0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
236 vues17 pages

Le Nombre d'Or en Mathématiques

Transféré par

sawssen24f
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
236 vues17 pages

Le Nombre d'Or en Mathématiques

Transféré par

sawssen24f
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE
Pierre de la Harpe
1er novembre 2008
ABSTRACT. This is a popularization essay of mathematics, in French, about the number
known as the golden ratio: 1.61803 . Several denitions of this number are shown to
be equivalent. The golden ratio is then shown to be relevant to some elementary geometric
problems (proportions in a regular pentagon), and also to arithmetic considerations of both
elementary and more advanced nature (diophantine approximation, Hilberts 10th problem).
The mathematical background expected from the reader varies a lot from place to place.
R

ESUM

E. Texte de vulgarisation mathematique `a propos du nombre dor 1.61803 .


On y montre dabord lequivalence de plusieurs denitions de ce nombre. Puis on decrit le
role du nombre dor dans divers probl`emes geometriques (proportions dans un pentagone
regulier), ainsi que dans diverses considerations arithmetiques elementaires et plus avancees
(approximation diophantienne, 10`eme probl`eme de Hilbert).
Les prerequis mathematiques sousentendus varient considerablement de place en place.
Chic
Jai
Compris
Lessentiel
Et cest pour demain
Si le diable est dans les details
1
Un choix de denitions
En mathematiques, le nombre dor peut etre deni de plusieurs mani`eres, dierentes,
mais toutes equivalentes au sens o` u elles denissent le meme nombre. Le choix des
denitions qui suivent, ainsi que leur ordre, rel`eve donc dune bonne dose darbitraire.
Denition 1. Le nombre dor est le nombre
=

5 + 1
2
.
La notation choisie, la lettre grecque , prononcer , est lun des usages courants (un
autre est , prononcer `a michemin entre tau et tao). Certains auteurs arment que
le choix de honore le sculpteur grec Phidias, du V`eme si`ecle avant JesusChrist.
1
Un b est un po`eme de 6 vers comptant 20 syllabes, les 6 vers ayant dans lordre 1, 1, 2, 3, 5 et 8
syllabes. Wikipedia mentionne lexistence de bs en sanscrit remontant `a plus de 2000 ans. Pour un site
de bs, dus `a Marc Lebel, voir [Link]
2 PIERRE DE LA HARPE
Approximations decimales. Pour les emmards : de 4 < 5 < 9, on deduit dabord
2 <

5 < 3, et par suite 1, 5 < < 2. En poussant les calculs un peu plus loin, dabord
4, 84 < 5 < 5, 29 = 2, 2 <

5 < 2.3 = 1, 6 < < 1, 65 ,


puis
4, 9729 < 5 < 5, 0176 = 2, 23 <

5 < 2.24 = 1, 615 < < 1, 62 ,


etc., par exemple jusqu`a ce quon trouve (comme dans au moins une page de Wikipedia)
1, 6180339887 , ou encore un peu plus :
1, 61803398 87498948 48204586 83436563 81177203 09179805 76286213 54486227 .
Voir [Link] (par ex-
emple) pour les 10 000 premi`eres decimales de .
Cest une consequence de la proposition 2 (voir plus bas) quil nest pas possible decrire
une valeur exacte en notation decimale avec un nombre ni de chires.
Denition 2. Le nombre dor est la solution positive de lequation x
2
x 1 = 0.
Equivalence avec la denition 1. Lequation x
2
x1 = 0 a deux solutions qui sont
1+

5
2
et
1

5
2
, comme on le verie par exemple en ecrivant
_
x
1 +

5
2
__
x
1

5
2
_
=
_
x
1
2
_
2

5
2
_
2
=
_
x
2
x +
1
4
_

5
4
= x
2
x 1.
Par ailleurs, il est (presqu) evident que le nombre
1+

5
2
est positif et que le nombre
1

5
2
est negatif.
Remarques. Ainsi,
2
1 = 0 ; il est parfois avantageux decrire cela sous la forme
1

= 1.
Notons par ailleurs que

=
2

5 + 1
=
2(

5 1)
(

5 + 1)(

5 1)
=
2(

5 1)
4
=
1

5
2
,
cest`adire que lautre racine de lequation de la denition 2 est precisement

=
1

5
2
0.618 .
Denition 3. Le nombre dor est la proportion telle que, etant donne deux nombres
positifs L et tels que L > > 0, le rapport de L + `a L est egal au rapport de L `a .
Equivalence avec la denition 2. Si
L+
L
=
L

= , alors
+

= , donc
+1

= , ou
encore
+ 1 =
2
,
de sorte que est bien le nombre de la denition 2.
Reciproquement, soit le nombre de la denition 2. Choisissons arbitrairement un
nombre > 0 et posons L = . On verie facilement que
L+
L
=
L

= , de sorte que
est bien le nombre de la denition 3.
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 3
Faisons dabord de la geometrie ...
Proposition 1. Dans un pentagone regulier dont les cotes ont longueur 1, les diagonales
ont longueur .
Demonstration. Considerons un pentagone regulier de sommets P, Q, R, S, T, dont les cotes
ont longueur
long(PQ) = long(QR) = long(RS) = long(ST) = long(TP) = 1.
Les cinq diagonales ont aussi meme longueur, que nous notons :
long(PR) = long(QS) = long(RT) = long(SP) = long(TQ) = .
Il sagit de montrer que = .
INDISPENSABLE : dessiner une gure en lisant la suite !
Premi`erement, notons U lintersection des diagonales QS et RT. Les triangles UTQ et
URS ont leurs cotes parall`eles deux `a deux ; ils sont donc semblables, et on a
long(QU)
long(US)
=
long(QT)
long(RS)
= .
Deuxi`emement, le quadrilat`ere PQUT est un losange (cotes opposes parall`eles et de meme
longueur) ; par suite :
long(QU) = long(PT) = 1.
Il en resulte que
long(QS)
long(QU)
=
long(QS)
long(PT)
= =
long(QU)
long(US)
.
Vu la denition 3, on a bien = .
Cette proposition montre donc lequivalence des denitions precedentes avec la denition
suivante.
Denition 4. Le nombre dor est le rapport entre la longueur des diagonales et la longueur
des cotes dans un pentagone regulier.
Remarque. Le nombre dor apparat ainsi de mani`ere tr`es simple dans une gure, le
pentagone regulier, qui a exerce depuis la nuit des temps une tr`es grande fascination. La
decouverte du fait que ce nombre soit irrationnel (voir plus bas) fut un choc considerable
pour les geom`etres de la Gr`ece ancienne ; voir [OsWa].
Exercice. Si vous savez ce quest un cosinus, montrez que
2 cos

