques
simples charges d'atelier
ment
genre
les
crmonies de
la
papaut furent
messe.
Ces attaques des miniaturistes contre
reprises par les premiers
graveurs.
Il
nouveau procd de reproduction des
rformateurs un
moyen
de
grand nombre d'exemplaires
(l) Schade, Saiiren
est
vident
images
que ce
[offrait
aux
rpandre leur doctrine un
(i).
und PasqxiilUn aus der Reformations-
l'estampe satirique au XVI' SlCl.E
l8
On
dans
peut distinguer, avec Grand-Carteret, deux priodes
de
l'histoire
forme.
Au
forme.
caricature allemande pendant
la
la
dbut, c'est l'poque des prcurseurs de
ce
moment,
du moyen ge, qui
la
caricature s'inspire de
ridiculisait certains
la
la
R-
R-
tradition
membres du
clerg,
Ces premires
sans se permettre de toucher la religion.
gravures n'ont pas une grande porte satirique. Ce ne sont
gure que des charges o
du ventre ou de
riode,
Nef des
la
quand
physionomie d'un
de Murner.
Till Eulenspiegel
celui de la
la
combattre pour
rforme
faire
tratologie et
contre
le
la
se
y a
prtre.
un
art
dveloppe
du proslytisme,
proportions
Tel
est
le
qui s'apparente
l'on
la
et qu'il s'agit
L'esprit
l'on se plat le reprsenter sous
populaire
comme
regarde
de
caricature va pui-
images du moyen ge, dans
les
diablerie.
pape que
Il
les
de Brandt. Dans une seconde p-
tous
arguments dans
ser des
l'auteur exagre
se
la
soulve
l'Antchrist
et
forme d'animaux mons-
trueux.
Ds
contre
la fin
le
du
xv'' sicle
Saint-Sige.
Je
se
manifeste
mprise
le
conciles, dit Jean de Wesel, en 149 1.
singe vtu de
dre
VI
t.
(i).
pape, l'glise et les
Le pape
n'est
qu'un
En 1492, quand Alexan-
appel au trne pontifical, et l'anne suivante
(2) est
^eit, 1856,
pourpre
cette opposition
I.
le fait dcisif.
La participation nergique des masses fut
(1) Janssen, L'Alhmagne la fin du moyen ge, traduction franaise, Paris, 1887, t. I, p. 580,
(2) Une caricature contre Alexandre VI reprsente un dmon en habits pontificaux, couronn de la tiare, tenant une
LA CARICATURE TRANGRE AU XV1= SIECLE
lorsque Maximilien
allemande,
le
P"" fut
dsign
comme
chei de
169
la
nation
fonder un conseil de l'empire
peuple voulut
capable de prendre en considration ses plaintes contre
Saint-Sige.
Le pape rpondit
tion en prohibant
la
cette tentative
aux imprimeurs, sous peine d'ex-
communication, de ne publier aucun
tion et l'approbation de
l'vque prpos leur
tique par une bulle de 1501,
mouvement
courants du
les
souverains
uvres
les
ne put russir
de l'idal antique,
les
l'Allemagne, en
sourdement
monde.
faisaient
la
comme
le
xaricature pour
la
et disant
imbu
la
osaient miner
papaut occupait dans
d'hommes et
rle
se
pour les-
par ces pauvres d'esprit
le livre
comprirent
fourche
tout
Elles s'adressaient des milliers
Les rforms,
riens,
prsidaient
italien
l'art
insignifiantes,
haute position que
quels l'criture et
Renaissance,
(i), et
gravures sur bois et sur cuivre de
apparence
comprendre
les
ru-
rsidence,
plus brillantes de la
floraison de
la
combattre
rformateur. Pendant que
remarquer un biographe de Durer
en quelque sorte
le
il
diocse.
censure ecclsias-
la
embellissaient leur
pontifes
nissaient les
fait
livre sans l'autorisa-
eut beau soumettre les livres
il
d'mancipa-
lecture et la propagation des crits hr-
tiques et en prescrivant
TVlais
le
restaient encore inintelligibles.
le
montrent
la
plupart des histo-
important que pouvait jouer
propagande de leurs
Ego sum papa.
Cf.
ides.
Audin
la
(2),
Wright, ouvrage cUy
p. 248.
sa vie et ses uvres,
{\)T\i^)xs\n%{yiox\iz). Albert Durer,
Paris. 1878, traduction
(2)
Gruyer, p. 183.
Audin, Histoire de Lon X, 1844,
I,
p. 501
(chapitre
L ESTAMPE [Link] AU XVI SIECLE
170
dans une tude sur Lon X,
signale en ces termes
le
nous semble qu'on n'a pas tudi
dans
grand drame de
le
en chaire, dans
le
la
le
rle
Rforme.
dialogue, dans
la
le rire
que
Un moment,
a:
II'
joua
il
fut
discussion dogmatique,
un puissant instrument de polmique. Le bois
et la pierre
s'en servirent pour parler au regard et achever l'uvre in-
surrectionnelle. Le D'"Rheinthaler (i) constate galement
de ces productions satiriques pour
l'utilit
protestantisme contre
la
attaques du
les
papaut. Scheible
(2)
s'accorde
aussi avec lui pour expliquer la multiplicit de ces pices
Comme
on
dit-il,
le sait ,
ment un peu digne
nement
est reprsent par
En
le
l'image
texte.
Sous
neurs.
Mais
cette
rire
feuilles
vo-
murs
des
les
et remplissaient les portefeuilles des collection-
Luther qui, lui-mme,
c'est surtout
moquer du clerg
Du
ornaient
sur
ou autour de
forme ces vraies
reprises, insiste sur la ncessit
se
postrit
une gravure sur cuivre ou
lantes taient colportes partout,
chambres
la
haut, au milieu, l'v-
possible de faon satirique, en bas,
si
bois,
au xvi* sicle tout vne-
d'attention fut conserv
sur de grandes feuilles isoles.
employ par
et
la
plusieurs
d'employer l'imagerie pour
de ses reprsentants
Peu de
Rforme comme instrument de pro-
pagande).
(i) Rheinthaler, Die dentschen Satiren in ihren Be^iehungn ^ur Reformation {Deutsche evangelische BJiitter, xxv,
257-)
(2)
Scheible, Z)/> fliegenden Bltter des
Jalirluinderts, Stuttgart, 1850.
X V/'^" und X Vll^^^
LA CARICATURE ETRANGERE AU
XVI'^
SIECLE
lyi
crit Fuchs (i), ont aussi
grands conducteurs de peuples,
clairement compris que Luther
de
Dans une
caricature.
la
Mayence
Magdebourg, en 1525,
et
du dgot ds
lui inspirer
de sa mort,
la veille
tifier
la
dclare que ces cari-
il
un membre du clerg.
qu'il verra
assumera
Cranach
ces images,
leuffel
J'ai
la
responsabilit de jus-
mme
trait intitul
illustr
bestifft,
les
Wider das
de dix carica-
ces figures et
publi , dit-il (2),
dont chacune reprsente tout un volume qu'il
faudrait encore crire contre le pape et son
mis
de
l'homme du commun pour
propos de son
Rom vom
Bapstuin zu
j'y ai
importante
publication de toutes ces caricatures,
plus grossires.
tures de
il
si
lettre l'archevque Albert
catures sont indispensables
l'influence
mon nom
pour qu'on ne pt
les
royaume. Et
accuser d'tre
des livres diffamatoires. Si quelqu'un se sent bless par ces
images,
je
suis prt rendre raison de cette publication de-
vant tout l'empire. J'ai fort irrit
Oh comme
!
tueraient,
ils
Dsavouer
la
truie
remuera
le
pape avec ces images.
le
fumier
n'en mangent pas moins
les
caricatures, c'et t
ni l'uvre entreprise contre
vait pas, aprs avoir
la
le
Et quand
ils
me
fumier.
comme
s'il
avait re-
papaut. Luther ne
ouvertement profess
le
poun-
qu'il tait
cessaire d'utiliser toutes ces images.
En 1526,
propos
nen Gliedern gemalet
(i)
du pamphlet
und
beschrieben (3),
Das Bapstum mit
sei-
orn de soixante-cinq
Eduard Fuchs, Die Karikatur der europischen VoU
ker von AltertJinm bis ^ur ISlen^eit, 1901, ch. iv.
von alten und neueren iheo(2) Unschnldige Nachrichten
logischenSachen, Leipzig, 17 12.
d. Weimar, 1908,
(3) Luther (D^ Martin), Werke,
t.
XIX.
172
L ESTAMPE SATIRICLL'H:
figures de
moines
et d'autres
AU
personnages accompagnes de
vers formulant des critiques, on
vantes
donna
les
explications sui-
Quelques-uns pensent qu'on devrait maintenant
blECLE
XV!*""
cesser de se
en a assez
moquer de
parl.
Il
la
et
papaut
On
de ses membres.
y a tant d'crits, de livres, de papiers,
qui blment, dcrivent, chantent, dessinent, dpeignent,
et
de tant de manires montrent sa honte, qu'on
la
con-
nat et qu'elle ne s'en relvera jamais. Mais Luther ne
croit pas
que
les prtres se
tiennent pour battus et
qu'il faut avoir le courage de
remuer
le
il
pense
fumier, qui reste-
Donc, chers amis, laissez-nous recommen-
rait stagnant.
cer de nouveau crire, dessiner, rimer, chanter, peindre
t
mouler ces nobles idoles
sont dignes.
Il est
cnit
contre
comme
elles le
mritent et en
arriv Luther de faire quelques rserves sur l'obs-
de certaines caricatures, souvent
femmes. Le
les
amis Amsdorp
(i)
juin 1545
Ton neveu
trop grossires
crivait
il
un de
ses
Georges m'a montr une
peinture du pape, mais matre Lucas est un peintre grossier. Il
pouvait pargner
une crature de Dieu
le
sexe fminin, parce qu'il est
et cause
de nos mres.
peindre d'autres images dignes du pape
et
Il
aurait pu
mme
plus dia-
boliques.
Malgr
ces
restrictions,
l'emploi des caricatures.
pamphlet
intitul
gestifft tait illustr
(1)
En
Luther prconisait toujours
cette
mme
Vider das Bapstum ^u
anne 1545, son
Rom vom
Teuffel
d'un frontispice reprsentant des diables
Luther, Bricfe, d. de Wette,
t.
V, p. 742.
LA CARICATURE ETRANGERE AU XVl^ SIECLE
pape dans
le
qui prcipitaient
la
gueule d'un dragon.
lyj
Un
des pangyristes de Luther, Mathesius(i) raconte qu'en la
mme anne
il
154$
nombre d'images
ne savaient pas
commanda aux
satiriques, afin d'clairer les laques qui
lire
sur l'abomination de l'antclirist,
l'exemple de saint Jean
Dieu, a
si
un grnnd
artistes
tout
qui,
de
rempli
bien dpeint dans l'Apocalypse
la
l'esprit
de
rouge pros-
titue de Babylone.
Ce sont
les
masses
les caricatures
qui ont contribu rpandre dans
luthriennes (2). Leur succs doit pour
les ides
une bonne part tre imput
colportaient dans
le
ces
estampes volantes qui se
pays.
Les graveurs, qui autrefois
se consacraient des
catholiques, travaillaient maintenant
riennes
Nuremberg,
graveurs qui, avant
la
crit
Audin
(3), tait
un
Rforme, gagnaient leur vie
des vierges et des sraphins.
atelier
de
peindre
La guerre dclare aux images
par Carlstadt avait nui leur
quelques uvres arrivrent
uvres
des planches luth-
commerce.
Wittenberg
L'atelier ferm,
(4),
o Luther ne
tarda pas utiliser leur talent.
(i)
Goitseligen theuren
Mannes Goites
Liitheri,
Nurem-
berg, 1570.
(2)
Doumergue, Iconographie
calviniste, p. 191. Il signale
deux inscriptions luthriennes dans deux rues de Wittemberg, Schlosstrasse,
4, et
Mitlelstrasse, 152.
(3) Audin, Histoire de LonX, Paris, 1844, I, 517.
(4) Neudrffer, Schreib und Rechenmeister :{u Nftrnberg.
Nachrichten von Kilnstlern und Werldeuten daselbst ans
dem Jahre 1547, publis par Lochner, Vienne, 187^. Ce
que Pierre Fltner a recueilli parfois, ce sont les portraits
des tres les plus rpugnants de l'humanit.
AU XVl' SIECLE
L ESTAMPE [Link]
174
Luther ne
fut pas le seul
Allemagne un
consacres
esprit satirique. Flgel (i), dans des tudes
la littrature
de ce temps, signala une douzaine
d'crivains qui prcdent Luther.
auteur du Defide concubinnrum in
Bebelius, auteur d'un
Reuchlin,
de dvelopper en
qui s'effor^
Jean
Ce sont Paulus
Olearius,
1504, Henricus
sacerdoles,
Triomphus Veneris, de 1501, Jean
Jrme Emser, Jean Crotus,
Butsbach,
Pirkheimer, Ulrich von Hutien, auteur du Jultus,
1517,
Thomas Murner,
qui publia en 15 12 hNarrenscheiverung,
Conrad Rollin
Henri Cornlius Agrippa.
et
Quelques annes avant
les
publications de ces divers
littrateurs, avait paru Ble le clbre
tien Brandt (2),
cette
la
iju'il
l'on
regarde
comme
coryphe de
le
nouvelle posie en Allemagne. Brandt imagine une
navigation qui
de
que
ouvrage de Sbas-
folie. Il
lui
permet de rechercher toutes
propose
les
remdes aux vices
les
et
causes
aux abus
constate et accompagne ses prceptes de toutes sortes
de drleries. L'ouvrage tait
encadrant chaque page
ensuite de
illustr,
comme
cent-quatorze
sujets
un bonnet, des
apparat avec
dans
d'abord d'ornements
les livres
satiriques
grelots et
d'Heures,
et
l'homme
une marotte de
fou.
Brandt
l'indique
eut beaucoup d'imitateurs l'tranger,
le
nombre
considrable d'ditions qui se succ-
drent traduites dans toutes
genre de
(i)
1786,
(2)
satires fut
comme
les
langues.
En Allemagne,
ce
souvent cultiv. Jean Geiler, prcha
Flgel, Geschichte der komischen Litterattir, Leipzig,
t.
III, p.
Brandt,
143.
Das Narren
Schyff, Basil, 1494.
LA CARICATURE TRANGRE AU XVl^ SIECLE
I75
^n 1498 des sermons inspirs de Brandt qui furent plus
en 1501, traduits en latin et publis par Jacob Other
lard^
sous
le titre
Navicula
sive spculum
fatuorum prcestantissimi
sacrarum itterarum doctoris Johannis Geiler.
En 1498
Jo-
docus Badius Ascensius composa un livre intitul Stultinavicula seu scapha jatuarum mulierum.
ferce
Quentel, en 1499,
monacale
tire
fit
paratre
un
livre factieux
de sa-
intitul Brunellus in spcula stultorum,
dans
lequel Panzer signale une gravure sur bois, reprsentant
i
Galienus et Brunellus avec un fou tenant un miroir
Mais
les sujets satiriques les
rapportent moins
se
plus
frquemment employs
des travestissements de tous qu' des
attaques contre le pape et l'glise.
que
graveurs allemands du
les
nombre en
le
Une
les
images
xvi* sicle affectionnent et
papaut, a t trouve dans
chroniqueur
Fromment
(2)
Dans
figure
que
du pape
couvent de Plainen
1548, par
le
l'glise des Jacobins,
les autres
images, figures ou
trouve une de laquelle plusieurs turent
merveills, car elle avait t peinte
telle
le
sans doute
:
en Pallaix, entre toutes
peintures en fut
l'abus
sont
est considrable.
palais et a t ainsi dcrite,
en
Ce
des plus anciennes reprsentations graphiques hos-
tiles la
dit-il,
(i).
et
est.
Ce
il
a plus
de cent ans
n'est pas de prsent qu'a
connu
des siens, vu que d'autres dj de long-
Renouvier, Histoire de V origine et des progrs de la
gravure dans les Pays-Bas et en Allemagne jusqu^ la fin
(1)
XV^
du
(2)
sicle, Bruxelles, 1860, p. 259.
Fromment (Anthoine), Les
actes et gestes merveilleux
de la cit de Genve, d. Revilliod, 1854,
p. 155-
l'estampe [Link] AU XVI* SIECLE
ly
temps l'avaient connu en
faisant
cette
avait sept ttes et dix cornes
(Apocalypse,
faon d'un diable, en
diable sortait
le
la
XVII), peinte
la
manire des peintres. Mais de ce
du pape des cardinaux,
pape, et
Laquelle
figure.
dinaux des vques, des vques des moines
Et ainsi tout ce mnage montrait tre
et des car-
et des prtres.
sorti
venu du
et
diable.
Une
Cette estampe est une gravure sur bois (i).
plus anciennes
fin
du xv=
d'Olmutz
caricatures graves sur mtal date
C'est l'estampe clbre
sicle.
intitule V Ane pape
arm de
griffes. li a
melles, couvert d'caills,
tte
un pied de chvre
se
cription Tore di Noua.
Tibre.
En
bas,
gauche, on
le titre
seiner
suivant
Synagog
Renouvier
un
lit
Janvarii
livre
intitul
le
fond,
les
mots
avec
1496.
l'ins-
coule
le
On
en
Papstesel
Figur des antichristlichen Bapst, und
(3),
mentionnant
mais
une
Doumergue, ouvrage
cette
simple
pice, n'y voit pas
reprsentation
d'un
cit, p. 97.
Le peintre-graveur, t. If, p. 135, n 71.
von
Lehrs, Wen^el
Olmilti, Dresde, 1889, n 66, p. 75.
(3) Renouvier, ouvrage cit, p. 191.
(2)
le
(2).
une caricature,
(i)
crneaux,
Entre ces deux difices
trouvait une copie dans
avec
Dans
chteau Saint-Ange indiqu par
An^. A droite, une porte
ma-
entour de bandes,
est
et
terminant par une
corps est couvert presque en entier d'caills.
Castelis
la
de Wenceslas
un corps de femme
une queue
de serpent. Le bras droit
droite, est le
de
ou Ronia capiU mundi, repr-
sentant un monstre tte d'ne, avec
l'autre pied
des
Passavant,
GORGONEUM CAPUT
(Estampe de Tobie Slimmer)
'
^1
Y^
'-^C^>.
/-
Mi^rl^^
if
.ijh,,_^
LUTHER ET JEANNE DE BORA
(Estampe anonyme du XVl"
sicle)
LA.
CARICATURE ETRANGERE AU XVI* SIECLE
monstre, n
Rome
reconnat que
la
en 1496
Lomazzo
et dcrit par
naissance d'un
monstre a pu
tel
pour un miracle
et
ne trouve pas
une intention satirique contre
n'tait pas
une
tre prise
le
pape.
il
Ce
l'opinion de Duchesne (2), suivant lequel cette
cussions qui eurent
lieu
princes d'Allemagne et
juste d'admettre cette
Il
(i). Il
allgorie dans l'Allemagne, mais
gravure allgorique a certainement t
sing (3).
I77
la
cette
faite lors
des dis-
poque entre quelques
cour de Rome.
semble assez
Il
hypothse, mise aussi par Thau-
de l'audace de cette planche, dont
est frapp
mouvement
attribue l'origine au
il
des rformateurs et des
humanistes.
Pendant un
l'ide
sicle,
de reprsenter
et ridicule.
tait signe,
le
pape sous une forme monstrueuse
diffrence de
la
la
on reprendra de diverses manires
la
pice de Wenceslas, qui
plupart des caricatures contre
sont anonymes.
En
15 18,
une pice contre
la
la
papaut
papaut
(4)
reprsente Martin Luther crivant sur une porte avec une
du pape.
grande plume dont l'extrmit renverse
la
Une
mentionne
autre
satire
contre
longues
de vermine. De
(i)
Lomazzo,
la
de
est
pape
homme
Passavant (5). C'est un
oreilles, coiff
le
sauvage
la tiare,
main gauche,
et
tiare
qui vomit une quantit
il
tient
une
clef brise et
delVarte dlia pittura,
Trattato
par
barbu avec de
Milano,
1585, p. 637.
(2)
.p.
Duchesne,
Voyage
d'un
iconophile,
Paris,
351.
(3)
Thausing, ouvrage
(4) Bibl. nat., coll.
(5)
cit, p. 184 et 185.
Hennin,
Passavant, ouvrage cit,
Blum
t.
t.
III,
n 227.
IV, p. 182, n" 27.
12
1834,
l'estampe [Link] AU
178
de
un
droite
la
surmont de
arbre,
XVl'^
SIECLE
la triple croix.
Derrire
Satan entoure de sa queue un autre monstre qui
lui,
une
bulle
allemand
papale.
et la date
salit
trouve une inscription en
ct se
1545.
ct de cette caricature, Passavant (i) en mentionne
une date de 1555. Le pape, moiti homme, moiti dra-
coiff d'un chapeau
Dans
quent
la collection
trs
homme
l'argent d'un
trois ttes, reoit de
gon
barbu,
haut et arm d'une hallebarde.
Hennin, deux pices
de 1569 atta-
(2)
L'une date du 9 septembre 1569, cou-
l'Eglise.
verte de lgendes en allemand et en franais, reprsente
diable dchan.
Dans
de Lorraine mettent
l'autre, le
le
mme
mme
genre
cipalement
du
Mercure
cardinal
collection renferme encore
(3).
cheval sur
qui trane un char rempli
et le
canon braques
feu des pices de
sur l'glise du Christ. La
d'autres pices
duc d'Albe
un
On
y remarque
un animal
prin-
fantastique,
d'abbs et de moines
Satan
la base d'un arbre dont les dernires branches ont produit
Papismus
un
in
Occidente
et
septenrione
trne, prsidant une assemble
Lon
que Luther, debout,
faut joindre ces
celui (4)
(i)
le
et
pape
tient la
Passavant, ouvrage
pape
assis
main un
livre ouvert.
illustrs
entran dans l'enfer par
cit,
Hennin,
i.
sur
un trne, tombant, tandis
assis sur
est
le
de quelques autres
images certains pamphlets
(2) Bibl. nat., coll.
Il
comme
le
d-
IV, p. 182, n" 28.
Vif, n^s 627, 629, 646.
t.
X, n^s 969, 983, 984, 985, 987, 992.
Welier, Annaen der poetischen National litteratur
t.
(3) Ibid.,
(4)
compose d'un vque,
de prtres, tenant des quenouilles,
personnages
LA CARICATURE TRANGRE AU
XVl' SIECLE
IJ^
mon, entour d'vques, de moines, de cardinaux
de loups.
Non
un moine
moine
tte de
tte
bouc s'efforcent d'abattre-
croix.
Avec
le
l'homme
pape,
le
plus attaqu par les carica-
tures luthriennes, fut Calvin. Les
du
ttes
d'oies est en prires,
de chat joue du violon, un
vque
tte
de loup et un
une
une troupe
loin de l,
xvi'^ icle
le
thologiens allemands
combattaient, en particulier un
nomm
un ouvrage
Pourquoi
Leyser (i), qui avait publi
nous devons avoir des rapports d'union
papistes plutt
qu avec
les
et
intitul
de confiance avec
les
Ce mouvement luth-
calvinistes.
rien anticalviniste se traduit dans l'imagerie
satirique. Eit
1592, un
nomm
pasteur luthrien de Pilgramsdorf en Silsie,
Johannes Pn-etorius, publiait un
livre intitul
Kpffichter Antichrist darinnen des Bapstes Grenvel der
Drey
Tur
Alcoran und der Calvinisten Lesterschwarm. L'ouvrage
kische
qui se trouve
la
Bibliothque de Berlin est illustr d'une
caricature reprsentant
mire
est celle
courb,
la tte
d'un Turc
(2)
du milieu
est celle
la tiare la figure
vant avec
le
un monstre
de Nron,
trois ttes,
(i
La pre-
qui lient en main un sabre re-
la
du pape qui porte sous
troisime est celle d'un sa-
chapeau de docteur, qui
tient
une plume avec
der Deutschen, Fribourg, 1862-64, t. II, p. 59. Il mentionne
De
Nationalliteratur un livre paru Ble en 1560 intitul
:
Ve^royahle destruction
gravures sur
(1)
et
ruine
du papisme, orn de cent
bois.
Cf. Janssen, ouvrage cit, t. VI, p. 24Tholuck, Z)^5 kirchliche Lehen des XVII^^^ Jahrhun-
deris, 1861.
(2)
Doumergue, ouvrage
cit, p. 191 et 192.
'
l'estampe SATlIUaUE AU XVl^ SIECLE
l80
Dans
des ailes de chauve-souris.
ou calviniste
une
est
tte
son habitation. Ses genoux forment l'un
de lion, l'autre une tte de chien. Le pied droit
une roue enflamme,
de sang.
pied gauche une boule rouge
le
Dans un
autre ouvrage de Johannes Praetorius, de 1598,
Auberge calviniste
au bonnet
dite
dnoncs dans leur folie,
sous
de Calvin
homme,
ce crne l'esprit canique
une caricature symbolise
une norme flche
le
mont sur un
dogme
moiti
cornu,
une longue langue.
tirant
et est
monstre
d'un
l'aspect
moiti lion,
des fous o les calvinistes sont
Il
tient
autre monstre qui
au bout de sept longs cous. Huit vers alle-
a sept ttes
mands expliquent que
la
doctrine calviniste a renforc les
erreurs et crimes des prcdentes hrsies.
la
Krelle
Bibliothque de
fait
Zurich, une gravure de Joann
allusion l'histoire des
erreurs sur
le
Saint-
Sacrement. Deux diables portent une sorte de panier d'o
part le
sommet d'une
diable inspire
Moi
Un
ministre calviniste, que
avec un soufflet, rpand
cette devise a Ich
nisterei.
tente.
manne.
la
On
le
lit
Sathan bin aug gar bey under der Calvi-
Satan,
je
suis aussi
parmi
les
Calvinistes.
Les docteurs calvinistes montent une chelle qui conduit
une arche.
Les cinq articles de Calvin
veut mourir dans
la foi
>
par lesquels
calviniste doit se
un chrtien qui
consoler, sont
l'objet de l'ironie des caricaturistes anticalvinistes (i).
(1) Bibl.
nat., coll.
rpondirent cette
Hennin,
t.
tJn
X, n 963. Les calvinistes
planche en publiant
la
mme
pice,
LA CARICATURE ETRANGERE AU XVI* SIECLE
moribond
est
couch dans un
tenant un sablier.
On y
lit
la
mort
l8l
est agenouille,
reoit les consolations d'un pasteur.
Il
voit les cinq articles avec leur rfutation. L'estampe,
imprime
est signe
J.L. (Jac:[ues Lederlen)
de 1590.
et date
Mais
Tubingue,
dans
c'est surtout
estampes contre
le
pape que
verve des peintres graveurs. Parmi eux se
la
s'exera
les
gnalent surtout Nicolas Manuel, Holbein
et
si-
Cranach.
Nicolas Manuel, dit Deutsch, excuta fresque, sur
mur du
du
jardin
le
une Danse des
clotre des dominicains,
morts, dont les dessins seuls subsistent aujourd'hui. L'artiste avait
le
reprsent
pape assis dans sa
rant l'un la
femme
la
mort dpouillant de
litire
bein
le
(2).
pape et
Il
ornements
dcore de deux bas-reliefs, figu-
adultre, l'autre les trafiquants chasss
du temple par Jsus-Christ
Plus prcises
ses
et plus
(i).
mordantes sont
attaques d'Hol-
les
excite l'ardeur des jeunes gnrations contre
les
gens d'glise qu'il dessine sous
l'aspect
des
bourreaux du Christ. Deux compositions satiriques d'Holbein sont
contre
comme une
le trafic
profession de
des indulgences.
pape (Clment VII ou Lon
d'vques et de cardinaux.
d'indulgence.
entoure
de
Au
Il
L'une
foi.
Dans une
suivant
tient
est
le
glise, trne
la date),
la
dirige
entour
main une
des prtres
premier plan, droite,
dclarations
diffrentes.
Ibid.,
bulle
mont.
X,
n 962.
(i)
Gruneisen,
Geschichte der
Todtentanie,
Stuttg^irt,
1830.
(3)
2 vol.
Woltmann, Holbein und
Passavant, ouvrage
seine Zeit, Leipzig, 1874-76,
380. n 29.
cit, t. III, p.
l'estampe satirique au xvi* sicle
a:S2
aux pnitents
rent
Au
offrande.
le
tronc o
milieu, autour d'une table, sont assis trois
dominicains. L'un tient une
lettre
d'indulgence et compte
l'argent qu'on vient de lui verser,
crire,
pendant que
le
un autre
troisime chasse
une indulgence, mais n'a pas
sollicite
A gauche,
hors de
jointes,
les
apparaissent
l'glise,
devant Dieu, David
mains
doivent verser leur
ils
se jetant
moyens de
les vrais
cierge,
Christ
le
Au
dont
vraie Lumire,
nilles.
milieu de
On
il
les
coute un groupe
le
Christ ou la
est
un chan-
les
assistants.
dire
Le
Je suis la
gauche compos de
parmi lesquels un personnage en gue-
et des cardinaux,
la
tourne
srie
le
compos du pape,
dos
la
lumire.
de planches graves
dessins d'Holbein pour les Danses des morts (i),
celles qui sont
L'une
satiriques.
-agenouill devant
le
reprsente l'Empereur,
pape. La Mort, tenant une bquille,
invite le souverain pontife
de deux
les
dans lequel brle
et
lumire frappe tous
sortes,
composition
vangliques
rappelle aussi, dans
se
d'aprs
la
la
droite, en opposition, le clerg,
Aqs vques
pnitents
Manass debout,
terre,
montre d'un geste qui semble
gens de toutes
payer.
en prires.
delier orn des signes
an
occup
un mendiant qui
L'autre estampe de Holbein est intitule
vraie Lumire.
est
la
suivre. Elle est
accompagne
diables.
Les estampes d'Holbein restaient encore plutt allgoriques que caricaturales.
(i)
\sur
Avec Cranach,
la satire
devient
Langlois, Essai historique, philosophique et pittoresque
Danses des morts, Rouen, iS^r, pi. xxviir.
les
LA CARICATURE ETRANGERE AU XVl' SIECLE
En 1521, Lucas Cranach
plus acre.
(i)
183
le
attaque
pa-
pisme dans une srie de dessins, reprsentant d'un ct
scnes de
cute des
passion, et en regard l'interprtation de ces
la
incidents de
la
vie
du Christ par
le
si
de Marie, Halle,
et l'autre la
nouvelle doctrine. Sur
prtres et les
pices contre
moines
le
pape
tels qu'ils
le
le
on
la bibliothque
bibliothque de
les services
venu, jusque sur des cartes
ex^-
fonde par
Gthe). Ces gravures s'inspiraient de
de Luther, qui signalait
la
il
rare de neuf planches dont
ne connat que deux exemplaires, l'un
En 1545,
pape.
caricatures (2) contre la papaut
diable , dans cette srie
(collection
les
les
que
Weimar
la
parole
images rendent
premier bout de planche
jouer,
sont
on peut montrer
(3).
et les prtres est
Le nombre de ces
considrable.
sieurs d'entre elles ont t runies dans
les
deux
Plu-
recueils (4),
trs intressantes pour
qui en renferment deux catgories
Chrtsii und Anechristi [texte de Luther,
{\) Passional
avec 31 figures de Cranach graves sur bois), vers 1^21.
Chrisii et Antechristi videlicet papce, Ge-r
Antithesis
nve, 1578, avec 36 fig. de Cranach imites du Passional.
(2)
Schuchardt, Lucas Cranach, Leipzig,
p. 248-55 et
t.
III, p.
1851-70,
t.
II,
231.
Janssen (Jean), La civilisation en Allemagne depuis la
fin du moyen ge Jusqu'au commencement de la guerre de
Trente ans (Traduct. E. Paris), Paris, 1902, t. VI.
(3)
Drugulin, Historischer Bilderatlas, Leipzig, 1867.
I^^"" und XVIP'''
Scheible, Die fliegenden Bltter des
mit KupferstiEinblattdrilcken
Jahrhunderts insogenannten
lien und Hol^schnitieii, ^unaechst aus dem Gebiete der politischen und religisen Karikatur. Tires des trsors de
la bibliothque de la ville d'UIm, Stuttgart, 1850 (88 Ta(4)
feln).
XV
l'estampe [Link] AU XVl' SICLE
184
de
l'histoire
la caricature
Cranach eut des disciples
matres susceptibles
Gottland
sente
un monstre
ces ttes
dans
bon
le
la
porte
d'tre
quatre
tiare.
au sommet.
pape
la
Ble (i), du livre
intitul
Di
Hans Sachs met en regard
orn
recueils
sous
oUm
le
de
n'pargnent pas
1560,
destruction
ruine du
et
en
une collection
1570,
vera
titre Expositio
papisme,
parum imaginum
d'elles reprsente le
pape, la tte orne d'une triple couronne, qui trangle
et
c'est--dire l'empereur, et
une
oie,
tient
disait
artistes
Le
d'avoir
du grand
homme
Nns
franciscain Jean
cite les
noms de
qui dmontraient par l'image que
prtres sont les
Il faut
clerg.
un prdicateur de 1372,
suivi avec tant de fidlit les instructions
Luther.
un
un coq
ses pieds
animaux symboliques du bas
louer les artistes,
le
cent gravures sur bois,
Nurembergcs reprtarum. L'une
aigle,
de
l'glise,
publication, en
la
Thophraste Paracelse publie,
d'images,
Christ au bas de
le
Aprs
l'effroyable
repr-
Une
trois ttes.
il
L'enfant Jsus enfonce une lance
D'autres
papaut.
Gottland
Pierre
pieds et
les
de Cranach,
rapprochs
mauvais pasteur, l'un
et le
sicle.
des imitateurs. Parmi
et
Hans Sachs.
ventre du monstre.
le
davantage
et
au xvi^
religieuse
ennemis du Christ. Bartsch
le
trente
pape
et les
et
Passa-
.(2)
vant (3) ont mentionn et dcrit plusieurs de ces estampes.
En 1577, Tobie Stimmer
illustra
de planches satiri-
Weller, Annalender poliiischcn Nationallitteraiur der
Deutschen, Fribourg, 1862, t. II, p. 599.
(i)
(2)
Bartsch, VIII, 413. IX, 15.
(3)
Passavant,
III, p.
126, 457,
IV, p. 182, 224, 227, 281-
LA CARICATURE TRANGRE AU
ques contre
sentant
le
1598
Son nez
(i). Il
excute une gravure repr-
sa
s'entr'ouvre.
Dans
bordure on
la
lit
1586, un imitateur de Cranach
fait
du matre
(2).
got de
celles
main une
tiare tient la
la
Devant
d'ordures.
lui
debout derrire
sujets des caricatures
Solis, la bte
adore
le
Mayence
pape
contre
le
assis
il
sur
paratre
une estampe
Le pape couronn de
et
Trves. Le diable se
et tire la
langue. Parfois les
pape sont emprunts l'Apo-
ttes.
montre sous forme d'un dragon
autre,
Gorgoneum caput. En
Francfort par Virgile
qui sort de l'abme porte
monstre aux sept
le
Une
un dragon, dont
Des
images.
En 1535
la
et
pape
autre estampe
trois ttes
le
dans une
il
est figur
l'entre de
gueule symbolise
interdisaient
dits
et le
la tiare
crache du poison; dans une troisime,
l'enfer.
couvercle
le
bulle d'indulgence, couverte
Dans V Apocalypse publie
calypse.
menton
sont agenouills l'Empereur, un car-
dinal et les lecteurs de
tient
poisson, son
est forai d'un
bouche d'une cruche dont
d'un peigne,
le
185.
pape, qui porte en guise de tiare une cloche garnie
de cierges.
dans
SiCI
l'ouvrage de Fischart Aller
les superstitions,
Practtc Grosmutter,
XVI*^
la
publication
ces
de
aux
1546, des ordonnances prescrivent
de toute insulte l'ancien
graveurs sur bois de s'abstenir
testament.
En 1589
(3), le conseil
des gravures injurieuses
Nuremberg
l'glise catholique.
fit
saisir
Malgr
457, n" 90.
(i)
Passavant,
(2)
Thsaurus picturarum, Bibliothque de Darmstadt.
t.
III, p.
Brockhaus {Hislorische
Catalogue des antiquaires de
ZV/'"
des
Leipzig, 1890.
Bltter
Jahrhunderts),
fliegende
Kunstwissenschaft,
Leipzig.
Jahrbiicher
fiir
Zahn,
Cf.
pour
de
(3)
'
1868-73,
t.
I,
p. 233.
l'estampe satirique au xvi= sicle
i86
tous les dits,
An-
taient rpandues profusion.
elles
dresen (i) mentionne une gravure de Mathias Zundt de
Nuremberg, dans
laquelle
religion est reprsente sous
la
d'une femme appelant
les traits
fernal s'chappaient des oiseaux
tiare
ou du chapeau de
animait
les
De
l'aide.
dmoniaques
cardinal.
Tel
l'abme in-
de
coiffs
tait l'esprit
la
qui
caricaturistes de la nouvelle cole contre tout
ce qui tait catholique (i).
L'indcence
de ces
images
les catholiques.
choquait
Peintres et
graveurs, crit l'auteur (3) d'un recueil d'ins-
tructions chrtiennes, semblent en vrit se plaire nous
scandaliser. Mais aux caricatures protestantes rpondirent
des caricatures catholiques. Le Calendrier luthrien vanglique des hrtiques voleurs d'glises^
compagn d'une gravure
montrent
mots
des voleurs
Tu
de
Thomas Murner,
satirique.
Mose
et
Jsus-Christ
une banderole o sont
ne voleras pas.
En 1581 Jean Nas
sente Luther discutant sur
messe avec
lit
de sa
femme Catherine
ver un dessin symbolisant
d'un monstre trois
connus qui ont
(i)
ttes.
laiss
le
(4)
la
desse Hrsie sous
Enfin
il
repr-
diable prs
demi nue. Eisenhut
fait
la
est
du
gra-
forme
faut citer ces matres in-
de curieuses gravures contre leluth-
Andresen, Der deuische peintre-graveur, Leipzig,
1864-66,
t.
{})
Janssen, ouvrage cit.
Ein Erklerung des Vaterunsers, 161 7.
(4)
Jean Nas, Examen chartaceae,
(a)
crits ces
D'un autre ct Zwingle
reprsent suspendu au gibet.
la
est ac-
tadt, 1581.
Luther.
Conc, Ingols-
LA CARICATURE TRANGRE AU XVl' SIECLE
fanisme. Janssen
187
mentionne une image reprsentant
(i)
homme
luthranisme sous forme d'un
le
entour de tholo-
giens, prpars le couper en morceaux, avec cette explica-
tion
Vois
comme
le
malheureux luthranisme
tyris par ses propres aptres.
rien.
Il
lique est
dcrit encore
Tout
l'heure
une autre pice o
symbolise par un navire
faisant voile vers le paradis, tandis
il
est
mar-
n'en restera
catho-
l'glise
dirig par le Christ, et
que
trois autres nefs vo-
guent vers l'abme infernal. L'une porte l'glise luthrienne,
la
seconde
zwinglienne,la troisime
l'glise
Cet aperu sur
les
les anabaptistes.
estampes allemandes du xvi*
sicle
permet de constater qu'on ne peut gure voir dans ces
pices,
souvent grossires, des caricatures politiques. Elles
semblent plutt devoir tre regardes
comme
des images,
mles aux discussions thologiques. Leur caractre raliste est
fait
tel
absent.
parfois
On
que
l'art
est
dans certains cas tout
prtend (2) que Luther, qui a inspir
beaucoup d'entre
elles,
et exerc
une grande influence
sur les artistes de son temps, tait insensible aux beauts
artistiques, et
on
vures au service de
Quelle que
le
rend responsable d'avoir mis des gra-
la
polmique
soit la cause
de
religieuse.
la faiblesse
de ces estampes,
mouvement de
elles
ne se rattachent ni au
pi
une tradition nationale.
