100% ont trouvé ce document utile (4 votes)
5K vues1 645 pages

Helena Blavatsky - Isis Dévoilée

Transféré par

Ilias Machay
Copyright
© Attribution Non-Commercial (BY-NC)
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (4 votes)
5K vues1 645 pages

Helena Blavatsky - Isis Dévoilée

Transféré par

Ilias Machay
Copyright
© Attribution Non-Commercial (BY-NC)
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

ISIS DVOILE CLEF DES MYSTERES DE LA SCIENCE ET DE LA THEOLOGIE ANCIENNES ET MODERNES VOLUME I SCIENCE PREMIERE PARTIE H.P.

BLAVATSKY

Traduction de Ronald JACQUEMOT entirement rvise par le Docteur Paul THORIN

"Cecy est un livre de bonne Foy." MONTAIGNE

NOTE DU TRADUCTEUR Dans l'impossibilit de recourir au texte original franais de nombreuses citations, nous avons d retraduire d'aprs le texte de la traduction anglaise. [7] PREFACE L'ouvrage que nous prsentons aujourd'hui l'apprciation du public est le fruit de rapports troits avec des adeptes de l'Orient, fruit, aussi, de l'tude de leur science. Il est offert ceux qui sont disposs accepter la vrit partout o elle se trouve, et la dfendre, mme en bravant les prjugs populaires les plus enracins. C'est une tentative pour aider l'tudiant dcouvrir les principes essentiels sous-jacents tous les systmes philosophiques de jadis. Ce livre est crit en toute sincrit. Il a pour but de rendre justice tous et de dire la vrit sans malice ni parti pris. Mais il n'a point de merci pour l'erreur intronise, ni de respect pour l'autorit usurpe. Il rclame pour un pass mconnu et pour ses uvres, le crdit qui leur a t trop longtemps refus, et il demande la restitution chacun de ce qui lui a t subrepticement emprunt, la rhabilitation de rputations glorieuses mais calomnies. C'est uniquement dans cet esprit et dans ce but que ses critiques sont exerces sur toutes les formes de cultes, sur toute foi religieuse, sur toute hypothse scientifique. Les hommes et les partis, les sectes et les coles ne sont en ce monde que des phmres d'une seule journe ; la vrit dresse sur son rocher inbranlable est seule ternelle et souveraine. Nous ne croyons pas en une magie qui dpasse la porte de l'intelligence humaine, ni au "miracle", qu'il soit divin ou diabolique, s'il implique une transgression des lois de la nature existant de toute ternit. Cependant, nous admettons la proposition de l'illustre auteur de Festus, savoir que le cur humain ne s'est pas encore pleinement exprim et que nous n'avons pas encore atteint, ni mme compris, toute l'tendue de ses

pouvoirs. Est-il excessif de croire que l'homme devrait dvelopper de nouveaux sens et entrer en contact plus troit avec la nature ? La logique de l'volution doit nous l'apprendre, si on la pousse jusqu' ses consquences lgitimes. Si, quelque part, dans la ligne ascendante du vgtal, ou de l'ascidie l'homme le plus noble, une me a t volue, doue de qualits intellectuelles, il ne peut pas tre draisonnable de dduire et de croire, qu'une facult de perception se dveloppe galement dans l'homme, lui permettant d'entrevoir des [8] faits et des vrits au-del de notre entendement ordinaire. Nous acceptons toutefois sans hsiter l'assertion de Biff, que : "l'essentiel est immuable. Que nous taillions le marbre dans la masse duquel se cache la statue ou que nous tablissions une une les assises de pierre jusqu' l'achvement du temple, le NOUVEAU rsultat que nous obtiendrons ne sera qu'une ide ancienne. La dernire de toutes les ternits trouvera son me sur dans la Premire". Lorsqu'il y a des annes, nous voyagions pour la premire fois en Orient, explorant les rduits de ses sanctuaires dserts, deux questions attristantes et sans cesse renaissantes obsdaient notre pense : O est DIEU ; Qu'est-il ? Qui a jamais vu l'ESPRIT immortel de l'homme, de faon tre certain de son immortalit ? C'est lorsque nous tions le plus anxieux de rsoudre ces problmes difficiles, que nous nous trouvmes en rapport avec certains hommes, dous de pouvoirs si mystrieux et de connaissances si profondes, que nous pouvons vritablement leur donner le titre de Sages de l'Orient. Nous prtmes une oreille attentive leurs enseignements, et ils nous montrrent qu'en combinant la science avec la religion on peut arriver dmontrer l'existence de Dieu et l'immortalit de l'esprit humain, comme on dmontre un problme d'Euclide. Pour la premire fois nous remes l'assurance que la philosophie Orientale n'admettait point d'autre foi qu'une foi absolue et immuable dans la toute-puissance du soi immortel de l'homme. On nous apprit que cette toute-puissance vient de la parent de l'esprit de l'homme et l'Ame Universelle-Dieu ! Ce dernier, disent ces sages, ne peut jamais tre prouv qu' l'aide du premier. L'esprit humain prouve l'Eprit Divin, comme une goutte d'eau dmontre l'existence d'une source dont elle provient. Dites celui qui n'aurait jamais vu d'eau qu'il existe un ocan il vous croira sur parole, ou il refusera de l'admettre. Mais faites tomber dans sa main une goutte d'eau, et il se trouvera en prsence d'un fait duquel il pourra dduire le reste ; Il pourra par degrs,

comprendre qu'il peut exister un ocan sans borne et insondable. La foi aveugle ne sera plus ncessaire ; elle sera remplace par la connaissance. Lorsqu'on voit un homme mortel dployer des facults prodigieuses, se rendre matre des forces de la nature, et entrouvrir aux regards le monde de l'esprit, l'esprit rflchi est pntr de la conviction que, si l'Ego spirituel d'un seul homme peut le faire, la puissance de l'Esprit-Pre doit tre relativement aussi grande que l'ocan passe la simple goutte d'eau en volume et en force. Ex nihilo nihil fit ; prouvez l'me humaine au moyen de ses merveilleux pouvoirs et vous aurez prouv Dieu ! Dans nos tudes, nous avons appris que ce que l'on nomme mystres ne sont pas des mystres. Les noms et les lieux, qui, [9] pour les esprits de l'Occident, n'ont d'autre signification que celle tire des fables de l'Orient nous ont t montrs comme des ralits, nous sommes entrs en esprit avec rvrence, dans le temple d'Isis ; il nous a t permis de soulever Sas, le voile de "Celle qui est, qui a t et qui sera" ; nous avons regard par la dchirure du rideau du Saint des Saints Jrusalem, et mme interrog la mystrieuse Bath-Kol dans les cryptes qui existaient jadis sous l'difice sacr. La Filia Vocis la fille de la voix divine nous a rpondu du haut de son trne de clmence, derrire le voile, et la science, la thologie, toutes les hypothses et les conceptions humaines, nes d'une connaissance imparfaite des choses ont perdu pour toujours nos yeux leur caractre d'autorit 1. La seule Divinit vivante a parl par son oracle, l'homme, et nous nous tenons pour satisfait. Une pareille connaissance est inestimable ; et elle n'est cache qu' ceux qui la ddaignent, la tournent en ridicule ou en nient l'existence. De ceux-ci, nous apprhendons les critiques, la censure, et peut-tre aussi l'hostilit, quoique les obstacles que nous ayons rencontrer sur notre route ne viennent ni de la validit des preuves, ni des faits authentiques de l'histoire, ni du dfaut de sens commun du public auquel nous nous adressons. Les tendances de la pense moderne vont visiblement vers le libralisme aussi bien en religion qu'en science. Chaque jour amne les ractionnaires plus prs du point o ils devront abandonner l'autorit despotique qu'ils ont si longtemps exerce sur la
Lightfoot assure que cette voix qui a t employe dans les temps anciens comme un tmoignage venant du ciel, "tait rellement produite l'aide de l'art magique" (vol. II, p. 128). Ce dernier terme a toujours t pris dans un sens ddaigneux, prcisment parce qu'il a t et qu'il est encore mal compris. L'objet de cet ouvrage est de corriger l'opinion errone au sujet de "l'art magique".
1

conscience publique. Lorsque le Pape peut en arriver lancer l'anathme contre tous ceux qui soutiennent la libert de la presse et de la parole 2, contre ceux qui prtendent que, dans un conflit entre les lois civiles et les lois ecclsiastiques, la loi civile doit l'emporter, ou bien encore qu'une mthode d'enseignement lac puisse tre approuve 3 ; Ou encore lorsque M. Tyndall porte-voix de la science du XIXme sicle, dclare que "la position inexpugnable de la science peut tre dfinie en ces quelques mots 4 : Nous exigeons de la thologie tout le domaine de la thorie cosmologique et nous le lui arracherons" le rsultat n'est point difficile prvoir. [10] Des sicles d'assujettissement n'ont pas congel le sang des hommes au point de le faire cristalliser autour du noyau de la foi aveugle, et le XIXme sicle assiste aux efforts du gant qui brise les liens lilliputiens et se remet sur ses pieds. Mme l'Eglise protestante d'Angleterre et d'Amrique, actuellement occupe la rvision du texte de ses Oracles, sera tenue de montrer l'origine et les mrites de ce texte. Le temps o on dominait les hommes par des dogmes est pass. Notre ouvrage est donc un plaidoyer pour la reconnaissance de la philosophie Hermtique, la Religion-Sagesse, autrefois universelle, comme la seule cl possible de l'Absolu en science et en thologie. Nous nous dissimulons si peu la gravit de notre entreprise que nous pouvons, d'ores et dj, dire que nous ne serions pas surpris de voir se liguer contre nous : Les chrtiens qui verront que nous mettons en question les preuves de l'authenticit de leur foi. Les savants qui trouveront leurs prtentions l'infaillibilit mises dans le mme sac que celles de l'Eglise Catholique Romaine et, que sur certains points, les sages et les philosophes de l'antiquit sont classs plus haut qu'eux. Les Pseudo-Savants, acharnement. nous combattrons, naturellement, avec

2 3 4

Encyclique de 1864. Le Pape Pie IX. Fragments of science.

Les gens d'Eglise libraux, et les libres penseurs s'apercevront que nous n'acceptons pas ce qu'ils font mais que nous rclamons la reconnaissance de la vrit totale. Les hommes de lettres et diverses autorits qui cachent leur croyance relle par gard pour les prjugs populaires. Les mercenaires et les parasites de la presse qui prostituent sa puissance plus que royale et dshonorent une noble profession ; ils trouveront ais de tourner en drision des choses trop tonnantes pour leur comprhension, car, pour eux, la valeur d'un alina est suprieure celle de la sincrit. Beaucoup nous critiqueront honntement ; D'autres le feront hypocritement. Mais nous avons foi en l'avenir. La lutte actuellement engage entre le parti de la conscience publique et celui de la raction a dj produit un assainissement du ton de la pense ; elle ne peut manquer d'aboutir au rejet de l'erreur et au triomphe de la Vrit. Or, nous le rptons, c'est pour un avenir meilleur que nous luttons. [11] Et pourtant, lorsque nous envisageons l'amre opposition que nous aurons affronter, qui mieux que nous, en entrant dans l'arne, aurait le droit d'inscrire sur son bouclier, le salut du gladiateur Romain Csar : "Moritorus te salutat". H.P. BLAVATSKY. New-York, septembre 1877.

[13] DEVANT LE VOILE Jeanne. Faites flotter nos couleurs sur les remparts ! (Henri VI, acte IV.) "Ma vie entire a t voue l'tude de l'homme, de sa destine et de sa flicit." J.-R. BUCHANAN M. D. Outlines of Lectures on Anthropology. Dix-neuf sicles se sont couls, nous dit-on, depuis que la nuit de l'idoltrie et du paganisme a t dissipe pour la premire fois par la lumire divine du christianisme et il y a deux sicles et demi que le brillant flambeau de la science moderne est venu clairer les tnbres de l'ignorance des ges. On veut nous faire croire que c'est dans les limites respectives de ces poques que s'est produit le vritable progrs moral et intellectuel de l'humanit. Les anciens philosophes suffisaient leurs gnrations, mais n'taient que des illettrs compars aux hommes de science modernes. L'thique du paganisme suffisait probablement aux besoins des peuples ignorants de l'antiquit, mais la vritable voie de la perfection morale, comme le chemin du salut, n'a t enseigne que depuis l'avnement de la lumineuse "toile de Bethlem". Auparavant, la barbarie tait la rgle, la vertu et la spiritualit l'exception. Aujourd'hui, les plus obtus peuvent lire la volont de Dieu dans la rvlation de sa parole ; les hommes ont tout intrt s'amliorer ; aussi deviennent-ils de jour en jour meilleurs. C'est ce qu'on affirme ; quels sont les faits ? D'une part un clerg dogmatique, dpourvu de spiritualit, et trop souvent, dbauch ; un nombre infini de sectes, et trois grandes religions qui se combattent ; la discorde au lieu de l'union ; des dogmes sans preuves ; des prdicateurs cherchant l'effet, et des paroissiens avides de richesses et de plaisirs ; l'hypocrisie et la bigoterie enfantes par les exigences tyranniques de la

respectabilit ; tout cela est aujourd'hui la rgle, la sincrit et la vritable pit sont des exceptions. D'autre part des hypothses scientifiques bties sur le sable ; absence d'accord sur une seule question ; la jalousie et les querelles haineuses ; une tendance gnrale vers le matrialisme. [14] La lutte mort entre la science et la thologie pour l'infaillibilit "la bataille des ges". A Rome, le prtendu sige du christianisme, le suppos successeur de Pierre est en train de miner l'ordre social au moyen du rseau omniprsent de ses agents fanatiques, et il les pousse rvolutionner l'Europe pour sa suprmatie temporelle aussi bien que spirituelle. Nous voyons celui qui se dit le "vicaire du Christ"fraterniser avec les Musulmans anti-chrtiens, contre une autre nation chrtienne, et invoquer la bndiction de Dieu pour les armes de ceux qui, pendant de longs sicles, ont combattu par le feu et le glaive les prtentions de son Christ la divinit ! A Berlin un des grands centres du savoir les professeurs de sciences exactes modernes, se dtournent des rsultats tant vants des lumires de la priode ouverte par Galile et cherchent moucher la chandelle du grand Florentin ; bref, ils essaient de prouver que le systme hliocentrique, voire mme la rotation de la terre, ne sont que des rves enfants dans le cerveau de savants gars ; selon eux, Newton ne serait qu'un visionnaire, et tous les astronomes passs et prsents ne sont que d'habiles calculateurs de problmes invrifiables 5. Entre ces deux Titans en guerre La Science et la Thologie un public perdant rapidement toute croyance en l'immortalit personnelle de l'homme, en un Dieu quelconque, et qui tombe vite au niveau d'une vie purement animale. Voil o nous en sommes aujourd'hui, sous le plein soleil de cette re scientifique et chrtienne ! Serait-il quitable de condamner une lapidation critique le plus humble et le plus modeste des auteurs, parce qu'il refuse de se soumettre l'autorit de ces deux antagonistes ? Ne devons nous pas prendre comme aphorisme de ce sicle la dclaration de Horace Greeley : "Je n'accepte sans rserves, l'opinion de qui que ce soit, mort ou vivant ? 6". Quoi qu'il en soit, telle sera notre devise, et ce principe sera notre guide tout au long de cet ouvrage.
5 6

Voir les dernires pages du chapitre XV. Recollections of a Busy life, p. 147.

Parmi les nombreuses productions phnomnales de notre sicle, l'trange croyance des Spirites a surgi des ruines branlantes des religions se disant rvles et des philosophies matrialistes ; cependant, cette croyance est peut-tre un dernier refuge transactionnel entre les deux. Il n'est pas tonnant que ce fantme inattendu des temps pr-chrtiens n'ait gure trouv faveur auprs de notre sicle positif et srieux. Les temps ont bien chang ; il n'y a pas longtemps qu'un prdicateur bien connu Brooklyn, disait du haut de la chaire, que si Jsus revenait et se comportait [15] dans les rues de New-York, comme il l'avait fait Jrusalem, il ne tarderait pas se retrouver en prison 7. A quel accueil le Spiritisme pouvait-il donc s'attendre ? A premire vue, il n'est ni engageant ni rassurant. Informe et contrefait, tel un enfant aux mains de sept nourrices, il sort maintenant de l'adolescence bancale et mutile. Ses ennemis sont lgion ; ses amis et protecteurs une poigne. Mais qu'importe ! Quand la vrit a-t-elle jamais t accepte priori ? Parce que les dfenseurs du Spiritisme ont exagr ses qualits dans leur fanatisme, et sont rests aveugles ses imperfections, ce n'est pas une raison pour mettre en doute sa ralit ? Il est impossible de contrefaire un modle si ce modle n'existe pas. Le fanatisme des Spirites est lui-mme la preuve de l'authenticit et de la possibilit de leurs phnomnes. Ils nous fournissent des faits tudier, et non des affirmations admettre sans preuves. Il n'est pas admissible que des millions d'hommes et de femmes raisonnables soient le fait d'une hallucination collective. Aussi tandis que le clerg, s'en tenant son interprtation de la Bible, et la science aux possibilits qu'elle reconnat la nature, refusent de l'couter avec impartialit, la vraie science et la vraie religion gardent le silence et attendent patiemment les dveloppements ultrieurs. Toute la question des phnomnes repose sur la comprhension exacte des anciennes philosophies. A qui devons-nous nous adresser dans le doute, sinon aux sages antiques, puisque, sous prtexte de superstition, les modernes nous refusent une explication ? Demandons-leur donc ce qu'ils savent de la science et de la religion authentiques ; non pas sur les dtails, mais sur une large comprhension de ces vrits jumelles si fortes dans l'union, si faibles lorsqu'on les divise. En outre, nous aurions peut-tre avantage comparer cette science moderne tant vante, avec l'ignorance antique ; cette thologie moderne perfectionne avec les "Doctrines
7

Henry Ward Beecher.

Secrtes" de l'ancienne religion universelle. Il nous sera peut-tre alors possible de trouver un terrain neutre o nous pourrions les atteindre toutes deux et en tirer profit. Seule la philosophie platonicienne, le plus parfait rsum des systmes abstraits de l'Inde antique, peut nous fournir ce terrain neutre. Bien que plus de vingt-deux sicles et quart se soient couls depuis la mort de Platon, les esprits clairs du monde s'occupent encore de ses crits. Il fut, au sens le plus plein du mot, l'interprte du monde. Le plus grand philosophe de l're pr-chrtienne a reflt pieusement, dans ses ouvrages, le spiritualisme des philosophes Vdiques, qui vcurent des milliers d'annes avant lui, ainsi que son expression mtaphysique. Vyasa, [16] Djeminy, Kapila, Vrihaspati, Soumati et tant d'autres ont transmis leur marque indlbile, travers les sicles, sur Platon et son cole. Nous avons donc la preuve que la mme sagesse a t rvle Platon et aux antiques sages Hindous. Bravant ainsi l'action du temps, que peut tre cette sagesse, sinon divine et ternelle ? Platon enseignait que la justice subsistait dans l'me de son possesseur et en tait le suprme bien. "Les hommes, proportionnellement leur intelligence, ont admis ses prtentions transcendantes." Nanmoins, ses commentateurs, presque unanimes, hsitent aborder les passages impliquant que sa mtaphysique est fonde sur une base solide et non sur des conceptions idales. Mais Platon ne pouvait admettre une philosophie dnue d'aspiration spirituelle ; pour lui les deux n'en faisaient qu'un. Pour l'ancien sage grec, il n'y avait qu'un seul but : la vritable connaissance. Il ne considrait comme authentiques philosophes, ou tudiants de la vrit, que ceux qui possdaient la connaissance de ce qui existe rellement, l'encontre de ceux qui se contentent de la simple apparence ; De ce qui existe en toute ternit, en opposition avec ce qui est transitoire ; ce qui est permanent, en opposition avec ce qui grandit et dprit, qui tour tour se dveloppe et est dtruit. "Au-del de toutes existences finies et des causes secondaires, audel de toutes lois, de toutes ides et de tous principes, il y a une INTELLIGENCE ou ESPRIT [, nous, l'esprit], le premier principe de tout principe, l'Ide Suprme sur laquelle se fondent toutes les autres ides ; le Monarque et le Lgislateur de l'Univers ; la substance ultime d'o toute chose tire l'tre et l'essence, la Cause premire et efficiente de tout ordre, harmonie, beaut, excellence et bont, qui imprgne tout l'Univers

auquel on donne le nom, en raison de sa prminence ou de son excellence, de Bien Suprme, de Dieu, ( ) le Dieu au-dessus de tout ( ) 8." II n'est ni la vrit ni l'intelligence, mais "il en est le pre". Bien que cette essence ternelle des choses ne soit pas perceptible pour nos sens physiques, elle peut tre saisie par la pense de ceux qui ne sont pas volontairement ferms. Jsus rpondit ses disciples choisis, "II vous a t donn de connatre les mystres du Royaume de Dieu ; mais cela ne leur a pas t donn ; (aux o) c'est pourquoi je leur parle en paraboles (ou images), parce qu'en voyant ils ne voient point et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent" 9 Porphyre, de l'cole no-platonicienne, nous affirme que la philosophie de Platon tait enseigne et reprsente dans les Mystres. Nombreux sont ceux qui l'ont mis en doute ou qui mme l'ont ni ; et Lobeck, dans son Aglaophomus, a t jusqu' [17] reprsenter les orgies sacres comme de simples spectacles faits pour captiver l'imagination. Comme si Athnes et la Grce tout entire, pendant plus de vingt sicles, avaient t chaque cinquime anne Eleusis pour assister une solennelle farce religieuse ! Saint Augustin, le pre Evque d'Hippone, a rpondu de pareilles assertions. Il dclare que les doctrines des Platoniciens d'Alexandrie taient les doctrines sotriques originelles des premiers disciples de Platon, et il dcrit Plotin comme un Platon ressuscit. Il donne aussi les raisons qu'avait le grand philosophe, pour voiler le sens intime de son enseignement 10.

8 9

Cocker : Christianity and Greek Philosophy, IX, p. 377. Evangile selon saint Mathieu, XIII, 11, 13.

Les accusations d'athisme, celle d'introduire des dieux trangers, et de corrompre la jeunesse athnienne, portes contre Socrate, fournissaient une ample justification Platon, pour cacher le secret de ses doctrines. Sans doute, le langage particulier, ou jargon des alchimistes, avait un mme but. Les chrtiens de toute nuance, et tout spcialement l'Eglise de Rome, ont employ sans scrupule, la prison, la roue et le bcher, contre tous ceux qui enseignaient mme la science naturelle, contraire aux doctrines de l'Eglise. Le Pape Grgoire le Grand, condamna mme l'usage grammatical du Latin comme une hrsie. Le crime de Socrate consistait rvler ses disciples la doctrine secrte au sujet des dieux, enseigne dans les Mystres, ce qui tait un crime capital. Aristophane l'accusa mme d'introduire dans la rpublique le nouveau dieu Dinos, comme dmiurge ou crateur, et le seigneur de l'univers solaire. Le systme hlio-centrique faisait galement partie des Mystres ; par consquent lorsque Aristarque, le Pythagoricien l'enseigna ouvertement, Clanthe dclara que les Grecs devaient lui demander raison et le condamner comme blasphmateur contre les dieux (Plutarque). Mais Socrate n'avait jamais t initi et, par consquent, n'a rien divulgu de ce qui lui avait t rvl.

10

Quant aux Mythes, Platon dclare dans le Gorgias et le Phdon, qu'ils taient les vhicules de grandes vrits qui valaient d'tre cherches. Toutefois, les commentateurs sont si peu en rapport avec le grand philosophe, qu'ils se voient obligs de reconnatre qu'ils ignorent "o le mythe commence et o la doctrine prend fin". Platon dissipa la superstition populaire au sujet de la magie et des dmons, il transforma les ides exagres de son poque, en thories rationnelles et en conceptions mtaphysiques. Peut-tre ne pourraient-elles rsister la mthode inductive de raisonnement tablie par Aristote ; elles sont, nanmoins, satisfaisantes au plus haut degr, pour ceux qui admettent l'existence d'une facult plus haute de connaissance ou d'intuition, pour servir de critrium de la vrit. Toute sa doctrine tant base sur la prsence du Mental Suprme, Platon enseignait que le nous, l'esprit, ou me rationnelle de l'homme, tant "engendr par le Pre Divin", avait une nature apparente, homogne mme, la Divinit, et qu'elle tait capable de contempler, les ralits ternelles. Cette facult de contempler la ralit d'une manire directe et immdiate, appartient Dieu seul ; l'aspiration cette connaissance constitue ce qu'on entend par philosophie l'amour de la sagesse. [18] L'amour de la vrit fait partie de l'amour du bien ; de sorte que, prdominant tout dsir de l'me, la purifiant et l'assimilant au divin, il gouverne ainsi chaque acte de l'individu ; il amne l'homme participer la Divinit, communier avec elle, et le rtablit l'image de Dieu. "Cette envole", dit Platon, dans le Thtte, "consiste se rendre pareil Dieu et cette assimilation est le fait de devenir juste et saint par la sagesse." II a toujours t soutenu que la base de cette assimilation est la prexistence de cet esprit en nous. Dans l'allgorie du chariot tir par les chevaux ails, donne dans le Phdre, il reprsente la nature psychique comme compose ou double ; le thumos, ou partie pithumtique, est form de la substance du monde des phnomnes ; Et le , thumoeides, dont l'essence est en relation avec le monde ternel. La vie terrestre actuelle est une chute et une punition. L'me rside dans "le tombeau que nous nommons le corps", et, dans son tat incorpor, avant d'avoir t soumis la discipline de l'ducation, l'lment notique, ou spirituel, est "dormant". La vie est donc un rve, plutt qu'une ralit. Comme les captifs dans la grotte souterraine, dcrite dans La Rpublique, le dos tourn la lumire, nous ne percevons que l'ombre des objets et nous les prenons pour les objets eux-mmes. N'est-ce pas l la notion de

Maya, l'illusion des sens de la vie physique, qui est un des traits si caractristiques de la philosophie bouddhique ? Mais si nous ne nous sommes pas compltement donns notre nature sensuelle, ces ombres veillent en nous la rminiscence d'un monde plus lev que nous avons habit autrefois ? "L'esprit intime garde un souvenir vague et indfini de son tat de flicit pr-natale, ainsi qu'une aspiration instinctive et proleptique son retour. "Il appartient la discipline de la philosophie de l'arracher la servitude des sens, de l'lever jusqu' l'empyre de la pense pure, la vision de la vrit, de la beaut et de la bont ternelles. "L'me", dit Platon dans son Thtte, "ne peut entrer dans la forme d'un homme, si elle n'a jamais connu la vrit. Ce souvenir est celui des choses que notre me a vues autrefois lorsqu'elle voyageait avec la Divinit, ddaignant les choses qui existent pour nous aujourd'hui, mais contemplant ce qui est REELLEMENT. C'est pourquoi seul le nous, ou esprit, du philosophe (l'tudiant de la vrit suprieure) est muni d'ailes ; car, autant qu'il lui est possible, il se rappelle toutes ces choses, dont la contemplation rend la Divinit elle-mme divine. En faisant un usage judicieux des souvenirs de sa vie antrieure, en se perfectionnant constamment dans les parfaits mystres, l'homme devient vritablement parfait un Initi de la Sagesse Divine." Cela peut nous faire comprendre pourquoi les plus sublimes scnes des Mystres taient toujours de nuit. La vie de l'esprit [19] intrieur est la mort de la nature externe ; et la nuit du monde physique annonce le jour du monde spirituel. Par consquent, on adorait plutt Dionysius, le soleilnocturne, qu'Hlios, l'astre du jour. Dans les Mystres on symbolisait la condition prexistante de l'esprit et de l'me, la chute de celle-ci dans la vie terrestre et dans Hads, les misres de cette vie, la purification de l'me et son retour la flicit divine, ou la runion avec l'esprit. Theon, de Smyrne, compare avec raison la discipline philosophique aux rites mystiques : "On pourrait, dit-il, appeler la Philosophie l'initiation aux vritables arcanes, et l'instruction aux mystres authentiques. Cette initiation est divise en cinq parties : I, la purification pralable ; II, l'admission participer aux rites secrets ; III, la rvlation poptique ; IV, l'investiture ou intronisation ; V, la cinquime est le rsultat de toutes les prcdentes, l'amiti et la communion intime avec Dieu, et la jouissance de cette batitude qui dcoule de la relation intime avec des tres divins. Platon appelle epopteia, ou vue personnelle, la contemplation parfaite des choses qu'on saisit intuitivement, les ides et les vrits absolues. Il

considre galement l'acte de ceindre le front, et le couronnement, comme analogue l'autorit qu'on reoit de ses instructeurs et pour entraner les autres dans la mme contemplation. Le cinquime degr est la flicit la plus parfaite qui en dcoule, et, suivant Platon, c'est une assimilation la divinit aussi parfaite que la chose est possible pour des tres humains 11." Tel est le Platonisme. Ralph Waldo Emerson dit que "Platon est la source de tout ce qui est encore crit et discut par des hommes de pense". Il absorba le savoir de son temps, celui de la Grce de Philus Socrate ; puis celui de Pythagore en Italie ; et aussi tout ce qu'il put apprendre de l'Egypte et de l'Orient. Il tait si complet, qu'il embrassait dans sa doctrine toutes les philosophies de l'Europe et de l'Asie ; et la culture et la contemplation, il joignait la nature et les qualits du pote. En gnral, les partisans de Platon adhraient strictement ses thories psychologiques. D'autres, par contre, comme Xnocrate, se lanaient dans des spculations plus avances. Speusippe, neveu et successeur du grand philosophe, fut l'auteur de l'Analyse numrique, trait des nombres pythagoriciens. Certaines de ses spculations ne se rencontrent pas dans les Dialogues crits ; mais comme il tait un auditeur des confrences non publies de Platon, Enfield a probablement raison en disant qu'il ne diffrait pas de son matre. Bien qu'il ne soit pas nomm, il est videmment l'antagoniste critiqu par Aristote, lorsque celui-ci [20] prtendait opposer l'argument de Platon la doctrine de Pythagore, pour qui la base de toutes choses nombre, ou plutt qu'elle est insparable de la notion des nombres. Il s'attacha tout spcialement montrer que la doctrine Pythagoricienne, en ce qu'elle prsuppose que les nombres et les grandeurs existent en dehors des choses. Il affirmait encore que Platon enseignait qu'il ne pouvait exister une connaissance vritable si l'objet de cette connaissance n'tait pas port au-del ou au-dessus du monde sensible. Mais Aristote n'tait pas un tmoin digne de foi. Il dnatura Platon et fit presque une caricature des doctrines de Pythagore. Il existe un canon de l'interprtation, qui devait nous guider dans tout examen d'opinions philosophiques : "L'esprit humain, par l'opration ncessaire de ses propres lois, se voit contraint d'entretenir les mmes ides fondamentales et le
Voyez Thomas Taylor : Eleusinian and Bacchic Mysteries, p. 47, New-York : J.-W. Bouton, 1875.
11

cur humain se nourrit des mmes sentiments au cours des ages." Pythagore veilla sans doute la plus profonde sympathie intellectuelle de son temps, et ses doctrines exercrent une influence considrable sur l'esprit de Platon. Son ide matresse tait qu'il existait un principe permanent d'unit sous les formes, changements et autres phnomnes de l'univers. Aristote affirmait qu'il enseignait "le nombre tait le principe de toute entit". Ritter pense que la formule de Pythagore doit tre prise symboliquement, ce qui est sans doute exact. Aristote associe ces nombres " formes"et aux "ides" de Platon. Il va jusqu' dclarer que Platon a dit que "les formes sont des nombres" et que "les ides sont des existences substantielles des tres rels". Platon n'a toutefois rien enseign de semblable. Il dclarait que la cause finale tait la Bont Suprme . "Les ides sont des objets de pure conception pour la raison humaine, et elles sont des attributs de la Raison Divine 12" Et il n'a jamais dit que "les formes sont des nombres". Ce qu'il a dit, nous le trouvons dans le Time" : Dieu forma les choses comme elles apparurent dans le principe, suivant les formes et les nombres." La science moderne reconnat que toutes les lois suprieures de la nature prennent la forme d'expos quantitatif. C'est peut-tre une laboration plus complte ou une affirmation plus explicite de la doctrine de Pythagore. On considrait les nombres comme la meilleure reprsentation des lois de l'harmonie qui pntre le cosmos tout entier. Nous savons galement qu'en chimie, la doctrine des atomes et des lois des combinaisons sont en ralit, et pour ainsi dire, arbitrairement, dfinies par les nombres. Ainsi que le dit M.W. Archer Butler : "Le Monde dans toutes ses [21] divisions est une arithmtique vivante dans son dveloppement, et une gomtrie ralise dans son repos." La cl des dogmes de Pythagore est la formule gnrale de l'unit dans la multiplicit ; l'un voluant le multiple et le pntrant. C'est l'antique doctrine de l'manation en quelques mots. L'aptre Paul lui-mme l'acceptait comme exacte. E u, xu, u v. Toutes choses viennent de lui, sont par lui et en lui. Cette ide est nettement Hindoue et Brahmanique ainsi que nous le constatons par la citation suivante :

12

Cousin. Histoire de la Philosophie, I, IX.

"Lorsque la dissolution Pralaya est parvenue son terme, le Grand Etre Para-Atma ou Para-Pourousha le Seigneur existant par lui-mme, duquel et par lequel toutes choses ont t, sont et seront. dcida d'maner les diverses cratures de sa propre substance." (Manava-Dharma-Sastra, Livre 1, slokas 6 et 7.) La Dcade mystique 1 + 2 + 3 + 4 = 10 est une des manires d'exprimer cette ide. L'Un, c'est Dieu ; Deux, la matire ; Trois, combinant la Monade et la Duade, et participant de la nature des deux, est le monde phnomnal : la Ttrade, ou forme de perfection, exprime le vide de tout ; et la Dcade, somme de tout, implique le cosmos tout entier. L'univers est la combinaison d'un millier d'lments et nanmoins l'expression d'un esprit unique chaos pour les sens, cosmos pour la raison. Toute cette combinaison de la progression des nombres dans l'ide de cration est Hindoue. L'Etre existant par lui-mme, Swayambhou ou Swayambhouva, ainsi que le nomment quelques-uns, est un. Il mane de lui-mme la facult cratrice, Brahma ou Pourousha (le mle divin), et l'un devient Deux ; de cette Duade, l'union du principe purement intellectuel avec le principe de la matire, volue un troisime qui est Virdj, le monde phnomnal. C'est de cette trinit invisible et incomprhensible, la Trimourti Brahmanique, qu'volue la seconde triade qui reprsente les trois facults, la cratrice, la conservatrice et la transformatrice. Celles-ci sont reprsentes par Brahma, Vishnou et Shiva, mais elles se fondent de nouveau et toujours en une. L'Unit, Brahma, ou comme le nomment les Vdas, Tridandi, est le dieu de la triple manifestation, qui donna naissance au Aum symbolique, abrviation de Trimourti. Ce n'est qu'au moyen de cette trinit, toujours active et tangible pour nos sens, que le Monas invisible et inconnu peut se manifester au monde des mortels. Lorsqu'il devient Sarira, c'est--dire celui qui revt une forme visible, il reprsente tous les principes de matire, tous les germes de vie, il est Pourousha, le dieu trois faces, ou triple pouvoir, l'essence de la triade Vdique. "Que les Brahmas apprennent la Syllabe sacre (Aum) les trois paroles de Savitri, et qu'ils lisent journellement les Vdas". (Manou, livre IV, sloka 125.) [22] "Aprs avoir produit l'univers, Celui dont le pouvoir est incomprhensible disparut de nouveau, absorb dans l'Ame Suprme. Aprs s'tre retire dans les tnbres

primitives, la grande Ame demeure dans l'inconnu, et est dnue de toute forme. Lorsque aprs avoir de nouveau runi les principes lmentaires subtils, elle entre dans une semence vgtale ou animale, elle prend chaque fois une nouvelle forme. Ainsi, par des alternatives d'veil et de repos, l'Etre Immuable fait revivre et mourir ternellement toutes les cratures existantes, actives et inertes." (Manou. Livre I. Sloka 50 et suivantes.) Qui a tudi Pythagore et ses spculations sur la Monade, laquelle aprs avoir man la Duade, se retire dans le silence et les tnbres et cre ainsi la Triade, comprendra d'o venait la philosophie du grand Sage de Samos, et, aprs lui, celle de Socrate et de Platon. Speusippe parat avoir enseign que l'me psychique ou thumtique tait immortelle, de mme que l'esprit ou me rationnelle ; nous exposerons plus loin ses raisons. De mme que Philolus et Aristote dans leurs investigations sur l'me, il fait un lment de l'ther ; de sorte qu'il y avait cinq lments principaux pour correspondre aux cinq figures rgulires de gomtrie. Cela devint aussi une des doctrines de l'cole d'Alexandrie 13. Et, de fait, il y eut beaucoup de choses dans les doctrines des Philalthes qu'on ne rencontre pas dans les ouvrages des anciens Platoniciens, mais qui furent, sans doute, enseignes en substance par le philosophe lui-mme, mais qui, par suite de sa rticence habituelle, ne furent pas couches par crit, tant trop occultes pour tre publies ouvertement. Speusippe, et Xnocrate aprs lui, tenaient comme leur grand matre, que l'anima mundi, ou me mondiale n'tait pas la Divinit, mais une manifestation. Ces philosophes n'ont jamais conu l'Un comme une nature anime 14. L'Un originel n'existait pas comme nous concevons ce terme. Ce n'est que lorsqu'il s'unit au multiple existence mane (la monade et la duade) qu'un tre fut form. Le vnr le quelque chose manifest demeure dans le centre comme dans la circonfrence,
13 14

Thomas Taylor. Theoritic Arithinetic, Londres, 1816, "sur les Nombres Pythagoriciens". Platon. Parmenid, 141.E

mais ce n'est que la rflexion de la Divinit l'Ame Mondiale 15. Dans cette doctrine, nous trouvons l'esprit du Bouddhisme sotrique. Une Ide humaine de Dieu est la lumire aveuglante que l'homme voit reflte dans le miroir concave de son me, et cependant ce n'est pas vritablement Dieu, mais seulement son reflet. Sa [23] gloire est l, mais c'est la lumire de son propre Esprit que l'homme voit, et c'est tout ce qu'il supporte de regarder. Plus le miroir est clair, plus l'image divine resplendira. Toutefois, le monde extrieur ne peut s'y montrer en mme temps. Chez le Yogi extatique, chez le Voyant illumin, l'esprit brillera comme le soleil de midi ; mais l'clat disparat pour la victime avilie par l'attraction terrestre, car le miroir a t terni par les taches de matire. De tels hommes renient leur Dieu, et priveraient aussi, en mme temps, volontiers, l'humanit de son me. PAS DE DIEU, PAS D'AME ? Quelle angoissante et destructrice pense ! Cauchemar affolant d'un dment Athe prsentant sa vue enfivre une succession ininterrompue et hideuse d'tincelles de matire cosmique cres par personne ; surgissant d'elles-mmes, existant par elles-mmes, se dveloppant elles-mmes ; ce Soi, non Soi, car il n'est rien et personne, drivant en ne venant de nulle part ; aucune Cause ne le pousse, puisqu'il n'en existe aucune, et qu'il ne se rue nulle part. Et tout cela dans un cercle d'Eternit, aveugle, inerte et SANS CAUSE. En comparaison de cette notion, qu'est la conception errone du Nirvana Bouddhique elle-mme ! Le Nirvana est prcd de transformations et de mtempsychoses spirituelles sans nombre, pendant lesquelles l'entit ne perd pas une seule seconde le sentiment de sa propre individualit, et qui dureront peut-tre pendant des millions de sicles avant d'atteindre le NEANT Final. Bien que d'aucuns aient considr Speusippe comme infrieur Aristote, le monde lui est redevable de la dfinition et de l'explication de beaucoup de choses que Platon a laisses obscures dans sa doctrine du Sensible et de l'Idal. Sa maxime tait : "L'Immatriel est connu au moyen de la pense scientifique, le Matriel au moyen de la perception scientifique" 16.

15 16

Voyez Stobens, Eclogues, I, 862. Sextus Empiricus. Adv. Math., VII, 145.

Xnocrate a comment beaucoup de thories et enseignements oraux de son matre. Lui aussi tenait en trs haute estime la doctrine de Pythagore, son systme de nombres et sa mathmatique. Ne reconnaissant que trois degrs de la reconnaissance, la Pense, la Perception et l'Envisagement (ou connaissance par l'Intuition), il enseignait que la premire avait affaire tout ce qui est au-del du ciel ; la Perception aux choses du ciel ; et l'Intuition au Ciel lui-mme. Nous retrouvons ces mmes thories, et presque dans le mme langage, dans le Manava-Dharma-Sastra, propos de la cration de l'homme : "Il (Le Suprme) prit de sa propre essence le souffle immortel qui ne prit pas dans l'tre, et il donna cette me de l'tre le guide souverain d'Ahankara (la conscience de l'go). Il [24] donna alors cette me de l'tre (l'homme) l'intellect form par les trois qualits, et les cinq organes de la perception extrieure." Ces trois qualits sont l'Intelligence, la Conscience et la Volont ; correspondant la Pense, la Perception et l'Envisagement de Xnocrate. II dveloppa, plus que Speusippe, la relation entre les nombres et les Ides, et il s'leva au-dessus de Platon dans sa dfinition de la doctrine des Magnitudes Indivisibles. Les ramenant l'idal de leurs lments primaires, il dmontra que toute figure, toute forme, nat de la ligne indivisible la plus tnue. Il est vident que Xnocrate entretenait les mmes ides que Platon au sujet de l'me humaine (suppose tre un nombre), bien qu'Aristote l'ait contredit, de mme que tous les autres enseignements de ce philosophe 17. C'est une preuve concluante que beaucoup des doctrines de Platon furent donnes oralement, mme s'il tait prouv que Xnocrate, et non Platon, fut le premier enseigner la thorie des Magnitudes indivisibles. Il fait procder l'Ame de la premire Duade, et l'appelle un nombre m par lui-mme 18. Thophraste fait remarquer qu'il envisageait et liminait cette thorie de l'Ame mieux qu'aucun autre Platonicien. Il chafauda sur elle la doctrine cosmologique et dmontra qu'il existait de toute ncessit, dans chaque recoin de l'espace universel, une srie successive et progressive d'tres anims et pensants, bien que spirituels 19. Selon lui, l'Ame Humaine est un compos des proprits les
17 18 19

Metaph, 407, a, 3. Appendice au Time. Stob : Ecl., 1, 62.

plus spirituelles de la Monade et de la Duade, possdant les principes les plus levs des deux. Si, comme Platon et Prodicus, il parle des Elments comme de Puissances Divines, en les appelant des dieux, ni lui, ni les autres n'y mettaient la moindre ide anthropomorphe. Krische prtend qu'il ne leur donne le nom de dieux que pour viter de confondre ces pouvoirs lmentaires avec les dmons du monde infrieur 20 (les Esprits Elmentaires). Puisque l'Ame du Monde interpntre le Cosmos tout entier, les animaux eux-mmes doivent aussi avoir quelque chose de divin 21. Cette doctrine est aussi celle des Bouddhistes et des Hermtistes, et Manou concde mme aux plantes et au plus petit brin d'herbe, une me vivante. Suivant cette thorie, les dmons sont des tres intermdiaires entre la perfection divine et la corruption humaine 22 ; il les divise en deux classes, qui, elles-mmes, se subdivisent en beaucoup d'autres. Mais il dit expressment que l'me individuelle, [25] ou personnelle, est le principal dmon gardien de chaque homme et qu'aucun dmon n'a plus de puissance sur nous que le ntre propre. Ainsi le Dmon de Socrate est le dieu ou l'Entit Divine qui l'inspira pendant toute sa vie. Il dpend de l'homme lui-mme d'ouvrir ou de fermer ses perceptions la voix Divine. De mme que Speusippe, il attribuait l'immortalit au u, le corps psychique, ou me irrationnelle. Toutefois quelques philosophes Hermtistes ont enseign que l'me n'a une existence continue, spare, qu'autant qu'elle conserve des particules terrestres ou matrielles, dans son passage travers les sphres ; et qu'aprs purification absolue, celles-ci sont annihiles, et seule la quintessence de l'me se fond dans l'esprit divin (le Rationnel) ; les deux ne font ds lors plus qu'un. Zeller nous dit que Xnocrate dfendait de manger la chair des animaux, non parce qu'il voyait dans les animaux quelque parent avec l'homme, puisqu'il leur attribuait une faible conscience divine, mais, "pour la raison oppose, de peur que l'irrationalit des mes animales n'obtienne par cela mme une certaine influence sur nous 23". Nous croyons toutefois que c'tait plutt parce que, de mme que Pythagore, il avait eu pour
20 21 22 23

Krische : Forsch, p. 322, etc. Clem. Alex Stro, v. 590. Plutarque. De Isid, chap. 25, p. 360. "Plato und die Alt. Akademie".

matres et pour modles les sages hindous. Cicron nous montre Xnocrate mprisant tout, sauf la vertu la plus leve 24 ; et il dcrit la svre austrit sans tache de son caractre 25. "Notre but est de nous librer de la sujtion de l'existence sensorielle, de vaincre les lments Titanesques de notre nature terrestre, au moyen de la nature Divine." Zeller lui fait dire 26 : "Mme dans les aspirations secrtes de nos curs, la puret est le devoir le plus grand, et, seules, la philosophie et l'initiation aux Mystres nous aident atteindre ce but." Crantor, autre philosophe qui faisait partie des premiers temps de l'acadmie de Platon, concevait l'me humaine comme forme de la substance primaire de toute chose, la Monade ou l'Un et de la Duade ou le Deux. Plutarque s'tend longuement sur ce philosophe, lequel, comme son matre, croyait que les mes taient rparties dans les corps terrestres comme punition et exil. Bien que certains critiques ne croient pas qu'Hraclite ait adhr strictement la philosophie primitive de Platon 27, il professait la mme morale. Zeller nous le montre enseignant, ainsi que Hicetas et Eephantus, la doctrine Pythagoricienne de la rotation diurne de la terre, et l'immobilit des toiles fixes, mais il [26] ajoute qu'il ignorait la rvolution annuelle de la terre autour du soleil, et le systme hliocentrique 28. Mais il y a tout lieu de croire que ce systme tait enseign dans les Mystres, et que Socrate mourut pour athisme, c'est--dire pour avoir divulgu cette connaissance sacre. Hraclite adoptait pleinement les notions de Pythagore et de Platon, sur l'me humaine, ses facults et ses proprits. Il la dcrit comme une essence lumineuse et minemment thre. Il affirme que l'me habite la voie lacte avant de descendre "dans la gnration", ou existence sublunaire. Ses dmons, ou esprits, sont des corps ariens et vaporeux. La doctrine des nombres de Pythagore, en relation avec les choses cres, est clairement crite dans l'Epinomis. Son auteur, en vritable Platonicien, affirme que la sagesse ne s'obtient que par une tude
24 25 26 27 28

Turc, v. 18, 51. Idem. Cf., p. 559. Platon et l'Anc. Acadmie. Ed. Zeller. Philos. der Griech. Plato und die Alt. Akademie.

approfondie de la nature occulte de la cration ; seule, elle nous assure une existence de flicit aprs la mort. Cet ouvrage spcule grandement sur l'immortalit de l'me, mais son auteur ajoute que nous ne pouvons arriver cette connaissance que par une comprhension parfaite des nombres ; car celui qui ne peut distinguer une ligne droite d'une courbe, n'aura jamais assez de sagesse pour entreprendre la dmonstration mathmatique de l'invisible, c'est--dire que nous devons nous assurer de l'existence objective de notre me (le corps astral) avant d'apprendre que nous possdons un esprit divin et immortel. Jamblique dit la mme chose, ajoutant, toutefois, que c'est un secret appartenant la plus haute initiation. Le Pouvoir Divin, dit-il, prouve de la rpugnance pour ceux qui "rendent manifeste la nature de l'icostagonus", c'est--dire ceux qui enseignent le moyen d'inscrire le dodcadre dans la sphre 29. L'ide que les "nombres" possdant la plus grande vertu, produisent toujours le bien et jamais le mal, a rapport la justice, l'galit de caractre, et tout ce qui est harmonieux. En disant que chaque astre est une me individuelle, l'auteur veut dire ce que les initis Hindous et les Hermtistes enseignaient avant lui, c'est--dire que chaque astre est une plante indpendante, qui, comme notre terre, possde une me propre, chaque atome de matire tant imprgn du flux divin de l'me du monde. Elle respire et elle vit ; elle sent et elle souffre de mme qu'elle jouit de la vie sa manire. Quel est le naturaliste qui est prpar le nier, preuves en mains ? Nous devons donc considrer les corps clestes comme les images de dieux ; participant aux pouvoirs divins dans leur substance ; et bien que n'tant pas immortels dans leur me individuelle, leur action dans l'conomie de l'univers mrite les honneurs divins, comme ceux qu'on rend aux [27] dieux mineurs. L'ide est claire, et il faut vraiment tre mal intentionn pour la dnaturer. Si l'auteur de l'Epinomis place ces dieux igns au-dessus des animaux, des plantes, et mme de l'humanit, lesquels selon lui, tant tous des cratures terrestres, sont classs plus bas, qui peut prouver qu'il a tout fait tort ? Il faut approfondir la mtaphysique abstraite des anciennes philosophies, pour comprendre que les diverses incorporations de leurs conceptions, sont fondes, aprs tout, sur une comprhension identique de la nature de la Cause Premire, de ses attributs et de sa mthode.

29

Un des cinq solides en gomtrie.

En outre, lorsque l'auteur de l'Epinomis place entre ces dieux les plus hauts et les plus bas (les mes incarnes) trois classes de dmons peuplant l'univers d'tres invisibles, il est plus rationnel que nos savants modernes, qui ouvrent entre ces deux extrmes un vaste hiatus, terrain de jeu de forces aveugles. De ces trois classes, les deux premires sont invisibles ; leurs corps sont ther pur et feu (esprits plantaires) ; les daimons de la troisime classe ont des corps vaporeux ; ils sont gnralement invisibles, mais se rendent parfois concrets et deviennent visibles pendant quelques instants. Ce sont les esprits terrestres ou nos mes astrales. Ce sont ces doctrines qui, tudies par analogie et d'aprs le principe de correspondance, amenrent les anciens et amneront peut-tre aussi, petit petit, les Philaltes modernes, vers la solution des plus grands mystres. La science moderne est sur le bord du gouffre sombre qui spare le monde spirituel du monde physique ; les yeux ferms, dtournant la tte, elle affirme le gouffre sans fond et infranchissable, alors qu'elle n'aurait qu' descendre dans ce gouffre la torche qu'elle tient en main pour se rendre compte de son erreur. Mais le disciple patient de la philosophie Hermtique a jet un pont au-dessus de l'abme. Tyndall, dans ses Fragments of Science, fait la triste confession suivante : "Si vous me demandiez si la science a rsolu, ou s'il est probable qu'elle puisse rsoudre aujourd'hui le problme de l'univers, je me vois forc d'avouer que j'en doute." Quand il revient, plus tard, sur cette opinion en assurant ses auditeurs que la preuve exprimentale l'a amen dcouvrir, dans la matire tant dcrie, la "promesse et les potentialits de toute vie", il ne faisait que plaisanter. Il serait aussi difficile, pour le professeur Tyndall, de fournir la preuve dfinitive et irrfutable de ce qu'il avance, qu'il l'tait, pour Job, de mettre le harpon dans la gueule du lviathan. Pour viter la confusion qui peut rsulter du frquent emploi de certains termes dans un sens diffrent de celui qui est familier au lecteur, quelques explications seront utiles. Nous dsirons ne laisser aucun prtexte malentendus ou fausses interprtations. La Magie peut avoir une signification pour une classe de lecteurs [28] et une autre pour ceux d'une autre classe. Nous lui donnerons donc le sens qu'elle a dans l'esprit de ceux qui l'tudient et la pratiquent en Orient. Il en sera de mme des termes Science-Hermtique, Occultisme, Hirophante, Adepte, Sorcier, etc., sur la signification desquels on est peu d'accord depuis quelque temps. Quoique

les distinctions entre les termes soient trs souvent insignifiantes purement ethniques il peut nanmoins tre utile, pour le lecteur en gnral, de savoir au juste en quoi elles consistent. Nous en donnons donc quelques-unes par ordre alphabtique. AETHROBATIE est le mot grec qui dsigne le fait d'tre soulev ou de se mouvoir dans l'air ; ce que les spirites modernes nomment lvitation. Elle peut tre consciente ou inconsciente. Dans le premier cas, c'est de la magie ; dans le second, c'est le rsultat d'une maladie ou d'un pouvoir qui ncessite quelques mots d'explication. Une explication symbolique de l'athrobatie est donne dans un vieux manuscrit Syriaque, traduit au XVme sicle par un alchimiste nomm Malchus. Au sujet du cas de Simon le Mage, on lit "Simon prostern face contre terre murmura son oreille : O terre, ma mre, donne-moi, je te prie, un peu de ton souffle et je te donnerai le mien ; "libre-moi, mre, pour porter tes paroles aux toiles, et je reviendrai fidlement vers toi". Et la Terre concentrant son nergie sans qu'elle et en souffrir, envoya son Gnie insuffler de son souffle Simon, pendant qu'il lui donnait du sien ; et les toiles se rjouirent d'tre visites par le Puissant." Ici, le point de dpart est le principe lectro-chimique, d'aprs lequel les corps semblablement lectriss, se repoussent mutuellement, tandis que ceux lectriss diffremment s'attirent. "La notion la plus lmentaire de la chimie, dit le professeur Cooke, montre que, tandis que des radicaux de nature oppose se combinent avec avidit, deux mtaux ou deux mtallodes proches ne montrent que trs peu d'affinit l'un pour l'autre." En fait, la terre est un corps magntique ; ainsi que plusieurs savants l'ont constat, elle est un vaste aimant, comme l'affirmait Paracelse il y a trois cents ans. Elle est charge d'une forme d'lectricit (appelons-la positive) qu'elle dveloppe continuellement par une action spontane dans sa partie intrieure ou centre de mouvement. Les corps humains, comme toutes les autres formes de matire, sont chargs de l'autre lectricit (ngative). C'est--dire que les corps organiques et inorganiques, abandonns eux-mmes, se chargent constamment et involontairement et

dgagent l'lectricit de nom contraire celle de la terre elle-mme. Or, qu'est-ce que le poids ? Simplement la force d'attraction de la [29] terre. "Sans l'attraction de la terre, vous n'aurez point de poids", dit le professeur Stewart 30, et si vous aviez une terre deux fois plus lourde, l'attraction serait double." Comment se soustraire cette attraction ? D'aprs la loi mentionne plus haut, il y a une attraction entre notre plante et les organismes terrestres, qui retiennent ces derniers sa surface. Mais la loi de gravitation a t contrarie dans bien des cas, par des lvitations de personnes ou d'objets inanims. Comment l'expliquer ? Les conditions de notre organisme physique, disent les philosophes thurgistes, dpendent largement de l'action de notre volont. Bien rgle, elle peut produire "des miracles", et, entre autres, un changement de cette polarit lectrique, en transformant par exemple l'lectricit ngative en positive. Ds lors, les relations de l'homme avec la terre-aimant, d'attractives deviennent rpulsives, et la gravitation cesse pour lui. Il devient, par consquent, aussi naturel, pour l'homme, de s'lever dans les airs, autant que dure cette force rpulsive, que ce l'tait auparavant de demeurer riv au sol. La hauteur de sa lvitation, dans ces conditions, sera proportionnelle la plus ou moins grande facult qu'il possde de charger son corps d'lectricit positive. Ce pouvoir d'agir ainsi sur les forces physiques une fois acquise, la modification de son poids serait aussi facile que de respirer. L'tude des affections nerveuses a permis de constater que, mme dans le cas de somnambulisme ordinaire, aussi bien que dans les phnomnes de somnambulisme provoqu, le poids du corps parat diminu. Le professeur Perty fait mention d'un Somnambule, Koehler, qui, tant dans l'eau, ne pouvait point s'enfoncer, mais flottait. La voyante de Prevorst s'levait la surface de son bain, et ne pouvait y tre maintenue assise. Il parle aussi d'Anna Fleisher, qui, tant sujette des attaques d'pilepsie, fut souvent vue par le surintendant de l'tablissement s'levant dans l'air ; une fois, en prsence de deux tmoins dignes de foi (deux doyens), elle s'leva une hauteur de plus de deux mtres au-dessus de son lit, dans une position horizontale. Un cas analogue, celui de Marguerite Rule, est cit par Upham, dans son "History of Salem Zvitchcraft" 31 "Chez des sujets extatiques, ajoute le professeur Perty, l'lvation dans l'air a lieu beaucoup plus frquemment que chez les somnambules. Nous sommes si
30 31

The Sun and the Earth. Confrence de Manchester, 13 nov. 1872. (Histoire des Sorcires de Salem).

habitus considrer la gravitation comme quelque chose d'absolu et d'immuable, que l'ide d'un soulvement complet ou partiel, en opposition avec cette loi, parat inadmissible ; nanmoins, il y a des phnomnes o la gravitation est surmonte au moyen de forces matrielles. Dans plusieurs maladies, comme, par exemple, la [30] fivre nerveuse, le poids du corps humain semble augmenter, tandis que, dans tous les cas des extatiques, il parat tre diminu. Il peut y avoir, de mme, d'autres forces que matrielles pour contrecarrer cette puissance. Un journal de Madrid, El Criterio Espiritista, d'une date rcente, rapporte le cas d'une jeune paysanne, prs de Santiago, qui offre un intrt tout spcial ce propos. "Deux barres de fer aimant, tenues horizontalement au-dessus d'elle un demi-mtre de distance, suffisaient tenir son corps suspendu en l'air." Si nos mdecins exprimentaient sur de tels sujets lvits, ils les trouveraient fortement chargs de fluide lectrique de mme nature que celui du lieu qui, suivant la loi de la pesanteur, devrait les attirer ou plutt empcher leur lvitation. Si quelques cas de dsordres physiques nerveux, aussi bien que l'extase spirituelle, produisent sur le sujet ces mmes effets inconsciemment, cela prouve que si cette force dans la nature tait convenablement tudie, elle pourrait tre rgle volont. ALCHIMISTES Ce mot vient de A1 et de Chemi, le feu ou le dieu et patriarche : Kham qui est aussi le nom de l'Egypte. Les Rosicruciens du moyen ge tels que Robertus de Fluctibus (Robert Fludd), Paracelse, Thomas Vaughan (Eugenius Philalethes), Van Helmont et autres, taient tous des alchimistes qui cherchaient l'esprit cach dans toute matire inorganique. Quelques-uns, que dis-je ! La grande majorit des hommes ont accus les alchimistes de charlatanisme et de mensonge. Assurment, des hommes comme Roger Bacon, Agrippa, Henry Kunrath et l'Arabe Geber (celui qui, le premier, apporta en Europe quelques-uns des secrets de la chimie) peuvent difficilement tre tenus pour des imposteurs et encore moins pour des insenss. Les savants qui rforment la physique sur les bases de la thorie atomique de Dmocrite, telle qu'elle a t reformule par John Dalton, oublient pour leur commodit que Dmocrite d'Abdre tait un alchimiste, et qu'un esprit capable de pntrer si avant dans une certaine direction, dans les secrtes oprations de la nature, a d avoir de bonnes raisons d'tudier pour devenir un philosophe hermtique.

Olaus Borrichias dit qu'il faut chercher le berceau de l'alchimie dans des temps les plus reculs. LUMIERE ASTRALE. C'est la lumire sidrale de Paracelse et des autres philosophes hermtiques. Physiquement, c'est l'ther de la science moderne. Mtaphysiquement, et dans son acception spirituelle ou occulte, l'ther est quelque chose de plus que ce qu'on s'imagine souvent. Il est bien dmontr dans la physique occulte et dans l'alchimie, qu'il renferme dans ses ondes sans limites, non seulement la promesse et les potentialits de toute [31] sorte de vie telle que l'entend M. Tyndall, mais encore la ralisation de la puissance de toute espce d'esprit. Alchimistes et Hermtistes croient que leur ther astral ou sidral, outre les proprits cidessus du soufre et celles de la magnsie blanche et rouge, ou magnes, est l'anima mundi, l'atelier de la Nature et du cosmos, aussi bien spirituellement que physiquement. Le "grand magisterium" s'affirme dans le phnomne du mesmrisme, dans la "lvitation" d'tres humains et d'objets inertes, et on peut l'appeler l'ther envisag sous son aspect spirituel. La dnomination astral est ancienne et elle tait employe par quelques No-Platoniciens. Porphyre dcrit le corps cleste, toujours joint l'me, comme "immortel, lumineux, et ressemblant une toile". La racine de ce mot vient peut-tre du mot Scythe : Aist-aer qui signifie toile, ou du mot assyrien Istar qui, suivant Burnouf, le mme sens. Comme les Rosecroix envisageaient le rel comme directement oppos l'apparent ; ils enseignaient que ce qui parat lumire pour la matire n'est qu'obscurit pour l'esprit et ils cherchaient celui-ci dans l'ocan astral de feu invisible qui enveloppe le monde ; ils prtendent avoir suivi la trace de l'esprit divin, galement invisible, qui adombre chaque homme et est, tort, appel me, jusque devant le trne du Dieu Invisible et Inconnu. Comme la grande cause doit toujours rester invisible et impondrable, ils ne pouvaient prouver leurs assertions que par la dmonstration de ses effets sur le monde matriel, en les faisant descendre de l'inconnu des causes dans l'univers connu des effets. Ils dmontraient que cette lumire astrale pntre tout le cosmos et, dans son tat latent, jusqu' la molcule la plus tnue du rocher, s'appuyant, pour cela, sur le phnomne de l'tincelle que l'on fait jaillir du silex et de toute autre pierre, dont l'esprit, lorsqu'il est violemment troubl, se rvle aux regards sous forme d'tincelle, et disparat aussitt dans le domaine de l'inconnu.

Paracelse l'appelle la lumire sidrale, empruntant le terme au latin. Il considre la foule des toiles (y compris notre terre) comme des parties condenses de la lumire astrale, "tombes dans la gnration et la matire", mais dont les manations magntiques ou spirituelles conservent constamment une incessante inter-communication entre elles et la sourcemre de tout la lumire astrale. "Les toiles exercent sur nous un mouvement d'attraction et nous en exerons un semblable sur elles", dit-il. Le corps est le bois, et la vie est le feu, qui vient, comme la lumire, des toiles et du ciel. "La magie, dit-il encore, est la philosophie de l'alchimie 32". Tout ce qui appartient au monde spirituel doit nous [32] venir par l'intermdiaire des toiles et si nous sommes en bonne amiti avec elles, nous arriverons produire les effets magiques les plus grands. "Comme le feu traverse les parois d'un pole en fonte, les toiles passent travers l'homme avec toutes leurs proprits et pntrent en lui, comme la pluie dans la terre qui, grce elle, produit des fruits. Or, remarquez-le, les toiles entourent la terre comme la coquille l'uf ; l'air passe et pntre travers la coquille jusqu'au centre du monde." Le corps humain est soumis une double loi, comme la terre, les plantes et les toiles ; il attire et repousse, car il est satur d'un double magntisme, l'influx de la lumire astrale. Toute chose est double dans la nature. Le magntisme est positif et ngatif, actif et passif, mle et femelle. Pour l'humanit, la nuit constitue un repos aprs l'activit du jour ; elle rtablit ainsi l'quilibre dans la nature humaine aussi bien que cosmique. Lorsque le mesmriseur aura appris le grand secret qui consiste polariser l'action et douer son fluide d'une force bisexuelle, il sera devenu le plus grand magicien vivant. La lumire astrale est donc androgyne, car l'quilibre est la rsultante de deux forces opposes, ragissant ternellement l'une sur l'autre. Le rsultat de cette raction c'est la VIE. Lorsque les deux forces sont tendues et restent inactives assez longtemps pour s'galer et aboutir un repos complet c'est la MORT. Un tre humain peut souffler le chaud ou le froid et il peut absorber de l'air chaud ou froid. Un enfant sait comment rgler la temprature de son souffle ; mais aucun physiologiste n'a encore appris d'une manire certaine se prserver de l'air chaud ou froid. La lumire astrale seule, principal facteur en magie, peut nous dvoiler tous les secrets de la nature. La lumire astrale est identique l'Akasa des Hindous, terme que nous allons maintenant expliquer.
32

De Ente Spirituali, lib. IV ; de Ente astrorum, lib. I ; et opera omnia, vol. I, pp. 634 et 699.

AKASA. Littralement, ce mot, en sanscrit, signifie firmament ; mais, dans son sens mystique, il a la signification de ciel invisible ; ou, comme les Brahmanes l'appellent dans le sacrifice du Soma (le Gyotishtoma Agnishtoma) c'est le dieu Akasa ou le dieu Firmament. La langue des Vedas montre que les Indous d'il y a cinquante sicles lui attribuaient les mmes proprits que les lamas Tibtains d'aujourd'hui, et qu'ils le regardaient comme la source de vie, le rservoir de toute nergie et le moteur de toutes les transformations de la matire. Dans son tat latent, il rpond exactement l'ide que nous avons de l'ther universel ; l'tat actif, il devient l'Akasa, le dieu tout-puissant, dirigeant tout. Dans les mystres et sacrifices Brahmaniques, il joue le rle de Sadasya, prsidant aux effets magiques des crmonies religieuses ; de plus, il a son prtre spcial, ou Hotar, qui prit son nom. Dans l'Inde, [33] comme en d'autres contres de l'antiquit, les prtres sont sur la terre les reprsentants de diffrents dieux ; chacun d'eux prend le nom de la divinit au nom de laquelle il agit. L'Akasa est l'agent indispensable de toute Kritya (opration magique) soit religieuse, soit profane. L'expression brahmanique : Brahma jinvati : " Susciter le Brahma" signifie : veiller le pouvoir qui se trouve latent au fond de toute opration magique de cette nature, car les sacrifices vdiques ne sont que de la magie crmonielle. Ce pouvoir est l'Akasa ou lectricit occulte ; c'est aussi dans un certain sens l'Alkahest des alchimistes ou le dissolvant universel, la mme anima mundi que la lumire astrale. Au moment du sacrifice, cette dernire s'imprgne de l'esprit de Brahma, et devient ainsi, momentanment, Brahma lui-mme. C'est videmment l l'origine du dogme chrtien de la transubstantiation. Quant aux effets les plus gnraux de l'Akasa, l'auteur d'un des ouvrages les plus modernes sur la philosophie occulte (l'Art magique), donne pour la premire fois une explication trs intelligente et intressante de l'Akasa dans ses rapports avec les phnomnes attribus son influence par les fakirs et les lamas. ANTHROPOLOGIE. C'est la science de l'homme qui embrasse entre autres choses : La Physiologie, branche de la science naturelle qui tudie les mystres des organes et leurs fonctions dans l'homme, dans les animaux et les plantes. Elle comprend aussi, et spcialement :

La Psychologie, cette grande science de l'me, de nos jours si nglige, me considre tant comme entit distincte de l'esprit, que dans ses relations avec l'esprit et le corps. Dans la science moderne, la psychologie s'occupe seulement, ou principalement, des conditions du systme nerveux et ignore, presque totalement, l'essence et la nature psychique. Les mdecins appellent psychologie la science qui traite de l'alination mentale, et la chaire qui, dans les facults, est consacre l'tude de la folie, porte cette tiquette. CHALDEEENS OU KASDIM. Ce fut d'abord une tribu, et, plus tard, une caste de savants cabalistes. Ils taient les savants, les mages de Babylone, astrologues et devins. Le clbre Hillel, prcurseur de Jsus dans la philosophie et la morale, tait Chalden. Frank, dans sa Kabbala, signale la ressemblance intime qui existe entre la doctrine secrte de l'Avesta et la mtaphysique religieuse de la Chalde. CREATION. Le lecteur est prvenu que le mot est employ par l'auteur avec l'unique dessein de ne pas crer de confusion inutile. Pour nous "cration" veut toujours dire la formation de [34] quelque chose l'aide de matriaux prexistants. Le terme Evolution n'tant pas encore assez usit, nous avons prfr la vieille expression. Inutile d'ajouter que nous ne croyons pas la cration spontane, mme d'un atome. La matire est ternelle ; ce que nous en voyons est la substance concrte et visible d'un TOUT spirituel et abstrait. DACTYLES (daktulos, doigt). Nom donn aux prtres du culte de.Kybel (Cyble). Quelques archologues font driver ce mot de : dactulos, mot grec qui signifie : "doigt" parce qu'ils taient dix ; comme les doigts des mains. Nous ne croyons pas nanmoins que cette hypothse soit exacte. Les nombres de Pythagore en donneront une ide bien plus correcte. DMONS. Nom donn par les peuples de l'antiquit, et particulirement par les philosophes de l'cole d'Alexandrie, tous genres d'esprits, bons ou mauvais, humains ou autres. Cette dsignation est souvent synonyme de dieux et anges. Mais quelques philosophes ont essay, avec raison, de faire une juste distinction entre ces nombreuses classes.

