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DOSSIER

Grammaire et orthographe

Les mandres cachs de la langue franaise


Dimensions culturelles dans lapprentissage de la conjugaison et de la grammaire
Si lon veut comprendre les difficults que rencontrent les non francophones avec la concordance des temps, la conjugaison des verbes tre et avoir, le maniement des pronoms personnels, les accords en genre et en nombre, il faut pouvoir se dcentrer dun certain nombre dvidences qui nous collent la peau. Cest ce quoi sattache Dany Crutzen qui analyse un certain nombre de difficults de la conjugaison et de la grammaire franaise pour les personnes dont le franais nest pas la langue maternelle. En lien avec cette analyse, elle propose quelques pistes pour travailler les difficults grammaticales en franais langue trangre (FLE).1
La dimension linguistique nest pas neutre dans lenseignement du franais langue trangre et/ou seconde. Elle sinscrit dans un contexte, dans une culture, dans une histoire. Elle sinscrit par consquent dans une hirarchie de valeurs, dans des croyances et dans des manires de faire conditionnes par les structures profondes dun inconscient collectif largement ignor. Ainsi peut-on dire avec Y. Johannot 2 que rien nest neutre dans la faon dont on transmet une connaissance : ni le choix de cette connaissance, ni la place qui lui est attribue par rapport lensemble du savoir, ni la valeur symbolique qui lui est reconnue par la culture lgitime. Il est par exemple fondamental de percevoir que le temps nest pas une constante universelle, mais bien une construction culturelle et un langage en soi. Ce que lanthropologue
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E.T. Hall 3 appelle la danse de la vie met en vidence que chaque culture a sa propre chorgraphie, un ensemble de rythmes et de cadences qui rpondent en stro aux manires dexprimer le temps dans la langue. Lapprentissage culturel de cette base de rythmes primordiale se fait dans la toute petite enfance : lenfant synchronise ses mouvements avec la voix de sa mre et de ses proches dabord, puis progressivement entre dans la chorgraphie de son groupe dappartenance. Lorsquil va lcole, il est format pour apprendre fonctionner dans son systme culturel. En particulier dans nos coles, nous apprenons appliquer des procdures, tre lheure, ragir des sonneries mais aussi articuler une ligne du temps au cur de toutes nos expressions linguistiques.

Rien nest neutre dans la faon dont on transmet une connaissance : ni le choix de cette connaissance, ni la place qui lui est attribue par rapport lensemble du savoir, ni

C. Mesmin 4 rappelle que chaque enfant est accueilli et berc dans la langue de sa mre. Par sa structure propre, celle-ci construit un systme logique que les mots transformeront au fil des apprentissages en vritable sens philosophique propre chaque langue. Lorsque nous demeurons unilingues et monoculturels, nous chappons trs difficilement ce formatage : nous sommes contraints par la chorgraphie de notre langue, par ses rgles grammaticales, par lordre des mots, par sa manire darticuler les lments linguistiques et les ides.

par la langue franaise. Beaucoup de langues sintressent plus la qualit de linformation qu son ancrage sur une ligne du temps. Le turc pratique le duratif, laoriste (pour exprimer une gnralit), lintentionnel, lou-dire Larabe pratique laccompli (sr) et linaccompli (pas sr). En kinyarwanda, il y a un concept qui englobe hier et demain (cest--dire pas aujourdhui). Aucune de ces langues ne pratique videmment la concordance des temps. Il est donc utile damener les non francophones entrer dans la conjugaison des temps du pass par la qualit de linformation : celui qui crit choisit de placer le verbe dans laction unique (pass compos) ou dans le dcor rptitif ou qui dure (imparfait). On retrouve aussi une importante nuance exprime par le pass compos mettre en parallle avec la langue anglaise par exemple : il y a dix ans que ma femme ma quitt implique que lvnement a encore aujourdhui un impact sur celui qui parle (contrairement au pass simple). La structuration entre temps simples et temps composs est donc un lment de comprhension : le temps compos du prsent entretient un
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Le temps pass, le temps qui passe: pass compos et imparfait


Notre culture dominante considre comme universel le temps linaire, orient vers le progrs. Cette conception se heurte dautres chorgraphies rythmes par un temps circulaire, un temps en spirale, une aspiration retourner lorigine, ou parfois une absence totale de sens donn un temps grammatical. La plupart des langues ignorent la concordance des temps telle quelle est pratique