5
= .
[Indication : dans un pentagone regulier dont les cotes ont longueur 1, on trouve un triangle
rectangle dont lhypothenuse est de longueur 1 et un cote de langle droit de longueur /2.]
Remarque, pour les lecteurs qui savent manipuler lexponentielle dun nombre complexe.
Voici une autre mani`ere de demontrer la relation de lexercice precedent : si z = e
2i/5
4 PIERRE DE LA HARPE
et =
_
z +
1
z
_
= 2 cos(2/5), alors z
4
+ z
3
+ z
2
+ z + 1 = 0 et
2
+ 1 = 0, et par
suite cos(2/5) =

51
4
. On en deduit dabord que 2 cos
2
(/5) = 1 + cos(2/5) =
3+

5
4
,
et nalement que 2 cos(/5) =
_
3+

5
2
=
1+

5
2
= .
Voici une traduction trigonometrique des quatre lignes qui prec`edent, sans nombre com-
plexe.
Choisissons lorigine du plan au centre du pentagone, et notons ses sommets dans lordre
cyclique : z
0
, z
1
, z
2
, z
3
, z
4
. Montrons dabord que la somme S = z
0
+ z
1
+ z
2
+ z
3
+ z
4
de
ces quatre vecteurs est nulle.
En eet, la moitie de la somme de deux sommets consecutifs est le milieu du cote qui les
joint, par exemple
1
2
(z
0
+ z
1
) = z
3
, o` u designe la distance entre lorigine et le milieu
dun cote. Par suite
S =
1
2
(z
0
+z
1
) +
1
2
(z
1
+z
2
) +
1
2
(z
2
+z
3
) +
1
2
(z
3
+z
4
) +
1
2
(z
4
+z
0
)
= z
3
z
4
z
0
z
1
z
1
= S,
ce qui implique S = 0.
Les coordonnees des sommets secrivent
z
0
= (1, 0)
z
1
= (cos
2
5
, sin
2
5
) z
4
= (cos
2
5
, sin
2
5
)
z
2
= (cos
4
5
, sin
4
5
) z
3
= (cos
4
5
, sin
4
5
)
et S = 0 implique
() 1 + 2 cos
2
5
+ 2 cos
4
5
= 0.
Posons provioisrement x = 2 cos

5
. Alors 2 cos
2
5
= x
2
2 et 2 cos
4
5
= (x
2
2)
2
2 =
x
4
4x
2
+ 2, de sorte que la relation () secrit
1 +x
2
2 +x
4
4x
2
+ 2 = x
4
3x
2
+ 1 = 0.
A priori, on trouve les deux solutions x
2
=
1
2
(3

5). Or le signe ne convient pas, car

5
<

3
cos

5
> cos

3
= 1 2 cos

5
> 1 x
2
> 1. On trouve donc bien x
2
=
1
2
(3+

5),
et donc aussi x =
1
2
(1 +

5) = , comme promis.
Exercice. On consid`ere dans le plan un cercle centre en un point O, deux rayons OP et
OB perpendiculaires de ce cercle, le milieu D du rayon OB, la bissectrice de langle ODP
qui coupe le rayon OP en un point N, la perpendiculaire `a OP en N qui coupe le cercle
en un point Q, et le point symetrique T de Q par rapport `a la droite portant le rayon OP.
Montrer que
long(QT)
long(PQ)
= , cest`adire que P, Q et T sont trois des cinq sommets dun
pentagone regulier inscrit dans le cercle de depart.
(La construction est celle donnee `a la page 27 de [Cox69] ; cest une variante de la
construction dEuclide. Pour trouver la solution de lexercice, il faut bien s ur commencer
par faire un dessin !)
Remarque. Le nombre dor se retrouve naturellement dans plusieurs rapports de lon-
gueurs qui apparaissent dans un dodeca`edre regulier, ce poly`edre de lespace qui poss`ede
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 5
douze faces dont chacune est un pentagone regulier, et vingt sommets en chacun desquels
se rejoignent trois faces.
On retrouve ces memes rapports dans le poly`edre cousin qui est licosa`edre regulier ; il a
20 faces qui sont des triangles equilateraux et 12 sommets en chacun desquels se rejoignent
5 faces. Par exemple, les douze points de lespace de coordonnees cartesiennes
(0, , 1), (1, 0, ), (, 1, 0)
sont les sommets dun icosa`edre regulier.
Ces deux poly`edres, et les trois autres poly`edres reguliers (tetra`edre, cube, octa`edre)
fournissent la mati`ere du livre XIII (le dernier) des