DMIURGE OU DEMIURGOS. L'artisan : Le Suprme Pouvoir qui a bti l'Univers. Les franc-maons ont tir de ce mot leur : "Architecte Suprme". Les principaux magistrats de certaines cits Grecques portaient ce titre. DERVICHES. Ou "enchanteurs tourneurs", comme on les appelle. A part les austrits de la vie, la prire et la contemplation, les dvots Mahomtans n'offrent que peu de ressemblance avec le "fakir" Indou. Ce dernier, peut devenir Samnyasi ou saint et mendiant sacr ; le premier, ne dpasse jamais la seconde classe de manifestations occultes. Le derviche peut tre aussi un puissant magntiseur, mais il ne se soumettra jamais aux incroyables preuves et aux chtiments que s'afflige le fakir qui invente de nouveaux supplices avec une frnsie toujours croissante jusqu' ce que la nature succombe et qu'il meure en d'affreuses et lentes tortures. Les oprations les plus terribles, telles que se faire corcher les membres vifs, se faire amputer les orteils, les pieds, les jambes, arracher les yeux, se laisser enterrer vif jusqu'au cou et passer des mois entiers dans cette cruelle position, paraissent tre des jeux d'enfant pour eux. Une des tortures la plus courante, laquelle ils se soumettent est celle du Tshiddy-Parvady 33. Elle consiste suspendre le "fakir" l'une des branches mobiles d'une sorte [35] de gibet que l'on voit dans le voisinage de beaucoup de temples. A l'extrmit de cette branche, est fixe une poulie sur laquelle passe une corde termine par un crochet en fer. Ce crochet est plong dans le dos du fakir qui, inondant le sol de son sang est enlev en l'air ; puis on le fait tourner autour du bras du gibet. Depuis le dbut de cette cruelle opration jusqu' ce qu'il soit dcroch, ou que la chair se dchire sous le poids du corps et qu'il tombe sur la tte des spectateurs, pas un muscle de sa face ne remue. Il reste calme et grave et aussi matre de lui que s'il prenait un bain rafrachissant. Le "fakir" aura un sourire de mpris en prsence de toutes les tortures imaginables, persuad que, plus son corps mortel est mortifi, plus son corps intrieur, spirituel, deviendra brillant et saint. Mais jamais le derviche, ni dans l'Inde, ni dans d'autres pays Musulmans, ne se soumettrait de pareilles preuves. DRUIDES. Caste sacerdotale qui florissait dans la Grande-Bretagne et dans la Gaule.

33

Plus communment nomm : charak-poj.

ESPRIT. Le dfaut d'un accord mutuel des crivains dans l'emploi de ce mot a eu pour rsultat une confusion complte. On en fait communment un synonyme d'me, et les auteurs de dictionnaires renforcent cet usage. C'est la consquence naturelle de notre ignorance de l'autre mot, et de notre rejet de la classification des anciens. Nous essayons, ailleurs, de rendre claire la distinction qui existe entre ces deux termes "esprit" et "me". II n'y a pas, dans cet ouvrage, de passage plus important. En attendant, nous nous contenterons de dire que l' "esprit" est le vo nous de Platon, le septime principe immortel, immatriel, et purement divin de l'homme, la couronne de la Triade humaine, tandis que : L'me est le u ou le nephesh de la Bible, le principe vital, ou le souffle de vie que tout animal, jusqu'aux infusoires, partage avec l'homme et possde comme lui. Dans les traductions de la Bible ce terme est rendu indiffremment par les mots vie, sang, me. "Ne tuons pas son nephesh", dit le texte original ; "Ne le tuons pas" traduisent les chrtiens (Gense XXXVII, 21.) et ainsi de suite. ESPRITS ELEMENTAUX. Les cratures voluant dans les quatre rgnes de la terre, de l'air, du feu et de l'eau, et appeles par les cabalistes : gnomes, sylphes, salamandres et ondines. On peut les appeler les forces de la nature ; ils agissent, soit comme agents serviles des lois gnrales, soit comme agents employs par les esprits dsincarns, purs ou impurs, et par les adeptes vivants [36] de la magie et de la sorcellerie, pour produire des phnomnes dtermins. Ces tres ne deviennent jamais des hommes 34. Sous la dsignation gnrale de fes et de nymphes des bois, ces esprits des lments apparaissent dans le mythe, la fable, la tradition ou la posie de toutes les nations anciennes ou modernes. Les noms qu'on leur donne sont lgion : pris, devs, djins, sylvains, satyres, faunes, elphes, nains, kohigans, farfadets, kobolds, ondines, dryades, goblins, goules,
34

Les personnes qui croient au pouvoir de clairvoyance mais qui sont disposes douter de l'existence, dans la nature, d'autres esprits que des esprits humains dsincarns, seront intresses par la lecture du compte rendu d'observations de clairvoyance paru dans le London Spiritualist du 29 juin 1877. Au moment o un orage allait clater, la voyante aperut un "esprit lumineux mergeant d'un nuage sombre et traversant l'espace avec la rapidit de l'clair. Quelques minutes aprs, elle vit une ligne diagonale d'esprits sombres dans les nuages". Ce sont les Marouts des Vedas. (Voir Rig-Veda-Sanhita de Max Muller). Mrs Emma Hardinge Britten, confrencire bien connue et estime, crivain et clairvoyante, a publi des rcits de ses frquentes expriences avec les esprits lmentaires.

dames blanches, etc. Ils ont t vus, redouts, bnis, chasss et invoqus dans toutes les parties du globe et dans tous les temps. Devons-nous donc admettre que tous ceux qui en ont rencontr taient des hallucins ? Ces lmentaux sont, en spiritisme, les principaux agents des esprits dsincarns, mais jamais visibles dans les sances spirites, et ce sont eux qui y produisent tous les phnomnes, sauf les subjectifs. ESPRITS ELEMENTAIRES. A proprement parler, les mes dsincorpores des hommes dpravs ; ces "mes" s'tant spares finalement avant la mort, de leur esprit divin, ont ainsi perdu toute chance d'immortalit. Eliphas Levi et quelques autres Cabalistes ne font gure de distinction entre les esprits lmentaires, qui furent des humains, et les tres qui peuplent les lments et sont les forces aveugles de la nature. Spares de leur corps, les mes (que l'on nomme aussi "corps astrals"), de personnes purement matrielles sont irrsistiblement attires vers la terre, o elles ont une existence temporaire et limite, parmi les lments en affinit avec leur nature grossire. Pour n'avoir jamais cultiv leur spiritualit pendant leur vie naturelle, mais toujours subordonn celle-ci ce qui est grossier et matriel, elles sont maintenant impropres la carrire plus leve des tres purs dsincarns, pour lesquels l'atmosphre terrestre est touffante et mphitique et qui aspirent la fuir. Aprs un laps de temps plus ou moins long, ces mes matrielles se dsagrgent et, finalement, se fondent, atome par atome, comme une colonne de nue, dans les lments environnants.[37] ESSENIENS. De Asa, le gurisseur, secte juive que Pline dit avoir vcu prs de la Mer Morte, "per millia seculorum", pendant des milliers de sicles. Quelques auteurs ont suppos qu'ils taient des ultra-Pharisiens ; d'autres, qui pourraient tre dans le vrai, supposent que ce sont les descendants des Benim Nabim de la Bible et qu'ils taient des "Knites" et des Nazarites. Ils avaient beaucoup d'ides et de pratiques bouddhiques ; il est aussi remarquer que les prtres de la Grande Mre Ephse, de Diane-Bhavani aux nombreuses mamelles, taient galement dsigns de la mme faon. Eusbe, et, aprs lui, De Quincey, dclare que ce sont les premiers chrtiens, ce qui est plus que probable. Le titre de "frre" usit dans l'glise primitive tait une appellation Essnienne : Ils formaient une fraternit, un koinobion ou communaut, comme celle des premiers convertis. Or, il faut remarquer que, seuls, les Saducens ou Zadokites, la caste sacerdotale et leurs partisans, ont perscut les chrtiens. Les

Pharisiens taient gnralement scholastiques et doux et prenaient souvent parti pour eux. Jacques le Juste demeura Pharisien jusqu' sa mort ; par contre, Paul ou Aher tait tenu pour schismatique. VOLUTION. C'est le dveloppement des ordres suprieurs d'animaux issus des infrieurs. La science moderne, dite exacte, s'en tient une volution physique unilatrale, vitant prudemment et ignorant l'volution spirituelle plus leve, ce qui obligerait nos contemporains reconnatre la supriorit des philosophes et psychologues anciens. Les sages de l'antiquit, en remontant l'INCONNAISSABLE, prenaient pour point de dpart la premire manifestation de l'invisible, l'invitable, et, par un raisonnement de logique stricte, l'absolue ncessit de l'Etre Crateur, le Dmiurge de l'Univers. Pour eux, l'volution commenait avec le pur esprit, qui, descendant de plus en plus bas, prenait finalement une forme visible et comprhensible, et devenait matire. Arrivs ce point, ils spculrent suivant la mthode de Darwin, mais sur une base bien plus tendue et bien plus large. Dans le Rig-Veda-Sanhita, le livre le plus ancien du monde 35 auquel les plus prudents des Indianistes et des Sanscritistes assignent une antiquit de deux trois mille ans avant Jsus-Christ), il est dit dans le premier livre "Hymnes aux Marouts" : "Le Non-Etre et l'Etre sont au plus haut des Cieux, dans le lieu de naissance de Daksha, dans le sein d'Aditi." (Mandala 1 soukta 166) "Dans le premier temps des Dieux, l'Etre (la Divinit comprhensible) tait n du Non-Etre (celui que nulle intelligence ne peut [38] comprendre) ; aprs lui, naquirent les Rgions (l'invisible), et d'elles naquit Outtanapada". "D'Outtanapada naquit la Terre et de la Terre naquirent les Rgions (visibles). Daksha naquit d'Aditi, et Aditi de Daksha."

35

Traduit par Max Mller, Prof. de Philologie Compare Oxford.

(Mandala, 1 soukta 166 et suiv.) Aditi, c'est l'Infini, et Daksha est daksha-pitarah dont le sens littral est les pres des dieux, ce que Max Muller et Roth traduisent par les pres de la force, "conservant, possdant et accordant des facults". Il est donc facile de constater que "Daksha n d'Aditi et Aditi ne de Daksha" signifie ce que les modernes appellent "la corrlation des forces" d'autant plus que nous trouvons les lignes suivantes dans ce passage (traduit par Prof. Muller) : "Je fais d'Agni la source de tous les tres, le pre des forces"(III, 27, 2). C'est l'ide claire et identique qui prvalait dans les doctrines des Zoroastriens, des Mages et des philosophes de la fin du moyen ge. Agni est dieu du feu, de l'Ether Spirituel, la substance mme de l'essence divine du Dieu Invisible prsent dans chaque atome de Sa cration et appel par les Rose-croix le "Feu Cleste". Si seulement nous comparons soigneusement les versets de ce mme Mandala dont l'un dit : "Le ciel est votre pre, la terre votre mre, Soma votre frre, et Aditi votre sur" (1, 191, 6), avec l'inscription qui figure sur les Tables d'Emeraude d'Hermes, nous y trouvons la mme base de philosophie mtaphysique, des doctrines identiques ! "Comme toutes choses furent produites par la mdiation d'un seul tre, toutes choses drivrent de cette seule chose, par adaptation : Son pre est le soleil, sa mre est la lune, etc. Spare la terre du feu, le subtil du grossier. Ce que j'avais dire sur l'opration du soleil est complt". (Table d'Emeraude) 36 Le professeur Max Muller voit dans ce Mandala" enfin une sorte de thogonie, quoique remplie de contradictions" 37. Les alchimistes,
36

Comme nous traiterons plus loin de la parfaite identit des doctrines philosophiques et religieuses de l'antiquit, nous ne nous tendrons pas sur ce sujet, pour le moment. Rig-Veda-Anhita, p. 234.

37

cabalistes et adeptes de la philosophie mystique y trouveront un systme parfaitement dfini de l'volution dans la Cosmogonie d'un peuple qui vivait des milliers d'annes avant notre re. Ils y trouveront en outre une parfaite identit de pense, et mme de doctrine, avec la philosophie Hermtique et celle aussi de Pythagore et de Platon. Dans l'Evolution, telle qu'on commence maintenant la comprendre, on suppose la matire doue d'une tendance prendre une forme plus leve hypothse clairement exprime par Manou et les autres philosophes Indous de la plus haute antiquit. L'arbre [39] des philosophes en est une illustration dans le cas de la solution de sels de zinc 38. La controverse engage entre les partisans de cette cole et les Emanationnistes peut tre brivement expose ainsi : l'Evolutionniste arrte toute recherche aux frontires de l' "Inconnaissable", l'Emanationniste croit que rien ne peut voluer, ou, pour tre plus clair, il suppose que rien ne peut sortir de la matrice et natre, moins que ce phnomne n'ait t prcd d'une phase d'involution, ce qui montre que la vie vient d'une puissance spirituelle qui est au dessus de tout. FAKIRS. Dvots religieux de l'Inde. Ils sont gnralement attachs aux pagodes Brahmaniques et suivent les lois de Manou. Un fakir strictement religieux est absolument nu l'exception d'un petit morceau d'toffe appele dhoti, autour des reins. Il porte les cheveux longs et s'en sert comme des poches, y piquant divers objets, tels qu'une pipe, une petite flte nomme vagudah dont les sons jettent les serpents dans une torpeur cataleptique et parfois sa baguette de bambou, d'un pied de long environ, avec les sept nuds mystiques. Le fakir reoit cette baguette magique, de son gourou le jour de son initiation, en mme temps que les trois mantrams qui lui sont communiqus "de la bouche l'oreille". On ne verra jamais un fakir sans ce puissant auxiliaire ; c'est, ce qu'ils prtendent tous, la baguette divinatoire et la cause de tous les phnomnes occultes produits par eux 39. Le Fakir brahmanique se distingue compltement du mendiant
38

Il s'agit ici de l'une de ces vgtations cristallines obtenues, en chimie, par des prcipits de sels dtermins (N. de l'E.). Philostrate assure que, de son temps, les Brahmines pouvaient oprer les cures les plus merveilleuses en prononant simplement certaines paroles magiques. "Les Brahmines Indiens portent un bton et un anneau au moyen desquels ils peuvent faire presque tout ce qu'ils veulent". Origne, dans son livre Contra Celsum, dclare la mme chose. Mais si on ne joint pas un fort fluide magntique, par le regard, par exemple, et sans autre contact, aucun mot magique ne sera efficace.

39

musulman de l'Inde et que l'on appelle aussi fakir dans certaines parties du territoire britannique. HERMETISTES. D'Herms, le dieu de la Sagesse connu en Egypte, en Syrie et en Phnicie sous les noms de Thoth, Tat, Adad, Seth et Sat-an (qu'il ne faut pas prendre dans le sens o l'entendent les Musulmans et les Chrtiens), et en Grce sous celui de Kadmos. Les cabalistes l'identifient avec Adam Kadmon, la premire manifestation de la Puissance Divine, et avec Enoch. Il y a eu deux Herms ; le plus ancien fut le Trismgite et, le second, une manation, une "permutation" du premier, le frre et le prcepteur d'Isis et d'Osiris. Herms est le dieu de la sagesse sacerdotale, comme Mazeus. [40] HIEROPHANTE. Rvlateur de la Science Sacre. L'Ancien, le chef des Adeptes aux initiations, qui expliquait aux nophytes la science secrte, portait ce titre. En Hbreu et en Chalden le terme tait Peter qui veut dire ouvreur, dvoileur. Par consquent, le Pape, comme successeur des hirophantes des anciens Mystres, sige sur la chaire paenne de Saint-Pierre. La haine de l'Eglise Catholique contre les alchimistes et la science astronomique et secrte, s'explique par le fait que ces connaissances taient une antique prrogative de l'hirophante ou reprsentant de Pierre, qui gardait les mystres de la vie et de la mort. C'est pourquoi des hommes tels que Bruno, Galile et Kepler, et mme Cagliostro, qui empitrent sur le domaine rserv l'Eglise, ont t condamns et mis mort. Chaque nation a eu ses mystres et ses hirophantes. Les Juifs euxmmes eurent leur Pierre Tanam ou Rabbin, tels que Hillel, Akiba 40 et autres fameux cabalistes, qui, seuls, pouvaient enseigner le terrible savoir contenu dans la Merkaba. Il y eut, autrefois, dans l'Inde, un hirophante ; il y en a aujourd'hui plusieurs, rpandus dans le pays, attachs aux principales Pagodes, et connus comme Brahma-tms. Dans le Tibet, le chef hirophante est le Dala ou Tal-Lama de Lha-ssa 41. Parmi les nations chrtiennes, les Catholiques seuls ont conserv cette coutume paenne,
40

Akiba, ami d'Aher, qu'on dit avoir t l'aptre Paul de l'histoire chrtienne. Tous deux sont censs avoir visit le Paradis. Aher rapporta des branches de l'Arbre de la Connaissance, et se dtacha ainsi de la vraie religion (juive). Akiba revint en paix. Voyez deuxime Eptre aux Corinthiens, chap. XII. Taley signifie : Ocan ou Mer.

41

dans la personne de leur Pape, quoiqu'ils aient pitoyablement rabaiss la majest et la dignit de cette fonction sacre. INITIES. On appelait ainsi, dans l'antiquit, ceux qui avaient t initis aux arcanes enseigns par les hirophantes des Mystres. Dans les temps modernes, s'appellent ainsi ceux qui ont t initis par les adeptes de la science mystique la connaissance de ses mystres, mystres qui, malgr le cours des sicles, ont encore un petit nombre de vritables fidles sur la terre. CABALISTES. De Kabala, tradition orale, non crite. Le cabaliste est l'homme qui tudie la "science secrte", qui interprte le sens cach des Ecritures l'aide de la Cabale symbolique, et qui, par ce moyen, explique le sens rel du texte. Les Tanam furent les premiers cabalistes, parmi les Juifs. Ils parurent Jrusalem vers le commencement du IIIme sicle avant l're chrtienne. Les livres d'Ezchiel, de Daniel, d'Henoch et l'Apocalypse de saint Jean sont purement cabalistiques. Cette doctrine secrte [41] est identique celle des Chaldens, et renferme en mme temps beaucoup de la science des Perses ou "magie". LAMAS. Moines Bouddhistes qui sont la religion lamaique du Tibet, ce que sont par exemple, les moines la religion catholique romaine. Chaque lama est sujet du grand Tal-Lama, le Pape Bouddhique du Tibet Lha-ssa, rincarnation du Bouddha ; mais tout lama initi ne relve que du Teschu-Lama, le grand Initi et adepte qui demeure Shiga-ts. MAGE. De Mag ou Maha. Ce mot est la racine du mot Magicien. Dans les temps pr-vdiques. Maha-tma (la grande Ame ou Esprit), dans l'Inde, eut ses prtres. Les Mages taient les prtres du dieu du feu. Nous les trouvons parmi les Assyriens et les Babyloniens aussi bien que chez les Perses, adorateurs du feu. Les trois mages, nomms aussi rois, que l'on dit avoir fait des prsents d'or, d'encens et de myrrhe l'enfant Jsus, taient comme les autres des adorateurs du feu et astrologues, car ils virent son toile. Le grand-prtre des Parsis, Sourat, est appel Mobed. Certains auteurs font driver le mot mage de Megh ; Meh-ab veut dire quelque chose de grand, de noble. Suivant Kleuker, les disciples de Zoroastre taient appels Meghestom.

MAGICIEN. Ce terme tait autrefois un titre de renomme et de distinction qui, depuis, a t entirement dtourn de sa vritable signification. Jadis synonyme de tout ce qui tait honorable et digne d'tre vnr, de possesseur de la sagesse et de la science, il a t dgrad au point d'tre devenu une pithte pour un fourbe, un jongleur, un charlatan, en un mot, un homme qui a vendu son me au diable, qui fait un mauvais usage de son savoir et l'emploie des choses viles et dangereuses, s'il faut en croire le clerg et une masse de niais superstitieux qui croient qu'un magicien est un sorcier et un enchanteur. Mais les chrtiens oublient apparemment que Mose tait aussi un magicien, et que Daniel fut "un Matre des magiciens, des astrologues, des chaldens et des devins" (Daniel V. II). Donc, le mot Magicien, scientifiquement parlant, est driv de Magh, Mah (Hindi), ou du sanscrit MANA, "grand". C'est un homme vers dans les sciences secrtes ou sotriques ; proprement parler un sacerdote. MANTIQUE. De manteis, prophte. Dlire prophtique. Le don de prophtie tait dvelopp dans cet tat. Les deux mots sont presque synonymes. L'un tait aussi estim que l'autre. Pythagore et Platon tenaient ce don en haute estime, et Socrate engageait ses disciples tudier l'art mantique. Les Pres de l'Eglise qui blmaient si svrement la frnsie mantique chez [42] les prtres paens et les Pythies, n'hsitaient pas l'employer pour leur propre compte. Les Montanistes qui tirent leur nom de Montanus, vque de Phrygie considr comme divinement inspir, rivalisaient avec les manteis ou prophtes. "Tertullien, Augustin et les martyrs de Carthage", dit l'auteur de Prophecy, Ancient and Modern, "furent de ce nombre", et il ajoute : "les Montanistes paraissent avoir imit les Bacchantes par le sauvage enthousiasme qui caractrisait leurs orgies". Les opinions sont partages au sujet de l'origine du mot mantique. Au temps de Melampus et de Prtus, roi d'Argos, il y avait le clbre Mantis le Voyant, et, peu prs cette poque, vivait aussi Manto, fille du prophte de Thbes, prophtesse elle-mme. Cicron dcrit la prophtie et le dlire mantique en disant "que dans les replis les plus cachs de l'esprit, se trouve enfoui et confin le don divin de prophtie, impulsion divine qui, lorsqu'elle se manifeste avec grande intensit, est appele fureur" (frnsie, folie). Mais il est encore une autre tymologie possible pour le mot mantis, et nous doutons fort que les philologues y ait jamais pens. Il est peut-tre

possible, en effet, que la folie mantique ait une origine beaucoup plus ancienne encore. Les deux coupes du sacrifice du mystre de Soma, employes pendant les rites religieux, et gnralement connus sous le nom de Grahs, sont respectivement nommes Soukra et Manti 42. C'est dans cette dernire coupe : manti ou manthi que, dit-on, Brahma est "rveill". Pendant que l'initi boit (si peu que ce soit) de cette liqueur sacre, Soma, le Brahma, ou plutt son "esprit" personnifi dans le dieuSoma, entre dans l'homme et prend possession de lui. De l, vision extatique, clairvoyance et don de prophtie. Les deux genres de divination, naturelle et artificielle sont provoqus par le Soma. La coupe Soukra rveille tout ce que la nature a donn l'homme. Elle unit l'esprit et l'me, et ceux-ci, par leurs propres nature et essence, qui sont divines, ont la prescience des choses futures, comme le dmontrent des rves, des visions inattendues et des pressentiments. Le contenu de l'autre coupe, la manti qui "rveille le Brahma" met l'me en communication, non seulement avec les dieux mineurs, les esprits bien informs mais non pas omniscients mais encore avec l'essence divine la plus leve. L'me reoit une illumination directe de la prsence de son "dieu" ; cependant, comme il ne lui est pas donn de se rappeler certaines choses, qui ne sont bien connues que dans le ciel, la personne initie est gnralement saisie d'une sorte de frnsie sacre, et, lorsqu'elle en revient, elle ne se souvient que de ce qui lui est permis de se rappeler. [43] Quant l'autre genre de voyants et de devins, ceux qui en font profession et une source de bnfices, on dit qu'ils sont possds par un gandharva, une sorte de divinit qui, nulle part n'est moins honore que dans l'Inde. MANTRA. Mot sanscrit qui renferme l'ide de "Nom Ineffable". Quelques mantras, lorsqu'ils sont prononcs suivant la formule magique enseigne dans l'Atharva Veda, produisent un effet instantan et merveilleux. Dans son sens gnral, cependant, un mantra est, ou simplement une prire aux dieux et aux puissances du ciel, telle qu'elle est enseigne dans les livres Brahmaniques et particulirement dans Manou, ou bien un charme magique. Dans son sens sotrique, le "mot" du mantra, ou parole mystique, est appel par les Brahmes Vch et se trouve dans le

42

Voyez Aptarepa Brahmanan, 3, 1.

mantra qui, littralement, signifie les parties des livres sacres qui sont considres comme les Srouti ou rvlation divine directe. MARABOUT. Plerin mahomtan qui a t La Mecque ; un saint dont le corps est plac, aprs la mort, dans un spulcre ouvert bti la surface du sol comme tous les autres difices, mais au milieu des rues et des places publiques. Plac dans l'intrieur de la petite et unique chambre de ce tombeau (on peut voir aujourd'hui plusieurs de ces sarcophages de brique et de mortier dans les rues et les places du Caire), la dvotion des passants entretient la tte, une lampe qui brle toujours. Les tombes de quelques-uns de ces marabouts ont une grande renomme pour les miracles qu'on leur attribue. MATRIALISATION. Terme employ par les spirites pour le phnomne au cours duquel un esprit se "revt d'une forme matrielle". L'expression bien moins contestable : manifestation de forme a t propose par M. Stainton Moses de Londres. Lorsque la nature relle de ces apparitions sera mieux comprise, on adoptera sans doute un terme encore mieux appropri au phnomne. Il est inadmissible d'appeler ces apparitions des esprits matrialiss, car ce ne sont point des esprits, mais des statues animes. MAZDENS. De (Ahoura) mazda (Yasma de Spiegel, XI). C'taient les anciens nobles Persans qui rendaient un culte Ormuzd, rejetant les images, ils inspirrent aux Juifs la mme horreur pour toute reprsentation concrte de la divinit. Au temps d'Hrodote ils paraissent avoir t remplacs par les Mages. Les Parsis et les Ghebers (geberim ; les puissants, Gen. VI et X. 8) semblent, en effet, avoir t des fidles des Mages. Par suite d'une curieuse confusion, Zoro-Aster, (Zro, un cercle, un fils, ou prtre : Aster, Ishtar, ou Astarte (toile, dans le dialecte Aryen), [44] titre du chef des Mages et des adorateurs du feu ou Sourya-Ishtara) est souvent confondu, l'heure actuelle, avec Zara-toustra, le clbre aptre Mazden (Zoroastre). METEMPSYCHOSE. Ce mot signifie : le progrs de l'me, d'un moment donn de l'existence un autre. Le mot a t vulgairement employ pour indiquer la renaissance dans des corps d'animaux. Il est en gnral mal compris par toutes les classes de la Socit, en Europe et en Amrique, mme par un grand nombre de savants. L'axiome cabaliste : "Une pierre devient une plante, une plante un animal, un animal un

homme, un homme un esprit, et un esprit un dieu", est expliqu dans le Manava-Dharma-Sastra comme en d'autres livres brahmaniques. MYSTERES. Teletai, en grec (les fins), terme analogue teleuteia ou mort. Les mystres comportaient des pratiques, tenues gnralement secrtes aux profanes non initis, et aux cours desquelles, l'aide de reprsentations dramatiques et autres moyens, taient enseigns l'origine des choses, la nature de l'esprit humain, les rapports de ce dernier avec le corps, la mthode de purification et la restauration une vie suprieure. On y enseignait aussi, et de la mme manire, la physique, la mdecine, la musique, l'art divinatoire. Le Serment d'Hippocrate n'tait qu'une obligation d'ordre mystique. Hippocrate tait prtre d'Asklepios, prtre dont quelques crits furent par chance rendus publics. Par contre, les Asclepiades taient des initis au culte du serpent d'sculape, comme les bacchantes dsignaient celles du culte de Dyonisos ; ces deux rites furent finalement absorbs dans celui d'Eleusis. Nous reviendrons sur les mystres, dans les chapitres suivants. MYSTIQUES. Les initis. Toutefois, au moyen ge, et des poques ultrieures, ce terme fut appliqu des personnalits tels que Bhme le Thosophe, Molinos le Quitiste, Nicolas de Ble, etc. qui croyaient la possibilit d'une communion intrieure et directe avec Dieu, communion analogue l'inspiration des prophtes. NABIA. Clairvoyance, divination ; le plus ancien et le plus considr des phnomnes mystiques ; Nabia est le nom que donne la bible au don de prophtie ; il est, juste titre, rang au nombre des pouvoirs spirituels tels que : divinations, visions clairvoyantes, extases, oracles. Alors qu'enchanteurs, devins, astrologues mmes sont rigoureusement condamns dans les livres de Mose, le don de prophtie, la voyance et nabia y paraissent tre des dons du ciel. Autrefois, on les appelait tous Epopta, mot grec signifiant voyants, clairvoyants ; ils furent plus tard dsigns sous la dnomination [45] de Nebim, "pluriel de Nebo, dieu babylonien de la sagesse". Les cabalistes font une distinction entre voyant et magicien l'un tant passif, l'autre actif. Nebirah est celui qui regarde dans l'avenir, c'est le clairvoyant ; Nebi-poel est celui qui possde des pouvoirs magiques. Nous constatons qu'Elie et Appollonius eurent recours aux mmes procds pour s'isoler des influences gnantes du monde extrieur ; ils s'enveloppaient la tte d'un chle de laine, sans doute parce que ce tissu est mauvais conducteur de l'lectricit.

OCCULTISTE. Celui qui tudie les diverses branches de la science occulte. Le terme est employ par les cabalistes franais. (Voir les uvres d'Eliphas Levi). L'occultisme, embrasse toute la srie des phnomnes psychologiques, physiologiques, cosmiques, physiques et spirituels. Il est driv du mot occulte cach, secret. Il s'applique par consquent l'tude de la Cabale, de l'astrologie, de l'alchimie et de toutes les sciences secrtes. DIEUX PAIENS. Cette expression de Dieux est faussement comprise par la plus grande partie des lecteurs, comme s'appliquant aux idoles. L'ide qui y est attache n'est pas celle de quelque chose d'objectif ou d'anthropomorphe. A l'exception des cas o le mot : "dieux" s'applique des entits plantaires divines (des anges), ou des esprits dsincorpors d'hommes purs, ce mot porte dans l'esprit du mystique, Hotarh Indou, Mage Mazden, hirophante Egyptien, ou disciple des philosophes Grecs l'ide d'une manifestation visible ou reconnaissable d'une puissance invisible de la nature. Ces diverses puissances occultes sont invoques sous le nom de divers dieux qui personnifient ces pouvoirs ce momentl. C'est ainsi que chacune des innombrables divinits des Panthons Indou, Egyptien et Grec, est tout simplement une des forces de "l'Univers Invisible". Lorsque le Brahmane officiant invoque Aditya qui, dans son rle cosmique est la desse-soleil, il commande simplement cette puissance (personnifie en un dieu) qui, selon lui, "rside dans le Mantra comme Vch sacre". Ces dieux-forces sont allgoriquement envisags comme les Hotars divins du Suprme, tandis que le prtre, le Brahmane, est le Hotar humain qui officie sur terre, et reprsentant cette puissance particulire, il devient une sorte d'ambassadeur, investi des pouvoirs de celui qu'il reprsente. PITRIS. On croit gnralement que le terme Hindou Pitris s'applique aux esprits de nos anctres directs, de personnes dsincarnes. De l, l'argument de certains spirites pour qui les fakirs et autres thaumaturges de l'Orient sont des mdiums ; les spirites [46] avouent tre incapables de produire quelque chose sans le secours des Pitris, dont ils sont les dociles instruments. C'est une erreur plus d'un point de vue. En premier lieu, les Pitris d'abord ne sont point les anctres des hommes actuellement vivants, mais bien ceux du genre humain ou race Adamique ; ce sont les esprits de races humaines qui, sur la vaste chelle de l'volution descendante, ont prcd nos races d'hommes, et qui, tant au point de vue physique qu'au point de vue spirituel, taient de beaucoup suprieurs nos modernes

pygmes. Dans le Manava-Dharma-Sastra ils sont appels les Anctres Lunaires. PYTHIE OU PYTHONISSE. Webster carte trs rapidement ce mot en disant que c'tait le nom donn la personne qui rendait les oracles dans le temple de Delphes et toute femme suppose doue de l'esprit de divination une sorcire ce qui n'est ni flatteur, ni exact, ni juste. Une pythie, d'aprs Plutarque, Jamblique, Lamprias et autres, tait une sensitive nerveuse ; elle tait choisie jeune et pure dans les classes les plus pauvres. Attache au temple, dans l'enceinte duquel elle tait loge l'cart de tous, et chez elle n'tait admis que le prtre ou voyant. Elle n'avait aucune communication avec le monde extrieur, et sa vie tait plus stricte et plus asctique que celle des nonnes catholiques. Assise sur un trpied de bronze plac au-dessus d'une fissure du sol travers laquelle montaient des vapeurs enivrantes, ces exhalaisons souterraines pntraient tout son organisme et produisaient en elle le dlire prophtique. Dans cet tat anormal, elle rendait des oracles. Elle tait quelquefois appele ventriloqua vates 43, prophtesse ventriloque. Les anciens plaaient l'me astrale de l'homme u, ou sa soiconscience dans le creux de l'estomac. Les Brahmanes partagent cette croyance, avec Platon et d'autres philosophes. Ainsi, nous trouvons dans le quatrime verset du second Hymne Nabhanedishtha ce qui suit : "Ecoutez, enfants des dieux (esprits), celui qui parle par son nombril (nbh) car il vous salue dans vos demeures !" Bien des Sanscritistes reconnaissent que cette croyance est une des plus anciennes parmi les Hindous. Les fakirs modernes, aussi bien que les anciens gymnosophistes s'unissent leur Atman, et la Divinit, en restant immobiles, en concentrant toute leur pense sur leur nombril. Comme dans les phnomnes somnambuliques modernes, le nombril tait regard comme le "cercle du [47] soleil", le sige de la lumire divine interne 44. Le fait que de nombreux somnambules modernes sont capables de lire des lettres, d'entendre, de sentir et de voir par cette partie du corps, doit-il tre
43 44

V. Panthon : Myths, p. 31 ; et Aristophane dans Vstas, 1er, reg. 28.

L'oracle d'Apollon se trouvait Delphes, la ville du u, matrice ou abdomen ; la place du temple tait nomme l'omphalos ou nombril. Les symboles sont fminins et lunaires ; nous rappelant que les Arcadiens taient appels Proselemis, pr-Hellenes ou antrieurs la priode dans laquelle le culte lunaire Ionien et Olympien fut introduit.

considr comme une simple concidence, ou devons-nous en fin de compte admettre que les sages de l'antiquit en savaient un peu plus que nos modernes Acadmiciens sur les mystres physiologiques et psychologiques ? Dans la Perse moderne, lorsqu'un "magicien" (souvent tout simplement un magntiseur), est consult propos de vols ou d'autres circonstances embarrassantes, il se fait des manipulations sur le creux de l'estomac et se met ainsi en tat de clairvoyance. Des Parsis modernes, remarque un traducteur des Rig vedas, croient encore que leurs adeptes ont dans le nombril, une flamme qui dissipe pour eux toutes tnbres et leur fait dcouvrir le monde spirituel aussi bien que les choses invisibles ou loignes. Ils l'appellent la lampe du Deshtour ou grand-prtre, la lumire du Dikshita (l'initi) qu'ils dsignent encore par une foule de noms. SAMOTHRACES. Dsignation des Dieux honors en Samothrace dans les Mystres. Ils taient considrs comme identiques avec les Kabires, les Dioscures, et les Corybantes. Leurs noms taient mystiques et masquaient ceux de Pluton, Crs ou Proserpine, Bacchus et sculape ou Herms. SAMANEENS OU CHAMANS. Nom d'un ordre de Bouddhistes chez les Tartares, spcialement ceux de Sibrie. Il est possible qu'ils soient apparents aux philosophes connus anciennement sous le nom de Brachmanes que l'on confond parfois avec les Brahmanes 45. Ils sont tous des magiciens, ou plutt des sensitifs ou des mdiums dvelopps artificiellement. Actuellement, ceux qui remplissent les fonctions sacerdotales parmi les Tartares sont fort ignorants et bien infrieurs aux fakirs en fait de connaissances et d'ducation. Les hommes et les femmes peuvent tre Chamans. [48] SOMA. Ce breuvage sacr des Hindous correspond l'ambroisie des Grecs ou au nectar que buvaient les dieux de l'Olympe. Une coupe de Kykeon tait bue aussi par le myste dans l'initiation Eleusinienne. Celui qui boit de cette liqueur atteint aisment Bradhna, le lieu de splendeur (le ciel). Le Soma connu des Europens n'est pas le breuvage authentique
D'aprs les rcits de Strabon et de Megasthenes qui visitrent Palipothras, il paratrait que les sectaires appels par eux Samanens, ou prtres brachmanes taient tout simplement des bouddhistes. "Les rponses singulirement subtiles des Samanens ou philosophes brahmanes, dans leur entre-vue avec le conqurant, sont videmment empreintes de l'esprit de la doctrine bouddhique", nous dit Upham. Voir "History and Doctrine of Buddhism" et "Chronologie" par Hale (vol. III, p. 238).
45

mais un substitut ; seuls les prtres initis peuvent goter au Soma vritable, et les rois et les rajahs eux-mmes, lorsqu'ils font les sacrifices reoivent le substitut. Haug avoue dans son Aytareya Brahmanan, que ce n'est point le Soma qu'il a got et qu'il a trouv mauvais, mais bien le jus de la racine du Nyagradha, plante qui crot sur les collines de Pouna. Nous savons positivement que la majorit des prtres sacrificateurs du Dekkan ont perdu le secret de la composition du vritable Soma. Il ne se trouve ni dans les livres de rituel ni dans la tradition orale. Les vrais sectateurs de la religion Vdique primitive sont fort peu nombreux ; ils sont considrs comme les descendants des Rishis, les vrais Agnihtris, les initis aux grands Mystres. Le Soma est aussi vnr dans le Panthon Hindou, car il est appel le Soma-Roi. Celui qui en boit est admis participer au roi cleste, car il en est imprgn, comme les Aptres Chrtiens et leurs disciples taient imprgns du Saint-Esprit et purifis de leurs pchs. Le Soma fait de l'initi un homme nouveau ; il renat une vie nouvelle, il est transform, et sa nature spirituelle l'emporte sur la nature physique ; il reoit le pouvoir divin de l'inspiration, et, chez lui, la facult de clairvoyance est dveloppe dsormais au plus haut degr. D'aprs l'explication exotrique, le soma est une plante, mais c'est aussi un ange. Il met forcment l'esprit intrieur, suprieur, de l'homme, qui est anglique, comme le soma mystique, en relation intime avec son "me irrationnelle" ou corps astral et, ainsi unis tous les deux par la puissance du breuvage magique, ils s'lvent au-dessus de la nature physique et participent durant leur vie la batitude et aux gloires ineffables du Ciel. Le Soma des Hindous est ainsi tant au point de vue mystique qu' d'autres, la mme chose que la cne eucharistique pour les Chrtiens. L'ide est la mme. Au moyen des prires du sacrifice les mantras cette liqueur est cense se transformer, sur-le-champ, en Soma rel, ou en ange, ou mme en Brahma lui-mme. Quelques missionnaires se sont fort indigns de cette crmonie, d'autant plus que, gnralement parlant, les Brahmanes emploient en remplacement une sorte de liqueur spiritueuse. Mais les Chrtiens croient-ils moins fermement la transubtantiation du vin banal de la Communion, en sang de Jsus-Christ, parce que ce vin est plus ou moins charg d'alcool ? L'ide symbolique qui s'y rattache n'estelle pas la mme ? Cela n'empche point les Missionnaires [49] de dire que

l'heure de l'absorption du Soma est le moment propice pour Satan qui se cache alors au fond de la coupe du sacrifice Hindou 46. THEOSOPHES. Au moyen ge, c'tait le nom sous lequel taient connus les disciples de Paracelse du XVIme sicle, les prtendus philosophes du feu, Philosophi per ignem. De mme que les Platoniciens, ils considraient l'me (u) et l'esprit divin (vo) comme une parcelle du grand Archos une flamme tire de l'Ocan ternel de lumire. La Socit Thosophique laquelle ces volumes sont ddis par l'auteur comme une marque d'affectueuse sympathie, a t organise New-York en 1875. Le but de ses fondateurs tait de faire des expriences pratiques sur les pouvoirs occultes de la Nature, de recueillir et de rpandre parmi les Chrtiens, des enseignements sur les philosophies religieuses de l'Orient. Plus tard, il a t dcid de propager chez les "pauvres paens entnbrs", des preuves des rsultats pratiques du Christianisme, qui leur permettent de bien connatre et d'apprcier les deux faces de la mdaille, dans les pays o les Missionnaires sont l'uvre. Dans ce but, elle a tabli des relations avec des associations et des personnalits, dans tout l'Orient, et elle leur fournit des rapports authentiques sur les crimes et les mfaits ecclsiastiques, sur les schismes et les hrsies, sur les controverses et litiges, sur les divergences de doctrine, les critiques et les rvisions de la Bible, dont la Presse de l'Europe Chrtienne et de l'Amrique s'occupe constamment. La chrtient a t longuement et minutieusement tenue au courant du degr de dgradation et d'abrutissement dans lequel le Bouddhisme, le Brahmanisme et le Confucianisme ont plong leurs sectateurs abuss, et bien des millions ont t prodigus dans les missions trangres sur ces faux rapports. La Socit Thosophique, voyant tous les jours des exemples de cet tat de choses, consquence d'enseignements, et surtout des exemples chrtiens, a jug simplement juste et quitable de faire connatre ces faits en Palestine, dans l'Inde, Ceylan, au Cachemire, en Tartarie, au Tibet, en Chine et au Japon, o elle a partout des

De leur ct, les paens pourraient bien demander aux missionnaires quelle sorte d'esprit se cache au fond de leur bouteille de bire du sacrifice. Le journal vanglique de New-York l'Indpendant nous informe que, dernirement, un voyageur Anglais a trouv en Birmanie une glise de la mission Baptiste o l'on employait pour le service de communion, sans doute avec la bndiction de Dieu, de la bire de Bass la place de vin. Les circonstances modifieraient, parat-il, les conditions du culte !

46

correspondants influents. II y aura sans doute aussi beaucoup dire, sur la conduite des missionnaires, ceux qui les aident de leur bourse. [50] THEURGISTES. De dieu et travail. La premire cole de thurgie pratique, dans la priode chrtienne, fut fonde par Jamblique chez les Platoniciens d'Alexandrie ; mais les prtres attachs aux temples d'Egypte, d'Assyrie et de Babylone, et qui prenaient une part active aux vocations des dieux durant les Mystres sacrs, taient dsigns par ce nom ds la plus ancienne priode archaque. Leur but tait de rendre les esprits visibles aux yeux des mortels. Un thurgiste tait un homme vers dans la connaissance sotrique des sanctuaires de tous les grands peuples. Les No-Platoniciens de l'cole Jamblique taient appels Thurgistes parce qu'ils pratiquaient la dite "magie crmonielle" et voquaient les "esprits" des hros, dieux, et damonia (entits spirituelles divines). Dans les rares cas o la prsence d'un esprit visible et tangible tait ncessaire, le thurgiste devait donner l'apparition une partie de sa chair et de son sang, il avait accomplir la theopa, ou la "cration de dieux", par un procd mystrieux bien connu des modernes fakirs et Brahmanes initis de l'Inde. Voici ce que l'on trouve dans le Livre des Evocations des Pagodes, et qui montre la parfaite identit de rites et de crmonial de la thurgie brahmanique la plus ancienne avec celle des Platoniciens d'Alexandrie : "Le Brahmane Grihasta (l'vocateur) devra tre dans un tat de complte puret avant de se hasarder voquer les Pitris." Aprs avoir prpar une lampe, du santal, de l'encens, etc., aprs avoir trac les cercles magiques que lui a enseigns le gourou suprieur, afin de tenir l'cart les mauvais esprits, "il cesse de respirer, et appelle le feu son aide pour disperser son corps". Il prononce un certain nombre de fois le mot sacr et "son me s'chappe de son corps, et son corps disparat, et l'me de l'esprit voqu descend dans le double corps et l'anime". Alors, "son me (Grihasta) rentre dans son corps dont les particules subtiles se sont de nouveau agrges aprs avoir form de leurs manations un corps arien pour l'esprit qu'il a voqu". Maintenant qu'il a form pour les Pitris un corps avec les particules les plus essentielles et les plus pures de son propre corps, le grihasta, une fois les crmonies du sacrifice accomplies, peut "converser avec les mes des anctres et les Pitris, et leur poser des questions sur les mystres de l'Etre et les transformations de l'imprissable".

"Ensuite, aprs avoir teint sa lampe, il doit la rallumer, mettre en libert les mauvais esprits exclus de ce lieu par les cercles magiques, et quitter le sanctuaire des Pitris" 47. [51] L'cole de Jamblique tait distincte de celle de Plotin et de Porphyre, qui taient trs hostiles la magie crmonielle et la thurgie pratique qu'ils tenaient pour dangereuses, quoique ces deux hommes minents crussent fermement en elles. La Magie thurgique ou bienveillante, et la Gotique ou ncromancie noire et mauvaise eurent la mme rputation prdominante durant le premier sicle de l're chrtienne 48. Mais jamais aucun des philosophes pieux et de haute moralit, dont la renomme est venue jusqu' nous, pure de tout reproche, n'a pratiqu d'autre genre de magie que la thurgique ou bienveillante ainsi que la dsigne BulwerLytton. "Quiconque est bien instruit sur la nature des apparences divinement lumineuses () connat aussi pourquoi il est ordonn de s'abstenir de tout volatile (nourriture animale), et cela spcialement ceux qui ont hte d'tre dlivrs des rapports terrestres et d'tre mis en relations avec les dieux clestes", dit Porphyre 49. Tout en refusant de pratiquer lui-mme la thurgie, Porphyre, dans sa Vie de Plotin, parle d'un prtre d'Egypte qui, " la requte d'un certain ami de Plotin (lequel ami pourrait bien tre Porphyre lui-mme, remarque Taylor), fit apparatre Plotin, dans le temple d'Isis Rome, le daimon familier, ou, en langage moderne, l'Ange gardien de ce philosophe" 50. L'ide populaire qui a prvalu tait que les thurgistes, aussi bien que les magiciens, opraient des prodiges tels qu'voquer les mes ou ombres des hros et des dieux, et faisaient d'autres actes de thaumaturgie, grce des pouvoirs surnaturels. YAJNA. "Le Yajna", disent les Brahmanes, existe de toute ternit, car il procde de l'Etre-Suprme, le Brahma-Prajapti dans lequel il tait l'tat de sommeil depuis le "non commencement". Il est la cl du Traividia, la science trois fois sacre, contenue dans les versets du Rig qui enseignent les Yagous ou les mystres des sacrifices. "Le Yajna" existe comme une
47 48 49 50

Book of Brahmanical Evocations, part. III. Bulwer-Lytton. Derniers jours de Pompi, p. 147. Select Works, p. 159. Idem, p. 92.

chose invisible, de tout temps ; il est comme la force latente de l'lectricit dans la machine lectrique, n'exigeant que le concours de certaines oprations de l'appareil appropri pour se manifester. On suppose qu'il s'tend de l'Ahavaniga ou feu du Sacrifice au ciel, formant un pont ou une chelle, grce auxquels le sacrificateur peut communiquer avec le monde des dieux et des esprits et mme monter vivant jusqu' leurs demeures 51. [52] Ce Yajna est encore une des formes de l'Akasa, et le mot mystique qui l'appelle l'existence, prononc mentalement par le Prtre, est le Mot Perdu recevant l'impulsion par la FORCE DE LA VOLONT. Pour complter la liste, nous ajouterons maintenant que, dans le cours des chapitres suivants, toutes les fois que nous emploierons le mot Archaque, nous entendrons les temps antrieurs Pythagore. Par le mot Ancien nous dsignons les temps qui ont prcd la venue de Mahomet, et lorsque nous parlerons du Moyen ge nous voudrons indiquer le temps coul de Mahomet Martin Luther. Il sera seulement ncessaire d'enfreindre cette rgle, lorsque, de temps en temps, ayant parler des peuples d'une antiquit antrieure Pythagore, nous adopterons l'usage commun en les appelant "Anciens". * * * Avant de clore ce chapitre initial, nous tenons prsenter quelques mots d'explication au sujet du plan de cet ouvrage. Son but n'est point d'imposer au public les vues personnelles et les thories de l'auteur ; il n'a pas non plus les prtentions d'une uvre scientifique qui vise rvolutionner certains domaines de la pense. C'est plutt un abrg sommaire des religions, des philosophies et des traditions universelles du genre humain, avec leur exgse, dans l'esprit de ces doctrines secrtes dont aucune, grce aux prjugs et la bigoterie, n'est parvenue la chrtient autrement que sous une forme tellement mutile, qu'il est impossible de les juger sainement. Depuis le temps des malheureux philosophes du moyen ge, les derniers qui aient eu le courage de traiter ces doctrines secrtes dont ils taient les dpositaires, peu d'hommes ont os braver la perscution et les prjugs, en enregistrant leur savoir. En
51

Aytareya Brahmana. Introduction.

thse gnrale ces rares fidles n'ont jamais rien crit pour le public, mais seulement pour ceux de leur poque et des temps postrieurs qui possdaient la cl de leur langage. La multitude qui ne comprend ni eux ni leur doctrine, s'est habitue les considrer en masse comme des charlatans ou des rveurs. De l le mpris si peu mrit dans lequel est graduellement tombe l'tude de la plus noble des sciences, celle de l'homme spirituel. En entreprenant de faire des recherches au sujet de la prtendue infaillibilit de la Science et de la Thologie Modernes, l'auteur a t forc, mme au risque de passer pour prolixe, de faire constamment des comparaisons entre les ides, les dcouvertes et les prtentions de leurs reprsentants, et celles des philosophes et des instructeurs religieux de l'antiquit. Des choses spares [53] par de longs sicles ont t ainsi rapproches, car c'est seulement ainsi que la priorit et l'analogie des dcouvertes et des dogmes peuvent tre dtermines. En discutant les mrites de nos savants contemporains, leurs propres aveux d'checs dans les recherches exprimentales de mystres impntrables, de chanons manquants leurs thories, leur inaptitude comprendre les phnomnes naturels et leur ignorance des lois du monde causal, ont tabli la base de la prsente tude. La Psychologie a t si nglige, et l'Orient est si loign, que peu de nos chercheurs iront tudier cette science, l ou seulement elle est comprise ; nous passerons donc particulirement en revue les spculations et l'attitude des autorits reconnues, au sujet des phnomnes psychologiques modernes, qui ont commenc se manifester Rochester et qui se sont maintenant rpandus dans l'univers entier. Nous dsirons montrer comment leurs frquents checs taient invitables et comment ils continueront fatalement l'tre, jusqu' ce que ces prtendues autorits de l'Occident viennent trouver les Brahmanes et les Lamas de l'ExtrmeOrient, pour leur demander humblement de leur apprendre l'alphabet de la vritable science. Nous n'avons formul contre les savants aucune accusation qui ne soit justifie par leurs propres publications, et si nos citations des annales de l'antiquit dpouillent quelques-uns d'entre eux de ce que jusqu'ici ils avaient considr comme des lauriers bien acquis, la faute en est la Vrit et non pas nous. Aucun homme digne du titre de philosophe, ne voudrait se parer des honneurs qui appartiennent un autre. Profondment intress la titanesque lutte actuellement engage entre le matrialisme et les aspirations spiritualistes du genre humain, notre constant effort a t de runir dans les chapitres suivants, comme

autant d'armes dans un arsenal, tous les faits et tous les arguments qui peuvent aider le spiritualisme triompher. Enfant chtif et informe, le matrialisme d'Aujourd'hui est n du brutal Hier. A moins que sa croissance ne soit arrte, il pourrait se rendre matre de nous ! Il est l'enfant btard de la Rvolution franaise, une raction contre des sicles de rpression et de bigoterie religieuse. Pour viter l'crasement de ces aspirations spirituelles, la destruction de ces esprances, la mort de cette intuition qui nous enseigne l'existence d'un Dieu et d'un au-del, nous devons montrer nos fausses thologies dans toute leur difformit, et faire la distinction entre la religion divine et les dogmes humains. Notre voix s'lve en faveur de la libert spirituelle, et nous plaidons pour l'affranchissement de toute tyrannie, que ce soit celle de la SCIENCE ou celle de la THOLOGIE.

[55] PREMIRE PARTIE SCIENCE "L'INFAILLIBILITE" DE LA SCIENCE MODERNE

[57] CHAPITRE PREMIER DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX "Ego sum qui sum". Axiome de Philosophie Hermtique. Nous avons commenc notre recherche au point o la conjecture moderne replie ses ailes infidles. Et, pour nous, nous avions les lments communs de science que les sages d'aujourd'hui mprisent comme d'extravagantes chimres, ou dont ils dsesprent d'explorer les mystres insondables. BULWER-LYTTON, Zanoni. Il existe quelque part, dans ce vaste univers, un vieux Livre un livre tellement vieux que nos modernes antiquaires pourraient examiner ses pages un temps infini et cependant ne pas s'accorder tout fait quant la nature du support sur lequel il est crit. C'est le seul exemplaire original existant actuellement. Le plus ancien document hbreu sur la science occulte le Siphra Dzeniouta a t compil d'aprs ce livre et ce fut une poque o on le considrait dj comme une relique littraire. Une de ses illustrations reprsente la Divine Essence manant d'Adam 52 comme un arc lumineux en train de former un cercle. Aprs avoir atteint le plus haut point de la circonfrence, la Gloire ineffable se courbe pour revenir vers la terre et amne dans son tourbillon un type suprieur d'humanit. Plus elle approche de notre plante plus l'Emanation devient ombreuse, si bien qu'en touchant le sol, elle est aussi noire que la nuit.

52

Adam est ici employ dans le sens du mot grec Anthropos

D'aprs les philosophes hermtistes de tous les temps (et leur conviction serait base sur une exprience de soixante-dix mille ans) 53, la matire, en raison du pch, devient, au cours des temps, plus grossire et plus dense que lors de la formation de l'homme ; au commencement, le corps humain tait d'une [58] nature semi-thre et, avant la chute, l'homme communiquait librement avec les univers maintenant invisibles. Mais, depuis, la matire est devenue la formidable barrire entre nous et le monde des esprits. Les plus vieilles traditions sotriques enseignent aussi qu'avant l'Adam mystique, de nombreuses races d'tres humains ont vcu et sont mortes, chacune faisant place une autre. Ces types antrieurs taient-ils plus parfaits ? L'un d'eux appartenait-il cette race aile d'hommes mentionne par Platon dans Le Phdre ? La solution de ce problme est du domaine de la science. Les cavernes de France et les reliques de l'ge de pierre fournissent un point de dpart. En cours de cycle, les yeux de l'homme s'ouvrirent de plus en plus jusqu'au moment o il vint connatre "le bien et le mal" autant que les Elohim eux-mmes. Ayant atteint son apoge, le cycle commena sa courbe descendante. Lorsque l'arc atteignit un certain point qui le plaait paralllement la ligne fixe de notre plan terrestre, l'homme fut pourvu par la nature "de vtements de peau" et le Seigneur Dieu "les revtit". Cette croyance la prexistence d'une race beaucoup plus spirituelle que celle laquelle nous appartenons maintenant, peut tre suivie en remontant les traditions les plus anciennes de presque chaque peuple. Dans l'ancien manuscrit Quich, publi par Brasseur de Bourbourg le Popol Vuh les premiers hommes sont dsigns comme appartenant une race doue de la raison et de la parole, dont la vue tait illimite, connaissant, d'emble, toutes choses. D'aprs Philon le Juif, l'air est rempli d'une multitude d'esprits, dont certains sont affranchis du mal et immortels, d'autres pernicieux et mortels. "Nous descendons des enfants d'EL et nous devons redevenir les enfants d'EL". La dclaration du gnostique anonyme qui a crit l'Evangile selon saint Jean est claire : "A tous ceux qui L'ont reu, c'est--dire tous ceux qui pratiquent la doctrine sotrique de Jsus, Il a donn le pouvoir de devenir enfants de Dieu." Cette dclaration dsigne la mme croyance. "Ne savez-vous point que vous tes des
Les traditions des Cabalistes orientaux prtendent que leur science est plus ancienne encore. Les savants modernes peuvent en douter et rejeter cette prtention. Mais ils ne peuvent point dmontrer qu'elle est fausse.
53

Dieux ?"s'crie le Matre. Platon dcrit admirablement dans Le Phdre, l'tat antrieur de l'homme et ce qu'il redeviendra : avant et aprs la "perte de ses ailes "" quand "il vivait parmi les dieux et qu'il tait lui-mme un dieu dans le monde arien". Depuis les temps les plus reculs, les philosophies religieuses ont envisag que l'Univers entier tait rempli d'tres divins et spirituels de diverses races. De l'une d'elles, dans le cours des ges, sortit Adam, l'homme primitif. Les Kalmoucks et quelques tribus de Sibrie dcrivent aussi dans leurs lgendes des crations antrieures notre race prsente. Ces tres, disentils, taient dous de connaissances presque [59] sans limites et, dans leur audace, ils allrent jusqu' la menace de se rvolter contre le grand Esprit, leur chef. Pour les punir de leur prsomption et les humilier, il les enferma dans des corps et, de cette faon, enferma leurs sens. Ils ne peuvent s'vader que par un long repentir, la purification et le dveloppement. Suivant eux, leurs Shamans jouissent, l'occasion, des pouvoirs divins possds autrefois par tous les tres humains. La Bibliothque Astor, de New-York, s'est rcemment enrichie du facsimil d'un Trait Egyptien de mdecine crit au XVIme sicle avant Jsus-Christ (ou, plus prcisment, en 1552), ce qui, selon la chronologie communment adopte, est l'poque o Mose avait juste 21 ans. L'original est crit sur l'corce intrieure d'un Cyperus papyrus et le professeur Schenk, de Leipzig, l'a dclar non seulement authentique mais encore le plus parfait qu'on ait jamais vu. Il consiste en une simple feuille de papyrus jaune fonc, de la plus belle qualit, 30 centimtres de large sur plus de 20 mtres de long et formant un rouleau divis en 110 pages, toutes soigneusement numrotes. Il a t achet en Egypte en 1872-1873 par l'archologue Ebers "d'un riche arabe de Luxor". La New-York Tribune, commentant ce fait, s'exprime ainsi : "ce papyrus porte en lui-mme la preuve qu'il est un des six Livres Hermtiques sur la Mdecine mentionns par Clment d'Alexandrie." L'diteur dit en outre : "Au temps de Jamblique, en 363 aprs J.-C., les prtres Egyptiens montraient quarante-deux livres qu'ils attribuaient Herms (Thuti). Parmi ces livres, au dire de cet auteur, trente-six contenaient l'histoire de toutes les connaissances humaines : les six derniers traitaient de l'anatomie, de la pathologie, des affections des yeux,

des instruments de chirurgie, et des mdicaments 54. Le papyrus d'Ebers est, incontestablement, l'un de ces anciens ouvrages hermtiques." Si un rayon de lumire aussi clatant a t projet sur la science ancienne des Egyptiens par la rencontre fortuite (?) d'un archologue allemand avec un riche Arabe de Luxor, comment pouvons-nous savoir quel rayon de soleil peut se glisser dans les cryptes sombres de l'histoire, grce quelque rencontre galement fortuite entre quelque autre Egyptien fortun et quelque autre tudiant entreprenant de l'antiquit ! Les dcouvertes de la science moderne ne sont point en dsaccord avec les plus anciennes traditions qui attribuent une incroyable antiquit notre race. Ces dernires annes, la gologie, qui jusqu'alors n'avait pu trouver trace de l'homme antrieurement la priode tertiaire, a dcouvert avec preuves irrfutables l'appui, [60] que l'existence de la race humaine est antrieure la dernire glaciation d'Europe, c'est--dire remontent plus de 250.000 ans. C'est une rude pilule avaler, pour la Thologie Patristique, mais c'est un fait accept par les anciens philosophes. De plus, des outils fossiles ont t retrouvs en mme temps que des restes humains qui prouvent que l'homme chassait ces poques recules et savait faire du feu. Mais le dernier pas dans cette recherche de l'origine de la race n'a point encore t fait. La science s'arrte court en attendant de nouvelles preuves. Malheureusement, l'anthropologie et la psychologie ne possdent pas de Cuvier ; les gologues et les archologues sont incapables de reconstruire, d'aprs les fragments dcouverts, jusqu' prsent, le squelette complet de l'homme triple physique, intellectuel et spirituel. Les outils fossiles de l'homme qu'on a dcouverts, sont d'autant plus mal dgrossis et plus grossiers que la gologie pntre plus avant dans les entrailles de la terre : d'o la science conclut que plus on approche de l'origine des hommes, plus ils ont d tre sauvages et proches de la brute. Etrange logique ? Les restes trouvs dans les grottes de Devon prouvent-ils qu'il n'existait point de races contemporaines qui fussent minemment civilises ? Lorsque la population actuelle de la terre aura disparu, si quelque archologue de la "race future" creuse le sol et y dcouvre des instruments ayant appartenu l'une de nos tribus de l'Inde ou de l'le

54

Clment d'Alexandrie assure que, de son temps, les prtres Egyptiens possdaient quarante-deux livres canoniques.

d'Andaman, pourra-t-il lgitimement conclure que les hommes du XIXme sicle "sortaient peine de l'ge de pierre" C'tait, rcemment, la mode de souligner "les insoutenables conceptions d'un pass inculte". Comme s'il tait possible de masquer sous une pigramme les emprunts intellectuels grce auxquels les rputations de tant de philosophes modernes se sont tablies ! Tyndall est toujours prt dnigrer les philosophes de l'antiquit dont pourtant plus d'un savant distingu a retir honneur et crdit en se bornant vtir leurs ides sa faon ; ainsi les gologues semblent de plus en plus enclins tenir pour tabli que toutes les races archaques taient simultanment dans la plus grossire barbarie. Mais ce n'est pas l'opinion de tous les gens faisant autorit. Quelques-uns des plus minents soutiennent mme le contraire. Max Muller, par exemple, dit : "Bien des choses nous sont encore inintelligibles : le langage hiroglyphique de l'antiquit ne nous rvle que la moiti des intentions inconscientes de l'esprit. Cependant, quel que soit le climat o nous la trouvions, plus l'image de l'homme se dresse devant nous, plus elle nous parat noble et pure ds le commencement. Peu peu, nous apprenons comprendre mme ses erreurs, et nous commenons mme interprter ses rves. Aussi loin que nous puissions [61] remonter d'aprs les traces que l'homme a laisses, dans les couches les plus profondes de l'histoire, nous constatons le don divin d'une intelligence saine et sobre dont il fut dot ds le dbut. Aussi l'ide d'une humanit mergeant lentement des bas-fonds de la bestialit ne peut plus tre soutenue" 55. Comme l'on prtend qu'il n'est point philosophique de rechercher les causes premires, les savants ne s'occupent aujourd'hui que d'examiner leurs effets physiques. Le champ d'investigation se trouve alors limit par la nature physique. Lorsqu'une fois ses limites seront atteintes, les recherches devront s'arrter et il faudra recommencer le travail. Avec tout le respect qu'on leur doit, nos savants ressemblent des cureuils dans leurs cages ; ils sont, eux, condamns tourner et retourner sans cesse leur "matire". La science est une grande puissance et ce n'est point nous, pygmes, qu'il appartient de la discuter. Mais les "savants"eux-mmes ne sont pas plus la science personnifie que les hommes de notre plante ne sont la plante elle-mme, Nous n'avons pas le droit de demander au

55

Chips from a german Work Shop. Vol.II, p.7, Comparative Mythology.

"philosophe de nos jours" d'accepter sans discussion une description gographique du ct obscur de la lune, nous n'avons pas davantage le pouvoir de le contraindre cet gard. Mais si, par suite de quelque cataclysme lunaire, un slnite tait transport dans la sphre d'attraction de notre atmosphre, et s'il dbarquait sain et sauf la porte du Dr Carpenter, ce dernier pourrait tre justement accus de manquer son devoir professionnel s'il laissait chapper cette occasion de rsoudre un problme physique. Pour un homme de science c'est toujours blmable de se refuser des recherches au sujet d'un phnomne nouveau ; que ce phnomne se manifeste lui sous la forme d'un homme tomb de la lune, ou qu'il s'agisse d'un fantme apparu dans la ferme Eddy. Que ce soit par la mthode d'Aristote ou celle de Platon, nous n'avons pas besoin de nous attarder la rechercher ; Mais c'est un fait, qu'on prtend que les deux natures interne et externe de l'homme, taient parfaitement connues des anciens andrologues. Malgr les hypothses superficielles des gologues, nous commenons recueillir presque chaque jour des preuves qui corroborent les assertions de ces philosophes. Ils divisaient en cycles les interminables priodes de l'existence humaine sur cette plante. Dans chaque cycle, le genre humain atteignait, graduellement, le point culminant de la plus haute civilisation pour retomber ensuite, graduellement, dans la barbarie la plus abjecte. La hauteur laquelle la race, dans sa monte, est plusieurs fois parvenue ne peut tre que vaguement [62] souponne, grce aux monuments antiques et merveilleux qui survivent, et en lisant les descriptions qu'Hrodote a laisses d'autres uvres extraordinaires dont il ne reste plus de traces aujourd'hui. Mme son poque, les structures gigantesques de maintes pyramides et de bien des temples renomms n'taient dj plus que des monceaux de ruines. Disperss par la main impitoyable du Temps, ces monuments sont dcrits par le Pre de l'Histoire comme "les tmoins vnrables de la gloire depuis longtemps abolie de nos anctres". Il "vite de parler des choses divines" et il ne donne la postrit que l'imparfaite description, d'aprs ou-dire, de quelques merveilleuses chambres souterraines du Labyrinthe o gisaient et gisent encore cachs, les restes sacrs des Rois Initis.

Nous pouvons encore nous faire une ide du haut degr de civilisation atteint certaines priodes de l'antiquit par les descriptions historiques de l'ge des Ptolmes. Cependant, cette poque dj, les arts et les sciences taient considrs comme en dcadence et bien des secrets en taient perdus. Dans les rcentes fouilles de Mariette Bey, au pied des Pyramides, on a exhum des statues en bois et d'autres reliques qui montrent que, longtemps avant la priode des premires dynasties de l'Egypte, on tait parvenu une perfection et un raffinement artistique capable d'exciter l'admiration des plus ardents pangyristes de l'art grec. Bayard Taylor dcrit ces statues dans une de ses confrences et nous dit que la beaut des ttes aux yeux de pierres prcieuses et aux paupires de cuivre ne peut point tre surpasse. Bien au-dessous de la couche de sable dans laquelle ont t trouvs les restes qui figurent dans les collections de Lepsius, d'Abbott et du British Museum, on a trouv enfouies des preuves tangibles de la doctrine Hermtique des Cycles que nous avons exposes dj. Le Dr Schlieman, l'Hellniste enthousiaste, a dcouvert rcemment, au cours de fouilles pratiques en Troade, des preuves nombreuses du changement graduel de la barbarie la civilisation et de la civilisation la barbarie. Si les hommes antdiluviens ont donc t nos matres en certaines sciences, s'ils ont connu et merveilleusement pratiqu des arts que nous tenons maintenant pour perdus, ils peuvent galement avoir excell dans les sciences psychologiques. Une pareille hypothse peut tre tenue pour aussi raisonnable que toute autre jusqu' ce que quelque preuve du contraire vienne l'infirmer. Tout vrai savant admet qu' bien des gards le savoir humain est encore dans l'enfance. Est-ce parce que notre Cycle a commenc une poque relativement rcente ? Ces Cycles, suivant la philosophie chaldenne, n'embrassent pas tout le genre humain en mme temps. Le professeur Draper confirme partiellement cette [63] thorie : il dit que les priodes que la gologie "a trouves commodes pour diviser la marche de l'homme dans la civilisation, ne sont pas des poques infranchissables, qu'elles ne valent pas simultanment pour toute la race humaine". Il donne comme exemples les Indiens nomades de l'Amrique qui, en ce moment, sortent peine de l'ge de pierre. Ainsi, plus d'une fois, par mgarde, les savants ont confirm le tmoignage des anciens. Tout cabaliste, bien au courant du systme des nombres de Pythagore et de sa gomtrie, peut dmontrer que les ides mtaphysiques de Platon

taient fondes sur les principes mathmatiques les plus stricts. "Les vraies mathmatiques, dit le Magicon, sont cette chose avec laquelle toutes les sciences suprieures ont une troite connexion ; les mathmatiques ordinaires ne sont qu'une trompeuse fantasmagorie. Leur infaillibilit, tant vante, vient uniquement de ce qu'elles ont pour bases des matriaux, des conditions et des rfrences dont elles se rclament". Les savants qui croient avoir adopt la mthode d'Aristote tout simplement parce qu'ils se tranent, moins qu'ils ne courent ou remontent, des particuliers dmontrs aux universaux, glorifient cette mthode de philosophie inductive et repoussent celle de Platon qu'ils accusent de n'tre pas substantielle. Le professeur Draper dplore que des mystiques spculatifs, tels qu'Ammonius Saccas et Plotin, aient pris la, place des "svres gomtres de d'ancien museum" 56. Il oublie que, de toutes les sciences, la gomtrie est la seule qui procde des universaux aux particuliers, or c'est prcisment la mthode adopte par Platon dans sa philosophie. Tant que la science exacte limitera ses observations aux choses physiques, et progressera l'instar d'Aristote, elle ne pourra certainement pas chouer. Mais, quoique le monde matriel n'ait pas de bornes pour nous, il n'en est pas moins limit et, par consquent, le matrialisme tournera, ternellement, dans ce cercle vicieux, impuissant s'lever plus haut que la circonfrence ne le lui permettra. La thorie cosmologique des nombres que Pythagore avait apprise des hirophantes gyptiens est seule capable de rconcilier les deux units : la matire et l'esprit, et permet chacune d'elles de dmontrer l'autre, mathmatiquement. Les nombres sacrs de l'Univers, dans leur combinaison sotrique, rsolvent le grand problme, expliquent la thorie du rayonnement et le cycle des manations. Les ordres infrieurs, avant de se dvelopper en ordres suprieurs, doivent maner des ordres spirituels plus levs et, arrivs au point tournant, tre rabsorbs de nouveau dans l'infini. [64] La physiologie, comme tout le reste, en ce monde de constante volution, est sujette la rvolution cyclique. Comme elle parat maintenant merger peine des ombres de l'arc infrieur, il pourra tre dmontr un jour qu'elle avait atteint le plus haut point de la circonfrence longtemps avant l'poque de Pythagore.

