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Histoire de France Henri Martin Tome 4

Voici une excellente Histoire de France., Moins célèbre que la monumentale Histoire de France de Michelet, elle est cependant très intéressante et très détaillée, sur les temps Mérovingiens et Carolingiens.

Transféré par

Jean-Loup Tellier
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Histoire de France Henri Martin Tome 4

Voici une excellente Histoire de France., Moins célèbre que la monumentale Histoire de France de Michelet, elle est cependant très intéressante et très détaillée, sur les temps Mérovingiens et Carolingiens.

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Histoire de France depuis les temps les plus reculs jusqu'en 1789 (4e dition) par Henri Martin,...

Source gallica.bnf.fr / Bibliothque nationale de France

Martin, Henri (1810-1883). Histoire de France depuis les temps les plus reculs jusqu'en 1789 (4e dition) par Henri Martin,.... 1855-1860.

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HISTOIRE DE FRANCE

IV

Cet ouvrage de l'Acadmie

a obtenu et BellesGOBEKT; quatre fois Lettres

des Inscriptions PRIX

LE GRAND et il a t ensuite par

couronn

l'Acadmie

Franaise.

j.jiRis,

ivpiuMnsii',

nrvKiiwn,

nu; DF.siiniis,

11.

HISTOIRE

DE

FRANCE liKPt l> I.KN IKMI1^ I.Ksll.l> \C\ t.Ks ,11>QI 'k\ rS'i i' i. HENRIMARTIN /l''n {'ir/l'fil

TOME IV

K EDITION G!' A TRI K M

PARIS
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IJBKAIRE-KDlTKin
<l. l,l,l..> I'I-.Im.ib-i I. ,.r,| "

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ii.

HISTOIRE

DE

FRANCE

DEUXIME DEUXIEl\IE
FRANCE DU MOYEN

PARTIE.
AGE. FODALIT.

LIVRE
FRANCE
SUITE nos ET FIN DU rone DE

XXIII.
{suite).
La du philosophie arabe GUERRE dans

FEODALE
Philippe-Auguste. Vaudois. Religion la croisade

coles.

ALBIGEOIS. Arnaud Le roi rend concile

Manichens. Innocent III Saint secourt livres

ordonne

Amauri. d'Aragon aux croiss. des de Latran.

Massacre Dominique. Toulouse. Il est vaincu Puissance de Simon de Montfort.

Saint-Esprit. contre le Midi. Simon de Beziers. Prise de et tu

DES de Montfort

d'Aristote et de l'cole Le principe de la perscution et de l'inquisition consacr.Fondation des dominicains et des franciscains. La guerre recommence entre et Jean-sans-Terre. Philippe-Auguste Coalition de l'empereur du roi Othon, Jean et des princes des Pays-Bas contre la France. Double le attaque par Poitou et par la Flandre. Jean est dfait en Poitou. Bataille de Bovines Victoire de sur Othon. Rvolution Philippe en Angleterre. La grande charte. Les barons au trne Louis de France, anglais appellent fils de Philippe-Auguste. Chute et mort de Jean-sans-Terre. Le parti des Planlagents se relve. Henri fils de ill, est couronn. Jean-sans-Terre, Louis et vacue capitule l'Angleterre. Soulvement de Toulouse et de tout le Midi contre Simon de Momfort." Simon est tue. Dlivrance du Midi. Mort de Philippe-Auguste.

damnation

Carcassonne. Muret. Toulouse se Dsolation du Midi Con de Paris. panthiste Quatrime

1-2061223.
Le majest. ont signal iv. treizime Dans ses sicle le monde premiers s'est lev dans deux fondation une trs orageuse grands de l'empire t et sombre politique, pas, la vnements franais

FRANCE FODALE.

fXH sicle]

des provincesanglo-normandes etlaconquteplusdurable des ides et de la religion, par le roi de France. Dans la sphre des temptes la France mridioplus vastes encore prsagent nale qu'une conqute et qu'un changement de dynastie. Jamais les mes, non politique dans notre Midi, mais dans toute la catholicit, n'ont seulement de t en proie de pareils troubles depuis les luttes immenses rarianisme. entier d'ides La papaut, de la religion, sorties de tous les abmes l'glise., sont battus l'difice _le dogme chrtien, en brche par des tourbillons du pass et de l'avenir. Les ddes calamits bien autrement lamentables

d'Orient

des ges teints s'entrelieurtent avec les germes des sous des formes multiples d'clore temps futurs, qui s'efforcent et bizarres. La science, mal comprise encore, de l'antiquit grecdu gnie arabe, les traditions que, les tmraires conceptions altres qui ont du magisme failli perdre son origine, surgissent avec de nouvelles de l'vangile, audainterprtations ple-mle et avec des opinions qui cherchent, cieusement au progressives, tradition un asile dans la primitive chrtienne contre contraire, les nouveauts de Rome. dans des proporgrandissent un mouvement extraordinaire D'une part, les sectes htrodoxes tions formidables; de l'autre part, se dclare dans les coles. persan et des le christianisme vieilles hrsies mystiques

bris ranims

Le vigoureux essor de la premiie moiti du douzime sicle avait t bris par la condamnation d'Ablard. refoule de la sphre vivante de L'cole, violemment la thologie dans une strile dialectique, ou, pour mieux dire, de la sphre des choses dans celle des mots, avait abouti ' un scepticisme pyrrhonisme scepticisme purement logique bien entendu, et qui, se gardant de toucher la foi et aux murs, n'tait en ralit, que l'immolation de la raison et de la philosophie. Aussi, presque toute cette de docteurs, comme nous l'atteste un des plus distingnration la scolastique. gus d'entre eus1, avait-elle fini. par abandonner Les uns taient entrs dans les clotres, et s'taient jets dans les de Paris, une bras du mysticisme, qui avait alors, Saint-Victor i.
Jean de Salir-bury, %<. Metalogicus, 1. I, c. III.

qui allait du doute acadmique

jusqu'au

[XII sicle.]

MYSTIQUES

ET

SCEPTIQUES.

clatante
Les autres

cole qui doit compter


s'taient donns la

dans les fastes de l'esprit


physique et agrgs aux

humain
coles m-

<

dicales
de la

qui florissaient
science juive et

Salerne
arabe2;

et Montpellier
qui

sous l'influence
ne fut pas sans

transformation

fruits

pour le progrs des connaissances L'abdication de la scolastique n'est


pas tre seulement nos initiateurs. travaux sur les en mdecine Ils avaient philosophes que

humaines. pas
les

de longue
et trois principalement les

dure.
Juifs cents

Ce
doians, sur

n'est vent

Arabes depuis

fait,

d'immenses

grecs,

Aristote,
priode, Les Juifs

et la philosophie
au douzime de Marseille sicle, et

arabe
par de

avait
le

t porte
introduisent

son

plus haut
en

Cordouan

Averrhos. France,

Montpellier

sur ces entrefaites, du grec en arabe


1_ Les deux de Saint-Victor. hommes

la plupart des traits pripatticiens traduits ou en hbreu, et retraduits des langues smiles

plus minents de cette cole furent et Richard Hugues en eux toute la puissance de sentiment des plus illustres anciens et modernes, mystiques et toutes ces tmrits de la contemplation et de ne se l'extase, contentent qui pas d'enseigner a l'homme plonger dans les mystres de sa personne mais prtendent immortelle, lui faire franchir les conditions de sa vie actuelle et le lancer immdiatement dans la vie cleste. Ce n'est pas dire qu'il n'y ait tenir de leur protestation compte contre la raison pure, ils refusent laquelle mais qui veut trop, envahir. trop du chanoine' L'opinion de Saint-Victor est que jamais la raison (Hugues) ne fera sortir la vraie lumire des tnbres confuses de la nature. S'il va parler de Dien, il commence par fermer ses oreilles aux bruits du dehors, et, les yeux levs vers le ciel, il attend l'inspiration l'intellect que lui envoie du cur. Savoir, c'est croire, et croire, c'est aimer. Il aime, voil toute sa sagesse; l'amour est la chane divine la crature qui unit au Crateur; vivre et penser, agir et connaitre, ce ne sont l que des phnomnes divers d une action l'action d'aimer . (Haurau, unique, de la Philoophie scot. I, p. 323). lustiqne, L'intellect du cur c'est le mot de Pascal dj Le cur a ses raisons ne connat que la raison pas Quelle merveille, dit Richard de Saint-Victor, si notre me se trouble, si elle est blouie en prsence des mystres de Dieu, souille comme elle l'est par la poussire des penses terrestres! donc de cette poussire, Dgage-toi Vierge, fille de Sion! Dressons l'chelle suhlime de la contemplation, et, prenant notre des aigles, vol, comme chappons la terre dans les espaces pour planer des cieuxl De Trinitate, protogus; ibid., p. 325. Ces quelques donnent une ide du grand lignes de Richard. langage Richard est vritablement, au moyen le prototype ge, de tout le symbolisme et mystique de tout l'illummisme moderne. Il faut bien reconnatre que lui et son cole l'cole des ralistes trouvrent au bout de cette route mystiques, la ngation de la volont, de la libert, et par consquent de la personnalit laquelle humaine, ngation le ralisme aboutissait logique par un autre chemin. Les mystiques modernes n'ont sur cet cueil. pas tous chou 2. Jean de Salisbury avoue navement qu'une troisime dont catsorie il fit de l'cole partie, la cour, passa et se mit sous le des grands patronage pour des richesses acqurir . Il y gagna l'vch de Chartres. On trouve

FRAKCE

FODA.LE.

[XII' sicle]

lambeaux que nous possAu Heu des quelques tiques en latin. se d'Aristote voici que l'oeuvre gigantesque dions du Stagirite, devant lve de toute sa hauteur reconstruit pice pice et se de ce prodigieux gnie encytonn. La rvlation l'Occident entier de la connaissance qui a embrass le domaine clopdique, et des solutions des principes quasi et qui prsente humaine est d'un effet inou. C'est comme un appel qui pour toute chose, se pose devant nouvelle Cette autorit tous les esprits. rveille dans la dans la sphre des ides, comme, l'autorit de l'glise se pose en face du droit canon. sphre des lois, le droit civil rentrant par la Aristote et le Digeste, ce sont la Grce et Rome il mais Aristote a fait un long dtour brche dans la chrtient; et s'est install dans les chaires a conquis l'Orient avant l'Occident, du Kaire et de Cordoue, avant d'entrer de Baghdad, de Bokhara, pouvoir du gnie, dans celles de Paris; magnifique .glorieusement la ruine de la socit ou il s'est manifest, qui, tant de sicles aprs la fois deux ressuscite avec sa pense immortelle pour conqurir et servir de lien des races spares par civilisations ennemies, de murs, de langues et de croyances de telles oppositions de l'enseignement, et s'emparant Aristote relevant la scolastique de redoutable, pour beaucoup ce serait l, dj, un phnomne Aristote. Qu'est-ce si c'tait bien le vritable raisons, l'glise, interprt par les commentateurs s'agit d'Aristote donc, lorsqu'il de livres trangers arabes et juifs, et charg de la responsabilit Parmi ces livres parat avoir figur que l'on ajoute son uvre! de Jean Scott rignc1, Mrismou qui recomle Pri-physn Cela dit tout et dont on a oubli l'auteur. mence se rpandre arabes et juifs sur l'esprit qui rgne. Presque tous les glossateurs tous, Aristote en chef du no-platonisme presque transforment Ce qui se caalexandrins. Averrhos en tte, sont des panthistes de Guilmais obscures hasardeuses, chait sous les propositions ciel dcouvert. clate maintenant laume! de Champeaux, dans l'enceinte sont renfermes Ces innovations philosophiques des hrsies qui se des coles; la menace des sectes religieuses, et qui agissent sur les masses, en religions organises, constituent immdiate. est bien autrement i. T. notre t. II,f p. 470.

[XII-

sicle.]

TRADUCTIONS

D'ARISTOTE.

Le dbats, liques

mouvement dans ls

htrodoxe temps ces de

du

douzime entre y ont seizime vu

sicle les

a caus

de

vifs

modernes, derniers du

thologiens une autres dans

cathoreforme y ont ce chaos (Beaude Luther. furieux des hr-

et protestants mre

surtout les cts;

vanglique, signal religieux, sobre),

celle

sicle;

le manichisme comme se coudoyaient contemporain, l'hrsie, sectes l'a

on a raison reconnu leshritiers Pierre,

des deux

l'historien de Mans moine

du manichisme et les aeux

Un historien ennemi tiques des de

distingue principales

nettement aprs Pierre

de Vaux-Ccrnai, la sparation avoir expos

en deux

les croyances ajoute du nom II d'un

Albigeois encore Valdvs bien nous

ou manichens, d'autres (Vaud

de Vaux-Cernai appels vaudois,

y avait certain mais avec

hrtiques

moins

ou Yaldo) de Lyon ceux-ci mauvais car que les autres; de choses, erreur consistait des n'tait surtout qu'il de qui, sabots, et ne diffraient principalement sandales permis que portt l'vque, suivant taient et leur le le en premier des

taient ils

mauvais,

s'accordaient que sur en quelquatre des de

en beaucoup Leur en qu'ils ce qu'ils disaient et en

ques-unes. points aptres; jurer eux avoir de ou

portaient qu'il cela pourvu de la main sandales, que des

la

manire faon

aucune venu

de

tuer,

d'entre et sans le corps auteurs,

pouvait reu

au besoin, les ordres

sandales, consacrer quelques signe

Jsus-Christ. autre volontaire chose

Ces

n'taient vret

de la valu

pau-

qu'ils

s'imposaient, ou pauvres du prtre yeux; de rgle, individuelle commentait secte ardeur dans entre les

avaient ils niaient et Dieu;

le nom la nces-

iensabottes sit^ tien ils tait ne

( insabattati)

de Lyon le fidle

l'intervention prtre

tout

chret livres

leurs

femmes dans

mmes

prchaient, des par le

reconnaissaient que l'inspiration chacun

l'interprtation sanctionne et expliquait en langue C'est la

saints, tement que les

consen-

commun principaux avec qui se soit

les critures, vulgaire et proge

de la une

traduisaient extrme. le

propageaient testation

premire du moyen

leve

christianisme

1. Hritiers indirects, toutefois, comme l'a dmontr M. Schmidt dans sa savante Histoire des Cathares nu lbiijeois.yous les appelons manichens pour nous conformer l'usage, qui attribue ce nom a tous les mais le cathurisme dualistes; tait, proprement dire, une nouvelle secte dualiste, et'ses dogmes diffraient sur divers points, de ceux de Jlans.

6 contre

FRANCE

FEODALE.

[XIIe sicle.]

la sparation des fidles en deux classes, l'une faite pour et enseigner, l'autre pour obir et croire. L'idal des commander pauvres de Lyon est l'galit absolue, l'galit religieuse, politique et sociale, une communaut universelle, une socit sans prtres, sans nobles sur et sans la terre profonde riches. dogme raliser que fondamental est leur Saint-Esprit le Paraclet, annonc va par Jsus-Christ, les consquences de l'vangile. C'est ainsi sur le Saint-Esprit par les opprims, dvorantes, est traduite facilement La venue du

l'ide

d'blard

par les pauvres, par les simples, enclins opposer, aux individualits o toute individualit se perd. Les pauvres de Lyon, qui ont leur

des rvos d'unit

foyer dans ce berceau illustre du christianisme et l'exaltation gaulois, o l'exaltation religieuse de l'galit doivent toujours couver ensemble, ont des ramifications dans le midi, dans le nord, sur le Rhin, en Flandre, en partout, ils ne sont qu'une des formes de ce que nous Italie '.Nanmoins, nommerons la protestation du chrtienne, pour la distinguer cette invasion Les sectateurs du marmanichisme, trangre. d'humilit tyr Arnaldo de Brescia n'admettent pas les principes et de passivit absolue chez pas la proprit des pauvres les laques; de Lyon, et ne condamnent ils n'attaquent que les biens en parat s'tre tromp d'ailleurs du nom

d'glise. Pierre de Yaux-Gemai faisant driver le nom de vaudois

de Pierre, dit Valdo, fondateur des pauvres de Lyon. Le nom de vaudois [vauds ) -parat signifier les gens esvatix, des valles, et l'on ne peut gure douter qu'il n'y ait eu dans les hautes Alpes, sur les confins du Pimont des groupes de populations et du Dauphin, de qui conservaient, des traditions et des murs bien diffrentes de temps immmorial, celles

Ce qui est cerqui avaient prvalu dans l'glise romaine. tain, c'est que Valdo n'a prch Lyon que dans la dernire pdes hautes valles riode du douzime sicle, 3t que les habitants ds les premires annes de ce sicle, passaient alpestres, pour souills d'une hrsie invtre2. Nous
trs

avons,
nombreux

de la

mme
artisans

1. Les

hegghards

de Flandre

(begrhin,

prier),

parmides

des grandes villes industrielles, chez les tisserands surtout, se rapprochaient des pauvres de Lyon, avec moins de douceur et de rsignation toutefois.
2. Ce sont les termes de la Chronique de Sainl-Tron, crite de 1108 il 1136.

[XII"

sicle.]

PAUVRES

DE

LYON.

VAUDOIS.

crites non dans le des posies vaudoises, religieuses mais dans le dialecte des Alpes. On peut vrailyonnais, faire remonter semblablement les vaudois tout au moins Claude poque, dialecte de Turin cet voque ment protest contre sicle, avait si nergiquequi, au neuvime l'adoration des images et contre d'autres Les vaudois des Alpes, tout en prchant l'au-

romaines. pratiques mne et le mpris des richesses, ne prtendent pas, comme les absolue l'essai de cette communaut pauvres de Lyon, renouveler qu'ont siasme les premiers chrtiens dans l'enthoude la fraternit Ils n'annoncent vanglique. pas le renouvellement du monde par le Saint-Esprit. Ils ont des prtres qu'ils barbas rve un moment

(oncles), mais aussi rapprochs que possible des le clibat est plutt recommand fidles, et auxquels qu'impos. les mains les uns aux autres. Ils conserCes prtres s'imposent appellent vent la confession, mais comme conseil, non comme absolution main a. Ils enseignent le salut recommandant essentiellement libre arbitre. Leurs tendances acte d'humilit en vertu d'un et recherche pouvoir de surhu-

tout en gratuit par Jsus-Christ, le les uvres et eu reconnaissant La nouvelle loi, sont asctiques

la pniconseille disent-ils, garder virginit . Et ils prchent sont d'une extrme tence et le jene. Leurs monuments simplicit une thologie historique, point de mtaphysique, purement
la vallis" le pape Urbain II avait, dans une bulle, 1096, signal Gyronlana comme un foyer d'hrsie. le plus important 1. La Nobla Leyczon de leurs (la Noble Leon), qui nous reste ou en fait un nerlivres crits en vers plutt lignes peu prs rimes, religieux, En gique srieuse, Si el Lo tablean qui de ces absolutions avaient livras t non in aniculo moins vivement o encara sout d'autrui cent fait monts, sans vrai dnonces dui cent, repentir par Ablard. ni rparation

a cent

lo quitta prever S'il a cent livres Le prtre le tient il fait il sera lui

de l'autruy per cent du bien

o encara

Quand Et lui Mais Et celui Et

quitte pour donne plus, lui

etc. per menz, ou encore deux cents, sous ou encore moins. pour

entendre tromp le lui

qui Tous les papes qui furent tous les cardinaux et tous ceux-l ensemble n'ont

qu'il est en telle absolution; fait croire y pche

plus grand'fte, bien absous. mortellement. celui-ci, abbs,

Silvestre jusqu' depuis les vques et tous les tant seul de pouvoir, mortel. pch faire. des

Tous

Qu'ils puissent pardonner ce qu'autre Dieu seul pardonne, Lu Nobla Leyczon, ap. Raynouard,

un

ne peut Posies

Troubadours,

t. II,

p.

96,

97.

FRANCE

FEODALE.

[XII* sicle.]

beaucoup injures; jurer;

de morale, ne pas tuer; des

trs austre, trs fraternelle le pardon des ne har personne; une grande rpugnance touchantes contre les perscutions protestations en criture sainte ni selon la raison que les

religieuses. Il ne se trouve saints

aient perscut ni mis en prison personne . Ils se plaignent douloureusement encore que,, s'il se rencontre hommes des aptres, veulent montrer quelques qui, l'exemple la voie de Jsus-Christ, les faux chrtiens, et, entre tous, ceux tre pasteurs, et mettent mort les qui devraient perscutent bons et laissent en paix les faux et les trompeurs. S'il est quelque bon qui aime et craigne Jsus-Christ, ni jurer, ni mentir, ni adultrer, ni Qui ne veuille maudire, le bien d'autrui, ni 'se venger de ses ennemis, occire, ni prendre est ~c~udes (vaudois) et digne d'tre I)utii 4 On peut penser, sans tmrit, s'ils que les premiers chrtiens, avaient pu renaitre au douzime reconnu leurs sicle, n'auraient ptres des Alpes. C'est la transipareils que chez ces humbles qu'il au protestantisme; primitif mais, des rforms, ils en diffrent vaudois sont les devanciers et de douceur. fois grandement par leur esprit d'asctisme tion du christianisme Malheureusement et confondus leur modeste dans pour si les touteIls disent

les vaudois, ils sont comme envelopps la propagande retentissante des manichens

s'entrevoit peine derrire le glise vanglique temple des hommes qui croient deux dieux, l'un bon, l'autre l'un crateur des choses invisibles et incorruptibles, mauvais, l'autre crateur de la terre, des corps et de toutes les choses visibles d'hui . (Baronius, comprendre l'Occident disputer inutile, ecclesiast.) Nous avons peine aujourde qu'une telle religion ait pu entreprendre au christianisme. Il ne sera peut-tre pas Annal,

une pour qu'on ne se figure pas, dans le manichisme, et pour qu'on le voie sa place inexplicable, espce de monstre de la pense humaine, il ne sera pas inutile, dans l'volution
t. Bruis La Nobla sortit Leyczon, d'une des ap. valles Raynouard, Yaudoises; t. II, mais p. 94, il avait 95. uil Y. aussi les l'Isral des

Alpes, flist. des Validais du Pimont, etc., par Al. Huston, t. I et t. IV. Pierre de
simples croyances

des V*udoisIi des doctrines manichennes. Y. notre t. III, p. 455.

p)I'

sicle.]

VAUDOIS.

disons-nous,

par son Verbe toutes les forces bonnes et mauvaises, les Souras et les Asouras; un Dieu fatal et indiffrent; point de moralit dans le principe des choses. la Perse, Dieu cre le bien par son Verbe. Ahriman, celui qui dit Non, et dont on ne dit pas l'origine, suscite les forces mauvaises. Ce inonde terrestre n'est pas mauvais, mais il est le thtre l'homme dire n'est Pour du combat entre prend parti Non. Le mal a commenc le bien et le mal, librement. Ahriman, et finira. combat dans la fin, Il n'est pas ternel. lequel cessera de Il Suivant

quelques lignes des principales sur le mal. compares religions L'Inde brahmanique nous montre Dieu dployant

de rappeler

ici

en

les doctrines

ni Dieu ni de Dieu'.

Dieu a les juifs, pour les chrtiens, pour les musulmans, cr tous les tres libres, pouvant choisir le bien ou le mal. La chute rsulte du mauvais choix. Satan, qui remplace Ahriman, est une crature de Dieu tombe par sa faute, et qui pousse les autres le suivre dans la chute. Le mal a commenc, mais ne finira pas. Satan ne cessera pas de dire Non. Pour les chrtiens, le monde visible, Les gnostiques, mitif, transforment gions de l'Asie occidentale de la Grce; savoir la chair, sont vicis par la chute de l'homme. du christianisme qui ont failli s'emparer priet dnaturent la croyance de certaines reliet de certaines sectes philosophiques co-ternels des

choses, l'esprit seulement les forces pures et spirituelles, les ons; que la matire, le monde visible soit l'uvre d'un esprit, d'un on, dchu par sa de son oeuvre. faute, mais qui peut se relever en se dgageant Les mes sa chute et son chtiment doiqui partagent de se sparer de la matire. vent, comme lui, s'efforcer Elle est mauvaise par essence. Les manichens dnaturent le gnosticisme son tour et le combinent tradition avaient
t. Les

qu'il y a deux principes et la matire. Ils veulent que de Dieu manent

humaines

avec la tradition grco-asiatique primitivement


anciens pas Gaulois le mal.

en relevant la persane fausse et mutile, des deux principes. Les deux principes un sens tout cosmogonique et non moral.
sont d'accord au fond avec les Perses, quoiqu'ils ne

personnifient

10

FRANCE

FEODALE.

[XU sicle.]

voir le mal dans la tendance Chez Platon, il y a une certaine sont partis de cette tendance, mais en ne matire. Les gnostiques faisant plus de la matire qu'un infime produit d'un esprit dchu. la relvent au rang de principe, mais de principe Les manichens du mal Ahriman devient le dieu mauvais, le mal ternel, qui a Non! C'est lui qui est le Jhovah toujours dit, qui dira toujours crateur du monde visible, de tout ce qui change, des Hbreux; ternellement dieu des tnbres, oppos au dieu du ciel invisible crateur de tout ce qui est pur, de tout ce qui ne et de la lumire, a que Jsus-Christ change pas. Bien loin d'tre le Pre ternel instruit Jhovah les hommes est donc invoquer le Grand-Satan, du ciel avaient parla grande prire, mais Satan incr. t crs le Pater,

pour l'immutabilit. Chaque homme cleste, form d'une me et d'un corps spirituel tait associ un esprit, un ange, aussi revtu. et inaltrable, c'tait l le seul mariage du d'nn corps spirituel d'une forme, Les habitants ciel; car abstraites. riel, il n'y avait non point de sexe pour ces existences sur son monde tout mat-

Le dieu mauvais,

ses crade tnbres, que gouvernaient d'un ange de dans le ciel, sous l'apparence tures, s'introduisit sur la terre, qui est sduisit les hommes et les entrana lumire, il n'y en a pas d'autre. Leurs associs, les anges, les esprits l'enfer au ciel. Les mes humaines pas et restrent leurs corps clestes, et furent enfermes par leur nouperdirent et la veau matre dans des corps de terre sujets au changement mort. Tombes toutes la fois, elles commencrent parcourir saints, ne les suivirent dans d'existences, passant d'un corps humain mme parfois jusqu' prendre des corps de un autie, descendant a et d'oiseaux. C'est pour cela que le dieu mauvais quadrupdes invent les sexes et la gnration. Jhovah, ou Satan, fit gouverner ici-bas une srie ses esclaves les patriarches, puis par des dmons revtus de chair, L'anleur donna sa Loi par Mose, un de ces esprits malfaisants. cienne Loi est la loi d'un dieu jaloux et changeant, qui se venge, qui
1. Dans ce qui suit, Mnes avait plus ici. nous mis des manichens du moyen spcialement parlons fois platoniciennes et mitlmaquesqui des ides ta ge ou ne

de rgner sous lui des anges content

cathares. se retrouvent

[XIIe

sicle.]

MANICHENS

OU

CATHARES.

11

se repent, qui trompe et qui se trompe, tion de ses ennemis, ordonne l'homicide et tous l'uvre de la gnration, afin mauvais. L'Ancien Testament est donc Le dieu bon, cependant, n'ayant cr

qui prescrit l'exterminaaux prtres et aux juges, de faire durer le monde le testament les hommes de Satan1. le

bien, ne pouvait les laisser ternellement sous Il ne saurait y avoir de peines ternelles, et l'enfer terrestre n'est La double est une croyance qu'un purgatoire. prdestination toutes les cratures du dieu bon sont prdestines abominable; au salut. Ceux-l seulement qui sont issus du mal doivent rester dans le mal, c'est--dire Le dieu bon envoya mier les anges de Satan. donc au secours de ses cratures le preFils de Dieu

que pour le joug du mal.

des anges de lumire, Jsus-Christ, appel cause de sa prminence. Le Christ ne pouvait se revtir en ralit de la matire, Il ne prit chair qu'en apparence qui est maudite. dans le sein de l'ange Marie, descendu avec lui du ciel et revtu, comme lui, d'un corps fantastique. Il ne souffrit qu'en apparence sur le Calvaire. c'est Ce n'est en leur point par hommes

rappelant et en leur enseignant le moyen de retourner oublies, au ciel. Ce moyen est la sparation de l'me d'avec la matire. Point A' uvrede chair c'est prolonger la dure de l'empire de Satan, des mes s'incarner dans le sein des femmes. que de rappeler Point de nourriture cette nourriture animale, de corps provenant produits par la gnration, Point de proqui est chose impure. c'est s'attacher aux choses de la terre. Point de commuprit nications avec les mondains, si ce n'est pour les convertir. Point mme en cas de lgitime d'homicide, dfense on ne doit pas aux corps pour dtruire plus toucher Ne que pour engendrer. ne jamais jurer c'est supposer jamais mentir, que la parole simple ne lie pas. aux richesses, romaine, par la participation aux pomaux ambitions de ce monde, pes matrielles, par l'intervention dans le gouvernement de la terre, par les perscutions et les hoL'glise
1. les Au moins les les que livres historiques etc., mais invisible, et le livre les supposent de la Loi. crits Les dans cathares le monde admettent. invisible Psaumes, du monde

sa passion qu'il a sauv les leur nature et leur origine

Prophtes, et ne parlant

12

FRANCE

FODALE.

[XU* sicle.]

micdes qu'elle prescrit, a quitt Christ pour Satan. Il n'y a de salut que dans l'glise despurs, des parfaits. bien instruit et dciQuand le disciple, quand le croyant est d la mortification universelle de la chair, il reoit, par l'imposition des mains et la prire, le consoleraient., c'est--dire le baptme oppos au baptme par l'eau, que Jean-Baptiste, de Jhovah, a invent pour dcevoir les hommes 2. Le croyant , alors, est devenu parfait . L'esprit-saint, l'ange autrefois associ l'me dchue qui se rhabilite, descend la respirituel, un des dmons et, si elle ne retombe pas dans le pch, joindre, au ciel ds que la mort l'a dlivre. La grande diffrence les murs que prsentent avec celles des parfaits du catharisme que cette a fait croire certains il la reconduit des croyants 'fi des adversaires

glise tolre toute licence aux simples sans croyants, et leur promet le salut par les mrites des parfaits, imiter leurs uvres et la seule condition d'avoir leur foi 3. C'est La foi n'est rien, pour les cathares, si elle ne fait praet la responsabilit est toute personnelle, tiquer la vie parfaite, tel point que les prires pour les morts sont inutiles. L'intervendes aptres, n'a pourbut tion du parfait, successeur qued'appeler et de le faire descendre sur le croyant, afin qu'il del'esprit-saint vienne parfait son tour4. Ce qui est vrai, c'est que, tant que le croyant n'a pas reu le consolement, on lui tolre la vie ordinaire, la proprit, les emplois et les pompes de ce monde, le mariage, y renoncer8. La foule des croyants, ne pou mais en le prparant ne demande le aonvant se rsigner de si effrayantes austrits0, t. Cathares, KaOstf?, nom qui indique l'origine grecque de la secte. !!s s'appellent aussi bom hommes et boni chrtiens. auteur du 'plus spirituel des vaugiles, 2. Jean l'vangliste, au contraire, est
un ange descendu avec Jsus et Marie.

une erreur.

3. Petr. Vall. Cern. 4. Si le parfait ne l'tait que de nom, s'il tait retomb en tat de pch, l'espritsaint ne descendrait pas, et le consolement serait inefficace." > A dfaut de parfait,
une parfaite un pch peut administrer le comolcment, les hors faire peu devaient croyants du mariage, et qu'un grand de quarante jours, de diffrence, relchement trois

5. C qui est probable, faut-il ajouter, c'est que, l'auvre de chair tant leurs
yeux entre 6. par en toute dans le te pch Les circonstance, ou mariage

pouvait tre la consquence indirecte d'une doctrine d'asctisme outr.


durant jenent parfaits le reste de l'anne. semaine trois carmes plus jours

[XII-

sicle.

MANICHENS.

13

solement la sant, tre nent, carrire La laisser maux devrait d'autres console, parfaits, donner foi sous Le leurs plicit tumes parlant comme

qu'en

cas de pril la sont nouveau

de mort. vie

Si le malade Ceux

consol qui

revient sans reprenleur

il est engag ou qui un

parfaite. aprs terrestre

meurent

consols la mort, de

retombs corps

le consolement et recommencent

pnitence. logique de faim, toute glorifi d'une les vgtaux l'uvre chez telle doctrine tant, du les dieu aussi devrait bien tre que Le bien certains de se les anisuicide que cas. la vie mme par Le des se sa

conclusion mourir et que tre

matire, l, Il est, de

mauvais.

comme du ne moins, pas

druides, dans de

raisons. qui peut une craint cesser mort

autoris capable

tre

soutenir On peut

de prendre violente si l'on

aucun craint

aliment. de faiblir

et de renier

la main des

des cathares leurs

bourreaux est diacres de leurs trs

catholiques. simple Les voques opposent aux splendides tout sont cathares, la simcos-

culte acolytes

et tous vtements Tout

les parfaits noirs clat

et la tristesse des aux venant prlats sens, de

catholiques. toute forme,

extrieur, ainsi dire,

symbole proscrits

pour

la matire. prs cette ou de sa croyance, religieuses propagation. en bien, comprend un obstacle si fort qu'elle esprit, qui n'a et mal choque nous pas dans n'est notion dualisme le changeils

En examinant les habitudes nous l'ide l'me qu'une supposant est ment, spcieux; tonnerons du progrs

de plus philosophiques moins du et pour une grand

de notre Pour dans pas au

changement qui privation, ne

l'univers que le

humaine, ngation, un

progrs, le est

dveloppement est l'immuable,

mtaphysique, si le mal relles

si le bien deux du

et si ce sont venir

essences mme

galement donc,

et positives, principes.

ne peuvent Cette

auteur; prend

il y a deux les

explication

superficielle

facilement

foules2.

1. Chaque vquea a deux vicaires, le ftU majeur et le fils mineur: le premier lui .uccdea sa mort. Les diacres viennent ensuite. Faute de diacre, les anciens administrent la communaut. Nous avons dit, d'aprs des documents du douzime sicle, les maniehcensavaient un pape. Nous n'avions pas suffisamment tudi le livre de que M. Schmidt, qui nous semble avoir dmontr que ces prienduspapes n'taient que des chques influems, qui occupaient les siges des glises les plus anciennes de la secte. 2. Elle a pris plus d'une fois de grands esprits. Il s'en trouve des traces jusque chez Rousseau.

FRANCE

FODALE.

[XII'

sicle.]

L'absence erreurs leur zoroastrien c'est--dire

de progrs est la principale et des inconsquences des manichens. C'est et rendre des frouers, vivent dans cleste, incomprhensible ces types ternels l'admirable

de la notion

cause des l ce qui symbole

fait altrer

ainsi son modle

le ciel, qui habitent la pense de Dieu, chaque me ayant son type individuel, dont elle doit tendre

se rapprocher Le vrai sens du symbole toujours davantage est perdu dans les esprits saints des cathares. La mme cause fait mconnatre aux cathares la grandeur de la notion de Jchovah (Je Suis celui. qui Suis), qu'ils ne savent pas du langage humain et des passions humaines dgager que lui juive. prte la barbarie L'ide mme d'une srie d'preuves dans le monde infrieur, jusqu' ce qu'on ait mrit de monter au ciel, tant lie, chez les une doctrine non de progrs, mais uniquement de cathares, de rhabilitation, retour, de l'antiquit druidique De grandes erreurs chens du moyen ge et non procde d'Origne et de Platon, ou persane 2. de l'esprit sont rachetes chez les mani-

de cur. Antipar une grande douceur chrtiens Il est par le dogme, ils sont chrtiens par le sentiment. trs importante faire; c'est que les sectes ici une observation de ce temps, manichens comme vaudois on pauvres principales en principe l'emploi de Lyon, sont opposes de la violence en matire de religion elles se sont prserves de ce qu'on peut la sanguinaire hrsie nommer de la ithacienne, que l'aptre de Tours, a en vain fltrie son origine, et Ce sont elles qui, au point qui, depuis, a dnatur le christianisme. de vue chrtien comme au point de vue humain, sont orthodoxes Gaule, saint Martin

cet gard contre Ro'me. Les protestants du seizime sicle, peraussi bien que Rome elle-mme, seront l dessus fort scuteurs 1. C'est le plus sublime symbole d'individualit qu'ait conu le monde primitif. Le druidisme a d le cjnnaitre; car nous le retrouvons l'tat de lgende populaire 2. chez Ils les ont peuples raison celtiques. toutefois, Les contre cossais font apparatre, disent dans certains s'il cas a pas

extraordinaires, l'esprit d'un homme vivant, qui est ainsi double.


Zoroastre, lorsqu'ils que, n'y

de peines ternelles pour les mes humaines, il y aura toujours nanmoins du mal. Il y aura toujonrs, en effet, de nouveaux tres s'agitant dans les preuves, sur les degrs infrieurs de la vie. L'errour des manichens est de faire de ce mal une personnification, un absolu*

[XII

sicle.]

HRSIES

DIVERSES.

15

en arrire

des

sectes

juger sainement raconter1. L'exposition donne qu'un mencement leur course effervescences

du moyen ge. Ceci est trs essentiel pour les funestes vnements que nous allons avoir

hostiles l'glise des principales doctrines ne de l'tat des esprits au comaperu bien incomplet du treizime sicle il faudrait pouvoir suivre dans errante tous les enthousiastes par des rveries passagres les sectaires des qui produisaient nouvelles ou renou-

tous le fond veles, indpendants, qui modifiaient des diverses croyances anti-romaines aussi illipar des variantes mites que leur imagination; il y avait des dualistes mitigs, qui admettaient un seul Dieu crateur du Christ et de Satan; des judasants, qui taient comme l'antithse des manichens; des Dieu un corps matriel, et dimatrialistes, qui attribuaient saient que la fornication simple n'est pas un pch; formidable de tous les lments contraires! C'tait le chaos qui marmlange chait Les diverses sectes ne s'accatholique! cordaient les perscuteurs, et Rome, la caque pour maudire verne des larrons, la prostitue de l'Apocalypse 2 . en progrs Les hrsies avaient t constamment depuis l'avnement les rigueurs de ce prince et du comte au nord de la Loire, point arrt, l'essor des doctrines en 1198, le doyen de la cathdrale proscrites; de Nevers et l'abb de Saint-Martin de la mme ville furent traduits pour hrsie devant un concile provincial assembl Sens; trois de Philippe-Auguste; de Flandre n'avaient l'assaut du monde

1. tion

M. Michelet sur les des tout

documents

pour M. Schmidt lences des

premiers ce qui que

de France, t. II, s'est sur ce point. Les (Ili.u. p. 470) tromp ont t fort lucids hrsies du moyen la ge depuis publicaLe savant volumes de M. Michelet. de dcisif ouvrage Schmidt, les Cathares ou Albigeois, n'avait regarde point paru. C'est avons les lments de notre Les vioemprunt analyse. et des protestants taient leurs consquentes principes; les douzime et treizime sicles taient des par hrtiques

nous

des catholiques les violences commises

11 n'y a pas de doctrine au monde dcider une inconsquence. qui puisse se laisser comme un et ne se dfendre ou race vaillante gorger troupeau, pas aient pris part Mais nous ne voyons se venger. pas citer d'exemple que les parfaits ni mme aux rsistances armes les plus lgitimes. Ils donnaient aux vengeances le consntement Les voil tout. blesss, croyants k leur dbut, de n'avaient t si hostiles ils 2. pauvres Lyon pas toujours avaient eu la simplicit de prier le pape de les autoriser a prcher. v. Gieseler, t. II, p. 2 0, p. 510, 511. aux

16

FRANCE

FODALE.

11198-1201]

ans aprs, le sire Evraud, bailli du comte de Nevers, fut brl vif sur la place publique de la cit qu'il avait longtemps gouverne comme houlgre, (1201). Un concile runi Paris l'avait condamn la chronique de Robert d'Auxerre. C'est la premire fois cette qualification aux manichens; on qu'on rencontre applique les nommait Boulgres ou Bulgares, parce que la Bulgarie passait de leur secte. Les vaudois, ce temps, pour le berceau pendant affluaient Metz et en Lorraine; les hrtiques se propageaient largement en Italie, jusque dans Rome, jusqu'au pied du Vatican. En 1 199, les manichens d'Orvito, pousss bout par une perscution sanglante, se rvoltrent et massacrrent le gouverneur de la ville pontificale. La Haute-Italie de formait, avec nos provinces la langue d'oc, les deux grands foyers dont les tincelles s'chanles Alpes. Nous rpterons de la Provence, geaient par-dessus l'htrodoxie, ce que nous en avons dit relativement la en comprenant sous ce nom de Provence chevalerie, les rgions situes entre la Haute-Garonne, les Cvennes, l'Isre, les Alpes et la mer. La Provence, ainsi que l'Aquitaine, tait merveilleusement sa civilisation prpare pour porter les fruits de l'hrsie; supquant son extrme lectuelle, si brillante rieure, despotisme d'imposer Provence elle les libert d'esprit et si originale, le insupportable du pape, et, en gnral, toute prtention religieux des croyances par la force. Les relations intimes de la et les juifs avaient fait tomber chez et de murs, lui rendaient sa culture intelsuivant

avec les musulmans

prjugs occidentaux, mais, malheureusement, pour la livrer sans dfense et sans critrium l'invasion dsordonne de toutes les ides trangres; au lieu de s'attacher aux lments au lieu de travailler relier le principe religaulois et franais, les hommes de gieux avec ce noble idal qu'offrait la chevalerie, mditation et de pit, pour la plupart, ou s'enfermaient dans la croyance pure, mais troite des vaudois, ou, surtout, se jetaient, du Midi, dans l'glise manichenne. avec l'imptuosit La foule soit haine contre le clerg; suivait, soit amour des nouveauts, l'hostilit contre les clercs avait prcd et facilit les succs de
l'hrsie.

Ds le onzime bulles des papes,

dfiaient les sicle, les sirventes des troubadours et les attaquaient de puissance puissance, pei-

[1198-1203]

TAT

MORAL

DU

MIDI. 1.

17

gnant lgats,

larges et

traits

les vices de les pieds

de la cour railleries qui de

de Rome, les portaient Rome. Le

les exactions Romieux, oraisons provenal influence

des les et

poursuivant c'est--dir aux

leurs plerins du

dvots leurs clerg

Romiptes, leurs avait Amorale liers entires, diacres nais, abbs les que clerg enfants grossiers ment ou Les telle clercs qu'il

offrandes perdu

pape

et mrite les prlats

de perdre toute considration, taient plus dbords que les de Narbonne courait avec une les champs ses chanoines bande les de

toute seigneurs des

scusemaines

l'archevque chassant il entretenait employait

ou

faisant sa

pire, solde

et ses archiroutiers aragovques le vin rouge, tandis Quant plus les au leurs plus et

ranonner

le pays;

autres

aimaient habits

grandement et les vivre les les nobles il beaux

les femmes chevaux, , dit un

blanches, vivant

beaux Dieu

richement,

a voulu

pauvre

troubadour. ne mettant que qu'on parmi disait que qu'tre sans ou

infrieur, dans

et les bourgeois ne si se recrutait

ordres,

paysans, J'aimerois chose

et il tait mieux tre

mpris, capelan t

communfaire telle

(chapelain) dshonneur en public Guilhem

, comme plus du

si c'et se montrer chroniqueur

prtre. leurs de

n'osaient au rapport

cacher Guillaume

tonsures, Puy-Laurens. Les ses traste sion, leur

murs celles

svres des clercs

des

parfaits

manichens on les

taient admirait appel leur

tout pour

oppoce con-

catholiques; parce qu'ils

on les aimait qu' la charit. Elle

ne faisaient provenale

qu'

la persuasans chevaleSon aspect surface, que dans que ce ftes, les nous plages

La socit flottait

applaudissait l'idal

appartenir.

de l'extrme asctisme comme et libert des un

licence

resque, tait n'tait que

et, de l, l'extrme trange que et indfinissable industrie galanteries, potique

manichens. rve. les A la cits;

richesse, que une

dans

chansons, Toute esquisse

qu'lgantes et originale

volupts civilisation, au soleil sur

chteaux. avons

nagure, mais qui intrieurs,

s'panouissait cette efflorescencc les volcans faisaient

les

de la Mditerrane; tation tion exubrante des feux

ressemblait elle parfois accusait de

la vgl'excita-

recouvre qui

menaantes

t.