Photo : Francine DHULST

2008

lien avec lui. Enfin, il nest pas anodin de noter que le franais a remplac un temps simple (le pass simple en voie de disparition) par un temps compos (le pass compos), qui exprime par la force des choses les identits de lun et de lautre Ce nest pas pour rien que les non francophones se mlent les pinceaux entre pass compos et imparfait. Ce nest pas pour rien non plus quils ont du mal conjuguer les verbes au pass compos, sachant que de nombreuses langues ne connaissent pas la catgorie grammaticale de linfinitif et ne manipulent quun seul auxiliaire. Enfin, ce nest pas pour rien que des locuteurs venant de langues qui ne pratiquent aucune concordance des temps prouvent des difficults entrer dans la gymnastique de la syntaxe franaise. Quelques pistes 1. Le pass compos Cest le temps le plus utilis. Je propose de commencer par l et de constituer un corpus partir des rponses des apprenants une question comme par exemple : Quavezvous fait ce weekend ? Je suis Jai

Le formateur fait ensuite remarquer que toutes ces phrases racontent quelque chose qui est termin. Au bout dun temps, on reprend le stock et on sinterroge sur le pourquoi des deux colonnes. Hypothse : verbes de mouvement avec tre (+ verbes pronominaux). On met lhypothse lpreuve de nouveaux exercices et on rpertorie les cas qui y chappent (exemple : danser est un verbe de mouvement). Mais ce qui est mouvement dans une culture ne lest pas forcment dans lautre. Il est ds lors utile de recourir un moyen mnmotechnique : les verbes de la montagne, qui symbolisent la vie, se conjuguent avec tre. On continue ensuite lister des exemples au tableau : Qui sest lev le plus tt ce matin ? , Qui a reu une lettre dernirement ? , On observe les points communs. On lit, on note les prnoms au tableau, on retrouve qui a fait quoi Quand on arrive des hypothses/constats du genre pass, termin, moment prcis = temps point (un temps pour lequel on peut joindre le geste la parole, la faon dun CLAP de cinma), on est prt pour introduire le contraste avec limparfait.

Les verbes de la montagne se conjuguent avec tre

rester demeurer arriver venir entrer monter* naitre


* Uniquement quand ils ne ne sont pas transitifs. 54 > Journal de lalpha n176

partir sortir* descendre* tomber mourir

2. Djeuner du matin de Prvert Djeuner du matin Il a mis le caf Dans la tasse Il a mis le lait Dans la tasse de caf Il a mis le sucre Dans le caf au lait Avec la petite cuiller Il a tourn Il a bu le caf au lait Et il a repos la tasse Sans me parler Il a allum Une cigarette Il a fait des ronds Avec la fume Il a mis les cendres Dans le cendrier Sans me parler Sans me regarder Il sest lev Il a mis Son chapeau sur sa tte Il a mis son manteau de pluie Parce quil pleuvait Et il est parti Sous la pluie Sans une parole Sans me regarder Et moi jai pris Ma tte dans ma main Et jai pleur. Le formateur dcoupe le texte en phrases : chaque lve en reoit une.

Chacun lit sa phrase. On les replace dans lordre. On observe : Tous les verbes sont en deux morceaux (verbes avoir + deux verbes tre, un de mouvement et un pronominal). Chacun mime sa phrase ou, par paires, on joue la scne. Quelquun raconte nouveau ce quil a vu. On observe parce quil pleuvait . Il pleuvait dj avant, il pleuvait pendant et aprs = temps ligne, qui dure (on mime avec la main quelque chose qui dure). 3. Pour une grammaire sentimentale , selon Marc Argaud 5 Objectif : Rendre plus attrayante la pratique dune rgle de grammaire en utilisant les sentiments. Dmarche : Dvelopper le thme de la lettre. Le message de Prvert peut servir de point de dpart, en raison de la rcurrence de la structure pronom relatif + participe qui saccorde. Le message La porte que quelquun a ouverte La porte que quelquun a referme La chaise o quelquun sest assis Le chat que quelquun a caress Le fruit que quelquun a mordu La lettre que quelquun a lue La chaise que quelquun a renverse La porte que quelquun a ouverte La route o quelquun court encore Le bois que quelquun traverse La rivire o quelquun se jette Lhpital o quelquun est mort.