Elements dEuclide.
Le nombre dor entre egalement dans la description des pavages de Penrose, ces fasci-
nants recouvrements du plan par des paves decouverts vers 1970. Dans lune des vari-
antes de ces pavages, chaque pave est un triangle isoc`ele dont les angles sont ou bien
/5, /5, 3/5, ou bien /5, 2/5, 2/5 (rappel : pour un angle, /5 = 36
o
). Lun des
interets de ces pavages, il en existe dinnombrables, est de ne posseder aucune symetrie de
translation.
Mais ceci est toute une histoire, autre et superbe, qui necessiterait `a elle seule tout une
note, et nous nous bornerons ici `a signaler un article de Martin Gardner [Gar77] ainsi
que quelques sites ou`ebes o` u en trouver davantage [Pen1, Pen2, Pen3].
... et ensuite de larithmetique
Rappelons quun nombre (ou nombre reel) x est dit rationnel sil existe deux entiers
a, b, avec b > 0, tels que x =
a
b
. Une telle ecriture est dite reduite si les entiers a et b sont
premiers entre eux, cest`adire sils nont pas dautre diviseur commun que 1. Ainsi, si
x = 1, 75, alors x =
7
4
est une ecriture reduite et les entiers 7, 4 sont premiers entre eux,
alors que x =
14
8
nest pas une ecriture reduite puisque 14 et 8 sont 2 comme diviseur
commun.
Il est facile de verier que, pour un nombre rationnel x donne, il existe exactement une
paire reduite a, b telle que x =
a
b
.
Un nombre reel est irrationnel sil nest pas rationnel. Par exemple, si est deni
2
comme le rapport entre le perim`etre et le diam`etre dun cercle,
3, 14159 26535 89793 23846 ,
on sait que est un nombre irrationnel ; la premi`ere demonstration de ce fait, due `a
Lambert, date de 1761. (On sait meme que est un nombre transcendant, ce qui fut
demontre par Lindemann en 1882, et ce qui apporte la reponse moderne `a une question
cel`ebre qui se posait depuis lantiquite grecque, `a savoir la quadrature du cercle, mais ceci
aussi est une autre histoire.) De meme on sait que le nombre
e = 1 +
1
2!
+
1
3!
+
1
4!
+
1
4!
+
1
5!
+
1
7!
+
1
8!
+ 2, 71828 18284 59045 23536
2
Il y a bien s ur dautres denitions possibles, par exemple est le rapport entre laire dun disque et
le carre de son rayon.
6 PIERRE DE LA HARPE
est irrationnel (Euler, 1737 [Eul37]), et meme transcendant (Hermite, 1873). Autant que
je sache, personne ne sait
3
montrer que + e est irrationnel (a fortiori transcendant). A
titre de curiosite, voisi neanmoins un resultat recent qui impressionne les specialistes : les
trois nombres , e

et (
1
4
) sont algebriquement independants sur Q (Nesterenko, 1997,
voir le chapitre 10 de [Rib00]).
Proposition 2. Le nombre est irrationnel.
Premi`ere demonstration. Pour le montrer, on suppose que est rationnel, =
a
b
avec a
et b premiers entre eux, et on va arriver `a une contradiction.
Posons c = 2a b ; on verie que c et b sont encore premiers entre eux. Si

5+1
2
=
a
b
,
alors

5 =
2ab
b
=
c
b
, cest`adire
(*) 5b
2
= c
2
.
Il en resulte que c
2
est divisible par 5. Par suite (attention, cest le pointcle de la
demonstration !), c est divisibie par 5 (de sorte que c
2
est en fait divisible par 25). Il
existe donc un entier f tel que c = 5f ; on peut reecrire (*) sous la forme 5b
2
= 25f
2
, de
sorte que
(**) b
2
= 5f
2
.
En repetant le meme raisonnement, on voit quil existe un entier g tel que b = 5g.
En comparant les egalites c = 5f, b = 5g avec lhypoth`ese impliquant que b et c nont
pas de diviseur commun, on voit bien quil y a une contradiction ; cest donc lhypoth`ese
de lexistence dune paire a, b avec =
a
b
qui est absurde.
Seconde demonstration, esquisse. Supposons que =
a
b
, avec a et b premiers entre eux.
Notons dabord que les entiers a et b satisfont a > b. En utilisant la denition 3, on obtient
aussi =
b
ab
, et il est facile de verier que les entiers b et a b sont egalement premiers
entre eux. Ceci est en contradiction avec le fait quun nombre rationnel (comme selon
lhypoth`ese faite au debut de cette demonstration) na quune ecriture reduite.
Remarque. Largument de la premi`ere demonstration montre egalement que les nombres

2,

3,

5,

6,

7,

8,

10,

11, . . .,

2008, . . . sont irrationnels.
[Il faut parfois un tout petit plus de reexion, par exemple pour

8.]
Les autres proprietes que nous voulons decrire sont plus diciles `a montrer, et nous
nous bornerons ici `a les enoncer.
Soit x un nombre reel irrationnel. Il est facile de se convaincre du fait que, pour tout
> 0, il existe une innite de paires (a, b) de nombres entiers premiers entre eux, paires
telles que

x
a
b

< .
Cest un peu plus dicile de montrer un enonce plus fort : il existe une innite de paires
(a, b) de nombres entiers premiers entre eux telles que

x
a
b

<
1
b
2
. En fait, on sait meme
montrer davantage.
3
Personne ne sait non plus montrer si, parmi les chires apparaissant comme decimales de (ou de
e), la proportion de 0 (ou de 1, ..., ou de 9) tend vers 10%. Il serait facile de multiplier des questions
de theorie des nombres qui sont tr`es simples `a formuler et dont personne ne connat la reponse ; il est
autrement dicile de formuler les bonnes questions.
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 7
Theor`eme 3 (Hurwitz). Pour tout nombre reel irrationnel x, il existe une innite de
paires (a, b) dentiers premiers entre eux telles que

x
a
b

<
1

5 b
2
.
Pour le theor`eme de Hurwitz, voir
4
par exemple, [HaWr79], chapitre XI, section 11.8.
Pour le theor`eme suivant, qui est une partie de resultats publies par A. Marko (ou Markov)
en 1879 et 1880, voir [Lev56, Theorem 9.10] et [Cas65 , Chapters I & II].
Theor`eme 4 (Marko). (i) La constante

5 est la meilleures possible dans linegalite
du theor`eme de Hurwitz. En dautres termes, larmation de ce theor`eme cesse detre
vraie si on y remplace

5 par une constante C >

5.
(ii) Soit x un nombre reel irrationel. Les deux proprietes suivantes sont equivalentes :
il est impossible de trouver une constante C >

5 et une innite de paires (a, b)


dentiers premiers entre eux telles que

x
a
b

<
1
C b
2
.
il existe des entiers p, q, r, s tels que ps qr = 1 ou ps qr = 1 et
() x =
p +q
r +s
.
(iii) Si x est irrationnel et nest pas de la forme (), alors il existe une innite de paires
(a, b) dentiers premiers entre eux telles que

x
a
b

<
1

8 b
2
.
De plus, pour certains nombres (par exemple x =

2), il nest pas possible de remplacer

8 par une constante plus grande.