Il
la
Renaissance,
n'est pas vraisemblable
supposer qu'elles aient pu avoir une action sur
les
de
graveurs
franais.
(1)
(2)
Janssen, ouvrage cit.
Lehrfeldt, Luther^ s Verhdltiiiss
Jern, Berlin, 1892.
{ti
Knnst und
Kiinst-
l'estampe SATIRiaUE AU XV1 SIECLE
l88
On
le
peut accepter
terme de caricature que leur donne
un ouvrage du temps
(i),
sans admettre que ce sont des
caricatures politiques
l'imitation des Hussites, dit cet
auteur, lesquels au
ricatures dans
le
xV
sicle
but d'avilir
ont rpandu tant d'odieuses cale
et le clerg,
pape
en Allemagne quantit de peintres
de nos jours
graveurs sur cuivre et
et
sur bois ont mis leur talent au service de
la
nouvelle doc-
Ces pices sont des caricatures religieuses, dont
trine.
les
rformateurs tirent parti pour illustrer leurs ides. Elles
n'expriment pas,
comme en
nion populaire, mais
la
elles
France,
les aspirations
sont au contraire destines dans
pense des chefs du protestantisme convaincre
Ce sont
de l'opi-
la foule.
des armes entre les mains des thologiens, qui
luttent contre la papaut et veulent agir sur les masses.
Ces images, loin d'tre
tendance
comme
isoles,
procdent d'une
mais ne sauraient
religieuse,
tre
mme
considres
l'expression d'un systme d'opposition politique.
Cette cole allemande de caricatures religieuses exera
ds
la fin
dans
les
du xv=
sicle
une grande influence sur
Pays-Bas. Renouvier (2)
marquer que l'Allemagne, qui
le
ton des Pays-Bas,
et ses graveurs,
loir leurs
le
donna
d'abord
tendances et
les
la
la
gravure
constate en faisant re-
recevait au
commencement
son tour.
Ses dessinateurs
imitateurs, auraient
fait
prva-
Pays-Bas, trop souvent oublieux
de leurs traditions, seraient devenus leur tour tributaires.
Lors du mariage de Marie de Bourgogne avec
(^)
Ein Erklerung der Vaterunsers,
(2)
Renouvier, ouvrage
cit, p. 264.
1617,
f.
9.
le
fils de-
LA CARICATURE TRANGRE AU XVl^ SIECLE
l'empereur Frdric
III,
l'archiduc Maximilien,
Nunc idem populus unus
Germanus
rienne
et
et alter erit.
pariter Belgicus esse volet.
en Allemagne,
attaque Calvin.
la
caricature est surtout luth-
Un
placard intitul Calvinus Ves-
deux gravures
peren {2), les Vpres de Calvin, tait orn de
sur bois.
Dans
un
l'une,
homme
un gelier devant quatre juges
un
homme
(i),
nunc Germanus habet
Belgicus hic Gallus jam
Comme
un pote
union des deux pays en ces termes
clbrait cette
189
meurt
et
un
enchan est amen par
Dans
et dit Appello.
Un
secrtaire crit.
l'autre,
collection-
neur (3)possde une autre estampe imprime Delft en 1579,
signe
Van
der Does, avec une citation du passage d'Esae
I,V, 18. Quatre pages ouvertes, remplies d'inscriptions,
sont intitules, deux d'entre elles
la Vieille
autres la Nouvelle Bible. Au-dessous,
et
on
un nouveau prdicant rform. L'un
on
pure parole de Dieu. Sur l'autre,
Il
arrive souvent aussi
doctrine
prise
parti
que
le
dans
la
mme
Doumergue
satire.
(4), se
voit
dit
:
les
Ainsi dans
Nous avons
(2)
Doumergue, ouvrage
(3) Id., ihid., p. 219.
(4)Id., ihid., p. 205.
la seule
en Allemagne. Les tenPays-Bas sontenveloppes
les collections
Carmen saphicum, Louvain,
Bruni,
la
Paratre sans tre.
du docteur
trouve mentionne une pice
(i)
deux
Jean Calvin
calvinisme n'est pas
comme
dances religieuses qui divisent
lit
Bible tt les
cit, p. 150.
1477.
La Cui-
L ESTAMPE [Link] AU
190
sine des Opinions,
XVl*^
SIECLE
o l'auteur tourne galement en
ridicule
les luthriens, les
memnonistes. Lagravure
est signe Fisscher et attribue
l'anne 1585. Calvin est
les
catholiques,
assis table,
viande
le
dcoupant un
suc d'une orange, allusion
Luther joue de
paules,
il
la guitare.
la
Le pape
anabaptiste est
mange
de
plan,
presse sur la
maison d'Orange.
deux chats sur
les
un
occup nettoyer un poisson prs de
l'autre extrmit de
libertin reprsente la tolrance.
une femme,
les
soupe avec une cuiller.
la
chemine, o bout un chaudron.
la pice,
la
Il
porte une bavette sur laquelle sont brodes
clefs de saint Pierre et
Un
de veau.
rti
la
main appuye sur une
d'ustensiles, porte au bas de sa robe le
mot
Au
premier
table, charge
Ratio, et indique
diverses sectes qui doivent se supporter.
les
Le muse d'Amsterdam
et
Bibliothque nationale
la
renferment des pices d'une inspiration identique. Au muse
d'Amsterdam, une gravure sur bois reprsente un
qui
tire
un canon, d'o sortent
les
Arius, Luther, Calvin.
Le canon
glise chancelante, d'o
s'enfuit
diable
mots schisme,
secte,
une
est dirig contre
un moine.
la
Biblio-
thque nationale, une gravure imprime Paris
(1),
dont l'original a t dit Amsterdam, montre
assis
tour d'une grande table^ faiblement claire par
d'une chandelle,
les
rformateurs
la
mais
au-
lueur
Wiclef, Huss, Zwingle,
Luther, Bucer, colampade, Calvin, Melanchton, Martyr,
Knox, lUyricus, Bullinger, de Bze
et Perkins.
(i)Bibl. nat., Qb. 196. L'original appartient au docteur
et est sign Jean Houwens. Doumerguct, ou-
Doumergue
vragi
cii, p. 196.
LA CARICATURE ETRANGERE AU XVI* SIECLE
Dans l'estampe
originale
d'Amsterdam, on voit de dos
les ennemis de
quatre personnages,
chent l'teindre. Ce sont
et
la
lumire, qui cher-
reprsentants de
les
Le premier
a le
papaut
science catholique,
mensonge
tte
le
le
science
la
esprit de
troisime porte une tiare de pape sur
la
tradition des rformateurs allemands, les ca-
ricaturistes des
la
Pays-Bas n'pargnent pas
etRomboul van
par Martinus van Bensecom, Allard
den Hoye. Dans cette estampe
de faire pencher
mont
suspend
un grand
papaut. Elle
de leurs attaques dans un sujet, grav successive-
est l'objet
gieux,
deuxime
le
quatrime brandit d'une main un goupillon.
Suivant
ment
la lu-
chapeau de cardinal qui symbolise
la fausse
une figure de dmon, avec cette inscription
se
la
de l'glise catholique, qui soufBent chacun contre
mire.
la
I9I
le
sur
et tire
livre,
l'autre plateau,
le
plateau d'une balance. L'un des
plateau, pse de tout son poids
de toutes ses forces. Sur
une
il
deux moines essaient
(i),
tiare et les
clefs
est plus lourd.
l'autre
le plateau,
il
de saint Pierre. Sur
n'y a qu'un grand livre
pendant ce plateau
reli-
la
Devant
Bible, et cele
plateau se
tiennent Jean Huss et Calvin, entours de Luther, Melanch-
ton
le
et
de deux autres rformateurs.
pape, deux cardinaux,
un
De
l'autre ct,
on
voit
plerin, Loyola et des enfants
de chur.
L'ide d'une balance allgorique se .trouve reprise dans
une autre caricature hollandaise
Gomar
et
Arminius
la cour
(i) Bibl. nat., coll.
(s) Ibid,.,
t.
dispute de
du prince Maurice. L'opinion
Hennin,
X, n 999.
la
(2), relative
t.
X, n^ 989.
l'estampe
192
de cliacun
est
S.\TIRIQ.L'E
au XVr SIECLE
mise dans un des plateaux de
Arminius y place une robe d'avocat
et
la balance.
coussins du
les
-conseil, c'est--dire la puissance des tats qui taient ar-
Arminius appuie
miniens.
baisser.
Gomar
sur le plateau
n'a mis dans l'autre plateau
pour
que V Institution
de Calvin et un volume de Thodore de Bze.
derrire en prires. Maurice prend le parti de
lait
pencher
Dans
plateau de
le
la
se tient
Gomar
et
balance, en y posant son pe.
Renouvier appelle
celte cole
les
ces
On
graveurs
matres drles.
flamande, ce serait
drlerie.
faire tat
On
n'en
spirituels
que
n'y a pas trace de caricatures politiques.
il
trouve pas davantage chez
le
Ce qui
got de
caractrisait
peut sans scrupule, crit Renouvier
de l'cole des matres drles, car
mands. Ces graveurs
de
la fantaisie et
ils
de plus prs et sous un jour trs particulier
On
Il
cette imagerie, inspire par les querelles des tho-
logiens,
la
faire
le
sont-ils catholiques
(i),
nous font voir
les
types fla-
ou protestants?
ne saurais le dire. Leurs sujets sont pleins de charges
inconcevables,
ils
mlent
la
farce la dvotion, la rusticit
l'esprit et s'assurent la popularit par la libert
images,
Ces matres drles
(i)
de leurs
Jrme Bosch
(2),
Renouvier, Des types
et
(3),
Brueghel
(4),
des manires des graveurs,
M9Montpellier, i853, P- M3
dans la peinture
(a) Maeterlinck, Le genre satirique
mande et wallonne, Bruxelles, 1907.
Bosch {Revue de
(3) De Fourcaud,
derne, avril 1912).
Paul
l'art
ancien
et
fla-
mo-
Lafond, Bosch, Bruxelles, 1914.
Michel (Emile), Les Brueghel, Paris, 1892. Van Bastelaer et Hulin, Peter Brueghel l'ancien, Bruxelles, 1907.
(4)
LA CARICATURE ETRANGERE AU XVl' SlCLZ
composent des
s'ils
I93
ne peuvent, dans au-
satires ralistes,
comme
cune de leurs uvres, tre regards
des caricatu-
ristes.
Il
ne faut pas confondre leur
art
tant en diableries et allgories, avec
riques sur des sujets religieux,
les caricatures. S'il est
ne s'ensuit pas de
il
caricature politique soit ne dans leur pays
ait t cultive.
En
consis-
flamands de publier des images
arriv des graveurs
la
naturaliste,
ou
sati-
que
mme
malgr un nombre assez consi-
ralit,
drable de gravures satiriques, dites en Allemagne, en
Flandre et dans
ces pays au dbut
les
du
n'existait
elle
Pays-Bas,
ne peut davantage revendiquer
L'Italie
pas dans
xvi*' sicle.
genre. L'Italie, en apparence
rfractaire
si
la priorit
aux images gro-
une place dans son
tesques, leur a accord
art.
Dj au
xv^ sicle, Andra del Castagno et Botticelli avaient
pos des charges,
le
les
les
Albizzi;
complices de
xvi^ sicle se produisit
une
figurer des
second en peignant,
le
conspiration des Pazzi.
la
srie de charges
tressantes, les unes dans le
s'amusa
cole,
Parmi
Muntz
signale
Elle symbolise le
les
anonymes,
l'auteur
autres inspires de
Il
pour
tient des
Bluin
de
la
oignons; en face de
se rattachant
de
son
curieuse.
homme
barbu, vu
mois de mars par un
se plaindre
les traits
d'une planche
de face sur une chaise et ouvrant
comme
in-
got de Baccio Baldini, qui
grimaces,
ces matres
Au
non moins
Mantegna, qui avait peint Innocent VIII sous
l'Avarice.
com-
premier en reprsentant, par ordre des
Mdicis, leurs ennemis
en 1478,
de ce
la
bouche toute grande
mauvaise chre du carme.
lui se
trouvent des sardines,
13
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
194
des poissons, des crevisses (i). Passavant (2)
mentionne
une autre pice satirique lombardo-vnitienne: une troupe
On
de singes jouant toutes sortes de tours un marchand.
pourrait signaler qu'il y a aussi des cliarges chez Raphal,
peignant
sur
le
l'occasion de la reprsentation des Suppositi,
Fra Meriano tourment par
rideau du thtre,
On
diables.
les
en rencontre surtout chez Lonard de Vinci,
dont les types dforms ont t compars
d'un savant
taisant
(3)
aux expriences
jouer les muscles qui
concourent
l'expression.
Mais
il
n'y a gure dans ces productions de
Une
politiques et sociales.
se trouve
des pices les plus intressantes
au muse national de Stockhohii
charge de Calvin date
de
1566.
morceaux de poulets dplumes,
barbe
vritable charge,
tnais
forme de
Il
s'agit
comme
le
caricature politique.
non plus reprsent en Espagne
(i)
Muntz, Histoire de
1889,
(2)
t.
Il, p.
Passavant,
ar-
matre de saint Georges et certains peintres
catalans assez spirituels, mais
ris,
tte
d'une
ou en Angleterre. En Espagne on rencontre bien des
tistes,
une
queue d'un brochet. La col-
la
non d'une
se trouve pas
est
bouche serait une
la
de morceaux de papier.
lerette est faite
Ce genre ne
la
(4) et serait
L'auteur s'appellerait
Giuseppe Arcimboldo. La figure de Calvin
bante de poisson,
caricatures
ils
l'art
se
bornent exagrer avec
pendant
la
Renaissance, Pa-
149-
Le peintre-graveur,
Leipzig,
p. 190,
1860,
t.
V,
de l'inci, Paris, 1906.
Muntz^
(y) Sailles, Lonard
Lonard de Vinci, Paris, 1899.
janvier i()0).
(4) ^eue preussiscJie Kreunfitung,
"]
LA CARICATURE TRANGRE AU
SIECLE
XVl'=
195
pret les traits d'une physionomie, sans aucune intention
satirique (i).
En
c'est
si
peine
sicle.
xvi'=
l'on peut dire
les
ouvrages
remarquer Wright
que
Les rares exemples
trouvent dans
acts
fait
Angleterre,
la
(2),.
caricature existe au
d'imagerie
satirique
comme
illustrs (^),
les
se
Fox^
and Moimments, de John Dey, publisen 1562, Y Arthur
de Bretagne, de
Robert Redborne ou dans
la
Tirante of the
papists, de William Seres de 1562. Ces gravures sont loin
de donner une ide du got anglais pour
tique. Ainsi parmi
les
de caricatures politiques au
gaulois (4).
lement,
Les
comme
religieuse, mais
titue
ainsi
prsentants
il
sicle.
xvi'^
pas d'exemple
La France seule
un genre bien appropri au
artistes
vieil esprit
de ce temps n'abordent
en Allemagne,
ils
humoris-
style
estampes satiriques d'Allemagne,
des Pays-Bas, d'Italie, d'Angleterre,
parat avoir cr
le
les sujets
osent touchera
la
de
pas seu-
polmique
[Link] se cons-
une cole d'imagerie militante dont
les
re-
sont des novateurs qui mritent d'tre tirs
de l'oubli.
(i) Bertaux, Les fresques de la cathdrale de Lon (Revue
de l'art ancien et moderne, 1908, t. I, p. 272).
(2)
Wright, ouvrage
cit, p. 354.
Typographical aniiquities or The history of
in
England, Scotland and Ireland, London, 1819
printing
(4) Chanapfleury, Les graveurs et marchands imagiersVl^ et X\ll^ sicles {^Ga^eite des Beaux-Arts ^
populaires des
(5)
Dibdin,
1^'
novembre
1877).
CHAPITRE
FRANCE AU XVl^ SIECLE
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN
Tandis qu'en Allemagne,
la
VI
caricature est ncessaire la
propagande des thories des rforms, en France,
participe pas d'une
manire analogue aux
elle
ne
luttes religieuses.
Certains historiens (i) seraient tents d'expliquer cette diffrence, en soutenant
que la Rforme
n'a pas t aussi populaire
en France qu'en Allemagne. L'nergique
[Lihellus de pueris instituendis)
demeurer toujours des tous
comme un
et
loquent appel
pareil ne se serait produit en
mettre en jeu
les
lut pas
libelle
de Luther
Voulons-nous, Allemands,
des brutes
, est considr
nation allemande. Rien de
la
France au xvi*
sicle.
passions, crit Grand-Carteret
grand mouvement social
France ne
est
(i)
au
remue jusque dans
Franck d'Arvert, L'humanisme
XV 11^ sicle {Revue
un
^2),
toujours ncessaire. Or,
ses entrailles par
de ces secousses qui font poque dans l'histoire.
ft
Pour
et la
la
une
La R-
Rforme au XVI^
internationale de V enseignement
juillet 1.887).
(2)
1888.
Grand-Carteret, Les murs
et la
caricature en France^
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
I97
forme, purement dogmatique, ne pouvait mettre en branle
Ces thories, considrant
le tocsin populaire.
franaise
comme
contestables.
c'est
que
isole de la vie
est
Doumergue(i)
commune,
constitue
la
nat Grand-Carteret, n'en prouvrent pas
profondment ancr dans
si
un grand
moins
grand courant d'opinion,
guerres [Link] auxquelles
la
soulever
protestantisme, par les
le
donna naissance,
fit
clore
vritable caricature franaise.
En Allemagne,
l'imagerie satirique est assez grossire.
Dpourvue d'aspect
ment
il
ce besoin
nature humaine.
la
Impuissant en tant que manifestation religieuse
cependant
s'est
d'opinions. Les huguenots toutefois, recon-
mouvement
un
n'a pas
Rforme
oblig d'expliquer les caricatures religieuses par
de satire,
estime
France^ on est
ferme en
de socit
Il
Rforme
la
Tout en admettant que
l'tat
Rforme
paraissent trs
d'un avis oppos.
une erreur de prtendre que
agit la France,
la
religieuse.
une porte
artistique, elle a
Plus on avance dans
le
essentielle-
cur de
l'Alle-
magne, ajoute Grand-Carteret, plus on constate que
scnes de luxure ne sont pas places sur les
par
amour du
grivois,
les
monuments
mais toujours et uniquement dans
un but de protestation contre Rome,
la
grande prostitue
de Babylone.
En France,
la
de beaucoup
(i)
1909.
n'ont pas cherch jeter ainsi
s'est
grande prostitue. Si l'Apocalypse
fortement de leur imagination, comme de celles
Tanathme
empare
les artistes
d'hommes du
Doiimergue,
xv sicle,
Iconographie
il
ne faut pas voir
calvinienne,
Lausanne,
l'estampe satiriciue au xvi^ sicle
:i^8
'dans
remploi de
cette figure
d'une haine
tions
la
grande prostitue,
a isouvent
que
Rome.
contre
Si
l'on
Un
veau s'y manifeste.
l'art
grce
Au lieu d'tre
du dessin
la
et
de
la
Il
il
romain,
l'allusion classique l'empire
ces images d'intentions subversives.
dans
reprsente Ja
bte dix cornes et sept ttes,
dix provinces et ses sept empereurs (i).
'
manifesta-
les
symbolique
n'y
ses
n'y a pas dans
seul caractre nou-
des pices uniques,
comme
miniature, elles sont devenues,
xylographie, des preuves pouvant tre tires
un plus grand nombre d'exemplaires.
Pendant
gravure
et
premires annes du dveloppement de
les
de l'imprimerie,
les
employ par
le
la
systme de dmonologie,
sculpteurs et les miniaturistes du
moyen
ge, continue tre exploit avec succs. Malgr les per-
fectionnements de procds techniques nouveaux,
ture ne se produit pas
sicles passs.
brusquement avec
Les monstres comiques
et les diables effrayants
illustrent
l'Art de bien mourir, reprsentent dessujets diaboliques
prunts
la
em-
dmonologie du moyen ge. Le mourant
expos aux tentations du dmon. La Vierge,
les saints l'aident
l'obsdent, lui
ronnes
rup-
tradition des
la
demeurent en usage. Plusieurs des planches, qui
-
la
pour
vaincre
montrent
le
tenter,
singe, l'autre avec
le
dmon. Parmi
le
Christ et
les diables
ses pchs en lui offrant des
l'un
est figur
une
avec
est
qui
cou-
tte
de
une mchoire d'ne, un autre avec un
bec de perroquet (2).
(1)
(2)
Kenan, L'Antchrist, Pari?, 1873, p. 4 12.
Manuel de V Amateur^d'estampes Paris, 1884
Dutuit,
P-29-
.,..-^
'
'
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVi^ SIECLE
99
Ce gct de ralisme passant successivement de l'polivante la factie, cre des uvres o la gaiet domine moins
que
la
peur.
Ce sont
les
Danses des Morts ou Danses macabres
La premire bauche de
morts
se
et
ce sujet serait
des trois vifs (i), qui est bien
soudain devant
dressent
trois
le
Dit des
trois
connu. Trois morts
cavaliers qui
reculent
pouvants. Les morts leur parlent, leur racontent quels
ce
furent dans
ils
personnages
que nous sommes. Les
motion
et font
M. Mle
fait
la
vie et ajoutent
trois vivants les
dans
les
serez
coutent avec
un retour sur eux-mmes. Dans ce tableau,
la
remarquer que
mort, tout en
se prsentant
sous un aspect redoutable, est pleine de clmence
destine
Vous
mouvoir
le
pcheur, non
le
et qu'elle est
frapper, tandis que
danses macabres toute ide de clmence disparat.
La plus ancienne danse serait l'illustration d'un sermon
sur la mort (2). M. Mle nous signale la dcouverte
voir
Abel, Le dit des trois morts H
(i) Sur cette question
des trois vifs [Mmoires de la Socit d'Archologie de la
:
Moselle, VIll, 1866).
Dimier, Les danses macabres
et
Vide de la mort dans
l'art chrtien, Faris, i^oS.
Kiinstle,
Die Lgende der drei Lebenden und der drei
To/^w, Freiburg, 1908.
Longprier, Le dit des trois morts et des trois vifs {Revue
archologique,
II, 1845).
Mle, Revue des Deux Mondes, avril 1906.
Monaci, La Legenda dei ire morti et dei tre vivi.
und drei LebenPerger, Die Lgende^ von den [drei Toten
den,
Wien,
1871.
Les trois morts et les trois vifs, mural painting in
Charlewood {Church Archaeol. Journ., XXI).
de la fin du moyen ge en
(2) Mle, Vart religieux
Way,
France, Paris, 1908.
200
l'estampe SATIRiaUE AU XVI^ SIECLE
de l'abb Miette qui aurait trouv dans
de Caudebec (bibliothque de
l'glise
39,
369) une pice d'o
f"
archives de
les
Rouen, Ms. 2215
on
rsulterait qu'en 1393
il
avait dans cette danse.
Les acteurs reprsentaient tous
jusqu'
la
houlette.
la
la
en
sortait
roi
fin,
Danse macabre peinte,
depuis
tour,
chaque
marquer que tout prenait
les e'tats,
il
comme
plus ancienne
le
sceptre
un pour
Quant
berger.
serait celle
du
cimetire de Saint-Innocent. Le Journal d'un bourgeois de
Paris (i) en
donne exactement
la
la
danse macabre aux Innocents
le
mois d'aot
et
date. L'an
fut faite
1424
commence environ
et fut
acheve au carme suivant.
Les gravures
qui s'inspirrent de cette composition eurent un grand
succs lors de leur publication.
accueil qui fut rserv
la
On
signale surtout
de
premire dition
chant, imprimeur parisien,
bon
Danse
la
Guyot Mar-
macabre, avec gravures sur bois, en 1485, de
et
le
une autre Danse macabre de
Vrard, mise en vente en 1492.
La vogue de
par
s'explique
d'opposer
ces ditions successives de danses
le
qu'elles
rpondaient
l'ingalit des classes l'galit
On sent, dit M.
lourds,
fait
les
Mle, un
privilgis
tat social
commencent
les
macabres
un
devant
besoin
mort.
la
abus deviennent
tre
svrement
jugs. La mort heureusement est gale pour tous et remet
tout dans l'ordre.
Pape ou abb,
paysan, quelle que soit
les
la
roi
ou seigneur ou
condition des individus,
la
mort
entrane tous dans une farandole o personne ne peut
se dispenser d'entrer.
(i)
Journal d'un bourgeois de Paris, Paris, 1881,
p. 203,
LA CARICATURE RELIGILUSE EN FRANCE AU XVi' SIECLE
201
Mais cette satire des personnages puissants n'a pas un
tour agressif et est
mme
la
colre
lieu
d'exprimer
comme
ou
elle s'incline
l'omnipotence,
cit,
dpourvue d'ironie mordante.
si
d'une hirarchie parfaite
viennent l'empereur,
le
les
des
Morts du
tressantes
satires
une
scnes,
des
deux diables
sur
cette
ails,
de
mea. Le
Saint-Pre
un
sur
dieu
pape, puis
patriarche, le
xvi*
renferment
sicle
d'in-
Ainsi Holbein, dans
le
assis
pape
quelques lignes
de
ces
Necker
mots
ajoute cette
Toi, pape,
la
caricatures,
de
prs
dont l'un tient droule une charte
Jobst
texte
le
ne soient pas des
reprsente
contient
charte
le
les lois
chevalier, l'vque, l'cuyer,.
religieuses (i).
laquelle se lisent
l'dition
le
le roi,
so-
ces gravures
Danses
en tte marche
la
immuable.
s'avancent suivant
cardinal,
conntable, l'archevque,
Quoique
devant l'organisation de
M. Mle,
de
les excs
cette organisation'devait rester
Les vivants, ajoute
l'abb, le bailli.
haine contre
la
Au
(Augsbourg,
Ve
Dans
d'criture.
tibi
1544),
corona superbia
apostrophe du squelette au
vrai antchrist,
terre et tu
n'es
tu
veux tre
qu'une vile
cra-
ture.
Ce sont
un des nombreux exemples
Rforme sur l'imagerie
tmoignage du xvi'
religieuse.
sicle, s'leva
En
d'action de la
l'an
1520, dit
en Allemagne un docteur
thologien hrtique de l'ordre de saint Augustin,
Martin Luther, qui
(1)
dit
un
beaucoup de choses contre
nomm
la
puis-
Kastner, Les Danses des morts^ Paris, 1852, p. i2i>
L ESTAMPE SATIRiaUE AU XVI^ SIECLE
202
du pape
;sance
nuer (i).
et
tout plein de livres,
fit
Lorsque
France, on dut,
le
se
protestantisme
comme on
la
voulant dimidveloppa en
vu, tablir une
l'a
lgislation
contre ce danger nouveau.
Les
livres de
Luther turent brls. Louis Berquin, sus-
pect de les avoir traduits, fut
il
condamn
aux libraires, sous peine d'amende
tait interdit
son, d'avoir des livres de Luther (2).
arrt de la
Le
Cour du Parlement dfendait
d'imprimer
En
mort.
les livres
de Luther.
1521,
et de pri-
un
fvrier 1526,
tous
Il n'y a
imprimeurs
pas d'dits sp-
ciaux contre les images que l'autorit souponnait de
Au dbut du
.pandre des doctrines protestantes.
elles
r-
xvi' sicle,
sont rares en France.
En Allemagne,
s'explique par
gieuses
la
la
le
grand nombre des pices satiriques
ncessit de mettre les nouvelles ides
porte de tous. Elles sont
sables aux rtorms dans
abus de
l'glise.
le
les
reli-
armes indispen-
combat entrepris contre
Leur verve virulente
tait destine exci-
ter contre elle l'opinion et livrer la rise publique
et les
pape
de
moines. Leur but
collaborer
tait
l'uvre de
de propager
Reuchlin,
la
tre tout
diffrent,
elle n'eut pas
.d'attaque et n'obit aucun
sur
politique se greffa
(i)
la
la
mot
question
Rforme
le
prit
le
Rforme,
Hutten
de
de Luther, d'agir sur leurs contemporains par
ip pamphlet, l'image. En France,
les
et
sermon,
un
carac-
de chef, pas de plan
d'ordre.
La question
religieuse.
Ce
n'tait
FranJournal d'un bourgeois de Paris sous le rgne de
ois P", Paris, 1854.
.(2) Ibid.
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
pas seulement l'antique foi
des caricatures religieuses en France, consiste
L'esprit
exprimer une conviction que des
Au
sonnelles.
Henri Heine
place
se croyait
de critiquer.
en droit
France
se trouvait
pouvoir royal que chacun
branle. C'tait le
moins
du moyen ge qui
203
lieu
en Allemagne, on soutint en
guerre par des finesses
la
per-
de combattre srieusement, crit
comme
(i),
railleries
et
des disputes thologiques,
des plaisanteries et,
la
on composa de joyeuses
satires.
Parmi
par
les
joyeuses satires, on ne peut ngliger ces satires
furent
l'image que
caractre est trs
se
les
caricatures
nettement dfini.
leur
prsentaient pour
religieuses.
Plusieurs
classification.
On
Leur
mthodes
les
pouvait
ranger soit d'aprs leurs procds, soit d'aprs l'ordre chro-
nologique o
elles
turent publies,
sparer les
uvres
protestantes et les pices catholiques, d'aprs les diteurs
et les
graveurs qui
rechercher
les
centres qui
ont composes, ou plus simplement
les
coles
avaient
auxquelles
ils
appartenaient et les
donn naissance
ces
productions
artistiques.
C'est ce dernier systme qui a paru offrir les plus grands
En
avantages.
regard de tant de caricatures, relatives
^Rforme, dites en Allemagne
montrer l'origine de
portait de
diquait
comme
-vente et
(i)
le
siennes.
et
dans
celles
Beaucoup de
les
que
ces
Pays-Bas,
la
il
la
im-
France reven-
uvres, dont
la
colportage taient interdits en France, ont t
Heine, Revue des
Deux Mondes,
r'"
mars 1834.
^ ESTAMPE [Link] AU XVI* SIECLE
204
germaniques, mais ce
rpandues dans
les
villes
une raison pour
les
regarder
comme
des travaux trangers
Quels que soient
et oublier leur vritable patrie d'origine.
leurs auteurs, car
beaucoup de ces images ont paru sans
aucune dsignation
nom
de
de lieu, on a
et
qu'elles ont t dessines, graves
Les deux
villes principales,
march de
le
Dans
ces
ces estampes, furent
deux centres
et
et Paris.
Lyon
se formrent,
uvres
au xvi*
Du
Renaissance.
la
on
frapp de
est
des travaux franais sur les pices tran-
gres. Les caricatures publies
simples
des
sicle,
satiriques rivalisrent
point de vue des qualits artistiques,
pas de
preuve
imprimes en France.
avec celles des matres allemands de
supriorit
la
qui constituaient pour ainsi dire
coles de graveurs, dont les
la
n'est pas
Lyon
documents iconographiques,
les
sentiments religieux
on
le
verra, mritent
ne sont
et Paris
traduisant
ce sont des uvres, qui,
une place
part
dans
comme
l'histoire
de
l'art.
Un
des plus
importants pamphlets dirigs par
testants contre la papaut est la
table
et
pourtrait en la
M. Fran-
ou carte de la Mappemonde, compose par
messes). Imprime en la
gidelphe{Ecorche.
velle
ville de
Luce nou-
C'est un
par Briffaud chasse- diables, 1566.
comprenant
pro-
Mappemonde papistique, en
tout ce qui est contenu
laquelle est dclar
grande
les
in-folia
seize gravures sur bois destines tre runies
pour former une grande carte murale.
On
en connat quatre exemplaires, l'un
la
bibliothque
de Genve, un second au muse de Berlin, un troisime au
British
Musum, un quatrime
la
Bibliothque royale
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCK AU XVl^ SIECLE
de Berlin. Cet ouvrage
Brunet
(2) et surtout par Natalis
cription permet de se
monde
papistique
six rpubliques.
ouverte
la
gueule
monde
en
divis
Au-dessus du
les
on
papistique.
dont
et
de
la
mappemonde
le
figurant
comme
les
est
diable.
enfermes dans
exprimer l'engloutissement du
suprieure, se trouvent des
En dehors
diable sont des guerriers en
reprsentant
des-
Le
guerriers de toutes nations cheval et en armes,
du
la
l'illustration.
titre
la partie
lutte contre la papaut.
par
(i),
dix-neuf provinces
rpubliques sont
voulu
(3),
une ide de
faire
est
Soizmann
Rondot
gueule norme d'un monstre
Les provinces et
cette
a t tudi par
205
prts la
autour de
et
la
gueule
armes en costumes romains,
peuples partisans de
la
rtorme qui com-
battent pour elle. Les provinces sont spares l'une de l'autre
par des mers, des fleuves, des
tions.
On
y voit des plaines, des
temples, des chteaux.
cette carte.
montagnes,
le
fortifica-
valles, des Torts, des
Chaque chose
Les mers portent
des
nom
de
un nom
la
inscrit
sur
province d'Orai-
son. Ces provinces sont le thtre de diverses scnes, pres-
que toutes grossires. Les religieux
l'objet
de basses attaques.
Ici,
et les
religieuses sont
des pisodes de
la
guerre
des images, du march des consciences et plerinages,
dmons en compagnie de moines. Dans
la
des
province laque,
des couturiers, meuniers, cordonniers sont au travail. Le
roi franc arbitre est sur
(i)
(2)
(3)
XVl^
son trne, entour de personnages
Sotzmann, Serapeum de Leipzig, 1854, n 10.
Brunet, Bulletin du bibliophile, 1855-1856.
Natalis
Rondot, Les graveurs sur bois Lyon au
sicle^ Paris, 1898, p. 19.
l'estampe [Link] AU XVl^ SIECLE
20
de
l;i
cour.
demi nue,
la
province de Moinerie,
est renverse terre et
gnard par un vque, un abb
11
mentionner
faut
la
et le cardinal
aussi la scne
de Montanus
du pape
et
du
de
deLor
rente.
les
la
les
'
(raine).
du seigneur
festin
ses
compagnons,
hrtique, gouverneur de jeusne,ceUe^
Sur cette
bras sculier.
carte,
chaque
chaque personnage a un nom. Les murailles
comme
Vrit,
frappe coups de poi-
Caresme-Prenant avec des inquisiteurs
celle
dams de
place,!
mme
portes fortifies, chacune une dsignation
ont,,
diff-,
Autour et en dehors des provinces, les rformateurs
et
plus illustres de leurs partisans ainsi que des ministres de
Rforme figurent parmi
les assaillants.
de trente. Citons entre autres
gle, Viretus,
Wolphius
avec une aurole. Le
On en
compte
prs
Luterus, Melanchton, Zwin'.
qui ont chacun la main une bible
sacr
livre
que portent Bullinger et
Lavaterus est entour de flammes. Frosdelius est cuirass de
bibles.
Erasmus
et
d'une Bible.
lieu
fronde.
Dans
colampade
sa description,
Musum, Rondot
les
Bezza tiennent chacun un glaive au mi-
a oubli
lance
la
Bible avec une
qui a t vrifie au Eritish
de mentionner Calvin parmi
rformateurs qui attaquent les murailles.
avec
le
glaive et
la
Bible.
Il
En revanche, de Bze
est figur
et
Luther
tiennent dans leurs Bibles non des pes, mais des flches.
Natalis
Rondot
est loin d'avoir signal toutes les figures
grimaantes de moines, de plerins ttes d'animaux, qui,
ct
des images allgoriques, constituent de vritables
caricatures.
On a
beaucoup discut quel pouvait tre l'auteur de ce
Mais cette question.
pamphlet, Viret ou Thodore djcBze.
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVi* SIECLE
est
accessoire pour
Deux
livre.
qui
importe
de
illustrent ce
rudits, sans se mettre d'accord sur
convient de
il
auquel
qu'il
style des gravures
le
dterminer, c'est
Ce
l'iconographie.
207"
le
matre
reconnaissent qu'elles
les attribuer,
ont un caractre franais. L'un, Brunet (i), pense que son
style est celui
de
la
qui se dveloppe en France sous l'influence
Renaissance et dont
modle.
Il
Bernard
le Petit
remarque en outre que
la
un
offre
parfait
gravure dcle la main
d'un artiste exerc, qui n'tait gure infrieur ceux qui
tenaient alors
Natalis
la
Rondot
dant de Bernard
travail a t
palme en Allemagne
Salomon, mais
excut
Lyon
1 5
par
essaie de
dmontrer que
le
graveur Pierre Eskrich, qui
le
64 et y vcut prs de vingt-cinq ans.
peut contester l'attribution des planches Eskrich,
mais l'hypothse de
Lyon comme
vures parat assez vraisemblable.
et
en Suisse. L'autre,
(2), carte l'hypothse d'un artiste proc-
vint dans cette ville en
On
et
mme
l'a
emport sur
lieu d'origine
Lyon
la capitale
de ces gra-
a t rivale de Paris
par
la
rapidit avec la-
quelle s'est propage son industrie de l'illustration.
Tandis
que Paris donne surtout l'impulsion aux ditions de luxe
et
aux belles images, destines des collections princires et
seigneuriales,
Lyon
est
l'essor
d'un
art
peut-tre
vulgaire et mpris des amateurs, mais trs populaire.
C'est surtout la
Lyon
(i)
(3).
gravure sur
Ce procd
Bulletin
du
parat
bois
qui
s'acclimate
un moyen d'orner bon
bibliophile, 1855-56, p. 94.
Rondat, ouvrage cit.
(3) Didot (Ambroise-Firmin), Essai typographique ei bibliographique sur r histoire de la gravure sur bots, Paris,
(2)
1863.
l'estampe SATlRiaUE AU XVl^ SICLE
208
march
les
pamphlets religieux qui
se multiplient alors.
La
plupart viennent d'Allemagne et de Suisse. Mais, favoris
par sa situation gographique,
Lyon
les
voit arriver chez
ditesrs. Encourags par cet exemple,
ses
de leurs presses des livres et des images, dont
aussi
se fait
mandes ou
celle des
rapidement que
suisses.
Lyon contribue
font sortir
ils
la diffusion
publications alle-
ainsi la
du
propagande
sicle, entre-
de ces pices satiriques qui,
la fin
tiennent l'agitation cause par
les discussions religieuses.
Les rapports entre
Didot
xvi*^
et la Suisse
Lyon
allemande,
l'art des imageries de
(i), taient trs multiplis et
Nuremberg
de Ble
pu
se
propager par cette voie, mais l'influence
surtout de Genve, o
et
l'art
des livres franais
figures dbuta presque simultanment, tut trs
remarque
plusieurs imprimeurs exercrent successivement
Genve.
Le
Lyon
style de ces gravures lyonnaises
du xv^
la
sicle,
du temps de
tradition des xylographes de
dont
le
Renouvier
caractris par
la
Lyon
qui plat certains gots,
les
et
mrs
Rde
la
caractre gaulois a t trs bien
(2)
Le mrite de
ces vignettes
franaises est dans cette crudit des fruits primitifs de
les fruits
et
forme rappelle
fin
crit
comme
et dj gts.
d'autres plaisent
Mais
[e
l'art
mieux
ne crois pas trop
louer en disant que, sans dissimuler toujours une imi-
tation allemande, elles portent ds lors le
lits
que nous verrons
fructifier plus tard
germe des qua-
dans l'cole fran-
Didot, ssai sur la gravure sur bois, Paris, 1863.
Renouvier, Des types et des manires des matres graveurs, Montpellier, 1853, p. 106.