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On se centre sur la phrase la lettre que quelquun a lue : quest-ce quon peut faire avec une lettre ? . On liste au tableau une srie dinfinitifs : on peut crire une lettre, perdre, poster, parfumer, cacher, jeter, lire, dchirer, attendre, signer, fermer, classer, recopier, taper, corriger, traduire, bruler, recommencer Le formateur demande ensuite de transformer en la lettre que jai crite, perdue . (On notera ici limportance de pratiquer au fminin pour faire merger laccord du participe.) Chacun fait sa liste par crit, puis on se corrige mutuellement (oralement et/ou par crit). Si ncessaire, on peut faire prciser le sens des verbes (placer les mots dans des phrases) ou faire mimer les termes qui ne sont pas compris par tous Le formateur propose enfin un travail dcriture, soit composer de petits pomes de 8 10 lignes en utilisant la mme structure : la lettre que jai crite, les lettres que jai crites, que tu as crites, ces lettres qui, quelles lettres ?, Les indications ne sont l que pour soutenir et favoriser lcriture : on pourra ensuite sen carter, puis suggrer de terminer le texte par une phrase un peu diffrente et lui donner un titre Ainsi, sur le thme des lettres attendues, reues, ranges ou dchires au pluriel ou au singulier, sinscrit et scrit un accord grammatical porteur de sentiments.

comme il y a ncessit je pars (ou nous partons) ou allez, on part Pour aider lapprenant apprhender ce quest linfinitif, on peut crer une dmarche qui permettra de le dfinir, par exemple, de la manire suivante : - Cest le titre du verbe. - On le reconnait parce quil vient aprs je dois . - Cest la forme quon trouve dans le dictionnaire. Quelques pistes 1. Trouver des phrases partir de lincipit Vivre, cest . 2. Demander rgulirement : cest quel verbe ? , comment sappelle ce verbe ? , quel est le nom de ce verbe ? . Aprs seulement, on dira que cest linfinitif. 3. Pratiquer les verbes oprateurs (qui obligent utiliser linfinitif) : je dois , je vais , etc. Ou les utiliser la forme interrogative : est-ce quon peut ? , 4. Pratiquer le futur proche et le pass rcent : je vais changer , nous venons darriver , 5. Transformer des infinitifs (par exemple : dans une recette, un mode demploi) en impratifs, en subjonctifs, partir de il faut que . Observer aussi des infinitifs et des impratifs dans les pubs et les journaux. A noter quon y trouve beaucoup de fautes du genre prsence dun s la 2e personne du singulier des verbes en er, par exemple.) En profiter pour pratiquer les verbes tre et avoir.

Linfinitif
En franais, linfinitif occupe une place importante dans la syntaxe. Dans beaucoup de langues, il est peu utilis ou nexiste tout simplement pas. Exemple : en arabe, pour il faut partir , on dira quelque chose
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tre et avoir
Le verbe tre est un des derniers ns dans les langues contemporaines. La plupart des langues ne lutilisent pas lorsquil coule de source. Le verbe avoir est encore plus rcent. Dans la plupart des langues africaines, avoir sexprime par tre avec . En arabe dialectal, le verbe tre est peu utilis : on dira toi gentil pour tu es gentil , par exemple. Le verbe avoir nexiste pas ; on utilise la prposition chez ou avec suivie dun pronom personnel ou dun nom : on dira avec moi cent francs pour jai cent francs , ou chez vous chien pour vous avez un chien . En turc, le verbe tre est trs complexe. En gnral, il est exprim par un suffixe qui varie selon le temps, le mode et la personne. Il nexiste quau prsent, deux temps du pass, ainsi qu deux formes se rappro-

chant du conditionnel (un temps exprimant lou-dire et un temps dit suppositif). Pour les autres formes, il existe un verbe quivalant au verbe devenir. Le verbe tre sert dunique auxiliaire. Lauxiliaire avoir nexiste pas. Il y a une expression quivalente, correspondant est existant pour moi ou il y a pour moi . Lapprenant dorigine turque aura ds lors tendance utiliser il y a ou remplacer avoir par tre. Pour la ngation, il y a aussi une expression spcifique. Peu de formateurs ont conscience du caractre non universel des formes verbales tre et avoir : elles sont enseignes techniquement comme une vidence, alors quelles reprsentent une construction complexe, sans quivalent dans beaucoup de langues dorigine. Le simple fait de les prsenter la forme infinitive pose problme : en arabe par exemple, linfinitif nexiste pas.

