Histoire de France Henri Martin Tome 4
Histoire de France Henri Martin Tome 4
Martin, Henri (1810-1883). Histoire de France depuis les temps les plus reculs jusqu'en 1789 (4e dition) par Henri Martin,.... 1855-1860.
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HISTOIRE DE FRANCE
IV
couronn
l'Acadmie
Franaise.
j.jiRis,
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11.
HISTOIRE
DE
FRANCE liKPt l> I.KN IKMI1^ I.Ksll.l> \C\ t.Ks ,11>QI 'k\ rS'i i' i. HENRIMARTIN /l''n {'ir/l'fil
TOME IV
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ii.
HISTOIRE
DE
FRANCE
DEUXIME DEUXIEl\IE
FRANCE DU MOYEN
PARTIE.
AGE. FODALIT.
LIVRE
FRANCE
SUITE nos ET FIN DU rone DE
XXIII.
{suite).
La du philosophie arabe GUERRE dans
FEODALE
Philippe-Auguste. Vaudois. Religion la croisade
coles.
ordonne
DES de Montfort
d'Aristote et de l'cole Le principe de la perscution et de l'inquisition consacr.Fondation des dominicains et des franciscains. La guerre recommence entre et Jean-sans-Terre. Philippe-Auguste Coalition de l'empereur du roi Othon, Jean et des princes des Pays-Bas contre la France. Double le attaque par Poitou et par la Flandre. Jean est dfait en Poitou. Bataille de Bovines Victoire de sur Othon. Rvolution Philippe en Angleterre. La grande charte. Les barons au trne Louis de France, anglais appellent fils de Philippe-Auguste. Chute et mort de Jean-sans-Terre. Le parti des Planlagents se relve. Henri fils de ill, est couronn. Jean-sans-Terre, Louis et vacue capitule l'Angleterre. Soulvement de Toulouse et de tout le Midi contre Simon de Momfort." Simon est tue. Dlivrance du Midi. Mort de Philippe-Auguste.
damnation
1-2061223.
Le majest. ont signal iv. treizime Dans ses sicle le monde premiers s'est lev dans deux fondation une trs orageuse grands de l'empire t et sombre politique, pas, la vnements franais
FRANCE FODALE.
fXH sicle]
des provincesanglo-normandes etlaconquteplusdurable des ides et de la religion, par le roi de France. Dans la sphre des temptes la France mridioplus vastes encore prsagent nale qu'une conqute et qu'un changement de dynastie. Jamais les mes, non politique dans notre Midi, mais dans toute la catholicit, n'ont seulement de t en proie de pareils troubles depuis les luttes immenses rarianisme. entier d'ides La papaut, de la religion, sorties de tous les abmes l'glise., sont battus l'difice _le dogme chrtien, en brche par des tourbillons du pass et de l'avenir. Les ddes calamits bien autrement lamentables
d'Orient
des ges teints s'entrelieurtent avec les germes des sous des formes multiples d'clore temps futurs, qui s'efforcent et bizarres. La science, mal comprise encore, de l'antiquit grecdu gnie arabe, les traditions que, les tmraires conceptions altres qui ont du magisme failli perdre son origine, surgissent avec de nouvelles de l'vangile, audainterprtations ple-mle et avec des opinions qui cherchent, cieusement au progressives, tradition un asile dans la primitive chrtienne contre contraire, les nouveauts de Rome. dans des proporgrandissent un mouvement extraordinaire D'une part, les sectes htrodoxes tions formidables; de l'autre part, se dclare dans les coles. persan et des le christianisme vieilles hrsies mystiques
bris ranims
Le vigoureux essor de la premiie moiti du douzime sicle avait t bris par la condamnation d'Ablard. refoule de la sphre vivante de L'cole, violemment la thologie dans une strile dialectique, ou, pour mieux dire, de la sphre des choses dans celle des mots, avait abouti ' un scepticisme pyrrhonisme scepticisme purement logique bien entendu, et qui, se gardant de toucher la foi et aux murs, n'tait en ralit, que l'immolation de la raison et de la philosophie. Aussi, presque toute cette de docteurs, comme nous l'atteste un des plus distingnration la scolastique. gus d'entre eus1, avait-elle fini. par abandonner Les uns taient entrs dans les clotres, et s'taient jets dans les de Paris, une bras du mysticisme, qui avait alors, Saint-Victor i.
Jean de Salir-bury, %<. Metalogicus, 1. I, c. III.
jusqu'au
[XII sicle.]
MYSTIQUES
ET
SCEPTIQUES.
clatante
Les autres
humain
coles m-
<
dicales
de la
qui florissaient
science juive et
Salerne
arabe2;
et Montpellier
qui
sous l'influence
ne fut pas sans
transformation
fruits
humaines. pas
les
de longue
et trois principalement les
dure.
Juifs cents
Ce
doians, sur
n'est vent
Arabes depuis
fait,
d'immenses
grecs,
Aristote,
priode, Les Juifs
et la philosophie
au douzime de Marseille sicle, et
arabe
par de
avait
le
t porte
introduisent
son
plus haut
en
Cordouan
Averrhos. France,
Montpellier
la plupart des traits pripatticiens traduits ou en hbreu, et retraduits des langues smiles
plus minents de cette cole furent et Richard Hugues en eux toute la puissance de sentiment des plus illustres anciens et modernes, mystiques et toutes ces tmrits de la contemplation et de ne se l'extase, contentent qui pas d'enseigner a l'homme plonger dans les mystres de sa personne mais prtendent immortelle, lui faire franchir les conditions de sa vie actuelle et le lancer immdiatement dans la vie cleste. Ce n'est pas dire qu'il n'y ait tenir de leur protestation compte contre la raison pure, ils refusent laquelle mais qui veut trop, envahir. trop du chanoine' L'opinion de Saint-Victor est que jamais la raison (Hugues) ne fera sortir la vraie lumire des tnbres confuses de la nature. S'il va parler de Dien, il commence par fermer ses oreilles aux bruits du dehors, et, les yeux levs vers le ciel, il attend l'inspiration l'intellect que lui envoie du cur. Savoir, c'est croire, et croire, c'est aimer. Il aime, voil toute sa sagesse; l'amour est la chane divine la crature qui unit au Crateur; vivre et penser, agir et connaitre, ce ne sont l que des phnomnes divers d une action l'action d'aimer . (Haurau, unique, de la Philoophie scot. I, p. 323). lustiqne, L'intellect du cur c'est le mot de Pascal dj Le cur a ses raisons ne connat que la raison pas Quelle merveille, dit Richard de Saint-Victor, si notre me se trouble, si elle est blouie en prsence des mystres de Dieu, souille comme elle l'est par la poussire des penses terrestres! donc de cette poussire, Dgage-toi Vierge, fille de Sion! Dressons l'chelle suhlime de la contemplation, et, prenant notre des aigles, vol, comme chappons la terre dans les espaces pour planer des cieuxl De Trinitate, protogus; ibid., p. 325. Ces quelques donnent une ide du grand lignes de Richard. langage Richard est vritablement, au moyen le prototype ge, de tout le symbolisme et mystique de tout l'illummisme moderne. Il faut bien reconnatre que lui et son cole l'cole des ralistes trouvrent au bout de cette route mystiques, la ngation de la volont, de la libert, et par consquent de la personnalit laquelle humaine, ngation le ralisme aboutissait logique par un autre chemin. Les mystiques modernes n'ont sur cet cueil. pas tous chou 2. Jean de Salisbury avoue navement qu'une troisime dont catsorie il fit de l'cole partie, la cour, passa et se mit sous le des grands patronage pour des richesses acqurir . Il y gagna l'vch de Chartres. On trouve
FRAKCE
FODA.LE.
[XII' sicle]
lambeaux que nous possAu Heu des quelques tiques en latin. se d'Aristote voici que l'oeuvre gigantesque dions du Stagirite, devant lve de toute sa hauteur reconstruit pice pice et se de ce prodigieux gnie encytonn. La rvlation l'Occident entier de la connaissance qui a embrass le domaine clopdique, et des solutions des principes quasi et qui prsente humaine est d'un effet inou. C'est comme un appel qui pour toute chose, se pose devant nouvelle Cette autorit tous les esprits. rveille dans la dans la sphre des ides, comme, l'autorit de l'glise se pose en face du droit canon. sphre des lois, le droit civil rentrant par la Aristote et le Digeste, ce sont la Grce et Rome il mais Aristote a fait un long dtour brche dans la chrtient; et s'est install dans les chaires a conquis l'Orient avant l'Occident, du Kaire et de Cordoue, avant d'entrer de Baghdad, de Bokhara, pouvoir du gnie, dans celles de Paris; magnifique .glorieusement la ruine de la socit ou il s'est manifest, qui, tant de sicles aprs la fois deux ressuscite avec sa pense immortelle pour conqurir et servir de lien des races spares par civilisations ennemies, de murs, de langues et de croyances de telles oppositions de l'enseignement, et s'emparant Aristote relevant la scolastique de redoutable, pour beaucoup ce serait l, dj, un phnomne Aristote. Qu'est-ce si c'tait bien le vritable raisons, l'glise, interprt par les commentateurs s'agit d'Aristote donc, lorsqu'il de livres trangers arabes et juifs, et charg de la responsabilit Parmi ces livres parat avoir figur que l'on ajoute son uvre! de Jean Scott rignc1, Mrismou qui recomle Pri-physn Cela dit tout et dont on a oubli l'auteur. mence se rpandre arabes et juifs sur l'esprit qui rgne. Presque tous les glossateurs tous, Aristote en chef du no-platonisme presque transforment Ce qui se caalexandrins. Averrhos en tte, sont des panthistes de Guilmais obscures hasardeuses, chait sous les propositions ciel dcouvert. clate maintenant laume! de Champeaux, dans l'enceinte sont renfermes Ces innovations philosophiques des hrsies qui se des coles; la menace des sectes religieuses, et qui agissent sur les masses, en religions organises, constituent immdiate. est bien autrement i. T. notre t. II,f p. 470.
[XII-
sicle.]
TRADUCTIONS
D'ARISTOTE.
Le dbats, liques
mouvement dans ls
du
sicle les
a caus
de
vifs
modernes, derniers du
et protestants mre
celle
sicle;
des deux
distingue principales
en deux
hrtiques
moins
ou Yaldo) de Lyon ceux-ci mauvais car que les autres; de choses, erreur consistait des n'tait surtout qu'il de qui, sabots, et ne diffraient principalement sandales permis que portt l'vque, suivant taient et leur le le en premier des
taient ils
mauvais,
la
manire faon
aucune venu
de
tuer,
pouvait reu
Ces
n'taient vret
de la valu
pau-
qu'ils
s'imposaient, ou pauvres du prtre yeux; de rgle, individuelle commentait secte ardeur dans entre les
le nom la nces-
( insabattati)
de Lyon le fidle
l'intervention prtre
tout
chret livres
leurs
femmes dans
mmes
consen-
de la une
traduisaient extrme. le
propageaient testation
premire du moyen
leve
christianisme
1. Hritiers indirects, toutefois, comme l'a dmontr M. Schmidt dans sa savante Histoire des Cathares nu lbiijeois.yous les appelons manichens pour nous conformer l'usage, qui attribue ce nom a tous les mais le cathurisme dualistes; tait, proprement dire, une nouvelle secte dualiste, et'ses dogmes diffraient sur divers points, de ceux de Jlans.
6 contre
FRANCE
FEODALE.
[XIIe sicle.]
la sparation des fidles en deux classes, l'une faite pour et enseigner, l'autre pour obir et croire. L'idal des commander pauvres de Lyon est l'galit absolue, l'galit religieuse, politique et sociale, une communaut universelle, une socit sans prtres, sans nobles sur et sans la terre profonde riches. dogme raliser que fondamental est leur Saint-Esprit le Paraclet, annonc va par Jsus-Christ, les consquences de l'vangile. C'est ainsi sur le Saint-Esprit par les opprims, dvorantes, est traduite facilement La venue du
l'ide
d'blard
par les pauvres, par les simples, enclins opposer, aux individualits o toute individualit se perd. Les pauvres de Lyon, qui ont leur
foyer dans ce berceau illustre du christianisme et l'exaltation gaulois, o l'exaltation religieuse de l'galit doivent toujours couver ensemble, ont des ramifications dans le midi, dans le nord, sur le Rhin, en Flandre, en partout, ils ne sont qu'une des formes de ce que nous Italie '.Nanmoins, nommerons la protestation du chrtienne, pour la distinguer cette invasion Les sectateurs du marmanichisme, trangre. d'humilit tyr Arnaldo de Brescia n'admettent pas les principes et de passivit absolue chez pas la proprit des pauvres les laques; de Lyon, et ne condamnent ils n'attaquent que les biens en parat s'tre tromp d'ailleurs du nom
de Pierre, dit Valdo, fondateur des pauvres de Lyon. Le nom de vaudois [vauds ) -parat signifier les gens esvatix, des valles, et l'on ne peut gure douter qu'il n'y ait eu dans les hautes Alpes, sur les confins du Pimont des groupes de populations et du Dauphin, de qui conservaient, des traditions et des murs bien diffrentes de temps immmorial, celles
Ce qui est cerqui avaient prvalu dans l'glise romaine. tain, c'est que Valdo n'a prch Lyon que dans la dernire pdes hautes valles riode du douzime sicle, 3t que les habitants ds les premires annes de ce sicle, passaient alpestres, pour souills d'une hrsie invtre2. Nous
trs
avons,
nombreux
de la
mme
artisans
1. Les
hegghards
de Flandre
(begrhin,
prier),
parmides
des grandes villes industrielles, chez les tisserands surtout, se rapprochaient des pauvres de Lyon, avec moins de douceur et de rsignation toutefois.
2. Ce sont les termes de la Chronique de Sainl-Tron, crite de 1108 il 1136.
[XII"
sicle.]
PAUVRES
DE
LYON.
VAUDOIS.
crites non dans le des posies vaudoises, religieuses mais dans le dialecte des Alpes. On peut vrailyonnais, faire remonter semblablement les vaudois tout au moins Claude poque, dialecte de Turin cet voque ment protest contre sicle, avait si nergiquequi, au neuvime l'adoration des images et contre d'autres Les vaudois des Alpes, tout en prchant l'au-
romaines. pratiques mne et le mpris des richesses, ne prtendent pas, comme les absolue l'essai de cette communaut pauvres de Lyon, renouveler qu'ont siasme les premiers chrtiens dans l'enthoude la fraternit Ils n'annoncent vanglique. pas le renouvellement du monde par le Saint-Esprit. Ils ont des prtres qu'ils barbas rve un moment
(oncles), mais aussi rapprochs que possible des le clibat est plutt recommand fidles, et auxquels qu'impos. les mains les uns aux autres. Ils conserCes prtres s'imposent appellent vent la confession, mais comme conseil, non comme absolution main a. Ils enseignent le salut recommandant essentiellement libre arbitre. Leurs tendances acte d'humilit en vertu d'un et recherche pouvoir de surhu-
tout en gratuit par Jsus-Christ, le les uvres et eu reconnaissant La nouvelle loi, sont asctiques
la pniconseille disent-ils, garder virginit . Et ils prchent sont d'une extrme tence et le jene. Leurs monuments simplicit une thologie historique, point de mtaphysique, purement
la vallis" le pape Urbain II avait, dans une bulle, 1096, signal Gyronlana comme un foyer d'hrsie. le plus important 1. La Nobla Leyczon de leurs (la Noble Leon), qui nous reste ou en fait un nerlivres crits en vers plutt lignes peu prs rimes, religieux, En gique srieuse, Si el Lo tablean qui de ces absolutions avaient livras t non in aniculo moins vivement o encara sout d'autrui cent fait monts, sans vrai dnonces dui cent, repentir par Ablard. ni rparation
a cent
lo quitta prever S'il a cent livres Le prtre le tient il fait il sera lui
o encara
etc. per menz, ou encore deux cents, sous ou encore moins. pour
qui Tous les papes qui furent tous les cardinaux et tous ceux-l ensemble n'ont
Silvestre jusqu' depuis les vques et tous les tant seul de pouvoir, mortel. pch faire. des
Tous
Qu'ils puissent pardonner ce qu'autre Dieu seul pardonne, Lu Nobla Leyczon, ap. Raynouard,
un
ne peut Posies
Troubadours,
t. II,
p.
96,
97.
FRANCE
FEODALE.
[XII* sicle.]
trs austre, trs fraternelle le pardon des ne har personne; une grande rpugnance touchantes contre les perscutions protestations en criture sainte ni selon la raison que les
aient perscut ni mis en prison personne . Ils se plaignent douloureusement encore que,, s'il se rencontre hommes des aptres, veulent montrer quelques qui, l'exemple la voie de Jsus-Christ, les faux chrtiens, et, entre tous, ceux tre pasteurs, et mettent mort les qui devraient perscutent bons et laissent en paix les faux et les trompeurs. S'il est quelque bon qui aime et craigne Jsus-Christ, ni jurer, ni mentir, ni adultrer, ni Qui ne veuille maudire, le bien d'autrui, ni 'se venger de ses ennemis, occire, ni prendre est ~c~udes (vaudois) et digne d'tre I)utii 4 On peut penser, sans tmrit, s'ils que les premiers chrtiens, avaient pu renaitre au douzime reconnu leurs sicle, n'auraient ptres des Alpes. C'est la transipareils que chez ces humbles qu'il au protestantisme; primitif mais, des rforms, ils en diffrent vaudois sont les devanciers et de douceur. fois grandement par leur esprit d'asctisme tion du christianisme Malheureusement et confondus leur modeste dans pour si les touteIls disent
les vaudois, ils sont comme envelopps la propagande retentissante des manichens
s'entrevoit peine derrire le glise vanglique temple des hommes qui croient deux dieux, l'un bon, l'autre l'un crateur des choses invisibles et incorruptibles, mauvais, l'autre crateur de la terre, des corps et de toutes les choses visibles d'hui . (Baronius, comprendre l'Occident disputer inutile, ecclesiast.) Nous avons peine aujourde qu'une telle religion ait pu entreprendre au christianisme. Il ne sera peut-tre pas Annal,
une pour qu'on ne se figure pas, dans le manichisme, et pour qu'on le voie sa place inexplicable, espce de monstre de la pense humaine, il ne sera pas inutile, dans l'volution
t. Bruis La Nobla sortit Leyczon, d'une des ap. valles Raynouard, Yaudoises; t. II, mais p. 94, il avait 95. uil Y. aussi les l'Isral des
Alpes, flist. des Validais du Pimont, etc., par Al. Huston, t. I et t. IV. Pierre de
simples croyances
p)I'
sicle.]
VAUDOIS.
disons-nous,
par son Verbe toutes les forces bonnes et mauvaises, les Souras et les Asouras; un Dieu fatal et indiffrent; point de moralit dans le principe des choses. la Perse, Dieu cre le bien par son Verbe. Ahriman, celui qui dit Non, et dont on ne dit pas l'origine, suscite les forces mauvaises. Ce inonde terrestre n'est pas mauvais, mais il est le thtre l'homme dire n'est Pour du combat entre prend parti Non. Le mal a commenc le bien et le mal, librement. Ahriman, et finira. combat dans la fin, Il n'est pas ternel. lequel cessera de Il Suivant
quelques lignes des principales sur le mal. compares religions L'Inde brahmanique nous montre Dieu dployant
de rappeler
ici
en
les doctrines
ni Dieu ni de Dieu'.
Dieu a les juifs, pour les chrtiens, pour les musulmans, cr tous les tres libres, pouvant choisir le bien ou le mal. La chute rsulte du mauvais choix. Satan, qui remplace Ahriman, est une crature de Dieu tombe par sa faute, et qui pousse les autres le suivre dans la chute. Le mal a commenc, mais ne finira pas. Satan ne cessera pas de dire Non. Pour les chrtiens, le monde visible, Les gnostiques, mitif, transforment gions de l'Asie occidentale de la Grce; savoir la chair, sont vicis par la chute de l'homme. du christianisme qui ont failli s'emparer priet dnaturent la croyance de certaines reliet de certaines sectes philosophiques co-ternels des
choses, l'esprit seulement les forces pures et spirituelles, les ons; que la matire, le monde visible soit l'uvre d'un esprit, d'un on, dchu par sa de son oeuvre. faute, mais qui peut se relever en se dgageant Les mes sa chute et son chtiment doiqui partagent de se sparer de la matire. vent, comme lui, s'efforcer Elle est mauvaise par essence. Les manichens dnaturent le gnosticisme son tour et le combinent tradition avaient
t. Les
humaines
en relevant la persane fausse et mutile, des deux principes. Les deux principes un sens tout cosmogonique et non moral.
sont d'accord au fond avec les Perses, quoiqu'ils ne
personnifient
10
FRANCE
FEODALE.
[XU sicle.]
voir le mal dans la tendance Chez Platon, il y a une certaine sont partis de cette tendance, mais en ne matire. Les gnostiques faisant plus de la matire qu'un infime produit d'un esprit dchu. la relvent au rang de principe, mais de principe Les manichens du mal Ahriman devient le dieu mauvais, le mal ternel, qui a Non! C'est lui qui est le Jhovah toujours dit, qui dira toujours crateur du monde visible, de tout ce qui change, des Hbreux; ternellement dieu des tnbres, oppos au dieu du ciel invisible crateur de tout ce qui est pur, de tout ce qui ne et de la lumire, a que Jsus-Christ change pas. Bien loin d'tre le Pre ternel instruit Jhovah les hommes est donc invoquer le Grand-Satan, du ciel avaient parla grande prire, mais Satan incr. t crs le Pater,
pour l'immutabilit. Chaque homme cleste, form d'une me et d'un corps spirituel tait associ un esprit, un ange, aussi revtu. et inaltrable, c'tait l le seul mariage du d'nn corps spirituel d'une forme, Les habitants ciel; car abstraites. riel, il n'y avait non point de sexe pour ces existences sur son monde tout mat-
Le dieu mauvais,
ses crade tnbres, que gouvernaient d'un ange de dans le ciel, sous l'apparence tures, s'introduisit sur la terre, qui est sduisit les hommes et les entrana lumire, il n'y en a pas d'autre. Leurs associs, les anges, les esprits l'enfer au ciel. Les mes humaines pas et restrent leurs corps clestes, et furent enfermes par leur nouperdirent et la veau matre dans des corps de terre sujets au changement mort. Tombes toutes la fois, elles commencrent parcourir saints, ne les suivirent dans d'existences, passant d'un corps humain mme parfois jusqu' prendre des corps de un autie, descendant a et d'oiseaux. C'est pour cela que le dieu mauvais quadrupdes invent les sexes et la gnration. Jhovah, ou Satan, fit gouverner ici-bas une srie ses esclaves les patriarches, puis par des dmons revtus de chair, L'anleur donna sa Loi par Mose, un de ces esprits malfaisants. cienne Loi est la loi d'un dieu jaloux et changeant, qui se venge, qui
1. Dans ce qui suit, Mnes avait plus ici. nous mis des manichens du moyen spcialement parlons fois platoniciennes et mitlmaquesqui des ides ta ge ou ne
cathares. se retrouvent
[XIIe
sicle.]
MANICHENS
OU
CATHARES.
11
se repent, qui trompe et qui se trompe, tion de ses ennemis, ordonne l'homicide et tous l'uvre de la gnration, afin mauvais. L'Ancien Testament est donc Le dieu bon, cependant, n'ayant cr
qui prescrit l'exterminaaux prtres et aux juges, de faire durer le monde le testament les hommes de Satan1. le
bien, ne pouvait les laisser ternellement sous Il ne saurait y avoir de peines ternelles, et l'enfer terrestre n'est La double est une croyance qu'un purgatoire. prdestination toutes les cratures du dieu bon sont prdestines abominable; au salut. Ceux-l seulement qui sont issus du mal doivent rester dans le mal, c'est--dire Le dieu bon envoya mier les anges de Satan. donc au secours de ses cratures le preFils de Dieu
des anges de lumire, Jsus-Christ, appel cause de sa prminence. Le Christ ne pouvait se revtir en ralit de la matire, Il ne prit chair qu'en apparence qui est maudite. dans le sein de l'ange Marie, descendu avec lui du ciel et revtu, comme lui, d'un corps fantastique. Il ne souffrit qu'en apparence sur le Calvaire. c'est Ce n'est en leur point par hommes
rappelant et en leur enseignant le moyen de retourner oublies, au ciel. Ce moyen est la sparation de l'me d'avec la matire. Point A' uvrede chair c'est prolonger la dure de l'empire de Satan, des mes s'incarner dans le sein des femmes. que de rappeler Point de nourriture cette nourriture animale, de corps provenant produits par la gnration, Point de proqui est chose impure. c'est s'attacher aux choses de la terre. Point de commuprit nications avec les mondains, si ce n'est pour les convertir. Point mme en cas de lgitime d'homicide, dfense on ne doit pas aux corps pour dtruire plus toucher Ne que pour engendrer. ne jamais jurer c'est supposer jamais mentir, que la parole simple ne lie pas. aux richesses, romaine, par la participation aux pomaux ambitions de ce monde, pes matrielles, par l'intervention dans le gouvernement de la terre, par les perscutions et les hoL'glise
1. les Au moins les les que livres historiques etc., mais invisible, et le livre les supposent de la Loi. crits Les dans cathares le monde admettent. invisible Psaumes, du monde
Prophtes, et ne parlant
12
FRANCE
FODALE.
[XU* sicle.]
micdes qu'elle prescrit, a quitt Christ pour Satan. Il n'y a de salut que dans l'glise despurs, des parfaits. bien instruit et dciQuand le disciple, quand le croyant est d la mortification universelle de la chair, il reoit, par l'imposition des mains et la prire, le consoleraient., c'est--dire le baptme oppos au baptme par l'eau, que Jean-Baptiste, de Jhovah, a invent pour dcevoir les hommes 2. Le croyant , alors, est devenu parfait . L'esprit-saint, l'ange autrefois associ l'me dchue qui se rhabilite, descend la respirituel, un des dmons et, si elle ne retombe pas dans le pch, joindre, au ciel ds que la mort l'a dlivre. La grande diffrence les murs que prsentent avec celles des parfaits du catharisme que cette a fait croire certains il la reconduit des croyants 'fi des adversaires
glise tolre toute licence aux simples sans croyants, et leur promet le salut par les mrites des parfaits, imiter leurs uvres et la seule condition d'avoir leur foi 3. C'est La foi n'est rien, pour les cathares, si elle ne fait praet la responsabilit est toute personnelle, tiquer la vie parfaite, tel point que les prires pour les morts sont inutiles. L'intervendes aptres, n'a pourbut tion du parfait, successeur qued'appeler et de le faire descendre sur le croyant, afin qu'il del'esprit-saint vienne parfait son tour4. Ce qui est vrai, c'est que, tant que le croyant n'a pas reu le consolement, on lui tolre la vie ordinaire, la proprit, les emplois et les pompes de ce monde, le mariage, y renoncer8. La foule des croyants, ne pou mais en le prparant ne demande le aonvant se rsigner de si effrayantes austrits0, t. Cathares, KaOstf?, nom qui indique l'origine grecque de la secte. !!s s'appellent aussi bom hommes et boni chrtiens. auteur du 'plus spirituel des vaugiles, 2. Jean l'vangliste, au contraire, est
un ange descendu avec Jsus et Marie.
une erreur.
3. Petr. Vall. Cern. 4. Si le parfait ne l'tait que de nom, s'il tait retomb en tat de pch, l'espritsaint ne descendrait pas, et le consolement serait inefficace." > A dfaut de parfait,
une parfaite un pch peut administrer le comolcment, les hors faire peu devaient croyants du mariage, et qu'un grand de quarante jours, de diffrence, relchement trois
5. C qui est probable, faut-il ajouter, c'est que, l'auvre de chair tant leurs
yeux entre 6. par en toute dans le te pch Les circonstance, ou mariage
[XII-
sicle.
MANICHENS.
13
solement la sant, tre nent, carrire La laisser maux devrait d'autres console, parfaits, donner foi sous Le leurs plicit tumes parlant comme
qu'en
de mort. vie
Si le malade Ceux
consol qui
meurent
consols la mort, de
retombs corps
le consolement et recommencent
pnitence. logique de faim, toute glorifi d'une les vgtaux l'uvre chez telle doctrine tant, du les dieu aussi devrait bien tre que Le bien certains de se les anisuicide que cas. la vie mme par Le des se sa
matire, l, Il est, de
mauvais.
druides, dans de
autoris capable
tre
soutenir On peut
aucun craint
aliment. de faiblir
et de renier
la main des
catholiques. simple Les voques opposent aux splendides tout sont cathares, la simcos-
culte acolytes
symbole proscrits
pour
la matire. prs cette ou de sa croyance, religieuses propagation. en bien, comprend un obstacle si fort qu'elle esprit, qui n'a et mal choque nous pas dans n'est notion dualisme le changeils
En examinant les habitudes nous l'ide l'me qu'une supposant est ment, spcieux; tonnerons du progrs
l'univers que le
humaine, ngation, un
progrs, le est
si le bien deux du
et si ce sont venir
essences mme
galement donc,
et positives, principes.
ne peuvent Cette
auteur; prend
il y a deux les
explication
superficielle
facilement
foules2.
1. Chaque vquea a deux vicaires, le ftU majeur et le fils mineur: le premier lui .uccdea sa mort. Les diacres viennent ensuite. Faute de diacre, les anciens administrent la communaut. Nous avons dit, d'aprs des documents du douzime sicle, les maniehcensavaient un pape. Nous n'avions pas suffisamment tudi le livre de que M. Schmidt, qui nous semble avoir dmontr que ces prienduspapes n'taient que des chques influems, qui occupaient les siges des glises les plus anciennes de la secte. 2. Elle a pris plus d'une fois de grands esprits. Il s'en trouve des traces jusque chez Rousseau.
FRANCE
FODALE.
[XII'
sicle.]
de progrs est la principale et des inconsquences des manichens. C'est et rendre des frouers, vivent dans cleste, incomprhensible ces types ternels l'admirable
de la notion
fait altrer
le ciel, qui habitent la pense de Dieu, chaque me ayant son type individuel, dont elle doit tendre
se rapprocher Le vrai sens du symbole toujours davantage est perdu dans les esprits saints des cathares. La mme cause fait mconnatre aux cathares la grandeur de la notion de Jchovah (Je Suis celui. qui Suis), qu'ils ne savent pas du langage humain et des passions humaines dgager que lui juive. prte la barbarie L'ide mme d'une srie d'preuves dans le monde infrieur, jusqu' ce qu'on ait mrit de monter au ciel, tant lie, chez les une doctrine non de progrs, mais uniquement de cathares, de rhabilitation, retour, de l'antiquit druidique De grandes erreurs chens du moyen ge et non procde d'Origne et de Platon, ou persane 2. de l'esprit sont rachetes chez les mani-
de cur. Antipar une grande douceur chrtiens Il est par le dogme, ils sont chrtiens par le sentiment. trs importante faire; c'est que les sectes ici une observation de ce temps, manichens comme vaudois on pauvres principales en principe l'emploi de Lyon, sont opposes de la violence en matire de religion elles se sont prserves de ce qu'on peut la sanguinaire hrsie nommer de la ithacienne, que l'aptre de Tours, a en vain fltrie son origine, et Ce sont elles qui, au point qui, depuis, a dnatur le christianisme. de vue chrtien comme au point de vue humain, sont orthodoxes Gaule, saint Martin
cet gard contre Ro'me. Les protestants du seizime sicle, peraussi bien que Rome elle-mme, seront l dessus fort scuteurs 1. C'est le plus sublime symbole d'individualit qu'ait conu le monde primitif. Le druidisme a d le cjnnaitre; car nous le retrouvons l'tat de lgende populaire 2. chez Ils les ont peuples raison celtiques. toutefois, Les contre cossais font apparatre, disent dans certains s'il cas a pas
de peines ternelles pour les mes humaines, il y aura toujours nanmoins du mal. Il y aura toujonrs, en effet, de nouveaux tres s'agitant dans les preuves, sur les degrs infrieurs de la vie. L'errour des manichens est de faire de ce mal une personnification, un absolu*
[XII
sicle.]
HRSIES
DIVERSES.
15
en arrire
des
sectes
juger sainement raconter1. L'exposition donne qu'un mencement leur course effervescences
du moyen ge. Ceci est trs essentiel pour les funestes vnements que nous allons avoir
hostiles l'glise des principales doctrines ne de l'tat des esprits au comaperu bien incomplet du treizime sicle il faudrait pouvoir suivre dans errante tous les enthousiastes par des rveries passagres les sectaires des qui produisaient nouvelles ou renou-
tous le fond veles, indpendants, qui modifiaient des diverses croyances anti-romaines aussi illipar des variantes mites que leur imagination; il y avait des dualistes mitigs, qui admettaient un seul Dieu crateur du Christ et de Satan; des judasants, qui taient comme l'antithse des manichens; des Dieu un corps matriel, et dimatrialistes, qui attribuaient saient que la fornication simple n'est pas un pch; formidable de tous les lments contraires! C'tait le chaos qui marmlange chait Les diverses sectes ne s'accatholique! cordaient les perscuteurs, et Rome, la caque pour maudire verne des larrons, la prostitue de l'Apocalypse 2 . en progrs Les hrsies avaient t constamment depuis l'avnement les rigueurs de ce prince et du comte au nord de la Loire, point arrt, l'essor des doctrines en 1198, le doyen de la cathdrale proscrites; de Nevers et l'abb de Saint-Martin de la mme ville furent traduits pour hrsie devant un concile provincial assembl Sens; trois de Philippe-Auguste; de Flandre n'avaient l'assaut du monde
1. tion
documents
de France, t. II, s'est sur ce point. Les (Ili.u. p. 470) tromp ont t fort lucids hrsies du moyen la ge depuis publicaLe savant volumes de M. Michelet. de dcisif ouvrage Schmidt, les Cathares ou Albigeois, n'avait regarde point paru. C'est avons les lments de notre Les vioemprunt analyse. et des protestants taient leurs consquentes principes; les douzime et treizime sicles taient des par hrtiques
nous
11 n'y a pas de doctrine au monde dcider une inconsquence. qui puisse se laisser comme un et ne se dfendre ou race vaillante gorger troupeau, pas aient pris part Mais nous ne voyons se venger. pas citer d'exemple que les parfaits ni mme aux rsistances armes les plus lgitimes. Ils donnaient aux vengeances le consntement Les voil tout. blesss, croyants k leur dbut, de n'avaient t si hostiles ils 2. pauvres Lyon pas toujours avaient eu la simplicit de prier le pape de les autoriser a prcher. v. Gieseler, t. II, p. 2 0, p. 510, 511. aux
16
FRANCE
FODALE.