V.

t.

III,

p.

372

et

suivantes.

iv.

18
explosions; une lugubre les cris

FRANCE
des victimes parmi sous

FODALE.
des les les routiers chants murs de par y la avait fameuse des le la des clataient, troubadours;

[U9S-1U3]
comme des et lgres on de Beziers et de a vu

dissonance, effrnes couvaient sous les exerce sa le une d'Aragon

passions de la

gracieuses chevalerie

noblesse, vengeance de dans

dlicatesses jadis Il Dans de

l'affreuse les un o bourgeois vertige

vicomte de l'ivresse fte pays

capitale. plaisir. multitude et de faste

subcomme

Beaucaire, provenaux, semblrent asiatiques; le seiles fit cheva-

se runirent

chevaliers les avec cent

d'Aquitaine, vouloir le comte rivaliser de Raimond prsents. les en de

Catalogne,

Provenaux les despotes sous entre d'Orange, jusqu' par

de Toulouse

extravagant gratifia qui de les

mille

d'argent tous

gneur liers tous sous trente dlirait De contrastes gure

d'Agoult, Bertrand du

distribua comte

Raimbaud, chteau, de

labourer mille

environs deniers, ses la plus veille

et y fit Venous

semer fit

trente

Raimond beaux de enivres aux

brler,

ostentation, Le Midi

chevaux

devant

l'assemble.

sa ruine' d'orgueil prches mais de

ces

ftes poussait

et des

de

sensualit, On ne

la

soif pratiquait

des

hrtiques; leurs en

leurs

maximes, et Pierre

on

tenait

personnes, si grande

disent rvrence,

Puy-Laurens

Vaux-Cernai,

Hist. du Languedoc, t. III, p. 37. t. l, p. 374. 1. Michelet, H&tt. de France, les murs des grands chefs gaulois de la dernire C'taient priode avant la condans notre t. l, p. 92; de Luern, d'Ariamne, F. les anecdotes etc.; qute romaine. de la libralit Ces folies sont la dgnration chevaleresque, qu'une anecdote sicle montre dans son vrai caractre. Le vicomte du douzime du commencement table le duc d'Aquitaine Guilhem IX. Ebles de Ventadour va un jour surprendre son bote. Le repas se son diner et en commande un Le duc suspend splendide pour a Un comte comme vous (comte de dit faisant attendre Ebles, ne devrait un petit vicomte comme moi. Gnilhem ne sa cuisine pour recevoir pas renvoyer Ventadour avec cent chevarien; mais, peu de jours aprs, il arrive rpondit du diner. Ebles se lve, et, bientt aprs, ses gens couvrent la table liers .l'heur d'un tel nombre de plats, qu'on et dit les noces d'un prince . C'tait jour de s'taient tout ce foire a Ventadour, et les sujets du vicomte empresss d'apporter Le soir, un paysan, l'insu du vicomte, entre dans la qu'il y avait sur le march. boeufs, en criant cour avec une charrette Que les gens du comte de Poitiers comment on donne la cire chez le vicomte de Ventadour! viennent apprendre et en laisse rouler une Il coupe les cercles d'un tonneau qui tait dans sa voilure, de pains de cire, denre alors d'un grand prix. Ebles fut si quantit prodigieuse la terre qu'il habitait, et lui fit en toute proprit, charm qu'il donna au paysan, Hist. tiu: de la France, t. XIII, p. 120, d'aprs faire souche de chevaliers, entre le seigneur et ses sujets Geoffroi, prieur du Vigeois, La nature des rapports n'est pas ici ce qu'il y a de moins remarquable.

Cl 198-1203]

TAT

MORAL

DU

MIDI.

19

qu'ils qu'ils

avoient avoient d'glise

des cimetires pervertis et n'toient qu'on ils

ils enterroicnt legs

publiquement plus abondants ni gardes, Toute Beziers,

ceux que ni

recevoient astreints

les gens taille. (toute

ni guet, nommer

Toulouse, frauduleuse),

devroit

plutt

Dolouse Albi, Foix,

ajoutentces territoires,

chroniqueurs, foisonnaient la Catalogne reut prsence foule de

Carcassonne, contagion monde, tion cet des

et leurs

d'hrtiques, et l'Aragon.

et la Esclarl'imposi-

la Gascogne, gagnait sur du comte de Foix, mains fut du tait des la dme; n'avaient leur V, qui argent invitait d'un suivi comte la parfait, par une en

solennellement du nobles comte et de son

frre,

et

exemple sur

bourgeois.

-L'autre

et sa femme capitale du taient n'y au faisait

taient manichisme ses plus

vaudoises. la Septimanie On n'y payait glises. et

Toulouse les plus Bien. plus seigneuries gure

Pyrnes on

provinces. d'offrandes hrsie Au que comte de du se France

aux de de

des gens donner

fond aux nagure

d'autre clercs. les

ne vouloir Toulouse et d'Angle-

Raimond terre en pour

rois

venir 1194, les son

exterminer fils Raimond au imputait

les hrtiques VI, point toute de qui

Midi, montrait pour propos et c'est

avait

succd,

bienveillant partager leurs

manichens, On qu'il lui

passer de

croyances. Un jour

sorte

htrodoxes. qu'elles le diable II dit hrtique tranait une ne qui une de vie aux en qui vea

attendait il s'cria puisque

quelques On rien ne voit nous

personnes, bien que

naient fait fois

point,

ce monde, qu'il

arrive un

souhait! certain et qui

aimerait qui que l'on

mieux avait roi

ressembler coup ou

Castres, misrable, checs vous

les membres empereur.

d'tre

Un autre Le Dieu

jour,

jouant

avec croyez,

un ne

chapelain, vous soit tomb aiderait jamais

il lui gure en aide!

dit

de Mose,

ce Dieu Aragon, litire sait

ne me tant Toulouse

et il ajouta ce jeu :^ Que Dans un voyage en qu'iftt malade, il se fit reconduire en

gravement et, comme on hte,

lui

demandait malgr hommes Je sais,

pourquoi

il se faide son terre, une mal, entre autre

transporter qu'il desquels je sais la perte

en n'y

si grande avait il pt pas

la gravit en dit-il ces de cette dans

il rpondit les mains occasion, eh bien!

de bons

mourir. ma

que de

je perdrai ma terre,

terre

pour celle

bons ma

hommes je suis

et encore

tte,

20
prta tout n'aspirait endurer!

FRANCE FODALE.
Si Raimond

[IMS-1203]

point imiter abandonne prtend-on, et eut la fois jusqu' trois femmes viremariait sa fantaisie, la sur du vicomte de Beziers, la fille-clu roi de Chypre et vantes il celle-ci tant morte, la sur du roi Richard d'Angleterre; taient ses ces deux dernires pousa la sur du roi d'Aragon en outre d'inceste On l'accusait cousines des degrs prohibs. de prfrence avec sa sur, et d'avoir ds son enfance, recherch de son pre . Nous n'avons toutefois, sur ce point, les concubines fort suspect, de ses ennemis. il faut le dire, que le tmoignage, le si bien traits dans le Toulousain, l'Albigeois, Les hrtiques, de Provence, dole marquisat FAgenais, Ouerci, le Rouergue, maines de Raimond VI n'avaient pas moins de libert dans les ou sur les terres du jeune vicomte de des Pyrnes, seigneuries successeur du farouche Rober Trencavel Beziers, Raimond-Roger, et dans le Rasez (pays de Limoux). Il n'y Beziers, Carcassonne avait plus, dans les pays de la langue d'oc, que les princes de la du zle catholique; les tats maison de Barcelonne qui affectassent du grand Alphonse II avaient t diviss entre ses deux fils l'an, la Catalogne, le Pierre II (Pdre ou Peyre), rgnait surl'Aragon, la seiet runit un peu plus tard ce riche hritage Roussilon, en pousant la fille du dernier seigneur de gneurie de Montpellier, Pierre II, cette ville son frre Alphonse tait comte de Provence. au trne, en 1197, avait ordonn tous peu aprs son avnement de vider ses tats sous bref dlai, vaudois ou autres hrtiques il donnait de grands tmoignages peine de mort et de confiscation au pape, et alla, en 1204, se faire coude respect et de dvouement III; il et armer chevalier Rome, de la main d'Innocent ronner soudlt mme son royaume un tribut annuel au profit du sainten Aragon et en Cataune vive irritation sige, ce qui occasionna ;>ux protesfaiblement rpondaient logue. Les effets, cependant, Pierre II s'occupait tations beaucoup plus de tensons, de sirvendes hrtiques; et tes et de hclles dames, que de la poursuite et en tait quitte pour prendre l'hrsie quelques prcautions s'envelopper
1, Sur

avait la foi des s croyants, il sa vie tait, les uvres des parfaits; il divorait et se une licence effrne

d'un

peu de mystre
gnrale du Midi, r.

sur les terres


Fleuri, t. XVI,

d'Aragon

.
Hayuouard,

la situation

1. Ta, 70.

Cl 198-1203]

TAT

MORAL

DU

MIDI.

21

La l'autre,

crise

s'aggravait que

donc l'on

journellement, dut apprendre

et, l'expulsion publique mais qui

d'un

moment des des voques parfaits aussi catholidans

il semblait

de la province sur les siges

narbonnaise toulousains des

et l'installation et septimaniens; forces pas eu immenses besoin

la raction au

s'apprtait cisme l'intrieur s'branlait chaque comme foyer et

user qu'il

restaient

n'avait

jusqu'alors norme

d'employer de l'glise qui dans

de la chrtient sourdement instant des les doctrines

la masse la France

orthodoxe voyaient leur sein du

et l'Allemagne, clater tincelles s'agitaient de la les Jourdain encore, hrtiques, de victoire coordonner Pierre d'un tait pires

manichennes par les

incendies la France de loin cette

alluiris

jaillissant en courroux, d'oc de la mme, par l'tranger

provenal,

et menaaient circulait n'taient le parti partout plus

et l'Allemagne impie la terre pense, que

langue ennemis dans et

dj toi

aux rives trs

du Nil et du nombreux des

le Midi

catholique, et les

exaspr

les

progrs avec ne tre une manqua en

provocations furie. le gnie sur l'il la A ces capable chaire

appelait

aveugle pas

lments de les de saint

et de vengeance et de les assis tous les un metde ces

uvre dont les

hommes et toutes aucune prpara enfin Au s'arrte, s'engager incapable rsister tout sur

d'aigle

embrasse et dont l'me III,

regard

dangers devant

ressources,

inflexible l'ange orage

ne recule

ncessit; durant les pays dix

Innocent annes

pareil

exterminateur, qu'il prcipita

l'pouvantable

provenaux. ce profonde tre rcit de sang et de de trop seul ruines, la lutte l'esprit qui va

moment saisi ne

d'entamer d'une saurait

tristesse. Le

L'issue Midi est en un unit qui

douteuse.

videmment corps pour Parl'ordre de natiodes leur deux vieille

de se concentrer, victorieusement

de s'organiser la terrible

le menace. dans centre

rgne

l'esprit la langue

de sparation d'oc n'a pu sont et

et d'antagonisme; se constituer tombs sous un

politique, nalit rois du

Poitiers Nord dans

et Bordeaux Toulouse l'ordre

le joug

Barcelonne on a

poursuivent vu quel chaos

querelle;

religieux,

succde

Posies des Troubadours. D. Vaissette, llisl. de Lanyuedoc, t. III. Pierre de Vaux-Cernai et Guil. de Puy-I.aurcns, dans le t. XIX de la collection des ll.uor. des Gaules et de la France; Schmidt, Ilist. des Cathares, t. I, p. 66; 188.

22

FRANCE

FODALE.

[H9R]

l'ordre

celle des sectes htrodoxes qui a la prponcatholique le dbrouiller. Ceux drance au milieu de ce chaos est impropre ne sauraient le monde dans son principe gouqui maudissent de Rome et de la France sur le La victoire verner le monde. manichisme grand Dieu les calamits et la Provence Rome et la France est invitable; doivent-elles quel prix, et combien vaincre de l'hrsie ne dpasmais

que va enfanter la destruction du seront-elles pas les prils dont le succs partiel et phmre Ces belles provinces la chrtient! manichisme pouvait menacer de la civilisation occidentale, qui ont tant fait pour la renaissance et fires cits o la libert a pris un si noble essor, ces intelligentes cette littrature l'immortel idal, cette socit sans prjugs traite sur le pied de l'galit avec la noblesse, o la bourgeoisie et dans les lices de et rivalise avec elle dans les cours d'amour dans des flots de sang les tout va s'crouler la chevalerie, hommes du nord vont encore une fois dborder sur la Gaule de guerre, Innocent III mridionale, arts, industrie, La tempte essaya d'abord cisme provenal. denses), furent choix mme crasant, posie s'amassa d'touffer sous les pieds de leurs et libert! lentement l'hrsie sur chevaux

l'horizon

par les seules forces du catholiLes moines blancs, les moines de Citeaux (Cisterdont il se servit; ce instruments les premiers une

les cisterciens taient les prdimenace; Innocent de la croisade. cateurs ordinaires III, ds l'anne de dans la plupart des diocses du son avnement (1198), dlgua les frres Gui et deux moines de Citeaux, midi de la France tait et d'extirper l'hrsie il de poursuivre avec mission Regnier, de tout leur pouvoir; sa cirmanda aux prlats de les seconder de Lyon1 de 'Vienne, d'Emadresse aux archevques culaire, d'Auch et de Tarragonne, et de Narbonne, brun, d'Aix, d'Arles, ainsi Nous enjoignons se terminait tous leurs suffragants, tous de vos provinces, d'assister nos princes, comtes et seigneurs de bannir ceux que le frre Rgnier envoys contre les hrtiques, de confisquer leurs biens, et d'user envers aura excommunis, demeurer dans s'ils persistent eux d'une plus grande rigueur, Nous avons donn plein le pays aprs leur excommunication. les seigneurs, soit en de contraindre pouvoir au frre Regnier

[1198-1200]

INNOCENT

III

ET

SES

LGATS.

23

les excommuniant terres; vinces nous de

eux-mmes, enjoignons contre les en aussi les

soit

en tous

lanant les

l'interdit peuples de le frre

sur vos

leurs pro-

s'armer Gui part

hrtiques, et nous

lorsque le maintien visitent

Regnier qui foi, la de

et le frre prendront mme Rome

requerront, expdition plerins

accordons

ceux de la

cette

pour qui

indulgence ou Saint-Jacques de du Gui

qu'aux

Saint-Pierre

de Compostelle et de Regnier d'Aragon; et les de 1203, n'eut les peuples nomma autres

La mission sur virent Le les terres pas pape, ou

aucun

rsultat, ne pas nouveaux de Cteaux plus pouvoirs au

except proscri-

roi

princes

les hrtiques, vers Peyre la fin

ne prirent deux moines d'agiravec donn des

les armes. lgats, comme

Pierre

de Castelnau ceux-ci

et Raoul,

les prcdents sinon dinaires, vqucs progrs blrent louse, d'efficacit; qui dont

commencrent leur avait suspendre

de vigueur, extraorbesoin aidait les les

le pape allaient la

jusqu'

et dposer ou 1203, l'insouciance Pierre du et,

conduite

scandaleuse

de l'hrsie. les bayles les consuls

Le 13 dcemhre (baillis) et des et viguiers de et cette

et Raoul comte

assemde Tou-

(vicaires) ville, perte le

notables princes de toute

en les menaant biens, garder obtinla foi

de l'indignation rent d'eux, au

de la la cit,

de leurs de

nom

serment

catholique lousains les parfaits fesser frappaient possder tuer des des leur ne

et de chasser tinrent se mirent doctrine sans tous pas

les bons-hommes la promesse

et albigeois. Mais les Tou leurs magistrats extorque de nuit ce au lieu les de prolgats dsubsti-

seulement en plein

prcher jour. le haut Pendant clerg,

temps,

mnagements les prlats anims contre tides d'un

et travaillaient pour Ils leur

ou zle

corrompus, impitoyable. de l'vque de sa ville

hommes

entamrent dposrent qui avait

informations de Viviers,

l'archevque

Narbonne, de Beziers,

l'vque refus d'hrsie l'abb et Raoul

suspendirent les consuls Amauri, , un fut de de bientt ces colre;

d'excommunier . des Arnaud abbs c'tait dans

piscopale, qu'on

infects appelait Pierre

abb envoy flaux

de

Citeaux, l'aide Dieu que

de ses fils la

de

Providence yeux sa

envoie

les jours

il justifiait

ses

propres

1. Innocent.

III,

1. I, episl. 94.

24

FRANCE

FODALE.

[1204-126]

froce

de son fanatisme par la sincrit avait, sous sa robe de moine, le gnie destructeur et des Attila. Arnaud Amauri n'eut

ambition

cet homme des Genserik

pas tout de suite en main le glaive exterminateur de saisir. Le pape avait inutilement qu'il tait impatient press le roi de France et son fils Louis de forcer les barons de la langue homme guerroyer d'oc proscrire les hrtiques; lcher la Normandie, alors le roi Philippe demi conquise, n'tait pour pas aller

au compte de Rome. Les trois dlgus du pape s'adavec Arnaud Amauri joignirent un auxiliaire digne de s'entendre ils dposrent Tvque de Toulouse pour fait de simonie, et firent lire sa place Foulques ou Folquet, Gnois d'origine, Marseillais de naissance, troubadour converti, qui, aprs avoir assig de ses cancons amoureuses la vicomtesse de Marseille, ses deux et la dame de Montpellier, aux belles-surs, aprs avoir brill cours de Poitiers et de Toulouse, s'potiques et chevaleresques tait enfin jet dans un couvent de l'ordre de Cteaux, qu'il difiait par son ardeur fanatique (fvrier 1206). Folquel ne rencontra chez ses nouvelles la plus violente animad version. Huit annes s'taient coules depuis l'envoi des premiers commissaires d'Innocent III, et l'uvre n'avanait pas. Les pouvoirs laques ne rsistaient Raimond de Toulouse et les autres pas ouvertement seigneurs quand ils taient trop vivement presss par les lgats, que faisaient des protestations d'orthodoxie, juraient mme d'expulser les hrtiques et neprtaienf mais ils ne tenaient point parole, nullement main-forte aux envoys de Rome. Les missionnaires, ne tchaient de persuader etdo convertir, proscrire, mais, les fois qu'ils arraisonnaient les hrtiques, ceux-ci leur la mauvaise conduite des clercs, en disant que, si les objectoient clercs ne vouloient les lgats dvoient s'abstenir de s'amender, pouvant toutes leurs prdications . Sur ces entrefaites, deux clercs poursuivre castillans, Digo d'Azebez, vque d'Osma, et Domingo ou Domide l'glise d'Osma, nique, chanoine passrent par le pays, s'en revenant de Rome ils rencontrrent, aux environs de Montpellier, Arnaud leur mission nimrent et Raoul, si dgots Les deux Espagnols y renoncer. qu'ils voulaient la ferveur des lgats dcourags. N'pargnez Amauri, Pierre de Castelnau de rani ouailles

[1206] sueurs la bonne ni peines, seriience caparaonns, en nus leur

SAINT-DOMINIQUE

25

dirent-ils, renoncez ces

pour ces riches

rpandre somptueux vtements; comme or ni

avec

plus

d'ardeur ces

appareils, fermez le divin imitez

chevaux aux en nire

la bouche matre, la ma-

mchants allant des Oh pieds aptres! ce

faisant

et enseignant sans

et dchaux,

argent;

seroit ne

une

grande prendre

nouveaut, sur nous nous cur ces

rpliqurent choses; mais,

les si en

lgats, quelque cette Don

et nous personne faon, Digo nous

pouvons

de suffisante l'imiterions

autorit de grand

vouloit .

prcder

rpondit

en renvoyant

au del

des monts

ses chevaux, sa pieuse camles avec et par reus

ses bagages pagne lgats pieds

et ses domestiques, nus et sans autre Diego la direction et disputer sans endroits, de temps Tout le dans jours fut aux souci contre du

et en commenant compagnon que

confirent

de la mission, les parfaits, ni de dans par

Dominique et se mirent les villes bien

lui prcher les campagnes, dans amena, de eut dura Pamiers, peuple au de bout la quelques peu

gte

la subsistance, d'autres. de douze par Arnaud abbs

conspus aprs, Midi un tait

Amauri de la rgle il y qui Un

renfort remu de

Cteaux. Montral, quinze ce

ces controverses une les dispute

le diocse entre vaudois eut Gui, les

Carcassonne, et prlats

parfaits que les dbats.

missionnaires; eurent affaire.

immense de peu mission de le

assistait mois, Franais saint

ces

pour abb

mort L'vque d'Osma, successeur dans la conduite de Yaux-Cernai, Ce nom trop des sur incarn. images la tte de de puis fameux sang et son n'de

ancien voque tortures qui tant passe tait

compagnon, dans un la mmoire immense

Dominique. populaire que pse

anathme de l'Inquisition me tendre,

ce moine, pouret des

le gnie pour n avec une il s'imagina les suppts

Dominique de en tant Dieu

avec

l'amour humain perdaient

hommes* sans piti

servir de l'enfer

le genre qui

poursuivant de milliers

1. Tandis qu'il faisait ses tudes Paieneia, une grande famine tant survenue, il vendit ses livres pour en donner aux l'argent pauvres. Il voulut un jour se vendre lui-mme pour racheter' un captif. V. sa vie par Jordan, publie dans les Bollandistes, et par Fr. Thodore, dans Surius, Acia SS. Augusli. Le prsent peut aider comprendre le pass; la rvolution franaise a offert plus d'un exemple de ces contrastes terribk-s.

26

FRANCE

FODALE.

[1207] ]

d'mes mures terribles

, et crut obir de sa conscience

la voix

de Dieu en touffant

les mur-

et le cri de ses entrailles.

exemples de ce que le fanatisme, humain et la conscience ciale qui touffe le sentiment natures. et universelle, peut faire des meilleures o l'on allait employer d'autres Le temps approchait celles de la parole gneur d'appesantir nique l' voque d'Osma sa main sur les ennemis

C'est un des plus la foi spc'est--dire naturelle

armes que le Seitait mort en adjurant de la foi Domi-

avait t vingt fois assailli par des crachats et de la boue L'historien latin de la croissait de part et d'autre. l'exaspration Guerre des Albigeois (Pierre, moine deYaux-Cernai) rapporte que ne souvent L'affaire de Jsus-Christ Pierre de Castelnau s'criait de nous meure russira jamais en ce pays, jusqu' ce que quelqu'un Dieu veuille que je sois la premire pour la dfense de la foi victime du perscuteur l Ils taient galement prts verser fut Castelnau leur propre sang et le sang de leurs adversaires. faire le comte de Toulouse exauc. Il avait entrepris d'obliger des Baux et d'autres barons de Provence, la paix avec les seigneurs et de l'unir eux pour extercontre lesquels Raimond guerroyait, mais Raimond refusa de dposer de l'glise; miner les ennemis les bandes de routiers les armes et de congdier qu'il tenait sa III le comte, et Innocent solde. Pierre de Castelnau excommunia ratifia par une lettre o il traitait le comte Raimond . (29 mai 1207}*. d'homme de mchant, d'insens, pestilentiel tourdi par les foudres de Rome et harcel par une Raimond, de barons provenaux, coalition jura d'obir au pape, et conclut mais il ne se dcida ni spolier ni la paix avec ses adversaires; la sentence brler ses sujets,
un jour, sa constance Qu'aurais-tu par yeux

qui taient

peut-tre
certain

ses frres

en religion,

1. Saint Dominique exprimait le mme sentiment avec une exaltation dlirante.


Il II traversa admirant la mort? en chantant inbranlable, fait si nous successive hachs de joyeusement, lui dirent pris? membres; corps, lieu N'as-tu Je vous o il souponnait donc eusse aucune requis, qu'on peur de

lui avait dress une embuscade.

Pins tard, les hrtiques, informs de celu, et


t'eussions de mes mon rpli-

qua-t-il,
martyre a mes

de ne me point mettre a mort soudainement, mais de prolonger mon


la mutilation les tronons d'taler requis je vous aurais d'arracher mes yeux leur puis

tour, et de laisser enfin le tronc se rouler dans son sang jusqu' ce que j'expirasse, Acta sanai Domhnci, afin de mriter une plus riche couronne de martyre 1 Jordan. p. 549.
2. Innocent. III, 1. X, epist. 60.

[1207,1203]

MEURTRE

D'UN

LGAT.

27

et, saires

plusieurs du pape. en avec son les cette

mois Pierre face mille et

encore,

il

luda

les perdit parjure,

instances toute et

des mesure

commisil vint de s'em-

de Castelnau son

reprocher nouveau porta f/abb, passe Castelnau au moment relle et avec l'en

Raimond imprcations. menaa et les

l'excommunia exaspr,

Raimond, le lgat de

tour, consuls scne,

de mort bourgeois quelque du Rhne; traverser du comte Pierre je t'ai

et ses

compagnons. o firent s'tait

Saint-Gilles,

craignant bords allait

catastrophe, mais,

escorter matin, de son quep te

jusqu'aux o un

le lendemain il se prit qui expirant. (15 janvier tira

le lgat

le fleuve, Raimond, tomba pardonn Dieu en

gentilhomme entre les

frappa

ctes. moi, pour

Dieu 1208).

pardonne! Ces hommes, dans leur

dit-il;

quant

implacables trange langage,

venger savaient,

, comme

ils disaient pour

effet,

pardonner

eux-mmes. Le meurtrier du comt Le Thomas dsastreuses. 17 novembre duc les des de s'enfuit Beaucaire, et, de l, dans les montagnes

de Foix. de Castelnau, devait Avant 1207, avoir mme Innocent et aux qui des renouvelait consquences de crit au la catastrophe bien Castelnau. roi de de France, autrement ds l au pour les biens de la lorsde

meurtre Becket,

le martyre III avait

Bourgogne extirper avec

principaux du Midi,

barons et leur

France, offrir

exhorter hrtiques

l'hrsie les indulgences 149). On

accordes peut se figurer un

aux

plerins sa fureur

Terre-Sainte qu'il qui apprit retentit

(1. x, epist. la mort dans ft charg point tre nous

de son

lgat entire;

il poussa il ordonna dans toutes

cri de que

vengeance de

l'Europe

Raimond

Toulouse ne doit crivait-il; sont astreints

d'anathmes garde qui donc

les glises. point leur envers

La foi Dieu, qui

ne la garde dlis par de

dclarons

foi tous de faut, sauf la

ceux

au comte autre,

de Toulouse

serment catholique,

socit, du dudit du vous main guerre

alliance seigneur comte, Christ! aura

ou

et octroyons la et de libert tenir

tout de ses par au

le droit

suzerain, d'occuper Exterminez

poursuivre terres. tous loin -Sus

personne donc, que soldats Dieu

l'impit le bras

les moyens et combattez leur faisant

rvls;

tendez les sectateurs

d'une rude

vigoureuse

de l'hrsie,

plus

28

FRANCE

FEODALE.

[IV.08]

car ils sont pires. .qu'aux Sarrasins, lors mme qu'il viendrait rechercher de donner satisfaction nous

Quant au comte Raimond, le nom de Dieu, et offrirait

et l'glise, ne vous dsistez pas pour cela de faire peser sur lui le fardeau d'oppression qu'il s'est lui et ses fauteurs, de leurs chteaux, et privezattir chassez-le, les de leurs terres, afin que des catholiques orthodoxes soient tablis dans tous les domaines temps, des hrtiques (10 mars pleins pouvoirs Gtteaux et ses religieux pour prcher la croisade contre la gent de Provence , et les innombrables moines des mille empeste et bernardins se rpandirent ou douze cents couvents cisterciens comme des essaims de furies dans toute la France, aux armes. l'Allemagne En mme le pape envoya 1208) . l'abb de

et l'Italie, appelant les populations Il Si grand fut le nombre qui se croisa, disent les chroniques, ne le sauroit estimer ni dnombrer, le tout que nul homme et absolutions des grands pardons (indulgences) que le . Les pardons ponlgat avoit donns ceux qui se croiseraient dans la rmission de tous les pchs commis tificaux consistaient de ne payer du crois, et dans l'autorisation depuis la naissance cause la pendant promis par serment, dure de l'entreprise'. L'espoir de ne pas payer leurs clettes, et surtout de piller les beaux manoirs et les riches villes de la langue d'oc, tait plus que suffisant pour ameuter tous les nobles avenle turiers de la chrtient qu'on juge de ce que dut soulever l'intrt d'aucune dette, mobile tout ce que ajout un si puissant fut le cur humain recle de passions cupides et sanguinaires Avec quelle joie les violence. dchan avec une pouvantable n'changrent-Os pas les fatigues et les pplerins de Palestine du voyage d'outre-mer rils presque insurmontables contre- la nouvelle destination leur offrait quelques journes de qu'on levier du fanatisme de leur pays! On ne leur demandait que quarante jours 1 de campagne, peine le service fodal ordinaire Adonc, raconte l'historien de Toulouse 2, prov enal desguerres marche
1. Le pape affranchit, non_de l'intrt, illgitime par lui-mme aux yeux de

l'et-on

l'glise, mais du serment. 2. ifisforia de los faicti d'urmas et fjuerras de Tolosa (en prose); ap. Hist. lie
Languedoc, t. III Preuves.

ri2O8,no:-i]

CROISADE

CONTRE

LES

HRTIQUES,

29

vinrent il fut naud varais, son audit rsie, lui qu'il cilier rponse. qu'il toit fort

au comte bahi,

Ramon et non

les nouvelles sans cause. un

de la croisade, tant averti concile compagnie, pour dudit tout. aller meurtre que le

de laquelle lgat (Aren Viautres

Amauri) il prit neveu concile le

avoit avec lui

convoqu une de noble

grand et belle et partit

Aubenas entre

vicomte que, si on

Beziers,

dmontrer ou d'h-

vouloit en tout n'y

le charger et pour

il en toit rpondirent s'en avec allt

innocent qu'ils Rome Le

Le lgat

et le concile qu'il falloit rconde cette oncle contre toutes

pouvoient

rien

faire;'mais s'il mal

devers comte de

le saint-pre, Ramon Beziers leurs amis, fut fort se prit

se vouloit content

l'glise. Alors d'avis

le vicomte de mander host (arme),

dire

son

parents bonne

et sujets, garnison par

le lgat leurs Ramon vicomte faire

et son terres

de mettre

et places, point

et de se bien du tout

garder refus,

et dfendre. cette qu'il

Le comte Le de

ne voulut demeura

accder de ce

proposition. commena

si courrouc son oncle chargea d'aller lgat effet .

la guerre

Le faible dpos tenir Amauri. mais

Raimond

l'archevque porter

d'Auch

et l'ex-vque Rome, et d'obArnaud

de Toulouse l'envoi d'un

sa justification pour lui que

moins nomma

hostile lgat

n'tait

Le pape en il lui prescrivit de Raimond d'abord s'il l'attaquer hors d'tat Milon, Citeaux.

latere en

son tout pas

motoVeMilon; point encore les avis

secrtement Innocent III

de suivre ne voulait crivait-il et attaquer sa mchancet, seul

de l'abb il bout s'en

pousser ne pas

II vaut

mieux,

ses affids, sparment on et que . la Provence, avec lui aura ses

prendre

au comte, dans

les autres plus adhrents de

hrtiques; facilit seront

persvre lorsqu'il de lui au lieu

se trouvera fournir aucun

secours1

Le lgat joindre

l'abb

de Citeaux o barons;

de gagner Auxerre, Philippe le roi qu'il

directement et se rendit tenait rpondit avoit soi-disant ses une

alla Villeavec

neuve-sur-Yonne, ses principaux du

le roi mais pape

confrence au nonce deux

(nuncius, grands et Jean,

messager) et terribles

seigneur savoir

flancs empereur2,

lions,

Othon,

1. Innocent. Iil, 1. XI, ep. 232. 2. Le parti d'Othon, malgr l'appui du pape, avait eu longtemps le dessous contre le Allemagne parti de Philippe de Souabe; mais la mort de ce dernier,

en eu

30

FRANCE

FODLE.

D209]

roi d'Angleterre, d'un et d'autre de ct, truvailloient lesquels, toutes leurs forces porter le trouble dans le royaume de France ni lui, ni son fils, par ainsi, qu'il ne pouvoit sortir dudit royaume, et que c'toit bien assez pour le prsent qu'il donnt licence ses barons de marcher en Narbonne contre les perturbateurs de la loi . MontliDes bords de l'Yonne, le lgat Milon se transporta mart, et y assembla bon nombre dans le marquisat de Provence, et d'vques, avec lesquels il convint de la manire d'archevques de procder aux affaires de la foi et de la paix, principalement touchant le fait du comte de Toulouse. Aprs cela, il manda audit comte de venir vers lui en la cit de Valence. Le comte arriva au

et promit au lgat de faire en toutes choses selon jour convenu, de livrer, pour pleige (caution) de sa sa volont. Le lgat l'obligea foi, sept de ses plus forts chteaux la sainte glise romaine; [mis la ville de Saint-Gilles, matre Milon et le comte descendirent o furent la faon l'glise parfaites suivante. la rconciliation Le comte et l'absolution nu devant fut amen du comte, les portes en de

Gilles, et l, devant plus de vingt archevques et voques, il jura, sur le corps du Christ et sur les relide la sainte ques des saints, d'obir en tout aux commandements Ensuite on lui mit une tole au cou, et le lgat, glise romaine. dans l'glise en le flagellant. le tirant par cette tole, l'introduisit Puis le comte, qui craignait que ses terres ne fussent infestes par poser la croix sur sa de France, demanda lui-mme la croix sur la poiLes nouveaux croiss portaient poitrine2. des plerins de la Terre-Sainte, trine, pour se distinguer qui couvilles saient la croix sur leur paule. Les consuls des principales les croiss de Raimond jurrent d'abandonner 1209).
l'Empire Othon, et la nouvelle situation d'Othon

du bienheureux

leur

comte

s'il manquait

ses engagements
juin roi 1. 2. t208, Jean. Petr. Petr. Vall. Yall. investi des Cern. Cern. des venait

(18 juin
de livrer tout

inspirait de grandes inquitudes Philippe-Auguste, et de grandes esprances au


c. 10. c. 12. juifs Le comte, de fonctions de les entre autres fautes, . n jura se confessa aux d'ter coupable tout juifs

d'avoir la sret dnoncs

publiques comme Les

maniement d'affaires publiques, de chasser les routiers, aragonais, etc.; de garantir


chemins, grands les vques ou par punir curs. ceux qui lui seraient hrtiques et de Montpellier consuls d'Avignon

prtrent un semblable serment.

[1-209]

INVASION

DU

LANGUEDOC.

31

ne comprenait pas qu'il venait de renoncer sa dernire chance de salut, en s'avilissant par cette lche au lieu de concerter une rsistance soumission, avec dsespre son neveu de Beziers. II avait cd la terreur des vastes prparatifs de la croisade. Outre le principal corps d'arme, franais, normand, champenois et bourguignon, Lyon sous le commandement qui se runissait de l'abb de Cteaux, l'vque du Puy et l'archevque de Bordeaux assemhlaient deux autres hordes de croiss la premire, compose de Poitevins, la seconde, forme et d'Auvergnats, dans le Vlai, et et de Gascons, dans l'Agenais; des d'Aquitains milliers de mridionaux, d'hommes parlant la langue d'oc, emou l'espoir du pillage, s'associaient ports par le fanatisme aux du Nord pour ravager les provinces de la Mditerrane. guerriers L'arme de Lyon descendit le Rhne jusqu' Avignon, passa le en Septimanie dans le courant de juin 1209. Le comte Raimond, la mort dans l'me, tait venu joindre Valence les bandes furieuses qui allaient dsoler sa patrie, et qu'il n'avait de combattre. Il n'amenait avec lui que deux chepas le courage L'abb de Cteaux, valiers. dit l'histoire des Guerres de Tou Ramon de le conduire en la terre du vicomte louse, ordonna de Beziers, car il la voulait prendre et dtruire, parce qu'elle toit et de routiers. Le comte Ramon obit, ce dont pleine d'hrtiques il eut par la suite mauvaise . L'arme fit halte rcompense cit catholique et vassale du roi d'Aragon. L vint Montpellier, bien accompagn, vers le lgat, le jeune vicomte de Beziers, lequel et pria le reprsenta qu'il n'avoit coulpe ni tort envers l'glise, merci car il toit serviteur lgat et son conseil de le prendre de l'glise, et pour elle vouloit vivre et mourir envers et contre tous. Le lgat (Arnaud Amauri avait repris son ancien titre, Milon tant mort rcemment) lui rpondit qu'il ne perdt point ses paroles, et qu'il se dfendt du mieux qu'il pourroit et sauroit, parce qu'on ne lui accorderoit Le jeune point de merci. vicomte s'en retourna ville et les seigneurs au plus vite tous ses parents, terre et vicomt que le lgat et son host vouloient Beziers, d'alentour les principaux de la tous furent d'avis qu'il mandt allis ou sujets, pour dfendre la venir prendre, et runit fleuve et entra de Berruyers

Le malheureux

comte

32

FRANCE

FODALE.

1209]J

saisir et piller. Sur le mandement du vicomte, il vint trs grand nombre de gens au secours de Beziers. Le vicomte, joyeux et conet grandes garnisons tent, mit bonnes par toutes ses places et les plus vaillantes casMs, puis, choisissant gens qu'il put, il alla s'tablir en la cit de Carcassonne, qui lui sembla la plus forte ville de sa seigneurie; ce dont furent trs marris les gens de Beziers. sur la grande arme croise o les habitants de toutes s'taient rfugis des croiss marchait les petites avec leurs familles de Montpellier villes et bouret leurs vers de la cit Cependant

Beziers, gades du plat-pays biens. Les chefs ses ouailles.

L'voque et autres dans de Saint-Nazaire, cathdrale l et, leur reprsentant l'glise grand pril o ils toient, il leur conseilla de rendre la ville au lgat et de livrer entre ses mains les hrtiques, que lui vque bien et avoit couchs par crit; mais ils refusrent, connoissoit et dirent qu'ils mangeroient de faire telle plutt leurs enfanls*que chose. Le lgat, sur cette rponse, jura qu'en Beziers il ne laisseroit pas pierre sur pierre, qu'il feroit tout mettre feu et sang, et que pas un seul ne que femmes et petits enfants, seroit pris merci. L'arme, grossie par les deux bandes arrives de l'Agenais et du Vlai, lesquelles avaient enlev plusieurs chteaux-forts autour taient et brl ses maints tentes de Beziers sur leur passage, planta hrtiques et ses pavillons innombrables. L tant hommes

dpchrent l'vque assembla les hahitanls

les archevques de Sens et de Bordeaux, avec huit voques; le duc Eudes de Bourgogne, Simon, comte de Montfort-rAmauri, et une infinit de seigneurs les comtes de Nevers et de Saint-Pol, et d chevaliers de France, de Lorraine, de Bourd'Allemagne, etmme de Provence. Le pome de Lombardie, d'Aquitaine, de la croisade prtend que l'on comptait sous l'tendard provenal de la croix vingt mille hommes d'arms, et plus de deuxcentmille gogne, vilains ou paysans, sans les clercs et les bourgeois. On sent qu'il ne faut pas prendre ces chiffres pour authentiques. Ceux de Beziers, qui avoient pens jusque-l que tout ce que leur vque leur toit venu dire n'toit que fables, commencrent t se grandement bahir. Toutefois, quand ils virent que force leur toit de se dfendre ou de mourir, ils prirent courage entre eux

[i2oa]
et s'armrent les en du assigeants. telle

MASSACRE
mieux que Adonc, qu'elle n'eurent des les bourgeois, eux. En arlols*

DE
chacun Yhost faisoit pas et qu'elle peu

BEZIERS.
put; puis ils sortirent commena et de de les d'instants pied frmir prendre se dans la cit la pour de terre. part prcipita la fut ville inonde et

33

charger mouvoir, Les combat; furieusement pentra

assigeante trembler le temps

se

sorte,

chevaliers la

croiss multitude sur

au si y

gens

rejeta

ple-mle

avec

par des milliers


sacre ni vieux que ni jamais jeunes,

d'ennemis
on et pas demand fait mme

furieux.
dans les l'abb tout

L eutlieuleplusgrand
le monde qui Citeaux car ttoient! comment on n'pargna Les ils enfants de

mas-

vaindis-

queurs

avaient

tingueraient
Arnaud Amauri

les hrtiques
tuez-les

des fidles
tous! Dieu

Tuez-les
connatra les

tous!
siens2

rpondit
.

Ceux de la ville se retirrent,


grande cette ft habits glise glise mort; il de firent n'y eut Saint-Nazaire; tinter glas qui les ni pussent cloches cloches, les

autant
capelans jusqu' ni empcher

qu'ils
(les ce

purent,
chanoines) tout le

dans

la
de

que

monde leurs au

capelans que

revtus tout ft

de pass

sacerdotaux,

tranchant
Ribauds, un chef appel 1.

de l'pe,
vagabonds, le roi des

et il ne s'en sauva
enfants arlots

point

un

seul

ce fut la

ils taient perdus plus ou des truands. En kimrique, (Camos qui sunt

et truant, garon; vagabond, 2. Ctliie novit enirn eos, c. 21, in Bibliothec Patrum

de quinze mille sous erlaiod signifie jeune 19.) Heisterbach.

misiable. Dominus

de la Crozada, Csar. ejus. On

Cistercensium.

ces paroles valable, rapportes par un contemporain, Les croiss agirent des principes presque toujours d'aprs analogues. on prit deux un et un le parrait hrtiques, parfait demeura croyant; le croyant tait se lable; convertir. protesta qu'il prt Brlez-les dit Simon de Montfort; si celui-ci de bonne parle foi, le feu lui servira de ses pchs; piation du massacre de Beziers s'il est ment, tir il portera de l'Historia

1. V, a contest, sans aucune raison moine de Citeaux lui-mme. A Castres, inbrantous pour deux, l'ex-

la peine de son imposture.-Le rcit de los faicls d'armas et guarras de et du pome Tolosa, dont cette histoire en n'est contemporain verprose qu'une sion remanie et postrieure d'au moins un sicle. On doit M. Fauriel la publidu pome de la Guerre cation des Albigeois de la Crozada (Cansos contr'eh ereges d'une oeuvre motion rien ne d'Albeges), que peut surpasser, compose par un troubadour mesure des vnements, la lueur des bchers et au bruit des cits croulantes. Il n'est moral de pas de phnomne vjir le plus intressant que pote, d'abord ardent de la croisade, se modifier catholique, partisan peu peu sous croissante des dsastres dont il est tmoin, l'impression et finir par se faire le chantre enthousiaste de la rsistance et de la guerre rjiort contre les croiss. Il se nomme lui-mme Guilhem de Tudela clerc navarrois. M. Fauriel a pens que c'tait un nom suppos. Nous n'en voyofls la raison. C'tait pas bieji probablement un homme d'outre les monts, tabli Toulouse. iv. 3

34
plus grande ils y mirent

FRANCEFODALE.