(i)
(2)
J3
>
t/3
<
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI^ SIECLE
la varit,
l'esprit
aise
Au
vraie.
grossiret, l'allure vive et
dont
notre vieille posie,
Leur
figures.
le
parent avec
style gaulois, la
sel
ont tant de charme pour
les
auteurs
gros
dirai
je
pour mieux exprimer l'accent naf
goguenard de leurs
et l'air
la
de dire qu'elles sont
gothiques,
lieu
qu'elles sont gauloises,
et le
dans
209
bonhomie
les adeptes, est vi-
dente.
Parmi
comme
noms,
le
composa
qui
celui
de ces travaux on connat quelques
du
tailleur d'histoires
portrait
de
la
infernale.
Ligue
Rondot signale encore d'autres graveurs,
de
tule
Familire description du
envitaillgoiilment
interprt l'isle de
Un examen
trs
un
leux,
Crvepance
calviniste
comme
Jacques
d'aprs
les
s'tait
engag
touchant
des guerres
de religion et n'en a
Rondot
de
lui
un
placard
perie.
qui
Satan
er
se
fie
les
et
le
Cha-
archives de
tailler sur ta-
troubles au temps
grav qu'une partie.
contre
Cabinet d'estampes de Berlin
Celui
vinoporratimalvoist
ardent qui,
blettes de bois les histoires
cite
inti-
des caricatures religieuses nous apprend aussi
Sauteur, notaire Genve,
que Pierre
Royaume Pannigoiinois mystiquement
l'existence d'artistes intressants
au
tels
Natalis
Maison Neutve, qui aurait excut une estampe
la
trs
Lonard Odet,
et
jamais
le
qui
pape, conserv
a pour
ne a
que
titre
trom-
L'arbre qui ne portera fruit sera coup et mis au
feu.
A
(i)
Lyon,
se publient plusieurs satires protestantes.
Bibl. nat., coll.
Blum
Hennin,
t.
XIII.
14
L'une
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
210
est
une nouvelle
Taxatus
dition satirique en franais de
(i)
curiie romande,
contenant
gences. La traduction a t
et est
Besanon,
le tarif
complet des indul-
Antonin du Pinet de
faite par
orne d'un frontispice caricatural.
vure sur bois montre
le
pape
assis
au milieu de
boutique est remplie de toutes
les
Une gra-
sa boutique,
d'une main des verges, de l'autre deux
tenant
la
clefs.
La
marchandises qui s'y d-
bitent. Ici, ce sont des statuettes, des croix, des ciboires.
L, ce sont des chapeaux de cardinaux et des mitres ac-
crochs
muraille.
et reoit
gences
trois
la
Lyon
tants.
Un
logie des
r^inges
la
Un
enfant
huguenotSy de Gabriel de Saconay
(2).
si je
dis les
la
Gna-
L'auteur ex-
dvoys hrtiques
guenaux,
crit-il, et
les
s'tre
trs curieuse.
transforms en
appelle par
par aucune moquerie, ains
je
noms
faux prophtes, tels que
qui se revtent de
(i)
la
les
de
dmontre que
ensuis Jsus-Christ qui appela le roi Hrode regnard
les
le
les protes-
huguenots sont figurs sous forme de
donne une raison tymologique
Il
et
les
et
boutique apporter leur or.
des recueils qui eut le plus de succs est
"btes, ce n*est
si
vend des indul-
produit des images satiriques contre
plique pourquoi
Que
prtre
ct des caricatures contre les catholiques et
pape,
rsinges.
un
en demande.
l'argent qu'il
personnes viennent dans
Mais
A droite,
et
hrtiques, loups ravissants
peau des brebis
et
pourceaux
et
gn-
A. D. P. Taxe des parties casuelfs de la boutique du
Pape, en latin et en franais, Lyon, 1564.
et la fin des hugue(2) Gabriel de Saconay, Gnalogie
nots et dcouverte du calvinisme o est sommairement dcrite l'histoire des troubles excits en France par lesdits
,
huguenots. Lyon, 1572, Bibl. Mazarine, 35267.
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI' SIECLE
ration de vipres petits serpentaux, voire appela
aptres diable.
l'tymologie du
Il
m'a
nom
Cette analogie entre
sera de
nouveau
a voulu lui
accommoder au
de huguenot et d'o
les
il
un de
ses
discours de
est procd.
singes ou guenons et les huguenots
tablie en
un pamphlet contre
On
fallu aussi
211
1574 par Artus Dsir
(i),
dans
les protestants.
donner pour origine un ouvrage, paru en
1571, qui prtend attribuer aux animaux une signification
morale
Mais
(2).
l'ide
de reprsenter des vices par des
btes est bien plus ancienne et existait dj chez nos miniaturistes, c'est--dire
avant l'invention de
Dans l'ouvrage de Saconay,
trois
le texte est
gravure.
accompagn de
planches trs intressantes. Le frontispice reprsente
une meute de singes.
symbolise
air
la
la
Ils se
sont empars du roi lion qui
France. L'un, juch sur son chine, secoue d'un
vainqueur une bourse pleine d'argent.
par une corde,
un troisime
le tire
par
la
Un
autre
queue.
le
En
tient
avant,
un autre personnage, arm d'une pique, attaque de front
l'animal.
gauche, au fond, dans une chaire un singe harangue
les fidles.
Adroite, deux singes en armes menacent l'image
du Christ qui domine cette scne
et
deux autres drobent
Dsir (Artus), Le singerie des Huguenots, marmots et
guenons de la nouvelle derrision thodohes^ienne contenant
leurs arrts et sentences, jugements de par raison naturelle,
(i)
Paris, 1574.
et
nature des bestes
(2) Description philosophal, forme
tant prives que sauvages avec le sens moral compris, le naturel et condition, Paris, 1571.
du culte. Au-dessous,
des objets
XXIX
livr
l'ai
Je
aux btes de
La seconde image, place en
met en scne
le
roi des singes,
et dictant des ordres
un
crit,
la terre
de
face
pour tre dvor.
la
premire page,
diable assis sur son trne
de
classes
autre prche,
dit la lgende,
Malheur,
sur
citation d'Ezchiel,
la
la terre
et la
mer, car
un autre
prie,
emprunte
le
Elle
socit.
ttes de chien, de porc, de singe
forme de
L'un
le
la
une assistance monstrueuse, qui re-
diffrentes
les
prsente
XV^ SIECLE
L ESTAMPE SATIRIQUE AU
212
et
est
de lopard.
un autre danse.
l'Apocalypse, XII,
diable est descendu vers vous
ayant grand courroux.
Dans
trouve
dans
le
les
troisime et dernire gravure sur
la
remde contre
eux qu'un autre
Les btes,
est-il dit
broise, savent leurs
le
singe pour
homme,
Un
tes
dans
la
le
lion dvore
queue^
lgende, tire de saint
Am-
remdes. Le lion malade cherche
le
dvorer, pour trouver gurison. Ignores-tu,
remdes?
manuscrit qui peut tre rapproch des ouvrages de
la
bibliothque de Lyon.
orn de dessins aquarelles qui paraissent tre dans
Il est
mme
genre que
de 102
Gallice (i),
Colonia
(i)
pied d'un arbre,
essaie de retenir par la
Gabriel de Saconay est conserv
folio
Au
branches duquel jouent des singes,
l'un d'entre
les singes.
bois, le lion
il
(2),
les
pages.
a t
et
gravures de ses livres.
Connu
sous
dcrit au
reproduit plus
le
xviii^
nom
C'est
un
le
in-
de De Trislibus
sicle
le
par
rcemment avec
P.
le
de
texte
Catalogne des mss. de la bibliothque de Lyon, 1. 1.
de Colonia, Histoire littraire de la ville de Lyon,
(2) P.
Lyon, 1730.
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVl^ SIECLE
L'examen de
t les illustrations par Cailhava (i).
planches conduit se demander
si
ainsi
que
une rplique du
est
la
lion
chevauch par un singe. Mais beaucoup d'autres
et
li
du pome
tte
certaines
sont des originaux
elles
ou des copies des vignettes de Saconay. C'est
premire figure en
213
nouvelles et
images sont
n'existaient pas
dj
dans
le
livre
de Saconay. L'une est un synode de personnages
ttes
de
ont
l'air
contre
un
siiiges. Ils
sont assis dans une salle de Conseil et
de conjurs, dlibrant sur
ou sur un appel
le roi
greffier
cruauts exerces par
Au
l'tranger.
devant une table
singe assis
rendu de l'assemble.
mesures
les
Une
les
autre
image
huguenots sur
les
prendre
premier plan,
crit le
compte-
est relative
aux
catholiques.
Les huguenots ttes de singes ouvrent des tombeaux
morts qui y reposaient.
et dterrent les
Ils
emportent des
corps, donnant des coups d'pe dans les squelettes qu'ils
exhument. Dans une autre, deux protestants, toujours
re-
prsents avec une tte de singe, se prsentent devant
Toi, assis sur
ment
son trne.
la libert
paraissent rclamer imprieuse-
de conscience.
L'auteur de ce
tre Lyonnais.
Ils
pome De
Trisiihus Gallia parat devoir
Le P. de Colonia met
Une remarque
fortifie cette
cette
hypothse
conjecture. C'est
la
mit du premier dessin de notre manuscrit avec
tispice
le
(2):
conforle
fron-
de deux ouvrages de Saconay, imprims Lyon vers
mme
(i)
le
temps. Dans
les
deux compositions,
De TrisUbus Francixibriquator,
les
calvi-
exbibliothecae Itigdti-
nensis codicenunc primum in lucem editi Lugdini, d. de 1840*
(2) P.
de Colonia, Histoire littraire de Lyon, 1730.
L ESTAMPE SATIRIQUE AU XVl" SilXLE
214
mtamorphoss en singes s'abandonnent
nistes
toutes
sortes de profanations.
Mais
reste
il
une autre question.
premier publi ces caricatures sur
le
Saconay ou est-ce l'auteur du De
de rpondre
difficile
peut-tre dans ce
Il
ce
fait
Un
auteur (i)
les
huguenots
Tristibus Gllice
problme
et la
y aurait eu
Il
frquentes au xvi'
si
de savoir qui a
;
est-ce
? Il est
solution se trouve
que ces deux images sont empruntes
un original commun.
de ces adaptations
s'agit
d'une
histoire
qu'une des planches des Discours
deux exemples
sicle.
de Lyon parat croire
des premiers troubles advenus
Lyon, de Gabriel de Saconay, serait une rplique d'une
page du De Tristibus Francia.
tant
Lyon
enchane
dtails, dit-il,
dessins
Il
par
l'artiste,
exactitude. Ces vols d'argent
jets
du
culte enlevs
ou
s'agit
et livre la
et
de l'image reprsen-
tyrannie
Tous
les
sont d'une complte
de marchandises,
dtruits, les pillards allant,
les
ob-
par dri-
sion, revtus d'ornements sacerdotaux, tout, jusqu' l'pi-
sode du prdicateur ayant un pistolet accroch aux rebords
de
chaire.
la
Ce
dtail
s'applique au pasteur Ruty que
Calvin accuse d'avoir quitt
la
chaire pour prendre
menacer
le
gouverneur,
armes,
la
et d'avoir t
main.
le
les
pistolet
Les gravures contre
les
protestants taient
la
revanche de
catholiques irrits de voir l'glise romaine bafoue dans des
images, surtout dans celles
papistique.
(i)
[Link].
La
raret des
qui
illustrent
\3.
Mappemonde
exemplaires qui subsistent vien-
Steyert (Andr), Nouvelle histoire de Lyon, Lyon, 1899,
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
drait, a-t-on dit (i), de ce
tous ceuxquis
truit
romaine.
une
Ce qui
pistique
l'histoire
du dbut du xvii
moines
les
prtend. (2)
serait la
Mapp^
de
la
Mappemonde par
comme
la
Mappe-
premire dirige
et les prtres catholiques.
la
Fonr^iaise romaine dvorant
corps des martyrs protestants, tandis qu'un moine attise
le feu.
Un
cardinal,
arm d'un poignard, monte
Au
prs du Saint-Sige.
leur, coiff
de
la
tiare,
monde, reprsent
s'envole.
truite.
Dans
[Link]
droite,
l'Eglise
commun
Le caractre
c'est
qu'elles
sont
la
plus
filets
on
publiait
taient dtruites
Bulletin
du
garde
pour y prendre
les
le
mailles et
Sodome moderne,
est d-
catholique en mal d'enfant
se noie
dans un bassin.
de ces caricatures protestantes
que subversives.
symboliques
France, lorsque sous l'influence des
Genve,
la
pape dguis en oise-
le
un oiseau qui rompt
Rome,
haut,
le
centre,
tend ses
accouche d'une'foudre qui
En
On
sicle (3), a t jointe la
Le frontispice reprsente
les
catholiques auraient d-
fameux pamphlet
romaine. Cette seconde satire est
contre
parat justifier cette hypothse, c'est qu'
ditions de
des
les
ofiVaient leur regard.
ce
qu'un complment
que
des pices
trop
ds leur apparition.
imprimeries de
mordantes,
elles
Mais d'intressants
bibliophile, 1^55-56.
Lenient, ouvrage cit.
Mazarine, ijn^y. Histoire del mappe(3) Bibliothque
monde papisiique imprime en la ville de Luce Nouvelle, par
Brifau chasse-diables (iS;), dition de J. de la Cerise, Ge(2)
nve, 1623, suivie e\?i
ts
de
reprsents en
T.
T..
Mappe romaine, contenant cinq
cette
figure, le
trai-
tout extrait de l'anglais
A-s.-^''
2i6
l'estampe satirique au xvi sicle
recueils subsistent
Christ i
On
et
indignis
est
intitul Anlithesis
papa facinoribus
a souvent
accompagnent
attribu (i)
les
deux ditions, d'abord en
l'un qui eut
1558, puis en 1578,
de praclaris
les
gravures sur bois, qui
dix-huit antithses du volume, au graveur
lyonnais Bernard Salomon, connu sous
le
nom
de Petit
Bernard. Ce qui permettrait de soutenir cette
attribution,
c'est
que
le
et spirituel
dessin des vignettes tmoigne d'un dessin
lger
lui est
qui
propre, et s'carte de l'cret et de
duret de traits des pices allemandes. L'ide de ces
positions est
ment
d'opposer aux
l'interprtation
scnes du
qu'en font
le
pape
et
les
des tableaux de concordance, avec
position dans
domaine
moines.
la trans-
vnements de
pontifical des
vie de Jsus. Ces antithses (2)
rappellent l'ancienne
bolique de
la
fin
du moyen ge, mettant
l'Ancien Testament en face de celles
com-
Nouveau Testa-
Ce sont comme
le
la
la
sym-
les histoires
de
du Nouveau Testa-
ment.
D'autres illustrations de ce genre, qui ne sont
que des
imitations de Cranach et d'Holbein ne mritent
pas une
mention
spciale.
Miii
ct des
sutfit
montrer
de l'imagerie du
(i)
XV'
la
artistes lyonnais,
dont
la
personnalit
place occupe par la France dans l'histoire
xvi'^ sicle,
on rencontre
Paris des coles
Gaullieur, Etudes sur la typographie genevoise du
dans le Bulletin de l'Institut national
genevois,
sicle
Genve, 1855.
(2)
Antithesis de praeclaris
facinoribus
Christi
perZachariam Durantum,
et
558
indignis papae
(i 8
antithses).
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
de graveurs, mritant d'tre
d'artistes parisiens
L'un d'eux
gueil,
et
est
comprend des
caricaturistes intressants.
qui avait pour enseigne
Elle est intitule
(i)
:
Le corps du Christ
Ce groupe
l'oubli.
Jacques Lalouette, qui habitait rue Montor-
thque nationale
coule.
de
tirs
Jl']
possde de
le
lui
La
l'pinette.
une pice
Biblio-
fort curieuse.
Pressoir de notre sauveur Jsus-Christ.
est
tendu sur un pressoir
gauche, saint Pierre se
livre
son sang
au foulage des grappes
de raisin. Les papes et cardinaux mettent
des tonneaux ou dbitent des parties de
vendange dans
la
la
rcolte. Ils tout
descendre un tonneau, aid par deux rois. Au-dessous ces
commentaires satiriques
Saint Pierre premier pape
vendang
la
grappe,
Aptres ont foul
La vendange
et coul,
Et les disciples
ramement
ont travaill grandement.
Dieu seul
a press en
grand peine
Le pressoir de nature humaine
Et les pasteurs
du droit divin
En ont entonn
le
bon
vin,
Et avec les rois familiers
L'or dvale dans les celiers.
Dans
ce
groupe de caricatures contre
<i) Bibl, nat.,
Estampes, Ed.
s g, rs.
les
papes et les
l'estampe satirique au xvi sicle
2i8
moines,
il
convient de signaler trois pices, en mauvais tat
de conservation, qui se trouvent
du protestantisme.
toire
On
la
y voit
Bibliothque d'Hisle
pape, assis dans sa
boutique, entour de ses otnciers, en train de vendre toutes
aux clients qui viennent
sortes de marchandises
On
peut se demander
si
ce ne sont pas ces
le
trouver.
mmes estampes
qui ont attir l'attention de Pierre de l'Estoile, et ont t
d-crites
Un
dans un passage de ses Mmoires-Jom naux
autre procd employ par
Paris pour tourner en ridicule
d'attaquer ce qu'on appelaitles
pour dsigner
prtant
mot
le
l'glise
((
le
les
(i).
diteurs protestants
pape
et les
moines
tait
marmites, terme injurieux
catholique. Le dessinateur,
inter-
littralement, s'amusait entasser dans
une
marmite des ttes de papes ou de cardinaux avec tous leurs
ornements pontificaux
et leur
lmiques s'engagrent ce
donner un aperu.
deCholard
(2) et
Il
costume sacerdotal. Des posujet.
y a surtout
ceux d'un carme
les
Plusieurs
peuvent en
ouvrages de Joachim
nomm Thomas|Beaulxa-
de l'Estoile, Mmoires-Journaux, t. IX, p. no.
Le vendredi 29 avril 1608 me bailla une plaisante drollerie contre le pape, impiime enZlade ds l'an 1605, mais
(1) Pierre
Paris pour n'y avoir est veu ni apport sinon
depuis quelques jours. C'est le plan de sa boutique reprsentant trois grandes feuilles en taille-douce, assez plaisamment, mais scandaleusement, o on le voit magnifiquement
nouvelle
ses officiers et estafiers portant tous
des testes de singe ses denres, drogues et marchandises tous ceux qui veulent en avoir.
vtu dbiter i-yao
comme
(2)
lui
L Extrme-Ondion de la marmite papale, petit trait au-
amplement discouru des moyens par lesquels la marquel
mite papale a t jnsquicy entretenue proffit de msusa^,
est
Lyon, 1563.
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI SIECLE
mis qui s'lvent contre
dmontrer que ce terme
Parmi
marmites,
les
est
propre
et
mentionner particulirement un dessin
de la collection Leber,
de la
grande marmite.
Rouen
Une marmite
retiennent,
la
nouvelle (i).
marmites, on doit
la
(2), intitul
chapeaux de cardinaux pose sur
moines droite
entreprennent de-
l'glise
les caricatures relatives ces
2I9
plume
colori,
Le renversement
remplie de tiares
le
feu
se renverse.
et
de
Des
d'autres gauche essaient
de s'emparer des objets qui s'en chappent. Des colonnes
s'effondrent.
Dans
le
fond gauche, un diable
Un
un pape de son trne.
vrit.
Dans
le
bas
du
fait
tomber
ange apparat, sj^mbolisant
dessin,
une cartouche renferme
la
ces
vers:
La Vrit a du tout renverse
L'hypocrisie et
la
marmite
aussi,
Elle ne peut tre redresse
Par sducteurs avec tous leurs soucy
Un chacun
d'eux y met
la
main
ainsi
Beaulxamis, La marmite renverse et fondue ou il est
vraie marmite, Paris, 1572.
prouv que le calvinisme est la
Thomas Beaulxamis, Rsolution sur certains pourtraits
(i)
marmites, faussement imposs contre le
Dieu. Par lequel est prouv le nom
de
V
d
glise
clerg
de marmite enflamme estre propre Vglise nouvelle,
et libelles, intituls
Paris, 1573. Bibl. Mazarine,
35627.
Leber, Catalogue de sa bibliothque, Paris, 1839,
n 5949.
Cf. La Plymachie des marmitons, en laquelle
dcrit Vordre que le pape veut tenir en
est
(3)
amplement
V arme qu'il veut mettre sus pour V enlvement de sa marmite, Lyon, 1563.
(Montaiglon, Recueil de posies fran-
aises,
t.
VIL)
L ESTAMPE SATIRiaUE
220
Que VOUS voyez
AU XV1= SIECLE
mais en vain
Car Vrit descend du
accompagn de
est
ici
leurs canons
Qui brisant de
Le dessin
ciel
s'efforce
il
la
force.
cette note manuscrite
Dessin original du xvi= sicle sur un sujet qui a
exerc
verve des crivains protestants
la
et
des
fort
tholo-
giens.
Ces controverses religieuses exeraient
caricaturistes.
aussi la verve des
ct de ces pices intitules marmites,
conviendrait de signaler en France d'autres images
riques o l'glise est bafoue par
dans
Hennin de
collection
la
les
la
Bibliothque nationale,
une attaque contre
Un
forme d'une licorne.
meule. Le diable
vive foi sappe en vain par
et des diables
est
autre pice trs
lance (2).
Deux moines
L'un
mont
est
forces.
une
sur
tiare, les clefs
trois
ttes tourne
la
la
Dans La Tour de
moines
plateau sont groups
(i) Bibl. nat., coll.
tome X.
une tour
et
en tombent.
curieuse est intitule
essayent de faire pencher
il
\2i
la
La Babalance.
l'autre tire de toutes ses
Somme de Thomas d'Aquin,
de saint Pierre. Sur l'autre plateau,
la Bible, et
(7) Ibid.,
sous
suppts de Vantchrist, des
un plateau,
Sur un plateau
n'y a que
rebours de leurs
donnent des coups de pioche contre un ro-
cher au bout duquel
Une
par une corne.
les
le
l'glise figure
monstre
le tient
sati-
protestants (i). Ainsi
l'estampe intitule Les mchants enfantent
conceptions, est
il
il
ce plateau est plus lourd. Devant ce
:
Jean Huss, Calvin, Mlanchton,
Hennin,
t.
et
XL
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVl^ SIECLE
221
Luther. L'estampe est accompagne de dix quatrains franais
dans
le
got de celui-ci
Bref les papes font leur possible
Ils
y portent jusques aux croix,
Mais Calvin n'y veut que
Elle seule
emporte
le
poids.
comme
ces combats ce sont surtout,
Dans
Bible
la
le
remarque
Albert Desjardins (i), les criants abus qui s'taient glisss
dans
les
qus.
la
Un
papaut qui sont atta-
la
des livres qui poursuivit
le
la
l'histoire
l'indique le sous-titre, est
papaut,' par
ce
quels progrs elle est monte
et quelles oppositions les
de temps en temps.
la
plus nergiquement
de Philippe de Mor-
comme
(2) qui,
comble
de
et
papaut fut le Mystre d'iniquit
nay
de
corps ecclsiastiques
Aprs
gens de bien
habill, mettait le feu.
tion de cette tour
Un
en disant
En rponse
l'glise
(t)
cette
catholique
fit
mox
fait
homme, pauvrement
personnage regarde
la
destruc-
arcem
Falleris aeternam qui suspicis ebrius
Subruta succensis
ont
grave une figure
le titre, tait
tour de Babel laquelle un
lui
corruet una tigellis.
vignette
publier par
d'un
livre
Raymond
Albert Desjardins, Les sentiments
rformateur,
de Bray, dit
moraux au
XVI"
sicle, Paris, 1887.
(2)
1611.
Saumur,
Philippe de Mornay, Le mystre d'iniquit,
l'estampe SATHllQUE
222
saint
Germain, un
En
outre
il
Tu veux brler,
n'est bois ni roc
moyen
ge qui
jour par Jean
ainsi
s'tait
Duvet
nom
le
ta cervelle .
de
Mornay
pape.
trouv rajeuni et adapt au got du
et par l'artiste orfvre
qui a subi son
o ce procd
apparat avec nettet sont celles qui constituent
blmes ou devises chrtiennes
dit
emblmes,
On
amour,
composes par Damoiselle Geor-
Robert Dumesnil, sont dus une protes-
doit penser
tait
que Woeriot, qui
tant soit peu de
estampes qui dcorent ce
excuta avec
vache Colas.
la
livre sont
les
Les
ornes de tablettes sur
lesquelles sont inscrites des lgendes expliquant les
une porte
Plusieurs d'entre elles ont
gories.
Eni'
les
Montenay, Lyon, Jean Marcorelle, 1571(1). Les
gette de
tante.
le
le
appel l'ancien symbolisme du
Pierre Woeriot. Les estampes
influence^
sym-
cette tour
dont celui-ci avait affubl
chiffre de l'Apocalypse
fait
Mornay,
pour brler
dans
l'auteur trouvait
L'imagerie
XVI* SlfeCLE
petit crit qui expliquait ainsi les
boles de l'Apocalypse:
ternelle, mais
AU
all-
satirique.
des loups, soufflant un brasier environn de corbeaux,
Ici
mensonge. De
figurent le
Ex
parvo fatis
{salis).
l'arbre de vie
L un vieux
jaillit
du sang.
roi ignorant est sur
le
trne, jugeant son peuple sur le rapport d'autrui, ce que
figure
un
Ailleurs,
homme
un vase de
(i)
tte de cerf, portant
une femme figurant l'ignorance,
apostats, souille
1844,
le
globe du
monde
nuit, avec cette devise
une trompette.
vrai
portrait des
en renversant dessus
Coinquinat.
Il
faut
Robert Dumesnil, Le peintre-graveur franais,
t.
Vil.
en-
Varis,
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVr SIECLE
core signaler d'autres
a
pices. L'hypocrisie est figure par
une femme sduisante qui
tranant aprs elle son
mots
ces
tient la
main
cur. Dans une
sa langue,
en
tablette sont crits
Frustra me colun.
Un homme
ft
223
corrompu, en
regarde une
en habit ecclsiastique, dont
tient
main
contenant cette
un
la
main de
cleste qui lui
inscription
le
cur
belle apparence.
est
Il
montre une banderole
Vae.
Une femme debout
deux chandelles flamboyantes qu'elle oppose des
tient
figures,
symboles d'ignorance accroupies
berger ayant tu
un loup
dtruire leurs louveteaux.
et
Un
ses cts.
une louve, cherche encore
Dans une
tablette
Etiam
tisqu
d quartam.
Il
n'est pas jusqu' l'image de la tour de Babel, repro-
duite plus tard par [Link]^ qui ne soit dj con-
tenue dans ce recueil d'emblmes. La vingtime planche
reprsente
la
tour de Babel que
le souffle et le
feu cleste
pressent de deux cts dans lehautetque des artilleurs et des
pionniers sapent dans
Quid
On
le bas.
Sur une banderole, ces mots
superest.
peut se rendre compte de
la
faveur dont jouissaient
ces allgories satiriques auprs des artistes protestants de
ce
temps.
Une
tapisserie
P. Garassus (i), serait
conserve Pau
qui, suivant le
l'uvre de Jeanne d'Albret
la-
(i) P. Franois Garassus, Les doctrines curieuses des
beaux esprits de ce temps ou prtendus tels, Paris, 1624,
En la maison royale de Pau. capitale de
p. 224 et 399.
Barn, les cabinets, meubles, tableaux et tapisseries ne res-
pirent autre chose que
l'air
de
la libert
huguenote, laquelle
^ ESTAMPE SATIRIQUE AU XVI SIECLE
224
quelle
furent
ddis
combien
montrer
Emblmes de AVoerioi,
les
les
suffit
symboliques taient
oppositions
chres aux protestants.
Les images satiriques composes par
les
catholiques
frent des caricatures protestantes, en ce qu'elles on:
recours l'allgorie qu'
Une
nots
pice rappelle
sont
ou
Roi des
des
par des singes ou
Huguenots.
Elle
diables.
Un
est
une assemble, compose de monstres
de loups
socit.
de renards figurant
et
Dans
les
des
hugue-
animaux
:
un trne,
ttes
dite.
Saan.
bnit
de singes,
diverses classes de
la
certaines planches, les attaques sont person-
nelles et ne visent pas
mais
les
les
intitule
assis sur
diable,
moins
proprement
dans lesquelles
scnes
les
reprsents
fantastiques
caricature
la
dif-
seulement
chefs du parti de
la
les
hrtiques en gnral,
Rforme. Une des plus an-
ciennes se trouve contenue dans un livre de Pierre Couturier (i) et
symbolise Luther.
Il
est habill
en chevalier,
la
le premier, du nom de libert vanglique.
Et pour montrer encore plus clairement l'animosit
qu'elle avait conue contre la religion catholique et nommment contre le sacrifice de la messe, ayant une trs belle
Calvin qualifia,
et excellente
tapiss-=rie faite de la main de Maren laquelle tait broch parfaitement le
messe et le prtre qui montre la sainte hostie
pice de
guerite sa mre,
sacrifice
de
la
au peuple, elle arracha le carreau qui portait cette histoire,
au lieu du prtre y substitua de sa main un renard, lequel
se tournant au peuple en faisant d'horribles grimaces et des
pattes et de la gueule, disait Do-ytinus vobisctim.
Alfred Leroux, Histoire de la Rforme dans la Marche et
:
le Limousin, 1888, cite un vitrail reprsentant leanne d'Albret dans une chaire devant un groupe d'hommes.
Rfutation de la prtendue
(1) Pierre Couturier (P. Sutor
,
JJPETOT.
DE TRISTIBUS GALLI-E
(Dessin
MINIATURE TIRE DV MS. Qute
clu
tir
d'un ms. de
la
Bibl. de Lyon.)
Suinl-Graul. PAR PIERART DOU TIELT
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVl^ SIECLE
tonsure et nue, tient d'une main un drapeau,
tte
l'autre
la
une bche sur
robe s'agitent des serpents.
celle sortent et rentrent
prsente pas
les
D'une
retrouss de sa
sorte de grande escar-
des rats noirs. Cette gravure ne
domine dans
autres
les
rforms.
des comits d'histoire et des arts en France, un des
communiquait une
assistants
ther suivi de sa
pice connue,
caricature reprsentant Lu-
femme, Catherine Bora. C'est sans doute
o Luther
sauve charg de
se
Bible en
la
tranant son ventre sur une brouette. Catherine se
de son obsit, qui a
d'ennemis
dans
de
gros volume, sans doute
Dans un pan
caractre violent qui
le
images contre
A un
Un
l'paule.
Bible, sort de sa chemise.
la
225
la
).
l'air
de
lui peser plus
Lu ther est encore
qu'une masse
figur se battant avec Calvin
gravure intitule la Dispute
moque
spirituelle.
Ils luttent
oreilles.
Dans
d'autres images, Calvin est reprsent sous l'aspect
d'un
en prsence de Lon
porc.
Dans
sculpture de
la
basilique de Saint-Sernin
la
On a
les
Toulouse, une
chaire reprsente un animal groin de porc
et oreilles d'nes,
p.
qui se bouche
prchant avec cette inscription
Calvin
le
aussi souvent reproduit (2) l'estampe dans laquelle
Calvin est nu jusqu'
la
ceinture, expos sur
la
place de
Cl. Jackson, A trcatise
1531.
on wood-engraving, London, 1839, p. 324. Une caricature
contre Luther reprsente un monstre qui souffle dans
l'oreille d'un moine dont la tte et le nez forment une cor-
hrsie de Luther,'? ans,
nemuse.
(i)
Bulletin du comit de la langue et de r histoire et des
et 165.
t.
II, 1853-1855, Paris, i8=i6, p. 135
Jaime, Muse de la caricature, Paris, 1838.
arts en France,
(2)
Blum
15
l'estampe [Link] AU XVl^ SIECLE
226
les
Noyon,
mains
marqu au
vice abominable, puis
reau,
attach au pilori en punition d'un
lies,
rouge par un bour-
fer
une autre qui montre de Bze entre
son mignon et
celle
qui met en scne Calvin, attisant
Michel Servet
feu sous les pieds de
sa victime.
le
Il
le
faudrait
Dans quelques-
enfin signaler des mdailles satiriques (i).
unes,
sa matresse et
portrait de Calvin est accol celui d'un porc
ou d'un autre animal.
Ces images satiriques contre
les
protestants sont desti-
nes dans l'esprit des catholiques tablir que
les
hrtiques
sont responsables des discordes civiles et religieuses qui
Le
jettent le trouble en France.
trait
dominant de
vures est d'tre animes par des convictions
et
des passions
fortes. Elles excitaient les haines qui soulvent les
populaires et leur faisaient dire
rhonneur de Dieu, de
gouverns par
nous ne pouvons plus
tant ns Franais et
vinistes.
Nous sommes
et
nos fortunes
nous
et aprs avoir t
souffrir ni l'impit ni la tyrannie,
non
esclaves, catholiques et
satiriques
catholiques, elles n'ont pas en France
qu'en Allemagne. Elles ne servent pas
le
les rois droituriers et trs chrtiens,
Quant aux estampes
nire vivante
masses
jaloux de
l'antique gloire de la France
voulons assurer nos vies
rgis et
ces gra-
texte des prdications
le
non
cal-
l'adresse des
mme
illustrer
caractre
d'une ma-
enflammes des mi-
nistres rformateurs. Elles ne ressemblent pas celles qui
(i) L'Espinois,
La Ligue et
(Lettres adresses au pape).
les
Papes. Paris, 1886, p. 326.
Klotz, Numntaria Opuscnla^
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVI* SICLE
227
ont t reproduites dans l'ouvrage allemand de Scheible ou
par Brunet (i). Elles ont
d'autres pices dcrites
parfois plus politique
que
un
ct
religieux. Elles sont antipapistes,
antimonacales, antimonarchiques et de ce point de vue,
elles incitent l'insurrection
nelle de
contre
royaut. Brantme
la
la
politique tradition-
dit qu'il
a l
pour
moins autant de mcontentement que de huguenoterie
Une gravure
traduit ce
mouvement de rvolution sociale
C'est VEiat du monde au XV!""
sabre et d'un poignard,
est
Un
sicle.
mont
sur
lyran,
le
(2).
arm d'un
un ne qui
figure le
peuple. Derrire lui, l'Avarice aux ailes de harpie corche
l'animal. L'ne rue et renverse la Dissimulation qui tait
assise sur lui.
liques.
la
En avant de
La Raison
l'ne, trois
prsente l'ne
un
personnages symbo-
sac dchir. Plus loin,
Justice dont les pieds sont dans les fers. Sa balance est
vide.
Seule
main un
Parmi
testants,
la
Parole de Dieu est debout, tenant d'une
glaive, de l'autre
une
les autres caricatures
il
y a une
bible ouverte.
catholiques contre
les
pro-
pice intitule la Synagogue hrtique (3),
ddie au cardinal de Guise en
1585.
Au
centre est une
Furie tenant un masque {Typus hereiicae synagogae). Le
m-
daillon est entour de quatre dessins, reprsentant les qualits
(i)
de cette glise
Nouveaut, Intrusion, Particularisme,
Brunet, Notice sur un recueil de caricatures satiriques
{Cabinet de Vamateur), 1845-1846.
Lausanne, 1909,
(2) Doumergne, Iconographie cahinienne,
Granddans
mentionne la pice qui est reproduite
Carteret,
La caricature et les murs en Allemagne, Suisse, Autriche,
Paris, 1886, p. 13.
(3) Bibl. nat.,
Estampes,
Qb XXU.
l'estampe SATIRiaUE AU XVl^ SIECLE
228
Discorde. Chaque dessin est expliqu par une strophe de
six vers. Le premier reprsente le furieux concile de Luther.
Des gens
fondements de
attabls boivent et posent les lubriques
Une
l'erreur luthrienne s.
garde parle pape, des loups escaladent
et tuer les brebis
la
est
bergerie
haie pour
mordre
blanches et crdules (intrusion). Dans
creux d'un arbre, se tient un hibou qui a horreur de
le
la
lumire. C'est l'glise selon Calvin qui s'lve de ces assembles nocturnes (particularisme).
prsents chacun avec
un
rautre,pour indiquer que
livre
les
Deux hommes sont
d'une main
et
une pe de
protestants imposent leur doc-
trine par la violence. Trois groupes d'interlocuteurs
tableau de
le
pltent
la
re-
Babylone avec
les ides
com-
discordantes
de Calvin, Zwingle, Luther.
Dans une
par
une pice reproduite
collection particulire,
Doumergue
(i),
La Furie
et les
trois rformateurs,
en scne une Furie tenant avec une triple chane
met
les trois
rformateurs Calvin, Luther et de Bze couchs terre. Elle
brandit une torche enflamme.
Une
gravure non moins rare, appartenant
thque de
la
la biblio-
Facult de thologie de l'glise libre Lau-
sanne, a t conserve par Herminjard qui l'avait colle
la fin
heures
d'un volume de Viret, intitul
canoniques,
hommes
tirent Calvin l'enclume
comme
Dans
bas
(i)
le
de 15 14. Dans
un
:
forat.
Le
titre
De
cette
pour
l'Institution des
estampe,
lui river
en haut porte
Ad
quatre
des
iticudem.
Compelle intrare ut impleatur dotnus mea.
Doumergue,
oxivrage cit.
fers
LA CARICATURE RELIGIEUSE EN FRANCE AU XVi^ SIECLE
Une
229
autre image, Liberae religionis typus, reprsente Lumonts sur des chevaux qui tranent un
ther et Calvin
char, sur lequel deux figures allgoriques sont assises dos
dos.
Le char
inscriptions
Dans
ubellio
ces diverses
en France,
il
de soldats et citoyens portant ces
est suivi
crudelitas
devastatio
caricatures religieuses
paupertas.
du xvi^
deux catgories distinctes
sont protestantes, mais elles n'ont pas
laire qu'elles revtent
le
sicle
unes
les
caractre
popu-
en Allemagne. Les autres, inspires
par les catholiques, se font remarquer par une verve sou-
vent plus mordante. Wright
religieuses en France
du
(i),
tudiant
les caricatures
xvi^ sicle, ne signale
que ces der-
nires et semble ignorer toutes les gravures protestantes.
C'est qu'en
ainsi dire
Allemagne
elles
sont plus nombreuses,
officielle
l'expression
En
pour
mouvement de
r-
France, elles existent sous une
forme contre
la
autre forme.
Ce sont des armes
papaut.
d'un
et
entre les mains d'un parti
d'opposition. Elles ne se mlent pas simplement aux pol-
miques thologiques,
avec
(i)
elles
peu
les caricatures politiques.
Wright, ouvrage
cit, p. 345.
Nous ne sachions pas qu'on possde en France des
ricatures huguenotes, mais
les
vont se confondre peu
huguenots.
il
ca-
en existe quelques-unes contre
CHAPITRE
VII
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XV1= SIECLE
La
religion, qui avait inspir
bois l'Apocalypse
xylographique,
roir
du Salut,
dans
la lutte
dans
les sujets
la
aux premiers graveurs sur
VArt
de bien Mourir, le
Bible des Pauvres, va
maintenant
Mi-
les jeter
des partis. La foi et l'ardeur
qu'ils apportaient
de pit passent dans
le
domaine de
la
poli-
tique o leur verve va s'exercer l'gal de celle des libellistes et
des pamphltaires.
Quoique
xvi"= sicle
le
genre caricatural ft cultiv au dbut du
en Allemagne
avec raison
'^i)
que
la
et
dans
les
Pays-Bas, on a soutenu
caricature politique est ne en France
cette poque.