Les verbes tre et avoir reprsentent une construction complexe, sans quivalent dans beaucoup de langues dorigine.

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Quelques pistes 1. Chacun a une fiche sur laquelle il crit tous les adjectifs qui le caractrisent (variante : choisir des adjectifs qui commencent par la mme lettre que son prnom). On mlange les fiches, puis il faut reconnaitre la personne : Je mappelle X et je suis - Tu tappelles Y et tu es Il sappelle Z et il est . 2. Chacun se dfinit partir des questions qui suis-je ? et que suis-je ? . Exemple : Je suis Madame X et je suis une citoyenne du monde 3. Driller les usages de tre et avoir, dont les notions se confondent dans dautres langues. Pratiquer systmatiquement toutes les personnes, tous les temps, toutes les formes (affirmative, ngative, interrogative) en les plaant en contexte : Je suis X, je suis content, je suis lcole (identit, tat, localisation) ; Jai une voiture, jai froid, jai conscience que (possession, autre forme dtat = plus matriel, expression impliquant une exercisation pralable afin dacter le sens et lusage du verbe avoir). 4. Lister (en dessins, oralement, par crit) tout ce que les personnes ont dans leur sac, en pratiquant toutes les personnes de la conjugaison du verbe avoir. 5. Et pour ajouter une touche dhumour (trs culturel aussi), partir de la chanson Jai la rate qui se dilate6 et la transformer en il a , nous avons De manire gnrale, il vaut mieux : - viter dopposer demble tre et avoir, les pratiquer sparment ; - ne systmatiser la conjugaison des verbes
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tre et avoir quaprs les avoir pratiqus longuement, oralement et par crit ; - ne donner le titre du verbe quaprs avoir pratiqu linfinitif.

Pronoms personnels
En turc, la personne grammaticale du sujet est indique par un suffixe verbal qui ressemble aux dsinences des verbes quand ils sont conjugus (-ons, -ez). Le pronom personnel sujet nest employ quen cas dinsistance (du type moi, je ). On rencontrera donc souvent des confusions du type Madame, elle est fche . En outre, le pronom personnel peut tre utilis, par erreur, au masculin au lieu du fminin et vice versa, cause de la non distinction de genre en turc. Le pronom personnel complment nest pas nonc, surtout sil reprsente une chose. Lapprenant turc a tendance supprimer le pronom complment direct ou confondre complment direct (CD) et complment indirect (CI). Exemple : Madame lui a puni pour Madame la puni . De mme, lorsquil y a deux pronoms (CD et CI), il a tendance en supprimer un. Exemples : on ma dit pour on me la dit ; je lui donne pour je le lui donne En outre, en turc, le CI est toujours devant le CD. En arabe, les pronoms personnels sujets ne sexpriment pas en mme temps que le verbe. La transformation du verbe suffit. Les arabophones ont tendance croire soit que la forme verbale, par exemple pour le verbe voir, est il voit (il leur semble ds lors logique de la dire entirement derrire un nom sujet : Ahmed, il voit pas bien ), soit que la personne est exprime par le verbe lui-mme. En outre, le pronom personnel sujet suffit souvent exprimer la notion

dtre (voir supra : verbes tre et avoir) : on dira Moi content . Le systme des pronoms personnels complments et des adjectifs possessifs est trs simple en arabe. Une srie unique de pronoms, qui se trouvent toujours attachs un verbe ( je tai vu = chouftak = ai vu(toi) ) ou une prposition (pour toi = andak = pour(toi) ). Attachs un nom, ils correspondent plus ou moins notre systme dadjectifs possessifs ( ta maison = darak = maison( toi) ). Le cas de lui et de leur Premire difficult identifier : un pluriel oubli dans notre criture. Il ny a pas de raison que leur = eux ne porte pas la marque du pluriel. Dans la syntaxe, le pronom personnel CI prcde toujours le pronom CD, sauf avec lui et leur. Cest aberrant ! Toutes les autres langues romanes fonctionnent en CI-CD ! mais le lui Donc me le te le le leur nous le vous le = toujours CI-CD, sauf avec lui et leur. Quelques pistes 1. Faire prendre conscience de la ncessit demployer les pronoms sujets en franais. Pratiquer les pronoms loral, partir de la vie quotidienne : - Quelle langue est-ce que tu parles la maison ? - Tu as combien de frres et de surs ? Faire produire des questions de ce genre. 2. Mimer : - Je suis sourde, je nentends pas bien