56

Conflit entre la Religion et la Science, ch. I.

Mochus le Sidonien, physiologiste qui professait la science de l'anatomie, florissait longtemps avant le Sage de Samos et ce dernier reut les instructions sacres des disciples et des descendants de Mochus. Pythagore, le pur philosophe profondment vers dans les phnomnes les plus levs de la nature, noble hritier de la science antique, eut l'ambition grandiose de dlivrer l'me de l'entrave des sens et de la contraindre se rendre compte de sa puissance : aussi doit-il vivre ternellement dans la mmoire des hommes. Le voile impntrable du secret absolu tait jet sur les sciences enseignes dans le sanctuaire. Telle est la cause du dnigrement des philosophies antiques. Platon et Philon le juif ont mme t accuss, par plusieurs commentateurs, d'absurdes inconsquences : alors que le sens cach dans le ddale des contradictions mtaphysiques si embarrassantes pour le lecteur du Time, n'est que trop vident. Mais Platon a-t-il jamais t lu avec comprhension par ceux qui se sont donn la mission d'expliquer les classiques ? C'est la question qui s'impose en raison des critiques que l'on trouve dans des auteurs tels que Stalbam, Schleirmacher, Ficinus (Traduction latine), Heindorf, Sydenham, Buttmann, Taylor et Burges. Pour ne rien dire des autres dont l'autorit est moindre. Les allusions voiles, faites par le philosophe grec, aux choses sotriques ont, videmment, drout au dernier point ces commentateurs. Non seulement ils suggrent avec un sang-froid hont que, dans certains passages difficiles, c'tait une autre phrasologie qu'on voulait certainement employer ; mais encore, dans certains cas, ils font des changements audacieux. Le vers d'Orphe : Son chant clt l'ordre de la sixime race Qui ne peut tre interprt que comme une allusion la sixime race dveloppe dans les volutions conscutives des sphres 57 fait dire Burges que ce vers "tait, videmment, tir d'une cosmogonie dans laquelle l'homme est cens avoir t cr le dernier 58. Lorsqu'on entreprend d'diter les ouvrages d'un autre, ne devrait-on pas, au moins, comprendre ce que veut dire l'auteur ? En vrit, les anciens philosophes paraissent tre, gnralement, considrs par nos critiques modernes, mmes les plus affranchis de prjugs, comme dpourvus de cette profondeur et de cette [65] parfaite
57

Dans un autre passage, nous expliquons avec quelque minutie la philosophie Hermtique de l'volution des sphres et de leurs diverses races.
58

Burges. uvres de Platon, p. 207, note.

connaissance des sciences exactes dont notre sicle se vante tant. On va mme jusqu' mettre en doute qu'ils aient compris le principe scientifique fondamental : Ex nihilo nihil fit. S'ils ont souponn l'indestructibilit de la matire disent ces commentateurs c'est moins en vertu d'une formul solidement tablie que d'un raisonnement intuitif et par analogie. Nous soutenons l'opinion contraire. Les spculations de ces philosophes sur la matire taient ouvertes la critique publique, mais leur enseignement, touchant les choses de l'esprit, taient profondment sotrique. Lis par serment au secret et au religieux silence sur les questions abstraites relatives aux rapports entre l'esprit et la matire, ils rivalisaient d'ingniosit pour dissimuler leurs vritables opinions. La doctrine de la mtempsycose a t amplement ridiculise par les savants et rejete par les thologiens. Pourtant, si elle avait t comprise, correctement dans son application l'indestructibilit de la matire et l'immortalit de l'esprit, on aurait reconnu que c'tait une conception sublime. Ne devrions-nous pas tudier la question en nous plaant au point de vue des anciens avant de nous hasarder jeter le discrdit sur ceux qui l'enseignaient ? La solution du grand problme de l'ternit n'appartient ni la superstition religieuse ni au grossier matrialisme. L'harmonie et l'quiformit mathmatique de la double volution spirituelle et physique ne sont lucides que dans les nombres universaux de Pythagore : son systme fut compltement bti sur ce qu'on appelle "le Discours mtrique" des Vdas Hindous. C'est tout rcemment peine qu'un des plus rudits des sanscritistes, Martin Haug, entreprit la traduction de l'Aitareya Brahmana du Rig-Vda, jusqu'alors tout fait inconnu : ses explications tablissent, sans conteste, l'identit des systmes Pythagoricien et Brahmanique. Dans l'un comme l'autre, la signification sotrique est tire du nombre : dans le premier, de la relation mystique de chaque nombre avec tout ce qui est intelligible pour l'esprit de l'homme ; et, dans le second, du nombre des syllabes dont chaque vers des Mantras est form. Platon, l'ardent disciple de Pythagore, avait adopt si compltement ce systme, qu'il soutenait que le dodcadre tait la figure gomtrique employe par le Demiurge pour difier l'univers. Quelques-uns de ces chiffres avaient une signification particulirement solennelle. Par exemple, quatre, dont le dodcadre est le triple, tait tenu pour sacr par les Pythagoriciens. C'est le carr parfait et aucune des lignes qui le limitent ne dpasse l'autre d'un seul point. C'est l'emblme de la justice morale et de l'quit divine gomtriquement exprime. Tous les pouvoirs, toutes les

grandes symphonies de la nature physique et spirituelle se trouvent inscrites dans le carr parfait : le nom ineffable [66] de Celui qui, autrement, n'aurait pas de nom susceptible d'tre prononc, tait remplac chez les anciens mystiques par ce nombre sacr QUATRE et constituait pour eux le plus imprieux et le plus solennel des serments : la Ttractys. Si la mtempsycose de Pythagore pouvait tre compltement explique et compare, avec la thorie moderne, de l'volution, on verrait qu'elle lui restitue tous les chanons manquant sa chane. Mais qui parmi nos savants voudrait perdre ses moments prcieux tudier les divagations des anciens ? Malgr les preuves, non seulement ils contestent aux peuples des temps archaques, mais encore aux philosophes des temps anciens, toute connaissance positive du systme Hliocentrique. Les "Vnrable Bede", les Augustin, les Lactance semblent avoir touff sous leur ignorance dogmatique toute foi dans les thologiens plus anciens des sicles pr-chrtiens. Mais, aujourd'hui, la philologie et une connaissance plus approfondie de la littrature sanscrite nous ont, en partie, mis mme de laver les anciens de ces imputations immrites. Dans les Vdas, par exemple, nous trouvons la preuve positive que depuis plus de 2.000 ans avant J.-C. les sages et les rudits Hindous ont connu la sphricit de notre globe et le systme Hliocentrique. Il s'ensuit que Pythagore et Platon connaissaient bien ces vrits astronomiques, car Pythagore avait acquis la science en Inde, ou de gens qui y taient alls et Platon rptait fidlement ses enseignements. Nous citerons deux passages de l'Aitareya Brahmana. Dans le. "Mantra du Serpent" 59, le Brahmana dclare : Ce Mantra est celui qui a t vu par la Reine des Serpents, Sarparajni ; parce que la terre (iyam) est la Reine des Serpents, car elle est la mre et la reine de tout ce qui se meut (sarpat). Au commencement, elle n'tait qu'une tte (ronde) sans cheveux, c'est--dire sans vgtation. Elle perut alors ce Mantra qui confre ceux qui le connaissent le pouvoir de prendre toutes les formes qu'ils peuvent dsirer. Elle "pronona le Mantra", c'est--dire : elle fit le sacrifice aux dieux et, en consquence, elle put immdiatement revtir une apparence tachete, elle devint bariole et put reproduire toutes les formes sa convenance, changeant une forme en une autre. Ce Mantra commence par les mots : Ayam gah pris'nir akramit (X, 189)".

59

Texte sanscrit de l'Aitareya Brahmana, Rig-Vda, V, ch. II, vers 23.

Cette description de la terre sous la forme d'une tte ronde et chauve, molle au dbut, durcissant ensuite aprs avoir reu le souffle du dieu Vyou, le seigneur de l'air, suggre forcment l'ide que les auteurs des livres sacrs Vdiques savaient que la terre tait ronde ou sphrique, qu'elle avait t en outre une masse [67] glatineuse au dbut, qu'elle se refroidit peu peu, sous l'influence de l'air et du temps. Voil pour leur connaissance de la sphricit de notre globe. Nous allons maintenant offrir le tmoignage sur lequel nous basons notre assertion que les Hindous taient parfaitement au courant du systme Hliocentrique, deux mille ans, au moins, avant J.-C. Dans le mme trait, le Hotar (prtre) est instruit de la manire dont les Shastras doivent tre rpts et comment les phnomnes du lever et du coucher du soleil doivent tre expliqus. Il y est dit : "L'agnishtoma est celui (ce dieu) qui brle. Le soleil ne se couche ni ne se lve jamais ; lorsqu'on croit que le soleil est couch, il ne l'est pas ; on se trompe, car, tant arriv au bout de la journe, il produit deux effets opposs : la nuit pour ce qui est dessous et le jour de l'autre ct. Lorsqu'on se figure, le matin, que le soleil se lve, voici ce qu'il fait : ayant atteint l'extrmit de la nuit, il se met produire deux effets opposs : le jour pour ce qui est dessous et la nuit de l'autre ct. De fait, le soleil ne se couche jamais et il ne se couche pas pour celui qui a cette connaissance." 60. Cette phrase est tellement concluante que le traducteur du Rig-Vda, le Dr Haug, lui-mme, est forc de le faire remarquer et il dit que ce passage contient "la ngation de l'existence d'un lever et d'un coucher du soleil", et que l'auteur suppose donc que le soleil "reste toujours dans sa mme haute position" 61. Dans un des plus anciens Nivids, Rishi Routsa, un sage hindou de l'antiquit la plus recule, explique l'allgorie des premires lois imposes aux corps clestes. Pour avoir fait ce qu'elle n'aurait pas d faire, Anhit (Anatis ou Nana, la Vnus Perse), reprsentant la terre dans la lgende, est condamne tourner en rond autour du soleil. Les Sattras ou sessions des sacrifices 62 prouvent d'une faon incontestable que, ds le XVIIIme ou le XXme sicle avant J.-C., les Hindous avaient fait des progrs considrables
60 61 62

Aitareya Brahmana, livre III, c. v., 44. Aitareya Brahm., vol. II, p. 242. Ait. Brahm., livre IV.

en astronomie. Les Sattras duraient un an "et n'taient pas autre chose qu'une imitation de la course annuelle du soleil. Ils taient diviss en deux parties distinctes, dit Haug, et chacune d'elles tait compose de six mois de trente jours l'un. Entre les deux, se trouvait le Vishouvan (quateur ou jour central) coupant le Sattras entier en deux moitis 63. Ce savant, quoiqu'il assigne la composition de l'ensemble des Brahmanas la priode qui va de 1400 1200 avant J.-C., est d'avis que le plus ancien de ces hymnes peut tre plac tout au commencement de la littrature vdique, [68] entre 2400 et 2000 avant J.-C. Il ne voit point de raison pour considrer les Vdas comme moins anciens que les livres sacrs des Chinois. Or, comme le Shu King, ou Livre d'Histoire et les chants de sacrifice du Shi King, ou Livre des Odes, ont une antiquit dmontre remontant 2200 avant J.-C. nos philologues pourraient encore tre obligs, avant longtemps, d'avouer qu'en matire de connaissances astronomiques les Hindous antdiluviens taient leurs matres. De toutes faons, des faits prouvent que certains calculs astronomiques taient aussi corrects chez les Chaldens du temps de Jules Csar, qu'ils le sont aujourd'hui. Lorsque le calendrier fut rform par le conqurant, on trouva que l'anne civile correspondait si peu avec les saisons que l't se confondait avec les mois d'automne et les mois d'automne avec le plein hiver. C'est Sosigne, l'astronome chalden, qui rtablit l'ordre dans ce chaos en reculant le 25 mars de quatre-vingt-dixjours et en le faisant ainsi correspondre avec l'quinoxe vernale, et ce fut encore Sosigne qui fixa la longueur des mois telle qu'elle subsiste aujourd'hui. En Amrique, l'arme de Montzuma trouva que 1e calendrier des Aztques donnait un nombre gal de jours et de semaines chaque mois. L'extrme correction de leurs calculs astronomiques ne permit aux vrifications ultrieures de relever aucune erreur, tandis que les Europens qui dbarqurent au Mexique en 1519 taient, grce au calendrier Julien, en avance de onze jours peu prs sur le temps exact. C'est aux traductions scrupuleuses et inestimables des Livres Vdiques et aux recherches personnelles du Dr Haug, que nous devons les renseignements qui corroborent les prtentions des philosophes Hermtiques. On peut facilement prouver que la priode de Zarathustra
63

Septenary Institutions ; Stone him to Death, p. 20.

Spitama (Zoroastre) est d'une antiquit inimaginable. Les Brahmanas, auxquels Haug attribue une existence de 4.000 ans, racontent les guerres religieuses entre les anciens Hindous qui vivaient dans les temps prvdiques et les Iraniens. Les combats entre les Devas et les Asouras, les premiers reprsentant les Hindous et les seconds les Iraniens, sont narrs tout au long dans les livres sacrs. Comme le prophte Iranien fut le premier s'insurger contre ce qu'il appelait "l'idoltrie" des Brahmanes, le premier qui les qualifia de devas (diables), quelle poque remontait donc cette crise religieuse ? "Cette lutte, rpond le Dr Haug, doit avoir paru aux auteurs des Brahmanas remonter aussi loin que les exploits du roi Arthur aux crivains anglais du XIXme sicle". Tous les philosophes de quelque notorit ont admis et soutenu la doctrine de la mtempsycose l'exprimant plus ou moins intelligiblement, dans son sens sotrique, telle qu'elle tait [69] enseigne par les Brahmanes, les Bouddhistes et plus tard par les Pythagoriciens. Origne et Clment d'Alexandrie, Synsius et Chalcidius y croyaient tous et les gnostiques, reconnus incontestablement par l'histoire comme les hommes les plus raffins, les plus rudits et les plus clairs 64, croyaient galement tous la mtempsycose. Socrate professait des doctrines identiques celles de Pythagore : tous deux, pour expier leur philosophie divine, prirent de mort violente. La populace toujours t la mme dans tous les temps. Le matrialisme tait et sera toujours aveugle aux vrits spirituelles. Ces philosophes soutenaient, d'accord avec les Hindous, que Dieu avait infus dans la matire une parcelle de Son Divin Esprit qui anime et meut chaque particule. Ils enseignaient que les hommes ont deux mes, de nature diverse et diffrant tout fait : l'une est prissable, c'est l'Ame Astrale ou le corps interne fluidique ; l'autre est incorruptible et immortelle, c'est l'Augoeids ou parcelle de l'Esprit Divin. L'Ame Astrale, mortelle, prit chaque changement graduel, au seuil de chaque nouvelle sphre, et se transforme, en se purifiant, chaque nouvelle incarnation. L'homme astral, tout intangible et invisible qu'il puisse tre pour nos sens mortels et terrestres, est encore compos de matire, quoiqu'elle soit sublime.

64

Voir Gibbon. "Decline and Fall of the Roman Empire".

Pour des raisons politiques lui personnelles, Aristote gardait un silence prudent sur certaines doctrines sotriques, cependant il exprimait trs clairement son opinion ce sujet. Pour lui, les mes humaines taient des manations de Dieu finalement rsorbes dans la Divinit. Znon, fondateur des Stociens, enseignait qu'il y a dans la nature deux qualits ternelles : l'une active ou masculine, l'autre passive ou fminine. La premire est de l'ther pur, subtil, c'est l'Esprit Divin, l'autre est absolument inerte par elle-mme jusqu' son union avec le principe actif. L'Esprit Divin, agissant sur la matire, produit le feu, l'eau, la terre et l'air : il est le seul principe efficient moteur de toute la nature. Les Stociens, de mme que les sages Hindous, croyaient la rsorption finale. Saint Justin croyait que ces mes manent de la Divinit et Tatien l'Assyrien, son disciple, dclare que "l'homme est aussi immortel que Dieu lui-mme" 65. Le verset si profondment significatif de la Gense : "Et toutes les btes de la terre, tous les oiseaux de l'air, tout ce qui se meut sur la terre, j'ai donn une me vivante" devrait arrter l'attention des lettrs Hbreux capables de lire les Ecritures dans le texte original et les dispenser de suivre la traduction errone dans laquelle on lit : "o il y a de la vie" 66. [70] Depuis le premier chapitre jusqu'au dernier, les traducteurs des livres sacrs des Juifs ont faussement interprt le sens des textes. Ils ont mme chang l'orthographe du nom de Dieu, comme le prouve Sir W. Drummond. Ainsi El, correctement crit, devrait se prononcer Al car dans l'original il y a Al. Or, d'aprs Higgins, ce mot signifie le dieu Mithra, le soleil, le conservateur, le sauveur. Sir W. Drummond montre que Beth-El signifie la maison du Soleil, en traduction littrale, et non de Dieu. "El, dans la composition de ces noms Chananens, ne signifie pas Deus mais Sol" 67. C'est ainsi que la Thologie a dfigur la Thosophie antique et la Science l'ancienne Philosophie 68.
65 66 67 68

Voir Turner et aussi les Anacalypsis de G. Higgins Gense, 1, 30. Voir William Drummond : dipus judicus, p. 250.

Les premiers Pres de l'Eglise et les thologiens qui les ont suivis se sont trouvs dans l'absolue ncessit de commettre ces pieuses fraudes. C'est videmment parce que, s'ils avaient laiss subsister le mot al tel que le donne l'original, il devenait trop clair, sauf pour les initis, que le

Faute d'avoir compris ce grand principe philosophique, les mthodes de la science moderne, quoique exactes, n'aboutiront qu'au nant. Il n'est point une de ses branches qui puisse dmontrer l'origine et la fin des choses. Au lieu de chercher la trace des effets en partant de la source premire, la science procde inversement. Les types les plus levs, ditelle, rsultent tous de l'volution de types infrieurs. Elle part du bas du cycle, n'ayant pour se guider dans le grand labyrinthe de la nature, qu'un fil de matire. Aussitt ce fil rompu et la direction perdue, elle recule, effraye, devant l'Incomprhensible et s'avoue impuissante. Ce n'est point ainsi que procdaient Platon et ses disciples. D'aprs lui, les types infrieurs sont simplement les images concrtes des types abstraits les plus levs. L'me qui est immortelle a un commencement arithmtique, de mme que le corps en a un gomtrique. Ce commencement, en sa qualit de reflet du grand ARCHUS universel, est dou d'un mouvement propre et, du centre se diffuse sur tout le corps du microcosme. C'est la triste comprhension de cette vrit qui fait avouer Tyndall l'impuissance de la science, mme sur le monde matriel. "L'assemblage primitif des atomes, dont dpend toute l'action ultrieure, djoue une puissance suprieure celle du microscope". "En prsence de l'excessive complexit de telles tudes, longtemps avant que l'observation puisse lever la voix, l'intelligence la mieux prpare, l'imagination si raffine et si bien rgle qu'elle soit se dtournent stupfaites et n'osent pas envisager le problme. Nous restons muets d'tonnement, sous l'influence d'une stupeur que le [71] microscope ne peut dissiper. Non seulement nous doutons de la puissance de l'instrument, mais encore nous nous demandons si nous possdons les lments intellectuels aptes nous faire saisir et comprendre les ultimes nergies structurales de la nature". La figure gomtrique fondamentale de la Cabale, cette figure que la tradition et les doctrines sotriques nous disent avoir t donne par Dieu lui-mme Mose sur le mont Sina 69 contient, dans sa combinaison grandiose parce qu'elle est simple, la cl du problme universel. Cette figure contient en elle-mme toutes les autres. Pour ceux qui savent la
Jhovah de Mose et le Soleil taient identiques. Les multitudes ignorant que les anciens hirophantes ne considraient le soleil visible que comme un emblme du soleil central invisible et spirituel, auraient alors accus Mose, comme l'ont fait d'ailleurs beaucoup de commentateurs, d'adorer les corps plantaires et, en un mot, de s'tre rendu coupable de Sabianisme.
69

Exode, XXV, 40.

matriser, il n'y a nul besoin d'exercer l'imagination. Il n'y a pas de microscope terrestre qui puisse tre compar la perception spirituelle. Et mme pour ceux qui ne sont point verss dans la GRANDE SCIENCE, la description de la gense d'une graine, d'un fragment de cristal, de tout autre objet, donne par un psychomtre-enfant bien prpar, vaut tous les tlescopes et tous les microscopes de la "science exacte". Il peut y avoir plus de vrit dans la pangense aventureuse de Darwin que Tyndall appelle "un spculateur prenant son essor" que dans les hypothses timides et bornes de ce dernier. Comme beaucoup de penseurs de son genre, Tyndall enferme son imagination "dans les limites prcises de la raison". La thorie du germe microscopique contenant en lui "un monde de germes moindres", s'tend jusqu' l'infini, dans un sens, au moins. Elle dpasse le monde de la matire et commence inconsciemment, s'aventurer dans le monde de l'Esprit. Si nous acceptons la thorie du dveloppement des espces de Darwin, nous trouvons que son point de dpart est plac devant une porte ouverte. Nous sommes libres avec lui de rester l'intrieur ou de franchir le seuil au-del duquel commence l'illimit et l'incomprhensible ou plutt l'Indicible. Si notre langage moral est inadquat pour exprimer ce que notre esprit entrevoit vaguement dans le grand "au-del" pendant notre sjour sur cette terre il faut qu'il y parvienne, jusqu' un certain point, dans l'Eternit hors du temps. Il n'en va pas de mme de la thorie du professeur Huxley sur "la Base Physique de la Vie". Sans gard pour la formidable quantit des ngations venant de ses confrres allemands, il cre un protoplasme universel et en voue dsormais les cellules devenir les fontaines sacres du principe de toute vie. En reprsentant ce principe comme identique dans l'homme vivant et dans le mouton mort, dans une ortie ou dans un homard ; en enfermant dans la cellule molculaire du protoplasme le principe de vie et en [72] l'isolant de l'influx divin qui s'exerce chacune des volutions conscutives il se ferme toute issue possible. Comme un habile tacticien, il convertit ses "lois et ses faits" en sentinelles auxquelles il a le soin de confier la garde chaque porte. Le drapeau sous lequel il rallie ses conceptions porte comme inscription le mot "ncessit". Mais, peine l'at-il dploy, qu'il en raille l'inscription : il l'appelle "une vaine ombre de ma propre imagination".

Les doctrines fondamentales du spiritualisme, dit-il "sont en dehors des limites de l'investigation philosophique". Nous aurons l'audace de contredire cette assertion et nous soutiendrons qu'elles sont beaucoup plus en dedans de ces limites que le protoplasma de M. Huxley, d'autant plus qu'elles offrent des faits palpables, vidents de l'existence de l'esprit, tandis que les cellules protoplasmiques, une fois mortes, n'en prsentent aucun qui indiquerait quelles sont les sources ou les bases de la vie comme voudrait nous le faire croire cet auteur, "un des penseurs les plus en vue de notre poque" 70. Les anciens Cabalistes ne s'arrtaient pas sur une hypothse tant qu'elle n'avait point sa base tablie sur le ferme rocher de l'exprience enregistre. Mais trop dpendre des faits physique entrane une recrudescence du matrialisme, une dcadence de la spiritualit et de la foi. Au temps d'Aristote, telle tait la tendance dominante de la pense. Le conseil inscrit Delphes n'avait pas t entirement limin de la pense grecque ; et quelques philosophes pensaient encore que "pour savoir ce que l'homme est, il faut savoir ce que l'homme a t" nanmoins le matrialisme, commenait dj s'attaquer aux racines de la foi. Les Mystres euxmmes avaient considrablement dgnr : en spculations sacerdotales et fraudes religieuses. Peu nombreux taient les vrais adeptes et les initis, hritiers et descendants de ceux que le glaive du conqurant des divers envahisseurs de la vieille Egypte avait disperss. Le temps prdit par le grand Herms dans son dialogue avec Esculape tait arriv, le moment tait venu o des trangers impies allaient accuser l'Egypte d'adorer des monstres, o rien n'allait survivre que les inscriptions graves sur ses monuments, nigmes incroyables pour la postrit. Ses scribes sacrs et ses hirophantes erraient maintenant sur la surface du globe, obligs par la crainte de voir profaner les mystres saints se rfugier au sein des confrries hermtiques connues plus tard sous le nom d'Essniens : leur savoir sotrique fut alors plus que jamais, enseveli. La torche victorieuse de l'lve d'Aristote avait cart de sa voie [73] conqurante tout vestige d'une religion pure autrefois. Aristote lui-mme, fils de ce sicle dont il est le type, quoique instruit dans la science secrte

70

Huxley. Physical Basis of life.

des Egyptiens, ne savait que peu de chose du rsultat qui couronnait des milliers d'annes d'tudes sotriques. Comme ceux qui vcurent du temps des Psammtiques, nos philosophes d' prsent tchent de "soulever le voile d'Isis", car Isis n'est que le symbole de la nature. Mais ils ne voient que ses formes physiques. L'me qu'elles cachent se drobe leurs regards et la divine Mre ne leur rpond pas. Certains anatomistes, incapables de voir l'esprit derrire les muscles, les nerfs et la matire terrestre qu'ils soulvent de la pointe de leur scalpel, affirment que l'homme n'a point d'me. Ceux-l sont aveugles comme le chercheur qui s'en tient purement et simplement la lettre morte de la Cabale et se permet de dire qu'elle ne renferme point d'esprit vivifiant. Pour voir l'homme vritable qui jadis animait le sujet qu'il a devant lui sur la table de dissection, il faut que le chirurgien regarde avec d'autres yeux que ceux du corps. Il en va de mme pour les vrits glorieuses caches sous les critures hiratiques des anciens papyrus : seul peut soulever le voile celui qui possde la facult de l'intuition. Si nous estimons que la raison est l'il du mental, on pourrait dfinir l'intuition : 1'i1 de l'me. Notre science moderne reconnat une Puissance Suprme, un Principe Invisible mais nie l'existence d'un Etre Suprme, d'un Dieu Personnel 71. Au point de vue de la logique on peut contester qu'il y ait une diffrence entre les deux car, dans le cas actuel, Le Pouvoir et l'Etre sont identiques. La raison humaine comprend difficilement une Puissance Suprme intelligente sans l'associer l'ide d'un Etre Intelligent. N'esprons pas que les masses ignorantes puissent avoir une claire conception de l'omnipotence et de l'omniprsence d'un Dieu Suprme, sans investir de ces attributs quelque gigantesque projection de leur propre personnalit. Mais les Cabalistes n'ont jamais considr l'invisible En Soph autrement que comme une Puissance. A ce point de vue, nos positivistes modernes et leur prudente philosophie ont t devancs depuis des milliers d'annes. L'adepte hermtique prtend simplement dmontrer que le simple bon sens refuse d'admettre la possibilit que l'univers soit le rsultat du hasard. II trouverait moins absurde d'admettre que les problmes d'Euclide furent forms inconsciemment par un singe jouant avec des figures de gomtrie.
71

Prof. J. W. Draper. Conflit entre la Religion et la Science.

Trs peu de Chrtiens comprennent la Thologie judaque, si tant est qu'ils en sachent quelque chose. Le Talmud est une nigme des plus obscures, mme pour la plupart des juifs, et leurs [74] savants qui en comprennent le sens ne font point talage de leurs connaissances. Les livres cabalistiques des Juifs sont encore moins compris par eux car, de nos jours, il y a plus de Chrtiens que de Juifs cherchant dgager les grandes vrits contenues dans ces livres. Combien moins encore est connue la Cabale d'Orient, la Cabale universelle ! Les adeptes sont peu nombreux. Hritiers choisis des Sages qui dcouvrirent "les premiers les vrits astrales brillant sur le grand Shemaia de la science chaldenne 72, ces adeptes ont rsolu l'absolu" et se reposent maintenant de leurs gigantesques labeurs. Ils ne peuvent aller au-del de ce qu'il est permis aux mortels de savoir sur cette terre et nul, pas mme ces lus ne peut franchir la ligne trace par le doigt de la Divinit mme. Des voyageurs ont rencontr ces adeptes sur les bords sacrs du Gange, ils les ont frls dans les ruines muettes de Thbes et dans les mystrieuses chambres dsertes de Louxor. Dans ces salles, o sur les votes d'or et d'azur des signes bizarres attirent l'attention sans que jamais leur sens secret ait t pntr par les visiteurs dsuvrs, dans ces salles on a vu les adeptes, mais on les a rarement reconnus ! Des mmoires historiques ont constat leur prsence dans les salons brillamment illumins de l'aristocratie europenne. On en a rencontr encore dans les plaines arides et dsoles du grand Sahara comme dans les cavernes d'Elephanta. On peut en trouver partout, mais ils ne se font connatre qu' ceux qui ont consacr leur existence l'tude dsintresse de la vrit, ceux qui ne retourneront probablement pas en arrire. Maimonides, le grand thologien et historien Juif qui, une certaine poque, fut presque difi par ses concitoyens et plus tard trait comme un hrtique remarque que plus le texte du Talmud parat absurde et vide de sens et plus sa signification secrte est sublime. Ce savant a victorieusement dmontr que la magie chaldene, la science de Mose et des autres thaumaturges rudits taient, toutes fondes sur une connaissance tendue de diverses branches, maintenant oublies, de la science naturelle. Parfaitement au fait des ressources des rgnes vgtal, animal et minral, experts en chimie et en physique occultes, psychologues aussi bien que physiologistes, pourquoi s'tonner si les diplms et les
72

Zanoni de Bulwer-Litton.

adeptes, instruits dans les sanctuaires mystrieux de temple, pouvaient oprer des merveilles qui, mme de nos jours, paratraient surnaturelles ? C'est une insulte la nature humaine que de fltrir la magie et les sciences occultes du nom d'impostures. Croire que pendant tant de milliers d'annes une moiti du genre humain a pratiqu le mensonge et la fraude sur l'autre moiti [75] quivaut dire que la race humaine est presque exclusivement compose de filous et d'idiots incurables. Or, quel est le pays o la magie n'ait pas t pratique ? A quelle poque fut-elle entirement oublie ? Dans les documents les plus anciens que nous possdons aujourd'hui, les Vdas, et les lois de Manou plus anciennes encore, nous trouvons beaucoup de rites magiques pratiqus et autoriss par les Brahmanes 73. Le Tibet, le Japon et la Chine enseignent aujourd'hui ce qu'enseignaient les Chaldens ds la plus haute antiquit. Le clerg de ces contres donne en outre la preuve de ce qu'il enseigne, c'est--dire que la pratique de la puret morale et physique, celle de certaines austrits dveloppent la puissance vitale de l'me pour sa propre illumination. En permettant l'homme de se rendre matre de son esprit immortel, cela lui donne les vrais pouvoirs magiques sur les esprits lmentaires qui lui sont infrieurs. En Occident, nous voyons que la magie remonte une antiquit aussi recule qu'en Orient. Les Druides de la Grande-Bretagne la pratiquaient dans les cryptes silencieuses de leurs grottes profondes : Pline consacre plusieurs chapitres la "sagesse" des chefs Celtes" 74. Les Druides des Gaules exposaient les sciences spirituelles comme les sciences physiques. Ils enseignaient les secrets de l'univers, la marche harmonieuse des corps clestes, la formation de la terre et, surtout, l'immortalit de l'me 75. Dans leurs retraites sacres, acadmies naturelles, construites par la main de l'Architecte Invisible, les initis s'assemblaient, l'heure tranquille de minuit, pour apprendre ce que l'homme fut et ce qu'il deviendra 76. Ils n'avaient nul besoin d'illumination artificielle, de gaz malsain, pour clairer leurs temples, car la chaste desse de la nuit projetait ses rayons les plus argents sur leurs ttes couronnes de feuilles de chne et les bardes, vtus de blanc, savaient comment converser avec la reine solitaire de la vote toile 77.
73 74 75 76 77

Voyez le Code publi par Sir William Jones, chap. IX, p. 11. Pline. Histoire naturelle, XXX, : Id. XVI, 14 ; XXV, 9, etc Pomponius leur attribue la connaissance des sciences les plus leves. Jules Csar, III, 14. Pline, XXX.

Sur le sol dshrit de ce long pass vanoui, leurs chnes sacrs aujourd'hui desschs, dpouills de leur signification par le souffle empoisonn du matrialisme. Mais, pour le chercheur des sciences occultes, leur vgtation peut encore tre aussi verdoyante, aussi luxuriante, aussi pleine de vrits profondes et sacres qu'au temps o l'archi-druide oprait des cures magiques et, saisissant la branche du gui symbolique, la sparait du chne, avec sa faucille d'or. La Magie est aussi ancienne que l'homme. [76] Il est aussi impossible d'indiquer l'poque de ses dbuts que de fixer le jour o le premier homme lui-mme vint au monde. Chaque fois qu'un crivain a voulu rattacher son apparition dans un pays quelque personnage historique, les recherches ultrieures sont venues le contredire. Odin, le prtre et monarque scandinave a pass, auprs de beaucoup, pour avoir inaugur les pratiques de la magie, soixante-dix ans environ avant JC. Mais on a aisment dmontr que les rites mystrieux des prtresses nommes Volers, Valas, taient de beaucoup antrieures cette poque 78. Quelques auteurs modernes se sont attachs prouver que Zoroastre fut le fondateur de la magie parce qu'il fut le fondateur de la religion des Mages. Ammien Marcellin, Arnobe, Pline et d'autres historiens anciens dmontrent premptoirement qu'il ne fut qu'un rformateur de la magie pratique par les Chaldens et les Egyptiens 79. Les plus grands professeurs de thologie s'accordent pour reconnatre que tous les livres anciens furent crits symboliquement et dans un langage intelligible aux seuls initis. L'esquisse biographique d'Appolonius de Tyane nous en fournit un exemple. Comme tout cabaliste le sait, elle embrasse l'ensemble de la philosophie hermtique et forme, bien des points de vue, la contrepartie des traditions que nous a laisses le roi Salomon. On dirait un conte de fes. C'est ainsi que, parfois, les faits et les vnements historiques sont prsents au monde sous les vives couleurs d'une fiction comme c'est aussi le cas pour Salomon. Le voyage dans l'Inde reprsente allgoriquement les preuves d'un nophyte. Ses longs entretiens avec les Brahmanes, leurs sages conseils et les dialogues avec le Corinthien Mnippe, interprts comme il convient, reproduiraient le
78

Munter, sur la plus ancienne religion des nations septentrionales avant l'poque d'Odin. Mmoire de la socit des antiquaires de France, tome II, p. 230. Ammien Marcellin, XXVI, 6.

79

catchisme sotrique. Sa visite l'empire des sages, son entrevue avec le roi Hiarchas, l'oracle d'Amphyaras, expliquent d'une manire symbolique beaucoup des dogmes secrets d'Herms. Bien compris, ils nous ouvriraient, quelques-uns des secrets les plus importants de la nature. Epiphas Levi signale la grande ressemblance existant entre le roi Hiarchas et le fabuleux Hiram de qui Salomon obtint les cdres du Liban et l'or d'Ophir. Nous voudrions bien savoir si les francs-maons modernes, mme "les Grands Confrenciers" et les plus intelligents artisans des loges importantes, comprennent qui tait cet Hiram dont ils complotent entre eux de venger la mort ? Si nous mettons de ct les enseignements purement mtaphysiques de la Cabale, si on veut s'occuper seulement de l'occultisme [77] physique et se consacrer la branche, dite thrapeutique, les rsultats d'une telle tude pourraient tre profitables quelques-unes de nos sciences modernes, entre autres, la chimie et la mdecine. Le professeur Draper dit : "Parfois, non sans surprise, nous nous trouvons en prsence d'ides que nous nous flattons d'avoir vu natre notre poque". Cette remarque, faite propos d'crits scientifiques des Sarrasins, s'appliquerait encore mieux aux Traits plus secrets des Anciens. La mdecine moderne, tout en gagnant beaucoup du ct de l'anatomie, de la physiologie, de la pathologie et mme de la thrapeutique a immensment perdu par son troitesse d'esprit, son rigide matrialisme et son dogmatisme sectaire. Une cole, dans sa myopie obstine, ignore absolument ce qui est enseign dans d'autres et toutes sont d'accord pour ne pas connatre les grandes conceptions sur l'homme ou sur la nature issues du Mesmrisme et les expriences faites sur le cerveau en Amrique, tout principe qui ne cadre pas avec le matrialisme le plus grossier. Il faudrait convoquer les mdecins rivaux des diverses coles pour runir les notions actuellement acquises par la Science mdicale. Encore, arrive-t-il trop souvent que, lorsque les meilleurs praticiens ont puis leur science et leurs talents sur un malade, survienne un magntiseur ou un "mdium gurisseur" qui opre la cure ! Ceux qui tudient les anciens livres de mdecine, depuis, Hippocrate jusqu' Paracelse et Van Helmont, trouveront une grande quantit de faits physiologiques et psychologiques parfaitement tablis,

des moyens curatifs et des remdes que les mdecins modernes mprisent et refusent 80. Mme pour ce qui regarde la chirurgie, les praticiens contemporains ont d confesser humblement en public qu'ils ne pouvaient, mme de loin, rivaliser avec l'adresse merveilleuse des anciens Egyptiens dans l'art de placer des bandages. Des centaines de mtres de bandelettes enveloppant une momie des oreilles aux orteils spars ont t examins par les principaux chirurgiens de Paris. Avec le modle sous les yeux, ils n'ont pu rien faire d'approchant. [78] On peut voir dans la Collection Egyptologique d'Abbott, New-York, des exemples nombreux de l'adresse dont les anciens faisaient preuve dans divers artisanats. Nous citerons, entre autres, l'art de la dentelle ; comme on ne peut gure s'attendre trouver voisinant avec ces indices de la vanit fminine, ceux de la force de l'homme, nous avons l des cheveux postiches et des ornements en or de diverses espces. La New-York Tribune rend compte du papyrus d'Ebers et dit : "Il n'y a, certes, rien de nouveau sous le soleil Les chapitres 65, 66, 79 et 89 montrent que les lotions pour faire pousser les cheveux, les teintures, les cosmtiques et les poudres insecticides taient en vogue il y a 3.400 ans". Combien peu de prtendues dcouvertes rcentes sont rellement neuves, et combien, parmi elles, appartiennent l'antiquit, c'est ce qu'tablit avec une franche loquence, quoique partiellement, le clbre auteur philosophe, le professeur John W. Draper. Son livre intitul : Conflit entre la Religion et la Science ouvrage excellent avec un bien mauvais titre fourmille de faits analogues. Page 13, il mentionne quelques exploits des philosophes antiques qui suscitrent l'admiration de la Grce. A Babylone, une srie d'observations astronomiques dues aux Chaldens remontait dix-neuf cent trois ans ; Collisthnes les envoya
A certains gards, nos philosophes modernes qui croient avoir fait de nouvelles dcouvertes peuvent tre compares au citoyen trs adroit, trs instruit et trs poli qu'Hippocrate, un jour, rencontra dans Samos et dont il parle assez gaiement. "Il m'informa, dit le Pre de la Mdecine, qu'il avait, tout rcemment, dcouvert une plante jusqu'alors inconnue en Europe comme en Asie ; pas une maladie, si maligne ou si chronique ftelle, ne pouvait rsister ses merveilleuses proprits curatives. Dsirant me montrer courtois mon tour, je me laissai dcider l'accompagner jusqu'au lieu discret o il avait transplant ce spcifique merveilleux. J'y vis une des plantes les plus communes en Grce, l'ail, qui, de toutes les plantes, a le moins de prtentions aux vertus curatives". Hippocrate : De optima prdicaudi ratione item judicii operum magni, I.
80

Aristote. Ptolme, le roi-astronome d'Egypte, avait en sa possession un ouvrage babylonien sur les clipses, ouvrage datant de 747 ans avant notre re. Comme le fait raisonnablement observer M. Draper, "il a fallu des observations longues et minutieuses avant qu'on ait pu vrifier quelquesuns de ces calculs astronomiques qui sont parvenus jusqu' nous. Ainsi, les Babyloniens avaient dtermin, vingt-cinq secondes prs, l'anne tropicale et leur estimation de l'anne sidrale accuse peine deux minutes de trop. Ils avaient trouv la prcession des quinoxes ; ils connaissaient les causes des clipses et, l'aide de leur cycle appel Saros, ils pouvaient les prdire. Leur estimation de la valeur de ce cycle comprenant plus de 6.585 jours ne s'loignait de la vrit que dix-neuf minutes et demie". "De tels faits fournissent la preuve indiscutable de la patience et de l'habilet avec lesquelles l'astronomie avait t cultive en Msopotamie ; malgr l'insuffisance d'instruments imparfaits, l'astronomie avait atteint une perfection non mprisable. Ces antiques observateurs avaient dress un catalogue des toiles, divis le Zodiaque en douze signes, quilibr par douze heures le jour et la nuit. Suivant Aristote, depuis longtemps ils observaient attentivement l'occultation des astres par la lune. Leurs ides sur la structure du systme solaire taient correctes, ils connaissaient l'ordre et l'emplacement des plantes. Enfin ils fabriquaient des horloges solaires, des clepsydres, des astrobales et des gnomons." [79] Au sujet du monde d'ternelles vrits qui rside dans le monde des illusions transitoires et des non-ralits, le professeur Draper dit : "Ce monde ne sera pas dcouvert grce aux vaines traditions qui nous ont transmis l'opinion des hommes vivants l'aurore de la civilisation, ni dans les rves des mystiques qui se croyaient inspirs. Il ne sera dcouvert qu' l'aide des recherches de la gomtrie et en interrogeant la nature d'une manire pratique." Prcisment. Le but ne pouvait tre mieux fix. Cet loquent crivain nonce une vrit profonde. Cependant, il ne nous dit pas toute la vrit parce qu'il l'ignore lui-mme. Il n'a point dcrit la nature et l'tendue des connaissances enseignes dans les Mystres. Aucun peuple postrieur n'tait aussi vers en gomtrie que les constructeurs des Pyramides et d'autres monuments titanesques, ant- ou post-diluviens. D'autre part, nul ne les a gals dans l'art d'interroger la nature d'une manire pratique.

Une preuve indniable de ce fait, c'est la signification de leurs innombrables symboles. Chacun est une ide ayant pris corps, chacun combine la conception du Divin Invisible avec le terrestre et visible. L'un drive de l'autre strictement, par analogie, selon la formule hermtique : "En haut comme en bas". Leurs symboles prouvent une connaissance profonde des sciences naturelles, une tude pratique de la puissance cosmique. Quant aux rsultats pratiques tirer "des recherches de gomtrie", fort heureusement pour les tudiants qui veulent passer l'action, nous ne somme plus tenus nous contenter de simples conjectures. De nos jours, un Amricain, M. Georges Felt, de New-York, s'il continue comme il a commenc, pourrait tre, plus tard, considr comme le plus grand gomtre de notre sicle. A l'aide des seules prmisses poses par les anciens Egyptiens, il a russi et obtenu des rsultats que nous le laisserons lui-mme exposer : "Il faut d'abord, dit M. Felt, le diagramme fondamental auquel on peut rapporter toute gomtrie lmentaire, plane ou solide ; puis produire des systmes arithmtiques de proportions d'une manire gomtrique. II faut ensuite identifier cette figure avec tous les restes d'architecture et de sculpture dans lesquels cette figure a t suivie d'une manire merveilleusement exacte ; tablir que les Egyptiens l'avaient adopte pour base dans tous leurs calculs astronomiques sur lesquels leur symbolisme tait presque entirement fond ; retrouver ses traces au milieu des vestiges de l'art et de l'architecture des Grecs ; dcouvrir sa marque dans les annales sacres des Juifs, jusqu' prouver premptoirement que tout leur systme en dpendait ; Reconnatre que la dcouverte revient aux Egyptiens, aprs des recherches vieilles de dizaines de milliers d'annes sur l'tude de la nature, [80] et que ce systme peut tre vraiment appel la Science de l'Univers." En outre, il a pu "dterminer et prciser des problmes de physiologie seulement souponns jusqu'ici, dvelopper pour la premire fois une philosophie Maonnique s'imposant, comme la premire science et la premire religion, tout comme elle en sera la dernire". Nous pouvons enfin ajouter que M. Felt a pu prouver par des dmonstrations visibles que les sculpteurs et les architectes Egyptiens avaient pris les modles des curieuses figures ornant les faades et les vestibules de leurs temples, non pas dans les fantaisistes lucubrations de leur cerveau mais dans "les races invisibles de l'air" et des autres rgnes de la nature. Comme les Egyptiens, il prtend pouvoir rendre ces races visibles grce aux procds chimiques et cabalistiques qu'ils employaient.

Schweigger prouve que les symboles de toutes les mythologies ont une base et une substance rigoureusement scientifiques 81. C'est seulement par les rcentes dcouvertes des forces physiques lectro-magntiques de la nature que des experts en mesmrisme comme Schweigger, Ennemoser et Bart en Allemagne, le Baron du Potet et Regazzoni en France et en Italie, ont pu tablir, avec une prcision impeccable, la vritable corrlation qui existe entre chaque Theomythos et l'une de ces forces. Le doigt Idique qui a une si grande importance dans l'art magique de gurir, a la signification d'un doigt de fer qui est attir et repouss, tour tour, par des forces magntiques naturelles. Il produisait, en Samothrace, des prodiges de gurison, en restaurant dans leur condition normale les organes affects. Bart va plus profondment que Schweigger dans l'interprtation des anciens mythes : il tudie la question sous ses deux aspects : spirituel et physique. Il parle longuement des Dactyles Phrygiens, ces "magiciens exorcistes des maladies", et des Thurgistes Cabires. Il dit : "Lorsque nous traitons de l'union intime des Dactyles avec les forces magntiques, nous ne sommes pas ncessairement restreints la pierre d'aimant et nos aperus sur la nature ne font que jeter un coup d'il sur le magntisme dans son ensemble. Il est clair, ds lors, que les initis qui se donnaient le nom de Dactyles, plongeaient le peuple dans l'tonnement en oprant, comme ils le faisaient, de vrais miracles de gurison par leur art magique. A cela, ils joignaient d'autres connaissances que le clerg de l'antiquit avait l'habitude de cultiver : l'agriculture, la morale, les progrs des arts et des sciences, les mystres et les conscrations secrtes. Tout cela tait fait par les prtres Cabires : pourquoi n'auraient-ils pas t aids et guids par les esprits mystrieux de la nature 82 ? Schweigger est [81] du mme avis. Il dmontre que les phnomnes de l'ancienne Thurgie taient produits par la puissance magntique, "sous la conduite des esprits". En dpit de leur apparent polythisme, les anciens, et, dans tous les cas, ceux des classes claires, taient compltement monothistes ; et cela, des sicles et des sicles avant l'poque de Mose. Dans le papyrus d'Ebers, ce fait est dmontr positivement. Voici un texte traduit des quatre premires lignes de la planche I : "Je vins d'Hliopolis avec les
81 82

Introduction to the Mythology through Natural History Ennemoser. History of Magie, I, 3.

grands Etres de Het-aat, les seigneurs de Protection, les matres de l'ternit et du salut. Je vins de Sais avec les mres-desses qui me protgeaient. Le Seigneur de l'Univers m'apprit comment on dlivre les dieux de toutes les maladies meurtrires". Les hommes minents taient appels dieux par les anciens. La dification des hommes mortels et les dieux imagins n'est pas plus un argument contre le monothisme que l'rection, par les chrtiens modernes, de monuments et de statues leurs hros n'est une preuve de leur polythisme. Les Amricains de notre sicle trouveraient absurde leur postrit si, dans trois mille ans, elle les classait parmi les idoltres pour avoir dress des statues leur dieu Washington. La Philosophie Hermtique tait si entoure de mystre, que Volney affirme que les anciens adoraient leurs grossiers symboles matriels, comme divins eux-mmes, tandis qu'ils taient simplement considrs comme une reprsentation de principes sotriques. Dupuis galement, aprs avoir consacr plusieurs annes l'tude du problme, s'est mpris sur le cercle symbolique et il attribua leur religion la seule astronomie. Eberhart et plusieurs autres crivains allemands du dernier sicle et du ntre traitent fort irrvrencieusement la magie et la croient issue du mythe Platonicien du Time. (Berliner monatschrift.) Mais comment, sans la connaissance des mystres, aurait-il t possible ces hommes ou toute autre personne de dcouvrir la moiti sotrique de ce qui se cache derrire le voile d'Isis et n'est visible qu'aux seuls adeptes ? Il leur aurait fallu le don subtil d'intuition d'un Champollion. Nul ne conteste le mrite de Champollion comme Egyptologue. D'aprs lui, tout dmontre que les anciens Egyptiens taient profondment monothistes. Il confirme dans ses moindres dtails l'exactitude des ouvrages du mystrieux Herms Trismgiste dont l'antiquit remonte dans la nuit des temps. Ennemoser dit aussi : "Hrodote, Thals, Parmnide, Empdocle, Orphe et Pythagore sont alls en Egypte et en Orient pour s'instruire dans la Philosophie Naturelle et la Thologie". Ce fut aussi l que Mose acquit ses connaissances. Jsus y passa les premires annes de sa vie. [82] C'est l que se runissaient les tudiants de tous les pays avant la fondation d'Alexandrie. "Comment se fait-il", ajoute Ennemoser, "que l'on connaisse si peu de chose touchant ces mystres ? Cependant, au cours de tant de sicles, des poques diffrentes, tant de peuples y ont particip. La rponse est que partout les initis ont gard un silence strict. On peut aussi en trouver l'explication dans la destruction, la perte totale de tous les

documents concernant le savoir secret de l'antiquit la plus recule". Les livres de Numa, dcrits par Tite Live, consistaient en traits sur la philosophie naturelle. Ils ont t trouvs dans son tombeau mais leur divulgation fut interdite : on craignit qu'ils rvlassent les mystres les plus sacrs de la religion d'Etat. Le Snat et ses tribuns du peuple dcidrent que ces livres seraient brls et cette dcision fut publiquement excute 83. La magie tait considre comme une science divine qui permettait de participer aux attributs de la divinit elle-mme. "Elle dvoile les oprations de la nature", dit Philon le Juif, "et conduit la contemplation des puissances clestes" 84. Plus tard, elle dgnra en sorcellerie par l'abus qu'on en fit et devint alors un objet d'excration universelle. C'est pourquoi il nous faut l'envisager telle qu'elle existait dans les temps reculs o toute vraie religion tait fonde sur la connaissance des forces occultes de la nature. Ce n'est point la classe sacerdotale, dans la Perse ancienne, qui institua la magie, comme on le croit communment : mais ce furent les mages qui en tirrent leur nom. Les Mobeds, prtres des Parsis les anciens Gubres sont qualifis encore aujourd'hui de Mago dans le dialecte des Pehlvis 85. La Magie apparut dans le monde avec les premires races d'hommes. Classian fait mention d'un trait bien connu aux IV et V sicles, trait attribu Cham, fils de No, qui, lui-mme, l'aurait reu de Jared c'est--dire de la quatrime gnration aprs Seth, le fils d'Adam 86. Mose devait son savoir la mre de la princesse Egyptienne Thermutis qui le sauva des eaux du Nil. La femme de Pharaon 87, Batria, tait elle-mme une initie et les Juifs lui doivent la possession de leur prophte "instruit dans toute la sagesse de l'Egypte, puissant en uvres et en paroles 88". Justin Martyr, se basant sur l'autorit de Trogue Pompe, nous prsente Joseph comme ayant acquis de grandes connaissances dans les arts magiques prs des grands prtres de l'Egypte 89. [83]
83 84 85 86 87 88 89

Hist. of Magie, vol. I, p. 9. Philo Jud. De specialibus legibus. Zend avesta, vol. II, p. 506. Cassian. Confrence, I, 21. Actes des Aptres, VII, 22. Justin, XXXVI, 2. De vita e morte Mosis, p. 199.

Les anciens en savaient davantage sur certaines sciences que n'en ont encore dcouvert nos savants modernes. Si beaucoup de ces derniers rpugnent le reconnatre, plus d'un, du moins, en a fait l'aveu. "Le niveau des connaissances scientifiques existant une poque de la socit primitive tait beaucoup plus lev que les modernes ne sont disposs l'admettre", a dit le Dr Todd Thomson, diteur des Sciences occultes de Salverte ; "mais", ajoute-t-il, "cette science tait confine dans les temples, soigneusement cache aux yeux du peuple et communique seulement au clerg". Parlant de la Cabale, l'rudit Franz Von Baader fait observer que "non seulement notre salut et notre sagesse, mais encore notre science ellemme nous viennent des Juifs". Mais pourquoi l'auteur ne complte-t-il pas la phrase en nous disant de qui les Juifs eux-mmes tenaient leur sagesse ? Origne, qui avait appartenu l'Ecole Platonicienne d'Alexandrie, dclare que Mose, outre les enseignements de l'alliance, avait communiqu, aux soixante-dix anciens, des secrets extrmement importants "tirs des profondeurs les plus caches de la loi". Il leur enjoignait de les transmettre ceux-l seuls qu'ils jugeraient dignes. Saint Jrme parle des Juifs de Tibriade et de Lydda comme des seuls matres de la mthode mystique d'interprtation. Enfin, Ennemoser exprime la ferme opinion que les crits de Denis l'Aropagite sont visiblement fonds sur la Cabale juive. Si maintenant nous considrons que les Gnostiques ou Chrtiens primitifs taient les disciples des vieux Essniens, sous un nom nouveau, cela n'a rien de surprenant. Le professeur Molitor rend justice la Cabale en disant : "Le temps des inconsquences et des lgrets est pass, en thologie comme en sciences, depuis que le rationalisme n'a rien laiss derrire lui que son propre nant rvolutionnaire aprs avoir dtruit tout ce qui est positif ; il semble aujourd'hui qu'il soit temps d'tudier attentivement de nouveau la mystrieuse rvlation qui est la source vivifiante d'o le salut nous doit venir, les mystres de l'ancien Isral contiennent tous les secrets de l'Isral moderne et sont particulirement calculs pour fournir des bases la thologie sur ses principes thosophiques les plus profonds et pour asseoir solidement toutes les sciences idales. Ils ouvriraient une nouvelle route d'accs... au labyrinthe obscur des mythes, des mystres et claireraient la constitution des nations primitives. Uniquement dans ces traditions se trouve le systme des coles des prophtes : elles ne furent pas fondes, mais seulement restaures par le prophte Samuel. Son but

tait d'amener les rudits la sagesse et au haut savoir ds qu'ils auraient t jugs dignes d'accder des mystres plus profonds. Parmi ces mystres figurait la magie dont la [84] nature tait double : la magie divine et la magie mauvaise ou art noir. Chacune de ces branches est, son tour, divise en deux classes : la magie active et la magie visuelle. Dans la premire, l'homme cherche se mettre en rapport avec la nature, pour apprendre les choses caches ; dans la seconde, il s'efforce d'acqurir la puissance sur les esprits. Dans l'une il a en vue de faire le bien et dans l'autre d'accomplir toutes sortes d'actes diaboliques et contre nature" 90. Dans les trois plus importantes glises chrtiennes, les clergs Grec, Catholique Romain et Protestant dsapprouvent tous les phnomnes manifests par l'entremise des "mdiums". Et, de fait, il y a fort peu de temps encore, les Catholiques et les Protestants brlaient, pendaient et assassinaient de mille autres manires toutes les impuissantes victimes dont l'organisme servait la manifestation des esprits et, quelquefois, des forces aveugles encore inexpliques de la nature. En tte de ces trois Eglises, Rome est au premier plan. Ses mains sont rouges du sang innocent de victimes innombrables, sang vers au nom de cette divinit qu'elle fit l'image de Moloch et dont elle couronna sa croyance. Elle est prte recommencer et le dsire. Si ses pieds et ses mains sont lis aujourd'hui, c'est grce l'esprit de progrs et de libert religieuse professe par le XIXme sicle, cet esprit que, sans cesse, l'Eglise condamne et maudit. L'Eglise Grco-Russe est la plus douce et la plus chrtienne dans sa foi primitive et simple quoique aveugle. Il n'y a jamais eu d'union pratique entre les Eglises latine et grecque qui se sont spares il y a bien des sicles, mais les Pontifes Romains ont toujours affect de l'ignorer. Ils se sont impudemment arrog une juridiction, non seulement sur les contres de communion grecque, mais encore sur tous les Prostestants. "L'Eglise persiste dans sa prtention", dit le professeur Draper, "que l'Etat n'aurait aucun droit sur ce qu'elle dclare tre de son domaine ; Comme le Protestantisme, d'aprs elle, n'est qu'une rbellion, il n'a pas le moindre droit ; que, mme dans les communauts protestantes, l'vque catholique est le seul pasteur spirituel lgitime 91". Ses dcrets auxquels nul ne prend garde, ses lettres
90 91

Molitor. Philosophie de l'Histoire et des Traditions. Conflit entre la Religion et la Science, p. 329.

encycliques que l'on ddaigne, ses invitations qu'on nglige pour les conciles cumniques, ses excommunications dont on se rit, rien ne semble troubler Rome dont la persistance gale l'effronterie. En 1864, le Pape Pie IX atteignit le comble de l'absurdit. Il excommunia et foudroya de son anathme l'Empereur de Russie en tant que [85] "schismatique retranch du sein de Sainte mre l'Eglise 92". L'Empereur, ni ses anctres, ni la Russie depuis qu'elle fut christianise, il y a un millier d'annes, n'ont jamais consenti se joindre aux Catholiques Romains. Pourquoi ne pas rclamer aussi la juridiction sur les Bouddhistes du Tibet et sur les ombres des anciens Hyksos ? Les phnomnes mdiumniques se sont produits de tout temps en Russie, comme dans d'autres pays. Cette force ignore les diffrences religieuses, se rit des nationalits, envahit sans avoir t sollicite toute individualit, des rois aux mendiants. Le Vice-Dieu actuel, Pie IX, lui-mme, n'a pu viter la prsence de cet hte indsir. Pendant le dernier demi-sicle, Sa Saintet a t notoirement sujette des accs fort extraordinaires. A l'intrieur du Vatican, on les appelle des visions divines ; au dehors, le mdecin les nomme des attaques d'pilepsie et la rumeur populaire les attribue l'obsession des fantmes de Peruggia, Castelfidarlo et Mentana ! "Les lumires bleuissent, voici minuit ; des gouttes froides et livides perlent sur ma chair tremblante. J'ai cru que les mes de tous ceux dont j'ai caus la mort venaient." (Shakespeare, Richard III.) Le prince de Hohenlohe, si clbre, pendant le premier quart de ce sicle, pour ses pouvoirs de gurisseur, tait lui-mme un grand mdium. Vraiment, ces phnomnes et cette puissance n'appartiennent spcialement aucun ge ni aucun pays : Ils font partie des attributs psychologiques de l'homme, le Microcosme. Pendant des sicles, les Klikouchy, les Yourodevoy (dments et idiots), d'autres misrables cratures ont t affliges de dsordres tranges que le
92

Voir Gazette du Midi et Le Monde, du 3 mai 1864.

clerg et la populace russe attribuaient la possession dmoniaque. Ils encombrent l'entre des cathdrales sans oser pntrer l'intrieur, de peur que les dmons qui s'emparent d'eux ne les jettent violemment terre. Voroneg, Kiev, Kazan et toutes les villes qui possdent les reliques thaumaturgiques de saints canoniss sont pleines de ces sortes de mdiums inconscients. On peut toujours les voir runis en groupes hideux, dsuvrs autour des portiques et des vestibules des glises. A certains moments de la clbration de la messe par le clerg officiant, par exemple, l'apparition des sacrements, au commencement de la prire et du chur : Eyey Cherouvim, ces [86] semi-dments semimdiums se mettent chanter comme des coqs, aboyer, mugir ou braire et finissent par tomber en d'effroyables convulsions. L'impur ne peut supporter d'entendre la prire sacre. Telle est la pieuse explication. Mues de piti, quelques mes charitables administrent des cordiaux et distribuent des aumnes ces "pauvres affligs". De temps en temps, un prtre est invit les exorciser et, dans ce cas, il accomplit la crmonie soit par amour et charit, soit tent par quelques pices d'argent, selon sa disposition chrtienne. Mais ces infortunes cratures qui sont des mdiums car quelquefois elles prophtisent et ont des visions, lorsque l'accs est rel 93 ne sont jamais molestes en raison de leur infirmit. Pourquoi le clerg les perscuterait-il ou le peuple les harait-il, les dnonant comme sorciers et magiciens odieux ? Le sens commun et l'quit indiquent que les victimes n'y peuvent rien et que c'est le dmon qu'il faudrait punir, lui qui, dit-on, agit par elles. Le pire qui puisse arriver l'infortun, c'est que le prtre l'inonde de son eau bnite et lui occasionne de la sorte un refroidissement. Si ce remde est inefficace, le Klikoucha est laiss la grce de Dieu et l'on se contente de prendre soin de lui, par amour et par charit. Si superstitieuse et aveugle qu'elle soit, la foi qui obit de tels principes mrite quelque respect et ne peut jamais offenser l'homme ni le vrai Dieu. Il n'en est pas de mme avec les catholiques. C'est pour cela qu'ils seront, eux d'abord et le clerg protestant ensuite, pris partie dans cet ouvrage. Nous excepterons nanmoins quelques esprits levs appartenant ces deux confessions. Nous voulons savoir sur quoi ils fondent leur droit de traiter comme ils le font les Hindous et les Chinois, spirites et cabalistes ; pourquoi les dnoncer en bloc avec les

93

Mais ce n'est pas toujours le cas, car quelques-uns de ces mendiants en font un trafic profitable et rgulier.

infidles qu'ils ont eux-mmes invents, et les condamner aux feux ternels de l'enfer ? Loin de notre pense le plus lger manque de respect, encore moins un blasphme l'gard de la Divine Puissance qui a appel la vie toutes choses visibles et invisibles. Nous n'osons pas mme penser Sa majest et Sa perfection infinies : Il nous suffit de savoir qu'Elle existe et qu'Elle est toute Sagesse. II nous suffit de possder en commun avec toutes les autres cratures une tincelle de Son essence. La puissance suprme, que nous rvrons sans limite et sans fin, le grand "SOLEIL SPIRITUEL CENTRAL" dont les merveilleux effets nous environnent, le "Dieu"des voyants anciens et modernes. Sa nature ne peut tre tudie que dans les mondes voqus par son FIAT Tout Puissant. Sa rvlation est trace de sa propre main dans les imprissables formes [87] de l'harmonie universelle, sur le visage majestueux du Cosmos. Tel est le seul vangile INFAILLIBLE que nous reconnaissons. Parlant des anciens gographes, Plutarque remarque, dans Thse, qu'ils entassent sur les bords de leurs cartes les parties du monde qu'ils ne connaissaient pas. Ils ajoutent en marge des notes pour dire qu'au-del de ces points existent seulement des dserts de sable remplis de btes sauvages et de marais impntrables. Est-ce que nos thologiens et nos savants n'agissent pas de mme ? Tandis que les premiers peuplent le monde invisible d'anges et de dmons, nos philosophes cherchent persuader leurs disciples qu'il n'y a rien l o il n'existe pas de matire. Combien de nos sceptiques les plus invtrs appartiennent, malgr leur matrialisme, des loges maonniques ? Les Frres Rose-Croix, praticiens mystrieux du moyen ge, existent encore, mais de nom seulement. Ils peuvent "verser des larmes sur la tombe de leur respectable Matre Hiram Abiff", mais ils chercheront en vain la vritable place "o la branche d'acacia fut place". La lettre morte demeure seule, l'esprit a fui. Ils sont comme les churs anglais ou allemands de l'Opra Italien qui descendent au quatrime acte d'Hernani, dans la crypte de Charlemagne et chantent leur conspiration dans une langue qui leur est parfaitement inconnue. De mme nos modernes chevaliers de l'Arche Sainte peuvent descendre s'ils le veulent, chaque nuit, "par les neuf arches, dans les entrailles de la terre", ils "ne dcouvriront jamais le Delta sacr d'Enoch". "Les Seigneurs chevaliers de la valle du Sud" et ceux de "la valle du Nord" peuvent essayer de s'assurer que "l'Illumination pointe en leur

esprit", et qu' mesure qu'ils avancent dans la maonnerie, le voile de la superstition, du despotisme, de la Tyrannie, etc., n'obscurcit plus les visions de leur esprit. Mais ce ne sont que de vains mots tant qu'ils ngligent leur mre, la Magie, et qu'ils tournent le dos son frre jumeau, le Spiritualisme. En vrit, "Seigneurs Chevaliers de l'Orient" vous pouvez "quitter vos siges et vous asseoir sur le sol en des attitudes de douleur, vos ttes reposant dans vos mains", car vous avez d'amples raisons de dplorer votre destine. Depuis que Philippe le Bel a chass les Templiers, personne n'a surgi, malgr toutes prtentions contraires, pour dissiper vos doutes. En vrit, vous tes "errants loin de Jrusalem, cherchant le trsor perdu du saint lieu". L'avez-vous trouv ? Hlas, non ; car le lieu saint a t profan, les colonnes de sagesse, de force et de beaut sont dtruites. Dsormais, "vous errerez dans les tnbres" et "vous voyagerez dans l'humilit", par les forts et les montagnes, la recherche du "Mot perdu". "Passez", vous ne le trouverez jamais tant que vous limiterez vos prgrinations [88] aux sept ou mme aux sept fois sept, parce que "vous marchez dans les tnbres" et qu'il faut pour dissiper cette obscurit l'clatant flambeau de la vrit que seuls, les lgitimes descendants d'Ormazd portent. Ils peuvent seuls vous apprendre la vritable prononciation du nom rvl Enoch, Jacob et Mose. "Passez !" Jusqu' ce que votre V. R. S. ait appris multiplier 333 et frapper, sa place, 666 le nombre de la Bte de l'Apocalypse, vous ferez bien d'observer la prudence et d'agir "sub rosa". Pour prouver que les notions des anciens, en divisant l'histoire de l'humanit par cycles, ne manquaient pas de base philosophique, nous terminerons ce chapitre par la prsentation au lecteur d'une des traditions les plus anciennes de l'antiquit, relative l'volution de notre plante. A la fin de chaque "grande anne" que, suivant Censorinus, Aristote nommait la plus grande et qui se composait de six sars 94, notre plante est soumise une rvolution physique complte. Les climats polaires et quatoriaux changent graduellement de place. Les premiers s'avancent lentement vers la ligne quatoriale, et la zone quatoriale (avec sa

Webster dclare, tort, que les Chaldens nommaient Saros, le cycle des clipses, priode d'environ 6.586 ans, "le temps de rvolution du nud de la lune". Brose, astrologue Chalden luimme, dans le Temple de Blus, Babylone, fixe la dure du Sar, ou Sarus, 3.600 ans ; un neros durait 600 et un sossus, 60 ans. (Voyez Brose, d'aprs Abydenus. Des Rois Chaldens et du Dluge. Voyez encore Eusbe et le manuscrit Cary. Ex. Cod. reg. Gall. gr., n 2360, fol. 154).