Incompatible avec
institutions, ses
ment
l'tat d'esprit
dogmes, avec
le
du moyen ge, avec
ses
stade de son
dveloppe-
scientifique et social, elle ne pouvait exister, aussi
longtemps que
les
miniatures satiriques restaient des pices
(i) Wright, ouvrage cit, p. 345. Le got de la caricature
politique a pris racine en France et y a continu de fleurir
plus que partout ailleurs.
LA CARICATURE POLITiaUE EN FRANCE AU XVI SIECLE
uniques. Elle avait besoin d'une
ne pouvait
facilit
2^1
de circulation qui
tre assure jusqu'alors par la gravure
pri-
lui
mitive ses dbuts. Le genre ne s'introduit vritablement
en France qu'au
moment o
s'affirment les progrs de cette
nouvelle technique.
De mme que
l'imprimerie remplaa
mme
graphes, de
gravure se substitua
la
n'y eut pas rupture brusque entre
Il
La transition entre
le travail
le
deux priodes
les
xv'
de
trs
sujets
ralistes.
fat fournie par les
marges taient
Tout en conservant un
caractre religieux et en se rattachant la
miniatures
inconnu
lesques.
des
missels,
jusqu'alor':,
Parmi
les
ils
miniature.
et lexvi^ sicle.
preiuiers livres d'Heures imprims, dont les
ornes
la
des calli-
exprimaient
?e manifestant
dans
tradition des
un sentimen
scnes bur-
les
auteurs de ces hardiesses, souvent irr-
vrencieuses, Didot (i) signale Philippe Pigouchet, dont
les
Heures de
la Vierge
renfermaient, dans les entourages^ des
scnes qui choqueraient de nos jours des esprits
rigoristes.
la
mme poque
cette
mme
peu
fantaisie ironique se
retrouve dans les Simulacres de la Mort deThielman Kerver,
Gilles
Hardouyn
et
Simon Vostre,
ouvrages profanes
comme des
des planches de
Pierre
ainsi
que dans des
moralits de Gringoire ornes
Le Dru ou
la
Stultifera navis de
Josse Bade.
Peu
de
la
peu
(i)
gravure, au lieu de n'tre qu'un auxiliaire
typographie et de se consacrer l'illustration des
livres, traite
boii>,
la
des sujets isols. Leur caractre devient moins
Didot (Ambroise-Firmin), Essai sur
Paris, 1863, p. 130.
la
gravure sur
l'estampe satirique au XVI' SICLE
232
exclusivement religieux qu'au
deur vnitien
s'y
affaiblir
dans
Un
ge.
en France constate que
de plus en plus, et que
religion ont
la
Les
1)
moyen
la foi a
ambassa-
commenc
abus introduits
les
beaucoup de huguenots.
fait
images auxquelles donne
lieu
cette
poque de
troubles ne sont pas tant
religieuses que politiques.
en
parie, crit
1575, l'ambassadeur de Venise, Jean Mi-
chel (2). trs peu de
religion, qui joue
et la
dnomination gnrale
de
la
un
rle secondaire,
n'est plus celle de
mais de mcontents. Le combat
nom
huguenots,
engag non plus au
mais au nom du bien public. Un
religion,
autre ambassadeur, Jean Correro
est
(3),
ds 1569, signala
trois [Link] constituant les
partis d'opposition.
d'aprs son tmoignage,
la
la
Il
la
cupidit et
richir de tous !es biens d'glise, et les
dsir de s'en-
le
trois
partis
rpandre des caricatures, qui attaqueront moins
repose
le
la
religion,
sert
le
ils
abus
fondements sur lesquels
politiques.
les
luttent.
grefie en France sur
(i)
et
dpart entre
pour lesquelles
part une
les
aux partis d'opposition
convictions religieuses
que
les
vont
pouvoir royal.
La caricature
de faire
avait,
gens du peuple, en-
une ignorance profonde. Ces
introduits dans
les
noblesse, pousse par l'ambition,
bourgeoisie, tente par
trans par
On
la
Il est
traduire des
souvent
difficile
'raisons politiques et religieuses
La question politique
question religieuse.
Il
s'est vite
d'une
faction ligueuse et catholique, qui veut exercer
Relations des ambassadeurs vnitiens,
(2) Ibid.,
t.
(3) Ibid., p.
Il, p.
1
14.
227.
t. II,
p. 1,51.
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVl^ SIECLE
d'autre part,
l'autorit et,
235
un groupement form de pro-
testants et de ceux qu'on appelle les Politiques, qui accusent
leurs adversaires d'usurper le pouvoir royal
des leurs
avec
la
pour mettre un
du gouvernement. Ces deux
tte
partis luttent
instruments de combat qu'ont mis
les
XVI* sicle les ministres protestants, le
la
mode au
et la cari-
pamphlet
-cature.
Leurs caricatures politiques sont l'origine de ces uvres
puissantes que produisirent plus tard les matres humoristes
de l'Empire et de
Restauration. Avant ces artistes,
la
il
avait eu, trois sicles auparavant, des graveurs inconnus,
au crayon encore grossier, qui,
les
premiers, avaient os
aborder ce genre, au risque de leur vie. Si ce
ils
il
moment
n'ont pas encore l'audace et l'loquence du xix^ sicle,
faut tenir
Le
compte nanmoins de
XYi"" sicle,
moderne,
tique
monde
social
deurs,
la
par
et
se
qu'
soit
tires
est
une priode de bouleversement. Le
des
et
est branl
la
caricature poli-
dans ses profon-
la
vie active.
mle
l'usage
la
Au
troubles.
de ces dchirements,
la
La gravure
politique.
milieu
littrature et
l'art
se fait militante,
Jusqu'alors,
de l'Eglise et de
de ces
la
ne
elle
noblesse,
soui
d'images de pit, soit d'preuves d'amateurs
quelques exemplaires. Maintenant
multiplier en grand
complter l'uvre de
arme
naissance
du moyen ge
dans
l'estampe
forme
adonn
rformes
dsordres
servait
qui
Renaissance produit une socit nouvelle, agite
des
entrent
ces premiers essais.
vritable.
nombre
la
et
elle vise
en tous lieux
parole et du pamphlet
et
;
les
cherche
elle est
une
234
ESTAMPE SATIRIQUE AU
La socit de
la
SIECLE
XVi'=
Renaissance ne s'intressait plus aux an-
ciens sujets de satires, qui symbolisaient d'une manire toujours identique les vices et les pchs. Elle rclame d'autres
formes de plaisanterie.
nouveaux, appropris
du XV*
fin
Il lui
cette
sicle, crit
thmes d'inspiration
faut des
transformation du got.
Michelet(i),
la satire est
les
murs
Cette critique
dier au
aux
mal,
rieuse.
sur
bien loin de
rem-
extrieure
l'avait
et
lgre,,
corrobor plutt, faisant diversion
qu'elle
tant de rires que restait-il
la
France,
badine et
tait
Rien que
l'aggra-^
vation des maux. Les efforts de fausse gaiet qu'on
au XV'
pour
faire rire,
Au
xvi*
ciale a
jadis
sicle,
ces
travailles
entreprises
assombrissent encore
sicle le
ton de
la
les
satire
au pape et aux moines. Elle
temps.
politique
du pouvoir
ro3'al.
fait la
fait
ou prmdites
chang. Ses attaques ne sont plus limites
titutions et
le
la fin.
moins rvolutionnaire
De
la
des moines, c'est de quoi lasser
questions fondamentales. Telle avait t
d'autant
use, les
redites l'ont tue. Trois cents ans de plaisanterie
pape,
et
so-
comme
critique des ins-
La caricature politique
mme un caractre
personnel, d'une audace singulire. Ce
ne
types gnraux
sont
ridicule,
plus les
mais des individualits dtermines.
la naissance d'un genre
tibles
qui sont tourns
seulemeiU avec
la
On
d'images sditieuses,
en
assiste
compa-
priode de crise traverse
par la
monarchie.
Michelet, Histoire de France.
1857, t. VII, p. )i3.
(i)
La Renaissance,
Paris,.
LA CARICATURE POLITiaUE EN FRANCE AU XV1= SIECLE
On
pourrait classer les estampes satiriques de ce temps
en deux catgories, trs nettements dfinies
un peu
la
taines
tout
autres,
Ligue, on peut bien supposer que ceren
procdent pas de
traitant
ce
une' exagration
serait
pices
exclusive, car en dehors des gravures diriges
pour ou contre
ne
les
anti-ligueuses. Mais cette division
ligueuses et le 5 pices
est
235
de l'imagerie
satirique
une question politique,
thme d'inspiration.
seul
de
faire
de
la
Ce
graviter toute l'histoire
Renaissance
autour de
la
Ligue.
Une
autre
mthode
consiste ranger les caricatures sui-
vant leurs similitudes de procds.
celles
Il
s'agirait
de grouper
qui se rapportent soit des nationalits, soit des
individus, soit des familles, soit des classes sociales.
L'tablissement de ces diverses catgories fournirait d'jnt-
manire
ressants aperus sur leurs sources et sur la
culire
une poque de
traiter certains sujets.
convnient de ce systme serait
des images bien
la difficult
de rapprocher
Cette classification
pour suivre l'volution du genre de
mais servirait peu
ture, ses phases successives,
La classification qui a paru s'imposer
est
passer
en revue
rentes caricatures
du xvi^
sicle,
elles
mieux
et
on
politiques
l'histoire.
les
assiste
ou contre
le
mouvement
diff-
dans l'ordre
sont apparues, puis 5e sont dveloppes.
ainsi le
carica-
la
essentiellement
chronologique. Elle consiste
l'in-
diffrentes et ne prsentant d'autre lien
entre elles que l'analogie des procds.
serait utile
parti-
Mais
On
suit
d'ides auquel elles rpondent,
progressivement
leurs
attaques hardies pour
pouvoir royal. Leur tude
se rattache
celle-
l'i-stampe satirique au xvi sicle
236
de l'opposition
pendant cette priode, dans
domaine
le
politique et social.
Une
des plus anciennes caricatures
politiques serait
le
Revers du Jeu des Suisses, de 1499. Elle fait allusion
l'at-
titude hostile des Suisses l'gard de Louis XII, au
mo-
ment o
il
Bretagne, une expdition en
de Naples
Anne
entreprenait, aprs son mariage avec
la
pour runir
Italie,
France. Les princes
les
le
royaume
plus intresss
question sont runi? autour d'une table, laquelle est
le roi
de France, en (ace du Suisse,
Venise, qui tait
qu'il a
et le
un beau
les
cartes.
Henri VIII, cause avec
fait
tient
le
le roi
le
droite,
un autre paquet de
"VI.
cartes.
droite
roi d'Angleterre,
et
Mais
le
la
premire
sujet
trait
C'est sous Franois I"
fois
devant
ct
lui se
du doge, l'empereur
le
duc de Lorraine verse
boire aux joueurs. Le comte palatin et
Montferrat attendent
sien
Le duc de Milan, Ludovic
Sforza, ramasse les cartes tombes,
C'est
du
d'Espagne. Derrire, l'Infante
duc de Wurtemberg,
pape Alexandre
assis
France. Louis XII annonce
des signes d'intelligence au Suisse.
d'elle est plac le
trouve
la
la
ct du doge de
jeu, le Suisse reconnat la faiblesse
doge abat
Marguerite
de
l'alli
et
de
marquis de
le
le rsultat.
tentative
est
relatif
que
se
de
caricature
la
politique
rencontrent pour
des graveurs qui osent faire
la
politique.
caricature
trangre.
la
du
premire
roi
lui-
mme.
Dans un
recueil d'images de
drolatiques, le
1565, intitul Les Songes
prtendu portrait de Franois I"
senterait courb, couvert d'une robe de malade,
le
repr-
une bavette
LA CARICATURE POLITiaUE EN FRANCE AU XVI^ SIECLE
SOUS
la tte
menton,
le
estampe
le
orne d'une aigrette
(i).
2^7
Une
autre
montrerait coifte d'un bonnet de nuit, sous
lequel passent ses moustaches et sa barbe et couvert d'un-
manteau de malade
et portant
ne serait pas plus pargn par
figur sous la
col
le
On
des
coiff
a prtendu
Songes
les
dessinateurs, qui l'auraient
fraise,
ou
d'une toque
ailleurs,
et
que Rabelais
Pour
drolatiques.
sous l'aspect d'un
chaudement vtu.
tait l'auteur des
attribuer
l'ouvrage, et sur les
commentaires de
connu d'aprs
celui qui est bien
par Richard Breton
est
esprits.
dernire
et
Dans
bien de Rabelais.
uvre
l'invention
La grande
familiarit
avec feu Franois Rabelais, crit-il, m'a incit,
Mais
Le
titre est
1565
de
Matre
que l'uvre
que
j'ai
eue
amy lecteur,
voire contraint de mettre cette dernire de ses
lumire.
titre
d'iceluy pour la rcration
sa prface, l'diteur dit
de
le
l'dition publie en
o sont contenues plusieurs figures de
Franois Rabelais,
l'diteur.
les
Les songes drolatiques de Pantagruel
(3)
planches
Rabelais
cent-vingt bois de ce volume, on se fonde sur
des bons
II (2)
forme d'un nain au nez en trompe d'lphant^
garni d'une
personnage,
un arc dtendu. Henri
uvres en
les critiques
sont d'accord pour reconnatre que les
gravures ne sont pas l'uvre de Rabelais, et qu'il y a eu
une supercherie de
la
part de l'diteur, lorsqu'il dit qu'elles
sont de l'invention de Rabelais. C'est dans une intention
(i)
Rabelais,
uvres, ditions Esmangart
neau, Paris, 1823,1. IX, p. 203
et Eloi
et 278.
(2) Ibid., p. 182 et 211.
(3) Bibl. nat.,
Rs. Y^ 2172, et Rs. Y^ 2173.
Johan-
l'estampe satirique au xvi^ sicle
238
de spculation
qu'il a fait cette attribution, et
l'avoue en
il
allguant l'utilit qu'elles peuvent prsenter pour
naval
Je n'ai voulu, dit-il,
m'amuser
discourir l'in-
tention de l'auteur, priant un chacun de prendre
bonne part en
mire,
que
je n'ai
tat
ou condition
tre tax ni
tout en
compris de quel-
qu'il soit, ainsi servir de
la jeunesse joint ainsi
le
uvre en lu-
l'assurant que, mettant cette
entendu aucun
car-
le
que plusieurs bons
passe-temps
esprits
y pour-
ront tirer des inventions pour faire crotestes que pour tablir
mascarades. Ces gravures des Songes drolatiques ne
se rattachent
demand
s'est
nique
En
aucune
si
elles
srie
On
ne seraient pas d'origine germa-
ralit
il
faut carter toute ide de provenance alle-
figures sont en partie des copies
Pierre Brueghel, graves par
Anvers aprs
la
il
Pour
faudrait supposer
empruntes ou que Rabelais
hypothse absurde.
d'uvres de
Hironymus Cock
mort de Rabelais.
Rabelais, dit Plan (3),
lui a
(i).
(2).
mande. Ces
de pices franaises
et publies
les attribuer
que Brueghel
les a prises
les
Brueghel,
y>
Rabelais dessinateur {Galette des
(i) Champfleury,
Beaux-Arts, mars 1870).
(2) Schneegans, Geschichieder groteskenSatire,Strasshurg,
1894.
HeulhaTdyRabelaiSfSfSvojyages enltalieyPaiis,
1891.
Plus j'examine les Songes drolatiques, plus j'y vois la
lourde touche de quelque artiste allemand dont le cerveau,
travaill par les variations de Fischart sur le thme rabe-
imagin des raffinements de burlesque et des grossissements de facties. Plus je tourne autour de ces magots,
^
plus je les trouve marqus du caractre germanique.
laisien, a
(3)
Plan (Pierre-Paul) Bibliographie rabelaisienne,
1904.
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVl^ SIECLE
On
voulu
239
rattacher ces gravures aux Devises h-
(i)
roques de Claude Parradin et la Vita
Metamorfoseo d'Ovidio,
publies en 1567 par Jean de Tournes, Lyon, dont
Salomon Bernard ou
gravures sont attribues
man. Mais
la
Jost
les
Am-
technique de ces pices rappellerait plutt
la
manire de Brueghel, cause de ces personnages enferms
dans des tonneaux ou habills avec des cloches,
coiffe
la tte
de pots ou de marmites.
Ces images ne seraient pas, suivant un diteur de Ra-
uvres de pure
belais (2), des
les
noms de
ratrait
tribut de l'le
sort
vtu de
ici
la
en forme de
un essaim
forteresse, l coiff
d'abeilles.
commet du couvercle
la
cloche, grand at-
sonnante, genoux devant un prie-Dieu
Une
marmite
la
fume
une autre main, tenant un chapeau de
un casque orn d'une plume
nant un sabre, serait
assis,
le
Une femme
enceinte,
mandragore, vtue d'une cloche
(i)
Champfleury,
Un
figurerait
tenant
et coiffe
ecclsias-
d'oiseau et te-
cardinal de la Rovre.
vidant un gobelet de vin,
Lorraine.
du
une main arme d'un cou-
forme pointue, ainsi que des ttes de coq.
tique, portant
s'lve
un
ce serait le portrait de Charles-Quint.
sort, droite,
peret, et, gauche,
d'une ruche d'o
autre gravure reprsente
personnage, en forme de marmite dont
De
y dcouvre
il
certaines personnalits. Ainsi Jules II appa-
sous divers aspects,
roulettes,
mais
fantaisie,
le
Un moine
cardinal de
des feuilles
de
d'un casque,
les
La caricature au moyen ge^ Paris
1876, p. 319.
(a)
I
Rabelais,
Paris, 1823,
t.
uvres^ d. Esmangart
IX.
et Eloi
Johanneau
AU
L ESTAMPE [Link]
240
deux pieds dans
la
mme
XVl^ SIECLE
pantoufle, reprsenterait
de Bretagne. Malgr ces hypothses subtiles,
il
Anne
est difficile
que ces gravures sont des caricatures histori-
d'affirmer
ques de Rabelais.
peuvent bien avoir t inspires par certains cha-
Elles
de Rabelais, mais elles ne sont pas son uvre
pitres
et
ne semblent pas viser des personnalits dtermines. Rien
ne
justifie ces attributions
imaginaires.
de ne pas chercher reconnatre
notoires.
Ce sont
parat prfrable
traits
les
des estampes o
II
domine
de personnages
la fantaisie
on
y voit line tour coiffe d'un vieux casque ou d'un bonnet
fantastique ou
d'une grande botte, des crosses, des gou-
pillons, des btons, d'autres
faut pas s'imaginer
que
si
images extravagantes.
l'on en avait la cl (i),
Il
ne
on y
dcouvrirait plus de malice et de mchancet que l'on ne
croit .
Plusieurs
estampes furent composes dans
figures des Songes drolatiques.
dans
la
collection
Leber
pices, qui s'apparentent
(2),
le
got des
A la
Bibliothque de Rouen,
se
trouve une suite de dix
celles
de Hironymus Cock. Elles
reprsentent des monstres coiffs de grands chapeaux, un
personnage au corps form de pelles
autre constitu par
vase, tenant
fantaisie.
(i;
un
un autre
Coup
la
marque de
tte
forme d'un
l'esprit
la
France de 18^0,
1851,1.11).
de Rouen,
flamand,
le
d^il sur Vhistoire d la caricature en
France (Congrs scientifique de
(2) Bibl.
de pincettes, un
un tonneau, des oiseaux, des chassiers de
Elles portent
Pernot,
pot,
et
coll. Leber, n 2451.
Paris,
MiNiATLRE TiR^E DU Ms. Qule du Suint-GrattL par pierart dou tielt
-^ fto^
LE DUC DE FRIA ET LE LEGAT,
(Bibl.
MINIATURE TIR^E DU MS. Qute
(lu
AQUARELLE DU
n;it.,
Les
XVl'^
SIECLE
belles figures et drleries
de la Ligue)
Saint-Gnil. par PIERART DOU TIELT
LA CARICATURE POLITiaUE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
got d'un symbolisme naturaliste.
Un
autre recueil de
la
une dizaine de reprsentations
collection Leber renferme
de personnages extraordinaires, d'un symbolisme
Tizarres
souvent incomprhensible
Sous Henri
II,
la
faire
charge
celui
qui inspira
position du rgne
de Henri
anime une com-
des victoires
les
Elle
un char
tran
triomphateur.
reprsente
Il
patriotique contre
le
le
Non
vraisemblable-
remporter contre
avaient
franaises
repouss l'arme impriale
Triomphe
dans
tient
facties
et
de
troupes
des lopards
par
orn de cette devise
Pendant
les
Trois Evchs
Metz.
Mais ces
venait
qu'il
Oarles-Quint, lorsque
date
II. Elle
Un
curieuse carica-
la
ture contre les Suisses sous Louis XII
conquis
de certains
tourne des populations en ridicule.
analogue
esprit
(1).
au lieu de
personnages, on
ment
24 1
son bec
haec sine
conduit
est
Dans
Gaulois.
des
le
un serpent
coq
et est
numine divum.
provoques par l'excitation du sentiment
l'tranger
rgne de Franois
sont
II, la
sonnelle. Elle a
une tendance
lirement contre
le roi et la
rares
au xvi*
sicle.
caricature devient per-
se tourner plus
particu-
famille des Guise, qui exercent
une influence prpondrante, dj l'poque de Franois
On commenait
le
se
moquer de
cardinal de Lorraine,
II.
l'ascendant qu'avait sur lui
Une image dont
moires du temps reprsentait Franois
II
parlent les
m-
emprisonn dans
Bibl. de
Rouen, coll. Leber, n 2451. Facties en ta^bleaux, suite de onze pices dans le got des Songes dro(i)
latiques.
Blum
16
bourse
la
AU
L ESTAMPE [Link]
242
du cardinal de Lorraine.
accompagne de
II et
sous
titre
ou
teste
mains.
les
le
laissant quel-
Cette gravure,
lgende, est postrieure au rgne de
l'indique la
Franois
le
la
tait
Le feu roi Franois
cardinal tenait en sa bourse^
dehors
quefois mettre
Cette gravure
lgende suivante
la
le
deuxime^ lequel
comme
XVl' SIECLE
une tude pour une estampe connue
parat
de Guillot
le
du
peut dater
songeur, qu'on
temps de Charles IX.
On
trouve au muse Carnavalet
estampe dont
tionale (i) cette
claire, sans
de
le
de
songeur, c'est--dire Antoine de Na-
Antoine de Navarre
qui, dans son sommeil, ne voit
Coligny
par son chapeau,
le tirer
lui souffler l'oreille, le
bruit d'armes,
delle allume.
qu'il est la
le
Tous
peu
Coud {2), L'estampe
appuy contre un arbre, qui symbolise
France.
un
Bibliothque na-
signification serait
la
un passage des Mmoires
reprsente Guillot
varre,
et la
est
ni
le
le
royaume
l'ternel
endormi
n'entend l'amiral de
cardinal de Chtillon
conntable de Montmorency
prince de
Cond
lui
apporter une chan-
personnages veulent
ces
faire
lui
montrer
dupe des Guise, groups ensemble. Entre
deux groupes
la
reine- mre prsente
un double
les
visage, l'un
souriant au roi de Navarre, Tautre obissant au
cardinal
de Lorraine. L'estampe avait pour complment un pasquil
qui courut sous
et
o Tauteur
le
pseudonyme de
signifiait
Pierre
de Cugnires
au duc de Guise de dguerpir.
Bibl. nat., coll. Hennin, t. XXV.
de Condy Londres et Paris, 1743, t.
Mmoires
[2)
Brve
655.
exposition del peintiit e ensuivante, quia
(i)
jp.
en France, concernant
le
prsent tat de la cour.
II,
LA CARICATURE POLITiaUE EN FRANCE AU XV!^ SIECLE
On
pourrait aussi ajouter qu'une parodie de cette
reprsentait ces personnages
Charles IX,
il
(i).
estampe
l'poque de
peu de pices caricaturales de cette
en singes
245:
verve. Les seules tentatives satiriques consistent substituer
des
indcents des scnes
sujets
religieuses.
Le
pamphlet clbre, attribu tour tour de Bze, Cujas et
d'autres crivains
nous raconte
pour
le
par
fils,
le
sitt
l'histoire
le Rveille- matin des
Franais (2),
d'un tableau obscne et injurieux
cardinal de Lorraine et sa famille, qui aurait t
substitu
son
encore,
un tableau primitif reprsentant
la
Vierge tenant
par Michel-Ange, destin tre offert en prsent
pape au cardinal de Lorraine.
Paris qu'ayant rencontr
tableau de
mme
reine, sa nice,
la
grandeur o
le
un
Luquois ne
peintre,
fit
fut pas
faire
un
cardinal de Lorraine, la
reine, sa mre, et la duchesse
de Guise
taient peints au vif, nus, ayant les bras au col et les
jambes
entrelaces l'une avec l'autre.
Jusqu'alors
litique.
Il
il
faut
n'y a pas
attendre
le
un exemple de caricature porgne de Henri
III
pour en
trouver des manifestations. Cette caricature de parti a
porte sociale
elle
une
n'attaque aucun personnage, mais tra-
duit les plaintes du tiers tat contre l'ingalit des classes
et
des fortunes.
Deux estampes renferment
sujet qui sera repris avec
(i)
(a)
une nouvelle
Arsenal, Estampes, 203, f 60.
Le Rveille-maiin des Franais
le
force,
et
thme d*on
au
moment
de leurs voisins,
compos par Eusbe Philadelphe Cosmopolite, en forme de
dialogues. Edimbourg, de l'imprimerie Jacques James^
1574,
if
dialogue, p.
I-2.
L ESTAMPE SATIRIQUE AU XVi^ SIE
244
de
Rvolution de 1789. Elles manifestenr
la
dications
deux
tule
du Tiers,
ordres
le
te
Quis
reven-
les
dolances et ses griefs contre les
ses
clerg et
pralulit.
un
chevalier et
pour
:F.E
Elle
mme
semble
Il
est
inti-
un paysan, un
reprsente
prtre, placs sur le
symboliser leur galit.
L'une
noblesse.
la
niveau,
comme
qu'il s'agisse
dans
cette gravure de l'galit devant Dieu, car les trois per-
sonnages sont placs dans des nuages clestes, avec leurs
attributs, propres dsigner leurs classes sociales, le
une arme,
valier avec
labour.
Une
le
paysan avec
instruments de
ses
porte plus auda-
autre caricature est d'une
cieuse, car le paysan s'y
che-
montre peu dispos
endurer une
servitude relle et se rend compte des charges de plus en
plus lourdes qu'il supporte.
Ordres de
la
La pice
est intitule
France^ d'aprs un tableau conserv
Les trois
Aix-en-
Provence, dans l'Htel de Ville. Elle reprsente un seigneur, un cardinal et un paysan, qui soutiennent un cur
apport du ciel par
la
cur, symbolisant
la
agenouill devant
paysan a
un
main de Dieu.
France, est figur
crucifix et
de supporter presque tout seul
l'air
noble en costume de mignon de
de porter
le
fardeau,
doigts et regarde
le soleil.
davantage soutenir le
dessus du
cur sont
c'est--dire
roi
clair par
cur tout entier, et parat plier sous
lieu
l'intrieur de ce
le
il
n'y a
l'effleure
Le
cur,
le
poids du
gauche,
cour de Henri
III,
le
au
peine du bout des
se tourne vers le roi.
le droit
La porte de ces estampes
Le
cardinal, qui ne contribue pas
crits ces
que
la
le faix.
en prires,
le soleil.
mots
Au-
Nihil aliud in nobis,
divin.
n'est pas
seulement
sociale,
LA CARICATURE POLITiaUE EN FRANCE AU XV1 SIECLE
mais politique. Elles affirment dj, au xvi^
245
sicle, les prin-
cipes d'galit civile qui seront proclams plus
tard par la
Rvolution de 1789.
L'tude de ces pices a t nglige jusqu'ici,
que leur raret ne permet pas de s'en
complte. Suivant Mzeray (1),
la
parce
une ide
faire
date de mars 1594,
afin d'ter, autant qu'il tait possible, le
souvenir du pass,
Pierre Pithou, conseiller au Parlement, eut ordre de tirer
des registres de
durant
Cour tous
la
actes qui
les
du
contre l'autorit
les troubles
d'Autry, lieutenant
fit
civil,
rigoureuse dfense d'en
s'taient faits
roi.
brler tous
plus imprimer
Jean Sguier
avec
les
libelles
ni
d'en garder
aucun.
Malgr cette interdiction,
parvenues.
serv
la
Un
trs
et
nationale
drolleries de la
placards, affiches injurieuses
et
honneur du feu roy que
les
et
les
(2).
est
Il
Ligue avec
les
intitul
peintures
oisons de la Ligue appelaient
et
desquelles la garde {qui autrement n'est
bonne que pour
de combien nous
notre bon roi qui nous a dlivrs de la servitude
monstre.
a t dcrit
sommairement dans
sommes
et
le
feu)
impos-
obligs
et
tyrannie de ce
le
catalogue de
Mzeray, Abrge chronologique ou extrait de Vhistoire
France^ Paris, 1667, t. Ilf, p. 1280.
(2) Bibl. nat., La 25-6 Rs.
(i)
de
Il
Henr^
PanijSp,
tmoignera la postrit, la mchancet, vanit, folie
et
et
vendues publiquement
endroits et carrefours de la ville.
ture de celte ligue infernale
diffamatoires contre la mmoire
de Valoisy imprimes, cries, prches
Paris par tous
nous sont
curieux recueil de ces images est con-
Bibliothque
Les belles figures
quelques pices
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
24^
l'histoire de France (i), et plus
cente
Mais
e'dition dts
compltement dans une r-
Mmoires-Journaux de Pierre de l'Estoile.
cette dernire publication (2) a
eu plutt en vue
les
placards et les documents imprims que l'lment iconogra-
phique. En ce qui concerne l'tude de Testampe satirique
au
XVI' sicle, tout l'intrt que prsente ce
recueil n'a
jamais t mis vritablement en lumire. Champfleury
content de citer
s'est
(3)
collection de l'Estoile, sans si-
la
gnaler particulirement aucune des pices
qui
la
com-
posent.
Le
livre
de
la
Bibliothque nationale est unique et d'une
importance considrable,
parce
qu'il
est
impossible
de
trouver ailleurs un pareil ensemble d'estampes satiriques
qai aient pu
suites de
se soustraire
la police.
Une
aux investigations
et
aux pour-
note manuscrite place en tte de
ce recueil nous explique par quelle heureuse fortune
pu
tre
conserv.
se
Il
trouvait
la
l'bbaye de Saint-Acheul, prs d'Amiens,
manuscrits de l'Estoile
(4).
Mais
Braine, qui a dcouvert en 1777
C'est qu'il tait reli
tiques et
(i)
(2)
titr
sur
le
la fin
dos
il
les
il
bibliothque deavec
les
autres
chapp Jardet de
manuscrits de l'Estoile.
des grandes tables ecclsias-
Diverses pices.
La
reliure tait
Catalogue de l'histoire de France, t. I, p. 1^0-153, n 6.
L'Estoile, Mmoires-Journaux (dition Brunet, Hal-
phen, Champollion, Lacroix, Read),
Paris, 1876,
t.
IV.
sons la R(3) Champfleury, Histoire de la caricature
forme
X.
et la Ligue, Paris, i88o.
Le
Long, Bibliothque historique de la France, 1778,
(4)
V.
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
seme des
lettres
S.A.,
247
marque de l'abbaye de Saint-
la
Acheul.
un passage de
Pierre de l'Estoile, dans
nous parle de ce recueil qu'il
l'ont dcid le garder,
propos des
Desquels
grand
que
relier
police.
crit
il
roi,
A
:
contenant quatre gros tomes que
en parchemin
in-folio, plein
j'eusse
le
la
qui
t curieux d'en ramasser jusques plus de
trois cents, tout divers,
j'ai fait
dfenses de
les
malgr
et des raisons
diffamatoires contre
libelles
j'ai
form
ses Mmoires,
tiquet de
et
mme
sous un
de figures et placards diffamatoires,
baill en garde
plus que quelque chose de
au feu,
bon
n'tait qu'ils servent
montrer
et
dcouvrir
les
abus, impostures, vanits et fureurs de ce grand monstre
de
la
Ligue
Parmi
(i).
les figures
qui composent l'in-folio de
la
Biblio-
thque nationale, quelques-unes ne sont que des gravures
documentaires, d'autres sont nettement caricaturales.
Parmi
ces caricatures,
des partis
en
lutte
L'une symbolise
la
et
il
sont des
Ligue,
pelle celle des Politiques.
qui rappellent
les
xylographiques.
La Ligue
du dessinateur
zarres,
qui
(i)
t.
parodies d'abstractions.
l'autre
Ce sont
la
faction
qu'on ap-
des gravures sur bois
images allgoriques des premiers livres
l'esprit
les attributs
y en a deux qui manent d'un
le
et
le
Politique
souvenir
voquent dans
de ces monstres bi-
ont hant l'imagination du xv* sicle.
Tous
de ces animaux extraordinaires ont une signi-
Pierpe de l'Estoile, Mmoires-Journaux, Paris, 1875,
III, avril
1589.
l'estampe satirique au XVl^ SICLE
248
ficat'cn particulire, suivant la tradition de la
chrtienne(i), mais dans
les
symbolique
images de Pierre de l'Estoile,
la_
symbolique s'applique traduire des sentiments de colre
haineuse et agressive. L'une des plus intressantes pices
une
deux visages couronns de serpents
forms de
griffes. Elle
d'or et de l'autre
Saint-Esprit.
la
pour
Un
la
Ligue
pagne.
de
la
main droite
est
suspendue
la
unepenue en
bras portant
Une
du
comme
sort
Lyon,
par
du dessinateur
Elle signifiait dans la pense
tait
Toison
l'ordre
la
sont
de Navarre,.
et
croix de
menacer. L'estampe est signe
Lonard Odet.
que
saisit
noir.
et les pieds
une des armes de France
au bas desquelles
l'instrument du pape et du
roi d'Es-
autre 'gravure signe Paris, pour Hilaire-
le-Bon au mont Saint-Hilaire
et Pierre
Chevillot en l'alle
Chapelle Saint-Michel au Palais (avec permission)
de
la
se
moque du
lrance religieuses.
politique
est
Il
ides de libert et
des
main
droite est
aux Ligueurs.
forme
d'une sirne
reprsente
pette.
une
sous
bouteille, dans sa gauche
droite, dans le bas,
il
de to-
est le tratre suspect
attache un tronc d'arbre par une corde en or.
laquelle
Politique de ce temps (2), c'est--dire du
dvou, partisan
royaliste
La
manteau
religieuse, d'une robe blanche et d'un
Elle a
comme
Ligue sous forme d'une Furie, vtue
la
reprsente
un
aperoit des crapauds.
roi assis
Dans sa
une trom-
une
gauche, dans
table sur
le
haut,
Witkowski, V art profane Vrrlise, Paris, 1908.
(2) De Thou, Histoire universelle d. 1742, t. IV, p. 593.
Il dit que ce terme est n des discussions pdantes de deux
professeurs de Paris, Jean Charpentier et Denis Lambin,
(i)
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVI^ SIECLE
deux porcs
ballons.
cette
au-dessous trois enfants jouant
et
terre quatre turbans. Les vers qui
image en expliquent
mi-partie femme,
est
flatteur et parjure.
une allusion
est
symboles
rai-partie
Le
lien d'or
qui
le
accompagnent
(i).
poisson,
avec des
Le politique
est
parce qu'il
un arbre
retient
son dsir d'amasser des cus. S'il tient
d'une main une bouteille,
est
les
249^
c'est
que son plus grand souci
de boire et de s'gayer. La trompette qu'il agite dans
l'autre
main
signifie qu'il se
moque du
souverain,
les
tur-
bans veulent dire qu'il est prt croire atout ce qu'on
voudra. Les crapauds qui n'ont pas honte de profaner la
table
du
roi, les porcs
qui grognent en regardant
le
ciel,
tous les dtails et tous les commentaires de ces textes de
l'Ancien Testament
dans
les
rappellent
le
symbolisme
Bibles moralises. L'hrtique,
protestant, c'est
le
employ
ce n'est
pas le
Politique, accus plus tard par les Li-
gueurs de trahir leur pays pour
les
vendre au roi de
Na-
varre.
Certaines images,
d'autre but
n'ont
taire,
contre
les
que de fomenter
documen-
les
rvoltes
En 1587, aprs l'excution de
conseil de M^ de Montpensier (2)^
protestants.
Marie Stuart, sur
le
d'un caractre purement
le
cur de Saint-Sverin, Jean Provost, exposa
dans
le
La descripton (sic) du politique de notre temps
par un gentilhomme Franois, Paris, 1588.
(i) Cf.
faicte
(2)
Voir
le
placard intitul
Briefve description des di^
verses cruauts que les catholiques endurent en Angleterre
droite l'Estoile a crit
pour la foy
appelait ce beau:
.
conseil et
On
de M"^* de Montpensier pour ce que, par sort
exhortement, fut mis un tableau dans le cime-
livre le tableau
L ESTAMPE SATIRIQUE AU XVI^ SIECLE
2^0
cimetire de sa paroisse l'image des perscutions que l'on
aux catholiques anglais pour leur
faisait subir
bourreaux des catholiques anglais, c'taient
huguenots
Les huguenots et
franais.
Elles font voir la cruaut avec
montre
la
traitent
et politiques
arrachs des
les prtres
clbrent
des
les allis
les politiques turent
dans ces images.
trs attaqus
huguenots
Ces
foi.
messe
laquelle
les
les
hrtiques
catholiques.
autels, au
L'une
moment o
ils
conduits en prisons. Dans une autre,
et
ce sont les inquisitions nocturnes dans les prisons o des
soldats viennent fouiller les coffres la nuit et enfoncent les
portes.
les
Ailleurs
on
catholiques
pieds,
ongles.
les
endurent,
d'autres avec
Un
rend compte des
se
suspendus
poinons enfoncs
des
exemple de
uns
tourments
que
par
dans
les
ces souffrances est fourni par le
tableau d^un prtre auquel on
perce les oreilles avec un
chaud. Les supplices barbares sont employs pour
fer
faire
les
les
mourir. Les gravures nous font assister au spectacle
de corps mutils, de membres
jets
dans
une chaudire
bouillante, puis de ttes exposes publiquement.
C'est seulement l'poque du tragique assassinat du duc
de Guise
et
de son frre qu'apparaissent de violentes
catures contre
de
le roi.
cari-
Plusieurs gravures satiriques du recueil
l'Estoile signalent la trahison et la perfidie
tire Saint-Sverin Paris la veille
de
la
du
roi.
Les
Saint-Jean de l'an
587, auquel taient peints et reprsents toutes ces cruauts
afin que le peuple passant par l s'mt et s'animt de plus
1
en plus contre
lait
les
et politiques qu'on appemeilleurs serviteurs du roi).
huguenots
(baptisans de ce
nom
les
CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
LA.
principales
sont
La
tats tenus en la ville
Valois et
les
25
dmonstration de V Assemble publique des
et
chteau de Blois sous
comme ayant communi
le
perfide
Henri de
avec messeigneurs de Guise^
Le martyre du rvrendissime cardinal de
fait massacrer.
Guise sous V inhumain tyran Henry de Valois.