On pourrait continuer :

5 et

8 sont les deux premiers termes dune suite innie

5,

8,

221/5,

1517/13,

7565/29,

2600/17,

71 285/89,

257 045/168,

84 680/97,

488 597/233, . . .
qui tend vers 3. Ce sont tous des nombres de la forme

9m
2
4/m, o` u m est un entier
strictement positif, et plus precisement ceux pour lesquels il existe deux entiers m
1
, m
2
tels que
m
2
+m
2
1
+m
2
2
= 3mm
1
m
2
.
Les premiers de ces nombres m sont
1, 2, 5, 13, 29, 34, 89, 169, 194, 233, . . .
4
??????? Voir aussi I. Niven, Irrational numbers, Carus Mathematical Monographs 11 (1967), Theorems
6.1 et 6.2.
8 PIERRE DE LA HARPE
Ces resultats sont dus `a A. Marko (articles de 1879 et 1880) ; le theor`eme de Hurwitz
enonce cidessus remonte `a un article posterieur [Hur91], mais dans lequel Hurwitz util-
isait un argument plus direct. Voir [CuFl89] pour une presentation avec demonstrations
des resultats de Marko, et en particulier [CuFl89, page 2] pour quelques remarques
historiques.
Les nombres de la forme
p+q
r+s
avec p, q, r, s entiers et |ps qr| = 1 sont parfois appeles
nombres nobles.
Cette theorie des approximations rationnelles des nombres irrationnels est intimement
liee `a la theorie des fractions continues, que nous nevoquerons que via le tr`es modeste
exercice suivant.
Exercice (fractions continues). La relation = 1 +
1

sugg`ere lecriture (innie !)


= 1 +
1
1 +
1
1 +
1
1 +
1
1 +
1
1 +
.
.
.
`a laquelle les mathematiciens savent donner un sens rigoureux.
Ecrire les fractions rationnelles
1 +
1
1 + 1
, 1 +
1
1 +
1
1 + 1
, 1 +
1
1 +
1
1 +
1
1 + 1
, . . .
sous forme reduite.
Remarque geometrique importante. Ces resultats de Marko ont beau pouvoir ap-
paratre comme le n du n de larithmetique, ils peuvent avec prot etre vus sous un aspect
resolument geometrique, en termes de geodesiques sur une surface munie dune metrique
riemannienne, surface homeomorphe `a un tore `a un trou ou `a une sph`ere `a quatre trous
[Ser85].
Le nombre dor et la suite de Fibonacci.
La suite de Fibonacci est la suite de nombres entiers F
0
, F
1
, F
2
, F
3
, . . . denie par
F
0
= 0, F
1
= 1, F
k+2
= F
k+1
+F
k
pour tout k 0.
Ses premiers termes sont donc
0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55,
89, 144, 233, 377, 610, 987, 1597, 2584, 4181, 6765,
10946, 17711, 28657, 46368, 75025, 121393, 196418, 317811, 514229, 832040,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 9
La terminologie se ref`ere `a Leonardo da Pisa (vers 11701250), aussi dit Fibonacci (car ls
de Guilielmo Bonacci). La suite qui porte son nom apparat dans son liber abaci (livre des
calculs), publie en 1202 ; cest ce livre qui a fait connatre en Occident les chires indiens,
dits aussi chires arabes, dun maniement considerablement plus simple que les chires
romains utilises auparavant. Il semble que les nombres de Fibonacci etaient connus de
certains savants indiens bien avant lepoque de Fibonacci.
Cest sans doute Kepler (15711630) qui a le premier explicitement note que le rapport
F
k+1
F
k
tend vers quand k tend vers linni, ou en dautres termes se rapproche de plus
en plus de quand k devient de plus en plus grand. Par exemple :
F
3
F
2
= 2,
F
4
F
3
= 1, 5,
F
5
F
4
= 1, 666,
F
6
F
5
= 1, 6, . . . ,
F
10
F
9
1, 6176,
F
11
F
10
1, 6182, . . .
Une mani`ere de le montrer est detablir dabord la formule de Binet, qui remonte `a Euler
[Eul65], et quon pourrait prendre pour une denition des nombres de Fibonacci :
() F
k
=
1

5
_

k
()
k
_
=
1

5
__
1 +

5
2
_
k

_
1

5
2
_
k
_
.
Il en resulte que
5
(*) lim
k
F
k+1
F
k
= .
Notons dabord que les approximations de par les quotients successifs de nombres de
Fibonacci sont alternativement par endessus et par endessous :
1 =
1
1
<
3
2
<
8
5
<
21
13
< . . . < < . . . <
13
8
<
5
3
<
2
1
<
1
0
=
(o` u il faut bien s ur prendre <
1
0
= avec le grain de sel qui convient).
Notons aussi que la relation (*) nest pas propre aux seuls nombres de Fibonacci, mais
sapplique `a toute une famille de suites numeriques apparentees. Plus precisement :
Proposition 5. Soient a, b deux nombres reels positifs, lun dentre eux au moins etant
strictement positif. On denit une suite de nombres positifs g
0
, g
1
, g
2
, g
3
, . . . par
g
0
= a, g
1
= b, g
k+2
= g
k+1
+g
k
pour tout k 0 ;
par exemple :
g
0
= a, g
1
= b, g
2
= a +b, g
3
= a + 2b, . . .
Alors
lim
k
g
k+1
g
k
= .
5
La ligne qui suit signie que le defaut dapproximation