94

vgtation exubrante et son dbordement de vie animale) prend la place des dserts glacs des ples. Ce changement de climat est ncessairement accompagn de cataclysmes, de tremblements de terre et d'autres convulsions cosmiques 95, la suite du dplacement des ocans la fin de chaque dcamillenium plus un neros environ, un dluge semi-universel a lieu comme le dluge lgendaire de No. Les Grecs donnaient le nom d'Hliocale cette anne, mais personne, hors du sanctuaire, n'avait une ide exacte de sa dure et de ses dtails. L'hiver de cette anne tait nomm le cataclysme ou le dluge, l't s'appelait l'Ecpyrosis. Les traditions populaires enseignaient, que pendant ces saisons, le monde tait alternativement brl puis inond. C'est, du moins ce que nous apprennent les Fragments d'astronomie de Censorinus et de Snque. L'incertitude [89] des commentateurs au sujet de la dure de cette anne tait telle qu'aucun d'eux ne s'approche de la vrit. Sauf Hrodote et Linus qui lui attribuent, le premier 10.800 ans, et l'autre 13.984 ans 96. Suivant les dires des prtres Babyloniens, corrobors par Eupolemus 97 la "cit de Babylone fut fonde par ceux qui furent sauvs de la catastrophe du dluge : c'taient des gants, ils rigrent la tour dont il est parl dans l'histoire" 98. Ces gants, grands astrologues, qui, de plus, avaient reu de leurs anctres, "les fils de Dieu", une instruction complte des choses secrtes, instruisirent les prtres leur tour et laissrent dans les temples tous les rcits du cataclysme priodique dont ils avaient t tmoins. C'est ainsi que les grands prtres eurent connaissance des grandes annes. Si nous rflchissons, en outre, que Platon dans le Timus parle d'un vieux prte Egyptien qui tana Solon parce qu'il ignorait qu'il y et eu dj plusieurs dluges, comme le grand dluge d'Ogygs, nous pouvons aisment comprendre que cette croyance en le Hliakos tait doctrine admise par les prtres initis du monde entier.

Avant de rejeter cette thorie, si traditionnelle soit-elle, les savants devraient expliquer pourquoi, la fin de chaque priode tertiaire, l'hmisphre nord a subi une rduction de temprature telle que la zone torride s'est transforme en climat sibrien. Ne perdons pas que vue que le systme Hliocentrique nous vient de la haute Inde et que tous les germes des connaissances astronomiques nous en furent apports par Pythagore. Une hypothse en vaut une autre tant que nous n'avons pas de preuves mathmatiques absolues.
96 97 98

95

Censorinus. De Natal die. Seneca. Nat. qust., III, 29. Eusbe. Prp. Evan. De la Tour de Babel et d'Abraham.

Cela est en contradiction flagrante avec le rcit de la Bible qui nous dclare que le dluge a t envoy spcialement pour la destruction de ces gants. Les prtres babyloniens n'avaient aucune raison pour inventer des mensonges.

Les Neros, les Vrihaspati ou les priodes nommes Yougas ou Kalpas, sont des problmes vitaux rsoudre. Le Satyayoug et les cycles bouddhistes de la chronologie se traduisent par des chiffres qui couperaient le souffle un mathmaticien. Le Maha-Kalpa embrasse un nombre infini de priodes remontant bien loin dans les poques antdiluviennes. Leur systme comprend un Kalpa ou grande priode de 4.320.000.000 d'annes qu'ils divisent en quatre yougas plus courts qui se suivent ainsi : 1. Satya-youg 2. Trtya-youg 3. Dvpa-youg 4. Kali-youg Total 1.728.000 1.296.000 864.000 432.000 4.320.000 annes

Ces quatre subdivisions sont celles d'un ge divin ou Maha-Youg ; soixante et onze Maha-Youg font 306.720.000 annes, auxquelles vient s'ajouter un sandhi (ou le temps pendant lequel le jour et la nuit se confondent, l'aube et le crpuscule) qui quivaut un Satya-Youg ou 1.728.000. Le tout forme un manvantara de [90] 308.448.000 annes 99. Quatorze manvantaras font 4.318.272.000 annes, auxquelles il faut ajouter un sandhi pour commencer le Kalpa, soit 1.728.000 annes ce qui fait que le Kalpa, ou grande priode, est compos de 4.320.000.000 annes. Comme nous ne sommes encore maintenant que dans le KaliYoug du vingt-huitime ge du septime manvantara de 308.448.000 annes, nous avons encore une longue attente avant mme d'arriver la moiti du temps assign l'existence du monde. Ces chiffres ne sont pas fantaisistes, mais fonds sur des calculs astronomiques, ainsi que l'a dmontr S. Davis 100. Beaucoup de savants, Higgins entre autres, malgr leurs investigations, ont t perplexes pour dcider lequel de tous ceux-ci tait le cycle secret. Bunsen a tabli la preuve que les prtres Egyptiens qui firent des annotations cycliques, les
99

Coleman, qui a tabli ce calcul, laissa chapper une erreur srieuse son correcteur d'preuves. La longueur du Manvantara est donne comme tant de 368.448.000 annes. C'est, juste, 60.000.000 d'annes en trop. S. Davis. Essay on the Asiatic Researches et Anacalypsis de Higgins. Voir encore : Mythology of the Hindus de Coleman, Prface, p. XIII.

100

tenaient toujours caches dans le plus profond mystre 101. Qui sait ? La difficult que les savants ont rencontre venait probablement du fait que les calculs des anciens s'appliquent galement au progrs spirituel et au progrs physique de l'humanit. On comprendra sans difficult l'troite correspondance tablie par les anciens entre les cycles de la nature et ceux de l'humanit, si nous ne perdons pas de vue leur foi dans les influences constantes et toutes puissantes des plantes sur les destins de l'humanit. Higgins pense avec raison que le cycle du systme Hindou de 432.000 ans est la cl du cycle secret. Mais son insuccs le dchiffrer est vident : comme il appartient au mystre de la cration, ce cycle est le plus inviolable de tous. Il fut reproduit en chiffres symboliques seulement dans le Livre Chalden des Nombres dont l'original, s'il existe aujourd'hui, ne se trouve certainement pas dans les bibliothques. Il faisait, en effet, partie d'un des plus anciens livres d'Herms, dont la dsignation ordinale n'a pas t dtermine jusqu'ici 102. [91] En employant le calcul de la priode secrte des Grands Neros et des Kalpas Hindous, quelques cabalistes, mathmaticiens et archologues qui ne savaient rien des calculs secrets, changrent le nombre ci-dessus mentionn de 21.000 ans en 24.000 pour la dure de la grande anne, parce
101 102

Bunsen. Egypte, vol. I.

Les quarante-deux livres sacrs des Egyptiens que Clment d'Alexandrie affirma avoir exist de son temps n'taient qu'une partie des livres d'Herms. Jamblique sur l'autorit du prtre Egyptien Abammon attribue 1.200 de ces livres Herms et 36.000 Manetho. Mais l'affirmation de Jamblique, Thurge et No-Platonicien, est naturellement rcuse par les critiques modernes. Manetho (que Bunsen eut en trs grande estime en tant que "personnage purement historique" auquel "aucun des historiens indignes ultrieurs ne peut tre compar")... (voir Egypte, 1, p. 97) ; devient subitement un pseudo Manetho ds que les ides mises par lui heurtent les prjugs scientifiques contre la magie et la science occulte dont se rclamaient les anciens prtres. Toutefois, aucun archologue ne doute un seul instant de l'antiquit presque incroyable des livres Hermtiques. Champollion a la plus grande estime pour leur authenticit et leur vracit puisqu'elles sont corrobores par beaucoup des plus anciens monuments. Bunsen donne galement des preuves irrfutables de leur antiquit. Nous voyons, par exemple, grce ses recherches, qu'il y eut une ligne de soixante et un Rois avant l'poque de Mose. La priode Mosaque fut prcde par une civilisation dont la trace se suit aisment au cours de plusieurs milliers d'annes. Nous sommes, par consquent, autoriss croire que les ouvrages d'Herms Trismgiste, existaient des sicles avant la naissance du lgislateur juif. "On voit des styles et des encriers reprsents sur des monuments de la quatrime dynastie, la plus ancienne du monde", selon Bunsen. Si l'minent gyptologue rejette la priode 48.863 ans avant Alexandre, laquelle Diogne Laertius ramne les rcits des prtres, il est certainement plus embarrass des 10.000 annes de leurs observations astronomiques. Il dit d'elles que, "a si ce sont vraiment des observations, elles doivent s'tendre sur une priode de plus de 10.000 annes" (p. 14). Il ajoute encore : "Nous apprenons, toutefois, dans un de leurs plus anciens ouvrages chronologiques, que les traditions Egyptiennes authentiques, concernant la priode mythologique, se rapportaient des myriades d'annes". (Egypte, I, p. 15).

qu'ils supposaient que la dernire priode de 6.000 annes s'appliquait seulement au renouvellement de notre globe. Higgins donne cette raison : on supposait autrefois que la prcession des quinoxes ne se faisait que tous les 2.000 ans, au lieu de 2.160 ans dans un signe. Ce qui donnerait pour la dure de la grande anne, quatre fois 6.000, soit 24.000 ans en tout. "Par consquent", dit-il, cela expliquerait la longueur prolonge de leurs cycles ; car, avec cette grande anne, se produirait le mme fait qu'avec l'anne commune, jusqu'au moment o, ayant tourn autour d'un cercle immense, elle reviendrait son point de dpart". Aussi, explique-t-il le chiffre de 24.000 ans de la manire suivante : "Si l'angle que le plan de l'cliptique fait avec celui de l'quateur diminuait graduellement et rgulirement comme on supposait que c'tait le cas, jusqu' une poque toute rcente, les deux plans auraient concid au bout d'environ dix ges (6.000 ans). Dix ges, 6.000 ans plus tard, le soleil aurait t plac, par rapport l'hmisphre sud, comme il l'est aujourd'hui par rapport l'hmisphre nord. Dix ges plus tard, il serait plac comme il l'est aujourd'hui aprs une priode de vingt-quatre vingt-cinq mille ans, environ. Lorsque le soleil serait parvenu l'quateur, les dix ges (ou 6.000 ans) seraient rsolus et le monde dtruit par le feu. Arriv au point sud, il serait dtruit par l'eau. C'est ainsi qu'il serait dtruit tous les 6.000 ans ou tous les dix neros" 103. Cette mthode de calculer par neros, sans tenir compte du secret dans lequel les anciens philosophes qui appartenaient tous l'ordre sacerdotal, tenaient leur savoir, a donn lieu aux plus graves erreurs. Elle fit que les Juifs, ainsi que certains Platoniciens [92] chrtiens, affirmrent la destruction invitable du monde la fin de 6.000 ans. Gale prouve quel point cette croyance tait enracine chez les Juifs. Elle a conduit les savants modernes rejeter entirement les hypothses des anciens. De cette croyance naquirent plusieurs sectes religieuses qui, comme les Adventistes contemporains, vivent dans l'attente de la destruction prochaine du monde. Comme notre plante tourne tous les ans une fois autour du soleil et, aussi, une fois par vingt-quatre heures sur elle-mme, traversant ainsi des cycles mineurs l'intrieur de cycles plus grands, l'uvre des priodes

103

Higgins. Anacalypsis.

cycliques mineures est accomplie et recommence dans les limites du Grand Saros. La rvolution du monde physique, suivant la doctrine ancienne, est accompagne d'une rvolution analogue dans le monde de l'intellect ; le monde spirituel voluant par cycles ainsi que le monde physique. Nous constatons, par consquent, dans l'histoire, une succession alterne de flux et de reflux pour la mare du progrs humain. Les grands empires du monde, aprs avoir atteint le point culminant de leur puissance, retombent en obissant la mme loi qui les avait ports au fate. Puis, lorsqu'ils ont atteint le point le plus bas, l'humanit se ressaisit et monte de nouveau et le sommet qu'elle touche alors, suivant la loi de progression ascendante par cycles, est un peu plus lev que le dernier sommet atteint avant la dernire priode descendante. La division de l'histoire de l'humanit en ges d'Or, d'Argent, de Cuivre et de Fer n'est pas une fiction. Nous voyons le mme phnomne dans la littrature des peuples. Un ge de grande inspiration et de production inconsciente est, invariablement, suivi d'un ge de critique et de conscience. Le premier fournit les matriaux destins l'intellect analytique et critique du second. C'est ainsi que tous les grands Etres, ces gants qui dominent l'histoire de l'humanit, le Bouddha-Siddrtha et Jsus, dans le domaine spirituel ; Alexandre de Macdoine et Napolon le Grand dans celui des conqutes physiques, sont uniquement des images refltes de types humains ayant exist dj dix milliers d'annes auparavant, dans le dca-millnium antrieur et qui sont reproduits par les pouvoirs mystrieux qui prsident la destine de notre monde. Aucun personnage saillant n'existe dans les annales de l'histoire profane ou sacre dont le prototype ne puisse tre retrouv dans les traditions semi-fictives et semi-relles des religions et des mythologies d'autrefois. Comme l'toile qui brille une distance incommensurable au-dessus de nos ttes se reflte dans les eaux limpides d'un lac, de mme l'imagerie des hommes antdiluviens se rflchit dans les priodes dont nous pouvons embrasser l'histoire en rtrospective. [93] En bas, comme en haut. Ce qui a t, sera de nouveau. Sur la terre comme dans le ciel.

Le monde est toujours ingrat envers les grands hommes. Florence a lev une statue Galile mais peine cite-t-elle Pythagore. Le premier avait un guide tout prt. Copernic qui, dans ses traits, fut oblig de lutter contre le systme universellement admis de Ptolme. Mais ni Galile, ni l'astronomie moderne n'ont dcouvert l'emplacement des corps plantaires. Des milliers d'annes avant eux, toutes ces connaissances taient enseignes par les sages de l'Asie moyenne d'o Pythagore les apporta, non comme des hypothses mais comme une science dmontre. "Les nombres de Pythagore, dit Porphyre, taient des symboles hiroglyphiques au moyen desquels il expliquait toutes les ides concernant la nature de toutes choses" 104. C'est donc en vrit l'antiquit seule que nous devons nous adresser pour connatre l'origine de toutes choses. Combien est juste l'opinion de Hargrave Jennings quand il parle des Pyramides et combien vraies sont ses paroles quand il demande : "Est-il seulement raisonnable de conclure qu' l'poque o les connaissances les plus tendues, o les pouvoirs humains taient surprenants, compars ceux que nous possdons aujourd'hui, que tous ces effets physiques insurpassables et peine croyables que des ouvrages comme ceux des Egyptiens taient consacrs une erreur ? Est-il raisonnable de croire que ces myriades d'hommes des bords du Nil taient des fous travaillant dans les tnbres, que toute la magie de leurs grands hommes tait une tromperie et, enfin, que nous, en mprisant ce que nous appelons leur superstition et leur puissance gaspille, nous seuls soyons sages ? Non, il y a probablement bien plus dans ces vieilles religions que dans l'audace de nos dngations modernes, dans la confiance de notre poque vaine de sa science spirituelle, et dans la raillerie de nos jours sans foi il y a plus, beaucoup plus qu'on ne le suppose. Nous ne comprenons pas l'antiquit. Ainsi nous voyons comment se concilient la pratique classique et les enseignements du paganisme, comment mme le Gentil et le Juif, la doctrine mythologique et la doctrine chrtienne tombent d'accord dans la foi gnrale base sur la Magie. Certes, la magie est possible : telle est la morale de ce livre" 105. [94] C'est possible. II y a trente ans, lorsque les premiers coups frapps de Rochester, veillrent l'attention sur la ralit d'un monde invisible,
104 105

De vit. Pythog. The Rosicrucians, etc., par Hargrave Jennings.

lorsque la petite averse de coups frapps devint graduellement un torrent qui inonda tout le globe, les spirites n'eurent lutter que contre deux puissances : la Thologie et la Science. Mais les Thosophes ont en face d'eux, outre ces deux ennemies, le monde en gnral et les spirites tout les premiers. "Il y a un Dieu personnel et un Diable personnel", dit, de sa voix tonnante, le prdicateur chrtien, "Anathme celui qui oserait dire non". "Il n'y a pas d'autre Dieu personnel que la matire grise enferme dans notre cerveau", lui rpond avec mpris le matrialiste. "Et il n'y a point de Diable. Que celui qui l'affirme soit considr comme un triple idiot". Pendant ce temps, les occultistes et les vrais philosophes ne font attention ni l'un ni l'autre des deux combattants. Ils persvrent dans leur uvre. Aucun d'eux ne croit l'absurde Dieu passionn et instable de la superstition, mais tous croient au bien et au mal. Notre raison humaine, manation de notre mental fini, est certainement incapable de comprendre une intelligence divine, une entit infinie et ternelle. Aussi, selon la stricte logique, ce qui transcende notre intelligence, ce qui resterait absolument incomprhensible pour nos sens, ne peut pas exister pour nous. Donc cela n'existe pas. Ce raisonnement born est d'accord avec celui de la science et dit : "Il n'y a pas de Dieu". Mais, d'un autre ct, notre Ego, ce qui vit, pense et sent indpendamment de nous, dans notre enveloppe mortelle, notre moi fait plus que croire. Il sait qu'il existe un Dieu dans la nature car le seul et invincible Artisan, vit en nous, comme nous vivons en Lui. Il n'est point de foi dogmatique ni de science exacte qui puisse draciner ce sentiment intuitif inhrent l'homme lorsqu'une fois il l'a pleinement peru en lui. La nature humaine est comme la nature universelle dans son horreur du vide. Elle prouve une aspiration intuitive vers une Puissance Suprme. Faute d'un Dieu, le cosmos lui apparatrait comme un corps sans me. Empch de Le chercher l o seulement Sa trace pouvait tre trouve, l'homme a rempli ce vide pnible avec le Dieu personnel que ses matres spirituels ont faonn exprs pour lui avec des ruines parses des mythes paens incompris et des philosophies surannes de l'antiquit. Comment expliquer autrement la croissance en champignon de nouvelles sectes dont quelques-unes dpassent le comble de l'absurde ? Le genre humain a un besoin irrpressible, inn ; il lui faut le satisfaire dans une religion quelconque qui supplanterait la thologie dogmatique, indmontre et indmontrable de nos sicles chrtiens. Ce besoin c'est le dsir ardent de

preuves de l'immortalit. [95] Sir Thomas Browne l'exprime trs bien : "... le plus lourd pav que la mlancolie puisse lancer un homme, c'est de lui dclarer qu'il est au bout de sa nature, ou que pour lui il n'est point d'tat futur vers lequel il irait progressivement et qu'alors tout serait vain". Qu'une religion quelconque, capable d'offrir ces preuves de notre immortalit, sous la forme de faits scientifiques, vienne tre propose : le systme actuel se trouvera plac dans l'alternative de renforcer ses dogmes par ces faits mmes ou de perdre tout droit au respect et l'affection de la chrtient. Un ministre du culte chrtien a t forc de reconnatre qu'il n'y a point de source authentique o l'assurance d'une existence future ait pu tre puise par l'homme. Comment cette croyance se serait-elle donc maintenue pendant des sicles sans nombre si ce n'est parce que parmi toutes les nations, civilises ou non on a accord l'homme cette preuve dmonstrative ? Est-ce que l'existence de cette croyance ne prouve pas, elle-mme, que le penseur philosophe et le sauvage irrationnel ont, tous deux, t forcs d'admettre le tmoignage de leur sens ? Si dans des cas dtermins, une illusion spectrale peut tre rsulte de causes physiques, d'autre part, dans des milliers de cas, il y a eu des apparitions de personnes conversant avec plusieurs individus la fois : ensemble, ces tmoins ont vu et entendu car, certainement tous n'avaient point l'esprit en dsordre. Les plus grands penseurs de la Grce et de Rome considraient ces apparitions comme des faits dmontrs. Ils distinguaient les apparitions par les noms de mans, anima, umbra : les mans descendaient, aprs la mort de l'individu, dans le monde infrieur, l'anima, esprit pur, remontait au ciel ; enfin l'umbra, inquite l'me lie la terre errait autour de sa tombe parce que l'attraction de la matire et l'affection pour son corps mortel l'emportaient en elle et empchaient son essor vers les hautes rgions. "Terra legit carnem tumulum circumvolet umbra, Orcus habet manes, spiritus astra petit". Dit Ovide au sujet des triples constituants de l'me. Mais toutes ces dfinitions doivent tre soumises la soigneuse analyse de la philosophie. Trop de nos penseurs ne voient gure que les nombreux changements de langage, la phrasologie allgorique. Le dsir vident de secret chez les crivains Mystiques, car, le secret tait

obligatoire en ce qui concernait les mystres du sanctuaire, a pu causer de grossires mprises aux traducteurs et aux commentateurs. [96] Les expressions des alchimistes du moyen ge ont t traduites littralement. Le symbolisme voil de Platon mme, est gnralement mal interprt par le lettr moderne. Un jour viendra sans doute o on fera mieux. Alors, on se convaincra que la mthode de l'extrme ncessit fut pratique dans l'ancienne philosophie aussi bien que dans la moderne. Ds les premires poques de l'humanit, les vrits fondamentales de tout ce qu'il nous est donn de connatre sur la terre, furent soigneusement confies la garde des adeptes du sanctuaire. La diffrence des croyances et des pratiques religieuses tait purement extrieure. Ces gardiens de la rvlation divine primitive qui avait rsolu tous les problmes accessibles l'intelligence humaine, taient lis entre eux par une franc-maonnerie universelle de science et de philosophie : ils formaient une chane ininterrompue autour du globe. C'est la philologie et la physiologie de trouver l'extrmit du fil. Alors, on verra que l'cheveau du mystre peut tre dbrouill si l'on dgage une seule boucle des systmes religieux antiques. Faute d'avoir connu ces preuves ou, pour avoir refus de les connatre, des hommes comme Hare et Wallace, avec d'autres penseurs de talent, ont t acculs dans l'impasse du spiritisme moderne. Les mmes raisons ont rduit d'autres esprits, entirement dpourvus d'intuition spirituelle, se plonger dans un matrialisme grossier dcor de noms divers. Mais nous ne voyons pas l'utilit de pousser plus loin cette tude. Selon la plupart de nos contemporains, il n'y eut qu'un jour de savoir ; son aurore assistaient les philosophes anciens, et son midi radieux est nous. Le tmoignage de centaines de penseurs antiques et mdivaux est aussi inutile nos exprimentateurs modernes que si le monde datait seulement de la premire anne de notre re, que tout savoir tait de date rcente. Cependant, nous ne perdons ni espoir ni courage. Le moment est plus opportun que jamais pour passer en revue les philosophies antiques. Les archologues, les philologues, les astronomes, les chimistes et les physiciens s'approchent de plus en plus de ce point o ils seront forcs de s'en occuper. La science physique a dj atteint ses limites d'exploration, la thologie dogmatique voit tarir les sources de son inspiration. A moins que les signes prcurseurs ne nous trompent, le jour est proche o le monde accueillera les preuves que les religions anciennes seules taient en

harmonie avec la nature et que la science antique embrassait tout ce qui peut tre connu. Des secrets longtemps gards pourraient tre rvls, des livres longtemps oublis, et des arts depuis longtemps perdus, pourraient tre remis en lumire ; des papyrus et des parchemins d'une importance inestimable se retrouveront entre les mains d'hommes qui dclareront les avoir drouls autour des momies [97] ou trouvs dans les tnbres des cryptes : Tablettes et piliers pourraient tre exhums, interprts et leurs rvlations sculptes surprendre les thologiens et confondre les savants. Qui connat les possibilits de l'avenir ? Une re de dsillusion et de reconstruction va commencer. Que dis-je ? Elle est commence dj. Le cycle a presque accompli sa course. Un cycle nouveau est sur le point de natre. Les pages futures de l'histoire mettront en pleine vidence et prouveront absolument que : S'il faut en croire nos anctres, Des esprits sont descendus converser avec l'homme Et lui ont rvl les secrets du monde inconnu.

[99] CHAPITRE II PHENOMENES ET FORCES "L'orgueil, lorsque l'esprit de rpartie fait dfaut, accourt notre dfense et prend toute la place laisse libre par le bon sens" POPE. "Mais pourquoi les oprations de la nature seraient-elles changes ? II peut y avoir une philosophie plus profonde que nous ne l'avons rv, une philosophie qui dcouvre les secrets de la nature mais qui, en les pntrant n'en altre pas la marche." BULWER-LYTTON. Est-ce assez pour l'homme de savoir qu'il existe ? Suffit-il qu'un tre humain soit form pour qu'il mrite le nom d'HOMME ? Voici notre opinion bien arrte et notre conviction : pour devenir une vritable entit spirituelle digne de ce titre, l'homme doit commencer pour ainsi dire par se recrer : c'est--dire liminer compltement de son mental et de son me, non seulement toute influence dominante d'gosme et d'autre impuret, mais aussi toute infection de la superstition et du prjug. J'entends par-l toute autre chose que l'antipathie et la sympathie prises dans l'acception commune. L'nergique courant magntique qui se dgage des ides aussi bien que des corps physiques, gnre une influence particulire, un sombre tourbillon qui, tout d'abord, nous entrane irrsistiblement. Il nous enveloppe et nous finissons par n'en plus pouvoir sortir. C'est que nous n'en avons point le courage, arrts que nous sommes par une honteuse lchet morale : la crainte de l'opinion publique. Il est rare que les hommes envisagent une chose sous son jour, faux ou vrai, par libre exercice de leur jugement personnel. Bien au contraire. Ordinairement, la conclusion procde d'une aveugle adoption des opinions courantes parmi ceux avec lesquels nous frayons. Un paroissien ne croira jamais payer trop cher, si

absurde qu'en soit le prix, sa place au banc d'uvre. De mme un matrialiste n'ira pas deux fois entendre M. Huxley traiter de l'volution parce qu'il croit bon de le faire, mais parce que Monsieur un Tel et Madame une Telle, personnages considrs comme donnant le ton, le font. [100] Il en va de mme pour toutes choses. Si la psychologie avait eu son Darwin, on aurait peut-tre dmontr qu'au point de vue de nos qualits morales, l'origine de l'homme tait troitement lie celle de sa forme physique. Par la servilit de sa condition et sa mimique, la socit suggre l'observateur attentif l'ide d'une parent, entre les tres humains et ceux de l'espce simiesque, encore plus frappante peut-tre que ne l'indiquent les signes extrieurs relevs par le grand anthropologiste. Les nombreuses varits du singe, cette "caricature de l'homme", paraissent avoir volu exprs pour fournir certaines catgories de personnes, dispendieusement attifes, les lments de leurs arbres gnalogiques. La science, chaque jour, avance rapidement dans le sens des grandes dcouvertes en chimie, en physique, en organologie, en anthropologie. Les savants devraient tre libres de toute conception a priori et de tout prjug. Et malgr la libert de pense et d'opinion, les savants d'aujourd'hui sont les mmes hommes qu'autrefois. C'est le fait d'un rveur et d'un utopiste, d'imaginer que l'volution, le dveloppement des ides nouvelles ont chang l'homme. Il est possible que le sol soit convenablement fertilis, prpar pour une rcolte annuelle de fruits plus abondants et meilleurs ; mais, si vous bchez un peu profondment, sous la couche utile la rcolte, vous retrouverez le sous-sol tel qu'il tait avant le premier sillon. Il y a peu d'annes, mettre en doute l'infaillibilit d'un dogme thologique quelconque, suffisait pour mriter la rputation d'iconoclastes et d'hrtiques ! V victis... La Science a vaincu. Mais, son tour, le vainqueur rclame la mme infaillibilit. Bien qu'il ne prouve pas mieux son droit. "Les temps changent et nous changeons avec eux". Ce dicton du bon vieux Lotharius s'applique au cas dont il s'agit. Nanmoins notre sentiment est que nous avons quelque droit mettre en question les grands prtres de la Science. Depuis bien des annes, nous avons surveill le dveloppement de la croissance de cette pomme de discorde : LE SPIRITISME MODERNE. Familiers avec sa littrature, en Europe comme en Amrique, nous avons

suivi avec une attention intresse ses interminables disputes et nous avons compar ses hypothses contradictoires. De nombreuses personnes instruites, hommes et femmes spirites htrodoxes, naturellement ont essay de sonder ces phnomnes Protens. Ils ont simplement abouti la conclusion suivante : quelles que soient les raisons de ces checs constants qu'on les attribue aux investigateurs ou la Force secrte qui agit il est au moins prouv que plus les manifestations psychologiques sont frquentes et varies, plus aussi sont impntrables les tnbres qui entourent leur origine. [101] II est oiseux de le nier : nous sommes aujourd'hui tmoins de phnomnes dont la nature est mystrieuse. On les dsigne gnralement et peut-tre, tort, sous le nom de spirites. Consentons une importante dfalcation pour des fraudes astucieuses, il en reste cependant assez pour solliciter l'attentif examen de la science. "Et cependant elle tourne" ; cette phrase, prononce il y a des sicles, est passe dans le langage courant. De nos jours, il n'est plus indispensable d'avoir le courage de Galile pour la jeter la face de l'Acadmie. Dj les phnomnes psychologiques en sont l'offensive. Les savants modernes dclarent que, mme si la production de certains phnomnes mystrieux en prsence des mdiums est un fait avr, rien ne prouve que ces phnomnes ne soient pas attribuables quelque anomalie dans la constitution nerveuse de ces individus. Il faut que cette question soit tranche avant d'envisager s'il est possible que les phnomnes soient produits par des esprits humains revenant ici-bas. Une lgre objection peut tre faite cette manire de voir. Sans doute, l'obligation de la preuve incombe ceux qui affirment l'intervention des esprits. Si les hommes de science voulaient aborder le sujet en toute bonne foi, avec l'ardent dsir de rsoudre un mystre angoissant, s'ils n'affichaient pas un mpris peu digne et peu professionnel, ils ne s'exposeraient aucun blme. Certes, les communications "spirites" sont, pour la plupart, de nature dgoter les chercheurs, mme d'intelligence moyenne. Quand elles sont authentiques, elles sont triviales, quelconques et, souvent, vulgaires. Depuis vingt ans, par l'intermdiaire de certains mdiums, nous avons, reu des messages supposs maner de Shakespeare, Byron, Franklin, Pierre le Grand, Napolon, Josphine, voire de Voltaire. Notre impression tait que le conqurant franais et son pouse semblaient avoir oubli l'orthographe, que Shakespeare et Byron taient tombs dans l'ivrognerie chronique et Voltaire dans l'imbcillit. Qui pourrait blmer

des hommes habitus des principes exacts, ou mme des personnes instruites tout simplement si elles concluent que lorsque des fraudes aussi videntes sont en surface, il leur serait difficile de trouver la vrit en allant au fond. Accoler des noms clbres des communications idiotes, a inflig une telle indigestion l'estomac des savants qu'ils ne peuvent plus assimiler mme la grande vrit qui repose sur les plateaux tlgraphiques 106 de cet ocan de phnomnes psychologiques. Ils jugent d'aprs une surface souille d'cume et de mousse. Mais ils pourraient, avec une gale exactitude, nier l'existence de toute eau claire dans les [102] profondeurs de la mer, sous prtexte qu'une cume graisseuse flotte la surface. Par consquent, si, d'un ct, nous ne pouvons les blmer de reculer au premier aspect de ce qui semble rellement rpulsif, nous avons par contre le droit de les critiquer et nous en usons pour leur rpugnance explorer plus profondment. Ni perles, ni diamants taills ne peuvent tre trouvs sur le sol. Et ces gens agissent aussi follement qu'un plongeur de profession, qui rejetterait une hutre perlire en raison de son aspect malpropre et vaseux alors qu'en l'ouvrant il aurait trouv une perle prcieuse dans la coquille. Mme les reproches justes et svres formuls par quelques-uns de leurs chefs de file sont sans effet. La peur des savants de se livrer des recherches, sur un sujet aussi impopulaire, semble avoir tourn maintenant une panique gnrale. "Les phnomnes poursuivent les savants, et les savants fuient les phnomnes". Cette remarque pleine d' propos fut faite par M. A. N. Aksakof dans un excellent article sur le Mdiumnisme et le Comit scientifique de Saint-Ptersbourg. L'attitude de ce corps professoral en ce qui concerne le sujet qu'il s'tait spontanment engag tudier, fut simplement honteuse, d'un bout l'autre. Son rapport, prmatur et combin l'avance, tait si videmment partial et si peu concluant qu'il suscita une protestation mprisante de la part des incrdules eux-mmes. Le manque de logique chez nos savants messieurs, contre la philosophie du spiritisme proprement dit est admirablement dnonce par le professeur John Fisk, un des leurs. Dans un rcent travail philosophique, The Unseen World, tout en montrant bien que d'aprs la dfinition mme des termes matire et esprit l'existence de l'esprit ne peut tre dmontre

106

Il s'agit des fonds marins o reposent les cbles tlgraphiques (N.d.T)

aux sens, et, qu'ainsi, aucune thorie n'est justiciable des preuves scientifiques, il porte un coup svre ses collgues, dans ces lignes : "Le tmoignage dans un cas de ce genre, dit-il, dans les conditions de la vie prsente, doit forcment rester pour toujours inaccessible. Les preuves sont entirement hors du domaine de l'exprience. Si abondantes qu'elles soient, nous ne pouvons esprer les rencontrer. Et, par consquent, l'impossibilit o nous sommes de les produire ne peut susciter la moindre prsomption contre notre thorie. Quand on l'envisage ainsi, la croyance la vie future n'a pas d'appui scientifique, mais, en mme temps, elle est au-del du besoin d'une base scientifique et elle chappe la critique scientifique. C'est une croyance que ne pourront combattre, en quoi que ce soit, tous les progrs futurs et imaginables des dcouvertes physiques. C'est une croyance qui n'est en aucune faon irrationnelle et qu'on peut avoir logiquement sans affecter notre tournure scientifique d'esprit et sans que nos conclusions scientifiques en soient influences". "Si, [103] maintenant, ajoute-t-il, les hommes de science veulent accepter ce point de vue que l'esprit n'est pas la matire, qu'il n'est pas rgi par les lois de la matire ; s'ils s'abstiennent, dans les spculations sur l'esprit, de le restreindre par leur connaissance des choses matrielles, ils auront supprim ce qui, de nos jours, est, pour les hommes religieux, la principale cause d'irritation". Mais, ils ne le feront pas. Ils s'exaltent quand des hommes aussi suprieurs que Wallace ont le courage, la loyaut, le mrite de s'incliner, et refusent d'accepter la manire de voir, si prudente et si restrictive soit-elle, de M. Crookes. Pour rclamer l'attention en faveur des opinions contenues dans le prsent ouvrage, notre seul titre est qu'elles sont fondes sur bien des annes d'tudes concernant la fois l'ancienne magie et le Spiritisme, sa forme moderne. La premire, mme maintenant o les phnomnes, semblables ceux d'autrefois, sont devenus familiers tous, est communment carte comme une adroite jonglerie ; le second, alors que la force de l'vidence exclut toute possibilit de crier franchement au charlatanisme, est dnonce comme une hallucination universelle. Beaucoup d'annes d'errances parmi les magiciens "paens"et "chrtiens", parmi les occultistes, les magntiseurs et tutti quanti appartenant la magie blanche ou noire, doivent suffire, pensons-nous, pour nous donner un certain droit de nous sentir comptente, pour considrer pratiquement cette question douteuse et trs complique. Nous

avons fray avec les fakirs, les saints de l'Inde, et les avons vus en communication avec les Pitris. Nous avons surveill les actes et le modus operandi des derviches tourneurs et hurleurs ; entretenu d'amicales relations avec les marabouts de Turquie d'Europe et d'Asie : les charmeurs de serpents de Dansas et de Bnars n'ont gure de secrets que nous n'ayons eu la bonne fortune d'tudier. Aussi, quand des hommes de science qui n'ont jamais eu l'occasion de vivre parmi ces jongleurs orientaux et, ne peuvent tout au plus, que juger superficiellement, nous disent que dans leurs performances il n'y a rien que de simples tours de prestidigitation, malgr nous nous ne pouvons que regretter profondment des conclusions aussi prcipites. Se rclamer aussi prtentieusement d'une analyse approfondie des forces de la nature et, en mme temps, taler une aussi impardonnable ngligence pour les questions d'un caractre purement physiologique et psychologique, rejeter sans appel et sans examen des phnomnes aussi surprenants, c'est faire montre d'une inconsquence fortement teinte de timidit, si ce n'est de dviation morale. Aussi, dussions-nous jamais recevoir de quelque Faraday contemporain le mme trait que celui dcoch par ce gentleman, [104] il y a des annes, avec plus de sincrit que de bonne ducation il est craindre que nous persisterions dans notre croyance. Faraday prtendit : "Bien des chiens ont le pouvoir d'arriver des conclusions beaucoup plus logiques que certains spirites 107". L'injure n'est pas un argument, encore moins une preuve. Des hommes comme Huxley et Tyndall auront beau nommer le spiritisme "une croyance dgradante" et la magie orientale "jonglerie", ils ne peuvent cependant faire que la vrit ne soit pas la vrit. Le scepticisme, qu'il procde d'une cervelle scientifique ou ignorante, est incapable de dtruire l'immortalit de nos mes si cette immortalit est un fait et les plonger dans l'anantissement post-mortem. "La Raison est sujette l'erreur", dit Aristote : l'opinion aussi. Les vues personnelles du plus savant philosophe risquent plus souvent de se montrer errones que le bon sens naf de sa cuisinire illettre. Dans les Contes du Calife impie, Barrachias-Hassan-Oglu, le sage arabe, tient ce discours trs sens : "Garde-toi, mon fils, de t'exalter. C'est un empoisonnement agrable et, par consquent, trs dangereux. Profite de ta propre sagesse mais apprend respecter aussi la sagesse de tes anctres. Et rappelle-toi, mon bien-aim, que souvent la lumire de la vrit d'Allah entrera
107

W. Crookes, F.R.S. Recherches sur les Phnomnes du Spiritisme

beaucoup plus facilement dans une tte vide que dans une autre si remplie de savoir que maint rayon d'argent est laiss dehors, faute de place... C'est ce qui arrive pour notre trop sage Cadi". Jamais les reprsentants de la science moderne, dans les deux hmisphres, ne semblent avoir eu autant de mpris, autant d'amertume, envers l'insondable mystre, que depuis le jour o M. Crookes entreprit, Londres, d'tudier les phnomnes. Le premier, ce savant prsenta courageusement au public une de ces sentinelles prtendues "matrialises" qui gardent les portes interdites. Aprs lui, plusieurs autres rudits appartenant au corps scientifique mirent la main au travail et s'attaqurent aux phnomnes. Belle et courageuse probit qu'on pourrait qualifier d'hrosme tant l'objet de leurs recherches tait impopulaire ! Hlas, si l'esprit, c'est certain, tait prompt, il se trouva que la chair tait faible. Le ridicule tait plus que la majorit de ces hommes ne pouvait supporter, de sorte que le fardeau le plus lourd retomba sur les paules de M. Crookes. Un aperu des profits que ce vaillant retira de ses recherches dsintresses, les remerciements qu'il reut de la part de ses savants confrres, vous les trouverez dans ses trois brochures intitules : Recherches sur les phnomnes du Spiritisme. [105] Quelque temps aprs, les membres dsigns pour le comit de la Socit de dialectique et M. Crookes, aprs avoir soumis ses mdiums aux preuves les plus svres, furent, somms par un public impatient de rapporter en termes comprhensibles ce qu'ils avaient vu. Mais que pouvaient-ils dire, sinon la vrit ? C'est ainsi qu'ils furent forcs de reconnatre les points suivants : I. Les phnomnes, dont ils avaient, au moins, eux-mmes t les tmoins, taient authentiques, impossibles simuler ; donc que des manifestations produites par quelque force inconnue pouvaient avoir lieu et avaient eu lieu. II. Ils ne pouvaient affirmer si ces phnomnes taient produits par des esprits dsincarns ou par d'autres entits analogues, mais des manifestations qui renversent toutes les thories prconues des lois naturelles avaient certainement lieu. Plusieurs de ces manifestations avaient eu lieu dans leurs propres familles. III. A part le fait indiscutable de la ralit des phnomnes, "aperus d'une action naturelle dont la loi n'est pas encore tablie" 108, ils ne pouvaient,

108

W. Crookes. Experiments on psychie Force, p. 25

malgr tous leurs efforts, rien en tirer. a n'avait "ni queue ni tte" selon l'expression du Comte de Gabalis. Or, c'tait prcisment ce qu'un public sceptique n'avait pas prvu. Avant que les conclusions de MM. Crookes, Varley et la Socit de la Dialectique fussent publies, on escomptait impatiemment la dconfiture des fervents du Spiritisme. De tels aveux, venant de leurs confrres en science, humiliaient trop l'orgueil de ceux-l mme qui s'taient timidement abstenus de toute investigation. On trouvait vraiment trop fort que se fussent manifests ces phnomnes si vulgaires et si rpugnants, qui du consentement commun des gens instruits taient considrs comme des contes de nourrices, bons tout au plus distraire des bonniches hystriques et faire la fortune des somnambules de profession ? Et voil que ces manifestations, voues l'oubli par l'Acadmie et l'Institut de Paris, avaient l'impertinence d'chapper des chercheurs, experts s-sciences physiques ! Une tempte d'indignation suivit cette confession, M. Crookes la dpeint dans sa brochure sur la Force Psychique. Avec beaucoup d' propos il met en pigraphe cette citation de Galvani : "Je suis attaqu par deux sectes trs opposes : les savants et les ignares. Cependant je sais avoir dcouvert une des plus grandes forces de la nature". Puis il continue : "On considrait comme acquis que les rsultats de mes expriences devaient concorder avec leurs opinions prconues. Ce qu'ils dsiraient ce n'tait pas la vrit mais un tmoignage supplmentaire en faveur de leurs conclusions arrtes d'avance. Quand [106] ils trouvrent que les faits tablis par cette investigation ne pouvaient pas tre adapts leurs opinions, eh bien ce fut tant pis pour les faits. Ils essayrent alors de se drober leurs propres recommandations, autrefois si confiantes, concernant l'enqute et dclarrent "que M. Home est un adroit escamoteur qui nous a tous dups". "M. Crookes aurait aussi bien fait d'tudier les tours d'un jongleur indien". "M. Crookes devra se procurer de meilleurs tmoins avant de pouvoir obtenir crance". "La chose est trop absurde pour tre traite srieusement". "C'est impossible, donc cela ne peut pas tre" (Je n'ai jamais dit que ce ft possible, j'ai dit seulement que c'tait vrai).

"Les observateurs ont tous t hallucins, ils s'imaginent qu'ils ont vu se produire des choses qui, rellement, n'ont jamais eu lieu", etc., etc. 109. Aprs avoir dpens leur nergie sur des thories aussi enfantines que "la crbration inconsciente", la contraction musculaire involontaire" et celle parfaitement ridicule "du muscle craqueur" ; aprs avoir subi de honteux checs grce l'obstination que la nouvelle force mettait survivre, et, finalement, aprs tous les efforts les plus dsesprs pour supprimer cette force en l'oblitrant, ces fils de la dfiance comme saint Paul appelle les hommes de cette catgorie crurent que le mieux tait d'abandonner le tout. Sacrifiant ceux de leurs frres qui avaient le courage de persvrer sur l'autel de l'opinion publique ils se retirrent dans un silence compass. Laissant l'arne de l'investigation des champions moins timors, ces exprimentateurs malheureux ne sont, vraisemblablement pas disposs y rentrer 110. Nier la ralit de telles manifestations quand on s'en tient prudemment loign, est beaucoup plus facile que de trouver la place qui leur convient dans les classes qui se rpartissent les phnomnes accepts par la science exacte. Comment le pourraient-ils puisque tous ces phnomnes sont du domaine de la psychologie et que celle-ci, avec ses pouvoirs occultes et mystrieux, est une terre inconnue pour la science moderne ? Ainsi, impuissants expliquer ce qui procde directement de la nature mme de l'me humaine dont la plupart d'entre eux nient l'existence peu dsireux, en mme temps, d'avouer leur ignorance, les savants se vengent bien injustement sur ceux qui croient au tmoignage de leurs sens et n'ont aucune prtention la science. "Un coup de pied de toi est doux, Jupiter !" Dit le pote Tretiakowsky, dans une vieille tragdie russe. Si grossiers que ces Jupiters de la science soient, l'occasion, susceptibles d'tre envers [107] nous, mortels crdules, leur immense savoir dans des questions moins obtuses, s'entend leur donnerait, dfaut de bonnes manires, des titres au respect public. Mais, malheureusement, les dieux ne sont pas ceux qui crient le plus fort.

109

W. Crookes. Spiritualism Viewed by the Light of Modern Science. Voir Quarterly Journal of Science. A. Aksakof. Phenomena of Mediumnism. Voir Quarterly Journal of Science.

110

L'loquent Tertullien, parlant de Satan et de ses suppts qu'il accuse sans cesse de contrefaire les uvres du Crateur, les appelle "les singes de Dieu". Il est heureux pour nos philosophicules que nous n'ayons pas un Tertullien moderne pour leur assurer l'immortalit du mpris, en tant que "singes de la science". Mais revenons aux vritables savants : "Les phnomnes d'un caractre seulement objectif, dit A.-N. Aksakof, s'imposent l'investigation et l'explication des reprsentants des sciences exactes ; mais les grands prtres de la science, en face d'une question si simple en apparence sont totalement dconcerts ! Ce sujet parat avoir le privilge de les amener trahir, non seulement la rgle la plus sublime du Code de moralit, la Vrit ; mais aussi la loi suprme de la Science, l'exprimentation" Ils sentent que la question a des fondements trop srieux. Les cas de Hare, Crookes, de Morgan, Varley, Wallace et Butleroff crent la panique ! Ils craignent d'tre contraints cder tout le terrain s'ils lchent un seul pied. Les principes, vnrables par leur antiquit, les spculations contemplatives d'une vie entire, voire d'une longue suite de gnrations, tout cela est en jeu sur une seule carte 111 !" Que pouvons-nous attendre de nos flambeaux d'rudition en prsence d'expriences comme celles de Crookes, de la Socit de Dialectique, de Wallace et de feu le professeur Hare ? Leur attitude devant les phnomnes indniables est en soi un phnomne. Elle est simplement incomprhensible moins d'admettre la possibilit d'une autre maladie psychologique aussi mystrieuse et aussi contagieuse que l'hydrophobie. Nous ne voulons pas nous enorgueillir de l'avoir dcouverte, nous nous contenterons de proposer le nom de psychophobie scientifique. L'cole d'une amre exprience aurait d leur apprendre qu'on ne peut se fier que jusqu' un certain point ce que les sciences positives prsument d'elles-mmes ; tant qu'un seul mystre dans la nature reste inexplique, le mot "impossible" est un mot qu'il leur est dangereux de prononcer. Dans ses Recherches sur les phnomnes du Spiritisme, M. Crookes soumet l'opinion huit thories "pour expliquer les phnomnes qui ont t observs". Les voici :
111

A. Aksakof. Phenomena of Mediumnism.

"Premire Thorie. Tous les phnomnes rsultent de tours de mains, d'habiles dispositions mcaniques ou de trucs de [108] prestidigitation ; les mdiums sont des imposteurs et les autres assistants des imbciles. "Seconde Thorie. Ceux qui assistent la sance sont victimes d'une sorte de manie, d'illusion ; ils imaginent des phnomnes qui n'ont aucune vritable existence objective. "Troisime Thorie. Le tout est le rsultat d'une action crbrale consciente ou inconsciente. "Quatrime Thorie. Le tout provient de l'esprit du mdium, associ peut-tre avec les esprits d'une partie ou de la totalit des personnes prsentes. "Cinquime Thorie. C'est l'action des mauvais esprits, ou des diables, personnifiant qui ils veulent ou ce qu'ils veulent afin de saper le christianisme et de perdre les, mes humaines (c'est la thorie de nos thologiens). "Sixime Thorie. L'action d'tres habitant la terre, immatriels, invisibles pour nous, appartenant une catgorie distincte, capables cependant, l'occasion, de manifester leur prsence connus dans presque tous les pays et toutes les poques comme des dmons (pas ncessairement mauvais), sous les noms de gnomes, fes, kobolds, elfes, lutins, puck, etc(c'est une des opinions des cabalistes). "Septime Thorie. L'action d'tres humains dsincarns (c'est la thorie spirite par excellence). "Huitime Thorie. (La force psychique) c'est un appoint aux quatrime, cinquime, sixime et septime thories". La premire de ces thories n'ayant t reconnue juste que dans des cas exceptionnels, mais malheureusement encore trop frquents, doit tre rejete parce qu'elle n'a pas de porte matrielle sur les phnomnes euxmmes. Les seconde et troisime thories sont les retranchements croulants des sceptiques et des matrialistes, elles restent, comme disent les juristes : "Ad huc sub judice lis est". Dans cet ouvrage nous n'avons, donc, nous occuper que des quatre thories qui restent. La huitime et

dernire, de l'avis mme de M. Crookes, est tout simplement "un appoint ncessaire" aux autres. Il nous est facile de voir combien une opinion scientifique est ellemme sujette l'erreur : en comparant les divers articles sur les phnomnes spirites, articles dus la plume de ce savant qui parurent de 1870 1875. Dans l'un des premiers nous lisons : "l'emploi plus frquent des mthodes scientifiques donnera lieu des observations plus exactes, un plus grand respect de la vrit de la part des chercheurs : il suscitera une race d'observateurs grce auxquels le rsidu sans valeur du spiritisme sera vacu [109] d'ici pour retomber dans les limbes ignors de la magie et de la ncromancie". Et cependant, en 1875, sous la mme signature, nous trouvons la description la plus intressante et la plus dtaille concernant un esprit matrialis : Katie King 112 ! Nous ne pouvons gure imaginer que M. Crookes soit rest pendant deux ou trois annes conscutives sous une influence lectro-biologique, ou une hallucination. "L'esprit" apparut dans sa propre maison, dans sa bibliothque, la suite d'preuves dcisives il a t vu, palp, entendu par des centaines de personnes. Mais M. Crookes se dfend d'avoir jamais pris Katie King pour un esprit dsincarn. Qu'tait-ce, alors ? Si ce n'tait pas miss Florence Cook (et sa parole nous suffit cet gard) c'tait donc ou l'esprit de quelqu'un ayant vcu sur terre ou l'un de ceux qui se classent directement dans la sixime des huit thories offertes par ce savant minent au choix du public. Ce serait un des tres classs sous les noms de fes, Kobolds, gnomes, elfes, lutins ou alors un Puck 113. Certes, Katie King a d tre une fe, une Titania, car, seule, une fe justifierait le potique hommage cit par M. Crookes en dcrivant cet esprit merveilleux : "Round her she made an atmosphere of life ; The very air seemed lighter from her eyes ; They were so soft and beautiful and rife
112 113

The Last of Katie King, pamphlet IV, p. 119. Ibid., par. I, p. 7.

With all we can imagine of the skies ; Her overpowering presence makes you feel It would not be idolatry to kneel !" 114 Ainsi, aprs avoir crit en 1870 sa svre dclaration contre le spiritisme et la magie ; aprs avoir mme dclar, alors, que, selon lui, tout se rduisait une superstition, ou pour le moins, un truc inexpliqu, une illusion des sens 115, M. Crookes, en 1875, termine sa lettre par ces mots mmorables : "Imaginer, dis-je, que la Katie King des trois dernires annes puisse tre le rsultat d'une imposture, est plus rvoltant pour le bon sens et la raison que de croire qu'elle est ce qu'elle prtend tre 116". Cette dernire remarque, en outre, prouve, d'une manire concluante, les points suivants : I. En dpit de la pleine conviction de M. Crookes, [110] que la personnalit prtendant se nommer Katie King n'tait ni le mdium ni un compre, mais une force inconnue de la nature, qui, semblable l'amour, "se rit des serrures". II. Que cette espce de force inconnue jusqu'alors tait pour lui "non pas une question d'opinion mais bien de connaissance absolue". Le clbre chercheur garda toujours jusqu' la fin son attitude sceptique ce sujet. Bref, il croit fermement au phnomne mais il ne peut admettre l'ide qu'il s'agisse de l'esprit humain d'un dsincarn quelconque. Aussi loin qu'aille le prjug public, il nous semble que M. Crookes rsout un mystre mais seulement pour en crer un autre, plus insondable encore : Obscurum per obscurius. En d'autres termes, rejetant le rsidu sans valeur du spiritisme, le courageux savant plonge intrpidement luimme dans les limbes inconnus de la magie et de la ncromancie. Les lois reconnues de la science physique n'expliquent que quelquesuns des plus objectifs parmi les prtendus phnomnes spirites. Tout en prouvant bien la ralit de certains effets visibles d'une force inconnue elles ne permettent pas au savant de contrler volont mme cette partie
"Autour d'elle, elle cre une atmosphre de vie ; Dans ses yeux, l'air semble plus limpide, Tant ils sont doux et beaux et pleins De ce que nous connaissons des cieux Sa prsence triomphale nous fait sentir, Que ce ne serait point de l'idoltrie de s'agenouiller."
114

(The Last of Katie King, pamphlet IV, p. 112)


115 116

Ibid., p. 112. Recherches sur les phnomnes du Spiritisme, p. 45.

du phnomne. La vrit est que les professeurs n'ont pas encore dcouvert les conditions ncessaires pour les produire. Ils devront tudier aussi profondment la triple nature de l'homme, physiologique, psychologique ou divine que l'ont fait leurs prdcesseurs : les magiciens, les thurgistes et les thaumaturges de jadis... Jusqu' ce jour, tous ceux qui ont tudi les phnomnes avec la mme conscience et la mme impartialit que M. Crookes ont abandonn le problme parce que, d'aprs eux, la solution n'est pas susceptible d'tre trouve prsentement, si elle doit l'tre. Ils ne s'en soucient pas davantage que de la cause premire des phnomnes cosmiques de la corrlation des forces propos desquelles ils se donnent tant de peine pour en observer et classer les effets infinis. En agissant de la sorte, ils sont aussi mal aviss que celui qui, pour essayer de dcouvrir les sources d'une rivire, se dirigerait vers l'embouchure. Leurs notions sur les possibilits de la loi naturelle sont si limites qu'ils se sont vus obligs de nier la possibilit de phnomnes occultes mme les plus simples, moins de miracles. Or, comme c'est scientifiquement absurde, il en rsulte, pour la science physique, la perte rcente d'une partie de son prestige. Si les savants avaient tudi les prtendus "miracles", au lieu de les nier, bien des lois secrtes de la nature, que les anciens comprenaient, auraient t dcouvertes de nouveau. "La conviction, dit Bacon, ne vient pas par l'argumentation mais par l'exprimentation". [111] Les anciens s'taient toujours distingus surtout les astrologues et les mages de la Chalde par leur ardent amour du savoir et sa poursuite dans toutes les branches de la science. Ils essayrent de pntrer les secrets de la nature comme le font nos naturalistes modernes et par la seule mthode susceptible de mener au but, c'est--dire par les recherches exprimentales et la raison. Si nos philosophes modernes ne peuvent concevoir que ces prcurseurs aient pntr plus avant qu'eux dans les mystres de l'univers, il ne s'ensuit pas valablement qu'on puisse nier la possession de ces savoir et connaissances ou les accuser de superstition. Rien ne justifie cette accusation tandis que chaque dcouverte nouvelle en archologie milite en leur faveur. Comme chimistes, ils n'ont pas t gals et dans sa fameuse confrence sur les arts perdus, Wendell Philipps dit : "La chimie, aux poques les plus recules, avait atteint un dveloppement dont nous n'avons mme jamais approch". Le secret du verre mallable qui, "suspendu par une de ses extrmits, s'tire grce son propre poids et, au bout de vingt-quatre heures, devient un gracieux filament qu'on peut

enrouler autour de son bras", constituerait dans nos pays civiliss une redcouverte aussi difficile que s'il s'agissait de nous transporter dans la lune. Une coupe de verre, sous le rgne de Tibre, fut apporte Rome par un exil. "Il la jeta sur les dalles de marbre sans qu'elle ft brise ni fle par sa chute". Mais comme elle tait "un peu bossele", quelques coups de marteau la remirent en forme. C'est un fait historique. S'il est mis en doute, aujourd'hui, c'est simplement parce que les modernes sont incapables d'en faire autant. Cependant, Samarcande et dans quelques monastres du Tibet on trouve encore de nos jours des coupes et des verreries de ce genre. Bien plus, certaines personnes prtendent pouvoir produire ce verre grce leur connaissance de l'Alkahest, le fameux solvant universel dont on s'est tant moqu et dont on a tant dout. Selon Paracelse et Van Helmont, cet agent serait dans la nature un certain fluide "capable de rduire tous les corps sublunaires, homognes ou mixtes, leur ens primum, c'est--dire de les ramener la matire d'origine dont ils sont composs ; ou encore les convertir en une liqueur uniforme, pondrable et potable qui, sans perdre ses propres vertus radicales, se mlangera l'eau et aux sucs de tous les corps ; remlange elle-mme, cette liqueur sera convertie en eau pure lmentaire". Quelles impossibilits nous empcheraient de croire cette assertion ? Pourquoi cet agent n'existeraitil pas et pourquoi cette ide serait-elle considre comme une utopie ? Estce encore parce que nos chimistes modernes sont incapables de la produire" ? Mais on peut assurment concevoir, sans faire de grands efforts d'imagination, que tous les [112] corps, l'origine, doivent avoir t forms d'une matire premire et que cette matire, si nous nous en rapportons aux leons de l'astronomie, de la gologie et de la physique doit avoir t fluide. Pourquoi donc l'or, dont nos savants connaissent si peu la gense, n'aurait pas t, originairement, une primitive ou basique matire d'or, un fluide pondrable qui, comme dit Van Helmont, "en raison de sa nature propre ou d'une forte cohsion entre ses molcules, aurait acquis plus tard une forme solide ?" Il n'est pas si absurde de croire l'existence d'un "ens universel qui rsout tous les corps en leur ens genitale". Van Helmont l'appelle "le plus grand et le plus efficace de tous les sels. Parvenu au suprme degr de simplicit, de puret, de subtilit, ce sel jouit seul de la proprit de rester inaltrable, inchang par les substances sur lesquelles il agit. Aussi peut-il dissoudre les corps les plus rfractaires et les plus durs tels que les pierres, les pierreries, le verre, la terre, les

mtaux, le soufre, etc. Il les transforme en un sel rouge d'un poids gal la matire dissoute et cela tout aussi facilement que l'eau bouillante fait fondre la neige". C'est dans ce fluide que les fabricants de verre mallable prtendaient et prtendent encore aujourd'hui plonger le verre commun qui, en quelques heures, deviendrait ainsi mallable. Nous avons sous la main une preuve palpable de ces possibilits. Un correspondant tranger de la Socit Thosophique, mdecin trs connu, aprs avoir tudi les sciences occultes pendant plus de trente ans, russit obtenir ce qu'il appelle "la vritable huile d'or", c'est--dire l'lment primaire. Les chimistes et les physiciens qui l'ont examine ont d reconnatre qu'ils ignoraient comment elle tait obtenue et dclaraient qu'ils ne pourraient en produire. Il est bien naturel que ce savant ne veuille pas faire connatre son nom. Le ridicule et les prjugs du public sont, parfois, plus dangereux que l'inquisition d'autrefois. Cette "terre Adamique" est proche voisine de l'alkahest et constitue l'un des plus importants secrets des alchimistes. Aucun cabaliste ne consentirait le rvler au monde car, selon l'expression dont il se sert dans son jargon bien connu, "ce serait expliquer les aigles des alchimistes et comment les ailes des aigles sont courtes". C'est un secret que Thomas Vaughan (Eugnius Philalthe) mit vingt ans apprendre. Comme l'aube de la science devenait la clart du jour, les sciences spirituelles s'immergeaient de plus en plus dans l'obscurit de la nuit : on en vint finalement les nier. Aussi, de nos jours, les plus grands matres de la psychologie sont-ils considrs comme "des anctres ignorants et superstitieux", comme des empiriques et des saltimbanques. Pour nous le soleil du savoir moderne brille, d'un clat si vif, que c'est un axiome que les [113] philosophes et les savants de l'antiquit taient des ignorants et vivaient dans la nuit de la superstition. Mais leurs dtracteurs oublient que le soleil d'aujourd'hui, compar l'astre de demain, tort ou raison, semblera bien sombre. Si les hommes de notre poque estiment que leurs anctres taient ignorants, leurs descendants, peut-tre, les jugeront ignares. Le monde se meut par cycle ! Les races venir seront simplement la reproduction de races trs longtemps disparues : Nous, peut-tre, nous sommes les images de celles qui vcurent il y a cent sicles. Le moment viendra o recevront leur d tous ceux qui, publiquement, calomnient les hermtistes, dont ils mditent en cachette les ouvrages poudreux, dont ils

plagient les ides et s'en attribuent la paternit. "Qui donc", s'crie loyalement Pfaff, "quel homme eut jamais une notion plus intelligente de la nature que Paracelse ? Il fut l'intrpide crateur de la mdication chimique, le fondateur de socits courageuses : controversiste victorieux, il est un de ces esprits qui crrent parmi nous un nouveau mode de pense touchant l'existence naturelle des choses. Les vues dont ses ouvrages sont sems concernant la pierre philosophale, les pygmes, les esprits des mines, les prsages, les homunculi, l'lixir de vie qui, toutes, servent le rabaisser dans notre estime, mais ne peuvent teindre notre dette de gratitude envers lui pour ses ouvrages gnraux ni notre admiration pour la libre hardiesse de ses efforts et pour sa vie noble et intellectuelle 117. Parmi les pathologues, les chimistes, les homopathes et les magntiseurs, plus d'un est venu tancher sa soif de savoir dans les ouvrages de Paracelse. Frdric Hufeland a conu ses doctrines spculatives sur l'infection, grce aux crits de ce "charlatan mdival", comme Sprengel se plat nommer celui qui fut infiniment plus grand que lui. Hemman, qui s'efforce de dfendre ce grand philosophe et qui, noblement, cherche rhabiliter sa mmoire calomnie, en parle comme du plus grand chimiste de son temps 118. De mme font le "professeur Molitor 119 et le Dr Ennemoser, l'minent psychologue allemand" 120. Leur critique des travaux de cet Hermtiste montre Paracelse comme "l'intelligence la plus merveilleuse de son temps", comme un "noble gnie". Mais nos lumires modernes se prtendent mieux informes : les ides des Rose-Croix sur les esprits lmentaires, les gibelins et les elfes sont tombes dans les "limbes de la magie"et des contes de fes pour petits enfants 121. [114]
117 118 119 120 121

Astrology de Pfaff. Berlin. Medico Surgical Essays. La Philosophie de la Tradition. On Theosoph. Paracelsus. Magic.

Kemshead, dans sa "chimie inorganique" dit que "l'lment hydrogne fut, pour la premire fois, mentionn par Paracelse au XVIme sicle, mais, de toutes manires, on savait fort peu de chose son sujet" (p. 66). Pourquoi ne pas tre sincre et confesser d'emble que Paracelse redcouvrit l'hydrogne de mme qu'il avait redcouvert les proprits caches de l'aimant et du magntisme humain ? En vertu des serments rigoureux qui les astreignaient au secret, serments qui liaient tous les Rose-Croix et qu'ils tenaient loyalement, surtout les alchimistes, il est ais d'tablir qu'il garda son savoir secret. Un chimiste au courant des travaux de Paracelse n'aurait peut-tre pas grand peine dmontrer que l'oxygne, dont la dcouverte est attribue Priestley, tait connue des Rose-Croix, tout comme l'hydrogne.

Nous concdons aux sceptiques que la moiti et mme plus des prtendus phnomnes provient de fraudes plus ou moins habiles. Ce n'est que trop bien prouv par de rcents scandales, surtout en ce qui concerne les mdiums " matrialisations". On nous en rserve encore d'autres, c'est certain : il en sera de mme jusqu'au jour o les preuves seront devenues assez parfaites et les spirites assez raisonnables pour ne pas fournir d'occasions aux mdiums ni d'armes leurs adversaires. Que doivent penser les spirites senss de la nature de ces guides angliques qui aprs avoir monopolis, peut-tre pendant des annes, le temps, la sant et les ressources d'un pauvre mdium, l'abandonnent d'un moment l'autre lorsqu'il a le plus grand besoin de leur secours ? Il n'y a que des cratures sans me et sans conscience qui puissent se rendre coupables d'une telle injustice. Les conditions ? simple sophisme. A quelle catgorie peuvent bien appartenir de tels esprits qui ne runissent pas, au besoin, toute une arme d'esprits amis (s'il en existe) pour arracher l'innocent mdium l'abme ouvert sous ses pas ? Il y eut des cas de ce genre jadis : ils pourraient se reproduire aujourd'hui. Les apparitions ne datent pas du spiritisme moderne, des phnomnes semblables ceux d'aujourd'hui se sont produits dans chacun des sicles passs. Si les manifestations modernes sont relles, si ce sont des faits palpables, les prtendus "miracles" et les exploits des thaumaturges de l'antiquit l'taient aussi. Par contre, si les uns se rsument en des fictions dues la superstition, les autres ne valent pas mieux car ils ne reposent point sur des preuves meilleures. Mais dans ce torrent toujours grossissant des phnomnes occultes qui dferle d'un bout du monde l'autre, compte tenu de la fausset des deux tiers des manifestations, que penser de celles qui sont authentiques sans le moindre doute ? Parmi celles-ci, on peut trouver des communications venant par des mdiums non professionnels aussi bien que par des mdiums de mtier, qui sont sublimes et d'une lvation divine. Souvent, par l'entremise de jeunes enfants, de personnes ignorantes et simples d'esprit, nous recevons des enseignements philosophiques et des prceptes, des oraisons potiques et inspires, des productions musicales et des tableaux tout fait dignes de la rputation des auteurs auxquels [115] on les attribue. Les prophties se ralisent souvent et leurs incitations morales sont bienfaisantes quoique ce dernier cas soit plus rare. Quels sont ces esprits, quelles sont ces forces et ces intelligences qui sont, videmment, extrieurs au mdium lui-mme et qui constituent des entits per se ? Ces

intelligences mritent bien ce nom : elles diffrent autant que le jour de la nuit des fantmes et des lutins qui errent autour des cabinets consacrs aux manifestations physiques. Il faut avouer que la situation nous semble trs grave. Chaque jour davantage, les mdiums tombent au pouvoir d'esprits sans principes et mensongers, les effets pernicieux d'un diabolisme apparent se multiplient sans cesse. Quelques-uns des meilleurs mdiums dlaissent l'estrade publique, se soustraient son influence et le mouvement tend se porter du ct de l'glise. Nous nous hasardons prdire que si les spirites ne se mettent pas l'tude de la philosophie antique afin d'apprendre distinguer les esprits les uns des autres pour se protger contre les esprits infrieurs, avant un quart de sicle, ils se rfugieront dans le sein de l'Eglise Romaine, esprant chapper ces "guides", ces "contrles" qui leur furent si longtemps chers. Les signes prcurseurs de cette catastrophe sont dj visibles. Dans une convention, tenue rcemment Philadelphie, fut agite la question d'organiser une secte de Spirites chrtiens ! La raison c'est que s'tant spars de l'glise, ces spirites n'ont rien appris touchant la philosophie des phnomnes, ni la nature de leurs esprits : ils sont donc ballotts sur la mer de l'incertitude comme un vaisseau sans compas et sans gouvernail. Ils n'chapperont pas au dilemme ;Ils auront choisir entre Porphyre et Pie IX. Beaucoup de vrais savants : Wallace, Crookes, Wagner, Butlerof, Varley, Buchanan, Hare, Reichenbach, Thury, Perty, de Morgan, Hoffmann, Goldschmidt, W. Gregory, Flammarion, Sergeant Cox et tant d'autres, croient fermement aux phnomnes courants, mais beaucoup d'entre eux se refusent admettre la thorie des esprits dsincarns. Aussi, logiquement, on arrive la conclusion que si la "Katie King" de Londres, unique quelque chose matrialis que le respect de la science impose la croyance publique, n'est pas l'esprit d'un ex-mortel et il faut alors que ce soit l'ombre astrale solidifie de quelque fantme Rosicrucien, "fantaisie de superstition", ou alors de quelque force encore inexplique de la nature. Que ce soit "un honnte esprit ou un infernal lutin", peu nous importe. En effet, si on peut prouver que son organisme n'est pas compos de matire solide, il faut alors que ce soit "un esprit", une apparition, un souffle. C'est une intelligence agissant en dehors de notre organisme et, par consquent, elle appartient quelque race d'tres existant quoique invisibles. Mais qu'est-ce [116] donc ? Quel est ce quelque chose qui pense, qui parle mme, mais qui n'est pas humain ? Qui est impalpable et qui, cependant,

n'est pas un esprit dsincarn ? Qui simule l'affection, la passion, le remords, la peur, la joie et qui, nanmoins, ne les ressent pas ? Quelle est cette crature hypocrite qui se plat tromper l'investigateur sincre et se moque des sentiments humains sacrs ? Car, si la Katie King de M. Crookes ne l'a pas fait, d'autres cratures semblables en sont coupables. Qui sondera ce mystre ? Seul le vritable psychologue. Et o ira-t-il chercher ses manuels si ce n'est sur les rayons ngligs des bibliothques o dorment, dans la poussire, depuis tant d'annes, les ouvrages ddaigns des hermtistes et des thurgistes Webster 122, sceptique d'alors, ayant attaqu ceux qui croyaient aux phnomnes spirituels et magiques, Henry More, le Platonicien anglais rvr lui rpondit : "Au sujet de l'opinion selon laquelle la majeure partie des thologiens rforms soutiendrait que le diable serait apparu sous la forme de Samuel, cette opinion ne vaut pas une rponse. Certes, j'en suis convaincu, dans beaucoup de ces apparitions ncromanciennes, ce sont des esprits trompeurs et non les mes des dfunts qui apparaissent. Cependant, je suis certain que l'me de Samuel apparut. Tout aussi certain que dans d'autres cas de ncromancie, il s'agit de ce genre d'esprits qui, selon Porphyre, prennent mille formes et apparences diverses, jouent tantt le rle de dmons, tantt celui d'anges ou de dieux, tantt, enfin, celui d'mes des dfunts. Je reconnais qu'un de ces esprits a fort bien pu personnifier Samuel, ce que Webster, quoi qu'il en dise, ne russit point tablir. Car ses arguments sont tonnamment faibles et creux." Lorsqu'un mtaphysicien et un philosophe comme Henry More donne un tel tmoignage, nous estimons que nous ne nous sommes point tromps. Les investigateurs rudits, hommes fort sceptiques au sujet des esprits, en gnral, et, particulirement, au sujet des "esprits humains dfunts", au cours des vingt dernires annes, se sont creus la cervelle pour trouver un nouveau nom une vieille chose. Ainsi M. Crookes et Sergeant Cox disaient : "force psychique". Le professeur Thury, de Genve dit : "psychode" ou force ectnique ; le professeur Balfour Stewart : "puissance lectro-biologique" ; Faraday, "grand matre en philosophie exprimentale

Lettre J. Glanvil, chapelain du roi et membre de la Socit Royale. Glanvil est l'auteur d'un ouvrage clbre sur les Apparitions et la Dmonologie, intitul : Sadducismus Triumphatus ou Trait complet et raisonn sur les sorcires et les apparitions. Ouvrage, en deux parties, "dmontrant, soit l'aide des Ecritures, soit par une collection choisie de rcits modernes, l'existence relle des apparitions, des esprits et des sorcires, 1700.