L'une de ces pices
et
assassinat
Xjuise,
est intitule
Blois, les
duc de Guise et
-del
mort
(sic) et
et
23
24 dcembre ij8S
les
trpas
ducs de
Paris
avec deux
cardinal de Lorraine
trouve cette inscription
se
fussent vivants
D'un Henri
Qui
le
la fois,
le
le
si la
pour
javelots,
entre les jambes
Virum sanguinum
dolosum abominabiur Doniinns. Au-dessous on
Tous deux
Henri,
Tombeau sur
commis aux personnes de Messeigneurs
Jean Gurin. La mort frappe
le
lit
haine et l'envie
tyran leur et laiss
tratre, parjure, tout vice
la vie,
adonn
par taille et mignons son peuple a ruin,
Et qui feignant vouloir our leurs dolances
convoquer Blois les trois tats de France,
Devant les yeux desquels l'hypocrite et cafard
Fit
deux
Fit meurtrir ces
Pour venger du tyran
Le peuple
a,
de son
pairs grands
l'acte tant
gr, pris les
inhumain
armes en main
Qu'il ne dlaissera jusqu' tant que
Au
tratre et ses
mignons
coups de poignard.
la
vie
ait t ravie.
Les -estampes satiriques s'en prennent Henri
d'Espernon
et
leur
III
et
de
reprochent l'assassinat du duc
Guise. La Ligue accusait d'Espernon d'inspirer au roi les
l'estampe [Link] AU XVl' SIECLE
252
mesures
porte
le litre
Le sou/Jement
conseil diabolique de d' Espernon
et
Henri de Valois pour saccager Us
audience aux chefs catholiques,
qu'on appellera plus tard
le
catholiques.
soufflet
dans
l'oreille
du
Henri
III
donne
de Bourbon
cardinal
le
prince de Ginville, l'archevque
de Lyon. D'Espernon conseill par
un
Une estampe
qu'il prenait contre les catholiques.
diable introduit avec
le
a reue.
roi l'inspiration qu'il
droite, Larchant prsente les ttes
du duc de Guise etda
cardinal de Lorraine.
C'est au lendemain de ce meurtre (1588)
doute
violente
la
caricature
contre
que parut sans
Henri
Le faux mufle dcouvert du grand hypocrite de
Henri
III
let la
III,
la
France (i)
porte un vtement de pnitent et tient
un chape-
main, suivant l'habitude qu'il avait (2) prise dans
confrrie de battus
ou de
flagellants laquelle
il
lia des oreilles de porc et des cornes de bouc.
est
intitule
tendu
le
la
tait affili,
ses pieds
corps du duc de Guise, perc de coups de poi-
gnard.
Deux
autres pices contre Henri III peuvent tre rappro-
ches de cette caricature. L'une est intitule: Vadjournement
fait
Henri
La gravure
de Valois
est
pour
assister
Magasin
(2)
Parmi
lit
aux
enfers.
la
monstre
figure d'un
tte
cornes, queue et oreilles d'ne, griffes d'oiseau
(i)
on
tats tenus
une allusion aux tats tenus Blois par
Henri de Valois. Satan sous
de porc,
aux
universel, 1836-37,
les
vers qui
t.
IV, p. 3^3.
accompagnent
cette
Ainsi
faisait cet hypocrite
Afin que sous l'habit d'hermite
Libres soient ses mchancets.
caricature,
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVi SiCLE
de proie remet
s'ouvre l'enfer.
L'estampe
permission
Henri
Dans
est signe
et
le
:
Tu
tu sais
emporte
approbation des docteurs de
Henri
et si as
la
mieux qu'aucun
Noble
la
attestation.
image on
cette
D'tre le premier chef de
Car
ail
droite
le roi.
pour A. duBreuil, 1589, avec
Paris
accompagnent
as dit vrai
dmon
haut un
thologie. L'Estoile a ajout
vers qui
un ajournement
III
253
lit
facult
de
Parmi
les
mrit
gent diabolique
la
secrte pratique.
L'autre gravure est VHermitage prpar pour Henri de Valois.
L'enfer est reprsent sous l'aspect d'un monstre
qui
vomit des flammes. Henri
III
est
conduit par des ermites
infernaux pattes d'oiseau, tenant un chapelet.
au roi
Ils
disent
Laissez Henri, laissez les monastres
Et cessez
de hanter Feuillants
Qui sont
les lieux
et
humains
capucins,
auxquels avait fait l'hypocrite
venez avec nous porter l'habit d'hermite.
Et
L'image
est signe
Paris
pour A. duBreuil, 1589, avec
permission et approbation des docteurs de
thologie, L'Estoile a ajout de sa
main
la
Noble
facult
de
attestation
pour des docteurs de Sorbonne.
ct de Henri
III,
son compagnon d'Espernon ne fut
pas pargn par la satire.
TEstoile
poils
les
le
Une
caricature
du
recueil de
reprsente sous forme d'un diable couvert de
ayant des griffes au lieu de mains et de pieds. Entre
yeux
est plante
une sorte de
griffe.
La lgende
expli-
L ESTAMPE SATIRIQUE AU
254
cntive est
C'est ycy
<.(.
la
Nogaret, par
de France
de
et
court.
la
le
grce du roi duc d'Espernon, grand amiral
bourgeois d'Angoulme sur son dpartement
-)
1589, intitul
D'aprs une note manuscrite, ce portrait
La grande
garet par la grce
du
roi
sieur d'Espernon.
:
Un
Discours
se
discours imprim Paris l'an
diablerie de Jean Valette dit de
No-
duc d'Espernon, par un des valets du
garon du premier tournebroche de
quer
SIECLE
pourtrait de Jean Valette, dit de
commencement d'un
voit au
XVI'^
la cuisine
commentaire de
la vrit
du commun dudit
l'Estoile fait
remar-
digne d'un croquelardon.
des biographes de d'Espernon (i), quia consacr
Un
un volume
au pangyrique du duc, ne signale pas cette caricature, mais
ce qu'il dit
du dvouement de d'Espernon au
roi suffit ex-
pliquer qu'il avait sa part de l'impopularit provoque par
Henri
III.
Des planches curieuses ornaient un
attribu au prdicateur Jean Boucher.
rpandues contre Henri
de
six
Henri
vignettes
III,
ds
le
jour du
rvlent
Elles
moment
les
calomnies
l'orgueil de
couronnement lorsque, par
couronne
glisse
puis lors de son attitude envers
tte,
Toutes
anonyme
sont exposes dans une suite
satiriques.
suite de sa ptulance, sa
au
III
petit libelle
la
deux
fois
de sa
noblesse de France
de son veto de Pologne . Ensuite ce sont
(i) Girard, Histoire de d'Espernon^ 1655. Voir Bibl. nat.,
Estampes, Qb 23, la gravure intitule: Les propos tenus
Loches entre Jean d'Epernon et son diable familier lorsqu'il
lui prdit sa descente
mot
aux
enfers, fidlement rcits
mot pour
Te
voil maintenant en grande dvotion
la Valette.
Prosetpine est l-bas qui attend
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVI' SIECLE
des scnes qui
montrent
ses
dportements depuis
d'une religieuse Poissy usqu'aux cruauts qu'il
fait
255
le
viol
exercer
contre ceux qui blment sa conduite. Enfin dans
tableau, les armoiries de
brises et tranes par
Henri de Valois
un excuteur de
march de Cracovie, parce
un dernier
(i) apparaissent
la justice
en plein
qu'il a us de perfidie envers
les Polonais.
Un
autre libelle, qu'on prtend avoir t galement ins-
le prdicateur
pir par
vure reprsentant
le
Boucher
tait
(2),
diable auquel
il
orn d'une gra-
faisait ses
au bois de Vincennes. Ces images traduisaient
membres de
des
Henri
la
un
III tait
le
dvotions
sentiment
Sainte Union, qui racontaient
sorcier,
aimant
s'entourer
que
de papiers et
de figures cabalistiques.
L'une
III,
magiques dont on
ces figures
gravure montre
tournent
lui
qui
se
de Henri
d'elles fait connatre ces superstitions (3)
le
La
une croix pose entre deux satyres qui
dos.
C'est
une allusion
colportait dans Paris.
de Vincennes,
lui a attribu l'usage.
on
On
avait trouv
une histoire
prtendait qu'au bois
deux
de satyre en argent dor, tournant
le
petites
statuettes
dos un crucifix
en or.
Les autres gravures nous tracent
et
le
portrait des
charmes
des caractres de sorcellerie de Henri de Valois (4).
Le
la vie et les faits notables de Henri de Valois tout ait
en rien requrir, o sont contenus les trahisons, sasans
long
et hontes de cet hypocrite et apostat , 1589.
exactions
crilges,
(i)
(2)
Les Sorcelleries de Henri de Valois, Paris, 1589.
(3) Bibl. nat.,
(4) Ibid.
Estampes,
Qb
23.
l'estampe satirique au xvi= sicle
25e
Tnerveilleux
s'unit
Henri
l'histoire.
est
III
comme un monstre, dont une lgende explique
a la tte d'une bte tauve, des
figur (i)
les attributs
mamelles de
allgoriques.
Il
femme, des
pattes d'aigle, des ailes de dragon,
d'une main un
mdaillon contenant
le
et
tient
Ma-
portrait de
chiavel et de l'autre un chapelet.
Dans
les
images satiriques, son portrait
est celui
d'un
tre amphibie et sans sexe. Ses habitudes effmines, son
entourage
de mignons,
donne carrire
En
tte
pice
fait
toute son
cette plaisanterie
du pamphlet
Hlsle
existence
est-il
quivoque
homme ou femme ?
des hermaphrodites (2) le frontis-
voir Henri III sous les traits d'un personnage corps
d'homme, portant Tpe,
d'une collerette. Dans
le
et
tte
de
femme entoure
haut cette explication
.una patris, catera tnatris habet
dans
le
bas
Pars
est
tous accords*
Je ne suis mle ni femelle
Et
si je
suis bien en cervelle
Lequel des deux je dois choisir?
Mais qu'importe
Il
en reoit double
La Ligue, en attaquant
la
plaisir.
ainsi la personnalit
couvrir de ridicule,
tour aux pigrammes.
le cardinal
on ressemble
vaut mieux les avoir ensemble
On
essayant de
qui
De
tous
les
de Lorraine qui fut
le
finit
du
roi et
en
par s'exposer son
hros de
la
Ligue, ce fut
plus attaqu.
Deux
es-
Estampes, Qb 23.
Artus
(Thomas), L'isle des Hermaphrodites, nou(2)
vellement descouverte, S. 1. n. d. (1605 ?)
(1) Bibl. nat.
z
z
3
D
K^
1,
LA CARICATURE [Link] EN FRANCE AU XVI^ SlCLE
tampes
nippe le
il
d'une verve analogue
(i)
en charlatan,
{sic)
peuple contre
tispice
de
la
assis
au peuple. Dans
table couverte de drogues,
le
Satire
la
M-
montrent dans une attitude grotesque. Dans l'une,
est habill
rgales
de
celle
257
le roi.
un
clavier, et joue des
est assis
devant une
vend du catholicon
et fanatise
l'autre,
il
Cette gravure
fait
Satire Mnippe dans lequel
pagnol joue du luth, en disant
De
l'effet
songer au fron-
un charlatan
es-
du catholicon
La drogue est
si
souveraine
Qu'elle a guri Monsieur du Maine.
ct de ces allgories
se manifestait
un
esprit fron-
placent des gravures satiriques plus mordantes,
deur, se
comme
les
Pnitents blancs et bleus du roi
Henri III qui n'amen-
drent ceux de la Ligue, avec cette devise
Pour bien dnicher
Il
les abeilles
faut avoir l'avis d'un pnitent.
L'esprit railleur de la lgende, qui
accompagne
cette srie
de gravures sur bois en couleur, s'explique par des
commen-
taires
contemporains,
(i) Bibl. nat.,
comme
Estampes,
Qb
ceux de Palma Cayet
(2). Il
23.
Palma Cayet, Chronologie novenaire, Paris, 1608, p. 33
Par ces mots sic eoriitn aculeos evito, ils voulaient dire
que comme il faut se couvrir la face et les mains de quelque
sac, quand on veut ter le miel d'une ruche, de peur d'tre
roi se couvrait la
piqu de l'aiguillon des mouches, ainsi le
(2)
face d'un sac de pnitent de peur des aiguillons de
Blum
la
17
Ligue.
l'estampe satirique ad xvi= sicle
258
assimile
le
vtement de pnitent dont
t ses partisans en face de
pour
cueillir le
la
se couvraient le roi
Ligue au sac
qu'il faut revtir
miel d'une ruche. D'autres pices n'ont
pour but que d'exciter
les
mouvements de haine
et
passions et
de provoquer des
de rvolte
qui expliquent
le
nom
de
rgicide.
Les pithtes peu flatteuses qui accompagnent
Henri
III
indiquent avec quelle joie fut accueillie
le
nouvelle
la
de son assassinat par Jacques Clment. Le recueil de
enferme peu d'images
se rapportant
une qui
est intitule
III, il
Union
selon leurs mrites. C'est
comme
dans
y en
sont bien
et
une image
les Bibles moralises
deuement
double
ou dans
le
parti con-
salarie:;^
chacun
compartiment
les
vieilles gra-
vures qui illustraient VArt de bien mourir. D'un ct,
roi dfunt est tendu sur son
les
Les articles du dernier testament de Henri
de Valois o ceux qui tiennent pour lejourd'huy
traire de la Sainte
Parmi
ce sujet.
trs rares pices relatives l'assassinat de Henri
l'Estoile
de parade. D'un autre
enflamme de
ct apparat l'ouverture
emporte l'me de Henri
lit
le
l'enfer.
Le dmon
III.
Lecteur voici
le
De Henry qui
testament
fut
en sa vie
Le plus excrable tyran
Qui
fut jamais
On rendait grces au
Son ami d'Espernon ne
quait
le
roi
dfunt.
en barbarie.
meurtrier d'avoir dlivr
la
France.
fut pas plus pargn, lorsqu'on atta"
Une
d'entre elles est la Sorceller
'
Jean d'Espernon, avec
les
lamentations d'iceluy
et
du
roi de
a-
LA CARICATURE POLITIOUE EN FRANCE AU XVl^ SicLE
varre sur la mort de Henri de Valois.
sur son
lit
de
conjurer en disant
les
Le
roi est
259
tendu mort
de parade. D'Espernon entour de diables essaye
c'est qu'il fault
autre courtisan dsol et
:
le
Dy-moi maintenant que
Satan l'enchane ainsi qu'un
je tasse .
que
place au-dessus est
conduit aux enfers. L'inscription
Vien excommuni.
Dans une autre
gravure, d'Espernon est reprsent s'arrachant les cheveux
devant
le
Outre
cadavre du
ces
roi.
documents
iconographiques,
Mmoires-
les
Journaux (i) de Pierre de l'Estoile renferment beaucoup
d'allusions des pices
mettent de complter
qu'il avait form.
satiriques.
les pices
Une
de Lucifer,
Henri de Valois
criteau
est livr
tiques, et
les
le
ses
le
tableau
Le
11 juillet 1593.
tombant du paradis en
aux diables
Le Tyran. Autour de
sident Brisson qu'on
qui manquent au recueil
des plus importantes est
des Seize (2) qui fut expos
tait la Chute
Ces indications per-
regardait
lui
la
sont pendus
et
enfer.
porte au front cet
comme
deux agents, Larcher
accusaient de travailler
et
sujet
le
le
pr-
chef des Poli-
Tardif
les
Seize
reddition de Paris au
roi
de Navarre et dans l'intrt del Sainte Union, avaient
dcid
de
Les corps
faire
des
une
Sint-Barthlemy
victimes
avaient
une potence, place de Grve, avc
Barnabe Brisson,
(i)
P. de l'Estoile,
l'un des
chefs
des
Politiques.
trouvs
attachs
cette inscription
des tratres et hr-
Mmoires-Journaux, d.
cite,
t.
V,
1589.
(2)
Pierre de l'Estoile, Mmoires-Journaux^. cite,
p. 53, II juillet 1593.
t.
IV,
l'estampe SATIRIdUE AU XVl^ SlCLE
260
Claude Larcher, l'un des fauteurs des
tiques,
politiques. Tardif l'un des ennemis de Dieu
catholiques.
Les Seize avaient l'intention de
encore d'autres politiques, dont
tratres et
des princes
et
faire
avaient dress
ils
Le tableau montre toute une foule de politiques
diables.
Dans
le
haut
est figur
lit
roi.
contre
les
On
que ce tableau
esprait
politiques et pourrait,
Seize, Bussy-Leclerc,
liste.
jets
aux
ceint d'une charpe
Le Barnais. L'archange porte
Guise
la
Paradis avec saint Michel
un dmon
crasant sous ses pieds
se
le
gorger
nom
le
exciterait
suivant
mouvoir au sang
le
et
de M. de
le
peuple
[Link] d'un des
au carnage
Mmoires-]ournanx de Pierre de l'Estoile ne ren-
Les
ferment pas beaucoup de mentions de caricatures politiques
de ce genre. La plupart de celles qu'il indique, relatives
des
personnages ou des incidents politiques, sont sans
grande porte. C'est ce
Une
de
ces
Mayenne pour
qu'il appelle des drleries .
pices se
moque
saisir des ciseaux
les atteindre. Elle date
des
de
de Tanne o
efforts
inutiles
tailleur, sans
il
de
pouvoir
ne put triompher
la bataille
d'Ivry de Henri de Navarre et o son insuccs
fut tourn
en ridicule.
Il
trt
n'y a gure qu'un seul tableau qui prsente plus d'in-
que
les autres,
paux personnages
toire
parce qu'il met en scne
du temps
pigrammatiquede
satirique de ce
temps ne
et
la fin
les
princi-
constitue une petite his-
du xvi*
sicle (i). L'esprit
se manifestait pas
seulement dans
(i) L'Estoile l'appelle Description (fung tableau fait au
crayon, trouv en la chambre du roi^ 1585.
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVl^ SIECLE
semblables
des dessins
ceux que dcrit
l'Estoile,
26 1
mais
des processions grotesques rappelant les ftes
parfois par
de
honneur au moyen
furent en
fous, qui
abandonnes. Ce ne sont plus
le
que
clerg
tolre
mme
et
ge,
puis
crmonies amusantes
ces
encourage quelquefois.
Toutes ces parodies maintenant deviennent blessantes pour
la
'
religion, revtent
ment
un
caractre politique et sont svre-
interdites par le clerg et la Sainte
Union. L'Estoile
raconte l'hostilit avec laquelle furent accueillies (i) deux
de ces manifestations. Elles n'taient pas franaises, mais
l'une
organises
Wallons
(2).
des
par
des
Le peuple de Paris protesta avec une
telle
par
Espagnols,
l'autre
nergie que les organisateurs de ces mascarades durent se
retirer.
qu'il
culte,
Il
y voyait une atteinte
fallait
tourner en ridicule non
mais ceux
catholicisme.
qui empchaient
La seule procession
catholiques zls fut
la
17 janvier et surtout
talise par
se
la
h Satire
le
religion et pensait
les
crmonies du
laquelle prirent part les
fameuse procession de
le
14 mai
Mnippe
(3).
du
exercice
libre
la
Ligue
le
1593, qui a t immor-
L'imagerie
et le
pamphlet
moquent de l'esprit belliqueux du clerg, qui dfile en
chantant des
hymnes
d'glise qu'il entremle de salves de
mousqueterie. Des gravures et des tableaux,
du muse Carnavalet, montrent
ce
que
rade (4) de prtres et de moines
(i) L'Estoile,
(2) Id., Ibid.,
Mmoires-Journaux^
mai 1^91-
(3) Id., Ibid., 1590.
comme
ceux
fut cette ridicule pa-.
qu'on appela une mi-
t.
V, avril 1591.
l'estampe SAT'iRIQUE AU XVl^ SIECLE
22
carme
pied.
En
tte
marchait Guillaume Rose, vque
de Senlis, l'pe au ct^ une
sur
pertuisane
l'paule,
et Saint-Gerpuis les curs de Saint-Cosme, Saint-Benot
Hamilton, Boucher
vais,
casque, puis une
et
Lincestre,
la tte
couverte d'un
foule de religieux, jacobins, carmes, ca-
pucins, minimes, feuillants, les uns portant
d'autres
rabattu,
coiffs
de casques,
le
capuchon
uns tenant une
les
arquebuse sur l'paule, d'autres, arms de piques
lances. Certaines des caricatures ont t
description de
et sont bien
la
salle
connues. Mais
la
n'existe pas de gravures con-
il
les tapisseries et les
peintures
dont
parle. Les douze pices de tapisseries
elle
la
des Etats fut tendue n'taient pas toutes satiriques,
mais
il
faut surtout
portrait de
M.
le
remarquer
la
dernire, qui contenait le
lieutenant, habill en Hercule Gallicus
en sa main des brides sans nombre desquelles
tenant
Au-dessus de
estaient enchevtrs des veaux.
avait
le
d'aprs
de
Mnippe. Elles ont t souvent reproduites
temporaines qui reprsentent
dont
faites
et
un
veau.
criteau, portant
les
mots
sa teste
Gardez-vous de
faire
tals sur les
Les tableaux de plate peinture qui taient
degrs de la salle des Etats sont d'une ironie plus mordante, et
le
spectateur qui
les
vit
de l'ouvrier en tait excellente et
nave
la
nous
dit
besogne
que
la
main
fort nette et
(i).
Les tableaux satiriques imagins par
les
auteurs de
la
Satire Mnippe taient destins porter les derniers coups
(i)
Satire Mnippe, d. Read^ Paris, 1892, p. 287.
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE AU XVI^ SICLE
la Ligue.
Tandis que, sous Henri
t surtout inspire par
de
l'poque
tiques,
dirige contre
les
emploie
la
fin
du XVI'
gieuses
traits
elle
sicle,
Ligue
les partis
commence
n'y a presque plus de caricatures
il
se
meurt
et
tourner en ridicule
les
Ces pices antiligueuses sont
et faire rire
sur bois, procdant de
reli-
estampes satiriques
ses dpens.
phique.
tre
de l'opposition. Pendant cette
la
On
l'instrument de
est
cherchent
des gravures
Poli-
le roi et les
sont moins acrs et elle
procds de l'allgorie. Elle
Henri IV,
caricature avait
III, la
Ligue contre
Ligue. Ses
monarchie contre
la
la
263
la
ne trouve pas de dessins
le
plus souvent
le
tradition
la
public
xylogra-
plume ou aqua-
sauf une importante exception.
relles,
Elle se trouve dans ie recueil de l'Estoile et reprsente le
duc de Fria
s'abordant.
et le lgat
Le duc de Fria
est
reprsent avec un corps de dindon, revtu d'un manteau
bleu, la tte coiffe d'une toque rouge.
ses pattes
le
un poussin
corpj d'un coq,
patte
un
lacet,
la
et
Il
dans l'une de
tient
dans l'autre une broche. Le lgat a
tte
orne de plumes.
Il
porte d'une
de l'autre une canne pche. Sa tte et
son cou sont envelopps d'une toffe rouge.
Il
y a sans
doute dans cette caricature une allusion aux Etats Gnraux du 25
le
janvier 1593,
o l'ambassadeur d'Espagne,
duc de Fria, envoy extraordinaire de Philippe
II,
se
concerte avec le cardinal de Plaisance, Philippe Sega, le
lgat
du pape
de faire
et
Paris,
lire roi
pour tudier
les
moyens
susceptibles
un catholique, commele jeune duc de Guise
non un hrtique, comme
au nouveau roi catholique
la
le roi
de Navarre.
main de
On destinait
l'infante d'Espagne..
l'estampe [Link] AU XVI* SIECLE
264
C'est
une
les intrigues
mordante de
raillerie
du
l'esprit
national contre
lgat et de l'ambassadeur d'Espagne, qui
quoique trangers, avaient
prtention de
la
des
diriger
dputs franais.
Il
faut rapprocher de cette caricature le dessin la
du bon
qui reprsente ['Ane
bt et brid et se
dirige de
manuscrite a t jointe
o ce bon ne
Paris (1),
gauche
le
Aprs
note
sige lev de devant
un
fait
est
11
Une
droite.
mort
souffrait
Ligue, on dit que Dieu avait
plume
parti en aot 1590.
et passion
aussi
la
pour
grand miracle
qu'il
en avait point t
dire
que nous avons pu nous sauver, estant conduits par
fait
un aveugle, gouverns
par
depuis
la
un enfant
cration
d'Adam, de
un
et conseills par
prtre qui n'entendait rien aux faits de la guerre. L'image
de FAne ligueur
qui
Henri IV, rappelle
se
les
rattache au sige
intitule
par
vers de Gilles Durant, sieur de
Bergre, Regrets Junbres mademoiselle
trpas de son
de Paris
ne (1594). ^'^^
ma
commre sur
Plainte funbre d'un bourgeois de Paris sa commre
sur la [Link] son ne ligueur illustrce d'une planche o
bourgeois
et la
commre
ch d'an ne, suspendu
du
sige de Paris,
pleurent devant
l'tal
Henri IV attnua
les
le
le
cadavre cor-
d'un boucher.
on ne pouvait
malheureux peuple qui
taire
le
une pice
aussi songer
^^'^
la
Au moment
offrir d'autres
viandes au
souffrait de la disette.
rigueurs du blocus, car
ouvrir les villes et quoi qu'il
manqut
il
savait se
d'argent,
il
en
Clouzot, Catalogue mthodique de la Ville de Paris
{Impressions du XVl^ sicle, relatives l'histoire de Paris et
de la France), t. I, s. d., p. 403, 0 550 361.
(i)
LA CARICATURE POLlTiaUE EN FRANCE AU XVI* SIECLE
trouvait pour
payer
Meaux, Vitry,
avait
Henri IVla
rendu ou,
ville qu'il tait
il
fait
se brise avec cette
iudam, et ces vers
vendu
le disait,
Une
petite ca-
lgende
monnaie dans
Un
un
Vitry, c'est--dire
Meaux au roy
Ce symbolisme
vnement de
comparant
la
tratre et
un trompeur,
des infidles.
satirique consistant faire allusion
vie d'un personnage
un vase
bris, plein
comme
Une
les
Vitry, en
un
le
de pices de monnaie se
manifestait quelques annes auparavant dans
marmites o
.?
vendu son honneur,
infidle arabe ait
En trahissant
aurum
Fregerat
Croirons-nous donc Vitry ces choses bien nouvelles
Qu'un
allusion cette trahison.
s'avance pour verser des pices de
une coupe, qui
sic
comme
gouverneur de
charg de dfendre.
ricature intitule Fides Vitrea
Une main
Le
des capitaines.
265
l'emploi de
ligueurs faisaient figurer leurs adversaires.
des gravures recueillies par l'Estoile est
Marmite
la
renverse des huguenots, politiques, athistes, espernonistes , libertins.
voit
La Marmite renferme cinq personnages dont on ne
que
les ttes.
Henri de Navarre cherche
soutenir la
marmite, tandis que Henri de Valois reoit dans
un coup de couteau
trouvent
feu,
les
comme
de Jacques Clment.
mignons du
le dit la
roi, et droite
le
Derrire se
d'Espernon, souffle-
lgende.
Toi Jean d'Espernon tu as beau y souffler.
Le bois que
Le brouet
Il
faut
fais
est
que
tu
apporter sert rien au feu
pandu que
tu avais fait dresser,
en sois banni
et ailles
ventre
en autre lieu
l'eSIAMPE satirique au
266
Et aussi d'Aumont, Biron et d'O tous tes
en une nuit
[Link]
Dans
tes
venus
d'autres gravures,
des soties
comme
les
compagnons
champignons.
note satirique rappelle celle
la
xV
ou moralits du
SICLE
XVl'^
sicle.
expriment ne sont pas toujours
Les symboles qu'elles
mais
clairs,
les
lgendes
des banderoles rappellent celles des vieilles tapisseries his-
Parmi
tories.
Tauvret
est la
pices de ce genre
les
lamentation de la Ligue, Paris, par Jean
et
Une femme
Leclerc.
une cuelle
pars,
de trois fleurs de
une des plus connues
couverte de haillons,
un bton
et
lys,
cheveux
les
ses pieds, se reposant prs
cherche enlever une couronne royale
avec une corde appele l'Ambition. Des nuages partent de
nom
Leur
solides cbles qui retiennent cette couronne.
est
Vouloir divin, Droit lgitime, Magnanimit, Noblesse fran-
Un
aise.
diable joue du violon et dit
reviendrez en nos enfers.
la
femme
Vous
Cette estampe, qui date du
moment o
la
Ligue a perdu
toutes ses forces d'expansion, doit tre contemporaine d'une
autre estampe
intitule
C'est
le
le
auteur ou diteur, Jean Leclerc,
Les entreparoles du manant de lgu
frontispice
maheustre
inscrit
et
mme
du
et
le
du fameux pamphlet,
au-dessus de
s'arrte
de villageois,
lui,
Dialogue
devant
les pieds
main. Derrire
lui
nus,
lui,
le
d' entre
nom
est
apparat cheval, bien quip
l'attitude d'un guerrier.
chapeau
les
bas.
Il
est en
Le
costume
jambes entoures de mau-
vaises gutres, porte sa besace sur
la
du maheustre.
manant. Le maheustre, dont
arm de pied en cap, dans
manant
\t
et
le
dos
et tient
apparat la Ligue sous
un bton
les
traits
LA CARICATURE [Link] EN FRANCE AU XVI* SIECLE
d'une
sur
femme, avec un masque d'une main
vieille
l'autre
une bquille.
un champ de
flatte le
droite
une pluie
sut utiliser l'art de
et persifle ses adversaires.
est
S.
I.
signe
une
Lutetia
sorte de
prsente de l'ellbore.
lgende: Lnpia turba
gantur,
l'image,
sic
se
La
pice
multa
et
ubi fas versum atgue
trouve
cette
vois en cette figure le
furens^
Polyphme,
pendant que des vents soufflent furieusement.
lui
des Seize.
parti
une nef remplie d'animaux,
tirant
l'eau,
le
est
Une femme
entoure de cette
scelet uni facis
ne/as furit.
explication
au
impune va-
gauche de
lecteur
hideux et misrable
tat
maintenant
un gros
navire.
Polyphme
de
est
la ville
comme
Ce gros navire qui est tir rebours par
la ville de Paris. Le matre pilote est le duc
les griffons, lions et
figure l'ire
nymphe, prsentant
La Ligue ,qui
de Dieu sur
la ville
autres btes sont gens d'armes, empars
Au haut du mt le
renard reprsente
l'ellbore, est la
les Jsuites
prudence ou
la
la^
raison.
avait paru redoutable, s'effbndre sous les
quolibets. Trois mdaillons satiriques (2), consacrs
(i) Bibl. nat., coll.
(2) Ibid.,
Tu
de Paris, laquelle porte en ses armes
Mayenne. La tempte
d'icelle.
d'une r-
publique, rvolte et mutine contre son magistrat,
est
Il
sinon
encourager,
intitule
Paris en furie (i). Elle reprsente
dans
Henri IV
caricature contre ses ennemis.
la
graveurs qui attaquaient
Une estampe
enfonc
tombe
d'pis de bl
chercha tuer l'esprit ligueur et sut
les
de
fleurs de lys.
pouvoir royal
inspirer,
et
on voit poindre l'imagerie allgorique qui
fois
Ceti'e
267
Hennin,
Estampes,
Qb
24.
t.
XI, p. 35.
son
l'estampe [Link] AU XVl^ SIECLE
208
nous font assister successivement
histoire,
son dclin. Dans
ses effets et
l'enfer
et affubl
les Effets de la Ligue., le
de saintet
et
Quand
et
d'un manteau sans couleur. Dans
monstre peint son manteau de signes
veut prendre
la
couronne. Le Dclin de
nous montre un lion dvorant
le
la
Ligue
monstre.
ce monstre est tendu terre et qu'il semble bien
mort, plus d'un vient
rpandent contre
roi.
Naissance de la Ligue,
vomit un monstre form d'un renard, d'un loup
d'un serpent
se
la
sa naissance,
Parmi
le
piquer aux flancs. Les caricatures
lui et
ces pices,
sont publies avec privilge du
une des plus amusantes
toire abrge des singeries de la
Ligue
(i).
illustre
C'est
VHis-
une gravure
sur bois reproduisant une familire description des Etats
de
la
Ligue
le
lo fvrier 1593. L'ide de cette composition
a t
donne par Jean de
tats,
au
mur
c'est--dire
la
Taille.
est fix le portrait
de
l'infante
Au
fond de
la salle
de l'pouse de
d'Espagne.
Au
la
Ligue,
milieu
trne
Mayenne, entour de deux dames d'honneur de
pouse.
(i)
la
future
droite sont assis les Seize rduits douze, por-
tant les faveurs d'icelle .
au milieu
des
les
A gauche
la
noblesse de
la
Ligue,
dputs de Lyon, Poitiers, Rouen, Orlans
Histoire abrge des singeries de la ligue, contenant
en faveur de
les folles propositions et frivvles actions tisites
V autorit
d^icelle, en la ville de Paris depuis Van i ^^o jusau 22 mars i^p^,jour de sa rduction son roi lgitime et naturel Henri IV du nom, roi de France et Navarre,
avec le pourtraii ou tableau de la tenue des tats au plus prs
de la vrit. Le tout extrait des secrettes observations de I.
D. L. dict le comte Olivier trs excellent peintre^ ddie
Messieurs de Paris, 1595.
que s
LA CARICATURE POLITJaUE EN FRANCE AU XVI' SICLE
et
Reims. Dans
vant
la
les Etats et
son ne
un meunier
rue,
condamn
est arrt,
tre fouett
Au
clume.
un
conduit de-
pour avoir dit
Allons, Gros-Jean, aux Etats.
droite, les Seize sont occups forger
269
Dans
roi sur
le
fond
une en-
milieu de l'assemble, un joueur de vielle ac-
compagn d'un joueur de cymbales. En
avant, quatre sol-
dats arms l'espagnole.
Les gentilshommes catholiques qui appartenaient au
parti de la Ligue, sentant
qu'elle devenait
exclusivement
espagnole, s'taient rapprochs de Henri IV. Le roi vain-
queur avait dsign Pierre Pithou
faire
dchirer dans
les
registres
du parlement tout ce qui
son rgne
serait injurieux contre
Henri IIL Le lieutenant
civil
Sguier
du
l'gard
mmoire de
supprimer toutes
d'interdire
une no-
indiscipline toute manifestation iro-
blesse turbulente et
nique
fit
la
dfendit d'en imprimer
tait difficile
il
contre
et
les satires et toutes les caricatures et
de nouvelles. Mais
Antoine Loiset pour
et
roi.
Plusieurs caricatures (i) font allusion au naturel volage
du bon
roi.
portant
un
L'une reprsente Henri IV dguis en paysan
sac sur la tte
pour
aller voir la belle Gabrielle.
un geste de commandement en
Dans une
autre,
dant une
femme couche dans son
il
fait
vient lui remettre une
Depuis
le
la fin
de
la
(i)
comme
lit.
Une
autre
regar-
femme
clef.
Ligue,
sentiment de mfiance
autrefois
et
et
les caricatures
n'expriment plus
de haine contre
le roi,
regard
un tyran ou un hrtique qui devait
Bibl. nat., Estampes, Qjb 23.
tre
l'estampe [Link] AU XVI* SIECLE
270
mis mort. Elles sont des moqueries de bonne humeur
l'gard d'un souverain dont on cesse
de
(i)
combattre
la
politique.
La Ligue n'attaque
traits des caricaturistes.
satires contre la
Lutetia
C'est elle qui est l'objet des
plus.
Trois images font
(2) allusion ces
Ligue et ses insuccs. L'une
resipiscens, Paris
retournant
est intitule:
son bon sens. Pallas,
symbolisant Henri IV, tient un bouclier
gone, aprs
Vnus
sa victoire sur
et
Junon
de Gor-
tte
(les
Cuise
et les
Espagnols), Paris se ressaisit et de sa nef envoie au-devant
de Pallas un personnage reprsentant
aux ligueurs de
tus
est
fantent
vanus ac
le
le
Tiers, qui conseille
Une autre estampe
fuir.
futilis labor
impiorum,
rebours de leur conception.
pour
les
titre Irri-
mchants en-
Un diable,
au
moyen
d'une corde, suggre des conseils l'Eglise peinte sous
figure d'une licorne. La corde est tourne par
trois ttes, qui a
donn
tampe,
les
hommes
se voit
la
Dieu, lequel
sait
sym-
troisime esle
poids
mit
Vis consilii expersmole
tormente.
suae, le travail des fols les
il
Dans
sont reprsents, crass sous
des rochers, avec cette lgende
rsiste
un monstre
[Link] ce diable et qui
bolise le pape, l'glise et l'Espagnol.
Qui
rsiste
au prince
bien venger son mpris.
en ces monstres, qui voulant ravir
la
le
Comme
sceptre de
leurs princes sont accabls sous leur propre fardeau .
En quelques annes
(i)On
le
ton
mme soutenu que
t l'origine
des estampes satiriques a
le portrait
du type de Polichinelle.
de Henri IV aurait
Cf. Charles Magnin,
Histoire des marionnettes en Europe, Paris, 1852, p. 127.
coll.
(2) Bibl. nat.,
Hennin,
t.
XL
LA CARICATURE POLlTiaUE EN FRANCE AU XVl^ SIECLE
27 1
chang. Le roi n'est plus mis en cause, ni tourn en ridicule. L'autorit
de Henri IV
est restaure la fin
monarchique
du rgne
l'imagination s'exerce moins dans les cari-
Une estampe de Bossart
deux hommes et deux chiens ron-
catures que dans les allgories.
montre
la
France entre
geant un os avec ces vers
Dum
(i)
canis os rodit
Socium quem
Il
diligit odit.
ne faut ni deux courtisans pour une seule dame, ni
deux chiens aprs un
os.
Ces images indiquent que dans son entreprise de rconciliation nationale,
publique.
On
Henri IV
second par l'opinion
tait
sentait le grand progrs fait par les ides de
tolrance depuis la date (1577)
o Bodin
chercher laquelle des religions est
prince renonce la violence.
sa
tombe dans
un Etat
les
les
maux auxquels
motions, troubles
Sans
que ce
veut attirer ses sujets
;
la
mes plus revches. Par
plus grands
La caricature
meilleure,
propre religion, qu'il use de douceur
n'aboutit qu' rendre les
la
S'il
la
crivait
violence
elle
on
puisse s'exposer
et guerres civiles (2).
politique,, qui fut cre
en France pendant
Renaissance, est ainsi arrive un grand dveloppement
ds
le XVI' sicle.
traite
Pour
la
premire
les
sujets qu'elle
appartiennent un domaine qui avait jusqu'alors t
respect.
Un
dessinateur n'avait pas encore os jusqu'alors
Lb 35 23, Rs.
Bodin, Rpublique, ^'j77>
(i) Bibl. nat.,
(2)
fois,
'
HL
L ESTAMPE [Link]
272
traduire en images satiriques
la
la
mauvaise organisation de
les
fia
tyrannie du pouvoir. Jamais
t attaque,
contre lui un
comme
tel
le fut
AU
XVI= SIECLE
plaintes
justice, l'ingalit
sociale,
personne du
n'avait
la
celle
de Henri
mme
III.
Il
y eut
combattre.
la
fin
|que
danger, dut retour-
ner contre ses adversaires l'arme dont
le
roi
dbordement de gravures injurieuses
son successeur, pour chapper au
pour
du peuple contre
du rgne ce
ils
s'taient servis
n'est
plus
le
roi
qu'elle vise, ni la noblesse, ni le clerg, ni la Ligue. C'est
l'tranger, et
plus
quolibets, auxquels le
sent
passer
matamore
castillan sert de cible,
on
d'armes qui ont libr
oppressive.
des partis.
les
l'Espagne.
un frmissement d'enthousiasme
brillants faits
telle
Sous
particulirement
La
Elle a
la
pour
les
France d'une tu-
caricature a cess d'tre l'instrument
pris
un caractre national
patrie s'veille dans l'imagerie populaire.
l'ide
de
V)
CHAPITRE
VIII
LA CARICATURE SOCIALE EN FRANCE A LA FIN DU
XVI' SICLE
Les rares
rcits
de voyageurs de
ont tudi en France
les
murs
du
la fin
de
xvi* sicle, qui
la socit,
nous donnent
l'image d'une population trouble par les guerres civiles et
religieuses,
mais aussi ardente aux
ftes,
aux
vertissements qu'aux luttes sanglantes (i).
jeux,
aux di-
Dans le
dsarroi
gnral, elle se livre des plaisanteries normes, qui nous
ont t dcrites dans quelques documents manuscrits
imprims
(2).
gaiet frappait
Franais ont
De
Ce
contraste entre des accs de colre et de
un voyageur allemand
un
caractre de feu.
un incendie qu'on
(1)
(2)
(s) qui crivait
Chez eux
la bile
teint
dans
l'eau.
comme
Les Franais
plai-
facilit.