F
k+1
F
k

est aussi petit que lon veut, pour


autant que lon choisisse pour k un entier assez grand.
10 PIERRE DE LA HARPE
Sur la demonstration, indication pour les lecteurs mathematiciens. On remarque dabord
que
_
F
k
F
k+1
_
=
_
0 1
1 1
__
F
k1
F
k
_
pour tout k 1
puis que la matrice M
_
0 1
1 1
_
poss`ede un axe propre traversant le premier quadrant
(x > 0, y > 0), qui est un axe propre de valeur propre donc un axe propre dilatant, et
un axe propre contractant disjoint de ce premier quadrant, qui est un axe propre de valeur
propre
1
donc un axe propre contractant. Ainsi, tout point du plan qui nest pas sur
laxe propre contractant, en particulier le point P de coordonnees (a, b), fournit une orbite
_
M
k
P
_
k1
dont les points se rapprochent dautant plus de laxe propre dilatant que k est
grand. Il reste `a observer que la pente de laxe propre dilatant est .
[La condition pour a et b detre positifs nest pas essentielle ; il sut de supposer que le
point (a, b) du plan nest pas sur laxe propre contractant de la matrice M, puis de preciser
quand la limite
g
k+1
g
k
tend vers et quand elle tend vers .]
Exemple. Les nombres de Lucas sont denis par L
0
= 2, L
1
= 1 et L
k+2
= L
k+1
+ L
k
pour k 0. On montre par recurrence que L
k
=
k
+ ()
k
pour tout k 0 et
L
k
= F
k+1
+F
k1
pour tout k 1.
Pour en lire un petit peu plus sur Fibonacci et tout ca, voir par exemple [GrKP89,
page 285 ssq.].
La proposition precedente montre quil existe de nombreuses suites (g
k
)
k0
dont les
quotients successifs
g
k+1
g
k
tendent vers , suites quon pourrait appeler suite bonaccodes
(la terminologie nest pas standard). Toutefois, il est possible de retrouver la suite de
Fibonacci proprement dite `a partir de , comme nous allons lexpliquer cidessous.
Notons A lalphabet {0, 1} de taille deux et A

lensemble des mots nis sur A, incluant


le mot vide, autrement dit le monode libre sur A. Le morphisme de Fibonacci est deni
par les r`egles de substitution
: 0 01 et 1 0
ainsi que par les r`egles (w
1
w
2
) = (w
1
)(w
2
) pour deux mots w
1
, w
2
A

.
Par ailleurs, soit (
n
)
n1
la suite de mots dans A

denie par
1
= 1,
2
= 0 et

n
=
n1

n2
pour tout n 3.
Proposition 6. Les notations etant comme cidessus,

n
(1) =
n+1
et
n
(0) =
n+2
et
|
n
| = F
n
pour tout n 0.
Demonstration, par recurrence sur n. (Elle est reprise de [AlSh03], Theorem 7.1.2.)
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 11
Les assertions sont de verication immediate pour n = 0 et n = 1 ; on suppose desormais
n 2, et la proposition demontree jusqu`a n 1. Alors

n
(1) =
n1
(0) =
n+1
et

n
(0) =
n1
(01) =
n1
(0)
n1
(1) =
n+1

n
=
n+2
,
do` u la proposition.
Le mot inni de Fibonacci est le mot inni

(0) = 010010100100101001010
dont les F
n
premi`eres lettres sont
n
pour tout n 1.
Corollaire 7. (i) La proportion des 0 dans

est
1
.
(ii) Le mot inni de Fibonacci nest invariant par aucun decalage.
Demonstration. Lassertion (i) est une consequence immediate de la proposition (on laisse
au lecteur le soin de denir le terme de proportion ...). Lassertion (ii) resulte du fait que,
sil existait un entier k 1 tel que x
n+k
= x
n
pour tout n 1, o` u x
n
designe la ni`eme
lettre du mot

= x
1
x
2
x
3
, alors la proportion de 0 dans

serait rationnelle.
Remarques. (1) Si on veut choisir une extension de

vers la gauche, cest`adire si on


cherche une suite (x
n
)
nZ
avec x
n
{0, 1} pour tout n Z et x
n
la ni`eme lettre de

pour tout n 0, une exigence naturelle est de demander que la suite obtenue soit encore
invariante par
2
(on ne peut pas avec ). Il y a alors deux solutions, obtenues en ecrivant
de droite `a gauche et `a gauche de

ou bien les chires de lim


n

2n
(0), ce qui donne
1001001010010

, ou bien ceux de lim


n

2n
(1), ce qui donne 0100101001001

.
(2) Le mot inni de Fibonacci

et les mots de la remarque cidessus sont des exemples


(parmi beaucoup dautres) de mot parfaitement ordonnes (leurs denitions tiennent en
peu de lignes) qui ne sont pas periodiques. En cristallographie mathematique, il existe de
meme des mod`eles ordonnes non periodiques de syst`emes de points dans lespace, dont les
cel`ebres pavages de Penrose, et leurs analogues en dimension trois. Ces mod`eles sont
dune etude relativement recente, au moins en comparaison avec les reseaux, ou orbites
dans E de sousgroupes de translations de R
3
, qui sont des sujets detude obliges en
cristallographie classique. Les arrangements ordonnes non periodiques sont des mod`eles
pour les quasicristaux, qui sont des formes particuli`eres dalliages metalliques dont la
decouverte experimentale date du debut des annees 1980.
Soit x un nombre reel ; supposonsle irrationnel et positif pour simplier la discussion.
Un nombre rationnel
a
b
(ecriture reduite) est dit une approximation optimale de x si

x
a
b

<

x
c
d

pour tout nombre rationnel


c
d
tel que 1 d b et
c
d
=
a
b
. Si on fait la liste de toutes
les approximations optimales de x, par ordre croissant des denominateurs, on obtient une
12 PIERRE DE LA HARPE
suite de nombres rationnels qui se rapprochent de plus en plus de x. Par exemple :
pour