11198-1201]
ans aprs, le sire Evraud, bailli du comte de Nevers, fut brl vif sur la place publique de la cit qu'il avait longtemps gouverne comme houlgre, (1201). Un concile runi Paris l'avait condamn la chronique de Robert d'Auxerre. C'est la premire fois cette qualification aux manichens; on qu'on rencontre applique les nommait Boulgres ou Bulgares, parce que la Bulgarie passait de leur secte. Les vaudois, ce temps, pour le berceau pendant affluaient Metz et en Lorraine; les hrtiques se propageaient largement en Italie, jusque dans Rome, jusqu'au pied du Vatican. En 1 199, les manichens d'Orvito, pousss bout par une perscution sanglante, se rvoltrent et massacrrent le gouverneur de la ville pontificale. La Haute-Italie de formait, avec nos provinces la langue d'oc, les deux grands foyers dont les tincelles s'chanles Alpes. Nous rpterons de la Provence, geaient par-dessus l'htrodoxie, ce que nous en avons dit relativement la en comprenant sous ce nom de Provence chevalerie, les rgions situes entre la Haute-Garonne, les Cvennes, l'Isre, les Alpes et la mer. La Provence, ainsi que l'Aquitaine, tait merveilleusement sa civilisation prpare pour porter les fruits de l'hrsie; supquant son extrme lectuelle, si brillante rieure, despotisme d'imposer Provence elle les libert d'esprit et si originale, le insupportable du pape, et, en gnral, toute prtention religieux des croyances par la force. Les relations intimes de la et les juifs avaient fait tomber chez et de murs, lui rendaient sa culture intelsuivant
prjugs occidentaux, mais, malheureusement, pour la livrer sans dfense et sans critrium l'invasion dsordonne de toutes les ides trangres; au lieu de s'attacher aux lments au lieu de travailler relier le principe religaulois et franais, les hommes de gieux avec ce noble idal qu'offrait la chevalerie, mditation et de pit, pour la plupart, ou s'enfermaient dans la croyance pure, mais troite des vaudois, ou, surtout, se jetaient, du Midi, dans l'glise manichenne. avec l'imptuosit La foule soit haine contre le clerg; suivait, soit amour des nouveauts, l'hostilit contre les clercs avait prcd et facilit les succs de
l'hrsie.
dfiaient les sicle, les sirventes des troubadours et les attaquaient de puissance puissance, pei-
[1198-1203]
TAT
MORAL
DU
MIDI. 1.
17
gnant lgats,
larges et
traits
des les et
leurs plerins du
Romiptes, leurs avait Amorale liers entires, diacres nais, abbs les que clerg enfants grossiers ment ou Les telle clercs qu'il
offrandes perdu
pape
de perdre toute considration, taient plus dbords que les de Narbonne courait avec une les champs ses chanoines bande les de
scusemaines
ou
faisant sa
pire, solde
et ses archiroutiers aragovques le vin rouge, tandis Quant plus les au leurs plus et
ranonner
le pays;
autres
aimaient habits
blanches, vivant
beaux Dieu
richement,
a voulu
pauvre
infrieur, dans
ordres,
mpris, capelan t
communfaire telle
, comme plus du
prtre. leurs de
n'osaient au rapport
cacher Guillaume
murs celles
des
parfaits
manichens on les
tout pour
oppoce con-
ne faisaient provenale
qu'
la persuasans chevaleSon aspect surface, que dans que ce ftes, les nous plages
La socit flottait
applaudissait l'idal
appartenir.
licence
dans
qu'lgantes et originale
chteaux. avons
les
la vgl'excita-
recouvre qui
menaantes
t.
V.
t.
III,
p.
372
et
suivantes.
iv.
18
explosions; une lugubre les cris
FRANCE
des victimes parmi sous
FODALE.
des les les routiers chants murs de par y la avait fameuse des le la des clataient, troubadours;
[U9S-1U3]
comme des et lgres on de Beziers et de a vu
passions de la
gracieuses chevalerie
subcomme
se runirent
Catalogne,
de Toulouse
mille
d'argent tous
d'Agoult, Bertrand du
distribua comte
Raimbaud, chteau, de
labourer mille
et y fit Venous
semer fit
trente
brler,
ostentation, Le Midi
chevaux
devant
l'assemble.
ces
ftes poussait
et des
de
sensualit, On ne
la
soif pratiquait
des
hrtiques; leurs en
leurs
maximes, et Pierre
on
tenait
personnes, si grande
disent rvrence,
Puy-Laurens
Vaux-Cernai,
Hist. du Languedoc, t. III, p. 37. t. l, p. 374. 1. Michelet, H&tt. de France, les murs des grands chefs gaulois de la dernire C'taient priode avant la condans notre t. l, p. 92; de Luern, d'Ariamne, F. les anecdotes etc.; qute romaine. de la libralit Ces folies sont la dgnration chevaleresque, qu'une anecdote sicle montre dans son vrai caractre. Le vicomte du douzime du commencement table le duc d'Aquitaine Guilhem IX. Ebles de Ventadour va un jour surprendre son bote. Le repas se son diner et en commande un Le duc suspend splendide pour a Un comte comme vous (comte de dit faisant attendre Ebles, ne devrait un petit vicomte comme moi. Gnilhem ne sa cuisine pour recevoir pas renvoyer Ventadour avec cent chevarien; mais, peu de jours aprs, il arrive rpondit du diner. Ebles se lve, et, bientt aprs, ses gens couvrent la table liers .l'heur d'un tel nombre de plats, qu'on et dit les noces d'un prince . C'tait jour de s'taient tout ce foire a Ventadour, et les sujets du vicomte empresss d'apporter Le soir, un paysan, l'insu du vicomte, entre dans la qu'il y avait sur le march. boeufs, en criant cour avec une charrette Que les gens du comte de Poitiers comment on donne la cire chez le vicomte de Ventadour! viennent apprendre et en laisse rouler une Il coupe les cercles d'un tonneau qui tait dans sa voilure, de pains de cire, denre alors d'un grand prix. Ebles fut si quantit prodigieuse la terre qu'il habitait, et lui fit en toute proprit, charm qu'il donna au paysan, Hist. tiu: de la France, t. XIII, p. 120, d'aprs faire souche de chevaliers, entre le seigneur et ses sujets Geoffroi, prieur du Vigeois, La nature des rapports n'est pas ici ce qu'il y a de moins remarquable.
Cl 198-1203]
TAT
MORAL
DU
MIDI.
19
qu'ils qu'ils
ceux que ni
recevoient astreints
ni guet, nommer
Toulouse, frauduleuse),
devroit
plutt
ajoutentces territoires,
et leurs
d'hrtiques, et l'Aragon.
et la Esclarl'imposi-
la Gascogne, gagnait sur du comte de Foix, mains fut du tait des la dme; n'avaient leur V, qui argent invitait d'un suivi comte la parfait, par une en
frre,
et
exemple sur
bourgeois.
-L'autre
Pyrnes on
aux de de
rois
avait
succd,
passer de
croyances. Un jour
sorte
htrodoxes. qu'elles le diable II dit hrtique tranait une ne qui une de vie aux en qui vea
point,
ce monde, qu'il
arrive un
ressembler coup ou
d'tre
Un autre Le Dieu
jour,
jouant
avec croyez,
un ne
dit
de Mose,
ne me tant Toulouse
lui
pourquoi
en n'y
de bons
mourir. ma
que de
je perdrai ma terre,
terre
pour celle
bons ma
hommes je suis
et encore
tte,
20
prta tout n'aspirait endurer!
FRANCE FODALE.
Si Raimond
[IMS-1203]
point imiter abandonne prtend-on, et eut la fois jusqu' trois femmes viremariait sa fantaisie, la sur du vicomte de Beziers, la fille-clu roi de Chypre et vantes il celle-ci tant morte, la sur du roi Richard d'Angleterre; taient ses ces deux dernires pousa la sur du roi d'Aragon en outre d'inceste On l'accusait cousines des degrs prohibs. de prfrence avec sa sur, et d'avoir ds son enfance, recherch de son pre . Nous n'avons toutefois, sur ce point, les concubines fort suspect, de ses ennemis. il faut le dire, que le tmoignage, le si bien traits dans le Toulousain, l'Albigeois, Les hrtiques, de Provence, dole marquisat FAgenais, Ouerci, le Rouergue, maines de Raimond VI n'avaient pas moins de libert dans les ou sur les terres du jeune vicomte de des Pyrnes, seigneuries successeur du farouche Rober Trencavel Beziers, Raimond-Roger, et dans le Rasez (pays de Limoux). Il n'y Beziers, Carcassonne avait plus, dans les pays de la langue d'oc, que les princes de la du zle catholique; les tats maison de Barcelonne qui affectassent du grand Alphonse II avaient t diviss entre ses deux fils l'an, la Catalogne, le Pierre II (Pdre ou Peyre), rgnait surl'Aragon, la seiet runit un peu plus tard ce riche hritage Roussilon, en pousant la fille du dernier seigneur de gneurie de Montpellier, Pierre II, cette ville son frre Alphonse tait comte de Provence. au trne, en 1197, avait ordonn tous peu aprs son avnement de vider ses tats sous bref dlai, vaudois ou autres hrtiques il donnait de grands tmoignages peine de mort et de confiscation au pape, et alla, en 1204, se faire coude respect et de dvouement III; il et armer chevalier Rome, de la main d'Innocent ronner soudlt mme son royaume un tribut annuel au profit du sainten Aragon et en Cataune vive irritation sige, ce qui occasionna ;>ux protesfaiblement rpondaient logue. Les effets, cependant, Pierre II s'occupait tations beaucoup plus de tensons, de sirvendes hrtiques; et tes et de hclles dames, que de la poursuite et en tait quitte pour prendre l'hrsie quelques prcautions s'envelopper
1, Sur
avait la foi des s croyants, il sa vie tait, les uvres des parfaits; il divorait et se une licence effrne
d'un
peu de mystre
gnrale du Midi, r.
d'Aragon
.
Hayuouard,
la situation
1. Ta, 70.
Cl 198-1203]
TAT
MORAL
DU
MIDI.
21
La l'autre,
crise
s'aggravait que
donc l'on
d'un
il semblait
la raction au
user qu'il
restaient
n'avait
jusqu'alors norme
la masse la France
et l'Allemagne, clater tincelles s'agitaient de la les Jourdain encore, hrtiques, de victoire coordonner Pierre d'un tait pires
alluiris
provenal,
dj toi
le Midi
catholique, et les
exaspr
les
appelait
aveugle pas
hommes et toutes aucune prpara enfin Au s'arrte, s'engager incapable rsister tout sur
d'aigle
regard
dangers devant
ressources,
ne recule
Innocent annes
pareil
l'pouvantable
provenaux. ce profonde tre rcit de sang et de de trop seul ruines, la lutte l'esprit qui va
moment saisi ne
tristesse. Le
douteuse.
de se concentrer, victorieusement
de s'organiser la terrible
rgne
l'esprit la langue
le joug
Barcelonne on a
querelle;
religieux,
succde
Posies des Troubadours. D. Vaissette, llisl. de Lanyuedoc, t. III. Pierre de Vaux-Cernai et Guil. de Puy-I.aurcns, dans le t. XIX de la collection des ll.uor. des Gaules et de la France; Schmidt, Ilist. des Cathares, t. I, p. 66; 188.
22
FRANCE
FODALE.
[H9R]
l'ordre
celle des sectes htrodoxes qui a la prponcatholique le dbrouiller. Ceux drance au milieu de ce chaos est impropre ne sauraient le monde dans son principe gouqui maudissent de Rome et de la France sur le La victoire verner le monde. manichisme grand Dieu les calamits et la Provence Rome et la France est invitable; doivent-elles quel prix, et combien vaincre de l'hrsie ne dpasmais
que va enfanter la destruction du seront-elles pas les prils dont le succs partiel et phmre Ces belles provinces la chrtient! manichisme pouvait menacer de la civilisation occidentale, qui ont tant fait pour la renaissance et fires cits o la libert a pris un si noble essor, ces intelligentes cette littrature l'immortel idal, cette socit sans prjugs traite sur le pied de l'galit avec la noblesse, o la bourgeoisie et dans les lices de et rivalise avec elle dans les cours d'amour dans des flots de sang les tout va s'crouler la chevalerie, hommes du nord vont encore une fois dborder sur la Gaule de guerre, Innocent III mridionale, arts, industrie, La tempte essaya d'abord cisme provenal. denses), furent choix mme crasant, posie s'amassa d'touffer sous les pieds de leurs et libert! lentement l'hrsie sur chevaux
l'horizon
par les seules forces du catholiLes moines blancs, les moines de Citeaux (Cisterdont il se servit; ce instruments les premiers une
les cisterciens taient les prdimenace; Innocent de la croisade. cateurs ordinaires III, ds l'anne de dans la plupart des diocses du son avnement (1198), dlgua les frres Gui et deux moines de Citeaux, midi de la France tait et d'extirper l'hrsie il de poursuivre avec mission Regnier, de tout leur pouvoir; sa cirmanda aux prlats de les seconder de Lyon1 de 'Vienne, d'Emadresse aux archevques culaire, d'Auch et de Tarragonne, et de Narbonne, brun, d'Aix, d'Arles, ainsi Nous enjoignons se terminait tous leurs suffragants, tous de vos provinces, d'assister nos princes, comtes et seigneurs de bannir ceux que le frre Rgnier envoys contre les hrtiques, de confisquer leurs biens, et d'user envers aura excommunis, demeurer dans s'ils persistent eux d'une plus grande rigueur, Nous avons donn plein le pays aprs leur excommunication. les seigneurs, soit en de contraindre pouvoir au frre Regnier
[1198-1200]
INNOCENT
III
ET
SES
LGATS.
23
soit
en tous
lanant les
sur vos
leurs pro-
hrtiques, et nous
accordons
ceux de la
cette
pour qui
qu'aux
Saint-Pierre
de Compostelle et de Regnier d'Aragon; et les de 1203, n'eut les peuples nomma autres
aucun
except proscri-
roi
princes
Pierre
de Castelnau ceux-ci
et Raoul,
les prcdents sinon dinaires, vqucs progrs blrent louse, d'efficacit; qui dont
le pape allaient la
jusqu'
conduite
scandaleuse
et Raoul comte
assemde Tou-
de la la cit,
de leurs de
nom
serment
catholique lousains les parfaits fesser frappaient possder tuer des des leur ne
et albigeois. Mais les Tou leurs magistrats extorque de nuit ce au lieu les de prolgats dsubsti-
seulement en plein
temps,
ou zle
hommes
informations de Viviers,
l'archevque
Narbonne, de Beziers,
piscopale, qu'on
de
de ses fils la
de
Providence yeux sa
envoie
les jours
il justifiait
ses
propres
1. Innocent.
III,
1. I, episl. 94.
24
FRANCE
FODALE.
[1204-126]
froce
de son fanatisme par la sincrit avait, sous sa robe de moine, le gnie destructeur et des Attila. Arnaud Amauri n'eut
ambition
pas tout de suite en main le glaive exterminateur de saisir. Le pape avait inutilement qu'il tait impatient press le roi de France et son fils Louis de forcer les barons de la langue homme guerroyer d'oc proscrire les hrtiques; lcher la Normandie, alors le roi Philippe demi conquise, n'tait pour pas aller
au compte de Rome. Les trois dlgus du pape s'adavec Arnaud Amauri joignirent un auxiliaire digne de s'entendre ils dposrent Tvque de Toulouse pour fait de simonie, et firent lire sa place Foulques ou Folquet, Gnois d'origine, Marseillais de naissance, troubadour converti, qui, aprs avoir assig de ses cancons amoureuses la vicomtesse de Marseille, ses deux et la dame de Montpellier, aux belles-surs, aprs avoir brill cours de Poitiers et de Toulouse, s'potiques et chevaleresques tait enfin jet dans un couvent de l'ordre de Cteaux, qu'il difiait par son ardeur fanatique (fvrier 1206). Folquel ne rencontra chez ses nouvelles la plus violente animad version. Huit annes s'taient coules depuis l'envoi des premiers commissaires d'Innocent III, et l'uvre n'avanait pas. Les pouvoirs laques ne rsistaient Raimond de Toulouse et les autres pas ouvertement seigneurs quand ils taient trop vivement presss par les lgats, que faisaient des protestations d'orthodoxie, juraient mme d'expulser les hrtiques et neprtaienf mais ils ne tenaient point parole, nullement main-forte aux envoys de Rome. Les missionnaires, ne tchaient de persuader etdo convertir, proscrire, mais, les fois qu'ils arraisonnaient les hrtiques, ceux-ci leur la mauvaise conduite des clercs, en disant que, si les objectoient clercs ne vouloient les lgats dvoient s'abstenir de s'amender, pouvant toutes leurs prdications . Sur ces entrefaites, deux clercs poursuivre castillans, Digo d'Azebez, vque d'Osma, et Domingo ou Domide l'glise d'Osma, nique, chanoine passrent par le pays, s'en revenant de Rome ils rencontrrent, aux environs de Montpellier, Arnaud leur mission nimrent et Raoul, si dgots Les deux Espagnols y renoncer. qu'ils voulaient la ferveur des lgats dcourags. N'pargnez Amauri, Pierre de Castelnau de rani ouailles
SAINT-DOMINIQUE
25
avec
plus
d'ardeur ces
faisant
et enseignant sans
et dchaux,
argent;
seroit ne
une
grande prendre
les si en
pouvons
de suffisante l'imiterions
autorit de grand
vouloit .
prcder
rpondit
en renvoyant
au del
des monts
et ses domestiques, nus et sans autre Diego la direction et disputer sans endroits, de temps Tout le dans jours fut aux souci contre du
confirent
lui prcher les campagnes, dans amena, de eut dura Pamiers, peuple au de bout la quelques peu
gte
renfort remu de
Carcassonne, et prlats
ces
pour abb
mort L'vque d'Osma, successeur dans la conduite de Yaux-Cernai, Ce nom trop des sur incarn. images la tte de de puis fameux sang et son n'de
avec
servir de l'enfer
le genre qui
poursuivant de milliers
1. Tandis qu'il faisait ses tudes Paieneia, une grande famine tant survenue, il vendit ses livres pour en donner aux l'argent pauvres. Il voulut un jour se vendre lui-mme pour racheter' un captif. V. sa vie par Jordan, publie dans les Bollandistes, et par Fr. Thodore, dans Surius, Acia SS. Augusli. Le prsent peut aider comprendre le pass; la rvolution franaise a offert plus d'un exemple de ces contrastes terribk-s.
26
FRANCE
FODALE.
[1207] ]
la voix
de Dieu en touffant
les mur-
exemples de ce que le fanatisme, humain et la conscience ciale qui touffe le sentiment natures. et universelle, peut faire des meilleures o l'on allait employer d'autres Le temps approchait celles de la parole gneur d'appesantir nique l' voque d'Osma sa main sur les ennemis
avait t vingt fois assailli par des crachats et de la boue L'historien latin de la croissait de part et d'autre. l'exaspration Guerre des Albigeois (Pierre, moine deYaux-Cernai) rapporte que ne souvent L'affaire de Jsus-Christ Pierre de Castelnau s'criait de nous meure russira jamais en ce pays, jusqu' ce que quelqu'un Dieu veuille que je sois la premire pour la dfense de la foi victime du perscuteur l Ils taient galement prts verser fut Castelnau leur propre sang et le sang de leurs adversaires. faire le comte de Toulouse exauc. Il avait entrepris d'obliger des Baux et d'autres barons de Provence, la paix avec les seigneurs et de l'unir eux pour extercontre lesquels Raimond guerroyait, mais Raimond refusa de dposer de l'glise; miner les ennemis les bandes de routiers les armes et de congdier qu'il tenait sa III le comte, et Innocent solde. Pierre de Castelnau excommunia ratifia par une lettre o il traitait le comte Raimond . (29 mai 1207}*. d'homme de mchant, d'insens, pestilentiel tourdi par les foudres de Rome et harcel par une Raimond, de barons provenaux, coalition jura d'obir au pape, et conclut mais il ne se dcida ni spolier ni la paix avec ses adversaires; la sentence brler ses sujets,
un jour, sa constance Qu'aurais-tu par yeux
qui taient
peut-tre
certain
ses frres
en religion,
qua-t-il,
martyre a mes
tour, et de laisser enfin le tronc se rouler dans son sang jusqu' ce que j'expirasse, Acta sanai Domhnci, afin de mriter une plus riche couronne de martyre 1 Jordan. p. 549.
2. Innocent. III, 1. X, epist. 60.
[1207,1203]
MEURTRE
D'UN
LGAT.
27
et, saires
encore,
il
luda
instances toute et
des mesure
de Castelnau son
reprocher nouveau porta f/abb, passe Castelnau au moment relle et avec l'en
l'excommunia exaspr,
Raimond, le lgat de
et ses
Saint-Gilles,
catastrophe, mais,
jusqu'aux o un
le lgat
frappa
Dieu 1208).
dit-il;
quant
venger savaient,
, comme
effet,
pardonner
eux-mmes. Le meurtrier du comt Le Thomas dsastreuses. 17 novembre duc les des de s'enfuit Beaucaire, et, de l, dans les montagnes
de Foix. de Castelnau, devait Avant 1207, avoir mme Innocent et aux qui des renouvelait consquences de crit au la catastrophe bien Castelnau. roi de de France, autrement ds l au pour les biens de la lorsde
meurtre Becket,
principaux du Midi,
barons et leur
France, offrir
exhorter hrtiques
aux
plerins sa fureur
de son
lgat entire;
cri de que
vengeance de
l'Europe
Raimond
dclarons
ceux
au comte autre,
de Toulouse
serment catholique,
ou
le droit
l'impit le bras
rvls;
d'une rude
vigoureuse
de l'hrsie,
plus
28
FRANCE
FEODALE.
[IV.08]
car ils sont pires. .qu'aux Sarrasins, lors mme qu'il viendrait rechercher de donner satisfaction nous
et l'glise, ne vous dsistez pas pour cela de faire peser sur lui le fardeau d'oppression qu'il s'est lui et ses fauteurs, de leurs chteaux, et privezattir chassez-le, les de leurs terres, afin que des catholiques orthodoxes soient tablis dans tous les domaines temps, des hrtiques (10 mars pleins pouvoirs Gtteaux et ses religieux pour prcher la croisade contre la gent de Provence , et les innombrables moines des mille empeste et bernardins se rpandirent ou douze cents couvents cisterciens comme des essaims de furies dans toute la France, aux armes. l'Allemagne En mme le pape envoya 1208) . l'abb de
et l'Italie, appelant les populations Il Si grand fut le nombre qui se croisa, disent les chroniques, ne le sauroit estimer ni dnombrer, le tout que nul homme et absolutions des grands pardons (indulgences) que le . Les pardons ponlgat avoit donns ceux qui se croiseraient dans la rmission de tous les pchs commis tificaux consistaient de ne payer du crois, et dans l'autorisation depuis la naissance cause la pendant promis par serment, dure de l'entreprise'. L'espoir de ne pas payer leurs clettes, et surtout de piller les beaux manoirs et les riches villes de la langue d'oc, tait plus que suffisant pour ameuter tous les nobles avenle turiers de la chrtient qu'on juge de ce que dut soulever l'intrt d'aucune dette, mobile tout ce que ajout un si puissant fut le cur humain recle de passions cupides et sanguinaires Avec quelle joie les violence. dchan avec une pouvantable n'changrent-Os pas les fatigues et les pplerins de Palestine du voyage d'outre-mer rils presque insurmontables contre- la nouvelle destination leur offrait quelques journes de qu'on levier du fanatisme de leur pays! On ne leur demandait que quarante jours 1 de campagne, peine le service fodal ordinaire Adonc, raconte l'historien de Toulouse 2, prov enal desguerres marche
1. Le pape affranchit, non_de l'intrt, illgitime par lui-mme aux yeux de
l'et-on
l'glise, mais du serment. 2. ifisforia de los faicti d'urmas et fjuerras de Tolosa (en prose); ap. Hist. lie
Languedoc, t. III Preuves.
ri2O8,no:-i]
CROISADE
CONTRE
LES
HRTIQUES,
29
vinrent il fut naud varais, son audit rsie, lui qu'il cilier rponse. qu'il toit fort
au comte bahi,
Ramon et non
de la croisade, tant averti concile compagnie, pour dudit tout. aller meurtre que le
Aubenas entre
vicomte que, si on
Beziers,
dmontrer ou d'h-
le charger et pour
Le lgat
pouvoient
rien
devers comte de
se vouloit content
dire
son
parents bonne
et son terres
de mettre
et places, point
et de se bien du tout
garder refus,
Le comte Le de
ne voulut demeura
accder de ce
proposition. commena
la guerre
Raimond
l'archevque porter
d'Auch
moins nomma
hostile lgat
n'tait
Le pape en il lui prescrivit de Raimond d'abord s'il l'attaquer hors d'tat Milon, Citeaux.
latere en
pousser ne pas
II vaut
mieux,
prendre
au comte, dans
secours1
Le lgat joindre
l'abb
de Citeaux o barons;
alla Villeavec
messager) et terribles
seigneur savoir
flancs empereur2,
lions,
Othon,
1. Innocent. Iil, 1. XI, ep. 232. 2. Le parti d'Othon, malgr l'appui du pape, avait eu longtemps le dessous contre le Allemagne parti de Philippe de Souabe; mais la mort de ce dernier,
en eu
30
FRANCE
FODLE.
D209]
roi d'Angleterre, d'un et d'autre de ct, truvailloient lesquels, toutes leurs forces porter le trouble dans le royaume de France ni lui, ni son fils, par ainsi, qu'il ne pouvoit sortir dudit royaume, et que c'toit bien assez pour le prsent qu'il donnt licence ses barons de marcher en Narbonne contre les perturbateurs de la loi . MontliDes bords de l'Yonne, le lgat Milon se transporta mart, et y assembla bon nombre dans le marquisat de Provence, et d'vques, avec lesquels il convint de la manire d'archevques de procder aux affaires de la foi et de la paix, principalement touchant le fait du comte de Toulouse. Aprs cela, il manda audit comte de venir vers lui en la cit de Valence. Le comte arriva au
et promit au lgat de faire en toutes choses selon jour convenu, de livrer, pour pleige (caution) de sa sa volont. Le lgat l'obligea foi, sept de ses plus forts chteaux la sainte glise romaine; [mis la ville de Saint-Gilles, matre Milon et le comte descendirent o furent la faon l'glise parfaites suivante. la rconciliation Le comte et l'absolution nu devant fut amen du comte, les portes en de
Gilles, et l, devant plus de vingt archevques et voques, il jura, sur le corps du Christ et sur les relide la sainte ques des saints, d'obir en tout aux commandements Ensuite on lui mit une tole au cou, et le lgat, glise romaine. dans l'glise en le flagellant. le tirant par cette tole, l'introduisit Puis le comte, qui craignait que ses terres ne fussent infestes par poser la croix sur sa de France, demanda lui-mme la croix sur la poiLes nouveaux croiss portaient poitrine2. des plerins de la Terre-Sainte, trine, pour se distinguer qui couvilles saient la croix sur leur paule. Les consuls des principales les croiss de Raimond jurrent d'abandonner 1209).
l'Empire Othon, et la nouvelle situation d'Othon
du bienheureux
leur
comte
s'il manquait
ses engagements
juin roi 1. 2. t208, Jean. Petr. Petr. Vall. Yall. investi des Cern. Cern. des venait
(18 juin
de livrer tout
[1-209]
INVASION
DU
LANGUEDOC.
31
ne comprenait pas qu'il venait de renoncer sa dernire chance de salut, en s'avilissant par cette lche au lieu de concerter une rsistance soumission, avec dsespre son neveu de Beziers. II avait cd la terreur des vastes prparatifs de la croisade. Outre le principal corps d'arme, franais, normand, champenois et bourguignon, Lyon sous le commandement qui se runissait de l'abb de Cteaux, l'vque du Puy et l'archevque de Bordeaux assemhlaient deux autres hordes de croiss la premire, compose de Poitevins, la seconde, forme et d'Auvergnats, dans le Vlai, et et de Gascons, dans l'Agenais; des d'Aquitains milliers de mridionaux, d'hommes parlant la langue d'oc, emou l'espoir du pillage, s'associaient ports par le fanatisme aux du Nord pour ravager les provinces de la Mditerrane. guerriers L'arme de Lyon descendit le Rhne jusqu' Avignon, passa le en Septimanie dans le courant de juin 1209. Le comte Raimond, la mort dans l'me, tait venu joindre Valence les bandes furieuses qui allaient dsoler sa patrie, et qu'il n'avait de combattre. Il n'amenait avec lui que deux chepas le courage L'abb de Cteaux, valiers. dit l'histoire des Guerres de Tou Ramon de le conduire en la terre du vicomte louse, ordonna de Beziers, car il la voulait prendre et dtruire, parce qu'elle toit et de routiers. Le comte Ramon obit, ce dont pleine d'hrtiques il eut par la suite mauvaise . L'arme fit halte rcompense cit catholique et vassale du roi d'Aragon. L vint Montpellier, bien accompagn, vers le lgat, le jeune vicomte de Beziers, lequel et pria le reprsenta qu'il n'avoit coulpe ni tort envers l'glise, merci car il toit serviteur lgat et son conseil de le prendre de l'glise, et pour elle vouloit vivre et mourir envers et contre tous. Le lgat (Arnaud Amauri avait repris son ancien titre, Milon tant mort rcemment) lui rpondit qu'il ne perdt point ses paroles, et qu'il se dfendt du mieux qu'il pourroit et sauroit, parce qu'on ne lui accorderoit Le jeune point de merci. vicomte s'en retourna ville et les seigneurs au plus vite tous ses parents, terre et vicomt que le lgat et son host vouloient Beziers, d'alentour les principaux de la tous furent d'avis qu'il mandt allis ou sujets, pour dfendre la venir prendre, et runit fleuve et entra de Berruyers
Le malheureux
comte
32
FRANCE
FODALE.