122

en physique" mais apparemment novice en psychologie se prononce ddaigneusement pour une "action musculaire [117] inconsciente", une "crbration inconsciente". Est-ce tout ? Pour Sir William Hamilton, c'est une "pense latente" ; pour le Dr Carpenter, c'est "le principe idomoteur", etc... Autant de savants, autant de noms. Il y a des annes, le vieux philosophe allemand, Schopenhauer, cartait, en mme temps, cette force et la matire ; et, depuis la conversion de M. Wallace, ce grand anthropologiste a, videmment, adopt sa manire de voir. La doctrine de Schopenhauer voit uniquement dans l'univers la manifestation de la volont. Toute force dans la nature est galement un effet de la volont reprsentant un degr plus ou moins grand de son objectivit. C'est ce qu'enseignait Platon, selon qui, toute chose visible tait cre ou volue par la VOLONT invisible et ternelle, et sa guise. Notre ciel, dit-il, a t coul dans le moule du "Monde Idal", contenu, comme tout le reste, dans la dodcahdren, le type gomtrique adopt par la Divinit 123. Pour Platon, l'Etre Primaire est une manation de l'Esprit Dmiurgique (Nous) qui, de toute ternit, contient "l'ide" du "monde crer", et qui tire cette ide de lui-mme 124. Les lois de la nature sont les relations tablies de cette ide avec les formes de ses manifestations ; "ces formes", dit Schopenhauer, "sont le temps, l'espace et la causalit. A travers le temps et l'espace, l'ide varie dans ses innombrables manifestations". Ces ides sont loin d'tre nouvelles, et n'taient pas originales mme chez Platon. Voici ce que nous lisons dans les Oracles Chaldens 125 : "L'uvre de la nature est coexistante avec la Lumire intellectuelle spirituelle du Pre (). C'est en effet l'me (u) qui embellissait le grand ciel et qui l'embellit d'aprs le Pre". "Le monde incorporel tait dj termin, son sige tant dans la Raison Divine", dit Philon 126 qu'on accuse tort d'avoir dduit sa philosophie de celle de Platon.

123 124 125 126

Platon. Timus srius, 97. Voir Movers. Esplanations, 268. Cory. Chaldean Oracles, 243. Philon le Juif. On the Creation, X.

Dans la Thogonie de Mochus, nous avons en premier lieu l'ter, puis l'air, les deux principes desquels nat Ulom, l'intelligible (vo) Dieu, l'univers matriel visible 127. Dans les Hymnes Orphiques, l'Eros Phans sort de l'uf Spirituel, fcond par les vents thriques : le Vent tant "l'Esprit de Dieu" qui, selon la tradition, se meut dans l'Ether, "planant sur le Chaos", "l'Ide" Divine. Dans le Kathopanishad hindou, [118] Pourousha, l'Esprit Divin, dj, prcde la matire originelle : de son union nat la grande me du Monde, "Maha-Atma, Brahm, l'Esprit de Vie" 128. Ces dernires appellations sont celles adoptes par les thurges et les cabalistes : Ame Universelle, Anima mundi, Lumire astrale. Pythagore rapporta ses doctrines des sanctuaires d'Orient et Platon les compila, pour les esprits non initis, sous une forme plus intelligible que les nombres mystrieux du sage dont il avait entirement adopt les doctrines. Ainsi, le Cosmos, pour Platon est "le Fils" dont le pre et la mre sont la Pense Divine et la Matire 129. "Les Egyptiens", dit Dunlap 130, distinguaient les deux Horus, l'an et le cadet : l'an, frre d'Osiris ; le cadet, fils d'Osiris et d'Isis. Le premier correspond l'Ide du monde confine dans l'Esprit du Dmiurge, "n dans les tnbres avant la cration du monde". Le second Horus est cette "Ide", sortant du Logos, se revtant de matire et prenant une existence relle 131. C'est "le Dieu du monde, ternel, infini, vieux et jeune, d'une forme sinueuse", selon les Oracles Chaldens 132. Cette "forme sinueuse" est une figure pour exprimer le mouvement vibratoire de la Lumire Astrale que les prtres anciens connaissaient parfaitement, bien qu'au sujet de l'ther ils aient pu diffrer d'opinion avec les savants modernes. Ils plaaient, en effet, l'ther dans l'Ide Eternelle
127 128 129 130 131 132

Movers. Phoinizer, 282. Weber. Akad. Vorles, 213, 214, etc. Plutarque. Isis et Osiris, 1, VI. Spirit History of man, p. 88. Movers. Phoinizer, 268. Cory. Fragments, 240.

pntrant l'univers, ou la Volont qui devient Force pour crer ou organiser la matire. "La volont, dit Van Helmont, est la premire des puissances. C'est par la volont du Crateur que toutes choses ont t cres et mises en mouvement La volont est la proprit de tous les tres spirituels et elle s'exerce en eux d'autant plus activement qu'ils sont plus dgags de la matire". Et Paracelse "le divin", comme on l'a appel, renchrit sur le mme sujet : "La foi doit fortifier l'imagination car la foi engendre la volont... Une volont ferme est le commencement de toutes les oprations magiques C'est parce que les hommes ne conoivent pas et ne croient point parfaitement aux rsultats, que les arts sont incertains alors qu'ils pourraient avoir une certitude parfaite". L'incrdulit, le scepticisme, c'est le pouvoir contraire. A force gale, il peut seul tenir l'autre en chec le neutralisant mme, parfois, compltement. Les spirites ne doivent donc pas tre tonns si la prsence de quelques forts sceptiques, si l'opposition dclare [119] aux phnomnes, si l'effort inconscient de volonts s'exerant en sens inverse gnent et souvent mme arrtent entirement les manifestations. S'il n'est pas au monde de force consciente qui n'en puisse trouver une autre pour lui rsister et mme pour la contre-balancer, quoi de surprenant ce que la force passive et inconsciente d'un mdium soit, tout coup, paralyse dans ses effets par une force oppose bien qu'galement inconsciente ? Les professeurs Faraday et Tyndall se vantaient de ce que, dans un cercle, leur prsence arrtait immdiatement toute manifestation. Ce fait aurait d suffire prouver aux savants qu'il y avait dans ces phnomnes une force digne d'attirer leur attention. Comme savant, le professeur Tyndall tait peut-tre le personnage le plus important du cercle parmi ceux qui taient prsents la sance. Comme observateur averti qu'un mdium tricheur aurait eu de la peine tromper, peut-tre n'tait-il pas plus habile, peut-tre mme l'tait-il moins que d'autres assistants. Si les manifestations avaient constitu des fraudes assez ingnieuses pour tromper les autres, sa prsence n'aurait rien arrt. Quel mdium a jamais pu se vanter de produire, les phnomnes que produisait Jsus et, aprs lui, l'aptre Paul ? Or, Jsus, lui-mme, s'est trouv dans des cas o une force inconsciente de rsistance paralysait entirement le courant pourtant si bien dirig de sa volont : "et il ne fit point d'uvres, en ce lieu, cause de leur incrdulit".

Il y a un reflet de chacune de ces ides dans la philosophie de Schopenhauer. Nos savants "investigateurs" pourraient consulter ses uvres avec profit. Ils y trouveraient bien des hypothses tranges fondes sur des ides anciennes, des spculations sur les "nouveaux" phnomnes qui sont peut-tre aussi raisonnables que toute autre et ils s'pargneraient ainsi l'inutile peine d'inventer de nouvelles thories. Forces psychiques ou ectniques, ido-moteur, forces lectro-biologiques, pense latente, et mme crbration inconsciente ; toutes ces thories se rsument en deux mots : LUMIRE ASTRALE des cabalistes. Les thories et les opinions hardies exprimes dans les uvres de Schopenhauer diffrent compltement de celles de la majorit de nos savants orthodoxes. "En ralit, remarque cet audacieux penseur, il n'y a ni matire ni esprit. La tendance la gravitation dans une pierre est aussi inexplicable que la pense dans le cerveau humain. Si la matire peut personne ne sait pourquoi tomber sur la terre, elle peut donc aussi penser sans qu'on sache pourquoi. Mme en mcanique, ds que nous dpassons la limite de ce qui est purement mathmatique, ds que nous touchons l'incrustable : l'adhrence, la gravitation et le reste ; nous nous trouvons en prsence de phnomnes aussi mystrieux pour nos sens que la VOLONTE et la PENSEE, dans l'homme ; nous sommes [120] en prsence de l'incomprhensible et c'est le cas pour chacune des forces de la nature. O donc est cette matire que, tous, vous prtendez si bien connatre ? Celle qui vous est si familire que vous en tirez vos conclusions et vos explications et lui attribuez tout ? Notre raison, nos sens ne parviennent percevoir que le superficiel et non pas comprendre la vritable substance des choses. Telle tait l'opinion de Kant. Si vous considrez qu'il existe dans la tte de l'homme une sorte d'esprit, vous tes, ds lors, oblig de l'admettre dans la pierre. Si votre matire morte et passive est capable de manifester une tendance la gravitation, ou, comme l'lectricit peut attirer, repousser, mettre des tincelles, alors tout comme le cerveau, elle peut aussi penser. Bref, chaque parcelle du prtendu esprit peut tre remplace par son quivalent de matire et chaque parcelle de matire par son quivalent d'esprit. Ce n'est donc pas la division cartsienne de toutes choses en matire et esprit qu'on peut trouver philosophiquement correcte. Pour tre exacts, il nous faut diviser toutes choses en volont et manifestation ce qui est bien diffrent parce qu'ainsi chaque chose se trouve spiritualise. Tout ce qui, dans le premier cas, est

objectif et rel corps et matire est transform en reprsentation et toute manifestation en volont" 133. Ces opinions confirment ce que nous avons dit au sujet des noms diffrents donns une mme chose. Les adversaires se battent pour des mots. Appelez les phnomnes force, nergie, lectricit, ou magntisme, volont ou puissance de l'esprit, il s'agira toujours d'une manifestation partielle de l'me dsincorpore ou encore emprisonne pour un temps dans son corps, d'une portion de cette VOLONTE intelligente, toute puissante et individuelle, pntrant la nature entire, connue sous le nom de DIEU parce que le langage humain est insuffisant pour exprimer correctement les images psychologiques. Les ides de quelques-uns de nos lettrs au sujet de la matire sont, pour les cabalistes, errones beaucoup d'gards. Hartmann dit qu'elles sont "un prjug instinctif". Bien plus, il dmontre qu'aucun exprimentateur n'a rien faire avec la matire proprement dite. C'est aux forces en lesquelles il la divise qu'il aura affaire. Les effets visibles de la matire ne sont que des effets de force. Sa conclusion est que ce qu'on appelle, actuellement, matire, n'est qu'un agrgat de forces atomiques exprim par le mot matire. En dehors de cela le mot "matire" est pour la science, vide sens. Nos spcialistes, physiciens, physiologistes, chimistes avouent loyalement qu'ils ne savent rien de la matire et pourtant ils la difient 134. Chaque nouveau phnomne qu'ils [121] se voient dans l'impossibilit d'expliquer est tritur par eux, mtamorphos en un encens qu'ils brlent sur l'htel de la desse, patronne des savants modernes. Nul ne peut traiter ce sujet mieux que ne le fait Schopenhauer dans la Parerga. C'est l qu'il discute longuement le magntisme animal, la clairvoyance, les cures sympathiques, la seconde vue, la magie, les prsages, les fantmes et d'autres sujets spirituels. "Toutes ces manifestations", dit-il, "sont les branches d'un seul et mme arbre. Elles nous fournissent la preuve irrcusable de l'existence d'une chane d'tres fonde sur un ordre diffrent de cette nature dont la fondation est les lois de l'espace, du temps et de l'adaptabilit. Cet autre ordre des choses est bien plus profond car il est l'ordre direct et originaire. Les lois ordinaires de la nature qui sont de pure forme, n'ont pas de prise sur lui. Aussi, sous
133 134

Parerga, II, p. 111-112. Voir Huxley. Physical Basis of Life.

l'influence de son action immdiate, le temps et l'espace n'ont plus le pouvoir de sparer les individus. La sparation des formes n'est plus une barrire infranchissable pour changer leurs penses, ou faire agir directement leur volont. D'o la possibilit de changements par un procd tout fait diffrent de la causalit physique. La manifestation de la volont exerce d'une faon particulire va agir en dehors mme de l'individu. Par consquent, les caractres propres de toutes ces manifestations sont la visio in distante et actio in distante (vision et action distance) dans leurs relations avec le temps aussi bien qu'avec l'espace. Une telle action distance est justement ce qui constitue le caractre fondamental de ce qu'on appelle magique. Telle est, en effet, l'action immdiate de notre volont, une action libre des conditions causales de l'action physique, c'est--dire du contact". "En outre, poursuit Schopenhauer, ces manifestations nous offrent une contradiction substantielle et parfaitement logique du matrialisme et mme du naturalisme, car la clart de ces manifestations, l'ordre des choses dans la nature que ces deux philosophies essaient de nous prsenter comme absolu, comme le seul vrai, cet ordre nous apparat au contraire comme simplement phnomnal et superficiel : il renferme en lui-mme une substance de choses part, tout fait indpendante de ses propres lois. C'est ainsi que ces manifestations du moins un point de vue purement philosophique sont, sans conteste, les plus importantes parmi tous les faits qui s'offrent nous dans le domaine de l'exprience. C'est donc un devoir, pour les savants, de les tudier" 135. Passer des spculations philosophiques d'un homme tel que Schopenhauer aux gnralisations superficielles de quelques membres de l'Acadmie des Sciences, en France, serait sans utilit si ce [122] n'est qu'il nous sera permis d'apprcier la porte intellectuelle de ces deux coles savantes. Nous venons de voir comment l'Allemand traite les profondes questions psychologiques. Mettons en regard maintenant ce que l'astronome Babinet et le chimiste Boussingault ont de mieux nous offrir pour expliquer un phnomne spirite important. Ces minents spcialistes ont prsent l'Acadmie, en 1854-1855, un mmoire, une monographie dont le but vident tait de confirmer et, en mme temps, de rendre plus

135

Schopenhauer. Parerga, article sur la Volont dans la Nature.

claire la thorie trop complique mise par Chevreul pour expliquer les tables tournantes ; il tait membre de la commission d'enqute. Citons textuellement : "Quant aux mouvements et aux prtendues oscillations qu'prouvent certaines tables, elles n'ont d'autre cause que les vibrations invisibles et involontaires du systme musculaire de l'exprimentateur. La contraction tendue des muscles se manifeste ellemme, ce moment, par une srie de vibrations, devient un tremblement visible qui communique l'objet un mouvement circumrotatoire. Ce mouvement de rotation est ainsi susceptible de se manifester avec une nergie considrable, par un mouvement graduellement acclr ou par une rsistance nergique lorsqu'on dsire l'arrter. Donc, l'explication du phnomne devient claire et n'offre pas la moindre difficult" 136. Aucune en vrit. Cette hypothse scientifique (dirons-nous cette dmonstration ?) Est aussi claire en ralit que les nbuleuses de M. Babinet, examines par une nuit de brouillard. Et, cependant, toute claire qu'elle puisse paratre, elle manque d'une qualit essentielle : le sens commun. Nous sommes dans l'impossibilit de dcider si, oui ou non, M. Babinet, en dsespoir de cause, accepte cette proposition de Hartmann : "les effets visibles de la matire ne sont que les effets d'une force et que, pour se former une ide claire de la matire, on doive d'abord s'en former une de la force ? La philosophie de l'cole laquelle appartient Hartmann, accepte en partie par plusieurs des plus grands savants allemands, veut que le problme de la matire ne puisse tre rsolu que par cette Force invisible, dont Schopenhauer appelle la connaissance "le savoir magique" et aussi "l'effet magique ou action de la Volont". Ainsi, il faut d'abord nous assurer si "les vibrations involontaires du systme musculaire de l'exprimentateur" qui sont simplement des "actes de la matire" sont influences par une volont intrieure ou extrieure l'exprimentateur. Dans le premier cas, M. Babinet en fait un pileptique inconscient. Le second cas, nous [123] verrons, plus loin, qu'il le rejette absolument pour attribuer une "ventriloquie inconsciente" toutes les rponses intelligentes que traduisent les mouvements des tables et les coups frapps par elles.

136

Revue des Deux Mondes, 15 janv. 1855, p. 108.

Nous savons que chaque acte de la volont se traduit par de la force. D'aprs l'cole allemande dj cite, les manifestations des forces atomiques est un acte individuel de la volont d'o l'agglomration inconsciente des atomes en une image concrte subjectivement cre dj par la volont. Dmocrite enseigne, d'aprs son matre Leucippe, que les premiers principes de toutes choses dans l'univers furent des atomes et un vacuum. Dans son sens cabalistique, ce vacuum veut dire ici la Divinit latente ou la force latente qui, sa premire manifestation, devint la VOLONT et, ainsi, communiqua la premire impulsion ces atomes dont l'agglomration est la matire. Ce vacuum n'est qu'un synonyme, trs peu satisfaisant, de chaos puisque, d'aprs les Pripatticiens, "la nature a horreur du vide." Avant Dmocrite, les anciens taient familiers avec l'ide de l'indestructibilit de la matire. C'est ce que montrent leurs allgories et d'autres faits nombreux. Movers donne une dfinition de l'ide phnicienne de la lumire solaire idale comme une influence spirituelle manant du Dieu le plus lev : IAO, "la lumire qu'on peut seulement concevoir par l'intellect, le principe physique et spirituel de toutes choses ; duquel donc l'me mane". C'tait l'Essence masculine, ou Sagesse, tandis que la matire primitive ou Chaos tait fminine. Ainsi, les deux premiers principes coternels et infinis taient dj pour les Phniciens primitifs : esprit et matire. Par consquent, cette thorie est aussi vieille que le monde ; Dmocrite ne fut pas le premier la professer, et l'intuition existait dans l'homme avant l'ultime dveloppement de sa raison. L'impuissance de toutes les sciences matrialistes expliquer les phnomnes occultes provient du fait qu'elles nient l'Entit sans limite et sans fin, matresse de cette invisible Volont que, faute d'un meilleur nom, nous appelons Dieu. C'est dans le rejet, a priori, de tout ce qui pourrait les forcer franchir la frontire des sciences exactes et entrer dans le domaine de la physiologie psychologique ou, si l'on prfre, mtaphysique, que nous trouvons la cause secrte de leur dfaite devant les manifestations et de l'impuissance de leurs absurdes thories les expliquer. La philosophie ancienne affirmait que c'est par la manifestation de cette Volont nomme par Platon, l'Ide Divine que toutes choses, visibles et invisibles vinrent l'existence. De mme que cette Ide Intelligente, par le seul fait de diriger sa puissante Volont sur un centre de forces localises appelaient les formes objectives l'existence ; l'homme, le microcosme du grand [124] Macrocosme en fait autant avec le

dveloppement de sa force de Volont. Les atomes imaginaires langage figur qu'employa Dmocrite et dont les matrialistes se sont empars avec une joie reconnaissante sont comme des ouvriers automates, mus intrieurement par l'afflux de cette Volont Universelle dirig sur eux et qui se manifestant comme force les met en mouvement. Le plan de l'difice construire existe dans le cerveau de l'Architecte et reflte sa volont : abstrait encore, ds l'instant de la conception, il devient concret par ces atomes qui suivent fidlement chaque ligne, point et figure tracs dans l'imagination du Divin Gomtre. L'homme peut crer comme Dieu. Etant donne une certaine intensit de Volont, les formes imagines par le mental deviennent subjectives. On les appelle hallucinations quoiqu'elles soient aussi relles pour leur auteur que n'importe quel objet visible pour tout autre. Augmentez l'intensit et l'intelligente concentration de cette mme volont, la forme deviendra concrte, visible, objective ; l'homme a appris le secret des secrets ; c'est un MAGICIEN. Les matrialistes ne devraient rien objecter cette logique puisqu'ils considrent la pense comme de la matire. Admettons qu'il en soit ainsi : le mcanisme ingnieux agenc par l'inventeur, les scnes feriques nes dans le cerveau du pote, les splendides tableaux voqus par la fantaisie du peintre, la statue sans gale cisele dans l'ther par le sculpteur, les palais et les chteaux levs dans l'air par l'architecte ; toutes ces uvres bien qu'invisibles, sont subjectives, doivent exister car c'est de la matire faonne et moule. Qui pourra dire, par consquent, qu'il n'existe pas d'hommes dous d'une volont assez puissante pour rendre visibles aux regards des hommes ces uvres de fantaisie dessines dans l'air, revtues d'une rude enveloppe de matire grossire pour les rendre tangibles ? Si les savants Franais n'ont pas cueilli de lauriers dans le nouveau domaine ouvert l'investigation, qu'a-t-on fait de plus qu'eux en Angleterre jusqu'au jour o M. Crookes s'est offert pour expier les pchs des corps savants ? M. Faraday, il y a une vingtaine d'annes, a bien voulu se prter, une ou deux fois, des conversations sur ce sujet. Dans toutes les discussions relatives aux phnomnes, les antispirites prononcent ce nom de Faraday comme s'il quivalait quelque charme puissant contre le mauvais il du spiritisme. Or Faraday, qui rougissait d'avoir publi ses tudes sur une question aussi compromettante, Faraday (c'est prouv, nous le savons de bonne source) ne s'est jamais assis devant une table tournante.

Nous n'avons qu' dplier quelques numros du Journal des Dbats, publis alors qu'un mdium [125] Ecossais bien connu se trouvait en Angleterre, pour rendre aux faits anciens toute leur fracheur primitive. Dans un de ces numros, le Dr Foucault de Paris se pose en champion de l'minent exprimentateur anglais. "N'allez pas vous imaginer, je vous prie, dit-il, que ce grand physicien ait jamais consenti s'asseoir prosaquement devant une table sautante." D'o vient alors cette rougeur qui colorait les joues du "Pre de la Philosophie exprimentale ?" En rappelant ce fait, nous allons examiner la nature de "l'Indicateur", l'extraordinaire "Pige Mdiums" invent par Faraday pour dcouvrir les fraudes des mdiums. Cette machine complique dont le souvenir hante, comme un cauchemar, les rves des mdiums malhonntes, est soigneusement dcrite dans le livre Des Esprits et de leurs manifestations fluidiques, du comte de Mirville. Pour mieux prouver aux exprimentateurs la ralit de leur propre impulsion, le professeur Faraday plaa plusieurs disques de carton colls ensemble et fixs la table au moyen d'une colle moiti liquide qui, tout en faisant adhrer les disques et en les collant la table, devait nanmoins cder une pression continue. La table s'tant mise tourner eh, oui ! Elle se permit de tourner devant M. Faraday ! Ce fait a bien son importance on examina les disques et, comme on trouva qu'ils s'taient graduellement dplacs en glissant dans la mme direction que la table, on obtint ainsi une preuve irrfutable que les exprimentateurs avaient, euxmmes, pouss la table. Une autre de ces prtendues preuves scientifiques, si utiles dans un phnomne que l'on dit tre spirituel ou psychique, fut fournie par l'emploi d'un petit instrument qui avertissait immdiatement les assistants de la plus petite impulsion provenant d'eux-mmes, ou plutt, suivant la propre expression de Faraday, "les avertissaient lorsqu'ils changeaient d'tat et, de passifs, devenaient actifs". Cette aiguille qui signalait le mouvement ne prouvait qu'une chose : l'action d'une force manant des assistants ou subie par eux. Or, qui a jamais ni l'existence de cette force ? Tout le monde l'admet, soit que cette force passe par l'oprateur, comme cela arrive gnralement ; soit qu'elle s'exerce indpendamment de lui, comme cela se produit souvent. "Tout le mystre de la chose consistait dans la disproportion de la force employe par ces pousseurs malgr eux, avec certains effets de rotation ou plutt de course vraiment merveilleuse ; devant ces effets prodigieux, comment voulait-on que toutes ces

expriences lilliputiennes conservassent quelque valeur dans ce nouveau pays des gants ?" 137. [126] Le professeur Agassiz qui, en Amrique, occupait comme savant, peu prs la mme situation que Faraday en Angleterre, agit avec encore plus de mauvaise foi. Le professeur J. Buchanan, anthropologiste distingu, qui a trait le spiritisme, bien des gards, plus scientifiquement que qui que ce soit, en Amrique, parle d'Agassiz, dans un rcent article, avec une trs juste indignation. En effet, le professeur Agassiz aurait d croire, mieux que tout autre, un phnomne dans lequel il avait jou luimme le rle de sujet. Mais maintenant que Faraday et Agassiz sont, tous deux, dsincarns, nous ferons mieux d'interroger les vivants plutt que les morts. Ainsi, une force, dont la puissance secrte tait absolument familire aux thurgistes de l'antiquit, est nie par les sceptiques modernes. Les enfants antdiluviens qui jouaient probablement avec elle, comme les enfants que Bulwer Lytton fait jouer avec le terrible vril, dans son livre The Coming Race, l'appelaient "l'eau de Phtha" ; leurs descendants l'appelrent Anima Mundi, l'me de l'univers et, plus tard, les hermtistes du Moyen Age lui donnrent le nom de "Lumire sidrale", de "Lait de la Vierge Cleste", de "Grand Aimant", et d'autres noms encore. Mais nos lettrs modernes ne veulent ni l'accepter ni la reconnatre sous ces diverses dsignations, car elle appartient la magie et la magie, leur sens, est une pitoyable superstition. Apollonius et Jamblique prtendent que ce n'est point "dans la connaissance des choses extrieures mais dans la perfection de l'me intime que se trouve l'empire de l'homme quand il aspire devenir plus qu'un homme 138. Ainsi, ils taient arrivs une parfaite connaissance de leurs mes divines, dont ils exeraient les pouvoirs avec toute la sagesse, fruit de l'tude sotrique de la science hermtique, dont ils avaient hrit de leurs aeux. Mais nos philosophes se renfermant dans leur coquille de chair, ne peuvent ou n'osent porter leurs regards au-del du comprhensible. Pour eux, il n'existe point de vie future, il n'y a point de rves divins, ils les mprisent comme antiscientifiques. Pour eux, les hommes de l'antiquit ne sont que des "anctres ignorants"et, toutes les
137 138

Marquis de Mirville. Question des Esprits (1863), p. 24. Bulwer-Lytton. Zanoni.

fois que dans leurs recherches physiologiques, ils se trouvent en prsence d'un auteur persuad que ces aspirations mystrieuses vers une science spirituelle sont inhrentes la nature humaine et ne peuvent nous avoir t donns en vain, ils considrent cet auteur avec une piti mprisante. Un proverbe Persan dit : "Plus le ciel est sombre, plus les toiles brillent." Aussi, les Frres mystrieux de la Rose-Croix commencrent apparatre sur le sombre firmament du Moyen [127] Age. Ils ne formrent point d'associations, ils ne btirent pas de collges car, pourchasss de toutes parts comme des fauves, quand ils taient pris par l'Eglise Chrtienne, ils taient brls sans faon. "Comme la religion dfend", dit Bayle, "de rpandre le sang, il fallait luder la maxime : Ecclesia non novit sanguinem. Aussi brlait-on les tres humains, parce que brler un homme ne fait pas couler son sang". Beaucoup de ces mystiques, en suivant les enseignements de quelques traits secrtement conservs et transmis d'une gnration une autre, firent des dcouvertes que ne ddaigneraient pas, mme de nos jours, les sciences exactes. Le moine Roger Bacon fut tourn en ridicule comme charlatan et aujourd'hui, gnralement, on le met au nombre des "prtendants" l'art magique ; cela n'a pas empch, il est vrai, ses dtracteurs d'accepter ses dcouvertes ni d'en faire un usage constant. Roger Bacon appartenait, de droit sinon de fait, cette confrrie comprenant tous ceux qui se livraient aux sciences occultes. Il vivait au XVIIIme sicle. Il fut, par consquent, presque le contemporain d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin ; ses dcouvertes comme la poudre canon, et les verres d'optique ; ses travaux mcaniques, furent considrs partout comme autant de miracles. Aussi fut-il accus d'avoir fait un pacte avec le Malin. Dans l'histoire lgendaire du moine Bacon "et aussi dans une pice de thtre crite par Robert Green, auteur dramatique du temps d'Elisabeth, on raconte que, mand par le Roi, le moine fut invit montrer son habilet devant Sa Majest la Reine. Il agita la main en l'air (le texte dit : il agita sa baguette) et, aussitt, on entendit une musique si agrable que tous les assistants dclarrent n'en avoir jamais entendu de pareille". On entendit ensuite une musique plus accentue, quatre apparitions se montrrent soudain et se mirent danser jusqu'au moment o elles s'vanouirent dans l'air. Puis le moine agita de nouveau sa baguette et l'atmosphre de la salle fut imprgne de parfums, "comme si tous les

parfums de la terre eussent t prpars l avec tout l'art possible". Roger Bacon ayant promis l'un des courtisans de lui montrer son amoureuse, souleva une des portires de l'appartement royal : "une fille de cuisine, tenant la main une cuillre pot", apparut aux yeux des assistants. L'orgueilleux gentilhomme, quoiqu'il et reconnu cette fille dont l'image s'vanouit aussi vite qu'elle s'tait produite, fut fort irrit de cet humiliant spectacle et menaa le moine de sa vengeance. Que fit le magicien ? Il se contenta de rpondre trs simplement : "Ne me menacez point, craignez que je ne vous humilie davantage, l'avenir gardez-vous de dmentir encore des gens instruits." [128] En guise de commentaire, un historien 139 moderne remarque : "Ce rcit peut tre considr comme un exemple du genre d'exhibitions qui, sans doute, relevait d'une connaissance suprieure des sciences naturelles". Personne n'a jamais dout que ce ne ft prcisment le rsultat de cette connaissance ; et les hermtistes, les magiciens, les astrologues et les alchimistes n'ont prtendu jamais autre chose. Ce ne fut certainement pas leur faute si les masses ignorantes, sous l'influence d'un clerg fanatique et sans scrupules, attribuaient ces faits l'intervention du diable. En prsence des tortures atroces infliges par l'Inquisition tous ceux qui taient souponns de pratiquer la magie noire ou la magie blanche, il ne faut pas s'tonner que ces philosophes ne se soient jamais vants d'une telle intervention et mme ne l'aient jamais reconnue. Au contraire, leurs propres crits prouvent qu'ils considraient la magie "comme une simple application des causes naturelles actives aux choses ou aux sujets passifs. On russit produire par ces moyens beaucoup d'effets merveilleux mais, cependant, tout fait naturels." Les phnomnes musicaux et les odeurs mystiques prsents par Roger Bacon ont t souvent observs de notre temps. Pour ne point parler de notre exprience personnelle, des correspondants anglais de la Socit Thosophique relatent que l'on a entendu des accords de la plus ravissante musique produite sans aucun instrument et senti des armes dlicieux attribus l'intervention des esprits. Un correspondant nous crit qu'un des parfums, obtenu de cette faon, celui du bois de santal, tait si puissant que la maison en restait imprgne plusieurs semaines aprs la sance. Le mdium, dans le cas en question, tait un membre de la famille et les

139

T. Wright. Narratives of Sorcery and Magic.

expriences avaient t faites en prsence des personnes de la maison. Un autre dcrit ce qu'il appelle un "coup frapp musical". Les forces qui sont, maintenant, susceptibles de produire ces phnomnes, doivent avoir exist et avoir t tout aussi efficaces du temps de Roger Bacon. Quant aux apparitions, il suffit de dire qu'elles sont maintenant voques dans les cercles spirites et garanties par des savants. Donc les vocations par Roger Bacon semblent plus probables que jamais. Baptiste Porta, dans son trait sur la Magie Naturelle, cite tout un catalogue de formules secrtes pour produire des effets extraordinaires au moyen des forces occultes de la nature. Les magiciens croyaient aussi fermement que nos spirites, au monde des esprits invisibles ; cependant, aucun d'eux n'a jamais prtendu produire ses phnomnes sous leur contrle et avec leur seul concours. Ils savaient trop combien il est difficile de tenir [129] l'cart les tres lmentaires lorsqu'ils ont une fois trouv la porte ouverte. Mme la magie des anciens Chaldens se rsumait en la connaissance des plantes et des minraux. Lorsque les thurgistes avaient besoin de l'aide divine dans les choses spirituelles et terrestres, c'est alors seulement qu'ils cherchaient la communication directe au moyen des rites religieux, avec de purs tres spirituels. Pour eux aussi, les esprits qui restent invisibles et communiquent avec les mortels au moyen de leurs sens internes rveills comme dans la clairvoyance, la clair audience et la transe ne pouvaient tre voqus subjectivement et par la puret de la vie et la prire. Mais tous les phnomnes physiques taient produits simplement en usant de la connaissance des forces naturelles : rien de commun, certainement, avec les tours de passe-passe des escamoteurs d'aujourd'hui. Les hommes qui possdaient ces connaissances et qui exeraient ces pouvoirs travaillaient patiemment quelque chose de mieux que la vaine gloire d'une renomme passagre. Ils ne la cherchaient pas. Aussi se sontils immortaliss comme tous ceux qui travaillent, oublieux d'eux-mmes, pour le bien de la race. Illumins par la lumire de l'ternelle vrit, ces alchimistes, pauvres riches, fixaient leur attention sur des objets dpassant de beaucoup la porte des connaissances ordinaires. Ils taient persuads qu'il n'est rien d'incomprhensible, hors la Cause Premire, et qu'aucune question n'est insoluble. Oser, savoir, vouloir et GARDER LE SILENCE : telles furent leurs rgles constantes. La bienfaisance sans gosme et sans prtentions tait pour eux un besoin spontan. Ddaigneux d'un trafic mesquin et de ses profits, mprisant la richesse, le luxe, la pompe et la

puissance terrestre, ils aspiraient au savoir comme la plus prcieuse des acquisitions. Ils estimaient que la pauvret, les privations, le travail et le mpris des hommes n'taient pas trop cher payer leurs prcieuses connaissances. Eux, qui auraient pu coucher dans des lits de duvet et de velours, ils prfraient mourir l'hpital ou sur les grands chemins plutt que d'abaisser leur me et permettre la cupidit de ceux qui les tentaient de triompher de leurs serments sacrs. Les vies de Paracelse, de Cornlius Agrippa et de Philalthes sont trop connues pour qu'il soit ncessaire de rpter ici leur vieille et triste histoire. Si les spirites sont dsireux de rester strictement dogmatiques dans leurs notions du "monde des esprits", ils ne doivent pas convier les savants l'tude de leurs phnomnes dans un vritable esprit exprimental. La tentative aboutirait trs srement la redcouverte partielle de l'antique magie : celle de Mose et de Paracelse. Sous la beaut dcevante de quelques-unes de leurs apparitions, ils pourraient trouver, un jour, les sylphes, les jolies [130] ondines des Rose-Croix, jouant dans des courants de force psychique et odique. Dj M. Crookes, qui croit pleinement l'existence de l'tre, sent que, sous la douce peau de Katie, couvrant un simulacre de cur emprunt en partie au mdium et en partie aux assistants, il n'y a point d'me ! Quant aux doctes auteurs de l'Univers invisible, abandonnant leur thorie "lectrobiologique", ils commencent percevoir que l'ther universel pourrait bien tre simplement un album photographique d'EN-SOPH, l'Illimit. Nous sommes loin de croire que tous les esprits qui font des communications dans les cercles appartiennent aux classes dites Elmentaux et des Elmentaires. Beaucoup d'entre eux, et spcialement ceux qui font parler subjectivement le mdium, qui le font crire et agir de diffrentes manires, sont des esprits humains dsincarns 140. Ces esprits sont-ils bons ou mauvais, en majorit ? La rponse dpend beaucoup de la moralit prive du mdium, de celle des membres du cercle, et de l'intensit de leurs aspirations et du but qu'ils poursuivent. Si ce but est

Ajoutons cependant c'est de grande importance que les vritables esprits humains, c'est-dire les personnalits des dcds ne descendent jamais vers le mdium. C'est le mdium au contraire, ou plutt son esprit qui est attir vers l'esprit communiquant et la sphre qu'il habite. (Note de la main de H.P.B. sur le manuscrit).

140

simplement de satisfaire la curiosit et passer le temps, il est inutile d'esprer rien de srieux. Quoi qu'il en soit, les esprits humains ne peuvent jamais se matrialiser in propri person. Ils ne peuvent jamais apparatre revtus de chair solide et chaude, les mains et le visage en sueur, dans les corps matriels grossiers. Le plus qu'ils puissent faire c'est projeter leur reflet thr sur les ondes atmosphriques et si l'attouchement de leurs mains et de leurs vtements peut, dans certaines occasions, devenir objectif pour les sens d'un mortel vivant, cette sensation sera comme une brise qui passe en caressant l'endroit touch, et non comme une main humaine ni un corps matriel. Il est inutile de l'affirmer : les "esprits matrialiss" avec des curs dont on sentait les battements et des voix fortes (avec ou sans trompette) sont des esprits humains. Si les sons mis par eux peuvent tre appels des voix, les voix d'une apparition, une fois perues, ne peuvent gure tre oublies. Celle d'un pur esprit est comme le murmure d'une harpe Eolienne entendue distance ; la voix d'un esprit souffrant, et par consquent impur sinon tout faits mauvais, peut tre compare celle d'un homme parlant dans un tonneau vide. Ce n'est point notre philosophie, mais celle qu'ont professe d'innombrables gnrations de thurgistes et de magiciens : elle est fonde sur leur exprience pratique. Le tmoignage de [131] l'antiquit est positif cet gard : " . Les voix des esprits ne sont pas articules 141." La voix des esprits produit l'impression d'une colonne d'air comprim montant de bas en haut et se rpandant autour de la personne de l'interlocuteur vivant. Les nombreux tmoins oculaires qui ont attest le cas d'Elisabeth Eslinger ont dclar qu'ils virent l'apparition ayant la forme d'une colonne de vapeur. Ces tmoins sont : le vice gouverneur de la prison de Weinsberg, Mayer, Eckhart, Theurer et Knorr (asserments), Dttenhfer et Kapff le mathmaticien. Pendant onze semaines, le Dr Kerner et ses fils, plusieurs ministres luthriens, l'avocat Fraas, le graveur Dttenhfer, deux mdecins, Siefer et Sicherer, le juge Heyd, le baron Von Hugel et bien d'autres ont suivi journellement cette manifestation. Tant qu'elle dura, la prisonnire Elisabeth pria haute voix sans interruption. Comme "l'esprit" parlait en mme temps, il est impossible d'invoquer la ventriloquerie. Cette voix, disent les tmoins, n'avait rien d'humain, personne n'aurait pu l'imiter 142.
141 142

Voyez Des Mousseaux. Dodone et Dieu et les dieux, p. 326. Apparitions, traductions Crowe, pp. 388, 391, 399.

Nous donnerons plus loin d'abondantes preuves, tires des auteurs anciens, l'appui de cette vrit nglige. Pour le moment, nous rpterons que pas un esprit, parmi ceux que les spirites croient tre des esprits humains dsincarns, n'a jamais t prouv tel, par des tmoignages suffisants. L'influence dsincarne peut tre ressentie et communique subjectivement par eux des sensitifs. Ils peuvent produire des manifestations objectives, mais ils ne peuvent se manifester eux-mmes que de la manire indique plus haut. Ils peuvent contrler le corps du mdium, exprimer leurs dsirs et leurs ides de diverses faons bien connues des spirites, mais ils ne peuvent point matrialiser ce qui est immatriel et purement spirituel, leur essence divine. Ainsi, toutes les prtendues "matrialisations", lorsqu'elles sont authentiques, sont produites (peut-tre), soit par la volont de "l'esprit", que l'apparition prtend tre, mais qu'elle peut tout au plus personnifier, soit par un Gobelin lmentaire trop stupide, gnralement, pour mriter le nom de dmon. Dans de rares occasions, les esprits ont le pouvoir de se faire obir par ces tres sans me, toujours prts prendre des noms pompeux si l'on n'y met bon ordre, de telle faon que le malicieux "esprit de l'air" form par l'image relle d'un esprit humain peut tre mu par ce dernier comme une marionnette incapable de faire un acte ou de dire un mot autres que ceux qui leur sont imposs par "l'me immortelle". Mais cela exige certaines conditions gnralement ignores des cercles ou des spirites, mme des plus assidus aux sances. N'attire pas qui veut les esprits humains. Une des attractions les plus puissantes [132] sur nos dfunts est leur profonde affection pour ceux qu'ils ont laisss sur la terre. Elle les attire irrsistiblement, peu peu, dans le courant de la Lumire Astrale qui vibre entre la personne qui leur est sympathique et l'Ame Universelle. Une autre trs importante condition est l'harmonie, la puret magntique des personnes prsentes. Si cette philosophie est dans l'erreur, si toutes les formes matrialises mergeant, dans des pices obscures, de cabinets plus obscurs encore, sont les esprits de personnes qui ont vcu jadis sur cette terre, d'o vient la diffrence si grande qui existe entre elles, et les fantmes qui apparaissent inopinment, ex abrupto, sans le concours d'aucun cabinet noir ni d'aucun mdium ? Qui a jamais entendu parler des apparitions "d'mes tourmentes", errant autour des lieux o elles ont t assassines, ou, revenant, pour des raisons personnelles mystrieuses, avec des "mains dont on sent la chaleur", donnant une impression de chair si vivante qu'on ne les distinguerait pas des tres vivants si l'on ne savait

positivement que ces personnalits sont mortes et enterres ? Il y a des faits parfaitement attests d'apparitions se rendant soudainement visibles, mais jamais, jusqu'au commencement de l're des "matrialisations", nous n'avons rien vu comme elles. Dans le journal Medium and Day Break, numro du 8 septembre 1876, nous lisons une lettre d'une dame voyageant sur le continent rapportant un fait survenu dans une maison hante. Elle dit :..."Un bruit trange se fit entendre dans un coin sombre de la bibliothque... regardant de ce ct, elle aperut un nuage ou une colonne de vapeur lumineuse. L'esprit, enchan la terre, errait autour du lieu rendu maudit par ses mfaits" Comme cet esprit tait indubitablement une vritable apparition lmentaire, rendue visible par sa volont, ou, en un mot, une umbra ; Elle tait, comme doit tre toute ombre respectable, visible mais impalpable, ou, si elle tait palpable un degr quelconque, elle faisait, au toucher, l'effet d'une masse d'eau crase dans la main ou bien d'une vapeur condense mais froide. Elle tait lumineuse et vaporeuse : tout ce qu'on peut dire c'est qu'elle pouvait tre l'ombre personnelle relle de l' "esprit" perscut et attach la terre, soit par le remords de ses propres crimes, soit par les crimes d'une autre personne ou esprit. Les mystres d'outre-tombe sont nombreux et les "matrialisations" modernes ne font que les rendre sans valeur et ridicules aux yeux des indiffrents. A ces assertions on pourrait, peut-tre, opposer un fait bien connu des spirites. L'auteur du prsent livre a certifi publiquement avoir vu de ces formes matrialises. Nous l'avons certainement fait et nous sommes prts rpter ce tmoignage. Nous avons reconnu dans ces formes la reprsentation visible de connaissances, [133] d'amis et mme de parents. Nous avons, en compagnie d'autres nombreux spectateurs, entendu ces apparitions prononcer des mots, en des langues qui, non seulement n'taient pas familires au mdium ni aucune des personnes prsentes, nous excepte, mais qui taient encore trangres pour presque tous sinon pour tous les mdiums d'Amrique et d'Europe : en effet, c'taient les idiomes de tribus et de peuples d'Orient. A ce moment, ces cas furent considrs, avec raison, comme une preuve concluante de la mdiumnit relle du fermier illettr de Vermont, qui tait dans le "cabinet". Nanmoins ces formes n'taient pas les personnes qu'elles paraissaient tre. C'tait tout simplement leur portrait statue, construit, anim et m par les Elmentaires. Si, jusqu' prsent, nous n'avons pas lucid ce point c'est parce que le public spirite n'tait pas prpar, cette poque-l, mme

pour prter l'oreille cette proposition fondamentale : il y a des esprits lmentaux et des esprits lmentaires. Depuis lors, le sujet a t entam et discut, plus ou moins largement. Il est donc moins dangereux de lancer sur l'Ocan tourment de la critique la philosophie sculaire des sages de l'antiquit : l'esprit public a t quelque peu prpar examiner la question avec une impartiale attention. Deux annes d'agitation ont produit un changement trs marqu en mieux. Pausanias crit que quatre cents ans aprs la bataille de Marathon, il tait encore possible, sur l'emplacement o elle s'tait livre, d'entendre les hennissements des chevaux et les cris pousss par les ombres des combattants. En supposant que les spectres des soldats morts fussent leurs esprits vritables, ils avaient l'apparence "d'ombres" et non point d'hommes matrialiss. Qui ou quoi produisait alors le bruit du hennissement des chevaux ? Des "esprits" quins ? Et si on dclare qu'il n'est pas vrai que les chevaux aient des "esprits" certes, ni les zoologistes, ni les physiologistes, ni les psychologues, ni mme les spirites ne pourraient le prouver ou prouver le contraire, faudra-t-il, en ce cas, attribuer des "mes humaines immortelles" ces hennissements des chevaux de Marathon pour rendre la scne plus vivante et plus dramatique ? Des fantmes de chiens, de chats et d'autres animaux ont t frquemment vus et, cet gard, le tmoignage universel est aussi concluant que celui concernant les apparitions humaines. Qui personnifie ou quoi, si l'on peut s'exprimer ainsi, le fantme d'un animal mort ? S'agirait-il encore d'esprits humains ? La question ainsi pose ne laisse point subsister de doute ; il faut admettre que les animaux ont un esprit et une me qui leur survivent, comme les ntres, ou comme Porphyre, qu'il existe dans le monde invisible une classe de dmons malicieux et badins, tre intermdiaires entre les hommes et les [134] "dieux", esprits qui se complaisent apparatre sous toutes les formes imaginables, depuis la forme humaine jusqu' celle du plus infime des animaux 143. Avant de nous hasarder dcider si les formes astrales d'animaux, trs frquemment vues et universellement attestes, sont les esprits de ces animaux morts, tudions soigneusement leur conduite. Ces spectres agissent-ils conformment aux habitudes des animaux vivants, dploientils le mme instinct qu'on leur a connu ? Les btes de proie guettent-elles

143

De abstinentia, etc

leurs victimes, les animaux timides fuient-ils devant l'homme ? Ou bien, au contraire, ces spectres font-ils preuve d'une malveillance, d'une disposition tourmenter tout fait trangre leur nature ? Nombreuses sont les victimes de leurs obsessions : rappelons les perscuts de Salem et d'autres cas de sorcellerie historiques. On affirme y avoir vu des chiens, des chats, des pourceaux et d'autres animaux, envahir la chambre de leurs victimes qu'ils mordaient, dont ils pitinaient les corps endormis. Ils leur parlaient aussi et, souvent, les incitaient au suicide ou d'autres crimes. Dans le cas avr d'Elisabeth Erlinger, mentionn par le Dr Kerner, l'apparition de l'ancien prtre de Wimmenthal 144 tait accompagne par un gros chien noir qu'il appelait son pre. Ce chien, en prsence de nombreux tmoins, bondissait sur les lits de tous les prisonniers. Une autre fois, le prtre apparut avec un agneau, quelquefois aussi avec deux. Presque tous les accuss de Salem l'taient par les voyantes de tramer et comploter de mauvaises actions avec des oiseaux jaunes qui venaient se percher sur leur paule ou sur les solives au-dessus de leurs ttes 145. Et, moins de rvoquer en doute le tmoignage de milliers de spectateurs, dans toutes les parties du monde, et toutes les poques, et d'accorder le monopole de la voyance aux mdiums modernes, il faut admettre que les spectres d'animaux apparaissent vraiment et manifestent tous les traits les plus dpravs de la nature humaine sans appartenir eux-mmes la race humaine. Que peuvent-ils donc tre sinon des lmentaux ? Descartes fut un des rares qui crt et ost dire que nous sommes redevables la mdecine occulte de dcouvertes "destines tendre le domaine de la philosophie". Brierre de Boismont non seulement partagea ces esprances, mais il avoua ouvertement sa sympathie pour le "surnaturalisme" qu'il considre comme "la grande croyance" universelle. "... Nous pensons, avec Guizot, dit-il, que l'existence de la socit est intimement lie cette croyance. C'est en vain que la raison moderne rejette le [135] surnaturel : malgr son positivisme, elle ne peut expliquer les causes intimes des phnomnes. Le surnaturel est universellement rpandu et il se trouve au fond de tous les curs 146. Les esprits les plus levs en sont, frquemment, les plus fervents disciples."

144 145 146

C. Crowne. On Apparitions, p. 398. Upham. Salem Witchraft. Brierre de Boismont. On Hallucinations, p. 60.

Christophe Colomb dcouvrit l'Amrique et Amrigo Vespuce rcolta la gloire et usurpa ce qui lui tait d. Thophraste Paracelse redcouvrit les proprits occultes de l'aimant, "l'os d'Horus" qui, douze sicles avant son temps, avait jou un rle si important dans les mystres thurgiques : il devint, tout naturellement, le fondateur de l'cole de magntisme et de magicothurgie mdivale. Mesmer qui vcut prs de trois cents ans aprs lui et qui, disciple de son cole, rendit publiques les tonnantes merveilles du magntisme, rcolta la gloire qui revenait au philosophe du feu ; le grand matre tait mort l'hpital. Ainsi va le monde : de nouvelles dcouvertes sortent des sciences anciennes ; des hommes nouveaux, toujours la mme vieille nature.

[137] CHAPITRE III L'AVEUGLE CONDUISANT L'AVEUGLE "Le miroir de l'me ne peut reflter en mme temps la terre et le ciel et l'un s'efface ds que l'autre s'y montre." ZANONI. "Qui donc t'a donn mission d'annoncer au peuple que la Divinit n'existe pas ? Quel avantage trouves-tu persuader l'homme qu'une force aveugle prside ses destines et frappe au hasard le crime et la vertu ?" ROBESPIERRE (Discours, 7 mai 1794). Nous croyons qu'un trs petit nombre des phnomnes spirites authentiques sont produits par l'influence d'esprits humains dsincarns. Cependant ceux-l mme qui sont produits par les forces occultes de la nature mritent galement, de la part de la Science, une srieuse et consciencieuse tude, qu'ils se manifestent par l'intermdiaire de quelques mdiums authentiques, ou qu'ils soient consciemment produits par les jongleurs de l'Inde et de l'Egypte, maintenant surtout que, d'aprs des autorits respectes, l'hypothse de fraude est en bien des cas inadmissible. Il est hors de doute que des escamoteurs de profession peuvent excuter des tours plus adroits que ceux de tous les "John King D Anglais et Amricains runis. Robert Houdin le pourrait incontestablement. Mais il s'est, malgr cela, permis de rire au nez des Acadmiciens qui avaient demand de dclarer, dans les journaux, qu'il pouvait faire mouvoir une table ou lui faire donner des rponses, au moyen de petits coups frapps ce, sans contact des mains et sans que la table ft prpare 147. Le fait qu'un clbre prestidigitateur de Londres a refus un dfi de mille livres sterling qui lui tait offert par M. Algernon Joy 148, pour produire les mmes
147 148

Voir de Mireille. Des Esprits, et les ouvrages sur les "Phnomnes spirites", par de Gosparin. Secrtaire honoraire de l'Association des Spirites de Londres.

manifestations qu'on obtenait habituellement a l'aide des mdiums, moins qu'on ne le laisse sans liens et libre des mains du comit de contrle, ce fait seul dment catgoriquement son expos des phnomnes occultes. Si adroit qu'il puisse [138] tre, nous le dfions de reproduire, dans les mmes conditions, les "tours" excuts par un simple jongleur Indien. Ce dernier, par exemple, opre dans les conditions suivantes : l'endroit choisi par les investigateurs n'est connu du jongleur qu'au moment de la prsentation, l'exprience doit tre faite au grand jour et sans la moindre prparation, ni aide ni compre mais un jeune garon absolument nu, le jongleur lui-mme tant demi-nu. Ces conditions observes, le prestidigitateur devrait excuter trois tours des plus ordinaires, choisis parmi ceux si nombreux et si varis qui furent rcemment excuts devant quelques gentlemen appartenant la suite du Prince de Galles. A. Une roupie tant fortement serre dans la main d'un sceptique, la transformer en un cobra vivant dont la morsure serait mortelle, comme le montrerait l'examen de ses crochets. B. Prendre une graine, choisie au hasard par l'un des spectateurs, la semer dans le premier pot de terre venu, pot fourni par quelque sceptique ; la faire germer, pousser, mrir et porter ses fruits en moins d'un quart d'heure C. S'tendre sur trois sabres plants verticalement, poignes en bas, pointes en haut ; faire retirer le premier sabre, puis le second, quelques instants aprs, le troisime ; rester finalement suspendu en l'air, sur rien, un mtre environ du sol. Lorsqu'un prestidigitateur, commencer par Robert Houdin et sans excepter ceux qui font de la rclame leur profit en attaquant le spiritisme, pourra en faire autant, alors, mais alors seulement, nous nous dciderons croire que le genre humain est sorti de l'orteil de l'Orohippus de la priode Eocne, selon M. Huxley. Nous affirmons de nouveau, en toute confiance, qu'il n'existe pas de sorcier de profession (au Nord, au Sud, l'Ouest) qui puisse rivaliser avec quelques-uns de ces enfants de l'Orient ignorants et presque nus ; Il n'aurait pas une chance de succs. Ils n'ont pas besoin, pour leurs reprsentations, de l'Egyptian Hall. Ils ne font ni prparatifs, ni rptitions. Ils sont toujours prts appeler au pied lev leur aide les pouvoirs cachs de la nature qui sont livre ferm pour les prestidigitateurs comme pour les savants d'Europe. En vrit, ainsi que le dit Elihu, "les grands hommes ne

sont pas toujours sages ni les vieillards toujours senss 149". Rappelant la remarque du pasteur Anglais, le Dr Henry More, nous pouvons certainement dire : "... S'il y avait encore un peu de modestie dans l'humanit, les rcits de la Bible devraient dmontrer abondamment aux hommes l'existence des anges et des esprits." Cet homme minent ajoute : "Selon moi, c'est par une [139] marque spciale de la sollicitude providentielle si de nouveaux exemples d'apparitions viennent rveiller, dans nos esprits engourdis et lthargiques, l'assurance qu'il y a d'autres tres intelligents en dehors de ceux revtus de terre grossire et d'argile... ces preuves tablissant qu'il y a de mauvais Esprits, la porte est ouverte notre foi dans l'existence des bons Esprits et, finalement, dans l'existence d'un Dieu." L'exemple cit plus haut porte en lui sa morale, non seulement pour les savants mais aussi pour les thologiens. Ceux qui se sont fait une rputation dans la chaire ou dans les facults, laissent continuellement voir leurs auditoires qu'ils sont si peu verss en psychologie que n'importe quel intrigant plausible les ferait marcher et ainsi les rendrait ridicules aux yeux de l'tudiant srieux rencontr sur leur chemin. L'opinion publique, cet gard, a t faite par des jongleurs et de soi-disant savants qui ne mritent aucune considration. Le dveloppement de la science psychologique a t retard bien plus par le ridicule de ces hommes prtentieux que par les difficults inhrentes cette tude. Le rire creux des nourrissons scientifiques ou des snobs a plus fait pour maintenir l'homme dans l'ignorance de ses pouvoirs psychiques impriaux, que les obscurits, les obstacles et les dangers entourant la question. C'est surtout le cas pour les phnomnes spirites. Si les investigations touchant les manifestations spirites ont t, gnralement, confies des incapables, c'est que les savants, qui auraient pu et d les tudier, ont t effrays par de prtendues dnonciations, par les plaisanteries sarcastiques et les cris impertinents d'hommes qui ne sont pas dignes de dnouer les cordons de leur chaussure. Il y a de la lchet morale, mme dans les chaires des universits. La vitalit inhrente au spiritisme moderne est dmontre par le fait qu'il survit aux mpris des corps savants et la vantardise tapageuse de ses dtracteurs. Malgr les ricanements ddaigneux des patriarches de la Science tels que Faraday et Brewster, en descendant jusqu' l'expos professionnel d'un homme X... , qui fut assez heureux Londres dans l'imitation de certains
149

Livre de Job.

phnomnes, nous ne trouverons pas chez tous ces gens-l un seul argument irrfutable contre la ralit des phnomnes spirites. "Ma thorie, dit, dans sa prtendue dnonciation, l'individu mentionn, c'est que M. Williams lui-mme s'est dguis pour personnifier John King et Peter. Personne ne peut prouver qu'il n'en fut pas ainsi". Malgr l'assurance de cette assertion, ce n'est, aprs tout, qu'une thorie pure et simple : les spirites pourraient lui rpondre en lui demandant de prouver ce qu'il avance. Mais les ennemis les plus invtrs, les plus irrconciliables du Spiritisme appartiennent une classe, heureusement, peu nombreuse quoiqu'elle ne cesse de clamer ses invectives et d'affirmer [140] ses ides avec des cris dignes d'une meilleure cause. Ce sont les prtendus savants de la Jeune Amrique, pseudo-philosophes d'une classe btarde, dont nous avons parl au dbut de ce chapitre ; ils n'ont d'autres droits tre considrs comme rudits que la possession d'une machine lectrique et le fait d'avoir donn quelques confrences puriles sur l'insanit ou la mdiomanie. Ces hommes, s'il faut les en croire, sont de profonds penseurs et physiologistes. Ils ne donnent pas dans les niaiseries mtaphysiques : ce sont des Positivistes, nourris d'Auguste Comte, dont le cur brle du dsir d'arracher l'humanit au sombre abme de la superstition et de reconstruire le Cosmos d'aprs des principes amends. A ces psychophobes irascibles on ne peut faire d'injure plus grave que de suggrer qu'ils sont dous d'un esprit immortel. A les entendre, on croirait qu'il ne peut y avoir d'autres mes, chez les hommes et chez les femmes, que "des mes scientifiques" et des "mes non scientifiques" quel que soit d'ailleurs ce genre d'mes 150. Il y a trente ou quarante ans, en France, Auguste Comte, lve de l'Ecole Polytechnique, aprs tre rest pendant des annes dans cet tablissement comme rptiteur d'Analyse Transcendante et de Mcanique Rationnelle, se rveilla, un beau matin, avec l'ide assez irrationnelle de devenir prophte. On rencontre de ces prophtes tous les coins des rues, en Amrique. Mais en Europe ils sont aussi rares que des merles blancs. Cependant la France est la terre des nouveauts : Auguste Comte devint prophte et la mode est tellement contagieuse, par moments, que, mme

150

Voir Dr F.R. Marwin. Lectures on Insanity and Mediomania

dans la raisonnable Angleterre, il fut considr, pendant un certain temps, comme le Newton du XIXme sicle. L'pidmie prit de l'extension et, en peu de temps, elle se propagea, comme un feu de brousse, en Allemagne, en Angleterre et en Amrique. La doctrine trouva des adeptes en France mais l'engouement n'y fut pas de longue dure. Le prophte avait besoin d'argent, les disciples n'taient point disposs lui en fournir. La fivre d'admiration pour une religion sans Dieu se calma aussi vite qu'elle s'tait dclare. De tous les aptres enthousiastes du Prophte, un seul resta digne de considration. C'est le clbre philosophe Littr, membre de l'Institut et futur Acadmicien que l'vque d'Orlans essaya vainement d'empcher de devenir l'un des "Immortels" 151. Le philosophe mathmaticien, grand prtre de la "religion de l'avenir", enseigna sa doctrine, comme le font tous ses frres en prophtie de nos jours. II difia "la femme" et lui leva un [141] autel ; seulement la desse dut payer pour pouvoir s'en servir. Les rationalistes s'taient moqus des aberrations mentales de Fourier, ils avaient ri des saint-simoniens, leur mpris pour les Spirites fut sans bornes. Ces mmes rationalistes et matrialistes se trouvrent pris, comme des linottes sans cervelles, la glu, par la rhtorique du nouveau prophte. Le besoin d'une divinit, l'aspiration vers l' "inconnu" sont inns chez l'homme ; aussi les pires athes eux-mmes n'en paraissent-ils point exempts. Dus par l'clat apparent de ce feu follet, les disciples le suivirent si loin qu'ils se trouvrent enliss jusqu'au cou dans un marcage sans fond. Sous le masque d'une prtendue rudition, les Positivistes d'Amrique s'organisrent en cercles et en Comits dans le but de draciner le Spiritisme, tout en dclarant vouloir l'tudier impartialement. Trop timides pour dfier ouvertement les Eglises et la doctrine Chrtienne, ils s'efforcent de saper la base de toute religion : la foi de l'homme en Dieu et dans sa propre immortalit. Leur politique consistait tourner en ridicule ce qui fournit cette foi des bases insolites : le Spiritisme phnomnal. En l'attaquant par son ct faible, ils ont surtout mis profit son manque de mthode inductive et les exagrations que l'on
151

Vapereau. Biographie Contemporaine, art. Littr ; et Des Mousseaux. Les hauts phnomnes de la magie, ch. 6.

dcouvre dans les doctrines transcendantes de quelques-uns de ses propagateurs. Exploitant son impopularit, dployant un courage aussi excessif et hors de propos que le chevalier errant de la Manche, ils prtendent tre reconnus comme des philanthropes et des bienfaiteurs, destructeurs d'une monstrueuse superstition 152. Voyons donc jusqu' quel point cette religion de l'avenir tant vante de Comte, est suprieure au Spiritisme et si ses dfenseurs n'ont pas autant besoin d'tre enferms dans ces asiles d'alins qu'ils rservent aux mdiums, avec une touchante sollicitude. Appelons, avant tout, l'attention sur ce fait : les trois quarts des fcheuses impressions, laisses par le Spiritisme moderne, proviennent des aventuriers matrialistes qui se sont dclars spirites. Comte a dpeint avec des couleurs obscnes la femme "artificiellement fconde" de l'avenir. Elle n'est d'ailleurs que la sur ane de la dbauche idale des amoureux libres 153. L'immunit contre l'avenir, offerte par les enseignements de ses disciples insenss, a si bien impressionn quelques pseudo-spirites qu'elle les a ports se constituer en associations communistes. Mais [142] aucune ne fut de longue dure. Comme leur principal caractre tait un animalisme matrialiste grossier, voil d'une mince feuille philosophique en clinquant, affubl d'un amalgame de noms grecs la communaut ne pouvait aboutir qu' un chec. Platon, dans le cinquime livre de la Rpublique, suggre une mthode pour amliorer la race humaine par l'limination des individus malades et difformes et par l'union des meilleurs spcimens des deux sexes. Il ne fallait pas s'attendre ce que "le gnie de notre sicle", ft-il prophte, tirt de son cerveau quelque chose d'entirement neuf. Comte tait mathmaticien. En combinant habilement plusieurs utopies anciennes, il colora le tout et, perfectionnant l'ide de Platon, pour la matrialiser, il offrit au monde la plus grande monstruosit qui soit jamais sortie d'une cervelle humaine.

152

Ce chapitre fut crit, il y a bien des annes, en rponse aux attaques furieuses des Positivistes du soi-disant "Libral Club" contre les Thosophes et les Spirites. (Note n'existant pas dans l'dition originale de l'ouvrage).
153

"Free-loyers" : secte immorale, ne en Amrique, qui prit, quelque temps, des proportions gigantesques. H.P.B. (Note n'existant pas dans l'dition originale de l'ouvrage).

Le lecteur ne doit point perdre de vue que nous n'attaquons pas Comte comme philosophe, mais comme rformateur avou. Dans l'irrmdiable obscurit de ses ides, politiques, philosophiques et religieuse, nous trouvons, souvent, des observations isoles et des remarques o la grandeur de sa logique et sa pense judicieuse rivalisent avec l'clat de leur interprtation. Mais ces lueurs brillantes, aprs vous avoir blouis comme des clairs dans la nuit noire, vous laissent ensuite plongs dans une nuit plus sombre que jamais. Si on les condensait, si on les refondait, ses divers ouvrages pourraient produire un volume d'aphorismes trs originaux, donnant une dfinition trs claire et trs ingnieuse de la plupart de nos plaies sociales. Par contre, soit travers les fatigantes circonlocutions des six volumes de son Cours de Philosophie Positive, soit dans cette parodie sur le clerg en forme de dialogue, le Catchisme de la Religion Positive, on chercherait en vain une seule ide susceptible de suggrer ces maux un remde, mme relatif. Ses disciples insinuent que les sublimes doctrines de leur prophte ne sont point destines au vulgaire. Mais si l'on compare les dogmes du Positivisme leur application pratique par ses aptres, nous devons admettre qu'il se peut qu'une doctrine incolore soit la base du systme. Le "grand prtre" prche que "la femme doit cesser d'tre la femelle de l'homme" 154, la thorie des lgislateurs de cette cole sur le mariage et la famille consiste surtout faire de la femme la " simple compagne de l'homme", en la dbarrassant de toute fonction maternelle 155. Ils s'apprtent pour l'avenir substituer cette fonction, "chez la femme chaste", une force latente 156, mais, en mme temps, quelques-uns de leurs prtres laques prchent ouvertement la polygamie, [143] et d'autres affirment que leurs doctrines sont la quintessence de la philosophie spirituelle ! L'opinion du clerg Romain, hant par le cauchemar chronique du diable, est que Comte offre sa "femme de l'avenir" la possession des "incubes" 157. S'il faut en croire d'autres personnes plus prosaques, la Divinit du Positivisme devrait, dornavant, tre considre comme un bipde couveur. Littr, d'ailleurs, a fait quelques rserves prudentes en

154 155 156 157

A. Comte. Systme de Politique Positive, vol. I, p. 203. Ibidem. Ibidem. Voir Des Mousseaux. Hauts Phnomnes de la Magie, chap. VI.

acceptant l'apostolat de cette merveilleuse religion. Voici ce qu'il crivait en 1859 : "M. Comte a pens qu'il avait non seulement trouv les principes, trac les contours et fourni la mthode, mais encore qu'il avait dduit les consquences et construit l'difice social et religieux de l'avenir. C'est propos de cette seconde partie de l'uvre que nous faisons nos rserves. En ce qui concerne la premire partie, nous l'acceptons comme un hritage, dans son ensemble complet." 158 Plus loin, il dit : "M. Comte, dans un grand ouvrage intitul Systme de la Philosophie Positive, tablit les bases d'une philosophie (?) qui doit finalement supplanter toutes les thologies et l'ensemble des doctrines mtaphysiques. Un tel ouvrage contient ncessairement une application directe au gouvernement des socits. Comme il ne renferme rien d'arbitraire (?) et comme nous y trouvons une science relle (?) mon adhsion aux principes implique mon adhsion aux consquences essentielles." M. Littr se montre donc sous l'aspect d'un vrai fils de son prophte. En vrit, le systme de Comte nous parait tre bti sur un jeu de mots. Lorsqu'ils disent Positivisme, il faut lire Nihilisme ; quand vous entendrez prononcer le mot chastet, sachez que cela veut dire impudicit et ainsi de suite. Comme c'est une religion fonde sur une thorie ngative, ses adhrents ne peuvent la pratiquer sans dire blanc lorsqu'ils veulent dire noir. "La Philosophie positive, continue Littr, n'accepte point les ides de l'athisme, car l'athe n'a point un esprit rellement mancip : c'est encore un thologien sa faon. Il donne son explication sur l'essence des choses, il sait comment elles ont commenc ! L'athisme c'est le Panthisme : ce systme est encore tout fait thologique et, par consquent, il appartient aux anciens partis" 159.