2 on trouve 1,
3
2
,
7
5
,
17
12
,
41
29
,
99
70
,
239
169
,
577
408
,
pour

7 on trouve 3,
5
2
,
8
3
,
37
14
,
45
17
,
82
31
,
127
48
,
590
223
,
pour on trouve 3,
22
7
,
333
106
,
355
113
,
103993
33102
,
104348
33215
,
208341
66317
,
312689
99532
,
pour e on trouve 3,
8
3
,
11
4
,
19
7
,
87
32
,
106
39
,
193
71
,
1264
465
,
Les conventions concernant le premier terme de ces suites peuvent varier suivant le point de vue adopte
(ou meme les deux premiers termes si on permettait `a x detre rationnel, et alors aux suites approximantes
detre nies). Par exemple, le debut de la suite pour le nombre e est souvent 2, 3,
8
3
,
11
4
, . . .. De meme, la
suite de la proposition 4 commence avec
F
3
F
2
, et les quotients
F
2
F
1
,
F
1
F
0
ny jouent aucun role.
Voici donc la mani`ere, promise, de retrouver la suite de Fibonacci `a partir du :
Proposition 8. Pour le nombre dor =
1+

5
2
, la suite des approximations optimales
au sens precedent est la suite des quotients de nombres de Fibonacci successifs, suite dont
les premiers termes sont
2,
3
2
,
5
3
,
8
3
,
13
8
,
21
13
,
34
21
,
55
34
,
Remarque. On pourrait utiliser la proposition 4 pour donner encore une autre denition
des nombres de Fibonacci : F
0
= 0, F
1
= 1, F
2
= 1, et les nombres suivants denis `a
partir des approximations optimales successives de . Une telle denition serait peut
etre defendable du strict point de vue de la logique, mais on admet quelle serait bien
compliquee, voir tordue ...
Exercice. Montrer par recurrence sur k les identites suivantes :
F
2k+2
= 3F
2k
F
2k2
,

k
= F
k
+F
k1
,
F
k+1
et F
k
sont premiers entre eux.
[Attention : il faut bien distinguer la notion de nombre premier de la notion dentiers
premiers entre eux. Dans le cas present, il ny a pas beaucoup de nombres de Fibonacci
qui soient premiers ! Plus precisement, parmi les entiers k tels que 3 k < 1000, il y a
exactement 21 valeurs telles que F
k
soient un nombre premier : F
3
= 2, F
4
= 3, F
5
= 5,
F
7
= 13, F
11
= 89, F
17
= 1597, , F
569
, F
571
. Voir [Rib89], page 286.]
Exercice. Verier que
z
1 z z
2
=

n=0
F
n
z
n
,
formule qui sugg`ere encore une autre denition possible des nombres de Fibonacci. [Pour
une solution de cet exercice, voir si necessaire [GrKP89], formule (6.117).]
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 13
Exercice. Montrer que tout entier n 1 secrit de mani`ere unique sous la forme
n = F
k
1
+F
k
2
+ +F
k
r
avec k
1
k
2
+ 2, k
2
k
3
+ 2, . . . , k
r1
k
r
+ 2.
[Cest le theor`eme de Zeckendorf ; pour en lire un peu plus `a ce sujet, voir par exemple le
no 6.6 de [GrKP89].]
Exercice (suggere par le debut de [Kau04]). Il sagit de considerer des rectangles plans
qui sont reunions de carres particuliers, ou en dautres termes de puzzle dont toutes les
pi`eces sont carrees, de tailles distinctes deux `a deux (`a une exception pr`es, voir plus bas),
et quil sagit dassembler en un rectangle.
(i) Verier la relation
n

k=1
F
2
k
= F
k
F
k+1
.
En un premier temps, on pourra par exemple verier numeriquement quelques termes de
plus dans la suite degalites
1
2
+ 1
2
= 1 2
1
2
+ 1
2
+ 2
2
= 2 3
1
2
+ 1
2
+ 2
2
+ 3
2
= 3 5
1
2
+ 1
2
+ 2
2
+ 3
2
+ 5
2
= 5 8
etc.
(ii) Dessiner des puzzles, successivement :
deux carres de cote 1 formant un rectangle de cotes 1 et 2,
trois carres de cotes respectivement 1, 1, 2 formant un rectangle de cotes 2 et 3,
quatre carres de cotes respectivement 1, 1, 2, 3 formant un rectangle de cotes 3 et 5,
cinq carres de cotes respectivement 1, 1, 2, 3, 5 formant un rectangle de cotes 5 et 8,
etc.
Exercice (sur une relation notee par Lucas). Observer que les nombres de Fibonacci se
retrouvent comme sommes de nombres situes sur des droites parall`eles de pente convenable
passant par les points du triangle de Pascal :
1
1 1
1 2 1
1 3 3 1
1 4 6 4 1
1 5 10 10 5 1

Plus generalement (et plus techniquement) :
F
k+1
=
_
k
0
_
+
_
k 1
1
_
+
_
k 2
2
_
+ ;
14 PIERRE DE LA HARPE
par exemple :
F
6
= 8 = 1 + 4 + 3 =
_
5
0
_
+
_
4
1
_
+
_
3
2
_
.
Exercice, pour montrer que les nombres de Fibonacci se retrouvent ailleurs, inspire de
[SEIS]. Verier que
F
n+2
est le nombre de suites de zeros et de uns, de longueur n, sans paire de zeros
consecutifs (par exemple, F
5
= 5 puisque ces suites pour n = 3 sont 111, 110, 101,
011, 010) ;
F
n+2
est le nombre de sousensembles de {1, 2, . . . , n} qui ne contiennent pas
dentiers consecutifs (par exemple F
4
= 3 puisque ces sousensembles pour n = 2
sont , {1}, {2}) ;
F
n+1
est le nombre de pavages dun rectangle de cotes n et 2 par des dominos de
cotes 1 et 2.
[Pour en savoir davantage sur les pavages de rectangles par des dominos, voir [GrKP89],
en particulier les paragraphes 6.6 et 7.1. Nous ne resistons pas `a lenvie de recommander
egalement le paragraphe 7.3, o` u les auteurs calculent le nombre u
n
de pavages par dominos
dun rectangle de cotes n et 3 (nombre qui est nul si n est impair) ; pour tout n 1, le
nombre u
2n
est le plus petit entier superieur `a
(2+