[1209J

piti que jamais on et vue ni oue. La ville-pille, et tout fut dvast et brl, ainsi le feu de partout, en sorte qu'il n'y demeura chose qu'on le voit encore maintenant; Aubri ou Albric de Trois-Fontaines vivante. Le chroniqueur gorge s'levait soixante mille perprtend que la population

dont sept mille au moins dans la seule glise de la sonnes, Le contemporain Bernard Ithier de Limoges porte le Madeleine! mille. Arnaud Amauri en avoue nombre des morts trente-huit vingt mille dans la lettre o il rend compte au pape de sa vicde la foi (22 juillet 1209). Tel fut le dbut des champions monceau de ruines derrire eux l'horrible Les croiss laissrent et prirent la route de Caret de cadavres qui avait t Beziers, Un silence de mort rgnait devant eux par toute la cassonne. des chteaux, des bourgs, la population terre du vicomte Roger toire. des villages, les Cvennes. brave vicomte s'tait L'arme n'attendit enfuie, soit Carcassonne, campa le 1 cr aot devant soit jusque dans Carcassonne. Le

il fit sur les croiss de pas l'assaut succs que celle furieuses sorties, pas,si mauvais qui n'eurent des gens de Beziers, et il disputa vigoureusement les approches du nombre. de la cit. L'avantage du poste balanait l'avantage d'une un nid d'aigle au sommet Carcassonne, place comme montagne plus forte le dpt couvrent les pentes, tait escarpe, dont ses faubourgs encore qu'au temps o les rois wisigoths lui confiaient d'en bas fut toutefois Le faubourg de leurs trsors.

bti sur emport et ras; mais le second faubourg, promptement Les assirsista toute une semaine. le penchant de la montagne, de s'y loger, et enfin pour empcher l'ennemi gs l'incendirent s'enfermrent dans la cit. n avait appris, avec autant de le roi Pierre d'Aragon Cependant des Franais dans les pays prol'invasion douleur que d'alarmes, venaux, le massacre de Beziers, et le pril du jeune vicomte, son au camp des croiss pour tcher il accourut neveu et son vassal et le vientre les assigeants de mnager un accommodement le lgat et les barons croiss ne refusrent pas ouvertecomte d'entrer de ce puissant prince, et lui permirent ment la mdiation dans vicomte Carcassonne de Beziers afin de confrer accueil fit grand Le Raimond-Roger. S'il n'y au roi son seigneur. avec

[12093

SIEGE

DE

CARCASSONNE.

35

avoit

que

moi

et mes

gens que

d'armes, je

dit-il

Pierre

d'Aragon, et me laisserois qui

je

vous jure, plutt enferm, par grandes ici

seigneur, dedans hommes, troupes, seigneur, pour

jamais de

ne me rendrois, faim; et de moi mais qui

mourir femmes me

male

le peuple meurt piti tous de

est ici

et enfants, contraint remets .

les jours lui c'est mains;

prendre

pourquoi, faites comme

je me vous-mme vers

et les miens

en vos

Le roi retourna conditions que, pour de paix. l'amour et douze ; mais leur et le que, plaisir prvint

le lgat de

et les croiss, Cteaux

et leur au

demanda nom

leurs de tous, sortir et bagues le

L'abb de lui,

rpliqua,

Pierre son le

vicomte saufs faire tion, d'autre.

des

siens

on d'Aragon, armes, choix, les au on cette monde,

laisserait chevaux

pour

demeurant, alla porter

croiss vicomte ne lui

en vouloient cette en proposiferait plus

. Le roi que, le s'il

la refusait, eut ou du et

Quand

vicomte homme le lgat tout

rponse, il dit lui au

sans roi

prendre qu'avant il plus en

ni demander d'acquiescer se laisseroit petit danger que s'il et le

conseil ce que

les seigneurs que

proposoient, le toient le vicomte se bien

corcher plus misrable de lui. les bien

vif de

plutt sa

d'abandonner car bien tous plus

compagnie, lors prisa dit

cause et

Le roi

pour

accept car qui

conditions, se dfend en son entre

et lui trouve royaume, le vicomte

de penser

dfendre tion amener Le lement constance chements toutes strueuse On Dieu '). taire croiss rable. me eux, ne les puis

la fin bonne trs marri

composipu

il se dpartit d'appointement

de n'avoir .

et ses d'eau

ennemis

sige la

continua garnison des assigs presque attaques application doit point un

donc et le

le peuple

manque de pas;

tourmentait Cependant

cruella

Carcassonne. leur courage avaient fit

ne se lassait imprenables force de la

et les retrantriomph alors une de monIII envers

de la place ouverte. dangereuse la foi qui Le lgat

maxime ne la

d'Innocent garde pas

garder

Il chargea dans

gentilhomme et d'insinuer prts lui et sret que nous

de s'introduire au vicomte une rpondit que je pusse aisment

en parlemenque les barons hono-

Carcassonne, tout les

taient Si

accorder

capitulation

seigneurs donner

princes, pour

Raimond-Roger, aller parler d'accord. avec

vouloient il me

semble

tomberions

36

FRANCE

FODALE.

[1200]

je l'autre, n'ayez crainte ni peur vicomte, rpliqua Seigneur que, si et vous jure, par ma foi de gentilhomme, vous promets ne se conclue point, je tous voulez venir au camp et que l'accord sain et sauf, sans nul danger pour itous mnerai et reconduirai votre personne ni votre bien . sortit de la ville avec Le loyal jeune homme., sans nul soupon, et s'en alla droit la tente cent chevaliers,

du lgat, o tous les de sa venue. Il exposa grandement s'bahirent princes et seigneurs jamais fait partie de la comme quoi ni lui ni les siens n'avaient aucuneet comme des hrtiques, quoi il n'avait congrgation ainsi de ses biens. ment mrit qu'on le ruint et le dpossdt Quand il eut fini ses paroles, le lgat, tirant part les princes convint avec et seigneurs, lesquels ne savoient point la trahison, ce que la demeureroit jusqu' prisonnier eux que le vicomte entre leurs mains; ce dont le vicomte et ses cit se ft rendue non sans furent grandement marris, gens, qui toient avec lui, aux habicause1 . (15 aot 1209). Les chefs croiss accordrent tous leurs biens. On ne leur laissa tants de sortir en abandonnant Ces pauvres gens se rfuet leurs braies. que leurs chemises dans la Catalogne, dans l'Aragon2. dans le Toulousain, girent ou en pendant de leur clmence Les croiss se ddommagrent raou cinq cents prisonniers comme hrtiques quatre brlant et plusieurs des chevaliers du masss et l dans les campagnes, vicomte. et la captivit de Raimond-Roger, la dterminrent dans une tour du chteau, qu'on emprisonna des forts castels de Montral et de Fanjaux, de la ville soumission vicomte il de Castres et de la plus grande partie de la terre du le lgat assemdcider des fruits de la victoire; fallait maintenant L'occupation de Carcassonne
1 Tel est du moins le rcit de l'historien des Guerres de. Toulouse; mais il

d'Arnaud de la perfidie des chefs n'aient pas t complices partie pas sr qu'une et le ponte de en prose l'histoire provenale Nous suivons Amauri. principalement de VauxPierre au rcit du contemporain en les comparant des Albigeois, la Guerre de Puy-Laurend Guillaume de Montfort. de Simon vassal et compagnon Cernai, aussi des dtails contient importants. n'eurent de Tolosa Guerrat que les habitants prtend de las 2. l 'historien de de trois lieues mais qu'ils s'enfuirent par un souterrain aucune capitulation, et non pas de C'est de la lgende de Cabards. aux tours qui aboutissait long, n'est i'hjstoire.

[1209]

SIMON

DE

MONTFORT.

37

Ma raient

en

conseil donnes franais

tous

les

princes

et seigneurs

pour

aviser

qui Les

seche-

la vicomt taient

de Beziers moins exercs la voix hte de

et ses dpendances. que les clercs, leurs et lieux de

valiers gnons science tant lui de

compala conde qu'on terres

de croisade, la sang plupart innocent.

touffer avaient

de l'humanit quitter ces

souills l'offre

Le duc et dclara prendre avoit Les

fit de la vicomt, sans qu'on

de Bourgogne qu'il avoit celles-l, fait assez

refusa bien

assez

de

et de seigneuries car il lui sembloit lui ter son

ni dshriter de mal audit

le vicomte; vicomte sans dirent et embarde Montbeaudlgus pour de l'me. la terre serment envers la et le

hritage.

comtes

de Nevers fort

et de Saint-Pol mal content comte fait toutefois

comme rass, fort, coup par forcer Simon vicomt de faut cour Le tre n'et Simon roi de

le duc offrit lequel prier.

de Bourgogne; lieu

le lgat, la seigneurie , aprs et six

en dernier la dsiroit L'abb

Simon, s'tre

et la prit

de Cteaux

autres aux

commissaires pieds de Montfort au fond de

les

chefs d'accepter de

de l'arme ce qu'il fut

se jetrent souhaitait donc mis

ardemment en possession

Montfort

de Beziers, par Rome tout

Carcassonne ce qui tribut trop restait annuel. bien

et Rasez d'habitants,

il se fit prter et s'obligea

un

lgat le chef pu

n'avait permanent tre

que

choisi

l'homme Personne

qu'il mieux III

destinait que tait Simon la tenant tte. du

de la croisade. du systme dont

le bras l'hritier le comt

Innocent de Montfort, du rle dans

tait

de cette

maison

qui, roi

de France

le comt deux

d'vreux,

de Montfort-l'Amauri, avait jou un grand hrit, C'tait en outre, depuis

d'Angleterre les luttes le comt vtran des de de la

couronnes;

il avait

de sa mre,

Leicester croix;

en Angleterre. dj illustr en 1200 par avec

ses

exploits l'arme

un longtemps la Terre-Sainte, prit

il se croisa

de nouveau lorsque

qui

ses compagnons vnitienne, Palestine, l'obissance des dou

se firent, il sans se se

malgr spara soucier

Constantinople; mais, le pape, les instruments avec le clat, et Cette s'en inde

de la politique alla droit en dans La

d'eux qui

suivrait.

flexibilit Rome. caractre. ques,

l'avait

recommand rvla les tout qualits et sagace entier

l'attention ce redoutable et politi-

Giterre Il tait

Albigeois de toutes

militaires dans

prudent

et intrpide,

prvoyant

la conception,

38

FRANCE

FODALE,

[1509]

il joignait la fermet dans l'excution; et infatigable persvrant de l'me la vigueur, la beaut, l'agilit du corps. Il avait pour tous les croiss, ses compagnons, petits ou grands, cette solliciet le capitaine tude que le dvot a pour ses co-religionuaires, sans borun dvouement aussi leur inspirait-il pour ses soldats une sorte de fascieux-mmes nes il exerait sur ses adversaires son intrt et sa foi, il puisait dans la convicidentifiant nation lion de sa fatale mission une force morale terrible! trange moradu moyen-ge! lit, au reste, que celle de ces hros catholiques du vice et ne ils avaient horreur austres jusqu' l'abstinence, vertu reculaient pas devant le crime, ou plutt le crime devenait leurs yeux, s'il servait l cause de la foi. la vicomte semblait peu prs atteint Le but de l'expdition le roi d'Aragon, le comte de Toulouse, de Beziers tait conquise; et le vicomte de Narbonne le comte de Provence, l'archevque tous les dcrets exigs par le les hrtiques Castres, lgat. Le comte de Foix, aprs avoir vu Montfort entrer se rsigna traiter son tour. Les Mirepoix, Alhi, Pamiers, une princes et barons croiss, qui ne s'taient engags que pour de quarante jours, se crurent plus que quittes de leur campagne avec leurs gens. Le flot qui successivement vu, et repartirent sur se retira, laissant Simon rgner avait ravag la Septimanie Simon, vers l'automne, des ruines avec une poigne de soldats. avaient rendu contre de lui que quelques chevaliers franais, vassaux plusautour et de sa famille ou de celle de sa femme Alix de Montmorenci, Les mridioet Allemands, trois ou quatre mille Bourguignons des l'excution revenir de leur stupeur naux commencrent n'avait les hrtiques fut presque partout des et par les magistrats entrave municipaux; par les seigneurs contre le nouveau vien vingt endroits clatrent insurrections suzerain de la vicomt, comte de Beziers, dont le roi d'Aragon, cruels dcrets lancs contre n'avaitpasvoulurecevoirl'hommage.L'infortunRaimond-Roger, pouvait qui avait t remis la garde de son successeur, redevenir

1. Un jour qu'il avait travers cheval, avec ses hommes d'armes, une rivire
grossie pour

demeurs l'autre bord, exposs l'ennemi, il repassa le torrent, presque seul,


aller partager leut sort. Petr. Vall. Cern. . 68.

par

l'orage,

voyant

que les plerins

a pied,

les pauvres*

4a Christ

, taient

[1209,1210]

LE

VICOMTE

DE

BEZIERS.

39

redoutable saient propos vembre al, l'avoit pote plus dont fait pas

les

murs

pais de lui.

du Une

donjon

de

Carcassonne survenue

ne tout

suffi fait

rpondre pour Montfort,

emporta prisonnier, toute Aussi ne fut la loin

dyssenterie, soudainement

le captif

(10 noproven-

1209). fut

Il mourut bruit par

dit le chroniqueur que s'tend chevalier, grandement le comte

terre que

de Montfort s'crie preux, le ni de la

mourir.

le monde, ni plus plaint et piteuse le vicomte

de la croisade, large

meilleur Il fut

plusieurs, douleur mort en

et plus courtois. et ce fut chose que prison, mena le

et pleur voir toit que

fort

lamentable pour ce que . bas

peuple

ainsi

et de si triste laissait des reut, braves au mais un

manire1 fils du en pays

Raimond-Roger de qui une partie

ge,

Trencavel, lutter des renforts

au

nom

continurent de 1210, pour

contre suffi-

Simon. sants but plus les de

Celui-ci pour

printemps pas Le encore comte

se soutenir, de ne ses eprances.

attaquer

Toulouse, avait ou et promis de bannir la moiti de Saintqu'aupaconsuls et biens, de Toulouse leur cit. Le d

final qu'il routiers

de Toulouse d'exterminer ses soldats crmonie perplexits et

pouvait

tenir,

en jurant c'est--dire aprs dans dput d'avoir les point tenu

et les hrtiques; Trois mois

ses- sujets. le comte les

l'humiliante les mmes vers le comte

Gilles, ravant Toulouse, tous les

se retrouva ayant les sommer d'hrsie, n'y un avait concile

lgats pour

les

leur

livrer, ou

corps

suspects qu'il dans

consuls

capitouls dans au mois

rpondirent lgat bre sur comte, ses ses Milon, 1209, la ville

d'hrtiques Valence et les magistrats, les domaines chez

de septeml'interdit Le chez de

excommunia de Toulouse trouver se et obtint un une dcida des

le comte et moins partir sur

et jeta de

Raimond. que

esprant

de duret pour

le pape avec

ministres, barons

Rome

plusieurs d'abord

consuls du III

excommunis; roi son suzerain le sacr

il se rendit pour

Paris,

lettre

le Saint-Pre, Pierre pas de d'acc'est

et se prsenta Vaux-Cernai cord sur et

Innocent les deux que

devant

collge. ne qui est sont

histoires reut le

provenales comte ce

l'accueil

certain

1. Le pote de la croisade, qui, dans cette premire partie de son uvre, est nie le crime imput Montfort; Cunsos de la Crozada, favorable aux croiss, p. 62, 67.

40

FRANCE

FODALE.

C210]

III releva provisoirement Raimond de la sentence qu'Innocent son absolution porte contre lui, et le renvoya, pour obtenir un concile dfinitive, que les lgats allaient prsider SaintGilles sous peu de semaines. Raimond devait s'y purger par serment du crime d'hrsie et du meurtre de Castelnau, et y justifier de l'accomplissement Peut-tre Innocent missions ligences l'affreuse et des prires sont rarement de ses promesses. III avait-il t rellement du comte inaccessibles de Toulouse.

des souLes hautes intelhumains, et

touch

aux sentiments

de Beziers avait produit quelque impression catastrophe sur l'me du souverain mais, comme il arrive toujours pontife; en de telles circonstances, les subalternes, absorbs par leurs et par leurs intrts, furent passions plus impitoyables que le dans la voie de sang chef, et ne lui permirent pas de s'arrter o il avait mis le pied. Le chanoine successeur gnois Thodise, du lgat Milon, tait compltement d'accord avec Montfort et l'abb le droit de Gteaux, et aspiroit sur toutes choses trouver dans au comte l'occasion de se quelque prtexte pour refuser Tel est le tmoignage justifier, que le pape lui avoit accorde. du moine de Vaux-Cernai, qui en fait un titre de gloire Thodise. Lorsque Raimond Saint-Gilles, Thodise refusa comparut touchant l'hrsie et touchant la mort de de recevoir ses serments parce qu'il n'avait ni dtruit les hrtiques toulousains, divers droits qu'il avait perus sur les glises et que Rome qualifiait d'exactions. Les larmes vinrent aux yeux du malheureux comte. Quelque grand que soit le dbordement des dit ironiquement elles n'arriveront eaux, Thodise, pas jusqu'au Castelnau, ni restitu . Raimond ne remporta, Seigneur nouvel anathme. Il avait eu beau citadelle au lieu livrer d'absolution, qu'un l'abb de Cteaux la

de Toulouse, le Chteau-Narbonnais; on n'acappele ses concessions Les ceptait que pour l'craser plus srement. taient constamment excits lgats, suivant l'historien provenal, par le maudit voque de Toulouse, Folquet qui ne cessoit de chercher la perte de son seigneur, donnant entendre toujours Touque tout son pays toit plein d'hrtiques, principalement louse . (Fin septembre 1210.) Le roi d'Aragon il essaya une seconde fois de s'interposer;

[12H]

LE

COMTE

DE

TOULOUSE.

41

reut son

l'hommage fils Jacques surs au le dernire

fodal ou

de Simon, en

et mme fils

fiana temps du

la qu'il

fille

de Simon Une Il

Jayme,

fianait

de ses

jeune comte

Raimond, Raimond

comte o fut des air,

de Toulouse. faite, lgats au en fvrier

accompagna 1211, ques. vent, sentirent charte que une

Arles, auprs

tentative

de paix

et des froid qu'ils

vet au conde la

Le roi que

et le comte les prlats

attendirent eussent rdig voici aux donnera aide

en plein les les mains

conditions

offrir

Raymond remirent le comte

principaux du cong et comte.

articles

les lgats

Premirement, ceux qui lui sont porter,

incontinent ou qui

tous lui item, et livrera en le

venus sans

porter en retenir

secours, tant

viendroient comte entre chassera

un

seulement; et baillera tous qu'ils d'un noble an ou

de sa seigneurie du par lgat eux et du seront et comte, cela

tous comte

les juifs, de Montfort pour dlai

les mains qui

les croyants en fassent item, vilain, par ne capes forteche

de l'hrsie leur toutes portera brunes; resses, valier dans comme paiera quand pays grand, dront, pays item, mer par s'en tout du plaisir

dsigns, dans le

et volont, du

les terres

aucun mais

homme, seulement sa terre jusqu' ne pourra

d'habillements item, il les ou tout fera ce

de prix, qu'il et du ou vilain an, place, ou

de grosses de castels item, et tout ni les

y a sur dmolir pays mais paysan; quatre ira et

abattre

terre; demeurer par

gentilhomme ville toit chacun comte comte de

habiter champs

aucune s'il par le

vivra item,

dehors chaque

chef

de maison item, et ou

au lgat,

deniers chevauchera de les ce

toulousains; par ses

Montfort lui

les terres petit

Raimond, leur leur

ou

quelqu'un pour que

gens, qu'ils mais roi s'en

on ni

ne ne

demandera contredira sur toutes

rien si peu

choses soit, du

prenceux du

remettront cela fait contre que le lgat

choses le comte et infidles, ait

la loi Raimond sans item,

de France; ira outre-

et accompli, les Turcs ne dans lui l'ordre

guerroyer de,

jamais tout de

retourner cela fait et

mand; du lui Temple seront

accompli aprs pas quoi tout

il entrera ses terres on

ou

Saint-Jean s'il ne fait rien .

et seigneuries de

rendues restera

cela,

le dpouillera

tout

et il ne lui

1. Au milieu de toutes ces clauses

Ivranniques,

une seule est quitable

Les

i%

FRANCE

FEODALE.

[12113

Comte par deux fois on vous a bien pay dit le roi Pierre, Voil qui doit Raiinond, tre amend, par le Pre Tout-Puissant Ou avait signifi aux deux princes de ne pas quitter Arles sans Le roi et le comte se firent du concile; ils n'en tinrent la permission compte, remontrent cheval et partirent sans rponse ni cong. L'indignation donnait enfin quelque nergie Raimond VI. Il alla, sa charte la main, Montauban, Moissac, Agen, et la fit lire haute Toulouse, voix sur bourgeois tus ou pris serfs, tre tous que mieux aimeroient-ils telle chose qui feroit d'eux tous des que La rsolution de se dfendre des vilains ou des paysans* partout de souffrir les places s'crirent publiques de toutes ses villes. Chevaliers et

lire la charte

l'extrmit fut prise d'une voix unanime le comte de jusqu' des Pyrnes franaises relevrent Foix et la plupart des seigneurs l'tendard le comte de Toulouse, pour lors, et donn ses plus beaux domaines qu'il avait laiss prir sans secours son arrireson avant-garde, la vicomt de Beziers, tait dtruite; ne pouvait le secourir, elle-mme attaque par garde, l'Aragon, un formidable ennemi. Les princes chrtiens taient d'Espagne de runir tous leurs efforts pour rsister obligs en ce moment une effrayante invasion des Maures d'Afrique, espce de contreles musulmans croisade qui vomissait par cent mille dans la Pninsule. raliser la sentence de spoLes lgats travaillaient activement Arles, et confirme bientiaprs liation lance contre Raimond par le pape une multitude afin de ranimer le tres, parcouraient avait quitt son fanatisme de la croisade de Toulouse l'vque de la France contre diocse pour courir ameuter les populations de 1211, fut en les hrtiques du Midi; Simon, ds le printemps tat d'envahir le pays toulousain. Il avait employ l'anne prde missionnaires, de nouveau la chrtient cisterciens et auet tant pour rendre de bons chevaliers la vie son brave neveu de Beziers

gentilshommes ne lveront plus de mauvais pages par les chemins, mais seulement les anciens usages . Cansos de la Crozada, p. 100.
1. Causas et de la Crozada. Historia de las gtterras, entre etc. ceux-ci Ce passage, entre

mille, montre quelle distance existait dans ces contres entre les paysans et les
bourgeois, quel rapprochement, au contraire, et les nobles.

[1210,1211]

CRUAUTS

DES

CROISS.

iS

cdente encore qui ne

la ou lui de arme qui

conqute s'taient pas

des

chteaux

de sa sa femme,

vicomt Alix et

qui

rsistaient

rvolts infrieure et de de en

de Montmorenci, et une les seet de de forteLes le

tait

courage lui les

en ambition, amen des

vques conde les plus

Chartres dans

Beauvais, 1210; du

avaient

l't chevaliers rfugis

docteurs et du chteaux d'abord

hrtiques (pays

vaillants s'taient et de sur

Carcassez les forts assaillit

Bedarrez de

Beziers) Termes resse gens manque telain mme' que homme fort de

dans Simon

Minerve,

Cabaret; un se rocher

Minerve, des Cvennes. avec fureur

situe de

escarp,

l'entre sept semaines enfin pour lui que

Minerve d'eau

dfendirent les la vie

et de vivres obtint hrtiques, convertissent assigeante

rduisit sauve

capituler.; et tous les

le chsiens pourvu noble

Minerve les se

pour ceux-ci

tant la

parfaits foi

croyants, Un

catholique.

de l'arme

et le lgat sauver tous car tant

ratifirent les croiss? que bien que l'abb ayant

cette

voulez sommes teaux, tiques,

hrtiques,

Montbeaucoup, lorsque H quoi dit-il, vous capitulation. la ruine nous nous pour desquels rien, lui rpondit l'abb de C-

se rcria

Ne crains peu

je crois hommes de feu

se convertiront repoussrent et du quarante de les

. En effet, tout comte d'une

les hrvoix les

femmes,

exhortations et, jets un grand ensemble.

de Vaux-Cernai t allum, pas allgre (23 juillet cota rsista durant que des 1210). cent

de Montfort, y furent car tous croyants sur et de se

parfaits

On n'eut d'un cur

besoin dans

les y porter, flammes Le bien mois sige plus

prcipitrent terrifis les

. Les

se convertirent du Roussillon, Termes

1210). encore quatre une nuit

de Termes, de sang

confins aux par dans (fin

peines vacu trouva honneur soumirent.

croiss:

entiers,

et fut enfin Montfort ne

sa garnison, la place novembre

noire leur Albi

femmes; A cette

il pargna nouvelle,

vie

et leur se

et Cabaret

Le printemps Nord mit lieues Montfort, le sige

approchait; avant

de nombreux directement place une dj faiblesse

renforts

arrivaient Raimond,

du

d'attaquer forte

le comte sur

devant

Lavaur,

situe dame retomb

l'Agout,

huit vassale

de Toulouse, Ce

et appartenant prince semblait

hrtique, dans ses

de Raimond. tudes il avait

incerti Tou-

eu l'incroyable

de laisser

rentrer

44

FRANCE

FODALE,

tmi]

louse l'vque Polquet, d retour de son voyage en France; Folquet reconnut cette tolrance en allumant la guerre civile dans sa cit. Ce fougueux prlat organisa Toulouse une confrrie dans le but de poursuivre force ouverte les hrtiques, les usuriers, les routiers
dmolir

et les juifs;
les maisons

la confrrie

s'enhardit

bientt

se retranchrent ques dominaient de Saint-Cernin, gens

de ses ennemis; l'abri de tours

mais beaucoup fortifies. Les zls catholi-

piller et de personnes

dans la cit, les hrtiques o les nobles habitaient

dans le bourg, autour en grand nombre. Les

du bourg s'armrent leur tour, sous le titre de Confrrie la Confrrie noire, contre la bande de Folquet, qu'on appelait blanche.* On en vint plusieurs fois aux mains, avec armes et bannires, quirent Lvaur. voire Le lgat et l'voque Folquet reles con frres blancs de porter aide l'arme qui assigeait Ils se rassemblrent, au nombre de cinq mille, sur la souvent cheval.

franchirent les portes de la ville, malgr le place de Mont-Aigon, comte Raimond, et s'en allrent joindre Montfort. Le timide Raimond clata enfin il chassa l'vque Folquet, dfendit de porter des vivres au camp des croiss, et laissa l'lite de ses hommes d'armes entrer en campagne sous le commandement du comte de Foix. Cinq mille croiss allemands et belges, commands par le duc d'Autriche et les comtes de Monset de Juliers, se dirigeaient de Carcassonne sur le camp de Montfort le comte de Foix s'embusqua dans la fort de Monjoyre, prs de Puy-Lausur ce corps ennemi, il le tailla rens, et, fondant l'improviste tout entier en pices. Des milliers de paysans taient accourus ne sauva pas Lavaur, enlev d'assaut aprs qu'une redoutable machine, appele la chatte ou la gate, eut fait brche aux paisses murailles de cette place l Les croiss y trouvrent environ quatre cents hrprter
i. une Cette tour machine tait une sorte de blier elle perfectionn; moutons la mettre pour mise ces les en crochets consistait du avec dans feu, des la Les tait de

main-forte

au comte

de Foix.

Cette victoire

de couverte de peaux roulante, de sortait norme et du Oatie une laquelle poutre et arme de crochets de fer. On appelait poulies, chatte. La chatte branlait et arrachait la fois machines trs d'tre vers

k l'abri mouvement les

de sige jouent un grand rle dans la guerre dans toutes de la science les ressources militaire ingnieur, par un trs habile de Paris, qui lui construisit le ciiauoine des engins

des pierres des Albigeois;

griffts murailles. Simon

de

et venait

d'ailleurs

rejoint Notre-Dame

Guillaume, formidables,

archidiacre

LES

BLANCS

ET

LES

NOIRS.

45

tiques

parfaits,

et les brlrent Simon Aimeri dfendu

avec

une fit

joie

infinie

, dit Pierre la potence et cheet et

de Vaux-Cernai. le noble de Laurac, valiers; on les on exposa sous hrtique de plus que croiss et puissant qui

de Monfort (Aimerigatz), le chteau,

suspendre seigneur avec on maints fait

de Montral autres les larrons, un puits

avoit

en pendit sur des des

quatre-vingts fourches.

comme Simon dame fut ni plus

fit jeter

dans

ensevelir meri nul et n'toit

pierres comme haut

Giraude, lui, baronage dont

de Lavaur, grand large 1211) . immdiat passage, de Foix de hors deuil et de

sur et piti, cur

d'Aicar plus

gnreux Les

le frre entrrent

et la sur enfin dans

(5 mai

le domaine tout sur leur

du

comte

Raimond, trent minges, livrrent turent dans sur et

brlant Toulouse. les un

et massacrant Les comtes navarrois dans avant du qui

et se poret de Comleur et leur la cit le rsultat les catholide et

de Toulouse, au les service

routiers combat

Raimond, la ville, dans moins

rude

jardins,

beaucoup le bourg.

de inonde L'approche les factions en voyant ouvert leur loyalement les patrie

de se renfermer avait eu du Toulouse des

danger

de rconcilier ques Lavaur, vque se toulousains, avaient entranait

dchiraient l'arme sur

de prs yeux

croiss o leur

au sige frntique que

l'abme

ils ne quittrent avec leurs anciens avec blanche de de de Beziers. l'arme ni l'vque la cit Ds eux

Montfort adversaires sous ne suivit Folquet, voue lors par les

pour de la

rconcilier noire, et les nus son

Confrrie du comte lorsque pieds et par

et pour

se

ranger

bannires

des consuls. prtres, sur

La Confrrie l'ordre

pas le clerg, sortirent, les lgats tait nomune renAu bout assigs Ils se si

et processionnellement, vque pour ne cette au sort

l'expdition quoique d'assaut qu'avait du Midi. des 1211).

manque breuse, grande force de

anne ni

de Montfort, emporter belliqueuse, aventuriers violentes (fin

suffisait pleine des jours, les en

bloquer

ville, l'lite

d'une chevaliers la disette

population et et des les

quinze

sorties de juin

obligrent vengrent et les en de la ce bls, comt qui

croiss dtruisant allrent Foix, sur

plier autour

bagage

de Toulouse

les vignes, maux ne

les arbres t ravages rien vers le

puis de toit

commettre partout oit Montfort ils

de grands passoient se dirigea

laissant

terre

ensuite

40

FRANCE FODALE.

Et2li]

Querci, o la ville de Cahors sance du comte de Toulouse dernier succs

et son vque renoncrent l'obispour se donner Simon. Ce fut le

Montfort dans cette campagne presque qu'obtint tous les croiss le quittaient l'expiration de leurs quarante ne rejours , et le flot de la croisade tarissait vers l'automnepour de gens de guerre venir qu'au printemps; milliers dequelques meurrent Le comte la saison toutefois la solde de Montfort f. de Toulouse et ses allis mirent profit l'hiver, qui tait forc pour Montfort Raimond assembla une

de Maulon, snchal du roi Jean d'Anglepuissante terre en Guyenne, joignit le comte de Toulouse la tte d'un bon se et de Gascons, et la population nombre exaspre d'Aquitains leva en masse dans tous les domaines toulousains et les seigneuries dans Casdes Pyrnes. Le comte de Montfort se jeta hardiment un des moins fortifis de ses castels, et manda Boutelnaudari, chard de Montmorenci, sire de Marli, qui commandait Lavaur, de lui amener le reste de ses troupes avec un grand convoi de Le comte de Foix courut au-devant vivres prpar Carcassonne. de ce renfort et l'assaillit en un lieu dit Saint-Martin-des-Bordes esaprs un terrible chop; mais, les routiers pagnols s'tant dbands pour piller, Bouchard et ses compagnons ressaisirent les chevaliers toulousains accoururent l'avantage le convoi fut enlev avec ses l'aide; Simon s'lana hors des murs de Castelnaudari hommes et l'engagement devint gnral la d'armes, entre.toute des deux partis. Les mridionaux, chevalerie malgr leur grande eurent le dessous en plaine contre les supriorit numrique, la multitude entasse dans le camp toulousain Franais du nord Le lendemain, le ne prit point de part ce combat de cavalerie. comte Raimond leva ses tentes et se replia vers l'Albigeois, l'Agede petites villes et de nais et le Querci, o il recouvra beaucoup faibles avantages forteresses; pas la triste qui ne compensaient des mridionaux devant ces hommes de preuve de l'infriorit fer qui passaient
1. Un riche marchand

du repos arme. Savari

leur vie dvelopper


de Cahors, Raimond

leur

force et leur
tait

adresse
de

de Safragna,

le banquier

la croisade il avanait Simon de grandes sommes et recevait en paiement les toffes, les denres et toute espce de butin enlev dans las places conquises. (Causas de la Cro%ada, lxxij.)

[!2!?]

GUERRE

DANS

LE

TOULOUSAIN.

47

continuel des armes. La leve en masse du .par le maniement Midi n'avait pu accabler en rase campagne une poigne de chevaliers franais. Simon reprit l'offensive au commencement de 1212, aid par les archevques de Reims et de Rouen, les vques de Laon et de Toul, le prvt de Cologne, de etc., qui amenrent beaucoup il envahit l'Agenais, croiss; de puis les pays de Comminges, Foix et de Barn. Il voulait abattre successivement tous les appuis du comte Raimond avant de renouveler de Toulouse. Il l'attaque n'agit pas moins cette anne-l par la politique que par les armes, et s'occupa de consolider ses conqutes en renouvelant la population militaire du pays, et en distribuant une multitude d'hommes d'armes de la langue d'ol les fiefs de haubert enlevs aux chevaliers languedociens1. Dans un parlement au qu'il tint Pamiers, mois de novembre, dix ans, les femmes avec ses vassaux, il fit dcrter que, pendant de francs fiefs (fiefs ne devant que pourvues simple) ne pourraient prendre pour maris que

la foi et hommage des gens de la langue d'ol. Les nobles et bourgeois indignes furent contraints des dlgus Pamiers pour sanctiond'envoyer ner par leur prsence les lois dcrtes par les conqurants trangers. Ces lois ne furent pas toutes galement Simon tyranniques tcha de regagner le menu peuple en interdisant aux nobles toutes exactions abolissant et tailles arbitraires sur leurs paysans aucun les pages indment tait crase on lui interdisait dmantels, Beaucoup l'assemble sans des anciens tablis.

et vilains, et en La noblesse, au contraire, de ses chteaux Simon. du suzerain

de relever formel

le consentement

du pays ne figurrent prlats pas dans de Pamiers les instigateurs de la croisade avaient contre les vques tolrants ou scandaleux, recommenc, les hostilits qui avaient prcd l'invasion; mais, cette fois, ce fut ils traitrent les seigneuries leur'profit personnel; d'glise comme les croiss ils les consilaques avaient trait les fiefs militaires; drrent comme leur butin. L'abb de Cteaux se fit lire archeet prit arrogamment le titre de duc de Narvque de Narbonne,
1. est La plus celle de connue Lvis. des Gui familles de Lvis franaises eut la de qui s'tablirent ainsi dans le Languedoc laquelle tait

attache

la dignit

de marchal

de Mirepoix, seigneurie la vicomt de Beziers.

~8

FRANCE

FODALE.

[i?i2j

ainsi ses prtentions la suzerainet de toute la annonant ce qui ne fut pas plus agrable Montfort qu'au comte province, Ce titre de duc de Narbonne Raimond. quivalait celui de marbonne, quis de Gothie. sonne d'autres pourvus presque L'abb moines de Vaux-Cernai de Cteaux de Paris, et l'veh de Carcasne furent pas moins bien montra Guillaume, l'vch de Beziers. Raidu comte

l'archidiacre

seul du dsintressement, vassal du L'archevque d'Auch,

l'ingnieur et refusa roi Jean

et ami

mond, fut aussi dpos, de mme que l'vque de Rhodez. Les passions cupides des vainqueurs se montraient un peu trop dcouvert, et bien des yeux commenaient se dessiller le cri d'un des chos entier, dshrit, spoli, dcim, trouvait au dehors, et un grand vnement rendait l'esprance aux opprims. L'obstacle de qui avait jusqu'alors empch le roi d'Aragon peuple secourir laquelle Toulouse le khalife n'existait d'Afrique s'tait prcipit horde, la tte de plus l'immense et d'Espagne, l'AUnohade Moham-

sur l'Espagne venait chrtierine, les forces runies des rois de Castille, d'AraLa victoire complte des rois chrtiens, vicgon et de Navarre. toire aussi glorieuse pour les Espagnols que celle de Poitiers l'avait t autrefois pour les Franks, permettait au roi dsormais d'intervenir efficacement au nord des Pyrnes1. d'Aragon med -el-Nasser, de se briser contre i. L'Espagne, depuis la fin du onzime siele, avait t le thtre de guerres gigantesques. Au moment o les Europens prenaient l'offensive contre l'islamisme
en Asie, les musulmans d'Afrique la ressaisissaient de leur ct un Espagne la

runion des Arabes-Espagnols et des Berbres, sous la dynastie berbre des Almoravides, arracha aux chrtiens d'Espagne la prpondranceque leur trait 'value
le partage sur du khalifat de Cordoue en plusieurs tats indpendants, que une et, versait grande durant tout

le douzime sicle, les tribus de l'Afrique septentrionale ne cessrent de dborder


aussi normes l'Espagne par masses presque que celles la sur Palestine. Les chrtiens reperdirent l'Estramadure, et de la Nouvelle-Castille l'lvation d'une autre Portugal Almoliades renversa les ou unitaires, la des ainsi Almoravides, chrtienne la ruine jeta pour qui raviva terrible eut pour le fanatisme dfaite des chef un prtendu musulman Castillans enfin, entire l'Occident partie du

les dynastie berbre, mehdi ou messie, %t qui et redoubla les prils de

l'Espagne blait prsager Mohammed

royaumes chrtiens tout dire lAfrique

en 11S5, sem Alarcon, en 1211,le khalife almohade sur l'Espagne. Les historiens

espagnols, dont l'exagration habituelle est, au reste, assez connue, assurent que Mohammed runit en Andalousie six cent mille combattants. La prodigieuse arme
musulmane formidables fut entirementdfaitc, de croiss franais. le 16 juillet Deux mille 1212, ia journe dix mille de las Navas de

Tolosa (royaume de Jaen), par les rois espagnols qu'ayaient renforcs des lgions
chevaliers, sergents a cheval

[1212,1213]

OPPRESSION de Toulouse de l'Aragonais alla ses trouver terres,

DU

MIDI. Pierre, et remit entre

49

Raimond les mains Pierre, ger.

le roi son

fils et sa femme, l'usurpateur l'hommage une ambassade au du vicomte de particuliers du comte Raimond, quoiqu'il aller pape

sur

de

pour Pierre

les dfendre reut le pre o

ou les abandonner Toulouse et dpoha

trandes deux

solennellement et le fils,

,Raimond, avec quits des

' Rome les ini-

lettres

il dnonait et des lgats, de villes, des

nergiquement le meurtre de chteaux, domaines

de Montfort de tant

de Beziers, cathoqui ne guerroyer qu'on la comtes de-

la spoliation liques, avait mandt contre rendt restitution de Foix Innocent fortement 213, leur 214). et

la violente tout qu' les ses perdu, faire

invasion sauf

Montauban avec Palestine son fils.

et Toulouse, l'glise ou Pierre et mme en Espagne, rclamait

la paix en

infidles seigneuries de toutes

pourvu pareillement aux

les terres

enleves

ses vassaux, de Barn. la foi du roi

de Comminges III ne pouvait comme d'un

et au vicomte douter l'attestent ton trs et de

Pierre, XV,

et p.

il fut 212,

branl, Il crivit leurs avec et d'vacuer

ses lettres svre leur ses avidit, terminer de la ordre, 1213). clic

(liv. lgats leur

et Simon, enjoignit de de Toud'Arade nou-

reprocha

violences d'Aragon terres

s'entendre louse, gon

le roi les mme,

pour des vassaux nouvel (janvier bien

l'affaire couronne

il suspendit contre prenait d'une

jusqu'

la prdication Cette attitude

la croisade velle que

les Albigeois le pape tait

grave;

semblait Il n'en

indiquer fut rien. Les

l'avnement agents ques et de tife, ses

politique plus chrtienne. de la papaut, les chefs et les soldats de la province dsobirent d'admettre narbonnaise, audacieusement la justification auprs le

de la croisade, amis au du comte III comme aux

les v-

intrus

et leurs

de Gascogne ponet de ptres dans et pape,

Provence, refusrent

souverain Raimond par des perdue

allis,

et rcriminrent o si l'on ils reprsentaient

d'Innocent la religion

furibondes le Midi, leurs

accordait

moindre du zle

rpit

Toulousains seigneur

fauteurs.

Armez-vous

de Phine,

et cinquante mille hommes de pied franais avaient pass les Pyrnes sous la conduite d'Arnaud Amauri, de l'archevque de Bordeaux et de l'vque de Nantes. La journe de las Navas dcida des destines de l'Esl agne les musulmans ne s'en relevrent jamais. IV. 4

ao crivaient

FRANCE

FODALE.

E121S1

anantissez cette les prlats Toulouse, catholiques; cette Gomorrhe, avec tous les sclrats qu'elle contient; Sodme, ou mme son jeune fils, ne Raimond, que ce tyran, cet hrtique puissent plus relever leur tte dj crase demi! Ecrasez-laleur plus fortement encore ! A la furieuse clameur que poussrent Innocent tous ces intrts III conjurs, ces passions et crut; s'tre tromp et se ce qu'il avait crit en faveur cher fils le roi et de ses adh= toutes

son indulgence il rvoqua reprocha et de ses allis, et manda son de Raimond de se sparer du Toulousain Pierre d'Aragon rente;

mais la voix du pontife ne fut point coute. Le brillant et don Peyre avait le cur trop gnreux pour chevaleresque la cause de ses frres de la langue d'oc; lorsqu'il eut dserter il envoya dhonorable, perdu tout espoir d'un accommodement son vassal, alla chercher ses barons fier Simon, le, renona pour au del des monts, repassa bientt les Pyrnes et ses chevaliers avec un millier devant de lances catalanes Muret, petite ville situe et occupe par une garnison de croiss. sud-ouest de Toulouse, Le comte Raimond venait de rentrer Toulouse avec les comtes de Foix enlev et de Comminges d'assaut le chteau et le vicomte de Pujols, de Barn, aprs o soixante chevaliers franet aragonaises, sur la Garonne, et mit le sige quatre lieues

avoir

des cruauts de par reprsailles ais furent pendus ou dcapits il fit crier son de trompe par la ville, que tout homme Montfort et s'armer et apprter pour aller joindre le roi d'Aragon devant n'auroit Muret. Tant de gens s'assemblrent, que personne pu et l'on marcha ni estimer tout ce qui toit l runi, compter Gascons et Aragonois se festoyreu t o Provenaux, les uns les autres (10 septembre grandement 1213} j>. de Muret il avait bien Simon apprit Saverdun l'attaque la guerre alors rallume moins de gens d'armes que ses ennemis; droit Muret, entre rables la France qu'il et l'Angleterre attendait du Nord; l'avait Louis priv des renforts considde France, fils du roi Phi-

crois malgr son pre, n'avait pu venir, et Simon lippe, quis'tait et par n'avait t joint que par les vques d'Orlans et d'Auxerre, Parmi ces chevaliers figurait, la Ulrpetit nombre de chevaliers. vrit, le terrible. Guillaume des Barres, le Roland de ce sicle,

[1213]

L'ARAGON

SECOURT

TOULOUSE.