Archives nationales, JJ. 244 et JJ. 349.
Bonaventure des Priers, Rcration et joyeux devis,
Lyon, 1561.
(3)
Les
domine.
ces colres violente et subites qui s'apaisent,
santent avec
et
lodoci Sinceri liinerarium Galliae, Lyon, 161 6.
Blura
18
L'hSTAMPE SATIRIQUE AU XV1= SIECLE
274
Ces relations de voyages montrent bien
du pays, qui, malgr
la
la
confusion et
guerre, reste exubrant d'entrain
moderne
historien
la
Ce ne sont
pas
seulement
nous donnent des
sements
comme
la
mode.
de ce
caractristique
des voyageurs (2)
les rcits
amu-
ct d'impressions de voyages (3),
celles de Flix Flatter, tudiant bloisqui resta
Franais, ct
et a
racont navement
des rapports d'ambassadeurs
rme Lippomano, l'ambassadeur de
nise auprs de
murs de
Parmi
Henri
III,
des
comme
J-
Rpublique de Ve-
la
faut placer les
il
en
la vie
mmoires, qui
de particularits intressantes sur
tant
contiennent
et
un
gaiet, crit
dtails sur les plaisirs et les
France de 1552 1557,
tuent
La
temps.
qui
(i), est bien
pliysionomie
dsordre produit par
le
:
la
les
ce sicle.
ces
mmoires,
il
faut distinguer
comme des phmrides
ceux qui consti-
tenus presque au jour le jour,
ceux qui ont t crits aprs coup,
l'aide
de souvenirs,
de notes de tmoins, pour prsenter d'une manire personnelle et
nullement impartiale
trs difficile de les sparer,
l'histoire
de leur temps.
car suivant
une remarqu p-
ntrnte(4), tandis que dans les autres^pays,
toire vivent
(i)
gnralement
Edmond
mmoires
en France
Pierre de Vaissires, Geniilshommes
V ancienne France,
(2)
part,
Il est
la
et his-
distinction
campagnards de
Paris, 1903.
Bonaff, Voyages ei voyageurs de la
Renais
sance, Paris, 1895.
de Montpellier, 1892.
(3) Socit des' Bibliophiles
(4)
Fueter, Geschichte der neueren Historiographie, 1911^
p. 148.
LA.
CARICATURE SOCIALE AU XVI* SIFXLE
275^
entre les deux genres n'a jamais t trs stricte. Les
moires sont volontiers mls aux uvres
dans
compositions historiques entrent des parties cons-
les
du type mmoires. Mais
titutives
est
considrable,
susceptibles
on
si
traite
les
de retracer
Les Mmoires
rains.
et
historiques
la
Valeur de ces textes
comme
documents
des
physionomie des contempo-
la
de Brantme,
les
Commentaires de
Montluc, ks Mmoires de Michel de Castelnau, ceux de
Gaspard
et de
troubles de
Guillaume de Saulx l'avanes,
France de Pierre Mathieu,
ceux de La Noue,
les
l'Histoire des
Mmoires de Cond,
de Goulart,
de Philippe de Mornay,
ceux de d'Aubign, malgr toutesles rserves qu'il faut faire
leurs rcits,
sens et
la
donnent par
saveur de leurs rvlations le
la
couleur de cette priode de
la
fin
du
xvi'= sicle.
ct de ces mmoires, qui ne sont pas toujours sin-
mais visent
cres,
tiques,
il
t publis
comptes
des prtentions littraires ou
a de vritables
(i).
que
Ce sont
diaires,
livres de raison
les
poli-
dont quelques-uns ont
ou
livres
tenaient certains chtelains pour
le
de
bon
ordre de leur maison, inscrivant sur ces registres toutes les
dpenses
et
tous
les dtails
de leur vie. L'ensemble de tous
ces chiffres et de toutes ces dates, de toutes leurs observa-
tions est
du plus haut
intrt
pour comprendre
la
condition
de ces gentilshommes et l'histoire de cette socit.
Ils
pr-
sentent un mlange d'lments assez disparates, de vivacit
naturelle et de rflexion, de
exubrante. La
(1)
mme
colre violente et de gaiet
passion dont ilslont montre dans
Revue des Deux Mondes,
i^'
mai 1878.
les
l'estampe satirique ad XVI' SICLE
276
ils
guerres,
dans leurs divertissements. Parmi
l'apportent
leurs plaisirs favoris,
On
du burlesque.
y en a qui taient accompagns de
de mascarades, o se plaisait leur amour
et
dguisements
il
pourrait noter dans ces livres, qui sont
des confidences, sans aucune proccupation littraire, pluattestent
sieurs traits qui
me rude
nave, d'un
et
dveloppement, dans
le
got
trs
prononc
une
pour
les
aperus grotesques et satiriques.
Mais
l'esprit
frondeur de ce temps n'apparat nulle part
mieux que dans
s'agit
des Etats gnraux. Lorsqu'il
les cahiers
de rsister, d'lever des objections,
torts et leurs
les
Etats sont
est
attaqu vi-
arguments puissants. Le clerg
goureusement. Ainsi aux Etats de Blois de 1588(1),
garde des sceaux,
termes de
la
le
le
chancelier Montholon, parlait en ces
rforme de
la
discipline
Les plaintes con-
tinuent contre l'admission aux charges ecclsiastiques, sans
regarder
la
vie
et la capacit des
personnes
l'ambition et avarice de plusieurs, de
bnfices contre les canons et
vous aussi des corruptions
de leurs rgles
et
lieu
privilges de cet ordre
Tiers aux Etats de Blois,
les
ils
parle de
multiplicit des
dcrets.
Les abus de
Souvenez-
la
noblesse
des rcriminations contre
Tantt, disent
les
les
cahiers du
nobles contraignent leurs vas-
saux signer des reconnaissances
tantt
on
dpravations des monastres,
et
discipline.
donnent galement
saints
la
contraires
la
vrit'
font prendre chez eux deniers, grains et autres
choses non dues, quoi
(i) Picot,
les
Etais gnraux,
pauvres gens, de crainte d'avoir
t.
III, p. 53.
LA CARICATURE SOCIALE AU XVI^ SIECLE
ou tus n'osent
pis et d'tre battus et outrags
mme
en
ordre form de
la
rsister, ni
qui est une vraie tyrannie.
faire plainte, ce
tiers tat craignait
277
mme de
voir se constituer
Le
un quatrime
bourgeoisie de robe, qui pouvait s'anoblir
par l'achat de certaines charges et offices
Qu'est-il plus
tarouche, dit Montaigne, que de voir une nation o, par l-
giiime coutume,
ment
charge de juger se vend et o lgitime-
la justice soit
ait cette
police
la
refuse
marchandise
un quatrime
si
grand
tat
qui n'a de quoi
en une
de gens maniant
le
la
procs pour
le
noblesse et du
Ce peuple des
villes,
qui ne jouissait d'aucun privilge et
comprenait tous ces artisans accabls d'impts
sres,
payer, et
crdit, qu'il se fasse
joindre aux trois anciens, de l'Eglise, de
peuple, (i)
la
de mi-
et
ne perdait pas sa bonne humeur, malgr ses charges
onreuses. L'tude des corporations du xvi* sicle tournit
de piquants dtails sur ces confrries, qui se runissaient en
apparence pour
le
le travail
o dominait une
prtexte frairies ,
rante.
On
se
mais ces assembles deviennent
surtout
rencontrait
gaiet exub-
pour manger,
boire,
chanter et danser ensemble. Ces associations, religieuses
l'origine, devinrent
en quelque sorte
tions politiques de banquets
ses ides.
Tout
comme
des organisa-
l'on changeait librement
cet esprit populaire est synthtis
chansons qui eurent tant de vogue au xvi*
dans
les
sicle (2).
Les potes bnficirent de ces sources et profitrent sou(i)
Montaigne, Essais,
(2) Rolland, Recueil
6 vol.
I,
XXII.
de chansons populaires,
1883-90,
AU
l''estawpe SATiRiarE
2J%
"vent
xvr^ sicle
de ces rimenrs dpourvus de prtentions
littraires:
L'esprit lger , crit Sainte-Beuve, moqueur, grivois,
temps avait anim nos auteurs de fabliaux, de
;qui de tout
contes, de farces et d'pigrammes, ne s'tait pas teint vers
le
milieu du xvi= sicle avec l'cole de Marot, en
sonne de Saint-Gelais. Malgr du Bellay, Ronsard,
la
per-
Jodelle,
et leurs prtentions tragiques, piques et pindariques, cet
esprit
immortel en France avait survcu,
jusque parmi leur auguste troupe
lutin, au
lieu
et, tel
s'tait insinu
qu'un malicieux
d'une ode ampoule, leur avait dict bien
souvent une chanson gracieuse
et lgre. (i)
Les conteurs
s'apparentent aussi par leur talent aux auteurs des vieux
fabliaux
dont
ils
.potir ain5ii dire,
rendent l'accent d'nergie
l'effronterie nave.
Il
y avait
familire et
des habi-
tudes nationales dont on trouverait la trace dans maints
iouvrages du temps.
L'ouvrage intitul Le moyen de parvenir, attribu
;
roalde de
de
la
Verville renferme
socit d'alors.
C'est
jquatre-vLngt-six personnes
la
satire
la
une runion
qui
facties et histoires
les
de trois
les
-gaiet
murs ne
cent
ont t convoques par
le
peuple.
grotesques qui ornent ce
Kvre tendent tablir que, suivant le
B-
plus amusante
iDitme Sagesse chez un personnage qui reprsente
Toutes
mot de Desjardins (2),
sont pas bonnes au xvi^ sicle
Mais une
cynique accompagne toutes ces anecdotes.
Pour en
saisir
toute
la
porte,
il
faut
comparer
Sainte-Beuve, Portraits littraires, t. 1.
(2) Desjardins, Les sentiments muraux au
ces plai-
(i)
Paris, 1887.
XVI^
sicle^
CARICATURE SOCIALE AU XVI^ SIECLE
LA.
qui sont signales dans
santeries celles
de Nol du Fail, parus en 1584, dans
trapel,
Guillaume Bouchet, dans
les Rcrations et
Bonaventure des Priers, dans
dans
les
la
On
les
27^
Contes d'Eu<-
de
les Sres
joyeux devist
Comptes du Monde aventur,
Fabrique des excellents traits de
vrit.
y trouve des descriptions de repas plantureux o
les
divertissements les plus varis accompagnent ces mangeries
Au
et ces beuveries.
de grosses farces,
milieu de ces orgies bachiques, ce sont
telles
que des gageures extravagantes, ou
ce sont des rcits de buveurs s'criant
chante
qu'on mle parmi
est celle
dans ces festins,
les
satiriques contre les
litiques, c'est
les
meilleur de
les
L'eau
vin.
la
plus
femmes
les traits
et s'ils effleurent les sujets poles
gens de
Tels taient
justice.
faisaient rire pleine
la rtelle , et
m-
Le plus souvent
convives aiment multiplier
pour attaquer
thmes qui
le
gorge
qui seront repris par
et
du
les caricatu-
ristes.
La caricature
sociale qui se cre en
est bien diffrente de celle
France au xvi*
du moyen ge.
ni faire l'ducation morale
du public
ni l'gayer par ds
scnes comiques, empruntes aux divers mtiers ou
de tous
gieuse,
s'est
les
est
jours. Sa navet,
bien change.
le xvi* sicle
provoquer
que
fonde
sur
une
l'influence de
la
foi
la
vie
reli-
religion,
substitue celle de l^ntiqmt. L'enthousiasme pro-
voqu en France par
que
sicle
Elle ne cherche
les
la civilisation
grecque
et
romaine,
dcouvrait dans toute sa puret, devait
quolibets des graveurs satiriques.
l'Eglise tolrait les reprsentations parfois
naturalistes de certains sujets, de
mme
De mme
un peu trpp
l'humanisme
fai-
28o
sait
l'estampe SATIRiaUE AU XVl' SIECLE
bon accueil des images qui
le
parodiaient. La caricature
empruntait l'antiquit un de ses
moins,
comiques ou du
effets
elle se plaisait travestir les divinits et les
hros et
hrones de l'antiquit en figures grotesques,
interprtes
suivant un art trs raliste.
Ce
du
ralisme se manifeste dans plusieurs livres illustrs
au dbut dans
XVI' sicle, tout
les
gravures sur bois qui
ornent un conte clbre attribu Jean Lemaire
que leur lment grotesque
ou aux animaux,
bleries
comme
les
Triomphes, dont
bonnet pointu
Dans
satire
de
et
le
dia-
comique dans
ces parodies se rvle
la civilisation
siasme sans bornes.
qui
fit
le
les
plus rver
du triomphe.
un
Un
les
parfois
des
Ce
mues
tn
la
c'est la
Renaissance
un enthouvie
romaine
xvi* sicle, fut ce-
la
pense de voir le
suivi des vaincus et ac-
tut l'Italie qui la
d'voquer ces triomphes,
la
exagre,
moments de
imaginations du
Elles taient
la foule.
nouveau
esprit
antique, pour laquelle
triomphateur monter au Capitole,
clam par
hros sont des fous au
au capuchon orn de grelots (2).
profess une admiration
lui
emprunt aux
cherchent
elles
Lors-
parodies de sujets mythologiques et de scnes antiques
les
n'est pas
(i).
premire eut
l'ide
1491, Laurent de Mdicis
fit
voir dans les rues de Florence le
triomphe de Paul-Emile
tel qu'il est dcrit
par Plutarque.
La
mme
anne, Mantegna
{i) Le triomphe de trs haute et puissante dame V... reyne
du puy d'amour, compos par V inventeur des meilleurs plai-
sirs louches,
Lyon, 1599.
Mmoires pour servir Vhistoire del fte des
fous qui se faisait autrefois en plusieurs glises, Lausanne,.
(2) Tilliot,
1741.
LA CARICATURE SOCIALE AU XVl^ SIECLE
28
aux cartons des Triomphes de Csar. Alphonse
travaillait
d'Aragon, Naples, fut reprsent
Nuovo mont
sur
porte du Castel
la
un char de triomphe. Les ditions
di-
verses des Triomphes de Ptrarque s'inspirrent de ces cor-
tges
furent
et
reprsentant
tractions, de
l'Amour, de
Mort, du Temps, de
malgr
qui
l'a
est l'origine
gravures
une identit
de ce thme
la
Il
y aurait eu, d'aprs
les illustrateurs.
Triomphes et
les artistes,
de faire
la
loi
lui,
dcouvrir. Dans ses tudes
les
il
avoue
se heurter
donn de rsoudre.
pas t
une entente internationale entre
le
qu'entre
texte
mme
des
premires tentatives d'exgse faites par
se serait gliss
un commentateur
susceptible
d'un bout l'autre de l'Europe. L'historien de
bien un commentaire des
gravure vnitienne mentionne
est celui
Triomphes qui
de Bernardo Glicino ou Ilicino ou
Lapini, de Sienne, publi en 1475
il
il
Par un phnomne rare dans l'histoire
semblerait
il
littraire,
lui a
parfaite.
Le prince d'Essling (i)^
sur les premiers livres illustrs vnitiens,
ne
Renomme, de
la
Religion. Ces pices offraient^
la
cherche, n'a pas pu
des difficults qu'il
allgoriques,,
plus de hros mais d'abs-
Chastet, de
la
les diffrentes ditions,
Quelle
six
Triomphes non
les
la
de
illustres
ne peut servir pour
rante
ans environ.
(i)
fin
dit-il,
cause de sa
date,,
antrieures de
qua-
mais
les illustrations
L'hypothse de l'intervention d'un
commentateur semblant devoir
admettre,
que quelque
tre carte,
artiste,
il
nous faut
dont l'uvre aura eu
Prince d'Essling, Les livres figures vnitiens de la
du XV^
et
du commencement du XVI"
Florence, 1907,
t. \.
sicle,
Paris et
282
l'estampe satirique au XVI SICLE
un grand
retentissement, a impos aux ges
formule dsormais classique. Mais quel
qui
est certain, c'est
sacre par
dont
le
le
un
nom
pome
tait cet artiste
Ce qui
logie,
aussi
est
unanime.
L'artiste suprieur,
inconnu, avait peine trouv pour
formule, que tous subirent docilement son
sa
est certain, c'est
l'allgorie,
que ds
l'abstraction,
n'est
Il
Triomphes.
pas besoin
le
xv* sicle,
de dcrire
Chastet, de l'Amour, de
Temps, de
alors des
la
la
des
mytho-
forme
Triomphes de
la
Mort, du
y eut
xvi*^ sicle. Il
Triomphes de Dieux, de Saisons, de Vertus.
se rappelle les
de
sujet des
le
Renomme, de
Religion, furent repris au
la
la
prennent
Triomphes de Ptrarque (i). Ces thmes
le
Ce
joug.
la
que rarement interprtation atcon-
suffrage
nous
venir une
On
Triomphes des Saisons de Thodore de Brye,
Triomphe
des Mois et
le
Triomphe de
la
Musique,
gravs par Virgile Solis. L'ouvrage intitul Champfleury, de
:
Geoffroy Tory,
Derrire
tifs.
le
char, marchaient Bacchus, Crs et
Devant
Dans un
d'un Triomphe d'Apollon.
tait illustr
le
char s'avanaient
sicle pris
de
avait fait goter en France,
la
les
Vnus
Vestales et les Muses.
beaut antique, que
on s'explique
le
l'Italie
mouvement
qui pone tourner en drision cet idal artistique.
est des chefs-d'uvre de l'art antique
de Pasquin
et
cap-
comme
Il
en
des statues
Marforio. Les hros immortaliss par
la sta-
tuaire antique sont censs discourir sur des sujets d'actua-
()
P V-
Passavant,
Le peintre-graveur,
Leipzig,
1864,
t.
V,
LA CARICATURE SOCIALE AU
lit, et
on
satires.
Un
SIECLE
XYI*"
leur attribue quelques bons mots,
des procds
xvr
imagiers du
le
283
ou de joyeuses
plus souvent employs par les
faire des transpositions
sicle, consiste
burlesques de personnages antiques et leur faire changer
en rapport
des rflexions peu
dguiser en types grotesques.
cole de graveurs
l'idalisme
avec leur
se
Il
forme
les
ainsi toute
une
qualit,
burlesques qui tourne ront en ridicule
tomberont dans une exagration
classique et
raliste.
Leur humeur
esprit soit
est
profondment gauloise; quoique leur
form par
la
Renaissance,
son gard des rflexions ironiques.
se divertir d'elle est
la
Grve
se laissent aller
Une
parodie des hros
Rome. Ainsi
de
et
la
ils
des manires de
hrones de
et
Jaspar Isac s'amuse tra-
vestir la belle Hlne, Cloptre et Lucrce, en
trant sous l'aspect de trois vieilles
laides, avec cette lgende
Rome n'et
et trs
de Tarquin senti Jes durs flaux,
Ni Priam vu
les feux
son Empire,
et
Troye en cendre rduire
jeunes nous eussions port de
Ce ton
femmes, dentes
mon-
Ni l'Egypte enterr Anthoine
Si
les
tels
museaux.
gouailleur se retrouve dans une srie de charges
sur le blond Apollon, le bellisnme Narcisse, le beau Ganimdey
la trs chaste Diane, le bel Adonis, la divine
jettant fouldres,
la puissante
met en scne un
Junon.
Vnus, Jupiter
Le Jugement de Paris
Paris figur sous l'aspect d'un
tropi, qui dcerne la
pomme
gueux es-
une Vnus orientale, peu-
l'estampe [Link] AU XVl^ SIECLE
284
dant que
de sa broche
Mais
si
de Junon
l'oie
et
que Pallas
le
menace
(i).
c'est surtout
Bacchus qui
dans ces pices
est clbr
irrvrencieuses pour les lgendes mythologiques. Bac-
chus
(2) est figur
un tonneau, d'o
11
mord
le
dans un groupe de personnages
assis
sur
vin coule et est recueilli par un faune.
le
entour d'un chasseur tenant au poing un faucon et
est
femme monte
d'une
sur
un pourceau
et
symbolisant la
gourmandise. Dans ces bacchanales, qui font songera celles
du couvent de Thlme ou du paradis du Songe
phile^ clate le
panthisme sceptique de
la fin
de
de Poli'
la
Renais-
sance.
Toutes ces productions sont un contre-poids
siasme de l'humanisme.
Ne
l'enthou-
cherchant pas lever leur
l'idal quattrocentiste, les artistes rient
imagination vers
tout et de tous. Leurs jeux burlesques marquent
tion de la beaut.
rire le
gros rire
grand
art
ils
la
posie a
succd
ne crent pas. Toutes
ne sont que prtexte
ries (3). Ils
ont
la
les tentatives
railleries et
le
got de
taient de vritables humanistes, mais
que ne font pas toujours
poque
et
nga-
parodie, au sou-
de
bouffonne-
pratique des uvres classiques, jouissent
d'une culture intellectuelle, ont
s'ils
la
la
de
les
l'art,
ils
comme
savent, ce
humanistes, s'intresser leur
non pas seulement au
pass.
(i)Bib]. nat.. Estampes, Tf 17.
t. XXIV.
(2) Id., collection Hennin,
Estampes, Tf 17. Voir l'estampe intitule Dter L'un et l'autre sont deux et
que ambo, ambo netiter,
tous deux ne sont ni l'un ni l'autre.
(3) Id.,
l.A
Ils se
CARICATURE SOCIALE AU XVl^ SIECLE
moquent
temps o Ton
des tentatives faites pour chapper au
vit, et
s'amusent des humbles incidents con-
temporains, des accidents de
truculentes et
les
rue, prfrant les inventions
la
propos de haute graisse
une science
Dans
livresque et l'idalisme pdantesque.
mythologie. Ce sont des motifs dont on
la
au XVI*
sicle et
ils
riques deviennent
dont
les
fleurs
yeux,
le
en font
par un
Les figures allgo-
nez,
11
bouche sont forms de
la
Ils
parodient
y en a
fruits,
les divinitsqui
qui offre des fleurs une femme,
homme
que deux femmes vont cuire
rendant de l'argent, l'hiver par un amoureux
la tte
la
un seau d'eau que
Bibliothque de
graveur
sym-
la
l't
nomm Boutemi
(2),
(i), et
transi, recevant
une jeune femme.
lui jette
Rouen
par
broche,
l'automne par un amoureux plac sous un pressoir
sur
de
quatre saisons. Le printemps est reprsent
homme
un jeune
empruntes
a dj abus
des personnages grotesques.
ou d'instruments.
bolisaient les
la caricature.
travaux d-
les
coratifs, ils critiquent la tradition des allgories,
285
douze caricatures d'un
ont t composes d'aprs ce mo-
dle et se rapportent aux douze mois de l'anne. Janvier
est
un homme^tenant une
feur
Fvrier,
un homme
monstrueuse portant un plateau; Mars
Avril est un personnage fantastique
Mai, un
griffes d'oiseau
dansant
de proie gardant une fleur;
Juillet,
un parasol
(2) Bibl.
Octobre, une
homme
Juin, un homme
Septembre, un silne ser-
femme pattes
Estampes, Tf 2.
de Rouen, coll. Leber, n245i.
(1) Bibl. nat.,
tte d'oiseau.
un moissonneur tenant une faux; Aot,
et des pieds fourchus
rant une coupe
une
tte
d'oiseau
No-
286
l'estampe SATIRICIUE AU
vembre, un monstre
mme
Le
torches.
SICLE
XVl''
Dcembre, une
portant des
folie
esprit caricatural apparat dans la repr*
sentation des cinq sens, figurs par
homme
un
ridicule qui
porte des lunettes, touche une plaie, gote un gteau, sent
une odeur
et
entend un bruit
trs difficile dcrire
dcem-
ment.
Beaucoup de ces pices sont
gnent d'une grande rusticit
Elles n'ont pas de
d'une brutalit d'expression.
murs, comme on
l'influence salutaire
c'est--dire
et
grossires et tmoi-
assez
dira plus tard, aprs
exerce par l'htel
qu'elles sont
de Rambouillet,
dpourvues de
l'accent et de dlicatesse dans la manire.
sens exquis des biensances, qui rend
fait
de
lui
un honnte homme
politesse
dans
tact fin
et le
Le
l'homme aimable
et
comme on l'entendra alors,
toutes ces vertus sociales ne sont pas encore trs
pratiques
du
la fin
xvi= sicle.
Pour perfectionner l'ducation de
et affiner le got,
temps,
il
faut attendre, suivant
pression du chevalier de Mr, que
mles
(i).
Mais tant que
ront pas pur les
cdent,
Au
les
les
s'en soient
et
de
la fin
du
sicle pr-
d'honntet seront inconnus.
milieu des scandales et des eff'ronteries de
les
mmoires de ce temps,
l'on vit s'lever leur propos
Maintes pages de Brantme
une
^Brantme, uvres,
p. 5^6)-
(2) jettent
Paris,
1876,
il
murs
tait naturel,
srie de caricatures.
(i) Roederer, Mmoires pour servir
cit polie en France, Paris, 1835.
(2)
dames
une ex-
Prcieuses du xvii^ sicle n'au-
murs corrompues
mots d'urbanit
que rapportent
que
les
ce
un jour
singulier
V histoire de
t.
la SO'
IX {Des dames,
LA CARICATURE SOCIALE AU
sur
SIECLE
XVl"^
iS"^
vie de ce temps. Les estampes factieuses, recueillies
la
MaroUes
par Tabb de
conserves
et
Bibliothque na-
la
tionale, sont toute une satire des ridicules de jadis.
Ces
surtout diriges contre
facties sont
la
petite bourgeoisie,
et
contre
les
femmes de
les
compose de marchands ou
femmes du peuple proprement
dfini Jacques Charron. Elles retracent
la
de certaines pouses, qui abusaient de
la
laissaient leurs maris.
Comme
dans
les
d'artisans
dit, tel
l'a
que
dsordonne
vie
que leur
libert
aventures que ra-
content les Caquets de Vaccouche, les gravures reprsentent
les
femmes en compagnie de muguets,
leurs maris.
mari
fait
Dans
la
Danse du monde
semblant de
(i),
moquant de
se
de Jaspar Isaac,
ne pas voir tous
les galants
viennent visiter sa femme. Dans VOrigine des cornes
mari portant des cornes
de celle-ci.
estampe,
Cornua
d'hommes qui
elles
femme
cornes, qu'elle
sel (3)
un tonneau,
.
les
(1) Bibl. nat.,
de
registre
une
foule
femmes
leur
salent leurs maris.
L,
les
que
la
les
mchancet de
la
font attacher et aprs avoir
elles les
Estampes, coll. Hennin,
XLl, LVII et LXVL
BibL nat., Estampes, Tf s.
t.
le
sont
pratiqu une opration chirurgicale,
(3)
tient
Ici, trois
inventent un procd pour ter
Ibid.,
l'amant
lgende d'une
la
distribue
tandis
femmes
tte de leurs maris. Elles
(2)
un
(2),
hommes
femmes aux maris.
reprsents dans
du
omnibus, dit
et
qui
se prsentent. Ailleurs ce sont les supplices
infligs par les
jettent
siint
dans laquelle une
comptabilit des
femme
est plac entre sa
le
t.
marquent
XIII.
de-
l'estampe -SATlRiaUE AU XYl^ SIECLE
288
la lettre
parant
A. Ailleurs
[Link] fait voir
(i),
une femme
fouetter son mari, qui promet de
lui obir.
vanche dans Villustre Luslucru dans scn Tribunal,
se
se pr-
En
re-
mains
les
tournent vers un personnage arm d'un marteau qui
sert
rendre
les
femmes
temps dessinent des
femmes
obissantes. Les humoristes de ce
amusantes, contre
trs
pices
les
de la petite bourgeoisie. Elles mprisent l'humble
condition de leurs parents, abandonnent leurs opinions,
veulent singer
la
noblesse et paratre suivant
qui aurait t employ ds 1613,
la
Mode qui
comme
riers, elles aspirent
prix de leur vertu.
l'on croit l'auteur de
la
fortune au
(2) a reproduit et
comment
la
acqurir
Bouchot
noblesse et
mignon friand de fromage. Le pre de
d'tre pare
et
leur pre les a maries des rotu-
la Factieuse et fort rcrative histoire de la
le
mot
veulent faire montre de vanit
court. Elles
d'ostentation et,
si
le
comme une
la
mignonne qui cache
dame
lui
reproche
duchesse et l'accuse d'avoir ren-
contr un galant qui lui procure ce luxe de toilette. Le
pre et
au logis
la
mre recherchent
et se
cache sous
les
le
galant, qui s'est introduit
vertugadins de
la
dame.
Beaucoup d'estampes prsentent encore un autre
parce qu'elles nous rvlent
un
tat
d'me au
intrt
sujet de la
question du mariage. Ces satires rappellent certaines pages
de Rabelais, lorsqu'il poursuit de ses sarcasmes
des jeunes
filles,
(3)
mariages
circonvenues pour conclure des unions o
Jes intresss trouvent
(i) Bibl. nat.,
les
leur compte.
Estampes, Tf
Une
de ces gravures
i.
Bouchot, Les femmes de Brantme^ Paris, 1890.
'S
LA CARICATURE SOCULE AU XVI' SICLE
Tour
289
marier on balance qui aura
plus d'opulance, repr-
se
un groupe de personnages placs autour d'une ba
lance (i). Dans un des plateaux est
place une femme avec
sente
Dans
des coffrets prs d'elle.
fianc,
l'autre plateau, se trouve le
apportant une mandoline, un casque, des livres, des
compas, une
Mais tous
palette.
n'ont pas le
talents
ses
poids des caisses pleines de ducats. C'est surtout pour
vieilles
femmes dentes, dsirant pouser des jeunes gens
qu'il leur fallait, dit
montrer
metteur,
femme
vieille
sac
la
cour
Panurge, racontant son rle d'entre-
un jouvenceau
met en
autre
une femme
compre s'empare de son
femme
homme^
tient
ge
de
Dans
le
coute
et
un vase
contenant
Dans
V Alliance
mode,
la
jeune
pour recevoir de
lui
dit qu'elle a
faisant-
Miroir des amants, une
madrigal d'un jeune
ct
du couple,
et
Une
autre
une jeune femme.
avec Mademoiselle de toute
pous un vieux barbon,
des prsents.
ridicules. ont
provoqu bien des caricatures
Les plus curieuses sont tires
(i) Bibl. nat.,
une
veau, pendant qu'un
le
amant
du pauvre Barnabe
femme
Ces alliances
vieil
(2),
montre un
de Cupidon.
feu
le
lui
un galant
tandis qu'un enfant, debout
gravure reprsente un
{2)
scne
tte
or.
laide
et
Dans une estampe
cus.
les
caresse
Une
d'cus.
autre
les
Estampes, Tf
de
la
Vie
des
gueux
(3),
2.
Ibid.^li.
(3) Cf. la suite des Gueux ou Mendiants et celle des
Bossus ou Gobi de Callot. La suite des gueux comprend
vingt-quatre pices (Voir Edouard Meaume, Recherches sur
ouvrages de Callot, Paris, 1860, d^ 685 709)..
La suite des Gobi comprend 20 pices (Meaume, 747 768).
la vie et les
Blum
19
L ESTAMPE SATIRIQUE
290
comme
celle
ttde Catin bon
de Ganire,
bec.
C'est
le
AD
V Alliance burlesque de Rolin trapu
mariage d'un pauvre cul-de-jatte
-avec une vieille indigente malade.
une
sa
brouette,
-de joueurs
de
vielles et
y a chez
les
L'homme
les
leurs uvres. Mais
il
Il
russissent nous
les
rues dans lesquelles
diants.
On
^aris
la
fin
processions
quel
du
vie telle qu'elle est.
et
il
un
vise
la
vie de tous les
de l'imprvu.
dcou-
Ils
on passe quotidiennement
de gueux
comme
xvi' sicle. Pierre de l'Estoile
voyaient en
telle
et
men-
de
et
tait l'tat des rues des villes
de pauvres s'y
effet
donner des impressions
scnes de
observent des types originaux
sait
la
un lment de laideur dans
y trouvent du nouveau
les
form
et d'estropis.
ne choque pas,
vives et colores qu'veillent
vrent
d'une
leur est ncessaire pour des raisons
cd'exactitude historique.
-Jours et
dans
graveurs de ces images un sens du ra-
leur reproche d'introduire
artistique. Ils
est
accompagne
de tambourins
lisme, qui s'applique reprsenter
'On
est tran
est porte sur les paules
femme. Le cortge qui
autre
'Il
femme
XVI' SIECLE
dit
que
abondance
famine
.^ti'on n'y pouvait passer, lesquels criaient la
-es estampes de cette poque nous retracent les portraits
de quelques-uns de
ces malheureux. Ici c'est
un homme,
.misrable borgne, jouant du violon et portant sur son
.sa
femme
L,
\q
qui tient une bouteille.
Pauvre diable de Matheus apparat sous
itease d'un
dos
mendiant aux membres
Mais
la
minepi-
perclus, au
tcharpe, au front rid, tenant une cliquette
4Ci:oyant empereur.
la
la
bras
main
caricature qui constitue le
la synthse des malheurs de cette poque
est date
en
et se
mieux
de
l'ex-
LA CARICATURE SOCIALE AU
trrne fin
du temps
du
sa
C'est
bien.
fleur de lys, son
L'homme de
cou
L'homme du temps
d'un cygne,
est celui
est dpouill et
tte de
suppliants vers le ciel et veut adresser
fer
Il
lion.
une
11
lve des
Mais
prire.
qui traverse ses lvres ierme sa bouche
l'empche de parler. C'est sans doute
il
de sa poitrine son
tire
cur que des oiseaux de proie viennent dvorer.
un anneau de
dans
bien tient
cur une
a une patte d'ours et porte sur son
Jacques
Vhomme
pendant d'une gravure intitule
le
de l'homme de
bouche une
yeux
29!
xvi^ sicle, et s'appelle le Portrait de
(i).
le Portrait
SIECLE
XVI''
et
symbole du pauvre
le
Bonhomme.
faut distinguer
ces
malheureux
des
serts
gueux de
profession (2), qui remplissaient les cours des miracles de
Ce nouveau compagnon-
Paris et des autres grandes villes.
nage formant l'ordre de l'Argot
tait
compos de malin-
greux, pitres, sabouleux, francs mitoux, qui simulaient
maladie et
vant
le
les blessures
rcit
pour exploiter
bras
charit.
des chroniques de l'poque,
mutils, hydropiques venant
le
la
le soir
au
les
la
Mais suiestropis,
sous
gte, portent
un aloyau ou morceau de veau, quelque gigot de
mouton, sans oublier
ture. Entrant
dans
la
la bouteille qu'ils
dite cour,
reprennent leur disposition
et
ils
ont pendue
embonpoint, l'imitation des
attendent que l'hte leur prpare
Estampes,
cein-
quittent leurs potences,
anciennes bacchanales, chacun ayant son trophe
(i) Bibl. nat..
la
coll.
le
la
main*
souper, dansent toutes
Hennin,
t.
VIII, Cf.
Ma-
gasin pittoresque, 1840.
de Lagniet, Paris,
(2) Recueil des plus illustres proverbes
1663, livre III. Bibl. nat., Estampes, Tf 7.
L ESTAMPE [Link]
92
sortes de danses... Plusieurs
XVi^ SIECLE
la
qu'une femme prend une
Un
bouche de Catin,
fait
et
deCatin bon bec{).
manger Robin dans une
tait
du Magni'
reprsentation
fique festin jail la noce de Robin trapu
Un homme
reconstituent les
caricatures
Telle est
festins bachiques.
AU
cuiller
qu'elle
cuelle,
tandis
enfonce dans
festin tout diffrent est celui
la
qui est
au Mariage de Lucresse aux yeux de bauf et Michault Croup-
pire son mari.
Parmi
de chevaux.
Guillot
compos de
est
Il
les
la
de chiens et
convives notoires, on remarque
preneur de mouches
veux, seigneur de
ttes d'nes,
miel,
bavure. Mais
le
le
Croquepie
mor-
plus clbre des ban-
quets de ce temps et qui fut popularis par plusieurs gravures
est celui
de
la
Magnifique noce de Jeanne la mendiante
lendemain de
la
noce,
femmes sont tendus
au dehors
le
la fte
(2).
hommes
dure encore. Les
[Link] dans la salle du festin,
Le
et
mais
charivari se continue toujours.
Les repas fournissent aux humoristes des occasions d'exer-
Le dimanche surtout, on
cer leur verve.
s'inviter
tire
Tun chez
nous
migondis
dit
,
l'autre.
Le Roman
suivant l'expression usite.
ces repas.
Il
tient d'une
maigre gigot entre deux
hotte,
il
porte
les
(i) Bibl. nat.,
(a)
plat
Une
main un
convives qu'il
ou
Tf
I.
Cf.
de
courant
fanal, de l'autre
un
Sur son dos, dans une
emmne,
sa
maison,
Tf, 2.
Ibid.
(3) Ibid.,
sal-
gravure
M. de Goguelu,
assiettes.
Estampes,
de Fure-
bourgeois
que chaque invit apportait son
Ciartres (3) tourne en ridicule
un de
avait l'habitude de
Magasin pHioresque,
1834.
sa
LA CARICATURE SOCIALE AU XVl^ SIECLE
iemme,
ses
chre est
son
enfants,
chai, son chien.
293
bonne
Faire
une grande proccupation que traduisent
estampes satiriques. Tantt
un
c'est
festin
les
bachique, avec
des gens bruyants monts sur des tonneaux, tantt ce sont
des personnages grotesques, attabls devant des plats succu-
heureux de
lents, qu'ils sont
se disputer ainsi
les
que
bou-
teilles.
lit
pour vuyder bouteilles
Nous en avons
Quelquefois
le
la
buveur
science et l'usage.
est ivre et sa
cher de retourner au cabaret.
dans
le
et flacons
Il
femme
veut l'emp-
se dispute avec elle, comme
Dialogue de dame Alison
et
de
Lubin son mari, de
Ganire.
Le
mme
trois nasses
pital.
par
graveur dans une autre planche satirique, Les
du monde
fait
voir que
le
cabaret conduit l'h-
Les mdecins ne sont pas plus que
Leur bon sens
les caricaturistes.
se
les
buveurs pargns
moque, comme
celui
de Rabelais, des procds mdicaux qui sont encore trop
inspirs
du moyen ge
et
qui sentent l'alchimie,
la
magie.
bois (i) l'artiste poursuit de ses sar-
Dans une gravure sur
casmes un docteur au bonnet surmont d'un chat, qui
duit de l'eau dans
le
gosier d'un patient.
pour faire une saigne
Je bras.
un malade,
lui
Un
autre docteur,
enfonce un cloudans
Pendant ce temps, un musicien joue de
Dans une
autre planche (2),
(i) Bibl. nat.,
un
Estampes, Tf
intro-
dentiste, laissant
la
guitare.
un chien
2.
<2) Ibid.
