Parmi les nombreux problmes juridiques que pose la biothique, ou plus simplement l'thique, l'avortement est certainement l'un
des plus anciens, des plus universels et o les approches, mme traditionnelles, connaissent de fortes divergences. Mais le dbat sur les rapports entre thique et droit, ancien parce que relevant mme de la philosophie du droit, a t renouvel depuis quelques annes avec les progrs scientifiques prodigieux raliss dans le domaine mdical et biologique (reproduction artificielle, gntique humaine, etc. ...). Ainsi, ce dbat intresse, entre autres, le domaine de la procration travers ses deux attributs essentiels que sont le droit ou la libert de procrer et le droit de refuser la procration dont la manifestation la plus vidente est l'avortement encore appel interruption de grossesse. Donc lavortement a toujours suscit des controverses passionnes, car il y va de convictions profondment ancres chez les uns et chez les autres, toutefois li aux croyances religieuses. De plus, le dbat est souvent confus, car il se droule simultanment deux niveaux: -Le statut de la vie prnatale humaine ses divers stades et la protection qui lui est due; -La place donne aux liberts individuelles, en particulier l'autonomie dcisionnelle des femmes confrontes une grossesse non dsire. Plusieurs grandes questions thiques apparaissent concernant la thme de l'avortement principalement du statut moral et juridique de l'embryon : tre humain ou non ? L'embryon acqurant ds la fcondation son patrimoine gntique, n'est-il pas un tre humain, qui aurait alors le droit la vie ? Cependant le fait qu'il soit dpendant de la femme qui le porte fait-il de lui une personne ? Ne peut-on pas dfinir un stade juridique propre l'embryon ? Dj quest-ce que lavortement ? Et pourquoi avorter ? L'avortement se dfinit comme l'interruption avant son terme du processus de gestation. La conception passe par la fcondation d'un ovule par un spermatozode, dune cellule uf, qui se poursuit par la croissance de l'embryon, puis du ftus, et qui s'achve normalement terme par la naissance d'un nouvel individu de l'espce. On peut rpertorier deux raisons principales lavortement : -les raisons mdicales : malformation, maladie gntique, risque pour la femme ou l'enfant -les raisons sociales et psychologiques : viol, solitude face la grossesse, problmes de couple, exclusion sociale en cas de grossesse, manque de ressources financires, ge Dans quelle mesure l'avortement est-il considr comme un meurtre ?
I-Lavortement : un problme thique Le dbat sur I'IVG a oppos et oppose encore deux familles de pense : dune part celle qui la refuse par respect du droit la vie, de valeurs morales ou religieuses et dintrts collectifs et dautre part celle qui l'accepte par respect de la libert individuelle de la femme, la dcision de prolonger ou d'interrompre une grossesse relevant de la vie prive de la mre.
Cependant l'embryon est-il un "homme" avec des droits comparables ceux d'une personne dj ne? Pour dfendre ce point de vue, les opposants l'avortement invoquent le plus souvent la prsence, ds la fcondation, de tout le patrimoine hrditaire.
Les principaux opposants lavortement sont depuis toujours et majoritairement les religions. La plupart d'entre elles ne sont pas tolrantes ce sujet et le condamne. La religion la plus pratiqu en France, par exemple condamne l'avortement, les papes les uns aprs les autres ont toujours jug lavortement comme un meurtre commis dans la plus grande illgalit religieuse et morale. Quant lui l'islam se base sur ses textes sacrs en effet, le prophte Mahomet dit que lme est insuffl ds le 100me jour et pass ce dlai, lavortement est donc interdit dans tous les pays musulmans. Malgr cela lavortement reste mal vu et les mdecins peuvent refuser de le pratiquer. Par ailleurs, le seul courant religieux qui autorise lavortement est le protestantisme en effet il se dmarque par son ouverture desprit et sexprime sur le sujet en disant : dans certains cas, il y a plus de courage et damour prendre la responsabilit dun avortement qu laisser venir au monde des vies menaces
Lavortement est considr comme un droit et il est essentiel car il permet une femme de disposer pleinement de son corps et ainsi den faire ce qui lui plat. Contre celui-ci on pourrait dire que lenfant a lui aussi le droit de vivre, bien que ce droit ne soit pas lgalement reconnu. On peut de mme dire que puisque lembryon est un humain il est normal quil devienne illgal dattenter sa vie.