158 159

Littr. Paroles de Philosophie Positive. Littr. Paroles de Philosophie Positive, VII, 57.

Ce serait, en vrit, perdre son temps que de pousser plus loin les citations de ces dissertations paradoxales. Comte arriva l'apoge de l'absurdit et de l'inconsquence lorsque, aprs avoir invent un systme de philosophie, il le nomma une "Religion". Et, [144] comme cela arrive habituellement, les disciples ont dpass en absurdit le rformateur. Les pseudo-philosophes qui brillent dans les Acadmies Comtistes d'Amrique, comme brille une lampyris noctiluca ct d'une plante, ne nous laissent pas le moindre doute sur leur croyance. Ils opposent "ce systme de pense et de vie" labor par l'aptre Franais "l'idiotie" du Spiritisme, et naturellement, donnent l'avantage au premier. "Pour dtruire il faut remplacer", dit l'auteur du Catchisme de la Religion Positive, citant ainsi Cassaudire sans lui payer tribut pour son ide, et les Comtistes cherchent montrer par quelle sorte d'odieux systme ils voudraient remplacer le Christianisme, le Spiritisme et mme la Science. "Le Positivisme", dit l'un d'eux, "est une doctrine intgrale. Il rejette compltement toutes les formes de croyances thologiques et mtaphysiques, toutes les formes de surnaturalisme et, par consquent, le Spiritisme. Le vritable esprit positiviste consiste substituer l'tude des lois invariables des phnomnes celles de leurs prtendues causes, soit immdiates, soit primaires. Sur ce terrain, il repousse galement l'athisme, car l'athe, au fond, est un thologien". Et il ajoute en copiant Littr : "L'athe ne rejette pas les problmes de la thologie mais seulement leur solution. En cela, il se montre illogique. Nous, Positivistes, de notre ct nous rejetons le problme parce qu'il est inaccessible l'intellect. Nous ne ferions que gaspiller notre force en cherchant en vain les causes premires et finales. Comme vous le voyez, le Positivisme donne une explication complte (?) du monde, de l'homme, de ses devoirs et de sa destine !" 160. C'est fort beau tout cela. Maintenant, par voie de contraste, nous allons citer ce qu'un vritable grand savant, le professeur Hare, pense de ce systme. "La philosophie positive de Comte, dit-il, aprs tout, est purement ngative. Comte admet ne rien savoir des sources et des causes des lois de la nature. Leur origine est, selon lui, si parfaitement inscrutable qu'il est inutile de perdre son temps des recherches dans cette direction. Comme de juste, sa doctrine fait de lui un ignorant complet des causes des

160

Spiritualism and Charlatanism.

lois, des moyens par lesquels elles furent tablies. Cette doctrine ne peut donc avoir pour base que l'argument ngatif prcit lorsqu'il vise des faits reconnus, ou rapports avec la cration spirituelle. Ainsi, tout en laissant l'athe son domaine matriel, le Spiritisme dans le mme espace et audessus de lui rige un domaine qui le dpasse autant que l'ternit l'emporte sur la moyenne de la dure de la vie humaine et que les rgions illimites [145] des toiles fixes dpassent en tendue l'aire habitable de ce globe." 161. Bref, le Positivisme se propose de dtruire la Thologie, la Mtaphysique, le Spiritisme, l'Athisme, le Matrialisme, le Panthisme et la Science et doit finir par se dtruire lui-mme. De Mirville pense que, d'aprs le Positivisme, "l'ordre ne commencera rgner dans l'esprit humain que le jour o la psychologie sera devenue une sorte de physique crbrale et l'histoire une espce de physique sociale." Le Mahomet moderne commence par dbarrasser l'homme et la femme de Dieu et de leur me. Puis, il ventre inconsciemment sa propre doctrine avec l'pe trop tranchante de la mtaphysique qu'il avait toujours cru viter, laissant ainsi de ct tout vestige de philosophie. M. Paul Janet, membre de l'Institut, prononait en 1864 un discours sur le Positivisme, discours dans lequel on trouve les remarquables passages qui suivent : "Il y a des esprits qui furent levs et nourris dans les sciences exactes et positives mais qui, nanmoins, sont ports d'instinct vers la philosophie. Ils ne peuvent satisfaire cet instinct qu'avec les lments qu'ils ont leur porte dj. Ignorant tout des sciences psychologiques, n'ayant tudi que les rudiments de la mtaphysique, ils n'en sont pas moins disposs combattre cette mme mtaphysique ainsi que la psychologie dont ils sont aussi mal informs. Ils s'imagineront ensuite avoir fond une science positive : la vrit, cependant, est qu'ils ont seulement cr une thorie mtaphysique, incomplte et mutile. Ils s'arrogent l'autorit et l'infaillibilit qui n'appartiennent vraiment qu' la science relle, autorit et infaillibilit bases sur l'exprience et le calcul. Ils sont, eux, dpourvus de cette autorit parce que leurs ides, si dfectueuses soient-elles, sont du mme ordre que celles qu'ils combattent.

161

Prof. Hare. On Positivism, p. 29.

D'o rsultent la faiblesse de leur situation et la ruine finale de leurs ides, disperses bientt aux quatre vents du Ciel." 162. Les Positivistes d'Amrique ont uni leurs infatigables efforts pour renverser le Spiritisme. Cependant, pour montrer leur impartialit, ils posent des questions d'une nouveaut de ce genre : "... Quelle somme de raison trouve-t-on dans les dogmes de l'Immacule Conception, de la Trinit, de la Transubstantiation, si nous les soumettons l'analyse physiologique, mathmatique et chimique ?" Ils se font forts "de dire que les divagations du Spiritisme ne surpassent pas en absurdit ces croyances minemment respectables." Fort bien, mais il n'y a pas d'absurdit thologique ni d'illusion spirite qui puisse rivaliser de dpravation et [146] d'imbcillit avec la notion positiviste de la "fcondation artificielle". Ils refusent de penser aux causes premires et finales mais ils appliquent leurs thories insenses la construction d'une femme impossible promise au culte des gnrations futures. La vivante et immortelle compagne de l'homme, ils la veulent remplacer par la ftiche femelle des Indiens de l'Obah, l'idole de bois bourre, chaque jour, d'ufs de serpents que les rayons du soleil font clore ! Et, maintenant, il nous sera bien permis de demander au nom du sens commun, pourquoi les mystiques chrtiens seraient taxs de crdulit, ou les spirites consigns Charenton, alors qu'une religion qui renferme d'aussi rvoltantes absurdits trouve des disciples jusque parmi les acadmiciens ? Alors que nous trouvons dans la bouche de Comte des rhapsodies insenses qu'admirent ses fidles et dont voici un chantillon ? "Mes yeux sont blouis, ils s'ouvrent chaque jour davantage la concidence toujours plus parfaite de l'avnement social du mystre fminin avec la dcadence spirituelle du sacrement eucharistique. La vierge a dj dtrn Dieu dans le cur des catholiques du Midi ! Le Positivisme ralise l'Utopie du moyen ge en reprsentant tous les membres de la Grande famille comme issus d'une vierge mre, sans poux."... Aprs avoir indiqu le modus operandi, il dit encore : "Le dveloppement du procd nouveau causerait bientt l'avnement d'une caste sans hrdit, mieux adapte au recrutement des chefs spirituels, et mme temporels, que les produits de la procration vulgaire : leur autorit

162

Journal des Dbats, 1864. Voir aussi : Des Mousseaux. Hauts phnomnes de la Magie.

sera fonde sur une origine vraiment suprieure qui ne reculerait pas devant les enqutes." 163 Nous pourrions, bon droit, demander si l'on a jamais rencontr dans les "divagations du Spiritisme" ou mme dans les mystres du Christianisme quelque chose de plus ridicule que cette "race future" idale. Si la tendance du matrialisme n'est pas dmentie par la conduite de quelques-uns de ses dfenseurs, ceux qui prchent ouvertement la polygamie, nous prsumons que, issus ou non de cette race sacerdotale engendre de la sorte, nous ne verrons point la fin de cette postrit de ces rejetons de "mres sans poux." Combien il est naturel qu'une philosophie susceptible d'engendrer une telle caste d'incubes didactes fasse exprimer par la plume d'un de ses plus plaisants revuistes des sentiments de ce genre : "Ce sicle est une poque triste, trs triste, pleine de croyances mortes ou mourantes, remplie de prires inutiles qui cherchent vainement les dieux envols. Mais c'est aussi une poque [147] glorieuse, pleine de la lumire dore que rpand le soleil levant de la Science. Que ferons-nous pour les naufrags de la foi, faillis de l'intelligence mais qui cherchent du rconfort dans le mirage du spiritisme ; les illusions du transcendantalisme ou les feux follets du mesmrisme ?" 164 Le feu follet, cette image si chre maint micro-philosophe, a eu, lui aussi, lutter pour tre admis. Il n'y a pas si longtemps que ce phnomne, aujourd'hui familier, tait nergiquement ni par un correspondant du Times de Londres. Ses assertions eurent un certain poids, jusqu'au jour o l'ouvrage du Dr Phipson appuy sur les tmoignages de Beccaria, de Humboldt et d'autres naturalistes trancha dfinitivement la question 165. Les Positivistes devraient choisir des expressions plus heureuses tout en suivant le progrs des dcouvertes scientifiques. Quant au Mesmrisme, il a t adopt dans plusieurs parties de l'Allemagne, et il est employ avec un succs incontestable dans plus d'un hpital ; ses proprits occultes se sont affirmes et sont reconnues par des mdecins dont le talent, le savoir

163 164 165

Philosophie positive, vol. IV, p. 279. Dr F.R. Marvin. Lecture on Isanity and Mediomania. Voir Howit. History of the Supernatural, vol. II.

et la juste rputation ne sauraient tre gals par le prtentieux confrencier sur les mdiums et la folie 166. Nous ajouterons seulement quelques mots, avant de quitter ce sujet dplaisant. Nous avons rencontr des Positivistes trs satisfaits de l'illusion qu'ils se sont faite d'aprs laquelle les plus grands savants d'Europe seraient des disciples de Comte. Nous ignorons jusqu' quel point cette opinion est juste en ce qui concerne les autres savants, mais Huxley, considr par l'Europe comme un des plus grands, et le Dr Maudley de Londres, sa suite, dclinent on ne peut plus dlibrment cet honneur. Dans une confrence faite, Edimbourg, en 1868, sur les Bases physiques de la Vie, le premier se montre trs choqu de la libert prise par l'archevque d'York qui l'avait rang parmi les philosophes Comtistes. "En ce qui me concerne, dit M. Huxley, le trs rvrend prlat pourrait, avec sa dialectique, mettre en pices M. Comte, comme un Agag moderne, que je ne chercherais pas le retenir. J'ai tudi les caractristiques de la philosophie positive et je n'ai presque rien trouv qui ft de valeur scientifique. Par contre, j'ai vu bien des choses aussi opposes l'essence mme de la science que celles du catholicisme ultramontain. En fait, la philosophie de Comte, pour la pratique, pourrait tre brivement dcrite comme un catholicisme sans christianisme." Plus loin, Huxley [148] s'emporte mme : il en vient accuser les Ecossais d'ingratitude pour avoir laiss l'vque prendre Comte pour le fondateur d'une philosophie qui, de droit, appartient Hume ? "C'tait assez, s'crie le professeur, pour faire tressaillir Hume dans sa tombe. Comment, alors que sa maison se trouve porte de voix, un auditoire intress a, sans un murmure, cout celui qui attribuait ses plus caractristiques doctrines un crivain franais, postrieur de cinquante annes, crivain verbeux et insipide dans les pages duquel nous ne trouvons ni la vigueur de la pense, ni la clart du style !..." 167. Pauvre Comte ! Il semble que les reprsentants les plus qualifis de sa philosophie soient maintenant rduits, en ce pays du moins, trois personnes : "un physicien, un mdecin qui s'est fait une spcialit des maladies nerveuses et un avocat". Un critique trs spirituel a surnomm ce
166

Expriences du Dr Charcot. Hypnotisme Charcotisme ? Soit. Mais ce sera toujours le mesmrisme et le magntisme animal. Les faux nez n'y font rien. H.P.B. (Note manuscrite ne figurant pas dans la premire dition.) Pr Huxley. Physical Basis of Life.

167

trio runi en dsespoir de cause : "une triade anomalistique qui, au milieu de ses labeurs ardus, ne trouve pas le temps de se familiariser avec les principes et les lois de sa langue." 168 Pour clore le dbat, les Positivistes ne ngligent aucun moyen dans l'espoir de dmolir le Spiritisme au profit de leur religion. Leurs grands prtres ont pour mission d'emboucher infatigablement leurs trompettes : bien que les murs d'aucune Jricho moderne ne paraissent devoir tomber en poussire sous leurs vibrations, encore n'pargnent-ils rien pour atteindre le but vis. Leurs paradoxes sont uniques et leurs accusations contre les Spirites sont d'une logique irrsistible. C'est ainsi que, dans une de leurs rcentes confrences, il est dit : "L'exercice exclusif de l'instinct religieux produit l'immoralit sexuelle. Les prtres, les moines, les nonnes, les saints, les mdiums, les extatiques et les dvots sont fameux pour leur impudicit." 169 Alors que le Positivisme proclame bien haut qu'il est une religion, le Spiritisme, nous sommes heureux de le faire remarquer, n'a jamais prtendu tre rien de plus qu'une science, une philosophie en voie de dveloppement, ou plutt une tude des forces caches et encore inexpliques de la nature. L'objectivit de ses divers phnomnes a t dmontre par plus d'un des vrais reprsentants de la science et nie, sans rsultat, par ceux qui sont les "singes" de la Science. [149] Enfin, constatons-le, nos Positivistes qui traitent avec un tel sans faon tous les phnomnes psychologiques, ressemblent au rhtoricien de Samuel Butler : "... Il ne pouvait ouvrir la bouche sans qu'il en sortt un trope." Nous voudrions qu'il n'y et pas lieu de jeter nos regards de critiques au-del de ces pdants qui usurpent le titre de savants. Mais il est indniable que les sommits du monde scientifique traitent les questions nouvelles d'une manire qu'on ne relve pas assez alors qu'elle mrite d'tre critique. La circonspection ne de l'habitude des recherches exprimentales, le passage prudent d'une opinion une autre, la
Allusion une annonce parue dans un journal de New-York et signe par trois personnes qui s'attribuaient elles-mmes ce sobriquet. Elles se donnaient comme formant un comit lu, deux annes antrieurement, pour procder une enqute sur les phnomnes spirites. Les critiques dont la "triade" fut l'objet ont t publies par une Revue : The New Era.
169 168

Dr Marvin. Lectures on Insanily and Mediomania, N.Y., 1875.

considration dont jouissent les autorits reconnues, tout contribue produire un conservatisme de la pense qui aboutit, naturellement, au dogmatisme. Le prix du progrs scientifique est trop souvent le martyre ou l'ostracisme de l'innovateur. C'est la pointe de la baonnette, pour ainsi dire, que le rformateur doit enlever la citadelle de la routine et du prjug : il est rare qu'une main amie lui ait entre-bill la moindre poterne. Il peut bien, la rigueur, se permettre de ne pas tenir compte des protestations tapageuses et des critiques impertinentes dont est coutumier le petit personnel des antichambres de la science ; mais l'hostilit de l'autre clause constitue le danger rel que l'innovateur doit combattre et vaincre. Le savoir augmente rapidement mais ce n'est point au grand corps des savants qu'il en faut savoir gr. Ils ont toujours fait tout leur possible pour ruiner une dcouverte nouvelle et, du mme coup, l'inventeur. La palme revient qui triomphe de ces obstacles par son courage personnel, son intuition et sa persvrance. Il est bien peu de forces de la nature dont on ne se soit moqu au moment o leur dcouverte tait annonce, et qui n'aient t ddaignes comme absurdes et antiscientifiques. Elles blessent l'orgueil de ceux qui n'ont rien dcouvert, les justes prtentions de ceux que l'on a refus d'entendre, jusqu'au moment o il devient imprudent de les rejeter. Mais alors, pauvre humanit goste ! Les inventeurs se vengent : ils deviennent, leur tour, les adversaires et les oppresseurs, de ceux qui viennent, aprs eux, dans la voie de l'exploration des lois naturelles ! Ainsi, pas pas, l'humanit se meut dans le cercle born des connaissances : la science corrige constamment ses erreurs et rajuste, le lendemain, ses thories fausses de la veille. Tel fut le cas, non seulement pour les questions relevant de la psychologie comme le mesmrisme dans son double sens de phnomne la fois physique et spirituel, mais encore pour les dcouvertes directement apparentes aux sciences exactes et faciles dmontrer. Qu'y pouvons-nous ? Rappellerons-nous un pass pnible ? Montrerons-nous les rudits du moyen ge de connivence avec le [150] clerg pour nier la thorie hliocentrique, par crainte de heurter un dogme ecclsiastique ? Redirons-nous que de savants conchyologistes ont ni, jadis, que les coquillages fossiles trouvs rpartis sur toute la surface du globe, eussent jamais t habits par des mollusques vivants ? Les naturalistes du XVIIIme sicle n'ont-ils pas dclar que c'taient simplement des fac-simils d'animaux ? Faut-il rappeler que ces naturalistes se sont querells et chamaills, et mme se sont insults

mutuellement pendant prs d'un sicle, au sujet de ces momies vnrables des sicles passs, jusqu' ce que Buffon vnt rtablir la paix en dmontrant que les ngateurs se trompaient ? S'il est une chose peu transcendante, susceptible de se prter une tude prcise, c'est bien une caille d'hutre. S'ils n'ont pu se mettre d'accord cet gard, pouvons-nous esprer les voir consentir croire que des formes phmres de mains, de visages et mme de corps entiers puissent apparatre dans les sances des mdiums spirites, quand ces derniers sont honntes ? Dans leurs heures de loisir, il est un livre que les sceptiques de la science liraient avec profit. C'est un livre publi par Flourens, Secrtaire perptuel de l'Acadmie des Sciences. Il a pour titre : Histoire des recherches de Buffon. L'auteur y montre comment le grand naturaliste a combattu et finalement vaincu les dfenseurs de la thorie des fac-simils ; comment ils ont continu tout nier sous le soleil, au point que parfois la docte compagnie tait atteinte d'une pidmie de ngation. Elle niait Franklin et son lectricit, tournait en drision Fulton et sa vapeur comprime, vota une camisole de force l'ingnieur Perdonnet qui offrait de construire des chemins de fer, dcontenanait Harvey, proclamait Bernard de Palissy "aussi stupide qu'un de ses propres vases." Dans le livre souvent cit Conflit entre la religion et la science, le professeur Draper montre une tendance marque fausser le flau de la justice en imputant au seul clerg toutes les entraves, tous les obstacles suscits au progrs de la Science. Avec tout le respect et toute l'admiration dont est digne ce savant crivain, nous sommes forcs de protester pour rendre chacun ce qui lui est d. Les dcouvertes prcites sont, pour la plupart indiques par l'auteur. A propos de chaque cas, il dnonce l'nergique rsistance oppose par le clerg mais il tait l'opposition rencontre invariablement par tout nouvel inventeur de la part de la Science. Sa maxime en faveur de la Science : "savoir c'est pouvoir" est videmment juste. Mais l'abus de pouvoir, qu'il vienne d'un excs de sagesse ou d'un excs d'ignorance, est, au mme degr, blmable en ses effets. De plus, le clerg se trouve, maintenant, rduit au silence. Ses protestations, aujourd'hui, ne pourraient plus influencer le monde savant. Mais, alors que la thologie est relgue l'arrire-plan, les savants ont saisi, des [151] deux mains, le sceptre du despotisme et ils en usent, comme le Chrubin de son glaive flamboyant, aux portes de l'Eden pour tenir le peuple l'cart de l'arbre de la vie immortelle et le maintenir dans ce monde de matire prissable.

Le directeur du Spiritualiste, de Londres, rpondant au Dr Gully qui avait critiqu la thorie du brouillard de feu mise par Tyndall, fait observer que, si toute la cohorte des Spirites, dans le sicle o nous sommes, n'est pas brle vive, Smithfield, c'est la Science seule que nous sommes redevables de cette clmence. Soit, admettons que les savants soient, indirectement, les bienfaiteurs de l'humanit, en cette circonstance, c'est--dire qu'il ne soit plus de mode de brler de savants rudits. Mais, est-il injuste de se demander si les dispositions manifestes l'gard de la doctrine spirite par Faraday, Tyndall, Huxley, Agassiz et par d'autres, n'incitent pas croire que si ces savants messieurs et leurs lves disposaient du pouvoir illimit que possdait, jadis, l'Inquisition, les Spirites auraient plus de raisons d'inquitude qu'ils n'en ont aujourd'hui ? Admettons que les savants n'auraient point fait brler ceux qui croient l'existence du monde des esprits la crmation des vivants est prohibe par la loi n'auraient-ils pas t dans les dispositions voulues pour envoyer tous les Spirites Charenton ? Ne les appellent-ils pas des "maniaques incurables", des "fous hallucins", des "adorateurs de ftiches ?" Ne leur prodiguent-ils pas d'autres qualificatifs aussi caractristiques ? En vrit, nous ne voyons pas ce qui a pu exalter, ce point, la reconnaissance du Spiritualist de Londres pour le patronage bienveillant des hommes de science. Nous croyons que les poursuites intentes Londres contre le mdium Slade par Mmes Lankaster et Donkin aurait d finalement ouvrir les yeux des spirites aveugls par des esprances trompeuses, et leur prouver qu'un matrialisme obstin est souvent plus stupidement fanatique que le fanatisme religieux lui-mme. Un des crits les plus habiles que nous devions au professeur Tyndall est son mordant essai sur : Martineau et le Matrialisme. C'est en mme temps une uvre que, dans quelques annes, l'auteur sans aucun doute ne sera que trop prt expurger de certaines grossirets impardonnables de style. Pour l'instant, nanmoins, nous laisserons ces dernires de ct pour examiner ce qu'il trouve dire sur le phnomne de la conscience. Il cite cette question de M. Martineau : "Un homme peut dire : Je sens, je pense, j'aime ; mais comment la conscience vient-elle s'immiscer dans le problme ?" Il rpond : "Le passage de la physique du cerveau aux faits correspondants de la conscience est impensable. Etant donn qu'une pense dfinie et une action molculaire naissent simultanment dans le cerveau, nous ne possdons ni organe [152] intellectuel ni, apparemment, aucun des rudiments de cet organe qui nous permettrait de passer par un

procd de raisonnement, de l'une l'autre. Elles se produisent en mme temps, mais nous ne savons pas pourquoi. Si nos sens et notre mental taient assez tendus, fortifis, clairs pour que nous puissions voir et sentir les molcules mmes du cerveau, suivre tous leurs mouvements, leurs groupements, leurs dcharges lectriques, s'il y en a, et si nous tions intimement au fait des tats correspondants de la pense et du sentiment, nous serions encore aussi loin que jamais de la solution du problme. Comment ces processus physiques sont-ils lis aux faits de conscience ? L'abme entre les deux classes de phnomnes resterait encore intellectuellement infranchissable." 170 Cet abme aussi infranchissable pour Tyndall que le brouillard de feu, quand le savant se trouve face face avec sa cause inconnaissable, n'est une barrire que pour les hommes dnus d'intuitions spirituelles. Le livre du professeur Buchanan : Esquisses de confrences sur le systme neurologique de l'anthropologie, qui remonte 1854, renferme des suggestions qui, prises en considration par les savants superficiels, leur montreraient comment on peut jeter un pont sur cet effrayant abme. C'est un de ces greniers o la graine de pense des rcoltes futures est mise en rserve par un prsent conome. Mais l'difice du matrialisme est bti tout entier sur cette fondation grossire : la raison. Quand ils ont tir ses possibilits jusqu' l'extrme limite, ses instructeurs peuvent, tout au plus, nous rvler un univers de molcules animes par une impulsion occulte. On peut dduire le meilleur diagnostic imaginable du mal dont souffrent nos savants de l'analyse par le professeur Tyndall de l'tat mental du clerg ultramontain, en changeant trs lgrement les noms. Au lieu de "guides spirituels", lisez : "savants" ; au lieu de "pass pr-scientifique", lisez : "prsent matrialiste" ; lisez "esprit" au lieu de "science", et, dans le paragraphe suivant, nous avons le vivant portrait du savant moderne, portrait dessin de main de matre :"... Leurs guides spirituels vivent exclusivement dans le pass pr-scientifique, tel point que parmi eux, les intelligences vraiment fortes sont rduites l'atrophie en ce qui concerne la vrit scientifique. Ils ont des yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et n'entendent pas : en effet leurs yeux et leurs oreilles sont prisonniers des visions et des sons d'un autre ge. Par rapport la science, les cerveaux ultramontains, par manque d'exercice, sont virtuellement des cerveaux non-dvelopps d'enfants. C'est ainsi que, pareils des enfants en
170

Tyndall. Fragments of Science.

connaissances scientifiques, [153] mais dtenteurs puissants d'un pouvoir spirituel parmi les ignorants, ils encouragent et imposent des pratiques telles que le rouge de la honte monte aux joues des plus intelligents d'entre eux" 171. L'occultiste tend ce miroir la science pour qu'elle soit mme de se reconnatre. Depuis que l'histoire a enregistr les premires lois tablies par l'homme, il n'y a pas encore eu un peuple dont le Code n'ait pas fait dpendre la vie et la mort de ses citoyens de l'affirmation de deux ou trois tmoins dignes de foi. "Sur la dclaration de deux ou trois tmoins, que celui qui mrite la mort soit mis mort" : ainsi parle Mose le premier lgislateur que nous rencontrons dans l'histoire ancienne 172. "Les lois qui envoient un homme la mort sur la dposition d'un seul tmoin sont fatales la libert", dit Montesquieu. "La raison exige qu'il y ait deux tmoins 173. Ainsi la valeur de la preuve testimoniale a t tacitement reconnue et accepte dans tous les pays. Mais les savants, eux, ne veulent point admettre la preuve fonde sur le tmoignage d'un million d'hommes contre un seul. C'est en vain que des centaines de milliers d'hommes tmoignent des faits. Ils ont des yeux et ne voient pas ! Ils sont dtermins rester aveugles et sourds. Des dmonstrations pratiques rptes durant trente ans et le tmoignage de quelques millions de croyants en Amrique et en Europe mritent certainement jusqu' un certain point le respect et l'attention, alors, surtout, que le verdict de douze spirites qu'influencent les preuves fournies par deux autres tmoins quelconques suffit pour envoyer au bagne ou l'chafaud mme un savant, et, peut tre qui sait ? pour un crime commis sous l'influence d'une commotion des molcules crbrales non contenue par la conscience d'un CHATIMENT moral venir. Devant la Science, vue d'ensemble, comme but divin, le monde civilis tout entier devrait s'incliner avec respect et vnration. Seule, en effet, la Science permet l'homme de comprendre la Divinit par la juste apprciation de ses uvres. "La science est la comprhension de la vrit ou des faits, dit Webster, c'est une recherche de la vrit pour elle-mme en
171 172 173

Tyndall. Preface to Fragments of Science. Deutronome, chap. XVII, 6. Montesquieu. Esprit des Lois, I, XII, chap. 3.

la poursuite de la connaissance pure". Si la dfinition est correcte, alors, en majorit, nos modernes rudits se sont montrs infidles leur desse. "La vrit pour elle-mme" ; Mais o faut-il chercher les clefs de chacune des vrits dans la nature, si ce n'est dans le mystre encore inexplor de la psychologie ? Pourquoi faut-il qu'en [154] tudiant la nature, tant de savants fassent un choix parmi les faits et n'tudient que ceux qui cadrent le mieux avec leurs prjugs ? La Psychologie n'a point de pires ennemis que les tenants de l'cole mdicale connus sous le nom d'allopathes. On perd son temps leur rappeler que, de toutes les sciences prtendues exactes, la mdecine reconnat tre celle qui mrite le moins ce qualificatif. Plus que n'importe quelle branche des sciences mdicales, la psychologie devrait attirer l'attention des mdecins puisque, sans elle, leurs pratiques dgnrent en conjectures, en intuitions fortuites. Cependant ils la ngligent presque entirement. Le moindre dissentiment portant sur les doctrines qu'ils ont promulgues est envisag comme une hrsie et c'est en vain qu'une mthode impopulaire et non reconnue sauve des milliers d'individus ; en bloc les mdecins sont prts repousser toute innovation et tout innovateur. Ils s'en tiennent leurs hypothses admises et leurs ordonnances tant que l'innovation n'aura pas reu rgulirement droit de cit. En attendant, des milliers d'infortuns malades peuvent prir : c'est d'importance secondaire. L'essentiel c'est que soit sauf l'honneur professionnel. Thoriquement, la mdecine est la plus bienfaisante des sciences : en fait il n'en est point o soient si nombreux les exemples de parti pris mesquin, de matrialisme, d'athisme et d'obstination malveillante. Les prdilections et le patronage des pontifes de la mdecine se mesurent rarement l'utilit d'une dcouverte. La saigne (sangsues, ventouse, lancette) a connu une vogue pidmique pour tomber enfin dans une disgrce bien mrite. Il fut un temps o l'eau, qu'on administre aujourd'hui librement aux fivreux, leur tait refuse. Les bains chauds ont t supplants par l'eau froide et on a connu la manie de l'hydrothrapie. Le quinquina, qu'un partisan moderne de l'autorit biblique s'efforce srieusement d'assimiler "l'arbre de vie" du paradis 174, le quinquina, apport en Espagne en 1632, a t longtemps nglig. Pour une fois,

174

C.B. Warring.

l'Eglise a montr plus de sagacit que la Science. A la requte du Cardinal de Lugo, Innocent X lui donna son puissant patronage. Dans un livre ancien, intitul Demonologia, l'auteur cite bien des cas o des remdes importants, ngligs d'abord, ont t ensuite mis en lumire par des circonstances fortuites. Il montre encore que, pour la plupart, les dcouvertes de la mdecine ne sont, en dfinitive, que "la rsurrection et la radoption de pratiques trs anciennes". Au XVIIIme sicle, la racine de fougre mle tait vendue et vante comme remde souverain contre le ver solitaire, par une dame Nouffleur, charlatan en jupons. Le secret fut livr [155] Louis XV, moyennant une somme leve, aprs quoi, les mdecins dcouvrirent que Gallien recommandait et administrait ce remde pour cette maladie. La fameuse poudre antigoutteuse du duc de Portland tait le diacentaureon de Glius Aurelianus. Plus tard, on tablit que les plus anciens crivains sur la mdecine s'en servaient et qu'eux-mmes l'avaient trouv dans les ouvrages des philosophes grecs de l'antiquit. Il en est de mme pour l'eau mdicinale qui porte le nom du Dr Husson. Ce fameux remde contre la goutte fut reconnu, sous son nouveau masque, comme le Colchicum autumnale (safran des prairies), identifi une plante appele Hermodactylus dont les mrites, comme sr antidote de la goutte, furent reconnus et dfendus par Oribase, grand mdecin du IV sicle, aussi bien que par tius Amidenus, autre minent mdecin d'Alexandrie au V sicle. Postrieurement, ce remde avait t abandonn : il lui suffisait d'tre trop vieux pour que les membres des facults mdicales qui florissaient vers la fin du sicle dernier le rejettent ! Le grand Magendie lui-mme, le sage physiologiste, n'tait pas audessus de ce travers qui consiste dcouvrir ce qui avait dj t dcouvert et trouv bon par les plus anciens mdecins. Le remde propos par lui contre la phtisie, c'est--dire l'usage de l'acide prussique, se trouve dans les ouvrages de Lumus, amenitates Academic, volume IV. Il y montre que l'eau distille de laurier tait employe avec grand avantage dans le cas de phtisie pulmonaire. Pline aussi nous assure que l'extrait d'amandes et de noyaux de cerises gurit les toux les plus opinitres. Selon la juste remarque de l'auteur de Demonologia, on peut, sans crainte aucune, affirmer que "les diverses prparations d'opium, prnes comme des dcouvertes modernes, se trouvent toutes dans les ouvrages des auteurs anciens" si discrdits, de nos jours.

Tout le monde admet, que de temps immmorial, le lointain Orient a t la terre du savoir. Pas mme en Egypte, la botanique et la minralogie n'ont t si profondment tudies que par les savants de l'Asie Centrale archaque. Spengel, si injuste et si plein de parti pris qu'il se montre pour tout le reste, en convient dans son Histoire de la mdecine. Et pourtant, toutes les fois que l'on discute de Magie, celle de l'Inde se prsente rarement l'esprit ; c'est que sa pratique gnrale, dans ce pays, est moins connue que celle de tous les autres peuples de l'antiquit. Chez les hindous, elle tait et elle est encore plus sotrique, si possible, qu'elle ne l'avait t mme parmi les prtres Egyptiens. On la tenait pour si sacre que son existence n'tait qu' moiti admise et on n'y recourait publiquement qu' l'occasion de grandes circonstances. C'tait plus qu'une affaire religieuse, car on la tenait pour divine. Les hirophantes Egyptiens, malgr leur [156] moralit svre et pure, ne pouvaient tre compars aux asctes gymnosophes, ni pour la saintet de leur vie, ni pour les pouvoirs qu'ils dveloppaient en eux par leur renoncement surnaturel toutes les choses de la terre. Tous ceux qui les connaissaient bien les tenaient en plus grande vnration que les Mages de la Chalde. Se refusant les satisfactions du plus simple bien-tre, ils vivaient dans les bois et y menaient la vie des ermites absolument retirs du monde 175 : leurs frres d'Egypte formaient, du moins, des communauts. En dpit du blme que l'histoire fait peser sur tous ceux qui ont pratiqu la magie ou la divination, elle reconnat que les secrets les plus importants de la mdecine taient en leur possession et que leur habilit pratique tait sans gale. Nombreux sont les ouvrages conservs dans les monastres Hindous o sont consignes les preuves de leur savoir. Savoir si les gymnosophes ont fond rellement la magie dans l'Inde ou s'ils ont seulement mis profit l'hritage des plus anciens Rishis 176, les sept sages primitifs, serait considr par les rudits, amoureux de prcision, comme une vaine spculation. Voici ce qu'en dit un auteur moderne : "Le soin qu'ils prenaient d'instruire la jeunesse, de la familiariser avec les sentiments gnreux et vertueux, leur fit le plus grand honneur. Leurs maximes et leurs discours, rapports par les historiens, prouvent qu'ils taient passs matres en tout ce qui concerne la philosophie, la mtaphysique, l'astronomie, la morale et la religion." Ils ne
175 176

Ammien Marcellin, XXIII, 6.

Les Rishis taient au nombre de sept. Ils vivaient l'poque prcdant l're vdique. On les connaissait sous le nom de sages et on les rvrait comme des demi-dieux. Haugh montre qu'ils occupaient dans la religion Brahmanique une position analogue celle des douze fils de Jacob dans la Bible Juive. Les Brahmanes prtendent descendre directement de ces Rishis.

perdaient pas leur dignit sous la loi des princes les plus puissants, qu'ils n'auraient pas condescendu visiter, qu'ils n'auraient pas drangs pour obtenir la plus mince faveur. Si ces puissants dsiraient l'avis ou les prires de ces hommes saints, ils taient obligs d'aller eux-mmes les trouver ou de leur envoyer des messagers. Les vertus des plantes et des minraux n'avaient plus de secrets pour ces hommes. Ils avaient sond la nature jusque dans ses profondeurs, la psychologie et la physiologie taient pour eux livres ouverts et ils avaient de la sorte conquis cette science ou machagiotia que l'on nomme aujourd'hui, si ddaigneusement, la Magie. Les miracles rapports dans la Bible sont devenus des faits accepts par les Chrtiens. En douter est regard comme un manque de foi ; mais les rcits, les merveilles et prodiges rapports dans l'Atharva-Veda 177 tantt [157] provoquent le mpris, tantt sont tenus pour des preuves de diabolisme. Et cependant, sous plus d'un rapport et malgr la rpugnance de certains rudits sanscritistes nous pouvons prouver leur identit. En outre, comme les savants ont tabli la grande antriorit des Vdas sur la Bible juive, il est facile d'infrer que, si l'un des deux livres a fait des emprunts l'autre, ce n'est pas les livres Sacrs Hindous qui peuvent tre accuss de plagiat. En premier lieu, leur cosmogonie prouve quel point est errone l'opinion qui prvaut chez les nations civilises que Brahma ft jamais considr par les Hindous comme leur Dieu Suprme ou principal. Brahma est une divinit secondaire et, comme Jhovah, "un tre qui meut les eaux". Il est le dieu crateur, et dans ses reprsentations allgoriques, il possde quatre ttes, correspondant aux quatre points cardinaux. C'est le dmiurge, l'architecte du monde. "Dans l'tat primordial de la cration, dit Polier, dans sa Mythologie des Indous, l'univers rudimentaire, submerg par l'eau, reposait dans le sein de l'Eternel. Jailli de ce chaos et de ces tnbres, Brahma, l'architecte du monde, reposait sur une feuille de lotus et flottait (se mouvait ?) sur les eaux, incapable de rien discerner si ce n'est l'eau et les tnbres". Avec la cosmogonie Egyptienne, l'identit est absolue. Elle nous montre, ds ses premiers versets, Athtor 178 ou la Nuit Mre (qui reprsente les tnbres sans limites) comme l'lment primordial recouvrant l'abme infini, anim par l'eau et par l'esprit universel de
177 178

Le quatrime Veda. Orthographe adopte dans le Archac Dictionary.

l'Eternel qui demeurait seul dans le chaos. Comme dans les Ecritures Juives, l'histoire de la cration commence avec l'esprit de Dieu et son manation cratrice qui constitue une autre Divinit 179. En percevant un tat de choses aussi lugubre, Brahma, constern, monologue ainsi : "Qui suis-je ? D'o suis-je venu ?" Il entend alors une voix qui lui rpond : "Adresse ta prire Blagavat l'Eternel, connu, aussi, comme Parabrahma." Brahma, cessant de nager, s'assied sur le lotus dans une attitude de contemplation et mdite sur l'Eternel qui, satisfait de cette preuve de piti, disperse les tnbres primordiales et ouvre son entendement. "Aprs cela, Brahma sort de l'uf universel (le chaos infini) sous forme de lumire, car son entendement est maintenant ouvert, et il se met l'uvre. Il se meut sur les eaux ternelles, l'esprit de Dieu tant en lui ; il est Narayana, en sa qualit d'tre qui meut les eaux." Le lotus, fleur sacre des Egyptiens, comme elle est celle des Hindous, est le symbole d'Horus comme de Brahma. On trouve le lotus dans tous les temples du Tibet ou du Npal et la signification [158] de ce symbole est fort suggestive. La branche de lys que l'archange offre la Vierge Marie dans les tableaux de "l'Annonciation", a, dans son symbolisme sotrique, prcisment la mme signification. Nous renvoyons le lecteur l'ouvrage de Sir William Jones 180. Chez les Hindous, le lotus est l'emblme de la puissance productive de la nature, par l'action du feu et de l'eau (l'esprit et la matire). "Eternel, dit un des versets de la Bhagavad Gita, Je vois Brahma, le crateur intronis en toi sur le lotus !"Et Sir W. Jones montre que les graines de lotus contiennent, mme avant de germer, des feuilles parfaitement formes, miniatures des formes de la plante qu'elles deviendront un jour. Ou, comme le dit l'auteur de The Heathen Religion : "la nature nous donne ainsi un spcimen de la prformation de ses productions". Plus loin, il ajoute : "la semence de toutes les plantes phanrogames qui portent de vritables fleurs contient un embryon de plante dj form" 181. Chez les Bouddhistes, le lotus a la mme signification. La naissance de son fils fut annonce Maha-Maya, ou Maha-Deva, la mre de Gautama Bouddha, par le Bhdist (l'esprit de Bouddha) qui apparut au
Nous ne voulons pas parler de la Bible courante, mais de la vritable Bible Juive explique selon la Cabale.
180 181 179

Dissertations Relating to Asia. Dr Gross, p. 195.

pied de sa couche tenant un lotus la main. C'est ainsi qu'Osiris et Horus sont galement reprsents toujours avec la fleur du lotus comme attribut. Ces faits tendent prouver, tous, que cette ide possde une origine identique dans les trois systmes religieux Hindou, Egyptien et JudacoChrtien. Partout o le nnuphar mystique (le lotus) est reprsent, il signifie l'manation de l'objectif hors du cach ou subjectif la pense ternelle de la Divinit toujours invisible, passant de la forme abstraite dans la forme concrte ou visible. Car, aussitt que les tnbres furent dissipes et que "la lumire fut", l'entendement de Brahma fut ouvert et il vit dans le monde idal (jusqu'alors ternellement cach dans la pense Divine) les formes archtypes de toutes les choses futures et infinies qui seraient appeles l'existence et, ainsi, rendues visibles. A ce premier stade de l'action, Brahma n'est pas encore l'architecte, le constructeur de l'univers. Car il va lui falloir, comme un architecte, prendre d'abord connaissance du plan et comprendre les formes idales qui reposaient dans le sein de l'Eternel, comme les feuilles futures du lotus caches dans la graine. C'est cette ide que nous devons recourir pour trouver l'origine et l'explication du verset de la cosmogonie juive dans lequel on lit : "Et Dieu dit, que la terre produise. l'arbre fruit donnant son fruit selon son espce, dont la semence est en elle-mme." Dans [159] toutes les religions primitives, le "Fils du Pre" est le Dieu Crateur. C'est--dire qu'il est Sa pense rendue visible. Avant l're chrtienne, depuis la Trimourti des Hindous, jusqu'aux trois ttes cabalistiques des Ecritures Juives expliques, le triple dieu de chaque nation a t compltement dfini et substantialis dans les allgories usites par chacune. Dans la religion chrtienne, nous voyons seulement la greffe artificielle d'une nouvelle branche sur l'ancien tronc. Le lys que tient l'archange, au moment de l'annonciation, symbole adopt par les Eglises grecque et romaine, tablit l'identit de l'interprtation mtaphysique. Le lotus est le produit du feu (chaleur) et de l'eau : double symbole de l'esprit et de la matire. Le Dieu Brahma est la seconde personne de la Trinit. Jehovah (Adam-Kadmon) l'est aussi, comme Osiris, ou plutt Pimandre, le pouvoir de la Pense Divine, d'Herms. Car c'est Pimandre qui reprsente la racine de tous les dieux Solaires Egyptiens. L'Eternel est l'Esprit de Feu qui rveille, fait fructifier et dveloppe en forme concrte tout ce qui est n de l'eau ou de la terre primordiale, tout ce qui sortit de Brahma par volution ; mais l'univers est lui-mme Brahma et il est l'univers. C'est la philosophie de Spinoza, tire par lui de celle de

Pythagore : c'est la mme pour laquelle Bruno mourut martyr. Cet vnement qui fait date montre combien la thologie chrtienne s'est loigne de son point de dpart. Bruno a t excut pour l'exgse d'un symbole adopt par les premiers chrtiens et interprt par les aptres ! La branche de lotus du Bhdist et plus tard de Gabriel reprsente le feu et l'eau ou l'ide de la cration et de la gnration. On l'a mis en uvre dans le plus ancien dogme du sacrement de baptme. Les doctrines de Bruno et de Spinoza sont presque identiques. Cependant les expressions employes par le second sont plus voiles et choisies avec beaucoup plus de prcaution que celles que nous rencontrons dans les thories de l'auteur de Causa Principio et Uno ou de Infinito Uniuerso e Mondi. Bruno qui reconnat que Pythagore est la source de ses connaissances et Spinoza qui sans en convenir aussi franchement, laisse sa philosophie trahir le secret, envisagent la Cause Premire du mme point de vue. Pour eux, Dieu est une entit pleinement per se, un Esprit Infini et le seul Etre tout fait libre et indpendant des effets comme des causes autres que lui-mme. C'est lui qui, par cette mme Volont qui engendra toutes choses et donna la premire impulsion toute loi cosmique, maintient perptuellement l'existence et l'ordre pour toutes choses dans l'univers, comme les Swbhvikas Hindous, qu'on appelle bien tort Athes, prtendent que toutes choses, les hommes aussi bien que les dieux et les esprits, [160] sont ns de Swbhva ou de leur propre nature 182, de mme, Spinoza et Bruno furent tous deux amens conclure qu'il faut chercher Dieu dans la nature et non pas en dehors. En effet, la cration est proportionne la puissance du Crateur et, par consquent, l'univers, aussi bien que son Crateur, doit tre infini et ternel, c'est--dire une forme manant de sa propre essence, crant une autre forme son tour. Les commentateurs modernes affirment que Bruno "sans tre soutenu par l'espoir d'un autre monde meilleur, abandonna plutt la vie que ses opinions". C'est laisser entendre que Giordano Bruno ne croyait pas la continuation de l'existence humaine aprs la mort. Le professeur Draper dclare plus catgoriquement que Bruno ne croyait pas l'immortalit de l'me. Parlant des innombrables victimes que fit l'intolrance de l'Eglise
182

Brahma ne cre pas la terre, mirtlok, pas plus que le reste de l'univers. Evolu lui-mme de l'me du monde, aprs sparation de la Cause Premire, il mane son tour la nature entire hors de luimme. Il ne plane pas au-dessus d'elle, mais il se confond avec elle. Ainsi Brahma et l'Univers forment un seul Etre dont chaque particule est dans son Essence, Brahma lui-mme qui procda de lui-mme. (Burnouf. Introduction, p. 118).

Papiste, il remarque : "Le passage de cette vie la vie qui suit, bien que l'preuve ft dure, tait pour les victimes le passage d'un trouble transitoire l'ternelle flicit. En route travers la sombre valle, le martyr croyait qu'il serait conduit par une main invisible. Bruno n'eut pas un point d'appui de ce genre. Les opinions philosophiques auxquelles il sacrifia sa vie ne pouvaient lui procurer aucune consolation" 183. Mais il semble que le professeur Draper connaisse trs superficiellement les vritables croyances des philosophes. Nous pouvons laisser hors de cause Spinoza ; qu'il reste mme un athe, un matrialiste endurci pour les critiques. La prudence dont il fait preuve dans ses ouvrages nous permet trs difficilement d'avoir une ide exacte de ce que furent ses sentiments rels, moins de lire entre les lignes et d'tre compltement au fait du sens cach de la mtaphysique Pythagoricienne. Mais Giordano Bruno, s'il acceptait les doctrines de Pythagore, devait croire une autre vie. Il ne pouvait donc tre un athe que sa philosophie laisst sans "consolation" de ce genre. Son procs, puis sa confession, donns par le professeur Domenico Berti, dans sa Vie de Bruno, tablie d'aprs les documents originaux tout rcemment publis, prouve, sans aucun doute, ce que furent les vritables philosophies, croyances et doctrines de Bruno. D'accord avec les Platoniciens d'Alexandrie et les Cabalistes d'une poque plus rcente, Bruno estimait que Jsus tait un magicien dans le sens attribu ce mot par Porphyre et Cicron qui l'appelle divina sapientia (Sagesse divine) et par Philon le Juif qui dcrivait les Mages [161] comme de merveilleux investigateurs des mystres cachs de la nature. Il n'tait pas question du sens avili que notre sicle donne au mot magie. Suivant sa noble conception, les Mages taient de saints hommes qui, s'isolant de toute autre proccupation terrestre, contemplaient les vertus divines, comprenaient plus clairement la divine nature des dieux et des esprits. C'est ainsi qu'ils initiaient les autres aux mmes mystres qui ont pour but de conserver, sans interruption pendant la vie, des relations avec ces tres invisibles. Mais nous montrerons mieux quelles furent les convictions philosophiques intimes de Bruno en citant quelques passages de l'acte d'accusation et de sa propre confession. Les chefs d'accusation dans la dnonciation de Mocenigo, sont ainsi conus : "Moi, Zuane Mocenigo, fils du trs-illustre seigneur Marcantonio,

183

Religion et Science.

je dnonce votre trs rvrende paternit, pour obir ma conscience et sur l'ordre de mon confesseur, les propos tenus par Giordano Bruno. Je les ai entendus plusieurs fois quand il conversait avec moi dans ma maison. Il a dit que les catholiques blasphment grandement quand ils affirment la transsubstantiation du pain en chair ; qu'il est oppos la messe ; qu'aucune religion ne le satisfait ; que le Christ est un mcrant (un tristo) et que s'il accomplit des uvres mauvaises afin de sduire le peuple, il pouvait bien prdire qu'il devrait tre empal ; qu'en Dieu il n'y a point de personnes distinctes, qu'autrement Dieu serait imparfait ; que le monde est ternel, qu'il y a des mondes infinis et que Dieu les fait continuellement parce que, dit-il, Il dsire tout ce qu'Il peut ; que le Christ fit des miracles apparents, qu'il tait un magicien, comme les aptres, que lui, Bruno, avait l'intention de faire autant et plus qu'eux ; que le Christ rpugnait mourir, qu'il vita la mort tant qu'il put ; qu'il n'y a pas de chtiment du pch et que les mes cres par l'opration de la nature passent d'un animal l'autre, que les brutes animales sont nes de la corruption et qu'il en est de mme pour les hommes quand ils renaissent aprs la dissolution de leur corps." Si perfides qu'ils soient, les mots cits plus haut, indiquent absolument que Bruno croyait la mtempsychose de Pythagore qui, si mal comprise soit-elle, prouve encore une croyance dans la survie de l'homme, sous une forme ou une autre. Plus loin, l'accusateur dit : "Il a laiss comprendre son dsir de fonder une nouvelle secte sous le nom de "Nouvelle Philosophie". Il a dit que la Vierge n'avait pu enfanter et que notre foi catholique est pleine de blasphmes contre la majest de Dieu ; que les moines devraient tre privs du droit de dispute et de leurs revenus parce qu'ils [162] souillent le monde ; Qu'ils taient tous des nes et que nos opinions sont des doctrines d'nes ; Que nous n'avons aucune preuve que notre foi ait un mrite quelconque devant Dieu ; Que ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous ft nous-mmes suffit pour vivre bien, et qu'il se rit de tous les autres pchs et qu'il s'tonne que Dieu puisse tolrer tant d'hrsies parmi les catholiques. Il dit qu'il veut se vouer l'art de la divination et faire que tout le monde coure aprs lui ; que saint Thomas et tous les docteurs ne savaient rien comparativement lui et qu'il pourrait poser des questions tous les premiers thologiens du monde sans qu'ils fussent capables d'y rpondre."

A cette accusation, le philosophe rpondit par la profession de foi suivante commune tous les disciples des anciens matres : "Je crois, en somme, un univers infini c'est--dire un effet du pouvoir divin infini parce que j'ai estim qu'il serait indigne de la bont et de la puissance divines qu'elles eussent produit un monde fini alors qu'elles sont capables, outre ce monde, d'en produire un autre ou une infinit d'autres. C'est pourquoi j'ai dclar qu'il y a des mondes particuliers infinis semblables celui de la terre. Avec Pythagore, je crois que la terre est un astre de mme nature que la lune et les autres plantes, les autres astres qui sont infinis. Je crois que tous ces corps sont des mondes, qu'ils sont innombrables : ainsi est constitue l'infinie universalit dans un espace infini et c'est ce qu'on appelle l'univers infini dans lequel sont des mondes sans nombre de sorte qu'il y a une double sorte de grandeur infinie dans l'univers, et une multitude des mondes. D'une faon indirecte, on peut considrer cette manire de voir comme une contradiction avec la vrit selon la vritable foi. En outre, je place dans cet univers une Providence universelle en vertu de laquelle tout vit, crot, se meut et atteint sa perfection. Je comprends cela de deux manires. La premire est relative au mode d'aprs lequel l'me entire est prsente dans tout le corps et dans chacune de ses parties : je l'appelle nature, l'ombre et l'empreinte de la divinit. La seconde, c'est le mode ineffable dans lequel Dieu, par essence, prsence et puissance, est dans tout et au-dessus de tout, non comme une partie de ce tout, non comme une me, mais d'une manire inexplicable. Je crois, aussi, que tous les attributs dans la divinit sont une seule et mme chose. D'accord avec les thologiens et les grands philosophes, je saisis trois attributs : puissance, sagesse et bont, ou plutt, mental, intellect, amour, qui acquirent l'tre dans le mental : ils acquirent ensuite une nature ordonne et distincte par

l'intellect, ils arrivent enfin la concorde et la symtrie par l'amour. Aussi je conois l'tre dans tout et au-dessus [163] de tout, parce qu'il n'y a rien qui ne participe pas l'tre et qu'il n'y a pas d'tre sans essence, de mme qu'il n'y a rien de beau sans que la beaut soit prsente. Aussi, rien n'est exempt de la prsence divine. C'est donc par la raison et non par le moyen d'une vrit substantielle que je conois la distinction dans la divinit. Admettant, donc, que le monde a t produit et form, je comprends que, en tenant compte de son tre total, il dpend de la cause premire et qu'ainsi il n'est pas en contradiction avec ce qu'on nomme cration. C'est aussi ce qu'exprime Aristote quand il dit : "Dieu est ce dont dpend le monde et toute la nature." Par consquent, suivant la dfinition de saint Thomas, qu'il soit ternel ou dans le temps, il est, de par tout son tre, dpendant de la cause premire et rien en lui n'est indpendant. J'arrive aux questions qui relvent de la vraie foi. Je ne m'expliquerai pas en philosophe pour aborder l'individualit des personnes divines, la sagesse et le fils du mental appel par les philosophes : l'intellect et par les thologiens le verbe qui, d'aprs ces derniers, a assum de chair humaine. Mais moi, m'en tenant aux termes de la philosophie, je ne l'ai pas compris ainsi : j'ai dout et je n'ai pas, cet gard, t constant dans ma foi. Non que je me souvienne de l'avoir laiss paratre dans mes crits et mes paroles, si ce n'est indirectement et par dduction, propos d'autres questions. On peut runir quelques indications comme il est toujours possible de le faire pour un esprit inventif, pour un professionnel, quand il s'agit de ce qui est susceptible d'tre prouv par le raisonnement, conclu d'aprs nos lumires naturelles. Ainsi, pour ce qui regarde le Saint-Esprit en tant que troisime personne, je n'ai pas t capable de comprendre ainsi qu'on doit croire. Mais la manire Pythagoricienne, en conformit avec l'interprtation de Salomon, j'ai compris le Saint-Esprit comme l'me de l'Univers ou comme adjoint l'Univers. C'est tre

d'accord avec la Sagesse de Salomon qui a dit : "L'esprit de Dieu remplit toute la terre et ce qui contient toutes choses." C'est galement conforme la doctrine Pythagoricienne explique par Virgile dans l'Enide : Principio liquentes, cleum ac terras camposque

Lucentemque globum Lun, Titaniaque Astra Spiritus intus alit, totamque, infusa per artus, Mens agitat molem 184 et les vers qui suivent. Donc, de cet esprit qu'on appelle la vie de l'univers tel que ma philosophie le comprend, procde la vie et l'me pour tout ce qui possde une vie et une me. Je crois l'me immortelle. Les corps sont immortels aussi, quant leur substance, car il n'y a pas d'autre mort que la division de la congrgation : cette doctrine semble exprime dans l'Ecclsiaste qui dit : "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, ce qui est c'est ce qui fut." Bruno confesse de plus qu'il est incapable de comprendre la doctrine de trois personnes dans la Divinit, ses doutes sur l'incarnation de Dieu en Jsus. Mais il affirme nergiquement sa foi dans les miracles du Christ. Comment pouvait-il, tant un philosophe Pythagoricien, les renier ? Si, courb sous l'impitoyable contrainte de l'Inquisition, Bruno, comme Galile, se rtracta plus tard pour implorer la clmence de ses perscuteurs ecclsiastiques, n'oublions pas qu'il parlait comme un homme plac entre la torture et le bcher et que la nature humaine ne peut pas toujours rester hroque quand le corps est puis par les supplices et la prison. Sans l'apparition opportune de l'ouvrage si important de Berti, nous aurions continu rvrer Bruno comme un martyr dont le buste mritait bien d'tre haut plac dans le Panthon de la science exacte, couronn des lauriers que Draper lui dcerne. Mais nous voyons maintenant que leur
184

Ds l'origine, un souffle intrieur entretient le ciel, la terre, les plaines liquides, le globe brillant de la Lune et les astres des Titans ; l'esprit pntrant les membres des corps, fait mouvoir la masse entire. (N.d.T.)

hros d'un jour, n'est ni athe, ni matrialiste, ni positiviste ; c'est seulement un Pythagoricien qui enseigna la philosophie de la Haute-Asie et se vanta de possder les pouvoirs de ces magiciens si mpriss par l'cole de Draper ! Rien de plus amusant que ce contretemps n'est survenu depuis qu'il a t dcouvert par d'irrvrencieux archologues que la prtendue statue de Saint Pierre n'est rien d'autre que le Jupiter du Capitole et que l'identit de Bouddha avec le catholique Saint Josaphat a t prouve de faon satisfaisante. On peut donc fouiller les archives de l'histoire comme on voudra et on verra qu'il n'y a pas une bribe de philosophie moderne qu'il s'agisse de celle de Newton, de Descartes, de Huxley ou d'autres, qui n'ait t tire de la mine Orientale. Le Positivisme et le Nihilisme eux-mmes ont leur prototype dans la partie exotrique de la philosophie de Kapila, comme le fait judicieusement remarquer Max Mller. C'est l'inspiration des sages de l'Inde qui a imprgn les mystres de Pragn Pramit (la sagesse parfaite) ; leurs mains ont berc le premier anctre de ce faible mais bruyant enfant que nous avons baptis SCIENCE MODERNE.

[165] CHAPITRE IV THEORIES CONCERNANT LES PHENOMENES PSYCHIQUES "Je choisis le plus noble trait du caractre d'Emerson en citant cette exclamation qui lui chappa, quoiqu'il et subi divers mcomptes : "Je convoite la Vrit. La satisfaction du vritable hrosme illumine le cur de celui qui est rellement qualifi pour parler ainsi." Tyndall. * * * "Un tmoignage est suffisant lorsqu'il repose : 1 Sur un grand nombre de tmoins trs conscients s'accordant pour dire qu'ils ont bien vu ; 2 Qui sont sains, de corps et d'esprit ; 3 Qui sont impartiaux et dsintresss ; 4 Qui sont unanimement d'accord ; 5 Qui certifient solennellement le fait." VOLTAIRE. Dictionnaire Philosophique. Le Comte Agnor de Gasparin est un Protestant convaincu. Sa lutte contre des Mousseaux, de Mirville et autres fanatiques, qui attribuent tous les phnomnes spirites Satan, fut longue et rude. Deux volumes de quinze cents pages et plus en sont rsults, prouvant les effets, niant la cause et s'puisant en efforts surhumains pour inventer toutes les explications possibles susceptibles d'tre suggres, l'exclusion de la seule vraie.

Le blme svre inflig par M. de Gasparin au Journal des Dbats a t lu dans toute l'Europe civilise 185. L'auteur avait commenc par dcrire minutieusement les nombreuses manifestations dont il fut le tmoin. Les Dbats eurent l'impertinence de demander aux autorits franaises l'internement aux Incurables de quiconque persisterait croire de telles folies, aprs avoir lu la belle analyse des "hallucinations spirites" publie par Faraday. "Prenez garde, crivit en rponse M. de Gasparin, les reprsentants des sciences exactes sont en train de devenir les Inquisiteurs [166] de notre poque. Les faits sont plus forts que les Acadmies. Rejets, nis, raills, ils n'en sont pas moins les faits et ils existent quand mme 186. Les affirmations suivantes de phnomnes physiques dont il fut luimme le tmoin ainsi que le professeur Thury se trouvent dans l'uvre volumineuse de M. de Gasparin. "Les exprimentateurs ont vu parfois les pieds de la table, colls en quelque sorte au parquet, ne s'en dtacher aucun prix, malgr l'excitation des personnes qui forment la chane. Puis, ils ont vu d'autres fois ces tables accomplir des soulvements francs, nergiques Ils ont entendu de leurs oreilles les grands coups et les petits coups, les premiers qui menacent de briser la table, les seconds que l'on a peine saisir au passage... Quant aux soulvements sans contact, nous avons trouv un procd qui en rend le succs plus facile. Ceci n'a pas t un rsultat isol. Nous l'avons reproduit trente fois environ 187 Un jour la table tournera et lvera les pieds, charge qu'elle sera d'un homme qui pse 87 kilogrammes ; un autre jour elle demeurera immobile, quoique la personne qui y est monte n'en pse que 60 Un jour, nous lui avons ordonn de se renverser entirement et elle est tombe les pieds en l'air, bien que nos doigts s'en fussent toujours tenus spars et l'eussent

185 186 187

Des Tables, vol. I, p. 213. Ibid., p. 216. Des Tables, vol. 1, p. 48.

prcde la distance convenue 188 "Il est certain, remarque de Mirville, qu'un homme blas sur de tels phnomnes ne pouvait accepter la belle analyse du physicien anglais" 189. Depuis 1850, des Mousseaux et de Mirville, catholiques romains intransigeants, ont publi bien des volumes dont les titres sont adroitement choisis pour attirer l'attention publique. Ils trahissent de la part de leurs auteurs une trs srieuse inquitude que, d'ailleurs, ils ne prennent pas la peine de cacher. S'il et t possible de considrer les phnomnes comme inauthentiques, l'Eglise de Rome ne se serait pas tant mise en frais pour les combattre. Les deux partis tant d'accord sur les faits, laissant les sceptiques hors de cause, le public ne pouvait se partager qu'en deux camps : ceux qui croient l'action directe du diable et ceux qui croient aux esprits dsincarns ou autres. Le fait que la thologie redoutait les rvlations susceptibles de se produire par cette entremise mystrieuse bien davantage que tous les menaants "conflits" avec la Science et les dngations catgoriques de celle-ci aurait d suffire pour ouvrir les yeux des plus sceptiques. L'Eglise de Rome n'a jamais t ni crdule ni lche : le Machiavlisme [167] qui caractrise sa politique en fait foi largement. D'ailleurs, elle ne s'est jamais inquite beaucoup au sujet des adroits prestidigitateurs qu'elle savait tre tout bonnement des adeptes sjonglerie. Robert-Houdin, Comte, Hamilton et Bosco ont pu dormir tranquilles dans leurs lits alors qu'elle a perscut des hommes tels que Paracelse, Cagliostro et Mesmer, les philosophes et mystiques Hermtiques, et qu'elle a efficacement fait cesser toute manifestation vraie, de nature occulte, en tuant les mdiums. Ceux qui ne peuvent croire ni un diable personnel ni aux dogmes de l'Eglise doivent, nanmoins, accorder au clerg assez de perspicacit pour ne pas compromettre sa rputation d'infaillibilit en s'en prenant des manifestations qui, si elles sont frauduleuses, ne peuvent manquer d'tre dmasques un jour.

188 189

Ibid., p. 24. De Mirville. Des Esprits, p. 26.

Mais le meilleur tmoignage de la ralit de cette force a t fourni par Robert-Houdin lui-mme. Ce roi des prestidigitateurs, appel comme expert par l'Acadmie pour tre tmoin de pouvoirs merveilleux de clairvoyance et erreurs occasionnelles d'une table, dclara : "Nous autres faiseurs de tours, nous ne commettons jamais d'erreurs et ma seconde vue ne m'a jamais tromp." Le savant astronome Babinet ne fut pas plus heureux quand il choisit, comme expert, Comte, le clbre ventriloque, pour tmoigner contre les voix directes et les coups frapps. Comte, s'il faut en croire les tmoins, clata de rire au nez de Babinet la seule suggestion que les coups provenaient d'une ventriloquie inconsciente. Cette thorie, sur jumelle de la crbration inconsciente, fit rougir les acadmiciens les plus sceptiques. En effet, son absurdit tait par trop vidente. "Le problme du surnaturel, dit de Gasparin, tel qu'il fut prsent au moyen ge et tel qu'il se pose aujourd'hui, n'est point au nombre de ceux qu'il est permis de ddaigner. Ni son tendue, ni sa grandeur n'chappent personne. En lui, tout est profondment srieux, tant le mal que le remde, la recrudescence de la superstition et le fait physique qui doit finalement l'emporter sur elle." 190 Plus loin, il formule une opinion dcisive. Il y est arriv, vaincu par diverses manifestations : "Le nombre des faits qui rclament leur place au grand jour de la vrit a tellement augment, depuis quelque temps, que l'une des deux consquences suivantes est dsormais invitable : ou le domaine des sciences naturelles doit accepter de s'largir, ou le domaine du surnaturel s'tendra tellement qu'il n'aura plus de limites." 191 [168] Parmi la multitude des livres publis contre le Spiritisme, d'origine catholique et protestante, il n'en est point qui aient produit une sensation aussi grande que les ouvrages de de Mirville et de des Mousseaux : La magie au XIXme sicle, Murs et Pratiques des Dmons, Hauts phnomnes de la magie, Les mdiateurs de la magie. Des Esprits et de leurs manifestations. Ils constituent la biographie la plus encyclopdique
190 191

Avant-propos, p. 12 et 16. Vo1. I, p. 244.

du diable et de ses suppts qui, depuis le moyen ge, ait paru pour la plus grande joie des catholiques. D'aprs ces auteurs, celui qui fut "un menteur et un meurtrier, depuis le commencement", fut aussi le promoteur principal des phnomnes spirites. Il fut pendant des milliers d'annes la tte de la thurgie paenne, et c'est lui encore qui, encourag par l'hrsie croissante, l'infidlit et l'athisme, a fait sa rapparition dans le sicle actuel. L'Acadmie poussa un cri d'indignation et M. de Gasparin y vit mme une insulte personnelle. "C'est une dclaration de guerre, une leve de boucliers, crivit-il dans son volumineux ouvrage de rfutation. Le livre de M. de Mirville est un vritable manifeste... Je serais heureux de le considrer comme l'expression d'une opinion strictement personnelle, mais, en vrit, c'est impossible. Le succs de l'ouvrage, tant d'adhsions solennelles, leur reproduction fidle par les journaux et les crivains du parti, la solidarit prouve entre eux et le corps catholique entier tout tend prouver qu'il s'agit d'un travail qui est essentiellement un acte possdant la valeur d'une uvre collective. Cela tant, j'ai senti que j'avais un devoir remplir. J'ai senti que j'tais oblig de relever le gant... de porter haut et ferme le drapeau du Protestantisme contre la bannire Ultramontaine." 192 Les facults de mdecine, comme on pouvait le prvoir, assumant le rle du chur de la tragdie grecque, se firent l'cho des plaintes diverses suscites par les auteurs dmonologues. Les Annales mdicopsychologiques, dites par les Dr Brierre de Boismont et Cerise, publirent les lignes suivantes : "En dehors des controverses des partis en lutte, jamais un auteur, dans notre pays, n'osa faire face, avec une srnit plus agressive, aux sarcasmes, au mpris de ce que nous appelons le sens commun et, comme pour dfier, pour provoquer en mme temps, les explosions de rire et les haussements d'paules, l'auteur accentue encore son attitude et, se posant effrontment devant les membres de l'Acadmie... leur adresse ce qu'il intitule modestement son Mmoire sur le Diable !" 193 [169] Certes, c'tait une insulte mordante pour les Acadmiciens mais plus d'une fois depuis 1850 ils semblent avoir t contraints de souffrir dans leur orgueil plus que beaucoup d'entre eux ne peuvent supporter. Quelle
192 193

Vol. II, p. 524. Annales mdico-psychologiques, 1er janvier 1854.

ide que celle d'appeler l'attention des quarante "Immortels" sur les faits et gestes du Diable ! Ils firent vu de se venger et se liguant entre eux, formulrent une thorie qui surpassait en absurdit, mme la dmonoltrie de de Mirville ! Le Dr Royer et Joubert de Lamballe, tous deux clbres en leur genre, firent alliance et prsentrent l'Institut un Allemand dont l'adresse, s'il fallait l'en croire, donnait la cl de tous les bruits et coups produits ou frapps par les tables, dans les deux hmisphres. "Nous rougissons", remarque le marquis de Mirville, "d'ajouter qu'il s'agissait simplement cette fois du dplacement ritr de l'un des tendons musculaires de la jambe, appel le long pronier. Aussitt, et sance tenante, dmonstration du systme en plein Institut, expression de la reconnaissance acadmique pour cette intressante communication et, peu de jours aprs, assurance donne par un professeur agrg de la Facult de mdecine, que, les savants ayant prononc, le mystre tait, enfin, clairci." 194. Mais des claircissements scientifiques de ce genre n'empchrent ni le phnomne de suivre tranquillement son cours, ni les deux crivains dmonologues de continuer l'expos de leurs doctrines strictement orthodoxes. Niant que l'Eglise et rien de commun avec ses livres, des Mousseaux, comme suite son Mmoire, gratifia gravement l'Acadmie de penses intressantes et profondment philosophiques concernant Satan : "Le diable est le pilier fondamental de la foi. Il est un des grands personnages dont l'existence est troitement lie celle de l'Eglise et sans le discours si triomphalement sorti de la bouche du Serpent, son mdium, la chute de l'homme n'aurait pas pu se produire. Supprimez-le, notre Sauveur, le Crucifi, le Rdempteur deviendrait tout juste, nos yeux, le plus ridicule des surnumraires et la Croix une insulte au bon sens !" 195 Cet crivain, souvenez-vous-en, n'est que l'cho fidle de l'glise qui anathmatise galement celui qui nie Dieu et celui qui met en doute l'existence objective de Satan.