51

frre du son

utrin comte frre,

de

Simon.

Avec

Montfort

tait

aussi qui pas nom. (c.

le propre avait

frre

Raimond, parce pour dit

Baudouin que celui-ci

de Toulouse, ne lui de donnoit son

abandonn ni de

de terres Les 21),

chteaux du pour Crucifi,

soutenir Guillaume le jour pchs, pour

l'honneur de

champions choisirent ils conde l'ausur Muret grand

Puv-Laurens

la bataille leurs

de l'Exaltation se fortifirent le combat. d'armes de prtres

de la Sainte-Croix par le pain salutaire Simon se dirigea sept vques et de

fessrent tel, avec

et se ceignirent un millier de

d'hommes missionnaires, croiss. de Simon le comte de

et un assez moines

nombre entre lable

marchaient

les chevaliers confiance

Tout durant tenter

le monde

n'avait

la chevauche, le combat avec Mais ou

pas l'inbranun clerc essaya peu de monde tirant porles

de dtourner contre une tait une lettre

si copieuse de son

multitude (bourse dit-il, la lettre pouse cette

d'ennemis. de cuir ceci toit d'un dame de son bien par dois l? gure perdue qui

le comte, qu'on entre

aumnire Lisez, vit que dame, disoit

d'toffe tomb par

a la ceinture) Le prtre une noble le roi chasser de ce

m'est

mains. gon

adresse gentilhomme qu'il pays, rpliqua Ce que venoit,

le roi du pour dbitait prtre

d'Aradiocse

toulousain d'elle autres avoir s'cria marche (Guil. Les suspendu obstacle mon Pierre peut-tre Le passa passa seule, choses lu, que

l'amour mille aprs dire! roi qui

les Franois genre. Eh dire je une ne

et lui le

voulez-vous c'est Dieu que pour

je veux un

Simon contre dePod. princes l'assaut dans la

craindre

femme

{prounrneretrice). de

Laurent.) ligus, au bruit de la marche Simon, avaient entrer coup sans . Sile roi celle Simon. du Midi

de Muret la place, nuit afin

ils laissrent de finir sur bras crit jour, dans les d'une la lettre

les Franais le jeu moyens de ses d'un de seul

rflchir dans il avait point parlement Castclnaudari du les

vaincre

la nuit

matresses, par

il laquelle au en prouv ouvrit

intercepte de l'arme le comte

lendemain,

les chefs un pr

s'assemblrent qui avait

Raimond, de et

ce que des au

valait

la gendarmerie autour des tentes

France, d'attendre nous

l'avis

de dresser des Franais

barrires lieu

l'attaque bien

de les prvenir. et qu'ils

Quand tourneront

les aurons

navres

a coups

d'arbaltes,

32

FRANCE FODALE.

1213]

et nous pourrons les dconfire tous. Mais la face, nous sortirons d'outre les monts, tout fiers de leurs exploits contre les chevaliers on cria les Maures, traitrent ce sage conseil de renardiseipolpil) de la ville sus auxiFraneais qui sortaient et on les fora de repasser les portes; mais, pour tter l'ennemi, et repoussrent l'assaut dtelle l, les Franais tirent volte-face les premiers et retourse lassrent que les assaillants vigueur, nrent leurs tentes pour dner . Simon aussitt fit seller tous l vint Fvque Poltous ses hommes; ses chevaux et assembler aux armes, on courut croix quet, la mitre en tte et le bois de la vraie l'un aprs l'autre adorer croiss commencrent durerait trop longtemps, on vit que la crmonie de mingcs prit la croix des mains de l'vque sur un tertre, bnit en main la croix , et les comme

et promit, l'arme, en cette journe irait droit en paradis, que quiconque mourrait Puis les gens d'armes se formrent sans passer par le Purgatoire. de la Sainte-Trinit eu trois corps, en l'honneur , et donnrent de l'peron, tandis que la lutte s'engageait,

l'voque de Commonta Toulouse, au nom de Jsus-Christ,

en ville. Pendant que le clerg rentrait les vques et les clercs, parmi lesquels dans l'glise de Muret, crioient retirs tait saint Dominique, et poussoient au ciel de si grands mugissements, vers le Seigneur plutt hurler que prier . qu'ils sembloient du chteau, par la porte orientale comme s'ils eussent voulu fuir du ct du Carcassez; mais, tout il coup, d'un mouvement bride, et revinrapide, ils tournrent Les Provenaux buvoient et rent fondre sur le camp ennemi. Les hommes de Tousans gardes ni sentinelles. mangeoient hors du camp sans aux armes et s'lancrent louse coururent Les croiss taient devant eux qu'une roi ni comte , et les croiss n'eurent Les hommes au lieu d'une arme en bataille. masse confuse en trois rangs, selon du comte Simon arrivrent, disposs couter les derniers militaire et l'usage de la discipline corps, en mme temps que les premiers, htant leur course, chargrent du choc dpend la victoire, et ils sachant bien que de l'ensemble rencontre les cavaliers tellement la premire du culbutrent l'ordre comte de Foix, qu'ils puis, la poussire; devant eux comme le vent fait les chassrent du ct o toit le roi d'Aragon, se tournant sortis

[1213]

BATAILLE

DE

MURET.

53

dont telle tirent hache. du roi

ils avoient violence, au loin

reconnu que le heurt si des

la bannire, des une croiss armes fort tait

ils se rurent et le bruit entire dirig le sire convenus mis et chang mort. d'armes ft des

sur

lui

d'une reten-

coups

comme l'effort

tombe

sous

la

Tout Pierre autres seul

contre Florent

la personne de Ville et

le comte'Alain chevaliers

de Rouci, franais tait

plusieurs qu' gon leurs lui avait avec

de ne s'attacher Pierre d'Ara-

jusqu'

ce qu'ils celte

l'eussent

pressenti un

manuvre Alain l'armure lances. pas le roi, pas

et de cou la fois sur au le

de ses gens. qui portait de leurs ce n'est Pierre, adversaires

et Florent royale,

se rurent

le chevalier premier comte Non, s'lana gon! Les choc

et le dsaronnrent pas le roi! s'cria chevalier. Et

Ce n'est car il est

de Rouci rpondit sur ses

meilleur

ce n'est en

le roi, son

mais cri

le voici! d'armes de mille est

il

poussant

Aracoups. un mort! cri se mille,

Aragon! autres,

Envelopp qui

l'instant,

il tomba

perc pour

le virent, toute plus

s'estimrent la plaine droute la Garonne. ou sous

perdus Peyre et de des

lamentable Le combat

fit retentir ne fut

Le roi nobles Plus le fer

qu'une vers les

bourgeois quinze

prcipitrent dit-on prirent

ple-mle dans

eaux

vainqueurs

(12 septembre)1. Moult venal, d'autres tient que davre cheval bientt n'eut ne les cus de armes placrent pas en le cur nu et fut grand le roi le dommage d'Aragon et le deuil, resta entier mort en valut Pierre Simon roi Pierre. le corps qu'aux s'crie et sanglant moins, de le pote avec promoult la chravoue le cade

quand barons fut

le monde abaisse

et toute

et honnie. de son du hros

Vaux-Cernai devant descendit

farouche sanglant

s'attendrit Simon du fruits combats le jugement dfunt

brave

et gmit le vaincu besoin

{plandum pour de livrer aux quasi dernire ne

fecit ) sur songer de

. Il oublia Il jouret

de la victoire. la fatale de princes

nouveaux

Muret

sembla

mridionaux de toutes

Dieu, vainabsolue

tombrent leur

les mains. dans

Les

esprance

une soumission

1. Cansos de la Crozada cnnlr'el.i reges d'Albges. Historia de lot gratis d'armas et de Tolosa. Petr. faicts guerras Vall. Cern. Ouill. de Pod. Laurent.Comment, del rey enjacme, dans VUht.de Languedoc, III, 249. Litter prlalorum etc. qui in exercilu Simonis erant

51 l'glise.

FRANCE

FODALE.

[i2i4,

maj

L'hiver- pass, -"vers le temps o revenait le Ilot de a de Foix, de omminges, le viles comtes de Toulouse, croisade, au nom de la comcomte de Barn, et les consuls de Toulotie, du nouse remirent munaut, <t corps et biens , la discrtion et son fils quittrent RaimonctTI veau lgat, Pierre deBnvent. le Ghteau-Narbonnais, leur rsidence seigneuriale, pour s'tadu la dcision en attendant blir dans le logis d'un particulier, consuls Douze des vingt-quatre concile1. pape et du prochain furent en otages, et l'vque Folquet rentra Toulouse avec son clerg. Le pote de la croisade agita dans le conseil des chefs si l'on ne dtruirait livres en triomphe assure qu'on

par le fer et le feu l'voque Polquet la ville ne rflchit que dtruire d'abord, mon, qui y consentait de seroit pas son avantage , et fit dcider qu'on se contenterait et de dsarmer les combler les fosss, de raser les fortifications, de Simon, qui comptait se faire adjuger la seigneurie son propre bien, et les murs ne ne voulut pas dtruire Toulouse, furent pas mme dmolis. devoir dcider du sort du pays souLe concile, qui paraissait en janvier 1215; les archevques de mis, se runit Montpellier avec d'Arles et d'Aix y sigrent d'Auch, d'Embrun, Narbonne, Simon essaya de mettre profit la session tous leurs suffragants. Cette riche et libre de Montpellier. du concile pour s'emparer la suzerainet de la couronne cit venait de renoncer d'Aragon, pour se placer sous la protecqui ne pouvait plus la dfendre, du lgat, tion (lit roi de France. Simon, grce la connivence de chevaliers; mais dans la ville avec bon nombre s'introduisit levrent des barricades, cerles armes, les bourgeois prirent habitants. et chassrent le comte de l'glise o se tenait le concile, leurs murs. Simon n'osa se venger par une guerre ouverte contre mais il fut largeet vassale du roi de France une cit catholique de cet chec le lgat et les voques, la vrit, ment ddommag nrent
Raimond frvu avant de se soumettre, trahi qui l'avait un fils castel lui tira une terrible cependant du ct de Moutfort passer vengeance il le fit noyer; mains.

pas Toulouse l mais Sitait de cet avis

1. de son enlever l'etr.

VI,

Baudouin,

par surprise et son le comte de Foix Val!. Cern.

daus

pour et pendre d'un du Querei, aux branches de leurs la corde au cou propres passrent

[1215]

SOUMISSION

DE

TOULOUSE.

55

n'estimrent vement Simon, monarque Simon des et du et

pas

leurs

pouvoirs conquises, le pape

suffisants mais d'tablir confirma

pour

disposer

dfinitila garde prince provisoire grand le mois ne douavait et

seigneuries prirent pays

ils en confirent ledit Simon

. Innocent sa qu'il mais

la possession dfinitive Rome

suspendit

rsolution avait

jusqu'au pour

concile

cumnique 1215

convoqu

de novembre tait t pas reu

le gnral du concile

de l'arme cumnique. Narbonne, sur

de la Foi Simon

de la bienveillance sans sur rsistance tout le comt et sur faisait la

Toulouse, de Toulouse,

Montauban la Septimanie,

il rgnait sauf Tout mort! mariant Son plus arme s'acquittait craignirent par Louis l'glise uvre avec de

toute

Montpellier, le Il Midi

la moiti

de la Guyenne lui, Viennois du fut silence ses

et de la. Gascogne. de terreur tats, et de en YI. et nombreuse qui clerg prises mais capacit Louis du VII non

silence runion

devant du

prpara son fils tait joie

vastes

Amauri consomme vit au conduite fait

l'hritire et printemps par ans le ce

dauphin avec

Guignes une

inquitude

qu'il

approcher prince Louis

croises du que au vu

de France, et le

deux

auparavant. revenir de d'un la sur

Simon

le prince mpris avait des

ne voulut droits

les mesures royale; aucune aeul et

suzerainet sans son

de France et pre et

le courage

soldat plus de aprs afin

politique, qu' son

ressemblait il se pava repartit

beaucoup des raisons

Simon avoir de remplir

cardinal quarante vu. l'glise de figu-

de Bnvent, jours dans

paisiblement narbonnaise, s'ouvrit, plus

pass son dans

la province universel de Latran,

Le concile patriarcale Constantin. raient quatre vinrent les cent

le 11 1 novembre connue sous le nom

1215,

de basilique lesquels de abbs

Soixante-et-onze patriarches douze latins vques autour la du

archevques, de Constantinople et plus chef de huit

parmi et cents

Jrusalem, et prieurs des am-

s'asseoir de

de l'Eglise, princes imposante et sa plus

en prsence

bassadeurs concile

de Latran du

des plupart fut la plus moyen ge,

chrtiens. assemble fidle Innocent le cri me; du et III

Le quatrime qu'ait sa plus runie comtrouv l'hu-

le catholicisme plte moins manit expression. fort qu'il

Le superbe, n'avait avait

l'inflexible devant dans son

s'tait et de

compt pntr

sang

le doute

il avaitsenti

le besoin

56 de raffermir

FRANCE

FODALE.

[1200-1210]

sa conviction

glise entire partager lui manqua pas la catholicit accepta, terrible. sentants, cette solidarit Le concile commena

et d'appeler l'par celle des autres, la solidarit de ses actes. Ce concours ne par l'organe de ses repr-

par traiter les points de dogme avant de de fait. Il n'avait pas seulement devant des questions s'occuper et les vaudois lui les manichens auprs du dualisme manichen une troisime secte s'tait leve dissident, Le ralisme des coles, clair sur luil'unitarisme panthiste. des philosophes arabes et juifs,, mme par le flambeau redoutable avait enfin port ses dernires consquences. le grand commentateur arabe d'Aristote, avait ni Averrhos, et du christianisme intermde l'me, et affirm une me universelle, et seule essence diaire entre Dieu et les individualits apparentes, vritable de celles-ci. D'autresavaientt jusqu'au pur panthisme. l'individualit Leurs franais disciples Ds la fin du douzime Bne, Chartrain tout chrtien les plus hardis jusqu'au bout. mauri de sicle, un docteur renomm, Paris, a mis la proposition qui enseigne que du Christ; et il l'entendait au sens est membre ont suivi

est identifie l'me c'est--dire que toute me chrtienne propre; Rome, il s'est rtract; du Christ; identifie Dieu. Condamn ses disciples mais il en meurt de chagrin, aprs avoir confirm est de retourdans sa croyance. La fin de toutes choses, disait-il, ner en Dieu, pour ne faire qu'un avec lui. Tout est un, et tout est Dieu est l'essence de toutes cratures. II y a trois choses, Dieu. le principe indivisible ajoutait un autre matre, David de Dinant duquel duquel stances seule sont faits (eonstitwuntiir) les corps; le principe indivisible dans les subsont faites les mes, et le principe indivisible ternelles, qui est appel Dieu. Ces trois choses sont une et mme chose . ont continu de se rpandre mais elles ont fait alliance la prsence, secrtement d'un aprs avec un autre lextatique

Ces doctrines la mort ment,

d'Amauri comme l'atteste

dans la secte,

illettr, d'un prophte artisan Guillaume l'orfvre, parmi les clercs Le corps du Christ, enseiet les matres s-arts ou en thologie. dans le pain consacr que gnent les sectaires, n'est pas autrement dans tout autre pain ou dans tout autre objet (c'est--dire qu'il est

[1210-1215]

P\NTHISTES

A PARIS.

37

partout). forme sous

Dieu de la Loi

le l>re a opr, Dieu le Fils

dans a opr, de mme

l'Ancien dans que

Testament,

sous Testament,

la

le Nouveau

la forme

des du

sacrements; les

la Loi est tombe par l'avnemcnt

par

l'avnement du Saint-Esprit, sein desquels et l'enfer dant pas, pcher, lui Saint On la

Fils, qui

sacrements

vont clairement point

tomber dans

se manifestera Il n'y

les hommes le paradis

au

il s'incarnera.

de lieux

appels

le paradis

et l'enfer commet

sont quelque

en nous. acte spar tant

Si quelqu'un, d'impuret, de la que chair,

possil ne pche ne habite et l'Espritpeut en

le Saint-Esprit, car le et Saint-Esprit, l'homme

absolument ne peut pcher

l'esprit

< Quiconque . voit que du dans

a la connaissance

de Dieu

est le Christ

le panthisme Saint-Esprit,

scolastique forme

s'tait

ici de

combin l'aspiration

avec au

religion

progrs tranges. L'voque tiques, contre


allaient

la religion;

ce mlange

mystique adultre

produisait

des fruits

de Paris moyens manichens

employa, immorauxd'Orlans,

pour qui du en

dcouvrir avaient temps coutume dj du

les chefs t roi dans surprirent les livrrent. furent Sens, en fit mis

des en

hrusage et qui Deux leurs

les les

Robert3, l'glise. tous

malheureusement s'insinurent sous un semblant gens concile parmi

passer les

prtres secrets hrtiques, ns, bras aux

sectaires, puis

de fraternit, d'glise

Quatorze condamet remis brler au dix

la plupart par un

et de science, de qui

Paris, sculier, halles de

de la province la cour du des exhums de David roi,

c'est--dire Champeaux d'Amauri les

(march furent livres

Innocents). et jets de DinanM, d'Aristote

(20 dcembre sur un fumier.

1 210). Les Le concile pour teurs. trois Cette

restes fit ans

brler la lecture

et suspendit commentaen 1215,

de la Physique temporaire fut

et des dfinitive,

prohibition

rendue

donnent une explication diffrente Ce qu'on appelle pch n'est si c'est l'amour le fait point pch, faire . Hurter, Hisl. d'Innocent III, 1. XIV. qui 2. Sur cette secte, v. Marlin. Polon. Chronic. Eapeditissim. 1. IV. S. Thomas, In Secund. Sentent, disq. XVII, qust. 1. Csar. Heisterbach. Illuslr. Mirac. et Hisl. Metnnr. 1. V, c. xxij. 3. Y. notre t. 111, p. 53. 4. II parat, d'aprs Rigord et Marlin le Polonais, qu'on brla, avec ces livres, le Priphysen de Jean Scott rigne, d'autres traits galement attribus par erreur a Aristote, et, peut-tre, la Mtaphysique d'Aristote elle-mme.

1. Certains

98
dans les statuts donns

FRANCE

FODALE.

U2I5J
par

le lgat Robert et la Physique la fois, la Mtaphysique de Courson, qui prohiba, Nous verrons bientt et n'autorisa d'Aristote, que sa Dialectique. et que l'glise dut capique ce dfinitif ne fut que du provisoire, zi l'universit de Paris tuler avec le stagiri te"1. scolastique n'tait pas assez fort pour rsister il la religion du Saint-Esprit, si terrible2; qui s'y tait plus vivace. Quoi qu'il en ft, le tait mle un moment, de l'glise. fois tous les adversaires concile de Latran frappa la de Nice contre l'arianisme, Ainsi qu'avait fait jadis le concile Le panthisme une rpression dbuta par une futer implicitement il seul Dieu, de la foi catholique, exposition les hrsies du temps prsent. destine r II n'y a qu'un a fait de rien les

du temps, qui, ds le commencement hors de Il n'y a qu'une glise universelle, esprits et les corps5. Le corps et le sang de Jsus-Christ laquelle personne n'est sauv. de l'autel, le pain contenus au sacrement sont vritablement tant divine ploy transsubstanci (le terme au corps et le vin au sang par la puissance n'avait pas encore t emde transsubstantiation Le concile les autres pareillement par les diverses sectes, puis il les hrsies contraires son exaffirma

jusqu'alors).

principes condamna

contests catholiques toutes collectivement

Le principe la secte d'Amauri. position de foi, et nominalement de procontre lequel venaient de la perscution, Fithacianisme, les humbles chrtiens si vanglique, tester, avec une simplicit
1. thistes l'Asie Barau, de la Philosophie scolastique, t. I, p. 391-417. avaient '& la tte ces Occident, t violemment taient perscutas Nouredtiu dans et le

2. Il est U remarquer que, dans le dernier tiers du douzime sicle, les pangrand Saladin. Ceux-ci ne firent pas une guerre moins acharne- aux sectaires de
l'islamisme, daient, en soit Orient, aux en gnral, les philosophes et, les musulmane orthodoxes, par ismalites, a ce qu'tait., soit en desquels

desmclidh, aptres la religion du

qui

Saint-Esprit,

corresponmais

avec des ides plus arrtes et une action plus soutenue. Chose trs frappante c'est dans la religion considre comme anti-progressive, dans l'islamisme, que l'ide du progrs se manifeste, par raction, durant cette priode de l'Mstoire, avec bien plus d'clat et de prcision que dans aucune secte chrtienne. La Perse,
l'Egypte,

successifs qui doivent perfectionner de plus en plus l'humanit. 3. Ceci tait dirig '&la fois contre les manichens et contre Aristote, et surtout contre ses commentateurs arabes et juifs, qui n'admettaient pas que rien et t
fait de Hen , et croyaient les tres particuliers mans de l'tre universel et noa

l'Afrique,

sont

envahies

par

la croyance

une

srie

de mehdis,

messies

ctos par lui.

[1215]

CONCILE

DE

LATRAN.

59

des Alpes, il faut morale. puissances biens leurs des bien

fut

solennellement orthodoxe

consacr on

par

le concile. fut

Le concile, hrtique en aux les

le dire, Les

mtaphysique, seront le chtiment et ceux s'ils et, s'ils ne des

hrtiques pour seront suspects

condamns recevoir

abandonns convenable; clercs, dvolus

sculires laques Les seront condamns

conlisqus, d'hrsie,

glises.

se justifient demeurent un

convean en

nablement, cet qui, tat,

excommunis, comme admonest, hrtiques.

Le

seigneur

temporel d'hs'il ne du

suffisamment sera dans de

ngligera par le concile dclarera dvolue

de purger provincial, ses au

sa terre et,

rtiques, satisfait serment catholique. seront incapables de mort

excommuni l'anne, fidlit, Les et croyants, dclars d'hriter, nous ces le sa

pape terre

vassaux premier des de

dlis occupant hrtiques, tous offices, etc.

fauteurs infmes, de porter dirions excommunis

et receleurs exclus tmoignage,

excommunis, de tester, civile, comme avec Quiconque sera l'an, excommuni. la partie ils et de

(frapps

aujourd'hui' sera de

Quiconque excommuni prcher au pour sans moins recler luimisune des ou les vie en sin-

communiquera mme. sion fois

s'attribuera Chaque son diocse

l'autorit voque qui

visitera, passera de bonne

hrtiques; davantage, gens gulire tenant

choisira leur fera

trois jurer

hommes de lui secrets, des

renomme,

dnoncer ou fidles,

les hrtiques, menant ds qu'ils une

des

conventicules du commun

et diffrente . est suivi cette

auront

connaissance Ce canon On doit l'Inquisition, le souvenir le concile

d'un

autre au pas avec le juge

qui

rgle

les

formes

des

enqutes. crant dont sinistre: l'informaet lui On

rendre

justice

concile moins de

de Latran, l'infme cette en de les noms

qu'en procdure

il n'organisa est identifi que

du celui

institution entamant l'accusation, des

ordonna

d'glise, lments

tion,

fit connatre

l'accus les dpositions

les

communiqut sait que tenir

et mme depuis, tout la

tmoins. et s'appliqua touchant

l'Inquisition l'accus des chefs dans

fit,

le contraire, plus complte des dcrets des tmoins.

l'ignorance

la

nature Le s'effora

d'accusation beaucoup la libert

et la qualit d'autres et la rgularit

concile

rendit

importants lections eccl-

il

de rtablir

CO

FRANCE

FEODALE,

[1215]

devraient sa faire, ou directement et dcrta qu'elles siastiques, ou indirectement par le choix de quelques perpar le scrutin, les autres remettraient leurs pouvoirs. sonnes capables auxquelles ses pchs, au moins une fois au moins l'an, son propre prtre ( son cur), et de recevoir, de l'eucharistie, peine d'tre rejet de le sacrement Pques, ecclsiastique (ainsi ce coml'glise et priv de la spulture de l'glise ne date que du concile de 1215). mandement eau froide ou fer Dfense tout prtre de bnir eau chaude, -Tout fidle est tenu de confesser chaud enfin pour tenter le jugement les preuves superstitieuses -Les de Dieu . L'glise rpudiait qui lui avaient t imposes par

empchements apports par les canons aux du septime au quatrime entre parents sont restreints mariages accorde la raison publique et degr (cette tardive satisfaction les Barbares' l'ordre Innocent social avait t provoque III n'avait russi qu'aprs croissantes. par des rsistances une trs longue lutte rompre

du roi de Lon avec la fille du roi de Castille, sa pale mariage les enfants issus de cette rente, et il avait t oblig de lgitimer des bans de mariage, qui cxiSiail dj. union). La publication aux curs une portion On assignera en France, est gnralise. suffisante (parce que certains patrons ou coHateurs s'attribuaient des cures). -Tout commerce avec les tout le revenu presque des mitres (des inttant que les juifs exigeront juifs est interdit, du Mont-Cassin et ceux de Cluni, tombs rts). Les bndictins un grand relchement, de leurs confrres l'inspection dans sont soumis une rforme, sous de Gteaux.

les anciens ordres monaOn ne se contenta pas de rformer deux nouveaux, d'ciore on en autorisa qui venaient stiques propos pour l'glise, l'intellement qu'on y crut reconnatre et saint Franois d'Assise comdu ciel. Saint Dominique spiration ses plans au pape devant le concile, l'un pour soumettre parurent des plans dj mis l'autre pour faire ratifier et aux voques, htroexcution. L'glise avait t .branle par la prdication de la soutenir d'un par la cration doxe Dominique entreprit ordre exclusivement destin prcher la foi catholique, et, sous

i. Le nom mme d'ordalies, donn aux preuve*, indiquait leur origine germanique.

[1215]
les des auspices Prcheurs

SAINT
de

DOMINIQUE
l'voque dans Folquet, Toulouse au

ET

SAINT
les la de

FRANOIS.
fondements de de l'ordre

61

il jeta mme, nom

mtropole

l'hrsie1. et le mystidu

L'glise renoncement cisme et

avait

attaque

l'inspiration d'Assise transporta et

mystique

vanglique; la ralisation

Franois littrale de

la

pauvret

de

l'humilit

chrtiennes
qui renonaient

dans

le sein de l'glise;
absolument, non les autres

il fonda
plus moines,

un ordre
la la

de moines
proprit proprit

seulement mais

individuelle,

ainsi

que

collective,
et sait bientt les les vques, dans

et faisaient
d'abord actions de et cette

vu

de ne vivre
de les l'espce

que d'aumnes.
de de dlire qui Franois, sentiments de faire pour ce carts de ses mais chef sa crouler les des brlante

Le pape
parais-

tonns dans issue

les l'utilit

paroles aux

comprirent exalts dont l'difice croyances religieux imamysaberraembrascratures, l'unit L'insfide

ouverte incessamment

explosions et,

menaaient assurs de de l'glise, du

catholique, et la hirarchie

respect ils aux

de permirent tous pieds, humaine2; par sa les

Franois

mendiants gination. tiques, tions sait mais la la

s'abandonner foulait et tre la

Franois raison

dans

garements bien des qui les

dignit

pouvaient non-seulement la nature en

rachetes tous les Ce avec

charit mais

infinie, toutes compris sa

hommes, pauvre insens sinon

entire. Dieu,

avait avec

cration

son

cur,

raison3.

1.

Les

dominicains ce qui la France.

s'tablirent leur valut

Saint-Jacques, dans toute 2. tres

Paris, en 1218, le nom de jacobins,

dans sous

une lequel

maison ils furent

de

la

rue

connus

couraient et ses disciples Franois dans leurs sermons, tranant aprs le vendredi-saint, pleurant dveloppant a d'lments table, pour que Bethlem. Dans ses dramatiques. celle o connue rien naquit

carrefours, Seigneur pour avoir trainer s'est

le buf, y voyait le foin; l'ne, comme un mouton, en prononant n'y manqut, lui-mme, la vie et la naissance de il lui fallut aussi Aprs Jsus, jouer la Passion. dernires on le portait sur une charrette, annes, les rues et les par versaut le sang les et cots, par imitant, celles du par ses stigmates, > C'tait une grande lui de faire joie dans pour les rues pnitence il blait le jene et mang un peu rompu de de nu, frapper coups corde, de poulet votre insu . Michelet, et Barthlemi colporteur Francesco et d'Assise de de et volaille l'on tlisl. criait de par France, son vrai ncessit. Voici t. II, nom Il se le glouton p. 540-542; faisait qui

A Nocl, le Sauveur.

tous les ntyspartout, pieds nus, jouant eux les femmes et les enfants, riant Nol, sans retenue tout ce que le christianisme se prparait, Franois une pour prcher, On

tout

gorg Thomas Cellanus d'aprs 3. C'tait le fils d'un mais got on pour l'avait la

de Pise. en Ombrie ou (le Franois la facilit avec Jean; le Franais), a cause de son il avait la laquelle appris tait

surnomm langue

franaise

G2 tution de l'ordre

FRANCE des Frres

FODALE. Mineurs

[12(5]

{Minores, les petits, les eux-mmes moindres), ainsi qu'ils se nommrent par esprit d'humilit, fit plus pour Rome que les sanglantes victoires des croiss arms par les moines de Citeaux; elle ramena dans l'glise des milliers d'mes exaltes qui cherchaient auprs des sectaires un aliment femmes leurs ardeurs. L'institut par la fondation du second [Santa CA/ra), puis aux laques, par l'tablissement t duTiers-Ordre, laquelle s'affilirent une multitude de personnes congrgation avec les franciscains, en se soumettant de qui fraternisaient certaines monde et de certaines pratiques ni le mariage et sans renoncer reprsentaient dominicains sans obligations, leurs biens. le sentiment dans quitter le de saint Franois s'ouvrit aux ordre ou surs de Sainte-Claire

Si les franciscains

de l'orthodoxie, les ment, la science, l'enseignement en mme s'ils n'avaient Heureux,

y reprsentrent de la thologie4. rigoureux le principe temps personnifi

la sphre le raisonne-

de perscution, et si l'horreur du nom de l'Inquisition, ne prvalait sur la gloire des grands docteurs et des grands artistes2 s de cet ordre, qui sortirent puissant pour le bien comme pour le mal Le concile de Latran eut faire une solennelle principes qu'il venait de poser touchant d'hrsie. Les princes tiques et fauteurs lis) d'un taient peuple accourus entier livr demander application des la spoliation des hr-

justice la fureur du glaive;

fatdits (dshrits, spoet rparation au nom les deux comtes

parler.
disait-il, et tout les ce

II prchait les oiseaux dans les bois


vous devez qu'il et les . Vila

Mes frres les oiseaux, leur


ailes les et plumes roeWvs et frre ou des

le Seigneur, louer grandement qui vous donne faut! II admonestait les "bls et les vignes vous excitait S. l'amour ap. divin. Bollaud. Il nommait Acta SS. toute ociobr. crature t. II.

les forts, et toutes les belles choses des champs, et la terre et le fou, et l'air -et
vents, son La sa sur Frauisei, charit

franeiscains fit contrepoids au zle sanguinaire des dominicains, qui ne tardrent Annoncez la paix pas devenir les pourvoyeurs et les suppts de l'Inquisition. i tous, disait Franois a ses disciples, car plusieurs vous paraissent tre k-s
membres du diable, qui seront un jour membres de Jsus-Christ . Il refusa de

fondre son ordre avec celui de Dominique, qui lui en avait fait la proposition. 1. Leur gnral fut cr Matre du sacr Palais (pontifical), et ils y enseignrent
la thologie sous Jes jeux mmes du pape.

2. La dialectique ne prvalait pas tellement sur l'inspiration, chez eux, qu'ils n'aient fourni de grands peintres, de grands architectes, etc.

[I2t5]

LA

PERSCUTION

CONSACRE.

63

de de pour

Toulouse, son oncle

le le

pre roi l'abri

et

le

fils,

rcemment o son

revenu pre

de l'avait de

la

cour

d'Angleterre, de d'autres la tempte, nobles la de et leurs

envoy et de et leurs de la

le mettre

les comtes hommes du la de concile, vue

Foix

Comminges, de Gascogne misres chrtient. taient

et bien

Septimanie talant des et pres

se prsentrent

barre tyrans

et les iniquits Vainqueurs l en prsence;

vaincus,

oppresseurs

opprims,

frmissement l'assemparcourut un long de Foix reprocha en face l'vque le comte ble, lorsque Folquet la vie, le corps plus de dix mille et l'me d'avoir fait perdre de ses requit croiss du ouailles, merci et par pour s'il et lorsqu'un le fils de du chevalier vicomte, de la vicomt fidle et ajourna sa terre l'vque fait chrtien de tu Beziers par au les jour

Simon

Montfort,

le pape . La de

jugement, levait

ne rendoit accusatrice

l'enfant contre

Provence Toulouse. dans le

entire

sa voix s'criait

Cet voque, deuil corps sieurs tice plus

l'archidiacre

de Lyon,

vivre

cent mille dont V me pleure et dont le de cinq hommes, Mais cette motion fut passagre. En vain saigne. pluprlats en vain de plus passions rclamrent-ils le pape Toulouse, autant qui sur le hros de le lui-mme cet les droits s'attendrit-il hritier qu'il enfant en de tant et la pu de la charit l'aspect de seigneuries, d'un intrts voulut victoire, Simon III n'avait VI, saut et de la jusdu jeune qui . qui pas et de pu

Raimond n'avait Les

de terre avaient ces

franchir et les on ne de dvolu

croisade

s'appuyaient dpossder tout l'hritage sauf

passions de la foi ni

l'emportrent ses compagnons fut

la maison marquisat

de Toulouse de Provence.

Montfort, se dcider arrt remises fut arrt vreraient s'effectua que

Innocent

dpouiller les tard terres

entirement l'est du comte,

le fils de Raimond Rhne s'il seraient s'en

et avait et . Il

squestres cligne

plus que leurs

au jeune

rendoit des Pyrnes

le comte fiefs,

de Foix en rendant

et ses

voisins

recouce qui ne

hommage

Montfort1,

point. Concil. t. XI, l'analyse des canons dans Fleuri, t. XVI, 1. 77, et les aux affaires du Midi dans le pome de la Croisade 143-152. Le le drame du pote provenal est admirable de mouvement et d'lol'authenticit des dtails n'est pas toujours bien assure.

1. v. Labb. dbas relatifs rcit ou plutt mais quence

et

FRANCE

FODALE.

[llff]

Ainsi finit la premire priode de la guerre des Albigeois. Au de l'anne suivante (avril 1216), Simon de Montfort se printemps rendit en France prs du roi, son seigneur, pour lui demander l'investiture du comt de Toulouse et du duch de Narbonne dans chaque ville, chtel ou bourg qu'il traversait, le clerg et le en procession sa rencontre, peuple sortaient de lonpoussant et criant Bni soit celui qui vient au nom gues acclamations, du Seigneur! On s'estimait dit Guillaume le Breton, heureux, de pouvoir toucher de la langue d'ol, considr n'avait comme vu volontiers le bord de ses vtements. ce Simon, si excr un David, un Judas Machabe. les pays des mridionaux, tait Dans tous

ni les empitements fortune du chef de la dangereuse et suzerains, ni la prodigieuse turbulente famille des Montfort; il ne laissa rien nanmoins, de son mcontentement ni de sa mfiance, et it grand paratre accueil l'heureux Simon, qui reprit le chemin de ses tats aussitt aprs que le roi eut reu son hommage. Il n'y fut pas accueilli contres, comme nagure dans la France du nord la dsolation de ces si florissantes, tait inexprimable des camdes ruines noircies par les flammes, des castels pagnes dsertes, crouls et vides, des villes saccages et dpeuples, tel tait le spectacle qu'offrait presque partout la terre de la langue d'oc. C et l on rencontrait, monts sur de mmornes, abattus, chants consuls d'amour. roussins qui Maintenant de paysans, ces chtelains, ces chevaliers, ces brillaient dans les tournois et les cours nagure ils ne pouvaient sur les terres qu'ils n'entrer demeurer avaient dans leur patrie possdes, autrefois

Le roi Philippe de l'glise sur ses droits

esclave, ni passer moins de se soumettre

ne jamais chevaucher un destrier n'tait-ello octroye qu'aux catholiques avrs, qui n'avaient Les voix joyeuses et brillantes point encouru d'excommunication. avaient fait silence, ou, si elles s'levaient des troubadours parfois encore, c'tait pour murmurer douleur. Ah! s'crie l'un d'eux, terre d'Agen, Beziers et Carcassonne, La Gaule mridionale des Albigeois de nobles des chants Toulouse de regrets et de et Provence, et la quelles je vous vis, et quelles ne rpara jamais les dsastres efforts furent tents avec un

jamais dans une place mure, de combat. Encore la rsidence

jevousvois! de la Guerre

[1210]

DSOLATION

DU

MIDI.

65

succs la

momentan de leurs

pour

dlivrer

la Septimanie, la son Provence

le Toulousain proprement mais le

et dite gnie litsi

Gascogne quelque

oppresseurs; encore

garda natif lrature riche, lieux laisser des

temps

indpendance; frapp au cur;

de la race ne

mridionale pas

tait survivre

sa fconde mme,

devait

sa libert; s'teindre alimentaient abandonns peu

sa langue peu les aux avec

si harmonieuse, foyers aprs littraires elle que du des

devait qui en

les lumiet ne

inspirations, classes

patois

infrieures

populations que royale de

Midi. agonisait dans dans les flots de son sang, Le gouen plus autour o anne seulede lui la

Tandis France vernement plus ment les habile sur grands

la Provence s'affermissait Philippe-Auguste fort;

sa nouvelle se du montrait roi ne

grandeur. d'anne s'exerait groupait

et plus les

l'action royaux; de

domaines dans

Philippe

vassaux

frquents ftes une

parlements, chevaleresques, certaine lgislatives, unit

les dbats

politiques non nation sans

s'entremlaient succs,

aux

et travaillait, au corps dans de la ces

imprimer Diverses appliques part aux

franaise. furent pris ainsi temps

mesures sur

adoptes de tous monarchie fdration les chefs des rois

assembles, qui avaient

les terres La

les seigneurs fodale dont titulaires. de France se les

dlibrations. l'espce

substituait rois On du

rellement n'avaient le recueil

de vague que

pass dans

t longtemps des Ordonnances

trouve,

monuments de ces assembles quelques lgislatives. L'un de ces actes, convenu l'unanimit entre le roi, le duc de les comtes de Nevers, de Boulogne, de Saint-Pol, le sire Bourgogne, (t. I, p. 29-39), de Dampierre, coup de etc., dfend dans alin les sous-infodations, les ou grandes partag seigneuries, entre plusieurs tous qui jetaient et statue beauque,

confusion fief sera

lorsqu'un l'acqureur suzerain

personnes, directement but d'arrter d'attirer parvassal du

ou les co-partageants K Un autre acte encore

le tiendront plus important

a pour

les usurpations devant tant eux toutes

des juges ecclsiastiques, les causes par dont un fodales, serment, sous tout

qui tchaient prtexte entre l'glise

que, eux

tout

li son

sire

procs qu'

supposait

un parjure,
1. C'est IV.

crime

il n'appartenait
V. notre

de connaitre.

l'abolition

du

frrage.

t. III,

p.

17. 5

66 Le roi et ses vassaux

FRANCE

FODALE.

[mi]

- ne jamais laisser porter de s'engagrent de nefs devant les tribunaux questions d'glise. En mme temps les prtentions des clercs, Philippe les contraignait qu'il rprimait remplir leurs devoirs fodaux; il saisit les rerigoureusement venus des voques d'Orlans et d'Auxerre, voulc qui n'avaient marcher au ban royal, qui prtendaient me que lorsque que soutenus par Rome, l'amende. ni par eux-mmes, ni par leurs avous, et qu'ils ne devaient envoyer leurs hommes l'arle roi y tait en personne. Les deux prlats, quoifurent obligs de se soumettre et de payer

les loisirs de la paix se mettre en tat de Philippe employait ne pas craindre la guerre il continuait fortifier le territoire, uvre commence ds les premires annes de son rgne. En l'anne fit clore de murs la ville de Paris en 1211, le roi Philippe la partie du midi jusqu' la Seine, si largement qu'on enferma dans les murailles les champs et les vignes; puis il commanda qu'on gens fit maisons pour manoir et habitations partout, (demeure), jusqu' murs1. Il fit aussi ceindre et qu'on les louyaux ce que toute la ville ft et renforcer les autres

pleine jusqu'aux cits et chteaux

de grandes tours bien dfendables, et, quoiqu'il put par droit faire tours, mui's et fosss sur la terre d'autrui pour le commun profit du royaume, il fit loyale compensation de son bien propre tous ceux dont il prenoit les terres pour ses cits et chteaux renforcer (Guillelm. Que ce ft loyaut ou Armorie.). c'tait une chose nouvelle que ce respect de la proprit politique, chez les princes. A l'poque eu probable o Philippe acheva l'enceinte de Paris, il semblait que la capitale et les autres villes franaises eussent faire l'preuve de leurs nouvelles fortifications.

de longtemps Ce n'tait pas la France, mais ses adversaires qui se tenaient sur la dfensive. Le roi avait eu quelque inquitude, pniblement le meurtre de son alli Philippe de Souabe, tomb viclorsque time d'une vengeance particulire, eut donn le sceptre de la Teutonie Othon de Brunswick, en 1208. Mathieu Pris rapporte

1. Chaque toise du niuv cota 100 sous parisis (120 francs); chaque porte ou
portail tioils, de tourelles, Haiiquc t. XXXII, p. 801. 120 livres (^,880 francs). JJtm. de l'Acad. des (nscrip*

[I2tl]

PHILIPPE,

JEAN

ET

OTHON.