Cest donc ainsi que lon peut se demander quel moment le ftus devient humain. Les avis divergent et ainsi certains le considrent vivant ds le stade de la cellule uf ou lors seulement de la naissance.
Allant lencontre de la bio tique, lavortement est lhistoire dun grand combat fministe. Du plus riche au plus pauvre, lavortement npargne aucune catgorie sociale. Quelques femmes, au Maroc, avortent par choix ou pour des raisons conomiques, alors quelles nont ni t violes ni subi de pressions sociales. Lune dentre elle, prcise : Javais des projets plus importants dans ma vie que dlever un enfant n dune relation dans laquelle je prenais uniquement du plaisir Ds 1975, la question du statut de lembryon humain a t dbattue (loi veil) en terme de droit la vie. Un peu plus tard, ce sera en terme de responsabilit collective propos de la protection de lembryon conu en prouvette, mis au conglateur et utilis pour la recherche. Aujourdhui encore le statut du foetus nest pas claire et la question L embryon est-il un tre humain part entire? se pose encore... Lavis des uns et des autres peut se rsumerait ainsi: - Lembryon est un simple amas de cellules, il nest donc pas une personne - Lembryon est une personne ds sa conception - Lembryon deviendra un tre humain un moment quil est impossible de discerner ( Lhomme est un tre en devenir) - Lembryon est une personne ds quil est indivisible (aprs le 14me jour) ou ds lors quil a une conscience (Mais quel moment a-t-on conscience de soi?) Un argument beaucoup dvelopp par les dfenseurs de l'avortement est la souffrance que reprsente une grossesse non dsire. Une jeune fille qui fait des tudes et qui se retrouve malheureusement enceinte alors qu'elle dpend encore de ses parents doit-elle sacrifier sa vie et son avenir pour garder un enfant qu'elle n'a pas dsir? La situation peut tre encore plus difficile lorsque la famille renie leur enfant et le mette la rue, sans mme parler des hommes qui abandonnent leur compagne lorsqu'ils apprennent que celle-ci est enceinte. On peut galement se demander quels sentiments peut dvelopper une mre l'gard d'un enfant qui aurait "gch" sa vie
Mais l'avortement n'est-il qu'un geste goste qui conduirait la femme avorter par pure convenance personnelle? L'avortement n'est il qu'un refus de la souffrance ou traduit-il l'attention porte aux conditions d'accueil de l'enfant? En effet, la souffrance concerne galement l'enfant non voulu qui peut tre lev par une mre trs jeune, seule ou dans des conditions difficiles. Gcher deux vies (et peut-tre plus) pour en sauver une qui n'a que partiellement dbute, ne parat pas moralement meilleur que l'avortement
Mais peut on rellement parler de vies gches? Si on demande un enfant de 10 ans qui a t lev dans des conditions difficiles si il aurait prfr tre avort ou non, aussi bizarre que cela puisse paratre, on peut aisment supposer qu'il prfre vivre dans des conditions qui ne sont pas forcment idales plutt que de ne pas tre. La vie est une valeur de base de l'thique, on ne peux pas considrer qu'il y ai des vies qui valent la peine d'tre vcues et d'autres non, on ne peut juger par avance la vie de quelqu'un. Les 23% de la population mondiale vivant avec moins de un dollar par jour doit elle se suicider car vivant dans l'extrme pauvret? Il est vident que tous les hommes ne naissent et ne demeurent pas libres et gaux en droits et que certaines vies sont plus difficiles que d'autres mais on ne peut pas dire que certaines vies ne mritent pas d'tre vcues, personne n'a le droit de mort sur quelqu'un, on a seulement le droit de vie. Les