1209]J
saisir et piller. Sur le mandement du vicomte, il vint trs grand nombre de gens au secours de Beziers. Le vicomte, joyeux et conet grandes garnisons tent, mit bonnes par toutes ses places et les plus vaillantes casMs, puis, choisissant gens qu'il put, il alla s'tablir en la cit de Carcassonne, qui lui sembla la plus forte ville de sa seigneurie; ce dont furent trs marris les gens de Beziers. sur la grande arme croise o les habitants de toutes s'taient rfugis des croiss marchait les petites avec leurs familles de Montpellier villes et bouret leurs vers de la cit Cependant
L'voque et autres dans de Saint-Nazaire, cathdrale l et, leur reprsentant l'glise grand pril o ils toient, il leur conseilla de rendre la ville au lgat et de livrer entre ses mains les hrtiques, que lui vque bien et avoit couchs par crit; mais ils refusrent, connoissoit et dirent qu'ils mangeroient de faire telle plutt leurs enfanls*que chose. Le lgat, sur cette rponse, jura qu'en Beziers il ne laisseroit pas pierre sur pierre, qu'il feroit tout mettre feu et sang, et que pas un seul ne que femmes et petits enfants, seroit pris merci. L'arme, grossie par les deux bandes arrives de l'Agenais et du Vlai, lesquelles avaient enlev plusieurs chteaux-forts autour taient et brl ses maints tentes de Beziers sur leur passage, planta hrtiques et ses pavillons innombrables. L tant hommes
les archevques de Sens et de Bordeaux, avec huit voques; le duc Eudes de Bourgogne, Simon, comte de Montfort-rAmauri, et une infinit de seigneurs les comtes de Nevers et de Saint-Pol, et d chevaliers de France, de Lorraine, de Bourd'Allemagne, etmme de Provence. Le pome de Lombardie, d'Aquitaine, de la croisade prtend que l'on comptait sous l'tendard provenal de la croix vingt mille hommes d'arms, et plus de deuxcentmille gogne, vilains ou paysans, sans les clercs et les bourgeois. On sent qu'il ne faut pas prendre ces chiffres pour authentiques. Ceux de Beziers, qui avoient pens jusque-l que tout ce que leur vque leur toit venu dire n'toit que fables, commencrent t se grandement bahir. Toutefois, quand ils virent que force leur toit de se dfendre ou de mourir, ils prirent courage entre eux
[i2oa]
et s'armrent les en du assigeants. telle
MASSACRE
mieux que Adonc, qu'elle n'eurent des les bourgeois, eux. En arlols*
DE
chacun Yhost faisoit pas et qu'elle peu
BEZIERS.
put; puis ils sortirent commena et de de les d'instants pied frmir prendre se dans la cit la pour de terre. part prcipita la fut ville inonde et
33
se
sorte,
chevaliers la
au si y
gens
rejeta
ple-mle
avec
d'ennemis
on et pas demand fait mme
furieux.
dans les l'abb tout
L eutlieuleplusgrand
le monde qui Citeaux car ttoient! comment on n'pargna Les ils enfants de
mas-
vaindis-
queurs
avaient
tingueraient
Arnaud Amauri
les hrtiques
tuez-les
des fidles
tous! Dieu
Tuez-les
connatra les
tous!
siens2
rpondit
.
autant
capelans jusqu' ni empcher
qu'ils
(les ce
purent,
chanoines) tout le
dans
la
de
que
monde leurs au
capelans que
revtus tout ft
de pass
sacerdotaux,
tranchant
Ribauds, un chef appel 1.
de l'pe,
vagabonds, le roi des
et il ne s'en sauva
enfants arlots
point
un
seul
ce fut la
ils taient perdus plus ou des truands. En kimrique, (Camos qui sunt
et truant, garon; vagabond, 2. Ctliie novit enirn eos, c. 21, in Bibliothec Patrum
misiable. Dominus
Cistercensium.
ces paroles valable, rapportes par un contemporain, Les croiss agirent des principes presque toujours d'aprs analogues. on prit deux un et un le parrait hrtiques, parfait demeura croyant; le croyant tait se lable; convertir. protesta qu'il prt Brlez-les dit Simon de Montfort; si celui-ci de bonne parle foi, le feu lui servira de ses pchs; piation du massacre de Beziers s'il est ment, tir il portera de l'Historia
1. V, a contest, sans aucune raison moine de Citeaux lui-mme. A Castres, inbrantous pour deux, l'ex-
la peine de son imposture.-Le rcit de los faicls d'armas et guarras de et du pome Tolosa, dont cette histoire en n'est contemporain verprose qu'une sion remanie et postrieure d'au moins un sicle. On doit M. Fauriel la publidu pome de la Guerre cation des Albigeois de la Crozada (Cansos contr'eh ereges d'une oeuvre motion rien ne d'Albeges), que peut surpasser, compose par un troubadour mesure des vnements, la lueur des bchers et au bruit des cits croulantes. Il n'est moral de pas de phnomne vjir le plus intressant que pote, d'abord ardent de la croisade, se modifier catholique, partisan peu peu sous croissante des dsastres dont il est tmoin, l'impression et finir par se faire le chantre enthousiaste de la rsistance et de la guerre rjiort contre les croiss. Il se nomme lui-mme Guilhem de Tudela clerc navarrois. M. Fauriel a pens que c'tait un nom suppos. Nous n'en voyofls la raison. C'tait pas bieji probablement un homme d'outre les monts, tabli Toulouse. iv. 3
34
plus grande ils y mirent
FRANCEFODALE.
[1209J
piti que jamais on et vue ni oue. La ville-pille, et tout fut dvast et brl, ainsi le feu de partout, en sorte qu'il n'y demeura chose qu'on le voit encore maintenant; Aubri ou Albric de Trois-Fontaines vivante. Le chroniqueur gorge s'levait soixante mille perprtend que la population
dont sept mille au moins dans la seule glise de la sonnes, Le contemporain Bernard Ithier de Limoges porte le Madeleine! mille. Arnaud Amauri en avoue nombre des morts trente-huit vingt mille dans la lettre o il rend compte au pape de sa vicde la foi (22 juillet 1209). Tel fut le dbut des champions monceau de ruines derrire eux l'horrible Les croiss laissrent et prirent la route de Caret de cadavres qui avait t Beziers, Un silence de mort rgnait devant eux par toute la cassonne. des chteaux, des bourgs, la population terre du vicomte Roger toire. des villages, les Cvennes. brave vicomte s'tait L'arme n'attendit enfuie, soit Carcassonne, campa le 1 cr aot devant soit jusque dans Carcassonne. Le
il fit sur les croiss de pas l'assaut succs que celle furieuses sorties, pas,si mauvais qui n'eurent des gens de Beziers, et il disputa vigoureusement les approches du nombre. de la cit. L'avantage du poste balanait l'avantage d'une un nid d'aigle au sommet Carcassonne, place comme montagne plus forte le dpt couvrent les pentes, tait escarpe, dont ses faubourgs encore qu'au temps o les rois wisigoths lui confiaient d'en bas fut toutefois Le faubourg de leurs trsors.
bti sur emport et ras; mais le second faubourg, promptement Les assirsista toute une semaine. le penchant de la montagne, de s'y loger, et enfin pour empcher l'ennemi gs l'incendirent s'enfermrent dans la cit. n avait appris, avec autant de le roi Pierre d'Aragon Cependant des Franais dans les pays prol'invasion douleur que d'alarmes, venaux, le massacre de Beziers, et le pril du jeune vicomte, son au camp des croiss pour tcher il accourut neveu et son vassal et le vientre les assigeants de mnager un accommodement le lgat et les barons croiss ne refusrent pas ouvertecomte d'entrer de ce puissant prince, et lui permirent ment la mdiation dans vicomte Carcassonne de Beziers afin de confrer accueil fit grand Le Raimond-Roger. S'il n'y au roi son seigneur. avec
[12093
SIEGE
DE
CARCASSONNE.
35
avoit
que
moi
et mes
gens que
d'armes, je
dit-il
Pierre
je
jamais de
mourir femmes me
male
est ici
prendre
je me vous-mme vers
et les miens
en vos
Le roi retourna conditions que, pour de paix. l'amour et douze ; mais leur et le que, plaisir prvint
le lgat de
et leur au
demanda nom
L'abb de lui,
rpliqua,
Pierre son le
des
siens
laisserait chevaux
pour
la refusait, eut ou du et
Quand
sans roi
conseil ce que
vif de
plutt sa
cause et
Le roi
pour
de penser
dfendre tion amener Le lement constance chements toutes strueuse On Dieu '). taire croiss rable. me eux, ne les puis
composipu
il se dpartit d'appointement
de n'avoir .
et ses d'eau
ennemis
sige la
donc et le
le peuple
manque de pas;
tourmentait Cependant
cruella
maxime ne la
garder
Il chargea dans
taient Si
accorder
capitulation
seigneurs donner
princes, pour
vouloient il me
semble
tomberions
36
FRANCE
FODALE.
[1200]
je l'autre, n'ayez crainte ni peur vicomte, rpliqua Seigneur que, si et vous jure, par ma foi de gentilhomme, vous promets ne se conclue point, je tous voulez venir au camp et que l'accord sain et sauf, sans nul danger pour itous mnerai et reconduirai votre personne ni votre bien . sortit de la ville avec Le loyal jeune homme., sans nul soupon, et s'en alla droit la tente cent chevaliers,
du lgat, o tous les de sa venue. Il exposa grandement s'bahirent princes et seigneurs jamais fait partie de la comme quoi ni lui ni les siens n'avaient aucuneet comme des hrtiques, quoi il n'avait congrgation ainsi de ses biens. ment mrit qu'on le ruint et le dpossdt Quand il eut fini ses paroles, le lgat, tirant part les princes convint avec et seigneurs, lesquels ne savoient point la trahison, ce que la demeureroit jusqu' prisonnier eux que le vicomte entre leurs mains; ce dont le vicomte et ses cit se ft rendue non sans furent grandement marris, gens, qui toient avec lui, aux habicause1 . (15 aot 1209). Les chefs croiss accordrent tous leurs biens. On ne leur laissa tants de sortir en abandonnant Ces pauvres gens se rfuet leurs braies. que leurs chemises dans la Catalogne, dans l'Aragon2. dans le Toulousain, girent ou en pendant de leur clmence Les croiss se ddommagrent raou cinq cents prisonniers comme hrtiques quatre brlant et plusieurs des chevaliers du masss et l dans les campagnes, vicomte. et la captivit de Raimond-Roger, la dterminrent dans une tour du chteau, qu'on emprisonna des forts castels de Montral et de Fanjaux, de la ville soumission vicomte il de Castres et de la plus grande partie de la terre du le lgat assemdcider des fruits de la victoire; fallait maintenant L'occupation de Carcassonne
1 Tel est du moins le rcit de l'historien des Guerres de. Toulouse; mais il
d'Arnaud de la perfidie des chefs n'aient pas t complices partie pas sr qu'une et le ponte de en prose l'histoire provenale Nous suivons Amauri. principalement de VauxPierre au rcit du contemporain en les comparant des Albigeois, la Guerre de Puy-Laurend Guillaume de Montfort. de Simon vassal et compagnon Cernai, aussi des dtails contient importants. n'eurent de Tolosa Guerrat que les habitants prtend de las 2. l 'historien de de trois lieues mais qu'ils s'enfuirent par un souterrain aucune capitulation, et non pas de C'est de la lgende de Cabards. aux tours qui aboutissait long, n'est i'hjstoire.
[1209]
SIMON
DE
MONTFORT.
37
Ma raient
en
tous
les
princes
et seigneurs
pour
aviser
qui Les
seche-
la vicomt taient
touffer avaient
souills l'offre
refusa bien
assez
de
le vicomte; vicomte sans dirent et embarde Montbeaudlgus pour de l'me. la terre serment envers la et le
hritage.
comtes
de Nevers fort
comme rass, fort, coup par forcer Simon vicomt de faut cour Le tre n'et Simon roi de
de Bourgogne; lieu
Simon, s'tre
et la prit
de Cteaux
autres aux
les
chefs d'accepter de
ardemment en possession
Montfort
et Rasez d'habitants,
un
lgat le chef pu
que
choisi
l'homme Personne
tait
de cette
maison
qui, roi
de France
le comt deux
d'vreux,
couronnes;
il avait
de sa mre,
Leicester croix;
ses
exploits l'arme
il se croisa
de nouveau lorsque
qui
se firent, il sans se se
Constantinople; mais, le pape, les instruments avec le clat, et Cette s'en inde
d'eux qui
suivrait.
l'avait
Giterre Il tait
Albigeois de toutes
militaires dans
prudent
et intrpide,
prvoyant
la conception,
38
FRANCE
FODALE,
[1509]
il joignait la fermet dans l'excution; et infatigable persvrant de l'me la vigueur, la beaut, l'agilit du corps. Il avait pour tous les croiss, ses compagnons, petits ou grands, cette solliciet le capitaine tude que le dvot a pour ses co-religionuaires, sans borun dvouement aussi leur inspirait-il pour ses soldats une sorte de fascieux-mmes nes il exerait sur ses adversaires son intrt et sa foi, il puisait dans la convicidentifiant nation lion de sa fatale mission une force morale terrible! trange moradu moyen-ge! lit, au reste, que celle de ces hros catholiques du vice et ne ils avaient horreur austres jusqu' l'abstinence, vertu reculaient pas devant le crime, ou plutt le crime devenait leurs yeux, s'il servait l cause de la foi. la vicomte semblait peu prs atteint Le but de l'expdition le roi d'Aragon, le comte de Toulouse, de Beziers tait conquise; et le vicomte de Narbonne le comte de Provence, l'archevque tous les dcrets exigs par le les hrtiques Castres, lgat. Le comte de Foix, aprs avoir vu Montfort entrer se rsigna traiter son tour. Les Mirepoix, Alhi, Pamiers, une princes et barons croiss, qui ne s'taient engags que pour de quarante jours, se crurent plus que quittes de leur campagne avec leurs gens. Le flot qui successivement vu, et repartirent sur se retira, laissant Simon rgner avait ravag la Septimanie Simon, vers l'automne, des ruines avec une poigne de soldats. avaient rendu contre de lui que quelques chevaliers franais, vassaux plusautour et de sa famille ou de celle de sa femme Alix de Montmorenci, Les mridioet Allemands, trois ou quatre mille Bourguignons des l'excution revenir de leur stupeur naux commencrent n'avait les hrtiques fut presque partout des et par les magistrats entrave municipaux; par les seigneurs contre le nouveau vien vingt endroits clatrent insurrections suzerain de la vicomt, comte de Beziers, dont le roi d'Aragon, cruels dcrets lancs contre n'avaitpasvoulurecevoirl'hommage.L'infortunRaimond-Roger, pouvait qui avait t remis la garde de son successeur, redevenir
1. Un jour qu'il avait travers cheval, avec ses hommes d'armes, une rivire
grossie pour
par
l'orage,
voyant
a pied,
les pauvres*
4a Christ
, taient
[1209,1210]
LE
VICOMTE
DE
BEZIERS.
39
redoutable saient propos vembre al, l'avoit pote plus dont fait pas
les
murs
pais de lui.
du Une
donjon
de
Carcassonne survenue
ne tout
suffi fait
dyssenterie, soudainement
le captif
(10 noproven-
1209). fut
terre que
mourir.
de la croisade, large
meilleur Il fut
fort
peuple
ainsi
ge,
au
nom
contre suffi-
Celui-ci pour
attaquer
Toulouse, avait ou et promis de bannir la moiti de Saintqu'aupaconsuls et biens, de Toulouse leur cit. Le d
pouvait
tenir,
lgats pour
les
leur
livrer, ou
corps
consuls
rpondirent lgat bre sur comte, ses ses Milon, 1209, la ville
de septeml'interdit Le chez de
et jeta de
Raimond. que
esprant
de duret pour
le pape avec
ministres, barons
Rome
plusieurs d'abord
consuls du III
il se rendit pour
Paris,
lettre
devant
histoires reut le
provenales comte ce
l'accueil
certain
1. Le pote de la croisade, qui, dans cette premire partie de son uvre, est nie le crime imput Montfort; Cunsos de la Crozada, favorable aux croiss, p. 62, 67.
40
FRANCE
FODALE.
C210]
III releva provisoirement Raimond de la sentence qu'Innocent son absolution porte contre lui, et le renvoya, pour obtenir un concile dfinitive, que les lgats allaient prsider SaintGilles sous peu de semaines. Raimond devait s'y purger par serment du crime d'hrsie et du meurtre de Castelnau, et y justifier de l'accomplissement Peut-tre Innocent missions ligences l'affreuse et des prires sont rarement de ses promesses. III avait-il t rellement du comte inaccessibles de Toulouse.
touch
aux sentiments
de Beziers avait produit quelque impression catastrophe sur l'me du souverain mais, comme il arrive toujours pontife; en de telles circonstances, les subalternes, absorbs par leurs et par leurs intrts, furent passions plus impitoyables que le dans la voie de sang chef, et ne lui permirent pas de s'arrter o il avait mis le pied. Le chanoine successeur gnois Thodise, du lgat Milon, tait compltement d'accord avec Montfort et l'abb le droit de Gteaux, et aspiroit sur toutes choses trouver dans au comte l'occasion de se quelque prtexte pour refuser Tel est le tmoignage justifier, que le pape lui avoit accorde. du moine de Vaux-Cernai, qui en fait un titre de gloire Thodise. Lorsque Raimond Saint-Gilles, Thodise refusa comparut touchant l'hrsie et touchant la mort de de recevoir ses serments parce qu'il n'avait ni dtruit les hrtiques toulousains, divers droits qu'il avait perus sur les glises et que Rome qualifiait d'exactions. Les larmes vinrent aux yeux du malheureux comte. Quelque grand que soit le dbordement des dit ironiquement elles n'arriveront eaux, Thodise, pas jusqu'au Castelnau, ni restitu . Raimond ne remporta, Seigneur nouvel anathme. Il avait eu beau citadelle au lieu livrer d'absolution, qu'un l'abb de Cteaux la
de Toulouse, le Chteau-Narbonnais; on n'acappele ses concessions Les ceptait que pour l'craser plus srement. taient constamment excits lgats, suivant l'historien provenal, par le maudit voque de Toulouse, Folquet qui ne cessoit de chercher la perte de son seigneur, donnant entendre toujours Touque tout son pays toit plein d'hrtiques, principalement louse . (Fin septembre 1210.) Le roi d'Aragon il essaya une seconde fois de s'interposer;
[12H]
LE
COMTE
DE
TOULOUSE.
41
reut son
fodal ou
de Simon, en
et mme fils
fiana temps du
la qu'il
fille
de Simon Une Il
Jayme,
fianait
de ses
jeune comte
Raimond, Raimond
Arles, auprs
tentative
de paix
vet au conde la
Le roi que
conditions
offrir
articles
les lgats
incontinent ou qui
venus sans
porter en retenir
secours, tant
un
tous comte
de l'hrsie leur toutes portera brunes; resses, valier dans comme paiera quand pays grand, dront, pays item, mer par s'en tout du plaisir
dsigns, dans le
et volont, du
les terres
aucun mais
abattre
habiter champs
vivra item,
dehors chaque
chef
de maison item, et ou
au lgat,
Montfort lui
ou
on ni
ne ne
rien si peu
choses soit, du
prenceux du
guerroyer de,
jamais tout de
ou
et seigneuries de
rendues restera
cela,
le dpouillera
tout
et il ne lui
Ivranniques,
Les
i%
FRANCE
FEODALE.
[12113
Comte par deux fois on vous a bien pay dit le roi Pierre, Voil qui doit Raiinond, tre amend, par le Pre Tout-Puissant Ou avait signifi aux deux princes de ne pas quitter Arles sans Le roi et le comte se firent du concile; ils n'en tinrent la permission compte, remontrent cheval et partirent sans rponse ni cong. L'indignation donnait enfin quelque nergie Raimond VI. Il alla, sa charte la main, Montauban, Moissac, Agen, et la fit lire haute Toulouse, voix sur bourgeois tus ou pris serfs, tre tous que mieux aimeroient-ils telle chose qui feroit d'eux tous des que La rsolution de se dfendre des vilains ou des paysans* partout de souffrir les places s'crirent publiques de toutes ses villes. Chevaliers et
lire la charte
l'extrmit fut prise d'une voix unanime le comte de jusqu' des Pyrnes franaises relevrent Foix et la plupart des seigneurs l'tendard le comte de Toulouse, pour lors, et donn ses plus beaux domaines qu'il avait laiss prir sans secours son arrireson avant-garde, la vicomt de Beziers, tait dtruite; ne pouvait le secourir, elle-mme attaque par garde, l'Aragon, un formidable ennemi. Les princes chrtiens taient d'Espagne de runir tous leurs efforts pour rsister obligs en ce moment une effrayante invasion des Maures d'Afrique, espce de contreles musulmans croisade qui vomissait par cent mille dans la Pninsule. raliser la sentence de spoLes lgats travaillaient activement Arles, et confirme bientiaprs liation lance contre Raimond par le pape une multitude afin de ranimer le tres, parcouraient avait quitt son fanatisme de la croisade de Toulouse l'vque de la France contre diocse pour courir ameuter les populations de 1211, fut en les hrtiques du Midi; Simon, ds le printemps tat d'envahir le pays toulousain. Il avait employ l'anne prde missionnaires, de nouveau la chrtient cisterciens et auet tant pour rendre de bons chevaliers la vie son brave neveu de Beziers
gentilshommes ne lveront plus de mauvais pages par les chemins, mais seulement les anciens usages . Cansos de la Crozada, p. 100.
1. Causas et de la Crozada. Historia de las gtterras, entre etc. ceux-ci Ce passage, entre
mille, montre quelle distance existait dans ces contres entre les paysans et les
bourgeois, quel rapprochement, au contraire, et les nobles.
[1210,1211]
CRUAUTS
DES
CROISS.
iS
des
chteaux
de sa sa femme,
vicomt Alix et
qui
rsistaient
rvolts infrieure et de de en
tait
Chartres dans
Beauvais, 1210; du
avaient
hrtiques (pays
Bedarrez de
Beziers) Termes resse gens manque telain mme' que homme fort de
dans Simon
Minerve,
Cabaret; un se rocher
situe de
escarp,
Minerve d'eau
rduisit sauve
Minerve les se
pour ceux-ci
tant la
parfaits foi
croyants, Un
catholique.
de l'arme
cette
hrtiques,
Montbeaucoup, lorsque H quoi dit-il, vous capitulation. la ruine nous nous pour desquels rien, lui rpondit l'abb de C-
se rcria
Ne crains peu
femmes,
de Vaux-Cernai t allum, pas allgre (23 juillet cota rsista durant que des 1210). cent
parfaits
besoin dans
. Les
de Termes, de sang
croiss:
entiers,
femmes; A cette
il pargna nouvelle,
vie
et leur se
et Cabaret
approchait; avant
renforts
arrivaient Raimond,
du
d'attaquer forte
le comte sur
devant
Lavaur,
l'Agout,
huit vassale
de Toulouse, Ce
incerti Tou-
eu l'incroyable
de laisser
rentrer
44
FRANCE
FODALE,
tmi]
louse l'vque Polquet, d retour de son voyage en France; Folquet reconnut cette tolrance en allumant la guerre civile dans sa cit. Ce fougueux prlat organisa Toulouse une confrrie dans le but de poursuivre force ouverte les hrtiques, les usuriers, les routiers
dmolir
et les juifs;
les maisons
la confrrie
s'enhardit
bientt
piller et de personnes
du bourg s'armrent leur tour, sous le titre de Confrrie la Confrrie noire, contre la bande de Folquet, qu'on appelait blanche.* On en vint plusieurs fois aux mains, avec armes et bannires, quirent Lvaur. voire Le lgat et l'voque Folquet reles con frres blancs de porter aide l'arme qui assigeait Ils se rassemblrent, au nombre de cinq mille, sur la souvent cheval.
franchirent les portes de la ville, malgr le place de Mont-Aigon, comte Raimond, et s'en allrent joindre Montfort. Le timide Raimond clata enfin il chassa l'vque Folquet, dfendit de porter des vivres au camp des croiss, et laissa l'lite de ses hommes d'armes entrer en campagne sous le commandement du comte de Foix. Cinq mille croiss allemands et belges, commands par le duc d'Autriche et les comtes de Monset de Juliers, se dirigeaient de Carcassonne sur le camp de Montfort le comte de Foix s'embusqua dans la fort de Monjoyre, prs de Puy-Lausur ce corps ennemi, il le tailla rens, et, fondant l'improviste tout entier en pices. Des milliers de paysans taient accourus ne sauva pas Lavaur, enlev d'assaut aprs qu'une redoutable machine, appele la chatte ou la gate, eut fait brche aux paisses murailles de cette place l Les croiss y trouvrent environ quatre cents hrprter
i. une Cette tour machine tait une sorte de blier elle perfectionn; moutons la mettre pour mise ces les en crochets consistait du avec dans feu, des la Les tait de
main-forte
au comte
de Foix.
Cette victoire
de couverte de peaux roulante, de sortait norme et du Oatie une laquelle poutre et arme de crochets de fer. On appelait poulies, chatte. La chatte branlait et arrachait la fois machines trs d'tre vers
de sige jouent un grand rle dans la guerre dans toutes de la science les ressources militaire ingnieur, par un trs habile de Paris, qui lui construisit le ciiauoine des engins
de
et venait
d'ailleurs
rejoint Notre-Dame
Guillaume, formidables,
archidiacre
LES
BLANCS
ET
LES
NOIRS.
45
tiques
parfaits,
avec
une fit
joie
infinie
de Vaux-Cernai. le noble de Laurac, valiers; on les on exposa sous hrtique de plus que croiss et puissant qui
avoit
quatre-vingts fourches.
fit jeter
dans
d'Aicar plus
gnreux Les
le frre entrrent
(5 mai
du
comte
routiers combat
rude
jardins,
beaucoup le bourg.
de inonde L'approche les factions en voyant ouvert leur loyalement les patrie
danger
de prs yeux
croiss o leur
l'abme
ils ne quittrent avec leurs anciens avec blanche de de de Beziers. l'arme ni l'vque la cit Ds eux
pour de la
et pour
se
ranger
bannires
La Confrrie l'ordre
pas le clerg, sortirent, les lgats tait nomune renAu bout assigs Ils se si
anne ni
bloquer
ville, l'lite
quinze
sorties de juin
plier autour
bagage
de Toulouse
puis de toit
laissant
terre
ensuite
40
FRANCE FODALE.
Et2li]
Montfort dans cette campagne presque qu'obtint tous les croiss le quittaient l'expiration de leurs quarante ne rejours , et le flot de la croisade tarissait vers l'automnepour de gens de guerre venir qu'au printemps; milliers dequelques meurrent Le comte la saison toutefois la solde de Montfort f. de Toulouse et ses allis mirent profit l'hiver, qui tait forc pour Montfort Raimond assembla une
de Maulon, snchal du roi Jean d'Anglepuissante terre en Guyenne, joignit le comte de Toulouse la tte d'un bon se et de Gascons, et la population nombre exaspre d'Aquitains leva en masse dans tous les domaines toulousains et les seigneuries dans Casdes Pyrnes. Le comte de Montfort se jeta hardiment un des moins fortifis de ses castels, et manda Boutelnaudari, chard de Montmorenci, sire de Marli, qui commandait Lavaur, de lui amener le reste de ses troupes avec un grand convoi de Le comte de Foix courut au-devant vivres prpar Carcassonne. de ce renfort et l'assaillit en un lieu dit Saint-Martin-des-Bordes esaprs un terrible chop; mais, les routiers pagnols s'tant dbands pour piller, Bouchard et ses compagnons ressaisirent les chevaliers toulousains accoururent l'avantage le convoi fut enlev avec ses l'aide; Simon s'lana hors des murs de Castelnaudari hommes et l'engagement devint gnral la d'armes, entre.toute des deux partis. Les mridionaux, chevalerie malgr leur grande eurent le dessous en plaine contre les supriorit numrique, la multitude entasse dans le camp toulousain Franais du nord Le lendemain, le ne prit point de part ce combat de cavalerie. comte Raimond leva ses tentes et se replia vers l'Albigeois, l'Agede petites villes et de nais et le Querci, o il recouvra beaucoup faibles avantages forteresses; pas la triste qui ne compensaient des mridionaux devant ces hommes de preuve de l'infriorit fer qui passaient
1. Un riche marchand
leur
force et leur
tait
adresse
de
de Safragna,
le banquier
la croisade il avanait Simon de grandes sommes et recevait en paiement les toffes, les denres et toute espce de butin enlev dans las places conquises. (Causas de la Cro%ada, lxxij.)
[!2!?]
GUERRE
DANS
LE
TOULOUSAIN.
47
continuel des armes. La leve en masse du .par le maniement Midi n'avait pu accabler en rase campagne une poigne de chevaliers franais. Simon reprit l'offensive au commencement de 1212, aid par les archevques de Reims et de Rouen, les vques de Laon et de Toul, le prvt de Cologne, de etc., qui amenrent beaucoup il envahit l'Agenais, croiss; de puis les pays de Comminges, Foix et de Barn. Il voulait abattre successivement tous les appuis du comte Raimond avant de renouveler de Toulouse. Il l'attaque n'agit pas moins cette anne-l par la politique que par les armes, et s'occupa de consolider ses conqutes en renouvelant la population militaire du pays, et en distribuant une multitude d'hommes d'armes de la langue d'ol les fiefs de haubert enlevs aux chevaliers languedociens1. Dans un parlement au qu'il tint Pamiers, mois de novembre, dix ans, les femmes avec ses vassaux, il fit dcrter que, pendant de francs fiefs (fiefs ne devant que pourvues simple) ne pourraient prendre pour maris que
la foi et hommage des gens de la langue d'ol. Les nobles et bourgeois indignes furent contraints des dlgus Pamiers pour sanctiond'envoyer ner par leur prsence les lois dcrtes par les conqurants trangers. Ces lois ne furent pas toutes galement Simon tyranniques tcha de regagner le menu peuple en interdisant aux nobles toutes exactions abolissant et tailles arbitraires sur leurs paysans aucun les pages indment tait crase on lui interdisait dmantels, Beaucoup l'assemble sans des anciens tablis.
de relever formel
le consentement
du pays ne figurrent prlats pas dans de Pamiers les instigateurs de la croisade avaient contre les vques tolrants ou scandaleux, recommenc, les hostilits qui avaient prcd l'invasion; mais, cette fois, ce fut ils traitrent les seigneuries leur'profit personnel; d'glise comme les croiss ils les consilaques avaient trait les fiefs militaires; drrent comme leur butin. L'abb de Cteaux se fit lire archeet prit arrogamment le titre de duc de Narvque de Narbonne,
1. est La plus celle de connue Lvis. des Gui familles de Lvis franaises eut la de qui s'tablirent ainsi dans le Languedoc laquelle tait
attache
la dignit
de marchal
~8
FRANCE
FODALE.
[i?i2j
ainsi ses prtentions la suzerainet de toute la annonant ce qui ne fut pas plus agrable Montfort qu'au comte province, Ce titre de duc de Narbonne Raimond. quivalait celui de marbonne, quis de Gothie. sonne d'autres pourvus presque L'abb moines de Vaux-Cernai de Cteaux de Paris, et l'veh de Carcasne furent pas moins bien montra Guillaume, l'vch de Beziers. Raidu comte
l'archidiacre
et ami
mond, fut aussi dpos, de mme que l'vque de Rhodez. Les passions cupides des vainqueurs se montraient un peu trop dcouvert, et bien des yeux commenaient se dessiller le cri d'un des chos entier, dshrit, spoli, dcim, trouvait au dehors, et un grand vnement rendait l'esprance aux opprims. L'obstacle de qui avait jusqu'alors empch le roi d'Aragon peuple secourir laquelle Toulouse le khalife n'existait d'Afrique s'tait prcipit horde, la tte de plus l'immense et d'Espagne, l'AUnohade Moham-
sur l'Espagne venait chrtierine, les forces runies des rois de Castille, d'AraLa victoire complte des rois chrtiens, vicgon et de Navarre. toire aussi glorieuse pour les Espagnols que celle de Poitiers l'avait t autrefois pour les Franks, permettait au roi dsormais d'intervenir efficacement au nord des Pyrnes1. d'Aragon med -el-Nasser, de se briser contre i. L'Espagne, depuis la fin du onzime siele, avait t le thtre de guerres gigantesques. Au moment o les Europens prenaient l'offensive contre l'islamisme
en Asie, les musulmans d'Afrique la ressaisissaient de leur ct un Espagne la
runion des Arabes-Espagnols et des Berbres, sous la dynastie berbre des Almoravides, arracha aux chrtiens d'Espagne la prpondranceque leur trait 'value
le partage sur du khalifat de Cordoue en plusieurs tats indpendants, que une et, versait grande durant tout
en 11S5, sem Alarcon, en 1211,le khalife almohade sur l'Espagne. Les historiens
espagnols, dont l'exagration habituelle est, au reste, assez connue, assurent que Mohammed runit en Andalousie six cent mille combattants. La prodigieuse arme
musulmane formidables fut entirementdfaitc, de croiss franais. le 16 juillet Deux mille 1212, ia journe dix mille de las Navas de
Tolosa (royaume de Jaen), par les rois espagnols qu'ayaient renforcs des lgions
chevaliers, sergents a cheval
[1212,1213]
DU
49
le roi son
fils et sa femme, l'usurpateur l'hommage une ambassade au du vicomte de particuliers du comte Raimond, quoiqu'il aller pape
sur
de
pour Pierre
trandes deux
solennellement et le fils,
lettres
de Montfort de tant
la spoliation liques, avait mandt contre rendt restitution de Foix Innocent fortement 213, leur 214). et
invasion sauf
la paix en
les terres
enleves
Pierre, XV,
et p.
il fut 212,
ses lettres svre leur ses avidit, terminer de la ordre, 1213). clic
reprocha
l'affaire couronne
jusqu'
grave;
semblait Il n'en
politique plus chrtienne. de la papaut, les chefs et les soldats de la province dsobirent d'admettre narbonnaise, audacieusement la justification auprs le
les v-
intrus
et leurs
Provence, refusrent
allis,
d'Innocent la religion
accordait
moindre du zle
rpit
Toulousains seigneur
fauteurs.
Armez-vous
de Phine,
et cinquante mille hommes de pied franais avaient pass les Pyrnes sous la conduite d'Arnaud Amauri, de l'archevque de Bordeaux et de l'vque de Nantes. La journe de las Navas dcida des destines de l'Esl agne les musulmans ne s'en relevrent jamais. IV. 4
ao crivaient
FRANCE
FODALE.
E121S1
anantissez cette les prlats Toulouse, catholiques; cette Gomorrhe, avec tous les sclrats qu'elle contient; Sodme, ou mme son jeune fils, ne Raimond, que ce tyran, cet hrtique puissent plus relever leur tte dj crase demi! Ecrasez-laleur plus fortement encore ! A la furieuse clameur que poussrent Innocent tous ces intrts III conjurs, ces passions et crut; s'tre tromp et se ce qu'il avait crit en faveur cher fils le roi et de ses adh= toutes
son indulgence il rvoqua reprocha et de ses allis, et manda son de Raimond de se sparer du Toulousain Pierre d'Aragon rente;
mais la voix du pontife ne fut point coute. Le brillant et don Peyre avait le cur trop gnreux pour chevaleresque la cause de ses frres de la langue d'oc; lorsqu'il eut dserter il envoya dhonorable, perdu tout espoir d'un accommodement son vassal, alla chercher ses barons fier Simon, le, renona pour au del des monts, repassa bientt les Pyrnes et ses chevaliers avec un millier devant de lances catalanes Muret, petite ville situe et occupe par une garnison de croiss. sud-ouest de Toulouse, Le comte Raimond venait de rentrer Toulouse avec les comtes de Foix enlev et de Comminges d'assaut le chteau et le vicomte de Pujols, de Barn, aprs o soixante chevaliers franet aragonaises, sur la Garonne, et mit le sige quatre lieues
avoir
des cruauts de par reprsailles ais furent pendus ou dcapits il fit crier son de trompe par la ville, que tout homme Montfort et s'armer et apprter pour aller joindre le roi d'Aragon devant n'auroit Muret. Tant de gens s'assemblrent, que personne pu et l'on marcha ni estimer tout ce qui toit l runi, compter Gascons et Aragonois se festoyreu t o Provenaux, les uns les autres (10 septembre grandement 1213} j>. de Muret il avait bien Simon apprit Saverdun l'attaque la guerre alors rallume moins de gens d'armes que ses ennemis; droit Muret, entre rables la France qu'il et l'Angleterre attendait du Nord; l'avait Louis priv des renforts considde France, fils du roi Phi-
crois malgr son pre, n'avait pu venir, et Simon lippe, quis'tait et par n'avait t joint que par les vques d'Orlans et d'Auxerre, Parmi ces chevaliers figurait, la Ulrpetit nombre de chevaliers. vrit, le terrible. Guillaume des Barres, le Roland de ce sicle,
[1213]
L'ARAGON
SECOURT
TOULOUSE.