L ESTAMPE SATIRICIUE AU XVl^ SIECLE
294
arm d'une
se poser sur sa tte, arrache,
d'une marchande, assiste de son mari
femme
nages. Ailleurs (i), c'est une
homme. Ce ne
enlve une dent un
un peu
airs
sorciers
tenaille, les dents
et
qui avec une tenaille
sont pas seulement
mdecins que
charlatans des
et
de cinq person-
les
les
estampes poursuivent avec ironie. Elles s'attaquent toutes
les
logie
du moyen ge.
des
songes,
Elles se
les
rayons de
caractre des
traite
que
la
S'inspirant
des
tte
sciences
de Bertrand, Copernic
prendre, Arlequin
rit
oracles,
des
d'Erasme,
des
On
lune exercer leur action sur
occultes.
Dans
de tourner
a l'air
de
dmono-
femmes ^^ Moreau.
femmes. La vritable science
les
des
la
l'astrologie. Telle est la
pice
prennent
V Influence de la lune sur la
y voit
souvenir de
moquent
pronostications.
s'en
planches
le
voquent
superstitions qui
le
mieux
n'est pas
la
le
Fin du monde
globe sans com-
indique un personnage qui
lui et
joue avec une horloge casse.
Dans
le
ces plaisanteries souvent grossires,
peuple cherche un remde
amus par des
il
n'a qu' se
lazzis.
Pour
promener dans
la
mlancolie.
satisfaire
les
il
Il
semble que
aime
son got de
tre
farces,
rues de Paris. Le spectacle
qu'elles offrent est trs divertissant, en juger d'aprs des
pices qui constituent
comme un muse
satirique de la vie
des villes. C'est un dfil pittoresque des divers mtiers,
avec
les cris (2)
de tous ceux qui vont vendre des
(i) Bibl. nat., coll.
(2)
Hennin,
t.
VIIL
]zcoh, Paris ridicule et burlesque au
1878.
Il
fruits,
existe plusieurs suites graves
ambulants qui annoncent par des
cris
XVII^ sicle, Paris,
de ces marchands
moduls
l'objet
de
LA CARICATURE SOCIALE AU
XV!*^
SIECLE
29^,
des fleurs, des pts, des herbes, tous les produits ncessaires l'existence.
chandise?,
Le commerce des vivres
Charron, donne
d'aprs Jacques
et des
mar-
lieu
une
mul-
perptuelle procession du peuple qui y est en telle
titude qu'on ne peut passer sans s'entretoucher. C'est an-
milieu de cette foule que
le caricaturiste
sur
saisit
types populaires et pleins de vrit de deux
ces
le
vif
femmes
qui se disputent pour acheter une andouille.
mme
La
pices
intensit
ou dispute d'un
dans
la
assister
comme
analogues,
dans
vie
la
Sanglante
insulte
rencontre
d'une harengre, nous fait
et
une scne amusante. C'est
apparat dans des
d'un vinaigrier. Humbelot
savetier et
Plaisanterie d' mi pdant
halle qui
de
brutale
un acheteur parce
une femme de la
qu'il
poisson n'est pas bon. Jaspar Isac dessine
prtend que le
les traits
pleins
de colre d'une tripire injuriant un de ses clients qui ose
lui dire
que
les
tripes ont
une mauvaise odeur. Sous
vulgarit de ces tableaux se cache
la vie
une posie familire de
des rues. Le graveur Ferdinand essaie de
d'une manire comique, dans
Maubert,o.
les
le
la.
la
traduire
Parnasse ridicule de lapJace.
Muses apparaissent sous forme de vendeuses
de poissons, de femmes assises sur des choux ou jouant
avec des citrouilles, tandis que Pgase est symbolis par
un
ne frappant du pied un flacon, allgorie de l'Hlicon.
Ces charges
fantaisistes off'rent
catures relatives
'eur
la
une analogie avec
les cari-
politique et la religion. Elles s'adres-
commerce. L'une des plus anciennes
se
compose
reize sujets, gravs l'eau-forte par Pierre Brbiette.
de-
l'estampe [Link] AU XVI^ SIECLE
296
sent
masse du public
la
sires, car elles
des
le
se
qui
comme
de
du mot.
rit
comme
Elle est
de
la cari-
une parodie
ces estampes procdent d'un art natu-
de l'humanisme et de
Rforme
la
tre considre
plus large
murs. Toutes
raliste
volontairement gros,
sont
veulent tre populaires. C'est de l'imagerie
bon march, qui peut
cature, au sens
et
et
de
la
la
Ligue. Le peuple,
en tmoignent certaines gravures de Boissart
cette joie de vivre particulire
Renaissance,
(i),
comme
prouve
aux accalmies des priodes
de troubles.
Mais
les caricatures sociales,
comme
les pices religieuses
La censure
et politiques, taient limites certains sujets.
interdisait les
estampes suspectes.
circuler
les taire
Un moyen commode
l'almanach, dont l'aspect tait
tait
apparence. Mais depuis
tnoffensif en
le
jour o
les
au-
teurs d'almanachs, sous couleur de publier des pronosticaions
satires,
).,
avaient
donn
leurs prdictions l'allure de
de svres mesures avaient t prises par
Une ordonnance de
vernement.
avait dfendu
de
gou1560,
d'imprimer aucun almanach, sans l'approba-
tion des archevques
corporelles.
Charles IX,
le
et
vques sous peine de punitions
parce que ceux qui se meslent de pronos-
tiquer passent les termes de l'astrologie . Cette ordon-
nance avait t confirme en 1579 par Henri
aux Etats Gnraux
et
fut
se trouvait par
Boissart,
(1)
douce ^597f
Mascarades
Blois,
renouvel par Louis XIII,
10 janvier 1628. Le domaine des
son champ
III,
le
facties tait surveill et
consquent restreint.
recueillies
et
mises en
J aille"
^/M
LA CARICATURE SOCIALE AU XVI' SIECLE
Malgr ces rglements, de
important
gravures
mme
sociales
les
dolances du
tiers font
C'est l
curieuses.
trs
chaque vnement
des pamphlets et des caricatures
faisait natre
politiques, de
mme que
297
clore des
se
que
reflte
dans ces esl'opinion publique. Les scnes reprsentes
tampes donnent une ide de
au plus
fort
des luttes
religieuses.
suivant
suivent, pareilles,
qui rgnait alors,
l'esprit
Les plaisanteries se
Ronsard,
ces
nues
passent, en versant sur nos ttes leur fardeau d'orage.
ne sont pas des tentatives
qu'ils
abordent des sujets
isoles.
fois
tailleurs
mme
emprunts
d'images.
cole.
Ce ne
Ce
Les caricaturistes, soit
la politique
jours, soit qu'ils touchent
appartiennent une
qui
On
la
vie de tous les
ou
la religion,
les appelle
sont pas
quelque-
toujours des
peintres graveurs, crateurs d'uvres originales, mais
le
plus
souvent de modestes diteurs, qui interprtent des scnes
historiques ou des sujets de genre. Leurs dessins, grossiers
3.n
dbut, se perfectionnent. Leurs imags ne restent pas de
simples illustrations d'un texte, elles arrivent
une indpendance
et
acqurir
une originalit qui leur valent une
place part dans l'histoire de
la
gravure franaise.
CHAPITRE IX
PLACE DES CARICATURES DE LA RENAISSANCE DANS L HISTOIRE
LEUR
DE LA GRAVURE.
INFLUENCE AU XVI* SIECLE
Les nombreuses images satiriques
en France
publies
au xvi^ sicle sur des sujets politiques, religieux, sociaux,
procdent d'une
raliste,
vieille tradition gauloise.
qui parat
faire
Ce mouvement
contraste avec les conceptions de
beaut idalise des Italiens de
la
Renaissance, ne
finit pas
avec les dernires annes du xvi' sicle. Loin de renfermer
des germes de mort,
en
lui
du
XVII'
tistes,
sicle.
dont
le
il
revit
Sous Louis XIII
talent
se
s'apparente
au contraire au dbut
forme un groupe d'aravec
burlesques, leurs contemporains, appels
Gautier
les
Grotesques
Les origines de ce
des potes
celui
par Thophile
mouvement
toire se rattache celle des
sont connues
leur his-
influences flamandes et
liennes qui s'exeraient sur notre art. Suivant une
de M. Dimier(i),
(i)
la
ita-
thorie
peinture franaise est surtout redevable
Dimier, Le Primatice, Paris, 1900.
INTRT ARTISTiaUE DES CARICATURES DU XVl^ SIECLE
de son
dveloppement
l'Italie.
Sans
nos matres
elle,
n'eussent t ni brillants, ni hardis, ni fconds.
estime aussi que
flamand, qui
acclimat en France depuis
Mais certaines rserves s'imposent. Si
aux prises avec
l'art
dans cette lutte.
En
action fut nuisible
Muntz
(i)
nous affranchir du got
l'Italie a russi
s'tait
299
le
xV sicle.
l'art italien se
trouva
flamand, ce dernier ne fut pas vaincu
outre,
on ne peut pas prtendre que son
l'art franais
avec lequel
il
offre tant
de
rapprochements.
Comme l'a montr Courajod(2),ce qui spare l'art flamand
de l'art franais, n'est qu'une nuance. On se trouve en
n avec
prsence d'un art franco-flamand, dmocratique,
sentiment de
la
dmocratie au xiv*
qui par avance se
il,
insultait les
qui
moque
sicle. C'est
un
art, dit-
de Louis XIV, de ce Louis
magots des peintres hollandais.
le
XIV
En
se
convertissant l'cole flamande, l'cole franaise n'avait pas
abdiqu toutefois ses instincts originaux
ment
se rvlait,
mme quand
elle
type tranger. L'art franais ne
les
par
tion
des modles italiens de
la
aux prototypes antiques dont
charm
un
et
imprgn de
l'esprit
son tempra-
adoptait les traits d'un
s'tait
Flamands, pas plus qu'il ne
et
pas
laiss absorbe*^
s'tait asservi l'imita-
Renaissance, c'est--dire
elle procdait.
italien,
Il
demeura
mais sut rsister
idal susceptible d'altrer ses qualits nationales.
(i)
Muntz, Vcole de Fontainebleau [Galne des Beaux-
Arts, 1902).
(2)
Louis Courajod, Leons professes Vcole du Louvre,
MM. Lemonnier et Andr Michel, Paris, 1901,.
publies par
t. II.
l'estampe [Link] AU XVl^ SIECLE
300
L'influence flamande, qui contrebalana celle de
fit
faire
tempra
les
l'Italie,'
un retour au naturalisme.
Elle
doctrines italiennes et corrigea certaines
for-
l'art
franais
mules, dans lesquelles l'motion
d'tre
emprisonns. La
jeunit.
Il
se cre
un
sentiment risquaient
et le
vieille tradition
style franco
franaise se ra-
flamand qui exerce une ac
tion en Italie.
Dans
l'cole
l'influence de ce
italienne
du
xvi' sicle,
got franco-flamand
un
artiste
le
c'est
subit
prtendu
un de ses biographes, dite
graveur Reverdino qui, suivant
des planches comme les Alchimistes, tout fait dans le
sentiment caricatural des estampes satiriques sur bois de la
brutaux , publis
Bibliothque nationale et des canards
Paris et Lyon. S'il est vrai que
gard
comme
Italien,
il
des traditions de son
est
cet
artiste
important de noter
peut tre
re-
qu'il s'carte
de celles des
pays, pour s'inspirer
franco-flamands. Son Branle-bas des paysans serait presque
la
dit de
reproduction d'un carton de tapisserie
t de
Mace. Le cas de Reverdino n'est pas,
croyait
Bouchot
(i),
cette
prpondrante.
les exagrations
recherche de
la
le
flamande dans l'cole romaine
Un
des plus illustres graveurs de
de Cock, est
priode, Corneille Cort, disciple
Hollandais qui se
fit
naturaliser
Romain.
Il
un
ragit contre
de certains artistes, qui substituaient
la
ct de l'cole
italien
Gasparo Rever-
beaut celle du procd.
Bouchot, Le prtendu graveur
dino {Galette des Beaux-Arts, 1901,
(i)
comme
unique.
L'intrusion de l'cole
devint
Gombaud
p. 104).
INTRT [Link] DES CARICATURES DU XVI^ SIECLE
romaine, l'cole vnitienne
et l'cole florentine
s'inspir-
du nord. Des tendances
rent de l'art des pays
naturalistes se
constatent chez plusieurs matres de cette poque.
got de
la
charge
30!
Ils
ont
le
composent des caricatures qui sont
et
souvent une moquerie des principes idalistes de leurs devanciers. Dansl'cole vnitienne, NicoloNelli est l'auteur de
La
curieuses
trs
facties
comme
Venerahile Poltroneria regina
Odoardo
rues et
Fialetti et
Il trionfo dlia
Caresima
et
deCucagna.W faut encore citer
Villamena,
le
graveur des Crieurs des
des Frres quteurs. L'cole florentine compte des
reprsentants de ce genre,
tels
que Tempesta, qui poussa
charge des figures chevaleresques du Tasse
la
et particulire-
ment La Leuda Marfisa et // valoroso Gradasso. Un graveur franais, Philippe Thomassin de Troyes, qui travailla
en
dans l'cole romaine, excuta
Italie et est class
dans
des caricatures
le
mme
got parmi lesquelles
piu cocco voglo moglieet OZanolina niia bella
che
il
fiore.
humbles
et vulgaires,
profond de
C'est
Franais et Italiens
le
la
Non
meglior lafave
s'intressent
aux sujets
qui sont traits avec un sentiment
vrit par les
moment
auss
si
Flamands.
des spectacles gais, des kermesses, des
scnes de moeurs crapuleuses, des conceptions foltres, des
peintures drolatiques. L'imagination des humoristes franais est captive et
humaine
got
ces tableaux de la
comdie
et se livre des fantaisies grotesques, des extra-
pendant longtemps ne pouvait souponner
vagances, que
le
amuse par
italien.
Les
tendances nouvelles de l'cole du nord
s'harmonisaient avec celles de notre cole franaise.
avnit chez les
Flamands un
Il
style sincre et vridique qui.
L ESTAMPE SATIRiaUE
302
M. Lemonnisr
suivant
Une
AU XVl^ SIECLE
pouvait tre appel raliste.
(i),
influence incontestable, crit-il, fut exerce par
artistes les plus
humbles, dont
les limites
appele dpasser
rputation semblait peine
la
de leur
on ne chercha pas
et
cit.
On
s'exera d'une faon particulire.
France
imiter cette sous-cole fla-
son esprit vinrent chez nous,
en opposition avec
Elles
s'inspiraient de
et l'y transportrent.
les
ou du classicisme, taient bien
franaise.
vrai dire, elle
ne connut gure en
mande, mais quelques-uns des peintres qui
qualits,
doctrines de
celles
la
un courant
Leurs
Renaissance
de notre vieille cole
maintinrent pendant toute
moiti du xvii^ sicle
les
d'art
la
premire
qu'on pourrait
appeler raliste.
C'est surtout grce aux estampes (2) que les
principes de
l'art
flamand furent colports en France
ia formation d'une cole raliste,
qui
fester
ds
les
origines de
la
Ligue
et contriburent
commence
et finit
Louis XIIL Son histoire prsente une
(i)
Lemonnier,
V art franais
sous
se
le
mani-
rgne de
relle unit.
Elle
au temps de Richelieu
et
Paris. 1893, p. 73.
Maiarin,
(2) Courajod, Leons professes
t.
l'cole
du Louvre,
Paris,
II.
1901,
Les principes de l'art flamand ont t
colports de toutes
parts par l'estampe comme aujourd'hui la mode anglo-franaise est colporte par les journaux de mode. C'est bien
tort qu'on a
bois
voulu interroger l'histoire de
uniquement pour
se
la
gravure sur
renseigner sur les origines de
l'imprimerie. La matire est plus fconde qu'on ne croit.
Les recherches diriges dans ce sens |ont eu un but troit
jusqu' prsent. Les recherches, largement tendues, sont
destines nous apprendre beaucoup sur la marche de
l'histoire de l'art.
INTERET ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XVl^ SIECLE
communes aux
apparat dans les particularits, de style
tistes
dans
de cette priode, dans
mme
identique vers un
pement une
les
cole.
Tous
similitude de leurs sujets,
but qui permet d'appeler leur groutalent
graveurs sur bois,
tailleurs d'histoires
les
ar-
parent de leur technique, dans cette orientation
la
depuis
la
3O3
la
mme humeur gauloise,
les faiseurs
de placards,
et les
jusqu'aux aquafortistes, en passant par
graveurs de crayons, de modes
et
de charges fantaisistes.
Leurs uvres ne sont pas seulement dignes d'intrt
parce qu'elles offrent sur les
murs
des renseignements exacts, mais
(i),
se
elles
encore par des mrites d'excution.
Renouvier
et l'histoire
du temps
recommandent
Leurs pices,
crit
montrent. malgr leuringalitet quelquefois
leur grossoyement, les
qualits
propres
la
gravure de
l'cole franaise^ la carrure et la sobrit des paroles, la solidit
Il
du dessin
y
et la vrit des portraits.
d'abord
le
groupe des graveurs de placards et des
tailleurs d'histoires. Certains (2)
prtendent que leurs pro-
ductions sont platement licencieuses ou lourdement grotesques. Mais ces pithtes ne sauraient leur enlever leur
caractre.
raissent
pour
Quoique
mme
leurs tailles soient
frustes, leur
l'histoire de la
et pa-
tude prsente un grand intrt
gravure sur bois en France au xvi^sicle.
Leur technique rappelle
XV* sicle, et
un peu rudes
comme
celle des pices
elles, elles
xylographiques du
sont destines propager
des images bon march. Mais tandis qu'au xv' sicle,
(i)
Renouvier, Des types
et
des manires des peintres
graveurs, p. 66.
(2) Delaborde, La gravure, Paris, 1882.
304
elles taient
ESTAMPE SATIRIQUE AU XVr SIECLE
Texpression nave de
de pit (r),
les sujets
pandre
n'avaient pas
la foi et servaient
chez
les classes
r-
pauvres qui
ressources ncessaires pour acheter des
les
tableaux votits, au
xvi*"
imagerie populaire a
feuilles volantes
pour but 'd'accompagner des
en prose ou en
cette
sicle,
vers, contenant des satires
ou placards
personnelles
contre certains personnages. Leur style est d'une excution
sommaire que
les
publications
parfois
plus
dans
genre de celles de Tortorel
le
conforme
il
est
Il
marque
art qui
la
mme un
tradition de
historiques,
et dePeri<;sin (2),
mais
nos graveurs primitifs.
certain progrs sur les travaux d'un
son enfance trahissait quelque inexprience. Ce
qui n'avait t qu'un procd industriel s'est perfectionn
et,
malgr des
let
de
sultats
tentatives
encore
artistes peut
quelques
rudimentaires,
l'habi-
donner une ide des
r-
nouveaux.
Parmi
graveurs
les
auteurs de ces pices,
proprement
il
faut distinguer les
dits des diteurs.
Les images
sati-
riques sont l'uvre de deux catgories distinctes de personnalits.
sinateurs et
L'une
les
est celle des graveurs, qui
crateurs
des sujets
sont
les des-
reprsents, l'autre
(i) Duplessis, Histoire de la gravure, Paris, 1880, p. 328
Les anciens missels et les livres de prires dcors de mi-
ne leur suffisaient plus. L'invention de l'imprimerie avait cr un besoin de lecture inconnu prcdemment.
niatures
(a)
Jean Tortorel
et
Jacques Perissin, Quarante tableaux
des guerres, massacres, troubles et autres vnements remarquables advenus en France, de 1559 1570 (Voir Rober
Dumesnil, Le peintre-graveur franais,
Paris, 1842, p. 43).
LA SORCELLERIE UE JEAN d'eSPERNON AVEC LES LAMENTATIONS d'iCELUY
SUR LA MORT DE HENRY DE VALOIS. ESTAMPE DU XV!*" SIECLE
(Bibl. nat
Les
bflles figures et drleries
de la Ligue),
INTRT ARTlSTiaUE DES CARICATURES DU XVl^ SIECLE
bois ou sur
qui se bornent reproduire sur
artisans
les
comprend
cuivre des compositions dont
Ils
avec ces mots
excudit, tandis
le leur
du mot
invenit.
des diteurs ou
ou
artistes
les
A ces
que
autres
les
font
nom
suivre
deux groupes s'ajoute
celui
marchands d'estampes, dont l'indication
figure sur certaines
avec
ne sont
ils
contentent de signer de leur
pas les auteurs.
se
305
consiste faire
pices
les
ne faut pas
il
confondre
les
graveurs, car leur seul travail
imprimer des oeuvres
et
mettre en
les
vente.
ct de graveurs lyonnais
comme Lonard
rencontre des diteurs parisiens (i),tels que
Le Clerc
Il
a,
Saint-Jean-de-Latran
parmi eux, plusieurs
rue Montorgueil,
fameux Jehan
rue Frmentel l'Estoile d'or
(2), tabli d'abord
et ensuite rue
le
Odet, on
Salamandre royale.
la
marchands imagiers de
comme Mathonires
(3),
la
qui ne se con-
tentent pas de vendre des images, mais les gravent sur bois
et
sont dignes d'tre mentionns par MaroUes dans
Livre des peintres ZM chapitre
(i)
Philippe Renouard,
Les peintres et
Documents sur
les
les
le
graveurs de
imprimeurs,
de 1450 a
libraires, cartiers, graveurs, ayant exerc Paris
1600, Paris, 1901.
(2)
Archives nationales,
MM
441,
fol. 75.
La
maison
de l'Etoile d'or, rue Fromentel et les cuisines attenant la
maison de la Salamandre, rue Saint-Jean-de-Latran, dont
Jean le Clerc tailleur d'histoires est locataire, sont vendus
faire partie du collge royal de France.
les habiras. frs. 11 692, fol. 225.
Bibl.
nat.,
(3)
au roi pour
Parmi
Germain Hoyau,
Montorgueil taxs
Guillaume Solse, Alain de Mathonires, Nicolas Prvost.
tants
de
Blum
la
rue
20
l'estampe [Link] AU
306
figures en
Roland Gurard
Dubreuil,
Jacques de
faut encore
Il
citer le Parisien
Nicolas Leroy, Franois Gense,
Lalouette,
Jacques
toine
taille-douce.
SIECLE
XVl'^
Nicolas
et
Carrre, Jean Gurin, Paul de
la
An-
Prvost,
Houve.
la
ces tailleurs d'histoires franais se mlrent quelques trangers.
Le plus clbre
fut
un Polonais qui
Tous
si
ces
noms, pendant
longtemps oublis ou mpriss, rappellent des
pour lesquels
la
critique s'est
Paris
hn a grano Lcopo-
sousHenrilV, loan Ziarnko,qui signe en
Hcopolonus et en franais Le Grain.
vivait
artistes
montre singulirement in-
juste.
Celui dont on se souvient
grande notorit
Bernard Salomon,
fut
que Papillon appelle
plus et qui jouit d'une
le
((
le
le
Petit Bernard^
graveurs sur bois
Callot des
La plupart des autres graveurs du temps de Henri
pas laiss
le
souvenir d'une
renomme
aussi
III
n'ont
clbre. Les
perscutions catholiques avaient oblig les artistes rfor-
ceux qui y restaient
mateurs s'enfuir de France. Quant
pour y exercer leur profession,
gouvernement ne
protgeait pas.
dans
les
On
ne trouve pas
comptes des
restait toujours trs
le
rois.
Mais
la
essayer d'y rpondre,
mention de graveurs
comme
vif en France,
les
les
le
got des images
artistes
certains de rencontrer
pouvaient
une
clientle
capable de s'intresser leurs productions.
Un artiste eut le titre de peintre du
en mme temps. Mais son titre lui fut
n
val,
roi^ et
fut
inutile:
pas t relev dans les comptes royaux. C'est
mort
Paris le
13
graveur
Son
nom
Marc Du-
septembre 1581, sur lequel on
ne
possde que les renseignements fournis par La Croix du
INTRT [Link] DES CARICATURES DU XVl^ SIECLE
Maine
(i). Il
307:
re^
suites grotesques
(2)
composa plusieurs
prsentant des bacchantes et des satyres.
de ces dessins est
L'origine
grotteschi
s'tait
italienne.
des
Elle vient
que popularise l'Aminthe du Tasse. Marc Duval
empar de
tincts de
nature
la
motif qui symbolise
ce
et
montre des
les
ins-
bas
satyres portant des
animaux. Ces scnes de faunes fournirent un thme auquel
un groupe de graveurs,
s'attacha tout
naturalistes de l'cole italienne.
Pierre Scalberge, Claude
biette,
fait
t tudi
quia
remarquer que
l'apprentissage en
Ce
Vignon
pris
des
furent Pierre
et
tendances
le
surtout Pierre
rcemment par M. Rosenthal
l'eau-forte,
Italie, tait
dont
Maire^
les
Br-(3). I!
matres avaient fait
un instrument merveilleux
qui permettait aux artistes de garder leur spontanit. Ils
en usrent avec
le
une dsinvolture -narquoise
sur
cuivre des scnes satiriques, qui tmoignent d'une sou-
plesse et d'une verve
cette poque.
En
que certaines
Satyre lutine par
rabelaisienne.
Renouvier,
les
la
amen par Rubens
(i)
(2)
la
pices,
Des
fit
inconnues aux graveurs sur bois
ce qui concerne
estime qu'il a tent
et
et fixrent
Brbiette,
de
M. Rosenthal
paradoxale rhabilitation du satyre
comme
amours ont
artistes
ISaissance des satyres
la
La
ou
le
crudit d'une plaisanterie
comme
Brbiette
qui, nous
dit
connaissance Paris de van Thulden,
et d'autres
Flamands moins
corrects>.
La Croix du Maine, Bibliothque historique^ 1584.
Robert Dumesnil, Le peintre-graveur franais, t. Y^.
p. 61.
[y) Kosen\h.2i\,
.anvier 1911).
Pierre Brbiette {Ga\eite des Beaux-Arts^
l'estampe satirique au xvi^ sicle
joS
composrent des pices satiriques dans
mais
fort loign
estampes conmie
le
Capitan,
le
le
Mari fouett par
s'inspira de
est pas suprieur
L'homme
sant
Brbiette,
solfge
le
hommes monts chacun
sept,
un
(i),
iamandes.
Bohmienne,
Un
lourdes.
et
ne
Isac,
Jaspar
L'abomination
importer en France
La femmeinstrui-
chat,
la
la
cette devise
de'^ sorciers,
voulut,
Il
un chat,
bouillie
un ne avec
sur
^e village, L'amant radoteur.
mesnil
Les
fin.
dans cette srie de planches bouffonnes:
enseignant
nous sommes
la
sajetnme,
un perroquet, La femme donnant
Trois
got flaniandi
de leur esprit habituel alerte et
Tauvre Badin sont vulgaires
autre graveur qui
llii
le
dit
L'pouse
Du-
Robert
peinture des kermesses
Plus intressantes sont
portraitistes de ce temps.
les
uvres
satiriques des grands
Jean Rabel qui dessina des mas-
carades (1550-1603) serait l'auteur d'une srie de caricatures graves sur bois.
En 1588, Henri Leroy
scnes familires dans
le
got de Rabel,
publie des
Thomas
de Leu
excute une suite de trente-deux planches pour un livre
intitul
florentini
lonice
Civitas veri sive
regem, Parisiis, 1609.
Vices,
le
Thomas
tieuses
satiriques
Parmi ces planches
il
et
Pc-
a plu-
symbolisant l'Intemprance,
Mensonge, l'Arrogance,
l'Injustice.
les
ct de
de Leu, Lonard Gaultier excuta des pices fac-
comme
reprsente
plume
Bartholomei del bene patricii
ad christianissimum Henricum III Francorum
sieurs figures
(i)
morum
le
Baladin spirituel
un moine
ail,
et le
Baladin mondain.
Il
tenant un bouclier et une grosse
et d'autres sujets licencieux.
Mais on a
Robert Dumesnil, Le peinir-graveur,
t.
X.
fait
remar-
INTRT ARTISTIQUE DES CARICATURES DU
XVI'= SIECLE
quer que dans ces scnes, Lonard Gaultier
que n'ont pas
force
artiste
qui
fournir
la
les
Il
gravure.
Mais
testant
les
les
moyens
eut des lves
qui grava des facties dans
V Homme
montre d'une
fit
graveurs ordinaires.
mettre profit
sait
un escargot
Charles David
tenant
um
Jacques deFornazaris
illustra
et Isac Briot.
en 1604 un placard sous
Jacques
le titre
Granthomme
Emblme
ennmis del France. C'est une planche contre
saires
du pouvoir
royal. Ils sont
de trois chiens, attachs
main qui apparat dans
s'approcher d'un
figures moiti
les sept
dures
lis.
attribue
L'Homme
et
reprsents sous l'aspect
nuages. Ces chiens cherchent
Jacques de Fornazaris
des
y avait
est plus
scnes
nourrice.
exemples suffisent
Il
(2)
imagina des
un souvenir des bor-
miniatures du xvi'
sentiment
la
adver-
les
humaines, moiti animales, pour symboliser
des livres
le
(i)
contre les
des cordes retenues par une
les
pchs capitaux.
Briot (3),
de
en honneur dans
par
les
les
sicle.
Chez
Isac
moderne. Robert Dumesnil
murs
Le Matois
constater
fort
Il
Gaultier,
que de Thomas de Leu, furent Jacques Granthomme,
ainsi
lui
comme
cruche.
de Lonard
imitateurs
principaux
sent uti
ses planches,
YHo^nme
ei
On
d'action que peut
comme
got de
le
3C9
caricaturales,
et la
tripire.
que l'imagerie
comme
Tous
ces
satirique,
si
Flandres, fut pratique en France
graveurs de portraits.
y en a peu qui chappent
cette
habitude de l'imita-
tion flamande. Les portraitistes Claude Mel'an et Michel
(i)
(2)
Robert Dumesnil, Le peintre-graveur franais,
Id., ibid., t. X, 181, 21.
(5) Id., ibid.,
t.
X, 233,
tl.
t.
X-
-3
L STAMPE SATIRIQUE AU XVl^ SIECLE
10
Lasne subissent
cette influence et gravent aussi des
sitions satiriques.
Une
compo-
estampe curieuse de Mellan (i)*
flous montre deux satyres, dont l'un est cheval sur une
roue et
un arbre une
feuille
de papier
un ne qui marche sur des
livres.
Dans
l'autre pose sur
.prsentant
!Pgase, dans
uvre
bas,
un ne. Quant
haut,
Michel Lasne, son
factieuse est consacre des scnes de
marchands, des buveurs, des chanteurs
laire des
le
le
re-
la
vie
(2).
popu-
Renou-
vier a caractris son talent satirique par quelques mots trs
justes: Michel Lasne, crit-il, ne ddaignait pas lesmargo-
tons, joueurs et fumeurs et
Son
fit
nombre de
burin s'assouplit et acquiert de
lgret.
Xasne
fut
Un
des disciples
Jehan Leblond.
'<e portraits,
Il
les
ne
finesse et de la
la
plus originaux de Michel
se
borna pas
comme
mais composa
pices grillardes.
tre
graveur
son matre des pices
jhumoristiques.
.11 faut
encore signaler
comme
^capitans,
les
Pierre
auteurs de charges contre
Richer,
l'auteur d'une gravure intitule
.beaucoup de succs,
laquelle
,un
lys
Un
le
et
le
Ragot,
les
Jean Ganire,
Capitaine Picard, qui eut
d'une pice contre Richelieu, dans
ministre de Louis XIII prend une chenille sur
en prsence d'un aigle
et
d'un aiglon.
des prcurseurs de ce groupe de graveurs fut Jacques
Bellange de Nancy (1594-1638). Robert Dumesnil menftionne de lui une pice trs amusante, dans laquelle une
(i) Bibl. nat., Estampes,
(2)
3856,
Ko
164
a.
Ch. Le Blanc, Manuel de Vamaieur
t.
II, ns
216 243.
d'estamt)es, Paris,
INTRT ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XVI= SIECLE
femme, appuye sur un tambour,
matamore vu de
sorte de
rier, le
adresse
dos. Suivant
3 1 1
parole une
la
Renouvier
le
guer-
poing la hanche, serait le prototype des hidalgos
maheutres
et fendeurs de naseaux,
qui jourent un
si
grand
rle depuis la Ligue.
Dans ce domaine de
tion qui
scnes de
peuvent tenter
murs,
reprsenter les types de
de
la
Ils
Ds
cette priode,
socit
une
du temps sous iorme
srie de singeries (i)
dj celles de Gurard et plus tard celles
Ce ne sont plus
Ils
les
les
s'amusaient aussi
d'animaux, s'attachant surtout aux nes, aux chats
singes.
vie des gueux, les por-
la
modes.
et les
abords
artistes furent
les
les tableaux
traits, les allgories
tous les ordres d'inspir-
la factie,
du
et
annonce
xviii^ sicle.
animaux symboliques du moyen
sont devenus plus rels. Leurs
aux
gestes, leurs
ge.
mcmve-
ments, leurs actes, leur vie sont observs d'une manire
mieux
plus prcise et
dessins.
On
quelque anctre de Granville. Tel
travaillait Paris vers
<es
1640
pourrait dj pressentir
Henri Picquot,
est
et est l'auteur
d'une eau-forte
plus spirituelles (2).
Le
titre
est
tendue sur
la
Grenouille vanouie.
tte le pouls.
a<u ciel,
Deux
comme
autres
si elles
grenouilles dansent.
gende
Une
grenouille est
dos, la tte soutenue par une de ses
le
blables, qui parat effraye.
Une
autre faisant
sem-
docteur lui
grenouilles lvent leurs pattes
imploraient
La
le
pice est
la
misricorde. Quatre
accompagne de
explicative.
de l'Arsenal, Estampes, 203.
Robert Dumesnil, ouvrage cit, t. VI, 141,
(i) Bibl.
(2)
qui.
3.
la
l-
l'estampe satirique au
312
L'homme
Dans
Les
Ton
noms
le
bourbier se nourrit
et se souille.
des auteurs de toutes ces facties ou,
drleries ont
rimes
les
Roussel,
les
les
Gurin,
Lagniet. Marolles ne
noms, mais
il
a recueilli la
et des
les Jolain,.
et surtout
Jacques
content de publier leur
pas
collection
un de
graveurs en
Vanloch,
les
d'Auroux
les
s'est
leurs uvres, et dans
ces
Humbelot,
comme
t rassembls par
Marolles dans son livre des peintres
quatrains
sicle
brutal pareil la grenouille
alors, de ces
disait
xv!*"
plus complte de
la
ses catalogues,
estampes satiriques en ces termes
il
parlait
des
Bouffonneries de
de plusieurs matres de Paris, quelques-uns
l'invention
desquels se sont permis un peu trop de licence, pour divertir le peuple,
les
pendant que
pays trangers, dont
ils
l'on portait la
ont
fait
guerre dans
souvent d'assez mau-
vaises railleries, lesquelles ne laissent
pourtant pas de servir
aux connaissances de
l'histoire
du pays.
L'tude de ces pices satiriques franaises, dont
les
pre-
mires datent des guerres de religion, tmoignait d'un
got
raliste,
qui s'est continu
xvii^ sicle.
Renouvier
et signal
sentaient.
dans
la
premire partie du
avait eu le sentiment de leur valeur
plusieurs reprises l'intrt
rel
qu'elles pr-
L'utilit scientifique d'une synthse de tous ces
documents satiriques
tait
encore indique dernirement
par un critique contemporain (i). Parlant de cette poque
(i)
Rosenthal,
janvier 191
1).
P/<?rr<?
Brhieite [Gaidte des Beaux- Arts y
INTRr ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XVl^ SIECLE
de transition entre
le
xvi^ et
romantiques ont revis
les
le xvii^ sicle,
il
crivait
IJ
Les-
jugements de Boileau. Tho-
phile Gautier a rhabilit les potes grotesques. Les gra-
veurs contemporains n'ont pas eu
L'cole
le
mme
bonheur.
franaise de gravure, qui produisit des pices-
remisepleines de verve et de mordant, mritait bien d'tre
mme
en honneur au
titre
l'cole burlesque qui,
que
signale par des bouffonneries d'un
trature, se
en
comique
souvent outr. Ecrire l'histoire des grotesques dans
comme on
n'est pas
l'avait fait
un prtexte
pour
des considrations sur
XVII* sicle.
les
On
l'Italie
On
le
dbut de
la
la
l'art
posie,
un chapitre nou-
considrations sur
gravure en France.
la
imitateurs de
grotesques dans
paradoxes. C'est
veau qui manquait dans
pement de
les
lit-
le
dvelop-
rapidement
passait
Renaissance,
et
des
l'examen des grands portraitistes du
mprisait toutes les estampes qui avaient
temps. Parmi' ces gra-
t publies dans cet intervalle de
vures, celles qui se distinguent par leur caractie satirique,,
fournissent des lments importants pour
l'illustration
des
sociaux, de cette priode.
et
piquants o se marque
tier
en a dfini
dante,
trs
lorsqu'il
faits
principaux
Ce sont
crivait
politiques,
(i)
L'esprit
de bon sens,
narquois, plein de justesse et
de rserve, a toujours eu pour
secret.
(i)
Nul peuple ne
Thophile Gau-
caractre d'ironie
le
le
saisit plus
religieux,
des documents vivants
l'esprit franais.
exactement
une tude de
franais
morfin
et.
manquant un pen
grotesque un penchant
vivement
le
ct ridicule
Thophile Gautier, Les grotesques, Paris, 1853.
L ESTAMPE [Link] AU
314
des choses,
petit
dans
et
mot pour
les
rire.
plus srieuses,
Un
des raffins.
On
C'est
le
sionnes.
le
fait
en harmonie avec
les
ne regardait de prs, ni aux mots,
ni aux choses, pourvu que
leur hardie et
trouve encore
il
got aventureux, une audace, une
verve bouffonne, taient tout
murs
SIECLE
XVl'^
touche ft franche,
la
la
cou-
dessin caractristique.
le
propre des caricatures d'tre audacieuses et pas-
Mme
violence depuis
lorsqu'elles ont perdu
la
Ligue, elles renferment une colre
peine contenue contre
Elles s'lvent
beaucoup de leur
les
abus dont souffre
nergiquement contre
paraient de son argent. Dans
la
Tous
les
s'enfuient tire-d'aile.
fraudeurs qui s'em-
marchands
Tous
le
leur
population.
Dfont e des malttiers
Le boucher arm d'un marteau,
nier courent aprs eux.
les
la
les
(i), ils
poursuivent.
droguiste,
le
charbon-
donnent des coups de
crochet et de bton. La Droute des cormorans reprsente
les
voleurs sous l'aspect de cormorans, qui au milieu d'une
rivire
mangent des
poissons. Mais des bourgeois s'em-
parent d'eux, leur coupent
les ailes,
et leur font rendre les
poissons. Le peuple ne s'exasprait pas seulement contre
les
banqueroutiers frauduleux, mais contre
ment
qui,
faire face
pour
Bibl.
recours des procds tels que
monnaies.
Les rformes que
(i)
gouverne-
aux dpenses considrables nces-
sites par les guerres, avait
l'altration des
le
nat.,
le
public rclamait, visaient aussi les
Estampes, Tf
satiriques relatives Pari et
2.
aux
'{Galette des Beaux-Aris, 1S59).
Cf. Arnauldet,
artistes
Estampes
du XVI!^
sicle
INTRT ARTISTiaUE DES CARICATURES DU XVl^ SICLE
remdes aux abus dont
il
Les gens de Justice plus
souffrait.
particulirement n'taient pas pargns. Pierre de l'Estoile
raconte que du temps de
Henri IV,
comdiens de
les
Thtel de Bourgogne jourent une farce qui
Paris^ et qui tait
de
justice.
une attaque
Qui tes-vous
reprsentants de
disaient-ils.
la loi.
fit
courir tout
trs vive contre les
gens
demandait un Parisien aux
Nous sommes gens de
Non, vous n'tes point
la justice ,
justice ,
leur rpon-
aux applaudissements des spectateurs. L'imagerie
dait-il
ne dsavoue aucun de ces reproches
estampe qui
du
vrits
populaire est intitule
fut trs
sicle
faits la justice.
un archer du chevalier du guet, un magistrat,
heureux
justiciable.
vous
l'archer
Je
vous mange tous
nourris
tous .