dfenseurs de l'avortement se basent sur un idal de ce que devrait tre la vie humaine, une vie o il n'y aurait pas de souffrance. Cet idal est purement utopique, tout le monde souffre. Faut-il donc rpondre la souffrance de la mre et la souffrance du futur enfant par la mort de l'embryon? La vie d'un enfant ne dpend pas de la souffrance qu'il cause aux autres ou non. On ne supprime pas (l'ventuelle) souffrance d'une personne en supprimant (l'ventuelle) personne. Cela revient dire que pour supprimer la pauvret, il faut supprimer les pauvres
Prenons l'exemple d'un futur enfant dont l'existence n'est pas dsire et qui va natre dans un milieu difficile avec des parents toxicomanes, alcooliques, violents, etc.. Doit on autoriser cet embryon se dvelopper et vivre cette vie qui s'annonce difficile? L'avortement n'est pas une dcision facile, tout le monde le reconnat. On dit que c'est la solution "la moins pire" mais par rapport quoi? Rponse : par rapport la vie. La mort serait donc "moins pire" que la vie? Comme nous l'avons prcdemment vu, cela est impossible. Mais que doit alors faire cette mre? L'adoption est une rponse. Mais la mre accepterait-elle de
porter en son sein un enfant pendant 9 mois pour l'abandonner juste aprs la naissance? Nanmoins, cela parat plus moral et plus supportable pour la mre que de supprimer la vie de l'enfant, un enfant adopt toutes les chances d'tre heureux. Le mieux serait que les mres puissent lever leur enfant malgr tout. Le problme est que les structures permettant d'assurer aux jeunes mres d'lever correctement leurs enfants sans pour autant devoir forcment tirer un trait sur leur avenir manquent. Il faut cependant rappeler que des associations existent.
II- Juridique
Sur le plan lgal, la problmatique est diffrente. Le lgal n'est pas le moral, mme s'il y a un lien entre les deux. On peut juger qu'une action est immorale sans vouloir qu'elle soit criminalise. L'apprciation morale relve de la philosophie ou de la religion. La loi doit tenir compte du pluralisme thique et des consquences sociales. Mais, sans imposer une morale particulire, le lgislateur doit aussi tre attentif l'effet ducatif de la loi, l'impact sur les mentalits. Les droits de lHomme, juridiquement parlant, commencent la naissance; Les hommes naissent libres et gaux selon la dclaration des droits de lhomme et du citoyen. Mais quand est-il avant la naissance? Les juristes font bien la distinction entre une chose et une personne; La personne est sujet de droit et la chose en est lobjet. Doit-on considrer lembryon comme une chose? Ainsi, en 1986, le Conseil de lEurope, dans la rsolution 1046, disait que "lembryon et le foetus doivent bnficier en toutes circonstances du respect de la dignit humaine". Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dans son article 6, reconnat que "le droit la vie est inhrent la personne humaine, ce droit doit tre protg par la loi ; nul ne peut tre arbitrairement priv de la vie", tandis que la Convention amricaine relative aux droits de lhomme reconnat que "le droit la vie doit tre protg par la loi partir de la conception". La Convention europenne de sauvegarde des droits de lhomme tient le mme langage. Pour le droit international, le droit la vie est reconnu et garanti lenfant ds avant la naissance. Au Maroc, seul est autoris lavortement dit thrapeutique , au nom de la sant de la mre. Le Code pnal prvoit jusqu 2 ans de prison pour une femme qui se fait avorter, de 1 5 ans pour quiconque pratique un avortement sur autrui, de 10 20 ans sil y a dcs de la patiente et jusqu 30 sil y a rcidive.