51
frre du son
de
Simon.
Avec
Montfort
tait
le propre avait
frre
abandonn ni de
l'honneur de
Puv-Laurens
la bataille leurs
et se ceignirent un millier de
et un assez moines
marchaient
le monde
n'avait
si copieuse de son
d'ennemis. de cuir ceci toit d'un dame de son bien par dois l? gure perdue qui
m'est
mains. gon
d'Aradiocse
toulousain d'elle autres avoir s'cria marche (Guil. Les suspendu obstacle mon Pierre peut-tre Le passa passa seule, choses lu, que
et lui le
je veux un
craindre
femme
{prounrneretrice). de
Laurent.) ligus, au bruit de la marche Simon, avaient entrer coup sans . Sile roi celle Simon. du Midi
ils laissrent de finir sur bras crit jour, dans les d'une la lettre
vaincre
la nuit
matresses, par
lendemain,
les chefs un pr
Raimond, de et
ce que des au
valait
l'avis
barrires lieu
l'attaque bien
Quand tourneront
les aurons
navres
a coups
d'arbaltes,
32
FRANCE FODALE.
1213]
et nous pourrons les dconfire tous. Mais la face, nous sortirons d'outre les monts, tout fiers de leurs exploits contre les chevaliers on cria les Maures, traitrent ce sage conseil de renardiseipolpil) de la ville sus auxiFraneais qui sortaient et on les fora de repasser les portes; mais, pour tter l'ennemi, et repoussrent l'assaut dtelle l, les Franais tirent volte-face les premiers et retourse lassrent que les assaillants vigueur, nrent leurs tentes pour dner . Simon aussitt fit seller tous l vint Fvque Poltous ses hommes; ses chevaux et assembler aux armes, on courut croix quet, la mitre en tte et le bois de la vraie l'un aprs l'autre adorer croiss commencrent durerait trop longtemps, on vit que la crmonie de mingcs prit la croix des mains de l'vque sur un tertre, bnit en main la croix , et les comme
et promit, l'arme, en cette journe irait droit en paradis, que quiconque mourrait Puis les gens d'armes se formrent sans passer par le Purgatoire. de la Sainte-Trinit eu trois corps, en l'honneur , et donnrent de l'peron, tandis que la lutte s'engageait,
en ville. Pendant que le clerg rentrait les vques et les clercs, parmi lesquels dans l'glise de Muret, crioient retirs tait saint Dominique, et poussoient au ciel de si grands mugissements, vers le Seigneur plutt hurler que prier . qu'ils sembloient du chteau, par la porte orientale comme s'ils eussent voulu fuir du ct du Carcassez; mais, tout il coup, d'un mouvement bride, et revinrapide, ils tournrent Les Provenaux buvoient et rent fondre sur le camp ennemi. Les hommes de Tousans gardes ni sentinelles. mangeoient hors du camp sans aux armes et s'lancrent louse coururent Les croiss taient devant eux qu'une roi ni comte , et les croiss n'eurent Les hommes au lieu d'une arme en bataille. masse confuse en trois rangs, selon du comte Simon arrivrent, disposs couter les derniers militaire et l'usage de la discipline corps, en mme temps que les premiers, htant leur course, chargrent du choc dpend la victoire, et ils sachant bien que de l'ensemble rencontre les cavaliers tellement la premire du culbutrent l'ordre comte de Foix, qu'ils puis, la poussire; devant eux comme le vent fait les chassrent du ct o toit le roi d'Aragon, se tournant sortis
[1213]
BATAILLE
DE
MURET.
53
ils se rurent et le bruit entire dirig le sire convenus mis et chang mort. d'armes ft des
sur
lui
d'une reten-
coups
comme l'effort
tombe
sous
la
contre Florent
la personne de Ville et
le comte'Alain chevaliers
jusqu'
ce qu'ils celte
l'eussent
pressenti un
et Florent royale,
se rurent
meilleur
ce n'est en
le roi, son
mais cri
il
poussant
Aragon! autres,
Envelopp qui
l'instant,
il tomba
perc pour
lamentable Le combat
bourgeois quinze
ple-mle dans
eaux
vainqueurs
(12 septembre)1. Moult venal, d'autres tient que davre cheval bientt n'eut ne les cus de armes placrent pas en le cur nu et fut grand le roi le dommage d'Aragon et le deuil, resta entier mort en valut Pierre Simon roi Pierre. le corps qu'aux s'crie et sanglant moins, de le pote avec promoult la chravoue le cade
le monde abaisse
et toute
farouche sanglant
brave
. Il oublia Il jouret
nouveaux
Muret
sembla
mridionaux de toutes
Dieu, vainabsolue
tombrent leur
Les
esprance
une soumission
1. Cansos de la Crozada cnnlr'el.i reges d'Albges. Historia de lot gratis d'armas et de Tolosa. Petr. faicts guerras Vall. Cern. Ouill. de Pod. Laurent.Comment, del rey enjacme, dans VUht.de Languedoc, III, 249. Litter prlalorum etc. qui in exercilu Simonis erant
51 l'glise.
FRANCE
FODALE.
[i2i4,
maj
L'hiver- pass, -"vers le temps o revenait le Ilot de a de Foix, de omminges, le viles comtes de Toulouse, croisade, au nom de la comcomte de Barn, et les consuls de Toulotie, du nouse remirent munaut, <t corps et biens , la discrtion et son fils quittrent RaimonctTI veau lgat, Pierre deBnvent. le Ghteau-Narbonnais, leur rsidence seigneuriale, pour s'tadu la dcision en attendant blir dans le logis d'un particulier, consuls Douze des vingt-quatre concile1. pape et du prochain furent en otages, et l'vque Folquet rentra Toulouse avec son clerg. Le pote de la croisade agita dans le conseil des chefs si l'on ne dtruirait livres en triomphe assure qu'on
par le fer et le feu l'voque Polquet la ville ne rflchit que dtruire d'abord, mon, qui y consentait de seroit pas son avantage , et fit dcider qu'on se contenterait et de dsarmer les combler les fosss, de raser les fortifications, de Simon, qui comptait se faire adjuger la seigneurie son propre bien, et les murs ne ne voulut pas dtruire Toulouse, furent pas mme dmolis. devoir dcider du sort du pays souLe concile, qui paraissait en janvier 1215; les archevques de mis, se runit Montpellier avec d'Arles et d'Aix y sigrent d'Auch, d'Embrun, Narbonne, Simon essaya de mettre profit la session tous leurs suffragants. Cette riche et libre de Montpellier. du concile pour s'emparer la suzerainet de la couronne cit venait de renoncer d'Aragon, pour se placer sous la protecqui ne pouvait plus la dfendre, du lgat, tion (lit roi de France. Simon, grce la connivence de chevaliers; mais dans la ville avec bon nombre s'introduisit levrent des barricades, cerles armes, les bourgeois prirent habitants. et chassrent le comte de l'glise o se tenait le concile, leurs murs. Simon n'osa se venger par une guerre ouverte contre mais il fut largeet vassale du roi de France une cit catholique de cet chec le lgat et les voques, la vrit, ment ddommag nrent
Raimond frvu avant de se soumettre, trahi qui l'avait un fils castel lui tira une terrible cependant du ct de Moutfort passer vengeance il le fit noyer; mains.
VI,
Baudouin,
daus
pour et pendre d'un du Querei, aux branches de leurs la corde au cou propres passrent
[1215]
SOUMISSION
DE
TOULOUSE.
55
pas
leurs
pour
disposer
suspendit
rsolution avait
jusqu'au pour
concile
cumnique 1215
convoqu
le gnral du concile
de la Foi Simon
Toulouse, de Toulouse,
Montauban la Septimanie,
il rgnait sauf Tout mort! mariant Son plus arme s'acquittait craignirent par Louis l'glise uvre avec de
toute
Montpellier, le Il Midi
la moiti
et de la. Gascogne. de terreur tats, et de en YI. et nombreuse qui clerg prises mais capacit Louis du VII non
silence runion
devant du
vastes
dauphin avec
Guignes une
inquitude
qu'il
croises du que au vu
de France, et le
deux
Simon
ne voulut droits
de France et pre et
le courage
1215,
parmi et cents
s'asseoir de
en prsence
bassadeurs concile
de Latran du
s'tait et de
compt pntr
sang
le doute
il avaitsenti
le besoin
56 de raffermir
FRANCE
FODALE.
[1200-1210]
sa conviction
glise entire partager lui manqua pas la catholicit accepta, terrible. sentants, cette solidarit Le concile commena
et d'appeler l'par celle des autres, la solidarit de ses actes. Ce concours ne par l'organe de ses repr-
par traiter les points de dogme avant de de fait. Il n'avait pas seulement devant des questions s'occuper et les vaudois lui les manichens auprs du dualisme manichen une troisime secte s'tait leve dissident, Le ralisme des coles, clair sur luil'unitarisme panthiste. des philosophes arabes et juifs,, mme par le flambeau redoutable avait enfin port ses dernires consquences. le grand commentateur arabe d'Aristote, avait ni Averrhos, et du christianisme intermde l'me, et affirm une me universelle, et seule essence diaire entre Dieu et les individualits apparentes, vritable de celles-ci. D'autresavaientt jusqu'au pur panthisme. l'individualit Leurs franais disciples Ds la fin du douzime Bne, Chartrain tout chrtien les plus hardis jusqu'au bout. mauri de sicle, un docteur renomm, Paris, a mis la proposition qui enseigne que du Christ; et il l'entendait au sens est membre ont suivi
est identifie l'me c'est--dire que toute me chrtienne propre; Rome, il s'est rtract; du Christ; identifie Dieu. Condamn ses disciples mais il en meurt de chagrin, aprs avoir confirm est de retourdans sa croyance. La fin de toutes choses, disait-il, ner en Dieu, pour ne faire qu'un avec lui. Tout est un, et tout est Dieu est l'essence de toutes cratures. II y a trois choses, Dieu. le principe indivisible ajoutait un autre matre, David de Dinant duquel duquel stances seule sont faits (eonstitwuntiir) les corps; le principe indivisible dans les subsont faites les mes, et le principe indivisible ternelles, qui est appel Dieu. Ces trois choses sont une et mme chose . ont continu de se rpandre mais elles ont fait alliance la prsence, secrtement d'un aprs avec un autre lextatique
dans la secte,
illettr, d'un prophte artisan Guillaume l'orfvre, parmi les clercs Le corps du Christ, enseiet les matres s-arts ou en thologie. dans le pain consacr que gnent les sectaires, n'est pas autrement dans tout autre pain ou dans tout autre objet (c'est--dire qu'il est
[1210-1215]
P\NTHISTES
A PARIS.
37
Dieu de la Loi
Testament,
sous Testament,
la
le Nouveau
la forme
des du
sacrements; les
par
l'avnement du Saint-Esprit, sein desquels et l'enfer dant pas, pcher, lui Saint On la
Fils, qui
sacrements
tomber dans
se manifestera Il n'y
au
il s'incarnera.
de lieux
appels
le paradis
et l'enfer commet
sont quelque
l'esprit
a la connaissance
de Dieu
est le Christ
le panthisme Saint-Esprit,
scolastique forme
s'tait
ici de
combin l'aspiration
avec au
religion
la religion;
ce mlange
mystique adultre
produisait
des fruits
employa, immorauxd'Orlans,
pour qui du en
les chefs t roi dans surprirent les livrrent. furent Sens, en fit mis
des en
les les
passer les
sectaires, puis
de fraternit, d'glise
la plupart par un
et de science, de qui
brler la lecture
et des dfinitive,
prohibition
rendue
donnent une explication diffrente Ce qu'on appelle pch n'est si c'est l'amour le fait point pch, faire . Hurter, Hisl. d'Innocent III, 1. XIV. qui 2. Sur cette secte, v. Marlin. Polon. Chronic. Eapeditissim. 1. IV. S. Thomas, In Secund. Sentent, disq. XVII, qust. 1. Csar. Heisterbach. Illuslr. Mirac. et Hisl. Metnnr. 1. V, c. xxij. 3. Y. notre t. 111, p. 53. 4. II parat, d'aprs Rigord et Marlin le Polonais, qu'on brla, avec ces livres, le Priphysen de Jean Scott rigne, d'autres traits galement attribus par erreur a Aristote, et, peut-tre, la Mtaphysique d'Aristote elle-mme.
1. Certains
98
dans les statuts donns
FRANCE
FODALE.
U2I5J
par
le lgat Robert et la Physique la fois, la Mtaphysique de Courson, qui prohiba, Nous verrons bientt et n'autorisa d'Aristote, que sa Dialectique. et que l'glise dut capique ce dfinitif ne fut que du provisoire, zi l'universit de Paris tuler avec le stagiri te"1. scolastique n'tait pas assez fort pour rsister il la religion du Saint-Esprit, si terrible2; qui s'y tait plus vivace. Quoi qu'il en ft, le tait mle un moment, de l'glise. fois tous les adversaires concile de Latran frappa la de Nice contre l'arianisme, Ainsi qu'avait fait jadis le concile Le panthisme une rpression dbuta par une futer implicitement il seul Dieu, de la foi catholique, exposition les hrsies du temps prsent. destine r II n'y a qu'un a fait de rien les
du temps, qui, ds le commencement hors de Il n'y a qu'une glise universelle, esprits et les corps5. Le corps et le sang de Jsus-Christ laquelle personne n'est sauv. de l'autel, le pain contenus au sacrement sont vritablement tant divine ploy transsubstanci (le terme au corps et le vin au sang par la puissance n'avait pas encore t emde transsubstantiation Le concile les autres pareillement par les diverses sectes, puis il les hrsies contraires son exaffirma
jusqu'alors).
principes condamna
Le principe la secte d'Amauri. position de foi, et nominalement de procontre lequel venaient de la perscution, Fithacianisme, les humbles chrtiens si vanglique, tester, avec une simplicit
1. thistes l'Asie Barau, de la Philosophie scolastique, t. I, p. 391-417. avaient '& la tte ces Occident, t violemment taient perscutas Nouredtiu dans et le
2. Il est U remarquer que, dans le dernier tiers du douzime sicle, les pangrand Saladin. Ceux-ci ne firent pas une guerre moins acharne- aux sectaires de
l'islamisme, daient, en soit Orient, aux en gnral, les philosophes et, les musulmane orthodoxes, par ismalites, a ce qu'tait., soit en desquels
qui
Saint-Esprit,
corresponmais
avec des ides plus arrtes et une action plus soutenue. Chose trs frappante c'est dans la religion considre comme anti-progressive, dans l'islamisme, que l'ide du progrs se manifeste, par raction, durant cette priode de l'Mstoire, avec bien plus d'clat et de prcision que dans aucune secte chrtienne. La Perse,
l'Egypte,
successifs qui doivent perfectionner de plus en plus l'humanit. 3. Ceci tait dirig '&la fois contre les manichens et contre Aristote, et surtout contre ses commentateurs arabes et juifs, qui n'admettaient pas que rien et t
fait de Hen , et croyaient les tres particuliers mans de l'tre universel et noa
l'Afrique,
sont
envahies
par
la croyance
une
srie
de mehdis,
messies
[1215]
CONCILE
DE
LATRAN.
59
fut
solennellement orthodoxe
consacr on
par
le concile. fut
le dire, Les
condamns recevoir
conlisqus, d'hrsie,
glises.
se justifient demeurent un
convean en
Le
seigneur
temporel d'hs'il ne du
sa terre et,
pape terre
excommunis, de tester, civile, comme avec Quiconque sera l'an, excommuni. la partie ils et de
(frapps
aujourd'hui' sera de
Quiconque excommuni prcher au pour sans moins recler luimisune des ou les vie en sin-
trois jurer
renomme,
dnoncer ou fidles,
des
conventicules du commun
auront
d'un
qui
rgle
les
formes
des
rendre
justice
concile moins de
qu'en procdure
du celui
ordonna
d'glise, lments
tion,
fit connatre
les
fit,
l'ignorance
la
nature Le s'effora
concile
rendit
il
de rtablir
CO
FRANCE
FEODALE,
[1215]
devraient sa faire, ou directement et dcrta qu'elles siastiques, ou indirectement par le choix de quelques perpar le scrutin, les autres remettraient leurs pouvoirs. sonnes capables auxquelles ses pchs, au moins une fois au moins l'an, son propre prtre ( son cur), et de recevoir, de l'eucharistie, peine d'tre rejet de le sacrement Pques, ecclsiastique (ainsi ce coml'glise et priv de la spulture de l'glise ne date que du concile de 1215). mandement eau froide ou fer Dfense tout prtre de bnir eau chaude, -Tout fidle est tenu de confesser chaud enfin pour tenter le jugement les preuves superstitieuses -Les de Dieu . L'glise rpudiait qui lui avaient t imposes par
empchements apports par les canons aux du septime au quatrime entre parents sont restreints mariages accorde la raison publique et degr (cette tardive satisfaction les Barbares' l'ordre Innocent social avait t provoque III n'avait russi qu'aprs croissantes. par des rsistances une trs longue lutte rompre
du roi de Lon avec la fille du roi de Castille, sa pale mariage les enfants issus de cette rente, et il avait t oblig de lgitimer des bans de mariage, qui cxiSiail dj. union). La publication aux curs une portion On assignera en France, est gnralise. suffisante (parce que certains patrons ou coHateurs s'attribuaient des cures). -Tout commerce avec les tout le revenu presque des mitres (des inttant que les juifs exigeront juifs est interdit, du Mont-Cassin et ceux de Cluni, tombs rts). Les bndictins un grand relchement, de leurs confrres l'inspection dans sont soumis une rforme, sous de Gteaux.
les anciens ordres monaOn ne se contenta pas de rformer deux nouveaux, d'ciore on en autorisa qui venaient stiques propos pour l'glise, l'intellement qu'on y crut reconnatre et saint Franois d'Assise comdu ciel. Saint Dominique spiration ses plans au pape devant le concile, l'un pour soumettre parurent des plans dj mis l'autre pour faire ratifier et aux voques, htroexcution. L'glise avait t .branle par la prdication de la soutenir d'un par la cration doxe Dominique entreprit ordre exclusivement destin prcher la foi catholique, et, sous
i. Le nom mme d'ordalies, donn aux preuve*, indiquait leur origine germanique.
[1215]
les des auspices Prcheurs
SAINT
de
DOMINIQUE
l'voque dans Folquet, Toulouse au
ET
SAINT
les la de
FRANOIS.
fondements de de l'ordre
61
mtropole
l'hrsie1. et le mystidu
avait
attaque
mystique
vanglique; la ralisation
Franois littrale de
la
pauvret
de
l'humilit
chrtiennes
qui renonaient
dans
le sein de l'glise;
absolument, non les autres
il fonda
plus moines,
un ordre
la la
de moines
proprit proprit
seulement mais
individuelle,
ainsi
que
collective,
et sait bientt les les vques, dans
et faisaient
d'abord actions de et cette
vu
de ne vivre
de les l'espce
que d'aumnes.
de de dlire qui Franois, sentiments de faire pour ce carts de ses mais chef sa crouler les des brlante
Le pape
parais-
les l'utilit
paroles aux
ouverte incessamment
explosions et,
catholique, et la hirarchie
Franois
Franois raison
dans
dignit
charit mais
entire. Dieu,
avait avec
cration
son
cur,
raison3.
1.
Les
dans sous
une lequel
de
la
rue
connus
couraient et ses disciples Franois dans leurs sermons, tranant aprs le vendredi-saint, pleurant dveloppant a d'lments table, pour que Bethlem. Dans ses dramatiques. celle o connue rien naquit
le buf, y voyait le foin; l'ne, comme un mouton, en prononant n'y manqut, lui-mme, la vie et la naissance de il lui fallut aussi Aprs Jsus, jouer la Passion. dernires on le portait sur une charrette, annes, les rues et les par versaut le sang les et cots, par imitant, celles du par ses stigmates, > C'tait une grande lui de faire joie dans pour les rues pnitence il blait le jene et mang un peu rompu de de nu, frapper coups corde, de poulet votre insu . Michelet, et Barthlemi colporteur Francesco et d'Assise de de et volaille l'on tlisl. criait de par France, son vrai ncessit. Voici t. II, nom Il se le glouton p. 540-542; faisait qui
A Nocl, le Sauveur.
tous les ntyspartout, pieds nus, jouant eux les femmes et les enfants, riant Nol, sans retenue tout ce que le christianisme se prparait, Franois une pour prcher, On
tout
gorg Thomas Cellanus d'aprs 3. C'tait le fils d'un mais got on pour l'avait la
de Pise. en Ombrie ou (le Franois la facilit avec Jean; le Franais), a cause de son il avait la laquelle appris tait
surnomm langue
franaise
G2 tution de l'ordre
FODALE. Mineurs
[12(5]
{Minores, les petits, les eux-mmes moindres), ainsi qu'ils se nommrent par esprit d'humilit, fit plus pour Rome que les sanglantes victoires des croiss arms par les moines de Citeaux; elle ramena dans l'glise des milliers d'mes exaltes qui cherchaient auprs des sectaires un aliment femmes leurs ardeurs. L'institut par la fondation du second [Santa CA/ra), puis aux laques, par l'tablissement t duTiers-Ordre, laquelle s'affilirent une multitude de personnes congrgation avec les franciscains, en se soumettant de qui fraternisaient certaines monde et de certaines pratiques ni le mariage et sans renoncer reprsentaient dominicains sans obligations, leurs biens. le sentiment dans quitter le de saint Franois s'ouvrit aux ordre ou surs de Sainte-Claire
Si les franciscains
la sphre le raisonne-
de perscution, et si l'horreur du nom de l'Inquisition, ne prvalait sur la gloire des grands docteurs et des grands artistes2 s de cet ordre, qui sortirent puissant pour le bien comme pour le mal Le concile de Latran eut faire une solennelle principes qu'il venait de poser touchant d'hrsie. Les princes tiques et fauteurs lis) d'un taient peuple accourus entier livr demander application des la spoliation des hr-
parler.
disait-il, et tout les ce
le Seigneur, louer grandement qui vous donne faut! II admonestait les "bls et les vignes vous excitait S. l'amour ap. divin. Bollaud. Il nommait Acta SS. toute ociobr. crature t. II.
les forts, et toutes les belles choses des champs, et la terre et le fou, et l'air -et
vents, son La sa sur Frauisei, charit
franeiscains fit contrepoids au zle sanguinaire des dominicains, qui ne tardrent Annoncez la paix pas devenir les pourvoyeurs et les suppts de l'Inquisition. i tous, disait Franois a ses disciples, car plusieurs vous paraissent tre k-s
membres du diable, qui seront un jour membres de Jsus-Christ . Il refusa de
fondre son ordre avec celui de Dominique, qui lui en avait fait la proposition. 1. Leur gnral fut cr Matre du sacr Palais (pontifical), et ils y enseignrent
la thologie sous Jes jeux mmes du pape.
2. La dialectique ne prvalait pas tellement sur l'inspiration, chez eux, qu'ils n'aient fourni de grands peintres, de grands architectes, etc.
[I2t5]
LA
PERSCUTION
CONSACRE.
63
de de pour
le le
et
le
fils,
rcemment o son
revenu pre
de l'avait de
la
cour
envoy et de et leurs de la
le mettre
Foix
et bien
se prsentrent
barre tyrans
vaincus,
oppresseurs
opprims,
frmissement l'assemparcourut un long de Foix reprocha en face l'vque le comte ble, lorsque Folquet la vie, le corps plus de dix mille et l'me d'avoir fait perdre de ses requit croiss du ouailles, merci et par pour s'il et lorsqu'un le fils de du chevalier vicomte, de la vicomt fidle et ajourna sa terre l'vque fait chrtien de tu Beziers par au les jour
Simon
Montfort,
le pape . La de
jugement, levait
ne rendoit accusatrice
l'enfant contre
entire
sa voix s'criait
l'archidiacre
de Lyon,
vivre
cent mille dont V me pleure et dont le de cinq hommes, Mais cette motion fut passagre. En vain saigne. pluprlats en vain de plus passions rclamrent-ils le pape Toulouse, autant qui sur le hros de le lui-mme cet les droits s'attendrit-il hritier qu'il enfant en de tant et la pu de la charit l'aspect de seigneuries, d'un intrts voulut victoire, Simon III n'avait VI, saut et de la jusdu jeune qui . qui pas et de pu
croisade
passions de la foi ni
la maison marquisat
de Toulouse de Provence.
Innocent
et avait et . Il
squestres cligne
au jeune
le comte fiefs,
de Foix en rendant
et ses
voisins
recouce qui ne
hommage
Montfort1,
point. Concil. t. XI, l'analyse des canons dans Fleuri, t. XVI, 1. 77, et les aux affaires du Midi dans le pome de la Croisade 143-152. Le le drame du pote provenal est admirable de mouvement et d'lol'authenticit des dtails n'est pas toujours bien assure.
et
FRANCE
FODALE.
[llff]
Ainsi finit la premire priode de la guerre des Albigeois. Au de l'anne suivante (avril 1216), Simon de Montfort se printemps rendit en France prs du roi, son seigneur, pour lui demander l'investiture du comt de Toulouse et du duch de Narbonne dans chaque ville, chtel ou bourg qu'il traversait, le clerg et le en procession sa rencontre, peuple sortaient de lonpoussant et criant Bni soit celui qui vient au nom gues acclamations, du Seigneur! On s'estimait dit Guillaume le Breton, heureux, de pouvoir toucher de la langue d'ol, considr n'avait comme vu volontiers le bord de ses vtements. ce Simon, si excr un David, un Judas Machabe. les pays des mridionaux, tait Dans tous
ni les empitements fortune du chef de la dangereuse et suzerains, ni la prodigieuse turbulente famille des Montfort; il ne laissa rien nanmoins, de son mcontentement ni de sa mfiance, et it grand paratre accueil l'heureux Simon, qui reprit le chemin de ses tats aussitt aprs que le roi eut reu son hommage. Il n'y fut pas accueilli contres, comme nagure dans la France du nord la dsolation de ces si florissantes, tait inexprimable des camdes ruines noircies par les flammes, des castels pagnes dsertes, crouls et vides, des villes saccages et dpeuples, tel tait le spectacle qu'offrait presque partout la terre de la langue d'oc. C et l on rencontrait, monts sur de mmornes, abattus, chants consuls d'amour. roussins qui Maintenant de paysans, ces chtelains, ces chevaliers, ces brillaient dans les tournois et les cours nagure ils ne pouvaient sur les terres qu'ils n'entrer demeurer avaient dans leur patrie possdes, autrefois
ne jamais chevaucher un destrier n'tait-ello octroye qu'aux catholiques avrs, qui n'avaient Les voix joyeuses et brillantes point encouru d'excommunication. avaient fait silence, ou, si elles s'levaient des troubadours parfois encore, c'tait pour murmurer douleur. Ah! s'crie l'un d'eux, terre d'Agen, Beziers et Carcassonne, La Gaule mridionale des Albigeois de nobles des chants Toulouse de regrets et de et Provence, et la quelles je vous vis, et quelles ne rpara jamais les dsastres efforts furent tents avec un
jevousvois! de la Guerre
[1210]
DSOLATION
DU
MIDI.
65
succs la
momentan de leurs
pour
dlivrer
Gascogne quelque
oppresseurs; encore
temps
de la race ne
mridionale pas
tait survivre
sa fconde mme,
devait
devait qui en
les lumiet ne
inspirations, classes
patois
infrieures
Midi. agonisait dans dans les flots de son sang, Le gouen plus autour o anne seulede lui la
et plus les
l'action royaux; de
domaines dans
Philippe
vassaux
les dbats
s'entremlaient succs,
aux
mesures sur
les terres La
dlibrations. l'espce
substituait rois On du
de vague que
pass dans
trouve,
monuments de ces assembles quelques lgislatives. L'un de ces actes, convenu l'unanimit entre le roi, le duc de les comtes de Nevers, de Boulogne, de Saint-Pol, le sire Bourgogne, (t. I, p. 29-39), de Dampierre, coup de etc., dfend dans alin les sous-infodations, les ou grandes partag seigneuries, entre plusieurs tous qui jetaient et statue beauque,
a pour
des juges ecclsiastiques, les causes par dont un fodales, serment, sous tout
que, eux
tout
li son
sire
procs qu'
supposait
un parjure,
1. C'est IV.
crime
il n'appartenait
V. notre
de connaitre.
l'abolition
du
frrage.
t. III,
p.
17. 5
FRANCE
FODALE.
[mi]
- ne jamais laisser porter de s'engagrent de nefs devant les tribunaux questions d'glise. En mme temps les prtentions des clercs, Philippe les contraignait qu'il rprimait remplir leurs devoirs fodaux; il saisit les rerigoureusement venus des voques d'Orlans et d'Auxerre, voulc qui n'avaient marcher au ban royal, qui prtendaient me que lorsque que soutenus par Rome, l'amende. ni par eux-mmes, ni par leurs avous, et qu'ils ne devaient envoyer leurs hommes l'arle roi y tait en personne. Les deux prlats, quoifurent obligs de se soumettre et de payer
les loisirs de la paix se mettre en tat de Philippe employait ne pas craindre la guerre il continuait fortifier le territoire, uvre commence ds les premires annes de son rgne. En l'anne fit clore de murs la ville de Paris en 1211, le roi Philippe la partie du midi jusqu' la Seine, si largement qu'on enferma dans les murailles les champs et les vignes; puis il commanda qu'on gens fit maisons pour manoir et habitations partout, (demeure), jusqu' murs1. Il fit aussi ceindre et qu'on les louyaux ce que toute la ville ft et renforcer les autres
de grandes tours bien dfendables, et, quoiqu'il put par droit faire tours, mui's et fosss sur la terre d'autrui pour le commun profit du royaume, il fit loyale compensation de son bien propre tous ceux dont il prenoit les terres pour ses cits et chteaux renforcer (Guillelm. Que ce ft loyaut ou Armorie.). c'tait une chose nouvelle que ce respect de la proprit politique, chez les princes. A l'poque eu probable o Philippe acheva l'enceinte de Paris, il semblait que la capitale et les autres villes franaises eussent faire l'preuve de leurs nouvelles fortifications.
de longtemps Ce n'tait pas la France, mais ses adversaires qui se tenaient sur la dfensive. Le roi avait eu quelque inquitude, pniblement le meurtre de son alli Philippe de Souabe, tomb viclorsque time d'une vengeance particulire, eut donn le sceptre de la Teutonie Othon de Brunswick, en 1208. Mathieu Pris rapporte
1. Chaque toise du niuv cota 100 sous parisis (120 francs); chaque porte ou
portail tioils, de tourelles, Haiiquc t. XXXII, p. 801. 120 livres (^,880 francs). JJtm. de l'Acad. des (nscrip*
[I2tl]
PHILIPPE,
JEAN
ET
OTHON.
67
qu'Othon fanterie,
et
son
oncle
Jean rien
faisant de rduire
assaut le roi
de
for-
de France au temps
raliser, et
Jean
l'excution, Othon,
la couPouille du au
mains
de Hohenstauffen, d'accomplir la
saint-
promesse
au pape autres
de la Toscane par
et des
Grgoire
A peine
le souverain
pour Othon de
l'lever n'et
imprial. fidle
au pape
rupture sa tte,
de fidlit,
le roi
la personne Frdric
fut
proclam
premire
de prises
Jean, Le motif
tait de la
depuis que-
tait III et
choix fait de t
lire
L'Angleterre la France. Canterbury, du son un rival tous les pays lection de la esprits Jean le de
comme le fond le
l'archevque gardien
cane,
liberts
un
es il chassait de mort,
FODALE
12/ (-J213J
les prtres officier sous peine leurs enfants afin de lui servir
et prenait contre le mcontentement prtexte public, d'otages d'extordes signes mme de ce mcontentement pour redoubler et du peuple, il ne dtest de la noblesse sions et de violences foi et sans loi, et sems'entourait que de bandits sans nom, sans non plus pour il soldait ces mercenaires, blait le roi des routiers; mais et vaincre leur tte comme son frre Richard, combattre les sujets que lui avaient laisss et tourmenter pour ranonner le plus avilisdfaites. C'tait le gouvernement ses ignominieuses Une rvolution sant et le plus hideux qu'on se puisse imaginer. et le pape, vers la fin de 1211, en Angleterre, l'issue. Il traita Jean comme Othon, et le rsolut d'en prcipiter dclara dchu du trne, la grande joie de Philippe-Auguste, des vnecroissante la marche qui suivait avec une esprance devenait imminente ments que ambitieux d'Angleterre. avait Philippe plus vaste que toutes celles entreprise la pense de cet fin proccupait menes Une 1213, le roi de France convoqua Soisle duc de Bourauquel assistrent parlement,
sons un nombreux
cousins du roi1, la gogne, les comtes de Dreux et de Nemours, tutrice de son fils, qui fut depuis le ccomtesse de Champagne, et une foule de grands barons. de Champagne, lbre Thibaud Le roi annona aux seigneurs assembls, que, d'aprs le mandede beaucoup de barons anglais, il du pape et l'invitation le tyran excommuni. Innoallait passer le dtroit pour dtrner cent III avait en effet mand Philippe qu'il et se charger, ment du roi anglais: de ses pchs , du chtiment de l'Angleterre la souverainet pour lui et et avait expdi en France des bulles ses successeurs perptuit, s'armerait contre des croiss quiconque les privilges octroyant sauf Ferau roi leur concours, Jean. Tous les barons promirent rand, comte de Flandre, qui se retira en disant qu'il ne passe pour la rmission il lui avait transfr t. Le comte de Nemours, Pierre de Courteuai, tait fils d'un fils de Louis le
Gros; eltrc, tiens. le second venait fils de l'autre d'pouser du roi, cousin-germain la jeune duchesse de Bretagne, Pierre Alix, de Dreux, sur du dit Jlaumalheureux
Arthur. La Bretagne passa ainsi des mains des Plantagents dans celles des Cap-
[1213]
PHILIPPE
MENACE
L'ANGLE'RERRE.