3)
n
3

3
.]
Les editions successives dun livre de Vorobiev [Vor02] constituent une mine dexercices
varies et interessants sur les nombres de Fibonacci.
En ao ut 1900, au cours du Deuxi`eme Congr`es International des Mathematiciens de
Paris, David Hilbert enonca une liste de 23 probl`emes quil jugeait importants, et qui
ont eectivement inuence de mani`ere profonde les mathematiques du XX`eme si`ecle. Le
dixi`eme de ces probl`emes concerne les polynomes `a coecients entiers et leurs solutions en
nombres strictement positifs. Pour un tel polynome P Z[X
1
, . . . , X
n
], posons V
+
(P) =
{(a
1
, . . . , a
n
) Z
n
+
| P(a
1
, . . . , a
n
) = 0}, o` u Z
+
= {a Z | a 1}. Le dixi`eme probl`eme
demande sil existe un algorithme general qui, etant donne P comme cidessus, permet de
decider en un temps ni si lensemble des solutions V
+
(P) est vide ou non.
La reponse est negative, comme lont montre Martin Davis, Julia Robinson, Hilary
Putnam et Yuri Matiyasevich dans une serie de travaux dont le dernier (de Matiyasevich)
fut publie en 1970. Le point technique crucial du coup de grace fut de trouver une fonction
k f(k) qui soit `a la fois `a croissance exponentielle et diophantienne, cette seconde
exigence signiant quil existe un polynome P Z[A
1
, A
2
, X
1
, . . . , X
n
] en n + 2 variables
tel que, pour des entiers k et f, lequation en n variables P(k, f, X
1
, . . . , X
n
) = 0 poss`ede
une solution en entiers positifs si et seulement si f = f(k). Matiyasevich a montre que
la fonction k F
2k
(= (2k)i`eme nombre de Fibonacci) convient. Depuis, on a trouve
beaucoup dautres fonctions diophantiennes `a croissance exponentielle, dont la fonction
(k, ) k

. [Demonstration au theor`eme 3.3 de [Dav73]. Lun des ingredients principaux est une
analyse ne des solutions x, y Z
+
de lequation de Pell
x
2
dy
2
= 1 o` u d = a
2
1, a > 1,
solutions dont on montre que ce sont les paires x
n
, y
n
denies par x
n
+y
n

d = (a +

d)
n
, avec n Z
+
,
de sorte que ces solutions sont en particulier `a croissance exponentielle.]
Pour en apprendre davantage sur ce beau sujet, voir [Dav73], [Mat93] et [Mat00].
La richesse mathematique des nombres de Fibonacci est inepuisable, au moins pour
certains chercheurs. Ils apparaissent dans de nombreux livres de mathematiques plus ou
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 15
moins vulgarisees, par exemple dans [Rib00]. Il existe un journal expressement intitule
The Fibonacci Quarterly, publication ocielle de The Fibonacci Association, dont le no 45
date dao ut 2007 et compte `a peine moins de 400 pages.
Au del`a des mathematiques
Le nombre dor apparat traditionnellement en phyllotaxie, cette branche de la botanique
qui etudie lordre dans lequel sont implantees les feuilles le long de la tige dune plante, ou
lagencement des eurons et ecailles dans diverses eurs et fruits (pomme de pin, tournesol,
ananas, chouxeur, ...). Certains auteurs font remonter letude theorique de ces arrange-
ments `a un article de 1837 des fr`eres Bravais, lun etant physicien et lautre botaniste ;
voir par exemple : le chapitre XIV de [Tho42] (pages 912933), [AGH], [DoCo96] (et les
quelques pages dintroduction `a cet article, pages 135143 de [Ste95]), [JeBa98] et [Phy].
Un peu moins traditionnellement, on trouve aussi le nombre dor jouant un role dans
des travaux de physiciens concernant les quasicristaux (voir par exemple [Riv86]) ou ...
de cardiologues [GGM03].
Le nombre dor a egalement nourri les analyses, limagination et les fantasmes de divers
auteurs interesses par (lhisoitre de) lart, larchitecture, ou les proportions du corps humain
(statues et individus vivants). Il en est resulte une immense litterature foisonnante `a
profusion. Ce quon y trouve va de la remarque eclairante aux rumeurs aussi coriaces
que fantaisistes ; il semble par exemple que toute decouverte du nombre dor dans
les proportions du Parthenon necessite un aveuglement intellectuel, voire une tromperie
militante. Details, par exemple, dans [Del04].
Il y a une notion de nombre dor en astronomie, qui na rien `a voir avec la notion
discutee cidessus. Chaque annee poss`ede son nombre dor, qui est un entier entre 1 et 19,
et qui permet de situer les mois lunaires par rapport au calendrier usuel. Il se trouve quune
periode de 19 annees est en bonne approximation un nombre entier de mois lunaires, plus
precisement
(*) 19 annees = 235 mois lunaires = 6940 jours,
selon le calendrier du cylc metonique introduit `a Ath`enes en 432 avant J.-C. et connu en
Babylonie vers 490 avant J.-C. Le nombre dor de lannee 2008 est 14, et celui de 2009 sera
15. [Wik].
Mais il est bien s ur toujours dangereux de pretendre que deux choses nont rien `a
voir lune avec lautre, puisque la relation (*) apparat dans un article [Ser85] qui plaide
pour un point de vue geometrique sur lapproximation des nombres irrationnels par des
rationnels et les nombres de Marko