194 195

De Mirville. Des Esprits, p. 4. Chevalier des Mousseaux. Murs et Pratiques des Dmons, p.4

Mais le marquis de Mirville pousse encore plus loin cette ide d'aprs laquelle Dieu serait le partenaire du Diable. D'aprs lui, c'est une affaire commerciale rgulire : l'associ principal, l'an, [170] "partenaire muet", tolre que le commerce actif de la raison sociale soit conduit au gr de son jeune associ dont l'audace et l'activit lui sont profitables. Quelle autre opinion pourrait se faire celui qui lit les lignes suivantes ? "Au moment de cette invasion spirite de 1853, si lgrement tudie, nous avons os prononcer ces mots : "catastrophe menaante". Le monde ne daigna pas s'en proccuper, mais comme l'histoire nous montre les mmes symptmes toutes les poques de dsastres, nous avions un pressentiment des tristes effets d'une loi que Gorres a formule ainsi (vol. V, p. 356) : Ces mystrieuses apparitions ont invariablement annonc que la main de Dieu s'apprtait chtier la terre" 196. Ces escarmouches entre les champions du clerg et la matrialiste Acadmie des Sciences prouvent surabondamment combien peu cette dernire a fait pour draciner le fanatisme aveugle, mme dans les esprits des personnes les plus instruites. Evidemment la science n'a ni compltement vaincu ni musel la thologie. Elle en viendra bout le jour seulement o elle daignera voir dans un phnomne spirite autre chose qu'hallucination et charlatanisme. Mais comment peut-elle le faire sans tudier fond la question ? Supposons qu'avant l'poque o l'lectromagntisme fut publiquement reconnu, le professeur Oerstedt de Copenhague, son inventeur, et souffert d'une attaque de cette affection que nous nommons psychophobie ou pneumatophobie. Il remarque que le fil mtallique, le long duquel passe un courant lectrique, manifeste des tendances faire tourner l'aiguille aimante de sa position naturelle une autre position, perpendiculaire cette fois, la direction du courant. Faisons encore d'autres suppositions : le professeur a entendu parler de certaines personnes superstitieuses qui se sont servi de ces aiguilles aimantes pour converser avec des intelligences invisibles ; il a su qu'elles avaient reu des signaux, qu'elles avaient mme tenu des conversations suivies avec ces intelligences, l'aide de ces aiguilles. Figurez-vous enfin que le professeur, la suite de cela, ait t soudainement saisi d'horreur scientifique et de dgot pour une croyance prouvant tant d'ignorance et
196

De Mirville. Des Esprits, p. 4.

qu'il ait carrment refus d'avoir rien faire avec une telle aiguille. Que serait-il arriv ? L'lectro-magntisme ne serait peut-tre pas encore dcouvert et nos exprimentateurs en auraient t les principales victimes. Babinet, Royer, Jobert de Lamballe, tous les trois membres de l'Institut, se sont particulirement distingus dans cette lutte contre le scepticisme et le surnaturalisme et n'y ont assurment pas rcolt de lauriers. Le clbre astronome s'est imprudemment [171] aventur sur-lechamp de bataille des phnomnes. Il avait scientifiquement expliqu les manifestations. Mais, enhardi par la croyance si chre aux savants, que la, nouvelle pidmie ne pourrait rsister une srieuse investigation et qu'elle ne durerait pas une anne, il eut l'imprudence plus grande encore de publier deux articles sur cette question. Si ces deux articles n'eurent qu'un trs maigre succs dans la presse scientifique, ainsi que le fait spirituellement remarquer de Mirville, ils n'en eurent absolument aucun dans la presse quotidienne. M. Babinet commena par accepter a priori la rotation et le mouvement des meubles, fait qu'il dclare "hors de doute". "Cette rotation, dit-il, peut se manifester avec une nergie considrable, soit par une vitesse trs grande, soit par une forte rsistance lorsqu'on veut l'arrter." 197 Voici, maintenant, l'explication de l'minent astronome : "Pousse doucement par de petites impulsions concordantes des mains places sur elle, la table commence osciller de droite gauche... Au moment o, aprs un dlai plus ou moins long, une trpidation nerveuse est tablie dans les mains, lorsque les petites impulsions individuelles de tous les assistants se sont harmonises, la table se met en mouvement." 198 Il trouve cela fort simple car "tous les mouvements musculaires sont dtermins dans les corps par des leviers de troisime ordre pour lesquels le point d'appui est trs rapproch du point sur lequel agit la force. D'o, par consquent, la grande vitesse communique aux mobiles ; elle est proportionnelle la trs petite distance que la force doit parcourir... Quelques personnes sont tonnes de voir une table, soumise l'action de plusieurs individus bien disposs et agissant avec ensemble, surmonter de puissants obstacles et mme briser ses pieds lorsqu'on l'arrte court. Mais
197 198

Ibid. Revue des Deux-Mondes, 15 janvier 1854, p. 108. C'est une rptition avec une variante de la thorie de Faraday.

cela est fort simple si nous tenons compte de la puissance des petites actions concordantes... Encore une fois, l'explication physique n'offre pas de difficults." 199 Dans cette dissertation, on nous montre clairement deux rsultats. La ralit des phnomnes est prouve et l'explication scientifique rendue ridicule. Mais M. Babinet peut bien se permettre d'tre raill : il sait, en qualit d'astronome, qu'on trouve des taches mme dans le soleil. Il est une chose, cependant, que M. Babinet a toujours nergiquement nie : savoir : la lvitation des meubles, sans contact De Mirville le reprend de proclamer qu'une telle lvitation est [172] impossible : "simplement impossible, dit-il, aussi impossible que le mouvement perptuel." 200 Qui osera prtendre, aprs cette dclaration, que la science est infaillible quand elle prononce le mot impossible ? Mais, aprs avoir vals, oscill, tourn, les tables commencrent s'incliner et frapper des coups, parfois aussi retentissants que des coups de pistolet. Que dites-vous de cela ? Voici la rponse : "les tmoins et les exprimentateurs sont des ventriloques !" De Mirville nous renvoie la Revue des Deux-Mondes qui publia un trs intressant dialogue, imagin par M. Babinet parlant de lui-mme lui-mme, comme l'En-Soph Chalden des Cabalistes : "Que pouvonsnous dire finalement de tous ces faits soumis notre observation ? Ces coups frapps sont-ils rels ? Oui. Ces coups rpondent-ils des questions ? Oui. Par qui ces coups sont-ils produits ? Par les mdiums. Par quels moyens ? Par la mthode acoustique ordinaire des ventriloques. Mais on nous faisait croire que ces sons pouvaient rsulter du craquement des orteils ou des doigts ? Non, car, dans ce cas, ils partiraient toujours du mme point, ce qui n'est pas le cas." 201 "Maintenant, demande de Mirville, que devons-nous penser des Amricains, de leurs milliers de mdiums qui
199 200 201

Revue des Deux-Mondes, p. 140. Revue des Deux-Mondes, janvier 1854, p. 414. Revue des Deux-Mondes, 1er mai 1854, p. 531.

produisent les mmes coups devant des millions de tmoins ?" "Ventriloquie, assurment", rpond Babinet : "Mais comment pouvez-vous expliquer une telle impossibilit ?" Le plus simplement du monde ; coutez bien : "Il n'a fallu pour la premire maison qu'un gamin frappant la porte d'un bourgeois mystifi, peut-tre au moyen d'une balle de plomb, attache une ficelle, et si M. Weekman (le premier croyant amricain) 202, qui se tenait en embuscade pour la troisime fois, n'entendit pas les clats de rire, dans la rue, cela tient l'essentielle diffrence qui existe entre le gamin franais et le gamin anglais transatlantique, toujours largement pourvu de cet humour ou gaiet triste" 203. De Mirville dit, vridiquement, dans sa clbre rponse aux attaques de Gasparin, Babinet et autres savants : "Ainsi donc selon notre grand physicien, les tables tournent trs vite, trs nergiquement, rsistent de mme et, selon M. de Gasparin, elles se soulvent sans contact. Un ministre disait : "Avec trois mots de l'criture d'un homme, je me charge de le faire pendre". Avec ces trois lignes, nous nous chargeons, nous, de mettre en droute [173] tous les physiciens de la terre, ou plutt de rvolutionner le monde. Comment les savants distingus auxquels nous avons affaire n'ont-ils pas eu du moins la prcaution d'en appeler, comme M. de Gasparin, " quelque loi encore inconnue ?" Avec cela on se tire de tout." 204 Babinet investigateur, expert en spiritisme ! Lisez ses notes relatives aux "faits et thories physiques". C'est l que vous trouverez sa logique et son raisonnement leur apoge. Il semblerait que M. de Mirville, si nous consultons son rcit des merveilles qui se produisirent au presbytre de Cideville 205, ait t frapp de la nature prodigieuse de certains faits. Malgr le constat prcis des magistrats enquteurs, ces faits sont tellement miraculeux que l'auteur

202 203 204 205

Nous traduisons mot mot. Nous doutons que M. Weekman ait t le premier chercheur. Babinet. Revue des Deux-Mondes, 1er mai 1854, p. 511. De Mirville. Des Esprits, p. 33. Ibid.

dmonologue recula, lui-mme, devant la responsabilit de leur publication. Ces faits sont les suivants : "Au moment prcis prdit par un sorcier (il s'agissait d'une vengeance), un violent coup de tonnerre se fit entendre au-dessus de l'une des chemines du presbytre. Le fluide descendit le long de la maison avec un fracas formidable, passa par la chemine et jeta par terre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas (au pouvoir du sorcier). Ils se chauffaient prs de la chemine. Le fluide, aprs avoir empli la pice d'une foule d'animaux fantastiques, revint la chemine par laquelle il remonta puis disparut au milieu du bruit pouvantable qui avait signal son arrive." De Mirville ajoute : "Nous n'tions dj que trop riches de faits, nous reculmes devant cette nouvelle normit qui s'ajoutait tant d'autres." 206 Mais Babinet qui, de concert avec ses collgues, s'tait tant moqu des deux auteurs dmonologues, Babinet, trs dcid d'ailleurs prouver l'absurdit de toutes les histoires de ce genre, crut devoir enlever tout crdit aux phnomnes de Cideville que nous avons rapports plus haut, en faisant un rcit plus incroyable encore. Laissons parler M. Babinet, luimme. Le fait suivant, qu'il prsenta la Sance de l'Acadmie du 5 juillet 1852, se trouve, sans le moindre commentaire, donn simplement comme un exemple de foudre sphrique, dans les uvres de F. Arago, volume I, page 52. Nous le reproduisons textuellement. "Aprs un violent coup de tonnerre, mais pas immdiatement aprs, dit M. Babinet, un apprenti tailleur, demeurant rue Saint-Jacques, finissait de dner, lorsqu'il vit un cran de papier, qui bouchait l'ouverture de la chemine, tomber, comme pouss par [174] un lger coup de vent. Immdiatement aprs, il aperut un globe de feu, grand comme la tte d'un enfant, sortir tranquillement de la grille et traverser lentement la chambre, sans toucher les briques du sol. Ce globe de feu prsentait l'aspect d'un jeune chat, de taille moyenne se mouvant sans se servir de ses pattes. Le globe tait
206

Notes, Des Esprits, p. 38.

plutt brillant et lumineux que chaud et enflamm : le tailleur n'prouva aucune sensation de chaleur. Ce globe s'approcha de ses pieds, comme un jeune chat qui voudrait jouer et se frotter contre ses jambes, ainsi que font souvent ces animaux ; mais l'ouvrier retira ses pieds son approche et, se levant avec beaucoup de prcautions, il vita le contact du mtore. Ce dernier resta quelques secondes tourner autour de ses jambes tandis que le tailleur l'examinait avec curiosit en se penchant au-dessus de lui. Aprs avoir fait divers tours dans des directions opposes, mais sans quitter le centre de la chambre, le globe de feu s'leva verticalement jusqu'au niveau de la tte de l'homme qui, pour viter d'tre touch au visage, se jeta en arrire sur son sige. Arriv environ un mtre du sol, le globe de feu s'allongea lgrement, prit une direction oblique vers une ouverture pratique dans le mur, au-dessus de la chemine, un mtre peu prs plus haut que le dessus de la chemine. Ce trou avait t perc pour le passage d'un tuyau de pole pendant l'hiver ; mais, suivant l'expression du tailleur, le tonnerre ne pouvait pas le voir car il tait recouvert par le papier qui tapissait toute la pice. Le globe alla directement vers cette ouverture, dcolla le papier sans l'endommager et remonta dans la chemine lorsqu'il arriva au fate, ce qu'il fit assez lentement... il fit explosion avec un bruit effrayant environ vingt mtres du sol, et dtruisit en partie la chemine", etc... "Il semble, remarque de Mirville dans sa revue, que nous pourrions appliquer M. Babinet l'observation suivante faite par une femme trs spirituelle Raynal : "Si vous n'tes pas Chrtien ce n'est pas que la foi vous manque." 207 Ce ne sont pas seulement les croyants qui furent surpris de la crdulit dont fait preuve M. Babinet quand il persiste nommer cette manifestation un mtore, car le Dr Boudin le signale fort srieusement, dans un livre sur
207

De Mirville. Faits et Thories Physiques, p. 46.

la foudre qu'il tait en train de publier. "Si ces dtails sont exacts comme ils paraissent l'tre, dit le docteur, puisqu'ils sont admis par MM. Babinet et Arago, il semble trs difficile de conserver ce phnomne la qualification de foudre sphrique. Cependant nous laissons d'autres le soin d'expliquer, s'ils le peuvent, la nature de ce globe de feu ne produisant [175] aucune sensation de chaleur, ayant l'aspect d'un chat, se promenant lentement dans une chambre, qui trouve le moyen de s'chapper en remontant dans la chemine par une ouverture dans le mur, ouverture recouverte de papier qu'il dcolle sans l'endommager." 208. "Nous sommes du mme avis que le savant docteur, ajoute le marquis ; il est difficile de, donner un nom exact ce fait et nous ne voyons pas pourquoi nous n'aurions pas, l'avenir, la foudre sous la forme d'un chien, d'un singe, etc, etc. On frmit la simple ide de toute une mnagerie mtorologique qui, grce au tonnerre, viendrait ainsi se promener volont dans nos appartements." De Gasparin, dans son volume de rfutation dit : "En matire de tmoignage, la certitude doit cesser compltement ds que nous franchissons la frontire du surnaturel." 209 La ligne de dmarcation n'tant pas suffisamment tablie et dtermine, lequel des deux adversaires est le plus apte entreprendre la tche difficile ? Lequel des deux a le plus de titres devenir l'arbitre public ? Est-ce le parti de la superstition appuy dans ses assertions par le tmoignage de milliers de personnes ? Pendant prs de deux ans, ils se pressaient dans le pays o se manifestaient journellement les miracles sans prcdent de Cideville, maintenant peu prsoublis, au milieu d'une innombrable quantit d'autres phnomnes spirites : devons-nous y croire ou devons-nous nous incliner devant la science reprsente par Babinet, qui sur le tmoignage d'un seul homme (le tailleur), accepte la manifestation du globe de feu, du chat mtore et qui rclame pour lui une place parmi les faits bien tablis des phnomnes naturels ?

208

Voir la Monographie : De la foudre considre au point de vue de l'histoire de la mdecine lgale et de l'hygine publique, par M. Boudin, chirurgien en chef de l'hpital de Boule. De Gasparin, vol. I, p. 288.

209

M. Crookes, dans son premier article (Quarterly Journal of Science, 1er octobre 1871), parle de Gasparin et de son livre : La Science contre le Spiritisme. Il remarque que "l'auteur finit par conclure que tous ces phnomnes s'expliquent par l'action de causes naturelles sans imaginer de miracles ; il n'y aurait lieu de croire ni l'intervention des esprits, ni l'influence du diable. Gasparin considre comme un fait pleinement tabli par ses expriences, que la volont dans certains tats de l'organisme peut agir distance sur la matire inerte, et la plus grande partie de son ouvrage est consacre vrifier les lois et les conditions sans lesquelles cette action se manifeste 210. [176] Parfaitement : mais comme le livre de Gasparin a provoqu d'innombrables Rponses, Dfenses et Mmoires, il fut alors dmontr par son propre ouvrage que M. de Gasparin tant protestant et s'agissant de fanatisme religieux, il y a lieu de se fier aussi peu lui qu' MM. des Mousseaux et de Mirville. Gasparin est un calviniste d'une pit profonde tandis que les deux derniers sont de fanatiques catholiques romains. D'ailleurs Gasparin, par ses propres paroles trahit son esprit de parti : "Je sens, dit-il, que j'ai un devoir remplir Je tiens haut et ferme le drapeau du protestantisme en face de la bannire ultramontaine, etc. !" 211. Dans des questions comme celle de la nature des prtendus phnomnes spirites, on ne peut compter sur aucune preuve autre que le tmoignage dsintress de personnes sans parti pris jugeant froidement et sur celui de la science. La Vrit est une, les sectes religieuses sont lgion et chacune prtend avoir trouv l'inaltrable vrit ; de mme que "le Diable est le soutien principal de l'Eglise (catholique)", de mme le surnaturel et les miracles ont cess "avec les aptres", d'aprs Gasparin. Mais M. Crookes a mentionn un autre minent rudit, Thury, de Genve, professeur d'histoire naturelle, qui fut le confrre de Gasparin lors de l'enqute relative aux phnomnes de Valleyres. Ce professeur contredit carrment les assertions de son collgue. "La premire et la plus ncessaire des conditions, dit Gasparin, est la volont de l'exprimentateur ; sans la volont, on n'arrivera rien. Vous pouvez faire la chane (faire cercle)

210 211

Crookes. Physical Force, p. 26. De Gasparin. La Science contre tes Esprits, vol. 1, p. 313.

pendant vingt-quatre heures conscutives sans obtenir le moindre mouvement." 212 Cela prouve seulement que de Gasparin ne fait aucune diffrence entre les phnomnes purement magntiques produits par la volont persvrante des assistants parmi lesquels il ne peut n'y avoir pas un seul mdium, dvelopp ou non, et ce qu'on appelle les phnomnes spirites. Les premiers peuvent tre produits consciemment presque par tout le monde, condition d'avoir une volont ferme et dtermine. Les seconds dominent le sensitif contre son gr et agissent trs souvent indpendamment de lui. Le mesmriseur veut une chose, et, s'il est assez puissant, cette chose est faite. Le mdium, mme s'il a l'honnte dessein de russir, peut trs bien ne pas obtenir du tout de manifestation. Moins il exerce sa volont, meilleurs sont les phnomnes ; plus il prouve d'inquitude, moins le rsultat est probable. Mesmriser demande une nature positive, tre mdium, une nature parfaitement passive. [177] C'est l'Alphabet du Spiritisme, il n'y a pas de mdium qui l'ignore. L'opinion de Thury, ainsi que nous l'avons dit, est tout fait en dsaccord avec les thories de Gasparin sur le pouvoir de la volont. Il le dit clairement dans une lettre en rponse au comte qui l'invitait modifier le dernier article de son mmoire. Nous n'avons pas sous les yeux le livre de Thury, nous citons donc sa lettre telle qu'elle a paru dans le rsum de la DFENSE de Mirville. L'article de Thury qui avait si fort choqu son pieux ami, avait trait la possibilit de l'existence et de l'intervention dans ces manifestations "de volonts autres que celles des hommes et des animaux". Voici le texte de sa lettre : "Je sens parfaitement, monsieur, la justesse de vos observations relatives l'influence fcheuse pour moi qu'auront, sur l'esprit des savants en gnral, les dernires pages de ce mmoire. Je souffre surtout de sentir que ma dtermination vous cause quelque peine ; cependant je persiste dans ma rsolution, pare que je crois que c'est un devoir auquel je ne saurais me soustraire sans une sorte d'infidlit.

212

Ibid., vol. 1, p. 313.

Si, contre toute attente, il y avait quelque chose de vrai dans le spiritualisme, en m'abstenant de dire, de la part de la science, telle que je la conois, que l'absurdit de la croyance l'intervention des Esprits n'est pas dmontre scientifiquement (car c'est l le rsum et la thse des dernires pages du mmoire), en m'abstenant de dire cela ceux qui, aprs avoir lu mon travail, seront ports s'occuper exprimentalement de ces choses, je risquerais de les engager dans une voie dont plusieurs issues sont quivoques. Sans sortir du domaine scientifique, comme je l'estime, j'irai donc jusqu'au bout, sans aucune rticence au profit de ma propre gloire et, pour me servir de vos paroles, "comme c'est l le grand scandale", je ne veux pas en avoir honte. Je soutiens d'ailleurs que "ceci est tout aussi scientifique qu'autre chose." Si je voulais soutenir maintenant la thorie de l'intervention des esprits, je n'aurais pour cela aucune force, parce que les faits connus ne sont pas suffisants pour la dmonstration de cette thorie. Mais, dans la position que j'ai prise, je me sens fort contre tous. Bon gr, mal gr, il faudra bien que tous les savants apprennent, par l'exprience de leurs erreurs, suspendre leur jugement sur les choses qu'ils n'ont point suffisamment examines. La leon que vous venez de leur donner cet gard ne doit pas tre perdue." Genve, 21 dcembre 1854 Analysons cette lettre et tchons d'y dcouvrir ce que l'auteur pense ou, plutt, ce qu'il ne pense pas de cette nouvelle force. [178] Une chose est au moins certaine : le professeur Thury, physicien et naturaliste distingu, admet et va jusqu' prouver scientifiquement que diverses manifestations ont eu lieu. Pas plus que M. Crookes il ne croit qu'elles soient dues l'intervention d'esprits ni d'hommes dsincarns, ayant vcu et tant morts sur terre. Rien, dit-il dans sa lettre, n'est venu fournir une preuve en faveur de cette thorie. Il ne croit pas davantage aux diables ou dmons catholiques de de Mirville. Ce dernier cite la lettre de Thury comme un tmoignage accablant contre la thorie naturaliste de Gasparin.

Ds qu'il arrive cette phrase, une note marginale disant : ailleurs..." 213. Il montre son professeur, en niant le rle manifestations de Valleyres.

il s'empresse d'en accentuer la porte par "A Valleyres, peut-tre, mais partout ardent dsir de faire entendre que le des dmons, n'avait en vue que les

Nous regrettons de le dire, les absurdits et les contradictions auxquelles M. de Gasparin se laisse aller sont nombreuses. Tout en critiquant avec amertume les prtentions des partisans de Faraday, il attribue des choses qu'il dclare magiques des causes parfaitement naturelles, par exemple : "Si, dit-il, nous avions nous occuper uniquement de tels phnomnes (tels ceux vus et expliqus (?) par le grand physicien), nous ferions aussi bien de nous taire. Mais nous avons t audel. Quel bien pourraient faire maintenant, je vous prie, ces appareils qui dmontrent comment une pression inconsciente explique tout ? Elle explique tout et pourtant la table rsiste la pression et la direction donne ! Elle explique tout et cependant un meuble, sans tre touch par personne, suit le doigt tendu vers lui : il s'lve (sans contact) et se renverse lui-mme sens dessus dessous !" 214 A part tout cela, il prend sur lui d'expliquer les phnomnes. "L'on criera au miracle, la magie, dites-vous. Toute nouvelle loi est un prodige pour certaines gens. Calmezvous. J'assume volontairement la tche de rassurer ceux qui sont alarms. En prsence de phnomnes de ce genre nous ne franchissons nullement les frontires de la loi naturelle." 215 Trs certainement non. Mais les savants peuvent-ils affirmer que les clefs de cette loi sont entre leurs mains. M. de Gasparin pense qu'il les tient. Voyons. "Je ne me risque pas personnellement expliquer quoi que ce soit : Ce n'est pas mon affaire (?). Constater l'authenticit de simples faits et soutenir une vrit que la
213 214 215

De Mirville plaide, ici, pour la thorie des dmons. Naturellement. Des Tables, vol. I, p. 213. Des Tables, vol. I, p. 217.

science veut touffer, c'est tout ce que je prtends faire. Cependant je ne puis rsister [179] la tentation de montrer ( ceux qui nous traiteraient volontiers comme autant d'illumins et de sorciers), que la manifestation dont il s'agit comporte une interprtation cadrant avec les lois ordinaires de la science. Supposez un fluide manant des assistants et, surtout, de quelques-uns d'entre eux ; supposez que la volont dtermine la direction prise par ce fluide ; alors vous comprendrez aisment le mouvement de rotation et de lvitation de celui des pieds de la table du ct duquel est mis un excs de fluide, chaque acte de volition. Supposez que le verre puisse permettre au fluide de s'chapper et vous comprendrez comment un gobelet plac sur une table peut interrompre la rotation, vous comprendrez que le gobelet, tant plac d'un ct, produit une accumulation de fluide sur l'autre ct lequel, en consquence, est soulev !" Si chacun des exprimentateurs tait un magntiseur habile, l'explication, sauf certains dtails importants, pourrait tre acceptable. Voil qui est bien en ce qui concerne le pouvoir de la volont humaine sur la matire inerte, selon le savant ministre de Louis-Philippe. Mais qu'en est-il de l'intelligence manifeste par la table ? Quelle explication donne-til pour les rponses certaines questions, obtenues par l'intermdiaire de cette table ? Des questions qui ne peuvent tre des "reflets du cerveau" des assistants, quoique cette thorie soit chre de Gasparin. Leurs ides taient absolument contraires la philosophie trs librale professe par cette table merveilleuse. Sur ce point il est muet. Tout, mais pas des esprits qu'ils soient humains, sataniques ou lmentals. Avouons-le, la "concentration simultane de la pense" et "l'accumulation de fluide" ne valent pas mieux que "la crbration inconsciente" et "la force psychique" d'autres savants. Il nous faut chercher encore et, nous pouvons le prdire, les mille et une thories scientifiques seront aussi impuissantes, jusqu'au jour o on reconnatra que la force en question, loin d'tre une projection des volonts accumules du cercle est, au contraire, une force qui est anormale, trangre aux assistants, et supraintelligente.

Le professeur Thury, qui nie la thorie des esprits dsincarns, rejette la doctrine chrtienne du diable et ne semble gure enclin admettre la sixime thorie de M. Crookes (celle des Hermtistes et des Thurgistes de l'antiquit). Il adopte celle qui lui parat "la plus prudente, celle qui lui donne l'impression qu'il est fort contre qui que ce soit". D'ailleurs, il n'accepte pas davantage l'hypothse de de Gasparin sur "la puissance inconsciente de la volont." [180] Voici ce qu'il dit dans son ouvrage : "Quant aux phnomnes annoncs, tels que la lvitation sans contact et le dplacement des meubles par des mains invisibles, personne n'est capable d'en dmontrer l'impossibilit, a priori, personne n'a donc le droit de traiter d'absurdes les tmoignages srieux qui affirment leur exactitude." (p. 9). Quant la thorie propose par M. de Gasparin, Thury la juge trs svrement. "Tout en admettant, dit de Mirville, que dans les expriences de Valleyres, la force pt rsider dans les individus (or nous prtendons qu'elle est intrinsque et extrinsque, en mme temps), en admettant aussi que la volont puisse tre ncessaire gnralement (p. 20), il ne fait que rpter ce qu'il a dit dans sa prface, savoir : M. de Gasparin nous prsente des faits bruts et nous offre leur sujet des explications qu'il nous donne pour ce qu'elles valent. Soufflez dessus, il n'en restera pas grande chose. Non, de ces explications il restera fort peu, s'il en reste quelque chose. Les faits, eux, sont dsormais prouvs." (p. 10) Comme nous le dit M. Crookes, le professeur Thury "rfute toutes ces explications. Il considre les effets comme rsultant d'une substance particulire, fluide ou agent pntrant la manire de l'ther lumineux des salants toute la matire nerveuse, organique et inorganique : il l'appelle Psychode. Il discute fond les proprits de cet tat, forme ou matire. Il propose de nommer : force ectnique... le pouvoir exerc par l'esprit lorsqu'il agit distance, sous l'influence du psychode." 216

216

Crookes. Psychic Force, part I, p. 26-27.

M. Crookes fait observer en outre "que la force ectnique du professeur Thury et sa propre force psychique sont videmment des termes quivalents." Nous pourrions, certes, aisment dmontrer que les deux forces sont identiques et, de plus, qu'en somme, sous ces deux noms, il s'agit de la lumire astrale ou sidrale telle que la dfinissent les alchimistes et Eliphas Lvi, dans son Dogme et Rituel de Haute Magie ; que sous le nom d'AKASA, ou principe de vie, cette force qui pntre tout tait connue des gymnosophes, des magiciens Hindous, des adeptes de tous les pays, depuis des milliers d'annes. Ils la connaissent encore ; les lamas du Tibet, les fakirs, les thaumaturges de toutes les nationalits, et mme les jongleurs de l'Inde, s'en servent encore aujourd'hui. Dans bien des cas de transe produite artificiellement par magntisation, il est aussi fort possible, et mme trs probable, que c'est l'esprit du sujet qui agit sous la direction de la volont de l'oprateur. Mais si le mdium reste conscient et si des phnomnes [181] psycho-physiques se produisent, laissant supposer une intelligence directrice, l'puisement physique prouve seulement une prostration nerveuse, moins qu'il ne s'agisse d'un magicien capable de projeter son double. La preuve parat concluante que le mdium est l'instrument passif d'entits invisibles possdant un pouvoir occulte. Mais si la force ectnique de Thury et la force psychique de Crookes ont, en substance, la mme origine, leurs deux parrains semblent diffrer beaucoup quant aux proprits et aux potentialits de cette force ; d'un ct, le professeur Thury admet, navement, que les phnomnes sont souvent produits par "des volonts non humaines" et apporte ainsi, naturellement, une adhsion caractrise la thorie n 6 de M. Crookes ; celui-ci, d'autre part, bien qu'il admette l'authenticit des phnomnes, n'a encore exprim aucune opinion dfinitive quant leur cause. Ainsi, nous le voyons, ni M. Thury qui a examin ces manifestations avec de Gasparin en 1854, ni M. Crookes qui admet leur incontestable authenticit en 1874, ne sont arrivs rien de plus. Tous deux sont des chimistes, des physiciens, des hommes fort instruits. Tous deux ont donn toute leur attention cette angoissante question. Outre ces deux savants, d'autres ont abouti la mme conclusion et ont t incapables d'offrir une solution dfinitive. Donc, en vingt ans, aucun savant n'a fait un seul pas

vers l'claircissement du mystre qui reste immuable, imprenable, comme les murailles d'un chteau enchant dans un conte de fes. Y aurait-il impertinence insinuer que peut-tre nos savants modernes ont tourn dans ce qu'on appelle un cercle vicieux ? Alourdis par le fardeau de leur matrialisme, par l'incapacit des sciences qu'ils disent "exactes" leur prouver l'existence d'un univers spirituel plus peupl, plus habit encore que notre univers visible, ils sont condamns se traner perptuellement dans ce cercle, dpourvus de la volont de franchir sa circonfrence enchante plutt qu'incapables de pntrer au-del pour une exploration complte. Seuls, les prjugs leur dfendent un compromis avec des faits bien tablis et de chercher s'allier des magntiseurs experts comme Du Potet et Regazzoni. "Que produit la mort ?" demandait Socrate Cbs. "La vie", fut la rponse... 217. L'me, puisqu'elle est immortelle, peut-elle ne pas tre imprissable ? 218 "La semence ne peut se dvelopper que si elle est en partie consomme", dit le professeur Lecomte ; "pour tre vivifie, il faut qu'elle meure", dit saint Paul. [182] Une fleur clot, se fane et meurt. Elle laisse, derrire elle, un parfum qui embaume l'air, longtemps aprs que ses ptales dlicats ne sont plus qu'un peu de poussire. Nos sens matriels peuvent ne pas le percevoir depuis longtemps et, nanmoins, il subsiste. Qu'une note vibre sur un instrument et le son le plus faible produit un cho ternel. Une perturbation se produit dans les vagues invisibles de l'ocan sans bornes de l'espace, et les vibrations ne s'teignent plus ; elles passent du monde de la matire dans le monde immatriel o elles vivront ternellement. Et l'on veut nous faire croire que l'homme, l'entit vivante, pensante, raisonnable, la divinit incarne, chef-d'uvre de notre nature, ne serait plus ds qu'il a dpouill son enveloppe ! Le principe de continuit qui existe mme dans ce qu'on nomme la matire inorganique, dans un atome flottant, serait refuse l'esprit dont les attributs sont la conscience, la mmoire, le mental et l'AMOUR ? C'est vraiment absurde. Plus nous pensons, plus nous apprenons, moins nous comprenons l'athisme du savant. Nous comprendrions aisment qu'un homme ignorant des lois de la nature, ne connaissant rien de la chimie ni de la physique, pt tre fatalement
217 218

Platon. Phdon, 44. Ibid., 128.

entran au matrialisme par son ignorance mme, son incapacit de comprendre la philosophie des sciences exactes, de tirer une induction quelconque, par analogie, du visible l'invisible. Un mtaphysicien n, un rveur ignorant, peut se rveiller soudain et se dire : "Je l'ai rv ; je n'ai point de preuve palpable de ce que j'ai imagin : c'est une illusion", etc... Mais, pour un homme de science, au courant de tout ce qui caractrise l'nergie universelle, soutenir que la vie est purement un phnomne de matire, une espce d'nergie, c'est tout simplement confesser qu'il est incapable d'analyser et de comprendre convenablement l'alpha et l'omga, mme de cette matire. Le scepticisme sincre au sujet de l'immortalit de l'me humaine est une maladie, une malformation du cerveau physique ; cela a exist de tout temps. De mme que certains enfants naissent coiffs, de mme certains hommes, jusqu' leur dernire heure, sont incapables de rejeter cette espce de coiffe qui, videmment, enveloppe chez eux les organes de la spiritualit. Mais c'est un tout autre sentiment qui leur fait repousser la possibilit des phnomnes spirituels et magiques. Le vritable nom de ce sentiment, c'est la vanit. "Nous ne pouvons ni le produire ni l'expliquer, donc ce phnomne n'existe pas et n'a jamais exist". Tel est l'argument irrfutable de nos philosophes actuels. Il y a une trentaine d'annes, E. Salverte surprit le monde des gens "crdules" par son ouvrage, La Philosophie de la Magie. Ce livre prtendait dvoiler tous les miracles de la Bible aussi bien que ceux des sanctuaires Paens. On peut le rsumer ainsi : Longs sicles d'observation ; [183] grande connaissance (pour des temps d'ignorance), des sciences naturelles et de la philosophie ; imposture ; tours de passe-passe ; illusions d'optique ; fantasmagorie ; exagration. Comme conclusion logique : thaumaturges, prophtes, magiciens des coquins, des chenapans ; le reste du monde, des imbciles. Parmi bien d'autres preuves concluantes, on verra que l'auteur offre celle-ci : "Les disciples enthousiastes de Jamblique affirmaient que, lorsqu'il priait, il s'levait dix coudes au-dessus du sol et, dupes de la mme mtaphore, bien que Chrtiens, certains ont eu la simplicit d'attribuer des miracles analogues sainte Claire et saint Franois d'Assise" 219.

219

Des sciences occultes. Essai sur la Magie.

Des centaines de voyageurs racontent avoir vu des fakirs produire les mmes phnomnes et on les a tous tenus pour des menteurs ou des hallucins. Mais c'est hier seulement qu'un savant bien connu a vu et constat le mme phnomne dans des conditions permettant le contrle ; dclar authentique par M. Crookes, il est impossible de l'attribuer une illusion ou un truc. Il s'est souvent ainsi produit auparavant et a t attest par de nombreux tmoins, quoique invariablement, maintenant, on ne croit pas ces derniers. Paix tes cendres scientifiques, o crdule Eusbe Salverte ! Qui sait ? Avant la fin du prsent sicle, la sagesse populaire aura peut-tre fabriqu un nouveau proverbe : "Aussi incroyablement crdule qu'un savant !" Pourquoi semblerait-il tellement impossible que l'tre spirituel, une fois spar de son corps, puisse avoir la facult d'animer quelque forme fugitive cre par cette force magique "ectnique", "psychique", ou "thre", avec le concours des esprits lmentaux mettant sa disposition la matire sublime de leur propre corps ? Toute la difficult consiste comprendre que l'espace qui nous environne n'est pas le vide mais bien un rservoir, rempli jusqu'aux bords, des modles de tout ce qui a t, est et sera, et d'tres appartenant des races sans nombre qui diffrent de la ntre. Des faits en apparence surnaturels (en ce sens qu'ils jurent d'une faon flagrante avec les lois naturelles de la gravitation, comme dans le cas de lvitation mentionn plus haut) sont reconnus par beaucoup de savants. Quiconque n'a pas craint d'examiner srieusement la question a t oblig d'admettre leur existence. Mais, dans leurs efforts inutiles pour expliquer ces phnomnes par des thories fondes sur les lois de forces dj connues, plusieurs, parmi les reprsentants les plus qualifis de la science, se sont engags dans d'inextricables difficults. [184] Dans son Rsum, de Mirville reproduit l'argumentation de ces adversaires du Spiritisme ; elle consiste en cinq paradoxes qu'il appelle des distractions. Premire distraction. Celle de Faraday qui explique les phnomnes de la table qui vous pousse comme "consquence de la rsistance qui la pousse en arrire." Seconde distraction. Celle de Babinet expliquant toutes les communications (par les coups frapps). Elles sont produites "de

bonne foi, dit-il, et trs consciencieusement par la ventriloquie", dont l'emploi implique ncessairement la mauvaise foi. Troisime distraction. Celle du Dr Chevreuil expliquant la facult du mouvement imprim aux meubles, sans contact, par l'acquisition pralable de cette facult. Quatrime distraction. Celle de l'Institut de France et de ses membres. Ils consentent admettre les miracles condition qu'ils ne soient en contradiction avec aucune des lois naturelles qui leur sont connues. Cinquime distraction. Celle de M. de Gasparin. Il offre comme un phnomne trs simple et tout fait lmentaire ce que tout le monde rejette, prcisment parce que personne n'a jamais rien vu qui lui ressemble. 220 Tandis que des savants bien connus donnent libre cours ces thories fantastiques, quelques neurologues moins connus trouvent une explication des phnomnes occultes de tout genre dans l'mission anormale d'effluves rsultant de l'pilepsie. 221 Un autre traiterait volontiers les mdiums (et les potes, aussi, probablement) par Passa ftida et l'ammoniaque 222 : Il veut que tous ceux qui croient aux manifestations spirites soient des fous et des hallucins mystiques. Nous recommandons ce confrencier, pathologue par tat, le petit conseil sens du Nouveau Testament : "Mdecin, guris-toi, toi-mme". Certes, il est impossible qu'un homme sain d'esprit ose aussi cavalirement taxer de folie quatre cent quarante-six millions d'hommes dissmins dans diverses parties du globe, croyant tous des rapports entre des esprits et nous ! En prsence de tels faits, nous sommes bien forcs d'tre tonns par l'outrecuidante prsomption de ces hommes qui voudraient, en raison de leurs connaissances, tre considrs comme [185] les grands prtres de la science et classer des phnomnes dont ils ne savent rien. Des millions de leurs concitoyens, hommes ou femmes, fussent-ils dans l'erreur, devraient,
220 221 222

De Mirville. Des Esprits, p. 159. Voir : Ten years with spiritual mediums, par F. Gerry Fairfield's, New-York, 1875. Marwin. Lecture ou Monomania.

videmment, avoir droit autant d'attention, au moins, que des doryphores ou des sauterelles ! Mais que voyons-nous ? Le Congrs des Etats-Unis, la requte de la Socit Amricaine pour l'Avancement des Sciences, rdige des statuts pour l'organisation de Commissions Nationales des Insectes. Des chimistes passent leur temps faire bouillir des grenouilles et des punaises, des gologues occupent leurs loisirs des mesures ostologiques des ganodes cuirasss et discuter le systme odontologique des diverses espces de dinichtys ; les entomologistes poussent l'enthousiasme jusqu' manger des sauterelles bouillies, frites et en potage. 223 En attendant, des millions d'Amricains s'garent dans un labyrinthe "de grossires illusions", selon l'opinion de quelques-uns de ces trs savants encyclopdistes, ou bien meurent physiquement de "dsordres nerveux", apports ou rvls par la diathse mdiumnique. Il fut un temps o on pouvait raisonnablement esprer voir les savants Russes entreprendre avec impartialit et srieux l'tude de ces phnomnes. Une commission ayant pour prsident le professeur Mendeleyeff, le savant physicien, avait t nomm par l'Universit Impriale de Saint-Ptersbourg. Le programme affich annonait une srie de quarante sances destines prouver les mdiums. On les invita venir dans la capitale de la Russie, soumettre leurs facults mdiumniques l'examen. En rgle gnrale, ils refusrent, sans doute flairant le pige qui leur tait tendu. Aprs huit sances, sous un prtexte futile, au moment mme o les manifestations devenaient intressantes, la Commission, prjugeant la question, publia une dcision tout fait contraire aux prtentions de la mdiumnit. Au lieu de suivre des mthodes dignes et scientifiques, on chargea des espions de regarder par les trous des serrures. Le professeur Mendeleyeff dclara dans une confrence publique que le Spiritisme ou toute autre croyance l'immortalit de l'me tait un mlange de superstition, d'illusion et de fraude. Il ajoutait que toute "manifestation" de ce genre en y comprenant pensons-nous la lecture de la pense, la transe et les autres phnomnes psychologiques devait tre, et tait en ralit, produite par des appareils ingnieux, un mcanisme cach sous les vtements des mdiums ! Aprs une pareille marque d'ignorance et de prjugs, M. Butlerof, professeur de chimie l'Universit de Saint-Ptersbourg, et M. Aksakoff,

223

Scientific American. N.Y., 1875.

Conseiller d'Etat dans la mme ville, qui avaient t invits assister aux sances du Comit, furent tellement choqus [186] qu'ils se retirrent. Leurs protestations indignes dans les journaux russes furent appuyes par la plus grande partie de la presse et les sarcasmes ne furent mnags ni M. Mendeleyeff ni son Comit officieux. Le public agit loyalement, en cette circonstance. Cent trente personnes, les plus influentes de la meilleure Socit de Saint-Ptersbourg, dont beaucoup n'tant pas Spirites cherchaient simplement s'instruire, ajoutrent leurs signatures au bas de cette protestation bien justifie. Cette manire de procder eut des rsultats invitables ; l'attention universelle fut attire sur le Spiritisme ; des cercles privs s'organisrent dans tout l'empire ; quelques-uns des journaux les plus libraux commencrent s'occuper du sujet et, au moment o nous crivons, une nouvelle commission s'organise pour achever l'uvre interrompue. Cette commission, naturellement, fera son devoir encore moins que jamais. Elle a un prtexte plus plausible que jamais : l'affaire du mdium Slade que le professeur Lankester de Londres prtendait avoir dmasqu. II est vrai qu'au tmoignage d'un savant et de son ami, MM. Lankester et Donkin, le mdium accus opposait celui de MM. Wallace, Crookes et d'une foule d'autres, ce qui rduit nant l'accusation uniquement fonde sur des preuves douteuses et le parti pris. C'est ce que dclare, avec beaucoup d' propos le "Spectator" de Londres : "C'est pure superstition d'affirmer que nous connaissons si bien les lois de la nature, que des faits, soigneusement examins par un observateur expriment, doivent tre mis de ct, comme indignes de crance, uniquement parce qu' premire vue ils ne cadrent pas avec nos connaissances prcises. Assumer comme semble le faire le Professeur Lankester que, parce qu'on trouve abondance de fraude et de crdulit dans de tels cas ce qui est certainement vrai dans toutes les maladies nerveuses, aussi que la fraude et la crdulit doivent expliquer toutes les dclarations, soigneusement attestes, d'observateurs prcis et consciencieux, serait scier toutes les branches de l'arbre du savoir sur lesquelles repose ncessairement la science inductive, ce serait jeter bas le tronc lui-mme." Mais tout cela n'est-il pas indiffrent nos savants ? Le torrent de superstition qui, selon eux, emporte des millions de claires intelligences,

dans son cours imptueux, n'est pas pour les atteindre. Le dluge moderne du Spiritisme ne peut affecter leur esprit fort. Les vagues bourbeuses de l'inondation feront rage autour d'eux, sans mme mouiller la semelle de leurs bottes. Ce doit tre seulement son obstination traditionnelle qui aveugle le Crateur et l'empche de confesser le peu de chance qu'ont ses miracles de tromper aujourd'hui les savants de profession ? A notre [187] poque, Il devrait mme connatre, pour en tenir compte, ce qu'ils ont dcid d'inscrire sur les portes de leurs universits et de leurs collges : De par la science, dfense Dieu, De faire miracle en ce lieu. 224 Les Spirites infidles et les Catholiques Romains semblent, cette anne, s'tre ligus contre les prtentions iconoclastes du matrialisme. Les progrs du scepticisme ont accentu, dernirement, un gal progrs de la crdulit. Les champions des miracles "divins" de la Bible font concurrence aux pangyristes des phnomnes mdiumniques et le moyen ge revit au XIXme sicle. Une fois de plus, nous voyons la Vierge Marie reprendre sa correspondance pistolaire avec les fidles enfants de son glise. Tandis que les "Guides angliques" crivent des messages aux Spirites par l'intermdiaire des mdiums, la "Mre de Dieu" laisse tomber des lettres, directement, du Ciel sur la terre. Le sanctuaire de Lourdes s'est chang en un cabinet spirite de "matrialisation", tandis que les cabinets des mdiums populaires amricains sont transforms en sanctuaires sacrs o Mahomet, l'vque Polk, Jeanne d'Arc et d'autres esprits aristocratiques ayant franchi le "fleuve noir", "se matrialisent" en pleine lumire. Et, si l'on peut voir la Vierge Marie faisant sa promenade quotidienne dans les bois autour de Lourdes, avec une forme humaine, pourquoi pas l'aptre de l'Islam et le dfunt Evque de la Louisiane ? Ou ces deux "miracles" sont possibles, ou ces deux sortes de manifestations, la "divine" comme la "spirite", sont d'insignes impostures. Le temps seul prouvera ce qu'il en est. Mais, d'ici l, la science refusant de prter sa lampe magique pour clairer ces mystres, le commun des mortels doit marcher ttons, au risque de s'embourber.
224

Paraphrase de l'inscription appose sur les murs du cimetire au temps des miracles jansnistes et de leur prohibition par la police de France :

"De par le roi, dfense Dieu De faire miracle en ce lieu."

Les rcents "miracles" de Lourdes ont t dfavorablement apprcis par les journaux de Londres. Aussi Mgr Capel a communiqu au Times les ides de l'Eglise Romaine ce sujet : "Pour les cures miraculeuses, je renverrai vos lecteurs l'ouvrage si calme et si judicieux du docteur Dozous : La grotte de Lourdes. L'auteur est un minent praticien, rsidant dans le pays, inspecteur des pidmies pour son arrondissement, mdecin lgiste du Tribunal. Il dcrit avec force dtails un grand nombre de cures miraculeuses qu'il dclare avoir tudies avec une minutieuse [188] persvrance. Son rcit est prcd des rflexions suivantes : "J'affirme que ces cures opres au sanctuaire de Lourdes, au moyen de l'eau de la fontaine, ont un caractre surnaturel bien tabli pour les hommes de bonne foi. Sans ces cures, je l'avoue, mon esprit, peu enclin accepter les miracles d'aucune sorte, n'aurait accept qu' grande peine mme ce fait (celui de l'apparition) si remarquable soit-il bien des gards. Mais les cures, dont si souvent je fus l'un des tmoins oculaires, ont clair mon esprit. Je ne puis mconnatre l'importance des visites de Bernadette la grotte ni la ralit des apparitions dont elle a t favorise". Le tmoignage d'un docteur distingu qui, ds le dbut, a soigneusement observ Bernadette qui, mme, a contrl les cures miraculeuses opres la grotte, est digne d'tre, pour le moins, pris en srieuse considration. Je puis ajouter que les innombrables personnes qui viennent la grotte ont des mobiles divers : faire acte de contrition pour leurs pchs, crotre en pit, prier pour la rgnration de leur patrie, affirmer publiquement leur foi dans le Fils de Dieu et dans sa Mre Immacule. Beaucoup viennent aussi pour gurir leurs maladies corporelles et d'aprs la dclaration de tmoins oculaires, plusieurs retournent chez eux affranchis de leurs souffrances. Accuser d'incrdulit, comme le fait votre article, ceux qui font galement usage des eaux thermales des Pyrnes n'est gure raisonnable. C'est comme si vous accusiez d'incrdulit le magistrat condamnant certains individus pour avoir nglig de recourir l'assistance d'un mdecin. Je fut oblig, pour raison de sant, de passer Pau les hivers de 1860 1867. J'eus ainsi l'occasion de faire une enqute minutieuse sur l'apparition de Lourdes. J'interrogeai souvent et longtemps Bernadette, je fis de quelques-uns des miracles un examen trs approfondi. Voici ma conviction : s'il est des faits qui doivent tre admis sur des tmoignages humains, l'apparition de Lourdes a tous les droits imaginables pour tre admise comme un fait incontestable. Nanmoins, elle ne constitue pas un article de foi catholique. Par consquent, tout fidle peut l'accepter ou la rejeter sans encourir ni louange ni blme cet gard."

Que le lecteur veuille bien ne pas perdre de vue la phrase imprime par nous en italiques. Cette phrase tablit clairement que l'Eglise Catholique malgr son infaillibilit, malgr la franchise postale dont elle jouit avec le Ciel, accepte volontiers le tmoignage humain de validit des miracles divins. Revenons, maintenant, aux opinions mises par M. Huxley dans ses rcentes confrences sur l'volution, faites New-York. Il nous dit : C'est sur le "tmoignage historique des hommes que repose la plus grande partie de nos connaissances en ce qui concerne les faits du pass." Dans une confrence sur la biologie, il a dit : "...Tout [189] homme aimant la vrit doit dsirer ardemment que soit formule toute critique juste et bien fonde. Mais il est essentiel que le critique connaisse le sujet qu'il traite." Cet auteur devrait toujours se rpter cet aphorisme lorsqu'il entreprend de se prononcer sur des sujets psychologiques. Ajoutons-le ses ides prcdemment exprimes. Quel meilleur terrain pour nous mesurer avec lui pourrait-on demander ? D'un ct, un reprsentant du matrialisme, de l'autre, un prlat catholique mettent des opinions identiques sur le tmoignage humain qui suffit leurs yeux pour dmontrer les faits qu'il convient chacun d'eux de croire, selon ses prjugs. Les adeptes de l'occultisme ou mme les Spirites n'ont donc plus maintenant besoin d'tayer, par des confirmations nouvelles, l'argument qu'ils ont invoqu si longtemps avec tant de persvrance, c'est--dire que les phnomnes psychologiques des thaumaturges anciens et modernes tant surabondamment prouvs par les tmoignages des hommes doivent tre accepts comme des faits. Puisque l'Eglise et la Facult ont fait appel au tmoignage humain, elles ne peuvent plus refuser le mme recours au reste de l'humanit. Un des fruits de la rcente agitation occasionne Londres par les phnomnes mdiumniques fut l'expression de quelques opinions extrmement librales dans la presse profane. Le London Daily News en 1876 dclare : "En tout cas, nous sommes d'avis qu'il faut accorder au Spiritisme une place parmi les croyances tolres et par consquent le laisser tranquille. Il compte beaucoup de fidles aussi intelligents que la plupart d'entre nous. Un vice palpable et manifeste dans les preuves dont dpend la conviction aurait t pour eux, depuis longtemps, palpable et manifeste. Quelques-uns des hommes les plus sages du globe ont cru aux fantmes. Ils auraient persist dans leur croyance, quand bien mme, l'une aprs l'autre, cinq ou six personnes auraient t reconnues coupables d'avoir effray les gens avec de pseudo-revenants."

Ce n'est pas la premire fois dans l'histoire du monde que l'invisible a d lutter contre le scepticisme matrialiste des Sadducens l'me aveugle. Platon dplore cette incrdulit et revient plus d'une fois, dans ses ouvrages, sur cette tendance pernicieuse. Depuis Kapila, le philosophe Hindou, plusieurs sicles avant le Christ, qui ne voulut point se prononcer sur la prtention des Yogis mystiques, qui disent qu'un homme en extase a le pouvoir de contempler la Divinit face face et de converser avec les tres "les plus levs", jusqu'aux Voltairiens du XVIIIme sicle, qui riaient de tout ce qui tait sacr pour d'autres, chaque poque a eu ses Thomas incrdules. Ont-ils jamais russi faire chec aux progrs de la vrit ? Pas plus que les bigots ignorants qui mirent [190] Galile en jugement n'ont empch le succs de la rotation de la terre. Il n'est aucune condamnation capable d'atteindre dans ses uvres vives la stabilit ou l'instabilit d'une croyance hrite par l'humanit des premires races d'hommes, qui si on peut croire l'volution de l'homme spirituel comme celle de l'homme physique avaient recueilli la grande Vrit des lvres de leurs anctres, les dieux de leurs pres "qui vivaient avant le dluge". L'identit de la Bible avec les lgendes des livres sacrs Hindous et les cosmogonies des autres nations sera dmontre quelque jour. On s'apercevra que les fables des poques mythologiques ont simplement exprim, sous une forme allgorique, les plus grandes vrits de la gologie et de l'anthropologie. C'est dans ces fables, dont la forme semble ridicule, que la science devra chercher ses fameux "chanons manquants". S'il en tait autrement, d'o viendraient ces concidences tranges dans les histoires respectives de nations et de peuples si loigns les uns des autres ? D'o viendrait cette identit dans les conceptions primitives, fables ou lgendes qu'on les nomme comme on voudra. Elles n'en contiennent pas moins le germe de la vrit, si voile qu'elle soit sous ses embellissements populaires, vrit, tout de mme ! La Gense (VI) s'exprime ainsi : "Lorsque les hommes eurent commenc se multiplier sur la face de la terre et que des filles leur furent nes, les fils de Dieu virent que les filles des hommes taient belles et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent Il y avait des gants sur la terre en ce temps-l", etc. Comparez ce verset avec cette partie de la cosmogonie Hindoue, dans les Vdas, qui parle de l'origine des Brahmanes. Le premier Brahmane se plaint d'tre seul, sans femme, parmi

ses frres. L'Eternel l'engage consacrer ses jours uniquement la Science sacre (Vda), mais le premier n de l'humanit insiste. Irrit de cette ingratitude, l'Eternel donne au Brahmane une femme de la race des Daityas ou gants dont tous les Brahmanes descendent en ligne maternelle. Ainsi, toute la caste sacerdotale des Hindous descend, d'un ct, des Esprits suprieurs (les fils de Dieu), et, de l'autre ct, de Daityani, fille des gants terrestres, les hommes primitifs 225. "Et elles leur donnrent des enfants : ce sont ces hros qui furent fameux dans l'antiquit." 226. [191] On trouve la mme chose dans un fragment cosmogonique scandinave. Dans l'Edda, on donne la description, faite Gangler par Har, l'un des trois matres (Har, Jafuhar et Tredi) du premier homme nomm Bur, "le pre de Br, qui prit pour femme Besla, fille du gant Blthara, de la race des gants primitifs". La narration complte et fort intressante a t donne, dans son livre : Northern Antiquities, par Mallet, dans la Prose Edda, sections 4-8 227. C'est encore la mme vrit historique qui se cache dans les fables grecques relatives aux Titans. On peut la trouver dans la lgende des Mexicains les quatre races successives de Popol-Vuh. Elle constitue un des bouts si nombreux de l'cheveau emml et, en apparence, inextricable auquel on peut comparer l'humanit en tant que phnomne psychologique. Autrement, la croyance au surnaturel serait inexplicable. Prtendre qu'elle est ne, qu'elle a grandi et qu'elle s'est dveloppe, travers des sicles innombrables, sans qu'il y et une cause, une base solide sur laquelle elle reposait, qu'elle n'est qu'une simple fantaisie, c'est une monstrueuse absurdit, allant de pair avec la doctrine thologique que l'Univers a t cr de rien. Il est trop tard, aujourd'hui, pour lutter contre l'vidence qui se manifeste pour ainsi dire, la lumire clatante de midi. Les journaux libraux, comme les feuilles chrtiennes et les organes scientifiques les
225 226

Polier. Mythologie des Indous.

Dans la Quaterly Review, 1859, Graham fait une trange description de certaines cls de l'Orient, maintenant dsertes. Les portes de pierre sont de dimensions normes et, souvent, en apparence, tout fait hors de proportion avec les difices eux-mmes. Il fait remarquer que ces constructions et ces portes portent, toutes, la marque d'une ancienne race de gants. Mallet. Northern Antiquities. Edition de Bohn, p. 401-405.

227

plus avancs, commencent protester unanimement contre le dogmatisme ou les prjugs troits des demi-savants. Le Christian World, journal religieux, joint sa voix celle de la Presse incrdule de Londres. Voici un excellent spcimen de son bon sens : "Si on peut dmontrer, dit-il 228, mme de la faon la plus vidente, qu'un mdium est un imposteur, nous n'en protesterons pas moins contre les tendances manifestes par certaines personnes, faisant autorit en matire de science. Ces personnes sont prtes faire fi et hausser les paules quand on leur parle d'examiner soigneusement les questions traites par M. Barrett dans son mmoire prsent la British Association. De ce que les spirites se sont livrs bien des absurdits, il ne s'ensuit pas qu'on doive ddaigner, comme indignes d'examen, les phnomnes sur lesquels ils s'appuient. Ils sont, peut-tre, magntiques, ou clairvoyants ou autre chose. Que nos savants nous disent ce qu'ils sont, qu'ils ne nous rabrouent pas la manire des ignorants qui, trop souvent, rprimandent la jeunesse curieuse, en usant de [192] l'apophtegme aussi peu satisfaisant que commode : "Les petits enfants ne doivent pas poser de questions." Ainsi le moment est venu o les savants ont perdu tout droit se voir appliquer le vers de Milton : "O toi qui, pour rendre tmoignage la vrit, as encouru le blme universel !" Triste dgnrescence ! Elle rappelle l'exclamation cite, il y a cent quatre-vingts ans, par le Dr Henry More. Il s'agit d'un "docteur s sciences physiques" qui, entendant raconter l'histoire du tambour de Tedworth et d'Anne Walker, s'cria tout coup : "Si c'est vrai, je me suis tromp jusqu' prsent, il me faut recommencer mon expos." 229. Mais, notre poque, malgr la dclaration d'Huxley sur la valeur du "tmoignage des hommes", le Dr Henry More, lui-mme, est devenu "un

228 229

Gense, VI, 4. Dr More. Letter to Glanvil, author of "Saducismus Triumphatus".

enthousiaste et un visionnaire : Ces deux pithtes infliges une mme personne en font un dplorable fou". 230 Ce n'est pas de faits que la psychologie a longtemps manqu pour mieux faire comprendre, pour mieux appliquer aux affaires ordinaires et extraordinaires de la vie ses lois mystrieuses. Au contraire, ces faits abondaient. Ce qui manquait c'est des observateurs capables, des analystes comptents pour enregistrer et classer les faits. Le Corps scientifique aurait d en fournir. Si l'erreur a prvalu, si la superstition a rgn pendant des sicles sur la Chrtient, ce fut le malheur des peuples et la faute de la science. Les gnrations sont nes et ont pass, chacune d'elles fournissant son contingent de martyrs du courage moral et de la conscience. Cependant la psychologie n'est gure mieux comprise aujourd'hui qu'au temps o la lourde main du Vatican envoyait ces valeureux infortuns au supplice, et fltrissait leur mmoire du stigmate rserv aux hrtiques et aux sorciers.

230

J.S.Y. Demonologia, or Natural Knowledge Revealed, 1827, p. 219.

[193] CHAPITRE V L'AETHER OU LA "LUMIERE ASTRALE" "Je suis l'esprit qui nie toujours." Mphistophls dans Faust. "Je suis l'esprit de vrit que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne Le voit pas, et parce qu'il ne Le connat pas." (vangile selon saint Jean, XIV, 17). "Des millions de cratures spirituelles parcourent la terre, invisibles pour nous, que nous soyons veills ou endormis." MILTON. "La simple lumire intellectuelle ne suffit point pour reconnatre ce qui est spirituel. Comme le soleil fait plir la flamme, l'esprit blouit les yeux de l'intelligence humaine." W. HOWITT. II y a eu confusion infinie dans les noms dsignant une seule et mme chose. Le chaos des anciens, le feu sacr de Zoroastre, l'Antusbyrum des Parsis, le feu d'Herms, le feu de Saint-Elme des anciens Germains, l'clair de Cyble, la torche d'Apollon, la flamme sur l'autel de Pan, l'inextinguible feu du temple de l'Acropole et celui de Vesta, la flamme du casque de Pluton, les tincelles brillantes de la coiffure des Dioscures, celles de la tte de Gorgone, le casque de Pallas et le Caduce de Mercure, le u

, le Phta ou Ra gyptien, le Zeus Cataibats (celui qui descend) 231 des Grecs, les langues de feu de la Pentecte, le buisson ardent de Mose, la colonne de feu de l'Exode, et la "lampe allume" d'Abraham, le feu ternel du "puits sans fond", les vapeurs de l'oracle de Delphes, la lumire Sidrale des Rose-Croix, l'AKASA des adeptes hindous, la lumire Astrale d'Eliphas Lvi, l'aura nerveuse et [194] infinie dans les noms dsignant une seule le fluide des magntiseurs, l'od de Reichenbach, le globe de feu ou chat mtorique de Babinet, le Psychode et la force ectnique de Thury, la force psychique de Sergeant Cox et de Crookes, le Magntisme atmosphrique de quelques naturalistes, le galvanisme et, enfin, l'lectricit, sont, simplement, des noms divers s'appliquant des manifestations diffrentes, ou effets de la mme cause mystrieuse qui pntre tout, l'Archeus ou A ; des Grecs. Sir Bulwer Lytton, dans son roman The Coming Race la dcrit comme le VRIL 232 dont se servent les populations souterraines, et qu'il laisse ses lecteurs considrer comme une fiction. "Ces peuples, dit-il, sont persuads qu'avec le vril ils sont arrivs possder l'unit des agents naturels de l'nergie." Il continue en montrant que Faraday a fait connatre ces agents "sous le nom plus prudent de corrlation", quand il a dit : "C'est depuis longtemps pour moi une opinion, presque une conviction, partage, je crois, par bien d'autres fervents des connaissances naturelles que les diverses formes sous lesquelles les forces de la nature se manifestent ont UNE ORIGINE COMMUNE. En d'autres termes, elles ont une corrlation si directe, elles dpendent si naturellement les unes des autres qu'elles sont pour ainsi dire convertibles entre elles et possdent, dans leur action, des quivalents de puissance." Il peut paratre absurde et peu scientifique de comparer le vril imaginaire du grand romancier anglais et la force primordiale du non moins grand exprimentateur avec la lumire astrale des cabalistes, et pourtant, c'est la vraie dfinition de cette force. Les dcouvertes qui se succdent confirment cette audacieuse dclaration. Depuis que nous avons
231 232

Pausanias. Eli, liv. I, ch. XIV.

Nous craignons que le noble auteur n'ait invent ses noms si curieux en contractant des mots appartenant aux langues classiques. Gy viendrait ainsi de gune et vril de virile.

crit le dbut de cette partie du prsent ouvrage, plusieurs journaux ont annonc que M. Edison, l'lectricien de Newark, N.J., avait dcouvert une nouvelle force. Elle semblerait diffrer beaucoup de l'lectricit et du galvanisme sauf dans ses proprits de conductibilit. Si la chose est dmontre, cette force restera, peut-tre, longtemps cache sous un pseudonyme scientifique. Cependant elle appartiendra tout simplement la famille nombreuse enfante, depuis le commencement des ges, par notre cabalistique mre, la Vierge Astrale. En fait, l'inventeur prtend que cette force "est aussi distincte, et a des formes aussi prcises que la chaleur, le magntisme ou l'lectricit". Le journal, qui publie le premier compte rendu de l'invention, ajoute que "M. Edison estime qu'elle a une certaine relation avec la chaleur mais qu'elle peut aussi tre gnre par des moyens inconnus, encore ignors." [195] Une autre dcouverte, sensationnelle et rcente, est la possibilit de supprimer les distances pour la voix humaine grce au tlphone, instrument invent par le professeur Graham Bell. Cette possibilit fut d'abord suggre par le petit tlgraphe des amoureux. II consistait en deux petits cornets de fer blanc tendus de parchemin, relis par un fil, et permettait de converser d'une manire suivie cent mtres de distance. Ce jouet est devenu le tlphone qui sera la merveille de notre sicle. On a dj tenu une longue conversation entre Boston et Cambridgeport : "Chaque mot tait entendu distinctement, parfaitement compris et les inflexions des voix, d'aprs le rapport officiel, taient reconnaissables." La voix est, pour ainsi dire, prise sur le vif, maintenue par un aimant. L'onde sonore est transmise par l'lectricit agissant l'unisson de l'aimant et cooprant avec lui. Tout le succs dpend du parfait contrle des courants lectriques et de la puissance de l'aimant employ avec lequel ils doivent collaborer. Le journal s'exprime ainsi : "L'invention peut tre sommairement dcrite. Figurez-vous une sorte de trompette, l'embouchure de laquelle est tendue une membrane dlicate. Quand la voix est mise dans le tube, la membrane s'enfle proportionnellement la force dont fut anime l'onde sonore. A sa partie extrieure est fixe une feuille de mtal qui prend contact avec un lectro-aimant ds que la membrane est pousse au dehors. Aimant et courant lectrique sont aux ordres de l'oprateur. En vertu d'un principe encore mal dfini, le courant lectrique transmet l'onde sonore telle qu'elle est mise par la voix dans la trompette et l'auditeur, plac l'autre extrmit de la ligne, en portant son oreille une trompette

analogue, entend distinctement chaque mot et saisit immdiatement les inflexions de la voix de son interlocuteur." Les prodigieuses dcouvertes actuelles dans le domaine de la nature et les possibilits magiques latentes encore inconnues surtout si, comme il est fort probable, la force d'Edison et le tlphone de Graham Bell modifient, et peut-tre renversent toutes les notions que nous possdons sur les fluides impondrables n'inciteront-elles pas les personnes portes contredire nos assertions mieux attendre pour voir si les nouvelles dcouvertes les confirment ou les rfutent ? Seulement, propos de ces dcouvertes, nous pourrions, peut-tre, utilement rappeler nos lecteurs les allusions nombreuses qu'on peut trouver dans les annales de l'antiquit concernant certain secret que possdaient les prtres Egyptiens qui, pendant la clbration des mystres, pouvaient, instantanment, communiquer d'un temple un autre, le premier ft-il Thbes et le second l'autre extrmit du pays. Les lgendes attribuent [196] ce pouvoir, naturellement, aux "tribus invisibles de l'air qui portent des messages aux mortels. L'auteur de l'Homme PrAdamique cite un exemple qui, donn simplement de sa propre autorit, doit tre pris pour ce qu'il vaut. D'autant plus que l'crivain semble ne pas savoir positivement si l'histoire est emprunte Macrin ou un autre crivain. Pendant son sjour en Egypte, il dit avoir dcouvert la preuve "qu'une des Cloptres (?) transmit des nouvelles, par un fil mtallique, toutes les villes, depuis Hliopolis jusqu' Elphantine, sur le Haut-Nil" 233. II n'y a pas si longtemps que le professeur Tyndall nous a introduits dans un monde nouveau, peupl de formes ariennes de la plus exquise beaut. "La dcouverte consiste, dit-il, soumettre les vapeurs de liquides volatils l'action de la lumire concentre du soleil ou de la lumire lectrique." Les vapeurs de certains nitrates, d'iodures et d'acides sont soumises l'action de la lumire, dans un tube essais pos horizontalement et plac de faon ce que concident l'axe du tube et celui des rayons parallles de la lampe. Les vapeurs forment des nuages de teintes somptueuses.
233

P.B. Randolph. Pre-Adamite Man, p. 48.