Le prtre
dit
le
Bonhomme
Jacques
et
prtre,
un mal-
Dieu avec
Je
prie
Je vous garde tous
, et
Les quatre
met en scne un
d' prsent. Elle
Une
magistrat
:
Je
vous
Les gravures ne manquent pas, qui font
allusion ces rcriminations des pauvres administrs.
L'ouvrage qui renferme
le
plus de documents iconogra-
phiques, relatifs cet tat de choses, est
illustres proverbes
de Lagniet
premiers
livres furent publis.
la
date de 1657 ^^ ^^^
du
^.xdis
Certaines pices sont imites
de dessins du dbat du xvi^ sicle.
blir
Recueil des plus
dont maintes estampes
(r),
parurent bien antrieurement
le
On
pourrait ainsi ta-
beaucoup de rapprochements entre certaines gravures
recueil de Lagniet et les dessins d'un manuscrit
(i) Bibl. nat.,
^proverbes, Paris
Estampes, Tf
7,
du dbut.
Recueil des plus illustres
par Jacques Lagniet.
l'estampe satirique au
3i6
on connat
xvi^ sicle, dont
du
Bibliothque nationale (Ms.
bliothque de l'Arsenal (Ms.
muse Cond,
modles pour des
le fait
trois
moraux
exemplaires
frs
5066),
Les
et le
nationale,
bi-
troisime au
dessins
composant
comme semble
l'indiquer
de reprsenter, au folio 137 du manuscrit de
bliothque
la
destins servir de
taient
tapisseries,
l'un la
24461), l'autre
frs
Chantilly (i).
ce recueils de dicts
sicle
xyi*^
la
Bi-
un ouvrier devant son chevalet de
tapisserie.
Ce qui rend l'examen de
intressant
ces dessins trs
pour une tude de l'image satirique en France,
plusieurs d'entre eux attaquent avec une ironie
la
c'est
le livre
de Lagniet. Dans
nuscrit (fol. 49), trois personnages viennent
dent
le
demander
des magistrats aveugls par leur chapeau.
tice
Ils
On
majus-
rpon-
Justice et raison
demandez
Mais point ne vous y attendez,
Car nous sommes
fort
si
/.
bands,
Par Dieu, que nous ne voyons goutte.
Quelques planches de Lagniet,
deurs, reprennent
la
mme
sa
peuvent
(i)
ide (livre I, pi. 32 a 57). Un-
mouches
toile.
Les petites
sortir.
La moralit s'exprime
Mlanges Picot,
'^
relatives la vie des plai-
dessin du manuscrit (fol. 46) reprsente
dant
?;
mordante
noblesse.
justice, la faveur, l'autorit, le clerg, la
retrouve ces satires dans
que
*?
Paris, 1913.
une araigne ten-
restent,
ainsi
les
grosses
'
INTERET ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XVI* SIECLE
Grosses mouches en tous endroits
Passent. Les petites sont prises.
ou encore
Les petits sont sujets aux lois
Et les grands en font leur guise.
Une
gravure reproduit ces critiques contre
la
accorde aux grands avec ce proverbe. Le noble est
gne
les
et le
paysan
Ambitieux de
insatiables
Luynes
gent
et
mouche. Une pice
la
la cour
comme
le
elle les appelle
le travail et
taud de boutique qui,
tous
les
les
conntable de
le
Il
n'y a
L'imagerie est aussi railleuse que
I, pi.
comme les
pour
laisser filer
tisse.
paysans.
Son
mains
ses
Puisqu'en ce beau travail
je
bonheur me convie:
temps
le
ne manque de rien
Je suis riche en faisant au rebours de bien
Et c'est reculons que je gagne
Dans
le
bas
on
Il file
lit
sa
ma
vie.
corde
les
Les petits prennent
grands s'accordent
la
du
rle se borne se reculer
le
le
2j) un de ces jeunes sei-
son chanvre. La lgende ledit
bien passer
cour-
pamphlet. Dans
le
gneurs en grand costume de cour tient entre
chanvre qu'un roturier
tel
voyant passer, ne dsire bien que
courtisans fussent ainsi taills
cordier de Lagniet (livre
ces' courtisans
gupes de cour qui man-
les
miel des abeilles.
le
l'arai-
satirique intitule
tourne en ridicule
marquis d'Ancre,
faveur
corde.
l'estampe [Link] AU XVl^ SICLE
3lS
ct de ces satires gnrales,
il
des caricatures politiques attaquant,
la
sous Louis XIII^
a,
comme
l'poque de
Ligue, des personnalits dtermines, des types dsi-
gns, ou des peuples trangers.
sent
la
Dans
compositions on
ces
dfiance de l'esprit franais pour tout ce qui est con-
traire ces habitudes. Qu'il s'agisse defltrirdes aventuriers
italiens,
comme Lonofa
en ridicule
les
Galiga etConcini ou de tourner
rodomontades des Espagnols,
riques procdent d'un
mme
les
estampes sati-
sentiment patriotique
fiance de tous ceux qui ne sont pas Franais.
d'trangers
comme
Concini
excitait contre
la
m-
La prsence
eux une vio-
lente animosit.
Dans une estampe
renards,
la
(i) relative la
Chasse aux voleurs
maison du marchal d'Ancre
mcontents. Les
diffrents
de
sujets
les
nous montre Concini sous
des
au
Fantme Conchini
(2)
Concini. Mais
six
l'aspect d'un
d'caills de poisson. C'est
tique qui figure
le
la
gravure
compartiments
testable vie et
portrait
le
homme au
du mauvais dmon,
la
plus
intitule Tableau
clbre est la
Qb
28.
Hennin,
t.
XX.
(3) Ibid., le 24 et le 25 avril 1617.
gardant
pice
(3)^ emblmes del
glion), qui est le sobriquet sous lequel
(2) Id., coll.
corps
encore un monstre aqua-
malheureuse fin du matre Coyon.
(i) Bibl. nat.,
image font
femme
reproches adresss par la
mari dans l'autre monde. Ailleurs
form
cette
par des
comments par
allusion des aventures galantes et sont
lgendes contenant
est pille
et
Coyon
(//
dco'
on dsigne Concini,
INTRT ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XVl' SIECLE
un
est
cureuil.
Concini du 24
L'image voque
Vitry
avril, lorsque
tolet sur le terre-plein
le
le
I9
meurtre de
tua d'un coup de pis-
du Louvre, puis
cadavre dchir,
le
tran dans les rues
demi-carbonis et
le
complot,
de Paris.
Coyon
s'agite
dans une cage tournant sur un pivot plac prs d'une
fosse.
La cage
contient l'cureuil.
Au
haut de
(Claude Mangot), Suon
le
en deux parties. D'un ct,
est divise
la
roue sont placs Magot
(le cardinal
de Richelieu), Babin
confident de Concini. L'autre partie de
Au
haut de
cage est vide.
la
roue se trouvent peints Manin, du Vrai (du
la
'Vair) et Vieille foi (le
L'cureuil
elle
mont
chancelier de Villeroi).
sur une table renverse
Deux personnages
qui contient trois fleurs de lys.
pos
et
ainsi
qu'un singe
et
un chien
le
un vase qui est
regardent.
Dans une
troi-
sime vignette, Vitry passant sur un pont-levis abat d'un
coup de bton
l'cureuil.
Le
Coyon
ft
trempaient
Mais passant
Un
casser
Vitry
s^lr le
trou, et une foule criante
fois
verre
lis,
pont-levis
l'cureuil
tomb dans un
Sortez Coyon.
bte prise,
Sortez Coyon, car par les
Ceux qui
de
mis par terre.
l'a
La quatrime gravure montre
A cette
le
les trois fleurs
lois,
attentent nos rois
N'ont point d'asile dans
l'glise.
320
Dans
la
ESTAMPE SATlRldUE AU XVI'
cinquime
l'cureuil
pice,
bourreau arm d'un couteau va
Mais
sixime
la
et
le
main. Dans
la
Vous
c;:
le
fond
il
Un
pendu.
dcouper.
dernire vignette nous
reuil tran dans les rues et poursuivi
bton
[Link]
fait
voir l'cu-
par une populace
le
aux flammes.
est livr
serez par votre arrogance
Tran, dchir, mis au feu,
Et cela
semble encore peu
Pour venger
Un
almanach de 1618
le
peuple de France.
cit par
Bonnardot
(r) tait
orn
d'une gravure reprsentant Louis XIII, affubl en Apollon,
dcochant une flche au serpent
Python
(le
marchal
d'Ancre), qui se dbat au milieu d'ossements, l'endroit o
s'levait
le
gibet de Montfaucon.
Concini montrent
depuis
les
le
vent
la
dernires annes de
la
cour pour y
faire
le roi. Elles
les
affirment seule-
trangers qui arri-
moqueur
remarque d'un personnage de ce temps,
n'pargne personne
monarchie
une fortune scandaleuse.
sent una manifestation de cet esprit
la
la
contre
Ligue. Elles ne sont plus
volont d'expulser du pays
\a
caricatures
chemin parcouru par
empreintes de haine contre
ment
Les
et surtout les
On
qui, suivant
Barclay (2),
ambitieux qui s'puisent
pour s'lever au-dessus des autres. Mais en
l'ancienne doctrine qui se rclame de saint
mme
temps,
Thomas
et
de
Bonnardot, Histoire archologique et artistique de la
gravure en France, Paris, 1849.
(2) Barclay, Euphormionis satj^rici apologia, pro se^xdxo.
(1)
ESTAMPE ANONYME DU
XVIl''
SIECLE
(Bilil. nat..
Estampes
POUR SE MARIER ON BALANCE
QUI
AURA PLUS d'oPULANCE
(Estampe anonyme du XVI'
sicle)
INTERET ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XV1 SIECLE
certaines dcisions des papes
pour refuser l'obissance au
roi et rclamer la libert, succde
souverain
Cette
missaire de
nouvelle
la
rience (i) et de
d'un
tat,
dommages que
maux en un
mois. Car autant
il
de soldats, autant
il
l'oppression de plusieurs.
Au
d'avis par trop d'exp-
mauvais gouvernement
icelle et
peuple
la
que
s'tait ralli la
adorait
le
de capitaines,
Il est
tyrannie d'un seul que sous
des
querelles
succder une paix qu'on esp-
durable. Les caricaturistes devaient
raillerie
en un
civile
tourbillon des passions politiques et
sujets de
ne peut sup-
qu'une guerre
en
souf-
les
y a de petits tyranneaux.
la
religieuses et sociales allait
rait
sicle
paraissait
connu
qu'il puisse tre,
a de chefs
tolrable vivre sous
plus
monarchique
le
du
qui avaient
Nous sommes
quelque dprav
porter tant de
mme
Providence
hommes
Ligue.
thorie nouvelle
la
conception
excellente tous les
frances de
la
32 1
personne du
trouver d'autres
roi,
depuis que
le
cornette blanche de Henri IV, et
chet qui reprsentait
la
France. Ainsi nat peu
peu un sentiment qui rassemble autour d'une personnalit
vivante tous les habitants du pays, en voquant le souvenir
des luttes contre l'tranger
sion.
Dans un
et les souffrances
de
l'inva-
dsir invincible d'affirmer leur individualit,
des artistes vont opposer avec une verve mordante l'esprit
franais
aux rodomontades des Espagnols. Les auteurs de
la
Satire Mnippe font des disciples parmi les graveurs.
A ce moment
(1)
la caricature politique
Advis sur restt
Blum
et les affaires
devient patriotique.
de ce temps, 1620.
21
L*ESTAMtE SATlRiaUE tJ
322
Une
SICLE
XVl'^
commence
quantit coinsidrable d'images
traduire
sous Louis Xiri-ce sntime-nt d'antipathie contre les Espa-
tesques, de PMi'M'fdies, de masqties
mdie
it'linte et
L'auteur
mique
du
faisaient
t'u
Saint-Ih^fide'ftt
emprunts
symbolisent rinsolence
lyiascurat (i) a
qu'ils
matamores gro-
T*aspect de
apparaissent sons
Ils
gnols.
le
la
ridicule.
Sous
du Pont-Neuf,
ou
d^s 'monstres qu'
ne rien dire d leur nez
la
l'on voit en tous
des
hommes,
pieds et
beurre, des
pes dont
a de
gueux, d'infme
est reprsent sous le visage
Toute une
pour
dix tages, des
la
garde est aux
srie
et
il
d'extravagant parmi nous
d'un Espagnol.
de ces pices contre
vaincu mont sur un ne. L, une
les
femme
coups de pied. Ailleurs une femme
p'ore genoux.
Une image le
et
mesemble que tout
Espagnols a x
coUectioflne par l'abb MaroHes (2). Ici/ c'est
et
pointe aux paules, des dmarches superbes
la
autres actions ridicules Ou insolentes,
ce qu'il
mieux
judaque, des moustaches'recro-
quevilles en cerceau, des fraises neaf ou
chapeaux en pot
co-
charniers de
les
lieux des Espgno-lsn tai'lle-dce, qui ressemblent
des diables
Co-
bien reftdu l'impression
Paris,
-btit
et
le
un Capitn
chasse l'Espagnol
poursuit et l'im-
prsente tombant terre pour
avoir voulu s'asseoir entre deux siges. Ailleurs, un repas-
seur de couteaux aiguise
autre pice
pour
(i)
lui
fait
meule
des*taez espagnols.
Une
voir l'Espagnol allant tfouver rapothicaire
demander Un remde contre
les coliques. L'artiste
Naud, Jugement de tout ce qui a t imprim contre
(s. L n.d.), p. 119.
Bibl. hat., Estampes, Tf 2.
cardinal de Ma^arin
(2)
la
INTRT ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XVI' SIECLE
franais veut
montrer que, malgr toutes
ses forfanteries,
l'Espagnol subit sous Louis XTT des dfaites
On
se rappelle
Meilleraye en
elles
popularise par de nombreuses
montrent un chat mang par des
souris (1), contrairement
prtendaient que quand
l'assertion des
souris
les
prendront Arras.
Franois
complies.
d'Arras par Chtillcn et la
prise
fut
1640
Tantt
caricatures.
la
que
Espagnols qui
mangeront
Tantt
les chats,
sont
ce
des^
vure reprsente un Espagnol, rong par
l'ont
la
les
allusion
fait
gra-
souris, et se
prophtie est ralise et que
mang. Une autre
les
chats
Une
d'Espagne pris par des lats franais devant Arras.
plaignant que
325
les
souris
une prophtie ana-
logue, qui s'est ralise en 1639 (2) l'anne prcdente,
Meilleraye s'empara d'Hesdin. C'est une truie
lorsque
la
qui
car les Espagnols disaient
file,
Quand
les
Franais prendront Hesdin,
Cette truie aura
fil
son
lin,
Les gnraux espagnols sont figurs
comme
nages de comdie (3) avec des costumes et des
tans,
emprunts aux
fut le plus tourn
farces italiennes.
en
Un
des personairs
de cescapitans qui
ridicule fat le gnral Gallas,
1656 mettre le sige devant Saint-Jean-de-Losne
reculer.
Dans une
caricature,
11
est
(2) Ibid.,
(3) Ibid.,
Qb
Qb
Estampes,
36.
43.
Qb
37.
venu en
et forc
de
prcd d'un gros
ventre qu'il trane sur une brouette et dit
(i) Bibl. nat..
de capi-
L ESTAMPE [Link]
324
La gtoire de l'Espagne
n'tait pas
Portugal
une
et
image
aprs
L'Espagnol
Les
relative
de Perpignan
est abattu
le
estampes
effort
ses
la
les et-
Catalogne,
du Castillan
vaines
tentatives
pour avoir voulu monter trop haut.
les airs,
la
tortue,
aide par
peau du
l'ne vtu de la
un
ayant l'ambiaigle
et
lion et reconnu.
tom-
VEs-
pagnol embarrass{2) est pleine de quolibets contre lui.
lui fait
dire
dsol il),
il
ft
J'ai
perdu
ajoute: J'ai
le
Portugal.
perdu
Et dans une troisime planche,
la
Catalogne
Ce
sera
(4).
est
(i).
comparent
tion de s'lever dans
bant, ou
chou,
dans
c'tait
leRoussillon. Le Grand
satirique
la prise
de mes compagnons.
et
seulement en Franche-Comt que
forts de l'Espagnol avaient
le
XVI* SIECLE
grand Gallas, autrefois dans l'arme,
Je suis ce
Ce
AU
On
Dans VE^pagnol
le
Comt de
il
continue
Roussillon.
:
J'ai
perdu
une habitude en France de reprsenter par une
estampe satirique chaque victoire franaise remporte sur
les
Espagnols. Des graveurs
comme Boudan,
Richer, Ber-
trand, Ganire, Prelle et [Link] excelleront dans
ces compositions quelquefois grossires, mais trs vivantes
et amusantes..
(i)
Voir sur
Cette
les
tradition de railler les rodomontades
Espagnols certaines estampes de Bosse.
d^ Abraham Bosse, par Georges Du-
Catalogue de l'uvre
plessis
[Revue Universelle des arts,
Facties, n" 1405 1412).
(2) Bibl. nat., Estampes,
(3) 7*/^.,
(4) Ibid.,
Qb
Qb
37.
32.
Qb
36.
Paris,
1859, P* '77'
INTERET ARTISTIQUE DES CARICATURES DU XVI* SIECLE
325
de ces capitans se continuera sous Louis XIV, mais avec
un
,
caractre peut-tre plus officiel, plus inspir directement
moins spontan.
le roi et
par
Le grand
intrt des caricatures, nes des guerres de reli-
gion, vient de ce qu'elles n'ont pas t excutes sur com-
mande, mais sont l'expression de
la
un
de
domination des Espagnols qui avaient dsorganis
le
rveil
royaume au temps de
faire
la
et
conqute
plus entre nous ces
crivait
la
le
Dans
(i).
et
Mais
qu'il
de Franais.
Qu'on n'oye
de huguenots,
et
ne
ainsi distinguer trois grandes phases (2).
guerres de religion,
religion
vement de
tement
plus
la
la
caricature est surtout
monarchie
un instru-
la
cause de
du royaume, en essayant d'entretenir un mourvolte contre
les intrts
l'poque
Pendant
et particulirement par
ligueurs contre Henri IIL Elle croit servir
les
soit
cette histoire des origines de la caricature politique,
ment employ contre
qui aspiraient en
dmembrement.
Duplessis-Mornay
on peut
la
et
Ligue,
mots de papistes
question que d'Espagnols
les
l'orgueil patriotique.
du temprament national,
las
Elles attestent
le
roi,
mais
elle
dfend indirec-
de l'tranger. Son caractre se modifia
de Henri IV.
Elle proteste de sa fidlit au
pouvoir royal
et rserve ses attaques contre les ligueurs et
les intrigants
qui essaieraient de
lui faire
une opposition.
Mmoires de
la Ligue, t. I.
des Grandes misres de Callot
Les
dix-huit
planches
(3)
ne sont pas des estampes satiriques contre la guerre.
(i)
CL
?\3in,
p. 26.
Jacques
Calioi matre ^rac^z^r, Bruxelles, 1911,
l'estampe satirique au xvi= sicle
^26
la fin
contre
du XVI*
les
Lcuis XIII,
sicle et sous
capitans
et
espagnols,
elle se
exprime
tourne
haine de
sa
de l'esprit franais.
l'tranger, sa croyance la supriorit
La succession de
enchanement
ces caricatures
rel,
car
il
faut
politiques
voquer
guerres religieuses, pour comprendre
gerie a volu dans
prsente un
souvenir des
le
comment
ima-
cette
un sens profondment national.
On
ne peut comparer son dveloppement que celui des gravures satiriques qui furent publies contre Louis
XIV
en
Hollande, et dont une collection importante a t runie
au cabinet d'estampes d'Amsterdam
En France au
contraire,
dans
(i).
la
seconde moiti du
xvii' sicle (i) les caricatures politiques deviennent rares.
Le
mouvement
d'cho,
comme
la
aristocratique
Ligue, dans
les
de
la
Fronde n'eut pas
masses profondes,
et
son
murs
se
transforment, perdent leur grossiret et leur violence,
et
influence sur l'imagerie tut peu prs nulle. Les
le
grand courant d'opposition
littrature, l'aube
s'arrte,
en
art
comme
en
du rgne de Louis XIV.
neder(i) De Mu lier, Beerdenecrde beschrijving van
lansche histori platien, Amsterdam, 1882.
Cf. Mlanges
Lemonnier
1913, p. 279.
Ce sont
les extravagances des modes et les costumes
de ballets qui fournissent les principaux sujets des compositions caricaturales. Voir P. Menestrier, Les ballets
anciens et modernes, Paris, 1862. Archives nationales,
(2)
0*3238
0*3242.
COHCLUSION
Toutes
du xvi*
ces caricatures
de
l'expression
nouvelle
sicle sont
pour ainsi dire
publique. C'est une puissance
l'opinion
qui n'existait pas auparavant, et qui n'apparat
gure qu'au xvi*
xvi sicle , crit
De
publique.
sicle
Cougny
Ce qui
caractrise surtout le
(i), c'est le
rgne de l'opinion
tous cts on en appela l'opinion publique.
C'tait qui courtiserait, s'attacherait cette puissance sou-
veraine.
On
phlet, par
rait
la
la sollicita
chanson
comme
par le drame,
et par le
sermon.
par
le
pam-
Mais l'auteur au-
pu ajouter qu'on chercha s'emparer de l'opinion pu-
blique par
n'est pas
la
caricature.
La seconde moiti du
seulement une priode de
de discours, de sermons,
satirique.
brochures
(i)
A
et
c'est aussi
une poque qui ignore
les
de pamphlets,
celle
la
de l'imagerie
presse, ce sont les
estampes, provoques tous
les
Cougny, Des reprsentations dramatiques
ticulirement de
1869,
libelles,
la,
xvi^ sicle
comdie politique dans
et
jours par
plus par-
les collges^ Paris,
CONCLUSION
328
chaque incident politique, qui tiennent
Ce sont
instruments destins prouver
les
d'une cause
Il tait trs ncessaire , crit
alors en ces altrations d'estat,
dinaires,
lieu de journaux.
de lever
bien dfendu.
grands, se
et
y eut bien
s'il
propos de tous
les
intentions des
il
assailli,
y eut
vnements,
les
parti tablit par le rcit et par l'image
De
son point de vue.
aussi
petits
multiplient pamphlets et caricatures.
et explique
(i),
extraor-
si
mauvaises impressions qui se pou-
les
vayent prendre par ceux qui ignoraient
entrepreneurs
justice
La Noue
nouvelles et
si
la
Chaque
un expos des
faits
viennent toujours ces
doubles versions, ligueuses et antiligueuses, catholiques
huguenotes, ces sries parallles d'estampes satiriques,
unes attaquant
virulence.
Dans
on peut suivre
manifestent
Un
XVI*
ces pices
l'histoire
les
curieuses, et pleines de verve,
de cette guerre passionne o se
de
l'esprit franais.
des traits principaux de cette figure du soldat du
sauvage,
telle
que Montluc
civiles
demeure sous un
la
il
comme
comme
faut tre
mme
cruaut
frocit. C'est
l'rigeait
crivait-il,
pas ,
rigueur et
la
pousse jusqu'
gres o on combat
Mais aux
bravoure imptueuse prte toute
est cette
sicle
et
(i)
si
et
autres ripostant avec
protestants, les
les divers aspects
preuve,
n'est
les
ou
une ardeur
en systme
aux
guerres
pour l'amour
et
Ce
tran-
l'honneur.
matre ou valet, vu qu'on
toit, et
autrement
ainsi
la
il
faut venir la
friandise
du gain
est
La Noue, Discours politiques et militaires, Ble, 1587,
le XXVP et dernier discours.
surtout
CONCLUSION
telle
qu'on dsire plutt
la
329
continuation de
la
guerre que
la
fin.
Ce qui tempre
ces excitations
tour ingnieux qui imprime aux images
et
l'empreinte d'un temprament ironique et
l'adversaire
persifle
pour rpondre
des plaisanteries, et
il
souvent dans
un
c'est
regorgement,
aux
libelles
On
mordant.
ses
arguments par
les
attaques plus de
malice que d'intention belliqueuse. Pamphltaires et caricaturistes ne
sens
peuvent
moqueur calme
de cette
attiser sans cesse les haines
plus exalts
les
disposs souscrire aux paroles de Charron
Sorbonne:
Un
temps
a t , disait-il,
dais d'tre de la Ligue et
grand bouillon de colre
y
et
ai
cience
il
chang.
que
je
marchan-
Or
ce
indignation tant aucunement
gens de toute sorte
faut tenir et croire,
enfin
je
me
suis aperu bien
aller la colre
ou
de l'poque.
connaissance historique des
pourrait pas
non
d'hommes qui
se
laissaient
A l'enthousiasme, apparaissent dans la
plupart des mmoires
faits
qu'
Ils
servent moins
la
polmique.
On
plus songer srieusement crire
des guerres religieuses de
moyen
un docteur en
part moi, souvent de ce qu'en cons-
Les variations d'opinions
toire
fin
seraient
mis un pied dedans.
refroidi et l-dessus ayant ou parler des
consultant souvent
A la
imaginations enflammes.
les
de troubles,
priode
un bon
la
fin
du xvi*
ne
l'his-
sicle
des pamphlets et des caricatures. Mais ce sont
la
au
des
sources de nature permettre l'esprit critique de s'exercer
utilement.
En rapprochant
rentes pices, on arrive
a'
les
unes des autres ces
saisir la
diff-
psychologie de ces per-
CONCLUSION
330
sonnalits combaiives du xvi* sicle. Elles sont peintes par
elles-mmes avec
le
Destines
servir
une cause
ces notes
ont un caractre
souci de faire l'apologie de leur parti.
combattre
et
trs
la
personnel.
thse adverse,
Tout
est pr-
sent de manire produire un effet dramatique,
tous
met
gravitent autour d'une individualit. L'auteur
faits
son plaisir
les
noter au jour
jour dans
le
cueillir les bruits qui courent,
un journal
re-
le dtail,
commenter,
crire
vritable.
Les placards
pas, les
les
les
et les caricatures
uns tre des uvres
du
xvi^ sicle ne prtendent
littraires, les autres des
gra-
vures artistiques, mais tous deux visent exprimer d'une
manire saisissante des opinions politiques
les
rpandre. Ce sont
comme
de propagande. Ce sont
bert de
les
et
cherchent
des brochures et des images
premiers vestiges de
la
li-
presse et les origines de la caricature politique
la
moderne.
Les procds de ces estampes satiriques sont,
comme on
vu, assez diffrents de ceux des miniatures du
l'a
ge.
Au
lieu
reprsenter
d'employer
des
des
symbolique chrtienne, de
animaux fantastiques pour
vices, les graveurs osent,
attaquer
la
pour
personnalits
moyen
la
premire
bien
figurer
fois
les
en France,
dsignes,
non
des
moindres. Leurs victimes taient des puissances respectes
jusqu'alors. C'tait le pape, c'tait
caricatures contra
spirituelle
sicle
et
les
le roi.
reprsentants
temporelle est un
fait
de
La violence des
la
souverainet
nouveau, que
le
xV
ne pouvait souponner.
Ces caricatures doivent tre distingues
les
unes des
CONCLUSION
autres. Celles qui s'en prennent
titions, sa coquetterie, ses
331
Henri
murs
III, ses
supers-
effmines, sont es-
sentiellement personnelles. C'est un individu qui est pris
Les pices contre
parti.
diriges contre
le
pape
et les
cardinaux sont moins
une personne que contre
les titulaires
des plus hautes dignits de l'Eglise. Avec
la
Rforme,
l'arme d'un groupe contre
caricature devenait
d'une
la
les chefs
d'un groupe adverse. L'esprit sectaire qui apparat dans
plusieurs estampes satiriques allemandes se retrouve sou-
vent dans
soient
non
les
images franaises pendant
on antiligueuses,
ligueuses
des
personnalits,
la
elles
Ligue. Qu'elles
s'en
prennent
mais au parti qu'elles repr-
sentent.
Visant
factions et
les
tournrent ensuite
sont plus des
pices
contre
jusqu'
la
Ce ne
trangers.
ou politiques qui
les ins-
Espagnols,
du
dbut du xvii^
sicle
Fronde.
moment
ce
individus^ elles se
patriotique dont procdent maintes
foi
les
les
contre les peuples
ides religieuses
une
pirent. C'est
non plus
s'arrte le
politique en France.
dveloppement de
la
caricature
l'poque des Mazarinades,
il
n'y a
qu'un nombre de caricatures trop restreint pour qu'on
puisse
les
pendant
signaler.
L'esprit
cette priode
souvent dans
les
cette
similitude avec ceux du
des pices
d'exister.
si
Il
qui
se
manifeste
dans les pamphlets ne s'exera pas
caricatures.
ments graphiques de
satirique
diffrentes.
En
outre, les
rares docu-
poque n'offrent pas assez de
xvi*"
sicle
pour qu'on
La caricature politique
runisse
a cess
n'y a plus d'allusion des luttes poUtico-re-
CONCLUSION
332
ligieuses
aussi
sont termines. Le ton a
chang
elles
la
Aux
technique.
comme
gravures sur bois, quelquefois
grossirement imprimes, ont succd des estampes
forte
de
pas
la
au
et
burin, d'une facture
l'imagerie
populaire, de
c'est
propagande d'ides,
une
Encore
aristocratie.
plus savante.
la
caricature
n'est
destine
aux yeux des
les
conserver.
illettrs, ni
garder
combats phmres. La caricature
de
plus un des
Ce
cette petite faction se soucie-t-elle
Elle ne cherche ni parler
souvenir
Teau-
une gravure qui s'adresse
peu de multiplier de pareilles planches et de
le
contre
pour lutter
procds employs
n'est
la
royaut.
La seule influence exerce par l'imagerie
satirique de la
fin du xvi= sicle se constate dans ce
groupe de graveurs du
dbut du xvii^ sicle, qui nous offre de si
renpittoresques
seignements sur
eux
les
le<i
qualits
murs du
temps.
On
reconnat chez
de cette cole franaise du
xvi^
qui, malgr certaines lourdeurs et grossirets, se
mande
par un
de
l'histoire
On
sant.
Il
ne
la
l'a
savoureux.
gravure en France
se trouve
comme on
moyen
style raliste trs
vu,
la
vieille
art
tradition
recom-
a l
un chapitre
en prsence d'un
Il
sicle
pour
intres-
se rattachant,
franaise
du
ge.
est
possible que
se soit pas
la
socit
de
la
fin
du
xvi* sicle
rendu compte des mrites de ces pices
frustes d'aspect.
Mais qu'elle
les apprcit
assez
ou non. du point
de vue de l'esthtique, peu
importe. L'essentiel, c'est que
les
amateurs
et
collectionneurs comprirent l'intrt de ces
images, composes par de modestes tailleurs d'histoires.
CONCLUSION
recherchrent et
Ils les
nombre,
l'autorit
si
auraient gards en plus grand
les
ne
333
avait obligs les dtruire.
les
Cette curiosit se manifeste dans plusieurs passages des
Mmoires -Journaux de l'Estoile, ainsi que dans plusieurs
mmoires de ce temps.
autres
Ce got du document s'explique, suivant M. Monod
par
d'un sentiment
l'veil
ment
par
sicle runir les plaquettes, les
les placards,
comme
Peu
scienti-
guerres religieuses dterminrent d'abord les
Les
gens du xvi
ries.
(i),
redouble-
intellectuelle et d'investigation
d'activit
fique.
historique,
le
natre.
Ils
aux collectionneurs
recherchent
gravures qui accompagnaient
les
les dessins
libelles,
et les
moins comme
des instruments de propagande que par intrt pour
document iconographique. Malgr
toires, certains
de
tacles
la
tampes dont
De
ces
passer
les
premiers essais artistiques, o dj
de
la
caricature politique
rigueurs de
la
l'on sent
moderne, ceux qui,
censure, sont parvenus jusqu'
les luttes
des temps passs.
sont pas de froides images, ce sont des uvres toutes
les
monde
(l)
livres des es-
la circulation est interdite.
vibrantes des passions qui agitaient ces
Avec
mesures commina-
aiment coller sur leurs
nous, retracent avec loquence
Ce ne
les
le
bourgeois anecdotiers, attentifs aux spec-
rue,
le souffle
malgr
et
des preuves l'appui de leurs tho-
peu, les passions propres
commencent
chansons
pamphlets
le fier dfi
mes
batailleuses.
et les libelles, elles lancent travers le
des consciences indignes. C'est l'veil
Revue historique t
t. I,
p. ii.
CONCLUSION
334
de
la
libre
critique
ce sont,
mouvement philosophique,
l'esprit rvolutionnaire.
les
deux
sicles
avant le grand
premires manifestations de
BrBLlOGRAPHI
MANUSCRrrS
Documents.
Archives nationales, X' 1581. 1583, 1588. 1593, 159i, 1599,
1602, 1615, 1625, 8618, 8625, 8628, 8647.
Archives nationales, K. 47, n" 6.
J. 244. J J. 249.
Archives nationales, J
Archives nationales,
MM.
441,
fol.
75.
Archives nationales, 0^3238 03242.
Bibl. nat.. ms. lat., nouvelles acquis., n 1782. Notice sur un
la Facult de thologie de
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avec les autres,
s. 1.,
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s.
d.
des catholiques anglais
1586.
aux fran-
ou dfense des catholiques unis
les
uns
1586.
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un
gentilhomme Franois, Paris, 1588.
faictepar
et
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per
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intituls
etc,
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petit trait auquel est
des
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de la Soc.
(Mm.
quaires).
royale
des anti-
Tortorel (Jean) et Perissin (Jacques).
Quarante tableaux de
troubles
autres
et
vnements remarmassacres,
guerres,
i559 1370.
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nat.,
Estampes.
Estampes, Tf
1,
Qb 28, Qb
Tf 2,
Estampes. Kc 164
a,
Tf
32,
7,
Na 25
Qb
36,
Qb37, Qb
43.
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TABLE DES PLANCHES
Miniatures tires du manuscrit Qute du Saint-
Graal
224 et
240
48, 64 et
96
128
i6, 128,
La Chandelle
16
Gravures extraites des Songes drolatiques.
Inverno
Les quatre
maux de l'Homme
160
Grogoneum Caput (de Tobie Stimmer)
Luther et Jeanne de Bora
176
La Faveur
19a
L'Ane pape
L'Habit ne fait pas
De
176
192
le
moine
208
Tristibus galliae
Le Duc de Fria
et le
L'Hermitage prpar pour Henry de Valois.
Adjournement fait Henry de Valois, pour
224
240
Lgat
.
256
assister
aux Etats tenus aux Enfers
Le faux mufle dcouvert du grand Hypocrite de
France
272
la
.
288
La Sorcellerie de Jean d'Espernon
Pour se marier on balance
304
Arras pris par
320
les
Franais
320
TABLE DES MATIERES
Introduction.
Etude
dfinition
et
de
la
caricature en
gnral. Histoire des dbuts du genre. De
politique. Intrt d'un essai sur ses origines
la
caricature
...
La caricature au moyen agh.
CaracChapitre I.
tre des miniatures satiriques du moyen ge. Leur inau XVI sicle. De
fluence
symbolisme
des animaux
et
de
la
l'esprit
rvolutionnaire,
fantaisie individuelle.
et des tres
monstrueux. Les
De
du
l'emploi
initiales calli-
graphies et le style anglo-saxon. De Thuraour en
France au xiii sicle diableries et sujets drolatiques.
L'cole raliste du xiv sicle. Les artistes dcorateurs
:
du XV
sicle.
merie
de
et
Chapitre
II.
la
Importance de
la
gravure
L'tat
17
intellectuel
XVI SICLE ET l'esprit SATIRIQUE.
la
Rforme. L'humanisme
Manifestations
domaines de
dcouverte de l'impri-
de l'esprit
de
la
France au
L* Renaissance et
et l'esprit
rvolutionnaire.
satirique dans les diffrents
l'activit scientifique et littraire.
lmiques des crivains
rformateurs. Le
Les
sujets politiques et religieux. Cration de la posie
rique proprement dite
po-
thtre et les
sati-
64
TABLE DES MATIRES
5^4
Chapitre
III.
SICLE BT LE
L'tat politique
de
la
MOUVEMENT PAMPHLTAIRE.
France au xvi
La CrisC de la
monarchie. Les libelles et les pamphlets. La doctrine
de la souverainet populaire.
du
Les
L'apologie
rgicide.
thories insurrectionnelles
de certains jurisconsultes.
des
libellistes contre Henri III et Henri IV.
Attaques
Les prdicateurs et
les
teurs
et leurs
parlementaires
sditions populaires.
Les ora-
revendications. Les chan-
sons satiriques
oq
Chapitre IV.
La censure au xvi
rpressives de Franois
ment,
la
Les livres hrtiques,
de Charles IX
les
sicle.
Mesures
contre l'imprimerie. Le ParleFacult de thologie et la police de la librairie.
et
l^'
les
Henri
diteurs d'estampes
de graveurs.
.?
Inutilit de
et
l'impression
libelles et les
III.
placards. Edits
Ces sanctions visaient-elles
Rglements des corporations
censure pour empcher
colportage des livres et images
le
la
prohibs
1^2
Chapitre V.
La caricature trangre au
xvi" sicle.
Les caricatures religieuses
en Allemagne. Luttes et
attaques contre le pape. Les satires contre Calvin. Les
matres humoristes
Holbein, Cranach et leur cole. La
:
dans
caricature
Pays-Bas, en Italie, en Angleterre.
Caractre gnral de cette imagerie
i66
trangre .
les
La caricature religieuse en France au
Chapitre VI.
xvi* sicle. Diffrence entre
gravures satiriques
les
de France
du xv*
et d^'Allemagne.
sicle.
La tradition raliste de
la fin
Les
principaux centres de production.
L'cole de Lyon. L'cole de Paris. Trait dominant des
caricatures catholiques et protestantes
Chapitre VII.
XVI' SICLE.
io6
La caricature politique en France au
Les origines de
la
caricature politique,
formation et son dveloppement. Les caricatures
politiques contre le pouvoir, de Franois I" Henri IV. La
sa
TABLE DES MATIERES
Henri
et
Ligue
III.
365
Les caricatures de partis
et
les cari-
catures officielles
Chapitre
La caricature sociale en France au
De socit franaise pendant Renais-
V^III.
XVI* SICLE.
sance.
230
La
Pices ralistes sur
riage, la vie
Chapitre
xvi^
AU
IX.
sicle
XVII
la
la
parodie
la
mythologie,
et
les
de l'humanisme.
femmes,
Place des
Les graveurs et
la
grotesques >
ma-
caricatures franaises du
dans l'histoire de l'art.
le
273
quotidienne
SICLE.
d'images de
de l'antiquit
Leur influence
Des matres flamands
et
italiens.
les diteurs. Ecole parisienne de tailleurs
Renaissance. Leur action sur l'cole des
du dbut du
et inspiration nationale
xvii* sicle. Style naturaliste
298
Conclusion
327
Bibliographie
335
Table des planches
361
Table des matires
363
SAINT-AMAND (cHBB).
IHPRIMEMB BUSSlRB
lYirvi^
PLEASE
CARDS OR
DO NOT REMOVE
SLIPS
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TORONTO
LIBRARY
/"
NC
14.93
B6
Blum, Andr
L' estampe satirique en
France pendant les querres de
religion
nij