69
roit
point
en contre
parce ses
que
Loys,
fils
du
roi,
lui
retenoit et que de
chteaux
d'ailleurs colre,
projete tous
injuste de
port rand
paierait ou
la Flandre, tait de la
fille
disait-on,
Le prince rendre
profit Saint-
se faire
villes que de
de sa mre, la faveur
avait
Philippe-Auguste. entraner l'empereur comte dante excitait relles Clermont Renaud ses ts cinq en des dans
ce qu'il
se laissa et
avec de Renaud
Jean-Sans-Terre de Dammartin, La marche lui mis avec de ces faisait profit les ascenobstacle, les que-
Othon,
de Boulogne, de la royaut,
d'implacables comtes
avait
de
deux
de rsister,
avait
et trois Jean
com, et ne
vengeance. de son comtes de se une dfense runit ct grande rancune chevaliers Rouen, de Jean soixante et sa pas complots aux dans navires Ferrand, et servants l'octave et de de barques. la somma d'armes Pques. Les
gardant ducs,
grandeur' Dou la
repousser mais
franaise; sujets, et
portaient au sein
tramait qu'il
de son
engraisvivement
dpouilles
neveu
Othon,
70
FRANCE
FODALE.
[12(3]
du parti gibelin, ne le pouvait press par les forces suprieures il s'avisa, secourir. Ne sachant qui avoir recours, dit-on, d'exsecrte Mohammed^l-Nasser, mir-alpdier une ambassade moumnim ou chef suprme des musulmans et d'Afrid'Espagne l'islamisme et de se reconnare que, pour lui offrir d'embrasser l'aider son vassal si Mohammed consentait contre le roi de France. Le monarque maure aurait reu cette proposition trange avec plus de ddain encore que de surprise, et dclar qu'il ne se souciait aucunement de Jean taient et ne le voulait au comble, point honorer de son alliance1. Les angoisses liers du Temple se trouvait chargea au de Jean lorsque deux chevalui annoncrent camp que Pandolfe, lgat du pape, qui des Franais, souhaitait l'entretenir. Jean de repasser aussitt la mer pour amener le rvla Presque nettement il Jean tout ce qu'il tous les grands d'Angleterre, des chartes par lesquelles ils ils t'abandonneront avant le
lui dit-il, ont envoy au roi Philippe lui jurent faut et obissance combat.
Hte-toi, pendant que tu le peux encore, de recouvrer le royaume dont tu as t priv par ta 7'o~e n. par ta soumission au moment mme o il invitait Philippe la conInnocent, avait remis secrtement son lgat un qute de l'Angleterre, projet de paix avec Jean. Le roi d'Angleterre conditions qu'on voulut. Il jura de rintgrer les prlats indemnit, fices, avec une norme avait et bannis dpouills les lections ecclsiastiques; enfin, il signa une charte accepta toutes les dans leurs bnet les clercs qu'il dans
il renona toute intervention il prit la croix pour la guerre d'Orient de la qui constatait l'clatant triomphe
nous humilier, et attirer papale. Dsirant y disait-il, la misricorde de Dieu et de la sainte glise, notre et offense, nous confrons que nous avons grivement
librement et de l'aveu de nos barons, Dieu et ses concdons, au pape Innoaptres Pierre et Paul, il la sainte glise romaine, cent et ses successeurs tout le royaume catholiques, d'Angle1. c'est Matth.Paris.p. que Mohammed 169. Mathieu affirme l'anne avoir appris le fait une de l'envoy ^dcisive mme en
[1213]
INNOCENT
III,
PHILIPPE
ET
JEAN.
71
terre
et tout
avec
tous comme
leurs
droits
royaumes glise
pape et nos
romaine,
plus,
l'glise
an . du
Puis
s'agenouilla, la formule
1213). Henri
soumissions Aucune lgat anne dolfe ramassa Pandolfe qu'il plus, qui entra gneur dj lions et sans avoit en foula du
ce mpris force
n'empcha la de
PanRome pieds'.
d'emporter
sterlings ce qu'elle
fouler
vers
la terre Le roi
il dit prpar
c'toit
expdition, d'argent
de soixante quatre-vingt
livres
six mil-
francs), t, servie
en achat
en effet, de lui
vantail
rduire n'et
eu de plus
gard
aux
du le
trouv
L'invasion indemniser
le roi
de piller
la che-
davantage et qui
Henric. Knyghton. Guillelm. Armorie. 1. Matth. Paris. 2. La commune de Gand avait stipul, en 1193, dans ses privilges, qu'elle ses curs et chapelains il volont, et que nul de ses bourgeois ne pourdestituerait
72
La flotte pour
FRANCE FODALE.
donc de l'embouchure franaise partit les ctes de Flandre, et vint enlever Gravelines pendant Cassel, le roi en personne Ypres, Bruges ouvrirent que leurs
[1213]
de la Seine presque sans envahissait les terres portes, livrpour rabattre
des otages, et Philippe marcha sur Gand des Gantois, et les forcer de plier enfin leurs ttes sous l'orgueil le joug des rois4 . Mais, tandis qu'il prparait ses machines de nouvelles. La flotte avait jet l'ancre guerre, il reut de mauvaises de Dam, qui, aujourd'hui loign de la mer2, tait alors le du commerce de la Flandre port de Bruges et le grand entrept avec l'Angleterre. L se trouvaient, dit Guillaume-le-Breton prs 1. is), des richesses venues de toutes les parties du toffes de Syrie, soies de la Srimonde, lingots d'or et d'argent, cane (la Chine), tissus des les de la Grce, pelleteries hongroises, la teinture carlate radeaux graines qui produisent (cochenilles), (Philippid. de Gascogne et de La Rochelle, fer, mtaux, . Tant de trsors draps de Lincoln, et mille autres marchandises tentrent la cupidit des quipages franais, que commandaient chargs le Poitevin Savari de Maulon et le routier gallois Cadoc. Dam fut mis sac, en dpit d'une capitulation la vie et les qui garantissait biens des habitants. La plupart des matelots avaient dsert leurs navires pour prendre part au butin, lorsque arrivrent cinq cents btiments anglais envoys au secours de la Flandre. Guillaumecomte de Salisbury, frre btard du roi Jean, et Longue-pe, cette arme navale, Renaud, comte de Boulogne, qui dirigeaient la flotte de Philippe et lui enlevrent assaillirent trois cents transports chargs de bl, de vin, de farine, d'armes et mme d'objets plus prcieux. Ils brlrent encore cent autres navires aprs de vins
rait tre cit devant aucun tribunal ecclsiastique hors de la ville. Oudegherst,
de Flandre, hroniq. p. 149. de la plus rcente 1. L'auteur les chtelains fait remarquer que de Ferrand ris tous ses de servir trs avec l'hritire le roi. Histoire de Gand de Flandre, et de M. Kervyn de Letten'iovo, marchaient avec le roi Bruges par acte authentique, le roi contre lui, s'il La royaut autocessait profitait
contre leur comte, conformment au serment qu'ils avaient prt lors du mariage
de Flandre. ses Hist. Ferrand vassaux et toutes communes de Flandre, avait, a aider
fidlement aux
1. 1, p. 310-317.
de toutes les occasions pour exercer sur les arrire-vassaux une action directe,
contraire principes de la fodalit.
[1213]
LA
FLANDRE
ENVAHIE.
73
s'tre port de
empars Dam, en
de tandis masse
leur que
cargaison, les
et
bloqurent
le reste
dans maritime
le
pour
une
gar-
franaise. cents
trs
et repoussa sa flotte;
milices put
il ne ne qui
les dbris
les btiments aux flammes, vengea Dam au de prix Gand dans puis en
de Dam
aprs
Philippe rduisit otages ranon garnison Lille; militaire l'hiver Ferrand, rieur
de la France. barons le roi del corps voulaient s'tait-il de l'Escaut, de troupes et s'avana leur de cette Lille, par escalade,
chez qui
eux.
que
s'tait
le comte lois se
Les
dans le roi
le
Philippe
terres
pais,
flanques habitants
et pleines
qui
s'chapper serfs.
ou vendus de fond
repartit, Cassel.
de la sorte remplissaient
obstacles
et les re-
et un
de Lille ressentiment
excita
parmi qui se
les
belliqueuses bien au
popudel
flamandes
propagea
1. Il confirma les coutumes de Douai, aprs avoir pris possession de la ville. avec les temporelles. Il fit excommunier les 2. Il employa les armes spirituelles rebelles par l'vque de Tournai. Kervyn de Letenhove. Ibid.
74
FRANCE FODALE.
de la Flandre.
rm.'MM]
des limites
Ce puissant comt, quoique relevant d tait plus li d'habitudes et d'intrts avec qu'avec le domaine royal, et l'invasion de la
ces contres, depuis l'Escaut jusqu'au Rhin et la Moselle. Les grands barons belges et lorrains voyaient avec autant d'inquitude que de colre le roi de France tourner son ambition que complte vers le Nord sous accoutums la suzerainet une indpendance presdes empereurs, ils ne se sou-
toutes
les antiques'liens du Lot herrgne ciaient point du tout de renouer avec la France royale, et s'alarmaient srieusement des desseins On disait que le roi de France que la renomme prtait Philippe. voulait de Charlemagne au profit de son fils, qui descendait du grand empereur des Franks par les femmes. Les commentaires que faisaient sur cette illustre origine les potes et l'empire les clercs de la cour de Philippe-Auguste motivaient les craintes des seigneurs du Nord un vague instinct poussait-il en peut-tre effet Philippe vers les limites septentrionales de la vieille Gaule; mais cet instinct irralisables. Quoi qu'il en soit, l'expdition de Flandre dtermina contre le roi de France une puissante raction les comtes de Boulogne et de Salisbury passrent l'hiver parcourir les deux Lorraines et les bords du Rhin, et chauffer les ttes des turbulents aussi barons subtil de ces provinces. Renaud de Boulogne, role que vaillant de la main , devint blait le gnie de la fodalit appelant Aprs s'tre assur de la noblesse homme l'me belge, de pail semne se formula jamais en projets, qui eussent t relever
en Saxe
Othon, alors presque rduit, par son rival Frdric, l'empereur alli de Philippe, la possession de ses domaines hrditaires de Brunswick et de Saxe. Othon fut facile persuader grce au subside de quarante mille marcs d'argent que lui expdia le roi d'Anil leva pour la guerre de France gleterre, plus de soldats qu'il n'et pu faire pour son propre compte en Allemagne; il se rendit en*Flandre au commencement de 1214, et toutes les dispositions de la campagne furent arrtes dans un parlequi allait s'ouvrir ment Bruges. La plupart des grands prsid par l'empereur, l'ancien Lotherrgne y figurrent auprs d'Othon et du comte de de
ri2j4]
COALITION
CONTRE
LA
FRANCE.
75 5
le roi
d'Angleterre
on l'ex-comte
y vit
de
et de Hainaut, comtes
Limbourg, Brabant
de Hollande, renonant et
de Namur, l'alliance
les de
Lorraine, de Brabant
quoique
pous
une
Phi-
vinrent le seul
donner adversaire
leur
adhsion
de Lige dans
le parti baron
impriale. chef
la disposition conduite
et teutonique, la Flandre Poitou universel rien Quant pour parmi moins aux que
et le Hainaut, reconqurir
toute
de vengeance, par
les
crivains ncromant
surexcite
avait du comte
la vieille On
comtesse combattra, et
Mahaut,
Ferrand. en pas
pieds sera
d'avoir
faite
moins
Philippe dissimuler s'apprtaient son dans gardait l'nergie de rassurer malveillants. ct par expulsion; l'intrieur
voyait le pril
approcher il savait
l'orage, que
sans
mais
sans de l'Ouest
se
saluer que
le retour la Normandie
comme
avaient enfin
mme des
feudataire
la cause de son
de tout
le baronage. et d'intimider
attitude
dploya mi-fvrier,
activit
inaccoutume, avec
barqua, arme
La
Rochelle,
assez
t. Il avait t empch
de tenter
cette expdition,
l'anne
prcdente,
par la
70
A cette
FRANCE FODALE.
[tti]
le roi se hta de convoquer le ban des pronouvelle, vinces de la Loire et d'expdier son fils au devant du roi d'AnLe prince Louis se mit en marche avec huit cents chevagleterre. liers, deux mille sergents cheval, et sept mille hommes de pied levs dans de Tours, de Bourd'Orlans, rives de la Loire; mais, avant ges, et des autres le roi Jean se rendit que Louis et pu se mettre en campagne, matre du Poitou presque entier les Lusignan, autrefois ses ennebourgeoises villes des deux mis les plus acharns, Savari de Maulon, son ancien snchal, rcemment abandonn qui l'avait pour passer du ct de Philippe, et presque toute la noblesse de ces cantons, se rangrent sous sa bannire. Il entra leur tte dans Angers, se saisit de plusieurs de Nantes; mais s'emparer il fut repouss par le duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, qui s'tait sur la Roche-aux-Moines, fort jet dans la ville. Il se rabattit chteau qui commandait la route de Nantes Angers, et l'assigea ce fut l que le prince Louis le rencontra. Au bruit de l'approche des Franais, le roi Jean leva son camp. Louis de France, reconnaissant l'infriorit de ses forces, ordonna un mouvement de mais ce n'tait pas pour marcher l'ennemi retraite; que le roi Jean avait pli ses tentes, et les deux armes firent plusieurs lieues Loire, en se tournant rebroussa le dos. Louis, averti que Jean repassait la et s'lana la poursuite des Anglo-Poini estime ni confiance, ceux-ci, qui leur chef n'inspirait tevins et qui taient dj diviss entre eux, se dbandrent. Jean traversa la Loire sur une barque pour fuir plus vite; il perdit une grande de ses gens, qui, en la fuite, furent occis et noys; il abanet mangonneaux, chevaucha pierriers tentes, vaisselle, dix-huit milles en cette journe, et depuis ne retourna onc en lieu o il cuidt (crt) que messire Loys ft ou dt venir . Prespartie donna que toutes dmanteles les places qu'il avait occupes furent recouvres ou munies de garnisons franaises. termine dans l'Ouest avant La campagne avait t presque
de ses barons,
les milices
forteresses
de la Basse-Loire
et voulut
chemin
et de
sous la direction de l'arclievfjue de Can|erbiir\ le qui, clbre docteur des coles de Paris, tienne Langton, scolastique a jurer une ancienne charte de Henri les I", qui garantissait l'obliger
[1214]
JEAN
DEFAIT
SUR
LA
LOIRE.
77
commencer caractre
La guerre
de l'Escaut
un
imposant que sur les rives de la Loire. Philippe, dans le Nord, avait devanc ses rivauxet convoqu tous ses feudataires et toutes ses communes, avant que la lourde machine
de nral Pronne munes, tait et d'envoyer contre que le la coalition de la et chevalerie le tocsin chaque son pu se et mettre des en milices dans mouvement. franaises les beffrois chaque charge ne la ennemis, semblable pour faire taient grande. qu'Othon montrait France, tait emport Le rendez-vous t toutes manoir de dfendre pas le moins haut par assign les se comhle g avait de
contingent l'invasion;
territoire de zle
menu contre de
peuple, l'attente
vieille
mme,
de V
ciennes,
sur
les
terres
du
l vinrent
successivement
les lourds
et du Brunswick,
leurs pais
les communes
hrisss de
avec
bataillons
des deux
la pauvre et .guerrire noblesse Lorraines, lande et des provinces du Rhin, avide de piller le pays de France, et les routiers endurcis aux armes que et archers Hugues de Boves, et les chevaliers anglais avec le comte
1. rent On sait le roi
de la Holplantureux conduisait
de Salisbury.
Guillaume-le-Breton dans la grande
L'empereur
les noms
par
de seize ce sont
et figurrent
bataille
Arras,
qu'Abbeville, Pronne, villes de la Champagne grandes n'aient aussi fait marcher leurs milices. M. de Sismondi nous parat avoir diminu au del du toute mesure la force des deux armes en la numrique rabaissant ou vingt mille hommes de chaque cot. Il n'est nullement quinze la probable que de la chevalerie et suivi le prince Louis (Sismondi); plus grande partie Philippeet les Auguste du lche prendre de Sens a Othon. d'Othon comme bien autrement regardait l'attaque dangereuse que celle roi Jean, et ne se fut pas dgarni du ct le plus vulnrable. Il faut un milieu entre cette et les chiffres des chroniques exagration ngative et d'Ypres, donnent l'une de l'autre deux cent mille hommes qui plus cent,
sur-Mer, Amiens, Corbie, Montdidier, Roie, Vesli ou Vailli-sur-Aisne, Crespi-en-Laounois, sieurs sont de simples On ne bourgades. Paris surtout Saint-Quentin, Laon, Senlis,
78
FRANCE
FODALE.
mm
de vaincre qu'ils se partageaient d'avance les fruits de la victoire ce n'tait plus pour rprimer l'ambition de Philippe mais pour traiter le royaume de France qu'ils tiraient l'pe comme lesNormands avaient trait l'Angleterre. L'empereurOthon devait hriter de la suzerainet sur toute la France, et captienne s'attribuait Chartres devait Orlans, et tampes; leVermandois au comte de Boulogne; Paris et l'Ile-de-France au appartenir comte de Flandre, et Hugues de Boves voulait Amiens1. Chacun rclamait sa part. On et pargn le baronage mais franais; malheur aux clercs et aux moines! on se proposait de partager leurs bnfices aux gens au plus qu'une portion Il parfit de Pronne le 23 juilPhilippe n'attendit pas l'attaque. let, entra en Flandre, brlant tout royalement droite et gauche, dit Guillaume-le-Breton, puis vint asseoir ses tentes sous les remde sa cit de Tournai, del'encoupant les communications avec les grandes villes de Flandre. Othon leva son camp de six milles de TourValenciennes, et s'avana jusqu' Mortagne, nai. Les deux armes restrent quelque temps deux lieues l'une parts nemi prendre l'offensive. Le roi, dit Guilles ennemis; mais les laume-le-Breton, proposa d'aller attaquer barons l'en dconseillrent, pour ce que les avenues toient troites etdifficiles en jusqu' eux. Il fut donc ordonn qu'on retotirneroit et qu'on entreroit arrire, par autre plus pleine voie en la contre de Hainaut; mais autrement advint qu'on ne s'toit propos, car hsitant Othon se mut en cette mme matine (27 aot)du chtel de Mortatant comme il put aprs le roi batailles ordongne, et chevaucha nes (en ordre de bataille) . Tandis que las Franais se retiraient ainsi devant l'ennemi sans le savoir, et dfilaient par la route de Lille, le vicomte de Melun et Gurin, frre profs de l'hpital de vque de Senlis, et de grande vaillance , s'cartant du gros de l'arme avec trois mille sergents cheval et arbaltriers, s'en allrent au hasard devers Othon, et, du haut d'un tertre, dcouvrirent les batailles de l'empereur. Gurin courut prvenir le roi et les Saint-Jean-de-Jrusalem, homme de bon conseil 1. Chroniq. de Reims. Matth. Paris, p. 715. rcemment lu de l'autre, chacune de guerre des dmes. et de ne laisser au clerg tout
assurs
C1214]
BATAILLE
DE
BOVINES.
79
barons.
et manda
les barons
continut
un petit pont nomm le pont de Bovines, entre le lieu dit Sanghin et la ville de Cisoing ( ce pont traverse la rivire de Marde la Lys). Dj toit outre ce pont la plus grande que, affluent partie de Yhost; le roi n'avoit point encore pass, mais il s'toit et se reposoit sous l'ombrage d'un frne, proche une pedsarm, tite chapelle ddie monseigneur saint Pierre, lorsqu'arrivrent des messagers de la dernire bataille (l'arrire-garde), criant merveilleux cris que l'ennemi venoit, que le vicomte de Melun toit en grand pril avec ses cavaliers et arbaltriers, et ne pourroit longtemps soutenir la hardiesse et forcenerie des hommes d'Othon. Le roi, aprs une brve oraison saillit sur son destrier htivement, notre Seigneur, en aussi grande se fit armer liesse (joie)
que s'il dt aller une noce ou une fte, et lors commena-t-on crier parmi les champs aux armes! -Aux armes, barons; et buccines (clairons) commencrent bondir, et les baTrompes tailles retourner qui avoient dj pass le pont, et fut rappele l'oriflamme de Saint-Denis, de porter parque l'on a coutume devant tardoit, toutes on les autres ne l'attendit au front de la bataille. partit pas . Le roi ligne, Mais, comme elle grande course de des ennemis sur par
la premire de terrain.
spar
alors un
mouvement
se dployrent en telle faon qu'ils eurent dans du soleil, plus ard'ent en cette journe qu'il n'avait t de la saison. Le roi rangea ses chevaliers sur une ligne de mille quarante pas de long, peu prs gale celle du corps de bataille ennemi valiers, des Barres, prs de lui tait Guillaume avec nombre d'autres preud'hommes, la fleur des chepour son corps duc de Bourgogne,
garder la droite du champ taient Eudes, le vicomte de Melun, et l'vque Gurin de Senlis, qui ordonna les batailles (rangea -Seigneurs les bataillons). chevaliers, criait le bon vque, le champ est grand vos rangs, largissez que l'ennemi ne vous enclave! Ordonnez-vous en telle sorte
que
80
FRANCE
FODALE.
Wii}
vous puissiez combattre tous ensemble et tous d'un mme front En face, on apercevait Othon au milieu de ses gens, avec son devers les Franaigle dore, perche sur un dragon qui tournoit ois une gueule bante . Othon, en guise d'tendard imprial avait arbor un aigle de bronze dor, tenant un dragon dans ses serres, sur un grand liennes. Au moment des rpubliques itad'en venir aux mains, le roi parla simplement et en peu de mots aux barons et l'arme. En Dieu, dit-il, est tout notre espoir et notre confiance. Othon et tous les siens sont excommunis le pape ils sont les ennepar notre seigneur mis de la sainte glise et les destructeurs de ses biens leur solde est le fruit des larmes des pauvres, du pillage des clercs et des nous sommes unis l'glise glises. Mais nous, quoique pcheurs, de Dieu, et dfendons, selon notre pouvoir, les liberts du clerg. Ayons donc courage et foi au Dieu misricordieux qui nous donnera victoire sur nos ennemis et sur les siens. Quand le roi s eut dit ces choses, les chevaliers demandrent sa bndiction, et, levant la main, il pria Dieu de les bnir tous puis les trompettes sonnrent
i. par La son
char
imit
du carroccio
1.
mais caractristique dit Guillaume, de Philippe harangue Je Breton ou l'Armoricain, nous qui a t resta conserve derrire le
courte, chapelain
roi peu de distance, durant toute la bataille, chantant des psaumes avec un autre clerc et contemplant les grands faits d'armes des guerriers, pour les clbrer
ensuite seconde dans moiti ses bibliothcaire un barde de l'ancienne Gaule. Une chronique vers, comme de la du treizime de Reims, sicle, la Chronique publie par M, L. Paris, de la ville dt Reims, raconte s'tait fait chanter que le roi, le matin,
la messe par l'vque de Tournai, en la chapelle Saint-Pierre, prs du pont de Bovines, et, aprs la messe, avait mang une soupe au pain et au vin avec messire Enguerrand d'autres barons, burent s'tait avec et de Couci, le comte en remembrance S'il qu'il qu'ils ne y a nul s'approche tous de Saint-Pol, des douze de vous mie le comte aptres qui mauvaiset qui pense -Tous les barons jusqu'au Uanap de Sanr,erre avec notre et et moult Seigneur tricherie,
ne purent
ad venir
(jusqu'
s'approchrent la coupe)
et je suis votre sire. et vous ai moult et ne vous fis onc tort ni aims, ains (mais) vous ai toujours mens Pour ce, si prie a vous tous par droit.
que vous gardiez liui (aujourd'hui) mon corps et mon honneur et le vtre. Et, si vous voyez que la couronne soit mieux employe en l'un de vous qu'en moi, je
m'y octroie volontiers et le veux de bon cur . -Quand les barons l'ourent parler,
si commencrent pleurer de piti et lui dirent Sire, pour Dieu merci, nous ne voulons roi sinon voust Or, chevauchez hardiment contre vos ennemis, et nous
sommes tous appareills (prts) de mourir avec vous!
[1214]
Ce eurent furent la les gloire vassaux
BATAILLE
de l'abb la
DE
de
BOVINES.
Saint-.Mdard bataille cent de Soissons
81
qui ser-
d'en'gager
grande
cinquante
tous roturiers, audagents cheval du Soissonnais, chargrent cieusement les chevaliers de Flandre, vis--vis qui se trouvaient ces braves gens furent et dmonts, mais les d'eux; repousss
chevaliers ais, l'aile prises. un bourguignons s'lancrent droite L'ordre effroyable des de tourbillon s'crasant mort, de tournoi. pri si ses un jeune vos Le la et champenois, des la gauche rompu; et flots flamand comme s'il eut secouru lit du roi, des de de les avec Flamands, des une partie et coaliss rangs se se Au de fut cheval exploits qui par se dfiait verroit ennemis, il temps; presque d'une bien fut crier en des un furent mlrent heurtant, milieu Franinstant aux eu se des Soudans tu le sous comte incroyabonne en frapp ce un lui, de rencontre et fut d'hommes parmi chevalier dames! duc de ne de aux barons, tratre les
Franais bataille
renversant, cris de
venez-vous joyeux et et
trouv
Bourgogne l'eussent
gens
Chtillon)
dclar
qu'on les
la fois d'une
grce tout de le la faix bont de fut
douzaine
de la ses bataille abattu
de lances,
armes. tourna terre, sur
sans qu'aucune
aprs et navr trois les de Ferrand et
le put blesser,
heures siens mainte le et plus, comte grande
Enfin,
Flandre
bless
immense qui a joui d'une popularit jusqu' mille dans monuments d'art et de littrature matoire. Il y a loin du rcit de la chronique
Velli, qui reprsente Philippe-Auguste o l'on clbrait la messe pour l'arme couronne au plus L'impossibilit soudainement du paroles observer rablement la journe, si ce trait beaucoup gravement vivement chante pour digne, d'une pareille si l'on croyait
dposant , et proposant
incompaet que cet crivain, ne qui quitta pas le roi de de clbrer un trait si fort la louauge (le son hros, manqu eut t rel. La Chronique de Reims est, du reste, uu monument de moins pour les faits historiques, sont d'intrt, qui y presque toujours les traditions et les sentiments altrs, que pour populaires, qui y sont et fidlement C'est le ancien livre o se trouve exprims! plus la tousuprieure n'et pas a tout autre, du trouvre Blondel ou Blondiaus de Nesle, et de son dvouement Coeur-de-I.ioti. C
attaque par roi telles que les rapporte la Chrnuiijue de Guillaume-le-Breton que le tmoignage
quelqu'un plus capable que au moment o l'arme en crmonie, se dmontre assez d'elle-mme. l'ennemi, de Reims, est nous d'une
nous valeur
bornerons
82
FRANCE
FODALE.
1214]
pris et li avec maints de ses chevaliers, -et tons ceux de son en cet endroit du champ s'enfuirent, mouparti qui combattoient rurent, ou furent pris . plaie, Durant cette rude mle taient revenues en toute hte les milices des communes, qui se trouvaient vines, lorsque l'action avait commenc. bien au del du pont de.BoLes communes de Corbie,
de Beauvais et de Cornpigne accoururent d'Amiens, d'rras, avec l'enseigne Saint-Denis au milieu d'elles , lit (l'oriflamme) oit elles voyaient l'enseigne royale d'azur seme de fleurs-de-lis de Vermandois, d'or4, que portait un fort chevalier appel Gales lerie, elles dpassrent toute la cheva(ou Galon) deMontigni; et se mirent entre le roi et Othon. La gendarmerie thioise
furieusement les communes, les rompit, (teutonique) chargea sans leur faire lcher pied, et pera au travers, jusqu' la bataille du roi. Guillaume des Barres et tous les preux (pli (l'escadron) le corps du roi se .jetrent devant Philippe; gardoient mais, Othon et ses chevaliers, des sergents pendant qu'ils combattaient pied thiois, qui avaient pouss de l'avant, cernrent le roi, et le jetrent bas de son cheval avec des lances et des crocs de fer; sans son excellente armure, ils l'eussent mis mort sur l'instant. auprs de lui, et Gales de tigm, qui levait et agitait son enseigne tant qu'il pouvait hachrent ou dissiprent ces gens de appeler du secours, et remirent le roi cheval. Au mme moment arrivrent Quelques chevaliers demeurs Monpour pied, l'aide
les gens des communes et Guillaume des Barres. Le sire des Barres tenait Othon par son heaume, et le martelait de sa masse d'armes, Aux Barres! aux Barres! secours au avait ou crier lorsqu'il faisant si grand'place l'entour, et il tait accouru, que l'on y pouvoit mener un char quatre roues, tant il parpilloit et abattoit de gens devant lui . roi La chevalerie avec du roi et celle d'Othon se mlrent derechef et de chevaux . Les Franais grand abattis d'hommes son tour, faillit tre tu ou pris, et le dessus. Othon, reprirent fut emport hors de la mle par son destrier bless mort. Il ne retourna point au combat, comme avait fait le roi Philippe
[1214]
LES
COMMUNES
A BOVINES.
83
il s'enfuit, des furent chef. lants Boves, ennemie imprial dpos L'aile Anglais temps tailloit et, chevaliers pris Le duc
ne pouvant de en France
plus,
la
verttf thiois
essayant
des
tait bris,
plant et l'aigle
le dragon du roi.
fut
tait
Renaud du
de
Boulogne soutint
avec
les
nombre l'effort
routiers
vainqueurs. nul
quelque bade Boulogne ni surmonter, d'une vide fait dans plier double la mles gens
si durement, o
partout
aigrette le la
large
Anglais du Pontbieu
de Dreux, le bouillant
Perche, vque
de
Beauvais,
comte d'armes
prcipita terrassa Anglais, dire qu'on prtre1 Renaud il avait s'attacher seul trouva seigneur2, avait hriss des que ne
les
c'taient t'accust
d'avoir furent
une
Anglais de que la
se dfendre l'empereur du
ainsi qu'
comte de
Flandre, mettre
trois, prs de
il tait lui,
il se droit Il
gauche en
dispos de
sergents c'tait de
pied ce fort
double s'lanait
cercle sans
qu'il
1. C'tait ce mme Philippe de Dreux que Richard-Cur-de-Lion avait pris autrefois dans un combat. Le belliqueux prlat se servait d'une masse d'armes au lieu d'pe, de peur de transgresser les canons, qui dfendaient aux clercs de oerser le sang il se contentait d'assommer les ennemis au lieu de les pourfendre. 2. Ceci est trs remarquable comme expression du sentiment fodal.
84
FRANCE
FODALE.
C1214J
fesse
la mort parmi les Franais promener puis il s'y rfugiait quand il tait trop press ou qu'il voulait reprendre haleine, et la cavalerie qui le poursuivait venait se briser contre un rempart de fer. Enfin le roi Philippe lana contre les sergents du comte pour
de Boulogne trois mille piquicrs et franais, qui les enfoncrent les dispersrent. Reuaud se rua en dsespr au milieu des escadrons du roi; son cheval, bless mort, s'abattit sous lui; un homme couteau des communes sur lui arracha son heaume, Gurin, merci. et le frappa Fvque d'un la tte, lorsque survint de l'achever et le reut de Senlis,
qui empcha
ennemie fut tue, prisonnire ou Aprs que toute la chevalerie en fuite, sept cents fantassins restrent les derniers brabanons sur le champ de bataille, comme gens grandement preux et harhommes du Vimeux, au nombre de cinquante chevaliers et cle deux mille hommes de pied, enfoncrent enfin ces Brabanons, et les turent ou prirent tous. Ce fut la fin de cette grande dont le souvenir est demeur journe, et si populaire. Le peuple, reprsent juste titre si national par dis les milices communales, sur le champ de bataille de faire son apparition avec clat son dbut avait t le salut de la France venait le sire de Saint-Yaleri et les
Le soir, le roi manda devant lui tous les nobles hommes qui avaient t pris en la bataille; il y avait cinq comtes Ferrand de Renaud de Boulogne, Guillaume de Salisbury, Othon de Flandre, et Conrad de Dortmund, et vingt-cinq barons porTocklenbourg tant leur propre bannire au combat2. Le roi leur donna tous la vie, quoique hommes-liges, tous ceux lesquels et ses qui toient de son royaume avoient fait tout leur pouvoir pour V occire,
1. Ce rcit est presque entirement tir de la chronique eu prose de GuillaumeU'-ttrcton (Gsla Philip. Jurjust.), compare La narration, si vivante, si colore, si prcise traite avec tant de svrit par M. Miclielet, sa Pliilippide. de Guillaume, ne mritait pas d'tre serqui ne vent y voir qu'un calque vile des batailles de i'JBnide. Si les tableaux du pome latin ont une forme un on ne saurait faire le nit'ine la en peu trop classique, reproche chronique prose. 2. Le droit de lever bannire et Ic titre de banneret n'taient hrditaires point avec les 1. X et XI d
la condition requise tait, a cette poque, de pouvoir runir et quiper au moins cinquante hommes d'armes. On appelait bacheliers ou bas-chevaliers les chevaliers
qui n'taient pas assez riches pour lever bannire; ils n'arboraient au bout d
leur lance qu'un panonceau feudu eu queue d'hirondelle, au lieu de la bannire carre des bannerets. Aux cinq comtes prisonniers cits plus haut, l'Art de
vrifier tes dates ajoute le comte de Hollande.