(la main sur la poitrine = je ; puis en cornet loreille = nentends pas ) ; - jai mal la tte (avec la main sur le front) ; - etc. 3. Bien faire la distinction entre il et elle . Cest une difficult phontique pour beaucoup dallophones. De mme, exercer la diffrence entre ils ont et ils sont . 4. Les descriptions dimages impliquent facilement lusage des pronoms. 5. Pratiquer les pronoms personnels complments par le mime, en utilisant des images de magazines Donner des consignes du genre : Prends ton livre et donne-le ton voisin 6. Pratiquer des devinettes : Je peux la peler, la manger, la croquer, la donner mon frre. Quest-ce que cest ? ; Je le prends dans ma main, je le dballe, je le mets en bouche. Il a un gout sucr. Cest bon. Questce que cest ? , etc. 7. Faire pratiquer des dialogues. Quand il y a une erreur, lever la main en criant pronom . 8. Faire pratiquer des dialogues qui impliquent lusage du vous de politesse. Par exemple : entre le directeur et un lve, entre une personne ge et un enfant, 9. Dbat sur les pronoms sont-ils tes amis ? pour faire dcouvrir quoi servent les pronoms = fonction dconomie. 10. Partir de textes, darticles de journaux Demander dimaginer linterview des personnages dont il est question dans ces crits. 11. Photocopier une bande dessine sans parole ou en effacer le texte. Chacun choisit un personnage et doit sexprimer en je .
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Introduire lexercice par un petit texte qui lance la scne, puis faire crire les dialogues.

Notions basiques du mot et de la phrase


La notion de mot se forme loral ! Mais attention aux contaminations du genre : le nescargot , la thne , le petit lne , un lne , lavion dcole La notion de mot spar ou non dautres lments grammaticaux est nouveau trs relative (cfr. la langue turque qui agglutine des suffixes la fin des mots). Nanmoins, contrairement ce que pourraient laisser penser de nombreuses productions crites, la plupart des personnes ont intuitivement une certaine conscience de ce quest un mot = un objet autonome. Cette conscience doit cependant tre approfondie car elle nimplique pas que le sens, relativement facile capter : ami a un sens en soi, l nen a pas !

La chorgraphie dune langue passe essentiellement par sa syntaxe : quest ce quon va mettre avant-au milieu-aprs ? quest-ce quon va ou non relier quoi ? ; quest-ce qui obit quoi ? (quelle hirarchie ?) ; Le franais contemporain a t format par la pense logico-dductive du XVIIIe sicle : il accorde tout, en genre, en nombre, mais aussi sur la ligne du temps. Toutes les langues ont une notion smantique de genre (il y a des mles et des femelles), une conscience vidente du nombre (un nest pas plusieurs) et une perception dun temps quotidien plus ou moins linaire. Cela ne veut pas dire pour autant que ce sens prenne forcment une forme grammaticale : par exemple, le turc na aucune expression grammaticale du genre, ne fait aucun accord en genre ou en nombre, aucune concordance des temps. Comme le soulignait avec humour lethnolinguiste JeanLonce Doneux : Noublions jamais que la commode nest pas la femme du buffet ! .