67

qu'Othon fanterie,

et

son

oncle

Jean rien

d'Angleterre, moins que

faisant de rduire

assaut le roi

de

for-

ne projetaient de Paris, Robert. et Othon assez en Italie, des

de France au temps

la possession du mais eurent s'tant ronne jeune sige, bon roi

d'Orlans plan obligs de l't du pape, se

Ce beau furent affaire dans

et d'tampes, comme n'et pas t facile d'en suspendre

raliser, et

Jean

l'excution, Othon,

bientt rendu impriale Frdric et refusa

dfendre de 1209, voulut roi de

eux-mmes. pour enlever Sicile, qu'il recevoir la

la couPouille du au

mains

de Hohenstauffen, d'accomplir la

vassal avait faite

saint-

promesse

de mettre domaines Mathilde, brouilla dix ans,

au pape autres

le saint-sige autrefois l'amie donc s'tait C'tait de lgus

en possession Saint-Pierre VII. avec de

de la Toscane par

et des

la clbre empereur, pontife,

comtesse Othon qui, au pu Le depuis trne rester pape se

Grgoire

A peine

mortellement donn dans qu'en taient III tant

le souverain

mouvement des les ns. choses; intrts Cette sur avec

pour Othon de

l'lever n'et

imprial. fidle

la force sacrifiant ennemis lana et,

au pape

l'Empire. cota dlia

et l'empereur Othon. Innocent

rupture sa tte,

cher ses sujets lui du susjeune

l'anathme d'accord dans

du serment cita prince du de grand 1211, un

de fidlit,

le roi

de France, mme de Sicile,

redoutable qu'il avait

concurrent voulu dpouiller

la personne Frdric

petit-fils la fin rende la

Frdric par pour le parti la

Barberousse, gibelin, fois que et

fut

proclam

empereur, vicissitudes l'alli

de singulires pour un moment,

daient, papaut. L'autre longtemps relle cent nel

premire

ennemi aux le avait refusait l'avait

de prises

Philippe-Auguste, avec la cour de d'un archevque et que Jean

le roi Rome. de croyait

Jean, Le motif

tait de la

depuis que-

tait III et

choix fait de t

Canterbury, son fut ennemi frappe pas l'glise tait

qu'Innopersond'interdit tort dans anglisi haut c'tait Mais de Rome les

lire

recevoir. nagure de des

L'Angleterre la France. Canterbury, du son un rival tous les pays lection de la esprits Jean le de

comme le fond le

n'avait chef Kent, au de

l'archevque gardien

cane,

liberts

un

personnage, quasi, brutalits pour

qu'abandonner le roi, de Jean accepter tournrent

saint-sige, main du pape. en faveur

es il chassait de mort,

FRANCE les vques, obligeait arrachait aux barons

FODALE

12/ (-J213J

les prtres officier sous peine leurs enfants afin de lui servir

et prenait contre le mcontentement prtexte public, d'otages d'extordes signes mme de ce mcontentement pour redoubler et du peuple, il ne dtest de la noblesse sions et de violences foi et sans loi, et sems'entourait que de bandits sans nom, sans non plus pour il soldait ces mercenaires, blait le roi des routiers; mais et vaincre leur tte comme son frre Richard, combattre les sujets que lui avaient laisss et tourmenter pour ranonner le plus avilisdfaites. C'tait le gouvernement ses ignominieuses Une rvolution sant et le plus hideux qu'on se puisse imaginer. et le pape, vers la fin de 1211, en Angleterre, l'issue. Il traita Jean comme Othon, et le rsolut d'en prcipiter dclara dchu du trne, la grande joie de Philippe-Auguste, des vnecroissante la marche qui suivait avec une esprance devenait imminente ments que ambitieux d'Angleterre. avait Philippe plus vaste que toutes celles entreprise la pense de cet fin proccupait menes Une 1213, le roi de France convoqua Soisle duc de Bourauquel assistrent parlement,

monarque. Le lundi saint, 8 avril

sons un nombreux

cousins du roi1, la gogne, les comtes de Dreux et de Nemours, tutrice de son fils, qui fut depuis le ccomtesse de Champagne, et une foule de grands barons. de Champagne, lbre Thibaud Le roi annona aux seigneurs assembls, que, d'aprs le mandede beaucoup de barons anglais, il du pape et l'invitation le tyran excommuni. Innoallait passer le dtroit pour dtrner cent III avait en effet mand Philippe qu'il et se charger, ment du roi anglais: de ses pchs , du chtiment de l'Angleterre la souverainet pour lui et et avait expdi en France des bulles ses successeurs perptuit, s'armerait contre des croiss quiconque les privilges octroyant sauf Ferau roi leur concours, Jean. Tous les barons promirent rand, comte de Flandre, qui se retira en disant qu'il ne passe pour la rmission il lui avait transfr t. Le comte de Nemours, Pierre de Courteuai, tait fils d'un fils de Louis le
Gros; eltrc, tiens. le second venait fils de l'autre d'pouser du roi, cousin-germain la jeune duchesse de Bretagne, Pierre Alix, de Dreux, sur du dit Jlaumalheureux

Arthur. La Bretagne passa ainsi des mains des Plantagents dans celles des Cap-

[1213]

PHILIPPE

MENACE

L'ANGLE'RERRE.

69

roit

point

en contre

Angleterre, tout droit

parce ses

que

messire d'Aire toit

Loys,

fils

du

roi,

lui

retenoit et que de

chteaux

et de Saint-Omer, . France Le roi, , que transFer-

d'ailleurs colre,

la guerre jura, chrement par

projete tous

injuste de

port rand

les saints et que . Don comte Jeanne, de

paierait ou

sa flonie, franaise devenu

la France Ferrand Flandre de

deviendroit ou en Fernand, recevant Bauaprs une

flamande, prince du roi

la Flandre, tait de la

de Portugal, la main qui avait mois contre

comtesse le trne avait,

fille

ce fameux et qui, pri avait et de dans

douin quelques guerre

conquis de rgne, les Bulgares. pour

de Constantinople, cruellement Louis les de France d'Aire Baudouin quelques devait

disait-on,

Le prince rendre

profit Saint-

de ce mariage Omer, lui portion enleve

se faire

villes que de

de l'hritage nagure Ferrand, une alliance par ennemi qui les

de sa mre, la faveur

de Flandre embarras au roi, de

avait

Philippe-Auguste. entraner l'empereur comte dante excitait relles Clermont Renaud ses ts cinq en des dans

oubliant clandestine conseils mortel broyait Le

ce qu'il

se laissa et

avec de Renaud

Jean-Sans-Terre de Dammartin, La marche lui mis avec de ces faisait profit les ascenobstacle, les que-

Othon,

de Boulogne, de la royaut,

de Philippe. tout roi ce qui

d'implacables comtes

haines. d'Auvergne pour hors

avait

et de Boulogne saisir d'tat les fiefs

vques comtes renonc

de

et de Beauvais, de Dammartin, de France pour

deux

de rsister,

avait

comts Normandie) que

(Boulogne, Darnmartin, se faire l'homme du roi

et trois Jean

com, et ne

respirait Le tous du Il roi, les

vengeance. de son comtes de se une dfense runit ct grande rancune chevaliers Rouen, de Jean soixante et sa pas complots aux dans navires Ferrand, et servants l'octave et de de barques. la somma d'armes Pques. Les

gardant ducs,

et barons, rendre multitude du jusqu' l'invasion, il n'ignorait les roi

royaume, fit assembler de Jean

prparatifs du vres flotte ses pril pour

rpondaient mille flotte

grandeur' Dou la

combattants tait suprieure que lui

repousser mais

franaise; sujets, et

la haine qu'on routiers

portaient au sein

il souponnait arme. de A peine son

tramait qu'il

mme sait des

de son

se fiait-il peuple. Son

engraisvivement

dpouilles

neveu

Othon,

70

FRANCE

FODALE.

[12(3]

du parti gibelin, ne le pouvait press par les forces suprieures il s'avisa, secourir. Ne sachant qui avoir recours, dit-on, d'exsecrte Mohammed^l-Nasser, mir-alpdier une ambassade moumnim ou chef suprme des musulmans et d'Afrid'Espagne l'islamisme et de se reconnare que, pour lui offrir d'embrasser l'aider son vassal si Mohammed consentait contre le roi de France. Le monarque maure aurait reu cette proposition trange avec plus de ddain encore que de surprise, et dclar qu'il ne se souciait aucunement de Jean taient et ne le voulait au comble, point honorer de son alliance1. Les angoisses liers du Temple se trouvait chargea au de Jean lorsque deux chevalui annoncrent camp que Pandolfe, lgat du pape, qui des Franais, souhaitait l'entretenir. Jean de repasser aussitt la mer pour amener le rvla Presque nettement il Jean tout ce qu'il tous les grands d'Angleterre, des chartes par lesquelles ils ils t'abandonneront avant le

ces templiers Pandolfe lgat Douvres. ne faisait que souponner.

lui dit-il, ont envoy au roi Philippe lui jurent faut et obissance combat.

Hte-toi, pendant que tu le peux encore, de recouvrer le royaume dont tu as t priv par ta 7'o~e n. par ta soumission au moment mme o il invitait Philippe la conInnocent, avait remis secrtement son lgat un qute de l'Angleterre, projet de paix avec Jean. Le roi d'Angleterre conditions qu'on voulut. Il jura de rintgrer les prlats indemnit, fices, avec une norme avait et bannis dpouills les lections ecclsiastiques; enfin, il signa une charte accepta toutes les dans leurs bnet les clercs qu'il dans

il renona toute intervention il prit la croix pour la guerre d'Orient de la qui constatait l'clatant triomphe

politique sur nous mre,

nous humilier, et attirer papale. Dsirant y disait-il, la misricorde de Dieu et de la sainte glise, notre et offense, nous confrons que nous avons grivement

librement et de l'aveu de nos barons, Dieu et ses concdons, au pape Innoaptres Pierre et Paul, il la sainte glise romaine, cent et ses successeurs tout le royaume catholiques, d'Angle1. c'est Matth.Paris.p. que Mohammed 169. Mathieu affirme l'anne avoir appris le fait une de l'envoy ^dcisive mme en

de Jean. Ce qui augmente pourtant l'invraisemblance de cette bicarr anecdote


avait perdu, prcdente, bataille Espagne.

[1213]

INNOCENT

III,

PHILIPPE

ET

JEAN.

71

terre

et tout

le royaume et, recevant et de la

d'Irlande, lesdits sainte faut engageons

avec

tous comme

leurs

droits

et ddudit pour pape: mille ses

pendances, seigneur nous de

royaumes glise

feudataire nous au jurons, seigneur romaine et, mettant

pape et nos

romaine,

hritiers, nous par celles mai de

et hommage-lige payer Jean pronona

plus,

nous sterling entre (15

l'glise

marcs mains fodal

an . du

Puis

s'agenouilla, la formule

lgat, C'tait II aprs ne l'argent fut

de l'hommage fort aggrav Becket. le des

1213). Henri

le renouvellement le meurtre pargne dpos de pure devant forme

soumissions Aucune lgat anne dolfe ramassa Pandolfe qu'il plus, qui entra gneur dj lions et sans avoit en foula du

de Thomas au roi lui

humiliation aux tribut; pieds

d'Angleterre pour la premire point cour aux de

ce mpris force

n'empcha la de

PanRome pieds'.

d'emporter

sterlings ce qu'elle

d'Angleterre affectait le roi

prcieusement retourna se dsister offenser satisfait grand qu'il plus cent

fouler

de Douvres de son le souverain Dieu courroux avoit et

vers

de France, parce envahir glise. qu'il

et lui signifia ne pouvoit d'un roi

entreprise, pontife, la sainte que son mille mille

la terre Le roi

il dit prpar

c'toit

l'invitation et qu'elle (environ

Philippe du seilui avoit

pape cot quatre

expdition, d'argent

de soixante quatre-vingt

livres

six mil-

francs), t, servie

en achat

de vaisseaux, jou pou-

de munitions par la cour pour de

et d'armes Rome, qui Jean peut-tre n'et

. Il avait s'tait merci. point moyen du

en effet, de lui

cruellement comme d'un

vantail

rduire n'et

Philippe lgat, comte suffisait poir

eu de plus

gard

aux

injonctions sa colre du sur

du le

si celui-ci de Flandre. amplement

trouv

dtourner riche de comt

L'invasion indemniser

royaume et l'esque les

le roi

ses dpenses, de Flandre, sans peine

de piller

ces opulents hassaient Le clerg tolrait prlats2. les

et fiers d'instinct, n'aimait hrtiques,

bourgeois entrana pas

nobles-hommes valerie flamande, d'influence franaise. qui aux

la che-

davantage et qui

la bourgeoisie n'accordait gure

Henric. Knyghton. Guillelm. Armorie. 1. Matth. Paris. 2. La commune de Gand avait stipul, en 1193, dans ses privilges, qu'elle ses curs et chapelains il volont, et que nul de ses bourgeois ne pourdestituerait

72
La flotte pour

FRANCE FODALE.
donc de l'embouchure franaise partit les ctes de Flandre, et vint enlever Gravelines pendant Cassel, le roi en personne Ypres, Bruges ouvrirent que leurs

[1213]
de la Seine presque sans envahissait les terres portes, livrpour rabattre

rsistance, flamandes. rent

des otages, et Philippe marcha sur Gand des Gantois, et les forcer de plier enfin leurs ttes sous l'orgueil le joug des rois4 . Mais, tandis qu'il prparait ses machines de nouvelles. La flotte avait jet l'ancre guerre, il reut de mauvaises de Dam, qui, aujourd'hui loign de la mer2, tait alors le du commerce de la Flandre port de Bruges et le grand entrept avec l'Angleterre. L se trouvaient, dit Guillaume-le-Breton prs 1. is), des richesses venues de toutes les parties du toffes de Syrie, soies de la Srimonde, lingots d'or et d'argent, cane (la Chine), tissus des les de la Grce, pelleteries hongroises, la teinture carlate radeaux graines qui produisent (cochenilles), (Philippid. de Gascogne et de La Rochelle, fer, mtaux, . Tant de trsors draps de Lincoln, et mille autres marchandises tentrent la cupidit des quipages franais, que commandaient chargs le Poitevin Savari de Maulon et le routier gallois Cadoc. Dam fut mis sac, en dpit d'une capitulation la vie et les qui garantissait biens des habitants. La plupart des matelots avaient dsert leurs navires pour prendre part au butin, lorsque arrivrent cinq cents btiments anglais envoys au secours de la Flandre. Guillaumecomte de Salisbury, frre btard du roi Jean, et Longue-pe, cette arme navale, Renaud, comte de Boulogne, qui dirigeaient la flotte de Philippe et lui enlevrent assaillirent trois cents transports chargs de bl, de vin, de farine, d'armes et mme d'objets plus prcieux. Ils brlrent encore cent autres navires aprs de vins

rait tre cit devant aucun tribunal ecclsiastique hors de la ville. Oudegherst,
de Flandre, hroniq. p. 149. de la plus rcente 1. L'auteur les chtelains fait remarquer que de Ferrand ris tous ses de servir trs avec l'hritire le roi. Histoire de Gand de Flandre, et de M. Kervyn de Letten'iovo, marchaient avec le roi Bruges par acte authentique, le roi contre lui, s'il La royaut autocessait profitait

contre leur comte, conformment au serment qu'ils avaient prt lors du mariage
de Flandre. ses Hist. Ferrand vassaux et toutes communes de Flandre, avait, a aider

fidlement aux

1. 1, p. 310-317.

de toutes les occasions pour exercer sur les arrire-vassaux une action directe,
contraire principes de la fodalit.

2. On a gagn, de ce ct, beaucoup de terrain sur la mer par Iesndiguemeuts.

[1213]

LA

FLANDRE

ENVAHIE.

73

s'tre port de

empars Dam, en

de tandis masse

leur que

cargaison, les

et

bloqurent

le reste

dans maritime

le

populations la ville, en suivit toute de

de la Flandre occupe hte prs mais une avec il ne par

se levaient nison de cinq

pour

attaquer dpcha qu'il

une

gar-

franaise. cents

Philippe chevaliers, les

avant-garde toutes russit lui-mme, de l'ennemi furent ses pas

trs

forces, sauver que

et repoussa sa flotte;

milices put

flamandes; qu'achever pas rfugis en eut

il ne ne qui

de la dtruire aux dans retir sur mains le port

afin tous livrs

les dbris

tombassent s'taient qu'on

les btiments aux flammes, vengea Dam au de prix Gand dans puis en

de Dam

aprs

les chargements. les cits flamandes, leurs forte mit dans

Philippe rduisit otages ranon garnison Lille; militaire l'hiver Ferrand, rieur

les dsastres cendres, de trente mme, fora mille qui

de sa flotte Bruges marcs consentit dans Coutrai,

et Ypres d'argent, acheter dans Le

racheter obtint une

sa retraite, Douai temps retourner du et

Oudenarde, le chemin et les

il reprit tait expir, Mais

de la France. barons le roi del corps voulaient s'tait-il de l'Escaut, de troupes et s'avana leur de cette Lille, par escalade,

service passer le comte l'intalli Lil-

chez qui

eux.

peine retir avec un au

loign, rentra fourni jusqu'

que

s'tait

dans par Lille. son

de la Flandre Wilhelm soulevrent ville. sur les Au

le comte lois se

de Hollande, et refoulrent premier de bruit Flandre2.

Les

garnison rvolte, assaillie brle

dans le roi

le

chteau red'un maiceux furent avoir pas avor-

de leur parut brouillard sons des

Philippe

terres

la faveur avec ses

pais,

fut emporte de tours

flanques habitants

et pleines

de marchandises travers Philippe

, et tous les marais aprs Il ne s'tait desseins

qui

ne purent comme en comble

s'chapper serfs.

massacrs ruin conduit tes vers Le lations le Lille

ou vendus de fond

repartit, Cassel.

et dmantel mais sourde;

de la sorte remplissaient

en Normandie d'une implacable. fureur

ses grands les

obstacles

et les re-

le rendaient sac de Dam

et un

de Lille ressentiment

excita

parmi qui se

les

belliqueuses bien au

popudel

flamandes

propagea

1. Il confirma les coutumes de Douai, aprs avoir pris possession de la ville. avec les temporelles. Il fit excommunier les 2. Il employa les armes spirituelles rebelles par l'vque de Tournai. Kervyn de Letenhove. Ibid.

74

FRANCE FODALE.
de la Flandre.

rm.'MM]

des limites

de France, royaume les Pays-Bas impriaux Flandre avait remu

Ce puissant comt, quoique relevant d tait plus li d'habitudes et d'intrts avec qu'avec le domaine royal, et l'invasion de la

ces contres, depuis l'Escaut jusqu'au Rhin et la Moselle. Les grands barons belges et lorrains voyaient avec autant d'inquitude que de colre le roi de France tourner son ambition que complte vers le Nord sous accoutums la suzerainet une indpendance presdes empereurs, ils ne se sou-

toutes

les antiques'liens du Lot herrgne ciaient point du tout de renouer avec la France royale, et s'alarmaient srieusement des desseins On disait que le roi de France que la renomme prtait Philippe. voulait de Charlemagne au profit de son fils, qui descendait du grand empereur des Franks par les femmes. Les commentaires que faisaient sur cette illustre origine les potes et l'empire les clercs de la cour de Philippe-Auguste motivaient les craintes des seigneurs du Nord un vague instinct poussait-il en peut-tre effet Philippe vers les limites septentrionales de la vieille Gaule; mais cet instinct irralisables. Quoi qu'il en soit, l'expdition de Flandre dtermina contre le roi de France une puissante raction les comtes de Boulogne et de Salisbury passrent l'hiver parcourir les deux Lorraines et les bords du Rhin, et chauffer les ttes des turbulents aussi barons subtil de ces provinces. Renaud de Boulogne, role que vaillant de la main , devint blait le gnie de la fodalit appelant Aprs s'tre assur de la noblesse homme l'me belge, de pail semne se formula jamais en projets, qui eussent t relever

de la coalition; tous ses enfants aux armes. il alla trouver

en Saxe

Othon, alors presque rduit, par son rival Frdric, l'empereur alli de Philippe, la possession de ses domaines hrditaires de Brunswick et de Saxe. Othon fut facile persuader grce au subside de quarante mille marcs d'argent que lui expdia le roi d'Anil leva pour la guerre de France gleterre, plus de soldats qu'il n'et pu faire pour son propre compte en Allemagne; il se rendit en*Flandre au commencement de 1214, et toutes les dispositions de la campagne furent arrtes dans un parlequi allait s'ouvrir ment Bruges. La plupart des grands prsid par l'empereur, l'ancien Lotherrgne y figurrent auprs d'Othon et du comte de de

ri2j4]

COALITION

CONTRE

LA

FRANCE.

75 5

Salisbury, Portugal, le duc ducs France, de de

reprsentant comte de Flandre les et de le duc

le roi

d'Angleterre

on l'ex-comte

y vit

Ferrand de Boulogne, etc.; du fille de roi

de

et de Hainaut, comtes

Limbourg, Brabant

de Hollande, renonant et

de Namur, l'alliance

les de

Lorraine, de Brabant

quoique

pous

une

Phi-

lippe-Auguste la ligue. qu'et

et d'Agns L'vque d'Othon aminois

deMranie, tait le nord devenu

vinrent le seul

donner adversaire

leur

adhsion

de Lige dans

considrable Hugues se que la des-

le parti baron

de la Gaule un fameux des coaliss. par tandis son

impriale. chef

de Boves, mit avec

de routiers, Il fut rsolu attaquerait le roi Jean

ses bandes belge par en tait de

la disposition conduite

l'arme France cendrait siasme ne roi faut diction ou dit parlait

et teutonique, la Flandre Poitou universel rien Quant pour parmi moins aux que

Othon, que hritage belge

et le Hainaut, reconqurir

. L'enthouet lorraine; la terre s'il une elle du en pr-

la chevalerie de conquter leur tait soif

toute

Philippe. croire qu'un

Flamands, du temps, faite

de vengeance, par

les

crivains ncromant

surexcite

avait du comte

la vieille On

comtesse combattra, et

Mathilde avait foul aux

Mahaut,

belle-mre le roi et en l'air

Ferrand. en pas

le magicien; des reu chevaux, a Paris bien

sera pourtant grande

renvers n'aura procession t

la bataille spulture, aprs ou au la

pieds sera

et Ferrand bataille. remanie La

prdiction aprs coup.

d'avoir

faite

moins

Philippe dissimuler s'apprtaient son dans gardait l'nergie de rassurer malveillants. ct par expulsion; l'intrieur

voyait le pril

approcher il savait

l'orage, que

sans

craindre, populations elles le joug; haut sous d'un

mais

sans de l'Ouest

se

les mobiles de Jean s'agitait plus celle

saluer que

le retour la Normandie

comme

avaient enfin

salu que, rePar

mme des

de la France, coaliss comme

feudataire

la cause de son

de tout

le baronage. et d'intimider

attitude

et la clrit de dcider pas une quant

de ses prparatifs, les incertains l'Ouest,

il s'effora les de ce qui dbelle

les fidles, Il Jean, ds ne russit qui la

et fut prvenu et une

dploya mi-fvrier,

activit

inaccoutume, avec

barqua, arme

La

Rochelle,

assez

t. Il avait t empch

de tenter

cette expdition,

l'anne

prcdente,

par la

70
A cette

FRANCE FODALE.

[tti]

le roi se hta de convoquer le ban des pronouvelle, vinces de la Loire et d'expdier son fils au devant du roi d'AnLe prince Louis se mit en marche avec huit cents chevagleterre. liers, deux mille sergents cheval, et sept mille hommes de pied levs dans de Tours, de Bourd'Orlans, rives de la Loire; mais, avant ges, et des autres le roi Jean se rendit que Louis et pu se mettre en campagne, matre du Poitou presque entier les Lusignan, autrefois ses ennebourgeoises villes des deux mis les plus acharns, Savari de Maulon, son ancien snchal, rcemment abandonn qui l'avait pour passer du ct de Philippe, et presque toute la noblesse de ces cantons, se rangrent sous sa bannire. Il entra leur tte dans Angers, se saisit de plusieurs de Nantes; mais s'emparer il fut repouss par le duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, qui s'tait sur la Roche-aux-Moines, fort jet dans la ville. Il se rabattit chteau qui commandait la route de Nantes Angers, et l'assigea ce fut l que le prince Louis le rencontra. Au bruit de l'approche des Franais, le roi Jean leva son camp. Louis de France, reconnaissant l'infriorit de ses forces, ordonna un mouvement de mais ce n'tait pas pour marcher l'ennemi retraite; que le roi Jean avait pli ses tentes, et les deux armes firent plusieurs lieues Loire, en se tournant rebroussa le dos. Louis, averti que Jean repassait la et s'lana la poursuite des Anglo-Poini estime ni confiance, ceux-ci, qui leur chef n'inspirait tevins et qui taient dj diviss entre eux, se dbandrent. Jean traversa la Loire sur une barque pour fuir plus vite; il perdit une grande de ses gens, qui, en la fuite, furent occis et noys; il abanet mangonneaux, chevaucha pierriers tentes, vaisselle, dix-huit milles en cette journe, et depuis ne retourna onc en lieu o il cuidt (crt) que messire Loys ft ou dt venir . Prespartie donna que toutes dmanteles les places qu'il avait occupes furent recouvres ou munies de garnisons franaises. termine dans l'Ouest avant La campagne avait t presque
de ses barons,

les milices

forteresses

de la Basse-Loire

et voulut

chemin

et de

coalition philosophe voulaient

sous la direction de l'arclievfjue de Can|erbiir\ le qui, clbre docteur des coles de Paris, tienne Langton, scolastique a jurer une ancienne charte de Henri les I", qui garantissait l'obliger

liberts fodales. C'est le commencement des grandes luttes constitutionnelles d'Angleterre.

[1214]

JEAN

DEFAIT

SUR

LA

LOIRE.

77

commencer caractre

dans le Nord. bien autrement

La guerre

eut aux bords

de l'Escaut

un

imposant que sur les rives de la Loire. Philippe, dans le Nord, avait devanc ses rivauxet convoqu tous ses feudataires et toutes ses communes, avant que la lourde machine
de nral Pronne munes, tait et d'envoyer contre que le la coalition de la et chevalerie le tocsin chaque son pu se et mettre des en milices dans mouvement. franaises les beffrois chaque charge ne la ennemis, semblable pour faire taient grande. qu'Othon montrait France, tait emport Le rendez-vous t toutes manoir de dfendre pas le moins haut par assign les se comhle g avait de

bondissait ville, chaque

bourgade, la l'arme chevalerie et, dans des Une

contingent l'invasion;

territoire de zle

menu contre de

peuple, l'attente

vieille

baronage ce au reur la mouvement temps Henri confiance

mme,

nationalit4. le Gros, cette agresseurs avait fois, les tait comte

dmonstration, reculer trop C'tait avait l'empeavances, Valenmand et

de V

Louis mais, des

suffi choses trop Ferrand,

ciennes,

sur

les

terres

du

son arme la Saxe


bant,

l vinrent

successivement

les lourds

et du Brunswick,
leurs pais

les communes
hrisss de

de gens d'armes de Flandre et de Brapiques, la chevalerie

avec

bataillons

des deux

la pauvre et .guerrire noblesse Lorraines, lande et des provinces du Rhin, avide de piller le pays de France, et les routiers endurcis aux armes que et archers Hugues de Boves, et les chevaliers anglais avec le comte
1. rent On sait le roi

de la Holplantureux conduisait

de Salisbury.
Guillaume-le-Breton dans la grande

L'empereur
les noms

dbarqus et ses barons taient si


des communes Hesdin, Compigne, Bruyres,

par

de seize ce sont

et figurrent

bataille

Arras,

qui joigniMontreuilSoissons, Cernai. Plu-

qu'Abbeville, Pronne, villes de la Champagne grandes n'aient aussi fait marcher leurs milices. M. de Sismondi nous parat avoir diminu au del du toute mesure la force des deux armes en la numrique rabaissant ou vingt mille hommes de chaque cot. Il n'est nullement quinze la probable que de la chevalerie et suivi le prince Louis (Sismondi); plus grande partie Philippeet les Auguste du lche prendre de Sens a Othon. d'Othon comme bien autrement regardait l'attaque dangereuse que celle roi Jean, et ne se fut pas dgarni du ct le plus vulnrable. Il faut un milieu entre cette et les chiffres des chroniques exagration ngative et d'Ypres, donnent l'une de l'autre deux cent mille hommes qui plus cent,

sur-Mer, Amiens, Corbie, Montdidier, Roie, Vesli ou Vailli-sur-Aisne, Crespi-en-Laounois, sieurs sont de simples On ne bourgades. Paris surtout Saint-Quentin, Laon, Senlis,

Beauvais, Noyon, Crandelain, saurait douter

78

FRANCE

FODALE.

mm

de vaincre qu'ils se partageaient d'avance les fruits de la victoire ce n'tait plus pour rprimer l'ambition de Philippe mais pour traiter le royaume de France qu'ils tiraient l'pe comme lesNormands avaient trait l'Angleterre. L'empereurOthon devait hriter de la suzerainet sur toute la France, et captienne s'attribuait Chartres devait Orlans, et tampes; leVermandois au comte de Boulogne; Paris et l'Ile-de-France au appartenir comte de Flandre, et Hugues de Boves voulait Amiens1. Chacun rclamait sa part. On et pargn le baronage mais franais; malheur aux clercs et aux moines! on se proposait de partager leurs bnfices aux gens au plus qu'une portion Il parfit de Pronne le 23 juilPhilippe n'attendit pas l'attaque. let, entra en Flandre, brlant tout royalement droite et gauche, dit Guillaume-le-Breton, puis vint asseoir ses tentes sous les remde sa cit de Tournai, del'encoupant les communications avec les grandes villes de Flandre. Othon leva son camp de six milles de TourValenciennes, et s'avana jusqu' Mortagne, nai. Les deux armes restrent quelque temps deux lieues l'une parts nemi prendre l'offensive. Le roi, dit Guilles ennemis; mais les laume-le-Breton, proposa d'aller attaquer barons l'en dconseillrent, pour ce que les avenues toient troites etdifficiles en jusqu' eux. Il fut donc ordonn qu'on retotirneroit et qu'on entreroit arrire, par autre plus pleine voie en la contre de Hainaut; mais autrement advint qu'on ne s'toit propos, car hsitant Othon se mut en cette mme matine (27 aot)du chtel de Mortatant comme il put aprs le roi batailles ordongne, et chevaucha nes (en ordre de bataille) . Tandis que las Franais se retiraient ainsi devant l'ennemi sans le savoir, et dfilaient par la route de Lille, le vicomte de Melun et Gurin, frre profs de l'hpital de vque de Senlis, et de grande vaillance , s'cartant du gros de l'arme avec trois mille sergents cheval et arbaltriers, s'en allrent au hasard devers Othon, et, du haut d'un tertre, dcouvrirent les batailles de l'empereur. Gurin courut prvenir le roi et les Saint-Jean-de-Jrusalem, homme de bon conseil 1. Chroniq. de Reims. Matth. Paris, p. 715. rcemment lu de l'autre, chacune de guerre des dmes. et de ne laisser au clerg tout

assurs

C1214]

BATAILLE

DE

BOVINES.

79

barons.

Le roi ordonna leur conseil: que l'on

pour prendre et voulurent jusqu'

que l'on s'arrtt, ils ne s'accordrent le chemin.

et manda

les barons

continut

point la bataille, On chevaucha donc

un petit pont nomm le pont de Bovines, entre le lieu dit Sanghin et la ville de Cisoing ( ce pont traverse la rivire de Marde la Lys). Dj toit outre ce pont la plus grande que, affluent partie de Yhost; le roi n'avoit point encore pass, mais il s'toit et se reposoit sous l'ombrage d'un frne, proche une pedsarm, tite chapelle ddie monseigneur saint Pierre, lorsqu'arrivrent des messagers de la dernire bataille (l'arrire-garde), criant merveilleux cris que l'ennemi venoit, que le vicomte de Melun toit en grand pril avec ses cavaliers et arbaltriers, et ne pourroit longtemps soutenir la hardiesse et forcenerie des hommes d'Othon. Le roi, aprs une brve oraison saillit sur son destrier htivement, notre Seigneur, en aussi grande se fit armer liesse (joie)

que s'il dt aller une noce ou une fte, et lors commena-t-on crier parmi les champs aux armes! -Aux armes, barons; et buccines (clairons) commencrent bondir, et les baTrompes tailles retourner qui avoient dj pass le pont, et fut rappele l'oriflamme de Saint-Denis, de porter parque l'on a coutume devant tardoit, toutes on les autres ne l'attendit au front de la bataille. partit pas . Le roi ligne, Mais, comme elle grande course de des ennemis sur par

cheval, et se plaa une petite lvation Othon

la premire de terrain.

spar

et les siens firent

alors un

mouvement

se dployrent en telle faon qu'ils eurent dans du soleil, plus ard'ent en cette journe qu'il n'avait t de la saison. Le roi rangea ses chevaliers sur une ligne de mille quarante pas de long, peu prs gale celle du corps de bataille ennemi valiers, des Barres, prs de lui tait Guillaume avec nombre d'autres preud'hommes, la fleur des chepour son corps duc de Bourgogne,

la droite, et les yeux la lueur

garder la droite du champ taient Eudes, le vicomte de Melun, et l'vque Gurin de Senlis, qui ordonna les batailles (rangea -Seigneurs les bataillons). chevaliers, criait le bon vque, le champ est grand vos rangs, largissez que l'ennemi ne vous enclave! Ordonnez-vous en telle sorte

que

80

FRANCE

FODALE.

Wii}

vous puissiez combattre tous ensemble et tous d'un mme front En face, on apercevait Othon au milieu de ses gens, avec son devers les Franaigle dore, perche sur un dragon qui tournoit ois une gueule bante . Othon, en guise d'tendard imprial avait arbor un aigle de bronze dor, tenant un dragon dans ses serres, sur un grand liennes. Au moment des rpubliques itad'en venir aux mains, le roi parla simplement et en peu de mots aux barons et l'arme. En Dieu, dit-il, est tout notre espoir et notre confiance. Othon et tous les siens sont excommunis le pape ils sont les ennepar notre seigneur mis de la sainte glise et les destructeurs de ses biens leur solde est le fruit des larmes des pauvres, du pillage des clercs et des nous sommes unis l'glise glises. Mais nous, quoique pcheurs, de Dieu, et dfendons, selon notre pouvoir, les liberts du clerg. Ayons donc courage et foi au Dieu misricordieux qui nous donnera victoire sur nos ennemis et sur les siens. Quand le roi s eut dit ces choses, les chevaliers demandrent sa bndiction, et, levant la main, il pria Dieu de les bnir tous puis les trompettes sonnrent
i. par La son

char

imit

du carroccio

1.
mais caractristique dit Guillaume, de Philippe harangue Je Breton ou l'Armoricain, nous qui a t resta conserve derrire le

courte, chapelain

roi peu de distance, durant toute la bataille, chantant des psaumes avec un autre clerc et contemplant les grands faits d'armes des guerriers, pour les clbrer
ensuite seconde dans moiti ses bibliothcaire un barde de l'ancienne Gaule. Une chronique vers, comme de la du treizime de Reims, sicle, la Chronique publie par M, L. Paris, de la ville dt Reims, raconte s'tait fait chanter que le roi, le matin,

la messe par l'vque de Tournai, en la chapelle Saint-Pierre, prs du pont de Bovines, et, aprs la messe, avait mang une soupe au pain et au vin avec messire Enguerrand d'autres barons, burent s'tait avec et de Couci, le comte en remembrance S'il qu'il qu'ils ne y a nul s'approche tous de Saint-Pol, des douze de vous mie le comte aptres qui mauvaiset qui pense -Tous les barons jusqu'au Uanap de Sanr,erre avec notre et et moult Seigneur tricherie,

mangrent. cri le roi, si grand'presse,

ne purent

ad venir

(jusqu'

du roi. Le roi, moult lis (trs rjoui), leur dit


hommes, draison,

s'approchrent la coupe)

Seigneurs, vous tes tous mes

et je suis votre sire. et vous ai moult et ne vous fis onc tort ni aims, ains (mais) vous ai toujours mens Pour ce, si prie a vous tous par droit.

que vous gardiez liui (aujourd'hui) mon corps et mon honneur et le vtre. Et, si vous voyez que la couronne soit mieux employe en l'un de vous qu'en moi, je
m'y octroie volontiers et le veux de bon cur . -Quand les barons l'ourent parler,

si commencrent pleurer de piti et lui dirent Sire, pour Dieu merci, nous ne voulons roi sinon voust Or, chevauchez hardiment contre vos ennemis, et nous
sommes tous appareills (prts) de mourir avec vous!

Ce passage trs intressant renferme, dans sa simplicit primitive, une tradition

[1214]
Ce eurent furent la les gloire vassaux

BATAILLE
de l'abb la

DE
de

BOVINES.
Saint-.Mdard bataille cent de Soissons

81
qui ser-

d'en'gager

grande

cinquante

tous roturiers, audagents cheval du Soissonnais, chargrent cieusement les chevaliers de Flandre, vis--vis qui se trouvaient ces braves gens furent et dmonts, mais les d'eux; repousss
chevaliers ais, l'aile prises. un bourguignons s'lancrent droite L'ordre effroyable des de tourbillon s'crasant mort, de tournoi. pri si ses un jeune vos Le la et champenois, des la gauche rompu; et flots flamand comme s'il eut secouru lit du roi, des de de les avec Flamands, des une partie et coaliss rangs se se Au de fut cheval exploits qui par se dfiait verroit ennemis, il temps; presque d'une bien fut crier en des un furent mlrent heurtant, milieu Franinstant aux eu se des Soudans tu le sous comte incroyabonne en frapp ce un lui, de rencontre et fut d'hommes parmi chevalier dames! duc de ne de aux barons, tratre les

Franais bataille

chevaux, poussire. s'avisa se son

renversant, cris de

venez-vous joyeux et et

trouv

Bourgogne l'eussent

gens

Saint-Pol bles partie jour qui en de

(Gauthier hutte ses seroit

Chtillon)

soupons il . avait Envelopp

dclar

qu'on les

la fois d'une
grce tout de le la faix bont de fut

douzaine
de la ses bataille abattu

de lances,
armes. tourna terre, sur

sans qu'aucune
aprs et navr trois les de Ferrand et

le put blesser,
heures siens mainte le et plus, comte grande

Enfin,

Flandre

bless

immense qui a joui d'une popularit jusqu' mille dans monuments d'art et de littrature matoire. Il y a loin du rcit de la chronique

nos jours, et qui sous une forme rmoise la scne une

se trouve thtrale absurde d'or

reproduite et dclade l'abb sur l'autel

Velli, qui reprsente Philippe-Auguste o l'on clbrait la messe pour l'arme couronne au plus L'impossibilit soudainement du paroles observer rablement la journe, si ce trait beaucoup gravement vivement chante pour digne, d'une pareille si l'on croyait

dposant , et proposant

couronne aux soldats

incompaet que cet crivain, ne qui quitta pas le roi de de clbrer un trait si fort la louauge (le son hros, manqu eut t rel. La Chronique de Reims est, du reste, uu monument de moins pour les faits historiques, sont d'intrt, qui y presque toujours les traditions et les sentiments altrs, que pour populaires, qui y sont et fidlement C'est le ancien livre o se trouve exprims! plus la tousuprieure n'et pas a tout autre, du trouvre Blondel ou Blondiaus de Nesle, et de son dvouement Coeur-de-I.ioti. C

attaque par roi telles que les rapporte la Chrnuiijue de Guillaume-le-Breton que le tmoignage

quelqu'un plus capable que au moment o l'arme en crmonie, se dmontre assez d'elle-mme. l'ennemi, de Reims, est nous d'une

la d'adjuger lui de la porter. marche Quant est aux

nous valeur

bornerons

histoire Richard iv.

82

FRANCE

FODALE.

1214]

pris et li avec maints de ses chevaliers, -et tons ceux de son en cet endroit du champ s'enfuirent, mouparti qui combattoient rurent, ou furent pris . plaie, Durant cette rude mle taient revenues en toute hte les milices des communes, qui se trouvaient vines, lorsque l'action avait commenc. bien au del du pont de.BoLes communes de Corbie,

de Beauvais et de Cornpigne accoururent d'Amiens, d'rras, avec l'enseigne Saint-Denis au milieu d'elles , lit (l'oriflamme) oit elles voyaient l'enseigne royale d'azur seme de fleurs-de-lis de Vermandois, d'or4, que portait un fort chevalier appel Gales lerie, elles dpassrent toute la cheva(ou Galon) deMontigni; et se mirent entre le roi et Othon. La gendarmerie thioise

furieusement les communes, les rompit, (teutonique) chargea sans leur faire lcher pied, et pera au travers, jusqu' la bataille du roi. Guillaume des Barres et tous les preux (pli (l'escadron) le corps du roi se .jetrent devant Philippe; gardoient mais, Othon et ses chevaliers, des sergents pendant qu'ils combattaient pied thiois, qui avaient pouss de l'avant, cernrent le roi, et le jetrent bas de son cheval avec des lances et des crocs de fer; sans son excellente armure, ils l'eussent mis mort sur l'instant. auprs de lui, et Gales de tigm, qui levait et agitait son enseigne tant qu'il pouvait hachrent ou dissiprent ces gens de appeler du secours, et remirent le roi cheval. Au mme moment arrivrent Quelques chevaliers demeurs Monpour pied, l'aide

les gens des communes et Guillaume des Barres. Le sire des Barres tenait Othon par son heaume, et le martelait de sa masse d'armes, Aux Barres! aux Barres! secours au avait ou crier lorsqu'il faisant si grand'place l'entour, et il tait accouru, que l'on y pouvoit mener un char quatre roues, tant il parpilloit et abattoit de gens devant lui . roi La chevalerie avec du roi et celle d'Othon se mlrent derechef et de chevaux . Les Franais grand abattis d'hommes son tour, faillit tre tu ou pris, et le dessus. Othon, reprirent fut emport hors de la mle par son destrier bless mort. Il ne retourna point au combat, comme avait fait le roi Philippe

1. Vexlluui floribus Ulli distinctum, dit Itgord.

[1214]

LES

COMMUNES

A BOVINES.

83

il s'enfuit, des furent chef. lants Boves, ennemie imprial dpos L'aile Anglais temps tailloit et, chevaliers pris Le duc

ne pouvant de en France

plus,

dit le chroniqueur, plus braves des aprs

endurer chevaliers le dpart seigneur routiers, le centre

la

verttf thiois

. Les de rsister le duc

essayant

encore de Limbourg, , le chef d'Othon sur lequel fut

de leur des vailde

de Brabant, des la fuite, dbanda. mis mutil des en

combatteurs prirent se fut tout droite et bon encore

Ardefines l'exemple Le pices; aux pieds oit char

des

Hugues de l'arme l'tendard d'or

tait bris,

plant et l'aigle

le dragon du roi.

fut

coaliss, de des que

tait

Renaud du

de

Boulogne soutint

avec

les

nombre l'effort

routiers

Brabant, Renaud vaincre surmont


un

vainqueurs. nul

quelque bade Boulogne ni surmonter, d'une vide fait dans plier double la mles gens

si durement, o

ne le pouvoit son heaume s'ouvrait avaient et du frre une le comte

partout

apparaissait de Les baleine,

aigrette le la

en fanons plus paisse. du

large

Anglais du Pontbieu

d'abord Vimeux du masse

de Dreux, le bouillant

Perche, vque

ce spectacle,' de Dreux, la gnral main, des de de peur pour un se

de

Beauvais,

comte d'armes

prcipita terrassa Anglais, dire qu'on prtre1 Renaud il avait s'attacher seul trouva seigneur2, avait hriss des que ne

parmi d'un puis coup bien

les

combattants, sur la tte

de Salisbury, ce grand uvre droute,

d'autres, eux qui

recommandant avaient commis mis fait

ses compagnons abattis, illicite mais Avant de le

c'taient t'accust

d'avoir furent

une

. Les continua jur,

Anglais de que la

en pleine hroquement. et le roi

le comte la bataille, de ne mort

se dfendre l'empereur du

ainsi qu'

comte de

Flandre, mettre

personne arriv il eut,

afin Philippe; horreur l'aile

trois, prs de

il tait lui,

jusqu' dit-on contre

mais, de tuer des un

quand son Franais.

il se droit Il

et se dtourna une longues troupe piques de

gauche en

dispos de

sergents c'tait de

pied ce fort

double s'lanait

cercle sans

qu'il

1. C'tait ce mme Philippe de Dreux que Richard-Cur-de-Lion avait pris autrefois dans un combat. Le belliqueux prlat se servait d'une masse d'armes au lieu d'pe, de peur de transgresser les canons, qui dfendaient aux clercs de oerser le sang il se contentait d'assommer les ennemis au lieu de les pourfendre. 2. Ceci est trs remarquable comme expression du sentiment fodal.