[1214]
TRIOMPHE
DE
PHILIPPE-
AUGUSTE.
85
fussent lois
leurs enchains
chiefs
(ttes)
selon
les
en charcomde
La vieille charretes
quand la ville
Ferrand
prison, peine
qu'il le roi
pouvoit
demi-
Ferrand, pas; quant Oui pourroit dire tout le peuple Les fit au roi, clercs
le trana grand'joie qu'il s'en par les cloches et dehors toient les voies verts et de et
la trs
la victoire! louanges motiers et les tines chs peuple, accouroit vilains faucilles toient n'avoient cation de un
villes
jonle
grands,
grande
et les moissonneurs sur peu pas son un le col, avant honte nom. pour en de Les
s'assembloient, voir Fcrramlen Les moquer r/abeurs ferrand2, que fit-on lui vilains,
rteaux lequel
armes. le
deux toit
ferrands enferr,
troisime toit
contre honte, la du
jusque?
coliers
curs;
gale,
1. C'tait un trs grand dshonneur pour tout chevalier. de Chrestien de Troies. valier de la Cliurrelle, 2. I.a litire de Ferrand tait trane par deux chevaux ferrands les chevaux de cette couleur.
86
FRANCE
FODALE.
UiUi
Jour,
ils festoyoient la nuit moult en festins dpensrent et sept nuits. Pendant munales, qui s'taient si bien leurs
jours
grands les coliers luminaires; et bombances, et dura la fte sept ces rjouissances, les milices comdans la bataille, vinrent comportes
au prvt de Paris prisonniers plus taient tombs entre leurs mains, sans les petites gens . Le roi leur en donna une partie pour les mettre ranon il enferma le reste au Grand et au Petit Chtolets de Paris. Ferrand fut emprisonn en une nouvelle tour forte et haute Aprs au dehors quoi, en mme donnes, contre le roi Jean des murs, en mmoire temps, laquelle est appele la Tour du Louvre. des grandes victoires que Dieu avait au pre contre l'empereur, et au fils
d'Angleterre, fonda, prs de la cit Philippe de Senlis, une abbaye dite de la Victoire, sous l'invocation de saint Victor de Paris1. dans le royaume de France par la de Bovines atteste assez et la grandeur journe du pril et la nationalit du triomphe. Toutes les classes de la nation, mme le sur le champ de bataille, clerg, avaient eu leurs reprsentants et prirent part l'exaltation de la victoire. Les clercs clbraient l'unit de l'glise sauve des mains d'un empereur excommuni et de barons avides d'usurper les bnfices les ecclsiastiques; les vilains, bourgeois, se rjouissaient d'tre Presque toute et jusqu'aux pauvres dlivrs de l'invasion avait les mmes serfs des campagnes, des farouches Tkiois. le haut sentiments; la joie commune; La liesse universelle cause
la chevalerie
seul ne partageait baronage pas franchement car c'tait sa cause, celle de l'indpendance fodale, qui avait succomb Bovines c'tait la royaut qui devait recueillir tous les fruits de la victoire nationale. Fonde par la patience, par le force des choses, la royaut temps, par la lente et mystrieuse venait de se transfigurer et de se consacrer de par un baptme gloire V
1. Guillelm. Armorie. de Gestis Philippi
de Saint-Denis. Rad. de Coggesiial. Annal. Wavcrleiens. Chrome.Turon. etc. 2. Tandis que l'lite de ia noblesse et de la bourgeoisie tait alle combattre ou
l'empereur Othon en Flandre, ou
Augusti.
PMlippidas.
Chronique
vement politique et religieux avait clat parmi les serfs et les vilains des provinces centrales. Des milliers de pastoureaux (ptres) se rvoltrent contre les seigneurs,
le roi
-d'Angleterre
eu Anjou,
un
violent
mou-
[1214] Philippe
et durables
PASTOUREAUX. ne se montra
87
que par
qu'il
il borna
obtenus,
et lui vendit et de la Saintonge, 60,000 marcs une trve de cinq ans. On rentra de part et d'autre l'invasion de Jean. Les comtes de dans les limites antrieures expulser le roi Jean du Poitou
Flandre roi fit et de Boulogne par ne royale un de la des voulut possession enfants Quant royal il consentit qu'il la ce la n'en cour jamais de furent des pas pairs quittes la pour confiscation et Calais de jugeant sans assura en Mranie, pas mariant avec possible de comsi peu de leurs la le
prononcer
Renaud, et d'Agns ne de
Renaud. au domaine
comt en
soulever la
nouvelles
temptes,
parlement
s'armrent les motitiers, l'exemple les cottereaux religion Saint-Esprit n'en tait
de
forcrent de faux, de btons, manoirs, pillrent plusieurs tout le ainsi Berri, universelle, et parcoururent proclamant l'galit men si rude contre de la paix , qui avaient des confrres guerre fourches, trente que allait mais, aupaiavant; marchait l'insurrection fonder l'galit sur la ans cette terre! c'tait fois, c'tait l'avnement au nom prochain d'une du
nouvelle qui
congrgations dj plus aux pacifiques de paysans, et neutres devant cette rvolte restrent Les villes courut aux armes. furent crases ou disperss du Saint-Esprit par la gendarmerie les champions demi-nus. affrontaient couverte de fer qu'ils les foules avait dans exaltation produit, La dlirante qui fermentait religieuse une erreur un autre vnement beaucoup plus extraordinaire, l'anne prcdente, Matthieu Pris. Un certain jeune les sicles inouie dans , dit le chroniqueur comme s'il et de France, du royaume et les chteaux les villes errant par /jars, rendsJsus-Christ, chantoit en langue Sciijneur franoise t envoy de Dieu, les enfants de son d'autres et, quand avec beaucoup choses; croix nous la sainte leurs en foule, abandonnant ils le suivoient pres et l'entendoient, ge le voyaient les rien sans que et tous leurs put retenir; leurs nourrices amis, et leurs mres, innombrable une marchant en devers la Mditerrane, procession ils le suivirent moult bien et sur un char tnit orn, leur comme maitre, port qui et chantant le fils de Gui, en armes Bernard, biographe d'enfants d'une entour garde mille enfants qui s'atassure quatre-vingt-dix d'Innocent III, qu'il y eut jusqu' comme ils disaient. la croix du Seigneur, ainsi pour aller recouvrer trouprent de de l'universit l'avis des docteurs du roi et d'aprs sur l'ordre Une partie, le chez leurs parents; et de retourner chemin de rebrousser furent obligs Paris dans sa route, beaucoup ou plus avanc persista; prirent je reste,' plus opinitre arrivrent milliers Marseille, jusqu' sur les chemins; et de fatigue quelques misre firent des vaisseaux navires. Plusieurs naufrage; sur et s'entassrent sept grands armateurs les musulmans mens dans des ports par furent on assure que les autres vendirent ces et les de conduire enfants, qui s'taient chargs qui provenaux 1. XXII. d'Innocent llist. III, -v. Hurter, aux infidles, cratures malheureuses
88
tesse Jeanne et les
FRANCE FODALE.
dputs des villes
[12(43
de Flandre et accorda main-leve de la confiscation, la dmolition moyennant des citadelles de Vaienciennes, de Cassel, d'Ypres et d'Oudenarde, et l'interdiction de toutes fortifications nouvelles en Flandre. il promit de mettre ranon le comte Ferrand mais cette promesse ne fut point excute. Le gouvernement de la Flandre resta dans les mains de la comtesse Jeanne et des conseillers que Philippe et le comte Ferrand lui imposa, languit plus de douze ans dans les fers 1. Son alli Othon, qui le dsastre de Bovines avait port le dernier coup, ne pouvait plus rien pour lui; Othon tait all ensevelir au fond du Hartz sa douleur et son impuissance; il y trois ou quatre ans encore, vgta obscurment et ne reparut plus sur la scne du monde. Mais ce ne fut ni en Allemagne, ni mme en France, que se manifestrent les plus grands rsultats de la dfaite des coaliss les dsastres de Jean et de ses allis amenrent, ou du moins acclrrent au del du Pas-de-Calais des vnements qui ont imprim aux destines de l'Angleterre une impulsion irrvocable. La conqute entre normande avait donn les peuples soumis Guillaume le Conqurant, ce pays une au rgime fodal organisation la royaut, part depuis
plus forte, plus active, plus gouvernante tant qu'avait que partout ailleurs; subsist, dans sa vivacit premire, l'hostilit rciproque des Normands et dos Saxons, des vainqueurs et des vaincus, la ncessit avait serr les barons anglo-normands autour de leurs rois; mais, les haines avec le temps, cette ncessit s'tait affaiblie, s'puisant tandis que le despotisme croissant. La capacit royal allait au contraire de Henri II, les qualits politique de Richard chevaleresques Cur-de-Lion avaient longtemps arrt l'explosion du mcontentement des barons; mais Jean lassa enfin leur patience: ils avaient bien pu se rsigner la brillante tyrannie du Cur-deLion et de son pre, mais non pas l'ignominieuse domination d'un tyran inepte et couard, qui n'avait d'audace que pour outrager dfes femmes et pour piller des sujets dsarms. La facilit des contint en grande partie aux soulvements qutes de Philippe-Auguste
t. de Chrun. de Flandre, iideglierst, t. I, p. 330 et suivantes. flandre, c. t05, 106. Kervjn de Leltenhove, Hist.'
y avait t bien
[1214, 1215]
RVOLUTION
ANGLAISE.
89
des la
seigneurs dfense
anglais
contre
refus
de concours
pour L'homle m-
l'archevque Canterbury,
Etienne
d'installer d'arracher d'y charte avait trouver par promis Guillaume tmoignent de
se mit
la tte
fouilla Langton arbitraire; la tyrannie, et exhuma contre Ier, les lors ahus de son avnement sous raison diplme; de dpart son que il de
Ce n'est respecta et ce le
constitution
1214, les de
au
retour
de Jean
aprs
hauts-barons le
anglo-normands rtablissement
leurs
vassaux
et les
petits du la
nobles roi, et
Jean. en
droit, la
barons
et au Jean
germe
grandeur
renoncer sa couronne.
mieux
serments
de fidlit, de l'arme
lurent de Dieu
un et
chef de la
militaire
marchal
le plus qu'il pouvait des biens de d'un prlat, le roi envahissait l'glise qu'avait rgie le dfunt. A la mort d'un vassal de la couronne, l'hritier au lieu de payer un son fief un prW arbitraire lgitime tait forc de racheter sa fille ou sa sur, simple droit de relief. Lorsqu'un vassal dn roi voulait marier remariait les veuves contre du roi. Le roi il tait oblig d'acheter le consentemeut avec leur main, les tiefs qui leur leur volont, afin de donner ses cratures, Le roi prenait dans les villes et comts des droits de monnayage appartenaient. arbitraires. Il cassait les testaments ou ne les confirmait qu'a prix d'argent, mettait des impts sur les fiefs de haubert, qui ne lui devaient que le service militaire, etc. Tous ces abus non-seulement n'avaient pas cess depuis la charte qui en promettait le redressement, mais s'taient accrus et multiplis sous Henri JI et ses fils. V. le en Angleterre trait de l'Origine du .systme reprsentatif par M. Guizot, la suite de ses Essais sur l'histoire de France. 1. A la mort
00
FRANCE
FODALE.
[1516]
sainte Eglise , et entrrent dans Londres bannires la dployes dsertion fut si gnrale autour de Jean, qu'il se trouva seul avec Il cda; il signa, le 19 juin 1215, les articles sept chevaliers, que lui avaient les c'est l la fameuse signifis seigneurs ligus la Grande-Charte grande-charte; les liberts du sanctionnait les barons contre clerg, garantissait arrire-vassaux contre le despotisme roi de lever aucun escuage (impt de du commun la couronne), cour suprme conseil le despotisme royal, des barons, interdisait guerre) ou aide des vassaux communs les au de
sans l'aveu
se tint en lieu fixe et ne suivit du roi, rglait la tenue des assises des comts ou tribupersonne naux secondaires, dfendait ou d'arrter, bannir, emprisonner aucun homme libre sans le jugement dpossder de ses pairs, et les bourgeois, les marchands nationaux protgeait et trangers, et les vilains, contre toute exaction et maltle (mal Mta peamia, etc. Pour la premire fois apparaissait argent lev injustement), au moyen ge l'imposant d'une nation runissant ses spectacle classes en corps sul)stituer le rgne des lois l'arbitraire. L'unit politique devait se faire en Angleterre De l, des destines bien par la nation, en France par la royaut. diffrentes. dans cette premire Toutefois, fut phase, la direction exclusivement munes aristocratique, demeurrent, de France. et, d'Angleterre sous des communes Les barons les compendant longtemps, en importance de fait, au-desdiverses et travaillant
(la plus la
anglais ne jouirent pas en paix de leur victoire Jean n'avait cd qu' la force il appela son aide tous les routiers du continent, leur promit les biens des rebelles, et rclama l'assistance du pape, son seigneur suzerain . Innocent III rpondit par un bref qui dclarait la Grande-Charte illicite et iniet dfendait, sous peine d'anathme, que, la cassait et l'annulait, au roi de l'observer, aux barons d'en rclamer l'observation F (24 aot 1215). Ainsi la papaut, de son plus illustre par l'organe reprsentant, abdiquait dj le patronage populaire, auquel elle elle permettait avait paru un moment aspirer; la tyrannie aux rois, pourvu que ces tyrans fussent les esclaves de Rome ainsi, ds l'origine de la Grande-Charte, cette lutte contre commenait
[1215,
12H>]
LA
GRANDE
CHARTE.
91
anglaise, avec tant et d'-
qui
a cr haine
le
plus
fort
lieu qu'on
nationnlr* de sicle.
l'Histoire treizime
foudres
d'Innocent anims grande Rome, par partie et firent tous Hugues les
insurgs, d'une
la conscience du clerg
concours gnreusement
anglais, pas
qui plus
l'interdit;
les
armes du
des roi
routiers Jean, de
s'taient de Bovines
autour multitude
engloutit
Hugues autres
compagnons; comte de
prirent
de ces et gas-
poitevins les
barons
et
tout vers la de
reprendre 1215,
l'anne de Dieu
le comte fils
l'arme rent
Paris
avec la
grand prince
sceau Louis
et offrirent dont
la femme, offre
Cette
carrire
Philippe-Auguste ambition, blouit accepter, vingt-cinq et avec furent chaine Mais laissa force reus arrive le pape, son la runion orgueil une
ardeur de il vit Il
deux pre et de de
couronnes de
la tte et
avec
mle
quelque la fidlit
Anglais
personne parti
qui
si vivement
contre
92
les barons
FRANCE FEODALE.
[1216]
de anglais, n'tait pas dispos souffrir la spoliation son vassal par les Franais. Comme Louis se disposait partir, arriva la cour de France le cardinal-lgat Gnalo qui prsenta au roi Philippe des lettres par lesquelles Innocent III le priait le royaume d'Angleterre, d'empcher que son fils Louis n'envaht ou n'inquitt en aucune sorte le roi des Anglais, vassal et homme-lige de la sainte terre, rpondit Philippe, de saint Pierre aucun rendre tributaire, Le royaume glise romaine. d'Anglen'a jamais t ni ne sera le patrimoine roi ne peut donner son royaume, ni le de ses barons. Les seigneurs prle dire du roi par un vita nanordinaire,
sans l'aveu
Mathieu Paris, appuyrent sents, rapporte cri unanime, avec son habilet Philippe, moins de s'engager dans une lutte directe
la cour des pairs. voya l'affaire dvou au seigneur avait ajout Phipape et l'glise romaine, lippe, et jamais, par mon conseil ou par mon aide, mon fils Loys ne portera ladite glise; mais, s'il revendique prjudice quelil doit tre entendu, et que droit sur le royaume d'Angleterre, obtenir ce qui lui appartient. La cour des pairs s'assembla donc le lendemain a Melun, en prsence du lgat. Louis y fit soutenir ses droits par un chevalier qu'il avait choisi pour avocat. Les raisons de Louis, si bonnes ne pouvaient arrter qu'elles fussent, le cardinal il dfendit Giialo, qui avait des instructions positives au prince, sous peine d'excommunication, de passer en Angleet au roi Philippe d'aider son fils dans cette entreprise. terre, Lojs, les larmes aux yeux, dit alors son pre Seigneur, quoique je sois votre homme-lige pour les fiefs que vous m'avez donns en ce pajs de France, il ne vous appartient pas de rien statuer touchant le royaume Je vous prie donc de ne point d'Angleterre. mon projet, parce que je combattrai empcher jusqu' la mort, s'il le faut, pour l'hritage de mon pouse. Le roi, voyant la de son fils, lui donna sa bndiction constance et l'angoisse et le laissa partir (Mathieu Paris). dans Louis, esprit faible et born, ne puisait pas cette rsolution son propre fonds il tait pouss par sa dame Blanche, femme d'uu caractre hroque, qui le forait tre ambitieux malgr lui et braver les anathmes pontificaux, qu'il redoutait; mais
[1216]
LES
ANGLAIS
APPELLENT
LOUIS
DE
FRANCE.
93
il craignait quer
encore avec
sa
femme
que
le pape. dcids
Il
alla
Calais,
gens qui
de guerre, commenaient
encourir leur
prodigues. navires
Quatre ponts
et voiles, (21 mai 1216). tourna uux-Moincs. des leurs barons bonnes par sa il peu attendant, Jean.
routiers, Roche-
s'enfuit
marcha bourgeois, et de
l'hommage de garder
sur
leur
leurs le
adhrents, aid
et poursuivit, du roi
de
succs. lui,
provinces
et de l'est son
alli,
le nouveau la chevalerie
roi
saccages et
anglaise,
La plupart enrls,
routiers du Jean
brabanons, ct de
passrent fidles
Louis,
ainsi
les sei-
jusqu'alors frre.
Salisbury
lui-mme
abandonna
inspira fait
quelque
nergie Jean
Jean,
qui
se voyait Rassemblant
bien
comme encore
de nom attachs
Sans-Terre. sa cause,
de chevaliers
et les le sige
aventuriers comte
gascons
et poitevins, lieutenant
il fit lever
qu'il flux
sables
prcieux de
menait oblig
toujours
tomba
chagrin,
s'arrter,
1.
Cens
des
marches
d'Ecosse.
FRANCE
FODALE.
[1216]
de Swines-Head. L, sa pernil'abbaye eieuse gloutonnerie accrut son mal, et sa fivre s'enflamma, parce qu'il s'toit gorg de pches et de cidre doux' . Il reprit cependant sa route, mais il n'alla pas loin, et il expira au bout de trois jours, Newark-Castle, en dsignant son fils an Henri pour son successeur au trne d'Angleterre (19 octobre 1216). On lui fit, son frre Richard, comme mais elles plusieurs pHaphes; On voit dans n'exprimrent pas la mme diversit d'opinions. celle-ci monde De mme que l'Angleterre reste encore salie des souillures de Jean, Par Jean est souille Le protecteur craint d'accepter quels sentiments le monarque dfunt inspirait . tout le
ghenne (l'enfer) elle-mme . de Jean, le pape Innocent III, qui n'avait pas la solidarit des haines qu'inspirait le tyran la sordide
tait mort trois mois avant lui, le 10 juillet. Ce d'Angleterre, redoutable la fois clatante et somgnie laissait une mmoire la situation comme de bre, une mmoire conteste, orageuse de ces vicavait remport l'glise romaine, pour laquelle Innocent au flanc du vainqueur?. qui laissent une blessure incurable semblait devoir La double mort d'Innocent et de Jean-Sans-Terre toires assurer anglo-normand. Le rsultat fut tout oppos le filsan de Jean, Henri Plantagent, enfant de dix ans, n'avait point hrit de l'horreur qu'on portait en faisaient au contraire son pre; sa faiblesse et son abandon des liberts publiques, le roi le plus commode pour les partisans tandis que Louis alinait dj ses nouveaux sujets par son impruentour de Gascons et de Poitevins dence. Jean s'tait toujours Louis favorisait exclusivement des chteaux, qui l'avaient gouvernement des indignes i. Mattli. Paris.
2. Une extatique,
l'tablissement
de Louis
sur
le trne
ses Franais, et leur donnait le des villes, des comts, au prjudice et Anglais appel au trne. Franais
Rad. Coggeshal.
sainte Lu'ttgarde, eut rvlation qu'Innocent tait en purga-
toire pour trois motifs, que le biographe de cette sainte ne veut pas faire connatre. Innocent, dans cette vision, avoua mme Luifgard qu'il et t daniu sans l'intercession de la Vierge, intercession qu'il s'tait mnage en fondant un monastre en l'honneur de Marie. Hurtfir, Vie d'Innocent III, 1. XXI. Cependant sa mmoire fut considre comme sainte par le plus grand nombre des -catholiques.
[1216,1217]
LOUIS,
ROI
D'ANGLETERRE.
95
taient que, aussi ment entre anglais. nalires .ivait pre. succder l'hritier bouche ne lant
cesse
en
querelle; trahi
leurs sans
rpandu, eux de
Louis
dpouiller 1217,
fauteurs jours ou
aprs
Honor
venait
Innocent des
Plantagents,
l'excommunication immdiatement lui-mme conclut le carme ne avec de en France ses 1217; point
quittait aller
adversaires mais
voulut
communiquer, commenait pas secours ses les sire obstin avec contre surprise et Louis affaires grands
l'entreprise cependant retour son vers montra envoya quelques L'arme en droute par roi se Castille, Trois
fournit de
absence, Henri un
la milice chevaliers
et mise dans
Londres Le n'osa de
les vainqueurs. quoique avec le en chevaliers trs pape hte afflig mais des et une des revers sa de bru, les son fils,
il laissa
renforts foule
pour
Louis1.
de sergents
1. La Chronique de Reims raconte ce propos un trait de Blanche de Castille, oii Comme messire Loeys cette altire et courageuse princesse se rvle tout entire tout sien lui faillit le et eut dpendu (dpens) argent, si manda son pre que il lui aidt et lui envoyt deniers. Et lu roi dit, par la lance Saint-Jacques, qu'il n'en
96
FRANCE
FODALE.
[1217]
ayant leur tte Robert de Courtenai, seigneur de race captienne, sur quatre-vingts vaisseaux et beaucoup s'embarqurent de barques que gouvernait Eustache-Ie-Moine, et de naissance religieux dfroqu, qui, par une succession d'aventures romatait devenu un clbre corsaire. nesques, Les marins es.einq ports (Douvres, Sandwich, Ronmey, Hastings et Hytbe), qui taient alors en Angleterre vinrent la renles ports par excellence, contre de la flotte franaise outre les matelots, portant, toire ne fut pas longtemps ne fut d'aucun secours aux Franais inhabiles aux manuvres 1 et assaillis par des marins prouvs, nautiques ils rsistrent en vain avec intrpidit; les galres anglaises, armes d'perons de fer la manire des anciens, trouaient et coulaient bas les nefs les Franais, cribls de dards par les bad'Eustache-le-Moine listes les Anglais avaient garni le pont de leurs vaisseaux et aveugls par la chaux vive qu'on leur jetait du haut des hunes taient taills en pices presque sans pouvoir ennemies, se dfendre lorsqu'on en venait l'abordage. Robert de Courtenai2 et Eustaehe-le-Moine furent fut dcapit, pris; le moine dfroqu comme tratre, par ses compatriotes et tous ceux des vainqueurs, vaisseaux aux Anglais franais qui chapprent furent obligs
furot terres nant, (en ni pour terres lui ne seroit excommuni. Quand madame Blanre
de navires, quarantaine l'lite des chevaliers anglais. La vicla supriorit du nombre douteuse
avec une
dont
sut,
si vint
je n'en le roi.
dit le roi.
donc? dit
Qu'en ferez-*vois
de mon eux. sei Adonc aller,
gneur, je les mettrai se partit du roi aussi nerai Mais de mou de trsor voir
de Dieu, j'ai beaux enfants trouverai sur qui me prtera Et, quand le roi ce
(exaspre).
seigneur,
t. Cette infriorit s'explique mal, puisque la couronne de France avait mainpopulations maritimes, jusqu'au admettre que ces populations concours cause de l'excommunication de Louis. 2. Robert de Courtenai le trne, quitta la prison pour de empereur Constantinople. del de la Loire. Il faut domination toutes nos du avaient et Pas-de-Calais refus leur en
Blanee,
devint,
1219,
[1217]
LOUIS
REPERD
L'ANGLETERRE.
97
de
chercher Louis,
refuse qu'il , se
sur n'avoit
les
ctes plus de
(27
aot
attendre le lgat
terre
ni
dcida
traiter
d'Angleterre, quitter en
de n'y
ennemi, au
le roi
restituer Il rendit
pays petit
l'original et le
Grande-Charte2. inarchal tous discorde cher tier gens tembre obligs observ Louis, ctes les aucun la cit jurrent autres tait les ne de ceux
le aux
rendre et liberts
anglais desquels
de
suivi
rendre
et dans furent
l'amnistie n'avoir
de grosses . de son
amendes
l'interdit relev
tristement conquis
les par
ayant, autre,
d'Angleterre. raction
Et-il
l'invitable tt ou tard.
nationale
de revers
trop
bien
conso-
d'Angleterre dernires
de Philippe occupe
l'Angleterre de Jean;
l'Empire
obissait avec
Frdric la maison
alli France
la papaut tait rconcilie semblait s'habituer et le baronage des gnit grandes en 1218, familles dans la du royaume, du
LTne s'teiYI. Ce
personne
Rari. Coggeshale. Ann. Waverle. i. Matth. Paris. de dire qu'elle dcrtait 2. Nous avons omis. propos de la Grande -Charte, l'unit des poids et mesures. v. Jlallli. Paris, p. 258. IV. 7
98
FRANCE
FODALE.
[1218-12233
et le comt de Charprince eut ses deux surs pour hritires, tres passa par mariage au comte de Beaumont-sur-Oise; le comt de Blois, au comte de Saint-Pol, de la maison de Citilioa-surMarne. Chartres fut plus tard runi Blois entre les mains d'un Chtillon. le comt Le roi profita de ce partage de Clermont en Beauvaisis. pour acqurir des hritiers
Une violente guerre civile clata peu de temps aprs en Bretagne. La duchesse Alix tait morte, et son mari, Pierre de Dreux, dit IHauclerc (mauvais clerc) continuait de gouverner le pays et de porter le titre de duc, comme bail et tuteur de son fils Jean, le vrai duc ses efforts pour tendre le pouvoir ducal lui alinrent les grandes d'une part le clerg, de l'autre familles basses-brehabitues une indpendance tonnes, presque absolue vis--vis de leurs ducs, qu'elles ne regardaient gure que comme miers des comtes ou tierns du pays. L'voque de Nantes, de la province de Tours, excommunia par ses confrres les vicomtes de Lonnais, soulevrent les presecond le duc; de leurs
que Mauclcrc avait dpouills contre lui lesRohan, seigneuries, les Avaugour, les toute laBasse-Bretagne, tandis qu'Amauri seigneurs duTrgorrois, de Craon, snchal d'Anjou, envahissait la Haute-Bretagne avec une foule d'hommes d'armes des provinces voisines. La noblesse et le soutinrent le duc, qui avait travaill peuple de la Haute-Bretagne a s'attacher les bourgeois et les paysans par diverses exemptions et privilges Pierre dtacha de la coalition le comte de Rohan et l'voque L'inertie chal moral de Nantes, dfit et prit et fora les vicomtes Chateaubriand, de Philippe-Auguste et son parent d'Anjou de Craon, auprs de de Lonnais la paix (1222). durant cette lutte entre son snattestait l'affaiblissement le sire
Mauclerc
et physique du grand roi de France, qui ne quittait plus le palais de la Cit, ou le manoir de gure la tour du Louvre, habitation d'o il avait longtemps surveill la Paci-sur-Eure, Normandie. avec Philippe vivait dsormais plus habituellement les gens d'glise qu'avec les gens de guerre2. Il prit plus de part,
1. Parce qu'il employait contre le clerg les connaissances qu'il avait acquises
dans 2. les coles de Paris force on l'avait d'abord aux moliers destin et aux l'Eglise, prlats il gratifia l'vque Le roi faisait donations
|!216-i22i]
TROUBLES
DE
BRETAGNE
ET
DE
CHAMPAGNE.
99
troubles tait en
de
Champagne et la
qu'
ceux on
de
en Brie, du du
incendies de Rameru,
du
tour tante
Louvre. jeune
le comt La rard
nom
l'hommage cette recourut dication adverse petite prtention aux par et au guerre
La
de droit, pour de
jusqu'
quatre et sa
cdrent,
des
concessions de Bretagne
(1220,
1221)2. taient peu dans l'Angleterre. plong Montfort et le dsastre allait en de le chose Midi, Le
Champagne avaient
recommenc pour
de Louis de
la stupeur mme o
l'avait de
l'hommage des
rgions
conquises et dlivrer
ses domaines qu'aprs VII accueil le pape, contenter; jusqu' dit alla et le la
prendre force
d'Innocent paternels.
Je fais
pourras du
Montfort vu si elle
seigneurie rtablir.
ce que l'enfant,
Seigneur,
d'our
parler
maints privilges et redevances.Sur la guerre de Bretagne, v. Guillelm. Armorie. Chrome. Turonic. 1. Sa feiLine tait fille de Henri II, comte de Champagne, frre an de Thide Thibaud baud V, pre VI; mais la lgitimit de cette princesse tait conteste, Henri II l'ayant eue d'une femme divorce, et Tliibaud V et, aprs lui, son fils mineur avaient lnngiemps joui de l'hritage sans rclamation officielle. Vie 2. V. dans illemont, de Saint Louis, t. I, p. 78 et suivan'es, cette affaire le droit intressante fodal. La du livre, de Tillemont par M. de pour publication Gaulle, pour la Socit de l'hisl. de Fiance, a t un grand service rendu a l'histoire du treizime sicle.
100
FRANCE FODALE.
D2IG]
Et, puisque je vois que tout se dcide par demander autre chose, sinon que tu me ma terre, si je le puis . Vapostoile (le pape) et le bnit, et lui ce qui est obscurci te laisse bien comsans doute la nanmoins, Montfort. Il se
le regarda et jeta un soupir; puis il le baisa, Prends garde ce que tu feras! Tout dit sa splendeur que Dieu Jsus-Christ reprendra mencer bonne Innocent passait et bien finir! volont dans tait-il Le pote provenal du pape envers Raimond; rellement mal
exagre peut-tre,
beaula Septimanie Simon et Arnaud-Amauri coup la force morale de la croisade. propos du duch de Narbonne, mortellement s'taient brouills Simon tait entr de vive force que l'un et l'autre s'attribuaient et avait dmantel cette ville, qui favorisait dans Narhonne, contre lui, et Arnaud s'tait Veng en excommuniant Arnaud
Simon
ou pour dmentir lanles esprances probablement exagres que le parti national en le quittant, avait mises en lui. Le jeune Raimond, guedocien tait retourn trouver son pre Gnes; les deux comtes se renInnocent dirent tants de Gnes Marseille, de la Provence au printemps de 1216. Les habidite, contenus proprement par leur clerg famille des Baux, ennemie des princes toujusqu'alors dans la guerre de Touassistance de ses n'avait tir aucune
confirmer
mais la fermentation avait t croisd'outre-Rbne seigneuries de Raimond VII, jeune homme de dix-huit ans, sant, et l'arrive fit clater une explosion patriotique beau, sduisant, intrpide, La rpublique de Marseille, qui n'avait ses clefs aux prsenta jamais relev de la maison de Toulouse, et leur offrit les bras de ses enfants pour la cause deux comtes, du pays. De l, les comtes furent mands Avignon par les meil eux corps et biens, et jurde la ville, qui se donnrent leurs dans toute la contre. rent de les aider Tout le Venaissin,
de Languedoc,
it recouvrer
leurs
terres
ou de mourir suivirent
avec eux.
tout le Marquisat,
1. XXII, c. 101, etc.
le mouvement.
t.
Hist.
[1216]
LES
provenal prtend
DEUX
que
R.WMOND.
mille chevaliers
lUl
Le
pote
vaillants
et pour
accomplis,
et cent
mille des
autres
comtes. parts
Provence Le
toutes
se joindre
renfort
de
entama les
et
Raimond
Le jeune
comte
coup la par
frir
largeur le sn-
le sige
Simon pril
revenu
o tait
snchal, droit
il rassembla Beaucaire,
le chteau.
combattit et
comme
de toute
retranchs jour;
de secours Simon ne et au
eut put
sauver et
soldats sans
autorisant harnais
lion
journes avec
le cheRaireu
le jeune Il avait
les Toulousains
se disposaient
leur
ville
au vieux
1. Le comt de Provence et le royaume d'Aragon taient alors entre les mains de deux enfants, Kainiond-Brtiiger IV, (ils du comte Alfouse II, mort en 1209,
et Jayme, lils du roi Pierre, tu U Muret.