Chaque langue est bien plus quune somme de mots. La chorgraphie dune langue passe essentiellement par sa syntaxe : quest-ce quon va mettre avant-au milieu-aprs ?, quest-ce quon va ou non relier quoi ?, quels sont les liens hirarchiques ?,

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Quelques pistes Pour aider les apprenants se reprer, voici quelques dfinitions fonctionnelles : - Mot = quelque chose dautonome dans la langue, cest--dire quelque chose qui peut suffire rpondre une question (sauf quelques mots non autonomes comme le, ce, et, que nous allons appeler les petits mots ou les serviteurs). - Verbe = devant lequel je peux mettre un je (sauf les verbes mtorologiques et il faut ). - Phrase = commence par une majuscule et se termine par un point ; cest celui qui crit qui dcide quand il commence son ide et quand il la termine ; il doit penser celui qui va le lire (va-t-il comprendre ou non son ide comme tant complte ?).

sait quel lment mettre avant lautre : la voiture de lami de ma sur est quivalent la voiture de la sur de mon ami . En turc, on dirait quelque chose comme ami(suffixe mon) sur(suffixe sa) voiture(suffixe delle) . On retiendra quen rgle gnrale, en turc, tout complment dterminatif se trouve avant le nom quil dtermine. Non seulement le verbe se retrouve systmatiquement en fin de phrase, mais on peut dire que le passage dune syntaxe lautre ressemble un vritable retournement de chaussette La personne doit tout penser lenvers, ou mieux, apprendre penser diffremment selon la langue quil utilise. En arabe dialectal, la proposition relative fonctionne avec une particule invariable : on utilise des propositions coordonnes par une particule, ce qui donne quelque chose comme tu connais lhomme (particule) je me promne avec lui pour tu connais lhomme avec lequel je me promne . La proposition subordonne est toujours introduite par une expression invariable suivie dun verbe conjugu. La proposition infinitive nexiste pas : elle est remplace par la coordination ou la juxtaposition de deux propositions ( il pensait lui part pour il pensait partir ). Linterrogation sexprime par une particule, sans inversion du sujet par rapport au verbe. Le complment dterminatif se marque par la simple juxtaposition de deux lments : chaise le directeur quivaut la chaise du directeur . Quelques pistes 1. Poser des questions en donnant la consigne de ne rpondre que par un seul mot. 2. Dessiner pour sparer/organiser les mots permet de donner voir ce que lon entend
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Lordre syntaxique
A lcole, lordre syntaxique est analys partir de la troisime primaire, mais nest pas enseign tel quel. Il est lexpression par excellence dune fausse vidence culturelle. Le turc est une langue agglutinante, cest-dire que son systme a pour fondement la suffixation : de nombreux liens syntaxiques sont donc exprims par des suffixes. En outre, la structure de base de la phrase est la suivante : sujet complment de temps complment de lieu objet indirect objet direct verbe. Le complment dterminatif se trouve avant le nom (complment dterminatif + nom avec un lment indiquant la possession). On dira de ma sur son manteau pour le manteau de ma sur , induisant en franais des erreurs du type le directeur de son fils pour le fils du directeur . Lorsquil y a double dtermination, llve ne

mal : illustrer lutilit de lordre syntaxique (dans un dessin, le loup mange lagneau est bien diffrent de lagneau mange le loup ). 3. Dcouper des phrases et les reconstituer. Se grouper pour former des phrases avec les mots quon a. La technique du dcouper/ coller, ventuellement avec des supportsimages, aide prendre conscience de la ralit linguistique du mot. 4. Jouer ce qui est crit : thtraliser, marquer le rythme, mimer. 5. Dcouper des histoires. A partir dimages ou de photos, dcrire, classer dans lordre, raconter lhistoire = travailler la coordination et la subordination. 6. Travailler les prpositions en manipulant des objets ou en donnant des consignes ( mettre le crayon au-dessus du livre ,). En utilisant un jeu de loto : par paires, les personnes ont une planche complter et sont spares par un cran ; chacun dtient les images dont lautre a besoin ; il faut demander limage dont on a besoin, en insistant sur les prpositions ( tu me donnes la fille avec une robe rouge ). En faisant des mimes (le formateur mime laction et la verbalise ; le formateur verbalise et lapprenant mime ; le formateur mime et lapprenant verbalise ; lapprenant mime et verbalise). En proposant un jeu de loie construit avec des images de magazines reprsentant des objets prsents dans des situations de la vie courante : lapprenant lance les ds, avance son pion, prend une image et verbalise. 7. De manire beaucoup plus basique encore, on peut conseiller aux classes dalphabtisation de scinder le local en deux couleurs bien distinctes et dafficher systmatique62 > Journal de lalpha n176

ment les mots masculins dun ct, les mots fminins de lautre. Lorsquon vient dun systme linguistique qui ne manie pas lexpression grammaticale du genre, il faut ancrer cette ncessit dune manire trs explicite.