84

FRANCE

FODALE.

C1214J

fesse

la mort parmi les Franais promener puis il s'y rfugiait quand il tait trop press ou qu'il voulait reprendre haleine, et la cavalerie qui le poursuivait venait se briser contre un rempart de fer. Enfin le roi Philippe lana contre les sergents du comte pour

de Boulogne trois mille piquicrs et franais, qui les enfoncrent les dispersrent. Reuaud se rua en dsespr au milieu des escadrons du roi; son cheval, bless mort, s'abattit sous lui; un homme couteau des communes sur lui arracha son heaume, Gurin, merci. et le frappa Fvque d'un la tte, lorsque survint de l'achever et le reut de Senlis,

qui empcha

ennemie fut tue, prisonnire ou Aprs que toute la chevalerie en fuite, sept cents fantassins restrent les derniers brabanons sur le champ de bataille, comme gens grandement preux et harhommes du Vimeux, au nombre de cinquante chevaliers et cle deux mille hommes de pied, enfoncrent enfin ces Brabanons, et les turent ou prirent tous. Ce fut la fin de cette grande dont le souvenir est demeur journe, et si populaire. Le peuple, reprsent juste titre si national par dis les milices communales, sur le champ de bataille de faire son apparition avec clat son dbut avait t le salut de la France venait le sire de Saint-Yaleri et les

Le soir, le roi manda devant lui tous les nobles hommes qui avaient t pris en la bataille; il y avait cinq comtes Ferrand de Renaud de Boulogne, Guillaume de Salisbury, Othon de Flandre, et Conrad de Dortmund, et vingt-cinq barons porTocklenbourg tant leur propre bannire au combat2. Le roi leur donna tous la vie, quoique hommes-liges, tous ceux lesquels et ses qui toient de son royaume avoient fait tout leur pouvoir pour V occire,

1. Ce rcit est presque entirement tir de la chronique eu prose de GuillaumeU'-ttrcton (Gsla Philip. Jurjust.), compare La narration, si vivante, si colore, si prcise traite avec tant de svrit par M. Miclielet, sa Pliilippide. de Guillaume, ne mritait pas d'tre serqui ne vent y voir qu'un calque vile des batailles de i'JBnide. Si les tableaux du pome latin ont une forme un on ne saurait faire le nit'ine la en peu trop classique, reproche chronique prose. 2. Le droit de lever bannire et Ic titre de banneret n'taient hrditaires point avec les 1. X et XI d

la condition requise tait, a cette poque, de pouvoir runir et quiper au moins cinquante hommes d'armes. On appelait bacheliers ou bas-chevaliers les chevaliers
qui n'taient pas assez riches pour lever bannire; ils n'arboraient au bout d

leur lance qu'un panonceau feudu eu queue d'hirondelle, au lieu de la bannire carre des bannerets. Aux cinq comtes prisonniers cits plus haut, l'Art de
vrifier tes dates ajoute le comte de Hollande.

[1214]

TRIOMPHE

DE

PHILIPPE-

AUGUSTE.

85

fussent lois

coupables du mener de lier prendre

et dignes pays aux

de perdre ils furent prisons avoit

leurs enchains

chiefs

(ttes)

selon

les

et coutumes pour Mahaut


pour

et chargs lieux. quatre

en charcomde

rettes1, tesse cordes comptoit Pronne Pronne, Pronne, chanes

en divers fait remplir

La vieille charretes

Flandre les Franais pour lui

quand la ville

ils seroient de Paris;

dconfits. Renaud l'un

Ferrand

de Boulogne, Paris, envoya l'autre Renaud avec un des

et le Vermandois mais o de fer leur honte

ils eurent, et confusion dans une

de fait, .Philippe trs dure faire enchan et

il fut mis si comtes,

prison, peine

qu'il le roi

pouvoit

demi-

Ferrand, pas; quant Oui pourroit dire tout le peuple Les fit au roi, clercs

le trana grand'joie qu'il s'en par les cloches et dehors toient les voies verts et de et

sa suite. grand'fte en France doux chants que aprs en les

la trs alors chantoient

la trs

retourna les glises sonnoient de draps vtues

la victoire! louanges motiers et les tines chs peuple, accouroit vilains faucilles toient n'avoient cation de un

de Notre toient maisons des

Seigneur; orns dedans

carillon; de soie; et pares

les rues de cour-

bonnes garniments; d'arbres

villes

et de riches de rameaux petits et

et les chemins fleurs femmes,

toient tout et chemins;

jonle

nouvelles; virils des

grands,

grande

hommes aux compagnie

jeunes, les et leurs

carrefours leurs liens,

et les moissonneurs sur peu pas son un le col, avant honte nom. pour en de Les

s'assembloient, voir Fcrramlen Les moquer r/abeurs ferrand2, que fit-on lui vilains,

rteaux lequel

ils redouet les enfants sur Yquivo-

armes. le

les vieilles (railler) que Ferrand

et yabrr crioient et que de au

deux toit

ferrands enferr,

emportoient lui qui devant son

troisime toit

si fringant, Telle qu'ils de par tte joie

trpigner roi, Paris. allrent la si ne grande leur et

et de se cabrer Ferrand Les bourgeois telle et

contre honte, la du

seigneur. tant des

jusque?

arrivassent l'Universit leurs sans actions et,

multitude roi, et ils

coliers

la rencontre joie suffisent de leurs pas le

montrrent firent une

curs;

gale,

1. C'tait un trs grand dshonneur pour tout chevalier. de Chrestien de Troies. valier de la Cliurrelle, 2. I.a litire de Ferrand tait trane par deux chevaux ferrands les chevaux de cette couleur.

V, le roman du Chebais, et l'on appelait

86

FRANCE

FODALE.

UiUi

Jour,

ils festoyoient la nuit moult en festins dpensrent et sept nuits. Pendant munales, qui s'taient si bien leurs

jours

grands les coliers luminaires; et bombances, et dura la fte sept ces rjouissances, les milices comdans la bataille, vinrent comportes

en pompe remettre de cent chevaliers

au prvt de Paris prisonniers plus taient tombs entre leurs mains, sans les petites gens . Le roi leur en donna une partie pour les mettre ranon il enferma le reste au Grand et au Petit Chtolets de Paris. Ferrand fut emprisonn en une nouvelle tour forte et haute Aprs au dehors quoi, en mme donnes, contre le roi Jean des murs, en mmoire temps, laquelle est appele la Tour du Louvre. des grandes victoires que Dieu avait au pre contre l'empereur, et au fils

d'Angleterre, fonda, prs de la cit Philippe de Senlis, une abbaye dite de la Victoire, sous l'invocation de saint Victor de Paris1. dans le royaume de France par la de Bovines atteste assez et la grandeur journe du pril et la nationalit du triomphe. Toutes les classes de la nation, mme le sur le champ de bataille, clerg, avaient eu leurs reprsentants et prirent part l'exaltation de la victoire. Les clercs clbraient l'unit de l'glise sauve des mains d'un empereur excommuni et de barons avides d'usurper les bnfices les ecclsiastiques; les vilains, bourgeois, se rjouissaient d'tre Presque toute et jusqu'aux pauvres dlivrs de l'invasion avait les mmes serfs des campagnes, des farouches Tkiois. le haut sentiments; la joie commune; La liesse universelle cause

la chevalerie

seul ne partageait baronage pas franchement car c'tait sa cause, celle de l'indpendance fodale, qui avait succomb Bovines c'tait la royaut qui devait recueillir tous les fruits de la victoire nationale. Fonde par la patience, par le force des choses, la royaut temps, par la lente et mystrieuse venait de se transfigurer et de se consacrer de par un baptme gloire V
1. Guillelm. Armorie. de Gestis Philippi

de Saint-Denis. Rad. de Coggesiial. Annal. Wavcrleiens. Chrome.Turon. etc. 2. Tandis que l'lite de ia noblesse et de la bourgeoisie tait alle combattre ou
l'empereur Othon en Flandre, ou

Augusti.

PMlippidas.

Chronique

vement politique et religieux avait clat parmi les serfs et les vilains des provinces centrales. Des milliers de pastoureaux (ptres) se rvoltrent contre les seigneurs,

le roi

-d'Angleterre

eu Anjou,

un

violent

mou-

[1214] Philippe
et durables

PASTOUREAUX. ne se montra

CROISADE point enivr l'ge;


avait

DES ENFANTS. du succs

87

plus par les fatigues


avantages

que par
qu'il

il borna
obtenus,

il vieillissait, ses dsirs aux vastes


ne chercha pas

et lui vendit et de la Saintonge, 60,000 marcs une trve de cinq ans. On rentra de part et d'autre l'invasion de Jean. Les comtes de dans les limites antrieures expulser le roi Jean du Poitou
Flandre roi fit et de Boulogne par ne royale un de la des voulut possession enfants Quant royal il consentit qu'il la ce la n'en cour jamais de furent des pas pairs quittes la pour confiscation et Calais de jugeant sans assura en Mranie, pas mariant avec possible de comsi peu de leurs la le

prononcer

seigneuries, maison Philippe, la de fille runir

relcher Boulogne avait Flandre, puissant d' our eus

Renaud, et d'Agns ne de

Renaud. au domaine

comt en

soulever la

nouvelles

temptes,

parlement

s'armrent les motitiers, l'exemple les cottereaux religion Saint-Esprit n'en tait

de

forcrent de faux, de btons, manoirs, pillrent plusieurs tout le ainsi Berri, universelle, et parcoururent proclamant l'galit men si rude contre de la paix , qui avaient des confrres guerre fourches, trente que allait mais, aupaiavant; marchait l'insurrection fonder l'galit sur la ans cette terre! c'tait fois, c'tait l'avnement au nom prochain d'une du

nouvelle qui

congrgations dj plus aux pacifiques de paysans, et neutres devant cette rvolte restrent Les villes courut aux armes. furent crases ou disperss du Saint-Esprit par la gendarmerie les champions demi-nus. affrontaient couverte de fer qu'ils les foules avait dans exaltation produit, La dlirante qui fermentait religieuse une erreur un autre vnement beaucoup plus extraordinaire, l'anne prcdente, Matthieu Pris. Un certain jeune les sicles inouie dans , dit le chroniqueur comme s'il et de France, du royaume et les chteaux les villes errant par /jars, rendsJsus-Christ, chantoit en langue Sciijneur franoise t envoy de Dieu, les enfants de son d'autres et, quand avec beaucoup choses; croix nous la sainte leurs en foule, abandonnant ils le suivoient pres et l'entendoient, ge le voyaient les rien sans que et tous leurs put retenir; leurs nourrices amis, et leurs mres, innombrable une marchant en devers la Mditerrane, procession ils le suivirent moult bien et sur un char tnit orn, leur comme maitre, port qui et chantant le fils de Gui, en armes Bernard, biographe d'enfants d'une entour garde mille enfants qui s'atassure quatre-vingt-dix d'Innocent III, qu'il y eut jusqu' comme ils disaient. la croix du Seigneur, ainsi pour aller recouvrer trouprent de de l'universit l'avis des docteurs du roi et d'aprs sur l'ordre Une partie, le chez leurs parents; et de retourner chemin de rebrousser furent obligs Paris dans sa route, beaucoup ou plus avanc persista; prirent je reste,' plus opinitre arrivrent milliers Marseille, jusqu' sur les chemins; et de fatigue quelques misre firent des vaisseaux navires. Plusieurs naufrage; sur et s'entassrent sept grands armateurs les musulmans mens dans des ports par furent on assure que les autres vendirent ces et les de conduire enfants, qui s'taient chargs qui provenaux 1. XXII. d'Innocent llist. III, -v. Hurter, aux infidles, cratures malheureuses

du Saint-Esprit La religion vaudoises. La noblesse attaque

88
tesse Jeanne et les

FRANCE FODALE.
dputs des villes

[12(43

de Flandre et accorda main-leve de la confiscation, la dmolition moyennant des citadelles de Vaienciennes, de Cassel, d'Ypres et d'Oudenarde, et l'interdiction de toutes fortifications nouvelles en Flandre. il promit de mettre ranon le comte Ferrand mais cette promesse ne fut point excute. Le gouvernement de la Flandre resta dans les mains de la comtesse Jeanne et des conseillers que Philippe et le comte Ferrand lui imposa, languit plus de douze ans dans les fers 1. Son alli Othon, qui le dsastre de Bovines avait port le dernier coup, ne pouvait plus rien pour lui; Othon tait all ensevelir au fond du Hartz sa douleur et son impuissance; il y trois ou quatre ans encore, vgta obscurment et ne reparut plus sur la scne du monde. Mais ce ne fut ni en Allemagne, ni mme en France, que se manifestrent les plus grands rsultats de la dfaite des coaliss les dsastres de Jean et de ses allis amenrent, ou du moins acclrrent au del du Pas-de-Calais des vnements qui ont imprim aux destines de l'Angleterre une impulsion irrvocable. La conqute entre normande avait donn les peuples soumis Guillaume le Conqurant, ce pays une au rgime fodal organisation la royaut, part depuis

plus forte, plus active, plus gouvernante tant qu'avait que partout ailleurs; subsist, dans sa vivacit premire, l'hostilit rciproque des Normands et dos Saxons, des vainqueurs et des vaincus, la ncessit avait serr les barons anglo-normands autour de leurs rois; mais, les haines avec le temps, cette ncessit s'tait affaiblie, s'puisant tandis que le despotisme croissant. La capacit royal allait au contraire de Henri II, les qualits politique de Richard chevaleresques Cur-de-Lion avaient longtemps arrt l'explosion du mcontentement des barons; mais Jean lassa enfin leur patience: ils avaient bien pu se rsigner la brillante tyrannie du Cur-deLion et de son pre, mais non pas l'ignominieuse domination d'un tyran inepte et couard, qui n'avait d'audace que pour outrager dfes femmes et pour piller des sujets dsarms. La facilit des contint en grande partie aux soulvements qutes de Philippe-Auguste
t. de Chrun. de Flandre, iideglierst, t. I, p. 330 et suivantes. flandre, c. t05, 106. Kervjn de Leltenhove, Hist.'

y avait t bien

[1214, 1215]

RVOLUTION

ANGLAISE.

89

des la

seigneurs dfense

anglais

contre

Jean des rendit

et leur provinces au pape

refus

de concours

pour L'homle m-

ou la recoinrancc que Jean

continentales. porta Langton, au comble

mage pris l'avait avait

humiliant qu'il inspirait;

l'archevque Canterbury,

Etienne

qu'lnnoccntlll du parti qui

forc rsolu afin

d'installer d'arracher d'y charte avait trouver par promis Guillaume tmoignent de

se mit

la tte

au roi le pouvoir des laquelle de armes Henri corriger

le pass une au vieille trne,

fouilla Langton arbitraire; la tyrannie, et exhuma contre Ier, les lors ahus de son avnement sous raison diplme; de dpart son que il de

introduits pas sans vieux point

prdcesseur les fut leurs Anglais

le Roux1. un leur pieux

Ce n'est respecta et ce le

le fondement liberts. novembre d'Anjou, mains appelrent

constitution

Le 20 campagne entre Henri et les les Ier,

1214, les de

au

retour

de Jean

aprs

sa malheureuse jurrent, de la charte de

hauts-barons le

anglo-normands rtablissement

Langton, aux armes qui

leurs

vassaux

et les

petits du la

nobles roi, et

francs-tenanciers leur ils lois en du requte

relevaient Afin mme , qui le

immdiatement d'entraner temps avaient Conqurant. peuple, refusa abdiquer tait de t

signifirent saxonne, bonnes moins des future

Jean. en

rclamaient roi par petite de Edward

population des l'excution maintenues, Dans en cet au appel la au

droit, la

Guillaume noblesse l'Angleterre. qu'il leurs de aimerait

barons

et au Jean

germe

grandeur

renoncer sa couronne.

despotisme, Les barons

et s'cria abjurrent sous le titre

mieux

serments

de fidlit, de l'arme

lurent de Dieu

un et

chef de la

militaire

marchal

le plus qu'il pouvait des biens de d'un prlat, le roi envahissait l'glise qu'avait rgie le dfunt. A la mort d'un vassal de la couronne, l'hritier au lieu de payer un son fief un prW arbitraire lgitime tait forc de racheter sa fille ou sa sur, simple droit de relief. Lorsqu'un vassal dn roi voulait marier remariait les veuves contre du roi. Le roi il tait oblig d'acheter le consentemeut avec leur main, les tiefs qui leur leur volont, afin de donner ses cratures, Le roi prenait dans les villes et comts des droits de monnayage appartenaient. arbitraires. Il cassait les testaments ou ne les confirmait qu'a prix d'argent, mettait des impts sur les fiefs de haubert, qui ne lui devaient que le service militaire, etc. Tous ces abus non-seulement n'avaient pas cess depuis la charte qui en promettait le redressement, mais s'taient accrus et multiplis sous Henri JI et ses fils. V. le en Angleterre trait de l'Origine du .systme reprsentatif par M. Guizot, la suite de ses Essais sur l'histoire de France. 1. A la mort

00

FRANCE

FODALE.

[1516]

sainte Eglise , et entrrent dans Londres bannires la dployes dsertion fut si gnrale autour de Jean, qu'il se trouva seul avec Il cda; il signa, le 19 juin 1215, les articles sept chevaliers, que lui avaient les c'est l la fameuse signifis seigneurs ligus la Grande-Charte grande-charte; les liberts du sanctionnait les barons contre clerg, garantissait arrire-vassaux contre le despotisme roi de lever aucun escuage (impt de du commun la couronne), cour suprme conseil le despotisme royal, des barons, interdisait guerre) ou aide des vassaux communs les au de

sans l'aveu

du royaume (l'assemble ordonnait que la cour des plaids de justice)

se tint en lieu fixe et ne suivit du roi, rglait la tenue des assises des comts ou tribupersonne naux secondaires, dfendait ou d'arrter, bannir, emprisonner aucun homme libre sans le jugement dpossder de ses pairs, et les bourgeois, les marchands nationaux protgeait et trangers, et les vilains, contre toute exaction et maltle (mal Mta peamia, etc. Pour la premire fois apparaissait argent lev injustement), au moyen ge l'imposant d'une nation runissant ses spectacle classes en corps sul)stituer le rgne des lois l'arbitraire. L'unit politique devait se faire en Angleterre De l, des destines bien par la nation, en France par la royaut. diffrentes. dans cette premire Toutefois, fut phase, la direction exclusivement munes aristocratique, demeurrent, de France. et, d'Angleterre sous des communes Les barons les compendant longtemps, en importance de fait, au-desdiverses et travaillant

(la plus la

anglais ne jouirent pas en paix de leur victoire Jean n'avait cd qu' la force il appela son aide tous les routiers du continent, leur promit les biens des rebelles, et rclama l'assistance du pape, son seigneur suzerain . Innocent III rpondit par un bref qui dclarait la Grande-Charte illicite et iniet dfendait, sous peine d'anathme, que, la cassait et l'annulait, au roi de l'observer, aux barons d'en rclamer l'observation F (24 aot 1215). Ainsi la papaut, de son plus illustre par l'organe reprsentant, abdiquait dj le patronage populaire, auquel elle elle permettait avait paru un moment aspirer; la tyrannie aux rois, pourvu que ces tyrans fussent les esclaves de Rome ainsi, ds l'origine de la Grande-Charte, cette lutte contre commenait

[1215,

12H>]

LA

GRANDE

CHARTE.

91
anglaise, avec tant et d'-

Rome germait nergie anglais srent de leur

qui

a cr haine

le

plus

fort

lieu qu'on

de la constitution voit Paris, poindre le grand

cette dans du contre droit qui

nationnlr* de sicle.

l'Histoire treizime

Mathieu Les des

chroniqueur III s'mous-

foudres

d'Innocent anims grande Rome, par partie et firent tous Hugues les

la rsolution et par dsobit mais du pape. le

insurgs, d'une

la conscience du clerg

concours gnreusement

anglais, pas

qui plus

n'observa que les

l'interdit;

les

armes du

des roi

routiers Jean, de

anathmes de la Gaule des ons, tend vaincus

A l'appel rassembls une

aventuriers de Boves, braban(on aller prse cette un

s'taient de Bovines

autour multitude

de mercenaires gascons, basques pour

flamands, qu'ils taient

normands, quarante une et

poitevins, mille) tempte les Salisbury, runis

s'embarqurent assaillit de dans Boves

partager flotte milliers son frre, de

l'Angleterre; brigands de ses le

la Manche avec terre, la

engloutit

Hugues autres

plusieurs et Jean tte et

compagnons; comte de

prirent

entamrent, aux vassaux contre taient infme

de ces et gas-

intrpides cons contre plutt fin de du le que

et froces roi, peuple de une

soldats, guerre anglais;

poitevins les

d'extermination mais le joug les de barons leur

barons

et

rsolus roi, et,

tout vers la de

reprendre 1215,

l'anne de Dieu

le comte fils

de Winchester de Wauthier scelles du au tait

et le marchal (Fitz-Walter), arrivdes barons,

l'arme rent

, Robert, des lettres

Paris

avec la

grand prince

sceau Louis

et offrirent dont

couronne Blanche magnifique bien des de joie

d'Angleterre de Castille, couronnait que l'ge et

de France, de Henri II. de et son son son fils fils

la femme, offre

la petite-fille dignement refroidi son sur la

Cette

carrire

Philippe-Auguste ambition, blouit accepter, vingt-cinq et avec furent chaine Mais laissa force reus arrive le pape, son la runion orgueil une

ardeur de il vit Il

deux pre et de de

couronnes de

la tte et

conqurant, crainte. des

avec

mle

quelque la fidlit

se fit livrer Louis, dix barons franais la pro-

otages celui-ci chevaliers bras du

en garantie expdier et ouverts prince avait en pris

Anglais

sur-le-champ servants dans d'armes. Londres,

outre-mer Les seigneurs

et annoncrent (fvrier 1216). pour Jean

personne parti

qui

si vivement

contre

92
les barons

FRANCE FEODALE.

[1216]

de anglais, n'tait pas dispos souffrir la spoliation son vassal par les Franais. Comme Louis se disposait partir, arriva la cour de France le cardinal-lgat Gnalo qui prsenta au roi Philippe des lettres par lesquelles Innocent III le priait le royaume d'Angleterre, d'empcher que son fils Louis n'envaht ou n'inquitt en aucune sorte le roi des Anglais, vassal et homme-lige de la sainte terre, rpondit Philippe, de saint Pierre aucun rendre tributaire, Le royaume glise romaine. d'Anglen'a jamais t ni ne sera le patrimoine roi ne peut donner son royaume, ni le de ses barons. Les seigneurs prle dire du roi par un vita nanordinaire,

sans l'aveu

Mathieu Paris, appuyrent sents, rapporte cri unanime, avec son habilet Philippe, moins de s'engager dans une lutte directe

la cour des pairs. voya l'affaire dvou au seigneur avait ajout Phipape et l'glise romaine, lippe, et jamais, par mon conseil ou par mon aide, mon fils Loys ne portera ladite glise; mais, s'il revendique prjudice quelil doit tre entendu, et que droit sur le royaume d'Angleterre, obtenir ce qui lui appartient. La cour des pairs s'assembla donc le lendemain a Melun, en prsence du lgat. Louis y fit soutenir ses droits par un chevalier qu'il avait choisi pour avocat. Les raisons de Louis, si bonnes ne pouvaient arrter qu'elles fussent, le cardinal il dfendit Giialo, qui avait des instructions positives au prince, sous peine d'excommunication, de passer en Angleet au roi Philippe d'aider son fils dans cette entreprise. terre, Lojs, les larmes aux yeux, dit alors son pre Seigneur, quoique je sois votre homme-lige pour les fiefs que vous m'avez donns en ce pajs de France, il ne vous appartient pas de rien statuer touchant le royaume Je vous prie donc de ne point d'Angleterre. mon projet, parce que je combattrai empcher jusqu' la mort, s'il le faut, pour l'hritage de mon pouse. Le roi, voyant la de son fils, lui donna sa bndiction constance et l'angoisse et le laissa partir (Mathieu Paris). dans Louis, esprit faible et born, ne puisait pas cette rsolution son propre fonds il tait pouss par sa dame Blanche, femme d'uu caractre hroque, qui le forait tre ambitieux malgr lui et braver les anathmes pontificaux, qu'il redoutait; mais

avec le pape, et ren J'ai toujours t fidlement

[1216]

LES

ANGLAIS

APPELLENT

LOUIS

DE

FRANCE.

93

il craignait quer

encore avec

plus force papales,

sa

femme

que

le pape. dcids

Il

alla

s'embarles effitransjetrent Le rot le dos, Louis et des lois, L'exlana le roi

Calais,

gens qui

de guerre, commenaient

encourir leur

excommunications cacit ports l'arme Jean, et force d'avoir

perdre cents petits

prodigues. navires

Quatre ponts

et quatre-vingts franaise qui tait sans droit sur

coques, la cte avec

et voiles, (21 mai 1216). tourna uux-Moincs. des leurs barons bonnes par sa il peu attendant, Jean.

d'Angleterre tous ses la

Douvres combat, Londres,

routiers, Roche-

s'enfuit

comme y reut l'vangile

marcha bourgeois, et de

l'hommage de garder

et jura restituer que et ses

sur

leur

leurs le

patrimoines cardinal et son (jualo, dans fils,

confisqus selon laquelle produisit en sud d'cosse, de

communication contre Philippe, Louis ses pour en Louis

menace, comprit d'impression

adhrents, aid

comme appela Toutes tandis Les

ayant au pape, les

et poursuivit, du roi

le cours se dclarrent envahissait

de

succs. lui,

provinces

et de l'est son

qu'Alexandre, villes ou qui refusaient

alli,

le nord. taient franaise cossais. Jean gneurs son avait

reconnatre soit par

le nouveau la chevalerie

roi

saccages et

rudement soit des par

ranonnes les borclerers

anglaise,

1 et les montagnards normands, etc., que que

La plupart enrls,

routiers du Jean

brabanons, ct de

passrent fidles

Louis,

ainsi

les sei-

jusqu'alors frre.

Salisbury

lui-mme

abandonna

Le dsespoir prs le peu aux au d'tre de

inspira fait

quelque

nergie Jean

Jean,

qui

se voyait Rassemblant

bien

comme encore

de nom attachs

Sans-Terre. sa cause,

de chevaliers

et les le sige

runissant de Windsor ravatrade

aventuriers comte

gascons

et poitevins, lieutenant

il fit lever

de Nevers, provinces une et qui petite les

principal de Norfolk rivire

de Louis, mais, embouchure, les

et se mit tandis le chariots

ger les versait la mare chevaux

et de Suffolk; prs de son

qu'il flux

sables

mouvants le trsor aimait de

portaient que Jean malade

engloutirent les vases royal, chrement et et fut

et les et toutes avec

prcieux de

les richesses lui. Jean

menait oblig

toujours

tomba

chagrin,

s'arrter,

1.

Cens

des

marches

d'Ecosse.

94 la nuit suivante, dans

FRANCE

FODALE.

[1216]

de Swines-Head. L, sa pernil'abbaye eieuse gloutonnerie accrut son mal, et sa fivre s'enflamma, parce qu'il s'toit gorg de pches et de cidre doux' . Il reprit cependant sa route, mais il n'alla pas loin, et il expira au bout de trois jours, Newark-Castle, en dsignant son fils an Henri pour son successeur au trne d'Angleterre (19 octobre 1216). On lui fit, son frre Richard, comme mais elles plusieurs pHaphes; On voit dans n'exprimrent pas la mme diversit d'opinions. celle-ci monde De mme que l'Angleterre reste encore salie des souillures de Jean, Par Jean est souille Le protecteur craint d'accepter quels sentiments le monarque dfunt inspirait . tout le

ghenne (l'enfer) elle-mme . de Jean, le pape Innocent III, qui n'avait pas la solidarit des haines qu'inspirait le tyran la sordide

tait mort trois mois avant lui, le 10 juillet. Ce d'Angleterre, redoutable la fois clatante et somgnie laissait une mmoire la situation comme de bre, une mmoire conteste, orageuse de ces vicavait remport l'glise romaine, pour laquelle Innocent au flanc du vainqueur?. qui laissent une blessure incurable semblait devoir La double mort d'Innocent et de Jean-Sans-Terre toires assurer anglo-normand. Le rsultat fut tout oppos le filsan de Jean, Henri Plantagent, enfant de dix ans, n'avait point hrit de l'horreur qu'on portait en faisaient au contraire son pre; sa faiblesse et son abandon des liberts publiques, le roi le plus commode pour les partisans tandis que Louis alinait dj ses nouveaux sujets par son impruentour de Gascons et de Poitevins dence. Jean s'tait toujours Louis favorisait exclusivement des chteaux, qui l'avaient gouvernement des indignes i. Mattli. Paris.
2. Une extatique,

l'tablissement

de Louis

sur

le trne

ses Franais, et leur donnait le des villes, des comts, au prjudice et Anglais appel au trne. Franais

Rad. Coggeshal.
sainte Lu'ttgarde, eut rvlation qu'Innocent tait en purga-

toire pour trois motifs, que le biographe de cette sainte ne veut pas faire connatre. Innocent, dans cette vision, avoua mme Luifgard qu'il et t daniu sans l'intercession de la Vierge, intercession qu'il s'tait mnage en fondant un monastre en l'honneur de Marie. Hurtfir, Vie d'Innocent III, 1. XXI. Cependant sa mmoire fut considre comme sainte par le plus grand nombre des -catholiques.

[1216,1217]

LOUIS,

ROI

D'ANGLETERRE.

95

taient que, aussi ment entre anglais. nalires .ivait pre. succder l'hritier bouche ne lant

sans puisqu'ils le roi

cesse

en

querelle; trahi

les Franais le roi Jean,

disaient ils trahiraient

leurs sans

allis doute habilejur

avaient Louis, que mettre tout le et

ces reproches et ses ou de

accrditaient barons de 1216 des dix d'outre-mer

le bruit avaient tous des du les

rpandu, eux de

Louis

mort l'hiver nombre

dpouiller 1217,

seigneurs jourqui son de de

Durant grossirent t Le couronn nouveau

dfections jeune la III, Henri, mort qui de

fauteurs jours ou

Glocester pape, III, Honorius embrassa

aprs

Honor

venait

Innocent des

chaleureusement de renouveler par le lgat Louis, un une le roi renfort

la cause de sa propre Gualo, inquiet, d'argent

Plantagents,

et menaa fulmine l'Angleterre. chercher

l'excommunication immdiatement lui-mme conclut le carme ne avec de en France ses 1217; point

si Louis et vouet de jours, trs avec de

quittait aller

soldats, durant chrtien, son fils

adversaires mais

trve Philippe, mme

de quarante en homme de mal parole, augurer Il mais

voulut

communiquer, commenait pas secours ses les sire obstin avec contre surprise et Louis affaires grands

excommuni. de Louis, sous en main

Philippe et ne voulait quelques trouva tous droit

l'entreprise cependant retour son vers montra envoya quelques L'arme en droute par roi se Castille, Trois

se compromettre. son bien barons fils;

fournit de

Louis, pendant tourns

Angleterre, presque III, leur attachement

empires s'taient de Londres franais, chevaliers

absence, Henri un

la commune au six prince cents les dans se vit

seule et Louis et III.

la milice chevaliers

de Londres, anglais, fut 1217),

franais de mme resserr Henri

partisans Lincoln bientt

franco-anglaise (19 mai

et mise dans

Londres Le n'osa de

les vainqueurs. quoique avec le en chevaliers trs pape hte afflig mais des et une des revers sa de bru, les son fils,

Philippe, brouiller rassembler cents

il laissa

Blanche envoyer d'armes,

renforts foule

pour

Louis1.

de sergents

1. La Chronique de Reims raconte ce propos un trait de Blanche de Castille, oii Comme messire Loeys cette altire et courageuse princesse se rvle tout entire tout sien lui faillit le et eut dpendu (dpens) argent, si manda son pre que il lui aidt et lui envoyt deniers. Et lu roi dit, par la lance Saint-Jacques, qu'il n'en

96

FRANCE

FODALE.

[1217]

ayant leur tte Robert de Courtenai, seigneur de race captienne, sur quatre-vingts vaisseaux et beaucoup s'embarqurent de barques que gouvernait Eustache-Ie-Moine, et de naissance religieux dfroqu, qui, par une succession d'aventures romatait devenu un clbre corsaire. nesques, Les marins es.einq ports (Douvres, Sandwich, Ronmey, Hastings et Hytbe), qui taient alors en Angleterre vinrent la renles ports par excellence, contre de la flotte franaise outre les matelots, portant, toire ne fut pas longtemps ne fut d'aucun secours aux Franais inhabiles aux manuvres 1 et assaillis par des marins prouvs, nautiques ils rsistrent en vain avec intrpidit; les galres anglaises, armes d'perons de fer la manire des anciens, trouaient et coulaient bas les nefs les Franais, cribls de dards par les bad'Eustache-le-Moine listes les Anglais avaient garni le pont de leurs vaisseaux et aveugls par la chaux vive qu'on leur jetait du haut des hunes taient taills en pices presque sans pouvoir ennemies, se dfendre lorsqu'on en venait l'abordage. Robert de Courtenai2 et Eustaehe-le-Moine furent fut dcapit, pris; le moine dfroqu comme tratre, par ses compatriotes et tous ceux des vainqueurs, vaisseaux aux Anglais franais qui chapprent furent obligs
furot terres nant, (en ni pour terres lui ne seroit excommuni. Quand madame Blanre

de navires, quarantaine l'lite des chevaliers anglais. La vicla supriorit du nombre douteuse

avec une

dont

aui-tll et lui dit


envoyez-lui dit le roi,

sut,

si vint

Comment, sire, laisserez-vous donc votre fils mourir en tranges


Sire, ferai Par il doit tre hritier Dieu, vous! aprs de son patrimoine. (les retenus) Certes, Blanc Non, sire! dit la dame. Non, voir (non, vrai)! pour

trangres)? au moins les issues nant.

je n'en le roi.

dit le roi.
donc? dit

Eh bien, je sais, dit la dame, que j'en ferai!


la benoite mre bien eu gages, et comme deue tout (de bien, comme vrai! n Et que lors

Qu'en ferez-*vois
de mon eux. sei Adonc aller,

gneur, je les mettrai se partit du roi aussi nerai Mais de mou de trsor voir

de Dieu, j'ai beaux enfants trouverai sur qui me prtera Et, quand le roi ce

si cuda (erut) qu'elle dit vrit; si la lit rappeler et dit


vous je fut sachez vous dites Blanee, elle l'envoya sou tenant sous sa

(exaspre).

la vit ainsi que Sire, vous dit

Blnnee, je vous doitvoulez. madame et il madame

et en faites voudrez, ne iui enverrai rien. trsor .

seigneur,

t. Cette infriorit s'explique mal, puisque la couronne de France avait mainpopulations maritimes, jusqu'au admettre que ces populations concours cause de l'excommunication de Louis. 2. Robert de Courtenai le trne, quitta la prison pour de empereur Constantinople. del de la Loire. Il faut domination toutes nos du avaient et Pas-de-Calais refus leur en

dlgu grand et il renfora sa guerre

Blanee,

devint,

1219,

[1217]

LOUIS

REPERD

L'ANGLETERRE.

97

de

chercher Louis,

.m voyant par de mer

refuse qu'il , se

sur n'avoit

les

ctes plus de

de France secours avec

(27

aot

1217)'. ni Gualo qui par et le

attendre le lgat

terre

ni

dcida

traiter

Guillaume tenait avec gager tous assig tous

Salisbury, dans Londres.

grand-marchal Louis jamais son jura revenir pre de

d'Angleterre, quitter en

l'Angleterre et d'enroi Henri de grandet la la

ses Franais, son sur pouvoir les Le

de n'y

ennemi, au

de tout ses droits

le roi

restituer Il rendit

pays petit

d'outre-mer. roi tour Henri de III,

l'original et le

Grande-Charte2. inarchal tous discorde cher tier gens tembre obligs observ Louis, ctes les aucun la cit jurrent autres tait les ne de ceux

le aux

lgat barons cause

leur droits, entre qui

rendre et liberts

anglais desquels

hritages le roi avaient tout entire, Jean

et ses hommes, le parti et de

de

ne recherd'amnisranon (11 les sepet pas

suivi

de Louis, sans navale de pour

de Londres pris Les

rendre

de guerre 1217). de payer

Lincoln clercs seuls

et dans furent

la bataille excepts au pape

l'amnistie n'avoir

de grosses . de son

amendes

l'interdit relev

excommunication, dans puis l'espace perdu t par plus qui

regagna de quinze ses propres prudent l'expulsa mois,

tristement conquis

les par

de France, fautes d'un

ayant, autre,

fautes, et n'et plus pas

le beau habile, moins

royaume que clat

d'Angleterre. raction

Et-il

l'invitable tt ou tard.

nationale

L'uvre lide pour

politique que les les

de revers

Philippe-Auguste de n'avait annes tait tout son fils t

tait pussent qu'un

trop

bien

conso-

la compromettre pisode furent se refaire en dehors paisibles du II, de rgne de de et

l'expdition cette uvre

d'Angleterre dernires

de Philippe occupe

respectes calamiteux Philippe;

l'Angleterre de Jean;

l'Empire

obissait avec

Frdric la maison

alli France

la papaut tait rconcilie semblait s'habituer et le baronage des gnit grandes en 1218, familles dans la du royaume, du

la monarchie la maison jeune de comte

nouvelle. Chartres, Thibaud

LTne s'teiYI. Ce

personne

Rari. Coggeshale. Ann. Waverle. i. Matth. Paris. de dire qu'elle dcrtait 2. Nous avons omis. propos de la Grande -Charte, l'unit des poids et mesures. v. Jlallli. Paris, p. 258. IV. 7

98

FRANCE

FODALE.

[1218-12233

et le comt de Charprince eut ses deux surs pour hritires, tres passa par mariage au comte de Beaumont-sur-Oise; le comt de Blois, au comte de Saint-Pol, de la maison de Citilioa-surMarne. Chartres fut plus tard runi Blois entre les mains d'un Chtillon. le comt Le roi profita de ce partage de Clermont en Beauvaisis. pour acqurir des hritiers

Une violente guerre civile clata peu de temps aprs en Bretagne. La duchesse Alix tait morte, et son mari, Pierre de Dreux, dit IHauclerc (mauvais clerc) continuait de gouverner le pays et de porter le titre de duc, comme bail et tuteur de son fils Jean, le vrai duc ses efforts pour tendre le pouvoir ducal lui alinrent les grandes d'une part le clerg, de l'autre familles basses-brehabitues une indpendance tonnes, presque absolue vis--vis de leurs ducs, qu'elles ne regardaient gure que comme miers des comtes ou tierns du pays. L'voque de Nantes, de la province de Tours, excommunia par ses confrres les vicomtes de Lonnais, soulevrent les presecond le duc; de leurs

que Mauclcrc avait dpouills contre lui lesRohan, seigneuries, les Avaugour, les toute laBasse-Bretagne, tandis qu'Amauri seigneurs duTrgorrois, de Craon, snchal d'Anjou, envahissait la Haute-Bretagne avec une foule d'hommes d'armes des provinces voisines. La noblesse et le soutinrent le duc, qui avait travaill peuple de la Haute-Bretagne a s'attacher les bourgeois et les paysans par diverses exemptions et privilges Pierre dtacha de la coalition le comte de Rohan et l'voque L'inertie chal moral de Nantes, dfit et prit et fora les vicomtes Chateaubriand, de Philippe-Auguste et son parent d'Anjou de Craon, auprs de de Lonnais la paix (1222). durant cette lutte entre son snattestait l'affaiblissement le sire

Mauclerc

et physique du grand roi de France, qui ne quittait plus le palais de la Cit, ou le manoir de gure la tour du Louvre, habitation d'o il avait longtemps surveill la Paci-sur-Eure, Normandie. avec Philippe vivait dsormais plus habituellement les gens d'glise qu'avec les gens de guerre2. Il prit plus de part,

1. Parce qu'il employait contre le clerg les connaissances qu'il avait acquises
dans 2. les coles de Paris force on l'avait d'abord aux moliers destin et aux l'Eglise, prlats il gratifia l'vque Le roi faisait donations

de l'avis de la suzerainet des Halles-Champeaux, et l'abbaye de Saint-Denis de

|!216-i22i]

TROUBLES

DE

BRETAGNE

ET

DE

CHAMPAGNE.

99

toutefois, quand les feux

aux la guerre des sire

troubles tait en

de

Champagne et la

qu'

ceux on

de

Bretagne voir de Thivertu

Champagne haut mari de d'une au

en Brie, du du

pouvait rard comte en

incendies de Rameru,

du

tour tante

Louvre. jeune

Brienne, baud du par YI, droit l'pe

revendiquait de et reprsentation1. par de la justice.

le comt La rard

nom

de sa femme, fut poursuivie de le le (juillet toute

querelle requiert La cour

la fois recevoir dbouta 1216). revenpartie ans de la cinq de Il

le roi des au lui pairs fond

l'hommage cette recourut dication adverse petite prtention aux par et au guerre

Champagne. pralable, sans cour

juger des pairs

armes. voie roi et

La

interdit et satisfait ou femme

de droit, pour de

jusqu'

ce qu'il Aprs rard

ces violences. ngociations, de terres et de qui

quatre et sa

cdrent,

moyennant Les auprs vers Midi guerres des l'poque tait

des

concessions de Bretagne

(1220,

1221)2. taient peu dans l'Angleterre. plong Montfort et le dsastre allait en de le chose Midi, Le

Champagne avaient

furieuses du bientt et, au au

luttes dpart sorti

recommenc pour

de Louis de

de France o Simon fodal

la stupeur mme o

l'avait de

de Muret, France bonne, vence

moment roi lgitime

rendre l'hritier pour

l'hommage des

de Toulouse rentrait sa patrie. du concile

de Naren ProLe pote de III, Laet

rgions

conquises et dlivrer

recouvrer prtend Raimond trs toi, bon dit te reste,

ses domaines qu'aprs VII accueil le pape, contenter; jusqu' dit alla et le la

de la'croisade tran, le jeune un pour tu

sparation cong conseils

prendre force

d'Innocent paternels.

en reut garder dont

Je fais

Venaissin, et le comte l'glise il m'est

Argens de ait dur

et Beaucaire, aura doit la te de

pourras du

Montfort vu si elle

seigneurie rtablir.

ce que l'enfant,

Seigneur,

d'our

parler

maints privilges et redevances.Sur la guerre de Bretagne, v. Guillelm. Armorie. Chrome. Turonic. 1. Sa feiLine tait fille de Henri II, comte de Champagne, frre an de Thide Thibaud baud V, pre VI; mais la lgitimit de cette princesse tait conteste, Henri II l'ayant eue d'une femme divorce, et Tliibaud V et, aprs lui, son fils mineur avaient lnngiemps joui de l'hritage sans rclamation officielle. Vie 2. V. dans illemont, de Saint Louis, t. I, p. 78 et suivan'es, cette affaire le droit intressante fodal. La du livre, de Tillemont par M. de pour publication Gaulle, pour la Socit de l'hisl. de Fiance, a t un grand service rendu a l'histoire du treizime sicle.