En effet, prs de 600 800 avortements quotidiens sont illgaux. Plus tonnant encore, ces pratiques clandestines sont devenues aujourdhui un march trs lucratif, qui, selon lOrganisation Mondiale de la Sant (OMS) serait la cause de 13% de la mortalit maternelle. Un mdecin pratiquant illgalement cet avortement rapporte en moyenne entre 1500 jusqu 6000DHS, entre autres en fonction du lieu o ce dernier se pratique (clinique ou cabinet, ou autres). Parfois mme, les conditions davortement sont barbares comme des pics brls enfoncs dans lutrus. Dautres femmes encore, prfrent ingurgiter des herbes sous conseils de charlatans Si autant de femmes ont recours ces mthodes peu banales, cest quune majorit dentre elles est consciente du rejet et lexclusion laquelle les mres clibataires sont condamnes. On ne peut pas nier que le dvoilement de cette inconduite est plus grave que l'inconduite elle-mme. Cest pourquoi, la ministre du dveloppement social et de la famille, Nouzha Skalli , a demand une attnuation voir la lgalisation de lavortement dans des cas extrmes. De mme, l'Association Marocaine de la Lutte contre l'Avortement Clandestin (AMLAC) lutte chaque jour pour faire baisser ces chiffres alarmants et appelle un encadrement lgal de ces futures mres. Lavortement a exist, existe et existera toujours.Encore une fois, la loi est conduite par la position de lIslam, ce qui savre tre une justification pour le Code Pnal. Cependant, loi ou pas, cest lhypocrisie sociale elle-mme qui est au cur de ces problmes. Malgr une idologie conservatrice dans les pays musulmans, nous sommes la prsence de quelques pays musulmans qui ont innov La Tunisie est la pionnire de la lgalisation de lIVG en terre dislam, quelle autorise depuis 1973..
"Un foetus nest ni une chose, ni un tissu - il ne peut nanmoins pas tre assimil une personne humaine qui est dj ne" (PD Dr. thol. Alberto Bondolfi, dans: "Walliser Bote", 29.3.96). "Lembryon nest pas ce quil pourrait devenir. De mme qu'une chenille nest pas un papillon." (Hans Saner). Chaque anne 80 millions de femmes ont une grossesse non dsire : 45 millions dentre elles vont recourir lavortement dont 19 millions dans de mauvaises conditions le nombre exact de femmes qui en meurt est inconnu : estim 13% environ Art. 449 : quiconque par aliments, breuvage, mdicaments, manuvres, violences ou par tout autre moyen, a provoqu ou a tent de provoquer lavortement dune
femme enceinte, quelle y ait consenti ou non, est puni de lemprisonnement dun cinq ans et dune amende de 200 500 dh . Art. 450: Si la mort en est rsult, la peine est la rclusion de dix vingt ans . Si lindividu se livre habituellement ces actes, les peines sont doubles . Art. 453 : lavortement nest pas puni quand il vise sauvegarder la vie de la mre condition quil y ait consentement du conjoint. En labsence de ce consentement, il faut avoir celui du mdecin chef de la prfecture et en cas durgence, il suffit que ce dernier soit seulement avis. Art454 : la femme qui sest livre lavortement est punie de six mois deux ans de prison . Art. 455 : puni lavorteur de deux mois deux ans, mme si lacte na pas abouti. Et des mmes peines, le vendeur des produits avortant et les complices davortement .
Les grandes dates de l'IVG
> 1942 : La loi considre l'avortement comme un crime. > 1955 : L'avortement thrapeutique est autoris. > 1975 : La loi Veil est promulgue pour 5 ans. > 1979 : La loi est reconduite dfinitivement. > 1980 : La pilule abortive RU 486 est mise au point. > 1982 : La loi Roudy permet son remboursement par la Scurit sociale. > 1988 : Le RU 486 reoit l'autorisation de mise sur le march. > 1993 : La loi Neiertz cre le dlit d'entrave l'IVG. > 2001 : La loi Aubry, qui dpnalise l'avortement, porte le dlai lgal de 12 14 semaines et supprime l'autorisation parentale pour les mineures. > 2002 : Les pharmaciens sont autoriss distribuer gratuitement la pilule du lendemain aux mineures. > 2009 : Le Planning familial est autoris faire des IVG mdicamenteuses. Le dcret d'application est paru plus d'un an aprs l'adoption de la loi. > 2011: La dpute Brengre Poletti dpose un amendement la proposition de loi Fourcade HPST qui prvoit d'autoriser les sages-femmes pratiquer l'IVG mdicamenteuse. Cette proposition est adopte le13 juillet par l'Assemble nationale et le Snat. Elle fait l'objet d'un recours devant le Conseil Constitutionnel.