2. Les Provenaux
se servirent
le chteau
de Beaucaire.
102
FRANCE
FODALE.
fl2l6]
dans le comt de Comminges avec des VI, qui arrivait Le vieux comte se retira devant troupes catalanes et aragonaises. et les Toulousains, de Simon, Montfort, effrays de l'approche vers lui les plus gens de bien de leur cit pour le envoyrent Raimond prier de ne point venir en ennemi contre eux, et pour lui reprsenter que, dtruire la ville, ce serait perdre son propre bien. Gui de Montfort, frre de Simon, et les. autres barons de l'arme, conseillrent Montfort de recevoir merci les Toulousains, et d'eux seulement une grande somme d'argent d'exiger pour soutenir la guerre; mais l'vque Folquet fut d'un avis fois en la cit, dit-il, il ne faut pargner biens ce qui se trouvera; et sachez, seigneur prendre vous ne faites ainsi, vous aurez vous en repentir Le comte, suivant l'avis oppos. Une ni gens, mais comte, . que si
de l'voque, commena par arrter les puis Folquet, entrant dans la ville, persuada dputs toulousains; au peuple de sortir au-devant de son seigneur, afin d'apaiser le Le pauvre peuple, courroux de Simon. se fiant aux paroles de Fvque, passa les portes de Toulouse que les notables mon les faisoit en grande multitude; se rendoient auprs et, mesure du comte, Side ceux qu'on et avertirent Le peuple, du saisi du
et lier . Quelques-uns prendre s'chapper, avait voulu enchainer parvinrent sort de leurs compagnons la foule qui les suivait. de fureur, rentra dans Toulouse
les comte, qui introduite par l'vque, maisons et violer les femmes. En un moment, le peuple fut sous les armes; chacun leva devant sa maison des barricades de bancs, on fit pleuvoir de coffres, de poutres, de tonneaux; sur les gens d'armes une grle de pierres, de briques et de barres de fer. Gui fut rudement de Montfort, le frre de Simon, avec ses repouss assailli par ses ouailles, et l'vque, et t la victime hommes, de leur juste vengeance, s'il ne ft parvenu se sauver au ChteauNarbonnais. Simon accourut il. l'aide avec toute l'arme, se saisit de plusieurs et fit mettre le feu partout; mais postes avantageux, les Toulousains les flammes, deux attateignirent repoussrent ques successives diriges contre eux par le comte en personne, et, Simon et ses troupes aprs tout un jour de combats, refoulrent dans le Chteau-Narbonnais tandis que le dtachement de Gui
(1216]
L'YQUE
FOLQUET.
103
bloqu
dans
l'htel virent
du qu'ils Folquet
comte ne
de
viendraient imagina
armes,
trahison.
Il envoya
l'abb
de se remettre et de libert;
ne perdraient
refusaient, . Les
la
perfidie ost
de l'vque; les
croire ments du
Folquet
terribles
de par pas
Marie
Sauveur ou
le courage de la cit,
la mort gardait
vingts
des
dputs trouver
chevaliers hors de
donc
rendre
dans
meilleurs au march
Tous
principaux le premier trangres d'entre la peine , eux de ses rande la les les
de Toulouse disperss
au
un
grand sans
prirent sparer armes on cit, lieux glises, palais, velles avait dtruire
douleur morts
misre,
vivants d'une
flanques de abattus
et tous sauf
dfense
terre. antiques
Riches
btiments, sous
le marteau des
des
la leve
en masse
artisans
l'honneur
de Toulouse
(octobre-novembre
1216)*.
1. Cansos de la Crozada.
FODALE. un moment
prcher de Bourges et Fvque France; au printemps de 1217, l'archevque de Clermont amenrent de nombreux croiss, a l'aide desquels Montfort obtint quelques sur le comte de Foix, puis avantages reporta la guerre aux bords du Rhne, passa ce fleuve, et envahit une grande partie Montfort guerroyait Toulouse le comte russit
pour recommenc
du marquisat de Provence. Mais, tandis que sur la rive gauche du Rhne, la malheureuse enfin briser son joug. Le vieux Raimond VI,
de Comminges, et le fils du comte de Foix, marchant sur cette ville et culbutant un corps de troupes franaises qui d'un brouillard essaya de les arrter, profitrent pais pour entrer enseiparts, trompettes sonnantes, le peuple se leva en masse au cri de Vive le gnes dployes comte Ramon! s'arma de pierres, de btons, de couteaux, courut sus aux gens de Simon, et tua tous ceux qui ne purent gagner le Chteau-Narbonnais (13 septembre 1217). Le comte Gui, frre de avec tout ce qu'il y avait d'homSimon, accourut de Carcassonne mes du Nord dans le pays les Toulousains avaient la hto creus des fosss et plant des palissades leurs pour remplacer Gui de Montfort et ses soldats forcrent ruines cette faible barrire, et pntrrent dans la ville, mais pour en ressortir bientt grand'perte et honniment. Le comte Simon, apprenant dans la dfaite de son frre le Chteau-Narbonnais, revint sur Toulouse avec un lgat du pape, nantir la ville et les habitants. Tous les mridionaux enrls et le danger de sa femme, assige de Provence et quitta le marquisat qui ne parlait que d'amurailles dans la cit ouverte de toutes
de par force sous les drapeaux en chemin; les Toulousains, Simon dsertrent au contraire, avaient reu de nombreux secours de l'Albigeois, du Querci, de Simon tenta de reprendre la ville d'asl'Agenais et des Pyrnes. eussent pu relever leurs murailles; saut, avant que les Toulousains tomba perc d'un mais, la premire attaque, Gui' de Montfort trait d'arbalte un fils parti de la main du comte de Comminges; avait fait comte de Bigorre, de Simon, que celui-ci fut, aussi, furent repousss de telle sorte, bless, et les assaillants grivement que Simon renona emporter Toulouse de vive force. Il entreprit
[1217,12183
DLIVRANCE
DE
TOULOUSE.
105
de la bloquer
en tablissant
deux
deux villes contre la ville du comte Raimond, camps retranchs, dont il avoit t baptis, de tenir et il jura, par le saint chrme, Toulouse assige jusqu' ce qu'il et victoire sur elle ou y perdt la vie (fin septembre). l'arrive du La victoire paraissait de moins en moins probable d'A de Navarrois, de Foix avec une grande compagnie et de Catalans, obligea Simon de lever prcipitamment ragonais Tandis que les du ct de Gascogne. le camp de la rive gauche, comte vers les barques qui devaient les transgens de Montfort couraient et leurs allis les Toulousains porter l'autre bord de la Garonne, fut si grand, le dsordre firent sur eux une furieuse sortie; que grand'peine par un son bon cheval se noya, et la riche couverde ses compagnons courut au comte de Foix. Montfort ture du destrier fut reporte le le fleuve, et parvint enfin regagner jusqu' Muret, y repassa des siens mais en laissant bon nombre camp de la rive droite, ou flottant morts au fil de gisant sur les bords de la Garonne Simon tomba dans l'eau et ne fut sauv qu' l'eau. Simon tint nanmoins son serment il resta devant Toulouse tout l'hiver, dans celui de ses deux camps o il avait concentr toutes ses troupes, l'vque Folquet et que sa femme, pendant allaient pardes croisades, de Vitri, un des historiens Jacques Ils en ramecourir la France et chercher partout des auxiliaires. et la prise le second camp fut rtabli, milliers plusieurs ranima un peu les et le sac de Montauban, qui s'tait rvolt, mais l'audace et l'espoir de leurs adversaires soldats de Montfort; relev les Toulousains, n'en furent point abattus qui avaient taient pins assigeants toutes leurs fortifications, qu'assigs nrent non-seulement ils battaient incessamment de leurs machines le l'offensive mais ils prenaient Chteau-Narbonnais, frquemment contre le camp de la rive droite. Le jeune Raimond VII tait venu la tte de ses Provenaux, les joindre et, le jour de son arrive, au lion, sinistre on avait vu tomber du haut d'une tour l'tendard Ce sige homrique, signal par prsage pour les conqurants. cent combats, se prolongeait depuis neuf mois entiers. Simon sucenfin de cette la tche; le dcouragement combait s'emparait
106
FRANCE FODALE.
inbranlable. Malade
CUIS]
de fatigue et d'ennui, dit Guillaume de Puy-Laurens, ruin par tant de dpenses, il n'avait plus son ancienne ardeur, et le lgat l'aiguillonnait sans relche et le taxait d'insouciance et de paresse. Simon priait parfois le Seigneur la paix de la mort . Simon, ayant chou dans tous ses efforts pour se rendre matre du cours de la rivire et affamer la ville, tait revenu la force et avait mis sa dernire ouverte, dans une norme gate esprance ou chatte de bois double en fer, qui devait renfermer dans ses flancs l'lite et renverser les murs franais, nouvellement rebtis par les Toulousains. La gte fut donc pousse jusqu'au bord du foss; mais, un matin, avant qu'on et pu la mettre en uvre, les gens de Toulouse sortirent en masse pour s'en emparer, et commencrent faire un grand carnage des soldats qui la gardaient. Simon entendait la messe lorsqu'on cette nouvelle; il ne voulut point quitter les divins mystres . Un second messager arriva un instant aprs, en criant: Htez-vous! vos hommes htez-vous, ne seigneur! ne quitterai peuvent plus tenir! -Je point, rpta Simon, que je n'aie vu mon Sauveur! leva l'hostie, Puis, quand le prtre il tlchit le genou et tendit les mains au ciel, en s'criant Mainen paix votre serviteur, Seigneur, congdiez selon votre parole Il monta cheval, courut avec toute l'arme vers le lieu du combat, culbuta les Toulousains du premier choc, et les rechassa jusque dans leurs fosss. L, les assigs firent ferme, et revinrent la charge, sous la protection des archers et des machines de guerre, faisaient qui, du haut des-remparts, pleuvoir une grle de traits et de pierres sur les croiss. Gui de Montfort et son cheval roulrent l'un sur l'autre percs de deux flches. A l'as terre, le comte Simon despect de son frre tendu sanglant cendit de cheval, disant amrement: Beau frre, Dieu nous a tenant, . Tandis qu'il converse et se lamente pris en ire (en courroux) avec lui, voici qu'il y avoit dans la ville un pierrier sous un soret les femmes, bier, prs de Saint-Cernin, et les filles, et les et tirrent, et la pierre pouses de ceux de la ville le bandrent vint tout droit o il falloit (e venu tt dreit la peira lai on era mestiers). Elle frappa le comte sur son heaume d'acier, si fort qu'elle accourut lui porter des hommes d'armes de lui donner
me
[1218]
MORT
DE
S1MO.N
DE
MONTFORT.
107
lui
crasa
les en
yeux quartiers,
et la
et en que
le terre
front mort'
et
la
mchoire 1218)
lui .
ceux
de la ville que
des
clairons,
et petits, n'teignit, de ce
. Les
croiss,
consterns, dans
levrent le
de
et se concentrrent jours hors contre la immobiles. de leurs ville; lignes. tait se dcider de leur perdue.
principal coup,
plusieurs
une et
mais
jusqu'
leurs
de succs pourtant
Ces
hommes la avaient
pouvaient et de de
la
de Toulouse ne dcamprent
vicomte que
la mort temps,
le Chteau-Narhonnais s'loignrent
vacu
et les qu'ils
le corps
de Simon,
de.Saint-Nazaire. sur sa pierre Son joie ou si, pitaphe merveilleuse, dire pour que, perdre les si,
figure seme
sa cotte
est saint du
les
barons
orgueil; occire
si, pour
et
atteindre un doit
et massacrer Jsus-Christ,
ce monde
1. Cansos de la Crozada, 205. Historia de las guerras de Tolosa. Petr. Vall. Cern. Guil. de Pod. Laurent. 2. Y. notre t. III, p. 378, sur ce mot, qui dsigne l'ensemble de la civilisation chevaleresque. Orgueil est la barbarie goste, le contraire de parage.
108 ronne
FRANCE
FODALE.
[1218,1219]
et resplendir au ciel . Telle est l'oraison funbre que fait Simon de Montfort le pote provenal au nom de tous les hommes dela langue d'oc! La mort Le Querci, de Simon l'Agnais, fut le signal d'un soulvement universel. le Rouergue, le Condomois, le l'Armagnac, l'appel du jeune Raimond, et les garnifurent chasses ou extermines d'une la Provence dite proprement chef de la maison reprit les des Baux,
prince d'Orange, et ses partisans furent par le peuple d'Avignon, poursuivis partout comme ennemis de la patrie et allis des tyrans La puissance des Montfort s'croula aussi vite qu'elle trangers. s'tait leve, et la ruine de la domination dans le Midi franaise sembla bientt assure. Mais Rome n'tait pas lasse de perscuter de Toulouse Honorius III n'avait crut de bienveillance qu'Innocent toulousains. Honorius
la maison aux
poin t hrit du retour III avait montr sur la fin de sa vie voir dans la chute des
en vain noye dans des torrents de sang; il embrassa avec ardeur la cause du fils de Simon, contre les hrtiques pressa le roi de France de marcher pro assister Amauri de Montfort venaux , et ordonna d'employer la moiti d'un vingtime lev sur les biens du clerg franais de la guerre d'Orient, pour les besoins qui se poursuivait alors, non plus en Palestine, mais en Egypte. Le roi Philippe ne se croisa pas, mais ne voulut pas se brouiller avec le pontife romain, et laissa partir son fils Louis, avec le duc de Bretagne, le snchal le comte de Saint-Pol, d'Anfou, et dix comtes, vingt vques, six cents chevaliers mille archers. de 1219, joignit Amauri de Louis, au printemps Montfort devant Marmande en Agnais, qu'assigeait Amauri. La obtint une capitulation; garnison mais, lorsque le comte d'Astala place, se fut remis en la foi du prince rac, qui commandait avec ses gens, l'vque de Saintes et d'autres prlats rclamrent le comte pour qu'il ft brl ou pendu, et la ville, pour qu'elle ft livre au glaive et la mort, parce qu'elle toit pleine d'hrcomte de Saint-Pol, le hros de Bovines, tiques . Le vaillant et l'archevque d'Auch s'opposrent cette infme trahison, et trente autres
de l'hrsie
DLIVRANCE
DU
LANGUEDOC.
109
le
comte
et
les des
ce les
multitude rua de
toutes
dans
la
scnes
personnes, du
et enfants,
furent Le
passes fils du
tranchant
glaive. prirent recevoir. population cras ils taient en mme ensemble Tandis sans la route que les de croiRaiprin-
Toulouse ss
les
Marmande gorgeaient de Foix mond VII et le comte cipaux dans et lieutenants Toulouse, o Plus d'Amauri; l'on de d'oc avait mille pour bourgeois
enfermer
la victoire.
pays
de la langue
les braves
toulousains
garnirent
et leurs
barbacanes
de pierriers,
de trbuchets, et damoiselles,
l'envi puis on
aux
aux
attendit du
avaient et de
Simon, le 16 juin
sige du
Aprs
six ayant
rsultats, jours de
la plupart plerinage,
croiss, de
leurs l'entreprise.
le sige, venu, de
machines confusion
forc de Le prince Louis, et s'en alla comme de guerre, et dommage pour une (1er aot 1219). les Toulousains, dcide tout des de l'AlbiMontfort Beziers, enfant et
si glorieuse
parti
supriorit presque
perdit
la
de l'infortune de Trencavel;
remplace
l'tendard
encore
1. Le pole provenal reprsente le fils du roi , pendant cette dlibration, aecoud sur un coussin et jouant avec son gant cousu d'or, sans rien dire . On la nullit de Louis. ne saurait peindre plus nergiquement
110
du vicomte
FRANCE
FODALE.
[t220-i222]
rentra dans la seigneurie Raimond-Roger paternelle, sous la tutelle du comte de Foix. Amauri runit tout ce qui lui restait de forces pour reprendre Casteinaudari il s'obstina huit mois au blocus de cette place, y vit prir ses ctes son frre Gui, comte de Bigorre, ses plus braves soldats, et fut enfin contraint de se retirer seule ville importante Carcassonne, qui, avec Agde et lui restt de toutes les Narbonne, des conqutes croiss (mars 1221). En vain le lgat Bertrand fonda-t-il Carcassonne, sous les auspices du l'ordre de la sainte Foi saint-pre, de Jesus-Christ, espce de milice religieuse l'ananalogue cienne c compagnie blanche de l'vque en vain les Folquetmoines et les prtres tentrent-ils de propager parmi les catholiques franais et provenaux cette institution, dont le but tait d'aider et secourir le comte Amauri de Montfort et ses hoirsde s'engager dcouvrir et dtruire les hrtiques, les rebelles l'glise, et tous ou infidles, qui autres, chrtiens guerroieroient contre ledit comte . Tous les Provenaux, quelle que ft leur manifestaient croyance, la mme horreur contre Montfort et la de la prdication croisade albigeoise ne trouvait plus que tideur en France, o les esprits taient beaucoup plus remus par ce qui se passait au pays de Babylone4 (1220 1222). et se sentant hors d'tat de dcourag recouvrer les de son conqutes pre, se dcida enfin envoyer les voques de Nmes et de Beziers Philippe-Auguste, pour lui offrir la cession de tous les domaines octroys Simon par le concile de Latranle pape crivit au roi ce sujet, et lui enjoignit et d'accepter, Amauri,
1. de l'sme tat pnmitrf de l'expdition franeo-italienne, dtourne en 1204 par les 1 Sens sur Constantinople, avait t effectue, en 2 .8, par une croisadf qu^nlcea n avait organise avant de mourir, et qui'fut conduite par un lgat du pape et par comte Jean, de Brienne en I-?^f!' Les chrtiens appelaient le Kaire Babylone. L'invasion
salem, en pousant la fille du marquis de Montferrat. Les croiss 7e de Jruprirent l>am te pntrrent jusqu'aux portes du Kaire, et se maintinrent trois ans dans le Delta; mais les division de Jean de Brienne et de l'arrogant lgat Plage leur flrent perdre le fruit de leurs succs, et ils finirent par lro trop heureux de pouvoir tvacuer 1 Egypte par une capitulation trs dsavantageuse, aprs avoir peu de
temps pour Jrusalem. Les arehevoW de Reims et de Bordeaux, les comtes de la Marche et de Ba^ et une infinit d'autres grands personnages avaient pris part Ce" expdition, et y prirent pour la plupart. auparavant, refus l'change de Damiette
Champagne,
qui
avait
hrit
du
titre
[1222]
DLIVRANCE
DU
LANGUEDOC.
lll
pour
sa gloire
salut
1222). jeune
Philippe roi
prtexta
l'expiration et n'accepta qu' roi ma mon qu'il fatigue d'une dangers! Amauri, server, disputer et mourir ajouta mort fils est
trves de corps
d'esprit,
paix. refus
de
Puy-Laurens
clercs se et
mle de
des dbile
bientt, de jeunes
aux chmera
et
ne
que lui,
vcut ses
le roi titres et
fut de
donc
rduit
pniblement
de succder t frapp
ft mort et sous
de Saint-Jean munication, ture, Jean, bois. Un veau meilleur comte de fut gard
encore
dans
maison
de Saintcoffre de
Toulouse.
Il y resta
semblait
poindre hros
pour qui
le Midi, avait
et
le
nousi
le jeune paraissait
reconquis heureux
glorieusement destins d'oc, chisme, mena pu tous centre chute que l'hrsie qu'on
hritage,
rserv pour
de renatre
la rage
et cachs
point Montfort,
religion.
nouvelle
crurent
les jours
de toutes docteurs,
parts
le chemin de
de la Provence; Carcassonne, et
Barthlemi de la
de la Bulgarie,
Dalmatie
FRANCE
FODALE. de la sainte
des serviteurs
de rorganiser les glises cathares Guiilabert de Castres, autre chef de la doctrine, secondait Baret ordonna un vque de Rasez dans une assemble thlemi d'une centaine de par faits, tenue au lieu dit Pieussan1. Malgr. le dont les manichens, mystre le clerg cathos'envelopprent lique et surtout les Frres Prcheurs, que n'avait pas refroidis la mort rcente de leur fondateur avaient trop bien Dominique2, de tous les pas au courant Rome s'mut de nouveau, et ritra ses efforts auprs du roi avec un mlange de supplications et de colre. Le lgat du pape en France, le cardinal Conrad, ex-abb de Ctcaux, . Sens un concile gallican, convoqua par une circulaire o il exagrait le pril, afin de rveiller le fanatisme franais. concile, qui bien profiter croix. Mais Philippe tait dans l'impossibilit matrielle de rpondre aux dsirs de la cour de Rome depuis l't de f222, ce prince, min par une fivre lente, sentait ses forces se rtirer de lui; il avait fait son testament au chteau de"Saint-Gefmain-cn-Laie, ds le mois de septembre 1222. Ce testament, publi avec la chronique
Gaules,
en devoir
ne pouvait se dispenser ce d'assister Philippe devait se runir en juillet 1223, et l'on esprait de l'occasion le roi prendre la pour entraner
de Guillaume-le-Breton,
est un curieux monument
dans le recueil
historique:
des Historiens
norme trsor
des
conome3 et l'acpar Philippe atteste son administration croissement de la richesse publique, ce point qui avait augment le revenu du prince sans que les progrs de l'industrie et du
1. 2. Ilint. Saint de Languedoc, 1. XXIII, ch. 57. Matth. son devinrent strilisait Paris. ordre ad mm. 1223.
amass
Dominique avait, de saint Franois. l'exemple les franciscains. 3. cette Il atteste anssi tait
le droit
moines
gnrale. de Philippe-Auguste, suivant un tat dress quelson avnement, le domaine ques annes ne aprs royal rapportait que 7,197 livres 15 sous de revenu, c'est--dire francs. Le marc valait 143,958 2 livres la parisis; livre valait 20 sous et 4 parisis parisis pesait onces, de 27 de nos francs. poids Le sou parisis valait donc 1 franc 35 centimes. Le sou tournois de Tours, (monnaie du rgne
ignorance 4. Au commencement
qui
de telles
valeurs;
[1222]
TESTAMENT
DE
PHILIPPE-AUGUSTE,
113
au essor;
moins en voir
relatif, mme
semble, Philippe
arrts destine
trsor tait
fait
combien sous
sa fin, ses
retomb
a donn,
ce qu'il ensuite
marcs
d'argent
titulaire et de
de Brienne, qu'ils
Temple
entretinssent contre
trois
reprendre et un mille
outre-mer.
pauvres, mille
et aux
lpreux livres
livres
dix Ingeburge, ses serviteurs ses croix afin que d'or, vingt pour sous de le parisis Paris. durant
mille
Philippe, avec
couronnes
joyaux,
l'abbaye messe
me; par
de Paris, la prpar
amasses appartenir du
ans huitime
partage
fisc
royal, et
personnelle,
conscience
cet puns
gard que
politique faibles
mirent
non moins usite que la monnaie de Paris) ne valait que l franc. La valeur relative des monnaies tait infiniment On voit, dans le testament du plus considrable. :>4o livres roi, que parisis (6,480 francs) suffisaient l'entretien de vingt prtres. C'tait 324 francs par tte. Et il ne s'agit pas ici de pauvres vicaires de campagne. Ces 324 francs reprsentaient peut-tre 1,800 francs ou 2,000 francs d'aujourd'hui.
IV.
in
FRANCE
FODALE.
[1223]
assez ordre; Louis VII n'et sans doute pas eu mais le ciel, heureusement, de jugement pour suivre cet exemple pas homme abanne lui avait donn qu'un fils. Ce fils n'tait la mission la trace de son aeul, dont il avait continu donner et de gnie. Philippede bonheur avec une si grande supriorit que le petit comt de .Clermont Auguste ne dtacha du domaine des en Beauvaisis, pour son second fils Philippe, qu'il avait investi comte Renaud de Boulogne, toujours captif fiefs du malheureux barons du second Pronne. du roi lutta encore plus de dix la forte constitution Cependant mois contre la fivre. Il avait fini par tre branl par les instances il avait ajout touchant l' affaire des Albigeois; ds prtres, son testament un legs de vingt mille livres Amauri de Montfort, de l'hrsie l'extirpation , et il parut dsirer pour l'aider Conrad, sa prire, assister au concile, que le cardinal vivement de Sens Paris. Le roi, contre l'avis des mdecins, transfra partit de Paci-sur-Eure La fivre du Louvre. mais il ne revit pas la tour pour Paris le fora de s'arrter Mantes, redoublant ans, aprs o il expira, le 14 juillet 1 223, l'ge de cinquante-huit roi des Ainsi mourut Philippe, en avoir rgn quarante-trois. dit le pote chroFranois, homme trs prudent et de grand sens, en achomme renomm magnifique par sa vaillance, niqueur, les il largit merveilleusement dans ses guerres tions, victorieux des Franois, du royaume et la puissance droits de la couronne et enrichit et dconfit virilement fort le fisc royal; il combattit terres, leurs soldats, leurs de princes illustres parleurs beaucoup assailli son royaume armes et leurs richesses, qui avoient fortement des glises. et il fut un grand protecteur et sa personne, ainsi qu'il l'avait Saint-Denis, fut inhum Le roi Philippe et du vainqueur de la Normandie dsir. L'uvre du conqurant de Bovines ne fut pas ensevelie avec lui dans la tombe. avait vingt ans peine), ses 1185 (Philippe un rameau barons le voyaient, un jour, assis l'cart, rongeant et jetant autour de lui des regards qui dvert avec distraction, de son me. Si quelqu'un pouvoit me dire celaient l'agitation mon meilce que le roi pense, s'cria l'un d'eux, je lui donnerois et interrogea gagner l'enjeu, leur cheval . Un autre s'enhardit On raconte qu'en
[1223]
MORT
DE
PHILIPPE-AUGUSTE.
115
le roi. Je pense une chose, rpondit c'est savoir si Philippe; Dieu accordera moi, ou jun de mes hoirs, la grce d'lever de nouveau la France la hauteur o elle toit parvenue du temps de Charlemagne*. Il poursuivit cette pense durant toute ralisation aussi loin que le permettaient
1. Hurter, anecdote. Yie d'Innocent III, 1. XIX. M. Hurler
LIVRE
FRANCE
XXIV.
FODALE
(SUITE).
Apoge
Louis VIII. Conqute des pays de la Chade Louis VIII contre les Albirente et d'une partie de la Guyenne. Croisade de de Blanche Louis IX (saint Lodis). Rgenee geois. Sige d'Avignon. des des barons. Blanche et Thibaud. Fin de la guerre Castille. Rvolte a la maison royale. Nouvelle lutte entre assur Le Languedoc Albigeois. Frdric IV. Commenceet la papaut. 11, Grgoire IX et Innocent l'Empire Mouvemorale de la papaut. moral de la royaut. ment de dcadence Progrs Victoire de Louis IX sur Honri III le clerg. ments de la noblesse contre et Saintes. La Provence Taillebourg passe dans la maison d'Angleterre Louis IX part pour la croisade. des Captiens. royale. Puissance
bb LA monarchie fodale.
12231248. de ans
L'hritier
de
Philippe-Auguste,
trente-six
lorsqu'il
monta
roi captien sur le trne, tait le premier qui n'et point du vivant de son prdcesseur la royaut t associ la couronne tait dsormais trop bien assise pour avoir besoin de cette garandu principe d'lection n'tait plus assez forte tie, et la tradition du vieux droit. Louis VIII fut exiger cette reconnaissance et qui succda au roi vritablement le premier hrditaire, un fief. Son origine trne comme on succdait carolingienne populaire. prtait une nouvelle force la dynastie dans l'opinion pour donc le roi Loys, disent les chroniques, la ligne de l'empereur Charlemagne, origine par sa mre . Par Louis
Blanche
en son
VIII
se fit sacrer
de Castille.
hormis les flons dtenus et gracia tous les prisonniers, Les barons, pour avoir pris les armes contre le feu roi Philippe. eux-mmes une grce d'une d'accord avec Louis, s'octroyrent serfs, autre nature, l'occasion de dcrtrent, en parlement toutes sommes dues aux juifs, avec trois termes du l'avnement l'abolition gnral, nouveau roi des intrts fort loigns ils de pour
[1223]
le remboursement du capital.
LOUIS
Peu
VIII.
de temps aprs, un arrt
117
d'une
tout autre
grs atteinte de la au
porte,
puissance droit
rendu
par
Les
royale
fodal.
grands
le roi lorsqu'il la cour des pairs accompagn prsidait de France, mais sans au jugement. Maintenant ils prparticiper tendaient juger ct des pairs. C'tait le renversement du principe mme de la pairie. Les pairs protestrent, propos d'un procs entre la comtesse de Flandre et le sire de Nesle. La cour
d'abord
ordinaire
faveur bouteillier, des
du roi,
grands le
incomptente
officiers, et, (chambellan)
assurment,
dsormais, et le
jugea
le conntable
le dbat
en
le
chancelier, sigrent
chambrier
auprs
les causes
du duc de Bourgogne
de pairie. Le chancelier
ou du comte
tait un
de Champagne
clerc les autres,
dans
des
barons
du domaine
royal.
C'tait assis
d'une
vride
prs de et ambien
que
la cour
chou prmices
d'Amauri albigeoise.
Montfort, soit
Louis,
n'y tait que trop dispos. Il s'tait empress fait par son pre Amauri, qui s'tait rendu
et avait engag ce seigneur retourner guer-
royer contre Raimond VII, et rompre les Provenaux. La reprise des hostilits
t. 2. Ordonnances V. le Mmoire des sur rois, 1. 1, p. 47. l'arrt de la cotir
toutes
pairs qlti condamna Jean-sans-Terre, dans la Bibliotk. de l'cole des Charles, 2' srie, t. V, p. 18-20. laiss tablir un prcdent en 12 16, plusieurs prlats et barons, de France, qui n'taient avaient pas pairs avec les pairs dans le procs sur sig la succession de Champagne dont nous avons parl ci-dessus, p. 99. 3. Il avait t un montent de terminer la querelle question de par le mariage Raimond avec une sur d'Amauri. Pendant les pourparlers, le comte Raimond eut d'aller visiter Montfort dans Carcassonne, l'imprudence et de se remettre ainsi la discrtion de son ennemi. Amauri fut plus fidle aux principes de l'honneur et le comte chevaleresque qu' ceux du fanatisme de Toulouse catholique, ne fut comme autrefois le vicomte pas, de Beziers, victime de sa loyale confiance. Le trait de mariage, ne se conclure il avait entre les cependant, put deux maisons y un fleuve de sang ne pouvait franchir. Guil, de Pod. qu'on Laurent. c. 34. par M. Beugnot, Les pairs avaient
des
118
FRANCE
FODALE.
[1223,1224]
son retour, Amauri trouva par les comtes de Toulouse Trencavel. d'hommes Amauri d'armes
Gareassonne
troitement
resserre
et de Foix, et par le jeune vicomte tait parvenu l'assembler bon nombre l'aide des dix mille marcs et de routiers, Carcassonne et tenta ds que provenle quittrent tablis en terre
il dbarrassa qu'il avait reus du roi Louis de ressaisir l'offensive. Mais ses mercenaires son argent fut puis aux ale , renonant dfendre, partirent dans Carcassonne tous les Franais biens mal acquis
qu'ils ne pouvaient plus les uns aprs les autres, et Amauri, abandonn avec vingt chevaliers, fut oblig de capituler.
Le 14 janvier 1224, il signa un trait par lequel il restituait Carcassonne et les forteresses de Minerve et de Penne-d'Agenais aux hritiers des anciens seigneurs, de six mois stipulait un armistice et Agde, et s'engageait employer son intervenpour Narbonne tion afin de rconcilier Raimond VII et ses allis avec l'glise et le roi de France. Le lendemain, il reprit la route de France avec le faible reste des oppresseurs du Midi la domination des Montfort avait pes quatorze y laissait d'ineffaables devait relever. permirent dlivrance. Le mois annes sur la terre vestiges, Les sombres prsages de la langue d'oc: elle des ruines que nulle main ne d'une nouvelle tempte ne aux joies de la
de s'abandonner
cda,
roi des Franais, et ses hoirs, par l'glise romaine au feu comte sur le comt de Toulouse
Louis, par acte authentique, les privilges et dons accords Simon, de pieuse mmoire , pays
albigeois (partes Le roi subordonna son acceptation au succs de pouralbigenses). avec le pape, et promit au comte de parlers qu'il avait entams Montfort la survivance du conntable Mathieu de Montmorenci f Il parait qu'Amauri de Montfort ne tint pas ses engagements avec les princes provenaux, et ne tenta nul effort pour dissuader Louis de ses projets contre eux. Le fameux de Nararchevque 1. La charge de conntable commenait acqurir beaucoup d'importance. Philippe-Auguste ayant supprim la grande snchausse, trop dangereuse pour le trne, le conntable, jadis simple inspecteur des'haras, avait hrit de la suprmatie que le grand snchal exerait sur les forces militaires de la couronne. Dreux de Merlot et Mathieu de Montmorenci, mules de Guillaume des Barres, portrent haut la gloire de la conntablie.
et les autres
[1224]
LES
MONFORT
CHVSSS
DU
MIDI.