100

FRANCE FODALE.

D2IG]

avec Simon. partage la guerre, je ne veux laisses reconqurir

Et, puisque je vois que tout se dcide par demander autre chose, sinon que tu me ma terre, si je le puis . Vapostoile (le pape) et le bnit, et lui ce qui est obscurci te laisse bien comsans doute la nanmoins, Montfort. Il se

le regarda et jeta un soupir; puis il le baisa, Prends garde ce que tu feras! Tout dit sa splendeur que Dieu Jsus-Christ reprendra mencer bonne Innocent passait et bien finir! volont dans tait-il Le pote provenal du pape envers Raimond; rellement mal

exagre peut-tre,

beaula Septimanie Simon et Arnaud-Amauri coup la force morale de la croisade. propos du duch de Narbonne, mortellement s'taient brouills Simon tait entr de vive force que l'un et l'autre s'attribuaient et avait dmantel cette ville, qui favorisait dans Narhonne, contre lui, et Arnaud s'tait Veng en excommuniant Arnaud
Simon

dispos pour des choses qui affaiblissaient

ou pour dmentir lanles esprances probablement exagres que le parti national en le quittant, avait mises en lui. Le jeune Raimond, guedocien tait retourn trouver son pre Gnes; les deux comtes se renInnocent dirent tants de Gnes Marseille, de la Provence au printemps de 1216. Les habidite, contenus proprement par leur clerg famille des Baux, ennemie des princes toujusqu'alors dans la guerre de Touassistance de ses n'avait tir aucune

ne vcut pas assez pour

confirmer

et par la puissante lousains, taient rests neutres louse, et le vieux Raimond

mais la fermentation avait t croisd'outre-Rbne seigneuries de Raimond VII, jeune homme de dix-huit ans, sant, et l'arrive fit clater une explosion patriotique beau, sduisant, intrpide, La rpublique de Marseille, qui n'avait ses clefs aux prsenta jamais relev de la maison de Toulouse, et leur offrit les bras de ses enfants pour la cause deux comtes, du pays. De l, les comtes furent mands Avignon par les meil eux corps et biens, et jurde la ville, qui se donnrent leurs dans toute la contre. rent de les aider Tout le Venaissin,
de Languedoc,

it recouvrer

leurs

terres

ou de mourir suivirent

avec eux.

tout le Marquisat,
1. XXII, c. 101, etc.

le mouvement.

t.

Hist.

[1216]

LES
provenal prtend

DEUX
que

R.WMOND.
mille chevaliers

lUl

Le

pote

vaillants

et pour

accomplis,

et cent

mille des

autres

hommes Les vassaux

, se confdrrent du ceux comte de

le rtablissement accouraient vieux du Raimond chez de

comtes. parts

Provence Le

toutes

se joindre

de Ilaimond1. et alla chercher et faction quelque deMontdes du bois Rhne.

s'embarqua ses allis,

renfort

Barcelonne, pour les riches-hommes aprs lui avoir Orange, contre

d'Aragon repouss Nmes Simon et la

de

Catalogne des Baux chevalerie, fort des tous montagnes

le jeune qui avait

Raimond, arm directement faidits contre

entama les

la guerre (proscrits) VII

chevaliers pour passa qui

sortirent aux entra que occup bords sans par

et

joindre le fleuve n'est

Raimond

Le jeune

comte

Tarascon, de Tarascon le chteau,

coup la par

frir

dansBeaucaire, du chal Rhne, et par et mit les tait

spare devant chevaliers

largeur le sn-

le sige

meilleurs depuis son marcha qui peu

de Montfort. de France la hte et assigea On la tout nouvelle le reste dans la du de ville

Simon pril

revenu

o tait

snchal, droit

il rassembla Beaucaire,

ses hommes, les Provenaux

assigeaient si de la possession Simon leurs

le chteau.

combattit et

de part dpendu se surpasde de tout Beaudans le la desle le

et d'autre sort srent cours caire, ville, sous son

comme

de Beaucaire et ses adversaires, derrire l'abondance l'anne et les sans compagnons

de toute

la Provence2. mais et bien

eux-mmes; du se Rhne, renforaient dsolait

matres les murs rgnait

retranchs jour;

chaque le chteau; sorties

la faim dans snchal du

de secours Simon ne et au

eut put

plusieurs et chteau de ses

sanglantes, qu'en chevaux, la terrible reprit conclu [dus

sauver et

soldats sans

autorisant harnais

capituler sans armes. , recula

sortir L'tendard pour min mond avis que

Montfort, fois, aprs de

bannire il grandes une que trve Beaucaire. livrer

lion

la premire de Toulouse, il cragnait

et Simon avoir perdre

journes avec

le cheRaireu

le jeune Il avait

les Toulousains

se disposaient

leur

ville

au vieux

1. Le comt de Provence et le royaume d'Aragon taient alors entre les mains de deux enfants, Kainiond-Brtiiger IV, (ils du comte Alfouse II, mort en 1209,
et Jayme, lils du roi Pierre, tu U Muret.

2. Les Provenaux

se servirent

du feu (jriigeois contre

le chteau

de Beaucaire.

102

FRANCE

FODALE.

fl2l6]

dans le comt de Comminges avec des VI, qui arrivait Le vieux comte se retira devant troupes catalanes et aragonaises. et les Toulousains, de Simon, Montfort, effrays de l'approche vers lui les plus gens de bien de leur cit pour le envoyrent Raimond prier de ne point venir en ennemi contre eux, et pour lui reprsenter que, dtruire la ville, ce serait perdre son propre bien. Gui de Montfort, frre de Simon, et les. autres barons de l'arme, conseillrent Montfort de recevoir merci les Toulousains, et d'eux seulement une grande somme d'argent d'exiger pour soutenir la guerre; mais l'vque Folquet fut d'un avis fois en la cit, dit-il, il ne faut pargner biens ce qui se trouvera; et sachez, seigneur prendre vous ne faites ainsi, vous aurez vous en repentir Le comte, suivant l'avis oppos. Une ni gens, mais comte, . que si

de l'voque, commena par arrter les puis Folquet, entrant dans la ville, persuada dputs toulousains; au peuple de sortir au-devant de son seigneur, afin d'apaiser le Le pauvre peuple, courroux de Simon. se fiant aux paroles de Fvque, passa les portes de Toulouse que les notables mon les faisoit en grande multitude; se rendoient auprs et, mesure du comte, Side ceux qu'on et avertirent Le peuple, du saisi du

et lier . Quelques-uns prendre s'chapper, avait voulu enchainer parvinrent sort de leurs compagnons la foule qui les suivait. de fureur, rentra dans Toulouse

les comte, qui introduite par l'vque, maisons et violer les femmes. En un moment, le peuple fut sous les armes; chacun leva devant sa maison des barricades de bancs, on fit pleuvoir de coffres, de poutres, de tonneaux; sur les gens d'armes une grle de pierres, de briques et de barres de fer. Gui fut rudement de Montfort, le frre de Simon, avec ses repouss assailli par ses ouailles, et l'vque, et t la victime hommes, de leur juste vengeance, s'il ne ft parvenu se sauver au ChteauNarbonnais. Simon accourut il. l'aide avec toute l'arme, se saisit de plusieurs et fit mettre le feu partout; mais postes avantageux, les Toulousains les flammes, deux attateignirent repoussrent ques successives diriges contre eux par le comte en personne, et, Simon et ses troupes aprs tout un jour de combats, refoulrent dans le Chteau-Narbonnais tandis que le dtachement de Gui

il y trouva l'avant-garde avait commenc piller

(1216]

L'YQUE

FOLQUET.

103

de Montfort Quand bout des

tait le comte Toulousains

bloqu

dans

l'htel virent

du qu'ils Folquet

comte ne

de

Comminges. point une grande propose^ au nom ni

et l'vque par les

viendraient imagina

armes,

et perverse aux citoyens de Dieu, corps, pris ne par ni

trahison.

Il envoya

l'abb

de Saint-Cernin leur garantissant, qu'ils s'ils mort

de se remettre et de libert;

sa merci, tout mais occis

de Vaposloile biens, Simon ni

le clerg, que, de mle

ne perdraient

refusaient, . Les

les otages Toulousains ils ne purent ser-

seraient que que faisait, n'eurent notables Les trop

connaissaient pourtant qu'il cent leur et

la

perfidie ost

de l'vque; les

croire ments du

Folquet

transgresser Dieu, la Vierge de livrer que Simon

terribles

de par pas

Marie

et le corps quatreau Chet Toutous

Sauveur ou

le courage de la cit,

la mort gardait

vingts

des

teau-Narbonnais. bourgeois, louse, allrent Villeneuve.

dputs trouver

de la communaut, le comte et l'voque par se faire rejoindre leurs

chevaliers hors de

donc

Simon puis il envoya

commena les dputs fit saisir nombre et l les

rendre

ses prisonniers, otages

les premiers maisons mille, tous les

au Chteau-Narbonnais, de la ville des bufs jusqu'au (la Boaria),

dans

meilleurs au march

de deux fora ceux

les runit qu'ils

de dclarer des dans

renonaient bourgeois tumulte et entasss de les qui furent

la garantie ne purent emmens fond de et des

de l'vque. s'chapper captifs, cachots de

Tous

principaux le premier trangres d'entre la peine , eux de ses rande la les les

de Toulouse disperss

en terres nombre qu'on fut prt force

au

un

grand sans

prirent sparer armes on cit, lieux glises, palais, velles avait dtruire

douleur morts

misre,

vivants d'une

. La ville entire Les

de livrer par une

et de se racheter de trente les maisons susceptibles furent mille marcs

extermination tours (dormis l'intrieur

d'argent. de tourelles dans ras de tours

et les murailles turrales), de la et ville,

flanques de abattus

et tous sauf

dfense

terre. antiques

Riches

merveilleux nouSimon le pays pour

somptueux s'croulrent ordonn

btiments, sous

et constructions dmolisseurs. dans tout

le marteau des

des

la leve

en masse

artisans

l'honneur

de Toulouse

(octobre-novembre

1216)*.

1. Cansos de la Crozada.

O Le dsastre rance Simon

FRANCE de Toulouse l'on avait rendit

FODALE. un moment

[1217] la prpondla croisade en

prcher de Bourges et Fvque France; au printemps de 1217, l'archevque de Clermont amenrent de nombreux croiss, a l'aide desquels Montfort obtint quelques sur le comte de Foix, puis avantages reporta la guerre aux bords du Rhne, passa ce fleuve, et envahit une grande partie Montfort guerroyait Toulouse le comte russit

pour recommenc

du marquisat de Provence. Mais, tandis que sur la rive gauche du Rhne, la malheureuse enfin briser son joug. Le vieux Raimond VI,

de Comminges, et le fils du comte de Foix, marchant sur cette ville et culbutant un corps de troupes franaises qui d'un brouillard essaya de les arrter, profitrent pais pour entrer enseiparts, trompettes sonnantes, le peuple se leva en masse au cri de Vive le gnes dployes comte Ramon! s'arma de pierres, de btons, de couteaux, courut sus aux gens de Simon, et tua tous ceux qui ne purent gagner le Chteau-Narbonnais (13 septembre 1217). Le comte Gui, frre de avec tout ce qu'il y avait d'homSimon, accourut de Carcassonne mes du Nord dans le pays les Toulousains avaient la hto creus des fosss et plant des palissades leurs pour remplacer Gui de Montfort et ses soldats forcrent ruines cette faible barrire, et pntrrent dans la ville, mais pour en ressortir bientt grand'perte et honniment. Le comte Simon, apprenant dans la dfaite de son frre le Chteau-Narbonnais, revint sur Toulouse avec un lgat du pape, nantir la ville et les habitants. Tous les mridionaux enrls et le danger de sa femme, assige de Provence et quitta le marquisat qui ne parlait que d'amurailles dans la cit ouverte de toutes

de par force sous les drapeaux en chemin; les Toulousains, Simon dsertrent au contraire, avaient reu de nombreux secours de l'Albigeois, du Querci, de Simon tenta de reprendre la ville d'asl'Agenais et des Pyrnes. eussent pu relever leurs murailles; saut, avant que les Toulousains tomba perc d'un mais, la premire attaque, Gui' de Montfort trait d'arbalte un fils parti de la main du comte de Comminges; avait fait comte de Bigorre, de Simon, que celui-ci fut, aussi, furent repousss de telle sorte, bless, et les assaillants grivement que Simon renona emporter Toulouse de vive force. Il entreprit

[1217,12183

DLIVRANCE

DE

TOULOUSE.

105

de la bloquer

en tablissant

sur les deux rives de la Garonne

deux

deux villes contre la ville du comte Raimond, camps retranchs, dont il avoit t baptis, de tenir et il jura, par le saint chrme, Toulouse assige jusqu' ce qu'il et victoire sur elle ou y perdt la vie (fin septembre). l'arrive du La victoire paraissait de moins en moins probable d'A de Navarrois, de Foix avec une grande compagnie et de Catalans, obligea Simon de lever prcipitamment ragonais Tandis que les du ct de Gascogne. le camp de la rive gauche, comte vers les barques qui devaient les transgens de Montfort couraient et leurs allis les Toulousains porter l'autre bord de la Garonne, fut si grand, le dsordre firent sur eux une furieuse sortie; que grand'peine par un son bon cheval se noya, et la riche couverde ses compagnons courut au comte de Foix. Montfort ture du destrier fut reporte le le fleuve, et parvint enfin regagner jusqu' Muret, y repassa des siens mais en laissant bon nombre camp de la rive droite, ou flottant morts au fil de gisant sur les bords de la Garonne Simon tomba dans l'eau et ne fut sauv qu' l'eau. Simon tint nanmoins son serment il resta devant Toulouse tout l'hiver, dans celui de ses deux camps o il avait concentr toutes ses troupes, l'vque Folquet et que sa femme, pendant allaient pardes croisades, de Vitri, un des historiens Jacques Ils en ramecourir la France et chercher partout des auxiliaires. et la prise le second camp fut rtabli, milliers plusieurs ranima un peu les et le sac de Montauban, qui s'tait rvolt, mais l'audace et l'espoir de leurs adversaires soldats de Montfort; relev les Toulousains, n'en furent point abattus qui avaient taient pins assigeants toutes leurs fortifications, qu'assigs nrent non-seulement ils battaient incessamment de leurs machines le l'offensive mais ils prenaient Chteau-Narbonnais, frquemment contre le camp de la rive droite. Le jeune Raimond VII tait venu la tte de ses Provenaux, les joindre et, le jour de son arrive, au lion, sinistre on avait vu tomber du haut d'une tour l'tendard Ce sige homrique, signal par prsage pour les conqurants. cent combats, se prolongeait depuis neuf mois entiers. Simon sucenfin de cette la tche; le dcouragement combait s'emparait

106

FRANCE FODALE.
inbranlable. Malade

CUIS]

de fatigue et d'ennui, dit Guillaume de Puy-Laurens, ruin par tant de dpenses, il n'avait plus son ancienne ardeur, et le lgat l'aiguillonnait sans relche et le taxait d'insouciance et de paresse. Simon priait parfois le Seigneur la paix de la mort . Simon, ayant chou dans tous ses efforts pour se rendre matre du cours de la rivire et affamer la ville, tait revenu la force et avait mis sa dernire ouverte, dans une norme gate esprance ou chatte de bois double en fer, qui devait renfermer dans ses flancs l'lite et renverser les murs franais, nouvellement rebtis par les Toulousains. La gte fut donc pousse jusqu'au bord du foss; mais, un matin, avant qu'on et pu la mettre en uvre, les gens de Toulouse sortirent en masse pour s'en emparer, et commencrent faire un grand carnage des soldats qui la gardaient. Simon entendait la messe lorsqu'on cette nouvelle; il ne voulut point quitter les divins mystres . Un second messager arriva un instant aprs, en criant: Htez-vous! vos hommes htez-vous, ne seigneur! ne quitterai peuvent plus tenir! -Je point, rpta Simon, que je n'aie vu mon Sauveur! leva l'hostie, Puis, quand le prtre il tlchit le genou et tendit les mains au ciel, en s'criant Mainen paix votre serviteur, Seigneur, congdiez selon votre parole Il monta cheval, courut avec toute l'arme vers le lieu du combat, culbuta les Toulousains du premier choc, et les rechassa jusque dans leurs fosss. L, les assigs firent ferme, et revinrent la charge, sous la protection des archers et des machines de guerre, faisaient qui, du haut des-remparts, pleuvoir une grle de traits et de pierres sur les croiss. Gui de Montfort et son cheval roulrent l'un sur l'autre percs de deux flches. A l'as terre, le comte Simon despect de son frre tendu sanglant cendit de cheval, disant amrement: Beau frre, Dieu nous a tenant, . Tandis qu'il converse et se lamente pris en ire (en courroux) avec lui, voici qu'il y avoit dans la ville un pierrier sous un soret les femmes, bier, prs de Saint-Cernin, et les filles, et les et tirrent, et la pierre pouses de ceux de la ville le bandrent vint tout droit o il falloit (e venu tt dreit la peira lai on era mestiers). Elle frappa le comte sur son heaume d'acier, si fort qu'elle accourut lui porter des hommes d'armes de lui donner

me

[1218]

MORT

DE

S1MO.N

DE

MONTFORT.

107

lui

crasa

les en

yeux quartiers,

et la

cervelle, et il olint surent on

et en que

le terre

front mort'

et

la

mchoire 1218)

lui .

partirent Quand ils furent et beffrois des cris cors

(25 juin Simon joie. la toit Les ville

ceux

de la ville que

le comte vu telle toute et

mort, cloches retentit et des et

si joyeux sonnrent et des

jamais grands des

n'avoit carillons; tambours

trompettes, allgresse. la gate un Dieu

des

clairons,

de la commune faire rendre du ct de grces comte de l'eau,

Tous, feu dans que les

grands rien glises

et petits, n'teignit, de ce

sortirent puis qu'il courules avoit

allrent rent dlivrs l'autre

. Les

croiss,

consterns, dans

levrent le

le sige camp, ils s'lan-

de

et se concentrrent jours hors contre la immobiles. de leurs ville; lignes. tait se dcider de leur perdue.

principal coup,

o ils restrent crent attaque mens Toute ne

plusieurs

Tout pavillons, ils

imptueusement dsespre battant chance

et tentrent furent repousss

une et

mais

jusqu'

leurs

de succs pourtant

Ces

hommes la avaient

intrpides conqute proclam de Beziers, un de

pouvaient et de de

abandonner chef. et Ils

Toulouse Amauri la mois en place aprs mme

la

vengeance comte Ils Simon;

Montfort son pre. de

de Toulouse ne dcamprent

vicomte que

le 25 juillet, fut enfin,

la mort temps,

le Chteau-Narhonnais s'loignrent

vacu

et les qu'ils

Franais ensevelirent encore

emportant dans l'glise sculpte de croix. en j'ai

le corps

de Simon,

Carcassonne, sa gigantesque d'armes toute et qu'il du ciel.

de.Saint-Nazaire. sur sa pierre Son joie ou si, pitaphe merveilleuse, dire pour que, perdre les si,

On y voit tumulaire, dit qu'il avec

figure seme

sa cotte

est saint du

et martyr, royaume hommes

ressuscitera Mais moi,

et hritera pour les mes et occire

les

et rpandre aux pour meurtres; ravir les

le sang; si, terres pour et si, peut la cou-

et se complaire honnir attiser parage2, le mal

dtruire soutenir pour en

barons

orgueil; occire

si, pour

et

atteindre un doit

le bien; homme porter

les femmes conqurir

et massacrer Jsus-Christ,

les enfants, celui-l

ce monde

1. Cansos de la Crozada, 205. Historia de las guerras de Tolosa. Petr. Vall. Cern. Guil. de Pod. Laurent. 2. Y. notre t. III, p. 378, sur ce mot, qui dsigne l'ensemble de la civilisation chevaleresque. Orgueil est la barbarie goste, le contraire de parage.

108 ronne

FRANCE

FODALE.

[1218,1219]

et resplendir au ciel . Telle est l'oraison funbre que fait Simon de Montfort le pote provenal au nom de tous les hommes dela langue d'oc! La mort Le Querci, de Simon l'Agnais, fut le signal d'un soulvement universel. le Rouergue, le Condomois, le l'Armagnac, l'appel du jeune Raimond, et les garnifurent chasses ou extermines d'une la Provence dite proprement chef de la maison reprit les des Baux,

Nmois, s'insurgrent sons d'hommes du Nord foule de places fortes;

armes; Guilhem, fut mis en pices

prince d'Orange, et ses partisans furent par le peuple d'Avignon, poursuivis partout comme ennemis de la patrie et allis des tyrans La puissance des Montfort s'croula aussi vite qu'elle trangers. s'tait leve, et la ruine de la domination dans le Midi franaise sembla bientt assure. Mais Rome n'tait pas lasse de perscuter de Toulouse Honorius III n'avait crut de bienveillance qu'Innocent toulousains. Honorius

la maison aux

poin t hrit du retour III avait montr sur la fin de sa vie voir dans la chute des

princes Montfort la restauration

en vain noye dans des torrents de sang; il embrassa avec ardeur la cause du fils de Simon, contre les hrtiques pressa le roi de France de marcher pro assister Amauri de Montfort venaux , et ordonna d'employer la moiti d'un vingtime lev sur les biens du clerg franais de la guerre d'Orient, pour les besoins qui se poursuivait alors, non plus en Palestine, mais en Egypte. Le roi Philippe ne se croisa pas, mais ne voulut pas se brouiller avec le pontife romain, et laissa partir son fils Louis, avec le duc de Bretagne, le snchal le comte de Saint-Pol, d'Anfou, et dix comtes, vingt vques, six cents chevaliers mille archers. de 1219, joignit Amauri de Louis, au printemps Montfort devant Marmande en Agnais, qu'assigeait Amauri. La obtint une capitulation; garnison mais, lorsque le comte d'Astala place, se fut remis en la foi du prince rac, qui commandait avec ses gens, l'vque de Saintes et d'autres prlats rclamrent le comte pour qu'il ft brl ou pendu, et la ville, pour qu'elle ft livre au glaive et la mort, parce qu'elle toit pleine d'hrcomte de Saint-Pol, le hros de Bovines, tiques . Le vaillant et l'archevque d'Auch s'opposrent cette infme trahison, et trente autres

de l'hrsie

DLIVRANCE

DU

LANGUEDOC.

109

sauvrent temps, moines, boucherie de Beziers; la se

le

comte

et

les des

chevaliers croiss, parts entire

captifs1; excite par ville, et

mais, les fit

pendant prtres une et horrible des

ce les

multitude rua de

toutes

dans

la

de la population cinq au roi on mille

ce fut la rptition hommes, femmes

scnes

personnes, du

et enfants,

furent Le

passes fils du

tranchant

glaive. prirent recevoir. population cras ils taient en mme ensemble Tandis sans la route que les de croiRaiprin-

et le comte tait prt

Amauri bien une avaient puis appris chevaliers rpondre

Toulouse ss

les

Marmande gorgeaient de Foix mond VII et le comte cipaux dans et lieutenants Toulouse, o Plus d'Amauri; l'on de d'oc avait mille pour bourgeois

dfense, les s'

Baziges revenus temps

enfermer

le massacre de tous du leurs les

la victoire.

accoururent au ban de guerre

pays

de la langue

comte tours, de gar-

Raimond leurs calabres ons et aux pied

les braves

toulousains

garnirent

murailles et et filles fosss, ferme

et leurs

barbacanes

de pierriers,

de trbuchets, et damoiselles,

de mangonneaux; et petits ponts enfants et qui la ville aux

damoiseaux travaillrent remparts jur, tuer

l'envi puis on

aux

cltures de lgat pour comcomte

aux

attendit du

les ennemis, de dmolir

avaient et de

l'instigation tous les habitants, . Le la mort

Bertrand, venger mena Simon. des

Simon, le 16 juin

le Machabe, 1219, semaines dpass un an de

le hros coul combats quarante

de Dieu depuis sans

sige du

Aprs

six ayant

rsultats, jours de

la plupart plerinage,

croiss, de

leurs l'entreprise.

refusrent lever il toit L'issue donna Amauri geois, cessa fut le de au

poursuivre brla ses

le sige, venu, de

machines confusion

forc de Le prince Louis, et s'en alla comme de guerre, et dommage pour une (1er aot 1219). les Toulousains, dcide tout des de l'AlbiMontfort Beziers, enfant et

sa grande cette campagne, national Montauban, et les

si glorieuse

parti

languedocien Castelnaudari, le ruines Bdarrez

supriorit presque

perdit

Toulousain flotter sur par

la

bannire ville le fils

de l'infortune de Trencavel;

remplace

l'tendard

encore

1. Le pole provenal reprsente le fils du roi , pendant cette dlibration, aecoud sur un coussin et jouant avec son gant cousu d'or, sans rien dire . On la nullit de Louis. ne saurait peindre plus nergiquement

110
du vicomte

FRANCE

FODALE.

[t220-i222]

rentra dans la seigneurie Raimond-Roger paternelle, sous la tutelle du comte de Foix. Amauri runit tout ce qui lui restait de forces pour reprendre Casteinaudari il s'obstina huit mois au blocus de cette place, y vit prir ses ctes son frre Gui, comte de Bigorre, ses plus braves soldats, et fut enfin contraint de se retirer seule ville importante Carcassonne, qui, avec Agde et lui restt de toutes les Narbonne, des conqutes croiss (mars 1221). En vain le lgat Bertrand fonda-t-il Carcassonne, sous les auspices du l'ordre de la sainte Foi saint-pre, de Jesus-Christ, espce de milice religieuse l'ananalogue cienne c compagnie blanche de l'vque en vain les Folquetmoines et les prtres tentrent-ils de propager parmi les catholiques franais et provenaux cette institution, dont le but tait d'aider et secourir le comte Amauri de Montfort et ses hoirsde s'engager dcouvrir et dtruire les hrtiques, les rebelles l'glise, et tous ou infidles, qui autres, chrtiens guerroieroient contre ledit comte . Tous les Provenaux, quelle que ft leur manifestaient croyance, la mme horreur contre Montfort et la de la prdication croisade albigeoise ne trouvait plus que tideur en France, o les esprits taient beaucoup plus remus par ce qui se passait au pays de Babylone4 (1220 1222). et se sentant hors d'tat de dcourag recouvrer les de son conqutes pre, se dcida enfin envoyer les voques de Nmes et de Beziers Philippe-Auguste, pour lui offrir la cession de tous les domaines octroys Simon par le concile de Latranle pape crivit au roi ce sujet, et lui enjoignit et d'accepter, Amauri,
1. de l'sme tat pnmitrf de l'expdition franeo-italienne, dtourne en 1204 par les 1 Sens sur Constantinople, avait t effectue, en 2 .8, par une croisadf qu^nlcea n avait organise avant de mourir, et qui'fut conduite par un lgat du pape et par comte Jean, de Brienne en I-?^f!' Les chrtiens appelaient le Kaire Babylone. L'invasion

salem, en pousant la fille du marquis de Montferrat. Les croiss 7e de Jruprirent l>am te pntrrent jusqu'aux portes du Kaire, et se maintinrent trois ans dans le Delta; mais les division de Jean de Brienne et de l'arrogant lgat Plage leur flrent perdre le fruit de leurs succs, et ils finirent par lro trop heureux de pouvoir tvacuer 1 Egypte par une capitulation trs dsavantageuse, aprs avoir peu de
temps pour Jrusalem. Les arehevoW de Reims et de Bordeaux, les comtes de la Marche et de Ba^ et une infinit d'autres grands personnages avaient pris part Ce" expdition, et y prirent pour la plupart. auparavant, refus l'change de Damiette

Champagne,

qui

avait

hrit

du

titre

[1222]

DLIVRANCE

DU

LANGUEDOC.

lll

pour

sa gloire

et pour prochaine point en

son des puis

salut

(14 mai avec et le

1222). jeune

Philippe roi

prtexta

l'expiration et n'accepta qu' roi ma mon qu'il fatigue d'une dangers! Amauri, server, disputer et mourir ajouta mort fils est

trves de corps

d'Angleterre, plus que qu'aprs pour que le

d'esprit,

il n'aspirait prtend ><Je sais

paix. refus

Guillaume ces paroles besogneront

de

Puy-Laurens

son les Loys foible il mourra

prophtiques: de tout des il ne leur Albigeois; pourra

clercs se et

pouvoir mais, supporter restera

mle de

des dbile

affaires sant, et alors entants,

attendu cette mains de

bientt, de jeunes

le royaume si bien qu'il

aux chmera

femme tant malgr

et

ne

que lui,

vcut ses

le roi titres et

Philippe, les dbris

fut de

donc

rduit

conet VII tous de mort entre les

sa puissance, contre Raimond

pniblement

ses dernires comte de Foix, Raimond

forteresses qui venaient VI avait

Roger-Bernard, leurs (aot de l'abb pres. 1222),

de succder t frapp

deux subite bras

Le vieux et, quoiqu'il

ft mort et sous

catholiquement le manteau sous le poids corps, priv des

de Saint-Cernin comme il ne fut il point la tait

chevaliers de l'excomde spul-

de Saint-Jean munication, ture, Jean, bois. Un veau meilleur comte de fut gard

encore

enseveli, des trois

et son frres cents

dans

maison

hospitaliers ans dans un

de Saintcoffre de

Toulouse.

Il y resta

avenir Toulouse, son son pre. reparut avait de

semblait

poindre hros

pour qui

le Midi, avait

et

le

nousi

le jeune paraissait

reconquis heureux

glorieusement destins d'oc, chisme, mena pu tous centre chute que l'hrsie qu'on

hritage,

rserv pour

de plus la terre nationale des parfaits bchers, qui

Malheureusement avec cru ses des l'indpendance

de la langue le manicomavaient dans

dvor cendres. croiss surtout de

par la flamme Ceux s'taient dans leur les des

de renatre

chapper les coins et des

la rage

disperss pays slaves A la de

et cachs

de l'Europe, de dpart ils

du Danube, de la finis, de leurs dit-on, avec

point Montfort,

religion.

nouvelle

crurent

les jours

la perscution un revint, de la Croatie,

et reprirent principaux des confins

de toutes docteurs,

parts

le chemin de

de la Provence; Carcassonne, et

Barthlemi de la

de la Bulgarie,

Dalmatie

112 le titre de serviteur

FRANCE

FODALE. de la sainte

[12233 Foi ? et se mit de la langue d'oc.

des serviteurs

de rorganiser les glises cathares Guiilabert de Castres, autre chef de la doctrine, secondait Baret ordonna un vque de Rasez dans une assemble thlemi d'une centaine de par faits, tenue au lieu dit Pieussan1. Malgr. le dont les manichens, mystre le clerg cathos'envelopprent lique et surtout les Frres Prcheurs, que n'avait pas refroidis la mort rcente de leur fondateur avaient trop bien Dominique2, de tous les pas au courant Rome s'mut de nouveau, et ritra ses efforts auprs du roi avec un mlange de supplications et de colre. Le lgat du pape en France, le cardinal Conrad, ex-abb de Ctcaux, . Sens un concile gallican, convoqua par une circulaire o il exagrait le pril, afin de rveiller le fanatisme franais. concile, qui bien profiter croix. Mais Philippe tait dans l'impossibilit matrielle de rpondre aux dsirs de la cour de Rome depuis l't de f222, ce prince, min par une fivre lente, sentait ses forces se rtirer de lui; il avait fait son testament au chteau de"Saint-Gefmain-cn-Laie, ds le mois de septembre 1222. Ce testament, publi avec la chronique
Gaules,

en devoir

organis l'espionnage mouvements de leurs

pour n'tre adversaires

ne pouvait se dispenser ce d'assister Philippe devait se runir en juillet 1223, et l'on esprait de l'occasion le roi prendre la pour entraner

de Guillaume-le-Breton,
est un curieux monument

dans le recueil
historique:

des Historiens
norme trsor

des

conome3 et l'acpar Philippe atteste son administration croissement de la richesse publique, ce point qui avait augment le revenu du prince sans que les progrs de l'industrie et du
1. 2. Ilint. Saint de Languedoc, 1. XXIII, ch. 57. Matth. son devinrent strilisait Paris. ordre ad mm. 1223.

amass

Dominique avait, de saint Franois. l'exemple les franciscains. 3. cette Il atteste anssi tait

en 1220, interdit Les dominicains

le droit

moines

de proprit, il mendiants, comme mais

gnrale. de Philippe-Auguste, suivant un tat dress quelson avnement, le domaine ques annes ne aprs royal rapportait que 7,197 livres 15 sous de revenu, c'est--dire francs. Le marc valait 143,958 2 livres la parisis; livre valait 20 sous et 4 parisis parisis pesait onces, de 27 de nos francs. poids Le sou parisis valait donc 1 franc 35 centimes. Le sou tournois de Tours, (monnaie du rgne

ignorance 4. Au commencement

l'ignorance conomique et fut longtemps encore

qui

de telles

valeurs;

[1222]

TESTAMENT

DE

PHILIPPE-AUGUSTE,

113

bien-tre, dans de sait son leur

au essor;

moins en voir

relatif, mme

fussent, temps, cet l'influence

a ce l'emploi habile des Gurin,

qu'il que politique, gens

semble, Philippe

arrts destine

trsor tait

fait

combien sous

l'approche d'glise il lais-

sa fin, ses

retomb

excuteurs de trsorier francs), Roie, du pour restitution

testamentaires, chambrier Temple faire, de Il lguait cinq cents

Barthlemi Aimar (1,350,000 leur

(chambellan) cinquante suivant tout le

de Senlis, voque de France, et frre mille livres que parisis Dieu

discernement aurait l'norme peru, somme (8,505,000 et aux deux

a donn,

ce qu'il ensuite

ou retenu cinquante au roi du

extorqu de cent francs) ordres cents

injustement. sept mille

marcs

d'argent

titulaire et de

de Jrusalem, de plus l'Hpital, pendant

Jean pour trois

de Brienne, qu'ils

Temple

entretinssent contre

trois

chevaliers et nait aux pussent vingt veuves

reprendre et un mille

vivement livres parisis

campagnes les hostilits aux dix fils pun d'or

les Sarrasins, Il donorphelins, sa femme deux leurs mille aux

outre-mer.

pauvres, mille

et aux

lpreux livres

de Paris, son ses

livres

dix Ingeburge, ses serviteurs ses croix afin que d'or, vingt pour sous de le parisis Paris. durant

mille

Philippe, avec

et toutes ses pierres

couronnes

joyaux,

prcieuses, clbrassent la plus, jour,

l'abbaye messe

de Saint-Denis, chaque jour per-

moines salut (27 Le reste

ptuit, vingt vt Philippe son

de son francs) des

me; par

l'Htel-Dieu percevoir richesses devait sur

de Paris, la prpar

immenses de du prosprit nom. que leur de la du

amasses appartenir du

quarante Louis, dans regardaient des droit la de et

ans huitime

successeur, s'agissait rois partage sens

Il ne que non avec fond fils les du son

ce testament comme domaines la

partage

fisc

royal, et

proprit couronne. de ses

personnelle,

conscience

Louis-le-Gros devoirs de roi, avait en n'octroyant au rang ses des

cet puns

gard que

politique faibles

de la royaut, apanages qui les

mirent

non moins usite que la monnaie de Paris) ne valait que l franc. La valeur relative des monnaies tait infiniment On voit, dans le testament du plus considrable. :>4o livres roi, que parisis (6,480 francs) suffisaient l'entretien de vingt prtres. C'tait 324 francs par tte. Et il ne s'agit pas ici de pauvres vicaires de campagne. Ces 324 francs reprsentaient peut-tre 1,800 francs ou 2,000 francs d'aujourd'hui.
IV.

in

FRANCE

FODALE.

[1223]

assez ordre; Louis VII n'et sans doute pas eu mais le ciel, heureusement, de jugement pour suivre cet exemple pas homme abanne lui avait donn qu'un fils. Ce fils n'tait la mission la trace de son aeul, dont il avait continu donner et de gnie. Philippede bonheur avec une si grande supriorit que le petit comt de .Clermont Auguste ne dtacha du domaine des en Beauvaisis, pour son second fils Philippe, qu'il avait investi comte Renaud de Boulogne, toujours captif fiefs du malheureux barons du second Pronne. du roi lutta encore plus de dix la forte constitution Cependant mois contre la fivre. Il avait fini par tre branl par les instances il avait ajout touchant l' affaire des Albigeois; ds prtres, son testament un legs de vingt mille livres Amauri de Montfort, de l'hrsie l'extirpation , et il parut dsirer pour l'aider Conrad, sa prire, assister au concile, que le cardinal vivement de Sens Paris. Le roi, contre l'avis des mdecins, transfra partit de Paci-sur-Eure La fivre du Louvre. mais il ne revit pas la tour pour Paris le fora de s'arrter Mantes, redoublant ans, aprs o il expira, le 14 juillet 1 223, l'ge de cinquante-huit roi des Ainsi mourut Philippe, en avoir rgn quarante-trois. dit le pote chroFranois, homme trs prudent et de grand sens, en achomme renomm magnifique par sa vaillance, niqueur, les il largit merveilleusement dans ses guerres tions, victorieux des Franois, du royaume et la puissance droits de la couronne et enrichit et dconfit virilement fort le fisc royal; il combattit terres, leurs soldats, leurs de princes illustres parleurs beaucoup assailli son royaume armes et leurs richesses, qui avoient fortement des glises. et il fut un grand protecteur et sa personne, ainsi qu'il l'avait Saint-Denis, fut inhum Le roi Philippe et du vainqueur de la Normandie dsir. L'uvre du conqurant de Bovines ne fut pas ensevelie avec lui dans la tombe. avait vingt ans peine), ses 1185 (Philippe un rameau barons le voyaient, un jour, assis l'cart, rongeant et jetant autour de lui des regards qui dvert avec distraction, de son me. Si quelqu'un pouvoit me dire celaient l'agitation mon meilce que le roi pense, s'cria l'un d'eux, je lui donnerois et interrogea gagner l'enjeu, leur cheval . Un autre s'enhardit On raconte qu'en

[1223]

MORT

DE

PHILIPPE-AUGUSTE.

115

le roi. Je pense une chose, rpondit c'est savoir si Philippe; Dieu accordera moi, ou jun de mes hoirs, la grce d'lever de nouveau la France la hauteur o elle toit parvenue du temps de Charlemagne*. Il poursuivit cette pense durant toute ralisation aussi loin que le permettaient
1. Hurter, anecdote. Yie d'Innocent III, 1. XIX. M. Hurler

sa vie, et en avana la les limites du possible.


ne dit pas o il a pris cette

LIVRE
FRANCE

XXIV.
FODALE

(SUITE).
Apoge

Louis VIII. Conqute des pays de la Chade Louis VIII contre les Albirente et d'une partie de la Guyenne. Croisade de de Blanche Louis IX (saint Lodis). Rgenee geois. Sige d'Avignon. des des barons. Blanche et Thibaud. Fin de la guerre Castille. Rvolte a la maison royale. Nouvelle lutte entre assur Le Languedoc Albigeois. Frdric IV. Commenceet la papaut. 11, Grgoire IX et Innocent l'Empire Mouvemorale de la papaut. moral de la royaut. ment de dcadence Progrs Victoire de Louis IX sur Honri III le clerg. ments de la noblesse contre et Saintes. La Provence Taillebourg passe dans la maison d'Angleterre Louis IX part pour la croisade. des Captiens. royale. Puissance
bb LA monarchie fodale.

12231248. de ans

L'hritier

de

Philippe-Auguste,

trente-six

lorsqu'il

monta

roi captien sur le trne, tait le premier qui n'et point du vivant de son prdcesseur la royaut t associ la couronne tait dsormais trop bien assise pour avoir besoin de cette garandu principe d'lection n'tait plus assez forte tie, et la tradition du vieux droit. Louis VIII fut exiger cette reconnaissance et qui succda au roi vritablement le premier hrditaire, un fief. Son origine trne comme on succdait carolingienne populaire. prtait une nouvelle force la dynastie dans l'opinion pour donc le roi Loys, disent les chroniques, la ligne de l'empereur Charlemagne, origine par sa mre . Par Louis
Blanche

le royaume retourna dont ledit roi tiroit

en son

VIII

se fit sacrer

de Castille.

Reims, le 6 aot, avec sa femme Il donna la libert un certain nombre de

hormis les flons dtenus et gracia tous les prisonniers, Les barons, pour avoir pris les armes contre le feu roi Philippe. eux-mmes une grce d'une d'accord avec Louis, s'octroyrent serfs, autre nature, l'occasion de dcrtrent, en parlement toutes sommes dues aux juifs, avec trois termes du l'avnement l'abolition gnral, nouveau roi des intrts fort loigns ils de pour

[1223]
le remboursement du capital.

LOUIS
Peu

VIII.
de temps aprs, un arrt

117
d'une

tout autre
grs atteinte de la au

porte,
puissance droit

rendu

par
Les

le roi en sa cour , attesta


et porta une premire de la couronne et officiers

les proprofonde avaient

royale

fodal.

grands

le roi lorsqu'il la cour des pairs accompagn prsidait de France, mais sans au jugement. Maintenant ils prparticiper tendaient juger ct des pairs. C'tait le renversement du principe mme de la pairie. Les pairs protestrent, propos d'un procs entre la comtesse de Flandre et le sire de Nesle. La cour

d'abord

ordinaire
faveur bouteillier, des

du roi,
grands le

incomptente
officiers, et, (chambellan)

assurment,
dsormais, et le

jugea
le conntable

le dbat

en
le

chancelier, sigrent

chambrier

auprs
les causes

du duc de Bourgogne
de pairie. Le chancelier

ou du comte
tait un

de Champagne
clerc les autres,

dans
des

barons

du domaine

royal.

C'tait assis

le commencement sur le trne,


qui avaient Dieu de les

d'une

vride
prs de et ambien

table rvolution 2. A peine Louis VIII tait-il


Rome de son se son rgne chargeant ritra pre. , prs Le en de de pape acceptant dtruire lui les l'exhorta les l'hrsie

que

la cour
chou prmices

obsessions d'offrir offres

d'Amauri albigeoise.

Montfort, soit

Louis,

soit dvotion, le legs d'acquitter tion,


au concile de Paris,

n'y tait que trop dispos. Il s'tait empress fait par son pre Amauri, qui s'tait rendu
et avait engag ce seigneur retourner guer-

royer contre Raimond VII, et rompre les Provenaux. La reprise des hostilits
t. 2. Ordonnances V. le Mmoire des sur rois, 1. 1, p. 47. l'arrt de la cotir

toutes

avec ngociations russit mal Amauri

pairs qlti condamna Jean-sans-Terre, dans la Bibliotk. de l'cole des Charles, 2' srie, t. V, p. 18-20. laiss tablir un prcdent en 12 16, plusieurs prlats et barons, de France, qui n'taient avaient pas pairs avec les pairs dans le procs sur sig la succession de Champagne dont nous avons parl ci-dessus, p. 99. 3. Il avait t un montent de terminer la querelle question de par le mariage Raimond avec une sur d'Amauri. Pendant les pourparlers, le comte Raimond eut d'aller visiter Montfort dans Carcassonne, l'imprudence et de se remettre ainsi la discrtion de son ennemi. Amauri fut plus fidle aux principes de l'honneur et le comte chevaleresque qu' ceux du fanatisme de Toulouse catholique, ne fut comme autrefois le vicomte pas, de Beziers, victime de sa loyale confiance. Le trait de mariage, ne se conclure il avait entre les cependant, put deux maisons y un fleuve de sang ne pouvait franchir. Guil, de Pod. qu'on Laurent. c. 34. par M. Beugnot, Les pairs avaient

des

118

FRANCE

FODALE.