5,

8,

221/5,

1517/13,

7565/29,

2600/17, . . .
vus plus haut.
Je remercie JeanPaul Allouche de plusieurs references et remarques utiles.
Au moment de conclure (provisoirement ?) je decouvre [ArGS], qui contient (entre
autres) des developpements substanciels de plusieurs points abordes cidessus.
16 PIERRE DE LA HARPE
References
Certaines des references cidessous sont des textes de vulgarisation : [CoGu98], [Del04], [Gar77]
[Penx], [Phy], [Ste95] et [Wik]. Les autres references sont de niveau plus avance.
AGH. P. Atela, C. Gode et S. Hotton, A dynamical system for plant pattern formation: a rigorous
analysis, J. Nonlinear Sci. 12 (2002), 641676.
AlSh03. J.-P. Allouche et J. Shallit, Automatic sequences, Cambridge University Press.
ArGS. P. Arnoux, S. Giabicani et A. Siegel, Dynamique du nombre dor, en preparation.
Cas65. J.W.S. Cassels, Introduction to Diophantine approximation, Cambridge University Press, 1965.
CoGu98. J.H. Conway et R.K. Guy, Le livre des nombres, Eyrolles, 1998.
Cox69. H.S.M. Coxeter, Introduction to geometry, second edition, John Wiley, 1969 [chap. 11, pages
160172].
CuFl89. T.W. Cusick et M.E. Flahive, The Marko and Lagrange spectra, Mathematical Surveys and
Monographs 30, Amer. Math. Soc., 1989.
Dav73. M. Davis, Hilberts tenth problem is unsolvable, The American Mathematical Monthly 80:3
(March 1973), 233269.
Del04. J.-P. Delahaye, Les inattendus des mathematiques, Belin / Pour la Science, 2004.
DoCo96. R. Douady et Y. Couder, Phyllotaxis as a self organizing iterative process, Parts I & II, J.
Theor. Biol. 178 (1996), 255294.
Eul37. L. Euler, De fractionibus continuis dissertatio, Commentarii academiae scientiarum Petropoli-
tanae 9 (1737), 98137 [Opera omnia, series 1, volume 14, pages 187215].
Eul65. L. Euler, Observationes analyticae, Novi commentarii academiae scientiarum Petropolitanae
11 (1765), 124143 [Opera omnia, series 1, volume 15, pages 5069].
Gar77. M. Gardner, Extraordinary nonperiodic tiling that enriches the theory of tiles, Scientic Amer-
ican (December 1977), 110121 [Reimpression sous le titre Penrose tiles, in The colossal book
of mathematics, classic puzzles, paradoxes, and problems, W.W. Norton & Company (2001)
pages 7393.].
GGM03. C.M. Gibson, W.J. Gibson, S.A. Murphy et autre auteurs, Association of the Fibonacci cas-
cade with the distribution of coronary artery lesions responsible for ST-segement elevation
myocardial infarction, The American Journal of Cardiology 92 (September 1, 2003), 595597.
GrKP89. R.L. Graham, D.E. Knuth et O. Patashnik, Concrete mathematics, AddisonWesley, 1989.
HaWr79. G.H. Hardy et E.M. Wright, An introduction to the theory of numbers, Fifth Edition, Oxford,
Clarendon Press, 1979.
Hur91. A. Hurwitz,

Uber die angenaherte Darstellung der Irrationalzahlen durch rationale Br uche
(1991), Mathematische Werke, Band II, Birkhauser, 1963, pages 122128.
JeBa98. R.V. Jean et D. Barabe (editeurs), Symmetry in plants, World Scientic, 1998.
Kau04. L. Kauman, Fibonacci form and beyond, Forma 19:4 (2004), 315334. Voir aussi
arXiv:math/0405048v1 [math. HO].
Lev56. W.J. LeVeque, Topics in number theory, Volume I, AddisonWesley, 1956.
Mat93. Yu. Matiyasevich, Hilberts tenth problem, The MIT Press, 1993.
Mat00. Yu. Matiyasevich, Hilberts tenth problem: What was done and what is to be done, in Hilberts
tenth problem: Relations with arithmetic and algebraic geometry, Ghent University, 1999,
Contemporary Mathematics 270 (2000), 147.
Niv47. I. Niven, A simple proof that is irrational, Bull. Amer. Math. Soc. 53 (1947), 509.
OsWa. A. Ostermann et G. Wanner, Geometry by its history, Springer, `a paratre.
Pen1. Pavage de Penrose, [Link] de [Link].
Pen2. Penrose tilings, [Link]
Pen3. E. Hwang, Penrose tilings and quasicrystals, [Link] [Link].
Phy. Phyllotaxis, [Link] phyllo/.
Rib89. P. Ribenboim, The book of prime number records, Second Edition, Springer, 1989.
Rib00. P. Ribenboim, My numbers, my friends, popular lectures on number theory, Springer, 2000.
Riv86. N. Rivier, A botanical quasicrystal, Journal de Physique, Colloque C3, supplement au no 7 47
(juillet 1986), C3-299C3-309.
SEIS. N.J.A. Sloane, The OnLine Encyclopedia of Integer Sequences, published electronically, see
[Link]/~njas/sequences/.
Ser85. C. Series, The geometry of Marko numbers, The Mathematical Intelligencer 7:3 (1985), 20
29.
LE NOMBRE DOR EN MATH

EMATIQUE 17
Ste95. I. Stewart, Natures numbers, the unreal reality of mathematics, BasicBooks, 1995.
Tho42. DArcy W. Thompson, Growth and form, Second Edition reprinted, Cambridge University
Press, 1942.
Vor02. N. Vorobiev, Fibonacci numbers, Birkha user, 2002 [voir aussi, par exemple, la seconde partie
de Caract`eres de divisibilite. Suite de Fibonacci, Traduction francaise, Editions Mir (1973)].
Wik. Wikipedia, Nombre dor (astronomie).
Pierre de la Harpe, Section de Mathematiques, Universite de Gen`eve, C.P. 64,
CH1211 Gen`eve 4. Mel : [Link]@[Link]

Vous aimerez peut-être aussi