Conclusion
Ce que E.T. Hall appelle la grammaire culturelle cache nest pas un simple manteau quon peut mettre ou enlever. Cest une structure profonde sorte de hardware dont le dcodage ncessite des efforts soutenus et une exploration parfois prilleuse. Cette exploration implique des conditions minimales de scurit identitaire : la dcentration ne se pratique pas en pleine crise existentielle ou en zone de guerre ! A charge donc pour les formateurs de crer les conditions dun sentiment de scurit suffisant pour aborder les ventuelles zones sensibles des cultures et des chorgraphies en prsence. Tout un programme ! Dany CRUTZEN Directrice du Centre MENA dAssesse
1. Pour des exercices plus systmatiques, lauteure renvoie des manuels de FLE, tels que : - M.L. CHALARON, R. ROESCH, La grammaire autrement, PUG/FLEM, 1987 ; - D. ABRY, M.L. CHALARON, La grammaire des premiers temps, PUG/FLEM, 1997 ; - G.D. de SALINS, S. DUPRE LATOUR, Premiers exercices de grammaire (Junior), Hatier/Didier, 1991 ; - P. JULIEN, Activits ludiques, CLE International, 1988 ; - M. GREGOIRE, G. MERLO, Grammaire progressive du franais. Exercices et activits complmentaires, CLE International, 1996 ; - M. GREGOIRE, Grammaire progressive du franais, CLE International, 1997. 2. Y. JOHANNOT, in C. BARRE-DE MINIAC, B. LETE, Lillettrisme. De la prvention chez lenfant

aux stratgies de formation chez ladulte, De Boeck, Pratiques Pdagogiques, 1997. 3. E.T. HALL, La dans de la vie. Temps culturel, temps vcu, Seuil, 1984. 4. C. MESMIN, M. BA, La mdiation interculturelle en langue, in Psychothrapie des enfants de migrants, Editions La Pense Sauvage, 1995.

5. Professeur lEcole Normale Suprieure de Saint-Cloud (CREDIF). 6. Gaston OUVRARD, Je ne suis pas bien portant. On peut trouver les paroles compltes par exemple la page : www.frmusique.ru/texts/o/ ouvrard_gaston/jenesuispasbienportant.htm

Autres articles et ouvrages de lauteure - Etat des savoirs concernant lducation et la scolarit des enfants issus de limmigration en Communaut franaise de Belgique, en collaboration avec S. LUCCHINI, in Immigration et intgration en Belgique francophone : Etat des savoirs, sous la direction de M. MARTINIELLO (ULg), A. REA (ULB), F. DASSETTO (UCL), Academia Bruylant, 2007 - Enseigner le franais aux lves non natifs : objectifs-obstacles pour intgrer les diversits culturelles et linguistiques, in De Babel la mondialisation : apport des sciences sociales la didactique des langues, J. ADEN (dir.), CNDP-CRDP de Bourgogne, Coll. Documents, actes et rapports pour lducation, 2005 - Comptences linguistiques et sociocognitives des enfants des migrants. Turcs et Maghrbins en Belgique, en collaboration avec A. MANO, LHarmattan, Coll. Comptences Interculturelles, Paris, 2003 (larticle Travailler larbitraire des signes dans une perspective dducation la diversit publi dans cet ouvrage est accessible en ligne : www.enseignement.be/download.php? do_id=4474&do_check) - Les comptences transversales. Un concept-cl pour lducation la diversit en Europe. Quelle ralit en Communaut franaise ?, in Education-Formation, juin 2003 (article accessible en ligne : www.irfam.org/assets/File/TELECHARGEMENT_COMPETENCES_ TRANSVERSALES.pdf) - Participation louvrage Didactique du franais langue maternelle, langue trangre et langue seconde : vers un nouveau partage ?, textes dits sous la direction de J.M. DEFAYS, B. DELCOMMMINETTE, J.L. DUMORTIER et V. LOUIS, Editions Modulaires Europennes, 2003 - Objectif Lecture ! Lire, dcouvrir, sexprimer en classe multiculturelle. Manuel de llve et guide pdagogique, De Boeck, 1998

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