[1223,1224]

son retour, Amauri trouva par les comtes de Toulouse Trencavel. d'hommes Amauri d'armes

Gareassonne

troitement

resserre

et de Foix, et par le jeune vicomte tait parvenu l'assembler bon nombre l'aide des dix mille marcs et de routiers, Carcassonne et tenta ds que provenle quittrent tablis en terre

il dbarrassa qu'il avait reus du roi Louis de ressaisir l'offensive. Mais ses mercenaires son argent fut puis aux ale , renonant dfendre, partirent dans Carcassonne tous les Franais biens mal acquis

qu'ils ne pouvaient plus les uns aprs les autres, et Amauri, abandonn avec vingt chevaliers, fut oblig de capituler.

Le 14 janvier 1224, il signa un trait par lequel il restituait Carcassonne et les forteresses de Minerve et de Penne-d'Agenais aux hritiers des anciens seigneurs, de six mois stipulait un armistice et Agde, et s'engageait employer son intervenpour Narbonne tion afin de rconcilier Raimond VII et ses allis avec l'glise et le roi de France. Le lendemain, il reprit la route de France avec le faible reste des oppresseurs du Midi la domination des Montfort avait pes quatorze y laissait d'ineffaables devait relever. permirent dlivrance. Le mois annes sur la terre vestiges, Les sombres prsages de la langue d'oc: elle des ruines que nulle main ne d'une nouvelle tempte ne aux joies de la

pas aux Provenaux suivant, Amauri

de s'abandonner

cda,

roi des Franais, et ses hoirs, par l'glise romaine au feu comte sur le comt de Toulouse

Louis, par acte authentique, les privilges et dons accords Simon, de pieuse mmoire , pays

albigeois (partes Le roi subordonna son acceptation au succs de pouralbigenses). avec le pape, et promit au comte de parlers qu'il avait entams Montfort la survivance du conntable Mathieu de Montmorenci f Il parait qu'Amauri de Montfort ne tint pas ses engagements avec les princes provenaux, et ne tenta nul effort pour dissuader Louis de ses projets contre eux. Le fameux de Nararchevque 1. La charge de conntable commenait acqurir beaucoup d'importance. Philippe-Auguste ayant supprim la grande snchausse, trop dangereuse pour le trne, le conntable, jadis simple inspecteur des'haras, avait hrit de la suprmatie que le grand snchal exerait sur les forces militaires de la couronne. Dreux de Merlot et Mathieu de Montmorenci, mules de Guillaume des Barres, portrent haut la gloire de la conntablie.

et les autres

[1224]

LES

MONFORT

CHVSSS

DU

MIDI.

119

bonne, compromis tre pas

rnaud-Aniauri par leurs

et cruauts,

les

prlats s'taient

du

Languedoc dans

les la ville

plus neude ne la de pas ses

retirs roi pour

de Montpellier, souffrir que

et avaient l'esprit

crit immonde

au

le conjurer sa puissance

relevt la

dans tenait n'avait VII,

province Dieu besoin

narbonnaise une

, et terre trangres

d'employer offerte les admis de Louis par

force

qu'il Louis

conqurir d'excitations

l'glise.

prires

de Raimond

protestations, changrent d'octroyer contre autres geois, contre pires qu'une tous quels les qui

ses requtes pas les intentions indulgences Toulousains, refuseraient tant

d'tre

l'bommage-lige VIII; Louis pressa

du roi ne le pape la barons croix ou

plnires et de tenus

quiconque

prendrait tous les

d'excommunier suivre par du leur le serment royaume, et royal

suzerain fodal le

en Albile roi n'ayant en outre Trencavel et les-

les barons tous assaillants bulle leurs les

de servir

assaillants que les

royaume

hrtiques Raimond jamais

. Louis VII, le

demandait jeune

papale adhrents

dclart tout

exclus

de leurs et aux siens

domaines, perptuit ans

appartiendraient que l'glise

au roi lui

de France garantit

et il voulait l'Angleterre. le-champ inattendue, fondre Le dcider Les peidu toutes vastes s'il les sur comte

une

trve

de dix

avec surfort prt

Le roi ces

ne doutait'pas

qu'HonoriusIII cependant, par qui une

n'accdt priptie l'orage

propositions; le bras des du

ce fut la tte

saint-pre

dtourna

seigneurs n'avait pu, aux

provenaux. durant inquisiteurs VIII lui Rome; rclamer dans purger tous sa firent plusieurs et aux juger annes, bourreaux. qu'il il tait offrit se

Raimond ses

livrer

sujets

prparatifs ne parvenait soumissions fonctionner main-forte III, en alors tout

de Louis dsarmer que pouvait

il se rsigna, l'glise, ses terre

et promit et de

de laisser lui prter

l'Inquisition afin autre de

domaines, d'hrtiques. laiss

Honorius mais Sainte. Sicile, dans

moment, par l'esprance

ne se ft pas

toucher; Terreet de

il tait

absorb II,

de reconquriiia et roi de un de Pouille

Frdric fianc ses ports

empereur du et

d'Occident royaume

l'hritire calahrois

Jrusalem,

prparait, pour la

siciliens,

puissant loin

armement de favoriser de

recouvrer croisade

l'hritage albigeoise,

de sa femme. qui eut

Honorius, les

empch

Franais

prendre

120

FRANCE

FODALE.

[1224]

les indulgences accordes' part l'expdition d'Orient, suspendit ceux qui se croisaient contre les hrtiques, signifia par son au concile convoqu Paris par le roi, au lgat cette suspension de mai 1224, et pria Louis de se contenter commencement de surveiller l'excution des promesses de Raimond. ainsi arrt court au moment d'entrer en campagne, Louis, montra beaucoup de ressentimentdela dfection du pape. Puisque le seigneur pape, dit-il, ne juge pas propos de nous accorder les demandes raisonnables que nous lui avons faites touchant nous protestons, devant tous les prlats et Y affaire d'Albigeois, barons de France, et nous que nous n'en sommes plus charg au cardinal-lgat signifions voque de Porto) qu'il n'ait (Gon||cl, Le roi n'osa poursuivre son plus nous en parler a l'avenir! sans l'appui du souverain mais il ne voulut pontife; entreprise et il tourna point avoir fait en vain de si grands apprts de guerre, les forces destines craser Raimond contre un autre ennemi de Toulouse. Lors deurs de son lvation du roi anglais et les -autres terres d'outre-mer, la Normandie de restituer vant le serment qu'il avait fait son dpart d'Angleterre. juste titre la Normandie Louis rpondit qu'il possdait terres, comme il tait pairs, attendu que le roi des trait de paix, en ne rendant ranon, en faisant pendre un autres partisan des Franais, au trne, Louis avait reu des ambassaHenri III, lesquels l'avaient instamment pri suiMais et les

devant la cour des prt le prouver du Anglais avait viol les conditions de Lincoln sans pas les prisonniers

des principaux citoyens de Londres, et en foulant aux pieds les liberts de l'An-

gleterre. Cependant la trve qui existait entre les deux couronnes s n'avait pas t rompue, et, comme elle expirait la Faque de 1224, Louis, tout entier ses projets contre le Midi, ngociait mme le de cette trve pour dix ans. Henri III, ou plutt renouvellement dont les violences avaient excit de grands trouses conseillers, bles en Angleterre, dsiraient vivement viter une guerre contre la France; mais Louis, une fois l'expdition de Provence avorte, avec le roi anglais, repoussa la mdiation biTis.qaera.ent rompit du lgat, et rsolut de complter les conqutes de son pre. La fut mene avec laquelle doit tre attrivigueur l'entreprise

[1224]

CONQUTE

DU

BAS-POITOU.

121

bue

en grande Blanche. Louis Jean, nablesbatailles

partie

aux conseils

de Tours partit avec douze cents chevaliers

femme, le lendemain et autres

d'une

de la reine de la Saint-

, et entra sur les terres chef du parti anglais dans ces contres. Le vicomte obtint une trve d'un an, condition il n'tait pas que si, dans ce dlai secouru il se reconnatrait du roi par le roi Henri homme-lige Louis. Louis marcha sur Niort, puis sur Saint- Jean-d'Angli enleva rapidement ces deux places, et assaillit ensuite La Rochelle ds le 15 juillet; mais la dfense y fut plus srieuse, et Savari de Maulon, snchal d'Aquitaine pour le roi Henri, avec deux cents chevaliers gents et les bourgeois courage au roi. Les principales communes de la Guyenne et de la Gascogne et l'on semanglaise avaient envoy des renforts aux Rochelois, blait, des deux cts, estimer la destine des possessions anglaises du continent attache cette importante o les ville maritime, rois des Anglois et leurs terre . prendre hommes d'armes avoient coutume de souldoyers (mercenaires), de la ville, rsista de grand force ser-

convepersonnes du vicomte deThouars,

ne fit rien pour conserver La Rochelle L'Angleterre, cependant, toutes les forces du roi Henri III taient occupes contre ses baviolations de la Grande-Charte; rons, soulevs par de tmraires le pril des provinces d'outre-mer ne rapprocha pas les partis; les barons anglo-normands se souciaient peu que leur roi gardt ou perdit les possessions leur faisait que leur instinct national considrer comme l'Angleterre. Peut-tre mme trangres souhaitaient-ils cons Henri qui servaient d'tre spars d'instruments de ces Poitevins et de ces Gas la tyrannie royale contre eux. son snchal Savari esprait de payer ses mercechef-justice (chanceen effet des III, lui expdia ouvrit ces huches, on n'y et du son. la garnison
occidentale

n'envoya point de soldats au moins qu'on lui fournirait les moyens on prtend du Bourg, naires qu'Hubert ministre lier) et premier coffres fort lourds; que trouva, au lieu d'argent, en soit de cette singulire
1. La vicomte louai et la mer. de Thouars

de Henri

lorsqu'on que des pierres anecdote,

Quoi qu'il et les bourgeois


du Poitou entre le

comprenait

la moiti

122

FRANCE

FODALE.

[1224J225J

capituler. On dit que Louis acheta les chevaliers de la garnison Quant it la par bonne somme et munificence. de ses franchises elle stipula le maintien (3 aot bourgeoisie, i 10) 41 immdiate dtermina la soumission La chute de La Rochelle de l'Angoumois, et des seigneurs de la Saintonge, des communes se dcidrent du Limousin, ais n'eurent ne s'arrtrent du Prigord qu' recueillir qu'au bord et de la moiti du Bordelais les Franet d'allgeance, partout des serments de la Garonne, vis--vis de Bordeaux, du En des

maintenir dans l'obissance que son archevque parvint les villes conservrent leurs liberts. roi anglais. Toutes moins de quatre mois, Louis VIII avait enlev l'hritier

de tout ce qui lui restait en Gaule, l'exception Plantagents de plus Il tait difficile d'obtenir et de la Gascogne. Bordeaux en moins de temps et avec moins de peine. brillants rsultats Les barons d'Angleterre, qui n'avaient pas voulu aider leur l'aider il les consentirent ses terres d'Aquitaine, roi dfendre de la Grandenouvelle confirmation recouvrer, moyennant-une et Henri III un subside considrable, Charte. Ils accordrent Bordeaux avec un son frre Richard ce prince put expdier vers la Pque de 1225. Richard, qui portait les corps d'arme rallia les barons de titres de comte de Poitou et de Cornouaille, et reprit La Role. Mais Louis dpcha en Guyenne Gascogne, le comte de la Marche2 et beaucoup son marchal, que joignirent les Anglais furent repousd'autres barons poitevins et aquitains; de leur cte, ne pasLes Franais, il srent pas le fleuve; les vues de Louis VIII taient changes ce dernier dispos laisser Henri III la Gascogne, paraissait continentale des Plantagents, dbris de la puissance pour pou ses projets antrieurs. voir porter ailleurs ses armes et retourner n'avait t qu'une diversion La guerre d'Aquitaine pour lui, et, les droits de mots des agents de Rome touchant aux premiers ss au midi de la Garonne. 1 GestaLudovici VII.
t. XV11, p. 305.

Chrome. Turoli.ap. llistor. des Gaules et de la France,

2. Ce comte tait cependantle beau-pre du roi d'Angleterre; il avait pous la veuve de Jean-sans-Terre, isabelle d'ngoulme, qui lui avait t autrefois iianca, et que Jean lui avait, ravie.

[m:,]

CONQUTES
, our sur il avait l'affaire point protg par le le oblig renonc des

SUR
bien Albigeois1 esprit comte succs de de de

LA
vite . justice

CHARENTE.
sa rsolution de ne

vn
plus

Montfort rien Ce rius ne III pas

n'tait avait

et

de mais

charit seulement d'Orient. II de

qu'Honopour Diverses diffrer de ce

Toulouse, la croisade Frdric le pape

compromettre ayant son voyage

circonstances deux ans

l'empereur

d'outre-mer,

rsolut

d'employer

dlai en finir avec Toulouse.


bardie, et jusque dans l'tat

Les progrs
de l'glise,

des hrtiques
contriburent

en Lom rendre

Honorius implacable.
le pape avait tran de

Tout en arrtant
dlai en dlai,

les coups du roi de France,


avec une insigne perfidie,

la rconciliation
t. dent les Entre les deux

dfinitive
de

des
1224 comte

princes
et 1225

languedociens
avait eu lieu

l'glise.
un encore de au des inci-

campagnes

en Flandre vivement

extraordinaire, qui proccupa de Louis. Le fameux conqutes avait disparu, en 1204, les Bulgares. On tenait mais qu'il Joannice, voici qu'au tait le comte l'avaient roi

l'attention

tinople contre du

l'anne

plus publique devenu Baudouin, empereur la suite d'une bataille d'aprs, ce que termin apparut prince, sa vie en tomb dans un

que Constan-

dsastreuse pouvoir

farouche

affreux; dclara o de les

constant pour de Bulgarie, avait mois d'avril 1225, chapp annes.

Flandre

ressembloit Flandre, voyant qu'il le reurent leur ce qu'ils et, pour pour seigneur, fille dudit comte ils la rejetrent Baudouin, Jehanne, la comt de Flandre. La comtesse, bien desconforle, et le pria, plant disoit ses vint o feu rouc retourna Quand Dieu, pour qu'il un (avec nombre) grand tre le comte Baudouin, et lui piti de barons donnant d'elle. Le

Bulgares la comt de

Baudouin, retenu vingt

par miracle Plusieurs

supplices vieillard qui de la chartre (prison) grands et petits, audit comte, haine la comtesse presque de France toute

gens, merveilleusement avoient et lui vint se rendit au en roi

tollirent

roi

Pronne et manda

et de chevaliers, un sauf-conduit bien

Loys, grand l celui qui

contre la comtesse. Celui-ci, rponses qui d'une foison Pronne accompagn grande roi lui demanda et moult Le grande orgueilleuse. il avoit. roi. lui roi au dfunt hommage Le soi-disant comte se troubla fait commanda de vider, dedans

pour qu'il pt montrer avoir la comt, croyoit gagn de gens, et fit contenance moult moult de choses, et spcialement

et o il avoit fait chevalier ledit Philippe, Le et ne voulut roi courpoint rpondre. trois jours, sa terre et son royaume. L'autre dlaiss de tous qui marchand ceux le suivoient.

et se cacha il se dguisa en rgne, de Flandre. mais il y fut pris et ramen la comtesse dans la terre de Bourgogne le faux le tint, elle le fit jeter en chartre la comtesse Quand puis ses gens prirent le pendirent comme menteur lui firent souffrir divers et enfin comte, tourments, entre le un merdeux chiens). De cette excution et damn (entre procda peuple veilleux chacun disant murmure, son pre; et fut cette persuasion de Saint-Denis. tude . Chroniques Gesta Baudouin d'autres, Ludovici tait de un Rais VIII. Plusieurs homme pauvre en Bourgogne. et soutenant grandement avoit fait pendre que la comtesse enracine aux curs de la multide Flandre. le prtendu ou, suivant

au plus tt Valenciennes, il se vit seul et congdi du

et l fut

Chrnn. et Ann. Oudeglierst, du affirment que chroniques temps nomm natif de Bertrand, Reims,

124

FRANCE

FODALE.

[1225]

toutes par serment ses promesses et ses satisfactions, on trouva prtexte sur prtexte pour diffrer la conclusion. Ce ne fut point Rome qu'elle eut lieu; un concile du royaume de France fut convoqu Bourges au mois de novembre 1225, sous la prsidence du cardinal-lgat Romain de Saint-Ange1. Raimond de Toulouse et Arnaud de Montfort furent somms de comparatre en prsence du roi, des de Lyon, de Reims, de Rouen, de archevques Bourges, de Tours et d'Auch (l'archevque de Narbonne, venait de Arnaud-Amauri, de plus de cent vques et de cent mourir), chiquante .abbs et Le comte Raimond prieurs. renouvela toutes ses offres. Amauri rclama les droits octroys son pre par le concile de Latran et et somma son rival de subir le par le roi Philippe, de jugement la cour des pairs. Que le roi mon hommage, reoive d'abord et je suis prt subir ce rpliqua Raimond, autrejugement; ment je craindrois que les pairs ne me tinssent pas pour un des leurs . L'affaire interdit ne fut point toute discussion dfre au tribunal des pairs aux prlats le lgat de don-

Raimond

VII eut

beau

signer

et confirmer

publique, enjoignit ner leur avis par crit, avec excommunication contre quiconque en romprait le secret, et se chargea de communiquer les rsolutions du concile au roi. Le comte de Toulouse repartit sans connatre la sentence ce silence prsageait le sort qu'on lui rservait. Le lgat venait de dclarer au roi, d'aprs les avis des pres du concile, a que Raimond ne devoit point tre absous en raison de ses offres; que le roi des seul seroit charg Franais par de cette l'glise ne pouvant, affaire, personne aussi bien que lui, la terre de la sclratesse purger des hrtiques, et qu'en di. Ce lgat faillit tre assomm Paris par les coliers, pinfr avoir pris parti contre l'universit en faveur du chapitre de la cathdrale. L'universit prtendait avoir un sceau elle et ne plus sceller ses actes du sceau du chapitre, c'est--dire
qu'elle p. 373). voulait Le roi tre fut

cette

et sergentspour dlivrer le cardinal Romain, assig dans sa maison. Le pape, a


occasion, promulgua ferait violence quiconque magistrats qui ne feraient une un constitution cardinal. excuter qui dclarait Les enfants cette constitution criminel du coupable seraient de

corps indpendant de dpcher oblig

un

Vie de Saint (r. Tillemont, t. I, louis, la hte son prvt avec force chevaliers

exclus h perptuit de toute dignit ecclsiastique ou sculire. Les princes et


pas excommunis

lse-majest devaient tre

eux-miues.

[1225, l?.2(<]

NOUVELLE

CROISADE

CONTRE

LE

MIDI.

125

des dpenses du roi, la diine de tous les revenus lui seroit octroye conecclsiastiques pour cinq ans (jusqu' currence de cinquante mille marcs par an), si l'expdition se dommagement durant cet espace de temps . prolongeoit Une nouvelle assemble de prlats et de barons fut runie Paris deux mois aprs (28 janvier 1226). Le cardinal de Saint-Ange excommunia Raimond de Toulouse et ses adhrents, les dclara et adjugealeurs domaines au roi de France hrtiques condamns, et ses hritiers, de la renonciation d'Amauri de Montde France; fort, qui reut la charge de conntable puis le lgat dans toute la Gaule pour exciter expdia des Frres Prcheurs les peuples se croiser contre le Toulousain et ses fauteurs. hauts barons, Vingt-cinq parmi lesquels le duc de Bretagne et le comte de Boulogne, frre du roi, s'engagrent par lettres-patentes aider le roi de tout leur pouvoir dans l'affaire des Albigeois. Le 30 janvier, une grande multitude de clercs et de laques prirent donc la croix par crainte du roi des Franois et pour obtenir la faveur du lgat plutt que pour l'amour de la justice; car beauabusif d'aller assaillir un fidle chrtien. Percoup estimoient n'ignoroit qu'au concile de Bourges, Raimond avoit instamment pri le lgat de venir, dans chacune de ses cits, s'enqurir de la foi de chacun des habitants, et avoit promis de faire bonne manifesteroit des opinions contraires justice de quiconque au il avoit offert de subir lui-mme l'examen dogme catholique; de sa foi; mais le lgat avoit mpris cela, ne voulant point recevoir en grce le comte, tout catholique qu'il ft, moins qu'il ne son hritage renont pour lui et ses hoirs (Mattlr. Paris.). Le rendez-vous des croiss fut fix Bourges pour le gnral dimanche quatrime aprs Pques. Tandis que les vastes apprts du roi de France portaient d'avance la terreur dans le malheureux la libert, au prix de tant pays dont il menaait reconquise de sang et de larmes, le cardinal-lgat les voies aux prparait armes royales par ses intrigues, et dtachait successivement du
de Rome ne trouvrent pcuniaires ses Le pape prtendait que passions religieuses. dans chaque ou il un refus chapitre abbaye essuya t. I, p. 376. Louis, faveur 1. Les intrts pas dans le concile la mme

en vertu

sonne

s'approprier net. Tillemont,

deux prbendes Vie de Saint

126
comte ter. Raimond

FRANCE FODALE.
les allis sur l'appui desquels il aurait Le roi d'Angleterre fut menac d'excommunication de toutes hostilits Henri IE hsitait envers Louis VIII pendant obir, et avait grande

mm
dit comps'il ne la guerre envie de

s'abstenait d'Albigeois. tenter une d'un reviendrait dpartirait dterminer Marche

diversion par savant astronome

la Gascogne;

qui lui ou ne s'en pas vivant de la terre de Languedoc et dshonneur , contriburent qu' grand'perte Le comte de la le roi anglais demeurer neutre.

on dit que les prdictions annona que Louis ou ne

et d'Angoulme, beau-pre de Henri III, avait demand il renvoya la prinpour son fils une fille du comte de Toulouse; fils du roi Pierre tu cesse son pre. Le roi Jayme d'Aragon, son vassal, et jusqu' RaimondMuret, le comte de Roussillon, chef de la branche Brenger, comte de Provence et de Forcalquier, cdrent l'un aprs l'autre aux cadette de la maison de Barcelonne, leurs parents, de la cour de Rome, et abandonnrent menaces abaissait son la maison naturels; royale d'Aragon et abdiquait ainsi la devant l'oriflamme de France, tendard de Toulouse resta Raimond des terres provenales. suprmatie dlaiss par l'autre, seul assailli par l'un de ses deux suzerains, avec le comte de Foix et le jeune vicomte de Beziers. leurs allis pour exterminer Bourges l'hrsie tait plus nombreuse que celle qui s'tait incomparablement Bovines le catholicisme tait leve pour sauver la France L'arme qui s'assemblait encore sut en un levier plus que mille cavaliers', tant chevaliers taient en marche avec cinquante la foule innombrable des et sergents, sans compter qu'cuyers que le roi de France gens de pied; quand le bruit se rpandit de fond en comble la terre du comte avait rsolu de dtruire Raimond se tous ses habitants , une terreur inexprimable la rsisdans tous les cantons des deux rives du Rhne rpandit et communes se htrent tance sembla impossible. Seigneurs avec d'envoyer au roi dputations sur dputations pour se remettre Provence Quand on puissant que la nationalit. le roi Louis et tous ses grands se met-

1. C'est Mathieu Paris qui porte la cavalerie croise cinquante mille hommes.
tout le sige J\, pour le t. XVIII des Hluor, d'Avignon, des Gaules Mathieu el et la chronique Pris, V. aussi de la France. Tours, Gesia Lud. de dans VIII.

[12261

SIGE

D'AVIGNON.

127

et celle de l'glise les villes les plus attaches la cause toulousaine, les vassaux les plus fidles des princes excomde leur soumission munis, aux dcrets du concile. protestrent Avignon mme qui s'tait dvou si -gnreusement Raimond VII, qui avait partag ses prils et son excommunication depuis dix ans, courba la tte devant l'orage, dputa ses podestats vers le roi, et lui oftrit le passage par le fameux pont d'Avignon, pour lui, le lgat, les prlats et cent chevaliers, avec promesse de fournir des vivres un prix quitable l'arme, le qui passerait Rhne au-dessus de la ville. L'arme croise s'tait dirige de sur Lyon, et desBourges cendit la valle du Rhne jusqu'auprs Le marquisat d'Avignon. de Provence s'tait soumis sans coup frir. Les laisAvignonnais srent le comte de Blois (Gautier d'Avesnes), une qui commandait de trois mille hommes, avant-garde franchir le fleuve sur un pont de bois construit hors la ville, un peu au-dessus du grand pont de pierre; mais le roi, parvenu en vue des murailles, signifia aux et aux consuls qu'il entendait podestats passer le Rhne sur le et traverser grand pont d'Avignon, la ville la lance sur la cuisse, la tte de son arme (6 juin 1226). Les magistrats refusrent, fermrent les portes, et se prparrent la rsistance, aimant mieux prir les armes la main avec tous leurs concitoyens, que de livrer leur cit au lgat et la multitude ameute par les du ils savaient trop bien comment indulgences pape les envoys de Rome gardaient la foi promise aux excommunis. Le roi, transport de fureur, jura qu'il ne s'en irait point qu'il n'et pris la ville, et fit dresser ses pierriers, ses balistes, ses manses chats (ou gtes). Le lgat enjoignit gonneaux, au roi et aux croiss de purger Avignon d'hrtiques , et le sige fut entam le 10 juin. Mais la noble cit, bien munie de vivres et de machines de guerre, bien dfendue par ses hautes tours, sa double ses larges fosss pleins d'eau vive, sa forte enceinte, et citadelle, surtout par le courage de ses citoyens et des chevaliers enferms avec eux dans les remparts, rendit coup pour coup aux agres et fit moult grand mal aux hommes seurs, de France . L'nergie populations des Avignonnais provenales ne se communiqua point au reste des mobile et impressionnable l'esprit des

sa merci

128

FRANCE

FODALE.

[me]

mridionaux tait tellgmentfrapp de la Septimanie et des chteaux Provence reurent

les garnisons caire, Nmes, Castres, lbi, et, de l'autre ct du fleuve, Orange, la rpublique de Marseille elleTarascon, Arles, se soumirent; et les habitants de Carcassonne, mme renia la cause provenale,

d'effroi, quelaplupart des villes de places dutomt et plusieurs Beaudu roi Louis Saint-Gilles,

peine de retour dans la cit d'o on les avait autrefois expulss rsister aux trangers, bien que le comte de en masse, n'osrent Foix occupt leur citadelle. minges, suivis d'une foule camp du assistance Les comtes d'autres de Provence et de Comau seigneurs, de Provence se rendirent

mage-lige Au milieu

roi de France, le comte pour promettre au roi Louis l'homfidle, les autres pour transporter qu'ils devaient au comte de Toulouse. de cette dfection

universelle, quand toutes les boutous les curs appartenaient ches juraient faut au conqurant, succs rjouisVII, et ses moindres encore au brave Raimond les plus empresss de les gens qui semblaient La rsistance des assigs, dirige par Guils'unir ses ennemis. et Raimond-Ral de la cit et bayles hem-Raimond podestats saient redoublait de vigueur. Le comte (baillis) du comte de Toulouse, des croiss, tous les enviRaimond avait gt, avant l'arrive rons d'Avignon, emmen au loin tout ce qui tait dou de vie, tant hommes chevaux qu'animaux, des ennemis n'y et labour trouvassent les prairies pour que les Les point de pturages. dans l'me

fourrages apports par le Rhne tant excursions

pour avec la campagne cesse l'improviste La famine ressources la suite chs que

par les Franais et ceux qu'ils faisaient venir il fallut tenter au loin de prilleuses puiss, renouveler les provisions, et Raimond, qui tenait

ce qui lui restait de chevaliers, fondait sans sur les fourrageurs du camp. qui s'cartaient dnue de et la mortalit se mirent dans la multitude le fanatisme ou l'espoir du pillage avait attire bientt tous les alentours furent jonet de chevaux. De ces corps pars des

des gens d'armes d'hommes de cadavres

dans la plaine, s'levoient, avec un affreux bourdonnement, essaims de grosses mouches noires, qui venoient, jusque sous les et apporter tentes des princes, infecter les plats et les hanaps 1. Vase, coupe; mot eeltique.

[1226]

SIGE

D'AVIGNON.

129

aux Deux grand

vivants cents nombre

la

peste et

engendre vingt mille

par

les

morts croiss dans

en

putrfaction le

. plus Les se

barons par

autres les autres avaient

prirent, les combats. les

les maladies, des foss s'ils Avignonnais entre eussent attaque sur

violentes creuser retrancher ss qui avaient

sorties un grand comme tent

oblig

croiss pour Les

leurs t contre laquelle sous

quartiers eux-mmes Avignon s'appuyait le poids d'assaillants

et la ville, assigs. par le pont

croi-

une

de bois pont qui engloutis de s'y

communiquait Le pont pierre. tait dans prcipite, les flots une du

l'ile de bois et une

le fameux de la masse furent

s'croula multitude

Rhne. cause se joignit de l'arme lgat grands passer gr, rsolurent Thibaud une VI renomme des l'pidmie le roi croiss, barons, aux n'avait qu'un qui mains et aux droit service comd'exide avec dj plus

Bientt bats ger pour de ses

nouvelle

claircir feudataires,

les rangs et le

quarante alarme beaucoup que pagne, entre leur

jours. les

Plusieurs

des

voyaient du roi, faire de

domaines trop devoir puissant strict

toulousains leur

de ne pas comte

le jeune ont valu

Cham-

qui

ses

posies

si populaire

de la langue et qui ressemblait d'ol, beaucoup le caractre et les gots ces mridionaux par qu'il combattait, s'entendit avec le duc de Bretagne et le comte de la Marche, et alla demander son cong au roi. Louis lui refusa la permission de partir; Thibaud s'en passa, et partit une violente aprs querelle avec le roi, dont il brava les menaces. Les drables trois roi Les un de mois, s'opinitrait ressources traitement Tours dit forces pour du la roi, cause tait cependant, de n'taient et des les quoi entin encore que trop considepuis et le coter. en

les trouvres

Raimond devant serment, s'puisrent

Avignonnais murs qu'il on d'Avignon, dt leur

le sige

plant son

tenir des assigs

ft esprer

modr; qu'ils esprant s'en

ils consentirent remirent par les et de

capituler. l'arbitrage cette confiance; furent amende les de du

La Chronique lgat mais pour les

conditions, ditions livrer furent fies de v.

l'adoucir

les conde

furent trois cents

rigoureuses otages les

Avignonnais une forte

obligs

payer furent

les fosss fortifu-

combls, tourelles

remparts

abattus, au nombre

maisons trois cents, g

(domus

lurralcs),

130

FRANCE

FODALE.

[12361

rent

dmolies,

et les routiers et du comte

la commune

franais et flamands au service de Raimond furent mis mort (12 septem-

t plus durs encore sans bre). Le roi et le lgat eussent peut-tre Avila considration de l'empereur Frdric,'de qui relevaient de l'invasion et qui ne voyait pas volontiers gnon et la Provence, ce pays par le roi de France. Louis VIII, aprs cette victoire si chrement achete, passa le toute la Septimanie sans trouver d'ennemis et parcourut l'exception ni d'hrtiques combattre envoyer au bcher, ancien prdicateur d'un pauvre vieillard parfait, appel Isarn, Le comte Raide sa retraite et brl Narbonne. qui tut arrach Rhne et tons les hrtiques de Toulouse, avaient quitt le pays. Le roi s'avana jusques quatre lieues de cette anne-l, le sige mais il ne pouvait entreprendre, Toulouse, au mois d'octode cette grande ville, et il termina la campagne mond tait dans les murs bre, aprs avoir reu Pamiers le serment des vques de h produ pays conquis Il prposa au gouvernement vince narbonnaise. de Beaujeu sous le de renom, Imbert ou Hurnhert un guerrier revenir et reprit la route de France, titre de snchal, comptant enlever au printemps prochain. des germes de mort -Vaine esprance! la fivre les fatigues du sige d'Avignon avaient min sa frle du ciel provenal Toulouse taient dans son sein brlantes arriv

les chaleurs constitution;

en Auvergne, Montpensier jours, il fut l'extrmit. cipaux

prlats et barons, aprs sa mort son fils an Louis, g de douze ans, et de le faire et ajouta qu'il confiait la reine le plus tt possible, couronner Blanche de Castille la tutelle de cet enfant, qui devait tre saint Louis. Louis VIII vcut encore 1226. Ce fut, dit Mathieu pre1 . Mathieu Pris prtend le 8 novembre cinq jours, et trpassa son Paris, un prince fort dissemblable que Louis VIII mourut, non point

il ne put aller plus loin; en quelques Runissant autour de son lit les prinil leur fit jurer de rendre hommage

1. Le surnom de lion, que quelques historien lui attriburent aprs sa mort, a une origine assez singulire; ce n'tait pas qu'on et cru retrouver le moins du monde en lui un nouveau Richard Cur-de-Lion mais on s'avisa de lui appliquer une prophtie de Merlin, qui se rapportait a cette aime, et suivant laquelle le lion

[122G]
de de nel roi le la fivre, mais , et

MORT
du qui qui poison aimoit avait devant ne laisse Blanche peine qu'elle

DE

LOUIS
que lui reine La doute

VIII.
avait Blanche craindre conduite sur ses et grces dans fait prendre d'un la amour vengeance que tint depuis le comte

131

Champagne1, et pour comte illicite sa

la

chardu

d'ailleurs Avignon. pas de cette

conduite

Thibaud et, quoique

sentiments environ et un l'esprit ge

pour trentede avanc, la

Blanche, huit reine, ans, la

poque les jusque

etThibaud, beaut

vingt-cinq,

conserva

une passion dont on croit ressaisir la trace dans les expliquent chansons amoureuses de ce clbre trouvre mais tout ce qu'on
sait du caractre de Thibaud repousse l'odieuse imputation d'em-

poisonnement,
politique, Cmmpagne. Ce n'est pas par

qui fut propage


les ennemis

avec acharnement,
de la reine et

dans
du

un intrt
comte de

communs

sans

raison

que

Mathieu

Paris

reprsente

le

roi

Louis

comme

trs

dissemblable

que trop prouv par son 1225 abandonnant la trace de Louis guste

son pre; Louis ne l'avait testament, rdig ds le mois de juin le Gros et de Philippe-Aurois barbares, il avait mais au des protroisime,

celle des anciens pour reprendre non point des apanages2, lgu ses fils puns, vinces entires au second, Robert, l'Artois;
devait mourir et ait ventre dit mont.

Un prtendit que le lion pacifique la ou le du mont. ventre Gesla Louis, que Montpensier pme 'dsignait Ludovic. MU. Dans les Hislor, des Gaules et de la France, t. XV1I1 1. Guillaume de Puy-Laurens attribue a la mort du roi une tout autre et cause, pacifique tait raconte anecdote La maladie du roi, ce qu'on trange disoit, le commerce d'une ce sachant le noble homme pouvoit par femme; que de Bourbon, en la compagnie il fit chercher Archamhaud du roi, une qui toit et lui belle et noble comme elle s'offriroit au roi et lui pucelle, enseigna quoi elle venoit a diroit comme lui non mais quoi pas par concupiscence, pour porter Il la fit donc secours son infirmit. introduire dans le lit du roi pendant que le roi s'veilla, et, quand elle parla comme on lui avoit montr; dormoit, et dit que, il ne consentiroit mais le roi la remercia raison ce pour ft, que mortellement. Et il fit lui et manda de marier pcher appeler Archambaud la fille n. Ce trait, convenablement s'il est vrai, est digne du pre de saint Louis. 2. L'apanage tait la part de revenu (apanagium, apanamenlum) que la coutume celui-ci comme filles, l o le fief ne se divisait pas. Ce n'tait, le nom l'indique, souslenance vivre. ne pouvait lever de qu'une pour L'apanag ni forteresses exercer les droits sur les terres de son apanage. Ce seigneuriaux accordait puns terme puns fodaux; ne des s'applique donc pas avec exactitude plus ou aux domaines attribus des aux fils rois, qui y jouirent mais l'usage a prvalu. toujours moins compltement droits aux et aux a ce sujet tre gurie une

in

FMKCE

FODALE.

[1220]

au quatrime, Charles, l'AnAlphonse, le Poitou et l'Auvergne; ainsi le beau royaume form par les jou et le Maine, dmembrant le funeste ses successeurs de son pre, et donnant conqutes d'une main la grande vassalit en l'abatexemple de reconstruire tant de l'autre i Le court rgne de Louis
sous

VIII

avait

rapports, rgne

la dviation,

de Philippe-Auguste. n'aque son faible successeur royaut dans un tat si prospre, et lcher la vait eu, pour ainsi dire, qu' dployer l'oriflamme bride son cheval de guerre, pour ajouter province sur province La mort de Louis VIII ne dpouillait aux conqutes paternelles. mais en remetpas la royaut de cette force et de cette grandeur, difficilement en faire tait le dpt dans des mains qui pouvaient au contraire la libert et les moyens d'agir aux usage, rendait sans les dtruire, forces ad verses que la royaut avait comprimes moment o et aggravait le pril d'une crise qui tait imminenteau Louis VIII. On peut douter mourut que ce prince, s'il et vcu, de 1227 contre Toulouse au printemps eut excut ses projets fait et certainement avec le comte de Champagne sa querelle dans le haut baronage, clater une explosion et, cette fois, les cadettes de la maison royale aux branches princes appartenant n'eussent pour la couronna: pas tous, comme en 1214, combattu ne les empchait leur royale origine pas de sentir l'identit de leurs intrts avec ceux des autres barons, et dj l'habile et coude Bretagne, avait conclu un rageux Pierre Mauclerc, duc-rgent en octobre secret avec le roi d'Angleterre maisons des pays poitevins recommenaient trait 1.
des Les nouveaux titulaires dsonnais vassaux grands de leurs fefe. directement du ne succdrent Les roi. pas

d'autres, Le grand

t, sous certains du la simple continuation roi Philippe avait laiss la donc

1225 aussi

les grandes ngocier

anciens 298. Louis les

relevrent p. fils,

avoir foul aux pieds Aprs de la nature VIII avait viol les droits que dans cet enfant donations le royaume fut vou deux diverses mentionnes cents au

d'Angers, vques v. Tillemont, tlist. l'intrt de l'tat au au dtriment la elricaiure. testament, htels-Dieu, de la rgle

aux droits intgralement du Mans et de Poitiers de profit du saint Louis, t. 1, de trois dernier, de ses

Jean Par en ce

et ordonn

Jean

mourut

temps-la ou ladreries, lpreux de femmes, soixante SaiiH-Vietoc.

on apprend deux mille

appel en bas ge. qu'il y avait maisons de

couvents quatre-vingts de la couvents rgle de l'imontr

dont vingt de Citeaux, de ta et quurtth'c rgle de

[122(1]

BLANCHE

DE

CVSTLI.E.

133

outre-mer. sceptre trs parent, Mais grande Brunehilde, lippe-Auguste degr que venait contestable pas cette qui

C'tait

en

prsence un femme naturel

de cette enfant

situation ans, ne

alarmante sous comptait du cette royaume. femme, la

que tutelle pas

le

d'choir d'une un appui

de douze qui princes

trangre, parmi les

un

femme et tait port

tait

Blanche

de Castille en Gaule

la plus

la couronne de rgir

depuis

sa compatriote l'hritage de Phiau mme la l'asoit de trne et elle

digne elle avait

et de dfendre et le gnie possdait viriles, de son soit du

la soif

pouvoir

Philippe fautes des grces

lui-mme, les vertus

la vigueur, sans sexe; dans rien

le courage, perdre elle puisait, de

persvrance, dresse dans son de ni

insinuantes de son caractre, de

l'indpendance esprit, son fils au ja ferme les

la supriorit du

volont prtentions touchant

maintenir de cette Rome

la dignit et du clerg, des destins pit

contre jeune une mme

inculqua qui patrie, profonde ses enfants

roi,

matire, sur les la IX,

convictions de notre et

exercrent en

heureuse qu'elle

influence encourageait chez

temps

exalte levait

qui

se manifestait dans les principes d'tre

dj

Louis morale pour

et qu'elle austre1; propre apparence, que

de la moins

la plus son toute faiblesses crature

ses

ennemis et lui fautes, culs curs posait chez que rit2, vcut

l'accusrent imputrent, qui auraient Cette qu'elle ne

svre

compte, des des calles im-

calomnieusement, moins fire t et de

selon tendres

politiques. plus taient les hommes du

imprieuse mais rencontra elle leva

subjuguait qu'elle

les attirait; elle dvourent fils, sous qu'elle

les affections une elle avec une fidlit fut

inaltrables qui roi son se

constante autant svqu'elle mais t

aime

crainte

inflexible tant

et qu'elle elle-mme,

retint

sa domination aimait violemment,

despotique

au reste,

ardemment;

Ce fils que j'aime sur toutes les cratures mortelles, s'il toit malade la 1. et tre sauv en une seule fois avec une femme qui ne ft mort pchant qu'il pt mourir qu'offenser son Crateur par un seul plutt le laisserois-je pas sienne, pch mortel . 2. Ses enfants taient soumis au dur rgime des coles, et les matres du roi le battoient aucunes fois pour lui enseigner i:hose de discipline , raconte le tonfesseur de la reine Marguerite, femme de saint Louis. Ces hrutales coutumes de du moyen ge, dj fltries par saint Anselme, ne disparurent l'enseignement que fort tard du palais des rois, et se sont perptues dans les collges, bien qu'tn s'affaiblissant, jusqu' la Rvolution.

131

FRANCE

FODALE

[I226J

lui tait impossible elle portait dans ses affections l'abngation la personnalit tous ses actes; elle avait excessive qui marquait natures, l'gosme qui s'associe trop souvent, chez ces puissantes l'extrme vital. On cite d'elle un trait caracnergie du principe tandis qu'elle nourrissait son fils an, une dame de la tristique cour ayant donn tter l'enfant, elle mit les doigts dans la bouche de Louis plus tard, l'avait t de cette nourrice har Blanche pour le forcer de rendre le lait de l'trangre elle fut jalouse de la femme de son fils, comme elle d'un moment. On ne pouvait aimer ni devenaient vices*par leur excs sa c'-

demi; ses qualits son nergie* tournait parfois l'obstination et l'emportement, la tyrannie; mais ses dfauts mmes imposaient fermet, tait l'exagration de la force. Blanche

la moiti jugea l'tat des choses d'un ferme coup d'il des grands barons remuaient ceux qui avaient dj; les autres, tre retenus reu les derniers soupirs de Louis VIII, pouvaient d'honneur et de loyaut par un sentiment fodale; les villes du domaine et des seigneuries ecclsiastiques, gagn l'ordre tabli par Philippe-Auguste, Bovines avait leves au rang de puissance a tout qui avaient beaucoup et que la journe de taient prtes militaire, vassaux mais le pouvait diviser le la reine-mre. comme

la r