Elles prennent la forme de vases, de fioles, de cnes par faisceaux de six ou plus, de coquilles, de tulipes, de roses, de tournesols, de feuilles et de rosaces. "Une fois, nous dit Tyndall, le bourgeon de nuages prit rapidement la forme d'une tte de serpent. Une gueule se dessina et un filet nuageux se forma, figurant la langue." Enfin, pour clore la liste des merveilles, "il prit la forme d'un poisson, avec ses yeux, ses branchies et ses nageoires. Symtrie complte, la ressemblance tait parfaite ! Pas une caille, pas une marque, pas un signe n'existait sur une des faces de son corps qui ne ft exactement reproduite sur l'autre." Ces phnomnes peuvent peut-tre s'expliquer en partie par l'action mcanique d'un rayon lumineux comme M. Crookes l'a dmontr dernirement. On peut supposer, par exemple, que les rayons forment un axe horizontal autour duquel les molcules des vapeurs en mouvement se rassemblent en forme de globes et de fuseaux. Mais comment expliquer le poisson, la tte de serpent, les fleurs de diverses varits, les coquilles ? Cela semble offrir la science un problme aussi embarrassant que le chat mtorique de Babinet. Tyndall, que nous sachions, n'a pas risqu, propos de son phnomne extraordinaire, une explication aussi absurde que celle du savant franais. [197] Ceux qui n'ont point tudi cette question seront surpris de voir combien on en savait dj, dans les temps anciens, sur ce principe subtil qui pntre tout et qu'on a baptis rcemment L'THER UNIVERSEL. Avant d'aller plus loin, nous voudrions, encore une fois, formuler en deux propositions catgoriques, ce que nous avons seulement indiqu jusqu' prsent. Pour les anciens thurgistes ces propositions taient des lois dmontres. I. Les prtendus miracles, commencer par ceux de Mose pour finir par ceux de Cagliostro, quand ils sont authentiques, sont, comme l'insinue fort justement de Gasparin dans son ouvrage sur les phnomnes, parfaitement conformes la loi naturelle, donc pas des miracles. L'lectricit et le magntisme ont t, incontestablement, mis en uvre pour la production de quelquesuns de ces prodiges. Aujourd'hui, comme autrefois, tout tre

sensitif les emploie ; il se sert inconsciemment de ces forces, en vertu de la nature spciale de son organisme qui sert de conducteur certains de ces fluides impondrables encore si imparfaitement connus de la science. Cette force est la mre fconde d'innombrables attributs et de proprits dont beaucoup, la plupart mme, sont encore inconnus de la physique moderne. II. Les phnomnes de la magie naturelle, tels qu'on les voit au Siam, en Inde, en Egypte et dans d'autres contres d'Orient, n'ont aucun rapport avec la prestidigitation. La premire est un effet absolument physique d l'action de forces naturelles occultes ; la seconde est simplement un rsultat trompeur produit par d'adroites manifestations et avec l'aide de compres 234. Les thaumaturges de tous les temps, de toutes les coles, de tous les pays, opraient leurs merveilles parce qu'ils connaissaient parfaitement les ondes impondrables dans leurs effets mais parfaitement tangibles de la lumire astrale. Ils en dirigeaient les courants et les guidaient par leur force de volont. Les prodiges taient de nature la fois physique et psychologique ; ceux-l tant des effets sur des objets matriels, ceux-ci tant les phnomnes mentaux de Mesurer et ses successeurs. Cette dernire classe est, de nos jours, reprsente par deux hommes illustres : [198] Du Potet et Regazzoni dont les pouvoirs merveilleux ont t attests en France et ailleurs. Le magntisme est la branche la plus importante de la magie. Ses phnomnes sont les effets de l'agent universel sous-jacent toute magie et qui, toutes les poques, a produit les prtendus miracles. Les anciens le nommaient Chaos, Platon et les Pythagoriciens l'appelaient l'Ame du Monde. D'aprs les Hindous, la Divinit, sous forme d'Ether, pntre toutes choses. C'est le Fluide invisible mais tangible, comme nous l'avons dj dit. Parmi les autres noms de ce Prote universel que de Mirville, par drision, croit devoir appeler "le nuageux Tout

Ici, du moins, nous sommes en terre ferme. Le tmoignage de M. Crookes confirme nos assertions. Il dit, page 84 de sa brochure Phenomenal Spiritualism : "Les centaines de faits que je suis prt attester, ont t produits dans ma maison, des heures que j'avais moi-mme fixes, dans des conditions qui excluaient l'emploi de l'instrument mme le plus rudimentaire. Malgr leur habilet, les Robert-Houdin, les Bosco, les Anderson seraient incapables de les imiter mme avec les moyens mcaniques ou physiques, toutes les ressources d'un appareillage compliqu et des annes de pratique."

234

Puissant", nous trouvons ceux de "feu vivant" 235 que lui attribuent les thurgistes, "Esprit de lumire"et de Magns. Ce dernier mot indique ses proprits magntiques et montre sa nature magique. Car, ainsi que le dit, avec raison, un de ses dtracteurs et , sont deux branches issues du mme tronc et produisant les mmes effets. Magntisme est un mot pour l'origine duquel il faut remonter une poque incroyablement ancienne. La pierre dite d'aimant tirerait son nom, au dire de bien des gens, de Magnsia, ville de Thessalie, aux environs de laquelle on trouverait ces pierres en quantit. Nous croyons cependant que l'opinion des Hermtistes est la bonne. Le mot Mag, Magus est driv du mot sanscrit Mahaji, le grand, le sage (l'oint de la sagesse divine). "Eumolpus est le fondateur mythique des Eumolpides (prtres) qui faisaient remonter leur sagesse l'Intelligence Divine" 236. Les diverses cosmogonies montrent que l'Ame Universelle Archaque tait considre par tous les peuples, comme le "mental" du Dmiurge Crateur, la Sophia des gnostiques ou le Saint-Esprit, en tant que principe femelle. Comme les Mages tiraient de l leur nom, la pierre magnsienne ou Magns (aimant) fut ainsi nomme en leur honneur, car ils furent les premiers en dcouvrir les proprits. Leurs temples taient dissmins partout dans le pays et, dans le nombre, il y avait des temples d'Hercule 237. Il en rsulta que lorsqu'on sut [199] que les prtres se servaient de cette pierre pour des fins gurisseuses et magiques, on lui donna le nom de pierre de magnsie ou d'Hercule. Socrate, qui en parle, dit : "Euripide l'appelle pierre de Magnsie. Mais le peuple la nomme Hraclenne 238". C'est le pays et la pierre qui reurent leur nom des Mages et non point les Mages qui furent nomms d'aprs le premier ou la seconde. Pline nous apprend que, chez les Romains, l'anneau nuptial tait magntis par les prtres avant la
235

Dans cette appellation nous pouvons dcouvrir le sens de certaine phrase embarrassante du Zend-Avesta : "le feu donne la connaissance de l'avenir, la science et l'aisance de parole" car il dveloppe une loquence extraordinaire chez certains sensitifs. Dunlap. Musah, His mysteries, p. III.

236 237

"Hercule tait connu comme le roi des Musiens", dit Schwab, II, 44 ; et Musien tait la fte "de l'Esprit et de la matire", Adonis et Vnus, Bacchus et Crs. (Voir Dunlap. Mystery of Adonis, p. 95.) Dunlap montre, sur l'autorit de Julien et d'Anthon (67) qu'Esculape "le Sauveur de tout" est identique Phta (l'Intelligent Crateur, la Sagesse Divine) et avec Apollon, Baal, Adonis et Hercule (ibid., p. 93) Phta est l' "Anima Mundi", l'Ame Universelle de Platon, le Saint-Esprit des Egyptiens et la Lumire astrale des Cabalistes. Cependant, Michelet considre l'Hercule grec comme un autre personnage, l'adversaire des orgies bachiques et des sacrifices humains qui les accompagnaient.
238

Platon. Ion (Burgess), vol. IV, p. 294.

crmonie. Les anciens historiens paens avaient soin de garder le silence sur certains Mystres des "sages" (Magi) et Pausanias dit qu'il fut averti dans un songe de ne pas rvler les rites sacrs du temple de Dmter et Persphone Athnes 239. La science moderne, aprs avoir vainement ni le magntisme animal, s'est vue force de l'accepter comme un fait. C'est, maintenant, reconnu comme une proprit de l'organisme humain et animal ; quant son influence psychologique et occulte, les Acadmies luttent contre elle, notre poque, avec plus d'acharnement que jamais. II faut d'autant plus le regretter et s'en tonner que les reprsentants des "sciences exactes" ne peuvent nous expliquer la mystrieuse et indiscutable puissance contenue dans un simple aimant, et ne nous offrent mme pas un semblant d'hypothse raisonnable. Nous commenons trouver des preuves quotidiennes montrant que cette force tait la base des mystres thurgiques ; peut-tre pourrait-on, expliquer ainsi les facults occultes des thaumaturges anciens et modernes de mme qu'un grand nombre de leurs exploits les plus tonnants. Tels furent les dons transmis par Jsus quelques-uns de ses disciples. Lorsqu'il oprait ses gurisons miraculeuses, le Nazaren sentait qu'un pouvoir manait de lui. Socrate, dans son dialogue avec Thags 240 lui parle de son dieu familier (son dmon), et du pouvoir qu'il avait de communiquer sa sagesse (celle de Socrate) ses disciples ou d'empcher les personnes avec lesquelles il frayait d'en profiter. A l'appui de ses paroles, Socrate cite l'exemple suivant : "Je vous dirai, Socrate (c'est Aristide qui parle) une chose incroyable. Mais, par les dieux ! Elle est vraie. J'ai eu grand profit te frquenter mme si je n'habitais que la mme maison sans tre dans la mme chambre. Le bnfice tait bien plus grand quand nous tions dans la mme chambre... surtout lorsque je te regardais... Mais o le profit tait le plus grand, c'est quand j'tais assis prs de toi et te touchais." [200] C'est le magntisme moderne, le mesmrisme de du Potet et d'autres matres. Lorsqu'ils ont soumis une personne leur influence fluidique, ils peuvent lui communiquer toutes leurs penses, mme distance et contraindre leur sujet, par une force irrsistible, obir leurs ordres mentaux. Mais combien mieux les anciens philosophes connaissaient-ils
239 240

Platon. Attic., I, XIV.

Platon. Thags. Cicron rend le mot par quiddam diuinum, quelque chose de divin, non quelque chose de personnel.

cette force psychique. Nous pouvons glaner des renseignements aux sources antiques. Pythagore enseignait ses disciples que Dieu est le Mental universel rpandu en toutes choses, que ce mental, par la seule vertu de son identit universelle, pouvait tre communiqu d'un objet un autre et qu'on pouvait lui faire crer toutes choses par la seule puissance de la volont humaine. Chez les anciens Grecs Kurios tait le Mental Dieu (N). "Or Koros (Kurios) signifie la nature pure et sans mlange de l'Intellect Sagesse", dit Platon 241. Kurios, c'est Mercure, la Sagesse Divine et "Mercure c'est Sol" (Soleil) 242 de qui Thaut-Herms reut cette divine sagesse qu' son tour il transmit au monde dans ses livres. Hercule est aussi le Soleil, l'entrept cleste du magntisme universel 243, ou, plutt, Hercule est la lumire magntique qui s'tant ouvert une voie, par "l'il ouvert du ciel" passe dans les rgions de notre plante et devient ainsi le "Crateur". Hercule traverse les douze travaux, le vaillant Titan ! Il est appel "le Pre de Tout", "n de lui-mme" (Autophns 244. Hercule, le Soleil est tu par le Diable, Typhon 245. Il en est de mme d'Osiris, pre et frre d'Horus et qui lui est aussi identique. Rappelons-nous que l'aimant tait appel "l'os d'Horus" et le fer "l'os de Typhon". On l'appelle Hercule Invictus mais seulement lorsqu'il descend au Hads 246 le jardin souterrain), cueille "les pommes d'or"de "l'arbre de vie", et tue le dragon. Le pouvoir Titanique brut, "doublure" de chaque dieu solaire, oppose sa force de matire aveugle l'esprit magntique divin qui s'efforce d'harmoniser [201] toutes choses dans la nature. Tous les dieux solaires avec leur symbole, le soleil visible, ne sont les crateurs que de la nature physique. La nature spirituelle est l'uvre du Dieu Trs-Haut,
241 242 243

Cratyle, p. 79. Arnobius, VI, XII.

Ainsi que nous le ferons voir dans les chapitres suivants le soleil n'tait pas considr par les anciens comme la cause directe de la lumire et de la chaleur, mais seulement comme un agent de cette cause, au travers duquel la lumire passait pour se diriger vers notre sphre. Aussi tait-il toujours nomm par les Egyptiens l' il d'Osiris qui lui-mme tait le Logos, le Premier-N, ou la lumire manifeste au monde, lumire "qui est le mental et le divin intellect du Cach". C'est seulement la lumire que nous connaissons qui est le Demiurge, le Crateur de notre plante et de tout ce qui s'y rapporte. Les dieux solaires n'ont rien faire avec les univers visibles ou invisibles sems dans 1'espace. L'ide est trs clairement exprime dans les "Livres d'Herms".
244 245 246

Orphic Hymn XII ; Hermann ; Dunlap. Musah His Mysteries, p. 91. Movers, 525. Dunlap. Mysteries of Adonis, 94.

Preller, II 153. Origine vidente du dogme chrtien : descente du Christ dans l'enfer et dfaite de Satan.

SOLEIL Cach, Central, Spirituel, et de son Demiurge le Mental Divin de Platon et la Divine Sagesse d'Herms Trismgiste 247, la sagesse manant d'Oulom ou Kronos. "Aprs la distribution du Feu pur, dans les Mystres de Samothrace, une vie nouvelle commenait 248". C'est cette "nouvelle naissance" que Jsus fait allusion dans sa conversation nocturne avec Nicodme. "Initis dans les plus sacrs de tous les Mystres, tant nous-mmes purs..., nous devenons justes et saints avec sagesse 249". "Il souffla sur eux et leur dit : "Recevez le SaintPneuma 250". Et ce simple acte de puissance de la volont suffisait pour communiquer le don de prophtie dans sa forme la plus noble et la plus parfaite si l'initiateur et l'initi en taient dignes". Railler ce don mme sous son aspect actuel, dit le Rv. J.-B. Gross, l'assimiler au rejeton corrompu, aux traces attardes d'un sicle d'ignorance et de superstition, le condamner d'emble, comme indigne de tout examen srieux, serait aussi injuste qu'antiphilosophique. Ecarter le voile qui drobe l'avenir nos yeux, on l'a tent tous les ges du monde. Aussi cette tendance fouiller dans les arcanes du temps, considre comme une des facults du mental humain, nous arrive avec encouragement sous la sanction de Dieu... Zwingli, le rformateur suisse, montrait la largeur de sa foi en la providence de l'Etre Suprme par sa doctrine sans exclusivit d'aprs laquelle le Saint-Esprit n'tait pas compltement exclu de la partie la plus mritante du monde paen. Admettant qu'il en soit ainsi, il nous serait difficile d'imaginer une raison plausible

247

Ce fait important explique admirablement le polythisme grossier des masses et la conception du Dieu Un, conception raffine et hautement philosophique, enseigne seulement dans les sanctuaires des temples "paens". Anthon. Cabeiria. Platon. Phdre, traduction Gary. Saint Jean, XX, 22.

248 249 250

pour contester un paen, favoris de la sorte, l'aptitude la vraie prophtie 251". Or quelle est cette substance mystique primordiale ? Dans le livre de la Gense, au commencement du premier chapitre, elle est dsigne par : "la surface des eaux" qu'on dit fconde par "l'Esprit de Dieu". Job, au chapitre XXVI, 5, dit que "les choses mortes sont formes de ce qui est sous les eaux et de leurs habitants". Dans le texte original, au lieu de "choses mortes", il est crit Rephaim morts (gants ou puissants hommes primitifs.) C'est d'eux que "l'Evolution" pourra, quelque jour, faire descendre [202] notre race actuelle. Dans la mythologie gyptienne, Kneph, le Dieu Eternel non rvl, est reprsent par un serpent, emblme de l'ternit, enroul autour d'une urne remplie d'eau au-dessus de laquelle il lve la tte pour la couver de son souffle. Dans ce cas, le serpent est l'Agathodaimon, le bon esprit ; dans son aspect oppos, il est le Kakodaimon, le mauvais esprit. Dans les Eddas Scandinaves, la rose de miel, nourriture des dieux et des abeilles d'Yggdrasill actives et cratrices, tombe pendant la nuit, alors que l'atmosphre est imprgne d'humidit. Dans les mythologies du Nord, en tant que principe passif de la cration, elle est le type de la cration de l'Univers, tir de l'eau. Cette rose est la lumire astrale dans une de ses combinaisons et elle possde des proprits cratrices aussi bien que destructrices. Dans la lgende Chaldenne de Brose, Onnes ou Dagon, l'homme poisson, instruisant le peuple, montre le monde enfant cr de l'eau et tous les tres issus de cette matire premire. Mose enseigne que la terre et l'eau peuvent seules produire une me vivante et nous lisons dans les Ecritures que les plantes ne pouvaient crotre avant que l'Eternel n'et fait pleuvoir sur la terre. Dans le PopolVuh Mexicain, l'homme est cr de la boue ou terre glaise tire de dessous l'eau. Brahma a cr Lomus, le grand Mouni (ou premier homme) assis sur sa feuille de lotus, mais seulement aprs avoir appel l'tre les esprits qui jouissaient ainsi, parmi les mortels, d'une priorit d'existence et il le forma d'eau, d'air et de terre. Les alchimistes prtendent que la terre primordiale ou pr-adamique, lorsqu'elle est rduite sa substance primitive, est, dans son deuxime stade de transformation, comme de l'eau claire, le premier degr tant l'alkahest 252 proprement dit. Cette substance primordiale est

251 252

Heathen Religion, 104.

Alkahest, mot que Paracelse employa le premier pour dsigner le menstruum ou dissolvant universel, celui qui est capable de rduire toutes choses.

dite contenir l'essence de tout ce qui contribue former l'homme. Elle n'a pas seulement tous les lments de son tre physique, mais mme "le souffle de vie" l'tat latent et tout prt s'veiller. Cela lui vient de "l'incubation" de l'Esprit de Dieu sur la surface des eaux, le chaos ; de fait, cette substance est le chaos lui-mme. De l Paracelse se disait capable de faire ses "homunculi" ; et voil pourquoi Thals, le grand philosophe naturel, soutenait que l'eau tait le principe de toutes choses dans la nature. Qu'est-ce que le Chaos primordial sinon l'ther ? L'ther moderne, non pas tel qu'il est admis par nos savants modernes, mais tel qu'il tait dfini par les anciens philosophes, longtemps avant Mose, l'Ether avec toutes ses proprits mystrieuses et occultes, contenant en lui-mme le germe de la cration universelle, [203] l'Ether, la vierge cleste, la mre spirituelle de toute forme et de tout tre, du sein de laquelle, aussitt qu'elle est couve par l'Esprit Divin, sont appeles l'existence la Matire et la Vie, la Force et l'Action. L'lectricit, le magntisme, la chaleur, la lumire et l'affinit chimique sont si peu compris encore que des faits nouveaux largissent constamment le cercle de notre savoir. Qui peut dire o finit la puissance de ce gant proten, l'Ether ; ou nous faire connatre sa mystrieuse origine ? En posant cette question, nous avons en vue ceux qui nient l'esprit qui travaille dans l'Ether et en fait voluer toutes les formes visibles ? Il est facile de prouver que les lgendes cosmogoniques rpandues dans le monde entier sont fondes sur les connaissances que les anciens avaient de ces sciences qui aujourd'hui se sont allies pour appuyer la doctrine de l'volution ; de nouvelles recherches prouveront peut-tre qu'ils taient bien mieux au courant de l'volution qu'on ne l'est aujourd'hui, au double point de vue physique et spirituel. Pour les philosophes anciens, l'volution tait un thorme universel, une doctrine d'ensemble, un principe bien tabli : nos volutionnistes modernes ne peuvent, en somme, nous offrir que des thories spculatives avec des thormes limits des particularits quand ils ne sont pas compltement ngatifs. C'est en vain que les reprsentants de notre sagesse moderne cherchent clore le dbat et prtendent que la question est rgle, uniquement parce que l'obscure phrasologie du rcit mosaque se heurte l'exgse prcise de la "science exacte." Un fait, au moins, est dmontr : il n'est point de fragment cosmogonique, quelque nation qu'il appartienne, qui, par son allgorie universelle de l'eau et de l'esprit planant sur elle, n'apporte la preuve que,

pas plus que nos physiciens modernes, aucune cosmogonie n'a jamais prtendu faire sortir l'univers du nant. Toutes les lgendes dbutent par cette priode o les vapeurs naissantes et l'obscurit cimmrienne planent au-dessus d'une masse fluidique prte commencer le voyage au premier souffle de Celui qui est le Non Rvl. Toutes Le sentent si elles ne Le voient pas. Leurs intuitions spirituelles n'taient point aussi obscurcies que les ntres le sont aujourd'hui par les sophismes subtils des sicles qui ont prcd le ntre. Si les anciens parlaient moins de l'poque silurienne se dveloppant lentement et se transformant en poque mammalienne, et, si la priode Cenozoque est seulement indique dans quelques allgories relatives l'homme primitif, l'Adam de notre race, cela ne prouve pas que leurs "sages" et matres ne connussent point aussi bien que nous ces priodes et leur succession. Au temps de Dmocrite et d'Aristote le Cycle tait dj entr dans la courbe descendante de sa marche. [204] Si ces deux philosophes ont si bien su discuter la thorie atomique et suivre l'atome jusqu' son point de dpart physique ou matriel, leurs devanciers peuvent tre alls encore plus loin et reculer la gense bien audel de la limite o Tyndall et d'autres semblent clous sur place, n'osant pas franchir la ligne qui les spare de "l'Incomprhensible". Les arts perdus prouvent surabondamment que les dcouvertes des anciens en physiographie sont aujourd'hui mis en doute cause des crits peu satisfaisants de leurs physiciens et de leurs naturalistes ; Par contre, leur connaissance pratique de la phytochimie et de la minralogie dpassait la ntre et de beaucoup. En outre, ils pouvaient connatre parfaitement l'histoire physique de notre globe sans communiquer leur savoir aux masses ignorantes dans cette priode des mythes religieux. Ce n'est donc point uniquement des livres mosaques que nous entendons tirer la preuve de notre argumentation ultrieure. Les anciens Juifs avaient puis toutes leurs connaissances, religieuses et profanes, chez les peuples auxquels ils avaient t mls ds les ges les plus reculs. Mme la plus ancienne de toutes les sciences, leur "doctrine secrte" cabalistique peut tre suivie dans chacun de ses dtails jusqu' la source primitive, c'est--dire la Haute-Inde ou le Turkestan, longtemps avant l'poque o les nations Aryenne et Smitique se sont spares. Le roi Salomon, rest fameux pour son savoir magique tenait ses connaissances

secrtes de l'Inde par Hiram, roi d'Ophir, et peut-tre de Saba 253. Son anneau, gnralement connus sous le nom de "sceau de Salomon", si clbre pour son pouvoir sur les divers gnies et dmons, d'aprs toutes les lgendes populaires, est galement d'origine Hindoue. Le Rvrend Samuel Mateer, de la Socit des missions de Londres, dclare tre en possession d'un volume manuscrit trs ancien traitant d'incantations magiques et de sortilges en langage Malaylim et donnant des indications pour produire une grande varit de phnomnes. Cette mention se trouve dans un crit o le Rvrend traite des prtentions et de l'habilet abominable des "adorateurs du diable" Travancore. Comme de raison, il ajoute que "parmi ces incantations, beaucoup sont effrayantes de malignit et d'obscnit". II donne dans son travail le fac-simil de quelques amulettes portant des figures magiques et des dessins. Dans le nombre nous en trouvons un avec la lgende suivante : "Pour faire disparatre le tremblement qui rsulte de la possession dmoniaque, tracez cette figure sur une plante ayant un jus laiteux et traversez l d'un clou : le tremblement cessera. 254" [205] Cette figure reprsente le sceau exact de Salomon ou le double triangle des Cabalistes. Les Hindous l'ont-ils pris du Cabaliste juif ou ce dernier de l'Inde, par hritage de son roi, le grand Cabaliste, le sage Salomon ? 255
253 254 255

Josphe. Antiquits vol. VIII, c. 2, 5. The Land of Charity, p. 210.

Certains "adeptes" ne sont point d'accord avec les disciples de la pure Cabale Juive. Ils disent que la "doctrine secrte" est originaire de l'Inde d'o elle fut apporte en Chalde et d'o elle passa postrieurement aux mains des "Tanam" Hbreux. Ces prtentions sont singulirement corrobores par les recherches des missionnaires chrtiens. Sans l'avoir voulu, ces pieux et savants voyageurs sont venus notre aide. Le Dr Caldwell dans sa Grammaire compare des langues dravidiennes, p. 66 et le Dr Mateer, dans sa Land of Charity, p. 83, confirment pleinement nos assertions savoir que le "sage" roi Salomon avait puis toutes ses connaissances cabalistiques dans l'Inde comme le montre bien la figure magique ci-dessus reproduite. Le baobab, n'est pas, semble-t-il, un arbre originaire de l'Inde mais appartient au sol d'Afrique. On le trouve seulement dans plusieurs anciens centres de commerce tranger ( Travancore). Or le Dr Caldwell, missionnaire, se propose de prouver que des spcimens trs anciens de cet arbre norme pourraient bien "pour autant que nous sachions, ajoute-t-il, avoir t introduits dans l'Inde et plants par des serviteurs du roi Salomon". La seconde preuve est plus concluante encore. Le Dr Mateer, dans son chapitre sur l'histoire naturelle de Travancore, dit : "Il y a un fait curieux relatif au nom de cet oiseau (le paon), fait qui jette un certain jour sur l'histoire des Ecritures. Le roi Salomon envoya sa flotte Tharsis d'o elle revint trois ans aprs, rapportant de l'or, de l'argent, de l'ivoire, des singes et des paons (Les Rois, X, 22). Le mot employ par la Bible pour dsigner le paon et le mot tukki. Comme naturellement, les Juifs n'avaient point de mot pour dsigner le paon, avant qu'il et t import en Jude par le roi Salomon, il n'est pas douteux que ce mot tukki est simplement le vieux mot Tamil toki, qui dsigne le paon. Le singe est galement appel, en hbreu, Koph : le mot indien est Kaphi : Nous avons vu que l'ivoire est abondant dans l'Inde mridionale. L'or est trs commun dans les rivires de la Cte

Mais laissons cette discussion oiseuse pour continuer notre tude plus intressante, sur la lumire astrale et ses proprits inconnues. [206] En admettant, donc, que cet agent mythique est l'Ether, examinons ce que la science sait son sujet. Relativement aux divers effets des diffrents rayons solaires, Robert Hunt, F.R.S., dans ses Researches on Light in its chemical Relations, fait les rflexions suivantes : "Les rayons qui donnent le plus de lumire, les rayons jaunes et orangs, ne produisent aucun changement de couleur dans le chlorure d'argent, "tandis que" les rayons qui ont le moins de pouvoir clairant, les bleus et les violets, produisent le plus grand changement et dans un temps extrmement court... Les verres jaunes arrtent peine n'importe quelle lumire, les verres bleus, au contraire, peuvent tre foncs au point de n'en laisser filtrer que trs peu". Et nous voyons, cependant, sous l'action des rayons bleus la vie animale et vgtale se dvelopper d'une faon dsordonne tandis que, sous l'action des rayons jaunes, elle est proportionnellement arrte. On ne peut expliquer cela d'une manire satisfaisante si ce n'est par l'hypothse que les vies animale et vgtale sont des phnomnes lectromagntiques
Occidentale. Par consquent, le pays de Tharsis dont il s'agit tait, indubitablement, la Cte Occidentale de l'Inde et les navires de Salomon taient des navires qui faisaient le voyage des Indes". Nous pouvons de ces faits tirer encore une conclusion ; outre "l'or, l'argent, les singes et les paons", le roi Salomon et son ami Hiram, si clbres en la Franc-Maonnerie, obtinrent leur "magie" et leur "sagesse" de l'Inde.

diffremment modifis mais dont les principes fondamentaux sont encore inconnus. M. Hunt estime que la thorie ondulatoire n'explique pas les rsultats de ses expriences. Sir David Brewster, dans son Trait d'optique montre que "les couleurs de la vie vgtale proviennent... d'une attraction spcifique que les particules de ces corps exercent sur les diffrents rayons lumineux". "C'est, dit-il, par la lumire du soleil que les sucs colors des plantes sont labors, que les couleurs des corps sont modifies..., etc... ) Il remarque "qu'il est difficile d'admettre que ces effets soient produits par la simple vibration d'un milieu thr". Alors, dit-il, il se voit forc "par des faits de cet ordre, de raisonner comme si la lumire tait matrielle. (?)" Le professeur Josias P. Cooke de l'Universit d'Harward, dit qu'il ne "peut tre d'accord avec ceux qui considrent la thorie des ondes lumineuses comme un principe scientifiquement tabli 256." La doctrine d'Herschell, veut que l'intensit de la lumire, par suite de chaque ondulation "soit en raison inverse du carr de la distance du corps lumineux". Si elle est exacte, elle porte une grave atteinte, pour ne pas dire le coup mortel la thorie ondulatoire. Les expriences ritres l'aide de photomtres, ont prouv qu'il avait raison mais, bien qu'un doute trs accentu commence percer, la thorie ondulatoire est encore debout. Puisque le gnral Pleasanton, de Philadelphie, a entrepris de combattre cette hypothse antipythagoricienne et qu'il y a [207] consacr tout un volume, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur son rcent ouvrage sur le Rayon bleu, etc... Nous laissons la thorie de Thomas Young qui, d'aprs Tyndall, "a plac la thorie ondulatoire de la lumire sur une base inbranlable", soutenir sa thse, si elle le peut, avec l'exprimentateur de Philadelphie. Eliphas Lvi, le magicien moderne, dcrit la lumire astrale dans la phrase suivante : "Nous avons dit que, pour acqurir la puissance magique, deux choses sont ncessaires : dgager sa volont de toute servitude et l'exercer en la contrlant." "La volont souveraine est reprsente dans nos symboles par la femme qui crase la tte du serpent et par l'ange radieux qui terrasse le dragon qu'il tient sous
256

Cooke. New Chemistry, p. 22.

son pied et sous son glaive. Le grand agent magique, le double courant de lumire, le feu vivant et astral de la terre a t reprsent, dans les anciennes thogonies, par le serpent tte de taureau, de blier ou de chien. C'est le double serpent du Caduce, c'est le vieux serpent de la Gense, mais c'est aussi le Serpent d'airain de Mose, enroul autour du tau, c'est--dire le lingha gnrateur. C'est aussi le bouc des sorcires du Sabbat et le Baphomet des Templiers, c'est le Hyl des gnostiques, c'est la double queue du serpent qui forme les pattes du coq solaire de l'abraxas et, enfin, c'est le Diable de M. Eudes de Mirville. Mais c'est rellement la force aveugle que les mes doivent conqurir pour se librer ellesmmes des liens de la terre car si leur volont ne les dlivre pas "de cette fatale attraction, elles seront entranes dans le courant par la force qui les a produites et elles retourneront au feu central et ternel." Cette image en langue cabalistique, malgr son trange phrasologie, est prcisment celle qu'employa Jsus dont la pense ne pouvait avoir qu'une signification possible : celle que lui attriburent les Gnostiques et les Cabalistes. Plus tard, les thologiens chrtiens l'ont interprte diffremment et, pour eux, elle est devenue la doctrine de l'Enfer. Mais littralement elle veut dire tout simplement ce qu'elle dit la lumire astrale, le gnrateur et destructeur de toutes formes. "Toutes les oprations magiques, continue Lvi, ont pour but de nous librer des treintes de l'Ancien Serpent ; nous visons ensuite lui mettre le pied sur la tte et le faire agir selon la volont de l'oprateur. Dans le mythe vanglique, le Serpent dit : "Je te donnerai tous les royaumes de la terre si tu veux te prosterner et m'adorer." L'initi devra lui rpondre : "Je ne m'agenouillerai point mais, toi, tu te prosterneras mes pieds ; tu ne me donneras rien mais je me servirai de toi et je prendrai ce que je voudrai. Car je suis ton matre et ton Seigneur !" Tel [208] est le vrai sens de la rponse ambigu faite par Jsus au tentateur... Le Diable n'est donc pas une Entit, c'est une force vagabonde, comme son nom l'indique. Un courant odique ou magntique, form par une chane (un cercle) de volonts pernicieuses, doit crer ce mauvais esprit que l'vangile nomme Lgion et qui force un troupeau de pourceaux se jeter dans la mer. Encore une allgorie vanglique montrant combien les natures basses et

viles peuvent tre entranes par les forces aveugles que l'erreur et le pch mettent en mouvement." 257 Dans son important ouvrage sur les manifestations mystiques de la nature humaine, le naturaliste et philosophe allemand Maximilien Perty, a consacr un chapitre entier aux formes Modernes de la Magie. Nous lisons dans sa prface : "Les manifestations de la vie magique reposent, en partie, sur un ordre de choses tout autre que celui de la nature avec lequel nous sommes familiers, et qui comporte les ides de temps, d'espace et de causalit. Les possibilits d'exprimentation sont faibles, les manifestations en effet, ne peuvent tre provoques volont ; on ne peut que les suivre et les tudier avec soin partout o elles ont lieu en notre prsence. Nous ne pouvons que les grouper par analogie sous certaines rubriques distinctes pour tre mieux mme d'en dduire les principes gnraux et les lois". Ainsi, pour le professeur Perty, qui appartient videmment l'cole de Schopenhauer, la possibilit et le caractre naturel des phnomnes qui ont eu lieu en prsence de Kavindasami, le fakir, et qui sont dcrits par l'Orientaliste Louis Jacolliot, sont pleinement dmontrs de ce fait. Le fakir tait un homme qui, grce l'entier assujettissement de la matire de son organisme corporel avait atteint cet tat de purification dans lequel l'esprit est presque entirement libr de sa prison 258, et peut produire des merveilles. Sa volont, que dis-je, un simple dsir de sa part devient une force cratrice, et il peut commander aux lments et aux puissances de la nature. Son corps n'est plus un obstacle pour lui ; aussi peut-il converser "d'esprit esprit, de souffle souffle". Sous ses mains tendues, une graine qu'il n'a jamais vue germera instantanment pntrera dans le sol et ses bourgeons sortiront. Cette graine, Jacolliot l'avait prise au hasard dans un sac, parmi beaucoup d'autres d'une grande varit, il l'avait seme lui-mme, dans un pot, aprs l'avoir marque. Se [209] dveloppant en moins de deux heures, la plante acquit une grosseur et une taille qui, dans des circonstances ordinaires, eussent exig des semaines et des mois. Elle poussa, miraculeusement,
257 258

Eliphas Lvi. Dogme et Rituel de la Haute Magie.

Platon fait allusion une crmonie pratique dans les Mystres au cours de cette crmonie, on enseignait aux nophytes que les hommes sont dans cette vie, dans une sorte de prison et enseignait comment s'en vader temporairement. Comme d'habitude, les traducteurs trop rudits ont dfigur ce passage : en partie, parce qu'ils ne pouvaient pas le comprendre, en partie parce qu'ils ne le voulaient pas. Voyez Phdon, 16, avec les commentaires d'Henry More, le philosophe mystique et platonicien bien connu.

vue d'il, sous les regards des spectateurs bahis et bouleversa toutes les formules acceptes en Botanique. Est-ce un miracle ? En aucune faon. S'en est un, peut-tre la rigueur, si nous acceptons cette dfinition de Webster : un miracle est "tout vnement contraire la constitution et la marche tablies des choses une dviation des lois connues de la nature". Mais nos naturalistes sont-ils prts dmontrer que ce qu'ils ont une fois tabli, d'aprs l'observation, est infaillible ? Ou bien peuvent-ils prouver que toutes les lois de la nature leur sont connues ? Dans le cas prsent, le "miracle" est peine plus marqu que les expriences bien connues du gnral Pleasanton de Philadelphie. Tandis que la vgtation et la maturit de ses vignes taient actives d'une manire incroyable par la lumire violette artificielle, le fluide magntique man des mains du fakir produisait des changements encore plus rapides et plus intenses dans les fonctions vitales des plantes Indiennes. Il ne faisait qu'attirer et condenser l'Akasa ou principe vital sur le germe. 259 Son magntisme, obissant sa volont attirait l'Akasa, en un courant concentr qui traversait la plante dans la direction de ses mains. Ainsi s'tablissait un courant ininterrompu pendant le temps ncessaire. Son action contraignait le principe vital de la plante construire cellule aprs cellule, couche aprs couche, avec une rapidit de maturation extraordinaire, jusqu' ce que l'uvre soit termine. Le principe vital n'est qu'une force aveugle qui obit une influence qui la domine. Dans le cours ordinaire de la nature, le [210] protoplasme de la plante l'et concentre et guide, mais une vitesse normale. Cette vitesse est rgle par les conditions atmosphriques : elle s'accrot ou se ralentit proportionnellement au degr de lumire, de chaleur et d'humidit de la saison. Mais, le fakir, venant en aide la nature, avec sa puissante volont
Akasa est un mot sanscrit qui veut dire firmament, mais qui dsigne aussi le principe impondrable et intangible de vie : ces lumires astrale et cleste qui combines forment toutes deux, l'anima mundi. Elles constituent l'me et l'esprit de l'homme, la lumire cleste formant son Nu, u, ou esprit divin tandis que la lumire astrale forme sa u, me ou esprit astral. Les particules les plus grossires de cette dernire entrent dans la composition de sa forme extrieure, son corps. Akasa est le mystrieux fluide nomm par la science scholastique : "l'ther qui pntre tout". Il agit dans toutes les oprations magiques de la nature, produit les phnomnes mesmriques, magntiques et spirituels. As, en Syrie, en Palestine et dans l'Inde signifie en mme temps, le ciel, la vie et le soleil qui tait considr par les anciens sages comme le grand rservoir magntique de notre univers. La prononciation adoucie de ce mot tait Ah, dit Dunlap, "car l's se transforme continuellement en h de la Grce Calcutta". Ah c'est Iah, Ao et lao. Dieu dit Mose que son nom est Je suis (Ahiah), c'est un simple doublement de Ah ou Jah. Le mot As, Ah ou lah signifie : Vie, existence : c'est, videmment, la racine du mot Akasa prononc Ahasa en Indoustan : Le principe de vie ou le fluide divin donnant la vie. C'est le mot hbreu zuah qui veut dire le "vent", le "souffle", l'air en mouvement ou "l'esprit mouvant", suivant le Lexicon de Parkhurst. C'est bien ce mme "Esprit de Dieu qui se mouvait la surface des eaux."
259

et son esprit purifi du contact de la matire 260, condense, pour ainsi dire, l'essence de la vie de la plante dans son germe et la force mrir longtemps avant son heure. Cette force aveugle, entirement subjugue et soumise sa volont, lui obit. S'il lui plat que cette plante soit un monstre, elle le deviendra aussi srement qu'elle crot d'une faon normale en temps ordinaire. En effet, l'image concrte, esclave du modle subjectif esquiss dans l'imagination du fakir est force de suivre l'original jusque dans ses moindres dtails : De mme la main et la brosse du peintre suivent fidlement l'image qu'ils copient dans son mental. La volont du fakir magicien donne la plante une matrice invisible mais parfaitement objective dans laquelle la matire vgtale est amene se dposer et prendre la forme voulue. La volont cre ; car la volont en mouvement est une force et la force produit la matire. On pourrait objecter que le fakir tait incapable de crer dans son imagination le modle de la plante, Jacolliot l'ayant laiss dans l'ignorance de la semence choisie pour l'exprience. Nous rpondrons que l'esprit de l'homme, comme celui de son Crateur, est omniscient par essence. A l'tat normal, le fakir ne pouvait savoir et ne savait pas si la graine tait celle d'un melon ou de toute autre plante. Mais, une fois en transe, c'est--dire mort corporellement, toute perception extrieure, l'esprit pour lequel il n'existe ni obstacle matriel ni distance, ni temps, n'prouve aucune difficult voir la graine dpose dans la terre du pot ou rflchie fidlement dans le cerveau de Jacolliot. Nos visions, nos prsages, et autres phnomnes psychologiques qui, tous existent dans la nature, corroborent ce fait. Nous ferons peut-tre bien de rpondre maintenant une objection possible. Les jongleurs Indiens, nous dit-on, font la mme chose et aussi bien que le fakir, s'il faut en croire les journaux [211] et les rcits des voyageurs. Cela ne fait pas de doute et cependant ces jongleurs errants ne sont ni purs dans leur manire de vivre ni considrs comme des saints soit
260

Kavindasami, il faut se le rappeler, avait fait jurer Jacolliot de ne pas s'approcher de lui, de ne pas le toucher aussi longtemps que durerait sa transe. Le moindre contact avec la matire aurait paralys l'action de l'esprit libr qui, s'il est permis d'employer une comparaison aussi prosaque, serait rentr chez lui, comme un limaon effarouch rentre les cornes l'approche de toute substance trangre. Dans certains cas, quand survient une brusque interruption de cette nature, l'infiltration en retour de l'esprit a lieu, parfois, si soudainement qu'elle brise compltement le fil dlicat qui l'unit au corps. Le sujet en transe pourrait succomber. Voir, sur cette question, les nombreux ouvrages du Baron du Potet et de Puysgur.

par les trangers soit par leurs concitoyens. D'ordinaire les indignes les CRAIGNENT et les mprisent car ce sont des sorciers, des hommes pratiquant l'art noir. Alors qu'un saint homme comme Kavindasami n'a pour l'aider que son me divine, troitement unie avec l'esprit astral, et quelques pitris familiers (tre purs, thrs, qui se groupent autour de leur frre d'lection incarn), le sorcier ne peut appeler son aide que cette classe d'esprits que nous appelons des lmentals. Les semblables s'attirent : l'appt de l'argent, des desseins impurs, les vues gostes ne peuvent attirer d'autres esprits que ceux bien connus des Cabalistes Hbreux sous le nom de Klippoth, habitants d'Asiah, le quatrime monde. Les magiciens d'Orient les appellent afrits, ou esprits lmentaires de l'erreur, ou deus. Voici comment un journal anglais dcrit le tour tonnant de la croissance des plantes tel qu'il est excut par les jongleurs Indiens. "Un pot de fleurs vide fut alors plac sur le sol par le jongleur. II demanda qu'on permt ses camarades de lui apporter un peu de terreau provenant d'un petit parterre voisin. La permission accorde, un homme partit et, deux minutes aprs, revint avec une petite quantit de terre frache serre dans un morceau de tissu. Cette terre fut dpose dans le pot de fleurs et lgrement tasse. Prenant alors dans sa corbeille un noyau sec de mangue, il le fit passer tous les assistants pour leur permettre de l'examiner et de constater qu'il tait bien ce qu'il paraissait tre. Le jongleur enleva un peu de la terre du pot, mit le noyau dans le trou ainsi pratiqu, le recouvrit de terre et, aprs l'avoir lgrement arros, il cacha le pot tous les regards en le recouvrant d'un linge maintenu par une petite tringle. Les voix des oprateurs s'levrent en chur, les tambourins roulrent et la graine germa. Un moment vint o le voile soulev de ct laissa voir un bourgeon form de deux longues feuilles d'un brun fonc. Le linge fut replac et l'incantation recommena. Peu de temps aprs, il fut soulev pour la seconde fois et l'on put voir que les deux feuilles primitives avaient fait place plusieurs autres de teinte verte et que la plante avait maintenant de neuf dix pouces de hauteur. Une troisime fois, le feuillage fut plus pais et la tige s'leva

une hauteur de quatorze pouces. Lorsque le voile fut soulev pour la quatrime fois, l'arbre en miniature mesurait environ dix huit pouces de hauteur et dix douze mangues, de la grosseur d'une noix, pendaient ses branches. Enfin, aprs un nouveau dlai de trois ou quatre minutes, la toile fut entirement enleve et les fruits [212] ayant atteint leur volume parfait, sinon leur maturit, furent cueillis et passs aux spectateurs qui, les ayant gots, dclarrent qu'ils taient presque mrs car ils taient dj sucrs." Nous pouvons ajouter que nous fmes personnellement tmoin de cette exprience en Inde et au Tibet. Plus d'une fois, nous avons fourni nous-mme le rcipient en vidant une vieille bote d'extrait Liebig. Nous le remplissions de terre, de nos propres mains, et nous y plantions une petite racine que nous remettait le faiseur de tours. Jusqu' la fin de l'exprience, nous ne quittions pas des yeux le rcipient qui tait plac dans notre chambre. Toujours le rsultat fut semblable celui ci-dessus dcrit. Imagine-t-on qu'un prestidigitateur serait capable d'excuter ce tour dans des conditions analogues ? Le savant Orioli, membre correspondant de l'Institut de France, cite un grand nombre d'exemples montrant les merveilleux effets obtenus par la puissance de la volont agissant sur l'invisible Prote des mesmristes. "J'ai vu, dit-il, des personnes qui, en prononant simplement certains mots, arrtaient net des taureaux furieux, des chevaux lancs fond de train et des flches lances dans les airs". Thomas Bartholini l'affirme galement. Le baron du Potet crit : "Lorsque sur le parquet avec de la craie ou du charbon, je trace une certaine figure..., un feu, une lumire s'y fixe..., bientt il attire lui l'tre qui s'en approche ; Il le dtient et le fascine, et c'est inutilement qu'il essaye de franchir la ligne ; Une puissance magique l'oblige rester immobile. Au bout de quelques instants il succombe, clatant en sanglots. La cause n'est pas en moi, elle est dans ce signe entirement cabalistique. C'est en vain que vous emploieriez la violence." 261

261

La magie dvoile, p. 147.

Au cours d'une srie d'expriences remarquables faites par Regazzoni Paris, en prsence de certains mdecins franais bien connus, le 18 mai 1856, une runion eut lieu le soir. Regazzoni, avec son doigt, traa une ligne cabalistique imaginaire sur le parquet sur laquelle il fit quelques passes rapides. Il avait t convenu que des sujets magntiques, choisis par les investigateurs et le comit form pour ces expriences, sujets trangers, tous, Regazzoni, seraient amens les yeux bands dans la pice ; ils seraient conduits vers cette ligne, sans qu'un mot soit prononc qui puisse leur indiquer ce qu'on attendait d'eux. Les sujets avancrent sans se douter de rien, jusqu' la barrire invisible et l, "comme si leurs pieds eussent t subitement paralyss et rivs au sol, ils restrent immobiles sur le parquet, tandis que leur [213] corps, entran par l'lan de la marche, tombait en avant. La rigidit instantane de leurs jambes tait celle d'un cadavre et leurs talons taient clous, avec une prcision mathmatique, sur la ligne fatale !" 262 Dans une autre exprience, on convint qu'au signal donn par un des mdecins, un simple regard, la jeune fille servant de sujet, dont les yeux taient bands, serait jete terre et comme frappe par la foudre en raison du fluide magntique mis par la volont de Regazzoni. Elle fut place une certaine distance du magntiseur, le signal fut donn et, instantanment, le sujet fut prcipit terre, sans qu'un mot et t prononc ni un geste bauch. Involontairement, un des spectateurs avana la main pour la retenir dans sa chute. Mais Regazzoni, d'une voix de stentor lui cria : "Ne la touchez pas, laissez-la tomber ; jamais un sujet magntis ne se blesse en tombant." Des Mousseaux qui raconte le fait dit que "le marbre n'est pas plus rigide que ne l'tait le corps du sujet. Sa tte ne porta pas sur le parquet, un de ses bras resta lev en l'air, une de ses, jambes tait redresse tandis que l'autre tait horizontale. Elle resta dans cette position incommode pendant un temps indfini. Moins rigide est une statue de bronze." 263 Tous les rsultats annoncs dans les confrences publiques sur le magntisme taient obtenus d'une manire parfaite par Regazzoni et toujours sans qu'un seul mot rvlt ce que le sujet devait faire. Par un acte silencieux de sa volont, il produisait les effets les plus surprenants sur le
262 263

Magie au XIXme sicle, p. 268. Ibid.

systme physique de personnes qui lui taient totalement inconnues. Des indications murmures son oreille par des membres du comit d'enqute taient immdiatement excutes par les sujets dont les oreilles taient bouches avec du coton et les yeux bands. Bien plus, dans certains cas, il n'tait pas ncessaire d'exprimer ce qu'on dsirait au magntiseur, car les injonctions mentales taient excutes avec une parfaite fidlit. Des expriences d'un caractre analogue furent faites par Regazzoni, en Angleterre, sur des sujets qu'on lui amenait et qu'on plaait une distance de trois cents pas. La Jettatura ou mauvais il n'est autre chose que l'mission de ce fluide invisible, charg de mauvais vouloir ou de haine, d'une personne une autre, et lanc avec l'intention de nuire. Il peut tre galement employ pour le bien ou pour le mal. Dans le premier cas, c'est de la magie ; dans le second, de la sorcellerie. Qu'est-ce que la VOLONT ? La "science exacte" peut-elle le dire ? Quelle est la nature de cette force intelligente, intangible et [214] puissante qui rgne en souveraine sur toute la matire inerte ? La grande Ide Universelle voulut et le cosmos prit naissance. Je veux et mes membres obissent. Je veux et ma pense, franchissant l'espace qui n'existe pas pour elle, enveloppe le corps d'un autre individu qui ne fait point partie de moimme, pntre par tous ses pores et, dominant ses facults, si elles sont plus faibles, le force accomplir un acte dtermin. Elle agit comme le fluide d'une batterie galvanique sur les membres d'un cadavre. Les effets mystrieux de l'attraction et de la rpulsion sont les agents inconscients de cette volont ; la fascination telle qu'elle est exerce par certains animaux, par les serpents sur les oiseaux, notamment, en est une action consciente et le rsultat de la pense. La cire cacheter, le verre et l'ambre, lorsqu'on les frotte, c'est--dire lorsqu'on excite en eux la chaleur latente existant dans chaque substance, attirent des corps lgers : ils exercent une volont inconsciente, car la matire inorganique aussi bien que la matire organique possde en elle une parcelle de la divine essence, si infinitsimalement petite soit-elle. Et comment pourrait-il en tre autrement ? Bien qu'au cours de son volution elle puisse avoir pass, du commencement la fin, par des millions de formes diverses, elle doit toujours conserver son point germinal de cette matire prexistante qui est la premire manifestation et l'manation de la divinit elle-mme. Qu'est alors cet inexplicable pouvoir d'attraction, sinon une portion atomique de cette essence que les savants et les cabalistes s'accordent

reconnatre pour le "principe de la vie", l'akasa ? Admettons que l'attraction exerce par ces corps soit aveugle ; plus nous nous levons sur l'chelle des tres organiss de la nature, plus nous voyons que ce principe de vie dveloppe des attributs et des facults qui deviennent de plus en plus dtermins et marqus, chaque chelon de cette chelle infinie. L'homme, le plus parfait des tres organiss, ici-bas, l'homme chez qui la matire et l'esprit c'est--dire la volont sont les plus dvelopps et puissants, est le seul auquel il soit donn d'imprimer unie impulsion consciente ce principe qui mane de lui. Seul, il est capable de communiquer au fluide magntique des impulsions opposes et diverses, sans limite aucune, quant la direction." Il veut, dit du Potet, et la matire organise obit. Elle n'a pas de ples." Le Dr Brierre de Boismont, dans son volume sur les Hallucinations, passe en revue une grande quantit de visions, d'apparitions, d'extases, gnralement considres comme hallucinations. "Nous ne pouvons nier, dit-il, que dans certaines affections morbides, nous constatons une grande surexcitation de la sensibilit qui prte aux sens une prodigieuse acuit de perception. Ainsi, [215] quelques rares individus voient des distances considrables, d'autres annonceront l'approche d'une personne qui est rellement en route, bien que les personnes prsentes ne la voient ni ne l'entendent venir." 264 Un patient lucide, couch dans son lit, annonce l'arrive d'une personne qu'il ne peut voir qu' l'aide de la vision transmurale et cette facult Brierre de Boismont l'appelle hallucination. Dans notre ignorance, nous avions navement suppos, jusqu' prsent, qu'il fallait qu'une vision ft subjective pour qu'on pt raisonnablement la qualifier d'hallucination. Elle ne doit avoir d'existence que dans le cerveau dlirant du malade. Mais si ce dernier annonce la visite d'une personne se trouvant des milles de distance et si cette personne arrive au moment prcis annonc par le voyant, dans ce cas, la vision n'est plus subjective ; elle est, au contraire, parfaitement objective puisqu'il a vu la personne dans l'action de venir. Et comment le malade pourrait-il voir travers des corps solides et travers l'espace un objet tout fait hors de porte pour notre vue mortelle, s'il ne

Brierre de Boismont. Des Hallucinations ou Histoire raisonne des apparitions, des songes, des visions, de l'extase, du magntisme, 1845, p. 301 (Edition franaise). Voir aussi Fairfield. Ten years among the Mediums.

264

faisait usage, en cette circonstance, de ses yeux spirituels ? Est-ce une concidence ? Cabanis parle de certains dsordres nerveux dans lesquels les patients distinguent, l'il nu, des infusoires et d'autres tres microscopiques que d'autres personnes ne pourraient apercevoir qu'avec de puissantes lentilles : "J'ai rencontr, dit-il, des sujets qui voyaient dans une obscurit cimmrienne aussi bien que dans une pice bien claire..., d'autres qui suivaient, comme les chiens, des personnes la trace et qui, par l'odorat, reconnaissaient des objets leur appartenant ou qui n'avaient t que touchs par elles. Ils faisaient preuve d'un flair constat, jusqu'ici, uniquement chez les animaux." 265 C'est ainsi parce que la raison, Cabanis le reconnat, ne se dveloppe qu'aux dpens de l'instinct naturel. C'est une muraille de Chine s'levant peu peu sur le terrain du sophisme, qui finit par fermer les perceptions spirituelles de l'homme dont l'instinct est un exemple des plus importants. Arriv un certain degr de prostration physique, lorsque l'esprit et les facults raisonnantes sont paralyss par l'puisement du corps, l'instinct, cette unit spirituelle des cinq sens, voit, entend, touche, gote et sent sans tre gn par le temps ni l'espace. Que connaissons-nous des limites exactes de l'action mentale ? Comment un mdecin peut-il prendre sur lui de distinguer le sens imaginaire des sens rels, [216] chez un homme qui vit d'une vie spirituelle, dans un corps tellement priv de sa vitalit usuelle qu'il est incapable d'empcher son me de s'chapper de sa prison ? La lumire divine, l'aide de laquelle, n'tant plus borne par la matire, l'me a la perception des choses passes, prsentes et futures, comme si elles se refltaient dans une glace ; le coup mortel port dans un moment de violente colre ou dans le paroxysme d'une haine longtemps inassouvie ; la bndiction d'un cur reconnaissant ou bienveillant et la maldiction lance contre un tre, coupable ou victime ; tout doit passer par cet agent universel qui, sous l'une de ces impulsions, est le souffle de Dieu et, sous l'autre, le venin du diable. Il a t dcouvert (?) Par le baron Reichenbach et appel OD, intentionnellement ou non, nous l'ignorons. Mais il est singulier que le nom choisi soit prcisment, un nom mentionn dans les livres les plus anciens de la Cabale.
Cabanis. Septime mmoire : De l'Influence des maladies sur la Formation des Ides, etc... Un respectable snateur de l'Etat de New-York possde cette facult.
265

Nos lecteurs demanderont certainement ce qu'est alors cet invisible tout ? Comment se fait-il que nos mthodes scientifiques, quelque perfectionnes qu'elles soient, n'aient jamais dcouvert une des proprits magiques qu'il possde ? A cela nous rpondrons que ce n'est pas une raison, parce que nos savants modernes les ignorent, pour qu'il ne possde point toutes les proprits dont les anciens philosophes l'avaient dot. La science rejette, aujourd'hui, ce que, demain, elle se verra oblige d'accepter. Il y a un peu moins d'un sicle, l'Acadmie niait l'lectricit de Franklin et, aujourd'hui, c'est peine si on trouve un difice sans paratonnerre. Tout en chassant sur la lisire du champ, l'Acadmie ne voit pas le champ lui-mme. C'est ce que font souvent nos savants modernes par scepticisme volontaire et par docte ignorance. Emepht, le premier et suprme principe, produisit un uf. En le couvant, et en pntrant la substance de sa propre essence vivifiante, le germe intrieur se dveloppa et Phtha, le principe actif crateur en procda et commena son uvre. Par suite de l'expansion illimite de la matire cosmique qui s'tait forme sous son souffle ou volont, cette matire cosmique lumire astrale, ther, brouillard de feu, principe de vie (peu importe le nom qu'on lui donne), ce principe crateur ou loi d'volution selon le nom que lui donne la philosophie moderne en mettant en mouvement ses puissances latentes, a form les soleils, les toiles, les satellites, rgl leur place par l'immuable loi de l'harmonie et les a peupls "de toutes les formes et qualits de la vie". Dans les anciennes mythologie orientales, le mythe cosmogonique dit qu'il n'y avait que de l'eau (le pre) et du limon prolifique (la mre, Ilus ou Hyl), desquels sortit la matireserpent mondiale. C'tait le dieu Phans, le rvl, le Mot ou logos. L'empressement avec lequel ce mythe fut accept, mme par les chrtiens qui compilrent [217] le Nouveau Testament, peut tre aisment dduit du fait suivant : Phans, le dieu rvl est reprsent dans ce symbole serpentin comme un protogonos, un tre pourvu de ttes d'homme, de faucon ou d'aigle, de taureau taurus et de lion, avec des ailes de chaque ct. Les ttes se rapportent au Zodiaque et sont les emblmes des quatre saisons car le serpent mondain est l'anne mondiale, tandis que le serpent lui-mme est le symbole de Kneph, la divinit cache ou non rvle Dieu le Pre. Le temps est ail et c'est pour cela que le serpent est reprsent avec des ailes. Si nous rappelons que chacun des quatre vanglistes est reprsent comme ayant prs de lui un des quatre animaux dcrits, groups ensemble dans le triangle de Salomon, dans le pentacle

d'Ezchiel et qu'on les trouve dans les quatre chrubins ou sphinx de l'arche sainte, nous comprendrons, peut-tre, le sens occulte de ce symbole et pourquoi les chrtiens primitifs l'ont adopt ; Comment il se fait que les catholiques Romains actuels et les Grecs de l'Eglise d'Orient reprsentent encore ces animaux dans les tableaux o figurent leurs vanglistes et illustrant quelquefois le texte des Evangiles. Nous comprendrons aussi pourquoi Irne, vque de Lyon, a tant insist sur la ncessit du quatrime vangile ; d'aprs lui, il ne pouvait pas y en avoir moins de quatre parce qu'il y a quatre zones dans le monde et quatre vents principaux soufflant des quatre points cardinaux, etc... 266 D'aprs un des mythes Egyptiens, la forme-fantme de l'le de Chemmis (Chemi, ancienne Egypte), qui flotte sur les vagues thres de l'empyre, fut appele l'existence par Horus-Apollon, le dieu soleil qui la fit voluer de l'uf du monde. Dans le pome cosmogonique de Vluspa (le chant de la prophtesse), qui contient les lgendes scandinaves de l'aurore mme des ges, le germe fantme de l'univers est reprsent couch au fond du Ginnungagap la coupe d'illusion, un abme vide et sans bornes. Dans cette matrice du monde, d'abord rgion de tnbres et de dsolation, Nebelheim (la rgion des brouillards), tomba un rayon de lumire froide (l'ther) qui dborda de cette coupe et s'y congela. L'Invisible dchana alors un vent brlant qui fit fondre les eaux glaces et dissipa le brouillard. Ces eaux, appeles les fleuves d'Elivgar, distilles en gouttes vivifiantes, tombrent pour crer la terre et le gant Ymir qui n'avait que "l'apparence humaine" (principe mle). Avec lui fut cre la vache Audhumla 267 principe femelle), du pis de laquelle coulrent [218] quatre courants de lait 268 qui se rpandirent dans l'espace (la lumire astrale dans sa plus pure manation). La vache Audhumla produit un tre suprieur appel Bur, beau et puissant, en lchant des pierres couvertes de sel minral.

266 267

Irne : livre III, chap. II, sect. 8.

La vache est le symbole de la gnration prolifique et de la nature intellectuelle. Elle tait consacre Isis, en Egypte, Christna en Inde et une infinit d'autres dieux et desses, personnifications des diverses forces productrices de la nature. La vache tait considre, en un mot, comme l'emblme de la Grande Mre de tous les tres, tant mortels que dieux, et de la gnration physique et spirituelle des choses.
268

Dans la Gense, la rivire de l'Eden fut divise et "devint quadruple", elle eut quatre ttes (Gense, II, 5).

Or, si nous rflchissons que ce minerai tait universellement considr par les anciens philosophes comme un des principes essentiels dans la cration organique ; que les alchimistes voyaient en lui le dissolvant universel qui, disaient-ils, devait tre tir de l'eau et que tout le monde (la science moderne et les croyances populaires) le considrent comme un ingrdient indispensable pour l'homme et les animaux, nous nous rendons aisment compte de la sagesse cache dans cette allgorie de la cration de l'homme. Paracelse appelle le sel "le centre de l'eau o les mtaux doivent mourir"... etc., et Van Helmont appelle l'Alkahest : "Summum et felicissimum omnium salium", le plus russi de tous les sels. Dans l'Evangile selon Mathieu, Jsus dit : "Vous tes le sel de la terre, mais si le sel a perdu sa saveur, avec quoi faudra-il le saler ?" Poursuivant la parabole, il ajoute : "Vous tes la lumire du monde, etc..." (V. 14). C'est plus qu'une allgorie. Ces paroles indiquent une signification directe et sans quivoque relativement aux organismes spirituel et physique de l'homme dans sa double nature. Elles montrent en outre sa connaissance de la "doctrine secrte", dont nous trouvons des traces directes dans les plus anciennes parmi les traditions populaires courantes, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, et dans les ouvrages des mystiques et des philosophes de l'antiquit et du moyen ge. Mais revenons la lgende de l'Edda. Ymir, le gant, s'endort et transpire abondamment. Cette transpiration fait sortir de son aisselle gauche un homme et une femme, tandis que son pied leur donne un fils. Ainsi, tandis que la "vache" mythique engendre une race d'hommes suprieurs et spirituels, le gant Ymir engendre une race mchante et dprave : les Hrimthursen, ou gants des glaces. Mettant ces notes en regard des Vdas hindous, nous retrouvons la mme lgende cosmogonique en substance et en dtail, avec de lgres modifications. Aussitt que Bhagaveda, le Dieu Suprme a investi Brahma de pouvoirs crateurs, celui-ci produit des tres anims, compltement spirituels, au dbut. Les Dejotas, habitants de la rgion du Surg (cleste), ne sont pas constitus pour vivre sur la terre. Aussi Brahma cre les Daints (gants qui deviennent les habitants des Patals 269 rgions infrieures [219] de l'espace), qui eux aussi ne sont pas aptes habiter Mirtlok (la terre). Pour remdier cet inconvnient, le pouvoir crateur fait sortir de sa bouche le premier
Patals. Les enfers et, en mme temps, les antipodes. H.-P. B. (Note ne figurant pas dans la 1er dition).
269

Brahmane qui devient ainsi le progniteur de notre race. De son bras droit, Brahma cre Raettris, le guerrier, et, du gauche, Shaterany, la femme de Raettris. Puis, leur fils Bais sort du pied droit du crateur et sa femme, Bassany, du gauche. Tandis que, dans la lgende scandinave, Bur (le fils de la Vache Audhumla), un tre suprieur, pouse Besla, fille de la race dprave des gants dans la tradition Hindoue, le premier Brahmane pouse Daintary, fille aussi de la race des gants. Dans la Gense, nous voyons les fils de Dieu prenant pour femmes les filles des hommes et produisant mme les hommes puissants d'autrefois. Sans aucun doute, ces rapprochements de textes tablissent une identit d'origine entre le Livre inspir des Chrtiens et les "fables" paennes de Scandinavie et de l'Hindoustan. Les traditions de presque toutes les autres nations, si on les tudie, donneront un rsultat analogue. Quel est le cosmogoniste moderne qui pourrait condenser un tel monde de penses dans un symbole aussi simple : Celui du serpent gyptien roul en cercle ? Nous avons l, dans cet animal, toute la philosophie de l'univers : matire vivifie par l'esprit, et ces deux voluant conjointement du chaos (Force) toutes les choses qui devaient tre. Pour indiquer que les deux principes sont fortement unis dans cette matire cosmique que symbolise le serpent, les Egyptiens lui font un nud la queue. Il est un autre emblme important, qui, sauf erreur de notre part, n'a jamais attir, jusqu'ici, l'attention de nos symbolistes ; il a trait la mue du serpent. Le reptile, ainsi dlivr d'une enveloppe grossire qui gnait son corps devenu trop volumineux pour elle, se reprend vivre avec une activit nouvelle : de mme l'homme, en rejetant son corps de matire grossire, entre dans une phase nouvelle de son existence avec des forces accrues et une vitalit plus intense. Par contre, les Cabalistes Chaldens nous disent que l'homme primitif, en opposition la thorie darwinienne, tait plus pur, plus sage, beaucoup plus spirituel, en un mot d'une nature trs suprieure celle de l'homme actuel de la race adamique. C'est indiqu par les mythes du Bur scandinave, des Djotas Hindous et des mosaques "fils de Dieu". L'homme primitif perdit sa spiritualit et se teinta de matire : C'est alors que, pour la premire fois, il reut un corps charnel. La Gense a fix le fait dans ce verset d'une signification profonde : "Pour Adam et pour sa femme le Seigneur Dieu fit des

vtements de peau et les en revtit 270." A moins que les commentateurs ne veuillent [220] transformer la Cause Premire en un tailleur cleste, ces mots absurdes en apparence, peuvent-ils vouloir dire autre chose ? L'homme spirituel a atteint, par le progrs de l'involution, le point o la matire l'emportant sur l'esprit qu'elle domine, l'a transform en un homme physique, c'est--dire en le deuxime Adam du troisime chapitre de la Gense. Cette doctrine cabalistique est beaucoup plus dveloppe dans le Livre de Jasher 271 Au chapitre VII, ces vtements de peau sont placs par No dans l'arche : il les a obtenus par hritage de Mathusalem et d'Enoch qui les tenaient d'Adam et de sa femme. Cham les drobe son pre No, et les donne "en secret" Cush qui, de son ct, les cache ses fils et ses frres pour les donner Nemrod. Quelques Cabalistes et mme des archologues disent : "Adam, Enoch et No, quant aux apparences extrieures, peuvent avoir t des hommes diffrents. En ralit, ils taient la mme personne divine 272." D'autres expliquent que plusieurs Cycles se seraient couls entre Adam et No. C'est--dire que chacun des patriarches antdiluviens figure comme reprsentant d'une race qui vcut dans une succession de Cycles et que chacune de ces races fut moins spirituelle que sa devancire. Ainsi, No, quoique bon, n'aurait pu soutenir la comparaison avec son aeul Enoch, qui "marcha avec Dieu et ne mourut pas". D'o l'interprtation allgorique qui attribue No cette tunique de peau, hritag