119
et cruauts,
les
prlats s'taient
du
Languedoc dans
les la ville
et avaient l'esprit
crit immonde
au
le conjurer sa puissance
relevt la
narbonnaise une
, et terre trangres
force
qu'il Louis
conqurir d'excitations
l'glise.
prires
de Raimond
protestations, changrent d'octroyer contre autres geois, contre pires qu'une tous quels les qui
d'tre
plnires et de tenus
quiconque
suzerain fodal le
de servir
royaume
. Louis VII, le
demandait jeune
papale adhrents
dclart tout
exclus
au roi lui
de France garantit
et il voulait l'Angleterre. le-champ inattendue, fondre Le dcider Les peidu toutes vastes s'il les sur comte
une
trve
de dix
Le roi ces
ne doutait'pas
ce fut la tte
saint-pre
dtourna
provenaux. durant inquisiteurs VIII lui Rome; rclamer dans purger tous sa firent plusieurs et aux juger annes, bourreaux. qu'il il tait offrit se
Raimond ses
livrer
sujets
et promit et de
ne se ft pas
toucher; Terreet de
il tait
absorb II,
empereur du et
d'Occident royaume
l'hritire calahrois
Jrusalem,
prparait, pour la
siciliens,
puissant loin
armement de favoriser de
recouvrer croisade
l'hritage albigeoise,
Honorius, les
empch
Franais
prendre
120
FRANCE
FODALE.
[1224]
les indulgences accordes' part l'expdition d'Orient, suspendit ceux qui se croisaient contre les hrtiques, signifia par son au concile convoqu Paris par le roi, au lgat cette suspension de mai 1224, et pria Louis de se contenter commencement de surveiller l'excution des promesses de Raimond. ainsi arrt court au moment d'entrer en campagne, Louis, montra beaucoup de ressentimentdela dfection du pape. Puisque le seigneur pape, dit-il, ne juge pas propos de nous accorder les demandes raisonnables que nous lui avons faites touchant nous protestons, devant tous les prlats et Y affaire d'Albigeois, barons de France, et nous que nous n'en sommes plus charg au cardinal-lgat signifions voque de Porto) qu'il n'ait (Gon||cl, Le roi n'osa poursuivre son plus nous en parler a l'avenir! sans l'appui du souverain mais il ne voulut pontife; entreprise et il tourna point avoir fait en vain de si grands apprts de guerre, les forces destines craser Raimond contre un autre ennemi de Toulouse. Lors deurs de son lvation du roi anglais et les -autres terres d'outre-mer, la Normandie de restituer vant le serment qu'il avait fait son dpart d'Angleterre. juste titre la Normandie Louis rpondit qu'il possdait terres, comme il tait pairs, attendu que le roi des trait de paix, en ne rendant ranon, en faisant pendre un autres partisan des Franais, au trne, Louis avait reu des ambassaHenri III, lesquels l'avaient instamment pri suiMais et les
devant la cour des prt le prouver du Anglais avait viol les conditions de Lincoln sans pas les prisonniers
des principaux citoyens de Londres, et en foulant aux pieds les liberts de l'An-
gleterre. Cependant la trve qui existait entre les deux couronnes s n'avait pas t rompue, et, comme elle expirait la Faque de 1224, Louis, tout entier ses projets contre le Midi, ngociait mme le de cette trve pour dix ans. Henri III, ou plutt renouvellement dont les violences avaient excit de grands trouses conseillers, bles en Angleterre, dsiraient vivement viter une guerre contre la France; mais Louis, une fois l'expdition de Provence avorte, avec le roi anglais, repoussa la mdiation biTis.qaera.ent rompit du lgat, et rsolut de complter les conqutes de son pre. La fut mene avec laquelle doit tre attrivigueur l'entreprise
[1224]
CONQUTE
DU
BAS-POITOU.
121
bue
partie
aux conseils
d'une
de la reine de la Saint-
, et entra sur les terres chef du parti anglais dans ces contres. Le vicomte obtint une trve d'un an, condition il n'tait pas que si, dans ce dlai secouru il se reconnatrait du roi par le roi Henri homme-lige Louis. Louis marcha sur Niort, puis sur Saint- Jean-d'Angli enleva rapidement ces deux places, et assaillit ensuite La Rochelle ds le 15 juillet; mais la dfense y fut plus srieuse, et Savari de Maulon, snchal d'Aquitaine pour le roi Henri, avec deux cents chevaliers gents et les bourgeois courage au roi. Les principales communes de la Guyenne et de la Gascogne et l'on semanglaise avaient envoy des renforts aux Rochelois, blait, des deux cts, estimer la destine des possessions anglaises du continent attache cette importante o les ville maritime, rois des Anglois et leurs terre . prendre hommes d'armes avoient coutume de souldoyers (mercenaires), de la ville, rsista de grand force ser-
ne fit rien pour conserver La Rochelle L'Angleterre, cependant, toutes les forces du roi Henri III taient occupes contre ses baviolations de la Grande-Charte; rons, soulevs par de tmraires le pril des provinces d'outre-mer ne rapprocha pas les partis; les barons anglo-normands se souciaient peu que leur roi gardt ou perdit les possessions leur faisait que leur instinct national considrer comme l'Angleterre. Peut-tre mme trangres souhaitaient-ils cons Henri qui servaient d'tre spars d'instruments de ces Poitevins et de ces Gas la tyrannie royale contre eux. son snchal Savari esprait de payer ses mercechef-justice (chanceen effet des III, lui expdia ouvrit ces huches, on n'y et du son. la garnison
occidentale
n'envoya point de soldats au moins qu'on lui fournirait les moyens on prtend du Bourg, naires qu'Hubert ministre lier) et premier coffres fort lourds; que trouva, au lieu d'argent, en soit de cette singulire
1. La vicomte louai et la mer. de Thouars
de Henri
comprenait
la moiti
122
FRANCE
FODALE.
[1224J225J
capituler. On dit que Louis acheta les chevaliers de la garnison Quant it la par bonne somme et munificence. de ses franchises elle stipula le maintien (3 aot bourgeoisie, i 10) 41 immdiate dtermina la soumission La chute de La Rochelle de l'Angoumois, et des seigneurs de la Saintonge, des communes se dcidrent du Limousin, ais n'eurent ne s'arrtrent du Prigord qu' recueillir qu'au bord et de la moiti du Bordelais les Franet d'allgeance, partout des serments de la Garonne, vis--vis de Bordeaux, du En des
maintenir dans l'obissance que son archevque parvint les villes conservrent leurs liberts. roi anglais. Toutes moins de quatre mois, Louis VIII avait enlev l'hritier
de tout ce qui lui restait en Gaule, l'exception Plantagents de plus Il tait difficile d'obtenir et de la Gascogne. Bordeaux en moins de temps et avec moins de peine. brillants rsultats Les barons d'Angleterre, qui n'avaient pas voulu aider leur l'aider il les consentirent ses terres d'Aquitaine, roi dfendre de la Grandenouvelle confirmation recouvrer, moyennant-une et Henri III un subside considrable, Charte. Ils accordrent Bordeaux avec un son frre Richard ce prince put expdier vers la Pque de 1225. Richard, qui portait les corps d'arme rallia les barons de titres de comte de Poitou et de Cornouaille, et reprit La Role. Mais Louis dpcha en Guyenne Gascogne, le comte de la Marche2 et beaucoup son marchal, que joignirent les Anglais furent repousd'autres barons poitevins et aquitains; de leur cte, ne pasLes Franais, il srent pas le fleuve; les vues de Louis VIII taient changes ce dernier dispos laisser Henri III la Gascogne, paraissait continentale des Plantagents, dbris de la puissance pour pou ses projets antrieurs. voir porter ailleurs ses armes et retourner n'avait t qu'une diversion La guerre d'Aquitaine pour lui, et, les droits de mots des agents de Rome touchant aux premiers ss au midi de la Garonne. 1 GestaLudovici VII.
t. XV11, p. 305.
2. Ce comte tait cependantle beau-pre du roi d'Angleterre; il avait pous la veuve de Jean-sans-Terre, isabelle d'ngoulme, qui lui avait t autrefois iianca, et que Jean lui avait, ravie.
[m:,]
CONQUTES
, our sur il avait l'affaire point protg par le le oblig renonc des
SUR
bien Albigeois1 esprit comte succs de de de
LA
vite . justice
CHARENTE.
sa rsolution de ne
vn
plus
n'tait avait
et
de mais
l'empereur
d'outre-mer,
rsolut
d'employer
Les progrs
de l'glise,
des hrtiques
contriburent
en Lom rendre
Honorius implacable.
le pape avait tran de
Tout en arrtant
dlai en dlai,
la rconciliation
t. dent les Entre les deux
dfinitive
de
des
1224 comte
princes
et 1225
languedociens
avait eu lieu
l'glise.
un encore de au des inci-
campagnes
en Flandre vivement
extraordinaire, qui proccupa de Louis. Le fameux conqutes avait disparu, en 1204, les Bulgares. On tenait mais qu'il Joannice, voici qu'au tait le comte l'avaient roi
l'attention
tinople contre du
l'anne
plus publique devenu Baudouin, empereur la suite d'une bataille d'aprs, ce que termin apparut prince, sa vie en tomb dans un
que Constan-
dsastreuse pouvoir
farouche
Flandre
ressembloit Flandre, voyant qu'il le reurent leur ce qu'ils et, pour pour seigneur, fille dudit comte ils la rejetrent Baudouin, Jehanne, la comt de Flandre. La comtesse, bien desconforle, et le pria, plant disoit ses vint o feu rouc retourna Quand Dieu, pour qu'il un (avec nombre) grand tre le comte Baudouin, et lui piti de barons donnant d'elle. Le
Bulgares la comt de
supplices vieillard qui de la chartre (prison) grands et petits, audit comte, haine la comtesse presque de France toute
tollirent
roi
Pronne et manda
contre la comtesse. Celui-ci, rponses qui d'une foison Pronne accompagn grande roi lui demanda et moult Le grande orgueilleuse. il avoit. roi. lui roi au dfunt hommage Le soi-disant comte se troubla fait commanda de vider, dedans
pour qu'il pt montrer avoir la comt, croyoit gagn de gens, et fit contenance moult moult de choses, et spcialement
et o il avoit fait chevalier ledit Philippe, Le et ne voulut roi courpoint rpondre. trois jours, sa terre et son royaume. L'autre dlaiss de tous qui marchand ceux le suivoient.
et se cacha il se dguisa en rgne, de Flandre. mais il y fut pris et ramen la comtesse dans la terre de Bourgogne le faux le tint, elle le fit jeter en chartre la comtesse Quand puis ses gens prirent le pendirent comme menteur lui firent souffrir divers et enfin comte, tourments, entre le un merdeux chiens). De cette excution et damn (entre procda peuple veilleux chacun disant murmure, son pre; et fut cette persuasion de Saint-Denis. tude . Chroniques Gesta Baudouin d'autres, Ludovici tait de un Rais VIII. Plusieurs homme pauvre en Bourgogne. et soutenant grandement avoit fait pendre que la comtesse enracine aux curs de la multide Flandre. le prtendu ou, suivant
et l fut
Chrnn. et Ann. Oudeglierst, du affirment que chroniques temps nomm natif de Bertrand, Reims,
124
FRANCE
FODALE.
[1225]
toutes par serment ses promesses et ses satisfactions, on trouva prtexte sur prtexte pour diffrer la conclusion. Ce ne fut point Rome qu'elle eut lieu; un concile du royaume de France fut convoqu Bourges au mois de novembre 1225, sous la prsidence du cardinal-lgat Romain de Saint-Ange1. Raimond de Toulouse et Arnaud de Montfort furent somms de comparatre en prsence du roi, des de Lyon, de Reims, de Rouen, de archevques Bourges, de Tours et d'Auch (l'archevque de Narbonne, venait de Arnaud-Amauri, de plus de cent vques et de cent mourir), chiquante .abbs et Le comte Raimond prieurs. renouvela toutes ses offres. Amauri rclama les droits octroys son pre par le concile de Latran et et somma son rival de subir le par le roi Philippe, de jugement la cour des pairs. Que le roi mon hommage, reoive d'abord et je suis prt subir ce rpliqua Raimond, autrejugement; ment je craindrois que les pairs ne me tinssent pas pour un des leurs . L'affaire interdit ne fut point toute discussion dfre au tribunal des pairs aux prlats le lgat de don-
Raimond
VII eut
beau
signer
et confirmer
publique, enjoignit ner leur avis par crit, avec excommunication contre quiconque en romprait le secret, et se chargea de communiquer les rsolutions du concile au roi. Le comte de Toulouse repartit sans connatre la sentence ce silence prsageait le sort qu'on lui rservait. Le lgat venait de dclarer au roi, d'aprs les avis des pres du concile, a que Raimond ne devoit point tre absous en raison de ses offres; que le roi des seul seroit charg Franais par de cette l'glise ne pouvant, affaire, personne aussi bien que lui, la terre de la sclratesse purger des hrtiques, et qu'en di. Ce lgat faillit tre assomm Paris par les coliers, pinfr avoir pris parti contre l'universit en faveur du chapitre de la cathdrale. L'universit prtendait avoir un sceau elle et ne plus sceller ses actes du sceau du chapitre, c'est--dire
qu'elle p. 373). voulait Le roi tre fut
cette
un
Vie de Saint (r. Tillemont, t. I, louis, la hte son prvt avec force chevaliers
eux-miues.
[1225, l?.2(<]
NOUVELLE
CROISADE
CONTRE
LE
MIDI.
125
des dpenses du roi, la diine de tous les revenus lui seroit octroye conecclsiastiques pour cinq ans (jusqu' currence de cinquante mille marcs par an), si l'expdition se dommagement durant cet espace de temps . prolongeoit Une nouvelle assemble de prlats et de barons fut runie Paris deux mois aprs (28 janvier 1226). Le cardinal de Saint-Ange excommunia Raimond de Toulouse et ses adhrents, les dclara et adjugealeurs domaines au roi de France hrtiques condamns, et ses hritiers, de la renonciation d'Amauri de Montde France; fort, qui reut la charge de conntable puis le lgat dans toute la Gaule pour exciter expdia des Frres Prcheurs les peuples se croiser contre le Toulousain et ses fauteurs. hauts barons, Vingt-cinq parmi lesquels le duc de Bretagne et le comte de Boulogne, frre du roi, s'engagrent par lettres-patentes aider le roi de tout leur pouvoir dans l'affaire des Albigeois. Le 30 janvier, une grande multitude de clercs et de laques prirent donc la croix par crainte du roi des Franois et pour obtenir la faveur du lgat plutt que pour l'amour de la justice; car beauabusif d'aller assaillir un fidle chrtien. Percoup estimoient n'ignoroit qu'au concile de Bourges, Raimond avoit instamment pri le lgat de venir, dans chacune de ses cits, s'enqurir de la foi de chacun des habitants, et avoit promis de faire bonne manifesteroit des opinions contraires justice de quiconque au il avoit offert de subir lui-mme l'examen dogme catholique; de sa foi; mais le lgat avoit mpris cela, ne voulant point recevoir en grce le comte, tout catholique qu'il ft, moins qu'il ne son hritage renont pour lui et ses hoirs (Mattlr. Paris.). Le rendez-vous des croiss fut fix Bourges pour le gnral dimanche quatrime aprs Pques. Tandis que les vastes apprts du roi de France portaient d'avance la terreur dans le malheureux la libert, au prix de tant pays dont il menaait reconquise de sang et de larmes, le cardinal-lgat les voies aux prparait armes royales par ses intrigues, et dtachait successivement du
de Rome ne trouvrent pcuniaires ses Le pape prtendait que passions religieuses. dans chaque ou il un refus chapitre abbaye essuya t. I, p. 376. Louis, faveur 1. Les intrts pas dans le concile la mme
en vertu
sonne
126
comte ter. Raimond
FRANCE FODALE.
les allis sur l'appui desquels il aurait Le roi d'Angleterre fut menac d'excommunication de toutes hostilits Henri IE hsitait envers Louis VIII pendant obir, et avait grande
mm
dit comps'il ne la guerre envie de
la Gascogne;
qui lui ou ne s'en pas vivant de la terre de Languedoc et dshonneur , contriburent qu' grand'perte Le comte de la le roi anglais demeurer neutre.
et d'Angoulme, beau-pre de Henri III, avait demand il renvoya la prinpour son fils une fille du comte de Toulouse; fils du roi Pierre tu cesse son pre. Le roi Jayme d'Aragon, son vassal, et jusqu' RaimondMuret, le comte de Roussillon, chef de la branche Brenger, comte de Provence et de Forcalquier, cdrent l'un aprs l'autre aux cadette de la maison de Barcelonne, leurs parents, de la cour de Rome, et abandonnrent menaces abaissait son la maison naturels; royale d'Aragon et abdiquait ainsi la devant l'oriflamme de France, tendard de Toulouse resta Raimond des terres provenales. suprmatie dlaiss par l'autre, seul assailli par l'un de ses deux suzerains, avec le comte de Foix et le jeune vicomte de Beziers. leurs allis pour exterminer Bourges l'hrsie tait plus nombreuse que celle qui s'tait incomparablement Bovines le catholicisme tait leve pour sauver la France L'arme qui s'assemblait encore sut en un levier plus que mille cavaliers', tant chevaliers taient en marche avec cinquante la foule innombrable des et sergents, sans compter qu'cuyers que le roi de France gens de pied; quand le bruit se rpandit de fond en comble la terre du comte avait rsolu de dtruire Raimond se tous ses habitants , une terreur inexprimable la rsisdans tous les cantons des deux rives du Rhne rpandit et communes se htrent tance sembla impossible. Seigneurs avec d'envoyer au roi dputations sur dputations pour se remettre Provence Quand on puissant que la nationalit. le roi Louis et tous ses grands se met-
1. C'est Mathieu Paris qui porte la cavalerie croise cinquante mille hommes.
tout le sige J\, pour le t. XVIII des Hluor, d'Avignon, des Gaules Mathieu el et la chronique Pris, V. aussi de la France. Tours, Gesia Lud. de dans VIII.
[12261
SIGE
D'AVIGNON.
127
et celle de l'glise les villes les plus attaches la cause toulousaine, les vassaux les plus fidles des princes excomde leur soumission munis, aux dcrets du concile. protestrent Avignon mme qui s'tait dvou si -gnreusement Raimond VII, qui avait partag ses prils et son excommunication depuis dix ans, courba la tte devant l'orage, dputa ses podestats vers le roi, et lui oftrit le passage par le fameux pont d'Avignon, pour lui, le lgat, les prlats et cent chevaliers, avec promesse de fournir des vivres un prix quitable l'arme, le qui passerait Rhne au-dessus de la ville. L'arme croise s'tait dirige de sur Lyon, et desBourges cendit la valle du Rhne jusqu'auprs Le marquisat d'Avignon. de Provence s'tait soumis sans coup frir. Les laisAvignonnais srent le comte de Blois (Gautier d'Avesnes), une qui commandait de trois mille hommes, avant-garde franchir le fleuve sur un pont de bois construit hors la ville, un peu au-dessus du grand pont de pierre; mais le roi, parvenu en vue des murailles, signifia aux et aux consuls qu'il entendait podestats passer le Rhne sur le et traverser grand pont d'Avignon, la ville la lance sur la cuisse, la tte de son arme (6 juin 1226). Les magistrats refusrent, fermrent les portes, et se prparrent la rsistance, aimant mieux prir les armes la main avec tous leurs concitoyens, que de livrer leur cit au lgat et la multitude ameute par les du ils savaient trop bien comment indulgences pape les envoys de Rome gardaient la foi promise aux excommunis. Le roi, transport de fureur, jura qu'il ne s'en irait point qu'il n'et pris la ville, et fit dresser ses pierriers, ses balistes, ses manses chats (ou gtes). Le lgat enjoignit gonneaux, au roi et aux croiss de purger Avignon d'hrtiques , et le sige fut entam le 10 juin. Mais la noble cit, bien munie de vivres et de machines de guerre, bien dfendue par ses hautes tours, sa double ses larges fosss pleins d'eau vive, sa forte enceinte, et citadelle, surtout par le courage de ses citoyens et des chevaliers enferms avec eux dans les remparts, rendit coup pour coup aux agres et fit moult grand mal aux hommes seurs, de France . L'nergie populations des Avignonnais provenales ne se communiqua point au reste des mobile et impressionnable l'esprit des
sa merci
128
FRANCE
FODALE.
[me]
les garnisons caire, Nmes, Castres, lbi, et, de l'autre ct du fleuve, Orange, la rpublique de Marseille elleTarascon, Arles, se soumirent; et les habitants de Carcassonne, mme renia la cause provenale,
d'effroi, quelaplupart des villes de places dutomt et plusieurs Beaudu roi Louis Saint-Gilles,
peine de retour dans la cit d'o on les avait autrefois expulss rsister aux trangers, bien que le comte de en masse, n'osrent Foix occupt leur citadelle. minges, suivis d'une foule camp du assistance Les comtes d'autres de Provence et de Comau seigneurs, de Provence se rendirent
mage-lige Au milieu
roi de France, le comte pour promettre au roi Louis l'homfidle, les autres pour transporter qu'ils devaient au comte de Toulouse. de cette dfection
universelle, quand toutes les boutous les curs appartenaient ches juraient faut au conqurant, succs rjouisVII, et ses moindres encore au brave Raimond les plus empresss de les gens qui semblaient La rsistance des assigs, dirige par Guils'unir ses ennemis. et Raimond-Ral de la cit et bayles hem-Raimond podestats saient redoublait de vigueur. Le comte (baillis) du comte de Toulouse, des croiss, tous les enviRaimond avait gt, avant l'arrive rons d'Avignon, emmen au loin tout ce qui tait dou de vie, tant hommes chevaux qu'animaux, des ennemis n'y et labour trouvassent les prairies pour que les Les point de pturages. dans l'me
pour avec la campagne cesse l'improviste La famine ressources la suite chs que
par les Franais et ceux qu'ils faisaient venir il fallut tenter au loin de prilleuses puiss, renouveler les provisions, et Raimond, qui tenait
ce qui lui restait de chevaliers, fondait sans sur les fourrageurs du camp. qui s'cartaient dnue de et la mortalit se mirent dans la multitude le fanatisme ou l'espoir du pillage avait attire bientt tous les alentours furent jonet de chevaux. De ces corps pars des
dans la plaine, s'levoient, avec un affreux bourdonnement, essaims de grosses mouches noires, qui venoient, jusque sous les et apporter tentes des princes, infecter les plats et les hanaps 1. Vase, coupe; mot eeltique.
[1226]
SIGE
D'AVIGNON.
129
la
peste et
par
les
en
putrfaction le
. plus Les se
barons par
les maladies, des foss s'ils Avignonnais entre eussent attaque sur
oblig
croi-
une
s'croula multitude
Rhne. cause se joignit de l'arme lgat grands passer gr, rsolurent Thibaud une VI renomme des l'pidmie le roi croiss, barons, aux n'avait qu'un qui mains et aux droit service comd'exide avec dj plus
nouvelle
claircir feudataires,
les rangs et le
jours. les
Plusieurs
des
toulousains leur
de ne pas comte
Cham-
qui
ses
posies
si populaire
de la langue et qui ressemblait d'ol, beaucoup le caractre et les gots ces mridionaux par qu'il combattait, s'entendit avec le duc de Bretagne et le comte de la Marche, et alla demander son cong au roi. Louis lui refusa la permission de partir; Thibaud s'en passa, et partit une violente aprs querelle avec le roi, dont il brava les menaces. Les drables trois roi Les un de mois, s'opinitrait ressources traitement Tours dit forces pour du la roi, cause tait cependant, de n'taient et des les quoi entin encore que trop considepuis et le coter. en
les trouvres
le sige
plant son
ft esprer
l'adoucir
les conde
obligs
payer furent
combls, tourelles
remparts
abattus, au nombre
(domus
lurralcs),
130
FRANCE
FODALE.
[12361
rent
dmolies,
la commune
t plus durs encore sans bre). Le roi et le lgat eussent peut-tre Avila considration de l'empereur Frdric,'de qui relevaient de l'invasion et qui ne voyait pas volontiers gnon et la Provence, ce pays par le roi de France. Louis VIII, aprs cette victoire si chrement achete, passa le toute la Septimanie sans trouver d'ennemis et parcourut l'exception ni d'hrtiques combattre envoyer au bcher, ancien prdicateur d'un pauvre vieillard parfait, appel Isarn, Le comte Raide sa retraite et brl Narbonne. qui tut arrach Rhne et tons les hrtiques de Toulouse, avaient quitt le pays. Le roi s'avana jusques quatre lieues de cette anne-l, le sige mais il ne pouvait entreprendre, Toulouse, au mois d'octode cette grande ville, et il termina la campagne mond tait dans les murs bre, aprs avoir reu Pamiers le serment des vques de h produ pays conquis Il prposa au gouvernement vince narbonnaise. de Beaujeu sous le de renom, Imbert ou Hurnhert un guerrier revenir et reprit la route de France, titre de snchal, comptant enlever au printemps prochain. des germes de mort -Vaine esprance! la fivre les fatigues du sige d'Avignon avaient min sa frle du ciel provenal Toulouse taient dans son sein brlantes arriv
prlats et barons, aprs sa mort son fils an Louis, g de douze ans, et de le faire et ajouta qu'il confiait la reine le plus tt possible, couronner Blanche de Castille la tutelle de cet enfant, qui devait tre saint Louis. Louis VIII vcut encore 1226. Ce fut, dit Mathieu pre1 . Mathieu Pris prtend le 8 novembre cinq jours, et trpassa son Paris, un prince fort dissemblable que Louis VIII mourut, non point
il ne put aller plus loin; en quelques Runissant autour de son lit les prinil leur fit jurer de rendre hommage
1. Le surnom de lion, que quelques historien lui attriburent aprs sa mort, a une origine assez singulire; ce n'tait pas qu'on et cru retrouver le moins du monde en lui un nouveau Richard Cur-de-Lion mais on s'avisa de lui appliquer une prophtie de Merlin, qui se rapportait a cette aime, et suivant laquelle le lion
[122G]
de de nel roi le la fivre, mais , et
MORT
du qui qui poison aimoit avait devant ne laisse Blanche peine qu'elle
DE
LOUIS
que lui reine La doute
VIII.
avait Blanche craindre conduite sur ses et grces dans fait prendre d'un la amour vengeance que tint depuis le comte
131
la
chardu
conduite
etThibaud, beaut
vingt-cinq,
conserva
une passion dont on croit ressaisir la trace dans les expliquent chansons amoureuses de ce clbre trouvre mais tout ce qu'on
sait du caractre de Thibaud repousse l'odieuse imputation d'em-
poisonnement,
politique, Cmmpagne. Ce n'est pas par
avec acharnement,
de la reine et
dans
du
un intrt
comte de
communs
sans
raison
que
Mathieu
Paris
reprsente
le
roi
Louis
comme
trs
dissemblable
que trop prouv par son 1225 abandonnant la trace de Louis guste
son pre; Louis ne l'avait testament, rdig ds le mois de juin le Gros et de Philippe-Aurois barbares, il avait mais au des protroisime,
celle des anciens pour reprendre non point des apanages2, lgu ses fils puns, vinces entires au second, Robert, l'Artois;
devait mourir et ait ventre dit mont.
Un prtendit que le lion pacifique la ou le du mont. ventre Gesla Louis, que Montpensier pme 'dsignait Ludovic. MU. Dans les Hislor, des Gaules et de la France, t. XV1I1 1. Guillaume de Puy-Laurens attribue a la mort du roi une tout autre et cause, pacifique tait raconte anecdote La maladie du roi, ce qu'on trange disoit, le commerce d'une ce sachant le noble homme pouvoit par femme; que de Bourbon, en la compagnie il fit chercher Archamhaud du roi, une qui toit et lui belle et noble comme elle s'offriroit au roi et lui pucelle, enseigna quoi elle venoit a diroit comme lui non mais quoi pas par concupiscence, pour porter Il la fit donc secours son infirmit. introduire dans le lit du roi pendant que le roi s'veilla, et, quand elle parla comme on lui avoit montr; dormoit, et dit que, il ne consentiroit mais le roi la remercia raison ce pour ft, que mortellement. Et il fit lui et manda de marier pcher appeler Archambaud la fille n. Ce trait, convenablement s'il est vrai, est digne du pre de saint Louis. 2. L'apanage tait la part de revenu (apanagium, apanamenlum) que la coutume celui-ci comme filles, l o le fief ne se divisait pas. Ce n'tait, le nom l'indique, souslenance vivre. ne pouvait lever de qu'une pour L'apanag ni forteresses exercer les droits sur les terres de son apanage. Ce seigneuriaux accordait puns terme puns fodaux; ne des s'applique donc pas avec exactitude plus ou aux domaines attribus des aux fils rois, qui y jouirent mais l'usage a prvalu. toujours moins compltement droits aux et aux a ce sujet tre gurie une
in
FMKCE
FODALE.
[1220]
au quatrime, Charles, l'AnAlphonse, le Poitou et l'Auvergne; ainsi le beau royaume form par les jou et le Maine, dmembrant le funeste ses successeurs de son pre, et donnant conqutes d'une main la grande vassalit en l'abatexemple de reconstruire tant de l'autre i Le court rgne de Louis
sous
VIII
avait
rapports, rgne
la dviation,
de Philippe-Auguste. n'aque son faible successeur royaut dans un tat si prospre, et lcher la vait eu, pour ainsi dire, qu' dployer l'oriflamme bride son cheval de guerre, pour ajouter province sur province La mort de Louis VIII ne dpouillait aux conqutes paternelles. mais en remetpas la royaut de cette force et de cette grandeur, difficilement en faire tait le dpt dans des mains qui pouvaient au contraire la libert et les moyens d'agir aux usage, rendait sans les dtruire, forces ad verses que la royaut avait comprimes moment o et aggravait le pril d'une crise qui tait imminenteau Louis VIII. On peut douter mourut que ce prince, s'il et vcu, de 1227 contre Toulouse au printemps eut excut ses projets fait et certainement avec le comte de Champagne sa querelle dans le haut baronage, clater une explosion et, cette fois, les cadettes de la maison royale aux branches princes appartenant n'eussent pour la couronna: pas tous, comme en 1214, combattu ne les empchait leur royale origine pas de sentir l'identit de leurs intrts avec ceux des autres barons, et dj l'habile et coude Bretagne, avait conclu un rageux Pierre Mauclerc, duc-rgent en octobre secret avec le roi d'Angleterre maisons des pays poitevins recommenaient trait 1.
des Les nouveaux titulaires dsonnais vassaux grands de leurs fefe. directement du ne succdrent Les roi. pas
d'autres, Le grand
1225 aussi
relevrent p. fils,
avoir foul aux pieds Aprs de la nature VIII avait viol les droits que dans cet enfant donations le royaume fut vou deux diverses mentionnes cents au
d'Angers, vques v. Tillemont, tlist. l'intrt de l'tat au au dtriment la elricaiure. testament, htels-Dieu, de la rgle
aux droits intgralement du Mans et de Poitiers de profit du saint Louis, t. 1, de trois dernier, de ses
Jean Par en ce
et ordonn
Jean
mourut
[122(1]
BLANCHE
DE
CVSTLI.E.
133
outre-mer. sceptre trs parent, Mais grande Brunehilde, lippe-Auguste degr que venait contestable pas cette qui
C'tait
en
de cette enfant
situation ans, ne
le
un
tait
Blanche
de Castille en Gaule
la plus
la couronne de rgir
depuis
la soif
pouvoir
la supriorit du
roi,
convictions de notre et
exercrent en
heureuse qu'elle
temps
exalte levait
qui
dj
de la moins
ses
ennemis et lui fautes, culs curs posait chez que rit2, vcut
svre
selon tendres
subjuguait qu'elle
aime
crainte
inflexible tant
et qu'elle elle-mme,
retint
despotique
au reste,
ardemment;
Ce fils que j'aime sur toutes les cratures mortelles, s'il toit malade la 1. et tre sauv en une seule fois avec une femme qui ne ft mort pchant qu'il pt mourir qu'offenser son Crateur par un seul plutt le laisserois-je pas sienne, pch mortel . 2. Ses enfants taient soumis au dur rgime des coles, et les matres du roi le battoient aucunes fois pour lui enseigner i:hose de discipline , raconte le tonfesseur de la reine Marguerite, femme de saint Louis. Ces hrutales coutumes de du moyen ge, dj fltries par saint Anselme, ne disparurent l'enseignement que fort tard du palais des rois, et se sont perptues dans les collges, bien qu'tn s'affaiblissant, jusqu' la Rvolution.
131
FRANCE
FODALE
[I226J
lui tait impossible elle portait dans ses affections l'abngation la personnalit tous ses actes; elle avait excessive qui marquait natures, l'gosme qui s'associe trop souvent, chez ces puissantes l'extrme vital. On cite d'elle un trait caracnergie du principe tandis qu'elle nourrissait son fils an, une dame de la tristique cour ayant donn tter l'enfant, elle mit les doigts dans la bouche de Louis plus tard, l'avait t de cette nourrice har Blanche pour le forcer de rendre le lait de l'trangre elle fut jalouse de la femme de son fils, comme elle d'un moment. On ne pouvait aimer ni devenaient vices*par leur excs sa c'-
demi; ses qualits son nergie* tournait parfois l'obstination et l'emportement, la tyrannie; mais ses dfauts mmes imposaient fermet, tait l'exagration de la force. Blanche
la moiti jugea l'tat des choses d'un ferme coup d'il des grands barons remuaient ceux qui avaient dj; les autres, tre retenus reu les derniers soupirs de Louis VIII, pouvaient d'honneur et de loyaut par un sentiment fodale; les villes du domaine et des seigneuries ecclsiastiques, gagn l'ordre tabli par Philippe-Auguste, Bovines avait leves au rang de puissance a tout qui avaient beaucoup et que la journe de taient prtes militaire, vassaux mais le pouvait diviser le la reine-mre. comme
la r